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-The Project Gutenberg eBook of Les grandes chroniques de France (6/6), by
-Paulin Paris
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
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-using this eBook.
-
-Title: Les grandes chroniques de France (6/6)
- selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en
- France
-
-Author: Paulin Paris
-
-Release Date: March 06, 2021 [eBook #64721]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-Produced by: Mireille Harmelin, Laurent Vogel, DP Europe, DP-Test Italia
- and the Online Distributed Proofreading Team at
- https://www.pgdp.net (This file was produced from images
- generously made available by the Bibliothèque nationale de
- France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES GRANDES CHRONIQUES DE FRANCE
-(6/6) ***
-
-
-
-
- LES
- GRANDES CHRONIQUES
- DE FRANCE,
- SELON QUE ELLES SONT CONSERVÉES
- EN L'ÉGLISE DE SAINT-DENIS
- EN FRANCE.
-
- PUBLIÉES PAR M. PAULIN PARIS,
- De l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres.
-
- TOME SIXIÈME.
-
-
- PARIS.
- TECHENER, LIBRAIRE,
- 12, PLACE DU LOUVRE.
-
- 1838.
-
-
-
-
-PARIS.--IMPRIMERIE DE BÉTHUNE ET PLON,
-
-36, rue de Vaugirard.
-
-
-
-
-CY COMENCENT LES FAIS DU BON ROY JEHAN.
-
-
-
-
-I.
-
-Du couronnement du roy Jehan, des chevaliers qu'il fist et de la mort
-monseigneur Raoul conte d'Eu et de Guynes, lors Connestable de France.
-
-ANNÉE 1350
-
-
-[1]Après le trespassement du roy Phelippe de Vallois régna pour luy
-Jehan, son ainsné fils; et fu couronné en l'église de Rains, le dimenche
-vint-sixiesme jour de septembre, l'an de grace mil trois cent cinquante.
-Et aussi à celluy jour fu couronnée la royne Jehanne, femme dudit roy
-Jehan. Et après ce couronnement, fist le roy pluseurs chevaliers
-nouveaux, c'est assavoir: Charles, son ainsné fils, dauphin de Vienne;
-Loys, son secont fils; le conte d'Alençon[2]; le conte d'Estampes;
-monseigneur Jehan d'Artois; monseigneur Phelippe, duc d'Orléans, frère
-dudit roy Jehan; monseigneur d'Artois; le duc de Bourgoigne, fils de la
-devant dite royne Jehanne de son premier mari, c'est assavoir de
-monseigneur Phelippe de Bourgoigne; le conte de Dampmartin et pluseurs
-autres.
-
- [1] A partir d'ici jusque vers 1356, les anciennes éditions de
- Froissart ne font guère que reproduire le texte de nos chroniques.
- C'est l'un des endroits sinon les plus agréables du moins les plus
- véridiques de ce fameux historien. M. Buchon, dans ses éditions, a
- remplacé cette lacune par un texte dont la plus grande partie semble
- effectivement plus conforme au style de Froissart.
-
- [2] _Le conte d'Alençon_. Charles IIIe du nom, et non pas _Louis_,
- fils du roi, comme le dit Villaret.--_Le conte d'Estampes_. Louis
- d'Evreux, tige des comtes d'Eu.--_Monseigneur Jehan d'Artois_,
- surnommé _Sans Terre_, fils du fameux Robert. _Le conte de
- Dampmartin_, Charles.
-
-Les choses ainsi faites, le roy se parti de la dite ville de Rains le
-lundi au soir, et s'en retourna à Paris par Laon, par Soissons et par
-Senlis. Et entrèrent lesdis roy et royne à Paris à très belle feste, le
-dimenche dix-septiesme jour du mois d'octobre ensuivant, après vespres,
-et dura la feste toute la sepmaine. Et puis demoura le roy à Paris, à
-Neelle[3] et au palais, jusques à la saint Martin d'yver ensuivant, et
-fist l'ordenance de son parlement[4]. Et quant le roy entra en Paris, au
-retour de son joyeux avènement, la ville de Paris et grant pont[5]
-estoient encourtinés de divers draps; et toutes manières de gens de
-mestier estoient vestus chascun mestier d'unes robes pareilles; et les
-bourgois de la dite ville d'unes autres robes pareilles[6]; et les
-Lombars qui en la dite ville demouroient furent vestus tous d'unes robes
-parties de deux tartares de soye[7], et avoient chascun sur sa teste
-chappiaux haus agus et mi-partis de meismes leur robes; et tous les uns
-après les autres, les uns à cheval et les autres à pié, alèrent au
-devant du roy qui entra à Paris à grant joye; et jouoit-l'en devant luy
-de moult de divers instrumens[8].
-
- [3] _A Neelle_. Sans doute à l'Hôtel de Nesle, situé sur la rive
- gauche de la Seine, en face du Louvre.
-
- [4] A l'avènement de chaque roi, tous les officiers judiciaires
- avoient besoin d'une nouvelle investiture, autrement ils étoient
- _désappointés_: expression que nous avions laissée vieillir avant de
- la reprendre des Anglois, dans une acception moins exacte.
-
- [5] _Grand Pont_. Le Pont aux Changeurs.
-
- [6] _D'unes autres robes_. On voit ici suffisamment la distinction des
- _gens de métier_, ou ouvriers, et des _bourgeois_. M. Guizot
- dira-t-il encore que c'est lui et ses amis qui ont inventé la
- _classe moyenne_?
-
- [7] _Tartares de soie_. Les _tartares_ étoient de longues robes dont
- le tissu semble avoir été généralement de bourre de laine ou de
- soie. (Voy. les citations de Ducange au mot _tartarius_.) Peut-être,
- de là, le mot moderne de _tartans_, châles de bourre de laine.
-
- [8] Cette entrée est représentée dans une miniature charmante de
- l'admirable manuscrit de nos Chroniques, nº 6 Supplément françois.
-
-Le mardi qui fu le seiziesme jour de novembre ensuivant, l'an devant
-dit, Raoul, conte d'Eu et de Guynes[9], lors connestable de France, qui
-nouvellement estoit venu d'Angleterre de sa prison, en laquelle il avoit
-esté depuis l'an quarante et six qu'il avoit esté pris à Caen; fors tant
-que il avoit esté eslargi par pluseurs fois pour venir en France, fu
-prins en l'ostel de Neelle à Paris là où le roy estoit, par le prévost
-de Paris du commandement du roy. Et audit ostel de Neelle fu tenu
-prisonnier jusqu'au jeudi ensuivant, dix-huitiesme jour dudit mois de
-novembre. Et là, à heure de matines dont le vendredi ajourna[10], en la
-prison où il estoit fu décapité, présent le duc de Bourbon[11], le conte
-d'Armagnac, le conte de Montfort, monseigneur Jehan de Bouloigne, le
-seigneur de Revel et pluseurs autres chevaliers et autres qui, du
-commandement du roy, estoient là; lequel roy estoit au palais. Et fu
-ledit connestable descapité pour très grans et mauvaises traïsons que il
-avoit faites et commises contre ledit roy Jehan; lesquelles traïsons il
-confessa en la présence du duc d'Athènes[12] et de pluseurs autres de
-son lignage. Et fu enterré le corps aux Augustins de Paris, hors du
-moustier, du commandement du roy, pour l'honneur des amis dudit
-connestable.
-
- [9] _Guynes_. Et non pas _Guyenne_, comme le dit Villaret. Raoul étoit
- de la maison de Brienne.
-
- [10] _Dont le vendredi ajourna_. C'est-à-dire: à l'heure où le jour
- commençoit à poindre.
-
- [11] _Bourbon_. Variantes _Bourgoigne_. Je suis de préférence la leçon
- de Charles V, msc. 8395; et d'autant plus volontiers, à compter
- d'ici, que la transcription en est d'une main plus récente et que
- suivant toutes les apparences elle a été revue attentivement par
- Charles V lui-même.
-
- [12] _Duc d'Athènes_. Gauthier de Brienne.
-
-
-
-
-II.
-
-Coment le roy Jehan fist connestable monseigneur Charles d'Espaigne, et
-de pluseurs incidences.
-
-ANNÉE 1351
-
-
-Au mois de janvier après ensuivant, Charles d'Espaigne à qui ledit roy
-avoit donné la conté d'Angoulesme, fu fait par icelluy roy connestable
-de France[13]. Item, le premier jour d'avril après ensuivant, se combati
-monseigneur Guy de Neelle, mareschal de France, en Xaintonge à pluseurs
-Anglois et Gascoins, et fu ledit mareschal et sa compaignie desconfis;
-et y furent pris ledit mareschal, monseigneur Guillaume, son frère,
-monseigneur Arnoul d'Odeneham et pluseurs autres. Item, le jour de
-Pasques flouries qui furent le dixiesme jour d'avril l'an mil trois cent
-cinquante, fu présenté à Giles Rigaut de Roicy, qui avoit esté abbé de
-Saint-Denis en France et de nouvel avoit esté fait cardinal, le chappel
-rouge, au palais à Paris, en la présence dudit roy, par les évesques de
-Laon et de Paris, et par mandement du pape fait à eux par bulle; ce qui
-n'avoit pas acoustumé à estre fait autrefois[14]; mais ce fut par la
-prière dudit roy. Item, au mois de septembre mil trois cent cinquante
-un, fu recouvrée des François la ville de Saint-Jehan-d'Angéli, que les
-Anglois avoient tenue cinq ans ou environ; et fu rendue par les gens du
-roy anglois sans bataille aucune pour ce qu'il n'avoient nuls vivres. En
-celuy an fu la plus grande chierté de toutes choses que homme qui lors
-vesquist eust oncques veu au royaume de France, et, par espécial, de
-grains: car un setier de forment valut à Paris, par aucun temps en
-ladite année, huit livres parisis; un setier d'avoine soixante sous
-parisis; un setier de pois huit livres parisis, et les autres grains à
-la value. Et en celuy an fu fait le mariage de monseigneur Charles
-d'Espaigne, lors connestable de France à qui ledit roy Jehan avoit donné
-la conté d'Angoulesme, et de la fille monseigneur Charles de Blois, duc
-de Bretaigne.
-
- [13] Il en exerçoit les fonctions depuis plusieurs années sous le nom
- du comte d'Eu, prisonnier en Angleterre. Charles étoit fils du
- célèbre Ferdinand de la Cerda et, par sa grand-mère, arrière
- petit-fils de saint Louis.
-
- [14] Auparavant, les cardinaux étoient obligés d'aller trouver le pape
- pour recevoir de ses mains les insignes de leur nouvelle dignité. Il
- y avoit précisément un siècle que les cardinaux partageoient avec
- les légats l'honneur de porter le chapeau rouge; sans doute parce
- qu'à compter du concile de Lyon en 1246, on les considéra comme
- _légats_ par le fait même de leur titre de prêtres cardinaux.
-
-
-
-
-III.
-
-Coment la ville et le chastel de Guynes furent pris des Anglois par
-traïson, le jour que le roy Jehan faisoit à Saint-Ouyn la feste de
-l'Estoille[15].
-
- [15] Le msc. de Charles V ajoute ici: _Laquelle feste est cy-après
- pourtraite et ymaginé._ En effet, dans une curieuse miniature on
- voit les chevaliers de l'Étoile habillés d'une blanche tunique
- serrée par une ceinture dorée, puis d'un riche manteau fourré de
- ceux qu'on appeloit d'_hermine angoulé_. Le roi sur son trône porte
- le même costume, et comme eux une grande étoile semblable aux
- _plaques_ de nos grands dignitaires, au côté gauche de la poitrine.
- Au-dessous de ce premier tableau est celui du dîner des chevaliers
- de l'Étoile.
-
-
-En celuy an mil trois cent cinquante un dessus dit, au mois d'octobre,
-fu publiée la confrairie de la noble maison de Saint-Ouyn près de Paris,
-par ledit roy Jehan; et portoient ceux qui en estoient chascun une
-estoille en son chaperon par devant ou en son mantel. Durant ceste feste
-de l'estoille, fu prise par traïson des Anglois la ville et le chastel
-de Guynes: car bonnes trièves estoient jurées entre les roys de France
-et d'Angleterre; et pour ce, en celle seurté, estoit venu veoir ladite
-feste le sire de Banelinguehem, capitaine et garde dudit lieu[16]. Et
-durant ce, les Anglois traictièrent avecques un de ceux à qui la garde
-dudit chastel estoit bailliée, nommé Guillaume de Biauconroy; et par
-traïson, sans ce que deffense y fust mise, y entrèrent. De laquelle
-prise le peuple s'esmerveilla trop, disant que vérité, loyauté né foy
-n'estoit ès Anglois. Et pour ce fu pris ledit Guillaume qui, pour la
-traïson ainsi faite par luy à la requeste desdis Anglois, fu descapité
-et pendu comme raison estoit.
-
- [16] Le roi l'avoit sans doute mandé lui-même pour recevoir les
- insignes du nouvel ordre. Le nombre des chevaliers fut dès le
- premier jour porté à cinq cents. C'était trop peut-être; mais
- il en survécut un bien petit nombre à la déroute de
- Poitiers.--_Biauconroy_. Var.: _Biaucony_, _Beaucerny_. (Voyez les
- curieux statuts de l'ordre de l'Étoile dans Villaret, vol. II, p. 38
- et suivant.)
-
-
-
-
-IV.
-
-Coment le duc de Lenclastre et le duc de Bresvic vindrent à Paris pour
-eux combatre devant le roy Jehan, mais le roy prist le fait en sa main.
-
-ANNÉE 1352
-
-
-En l'an mil trois cent cinquante deux, la vigile Notre-Dame mi-aoust, se
-combati monseigneur Guy de Neelle, seigneur d'Aufemont, lors mareschal
-de France en Bretaigne, contre les Anglois; et fu ledit mareschal occis
-en la bataille, et avec luy le sire de Briquebec, le chastelain de
-Beauvais et pluseurs autres nobles tant du pays de Bretaigne comme
-d'autres marches du royaume de France. En celuy an, le mardi quatriesme
-jour de décembre, se dut combatre à Paris un duc d'Allemaigne appelé le
-duc de Bresvic[17] contre le duc de Lenclastre, pour paroles[18] que
-ledit duc de Lenclastre devoit avoir dites dudit duc de Bresvic, dont il
-l'appela en la court de France. Et vindrent ledit jour les deux ducs
-dessus nommés en champ tous armés, pour combatre en unes lices qui, pour
-ce, furent faites au Pré-aux-Clercs: l'Allemant demandeur, et l'Anglois
-deffendeur. Et jasoit ce que ledit Anglois feust anemi du roy de France,
-et que, par sauf-conduit, il feust venu soy combatre pour garder son
-honneur, touteffois, ne souffrist pas le roy que il se combatissent;
-mais depuis que il orent fait les seremens et que il furent montés à
-cheval pour assembler, les glaives ès poings, le roy prist la besoigne
-sur luy et les mist à accort. En cel an mil trois cent cinquante deux le
-jeudi sixiesme jour de décembre, mourut pape Clément VI à Avignon,
-lequel estoit en le onziesme an de son pontificat. Le mardi ensuivant
-dix-huitiesme jour de décembre, fu esleu en pape, environ heure de
-tierce, un cardinal lymosin que l'en appelloit par son titre le cardinal
-d'Ostie; mais pour ce que il avoit esté évesque de Clermont, on
-l'appelloit plus communément le cardinal de Clermont; et fu appellé
-Innocent: et par son propre nom estoit appellé monseigneur Estienne
-Aubert.
-
- [17] _Bresvic_. Brunswick.
-
- [18] Voici la première fois que je trouve une proposition de duel
- faite à l'occasion de mauvaises paroles.
-
-
-
-
-V.
-
-De la mort monseigneur Charles d'Espaigne, connestable de France.
-
-ANNÉE 1353
-
-
-L'an de grace mil trois cens cinquante trois, le huitiesme jour de
-janvier, monseigneur Charles, roy de Navarre et conte de Evreux, fist
-tuer en la ville de Laigle, en Normendie, en une hostellerie,
-monseigneur Charles d'Espagne, lors connestable de France. Et fu ledit
-connestable tué en son lit, assez tost après le point du jour, par
-pluseurs gens d'armes que le roy de Navarre y envoia; lequel roy demoura
-en une granche au dehors de ladite ville de Laigle, jusques à tant que
-ceux qui firent ledit fait retournèrent par devers luy. Et en sa
-compaignie estoient, si comme l'en dist, monseigneur Phelippe de
-Navarre, son frère, monseigneur Jehan, conte de Harecourt, monseigneur
-Loys de Harecourt son frère, monseigneur Godefroy de Harecourt leur
-oncle, et pluseurs autres chevaliers et autres gens, tant de Normendie
-comme Navarrois et autres. Et après, se retraist ledit roy de Navarre et
-sa compaignie en la cité d'Evreux dont il estoit conte, et là se garny
-et enforça; et aveques luy se alièrent pluseurs nobles, par espécial de
-Normendie, c'est assavoir: les dessus nommés de Harecourt, le seigneur
-de Hembuye, monseigneur Jehan Malet seigneur de Graville, monseigneur
-Amaury de Meulent et pluseurs autres. Et assez tost après, se transporta
-ledit roy de Navarre en la ville de Mante, qui jà par avant avoit envoié
-lettres closes en pluseurs des bonnes villes du royaume de France et
-aussi au grant conseil du roy, par lesquelles il escripvoit que il avoit
-fait mettre à mort ledit connestable pour pluseurs grans mesfais que
-ledit connestable li avoit fais; et envoia le conte de Namur par devers
-le roy de France à Paris. Et depuis, le roy de France envoia en ladite
-ville de Mante, par devers ledit roy de Navarre, pluseurs grans hommes,
-c'est assavoir: Monseigneur Guy de Bouloigne cardinal, monseigneur
-Robert le Coq évesque de Laon, le duc de Bourbon, le conte de Vendosme
-et pluseurs autres, lesquels traictièrent avec ledit roy de Navarre et
-son conseil. Car combien que ledit roy de Navarre si eust fait mettre à
-mort ledit connestable, comme dessus est dit, il ne luy souffisoit pas
-que ledit roy de France, de qui il avoit espousée la fille, luy
-pardonnast ledit mesfait; mais faisoit pluseurs requestes au roy son
-seigneur, tant que l'en cuidoit bien que, entre les deux roys dessus
-dis, déust avoir grant guerre; car ledit roy de Navarre avoit fait grans
-aliances et grans semonces en diverses régions; et si garnissoit et
-enforçoit ses villes et ses chastiaux. Finablement, après pluseurs
-traitiés fu fait accort entre les deux roys dessus dis par certaines
-manières dont aucuns des poins s'ensuivent. C'est assavoir: Que ledit
-roy de France bailleroit audit roy de Navarre trente-huit mil livres de
-terre à tournois, tant pour cause de certaine rente que ledit roy de
-Navarre prenoit sur le trésor du roy à Paris, comme pour autres titres
-que ledit roy de France luy devoit asseoir par certains traitiés fais
-lonc-tems avant entre les prédécesseurs desdis deux roys pour cause de
-la conté de Champaigne, et tout aussi pour cause du mariage dudit roy de
-Navarre qui avoit espousé la fille dudit roy de France; pour lequel
-mariage luy avoit esté promise certaine quantité de terre; c'est
-assavoir: douze mil livres à tournois. Pour lesquelles trente-huit mil
-livres de terre devant dites, il voult avoir la conté de
-Biaumont-le-Rogier, la terre de Breteuil en Normendie, les terres de
-Conches et d'Orbec, la visconté du Pont-Audemer et le baillage de
-Constentin. Lesquelles choses luy furent accordées par ledit roy de
-France: ja fust ce que la conté de Biaumont et les terres de Breteuil,
-d'Orbec et de Conches fussent à monseigneur Phelippe, frère du roy de
-France, qui estoit duc d'Orléans; auquel duc le roy, son frère, bailla
-autres terres en récompensacion de ce. Outre ce, convint accorder audit
-roy de Navarre, pour avoir paix, que les devant dis Harecourt et tous
-les autres aliés entreroient en sa foy, sé il leur plaisoit, de toutes
-leur terres, quelque part qu'elles fussent au royaume de France, et en
-auroit ledit roy de Navarre les hommages, sé il vouloient, autrement
-non.
-
-Oultre ce, luy fu accordé qu'il tendroit toutes lesdites terres, avec
-celles que il tenoit par avant en parrie. Et pourroit tenir eschequier,
-deux fois l'an, sé il vouloit, aussi noblement comme le duc de
-Normendie. Encore luy fu accordé que le roy de France pardonroit à tous
-ceux qui avoient esté à mettre à mort ledit connestable, la mort
-d'iceluy. Et ainsi le fist, et promist par son serement que jamais pour
-achoison de ce, ne leur feroit ou feroit faire vilenie ou dommage. Et
-aveques toutes ces choses, ot encore ledit roy de Navarre une grant
-somme d'escus d'or dudit roy de France; et avant ce que ledit roy de
-Navarre voulsist venir par devers le roy de France, il convint que l'en
-luy envoiast le conte d'Anjou, second fils du roy de France, par manière
-d'ostage. Et après ce, vint à Paris à grant foison de gens d'armes[19].
-
- [19] Quoi qu'on en ait dit, cet accommodement du roi Jean et de
- Charles-le-Mauvais étoit conseillé par une saine et bonne politique.
- On ne pouvoit sitôt oublier les suites de la défection de Robert
- d'Artois et de Geoffroi d'Harcourt. Déjà, si l'on s'en rapporte à
- Froissart, la flotte angloise étoit en mer, et la nouvelle de la
- réconciliation des deux princes lui fit rebrousser chemin.
-
-
-
-
-VI.
-
-Coment le roy de France pardonna au roy de Navarre la mort de
-monseigneur Charles d'Espaigne, connestable de France.
-
-
-Le mardi, quatriesme jour du moys de mars audit an mil trois cens
-cinquante trois, vint ledit roy de Navarre en parlement à Paris, pour la
-mort dudit connestable, si comme dit est, environ heure de prime; et
-descendi au palais, et puis vint en la chambre de parlement en laquelle
-estoit le roy en siège, et pluseurs de ses pers de France avec les gens
-de parlement et pluseurs autres de son conseil; et si y estoit le
-cardinal de Bouloigne. Et, en la présence de tous, parla ledit roy de
-Navarre au roy que il luy voulsist pardonner le fait dudit connestable,
-car il avoit eue bonne cause et juste de avoir fait ce que il avoit
-fait, laquelle il estoit prest de dire au roy, lors ou autre fois, si
-comme il disoit. Et oultre dit encore et jura qu'il ne l'avoit point
-fait en contempt du roy né de son office, et que il ne seroit de rien si
-courroucié comme d'estre en l'indignacion du roy. Et ce fait,
-monseigneur Jaques de Bourbon, connestable de France, par le
-commandement du roy mist la main au[20] roy de Navarre, et puis si le
-fist-l'en traire arrière. Et assez tost après, la royne Jehanne, ante,
-et la royne Blanche, suer dudit roy de Navarre, laquelle royne Jehanne
-avoit esté femme du roy Charles dernièrement trespassé, vindrent en la
-présence du roy et luy firent la réverence en eux inclinant devant luy.
-Et à donc, monseigneur Regnault de Trie, dit Patroullart, se agenouilla
-devant le roy et luy dist teles parolles en substance: «Mon très
-redoubté seigneur, véés-ci mesdames la royne Jehanne et la royne Blanche
-qui ont entendu que monseigneur de Navarre est en vostre male grace,
-dont elles sont fortement courouciées; et pour ce sont venues devers
-vous: et vous supplient que vous luy vueillez pardonner vostre mal
-talent; et, sé Dieu plaist, il se portera si bien par devers vous que
-vous et tout le peuple de France vous en tendrez bien contens.»
-
- [20] _Mist la main au_. Porta la main sur le.
-
-Les dites paroles dites, lesdis connestable et mareschaus alèrent querre
-ledit roy de Navarre et le firent venir devant le roy, lequel se mist
-entre les deux roynes, et à donc ledit cardinal dit en substance les
-paroles qui s'ensuivent:
-
-«Monseigneur de Navarre, nul ne se doit esmerveiller sé monseigneur le
-roy s'est tenu à mal content de vous, pour le fait qui est advenu,
-lequel il ne convient jà que je die, car vous l'avez par vos lettres si
-publié et autrement que chacun le scet. Et vous estes tant tenu à luy
-que vous ne le déussiez jamais avoir fait. Vous estes de son sanc, si
-prochain comme chascun scet; vous estes son homme et son per, et si avez
-espousée madame sa fille, et de tant avez-vous plus mespris. Toutefois
-pour l'amour de mesdames les roynes qui cy sont qui moult
-affectueusement l'en ont prié, et aussi pour ce que il tient que vous
-l'avez fait par petit conseil, il le vous pardonne de bon cuer et bonne
-volenté.»
-
-Et lors lesdites roynes et ledit roy de Navarre qui mist le genoul à
-terre en mercièrent le roy. Et encore dist le cardinal que aucun du
-lignage du roy ne se avanturast d'ores en avant de faire tels fais comme
-le roy de Navarre avoit fait: car vraiement sé il advenoit et fust le
-fils du roy qui le féist du plus petit officier que il eust, si en
-feroit-il justice. Et ce fait et dit, le roy se leva et la court se
-départi.
-
-Item, le vendredi devant la my caresme après ensuivant, vint-et-uniesme
-jour du moys de mars, un chevalier baneret des Basses-Marches, appellé
-monseigneur Regnaut de Pressigny, seigneur de Marant près de la
-Rochelle, fu trainé et puis pendu au gibet de Paris, par le jugement de
-parlement et de pluseurs du grant conseil du roy.
-
-
-
-
-VII.
-
-De la réconciliation de ceux de Harecourt pour la mort dudit
-connestable.
-
-ANNÉE 1354
-
-
-L'an mil trois cens cinquante quatre, environ le moys d'aoust, se
-réconcilièrent au roy de France lesdis conte de Harecourt et monseigneur
-Loys, son frère; et luy durent moult révéler de choses, si comme l'en
-disoit, et par espécial luy durent révéler tout le traitié de la mort
-dudit monseigneur Charles d'Espaigne, jadis connestable de France, et
-par qui ce avoit esté. Assez tost après, c'est assavoir au moys de
-septembre, se parti de Paris ledit cardinal de Bouloigne et s'en ala à
-Avignon, et disoit l'en communement que il n'estoit pas en la grace du
-roy; jà soit ce que par avant, par l'espace d'un an que il avoit demouré
-en France, il eust esté tous jours avecques le roy si privé comme homme
-povoit estre d'autres.
-
-En celuy temps se départi monseigneur Robert de Lorris chambellanc du
-roy, et se absenta, tant hors dudit royaume de France comme autre part;
-et disoit l'en communément que sé il ne fust absenté, il eust eu
-villenie et dommage du corps; car le roy estoit couroucié et moult esmeu
-contre luy; mais la cause estoit tenue si secrette que pou de gens le
-sceurent. Toutefois disoit-l'en que il devoit avoir sceu la mort dudit
-connestable avant que il fust mis à mort, et que il devoit avoir révélé
-audit roy de Navarre aucuns consaus secrès du roy, et que toutes ces
-choses furent révélées au roy par les devant dis conte de Harecourt et
-monseigneur Loys, son frère.
-
-Item, assez tost après, c'est assavoir environ le moys de novembre, l'an
-dessus dit, le roy de Navarre se parti de Normendie et s'en ala
-latitant[21] en divers lieux, jusques à Avignon.
-
- [21] _Latitant_. En cachette, _incognito_.
-
-En ce moys partirent de Paris l'arcevesque de Rouen chancelier de
-France, le duc de Bourbon et pluseurs autres, pour aler à Avignon; et
-aussi partirent le duc de Lenclastre et pluseurs autres Anglois, pour
-traitier de paix entre les roys de France et d'Angleterre, devant le
-pape.
-
-
-
-
-VIII.
-
-De la rébellion des Navarrois contre le roy de France, et de la revenue
-de monseigneur Robert de Lorris.
-
-
-En l'an dessus dit, audit moys de novembre, se parti le roy de Paris et
-ala en Normendie jusques à Caen, et fist prendre et mettre toutes les
-terres du roy de Navarre en sa main, et instituer officiers de par luy,
-et mettre garde ès chastiaux du roy de Navarre, excepté en six; c'est
-assavoir: Evreux, Pont-Audemer, Cherebourc, Gavray[22], Avranche et
-Mortaing; lesquels ne luy furent pas rendus; car il avoit dedens
-Navarrois qui respondirent à ceux que le roy y avoit envoyés que il ne
-rendroient les forteresces fors au roy de Navarre, leur seigneur, qui
-les leur avoit baillées en garde.
-
- [22] _Gavray_. Aujourd'hui bourg et chef-lieu de canton du département
- de la Manche.
-
-Item, au moys de janvier ensuivant, vint à Paris monseigneur Robert de
-Lorris, par sauf conduit que il ot du roy et demoura bien quinze jours
-après, avant que il eust né temps né lieu de parler au roy. En la parfin
-y parla-il; mais il s'en retourna à Avignon par l'ordonnance du roy et
-de son conseil, pour estre au traictié avec les gens du roy. Et assez
-tost après, c'est assavoir la fin de février audit an, vindrent
-nouvelles que les trièves qui avoient esté prises entre les deux roys,
-jusques en avril ensuivant, estoient aloingnées par le pape, jusques à
-la nativité de saint Jehan-Baptiste après ensuivant; pour ce que ledit
-pape n'avoit peu trouvé voie de paix à laquelle les traicteurs qui
-estoient à Avignon, tant pour l'un comme pour l'autre roy, se
-voulsissent consentir. Et envoia le pape messages par devers lesdis
-roys, sur une autre voie de traictié que celle qui avoit esté pourparlée
-autrefois entre lesdis traicteurs.
-
-
-
-
-IX.
-
-De la prise de la ville de Nantes en Bretaigne par les Anglois, et
-coment le chastel et tout fu recouvré.
-
-
-En l'an dessus dit mil trois cens cinquante quatre, au moys de janvier,
-le roy fist faire florins de fin or appellés florins à l'aignel, pour ce
-que en la pille avoit un aignel, et estoient de cinquante deux au
-marc[23]. Et en donnoit le roy, lors que il furent fais, quarante-huit
-pour un marc de fin or; et deffendi-l'en le cours de tous autres
-florins.
-
- [23] Le marc d'or étant alors de soixante livres, le _mouton_, comme
- les appelle Leblanc, ou plutôt, suivant notre chronique, le _florin
- à l'agnel_, valoit vingt-quatre ou vingt-cinq sols.
-
-En celuy an, audit moys de janvier, vint à Paris monseigneur Gautier de
-Lor, chevalier, comme messager dudit roy de Navarre par devers le roy de
-France, et parla à luy; et finablement s'en retourna au moys de février
-par devers le roy de Navarre, et emporta lettres de sauf conduit pour
-ledit roy de Navarre, jusques emmy avril ensuivant.
-
-Item, en celuy an, le soir de karesme prenant qui fu le dix-septiesme
-jour de février, vindrent pluseurs Anglois près de la ville de Nantes en
-Bretaigne; et en entra par eschielles environ cinquante-deux dedens le
-chastel, et le pristrent. Mais monseigneur Guy de Rochefort, chevalier,
-qui en estoit capitaine et estoit en ladite ville hors du chastel, fist
-tant par assaut et effort qu'il le recouvra en la nuit meisme. Et furent
-tous les cinquante-deux Anglois que mors que pris.
-
-
-
-
-X.
-
-Coment le roy envoia monseigneur le dauphin en Normendie, et du
-parlement que les Navarrois firent sur les François.
-
-ANNÉE 1355
-
-
-L'an mil trois cent cinquante-cinq à Pasques, le roy Jehan envoia en
-Normendie Charles, son ainsné fils, dauphin de Vienne, son lieutenant,
-et y demoura tout l'esté. Et luy octroyèrent les gens dudit pays de
-Normendie deux mil hommes d'armes pour trois mois. Et environ au mois
-d'aoust ensuivant, audit an cinquante-cinquiesme, ledit roy de Navarre
-vint de Navarre et descendi au chastel de Cherebourc en Constentin,
-environ deux mil hommes, que uns que autres, avec luy; et furent
-pluseurs traictiés avec les gens du roy de France duquel ledit roy de
-Navarre avoit espousé la fille: et lesdis roys de Navarre et de France
-envoièrent par pluseurs fois de leur gens l'un desdis roys par devers
-l'autre, et cuida-l'en, telle fois fu vers la fin du mois d'aoust, que
-il deussent avoir grant guerre l'un contre l'autre.
-
-Et les gens du roy de Navarre qui estoient ès chastiaux d'Evreux et de
-Pont-Audemer en faisoient bien semblant, car il tenoient et gardoient
-lesdis chastiaux moult diligemment et pilloient le païs environ comme
-ennemis.
-
-Et vindrent aucuns au chastel de Conches[24] qui estoit en la main du
-roy, et le pristrent et garnirent de vivres et de gens. Et pluseurs
-autres choses firent les gens dudit roy de Navarre contre le roy de
-France et contre sa gent. Et finablement, fu fait accort entre eux. Et
-ala ledit roy de Navarre devers ledit dauphin où il estoit au chastel du
-Vau-de-Rueil[25], et y estoit environ le dix-septiesme ou le
-dix-huitiesme jour de septembre ensuivant; et de là monseigneur le
-dauphin le mena à Paris devers le roy. Et le vint-quatriesme jour du
-mois dessus dit qui fu au lundi, vindrent à Paris devers le roy au
-chastel du Louvre. Et là, en la présence de moult grant quantité de gens
-et des roynes Jehanne, ante, et Blanche, suer dudit roy de Navarre,
-fist-il audit roy de France la révérence et s'excusa de ce que il
-s'estoit parti du royaume de France. Et, avec ce, dist que aucuns luy
-avoient rapporté que aucuns l'avoient blasmé devers le roy: si requist
-le roy que il luy voulsist nommer ceux qui ce avoient fait; et après
-jura moult forment que il n'avoit oncques fait choses après la mort du
-connestable contre le roy que loiaux ne peust et deust faire. Et
-néanmoins, requist au roy que il luy voulsist tout pardonner et le
-voulsist tenir en sa grace; et luy promist que il luy seroit bons et
-loyaux comme fils doit estre à père et comme vassal à son seigneur. Et
-puis le roy luy fist dire par le duc d'Athènes que il luy pardonnoit
-tout de bon cuer.
-
- [24] _Conches_. Petite ville de Normandie à quatre lieues d'Evreux.
-
- [25] _Vau-de-Rueil_. Vaudreuil, ou Notre-Dame du Vaudreuil;
- aujourd'hui bourg du département de l'Eure, à deux lieues de
- Louviers.
-
-Item, en celuy an mil trois cent cinquante-cinq, ala le prince de
-Galles, ainsné fils du roy d'Angleterre, en Gascoigne, au mois
-d'octobre; et chevaucha près de Toulouse et puis passa la rivière de
-Garonne, et alla à Carcassonne et ardi le bourc; mais il ne peust mal
-faire à la cité, car elle fu deffendue; et de là ala à Narbonne, ardant
-et pillant le païs.
-
-
-
-
-XI.
-
-Coment le roy de France manda à celuy d'Angleterre coment il se vouloit
-combattre à luy, corps contre corps ou force contre force.
-
-
-En celuy an cinquante-cinq, descendi le roy d'Angleterre à Calais en la
-fin du mois d'octobre, et chevaucha jusques à Hesdin; et rompi le parc
-et ardi les maisons qui estoient audit parc; mais il n'entra point au
-chastel né en la ville. Et le roy de France, qui avoit fait le mandement
-à Amiens, tantost que il ot oï de la venue dudit roy anglois et estoit
-en ladite ville d'Amiens, se parti et les gens qui estoient avec luy
-pour aler contre ledit roy anglois. Mais il ne l'osa atendre et s'en
-retourna à Calais tantost qu'il ot oï nouvelles que le roy de France
-s'en aloit vers luy en ardant et pillant le païs par où il passoit. Si
-ala ledit roy de France après luy jusques à Saint-Omer, et luy manda par
-le mareschal d'Odenehan[26] et par pluseurs autres chevaliers que il se
-combattroit sé il vouloit corps contre corps ou pouvoir contre pouvoir.
-Mais ledit roy anglois refusa la bataille et s'en repassa par mer sans
-plus faire en celle fois, et le roy de France s'en revint à Paris.
-
- [26] _D'Odenehan_. Arnoul d'Andrehan, suivant Froissart, capitaine du
- château d'Ardres. Mais toutes les autres relations contemporaines
- écrivent le nom de ce brave guerrier comme nos chroniques.
-
-Item, en ce meisme an cinquante-cinq au mois de novembre, le prince de
-Galles, après ce qu'il ot couru le païs de Bourdeaux jusques près de
-Toulouse et de là jusques à Narbonne, et ars et gasté le païs tout
-environ, il s'en retourna à Bourdeaux à tout le pillage et grant foison
-de prisonniers, sans qu'il trouvast qui luy donnast de rien à faire. Et
-toutes voies estoient audit païs pour le roy de France le conte
-d'Armagnac lieutenant du roy en Languedoc pour le temps; le conte de
-Foys, monseigneur Jacques de Bourbon conte de Pontieu; et aussi y estoit
-monseigneur Jehan de Clermont mareschal de France, à plus grant
-compaignie la moitié, si comme l'en disoit, que n'estoit ledit prince de
-Galles. Si en parla-on bien forment contre aucuns des dessus dis nommés
-qui là estoient ou devoient estre pour le roy de France.
-
-
-
-
-XII.
-
-De l'assemblée que le roy fist faire en parlement des nobles, du clergié
-et des bonnes villes, pour ordener aydes à soustenir le fait de la
-guerre.
-
-
-En ce meisme an, à la saint Andrieu, furent assemblés à Paris, par le
-mandement du roy, les prélas, les chapitres, les barons et les villes du
-royaume de France; et leur fist le roy exposer en sa présence l'estat
-des guerres, le mercredi après la saint Andrieu, en la chambre du
-parlement, par maistre Pierre de la Forest, lors arcevesque de Rouen et
-chancelier de France. Et leur requist ledit chancelier, pour le roy, que
-il eussent avis ensemble quelle aide il pourroient faire au roy, qui
-feust suffisant pour faire les frais de la guerre. Et pour ce que il
-avoit entendu que les sougiés du royaume se tenoient forment à grevés
-par la mutacion des monnoies, il offri à faire forte monnoie et durable,
-mais que on luy féist aide qui fust souffisant à soustenir la guerre.
-Lesquels respondirent c'est assavoir: le clergié, par la bouche de
-maistre Jehan de Craon, lors arcevesque de Rains; les nobles, par la
-bouche du duc d'Athènes; et les bonnes villes, par Estienne Marcel, lors
-prévost des marchans à Paris, que il estoient tous prests de vivre et de
-mourir avec le roy, et de mettre corps et avoir en son service; et
-délibéracion requistrent de parler ensemble, laquelle leur fu ottroiée.
-
-
-
-
-XIII.
-
-Coment le roy de France donna à monseigneur Charles, son ainsné fils, la
-duchié de Normendie et luy[27] en fist hommage.
-
- [27] _Luy_. Charles.--Il est à remarquer qu'à compter de ce don, le
- nom de _duc de Normandie_ fut affecté au prince, de préférence à
- celui de _Dauphin_.
-
-
-En ce meisme an, le lundi vigile de la Conception Notre-Dame, donna le
-roy la duchié de Normendie à monseigneur Charles, son ainsné fils,
-dauphin de Vienne et conte de Poitiers; et l'endemain, jour de mardi et
-feste de la Conception devant dicte, luy en fist ledit monseigneur
-Charles hommage, en l'hostel maistre Martin de Mello, chanoine de Paris,
-au cloistre Notre-Dame.
-
-
-
-
-XIV.
-
-Coment les gens des trois estas, présent le roy, respondirent par
-délibéracion que il feroient[28] continuelment, chascun an, trente mille
-hommes d'armes, et de l'ordonnance qui fu faite et avisée pour trouver
-le paiement à les paier.
-
- [28] _Que il feroient_. C'est-à-dire qu'ils leveroient et équiperoient
- à leurs frais.
-
-
-Après la devant dite délibération eue des trois estas dessus dis[29], il
-respondirent au roy, en la dite chambre de parlement, par la bouche des
-dessus nommés, que il luy feroient trente mille hommes chascun an à leur
-frais et despens, dont le roy les fist mercier. Et pour avoir la finance
-pour paier lesdis trente mille hommes d'armes, laquelle fu estimée à
-cinquante cent mil livres[30] par les trois estas dessus dis, ordenèrent
-que on lèveroit sur toutes gens, de tel estat que il fussent, gens
-d'églyse, nobles ou autres, imposicion de huit deniers par livre sur
-toutes denrées; et gabelle de sel courroit par tout le royaume de
-France. Mais pour ce que on ne pouvoit lors savoir sé lesdites
-imposicions et gabelle souffiroient, il fu alors ordené que les trois
-estas dessus dis retourneroient à Paris le premier de mars, pour veoir
-l'estat des dites imposicions et gabelle, et sur ce ordener ou de autre
-ayde faire pour avoir lesdites cinquante cent mil livres, ou de laissier
-courir lesdites imposicions et gabelle. Auquel premier jour de mars les
-dessus dis trois estas retournèrent à Paris, excepté pluseurs grosses
-villes de Picardie, les nobles et pluseurs autres grosses villes de
-Normendie. Et virent ceux qui y estoient l'estat desdites imposicions et
-gabelles; et tant pour ce qu'elles ne souffisoient à avoir lesdites
-cinquante cent mil livres, comme pour ce que pluseurs du royaume ne se
-vouloient accorder que lesdites imposicions et gabelles courussent en
-leur pays et ès villes où il demouroient, ordenèrent nouvel subside sus
-chascune personne en la manière qui s'ensuit. C'est assavoir que tout
-homme et personne, fust du sanc du roy et de son lignage ou autre, clerc
-ou lai, religieux ou religieuse, exempt ou non exempt, hospitalier, chef
-d'églyse ou autres, eussent revenus ou rentes, office ou administration
-quelconques; monoiers et autres, de quelque estat qu'il soient, et
-auctorité ou privilège usassent ou eussent usé au temps passé; femmes
-vefves ou celles qui faisoient chief, enfans mariés ou non mariés qui
-eussent aucune chose de par eux, fussent en garde, bail, tutelle, cure,
-mainburnie[31] ou administration quelconques; qui auroit vaillant cent
-livres de revenue et au dessous, fust à vie ou à héritage, en gaiges à
-cause d'office, en pensions à vie ou à volenté, feroit ayde et subside
-pour le fait des guerres de quatre livres. Et de quarente livres de
-revenue et au dessus quarente sols; de dix livres de revenue et au
-dessus, vint sols; et au dessous de dix livres, soient enfans en
-mainburnie, au-dessus de quinze ans, laboureurs et ouvriers gaignans qui
-n'eussent autre chose que de leur labourage, feroient ayde de dix sols.
-Et sé il avoient autre chose du leur, il feroient ayde comme les autres
-serviteurs, mercenaires ou aloués qui ne vivoient que de leur services;
-et qui gaaignast cent sols[32] par an ou plus, feroit-il semblable aide
-et subside de dix sols; à prendre les sommes dessus dites à parisis au
-païs de parisis, et à tournois au païs de tournois. Et sé lesdis
-serviteurs ne gaignoient cent sols ou au dessus, il ne paieroient rien,
-sé il n'eussent aucuns biens équipolens; auquel cas il aideroient comme
-dessus est dit. Et aussi n'aideroient de riens mendiens ou moines
-cloistrés, sans office et administracion, né enfans en mainburnie sous
-l'aage de quinze ans qui n'auroient aucune chose comme devant est dit;
-né nonnains qui vivent de revenue au dessus de quarante livres, né aussi
-femmes mariées, pour ce que leur maris aidoient; et estoit et seroit
-compté ce qu'elles avoient de par elles avec ce que leur maris avoient.
-Et quant aux clercs et gens d'églyse, abbés, prieurs, chanoines, curés
-et autres comme dessus qui avoient vaillant au dessus de cent livres en
-revenue, fussent bénéfices en sainte églyse, en patremoine, ou l'un avec
-l'autre, jusques à cinq mille livres, les dessus dis feroient ayde de
-quatre livres pour les premiers cent livres, et pour chascun autre cent
-livres, jusques auxdites cinq mille livres, quarante sols, et ne
-feroient de riens ayde au dessus desdites cinq mille livres, né aussi de
-leur meubles; et les revenues de leur bénéfices seroient prisiées et
-estimées selonc le taux du dixiesme, né ne s'en pourroient franchir né
-exempter par quelconques privilèges, né qu'il féissent[33] de leur
-dixiesme quant les dixiesmes estoient ottroiés.
-
- [29] _Des trois estas_. Dans une petite miniature du msc. de Charles
- V, on voit ici le roi sur son trône, entouré des trois états. Le
- clergé en chape épiscopale, la noblesse en manteau rouge, les villes
- en robe brune.
-
- [30] Cinq millions. La plupart des manuscrits portent _cinquante mil
- livres_. Mais celui de Charles V, si parfaitement correct pour ce
- règne et le suivant, doit faire préférer notre leçon qui d'ailleurs
- donne le seul sens vraisemblable. Villaret prétend que l'expression
- n'étoit pas alors usitée; il se trompe, c'est celle de _cinq
- millions_ qui ne l'étoit pas. Remarquons aussi que Villaret, auteur
- du reste fort recommandable, cite la _chronique du roi Jean_ comme
- un ouvrage différent des _Grandes Chroniques de France_. Cette
- erreur vient de ce que nous conservons à la Bibliothèque du roi,
- sous les nºs 9649 à 9653, un exemplaire des Chroniques de
- Saint-Denis reliées en cinq volumes. Le quatrième de ces volumes
- porte sur le dos: _Chronique du roi Jean_, mais on y reconnoît le
- texte que nous publions ici. Levesque a commis la même bévue, dans
- son livre de _La France sous les cinq premiers Valois_.
-
- [31] _Mainburnie_. Synonyme de _tutelle_.
-
- [32] _Cent sols_. Le terme moyen du salaire des ouvriers, outre leur
- nourriture, non pas à Paris mais dans les provinces, est aujourd'hui
- de _cent francs_; le sol du quatorzième siècle représente donc assez
- exactement _un franc_ de notre temps. Ainsi pour apprécier l'impôt
- qu'on venoit d'établir, on ne sera pas très-éloigné de la vérité en
- disant que les possesseurs d'un revenu de 1600 à 4000 francs furent
- tenus de payer une aide de quatre-vingts francs; ceux qui avoient
- quatre cents à seize cents francs furent taxés à quarante francs.
- Enfin on exigea vingt francs de ceux dont les appointemens, gages ou
- revenus n'atteignoient pas l'humble chiffre de 400 francs. D'après
- ce calcul, les cinq millions demandés correspondroient à une levée
- de cent millions pour nous.
-
- M. Michelet, après une évaluation fort arbitraire de ce qu'on
- demanda à chaque ordre de citoyens, ajoute l'une de ces réflexions
- si brèves, si sententieuses et souvent si injustes: _Plus on avoit
- et moins l'on payoit._ Il oublie que les citoyens riches (bourgeois
- ou nobles), indépendamment de la taxe, payoient encore de leur
- personne. Dans les trente mille hommes d'armes qu'on alloit lever
- n'étoient pas compris sans doute les chevaliers, les nobles, les
- bourgeois capables de représenter eux-mêmes autant d'hommes d'armes.
- N'étoit-ce pas alors le cas de dire: _Plus on avoit et plus l'on
- payoit_, ou bien de ne rien dire du tout? (Voyez M. Michelet,
- Histoire de France, tome III, p. 366.)
-
- [33] _Né qu'il féissent_. Non autrement qu'ils n'eussent fait...
-
-Et quant aux nobles et gens des bonnes villes qui avoient vaillant au
-dessus de cent livres de revenue, lesdis nobles feroient aide, jusques à
-cinq mille livres de revenue et néant oultre, pour chascun cent livres,
-quarante sols oultre les quatre livres pour les premiers cent livres. Et
-les gens des bonnes villes par semblable manière, jusques à mille livres
-de revenue tant seulement[34]. Et quant aux meubles des nobles qui
-n'avoient pas cent livres de revenue, l'en estimeroit les meubles qu'il
-auroient, jusques à la value de mil livres et non plus. Et des gens non
-nobles qui n'avoient pas quatre cens livres de revenue, l'en estimeroit
-leur meubles jusques à la value de quatre mille livres, c'est assavoir,
-pour cent livres de meubles, dix livres de revenue; et de tant
-feroient-il ayde par la manière dessus devisée. Et sé il advenoit que
-aucun noble n'eust vaillant en revenue tant seulement jusques à cent
-livres, né en meuble purement jusques à mil livres, ou que aucun noble
-ne eust seulement en revenue quatre cens livres, né en meuble purement
-quatre mil livres, et il eust partie en revenue et partie en meuble,
-l'en estimeroit et regarderoit la revenue et son meuble ensemble,
-jusques à la somme de mil livres quant aux nobles, et de quatre mil
-livres quant aux non nobles. Et non plus.
-
- [34] Il n'est pas aisé de comprendre cette différence à l'avantage de
- la bourgeoisie qui ne devra payer que l'impôt des premiers 20,000
- francs de revenu, tandis que les nobles seront tenus à un paiement
- proportionnel jusqu'à cent mille francs. Au reste le nombre des
- bourgeois possesseurs de pareils revenus ne devoit pas être
- considérable: chacun d'eux avoit alors les plus grandes facilités
- pour prendre rang parmi les hommes d'armes; et de là à la noblesse,
- il n'y avoit qu'une génération.
-
-
-
-
-XV.
-
-De la rebellion du menu peuple de la cité d'Arras contre les gros.
-
-
-Après avint, le samedi sixiesme jour de mars l'an mil trois cens
-cinquante-cinq dessus dit, que une dissencion s'esmut en la ville
-d'Arras des menus contre les gros; tant que ledit jour les menus tuèrent
-dix-sept des plus notables de la ville. Et le lundi ensuivant en tuèrent
-autres quatre et pluseurs en bannirent qui n'estoient pas en la dite
-ville. Et ainsi demourèrent lesdis menus seigneurs et maistres d'icelle
-ville[35].
-
- [35] Froissart dit que cette émeute de la commune contre les riches
- fut excitée par le nouvel impôt sur le sel ordonné par les trois
- états. Suivant lui, le nombre des morts n'auroit été que de
- quatorze.
-
-
-
-
-XVI.
-
-Coment le roy de Navarre fu pris au chastel de Rouen, et de la mort
-d'aucuns chevaliers de Normendie qui estoient rebelles au roy de France.
-
-
-En ce temps, le mardi sixiesme jour d'avril ensuivant qui fu le mardi
-après la my-karesme, le roy de France se parti au matin, avant le jour,
-de Maneville[36], tout armé, accompaignié d'environ cent hommes d'armes,
-entre lesquels estoient le conte d'Anjou son fils, le duc d'Orléans son
-frère, monseigneur Jehan d'Artois conte de Eu, monseigneur Charles son
-frère, cousin germain du roy, le conte de Tancarville, monseigneur
-Arnoul d'Odenehan mareschal du roy, et pluseurs autres jusques au nombre
-dessus dit. Et vint droit au chastel de Rouen par l'uys de derrière,
-sans entrer en la ville. Et trouva en la salle, assis au disner,
-monseigneur Charles son ainsné fils, duc de Normendie, Charles roy de
-Navarre, Jehan conte de Harecourt, les seigneurs de Preaux, de
-Graville[37] et de Clere, monseigneur Loys et monseigneur Guillaume de
-Harecourt, frères dudit conte, monseigneur Friquet-de-Fricamp, le
-seigneur de Tournebu, monseigneur Maubue de Mainesmares, tous
-chevaliers, Colinet Doublet et Jehan de Bantalu, escuiers, et aucuns
-autres.
-
- [36] _Maneville_. Sans doute _Saint-Pierre-de-Manneville_, à trois
- lieues de Rouen.
-
- [37] _De Graville_. Jean Malet, sire de Graville. M. Buchon, dans ses
- notes sur Froissart (liv. I, part. II, ch. 20), s'est trompé quand
- il a cru devoir corriger ce nom bien connu en celui de
- _Guerarville_.
-
-La cause fu que, depuis leur réconciliacion faite par le roy de France
-de la mort du devant dit connestable, ledit roy de Navarre avoit machiné
-pluseurs choses au dommage, déshonneur et mal du roy et de monseigneur
-son ainsné fils, et de tout le royaume de France. Et aussi le conte de
-Harecourt avoit dit au chastel de Vau-de-Rueil où estoit faite assemblée
-pour ottroier estre faite au roy ayde pour la guerre en la duchié de
-Normendie, pluseurs injurieuses et orgueilleuses paroles contre le roy,
-en destourbant de son pouvoir celle ayde estre accordée et mise à
-exécution; combien que ledit ainsné fils du roy, duc de Normendie, et
-ledit roy de Navarre l'eussent accordé au roy de France.
-
-Et pour ces causes, fist le roy les dessus nommés mettre en prison en
-diverses chambres audit chastel; et tantost ala disner le roy de France.
-Et quant il ot disné luy et tretous ses enfans, son frère et ses deux
-cousins d'Artois, et pluseurs des autres qui estoient venus avec luy,
-montèrent à cheval et alèrent en un champ derrière ledit chastel,
-appellé le champ du pardon. Et là furent menés en charrète, par le
-commandement du roy, lesdis conte de Harecourt, le seigneur de Graville,
-monseigneur Maubué et Colinet Doublet; et là leur furent ledit jour les
-testes coupées, et puis furent tous nus trainés jusques au gibet de
-Rouen; et là furent pendus et leur têtes mises sur eux, sur le gibet. Et
-fu ledit roy de France présent et aussi lesdis enfans et son frère, à
-coupper les testes et non pas au pendre. Et ce jour et l'endemain, jour
-de mercredi, délivra le roy pluseurs des autres qui avoient esté pris.
-Et finablement ne demoura que trois prisonniers; c'est assavoir ledit
-roy de Navarre, ledit Friquet-de-Fricamp, et ledit Bantalu, lesquels
-furent menés à part. C'est assavoir ledit roy de Navarre au Louvre, et
-les deux autres en Chastelet. Et depuis fu ledit roy de Navarre mené en
-Chastelet, et luy furent bailliés aucuns du conseil du roy pour luy
-garder. Et pour ce, monseigneur Phelippe de Navarre, son frère, fist
-garnir de gens et de vivres pluseurs des chastiaux que ledit roy de
-Navarre tenoit en Normendie. Et jasoit que ledit roy de France mandast
-audit monseigneur Phelippe que il luy rendist lesdis chastiaux; toute
-voie ne le voult-il faire. Mais assemblèrent luy et monseigneur Godefroy
-de Harecourt, oncle dudit conte de Harecourt, pluseurs ennemis du roy de
-France et les firent venir au pays de Constentin, lequel pays il
-tindrent contre ledit roy de France et ses gens.
-
-
-
-
-XVII.
-
-Coment monseigneur Arnoul d'Odenehan ala à Arras et mist la ville en
-l'obéissance du roy de France.
-
-ANNÉE 1356
-
-
-L'an de grace mil trois cens cinquante-six, le vint-septiesme jour du
-moys d'avril et fu le mercredi après Pasques qui furent le
-vint-quatriesme jour du moys dessus dit, monseigneur Arnoul d'Odenehan,
-mareschal de France, ala en la ville d'Arras; et là, sagement et sans
-effroy de gens d'armes, fist prendre pluseurs, jusques au nombre de cent
-et plus, de ceux qui avoient mis ladite ville en rébellion et avoient
-murdri pluseurs des bourgeois de ladite ville dont dessus est faite
-mencion. Et l'endemain, jour de jeudi, fist ledit mareschal coupper les
-testes à vint des dessus dis qu'il avoit fait prendre, au marchié de
-ladite ville, et les autres fist prisonniers tenir en prison fermée,
-jusques à tant que le roy ou luy eussent ordené autrement d'eux. Et pour
-ce, fu ladite ville mise en la vraie obéissance du roy. Et demourèrent
-les bonnes gens paisiblement en icelle, si comme il faisoient par avant
-ladite rébellion.
-
-
-
-
-XVIII.
-
-Du siège que le roy de France fist devant Breteuil, lequel chastel fu
-rendu. Et coment il poursuivi le duc de Lenclastre qui tousjours fuioit
-devant luy. Et de la prise de pluseurs chevaliers de France par ledit
-prince de Galles.
-
-
-En ce meisme an cinquante-six, en la fin du moys de juing, descendi le
-duc de Lenclastre en Constantin, et se assembla avec monseigneur
-Phelippe de Navarre qui s'estoit rendu ennemi du roy de France, pour
-cause de la prise du roy de Navarre, son frère, qui encore estoit en
-prison. Et avec eux estoit monseigneur Godefroy de Harecourt, oncle
-dudit conte de Harecourt qui avoit eu la teste couppée à Rouen. Et se
-mistrent à chevauchier, et estoient environ quatre mille combattans. Et
-chevauchièrent à Lisieux, au Bec, au Pont-Audemer. Et refreschirent le
-chastel qui avoit esté assegié par l'espace de huit ou de neuf
-sepmaines. Mais monseigneur Robert de Hotetot[38], lors maistre des
-arbalestriers, qui avoit tenu le siège devant ledit chastel, et en sa
-compaignie pluseurs nobles et autres, se partirent du siège quant il
-sorent la venue desdis ducs, monseigneur Phelippe et monseigneur
-Godefroy; et laissièrent les engins et l'artillerie qu'il avoient. Et
-ceux dudit chastel prindrent tout et mistrent dedens ledit chastel. Et
-après chevauchièrent lesdis ducs et monseigneur et leur compaignie
-jusques à Breteuil[39], en pillant et robant les villes et le pays par
-où il passoient, et rafreschirent le chastel par où il passèrent, c'est
-assavoir Breteuil. Et pour ce qu'il trouvèrent que la cité et le chastel
-d'Evreux avoit esté de nouvel rendu aux gens du roy, qui longuement
-avoit esté asségié devant, et avoit esté ladite cité arse et l'églyse
-cathédrale aussi, et pillée et robée tant par les Navarrois qui
-rendirent ledit chastel lequel fu rendu par composition, comme par
-aucuns des gens du roy qui estoient au siège; lesdis duc, monseigneur
-Phelippe et leur compaignie alèrent à Vernueil au Perche[40] et
-pristrent la ville et le chastel, et pillièrent et robèrent tout, et
-ardirent partie de ladite ville. Et le roy de France qui avoit fait la
-semonce tantost qu'il avoit oï nouvelles du duc de Lenclastre, aloit
-après, à moult grant et bele compaignie de gens d'armes et de gens de
-pié; et le suivi jusques à Condé[41], en alant vers ladite ville de
-Verneuil là où il les cuidoit trouver. Et quant il fu audit Condé il oï
-nouvelles que ledit duc et messire Phelippe s'estoient partis celuy jour
-de ladicte ville de Verneuil, et s'en aloient vers la ville de l'Aigle.
-Si les suivi le roy jusqu'à Tuebuef[42] à deux lieues ou environ de
-ladicte ville de l'Aigle; et là fu dit au roy que il ne les pourroit
-acconsuivre, car il y avoit grant forest où il se bouteroient sans ce
-que on les peust avoir. Et pour ce, s'en retourna son ost et vint devant
-un chastel que on appelle Tillières que on disoit estre en la main des
-Navarrois; et le prist le roy et y mist gardes.
-
- [38] _Hotetot_, ou _Hondetot_. Aujourd'hui: _Houdetot_.
-
- [39] _Breteuil_. Aujourd'hui petite ville du département de l'Eure,
- sur les bords de l'Iton.
-
- [40] _Au Perche_. Ou plutôt _en Timerais_.
-
- [41] _Condé_. Aujourd'hui _Condé-sur-Iton_, bourg du département de
- l'Eure, près de _Breteuil_.
-
- [42] _Tuebeuf_. Entre _Laigle_ et _Mortagne_. Aujourd'hui village du
- département de l'Orne.--Pour le château de _Tillières_, bâti par
- Richard II de Normandie, nous en avons déjà parlé ailleurs.
-
-Et après ala devant ledit chastel de Breteuil auquel avoit gens de par
-le roy de Navarre. Mais pour ce que il ne vouldrent rendre le chastel,
-le roy et tout son ost y mistrent le siège et y demourèrent huit
-sepmaines. Et finablement fu rendu au roy ledit chastel par composicion,
-et s'en alèrent ceux qui estoient dedens là où il vouldrent, et
-emportèrent leur biens. Et de là se parti le roy et s'en ala à Chartres
-et fit la semonce pour aler contre le prince de Galles, ainsné fils du
-roy d'Angleterre, qui s'estoit parti de Bourdeaux et estoit venu en
-Berry en robant, pillant et ardant le pays par où il passoit. Et par
-semblable manière, s'en vint[43] devers la rivière de Loire et passa par
-la ville de Rumorentin, et là prist pluseurs chevaliers et autres qui
-estoient dedans, entre lesquels furent pris le seigneur de Craon et
-Bouciquaut. Et après chevaucha ledit prince droit vers Tours. Et le roy
-de France ala après pour le rencontrer. Et quant le prince sceut que le
-roy luy aloit à l'encontre, il s'en retourna vers Poitiers; et jà soit
-ce que ledit roy n'eust encore que un pou de gent, toutefois suivoit-il
-ledit prince le plus tost que il povoit pour soy combatre à luy. Et
-avint que le samedi, dix-septiesme jour du moys de septembre, l'an
-dessus dit, le roy bien accompaignié fu près dudit prince et de son ost,
-à deux lieues ou environ.
-
- [43] _S'en vint_. Il s'agit du prince de Galles, et non plus du roi
- Jehan.
-
-Et iceluy samedi, le conte de Sancerre, le conte de Joigny, le seigneur
-de Chastillon-sur-Marne, souverain maistre de l'ostel du roy, et
-pluseurs autres armés chevaliers et escuiers qui aloient après le roy,
-trouvèrent pluseurs des gens dudit prince en leur chemin auxquels il se
-combattirent: et furent lesdis contes et seigneur de Chastillon pris et
-pluseurs de ceux qui estoient en leur compaignie.
-
-
-
-
-XIX.
-
-De la bataille qui fu devant Poitiers et de la prise du roy de France
-qui plus vassalment[44] s'y porta que nul autre.
-
- [44] _Vassalment_. Chevaleureusement. Le mot _Vassal_ n'avoit pas
- autrefois d'autres sens que celui de _Chevalier_: il n'emportoit
- avec lui aucune idée de dépendance.
-
-
-Le lundi ensuivant dix-neuviesme jour dudit moys de septembre, l'an
-cinquante-six dessus dit, entre prime et tierce ou environ, l'ost du roy
-de France fu logié devant l'ost dudit prince, à moins du quart d'une
-lieue. Et vint le cardinal de Pierregort qui avoit esté envoié en France
-par le Saint-Père, pour traitier de la pais entre lesdis roys de France
-et d'Angleterre; lequel cardinal ala pluseurs fois de l'un ost à
-l'autre, pour savoir sé il pourroit trouver aucun bon traictié; mais il
-ne pot. Et pour ce s'en ala à Poitiers qui estoit à deux petites lieues
-du lieu où ledit roy de France et son ost estoient d'une part et ledit
-prince et son ost d'autre part, lequel lieu estoit assez près d'un
-chastel de l'évesque de Poitiers, appellé Chauvigny[45]. Et estoit l'ost
-dudit prince logié en un fort pays de haies et de buissons. Et
-néantmoins le duc d'Athènes, lors connestable de France, monseigneur
-Arnoul d'Odenehan et monseigneur Jehan de Clermont lors mareschal, et
-leur batailles coururent sus à l'ost dudit prince d'une part, et
-monseigneur le duc de Normendie, ainsné fils du roy de France, qui avoit
-une bataille, le duc d'Orléans, frère du roy, qui en avoit une autre, et
-ledit roy qui avoit la tierce, s'approchièrent de l'ost dudit prince.
-Mais il estoient en si forte place que il ne porent entrer en eux, et
-pluseurs desdites batailles de la partie du roy de France, tant
-chevaliers comme escuiers, s'enfuirent vilainement et honteusement. Et
-dient aucuns que pour ce fu l'ost dudit roy de France desconfit, et les
-autres dient que la cause de la desconfiture fu pour ce que on ne povoit
-entrer auxdis Anglois; car il s'estoient mis en trop forte place, et
-leur archiers traioient si dru que les gens du roy de France ne povoient
-demourer en leur trait.
-
- [45] _Chauvigny_. Sur la Vienne.
-
-Finablement, la place demoura audit prince de Galles et à ses gens,
-jasoit ce que le roy de France eust autant de gens comme ledit prince.
-Et là furent mors, de la partie du roy de France: le duc de Bourbonnois,
-le duc d'Athènes connestable, ledit monseigneur Jehan de Clermont
-mareschal, monseigneur Geoffroy de Charny qui portoit l'oriflambe,
-monseigneur Regnaut Chauveau évesque de Chaalons, et pluseurs autres
-jusques au nombre de huit cens ou environ. En ladite bataille furent
-pris ledit roy de France qui si vassaument se porta comme chevalier
-peust faire, monseigneur Phelippe son ainsné fils, monseigneur Jaques de
-Bourbon conte de Pontieu et frère du devant dit duc de Bourbonnois,
-monseigneur Jehan d'Artois conte de Eu, monseigneur Charles son frère
-conte de Longueville-la-Giffart, cousins germains dudit roy de France,
-monseigneur Jehan de Meleun conte de Tancarville, monseigneur Jehan de
-Meleun son ainsné fils, monseigneur Guillaume de Meleun arcevesque de
-Sens, et Simon de Meleun frère dudit conte; le conte de Ventadour, le
-conte de Dampmartin, le conte de Vendosme, le conte de Vaudemont, le
-conte de Salebruche, le conte de Nasso, et ledit mareschal d'Odenehan et
-pluseurs autres, tant chevaliers comme autres, jusques au nombre de
-dix-sept cens ou environ; et bien y ot tant de mors comme de pris, tant
-de ceux qui sont nommés comme autres, cinquante-deux chevaliers
-bannerès. Et de ladite besoigne l'en fist retraire le duc de Normendie
-ainsné fils du roy, le duc d'Anjou et le conte de Poitiers ses frères,
-et le duc d'Orléans, frère dudit roy. Et pou d'autres dux ou contes en
-eschapa qui ne fussent mors ou pris. Et après, s'en retournèrent à Paris
-lesdis duc de Normendie, conte de Poitiers et duc d'Orléans, et ledit
-conte d'Anjou demoura en son pays pour le garder. Et entra ledit duc de
-Normendie à Paris le juedi vint-neuviesme jour dudit moys de septembre,
-et fist une convocation de tous les trois estas du royaume de France,
-c'est assavoir: des gens d'églyse, des nobles et de ceux des bonnes
-villes, pour estre à Paris le quinziesme jour du moys d'octobre
-ensuivant. Et ledit prince de Galles enmena à Bourdeaux ledit roy de
-France et tous ses autres gros prisonniers, excepté ledit conte de Eu
-qui fu recreu[46] sur sa foy, jusques à la Toussains ensuivant pour ce
-que il estoit blecié. Et autres prisonniers, tant chevaliers comme
-autres qui n'estoient pas de moult grant auctorité, furent mis à raençon
-et recreus sur leur foy pour aler pourchacier leur raençons.
-
- [46] _Recreu_. Racheté.
-
-
-
-
-XX.
-
-Coment monseigneur Charles duc de Normendie et ainsné fils du roy de
-France, après ce que il fu revenu de la bataille de Poitiers, fist
-assembler les gens des trois estas pour ordener hastivement de la
-délivrance du roy son père. Et furent les gens du conseil du roy séparés
-du conseil de ceux des trois estas, qui furent esleus cinquante pour
-tous.
-
-
-En ce meisme an, le quinziesme jour dudit moys d'octobre qui fu en un
-jour de samedi, vindrent à Paris pluseurs gens d'églyse et nobles et
-gens de bonnes villes de la langue d'oil. Et le lundi ensuivant furent
-tous assemblés en la chambre du parlement par le commandement de
-monseigneur le duc de Normendie qui fu là présent, et en la présence
-duquel monseigneur Pierre de la Forest, arcevesque de Rouen et
-chancelier de France, exposa à ceux des trois estas dont dessus est
-faite mencion, la prise du roy, et coment il s'estoit vassaument combatu
-de sa propre main, et nonobstant ce avoit esté pris par grant infortune.
-Et leur monstra ledit chancelier coment chascun devoit mettre grant
-paine à la délivrance dudit roy. Et après leur requist, de par
-monseigneur le duc, conseil coment le roy pourroit estre recouvré, et
-aussi de gouverner les guerres et aides à ce faire.
-
-Lesquels des trois estas, c'est assavoir les gens d'églyse par la bouche
-de monseigneur de Craon, arcevesque de Rains, les nobles par la bouche
-de monseigneur Phelippe, duc d'Orléans et frère germain du roy, et les
-gens des bonnes villes par la bouche d'Estienne Marcel, bourgois de
-Paris et lors prévost des marchans, respondirent que il vouloient faire
-tout ce qu'il pourroient aux fins dessus dites, et requistrent délay
-pour eux assembler et parler ensemble sur ces choses; lequel fu donné.
-Et furent mis et ordenés, par ledit monseigneur de Normendie, pluseurs
-du conseil du roy pour aler au conseil des dessus dis trois estas. Et
-quant il y orent esté par deux jours, on leur fist sentir et dire que
-lesdites gens des trois estas ne besoigneroient point sur les choses
-dessus dites, tant que les gens du conseil du roy feussent avec eux. Et,
-pour ce, se déportèrent lesdites gens du conseil du roy de plus aler aux
-assemblées des trois estas qui estoient chascun jour faites en l'ostel
-des frères Meneurs, à Paris. Et continuèrent quinze jours ou environ,
-tant que il ennuioit à pluseurs de ce que lesdis trois estas attendoient
-si longuement à faire leur responses sur les choses dessus dites.
-Toutefois, après que lesdis trois estas orent conseillié et assemblé par
-plus de quinze jours, et esleu de chascun des trois estas aucuns
-auxquels les autres avoient donné pouvoir de ordener ce que bon leur
-sembleroit pour le prouffit du royaume; iceux esleus qui estoient
-cinquante ou environ de tous les trois estas dessus dis, firent sentir
-audit monseigneur le duc de Normendie qu'il parleroient volentiers à luy
-secrètement. Et pour ce ala ledit duc luy sixiesme seulement auxdis
-frères Meneurs par devant lesdis esleus, lesquels luy distrent que il
-avoient esté ensemble, par pluseurs journées, et avoient tant fait que
-il estoient tous à un accort. Si requistrent audit monseigneur le duc
-qu'il voulsist tenir secret ce que il luy diroient qui estoit pour le
-sauvement du royaume, lequel monseigneur le duc respondi qu'il n'en
-jureroit jà; et pour ce ne laissièrent pas à dire les choses qui
-s'ensuivent.
-
-Premièrement il luy distrent que le roy avoit esté mal gouverné au temps
-passé: et tout avoit esté par ceux qui l'avoient conseillié, par
-lesquels le roy avoit fait tout ce que il avoit fait, dont le royaume
-estoit gasté et en péril d'estre tout destruit et perdu. Si luy
-requistrent que il voulsist priver les officiers du roy que il luy
-nommeroient lors de tous offices, et que il les féist prendre et
-emprisonner, et prendre tous leur biens; et que dès lors il tenist tous
-les biens dessus dis pour confisqués. Et pour ce que monseigneur Pierre
-de la Forest, lors arcevesque de Rouen et chancelier de France, qui
-estoit l'un des officiers contre lesquels il faisoient lesdites
-requestes, estoit personne d'églyse, si que monseigneur le duc n'avoit
-aucune connoissance sur luy[47], si requistrent que il voulsist escripre
-au pape de sa propre main, et supplier que il luy donnast commissaires
-tels comme lesdis esleus des trois estas nommeroient, lesquels
-commissaires eussent puissance de punir ledit arcevesque des cas que
-lesdis esleus bailleroient contre ledit arcevesque et contre les autres
-officiers de qui les noms s'ensuivent: Messire Simon de Bucy, chevalier
-du grant conseil du roy et premier président en parlement; messire
-Robert de Lorris qui avoit esté premier chambellan du roy Jehan; messire
-Nicolas Braque, chevalier et maistre d'ostel du roy, et par avant avoit
-esté son trésorier et après maistre de ses comptes; Enguerran du
-Petit-Celier, bourgois de Paris et trésorier de France; Jehan
-Poillevilain, bourgois de Paris, souverain maistre des monnoies et
-maistre des comptes du roy; et Jehan Chauveau de Chartres, trésorier des
-guerres. Et requistrent lesdis esleus que commissaires feussent donnés
-tels que il nommeroient et procéderoient contre lesdis officiers, sur
-les cas que lesdis esleus bailleroient. Et sé lesdis officiers estoient
-trouvés coupables, si feussent punis; et sé il feussent trouvés
-innocens, si vouloient que il perdissent tous leur dis biens et
-demourassent perpétuelment sans office royal[48].
-
- [47] _Connoissance_, etc. C'est-à-dire, ne pouvoit en rien connoître
- de son cas.
-
- [48] On voit que la _justice du peuple_ étoit à peu près la même au
- XIVe siècle et à la fin du XVIIIe. La chronique conservée dans le
- manuscrit du Supplément françois, nº 530, ajoute au nom de ces
- magistrats ceux de _Jaques La Vache_ et de _Pierre de Mainville_.
- (fº 60, vº.)
-
-Item, requistrent audit monseigneur le duc que il voulsist délivrer le
-roy de Navarre, lequel avoit esté emprisoné par le roy, père dudit
-monseigneur le duc, si comme dessus est dit; en luy disant que depuis
-que ledit roy de Navarre avoit esté emprisonné, nul bien n'estoit venu
-au roy né au royaume, pour le péchié de la prise dudit roy de Navarre.
-
-Item, requistrent encore audit monseigneur le duc que il se voulsist
-gouverner du tout par certains conseilliers que il luy bailleroient de
-tous les trois estas; c'est assavoir quatre prélas, douze chevaliers et
-douze bourgois: lesquels conseilliers auroient puissance de tout faire
-et ordener au royaume, ainsi comme le roy, tant de mettre et oster
-officiers, comme de autres choses; et pluseurs autres requestes luy
-firent grosses et pesans.
-
-Si leur respondi ledit monseigneur le duc que de ces choses il auroit
-volentiers avis et délibéracion avec son conseil: mais toutes voies il
-vouloit bien savoir quelle ayde lesdis trois estas luy vouloient faire.
-Lesquels esleus luy respondirent que il vouloient ordener entre eux que
-les gens d'églyse paieroient un dixiesme et demi pour un an, mais que de
-ce il eussent congié du pape. Les nobles paieroient dixiesme et demi de
-leur revenues. Et les gens de bonnes villes feroient, pour cent feux, un
-homme armé. Et disoient lesdis esleus que ladite ayde estoit
-merveilleusement grant et qu'elle pouvoit bien monter à trente mille
-hommes armés. Et pour sur ce avoir avis et de toutes les choses dessus
-dites, monseigneur le duc se départi de eux, et l'endemain après disner
-devoit leur en respondre. Et pour ce assembla ledit monseigneur le duc
-au chastel du Louvre pluseurs de son lignage et autres chevaliers, et ot
-avis et délibéracion sur les choses dessus dites; et pluseurs fois tant
-audit jour de l'endemain comme en deux ou trois jours ensuivans, envoia
-ledit monseigneur le duc aux frères Meneurs[49] devers lesdis esleus,
-pluseurs de ceux de son lignage, pour les requérir de traictier avec
-eux, coment il se voulsissent déporter d'aucunes des requestes que eux
-luy avoient faites, par espécial de trois dont dessus est faite mencion;
-en leur monstrant que lesdites requestes touchoient le roy, son père, de
-si près que il ne les oseroit faire né acomplir sans le congié exprès de
-son père.
-
- [49] Le couvent des _Cordeliers_ ou _Frères Mineurs_ comprenoit une
- grande partie de la _rue_ et de l'_école de médecine_. Le réfectoire
- qui servoit en 1792 de réunion au _club des Cordeliers_ existe
- encore.
-
-Finablement, pour ce que lesdis esleus ne se vouldrent déporter desdites
-requestes né d'aucune d'icelles, pluseurs de ceux du lignage de
-monseigneur le duc et autres chevaliers qui avoient esté à son conseil
-sur lesdites choses, furent d'accort et conseillièrent à monseigneur le
-duc que il acomplist lesdites requestes, pour ce que autrement il ne
-pouvoit avoir aide des trois estas, sans laquelle ayde il ne pouvoit
-faire né gouverner la guerre. Et pour ce, fu journée assignée auxdis
-trois estas, à leur requeste, pour oïr tout ce qu'il vouldroient dire
-publiquement, en la chambre du parlement à un jour de lundi matin veille
-de Toussains. Mais ledit monseigneur le duc qui moult estoit forment
-courroucié et troublé pour cause de dites requestes qui luy avoient esté
-faites à part et secrètement, si comme dessus est dit, et lesquelles on
-luy vouloit faire publiquement en la chambre de parlement, considérant
-que lesdites requestes il ne povoit acomplir sans courroucier forment le
-roy, son père, et sans luy faire offense notable, manda et fist aler par
-devers luy aucuns autres de ses conseilliers, lesquels il n'avoit point
-appellés aux choses dessus dites; et leur exposa, de sa bouche, les
-requestes que lesdis trois estas luy avoient faites, et aussi l'aide que
-il luy offroient, et voult que ses conseilliers en déissent leur avis.
-Lesquels, en la présence de pluseurs des autres qui autrefois y avoient
-esté, luy monstrèrent coment il ne devoit faire né acomplir lesdites
-requestes dessus exprimées. Et aussi luy monstrèrent coment l'aide que
-l'en luy offroit n'estoit pas souffisante pour fournir sa guerre. Et
-jasoit ce que, par les esleus, eust esté dit audit monseigneur le duc
-que ladite aide povoit faire et fournir trente mille hommes armés, c'est
-assavoir, pour chascun homme demi florin à l'escu[50] pour jour, lesdis
-conseilliers monstrèrent audit monseigneur le duc que ladite aide ne
-povoit monter que huit ou neuf mille hommes armés, par pluseurs fais et
-raisons auxquelles s'accordèrent pluseurs autres qui estoient au conseil
-dudit duc, qui bien estoient jusques au nombre de trente et plus. Et
-jasoit ce que la plus grant partie d'iceux eust par avant esté d'accort
-que ledit monseigneur le duc acomplist lesdites requestes et luy eussent
-conseillé, toutesvoies se revindrent-il lors, et furent tous d'un accort
-qu'il ne le féist pas.
-
- [50] _Demi florin à l'escu_. En octobre 1356, le florin d'or valoit 20
- sols, par conséquent le demi-florin auroit été de 10 sols,
- correspondant à 10 francs d'aujourd'hui. Cette paie d'un homme
- d'armes, c'est-à-dire de deux cavaliers, paroîtroit énorme si l'on
- ne devoit pas y comprendre les frais du premier _adoubement_.
-
-Mais pour ce que moult grant peuple estoit assemblé en ladite chambre de
-parlement en laquelle lesdites requestes devoient tantost estre faites
-audit monseigneur le duc, par la bouche de maistre Robert le Coq, lors
-evesque de Laon, le dit monseigneur le duc ot conseil coment il pourroit
-faire départir ledit peuple; et, par le conseil que il ot, il envoia
-quérir en ladite chambre de parlement pour venir devers luy en la pointe
-du palais où il estoit, aucuns de ceux des trois estas, et par espécial
-de ceux qui principalement gouvernoient les autres et conseilloient à
-faire lesdites requestes. Et là vindrent par devers luy maistre Raymon
-Saquet, arcevesque de Lyon; monseigneur Jehan de Craon, arcevesque de
-Rains, et ledit maistre Robert le Coq, evesque de Laon, pour les gens
-d'églyse. Pour les nobles y furent monseigneur Waleran de Lucembourc,
-monseigneur Jehan de Conflans, mareschal de Champaigne, et monseigneur
-Jehan de Péquigny, lors gouverneur d'Artois. Et pour les bonnes villes,
-y furent Estienne Marcel, prévost des marchans de Paris; Charles
-Toussac, eschevin, et pluseurs autres de pluseurs autres bonnes villes.
-Et là, leur dit et exposa ledit monseigneur le duc aucunes nouvelles que
-il avoit oïes, tant du roy son père comme de son oncle l'empereur, et
-leur demanda sé il leur sembloit que il feust bon que lesdites requestes
-et response qui luy devoient estre faites de par les trois estas, et
-pour lesquelles faire et oïr le peuple estoit assemblé en ladite chambre
-de parlement, fussent délayées jusqu'à une autre journée pour les causes
-et raisons qu'il leur dist lors. Et furent d'accort tous ceux qui là
-estoient présens, tant du conseil dudit monseigneur le duc comme des
-envoiés desdis trois estas, que lesdites requestes et responses fussent
-différées jusques au juesdi ensuivant. Jasoit ce que on apperceust que
-aucuns desdis envoiés eussent mieux voulu que la besoigne n'eust point
-esté différée. Et toutes voies furent-il d'accort, par leur opinions, au
-délay. Et ainsi se départirent et retournèrent en ladite chambre de
-parlement, et le duc d'Orléans et pluseurs autres avec eux. Et parla
-ledit duc d'Orléans au peuple qui estoit assemblé en la chambre de
-parlement, et leur dit que monseigneur le duc de Normendie ne pourroit
-lors oïr les requestes et responses que on luy devoit faire pour
-certaines nouvelles que il avoit oïes tant du roy, son père, que de son
-oncle l'empereur, desquelles il leur fist aucunes dire en publique. Et
-pour ce se départi ladite assemblée de la dicte chambre de parlement, et
-s'en alèrent aucuns en leur pays.
-
-
-
-
-XXI.
-
-De l'ordenance que ceux de la Langue d'oc firent pour l'amour et
-rédemption du roy de France.
-
-
-En ce meisme an au moys d'octobre, les trois estas de la Langue d'oc se
-assemblèrent en la ville de Thoulouse, par l'auctorité du conte
-d'Armagnac, lieutenant du roy au pays, pour traictier ensemble à faire
-aide convenable pour la délivrance du roy. Et là firent pluseurs
-ordenances par l'autorité dessus dite. Premièrement que il feroient cinq
-mil hommes d'armes, chascun à deux chevaux, et auroit chascun homme
-d'armes demi florin à l'escu pour jour. Et feroient mil sergens armés à
-cheval, deux mil arbalestiers et deux mil pavasiers[51], tous à cheval,
-et auroient chascun desdis sergens, arbalestiers et pavaisiers, huit
-florins à l'escu[52] pour chascun moys, et feroient ladite aide pour un
-an. Et si ordenèrent que tous les dessus dis seroient paiés par ceux et
-en la manière que lesdis estas ordeneroient, ou les esleus par iceux. Et
-oultre ce, ordenèrent que homme né femme dudit pays de Langue d'oc ne
-porteroit par ledit an, sé le roy n'estoit avant délivré, or né argent
-né perles, né vair né gris, robes né chapperons découppés né autres
-cointises quelconques; et que aucuns menesterieus jugleurs ne joueroient
-de leur mestiers. Et encores ordenèrent certaine monnoie, c'est assavoir
-trente-deuxiesme, laquelle il firent faire et monnoier ès monnoies[53]
-du roy dudit pays par l'autorité dudit conte, jasoit ce que au pays de
-Langue d'oc courust lors autre monnoie, c'est assavoir monnoie
-soixantiesme. Et pour avoir confermacion de toutes les choses dessus
-dites envoièrent à Paris devers monseigneur le duc de Normendie, ainsné
-fils du roy et son lieutenant-général, trois personnes, c'est assavoir
-de chascun des trois estas une; et leur furent confermées par ledit
-monseigneur le duc toutes les choses dessus dites.
-
- [51] _Pavasiers_. Garnis de _pavas_ ou _pavois_, petit bouclier rond.
-
- [52] _Huit florins à l'escu_. C'est-à-dire environ cent soixante
- francs; la moitié de la solde d'un homme d'armes.
-
- [53] _Es monnoies_. Aux hôtels des monnoies.
-
-_Incidence_. En celuy temps, c'est assavoir l'an cinquante-six, jour de
-la saint Luc, dix-huitiesme jour du moys d'octobre dessus dit, fu
-mouvement de terre si grant, que pluseurs villes et chastiaux en
-fondirent en terre, et par espécial ès païs de Lorraine et d'Alemaigne.
-
-
-
-
-XXII.
-
-Coment monseigneur le duc de Normendie, tant de son bon entendement
-naturel comme par bonne délibéracion de son conseil, fist despartir les
-gens des trois estas et leur fist dire que chascun d'eux s'en repairast
-en son lieu.
-
-
-Le mercredi ensuivant qui fu l'endemain de la feste de Toussains, ledit
-monseigneur le duc manda au Louvre pluseurs du conseil du roy et du
-sien, et aucuns de ceux des trois estas dont dessus est faite mencion;
-et ot délibéracion assavoir sé il estoit bon que ceux des trois estas
-qui estoient à Paris s'en allassent chascun en son pays sans plus faire
-quant alors, pour aucunes causes qu'il leur dist. Et luy fu conseillié
-pour la plus grant partie de tous ceux qui furent audit conseil que
-ainsi le féist. Et pour ce, dit à ceux qui estoient présens desdis trois
-estas que ainsi le féissent, et leur pria que il déissent de par luy aux
-autres qui estoient à Paris que chascun s'en allast en son lieu. Et leur
-dist que il les remanderoit, mais que il eust oï certains messagiers,
-chevaliers qui venoient de devers le roy, son père, qui luy aportoient
-certaines nouvelles de par luy; et aussi que il eust esté devers
-l'empereur, son oncle, par devers lequel il entendoit aler briefment.
-
-Dont pluseurs desdis estas qui avoient entencion de gouverner le royaume
-par les requestes que il avoient faites audit monseigneur le duc, furent
-moult dolens; et bien leur fu avis que toutes ces choses avoient esté
-faites par ledit monseigneur le duc, pour départir ladite assemblée
-desdis trois estas qui estoient à Paris: et, en vérité, ainsi estoit-il.
-
-Et pour ce, l'endemain qui fu jour de juesdi, pluseurs desdis trois
-estas qui estoient encore à Paris, monseigneur le duc estant à
-Montlehéri là où il ala celuy jour au matin, s'assemblèrent au chapitre
-desdis frères Meneurs. Et là ledit evesque de Laon publia en la présence
-de ceux qui y vouldrent venir coment monseigneur le duc leur avoit
-requis conseil et aide, et coment, pour ce faire, il avoient esté
-assemblés par pluseurs fois et par maintes journées, et près pour ladite
-response faire, laquelle monseigneur le duc n'avoit voulu oïr. Et leur
-dit que chascun d'eux préist copie des choses qui avoient esté ordenées
-par lesdis esleus, et l'emportast en son pays. Lesquelles choses firent
-pluseurs desdis trois estas qui estoient à ladite assemblée. Et jà soit
-ce que, par pluseurs fois, ledit monseigneur le duc parlast audit
-prévost des marchans et par pluseurs journées, et aussi aux eschevins de
-Paris en eux requerrant que il luy voulsissent faire aide à soustenir la
-guerre, si ne s'y vouldrent accorder né consentir, s'il ne faisoit
-assembler lesdis trois estas, laquelle chose il n'ot pas conseil de
-faire. Et pour ce, il ordena que on envoieroit certains des conseilliers
-du roy par les bailliages du royaume, pour requérir ladite aide aux
-bonnes villes.
-
-
-
-
-XXIII.
-
-Coment monseigneur Robert de Clermont desconfit en Normendie les gens
-monseigneur Phelippe de Navarre, et y fu occis monseigneur Godefroy de
-Harecourt.
-
-
-Après les choses dessus dites, au moys de novembre ensuivant, avint que
-monseigneur Robert de Clermont, lieutenant de monseigneur le duc de
-Normendie au pays de Normendie, se combatti contre les gens monseigneur
-Phelippe de Navarre, qui estoient au pays de Constentin, avec lesquels
-estoit monseigneur Godefroy de Harecourt qui s'estoit rendu ennemi du
-roy de France tantost qu'il oï les nouvelles de son nepveu le conte de
-Harecourt que le roy avoit fait décapiter à Rouen le karesme précédent,
-lorsque le roy de France prist le roy de Navarre, comme dessus est dit
-plus à plain. Et fu ledit monseigneur Godefroy desconfit et occis en
-ladite bataille, et ceux de sa compaignie. Et de huit cens hommes qui
-estoient des gens d'armes dudit monseigneur Phelippe avec ledit
-monseigneur Godefroy, n'en eschappa nul ou peu qui ne fussent mors ou
-pris.
-
-
-
-
-XXIV.
-
-Coment le chastel de Pont-Audemer que les Navarrois tenoient fu rendu
-aux gens du roy de France.
-
-
-Le dimanche quatriesme jour du moys de décembre ensuivant, ceux qui
-estoient au chastel de Pont-Audemer[54], au bailliage de Rouen, qui
-ledit chastel avoient tenu, comme ennemis du roy de France, au nom dudit
-roy de Navarre et de monseigneur Phelippe, son frère, et avoient pillé,
-robé et gasté tout le pays d'environ, rendirent le chastel par
-composicion aux gens du roy de France et de son fils monseigneur le duc
-de Normendie, qui avoient esté au siège devant ledit chastel depuis le
-moys de juillet précédent; et s'en alèrent, par ladite composicion, là
-où il vouldrent, à tout leur biens et leur prisonniers qu'il avoient
-dedens ledit chastel. Et si leur donna l'en encore six mille florins à
-l'escu[55], pour rendre ledit chastel.
-
- [54] C'étoit un corps d'Allemands qui, d'abord à la solde du brave
- Baudrain de la Heuze, avoient, en son absence, livré la ville à Jean
- de Couloigne, Navarrois. (Chr. msc., nº 530, S. Fr.)
-
- [55] _Six mille florins à l'escu_. Environ cent vingt mille francs
- d'aujourd'hui.
-
-
-
-
-XXV.
-
-Coment monseigneur le duc de Normendie, ainsné fils du roy de France,
-ala devers l'empereur, son oncle.
-
-
-Le lundy cinquiesme jour dudict moys de décembre, parti monseigneur le
-duc de Normendie de Paris pour aler à Mès par devers monseigneur Charles
-de Boesme, empereur de Rome, oncle dudit monseigneur le duc, pour parler
-à luy et avoir conseil de luy, tant sur le gouvernement du royaume de
-France et de la prise du roy son père, comme de pluseurs autres choses;
-et laissa à Paris son lieutenant, son frère ainsné après luy,
-monseigneur Loys, conte d'Anjou.
-
-
-
-
-XXVI.
-
-Coment le prévost des marchans, avec pluseurs habitans de la ville de
-Paris, alèrent par pluseurs fois par devers monseigneur d'Anjou, pour
-faire cesser la nouvelle monnoie qui couroit pour le temps.
-
-
-Le samedi ensuivant, dixiesme jour de décembre, fu publiée à Paris la
-nouvelle monnoie qui avoit esté faite par l'ordenance dudit monseigneur
-le duc de Normendie, et par son conseil; c'est assavoir: deniers blans
-de six sous huit deniers de taille, et de quatre deniers d'aloy,
-appellée monnoie quarante-huitiesme; et avoit chascun denier cours pour
-douze deniers tournois. Et autres blans deniers, qui par avant couroient
-pour huit deniers tournois la pièce, furent rabaissiés à trois tournois;
-et le mouton d'or fu mis à trente sous tournois. Desquelles choses le
-commun de Paris fu moult esmeu, et par espécial pour cause de ladite
-nouvelle monnoie; car ceux qui gouvernoient la ville ne vouloient
-souffrir ledit monseigneur le duc avoir finances, sans lettre de
-gaaignier[56]. Et, pour celle cause, le prévost des marchans et pluseurs
-des habitans de ladite ville de Paris alèrent au Louvre le lundi
-ensuivant, douziesme jour dudit moys, par devers ledit conte d'Anjou qui
-estoit demouré lieutenant de monseigneur le duc de Normendie qui estoit
-alé par devers l'empereur son oncle, si comme dessus est dit. Et luy
-requistrent que il voulsist faire cesser ladite monnoie en luy disant
-que il ne souffriroient point qu'elle courust; et de fait empeschièrent
-ledit cours, et ne souffrirent que aucun la préist ou méist.
-
- [56] _Sans lettre de gaaignier_. Ainsi portent les meilleures leçons;
- mais quelques manuscrits remplacent ces mots assez obscurs par
- ceux-ci: _Sans leur congié_ ou _sans leur dangier_. Ce qui
- s'entendroit mieux. J'ai dû cependant préférer les textes
- authentiques.
-
-Si leur fist dire ledit conte que il auroit avis à son conseil sur
-ladite requeste, et l'endemain, au jour de mardi, leur respondroit.
-Auquel mardi retournèrent audit Louvre lesdis prévost des marchans et
-habitans, en plus grant nombre quatre fois que il n'avoient fait la
-journée devant; mais pour ce que ledit conte n'avoit pas encore eu
-plenière délibéracion sur ladite requeste, il leur fist dire et prier
-que il attendissent jusques à l'endemain, jour de mercredi; et lors
-tournaissent devers luy, et il respondroit tant que il leur devroit
-suffire.
-
-Auquel mercredi retournèrent ledit prévost et habitans par devers ledit
-conte d'Anjou en trop plus grant nombre que par avant, et leur fist
-accorder que l'en cesseroit de faire ladite monnoie jusques à tant que
-ledit conte d'Anjou sauroit la volenté dudit duc de Normendie, son
-frère, par devers lequel il pensoit tantost envoier pour celle cause, et
-escripre la requeste des dessus dis de Paris.
-
-Et ainsi se départirent et ne courut puis ladite nouvelle monnoie. Et
-aussi ne furent point gardées les ordenances faites sur les cours des
-autres monnoies; mais furent prises et mises si comme par avant
-estoient.
-
-Item, le samedi vingt-quatriesme jour dudit moys de décembre, qui fu la
-vigille de Noël, mil trois cens cinquante-six dessus dis, le pape
-prononça six cardinaux nouveaux, desquels fu l'un dessus nommé
-monseigneur Pierre de la Forest, arcevesque de Rouen et chancelier de
-France.
-
-
-
-
-XXVII.
-
-De la revenue de monseigneur le duc de Normendie de devers l'empereur,
-son oncle.
-
-ANNÉE 1357
-
-
-Le samedi, quatorziesme jour de janvier ensuivant, ledit monseigneur le
-duc de Normendie, ainsné fils du roy de France, retourna à Paris de
-devers son oncle l'empereur, devers lequel il avoit esté en ladite ville
-de Mès, et entra en ladite ville de Paris ledit samedi, environ heure de
-vespres. Et en sa compaignie estoit ledit chancelier, nouvel cardinal.
-Et leur alèrent à l'encontre jusques oultre saint Anthoine le prévost
-des marchans et grant foison des bourgois de ladite ville de Paris. Et
-pour la révérence dudit cardinal nouvel, pluseurs des ordres et collèges
-de ladite ville luy alèrent à l'encontre à procession jusques au dehors
-de Paris.
-
-
-
-
-XXVIII.
-
-Coment monseigneur le duc de Normendie, par droit ennuy[57] et pour paix
-avoir, acorda au prévost des marchans et ses aliés pluseurs requestes
-que il luy firent sans raison injustement.
-
- [57] _Ennuy_. Quelques manuscrits portent _enuy_ qu'on pourroit aussi
- bien lire _envy_ et interpréter: «Malgré le droit.»
-
-
-Le juesdi ensuivant, dix-neuviesme jour du moys de janvier, ledit
-monseigneur le duc de Normendie envoia par devers ledit prévost des
-marchans aucuns de ses conseilliers, c'est assavoir: monseigneur
-Guillaume de Meleun, arcevesque de Sens, le conte de Roussi, le seigneur
-de Revel, monseigneur Robert de Lorris et autres, lesquels distrent
-audit prévost des marchans que il se voulsist traire à Saint-Germain
-l'Aucerrois; car il luy avoient à dire aucunes choses de par monseigneur
-le duc de Normendie. Lequel prévost y ala, environ heure de disner, à
-compaignie de grant foison de gens de ladite ville de Paris armés à
-descouvert. Et là, les conseilliers de monseigneur le duc requistrent
-audit prévost des marchans que il voulsist cesser et faire cesser les
-gens de ladite ville de l'empeschement que il avoient fait et mis au
-cours de la nouvelle monnoie devant dite; lesquels prévost et autres
-gens respondirent que riens n'en feroient, et qu'il ne souffriroient
-point que ladite monnoie courust. Et outre, furent si esmeus par toute
-ladite ville que il fisrent cesser tous menestereux[58] d'ouvrer: et
-fist commander ledit prévost par toute la ville que chascun s'armast; et
-ot-on grant doubte que aucune chose ne fust faite contre les officiers
-du roy ou aucuns d'iceux; et pour celle cause ledit duc ot délibéracion
-avec aucuns de son conseil; et l'endemain, jour de vendredi vintiesme
-jour dudit moys de janvier, ala monseigneur le duc du Louvre au palais,
-bien matin, et aussi y alèrent le prévost des marchans et pluseurs
-d'iceulx de ladite ville de Paris.
-
- [58] _D'ouvrer_. De chanter ou jouer des instrumens.
-
-Et en la chambre de parlement parla ledit monseigneur le duc de sa
-bouche à eux, et leur dist que il ne se tenoit pas mal content de eux,
-et leur pardonnoit tout ce qui avoit esté fait par eux: et oultre leur
-accordoit que les gens des trois estas s'assemblassent quant il
-vouldroient. Et aussi leur dist que il déboutoit et mettroit hors de son
-conseil les officiers du roy que les gens des trois estas luy avoient
-autrefois nommés; et outre leur dist que il les feroit prendre sé il les
-povoit trouver, et s'en tendroit si saisi que, quant le roy seroit
-retourné, il en pourroit faire bonne justice.
-
-Et avec ce leur dist que jà soit ce que le droit de faire monnoie et de
-la muer appartenoit au roy pour cause de l'héritage de la couronne de
-France, toutesvoies vouloit-il, pour cause de leur faire plaisir, que
-ladite nouvelle monnoie ne eust point de cours; mais vouloit que quant
-les gens des trois estas seroient assemblés il ordonnassent avec aucuns
-des gens dudit monseigneur le duc qu'il ordeneroit à ce, certaine
-monnoie telle que seroit agréable et prouffitable au peuple. Desquelles
-choses ledit prévost des marchans requist lettres. Lesquelles ledit
-monseigneur le duc luy ottroia et furent toutes commandées à un notaire.
-Et aussi convenoit que ledit monseigneur le duc, pour refraindre la
-fureur dudit prévost des marchans et des autres de Paris, le féist et
-accordast contre sa voulenté, constraint de grans parolles, luy sachant
-que ce estoit contre raison. Mais pour ladite promesse touchant lesdis
-officiers, pluseurs d'iceux se absentèrent. Et ledit chancelier qui
-avoit esté fait nouvel cardinal, si comme dessus est dit, ne se monstra
-plus par Paris. Et jasoit ce que, par l'ordenance du roy, ledit
-chancelier et monseigneur Simon de Bucy deussent aler à Bourdeaux pour
-les traictiés de paix qui y devoient estre entre les gens desdis roys de
-France et d'Angleterre, néantmoins requisrent ledit prévost des marchans
-et autres qui le suivoient audit monseigneur le duc que il ne souffrist
-pas que ledit chancelier et monseigneur Simon de Bucy alaissent auxdis
-traictiés; et pour ce donna ledit monseigneur le duc lettres par
-lesquelles il rappelloit la légacion dudit monseigneur Simon mais non
-pas du chancelier, pour ce que il convenoit, si comme l'en disoit, que
-il allast rendre au roy ses sceaux.
-
-
-
-
-XXIX.
-
-De ceux chiés lesquels l'en envoia sergens en garnison, et coment les
-gens des trois estas furent mandés pour rassembler à Paris.
-
-
-Le mercredi ensuivant, vingt-cinquiesme jour dudit moys de janvier,
-ledit monseigneur le duc, à la requeste desdis prévost des marchans et
-autres, envoia sergens en garnison ès maisons monseigneur Simon de Bucy,
-de monseigneur Nicolas Bracque, maistre d'ostel du roy qui longuement
-s'estoit meslé de ses finances, et ès maisons de Enguerran du
-Petit-Celier, trésorier de France, et de Jehan Poillevilain, maistre de
-la chambre des comptes et souverain maistre des monnoies. Et fist-l'en
-inventoire des biens que on y trouva. Et si furent mandés les gens des
-trois estas de par monseigneur le duc pour estre à Paris assemblés le
-dimenche, cinquiesme jour de février ensuivant.
-
-
-
-
-XXX.
-
-Coment les gens des trois estas furent rassemblés.
-
-
-Audit moys de janvier, monseigneur Phelippe de Navarre chevaucha de
-Constentin jusques à Chartres, et de là à Bonneval, et s'en retourna
-audit pays de Constentin en gastant les pays par lesquels il passa; et
-toutesvoies disoit-l'en qu'il n'avoit pas plus de huit cens hommes ou
-environ. Item, le dimenche dessus dit, cinquiesme jour de février, se
-assemblèrent à Paris pluseurs evesques et autres gens d'églyse, nobles
-et pluseurs gens de bonnes villes du royaume de France. Et par pluseurs
-journées furent assemblés en ladite ville en l'ostel des Cordeliers, et
-là firent pluseurs ordenances.
-
-
-
-
-XXXI.
-
-Coment maistre Robert le Coq, evesque de Laon, prescha en parlement, de
-par les gens des trois estas, coment les officiers du roy devoient estre
-privés de leur offices.
-
-
-Le vendredi, troisiesme jour du moys de mars ensuivant, furent assemblés
-au palais royal, en la chambre de parlement, en la présence de
-monseigneur le duc de Normendie, du conte d'Anjou et du conte de
-Poitiers, ses frères, et de pluseurs autres nobles, gens d'églyse et
-gens de bonnes villes, jusques à tel nombre que toute ladite chambre en
-estoit plaine. Et prescha messire Robert le Coq, evesque de Laon, et
-dist que le roy et le royaume avoient esté, au temps passé, mal
-gouvernés, dont moult de meschiefs estoient advenus tant audit royaume
-comme aux habitans d'iceluy, tant en mutacions de monnoies comme par
-prises, et aussi par mal administrer et gouverner les deniers que le roy
-avoit eus du peuple, dont moult grandes sommes avoient esté données par
-pluseurs fois à pluseurs qui mal desservi l'avoient.
-
-Et toutes ces choses avoient esté faites, si comme disoit l'evesque, par
-le conseil des dessus nommés chancelier, et autres qui avoient gouverné
-le roy au temps passé. Dist lors encore ledit evesque que le peuple ne
-povoit plus souffrir ces choses; et, pour ce, avoient délibéré ensemble
-que les dessus nommés officiers et autres que il nommeroit lors,--tant
-que sur le tout il furent vint-deux dont les noms suivent: maistre
-Pierre de la Forest, lors cardinal et chancelier de France; monseigneur
-Simon de Bucy; maistre Jehan Chalemart; maistre Pierre d'Orgemont,
-président en parlement; monseigneur Nicolas Bracque et Jehan
-Poillevilain, maistres de la chambre des comptes et souverains maistres
-des monnoies; Enguéran du Petit-Célier et Bernart Fremaut, trésoriers de
-France; Jehan Chauveau et Jacques Lempereur, trésoriers des guerres;
-maistre Estienne de Paris, maistre Pierre de la Charité et maistre Ancel
-Choquart, maistres des requestes de l'ostel du roy; monseigneur Robert
-de Lorris, chambellan du roy; monseigneur Jehan Taupin, de la chambre
-des enquestes; Geoffroy le Masurier, eschançon dudit monseigneur le duc
-de Normendie, le Borgne de Beausse, maistre d'Escurie dudit monseigneur
-le duc; l'abbé de Faloise, président en la chambre des enquestes;
-maistre Robert de Preaux, notaire du roy; maistre Regnault d'Acy, avocat
-du roy en parlement; Jehan d'Auceurre, maistre de la chambre des
-comptes; Jehan de Behaigne, varlet dudit monseigneur le duc,--seroient
-privés de tous offices royaux perpétuelment, dont il y avoit aucuns
-présidens en parlement, aucuns maistres des requestes en l'ostel du roy,
-aucuns maistres de la chambre des comptes et aucuns autres officiers de
-l'ostel dudit monseigneur le duc, si comme dessus est dit. Et requist
-ledit evesque audit monseigneur le duc que dès lors il voulsist priver
-les vint-deux dessus nommés comme dit est; et toutesvoies n'avoient il
-esté appellés né oïs en aucune manière; et si n'avoient pluseurs de
-iceux et la plus grant partie esté accusés d'aucune chose, né contre
-iceux dit né proposé aucune villenie; et si estoient pluseurs d'iceux
-officiers à Paris, lesquels l'en povoit chascun jour veoir et avoir qui
-aucune chose leur voulsist dire ou demander.
-
-Item, requist encore ledit evesque que tous les officiers du royaume de
-France fussent suspendus, et que certains réformateurs feussent donnés,
-lesquels seroient nommés par les trois estas qui auroient la
-cognoissance de tout ce que l'en vouldroit demander auxdis officiers et
-contre iceux dire et proposer. Item, requist encore ledit evesque que
-bonne monnoie courust telle que lesdis trois estas ordeneroient, et
-pluseurs autres requestes fist.
-
-Lors, un chevalier appelé monseigneur Jehan de Pequigny, pour et au nom
-des nobles, advoua ledit evesque; et un avocat d'Abbeville appelé
-Nicholas le Chauceteur l'advoua au nom des bonnes villes; et aussi fist
-Estienne Marcel, prévost des marchans de Paris. Et offrirent, au nom des
-trois estas dessus dis, audit monseigneur le duc trente mille hommes
-d'armes, lesquels il paieroient par leur mains et par ceux qu'il y
-ordeneroient. Et pour avoir la finance à ce faire, il avoient ordené
-certain subside, c'est assavoir: Que les gens d'églyse paieroient
-dixiesme et demy de toutes revenues, les nobles aussi dixiesme et demy,
-c'est assavoir de cent livres de terre quinze livres. Et les gens des
-bonnes villes feroient de cent feus un homme d'armes, c'est assavoir
-demi-escu de gaige pour chascun jour. Mais pour ce que il ne savoient
-pas encore combien ladite finance pourroit monter, né sé elle souffiroit
-à paier les trente mille hommes d'armes dessus dis, il requistrent que
-il peussent rassembler à la quinzaine de Pasques ensuivant; et entre
-deux, il feroient savoir combien ladite finance pourroit monter. Et sé
-il trouvoient à ladite quinzaine que ladite finance ne souffisist, il la
-croistroient. Et aussi il requistrent que depuis ladite quinzaine, il
-peussent rassembler deux fois, quant bon leur sembleroit, jusques au
-quinziesme jour du moys de février ensuivant. Lequel duc de Normendie
-leur octroia toutes leur requestes, tant les dessus escriptes comme les
-autres, et par ce tindrent que les vint-deux officiers dont dessus est
-faite mencion estoient privés, et demoureroient les autres officiers
-souspendus par telle manière que, en ladite ville de Paris, l'en ne tint
-point de jusridicion jusques au lundi ensuivant que le prévost fu
-restitué en son office. Et du parlement fust ordené par ceux du grant
-conseil qui avoient esté esleus par les dessus dis trois estas le
-vendredi ensuivant, et en ostèrent pluseurs de ceux qui en estoient par
-avant, tant que sur le tout il n'y en laissièrent que en présidens que
-en autres que seize ou environ. Et de la chambre des comptes ostèrent
-tous les maistres qui y estoient, tant clers comme lais, qui estoient
-quinze en nombre, et y en mistrent quatre tous nouveaux, deux chevaliers
-et deux lais.
-
-Mais quant il y orent esté un jour, il alèrent par devers le grant
-conseil et leur distrent qu'il convenoit que l'en y méist de ceux qui
-autrefois y avoient esté, pour leur monstrer le fait de ladite chambre;
-et pour ce y mist l'en par provision quatre des anciens, avec les quatre
-nouveaux dessus dis.
-
-
-
-
-XXXII.
-
-Du traictié et des trièves qui furent prises à Bourdeaux entre le roy de
-France et le prince de Gales.
-
-
-Le samedi, dix-huitiesme jour dudit moys de mars, fu traictiée paix à
-Bourdeaux, entre le roy de France qui encore y estoit prisonnier et le
-prince de Gales.
-
-La manière dudit traictié fu tenue secrète pour ce que en icelle estoit
-réservée la volenté du roy d'Angleterre. Mais pour aucunes choses qui à
-ce les murent, il pristrent trièves générales de Pasques ensuivant
-jusques à deux ans. Et envoia ledit prince les prisonniers qu'il avoit
-en France, et ordena d'emmener le roy de France en Angleterre pour
-parfaire ledit traictié.
-
-Item, le dimenche vint-sixiesme jour dudit moys de mars, fu la monnoie
-publiée à Paris, par l'ordenance des gens des trois estas, c'est
-assavoir: un mouton d'or courant pour vingt-quatre sous parisis, et
-demi-moutons qui lors furent fais nouviaux pour douze sous parisis;
-deniers blans à la couronne pour dix deniers tournois: et les autres
-monnoies qui lors furent faites.
-
-
-
-
-XXXIII.
-
-Des lettres qui furent apportées à Paris de par le roy de France,
-lesquelles furent publiées en faisant deffense que les trois estas ne
-s'assemblassent à la journée dessus dicte.
-
-
-Le mercredi après Pasques flories qui fu le quint jour du moys d'avril,
-furent criées et publiées par Paris, par lettres ouvertes et mandement
-du roy, les trièves dont est dessus faite mencion. Et aussi fu crié et
-publié que le roy ne vouloit pas que l'en paiast le subside qui avoit
-esté ordené par lesdis trois estas, dont est faite mencion; et aussi il
-ne vouloit pas que les trois estas se rassemblassent à la journée par
-eux ordenée à la quinzaine de Pasques né à autres, dont le peuple de
-Paris fu moult esmeu, par espécial contre l'arcevesque de Sens, contre
-le conte d'Eu cousin germain du roy, et contre le conte de Tancarville,
-qui les lettres du roy ès quelles les choses dessus dites estoient
-contenues avoient apportées de Bourdeaux, et auxquels le roy avoit
-enchargié de les faire publier avec pluseurs autres choses que l'en leur
-avoit commises et chargiées à faire.
-
-Et disoit la plus grant partie du peuple de Paris que c'estoit fausseté
-et traïson de publier que lesdictes trièves fussent données né
-accordées; et de empescher ladite assemblée des trois estas né à lever
-ledit subside. Et par la commocion et desroy qui fu lors en ladite
-ville, il convint que ledit arcevesque et conte s'en alassent assez
-hastivement; lesquels se absentèrent. Et pour ce que aucuns disoient
-qu'il estoient moult dolens de la vilenie qui leur avoit esté faite, et
-que pour ce il assembloient gens d'armes et avoient entencion et volenté
-de gréver aucuns de ceux de Paris, l'en fist garder soigneusement ladite
-ville, tant de jour comme de nuit; et n'y avoit de la partie devers
-Grant-Pont que trois portes ouvertes de jour; et de nuit elles estoient
-closes toutes.
-
-Item, le samedi ensuivant, la veille de Pasques les grans, qui fu le
-huitiesme jour d'avril, fu crié et publié par Paris que l'en leveroit
-ledict subside et que les trois estas se rassembleroient à ladicte
-quinzaine de Pasques, nonobstant ledit cri qui avoit esté le mercredi
-précédent. Et ordena ledit duc de Normendie que l'en féist ledit cri,
-par le conseil ou contrainte des dessus dis trois estas, c'est assavoir:
-dudit evesque de Laon qui estoit principal gouverneur desdis trois
-estas, du prévost des marchans et de aucuns autres.
-
-
-
-
-XXXIV.
-
-En quel temps le roy de France arriva en Angleterre.
-
-
-L'an de grace mil trois cens cinquante-sept, le mardi après Pasques, qui
-fu le onziesme jour du moys d'avril, fist le devantdit prince de Gales
-ledit roy de France entrer en mer à Bourdeaux, pour le mener en
-Angleterre; et y arrivèrent le quatriesme jour de may ensuivant. Et fu
-ledit roy mené à Londres et y entra le vint-quatriesme du moys de may.
-Et avint que, en alant et chevauchant, le roy d'Angleterre encontra le
-roy de France aux champs, auquel ledit roy d'Angleterre fist moult grant
-honneur et révérence, et parla à luy moult longuement. Et après passa
-oultre en son chemin. Et le roy de France et le prince de Gales s'en
-alèrent à Londres là où le roy de France fu tenu prisonnier si largement
-comme il vouloit; car il avoit ses gens, tels et tant comme il vouloit;
-et aloit chacier et esbatre toutes fois qu'il luy plaisoit, et estoit en
-un moult bel ostel, dehors ladite ville de Londres, appellée Savoie, et
-estoit au duc de Lenclastre.
-
-
-
-
-XXXV.
-
-Coment le roy d'Angleterre manda au duc de Lenclastre qu'il laissast à
-faire siège de devant Rennes en Bretaigne.
-
-
-A la nativité saint Jehan-Baptiste ensuivant, les cardinaux de
-Pierregort, de Urgel et de Rouen, l'arcevesque de Sens et pluseurs
-autres passèrent la mer et alèrent à Londres par devers le roy de France
-pour parfaire le traictié entre les deux roys, et y demourèrent
-longuement. Et par pluseurs fois dit-l'en en France que le traictié
-estoit rompu. Et pendans lesdits traictiés, le duc de Lenclastre qui
-avoit esté à siège devant la ville de Rennes par l'espace de huit ou
-neuf moys et estoient ceux dedens la ville à très grant meschief pour ce
-qu'il avoient pou de vivres, se leva, luy et tout son siège, par le
-mandement du roy d'Angleterre son seigneur. Mais l'en donna audit duc
-soixante mille escus d'or pour ses frais[59].
-
- [59] Environ douze cent mille francs d'aujourd'hui.
-
-
-
-
-XXXVI.
-
-Coment la puissance inique des trois estas déclina et vint à néant.
-
-
-Environ la Magdaleine ensuivant, les ordenés par les trois estas, tant
-du grant conseil des généraux sur le fait du subside comme les
-réformateurs, commencièrent à décliner et leur puissance à apeticier.
-Car la finance que il avoient promise ne fu pas si grande de plus de dix
-pars et les laissièrent les nobles, et ne vouldrent point paier né les
-gens d'églyse aussi. Et aussi pluseurs des bonnes villes qui cognurent
-et apperceurent l'iniquité du fait desdis gouverneurs principaux qui
-estoient dix ou douze ou environ, se déportèrent de leur fait et ne
-vouldrent paier.
-
-Et l'arcevesque de Rains qui par avant avoit esté l'un des plus grands
-maistres fit tant que il fu principal au conseil de monseigneur le duc.
-Et furent presque tous ceux qui avoient esté mis hors de leur offices
-remis en leur estas, excepté les nommés vint-deux, jasoit ce que aucuns
-d'iceux n'en laissassent onques leur estas.
-
-
-
-
-XXXVII.
-
-De la deffense que monseigneur le duc de Normendie fist au prévost des
-marchans et à autres qui usurpoient la puissance de gouverner le royaume
-de France.
-
-
-Après avint, environ la my-aoust, que monseigneur le duc de Normendie
-dist au prévost des marchans, à Charles Toussac[60], à Jehan de l'Isle
-et à Gille Marcel qui estoient principaux gouverneurs de la ville de
-Paris, que il vouloit, dès or en avant, gouverner et ne vouloit plus
-avoir curateurs; et leur deffendit qu'il ne se meslassent plus du
-gouvernement du royaume que il avoient entrepris par telle manière que
-on obéissoit plus à eux que à monseigneur le duc. Et dès lors chevaucha
-ledit monseigneur le duc de Normendie par aucunes des bonnes villes et
-leur fist requeste, en sa personne, de avoir aide d'eux comme de autres
-choses. Et du fait de sa monnoie leur parla, lequel luy avoit esté
-empeschié si comme dessus est dit, dont les dessus dis gouverneurs des
-trois estas furent moult dolens. Et s'en ala ledit evesque de Laon en
-son eveschié, car il véoit bien que il avoit tout honny.
-
- [60] _Toussac_. Et non pas _Consac_, comme l'écrivent tous nos
- historiens modernes.
-
-
-
-
-XXXVIII.
-
-De la chandelle que ceux de Paris offrirent à Notre-Dame de Paris, et de
-la réconciliation de ceux de ladite ville par devers monseigneur le duc,
-et coment il fu si près mené que il se consenti de rassembler les trois
-estas.
-
-
-La vigile de ladite my-aoust, l'an dessus dit mil trois cens
-cinquante-sept, offrirent ceux de Paris à Nostre-Dame une chandelle qui
-avoit la longueur du tour de ladite ville de Paris, si comme l'en
-disoit, pour ardoir jour et nuit sans cesse[61].
-
- [61] Le don de cette immense bougie roulée fut souvent renouvelé, et
- vers le XVIe siècle il étoit annuel. Enfin, on le remplaça par celui
- de la lampe d'argent qui brûloit nuit et jour devant l'autel de la
- Vierge. Villaret se trompe quand il dit que l'occasion de cette
- offrande fut la réconciliation des bourgeois avec le dauphin. La
- chronologie s'y oppose. M. Michelet, après le récit du pillage des
- Navarrois, ajoute: «L'effroi étoit tel à Paris, que les bourgeois
- avoient offert à Notre-Dame une bougie qui avoit, disoit-on, la
- longueur du tour de la ville.» Ce motif est encore plus puérilement
- imaginé, et le véritable c'étoit l'usage de faire un don à l'église
- de Paris, la veille de l'Assomption.
-
-Item, environ la saint Remy ensuivant, se réconcilièrent ceux de Paris
-par devers monseigneur le duc de Normendie et firent tant que il
-retourna en ladite ville en laquelle il n'avoit esté de lonc-temps. Et
-luy distrent que il luy feroient très grant chevance, et ne luy
-requeroient riens contre aucuns de ses officiers, né aussi la délivrance
-du roy de Navarre, laquelle il luy avoient requise par pluseurs foys. Et
-luy supplièrent que il voulsist que vint ou trente villes se
-assemblassent à Paris; laquelle chose ledit monseigneur le duc leur
-ottroia. Et furent mandées pluseurs villes de par luy; c'est assavoir,
-jusques au nombre de soixante-dix ou environ, jasoit ce que il ne luy en
-eussent requis que vint ou trente. Et quant il furent assemblés à Paris,
-il ne firent aucune chose, mais alèrent devers ledit monseigneur le duc
-et luy distrent que il ne povoient besongnier né riens faire, sé tous
-lesdis trois estas n'estoient rassemblés; et luy requistrent les dessus
-dis de Paris que il les voulsist mander, laquelle chose il leur ottroia.
-Et envoia ces lettres aux gens d'églyse, aux nobles et aux bonnes
-villes, et les manda. Et aussi envoia ledit prévost des marchans ses
-lettres aux dessus dis, avec les lettres dudit monseigneur le duc. Et fu
-la journée de assembler à Paris lesdis trois estas, an mardi après la
-feste de Toussains ensuivant qui fu le septiesme jour de novembre, l'an
-dessus dit. Et pendant ladite journée, fu ledit monseigneur le duc si
-mené que il n'avoit denier de chevance, pourquoy il convenoit que il
-féist tout ce que les dessus dis de Paris vouloient; et convint que il
-mandast, à leur requeste, ledit evesque de Laon qui estoit en son
-éveschié, lequel, par fiction, fist dangier[62] de retourner, et
-néantmoins il vint tantost.
-
- [62] _Dangier_. Difficulté.
-
-Item, cedit mardi, après la feste de Toussains, se assemblèrent à Paris
-aucunes gens d'églyse, nobles et autres envoiés des bonnes villes; et
-moins que autrefois n'en estoit venu aux autres assemblées. Et
-assemblèrent aux Cordeliers par pluseurs journées, et firent tant que le
-parlement qui avoit esté ordené à seoir l'endemain de la saint Martin,
-par ledit monseigneur le duc et son conseil, et jà avoit esté mandé par
-les baillages, fu continué quant aux plaidoieries jusques au secont jour
-de janvier; et depuis, par leur ordenance, fu continué jusques à
-l'endemain de la Chandeleur.
-
-
-
-
-XXXIX.
-
-De la délivrance du roy de Navarre par un chevalier ennemi et traitre du
-roy de France, et coment il convint que monseigneur le duc de Normendie
-envoiast au roy de Navarre un très fort et seur sauf-conduit pour venir
-à Paris.
-
-
-Le mercredi huitiesme jour du moys de novembre ensuivant, avant le point
-du jour du jeudi ensuivant, le roy de Navarre qui estoit en prison au
-chastel de Alleux en Cambresis[63], fu délivré par un chevalier en qui
-le roy de France se fioit, appellé monseigneur Jehan de Pequigny, lors
-gouverneur, de par le roy de France, au pays d'Artois: lequel, comme
-faux traitre, sans le consentement, sceu et volenté dudit roy de France,
-son seigneur, qui ledit roy de Navarre faisoit tenir en prison, au grant
-péril et préjudice du roy et du royaume ainsi faussement le délivra. Car
-il ala, et gens d'armes avec luy, jusques au nombre de trente ou
-environ, et estoient bourgois presque tous; et vint audit chastel de
-nuit et fit tant, par eschieles et autrement, que luy et sa compaignie
-entrèrent audit chastel qui estoit très mal gardé, sans ce que ceux qui
-estoient dedens le sceussent, si comme l'en disoit. Mais il ne firent
-point de mal à ceux qui estoient audit chastel. De là vint le roy de
-Navarre et ceux qui l'avoient délivré à Amiens, desquels une grant
-partie estoit de ladite ville, et là demoura par aucuns jours. Et fist
-délivrer tous les prisonniers tant de la court, de l'églyse, comme de la
-court laye. Et cependant fu traictié entre monseigneur le duc de
-Normendie qui estoit à Paris, par aucuns des amis du roy de Navarre,
-c'est assavoir par la royne Blanche sa suer, et par la royne Jehanne sa
-tante, qui pour ce estoient venues en ladite ville de Paris, et par
-autres, de envoier sauf-conduit audit roy de Navarre et à tous ceux qui
-seroient en sa compaignie. Et convint que ledit monseigneur le duc
-passast tel sauf-conduit, comme les amis dudit roy de Navarre vouldrent
-deviser, c'est assavoir que pour quelconque chose faite ou à faire, l'en
-ne le peust arrêter né ceux qui seroient en sa compaignie, et si en
-porroit amener à Paris tant et tels comme il vourroit, armés ou
-autrement. Et lors, au conseil dudit monseigneur le duc estoit principal
-et souverain maistre ledit evesque de Laon qui les choses dessus dites
-avoit toute préparées et faites par la puissance et ayde du devant dit
-prévost des marchans et de dix ou de douze de la ville de Paris. Si
-n'estoit pas merveille sé ledit monseigneur le duc estoit conseillié à
-faire tout ce qui estoit bon au roy de Navarre. Lequel sauf-conduit fu
-porté à Amiens par un clerc appellé Mahy de Pequigny, frère dudit
-monseigneur Jehan de Pequigny, et par un échevin de Paris appellé
-Charles Toussac. Ce fait, pluseurs des bonnes villes qui estoient venues
-à Paris à ladite assemblée des trois estas, par espécial des parties de
-Champaigne et de Bourgoigne, se partirent de Paris sans prendre congié,
-quant il sceurent que le roy de Navarre devoit venir à Paris; pour ce
-que il se doubtoient que l'en ne leur voulsist faire avouer la
-délivrance du roy de Navarre.
-
- [63] _Alleux_. Ou _Arleux-en-Palluel_. L'ancienne façon d'écrire le
- nom de ce bourg, situé à quatre lieues de Cambray, est confirmée par
- le titre du joli fabliau publié par M. Francisque Michel: _Le
- Meunier d'Alleux_.
-
-Item, le mercredi, veille de saint Andrieu ensuivant, près de
-l'anuitier, entra ledit roy de Navarre à Paris, avec moult grant
-compaignie de gens armés. Et estoient avec luy monseigneur Jehan de
-Meulent, evesque de Paris, et moult grant nombre de ceux de Paris, dont
-il y avoit bien deux cens hommes d'armes et plus qui estoient alés à
-l'encontre dudit roy jusques à Saint-Denis en France; et ala ledit roy
-de Navarre descendre en l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.
-
-
-
-
-XL.
-
-De la prédication par parolles couvertes que ledit roy de Navarre fist
-au Pré aux clercs à pluseurs gens de la ville de Paris à la fin à quoy
-il tendoit.
-
-
-L'endemain, jour de la saint Andrieu, environ heure de prime, le roy de
-Navarre qui avoit fait assavoir par ladite ville de Paris, en pluseurs
-lieux, que il vouloit parler aux gens de ladite ville, fu en un
-eschafaut sur les murs de ladite abbaïe de Saint-Germain-des-Prés, par
-devers le Pré-aux-Clercs; lequel eschafaut estoit fait pour le roy de
-France, pour veoir les gaiges de batailles que l'en faisoit aucunes fois
-en unes lices qui estoient audit pré, joingnant aux murs de
-Saint-Germain. Es quelles lices estoient venus moult de gens par le
-mandement que ledit roy de Navarre et ledit prévost des marchans avoient
-fait à pluseurs quarteniers et cinquanteniers de ladite ville. Et en la
-présence de dix mille personnes dist moult de choses, en démonstrant que
-il avoit esté pris sans cause et détenu en prison par dix-neuf moys: et
-contre pluseurs des gens et officiers du roy dist pluseurs choses. Et
-jasoit ce que contre le roy né contre le duc il ne déist riens
-appertement, toutevoies dist-il assez de choses deshonnestes et
-villaines par parolles couvertes. Moult longuement sermona et tant que
-l'en avoit disné par Paris, quant il cessa. Et fu tout son sermon de
-justifier son fait, et de dampner sa prise. Et le pareil sermon avoit
-fait à Amiens[64].
-
- [64] Il est, je pense, assez inutile de rappeler que tout ce récit des
- règnes de Jean et de Charles V révèlent à chaque phrase la pensée de
- Charles V lui-même. Et cela donne à la dernière partie des
- _Chroniques de Saint-Denis_ une importance que ne pourra jamais
- surpasser aucun autre monument historique.
-
-
-
-
-XLI.
-
-De la response que l'evesque de Laon rendit pour monseigneur le duc sans
-en demander son plaisir.
-
-
-A l'endemain qui fu vendredi et premier jour de décembre, alèrent au
-palais, par devers monseigneur le duc de Normendie, ledit prévost des
-marchans, maistre Robert de Corbie et aucuns autres de ladite ville de
-Paris. Et requistrent audit monseigneur le duc de par les bonnes villes,
-si comme il disoient, que il voulsist faire raison et justice audit roy
-de Navarre. Et lors ledit evesque de Laon qui principal estoit audit
-conseil de monseigneur le duc, si comme dessus est dit, et par lequel
-ledit roy et prévost des marchans et leur partie faisoient ce que il
-faisoient, respondi, pour monseigneur le duc sans luy en demander son
-plaisir, que ledit duc feroit audit roy de Navarre, non pas seulement
-raison et justice, mais toute grace et toute courtoisie et tout ce que
-bon frère doit faire à autre. Et certes c'estoit bien trompé quant celui
-qui estoit maistre et gouverneur dudit roy de Navarre et de ceux de sa
-partie, estoit maistre et principal au conseil de monseigneur le duc,
-c'est assavoir ledit evesque de Laon; et n'y avoit lors homme au conseil
-dudit monseigneur le duc qui luy osast contredire.
-
-
-
-
-XLII.
-
-Coment monseigneur le duc, par le conseil que il ot et aussi par sa
-benignité, ala premièrement devers le roy de Navarre, en l'ostel de la
-royne Jehanne.
-
-
-Le samedi ensuivant, ledit monseigneur le duc assembla de ceux de son
-conseil tant et tel comme ledit evesque voult; et furent exposées les
-requestes que faisoit ledit roy de Navarre, et fut dist que chascun y
-pensast. Et l'endemain jour de dimenche, tiers jour dudit moys de
-décembre, retournaissent au conseil.
-
-Iceluy jour de samedi, après diner, ledit duc ala en l'ostel de ladite
-royne Jehanne, par le conseil qui luy fu donné, pour parler audit roy de
-Navarre qui encore n'avoit esté par devers luy né parlé à luy. Et assez
-tost après que ledit monseigneur le duc fu venu audit ostel, ledit roy
-de Navarre y ala à grant compaignie de gens d'armes; et toutesvoies
-monseigneur le duc y estoit alé à assez petite compaignie, sans aucunes
-armes. Et quant ledit roy de Navarre entra en la chambre où estoit
-ladite royne et ledit duc, lesdis duc et roy s'entre saluèrent assez
-mortement. Toutesvoies convint-il que les sergens d'armes qui estoient
-alés avec ledit duc audit ostel, et gardoient l'huys de la chambre où il
-estoit, se partissent, ou l'en leur eust fait villenie. Et demourèrent
-les gens dudit roy de Navarre en la garde dudit huys, comme maistres et
-souverains que il se tenoient; et là parlèrent assez ensemble, et pou
-après se départirent.
-
-
-
-
-XLIII.
-
-Coment il fu conseillié à monseigneur le duc par l'evesque de Laon et
-par le prévost des marchans que il accordast toutes les requestes du roy
-de Navarre.
-
-
-Le dimanche ensuivant, troisiesme jour de décembre, furent devant
-monseigneur le duc au conseil pluseurs conseilliers tels comme ledit
-evesque ordena. Et furent répétées les requestes que ledit roy de
-Navarre faisoit; et toutesvoies, pour oïr tout ce que il vouldroit
-requérir avoit esté ordené certains conseilliers dudit monseigneur le
-duc, desquels la plus grant partie estoient audit roy de Navarre. Mais
-ainsi l'avoit ordené ledit evesque, afin que tout quanque ledit roy
-requerroit luy fust octroié par ledit monseigneur le duc qui, par
-contrainte, ne povoit refuser chose que iceluy evesque voulsist.
-Lesquels conseilliers estoient audit conseil. Et pour ce encore que il y
-eust plus des amis dudit roy de Navarre, et que les requestes que il
-faisoit ne peussent estre empeschiées par aucuns preudes hommes qui
-estoient audit conseil, ledit evesque malicieusement fist et ordena que
-ledit prévost des marchans, maistre Robert de Corbie, Jehan de l'Isle et
-aucuns autres de leur aliance alèrent heurter à l'huys de la chambre où
-ledit monseigneur le duc et le conseil estoit pour ordener desdites
-requestes; et feingnirent que il voulsissent parler audit monseigneur le
-duc d'autre chose; et toutesvoies ne distrent-il aucune chose fors tant
-que il distrent audit monseigneur le duc que les gens envoiés de par les
-bonnes villes estoient à accort et s'en vouloient aler, mais que il
-eussent faite leur response. Si requéroient ledit monseigneur le duc que
-il féist savoir à tous les nobles qui estoient à Paris que il feussent
-l'endemain aux Cordeliers, pour eux accorder avec les bonnes villes.
-Lequel duc respondit que il le feroit volentiers.
-
-Ce fait, ledit monseigneur le duc, par le conseil dudit evesque, fist
-demourer au conseil lesdis prévost des marchans et sa compaignie. Et
-lors, fist demande à chascun d'iceux qui estoient au conseil, sur
-lesdites requestes. Et finablement fu conseillié à monseigneur le duc
-que il accordast audit roy de Navarre les choses qui ensuivent; et si fu
-dit par ledit prévost des marchans en disant son opinion: «Sire, faites
-amiablement au roy de Navarre ce que il vous requiert, car il convient
-qu'il soit fait ainsi.» Comme sé il voulsist dire: il en sera fait,
-veuillez ou non.
-
-Si fu lors ordené: Que le roy de Navarre auroit toute la terre qu'il
-tenoit quant il fu pris, et tous les meubles qui estoient sous ladite
-terre.
-
-Item, toutes les forteresses que il tenoit lors que dessus est dit, qui
-depuis avoient esté prises par le roy de France et ses gens; et tous les
-biens qui estoient ès dites forteresses.
-
-Item, fu ordené que ledit monseigneur le duc pardonneroit audit roy de
-Navarre et à tous ses adhérens tout ce que il avoient meffait au roy et
-au royaume de France.
-
-
-
-
-XLIV.
-
-Autres ordenances, coment les dessus dis décapités et pendus à Rouen
-fussent despendus et enterrés; et les biens rendus à leur hoirs.
-
-
-Encores fu ordené que le conte de Harecourt, le seigneur de Graville,
-monseigneur Maubué-de-Mainesmares, chevaliers, et Colinet Doublet,
-escuier, lesquels le roy de France avoit fait descapiter à Rouen, en sa
-présence, et puis traisner et pendre au gibet de Rouen, lorsque le roy
-de Navarre fu pris, seroient despendus publiquement et rendus à leur
-amis, pour enterrer en terre benoicte; et toutes leur terres qui
-estoient confisquées rendues à leur enfans ou héritiers. Et pour ce que
-ledit roy de Navarre requéroit pour ses injures, dommaiges et intérêts
-grant somme de florins ou terre en lieu desdis florins; et disoit-l'en à
-part, jasoit ce que il ne feust pas dit clèrement, que il pensoit à en
-avoir ou la duchié de Normendie ou la conté de Champaigne; il fu ordené
-que l'en traiteroit avec luy de continuer ceste requeste jusques à un
-autre jour. Et finablement luy furent accordées toutes les choses dessus
-dites, et en ot lettres dudit duc telles comme les gens dudit roy les
-vouldrent faire. Et pour ce que l'assemblée des trois estas estoit
-continuée jusques au vintiesme jour de Noël ensuivant, car il n'avoient
-pas esté d'acort, et si s'en estoient alés pluseurs sans prendre congié
-quant il orent sceu la délivrance dudit roy, si comme dessus est dit,
-accordé fu que les roys et duc rassembleroient au vintiesme jour de Noël
-dessus dit, pour traitier des choses dessus dites; et cependant ledit
-monseigneur le duc envoieroit certaine personne notable en Normendie
-pour exécuter royaument et de fait audit roy les choses à luy accordées;
-et y fu ordené monseigneur Almaury de Meullant, chevalier baneret.
-
-Et, par trois ou quatre jours après, compaignièrent lesdis duc et roy
-l'un l'autre, et furent par ledit temps souvent ensemble, et mengièrent
-ensemble pluseurs fois en l'ostel de la royne Jehanne, en l'ostel dudit
-evesque de Laon et au palais; et tousjours estoit ledit evesque avec
-eux, et moult bonne chière s'entrefaisoient. Et ensemble, moult
-secrètement, visitèrent les saintes reliques en la chappelle du palais.
-Et fist ledit roy délivrer tous les prisonniers qui estoient ès prisons
-de Paris, tant ès prisons de l'églyse comme ès prisons des seigneurs
-lais; néis ceux qui estoient en oubliète, condamnés au pain et à l'yaue,
-furent délivrés.
-
-Après ces choses, vindrent certaines nouvelles à Paris que le traictié
-entre les roys de France et d'Angleterre estoit tenu parfait, et qu'il
-estoient à accort; et disoit l'en communément que ledit roy de France
-seroit tantost en France.
-
-Item, le mercredi jour de la sainte Luce, se parti le roy de Navarre de
-Paris un pou avant prime; et avoit, en sa compaignie grant foison de
-gens d'armes, et s'en ala à Mante.
-
-
-
-
-XLV.
-
-Coment les capitaines des chastiaux de Normendie qui estoient tenus
-contre le roy de France vindrent à Mante par devers le roy de Navarre,
-lequel les reçut moult liement.
-
-
-En ce temps vindrent à Villepereur[65], à Trappes et au pays d'environ
-pluseurs gens d'armes, par diverses flottes, dont les uns estoient
-Anglois et les autres estoient à monseigneur Phelippe de Navarre, si
-comme l'en disoit; et ne savoit-on à Paris qui estoit capitaine desdites
-gens d'armes[66]. Et coururent tout le pays jusques près de Paris, à
-quatre ou cinq lieues; pillièrent et robèrent dix ou douze lieues de
-pays et gastèrent et prisrent Maule sur Mandre[67] et l'enforcièrent et
-pluseurs autres forteresses, sans ce que aucun y féist résistance en
-aucune manière. Et jasoit ce que ceux de Paris y envoiassent monseigneur
-Pierre de Villiers, lors chevalier du guet, et aucuns autres tant de
-Paris que de la visconté, toutesvoies ne se mistrent-il point en poine
-de rebouter les ennemis: et vuidèrent les bonnes gens tout le pays, et
-amenèrent tous leur biens à Paris. Aucuns disoient que lesdis ennemis
-estoient huit cent hommes d'armes; autres disoient qu'il estoient mil ou
-douze cens.
-
- [65] _Villepereur_ (Villa-pyrorum). Aujourd'hui _Villepreux_, bourg à
- deux lieues de Versailles.--_Trappes_ est un village à peu de
- distance.
-
- [66] Suivant Froissart, c'étoit un Gallois nommé _Ruffin_.
-
- [67] _Maule sur Mandre_. Aujourd'hui bourg du département de
- Seine-et-Oise, à cinq lieues de Versailles.
-
-Item, le jour de Noël ensuivant, furent les capitaines des chastiaux et
-forteresces de Normendie tenus par les ennemis du roy de France, à
-Mante[68], avec le roy de Navarre, et disnèrent avec luy; et disoit l'en
-que il avoient fait ensemble grans aliances.
-
- [68] _A Mantes_. C'est-à-dire: Les capitaines des châteaux... furent à
- Mantes.
-
-Et en ce temps, le duc de Normendie fist grans semonces de gens d'armes,
-pour estre à Paris et ès villages environ audit vint-deuxiesme jour; et
-disoit l'en que c'estoit pour rebouter lesdis ennemis qui estoient
-entour Paris. Mais pluseurs, et par espécial ceux de Paris cuidoient que
-ce fu pour eux grever que ledit monseigneur le duc féist ladite semonce,
-et par pluseurs fois luy en parlèrent: mais il respondoit tousjours que
-c'estoit pour ladite cause. Néantmoins ceux de Paris se doubtoient
-forment, et ordenèrent que aucuns hommes armés ne entreroient à Paris sé
-il n'estoient cogneus, et firent garder par gens armés les entrées de
-Paris. Et toutesvoies ledit evesque de Laon par lequel lesdis de Paris
-se conseilloient et gouvernoient principalement et qui tout estoit au
-roy de Navarre, estoit principal conseillier dudit duc; et estoit tout
-fait par luy et par son ordenance. Moult de gens estoient esbahis, et
-disoit-l'en que il estoit la besague[69] qui fiert des deux bous. Et
-vraiement l'en disoit que ledit evesque faisoit savoir audit roy tout ce
-qui estoit fait au conseil de monseigneur le duc. Et le roy de Navarre
-qui savoit que le duc faisoit ladite semonce la faisoit aussi la plus
-grant que il povoit, et vraiement les gens de Paris et du pays environ
-estoient forment esbahis, car il se doubtoient que entre les deux
-seigneurs eust descort par lequel le pays feust gasté et destruit. Car
-ceux qui gardoient les chastiaux de Breteuil et d'Evreux, de
-Pont-Audemer et de Pacy, ne les vouloient rendre au roy de Navarre sans
-mandement du roy de France. Et pour ce disoit ledit roy de Navarre que
-on ne luy avoit pas tenu les convenances que ledit monseigneur le duc
-luy avoit faites de rendre les chastiaux, et estoit son entencion de
-pourchacier son droit; si comme l'en disoit.
-
- [69] _Besague_. Hache à deux tranchans. _Bisacuta_.
-
-
-
-
-XLVI.
-
-Des chapperons partis que ceux de Paris pristrent; et coment le roy de
-Navarre alla à Rouen.
-
-ANNÉE 1358
-
-
-La première semaine de janvier ensuivant, ceux de Paris ordenèrent qu'il
-auroient tous chapperons partis de rouge et de pers[70]; et fu commandé
-par les ostels, de par le prévost des marchans, que on préist tels
-chapperons. Et tousjours estoient les ennemis entour Paris, qui
-pilloient tout et prenoient toutes les bonnes gens et faisoient
-raençonner les villes et ceux que il povoient tenir.
-
- [70] _Pers_. Bleu.
-
-Item, le lundi huitiesme jour de janvier dessus dit, entra ledit roy de
-Navarre à Rouen, à moult grant compaignie de gens armés et non armés,
-tant de ladite ville qui estoient alés encontre luy comme autres que il
-avoit amenés avec luy. Et cedit jour ardirent les ennemis un moult bel
-ostel que monseigneur le duc de Normendie avoit au dessoubs de Rouen, à
-trois lieues, appellé Couronne[71].
-
- [71] _Couronne_. Aujourd'hui _le Grand Couronne_, village situé sur la
- rive gauche de la Seine, et chef-lieu de canton du département de la
- Seine-Inférieure.
-
-
-
-
-XLVII.
-
-Coment le roy de Navarre fist despendre les dessus dis décapités à
-Rouen, et les fist enterrer solempnellement.
-
-
-Le mercredi ensuivant, dixiesme jour du moys de janvier, le roy de
-Navarre envoia, au matin, au gibet de Rouen, pour despendre et ensevelir
-les corps des trois dessus dis que le roy de France avoit fait
-descapiter en sa présence, lorsque le roy de Navarre fu pris. Auquel
-gibet ne fu rien trouvé du conte de Harecourt, car lonc-temps avant il
-avoit esté osté; mais l'en ne savoit par qui, combien que l'en supposoit
-que ce eussent fait ses parens. Et là furent ensevelis par trois
-rendues[72] de la Magdaleine de Rouen le corps du seigneur de Graville,
-de monseigneur Maubué de Mainesmares, et de Colinet Doublet, qui encore
-avoient esté audit gibet sans les testes; et furent mis en trois
-coffres, tels comme on a accoustumé de faire pour mors. Et il y ot un
-autre coffre wit[73] pour représentacion dudit conte de Harecourt:
-lesquels coffres furent mis en trois chars[74] à dames qui là avoient
-esté amenés pour celle cause. Et fu le coffre qui faisoit la
-représentacion dudit conte en l'un desdis chars, le seigneur de Graville
-en l'autre, et les deux autres coffres en l'autre char. Et ledit jour,
-environ heure de tierce, ledit roy de Navarre à cheval et très grant
-foison de peuple avec luy à cheval et à pié, partirent de Rouen et
-alèrent au gibet dessus dit; et là ot cent varlés qui portoient cent
-grans torches; et avoit chascun varlet un escusson des armes dudit roy
-de Navarre. Et fist ledit roy charier lesdis coffres jusques à un lieu
-près de Rouen appellé le Champ du pardon auquel lesdis corps avoient
-esté descapités en la place: au plus près que l'en pout de là où il
-avoient esté descapités furent lesdis chars arrestés; et là furent
-chantées moult sollempnellement vigilles des mors, par grant foison de
-gens de pluseurs religions qui estoient là alés pour celle cause; et
-cela fait, lesdis chars furent mis au chemin: c'est assavoir, celui où
-estoient les deux coffres devant; et après ledit char avoit deux
-escuiers armés des armes dudit Maubué et Colinet, montés sur leur
-chevaux, et leur amis après. Et après, estoit le char auquel estoit le
-corps dudit seigneur de Graville; et après avoit deux hommes à cheval
-qui portoient deux bannières de ses armes, et deux autres sur deux
-chevaux armés, l'un pour guerre et l'autre pour tournoy, et après
-estoient les amis dudit seigneur. Et après estoit le char auquel estoit
-la représentacion dudit conte de Harecourt et deux varlés et deux hommes
-armés, le roy de Navarre et les amis du conte. Et ainsi furent charriés
-jusques à la porte derrière le chastel de Rouen, c'est assavoir jusques
-au lieu où il avoient esté mis dedens les charretes quant on les mena
-exécuter. Et là furent arrestés et furent mis hors lesdis coffres desdis
-chars, et les pristrent chevaliers et escuiers si comme on a acoustumé à
-porter corps. Et les portèrent jusques à Notre-Dame de Rouen en l'églyse
-cathédrale. Et ledit roy de Navarre et merveilleusement grant peuple
-aloient après à pié; et fu moult tart quant il furent en ladite églyse.
-Et là furent mis en une chappelle couverte de cierges qui avoient bien
-vint-sept piés de lonc. Et en chascun des pilliers de ladite église
-avoit une grant pièce de cendal atachiée, dedens laquelle avoit quatre
-escus petits des armes dessus nommées.
-
- [72] _Rendues_. Religieuses.
-
- [73] _Wit_. Vide.
-
- [74] _Chars_. Variante: _Chairs_.
-
-
-
-
-XLVIII.
-
-Du sermon que le roy de Navarre fist à ceux de Rouen en nommant martirs
-ceux qui estoient descapités.
-
-
-L'endemain, jour de jeudi onziesme jour dudit moys de janvier, le roy de
-Navarre fu au matin, en une fenestre sur la porte de Saint-Oyen de
-Rouen; et là parla à grant foison de gens qui estoient alés en la place
-qui estoit devant pour oïr ledit roy qui avoit fait savoir que il
-vouloit parler à eux; et leur dit en substance autel comme il avoit dit
-à Paris. Et pluseurs fois nomma les quatre corps dessus dis martirs. Et
-après ala à ladite églyse de Notre-Dame, là où fu dite la messe des mors
-moult solempnellement par l'evesque d'Avranches, et puis furent mis
-lesdis coffres en despost au charnier de ladite églyse de
-Notre-Dame[75]. Et celuy jour au disner, fist le roy de Navarre seoir à
-sa table un marchant de vin de petit estat, pour le temps maire de
-ladite ville de Rouen.
-
- [75] Je ne sais si l'on voit encore à Notre-Dame de Rouen, comme avant
- la révolution, le heaume de ces quatre chevaliers appendus dans la
- chapelle des Innocens ou de St-Romain.
-
-
-
-
-XLIX.
-
-Coment monseigneur le duc de Normendie en asseurant ceux de Paris leur
-dist, en plaines halles, qu'il vouloit vivre et mourir avec eux, et que
-les gens d'armes qu'il faisoit venir estoient pour le bien de ceux du
-royaume: et, par la deffaute de ceux qui avoient le gouvernement, il
-convenoit que il-meismes méist paine à rebouter les ennemis.
-
-
-Ce meisme jeudi, onziesme jour dudit moys de janvier mil trois cens
-cinquante-sept, monseigneur le duc de Normendie qui longuement avoit
-demouré à Paris et ne pouvoit avoir chevance, car ceux de Paris avoient
-tout le gouvernement, fu conseillié que il parlast au commun de Paris.
-Si fist savoir, celuy jour bien matin, que il iroit ès halles pour
-parler au commun. Et quant l'evesque de Laon et le prévost des marchans
-le sceurent, il le cuidèrent empeschier, et distrent à monseigneur le
-duc que il se vouloit mettre en grant péril de soy mettre devant le
-peuple. Néantmoins, ledit monseigneur le duc ne les crut point, mais
-ala, environ heure de tierce, ès dites halles, à cheval, luy sixiesme ou
-huitiesme ou environ. Et dist à grant foison de peuple qui là estoit que
-il avoit entencion de mourir et de vivre avec eux, et que il ne
-créussent aucuns qui avoient dit et publié que il faisoit venir des gens
-d'armes pour les piller et gaster: car il ne l'avoit oncques pensé. Mais
-il faisoit venir lesdites gens d'armes pour aidier à deffendre et
-garantir le peuple de France qui moult avoit à souffrir, car les ennemis
-estoient moult espandus parmy le royaume de France, et ceux qui avoient
-pris le gouvernement n'y mettoient nul remède. Si estoit son entencion,
-ce disoit, de gouverner dès lors en avant, et de rebouter les ennemis de
-France; et n'eust pas tant attendu ledit duc sé il eust eu le
-gouvernement et la finance. Et oultre, dit lors que toute la finance qui
-avoit esté levée ou royaume de France, depuis que les trois estas
-avoient eu le gouvernement, il n'en avoit né denier né maille; mais bien
-pensoit que ceux qui l'avoient receue si en rendroient bon compte. Et
-furent les parolles dudit duc moult agréables au peuple; et se tenoit la
-plus grant partie par devers luy[76].
-
- [76] _Et se tenoit, etc._ C'est-à-dire: Et le plus grand nombre
- favorisoit plutôt son parti que celui des meneurs des Trois-Etats.
-
-
-
-
-L.
-
-De l'assemblée que le prévost des marchans fist faire à
-Saint-Jaques-de-l'Ospital, pour la doubte que il avoit que le peuple de
-Paris ne se tenist du tout avec monseigneur le duc; et des parolles que
-dit Charles Toussac, eschevin.
-
-
-L'endemain, jour de vendredi douziesme jour dudit moys de janvier, le
-prévost des marchans et ses aliés considérans et voyans que le peuple
-estoit à faire le plaisir et la volenté de monseigneur le duc, leur
-seigneur; doubtans par aventure que ledit peuple ne s'esméust contre
-eux, firent assembler à Saint-Jaques-de-l'Ospital[77] grant foison de
-gens, et par espécial ceux qui estoient de leur partie. Et quant ledit
-duc sceut ladite assemblée, il parti tantost du palais et ala audit
-Ospital, et en sa compagnie estoit ledit evesque de Laon et pluseurs
-autres. Et quant il fu là, il fist parler son chancellier à tous ceux
-qui là estoient, et leur fist dire une partie de ce qu'il avoit dit le
-jour précédent ès halles. Et oultre, pour ce que pluseurs publioient que
-ledit duc ne tenoit pas au roy de Navarre les convenances que il luy
-avoit promises, et ledit duc ne povoit faire son devoir de rebouter ses
-ennemis qui dommageoient et gastoient tout environ Paris, Chartres et le
-pays environ; iceluy duc fist dire que il avoit bien tenu audit roy de
-Navarre ce qu'il avoit promis en tant comme il povoit; mais aucuns
-d'iceux auxquels le roy son père avoit baillié à garder aucuns chastiaux
-dudit roy de Navarre ne les vouloient rendre, il n'en povoit mais; mais
-il en avoit fait tout son povoir et encore estoit prest du faire.
-
- [77] _Saint-Jaques de l'Ospital_. Église située à l'extrémité des rues
- _Mauconseil_ et _Saint-Denis_. Transformée depuis la révolution de
- 1792 en magasin, elle fut abattue en 1822.
-
-Et après ce que ledit chancellier ot parlé, Charles Toussac se leva et
-voult parler; mais il y ot si grant noise que il ne pout estre oï. Si se
-parti lors monseigneur le duc et sa compaignie, fors l'evesque de Laon
-qui demoura avec ledit prévost des marchans. Et assez tost après que
-ledit duc fu parti, ledit Charles recommença, et lors fu oï. Si dist
-moult de choses, et par espécial contre les officiers du roy. Et dist
-que il y avoit tant de mauvaises herbes que les bonnes ne povoient
-fructifier né amender; et dit moult de choses couvertement contre le
-duc. Et après, quant il ot parlé, un advocat appellé Jehan de
-Sainte-Aude, qui par les trois estas avoit esté fait un des généraux
-gouverneurs des subsides ottroyés par les trois estas, parla et dit que
-le prévost des marchans né les autres des trois estas n'avoient pas
-emboursé l'argent que on avoit receu des subsides. Et autel avoit dit
-ledit prévost des marchans. Et nomma ledit Jehan pluseurs chevaliers qui
-en avoient eu par le mandement dudit duc, si comme disoit ledit Jehan,
-jusques à la somme de quarante ou de cinquante mille moutons lesquels
-avoient esté mal emploiés, si comme ses parolles le notoient et
-donnoient à entendre. Et là fu encore dit par ledit Charles Toussac que
-ledit prévost des marchans étoit preud'homme et avoit fait ce que il
-avoit fait, pour le bien et le sauvement et le proufit de tout le
-peuple. Et dist que sur ledit prévost régnoit haine, et que il le savoit
-bien. Et que sé ledit prévost des marchans cuidoit que ceux qui là
-estoient présens et les autres de Paris ne le voulsissent porter né
-soustenir, il querroit son sauvement là où il le pourroit trouver. Et là
-aucuns qui estoient de leur aliance crièrent, disans que il le
-porteroient et soustenroient contre tous.
-
-Item, le samedi ensuivant, treisiesme jour dudit moys de janvier,
-monseigneur le duc manda pluseurs des maistres de Paris au palais là où
-il estoit, et parla à eux moult amiablement et leur requist que il luy
-voulsissent estre bons subgiés, et il leur seroit bon seigneur. Lesquels
-luy respondirent que il vivroient et mourroient avec luy, et que il
-avoit trop attendu à prendre le gouvernement.
-
-
-
-
-LI.
-
-D'une faible monnoie que les gens des trois estas ordenèrent à Paris.
-
-
-Le huitiesme jour d'après Noël l'an dessus dit, fu l'assemblée à Paris
-des bonnes villes; mais il n'y ot aucuns nobles, et pou y ot des gens
-d'églyse. Et tous les jours assembloient et si ne povoient estre à
-accort. Et toutesvoies il demourèrent à Paris jusques au vint-quatriesme
-ou vint-cinquiesme jour de janvier. Et ordenèrent que il retourneroient
-le dimenche devant karesme prenant, onziesme jour du moys de février
-ensuivant. Et pour provision ordenèrent que on feroit nouvelle monnoie
-plus foible que celle qui autrefois avoit esté faite par eux, et que
-monseigneur le duc y auroit plus de proufit: c'est assavoir le quint
-denier, et les autres quatre seroient pour la guerre. Et ainsi fu fait;
-et valut le mouton trente sols parisis.
-
-Et les deux roynes Jehanne et Blanche traictoient à Paris de l'accort
-mettre entre monseigneur le duc qui là estoit, et le roy de Navarre qui
-estoit à Mante; mais ledit roy avoit de ses gens à Paris monseigneur
-Jehan de Piquegny et autres. Et tousjours venoient à Paris gens de
-diverses marches, souldoiers, tant que monseigneur le duc ot bien dedens
-Paris deux mille hommes d'armes, lesquels demouroient à Paris sans riens
-faire né porter aucun proufit; et toutesvoies les ennemis estoient sur
-le pays en pluseurs lieux et pilloient et roboient tout, et furent
-jusques à Saint-Cloust.
-
-_Incidence_.--Le mardi, seiziesme jour dudit moys de janvier, espousa
-monseigneur Loys, conte d'Estampes, madame Jehanne d'Eu, fille jadis de
-Raoul conte d'Eu et connestable de France, et suer à l'autre conte d'Eu
-et de Guynes et aussi connestable de France qui ot la teste couppée à
-Neele, à Paris. Laquelle madame Jehanne avoit esté femme de monseigneur
-Gautier, duc d'Athènes et conte de Brene en Champaigne et connestable de
-France, qui avoit esté tué en la bataille de Poitiers où le roy Jehan fu
-pris.
-
-
-
-
-LII.
-
-De la prise d'Estampes.
-
-
-Celuy mardi meisme, les ennemis d'entour Paris et Chartres pristrent
-Estampes et la pillèrent, et y pristrent grant foison de prisonniers que
-il menèrent en pluseurs forteresces que il tenoient en Chartrain et en
-Beausse.
-
-
-
-
-LIII.
-
-De la mort Jehan Baillet, trésorier de monsieur le duc de Normendie. Et
-coment Perin Marc fu justicié, pendu et puis despendu et enterré en
-l'églyse Saint-Merry.
-
-
-Le mercredi vint-quatriesme jour dudit moys de janvier, après disner,
-Jehan Baillet, trésorier de monseigneur le duc de Normendie et moult
-acointé de luy, fu tué à Paris d'un vallet changeur appellé Perrin
-Marc[78] qui le féri d'un coutel au dessoubs de l'espaule par derrière,
-en la rue nueve Saint-Merry. Et après s'enfuy ledit Perrin audit
-moustier de Saint-Merry. Et le soir bien tart, ledit duc qui moult
-estoit courroucié de la mort de son dit trésorier envoia audit moustier
-de Saint-Merry monseigneur Robert de Clermont[79] son mareschal, Jehan
-de Chalon, fils de monseigneur Jehan de Chalon, seigneur d'Arlay,
-Guillaume Staise, lors prévost de Paris et grant foison de gens d'armes,
-lesquels brisièrent les huis dudit moustier et en mistrent hors à force
-ledit Perrin Marc. Et l'endemain matin jour de jeudi, ledit Perrin fu
-traisné au chastelet au lieu où il avoit fait le coup, et là ot le poing
-couppé et puis fu mené au gibet de Paris, et là pendu.
-
- [78] _Perrin Marc_. Villani, copiste souvent infidèle de nos
- _Chroniques_, ajoute ici que _Macé_ se plaignoit de n'avoir pas reçu
- le prix de deux chevaux achetés par les gens de l'écurie du dauphin.
- «Le trésorier,» dit sur cela M. Michelet, «refusoit de payer, sans
- doute sous prétexte du droit de prise.» Je suis surpris de voir une
- pareille conjecture sous la plume de M. Michelet, qui auroit dû la
- laisser à Dulaure ou à M. Sismondi. Il ne peut ignorer que ce _droit
- de prise_, dont on a fait tant de bruit, n'étoit que celui
- d'emprunter pour un très court espace de temps les objets de
- première nécessité que ne pouvoient emporter avec eux dans leurs
- tournées les grands officiers de la couronne. C'étoient des matelas,
- de la vaisselle et des fourrages. Mais jamais il n'arrivoit aux
- emprunteurs de prétendre à la propriété de ces objets. Et si les
- citoyens ne devoient pas les refuser, on ne pouvoit se dispenser de
- leur tenir compte de ceux qu'on ne leur restituoit pas. Au reste, il
- est fort douteux que Perrin Marc et non pas Macé, _valet changeur_,
- ait eu personnellement à réclamer quelque chose du trésorier Jean
- Baillet.
-
- [79] La plupart des manuscrits et les éditions gothiques omettent ce
- nom; et Villaret transporte au jeune Jean de Chalon le titre de
- _maréchal de Champaigne_, tandis que Lévesque fait de Jean de
- Clermont le _maréchal de Normandie_. La vérité, c'est que Jean de
- Clermont fut nommé maréchal de France par le duc de Normandie depuis
- la captivité de son père. L'erreur vient de ce que les chroniqueurs
- contemporains l'ont souvent désigné comme _maréchal de monseigneur
- le duc de Normandie_.
-
-Mais l'evesque de Paris fist tant que ledit Perrin fu despendu le samedi
-ensuivant et fu ramené audit moustier de Saint-Merry et restabli; et là
-à très grant sollempnité fu enterré le jour que les obsèques dudit Jehan
-Baillet furent faites; auxquelles fu présent monseigneur le duc de
-Normendie. Et à celles dudit Perrin fu le prévost des marchans, et grant
-foison des bourgois de Paris.
-
-
-
-
-LIV.
-
-Des messagiers du roy de France envoiés à monseigneur le duc son fils
-ainsné, à Paris.
-
-
-Le samedi vint-septiesme jour du moys de janvier, les messages du roy
-qui estoient venus d'Angleterre, c'est assavoir l'evesque de Therouenne
-chancellier de France, le conte de Vendosme, le seigneur de Derval, le
-sire d'Aubigny, monseigneur Jehan de Saintré chevalier et messire Jehan
-de Champeaux clerc, firent leur rapport au duc de Normendie, en la
-présence de pluseurs de son conseil, evesques, chevaliers et autres, sur
-le traictié de l'accort fait en Angleterre, entre les roys de France et
-d'Angleterre. Lequel traictié moult plut audit duc et à ses
-conseilliers, si comme il disoient.
-
-
-
-
-LV.
-
-De la response que monseigneur le duc de Normendie fist au message du
-roy de Navarre.
-
-
-Après celuy samedi huit jours ou environ, messire Jehan de Piquegny vint
-à Paris de par le roy de Navarre qui estoit à Mante, et fist ledit
-messire Jehan pluseurs requestes à monseigneur le duc, de par ledit roy
-de Navarre, en la présence des roynes Jehanne et Blanche et de pluseurs
-du conseil dudit duc. C'est assavoir que monseigneur le duc tenist les
-convenances audit roy de Navarre que il luy avoit, lesquelles il ne[80]
-esclaircissoit point; et que il féist rendre audit roy ses forteresces
-et quarante mille florins à l'escu que l'en luy avoit promis l'autre
-fois qu'il avoit esté à Paris, et aussi aucuns joyaux qui avoient esté
-pris du sien, lors qu'il fu emprisonné.
-
- [80] _Lesquelles il ne_. Que ledit Picquegny ne précisoit pas.
-
-Et lors monseigneur le duc se mist à un genouil devant les dites roynes,
-lesquelles le firent lever tantost et raseoir emprès elles. Et respondi
-audit monseigneur Jehan que il avoit bien audit roy de Navarre tenues
-les convenances que il ly avoit, et que sé aucun à qui il fust tenu de
-respondre vouloit dire le contraire il diroit que celui mentiroit. Mais
-ledit monseigneur Jehan n'estoit pas homme à qui monseigneur le duc en
-déust respondre. Et toutes voies disoit-il encore que sé aucun vouloit
-maintenir que il n'eust tenu audit roy de Navarre lesdites convenances,
-il avoit des chevaliers qui bien s'en combattroient, sé mestier estoit.
-Et pluseurs autres parolles dist lors monseigneur le duc. Et lors fu dit
-par l'evesque de Laon que monseigneur le duc auroit plus grant advis sur
-lesdites requestes, et en respondroit tant que il souffiroit; et ainsi
-se départirent.
-
-
-
-
-LVI.
-
-Coment l'université de Paris, par le prévost des marchans, alèrent par
-devers monseigneur le duc pour faire accorder les demandes au roy de
-Navarre.
-
-
-Celle sepmaine, l'université de Paris[81], le clergié, le prévost des
-marchans et ses compaignons, alèrent par devers monseigneur le duc, au
-palais, et là fu dit audit duc, par frère Simon de Langres, maistre de
-l'ordre des Jacobins, que tous les dessus nommés avoient esté ensemble
-au conseil, et avoient délibéré que le roy de Navarre feroit faire audit
-duc toutes ses demandes à une fois; et que tantost que il les auroit
-faites, ledit duc feroit rendre audit roy de Navarre toutes ses
-forteresces: et après l'en regarderoit sur toutes les requestes dudit
-roy, et luy passeroit l'en tout ce que l'en devroit. Et pour ce que
-ledit maistre ne disoit plus, un moine de Saint-Denis en France, maistre
-en théologie et prieur d'Essonne[82], dit audit maistre que il n'avoit
-pas tout dit. Si dist lors ledit prieur à monseigneur le duc, que encore
-avoient-il délibéré que sé il ou le roy de Navarre estoient refusans de
-tenir et accomplir leur délibération, il seroient tous contre celuy qui
-en seroit refusant et prescheroient contre luy[83].
-
- [81] Du Boullay, dans son _Histoire de l'Université_, et tous nos
- historiens assurent, je ne sais sur quel garant, que l'Université
- refusa toujours de porter le chaperon mi-parti; mais tous, à
- l'exception de M. Michelet, omettent de mentionner la visite faite
- par l'Université au dauphin, qui s'en seroit bien passé.
-
- [82] _Essonne_. Près de Corbeil.
-
- [83] Il suffiroit de ces dernières phrases pour prouver que notre
- chronique n'est plus rédigée par un moine de Saint-Denis.
-
-
-
-
-LVII.
-
-Autre ordenance par aucuns des gens des trois estas.
-
-
-Le dimenche devant karesme prenant, onziesme jour de février, se
-rassemblèrent à Paris pluseurs des bonnes villes et du clergié, mais il
-n'y vint nul noble. Et par pluseurs journées se assemblèrent, si comme
-il avoient accoustumé. Et finablement ordenèrent que les gens d'églyse
-paieroient demy-dixiesme pour le temps advenir, pour un an. Et ceulx qui
-n'avoient aucune chose paiée pour l'an passé paieroient aussi avecques
-l'autre année demy-dixiesme. Et les villes fermées feroient de
-soixante-quinze feus[84] un homme armé ou dix sous parisis pour jour; et
-le plat païs feroit de cent feus un homme armé.
-
- [84] _Soixante-quinze_. Et non pas _soixante-cinq_, comme le portent
- les éditions gothiques et les historiens modernes.
-
-
-
-
-LVIII.
-
-Coment le prévost des marchans et ses aliés alèrent au palais en la
-chambre de monseigneur le duc de Normendie; et là, présent luy, tuèrent
-les deux mareschaux de Clermont et de Champaigne, après ce que il orent
-tué maistre Regnaut d'Acy, advocat en parlement.
-
-
-Le jeudi vint-deuxiesme jour du moys de février, l'an mil trois cens
-cinquante-sept à matin, et fu le secont jeudi de karesme, ledit prévost
-des marchans fist assembler à St-Eloy près du Palais[85] tous les
-mestiers de Paris armés, et tant que on estimoit qu'il estoient bien
-trois mil tous armés. Et environ heure de tierce, un advocat de
-parlement appellé maistre Regnaut d'Acy, en alant du palais en sa maison
-qui estoit près de Saint-Landry[86], fu tué près du moustier de la
-Magdaleine[87], en l'ostel d'un patissier là où il se bouta quant il vit
-que l'on le vouloit tuer; et ot tant et de telles plaies que tantost il
-mourut sans parler. Et tantost après, ledit prévost et pluseurs en sa
-compaignie montèrent en la chambre de monseigneur le duc au palais sur
-les merceries[88], et là trouvèrent ledit duc auquel ledit prévost dist
-telles parolles en substance: «Sire, ne vous esbahissez de choses que
-vous véez, car il est ordené et convient que il soit fait.» Et si tost
-que ces parolles furent dites, aucuns de la compaignie du prévost des
-marchans coururent sur monseigneur Jehan de Conflans, mareschal de
-Champaigne, et le tuèrent joignant du lit de monseigneur le duc et en sa
-présence. Et aucuns autres de la compaignie dudit prévost coururent sur
-monseigneur Robert de Clermont, mareschal dudit duc de Normendie, lequel
-se retray en une autre chambre de retrait dudit monseigneur le duc, mais
-il le suivirent et là le tuèrent. Et monseigneur le duc qui moult estoit
-effraié de ce que il véoit, pria ledit prévost des marchans que il le
-voulsist sauver, car tous ses officiers qui lors estoient en la chambre
-s'enfouirent et le laissièrent. Et adont, ledit prévost luy dit: «Sire,
-vous n'avez garde.» Et luy bailla ledit prévost son chapperon qui estoit
-des chapperons de la ville parti de rouge et de pers, le pers à destre;
-et prist le chapperon dudit monseigneur le duc qui estoit de
-brunette[89] noire à un orfrois d'or, et le porta tout celuy jour, et
-monseigneur le duc porta celuy dudit prévost[90]. Tantost après, aucuns
-de la compaignie dudit prévost prisrent les corps des deux chevaliers et
-les trainèrent moult inhumainement par devant monseigneur le duc jusques
-en la court du palais devant le perron de marbre; et là demourèrent tous
-estendus et descouvers en la vue de ceux qui les vouloient veoir,
-jusques après disner bien tart; et n'estoit nul homme qui les osast
-oster.
-
- [85] Sur l'emplacement actuel de la rue de Saint-Eloy.
-
- [86] _Saint-Landry_. Cette église étoit à l'entrée actuelle de la rue
- de Saint-Landry, sur le quai de la Cité.
-
- [87] _La Magdaleine_. L'église de la Magdeleine-en-la-Cité étoit sur
- l'emplacement de la maison nº 5 de la rue actuelle _de la Juiverie_.
- On a conservé l'ancien nom au passage qui divise cette maison.
-
- [88] _Sur les merceries_. Ces derniers mots ne sont que dans le
- manuscrit de Charles V.
-
- [89] _Brunette_. Etoffe fine et très-recherchée.--_Orfrois_, bordure,
- frange d'or ou d'argent.
-
- [90] Quel frappant rapport avec la journée du 20 juin 1792!
-
-Et ledit prévost des marchans et ses compaignons alèrent en leur maison
-en Grève que l'en appeloit la maison de la ville. Et là ledit prévost
-estant aux fenestres de ladite maison, sur la place de Grève, parla à
-moult grant nombre de gens armés qui estoient en ladite place et leur
-dist que le fait qui avoit esté fait ce avoit esté pour le bien commun
-du royaume de France, et que ceux qui avoient esté tués estoient faux,
-mauvais et traitres. Et requist ledit prévost au peuple qui là estoit,
-que en ce le voulsissent porter et soustenir, car il avoit fait ce faire
-pour le bien du royaume, si comme il disoit. Et lors, pluseurs crièrent
-à haute voix que il advouoient le fait, et que il vouloient vivre et
-morir avec ledit prévost des marchans.
-
-Et tantost après, ledit prévost des marchans retourna au palais et tant
-de gens d'armes avec luy que toute la court en estoit plaine. Et monta
-en la chambre où monseigneur le duc estoit qui moult estoit dolent et
-esbahi de ce qui estoit advenu. Et encore estoient les corps desdis
-chevaliers devant ledit perron de marbre, et le povoit ledit duc véoir
-des fenestres de sa chambre. Et quant ledit prévost fu en ladite
-chambre, et pluseurs armés de sa compaignie avec luy, il dit audit
-monseigneur le duc que il ne se méist point à mesaise de ce qui estoit
-advenu, car il avoit esté fait de la volenté du peuple, et pour
-eschiéver greigneurs périls; et ceux qui avoient esté mors avoient esté
-faux, mauvais et traitres. Et requist ledit prévost à monseigneur le
-duc, de par ledit peuple, que il voulsist ratifier ledit fait et estre
-tout un avec eux. Et que sé mestier avoient d'aucun pardon pour cause
-dudit fait, que le duc leur voulsist à tous pardonner. Lequel duc
-octroia audit prévost les choses dessus dites, et luy pria que ceux de
-Paris voulsissent estre ses bons amis et il seroit le leur. Et pour
-celle cause, ledit prévost envoia audit duc deux draps, l'un de pers et
-l'autre de rouge, pour ce que ledit duc féist faire des chapperons pour
-luy et pour ses gens tout comme ceux de Paris les portoient, c'est
-assavoir, parti de pers et de rouge, le pers à destre. Et ainsi le fist
-ledit monseigneur le duc et portoit tel chapperon comme dit est, et ses
-gens aussi, et ceux du parlement et des autres chambres du palais et
-tous autres officiers communément estans à Paris[91].
-
- [91] Au milieu de circonstances aussi critiques, pense-t-on que le
- dauphin auroit pu garantir sa vie, si la _liberté de la presse_ eût
- existé comme sous le règne de Louis XVI? Cette question seroit digne
- d'être mise au concours par l'_Académie des Sciences morales et
- politiques_. En comparant le résultat des deux crises, on est tenté
- de rejeter sur Louis XVI toutes les fautes: cependant les
- _concessions_ qui firent la perte de ce vertueux Prince avoient fait
- le salut de Charles V.
-
-Et celuy jour de jeudi, environ vespres, ledit prévost commanda que on
-levast lesdis corps des deux chevaliers dessus dis qui encore
-estoient en ladite court du palais, et que l'en les portast à
-Ste-Katherine-du-Val-des-Escoliers. Et jà estoit levé le corps de
-maistre Regnaut d'Acy, et avoit esté porté en son ostel par ses gens,
-car il avoit esté tué près de son ostel. Mais toutesvoies fu-il
-longuement là où il avoit esté tué en la vue de chascun, avant que il
-eust esté levé.
-
-Si furent les deux corps dessus dis mis par povres varlès en une
-charrete, et menés à descouvert dedens ladite charrete par lesdis povres
-varlès qui ladite charrete trainoient sans chevaux au lonc de la ville,
-jusques audit lieu de Ste-Katherine-du-Val-des-Escoliers; et par lesdis
-varlès furent descendus en la court, et puis emmenèrent lesdis varlès
-ladite charrete et laissièrent là les deux corps. Et emportèrent lesdis
-varlès le mantel de l'un des chevaliers pour leur salaire de les avoir
-amenés jusques là. Et pour ce que les religieux de Sainte-Katherine
-n'osoient enterrer lesdis corps, aucuns d'eux alèrent vers ledit prévost
-pour savoir que il vouloit que lesdis religieux féissent desdis corps?
-Lequel prévost respondi auxdis religieux que il luy plaisoit que il en
-féist ce que monseigneur le duc vouldroit. Et après alèrent vers
-monseigneur le duc, lequel leur dist que il les féissent enterrer
-secrètement sans solemnité. Mais assez tost après fu deffendu auxdis
-religieux, de par l'evesque de Paris, que il n'enterrassent point le
-corps de monseigneur Robert de Clermont en terre benoite, car ledit
-evesque le tenoit pour excomménié, pour ce que il avoit esté à oster et
-traire hors du moustier de Saint-Merry Perin Marc, qui avoit tué Jehan
-Baillet, si comme dessus est dit. Si en fu ordené secrètement par lesdis
-religieux tant de l'un comme de l'autre. Et ledit maitre Regnaut d'Acy
-fu le soir enterré secrètement au moustier de Saint-Landry, de quelle
-paroisse il estoit.
-
-Et celuy jeudi au soir, bien tart, fu ledit prévost des marchans en
-l'ostel de la royne Jehanne, et là parla à luy moult longuement. Et
-disoit-l'en que entre les autres choses que il luy dist, il luy requit
-que elle féist venir le roy de Navarre à Paris.
-
-
-
-
-LIX.
-
-De l'assemblée que le prévost des marchans fist aux Augustins et des
-paroles que maistre Robert de Corbie dist.
-
-
-L'endemain, jour de vendredi vint-troisiesme jour dudit moys de février,
-ledit prévost des marchans fist assembler au matin aux Augustins grant
-nombre de ceux de Paris desquels pluseurs estoient armés. Et manda à
-ceux qui avoient esté envoiés de par les bonnes villes qui encores
-estoient à Paris que il alassent là, desquels pluseurs y alèrent. Et là,
-maistre Robert de Corbie dist que le prévost des marchans avoit fait
-faire le fait qui avoit esté fait le jour précédent pour le bien et pour
-le proufit du royaume, et que il estoient quatre qui empeschoient tous
-les bons consaux devers monseigneur le duc, et par eux avoit esté
-empeschiée la délivrance du roy de France, si comme disoit ledit maistre
-Robert. Et dist que sur la délivrance du roy avoient esté assemblés
-l'université, le clergié et la ville de Paris qui tous estoient et
-avoient esté d'accort et en une oppinion. Et depuis soixante-quatre
-personnes du conseil monseigneur le duc qui sur ce meismes avoient esté
-assemblées avoient esté de une oppinion, et les quatre dessus dis
-empeschièrent tout. Mais il ne dist point qui estoient ces quatre, et si
-ne dist oncques sur quoi ce conseil avoit esté, en espécial, né aucun
-cas particulier né espécial pour lequel il eussent mis à mort les trois
-dessus nommés. Et toutesvoies requist ledit maistre Robert les envoiés
-des bonnes villes, pour ledit prévost et les autres qui avoient fait
-ledit fait, que il voulsissent ratifier ce qui avoit esté fait et eux
-tenir en bonne union avec ceux de Paris; laquelle union avoit esté
-promise et jurée en pluseurs assemblées par avant, si comme disoit ledit
-maistre Robert.
-
-Et jà fust ce que pluseurs de ceux des bonnes villes sceussent bien que
-seure chose n'estoit pas de ratifier ledit fait, toutesvoies dirent par
-doubte tous ceux qui en ladite assemblée estoient, que il créoient que
-ce avoit esté fait à bonne cause et juste, et le ratiffioient, dont
-pluseurs de Paris qui là estoient les en mercièrent.
-
-
-
-
-LX.
-
-Coment le prévost des marchans vint à monseigneur le duc en parlement,
-et luy requist que il voulsist tenir les ordenances que les trois estas
-avoient establies l'année devant.
-
-
-Le samedi ensuivant, vint-quatriesme jour dudit moys, fu monseigneur le
-duc en la chambre de parlement, et avec luy aucuns de son conseil qui
-luy estoient demourés. Et là alèrent à luy ledit prévost et pluseurs
-autres avec luy, tant armés comme non armés, et requistrent à
-monseigneur le duc que il féist tenir et garder, sans enfraindre, toutes
-les ordenances lesquelles avoient esté faites par les trois estas l'an
-précédent, et que il les laissast gouverner si comme autrefois avoit
-esté fait; et que il voulsist debouter aucuns qui encore estoient en son
-conseil; et pour ce que le peuple se tenoit trop mal content de moult de
-choses qui estoient faites au conseil de monseigneur le duc contre ledit
-peuple, il voulsist mettre en son grand conseil trois ou quatre bourgois
-que l'en luy nommeroit. Toutes lesquelles choses monseigneur le duc leur
-octroia.
-
-
-
-
-LXI.
-
-De la revenue du roy de Navarre à Paris; et du mandement que le roy de
-France fist au duc de Normendie, son ainsné fils.
-
-
-Le lundi ensuivant, vint-sixiesme jour dudit moys de février, entra le
-roy de Navarre à Paris, à moult grant compaignie de gens d'armes, tant
-de ceux qu'il avoit amenés comme de ceux de Paris qui estoient alés
-contre luy; et ala descendre ledit roy en l'ostel de Neelle qui lors
-estoit au duc de Normendie. Et celuy jour, le prévost des marchans ala
-devers luy et luy pria et dist que il voulsist faire justes requestes
-audit monseigneur le duc, et que il voulsist porter et soustenir le fait
-que il avoient fait à Paris des trois qui avoient esté occis. Lequel roy
-leur octroia tout. Et toute celle sepmaine, les deux roynes veves
-Jehanne et Blanche, le prévost des marchans, l'evesque de Laon et ses
-compaignons traictièrent l'accort entre le duc et le roy, lequel fu fait
-dedens dix ou douze jours après. Mais pou de gens sceurent lors la
-manière. Toutesvoies donna lors ledit duc audit roy l'ostel de Neelle.
-Et furent si bien ensemble que chascun jour il disnoient l'un avec
-l'autre, et faisoient moult grant semblant de eux entr'aimer. Et après,
-environ le dixiesme ou douxiesme jour de mars, le roy de France manda à
-monseigneur le duc de Normendie que il envoiast en Angleterre deux
-prélas, et quatre chevaliers, car il estoit moult seul si comme il
-mandoit. Et aussi manda que il luy envoiast deux bons notaires pour
-ordener les lettres du traictié d'accort entre luy et le roy
-d'Angleterre. Et tousjours estoient ceux de Paris ainsi comme esmeus, et
-se armoient et assambloient souvent; pour laquelle chose pluseurs
-officiers du roy de France et du duc se absentèrent[92] tant prélas
-comme autres. Et depuis en retourna pluseurs à Paris, pour la seurté que
-il orent dudit prévost des marchans qui disoit que l'en ne leur vouloit
-mal.
-
- [92] _Se absentèrent_. Le reste du chapitre est inédit et ne se trouve
- que dans le manuscrit de Charles V.
-
-
-
-
-LXII.
-
-Des lettres que le prévost des marchans envoia aux bonnes villes pour
-les faire alier et prendre chapperons partis de meisme ceux de Paris.
-
-
-En ce temps furent faites ordenances sur tous officiers. Et l'évesque de
-Therouenne, lors chancellier de France, qui nouvellement estoit venu
-d'Angleterre, n'avoit point apporté les seaux du roy, mais les avoit
-laissiés en Angleterre par l'ordenance du roy et de son conseil. Lequel
-chancelier bien apperceut que l'en vouloit user d'autres seaux que de
-celuy de Chastellet duquel l'en usoit en l'absence du grant. Et aussi
-pour pluseurs autres causes se parti de Paris, et s'en ala en son pays
-d'Alvergne[93].
-
- [93] _D'Alvergne_. Ce prélat recommandable étoit en effet de la maison
- de Montaigu en Auvergne, et se nommoit Gilles Aycelin.
-
-En ce temps, assez tost après l'occision des trois dessus nommés, le
-prévost des marchans et les eschevins envoièrent lettres closes par les
-bonnes villes du royaume, par lesquelles il leur faisoient savoir le
-fait qu'il avoient fait, et leur requéroient que il se voulsissent tenir
-en vraie union avec eux et que il voulsissent prendre de leur chapperons
-partis de pers et de rouge, si comme avoient fait le duc de Normendie et
-pluseurs autres du sanc de France, si comme ès dites lettres estoit
-contenu. Et, en vérité, ledit monseigneur le duc, le roy de Navarre, le
-duc d'Orléans frère dudit roy de France, et le conte d'Estampes, qui
-tous estoient des fleurs de lis[94], portoient lesdis chapperons. Dont
-pluseurs ne renvoièrent oncques responses desdites lettres, et autres
-rescriprent sans autre aliance faire et sans prendre desdis chapperons;
-et autres prisrent desdis chapperons.
-
- [94] _Des fleurs de lys_. Belle et ancienne manière de désigner les
- parens du roi, les princes du sang.
-
-
-
-
-LXIII.
-
-De la response que ceux qui tenoient les forteresces féirent à ceux que
-le roy d'Angleterre leur envoia.
-
-
-En ce temps envoia le roy d'Angleterre deux chevaliers anglois en France
-pour faire issir des forteresces tous ceux[95] qui aucunes en avoit
-prises depuis les trièves données à Bourdiaux entre le roy de France et
-le prince de Galles. Dont pluseurs et presque tous, tant en Chartain
-comme en Normendie, qui avoient prises lesdites forteresces respondirent
-que il n'estoient point au roy d'Angleterre, né les dites forteresces ne
-tenoient de par luy; et dirent aucuns que il estoient au roy de Navarre
-et les autres disrent que il trouveroient bien qui les avoueroit. Et ne
-issirent point, mais coururent, pillèrent et robèrent le pays. Et furent
-aucuns de la garnison d'Esparnon, le lundi douziesme jour du moys de
-mars, en la ville de Chastres soubs Mont-Lehery environ; et pillèrent
-tout et emmenèrent moult de prisonniers à Mont-Lehery et n'estoient pas
-plus de six vint ou environ: et si ne trouvèrent qui empeschement leur
-féist. Et toutesvoies estoit l'accort fait entre ledit duc et le roy de
-Navarre, par telle manière que il estoient le plus du temps ensemble, et
-avoient esté par plus de huit jours ensemble par avant. Et avoit ledit
-duc accordé que ledit roy, en partie de paiement de ce que il devoit
-avoir par ledit accort, auroit la conté de Bigorre, et la jugerie de
-Rivière[96] et la conté de Mascon et autres terres au païs, jusques à
-dix mil livres mesurées de terre. Et si fu accordé à la royne Blanche,
-soeur dudit roy, que elle auroit Moret en Acquitaine de ce que l'en luy
-devoit pour son douaire. Item, en tout ce temps donnoit ledit roy de
-Navarre saufs-conduis à Paris, contenant ceste forme[97]:
-
- [95] _Tous ceux_. Tous ceux qui sous prétexte d'ordres émanés du roi
- d'Angleterre avoient pris possession de places que la conclusion des
- trêves empêchoit de croire en danger.
-
- [96] _La Jugerie_. Variante: _Viguerie_.
-
- [97] Cette dernière phrase est inédite.
-
-
-
-
-LXIV.
-
-Cy après s'ensuit la teneur des saufs conduis que le roy de Navarre
-donnoit en la ville de Paris.
-
-
-«Charles, par la grace de Dieu, roy de Navarre et conte d'Evreux, à tous
-ceux qui ces lettres verront salut. Savoir faisons que nous avons donné
-et donnons par la teneur de ces présentes à nos amés et féaux chevaliers
-Jehan de Neuf-Chastel et le seigneur de Raon[98], et à leur compaignie
-jusques au nombre de trente personnes à cheval, seur et sauf conduit du
-jour de la date de ces présentes jusques à la feste de Penthecouste
-prochaine venant, pour aler, venir cependant, et demourer sé mestier est
-par tous les lieux du royaume de France. Si donnons en mandement à tous
-capitaines, chastelains, gardes de païs, villes et passages et destrois
-dudit royaume, et à chascun d'eux; et prions tous autres que lesdis
-chevaliers et leur compagnie, jusques au nombre dessus dit, fassent et
-laissent jouir et user de nostre présent sauf conduit, sans leur faire
-né souffrir estre fait aucun empeschement en corps, en chevaux, en
-harnois né en aucuns de leur biens. Donné à Paris le douziesme jour du
-moys de mars, l'an de grace mil trois cens cinquante-sept.» Et estoient
-ainsi signées: «Par le roy. P. du Tertre.»--Et obéissoit-l'en plus
-auxdis saufs conduis que on ne faisoit à ceux de monseigneur le duc.
-
- [98] Les meilleures leçons écrivent ainsi ce nom. Variantes: _Rouen_
- et _Craon_.
-
-Item, le mardi treiziesme jour du moys de mars l'an dessus dit, se parti
-de Paris ledit roy de Navarre et s'en ala à Mante, et monseigneur le duc
-demoura à Paris.
-
-
-
-
-LXV.
-
-Coment monseigneur le duc prist nom de régent par titre de lettres, à
-très bonne cause.
-
-
-Le mercredi quatorziesme jour du moys de mars fu publié à Paris que
-monseigneur le duc qui par avant s'estoit appellé lieutenant du roy,
-depuis sa prise, s'appelleroit dès là en avant régent du royaume. Et fu
-son titre tel: _Karolus primogenitus regis Francorum regnum regens,
-etc._ Et jasoit ce que par avant l'en eust tousjours escript au nom du
-roy, en parlement et en toutes lettres de justice, il fu deffendu celuy
-jour que plus on n'y escrisist. Et fu baillié le titre tel comme dessus
-est dit en cédulles aux notaires et aux escrivains du palais: et fu le
-nom du roy tout estaint. Et ne scella-on plus du scel de chastellet,
-mais du scel dudit duc en cire jaune. Et portoit le scel maistre Jehan
-de Dormans, qui estoit chancelier dudit régent. Et furent mis au conseil
-dudit régent, le prévost des marchans, maistre Robert de Corbie, Charles
-Toussac et Jehan de l'Isle, maistres et principaux, après ledit evesque
-de Laon qui tout gouvernoit.
-
-
-
-
-LXVI.
-
-De la mort de Phelipot de Repenti, escuier.
-
-
-Le samedi au soir, dix-septiesme jour du moys de mars, fu pris à
-Saint-Cloust, près de Paris, un escuier françois appellé Phelipot de
-Repenti[99], et fu amené à Paris. Et le lundi matin ensuivant,
-dix-neuviesme jour dudit moys sus dit, ledit Phelippot eut la teste
-couppée ès halles de Paris, et puis fu pendu au gibet; pour ce qu'il
-confessa que il estoit de la compaignie de pluseurs qui avoient empris
-de prendre ledit duc de Normendie, régent du royaume, à Saint-Oyen, en
-l'ostel de la Noble maison, là où il estoit alé trois jours ou quatre
-devant. Mais pluseurs disoient que ce n'estoit point pour mal, mais
-estoit pour le mettre hors de la puissance et des mains de ceux de
-Paris[100]. Et assez tost après, un chevalier appellé le Bègue de
-Villaines qui moult estoit ami dudit monseigneur Robert de Clermont qui
-avoit esté tué à Paris, se rendit ennemi de ceux de ladite ville de
-Paris.
-
- [99] _Repenti_. Villaret ajoute: _ou de Renti_; je ne sais sur quel
- fondement.
-
- [100] Ce témoignage justifie complètement la loyauté du malheureux
- Philippe de Repenti.
-
-
-
-
-LXVII.
-
-Coment le régent ala à Senlis et à Compiègne.
-
-
-Le jour de Pasques fleuries, vint-cinquiesme jour du moys de mars, ledit
-régent fu à Senlis, là où luy et le roy de Navarre avoient mandé par
-leur lettres tous les nobles de Picardie et de Beauvoisin. Mais ledit
-roy n'y ala point, et s'envoia excuser par monseigneur Jehan de Piquegny
-pour causes de deux bosses que il avoit ès aines, si comme le dit
-monseigneur Jehan disoit. Mais à ladite journée ala pou desdis nobles.
-
-Si se parti ledit régent et s'en ala à Compiegne. Et environ Pasques les
-grans, qui furent le premier jour d'avril, l'an mil trois cens
-cinquante-huit, le confesseur du roy de France et un sien secrétaire
-appellé maistre Yvon vindrent de Angleterre par devers ledit régent,
-mais la cause ne fu pas sceue communelment.
-
-Item, le jeudi absolu, furent les ennemis à Corbueil et y pillèrent et
-prisrent des prisonniers, et s'en partirent tantost.
-
-
-
-
-LXVIII.
-
-Coment le conte de Brene[101] respondi au régent pour ceux de
-Champaigne. Et coment le chastel de Monsterel-au-fort-d'Yonne fu rendu
-audit régent lequel y jut une nuit et de là se parti et ala en la cité
-de Meaux.
-
- [101] _Brene_. Brienne.
-
-
-L'an de grace mil trois cens cinquante huit, le lundi après Quasimodo,
-neuviesme jour du moys d'avril, ledit régent qui avoit mandé par ses
-lettres les gens d'églyse, les nobles et les bonnes villes de Champaigne
-pour estre à Provins ledit jour de Quasimodo, entra en ladite ville de
-Provins. Et jasoit ce que le roy de Navarre eust escript par ses lettres
-closes aux dessusdis de Champaigne, que il seroit à la journée,
-toutesvoies n'y fu-il point; mais maistre Robert de Corbie et
-monseigneur Pierre de Rosny, archidiacre de Brie en l'églyse de Paris,
-envoiés là de par la ville de Paris, furent à ladite journée.
-
-Le mardi ensuivant dixiesme jour dudit moys, avant disner, ledit régent
-parla en sa personne aux dessusdis de Champaigne, et leur dit que le
-royaume de France estoit à très grant meschief, et avoit moult à faire,
-si comme il savoient. Si leur pria et requist que il y méissent tout le
-bon remède que il pourroient, tant par conseil comme par aide, et aussi
-leur pria que il fussent tout un. Car sé division estoit au peuple de
-France, il estoit en grant péril, si comme il disoit. Et outre leur dist
-que sé aucunes choses avoient esté faites qui semblassent estre moult
-merveilleuses[102], que, par aventure, quant il auroient oï ceux qui
-lesdites choses avoient faictes, il en seroient apaisiés. Et ce leur
-disoit ledit régent, si comme l'en cuidoit, pour ceux qui avoient esté
-tués à Paris. Car après ce que il ot dites les parolles dessusdites, il
-dist telles parolles: «Véez-cy maistre Robert de Corbie et l'archediacre
-de Paris qui vous diront aucunes choses de par les bonnes gens de
-Paris.»
-
- [102] _Merveilleuses_. Cet adjectif avoit autrefois l'acception de
- _sinistre_, _inconvenant_, _insolite_. Il n'étoit pas, comme
- aujourd'hui, synonyme de _miraculeux_ et sembloit plutôt venir de
- _male volens_. Dans _Garin le Loherain_, Fromont refusant d'aller à
- la rencontre des Sarrasins:
-
- «Et respont Begues:--_Merveilles_ avés dit.»
-
- Plus loin, Begues cherchant à prouver que les Sarrasins s'enfuiront
- à l'approche des chrétiens, Fromont répond:
-
- «Voir,» dist Fromont. «_Merveilles_ avés dit.
- »Volez ocire la gent au roy Pepin.»
-
- Il y a cinquante exemples qui confirment ceux-ci.
-
-Et lors ledit maistre Robert parla et dist à ceux de Champaigne qui là
-estoient que ceux de Paris les amoient et avoient amés, et vouloient
-estre tout un avec eux. Et prioient aux dessusdis de Champaigne que il
-voulsissent estre tout un avec ceux de Paris, et ne se voulsissent
-merveillier sé aucunes choses avoient esté faictes à Paris; car quant il
-sauroient les causes, et auroient oï ceux qui ces choses avoient
-conseilliées, il en seroient tous apaisiés, si comme disoit ledit
-maistre Robert, et pluseurs autres choses.
-
-Si requisrent les dessusdis de Champaigne audit régent que il voulsist
-que il peussent parler ensemble; laquele chose il leur octroia. Si se
-traisrent à part et parlèrent ensemble. Et assez tost firent savoir au
-régent que il estoient près de luy faire response. Si ala ledit régent,
-le duc d'Orléans son oncle, le conte d'Estampes et pluseurs autres en un
-jardin, là où les dessusdis de Champaigne estoient; et là monseigneur
-Simon de Roucy conte de Brene en Laonnois, respondi pour les Champenois
-et dist audit régent que il estoient près de luy conseillier de luy
-aidier et faire tout ce, pour luy, que bons et loyaux subgiès doivent
-faire pour seigneur. Mais pour ce que les plus grans et plus puissans de
-Champaigne n'estoient pas là, si comme disoit ledit conte, il requist
-audit régent que il leur donnast une autre journée pour eux assembler à
-Vertus en Champaigne; et bien luy dist ledit conte que lesdis Champenois
-ne iroient plus à Paris. Laquelle requeste le régent leur ottroia: et fu
-ladite journée assignée au dimenche vint-nueviesme jour du moys d'avril.
-Et après dist ledit conte que audit maistre Robert de Corbie ne
-respondroient-il point, car à luy n'avoient-il que respondre. Et si
-demanda ledit conte audit régent de par les Champenois sé il savoit
-aucun mal au mareschal de Champaigne qui avoit esté tué à Paris, né
-villenie aucune pour laquelle on le deust avoir mis à mort? Et bien dit
-le conte que de monseigneur Robert de Clermont ne demandoit-il rien, car
-il s'en attendoit[103] à ceux de son pays, et bien créoit que il en
-feroient leur devoir. Lequel régent leur respondi que il tenoit et
-créoit fermement que ledit mareschal de Champaigne et ledit messire
-Robert de Clermont l'avoient servi et conseillié bien et loyaument, et
-n'avoit oncques sceu le contraire. Et lors ledit conte de Brene dist
-audit régent: «Monseigneur, Nous Champenois qui cy sommes vous mercions
-de ce que vous nous avez dit; et nous attendons que vous fassiez bonne
-justice de ceux qui nostre ami ont mis à mort sans cause.» Et ce fait et
-dit, ledit régent ala disner et tous les Champenois qui vouldrent aler
-avec ly, car il en avoient esté tous semons.
-
- [103] _Il s'en attendoit_. Il s'en rapportoit.
-
-Et le mercredi ensuivant, onziesme jour dudit moys d'avril, ledit régent
-se parti de Provins et s'en ala en l'abbaye de Pruilly[104], et de là à
-Monsterel-au-fort-d'Yonne. Et ala devant le chastel lequel gardoit, de
-par la royne Blanche, un chevalier appellé monseigneur Taupin du
-Plessie, lequel Taupin estoit sur la porte dudit chastel tout armé, la
-teste au bacinet, quant ledit régent ala devant. Et lors, ledit régent
-luy commanda que il ouvrist la porte du chastel. Lequel Taupin ly
-respondi: «Mon redoubté seigneur, pour Dieu ne me veuilliez
-déshonnourer: madame la royne Blanche m'a baillié ce chastel à garder,
-et m'a fait jurer que je ne le rendroie à personne du monde, fors au
-roy[105] et à elle. Je vous supplie que il vous plaise à envoier par
-devers elle, et je cuide qu'elle me mandera tantost que je le vous
-rende.»
-
- [104] _Pruilly_. La cinquième fille de Cîteaux. Entre _Provins_ et
- _Montereau-Fault-Yonne_, comme on écrit aujourd'hui.
-
- [105] _Au roy_. Sans doute celui de Navarre.
-
-Auquel Taupin ledit régent commanda de rechief deux fois ou trois que il
-luy ouvrist ledit chastel. Et lors ledit Taupin luy respondit: «Mon
-redoubté seigneur, je ne tendray pas ce chastel contre vous; mais pour
-Dieu vueilliez-moi garder mon honneur.» Si descendi à la porte et
-l'ouvri; et ledit régent et ses gens y entrèrent, et y coucha une nuit
-et le prist en sa main, et establi à le garder de par ly ledit Taupin,
-et li fist faire serement nouvel. Et se parti dudit chastel et s'en ala
-à Meaux, là où demouroit lors madame la duchesse, sa femme, et là où il
-avoit envoié de Provins le conte de Joigny et environ soixante hommes
-d'armes en sa compaignie, pour ce que l'en ly avoit dit que ceux de
-Paris avoient entencion de prendre et garnir de par eulx le marchié de
-Meaux. Et y estoit entré ledit conte deux jours devant. Dont le maire et
-aucuns de ladite ville furent moult courrouciés, et en parla ledit maire
-moult haultement audit conte de Joigny, qui s'estoit mis audit marchié
-et le tenoit. Et luy dist ledit maire que sé il cuidast qu'il voulsist
-avoir pris ledit marchié que il ne feust pas entré en ladite ville de
-Meaux. Et quant ledit régent fu en ladite ville de Meaux, ledit conte
-luy dist ce que ledit maire luy avoit dit. Lequel maire fu mandé devant
-ledit régent, et luy furent récitées les parolles que il avoit dictes,
-et les luy fist-l'en amender, et fu réservée la tauxation et l'amende.
-
-
-
-
-LXIX.
-
-De l'artillerie que ceux de Paris pristrent au Louvre, et la firent
-porter en l'ostel de la ville.
-
-
-Le mercredi, dix-huitiesme jour dudit moys d'avril, se parti ledit
-régent de la ville de Meaux pour aller à Compiegne à une journée[106]
-qu'il avoit mise aux Vermendisiens qui y devoient estre. Et luy
-apporta-on, celuy jour, nouvelles que ceux de Paris avoient pris grant
-quantité d'artillerie que on avoit mis au Louvre et chargiée, pour mener
-en certains lieux où ledit régent avoit ordené que fust menée; et
-l'avoient ceux de Paris fait mener en la maison de la ville, en Grève.
-Et si avoient encore les dessusdis de Paris envoié audit régent unes
-bien merveilleuses lettres closes. Et un pou avant, il avoient mis gens
-d'armes de par eux audit chastel du Louvre. Et en ce temps et par avant,
-depuis que ledit régent s'estoit parti de Paris repairoient pou ou nuls
-gentils hommes en ladite ville de Paris, dont ceux de ladite ville
-estoient moult dolens. Et tenoient pluseurs que les gentils hommes leur
-vouloient mal[107]. Et fu une grande division au royaume de France. Car
-pluseurs villes, et la plus grant partie, se tenoient devers le régent
-leur droit seigneur; et autres se tenoient devers Paris.
-
- [106] _Une journée_. Un ajournement, rendez-vous.
-
- [107] Ce fut l'_émigration_ du temps. Dans les jours de déchaînement
- populaire, il faut ou se joindre à la bête féroce, ou se préparer un
- abri contre elle; et dans cette alternative, il n'y a guère à
- recueillir que des regrets ou de la honte.
-
-
-
-
-LXX.
-
-Du descort de ceux d'Amiens les uns contre les autres, et coment les
-ennemis qui tenoient Esparnon pillièrent Chastiau-Landon.
-
-
-Le jeudi ensuivant, dix-neuviesme jour du moys d'avril, ledit régent fu
-à Compiegne, et y demoura une pièce. Et là luy furent aportées nouvelles
-que en la ville d'Amiens avoit très grant descort entre ceux de la
-ville. Si s'esmeut pour y aler, et ala jusques à Corbie. Là oï nouvelles
-pour lesquelles il n'ala point oultre.
-
-En celuy jour furent les ennemis qui demouroient à Esparnon, à
-Chastiau-Landon et l'endemain à Chésoy[108]. Et y pillièrent et
-pristrent prisonniers tant que l'en disoit que il y avoient bien
-gaingnié cinquante mil moutons d'or et plus. Et s'en retournèrent sans
-aucun empeschement à Esparnon, à tout leur pillerie et leur prisons.
-
- [108] _Chesoy_. Sans doute _Cheroy_, entre _Sens_ et _Château-Landon_.
-
-_Incidence_. Le lundy jour de saint Georges, vingt-troisiesme jour dudit
-moys d'avril, fist le roy d'Angleterre une moult solemnel feste à
-Windesores, là où le roy de France estoit en prison; et y alèrent
-pluseurs grans seigneurs d'Alemaigne, de Henault et de Breban.
-
-
-
-
-LXXI.
-
-De l'ordenance qui fu faite en Champaigne sur le fait des aides pour la
-guerre.
-
-
-Le dimenche vint-neuviesme jour du moys d'avril, furent les Champenois
-assamblés à Vertus. Mais ledit régent n'y fu pas, car il estoit encore
-au voyage que il avoit fait vers Amiens. Et pour ce y envoia monseigneur
-Symon de Roucy, conte de Brene, lequel fist autelles requestes aux
-Champenois, de par ledit régent, comme ledit régent leur avoit fait à
-Provins. Si furent ensamble par deux jours et furent d'accort que il
-feroient, ès bonnes villes de soixante-dix feus, un homme d'armes: et au
-plat pays, personnes franches de cent feus, un homme d'armes: et de
-personnes serves et de fors mariages et de mortes mains de deux cens
-feus, un homme d'armes. Les gens d'église, un dixiesme: les nobles de
-cent livres de rente cent souls: et, outre ce, sé aucuns bourgois
-tenoient aucun fief, il en paieroient comme les nobles, avec ce que il
-paieroient des feus. Et toute celle aide il lèveroient par leur mains et
-despendroient en gens d'armes par leur mains, sé n'estoit le dixiesme
-que le régent auroit pour sa despense. Et envoièrent audit régent ceste
-ordenance.
-
-Item, le mardi premier jour de may ensuivant, devoient toutes les bonnes
-villes rassembler à Paris, par l'ordenance que il avoient faictes à la
-dernière assemblée qui y avoit esté; mais ledit régent manda que ladite
-assemblée se féist à Compiegne, le vendredi ensuivant, quatriesme jour
-du moys de may, et ainsi se fist. Dont ceux de Paris furent moult
-courrouciés; mais la plus grant partie de toutes les autres villes en
-avoient grant joie. Et en ladite ville de Compiegne fu accordé par tous,
-tant de gens d'églyse comme de nobles et des bonnes villes, un pareil
-subside à celuy qui avoit esté accordé à Vertus par les Champenois.
-
-
-
-
-LXXII.
-
-Coment monseigneur le régent et le roy de Navarre parlementèrent
-ensamble, le roy de Navarre pour ceux de Paris; et coment le roy de
-Navarre vint à Paris; et luy firent ceux de Paris grant joie et grant
-honneur et en eussent volentiers fait leur capitain et leur gouverneur.
-
-
-Le mercredi, secont jour du moys de may, le roy de Navarre qui estoit
-logié à Mello[109], et ledit régent duc de Normendie qui estoit logié à
-Clermont en Beauvoisin, furent en mi-marchié desdites villes, au lieu
-que l'en dit Domage-Lieu[110] pour parlementer; et avoient chascun grant
-foison de gens d'armes. Et là parla ledit roy audit régent pour ceux de
-Paris, afin que iceluy régent voulsist accorder à eux. Et ledit régent
-dist audit roy que il aimoit ladite ville de Paris, et que il savoit
-bien que en celle ville avoit de bonnes gens, mais aucuns qui y estoient
-luy avoient fait grans villenies pluseurs et desplaisirs, comme de tuer
-ses gens en sa présence, de prendre son chastel du Louvre et son
-artillerie, et pluseurs autres grans despis luy avoient fais. Si n'avoit
-pas entencion de entrer à Paris jusques à ce que ces choses li fussent
-adreciées. Et requist audit roy que il fust avec luy et luy aidast à les
-adrecier.
-
- [109] _Mello_. Ou _Merlou_, à quatre lieues de Senlis.
-
- [110] Cette dernière indication n'est pas dans le manuscrit de Charles
- V, et je n'ai pas retrouvé sur les cartes ce nom de _Domage-Lieu_,
- que donnent les autres leçons.
-
-L'endemain, jour de jeudi, rassemblèrent audit lieu et parlèrent
-ensemble comme le jour précédent. Et après se parti ledit roy et s'en
-ala à Paris où il entra le vendredi ensuivant, quatriesme jour dudit
-moys de mai, à moult grant compaignie, tant de ses gens comme de ceux de
-Paris qui estoient alés encontre luy. En laquelle ville il fu moult
-honnoré et seigneuri par l'espace de dix ou douze jours que il y
-demoura; et volentiers en eussent fait leur capitain aucuns de ceux de
-Paris ou leur seigneur, comme faux et mauvais que il estoient.
-
-Item en celuy temps, l'evesque de Laon qui estoit en l'assemblée à
-Compiegne, fu en péril d'estre tué par pluseurs nobles hommes qui là
-estoient avec ledit régent. Et convint que il s'en partist celéement; et
-ala à Saint-Denis en France. Et manda à ceux de Paris que on le alast
-querir. Si envoièrent ceux de Paris et aussi le roy de Navarre qui là
-estoit, grant quantité de gens d'armes quérir ledit evesque à
-Saint-Denis; et vindrent en sa compaignie jusques à Paris. Si fu dit
-audit régent de pluseurs nobles et autres que ledit evesque estoit faux
-et mauvais; et vérité estoit: car par luy estoient avenus tous les maux
-au royaume de France. Et luy requistrent que il ne fust plus à son
-conseil.
-
-Item, en celuy temps, Jehan de Meudon, chastelain de Evreux pour le roy
-de France, bouta le feu en ladite ville de Evreux et fu toute arse, dont
-le roy de Navarre fu moult courroucié.
-
-Item, le dimenche treiziesme[111] jour du moys de may, partirent les
-ennemis qui estoient à Esparnon dudit lieu, et chevaulchièrent de
-rechief en Gatinois. Et ardirent toute la ville de Nemours, et moult
-dommagièrent pluseurs autres villes au pays, comme Grés[112] et autres
-villes, dont moult de gens estoient merveilliés; car ce pays estoit en
-douaire à la royne Blanche, suer audit roy de Navarre. Et monseigneur
-James Pipes, capitain d'Esparnon, s'appeloit lieutenant au roy de
-Navarre en ses saufs conduis et en ses autres fais, et si estoit souvent
-avec le roy de Navarre, si comme l'en disoit[113]. Et s'en retournèrent
-les ennemis trois ou quatre jours après, sans ce que aucun leur féist
-empeschement.
-
- [111] _Treiziesme_. Et non pas _quatriesme_ comme portent les autres
- manuscrits et les éditions précédentes. Le 4 may tomboit un
- vendredy, cette année-là.
-
- [112] _Grés_ ou _Grez_. Aujourd'hui village entre Nemours et
- Fontainebleau.
-
- [113] Cette liaison du roy de Navarre avec le partisan James Pipes
- n'étoit peut-être pas bien prouvée; mais tout porte à
- croire, surtout les sauf-conduits rapportés plus haut, que
- Charles-le-Mauvais avoit promis aux pillards de ne marcher ni faire
- marcher contre eux. Le dauphin, de son côté, privé d'argent par les
- Etats qui percevoient toutes les taxes, ne pouvoit réunir dix hommes
- d'armes, avant les assemblées de Compiègne et de Vertus. Les
- malheurs publics permettoient donc aux émissaires du Navarrois de
- calomnier le fils du roi, d'insinuer l'idée de transporter la
- couronne de France sur une tête plus puissante, etc., etc.--Il y a
- quelque rapport entre les _accapareurs_ de 1790 et les pillards de
- 1358.
-
-
-
-
-LXXIII.
-
-Des lettres qui furent aportées d'Angleterre.
-
-
-Le mardi, quinziesme jour du moys de may, furent aportées à Paris
-pluseurs lettres closes envoiées d'Angleterre, de pluseurs grans
-seigneurs de France et d'autres, par lesquelles on escripvoit que la
-paix avoit esté faite entre les roys de France et d'Angleterre le
-huitiesme jour dudit moys, et que lesdis roys avoient mangié ensemble et
-s'estoient entrebaisiés. Laquelle chose les uns ne créoient point, les
-uns pour ce que il ne voulsissent pas, les autres pour ce que par
-pluseurs fois avoit ainsi esté mandé et tousjours les Anglois y avoient
-mis empeschement; et les autres qui en estoient forment joieux le
-créoient.
-
-
-
-
-LXXIV.
-
-Du commencement et première assemblée de la mauvaise Jaquerie de
-Beauvoisin.
-
-
-Le lundi, vint-huitiesme jour dudit moys de may, s'esmurent pluseurs
-menues gens de Beauvoisin des villes de Saint-Leu de Serens, de Nointel,
-de Cramoisi[114] et d'environ, et se assemblèrent par mouvement mauvais.
-Et coururent sur pluseurs gentils hommes qui estoient en ladite ville de
-Saint-Leu et en tuèrent neuf: quatre chevaliers et cinq escuiers. Et ce
-fait, meus de mauvais esprit, alèrent par le pays de Beauvoisin, et
-chascun jour croissoient en nombre, et tuoient tous gentils hommes et
-gentils femmes qu'il trouvoient, et pluseurs enfans tuoient-il. Et
-abattoient ou ardoient toutes maisons de gentils hommes qu'il
-trouvoient, fussent forteresces ou autres maisons. Et firent un
-capitaine que on appelloit Guillaume Cale[115]. Et alèrent à Compiègne,
-mais ceux de la ville ne les y laissièrent entrer. Et depuis il alèrent
-à Senlis, et firent tant que ceux de ladite ville alèrent en leur
-compaignie. Et abattirent toutes les forteresces du pays, Armenonville,
-Tiers et une partie du chastel de Beaumont-sur-Oyse. Et s'enfouy la
-duchesse d'Orléans qui estoit dedens, et s'en ala à Paris.
-
- [114] _Nointel_, _Saint-Leu_ et _Cramoisi_ sont aujourd'hui trois
- villages: le premier au-dessus de Beaumont-sur-Oise; le second sur
- la même rivière, à cinq lieues au-dessous; le troisième entre Mello
- et Saint-Leu. Quant à _Serens_, ce doit être le surnom du village de
- Saint-Leu, et il faut le reconnoître dans le _Sanctum-Lupum de
- Cherunto_ du Continuateur de Nangis. La carte de Desnos (_Généralité
- de Paris_) écrit: _Saint-Leu Desservant_. _Tiers_ et _Ermenonville_,
- que les paysans abattirent, sont des villages situés aux deux
- extrémités de la forêt d'Ermenonville, à quatre ou cinq lieues de
- Saint-Leu. La chronique inédite du Msc. 530 dit également que «la
- première esmeute des paysans contre les nobles fu commenciée dans la
- première sepmaine du moys de juing.» (Fº 69, Vº.)
-
- [115] _Guillaume Cale_. «Capitaneum quemdam de villâ quæ _Mello_
- dicitur, rusticum magis astutum ordinarunt, scilicet _Guillermum_
- dictum _Karle_.» (Continuateur de G. de Nangis.) La Jaquerie, l'un
- des épisodes de la déplorable année 1358, offre les plus grands
- rapports avec les bandes qui, presque de nos jours, crioient:
- _Guerre aux Châteaux, Paix aux Chaumières._
-
-
-
-
-LXXV.
-
-De la mort du maistre du pont de Paris et du maistre charpentier du roy,
-par les gouverneurs de Paris.
-
-
-Le mardi vint-neuviesme jour dudit moys, le prévost des marchans et les
-autres gouverneurs de Paris firent couper les testes et après escarteler
-les corps, en Grève à Paris, au maistre du pont de Paris, appellé Jehan
-Peret, et au maistre charpentier du roy, appellé Henry Metret, à tort et
-sans cause; pour ce, si comme il disoient, que il devoient avoir
-traictié avec aucuns dudit duc de Normendie, ainsné fils du roy de
-France et régent le royaume, de mettre gens d'armes dedens ladite ville
-de Paris pour ledit régent. Et firent pendre les quartiers desdis
-maistres aux entrées de ladite ville de Paris. Et je qui ceci escris
-vi[116] que quant le bourel, appellé lors Raoulet, voult coupper la
-teste au premier maistre, c'est assavoir audit Peret, il chaï et fu
-tourmenté d'une cruelle passion tant que il rendoit escume par sa
-bouche; dont pluseurs de Paris disoient que ce estoit miracle, et que il
-déplaisoit à Dieu de ce que on les faisoit mourir sans cause. Et lors un
-advocat du Chastelet, appellé maistre Jehan Godart, lequel estoit aux
-fenestres de l'ostel de la ville, en la place de Grève, dist haultement
-oïant le peuple qui là estoit: «Bonnes gens, ne vous vueilliez
-esmerveillier sé Raoulet est ainsi chéu de mauvaise maladie, car il en
-est entechié[117], et en chiet souvent.»
-
- [116] _Et je qui ceci escris_. Ces mots ne sont que dans le manuscrit
- de Charles V: les autres avec les éditions gothiques portent: «_Et
- virent pluseurs._» Notre texte doit être le véritable et prouve que
- le Chroniqueur étoit à Paris dans ce temps-là, sans doute assez mal
- à son aise, en raison de ses sentimens de loyauté.--Les éditions
- précédentes ne nomment pas _Peret_.
-
- [117] _Entechié_. Affecté.
-
-
-
-
-LXXVI.
-
-De la cruauté de ceulx de Beauvoisin; et coment le régent se parti de
-Meaux pour aler à Sens.
-
-
-En ce temps multiplièrent moult ces gens de Beauvoisin. Et se resmuèrent
-et assemblèrent pluseurs autres en diverses flotes en la terre de
-Morency, et abatirent et ardirent toutes les maisons et chastiaux du
-seigneur de Morency et des autres gentils hommes du pays. Et aussi se
-firent autres assemblées de tels gens en Mucien[118] et en autres lieux
-environ. Et en ces assemblées avoit gens de labour le plus, et si y
-avoit de riches hommes, bourgois et autres; et tous gentils hommes que
-il povoient trouver il tuoient, et si faisoient-il gentils femmes et
-pluseurs enfans; qui parestoit trop grant forsennerie.
-
- [118] _Mucien_ ou _Mulcien_. «Pagus Melcianus.» C'est la partie de
- Brie renfermée entre _Crepy_ et _Crécy_. Elle comprend Meaux,
- May-en-Mulcien, Rosoy-en-Mulcien, etc. (Voy. M. _Guérard_, Provinces
- et Pays de la France, dans l'_Annuaire de la Société de l'Histoire
- de France_, année 1837.)
-
-En ce temps, ledit régent qui estoit au marchié de Meaux que il avoit
-fait enforcier et faisoit de jour en jour, s'en parti et ala au chastel
-de Monstereil au fort d'Yonne; et assez tost après s'en parti et ala en
-la cité de Sens, en laquelle il entra le samedi neuviesme jour de juing
-ensuivant, à matin. Et fu receu en ladite cité par les gens d'icelle
-moult honnorablement si comme il le devoient faire, comme à leur droit
-seigneur après le roy de France son père. Et toutesvoies, avoit lors pou
-de villes, cités ou autres en la Langue d'oyl qui ne fussent meues
-contre les gentils hommes, tant en faveur de ceux de Paris qui trop les
-haoient, comme pour le mouvement du peuple. Et néantmoins fu-il receu en
-ladite ville de Sens à grant paix et honorablement. Et fist ledit régent
-en ladite ville grant mandement de gens d'armes.
-
-
-
-
-LXXVII.
-
-Coment ceux de Paris furent desconfis à Meaux; et de la mort du maire de
-la ville appellé Jehan Soulas.
-
-
-Celuy samedi meisme, qui estoit le neuviesme jour de juing, l'an mil
-trois cens cinquante-huit, pluseurs qui estoient partis de la ville de
-Paris, jusques au nombre de trois cens ou environ, desquels gens estoit
-capitain un appellé Pierre Gille espicier de Paris, et environ cinq cens
-qui s'estoient assemblés à Cilly en Mucien[119], desquels estoit
-capitain un appellé Jehan Vaillant prévost des monnoies du roy, alèrent
-à Meaux. Et jasoit ce que Jehan Soulas, lors maire de Meaux, et pluseurs
-autres de ladite ville eussent juré audit régent que il luy seroient
-bons et loyaux et ne souffreroient aucune chose estre faite contre luy
-né contre son honneur, néantmoins il firent ouvrir les portes de ladite
-cité auxdis de Paris et de Cilly, et firent mettre les tables et les
-nappes parmy les rues, le pain, le vin et les viandes sus; et burent et
-mangièrent sé il vouldrent et se resfraichirent. Et après se mirent en
-bataille, en alant droit vers le marchié de ladite ville de Meaux auquel
-estoit la duchesse de Normendie et sa fille, et la seur dudit régent,
-appellée madame Ysabel de France qui puis fu femme du fils du seigneur
-de Milan et fu contesse de Vertus que le roy Jehan, son père, luy donna
-à son mariage. Et avec eux estoit le conte de Foys, le seigneur de
-Hangest et pluseurs autres gentils hommes que ledit régent y avoit
-laissiés pour garder ladite duchesse sa femme, sa fille, sa seur et
-ledit marchié.
-
- [119] _Cilly_ ou _Silly_. Aujourd'hui hameau à quatre lieues au-delà
- de Dammartin, près de la route de Soissons.
-
-Si issirent dudit marchié lesdits conte de Foys, le seigneur de Hangest
-et aucuns autres, jusques au nombre de vint-cinq hommes d'armes ou
-environ, et alèrent contre les dessusdis Pierre Gille et sa compaignie;
-et se combattirent à eux. Et là fu tué un chevalier dudit marchié
-appellé monseigneur Loys de Chambly, d'un vireton près de l'euil.
-Finablement ceux dudit marchié eurent victoire. Et furent ceux de Paris,
-de Cilly et pluseurs de la cité de Meaux qui s'estoient mis avec eux,
-desconfis. Et pour ce, ceux dudit marchié mirent le feu en ladite cité
-et ardirent aucunes maisons[120].
-
- [120] Le manuscrit de Charles V donne ici, dans une miniature, la
- représentation du combat. Le _marché_ de Meaux est une forteresse
- dont on distingue trois tours, surmontées chacune d'un petit pennon
- blanc. Le drapeau blanc étoit donc, dès le règne du roi Jean, celui
- de la monarchie françoise; je ne crois pas qu'on l'ait encore
- remarqué dans un monument aussi ancien. Au reste, il se pourroit que
- les couleurs _bleu et rouge_ du parti populaire eussent été la
- première cause de l'adoption d'une troisième couleur, le _blanc_,
- pour signe de ralliement des royalistes.
-
-Et depuis furent informés que pluseurs de ladite cité avoient esté armés
-contre eux et les avoient voulu trahir, et pour ce ceux dudit marchié
-pillièrent et ardirent partie de ladite cité. Mais la grant églyse ne fu
-pas arse né aussi aucunes maisons des chanoines: mais toutesvoies fu
-tout pris; et aussi fu le chastel qui estoit au roy ars; et dura ledit
-feu tant en ladite ville comme audit chastel plus de quinze jours. Et
-pristrent ceux dudit marchié Jehan Soulas, le maire de ladite ville de
-Meaux, et pluseurs autres hommes et femmes, et les tindrent prisons
-audit marchié. Et depuis fit-l'en mourir ledit maire, si comme droit
-estoit.
-
-
-
-
-LXXVIII.
-
-De la mort Guillaume Cale par le roy de Navarre; et coment ledit roy ala
-de Beauvoisin à Saint-Ouyn, pour parler au prévost des marchans.
-
-
-En celuy temps chevaulcha le roy de Navarre en Beauvoisin, et mist à
-mort pluseurs de ceux des communes; et par espécial fist coupper la
-teste dudit Guillaume Cale à Clermont en Beauvoisin. Et pour ce que ceux
-de Paris luy mandèrent que il alast vers eux à Paris, il se traist à
-Saint-Ouyn, en l'ostel du roy appellé la Noble-Maison. Et là ala le
-prévost des marchans parlementer audit roy. Et le jeudi, quatorziesme
-jour dudit moys de juing, ala ledit roy de Navarre à Paris. Et contre
-luy alèrent pluseurs de ladite ville de Paris pour luy accompagnier
-jusques là où il descendi, c'est assavoir à Saint-Germain-des-Prés.
-
-
-
-
-LXXIX.
-
-Du preschement que le roy de Navarre fist en l'ostel de la ville, et
-coment par l'énortement de ses aliés fu fait capitain de Paris: dont
-pluseurs de ladite ville furent courrouciés.
-
-
-Le vendredi, quinziesme jour de juing, ledit roy de Navarre vint en la
-maison de la ville et prescha. Et entre les autres choses dist que il
-amoit moult le royaume de France et il y estoit moult bien tenu, si
-comme il disoit; car il estoit des Fleurs de lis de tous costés, et eust
-esté sa mère roy de France sé elle eust esté homme; car elle avoit esté
-seule fille du roy de France. Et si luy avoient les bonnes villes du
-royaume, par espécial celle de Paris, fait très grans biens et haus
-honneurs, lesquels il taisoit; et pour ce estoit-il prest de vivre et de
-mourir avecques eulx.
-
-Et aussi prescha Charles Toussac et dist que le royaume de France estoit
-en petit point et avoit mal esté gouverné, et encore estoit; si estoit
-mestier que il y féissent un capitain qui mieux les gouverneroit et luy
-sembloit que meilleur ne povoient-il avoir du roy de Navarre.
-
-Et à ce mot furent pluseurs forgiés et ordenés à ce, qui crièrent:
-_Navarre! Navarre!_ tous à une voix ainsi comme sé il voulsissent dire:
-Nous voulons le roy de Navarre. Et toutesvoies, la plus grant partie de
-trop de ceulx qui là estoient se teurent et furent courrouciés dudit
-cry; mais il ne l'osèrent contredire.
-
-Si fu lors esleu ledit roy en capitain de la ville de Paris; et luy fu
-dit, de par le prévost des marchands de Paris, que ceux de Paris
-escriproient à toutes bonnes villes du royaume, afin que chascun se
-consentist à faire ledit roy capitain universal par tout le royaume de
-France.
-
-Et lors, leur fist ledit roy serment de les garder et gouverner bien et
-loyalement, et de vivre et morir avec eulx contre tous, sans aucun
-excepter; et leur dist: «Biaux seigneurs, ce royaume est moult malade,
-et y est la maladie moult enracinée; et, pour ce, ne puet-il estre si
-tost gary: si ne vous vueilliés pas mouvoir contre moy sé je ne apaise
-si tost les besoingnes, car il y faut trait et labour.»
-
-
-
-
-LXXX.
-
-Coment ledit régent s'en ala de Sens à Provins, à Chasteau-Tierry et à
-Gandelus; et du nombre des Jaques tués par gentilshommes.
-
-
-Celui vendredi meismes, ledit régent qui toute celle sepmaine avoit
-demouré à Sens, s'en parti et s'en ala à Provins, et d'illec vers
-Chasteau-Tierry et vers Gandelus[121] où l'en disoit qu'il avoit grande
-assemblée de ces communes que l'en appelloit Jaques-Bonhomme; et
-tousjours luy venoient gentilshommes de tous pays. Et la royne Jehanne
-estoit à Paris, laquelle mettoit grande diligence de faire aucun
-traictié entre ledit régent, par devers lequel elle envoioit souvent, et
-ceulx de Paris. Et pour ce se parti ladite royne de Paris le samedi
-vingt-troisiesme jour de juing pour aler par devers ledit régent qui
-estoit environ Meaulx, en attendant les gens d'armes qui luy venoient.
-
-Et tousjours ardoient les gentilshommes aucunes maisons que il
-trouvoient à ceulx de Paris, sé il n'estoient officiers du roy ou dudit
-régent; et prenoient et emportoient tous les biens meubles que il
-trouvoient et estoient auxdis habitans; et ne se osoit homme qui alast
-par pays, avoer de Paris[122]. Et aussi tuoient les gentilshommes tous
-ceux que il povoient trouver qui avoient esté de la compagnie des
-Jaques, c'est-à-dire des communes qui avoient tué les gentilshommes,
-leur femmes et leur enfans, et abattues maisons; et tant que on tenoit
-certainement que l'en en avoit bien tué dedens le jour de la saint
-Jean-Baptiste vint mil et plus.
-
- [121] _Gandelus_. Aujourd'hui bourg du département de l'Aisne, à
- quatre lieues de _Château-Thierry_.
-
- [122] C'est que ces _Marseillais_ du XIVe siècle avoient été bien
- réellement soulevés par les anarchistes de Paris. Je demande la
- permission de citer à l'appui de cette opinion la précieuse
- chronique manuscrite conservée sous le nº 530, Supplément françois.
- A l'occasion de l'expédition du roi de Navarre contre les Jacques,
- on y lit: «En ce temps assembla le roy de Navarre grans gens et ala
- vers Clermont-en-Beauvoisis, et en tuèrent plus de huit cens et fist
- copper la teste à leur cappitaine _qui se vouloit tenir pour roy_;
- et dient aucuns que les Jacques s'attendoient que le roy de Navarre
- leur deust aidier, pour l'aliance que il avoit au prévost des
- marchans, par lequel prévost la Jaquerie s'esmeut, si comme on dit.
- En ce temps alèrent ceux de Paris»--(non pas les Navarrois) «à
- Ermenonville, et assaillirent le chastel et le prindrent d'assaut.
- Là estoit de Lorris, qui avoit l'ordre de chevalerie; mais par paour
- il regnia gentillesse et jura que il amoit mieulx les bourgois et le
- commun de Paris que les nobles; et par ce fu sauvé et sa femme et
- ses enfans. Mais ses biens furent tous robés et prins qui dedens le
- chastel estoient. Lors repairèrent icelles gens à Paris.» Notre
- chronique a dit plus haut qu'Ermenonville avoit été pris par les
- _Jaques_. Parisiens ou Jaques, c'étoit tout un.
-
-
-
-
-LXXXI.
-
-Coment les gentilshommes de Bourgoigne laissièrent le roy de Navarre.
-
-
-Le vendredi vingt-deuxiesme jour dudit mois de juing, le roy de Navarre
-parti de Paris et avecques luy pluseurs de ladite ville et pluseurs de
-ses gens. Et estoient environ six cens glaives, et alèrent à Gonesse où
-pluseurs autres des villes de la visconté de Paris les attendoient. Et
-deux jours ou trois devant, pluseurs des gentilshommes qui avoient esté
-avec ledit roy de Navarre une partie de la saison et encore estoient,
-espécialement ceulx du pays de Bourgoigne, prisrent congié dudit roy de
-Navarre, quant il virent que il avoit accepté la capitainerie de ceus de
-Paris, en disant que il ne seroient point contre ledit régent né contre
-les gentilshommes; et s'en partirent et s'en alèrent en leur pays. Et
-ledit roy et sa compaignie s'en alèrent vers Senlis.
-
-
-
-
-LXXXII.
-
-Coment ledit régent et son ost logièrent près de Paris, en telle manière
-que nul n'osoit issir né entrer en ladite ville de celle part où il
-estoit.
-
-
-Monseigneur le régent qui avoit esté vers Chasteau-Tierry, vers la
-Ferté-Milon et au pays environ pour despécier pluseurs assemblées des
-Jaques qui là estoient, après ce que les nobles qui estoient avec ledit
-régent orent mis à mort pluseurs Jaques, ars et gasté tout le pays entre
-la rivière de Marne et de Seine, s'en retourna en alant vers Paris, et
-se logia à Chielle-Sainte-Bautheut[123], la derrenière sepmaine de
-juing, c'est assavoir le mardi vingt-troisiesme jour dudit moys.
-
- [123] _Bautheut_. Bathilde.
-
-Et la royne Jehanne fu à Laigny, qui moult se penoit de traictier entre
-ledit régent et ceulx de Paris. Et lors n'y pout aucun traictié estre
-trouvé: car ceulx de Paris se tenoient fiers et haus contre ledit régent
-leur seigneur. Et pour ce, luy et son ost se deslogièrent de Chielle et
-se logièrent environ le bois de Vincennes, environ le pont de Charenton
-et environ Conflans, le vendredy vint-neuviesme jour dudit moys de
-juing. Et tenoit-l'en que en l'ost dudit régent avoit bien trente mil
-chevaux. Si fu tout le pays gasté jusques à huit ou dix lieues, et
-communément les villes arses.
-
-Et ledit roy de Navarre s'en retourna et entra en la ville de
-Saint-Denis, lequel roy estoit alié avec ceulx de Paris contre ledit
-régent leur droit seigneur. Et si avoit en la compaignie dudit roy grant
-foison ennemis du roy et du royaume de France, Anglois et autres que
-ledit roy de Navarre avoit fait venir des garnisons anglesches,
-d'Esparnon et d'autre part. En la ville de Saint-Denis se tint le roy de
-Navarre. Et ledit régent et son ost estoient logiés ès lieux dessus dis,
-et estoit le corps dudit régent logié en l'ostel du Séjour, ès
-Quarrières[124]. Et n'osoit homme issir de Paris de celle part né entrer
-aussi; mais par pluseurs fois en issoit l'en en bataille; mais tousjours
-perdoient plus qu'il ne gaignoient et en y ot pluseurs mors.
-
- [124] _Quarrières_. Les Carrières sont un petit village dépendant de
- la commune de Charenton. Quant à l'_ostel du Séjour_, c'est
- aujourd'hui la maison de plaisance ou de refuge de M. l'archevêque
- de Paris.
-
-
-
-
-LXXXIII.
-
-Coment le régent et le roy de Navarre assemblèrent en un pavillon qui fu
-tendu sur une motte, entre Saint-Anthoine et le bois, pour accorder un
-traictié que la royne Jehanne avoit basti; et du serment que ledit roy
-fist sur _Corpus Domini_ que l'evesque de Lisieux avoit célébré, en
-entencion que ledit régent et ledit roy le usassent pour plus fermement
-tenir leur seremens; mais ledit roy de Navarre refusa à user le premier.
-
-
-Le dimenche huitiesme jour de juillet ensuivant, assemblèrent lesdis
-régent et roy de Navarre en un pavillon qui, pour ce, fu tendu près de
-Saint-Anthoine, en un lieu que l'en dit le Moulin-à-Vent, pour accorder
-ensemble certain traictié que la royne Jehanne avoit pourparlé. Si
-estoient les batailles dudit régent toutes ordenées aux champs en quatre
-batailles, où l'en estimoit bien douze mil hommes d'armes et plus. Et
-les gens du roy de Navarre furent en bataille ordenés sur une petite
-montaigne près de Monstruel et de Charonne, et n'estoient pas plus de
-huit cens combattans, si comme l'en les estimoit. Et, pour ce que il
-estoient si petit nombre ne approchièrent point ledit pavillon né les
-batailles audit régent.
-
-Si parlementèrent ledit régent et ses gens et le roy de Navarre et ses
-gens, en la présence de ladite royne. Si furent à acort par la manière
-qui s'ensuit, c'est assavoir: pour toutes les choses que ledit roy
-pourroit demander audit régent pour quelconques causes que ce fust, luy
-bailleroit dix mil livres de terre[125] et quatre cens mil florins à
-l'escu, lesquels seroient bailliés audit roy par la manière qui
-s'ensuit. C'est assavoir la première année cent mil, et chascun an
-ensuivant cinquante mil, jusques à fin de paie; et si seroient lesdis
-quatre cens mil florins pris sur les aydes que le peuple feroit pour
-cause des guerres, sans ce que ledit régent en fust autrement tenu né
-obligé. Et pour ce, ledit roy de Navarre devoit estre avec ledit régent
-contre tous excepté le roy de France; et afin que ledit régent et le roy
-de Navarre tenissent sans enfraindre toutes les choses dessus dites,
-l'evesque de Lisieux, qui présent estoit, chanta une messe audit
-pavillon, environ heure de nonne, et consacra deux personnes[126], en
-espérance que de l'une fust fait deux parties et usées par lesdis régent
-et roy. Et quant la messe fu chantée, lesdis régent et roy jurèrent, sur
-le corps-Dieu sacré que ledit evesque tenoit entre ses mains, que il
-teindroient et acompliroient sans enfraindre tout ce que chascun avoit
-promis, présens à ce dus, contes et barons tant come en povoit au devant
-dit pavillon, environ heure de nonnes. Et après ledit evesque brisa
-l'oiste, et en voult faire user à chascun desdis régent et roy; mais
-ledit roy dit que il n'estoit pas jeun[127]; et pour ce ledit régent
-n'en prist point aussi, jasoit ce que il se feust ordené pour le
-recevoir. Si usa tout ledit evesque. Et, par ce, ledit roy devoit aler à
-Paris pour les faire mettre en l'obéissance dudit régent. Et ainsi se
-départirent; et s'en ala ledit régent aux Quarrières et ledit roy à
-Saint-Denis.
-
- [125] _Dix mil livres de terre_. C'est-à-dire lui assigneroit la
- propriété de terres évaluées à dix mille livres.
-
- [126] _Personnes_. Deux _oistes_ ou hosties, deux _Corpus Domini_.
-
- [127] _Jeun_. «Jejunus.» A jeun.
-
-
-
-
-LXXXIV.
-
-Coment, après les dessusdis sermens, les gens au roy de Navarre
-coururent sus aux gens du régent.
-
-
-Le mardi ensuivant dixiesme jour du moys de juillet, le roy de Navarre
-ala à Paris; et cuidoit ledit régent que ledit roy deust aler devers
-luy, celuy jour, porter la response de ceux de Paris: mais il n'y ala
-point, ainçois demoura tout ce jour. Et l'endemain, le onziesme jour
-dudit moys, il mist en ladite ville de Paris les Anglois que il avoit
-avecques luy. Et disoit-l'en en l'ost dudit régent que ceux de Paris
-avoient dit audit roy que il avoit fait sa paix sans eux et que il ne
-leur en challoit, car il se passeroient bien de li[128]. Et pour ce fist
-nouvelles alliances, si comme l'en disoit, avec eux; et bien y parut de
-fait, car il ne retourna point devers ledit régent; mais[129], luy
-estant dedens ladite ville de Paris, pluseurs en issirent armés, par
-espécial de ceux que il y avoit menés.
-
- [128] Cette dernière circonstance précieuse est éclaircie par le
- continuateur de Nangis, qui place le fait après la destruction
- _prétendue_ du pont de bateaux dont il sera question tout à l'heure:
- «Alterâ autem vice contigit quod _nobiles_ cum duce in armis partes
- illas ubi pons fuerat, ut dicitur, propè pontem de Charenton
- accesserunt, ut regem Navarræ cum Parisiensibus expugnarent, contrà
- quos rex Navarræ, capitaneus parisiensis, cum suis armatus aggressus
- est, et veniens ad ipsos locutus est multis sermonibus eis sine
- pugnâ, et deindè reversus est Parisius. Quod videntes Parisienses,
- suspicati sunt contrà ipsum, quod, quia nobilis erat, cum aliis
- conspirasset aliqua Parisiensibus secreta forsitan vel nocua.
- Propter quod dictum regem cum suis spreverunt, et ipsum ab illo
- officio removerunt.»
-
- (Spicileg., t. III, p. 118.)
-
- [129] _Mais_, etc. Cette dernière phrase est inédite, et ne se trouve
- complète que dans le manuscrit de Charles V.
-
-Et assaillirent ledit mercredi, onziesme jour dudit moys, aucuns de
-l'ost dudit régent qui se deslogoient de la Granche-aux-Merciers pour
-eux approchier dudit régent. Et pour ce, crya-l'en en l'ost alarme, et
-s'arma l'ost, et courut-l'en jusques à la bastide des fossés, et là ot
-grant escarmuche, et y demoura-l'en jusques près de la nuit: et y
-perdirent ceux de Paris plus que les autres.
-
-
-
-
-LXXXV.
-
-Coment le roy de Navarre mist sus au régent qu'il avoit enfraint le
-traictié, et du pont de bateaux qui fu fait sur Saine.
-
-
-Le jeudi douziesme jour du moys de juillet, le roy de Navarre s'en
-retourna à Saint-Denis, et laissa les Anglois à Paris. Et ledit régent
-envoia par devers ledit roy pour savoir quelle volenté il avoit, et luy
-fist requérir que il venist avec luy, car il luy avoit promis que il luy
-ayderoit contre tous. Lequel roy respondi que ledit régent et sa gent
-avoient enfraint le traictié et les convenances que il avoient, car il
-avoient assaillis ceux de Paris le jour précédent, si comme disoit ledit
-roy, tant comme il traictoit avecques eux; jasoit ce, en vérité, que
-ceux de Paris eussent commencié l'escarmuche. Mais ledit roy disoit ces
-choses pour ce qu'il ne povoit avoir fait à Paris ce qu'il avoit promis
-au traictié dudit régent et de luy; car il avoit promis de tant faire
-que ceux de Paris paieroient six cens mil escus de Phelippe pour le
-premier paiement de la raençon du roy, mais que ledit régent leur
-reméist toute paine criminelle. Et ceux de Paris respondirent quant il
-en parla, que il n'en paieroient jà denier. Et pour ce, mettoit sus
-ledit roy audit régent que il avoit enfraint ledit traictié, jasoit ce
-que ceux qui là estoient savoient bien le contraire. Si cuida-l'en bien
-que tous traictiés fussent rompus, dont moult de gens avoient grant
-joie.
-
-Et mist-l'en[130] grant paine à achever un pont que l'en avoit
-encommencié sur bateaux pour passer la rivière de Saine, lequel fu
-achevé ledit jeudi. Et tantost, pluseurs de l'ost passèrent ledit pont
-et ardirent Vitery et pluseurs autres villes oultre la rivière de Saine,
-et y pilla-l'en tout ce que l'en y trouva.
-
- [130] _Mist-l'en_. Les gens du régent, ou comme dit simplement le
- continuateur de Nangis: _Nobiles_. «Nobiles super Secanam pontem
- fecerant inter Parisius et Corbelium, per quod transibant ad ambas
- partes fluminis.» Le pont fut établi bien au-dessous de Corbeil, et
- dans la presqu'île formée par le confluent de la Seine et de la
- Marne, en face de Vitry. Le continuateur ajoute que les nobles
- eurent le dessous dans l'engagement dont le chapitre suivant va nous
- entretenir; et que le pont fut détruit. Le fait peut rester douteux.
-
-Et ladite royne Jehanne aloit souvent par devers les uns et par devers
-les autres pour renouveler ledit traictié. Toutesvoies parloient
-pluseurs moult vilainement contre ledit roy de Navarre qui si
-solempnellement avoit juré et ne tenoit chose que il eust promis.
-
-
-
-
-LXXXVI.
-
-Coment monseigneur le duc de Normendie, ainsné fils du roy de France,
-lors régent le royaume, reboutèrent, luy et ses gens, ceux de Paris de
-dessus le pont qu'il avoit fait faire sur Saine; et de pluseurs
-escarmuches faictes environ Saint-Anthoine de ceux de Paris contre les
-gens dudit régent; et du traictié qui fu fait pour faire la paix entre
-le régent et ceux de Paris.
-
-
-Le samedi ensuivant quatorziesme jour de juillet, environ heure de
-disner, ledit régent estant en sa chambre, en son conseil, pluseurs de
-la ville de Paris, dont la plus grant partie estoient d'Anglois qui
-estoient issus par devers Saint-Marcel, chevaulchièrent jusques devant
-ledit pont que ledit régent avoit fait faire, lequel pont estoit sur la
-rivière de Saine, devant l'ostel des Quarrières où estoit logié ledit
-régent. Et tantost que il furent devant ledit pont, il descendirent à
-pié, et en entra aucuns dedens ladite rivière pour aller sur ledit pont
-où il n'avoit point de garde. Mais l'en ne povoit monter sus ledit pont
-sé l'en n'entroit en l'yaue jusques au nombril, pour ce qu'il avoit
-faute au bout du pont par devers Vitery; et y mettoient les gens dudit
-régent une bachière toutes les fois que il vouloient passer: et quant il
-en avoient fait, ladite bachière estoit ostée du bout du pont. Et estoit
-mise contre ledit pont au dessus, ainsi comme au milieu. Et lors estoit
-en celuy estat; et pour ce convint que les dis de Paris entrassent en
-l'yaue pour monter sur ledit pont. Si crya-l'en alarme moult forment; et
-fu moult l'ost estourmie, car les autres estoient venus à couvert et
-soudainement. Si alèrent pluseurs, les uns armés et les autres désarmés,
-pour deffendre ledit pont. Et jà avoient pluseurs des dessus dis de
-Paris oultre la moitié du pont. Et là se combatirent les gens dudit
-régent et reboutèrent leur ennemis qui estoient sur ledit pont, et y ala
-ledit régent en sa personne: et y furent pluseurs des gens dudit régent
-navrés de trait. Et si y fu pris son mareschal que on appelloit
-monseigneur Rigaut de Fontaines. Et aussi y ot des autres navrés et
-pris. Toutesvoies furent-il reculés et mis tous hors dessur ledit pont
-par les gens dudit régent et s'en retournèrent vers Paris. Et pour ce
-que l'en crioit alarme vers Paris, au cousté devers Saint-Anthoine, et
-disoit-l'en que ceux de Paris estoient issus de celle part, les gens
-d'armes se trairent vers là, et sur les champs furent les batailles
-rangiés. Et y ot des escarmuches toute jour jusques à la nuit, et y
-perdirent ceux de Paris plus que il ne gaignièrent. Toutesvoies, ceux
-qui issirent de Paris, tant d'un cousté de Paris comme d'autre, estoient
-le plus Anglois. Et durant ces choses, la royne Jehanne ala devers ledit
-régent pour renouer ledit traictié, et quant elle s'en parti pour aler à
-St-Denis, encore estoient les batailles sur les champs. Si traictièrent
-toute celle sepmaine jusques au jeudi ensuivant dix-neuviesme jour dudit
-moys de juillet. Et celluy jour, ladite royne Jehanne, le roy de
-Navarre, l'arcevesque de Lyon qui là avoit esté envoié de par le pape,
-l'evesque de Paris, le prieur de Saint-Martin-des-Champs, Jehan Belot
-eschevin de Paris, Colin le Flamant, et autres de Paris alèrent environ
-tierce au bout dudit pont que ledit régent avoit fait faire de la partie
-devers Vitery, et avoient des gens d'armes et des archiers avecques eux.
-Et ledit régent y ala à petite compaignie tout désarmé; et
-parlementèrent ensemble en l'un des bateaux dudit pont; et finablement
-furent à accort, par telle manière que ceux de Paris prieroient ledit
-régent que il leur voulsist remettre son mautalent, et pardonner tout ce
-que il avoient fait; et il se mettroient en sa merci, par telle
-condicion qu'il en ordenneroit, par le conseil de la royne Jehanne, du
-roy de Navarre, du duc d'Orléans et du conte d'Estampes, concordablement
-et non aultrement. Et avec ce demourroient en leur vertu tous accors,
-toutes convenances et toutes aliances que ceux de Paris avoient avecques
-ledit roy de Navarre avecques bonnes villes et avecques tous autres. Et
-ledit régent devoit faire ouvrir tous passages de rivières et autres,
-afin que toutes denrées et marchandises pussent passer et estre portées
-à Paris. Et pour parfaire les choses contenues audit traictié, fu
-journée prise au mardi ensuivant, pour estre à Laigny-sur-Marne; et là
-devoient estre ledit régent et son conseil d'une part, et ceux qui
-seroient ordenés pour Paris d'autre part, et lesdis royne, roy, duc
-d'Orléans et conte d'Estampes, par le conseil desquels ledit régent en
-devoit ordener. Et ce fait, fu publié en l'ost que il avoit bonne paix
-entre ledit régent et ceux de Paris. Et pour ce se deslogièrent les gens
-de monseigneur le duc et s'en partirent pluseurs celuy jour.
-
-Et l'endemain, jour de vendredi, vingtiesme jour dudit mois, pluseurs
-alèrent vers Paris pour besoignes que il avoient à faire lesquels on n'y
-voult laissier entrer. Mais leur demanda-l'en à qui il estoient; et
-quant il respondirent que il estoient au duc, ceux de Paris leur
-disrent: «Alés à vostre duc.» Et y entra Mathé Guete[131], trésorier de
-France, lequel fu en grant péril d'estre tué; et finablement en fu mis
-hors quant il ot esté mené en la maison de la ville en Grève, et à
-Saint-Eloy devant le prévost des marchands et les gouverneurs.
-
- [131] _Mathé Guete_. Sans doute celui qui, dans le préambule du traité
- de Brétigny, sera nommé _Macy Guery_.
-
-Et après ce que ledit accort fu fait par la manière que dessus est dit,
-les dessus dis de Paris, en haine de monseigneur ledit régent, prisrent
-et saisirent pluseurs maisons et biens meubles de pluseurs officiers qui
-avoient esté avec ledit régent audit ost.
-
-Et ledit régent s'en ala celui jour de vendredi au Val-la-Comtesse, et
-la plus grant partie de son ost s'en parti.
-
-
-
-
-LXXXVII.
-
-Coment ceulx de Paris se esmeurent contre les Anglois que le roy de
-Navarre avoit fait venir en ladite ville; et en tuèrent partie et les
-autres emprisonnèrent au Louvre. Et de la mort de ceulx de Paris vers
-Saint-Cloust.
-
-
-Le samedi ensuivant, veille de la Magdalène, fu la journée[132]
-ensuivant qui avoit esté mise à Laigny-sur-Marne remise à Corbeil. Et
-celuy samedi, après disner, s'esmeut à Paris un grant descort entre
-ceulx de la ville et pluseurs Anglois qu'il avoient fait venir en ladite
-ville contre ledit régent leur seigneur, pour ce que l'en disoit que
-aucuns autres Anglois qui estoient à Saint-Denis et à Saint-Cloust
-pilloient le pays. Si s'esmeut le commun de ladite ville de Paris, et
-courut sur lesdis Anglois qui estoient en ladite ville de Paris, et en
-tuèrent vint-quatre ou environ et en prisrent quarante-sept des plus
-notables, en l'ostel de Neelle auquel il avoient disné avec le roy de
-Navarre. Et plus de quatre cens autres en divers ostieux de ladite
-ville, lesquels il mistrent tous en prison au Louvre. De laquelle chose
-le roy de Navarre fu moult courroucié, si comme l'en disoit; et aussi
-furent le prévost des marchans et autres gouverneurs de ladite ville.
-Et, pour ce, l'endemain, jour de dimenche et de la Magdalène,
-vingt-deuxiesme jour dudit moys de juillet, le roy de Navarre, l'evesque
-de Laon, le prévost des marchans et pluseurs autres gouverneurs de
-ladite ville de Paris furent en la maison de ladite ville, environ heure
-de midi, et y ot moult de peuple assemblé en ladite maison, tous armés
-devant en la place de Grève. Auquel peuple ledit roy parla et leur dist
-qu'il avoient mal fait d'avoir tué lesdis Anglois, car il les avoit fait
-venir en son conduit[133] pour servir ceulx de la ville de Paris. Et
-tantost pluseurs d'iceux crièrent qu'il vouloient que tous les Anglois
-fussent tués, et vouloient aler à Saint-Denis mettre à mort ceux qui y
-estoient, qui pilloient tout le pays. Et disrent audit roy et au prévost
-des marchans que il alassent avec eux, en disant que il avoient esté
-bien paiés de leur gages et soudées, et néanmoins il pilloient tout le
-pays. Et jasoit ce que ledit roy et prévost féissent tout leur povoir de
-refraindre ledit peuple, il ne le povoient faire, mais convint que il
-leur accordassent à aler avec eux. Mais avant que on partist de Paris,
-il fu près de vespres. Dont pluseurs présumèrent que ledit roy fist
-attendre le partir, afin que lesdis Anglois ne feussent sourpris et
-despourveus. Et environ heure de vespres partirent de Paris, les uns par
-la porte Saint-Honoré, le roy de Navarre, le prévost des marchans et
-toute leur route par la porte Saint-Denis et alèrent vers le Moulin à
-vent. Et estimoit-on que il estoient, tant d'une part comme d'autre,
-environ seize cens hommes de cheval et huit mille de pié. Et furent
-lesdis roy de Navarre, le prévost des marchans et toute leur route bien
-l'espace de demie heure largement, sans eux mouvoir au champ qui est de
-l'autre partie dudit moulin à vent par devers Montmartre. Et de leur
-route furent envoiés trois glaives qui chevauchièrent par emprès
-Montmartre. Lesquels, sans ce qu'il feussent après veus, chevauchièrent
-en alant tout droit vers le bois de St-Cloust, auquel bois lesdis
-Anglois estoient en une embusche. Et au-dehors dudit bois par devers
-Paris en avoit environ quarante ou cinquante. Si cuidèrent ceux de Paris
-que il n'en y eust plus; et alèrent vers lesdis Anglois. Et quant il
-furent près, les Anglois qui estoient audit bois issirent hors, et
-tantost ceux de Paris se misrent à fouir et les Anglois au chacier. Si
-tuèrent lesdis Anglois grant foison des dessus dis de Paris, par
-espécial de ceux de pié qui estoient issus par la porte St-Honoré; et
-tenoit-l'en communément qu'il y avoit de mors bien six cens ou plus, et
-furent presque tous gens de pié. Et ledit roy de Navarre qui véoit ces
-choses ne se parti pas de là, mais laissa tuer les dessusdis de Paris
-sans leur faire aucune aide né secours. Et après ce que lesdis de Paris
-furent desconfis et tués comme dit est, ledit roy de Navarre s'en ala à
-Saint-Denis, et ledit prévost des marchans et sa compaignie s'en
-retournèrent à Paris. Et furent, quant il rentrèrent à Paris, forment
-huiés et blasmés de ce qu'il avoient ainsi les bonnes gens de Paris
-laissié mettre à mort sans les secourir. Et dès lors commencièrent ceux
-de Paris forment à murmurer, et faisoient forment garder les
-quarante-sept prisonniers anglois qui estoient au Louvre par le commun
-de Paris; et volentiers les eust le commun de Paris mis à mort; mais le
-prévost des marchans et les autres gouverneurs de Paris ne le povoient
-souffrir.
-
- [132] _La journée_. L'ajournement.
-
- [133] _En son conduit_. Sous sa sauve-garde.
-
-
-
-
-LXXXVIII.
-
-Coment le prévost des marchans et ses aliés délivrèrent les prisonniers
-du Louvre.
-
-
-Le vendredi vingt-septiesme jour dudit mois de juillet, le prévost des
-marchans et pluseurs autres jusques au nombre de huit vint ou deux cens
-hommes armés et pluseurs archiers alèrent au Louvre; et, de fait, contre
-la volenté dudit peuple et commun de Paris, délivrèrent lesdis Anglois
-prisonniers et les misrent hors de Paris par la porte Saint-Honoré. Et
-en les conduisant de la ville dehors, aucuns de ceux qui estoient avec
-ledit prévost crioient et demandoient sé il i avoit aucun qui voulsist
-aucune chose dire contre la délivrance desdis Anglois; et avoient leur
-arcs tous tendus pour les délivrer de tous empeschemens, sé aucuns les
-voulsist mettre en ladite délivrance; mais il n'y ot personne qui osast
-parler né faire semblant; jasoit ce qu'il en fussent moult
-douloureusement courrouciés en ladite ville de Paris.
-
-Si s'en alèrent les Anglois à Saint-Denis avec le roy de Navarre, qui
-tousjours y estoit demouré depuis le dimenche précédent; car il n'osoit
-pas seurement retourner à Paris, si comme l'en disoit, tant pour cause
-de ce que il n'avoit point aidié à ceux de Paris le dimenche précédent,
-lorsque les Anglois les avoient tués, comme pour la délivrance des
-Anglois du Louvre, laquelle avoit esté faite à la requeste dudit roy de
-Navarre, si comme l'en disoit et voir estoit. Si en estoit le peuple de
-Paris forment esmeu en cuer contre ledit prévost des marchans et contre
-les autres gouverneurs; mais il n'y avoit homme qui osast commencier la
-riote. Toutesvoies Dieu, qui tout voit, qui vouloit ladite ville sauver,
-ordena par la manière qui s'ensuit.
-
-
-
-
-LXXXIX.
-
-De la mort du prévost des marchans et de pluseurs autres ses aliés.
-
-
-Le mardi darrenier jour du moys de juillet, le prévost des marchans et
-pluseurs autres avec luy, tous armés, alèrent disner à la bastide
-Saint-Denis. Et commanda ledit prévost à ceux qui gardoient ladite
-bastide que il baillaissent les clefs à Joseran de Mascon, qui estoit
-trésorier du roy de Navarre. Lesquels gardes desdites clefs disrent que
-il n'en bailleroient nulles. Dont le prévost fu moult courroucié, et se
-mut riote à ladite bastide entre ledit prévost et ceux qui gardoient
-lesdites clefs, tant que un bourgois appellé Jehan Maillart, garde de
-l'un des quartiers de la ville, de la partie de vers la bastide, oï
-nouvelles dudit débat, et pour ce se traist vers ledit prévost et luy
-dist que l'en ne bailleroit point les clefs audit Joseran. Et, pour ce,
-eust pluseurs grosses parolles entre ledit prévost et ledit Joseran
-d'une part, et ledit Jehan Maillart d'autre part. Si monta ledit Jehan
-Maillart à cheval, et prist une bannière du roy de France et commença à
-hault crier: «_Montjoie Saint-Denis au roy et au duc!_» tant que chascun
-qui le véoit aloit après et crioit à haulte voix ledit cri. Et aussi
-fist le prévost et sa compaignie. Et s'en alèrent vers la bastide
-Saint-Anthoine. Et ledit Jehan Maillart demoura vers les halles. Et un
-chevalier appelé Pepin des Essars qui rien ne savoit de ce que ledit
-Jehan Maillart avoit fait, prist assez tost après une autre bannière de
-France, et crioit semblablement comme Jehan Maillart: «_Montjoie
-Saint-Denis!_» Et durant ces choses, ledit prévost vint à la bastide
-Saint-Anthoine, et tenoit deux boistes où avoit lettres lesquelles le
-roy de Navarre luy avoit envoyées, si comme l'en disoit. Si requistrent
-ceux qui estoient à ladite bastide que il leur monstrast lesdites
-lettres. Et s'esmut riote à ladite bastide, tant que aucuns qui là
-estoient coururent sus à Phelippe Giffart qui estoit avec ledit prévost,
-lequel se deffendi forment, car il estoit fort armé et le bacinet en la
-teste; et toutesvoies fu-il tué. Et après fu tué ledit prévost et un
-autre de sa compaignie appelé Simon Le Paonnier: et tantost furent
-despoilliés et estendus tous nus sur les quarriaux en la voie. Et ce
-fait, le peuple s'esmut pour aler quérir des autres et pour en faire
-autel; et leur dist-on que, en l'ostel de Hocaus, à l'enseigne de
-l'Ours, près de la porte Baudoier, estoit entré Jehan de l'Isle le
-jeune. Si y entrèrent grant foison de gens et y trouvèrent ledit Jehan
-de l'Isle et Gille Marcel, clerc de la marchandise de Paris, lesquels il
-misrent à mort. Et tantost furent despoilliés comme les autres et
-trainés tous nus sur les quarreaux devant ledit ostel et là furent
-laissiés. Et tantost se parti ledit peuple et s'esmut à aler querre des
-autres. Et ce jour, à la bastide Saint-Martin, fu tué Jehan
-Poret-le-Jeune. Et furent les cinq corps dessus nommés trainés en la
-court de Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers, et là furent mis et
-estendus tous nus en ladite court, en la veue de tous, si comme il
-avoient fait mettre les mareschaux, celui de Clermont et celui de
-Champaigne: dont pluseurs tenoient que c'estoit ordenance de Dieu, quar
-il estoient mort de telle mort comme il avoient fait morir lesdis
-mareschaux.
-
-Item, celui mardi, furent pris et mis au Chastellet de Paris, Charles
-Toussac eschevin de Paris, et Joseran de Mascon trésorier du roy de
-Navarre. Et le peuple qui les menoit crioit haultement le dessus dit
-cri, et avoit chascun dudit peuple l'espée nue au poing.
-
-
-
-
-XC.
-
-De la venue du régent à Paris, et de la mort Charles Toussac et de
-Joseran de Mascon.
-
-
-Le jeudi, secont jour d'aoust au soir, ala le duc de Normendie, régent
-le royaume, à Paris où il fu receu à très grant joie du peuple de ladite
-ville. Et celui jour, avant que ledit régent entrast à Paris, furent
-lesdis Charles Toussac[134] et ledit Joseran trainés du Chastellet
-jusques en Grève, et là furent décapités. Et longuement après
-demourèrent en la place sur les quarreaux, et après en la rivière furent
-gietés.
-
- [134] _Charles Toussac_. La veuve de ce méchant échevin ne conserva
- pas longue rancune au parti qui avoit mis à mort son mari. Cinq mois
- après, elle se remaria à Pierre de Dormans, échanson du régent et
- neveu du célèbre chancelier Jean de Dormans. En considération de ce
- futur mariage, le dauphin consentit à rendre à Marguerite tous les
- biens confisqués sur son premier mari Toussac, comme on le voit par
- une déclaration datée du 7 janvier 1358-59 transcrite dans le
- _Recueil Msc. du Trésor des Chartes_, tome 26.
-
- Quant au récit de la mort du prévôt des marchans, on a souvent
- essayé d'en changer le caractère et d'en modifier les circonstances.
- Dans ce but, on s'est appuyé de l'autorité des _Chroniques de
- Saint-Denis_. Un illustre membre de l'Académie des Belles-Lettres,
- feu M. Dacier, a surtout voulu prouver que Maillart n'avoit joué,
- dans la journée du 31 juillet, qu'un rôle secondaire, et que tout
- l'honneur devoit en revenir à Pepin des Essarts. (Voyez les Mémoires
- de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, volume 43, page
- 563 et suivantes. Voyez aussi les notes des pages 383 et 384, dans
- la deuxième édition du Froissart donnée par M. Buchon.)
-
- Ce n'est point ici le lieu de rejeter l'opinion de M. Dacier au rang
- des paradoxes dont se fait trop souvent un jeu l'imagination des
- érudits: l'un de mes amis, M. Léon de La Cabane, s'est chargé de ce
- soin dans une dissertation qui sera publiée peut-être avant ce
- volume. Mais je ne puis m'empêcher de remarquer: 1º que le
- continuateur de Nangis, dont on a invoqué le silence, atteste que le
- coup mortel fut porté à Marcel par l'un des gardiens des portes:
- «Adfuit unus ex dictis custodientibus, qui elevans cum magno impetu
- gladium vel hastam percussit validè præpositum mercatorum et eum
- crudeliter interfecit.» Or, Pepin des Essarts n'étoit pas un gardien
- des portes, mais bien Jean Maillart.--2º Que sur deux leçons de
- Froissart, l'une accordant l'honneur de la journée à Maillart,
- l'autre le transportant sur la tête de Pepin des Essarts, cette
- dernière est le moins fréquemment reproduite dans les manuscrits, et
- peut seule être le fait d'une infidélité réfléchie.--3º Qu'une autre
- chronique inédite et jusqu'à présent non consultée, raconte le fait
- de manière à justifier le récit du continuateur de Nangis et celui
- du texte de Froissart le plus généralement transcrit dans les
- manuscrits anciens. On me pardonnera, sans doute, de rapporter ce
- nouveau témoignage qui bat complètement en ruine le sentiment de M.
- Dacier, de M. Michelet et de plusieurs autres. Après avoir raconté
- l'accord fait secrètement par Marcel avec le roi de Navarre, le
- chroniqueur ajoute:
-
- «Le prévost des marchans et ses aliés avoient fait leur atrait et ne
- voulurent que on veillast en celle nuit aux portes né aux murs. Mais
- à Paris avoit un bourgois nommé Jehan Maillart qui estoit garde, par
- le gré du commun, d'un quartier de la ville qui estoit ordenée par
- quatre cappitaines. Cil Jehan ne voult mie que cil qui estoient
- ordenés en son quartier pour veillier, laissassent leur garde. Dont
- Phelippe Giffars et autres qui estoient aliés à la trahison le
- blasmèrent et voulurent avoir les clefs de la porte, et retraire ses
- gens et leur garde laissier. Lors ce Jehan Maillart s'apperceut bien
- de trahison et manda Pepin des Essars et pluseurs autres bourgois et
- les fist armer et pluseurs autres, et fist drécier une bannière de
- France, et crioit cil et sa gent: _Montjoie au riche roy et au duc
- son fils le régent!_ Si assembla avecques eulx grant foison du
- peuple de Paris en armes et alèrent véir aux portes et les
- forteresces. Et avint que vers la porte Saint-Anthoine il trouvèrent
- ledit prévost des marchans et autres de ses aliés qui par couverture
- crioient: _Montjoie au riche roy et au duc son fils le régent!_ si
- comme les autres. Adonc Jehan Maillart requist au prévost des
- marchans et pardevant le peuple que il montrast les lettres que le
- régent leur avoit envoiées; mais il ne les monstroit mie volentiers,
- pource que le mandement luy estoit contraire, et se cuidoit excuser
- par paroles. Mais ly pluseurs conceurent la trahison. Et là fu
- assailli du commun et fu occis...»
-
- Pepin des Essarts fut-il invité par Maillart à prendre les armes, ou
- les prit-il avant de rien savoir des dispositions de Maillart? Voilà
- toute la question. Quant à celui qui délivra la France de la
- tyrannie de Marcel, la comparaison de tous les témoignages
- contemporains doit nous le faire reconnoître dans Jehan Maillart
- plutôt que dans Pepin des Essarts. Les _Chroniques de Saint-Denis_,
- qui allèguent pour ou contre ce dernier une sorte d'_alibi_, le
- font, à mon avis, non pour frustrer Maillart de la gloire qui devoit
- lui revenir, car elles lui laissent d'ailleurs le premier et le
- principal honneur de la journée, mais sans doute pour répondre au
- voeu et aux dénégations que Maillart exprimoit lui-même. Compère de
- Marcel comme Froissart nous l'a appris, et long-temps son ami,
- Maillart se reprochoit sans doute d'avoir commis, en débarrassant la
- France d'un scélérat, ce que l'opinion religieuse de son siècle
- regardoit comme un véritable parricide. Il peut donc avoir usé
- lui-même de la haute influence qu'il conserva toujours sur le
- régent-roi et sur ses concitoyens, pour obscurcir l'éclat d'une
- action qui l'exposoit à de rudes récriminations jusque dans le sein
- de sa famille. Ainsi l'allégation de nos chroniques, qui plusieurs
- fois citeront encore honorablement Jean Maillart, ne peut affaiblir
- la conviction qui résulte du triple récit du continuateur de Nangis,
- partisan des opinions populaires, de notre chroniqueur anonyme,
- narrateur impartial, et de Froissart lui même, ce courtisan des
- chevaliers, dans la première de ses deux rédactions suivie par Jean
- de Wavrin dans son _Histoire d'Angleterre_, et par Jean Lefevre,
- dans ses _Grandes Histoires du Haynaut_.
-
-
-
-
-XCI.
-
-Coment le régent fu deffié de par le roy de Navarre.
-
-
-Le vendredi tiers jour du mois d'aoust, fu le régent deffié de par le
-roy de Navarre. Et celui jour fu pris Pierre Gille. Et aussi fu maistre
-Thomas de Ladit, chancelier dudit roy de Navarre, qui estoit en habit de
-moine.
-
-
-
-
-XCII.
-
-De la mort de pluseurs traitres du roy et du régent; et des parolles que
-ledit régent dist à ceux de Paris.
-
-
-Le samedi ensuivant, quart jour dudit moys d'aoust, ledit Pierre Gille
-et un chevalier qui estoit chastelain du Louvre, et estoit né d'Orléans
-de assez petit lieu, de gens de mestier[135], et estoit appelé
-monseigneur Gille Caillart, furent trainés du Chastellet jusques ès
-halles, et là orent les testes coppées. Mais ledit chevalier eust avant
-la langue coppée, pour pluseurs mauvaises paroles qu'il avoit dictes du
-roy de France et du régent son fils. Et après, les corps furent giettés
-à la rivière. Et après, la semaine ensuivant, furent descapités
-ensemble, en un jour, Jehan Prévost et Pierre Leblont; et en un autre
-jour deux avocas, l'un de parlement appelé maistre Pierre de Puiseux, et
-l'autre de Chastellet appelé maistre Jehan Godart. Et furent tous
-giettés en la rivière; et un appelé Bonvoisin fu mis en oubliette[136].
-
- [135] Ce passage, comme une foule d'autres, prouve bien qu'on
- n'exigeoit pas des preuves de noblesse de tous ceux qu'on élevoit au
- rang de chevalier.
-
- [136] _En oubliette_. En prison perpétuelle.
-
-Celui jour de samedi, quatriesme jour dudit mois d'aoust, parla ledit
-régent audit peuple de Paris, en la maison de la ville; et leur dist la
-grant traïson qui avoit esté traictiée par les dessus dis mors et de
-l'evesque de Laon et de pluseurs autres qui encore vivoient; c'est
-assavoir de faire ledit roy de Navarre roy de France, et de mettre les
-Anglois et Navarrois en Paris, celui jour que le prévost des marchans fu
-tué. Et devoient mettre à mort tous ceux qui se tenoient de la partie du
-roy et son fils, et jà avoient esté pluseurs maisons de Paris signées à
-divers seings[137]; dont moult de gens estoient forment esbahis en
-ladite ville.
-
- [137] _A divers seings_. Le continuateur de Nangis, si favorable aux
- Parisiens, dit la même chose: «Ipse rex Navarræ cum suis omnibus
- urbem Parisiensem citius subintraret et homines sibi contrarios
- tales et tales quorum ostia signata reperiret, trucidaret.»
- (Spicileg., t. III, fº 120.)
-
-
-
-
-XCIII.
-
-Coment les Anglois tindrent partie de la ville de Meleun.
-
-
-Celui samedi, pluseurs Anglois et Navarrois alèrent à Meleun: et les
-reçut la royne Blanche qui estoit au chastel dedens ledit chastel. Si
-occupèrent l'isle de Meleun et toute la partie qui est devers
-Biere[138]. Et l'autre partie qui est devers la Brie se tint contre
-eulx, tant que le régent y envoia des gens d'armes et des brigans; et
-ainsi fu celle partie françoise: et le chastel et tout le demourant
-furent Anglois et Navarrois qui estoient tout un; et firent moult de
-maulx et de dommages au pays par devers le Gastinois; et ardirent toutes
-les maisons de l'abbaye du Lis, environ la Nostre-Dame de mi-aoust.
-
- [138] _Biere_. Le petit pays de _Biere_ comprenoit la rive droite de
- la Seine, dans le territoire de Melun; c'est-à-dire Fontainebleau et
- les environs. La Brie est de l'autre côté de la Seine.
-
-
-
-
-XCIV.
-
-Coment aucuns de Picardie furent desconfis des Anglois et Navarrois qui
-tenoient le chastel de Mauconseil[139].
-
- [139] _Mauconseil_. Ce nom ne se retrouve plus sur les cartes. Le
- continuateur de Nangis nous apprend qu'il étoit situé près de
- Noyon.--La chronique inédite (nº 530, Sup. fr.) nomme le capitaine
- des François et Flamands _Pierre de Flavy_, chevalier; et celui des
- Navarrois _Le Bascon de Mareil_.--Froissart dit, à propos de la
- prise de Mauconseil, que «ces trois forteresses (Creil, La Harelle
- et Mauconseil) firent tant de destourbiers au royaume de France, que
- depuis en avant cent ans ne furent réparés né restaurés.» Il eût
- fallu imprimer _qui_ au lieu de _que_, avec les manuscrits. Mais
- comment Froissart, mort vers 1400, peut-il parler de ce qui se
- voyoit un siècle après l'année 1358? Je soupçonne la une faute des
- nouvelles éditions.
-
-
-Le jeudi vingt-troisiesme jour du moys d'aoust, pluseurs des communes de
-Tournay et de autres villes de Picardie qui estoient à siège devant un
-chastel de l'evesque de Noyon avec pluseurs nobles du pays, pource que
-les Anglois et Navarrois l'avoient pris et se tenoient dedens, furent
-desconfis par pluseurs de la partie des Anglois et Navarrois, desquels
-estoit capitaine monseigneur Jehan de Piquegny et monseigneur Robert son
-frère, lesquels se estoient rendus ennemis du roy de France, de son fils
-et de son royaume, avec ledit roy de Navarre. Et s'enfouirent lesdites
-communes; et les gentilshommes furent pris, jusques au nombre de cent
-vingt ou environ. Et y fu pris ledit evesque de Noyon et fu mené à
-Creil, dont ledit monseigneur Robert s'appeloit capitain[140], depuis
-que ladite ville avoit esté prise des Anglois.
-
- [140] _S'appeloit capitain_. Plus loin, nos chroniques nomment, comme
- Froissart, le capitaine de Creil _messire Jehan de Foudrigai_.
- (Voyez chapitre CXVI.)
-
-
-
-
-XCV.
-
-Coment Paris estoit lors avironnée de forteresces angloises.
-
-
-En ce temps, en diverses contrées prisrent lesdis Anglois et Navarrois
-pluseurs forteresces environ Paris, c'est assavoir Rays, Poissy et
-pluseurs autres; et chevauchoient souvent jusques à demi-lieue de Paris
-de celui costé. Et ceux de Creil chevauchoient souvent jusques à Gonesse
-et ès villes environ, et prenoient prisonniers et emmenoient chevaulx,
-et rençonnoient villes et aucunes ardoient; et si ne y résistoit-l'en
-point, mais s'enfuioit chascun devant eux.
-
-
-
-
-XCVI.
-
-Coment le roy de Navarre ala à Meleun et ardi Chatres-soubs-Mont-Lehery.
-
-
-La première sepmaine de septembre, environ heure de tierce, le roy de
-Navarre chevaucha bien à deux mil combattans, si comme l'en disoit; et
-ala à Meleun rafraichir ses gens et veoir ses seurs, la royne Blanche et
-une autre appelée Jehanne, lesquelles estoient dedens le chastel. Et en
-son chemin ardi pluseurs villes comme Chatres-soubs-Mont-Lehery et
-autres.
-
-
-
-
-XCVII.
-
-De la mort maistre Thomas de Ladit, chancelier du roy de Navarre.
-
-
-Le mercredi douziesme jour dudit mois de septembre, environ heure de
-tierce, maistre Thomas de Ladit, chancelier du roy de Navarre, qui avoit
-tousjours esté en prison depuis le quatriesme jour d'aoust qu'il avoit
-esté pris, si comme dessus est dit, fu rendu aux gens de l'evesque de
-Paris, par vertu de certaines bulles du pape. Et fu ledit chancelier mis
-sur un huis et levé sur les épaules de deux hommes qui le portoient,
-pour ce que il estoit ès fers, par les deux jambes; et en telle manière
-parti du palais où il avoit esté en prison. Mais avant qu'il fu le giet
-d'une pierre, loin de la porte de la cour du palais, pluseurs
-compaignons de Paris luy coururent sus et le gietèrent contre terre et
-le tuèrent; et tantost fu despoillié tout nu, et demoura longuement en
-tel estat sus les quarreaux, au milieu du ruissel de la pluie qui
-courroit au travers de son corps; et environ vespres, il fu trainé
-jusques à la rivière et gieté dedens.
-
-
-
-
-XCVIII.
-
-De la mort d'aucuns traistres, et coment Anglois et Navarrois avoient
-lors toutes les rivières venans à Paris.
-
-
-Le dimenche seiziesme jour du mois de septembre, monseigneur Jehan de
-Piquegny, accompaignié de grant foison de gens d'armes, ala à Amiens, et
-par la traïson d'aucuns de ceux de la ville entra ès forsbours et les
-ardi et pilla. Et fu ladite cité en aventure d'estre prise. Toutesvoies,
-par la volenté de Dieu et la résistance des bons de ladite ville et du
-conte de Saint-Pol qui hastivement vint au secours, ledit monseigneur
-Jehan et sa compaignie furent reboutés. Et depuis furent pris aucuns des
-bourgois de la ville qui avoient esté consentans de rendre ladite ville
-audit monseigneur Jehan de Piquegny pour le roy de Navarre, par ceux de
-ladite ville; et en orent les testes coppées Jaques de Saint-Fucien[141]
-et quatre autres bourgois de celle ville. Et depuis firent lesdis
-Anglois et Navarrois pluseurs chevauchiées en diverses parties du
-royaume de France; par espécial ceux qui tenoient Creil chevauchièrent
-en Mucien[142], à Dampmartin, à Gonesse et ès villes environ, et
-prisrent tout ce que il trouvèrent.
-
- [141] Notre chronique inédite met le maire de la ville, Fremyn de
- Coquerel, au nombre de ceux qui furent punis de mort.
-
- [142] _Mucien_. Dans la Brie.
-
-Au mois d'octobre ensuivant, chevauchièrent tout le pays de Mucien et
-prisrent une petite forteresce à deux lieues de Meaulx appelée
-Oissery[143], et tantost l'enforcièrent et raençonnèrent le pays. Et
-pour avoir la rivière de Marne, il alèrent à la Ferté-soubs-Juerre, et
-prisrent une isle en laquelle il avoit une bonne tour, et tantost
-l'enforcièrent. Et ainsi eurent toutes les rivières qui venoient à
-Paris, c'est assavoir la rivière de Seine à Meleun, celle de Marne à la
-Ferté-soubs-Juerre, et au-dessous de Paris, Mante et Meulent et Poissi;
-la rivière d'Oise, à Creil. Et ainsi estoit Paris asségié, et si estoit
-Rouen et Beauvais, par les forteresces que il tenoient environ, car il
-estoient seigneurs de tout le Beauvoisin. Si ne povoit-l'en mener vins à
-Arras, à Tournay, à Lille né ès autres villes de Picardie. Et ainsi
-estoient lesdites villes asségiées quant à ce.
-
- [143] _Oissery_. Aujourd'hui bourg du département de Seine-et-Marne.
- On compte trois lieues de Meaux à Oissery.
-
-
-
-
-XCIX.
-
-Des forteresces que Robin Canole prist en Orlenois.
-
-
-Audit mois d'octobre, Robin Canole, capitain de pluseurs forteresces
-angloises en Bretaigne et en Normendie, chevaucha en Orlenois et prist
-Chastel-Neuf sur Loyre[144], et tantost après Chastillon-sur-Louen; et
-après chevaucha plus hault alant en Aucerrois et en la Puysaie, et prist
-une forteresce appelée Malicorne; mais les gens du pays s'assemblèrent
-et alèrent devant ladite forteresce. Et un chevalier appelé messire
-Arnault de Cervolle, surnommé l'archeprestre, qui venoit au mandement
-dudit régent accompagnié de grant nombre de gens d'armes, se mist avec
-lesdites gens du pays devant ladite forteresce de Malicorne. Mais il
-s'en partirent honteusement sans prendre ladite forteresce.
-
- [144] _Chastel-Neuf-sur-Loyre_. «Domum pulchram et solemnem,» dit le
- continuateur de Nangis. Aujourd'hui bourg du département du Loiret,
- à cinq lieues d'Orléans.--_Chastillon-sur-Louen_ ou _Loing_,
- aujourd'hui petite ville du même département, à cinq lieues de
- Montargis. Son ancien château existe encore.--_La Puisaie_
- est un petit pays sur la frontière du Gâtinois et du
- Nivernois.--_Malicorne_, aujourd'hui petit village du département de
- l'Yonne, à sept lieues de Joigny.
-
-
-
-
-C.
-
-De la forteresce de Amblainviller.
-
-
-Audit mois d'octobre l'an mil trois cens cinquante-huit dessus dit,
-aucuns se partirent des garnisons angloises qui estoient entour Paris,
-et laissièrent leur forteresces garnies, et alèrent prendre une forte
-maison à trois lieues de Paris, en un lieu appelé Amblainviller[145]. Et
-ceux de Paris envoièrent devant ladite maison des gens d'armes et des
-brigans[146] par pluseurs fois; mais il n'y firent chose qui vaulsist,
-et en la fin ceux de Paris achetèrent la forteresce dessus dite aux
-Anglois et la firent abattre.
-
- [145] _Amblainviller_. Peut-être _Aubervillers_, aujourd'hui village à
- une lieue de Saint-Denis.
-
- [146] _Brigans_. On donnoit en général ce nom aux compagnies franches
- qui ne reconnoissoient le commandement d'aucun chevalier banneret.
-
-
-
-
-CI.
-
-Les noms de pluseurs bourgois de Paris que le régent fist emprisonner.
-
-
-Le jeudi vint-cinquiesme jour du mois d'octobre, pluseurs des habitans
-de Paris desquels les noms s'ensuivent furent pris et emprisonnés; c'est
-assavoir: Jehan Giffart le boisteux, Nicholas Poret[147], Jehan Moret,
-Girart Moret, Estienne de la Fontaine argentier du roy, Pierre Basselin,
-Jaques de Mante, Jehan de La Tour, Hélie Jourdain, Colin le Flament,
-Jaques le Flament maistre de la chambre des comptes, Hannequin le
-Flament, Jehan Gosselin, Jehan Restable, Arnault Roussel, Jaques du
-Castel, Jaques le Flament trésorier des guerres, Guillaume Lefèvre,
-Regnault de la Chambre, Pasquet le Flament et Alain de Saint-Benoit,
-lequel Alain fu l'endemain délivré.
-
- [147] _Poret_. Variante: _Le Petit_. (Msc. 8302.) Sans doute le frère
- de Jehan Porret le jeune, tué avec Marcel.
-
-
-
-
-CII.
-
-De la requeste qui fu faite à monseigneur le régent sur la délivrance
-des dessus nommés.
-
-
-Le lundi ensuivant vingt-nueviesme jour du moys d'octobre, pluseurs des
-mestiers de Paris, au pourchas de amis des dessus nommés prisonniers,
-alèrent en la maison de la ville et firent grant clamour de leur amis
-qui avoient esté pris, en disant que autel pourroit-on faire de tous les
-autres de Paris. Et faisoient sentir, par leur paroles, que ce avoit
-esté fait par vengeance de ce qui avoit esté fait au temps passé par
-ceux de Paris; en disant que l'en les prendroit ainsi les uns après les
-autres; et tout, pour esmouvoir le peuple. Et portoit la parolle un
-clerc de Paris appelé maistre Jehan Blondel, lequel requist au prévost
-des marchans qui lors estoit appelé Jehan Culdoe, et pluseurs autres qui
-là estoient, qu'il alassent par devers le régent qui estoit au Louvre,
-pour lui requérir que il féist tantost délivrer les dessus emprisonnés,
-ou que il déist les causes pour lesquelles il les avoit fait
-emprisonner. Et ainsi le firent contre la voulenté du prevost des
-marchans et firent audit régent lesdites requestes; lequel respondi que
-il iroit l'endemain à la maison de la ville, et là feroit dire les
-causes pour lesquelles il les avoit fait emprisonner; et quant il les
-auroient oïes, sé il vouloient que il les délivrast il les délivreroit.
-Et ainsi se despartirent.
-
-
-
-
-CIII.
-
-Coment les dessus nommés furent accusés et tesmoigniés traistres devant
-ledit régent; mais, pource que il ne pot estre prouvé par pluseurs, il
-furent délivrés.
-
-
-L'endemain jour de mardi, trentiesme jour du moys dessus dit, pluseurs
-des bons et loyaux subgiés dudit régent qui bien sceurent que leur dit
-seigneur devoit aler à ladite maison pour la cause dessus dite, et qui
-doubtèrent que les amis ou aliés desdis prisonniers ne alaissent en
-ladite maison fors que pour constraindre leur dit seigneur de faire
-aucune chose contre sa voulenté, s'armèrent et furent en ladite maison
-et en la place de Grève, si fors que il ne devoient doubter les autres.
-Et là vint ledit régent qui monta sur les degrés de la croix de Grève,
-et dist au peuple que il avoit esté informé que les dessusdis
-emprisonnés estoient traitres et aliés au roy de Navarre. Et là, un
-jeune homme de Paris appelé Jehan d'Amiens, et avoit espousé la fille de
-l'un des dessusdis emprisonnés appelé Jehan Restable, lequel Jehan
-d'Amiens avoit esté par devers le roy de Navarre pour pourchacier la
-délivrance d'un sien ami prisonnier dudit roy, dist que il savoit bien
-les choses dites par ledit régent estre vraies. Pour lesquelles choses
-ceux qui par avant avoient moult arrogamment demandé et requis la
-délivrance des dessusdis prisonniers, n'osèrent plus parler. Mais ledit
-maistre Jehan Blondel requist audit régent pardon de ce que il en avoit
-dit et fait, lequel régent le pardonna audit Jehan et aux autres qui en
-avoient parlé. Et s'en parti ledit régent. Si ordena certains
-commissaires pour savoir la vérité des choses qui luy avoient esté dites
-contre les dessus dis prisonniers. Mais les choses estoient si secrètes
-et si obscures que l'en ne trouva lors aucune chose encontre eux. Et
-pour ce en furent quatorze délivrés le jour de la saint Clément
-ensuivant, vint-troisiesme[148] jour de novembre. Et assez tost après
-tous les autres.
-
- [148] _Vint-troisiesme_. Et non pas _dix-huitiesme_, comme les
- précédentes éditions.--Villaret a faussé l'histoire dans cet
- endroit, quand il a dit que «le régent voulant gagner les coeurs par
- sa douceur, après avoir fait instruire le procès des _coupables_,
- leur pardonna.» Il paroît que le régent n'eut à renvoyer que des
- innocens.
-
-
-
-
-CIV.
-
-Des cardinaux qui vindrent à Paris pour traictier de paix entre le
-régent de France et le roy de Navarre.
-
-
-Le jeudi treiziesme jour de décembre, entrèrent à Paris les cardinaux de
-Pierregort et d'Urgel, pour traictier de paix entre le régent et le roy
-de Navarre. Et depuis alèrent à Meulent par devers ledit roy; et depuis
-à Meleun par devers la royne Blanche sa suer, et partout ne firent
-riens. Et s'en alèrent à Avignon. Et en alant, ledit cardinal de
-Pierregort fu pillié et robé de grant avoir; mais depuis luy fu tout
-rendu, si comme l'en disoit.--Item, le premier jour de janvier, pluseurs
-de la ville d'Amiens qui avoient traï ladite ville furent
-décapités[149].
-
- [149] Cette dernière phrase ne se trouve que dans le manuscrit de
- Charles V.
-
-
-
-
-CV.
-
-Coment Laigny-sur-Marne fu pilliée et gastée.
-
-ANNÉE 1359
-
-
-Le mardi après l'apparicion[150], huitiesme jour du moys de janvier l'an
-mil trois cens cinquante-huit, les Anglois et Navarrois qui tenoient la
-Ferté-soubs-Juerre alèrent à Laigny-sus-Marne et pillièrent la ville et
-y prisrent des bonnes gens. Et depuis alèrent en la ville grant nombre
-de brigans qui estoient venus de Milan, qui gastèrent ladite ville par
-telle manière que tous les habitans s'en partirent; et demoura toute
-gastée.
-
- [150] _L'Apparicion_. L'Épiphanie.
-
-
-
-
-CVI.
-
-Coment les Anglois furent desconfis devant Troies.
-
-
-Le samedi ensuivant, douziesme jour dudit moys, les Anglois et Navarrois
-qui tenoient une maison de l'évesque de Troies appellée Ais-en-Ote[151],
-alèrent devant Troies, et estoient environ quatre cens. Si issirent de
-Troies le conte de Vaudemont et ceux de ladite ville et desconfirent
-lesdis Anglois et en y ot environ six vint mors et autant de pris, et
-pour ceste cause, les autres qui eschappèrent ardirent ladite maison de
-Ais et s'en partirent. Et aussi furent autres qui tenoient une autre
-forteresce appellée Champlost[152], entre la rivière de Saine et
-d'Yonne, et alèrent tous à Regennes près d'Aucerre; et par ce, le chemin
-qui avoit esté empeschié de Sens à Troies fu délivre.
-
- [151] _Ais-en-Ote_. Aujourd'hui _Aix-en-Othe_ ou _Aixote_, bourg du
- département de l'Aube, à huit lieues de Troyes.
-
- [152] _Champlost_. Bourg du département de l'Yonne, à six lieues de
- Joigny.--_Regennes_ est un hameau sur la route d'Auxerre à Joigny.
-
-
-
-
-CVII.
-
-Coment la cité d'Aucerre fu prise et mise à raençon des Anglois.
-
-
-Le jour des Brandons ensuivant, dixiesme jour de mars avant le point du
-jour, pluseurs des garnisons angloisches qui s'estoient assemblés à
-Regennes, près d'Aucerre à deux lieues, partirent dudit lieu de Regennes
-et alèrent à Aucerre et y trouvèrent petite ou nulle garde. Si
-eschiellèrent ladite ville par devers la porte de Gligny; et entrèrent
-lesdis Anglois dedens par dessus les murs, et pristrent la ville, la
-cité et le chastel avant soleil levant. Et jasoit ce que eust grant
-foison de gens habitans en ladite ville et en eust deux mille ou plus de
-bien armés, néantmoins y trouvèrent lesdis Anglois petite
-résistance[153]. Et à la prise de ladite ville, furent fais chevaliers
-deux Anglois: l'un appellé Robin Canole et l'autre Thomelin Fouque,
-lesquels estoient capitains de grant foison d'Anglois. Et si y estoient
-deux chevaliers anglois dont l'un estoit appellé messire Jehan d'Arton
-et l'autre messire Nichole Tamore. Au chastel de laquelle ville fu pris
-monseigneur Guillaume de Chalons fils du conte d'Aucerre, et sa femme et
-pluseurs autres. Et de ladite ville et cité eschappèrent pou d'hommes ou
-femmes qui ne fussent pris par lesdis Anglois. Toutesvoies en
-mistrent-il pou à mort, mais pristrent tous à raençon et pillièrent la
-ville par tele manière que il n'y ot riens mucié que il ne trouvassent,
-feust en terre, en murs ou autre part. Et toutesvoies disoit-l'en que il
-n'estoient pas plus de mil, que de maistres que de varlès. Et disoient
-pluseurs, tant de ladite ville comme des Anglois, que il y avoient bien
-trouvé de biens qui valoient cinq cens mil moutons d'or; et les raençons
-des personnes singulières qui valoient trop grossement. Et quant lesdis
-Anglois se virent tous seigneurs de ladite ville, et l'eurent pillié, et
-mis à point leur prisonniers, environ huit jours après ladite ville
-prise il parlèrent à aucuns des plus notables habitans, et leur distrent
-que il en ardroient toute la ville, ou que il en ardroient la plus grant
-partie et enforceroient aucuns lieux qui y estoient, et les tendroient;
-et ceux qui demourroient en ce qui ne seroit ars promestroient aux
-Anglois bonne obéissance, ou lesdis habitans raençonneroient[154] ladite
-ville. Si fu traictié par pluseurs journées entre lesdis Anglois et ceux
-de ladite ville. Et finablement furent à tel accort, c'est assavoir que
-lesdis Anglois auroient pour la raençon de ladite ville quarante mil
-moutons, et quarante mil perles du pris de dix mil moutons, et si
-emporteroient tous les biens que il avoient trouvés en ladite ville, sé
-il vouloient, exceptés les joiaux de l'églyse Saint-Germain, lesquels
-ils prendroient pour gaige seulement, jusques à tant que il fussent
-paiés de la raençon dessus dite. Mais ceux de ladite ville
-s'obligeroient à ceux de ladite églyse Saint-Germain de racheter desdis
-Anglois lesdis joiaux dedens la nativité saint Jehan-Baptiste après
-ensuivant, ou de paier perpétuellement auxdis religieux de
-Saint-Germain, chascun an trois mil florins de rente; et si feroient
-lesdis Anglois abattre des murs de la ville tant comme il leur plairoit,
-et ardoir les portes. Lesquelles choses furent accordées par ceux qui
-traictoient pour ladite ville. Et pour ce allèrent aucuns d'iceux par
-devers le régent pour avoir son consentement sur ce. Et cependant lesdis
-Anglois firent abattre partie des murs et les créneaux, et emplir les
-fossés de ladite ville des pierres desdis murs, et ardoir les portes.
-
- [153] La chronique inédite du msc. 530 dit: «En ce temps, Phelippe de
- Navarre et Robert Canolle prindrent la cité d'Aucerre, par aucuns
- des bourgois de la cité qui la leur rendirent par trahison.» (Fº 75,
- Rº.)
-
- [154] _Raençonneroient_. Rachèteroient.
-
-
-
-
-CVIII.
-
-De la prise de messire James Pipes, anglois, et de pluseurs autres ses
-compaignons.
-
-
-Le jeudi, quatorziesme jour de mars ensuivant, messire James Pipes[155],
-messire Othe de Hollande, anglois, et environ seize ou dix-huit
-personnes notables de leur compaignie, qui estoient partis d'Evreux de
-la compaignie du roy de Navarre et de monseigneur Phelippe son frère,
-furent pris par les compaignons de la garnison d'une forte maison qui
-est au seigneur de Garanchières[156] appellée Grant-Seuvre.
-
- [155] _James Pipes_. Froissart fait agir et parler vaillamment James
- Pipes à trois mois de là au prétendu siège de Melun.
-
- [156] _Garenchières_. _Garencières_ est aujourd'hui un village du
- département de l'Eure, à deux lieues d'Evreux. _Grant-Seuvres_,
- aujourd'hui _Grosoeuvre_, est un bourg du même département, à peu de
- distance de _Garencières_.--Notre chronique inédite touche à cet
- événement sans doute, quand elle dit que: «le sire d'Ivery, Phelippe
- Malvoisin et pluseurs autres bons chevaliers et escuiers du pays
- devers la rivière d'Eure, firent pluseurs belles besongnes, et en
- trois places ruèrent jus en pou de temps leur ennemis.» (Msc. 530,
- fº 71, rº.)
-
-_Incidence_. Item, samedi, trentiesme jour du moys de mars, et fu le
-samedi devant _Lætare Jerusalem_, fu trouvée une grant quantité de
-monnoie noire de divers coings; et en y avoit environ une baignouère
-pleine, sur un pilier de la petite Maison-Dieu de Sens, laquele l'en
-abatoit, pour ce que elle estoit trop près des murs de ladite cité de
-Sens. Et dedens deux ou trois jours après, monseigneur Jehan de Chalon,
-seigneur d'Arlay, lors lieutenant dudit régent ès parties de Champaigne
-et du bailliage de ladite ville de Sens, ala à Sens pour avoir ladite
-monnoie, et de fait la prist et l'en fist porter à Troie.
-
-
-
-
-CIX.
-
-Coment aucuns de ceux d'Aucerre furent destourbés en alant de Paris à
-Aucerre.
-
-
-Tout le moys ensuivant, les Anglois qui avoient pris ladite ville
-d'Aucerre demourèrent en ycelle, en attendant ceux qui estoient alés
-pour ladite ville à Paris par devers le régent, pour ladite finance,
-lesquels ne retournèrent point que deux ou trois exceptés qui en
-retournant furent desrobés, entre Joigny et Aucerre, d'une grande
-finance que il aportoient, par Bourguignons; desquels Bourguignons l'un
-estoit appellé messire Symon de Saint-Aubin, chevalier, et l'autre
-Huguenin de Binant, escuier, et pluseurs autres.
-
-
-
-
-CX.
-
-D'une assemblée que monseigneur le régent fist faire au palais des gens
-de Paris, pour oïr prononcier les demandes du roy d'Angleterre.
-
-
-L'an de grace mil trois cens cinquante-neuf, fu prise la ville
-d'Aubigny-sur-Nierre[157], par escheler, comme avoit esté Aucerre dont
-dessus est faite mencion.
-
- [157] _Aubigny-sur-Nierre_. Et non pas _Dabigne-sur-Mettre_, comme
- dans les précédentes éditions. C'est une ville de l'ancien Berry,
- aujourd'hui département du Cher. Elle est située sur la _Nere_, à
- neuf lieues de Sancerre.
-
-Item, le jeudi secont jour de may ensuivant, fu arse la ville de
-Chastillon-sur-Loaing, par messire Robert Canole qui retournoit
-d'Aucerre à Chastel Nuef sur Loyre, et en raportoit sa part de la pille
-d'Aucerre. Quar le mardi précédent, derrenier jour d'avril, lesdis
-Anglois avoient laissié ladite ville d'Aucerre, et s'en estoient alés en
-leur forteresces, à tout leur pille; et en avoient mené grant nombre de
-hommes, de femmes et de petits enfans de l'aage de dix ans ou environ,
-et avoient arses les portes et abatu grant foison des murs de la ville.
-Et néantmoins y aloient depuis lesdis Anglois souvent quérir des vivres
-qui y estoient demourés; par espécial ceux de Regennes.
-
-Item, le dimenche dix-neuviesme jour de may ensuivant, fu faite une
-convocation à Paris de gens d'églyse, de nobles et de bonnes villes, par
-lettres de monseigneur le régent, pour oïr un certain traictié de paix
-qui avoit esté pourparlé en Angleterre entre le roy de France et celuy
-d'Angleterre. Lequel traictié avoit esté aporté par devers ledit régent,
-par monseigneur Guillaume de Meleun, archevesque de Sens, par le conte
-de Tanquarville frère dudit archevesque, par le conte de Dampmartin, et
-par messire Arnoul d'Odeneham, mareschal de France, tous prisonniers des
-Anglois. A laquelle journée vint pou de gens, tant pour ce que l'en ne
-fist pas assez tost assavoir ladite convocacion, comme pour ce que les
-chemins estoient empeschiés des Anglois et Navarrois qui tenoient
-forteresces en toutes les parties par lesquelles l'en povoit aler à
-Paris; et aussi pour cause des pilleurs qui tenoient forteresces
-françoises qui ne faisoient gaires mieux que les Anglois. Et en estoit
-tout le royaume semé, par telle manière que on ne povoit aler par le
-païs. Lesdis Anglois et Navarrois tenoient le chastel de Meleun, l'isle
-et toute la ville du costé devers Bière; et la partie devers Brie estoit
-françoise. Item, il tenoient la Ferté-soubs-Juerre, Oysseri,
-Nogent-l'Artaut, et bien cinq ou six forteresces sur la rivière de
-Marne; en Brie il tenoient Becoisel et la Houssoie[158]. En Mucien il
-tenoient Juilly, Creil et pluseurs autres sur la rivière d'Oyse: sur
-Saine en devalant, Poissy, Meullent, Mante, Rais; et plus de cent autres
-en diverses parties, tant en Picardie comme ailleurs.
-
- [158] _La Houssoye_ ou _La Houssaye_. Aujourd'hui village du
- département de Seine-et-Marne, à cinq lieues de Coulommiers.--Je
- n'ai pas retrouvé _Becoisel_, que le msc. 9,652 écrit _Le Trisel_.
-
-Laquelle journée du dix-neuviesme jour fu continuée de jour en jour en
-attendant plus de gens, jusques au samedi ensuivant, vint-cinquiesme
-jour dudit moys. Auquel samedi ledit régent fu au palais sur le perron
-de marbre en la court; et là, en présence de tout le peuple, fist lire
-ledit traictié par maistre Guillaume des Dormans, advocat du roy en
-parlement, par lequel traictié apparoit que le roy d'Angleterre vouloit
-avoir la duchié de Normendie, la duchié de Guienne, la cité et le
-chastel de Saintes, toute la dyocèse et païs; la cité d'Agen, la cité de
-Tarbe, la cité de Pierregort, la cité de Limoges, la cité de Caours et
-toutes les diocèses et païs, la conté de Bigorre, la conté de Poitiers,
-la conté d'Anjou et du Maine, la cité et chastel de Tours et toute la
-diocèse et païs de Touraine, la conté de Bouloigne, la conté de Guines,
-la conté de Pontieu, la ville de Monstrueil-sur-Mer et toute la
-chastellerie, la ville de Calais et toute la terre de Merq[159] en toute
-justice et seigneurie, ressort et souveraineté, sans ce que, des terres
-dessus dites le roy d'Angleterre fust en aucune manière subgiet au roy
-de France présent né à ses successeurs roys de France, mais seulement
-voisin. Et oultre vouloit avoir ledit roy d'Angleterre l'homage, ressort
-et souveraineté de la duchié de Bretaigne, perpétuellement, si comme les
-autres terres dessus dites.
-
- [159] _Merq_. Ce nom de pays, peut-être le même que _Marquenterre_, en
- Ponthieu, a été oublié dans l'estimable _Indication des Provinces et
- pays de la France_, publiée dans l'_Annuaire de l'Histoire de
- France, année 1837_.
-
-Et oultre vouloit avoir quatre millions d'escus de Phelippe, avec toutes
-les autres terres que il tenoit au royaume de France, par tel condicion
-que le roy de France devoit faire récompensacion de autres terres à tous
-ceux qui avoient aucunes choses sur lesdites terres, par aliénation
-faite par les roys de France ou par ceux qui ont eu cause[160] d'eux,
-depuis que lesdites terres et pays vindrent et furent aux roys de
-France.
-
- [160] _Qui ont eu cause_. Qui prétendoient à des droits transmis par
- eux.
-
-Et encore requéroit ledit Anglois avoir la possession des villes et
-chastiaux de Rouen, de Caen, de Vernon, du Pont-de-l'Arche, du
-Goulet[161], de Gisors, de Moliniaux, d'Arques, de Gaillart, de Vire, de
-Boulongne, de Monstrueil-sur-la-Mer, de la Rochelle; cent mille livres
-d'Esterlins et dix seigneurs pour ostages dedens le premier jour d'aoust
-ensuivant. Et ce fait, il devoit mettre le roy de France en son royaume,
-en son povoir; toutesvoies tousjours loyal prisonnier jusque à ce que
-toutes les choses dessusdites fussent acomplies. Lequel traictié fu
-moult déplaisant à tout le peuple de France. Et après ce qu'il orent eu
-délibéracion, il respondirent audit régent que ledit traictié n'estoit
-passable né faisable: et pour ce ordennèrent à faire bonne guerre aux
-Anglois.
-
- [161] _Le Goulet_. Place forte dont il reste à peine des
- vestiges.--_Moliniaux_ ou Moulineaux, aujourd'hui village à trois
- lieues de Caen.--_Arques_, petite ville de Normandie, près de
- Dieppe.
-
-
-
-
-CXI.
-
-Coment les officiers du roy furent rappellés par le régent, et de l'aide
-que l'en offri pour la guerre.
-
-
-Le mardi vint-huitiesme jour du moys de may, ledit régent prononça par
-sa bouche que, à tort et sans cause raisonnable, il avoit privé de ses
-offices les vint-deux personnes qui avoient esté privées par l'ordonance
-des trois estas, l'an cinquante-sept; et qu'il les avoit tousjours
-trouvés bons et loyaux; mais l'evesque de Laon et les tirans traitres
-qui avoient empris le gouvernement le firent faire par contraincte, si
-comme il dit lors. Et les restitua en leur estas et renommées.
-
-Item, le dimenche secont jour de juing ensuivant, fu accordé au régent
-que les nobles le serviroient un moys à leur despens, chascun selon son
-estat, sans compter aler né venir. Et avec ce paieroient les imposicions
-qui seroient ordenées par les bonnes villes. Les gens d'églyse offrirent
-à payer lesdites imposicions; la ville de Paris et viscontés offrirent
-six cens glaives, trois cens archiers et mil brigans. Et fu ordené que
-tous ceux qui là estoient s'en retournaissent en leur villes, pour ce
-que il ne vouloient aucune chose ottroier sans parler à leur villes, et
-qu'il envoiassent leur responses dedens le lundi après la Trinité. Et
-depuis envoièrent pluseurs villes leur response: mais pour ce que le
-plat païs estoit tout gasté par les ennemis anglois et navarrois, et
-aussi par les garnisons des forteresces françoises, lesdites bonnes
-villes ne porent acomplir le nombre de douze mil glaives qui luy avoient
-esté accordés de la Langue d'oc.
-
-
-
-
-CXII.
-
-Coment un traictié fu fait entre le régent et le roy de Navarre.
-
-
-Audit moys, le régent ala à Meleun: et là se tint et fist faire le
-moustier du Lis fort[162], et y establi une bastide contre ses ennemis
-qui tenoient le chastel et l'isle de Meleun et la partie de ladite ville
-devers Bière; et l'avoient tenue depuis l'entrée du moys précédent. Et y
-estoit tousjours la royne Blanche et Jehanne, sa seur, seurs audit roy
-de Navarre. Et ledit régent et ses gens tenoient l'autre partie de
-ladite ville qui est devers Brie.
-
- [162] _Fort_. C'est-à-dire il fortifia le monastère du Lys.
-
-Et pendant ce que ledit régent estoit à Meleun, aucuns de ses gens
-traictièrent de paix avec aucuns des gens du roy de Navarre, à Rosny et
-à Veteil[163]. Et finablement furent à accort que ledit régent rendroit
-audit roy de Navarre toutes les forteresces que il tenoit de luy, et
-outre paieroit encore douze mille livrées de terre et six cens mil escus
-de Jehan, à paier chascun an cinquante mille jusques à douze ans. Et par
-ce ledit roy demourroit ami bienvueillant et alié du roy de France et
-dudit régent, et de nouvel feroit homage audit régent. Lequel traictié
-fu rapporté audit régent à Meleun. Et pour ce se parti le mercredi
-darrenier jour de juillet ensuivant, après disner, et s'en ala par yaue
-à Paris toute jour et la nuit ensuivant et arriva à Paris le jeudi bien
-matin, premier jour d'aoust. Et celuy jour fist assambler à heure de
-relevée, en la chambre des comptes, pluseurs de son conseil, le prévost
-des marchans de Paris et aucuns autres bourgois de ladite ville. Et là
-ledit régent fist narracion dudit traictié que il ne vouloit avoir passé
-sans avoir eu leur advis et délibéracion. Si fu ordené que il y auroit
-plus des gens de Paris. Et pour ce fu dit que l'en retourneroit le
-vendredi matin, secont jour dudit moys d'aoust; et ainsi fu fait, et fu
-l'assemblée en la chambre de parlement. Et là ledit régent répéta ledit
-traictié, et fu dit que l'en retourneroit l'endemain, samedi tiers jour
-dudit moys, pour dire chascun ce que il ly en sambleroit.
-
- [163] _Rosny_ et _Vétheuil_ sont dans les environs de Mantes,
- aujourd'hui département de Seine-et-Oise.
-
-Auquel samedi retournèrent en ladite chambre de parlement, et là fu
-conseillié audit régent que il féist accort audit roy de Navarre, en luy
-baillant ce que dessus est dit. Si retourna à Mante et à Meulent le
-seigneur de Vignay qui ces choses traictoit pour ledit régent avec
-aucuns autres, par devers Friquet de Fricamp, le seigneur de Luce, et
-monseigneur Regnault de Braquemont qui ces choses traictoient pour le
-roy de Navarre. Lesquels vindrent à Paris parler audit régent, et leur
-ala à l'encontre Jehan Culdoe, lors prévost des marchans, acompaignié de
-Jehan Maillart et de aucuns autres de Paris jusques à Saint-Denis, afin,
-si comme l'en disoit, que on ne féist villenie à Paris aux dessusdis
-chevaliers du roy de Navarre. Et les conduist ledit prévost et sa
-compaignie jusques au Louvre, par devers ledit régent, lequel régent
-fist moult grant chière auxdis Friquet, seigneur de Luce et de
-Braquemont, jasoit ce que eussent esté des plus principaux conseilliers
-dudit roy et encore estoient; et les fist mangier à sa table, et leur
-fist livrer chambre au Louvre. Et furent par pluseurs journées avec luy.
-Et après retourna ledit Braquemont par devers le roy qui estoit à Mante,
-si comme l'en disoit, et les deux autres demourèrent à Paris.
-
-Item, le samedi dix-septiesme jour du moys d'aoust, ledit régent parti
-de Paris, et ala à St-Denis au disner, et au giste à Pontoise, là où le
-roy de Navarre devoit aler pour parler à luy et pour parfaire le
-traictié.
-
-
-
-
-CXIII.
-
-Des hostages qui furent envoiés à Meulent avant que le roy de Navarre
-osast venir à Pontoise par devers ledit régent.
-
-
-Le lundi ensuivant, dix-neuviesme jour dudit moys d'aoust, après disner,
-ledit régent issi hors de Pontoise pour aler au devant du roy de
-Navarre, et mena ledit régent avec luy moult de gens d'armes, et
-chevaucha en alant vers Meulent environ une lieue.
-
-Et lors vit ledit roy qui estoit issu dudit Meulent, et venoit devers
-ledit régent; et avoit avec luy environ cent hommes d'armes; et si en y
-avoit bien autant des gens ledit régent que il avoit envoiés contre
-ledit roy. Et si en avoit aucuns que ledit régent avoit envoiés pour
-convoier certains hostages lesquels monseigneur ledit régent avoit
-envoiés à Meulent, pour ce que ledit roy n'osoit né vouloit aler à
-Pontoise, sé il n'avoit hostages. Et furent hostages le duc de Bourbon,
-monseigneur Loys de Harecourt, le sire de Morency[164], le sire de
-Saint-Venant, monseigneur Guillaume Martel, le Baudrin de la Heuse et
-aucuns autres chevaliers, le prévost des marchans et deux bourgois de
-Paris. Mais ledit roy ramena avec luy ledit prévost et bourgois de
-Paris, quant il ala par devers ledit régent, et les autres demourèrent à
-Meulent.
-
- [164] _Morency_. La maison de Montmorency est souvent ainsi désignée
- dans les anciens monumens.
-
-Et quant ledit roy vit ledit régent sus les champs, il renvoia sa gent à
-Meulent, et ne retint avec luy que quarante chevaux ou environ. Si
-s'approchièrent l'un de l'autre, et avoient chascun le chapperon
-avalé[165], hors de la teste. Et quant il furent près l'un de l'autre,
-si se entresaluèrent, et retournèrent ensemble à Pontoise à l'anuitier.
-Et furent les torches alumées à l'entrée de la ville. Et mena ledit
-régent avec luy descendre ledit roy au chastel auquel le régent estoit
-hébergié; et livra-l'en audit roy chambre dessous la chambre dudit
-régent, et ce soir souppèrent ensemble.
-
- [165] _Avalé_. Descendu.
-
-Et l'endemain, jour de mardi, fu le conseil des deux assemblé pour
-traictier de l'assiete des douze mille livrées de terre que ledit régent
-devoit baillier audit roy. Et réquéroit audit régent et son conseil
-ledit roy et son conseil que on luy baillast pour ladite terre, les
-viscontés de Faloise, de Baieux, d'Auge et de Vire. Et de ce ne furent
-pas à acort les gens du conseil dudit régent. Pour ce alèrent devers
-ledit régent, et luy distrent les requestes des gens dudit roy, et les
-offres qui leur avoient esté faites par les gens dudit régent. Et sembla
-audit régent que on le seurquéroit[166] de la partie dudit roy. Et pour
-ce envoia le conte d'Estampes par devers ledit roy et luy manda que sé
-il ne prenoit les offres qui luy avoient esté faites de par luy,
-lesquelles estoient bonnes et honnorables et raisonnables, que il
-n'auroit paix né acort avec luy, mais le feroit mettre seurement là où
-il l'avoit pris, et après féist chascun le mieux que il pourroit.
-Laquelle chose ledit roy ne voulut accorder; et cuida-l'en que le
-traictié fust tout rompu.
-
- [166] _Surquéroit_. Demandoit trop de choses exorbitantes.
- _Surenchérissoit_.
-
-
-
-
-CXIV.
-
-Du bel langage que le roy de Navarre dist au conseil de monseigneur le
-régent.
-
-
-L'endemain, jour de mercredi vint-et-uniesme jour du moys d'aoust, ledit
-roy manda un pou avant heure de disner le conseil dudit régent pour aler
-parler à luy en sa chambre, et leur dist que il vouloit estre bon ami du
-roy et dudit régent et du royaume de France; car il véoit bien, si comme
-il disoit, que le royaume de France estoit sur le point d'estre
-destruit; et luy, qui estoit si prochain de par père et de par mère, ne
-le povoit né vouloit souffrir. Et pour ce, ne vouloit avoir terre né
-argent, fors seulement la terre que il avoit par devant; ains le vouloit
-emploier à faire tout le bien que il pourroit pour le royaume. Et il
-pensoit que l'en luy déserviroit sé il faisoit bien. Et dist, en oultre,
-que il vouloit ces choses dire devant le peuple.
-
-Et ces choses ainsi dites au conseil dudit régent, ledit conseil s'en
-retourna devers le régent, et luy dit ces choses dont ledit régent moult
-s'esjoy, et aussi communément ceux qui l'oïrent, car par avant l'en
-tenoit que tout le traictié estoit rompu. Et disoient pluseurs que Dieu
-avoit inspiré ledit roy, sé il disoit en bonne entencion ce que il
-disoit. Et lors fu ordenné que on feroit venir des gens de ladite ville
-de Pontoise en la sale du chastel, et le roy diroit les choses dessus
-dites. Et ainsi fu fait celuy jour. Et leur dit le roy de Navarre ce qui
-dessus est dit; et, oultre, que il délivreroit toutes les forteresces
-qui avoient esté prises depuis que il avoit esté ennemi du roy de France
-et du régent, par ses gens ou par ses aliés. Et assez tost après s'en
-partirent les Anglois qui estoient à Poissy, de Chaumont-en-Vouquessin,
-à Jouy, à la Ville-au-Tertre[167], et à Latainville. Dont pluseurs
-disoient que le roy de Navarre feroit bien besongne, et que, par ladite
-paix, moult de bien vendroit au royaume. Et les autres disoient que le
-roy de Navarre faisoit tout ce que il faisoit par cautèle et par malice,
-pour décevoir ledit régent et le peuple, et que il ne feroit jà bien de
-sa vie.
-
- [167] _La Ville-au-Tertre_. Aujourd'hui _la Villetertre_, près de
- Chaumont en Vexin.--Latainville, et non pas _La Chanville_, comme
- dit Villaret. C'est un village encore plus rapproché de Chaumont que
- _la Villetertre_.
-
-
-
-
-CXV.
-
-Coment monseigneur le régent parla bien en parlement pour le roy de
-Navarre, et de la response que fist maistre Jehan des Mares contre
-pluseurs traitres.
-
-
-Le samedi, vint-quatriesme jour du moys d'aoust, ledit régent s'en
-retourna de Pontoise à Paris, et ledit roy s'en ala à Meulent. Et
-deurent estre à Paris ensemble, le dimenche premier jour de septembre
-ensuivant, pour ordener du fait de la guerre; pour ce que l'en disoit
-que le navire du roy anglois estoit tout prest, et que celuy roy devoit
-passer brievement à grant ost pour venir en France. Et jasoit ce que
-ledit régent eust jà partout envoié lettres au royaume, contenant le
-traictié de la paix de luy et du roy de Navarre, par lesquelles il se
-pénoit, tant comme il povoit, de recommander ledit roy et de le mettre
-en la grace du peuple, toutesvoies ne le vouloit-il ou n'osa faire venir
-à Paris, jusques à ce que il eust parlé au peuple sur ce. Et pour ce
-fist une grande assemblée en la chambre de parlement, et là récita au
-peuple le traictié dudit roy, et leur dist de sa bouche qu'il ne vouloit
-point faire venir ledit roy de Navarre à Paris sé ce n'estoit de leur
-bon gré, et que il ne vouldroit point que l'en féist né déist audit roy
-né à ses gens aucunes choses qui leur déust déplaire.
-
-Et lors, un advocat de parlement appellé maistre Jehan des Mares, pour
-et au nom du prévost des marchans et de ladite ville, respondi en
-substance que le peuple de Paris estoit joieux et lie de la bonne paix
-dessusdite, et leur plaisoit bien que il féist venir à Paris ledit roy
-toutesfois que il luy plairoit: mais les bonnes gens de Paris
-supplioient audit régent que il ne voulsist souffrir que aucuns
-traistres venissent à Paris que ledit maistre Jehan nomma lors. Et dist
-au régent que sé il venoient à Paris, que il tenoit fermement que le
-peuple ne les y pourroit souffrir. Et estoient ceux dont les noms
-s'ensuivent: maistre Robert le Coq évesque de Laon, maistre Michiel
-Casse chancelier de l'églyse de Noyon, Jehan de Sainte-Aude, Pierre de
-la Courtneuve, Vincent du Valrichier, Pierre des Barres, Gieffroi le
-Flament du porche St-Jaques et aucuns autres.
-
-Lequel régent respondi que ce n'estoit point son entencion né sa volenté
-que lesdis traistres venissent à Paris; et jasoit ce que ledit roy luy
-eust fait requeste pour les dessus nommés, afin que il leur pardonnast
-tout, toutesvoies ne luy avoit-il voulu accorder né pensoit à faire.
-
-
-
-
-CXVI.
-
-De l'outrageus subside que les gens du roy de Navarre prenoient sur
-toutes marchandises qui avaloient le pont de Meleun.
-
-
-Le dimenche, premier jour de septembre l'an mil trois cens
-cinquante-neuf dessusdit, ledit régent ala à Saint-Denis à l'encontre du
-roy de Navarre qui y devoit estre et qui y fu; et, le soir de celuy
-jour, vindrent à Paris au giste, et le mena ledit régent au Louvre avec
-luy descendre, et furent ensemble toute celle semaine, et le festoia et
-honnora ledit régent moult grandement; et fist ledit régent pluseurs
-graces et dons à pluseurs des gens dudit roy qui avoient esté traitres
-du roy de France et du régent, son fils. Et avoient les gens dudit roy
-de Navarre grant asséis[168] et grant voix par devers ledit régent, dont
-pluseurs bonnes personnes qui bien et loyaument avoient servi ledit
-régent en avoient grant desplaisir. Et la semaine ensuivant se parti
-ledit roy de Paris, et s'en ala à Meleun pour mettre hors, si comme l'en
-disoit, pluseurs Navarrois qui encore y estoient, dont il ne fist rien.
-Et levoit-l'en de toutes marchandises qui passoient l'arche du pont de
-Meleun trop grant subside; c'est assavoir: de chascun tonnel de vin, six
-escus d'or; de chascun muy de grain, deux escus; de vint-cinq molles de
-busches, un escu; d'une couple de foing, huit escus; d'un millier de
-costerès, un escu; et des autres choses à la value; et disoit-l'en que
-c'estoit pour paier les Navarrois qui avoient demouré au chastel et en
-la ville de Meleun, qui s'estoit tenue de la partie du roy de Navarre:
-dont moult de gens estoient merveilliez, car il convenoit[169] que ceux
-qui avoient esté ennemis des François et qui les avoient pilliés, robés
-et tués fussent paiés de leur gages, du temps qu'il avoient esté ennemis
-du chastel et de la chevance des François. Et quant le roy de Navarre ot
-esté à Meleun avec ses seurs, la royne Blanche et Jehanne, par quatre
-fois ou par cinq, il s'en parti et y laissa encore les Navarrois. Et si
-ne délivra pas Creil qui estoit tenu des Anglois, et toutesvoies
-avoit-il promis à la délivrer, mais que l'en luy baillast six mille
-royaux, desquels la ville de Paris fist finance. Mais il ne furent pas
-bailliés audit roy pour ce que on ne véoit pas que la délivrance de
-Creil fust bien preste; car un Anglois en estoit capitain, lequel on
-appelloit monseigneur Jehan de Foudrigay, lequel ne le vouloit pas
-rendre sans plus grant finance que de six mille royaux.
-
- [168] _Grant asséis_. Grande influence, haute position.
-
- [169] _Il convenoit_. Il étoit décidé, consenti, accordé.
-
-
-
-
-CXVII.
-
-Coment monseigneur le régent ala à Rouen; et d'une incidence.
-
-
-Le huitiesme jour du mois de septembre, parti de Paris ledit régent pour
-aler à Rouen; et ala à Saint-Denis où il demoura deux jours; et après à
-Pontoise et à Vernon, et entra en la ville de Rouen, le dix-huitiesme
-jour dudit mois.
-
-_Incidence_. En cest an, furent les moys de juillet, d'aoust et le
-commencement de septembre tant pluvieus que la plus grant partie des
-grains furent tous germés ès champs, pource que on ne les povoit mener à
-ville. Et disoit l'en que, tant pour celle cause comme pour les
-pilleries que ceux des garnisons françoises faisoient, il seroit moult
-grant chierté de blé. Et dès lors enchieri forment; car le sextier de
-fourment valoit à Paris, à la Saint-Rémy, quatre livres parisis et plus,
-et une queue de vin vermeil de Bourgoigne valoit plus de cinquante
-livres parisis; mais la monnoie estoit foible, car un escu valoit bien
-quarante-huit sous parisis, et assez tost après valut cinquante-deux
-sous parisis.
-
-
-
-
-CXVIII.
-
-De la revenue du régent à Paris et des nopces Jehan, conte de Harecourt;
-et coment le captau de Buef prist la ville de Clermont.
-
-
-Le lundi septiesme jour d'octobre ensuivant, retourna ledit régent de
-Rouen à Paris; et entra le lundi devant soleil levant à Paris,
-accompagnié de seize hommes de cheval ou environ; et avoit chevauchié
-toute la nuit, car le dimenche précédent il avoit souppé à Vernon bien
-tart et de là s'en vint toute nuit à Paris.
-
-Item, le lundi quatorziesme jour d'octobre, Jehan, conte de Harrecourt,
-fils du conte de Harrecourt qui avoit eu la teste coppée à Rouen, si
-comme dessus est devisé, espousa Catherine, seur du duc de Bourbon et
-fille du duc qui avoit esté mort en la bataille de Poitiers, là où le
-roy Jehan avoit esté pris, et seur aussi de la duchesse de Normendie, de
-la royne d'Espaigne et de la contesse de Savoie. Et furent les nopces au
-Louvre près de Paris; et y furent présens ledit régent et le roy de
-Navarre.
-
-Item, le mardi douziesme jour de novembre ensuivant, fu la tour du pont
-Sainte-Maxence prise par certains Anglois que le capitain de la tour
-tenoit prisonniers dedens ladite tour.
-
-Item, le lundi ensuivant dix-huitiesme jour dudit moys de novembre, l'an
-mil trois cent cinquante-neuf dessus dit, devant le point du jour, fu
-eschiellé le chastel de Clermont en Beauvoisin et la ville prise par un
-gascoin de la partie du roy anglois, appelé le cateau de Buef[170],
-lequel estoit venu de Mante par devers le roy de Navarre, son cousin et
-ami très espécial, sous sauf-conduit dudit régent, lequel sauf-conduit
-avoit esté donné audit cateau par ledit régent, à la requeste et prière
-dudit roy de Navarre. Et le sauf-conduit durant, il prist lesdis chastel
-et ville de Clermont.
-
- [170] _Le cateau de Buef_. Captal de Buch. Jean de Grailly, captal de
- _Busch_ ou de _Buch_, petit pays du Bordelois. Le château de _Cap_
- ou tête de _Busch_ donnoit à celui qui le possédoit le titre de
- _captal_. On a écrit ce nom de _Busch_ de bien des façons, mais les
- meilleures leçons des _Chroniques de Saint-Denis_ le donnent, ici,
- comme nous l'avons préféré; et deux vers de la chanson de geste de
- _Bertrand Du Guesclin_ justifient cette orthographe:
-
- Car je croi, sé Dieu plaist et je puis esploitier,
- Que du catal de Buef mengerai un quartier,
- Né je ne pense à nuit autre char mengier.
-
- Du père de Jean de Grailly descendent en ligne directe féminine les
- rois de France de la maison de Bourbon.
-
-
-
-
-CXIX.
-
-Coment le roy d'Angleterre et ses fils, à tout leur effort, vindrent
-devant Rains; et de la mort Martin Pisdoe, bourgois de Paris.
-
-
-En celuy mois de novembre, le roy d'Angleterre, le prince de Galles son
-ainsné fils et autres de ses fils, le duc de Lenclastre et toute la
-puissance d'Angleterre, passèrent la mer et arrivèrent à Calais; et
-chevauchièrent par l'Artois et par le Vermandois droit vers Rains, et
-misrent le siège devant ladite ville de Rains, d'une part et d'autre de
-la rivière de Veele. Et fu le roy d'Angleterre logié à Saint-Baale, à
-quatre lieues de Rains[171] ou environ. Le prince de Galles, son ainsné
-fils, estoit logié à Ville-Dommange, à deux lieues de Rains; le conte de
-Richemont et celuy de Norentonne[172] à St-Thierri, à deux lieues de
-Rains; le duc de Lenclastre à Brimont, assez près de Rains; le mareschal
-d'Angleterre et monseigneur Jehan de Biauchamps estoient à
-Brétigny[173], à une lieue de Rains. Et chevauchoient les gens dessus
-nommés chascun jour tout environ Rains, par telle manière que à peine
-povoit aucun de pié ou de cheval entrer dedens la ville né issir.
-
- [171] _A quatre lieues de Rains_. L'abbaye de Saint-Basle est à trois
- lieues de Reims au-dessus du bourg de Verzy. Ses ruines sont encore
- respectables à l'entrée de la forêt de Reims.
-
- [172] _Norentonne_ pour _Northampton_.
-
- [173] _Brétigny_. Ou plutôt _Betheny_.
-
-Item, le samedi darrenier jour de novembre, jour de la saint Andrieu,
-ledit régent publia, en la chambre de parlement, certaines ordenances
-que il avoit faites celle sepmaine en son conseil, sur la rescription
-des officiers royaux, lesquels il jura, en sa personne, la main mise sur
-le livre; et aussi les fist jurer à ses officiers qui présens estoient.
-
-Item, le lundi, pénultième jour du moys de décembre ensuivant, un
-bourgois de Paris appelé Martin Pisdoe fu décapité ès halles de Paris,
-sur un eschaffaut. Et après ot coppés les deux bras et les deux cuisses;
-et fu la teste mise sur le pillori des halles; et chascun desdis membres
-fu pendu hors des quatre portes principales de Paris, chascun membre à
-une potence de fust, qui pour celle cause fu faite. Et fu ledit bourgois
-ensi exécuté pource que il avoit traictié avec aucuns familiers et
-officiers du roy de Navarre, de traïr le roy de France, la ville de
-Paris et ledit régent. Et devoient entrer à Paris gens d'armes par
-diverses portes, et eux herbergier en divers lieux. Et aucuns d'eux
-devoient aler au Louvre, où devoit estre ledit régent, plus fors que
-ledit régent. Et là devoient tuer tous ceux que il voulsissent, et après
-courir toute la ville et prendre les places par la ville, afin que les
-gens de ladite ville ne se peussent assembler. Et fu ceste chose sceue
-et révélée par un autre bourgois appelé Denisot le Paumier, à qui ledit
-Martin avoit la chose descouverte, afin que il fust de l'aliance dessus
-dite.
-
-
-
-
-CXX.
-
-Coment le roy d'Angleterre se parti de devant Rains sans rien faire, et
-de la prise de pluseurs chevaliers françois estant en une bastide devant
-Tournelles.
-
-ANNÉE 1360
-
-
-Le dimanche onziesme jour de janvier, environ mienuit, le roy
-d'Angleterre et tout son ost après ce qu'il ot demouré devant Rains par
-quarante jours, se desloga et s'en parti sans ce que il eust donné
-assaut né donnast à ladite ville; et s'en ala droit vers Chaalons. Et
-passa par devant sans arrester et sans y donner assaut. Et passèrent la
-rivière de Marne au-dessus de ladite ville, et chevauchièrent par la
-Champaigne et passèrent la rivière d'Aube et celle de Seine, à Mery et à
-Pons[174]. Et passa l'ost du duc de Lenclastre par devant Sens sans y
-donner assaut. Et le roy d'Angleterre et ses enfans s'en alèrent par
-devers Cerisiers et par devers Brinon l'Archevesque; et alèrent par
-devant Aucerre vers Rougemont. Et demoura le roy une pièce en une ville
-que on appelle Guillon. Et là alèrent à luy ceux du duchié de Bourgoigne
-et firent pactis avec luy et luy donnèrent deux cent mille flourins afin
-que il ne féist dommage audit duchié. Et si luy accordèrent que il eust
-des vivres dudit duchié pour son argent[175]. Et ce fait, ledit roy se
-parti et s'en ala vers Nevers[176] et passa la rivière de Yonne à
-Collanges-sur-Yonne. Et envoyèrent ceux de la contée de Nevers par
-devers luy, et raençonnèrent toute la contée et la baronnie de
-Donzi-au-Pré. Et lors se mist à chemin à s'en venir par le Gastinois
-droit vers Paris, et vint le prince de Galles par devers Moret en
-Gastinois, droit à une forteresce qui lors estoit angloise, appelée les
-Tournelles[177], devant laquelle forteresce pluseurs de ceux de France
-avoient fait une bastide et se y estoient mis à siège. Et jasoit ce que
-il sceussent bien la venue dudit prince, il ne s'en partirent pas. Si se
-mist ledit prince devant ladite bastide et la fist assaillir; et
-finablement dedens trois ou quatre jours après, lesdis François qui
-estoient dedens ladite bastide, pource que il n'avoient que boire né que
-mangier, se rendirent audit prince. Et là furent pris messire Haguenier
-seigneur de Bouville, le seigneur d'Aigreville, messire Jehan des Bares,
-messire Guillaume du Plessie et messire Jehan Braque, tous chevaliers,
-et pluseurs autres, jusques au nombre de quarante combattans ou environ.
-
- [174] _Mery_ et _Pons_ sont bâties toutes deux sur la Seine, mais Pons
- est tout près du confluent de l'_Aube_.--_Cerisiers_ est à quatre
- lieues au-dessus de Sens, à la droite de l'Yonne, et _Brinon_ est
- entre _Cerisiers_ et _Auxerre_.--L'_Abbaye de Rougemont_ est près de
- Montbar. Le village de _Guillon_ est plus rapproché d'_Avallon_.
-
- [175] Ce traité, si peu honorable pour les conseillers du jeune duc de
- Bourgogne, est transcrit dans le nouveau Rymer, tome III, p. 473,
- sous la date du 10 mars 1360.
-
- [176] _Vers Nevers_. C'est-à-dire qu'il fit mine de vouloir passer
- dans le Nevernois.--_Coullange-sur-Yonne_ est au-dessous de Clamecy;
- _Donzy_ est au-dessus.
-
- [177] _Les Tournelles_. Ce doit être _Dormelles_, près de Moret.
-
-Item, le lundi devant Pasques flouries, l'an mil trois cent
-cinquante-neuf, vingt-troisiesme jour de mars, fu la monnoie publiée à
-Paris, à deux deniers pour le denier blanc, qui par avant valoit deux
-sous parisis; et le royal d'or, que l'en mettoit par avant pour quatorze
-sous parisis, à trente-deux sous parisis. Et valoit lors le sextier de
-bon fourment quarante-huit livres parisis ou environ de ladite foible
-monnoie.
-
-Item, le mardi avant Pasques les grans, darrenier jour de mars, le roy
-d'Angleterre se loga en l'ostel de Chantelou[178], entre Mont-Lehery et
-Chatres, et tous ses enfans et tout son ost ès villes d'environ, jusques
-près de Corbueil et jusques à Longjumel. Et fu prise journée de
-traictier de paix, par le moyen frère Symon de Langres, maistre de
-l'ordre des Jacobins, légat de par le pape en France pour celle cause,
-qui jà par pluseurs fois avoit esté par devers ledit roy d'Angleterre et
-aussi par devers ledit régent. Et assemblèrent lesdis traicteurs le
-vendredi bénoît, troisiesme jour du moys d'avril ensuivant, en la
-Maladerie de Longjumel; et là furent pour ledit régent le seigneur de
-Fiennes, lors connestable de France; messire Jehan le Maingre, dit
-Bouciquaut, lors mareschal de France; le seigneur de Garancières; le
-seigneur de Vignay, du pays de Vienne[179]; messire Symon de Bucy et
-messire Guichart d'Angle, chevaliers, et aucuns clercs conseillers et
-secrétaires. Et pour ledit roy d'Angleterre furent le duc de Lanclastre,
-le conte de Norentonne, le conte de Warvhic; messire Jehan de Chandos,
-tous anglois, messire Gautier de Mauny Hanuyer. Et tantost se
-départirent sans faire aucun traictié.
-
- [178] _Chantelou_. On retrouve ce petit castel sur la carte de
- Cassini.
-
- [179] _Du pays de Vienne_. Il est nommé _Aymar de la Tour_ dans le
- traité de Bréquigny.
-
-
-
-
-CXXI.
-
-Coment le roy d'Angleterre vint près de Paris, luy et son ost, et
-fu-l'en assemblé pour traictier, mais l'en ne pout lors accorder.
-
-
-L'an de grace mil trois cent soixante, le mardi après Pasques les grans,
-qui fu le septiesme jour d'avril, ledit roy d'Angleterre et tout son ost
-deslogièrent et s'approchièrent de Paris et se logièrent icelluy jour,
-c'est assavoir ledit roy à Chastellon près Mont-Rouge, et les autres à
-Jcy, à Vanves, à Vaugirart, à Gentilly, à Quaichant et ès autres villes
-environ. Et celuy jour s'en monstrèrent pluseurs en bataille devant
-Paris, mais pour ce ne issi aucun de ladite ville.
-
-Item, le vendredi ensuivant, dixiesme jour dudit mois d'avril,
-retournèrent aucuns des dessus nommés pour ledit régent, pour traictier
-par l'amonestement de l'abbé de Clugny qui tantost estoit venu de par le
-pape, pour traictier entre les parties. Et assemblèrent les traicteurs
-en une maladerie appelée la Banlieue[180], qui est outre la tombe Ysore.
-Et y furent pour ledit Anglois les autres dessus nommés. Et tantost se
-partirent aussi sans aucun traictié faire, si comme il avoient fait par
-avant.
-
- [180] _La Banlieue_. Peut-être _Bagneux_. _La Tombe Ysore_, située
- dans l'endroit même où l'on a pratiqué de notre temps l'entrée des
- catacombes, étoit autrefois un _tumulus_ où les traditions poétiques
- vouloient qu'eût été enseveli le géant _Isoré_, tué devant Paris par
- le fameux _Guillaume d'Orange_. C'est dans ce combat singulier que
- le héros de tant de _Chansons de geste_ avoit perdu la plus grande
- partie de son nez. Et voyez le sort des traditions poétiques! Plus
- tard, vers le quinzième siècle, on crut que le surnom de Guillaume
- _au Court-nez_ étoit dû au cor ou cornet dont il se servoit en guise
- de _cri de guerre_. Les barons qui se prétendoient sortis de son
- illustre sang prirent donc pour blason un _cor de chasse_, que leurs
- descendans de la maison d'_Orange_ gardent encore en mémoire de
- Guillaume d'Orange _au Cornet_.
-
-
-
-
-CXXII.
-
-Coment l'en rassembla à Brétigny pour traictier. Et sont après les noms
-de ceux qui furent commis tant d'une part comme d'autre.
-
-
-Le dimenche jour de Quasimodo, douziesme jour dudit mois d'avril l'an
-dessus dit, le roy d'Angleterre et tout son ost se deslogièrent des
-villages d'entour Paris au matin et en vindrent pluseurs batailles assez
-près de Saint-Marcel, en faisant semblant que il attendissent que l'en
-issist de Paris pour les combattre: mais rien n'en fu fait, jasoit ce
-que en Paris eust grant foison de gens d'armes nobles et autres avec
-ceux de ladite ville. Mais les portes et les murs furent bien garnis de
-gens d'armes et de ceux de ladite ville de la partie d'oultre Petit
-pont; et n'estoit pas la ville effréée. Et quant lesdis Anglois orent
-demouré sur les champs jusques environ heure de tierce, il s'en
-partirent et s'en alèrent après leur charios et leur autres batailles
-qui s'en aloient devant le chemin vers Chartres. Et boutèrent les feux,
-dès le samedi précédent, en grant foison des villes entour Paris de ce
-costé. Et alèrent jusques vers Bonneval et vers Chasteaudun[181]. Et
-firent assez sentir tant par l'abbé de Cligny, légat du pape en France
-pour traitier de paix, comme par autres, que il entendroient volentiers
-audit traictié de paix, sé ledit régent vouloit envoyer par devers eux.
-Et pour ce, par délibération du conseil, ledit régent envoya à Chartres
-pluseurs de son conseil, entre lesquels estoient messire Jehan de
-Dormans evesque de Beauvais et chancelier de Normendie[182], messire
-Jehan de Meleun conte de Tancarville, lequel estoit encore prisonnier de
-la bataille de Poitiers aux Anglois, là où le roy de France avoit esté
-pris; messire Jehan le Maingre, dit Boucicaut, mareschal de France, le
-seigneur de Montmorency, le seigneur de Vinay, messire Jehan de Groslée,
-messire Symon de Bucy premier président de parlement, maistre Estienne
-de Paris chanoine, maistre Pierre de la Charité chantre de l'églyse
-Nostre-Dame de Paris, messire Jehan d'Augerau doien de Chartres, maistre
-Guillaume de Dormans et maistre Jehan des Mares advocat en parlement,
-Jehan Maillart bourgois de Paris et aucuns autres. Et partirent de Paris
-le lundi après la saint Marc, vingt-septiesme jour du mois d'avril.
-
- [181] _Bonneval et Chasteaudun_. A douze lieues au-delà de Chartres.
-
- [182] _Normendie_. C'est-à-dire _du duc de Normendie_. Avant le XVIe
- siècle on n'entendoit rien autre chose, par les mots _trésorier de
- France_ ou _maréchal de France_, que les _trésoriers ou les
- maréchaux du roi de France_.
-
-A celuy jour furent à Chartres et trespassèrent oultre, en alant vers
-ledit roy d'Angleterre. Et envoièrent par devers luy et son conseil,
-pour savoir où il assembleroient pour traictier. Auxquels de la partie
-de France fu fait assavoir que il retournassent vers Chartres et que
-ledit roy anglois traiteroit vers là. Et ainsi le firent les François et
-s'en retournèrent vers Chartres. Et le roy d'Angleterre s'en ala logier
-à une lieue près ou environ en un lieu appelé Sours[183]. Et prisrent
-place pour assembler à un lieu qui a nom Brétigny, à une lieue de
-Chartres ou environ.
-
- [183] _Sours_. Aujourd'hui bourg considérable à deux lieues de
- Chartres. Brétigny, qu'on trouve encore sur la carte de Cassini, est
- un hameau qui paroît en dépendre. La plupart des manuscrits, même
- celui de Charles V, portent _Dours_. J'ai préféré le nº 9652.
-
-Item, le vendredi premier jour de mai, l'an dessus dit, assemblèrent
-audit lieu de Brétigny les dessus dis de la partie de France et les gens
-dudit roy anglois; entre lesquels furent le duc de Lencastre, le conte
-de Norentonne, le conte de Varvich, le conte de Surfort, monseigneur
-Regnault de Cobehan, messire Barthélemy de Broueys, messire Gautier de
-Mauny, tous chevaliers, et pluseurs autres jusques au nombre de
-vingt-deux personnes. Et toute la sepmaine continuèrent le traictié,
-tant que par le plaisir de Dieu et de la glorieuse vierge Marie, le
-vendredi ensuivant huitiesme jour du mois de mai, il féirent accort de
-paix par la manière qui s'en suit.
-
-
-
-
-CXXIII.
-
-Cy est la teneur d'une des lettres monseigneur le régent, de l'adveu des
-traicteurs de paix de la partie du roy de France et de luy.
-
-
-«Charles, ainsné fils du roy de France, régent le royaume, duc de
-Normendie, dauphin de Viennois, à tous ceux qui ces lettres verront
-salut. Nous vous faisons savoir que tous les débas et descors
-quelconques meus et demenés entre monseigneur le roy de France et nous,
-d'une part, et le roy d'Angleterre d'autre part, pour le bien de paix
-est accordé le huitiesme jour de mai, l'an mil trois cent soixante, à
-Brétigny, en la manière qui s'en suit:
-
-»Premièrement, que le roy d'Angleterre, avecque ce que il tient en
-Guienne et en Gascoigne, aura pour luy», (et cætera, si comme ès
-articles ci-dessous est contenu.) »Toutes lesquelles choses si dessoubs
-escriptes et chascune d'icelles faites et accordées et ordonnées en la
-présence de révérent père en Dieu, nostre très chier et feal chancelier
-Jehan, par la grace de Dieu, esleu de Beauvais; nos amés et féaux
-conseillers maistre Estienne de Paris chanoine, Pierre de la Charité
-chantre de l'églyse de Paris, Jehan d'Augerau doien de Chartres, messire
-Jehan le Maingre, dit Boucicaut, mareschal de France, Charles sire de
-Montmorency, Aymart de la Tour sire de Vinay, Jehan de Grolée, Regnault
-de Gouillons, Pierre d'Omont, Symon de Bucy, maistre Guillaume des
-Dormans, Jehan des Mares, Jehan Maillart bourgois de Paris, maistre Macé
-Guery, Nichole de Veres, nos clers, secretaires, commis et députés de
-par nous sur ce, avec les commis et députés de par le roy d'Angleterre,
-ci-dessous nommés, c'est assavoir: Messire Henry duc de Lenclastre,
-Guillaume conte de Norentonne, Thomas conte de Warvich, Rauf conte de
-Stafort, Williame conte de Saleberys, messire Gautier sire de Mauny,
-messire Regnault de Cobehan, messire Jehan de Beauchamp, messire Guy de
-Brienne[184], Franc de Hale, Jehan captau de Buef, Barthélemy de
-Brouéis[185], Guillaume de Granson, Jehan Chandos, Noel Loreng, Richard
-la Vache, Mile de Stapelancon[186], chevaliers, monseigneur Jehan de
-Winewic, chancelier dudit roy d'Angleterre; maistre Henry de
-Assliton[187], maistre Guillaume de Ludgeburc, maistre Jehan Branquete,
-Adam Hiltenet Willame de Tupinon[188]; l'an et le jour, au lieu dessus
-dit, à l'onneur de la benoite Trinité, Père, Fils et saint Esprit; de la
-benoite glorieuse vierge Marie, et pour la révérence de nostre saint
-père le pape Innocent VI, lequel, quant il estoit cardinal en sa
-personne, et puis sa promotion, par révérens pères en Dieu les cardinaux
-de Boulogne et de Pierregort, nos cousins, et d'Urgel, qui furent de par
-luy envoiés en France et en Angleterre, qui en faire ceste paix ont
-adjousté et mis très grant et bonne diligence; et de nos bien amés frère
-Andrieu de la Roche abbé de Clugny, et messire Hue de Genevre[189]
-seigneur d'Auton, messages derrenièrement envoiés par devers nous sur
-ce, de par nostre dit saint père, qui ont diligemment sur ce travaillié
-et traictié; et receus les sermens desdis procureurs et autres dessus
-nommés en tesmoignant chascune d'icelles ès noms que dessus, nous
-acceptons, accordons, agréons, approuvons et confermons de nostre
-certaine science, et le voulons avoir en vigueur et fermeté, si et par
-telle manière que sé nous les eussions traictiés, parlés, accordés,
-jurés et promis en nostre propre personne.»
-
- [184] _De Brienne_. Le nouveau Rymer écrit _Brian_. (T. III, p. 493.)
-
- [185] _Broueys_. Rymer: _Burgoshe_ et _Burgash_.
-
- [186] _Stapelancon_. Rymer: _Stapelton_.
-
- [187] _Assliton_. Rymer: _Ashton_.--_Ludgeburc_ pour _Lougteburg_.
-
- [188] _Tupinon_. Rymer: _Tyrringham_.--La fin de cet instrument, à
- compter de là jusqu'au chapitre suivant, n'a pas été connue des
- éditeurs de Rymer.
-
- [189] _Genevre_. La bulle d'Innocent VI, en date du 4 mars précédent,
- le nomme «de _Gebenna_, dominum de Hauton»; et non pas d'_Autun_,
- comme le P. Daniel. (T. V, p. 509.)
-
-
-
-
-CXXIV.
-
-Cy commence toute l'ordenance du traictié entre les deux roys de France
-et d'Angleterre.
-
-
-«Edouart[190], fils au noble roy de France et d'Angleterre, prince de
-Galles, duc de Cornouaille et conte de Cestre, à tous ceux qui ces
-présentes lettres verront salut. Nous vous faisons assavoir que de tous
-les débas et descors quelconques, meus et démenés entre nostre très
-chier et redoubté seigneur et père, roy de France et d'Angleterre, d'une
-part, et nos cousins le roy et son ainsné fils régent le royaume de
-France, et pour tous ce qu'affiert d'autre part, pour bien de paix est
-accordé, le huitiesme jour de may, l'an de grace mil trois cens
-soixante, à Brétigny delès Chartres, par la manière qui s'ensuit:
-
- [190] _Edouart fils, etc._ Pourquoi le traité n'est-il pas fait au nom
- du roi lui-même qui se trouvoit présent? Sans doute parce qu'il ne
- croyoit pas de sa dignité de traiter avec le fils du roi, ou
- peut-être pour ne pas donner une force trop insolente au titre de
- _roi de France et d'Angleterre_, qu'il osoit bien encore y prendre.
-
-»_Le premier article_. Premièrement, que le roy d'Angleterre, avec ce
-qu'il tient en Gascoigne et en Guyenne, aura pour luy et pour ses hoirs,
-perpétuellement à tous jours, toutes les choses qui s'ensuivent à tenir
-par la manière que le roy de France ou son fils ou aucuns de ses
-antécesseurs roys de France les tindrent, c'est assavoir ce que en
-souveraineté en souveraineté, ce que en demaine en demaine; et pour le
-temps et manière cy-dessoubs desclairiés, la cité, le chastel et la
-conté de Poitiers et toute la terre et le païs de Poitou, ensamble le
-fief de Touars et la terre de Belleville; la cité et chastel de Saintes
-et toute la terre et le pays de Saintonge, par deçà et par delà la
-Charente; la cité et le chastel d'Agen et la terre et le païs d'Agenois;
-le chastel et la cité et toute la conté de Pierregort et la terre et le
-païs de Piereguys; la cité et le chastel de Limoges et la terre et le
-païs de Limousin; la cité et le chastel de Caours et la terre et le païs
-de Caoursin; la cité, le chastel et la terre de Tarbe; la terre, le païs
-et la conté de Bigorre; la conté, la terre et le païs de Gaure; la cité
-et le païs d'Angoulesme; la contée et la terre et tout le païs
-d'Angolemois; la cité, le païs et le chastel de Rodès; la contrée et le
-païs de Rouergue. Et sé il y a aucuns seigneurs, comme le conte de Fois,
-le conte d'Armignac, le conte de Lille, le conte de Pierregort, le
-visconte de Limoges ou autres qui tiennent aucunes rentes dedens les
-mettes[191] desdis lieux, il feront hommage audit roy d'Angleterre et
-tous autres services, et devoir deus à cause de leur terres et lieux, en
-la manière qu'il ont fait au temps passé.
-
- [191] _Mettes_. Limites.
-
-»_Le secont article_. Item, aura le roy d'Angleterre tout ce que le roy
-de France ou aucuns des roys d'Angleterre anciennement tindrent en la
-ville de Monstruel-sur-la-Mer et les appartenances.
-
-»_Le tiers article_. Item, aura le roy d'Angleterre toute la conté de
-Pontieu entièrement, sauf et excepté que sé aucunes choses ont esté
-aliénées, par les roys d'Angleterre qui ont esté pour le temps, de
-ladite conté et appartenances et à autres personnes que roys de France,
-le roy de France ne sera pas tenu de les rendre au roy d'Angleterre. Et
-sé lesdites aliénations ont esté faites aux roys de France qui ont esté
-pour le temps, sans autre moyen[192], et le roy de France les tiengne à
-présent en sa main, il les laissera au roy d'Angleterre entérinement,
-excepté que sé les roys de France les ont eus par eschange pour autres
-terres, le roy d'Angleterre délivrera au roy de France ce que l'en en a
-eu par eschange, ou il luy laissera les choses ainsi aliénées. Mais sé
-les roys d'Angleterre qui ont esté pour le temps en avoient aliéné ou
-transporté aucunes choses en autres personnes que ès roys de France, et
-depuis soient venus ès mains au roy de France, ou aussi par
-partage[193], le roy de France ne sera pas tenu de les rendre. Aussi, sé
-les choses dessus dites doivent hommage, le roy de France les baillera à
-autres qui en feront hommage au roy d'Angleterre; et sé il ne doivent
-hommage, le roy de France baillera un tenant qui luy en fera le devoir,
-dedens un an prochain après ce qu'il sera parti de Calais.
-
- [192] _Sans autre moyen_. Sans intermédiaire.
-
- [193] _Partage_. Le msc. de Charles V porte: _Portage_.
-
-»_Le quatriesme article_. Item, le roy d'Angleterre aura la ville et le
-chastel de Calais, le chastel, la ville et seigneurie de Merq, les
-villes, chastiaux et seigneurie de Sangate, Couloigne, Hammes, Wales et
-Oye, avec les terres, bois, marois, rivières, rentes, seigneuries,
-avoisons[194] d'églyse, et toutes autres appartenances et lieux
-entregisans dedens les mettes et bonnes qui s'ensuivent; c'est assavoir
-de Calais jusques au fil de la rivière, par devant Gravelines, et aussi
-par le fil de meisme la rivière tout entour l'engle. Et aussi par la
-rivière qui va par delà Poil; et aussi par meisme la rivière qui chiet
-au grant lac de Guynes jusques au Fretin, et d'ilec par delà valée en
-tour la montaigne de [195], en encloant meisme la montaigne; et
-aussi jusques à la mer, avec Sangate et toutes ses appartenances.
-
- [194] _Avoisons_. Et non pas _maisons_, comme portent la plupart des
- manuscrits et les imprimés. C'étoit le droit au titre d'_avoué_
- d'une église, attaché à certains fiefs.
-
- [195] Le nom de la montagne n'a pas été rempli dans le manuscrit de
- Charles V. Le nouveau Rymer porte: _Calbully_.
-
-»_Le cinquiesme article_. Item, le roy d'Angleterre aura le chastel, la
-ville et tout enterinement la conté de Guynes, avec toutes les terres,
-villes, chastiaux, forteresces, lieux, hommages, seigneuries, bois,
-forès, droitures d'icelles, aussi enterinement comme le conte de Guynes
-derrenier mort la tint au temps de sa mort. Et obéiront les églyses et
-les bonnes gens estans dedens les limitacions de ladite conté de Guynes,
-de Calais et de Merq et des autres lieux dessusdis au roy d'Angleterre,
-ainsi comme il obéissoient au roy de France et au conte de Guynes qui fu
-pour le temps. Toutes lesquelles choses de Merq et de Calais, contenues
-en ce présent article et en l'article prochain précédent, le roy
-d'Angleterre tenra en demaine, excepté les héritages des églyses, qui
-demourront auxdites églyses enterinement, quelque part qu'il soient
-assis; et aussi excepté les héritages des autres gens du pays de Merq et
-de Calais, assis hors de la ville de Calais, jusques à la valeur de cent
-livres de terre par an de la monnoie courante au pays et au dessoubs.
-Lesquiex héritages leur demourront jusques à la valeur dessusdite et
-au-dessoubs. Mais les habitacions et héritages assis en ladite ville de
-Calais, avec leur appartenances demourront en demaine au roy
-d'Angleterre, pour en ordener à sa volenté; et aussi demourront aux
-habitans en la conté, ville et terre de Guynes tous leur demaines
-entièrement; et y revenront pleinement, sauf ce qui est dit des
-confrontations, mettes et bonnes, en l'article prochain précédent.
-
-»_Le sixiesme article_. Item, est accordé que le roy d'Angleterre et ses
-hoirs auront et tendront toutes les isles et pays dessus nommés
-ensemble, avecques les autres villes, lesquelles le roy d'Angleterre
-tient à présent.
-
-»_Le septiesme article_. Item, acordé que ledit roy de France et son
-ainsné fils le régent, pour eux et pour tous leur hoirs et successeurs,
-au plus tost que l'en pourra, sans fraude et sans mal engin, et au plus
-tart dedens la Saint-Michiel venant en un an, rendront, bailleront et
-délivreront audit roy d'Angleterre et à tous ses hoirs et successeurs,
-et transporteront en eux toutes les honneurs, hommages, obédiances,
-ligéances, vassaulx, fiés, services, recognoissances, droitures mer et
-mixtes[196], impère, et toutes manières de jurisdicions haultes et
-basses, ressors et sauvegardes, avoisons et patronages d'églyse, et
-toutes manières de seigneuries et souverainetés, et tout le droit qu'il
-avoient ou povoient avoir, appartenoient, appartiennent ou puent
-appartenir par quelconque cause ou tiltre ou couleur de droit, à eux,
-aux roys et à la couronne de France, pour cause de contés, cités,
-chastiaux, villes, terres, pays et isles et lieux avant nommés, et de
-toutes leur appartenances et appendances, quelque part que il soient, et
-chascune d'icelles sans y rien retenir à eux, à leurs hoirs né
-successeurs, aux roys né à la couronne de France. Et aussi manderont le
-roy et son ainsné fils, par leur lettres patentes à tous arcevesques,
-evesques et autres prélas de sainte églyse, et aussi aux contes,
-viscontes, barons, nobles, citoyens et autres quelconques de cités,
-terres, pays, isles et lieux avant nommés, qu'il obéissent au roy
-d'Angleterre et à ses hoirs, et à leur certain commandement, en la
-manière qu'il ont obéy aux roys et à la couronne de France; et par
-meismes les lettres leur quitteront et absouldront, au mieux qu'il se
-pourra faire, de tous hommages, fois, seremens, obligacions, subjecions
-et promesses fais par aucuns d'eux aux roys et à la couronne de France
-en quelconques manières.
-
- [196] _Mer et mixtes_. Pures et mélangées.
-
-»_Le huitiesme article_[197]. Item, accordé est que ledit roy
-d'Angleterre aura les contés, cités, chastiaux, terres et isles et lieux
-avant nommés avecques toutes leur appartenances et appendances quelque
-part que il soient, à tenir à luy et à ses hoirs, héréditablement et
-perpétuelment, en demaine ce que les roys de France y tenoient en
-demaine, et aussi en fiés, service, souveraineté ou ressort, ce que les
-roys de France y avoient par telle manière; sauf tant comme dit est par
-dessus, en l'article de Calais et Merq. Et sé des cités, chastiaux,
-contés, terres, pays, isles et lieux avant nommés, souverainetés, droit
-mer et mixte, impere, jurisdicions et prouffis quelconques que tenoient
-aucuns roys d'Angleterre illec, et en leur appartenances et appendances
-quelconques, aucunes aliénacions, donacions, obligacions, ou charges ont
-esté faites par aucuns des roys de France qui ont esté depuis quarante
-ans en çà, par quelque cause ou fortune que ce soit, toutes teles
-donations, aliénacions, obligacions et charges, sont et seront, dès
-ores, du tout rappellées, quassées et annullées, et toutes choses ainsi
-données, alliénées ou chargiées, seront réalment et de fait rendues et
-bailliées audit roy d'Angleterre et à ses députés, espécialement en
-meisme entiereté comme il furent au roy d'Angleterre depuis soixante-dix
-ans en çà, au plus tost que l'en pourra sans mal engin, et au plus tart
-dedens la saint Michiel prochaine venant en un an; à tenir au roy
-d'Angleterre, à tous ses hoirs et successeurs, perpétuellement par la
-manière que dessus est dit, excepté ce que dit est, par dessus, en
-l'article de Pontieu qui demourra en sa force; et sauf et excepté toutes
-les choses données et aliénées aux églyses, qui leur demourront
-paisiblement en tous les païs et lieux ci-dessus et dessoubs nommés; si
-que les personnes desdites églyses prient diligemment pour lesdis roys
-comme pour leur fondeurs, sans quoi leur conscience seront chargiées.
-
- [197] Les éditions précédentes et plusieurs manuscrits ont omis de
- publier ou transcrire les articles 8, 9, 10, 11 et 12.
-
-_Le neuviesme article_. »Item, est accordé que le roy d'Angleterre,
-toutes les contés, cités, chastiaux et païs dessus nommés qui
-anciennement n'ont esté des roys d'Angleterre aura et tendra en l'estat
-et ainsi comme le roy de France ou son fils les tiennent à présent.
-
-_Le dixiesme article_. »Item, accordé est que sé, dedens les mettes
-desdis païs qui furent anciennement des roys d'Angleterre, avoit aucunes
-choses qui autreffois n'eussent esté des roys d'Angleterre, dont le roy
-de France estoit en possession le jour de la bataille de Poitiers, qui
-fut le dix-neuviesme jour de septembre l'an mil trois cent
-cinquante-six, elles seront et demourront au roy d'Angleterre et à ses
-hoirs, par la manière que dessus est dit.
-
-_Le onziesme article_. »Item, accordé est par le roy de France et son
-ainsné fils le régent, pour eux et pour leur hoirs et pour tous les roys
-de France et leur successeurs et à tousjours, que au plus tost qu'il se
-pourra faire sans mal engin, et au plus tart dedens la saint Michiel
-venant en un an, rendront et bailleront au roy d'Angleterre tous les
-honneurs, régalités, obédiences, homaiges, ligeances, vassaux, fiés,
-services, recognoissances, seremens, droitures, mer et mixte, impere, et
-toutes autres manières de juridicions haultes et basses, ressors,
-sauvegardes, seigneuries et souverainetés qui appartenoient,
-appartiennent ou povent en aucune manière appartenir aux roys et à la
-couronne de France, ou à aucune autre personne à cause du roy et de la
-coronne de France, en quelque temps, ès cités, contées, chastiaux,
-terres, païs, isles et lieux dessus nommés, ou en aucun d'iceux et en
-leur appartenances quelconques, ou ès personnes, vassaux, subgiés
-quelconques d'iceux, soient princes, dus, contes, vicontes, arcevesques,
-evesques et autres prélas d'églyse, barons, nobles et autres
-quelconques, sans rien à eux, leur hoirs et successeurs, ou à la coronne
-de France ou autres que soit, retenir ou réserver en iceux; par quoy né
-leur hoirs ou autres roys de France, ou autre que ce soit, à cause du
-roy ou de la coronne de France, aucune chose y pourroit chalengier[198]
-ou demander au temps avenir sur le roy d'Angleterre ou successeurs, ou
-sur aucun des vassaux et subgiés avant dis, pour cause des païs et lieux
-avant nommés, ainsi que tous les avant nommés personnes et leur hoirs et
-successeurs perpétuelment seront hommes liges et subgiés du roy
-d'Angleterre et à tous ses hoirs et ses successeurs; et que ledit roy
-d'Angleterre et ses hoirs et successeurs, toutes les personnes, contées,
-terres, païs, isles, chastiaux et lieux avant nommés, et toutes leur
-appartenances et appendences tendront, auront et à eux demourront
-plainement, franchement et perpétuelment en leur franchises,
-souverainetés et seigneuries et obéissances, ligeances et subjections,
-comme les roys de France avoient et tenoient en aucun temps passé; et
-que le roy d'Angleterre, ses hoirs et successeurs auront et tendront
-perpétuelment tout le païs avant nommé, avec leur appartenances,
-appendances et les autres choses avant nommées en toutes franchises et
-libertés perpétuelles, comme seigneur souverain et liège et comme voisin
-au roy et au royaume de France; sans y recognoistre souverain ou faire
-aucune obédiance, hommage, ressort, subjecion; et sans faire en aucun
-temps avenir aucuns services ou recognoissances aux roys né à la
-couronne de France des cités, contées, chastiaux, terres, païs, isles,
-lieux et personnes avant nommés ou pour aucunes d'icelles.
-
- [198] _Chalengier_. Réclamer.
-
-_Roubriche_. Cet article douziesme qui s'en suit et le précédent article
-furent ostés du traictié qui fut corrigié depuis à Calais, quant les
-deux roys y furent; et fu fait et accordé sur ces deux articles, ce qui
-est contenu en une lettre dont la copie est escripte en ce livre
-ci-après au feuillet ............ là où il est traictié des choses
-faites l'an mil trois cent soixante-huit, tantost après le quatriesme
-jour de juillet, après ce qui est escript des appellacions faites par le
-conte d'Armignac et pluseurs autres: et là sera trouvée transcrite
-ladite lettre qui se commence: Edouart, etc., signée en marge à tel
-signe +.
-
-_Le douziesme article_. »Item, est accordé que le roy de France et son
-ainsné fils renonceront expressément auxdis ressors et souverainetés et
-à tout le droit qu'il ont et povent avoir en toutes les choses qui par
-ce présent traictié doivent appartenir au roy d'Angleterre; et
-semblablement le roy d'Angleterre et son fils renonceront expressément à
-toutes les choses qui, par ce présent traictié, ne doivent être
-bailliées né demourer audit roy d'Angleterre, et à toutes les demandes
-qu'il faisoient au roy de France, et par espécial au nom et au droit de
-la couronne de France, à l'ommage, souveraineté et demaine du duchié de
-Normendie et du duchié de Touraine, des contées d'Anjou, du Maine, et à
-la souveraineté et hommage du duchié de Bretaigne, et à la souveraineté
-et hommage de la conté et païs de Flandres, et à toutes autres demandes
-que le roy d'Angleterre faisoit ou faire pourroit au roy de France pour
-quelconque cause que ce soit; oultre ce et excepté qui par ce présent
-traictié doit demourer et estre baillié audit roy d'Angleterre et à ses
-hoirs; et transporteront, cesseront et délaisseront, l'un roy à l'autre
-perpétuellement, tout le droit que chascun d'eux avoit en toutes les
-choses qui, par ce présent traictié, doivent demourer ou estre baillées
-à chacun d'eux, et du temps et lieu où et quant lesdites renonciacions
-se feront, parleront et ordeneront les deux roys à Calais ensemble.
-
-_Le treiziesme article_. »Item, est accordé, afin que ce présent
-traictié puisse estre plus briefvement accompli, que le roy d'Angleterre
-fera amener le roy de France à Calais dedens trois sepmaines après la
-Nativité saint Jehan-Baptiste prochaine venant, cessant tout juste
-empeschement, aux despens du roy d'Angleterre, hors les frais de l'ostel
-du roy de France.
-
-_Le quatorziesme article_. »Item, est accordé que le roy de France
-paiera au roy d'Angleterre trois millions d'escus d'or, dont les deux
-valent un noble de la monnoie d'Angleterre: et en seront paiés audit roy
-d'Angleterre ou à ses députés six cent mil escus à Calais, dedens quatre
-moys, à compter depuis que le roy de France sera venu à Calais; et
-dedens l'an dès-lors prochain ensuivant, en seront paiés quatre cent mil
-escus, tels comme dessus est dit, en la cité de Londres en Angleterre;
-et dès lors, chascun an prochain ensuivant, quatre cent mille escus tels
-comme devant, en ladite cité, jusques à tant que lesdis trois millions
-seront paiés.
-
-_Le quinziesme article_. »Item, est accordé que par paiant lesdis six
-cent mille escus à Calais, et par baillant les ostages ci-dessous nommés
-et délivrés au roy d'Angleterre dedens les quatre moys, à compter depuis
-que le roy de France sera venu à Calais comme dit est, la ville et les
-forteresces de la Rochelle et les chastiaux, forteresces et villes de la
-conté de Guynes, avecques toutes les appartenances et dépendances, la
-personne dudit roy de France sera toute délivre de prison, et pourra
-partir franchement de Calais et venir en son païs sans aucun
-empeschement. Mais il ne se pourra armer né ses gens contre le roy
-d'Angleterre, jusques à tant qu'il ait accompli ce qu'il est tenu de
-faire par ce présent traictié. Et sont ostages, tant prisonniers pris à
-la bataille de Poitiers comme autres qui demourront pour le roy de
-France, ceux qui s'ensuivent, c'est assavoir: Monseigneur Loys, conte
-d'Anjou; monseigneur Jehan, conte de Poitiers, fils du roy de France; le
-duc d'Orléans, frère dudit roy. Et de quarante compris audit nombre,
-seize des prisonniers qui furent pris à Poitiers, en la compaignie du
-roy de France, et le duc de Bourbon, le conte de Blois ou son frère le
-conte d'Alençon, ou monseigneur Pierre d'Alençon son frère, le conte de
-Saint-Pol, le conte de Harecourt, le conte de Porcien, le conte de
-Valentinois, le conte de Braine, le conte de Vaudemont, le conte de
-Forès, le viconte de Biaumont, le sire de Coucy, le conte de
-Fiennes[199], le sire de Préaux, le sire de Saint-Venant, le sire de
-Garenchières, le dauphin d'Auvergne, le sire de Hangest, le sire de
-Montmorency, monseigneur Guillaume de Craon, messire Loys de Harecourt,
-monseigneur Jehan de Ligny.
-
- [199] _Le conte de Fiennes_. Variantes: _Le sire de Fieules_. (Msc.
- 8395.)--Rymer: _Fienles_.
-
-»Et les noms des prisonniers sont tels: Monseigneur Phelippe de France,
-le conte d'Eu, le conte de Longueville, le conte de Pontieu, le conte de
-Tancarville, le conte de Joigny, le conte de Sancerre, le conte de
-Dampmartin, le conte de Vantadour, le conte de Salebruche, le conte
-d'Aucerre, le conte de Vandosme, le sire de Craon, le sire de Derval, le
-mareschal d'Odeneham, le sire d'Aubigny.
-
-_Le seiziesme article_. »Item, est ordené que les dessus dis seize
-prisons qui venront demourer en ostage pour le roy de France, comme dit
-est, seront parmi ce délivrés de leur prison sans paier aucune raençon,
-pour le temps passé, s'il n'ont esté à accort de certaine raençon par
-convenances faites par avant le tiers jour de may darrenier passé. Et sé
-aucun d'eux est hors d'Angleterre et ne se rend à Calais en ostage
-dedens le premier moys après lesdites quatre sepmaines de la saint
-Jehan, cessant juste empeschement, il ne sera pas quitte de sa prison,
-mais sera contraint par le roy de France à retourner en Angleterre comme
-prisonnier ou paier la paine par luy promise, et encorue, par deffaut de
-son retour.
-
-_Le dix-septiesme article_. »Item, est accordé que, en lieu desdis
-ostages qui ne vendront à Calais ou qui mourront ou se despartiront sans
-congié hors du povoir du roy d'Angleterre, le roy de France sera tenu
-d'en baillier d'autres de semblable estat au plus près que il pourra
-estre fait dedens quatre moys prochains, après ce que le baillif
-d'Amiens ou le prévost de Saint-Omer en sera sur ce, par lettres du roy
-d'Angleterre certifiés; et pourra le roy de France, à son partir de
-Calais, amener en sa compaignie dix des ostages tels comme les deux roys
-accorderont; et suffira que des quarante dessusdis en demeure jusques au
-nombre de trente en ostage.
-
-_Le dix-huitiesme article_. »Item, est accordé que le roy de France,
-trois mois après ce qu'il sera parti de Calais, rendra à Calais quatre
-personnes de Paris et deux personnes de chascune des villes dont les
-noms suivent; c'est assavoir: St-Omer, Arras, Amiens, Beauvais, Lisle,
-Douay, Tournay, Rains, Chaalons, Troies, Chartres, Thoulouse, Lyons,
-Compiègne, Rouen, Caen, Tours, Bourges, les plus suffisans desdites
-villes pour l'accomplissement du présent traictié.
-
-_Le dix-neuviesme article_. »Item, accordé est que le roy de France sera
-amené d'Angleterre à Calais et demourra à Calais par quatre moys après
-sa venue; mais il ne paiera rien pour le premier moys pour cause de sa
-garde. Et pour chascun des autres moys ensuivant que il demourra à
-Calais, par deffaulte de luy ou de ses gens, il paiera pour ses gardes
-dix mille royaux, tels comme ils cuerent à présent en France avant son
-partir de Calais, et ainsi au feur du temps qu'il y demourra.
-
-_Le vintiesme article_[200]. »Item, est accordé que au plus tost que
-faire se pourra dedens l'an prochain, après ce que le roy de France sera
-parti de Calais, monseigneur Jehan, conte de Montfort, aura la conté de
-Montfort, avec toutes ses appartenances, en faisant l'omaige lige au roy
-de France et devoir et service en tous cas tels comme bons et loyaux
-vassaux lige doit faire à son seigneur à cause de ladite contée: ainsi
-luy seront rendus ses autres héritages qui ne sont mie de la duchié de
-Bretaigne, en faisant homaige ou autres devoirs que appartiendra. Et
-s'il veult aucune chose demander en aucuns des héritages qui sont de
-ladicte duchié hors du pays de Bretaigne, bonne et briève raison luy
-sera faite par la court de France.
-
- [200] Les deux articles suivans n'ont pas été imprimés dans les
- éditions précédentes.
-
-_Le vint-et-uniesme article_. »Item, sur la question du demaine de la
-duchié de Bretaigne qui est entre ledit Jehan de Montfort d'une part et
-monseigneur Charles de Blois d'autre part, accordé est que les deux
-roys, appelés par devant eulx ou leur députés les parties principaus de
-Blois et de Montfort, par eulx et par leur députés, spécialement
-s'enformeront du droit des parties et s'efforceront de mettre les
-parties à accort sur tout ce qui est en débat entre eux, au plus tost
-qu'il pourront. Et au cas que lesdis roys par eulx et par leur députés
-ne les pourront accorder dedens un an prochain après ce que le roy de
-France sera arrivé à Calais, les amis d'une partie et d'autre
-s'enformeront diligemment du droit des parties et par la manière que
-dessus est. Et s'efforceront de mettre les parties à accort au mieulx
-que faire se pourra au plus tost qu'il pourront. Et s'il ne les pevent
-mettre à accort dedens demy an, aoust prochaine ensuivant, il
-rapporteront auxdis deux roys ou à leur députés tout ce qu'il en auront
-trouvé sur le droit desdites parties et sur quoy le débat demourra entre
-lesdites parties. Et les deux roys par eulx et par leur députés,
-espécialement au plus tost qu'il pourront, mettront lesdites parties à
-accort, ou diront leur final avis sur le droit d'une partie et d'autre.
-Et ce sera exécuté par les deux roys. Et au cas qu'il ne le pourront
-faire dedens demy an de lors prochain ensuivant aoust, les deux parties
-principales de Blois et de Montfort feront ce que mieux leur semblera,
-et les amis d'une part et d'autre aideront quelque part qu'il leur
-plaira, sans empeschement desdis roys pour la cause dessus dite. Et sé
-ainsi n'estoit que l'une partie ne voulsist comparoir souffisamment par
-devers les deux roys ou leur dis députés au temps qui luy sera establi,
-et aussi au cas que lesdis roys ou leur députés auroient ordené ou
-déclaré que lesdites parties fussent à accort ou qu'il auroient dit leur
-avis pour le droit d'une partie; et aucuns desdites parties ne se
-vouldroient accorder à ce né obéir à ladite déclaration, adont lesdis
-roys seront encontre luy de tout leur povoir, et en ayde de l'autre qui
-se vouldroit accorder et obéir. Mais en nul cas les deux roys, par leur
-propres personnes né par autres, ne pourront faire né entreprendre
-guerre l'un à l'autre pour la cause dessus dite. Et tousjours demourra
-la souveraineté et l'hommaige de la duchié au roy de France.
-
-_Le vint-deuxiesme article_. »Item, que toutes les terres, pays, villes,
-chasteaux et autres lieux bailliés auxdis roys seront en tels libertés
-et franchises comme elles sont à présent, et seront confermés par lesdis
-roys ou par leur successeurs, et par chascun d'eux toutes les fois qu'il
-en seront sur ce deuement requis, et sé contraires n'estoient à ce
-présent accort.
-
-_Le vint-troisiesme_. »Item, que ledit roy de France rendra et fera
-rendre et restablir de fait à monseigneur Phelippe de Navarre et à tous
-adhérens, en appert, au plus tost que l'en pourra sans mal engin, et au
-plus tart dedens un an prochain après que le roy de France sera parti de
-Calais, toutes les villes, chasteaux, forteresses, seigneuries, drois,
-rentes, prouffis, juridicions et lieux quelconques que ledit monseigneur
-Phelippe, tant pour cause de ly comme pour cause de sa femme ou ses dis
-adhérens tindrent ou doivent tenir au royaume de France; et ne leur fera
-jamais ledit roy reproche, damaige né empeschement pour aucune cause
-faite avant ses oevres, et leur pardonra toutes offenses et mesprisons
-du temps passé pour cause de la guerre, et sur ce auront ses lettres
-bonnes et souffisans. Et que ledit monseigneur Phelippe et ses devant
-dis adhérens retournent en son homaige et luy facent les devoirs et luy
-soient bons et loyaux vassaux.
-
-_Le vint-quatriesme_[201]. »Item, est accordé que le roy d'Angleterre
-pourra donner, ceste fois tant seulement, à cui il luy plaira en
-héritage, toutes les terres et héritages qui furent de monseigneur
-Godefroy de Harecourt, à tenir du duc de Normendie ou autres seigneurs
-de qui elles doivent estre tenues par raison, parmy les hommaiges et
-services anciennement accoustumés.
-
- [201] Cet article n'a pas été imprimé dans les éditions précédentes.
-
-_Le vint-cinquiesme_. »Item, il est ordené que nul homme né pays qui ait
-esté en l'obéissance d'une partie, et venra par cest accort à
-l'obéissance de l'autre partie, ne soit empeschié pour chose faicte en
-temps passé.
-
-_Le vint-sixiesme_. »Item, est accordé que les terres des bannis de
-l'une partie et de l'autre, et aussi des églyses de l'un royaume et de
-l'autre, et que tous ceux qui sont deshérités ou ostés de leur terres ou
-héritages, ou chargiés d'aucune pension, taille ou ordenance, ou
-autrement grevés en quelque manière que ce soit pour cause de ceste
-guerre, soient restitués entièrement en mesmes le droit et possession
-qu'il eurent devant la guerre commenciée; et que toutes manières de
-forfaitures, trespas et mesprises faits par eulx ou aucun d'eulx en
-moien temps soient du tout pardonnés. Et que ces choses soient faites au
-plus tost que l'en pourra bonnement, et au plus tart dedens un an
-prochain, après que le roy sera parti de Calais. Excepté ce qui est dit
-en l'article de Calais et de Merq, et des autres lieux nommés audit
-article, excepté aussi le viconte de Fronssac et monseigneur Jehan de
-Galart, lesquels ne seront point compris en cest article; mais
-demourront leur biens et héritaiges en l'état qu'il estoient par avant
-ce présent traictié.
-
-_Le vint-septiesme_[202]. »Item, est accordé que le roy de France
-délivrera au roy d'Angleterre au plus tost qu'il pourra bonnement et
-devra, et au plus tart dedens la feste saint Michiel prouchaine venant
-en un an après son départir de Calais, toutes les cités, villes, pays et
-autres lieux dessus nommés, qui, par ce présent traictié doivent estre
-bailliés au roy d'Angleterre.
-
- [202] Cet article est encore passé dans les précédentes éditions.
-
-_Le vint-huitiesme_. »Item, est ordené qu'en baillant au roy
-d'Angleterre ou autres pour luy par espécial députés, les villes et
-forteresses et toute la conté de Pontieu, les villes et forteresses et
-toute la conté de Montfort, la conté et le chastel de Xaintes; les
-chasteaux, villes et forteresses et tout ce que le roy tient en demaine
-au pays de Xantonge, deçà et delà la Charente, le chastel et la cité
-d'Angolesme, et les chasteaux, forteresses et villes que le roy de
-France tient en domaine au pays d'Angolesmois, avecques lettres et
-mandemens des délaissemens des fois et homaiges, le roy d'Angleterre, à
-ses propres coux et frais, délivrera toutes les forteresses prises et
-occupées par luy, par ses subgiés, adhérens et aliés, ès pays de France,
-de Tourraine, d'Anjou, du Maine, de Berry, d'Auvergne, de Bourgoigne et
-de Champaigne, de Picardie et de Normendie et de toutes les autres
-parties et lieux du royaume de France, excepté celles du duchié de
-Bretaigne et des terres et pays qui, par cest présent traictié, doivent
-appartenir et demourer au roy d'Angleterre.
-
-_Le vint-neuviesme_. »Item, est accordé que le roy de France fera
-baillier et délivrer au roy d'Angleterre ou à ses hoirs ou députés,
-toutes les villes, chasteaux, forteresses et autres terres, pays et
-lieux avant nommés, avecques leur appartenances, aux propres coux et
-frais dudit roy de France; et aussi que s'il avoit aucuns rebelles ou
-désobéissans de rendre, baillier ou restituer au roy d'Angleterre
-aucunes cités, villes, chasteaux, pays, lieux ou forteresses qui, par ce
-présent traictié, luy doivent appartenir, le roy de France sera tenu de
-les faire délivrer audit roy d'Angleterre à ses despens; et
-semblablement le roy d'Angleterre fera délivrer à ses despens les
-forteresses qui, par ce présent traictié, doivent appartenir au roy de
-France. Et seront tenus lesdis roys et leur gens à eulx entre aidier
-quant à ce, sé requis en sont, aux gaiges de la partie qui le requerra,
-qui seront d'un flourin de Florence pour chevalier, et demy flourin pour
-escuier, et pour les autres au fuer. Et du seurplus des doubles gaiges,
-est accordé que sé lesdis gaiges sont trop petis en regard au marchié de
-vivres au pays, il en sera en l'ordenance de quatre chevaliers pour ce
-esleus, c'est assavoir deux d'une partie et deux d'autre.
-
-_Le trentiesme_. »Item, est accordé que tous les arcevesques et evesques
-et autres prélas de sainte églyse, à cause de leur temporalité, seront
-subgiés de celuy des deux roys soubs qui il tendront leur temporalité.
-Et sé il ont temporalité soubs tous les deux roys, il seront subgiés de
-chacun des deux roys, pour la temporalité qu'il tendront soubs chascun
-d'iceuls.
-
-_Le trente-uniesme_. »Item, est accordé que bonnes aliances, amitiés et
-confédérations seront faites entre les deux roys de France et
-d'Angleterre et leur royaumes, en gardant l'oneur et la conscience de
-l'un roy et de l'autre, nonobstant quelconques confédérations qu'il
-aient deçà et delà avec quelconques personnes, soient d'Escoce, de
-Flandre ou d'autre pays quelconques.
-
-_Le trente-deuxiesme_. »Item, est accordé que le roy de France et son
-ainsné fils le régent, pour eulx et pour leur hoirs de France si avant
-qu'il pourra estre fait, se delairont et départiront du tout des
-aliances qu'il ont avecques les Escos, et promettront si avant que faire
-se pourra que jamais eulx né leur hoirs roys de France, qui pour le
-temps seront, ne donront né feront au roy né au royaume d'Escoce né aux
-subgiés d'iceluy présens et avenir, confort, ayde né faveur contre ledit
-roy d'Angleterre, né contre ses hoirs et successeurs, né contre ses
-subgiés en quelque manière; et qu'il ne feront autres aliances avecques
-lesdis Escos en aucun temps avenir, né contre les roys et royaume
-d'Angleterre. Et semblablement, si avant que faire se pourra, le roy
-d'Angleterre et son ainsné fils se délairont et départiront du tout des
-aliances qu'ils ont avecques les Flamens; et promettront que eulx né
-leur hoirs, né les roys d'Angleterre qui pour le temps seront, ne
-donront né feront aux Flamens présens ou avenir, ayde, confort né faveur
-contre le roy de France, ses hoirs et successeurs, né contre son royaume
-né contre ses subgiés en quelque manière, et qu'il ne feront autres
-aliances avec les Flamens en aucun temps avenir contre les roys et
-royaume de France.
-
-_Le trente-troisiesme_[203]. »Item, est accordé que les collacions et
-provisions faites d'une part et d'autre des bénéfices vacans tant comme
-la guerre a duré, tiengnent et soient valables, et que les fruis, issues
-et revenues, recettes et levées de quelconques bénéfices et autres
-choses temporeles quelconques èsdis royaumes de France et d'Angleterre,
-par une partie et par l'autre durant lesdites guerres, soient quittes
-d'une partie et d'autre.
-
- [203] Omis dans les précédentes éditions.
-
-_Le trente-quatriesme_. »Item, que les roys soient tenus de faire
-confermer toutes les choses dessus dites par nostre Saint Père le Pape;
-et seront baillées par seremens, sentences et censures de court de Rome
-et tous autres lieux, en la plus fort manière que faire se pourra; et
-seront empetrée dispensacion, absolutions et lettres de la court de
-Rome, touchant l'accomplissement et la perfection de ce présent
-traictié, et seront bailliées aux parties au plus tart dedens trois moys
-après ce que le roy sera arrivé à Calais.
-
-_Le trente-cinquiesme_. »Item, que tous les subgiés desdis roys qui
-voudront estudier ès études et universités des royaumes de France et
-d'Angleterre jouiront des privilèges et libertés desdites études et
-universités tout ainsi comme il povoient faire avant ces présentes
-guerres et comme il font à présent.
-
-_Le trente-sixiesme_. »Item, afin que les choses dessus dites,
-traictiées et parlées soient plus fermes, estables et valables, seront
-faites et données les seurtés qui s'ensuivent; c'est assavoir: lettres
-scellées des seaulx desdis roys et desdis ainsnés fils d'iceulx, les
-meilleurs qu'il pourront faire et ordener par les conseilliers desdis
-roys; et jureront lesdis roys et leur enfans ainsnés et autres enfans,
-et aussi les autres des lignages desdis seigneurs et autres grans des
-royaumes, jusques au nombre de vint de chascune partie, qu'il tendront
-et aideront à tenir pour tant comme à chascun d'eulx touche lesdites
-choses traictiées et accordées, et acompliront sans jamais venir au
-contraire et sans fraude et sans mal engin, et sans faire nul
-empeschement. Et sé il y avoit aucun dudit royaume de France ou du
-royaume d'Angleterre qui fussent rebelles ou ne voulsissent accorder les
-choses dessus dites, lesdis roys feront tout leur povoir de corps et de
-biens et d'amis de mettre lesdis rebelles en vraie obéissance, selon la
-forme et teneur dudit traictié. Et avecques ce se soubmettront lesdis
-roys et leur hoirs et royaumes à la cohercion de Nostre Saint-Père le
-Pape, afin qu'il puisse contraindre par sentence, censures d'églyses et
-autres voies deues celuy qui sera rebelle, selon ce qu'il sera de
-raison. Et parmi les seurtés et fermetés dessus dites, renonceront
-lesdis roys et leur hoirs, par foy et par sermens, à toute guerre et à
-tout procès de fait. Et sé par désobéissance, rébellion ou puissance de
-aucuns subgiés du royaume de France ou autre juste cause, le roy de
-France ou ses hoirs ne povoient acomplir toutes les choses dessusdites,
-le roy d'Angleterre, ses hoirs ou aucuns pour eulx ne feront ou devront
-faire guerre contre ledit roy de France, ses hoirs né son royaume; mais
-tous ensemble se efforceront de mettre lesdis rebelles à vraie
-obéissance et de acomplir les choses dessusdites. Et aussi sé aucuns du
-royaume et obéissans du roy d'Angleterre ne vouloient rendre les
-chasteaux, villes ou forteresses qu'il tiennent au royaume de France, et
-obéir au traictié ci-dessus dit, ou pour juste cause ne povoit accomplir
-ce qu'il doit faire par ce présent traictié, li roys[204] de France né
-ses hoirs ou aucun pour eulx ne feront point de guerre au roy
-d'Angleterre né à son royaume; mais tous deux ensemble feront leur
-povoir de recouvrer les chasteaux, villes, forteresses dessus dites, que
-toute obéissance et acomplissement soit faite ès traitié dessusdit; et
-seront aussi faites et données d'une part et d'autre, selon la nature du
-fait, toutes manières de fermetés et seurtés que l'en pourra et saura
-deviser tant par le pape, le collège de la court de Rome comme
-autrement, pour tenir et garder perpétuelment la paix et toutes les
-choses dessus accordées.
-
- [204] _Li roys_. Dans cette pièce importante que nous donnons ici
- telle que l'offre le manuscrit de Charles V, on voit que les formes
- anciennes de la langue sont fréquemment conservées: _Li roys_ pour
- _le roy_.
-
-_Le trente-septiesme_[205]. »Item, est accordé que par ce présent
-traictié et accort, tous autres accors, traictiés ou prolocucions,
-s'aucuns en y a fais ou pourparlés au temps passé, sont nuls et de nulle
-valeur et du tout mis au néant et ne s'en pourront jamais aydier les
-parties né faire aucun reprouche l'un contre l'autre pour cause d'iceulx
-traictiés ou accors, sé aucuns en y avoit comme dit est.
-
- [205] Omis dans les éditions imprimées, ainsi que le trente-neuvième
- article.
-
-_Le trente-huitiesme_. »Item, quant ce présent traictié sera approuvé,
-juré et confermé par les deux roys à Calais, quant il y seront en leur
-personnes, et depuis que le roy de France sera parti de Calais et sera
-en son pouvoir, dedens un mois prochain ensuivant ledit département,
-ledit roy de France en fera lettres confirmatoires et autres nécessaires
-ouvertes, et les envoiera et délivrera à Calais audit roy d'Angleterre
-ou à ses députés audit lieu. Et aussi ledit roy d'Angleterre, en prenant
-lesdites lettres confirmatoires, en baillera lettres confirmatoires
-pareilles à celles dudit roy de France.
-
-_Le trente-neuviesme_. »Item, est accordé que nul des roys ne procurera
-né fera procurer par luy né par autres que aucunes nouveletés ou griefs
-se facent par l'églyse de Rome ou par autres de sainte églyse,
-quelconques il soient, contre ce présent traictié, sur aucun desdis
-roys, leur coadjuteurs, adhérens ou aliés quels que il soient, né sur
-leur terres, né leur subgiés pour achoison de la guerre ou pour autre
-cause, né pour services que lesdis coadjuteurs ou aliés aient fais
-auxdis roys ou aucun d'iceulx; et sé nostre dit Saint Père ou autres le
-vouloient faire, les deux roys le destourberoient selon ce qu'il
-pourront sans mal engin.
-
-_Le quarantiesme_. »Item, des hostaiges qui seront bailliés au roy
-d'Angleterre à Calais, de la manière du temps de leur département, les
-deux roys en ordeneront à Calais.
-
- * * * * *
-
-»[206]Toutes lesquelles choses dessus escriptes et chascune d'icelles
-furent faites, ordenées et accordées de l'auctorité nostre dit seigneur
-le roy et du nostre[207], par nos amés cousins le duc de Lenclastre,
-Wyllaume conte de Norentonne, Thomas de Beauchamp conte de Warwhic, Rauf
-conte de Stafort, Wyllaume conte de Salebury, messire Gautier, sire de
-Mauny, messire Jehan de Beauchamp, messire Guy de Bryenne, messire Jehan
-de Greily, captau de Buef, messire Jehan Chandos, messire Wyllaume de
-Grenson, chevaliers, Jehan de Wynelvic, trésorier, monseigneur Jehan de
-Wynelvic, chancellier nostre seigneur le roy; maistre Henry de Haston;
-Guillaume de Lughteburgh docteur en loys, et maistre Jehan de
-Branquette, chanoine de Londres, tous présens et jurés, de tenir et
-faire tenir et garder les choses dessus dites. Et aussi présens, et
-jurés par messire Regnauld de Cobehan, nos procureurs et messaiges à ce
-especialment commis et députés de par nous; et promis, jurés et accordés
-et ordenés de par nostre cousin le régent, par les honorables et
-puissans seigneurs et messaiges et procureurs dudit régent, Jehan par la
-grace de Dieu esleu de Beauvais pair de France, maistre Estienne de
-Paris chanoine, et Pierre de La Charité, chantre de l'églyse de Paris,
-Jehan d'Augeraut, doyen de Chartres, messire Jehan Le Maingre dit
-Bouciquaut mareschal de France, Charles sire de Montmorency, Aimart de
-La Tour sire de Vinay, Jehan de Groslée, Regnaud de Goullons, Pierre
-d'Oomont, Symon de Bucy chevaliers, maistre Guillaume de Dormans, Jehan
-des Mares et Jehan Maillart, bourgois de Paris procureur, et aussi
-maistre Robert Porte, evesque dit d'Avranches, messire Raoul de
-Resneval, monseigneur Artaud de Beausemblant, maistre Macé Gueri et
-maistre Nicole de Veyres, secrétaires nostre dit cousin et pluseurs
-autres. Toutes lesquelles choses et chascune d'elles ès noms que dessus,
-nous, prince de Galles, acceptons, accordons, aggréons, approuvons et
-confermons de nostre certaine science et les voulons avoir en vigour et
-fermeté, si et par tele manière comme sé nous les eussions traictiées,
-parlées, accordées, jurées et promises en nostre propre personne, à
-l'onneur de la benoite Trinité, le Père, le Fils et le saint Esperit, et
-de la glorieuse Vierge Marie; pour la révérence de nostre Saint-Père le
-Pape Innocent VI, lequel, quant il estoit cardinal en sa personne, et,
-puis la promocion, pour révérens pères en Dieu les cardinaux de
-Bouloigne et de Pierregort et de Urgel, qui furent de par luy envoiés en
-France et en Angleterre, qui en faire ceste pais ont adjousté et mis
-très grant et bonne diligence, et de nos bien amés frère Andry de La
-Roche abbé de Clugny, et messire Hugues de Geneuve, chevalier, seigneur
-d'Ausson, messaigiés derreniers envoiés sur ce de par nostre dit Saint
-Père le Pape, et ont sur ce diligemment travaillié, traictié et receus
-les seremens desdis procureurs. En tesmoing desquelles choses, à cestes
-nos lectres nous avons fait mettre nostre privé séel. Donné à Louviers
-en Normendie, le seiziesme jour de may, l'an de grace dessus dit.
-
- [206] Le reste de cette charte et les autres pièces qui la suivent ne
- sont pas dans Rymer.
-
- [207] _Du nostre_. Il semble qu'il faudroit: _Et de la nostre_.
-
-»Je Jehan Branquette, clerc du diocèse de Nosibio, notaire publique de
-l'auctorité du pape et de l'empereur, pour ce que je fus présent le
-huitiesme jour de may, l'an de grace dessus dit et huitiesme du
-pontificat de nostre Saint-Père le Pape Innocent VI, quant les choses
-avant dites et chascune d'icelles furent parlées, traictiées et
-accordées par la manière et forme que dessus est compris entre les
-parties, seigneurs, procureurs et tesmoins avant nommés, je les vy et oï
-ainsi faire accorder et expédier; par le commandement et volenté
-desdites parties, à ces présentes lettres contenans lesdis traictiés et
-accors j'ay mis mon signe publique, avec le signe maistre Nicoles de
-Veyres, notaire, en tesmoin de toutes les choses devant dites.
-
-»Et je Nicoles de Veyres, clerc du diocèse de Sens, notaire publique de
-l'auctorité du pape, pour ce que je fus présent le huitiesme jour de may
-l'an de grace dessus dit, et huitiesme du pontificat de nostre
-Saint-Père le Pape Innocent VI, quant les choses avant dites et chascune
-d'icelles furent parlées, traictiées et accordées par la manière et
-forme que dessus est compris, entre les parties, seigneurs et procureurs
-et tesmoins avant nommés; je le vis et oï ainsi faire, accorder et
-expédier par le commandement et volenté desdites parties; à ces
-présentes lettres contenant lesdis traictiés et accors je ay mis mon
-signe publique, Jehan de Branquette, et Nicoles de Veyres, notaires
-publiques. En tesmoin de toutes les choses devant dites.
-
-
-
-
-CXXV.
-
-Une lettre coment monseigneur le régent conferma le traictié accordé à
-Brétigny.
-
-
-»Charles, ainsné fils du roy de France, régent le royaume, duc de
-Normendie et daulphin de Viennois, à tous ceulx qui ces présentes
-lettres verront, salut. Savoir faisons que nous avons veu par escript et
-leu de mot à mot le traictié de bonne paix et accort final, traictié et
-fait pour mon seigneur et pour nous et le royaume de France, pour nos
-adhérens, aliés, amis et aidans, par nos amés et feaulx conseilliers de
-monseigneur et les nostres, et messaiges et procureurs espécialment de
-nostre partie establis et aians à ce faire plain pouvoir et mandement
-spécial de nous. C'est assavoir: Monseigneur Jehan esleu de Beauvais,
-pair de France, nostre chancellier; maistre Estienne de Paris chanoine;
-Pierre de La Charité, chantre de l'églyse de Paris; et Jehan d'Augeraut
-doyen de Chartres; monseigneur Jehan Le Maingre dit Bouciquaut,
-mareschal de France; monseigneur Charles, sire de Montmorency;
-monseigneur Aymart de La Tour, sire de Vinay; monseigneur Jehan de
-Groslée; monseigneur Regnaut de Goullons; monseigneur Symon de Bucy et
-monseigneur Pierre d'Oomont, chevaliers; maistre Guillaume de Dormans;
-Jehan des Mares et Jehan Maillart, bourgois de Paris d'une part, et
-certains autres procureurs et messaiges de nostre cousin le prince de
-Galles, fils ainsné du roy d'Angleterre nostre cousin, ayant à ce povoir
-et mandement espécial de par luy et autres gens et traicteurs pour
-lesdis roy d'Angleterre et prince de Galles, pour leur adhérens, aliés,
-aidans et amis d'autre part: lequel traictié et accort nous avons eu et
-avons ferme et agréable, et avons juré sur sains évangiles touchiés de
-nostre main, devant le saint corps de Nostre-Seigneur Jhésus-Crist
-sacré, l'autre main dréciée envers luy, ledit accort tenir et garder de
-nostre partie, et faire tenir et garder à nostre povoir sans mal engin à
-tousjours. En tesmoin de laquelle chose nous avons fait mettre à ces
-présentes lettres nostre seel de secret, en l'absence du grant. Donné à
-Paris le dixiesme jour de may mil trois cent soixante.
-
-
-
-
-CXXVI.
-
-Une autre lettre du prince de Galles confermant semblablement le
-traictié dessusdit.
-
-
-»Edouard, fils ainsné à noble roy de France et d'Angleterre, prince de
-Galles, duc de Cournouaille et conte de Cestre, à tous ceulx qui ces
-présentes lettres verront, salut. Savoir faisons que nous avons veu par
-escript le traictié de bonne paix et accort final traictié et fait pour
-nostre très redoubté seigneur et père le roy et nous, et pour les
-subgiés, amis, aliés, aidans et adhérens de nostre dit seigneur et les
-nostres, par les traicteurs à ce députés de par nostre dit seigneur et
-de par nous; et ayant à ce faire plain povoir d'une part; et nostre
-cousin le régent le royaume de France, pour luy et pour son père et pour
-leur subgiés, aliés, amis, aidans et adhérens, par leur traicteurs,
-procureurs et messagiés, ayant à ce faire souffisant povoir d'autre
-part; lequel traictié et accort nous avons ferme et agréable; et avons
-juré sur sains évangiles touchiés de nostre main, devant le saint corps
-de Nostre-Seigneur Jhésus-Crist sacré, l'autre main destre envers luy,
-ledit accort tenir et garder à nostre povoir, sans mal engin à
-tousjours. En tesmoin de laquelle chose nous avons fait mettre nostre
-privé séel à ces présentes lettres. Donné à Louviers, en Normendie, le
-seiziesme jour de may de l'an de grace mil trois cent soixante.
-
-
-
-
-CXXVII.
-
-Les lettres de monseigneur le régent contenant l'ordonnance des trièves.
-
-
-»Charles, ainsné fils du roy de France, régent le royaume, duc de
-Normendie et daulphin de Viennois; à tous ceux qui ces lettres verront
-salut. Savoir faisons que comme entre nos amés et feaulx, l'esleu de
-Beauvais nostre chancelier; messire Charles, sire de Montmorency;
-messire Jehan Le Maingre dit Bouciquaut, mareschal de France; messire
-Aymart de la Tour, sire de Vinay; messire Raoul de Resneval, messire
-Symon de Bucy, chevaliers; maistre Estienne Paris[208] et Pierre de la
-Charité, nos conseilliers, et avecques pluseurs autres chevaliers, clers
-et saiges de nostre conseil, nos procureurs et messaiges espéciaux à ce
-faire de par nous, pour monseigneur et pour nous espécialment establis;
-et ayant povoir de par nous, de faire traictier, accorder, promettre et
-jurer en l'ame de nous et pour monseigneur et pour nous, bonne paix et
-accort et bonne trièves et loyaux d'une part; et monseigneur Regnault de
-Cobehan, monseigneur Barthelemy de Brouéiz; monseigneur Franc de Hale,
-Banerés; Mile de Stapelenton; monseigneur Richart la Vache et Noel
-Loreng, chevaliers, procureurs et messaiges espéciaux de monseigneur
-Edouart, fils ainsné du roy d'Angleterre, espécialment à ce establis et
-ayans semblable povoir, et avec eux pluseurs autres chevaliers, clers et
-saiges du conseil du roy d'Angleterre d'autre part. Sur tous les descors
-et articles pour lesquels estoient guerres qui longuement ont duré entre
-les deux roys, leur royaumes dessus dis et nous; les aliés, aydans et
-amis d'une part et d'autre, ait esté traictié bonne paix et accort final
-à toujours durans au plaisir de Dieu, contenant pluseurs articles,
-lesquels ne povent estre acomplis en brief temps; et pour ce convient
-que cependant bonnes trièves et loyaux soient prises, accordées, tenues
-et gardées d'une part et d'autre, tant de leur royaumes que dehors leur
-royaumes. Et nous pour honneur et révérence de nostre saint Père le
-Pape, qui pour ce a envoié devers nous ses espéciaux messaigiés; c'est
-assavoir l'abbé de Clugny, messire Hugue de Genevre et le maistre de
-l'ordre des frères Prescheurs, qui sur ce nous ont requis à grant
-instance, au nom de monseigneur et de nous pour luy et pour nous, ses
-subgiés, aliés, amis et aydans, et pour les nostres; avons accordé et
-octroyé, accordons et octroyons audit roy d'Angleterre, à ses subgiés,
-aliés, aydans et amis, bonne trièves et loyaux, du date de ces lettres
-jusques au jour de la Saint-Michiel prochain venant, et d'iceluy jour
-jusques à la Saint-Michiel qui sera l'an mil trois cent soixante un, et
-tout le jour de ladite feste jusques au soleil couchié; et accordons,
-voulons et octroyons, ès noms de monseigneur et de et pour tous les
-dessus dis de notre partie que lesdites trièves soient tenues et
-gardées; et les promettons en bonne foy, sans fraude et sans mal engin,
-ès noms devant dis, tenir et faire tenir fermement par tout le pouvoir
-de monseigneur et le nostre, parmy lesquelles tous les subgiés d'une
-part et d'autre, de l'un royaume et de l'autre pourront franchement sans
-contredit aler et venir paisiblement de l'un royaume à l'autre, et
-marchans marchander et faire tous contras de bonne foy, sans blasme et
-sans reprouche, tout en la manière que l'en povoit et souloit faire en
-temps de bonne et ferme paix, et que sé oncques guerres n'eussent esté
-entre lesdis roys, nous et les royaumes. Et ne pourront ou devront
-lesdis roys ou leur subgiés, aliés ou aydans durant lesdites trièves,
-prendre ou embler, escheler, ou autrement occuper ou empescher en
-quelque manière aucune ville, chastel, forteresse ou autre lieu; mais
-cesseront toutes roberies, pilleries, prises de personnes, arsures,
-ravissemens, prises, marques et autres prises, et tous autres maléfices
-par terre et par mer. Et sé aucune chose estoit faite ou actemptée de la
-partie de monseigneur ou la nostre ou d'aucun ou par aucun du povoir
-monseigneur et du nostre contre ce que dessus est dit ou contre lesdites
-trièves, monseigneur et nous le ferons réparer et mettre au premier et
-deu estat sans délay, si tost que nous ou nos députés en seront requis,
-et ferons rendre et restablir ce qui seroit robé, pris, ravi ou pillié,
-ou l'estimacion d'icelles choses sé elles n'estoient transmuées; et pour
-aucun des fais ou actemptas dessus dis, sé aucuns y a, venoient ou fais
-estoient, ne seroient ou pourroient estre dites enfraintes ou brisiées
-lesdites trièves, né guerre pour ce estre suscitée; mais seront réparés
-et mis au premier et deu estat, comme dessus est dit, et les malfaiteurs
-en seront pugnis deuement. Mais ceux qui seroient ignorans desdites
-trièves et auroient juste cause de ladite ignorance, ne seroient pas
-pugnis sé ils faisoient ou avoient fait contre lesdites trièves.
-Lesquelles trièves tenir et garder et faire loyalment tenir et garder,
-et les actemptas, comme dit est, réparer et mettre au premier et deu
-estat, nous avons fait promettre et jurer en l'ame de nous par nos dis
-procureurs et messaigiés traicteurs de ladite paix à ce faire
-espécialment establis; et pour plus diligemment les faire tenir et
-garder comme dit est, et pour faire droiture de prisons et de toutes
-complaintes qui pevent ou pourroient avenir au temps des trièves et pour
-les actemptas réparer, nous avons député et commis, députons et
-commettons conservateurs desdites trièves ledit monseigneur Jehan Le
-Maingre mareschal de France; messire Gauthier de Lor; messire Raoul de
-Resneval; messires Saquet de Blaru, Regnault de Goullons et monseigneur
-Gauthier d'Angles, tous chevaliers et chascun d'eux, auxquels nous, de
-par monseigneur et de par nous, mandons et commettons par ces présentes
-lettres que diligemment et loyalment tiengnent et gardent, et fassent
-tenir et garder fermement lesdites trièves par le temps dessus dit et
-fassent droitures tant de prisons non gardans leur convenances, que en
-autre cas appartenant à faire en temps de trièves aux conservateurs
-d'icelles. Et n'est mie notre entente que sé les gens de l'ost dudit roy
-d'Angleterre prennent vitailles, aumailles[209], bestes, vin, char ou
-autres choses pour la nécessité de leur vivre ou de leur chevaux en s'en
-alant hors du royaume de France en Angleterre de ci à un mois, que ils
-en soient ou aucuns d'eux repris ou approuchiés, mais que il ne fassent
-autre prise, arsure, occupacion de forteresses, ravissemens de femmes ou
-autres maléfices que prendre pour leur vivre durant ledit mois tant
-seulement.
-
- [208] _Paris_. Variante: _De Paris_.
-
- [209] _Aumailles_. Troupeaux.
-
-»Item, pour ce que aucunes garnisons des gens du roy d'Angleterre
-demourroient par aucun temps en aucunes forteresses ou chasteaux en
-France ou ailleurs au royaume de France, nous voulons et accordons que
-il puissent lever telles raençons, et en telle manière comme eux les ont
-levées et tenues avant ces euvres pour leur vivre et pour la garde des
-dis chasteaux et forteresses sans icelles croistre, tant comme il
-demourront ès lieux dessus dis, et que il puissent franchement achater
-et emporter vitailles et les aient à fuer et à raison ainsi comme les
-autres gens des lieux et des païs environ les achèteront, sans fraude et
-sans malice, mes qu'ils ne preignent né pillent n'emblent forteresses ou
-fassent autres maléfices. Sur toutes lesquelles choses et leur
-dépendences et appartenances, nous voulons et mandons que tous les
-justiciers, subgiés et féaulx de monseigneur et de nous, et requérons
-tous autres que il obéissent, et entendent auxdis conservateurs,
-baillis, capitaines et autres dessus dis et à leur députés et à chacun
-d'eux. En tesmoing de laquelle chose, nous avons fait mettre nostre seel
-à ces présentes. Donné à Chartres, le septiesme jour de may, l'an de
-grace mil trois cens soixante[210].»
-
- [210] Cette lettre et les deux suivantes auroient été plus
- régulièrement placées avant le traité de Brétigny, dont elles
- devoient préparer la conclusion.
-
-
-
-
-CXXVIII.
-
-Du mandement que monseigneur le régent fist, pour faire crier et publier
-les trèves.
-
-
-«Charles, ainsné fils du roy de France régent le royaume, duc de
-Normendie et daulphin de Viennois; à tous justiciers, capitaines et à
-tous les subgiés féaulx et obéissans de monseigneur et de nous qui ces
-lettres verront salut. Savoir faisons que entre monseigneur et nous pour
-nous et pour nos subgiés, adhérens et aliés, aydans et amis d'une part:
-et nostre cousin le roy d'Angleterre et les siens d'autre part; sont
-prises et accordées bonnes trièves et loyaux, jusques à la Saint-Michiel
-prochaine venant, et d'iceluy jour jusques à un an ensuivant, qui sera
-le jour de la Saint-Michiel, l'an mil trois cens soixante et un pour
-l'accomplissement et exécucion de bonne paix final et perpétuel, entre
-monseigneur et nous et nostre dit cousin, les subgiés, adhérens, aliés,
-aydans et amis dessus dis. Pour quoy nous vous mandons et commandons
-estroitement et à chascun de vous que lesdites trièves fassiez crier et
-publier partout, et icelles tenir et garder fermement, comme en temps de
-bonne paix, sans rien faire ou souffrir estre fait au contraire. Donné à
-Bretigny-lès-Chartres, le septiesme jour de may l'an de grace mil trois
-cens soixante.»
-
-
-
-
-CXXIX.
-
-Et s'ensuit la teneur des lettres que le prince de Galles donna en la
-ville de Tours, contenans la forme des trèves dessus dites.
-
-
-«Edouard, ainsné fils au noble roy de France et d'Angleterre, prince de
-Galles, duc de Cornouaille et conte de Cestre, à tous ceux qui ces
-lettres verront salut. Savoir faisons que comme entre nos amés
-conseilliers, monseigneur Regnault de Cobehan, Berthelemy de Broueys et
-Franc de Hale, banerés; Mile de Stapelenton, Richart la Vache et Noel
-Loreng, chevaliers, nos procureurs et messaigiers espéciaulx establis à
-ce et ayans povoir de faire traictier, accorder, promettre et jurer en
-nostre ame et en l'ame de nostre très-redoubté seigneur et père le roy,
-et pour luy et pour nous, bonne paix et accort et bonnes trièves et
-loyaux d'une part: et les honorables hommes l'esleu de Beauvais;
-Charles, sire de Montmorency; monseigneur Jehan le Maingre, dit
-Bouciquaut, mareschal de France; monseigneur Aymart de La Tour, sire de
-Vinay; monseigneur Raoul de Resneval; monseigneur Symon de Bucy,
-chevaliers; maistres Estienne de Paris et Pierre de la Charité,
-messaiges et conseilliers de nostre cousin le régent le royaume de
-France, espécialment députés à ce faire pour luy et pour nostre cousin
-le roy, son père, et ayans semblable povoir; et avecques eux pluseurs
-autres chevaliers, clers et saiges du conseil de nostre dit cousin le
-régent d'autre part, sur tous les descors et articles pour lesquels
-estoient guerres qui lonc-temps ont duré entre les deux roys, les
-royaumes dessus dis et nous, les aliés et aydans et amis, d'une part et
-d'autre ait esté traictié de bonne paix et accort final à toujours durer
-au plaisir de Dieu, contenans pluseurs articles lesquels ne pevent mie
-estre acomplis en brief temps; et pour ce convient que cependant bonnes
-trièves et loyaux soient prises, accordées, tenues et gardées d'une part
-et d'autre, tant dedens les royaumes que dehors les royaumes: nous pour
-honneur et révérence du Saint-Père le Pape, qui pour ce a envoié devers
-nous ses espéciaulx messaiges; c'est à savoir, l'abbé de Clugny;
-monseigneur Hugues de Genevre et le maistre de l'ordre des
-Frères-Prescheurs, qui, sur ce, nous ont requis à grant instance; au nom
-de monseigneur et de nous, pour luy et pour nous, et pour ses subgiés,
-aliés, aydans et amis, et pour les nostres, avons accordé et encore
-accordons et octroyons à nostre cousin de France et à ses subgiés,
-aliés, aydans et amis, bonnes trièves et loyaux, de la date de ces
-lettres jusques au jour de la Saint-Michiel prochaine venant; et
-d'iceluy jour jusques à la Saint-Michiel qui sera l'an mil trois cens
-soixante-un, et tout le jour de ladite feste, jusques à soleil couchié.
-Et accordons, voulons et octroyons, ès noms de monseigneur et de nous,
-pour et ès noms devant dis tenir et faire tenir fermement, par tout le
-pouvoir de monseigneur et le nostre, parmy lesquelles tous les subgiés
-d'une part et d'autre et de l'un royaume et de l'autre pourront
-franchement et sans contredit aler et venir paisiblement de l'un royaume
-et de l'autre, et marchans marchander et faire tous contracts de bonne
-foy sans blasme et sans reproche, tout en la manière que l'en povoit et
-souloit faire en temps de bonne et ferme paix, et que sé oncques guerre
-n'eust esté entre lesdis roys, nous et les royaumes. Et ne pourront né
-devront les dis roys ou leurs subgiés, aliés ou aydans durans lesdites
-trièves prendre ou embler, escheler ou autrement occuper ou empeschier
-en quelque manière aucune ville, chastel, forteresse ou autre lieu; mais
-cesseront toutes roberies, pilleries, prises de prisons, arsures,
-ravissemens, prises et représailles, marques et contreprises et tous
-autres maléfices par terre et par mer; et sé aucune chose estoit fait ou
-actempté de la partie de monseigneur ou de la nostre, ou d'aucun ou par
-aucun du povoir de monseigneur ou du nostre contre ce que dessus est dit
-ou contre lesdites trièves, monseigneur et nous le ferons réparer et
-mettre au premier et deu estat sans delay, si tost comme nous ou nos
-députés en seront requis; et ferons rendre et restablir ce qui sera
-robé, pris, ravi ou pillié, ou l'estimation d'icelles choses sé elles
-n'estoient trouvées; et sé aucun des fais ou actemptas dessus dis y
-avenoient ou fait estoient, ne seroient ou pourroient estre dites
-enfraintes ou brisées lesdites trièves, né guerre pour ce estre
-suscitée; mais seront réparés et mis au premier et deu estat, comme
-dessus est dit; et les malfaiteurs en seront pugnis sé ils faisoient ou
-auroient fait aucune chose contre lesdites trièves. Lesquelles trièves
-tenir et garder et faire loyalment tenir et garder, et les actemptas,
-comme dit est, réparer et faire réparer et mettre au premier et deu
-estat, nous avons fait promettre et jurer en l'ame de nous, par nos dis
-procureurs et messaigiés traicteurs de ladite paix à ce faire et
-espécialment establis. Et pour plus diligemment les faire tenir et
-garder, comme dit est, et pour faire droiture des prisons, et tous
-complaignans qui pevent ou pourroient avenir en temps de trièves et pour
-les actemptas réparer, nous avons député et commis, députons et
-commettons conservateurs desdites trièves, nobles et puissans hommes
-monseigneur Thomas de Beauchamp, conte de Warvich et mareschal de nostre
-dit seigneur et père; Thomas de Hollande, seigneur de Warch; Jehan de
-Greyli, captau de Buef; le gardien de Bretaigne et le capitain de
-Calays, qui seront pour nostre dit seigneur et père pour le temps, et
-Eustace d'Aubréchicourt tous chevaliers et chascun d'eux; et néanmoins
-les capitaines et connestables des lieux et païs où les cas advenront et
-chascun d'eux auxquels nous mandons de par nostre dit seigneur le roy,
-et commettons par ces présentes lettres que diligemment et loyalment
-tiengnent et gardent et fassent tenir et garder fermement lesdites
-trièves par le temps dessus dit, et fassent droitures tant de prisons
-non gardans leur convenances, comme en autres cas appartenans à faire,
-en temps de trièves, aux conservateurs d'icelles: et n'est mie nostre
-entente que sé les gens de l'ost nostre seigneur le roy et les nostres
-prennent vitailles, aumailles, vin, char, bestes ou autres choses pour
-la nécessité de leur vivre et de leur chevaux, alans hors du royaume de
-France en Angleterre de ci à un mois, que nous né eux, né aucun d'eux
-soient repris, reprouchiés né domagiés; mais que nous né eux ne fassions
-autre arsure, occupacion de forteresse, ravissemens de femmes ou autres
-maléfices, que de prendre pour les vivres de nous et d'eux, durant ledit
-mois tant seulement; et pour ce que aucunes garnisons des gens de nostre
-dit seigneur le roy demourront par aucun temps en aucunes forteresses ou
-chasteaux en France, et ailleurs ou royaume de France, nous voulons et
-accordons de par nostre dit seigneur le roy et de par nous, qu'il
-puissent lever telles raençons et en telle manière comme il ont levé
-avant ces trièves, pour leur vivres et pour la garde desdis chasteaux et
-forteresses, sans icelles croistre, tant comme il demourront ès lieux
-dessus dis, et que il puissent franchement achater et emporter vitaille
-et les ayent à fuer raisonnable ainsi comme les autres gens desdis lieux
-et des païs environ achèteront, sans fraude et sans malice, mais qu'il
-ne preignent, pillent ou emblent forteresses ou fassent autres
-maléfices. Sur toutes lesquelles choses et leurs dépendances et
-appartenances, nous voulons et mandons à tous les subgiés et féaulx de
-nostre dit seigneur, requérons tous autres qu'il obéissent et entendent
-auxdis conservateurs, capitains, connestables dessus dis et à leur
-députés et à chascun d'eux. En tesmoing de laquelle chose, nous avons
-fait mettre nostre scel à ces présentes lettres. Donné à Sours, devant
-Chartres, le septiesme jour de may, l'an du règne de nostre dit seigneur
-et père de France vint premier, et d'Angleterre, trente et quart.»
-
-
-
-
-CXXX.
-
-Coment le roy d'Angleterre et le prince de Galles envoièrent six
-chevaliers à Paris pour veoir faire à monseigneur le régent le sairement
-de tenir ferme et stable le traictié de paix.
-
-
-Le samedi ensuivant, neuviesme jour dudit moys, aucuns de ceux de la
-partie de France retournèrent à Paris et amenèrent six chevaliers
-anglois pour veoir ledit régent faire ce qui ensuit: et pour celle cause
-les y avoient envoiés ledit roy anglois et le prince de Galles, son
-ainsné fils. Item, le dimenche matin ensuivant, dixiesme jour dudit
-moys, ledit régent, qui lors estoit à Paris en l'hostel à l'Arcevesque
-de Sens aux Barrés[211], et son conseil assemblé, le prévost des
-marchans et pluseurs bourgois de ladite ville, en la présence desquels
-ledit régent fist réciter, par maistre Jehan des Mares, tout ledit
-traictié, lequel fu aggréable audit régent. Et pour ce que entre les
-autres choses dudit traictié estoit accordé que ledit régent devoit oïr
-la messe, et après le _Agnus Dei_ il devoit aler à l'autel, et l'une des
-mains sur le corps de Jhésus-Crist sacré, sans y toucher, et l'autre
-main mise sur le Messel, devoit jurer que ledit traictié il tindroit et
-acompliroit, feroit tenir et acomplir de tout son povoir, fu chantée une
-messe basse du Saint-Esprit, par Guillaume de Meleun, arcevesque de
-Sens; et quant elle fu dite jusques au point dessus dit, ledit régent
-issi de son oratoire et ala à l'autel, et en la présence des six
-chevaliers anglois dessus dis, qui pour veoir ledit sairement faire y
-avoient esté envoiés par lesdis roy et prince, et de grant foison de
-gens qui là estoient, fist ledit sairement par la manière devant dite,
-en lisant une cédule en laquelle estoient les paroles que il devoit
-dire, escriptes forméement[212]. Et par semblable manière le devoit
-faire le prince de Galles, et devoit, ledit régent, envoier six
-chevaliers, trois banerés et trois bacheliers, si comme les Anglois
-avoient fait, pour veoir le prince de Galles faire ledit sairement, et
-les deux roys de France et d'Angleterre le devoient faire pareillement
-quant il seroient ensemble. Et tantost que ledit sairement fu fait par
-ledit régent, ladite paix fu criée par un sergent d'armes aux fenestres
-de la chambre dudit régent, sur la cour dudit hostel de l'arcevesque de
-Sens. Et quant ladite messe fu chantée, ledit régent ala à Nostre-Dame
-de Paris luy rendre grace de ladite paix, là où l'en chanta _Te Deum_ et
-sonna les cloches moult solempnelment.
-
- [211] _Aux Barrés_. Ainsi l'hôtel de Sens étoit bâti sur l'emplacement
- de la maison des Carmes dits les _frères Barrés_. Charles V le
- réunit à l'hôtel Saint-Pol. Il reste encore de beaux vestiges de cet
- hôtel de Sens.
-
- [212] _Forméement_. En lettres de forme. Ce mot, dont on a souvent
- cherché le sens, désignoit sans doute les beaux caractères
- d'_expédition solemnelle_.
-
-
-
-
-CXXXI.
-
-Coment le prince de Galles fist à Louviers le sairement pareil à celui
-que le régent avoit fait à Paris.
-
-
-L'endemain, jour de lundi onziesme jour dudit moys de may, ledit régent
-monstra auxdis Anglois les saintes reliques, en la chapelle royal à
-Paris, et donna à disner auxdis Anglois, et à chascun un bel cheval; et
-après se partirent de Paris pour aler pardevers ledit roy d'Angleterre
-et pardevers ledit prince; et envoia ledit régent, avecques lesdis
-Anglois, six chevaliers, trois banerés et trois bacheliers de la partie
-de France, pour veoir faire ledit sairement audit prince par la manière
-que avoit fait ledit régent. Lequel prince fist ledit sairement en la
-présence desdis chevaliers et d'un des secrétaires dudit régent, par la
-manière que l'avoit fait ledit régent, en l'église de Nostre-Dame de
-Louviers, l'endemain de l'Ascencion Nostre Seigneur, jour de vendredi et
-quinziesme jour dudit moys de mai, l'an mil trois cens soixante dessus
-dit.
-
-Item, le mardi ensuivant, dix-neuviesme dudit moys, ledit roy et ses
-enfans entrèrent en mer, à Honefleu, pour aler en Angleterre quérir le
-roy de France, et la plus grande partie de l'ost desdis anglois
-passèrent la rivière de Saine, au Pont de l'Arche, là où ledit régent
-avoit mandé que l'on les feist passer; et s'en alèrent droit à Calais
-sans meffaire au païs, fors que de prendre vivres; et demoura en France,
-pour les Anglois, le conte de Warvich, mareschal d'Angleterre, pour
-faire tenir de leur partie les trièves qui avoient esté prises par ledit
-traictié, jusques à la feste Saint-Michiel, l'an mil trois cens
-soixante-un, et pour cependant mettre ledit traictié de paix à exécucion
-d'une partie et d'autre. Et furent lesdites trièves publiées par tout le
-royaume; mais elles furent mal tenues en pluseurs lieux, par espécial
-des Anglois; car pluseurs se mistrent à estre espieurs de chemins, et
-par manière de volerie faisoient pis que il ne faisoient en temps de
-guerre; car il tuoient les gens que il trouvoient par les chemins et
-roboient tout.
-
-
-
-
-CXXXII.
-
-Coment le roy de France vint d'Angleterre à Calais, et de l'emprumpt
-pour le premier paiement de la raençon du roy.
-
-
-Le dimenche, quatorziesme jour du moys de juing ensuivant, le roy de
-France donna à disner au roy d'Angleterre en la Tour de Londres, et
-firent moult grand semblant d'amour l'un à l'autre, et jurèrent par leur
-fois baillées l'un à l'autre que il tendroient véritablement et
-loyalment la paix dessus dite, par la manière que traictiée avoit esté.
-Item, le mercredi, huitiesme jour du moys de juillet ensuivant, à matin,
-arriva le roy de France à Calays, lequel y devoit estre, par le
-traictié, dedens trois semaines après la nativité Saint-Jehan-Baptiste;
-et le dimenche ensuivant, douziesme jour dudit mois, ledit régent parti
-de Paris pour aler à St-Omer, pour faire acomplir ce que il pourroit
-dudit traictié, afin que le roy de France, son père, feust délivré. Et
-en ce temps fut ordené que l'en leveroit à Paris et en la viconté cent
-mile royaux d'or par emprumpt que l'en feroit de toutes personnes
-d'églyse, nobles et autres qui auroient puissance de prester; pour ce
-que ladite ville de Paris avoit accordé à paier pour le premier paiement
-de la raençon du roy, quatre-vint mile royaux d'or pour ladite ville et
-viconté. Item, le vendredi, jour de feste Saint-Denis, neuviesme jour du
-moys d'octobre ensuivant, ledit roy d'Angleterre arriva à Calais. Item,
-le dimenche ensuivant, onziesme jour dudit moys, le roy de France qui
-estoit encore au chastel de Calais, ala veoir ledit roy d'Angleterre, en
-l'hostel où il estoit herbergié en ladite ville de Calais; car encore
-n'avoient-il veu l'un l'autre depuis que ledit Anglois estoit entré en
-ladite ville, fors quant ledit Anglois estoit descendu de la Nef; car là
-luy estoit alé ledit roy de France à l'encontre, et s'entrefirent très
-bonne chière, et pria le roy de France au roy d'Angleterre que il et ses
-enfans dinassent l'endemain audit chastel avecques luy, lequel Anglois
-s'i accorda. Et celuy dimenche traicta ledit roy de France la paix dudit
-roy d'Angleterre et du conte de Flandres. Et l'endemain, jour de lundi,
-douziesme jour dudit mois d'octobre, ledit roy d'Angleterre disna
-avecques le roy de France audit chastel de Calais. Et séit à la table
-premier le roy d'Angleterre, le roy de France secont, le prince de
-Galles le tiers et le duc de Lanclastre le quart et le derrenier. Et
-ainsi, comme il disnoient, le conte de Flandres entra à Calais et ala
-droit au chastel, et fist la revérence en soy agenoillant devant le roy
-de France, et après salua le roy d'Angleterre, sans agenoillier, et luy
-fist le roy de France très bonne chière. Et après disner, deux des
-enfans du roy d'Angleterre partirent de Calais, et deux des enfans du
-roy de France les conduirent droit à Bouloigne, à l'encontre desquels
-ala environ demie lieue le duc de Normendie, qui estoit en ladite ville
-de Bouloigne, et les mena en ladite ville.
-
-
-
-
-CXXXIII.
-
-Coment monseigneur le régent ala de Bouloigne à Calais pour veoir son
-père le roy de France et des sairemens des deux roys, et de la paix du
-roy de Navarre, et comment le roy de France se parti de Calais.
-
-
-L'endemain, jour de mardy, treiziesme jour dudit moys, le duc de
-Normendie parti de Bouloigne et ala à Calais, et disna ce mardy avecques
-le roy d'Angleterre: et aussi fist le roy de France. Et les deux enfans
-du roy d'Angleterre demourèrent à Bouloigne, et deux des enfans du roy
-de France pour les compaignier. Item, l'endemain jour de mercredi,
-quatorziesme jour dudit moys d'octobre, après ce que le dit duc ot disné
-avecques son père le roy de France, il se parti de Calais et s'en ala au
-giste de Bouloigne, et les deux enfans du roy d'Angleterre s'en
-retournèrent à Calais; et furent les choses si ordenées, que le dit duc
-de Normendie, quant il retournoit de Calais à Bouloigne, et les deux
-enfans du roy d'Angleterre, quant il retournoient de Bouloigne à Calais,
-s'entre rencontrèrent ainsi comme en my-voie.
-
-Item, en cette semaine le Begue de Villaines prist par escheler le
-chastel de Pacy et la femme et les filles de monseigneur Pierre de
-Saquenville qui estoient dedens. Item, le samedi vint-quatriesme jour
-dudit moys d'octobre, l'an mil trois cent soixante dessusdit, les dis
-roys de France et d'Angleterre jurèrent à Calais ensemble sur le corps
-Jhesu-Crist et sur les saintes évangiles, tenir perpétuelement la paix
-faite entre eulx sans enfreindre; et oïrent les deux roys messe ensemble
-en deux oratoires, et ne alèrent point à l'offrande, pour ce que l'un ne
-vouloit aler avant l'autre: mais l'en porta la Paix au roy de France
-premièrement, lequel ne la voult prendre et issy de son oratoire et la
-porta au roy d'Angleterre, lequel ne la voult prendre, et baisièrent
-l'un roy l'autre sans prendre autre Paix. Et celuy jour fu faicte la
-paix du roy de France d'une part, et du roy de Navarre et messire
-Phelippe de Navarre son frère d'autre part; jasoit ce que le dit roy de
-Navarre ne feust pas lors présent à Calais à faire ladite paix. Mais
-ledit messire Phelippe y estoit, qui se fist fort pour son dit frère et
-jura la dicte paix, et le duc d'Orléans, frère du roy de France, la jura
-pour le roy son frère. Item, l'endemain le dymenche vingt-cinquiesme
-jour du dit moys d'octobre, ledit roy de France Jehan fu à plain délivre
-de sa dicte prison, et se parti à matin de Calais et s'en ala à
-Bouloigne, et le convoia ledit roy d'Angleterre environ une lieue, et
-après s'en retourna à Calais. Et le prince de Galles, ainsné fils du roy
-d'Angleterre, ala avecques le roy de France jusques à Bouloigne. Item,
-l'endemain jour de lundi vint-sixiesme jour dudit moys, le duc de
-Normendie, ainsné fils du roy de France et ledit prince de Galles
-jurèrent de rechief tenir ladite paix sans enfraindre; et aussi fist le
-conte d'Estampes et aucuns autres grans seigneurs qui là estoient. Et
-celuy lundy après disner, se parti ledit prince de Bouloigne et s'en
-retourna à Calais. Et ainsi appert que ledit roi de France Jehan fu
-prisonnier dudit roy d'Angleterre quatre ans, et tant comme il a, du
-dix-neufviesme jour de septembre, à quel jour ledit roy fut pris comme
-dessus est dit, jusques au vint-cinquième jour d'octobre que il fu
-délivre.
-
-
-
-
-CXXXIV.
-
-Les noms de ceulx qui demourèrent hostages en Angleterre pour le roy de
-France.
-
-
-Le jeudi ensuivant, vint-neufviesme jour du mois d'octobre, ledit roy de
-France se parti de Bouloigne et ala à Saint-Omer, et aucuns de son
-conseil qui estoient demourez à Calais pour parfaire les lectres et les
-autres choses qui estoient à parfaire, s'en partirent le vendredi
-ensuivant trentième jour dudit moys et alèrent à Saint-Omer, là où ledit
-roy de France estoit. Et est à savoir que dès le samedi précédent
-vint-quatriesme jour dudit mois d'octobre, après ce que ladite paix ot
-esté jurée des deux roys, comme dessus est dit, ledit roy d'Angleterre
-laissa le nom de roy de France et se appella roy d'Angleterre, seigneur
-d'Irlande et d'Aquitaine: mais il ne renonça pas encore audit royaume de
-France, et aussi ne renonça pas le roy de France aux ressors et
-souverainetés des terres que il bailloit au dit roy d'Angleterre né à
-l'homaige; mais il seurséoit du nom de roy de France et y devoit
-renoncier quand certaines terres luy seroient délivrées, qui luy
-devoient estre bailliées par ledit traictié. Item, le samedi ensuivant,
-veille de la feste de Toussains derrenier dudit mois d'octobre, à matin
-devant le jour, ledit roy d'Angleterre se parti de Calais et entra en
-mer pour aler en Angleterre, et les hostaiges que le roy de France luy
-avoit bailliés avecques luy; c'est assavoir: Monseigneur Loys et
-monseigneur Jehan enfans dudit roy de France, lesquels ledit roy leur
-père avoit fais ducs de nouvel; c'est assavoir monseigneur Loys, qui
-estoit son second fils duc d'Anjou et du Maine qui par avant en estoit
-conte; et ledit monseigneur Jehan duc d'Auvergne et de Berry, qui par
-avant avoit esté conte de Poitiers, laquelle conté devoit estre bailliée
-au roy d'Angleterre par le traictié, si comme dessus est dit. Après les
-dessus dis monseigneur Loys et monseigneur Jehan, fils du roy de France,
-furent hostages monseigneur Phelippe duc d'Orliens, frère germain dudit
-roy de France; monseigneur Loys duc de Bourbon; monseigneur Pierre
-d'Alençon et monseigneur Jehan frère du conte d'Estampes, tous des
-Fleurs de lis; Guy, frère du conte de Bloys; le conte de Saint-Pol; le
-seigneur de Montmorenci; le seigneur de Hangest; le seigneur de
-Saint-Venant; le seigneur d'Andrezel; le conte de Braine en Laonnoys; le
-seigneur de Coucy; le conte de Harecourt; le conte de Grantpré; le
-seigneur de la Roche-Guyon; le seigneur d'Estouteville.
-
-Item, le dimenche ensuivant, jour de la feste de Toussains, premier jour
-du moys de novembre l'an mil trois cent soixante dessusdit, ledit roy de
-France à sa messe fist chevalier un escuier d'Artoys appelé Jean
-d'Ainville, qui avoit demouré avecques luy en Angleterre, et esté
-maistre de son hostel tant comme le dit roy y avoit demouré. Et ce jour
-entrèrent en la foy du roy quatre chevaliers de la partie du roy
-d'Angleterre; c'est assavoir: monseigneur Rogier de Beauchamp;
-monseigneur Guy de Briene; monseigneur Regnault de Cobehan, tous
-Anglois, et monseigneur Gauthier de Mauny, Hennuyer, pour certaine rente
-que ledit roy de France leur promist[213]. Et ledit samedi,
-vint-quatriesme jour d'octobre, le duc de Lenclastre, monseigneur
-Phelippe de Navarre et monseigneur Jehan de Montfort, qui avoit esté
-fils du conte de Montfort qui s'en ala en Angleterre pour le débat du
-duchié de Bretaigne, estoient entrés en la foy dudit roy de France, et
-luy avoient fait homaige pour les terres que il tenoient en France avant
-les guerres desdis roys; lesquelles terres leur furent toutes rendues
-par ledit traictié.
-
- [213] Froissart, qui ne désigne pas les chevaliers, éclaircit ce
- passage: «Les deux rois,» dit-il, «qui par l'ordonnance de la paix
- s'appeloient frères, donnèrent à quatre chevaliers chascun de son
- costé la somme de huit mil francs de revenue par an, c'est à
- entendre à chascun deux mil.» (Liv. I, part. II, ch. 143.)
-
-
-
-
-CXXXV.
-
-Comment l'en fist les joustes à Saint-Omer, et de la venue du roy de
-France à Saint-Denys, et du roy de Navarre qui vint par devers luy.
-
-
-Le mardi et le mercredi ensuivans, troisiesme et quatriesme jours dudit
-moys de novembre, furent faites moult belles joustes à Saint-Omer, pour
-l'oneur du roy de France qui là estoit. Et lors avoit grand foison
-d'Anglois et autres ès pays de Brie et de Champaigne, qui gastoient tout
-le pays, tuoient et raençonnoient gens et faisoient du pis qu'il
-povoient; dont aucuns se appelloient la grant compaignie[214]. Lesquels
-après ce que il orent sceu que ledit roy de France estoit délivre de sa
-prison, se partirent dudit pays de Brie et s'en allèrent en Champaigne,
-là où il tenoient pluseurs forteresses. Et ledit roy de France, après
-ladite feste de Saint-Omer, s'en ala à Hesdin, là où il demoura par
-aucun temps, et là fist ordenances des gens de son hostel et de la
-Chambre des comptes, et par lesdites ordenances ne demoura ès requestes
-de l'ostel que trois clers et trois lays; et furent les clers: maistre
-Estienne de Paris, maistre Guy du Saint-Sépulcre et maistre Jaques
-Leriche[215]; et les lays furent: monseigneur Jehan Hanière, monseigneur
-Fauviau de Vaudencourt et monseigneur Gile de Soocourt, chevaliers. Et
-en la Chambre des comptes, trois clers et trois lays, c'est assavoir,
-clers: messire Jehan Laigle, maistre Oudart Levrier et messire Legier de
-la Charmoye; lays: monseigneur Jehan de Charny chevalier, Jacques de
-Pacy et Guillaume Staise. Et depuis s'en vint le roy par Amiens, par
-Noyon et par Compiegne et par Senlis. Et le vendredi, onzième jour de
-décembre ensuivant, entra le roy au giste à Saint-Denis en France. Item,
-l'endemain jour de samedi, douziesme jour dudit moys, le roy de Navarre,
-qui encore n'avoit vu le roy de France depuis sa prise, vint à
-Saint-Denys à matin et ramena avecques luy certains hostaiges que le roy
-de France avoit envoiés à Mante, afin que le roy de France venist
-pardevers luy, quar autrement ne se estoit volu accorder d'y venir. Mais
-en monstrant qu'il se fioit ès promesses du roy, il ramena lesdis
-hostaiges, et là fu parlé que il féist homaige au roy. Mais ledit de
-Navarre ne le voult, en disant que il n'avoit oncques forfait l'omaige
-que autrefois luy avoit fait; et finalement après pluseurs parler, ledit
-de Navarre vint devant le roy de France, devant le grant autel de
-Saint-Denys, et luy fist la révérence assez humblement; et après jura
-sur le corps Jhésu-Crist sacré que tenoit l'abbé de Saint-Denys, revestu
-des vestemens ès quels il avoit dite la messe, que dès lors en avant il
-seroit bon et loyal fils et subgié dudit roy de France; et ledit roy de
-France jura après pareillement que il luy seroit bon père et bon
-seigneur; et après jurèrent le duc de Normendie et monseigneur Phelippe
-duc de Touraine, son frère. Et si jura lors aussi ledit roy de Navarre
-que il tendroit et feroit tenir à son pouvoir la paix traictiée entre
-les roys de France et d'Angleterre; et après l'enmena le roy de France
-par la main disner avecques luy: et après disner, prist congié du roy de
-France et s'en parti. Item, le jeudi douziesme jour de novembre, l'an
-mil trois cent soixante dessus dit, furent enterrées les deux filles du
-duc de Normendie à Saint-Anthoine près de Paris, et fu présent ledit duc
-à l'enterrage, moult courroucié qui plus n'avoit d'enfans. Item, le
-samedi dessusdit, douziesme jour de décembre, fut criée et publiée à
-Paris la forte monnoie, c'est assavoir un franc d'or que l'en fist lors
-nouveaux pour seize sols parisis; un royal pour treize sols quatre
-deniers parisis, et blans neufs fins qui furent lors fais pour douze
-deniers parisis, _etc_.
-
- [214] _La grant compaignie_. Et non pas _les grandes compagnies_,
- comme on dit aujourd'hui. Tous les historiens distinguent _la grande
- compagnie_ des autres bandes que l'on eut tant de peine à faire
- disparoître au XIVe siècle. Le continuateur de Nangis dit: «Anno
- eodem (1360) surrexerunt filii Belial et viri iniqui, videlicet
- multi guerratores de diversis nationibus, non habentes titulum
- aliquem neque causam aliquos invadendi, nisi proprio motu seu
- nequitiâ affectatâ sub spe depredandi, et vocabatur _Magna
- Societas_. Qui quidem scelerati adunantes se in magnâ copiâ valdè,
- accesserunt in armis propè Avinionem, volentes debellare dominum
- nostrum summum pontificem, etc.»
-
- La chronique inédite du nº 530 Suppl. Franç., s'accorde avec celles
- de St-Denis pour accuser surtout de ces désordres les Anglois
- indisciplinés. «Le roy d'Engleterre devoit faire vuidier les
- forteresces à ses despens, et néanmoins pluseurs Englois
- descoururent sur le royaume de France en pluseurs routes. Et
- estoient d'iceux qui desdites forteresces estoient partis et se
- tenoient par manière de compagnie. Et pluseurs s'en alèrent en
- Bretagne à Jehan de Montfort. Et s'en assembla une grant route qui
- s'en ala vers Avignon, et prisrent le pont Saint-Esperit, etc.,
- etc.» (Fº 79, vº.)
-
- [215] _Jaques Leriche_. Variante: _Jaques de la Roche_.
-
-
-
-
-CXXXVI.
-
-Coment le roy de France entra à Paris. Et de pluseurs incidences.
-
-ANNÉE 1361
-
-
-Le dimenche treiziesme jour dudit moys de décembre ala le roy de France
-à Paris et y fu reçu moult honorablement, et furent les rues et le grand
-pont par où il passa encourtinées, et fu une fontaine oultre la porte
-Saint-Denis qui rendoit vin aussi habondamment comme sé ce feust eaue,
-et portoit-l'en sur le roy un paile d'or à quatre lances. Et ala le roy
-droit à Nostre-Dame faire son oroison et puis retourna descendre au
-Palais. Et luy firent ceulx de Paris un bel présent de vaisselle qui
-pesoit environ mil marcs d'argent.
-
-Item, le jour des Innocens, fu pris le Pont du Saint-Esprit et la ville
-par ceulx de la Grant compaignie, qui s'estoient partis de France. Item,
-le treiziesme jour de janvier ensuivant, comença celuy an le parlement.
-Et par avant avoit eu présidens à Paris par un an ou environ, qui
-avoient autel povoir comme parlement.
-
-Item, le jeudi vint-huitiesme jour dudit moys de janvier, furent pris,
-du commandement des réformateurs qui lors avoient été establis
-nouvellement, monseigneur Nicolas Braque, Almaury Braque son frère,
-Jehan de Brunetout, Hugues Bernier, Jehan Poillevillain, Jaques
-Lempereur, Gauchier de Vannes, Jehan Arrode. Et furent eslargis le
-huitiesme jour ensuivant. Item, en iceluy moys fu faite l'ordenance de
-faire retourner les Juifs en France.
-
-_Incidence_. L'an de grace mil trois cent soixante-un, le mardi après la
-Penthecouste, qui estoit le dix-neufviesme[216] jour de may, gelèrent
-les vignes en pluseurs contrées entour Paris, et jà en estoient pluseurs
-fleuries. Item, le jeudi premier jour de juillet ensuivant, fu au
-marchié de Meaulx devant le roy une bataille emprise de volenté, entre
-messire Fouquaut d'Archiac appelant, et messire Maingot Maubert
-deffendant, et fist moult grant chaut celuy jour. Et avint que ledit
-Fouquaut descendi de dessus son cheval, pource que ledit cheval estoit
-un peu desrayé, et moult longuement fu à pié au champ, et tousjours se
-mectoit en peine de requérir son adversaire qui estoit à cheval, jusques
-à ce que il fu si travaillié que il n'en povoit plus; et de fois à
-autres se asséoit sur une chaiere qui estoit au bout des lices, et
-cuidoient ceux qui le véoient qu'il deust estre desconfit, car il avoit
-moult travaillié à pié et si estoit lors malade d'un assès[217] de
-quartaine. Mais du grant chaut qui estoit, ledit Maingot qui tousjours
-estoit demouré à cheval fu en tel point que il perdit toute puissance,
-par telle manière que il se laissa pendre sur son arson devant, et feust
-cheu qui l'eust laissié longuement; mais quant son dit adversaire le vit
-en tel estat, il ala vers luy à très-grant peine, et le prist, ainsi
-pendant comme il estoit par le col, et le tira à terre, et fist son
-povoir de le tuer, mais l'en disoit qu'il estoit jà mort. Toutes voies,
-ledit Fouquaut fu si grevé que il convint que ses amis, par le congié du
-roy, l'emportassent en son hostel, et ledit Maingot demoura mort en la
-place, et depuis en fu porté par ses amis, du congié du roy, et enterré
-le soir secrètement[218]; et ledit Fouquaut fut en bon point tantost que
-il ot un peu reposé.
-
- [216] _Le dix-neufviesme_. Ce doit être pour le _dix-huitiesme_, qui
- tomboit un mardi cette année-là.
-
- [217] _Assès_. Accès.
-
- [218] _Secrètement_. C'est-à-dire sans le secours de l'église.
-
-Item, celuy jeudi premier jour de juillet, fu la cité de Satalie[219]
-prise par les crestiens; c'est assavoir par le roy de Chypre[220] et les
-frères de l'hospital de Saint-Jehan-de-Jérusalem, et plusieurs autres
-tant du royaume de France comme d'ailleurs. Et toute cette saison le roy
-se tint à Paris et environ. Et en pluseurs pays du royaume de France
-furent pluseurs et diverses compaignies de gens de diverses nacions, et
-domagièrent moult le royaume ès parties où il furent.
-
- [219] _Satalie_. L'ancienne Attalie, dans la Caramanie. Une chose
- curieuse, c'est l'omission de cet événement dans l'_Histoire des
- Chevaliers de Malte_ de Vertot, et dans l'_Histoire des Croisades_
- de M. Michaud.
-
- [220] _Le roy de Chypre_. Pierre de Lusignan.
-
-_Incidence_. Item, le vint-uniesme jour du moys de novembre ensuivant,
-mourut à Rouvre près de Dijon, Phelippe, duc et conte de Bourgoigne,
-conte d'Artois, d'Auvergne et de Bouloigne, de l'aage de treize ans ou
-environ, auquel succéda au duchié le roy de France; et ès contés
-d'Artois et de Bourgoigne, la mère au conte de Flandres; et ès contés
-d'Auvergne et de Bouloigne, monseigneur Jehan de Bouloigne, oncle de sa
-mère. Et se parti le roy de Paris pour aler prendre la possession dudit
-duchié, le dimenche cinquiesme jour de décembre ensuivant, et ala au
-bois de Vinciennes au giste.
-
-Item, en l'an mil trois cent soixante-un dessusdit, sixiesme jour
-d'avril devant Pasques, se combati le conte de Tanquarville pour le roy,
-et pluseurs autres chevaliers et escuiers, contre aucunes parties des
-compaignies qui lors estoient au royaume de France, à Brinois[221], près
-de Lyon sur le Rosne. Et y furent pris ledit conte de Tanquarville,
-monseigneur Jacques de Bourbon conte de la Marche, qui tantost après
-mourut pour les plaies qu'il ot en ladite bataille[222]; le conte de
-Sallebruche, le conte de Joigny et pluseurs autres, et le conte de
-Forest mourut en la place.
-
- [221] _Brinois_. Aujourd'hui _Brignais_, petite ville à deux lieues de
- Lyon.
-
- [222] M. Michelet a fait à cette occasion une belle réflexion: «Cette
- mort de Jacques de Bourbon fut glorieuse: le premier titre des
- Capets est la mort de Robert-le-Fort à Brisserte; celui des
- Bourbons, la mort de Jacques à Brignais. Tous deux tués en défendant
- le royaume contre les brigands.» (Tome III, page 438.)
-
-Item, le mercredi après Pasques et le jeudi ensuivant, vintiesme et
-vint-uniesme jour dudit moys d'avril, l'an mil trois cent soixante-deux,
-et furent Pasques le dix-septiesme jour dudit moys, gelèrent les vignes
-par toute France, Biauvoisin, Orlenois, Laonnois, Bourgoigne, et en la
-rivière de Marne, par telle manière que ceste année ne crut point de vin
-èsdis pays né ès pays voisins; et communelment l'en ne trouvast pas en
-cent arpens une queue de vin, et fist-l'en le plus verjus de ce qui crut
-ceste année. Mais les vignes gietèrent assés bois, et n'estoit homme qui
-oncques eut veu si grant faute de vin comme il fu celuy an.
-
-
-
-
-CXXXVII.
-
-Coment le roy de France ala à Avignon, et de la mort le pape Innocent,
-et de l'éleccion du pape Urbain dit Grimouart.
-
-ANNÉE 1362
-
-
-L'an de grace mil trois cent soixante-deux, au moys d'aoust, le roy de
-France Jehan se parti de Paris pour aler à Avignon visiter le pape
-Innocent qui lors vivoit. Et en celuy an mesme, le lundi douziesme jour
-de septembre, mourut ledit pape Innocent. Et le jeudi vint-deuxiesme
-jour dudit moys environ nonne, entrèrent les cardinaulx en conclave pour
-eslire pape, et estoient les présens vint cardinaulx. Et le jeudi
-vint-septiesme jour d'octobre, veille de saint Symon et saint Jude, l'an
-mil trois cent soixante-deux dessusdit, pour ce qu'il ne porent estre à
-accort de l'un d'eulx, esleurent en pape l'abbé de Marseille, appellé
-messire Guillaume Grimouart, qui par avant avoit esté abbé de
-Saint-Germain d'Aucerre, et estoit né de la sénéchaucié de Beaucaire. Et
-pour ce qu'il n'estoit pas lors à Avignon, il celèrent l'éleccion et luy
-signefièrent que tantost il alast à Avignon. Et le dimenche ensuivant,
-trentiesme jour dudit moys au soir, il entra assés secrètement en ladite
-ville et ala droit descendre en l'ostel du pape, et y fust celle nuit
-sans ce qu'il véist aucuns desdis cardinaulx qui encore laiens estoient.
-Et le lundi veille de Toussains, luy disrent lesdis cardinaulx son
-éleccion, laquelle il ot agréable, et celuy jour fu publiée et fu appelé
-Urbain le Quint, et le sixiesme jour de novembre ensuivant fu consacré.
-Item, ledit roy Jehan, qui par avant estoit parti pour aler visiter le
-pape Innocent, si comme dessus est dit, entra en Avignon le dimenche
-devant la sainte Katherine, vintiesme jour du moys de novembre
-ensuivant, et le reçut ledit pape Urbain honorablement en consistoire et
-le detint avec luy à disner. Item, le lundi cinquiesme jour du moys de
-décembre ensuivant, fu la bataille du conte de Foix et de ses gens
-contre le conte d'Armignac et les siens à Lille[223] près de Thoulouse.
-Et ot ledit conte de Foix victoire, et y furent pris ledit conte
-d'Armignac, les contes de Comminges et de Montleshun; le seigneur de
-Lebret et ses deux frères; le seigneur de Tarride[224] et pluseurs
-autres. Item, le mardi ensuivant, sixiesme jour dudit mois de décembre,
-fu la bataille de messire Amanion de Pomiers appelant, et de messire
-Fouque[225] d'Archiac deffendant, en la présence dudit roy de France, à
-Villeneuve près d'Avignon, et fu fait l'accort au champ, parce que ledit
-roy prist le descort sur luy.
-
- [223] _Lille_. Sans doute _Lisle-Jourdain_. Suivant M. Gaucheraud,
- historien élégant et fidèle de Gaston-Phoebus, comte de Foix, la
- bataille se donna à _Launac_, à deux lieues de _Lille-Jourdain_.
-
- [224] _Tarride_. Et mieux _Terride_.--_Montleshun_. Peut-être
- _Montesquiou_.
-
- [225] _Fouque_. Ou _Fouquaut_.
-
-Item, le vendredi benoist ensuivant, ledit pape Urbain prescha à Avignon
-le passage général d'oultre-mer, et en fist et ordena chief et capitain
-ledit roy de France Jehan qui présent estoit, et luy bailla la croix et
-au roy de Chypre et à pluseurs autres qui là estoient; et si fist et
-ordena le cardinal de Pierregort légat pour ledit passage.
-
-
-
-
-CXXXVIII.
-
-Coment le roy de France Jehan retourna de France en Angleterre de sa
-franche volenté, et coment il y fu receu honorablement des Anglois, et
-coment une maladie le prist dont il mourut.
-
-ANNÉE 1363
-
-
-L'an de grace mil trois cent soixante-trois, le mardi au soir troisiesme
-jour de janvier, le roy de France entra en mer à Bouloigne pour aler en
-Angleterre traictier avec le roy d'Angleterre de la délivrance de son
-frère Phelippe, duc d'Orléans, de son fils Jehan, duc de Berry, et de
-pluseurs autres ducs, contes et bannerets qui là estoient hostaiges pour
-ledit roy de France, et qui y estoient demourés depuis la délivrance
-dudit roy Jehan de France[226]. Et arriva ledit roy de France à Douvre
-l'endemain jour de jeudi et y demoura trois ou quatre jours; et depuis
-se parti et ala à Londres et entra en la ville le dimenche, quatorziesme
-jour dudit moys de janvier, et alèrent à l'encontre de luy grant nombre
-de notables personnes de ladite ville de Londres, jusques au nombre de
-mille chevaux ou de plus, vestus de robes pareilles par mestiers; et
-alèrent jusques à un hostel dudit roy d'Angleterre appellé Helthan, à
-deux lieues près de ladite ville de Londres, auquel hostel ledit roy de
-France avoit disné celuy jour avecques le roy d'Angleterre et la royne;
-et envoièrent lesdites personnes de Londres ledit roy de France jusques
-à ladite ville, et par icelle jusques à un hostel appelé Savoie, auquel
-il fu logié. Et assez tost après ordenèrent lesdis roys de France et
-d'Angleterre certaines personnes de leur conseils pour traictier sur les
-choses pour lesquelles ledit roy de France estoit alé en Angleterre. Et
-à l'entrée du moys de mars ensuivant prist une maladie audit roy de
-France pour occasion de laquelle les traictiés qui furent apointiés
-entre lesdis conseils et lesquels estoient nécessaires estre accordés
-par lesdis roys, en présence l'un de l'autre, furent assoupés[227]. Et
-fu malade ledit roy de France de ladite maladie jusques au lundi au soir
-environ mienuit, huitiesme jour du moys d'avril, l'an mil trois cent
-soixante-quatre après Pasques: car Pasques furent celuy an le
-vint-quatriesme jour de mars, en laquelle nuit il trespassa de ce
-siècle. Et luy succéda au royaume de France Charles, son ainsné fils,
-lors duc de Normendie, daulphin de Viennois[228].
-
- [226] Tel fut le véritable motif du voyage de Jean en Angleterre. Je
- ne vois pas même sur quels fondemens nos historiens modernes
- établissent que le roi se proposoit de retourner en captivité. Qu'y
- a-t-il de surprenant dans cette course d'un prince inquiet et
- inconstant? Il revenoit d'Avignon, il voulut aller à Londres: les
- motifs de voyage ne lui manquèrent pas, comme ils ne lui auroient
- pas manqué s'il eût voulu visiter l'empereur ou le roi d'Espagne. Le
- mot du continuateur de Nangis _causa joci_, ne peut signifier que:
- _pour se divertir, pour son plaisir_, et ne peut entraîner l'idée
- d'un amour ridicule et peu probable à l'âge du roi de France.
-
- [227] _Assoupés_. Négligés, oubliés, assoupis.
-
- [228] Ici devroit s'arrêter la chronique du roi Jehan, mais tous les
- manuscrits y joignent les trois chapitres suivans qui touchent au
- règne de son successeur, mais qui se rapportent à des évènemens
- antérieurs au sacre.
-
-
-
-
-CXXXIX.
-
-En quel temps messire Bertran du Guesclin prist la ville de Mante et
-celle de Meullent et pluseurs de Paris.
-
-ANNÉE 1364
-
-
-L'an de grace mil trois cent soixante-quatre dessus dit, celuy huitiesme
-jour d'avril, monseigneur Bertran du Guesclin[229], chevalier
-breton-Galot qui estoit ès parties de Normendie capitain, de par ledit
-duc de Normendie, prist la ville de Mante, qui lors estoit au roy de
-Navarre. Et assés tost après fu la ville de Meullent prise et toute la
-forteresce par les gens dudit duc de Normendie, laquelle ville aussi
-estoit audit roy de Navarre, et furent pris pluseurs de la ville de
-Paris et autres qui tenoient la partie dudit roy de Navarre contre
-lesdis roy de France et duc de Normendie leur drois seigneurs. Et pour
-ce en furent aucuns exécutés et décapités à Paris comme traictres.
-
- [229] _Du Guesclin_. Ce nom est écrit régulièrement ainsi dans nos
- chroniques.--_Breton-Galot_. De la _Bretagne non bretonnante_.
-
-
-
-
-CXL.
-
-Coment le corps du roy Jehan fu apporté en France en l'abbaye de
-Saint-Anthoine lès Paris, et de son obsèque et enterrement à
-Saint-Denis.
-
-
-Le mercredi premier jour de mai, l'an mil trois cent soixante-quatre
-dessusdit, le corps dudit roy Jehan qui avoit esté trespassé à Londres,
-comme dit est, fu apporté à Saint-Anthoine près de Paris, au soir, et y
-demoura le jeudi, le vendredi et le samedi ensuivant, pour appareillier
-et mettre à point le corps et les autres choses nécessaires pour
-l'obsèque. Et le dimenche, cinquiesme jour dudit moys de may après
-disner, fu ledit corps apporté de ladite abbaye de Saint-Anthoine en
-l'églyse de Nostre-Dame de Paris, acompaignié de processions de toutes
-les églyses de Paris, et de trois de ses fils, c'est assavoir: Charles,
-duc de Normendie, qui estoit ainsné; Loys, duc d'Anjou, qui estoit le
-secont; et Phelippe, duc de Touraine, qui estoit le plus jeune de tous
-ses fils. Et aussi y fu le roy de Chypre: et Jehan, duc de Berry, qui
-estoit le tiers en aage, estoit encore en Angleterre. Et portèrent le
-corps dudit roy les gens de son parlement[230], si comme acoustumé avoit
-esté des autres roys, pour ce que il représentent la personne au fait de
-justice qui est le principal membre de sa couronne, et par lequel il
-règne et a seigneurie. Item, le lundi matin ensuivant, sixiesme jour
-dudit moys de may, fu la messe chantée sollempnelment en ladite églyse
-de Nostre-Dame de Paris, et tantost après la messe fu le corps mis à
-chemin pour porter à Saint-Denis en France, par la manière qu'il avoit
-esté apporté de Saint-Anthoine. Et alèrent après à pié ses trois fils,
-Charles, Louis et Phelippe, et aussi ledit roy de Chypre jusques à
-Saint-Ladre, au-dehors de Paris; et là montèrent à cheval les trois
-frères dessusdis et ledit roy de Chypre, et alèrent tousjours à cheval
-après le corps jusques à l'entrée de la ville de Saint-Denys, et lors
-descendirent et alèrent à pié après par ladite ville jusques à l'églyse.
-Et le mardi ensuivant, septiesme jour dudit moys de may, fu fait
-l'obsèque dudit roy en ladite églyse de Saint-Denis, et fu le corps
-enterré au bout du grant autel, à la senestre partie. Et tantost après
-la messe, le roy Charles, son ainsné fils, ala au préau du cloistre de
-ladite églyse, et là, appuyé à un figuier estant audit préau, reçeut
-pluseurs homaiges des pers et grands barons, et après ala disner et
-demoura à Saint-Denis ledit jour et l'endemain. Item, le jeudi
-ensuivant, neuviesme jour dudit moys de may, parti ledit roy Charles de
-Saint-Denis pour aler à son sacre à Reims, lequel devoit estre le jour
-de la Trinité ensuivant.
-
- [230] Cette phrase semble accuser dans l'historien de Charles V, un
- membre du parlement. La rédaction lui appartiendroit à partir du
- traité de Brétigny.
-
-
-
-
-CXLI.
-
-De la prise du captal[231] par messire Bertran du Guesclin, chevalier.
-
- [231] _Captal_. Le changement d'orthographe de ce nom est une nouvelle
- preuve du changement de rédaction, depuis le premier retour du roi
- Jean.
-
-
-Le jeudi seiziesme jour dudit moys de may, monseigneur Bertran du
-Guesclin, qui lors estoit pour ledit roy de France ès parties de
-Normendie, se combati devant Cocherel, près de la Croix Saint-Lieffroy,
-contre le captal de Buech, lors lieutenant du roy de Navarre èsdites
-parties; et fu ledit captal desconfi et pris, et la plus grant partie de
-sa gent mors ou pris. Et pour avoir ledit captal, le roy de France donna
-audit messire Bertran, duquel ledit captal estoit prison, la conté de
-Longueville la Giffart, laquelle avoit esté audit roy de Navarre. Mais
-le roy de France l'avoit fait prendre et mettre en sa main, pource que
-ledit roy de Navarre s'estoit rendu son ennemi: et par ce ledit messire
-Bertran laissa ledit captal au roy de France, lequel il fist mener en
-prison au marchié de Meaulx.
-
-
-_Ci fenissent les fais du bon roy Jehan._
-
-
-
-
-CY COMENCENT LES GESTES
-
-DU ROY CHARLES
-
-CINQUIESME
-
-DU NOM.
-
-
-
-
-I.
-
-Coment Charles, ainsné fils du roy Jehan, qui trespassa en Angleterre,
-fu sacré et enoint a roy de France en l'églyse de Reims, et aussi fu la
-royne sa femme[232].
-
- [232] Dans les plus anciennes leçons, la vie de Charles V n'est pas
- séparée de celle du roi Jean; mais pour suivre la méthode la plus
- naturelle, nous avons, dans cette circonstance, préféré le système
- des autres manuscrits et des précédentes éditions.
-
-
-L'an de grace mil trois cent soixante-quatre, le dimenche jour de la
-Trinité, qui fu le dix-neuviesme jour du moys de may, furent ledit roy
-Charles et madame Jehanne de Bourbon, sa femme, sacrés à Reims par
-monseigneur Jehan de Craon, lors arcevesque dudit lieu. Et furent audit
-sacre les evesques de Laon, de Beauvais, lors chancelier de France; de
-Langres et de Noyon, pers de France; et pluseurs autres prélas qui
-n'estoient pas pers: et barons Loys duc d'Anjou, et Phelippe duc de
-Touraine, et la contesse de Flandres, contesse d'Artois, pers de France;
-le roy de Chypre, le duc de Bréban, frère de l'empereur et oncle dudit
-roy de France; le duc de Lorraine, le duc de Bar et pluseurs autres
-barons qui n'estoient pas pers. Item, le mardi vint-huitiesme jour dudit
-moys de may, lesdis roy et royne de France, qui retournoient de leur
-sacre, entrèrent à Paris, c'est assavoir ledit roy environ heure de
-midy; et ala droit à Nostre-Dame et de là retourna au Palais; et environ
-nonne, la royne entra à Paris et ala droit au palais. Et avecques la
-royne estoient à cheval la duchesse d'Orléans, femme de Phelippe duc
-d'Orléans, oncle dudit roy; la duchesse d'Anjou, femme dudit Loys duc
-d'Anjou, et Madame Marie, suer d'iceluy roy, laquelle n'avoit oncques
-esté mariée, et depuis fu femme du duc de Bar. Et menoit ladite royne,
-par le frain du cheval, monseigneur de Touraine qui aloit de pié, lequel
-monseigneur de Touraine estoit frère dudit roy. Et monseigneur le conte
-de Eu semblablement menoit madame d'Orléans; monseigneur d'Estampes
-menoit madame d'Anjou, et monseigneur Loys de Chalon et le seigneur de
-Beaugieu menèrent ladite madame Marie. Et fist-l'en celuy jour grant
-disner au palais, là où furent tous les prélas qui estoient à Paris. Et
-après disner qui fu environ nonne, ot grant jouste en la court du palais
-et l'endemain aussi, et à tous les deux jours jousta le roy de Chypre et
-pluseurs autres ducs, contes et barons. Item, le vendredi, derrenier
-jour dudit moys de mai, l'an mil trois cens soixante-quatre dessus dit,
-ledit roy Charles octroia à monseigneur Phelippe, son plus jeune frère,
-la duchié de Bourgoigne, laquelle avoit esté requise par avant au roy
-Jehan, et l'en reçut celuy jour en sa foy et en son homaige. Et iceluy
-monseigneur Phelippe laissa au roy, son frère, la duchié de Touraine,
-que le roy Jehan, son père, luy avoit donnée l'an mil trois cent
-soixante.
-
-
-
-
-II.
-
-De la mort de Charles de Blois et desconfiture de ses gens, par
-monseigneur Jehan de Montfort.
-
-
-Le dimenche, jour de la Saint-Michiel mil trois cens soixante-quatre
-dessus dit, combatirent devant le chastel d'Auroy[233], près de la cité
-de Nantes, monseigneur Charles de Blois, lors duc de Bretaigne de
-l'éritage de sa femme, d'une part; et monseigneur Jehan de Montfort,
-d'autre part. Et avoit ledit monseigneur Charles, en sa compaignie,
-grant foison de François et de Bretons, qui avoient tenu et tenoient la
-partie du roy de France. Et ledit monseigneur Jehan de Montfort avoit
-Anglois et autres Bretons, qui avoient tenu la partie du roy
-d'Angleterre. Et fu ledit monseigneur Charles mort en ladite bataille,
-et ceux qui en sa compaignie estoient furent desconfis, la plus grant
-partie mors ou pris. Et depuis ladite bataille, ledit monseigneur Jehan
-de Montfort ne trouva audit païs de Bretaigne qui luy résistast ou féist
-aucune guerre. Jasoit ce que la duchesse, femme dudit monseigneur
-Charles, et duquel costé ladite duchié luy estoit escheue par la mort du
-duc Jehan, feust demourée en vie et estoit au païs.
-
- [233] _Auroy_. Aujourd'hui _Auray_, petite ville du département du
- Morbihan.
-
-
-
-
-III.
-
-Du traictié qui fu entre monseigneur Jehan de Montfort et la duchesse,
-pour la duchié de Bretaigne.
-
-ANNÉE 1365
-
-
-L'an mil trois cens soixante-cinq, le douziesme jour du moys d'avril,
-monseigneur Jehan de Craon, lors arcevesque de Reims, et monseigneur
-Jehan le Maingre, dit Bouciquaut, lors mareschal de France, lesquels le
-roy de France Charles avoit envoiés audit païs de Bretaigne, pour
-traictier entre ladite duchesse et ledit monseigneur Jehan de Montfort,
-féirent et traictièrent accort entre lesdites parties par la manière qui
-s'ensuit. C'est assavoir que ladite duchié de Bretaigne, duquel vint ans
-par avant ou environ, la possession et l'estat avoit esté adjugié par le
-roy Phelippe et par arrest audit monseigneur Charles de Blois, à cause
-de sadite femme, demourroit en héritage perpétuel audit monseigneur
-Jehan de Montfort; et ladite duchesse auroit pour luy et pour ses hoirs
-la conté de Pantevre[234], qui avoit esté propre héritaige de
-monseigneur Guy de Bretaigne, son père. Et si devoit avoir par ledit
-traictié la viconté de Limoges[235]. Et jà soit que ladite duchesse ne
-se consentist point en sa personne, mais seulement le sire de Beaumanoir
-et aucuns autres qu'elle avoit institué procureurs pour traictier,
-néantmoins fu tantost et sans délai la possession dudit duchié, et les
-villes, chasteaux et forteresses d'iceluy bailliées et délivrées
-réalment et de fait audit monseigneur Jehan de Montfort, dont moult de
-gens s'esmerveillièrent; car ledit duchié avoit esté délivré par avant à
-ladite duchesse, comme dessus est dit, contre le père dudit monseigneur
-Jehan de Montfort.
-
- [234] _Pantevre_. Penthièvre.
-
- [235] La chronique inédite, qui met de côté la vicomté de Limoges,
- ajoute ici: _La terre d'Avaugour_.
-
-Item, en celuy an, au moys de juing, fu fait et passé un accort du roy
-de France d'une part, et du roy de Navarre d'autre, de la guerre qu'il
-avoient commenciée, et pour laquelle ledit roy de France avoit fait
-prendre Mante et Meullent et la conté de Longueville. Par lequel accort
-le captal de Buech, qui de ladite guerre avoit esté pris comme dessus
-est dit, fu du tout délivre; et par ledit accort devoient demourer
-perpétuelment au roy de France lesdites villes de Mante et de Meullent
-et ladite contée de Longueville, laquelle ledit roy de France avoit jà
-donnée à messire Bertran du Guesclin, pour la raençon dudit captal,
-lequel avoit esté prison dudit messire Bertran si comme dessus est dit.
-Et le roy de Navarre devoit avoir la ville et la baronnie de
-Montpellier, et pour ce, fu paix criée et publiée entre lesdis roys.
-
-
-
-
-IV.
-
-Coment messire Bertran du Guesclin mena hors de France pluseurs gens
-d'armes et pristrent la ville de Burgs en Espaigne.
-
-
-En celuy temps, assez tost après, ledit monseigneur Bertran du Guesclin
-traicta avecques pluseurs gens de compaignie, Anglois, Gascoings,
-Bretons, Normans et d'autres nacions qui estoient au royaume de France
-et y tenoient pluseurs forteresses, aucunes dès le temps de la guerre du
-roy d'Angleterre, et les autres qui avoient esté occupées par lesdites
-compaignies depuis la paix faite entre les roys de France et
-d'Angleterre; et moult avoient domaigié et domaigoient chascun jour
-ledit royaume de France. Et fist et pourchacia tant ledit messire
-Bertran que il laissièrent toutes les forteresses que il tenoient, et si
-accordèrent et promistrent que il iroient avecques luy contre les
-Sarrazins. Et pour celle cause, le pape Urbain fist grant ayde audit
-messire Bertran tant de florins que il luy bailla comme de deux dixmes
-que il luy octroia. Et partirent assez tost après ledit messire Bertran
-et pluseurs desdites compaignies, et alèrent au royaume d'Arragon, en
-l'aide dudit roy d'Arragon contre le roy de Castelle. Et assez tost
-après, entrèrent audit royaume de Castelle, et sans aucune résistence
-chevauchièrent par ledit royaume, et pristrent villes, cités, chasteaux
-et forteresses, sans ce que le roy Pierre de Castelle, qui lors en
-estoit roy, y méist aucune résistance. Et toutesvoies estoit ledit roy
-Pierre tenu un des plus puissans roys des Chrétiens, tant de puissance
-de gens comme de grans trésors; car il avoit esté et estoit moult crueux
-et moult doubté tant de ses subgiés comme d'autres; et pour ce, avoit
-assemblé grans trésors, tant des aydes qu'il avoit eues de ses subgiés
-comme des conquestes et finances qu'il avoit eues des roys de Garnade et
-de Bellemarine[236], lesquels il avoit subjugués et mis en son
-obéissance, et par espécial avoit tant fait que le roy de Garnade, qui
-estoit Sarrasin, estoit son homme et tenoit son royaume de luy; et
-néantmoins, il ne résistoit point à ceux qui ainsi comme dit est,
-conquéroient son pays. Et tant chevauchièrent par ledit païs de Castelle
-que il furent la semaine péneuse l'an mil trois cens soixante-cinq
-dessus dit, devant la cité de Burgs, de laquelle se estoit tantost parti
-ledit roy Pierre que il avoit oïes les nouvelles de la venue desdites
-gens d'armes, et s'en estoit alé vers Tolète si comme l'en disoit. Et
-tantost se rendirent les habitans de ladite ville de Burgs à ceux de
-ladite compaignie desquels les noms s'ensuivent: Monseigneur le conte de
-la Marche, appellé monseigneur Jaques de Bourbon; Henry d'Espaigne,
-conte de Tristemare, lequel estoit frère de père non légitime dudit roy
-Pierre de Castelle, et avoit iceluy Henry esté banni et exillié dudit
-royaume de Castelle; et à son titre[237] aloient tous avecques luy,
-messire Bertran Du Guesclin dont dessus est faite mencion; monseigneur
-Arnoul d'Odenehan, mareschal de France; monseigneur Hue de Carvele[238],
-Anglois; monseigneur Maurice de Trésiguidy, et pluseurs autres François,
-Bretons, Normans, Anglois, Gascoings, Arragonnoys et autres de pluseurs
-nations jusques au nombre de dix mil hommes d'armes de fait ou de plus,
-si comme l'en disoit; lesquels entrèrent en ladite ville de Burgs et y
-tuèrent aucuns Juifs et Sarrasins, mais il ne meffirent point aux corps
-des Crestiens.
-
- [236] _Bellemarine_. C'est-à-dire, comme nous l'avons précédemment
- expliqué sous l'année 1340, le souverain de Maroc, de la dynastie
- des _Benmerini_.
-
- [237] _A son titre_. Sous son obéissance apparente.
-
- [238] _Carvele_. La chronique inédite du nº 530, qui le fait figurer à
- la bataille d'Auray, le nomme _Cameley_, et Froissart _Caureley_.
-
-
-
-
-V.
-
-Du coronement de Henry, roi d'Espaigne, et des messaiges que Jehan de
-Montfort envoia au roy de France et de la mort de messire Arnault de
-Cervole, dit Arceprestre.
-
-ANNÉE 1366
-
-
-L'an de grace mil trois cens soixante-six, le jour de Pasques, qui
-furent le cinquième jour d'avril, fu en ladite ville de Burgs coroné en
-roy de Castelle ledit Henry, frère dudit roy Pierre, de l'accort et
-consentement des autres seigneurs et capitaines desdites gens d'armes.
-Et après son coronement, il donna audit monseigneur Bertran la conté de
-Tristemare que il tenoit avant que il feust exillié du païs et le fist
-duc tant de Tristemare comme de la terre d'Esture[239].
-
- [239] _Estures_. Asturies.
-
-Item, environ ledit temps de Pasques, l'an dessus dit, monseigneur de
-Montfort, lors duc de Bretaigne, par le traictié que avoit fait
-l'arcevesque de Reims dont dessus est faite mencion, envoia à Paris
-devant le roy de France Charles, messaiges, c'est à savoir le seigneur
-de Cliçon, Breton, et monseigneur Guillaume le Latimier, Anglois, afin
-que le roy voulsist confermer ledit traictié fait par ledit arcevesque,
-et aussi que le roy lui prorogast le temps que autrefois luy avoit donné
-pour venir faire son homaige audit roy de France. Et fu accordé auxdis
-messaiges que il aroient confermaison dudit traictié et si orent en une
-chartre. Mais elle leur fu bailliée close et promistrent qu'elle ne
-seroit ouverte jusques à ce que ledit duc feust venu devers le roy faire
-son homaige tant dudit duchié comme de la conté de Montfort et des
-autres terres qu'il devoit tenir du roy. Et luy fu donné terme ès
-personnes desdis de Cliçon et Latimier ses procureurs, jusques à la
-Saint-Michiel ensuivant, pour venir faire son dit homaige devers le roy.
-
-Item, en celuy an, environ la Trinité, messire Arnault de Cervole, dit
-l'Arceprestre, chevalier, qui tenoit grans compaignies au royaume de
-France, fu mis à mort par ceux desdites compaignies qui estoient avec
-lui, dont moult de gens furent joyeux et liés; car il avoit esté au roy
-et encore estoit son homme[240] de pluseurs grans et notables villes,
-chasteaux, terres et forteresses que il tenoit de l'éritage de la dame
-de Chasteauvillain, sa femme et de ses enfans; et aussi de l'éritage du
-seigneur de Leuroux, après la mort duquel ledit Arceprestre avoit
-espousé sa femme; et après la mort de ladite femme il n'avoit voulu
-rendre lesdites terres et forteresses aux héritiers auxquels elles
-appartenoient; jà soit ce que à aucuns d'iceux partie en eust esté
-adjugiée par arrest de parlement. Et encore avecques tout ce il et ses
-dites gens gastoyent tout le pays où il aloient, roboient, tuoient et
-prenoient à raençon toutes gens, et si luy avoit le roy par pluseurs
-fois fait baillier pluseurs et grans sommes de florins, et le pape aussi
-pour faire vidier lesdites compaignies hors dudit royaume; et par
-plusieurs fois l'avoit promis et juré et si n'en avoit rien fait. Si ne
-fu pas merveilles sé l'en fu liés de sa mort. Et néantmoins tousjours
-demouroient lesdites compaignies au royaume, et y faisoient tous les
-maux que ennemis pevent faire, et y en avoit presque en toutes les
-parties du royaume excepté le païs de Picardie. Et aucune fois prenoient
-des forteresses et puis les rendoient par grans sommes de florins que
-l'en leur donnoit, et tantost en prenoient des autres, et ainsi
-l'avoient tousjours fait depuis l'an mil trois cens soixante-un, que il
-commencièrent à domaigier ainsi ledit royaume de France par manière de
-compaignies, et faisoient encore, nonobstant que le pape Urbain eust
-données sentences d'escomeniement contre tous ceux qui faisoient telles
-compaignies et contre leur aidans et confortans.
-
- [240] _Car il avoit esté_, etc. N'y auroit-il pas une faute ici, et ne
- liroit-on pas mieux: «Car il avoit osté au roy et encore ostoit son
- homage...»
-
-
-
-
-VI.
-
-De la naissance de madame Jehanne, fille du roy de France, et de la
-victoire du roy Henry, et de la fuite du roy Pierre d'Espaigne.
-
-
-Le dimenche septiesme jour de juing, entre tierce et midi, l'an mil
-trois cens soixante-six dessus dit, la royne de France, appellée
-Jehanne, fille du duc de Bourbon qui avoit esté mort en la bataille de
-Poitiers, et femme du roy Charles qui lors estoit, ot une fille au bois
-de Vincennes, laquelle fu baptisiée en la chapelle dudit bois de
-Vincennes, le jeudi ensuivant onziesme jour dudit moys, et fu appellée
-Jehanne; et fu parein monseigneur Jehan, duc de Berry et d'Auvergne,
-frère dudit roy, et marraines les roynes Jehanne d'Évreux, qui avoit
-esté femme du roy Charles qui fu mort l'an mil trois cens vingt-sept, et
-Blanche de Navarre, qui avoit esté femme du roy Phelippe, qui mourut
-l'an mil trois cens cinquante en la ville de Nogent-le-Roy, et
-Marguerite, contesse d'Artois, mère du conte des Flandres Loys. Et si y
-furent grant foison de prélas qui estoient à Paris.
-
-Item, environ la nativité Saint-Jehan-Baptiste audit an mil trois cens
-soixante-six, vindrent nouvelles en France que ledit roy Henry de
-Castelle avoit conquesté tout le royaume de Castelle et toute la terre
-que avoit tenue le roy Pierre dudit royaume, et que iceluy roy Pierre
-s'en estoit foui l'en ne savoit quel part et avoit laissié tout son
-pays, lequel pays estoit tout en l'obéissance dudit roy Henry; et ce fu
-chose tenue à moult grant merveille. Car ledit roy Pierre estoit tenu
-avant que lesdites compaignies entrassent en son païs le plus puissant
-roy des Crestiens, de terres, de subgiés et de grans trésors, et
-toutesvoies avoit esté tout son païs conquesté en moins de trois moys
-sans ce qu'il y eust nuls qui y méist aucune résistance; et si estoit
-ledit roy Pierre tenu le plus hardi et le plus cruel roy des Crestiens.
-Si disoit-l'en communelment que ces choses là estoient avenues par
-vengence de Dieu; car il avoit fait moult de maux et avoit gouverné par
-tyrannie, si n'estoit point amé de ses subgiés. Et entre ses autres
-mauvais fais il avoit mauvaisememt fait murdrir sa femme espousée, très
-bonne et très loyal créature, laquelle avoit esté fille du duc de
-Bourbon, qui mourut en la bataille de Poitiers là où le roy Jehan fu
-pris, et estoit seur de la royne de France qui lors estoit. Et pour ce
-que il savoit bien que ses subgiés le héoient, il ne se osa combattre,
-si perdi tout et s'en ala, si comme aucuns disoient lors, en terre de
-Sarrasins. Les autres disoient qu'il estoit alé vers le roy d'Angleterre
-et vers le prince de Galles et d'Aquitaine, fils dudit roy d'Angleterre,
-pour avoir aide et secours. Et assez tost après sot-l'en certainement en
-France que ledit roy Pierre estoit avecques le prince en Gascoigne et
-fist aliances avecques luy, et donna audit prince grant foison d'or et
-de riches joyaux, et pour ce, le prince luy promist que il luy aideroit
-à recouvrer son pays, et fist iceluy prince grant semonce de gens
-d'armes pour mener en Castelle, avecques ledit roy Pierre, et par
-plusieurs fois les contremanda.
-
-
-
-
-VII.
-
-De l'omaige que Jehan de Montfort fist au roy de France du duchié de
-Bretaigne, et coment la femme dudit Charles y renonça.
-
-
-L'an dessus dit mil trois cens soixante-six, au mois de décembre, c'est
-assavoir le treiziesme jour, messire Jehan de Montfort, lors duc de
-Bretaigne, par le traictié dont dessus est faite mencion, fist l'omaige
-lige à Paris au roy de France Charles, du duchié de Bretaigne et de
-toutes les autres terres que il tenoit au royaume de France. Et se parti
-du roy en bonne grace et amour que l'un avoit à l'autre, si comme il
-sembloit; et si luy fist le roy de beaux dons de joyaux et de chevaux.
-Et en celuy mesme temps la duchesse, femme du duc mort en la bataille
-dessus dite, ractefia, en sa personne, audit duc de Bretaigne, en la
-présence du roy et de son conseil, le traictié fait par le sire de
-Beaumanoir et les autres, ses procureurs dessus escrips, en renonçant
-audit duchié par la manière dont il avoit esté traictié, et requérant au
-roy que ainsi le confermast et prononçast en force et vertu d'arrest. Et
-ainsi fu fait et prononcié en la présence du roy et des deux parties,
-par messire Jehan de Dormans, lors evesque de Beauvais et chancelier de
-France. Item, le lundi, sixiesme jour dudit moys de décembre, madame
-Jehanne, fille dudit roy de France Charles, mourut à Paris en la
-Conciergerie, ostel du roy[241], lequel ostel est près de Saint-Pol. Et
-le mardi ensuivant fu enterrée en l'églyse Saint-Denis, en France.
-
- [241] _En la conciergerie, ostel du roy_. Les éditions précédentes,
- qui pourtant deviennent à compter de ce règne moins grossièrement
- inexactes, portent seulement ici: _En l'ostel du roy_.
-
-Item, au moys de février ensuivant, l'an mil trois cens soixante-six
-dessus dit, furent apportées nouvelles à Paris pardevers le roy de
-France Charles, que un sien chambellan, appellé messire Jehan de La
-Rivière, lequel estoit alé oultre-mer environ la nativité Saint-Jehan
-précédent, estoit trespassé de ce siècle à Fomagosce[242] au royaume de
-Chypre, environ la feste de Toussains précédent; de laquelle mort le roy
-fut moult dolent, car il l'amoit moult. Et fu le corps enterré en la
-ville de Coste, en laquelle l'en dit que Sainte-Katherine fu née, et
-pour ce, luy fist faire ses obsèques moult solennels et notables en
-l'églyse Sainte-Katherine-du-Val-des-Écoliers, à Paris, le mercredi
-dix-septiesme jour dudit mois de février, les vigiles et le jeudi
-ensuivant la messe; et y fu ledit roy présent et tous les prélas et
-officiers du roy estant à Paris. Et en celuy mesme moys de février
-furent apportées nouvelles en France que le cinquiesme jour du mois de
-décembre précédent, le roy de Chypre et pluseurs crestiens en sa
-compaignie, avoient pour la seconde fois prise la cité d'Alexandrie et
-la tenoient; car l'autre fois que ledit roy de Chypre l'avoit prise l'an
-précédent, il l'avoit tantost laissiée, pour ce que il n'avoit pas assez
-gens pour la tenir. Et toutes voies ne fu ce pas vrai, car jà soit ce
-que ledit roy de Chypre féist moult grant armée et que avecques luy
-feussent grant quantité de crestiens de diverses nations, il ne se
-traist plus vers ladite ville d'Alexandrie, mais fu fait un traictié
-entre luy et le soudan, par lequel il orent une longue triève par
-certaine somme de florins que ledit soudan en donna audit roy de Chypre,
-si comme l'en disoit.
-
- [242] _Fomagosce_. Famagouste.
-
-Item, en ce dit moys de février mil trois cens soixante-six dessus dit,
-le prince de Galles qui, si comme l'en disoit, avoit receu grant somme
-de florins dudit roy Pierre de Castelle pour luy aidier, passa par le
-royaume de Navarre, accompagnié de grand nombre de gens d'armes,
-archiers et autres gens de pié, par traictié que il fist avecques ledit
-roy de Navarre, pour aler en Castelle contre ledit roy Henry. Et
-toutesvoies cuidoit ledit Henry que iceluy roy de Navarre feust alié
-avecques luy, et pour cela avoit donné grant somme de florins. Mais pour
-ce que ledit prince luy en donna aussi, il se consenti que ledit prince
-passast par son pays, et ainsi le fist et ledit roy Pierre avecques luy,
-et entra en Castelle; dont le roy de Navarre acquist grant blasme et
-déshonneur.
-
-
-
-
-VIII.
-
-Coment le roy de Navarre se fist prendre par cautelle.
-
-ANNÉE 1367
-
-
-Item, le treiziesme jour du mois de mars ensuivant, un chevalier breton,
-appellé monseigneur Olivier de Mauny, prist ledit roy de Navarre assez
-près de Tudelle et l'enmena prisonnier au royaume d'Arragon, et se fist
-ledit roy de Navarre prendre par fraude, afin, si comme l'en disoit, que
-il ne passast avec ledit prince en Castelle. Et assez tost après,
-pluseurs Anglois et autres des gens dudit prince qui estoient passés en
-Castelle avec lui au royaume d'Arragon, pour ce que le roy d'Arragon
-estoit alié dudit roy Henry, assez tost après que il y furent entrés,
-les Arragonnois leur coururent sus et les desconfirent, et y fu mort un
-chevalier anglois, appelé messire Guillaume de Feleton, et pluseurs
-autres jusques au nombre de cinq cens et plus.
-
-
-
-
-IX.
-
-De la prise messire Bertrand du Guesclin et de pluseurs autres par les
-Anglois, etc.
-
-
-En celuy an mil trois cent soixante-six, le samedi troisiesme jour du
-moys d'avril devant Pasques, et fu la veille du dimenche que l'on chante
-_Judica_, lesdis prince et roy Henry et leur bataille, se rencontrèrent
-assez près de St-Dominge[243] et se combattirent, et là fu ledit roy
-Henry desconfit et s'en parti de la bataille, et la plus grand partie
-des Castellains avecques luy. Et là furent pris messire Bertran du
-Guesclin; monseigneur Arnoul d'Odenehan, maréchal de France; Le Begue de
-Villaines et aucuns autres François et Bretons et aussi aucuns autres
-Arragonnois. Et assez tost après se traistrent lesdis prince et roy
-Pierre vers Burgs, et par traictié se rendirent ceux de dedens et se
-mistrent en l'obéissance dudit roy Pierre. Item, en celuy temps, ledit
-roy de Navarre qui avoit esté pris, comme dit est, par monseigneur
-Olivier de Mauny, fu délivré, et il bailla par ficcion, son fils en
-ostaige et trois chevaliers.
-
- [243] _Saint-Dominge_. Cette bataille a pris encore le nom tantôt de
- _Nadera_, ou _Najara_, et tantôt de _Navarette_. Ce dernier a
- prévalu.
-
-
-
-
-X.
-
-Coment le pape Urbain entra en mer pour aler à Rome; et de la dissencion
-de ceux de Viterbe contre ses gens, et de la bataille qui y fu.
-
-
-L'an de grace mil trois cent soixante-sept, le derrenier jour d'avril,
-dont Pasques furent le dix-huitiesme jour dudit moys, pape Urbain parti
-d'Avignon pour aler à Rome, au très-grant desplaisir de tous les
-cardinaux; et en demourèrent cinq qui n'alèrent pas lors avecques luy,
-mais il ne leur laissa né donna aucune puissance. Et ala à Marseille
-pour là entrer en mer, et y trouva pluseurs galies de Venise, de Gennes,
-de Secile et autres moult honorablement aournées de gens et paremens. Et
-entra sa personne en celle de Venise et ala droit à Viterbe, là où il
-demoura et tint sa cour environ quatre moys; et par le temps que il
-estoit en la dite ville de Viterbe, c'est assavoir le [244] l'an
-mil trois cent soixante-sept dessus dit, se mut une rumeur entre aucuns
-habitans d'icelle ville et aucuns familiers de cardinaux pour ce, si
-comme l'en disoit, que iceux familiers lavoient leur mains en la
-fontaine de la dicte ville. Et fu telle ladite rumeur que ceux de ladite
-ville s'armèrent et coururent sus aux cardinaux et à leur gens, et
-convint que aucuns desdis cardinaux se rendissent et laissassent le
-chappel rouge à aucuns desdis habitans pour leur sauver la vie. Et si
-allèrent devant le chastel de ladite ville au quel estoit le pape, mais
-il ne purent entrer. Et pour ce, le pape manda gens d'armes, et dedens
-trois jours en ot en ladite ville si largement, que le pape ot la
-seigneurie et puissance de fait; si en fist prendre pluseurs et procéda
-à la pugnicion dudit fait, et en furent pluseurs mis à mort.
-
- [244] Cet endroit est ainsi laissé en blanc dans le manuscrit de
- Charles V; dans les autres, et dans les éditions précédentes, la
- date n'est pas même indiquée.
-
-Item, au mois d'aoust ensuivant, l'an dessusdit, le prince de Galles qui
-estoit alé en Castelle, et le duc de Lencastre, son frère, qui pou orent
-exploitié fors seulement du fait de la bataille dont dessus est faite
-mencion au chapitre précédent, s'en retournèrent à Bordeaux et
-laissèrent ledit roy Pierre en Castelle, lequel n'avoit pas fait son
-devoir vers ledit prince. Car jasoit que iceluy prince feust là alé pour
-aidier audit Pierre et pour le remettre au pays dont il avoit esté
-chascié, il se parti après la bataille en laquelle ledit prince et ses
-gens avoient eu victoire; et ne le vit puis ledit prince si comme l'en
-disoit, et demoura ledit Pierre en moult grant debte devers le prince
-pour cause de gaiges des gens d'armes que iceluy prince avoit menés
-avecques luy. Et tantost que le roy Henry, qui estoit venu au royaume de
-France après ce qu'il ot esté desconfi, comme dit est dessus, avoit
-demouré au pays de Carcassoys[245] et sa femme et pou de gens avecques
-luy, sot que ledit prince s'estoit parti de Castelle et les compaignies
-que il avoit menées avecques luy; et aussi quant iceluy Henry ot sceu
-que la plus grant partie des gens dudit royaume de Castelle le
-recevroient volentiers sé il y aloit, il se mist en chemin pour y aler
-et prist le chemin par les montaignes de Forez: et jasoit ce que il eust
-pluseurs empeschemens, il entra audit pays de Castelle, le
-vint-septiesme jour du mois de septembre mil trois cens soixante-sept
-dessus dit: et premièrement en la cité de Calehorre, et de là ala à
-Burgs; et fu receu audit pays de Castelle de toutes gens moult
-honnorablement, et luy fist-l'en toute obéissance comme à seigneur; et
-ainsi ledit royaume de Castelle fu gaignié par Henry, et recouvré par
-Pierre, et regaignié par Henry, tout en un an et demi ou environ. Et
-depuis demourèrent les dictes compaignies, en Guyenne au païs dudit
-prince, jusques au moys de décembre ensuivant, que elles entrèrent en
-Auvergne et en Berry. Et en l'entrée du moys de février ensuivant,
-passèrent la rivière de Loire vers Marcigny-les-Nonnains[246], les uns à
-gué les autres sur un pont, et demourèrent en Maconnois par aucun temps.
-Et depuis entrèrent au duchié de Bourgoigne et le passèrent moult
-hastivement, car il trouvoient pou de vivres, pour ce que l'en avoit
-fait retraire tout ès forteresses, lesquelles estoient très-bien gardées
-par la bonne ordenance que messire Phelippe fils du roy de France Jehan,
-et frère du roy Charles lors duc de Bourgoigne, y avoit mise, tant de
-gens d'armes comme autrement. Et ne demourèrent audit pays de Bourgoigne
-que six ou sept jours, sans y prendre aucun fort; et alèrent en
-Aucerrois et pristrent les moustiers de Cravent et de Vermanton, là où
-il trouvèrent grant foison vivres et autres biens; et il leur estoit
-bien mestier, car la plus grant partie avoit esté sans mengier pain
-longuement, et estoient sans soulers. Et quant il furent rafreschis, il
-se divisèrent et passèrent aucuns la rivière de Yonne à Cravent, et
-entrèrent en Gastinois environ huit cens hommes d'armes anglois, mais il
-étoient bien dix mille personnes ou plus; et les autres alèrent vers
-Troyes, qui estoient trop plus grant nombre, car il estoient plus de
-quatre mille combatans et de vint mille pillars et femmes; et passèrent
-la rivière de Saine vers Saint-Sepulcre[247] et à Mery. Et après la
-rivière d'Aube, et alèrent vers Esparnay et assaillirent l'église de
-ladite ville d'Esparnay qui estoit fort, en laquelle estoient retrais
-les gens de la ville; et pour ce qu'il ne la porent avoir par assault il
-la minèrent: et ceux qui estoient dedens sentirent que l'on minoit
-ladite église, il contreminèrent, et en cuidant ardoir la mine des
-ennemis, il ardirent leur contremine. Et convint que il se retraisissent
-en une tour. Et après parlementèrent auxdites compaignies et
-raençonèrent[248] leur corps et la ville d'ardoir parmy deux mil
-frans[249] que il leur baillièrent. Et demourèrent aucuns desdites
-compaignies en ladite ville d'Esparnay, et les autres passèrent oultre
-en diverses routes[250], les uns à Fimes, les autres à Coincy-l'Abbaie,
-et les autres à Ay[251]; et assaillirent le moustier d'Ay qui estoit
-fort, auquel estoient les gens de ladite ville, et auquel moustier se
-boutèrent environ vint hommes d'armes pour secourir les bonnes gens qui
-estoient dedens. Et pour ce que lesdites compaignies virent que il ne
-pouvoient avoir ledit moustier par assault, il le minèrent et
-demourèrent longuement devant. Et cependant le roy faisoit toujours son
-mandement de gens pour les combatre; et ceux qui avoient passé la
-rivière de Yonne à Cravent quant il orent esté bien avant au Gastinois
-la repassèrent à Pons-sur-Yonne, et alèrent passer Saine à
-Nogent-sur-Saine, et se traistrent vers les autres à Esparnay.
-
- [245] _Carcassoys_. Ou _Carcassez_, le territoire de Carcassonne.
-
- [246] _Marsigny-les-Nonnains_. A peu de distance de Semur.
-
- [247] _Saint-Sépulcre_. Peut-être _Saint-Sulpice_, entre Mery et
- Troyes.
-
- [248] _Raençonèrent_. Rachetèrent.
-
- [249] _Deux mil frans_. Environ cinquante mille francs d'aujourd'hui.
-
- [250] _En diverses routes_. Dans les précédentes éditions, au lieu de
- ces mots, il y a: _Adimeosdun_. Et plus bas, au lieu de _Fismes_,
- elles ont mis _à fleuves_. Au lieu de _Coincy_, _Coucy_.
-
- [251] _Coincy_, à deux lieues de Château-Thierry.--Tous les
- gastronomes connoissent la position du bourg d'_Aï_, entre la petite
- ville d'Avenay et celle d'Epernay.--On chercheroit vainement dans
- nos historiens modernes les précieux détails que nous trouvons ici.
- La raison en est simple: Froissart ne les donne pas.
-
-
-
-
-XI.
-
-Coment monseigneur Lyonnel, fils du roy d'Angleterre, vint à Paris, et
-de l'onneur que le roy de France et les barons luy firent.
-
-ANNÉE 1368
-
-
-L'an de grace mil trois cent soixante-huit, le dimenche jour de
-Quasimodo seiziesme jour d'avril, Pasques furent celuy an le neuviesme
-jour dudit mois, messire Lyonnel, duc de Clarence, second fils du roy
-d'Angleterre, entra à Paris et venoit d'Angleterre; et aloit à Milan
-espouser la fille messire Galiache, l'un des seigneurs de Milan; et
-alèrent jusques à Saint-Denys en France encontre ledit Lyonnel
-monseigneur Jehan, duc de Berry, et messire Phelippe, duc de Bourgoigne,
-frères germains du roy de France. Et le menèrent descendre droit au
-Louvre où ledit roy estoit, et laiens fu receu dudit roy moult
-honnorablement. Et ot laiens sa chambre moult bien parée et aournée; et
-disna celuy jour et souppa au chastel du Louvre avecques le roy de
-France, qui aussi y estoit lors logié. Et l'endemain jour de lundi,
-ledit Lyonnel disna avecques la royne en l'ostel du roy près de
-Saint-Pol, là où elle estoit logiée, et y fist-l'en très grant feste. Et
-après disner, quant l'en ot dancié et joué, ledit Lyonnel et lesdis deux
-frères du roy qui tousjours le compaignoient, s'en retournèrent audit
-Louvre devers le roy et souppèrent avecques luy, et tousjours coucha
-ledit Lyonnel au Louvre. Et le mardi ensuivant, dix-huitiesme jour du
-moys d'avril dessus dit, lesdis ducs de Berry et de Bourgoigne donnèrent
-à disner et à soupper audit Lyonnel et à ses chevaliers et autres gens
-qui y vouldrent estre, en l'ostel d'Artois à Paris; et alèrent au gesir
-au Louvre. Et le mercredi ensuivant, ledit Lyonnel disna et souppa
-avecques le roy et luy fist le roy moult de grans dons et à ses gens
-aussi, qui valoient, si comme l'en estimoit, vint mille florins et plus.
-
-Item, le jeudi ensuivant, ledit Lyonnel se parti de Paris, et le fist le
-roy convoier par le conte de Tanquarville jusques à Sens, et par autres
-chevaliers jusques hors du royaume.
-
-Et assez tost après, ceux qui estoient dedens le moustier d'Ay se
-rendirent et furent pris à raençon; car il n'avoient plus de vivres
-dedens ledit moustier. Et demourèrent lesdites compaignies au
-Meucien[252] en divers logeys. C'est assavoir à Lisy, à Acy, à
-Fontaines-les-Nonnains et environ, jusques au vendredi douziesme jour de
-may, l'an mil trois cens soixante-huit dessusdit; lequel jour se
-deslogièrent et s'en alèrent vers Chaalons, vers Vitry en Pertois et en
-celle marche; et y firent moult de maux comme d'ardoir maisons, tuer
-gens, efforcier femmes et pluseurs autres maux. Et en celle marche
-demourèrent jusques environ le commencement du moys de juing, et
-parla-l'en à eux par pluseurs fois, afin que il partisissent du royaume;
-mais il demandoient si grandes sommes de florins, c'est assavoir au
-moins quatorze cens mil frans d'or, que l'en n'y voult point entendre
-pour le roy, et partout celuy temps avoit le roy grant nombre de gens
-d'armes en pluseurs bonnes villes, comme Sens, Troyes et Chaalons,
-Provins et autres, èsquelles villes lesdites gens d'armes faisoient tant
-de excès et de maux que ce estoit pitié.
-
- [252] _Au Meucien_. En _Multien_, pays de la Brie. _Lisy-sur-Ourq_, à
- trois lieues de Meaux. _Acy-en-Multien_, à sept lieues de Senlis.
-
-Item, le vendredi neuviesme jour de juing mil trois cent soixante-huit
-dessusdit, lesdites compaignies qui s'estoient deslogiées de devant
-Vitry passèrent par assez près de Troyes et se alèrent logier vers
-Marigny[253] et au pays environ. Et lors estoit à Troyes le duc de
-Bourgoigne, mais il n'avoit pas gens pour combattre à eux: et s'en
-alèrent passer la rivière d'Yonne vers Aucerre, et alèrent vers
-Chastillon-sur-Louen, devant Montargis et par tout le Gastinois, droit
-vers Estampes. Mais il séjournèrent tant en Gastinois que il fu avant le
-quatriesme jour de juillet que il feussent environ Estampes; et
-boutèrent les feux en pluseurs lieux et villes en leur chemin. Et pource
-que l'en disoit communelment que il venoient devant Paris, le roy manda
-gens d'armes à Paris. Et en celuy an meisme, la derrenière sepmaine de
-juin, le roy fist deux mareschaux nouveaux, c'est assavoir: Messire Loys
-de Sancerre et messire Mouton de Blainville. Car le mareschal Bouciquaut
-estoit mort, et messire Arnoul d'Odenehan avoit renoncié à l'office, et
-le roy luy avoit baillié l'oriflame. Et environ quinze jours devant, le
-roy avoit fait amiral de la mer messire François de Perilleux et en
-avoit osté le Baudrin de la Heuse.
-
- [253] _Marigny_. Entre Troyes et Nogent-sur-Seine.
-
-Item, le mardi quart jour de juillet, lesdites compaignies se logièrent
-à Estampes et à Estrichi[254]. Et y demourèrent jusques au dimenche
-ensuivant, neuviesme jour dudit moys, que se deslogièrent les Gascoins
-qui, si comme l'en disoit, se deffioient des Anglois et les Anglois
-d'eux; et s'en alèrent à Baugency-sur-Loire, et les Anglois alèrent en
-Normendie et pristrent la ville de Vire: et y entrèrent de jour comme
-tous hommes de ville, armés dessous leur grosses robes, premièrement
-environ quarante ou soixante; et quant il orent gaaigné la porte, leur
-grosses routes vindrent après, mais il ne pristrent pas le chastel; car
-pluseurs de la dite ville se retraistrent dedens, qui bien le
-deffendirent et gardèrent; et aussi fu-il assez tost après raffreschi de
-gens d'armes. Et environ quinze jours après, une partie desdis Anglois
-de compaignie, environ quatre cens ou cinq cens, s'en alèrent en Anjou
-et pristrent la ville de Chasteau-Gontier par la manière qu'il avoient
-prise Vire. Et lesdis Gascoins se tindrent bien trois sepmaines ou un
-moys en ladite ville de Baugency; et pluseurs fois ala le seigneur de
-Lebret de par le roy de France par devers eux pour traictier, comme il
-vidassent le royaume de France; et en espérance de certain traictié
-pourparlé et non passé entre eux, lesdis Gascoins passèrent la rivière
-de Loire par devers la Sauloigne; et crut tant la rivière, assez tost
-après, que il ne la porent rappasser sans pont; et ainsi demourèrent une
-pièce, en attendant la response dudit traictié que le seigneur de Lebret
-avoit porté devers le roy.
-
- [254] _Estrichi_. Ou _Estrechy_.
-
-
-
-
-XII.
-
-Des appellacions que le conte d'Armignac et autres nobles firent contre
-le prince de Galles en France.
-
-
-Environ celuy temps, le conte d'Armignac, le seigneur de Lebret, le
-conte de Pierregort et pluseurs autres barons et nobles du duchié de
-Guyenne, appelèrent du prince de Galles, duc de Guyenne, pour pluseurs
-griefs que il leur avoit fais; et se traistrent devers le roy de France
-afin que il receust leur appellacions et donnast ajournement en cas
-d'appel. Et sur ce, ot ledit roy grant délibéracion; et par le conseil
-que il ot, il leur octroia lesdis ajournemens, car il n'avoit encore
-faites aucunes renonciations aux ressors et souverainetés des terres par
-luy bailliées audit roy d'Angleterre; jasoit ce que les termes feussent
-passés dedens lesquels devoient estre faites lesdites renonciations. Car
-le roy d'Angleterre avoit esté refusant et délayant de faire aucunes
-renonciations que il devoit faire; lesquelles se devoient faire lors et
-par la manière que contenu est ès lettres desquelles la teneur est
-cy-après encorporée. Et toutesvoies, jusques à ce que lesdites
-renonciations feussent faites, lesdis ressors et souverainetés
-demouroient au roy de France par la manière que il les avoit avant ledit
-traictié; mais il devoit surseoir de en user jusques à certain temps, si
-comme ès dites lettres est contenu, desquelles la teneur ensuit[255]:
-
- [255] Voyez plus haut l'article XII du traité de Brétigny.
-
-
-
-
-XIII.
-
-Ci s'ensuit le contenu des lettres des renonciations que le roy
-d'Angleterre et le prince son fils devoient faire des terres qu'il
-tenoient ci nommées.
-
-
-«Edouart, par la grace de Dieu, roy d'Angleterre, seigneur d'Irlande et
-d'Acquitaine, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.
-Comme pour les discencions, débas et descors meus et espérés[256] à
-mouvoir entre nous et notre très cher frère le roy de France, certains
-traicteurs et procureurs de nous et de nostre très chier ainsné fils
-Edouard, prince de Galles, ayant à ce souffisant pouvoir et auctorité
-pour nous et pour luy et nostre royaume d'une part; et certains autres
-traicteurs et procureurs de nostre dit frère et de nostre très chier
-neveu Charles, duc de Normendie et daulphin de Viennois, fils ainsné de
-nostre dit frère de France, ayant povoir et auctorité de son dit père en
-ceste partie, pour son père et pour luy, se feussent assemblés à
-Brétigny près de Chartres: auquel lieu fu parlé, traictié et accordé
-final paix; et accordé, le huitiesme jour de mai derrenièrement passé,
-des traicteurs et procureurs de l'une et de l'autre partie, sur les
-discencions, débas, guerres et descors devant dis; lesquels traictié et
-paix les procureurs de nous et de nostre dit fils, pour nous et pour
-luy, jurèrent aux sains évangiles tenir et garder, et après cela
-jurèrent nos dis fils et neveu au nom que dessus; et depuis, nous et
-nostre dit frère l'avons confermé et juré solempnelment: parmy lequel
-accort, entre les autres choses, nostre frère et son fils devant dit
-sont tenus et ont promis bailler, délivrer et délaissier à nous, nos
-hoirs et successeurs à tousjours, les cités, contés, villes, chasteaux,
-forteresces, terres, revenues et autres choses qui s'ensuivent, avec ce
-que nous tenons en Guyenne et en Gascoigne; à tenir et posséder
-perpétuelment à nous et à nos hoirs et successeurs ce que en demaine en
-demaine, et ce que en fié en fié, et par le temps et manière ci-après
-esclaircis: la cité, le chastel et la conté de Poitiers, et toute la
-terre et le pays de Poitou, ensemble le fieu de Thouart et la terre de
-Belleville; la cité et le chastel de Xaintes, et toute la terre et le
-pays de Xaintonge par deçà et par delà la Charente, avecques la ville,
-chastel et forteresce de La Rochelle, et leur appartenances et
-appendances; la conté, le chastel d'Agen et la terre et le pays
-d'Agenois; la cité, le chastel et toute la conté de Pierregort, et la
-terre et le pays de Pierreguis; la cité et le chastel de Lymoges et la
-terre et le pays de Lymosin; la cité et le chastel de Caours et la terre
-et le pays de Caoursin; la cité, le chastel et le pays de Tarbe et la
-terre et le pays et la conté de Bigorre; la conté, la terre et le pays
-de Gaure; la conté et le chastel d'Angoulesme et la conté et la terre et
-le pays d'Angoulesmois; la cité et le chastel de Rodés et la terre et le
-pays de Rouergue. Et s'il y a aucuns seigneurs, comme le conte de Foix,
-le conte d'Armignac, le conte de Lille, le conte de Pierregort, le conte
-de Lymoges ou autres qui tiennent aucunes terres ou lieux dedens les
-mettes desdis lieux, il en feront homaige à nous et tous autres services
-et devoirs deus à cause de leur terres et lieux, en la manière qu'il les
-ont fais au temps passé: et tout ce que nous ou aucuns des roys
-d'Angleterre anciennement tindrent en la ville de Monstereul sur la mer
-et ès appartenances:--toute la conté de Pontieu tout entièrement, sauf
-et excepté que sé aucunes choses ont esté aliénées par les roys
-d'Angleterre qui ont esté pour le temps, de ladite conté et
-appartenances, et à autres personnes qui aux roys de France estoient
-tenus, nostre dit frère né ses successeurs ne seront pas tenus de les
-rendre à nous; et sé lesdites aliénacions ont esté faites aux roys de
-France qui ont esté par le temps sans aucun moyen, et nostre dit frère
-le tiengne à présent en sa main, il les laissera à nous entièrement,
-excepté que sé les roys de France les ont eu par eschange ou autres
-terres, nous délivrerons ce que l'on a eu par eschange, ou nous
-laisserons à nostre dit frère les choses ainsi aliénées; mais sé les
-roys d'Angleterre qui ont esté par le temps en avoient aliéné ou
-transporté aucunes choses en autres personnes que ès roys de France, et
-depuis il soient venus ès mains de nostre dit frère, ou par partage,
-nostre dit frère ne sera pas tenu de les rendre. Et aussi sé les choses
-dessusdites doivent homaige, nostre dit frère les baillera à autres qui
-en feront omaige à nous, et s'il ne doivent omaige, il nous baillera un
-tenant qui nous en fera le devoir dedens un an prochain après ce que
-nostre dit frère sera parti de Calais,--le chastel et la ville de
-Calais, le chastel, la ville et seigneurie de Merque, les villes,
-chasteaux et seigneuries de Sangate, Coulongne, Hammes, Wale et Oye
-avecques leur bois, marés, rivières, seigneuries, advoisons d'églyse et
-toutes autres appartenances et lieux entregisans dedens les mettes et
-bondes qui s'ensuivent: C'est assavoir deçà Calais jusques au fil de la
-rivière pardevant Gravelingues, et aussi par le fil de mesme la rivière
-tout entour l'angle, et aussi par la rivière qui va par delà poil et par
-meisme la rivière qui chiet au grant lay de Guynes jusques à Fretin et
-d'ilec par la valée entour la montaigne Calculi, encloant meisme la
-montaigne; et aussi jusques à la mer, avec Sangate et toutes les
-appartenances; le chastel et la ville et tout entièrement la conté de
-Guynes avecques toutes les terres, villes, chasteaux, forteresces,
-lieux, homes, homaiges, bois, forès, droitures d'icelles, aussi
-entièrement comme le conte de Guynes, derrain mort, les tint au temps
-qu'il ala de vie à trespassement;--et obéiront les églyses et les bonnes
-gens estant dedens les limitations dudit conté de Guynes, de Calais et
-de Merque et des autres lieux dessusdis, à nous ainsi comme il
-obéissoient à nostre dit frère et au conte de Guynes qui fu pour le
-temps. Toutes lesquelles choses comprises en ce présent article et en
-l'article prochain précédent de Merque et de Calais, nous tendrons en
-demaine, excepté les héritages des églyses qui demourront auxdites
-églyses entièrement, quelque part qu'il soient assises; et aussi excepté
-les héritages des autres gens du païs de Merque et de Calais, assis hors
-de la ville de Calais, jusques à la value de cent livres de terre par an
-de la monnoie courant au païs et au-dessoubs; lesquels héritages leur
-demourront jusques à la value dessusdite et au-dessoubs; mais les
-habitacions et héritages assis en ladite ville de Calais, avecques leur
-appartenances, demourront en demaine à nous pour ordener à nostre
-volenté; et aussi demourront aux habitans en la terre, ville et conté de
-Guynes, toutes leur demaines entièrement et revendront plainement, sauf
-ce que est dit par avant des confrontations, mettes et bondes dessus
-dites en l'article de Calais, et toutes les isles adjacens aux villes,
-païs et lieux avant nommés, ensemble avecques toutes les autres isles,
-lesquelles nous tenrons au temps dudit traictié. Et eust esté pourparlé
-que nostre dit frère et son ainsné fils renonçassent aux ressors et
-souverainnetés et à tout droit qu'il pourroient avoir en toutes les
-choses dessusdites, et que nous les tenissions, comme voisin, sans
-ressort et souveraineté de nostre dit frère audit royaume de France, et
-que tout le droit que nostre dit frère avoit ès choses dessus dites, il
-nous cédast et transportast perpétuelment et à tousjours; et aussi eust
-esté pourparlé que semblablement nous et nostre dit fils renoncissons
-expressément à toutes les choses qui ne doivent estre bailliées ou
-délivrées à nous par ledit traictié, et par espécial au nom et au droit
-de la couronne et du royaume de France, à omaige, souveraineté et
-demaine du duchié de Normendie, du duchié de Touraine, des contés
-d'Anjou et du Maine, et souveraineté et omaige du duchié de Bretaigne, à
-la souveraineté et omaige du conté et païs de Flandres, et à toutes
-autres demandes que nous faisons et faire pourrions pour quelque cause
-que ce soit, excepté les choses dessus dites qui doivent demourer et
-estre baillées à nous et à nos hoirs, et que nous leur transportassions,
-cessissons et délaisissions tous les droits que nous pourrions avoir en
-toutes les choses qui à nous (ne) doivent estre bailliées.--Sur
-lesquelles choses, après pluseurs altercacions eues sur ce, et par
-espécial pource que lesdites renonciacions ne se font pas de présent,
-avons finablement accordé avec nostre dit frère par la manière qui
-s'ensuit: c'est assavoir que nous et nostre dit ainsné fils renoncerons,
-et ferons et avons promis à faire les renonciations, transpors, cessions
-et délaissemens dessusdis, quant et si tost que nostre dit frère aura
-baillié à nous ou à nos gens espécialment de par nous députés, la cité
-et le chastel de Poitiers et toute la terre et le païs du Poitou,
-ensemble le fié de Thouart et la terre de Belleville; la cité et le
-chastel d'Agen et toute la terre et le païs d'Agenois; la cité et le
-chastel de Pierregort et toute la terre et le païs de Pierreguis; la
-cité et le chastel de Caours et toute la terre et le païs de Caoursin;
-la cité et le chastel de Lymoges et toute la terre et le païs de
-Lymosin; et toute la conté de Gaure. Lesquelles choses nostre dit frère
-nous a promis à baillier ou à nos espéciaux députés dedens la feste de
-la Nativité Saint-Jehan-Baptiste sé il peut; et tantost après ce, devant
-certaines personnes que nostre dit frère députera, nous et notre dit
-ainsné fils ferons en nostre royaume ycelles renonciations, transpors,
-cessions et délaissemens par foy et sairement, solempnelment, et
-d'icelles ferons bonnes lettres ouvertes, scellées de nostre grant seel,
-par la manière et forme comprise en nos autres lettres sur ce faites et
-que compris est audit traictié, lesquelles nous envoierons à la feste de
-l'Assomption Nostre-Dame prochain ensuivant, en l'églyse des Augustins à
-Bruges; et les ferons baillier à ceux que nostre dit frère y envoiera
-lors pour les recevoir. Et sé dedens ladite feste saint Jehan-Baptiste,
-nostre dit frère ne povoit baillier les cités, chasteaux, villes,
-terres, païs, isles et lieux dessus prochainement nommés, il les doit
-baillier dedens la feste de Toussains prochaine venant en un an; et
-icelles bailliées, ferons nous et nostre dit fils lesdites
-renonciations, transpors, cessions et délaissemens pardevant les gens
-qui seront députés par nostre dit frère, comme dit est, et en ferons
-lettres telles et par la manière dessusdite, et les ferons baillier à
-ses gens au jour de la feste saint Andrieu lors ensuivant, en ladite
-églyse des Augustins, à Bruges, par la manière dessus dite. Et aussi
-nous a promis nostre dit frère que il et son ainsné fils renonceront et
-feront semblables, lors et par la manière dessus dite, les
-renonciations, transpors, cessions et délaissemens accordés par ledit
-traictié à faire de sa partie, si comme dessus est dit; et envoiera ses
-lettres patentes scellées de son grant seel auxdis lieux et termes pour
-les baillier aux gens qui de par nous y seront députés, semblablement
-comme dit est. Et aussi nous a promis et accordé nostre dit frère que
-luy et ses hoirs cesseront, jusques aux termes desdites renonciations
-dessus esclaircies, de user de souverainnetés et ressors en toutes les
-cités, contés, chasteaux, villes, terres, païs, isles et lieux que nous
-tenions au temps dudit traictié, lesquelles nous doivent demourer par
-ledit traictié, et ès autres qui, à cause desdites renonciations et
-dudit traictié, nous seront bailliées et doivent demourer à nous et nos
-hoirs, sans ce que nostre dit frère ou ses hoirs ou autres à cause de la
-couronne de France, jusques aux termes dessus esclaircis et iceux
-durans, puissent user d'aucuns services ou souverainneté, né demander
-subjecion sur nous, nos hoirs, nos subgiés d'icelles présens et avenir,
-né querelles ou appeaux en leur court recevoir, né rescrire icelles, né
-de jusridicion aucune user à cause des cités, contés, chasteaux, villes,
-terres, païs, isles et lieux prochains nommés. Et nous a aussi accordé
-nostre dit frère que nous né nos hoirs, né aucuns de nos subgiés, à
-cause desdites cités, chasteaux, villes, terres, païs, isles et lieux
-prochains avant dis, comme dit est, soient tenus né obligiés de le
-recognoistre nostre souverain, né de faire aucune subjeccion, service né
-devoir à luy né à ses hoirs né à la couronne de France, jusques aux
-termes des renonciations devant dites. Et aussi accordons et promettons
-à nostre dit frère que nous et nos hoirs cesserons de nous appeller et
-porter roys de France par lettres né autrement jusques aux termes dessus
-nommés, et iceux durans. Et combien que ès articles dudit accort et
-traictié de la paix en ces présentes lettres, ou autres dépendans desdis
-articles ou de ces présentes ou d'autres quelconques, que elles soient
-ou feussent, aucunes paroles ou fait aucun que nous ou nostre dit frère
-déissions ou féissions qui sentissent translacion ou renonciations
-taisibles ou expresses des ressors ou souverainnetés[257], est
-l'intencion de nous et de nostre dit frère que les avant dis
-souverainnetés et ressors que nostre dit frère se dit avoir ès dites
-terres qui nous seront bailliées, comme dit est, demourront en l'estat
-auquel elles sont à présent. Mais toutesvoies que il cessera de en user
-et de demander subjeccion par la manière dessus dite, jusques aux termes
-dessus esclaircis. Et aussi voulons et accordons à nostre dit frère que,
-après ce qu'il aura baillié lesdites cités, contés, chasteaux, villes,
-terres, païs, isles et lieux qu'il nous doit baillier parmy sa
-délivrance et renonciacions dessusdites; et lesdites renonciations,
-transpors et cessions qui sont à faire de sa partie, pour luy et pour
-son ainsné fils, faites et envoiées auxdis jour et lieu à Bruges,
-lesdites lettres bailliées aux députés de par nous, que la renonciacion,
-transport, cession et délaissement à faire de nostre partie soient
-tenues pour faites; et par habondant, nous renonçons dès lors par exprès
-au nom et au droit de la couronne du royaume de France, et à toutes les
-choses que nous devons renoncier par force dudit traictié, si avant
-comme proffitter pourra à nostre dit frère et à ses hoirs. Et voulons et
-accordons que, par ces présentes, ledit traictié de paix et accort fait
-entre nous et nostre dit frère, les subgiés, aliés et adhérens d'une
-partie et d'autre, ne soit, quant aux autres choses contenues en iceluy,
-empiré ou affebli en aucune manière; mais voulons et nous plaist qu'il
-soient et demeurent en leur plaine force et vertu. Toutes lesquelles
-choses en ces présentes lettres escriptes, nous, roy d'Angleterre
-dessusdit, voulons, octroyons et promettons loyalment et en bonne foy et
-par nostre sairement fait sur le corps Dieu ès sains évangiles, tenir,
-garder, entériner et accomplir sans fraude et sans mal engin de nostre
-partie; et à ce et pour ce faire, obligons à nostre dit frère de France,
-nous, nos hoirs et tous nos biens présens et avenir, en quelque lieu
-qu'il soient, renonçant par nostre dite foy et sairement à toutes
-exceptions de fraude, décevance, de crois pris et à prendre et à
-empétrer, dispensacion de pape ou d'autre au contraire; laquelle sé
-empétrée estoit, nous voulons estre nulle et de nulle valeur, et que
-nous ne nous en puissions aidier, et aux drois disans que royaume ne
-pourra estre devisé, et général renonciacion non valoir fors en certaine
-manière, et à tout ce que nous pourrions proposer au contraire, en
-jugement ou dehors. En tesmoin desquelles choses, nous avons fait mettre
-nostre grant séel à ces présentes. Donné à nostre ville de Calais sous
-nostre grant séel, le vint-quatriesme jour d'octobre, l'an de grace mil
-trois cent soixante.»
-
- [256] _Espérés_. C'est-à-dire: _conjecturés_, présumés.
-
- [257] Dans plusieurs manuscrits, on voit écrit à la marge, de la main
- courante: _Nota: Des ressors et souverainetés._
-
-
-
-
-XIV.
-
-Coment le roy ala à Tournay pour parler au conte de Flandres du mariage
-de sa fille et de Phelippe de Bourgoigne, frère dudit roy; et de huit
-cardinaux que le pape fist.
-
-
-En l'entrée du mois de septembre ensuivant, le roy parti de Paris pour
-aler à Tournay, là où il avoit mandé le conte de Flandres, le duc de
-Breban et le conte de Haynaut, en espérance de parfaire le mariage de
-messire Phelippe, duc de Bourgoigne, frère dudit roy, et de Marguerite
-fille dudit conte de Flandres, laquelle avoit par avant esté mariée à
-messire Phelippe duc de Bourgoigne, derrenier trespassé. Mais ledit
-conte de Flandres ne fu point à Tournay à la journée que le roy avoit
-entencion que il y feust, et se envoia excuser pour cause de maladie: et
-pour ce s'en retourna le roy à Paris sans autre chose faire dudit
-mariage. Mais madame Marguerite, contesse d'Artois et mère dudit conte
-de Flandres, qui estoit alée à Tournay pour celle cause, et qui moult
-vouloit et desiroit ledit mariage estre fait, ala par devers son dit
-fils à Malines, en poursuivant toujours la perfection et accomplissement
-dudit mariage. Item, le vendredi vint-deuxiesme jour du mois de
-septembre dessusdit, mil trois cent soixante-huit, le pape Urbain qui
-estoit à Monflacon[258] fist huit cardinaux; c'est assavoir: le
-patriarche de Jérusalem, le patriarche d'Alexandrie, l'arcevesque de
-Cantorbire, anglois, l'arcevesque de Naples, messire Jehan de Dormans,
-evesque de Beauvais et chancelier de France, né de Dormans[259] sur la
-rivière de Marne; monseigneur Estienne de Paris, evesque de Paris, né de
-Vitry auprès Paris sur la rivière de Saine, l'evesque de Castres et le
-prieur de Saint-Pierre de Rome. Et en vindrent les nouvelles certaines à
-Paris et les lettres de pluseurs cardinaux, le sixiesme jour du mois
-d'octobre ensuivant. Item, en la fin dudit mois de septembre, les
-Anglois de compaignie, qui estoient en la ville de[260] Chasteau de
-Vire, s'en partirent, pour certaine somme de florins que l'en leur
-donna, et s'en alèrent à Chasteau-Gontier par devers leur compaignons
-qui là estoient, et pristrent pluseurs forteresces environ, pour ce
-qu'il ne povoient tous estre logiés en ladite ville de Chasteau-Gontier.
-
- [258] _Montflacon_. Montefiascone.
-
- [259] _Né de Dormans_. Son tombeau est encore dans l'église de la
- petite ville de Dormans, entre Épernay et Château-Thierry.
-
- [260] _De_. Peut-être faudroit-il lire: _Et_... Les éditions imprimées
- portent: _Au chastel de la ville_.
-
-Item, en celui temps lesdis Gascoins de compaignie, qui avoient passé la
-rivière de Loire, comme dit est, alèrent en Touraine, et grant foison de
-gens d'armes du royaume de France, tant aux gaiges du roy comme sans
-gaiges alèrent après, en espérance de les combattre, jusques à une ville
-que l'en appelle Faye-les-Vigneuses[261], en laquelle se estoient
-retrais lesdis Gascoins; et se tindrent lesdites gens d'armes devant
-ladite ville par aucuns jours, cuidans que iceux Gascoins deussent issir
-de ladite ville pour combattre: mais riens n'en firent, et pour ce se
-retraistrent lesdites gens d'armes de France en la ville de Lodun, et
-assez tost après se départirent, et lesdis Gascoins demourèrent en
-ladite ville de Faye.
-
- [261] Aujourd'hui _Faye-la-Vineuse_, bourg du département
- d'Indre-et-Loire, à six lieues de Chinon.
-
-Item, le jeudi vint-troisiesme jour du moys de novembre ensuivant,
-aucuns chevaliers et escuiers de la duchié de Bourgoigne, jusques au
-nombre de cinquante combatans ou environ, se combattirent à gens de
-compaignie qui estoient partis de la forteresce de Lez en Beaujeulais,
-et avoient chevauchié par la duchié de Bourgoigne jusques à Crevant, et
-s'en retournoient par la conté de Nevers; et les dessusdis de Bourgoigne
-les suivirent jusques à une ville appellée Semelay[262], et là se
-combattirent à eux et les desconfirent. Et furent desdis des compaignies
-mors jusques au nombre de onze ou de douze, et environ quarante pris, et
-les autres s'enfouirent; et si furent rescous grant foison de
-prisonniers que lesdis des compaignies avoient pris.
-
- [262] _Semelay_. Aujourd'hui village du département de la Nièvre, à
- sept lieues de Château-Chinon.
-
-
-
-
-XV.
-
-De la Nativité de Charles, premier fils de Charles-le-Quint, roy de
-France.
-
-
-Le dimenche tiers jour du mois de décembre, l'an mil trois cent
-soixante-huit dessusdit, premier jour de l'Avent Nostre-Seigneur, en la
-tierce heure après mienuit, la royne Jehanne, femme du roy Charles lors
-roy de France, ot son premier fils en l'ostel de emprès Saint-Pol de
-Paris; et estoit la lune au signe de la Vierge en la seconde face dudit
-signe, et avoit la lune vint-trois jours. Duquel enfantement ledit roy
-et tout le peuple de France orent très grant joie, et non pas sans
-cause; car onques ledit roy n'avoit eu aucun enfant masle. Et en rendi
-ledit roy graces à Dieu et à la vierge Marie. Et celui jour ala à
-Nostre-Dame de Paris, et fist chanter devant l'image de Nostre-Dame, à
-l'entrée du cuer, une belle messe de Nostre-Dame; et l'endemain, au jour
-de lundi, ala à Saint-Denis en France en pélerinage, et fist donner aux
-ordres de Paris grant foison de florins jusques au nombre de trois mille
-florins et de plus.
-
-Item, celuy jour de dimenche, messire Aymeri de Margnac, nouvel evesque
-de Paris, entra à Paris et fu apporté de Ste-Geneviève à Nostre-Dame, si
-comme il est acoustumé: et luy fist le roy sa feste et donna à disner au
-Louvre audit evesque et à tous ceux qui le acompaignièrent.
-
-
-
-
-XVI.
-
-De la solempnité du baptisement de Charles, fils du roy Charles le quint
-de ce nom.
-
-
-Le mercredi ensuivant, sixiesme jour de décembre, l'an mil trois cent
-soixante-huit dessusdit, ledit fils du roy fu crestienné en l'églyse de
-Saint-Pol de Paris, environ heure de prime, par la manière qui ensuit.
-Et dès le jour de devant furent faites lices de mairien[263] en la rue,
-devant ladite églyse et aussi dedens ladite églyse environ les fons,
-pour mieux garder qu'il n'y eut trop presse de gens.
-
- [263] _Lices de mairien_. Enceintes en bois.
-
-Premièrement: devant ledit enfant ot deux cens varlès qui portoient deux
-cens torches, qui tous demourèrent en ladite rue, tenant lesdites
-torches ardans excepté seulement vint-six qui entrèrent dedens ledit
-moustier. Et après estoit messire Hue de Chasteillon, seigneur de
-Dampierre, maistre des arbalestiers, qui portoit un cierge en sa main,
-et le conte de Tanquarville si portoit une couppe en laquelle estoit le
-sel, et avoit une touaille en son col dont ledit sel estoit couvert. Et
-après estoit la royne Jehanne d'Evreux qui portoit ledit enfant sur ses
-bras; et monseigneur Charles, seigneur de Montmorenci, et monseigneur
-Charles, conte de Dampmartin, estoit d'encoste luy; et ainsi issirent
-dudit hostel du roy de Saint-Pol, par la porte qui est au plus près de
-ladite églyse. Et tantost après ledit enfant, estoient le duc d'Orliens,
-oncle du roy, le duc de Berry, le duc de Bourbon, frère de la royne, et
-pluseurs autres grans seigneurs et dames; la royne Jehanne, la duchesse
-d'Orliens sa fille, la contesse de Harecourt et la dame de Lebret, suers
-de la royne, lesquelles estoient bien parées en couronnes et en joyaux:
-et après pluseurs autres dames et damoiselles bien parées et bien
-aournées[264]. Et ainsi fu apporté ledit enfant jusques à la grant porte
-de ladite églyse de Saint-Pol, à laquelle porte estoient, qui
-attendoient ledit enfant, le cardinal de Beauvais, chancelier de France,
-qui ledit enfant crestienna; et le cardinal de Paris en sa chappe de
-drap sans autres aournemens, et les arcevesques de Lyon et de Sens, et
-les evesques d'Evreux, de Coustances, de Troyes, d'Arras, de Meaux, de
-Beauvais, de Noyon et de Paris; et les abbés de St-Denis, de
-Saint-Germain-des-Prés, de Sainte-Geneviève, de Saint-Victor, de
-Saint-Magloire, tous en mitres et en crosses et tous furent au
-crestiennement. Et le tint sur les fons ledit seigneur de Montmorency,
-et fu appellé Charles, pour lesdis seigneur de Montmorency et conte de
-Dampmartin, qui ce meisme nom avoient. Et après fu reporté ledit enfant
-audit hostel de Saint-Pol par le cimetière de ladite églyse et par un
-huys par lequel l'on entroit audit hostel, pour la presse qui estoit
-devant ladite églyse[265]. Et celuy jour, fist le roy faire une
-donnée[266] en la couture Ste-Katherine, de huit parisis à chascune
-personne qui voult aler à ladite donnée, et y ot si grant presse que
-pluseurs femmes furent mortes en ladite presse. Item, celuy mercredi
-après vespres, ledit cardinal de Paris partist de ladite ville pour aler
-à Rome devers le pape, et prist congié du roy au Louvre; et le
-convoièrent jusques hors de Paris les ducs de Berry et de Bourgoigne,
-frères dudit roy, et aussi fist le cardinal de Beauvais et pluseurs
-autres prélas qui estoient en ladite ville de Paris; et s'en ala au
-giste à Charenton. Item, le vendredi, jour de la Purificacion
-Nostre-Dame, audit an mil trois cent soixante-huit, messire Guillaume de
-Meleun, lors arcevesque de Sens par bulle du pape à luy sur ce envoiée,
-présenta et bailla audit cardinal de Beauvais, chancelier de France, le
-chappel rouge au chastel du Louvre emprès Paris, en la présence du roy
-Charles, après la messe, emprès l'autel de la chappelle dudit chastel.
-
- [264] Le tableau de cette procession, fort exact du moins pour les
- premiers personnages jusqu'au comte de Dammartin inclusivement, se
- reconnoît dans une miniature du manuscrit de Charles V, fº 446, vº.
- Montfaucon n'a pas connu ce précieux volume, comme j'ai eu déjà
- l'occasion de le remarquer sous le règne du roi Jean.
-
- [265] Aujourd'hui l'on ne prendroit pas un détour aussi déplaisant, et
- nos sergens de ville feroient bonne raison de cette presse.
-
- [266] _Une donnée_. Un don.
-
-Item, le dimenche ensuivant, quatriesme jour du mois de février l'an
-dessus dit, la royne releva de sa gésine de son dit fils, auquel le roy
-avoit donné le nom de Daulphin de Viennois; et pour ce estoit appellé
-monseigneur le daulphin. Et eut grant feste auxdites relevailles à
-disner et après disner de dancier et d'autres esbatemens.
-
-Item, en celuy temps, en divers jours, se rendirent aux gens du roy de
-France pluseurs villes et forteresces du duchié de Guyenne, qui par
-avant estoient subgiés du roy d'Angleterre; et aderèrent aux
-appellacions que avoient faites le conte d'Armignac, le conte de
-Pierregort, le seigneur de Lebret et pluseurs autres du pays de Guyenne
-contre le prince de Galles, ainsné fils du roy d'Angleterre et duc de
-Guyenne. Et en ce temps ledit prince accoucha malade d'une moult grave
-maladie et devint ydropite. Et pour les causes devant dites, le roy
-d'Angleterre envoia des Anglois de son pays et un sien autre fils
-appellé monseigneur Hémon[267] au pays de Guyenne. Car pour occasion
-desdites appellacions, se ensivit guerre entre lesdis roy et ses enfans
-contre lesdis appellans.
-
- [267] _Hemon_. Edmond.
-
-
-
-
-XVII.
-
-De la desconfiture de la bataille du roy Pierre d'Espaigne, et coment il
-mourust.
-
-
-En l'an dessus dit mil trois cent soixante-huit, le quatorziesme jour du
-mois de mars, le roy Henry et le roy Pierre de Castelle, desquels
-chascun tenoit grant partie du royaume de Castelle, se combattirent
-assez près de Sebille[268] la Grant, et estoient avec ledit Henry
-pluseurs François et Bretons tenant la partie du roy de France; et
-avecques ledit Pierre estoient pluseurs Castellains et Sarrasins. Et fu
-iceluy Pierre desconfit et très grant foison de ses gens mors. Et il
-s'enfoui en un chastel qui estoit assez près du lieu de bataille, et fu
-suivi par le roy et par ses gens qui se mistrent entour le chastel. Et
-iceluy Pierre, cuidant eschapper, traicta à aucuns de ceux de la partie
-de Henry qui estoient hors dudit chastel, lesquels le revelèrent audit
-Henry. Et fu iceluy Henry à l'encontre dudit Pierre ou ses gens pour
-luy, et pristrent ledit Pierre au partir dudit chastel, et luy fist
-ledit Henry couper la teste le vint-deuxiesme jour dudit mois. Si
-fu-l'en lié en France de ceste aventure, car ledit Henry avoit tousjours
-tenu et encore tenoit la partie de France, et le roy Pierre estoit alié
-aux Anglois: toutesvoies estoient frères lesdis Henry et Pierre; mais
-Pierre estoit légitime et Henry non, si comme l'en disoit. Et demoura le
-royaume tout enterin[269] audit Henry, et certainement moult de gens
-tenoient que ce fust avenu audit Pierre pour ce qu'il estoit très
-mauvais homme et avoit murdri mauvaisement et traytreusement sa bonne
-femme espousée, fille du duc de Bourbon et seur de la royne de France.
-
- [268] _Sebille_. Séville.
-
- [269] _Enterin_. Entier.
-
-
-
-
-XVIII.
-
-De la confirmacion du mariage de messire Phelippe duc de Bourgoigne et
-de la fille au conte de Flandres, et coment Abbeville en Pontieu et
-pluseurs autres villes se rendirent au roy de France.
-
-ANNÉE 1369
-
-
-L'an de grace mil trois cens soixante-neuf, le samedi après Pasques, qui
-fu le septiesme jour d'avril, car Pasques furent celui an le premier
-jour d'avril, le mariage qui longuement avoit esté traictié de messire
-Phelippe, frère du roy de France Charles, et duc de Bourgoigne, et de
-Marguerite fille de messire Loys conte de Flandres, fu passé et accordé
-par certaine manière et condicion dont mencion sera faite ci-après,
-après ce que la cronique fera mencion de la solempnisacion dudit mariage
-en sainte église.
-
-Item, le dimenche vint-neuviesme jour dudit moys d'avril l'an dessus
-dit, la ville d'Abbeville en Pontieu se rendi aux gens du roy de France;
-c'est assavoir à messire Hue de Chastillon, maistre des arbalestiers
-dudit roy, pour et au nom dudit roy, comme à leur souverain seigneur. Et
-celuy jour se rendi la ville de Rue[270]. Et celle sepmaine se rendirent
-pareillement toutes les villes, chasteaux et forteresses de la conté de
-Pontieu que le roy d'Angleterre tenoit, par telle manière que ledit roy
-de France ot par ses gens la possession de ladite conté en dix jours
-après ce que ladite ville d'Abbeville se fu rendue; excepté une
-forteresse appellée Noyelle[271], laquelle n'estoit pas du demaine de
-ladite conté, mais en estoit tenue en fief; et le demaine estoit à la
-contesse d'Aubemarle, à laquelle contesse les gens du roy d'Angleterre
-l'avoient ostée: et la tindrent messire Nicole Stauroure et autres
-Anglois qui estoient dedens. Et les causes pour lesquelles le roy de
-France fist prendre ladite conté et les autres terres assises en Guyenne
-qui se mistrent en l'obéissance du roy de France, et par avant estoient
-au roy d'Angleterre, seront ci-après escriptes.
-
- [270] _Rue_. Petite ville de Picardie, à six lieues d'Abbeville.
-
- [271] _Noyelle_. Aujourd'hui Noyelles-sur-Mer, bourg du département de
- la Somme, à quatre lieues d'Abbeville.
-
-Item, le second jour de mai, l'an dessus dit, se présentèrent en
-parlement contre Edouart prince de Galles et duc de Guyenne, le conte
-d'Armignac, messire Jean d'Armignac, le seigneur de Lebret, et pluseurs
-autres nobles, consuls, consulas et communautés du duchié de Guyenne,
-lesquels avoient appellé dudit duc de Guyenne.
-
-
-
-
-XIX.
-
-Du parlement que le roy tint pour le fait des appellacions, et dont
-mencion est faite.
-
-
-Le mercredi neuviesme[272] jour dudit moys de mai, veille de l'Ascencion
-l'an dessus dit, le roy de France Charles fu en la chambre de parlement,
-en la manière que le roy de France y a acoustumé de estre, et la royne
-Jehanne assise d'encoste le roy, et le cardinal de Beauvais chancelier
-de France au-dessus, au lieu auquel siet le premier président. Et de ce
-renc séoient les arcevesques de Rains, de Sens et de Tours, et pluseurs
-evesques jusques au nombre de quinze; et pluseurs abbés et autres gens
-d'église envoiés à celle convocacion séoient ès bas bans et par terre.
-Et au renc où séoient les lays de parlement, séoient les ducs d'Orléans
-et de Bourgoigne, le conte d'Alençon, le conte d'Eu et le conte
-d'Etampes, tous des Fleurs de lis, et pluseurs autres nobles; et aussi
-avoit en ladite chambre gens des bonnes villes envoyés en ladite
-assemblée, et d'autres si grant nombre que toute la chambre estoit
-pleine. Et là fist dire et exposer le roy par ledit cardinal, et après
-par messire Guillaume de Dormans, frère dudit cardinal, coment il avoit
-esté requis par lesdis appellans du duchié de Guyenne, de recevoir leur
-appelacions dont dessus est faite mencion, et coment il avoit esté
-conseillié de les recevoir, et que il ne les povoit né devoit refuser,
-et pour ce les avoit reçues, et donné ajournement aux appellans contre
-ledit prince; coment, pour celle cause et pour autres, le roy
-d'Angleterre avoit envoié par devers le roy de France, et coment le roy
-de France avoit envoié en Angleterre les contes de Tanquarville et de
-Salebruche, messire Guillaume de Dormans et le doyen de Paris. Et fist
-dire le roy par ledit messire Guillaume de Dormans les responses que il
-avoit faites audit roy d'Angleterre sur ses dites requestes, et aussi
-les requestes que il luy avoient faites pour le roy de France, et la
-response que avoit fait sur tout le conseil du roy d'Angleterre, tout en
-la forme et manière que escript sera ci-après. Et fu dit par la bouche
-du roy à tous que sé il véoient que il eust fait chose que il ne deust,
-que il le déissent et il corrigeroit ce que il avoit fait[273], car il
-n'y avoit faite chose que bien ne se peust adrecier sé deffaut ou trop
-avoit fait; et fu di à tous, tant par le roy comme par ledit cardinal,
-que chascun y pensast et que le vendredi ensuivant refeussent bien matin
-en ladite chambre pour dire leur avis sur ce.
-
- [272] _Le mercredi neuviesme_. Et non pas le _mardi vint-uniesme_,
- avec les éditions précédentes et plusieurs manuscrits. Cette
- année-là, le vingt-un mai tomboit un lundi, et le neuf étoit bien un
- mercredi, comme le porte la leçon de Charles V.
-
- [273] Voilà un exemple remarquable de _l'absolutisme_ de notre
- ancienne monarchie.
-
-Item, le jeudi ensuivant, jour de l'Ascension à relevée, le roy, la
-royne Jehanne et grant nombre des conseilliers du roy, tous les prélas
-et les nobles refurent assemblés en ladite chambre de parlement, et dist
-le roy et fist dire par le cardinal et par messire Guillaume de Dormans
-son frère, les causes pour lesquelles il avoit receu les appeaux fais du
-prince et de ses officiers, par lesdis conte d'Armignac, seigneur de
-Lebret et leur adhérens. Et dist lors le roy que il vouloit avoir leur
-conseil et avis, se il avoit en aucune chose failli ou erré: lesquels
-tous d'un accort, chascun par sa bouche, respondirent que le roy avoit
-raisonnablement fait ce que il avoit fait, et ne le devoit né povoit
-reffuser, et que sé le roy d'Angleterre faisoit guerre pour celle cause,
-induement la feroit et sans raison. Item, le vendredi matin ensuivant,
-onziesme jour dudit moys de mai, le roy, ladite royne, les prélas, les
-nobles, les bonnes villes refurent assemblés en ladite chambre de
-parlement, et furent tous d'accort par la manière que avoient esté les
-autres le jour précédent à relevée; et après furent leues les responses
-qui avoient esté avisées à faire au roy d'Angleterre sur la bille[274]
-ou cédule qui avoit esté bailliée ès gens du roy de France en
-Angleterre, lesquelles responses furent approuvées de tous ceux de
-ladite assemblée. Et si fu ordené que le roy les envoieroit en
-Angleterre au conseil du roy d'Angletere, et ainsi fu fait.
-
- [274] _Bille_. Et non _bulle_, comme les éditions précédentes. C'est
- encore aujourd'hui le mot anglois _bill_.
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- * * * * *
-
-Cy après s'ensuyvent les escriptures qui furent leues devant le roy, et
-premièrement la bille ou cédule qui fu apportée d'Angleterre. C'est la
-teneur de la bille ou cédule bailliée par le roi d'Angleterre ou son
-conseil aus messages derrenièrement envoiés en Angleterre par le roy de
-France, et est ladite bille ou cédule signée de maistre Jehan de
-Brankette, secrétaire dudit roy d'Angleterre.
-
-
-
-
-XX.
-
-La teneur de la lettre du roy d'Angleterre.
-
-
-«A la révérence nostre Seigneur, et pour bonne paix garder, nourrir et
-maintenir à perpétuité, entre le roy d'Angleterre, son royaume, ses
-terres et subgiés, et pour espargnier effusion de sanc crestien, et
-aussi pour bien de tout le commun peuple; si est avis au conseil le roy
-d'Angleterre que toutes les demandes, contencions, débas et questions
-meus et demenés par entre les deux roys et autres à cause de eux, puis
-la paix derrenièrement faite, se mettront en ordenance et bon
-appointement d'estre finablement bien appaisiés, et ladite paix bien
-tenue et gardée par entre eux à tousjours, parmi l'acomplissement des
-choses dessoubs escriptes. Et premièrement que là où les messages de
-France, pour appaisier tous les débas de la terre de Belleville et de
-toutes autres terres contencieuses entre les deux roys, ont offert au
-roy d'Angleterre la commune paix[275] de Rouergue, le chastel de la
-Roche-sur-Yon, la conté de la Marche et la terre du conte d'Estampes en
-Aquitaine; voirs est que ladite commune de Rouergue, par mandement du
-roy de France a esté bailliée et livrée au roy d'Angleterre par la paix,
-et ainsi le tient-il et possède à présent; si semble audit conseil que
-elle lui devra demourer à perpétuité sans y estre mis aucun
-empeschement; et semble aussi que ledit chastel de la Roche-sur-Yon qui
-est notoirement assis dedens la terre et le pays de Poitou, lui devra
-aussi demourer par ladite paix. Et quant à la conté de la Marche et la
-terre d'Estampes, le roy d'Angleterre ou son conseil n'ont aucune
-cognoissance de la value; mais le roy envoiera pour s'en informer, et sé
-lesdites terres soient de si convenable value que il pourront auques
-recompenser ladite terre de Belleville, selon l'intencion du traictié de
-la paix, le conseil pense bien que le roy se tiendra assez près de les
-recevoir, au cas que la terre de Belleville ne se pourra rendre en
-aucune manière en propre substance. Et supposé que ladite conté de La
-Marche et les terres d'Estampes ne soient notablement de ladite value,
-si pense tous dis le conseil du roy que le roy de France y ordenera
-d'autres terres, en ce cas, dont le roy d'Angleterre se tendra content
-de ladite terre de Belleville, en accomplissant quant à ce le traictié
-de la paix, et aussi les autres terres et lieux qui restent encore à
-baillier et délivrer au pays d'Aquitaine soient bailliées ou suffisant
-recompensation pour ycelles, dont le roy se pourra tenir content. Et
-quant aux hommaiges et fiefs de Cayeux, Huppi, Vergies, Araines et
-autres qui restent encore à baillier en Pontieu, et aussi la ville de
-Monstereul sur la mer, et oultre ce, l'angle qui est, par exprès,
-compris dedens les mettes et landes de Calais et de Merk, semble audit
-conseil que toutes lesdites choses tant évidemment appartiennent au roy,
-et dont il a bonne et clère cognoissance selon le fait et l'intencion de
-la paix susdite, que il ne les devra par nulle voie laissier. Et oultre
-ce, ledit conseil s'en est parfondement pourpensé parmerveillant[276]
-très entièrement comment le roy de France a receu ou voulu recevoir les
-appeaux du conte d'Armignac, du sire de Lebret et de leur adhérens et
-complis, actendu qu'il estoit et est tenu et obligié par ladite paix
-d'avoir baillié et délivré audit roy d'Angleterre ou à ses députés,
-toutes les terres comprises ès lettres avecques la clause: _c'est
-assavoir_; et, icelles délivrées et baillées, tantost avoir renoncié
-expressement aux ressors et souverainetés; et cependant avoir sursis de
-user de souveraineté et de ressort ès terres dessus dites, et de
-recevoir aucunes appellacions et de rescrire à icelles, si comme ces
-choses et autres sont assez clèrement comprises ès lectres devant dites.
-Si à partant sursis le roy de France, tant que en ença, de user desdites
-souverainetés et ressors; et est tout vray que le conte d'Armignac et le
-sire de Lebret et tous les autres vassaux et subgiés des seigneuries et
-terres en Aquitaine en ont fait hommaige lige au roy d'Angleterre, comme
-à seigneur souverain et lige, et encontre toutes les personnes qui
-pourront vivre et mourir; et depuis il ont fait aussi hommaige au
-prince, retenu et réservé par exprès la souveraineté et le ressort au
-roy d'Angleterre. Dont par lesdites causes et autres raisonnables,
-semble au conseil le roy d'Angleterre, que considéré la forme de ladite
-paix que tant estoit honorable et proffitable au royaume de France et à
-toute crestienté, que la réception desdites appellacions n'a mie esté
-bien faite né passée si ordencement né à si bonne affeccion et amour
-comme il devoit avoir esté fait de raison, parmy le fait et entencion de
-la paix et les aliances affermées entre eux. Ains semblent estre moult
-préjudiciables et contraires à l'honneur et à l'estat du roy et de son
-fils le prince et de toute la maison d'Angleterre, et pourra estre
-évident matière de rébellion des subgiés, et aussi donner très-grant
-occasion d'enfraindre la paix, sé bon remède n'y soit mis sur ce plus
-hastivement. Et comme le roy d'Angleterre s'en est tousdis depuis la
-paix déporté de soy appeller ou porter roy de France par lectres ou
-autrement, par mesme la manière, le roy de France s'en déust avoir
-déporté de user de souveraineté et ressort avant touchiés. Néantmoins au
-cas que le roy de France vueille amiablement reparer et redrecier lesdis
-actemptas et remettre lesdis appellans arrière en la vraie obéissance
-dudit roy d'Angleterre, et faire expressément les renonciations et
-délaissement des souverainetés et ressort accordés à faire de sa partie,
-et en envoie ses lectres au roy d'Angleterre par fourme de ladite paix,
-laquelle chose si est proprement la substance et effet de ladite paix,
-et sans laquelle elle ne se pourra aucunement tenir; adonques pense bien
-ledit conseil que le roy d'Angleterre fera les renonciacions à faire de
-sa partie, et sur ce envoiera ses lectres au roy de France en quanque il
-est tenu à faire, selon la forme de la paix dessus dite.»
-
- [275] La plupart des manuscrits portent la commune et pays de
- Rouergue; mais on doit préférer la leçon de Charles V et celle du
- manuscrit de Jean, duc de Berry, nº 8302.
-
- [276] _Parmerveillant_. S'esmerveillant fort.
-
-(C'est la response que fait le roy de France en son conseil aux poins et
-articles contenus en la bille ou cédule dessus escripte.--Premièrement à
-ce qui est contenu au commencement de ladite cédule que à la révérence
-de Dieu, la paix autrefois faite entre les roys pourroit prendre et
-recevoir bon appointement sé les choses que ledit roy d'Angleterre
-requiert par ladite cédule lui estoient faites et accomplies et que par
-ce pourroit estre eschevée très-grant effusion de sanc crestien et bonne
-paix gardée entre lesdis roys.)
-
-«Que le roy de France a toujours voulu et encore veult tenir et garder
-ladite paix, né onques ne fist né fera le contraire, au cas que le roy
-d'Angleterre la tendra de sa partie; et ce a bien apparu au roy
-d'Angleterre pour ce qui luy a esté dit et offert derrenièrement par
-lesdis messages du roy de France, et encore pourra apparoir clerement à
-tout homme, par ce qui sera touchié brièvement ci-après. Et semble que
-le roy d'Angleterre et son conseil, sauve leur grace, ne veulent pas que
-ladite paix reçoive bon appointement; car les choses qu'il requièrent
-sont desraisonnables, et en la plus grant partie contre le traictié de
-la paix. Et n'est tenu le roy de France de les faire par raison né par
-ladite paix; et, selon raison, qui veult aucune chose il doit prendre et
-eslire moiens et causes raisonnables pour y venir et pour avoir et
-obtenir raisonnablement ce qu'il requiert, autrement on puet dire et
-tenir par raison qu'il ne la veult pas; et à la vérité ledit roy de
-France eust plus chier que le roy d'Angleterre offrist et requerist
-telles choses et si raisonnables comme il déust faire pour la paix.»
-
-(Item, à ce qui est contenu au premier article de ladite cédulle,
-faisant mencion de la terre de Belleville et autres contencieuses, et
-des offres faites par le roy de France pour icelles terres
-contencieuses.)
-
-«Qu'il est vérité que le roy de France par sesdis messages fist offrir
-audit roy d'Angleterre, pour le debat de la terre de Belleville et pour
-toutes autres contencieuses, tant de Picardie comme d'ailleurs dont
-ledit roy d'Angleterre faisoit ou povoit faire demande à cause du
-traictié de la paix, et pour la délivrance de tous les hostaiges nobles,
-la revenue de la commune paix de Rouergue, de laquelle le roy de France
-fait demande; de la ville et le chastel de la Roche-sur-Yon, la conté de
-La Marche, et la terre que monseigneur d'Estampes a en Poitou, à cause
-de madame sa femme; lesquelles choses sont très-nobles et de très-grant
-valeur: et ceste offre faisoit le roy de France, pour avoir paix audit
-roy d'Angleterre, et pour oster toutes matières de débas et de
-questions; car le roy de France n'i estoit né est en riens tenus,
-ainçois tient et tout son conseil que ledit roy d'Angleterre n'a cause
-né raison de faire les demandes qu'il fait de la terre de Belleville et
-autres contencieuses. Et a tousjours offert le roy de France que le pape
-et l'église de Rome, à qui les parties se sont soubmises de tout
-l'accomplissement de la paix par foy et sairement, cognoisse et
-détermine du débat desdites terres contencieuses, veu ledit traictié et
-oyes les parties sommièrement et de plain. Ou sé le roy d'Angleterre
-veult que les commissions soient renouvelées aux commissaires autrefois
-esleus des parties, sur le débat desdites terres ou à autres, encore
-plaist-il au roy de France; nonobstant que le roy d'Angleterre, ses
-commissaires et procureurs aient esté négligens de procéder, et que par
-leur négligence le roy de France en peust et deust avoir grant proffit,
-et auroit plus chier le roy que la vérité fu sceue de son fait et de ses
-deffenses et qu'il en fust jugié, que ce que le roy d'Angleterre preist
-lesdites terres offertes pour lesdites terres contencieuses: lesquelles
-offres le roy d'Angleterre et son conseil ont toutes reffusées, et dient
-qu'il sont bien informés et acertenés qu'il ont bon droit et qu'il n'en
-prendront aucuns juges; et ainsi veulent estre juges en leur cause,
-laquelle chose est contre toute raison.»
-
-(Et quant à ce que le roy d'Angleterre ou son conseil dient audit
-article qu'il tient ladite commune paix de Rouergue et en a possession,
-et luy a esté bailliée par le traictié de la paix.)
-
-«Que ledit roy d'Angleterre tient de fait ladite commune paix de
-Rouergue soubs umbre du pays de Rouergue qui luy a esté baillié, jasoit
-ce que icelle commune paix ne luy doive appartenir. Et pour ce en fait
-le roy de France demande, et en veult estre jugié comme dessus; et
-pareillement, de la Roche-sur-Yon dit le roy de France que elle ne doit
-pas appartenir au roy d'Angleterre, et en veult estre jugié comme
-dessus.»
-
-(Et quant à ce que dit le roy d'Angleterre ou son conseil audit article,
-qu'il s'informera de la valeur de ladite terre de Belleville, et la
-prendra, et s'il y a à parfaire, il tient que le roy de France y
-parfera.)
-
-«Que ladite conté de La Marche et les terres dudit conté d'Estampes
-n'ont pas été offertes pour ladite terre de Belleville, mais pour toutes
-les terres contencieuses, et la délivrance des hostaiges nobles, avec
-ladite commune paix de la Roche-sur-Yon, et pour paix avoir, comme dit
-est. Car lesdites terres de La Marche et d'Estampes sont plus nobles et
-valent plus que ne fait ladite terre de Belleville. Et si tient le roy
-de France qu'il a bailliée ladite terre de Belleville, ainsi comme faire
-le deust par la paix, et en veult estre jugié comme dit est; et
-touteffois avoit fait offrir pour ladite terre de Belleville, la conté
-de La Marche pour paix avoir, et ledit roy d'Angleterre ne l'a pas voulu
-faire.»
-
-(Et quant à ce que contenu est audit article que le roy de France baille
-audit roy d'Angleterre les autres terres et lieux qui restent encore à
-baillier au pays d'Aquitaine ou souffisant recompensacion pour iceux,
-dont ledit roy d'Angleterre soit content.)
-
-«Que le roy de France tient que il a baillié audit roy d'Angleterre tout
-ce que baillier luy doit en demaine au pays d'Aquitaine par le traictié
-de la paix; et s'il y avoit quelque chose à baillier, il a tousjours
-offert à faire; mais ledit roy d'Angleterre et le prince son fils
-occupent et s'efforcent de occuper pluseurs lieux, terres et seigneuries
-qui ne leur doivent point appartenir par ladite paix. Sur quoy le roy de
-France a tousjours offert que bonnes personnes soient esleues des
-parties qui en sachent la vérité, et le roy de France en fera et tendra
-tout ce qui sera trouvé qu'il en devra faire; ou que le pape et l'église
-de Rome en cognoissent comme dessus.»
-
-(Item, quant au second article de ladite bille ou cédule faisant mencion
-des hommaiges et fiefs de Cayeux, Huppi, Vergies et autres qui restent
-encore à baillier en Pontieu, Monstereul sur la mer et la terre de
-l'angle, lesquelles choses ledit roy d'Angleterre dit à luy appartenir
-si évidemment par ladite paix qu'il ne s'en doit en aucune manière
-délaissier.)
-
-«Que des choses dessus dites a ledit roy d'Angleterre fait demande au
-roy de France, et aussi a le roy de France de pluseurs autres choses
-fait demande audit roy d'Angleterre par devant certains commissaires
-esleus des parties. Et ont les commissaires esleus de la partie du roy
-de France et son procureur comparu à toutes les journées et offert à
-procéder. Mais par la négligence et deffaut des commissaires esleus
-dudit roy d'Angleterre a esté le temps de ladite commission expiré et
-failli, et touteffois ont les messages du roy de France envoiés
-derrenièrement en Angleterre, requis et offert au roy d'Angleterre et à
-son conseil que ladite commission fust renouvelée, nonobstant leur
-négligence, aux premiers commissaires ou à autres; ou que le pape et
-l'église de Rome en cogneussent, considéré la submission dessus dite.
-Lesquelles choses ledit roy d'Angleterre et son conseil ont reffusées,
-en disant qu'ils n'en prendront aucun juge, et qu'il sont bien acertenés
-de leur droit, laquelle chose appert évidemment inique et contre raison
-de leur partie, et puet apparoir clèrement à tout homme que le roy de
-France leur a offert toute raison.»
-
-(Item, quant au tiers et derrenier article de ladite bille ou cédule,
-auquel est contenu que le conseil au roy d'Angleterre a parfondément
-pourpensé en merveillant très-entièrement comment le roy de France a
-receu ou voulu recevoir les appeaux du conte d'Armignac, de sire de
-Lebret et de leur adhérens, considéré que par le traictié de la paix, il
-devoit baillier au roy d'Angleterre certaines terres, et, après ce
-renoncier aus souverainetés et ressors, et cependant devoit surseoir de
-user de souveraineté et de ressort, et de recevoir aucunes appellacions,
-et partant en a le roy de France sursis de user jusques à présent.)
-
-«Que le roy d'Angleterre et son conseil ne se doivent point merveillier
-de ce que le roy de France a receu les appellacions dessus dites; car
-par le traictié de la paix, le roy Jehan, dont Dieu ait l'ame, avoit
-promis de surseoir à user desdites souverainetés et ressors jusques à
-certain temps; c'est assavoir jusques à la saint Andrieu qui fu l'an
-soixante-un, si comme par le traictié de ladite paix puet apparoir, et
-par espécial en une lettre en laquelle est contenue la clause: _c'est
-assavoir_. Et ne pouvoit reffuser lesdites appellacions, veues les
-sommacions et requestes d'iceux appellans, qu'il ne leur fausist de
-justice et qu'il ne péchast mortelment, veu ledit traictié de paix. Et
-ainsi l'a trouvé le roy de France en tout son conseil, eue sur ce meure
-délibération par pluseurs fois, si comme les messages du roy de France
-l'ont plus plainement dit audit roy d'Angleterre et à son conseil, de
-bouche. Et sé le roy de France s'est déporté par aucun temps de user
-desdites souverainetés, depuis le temps dessus dit qu'il le povoit
-faire, de tant il a fait plus grant courtoisie au roy d'Angleterre. Né
-il n'avoit pas esté autrefois sommé d'autres appellans par la manière
-qu'il a esté à ceste fois par ledit conte d'Armignac et autres
-appellans; et pour bien de paix l'a dissimulé par aucun temps et tant
-comme il a peu bonnement; jasoit ce que faire le peust, comme dit est
-dessus.»
-
-(Et quant à ce que contenu est audit article que ledit conte d'Armignac,
-le sire de Lebret et autres subgiés d'Aquitaine, ont fait hommaige lige
-au roy d'Angleterre comme à seigneur souverain et lige contre toute
-personne qui puisse venir et morir. Et au prince ont fait hommaige,
-sauve et réservé la souveraineté au roy d'Angleterre.)
-
-«Que le conte d'Armignac et le sire de Lebret, sauve la grace des
-proposans, ne le dient pas ainsi. Ainsois ont dit au roy que en faisant
-hommaige au prince, il distrent expressément que il le luy faisoient
-selon ce que la teneur du traictié l'en portoit, et réservé à eux leur
-privilèges, franchises et libertés anciennes si avant et par la manière
-que leur prédécesseurs les avoient eus et en avoient joï ès temps
-passés. Et ce est trop bien à présumer, car ès lettres et mandement que
-le roy de France fist aux subgiés de Guyenne de faire obéissance au roy
-d'Angleterre estoient par exprès retenues et réservées les souverainetés
-et ressors au roy de France, si comme par l'inspeccion desdis mandemens
-puet apparoir; et sé ladite réservation n'y feust, si y estoit-elle
-entendue de raison, puisque le roy de France ne transportoit pas exprès
-icelles souverainetés; et sé ledit conte d'Armignac ou autre l'avoit
-fait autrement, si ne vaudroit-il né ne se pourroit soustenir, né le roy
-d'Angleterre ne les poroit recevoir par la manière qu'il maintient, que
-ce ne fust contre le traictié de la paix; et aussi ne faisoit le prince.
-Et en ce faisant ont clerement et notoirement entrepris sur la
-souveraineté du roy de France, et si ont-il en pluseurs autres manières,
-car par ledit traictié de la paix en la clause: _C'est assavoir_,
-lesdites souverainetés et ressors demeurent au roy de France en tel
-estat comme elles estoient au temps du traictié de la paix, sans ce que
-elles puissent estre dictes ou réputées transportées au roy d'Angleterre
-par lettres quelconques comprises audit traictié, ou autres données ou à
-donner par dit né par fait quelconques, sé le roy de France n'y renonce
-expressément; laquelle chose il ne fist oncques; ainsois requiert ledit
-roy d'Angleterre et son conseil par ladite bille que le roy de France
-fasse lesdites renonciacions.»
-
-(Et quant à ce que contenu est audit tiers article, qu'il semble au
-conseil dudit roy d'Angleterre que la réception desdites appellacions
-n'a pas esté bien faite né ordenéement, né en gardant la paix et amour
-telle comme elle doit estre par ledit traictié et par les aliances
-faites entre les deux roys.)
-
-«Que, sauve la grace des proposans, ladite réception d'appellacions a
-bien et duement esté faite, né le roy de France ne le povoit né devoit
-refuser, comme dit est dessus; et en ce n'a rien fait contre la paix,
-mais selon la forme et teneur d'icelle.»
-
-(Et quant à ce que contenu est audit article que ladite réception
-d'appellacions est faite en grant injure et vitupère de la maison
-d'Angleterre et pourra estre occasion de grant rébellion des subgiés et
-aussi d'enfraindre ladite paix, se remède n'y est mis briefment.)
-
-«Que, en ce faisant, le roy de France n'a fait né voulu faire aucune
-injure au roy d'Angleterre né à autres. Car les choses qui sont faites
-deuement par justice et selon raison et exécucion de droit ne peuvent
-causer injure né deshonneur. Et aussi ladite réception d'appellacions ne
-donne aucune occasion de rebellion aux subgiés; ainsois donne occasion
-d'obéissance. Car appellacion est remède et bénéfice de droit, et pour
-garder les subgiés d'oppression et pour oster toute voie de fait. Et
-aussi le roy de France, en ce faisant, n'a donné aucune occasion
-d'enfraindre la paix parce que dit est, né par ce né autrement n'en
-voudroit donner cause né occasion.»
-
-(Et quant à ce que contenu est audit article que le roy d'Angleterre
-s'est bien desporté de soi appeler et porter pour roy de France, et que
-aussi bien se peust estre desporté le roy de France de recevoir lesdites
-appellacions.)
-
-«Que ces deux choses sont trop despareilles; car soy appeler et nommer
-roy de France regarde la volenté et intérest seulement dudit roy
-d'Angleterre, mais recevoir les appellacions ou non ne regarde mie
-seulement l'intérest du souverain; ainsois regarde principalement
-l'intérest des subgiés appelans, afin qu'il soient pourveus contre les
-oppressions des seigneurs demainiers, et pourveu à la requeste et
-instance des appelans. Et comme astraint à faire justice a receu le roy
-de France lesdites appellacions, donné rescript à icelles, et fait ce
-que seigneur souverain puet et doit faire en tel cas par justice et par
-raison, et n'a en rien usé par voie de fait.»
-
-(Et quant à ce que contenu est en la fin dudit article que sé le roy
-veult réparer les attemptas et remettre les appelans en l'obéissance
-dudit roy d'Angleterre et faire les renonciations qui sont à faire de sa
-partie et ycelles envoie au roy d'Angleterre par ses lettres ouvertes,
-le conseil du roy d'Angleterre pense que le roy d'Angleterre fera celles
-que faire devra par le traictié de la paix.)
-
-«Que, sauve la grace des proposans, l'offre des conclusions dessusdites
-n'est pas raisonnable par pluseurs raisons: La première, car le roy de
-France n'a fait aucuns attemptas contre ladite paix en recevant lesdites
-appellacions; ainsois a fait ce qu'il povoit et devoit faire pour ladite
-paix: et aussi par ladite appellacion, les appelans sont exemps dudit
-roy d'Angleterre et du prince son fils et demeurent en l'obéissance du
-roy de France; et ainsi il n'est tenu de les remettre en l'obéissance du
-roy d'Angleterre ou du prince, s'il n'estoit premièrement cogneu des
-appellacions et qu'il feust dit et jugié que il eussent mal appelé, au
-quel cas le roy de France feroit ce qu'il devroit, ainsi comme il l'a
-accoustumé de faire en cas semblable. La seconde raison: car le roy de
-France, par le traictié de la paix, n'est tenu de renoncier premièrement
-né avant que le roy d'Angleterre; né premièrement ne doit pas envoier
-ses lettres: ainsois il y a certaine forme autre qu'il n'est contenu en
-l'offre du roy d'Angleterre dessus esclaircie. La tierce raison: que le
-roy d'Angleterre n'offre pas à faire les renonciations qui sont à faire
-de sa partie, supposé que le roy de France les féist de sa partie;
-ainsois dit le conseil du roy d'Angleterre qu'il pense que le roy
-d'Angleterre les feroit, laquelle chose ne souffist pas, considéré la
-forme du traictié de la paix. La quarte raison: car le roy d'Angleterre
-n'offre pas à envoier les personnes devant lesquelles le roy de France
-devroit faire lesdites renonciations; et aussi ne requiert pas que le
-roy de France luy envoie personnes devant lesquelles il les fera,
-lesquelles choses il convenist par le traictié de paix. La quinte
-raison: car le roy d'Angleterre par ladite bille ou cédulle veult que le
-roy de France luy délivre certaines terres, lesquelles, par le traictié
-de la paix, ne regardent en rien le fait des renonciations, si comme
-Monstereul sur la mer, les quatre homaiges dessusdis, la terre de
-l'angle et pluseurs autres, lesquelles ledit roy d'Angleterre veult
-avoir pour ce qu'il dit qu'il y a droit et qu'il en est bien enformé; et
-le roy de France dit que elles ne doivent point appartenir au roy
-d'Angleterre par le traictié de la paix: et n'en veult point estre juge
-en sa cause, ainsois en veult estre jugié par le pape et l'églyse de
-Rome, à qui les parties se sont soubmises, ou par commissaires esleus ou
-à eslire des parties, ainsi comme autrefois a esté fait. La sixte
-raison: car le roy d'Angleterre, par ladite bille ou cédulle, veult que
-le roy de France luy baille lesdites terres et luy face formelment et
-clerement tout ce qu'il requiert; et il offre en général à faire au roy
-de France ce que faire devra, laquelle chose cherroit en cognoissance de
-cause, et est obscure et incertaine; car aux requestes du roy de France
-n'a fait né voulu faire le roy d'Angleterre né son conseil aucune
-particulière né certaine response, jasoit ce que pluseurs fois luy ait
-esté requis. Parquoy puet apparoir clerement et très évidemment que les
-responses, offres, conclusions et autres choses contenues en ladite
-bille ou cédulle, sauve la grace des opposans, ne sont mie
-raisonnablement baillées ou proposées, espécialment par la forme et
-manière comprise en ladite bille ou cédulle. Et quant le roy
-d'Angleterre et son conseil vouldront requérir ou offrir aucunes choses
-raisonnables et selon la forme de la paix; et aussi feront et vouldront
-faire de leur partie ce qu'il doivent faire sur les requestes que le roy
-de France leur a fait faire par ses dis messages envoiés darrenièrement
-en Angleterre, tant sur le fait du widement des compaignies et sur les
-dommaiges qu'il ont fait au royaume de France, comme sur les autres
-choses touchant le traictié de la paix, le roy de France fera très
-volentiers ce que faire devra de sa partie.
-
-»Item, dit le roy de France et son conseil, afin qu'il appère à tout
-homme que tout ce qu'il a fait a esté fait bien et duement, et par voie
-de justice, et sans faire aucune chose contre la paix; que, par le
-traictié de la paix et par ce que dit est dessus appert évidemment que
-les souverainetés et ressors des terres bailliées par la paix au roy
-d'Angleterre en demaine et aussi de celles qui lui doivent demourer par
-la paix appartiennent et demeurent au roy de France en tel estat comme
-elles estoient au temps de ladite paix, puisqu'il n'y a renoncié. Et
-ainsi le dit clèrement la clause: _c'est assavoir_. Et aussi est-il
-certain et appert par ladite bille ou cédulle et par la confession du
-roy d'Angleterre et de son conseil que le roy de France n'y a point
-renoncié. Et par icelle bille ou cédulle il requièrent que le roy de
-France face les renonciations auxdites souverainetés et ressors, ce que
-il ne requéissent pas sé il y eust renoncié, et par conséquent en povoit
-et puet user, passé le terme de ladite surséance qui duroit jusques à
-ladite feste St-Andrieu, l'an soixante-un.
-
-»Item, que, ce nonobstant, le roy d'Angleterre et le prince son fils,
-ont entrepris et actempté contre icelles souverainetés et ressors en
-plusieurs manières, et se sont efforciés d'icelles approprier et
-attribuer à eux, et icelles dénier et empeschier au roy de France auquel
-seul et pour le tout elles appartenoient et appartiennent comme est dit
-dessus. Premièrement le roy d'Angleterre et son gouverneur-général de
-Pontieu, qui est pardessus tous les officiers de Pontieu et lequel le
-roy d'Angleterre ne peut désavouer, a ordené et publié audit Pontieu que
-tous ceux qui appelleroient du séneschal de Pontieu audit gouverneur
-comme à siège souverain et derrain, duquel l'en ne puist partir sé non
-par proposition d'erreurs comme on fait en parlement, et après ladite
-ordenance a donné pluseurs ajournemens pardevant luy et ceux qui
-avecques luy seroient aux appellans des sentences au jugement dudit
-séneschal; duquel séneschal de tout temps on doit et est accoutumé
-d'appeller au baillif d'Amiens sans moien[277]: et ce ont fait ledit
-gouverneur, le trésorier de Pontieu et autres officiers dudit Pontieu,
-de l'autorité et volenté dudit roy d'Angleterre et de son conseil
-d'Angleterre, né autrement ne l'eussent osé faire né si grant chose
-entreprendre. Et aussi est venu à la connoissance dudit roy d'Angleterre
-et de son conseil, et l'ont souffert et consenti expressément ou
-taisiblement; et aussi ne puet ledit gouverneur estre désavoué comme dit
-est selon raison, la coustume, et usaige et commune observance de la
-court souveraine, espécialment en fait de justice et en ce qui puet
-cheoir en administration et gouvernement de païs.
-
- [277] _Sans moyen_. Sans intermédiaire.
-
-»Item, que lesdis gouverneur et trésorier de Pontieu, considérans qu'il
-ne povoient par raison né devoient entreprendre ledit ressort,
-s'efforcièrent d'enduire les subgiés de Pontieu à ce qu'il voulsissent
-requérir que ledit ressort leur feust baillié comme souverain et final,
-sans plus ressortir au roy de France né à sa court de parlement; et
-firent assembler à Abbeville, en l'églyse de Saint-Pierre, les gens
-d'églyse, les nobles et les bonnes villes de Pontieu, et leur
-baillièrent ou firent baillier une requeste ou supplicacion contenant
-que lesdis subgiés requéroient et supplioient avoir ledit ressort par
-devers ledit gouverneur; et avoit en icelle supplicacion pluseurs queues
-pour y mettre les seaux desdites gens d'églyse, nobles et bonnes villes,
-et leur requéroit-on que ainsi le voulsissent faire: mais lesdis
-subgiés, comme bien avisés et conseilliés, respondirent d'un commun
-assentiment qu'il n'en requéroient riens et qu'il ne savoient pas que le
-roy de France eust renoncié à ses souverainetés et ressors, né qu'il les
-eust transportés au roy d'Angleterre; et que sur ce, ledit roy
-d'Angleterre et son conseil féissent ce que bon leur sembleroit. Et
-d'icelle supplicacion sera bien monstrée la copie sé mestier est; et
-estoit icelle supplicacion getée et ordenée par le conseil du roy
-d'Angleterre, et contenoit, contre vérité, que le roy de France n'avoit
-audit pays de Pontieu aucune souveraineté, et que la seigneurie d'iceluy
-païs estoit toute séparée du royaume de France.
-
-»Item, que, ce nonobstant, ledit gouverneur ordena ledit ressort, iceluy
-fist publier, et en a usé et donné pluseurs ajournemens en cause
-d'appel, comme dit est dessus, et en entreprenant lesdites souverainetés
-et en eux efforçant d'icelles attribuer à eux, contre raison, et contre
-la teneur de ladite paix.
-
-»Item, que ledit roy d'Angleterre, lesdis gouverneur et trésorier ont
-requis et fait requérir à pluseurs nobles et subgiés dudit Pontieu qu'il
-feissent seremens d'estre avec le roy d'Angleterre contre toutes
-personnes qui pevent vivre et mourir, le roy de France ou autres. Et en
-y a pluseurs qui l'ont fait ainsi par doubtance, si comme l'en dit, et à
-ceux qui ne le voulurent faire en saisissent leur terres et leur fiefs,
-et tient-on communelment que Ringois[278] d'Abbeville a esté mort pour
-ce qu'il ne voult faire ledit serement contre le roy de France; et fu
-mené en Angleterre, et après ce qu'il a esté longuement prisonnier
-détenu, sans lui vouloir ouvrir voie de droit né à ses amis qui le
-poursuivoient, on l'a fait saillir des dunes du chastel de Douvre en la
-mer.
-
- [278] _Ringois_. Variante: _Aingois_.
-
-»Item, que par icelle meisme manière l'a fait et s'est efforcié de faire
-ledit roy d'Angleterre et aussi le prince son fils, au païs de Guyenne,
-en prenant leur homaiges; et ainsi le confessent-il et est contenu en
-ladite bille du conte d'Armignac et du sire de Lebret, qu'il ont fait
-leur homaige au roy d'Angleterre comme seigneur souverain; et que ainsi
-l'ont reçu le roy d'Angleterre et le prince son fils.
-
-»Item, que ledit roy d'Angleterre et le prince son fils, tant en Pontieu
-comme en Guyenne, ont occupé et occupent de fait la seigneurie et
-connoissance des causes touchant les églyses cathédraux et autres
-églyses de fondation royale, de ce que icelles églyses tiennent soubs
-eux; et toutesvoies icelles églyses sont de la souveraineté et ressort
-du roy de France seul et pour le tout, né oncques n'y renonça comme dit
-est dessus. Et supposé que le roy ait mandé par ses lettres à aucunes
-villes, seigneurs ou païs qu'il obéissent au roy d'Angleterre par la
-manière qu'il ont fait au temps aux roys de France, c'est à entendre
-comme à seigneur en demaine, et selon la forme de la paix laquelle est
-contenue par exprès en la clause: _c'est à savoir_, que les
-souverainetés et ressors des païs bailliés en demaine au roy
-d'Angleterre au royaume de France, demeurent au roy de France en l'état
-que elles estoient au temps de la paix, sans ce que elles puissent estre
-dites ou transportées au roy d'Angleterre par lettres contenues au
-traictié de la paix, né autres données ou à donner par dit, par fait né
-autrement par quelconque manière que ce soit, jusques à ce que le roy de
-France y ait renoncié expressément et bailliées ses lettres ouvertes au
-roy d'Angleterre; laquelle chose il ne fist oncques.
-
-»Item, que ledit prince a pris ou fait prendre et mettre en prison
-maistre Bernart Palot et monseigneur Jehan de Chaponnal, commis ou
-députés, de par le roy de France ou de par son séneschal à Toulouse, à
-présenter audit prince les lettres du roy de France; par lesquelles
-ledit prince estoit adjourné, en cause d'appel, pardevant le roy ou sa
-court de parlement à Paris, à l'instance et requeste dudit conte
-d'Armignac; et les a détenus prisonniers pour lonc-temps, et encore
-détient en très grand contempt et mesprisement du roy et de sa
-souveraineté[279], et en actemptant et entreprenant contre icelles
-souverainetés.
-
- [279] Le manuscrit de Charles V porte sur la marge, à côté de ces
- mots: No. _Que il les fist morir_.--Bernard Palot étoit un docteur,
- juge du roi à Toulouse, comme on le verra vers la fin de l'année
- 1377.
-
-»Item, que ledit prince, au contempt de ladite appellacion, fait guerre
-ouverte contre ledit conte d'Armignac et ses adhérens, et procède contre
-ledit conte et contre iceux par voie de guerre et de fait le plus
-efforcément qu'il puet; et font mourir et mettre à mort tous les
-appellans qu'il trouvent et leur adhérens. Et en ce faisant n'est pas
-doute qu'il fait guerre contre le roy de France, considéré que lesdis
-apellans, par ladite appellacion et durant icelle, sont exemps dudit
-prince et sont en l'obéissance, sauve-garde et proteccion du roy; et ne
-leur puet ledit prince meffaire qu'il ne mefface au roi de France et à
-sa souveraineté.
-
-»Item, que le roy d'Angleterre, en la guerre entreprise et rebellion
-dessus dite, soustient et a soustenu, conforté et aidié ledit prince son
-fils, et luy a envoié et envoie tous les jours gens d'armes et archiers
-pour faire guerre auxdis appellans, et par conséquent ne puet désavouer
-le fait dudit prince son fils.
-
-»Item, que le roy d'Angleterre et le prince son fils ont pris à leur
-soldées et gaiges pluseurs gens de compaignies, ennemis du roy et du
-royaume de France, pour faire guerre contre lesdis appellans, en aidant
-et confortant iceux et en les receptant en leur terres et seigneuries.
-Laquelle chose il ne pevent faire par les aliances des deux roys, et une
-partie desdites compaignies font demourer au royaume de France à
-Chastel-Gontier et ailleurs, pour iceluy royaume grever et domaigier.
-
-»Item, que en ce faisant monstrent-il clèrement que il ont lesdites
-compaignies soustenues, aidiées et confortées au temps passé, et que
-elles sont et ont bien esté en leur commandement, et qu'il avoient bien
-la puissance de les empeschier à entrer au royaume de France et de les
-faire widier et mettre hors s'il leur eust pleu; ainsi comme tenus y
-estoient par lesdites aliances.
-
-»Item, qu'il n'est pas doubte que en ce faisant, il ont fait contre les
-bulles et les procès du pape, et en encourant les peines et sentences
-contenues en icelles, puisqu'il se aident et se sont aidiés desdites
-compaignies et icelles confortées et aidiées contre le royaume de
-France, et aussi puisque ils les povoient retraire dudit royaume et il
-ne l'ont fait, et par spécial leur subgiés nés de leur terres et
-seigneuries. Et ainsi sont par lesdites bulles et procès tous leur
-subgiés et vassaux quittes et absous de tous homaiges et seremens
-èsquiels il leur estoient tenus et astrains, et puet le roy de France
-assigner et mettre en sa main toutes les terres, seigneuries qu'il
-tiennent en demaine au royaume de France.
-
-»Item, que darrenièrement ont les gens du roy d'Angleterre chevauchié en
-Pontieu par manière de guerre, et bouté feux en la maison du seigneur de
-Chastillon, et fait pluseurs autres choses par voie de fait et de guerre
-contre droit et les seremens devant fais.
-
-»Item, que en ce faisant, il appert clèrement que lesdis roy
-d'Angleterre et prince ont commencié à procéder contre le roy de France
-par voie de guerre et de fait, en venant et en enfraignant icelle; et en
-pluseurs autres manières ont entrepris sur le roy de France et sur son
-royaume et contre ses souverainetés, lesquelles choses et explois
-seroient trop lonc à reciter. Et par les rebellions, désobéissances,
-actemptas, mesprisemens et abus dessus dis, ont tant meffait lesdis roy
-d'Angleterre et prince envers le roy de France et sa souveraineté, qu'il
-puet et luy loit[280] par raison et par bonne justice assigner et mettre
-en sa main tous les demaines que lesdis roy d'Angleterre et prince ont
-au royaume de France, tant en païs coustumier comme en païs de droit
-escript. Et s'il y a aucuns subgiés ou autres habitans ou demourans en
-iceux demaines, le roy leur puet requérir que il obéissent à luy et à
-ses gens en ce faisant, et il y sont tenus d'obéir comme à leur seigneur
-souverain. Et s'il y a aucuns subgiés ou autres qui en ce fassent
-désobéissance ou rebellion, le roy de France les puet, sans offence de
-justice, faire par sa puissance et par main armée venir à obéissance, et
-faire tant que la force soit sienne; et en ce, ne peut-on dire ou noter
-voie de guerre ou de fait, mais que droite et bonne justice; né par ce
-on ne puet dire que le roy ait commencié guerre né fait contre la paix
-en aucune manière.
-
- [280] _Luy loit_. Lui est loisible.
-
-»Item, que pour les causes dessus dites et à la conservacion de ses
-souverainetés et en usant d'icelle, a le roy de France assigné et mis en
-sa main comme seigneur souverain aucunes villes et lieux qui estoient du
-demaine du roy d'Angleterre: et où il a trouvé obéissance, il y a mis
-gens de par luy, pour icelles villes et lieux tenir et garder en sa
-main; et où il a trouvé désobéissance, il les y contraint par sa
-puissance et par la manière qui luy loit à faire. Et ainsi le peut-il
-faire et continuer, s'il lui plaist, par tous les autres lieux et
-demaines que lesdis roy d'Angleterre et prince ont au royaume de France,
-et en la souveraineté d'icelui.
-
-»Et par ce que dit est dessus, puet apparoir clèrement à tout homme que
-tout ce que le roy de France a fait tant en Pontieu comme en Guyenne sur
-les demaines que le roy d'Angleterre y tenoit, il l'a fait par voie de
-justice et de raison, et ainsi comme il luy loisoit à faire comme à
-seigneur souverain; et n'a en rien procédé par voie de guerre né de
-fait; et que le roy d'Angleterre et le prince son fils ont procédé
-desraisonnablement et par voie de fait, et commencié la guerre contre le
-roy de France et ses subgiés, et en venant par pluseurs fois et par
-pluseurs manières contre le traictié de la paix.
-
-»Et pour ce que plus clèrement appère l'entendement des choses dessus
-dites, et pour monstrer les justificacions du roy de France en ces
-choses, s'ensuivent ci-après aucunes requestes que le roy de France luy
-deut faire par le traictié de la paix, et lesquelles les messaiges du
-roy de France dessus dis ont faites audit roy d'Angleterre; mais iceluy
-roy d'Angleterre né son conseil n'y ont fait né voulu faire response.
-
-_La première_. »Comme audit traictié entre les autres choses est contenu
-au vint-septiesme et au vint-huitiesme articles et sur ce faites lettres
-des deux roys, que le roy d'Angleterre est tenu de faire widier et
-délivrer, à ses propres coux et frais, toutes les forteresses prises et
-occupées par luy, par ses subgiés, adhérens ou aliés au royaume de
-France, en quelque partie que ce soit, excepté celles du duchié de
-Bretaigne et des païs et terres qui doivent appartenir et demourer audit
-roy d'Angleterre, et le devoit avoir fait dedens la Chandeleur qui fu
-l'an mil trois cens soixante; et en icelles lettres sont nommées par
-exprès lesdites forteresses occupées audit royaume ou grant partie
-d'icelles. Item, que ledit roy d'Angleterre ne fit widier né délivrer
-lesdites forteresses dedens ledit terme de la Chandeleur. Item, que
-celles qui furent widiées après ladite Chandeleur, ou grant partie
-d'icelles, ne l'ont point esté par ledit roy d'Angleterre né à ses frais
-né despens, comme faire le devoit; ainsois l'ont été aux frais et
-despens du roy et de ses subgiés et des païs où lesdites forteresses
-étoient assises. Item, que aucunes des forteresses ne furent oncques
-délivrées, ainsois ont toujours esté occupées et encores sont par ledit
-roy d'Angleterre ou par ses subgiés ou aliés, c'est assavoir la
-Roche-de-Pesay[281]; et toutesvoies ladite Roche-de-Pesay est par exprès
-nommée audit traictié entre les forteresses qui devoient être widiées et
-délivrées au païs de Tourraine. Item, par la faute dudit widement, ceux
-qui demourèrent ès dites forteresses pour ledit roy d'Angleterre ont
-pillié, gasté et destruit le païs pour le temps qu'il y ont esté, et
-aussi durement où pou s'en failloit comme il faisoient durant la guerre,
-levé nouvelles raençons et fait tout le mal qu'il povoient. Item, que
-par ce a convenu que les païs où lesdites forteresses estoient aient
-acheté lesdis fors[282] à grans sommes de deniers, pour ce que le roy
-d'Angleterre ne les faisoit pas widier, nonobstant qu'il en feust
-pluseurs fois sommé et requis; et jà soit ce que le roy de France eust
-fait de sa partie ce que faire devoit pour ledit widement: et seront
-bailliées, toutesvoies que besoin sera, par déclaration, les forteresses
-rachetées aux despens du roy et du pays. Item, que en ces choses le roy
-et ses subgiés ont esté domaigiés jusques à très grans sommes aussi
-comme inestimables, à déclarer quant temps sera, et desquelles choses le
-roy doit estre desdommaigié par le roy d'Angleterre.»
-
- [281] _La Roche de Pesay_. Aujourd'hui _Laroche-Posay_, sur les
- limites de la Touraine et du Poitou.
-
- [282] _Fors_. Forteresses.
-
-_La seconde_. »Comme entre les deux roys par ledit traictié de la paix,
-soient faites et passées alliance contre toutes personnes, excepté le
-pape et le saint-siège de Rome et l'empereur qui est à présent, pour
-eux, leur enfans, leur hoirs et successeurs, leur royaumes, terres et
-subgiés quelconques; et entre les autres choses soit contenu en icelles
-alliances, que le roy d'Angleterre ne soufferra aucun de ses subgiés né
-autres quelconques aler né entrer au royaume de France, né en autre
-terre du roy, ses enfans, hoirs ou successeurs, pour y faire guerre,
-domaige ou offense aucune, à gaige, à service d'autrui né autrement, par
-quelconque manière ou cause que ce soit; ainsois les empeschera ou
-destourbera de tout son pouvoir, et les ennemis ou malveillans du roy au
-royaume de France ne receptera en son royaume ou aucunes de ses terres,
-né aide ou confort ne leur fera; et sé aucun de ses subgiés faisoient le
-contraire, ou aussi une guerre villaine ou domaige au roy ou au royaume
-de France, par ses successeurs ou subgiés il les pourroit ou feroit
-pugnir si grandement qu'il seroit example à tous autres; et de tout son
-pouvoir feroit réparer et adressier tous les domages, actemptas ou
-entreprises fais à l'encontre; et sé il faisoit, procuroit ou souffroit
-sciemment le contraire estre fait, il vouloit encourir les peines
-contenues ès-dites alliances.
-
-»Item, qu'il n'est pas doubte que par lesdites alliances le roy
-d'Angleterre estoit et est tenu et obligié à destourber et empeschier de
-tout son povoir et procurer et faire diligence par deffenses,
-inhibicions et de toutes autres manières qu'il poroit, que aucun de ses
-subgiés n'entrast au royaume de France pour y faire guerre ou domaige
-par manière de compaignies à service ou gaiges d'autruy, ou autrement
-par quelconque cause que ce soit; et aussi il estoit et est obligié s'il
-faisoit le contraire de faire réparer et adressier les seurprises ou
-actemptas fais par ses subgiés, laquelle chose il devoit faire en les
-contraingnant à widier le royaume de France, et faisant redressier les
-domaiges qu'il avoient fais: autrement les actemptas ne seroient pas
-adressiés né réparés.
-
-»Item, que selon lesdites alliances puisque le roy d'Angleterre estoit
-tenu de destourber et empeschier que ses subgiés n'entrassent au royaume
-de France pour y faire guerre, par semblable voie et par plus forte il
-estoit tenu, s'il y entroient ou faisoient guerre, de les faire widier
-et retraire dudit royaume.
-
-»Item, que par exprès il est retenu ès-dites alliances, comme dit est
-dessus, que ledit roy d'Angleterre ne soufferra point le contraire
-sciemment; lesquelles paroles emportent que sé il le scet et vient à sa
-connoissance, qu'il les fera widier et les empeschera de tout son
-pouvoir, autrement il se soufferroit sciemment et seroit contre lesdites
-alliances et promesses.
-
-»Item, que par lesdites alliances, ledit roy d'Angleterre est tenu à
-trois choses: premièrement de non souffrir les subgiés faire guerre ou
-domaige au royaume de France; secondement il est tenu de les destourber
-ou empeschier; et tiercement il est tenu sé il font le contraire de
-réparer et adressier leur entreprise et actemptas, et par conséquent de
-les faire widier du royaume de France, comme dit est dessus, soit qu'il
-soient entrés par manière de compaignies à service ou gaiges d'autrui,
-ou autrement: et aussi doit rendre et restablir ou faire rendre et
-restablir tous les domaiges que le roy, son royaume et ses subgiés ont
-eu et soustenu pour celle cause, et aussi ne les doit récepter, né à
-iceux prester conseil, confort ou aide en aucune manière.
-
-»Item, que par lesdites alliances, ledit roy d'Angleterre est obligié de
-faire les choses dessus dites de tout son povoir, lesquelles paroles
-sont à entendre civilement et raisonnablement et de tel povoir que le
-roy d'Angleterre a sur ses subgiés; c'est assavoir, qu'il leur doit
-mander et commander qu'il wident le royaume, et sé ils n'obéissent à ses
-commandemens il les y doit contraindre par sa puissance et main armée et
-ce emportent les paroles: _de tout son povoir_, lesquelles sont à
-entendre _cum effectu_.
-
-»Item, que, ce nonobstant, les subgiés du roy d'Angleterre et du prince,
-tant d'Angleterre comme de Guyenne, ont esté au royaume de France, tant
-par manière de compaignies comme autrement, et y ont fait guerre et tous
-les domaiges, excès et maléfices que l'en pourroit dire né desclairer,
-et ont esté pour la grant partie du temps depuis le traictié de la paix,
-et encores y sont à présent et ont esté dès la derrenière venue par
-l'espace d'un an continuellement et plus, sans en partir; tous ou la
-plus grant partie subgiés et des terres et de l'obéissance dudit roy
-d'Angleterre et du prince son fils; et y ont fait et y font de jour en
-jour domaiges et excès irréparables et aussi comme inestimables[283], et
-grant partie des pillages portés, réceptés et vendus en Guyenne.
-
- [283] La fin de cet alinéa et le suivant ont été omis dans les
- éditions précédentes.
-
-»Item, que il est venu à la connoissance dudit roy d'Angleterre, que
-lesdites compaignies estoient au royaume, et l'en a le roy de France,
-par pluseurs fois, sommé et requis qu'il les voulsist faire widier et
-partir du royaume de France et faire reparer les domaiges et actemptas
-que fais avoient; laquelle chose le roy d'Angleterre et le prince n'ont
-pas fait, jà soit ce que faire le peussent et deussent selon le traictié
-de la paix.
-
-»Item, que supposé que ledit roy d'Angleterre leur ait fait faire aucuns
-commandemens de bouche de widier le royaume, ce ne doit pas souffire;
-car puisqu'il n'obéissent à ses commandemens, il les doit contraindre de
-fait, autrement il ne faisoit pas bien son devoir né son povoir.
-
-»Item, que ledit roy d'Angleterre, tant pour lesdites alliances comme
-par une lettre appellée _exécutoire_ passée à Calais, doit punir les
-dessus dis, ses subgiés, qui feront guerre ou domaige audit royaume de
-France pour quelconque cause que ce soit comme traistres, et en la
-manière qu'il est acoustumé à faire en crime de lèse majesté s'il les
-puet appréhender, ou bannir de son royaume s'il sont absens, et leur
-biens ou terres confisquer, sans iceux jamais récepter en son royaume,
-s'il ne se partent du royaume de France, dedens un mois après ce que il
-en auront esté sommés et requis par aucun des gens dudit roy
-d'Angleterre ou autre personne publique; de quoi rien n'a esté fais,
-ainsois sont et viennent pluseurs d'iceux par le royaume d'Angleterre et
-par Guyenne, et aussi joyssent de leurs biens paisiblement.
-
-»Item, que pour les choses dessus dites et occasion d'icelles, le roy de
-France a esté domaigié irréparablement et ses subgiés jusques à sommes
-ainsi comme inestimables, et desquelles choses le roy de France doit
-estre desdomaigié par le roy d'Angleterre et lesquelles choses seront
-bien esclaircies et montrées.
-
-»Item, et avecques ce, fasse le roy d'Angleterre royalment et de fait
-widier les gens des compaignies qui sont au royaume de France,
-spécialment ceux qui sont de ses terres et seigneuries et du prince son
-fils; et que de ce fasse tout son povoir par la manière que contenu est
-èsdites alliances. Et plaise au roy d'Angleterre dire aux messaiges du
-roy de France à cette fois ce qui l'en plaira faire; car le roy de
-France tient que le roy d'Angleterre y est tenu par le traictié de la
-paix et par lesdites alliances.»
-
-_La tierce_. »Que comme esdites aliances, entre les autres choses soit
-convenu que sé aucun des deux roys requiert l'autre en son ayde, celui
-qui ainsi sera requis aidera le requérant et luy donra tout le bon
-conseil qu'il pourra aux despens du requérant: et il soit ainsi que
-ledit roy de France ait fait requérir le roy d'Angleterre par ses
-messaiges qui y furent derrenièrement qu'il voulsist mander et commander
-à ses subgiés que sé le roy de France les requéroit de luy servir contre
-les compaignies à ses despens qu'il luy aidassent, et que aussi voulsist
-mander au prince son fils que il commandast à ses subgiés de Guienne; et
-mesmement[284] qu'il y en avoit aucuns qui estoient ses hommes et le
-devoient servir contre autres personnes que contre le roy d'Angleterre
-ou ses enfans. Laquelle requeste fu plainement reffusée auxdis messaiges
-du roy, soubs couleur que le conseil dudit roy d'Angleterre disoit que
-le roy d'Angleterre avoit à faire de gens d'armes ou doubtoit d'en avoir
-à faire prochainement, et aussi disoit-il du prince. Sur quoy leur fu
-requis que il baillassent lesdis mandemens à leur subgiés de servir le
-roy à ses despens, comme dit est, au cas que ledit roy d'Angleterre ou
-le prince ne les manderoient ou embesogneroient pour fait de guerre qui
-leur survenist; laquelle chose leur fu encore refusée. Et toutesvoies
-ledit roy d'Angleterre né aussi ledit prince n'avoient né depuis
-n'eurent aucune guerre pour laquelle il embesognassent ceux que le roy
-de France requéroit à avoir en son service à ses despens.
-
- [284] _Mesmement que_. Avec d'autant plus de raison que.
-
-»Item, que, pour ce, en y a eu pluseurs de la duchié de Guyenne qui
-n'ont osé venir au service du roy, et aucuns qui y sont venus n'y
-vindrent pas si tost que le roy en eust besoin; et en ce a esté le roy
-et ses subgiés grandement domagié et irréparablement.
-
-»Item, que les gens du roy nostre sire estant devant Faye-la-Vigneuse où
-lesdites compaignies estoient, en entencion d'icelles compaignies
-combattre, le séneschal de Poitou, où autres gens ou officiers du prince
-firent commandement de par le prince à pluseurs seigneurs qui tiennent
-aucunes terres du prince, que il se partissent de d'avec les autres gens
-du roy nostre sire, et que, sur quanque il se pouvoient meffaire envers
-ledit prince, ne feussent avec les gens du roy nostre sire né
-mefféissent auxdites compaignies.
-
-_La quarte_. »Que comme pluseurs gens de compaignies des terres et
-seigneuries du roy d'Angleterre et du prince fussent au royaume de
-France et iceluy gastassent et pillassent en faisant tous les maux et
-domaiges que l'en sauroit réciter, et pour résister à leur male volenté
-et iceux faire partir et widier le royaume de France où il estoient, les
-séneschaux de Thoulouse et de Carcassonne et autres officiers, vassaux
-et subgiés du roy de France, se fussent assemblés au lieu de Lisledieu
-au pouvoir du roy nostre sire, les gens et subgiés du prince
-confortèrent et aidièrent les dessusdis des compaignies par tele manière
-que les gens de la partie du roy de France furent desconfis, mors et
-pris, et lesdis séneschaux et pluseurs barons, vassaux et subgiés du roy
-menés et détenus prisonniers au povoir du prince et raençonnés, et les
-biens et pillages receus et receptés, et depuis furent mis les prisons à
-grans et excessives raençons; et en ce a esté le roy de France et ses
-subgiés très grandement domagié.
-
-»Item, que de réparer et adrécier les choses dessusdites fu le prince
-sommé et requis de par le roy de France et de par monseigneur le duc
-d'Anjou, et furent envoiés messages, lesquels firent lesdites requestes
-et baillèrent par escript audit prince ou à son chancelier pour luy et
-de son commandement.
-
-»Item, que jasoit ce que le prince leur fist respondre qu'il estoit
-courroucié des domaiges qui estoient fais au royaume de France, et que
-il, quant il seroit retourné d'Espaigne, en feroit son adrecement,
-toutesvoies rien n'en fu fait en effet, si comme ces choses peuvent
-apparoir clerement par instrument publique fait et donné sus lesdites
-requestes et responses; et a faillu que les officiers et subgiés du roy
-ou grant partie d'eux se raençonnassent très excessivement, et plus que
-faire ne deussent en guerre ouverte, et soustenissent pluseurs autres
-domaiges; et doivent lesdis dommages estre restitués et réparés comme
-fais contre les alliances et traictié de la paix faite entre les deux
-roys.
-
-»Item, et oultre les choses dessusdites, nouvellement est advenu que
-Gursomile[285] et autres capitaines desdites compaignies sont venus au
-royaume d'Angleterre à Londres et ailleurs, et là ont demouré et esté
-réceptés par pluseurs journées et y ont été rafreschis de chevaux,
-hernois, gens d'armes et archiers qu'il en ont menés et de toutes autres
-choses qu'il ont voulu avoir, et que plus est, dient aucuns qu'il ont
-esté au propre hostel du roy d'Angleterre receus et festoiés.
-
- [285] _Gursomile_. Variante: _Garsonailles_.
-
-_La quinte_. »Que comme par le traictié de la paix il soit dit, c'est
-assavoir au neuviesme article, que sé aucunes terres sont bailliées au
-roy d'Angleterre par le traictié de la paix, lesquelles ne furent
-autrefois des roys d'Angleterre, il les aura en l'estat que il estoient
-au temps dudit traictié; et il soit ainsi que au temps de la paix et par
-avant, la royne Blanche tenoit paisiblement et prenoit par sa main la
-revenue de la commune paix de Rouergue au prix de dix mil livrées de
-terre ou rente ou environ; et le prince ou ses subgiés pour luy
-détiennent et occupent de fait ladite commune paix de Rouergue, et ont
-levée par pluseurs années, né délivrer ne la veulent; et toutesvoies la
-séneschaucie né la terre de Rouergue n'avoient onques esté au roy
-d'Angleterre avant ladite paix; si soit ladite commune paix mise au
-délivre avec les arrérages qui en ont esté levé pour huit ans ou
-environ, qui montent pour chascun an dix mil livres ou environ.
-
-_La sixiesme_. »Que comme par ledit traictié de la paix les
-souverainetés et ressors du roy nostre sire lui doivent demourer
-entièrement sans ce que le roy d'Angleterre en puisse ou doie user en
-aucune manière; et il soit ainsi que le roy d'Angleterre et le prince
-son fils se sont efforciés et encore s'efforcent en pluseurs manières de
-user desdites souverainetés et ressors, si comme en Pontieu où il ont
-nouvellement ordené un siège d'appellacions pardevant le gouverneur de
-Pontieu, pour cognoistre des appellacions qui se feront du séneschal de
-Pontieu; duquel séneschal l'en doit appeller sans moien au gouverneur du
-baillif d'Amiens et de là en Parlement à Paris, et ainsi il a esté fait
-de tous temps.
-
-»Item, que le roy d'Angleterre, ses gens ou officiers pour luy, ont
-ordené en ladite conté de Pontieu, que quiconques appellera dudit
-séneschal, qu'il appelle audit gouverneur de Pontieu comme siège
-souverain et final; et de fait ont donné ajournemens et rescrips en
-cause d'appel pardevant ledit gouverneur de Pontieu, en usurpant et
-entreprenant lesdites souverainetés et ressors.
-
-»Item, cognoissent et s'efforcent de cognoistre des causes touchans les
-églyses cathédraux et autres églyses de fondacion royal, laquelle chose
-nul ne puet faire que le seigneur souverain tant seulement; et
-généralment s'efforcent de tout leur povoir de entreprendre à user
-desdites souverainetés et ressors, tant en Guyenne en donnant
-ajournemens en cause d'appel que autrement, jasoit ce que faire ne le
-pevent né ne doivent: ainsois en puet user le roy de France seul et pour
-le tout comme dit est.
-
-»Item, que veues et considérées les choses dessusdites, lesquelles sont
-venues de nouvel à la cognoissance du roy de France, il appert que le
-roy d'Angleterre et le prince doivent cesser de user desdites
-souverainetés et ressors, et que tout ce que fait en ont doit estre
-rappelé et mis au néant.
-
-_La septiesme_. »Que comme ledit roy d'Angleterre et le prince son fils,
-soubs umbre et couleur dudit traictié de la paix, aient occupé et de
-fait détiennent et occupent pluseurs villes, chasteaux, terres et lieux,
-lesquels, par ledit traictié, ne leur doivent estre bailliés, né à eux
-appartenir né demourer; et aussi aient lesdis roys d'Angleterre et
-prince, par eux, leur gens et officiers, fait et exercé pluseurs explois
-de seigneurie et de justice en pluseurs lieux où il ne le povoient faire
-né devoient; ainsois en appartient la justice et seigneurie au roy de
-France ou à ses vassaux et subgiés, lesquelles occupacions et explois
-seront déclarés sé besoin est. Si se doivent lesdis roy d'Angleterre et
-prince cessier et délaissier desdites occupacions et explois, et tout ce
-qu'il ont fait doit estre rappelé du tout et mis au néant; et avec ce
-rendre et restituer tout ce qu'il en ont pris, levé ou emporté par eux,
-leur gens ou officiers.
-
-_La huitiesme_. »Que comme le roy de France ait fait et accompli tout ce
-à quoy il estoit tenu par le traictié pour avoir la quinte partie des
-hostaiges nobles qui sont en Angleterre, que ladite quinte partie luy
-soit délivrée; et pour ce demande ceux dont les noms s'ensuivent: c'est
-assavoir le conte de Harecourt, le seigneur de Montmorency, le conte de
-Porcien et le sire de Roye.--Par le roy en son conseil ou assemblée
-tenue à Paris le onziesme jour du mois de may, l'an mil trois cent
-soixante-neuf[286].»
-
- [286] Le manuscrit de Charles V porte en marge l'observation suivante:
- _No: Que pour l'ocasion des choses dessusdites recommença guerre
- entre les deux roys de France et d'Angleterre._
-
-
-
-
-XXI.
-
-Le mariage de monseigneur de Bourgoigne et de madame Marguerite, fille
-du conte de Flandres.
-
-
-L'an mil trois cent soixante-neuf dessusdit, le dix-neuviesme jour du
-mois de juing, le mariage de monseigneur Phelippe, frère du roy de
-France et duc de Bourgoigne, et de Marguerite, fille de messire Loys
-conte de Flandres, fu fait et célébré en l'abbaye de Saint-Bavon de Gand
-par l'evesque de Tournay: et ot en ladite abbaye ce jour moult belle et
-notable feste. Et l'endemain, jour de mercredi, ledit duc de Bourgoigne
-donna à disner à toutes gens qui y vouldrent disner en l'abbaye de
-St-Père de Gand, en laquelle il estoit logié et en laquelle il estoit
-descendu le lundi précédent environ disner. Et jousta-l'en et fist-l'en
-moult belle feste le mardi, mercredi et jeudi; et y furent le duc de
-Breban oncle dudit duc de Bourgoigne, et la duchesse de Breban, qui
-estoit tante de ladite Marguerite, duchesse de Bourgoigne; et aussi
-avoit icelle Marguerite esté par avant femme du duc Phelippe de
-Bourgoigne, qui avoit esté trespassé l'an mil trois cent soixante-un, et
-ainsi fu duchesse de Bourgoigne deux fois. Et par le traictié de ce
-derrain mariage fait le dix-neuviesme jour de juin, comme dit est, les
-villes de Lille, de Douay et d'Orchies, avec les chastiaux et
-chastellenies et toutes les appartenances, furent bailliées audit conte
-lors de Flandres, par certaines manières et condicions, si comme par le
-traictié puet apparoir, dont la teneur ensuit:
-
-
-
-
-XXII.
-
-Le traictié du mariage.
-
-
-«Traictié et accordé est par nous Pierre, evesque d'Aucerre, Gauchier,
-seigneur de Chasteillon, et maistre Arnaud de Corbie, au nom et pour le
-roy nostre sire, qui estions envoiés de par lui pour traictier du
-mariage de monseigneur le duc de Bourgoigne et madame Marguerite, fille
-monseigneur de Flandres, duchesse de Bourgoigne, par vertu de certaine
-commission et povoir à nous sur ce baillié de par le roy, d'une part; et
-le conseil monseigneur le conte de Flandres, au nom et pour ledit conte,
-d'autre, en la manière qui s'ensuit. Premièrement pour sanctifier et
-faire raison à monseigneur de Flandres, tant de dix mil livrées de terre
-à héritaige qu'il demandoit au roy nostre sire par lettres du roy Jehan
-de bonne mémoire, son père darrenièrement trespassé que Dieu absoille,
-et par les siennes sur ce faites, et des arrérages d'icelles pour
-pluseurs années, comme de cent mil deniers d'or à l'escu, pour la
-récompensacion de sa monnoie de Clamecy, et pour le paiement de certaine
-quantité de gens d'armes tenues par lonc-temps à Gravelinghes; nous, au
-nom du roy, pour faire raison audit monseigneur de Flandres de ladite
-demande, et pour le roy en acquitter vers luy, avons accordé que le roy
-donera et baillera, pour lesdites dix mil livrées de terre, en héritaige
-perpétuel, audit monseigneur de Flandres et à ses hoirs et successeurs,
-contes ou contesses de Flandres, les villes, chasteaux, chastellenies de
-Lille, de Douai et d'Orchies, et toutes leur appartenances, baillies,
-patronaiges, nobletés et appendances quelconques, que les prédécesseurs
-dudit monseigneur de Flandres, contes de Flandres, tenoient au temps que
-elles furent transportées ès prédécesseurs du roy, par la manière et
-condicions qui s'ensuivent: c'est assavoir que au cas que ledit
-monseigneur de Flandres n'aroit hoir masle de son corps en loyal
-mariage, lesdites villes, chasteaux et chastellenies appartenans et
-appendans quelconques, seront héritaige de madame la duchesse de
-Bourgoigne, sa fille, de ses hoirs masles procréés du corps dudit
-monseigneur le duc de Bourgoigne, et aussi des hoirs masles procréés et
-descendans en droite ligne et en loyal mariage de leurs dis hoirs
-masles; et que au cas que ledit monseigneur de Flandres, en loyal
-mariage n'auroit hoir masle, né ladite madame la duchesse de Bourgoigne
-sa fille aussi n'auroit hoir masle procréé du corps dudit monseigneur le
-duc de Bourgoigne comme dessus est dit, et que ladite ligne en
-descendant des hoirs masles dudit monseigneur de Flandres et de ladite
-madame de Bourgoigne procréés dudit monseigneur de Bourgoigne, comme dit
-est, faudroit; par quoy en aucun temps avenir la conté de Flandres
-eschéist à fille ou à autres hoirs masles et femelles: le roy et ses
-successeurs roys de France pourront en ce cas ravoir lesdites villes,
-chasteaux, chastellenies, appartenances et appendances, en baillant dix
-mil livrées de terres à héritaige par monnoie de Flandres courant
-le sixiesme jour du mois de novembre l'an mil trois cens
-cinquante-cinq,--c'est assavoir, le marc d'argent au marc de Troyes pour
-cent dix-huit sols parisis,--aux hoirs de monseigneur de Flandres,
-contes ou contesses de Flandres, assises en franc demaine bien et
-souffisaument; c'est assavoir, les cinq mil livrées de terre dedens le
-royaume de France, entre la rivière de Somme et Flandres en descendant
-jusques à la mer; et les autres cinq mil livrées de terre près des
-contés de Nevers ou de Rethel. Et au cas qu'il plaira au conte ou
-contesse de Flandres qui sera au temps du rachat, il aura pour les dis
-cinq mil livrées de terre dessus dis, qui se trouvent à seoir près des
-contés de Nevers ou de Rethel, comme dit est, argent. C'est assavoir
-pour le denier de rente, quinze deniers paiés à une fois monnoie de
-France[287], ou vint deniers paiés tout à une fois de ladite monnoie de
-Flandres, lequel qu'il plaira mieux au conte ou contesse de Flandres,
-qui sera au temps dudit rachat; lequel rachat, sé ledit duc de
-Bourgoigne aloit de vie à trespassement, sans laissier hoir masle
-procréé de son corps et du corps de ladite duchesse, que Dieu ne veille,
-le roy né ses successeurs ne pourroient ce faire durant la vie de ladite
-duchesse de Bourgoigne, tant qu'elle se tendra de remarier, ou sé elle
-se marie de la volenté et assentement du roy nostre sire ou de ses
-successeurs roys de France; et tenront les successeurs dudit conte de
-Flandres, contes ou contesses de Flandres les cinq mil livrées de terre
-qui seront assises entre la rivière de Somme, la conté de Flandres et la
-mer, comme dessus est dit, en un homaige avec la conté de Flandres, et
-en partie aussi noblement comme ladite conté de Flandres est et doit
-estre tenue de la couronne de France. Et avec ce, il tenront les autres
-cinq mil livrées de terre, qui seront assises, comme dit est, près
-desdis contés de Nevers ou de Rethel, à une foy et à un homaige à par
-luy aussi noblement comme celle desdites contés dont elles seront plus
-près assises est tenue de la couronne de France. Et lesdites villes,
-chasteaux, chastellenies de Lille, de Douai et d'Orchies, et toutes les
-appartenances et appendances d'icelles tenront ledit monseigneur de
-Flandres, ses hoirs masles, ladite duchesse de Bourgoigne, sa fille, ses
-hoirs masles, leur hoirs et successeurs contes et contesses de Flandres
-en un homaige et en pairie avec la conté de Flandres, et aussi noblement
-que ledit monseigneur de Flandres tient et doit tenir ladite conté de
-Flandres; réservé au roy et à sesdis successeurs roys de France, le fié,
-ressort et souveraineté desdites villes, chasteaux, chastellenies de
-Lille, de Douay et d'Orchies, et des appartenances et dépendances
-d'icelles, et les drois royaux que les prédécesseurs du roy y avoient au
-temps que elles estoient ès mains des contes de Flandres, prédécesseurs
-dudit monseigneur de Flandres; et aussi réservé au roy et à sesdis
-successeurs, roys de France, le rachat desdites villes, chasteaux,
-chastellenies, appartenances et appendances, au cas et par la manière et
-condicions dessusdis. Et ne seront tenus les hoirs dudit monseigneur de
-Flandres, contes ou contesses de Flandres, de baillier et rendre iceux
-chasteaux, villes, chastellenies, appartenances et appendances ès mains
-du roy ou de ses successeurs, roys de France, jusques à ce que lesdites
-dix mil livrées de terre parisis, monnoie de Flandres dessusdite, leur
-seront assises plainement en franc demaine et délivrées par la manière
-dessus déclarée, et qu'il en aient la paisible possession, réalment et
-de fait. Lesquelles villes, chasteaux, chastellenies, appartenances et
-appendances quelconques de Lille, de Douay et d'Orchies, le roy et ses
-successeurs, roys de France, seront tenus de deschargier de toutes
-charges et assignacions faites sur icelles, à héritaige, à vie, à terme
-ou autrement, et puis que elles furent bailliées à sesdis prédécesseurs
-roys de France; et en prendra le roy nostre sire dès maintenant la
-charge sur luy et en acquittera et sera garant audit monseigneur de
-Flandres, ses hoirs et successeurs, vers tous ceux qui aucune chose luy
-en pourroient ou vouldroient demander; sauf que sé aucunes rentes en
-sont aliénées en héritaige à églyse, depuis ledit temps, le roy sera
-tenu de en faire recompensacion audit monseigneur de Flandres en autre
-terre assise bien et souffisamment, entre la rivière de Somme et ladite
-conté de Flandres en franc demaine, près desdites villes, chasteaux,
-chastellenies, appartenances et appendances quelconques, tout en un
-hommaige avec ladite conté de Flandres; ou le roy paiera audit
-monseigneur de Flandres pour mil livrées de terre par an, sé tant y a,
-vingt mil florins d'or frans de France pour une fois; et sé plus ou
-moins y a, à l'avenant. Laquelle assiete ou paiement le roy fera
-parfaite et accomplie, comme dit est, audit monseigneur de Flandres
-dedens le jour de la feste saint Remy, en octobre prochain à venir au
-plus tart; et de ce asseurera bien et souffisamment ledit monseigneur de
-Flandres par bons plaiges et souffisans, agréables audit conte et qui
-s'en feront débteurs principaux avant le mariage. Et pour ce que depuis
-que lesdites villes, chasteaux, chastellenies, appartenances et
-dépendances vindrent ès mains de sesdis prédécesseurs roys de France,
-iceux prédécesseurs ont acquis le chastel et la terre de l'Escluse,
-emprès Douay, qui meuvent et sont d'ancienneté du fié et du ressort du
-chastel de Douay, le roy vouldra, promettra et consentira que ledit
-conte de Flandres et ses hoirs, par la manière dessusdite, en aient
-hommaige d'un homme héritier de la terre, et tout autel droit, ressort
-et souveraineté sur lesdis chastel et terre de l'Escluse, comme ses
-prédécesseurs, contes de Flandres y avoient, quant lesdites villes,
-chasteaux, chastellenies, appartenances et appendances de ville de Douay
-et d'Orchies estoient en leur mains, nonobstant que les prédécesseurs du
-roy aient acquis le demaine. Et sera tenu ledit conte de Flandres de
-faire derechief homaige au roy de la conté de Flandres et desdites
-villes, chasteaux, chastellenies de Lille, de Douay et d'Orchies, et des
-appartenances et appendances d'icelles adjointes à icelle conté, à tenir
-en un hommaige et en partie, comme dit est, en la manière que
-derrenièrement il fist hommaige au roy de la conté de Flandres. Et si
-asseurera ledit monseigneur de Flandres le roy, et obligera luy, ses
-hoirs et successeurs quelque part qu'il soient audit royaume, de rendre
-et baillier au roy et ses successeurs, roys de France, lesdis chasteaux,
-villes, chastellenies, appartenances et appendances de Lille, de Douay
-et d'Orchies, au cas que les condicions dessusdites avenroient, que Dieu
-ne veuille, et que on les racheteroit par la manière dessusdite. Et
-quant à ce, soumettra ledit conte soy, sesdis hoirs et successeurs et
-lesdis biens et terres de luy et d'eux à la juridicion et contrainte du
-roy et de ses successeurs, roys de France et de sa court, par lesquelles
-lesdis hoirs et successeurs seront contrains à ce et non autrement,
-ledit rachat premièrement fait par la manière que dessus est dit; et les
-hoirs et successeurs dudit conte de Flandres aians premièrement,
-royalment et de fait la possession paisible de ladite récompensacion
-deuement faite et sans fraude. Et par espécial, vouldra ledit
-monseigneur de Flandres, sé ses hoirs estoient défaillans de rendre et
-baillier lesdites villes, chasteaux, chastellenies, appartenances et
-appendances de Lille, de Douay et d'Orchies et des appendances
-quelconques, que adont le roy et ses successeurs roys de France
-puissent, s'il leur plaisoit, saisir et arrester toutes leur terres
-dessusdites, et contraindre les hoirs dudit conte par toutes voies
-raisonnables, par sa jusridicion temporelle et non autrement, afin que
-lesdites villes, chasteaux, chastellenies, appartenances et dépendances
-dessusdites luy feussent rendues. Et icelles rendues, le roy sera tenu
-de tantost oster et mettre au nient les arrests et saisines et tous
-empeschemens mis aux terres, biens et possessions dessusdites sans nul
-contredit, et en baillera ledit conte ses lettres. Et en oultre,
-baillera le roy audit conte de Flandres pour pluseurs grans sommes
-d'argent en quoy il est tenu à luy, pour les demandes dessusdites, deux
-cens mil deniers d'or francs de France, desquels le roy luy paiera cent
-mil francs huit jours avant ledit mariage; et les autres cent mil francs
-luy fera le roy paier et délivrer en sa ville de Bruges, dedens deux ans
-après ledit mariage fait, à quatre termes et par quatre fois; c'est
-assavoir: vint-cinq mil francs en la fin de demy an après ledit mariage,
-et après, de demy an en demy an à chascun terme vint-cinq mil: et de ce
-luy donra le roy ses lettres obligatoires et bons plaigemens et
-souffisans agréables audit conte de Flandres, qui de ce s'obligeront
-bien et souffisamment par lettres, en leur propres et privés noms et
-chascun pour le tout envers ledit conte de Flandres, s'aucune deffaute
-avoit au paiement desdis cent mil francs aux termes dessus déclarés; et
-de ce donront bonnes lettres et souffisans, teles qui souffisent audit
-monseigneur de Flandres; et par baillant royalment et de fait audit
-conte de Flandres lesdites villes, chasteaux, chastellenies,
-appartenances et appendances et la possession paisible d'icelles comme
-dessus est dit, le roy et ses successeurs roys de France et autres pour
-ce obligiés, sont et seront quictes envers luy et ses hoirs et
-successeurs des dix mil livrées de terre dessusdites. Et aussi par luy
-paiant, comme dit est, les deux cens mil francs, sera le roy quicte
-envers luy et sesdis successeurs de tous les arrérages d'icelles dix mil
-livres de rente et des dessusdis cent mil escus pour les gens d'armes
-qu'il tient à Gravelinghes et pour le reste de sa dite monnoie de
-Clamecy. Et sera tenu ledit monseigneur de Flandres rendre au roy toutes
-lettres qu'il a sur ces choses du roy Jehan, père du roy à présent, et
-de luy ou d'autres pour ce obligiés; et dès maintenant veult que elles
-soient nulles, et jamais n'en pourront ledit conte né ses successeurs
-aucune chose demander au roy né à ses successeurs ou autres pour ce
-obligiés, comme dit est. Et avec ce promettra le roy audit monseigneur
-de Flandres que la possession desdites villes, chasteaux, chastellenies,
-appartenances et appendances quelconques de Lille, Douay et d'Orchies,
-il luy fera baillier et délivrer royalment et de fait, et luy paier
-plainement les premiers cent mil francs dessusdis, avant que le mariage
-se fasse en sainte églyse. Et iceluy mariage fait en sainte églyse,
-comme dit est, ladite duchesse de Bourgoigne demourra au pays de
-Flandres par un an après ledit mariage fait, ou par tant de temps
-d'iceluy an comme il plaira audit monseigneur de Flandres; et voudra et
-consentira le roy pour luy, ses hoirs et successeurs, roys de France,
-que toutes lettres et munimens que il a ou puet avoir ou autres de par
-luy dudit monseigneur de Flandres ou de ses prédécesseurs audit pays de
-Flandres, touchans, en quelque manière que ce puisse être, le transport
-fait par ledit conte ou ses prédécesseurs aux prédécesseurs du roy,
-desdis chasteaux, villes et chastellenies de Lille, de Douay, d'Orchies,
-et des appartenances et appendances d'iceux quelconques, soient nulles
-et de nulle valeur, et dès maintenant les annullera et cassera et
-cognoistra et vouldra estre de nul effet, force ou vertu, soubs
-quelconque teneur que elles soient en tant comme elles puent ou pourront
-estre au temps avenir contraires ou préjudiciables aux choses
-dessusdites ou aucunes d'icelles; et que d'icelle le roy né ses
-successeurs, né autres pour luy né pour sesdis hoirs et successeurs, ne
-se pourra aidier par quelque manière que ce soit à l'encontre desdites
-choses ou d'aucunes d'icelles. Toutes lesquelles choses dessusdites et
-chascunes d'icelles, en la manière que dessus elles sont déclarées de
-point en point, eue sur ce meure délibération avec pluseurs de son sang
-et autres de son conseil, le roy promettra pour luy et sesdis
-successeurs, et aussi pour ledit duc de Bourgoigne son frère, dont il se
-fera fort, en bonne foy, en loyauté et parole de roy, tenir, garder et
-accomplir de point en point sans enfraindre; et que il né sesdis hoirs
-et successeurs, né aussi son dit frère le duc de Bourgoigne ne venront
-par eux né par autres, en aucun temps à venir à l'encontre; et à ce
-s'obligera et sesdis hoirs et successeurs roys de France, loyaument et
-en bonne foy, sans fraude, nonobstant que lesdis chasteaux, villes et
-chastellenies de Lille, de Douay et d'Orchies, et les appartenances et
-appendances quelconques d'icelles feussent appliqués au demaine de la
-couronne de France; et en et d'iceluy demaine aient esté et demouré par
-lonc temps, quelconques révocacions généraux ou espéciaux que le roy ou
-ses prédécesseurs aient fait, et que il ou ses dis hoirs et ses
-successeurs facent ou puissent faire au temps à venir par droit royal ou
-autrement des dons ou aliénacions fais ou à faire du demaine de ladite
-coronne de France, quelconques autres dons ou graces fais audit conte de
-Flandres ou sesdis prédécesseurs par les prédécesseurs dudit roy de
-France ou par luy-meisme; que iceux autres dons ou graces ne soient
-spécifiés ou esclaircis ès lettres qu'il en donra; et quelconques
-constitutions, édis, ordenances, coustumes, style ou usages de la court
-de France ou autres choses quelconques à ce contraires. Lesquels
-révocacions, constitucions, édis, ordenances, coustumes, styles ou
-usages et toutes autres choses, en tant comme il sont ou pourroient
-estre contraires ou préjudiciables aux choses dessusdites ou à aucunes
-d'icelles, le roy cassera, rappellera et mettra du tout au nient, pour
-luy, ses hoirs et successeurs par la teneur de ces lettres. Et pour les
-choses dessusdites faire et accomplir audit monseigneur de Flandres par
-la manière dessus déclarée, et pour baillier toutes lettres et seurtés à
-ce appartenans, d'un costé et d'autre, seront les gens du roy à Lille,
-au dimenche prochain avant la Penthecouste prochaine venir. Et toutes
-ces dites choses parfaites entièrement audit monseigneur de Flandres, il
-veut et consent dès maintenant en ce cas le mariage des dessusdis
-monseigneur le duc de Bourgoigne et de madite dame la duchesse de
-Bourgoigne sa fille; et que dès lors en avant, on procède à la
-solempnisation dudit mariage, à tel jour qu'il plaira au roy et le plus
-brief qu'il pourra se faire bonnement. En tesmoin de ce, nous Pierre,
-evesque d'Aucerre, Gauthier, seigneur de Chasteillon, et Arnault de
-Corbie, pour la partie du roy, pour lequel nous nous faisons fors; et
-nous Henry de Bevre, chastellain de Diquemme; Bauduins, sire de Praet,
-et Roland, sire de Poukes, conseilliers monseigneur de Flandres pour sa
-partie, et pour lequel nous nous faisons fors, et qu'il promettra pour
-luy et pour madite dame de Bourgoigne, sa fille, de tenir et acomplir
-toutes les choses dessusdites et chascunes d'icelles, en tant comme
-elles touchent à eux et à chascun d'eux, avons plaqués nos seaux à ce
-présent traictié, lequel fu fait à Gand le jeudi douziesme jour du mois
-d'avril après Pasques, l'an de grace mil trois cens soixante-neuf.»
-
- [287] C'étoit par conséquent un intérêt à six pour cent. Il me semble
- que dans l'opinion la plus répandue, l'intérêt de l'argent passoit
- pour être alors bien plus considérable.--Tout ce traité est
- méconnaissable dans les éditions précédentes.
-
-
-
-
-XXIII.
-
-Coment le duc de Lenclastre vint à Calais pour guerroier France; et
-coment le duc de Bourgoingne et les François alèrent à Tourneham.
-
-
-Le dimanche, quinziesme[288] jour de juillet, l'an mil trois cens
-soixante-neuf dessus dit, le roy parti de Paris et ala au giste à
-Saint-Denis pour aler à Rouen, et de là à Herefleu, pour veoir le navire
-que il avoit fait assembler pour faire passer en Angleterre: et avoit le
-roy ordené que monseigneur le duc de Bourgoigne, son frère, y passeroit,
-et avecques luy de bonnes gens d'armes, pour faire guerre au roy
-d'Angleterre en son pays, qui l'avoit commenciée. Mais assez tost après,
-le duc de Lenclastre, fils dudit roy d'Angleterre, passa à Calais et
-grant quantité de gens d'armes et de archiers avecques luy, et
-chevauchèrent jusques à Thérouenne et jusques à Aire et boutèrent les
-feux par le païs où il passèrent; et pour celle cause, le roy de France
-qui estoit ès parties de Normendie, fu conseillié de envoier son dit
-frère le duc de Bourgoingne et les gens d'armes qui estoient devers luy
-ès parties où estoit ledit duc de Lenclastre. Si se traist ledit duc de
-Bourgoingne celle part, et approuchièrent les François des Anglois si
-près, que le vint-troisiesme jour du mois d'aoust ensuivant, ledit duc
-de Bourgoingne et sa compaignie se logièrent sur la montaigne de
-Tourneham, près d'Ardre; et les Anglois furent logiés entre Guynes et
-Ardre, à une petite lieue des François; et chascun jour y avoit des
-escarmuches. Et finablement, à l'entrée du mois de septembre, furent
-esleus de chascune des deux parties six chevaliers pour eslire une place
-en laquelle il se combattroient, et tousjours estoit le roy environ
-Rouen, et en celuy temps, le roy de Navarre qui longuement avoit demouré
-en Navarre, vint, par la mer, en Constantin, et envoia monseigneur
-Legier d'Orgesis et Guerart Mausergent devers le Roy de France, et luy
-fist savoir que il vendroit devers luy sé il luy plaisoit; mais il avoit
-à luy faire aucunes requestes, lesquelles il diroit volentiers à aucuns
-du conseil du roy, sé il luy en vouloit aucuns envoier. Et pour ce, y
-envoia le roy le conte de Sarebruche, le doyen de Paris et maistre
-Pierre Blanchet. Et en ce temps le siège se leva que avoient mis devant
-Saint-Sauveur-le-Viconte le sire de Craon, le sire de Laval, le sire de
-Cliçon, et pluseurs autres chevaliers et écuiers de la partie du roy de
-France, pour ce que ledit Saint-Sauveur se tenoit pour messire Jehan de
-Chandos, Anglois, et que au chastel dudit Saint-Sauveur se estoient mis
-et retrais pluseurs gens de compaignie jusques au nombre de mil
-combattans ou de plus. Et la cause pourquoy se leva ledit siège, fu, si
-comme l'en disoit, pour ce que ledit sire de Cliçon s'en ala et enmena
-ses gens. Si ne demourèrent pas les autres si fors que il peussent tenir
-le siège. De laquelle chose le roy fu trop dolent, et manda au seigneur
-de Craon et aux autres qu'il retournassent audit siège.
-
- [288] _Quinziesme_. Et non pas _vint-cinquiesme_, comme les éditions
- précédentes et beaucoup de manuscrits. Cette année-là, le 25 tomboit
- un mercredi.
-
-
-
-
-XXIV.
-
-Coment l'ost de Tourneham desloga, et de la prise de messire Hue de
-Chastillon, et le chastellain de Beauvais et pluseurs autres.
-
-
-Le mercredi, deuxiesme jour de septembre ensuivant, de nuit, ledit duc
-de Bourgoingne qui, dès le vint-troisiesme jour d'aoust précédent, avoit
-esté logié sur le mont de Tourneham, près d'Ardre, devant le duc de
-Lenclastre, se desloga et tout son ost et s'en ala à Hesdin, dont moult
-de gens furent courrouciés, qui avoient espérance que il deust combattre
-audit duc de Lenclastre; et en furent, tant ledit duc comme les autres
-François qui estoient en sa compaignie, moult blasmés de toutes gens;
-car les François estoient meilleurs gens que les Anglois, et si estoient
-en forte place et avoient assez vivres. Et assez tost après le duc de
-Lenclastre et ses gens se délogièrent et chevauchièrent vers le païs de
-Caux et passèrent la rivière de Somme à la Blanquetaque, et alèrent
-jusques à Harfleu, en propos d'ardoir le navire du roy de France qui là
-estoit; et ardirent en la conté de Eu grant foison du païs par où il
-passèrent. Et lors n'avoient esté encore ceux du païs de Caux domaigiés
-des guerres, comme les autres parties du royaume avoient esté. Si ne
-porent lesdis Anglois aucune chose meffaire à Harfleu né audit navire,
-et s'en retournèrent par la conté de Pontieu; et au-dehors d'Abbeville
-prindrent monseigneur Hue de Chasteillon, maistre des arbalestriers, le
-chastellain de Beauvais et aucuns autres chevaliers, escuiers et
-bourgois de ladite ville qui estoient issus hors, et les emmenèrent à
-Calais.
-
-
-
-
-XXV.
-
-De la venue de la duchesse de Bourgoingne à Paris.
-
-
-Item, le mercredi vint-deuxiesme[289] jour de novembre mil trois cens
-soixante-neuf dessus dit, la duchesse de Bourgoingne, dont parlé est
-ci-dessus, entra à Paris, qui venoit de Flandres, et alèrent contre luy
-tous les prélas qui lors estoient à Paris, le cardinal de Beauvais, les
-nobles et grant nombre de bourgois de Paris, par le commendement du roy,
-et descendi en l'ostel du roy à St-Paul, là où elle fut reçue très
-honnorablement du roy et de la royne. Item, en celuy temps, le roy de
-France ordena de envoier gens en Angleterre, par le païs de Galles, et
-les y devoient conduire deux Galais, l'un appellé Yvain de Gales et
-l'autre Jaques Win, autrement le Poursivant d'amours, lesquels se
-disoient estre ennemis du roy d'Angleterre; et deurent estre à Harfleu
-le sixiesme jour de décembre mil trois cens soixante-neuf dessus dit,
-pour entrer tantost en mer; car le premier voyage que le roy avoit
-empris de faire par son frère le duc de Bourgoingne avoit esté
-roupt[290] par la chevauchiée qui fu faite à Tourneham, dont dessus est
-faite mencion.
-
- [289] _Vint-deuxiesme_. Ou plutôt _vint-et-uniesme_.
-
- [290] _Roupt_. Rompu.
-
-
-
-
-XXVI.
-
-De l'ordenance des finances faite pour soutenir le fait des guerres.
-
-
-En celuy temps, le roy fist convocacion des gens d'églyse, des nobles et
-des bonnes villes de son royaume, pour estre à Paris le septiesme jour
-de décembre mil trois cens soixante-neuf dessus dit; et leur fist
-exposer le fait de la guerre, à laquelle il ne povoit gouverner sans
-avoir finance de son peuple, et leur requist aide pour faire sa dite
-guerre. Et après pluseurs assemblées fu accordé que le roy aroit pour
-l'estat soustenir de luy, de la royne et de monseigneur le dauphin, son
-fils, l'imposicion de douze deniers pour livre et la gabelle du sel; et
-si lèveroit-l'en pour la guerre un fouage de quatre francs pour chascun
-feu en ville fermée; et en plat pays un franc et demi partout, le fort
-portant le foible. Et oultre, l'en paieroit pour chascune queue de vin
-que l'en vendroit en gros le treiziesme denier, si comme l'en avoit fait
-depuis la délivrance du roy Jehan; et si paieroit-l'en le quatriesme
-denier du vin que l'en vendroit à broche. Et à Paris, l'en paieroit pour
-chascune queue de vin françois que l'en mettroit en la ville douze sols
-parisis, du vin de Bourgoigne vint-quatre sols parisis, et pour chascune
-queue de vin de Beaune et de St-Poursain trente-deux sols parisis; et
-pour chascune vente en gros ou en broche, tant comme dit est de chascun
-desdis vins. Et quant il seront vendus en gros le acheteur paieroit, et
-sé il estoit vendu en broche le vendeur paieroit. Item, en celuy mois de
-décembre les dessusdis Galays qui estoient entrés en mer, dont dessus
-est faite mencion, retournèrent sans faire aucun exploit dedens dix
-jours ou douze après ce que il y furent entrés, et se excusèrent de leur
-retour sur fortune de mer qu'il avoient eue si comme il disoient; et si
-cousta ce voyage au roy plus de cent mile francs.
-
-
-
-
-XXVII.
-
-Coment Montpellier fu baillié au roy de France par eschange.
-
-ANNÉE 1370
-
-
-Item, au mois de janvier ensuivant et en celuy de février, furent
-envoiés messaiges du roy de France au roy de Navarre qui estoit à
-Chierbourc, et du roy de Navarre au roy de France, pour traictier
-d'accort pour cause de Mantes et de Meullent que le roy de France tenoit
-et qui par avant avoient esté audit roy de Navarre; et avoient esté
-prises par les gens du roy, si comme dessus est faite mencion. Et pour
-celle cause, furent pluseurs fois à Paris les roynes Jehanne et Blanche,
-tante et seur dudit roy de Navarre; et finablement fu le traictié mis à
-fin, le vint-uniesme jour du moys de mars mil trois cens soixante-neuf
-dessus dit. Par lequel traictié ledit roy de Navarre dot avoir
-Montpellier et toute la baronnie et une grant somme d'argent; et dot
-venir devers le roy pour luy faire homaige de toutes les terres que il
-tenoit de luy. Et envoia le roy de France à Chierbourc pardevers ledit
-roi de Navarre pour traictier avec luy de la somme, pour ce que il ne
-vouloit venir devers ledit roy de France sé il n'avoit hostaiges. Sé fu
-accordé que le duc de Berry, frère du roy de France, iroit à Evreux pour
-hostaige, et ledit roy de Navarre viendroit devers le roy de France pour
-faire sondit homaige; mais le roy de Navarre avoit toujours ses
-messaiges en Angleterre, pour traictier avecques le roy d'Angleterre; si
-delaoit tousjours sa venue devers le roy de France. Et ainsi delaia
-tousjours jusques environ la Magdalène ensuivant que le roy de France
-envoia derechief pardevers luy le conte de Sarebruche, qui autrefois y
-avoit esté. Et par tout le temps dessus dit depuis que la guerre estoit
-commenciée entre les roys de France et d'Angleterre guerroièrent par
-espécial au duchié de Guyenne, et recouvra le roy de France pluseurs
-villes et chasteaux.
-
-_Incidence_.--Item, le vint-deuxiesme jour d'avril mil trois cens
-soixante-dix, fu assise la première pierre de la Bastide-St-Anthoine de
-Paris par Hugues Aubriot, lors prévost de Paris, qui la fist faire des
-deniers que le roy donna à la ville de Paris. Item, le mardi, seiziesme
-jour du moys de juillet mil trois cens soixante-dix dessus dit, à Paris
-devant le roy de France, en son hostel à Saint-Paul, fu fiancée madame
-Jehanne de France, fille du roy Phelippe qui trespassa l'an mil trois
-cens cinquante, et de la royne Blanche qui encore vivoit, à deux
-chevaliers de Arragon, procureurs et au nom de Jehan, ainsné fils du roy
-d'Arragon, duc de Gironne; et avoient lesdis chevaliers demouré moult
-longuement à Paris pour celle cause, en poursuivant le traictié dudit
-mariage.
-
-
-
-
-XXVIII.
-
-Des dommages que les Anglois firent au royaume de France et entour
-Paris.
-
-
-Item, en la fin du moys de juillet ensuivant, messire Robert Canole,
-messire Thomas de Granson, anglois, et en leur compaignie jusques au
-nombre de seize cens hommes d'armes ou environ et de deux mille cinq
-cens archiers, partirent de Calais pour le roy d'Angleterre et
-chevauchièrent vers Saint-Omer et de là à Arras et ardirent grant
-quantité des forsbours d'Arras et des blés qui estoient aux champs sur
-le pié; et après alèrent devant Noyon par le Vermendoys et ardirent
-grant quantité de maisons. Mais il n'ardoient point ce que l'en vouloit
-raençonner[291], et après passèrent les rivières d'Oise et d'Aisne[292]
-(et alèrent devant Reims; et après passèrent la rivière de Marne, vers
-Dormans, et alèrent jusques vers Troyes), et passèrent les rivières
-d'Aube et de Saine en alant à Saint-Florentin, et de là alèrent passer
-la rivière d'Yonne, vers Joigny, en ardant tousjours le païs (qui ne se
-vouloit raençonner. Et après passèrent par le Gastinois et descendirent
-par Chasteau-Landon, par Nemox[293] et par le païs) jusques à Corbueil
-et à Essonne. Et le dimenche, vint-deuxiesme jour de septembre[294] mil
-trois cens soixante-dix dessus dit, logièrent environ Mons et Ablon[295]
-et le païs environ. Item, le mardi ensuivant, vint-quatriesme[296] jour
-dudit moys, furent en bataille entre Ville-Juye et Paris. Et à Paris
-avoit bien douze cens hommes d'armes autres que de la ville aux gaiges
-du roy: et y ot celle journée des escarmouches devant Saint-Marcel et y
-perdirent lesdis Anglois environ six ou huit de leur gens. Et celle
-journée, lesdis Anglois mistrent le feu en grant foison de villes emprès
-Paris (comme Ville-Juye, Gentilly, Cachant, Arcueil et en l'ostel de
-Vincestre[297]), et fu conseillié au roy, pour le mieux, que il ne
-fussent pas lors combatus. Et celuy soir se alèrent lesdis Anglois
-logier à Anthoigny et environ, et le mercredi ensuivant se deslogièrent
-et se partirent pour aler vers Normendie, et après retournèrent dedens
-quatre jours; et alèrent à Estampes, à Milly, et par la Beausse et
-Gastinois, faisans tousjours fais que ennemis doivent faire.
-
- [291] _Raençonner_. Racheter.
-
- [292] Les parenthèses indiquent les phrases passées dans les éditions
- précédentes.
-
- [293] _Nemox_. Nemours.
-
- [294] _De septembre_. Et non pas _ensuivant_, comme dans les éditions
- précédentes.
-
- [295] _Mons et Ablon_. Tout près de Villeneuve-Saint-Georges.
-
- [296] _Vint-quatriesme_. Et non pas _vint-troisiesme_, comme dans les
- éditions précédentes.
-
- [297] _Vincestre_. Bicêtre.
-
-_Incidence_.--Item, en celuy moys de septembre mil trois cens
-soixante-dix, pape Urbain qui estoit ès parties de Rome s'en parti, et
-se mist en mer en galies que le roy de France luy avoit envoiées par
-l'abbé de Fescamp et par un chevalier de France, appellé messire Jehan
-de Chambly dit le Haze. Et arriva à Marseille le dix-septiesme jour
-dudit moys de septembre, et assez tost après ala à Avignon. Et ainsi
-demoura au voyage que il avoit fait à Rome par trois ans quatre mois et
-dix-sept jours.
-
-
-
-
-XXIX.
-
-Coment monseigneur Bertran du Guesclin fu fait connestable de France.
-
-
-Item, le mercredi second jour du mois d'octobre ensuivant, le roy de
-France fist connestable de France, vacant par la résinacion que avoit
-fait dudit office monseigneur Moreau de Fiennes qui par avant l'avoit
-esté, un chevalier breton, appellé messire Bertran du Guesclin, pour la
-vaillance dudit chevalier: car il estoit de mendre lignage que autre
-connestable qui par avant eust esté; mais, par sa vaillance, il avoit
-acquises pluseurs grans terres et seigneuries: c'est assavoir, en
-France, la conté de Longueville que le roy de France luy avoit donnée;
-et en Castelle, le roy Henry de Castelle luy avoit donné plus de dix
-mille livrées de terres. Et assez tost après ala en Anjou, où estoient
-les devant dis Canole et Granson qui avoient enforcié Vas, Rully[298] et
-autres lieux, et en combatti et desconfit en une route environ six cens:
-et y fu pris ledit messire Thomas de Granson. Et après, ala ledit
-messire Bertran à Vas et le prist par assaut et y furent mors et pris
-environ trois cens Anglois, et tantost ala à Rully; mais ceux qui le
-tenoient s'en estoient partis tantost que il avoient sceu la prise de
-Vas, mais ledit connestable les suivit jusques à Versurre[299] et là ès
-forsbours les combatti et desconfit, et y furent bien trois cens mors et
-pris; et prist la ville et après la laissa.
-
- [298] _Vas_. Aujourd'hui _Vaas_, à plusieurs lieues de
- _Pontvalain_, le seul endroit dont parle Froissart dans cette
- circonstance.--Robert Canolle, suivant la chronique inédite du
- manuscrit 530, «avoit laissié pluseurs de ses gens en la forteresse
- de _Vas_, qui séoit sur la rivière du Loir, et à _Rilly_
- (aujourd'hui _Ruillé_) et au _Louroux_, lesquels il avoient de
- nouvel emperées.» (Fº 101.)
-
- [299] _Versurre_. Variante: _Bersurre_.
-
-
-
-
-XXX.
-
-De la mort du pape Urbain, et de l'élection du pape Grégoire XI.
-
-
-Item, le jeudi dix-neuviesme jour de décembre, environ heure de midi mil
-trois cens soixante-dix dessus dit, le pape Urbain qui nouvellement
-estoit desparti de Rome, trespassa de ce siècle en ladite ville
-d'Avignon. Et le dimenche, vint-neuviesme[300] jour dudit moys,
-entrèrent les cardinaux en conclave pour eslire pape. Et le lundi,
-trentiesme jour dudit mois de décembre, eslirent, ainsi comme par la
-voie du Saint-Esperit, messire Pierre Rogier, nommé le cardinal de
-Biaufort; car il estoit fils du conte de Biaufort en Valée, et estoit
-neveu du pape Clément VI, qui l'avoit fait cardinal; et estoit
-cardinal-diacre de l'aage de quarante ans ou environ: lequel contredit
-une pièce et ne vouloit accepter ladite éleccion. Finablement l'accepta
-et fu nommé Grégoire XI, et fu coroné aux Jacobins d'Avignon, le
-dimenche veille de la Passion ensuivant. Et messire Loys, duc d'Anjou,
-frère du roy de France, le mena des Jacobins jusques au Palais tout à
-pié et tenoit le cheval du pape par le frain. Item, par toute celle
-année furent des batailles pluseurs en divers lieux entre les François
-et les Anglois, et orent les François pluseurs victoires et furent
-presque tous ceux qui avoient esté devant Paris le temps d'esté
-précédent avecques messire Robert Canole, mors et pris par les François
-et ceux de leur partie, au païs du Maine, d'Anjou et de Bretaigne.
-
- [300] _Vint-neuviesme_. Et non pas _dix-neuviesme_, comme dans les
- éditions précédentes.
-
-
-
-
-XXXI.
-
-De la nativité de madame Marie, fille du roy de France Charles-le-Quint,
-et de son baptisement.
-
-
-Le jeudi, vint-septiesme jour de février ensuivant mil trois cens
-soixante-dix dessus dit, trois heures après mienuit et avoit la lune
-douze jours, fu née à Paris en l'ostel du roy emprès Saint-Pol, madame
-Marie, fille dudit roy Charles et de ladite dame royne Jehanne de
-Bourbon. Et fu l'endemain baptisée ès fons de l'églyse de Saint-Pol, et
-furent marraines madame Jehanne de France, fille du roy Phelippe qui
-avoit esté mort l'an mil trois cens cinquante, et la dame de Lebret,
-seur de ladite royne; et monseigneur le daulphin, ainsné fils du roy et
-frère de ladite Marie, fu parrain.
-
-
-
-
-XXXII.
-
-De la mort madame Jehanne de Évreux, jadis royne de France et Navarre,
-et de son enterrement.
-
-
-Le mardi, quart jour du moys de mars ensuivant mil trois cens
-soixante-dix dessus dit, mourut à Braye-Conte-Robert dame de bonne
-mémoire madame Jehanne d'Évreux, royne de France et de Navarre, qui
-avoit esté femme du roy Charles de France et de Navarre qui estoit
-trespassé l'an mil trois cens vint-sept. Et fu apportée à
-Saint-Anthoine, près de Paris, le samedi ensuivant huitiesme jour dudit
-moys. Et l'endemain, jour de dimenche, fu apportée sur un lit à
-descouvert fors d'un délié cuevrechief qu'elle avoit sur le visage, à
-Nostre-Dame-de-Paris, à heure de vespres. Et estoient les gens de
-Parlement qui tenoient le poile autour, et le prévost des marchans et
-les eschevins portoient un poile d'or sur six lances au-dessus du corps;
-et le roy aloit après le corps, dès sa maison de Saint-Pol dont il issi
-par l'uys de la conciergerie dudit hostel, quant le corps passoit,
-jusques à Nostre-Dame-de-Paris: et là furent dites vigiles de mors le
-roy présent. Et l'endemain, jour de lundi, fu la messe chantée de
-_Requiem_ en ladite églyse par l'evesque de Paris. Et tantost après
-ladite messe, le roy ala disner en l'ostel dudit evesque, et assez tost
-après disner fu porté ledit corps au lonc de la ville de Paris, par la
-manière que il avoit esté le jour précédent, le roy alant à pié aprés,
-jusqu'à la Bastide St-Denis; et là monta à cheval, et convoia ledit
-corps jusques à Saint-Denis là où son obsèque fu fait l'endemain jour de
-mardi. Et par l'ordonnance de ladite royne, n'ot pour luminaire, en
-ladite églyse de Paris, que douze cierges, chascun de six livres de cire
-et autant à Saint-Denis, et douze torches pour convoier le corps de lieu
-en autre. Et le mercredi ensuivant, le roy luy fist faire son service en
-ladite églyse Saint-Denis à ses despens, et lors y ot très grant et
-notable luminaire. Et le jeudi ensuivant, quatorziesme jour dudit moys
-de mars, fu son cuer enterré aux frères Meneurs de Paris emprès le cuer
-de son mari le roy Charles.
-
-Item, le mercredi, dix-neuviesme jour dudit moys, furent les entrailles
-enterrées à Maubuisson, près de Pontoise, emprès celles de sondit mari;
-le roy présent, comme par avant avoit esté.
-
-
-
-
-XXXIII.
-
-Coment le roy de France envoia hostaiges au roy de Navarre, avant que il
-voulsist venir pardevers luy à Vernon.
-
-
-Quant le roy ot fait parfaire à Maubuisson le service de ladite royne
-Jehanne, il se parti de là pour aler à Vernon, là où le roy de Navarre
-devoit venir à luy si comme par avant avoit esté traictié par moult
-lonc-temps. Car le roy de France avoit, par pluseurs fois, envoié
-messaiges notables pardevers ledit roy de Navarre tant à Chierbourc
-comme à Évreux, et ledit roy de Navarre avoit envoié de ses gens
-pardevers le roy de France, et avoit ce traictié duré près de deux ans.
-Et finablement, le jour de la Nostre-Dame en mars, l'an mil trois cens
-soixante-dix dessus dit, et fu le jour de mardi, pour la conclusion
-dudit traictié, messire Bertran du Guesclin, connestable de France,
-parti à matin de Vernon où le roy estoit, pour mener certains hostaiges
-que le roy de Navarre devoit avoir, avant que il partist d'Évreux; et
-avoit ledit connestable environ trois cens hommes d'armes avecques luy.
-Et furent lesdis hostaiges: messires Guillaume de Meleun, arcevesque de
-Sens, l'evesque de Laon, le seigneur de Montmorency, le conte de
-Porcien, le seigneur de Garencières, messire Guillaume de Dormans, le
-seigneur de Blainville mareschal de France, le sire de Blany, messire
-Jehan de Chastillon, Robert fils du conte de Saint-Pol, monseigneur
-Jehan de Vienne, messire Claudin de Harenvillier, chevaliers, et huit
-bourgois, quatre de Paris et quatre de Rouen. Lequel connestable mena
-tous les hostaiges dessus nommés à Évreux, lesquels ledit roy de Navarre
-receut honorablement, et tous les fist logier au chastel. Et après
-disner se parti en la compaignie dudit connestable, et fu environ soleil
-couchant à Vernon, et ala descendre au chastel auquel estoit le roy de
-France en un jardin, et là ala ledit roy de Navarre, et estoit le conte
-d'Estampes, son cousin germain, en sa compaignie. Et tantost que il vit
-le roy de France, il s'inclina et mist le genou près de terre, et après
-approcha plus près du roy, et lors se agenouilla, et le roy passa deux
-pas avant et le prist par le bras, en luy disant que bien fust-il venu:
-mais il ne le baisa point. Et tantost l'en apporta torches, vin et
-espices; et quant il orent pris espices et beu, le roy de France le
-prist par la main et alèrent ensemble en la chambre du roy, en laquelle
-la table estoit mise pour soupper. Mais pour ce que ledit roy de Navarre
-ne souppoit point, il se retraist en la chambre qui estoit ordenée pour
-luy, et ledit conte d'Estampes en sa compaignie. Et quant le roy ot
-souppé, ils se traisrent en sa chambre vers luy; si furent lors les deux
-roys moult longuement ensemble, seul à seul, et en parlant se agenouilla
-ledit roy de Navarre pluseurs fois, et ne savoient les regardans
-pourquoy. Et l'endemain, jour de mercredi, le jeudi et vendredi
-ensuivant, furent ensemble, mangièrent et burent et feirent tous leur
-parlemens seul à seul. Et le samedi ensuivant, vint-neuviesme jour dudit
-mois de mars, au matin, ledit roy de Navarre fist homaige lige audit roy
-de France de toutes les terres qu'il tenoit au royaume de France et luy
-promist porter foy, loyauté et obéissance envers tous et contre tous qui
-pevent vivre et mourir, lequel homaige il n'avoit encore fait depuis que
-ledit roy de France avoit esté roy. Si en furent moult de bonnes gens
-liés et joyeux; car l'en doubtoit moult et avoit-l'en longuement doubté
-que ledit roy de Navarre ne se feist ennemi du roy de France; mais lors
-il se monstrèrent très bons amis. Et celuy samedi se parti ledit roy de
-Navarre de Vernon, et s'en ala à Évreux; et ledit connestable le
-convoia, si comme il avoit fait au venir devers le roy et ramena ledit
-connestable lesdis hostaiges.
-
-
-
-
-XXXIV.
-
-Coment le cardinal de Cantorbire fu envoié de par le pape en Angleterre,
-pour traictier de la paix d'entre les roys de France et d'Angleterre, et
-de la paix du roy de Navarre et du duc d'Anjou.
-
-ANNÉE 1371
-
-
-En celuy temps, le pape Grégoire envoia cardinaux légas pardevers le roy
-de France et d'Angleterre, pour traictier de paix entre eux; c'est
-assavoir: un cardinal anglois appelé le cardinal de Cantorbire, et un
-François appellé le cardinal de Biauvais, lequel estoit chancellier de
-France. Et luy envoia le pape sa commission et son pouvoir en France, et
-celuy de Cantorbire se partit d'Avignon où le pape estoit et ala celuy
-de Biauvais qui estoit à Paris encontre celuy de Cantorbire, jusques à
-Melun là où il demourèrent trois ou quatre jours; et puis vindrent
-ensemble à Paris et parlèrent au roy et luy distrent pourquoy le pape
-les envoioit pardevers lesdis roys. Et requirent au roy de France qu'il
-se voulsist consentir à bonne paix. Lequel, eue délibéracion avec son
-conseil, fist respondre que bonne paix vouldroit-il avoir, et sur ce,
-sans autre chose faire né plus procéder, après ce que ledit cardinal de
-Cantorbire ot demouré à Paris par aucuns jours et disné avec le roy, il
-se parti de Paris et s'en ala vers Calais; et le conduisit tousjours,
-par le royaume de France, un chevalier appellé le Haze de Chambly, et le
-cardinal de Biauvais demoura à Paris.
-
-Item, la veille de Penthecouste ensuivant, vint-quatriesme jour du moys
-de mai mil trois cens septante-un, ledit roy de Navarre vint à Paris
-devers le roy de France qui luy fist très grand chière; et fu le jour de
-ladite Penthecouste vestu de robe pareille au roy de France et ot housse
-comme le roy avoit. Et fist le roy la paix dudit roy de Navarre et du
-duc d'Anjou frère du roy, car il n'estoient pas bien amis; et demoura
-ledit roy de Navarre avec le roy toute la semaine, et fu moult festoié
-tant du roy comme de la royne.
-
-Item, le mercredi vint-huitiesme jour de mai dessus dit, environ soleil
-levant, et avoit la lune quatorze jours, madame Marguerite, fille du
-conte de Flandres et femme de messire Phelippe, fils du roy Jehan de
-France et frère du roy Charles qui lors régnoit, et duc de Bourgoigne,
-ot un fils, en la ville de Dijon, qui fu appellé Jehan; et fu baptisé le
-jeudi, jour du Saint-Sacrement, cinquiesme jour du moys de juin. Et le
-tint sur fons, messire Jehan duc de Berri, frère dudit duc de
-Bourgoigne, et messire Jean Rogier, evesque de Carpentras, que le pape
-Grégoire y avoit envoié pour tenir sur fons ledit enfant pour luy; et
-messire Charles d'Alençon, arcevesque de Lyon le crestienna, et madame
-Marguerite, contesse d'Artois, ayole de ladite duchesse de Bourgoigne,
-fu marraine.
-
-
-
-
-XXXV.
-
-Coment le duc de Breban fu desconfit, et le duc de Guerle mort; et du
-trespassement de madame Jehanne de France, fille du roy de France
-Phelippe.
-
-
-Le vendredi, vint-deuxiesme jour du moys d'aoust mil trois cens
-septante-un dessus dit, fu la bataille entre le duc de Breban et ceux
-qui avecques luy estoient d'une part, et les ducs de Julliers et de
-Guerle et les leur d'autre part. Et fu ledit duc de Breban desconfit et
-pris, et le conte de Saint-Pol, qui avecques estoit, fu mors; et moult
-d'autres de celle partie mors et pris; et de l'autre partie, fu mors le
-duc de Guerle et pluseurs autres.
-
-Item, le mardi seiziesme jour du moys de septembre ensuivant, environ
-heure de nonne, trespassa, à Besiers, madame Jehanne de France, qui
-avoit esté fille du roy Phelippe de France, laquelle l'en menoit en
-Arragon, pour estre mariée à l'ainsné fils du roy d'Arragon; duquel et
-de elle le mariage avoit esté longuement traictié à Paris, et l'avoit
-fiancée par procureur à Paris, si comme dessus est escript. Et fu mise
-le mercredi ensuivant en dépost en l'églyse cathédrale de ladite ville
-de Besiers, et le jeudi ensuivant y fu son service fait.
-
-Item, le samedi vint-uniesme jour de février mil trois cens septante-un
-dessus dit, messire Jehan de Dormans, cardinal nommé de Biauvais pour ce
-qu'il avoit esté evesque de Biauvais, lors chancellier de France, rendi
-au roy les seaulx de France, et laissa l'office de chancellerie; et, par
-notable élection, fist le roy chancellier messire Guillaume de Dormans,
-chevalier, frère germain dudit cardinal de Biauvais. Et ainsi fu ledit
-cardinal de Biauvais chancellier de France depuis que il avoit esté fait
-cardinal trois ans et quatre mois; quar il avoit esté cardinal le
-vint-deuxiesme jour de septembre mil trois cens soixante-huit, et avoit
-toujours esté chancellier depuis.
-
-
-
-
-XXXVI.
-
-De la nativité de monseigneur Loys, second fils du roy de France, et de
-son baptisement.
-
-
-Le samedi, treiziesme jour de mars ensuivant, environ deux heures après
-minuit, et avoit la lune neuf jours, à Paris en l'ostel du Roy emprès
-Saint-Pol, fu né messire Loys, second fils du roy Charles, et fu baptisé
-ès fons dudit moustier de Saint-Pol, à très grant compaignie et
-solempnité, par messire Jean de Craon, lors arcevesque de Reims, le
-lundi ensuivant, environ midi; et fu parrain, messire Loys, conte
-d'Estampes; et madame d'Alençon, commère dudit conte, fu marraine.
-
-Item, par celle saison, en pluseurs parties du païs de Guienne ot des
-besoignes entre les gens du roy de France et ceux du roy d'Angleterre.
-Et perdirent moult ceux du roy d'Angleterre, tant de leur gens comme de
-leur pays, et par espécial en Limosin. Car tout le païs de Limosin fu
-françois, et la ville de Limoges aussi, dedens le premier jour de
-juillet ensuivant.
-
-
-
-
-XXXVII.
-
-Coment l'abit et les livres des Turelupins furent ars en Grève et les
-Turelupins condamnés.
-
-ANNÉE 1372
-
-
-Le dimenche, quart jour dudit mois de juillet mil trois cens
-septante-deux, furent, en Grève à Paris, la secte, le abit et les livres
-des Turelupins, autrement només la compaignie de povreté, condempnés de
-hérésie par messire Mile de Dormans, lors evesque d'Angiers et vicaire
-de l'evesque de Paris et par l'inquisiteur des hérites. Et ce jour en
-furent deux condempnés: un homme qui estoit mort en la prison de
-l'evesque de Paris durant son procès, par l'espace de quinze jours ou
-environ avant ladite condempnacion; et une femme appellée Péronne de
-Aubenton, autrement de Paris. Et ce dimenche furent ars audit lieu de
-Grève l'abit et les livres, et l'endemain, jour de lundi, furent ars en
-la place aux Pourceaux à Paris, ladite Péronne et ledit mort qui
-tousjours, depuis sa mort, avoit esté gardé en un tonnel plein de chaux.
-
-
-
-
-XXXVIII.
-
-Des nefs anglesches que François gaignièrent, et coment la ville de
-Poitiers se rendi françoise.
-
-
-En celuy moys de juillet, le roy envoia en Poitou monseigneur Bertran du
-Guesclin, connestable de France, lequel y prist pluseurs forteresses; et
-aussi la navire du roy de Castelle vint devant La Rochelle, et
-d'aventure rencontrèrent sur la mer environ trente-six nefs du roy
-d'Angleterre; et se combattirent devant ladite ville de La Rochelle, et
-furent les Anglois desconfis et y furent pris le conte de Pennebroc,
-messire Guichart d'Angle et pluseurs autres que le roy anglois envoioit
-au païs pour le conforter, et gaignèrent moult grant finance les
-Espaignols avecques les prisonniers, dont il orent plus de huit vins; et
-grant foison ot des mors desdis Anglois. Et assez tost après monseigneur
-le duc de Berri, frère du roy de France, et ledit connestable en sa
-compaignie, alèrent devant Poitiers et se rendi la ville à eux comme à
-messaiges du roy de France; et se mistrent les habitans en l'obéissance
-dudit roy de France, et tantost assaillirent le chastel et le pristrent,
-et les Anglois qui estoient dedens.
-
-Item, assez tost après, le captal de Busch, qui estoit lieutenant du roy
-d'Angleterre ès païs de Poitou et de Saintonge, se combatti à aucuns des
-gens du roy de France devant une ville appelée Soubise, et fu ledit
-captal desconfit et pris et pluseurs de sa compaignie. Si demourèrent
-les Anglois moult foibles sur le païs, et les gens du roy de France y
-estoient fors. Si y estoient le duc de Berri et le duc de Bourgoigne,
-frères du roy de France, et y eut foisons de gens d'armes avecques. Si
-chevauchièrent le païs et pristrent moult de villes et forteresses. Et
-vindrent le lundi, sixiesme jour de septembre l'an mil trois cens
-septante-deux dessus dit, devant La Rochelle et orent traictiés
-ensemble, et par avant aussi y en avoit eu. Et le mercredi ensuivant,
-huitiesme jour dudit moys, se mistrent ceux de ladite ville de la
-Rochelle en l'obéissance du roy de France, et entrèrent lesdis seigneurs
-de France dedens ladite ville à très grant joie de ceux de ladite ville.
-Et en iceluy moys de septembre se rendirent ceux de Angoulesme, ceux de
-Saintes, ceux de Saint-Jehan d'Angeli et pluseurs autres bonnes villes
-et forteresses.
-
-
-
-
-XXXIX.
-
-Coment ceux de Thouars et de Poitou se rendirent françois à messeigneurs
-les ducs de Berri et de Bourgoigne, et du siège qui fu devant Brest,
-l'an mil trois cens septante-trois.
-
-ANNÉE 1373
-
-
-Le jour de la Saint-André ensuivant, les ducs de Berri et de Bourgoigne,
-ledit connestable et grant foison de gens d'armes jusques au nombre de
-trois mil et plus, furent devant la ville de Thouars, qui encore se
-tenoit pour le roy d'Angleterre. Et attendirent lesdis ducs et
-connestable tout le jour devant ladite ville; car traictié avoit esté
-par avant entre les gens du roy de France d'une part, et les nobles du
-païs de Poitou qui encore tenoient la part du roy anglois, d'autre, que
-sé les François estoient ledit jour de la Saint-André plus fors devant
-ladite ville de Thouars que les Anglois, que tous les Poitevins se
-mettroient en l'obéissance du roy de France. Et devant ladite ville de
-Thouars ne vint aucun ledit jour de Saint-André pour ledit roy anglois,
-et ainsi furent les François plus fors. Si se rendirent tous ceux de
-Poitou, nobles et autres, en l'obéissance du roy de France, excepté
-trois forteresses; c'est assavoir: Mortaigne, Lusignan et Gensay[301],
-et firent tous les nobles homaige au duc de Berry à qui le roy de France
-avoit donné la conté de Poitiers à héritage, et le païs de Saintonge à
-vie tant seulement; mais le roy retint La Rochelle. Et celle saison, le
-roy de France envoia pluseurs fois messaiges grans et notables par
-devers le duc de Bretaigne, que l'en sentoit moult favorable aux
-Anglois, et le fist le roy par pluseurs fois requérir que il féist son
-devoir vers luy, si comme tenu y estoit comme vassal et homme lige du
-roy et pair de France, et que il ne voulsist souffrir les Anglois entrer
-en son païs de Bretaigne, né les conforter en aucune manière: lequel duc
-respondoit toujours que ainsi le feroit. Et finablement dedens Pasques
-ensuivant qui furent mil trois cens septante-trois, ledit duc manda
-grant foison Anglois, et les fist venir en Bretaigne, dont tous ceux
-dudit païs, nobles et autres, furent moult courroucés, et distrent audit
-duc que il ne seroient jà Anglois; car le roy de France estoit leur
-seigneur souverain; et requistrent audit duc que il méist hors de son
-païs lesdis Anglois. Et pour ce que il ne le voult faire, mais se
-esforçoit de mettre lesdis Anglois ès villes et forteresses dudit païs,
-en mettant hors d'icelles les Bretons, et de fait en aucunes ainsi le
-fist; pour ce, envoièrent devers le roy, leur seigneur souverain, afin
-que il y méist remède. Et pour ce, le roy y envoia sondit connestable,
-le seigneur de Cliçon et autres; et quant ledit duc senti leur venue, il
-se parti du pays et ala en Angleterre. Si chevaucha ledit connestable
-par le païs de Bretaigne et se rendirent à luy, pour le roy de France,
-nobles, bonnes villes, gens d'églyse et tout le païs, tant de Bretaigne
-galot comme bretonnant, dedens le jour de la Saint-Jehan-Baptiste
-ensuivant, excepté seulement Brest, Auroy et Derval, et se mist ledit
-connestable à siège devant Brest; et les seigneurs de Laval et de Cliçon
-devant Derval. Et ledit siège de Brest tenu par aucun temps, les Anglois
-qui estoient dedens firent un tel traictié que sé les Anglois n'estoient
-plus fors que les François, devant ledit lieu de Brest en la place
-commune, le sixiesme jour du moys d'aoust ensuivant il rendroient le
-chastel; et de ce baillièrent douze hostaiges, desquels ledit
-connestable eslargi les six sur leur foy: et se redevoient rendre audit
-connestable huit jours devant ladite journée dudit sixiesme jour
-d'aoust, lesquels ne retournèrent point: à laquelle journée dudit
-sixiesme jour ledit connestable fu, et ot bien trois mil hommes d'armes
-avecques luy; et jà soit que il y eut grant foison d'Anglois, il ne se
-osèrent combattre audit connestable, et si ne rendirent pas ledit lieu
-de Brest et laissièrent leur six hostaiges qui estoient demourés audit
-connestable.
-
- [301] _Gensay_. Je crois que c'est aujourd'hui _Janzé_, à six lieues
- de Rennes.
-
-
-
-
-XL.
-
-De la naissance de madame Isabel, fille du roy, et comment le duc de
-Lenclastre vint en France.
-
-
-Item, le samedi vint-troisiesme jour de juillet, mil trois cens
-septante-trois dessus dit, environ heure de midi, en l'ostel du roy
-emprès Saint-Pol à Paris, fu née madame Isabel, fille dudit roy Charles
-et de ladite royne Jehanne de Bourbon, et estoit la lune de quatre
-jours. Et l'endemain, jour de dimenche, après disner, fu baptisée en
-ladite églyse de Saint-Pol, par messire Jehan de Dormans, cardinal; et
-fu parrain monseigneur le daulphin, ainsné fils desdis roy et royne; et
-madame Marguerite, contesse de Flandres et d'Artois, et madame Isabel,
-duchesse de Bourbone mère de ladite royne, furent marraines.
-
-Item, en celuy moys de juillet, Jehan, duc de Lenclastre, fils du roy
-d'Angleterre, et Jehan, conte de Montfort, celuy qui avoit esté duc de
-Bretaigne et qui alors se monstra bien manifestement ennemi du roy et du
-royaume, vindrent d'Angleterre à Calais, accompagniés de grant foison de
-gens d'armes et de archiers. Et après ce que il orent demouré par aucun
-temps à Calais et sur la Marche, il se mistrent à chevauchier droit à
-Hesdin et y demourèrent dedens le port par aucuns jours sans assaillir
-la ville né le chastel; et après à Dorlens sans l'assaillir, et après à
-Beauquesne[302] et de là vers Corbie. Et passèrent la rivière de Somme
-et chevauchièrent à Roie en Vermendois et demourèrent en la ville sept
-jours, et ne porent prendre l'églyse qui estoit fort: si ardirent la
-ville et alèrent en Laonnois et à Vesly-sur-Aisne; et moult ardirent de
-villes et aussi perdirent moult de leur gens: car en toutes places où
-les François qui les chevauchoient en trouvoient aucuns desroutés de
-leur batailles, il les desconfisoient, sans ce que les François y
-perdissent aucune chose, et si gaignièrent grant foison sur les Anglois;
-et par espécial le vendredi, neuviesme jour de septembre à matin,
-messire Jehan de Vienne et sa compaignie en trouvèrent près de
-Ouchie[303], cinquante lances et vint archiers anglois, lesquels furent
-tous desconfis. Et là furent pris dix chevaliers de grant estat et
-vint-quatre escuiers, et tousjours chevauchièrent lesdis Anglois tant
-qu'il passèrent les rivières d'Oise, d'Aisne, de Marne et d'Aube, et
-chevauchièrent par la Champaigne et par la conté de Braine, droit vers
-Gié[304], et passèrent la rivière de Saine, et chevauchièrent droit à la
-rivière de Loire vers Martigny-les-Nonnains, et passèrent ladite rivière
-de Loire, et tousjours furent chevauchiés par le duc de Bourgoigne et
-autres gens du roy de France, et si près tenus que il avoient peu de
-vivres et ne pristrent aucune forteresse notable, et perdirent moult de
-leur gens et la plus grant partie de leur chevaux. Et depuis, passèrent
-lesdis Anglois la rivière de Cher et s'en alèrent à Bordeaux, mais il
-perdirent moult de leur gens, et estoient en tel estat qu'il y avoit
-plus de trois cens chevaliers à pié qui avoient laissiées leur armeures,
-les uns jetées en rivière, les autres les avoient despéciées pour ce que
-il ne les povoient porter, et afin que les François ne s'en peussent
-aidier; et jà soit ce que ladite chevauchiée leur feust moult honorable,
-elle leur fu moult domageuse.
-
- [302] _Beauquesne_. Aujourd'hui bourg du département de la Somme, à
- deux lieues de _Doullens_.
-
- [303] _Ouchie_. La plupart des manuscrits et des éditions précédentes
- portent _Orchies_. Mais, d'après les indices itinéraires précédens,
- je crois que le manuscrit de Charles V est plus exact.
- _Oulchy-le-Château_ est aujourd'hui bourg à cinq lieues de Soissons.
-
- [304] _Gié_. Ou _Gyé_, village sur la Seine, près de Châteauvillain.
-
-Item, le tiers jour de novembre ensuivant, mourut à Evreux madame
-Jehanne, seur du roy de France, et femme du roy de Navarre.
-
-Item, le septiesme jour dudit moys de novembre, mourut à Avignon messire
-Estienne de Paris, cardinal dit de Paris. Item, audit mois de novembre,
-qui fu le lundi septiesme jour mil trois cens septante-trois devant dit,
-mourut à Paris messire Jehan de Dormans, cardinal de Biauvais, qui moult
-longuement avoit esté chancelier de France, et fu enterré aux Chartreux
-de Paris.
-
-
-
-
-XLI.
-
-Coment Jehan de Montfort vint de Bordeaux en Bretaigne, et se mist au
-fort de Auroy.
-
-
-En l'entrée du moys de février ensuivant, messire Jehan de Montfort, qui
-avoit esté duc de Bretaigne et avoit chevauchié avecques le duc de
-Lenclastre, par la manière que dessus est escript, vint par mer de
-Bordeaux en Bretaigne, là où avoit encore trois forteresses qui se
-tenoient pour luy; c'est assavoir: Derval, Brest et Auroy, en laquelle
-il vint descendre premièrement. Et là estoit sa femme, et amena des gens
-anglois avec luy. Et quant il y fu, il manda pluseurs de ceux de
-Bretaigne, gens d'églyse, nobles et autres pour aler audit lieu d'Auroy
-parler à luy; et le roy de France qui oï nouvelles de ce envoia des gens
-audit païs de Bretaigne pour le conforter[305], et jà y estoient le
-connestable de France et le seigneur de Cliçon pour le roy.
-
- [305] _Le conforter_. Sans doute pour fortifier son parti contre celui
- des Anglois et du duc de Bretagne.
-
-_Incidence des grandes rivières_. Item, en celuy an mil trois cens
-septante-trois dessusdit, ès mois de janvier et de février, furent en
-France, par espécial ès rivières de Saine, de Marne, de Yonne, d'Oise et
-de Loire, la plus très grant inondacion d'yaues que l'homme qui vesquist
-lors eust onques veues; et durèrent plus de deux mois. Et à Paris
-aloit-l'en par bastiaux par la rue Saint-Denis oultre la porte, et de la
-porte Saint-Anthoine jusques à Saint-Anthoine, et de la porte
-Saint-Honoré jusques au Rolle et à Nully. Et si estoit l'yaue jusques
-près des planchers des pons de Paris; et entroit dedens la chapelle
-basse du palais, et toutes les maisons basses du palais estoient plaines
-d'yaue, et communelment les caves et celiers de Paris du costé devers
-grant pont. Et atachoit-l'en les bastiaux à la Croix-Hémon, qui est
-au-dessus de la place Maubert.
-
-Item, au mois d'avril ensuivant, mil trois cens septante-quatre, et
-furent Pasques le secont jour d'iceluy mois, le duc de Lenclastre qui
-estoit à Bordiaux s'en parti par mer et ala en Angleterre à tout tant
-pou de gens qui luy estoient demourés; et disoit-l'en que son père et le
-prince de Galles son frère ne luy avoient pas fait bonne chière, pour ce
-que il avoit si petitement exploitié en la chevauchiée que il avoit
-faite; jà fust ce que elle eust esté la plus grant qui oncques eust esté
-faite en France par lesdis Anglois. Toutesvoies il avoit moult perdu de
-gens et de chevaux; car il et sa route en avoient bien trait
-d'Angleterre trente mil chevaux et plus, et il n'en porent pas mettre à
-Bordiaux six mil, et bien avoit perdu le tiers de ses gens et plus.
-
-
-
-
-XLII.
-
-Coment la ville et chastel de La Rochelle furent prises.
-
-ANNÉE 1374
-
-
-Le jour de Penthecouste, qui fu le vint-uniesme jour de may l'an
-dessusdit, les trièves qui avoient esté prises par le connestable de
-France d'une part; et le sire d'Aubeterre, le chanoine de Robesart et
-autres pour les Anglois d'autre part, faillirent. Et le vint-uniesme
-jour d'aoust mil trois cens septante-quatre dessusdit, la ville de La
-Riolle[306] fu rendue au duc d'Anjou, frère du roy de France, lequel
-estoit à siège devant ladite ville. Mais le chastel d'icelle ville ne
-luy fu pas lors rendu, et demoura ledit duc devant ledit chastel jusques
-au vint-huitiesme jour dudit mois d'aoust; et lors fu fait un traictié
-entre luy et ceux qui tenoient ledit chastel pour le roy d'Angleterre,
-que sé ledit roy d'Angleterre ou l'un de ses fils n'estoient devant
-ledit chastel le huitiesme jour du mois de septembre ensuivant, si fors
-que il peussent lever le siège dudit duc d'Anjou, il rendroient le
-chastel audit duc. Si attendi iceluy duc jusques audit huitiesme jour de
-septembre, auquel jour né dedens iceluy ne comparut aucun pour ledit roy
-d'Angleterre; si fu lors ledit chastel rendu au duc d'Anjou pour le roy
-de France, et ainsi ot la ville et le chastel.
-
- [306] _La Riolle_. Le titre de ce chapitre porte bien _La Rochelle_,
- et les autres manuscrits aussi bien que les imprimés écrivent encore
- ici _La Rochelle_; mais la leçon de Charles V porte _La Riolle_, et
- si l'on fait attention que les _rubriques_ ou titres de chapitre
- sont toujours dans les manuscrits mis par un autre scribe, après
- l'exécution du volume, on avouera que la leçon que nous avons
- préférée est effectivement préférable. En effet, dans le chapitre
- XXXVIII, nous avons vu que _La Rochelle_ étoit déjà redevenue
- françoise.
-
-
-
-
-XLIII.
-
-De l'assemblée qui fu à Bruges pour traictier de la paix entre les deux
-roys.
-
-
-En celuy an mil trois cens septante-quatre dessusdit, furent envoiés de
-par le pape l'arcevesque de Ravenne et l'evesque de Carpentras, pour
-traictier de paix entre lesdis roys. Et en celuy an en karesme
-assemblèrent à Bruges devant lesdis messages du pape les gens desdis
-roys; c'est assavoir: pour le roy de France, le duc de Bourgoigne son
-frère, l'evesque d'Amiens et pluseurs autres clers et chevaliers; et
-pour le roy d'Angleterre, le duc de Lenclastre son fils, l'evesque de
-Londres et pluseurs autres clers et chevaliers. Et quant il orent esté
-par aucun temps en ladite ville de Bruges, aucuns de ceux du conseil du
-roy de France retournèrent à Paris pour luy rapporter aucunes choses
-parlées par les parties à Bruges sur lesdis traictiés. Et entre les
-autres choses rapportèrent que lesdis Anglois requerroient à grant
-instance avoir les ressors et souverainetés des terres que il devroient
-avoir par ledit traictié. Si assembla le roy de France grant conseil,
-tant des seigneurs de son sanc, comme prélas, nobles, clers, maistres en
-théologie et en décrés, et grant nombre d'autres sages qui, tous d'un
-accort après ce que tout leur ot esté dit et exposé, distrent au roy
-qu'il ne povoit né devoit laissier aucune chose de ses ressors et
-souverainetés; et sé il le faisoit, ce seroit contre son serement et son
-honneur, et au détriment de son ame pour pluseurs causes et raisons que
-il luy distrent lors. Et ainsi fu respondu à ses gens qui estoient venus
-de Bruges par devers luy.
-
-
-
-
-XLIV.
-
-De la loi que le roy Charles-Quint ordena sur l'aagement des ainsnés
-fils des roys de France, et fu publiée en parlement de Paris.
-
-ANNÉE 1375
-
-
-[307]L'an de grace mil trois cens septante-cinq, le vint-uniesme jour de
-may, fu la loy que le roy Charles, lors roy de France, avoit faite sur
-l'aagement de son ainsné fils et des autres ainsnés fils des roys de
-France qui seroient à venir, publiée au parlement du roy à Paris en sa
-présence séant et tenant son parlement; en la présence de monseigneur
-Charles, son ainsné fils, daulphin de Viennois, et monseigneur Loys, duc
-d'Anjou, frère dudit roy, et de grant nombre d'autres seigneurs de son
-sanc, prélas et autres gens d'églyse, l'université de Paris et pluseurs
-autres sages et notables, tant clers comme lais. Et est la loy telle,
-c'est assavoir: que l'ainsné fils du roy de France qui ores estoit et
-ceux qui pour le temps à venir seroient, tantost que il atteindroient le
-quatorziesme an de leur aage, pourroient recevoir leur sacre et
-coronement et leur homaiges, et faire tous autres fais qui à roy de
-France aagé appartiennent.
-
- [307] On va voir ici dès la première phrase l'indication d'une
- nouvelle rédaction. Je remarquerai d'ailleurs que dans la leçon de
- Charles V que nous suivons de préférence, la dernière table des
- chapitres, placée en tête de la vie du roi Jean, s'arrête à
- l'indication de celui-ci. La suite n'a pas été _récapitulée_, et si
- l'observation que j'ai faite tout à l'heure sur les rubriques est
- judicieuse, il faut en conclure que le manuscrit de Charles V fut
- achevé long-temps après. Mais du point où nous sommes arrivés
- jusqu'à la fin, les chroniques furent-elles rédigées en une seule
- fois? Je ne le pense pas. Charles V, qui souhaitoit de montrer à
- l'empereur dans la grande histoire nationale la relation exacte de
- la réception qu'on lui avoit faite, laissa dans son exemplaire une
- lacune de plusieurs pages entre le chapitre XLIII et le récit du
- voyage de l'empereur. Ce fut plus tard que fut comblée cette lacune,
- mais certainement avant la mort de Charles V.
-
-Item, le premier jour du mois de juing l'an dessusdit, la ville et
-chastel de Coignac furent rendus des Anglois à monseigneur Bertran du
-Guesclin, lors connestable de France, qui une pièce avoit esté à siège
-devant pour le roy de France; par un tel traictié comme dessus est dit
-du chastel de La Riole.
-
-Item, le tiers jour de juillet ensuivant, la ville et le chastel de
-St-Sauveur, en Constantin, que avoit tenu asségiée pour le roy de France
-messire Jehan de Vienne, amiral de France, et lesquels ville et chastel
-avoient esté tenus par ceux de la partie du roy d'Angleterre par
-l'espace de plus de vint ans, furent rendus aux gens du roy de France
-par un tel traictié comme avoient esté rendus le chastel de La Riole et
-Coignac, dont dessus est faite mencion.
-
-Item, en ce temps retournèrent de Bruges le duc de Bourgoigne et les
-conseilliers du roy de France, qui là estoient alés pour les traictiés
-d'entre les deux roys, et pou orent exploitié, fors de avoir et accorder
-trièves jusques au premier jour d'avril ensuivant: et ainsi furent
-lesdis traictiés continués jusques à la feste de Toussains ensuivant. A
-laquelle feste de Toussains retournèrent auxdis traictiés pour le roy de
-France messire Loys, duc d'Anjou, et messire Phelippe, duc de
-Bourgoigne, frères du roy de France, et pluseurs autres du conseil du
-roy, et alèrent à Saint-Omer. Et pour le roy d'Angleterre, alèrent à
-Bruges messire Jehan de Lenclastre et messire Hémon conte de Cantebruge,
-fils du roy d'Angleterre, et pluseurs autres de son conseil. Et par le
-moien desdis messages du pape, c'est assavoir: de l'arcevesque de
-Ravenne et de l'arcevesque de Rouen, qui par avant avoit esté evesque de
-Carpentras, furent d'accort lesdis traicteurs, tant d'une part comme
-d'autre, de eux assembler à Bruges comme par avant avoient fait ceux qui
-y avoient esté. Si alèrent lesdis frères du roy de France et ses autres
-gens qui estoient à Saint-Omer, à Bruges, et y entrèrent le samedi après
-Noël l'an dessusdit, et en ladite ville de Bruges demourèrent jusques
-environ Pasques ensuivant, et finablement s'en partirent sans traictié
-de paix final, mais il proroguèrent les trièves, et depuis aussi furent
-proroguées jusques au premier jour du mois d'avril mil trois cens
-septante-six, et Pasques furent le sixiesme jour dudit mois que l'en dit
-mil trois cens septante-sept. Et envoia assez tost après le roy de
-France ses messages à Bouloigne pour traictier, et les messages du roy
-d'Angleterre furent à Calais, et furent lesdites trièves proroguées de
-terme en terme, jusques à la Nativité Saint-Jean-Baptiste ensuivant, qui
-fu mil trois cens septante-sept dessusdit. Et aloient les deux
-arcevesques, messages du pape, de Bouloigne à Calais et de Calais à
-Bouloigne, en traictant entre les parties. Et finablement, jà feust ce
-que le roy de France feust par tous les lieux où il avoit guerre entre
-lesdis roys plus fort que les Anglois, que aussi, par la volenté de
-messeigneurs et la bonne diligence dudit roy de France, tout son fait se
-portast bien, et que en toutes choses il feust à son avantage et eust en
-ce temps moult grant navire sur la mer, tant de galées dont il avoit
-trente-cinq sur mer, comme de grant foison de barges, tout ledit navire
-garni de bonnes gens d'armes et de bons arbalestiers; toutesvoies, pour
-l'amour de Dieu et le bien de paix, pour l'onneur et révérence du pape
-et de l'églyse, et pour compassion du peuple, il fist faire moult grans
-offres, par ses gens, aux gens dudit roy d'Angleterre, tant de grans
-terres et seigneuries que de monnoie, réservé tousjours à lui son
-homaige, son ressort et sa souveraineté ès terres que ledit roy
-d'Angleterre avoit au royaume de France, tant en celles que lors il
-occupoit de fait, comme en celles que le roy de France luy bailleroit
-par le traictié. Lesquelles gens dudit roy d'Angleterre ne acceptèrent
-né refusèrent lesdites offres, mais distrent que il rapporteroient ces
-choses par devers le roy d'Angleterre leur seigneur, et dedens le
-premier jour du moys d'aoust ensuivant, ou au plus tart dedens le jour
-de mi-aoust, il ou autres, pour le roy d'Angleterre, en feroient
-response en la ville de Bruges à ceux que le roy de France envoieroit
-pour cette cause. Et se partirent de Calais la veille de la Saint-Jehan
-et s'en alèrent en Angleterre: et les gens du roy de France s'en
-retournèrent à leur seigneur à Paris, et faillirent toutes trièves le
-jour de celle de Saint-Jehan. Et la veille d'icelle Saint-Jehan, mourut
-ledit roy d'Angleterre Edouard, lequel avoit longuement vescu et esté
-roy d'Angleterre environ cinquante deux ans.
-
-
-
-
-XLV.
-
-Coment Richart, fils du prince de Galles, fu fait roy d'Angleterre, ses
-oncles vivans.
-
-ANNÉE 1377
-
-
-Après, en celuy an mil trois cens septante-sept dessus dit, le seiziesme
-jour de juillet ensuivant, Richart, fils de feu Edouard prince de
-Galles, qui avoit esté ainsné fils du roy d'Angleterre et avoit esté
-mort avant ledit roy d'Angleterre, son père, et estoit de onze ans
-d'aage ou environ, fu couronné en roy d'Angleterre, en représentant la
-personne du prince son père. Et toutesvoies avoit laissié ledit roy
-d'Angleterre trois fils; c'est assavoir: messire Jehan duc de
-Lenclastre, messire Hémon duc de Cantebruge, et messire Thomas dont
-moult gens avoient merveille: car la mère dudit roy Richart avoit esté
-mariée première fois au conte de Salebery, et avoit esté six ans en sa
-compaignie; et depuis elle maintint que un chevalier d'Angleterre,
-appellé messire Thomas de Hollande, l'avoit fiancée avant ledit conte de
-Salebery, et l'avoit cogneue charnelment; et pour ce ledit conte la
-laissa, et ledit chevalier l'espousa avec lequel elle fu longuement et
-en ot pluseurs enfans. Et après la mort dudit feu Thomas de Hollande,
-ledit prince de Galles, ainsné fils dudit roy d'Angleterre, espousa
-cette dame, vivant ledit conte de Salebery son premier mari; et de ce
-mariage nasqui ledit Richart, qui fu fait roy d'Angleterre, comme dessus
-est dit, vivant encore ledit conte de Salebery.
-
-
-
-
-XLVI.
-
-Du grant effort de gens d'armes que le roy de France avoit sur les
-champs en cinq parties devisées.
-
-
-Au moys de juillet ensuivant, le duc d'Anjou, frère du roy de France, et
-le connestable de France alèrent en Guyenne pour ledit roy de France,
-bien accompaigniés de gens d'armes et arbalestiers; et si ot grant
-navire sur mer auquel avoit trente-cinq galées, et grant foison de
-barges et autres vaisseaux, lequel navire estoit fourni de gens d'armes
-et arbalestiers en grant nombre. Et avecques ce, en celle saison, tenoit
-le roy de France, en la frontière de Picardie, contre les Anglois qui
-estoient à Calais, à Guynes, à Ardre et ès autres forteresses qui se
-tenoient pour le roy d'Angleterre, grant foison de gens d'armes et
-arbalestiers. Et oultre ce, avoit pour ledit roy de France siège devant
-deux chastiaux qui se tenoient encore en Bretaigne pour messire Jehan de
-Montfort; c'est assavoir: Brest et Auroy, et par tous les lieux dessus
-dis les gens du roy tenoient les champs. Et avecques ce, le duc de
-Berri, frère dudit roy de France, et le duc de Bourbon avecques luy
-estoient à siège devant une forteresse, en Auvergne, appellée Carlat,
-que gens de compaignie qui se tenoient de la partie des Anglois avoient
-occupée. Et ainsi le roy de France avoit telle puissance en cinq
-parties, que ses ennemis estoient partout les plus foibles. Et en
-vérité, de nulle mémoire d'homme n'avoit ce esté veu, né que le roy eust
-fait si grant fait et noble dont ci-après sera faite mencion. Et
-premièrement par ledit duc d'Anjou et ceux de sa compaignie en
-Pierregort, et autre part en Guyenne, furent prises grant nombre de
-forteresses, si comme ci-après est déclairié. Premièrement, au mois
-d'aoust, le tiers ou quart jour, se mist sur les champs ledit
-monseigneur le duc, en la duchié de Guyenne ès parties de Pierregort, en
-sa compaignie monseigneur Bertran du Guesclin, connestable de France;
-monseigneur Loys de Sancerre, mareschal; le seigneur de Coucy; le
-seigneur de Montfort; le seigneur de Montauban; le sire de Rey; messire
-Guy de Rochefort; monseigneur Olivier de Mauny; le sire de Monsteroys;
-le seigneur d'Asse; Le Besgue de Vilaines; Ivain de Gales; le sire de
-Chasteau-Giron[308]; le sire de Bueil; messire Pierre de Villiers grant
-maistre d'ostel du roy, et pluseurs autres seigneurs, jusques au nombre
-de seize cens hommes d'armes et cinq cens arbalestiers. Et se vint
-logier à Nantion[309]; et d'ilec se parti pour venir devant un lieu
-appellé les Bernardières que tenoient les Anglois; lesquels quant il
-sceurent sa venue se partirent dudit lieu et y boutèrent le feu. Et puis
-vint devant un chastel dudit pays de Pierregort, appellé Condac[310],
-que tenoient les Anglois, et l'assist et y fu environ quatre jours. Et
-puis luy fu rendu, lequel chastel monseigneur le duc fist abattre pour
-ce que les seigneurs dudit chastel avoient esté traistres, et estoient
-coustumiers de rober et pillier les païs voisins. (Et d'ilec, vint
-devant un autre fort chastel appellé Bordailles, et mist le siège devant
-et y fu environ six jours au siège, et puis luy fu rendu)[311]. Et vint
-à luy monseigneur Jehan de Bueil, lors séneschal de Beaucaire, qui pour
-ledit monseigneur le duc estoit demouré capitaine ès parties de
-Rouergue, de Quercin, d'Agenois, Bigorne, Basadois, et amena des gens
-que monseigneur d'Anjou luy avoit bailliés en gouvernement cinq cens
-hommes d'armes et deux cens arbalestiers. Et d'ilec se parti monseigneur
-d'Anjou aux gens[312] qu'il avoit par avant et ceux que Bueil luy avoit
-amenés, et vint devant Bergerac et assist ladite ville. Et pour icelle
-endomaigier et pour plus tost prendre, envoia monseigneur le duc ledit
-monseigneur Jehan de Bueil à la Riole, avec quatre cens hommes d'armes,
-pour amener les truyes et autres engins qui y estoient. Et monseigneur
-Thomas de Feleton, séneschal de Bordeaux, qui sceut que ledit Bueil
-estoit là alé, assembla tous les seigneurs de Gascoigne et autres que il
-peust assembler jusques au nombre de sept cens combattans, et se mist
-entre la Riole et Bergerac pour rencontrer ledit Bueil et ses gens; et y
-en vindrent nouvelles audit monseigneur d'Anjou, qui tantost manda
-messire Pierre de Bueil, son mareschal, et luy dist qu'il préist trois
-ou quatre cens hommes d'armes et ses gens et alast à l'encontre de son
-frère pour le conforter. Si y ala et mena trois cens cinquante hommes
-d'armes, et estoient audit nombre messire Pierre de Bueil dessusdit, le
-Besgue-de-Villaines, Yvain de Galles, messire Gieffroy Fevrier,
-mareschal du connestable de France, messire Pierre de Mornay, mareschal
-de monseigneur Loys de Sancerre mareschal de France; Thibaut du Pont,
-Juel Rolant et pluseurs autres notables chevaliers et escuiers, et se
-partirent de Bergerac le premier jour de septembre. Et celuy jour, près
-de la ville d'Aymet, trouvèrent les gens et coureux de monseigneur
-d'Anjou[313] les coureux dudit séneschal de Bordeaux, et furent pris
-aussi comme tous les coureux françois. Et incontinent qu'il se sceurent
-les uns près des autres il chevauchièrent d'une part et d'autre, si
-s'entr'encontrèrent ainsi comme à un quart de lieue d'Aymet, et
-descendirent à pié d'une part et d'autre, et se combattirent moult fort;
-et par la grace de Dieu furent desconfis les Anglois, et furent ilec
-pris ledit séneschal de Bordeaux, les seigneurs de Lagoran[314], de
-Mussidan, de Duras, le sire de Rosan et pluseurs autres; et y ot
-pluseurs des Anglois mors et noyés en une rivière qui près estoit,
-appellée le Drot. Et l'endemain se rendi ladite ville de Bergerac audit
-monseigneur d'Anjou qui y avoit esté à siège quinze jours; et ainsi vint
-ladite ville en l'obéissance du roy de France. Et après ladite
-besoingne, messire Jehan de Bueil en amenant les engins chevaucha devant
-la ville d'Aymet qui se rendi, et ainsi fist la ville de Sauvetat.
-
- [308] Les éditions imprimées portent _Chasteau-Cheron_. C'est par des
- erreurs de ce genre que les meilleures familles de France ont tant
- de peine à retrouver dans nos historiens les titres de leur ancienne
- illustration.
-
- [309] _Nantion_. Ce doit être la petite ville de _Nontron_ dans le
- Périgord, à dix lieues de Périgueux.
-
- [310] _Condac_. Aujourd'hui village du département de la Charente, à
- demi-lieue de _Ruffec_.
-
- [311] Ce qui est entre parenthèses a été omis dans les éditions
- précédentes.--_Bourdeille_, au-dessous de _Nontron_.
-
- [312] _Aux gens_. Avec les gens.
-
- [313] _Coureux_. Pour _Coureurs_. Dans le bon usage de l'ancienne
- langue françoise, on ne prononçoit pas les _r_ finales dans les noms
- ni dans les verbes. _Courri_, _allé_, _porteu_, _coureu_, etc.
-
- [314] _Lagoran_. Ou _Langouiran_, petite ville près de Castres.
-
-
-
-
-XLVII.
-
-Coment monseigneur le duc d'Anjou prist en Guienne pluseurs chasteaux et
-forteresses dont les noms s'ensuivent.
-
-
-En celuy temps, monseigneur le duc d'Anjou estant devant Bergerac,
-monseigneur Berducat de Lebret vint à l'obéissance du roy avecques
-aucunes forteresces qu'il tenoit. Et de Bergerac se parti ledit
-monseigneur d'Anjou et ala devant Sainte-Foy, une grosse ville sur la
-rivière de Dourdogne; et loga une nuit devant, et l'endemain se rendi,
-et puis ala devant Chasteillon[315] une grosse ville et chastel, assise
-sur la rivière de Dourdogne; et mist le siège devant, et y fu par douze
-jours, ses truyes et ses engins fist drécier et gietter, et après ce
-qu'il orent domaigié la ville et le chastel, il se rendirent. Et ilec
-estant en son siège, envoia chevauchier ledit monseigneur d'Anjou ses
-gens devant une grande ville appelée Craon[316], laquelle se rendi. Et
-aussi envoia chevauchier monseigneur d'Anjou avec ses gens le sire de
-Coucy et le mareschal de Sancerre devant la Bourne et Saint-Million, et
-y ot de grans escarmouches. Et estant au siège devant Chasteillon,
-firent serment audit monseigneur d'Anjou, les seigneurs de Lagoran,
-Mussidan, Duras et de Rosan de estre desoremais bons et loyaus François,
-combien que assez tost après ne demoura guères que les seigneurs de
-Duras et de Rosan se parjurèrent et se tournèrent devers les Anglois, et
-s'en alèrent à Bordeaux. Après la prise de Chasteillon s'en ala logier
-monseigneur d'Anjou devant un chastel qui estoit de Lagoran, et
-l'endemain vint devant Sauveterre, en entencion de l'assaillir, laquelle
-se rendi et vint à l'obéissance du roy. Celuy jour, vint logier à un
-quart de lieue d'une grosse ville appellée Montsegur, laquelle se rendi
-l'endemain et vint à l'obéissance du roy. Et l'endemain se vint logier
-devant Cauderot[317] qui se rendi à luy; d'ilec, vint devant
-Saint-Macaire et y mist le siège, et fist drécier huit truyes et deux
-engins; mais dedans quatre jours se rendi la ville à luy, et la ville
-rendue, il fist drécier lesdis engins devant le chastel de
-Saint-Macaire, qui se rendi tantost après. Et ilec estant au siège, se
-rendi la ville de Langon. Et durant ledit siège, envoia chevauchier
-ledit duc d'Anjou aucuns de ses gens qui pristrent le chastel d'Andorte
-par assault; et aussi ala chevauchier, du commandement de monseigneur
-d'Anjou, messire Olivier de Mauny[318] devant Lenduras et le prist.
-
- [315] _Chasteillon_. Aujourd'hui _Castillon_, au-dessous de
- _Saint-Emillion_ et de _Libourne_, que notre scribe va écrire _La
- Bourne_ et _Saint-Milion_.
-
- [316] _Craon_. Ou plutôt _Creon_, dans le pays _Entre deux mers_.
-
- [317] _Cauderot_. Au-dessus de _Saint-Macaire_, sur la Garonne.
-
- [318] _Mauny_. Variante: _Cliçon_. Ce doit être une faute de la
- plupart des manuscrits. Olivier de Clisson étoit alors en Bretagne.
-
-
-
-
-XLVIII.
-
-Coment pluseurs villes et chasteaux et forteresses se rendirent à
-monseigneur le duc d'Anjou.
-
-
-Ledit monseigneur d'Anjou estant au siège devant Saint-Macaire, se
-vindrent rendre et mettre en l'obéissance du roy les seigneurs de Bedos,
-monseigneur Avisant de Caumont; le sire du Chastel-d'Andorte, les enfans
-de Saincte Aoys[319], eux, leur villes, chasteaux et forteresses dont il
-avoient grant nombre. Et ledit monseigneur d'Anjou, estant au siège
-dudit lieu de Saint-Macaire, luy vindrent nouvelles que les seigneurs de
-Duras et de Rosan s'estoient tournés Anglois. Et tantost comme il le
-sceut, combien qu'il eust ordené de mettre siège devant Cardillac,
-voiant la mauvaistié des dessus dis, il ala devant Duras le jour
-Saint-Denis, et incontinent qu'il y fust venu, il fist asségier la ville
-qui celuy jour ne fu pas assaillie, mais l'endemain il ordena à la faire
-assaillir. Lors les gens de la ville doubtans l'assault la rendirent. Et
-puis assist le siège devant le chastel de ladite ville que moult estoit
-fort, et fist drécier ses truyes et ses engins et canons, qui moult
-endomagièrent ledit chastel, et en la fin luy fu rendu; et y fu trois
-sepmaines au siège. Et après ledit chastel ainsi rendu pour la saison
-d'hiver qui estoit venue et aussi pour ce que tous les chevaux se
-mouroient, ledit duc départi ses gens par establies pour la saison de
-hiver. Durant cette saison conquist, tant par force comme autrement, et
-mist en l'obéissance du roy ledit monseigneur d'Anjou moult d'autres
-grosses et bonnes villes comme Blaive, Mussidan et pluseurs autres
-forteresses que tenoient les seigneurs de Lagoran et Mussidan; si que en
-celle saison conquesta jusques au nombre de six vint et quatorze que
-villes que chasteaux et autres grosses forteresces et notables.
-
- [319] _Saincte-Aoys_. Variante: _Sainte-Assise_.
-
-
-
-
-XLIX.
-
-Coment ceux qui tenoient le chastel d'Auroy se rendirent à l'obéissance
-du roy de France, par le sire de Cliçon.
-
-
-En celle meisme saison, c'est assavoir le jour de la mi-aoust ensuivant,
-ceux qui estoient au chastel d'Auroy en Bretaigne, devant lequel le sire
-de Cliçon estoit à siège, le rendirent audit seigneur de Cliçon pour le
-roy de France, et s'en alèrent en Angleterre. Et ainsi demoura toute la
-duchié de Bretaigne au roy de France, excepté seulement le chastel de
-Brest, devant lequel avoit bastides pour le roy de France, afin que ceux
-dudit chastel ne peussent saillir hors.
-
-En celuy meismes temps, le navire du roy de France qui estoit sur la mer
-fut en Angleterre; et prinstrent ceux qui estoient dedens la ville de la
-Rie bonne ville et grosse, et puis l'ardirent et la laissièrent. Et en
-celuy temps, envoia le roy le duc de Bourgoigne, son frère, le sire de
-Cliçon et pluseurs autres en la frontière de Calais avec ceux qui devant
-y estoient; et le quatriesme jour de septembre, ledit duc et sa
-compaignie alèrent devant la ville de Ardre qui, le septiesme jour dudit
-moys, fut rendue audit duc pour le roy. Et ledit jour fu pris d'assault
-le chastel de Banelinguen, et la forteresce de la Planque, rendue audit
-duc pour le roy, et depuis aussi fu pris le chastel d'Andric. Et après
-se parti ledit duc et sa compaignie du païs de Picardie, car il n'y
-povoient plus besoingnier pour le temps qui fu trop pluvieux, mais il
-establirent gens d'armes et arbalestiers, pour garder lesdites
-forteresces qu'il avoient prises. Et toutesvoies les Anglois ne
-retournèrent point à Bruges à la mi-aoust mil trois cens septante-sept,
-pour faire les responses sur les offres qui leur avoient esté faites à
-Bouloigne, ainsi comme il avoient promis, si comme il fu dit par
-devant[320].
-
- [320] En cet endroit, dans le manuscrit de Charles V, nº 8395, un
- feuillet presqu'entièrement blanc sépare ce qui précède de ce qui
- suit, et la main du calligraphe change. C'est que, comme je l'ai dit
- plus haut, la rédaction du voyage de l'empereur fut faite dans le
- temps même de son séjour en France. Il est probable que les
- chapitres précédens ne furent faits que plus tard, et ne furent
- transcrits qu'après le récit du voyage dans notre exemplaire, que
- nous regardons comme le modèle de toutes les autres leçons. Ces
- dernières l'ont à compter d'ici grandement défiguré, comme nous le
- remarquerons.
-
-
-
-
-L.
-
-Coment Charles, empereur de Rome, escript au roy que il vouloit venir en
-France.
-
-
-En celuy temps mil trois cens septante-sept, escript au roy l'empereur
-de Rome Charles, le quatriesme de ce nom, par lettres escriptes de sa
-main, et par deux messages par luy envoiés, l'un assés tost après
-l'autre, qu'il estoit ordené pour venir en France veoir le roy et faire
-certain pèlerinage où il avoit sa dévocion, de quoy le roy fu moult
-liés. Et pour ce que par lesdites lettres, il ne mandoit pas le temps de
-son venir né par quel part il entendoit à entrer au royaume, luy renvoia
-le roy de ses chevaucheurs pour luy en rapporter la certainneté;
-lesquels luy rapportèrent que à l'entrée d'Alemaigne, en la duchiée de
-Luxembourg, il avoient trouvé le roy des Romains, fils dudit empereur jà
-venu audit lieu de Luxembourg, et estoit venu à petite compaignie en
-habit mesconnu, luy et ses gens estimés entour quarante chevaux. Et
-quant le roy fu de ce acertené, il se pensa que l'empereur ne feroit pas
-longue demeure après la venue de son fils que il avoit envoié devant. Si
-envoia hastivement à Rains et jusques à la ville de Mouson entrée de son
-royaume, et par où ledit empereur devoit venir en celles parties, les
-contes de Sarebruche et de Braine, ses conseilliers; le sire de La
-Rivière, son premier chambellan, et messire Pierre de Chevreuse, maistre
-de son hostel, en leur compaignie, et autres de ses serviteurs, pour
-aler à l'encontre dudit empereur, et le recevoir honorablement à
-l'entrée du royaume. Et demourèrent lesdites gens du roy audit lieu de
-Mouson bien quinze jours; auquel temps il n'orent nulles nouvelles dudit
-empereur, combien qu'il envoiassent audit lieu de Lucembourg, devers son
-fils, pour en savoir la certaineté, lequel semblablement leur fist
-savoir que nulle certaineté n'en savoit. Pour lesquelles choses le roy
-les remanda. Et assez tost après leur retour, vint un messaige de
-l'empereur au roy, et luy apporta lettres escriptes de sa main,
-èsquelles il se excusoit de sa demeure, pour certaines guerres qui
-estoient en aucunes parties d'Allemaigne, lesquelles il avoit desjà en
-partie et vouloit du tout mettre en paix, avant son département, et luy
-faisoit savoir que sans nulle faulte, il seroit huit jours devant Noël à
-Paris; et que pour certaines causes et pour tenir plus brief et meilleur
-chemin, il avoit changié son propos de venir par Lucembourg, mais il
-venroit par Brebant, Hénau et Cambray; et pour ce manda son fils estant
-à Lucembourg venir en Breban à luy, lequel le duc de Breban, son frère
-et la duchesse sa femme, avecques les bonnes gens du païs receurent
-moult honorablement. Et là, devoit venir à luy le conte de Flandres,
-lequel se parti de Gand pour cette cause, à tout quarante chevaliers en
-sa compaignie pour venir à Bruxelles; et là furent pris les hostels pour
-luy. Mais quant il fu près de là, il s'escusa pour maladie qui luy
-survint. Pour ce, se envoia excuser par le chastelain de Diquemme et
-autres de ses gens, et s'en retourna en son païs sans veoir l'empereur.
-De là se parti ledit empereur et vint en Haynau, où il cuidoit trouver
-le duc Aubert, gouverneur de Haynau, lequel il avoit là mandé; mais
-ledit duc estoit alé en Hollande, et pour ce n'y vint point; et
-toutesvoies ala ledit empereur au Quesnoy où ses enfans estoient, et là
-demoura un jour et vit lesdis enfans.
-
-
-
-
-LI.
-
-Coment le roy de France envoia honnorables messaiges en la cité de
-Cambray, pour aler à l'encontre de l'empereur qui y devoit venir et le
-acompaignèrent très-honnorablement jusques dedens ladite ville, en
-laquelle il fu receu joieusement à processions; et des paroles que
-l'empereur dit aux gens que le roy luy avoit envoiés.
-
-
-En celuy temps, avoit le roy envoié ses messages à Cambray devers ledit
-empereur; c'est assavoir, le seigneur de Coucy, les contes de Sarebruche
-et de Braine, le seigneur de La Rivière, Jehan Lemercier: et en leur
-compaignie avoit grant foison de chevaliers et d'escuiers en bonnes
-estoffes, vestus des livrées desdis seigneurs, et estoient bien trois
-cens chevaux. Et furent le mardi devant Noël, vint-deuxiesme jour de
-décembre, à Cambray un matin, et alèrent à l'encontre de l'empereur bien
-une lieue hors de Cambray ainsi acompaigniés, pour luy encontrer et
-accompaignier de par le roy ainsi honnorablement comme dessus est dit;
-en luy disant que le roy le saluoit et avoit grant joie de sa venue et
-grant désir de luy veoir. Si les reçut moult gracieusement et en mercia
-moult le roy et eux de ce qu'il y estoient venus, en leur disant que mès
-qu'il fust venu à la ville, il parleroit à eux plus plainement. Et dont
-vint ledit empereur et approcha ladite ville de Cambray, et vinrent
-au-devant de luy l'evesque et les bourgois à bien deux cens chevaux et
-plus; et le commun et arbalestiers de la ville estoient à l'entrée de la
-ville rengiés sans paremens, d'une part et d'autre en assez belle
-ordenance. Et l'empereur vint chevauchant sur un roncin gris, et vestu
-d'un mantel et chapperon de drap gris fourré de martres, et son fils, le
-roy des Romains, encoste luy chevauchant aussi avant comme luy; et ainsi
-chevauchièrent jusques bien avant en ladite ville, et là encontrèrent
-l'evesque et les collèges à procession[321]. Si descendirent l'empereur
-et son fils et ainsi alèrent à pié jusques à l'églyse. Et après ce qu'il
-ot fait son oraison, il s'en ala en l'ostel de l'evesque, lequel estoit
-bien honnestement paré en sales et en chambres, et luy fist ledit
-evesque ses despens tant comme il fu à la ville. Et après disner envoya
-querre les gens du roy dessus escrips et leur dist publiquement et
-devant chascun que combien que il eust sa dévocion à monsieur Saint-Mor,
-venoit-il principalement pour veoir le roy, la royne et leur enfans, que
-il désiroit plus à veoir que créature du monde; et que après ce que il
-l'auroit veu et parlé à luy, et qu'il luy auroit baillié son fils, le
-roy des Romains, pour estre tout sien, lequel il luy amenoit, quant Dieu
-le voudroit après prendre il prenroit la mort en bon gré, car il auroit
-acompli l'un de ses plus grans désirs. Et combien que lesdites gens du
-roy eussent sceu qu'il avoit entencion de estre à Noël à Saint-Quentin,
-il firent tant que il demoura audit lieu de Cambray, qui est sa ville et
-sa cité, en laquelle il povoit faire ses magnificences et estas
-impériaux; et que au royaume de France n'eust point souffert le roy que
-ainsi en eust aucunement usé. Et pour ce que de coustume l'empereur dist
-la septiesme leçon à matines, revestu de ses habits et enseignes
-impériaux, il fu avisé, par les gens du roy, que au royaume ne le
-porroit-il faire, né souffert ne luy seroit. Si se consenti de bonne
-volenté de demourer audit Cambray pour faire son ordenance acoustumée en
-son empire.
-
- [321] Cette procession est figurée dans le msc. de Charles V, fº 467,
- vº. Le costume de l'évêque est assez curieux.
-
-
-
-
-LII.
-
-Les noms des villes par où l'empereur passa depuis Cambray jusques à
-Senlis, et des nobles hommes qui lui furent à l'encontre.
-
-
-L'endemain se party de Cambray ledit empereur, et vint au giste en une
-abbaye du royaume que l'on appelle le Mont St-Martin[322], et y disna le
-jour, et puis vint au giste à Saint-Quentin. Auquel lieu de
-Saint-Quentin les gens et officiers du roy, bourgois et habitans de
-ladite ville, vindrent à cheval à l'encontre de luy et le reçurent
-honorablement, en lui disant que bien fust-il venu en la ville du roy;
-et luy firent grans présens de char, de poissons, de vins, de pains, de
-foins, d'avaine et de cires. Et est assavoir que en ladite ville et
-semblablement par toutes les autres villes où il a esté, tant en venant
-à Paris comme en son retour, il n'a esté receu en quelconque églyse à
-procession né cloches sonnans, né fait aucun signe de quelconque
-dominacion ou seigneurie; si comme au roy ou à ceux qui ont la cause de
-luy appartiegne à estre fait en tout le royaume de France. Audit
-St-Quentin demoura ledit empereur un jour, et vint à Han au giste où les
-gens du roy qui au-devant estoient allés toujours le compaingnièrent; et
-vindrent les gens de ladite ville de Han au-devant de luy, et lui firent
-la révérence si comme avoient fais ceux de Saint-Quentin; et de là se
-parti l'endemain après boire et vint au giste à Noyon. Et au devant de
-luy vindrent à cheval l'evesque, chappitre et bourgois de ladite ville
-en grant et belle compaignie, et luy firent la révérence, en disant les
-paroles telles comme ceux de Saint-Quentin luy avoient dites, en disant
-que bien fust-il venu en la ville du roy; et lui firent les présens
-comme dessus est dit. Et demoura en ladite ville deux jours, et visita
-l'abbaye de Saint-Eloy et le corps saint.
-
- [322] _Le Mont Saint-Martin_. Aujourd'hui village sur la route et à
- mi-chemin de _Cambray_ à _Saint-Quentin_.
-
-Et le jeudi trente-et-uniesme et derrenier jour de décembre, se parti
-d'ilec après boire et vint au giste à Compiègne; et au-devant de luy
-vindrent à une lieue de la ville les gens de ladite ville, en belle
-ordenance et bonne compaingnie bien jusques à deux cens chevaux. Et
-assez tost après vint, de par le roy, à l'encontre dudit empereur, le
-duc de Bourbon, frère de la royne de France, le conte d'Eu, cousin
-germain du roy, les evesques de Beauvais et de Paris, et pluseurs autres
-notables chevaliers et seigneurs en leur compaingnie, jusques au nombre
-de trois cens chevaliers et plus, vestus des robes dudit duc, lesquelles
-étoient de blanc et bleu mi-parti. Et luy dit le duc de Bourbon que le
-roy le saluoit et estoit bien lie de sa venue et que très-volontiers le
-verroit, et que là les avoit envoyés le roy pour le compaingnier. Et
-l'empereur venu en ladite ville et descendu en son hostel, le duc de
-Bourbon pria les seigneurs et chevaliers de l'ostel de l'empereur de
-venir souper avecques luy en son hostel, lesquels y alèrent; et
-l'empereur, pour luy faire plus avant plaisir, luy envoya son fils le
-roy des Romains, en luy mandant que sé il feust en point qu'il se peust
-aidier, car de nouvel au partir de Noyon lui estoit prise sa goute dont
-il estoit si empeschié qu'il ne pouvoit aler, que luy en sa personne
-fust alé souper avecques luy. Et ledit duc de Bourbon festoya ledit roy
-et tous les autres, et donna à souper très grandement et largement, et y
-assembla et fist estre les dames qui estoient en la ville et environ. Et
-l'endemain, qui fu le vendredi premier jour de janvier, après ce qu'il
-ot disné à Compiègne, il vint en un curre, pour ce qu'il ne pooit
-chevauchier, à heure de vespres à Senlis: et au-devant de luy alèrent le
-baillif de ladite ville et les officiers du roy, et en leur compaingnie
-les gens de la ville, jusques au nombre de cent chevaux, en lui faisant
-la révérence et en luy disant qu'il fust le bien venu en la ville du
-roy.
-
-
-
-
-LIII.
-
-Comment messeigneurs les ducs de Berry et de Bourgoigne, frères du roy
-de France, acompaingniés de pluseurs nobles chevaliers, alèrent au
-devant de l'empereur pour luy acompaingnier à entrer en la cité de
-Senlis, et coment lesdis chevaliers et escuiers estoient noblement
-vestus d'une couleur.
-
-ANNÉE 1378
-
-
-Tantost après un petit d'espace, à une lieue de ladite ville au plus,
-vindrent à l'encontre dudit empereur de par le roy de France,
-messeigneurs ses frères, les ducs de Berry et de Bourgoigne, le conte de
-Harecourt, l'archevesque de Sens et l'evesque de Laon, et estoient
-lesdis seigneurs accompaingniés de chevaliers et d'escuiers vestus tous
-d'une robe, c'est assavoir: les chevaliers partis de veluyau noir et
-gris; les escuiers, de soie pareil de couleur, et estoient bien cinq
-cens chevaux en leur compaingnie. Et dit le duc de Berry à l'empereur,
-de par le roy, que le roy le saluoit et avoit grant desir de le veoir,
-et les envoioit au devant de luy pour luy honnorer et accompaingnier à
-leur povoir, dont il mercia le roy et eux très grandement. Et quant il
-fu descendu à son hostel, jusques où il le convoièrent, il s'en
-retournèrent à leur hostels afin que il ne le grevassent, car il estoit
-moult malade et travaillié; et les gens de la ville firent tels présens
-comme dessus est dit des autres villes.
-
-
-
-
-LIV.
-
-Coment l'empereur vint de Senlis à Louvres, et l'y envoya le roy un
-curre et une littière noblement attelés, et de là vint à Saint-Denis en
-France.
-
-
-Le samedi ensuivant, qui fu second jour de janvier, se parti de Senlis
-ledit empereur après boire, et vint au giste à Louvre, et vint à
-l'encontre de luy le duc de Bar que le roy y envoya, qui de nouveau
-depuis le département les frères du roy estoit venu vers luy; et furent
-avec luy aucuns contes, banerés, chevaliers et escuiers, et là combien
-que ce soit ville plate, luy furent fais aussi grans et aussi
-honnorables présens comme ès villes dessus dites. Et l'endemain, qui fu
-dimanche troisiesme jour de janvier, se parti de Louvres après boire. Et
-pour ce que le roy avoit entendu qu'il estoit moult agrevé de la goute
-et ne pouvoit chevauchier et le charrier luy faisoit grevance, il luy
-envoya toute nuit, la nuit de samedi, un des curres de son corps
-noblement appareillié et de chevaux blans atelé, et la littière de son
-ainsné fils le daulphin de Vienne noblement appareilliée et attelée de
-deux mules et de deux coursiers pour venir dedens plus aisiement. De
-quoy ledit empereur fu moult lie, et en mercia moult le roy en son
-absence en recevant ledit curre et laditte littière des messages du roy;
-et puis vint en ladite littière jusque à la ville de Saint-Denis bien
-acompaingnié de cent hommes à cheval des gens de ladite ville. Et assez
-tost après luy vindrent au dehors de ladite ville les arcevesques de
-Rains et de Rouen et de Sens; les evesques de Laon, de Beauvais, de
-Paris, de Noyon, de Baieux, de Lisieux, de Meaux, d'Evreux, de
-Thérouenne et de Condon; et l'abbé de Saint-Waast d'Arras, tous du
-conseil le roy, et luy firent la révérence, en disant que il fust le
-bien venu, et que le roy les avoit là envoiés pour le honnorer et le
-acompaingnier. Et luy venu à Saint-Denis, il fist descendre sa littière
-et porter icelle à bras, car pour sa maladie de goute dessus dite, il ne
-povoit aler à pié. Et pour ce, en icelle se fist porter en l'églyse
-Saint-Denis, devant le grant autel saint Loys où il fist son oroison
-dévotement. Et ainsi de là fu porté dedens ladite littière jusques en sa
-chambre, et là luy furent présentés, de par l'abbé, de grans poissons,
-de connins, de buefs, de moutons, de volaille et d'avoine, et habondance
-du vin, tant comme luy et ses gens en porent despendre. Et pareillement
-luy firent les gens de la ville de très grans présens; et après ce que
-il se fu une grant pièce reposé, il se dementa de veoir les reliques de
-léans, et se fist porter au trésor en une chaière et là vit les
-reliques, les couronnes, joyaux, et s'y tint très longuement en y
-prenant très grant plaisir, si comme il sembloit à sa chière, par le
-rapport de ceux qui près de luy estoient. Et après ce qu'il fu reporté
-en sa chambre, lesdis frères du roy et aucuns des prélas qui estoient
-demourés prisrent congié de luy, et revindrent devers le roy à Paris, et
-il demoura tout le jour en ladite abbaye.
-
-
-
-
-LV.
-
-Coment l'empereur après ce qu'il ot veu les reliques Saint-Denis, tant
-ou trésor comme ailleurs, et visité les sépultures que il requist à
-veoir, se parti de Saint-Denis pour venir à Paris.
-
-
-Le lundi ensuivant, quatriesme jour du mois de janvier, se leva
-l'empereur bien matin, pour ce que celuy jour il devoit venir à Paris;
-si se fist porter en l'églyse de monseigneur saint Denis et devant les
-corps sains, et là fist ses dévocions, et se fist porter entour les
-chaces, et baisa les reliques, le chief, le clou et la couronne, et puis
-demanda à veoir les sépultures des roys, et par espécial du roy Charles
-et de la royne Jehanne sa femme, du roy Phelippe et de la royne Jehanne
-de Bourgoigne sa femme; car il disoit que en leur hostel avoit esté
-norry en sa jeunesse et que moult de biens lui avoient fais. Et aussi
-volt-il veoir la sépulture du roy Jehan, et fist assembler l'abbé et le
-couvent et leur requist très affectueusement que il voulsistent Dieu
-prier pour ses bons seigneurs et dames qui gisoient là. Après se parti
-de l'église, et vint en sa chambre où il avoit esté par devant, et là
-vint de par le roy, c'est assavoir messires Bureau de la Rivière, son
-premier chambellan, et Colart de Tanques, escuier de son corps, et
-vinrent en la court devant les fenestres de sa chambre, et luy
-présentèrent, de par le roy, un bel destrier ensellé des armes de France
-bien et richement, et pareillement un bel coursier; et autant et autels
-en présentèrent à son fils le roy des Romains. De quoy il mercia le roy
-grandement, et dit qu'il monteroit et entreroit dessus à Paris, combien
-que il luy fust bien grief pour cause de sa maladie: et pour ce les
-envoya devant à La Chappelle Saint-Denis, et jusques là se fist porter
-en la littière de la royne, qui pour ce luy avoit esté envoiée
-très-richement et noblement attelée et appareilliée. Et après ce qu'il
-ot beu, il se party de Saint-Denis en la littière, comme dit est; et
-entre Saint-Denis et La Chappelle, vindrent à l'encontre de luy le
-prévost de Paris et le chevalier du guet, avecques très grant quantité
-de leur gens à cheval, vestus d'unes robes, et aussi y estoit le prévost
-des marchands, et les eschevins de la ville de Paris, et des bourgois
-bien montés et vestus de robes mi-parties de blanc et de violet: et
-estoient bien en nombre, en ladite place, de dix-huit cens à deux mile
-hommes, de quoy lesdis prévost et chevaliers, les eschevins et grant
-quantité de autres bourgois estoient montés sur beaux destriers et
-coursiers très noblement, et se misrent rengiés aux champs, selon le
-chemin, en très belle ordenance.
-
-
-
-
-LVI.
-
-Coment les prévos de Paris et des marchans et Chevalier du guet se
-despartirent d'avec le commun qui estoient rengiés sur les champs, et
-alèrent au devant de l'empereur pour luy faire révérence.
-
-
-Lors se départirent d'avec les autres le prévost de Paris, le prévost
-des marchans et le Chevalier du guet, et se approchièrent de l'empereur,
-et porta le prévost de Paris les paroles en disant: «Très excellent
-prince, nous les officiers du roy à Paris, le prévost des marchans et
-les bourgois de la bonne ville, vous venons faire la révérence et nous
-offrir à faire vostre bon plaisir, car ainsi le veult le roy nostre
-seigneur, et le nous a commandé.» Et l'empereur en mercia le roy et eux
-moult gracieusement. Et lors lesdis prévos et échevins avec les bourgois
-vindrent ensemble jusques à Paris, et estoient bien en la compaingnie
-tant des officiers du roy comme des gens de la ville de Paris, quatre
-mille chevaux et plus. Et ainsi acompaingnié vint ledit empereur à la
-Chappelle Saint-Denis, et là se fist descendre de la littière de la
-royne en un hostel, et fu mis à cheval sur le destrier que le roy luy
-avoit envoié à Saint-Denis, lequel estoit morel[323]; et semblablement
-monta le roy des Romains sur celui que le roy luy avoit envoié, lequel
-estoit pareillement morel. Et appenséement le roy de France les leur
-donna de celuy poil qui est plus loing et opposite du blanc, pour ce que
-ès coustumes de l'empire, les empereurs ont acoustumé d'entrer ès bonnes
-villes de leur empire et qui sont de leur seigneurie, sur cheval blanc,
-et ne vouloit pas le roy que en son royaume il le feist ainsi, affin
-qu'il n'y peust estre noté aucun signe de dominacion[324].
-
- [323] _Morel_. Noir. On voit cette cavalcade dans le manuscrit de
- Charles V, fº 470, rº.
-
- [324] Villaret a eu grand tort de traiter de petitesses ridicules
- toutes ces précautions cérémonieuses du roi de France. Dans les
- idées admises à la cour impériale et souvent même à celle de Rome,
- tous les rois chrétiens relevoient de l'empereur. Or, l'indépendance
- de la couronne de France ne permettoit pas de tolérer de pareilles
- prétentions.
-
-
-
-
-LVII.
-
-Coment le roy de France se parti de son palais pour aler à l'encontre de
-l'empereur son oncle.
-
-
-En celuy mesme jour et heure, se parti le roy de France de son palais,
-monté sur un grant palefroy blanc, richement ensellé tout aux armes de
-France. Et estoit le roy vestu d'une cote hardie[325] d'escarlate
-vermeille et d'un mantel à fons de cuve fourré. Et avoit en sa teste un
-chappel à bec de la guise ancienne, brodé et couvert de perles très
-richement. Et en sa compaingnie estoient quatre ducs, c'est assavoir: de
-Berry, de Bourgoigne, de Bourbon et de Bar; et les contes d'Eu, de
-Bouloigne, de Coucy, de Sarebruche, de Tancarville, de Sancerre, de
-Dampmartin, de Porcien, de Grantpré, de Siaume et de Braine; et pluseurs
-autres grans seigneurs, banerés et autres chevaliers sans nombre et
-estimacion, et d'autres grans gentilshommes; et si estoient des prélas
-tous ceux dessus escrips, qui alèrent au dehors de la porte Saint-Denis
-au devant de l'empereur, et estoient tous en chappes romaines par
-l'ordenance et commandement du roy; et estoient grandement montés, et
-accompagnés de leurs chappelains et autres gens chascuns de leur robes.
-Et les seigneurs et princes dessus dis estoient montés sur grans chevaux
-moiens, plus haus que coursiers et grandement acompaingniés de
-chevaliers et d'escuiers, chascun des livrées de leur seigneurs. Et
-aussi avoit le roy ses officiers de tous estas, en très grant quantité,
-vestus chascun office d'unes robes; c'est assavoir: chambellans, de deux
-paires de robes les unes de veluyau et les autres de deux escarlates
-parties; les maistres d'ostel, de deux veluyaux inde et tenné; et les
-chevaliers d'onneur, de veluyau vermeil; les escuiers du corps et
-d'escuierie, de camocas bleu; les huissiers d'armes, de deux camocas
-partis de bleu et rouge; les officiers, panetiers, eschansons, varlès
-tranchans, vestus de deux satanins pallés de blanc et tenné; et
-pareillement estoient les officiers du daulphin de Vienne, ainsné fils
-du roy; et les queus et escuiers de cuisine vestus de houpellandes de
-soie et aumuces fourrées, à boutons de perles pardessus; les varlès de
-chambre cinquante-deux, tous vestus d'unes robes d'un roié gris blanc
-contre noir; les someliers vestus d'un roié gris blanc contre un drap
-noir. Les sergens d'armes, de cinquante à soixante, vestus d'unes robes
-de drap bleu et noir. Les someliers, d'un roié brun contre un vermeil;
-et ainsi de tous les autres officiers, chascune office séparément d'unes
-robes. Et mist le roy à partir de la cour du palais, pour la multitude
-des gens à cheval qui y estoient, plus de demi-heure à issir hors. Et
-chevaucha parmi la ville en grant multitude de gens, droit le chemin de
-Saint-Denis, en passant par la porte et bastide de Saint-Denis. Et
-estoit l'ordenance des gens du roy si bien faite, que peu y avoit de
-presse au regart de la multitude de gens qui là estoient. Et devant
-aloient tous les chevaliers et escuiers, les arbalestriers de cheval et
-sergens d'armes. Et devant le roy estoit le mareschal de Blainville et
-escuiers de son corps, qui avoient deux espées à escharpe et les
-chappeaux de paremens. Et, sans moien[326], estoit devant luy le fils du
-roy de Navarre et les contes de Harcourt et de Tancarville, et par
-derrière ses huissiers d'armes. Et après, les quatre ducs dessus dis, et
-pluseurs autres contes et barons, et les prélas dessus nommés par
-ordenance venoient après, deux et deux.
-
- [325] _Cote hardie_. Dans la miniature que nous avons mentionnée tout
- à l'heure, cette cote hardie paroît être un vêtement serré sous le
- manteau.
-
- [326] _Sans moien_. Sans intermédiaire.
-
-
-
-
-LVIII.
-
-Coment le roy de France et l'empereur avec son fils, le roy des Romains,
-s'entrencontrèrent entre La Chappelle et le Moulin à vent, et de la
-révérence que il firent l'un à l'autre à l'assemblée.
-
-
-Après ceux, aloient les arcevesques premiers, et les evesques après; et
-après venoient les grans chevaux et palefrois du roy très richement
-ensellés, et les varlès les menoient en destre, montés sur autres
-roncins, vestus tous d'unes robes, et si avoient paremens de France en
-escharpe, en la manière acoustumée. Et le palefrenier du roy estoit
-devant les escuiers de corps, monté sur un grant coursier, et avoit le
-parement du roy, lequel estoit de veluyau et de brodeure; les fleurs de
-lis pourfilées de perles en escharpe autour le col, ainsi comme il est
-acoustumé de porter. Et avec les sergens d'armes du roy estoient devant
-les deux trompettes du roy, à trompes d'argent et penonceaux de brodeure
-qui trompoient aucune fois, pour faire les gens avancier de chevauchier.
-Et ainsi chevaucha le roy de son palais jusques en mi-voie du Moulin à
-vent et de La Chappelle, que il s'entrencontrèrent luy et l'empereur; et
-fu grant pièce avant que il pussent venir l'un à l'autre, pour la presse
-des gens qui y estoient. En laquelle encontre ledit empereur osta sa
-barrette et son chapperon, et aussi le roy; et ne se volt le roy trop
-approchier de l'empereur, pour ce que son cheval ne fraiast à ses jambes
-où il avoit la goute; mais prisrent les mains l'un de l'autre et
-s'entresaluèrent, en disant le roy à l'empereur que très bien fust-il
-venu et que il avoit eu grant désir de le veoir. Et passa outre le roy
-pour saluer le roy des Romains en la manière qu'il avoit fait
-l'empereur; et puis retourna devers l'empereur et le fist mettre à
-dextre de luy, combien que l'empereur s'en excusast très-longuement et
-ne le vouloit faire; et fist mettre à senestre emprès luy le roy des
-Romains. Et ainsi chevaucha le roy au milieu de l'empereur et de son
-fils tout le chemin, et tout au lonc de la ville de Paris jusques à son
-palais, par l'ordenance et en la manière qui s'ensuit:
-
-
-
-
-LIX.
-
-De la noble ordenance qui estoit quant le roy et l'empereur et son fils
-entrèrent à Paris.
-
-
-Premièrement, fu par le roy ordené que les gens de la ville, pour ce
-qu'il estoient en trop grant quantité, demourassent aux champs sans
-entrer en la ville, jusques à tant que l'empereur, le roy et toutes leur
-gens fussent entrés et passés en la ville, et ainsi fu fait. Et aussi
-avoit le roy fait crier le jour devant, que nul ne fust tant hardi
-d'occuper le chemin de la grant rue en venant au palais de gens né de
-charroi, né ne se boujassent des places où il s'estoient mis pour veoir
-l'empereur, le roy et le roy des Romains passer.
-
-Et de fait furent mis sergens, pour garder au bout des rues qui viennent
-sur le chemin de la grant rue, qui gardoient et deffendoient le peuple
-de passer. Et lors descendirent à pié trente des sergens d'armes, et
-prisrent le travers de la rue, alant devant les escuiers du corps du roy
-leur maces en leur poings, et leur espées garnies d'argent en
-escharpe[327]. Et pour ce que l'empereur avoit fait assavoir au roy, dès
-ce qu'il vint à Saint-Denis, que à son venir à Paris il ne vouloit avoir
-nul de ses gens auprès de luy, mais se mettoit en la garde et
-gouvernement du roy et de ses gens tels comme il les luy voudroit
-baillier, et prioit très fort le roy que il les luy voulsist tels
-baillier que bien le gardassent de presse; et aussi qu'il pleust au roy
-ordener aucunes gens qui menassent ses gens devant au palais tous
-ensemble, laquelle chose le roy fist; et les fist mener les premiers et
-conduire par le seigneur de Coucy, le conte de Sarebruche et le conte de
-Braine, qui continuelment avoient esté avec l'empereur puis qu'il estoit
-entré au royaume. Et pour la garde du corps de l'empereur ordena le roy
-six de ses chambellans et quatre de ses huissiers d'armes; c'est
-assavoir: le seigneur de la Rivière, messire Charles de Poitiers,
-messire Guillaume des Bordes, messire Hutin de Vermelles, messire Jehan
-de Barguettes et le Barrois; et autant en ordena le roy pour son corps:
-et au roy des Romains, quatre et deux huissiers d'armes, lesquels tous
-chambellans, chevaliers et huissiers d'armes descendirent aussi à pié,
-et se ordenèrent en la garde qui commise leur estoit en belle et bonne
-ordenance.
-
- [327] Voyez la curieuse représentation de ces écuyers du corps du roi,
- dans la deuxième miniature du fº 470 rº, manuscrit de Charles V.
-
-
-
-
-LX.
-
-De l'ordenance des nobles barons, chevaliers, prélas, escuiers et gens
-de Paris, qui chevauchoient après les trois princes dessus dis[328].
-
- [328] Les quatre précieux chapitres suivans n'ont jamais été imprimés
- et ne se retrouvent que dans le manuscrit de Charles V et dans ceux
- des _Continuateurs de Nangis_. Les éditions imprimées et les autres
- manuscrits portent: «Et du surplus je me tais, pour ce que trop
- longue chose seroit à escrire; et mesmement à ce que en pluseurs
- lieux en sera trouvé escript. Et bien viens au disner que le roy luy
- donna au palais dont l'assiette fu telle.» Par ces mots _en pluseurs
- lieux_ il semble que l'on ait voulu désigner l'_Histoire de Charles
- V_ faite plus de vingt ans après le meilleur texte de nos
- _Chroniques_ par Christine de Pisan. Mais cet historien a beaucoup
- abrégé elle-même les précieux détails dans lesquels l'historiographe
- étoit entré.
-
-
-Item, après les gens de l'empereur qui estoient les premiers entrans en
-la ville, estoient les chevaliers et escuiers du royaume de France, qui
-estoient bien huit cens chevaliers sans les escuiers dont on ne sait le
-compte, et estoient noblement vestus et parés et très-bien montés, si
-que c'estoit noble et merveilleuse chose à veoir. Après estoient le
-chancelier de France et les conseillers du roy lays. Et après estoient
-d'un front, à pié, les portiers et varlès de porte, leur verges en leur
-mains et vestus d'unes robes. Et après estoit à cheval le prévost de
-Paris, et après le prévost pluseurs contes et barons. Et après estoit le
-maréchal de Blainville. Et après ledit mareschal estoient les escuiers
-du corps et escuierie du roy comme dessus est escript. Et au plus près
-de l'empereur, du roy et du roy des Romains, estoient un renc de
-chevalliers à pié, chascun un baston en son poing; et les chambellans et
-gardes sus escrips entour l'empereur, le roy et le roy des Romains,
-estoient tellement que nul n'en povoit approuchier né les empresser. Et
-derrière les chevaux de l'empereur, du roy et du roy des Romains,
-estoient les huissiers d'armes tous rengiés à pié, qui aussi avoient des
-bastons en leurs poins. Et venoient après les frères du roy, le duc de
-Berry et de Bourgoigne, et entre eux deux, au milieu, estoit le duc de
-Breban, frère de l'empereur et oncle du roy; et après, le duc de
-Sassoigne, esliseur de l'empire, le duc de Bourbon, le duc de Bar, et
-des autres ducs allemans un appellé le duc Henry, le duc de Bousselau et
-le duc de Trappo. Et derrière lesdis ducs estoient vint chevaliers et
-escuiers à pié, qui sont pour la garde du corps du roy, et vint-cinq
-arbalestriers tous armés couvertement, les espées en une main et bastons
-ès autres, lesquels se tenoient fors et serrés ensemble pour garder de
-foule et de presse l'empereur, le roy et le roy des Romains, et les ducs
-dessus dis qui venoient derrière eux, de la foule et multitude des gens
-qui venoient après à cheval. Et après venoient tous les prélas dessus
-escris, et après, les chevaux de parement du roy et tout le remenant de
-la multitude de chevaux et gens. Et tout derrière venoient le prévost
-des marchans, le chevalier du guet et les sergens, avec les gens de la
-ville de Paris. Et ainsi et par telle ordenance chevauchoient
-l'empereur, le roy et le roy des Romains, par tele manière qu'il ne
-fussent pressés né arrestés. Mais en brief temps et pou d'espace,
-vindrent très légièrement et briefment jusques au palais, dont plusieurs
-gens furent moult merveilliés, qui autrefois n'avoient veue tele né si
-bonne ordenance de tele multitude, si pou de desroy né de presse. Et
-aussi furent faites à la porte du palais certaines barrières, et à
-l'entrée des merceries et de la grande sale aussi, et mis et ordenés
-sergens d'armes et autres sergens pour icelles garder estroitement, et
-telement furent gardées que l'empereur, le roy et le roy des Romains et
-des autres grans seigneurs qui y entrèrent, n'estoient pas plus de
-quarante[329] chevaux; et avoit esté ordené que à la venue ou entrée
-dudit palais, nul ne s'arrestast devant ladite porte, mais passast
-oultre chacun à cheval et s'espandissent parmi les rues foraines, afin
-de y avoir moins de presse. Et ainsi vindrent au perron de marbre
-environ trois heures après midi. Et pour ce que l'empereur ne se povoit
-pas aisément soustenir pour sa dite maladie, mais le convenoit porter
-entre bras, le roy luy avoit fait appareillier par un sien secrétaire
-qui lors estoit concierge de son palais, nommé maistre Phelipe Ogier, en
-la cour soubs ledit perron, une chaiere couverte de drap d'or et le fist
-asseoir dedens.
-
- [329] _Quarante_. Suivant Christine de Pisan: _Cent_.
-
-
-
-
-LXI.
-
-Comment le roy de France vint à l'empereur emprès le perron où il estoit
-assis et le salua et le baisa, et puis baisa le roy des Romains, et de
-l'assiette du soupper de celuy jour.
-
-
-Si comme l'empereur se séoit et reposoit en la chaière dessus dite, le
-roy vint à luy et luy dist qu'il fust le très bien venu en son palais,
-et que onques prince n'y avoit veu plus volentiers; et lors le baisa, et
-l'empereur osta tout son chaperon et l'en mercia très humblement; et
-aussi salua le roy son fils le roy des Romains et le baisa. Et lors fist
-le roy lever l'empereur par ses chevaliers et porter en sa chaière
-contremont les degrés, et aloit le roy d'un costé des degrés et menoit
-le roy des Romains à sa main sénestre; et ainsi ala le roy coste à coste
-de l'empereur, jusques à la chambre qu'il luy avoit faite appareillier;
-c'est assavoir en la chambre faicte de bois d'Irlande qui est coste la
-chambre vert, et regarde d'une part sur les jardins du palais et d'autre
-part à la Sainte-Chappelle; et toutes les autres chambres derrière
-laissa pour l'empereur; et pour son fils le roy des Romains laissa et
-fist ordener les chambres de dessous où se souloient retraire les roynes
-de France; et prist et se loga le roy ès haultes chambres à
-galathas[330], que fist faire le roy Jehan son père. Et après ce que
-l'empereur se fu un petit reposé, le roy l'ala veoir en sa chambre; et
-sitost que le roy approucha de luy, il osta tout arrière jus son
-chaperon, et dist que il le venoit veoir et luy monstrer sa coiffe que
-encore n'avoit pas veue[331]; et l'empereur osta son chapeau et tantost
-se recouvrirent le roy et luy, et s'assistrent en deux chaières l'une
-emprès l'autre. Et là, le roy luy dist les paroles qui ensuyvent: «Beaux
-oncles, sachiez que j'ay si grant joie de vostre venue comme plus puis,
-et vous pri que vous tenez que en ce que j'ay vous avez comme au vostre,
-et plus avant ne vous scay offrir.» A quoy l'empereur osta arrière son
-chaperon et le roy aussi, et respondit ledit empereur ces paroles:
-«Monseigneur, je vous merci des honneurs et biens que vous me faites, et
-je vous offre et vueil que vous soyés certain que moy et mon fils que je
-vous ai ci amené; et tous mes autres enfans et quanque j'ay, sommes
-vostres et le poez prendre comme le vostre.» Auxquelles paroles pluseurs
-gens estoient qui orent grant plaisir et joie de cestes grans amitiés et
-bonnes volentés. Et ainsi se départi le roy. Et pour la maladie dudit
-empereur qui estoit très-griève, considéré que il avoit eu fièvre
-avecques et estoit moult travaillié dudit chemin, le roy le fist soupper
-en sa chambre; et il mena soupper avecques luy le roy des Romains et les
-ducs, seigneurs et chevaliers qui estoient venus avec luy, et y ot très
-grant soupper et très grant presse de gens d'estat, et fu l'assiète tele
-que il ensuit: L'evesque de Paris, premier; le roy, et puis le roy des
-Romains; le duc de Berry, le duc de Breban, le duc de Bourgoigne, le duc
-de Bourbon et le duc de Bar; et pour ce que deux autres ducs n'estoient
-pas chevaliers, mengièrent à l'autre table, et leur tint compaignie
-messire Pierre fils du roy de Navarre, le conte d'Eu et pluseurs autres
-seigneurs. Et est assavoir que la grande sale du palais, la chambre de
-parlement, la sale sur l'eau, la chambre vert, les autres chambres
-notables du palais, la Sainte-Chappelle, la chapelle d'emprès la chambre
-vert estoient partout très-richement parées et ordenées, tant au palais
-comme au chastel du Louvre, à Saint-Pol, au bois de Vinciennes, et à
-l'ostel de Beauté-sur-Marne, èsquels lieux le roy mena, tint et festoia
-partout l'empereur. Et ainsi se passa la journée dudit lundi, entrée de
-l'empereur à Paris. Et après vin et espices données après souper, se
-retraistrent le roy, et le roy des Romains et les autres seigneurs
-chascun en sa chambre.
-
- [330] _A galathas_. Christine: _Et Galathas_. Je pense qu'il faut
- entendre par là les longues galeries dans lesquelles sont encore
- aujourd'hui conservées les archives du parlement. Ce passage curieux
- nous apprend ce que les historiens de Paris semblent avoir ignoré,
- que le roi Jean avoit fait exécuter de grands travaux dans le
- Palais. Le nom de _Galathas_ n'avoit jusqu'à présent été relevé que
- dans un édit de la chambre des comptes. «_Galatha_. Edictum anni
- 1358: In camerâ compotorum superiùs _ad Galathas, ubi erant Domini
- de Montemorenciaco_, etc. Locus hodiè incognitus in Camerâ
- computorum.» (_Nouv. Ducange._) Le texte de nos chroniques permet de
- mieux déterminer l'endroit appelé _Galathas_ dans le Palais.
-
- [331] «Et en le saluant osta tout jus son chaperon. Dont il pesa à
- l'empereur qui recouvrir le voult. Et il dist que il luy monstroit
- sa coiffe que encores n'avoit veue. Car est assavoir que ès
- anciennes guises, les rois portoient déliées coiffes soubs les
- chapperons.» (Christine de Pisan.)
-
-
-
-
-LXII.
-
-Des présens que ceux de la bonne ville de Paris firent à l'empereur et à
-son fils le roy des Romains.
-
-
-Le mardi ensuivant, qui fu le quint jour de janvier, le prévost des
-marchans et les eschevins de Paris, à heure que l'empereur disnoit en sa
-chambre, entrèrent devers luy et luy présentèrent de par la ville, une
-nef[332] pesant neuf vins et dix mars d'argent, dorée et très-richement
-ouvrée, et deux grans flascons dorés et esmailliés du prix de septante
-mars d'argent. Et à son fils présentèrent une fontaine d'argent dorée et
-richement ouvrée du pois de quatre-vint trèze mars, avec deux grans pos
-d'argent dorés très richement ouvrés de trente mars pesans. Et ce dit
-jour, le roy ne vit point l'empereur pour ce qu'il avoit esté malade et
-mal dormi la nuit, et ot jà mengié et se vouloit couchier dormir à
-relevée, avant que le roy eust ouï son service et messe à note, comme de
-coustume est. Mais ledit empereur envoia devers le roy luy prier moult
-affectueusement que il luy pleust qu'il peust à luy parler ce jour
-privéement, pour luy dire aucunes besoignes dont il avoit à parler à
-luy; et voult et requist que le chancelier de France y feust présent
-avecques le roy. Et menga le roy ce jour en sale à grant foison de gens;
-et y furent le duc de Sassoigne, qui le soir devant n'avoit pas souppé
-avecques le roy, l'evesque de Brusseberg, le chancelier de l'empereur,
-et tous ou la plus grant partie des princes, seigneurs et gens de
-l'ostel de l'empereur; et le roy des Romains n'y manga pas, pour ce que
-le roy le laissa tenir compaignie à l'empereur son père. Et après ce que
-le roy ot disné et se fu retrait en sa chambre, il ala à bien pou de
-gens et secrètement devers l'empereur, ainsi que il l'avoit prié et y
-mena son chancellier; et l'empereur et le roy assis en deux chaières,
-l'un d'encoste l'autre, firent widier tout, excepté le chancellier de
-France que il retindrent et appelèrent. Et longuement parla l'empereur
-au roy, et tant furent bien ensemble comme l'espace de trois heures, et
-sur la fin de leur partir fu appellé le chancellier de l'empereur. Des
-paroles né des besoignes dont il parlèrent ne scet-on riens. Et aux
-vespres dudit mardi, qui fut veille de la Tiphaine, ala le roy icelles
-oïr en la Sainte-Chappelle, et à sa main sénestre menoit le roy des
-Romains; et y estoient deux oratoires, tendus l'un à destre près des
-chaières, et l'autre à sénestre près du revestiaire; et en celuy à
-destre étoit le roy, et en celui à sénestre le roy des Romains; et fist
-le service l'arcevesque de Rains, et fu la Sainte-Chappelle si noblement
-aournée et l'autel si richement et grandement garni de joyaux d'églyse
-et de reliques, et tellement enluminée que c'estoit belle et
-merveilleuse chose à veoir. Et avoit si grant multitude de gens d'estat
-aus vespres, que à paines povoient-il estre en la Sainte-Chappelle. Et
-au soupper dudit mardi, qui fu la veille des Roys, fu le grant palais
-moult noblement paré et ordené, et tant de plas pendus par icelle, et
-tant de torches et estandars attachiés parmy la sale en moult de places,
-avecques grant multitude de varlés vestus d'un drap, tenans grant foison
-de torches, que on véoit aussi clair par nuit en ladite sale comme on
-feroit par jour; et y soupa le roy, le roy des Romains, les prélas et
-princes qui ensuivent, en la forme et manière que l'assiete fu. C'est
-assavoir: que premier fu assis au grant days de la table de marbre
-l'evesque de Paris, l'evesque de Brusseberc, conseillier de l'empereur,
-l'arcevesque de Rains, le roy, le roy des Romains; les ducs de Berry, de
-Breban, de Bourgoigne, de Saissoigne, de Bourbon; le duc Henry et le duc
-de Bar, et les autres ducs et princes sistrent à l'autre days qui estoit
-entre la table de marbre et l'uis de parlement. Et fu le souper lonc et
-servi de grant foison de mès qui trop longue chose seroit à recorder. Et
-à ladite sale furent audit soupper, par le raport des héraux, tant du
-royaume de France comme d'estranges, de huit cens à mil chevaliers, et
-grant multitude d'autres gens d'estat en très grant presse, combien que
-le service feust fait très honnestement et sans desroy, et tost et bien
-délivrés et servis tous ceux qui mengièrent audit palais, aussi bien les
-basses et lointaines tables, comme les hautes et plus prochaines. Et
-après souper s'en ala le roy et le roy des Romains en la chambre de
-parlement, en leur compaignie les prélas, princes, seigneurs et
-chevaliers dessus escrips, tant comme il en y pot entrer. Et furent là
-les menesterels de bas instrumens, et y jouèrent en la manière
-acoustumée; et estoit ladite chambre noblement parée toute à fleurs de
-lis et grandement alumée, et avoit deux chaières aus deux costés du lit
-à parer, hautement mises, et sur chascune d'icelles un ciel de brodeure
-à fleurs de lis. Et au prendre vin et espices le duc de Berry servi
-d'espices le roy, et le duc de Bourgoigne servi du vin, et après se
-retrahi le roy par derrières en sa chambre, et envoia le roy des Romains
-par la sale, en la compaignie de ses frères, les ducs dessus nommés et
-plusieurs autres seigneurs et chevaliers. Et ainsi fu parfaite la
-journée dudit mardi, qui fu cinquiesme jour de janvier.
-
- [332] La _Nef_ étoit le morceau principal de la vaisselle chez les
- grands seigneurs et surtout chez nos rois. La _nef d'or_ étoit
- encore un meuble d'étiquette à la cour de Louis XVIII. J'ignore si
- elle orne toujours la table du roi.
-
-
-
-
-LXIII.
-
-Comment le roy monstra à l'empereur les reliques de la Sainte-Chappelle
-de son palais.
-
-
-Le mercredi ensuivant, sixiesme jour de janvier et jour de la Thiphaine,
-l'empereur fist prier au roy qu'il luy pleust celui jour montrer les
-saintes reliques, et que celuy jour avoit dévocion de les veoir et soy
-faire apporter, et estre à la messe et disner au palais avecques le roy.
-Si se levèrent le roy et l'empereur bien matin, et fist le roy garder
-les portes du palais plus estroitement que devant par chevaliers et
-escuiers de son hostel, pour ce que le jour devant les sergens d'armes
-et sergens de Chastellet y avoient trop laissié passer de gens; et si
-bien furent gardées que nul n'y entra que chevaliers et escuiers ou
-autres gens d'estat. Par quoy l'empereur et le roy alèrent paisiblement
-et sans trop grant presse en ladite chappelle: et pour ce que l'empereur
-voult en toutes manières monter en hault devant ladite chasse et veoir
-les saintes reliques, et la montée soit greveuse et estroite, il n'y pot
-estre porté dans sa chaière, mais se fist tirer par les bras et jambes
-contre mont la vix[333], et pareillement ravaler à très grant paine et
-travail et grevance de son corps, pour la grant devocion qu'il avoit à
-veoir de près lesdites saintes reliques. Et quant il fu amont et le roy
-ot ouverte la sainte chasse, ledit empereur osta son chapeau et joint
-les mains, et comme en larmes fist là son oroison longuement en très
-grant dévocion, et puis se fist soustenir et apporter baisier les
-saintes reliques; et l'y monstra et devisa le roy toutes les pièces qui
-sont en ladite chasse. Et après ce que les princes qui avecques luy
-estoient orent baisié, le roy tourna ladite chasse devers la chappelle,
-et laissa à garder icelle les evesques de Beauvais et de Paris, revestus
-en pontifical de mictres et de crosses. Et quant l'empereur fu raporté
-aval, il ne voult pas estre mis en l'oratoire que le roy luy avoit fait
-appareillier, mais volt estre en la chaière où le trésorier de ladite
-chappelle a coustume à seoir, pour mieux et plus longuement veoir
-lesdites saintes reliques, et estre mieux à l'opposite du tronc de
-ladite chasse. Et là luy appareilla-l'en son siège d'un drap d'or bien
-et honestement, et le roy se mist en son oratoire qui estoit près de
-l'uis du vestiaire. Mais pour ce que l'empereur n'avoit nulles
-courtines, fist le roy rebrassier les siennes, et au commencement de la
-messe envoia le roy, par l'arcevesque de Rains, l'eaue benoite à
-l'empereur premiers que à luy et aussi le texte de l'Évangile, combien
-que l'empereur le refusast fort. Mais de fait le voult ainsi faire le
-roy pour luy honnorer, pour ce qu'il estoit venu luy veoir en son
-royaume et estoit en son hostel. Et quant ce vint à l'offrande, le roy
-avoit fait appareillier trois paires des offrandes, d'or, d'encens et de
-mirre, pour offrir pour luy et pour l'empereur ainsi qu'il est
-acoustumé. Et fist demander le roy à l'empereur s'il offreroit point,
-lequel s'en excusa en disant qu'il ne povoit aler né soy agenoillier né
-aucune chose tenir pour la goute, et qu'il pleust au roy offrir et faire
-selon son acoustumance; si fu l'offrande du roy tèle qui s'ensuit: Trois
-chevaliers, ses chambellans, tenoient hautement trois bèles coupes
-dorées et esmaillées; en l'une estoit l'or, en l'autre l'encens, et en
-la tierce le myrre, et alèrent tous trois par ordre, comme l'offrande
-doit estre bailliée, devant le roy et le roy après, qui
-s'agenoillièrent, et il s'agenoilla devant l'arcevesque, et la première
-offrande qui fu de l'or, luy bailla celuy qui la tenoit et il l'offri et
-baisa la main. La seconde, qui est de l'encens, bailla le secont
-chevalier qui la tenoit au premier, et il la bailla au roy, et il
-l'offri en baisant la main de l'arcevesque. La tierce, qui est de myrre,
-bailla le troisième chevalier qui la tenoit au deuxiesme, et le
-deuxiesme au premier, et le premier la bailla au roy, et en baisant la
-main dudit arcevesque tierce fois l'offri. Ainsi parfist son offrande
-dévotement et honorablement. Pour ce qu'il estoit tart n'ot point de
-sermon à ladite messe; et à la paix donner, deux paix furent
-appareilliées que le diacre et soudiacre portèrent l'une à l'empereur,
-l'autre au roy, et aussitost l'un comme l'autre les baisièrent. La messe
-finée, le roy monta à la sainte chasse et fist baisier des princes et
-gens de l'empereur qui encore n'y avoient point esté. Et pour ce que la
-chose fu longue, se retray l'empereur en un retrait d'encoste ladite
-Sainte-Chappelle, où gisent les clers maregliers et gardes d'icelle,
-lequel retrait le roy avoit fait bien et honorablement appareillier pour
-reposer l'empereur. Et quant la chasse fu close, le roy s'en ala par la
-chappelle en sa chambre. Et lors envoia le roy vers l'empereur audit
-retrait de la Sainte-Chappelle en sa chambre, son ainsné fils le
-daulphin de Viennois, que il avoit envoyé quérir en son hostel de
-Saint-Pol et fait venir au palais pour veoir l'empereur, et
-l'acompaignèrent les frères du roy les ducs de Berry et de Bourgoigne,
-le duc de Bourbon frère de la royne, le duc de Bar; et pluseurs autres
-seigneurs et chevaliers de grant estat y avoit aussi grant foison. Et
-quant l'empereur sceut que ledit dauphin venoit pardevers luy, il se
-fist lever de sa chaière et osta son chaperon et l'acola et baisa, et le
-daulphin s'inclina devant luy sans agenouiller. Et tantost après
-descendi le roy de sa chambre, et vint querre l'empereur pour aler
-mengier en la grant sale du palais: et portoit-l'en l'empereur en une
-chaière, et le roy estoit coste luy et tenoit le roy des Romains son
-fils à sa sénestre main, et devant portoit-l'en le daulphin sus cols de
-chevaliers acompaigné de seigneurs et chevaliers bien grandement. Et
-ainsi alèrent sans grant presse par les merceries et par la grant sale
-du palais jusques au hault days de la table de marbre, et fu l'ordenance
-et l'assiete tèle comme il s'ensuit, et comme il est figuré en
-l'ystoire[334] ci-après pourtraite et imaginée.
-
- [333] _La vix_. L'escalier.
-
- [334] _L'Ystoire_. La figure. En effet, le manuscrit de Charles V
- offre ici, (page 473, vº), une belle miniature représentant d'une
- manière fort curieuse le dîner dont on va lire avec intérêt la
- description.
-
-
-
-
-LXIV.
-
-Le disner qui fu en la grant sale du palais, et de l'ordenance.
-
-
-Premièrement sist l'arcevesque de Rains, après séoit l'empereur, après
-séoit le roy ainsi comme au milieu du front de la sale; après le roy de
-France séoit le roy des Romains, et avoit autant de distance du roy des
-Romains à luy comme du roy à l'empereur; et avoient l'empereur, le roy
-et le roy des Romains, chascun séparément, un ciel de drap d'or bordé de
-veluiau aux armes de France, et par dessus ces trois en avoit un très
-grant qui continuoit le lonc de la table et tout derrière eux pendoit,
-et tous les piliers et fenestrages derrière la table, houssés de drap
-d'or très richement et le days aussi. Après le roy des Romains séoient
-trois evesques bien loin de luy jusques à la fin de la table, l'evesque
-de Brusseberc, l'evesque de Paris et l'evesque de Beauvais. En l'autre
-days qui estoit entre la table de marbre et parlement, séoient
-premièrement le duc de Sassoigne, le daulphin de Viennois ainsné fils du
-roy, et après séoient les ducs de Berry, de Breban, de Bourgoigne, le
-fils du roy de Navarre, le duc de Bar, le duc Henry; et en la fin de la
-table le chancellier de l'empereur qui n'estoit pas evesque; et ne
-séoient pas les ducs de Bourbon, le conte d'Eu, le seigneur de Coucy et
-le conte de Harecourt, mais estoient entour ledit daulphin tous en piés
-pour luy tenir compaignie et garder de presse. Les autres ducs et
-princes mangoient aux autres days par belle et bonne ordenance. Sur le
-days où mangoit ledit daulphin avoit un ciel pallé de veluiau et de drap
-d'or, et puis un autre par dessus qui couvroit tout le lonc de la table,
-et aussi estoit couvert le days de mesmes. Et est assavoir que la sale
-du grant palais estoit continuée et parée de tapis de hault liche[335] à
-ymages tout autour si bien ordenés et si à point mis que les roys qui
-sont de pierre tout autour n'estoient point occupiés né empeschiés de
-veoir. Et y avoit en ladite sale cinq days, à compter celuy de la table
-de marbre; et trois dressouers à vin très richement parés et garnis de
-vaisselle d'or et de grans flacons d'argent esmailliés. Le secont qui
-estoit emprès le siège des requestes, estoit tout couvert de pos,
-flacons et autre vaisselle dorée tant qu'il y en povoit. Et le tiers qui
-estoit bien avant au milieu de la sale soubs une des arches, estoit,
-tant qu'il en povoit dessus, garni de vaisselle d'argent blanche, à
-servir communelment la sale. Et estoient le grant days et le secont et
-lesdis dressouers avironnés, garnis et deffendus de bonnes barrières,
-coulisses et palis tout autour, et bien aguisiés pardessus, et n'y
-povoit-on entrer que par certains pas qui estoient gardés et deffendus
-par chevaliers à ce ordenés. Et manga bien en ladite sale, par le
-rapport que en firent les héraux, huit cens chevaliers sans les autres
-gens. Et combien que le roy eust ordené quatre assiettes[336] de
-quarante paires de mès, toutesvoies, pour la grevance de l'empereur qui
-trop longuement eust sis à table, en fist le roy oster une assiette, et
-n'en servi-l'en que de trois qui furent de trente paires de mès, sans
-les deux entremès[337] qui furent tels qui s'ensuit:
-
- [335] _De hault liche_. Ou _de haute lisse_.
-
- [336] _Assiettes_. Services.
-
- [337] _Entremès_. Voilà bien le premier sens de ce mot. Divertissement
- donné pendant l'intervalle des services. Nous allons voir une _mise
- en scène_ du XIVe siècle, telle qu'on la chercheroit vainement
- ailleurs; car le seul manuscrit de Charles V contient ce qui suit.
- Les autres, au lieu de la description des entremets, se contentent
- de dire: «Et n'en servit-on que trois qui font trente-huit mès sans
- les deux entremès et les dons et présens qui furent fais audit
- empereur, au roy des Romains et à ses gens.» (V. l'éd. d'A. Verard,
- bien plus fautive encore en cet endroit, t. III, fº 37.)
-
-L'ystoire et l'ordenance fu coment Godefroy de Buillon conquist la
-sainte cité de Jhérusalem. Et fist le roy faire à propos ceste histoire,
-que[338] il luy sembloit que devant plus grans en la christienneté ne
-povoit-on ramentevoir né donner exemple de plus notable fait, né à gens
-qui mieux peussent, deussent et feussent tenus telle chose faire et
-entreprendre au service de Dieu. Et pour mieux figurer la besoigne et
-plus plainement la cognoistre fu fait ce qui s'ensuit: Au bout de la
-salle du palais, qui estoit entreclos telement que on n'en povoit rien
-veoir par dehors, avoit une nef bien façonnée, à forme d'une nave de mer
-garnie de voilles et de mast, chastel devant et derrière, et de tous
-autres habillemens et ordenances qui appartiennent à nef pour aler sur
-mer; et estoit si[339] joliement painte et abilliée, et très richement
-et plaisamment. Et dedens estoit garnie de gens, par semblance armés
-bien joliement, et estoient leur cotes d'armes, leur escus et bannières
-des armes de Jhérusalem que Godefroy de Buillon portoit[340]; et jusques
-à douze estoient, comme dit est, armés des armes des notables
-chevetaines qui furent à ladite conqueste de Jhérusalem avec ledit
-Godefroy. Et estoit au devant, sur le bout de ladite nef, Pierre
-l'Ermite, en l'ordenance et manière et au plus près qu'il se povoit
-faire, selon ce que l'ystoire raconte. Et fu ladite nef mise hors[341] à
-gens qui couvertement estoient dedens; et fu menée très légièrement par
-le costé senestre dudit palais, et si légièrement tournée que il
-sembloit que ce fust une nef flotant sur l'eau; et ainsi fu amenée
-jusques au grant days audit costé de l'autre part, qui fu le destre
-costé de ladite sale. Et après ce[342], fu mis hors de la place
-d'encoste où ladite nef estoit partie, un entremès fait à la façon et
-semblance de la cité de Jhérusalem, et y estoit le temple bien
-contrefait selon l'espace, et là avoit une tour haulte assise delès le
-temple, ainsi comme les Sarrasins ont de coustume où il crient leur loy.
-Là avoit un vestu en habit de Sarrasin très proprement, et qui, en
-langue arabique, crioit la loy en la manière que font les Sarrasins; et
-estoit ladite tour si haute que celuy qui estoit dessus joignoit bien
-près des trefs de ladite sale. Et le bas, tout entour de ladite cité où
-il avoit forme de créneaux et de murs et de tours, estoit garni de
-Sarrasins armés à leur manière et banières et penons, et ordenés à
-combattre pour deffendre la cité. Ainsi fu amené à force de gens qui
-estoient dedens si couvers que on ne les povoit veoir, jusques devant
-ledit grant days à la destre partie. Et lors se mistrent les deux
-entremès l'un contre l'autre et descendirent ceux de la nef, et par
-belle et bonne ordenance vindrent donner assaut à ladite cité et
-longuement l'assaillirent, et y ot bon esbatement de ceux qui montoient
-à assaut à eschelles. Finablement montèrent dessus ceux de la nef et
-conquistrent ladite cité et getoient hors ceux qui estoient en habit de
-Sarrasins, en mettant sus les bannières de Godefroy et des autres. Et
-mieux et plus proprement fu fait et veu que en escript ne se puet
-mettre. Et quant l'esbatement fu parfait, lesdis entremès furent remenés
-tous entiers en leur place première.
-
- [338] _Que_. Parce que.
-
- [339] _Si_. Ainsi.
-
- [340] _Portoit_. Elles sont figurées dans l'_ystoire_: D'argent à la
- croix d'or accompagnée de trente-deux croisettes d'or.
-
- [341] _Mise hors_. Mise en mouvement.
-
- [342] _Après ce_. C'est-à-dire après la première décoration, le
- premier acte ou tableau.
-
-Après ce, fu le disner finé, et osta-l'en les nappes et donna-l'en l'eau
-à l'empereur et au roy, et lavèrent ensemble aussitost l'un comme
-l'autre, et le roy des Romains lava un peu après. Et pour ce que la
-foule estoit très grande et la multitude, combien que devant le days où
-estoit l'empereur et le roy n'en y ot gaires, pour les bonnes gardes qui
-estoient aux barrières, ordena le roy, à la prière de l'empereur, que à
-leur sièges à ladite table où il avoient disné fussent apportées les
-espices et le vin, pour ce que, à l'entrée de parlement, l'empereur eust
-esté trop foulé et grevé pour sa maladie. Si fu ainsi fait, et fu
-apporté le daulphin sus la table en estant[343], à deux piés entre et
-devant l'empereur et le roy, et le tenoit le duc de Bourbon. Et servi
-d'espices l'empereur, par le commandement du roy, son frère le duc de
-Berry; et le duc de Bourgoigne servi pareillement le roy, et prierent
-moult l'empereur et le roy l'un l'autre de prendre espices; et
-finablement pristrent ensemble aussitost l'un comme l'autre, et
-semblablement furent au boire, et le duc de Breban servit de vin
-l'empereur son frère, et le duc de Bourbon donna à boire au roy. Et un
-pou après, prist le roy des Romains les espices et le vin, et luy donna
-le conte d'Eu des espices et un de ses chevaliers le vin. Après ce que
-vin et espices furent données, l'empereur fu mis hors de la table et
-remis en une chaière. Et pour ce que si grant presse n'eust, se
-partirent d'ensemble le roy et luy, et fu porté l'empereur par le milieu
-de la grande sale, par la porte des merceries par les grandes alées,
-droit en sa chambre. Et après luy envoia le roy ses dis frères et
-pluseurs autres seigneurs pour luy convoier, et le roy s'en ala et mena
-avec luy à sa main le roy des Romains, et se mist en la chambre de
-parlement, où il parla et tint grant pièce compaignie audit roy, ducs et
-princes de l'empire, l'evesque et le chancelier qui estoient venus
-avecques l'empereur et pluseurs autres seigneurs et chevaliers qui
-estoient en la chambre, tant qu'il y en povoit tenir. Et après se
-retraist le roy et le roy des Romains par derrière la chambre de
-parlement, et par les grans alées s'en alèrent chascun en sa chambre, et
-estoit tart quant ces choses furent faites. Et avant que les derreniers
-eussent mengié, qui furent bien autant que les premiers, il fu près de
-nuyt. Si ne menga pas le roy au souper ceste nuyt en sale, mais assez
-privéement en la chambre devant sa chambre, et l'empereur et son fils
-soupèrent aussi en leur chambres. Toutesvoies ot le roy à souper la plus
-grant partie des seigneurs de son royaume qui lors estoient à Paris.
-Après souper se partist le roy et prist ses frères avecques luy et pou
-d'autres gens, et ala secrètement véoir l'empereur en sa chambre et se
-sistrent en deux chaières, l'un coste l'autre, et se esbatoient et
-parloient de bon mos une pièce. Et puis se parti le roy et s'en ala en
-sa chambre, et là vint à luy et le convoia le roy des Romains, et prist
-vin et espices avecques le roy, et puis s'en retourna et les frères du
-roy le convoièrent. Ainsi se retraist chascun pour aler couchier. Si fu
-ainsi parfaite la journée du mercredi, jour de la Thiphaine.
-
- [343] _En estant_. Debout.
-
-
-
-
-LXV.
-
-Coment l'empereur et le roy se partirent du palais et se mistrent dedens
-un très bel batel et riche, pour estre menés par eaue jusques au chastel
-du Louvre[344].
-
- [344] Au lieu des treize chapitres qui vont suivre, les éditions
- précédentes et tous les manuscrits, à l'exception de celui de
- Charles V, portent l'alinéa suivant:
-
- «Coment furent festoyés lesdis empereur et son fils au bois de
- Vincennes et à Beaulté-sus-Marne; et coment au départir le roy luy
- fist monstrer ses belles couronnes par Gillet Mallet son varlet de
- chambre. Et coment le roy donna des relicques et _amaux_ à
- l'empereur, et aussi l'empereur en donna au roy; et baisèrent l'un
- l'autre au départir: mais je m'en tais pour la prolixité. Et aussi
- fist l'empereur à son fils le roy des Rommains promettre par la foy
- et serment de son corps que tous les jours qu'il vivroit feroit
- obéissance au roy de France, et qu'il vivroit et mourroit avec luy
- contre tous et envers tous, et aux enfans du roy pareillement. Et
- fist l'empereur pluseurs dons à monseigneur le daulphin, ainsné fils
- du roy de France, dont il luy bailla ses lettres scellées des seaulx
- d'or, par lesquelles il le faisoit son lieutenant au royaume
- _d'Arbre_ et vicaire-général la vie durant dudit daulphin
- inrénoncablement. Et luy donna le chasteau de Pompet et Chameaulx en
- Daulphiné; et le roy le fist convoyer jusques à Mouson à ses
- despens.»
-
-
-Le jeudi ensuivant, qui fu le septiesme jour de janvier, ordena le roy à
-aler au Louvre et y mener avecques luy l'empereur. Si but l'empereur à
-matin avant qu'il partisist. Et le roy ne disna jusques à ce qu'il fu au
-Louvre. Et fist aporter l'empereur à la pointe du palais, et là estoit
-appareillié un grant batel, fait et ordené à manière de une maison où
-sont sale et deux chambres tout à cheminées et pluseurs autres retrais
-et nécessaires, et estoit ledit batel paré et richement aourné; et ès
-chambres avoit lis et ciels tendus et toutes autres ordenances comme en
-une maison appartient; dont l'empereur et ses gens, quant il furent
-dedens et l'orent veu, s'en donnèrent grant merveille et y prenoient
-très grant plaisance. Ainsi arrivèrent au Louvre, et fu apporté ledit
-empereur en sa chaière, et le roy estoit coste luy jusques à ce qu'il fu
-dedens ledit chastel, et luy monstra et fist monstrer au dehors et
-dedens le nouvel édifice qu'il y avoit fait, dont l'empereur par
-semblant prenoit très grant plaisir. Et le loga le roy en ses chambres
-très richement parées et ordenées, et le roy se loga à l'autre bout ès
-chambres qui sont pour son ainsné fils le daulphin de Viennois; et
-dessoubs fist logier le roy des Romains ès chambres de la royne, qui
-semblablement estoient bien ordenées et parées. Et généralment par tout
-ledit chastel, tant en sales, en chambres, en chapelles, estoit tretout
-si paré et ordené que rien n'y faloit, combien que des paremens du
-palais aucune chose n'y eust. Et pour ce que autre fois ne soit dit,
-pour plus brief parler, fu fait pareillement en tous les hostels du roy
-où fu l'empereur; c'est assavoir à Saint-Pol, au bois de Vincennes et à
-son hostel de Beauté. Celuy jour, disna le roy en la sale du Louvre et
-tous les chevaliers et escuiers qui y vouldrent venir, et furent servis
-très grandement et largement.
-
-
-
-
-LXVI.
-
-Coment l'université de Paris vint devers l'empereur pour luy faire
-révérence, et des gens du conseil que le roy fist assembler pour parler
-à eux.
-
-
-Après disner, assembla le roy son conseil en sa chambre. Et en celle
-heure vint devers l'empereur l'université de Paris par l'ordenance et
-commandement du roy, et estoient de chascune faculté douze, excepté les
-Arciens[345] qui estoient vint-quatre, et estoient honnorablement en
-leur chappes et habis. Et ainsi vindrent faire la révérence à l'empereur
-en leur manière acoustumée et fist la collacion notablement et
-légalment, maistre Jehan de La Chaleur, maistre en théologie et
-chancellier de Nostre-Dame de Paris; et en icelle collacion recommanda
-moult la personne de l'empereur, ses nobles fais et vertus et sa
-dignité, et aussi recommanda moult et ramena notablement l'estat et
-honneur du roy et du royaume de France, en loant et approuvant à
-l'empereur sa venue devers le roy; et finablement recommanda
-l'université bien et sagement comme à tel cas appartient. A quoy
-l'empereur respondi de sa bouche en latin, en les merciant des
-honnorables paroles que dites luy avoient, disant que trois choses
-l'avoient amené au royaume, la dévocion qu'il avoit à veoir les saintes
-reliques et aucuns autres pélerinages où il avoit sa dévocion, et par
-espécial la grant affeccion qu'il avoit à veoir le roy et parler à luy.
-Et en ce temps estoit le roy à son conseil en sa chambre, où estoient
-ses frères et grant foison de prélas de son conseil et autres chevaliers
-en assez grant nombre; et leur demanda et mist en termes sé il leur
-sembloit que bon feust que à l'empereur son oncle, qui tant d'amour et
-fiance luy avoit monstré comme de venir en son royaume et par devers
-luy, il féist monstrer ou monstreroit le fait et la justice du bon droit
-que il a contre ses ennemis d'Angleterre, et le grant tort qu'il ont
-tenu à ses prédécesseurs et à luy par lonc temps, le devoir en quoy il
-s'estoit mis d'entrer en tout bon traictié de paix. Et les offres[346]
-qu'il en a faites à deux fins: l'une, pour ce qu'il scet que ses ennemis
-manifestent en Allemaigne et ailleurs le contraire de la vérité, en eux
-justifiant; par quoy l'empereur et princes et son conseil qui avecques
-luy estoient, oï et veu ce que le roy leur en diroit et feroit veoir par
-lettres et les traictiés de paix faites et les aliances sur ce, il
-peussent cognoistre et vraiment respondre et soustenir sur ce la vérité
-contre ceux qui se sont efforciés, efforcent ou efforceront de parler ou
-de manifester ou publier le contraire. L'autre raison qui à ce esmouvoit
-le roy, estoit pour avoir le conseil et avis de l'empereur, après ce
-qu'il aroit oï et veu le devoir en quoy le roy s'estoit mis et les
-offres qu'il avoit faites pour paix avoir, si luy sembloit qu'il déust
-souffire, ou que plus avant le roy en déust faire. Auxquelles demandes
-et termes, tous d'un accort et sans contradiccion conseillièrent au roy
-que ainsi le féist. Si ordena son dit conseil et pluseurs autres
-l'endemain estre assemblés, et aussi fist savoir à l'empereur que à
-celle heure luy et son fils, les princes, prélas et autres gens de son
-conseil qui en sa compaignie estoient venus, feussent audit lieu du
-Louvre à ladite heure pour oïr ce que le roy luy voudroit dire et
-monstrer; et fu le vendredi huitiesme jour de janvier. Et celuy jour au
-matin vint veoir le roy l'empereur privéement, et luy apporta et donna
-un bel coffret de jaspre garni d'or et de pierreries, d'une espine de la
-sainte couronne et d'un des os de saint Martin, et depuis luy donna de
-saint Denis, car moult fort en désiroit à avoir, et en avoit requis le
-roy. Et cedit jour après disner, le roy et l'empereur vindrent ensemble
-à la chambre à parer du Louvre, et y estoient le roy des Romains et ceux
-qui ensuivent de la part de l'empereur; l'evesque de Brusseberc son
-chancellier et deux autres clers notables; les ducs de Bréban et de
-Sassoigne, et les trois autres ducs dessus nommés, le hault maistre de
-son hostel et son grant chambellan, le seigneur de Coldis et pluseurs
-autres seigneurs, contes, barons et chevaliers, jusques au nombre de
-cinquante personnes et plus. Et de la part du roy en y avoit bien autant
-et plus, et y estoient les principaux et plus notables dont les noms
-s'ensuivent, c'est assavoir: les ducs de Berry, de Bourgoigne, de
-Bourbon, de Bar; le seigneur de Coucy; les contes de Harecourt, de
-Tanquarville, de Sarebruche, de Braine; monseigneur Jacques de Bourbon;
-le mareschal de France de Blainville; le seigneur de Rayneval; messire
-Phelibert de l'Espinace, monseigneur Thomas de Vaudenay, monseigneur
-Arnault de Corbie, chevaliers, et pluseurs autres. Et des gens du
-conseil du roy y estoit son chancellier, l'arcevesque de Rains, les
-evesques de Laon, de Paris, de Biauvais, de Baieux; l'abbé de
-Saint-Wast, et d'autres clers et lais du conseil du roy, tant de
-parlement que autres. Et estoient l'empereur et le roy et le roy des
-Romains en trois chaières couvertes de drap d'or, et les autres assis à
-doubles fourmes, en manière de siège de conseil. Et prist le roy à
-parler et monstrer les fais et besoignes dessus escriptes par longue
-espace de deux heures et plus; et prist sa matière des premiers temps du
-royaume de France, et après, de la conqueste de Gascoigne que fist saint
-Charlemaine quant il le conquist et convertist à la foy crestienne que
-ledit païs fu soubmis à la subjeccion du royaume de France; et sans
-interrupcion ou contradiccion a tousjours depuis esté et ceux qui en ont
-tenus les demaines: espécialment les ducs de Guyenne, tant roys
-d'Angleterre comme autres, en ont tousjours fait hommaige lige et
-recognoissance aux roys de France, comme à leur droit seigneur à qui est
-le fief. Et sé ce n'a esté depuis le temps Edouart d'Angleterre
-derrenier mort, n'y fu mise oncques aucune contradiccion; et mal à point
-le fist, puisqu'il eust fait hommaige au roy Phelippe, aïeul du roy,
-lequel hommaige il fist à Amiens et le recognut son seigneur et roy de
-France: et depuis ledit hommaige fait, luy revenu en Angleterre par
-l'espace d'assez lonc temps, rateffia, par ses lettres scellées de son
-grant scel, et approuva ledit hommaige avoir esté lige, plus fort et
-plus avant que par paroles n'avoit esté fait audit roy Phelippe, comme
-plus à plain appert par les lettres sur ce faites desquelles furent
-monstrés des originaux scellés audit empereur, avec toutes autres
-chartres plus anciennes de ses prédécesseurs les roys d'Angleterre,
-faites à saint Loys, et de son temps la recognoissance des hommaiges de
-Gascoigne, Bordeaux, Bayonne et les isles qui sont endroit Normendie; et
-èsdites lettres est expressément contenu coment les roys d'Angleterre
-ont expressément renoncié à toutes les terres de Normendie, d'Anjou, du
-Maine, de Tourraine et de Poitiers, sé aucun en y avoient, comme plus
-plainement est contenu èsdites lettres, lesquelles furent monstrées
-audit empereur. Et aussi monstra le traictié de la paix, et coment son
-père et luy l'avoient moult chier achetée, et coment par les Anglois
-elle fu mal gardée, en le déclairant particulièrement: tant par la faute
-de rendre les forteresces occupées que il devoient rendre au leur, comme
-par les hostages qu'il raençonnèrent contre le contenu au traictié;
-comme par les compaignies que continuelment il tindrent au royaume de
-France; comme par usurper et user des droits de souveraineté qui
-appartiennent au roy desquels il ne devoient point user; comme de
-conforter le roy de Navarre lors ennemi du royaume, ses adhérens et
-confortans, de leur gens, subgiés et aliés tant Anglois comme Gascoins,
-et leur donner passages, vivres et confort contre la teneur des aliances
-faites, jurées et passées et par sairemens fais si fors comme il se
-peuvent faire entre crestiens. Lesquelles aliances furent aussi
-monstrées et leues audit empereur en françois et latin, afin que chascun
-les peust mieux entendre. Et en oultre, le prince de Galles fist tant
-d'outrages et d'extorcions au païs et gens de Gascoigne, qui encore
-estoient demourés soubs la souveraineté et ressort du roy, né oncques
-renonciation n'en fu né n'a esté faite, comme le roy le fist monstrer
-par la lettre du traictié où est la clause qui se commence: _C'est
-assavoir_, etc. Et monstra aussi le roy coment le conte d'Armignac, le
-seigneur de Lebret et pluseurs autres barons et bonnes villes avoient
-appelé du prince à luy, et vindrent en leur personnes requérir
-ajournement et rescript en cause d'appel, et coment le roy y mist
-longuement et fist grant difficulté avant que faire le voulsist; et par
-le conseil sur ce pris de pluseurs notables, avecques ceux de son
-conseil; eues aussi les opinions de pluseurs estudes de droit de
-Bouloigne la crasse, de Montpellier, de Thoulouse et d'Orliens, et des
-plus notables clers de la court de Rome, que refuser ne le povoit; et
-coment par voie ordenée de justice le roy le fist, et non pas par
-puissance d'armes. Et fu ordené un docteur juge du roy à Thoulouse
-appelé maistre Bernart Palot et un chevalier appelé monseigneur Jehan de
-Chaponnal, qui portèrent audit prince les lettres du roy, les
-inhibicions et ajournemens, et par le sauf-conduit du séneschal dudit
-prince vindrent près dudit prince, lequel les fist prendre et murtrir
-mauvaisement contre Dieu et justice, et en offense du roy et du royaume
-de France. Et aussi monstra le roy audit empereur coment, nonobstant
-lesdites offenses ainsi faites, il envoia audit roy Edouart, contes,
-chevaliers et clers pour le sommer et requérir de par luy de radrescier
-et faire radrescier les choses ainsi par son fils et ses subgiés
-mauvaisement faites; et désiroit le roy que par voie amiable remède se y
-méist et non pas par guerre; à quoy response raisonnable né d'aucune
-bonne espérance ne fu au roy de France donnée. Et de fait avoit desjà
-encommencié la guerre ledit prince en Gascoigne contre les appellans; et
-aussi avoient fait en Pontieu les gens dudit roy d'Angleterre et
-chevauchié en la terre du roy. Pourquoy, par nécessité et par le conseil
-de son royaume pour ce assemblé en son parlement, entreprist à deffendre
-sa bonne justice contre ses ennemis.
-
- [345] _Arciens_. Les professeurs dans les facultés ès-arts.
-
- [346] _Les offres_. La proposition qu'il fait à son conseil d'exposer
- tout cela à l'empereur.
-
-Après ce que le roy ot monstré l'occasion de la guerre et bien enfourmé
-par les responses et lettres scellées l'empereur et son conseil, il luy
-dist et monstra les devoirs qu'il avoit fais, pour avoir bon traictié à
-ses adversaires; et aussi finablement luy monstra les offres que sur ce
-il avoit faites, et conclust ses paroles ès deux fins dessus escriptes
-de manifester les drois du roy contre les paroles mençongières des
-Anglois et non y ajouster foi, et aussi de donner le conseil sur
-escript. Et aussi luy toucha assez brief les graces et bonnes fortunes
-que Nostre-Seigneur luy avoit données en sa guerre, pour ce que il pensa
-que ledit empereur en seroit bien lie; et toutes ces choses et pluseurs
-autres touchans ces matières, qui trop longues seroient à escripre, dist
-le roy si sagement et ordenéement, que tous furent merveilliés de si
-belle mémoire et bonne manière de parler. De quoy l'empereur et tous
-ceux qui le sceurent entendre monstrèrent semblant de en avoir très
-grant plaisir; et en briefves paroles l'empereur dist en alemant à ses
-gens qui présens estoient et qui n'entendoient pas françois, ce que le
-roy luy avoit dit, et leur exposa les lettres que sur ce avoit oï lire;
-et fist response au roy telle comme il s'ensuit: c'est assavoir qu'il
-dist que très-bien avoit entendu ce que le roy avoit dit très sagement,
-et veu et bien cogneu tant par ses lettres comme autrement, sa bonne
-querelle et justice, et que partout le manifesteroit et feroit savoir;
-et que sé les Anglois se esforçoient en Alemaigne de publier le
-contraire comme autrefois avoient fait, il deffendroit et soustendroit
-le droit du roy, si comme il avoit veu et bien cogneu; et mesmement
-qu'il savoit bien que le roy d'Angleterre avoit fait l'omage lige au roy
-de France à Amiens, car il avoit esté présent quant il le fist. Et quant
-au conseil donner, dist que considéré le bon droit du roy et le grant
-tort de ses ennemis, l'avantage qu'il avoit en la guerre sur eulx et les
-aliés du roy que il nomma les roys de Castelle, de Portugal et d'Escoce,
-il ne luy eust donné conseil né encore ne donnoit de tant offrir à ses
-ennemis. Et luy sembloit que trop en avoit fait, sé pour l'amour de Dieu
-seulement ne l'avoit fait; mesmement qu'il savoit bien la coustume des
-Anglois estre tele, que quant il se véoient ou voient à leur dessoubs,
-il requièrent et veulent avoir volentiers paix; mais sé il voient après
-leur avantage, il ne la tiennent point, comme maintes fois a-l'en veu
-que ainsi l'ont fait au royaume de France. Et dont se parti le roy de
-luy, et s'en tourna à sa chambre.
-
-
-
-
-LXVII.
-
-Coment l'empereur fist rassembler le conseil du roy et ses gens pour oïr
-l'endemain les offres que il vouloit faire au roy en leur présence.
-
-
-Le samedi ensuivant, qui fu le neuviesme jour dudit mois, se advisa
-l'empereur que à la response qu'il avoit faite au roy ne s'estoit pas
-assez offert au conseil qu'il lui avoit donné. Si fist savoir au roy que
-après disner féist assembler ceux de son conseil qui par avant y avoient
-esté, et pareillement feroit savoir à ceux de son conseil que il y
-feussent, et ainsi fu fait. Et en la manière du jour précédent furent,
-et encore y ot plus de gens que au vendredi devant n'avoit eu, et
-commença l'empereur à dire si haut que tous le povoient bien oïr qu'il
-se vouloit excuser de ce que plus largement n'avoit offert au roy à la
-response qu'il lui avoit faite; si vouloit que tous scéussent et que à
-tous fust révelé et magnifesté par tout que luy et son fils le roy des
-Romains que pour celle cause il avoit amené avecques luy, tous ses
-autres enfans, ses aliés, subgiés et bienvueillans il vouloit et offroit
-au roy estre tous siens, contre toutes personnes, à soutenir et garder
-son bien et honneur de son royaume et de ses enfans et de ses frères; et
-luy bailla un rolle où estoient desclarés et nommés ses aliés desquels
-il se faisoit fort; de quoy le roy le mercia moult gracieusement. Et
-ainsi se départirent.
-
-
-
-
-LXVIII.
-
-Coment l'empereur ala trouver la royne en l'ostel de Saint-Pol.
-
-
-Le dimenche ensuivant, qui fu le dixiesme jour du moys de janvier, se
-partirent l'empereur et le roy ensemble, après ce que l'empereur ot
-disné, et fu apporté l'empereur jusques sur l'eaue au quay endroit le
-Louvre, où estoit le batel dont dessus est faite mencion; et en iceluy
-vindrent contremont la rivière l'empereur, le roy et le roy des Romains
-par dessoubs le grant pont droit à Saint-Pol; auquel hostel de Saint-Pol
-estoit la royne et les enfans du roy. Et quant il furent audit hostel
-jusques au milieu de la court, le daulphin, ainsné fils du roy et
-monseigneur Loys, comte de Valois, enfans du roy, se agenouillèrent
-contre le roy et après alèrent saluer l'empereur en sa chaière où on le
-portoit et les baisa et osta son chapeau. Et puis furent portés devant
-nos dis seigneurs, et le roy et le roy des Romains alèrent devant à la
-grant chambre, et montèrent par la vis: et l'empereur fu aporté après en
-sa chaière, et quant il fu en haut, il voult aler veoir la royne; et
-ensemble y alèrent l'empereur, le roy et le roy des Romains; et y avoit
-grant foule et grant presse de seigneurs, chevaliers et gens d'estat, et
-tellement que à paines povoit-on passer aux huis. Toutesvoies, vindrent
-ens jusques à la vieille chambre de la royne, laquelle est près et
-encoste de la sale où est l'ystoire de Theseus. Et là estoit la royne au
-devant du roy et de l'empereur, laquelle avoit un très-riche cercle sur
-sa teste, et estoit notablement acompaigniée de grans dames, telles
-comme il s'ensuit: premièrement y estoit la contesse d'Artois; la
-duchesse d'Orléans, fille du roy de France; la duchesse de Bourbon, mère
-de la royne; la nièce du roy, fille de son frère le duc de Berri; la
-fille du seigneur de Coucy, la dame de Préaux, et pluseurs autres
-contesses et dames, femmes de grans seigneurs et de banerés et d'autres
-dames et damoiselles en très-grant quantité qui trop longue seroit à
-escripre. Et quant l'empereur vit la royne, il se fist mettre jus de sa
-chaière, et osta son chaperon; et la royne le salua et baisa, et puis fu
-aporté plus avant en ladite chambre devant le lit, et la royne estoit
-encoste luy et le roy devant qui tenoit le roy des Romains que la royne
-salua et baisa aussi; et l'empereur et le roy des Romains baisièrent
-toutes les dames qui estoient léans du lignage de France. Et lors
-demanda moult de fois l'empereur la duchesse de Bourbon, mère de la
-royne, laquelle estoit à un des bous de ladite chambre, hors de la
-presse; et fu amenée à l'empereur. Et quant il furent près l'un de
-l'autre, l'empereur commença si fort à plourer et ladite duchesse aussi
-que c'estoit piteuse chose à regarder; et les causes si estoient pour la
-mémoire qu'il avoit eu de ce que la seur de ladite duchesse avoit esté
-sa première femme, et aussi que ladite duchesse avoit esté compaigne et
-nourrie avec la duchesse de Normendie, seur de l'empereur et mère du
-roy: et onques en celle place ne porent parler ensemble; mais pria
-l'empereur que après disner il la peust veoir et parler à elle plus
-secrètement, et ainsi fu fait. De là, partirent l'empereur, le roy et le
-roy des Romains et prist congié de la royne, et fu aporté ledit empereur
-en la chambre du daulphin de Viennois, ainsné fils du roy, laquelle
-chambre estoit richement appareilliée pour lui, et aussi estoit tout
-l'hostel comme dessus est dit; et le roy ala disner en la sale dudit
-hostel nommée la sale de Sens, et y mena le roy des Romains et toutes
-les gens de l'empereur, avec grant foison de chevaliers tant qu'il en y
-povoit. Et endementres que l'on disna, l'empereur s'estoit fait mettre
-dormir, et après le disner du roy, et vin et espices données, le roy se
-retraist en sa chambre, et fist retraire le roy des Romains en la
-chambre de monseigneur Loys, son fils, conte de Valois; lequel roy des
-Romains voult aler veoir les lyons, et en sa compaignie y furent les
-frères du roy: et quant l'empereur fu esveillié, la devant dite duchesse
-de Bourbon fu menée devers l'empereur, et parlèrent longuement ensemble.
-Et assez tost après le roy y envoia la royne par les Galetas, et ses
-enfans le daulphin de Viennois et le comte de Valois, de quoy l'empereur
-fu moult lie, et fu la royne longuement assise encoste luy, et parlèrent
-moult longuement ensemble. Et luy donna la royne un beau reliquaire
-d'or, grant et notable, garni du fust de la vraie croix et
-très-richement garni de pierrerie; et le daulphin luy donna deux
-très-beaux brachés[347], à beles laisses et coliers de soie ferrés à
-fleurs de lis d'or; desquelles choses l'empereur fist moult grant
-semblant de joie, et y prist très grant plaisir, et en mercia la royne
-et ledit daulphin. Et pour ce qu'il estoit sus le vespre et que
-l'empereur et le roy devoient aler au bois de Vincennes, le roy vint en
-la chambre de l'empereur pour le faire partir, pour ce qu'il estoit
-ordené que il devoient aler ensemble; et lors prist congié la royne de
-l'empereur et lesdis enfans du roy, et se retrairent en la chambre
-d'emprès. Et lors vint le roy des Romains devers la royne, et prist
-congié d'elle, et elle luy donna un très bel et riche fermail d'or,
-garni de pierrerie. Et tantost se partirent et alèrent devant monter à
-cheval le roy et le roy des Romains, et l'en monta l'empereur en la
-litière de la royne, et ainsi s'en alèrent tout droit au bois. Et quant
-il arrivèrent au bois, pour ce qu'il estoit tart, vindrent grant foison
-de torches au devant d'eux; et fist le roy porter et logier l'empereur
-en sa belle tour, en la chambre où il meismes gist; et se logea le roy
-en la chambre qui se nomme la chambre aux dains qui est ès braies; et
-fist logier son fils le roy des Romains en la chambre de son ainsné fils
-le daulphin de Viennois, et soupa le roy en la sale luy et ses gens; car
-pou y avoit d'estranges, pour ce que chascun s'estoit retrait à Paris.
-
- [347] _Brachés_. Levriers.
-
-
-
-
-LXIX.
-
-Coment l'empereur autour de la chambre où il estoit pour veoir le
-circuite du chastel du bois de Vincennes se fist porter, et des Heures
-que le roy luy donna.
-
-
-Le lundi ensuivant, qui fu le onziesme jour de janvier, se fist porter
-ledit empereur tout autour de la chambre dessus dite, pour veoir par les
-fenestres le circuite du chastel, pour ce qu'il n'y povoit aler. Et le
-roy envoia son fils le roy des Romains au parc, acompaignié de ses
-frères dessus dis, pour chacier aux dains et comme pour y prendre leur
-esbatement. Celle matinée ne vit point le roy l'empereur, pour ce que à
-matin avoit oï sa messe et disné, et vouloit dormir avant que le roy
-eust oïes ses messes, si comme il a de coustume et de ordenance. Mais
-après disner l'ala veoir, car ledit empereur avoit jà dormi; si furent
-grant pièce ensemble en bonnes paroles et esbatemens, et pria l'empereur
-au roy qu'il luy voulsist donner une de ses Heures[348], et il y
-prieroit Dieu pour luy; et le roy luy en envoia deux, une grant et une
-petite, et luy manda que il préist lesquelles qu'il vouldroit ou toutes
-deux s'il luy plaisoit: lequel les receut toutes deux et en mercia le
-roy.
-
- [348] _Heures_. Livres d'heures.
-
-
-
-
-LXX.
-
-Coment l'empereur fist promettre au roy des Romains, son fils, par la
-foy du corps bailliée en la main du roy de France, que il ameroit et
-serviroit devant tous les princes du monde ledit roy de France et ses
-enfans, et puis ala au plus haut de la tour, pour veoir les étages
-d'icelle.
-
-
-Endementres que le roy estoit avec l'empereur en sa chambre, le roy des
-Romains vint: et sitost que l'empereur le vit, il l'apela et le prist
-par la main, et luy fist promettre par sa foy en la main du roy que il
-l'ameroit et serviroit tant comme il vivroit, devant tous les princes du
-monde, et les enfans du roy aussi: de quoy le roy le mercia et sot bon
-gré. Et puis retourna le roy en sa chambre; et celuy jour fist monstrer
-au roy des Romains et aux autres princes et chevaliers, la tour, les
-estages, garnisons et abillemens d'icelle, et furent jusques au haut;
-lesquels la tenoient à la plus belle et merveilleuse chose que onquesmés
-eussent veue. Et ot ledit roy des Romains des arbalestes du roy. Et
-celle journée, n'y ot plus chose qui fasse à escrire.
-
-
-
-
-LXXI.
-
-Coment l'empereur se parti du bois de Vincennes pour aler à Saint-Mor,
-et des présens que l'abbé du lieu luy fist.
-
-
-Le mardi ensuivant, douziesme jour de janvier, se parti l'empereur bien
-matin du bois, et estoit en la litière du daulphin. Et ala en son
-pèlerinage à Saint-Mor-des-Fossés, et ne voult que les frères du roy y
-alassent avecques luy, et aussi n'y ala pas le roy pour ce qu'il avoit à
-besoignier. De la manière coment il fu receu à Saint-Mor vous dirons:
-
-Le roy manda et commanda à l'abbé que il le receussent à procession, à
-l'entrée de leur moustier, comme pèlerin: et ainsi le firent. Et est
-assavoir que ledit empereur y oï messe à note que l'abbé chanta, et
-offri cent frans. Et les présens que l'abbé luy fist qui estoient de
-poissons, de buefs, de moutons, de vin, de pain et autres choses, laissa
-au couvent de léans. Et après la messe ala disner l'empereur en une
-chambre de ladite église, laquelle le roy luy avoit bien fait tendre et
-parer, et aussi une sale encoste. Et tousjours depuis son entrée de
-Paris fu et a esté aux despens du roy et servi en toutes choses des gens
-et officiers du roy de toutes offices. Après ce qu'il ot disné et dormi,
-il fu mis en sa litière et aporté à Beauté-sur-Marne où le roy l'avoit
-attendu; mais pour ce que le roy vit qu'il demouroit trop et estoit
-tart, il s'en retourna au bois. Et audit hostel de Beauté fu l'empereur
-très bien logié, et tout l'hostel très richement paré et servi, comme
-dit est, très habondamment et à ses heures et plaisirs, tellement que
-audit hostel il amenda de sa maladie notablement et se mist à aler et
-visita tout l'hostel haut et bas, à pou de aide, et disoit à ceux qui
-avec luy estoient, que onques mès en sa vie n'avoit veue plus belle
-place né plus délitable lieu que il avoit léans. Et chascun jour après
-disner, s'en aloit le roy veoir une fois et estoient grant pièce
-ensemble, et aucune fois se mettoient ensemble en une chambre tous
-seuls, où il parloient de leur besoigne secrètement. Et tousjours s'en
-aloit le roy soupper et gesir au bois et y disner aussi, et ainsi se
-continua jusques au département de l'empereur, qui fu le samedi,
-seiziesme jour dudit mois de janvier. Et le jeudi devant, quatorziesme
-jour dudit mois, fist faire le roy les dons à l'empereur et à ses gens,
-ainsi qu'il ensuit: et pour ce que l'empereur s'estoit dementé par
-pluseurs fois de veoir la couronne que le roy a faite faire, qu'il avoit
-oï dire qui estoit très belle et riche, le roy la luy envoia, pour
-veoir, à Beauté, et luy porta Giles Malet et Hennequin, son orfèvre;
-lequel la vist très-volentiers, et la tint et regarda moult longuement
-par tout en y prenant grant plaisir. Et quant il l'ot regardée à sa
-volenté, il dist que on la reméist en sauf et que, somme toute, il
-n'avoit onques veu tant de si noble né si riche pierrerie ensemble. Et
-le mercredi devant, qui estoit le treiziesme jour de janvier, avoit fait
-savoir le roy à l'empereur, que le jeudi dessus dit, féist venir ses
-gens à Beauté. Et senti bien secrètement l'empereur par le seigneur de
-La Rivière et ledit Giles Malet que c'estoit pour leur faire dons,
-combien que l'empereur s'excusast fort, en disant qu'il ne vouloit pas
-que le roy luy donnast rien né à ses gens. Toutesvoies, pour acomplir la
-volenté du roy, les manda querre audit jour. Si envoia le roy celuy
-jeudi après disner ses frères, les ducs de Berri et de Bourgoigne et le
-duc de Bourbon, le seigneur de la Rivière et autres, ses chambellans et
-varlès de chambre, qui portèrent les joyaux qui furent de par le roy
-donnés et présentés à l'empereur et à son fils et à leurs gens; et
-firent les présens de par le roy à l'empereur, en sa chambre, lesdis
-ducs, et aussi le firent à sondit fils, en la présence de l'empereur, et
-furent les dons de l'empereur, tels comme il s'ensuit après.
-
-
-
-
-LXXII.
-
-Des riches dons que le roy de France donna à l'empereur et à son fils et
-fist présenter.
-
-
-En présentant les choses ci devisées, dist ledit duc de Berri à
-l'empereur que le roy le saluoit et luy envoioit de ses joyaux, tels que
-on savoit faire à Paris[349]. C'est assavoir: une coupe d'or de grant
-pris, garnie de pierrerie au pié et au couvercle, et estoit toute très
-finement esmailliée de l'espere du ciel où estoit figuré le zodiaque,
-les signes, les planètes et estoilles fixes et leur images. Et aussi luy
-présenta deux grans flacons d'or très noblement ouvrés, où estoient
-figurés en images enlevés[350], comment saint Jacques monstroit à saint
-Charlemaine le chemin en Espaigne par révélacion; et la façon d'un
-chascun desdis flacons estoit en manière de coquille. Si luy dist ledit
-duc de Berri que pour ce qu'il estoit pèlerin luy envoioit le roy des
-coquilles; et encore luy présenta un très bel grant hanap d'or, assis
-sur un trépié garni de pierrerie, et aussi un gobelet et aiguière d'or
-garni aussi de pierrerie, esmaillié très noblement.
-
- [349] Ces derniers mots sont principalement curieux.
-
- [350] _Enlevés_. Variante de Christine de Pisan, msc. 211, Suppl.
- franç., _eslevés_. Je préfère la leçon de Charles V; _enlevés_ pour
- _relevés_, ou _en relief_.
-
-Item, luy présenta deux pos d'or, ouvrés à testes de lyons. Et à son
-fils furent présentés un grant gobelet d'or et aiguière de mesmes, deux
-grans pos d'or, où estoient os fretelés[351], saphirs et perles; et
-oultre ce, luy fu présenté une très riche sainture d'or, tout au lonc
-garnie très richement de pierrerie, laquelle valoit bien de six à huit
-mil francs d'or, de quoy l'empereur mercia grandement le roy, et aussi
-fist son fils. Et après vint l'empereur en l'alée devant sa chambre, où
-tous ses princes, evesque, chancellier, chevaliers et autres gens qui
-estoient venus avecques estoient, et vit les dons que on leur fesoit et
-y estoit présent, lesquels furent grans et honorables, comme plus à
-plain peut apparoir en un rolle sur ce fait, auquel il sont plainement
-et particulièrement déclairiés; mais l'en s'en passe ci endroit pour
-cause de briefté[352]. Et bien sembla à tous et ainsi luy monstrèrent
-que il se tenoient grandement satisfais et contens du roy.
-
- [351] _Fretelés_. Dentelés, découpés.
-
- [352] «Après ensuivant, à tous les princes fu présenté vaisselle d'or
- et d'argent si largement et à si très grant quantité que tous
- s'esmerveilloient. Et tant qu'il n'y ot si petit officier de quelque
- estat qu'il fussent qui de par le roy ne receussent présent, mais
- quoy et quels, se passe la cronique pour cause de briefté.»
- (Christine de Pisan, _les faits du roy Charles V_, 3e partie, chap.
- XLV.) On voit clairement par là que le seul guide de Christine est,
- dans tout le récit du voyage de l'empereur, les _Chroniques de
- Saint-Denis_, qu'elle a copié mot à mot quand elle ne l'a pas très
- abrégé. L'on a donc eu tort de louer Christine d'une exactitude dont
- elle auroit dû pour le moins avouer plus nettement la source.
-
-
-
-
-LXXIII.
-
-Coment l'empereur, au retour de Saint-Mor à Beauté, mercia le roy des
-riches présens qu'il avoit envoiés à luy et à son fils le roy des
-Romains et à leur gens.
-
-
-Le vendredi ensuivant, quinziesme jour dudit mois de janvier qui estoit
-le jour de la feste Saint-Mor, ala l'empereur à Saint-Mor en pèlerinage,
-et chanta l'evesque de Paris, _Pontificalibus_, la messe devant luy. Et
-combien que son disner feust prest de par le roy en ladite abbaye pour
-luy, voult-il revenir disner à Beauté. Et après disner, le roy vint le
-veoir, et moult fort mercia le roy des dons qu'il avoit fais à luy et à
-son fils, le roy des Romains et à ses gens, en luy disant que trop en
-avoit fait. Et après ce, l'empereur et le roy se retraisrent en une
-garde-robe, emprès sa chambre, et firent tout widier et parlèrent
-longuement ensemble jusques bien sus le tart. Et lors se parti le roy,
-et l'empereur le convoia jusques au dehors de ladite chambre et s'en
-vint au giste au bois. Le samedi, seiziesme jour de janvier, disna le
-roy plus matin qu'il n'avoit acoustumé, et l'empereur encore plus matin,
-et après dormi l'empereur. Et le roy se parti de son chastel du bois,
-acompaignié de grant foison de seigneurs prélas et chevaliers pour
-convoier l'empereur, car ainsi le voult-il faire: et vint si à point à
-l'hostel de Beauté-sur-Marne, que l'empereur estoit levé et prest de
-partir et soy mettre à chemin.
-
-
-
-
-LXXIV.
-
-Des aneaux que le roy et l'empereur s'entredonnèrent, et coment
-l'empereur et le roy pristrent congié l'un de l'autre amiablement et
-piteusement, et de ceux qui convoièrent ledit empereur.
-
-
-Quant le roy fu en la chambre dudit empereur qui l'attendoit, l'empereur
-vint à luy et prist en son doigt et luy donna un anel où il avoit un
-ruby, et un autre anel où il avoit un diamant, et les donna au roy par
-belles paroles en très grant amistié. Et le roy tantost prist un très
-riche diamant gros qu'il avoit en son doigt, et le donna par pareille
-manière à l'empereur. Et là devant tous s'entreacolèrent et baisièrent
-et se partirent tantost et vindrent ensemble en la court, le roy pour
-monter à cheval, et l'empereur dans sa litière, laquelle le roy luy
-avoit donnée atelée de trois très beaux mulés, et ainsi alla l'empereur,
-et chevaucha le roy encoste luy et grant multitude de gens hors dudit
-hostel aux champs, jusques près l'hostel de Plaisance[353]: et avecques
-le roy et en sa compaignie estoient les princes dessus dis, excepté le
-duc de Bar qui le jour devant estoit parti par le congié du roy; et les
-prélas tous ceux qui par avant y avoient esté, et d'abondant
-l'arcevesque de Ravenne y estoit qui de nouvel y estoit venu. Le prévost
-de Paris, le Chevalier du guet, le prévost des marchans et les échevins
-et les gens de la ville estoient devant aux champs qui estoient venus
-pour convoier l'empereur; et chevauchièrent devant, et assez près de la
-maison de Plaisance pristrent l'empereur et le roy congié d'ensemble. Et
-plus tost s'en fu retourné le roy sé il eust voulu croire l'empereur qui
-souvent luy disoit et fesoit dire que il s'en retournast; et au prendre
-congié l'empereur et le roy plourèrent si que les gens l'apercevoient
-bien, et à grant paine porent parler ensemble, mais il s'entrepristrent
-par les mains et ainsi se départirent. Et le roy s'en retourna au bois,
-et les ducs de Berri, de Bourgoigne et de Bourbon se en alèrent avec
-l'empereur, et le roy des Romains retourna et convoia une pièce le roy,
-et puis prist congié de luy, et aussi firent les princes et ducs qui en
-la compaignie de l'empereur estoient venus. Avec l'empereur alèrent
-lesdis frères du roy et le menèrent à Laigny-sur-Marne, où il ala au
-giste; et l'endemain aussi alèrent avec luy à Meaux, et aux deux villes
-dessus dites fu honorablement receu et fait présens, comme ès autres
-villes dessus escriptes luy fu fait à son venir. Et celuy dimenche,
-dix-septiesme jour dudit mois, qu'il fu à Meaux, se parti de l'hostel de
-l'evesque où il estoit logié et vint au marchié de Meaux soupper luy et
-son fils et de ses princes, avecques les ducs de Berri et de Bourgoigne,
-frères du roy, en leur hostel, où il fu grandement, prestement et
-honorablement receu et servi, luy et toutes ses gens, combien que pou
-d'espace eussent eu les frères du roy à savoir sa venue.
-
- [353] _Plaisance_. Tout près de Vincennes.
-
-
-
-
-LXXV.
-
-Coment l'empereur se partist de Meaux, et pristrent de luy congié les
-frères du roy qui l'avoient convoié eux et pluseurs autres seigneurs.
-
-
-Le lundi ensuivant, se parti de Meaux ledit empereur et son fils le roy
-des Romains, et les convoièrent lesdis frères du roy bien une lieue
-au-delà de la ville; et pristrent congié de luy et s'en revindrent
-devers le roy. Et n'est pas à oublier que l'empereur de son propre
-mouvement, en la faveur du roy et de son fils ainsné le daulphin, ordena
-et fist son lieutenant et vicaire-général au royaume d'Arle ledit
-daulphin, et voult que ce feust à la vie dudit daulphin inrévocablement.
-Et sur ce fist ses lettres scellées en or en si grant et plain povoir
-comme faire se peust, et come autrefois n'a esté acoustumé. Et
-semblablement le fist son lieutenant et général-vicaire par unes autres
-lettres scellées semblablement et à pareil povoir audit daulphin, fiefs
-et arrière fiefs et tenement quelconques sans riens excepter; et luy
-baillia et donna le chastel de Pouppet[354] sus Vienne, et une autre
-maison en ladite ville appellée Chavaux. Et aussi l'aagea et suppléa
-toutes choses qui par deffaut d'aage povoient donner empeschement audit
-daulphin pour ses graces et gouvernement obtenir. Et pour ces choses
-faire et autres au plaisir et proffit du roy et de ses enfans, laissa
-son chancellier à Paris, trois ou quatre jours après son département,
-pour en délivrer et séeller les lettres.
-
- [354] _Pouppet_. Variante du msc. 9622, _Pompet-sur-Vienne_,
- c'est-à-dire sans doute au-dessus de _Vienne_, comme l'indique la
- ligne suivante. Christine de Pisan écrit _Pompet en Vienne et un
- aultre lieu appellé Cheneaulx_. Il s'agit ici du fameux château de
- Vienne _Pompeiacum_, aujourd'hui _Pipet_.
-
-
-
-
-LXXVI.
-
-Les chemins que l'empereur fist en alant hors du royaume de France.
-
-
-Après s'ensuit le chemin que l'empereur tint en son retour par
-l'ordonnance du roy jusques hors de son royaume. Au partir de la cité de
-Meaux vint au giste à Gandelus, et là ot présens comme ès autres villes.
-De là fu le mardy dix-neuviesme jour de janvier à Chastel-Tierry, où le
-roy fist le lieu qui est sien bien appareillier et ordener pour sa
-venue; et là fu gouverné par ses officiers en sales, en chambres et en
-toutes choses, comme en tous les autres hostels du roy a esté. Et
-estoient en sa compaignie, de par le roy, le seigneur de Coucy, les
-contes de Sarebruche et de Braine; le seigneur de La Rivière et Jehan
-Lemercier, lesquels tous ou la plus grant partie l'acompaignèrent et
-conduirent jusques hors du royaume, et fu son chemin de Chastel-Thierry
-à Reims, de Reims à Mouson, sans les gistes d'entre deux. Et en chascuns
-lieux a eu présens, aussi bien ès plates villes comme ès cités, et
-partout honorablement et grandement receu et festoié, comme il fut à son
-venir. Et est assavoir que toute la despense que luy et ses gens ont
-faite à Paris en hostelleries, le roy a tout fait paier et deffraier; et
-semblablement tous les dons qui valent bien deffraiment, puis qu'il
-entra au royaume jusques il en a esté hors, combien que au nom des
-villes a esté fait, a esté tout au frais et despense du roy.
-
-
-
-
-LXXVII.
-
-Des lettres de l'empereur que son chancellier bailla au daulphin,
-contenans les choses dessus dites.
-
-
-Alors quant le roy fu retourné à Paris, le chancellier de l'empereur
-aporta au daulphin qui estoit devers le roy et lui présenta les lettres
-séellées des graces que l'empereur luy avoit faites, de quoy il mercia
-l'empereur. Et envoia après ledit chancellier en son hostel un bel hanap
-d'argent très bien doré pesant vingt mars, et dedens avoit mil francs
-d'or comptés que ledit daulphin luy donna pour la peine qu'il avoit eue
-de sa besoigne.
-
-
-
-
-LXXVIII.
-
-Comment la royne de France enfanta une fille en l'ostel de Saint-Pol à
-Paris, laquelle fu nommée Catherine.
-
-
-Le jeudi quart jour de février ensuivant mil trois cens septante-sept
-dessus dit, la royne de France ot une fille en l'ostel du roy, emprès
-Saint-Pol à Paris; et l'endemain, jour de vendredi, fu baptisée en
-ladite églyse de Saint-Pol, par messire Aymeri de Maignac, evesque de
-Paris. Et fu parrain le prieur de Sainte-Catherine du Val-des-Écoliers
-de Paris, et marraine une damoiselle qui aidoit à dire les heures à
-ladite royne appellée damoiselle Catherine de Villiers. Et fu ce fait
-par dévocion que ladite royne avoit à madame Sainte-Catherine, et fu
-ladite fille appellée Catherine.
-
-
-
-
-LXXIX.
-
-Du trespassement de madame Jehanne de Bourbon, royne de France, et de
-son noble appareil.
-
-
-Le samedi ensuivant, sixième jour dudit mois de février, environ dix
-heures après midi, ladite royne trespassa de ce siècle audit hostel de
-Saint-Pol, dont le roy fu moult troublé et longuement; et si furent
-moult d'autres bonnes personnes: car il s'entreaimoient tant comme
-loiaux mariés peuvent amer l'un l'autre. Si fu gardée audit hostel, pour
-ce que l'ordenance de son enterrement peust estre faite convenablement,
-jusques au dimenche quatorziesme jour ensuivant. Et cependant chascun
-jour à matin l'en chantoit messes audit hostel, et après disner vigiles
-de mors. Auquel jour de dimenche après disner, le corps fu porté
-notablement sur un beau lit noblement aourné et couvert de biaux draps
-d'or sur le blanc, et un biau poille d'or vermeil sur quatre lances que
-le prévost des marchans de Paris et les eschevins portoient. Et les
-seigneurs de parlement estoient environ le lit où le corps gisoit, et
-tenoient le poille qui estoit sur le lit, tout autour, si comme il est
-acoustumé à faire aux roys et roynes de France. Et sur le visage de
-ladite royne avoit un cuevre chef si délié que tout plainement on véoit
-le visage parmy, et avoit en sa main dextre un petit baston d'or ouvré
-par dessus en la façon d'une rose, et en l'autre main avoit un ceptre,
-et estoient en la compaignie tous les collèges et les ordres de Paris
-mendians, et tous les gens notables qui estoient lors à Paris, prélas et
-autres, et quatre cens torches devant, chascune de six livres. Et après
-le corps aloient à pié le duc de Bourbon, frère de ladite royne, et
-pluseurs autres du lignage du roy, tous vestus de noir.
-
-
-
-
-LXXX.
-
-Coment le corps de la royne fu porté à Nostre-Dame de Paris et
-l'endemain à Saint-Denis en France à grant honneur.
-
-
-[355]Ainsi fu portée jusques à l'églyse Nostre-Dame de Paris, et là fu
-mis le corps au cuer d'icelle églyse, dessoubs une moult notable
-chapelle de bois couverte de cierges; et autour de la nef de ladite
-églyse avoit quatre cent torches du pois de celles qui avoient esté
-portées à convoier le corps, et environ le corps avoit tousjours, tant à
-porter le corps comme en l'églyse, treize grosses torches que portoient
-treize varlès de chambre du roy. Et tantost furent vespres et vigilles
-de mors commenciées, et fist le service en ladite églyse de Paris
-l'evesque de Paris; et tous les autres prélas, tant arcevesques comme
-evesques et abbés, furent revestus avecques leur mitres et leur crosses,
-et estoient seize prélas, dont les evesques de Laon et de Beauvais
-tenoient cuer. Et furent toutes les leçons et vigiles dites par prélas,
-et là estoit présent monseigneur Phelippe d'Alençon, patriarche de
-Jhérusalem et arcevesque d'Aux, lequel n'estoit pas revêtu en habit
-pontifical, mais estoit en chappe romaine avec les autres seigneurs du
-lignaige du roy: et furent tant à convoier le corps que à vigiles la
-royne Blanche, la contesse d'Artois et la duchesse d'Orliens, et aussi
-la niepce du roy, fille du duc de Berry et femme de Amé de Savoie, fils
-du conte de Savoie, et pluseurs autres dames et demoiselles, tant de
-l'ostel de ladite royne trespassée que autres.
-
- [355] Le msc. de Charles V reproduit ici d'une manière intéressante ce
- convoi funèbre dans une grande miniature.
-
-Le lundi ensuivant, quinziesme jour dudit mois environ prime, fu moult
-solempnellement la messe dite en l'église de Paris par ledit evesque de
-Paris, présens ceux qui avoient esté à vigiles. Et tantost que la messe
-fu dicte, le corps fu levé et mis à chemin pour porter à Saint-Denis,
-par la manière qu'il avoit esté aporté en ladite églyse de Paris,
-accompagnié de ceux qui y avoient esté le dimenche. Et y avoit quatre
-cent torches nouvelles, car les autres quatre cens qui avoient esté
-portées à Nostre-Dame y demourèrent et tout l'autre luminaire, et aussi
-y ot treize grosses torches nouvelles que treize varlès de chambre du
-roy portèrent, lesquelles quatre cent treize torches furent portées avec
-le corps jusques à Saint-Denis. Et après le corps alèrent tousjours à
-pié lesdis duc de Bourbon, le patriarche et autres seigneurs du lignaige
-du roy, et moult grant compaignie tant des officiers du roy comme
-d'autres. Et encontre le corps vindrent à procession l'abbé et les
-religieux de Saint-Denis dessoubs jusques oultre la place du Lendit. Et
-quant le corps fu au cuer de l'églyse de Saint-Denis une belle chapelle
-de bois, l'en commença le service de mors, et y furent prélas revestus
-en la manière qu'il avoient esté en l'églyse de Paris, et les deux
-evesques de Laon et de Beauvais qui tenoient cuer, et l'arcevesque de
-Rains faisoit le service. Et là avoit moult grant luminaire sur ladite
-chapelle et environ le cuer de l'églyse, de grant quantité de cierges
-comme de quatre cens torches toutes nouvelles et treize grosses torches
-que les treize varlès de chambre tenoient environ le corps; et furent
-auxdites vigiles tous les seigneurs et dames dont dessus est faicte
-mencion.
-
-
-
-
-LXXXI.
-
-Coment le corps de la royne fu enterré à Saint-Denis et son cuer aux
-Cordeliers de Paris.
-
-
-Le mardi ensuivant, seiziesme jour dudit mois de février, fu la messe
-dite à Saint-Denis par l'arcevesque de Rains, et fu diacre et dist
-l'évangile l'evesque de Noyon, et l'evesque de Lisieux fu sous-diacre et
-dist l'épistre. Et furent tant arcevesques comme evesques et abbés
-dix-neuf crosses. Et après la messe dite, le corps fu enterré en une
-chapelle de ladite églyse de Saint-Denis qui est au costé destre du
-grant autel, près de la porte par laquelle l'en entre au cloistre,
-emprès les degrés par lesquels on monte aux corps sains, laquelle
-chapelle ledit roy Charles avoit fondée. Le mercredi ensuivant
-dix-septiesme jour dudit mois, après disner, furent vigiles dites en
-l'églyse des frères Meneurs, à Paris, et là furent la royne Blanche, la
-contesse d'Artois, la duchesse d'Orliens et pluseurs autres grans dames,
-et aussi les prélas qui avoient esté à Saint-Denis; le duc de Bourbon,
-monseigneur Phelippe d'Alençon, patriarche de Jhérusalem, et grant
-foison d'autres grans seigneurs. Le jeudi au matin ensuivant fu la messe
-dite, et après la messe fu le cuer de la royne enterré devant le grant
-autel de l'églyse desdis frères Meneurs, à la destre partie.
-
-
-
-
-LXXXII.
-
-Coment les entrailles de ladite royne furent enterrées solempnelment en
-l'églyse des Célestins.
-
-
-Le vendredi ensuivant, après disner, furent tous les seigneurs et dames
-dessusdis aux Célestins de Paris, et là, en l'églyse, furent dites
-vigiles. Et le samedi ensuivant la messe et après la messe furent les
-entrailles enterrées devant le grant autel de ladite églyse; et tant
-auxdis frères Meneurs quant le cuer fu enterré comme aux Célestins, à la
-messe et aux vigiles ot très-grant luminaire, tant de torches comme de
-cierges alumés sur chascune des chapelles de bois estant au milieu du
-cuer, tant de l'une desdites églyses comme de l'autre, et moult beaux
-draps d'or sur les sépultures, tant dudit cuer comme des entrailles. Et
-à chascun desdis trois enterrages qui furent fais, furent donnés à
-toutes personnes qui y vouldrent aler, à chascune personne à chascune
-fois quatre deniers parisis de bonne monnoie courant lors.
-
-
-
-
-LXXXIII.
-
-Du trespassement de madame Ysabel, fille du roy, et de son enterrement.
-
-
-Le mardi ensuivant, qui fu le vint-troisiesme jour dudit mois de
-février, en l'ostel du roy emprès Saint-Pol à Paris, trespassa madame
-Ysabel, fille desdis roy et royne. Et le jeudi ensuivant fu enterrée en
-l'églyse de Saint-Denis, en la chapelle où la royne voit esté enterrée.
-
-
-
-
-LXXXIV.
-
-Coment les messaigiers commis à traictier de la paix du roy de France et
-de celuy d'Angleterre recommencièrent.
-
-
-En iceluy mois de février, se remistrent sus les traictiés entre les
-roys de France et d'Angleterre, par le moien des deux arcevesques de
-Rouen et de Ravenne, messaiges du pape; et envoièrent lesdis roys leur
-messaiges à Bruges pour traictier de la paix entre lesdis roys.
-
-
-
-
-LXXXV.
-
-Du trespassement du pape Grégoire XI, et de la fouldre qui chéi.
-
-
-Le samedi au soir, vint-septiesme jour du mois de mars ensuivant, pape
-Grégoire qui estoit alé à Rome, si comme dessus est escript, trespassa
-de ce siècle en ladite cité de Rome au palais Saint-Pierre. Et le mardi,
-sixiesme jour du mois d'avril ensuivant mil trois cent septante-sept
-avant Pasques, car Pasques ensuivant furent le dix-huitiesme jour
-d'avril, au conclave qui estoit ordené par les cardinaux pour faire
-l'éleccion de l'autre pape et auquel il devoient entrer l'endemain, chéi
-la fouldre et rompi et despéça deux des loges ordenés pour deux des
-cardinaux. Et l'endemain, jour de mercredi septiesme jour dudit mois,
-entrèrent les cardinaux qui lors estoient à Rome audit conclave, et en
-celuy temps en avoit encore six à Avignon qui point n'estoient alés à
-Rome avec ledit pape. Et par ce que dessus est dit, puet apparoir que
-ledit pape Grégoire qui, si comme dessus est escript, fu esleu en pape
-le trentiesme jour de décembre mil trois cent septante, ne régna pape
-que sept ans, et tant comme il a du trentiesme jour de décembre au
-vint-septiesme jour de mars.
-
-
-
-
-LXXXVI.
-
-Coment, par la grace de Dieu, furent révélées au roy de France pluseurs
-traïsons contre luy machinées à faire par le roy de Navarre.
-
-
-L'an dessusdit mil trois cent septante-sept, au mois de mars, furent
-envoiées lettres au roy de France par aucuns grans seigneurs, esquelles
-estoit contenu que le roy de Navarre avoit conceu et machiné de faire
-empoisonner ledit roy de France; et que un appelé Jaquet de Rue,
-chambellan dudit roy de Navarre, lequel ledit roy de Navarre envoioit
-lors en France en la compaignie de messire Charles de Navarre, son
-ainsné fils, savoit ces choses et pluseurs autres mauvaistiés conceues
-par ledit roy de Navarre contre ledit roy de France. Et pour celle cause
-ledit roy de France fist prendre ledit Jaquet de Rue et emprisonner par
-ceux qui le pristrent. Et par iceux qui le pristrent fu trouvé en un des
-coffres dudit Jaquet un petit roole de mémoires dont ci-après sera faite
-mencion; et après fu ledit Jaquet examiné par le commandement du roy de
-France, lequel confessa ce que ci-après suit:
-
-
-
-
-LXXXVII.
-
-Ci-après s'ensuit la confession Jaquet de Rue, chambellan du roy de
-Navarre.
-
-
-[356]Jaquet de Rue, escuier-chambellan du roy de Navarre, pris du
-commandement du roy de France, et amené prisonnier à Corbueil par Jehan
-de Rosay, huissier d'armes, et par Guillaume de Rosay, escuier d'escurie
-du roy nostre sire, frères, le vint-cinquiesme jour de mars mil trois
-cent septante-sept, a dit et confessé de sa pure volenté, sans
-contrainte, présens monseigneur le chancelier de France, le sire de La
-Rivière, messire Nicolas Braque, messire Estienne de la Granche,
-président en parlement; messire Pierre de Bournaseau et maistre Jehan
-Pastourel, conseilliers du roy nostre sire; le prévost de Paris et Jehan
-de Vaudetar; que les mémoires contenus en une cédule qui a esté trouvée
-en un de ses coffres sont vrais, lesquels mémoires le roy de Navarre luy
-fist baillier par Guillaume Planterose, son trésorier, né de la conté de
-Longueville en Caux, pour les faire mettre à exécucion en la manière qui
-s'ensuit:
-
- [356] Ce grand et important chapitre est inédit. Dans les éditions
- précédentes et dans la plupart des manuscrits, il a été retranché.
- Dans le beau manuscrit de la _Continuation de Nangis_, nº 8298-3, on
- a lié le commencement de la confession de Jaques de Rue à la fin de
- celle de Pierre du Tertre, et l'on a supprimé l'intermédiaire.
- Christine de Pisan, après avoir raconté cet événement d'une manière
- fort concise, ajoute: «Qui plus en voudra savoir, trouver le pourra
- assés près de la fin où les chroniques de France traittent dudit roy
- Charles, après le trespassement de la royne.» (Liv. III, chap. 51.)
-
-C'est assavoir «que par le conseil de maistre Pierre du Tertre, de
-Ferrando d'Ayens, de messire Michel Sanches, capitaine d'Avranches, du
-prieur de Pampelune, de Gomins Lorens et dudit Jaquet, l'en envoie ledit
-Gomins Lorens et Jehan Dupré, clerc dudit maistre Pierre, en Angleterre
-le plus tost que l'en pourra, pour faire les choses qui s'ensuivent:
-
-»Premièrement, que l'en renvoie les traictiés qui furent commenciés
-entre le roy d'Angleterre et le roy de Navarre, au temps que ledit roy
-de Navarre fu en Angleterre, avant qu'il venist devers le roy à Vernon,
-lesquels ledit maistre Pierre du Tertre a pardevers luy; et que l'en en
-preingne, par son conseil, ce qui sera bon pour traictier de nouvel. Et
-scet bien, ledit Jaquet, que par la teneur desdis traictiés, le roy de
-Navarre devoit faire guerre en chief de luy et de ses forteresses et de
-son païs contre le roy de France. Et pour ce, le roy d'Angleterre
-accordoit faire baillier audit roy de Navarre Lymoges et Lymosin et les
-chasteaux du Melle, de Chiset et de Chivray, que le duc d'Orliens tint
-en Poitou, et un grant somme d'argent pour une fois, ne se recorde pas
-quelle. Et le roy de Navarre devoit baillier audit roy d'Angleterre pour
-seurté, à tenir pour trois ans, quatre de ses forteresses; c'est
-assavoir Nogent-le-Rotrou, Nonancourt et deux autres, ne se remembre pas
-lesquelles, et devoient être mises en la main du conte de Salesbury.
-Mais avant que le traictié feust parfait, le chancelier du prince et
-monseigneur Regnaut Sauvage empeschièrent le traictié, pour ce que ledit
-prince ne vouloit pas que l'en luy baillast lesdis païs et forteresses
-qui estoient siennes.
-
-»Item, que l'en traicte les meilleurs aliances que l'en pourra avec le
-roy d'Angleterre contre le roy de France: et que l'en traicte par
-lesdites aliances le mariage de l'une des filles du roy de Navarre et du
-roy d'Angleterre, et le mariage du fils de Lencastre et de l'une des
-filles dudit roy de Navarre, ou du conte de Mortaing et de l'héritière
-du duchié de Lencastre.
-
-»Item, que l'en traicte que les terres de Bayonne, de Soble et de
-Labourt, soient baillées audit roy de Navarre siennes à héritage, et
-qu'il soit lieutenant et garde de Bordeaux et d'Aix et des parties
-d'environ, pour et au nom du roy d'Angleterre; et qu'il facent guerre,
-l'un pour l'autre, contre le roy de France; et que, pour ce, soit ledit
-roy d'Angleterre tenu de baillier audit roy de Navarre certaine somme de
-gens d'armes et d'argent la plus grant que l'en pourra et tout ce que
-ses gens en pourront traire; et que nuls desdis roys ne puisse sans
-l'autre faire paix audit roy de France. Et combien que ledit roy de
-Navarre fist demander audit roy d'Angleterre comme dit est, toutesvoies
-estoit l'entencion dudit roy de Navarre que, au cas que le roy
-d'Angleterre ne la luy vouldroit baillier, que ce nonobstant l'en
-procédast avant ès dites aliances.
-
-»Item, que l'en accorde de baillier audit roy d'Angleterre, pour tenir
-ces choses fermes et pour seurtés, les chasteaux et villes de
-Nogent-le-Roy, d'Anet, d'Ivry et de Nonancourt.
-
-»Item, que l'en traicte aliances entre le duc de Lencastre et ledit roy
-de Navarre pour le fait contre le roy d'Espaigne, et que, par ledit
-traictié, ledit duc de Lencastre soit tenu de envoier au roy de Navarre
-certaine quantité de gens d'armes, le plus que l'en pourra avoir.»
-
-Et le trentiesme jour de mars ensuivant, en Chastellet à Paris; présens
-monseigneur le chancelier; lesdis messire Nicolas Braque, messire
-Estienne, messire Pierre, maistre Jehan Pastorel et le prévost de Paris
-et Giles Malet, dist ledit Jaquet que en ce caresme a quatre ans, en la
-fin de la chevauchiée que le duc de Lencastre fist par le royaume de
-France auquel temps se devoient conduire certains traictiés de paix
-d'entre le roy d'Espaigne et ledit roy de Navarre, iceluy roy de Navarre
-vint devers ledit duc de Lencastre et luy requist entre les autres
-choses que il luy voulsist aidier à ce que il ne luy convenist pas
-prendre si deshonnorable traictié comme il avoit avecques ledit roy de
-Castelle, et que au moins luy voulsist aidier d'un nombre de ses gens,
-et il paieroit les gaiges et prendroit l'aventure de luy faire guerre.
-Et en ce temps ledit roy de Navarre fist parler de aliances et amistiés
-avoir avec Pierre Menric Adelentado de Castelle, pour estre avecques luy
-contre ledit roy d'Espaigne au cas qu'il y eust guerre; et dit que à un
-jour en celuy temps ledit Pierre Jehan Perisdillo et Jehan Sanchis,
-capitaine de Trevignon, escuiers et familliers dudit prince et autres
-jusques au nombre de six de sa partie, et feu Radigo et ledit Jaquet,
-Mahiet de Quoquerel, Sancho Lopès et autres deux personnes de la partie
-du roy de Navarre, furent ensemble sur les champs, entre le Grouing et
-Vienne, pour accorder lesdites aliances; et là ledit Pierre accorda
-estre de la partie du roy de Navarre contre le roy de Castelle, mais que
-il feust puissant de luy faire guerre. Et accorda baillier au roy de
-Navarre en ce cas son lieu de Trevignon, et le Grouing que il gardoit
-pour le roy de Castelle. Et le roy de Navarre luy promist donner
-certains terres et lieux en son royaume de Navarre, et à deux frères
-qu'il avoit lors autres héritages ou rentes. Mais pour ce que ledit duc
-de Lencastre n'ayda point au roy de Navarre, ce qu'il avoient accordé
-d'une partie et d'autre ne se mist point à effet; et depuis a ledit roy
-de Navarre donné rente audit Pierre Menric et à ses deux escuiers; c'est
-assavoir audit Pierre cinq cens florins de rente et à chacun desdis
-escuiers cent florins; de laquelle rente il ont été et sont encore bien
-paiés. Et pour ce, pense ledit Jaquet, sé ledit roy de Navarre avoit
-guerre audit roy de Castelle, que ledit messire Pierre y seroit de sa
-partie de tout son povoir; mais que ledit roy de Navarre eust grant
-povoir et grant effort.
-
-»Item, que l'en advise ledit maistre Pierre de tenir au long le plus
-qu'il pourra et par bonne manière les traictiés du roy de France et du
-roy de Navarre; soit par laissier les drois royaulx par eschanges de
-terre ou vendicion de Montpellier, et par autres voies qui meilleurs les
-saura trouver, afin que le roy de Navarre peust avoir meilleur loisir de
-faire son traictié et ses aliances avec le roy d'Angleterre et que le
-roy de France ne s'en apparceust[357].
-
- [357] Le manuscrit de Charles V porte ici: _Nota_.
-
-»Item, que messire Charles de Navarre, si tost qu'il sera en France, au
-plus tost que faire se pourra et par bonne manière, face que il ait
-Nogent en sa main et y mette gens de qui il se pourra aidier au besoin,
-et ès autres forteresses par semblable manière où il verra qu'il sera à
-faire par le conseil de ses gens.
-
-»Item, que l'en advise par bonne manière de vendre Montpellier, quant
-l'en sera à accort des aliances dudit roy de Navarre et du roy
-d'Angleterre pour faire guerre audit roy de France, avant que ladite
-guerre soit ouverte et non autrement: et le vouloit ainsi ledit roy de
-Navarre, pour ce qu'il ne l'eust pu tenir en temps de guerre.
-
-»Item, que l'en face retourner en Navarre le conte de Mortaing le plus
-tost que l'en pourra». Et tient ledit Jaquet que c'est pour ce que ledit
-roy de Navarre ne vouldroit pas que ses deux fils feussent ensemble par
-deçà. «Et aussi que l'en renvoie devers le roy de Navarre ledit Jaquet
-le plus tost que l'en pourra avec toutes nouvelles, c'est assavoir de ce
-qui auroit esté fait des choses contenues en ladite cédule et des autres
-choses sé elles entrevenoient.
-
-»Item, que on die audit maistre Pierre que il extraie desdis traictiés
-pieça commenciés entre le roy de Navarre et le roy d'Angleterre, les
-articles qui bons lui sembleront, et seront envoiés en Navarre, afin
-d'estre plus aisiés, sé les messages du roy d'Angleterre y aloient.
-
-»Item, que l'en advise[358], au cas que l'on auroit la guerre avecques
-le roy de France, de prendre trois ou quatre forteresses sur les
-ennemis; c'est assavoir sur le roy de France et sur ses subgiés, avant
-qu'il se donnent garde de celles qu'il peussent avoir plus tost prises,
-feust sur la rivière de Saine ou ailleurs.» Et dit ledit Jaquet que tous
-les mémoires dessus dis nomma le roy de Navarre de sa bouche à Guillaume
-Planterose son trésorier, qui les escript de sa propre main, présent
-ledit Jaquet, et se charga ledit Jaquet de les apporter par deça pour en
-parler audit maistre Pierre et aux autres dessus nommés au premier
-article, et les faire mettre à exécucion: et les sceurent bien Ferrando
-d'Ayens et Guiot d'Arcies, et non autres.
-
- [358] _Nota_. (Msc. de Charles V.)
-
-[359]Dit oultre et confesse ledit Jaquet que le roy de Navarre n'aime
-point le roy de France, né n'ot onques bonne amour à luy, quelques
-belles paroles qu'il lui ait dictes né quelque bel semblant qu'il lui
-ait fait; mais a tousjours tendu par toutes les manières qu'il a peu à
-lui faire grief et dommage, et sé il povoit et véoit sa keue reluire il
-mectroit volentiers peine à sa destrucion.
-
- [359] _Nota_. (Id.)
-
-Dit avecques que environ a huit ans, le roy de Navarre prist et retint
-avecques luy un phisicien qui demouroit à l'Estoille en Navarre, bel
-homme et jeune et très-grant clerc et subtil appellé maistre Angel[360],
-né du pays de Chypre, et luy fist moult de biens et luy parla entre les
-autres choses de empoisonner le roy de France, en disant que ce estoit
-l'omme du monde que il haioit plus; et luy dist que sé il le povoit
-faire, il luy en seroit bien tenus et luy recompenseroit bien. Et tant
-fist que ledit phisicien luy octroya de le faire; et devoit estre fait
-par boire ou par mangier; et devoit venir ledit phisicien en France pour
-ce exécuter, et pensoit ledit roy de Navarre que le roy de France préist
-plaisir en luy, pour ce qu'il parloit bel latin et estoit moult
-argumentatif, et que, par ce, eust entrée souvent devers luy, par quoy
-eust oportunité de faire son fait. Et ledit roy de Navarre qui avoit
-grant désir à ce que la besoigne s'avançast le pressa moult du faire. Et
-quant ledit phisicien se vist ainsi pressié si qu'il convenoit qu'il le
-féist ou se partisist de sa compaignie, il s'en ala et s'en parti, né
-onques puis ne fu devers luy, et a bien sept ans ou environ qu'il s'en
-parti: et tenoit-l'en en Navarre que il estoit noié en la mer. Et ce
-scet ledit Jaquet, parce que ledit roy de Navarre mesme le lui dist. Et
-dit aussi ledit Jaquet que ledit roy de Navarre est encore en volenté et
-propos de faire empoisonner le roy de France, et a ordené et disposé le
-faire par un sien varlet de chambre qui souloit estre de sa paneterie,
-et est appellé Drouet de la Paneterie et est de Beauvoisin, et a un sien
-cousin qui sert le roy en sa cuisine ou en la fructerie; lequel Drouet
-le roy de Navarre doit envoier pardevers messire Charles son fils, soubs
-ombre d'autres besoignes; mais pour cette besoigne se doit traire devers
-ledit Jaquet dedens Pasques prochaines ou la quinzaine ensuyvant. Et
-après doit venir son dit cousin, et par l'acointance d'iceluy cousin
-doit repairier en l'ostel du roy, et par ainsi doit procéder à mettre à
-exécucion son fait, et se doit faire par mengier; et a faite les poisons
-une juive qui demeure en Navarre. Et a espérance ledit Drouet que son
-dit cousin soit de son aide en ce fait. Et ces choses scet ledit Jaquet
-parce que le roy de Navarre mesme les luy dist, environ quinze jours
-après que monseigneur Charles son fils se fu naguères parti de luy; car
-ledit Jaquet demoura tant devers luy après le partir des autres: et
-aussi les luy dist ledit Jaquet[361], et est un peu grosset sans barbe
-de l'aage d'environ vingt-huit ans ou trente.
-
- [360] _Nota_. (Id.)
-
- [361] _Jaquet_. Il doit y avoir ici faute du copiste. Lisez _Drouet_,
- comme dans le manuscrit de la _Continuation de Nangis_, nº 9622 (fº
- 204, vº).
-
-Dit oultre que pour ce que le roy de Navarre senti que feu Guerart
-Malsergent, qui estoit son bailly d'Evreux, avoit acointance au roy
-nostre sire et qu'il estoit son bienvueillant, il ordena et manda à
-maistre Pierre du Tertre que il le féist mourir, et vouloit que il
-mourut ès ténèbres devant Pasques. Mais pour ce que l'en failli à le
-tuer en ténèbres, ledit maistre Pierre, si comme il oï dire, le fist
-murdrir ès feries de Paques ensuivant, à l'entrée d'une nuit en pleine
-rue, et fu fait, environ a six ans; ainsi l'a oï dire ledit Jaquet et le
-tenir communelment.
-
-Dit avec ce, que passés sont sept ans ou environ, avant que le roy de
-Navarre venist devers le roy de France à Vernon, iceluy roy de Navarre
-cuida faire prendre Meullen par devers le costé de Chartain, et fu
-ordené de mettre cinquante hommes d'armes Navarrois en embusche assez
-près de la porte pour y entrer tantost que la porte se ouverroit: et en
-estoient capitaines Bernadon d'Espelot et un autre Navarrois. Et aussi
-fu ordené de mettre en une autre place assez près d'ilec, deux cens
-hommes d'armes dont Saint-Julien estoit capitaine, pour venir conforter
-les autres cinquante dessus dis quant il seroient entrés dedens, et pour
-tout avitaillier le lieu, si que il le peussent tenir contre le roy;
-mais celle journée, la porte de celle partie ne se ouvri pas, et ainsi
-fu ladite emprise de nul effet, et le scet parce qu'il fu au conseil de
-ces choses.
-
-[362]Dit oultre que, environ Noel derrenièrement passé ot trois ans,
-monseigneur Phelippe d'Alençon, qui fu arcevesque de Rouen, envoia
-devers ledit roy de Navarre, et lui fist savoir que volentiers
-s'alieroit avecques luy contre le roy de France. Et lors ledit roy de
-Navarre renvoia devers ledit arcevesque Sancho Lopez et ledit Jaquet,
-pour savoir et lui rapporter plus clerement de son entencion et volenté.
-Et dit que ledit arcevesque leur dist que volentiers s'alieroit avecques
-luy par la manière que dit est; et que combien qu'il fust clerc, si se
-armeroit-il volontiers en sa personne et se mettroit si avant en ladite
-guerre comme chevalier qui y feust, et disoit qu'il se faisoit fort du
-conte de Perche son frère qu'il seroit de cette aliance; et aussi se
-faisoit fort qu'il auroit tous les chasteaux de madame sa mère à son
-plaisir, mais de monseigneur d'Alençon né du conte d'Estampes ne se
-faisoit-il mie fort; et dit que le traictié se reprist par deux fois,
-mais lesdites alliances ne se firent pas, pource que le roy de Navarre
-le véoit trop foible, et pour ce n'en tint compte.
-
- [362] _Nota_. (Msc. de Charles V.)
-
-Dit oultre ledit Jaquet que environ a sept ans que ledit roy de Navarre
-vint en Bretaigne, et vint par Cliçon où estoit le sire de Cliçon, et
-luy fist ledit sire de Cliçon très-bonne chière et très-grande, et le y
-receupt moult honnorablement: et d'ilec vinrent à Nantes, et ilecque
-ledit roy de Navarre dist audit duc qui fu, qu'il ameroit mieux mourir
-que de souffrir telle vilenie comme le sire de Cliçon luy faisoit, car
-il amoit la duchesse sa femme, et la luy avoit veue baisier par derrière
-une courtine[363]; si comme il oï dire, et la commune renommée estoit
-telle.
-
- [363] _Courtine_. Tapisserie, principalement de celles qui font
- l'office de _portières_.
-
-Et aussi a-il oï dire que ledit duc qui fu, machina dès lors en la mort
-dudit sire de Cliçon; et depuis à un jour que ledit duc qui fu et le
-sire de Cliçon et le viconte de Rohan furent à Vannes, iceluy duc qui fu
-fist armer gens de son hostel Anglois, jusques au nombre de trente ou
-environ, pour mettre à mort ledit sire de Cliçon; et si comme il dançoit
-en un jardin, présent ledit duc qui fu, où il devoit estre mis à mort,
-ledit sire de Cliçon en fu advisé, et pour ce que lesdis Anglois ne
-firent pas appertement leur fait, il s'en parti franc et délivre.
-
-Dit avecques ce, que aussi tost après ce que la bataille fu à Cocherel,
-ledit roy de Navarre promist à feu monseigneur Seguin de Badesol mile
-livrées de terre pour faire guerre au roy de France et à son royaume; et
-pour ce que ledit messire Seguin luy demanda que lesdites mile livrées
-de terre luy feussent assises en certains lieux en Navarre, c'est
-assavoir: à Falses, à Peralte et à Lerin, et l'empressoit fors, le roy
-de Navarre, en disant que ledit messire Seguin luy demandoit le plus bel
-de sa chevance, dist audit Jaquet qu'il failloit qu'il s'en délivrast.
-Et puis parla à Guillemin Petit, lors son varlet de chambre qui demeure
-à présent à Evreux[364], et luy dist en la présence dudit Jaquet que il
-convenoit que il l'empoisonnast. Et à un souper en la propre sale dudit
-roy de Navarre à Falses, iceluy messire Seguin qui y estoit assis à la
-table, du sceu et du consentement dudit Jaquet, fist le roy de Navarre
-empoisonner en coings ou en poires sucrées, ne scet lequel, par
-Guillemin Petit; et mourut ledit Seguin dedens six jours après ou
-environ, et ne scet quelles furent les poisons fors que il pense que ce
-fu réagal[365].
-
- [364] _Nota_. (Msc. de Charles V.)
-
- [365] _Réagal_. Arsenic rouge. Je lis dans le _Grand Dictionnaire_ de
- P. Marquis, Lyon 1609: «_Riagas_. Espèce de poison que aucuns
- nomment _Reagal_ ou _Reagas_. Arsenicum, que l'Espagnol dit
- _Reiagar_.»
-
-Dit aussi qu'il demoura avecques le roy de Navarre par quinze jours ou
-environ après ce que messire Charles son fils se fu naguères parti de
-luy. Et en ce temps vint d'Angleterre par devers ledit roy de Navarre,
-Garsie Arnault de Salies qui luy dist que la princesse et tout le
-conseil d'Angleterre avoient grant désir que le mariage se feist du roy
-d'Angleterre son fils et de l'une des filles dudit roy de Navarre, et
-que en ce estoient tous fermes; et que combien que l'empereur eust
-essayé de faire mariage dudit roy d'Angleterre et de sa fille, il ne s'y
-estoient voulu consentir, et disoient que mieux amoient qu'il fust marié
-à celle de Navarre, car c'estoit plus noblement et en plus hault
-lignage; et oultre, que au fort il auroit le mariage pour néant et ne
-cousteroit rien au roy de Navarre, mais que il feust alié aux Anglois.
-Et quant ledit Jaquet se parti dudit roy de Navarre, pour venir devers
-ledit messire Charles, iceluy roy de Navarre luy dist que il déist ce
-que ledit Garsie luy avoit rapporté audit messire Charles, à l'evesque
-d'Acx, à Ferrando, à messire Guy de Gauville, à Remiro Darilhano, et aux
-autres du conseil dudit messire Charles; et ceste charge luy faisoit
-ledit roy de Navarre, afin que la chose s'avançast, sé le mariage leur
-sembloit bon. Et quant il fu venu devers eux, il leur dist ainsi: et
-ledit messire Charles dist lors que il luy sembloit que le mariage
-estoit bon et luy plaisoit bien, et ainsi furent pluseurs des autres,
-mais l'evesque en baissa la teste et n'en dist mot. Et lors dist
-Ferrando: «Or regardez comment cet evesque a les besoignes de
-monseigneur bien à cuer que ainsi se taist.» Dist oultre que le roy de
-Navarre a très grant désir à ce que les alliances dessus dictes d'entre
-luy et le roy d'Angleterre soient hastivement faites, et pour ce a
-ordené que les messages qui devoient aler en Angleterre y voisent
-tantost, et que l'entencion du roy de Navarre est de venir en France en
-sa personne, et ne scet ledit Jaquet sé il vendra par mer ou par terre;
-mais bien scet que sé il vient par mer il montera à Bayonne au navire
-d'Angleterre sé il y vient, et vendra le plus fort que il pourra. Et sé
-il vient par terre, il viendra ainsi comme soubs un maistre, en habit
-mescogneu, et entent à faire guerre au roy, de luy et de ses subgiés et
-aliés, le plus efforciement que il pourra, et recevoir les Anglois en
-ses chasteaux et forteresses pour luy faire guerre. Et dit que ainsi
-estoit-il proposé avant que il partist; mais ledit Jaquet pense que il
-muera son propos quant il saura nouvelles de sa prise, et qu'il fera
-avancier les alliances et son armée pour grever le roy et le royaume au
-plus tost qu'il pourra; car il dira et pensera en son cuer que le roy de
-France sache de son fait par la prise dudit Jaquet autant comme il
-feroit par lui-mesme sé il estoit pris.
-
-Dit avecques ce ledit Jaquet que les messages que monseigneur d'Anjou
-envoia naguères par devers le roy de Castille, passèrent par Navarre et
-présentèrent au roy de Navarre une lectre que monseigneur d'Anjou luy
-envoioit par lesquelles luy prioit que tous mantalens et toutes choses
-du temps passé fussent oubliées, et que ledit roy de Navarre voulsist
-estre son ami; car il vouloit estre le sien, et qu'il se voulsist
-entremectre de l'acort faire sur le débat entre luy et le roy d'Arragon,
-et qu'il estoit l'homme qu'il en chargeroit plus volontiers. Et après
-ce, vint devers le roy de Navarre un docteur qui estoit desdis messages
-et qui moult vouloit parler audit roy de Navarre; et luy présenta ledit
-docteur une autre lectre bien aimable et par monseigneur d'Anjou
-escripte de sa main; et luy dist que il voulsist estre ami de
-monseigneur, et il seroit le sien et se voulsist chargier de son fait.
-Et après ce que ledit docteur s'en fu parti, ledit roy de Navarre dist
-ces choses audit Jaquet, et luy dist oultre que il savoit bien que ce
-n'estoient que paroles pour luy decevoir, et luy vouloit baillier du
-tour du baston[366], car il savoit bien qu'il estoit l'homme du monde
-que monseigneur d'Anjou haioit plus; et que puisqu'il vouloit feindre
-estre son ami, il se feindroit aussi et luy donroit un tour de baston
-comme il luy vouloit baillier: car il se chargeroit de son fait, et
-soubs umbre et couleur de faire la besoigne de monseigneur d'Anjou, il
-feroit son traictié avecques le roy d'Arragon; et entendoit par les
-paroles dudit roy de Navarre que c'estoit pour faire aliances contre le
-roy d'Espaigne.
-
- [366] _Du tour du baston_. Ici, l'expression a le sens de notre _tour
- de vieille guerre_ ou _croc-en-jambe_, et je crois cette vieille
- acception plus naturelle que celle qui a prévalu. Le Dictionnaire de
- Trévoux a donc eu bien tort de l'expliquer: «_Tour de bâton_, ou _de
- bas-ton_, adresses particulières qu'ont des gens d'une profession
- pour tromper ceux à qui ils ont à faire.» C'est tout simplement une
- expression proverbiale empruntée à l'ancienne _eschermie_, lutte ou
- _escrime_ au bâton.
-
-«Et je Jaquet de Rue dessus nommé, confesse et jure sur les saintes
-évangiles de Dieu par moi touchées, et sur le péril de la damnapcion de
-l'ame de moi, que les choses dessus escriptes en ces trois rooles de
-parchemin, lesquelles, après ce que je les ai confessées sans force et
-sans contrainte, ont esté ainsi escriptes, et m'ont esté lues par
-pluseurs journées et par pluseurs intervales, et je meisme les ay lues,
-sont vraies par la manière que dessus sont escriptes. Et en tesmoing de
-ce j'ay ce escript de ma main, le premier jour d'avril l'an mil trois
-cens septante-sept, avant Pasques.
-
-Jaquet de Rue.»
-
-
-
-
-LXXXVIII.
-
-Coment messire Charles, ainsné fils du roy de Navarre, vint à
-sauf-conduit à Senlis, pour veoir le roy de France son oncle.
-
-
-En ce temps, c'est assavoir au karesme mil trois cens septante-sept,
-messire Charles, ainsné fils du roy de Navarre, qui de nouvel estoit
-venu de Navarre en France et estoit en Normendie, envoia devers le roy
-et luy fist savoir qu'il venroit volentiers pardevers luy pour le veoir
-et luy faire la révérence, mais qu'il pleust au roy de luy envoier un
-sauf-conduit, tant pour luy comme pour ceux qui seroient en sa
-compaignie, laquelle chose le roy luy ottroia et ainsi le fist. Et vint
-ledit messire Charles à Senlis là où le roy estoit, et amena en sa
-compaignie messire Jean Bauffe evesque d'Aics, le prieur de Pampelune,
-messire Ligier d'Orgetin, messire Baudoin de Baulo, Ferrando Dayens, et
-pluseurs autres tant chevaliers comme escuiers. Et après ce que ledit
-messire Charles ot esté avecques le roy pour aucun temps, il luy fist
-requeste de la délivrance dudit Jaquet de Rue, lequel estoit parti de
-Navarre en la compaignie d'iceluy messire Charles, et avoit esté pris
-comme dessus est escript et jà avoit fait la confession dessus escripte.
-Auquel messire Charles, après aucunes paroles, le roy fist dire et
-montrer par aucuns de ses conseilliers, les deffautes, mauvaistiés et
-trahisons que ledit roy de Navarre avoit faites, pactées et machinées
-tant contre le roy Jehan comme contre le roy Charles son fils regnant à
-présent. Et depuis, le roy, en sa présence et de pluseurs de son lignage
-et autres de son conseil, fist ces choses dire audit messire Charles en
-la présence de ceulx qui estoient venus en sa compaignie, et leur fist
-dire la confession que avoit faite ledit Jaquet de Rue, et que
-l'entencion du roy estoit d'avoir les forteresses qui de par ledit roy
-de Navarre estoient tenues en Normendie, et que gens y fussent mis de
-par le roy qui loyalement les garderoient à la seurté du roy et du
-royaume. Et pour ce que là estoient présens pluseurs, et la plus grant
-partie en la compaignie dudit messire Charles, de ceux qui avoient le
-garde des dites forteresses, le roy ordena et requist que ledit messire
-Charles premièrement, et les capitaines des dites forteresses qui là
-estoient présens, jurassent sur les saintes évangiles de Dieu et par les
-fois de leur corps, que tantost et sans délai il délivreroient et
-feroient délivrer par ceux qui dedens estoient lesdites forteresses, et
-chascune d'icelles au duc de Bourgoigne frère du roy, lequel le roy
-envoieroit en Normendie pour celle cause, tantost que ledit duc ou ses
-messages seroient devant lesdites forteresses. Et pour ce que ledit
-Ferrando d'Ayens avoit la plus grant partie de toutes lesdites
-forteresses en son gouvernement et en sa puissance, et ledit messire
-Charles doubtoit, si comme il dist lors à aucuns du conseil du roy, que
-ledit Ferrando quant il seroit hors de la présence du roy, ne
-accomplisist pas né enterinast ce qu'il avoit promis et juré en la
-présence du roy, de rendre lesdites forteresses, pour ce requist à
-aucuns du conseil du roy, et aussi le fist sentir au roy que la main fu
-mise audit Ferrando, et qu'il fust arresté prisonnier jusques à ce qu'il
-eust rendu lesdites forteresses, comme promis et juré l'avoit. Et fu
-ledit Ferrando baillié en garde à aucuns des officiers du roy, pour
-mener avecques ledit duc de Bourgoigne en Normendie, afin qu'il luy fist
-rendre lesdites forteresses. Et assez tost après parti le duc de
-Bourgoigne, bien accompaignié tant des gens du roy comme des siens, pour
-aler en Normendie exécuter ce que dit est. Et ala en sa personne devant
-pluseurs desdites forteresses, garni de povoir du roy souffisant de
-requérir et prendre lesdites forteresses pour le roy et de par luy, tant
-par luy comme par ses députés; et trouva désobéissance en toutes ou en
-la plus grande partie d'icelles. Et toutes voies estoit ledit messire
-Charles en sa compaignie; mais nonobstant toute désobéissance, ledit duc
-de Bourgoigne, le connestable de France et les autres qui estoient au
-païs de Normendie de par le roy pour celle cause, firent tant, par force
-et par assaut comme autrement, que en la saison de l'esté ensuivant qui
-fu mil trois cens septante-huit, il orent la possession et la seigneurie
-de toutes les forteresses qui avoient esté dudit roy de Navarre, excepté
-de la ville et chastel de Cherbourc. Et entre les autres fu rendu le
-chastel de Breteuil, où estoient messire Pierre de Navarre et madame
-Bonne sa suer, lesquels furent envoiés devers le roy, et il les receust
-et gouverna comme son nepveu et sa niepce. Et aussi en une belle tour
-qui estoit à Bernay, tenue lors de par ledit roy de Navarre, fu pris un
-sien secrétaire appellé maistre Pierre du Tertre, lequel savoit les
-secrès d'iceluy roy de Navarre aussi avant comme aucun autre, lequel fu
-amené en chastellet à Paris en prison, et fu examiné sans force et sans
-contrainte. Et par son serement déposa et confessa les choses ci-après
-escriptes; et si furent trouvées en la tour, en un coffre qui estoit
-dudit maistre Pierre, pluseurs lettres et escriptures par lesquelles la
-confession dudit maistre Pierre, ci-après escripte, apparoit estre bien
-véritable.
-
-
-
-
-LXXXIX.
-
-Ci-après s'ensuit la confession de maistre Pierre du Tertre, secrétaire
-et conseillier du roy de Navarre.
-
-
-Maistre Pierre du Tertre, secrétaire et conseillier du roy de Navarre,
-capitaine et garde de la tour de Bernay pour ledit roy de Navarre, pris
-illec et amené prisonnier au Temple, à Paris, a dit et confessé de sa
-pure et loial volenté sans contrainte, le mercredi vintiesme jour de mai
-mil trois cens septante-huit, en la présence de pluseurs notables
-personnes tant du sanc du roy nostre sire comme de son conseil, pluseurs
-choses et mauvaistiés contenues et escriptes en six peaux de parchemin
-colées ensemble; et entre les autres choses pour ce que ce seroit trop
-grant prolucité de tout escripre, dit: Qu'il a servi le roy de Navarre
-et luy a fait serement de le servir loyaument en tout ce qu'il luy
-commettroit. Dit aussi que environ la feste Saint-Andrieu ot un an il
-fist audit roy de Navarre hommaige lige du fief de Cathelon[367], assis
-en la viconté de Pont-Audemer, et promist le servir envers tous et
-contre tous, sans excepter le roy nostre sire né autre, jasoit ce que
-iceluy maistre Pierre du Tertre fust né du royaume de France[368].
-
- [367] _Cathelon_. Village à quatre lieues de Pont-Audemer.
-
- [368] Villaret dit qu'_une seule_ chronique indique l'origine
- _françoise_ de Pierre du Tertre. Cette chronique seroit conservée
- sous le nº 10297. Tous les exemplaires de la chronique de
- Saint-Denis le disent aussi nettement que l'autorité alléguée par
- Villaret.
-
-Dist aussi que ledit roy de Navarre l'envoia pieça en Angleterre, et en
-sa compaignie messire Jean de Tilly, chirurgien, et Sancho Lopès,
-huissier d'armes du roy de Navarre, avecque souffisant povoir de
-traictier et accorder aliances pour ledit roy de Navarre avecques le roy
-d'Angleterre, contre le roy de France et son royaume; et avecques les
-dessus nommés les traicta et accorda si comme plus à plain est contenu
-en sa dite confession tout au lonc.
-
-Dist oultre, que Guiot d'Arcy, chambellan de messire Charles de Navarre,
-vint naguères en France et luy apporta et bailla, de par le roy de
-Navarre, unes lettres de créance, laquelle créance Jaquet de Rue luy
-devoit dire, et cuide bien ledit maistre Pierre que c'estoit sur le fait
-des aliances que le roy de Navarre entendoit présentement à faire avec
-le roy d'Angleterre. Et dit ledit maistre Pierre que sé par ledit roy de
-Navarre luy eust esté dit et commandé de extraire des traictiés et
-aliances pieça faites dont dessus est faite mencion aucuns articles pour
-traictier de nouvel avecques ledit roy d'Angleterre, il les eust extrais
-et bailliés, sé lesdis Jaquet et Guyot le luy eussent commandé de par
-ledit roy de Navarre.
-
-Dist avecques ce, que quant il oï que messire Charles de Navarre aloit
-sur le païs de Normendie en la compaignie du duc de Bourgoigne et du
-connestable de France, il prist trois ou quatre charpentiers, un maçon
-et un canonnier et les mist dans la tour de Bernay pour ordener, garder
-et deffendre ladite tour contre tous ceux qui y vendroient pour y porter
-dommaige, et à cette fin les y tint. Et aussi y reçut le capitaine de
-Moulins et aucuns autres Navarois, qui avoient laissié le fort, pour ce
-qu'il leur sembloit qu'il n'estoit pas tenable contre les gens qui
-venoient de par le roy de France: et dit que à ce le movoient et
-contraingnoient le serrement et hommaige qu'il avoit fait audit roy de
-Navarre.
-
-Dist oultre, qu'il envoia à pluseurs capitaines des forteresces qui se
-tenoient pour ledit roy de Navarre en Normendie lettres closes dont la
-teneur s'ensuit: «Chiers et bons amis, j'ai eu lettres d'un mien ami qui
-tient forteresse de monseigneur, ès quelles a contenu que le duc de
-Bourgoigne et le duc de Bourbon gouvernent monseigneur à leur volenté,
-et le mainent à grant foison de gens d'armes devant Bretueil et y
-doivent estre aujourd'hui, et après vont au Pont-Audemer, à Mortaing, à
-Gauray et à Cherbourg, lesquels il pensent avoir de fait par ledit
-monseigneur. Et ce m'a-il escript afin de avoir advis de faire response
-sur ce, et pour ce luy escris que tout considéré, m'est avis qu'il n'a
-en nos adversaires fors que voie de fait très-mauvais et très-cruel,
-contre lequel fait nul ne puet donner conseil né faire response qui
-puisse oster né appaisier ce qu'il ont dedens leur cuer: et pour ce
-convient esvertuer et soy aidier comme pour deffendre sa vie, son
-honneur et l'éritage de son seigneur que l'en veult avoir et soustraire
-par males et estranges manières; et je ne doubte point que Dieu n'aide à
-ceux qui ainsi le feront. Et quant est de ce que l'en a à faire avecques
-tels gens qui vont par les lieux de monseigneur, j'ai veu autrefois le
-cas, et qui eust rendu les forteresses de monseigneur, tous les siens
-estoient mors entièrement et perpétuelment. Si ne voy autre seurté à nos
-vies que de bien garder ce que l'en tient, et vault plus et assez
-bataille que la mort, et durer le plus que l'en pourra; et entretant
-aucun bon reconfort nous vendra par droite sentence et ordenance de
-Dieu. Et pleust à nostre sire que tous nos amis fussent bien advisés de
-tenir une meismes voie et une meismes response. Mais pour passer le
-temps avecques cette dure gent, je diroie que l'en leur devroit dire que
-par commandement de monseigneur le père, l'en a tenu et tient ses
-forteresses pour luy en l'obéissance et service du roy et contre ses
-ennemis, si comme il est apparu de fait par ce que l'en fist contre les
-Anglois de Saint-Sauveur, et que l'en fait chascun jour ailleurs, et
-tousjours est-l'en en telle volonté de en faire et obéir à la bonne
-ordenance de monseigneur de Beaumont ainsné fils, _et cetera_, luy franc
-et délivre en sa personne et en ses gens qui luy sont baillés pour le
-conseiller; et aussi lui aiant pouvoir de monseigneur son père, duquel
-il convient qu'il appère; car encore ne s'est-il point porté comme
-lieutenant né n'a esté sur les terres de monseigneur son père comme
-chascun scet. Et si convendroit nécessairement avoir lettres de
-descharge de monseigneur le père, escriptes de sa main et séellées de
-son grant séel, ou autrement l'en seroit faux et parjure, si comme il
-meismes porte par lettres qu'il a de chascun capitaine; par lesquelles
-condicions l'en puet dire que l'en est prest de faire le commandement de
-monseigneur de Beaumont. Ou l'en pourroit dire, après ce que l'en auroit
-monstré ces condicions qui valent excusacions, que ainsi comme feront
-Evreux, Breteuil, le Pont-Audemer, Gauray, Mortaing et Cherbourg tous
-ensemble d'un accort, l'en est prest à faire; et autre response ne sçay
-penser de présent: meismement que de ceux qui monseigneur deussent
-aviser je n'ai eu nouvelles quelconques, dont je suis bien esmerveillié
-comment d'ailleurs je aye ce que je puis sentir de nouvel: et en vérité
-je croy qu'il leur a esté deffendu sur grans paines et seremens. Si
-povés avoir avis que vous povez faire, et sé je vous puis faire aucun
-bon reconfort, je le ferai de bon cuer.--Nostre sire soit garde de vous.
-Escript ce lundi. Le tout vostre. P. Du Tertre.»
-
-Dist aussi que sé le roy de France et le roy de Navarre eussent esté en
-bataille l'un contre l'autre sur les champs, il se fust mis et tenu de
-la partie dudit roy de Navarre contre le roy de France. Dist oultre, que
-depuis le temps de sa jeunesse, et a bien vint-six ans, il a servi le
-roy de Navarre et exercé ses besoignes, et seroit aussi comme impossible
-de tout recorder; mais à parler généralement ledit roy de Navarre a fait
-et perpétré pluseurs maux contre le roy et royaume de France, tant du
-temps du roy Jehan que Dieu absoille, comme du temps du roy, nostre sire
-qui à présent est, par lequel temps ledit Pierre a tenu et nourri la
-partie dudit roy de Navarre.
-
-Dist encores que depuis le traictié fait l'an mil trois cens septante, à
-Vernon, entre le roy de France et le roy de Navarre, ledit Pierre a sceu
-de certain, par la bouche dudit roy de Navarre, que icelui de Navarre ne
-pourroit jamais aimer le roy de France, et que sé il trouvoit son point
-né temps convenable, il luy porteroit volontiers dommages. Et pluseurs
-autres fais grans et détestables confessa ledit Pierre du Tertre, qui
-trop lons seroient à escripre.
-
-
-
-
-XC.
-
-Coment maistre Pierre du Tertre et Jaquet de Rue furent condempnés en
-parlement à estre traynés du palais jusques ès Halles, et là avoir les
-testes coupées et les quatre membres; et coment le roy fist abattre
-pluseurs chasteaux et forteresces.
-
-
-Après laquelle confession faite dudit maistre Pierre du Tertre, le roy
-qui bien vouloit que chascun sceut la bonne justice et les mauvaistiés
-et traysons faites et machinées et pourparlées contre luy par ledit roy
-de Navarre, ordena que en la chambre de parlement, assemblés grant
-multitude de gens, prélas, princes, barons, chevaliers, conseilliers,
-advocas, procureurs et autres gens, fussent à un certain jour amenés, à
-l'eure que l'en a acoustumé de seoir en parlement, lesdis Jaquet de Rue
-et maistre Pierre du Tertre, et que là, par leurs seremens fais
-solennelment, fussent interrogués sur les choses contenues en leur
-confessions, et ainsi fu fait. Et leur furent leues leur confessions de
-mot à mot, par la manière que dessus sont escriptes, lesquels après la
-lecture desdites confessions, chascun après la lecture de la confession
-qu'il avoit faite, eulx conjurés des plus grans sermens que on leur pot
-faire faire, confessèrent lesdites confessions estre vraies, et dirent
-qu'il les avoient par pluseurs fois oï lire autrefois, et dirent que en
-la manière qu'il estoit escript il l'avoient confessé, sans force et
-sans contrainte aucune; et que les choses contenues en leur dépositions
-estoient vraies, et ainsi le prenoient sur le péril de leur ames, car il
-savoient bien qu'il estoient dignes de mort, sé le roy ne leur faisoit
-grace et miséricorde. Et en plus seur tesmoignage de ce, chascun escript
-de sa main en la fin de sa confession l'affirmacion dessus dit.
-
-Et ces choses rapportées au roy, il voult que raison et justice leur
-fust faite. Si furent condempnés par le jugement de parlement à estre
-trainés du palais jusques ès halles, et là sur un échauffaut avoir les
-testes coupées et chascun les quatre membres, lesquels quatre membres de
-chascun d'eux furent pendus à huit potences au-dehors de quatre portes
-de Paris, et les testes ès halles, et le demourant au gibet.
-
-Item, après ce que lesdites forteresces furent mises et rendues en la
-main du roy, les unes par force et les autres par traictié, le roy fu
-conseillié par pluseurs sages que il féist abattre lesdites forteresces,
-car elles avoient esté tenues contre luy qui estoit souverain seigneur;
-et par le moien et seurté d'icelles, pluseurs maux, dommaiges,
-inconvéniens et traïsons avoient esté faites par ceux qui lesdites
-forteresces tenoient contre le roy, seigneur souverain desdites
-forteresces et son royaume: et ainsi estoit grant péril de les laissier
-en estat, pour doubte qu'elles ne retournassent en la main dudit roy de
-Navarre qui tant de maux et traïsons avoit faites sur la seurté desdites
-forteresces, lesquelles par pluseurs autres fois avoient esté rendues
-audit roy de Navarre, par les paix et reconciliacions qu'il avoit faites
-au roy Jehan, père du roy nostre sire, et au roy; dont depuis icelles
-recouvrées en avoit esté désobéissant et porté dommaige au roy et au
-royaume. Si fist le roy, tant pour celles causes comme pour autres
-justes et raisonnables, abattre les chasteaux de Breteuil, d'Orbec, de
-Beaumont-le-Rogier, de Pacy, d'Annet, et les clostures des villes, et
-aussi la tour et chastel de Nogent-le-Roy; les chasteaux d'Évreux, de
-Pont-Audemer, de Mortaing, de Gauray et aucuns autres en Constentin;
-mais le chastel et ville de Cherbourg demourèrent entiers ès mains de
-ceux qui les gardoient pour le roy de Navarre qui ne les vouldrent
-rendre né délivrer, lesquels mandèrent et firent venir avecques eux
-pluseurs Anglois pour eux aider à garder lesdites forteresces; lesquels
-Anglois pridrent la possession dudit chastel, et en boutèrent hors les
-Navarrois; et ledit Ferrando d'Ayens, qui estoit capitain dudit chastel
-de par ledit roy de Navarre et estoit prisonnier, comme dit est, fu
-envoié au chastel de Caen prisonnier, pour ce qu'il ne rendoit pas
-lesdites forteresces, si comme promis et juré l'avoit.
-
-
-
-
-XCI.
-
-Des nouvelles qui vindrent à Paris et en France que les cardinaux qui
-estoient à Rome, avoient esleu en pape un appellé Berthélemi, pour le
-temps arcevesque de Bar[369].
-
- [369] _Bar_. Bari.
-
-
-Environ le moys de may mil trois cens septante-huit, vindrent nouvelles
-à Paris et en France que les cardinaux qui estoient à Rome avoient esleu
-en pape un appellé Berthélemi, pour le temps arcevesque de Bar. Et
-tantost après eust le roy aucunes particulières lettres des cardinaux
-qui secrètement luy escripvoient qu'il ne donnast foy à chose qui eust
-été faite en cette nominacion, et que briefment le certifieroient plus à
-plain de la vérité; né aussi ne donnast response à messaiges qui par
-ledit Berthélemi luy venissent. Et assez tost vindrent à Paris devers le
-roy un chevalier et un escuier envoiés devers le roy de par iceluy
-Berthélemi qui, si comme il disoient, se appeloit pape Urbain; et après
-ce qu'il orent poursuy le roy et demouré par aucuns jours à Paris, et
-qu'il orent parlé au roy pluseurs fois, cuidans tousjours que le roy
-deust tenir celle élection et rescrire audit esleu ou nommé comme pape,
-respondi un jour auxdis chevalier et escuier qui le poursuivoient
-d'avoir response, que il n'avoit encore eu aucunes certaines nouvelles
-de cette éleccion, et si avoit tant de bons amis cardinaux, dont les
-pluseurs avoient esté serviteurs des prédécesseurs roys de France et de
-luy, et encore en y avoit pluseurs qui estoient à luy et de sa pension,
-que il tenoit fermement que sé aucune éleccion de pape eust esté faite,
-il la luy eussent signifiée; et pour ce, estoit son entencion de encore
-attendre jusques à tant que il eust autre certificacion, avant que plus
-avant il procédast en ce fait.
-
-
-
-
-XCII.
-
-Coment les cardinaux envoièrent messaiges au roy de France, c'est
-assavoir l'evesque de Famagouste et un maistre en théologie de l'ordre
-des frères Prescheurs, maistre du Saint-Palais.
-
-
-Item, au moys d'aoust mil trois cens septante-huit, furent envoiés au
-roy de par les cardinaux certains messaiges, c'est assavoir l'evesque de
-Famagouste, et maistre Nicole de Saint-Saturnin, jacobin, maistre en
-théologie du Saint-Palais; lesquels apportèrent au roy lettres closes et
-ouvertes, séellées des seaux du collège des cardinaux, affermans et
-certifians ledit Berthélemi non estre pape; mais avoit esté faite la
-nominacion par force et impression violente. Et sur ce requeroient au
-roy que il voulsist oïr et croire les dessus dis de ce que par eux luy
-diroient. Et pour les oïr et avoir délibéracion sur ce pourquoy il
-venoient devers luy, le roy manda pluseurs prélas, arcevesques et
-evesques de son royaume, et autres bons clers tant ès Universités de
-Paris, d'Orléans et d'Angiers, comme d'autre part là où l'en les pot
-savoir, et les fist assembler à Paris, le samedi, onziesme jour de
-septembre, l'an dessus dit, en une grant chambre ou sale qui est sur la
-rivière au Palais. Et en la présence desdis prélas et clers, le roy oï
-lesdis evesque et maistre du Saint-Palais, lesquels tant par la bouche
-de l'un comme de l'autre, dirent la manière comment ledit arcevesque de
-Bar avoit esté nommé pape par paour, violence et tumulte des Romains, et
-que lesdis cardinaux estoient déterminés à non le tenir pour pape. Si
-conclurent que pour ce signifier au roy il estoient envoyés devers luy,
-et ainsi luy signifioient. Et requisrent au roy qu'il voulsist adhérer à
-la déterminacion desdis cardinaux, et qu'il leur voulsist donner
-conseil, confort et aide en ce fait. Si voult le roy, après ce qu'il ot
-oï ces choses, que les sages clers, prélas et autres qui estoient en
-grant nombre, tant maistres en théologie et en decrés, docteurs en loys
-et autres maistres en autres sciences, eussent délibéracion ensemble en
-son absence pour savoir que il avoit à faire et à respondre sur ce.
-Lesquels par pluseurs journées furent assemblés et orent délibéracion,
-et finablement furent d'accort de conseiller au roy que il féist faire
-response auxdis messaiges des cardinaux en la manière que s'ensuit sé il
-luy plaisoit; et premièrement à la significacion que lesdis messaiges
-luy avoient faite de l'entencion des cardinaux, que le roy avoit
-bénignement oï ce que par eux luy avoit esté exposé. Et quant aux
-requestes qu'il avoient faites tant de adhérer à la déterminacion des
-cardinaux comme de leur donner conseil, confort et aide, le roy povoit
-faire respondre qu'il n'estoit pas encore conseillié de consentir ou de
-nier ladite adhésion, et qu'il en vouloit encore plus avant estre
-informé, car la matière estoit moult haulte et périlleuse et doubteuse.
-Et quant à l'aide, il sembloit que le roy povoit respondre que, au moys
-d'aoust précédent, il avoit aidié les cardinaux d'une grant finance, et
-mandé aux gens d'armes nés de son royaume qui estoient et sont oultre
-les mons que il donnent confort et aide auxdis cardinaux; et ce a-il
-fait et mandé pour pourveoir à la seurté des personnes des cardinaux, de
-leur familliers et de leur biens, et afin de les mettre hors des périls
-où il sont, et à nulle autre fin. Et sé l'aide faite par le roy aux fins
-dessus dites ne souffist, encore est-il prest de les aidier et conforter
-quant point sera. Laquelle consultacion par manière de response le roy
-fist faire aux messages des cardinaux.
-
-
-
-
-XCIII.
-
-Coment le roy ot lettres que les cardinaux s'estoient partis de Rome.
-
-
-Assez tost après furent apportées au roy aucunes lettres, par lesquelles
-étoit escript au roy que les cardinaux, après ladite nominacion ou
-esleccion dudit Berthélemi, arcevesque de Bar, le plus tost qu'il
-avoient peu se estoient issus de Rome, et par scrupules de leur
-consciences, n'avoient depuis fait audit Berthélemi obéissance né
-révérence aucune. Et après, tous ensemble, Italiens et Oultremontains,
-excepté le cardinal de Saint-Pierre qui estoit malade, contredirent le
-fait, et fu escript et signé de leur main et scellé de leur sceaux; et
-depuis, estudièrent aucuns desdis cardinaux, très-solemnels docteurs,
-commis à ce par espécial et très grant diligence, pour savoir, considéré
-le fait accordé, sé ledit Berthélemi, par l'esleccion faite de luy ou
-par les fais ensuivis après icelle, avoit aucun droit en la papalité. Et
-appelèrent avec eulx les commissaires et tous les autres cardinaux
-oultremontains, tous les autres prélas, maistres en théologie, docteurs
-en droit canon et en droit civil auxquels il porent parler, et les
-enfourmèrent du fait, lesquels concordablement en conclusion
-déterminèrent que ledit Berthélemi n'estoit point pape; ainçois tenoit
-par tyrannie et occupacion le saint siège. Après ce, il firent leur
-publicacion solemnellement selon ce que à eux appartenoit et qu'il le
-povoient et devoient faire de droit. Et ces choses ainsi faites, lesdis
-cardinaux firent savoir aux autres cardinaux estans lors à Avignon, qui
-estoient six en nombre; lesquels enformés des choses dessus dites par
-les lettres du collège, le consentirent, loèrent et approuvèrent de tout
-en tout, et les firent publier en Avignon solemnelment, et deffendre que
-l'en obéist audit Berthélemi comme à pape: excepté le cardinal de
-Pampelune qui encores y voult délibérer; mais depuis se consenti-il avec
-les autres[370].
-
- [370] On trouve en cet endroit dans la plupart des manuscrits la
- longue protestation latine des cardinaux réunis à Agnani contre
- l'élection qu'ils avoient précédemment faite à Rome du pape Urbain.
- Je n'ai pas cru devoir reproduire cette pièce analysée avec
- exactitude dans l'_Histoire ecclésiastique_ de Fleury, liv. XCVII,
- paragraphe 53. Elle est d'ailleurs uniquement du ressort de
- l'histoire ecclésiastique.
-
-
-
-
-XCIV.
-
-Coment les cardinaux se transportèrent de Anagnie à Fondes et de
-l'esleccion du pape Clément.
-
-
-Item depuis lesdis cardinaux se transportèrent en la cité de Fondes, et
-là, tous assemblés tant Ytaliens comme autres, le nueviesme jour de
-septembre mil trois cent septante-huit, pour procéder à l'esleccion du
-vrai pape, eslurent canoniquement et concordablement en pape, sans
-débat, difficulté ou contradicion aucune, un cardinal appellé
-monseigneur Robert de Genève, qui portoit le titre de cardinal, c'est
-assavoir _Basilicæ duodecim apostolorum presbiter cardinalis_. Et fu
-appellé pape Clément, et fu couronné et consacré le derrenier jour
-d'octobre veille de la Toussains ensuivant. Lequel se consenti à ladite
-esleccion, et aussi firent la royne de Naples et tous les grans
-seigneurs du païs; mais les Romains tindrent tousjours ledit Berthélemi
-pour pape. Et ces choses furent signefiées au roy de France, tant par
-ledit pape Clément comme par les cardinaux, en le requérant et priant
-qu'il se voulsist adhérer à ladite esleccion et tenir ledit pape Clément
-pour vrai pape; et ot avis et délibéracion le roy sur ce. Et afin que
-par bon conseil et seur il fist ce qu'il en devoit faire, il manda et
-fist venir devant luy au bois de Vincennes, le mardi seiziesme jour de
-novembre mil trois cent septante-huit, pluseurs prélas tant arcevesques
-que evesques et autres sages clers, comme abbés, maistres en théologie,
-docteurs en décrès et en lois, et pluseurs autres sages de son conseil,
-tant chevaliers comme autres; lesquels, tous d'un accort et
-singulièrement après leur serement fait aux saintes evangiles de Dieu,
-dirent et conseillèrent au roy qu'il se déclarast et déterminast pour la
-partie dudit pape Clément, et qu'il le tenist pour vrai pape. Et dirent
-oultre au roy que veues les choses dont dessus est faite mencion, et
-icelles considérées deuement, il le devoit ainsi faire, comme pour
-donner bon exemple à tous autres crestiens. Si se déclara lors le roy,
-par la manière que conseillié luy avoit esté et que dessus est dit. Et
-ces choses fist signefier et publier par son royaume, tant à prélas et
-églyses cathédraulx comme à autres.
-
-
-
-
-XCV.
-
-Coment le roy, par le conseil de pluseurs sages, fist signefier à
-pluseurs princes crestiens, lesquels il tenoit pour ses amis et bien
-vueillans, que il s'estoit délibéré pour la partie du pape Clément.
-
-
-Après ladite déclaration faite, le roy ot avis et délibéracion, par le
-conseil de pluseurs sages, que il segnifieroit ces choses aux princes
-crestiens que il tenoit pour ses amis et bien vueillans, et ainsi le
-fist. Et envoia messages notables, prélas, barons et autres chevaliers
-et clers, les uns en Alemaigne, les autres en Hongrie, les autres en
-Ytalie et autres en pluseurs autres pays, pour segnifier coment il se
-estoit déclaré pour la partie dudit pape Clément, et pour leur dire et
-monstrer les causes et raisons qui l'avoient meu à ce faire, et pour
-leur requérir que pour l'onneur de Dieu et de sainte églyse il
-voulsissent ainsi faire, afin que toute crestienneté fust soubs un
-pasteur et un vicaire de Jésus-Christ, ainsi comme elle devoit estre. Et
-oultre leur faisoit le roy savoir que s'il y avoit aucun prince ou autre
-qui féist aucun doubte en ce fait pour cause de l'esleccion ou
-nominacion dudit Berthélemi, que il voulsissent oïr les messages que le
-roy leur envoioit, lesquels estoient instruis souffisamment et informés
-de la vérité du fait. Et si trouvèrent lesdis messages du roy, en aucuns
-lieux, gens instruis autrement que de la vérité, et soustenans le fait
-dudit Berthélemi, et par espécial ès parties d'Alemaigne. Et jasoit ce
-que le roy de Hongrie eust par avant segnifié et escrit au roy de France
-que telle partie comme il tendroit ledit roy de Hongrie tendroit, toutes
-voies, les messages que le roy de France envoia devers ledit roy de
-Hongrie pour ceste cause trouvèrent que il estoit plus enclin à la
-partie dudit Berthélemi que à la partie dudit pape Clément. Et aussi les
-Flamens, jasoit ce que il fussent et soient du royaume de France,
-respondirent que jusques à ce qu'il fussent plus plainement enformés, ne
-tendroient ledit pape Clément pour pape.
-
-
-
-
-XCVI.
-
-Coment ledit Berthélemi, qui se nommoit pape Urbain, fist vint-neuf
-cardinaux dont les noms s'ensuivent.
-
-
-Item, en celuy temps, c'est assavoir le vintiesme jour de septembre
-dessusdit, ledit Berthélemi, qui se nommoit pape Urbain, fist vint-neuf
-cardinaux dont les noms s'ensuivent: Messire Phelippe d'Alençon,
-patriarche de Jérusalem et administrateur de l'archevesché d'Aux;
-l'evesque de Londres en Angleterre; l'arcevesque de Ravenne de
-Padue[371]; l'evesque de Sisteron; l'evesque d'Averse, Ursin; messire
-Agapit de la Columpne; messire Estienne de la Columpne; l'evesque de
-Perouse; l'evesque de Bouloigne-la-Grasse; l'arcevesque de Strigonn en
-Hongrie; maistre Mesquin[372] de Naples; messire Galeot de Petramale;
-l'arcevesque de Pise; l'arcevesque de Corphou; l'evesque de Tulle; le
-général des Frères meneurs; l'evesque de Michie; frère Abaillen;
-l'arcevesque de Salerne; l'evesque de Verseil; l'evesque de Theate; le
-patriarche de Grado; l'arcevesque de Prague en Boesme; messire Gentil de
-Sanguce; le général des Augustins; l'evesque de Valence en Espaigne;
-l'evesque de Reatine; et l'evesque qu'il nommoit de Mirepois, qui estoit
-evesque d'Ostun, lequel ne l'accepta pas et non firent pluseurs des
-autres. Et puis ledit pape Clément fist ledit evesque d'Ostun cardinal,
-lequel l'accepta. Et en vérité, c'estoit l'un des bons clers que l'on
-seust en crestienté, lequel avoit fait grant diligence de savoir et
-enquérir coment ledit Berthélemi avoit esté esleu; et quant il avoit
-sceu la vérité, il avoit refusé le chapel rouge de luy. Et puis le prist
-dudit pape Clément comme dessus est dit. Si estoit grant approbacion du
-fait dudit pape Clément, considéré la grant clergie et la suffisance
-dudit cardinal.
-
- [371] Giles de Prates, d'abord évêque de Padoue, puis de
- Ravenne.--L'évêque de Sisteron étoit Renoul de Monteruc, neveu du
- cardinal de Pampelune.
-
- [372] _Mesquin_. Nicolas Meschino, frère Prêcheur, inquisiteur dans le
- royaume de Naples.--_Galeot de Petramale_ ou Galiot de Tarlat de
- Pietramala.
-
-_Incidence_. Item, en celle saison, le grant maistre de Rodes
-accompaignié de grant quantité de gens d'armes entra au païs de Romanie,
-et là, par les Grecs et les Turs qui estoient ensemble, fu desconfis et
-pris, et toutes ses gens mors ou pris devant un chastel appellé
-Latre[373].
-
- [373] _Latre_. Var. _Sarete_. Ferdinand d'Heredia fut pris sous les
- murs de Corinthe et ne voulut pas que pour le racheter les
- chevaliers de Rhodes rendissent la ville de Patras qu'il avoit
- conquise. Il aima mieux demeurer trois ans captif, jusqu'à ce que sa
- famille le rachetât. (Voy. les _Monumens des grands Maîtres_, par le
- vicomte François de Villeneuve-Bargemont, aujourd'hui marquis de
- Trans.)
-
-
-
-
-XCVII.
-
-De la mort Charles, empereur de Rome et roy de Boesme.
-
-
-Item, la vigile de la saint André mil trois cent septante-huit
-dessusdit, Charles, empereur de Rome et roy de Boesme, trespassa de ce
-siècle; lequel avoit pardevant pourchacié et procuré par devers les
-esliseurs de l'empire que son fils fust empereur après sa mort. Et
-lonc-temps avant sa dite mort s'appelloit son dit fils roy des Romains.
-Et après la mort de son père tendit à avoir le droit de l'empire. Et
-tenoient aucuns que pour ce que ledit Berthélemi intrus au pape luy
-avoit promis de le faire et couronner empereur, il le tenoit pour pape
-et s'estoit adhéré avecques luy.
-
-
-
-
-XCVIII.
-
-Coment monseigneur Jehan de Montfort, qui se tenoit duc de Bretaigne, fu
-privé en parlement de toutes les terres qu'il tenoit au royaume de
-France.
-
-
-Item, en ce temps, pour ce que le roy qui savoit et aussi tous ceux de
-son royaume, coment messire Jehan de Montfort, qui se tenoit duc de
-Bretaigne et qui en avoit fait foy et hommage au roy comme à son lige
-seigneur naturel et souverain, s'estoit porté et encore portoit
-mauvaisement et desloyalement envers le roy, en faisant guerre
-notoirement contre le roy et son royaume, et avoit chevauchié armé
-contre le royaume de France en la compaignie du duc de Lencastre et
-autres ennemis du roy, en faisant guerre, boutant feu, tuant hommes,
-femmes et tous autres fais de guerre, avoit conforté et aidié les
-Anglois et autres ennemis du roy de toute sa puissance, et avoit au roy
-renvoié son hommage, tant de la duchié de Bretaigne que des autres
-terres qu'il tenoit au royaume, fu conseilié de faire appeler ledit
-Jehan de Montfort pardevant luy, en sa court, pour respondre au
-procureur du roy, sur tout ce que ledit procureur du roy vouldroit
-proposer contre luy à toutes fins. Et pour ce, donna à son dit procureur
-ajournemens souffisans et convenables, par lesquels ledit messire Jehan
-fu ajourné à comparoir personelment pardevant le roy en sa dite cour
-garnie de pers et d'autre conseil souffisamment, au samedi quatriesme
-jour de décembre mil trois cent septante-huit dessusdit, pour respondre
-audit procureur à toutes fins sur les cas dessusdis et sur autres
-déclarés ès ajournemens. A laquelle journée de samedi ledit de Montfort
-ne vint né comparut, né autre pour luy, souffisamment appellé si comme
-accoustumé est. Et jasoit ce que le procureur du roy requéist avoir
-deffaut contre ledit Jehan de Montfort, et que le roy ou sa court peust
-avoir ottroyé à son procureur ledit deffaut s'il luy pleust, toutes
-voies, il voult que la besoigne surséit en estat, sans y procéder
-jusques au jeudi ensuivant neuviesme jour dudit mois. Auquel jeudi le
-roy fu en la chambre de son parlement séant en jugement, la court garnie
-de pers, et pour ce que tous les pers n'y estoient mie présens, jasoit
-ce qu'il eussent esté tous ajournés et mandés par le roy pour ceste
-cause et s'excusoient par leur lettres ouvertes, lesdites lettres furent
-leues en la présence de tous. Et après fu oï le procureur du roy, en
-tout ce qu'il voult demander et requérir contre ledit de Montfort. Et
-premièrement, afin d'avoir deffaut; et après qu'il fust dist et déclaré
-iceluy de Montfort estre encheu en crime de lèse-majesté et avoir commis
-félonnie envers le roy; et pour ce estre privé de tous drois, honneurs,
-noblesses et dignités tant de pairie comme autres; et tous ses biens,
-fiés, terres, possessions et seigneuries estans au royaume de France,
-tant en la duchié de Bretaigne comme autres, estre confisqués. Et
-néantmoins le procureur, en tant comme besoin estoit, requéroit que par
-le roy et sa court ledit de Montfort fust privé des choses dessusdites.
-Et oultre, qu'il fust déclaré par le roy et sa court que ledit de
-Montfort avoit forfait le corps envers le roy; et ainsi fust dit par le
-jugement du roy et de sa court.
-
-
-
-
-XCIX.
-
-Coment le cardinal de Limoges vint à Paris de par le pape Clément, pour
-signifier, monstrer et déclarer tout ce qui avoit esté fait de la
-nominacion de Berthélemi dont dessus est faite mention; et aussi de
-l'esleccion du pape Clément.
-
-
-Item, en quaresme ensuivant, le cardinal de Limoges vint à Paris, envoié
-de par le pape Clément, tant comme messaige, pour signifier, monstrer et
-déclarer tout ce qui avoit esté fait de la nominacion de Berthélemi dont
-dessus est faite mencion; et aussi de l'esleccion du pape Clément.
-Lequel le roy receut à grant honneur et révérence pour l'honneur de
-l'église, et aussi pour ce que le roy l'amoit. Et après ce qu'il ot dit
-au roy les causes de sa légacion, le roy luy assigna certaine journée en
-son chastel du Louvre, pour le oïr publiquement de tout ce qu'il
-vouldroit dire. A laquelle journée fu le roy en la grant chambre du
-Louvre emprès la sale, assis en sa chaere, et ledit cardinal en une
-autre d'encoste luy; et là furent présens pluseurs princes, prélas,
-barons, maistres en théologie et docteurs en autres sciences, tant de
-l'Université de Paris comme autres; en la présence desquels ledit
-cardinal de Limoges relata tout ce qui avoit esté fait à Rome, et la
-nominacion en pape qui avoit esté faite dudit Berthélemi, et coment et
-par quelle manière et tout le procès, en la manière que contenu est en
-la déclaracion dessus escripte. Et tout ce qui estoit contenu en ladite
-déclaracion afferma et maintint estre vray, en sa conscience, et sur le
-péril de l'ame de luy; et savoit ces choses estre vraies, car il avoit
-esté présent et veu et sceu toutes lesdites choses contenues en ladite
-déclaracion. Par laquelle affirmacion, s'il y avoit aucun qui eust aucun
-scrupule de conscience au contraire, il doit avoir sa conscience toute
-appaisiée; car il n'est pas vraisemblable que un homme de telle autorité
-et de telle science tesmoignié d'estre preud'homme de tous ceux qui le
-cognoissent, se fust voulu dampner, pour amour né pour haine d'homme
-vivant.
-
-
-
-
-C.
-
-Coment le roy manda à Paris pluseurs barons de Bretaigne, pour leur dire
-les choses dont ci-après est faite mencion.
-
-ANNÉE 1379
-
-
-Assez tost après Pasques, qui furent l'an mil trois cens septante-neuf,
-vindrent à Paris le seigneur de Laval, monseigneur Bertran du Guesclin,
-connestable de France; le seigneur de Cliçon et le viconte de Rohan,
-lesquels le roy avoit mandés et fait venir à Paris pour leur dire les
-choses dont ci-après sera faite mencion. C'est assavoir que une journée
-au Palais-Royal, en la chambre vert, furent les dessus nommés devant le
-roy, lequel avoit pluseurs seigneurs de son conseil en sa compaignie: et
-là le roy de sa bouche relata aux dessus nommés de Bretaigne, coment,
-après l'accort fait entre la duchesse de Bretaigne, femme du duc
-Charles, et messire Jehan de Montfort, ledit messire Jehan de Monfort
-luy avoit fait hommaige lige; et coment depuis il avoit traictié ledit
-de Montfort doulcement et courtoisement; et par espécial après ce que
-ledit de Montfort ot fait requérir au roy, par ses messaiges, que il luy
-féist délivrer certaines terres que le conte de Flandres tenoit,
-lesquelles il disoit à luy appartenir: et en vérité, jasoit ce que
-lesdites terres ne vaulsissent oultre quatre ou cinq mile livres de
-terre, le roy, après pluseurs messaiges à luy envoiés tant dudit de
-Montfort de vers le roy comme du roy devers ledit de Montfort, le roy
-cuidant le tenir en bonne et vraie subjeccion et obéissance comme tenu y
-estoit, luy fist offrir de le acquitter envers la duchesse de Bretaigne
-qui fu femme du duc Charles, de dix mile livrées de terre que ledit de
-Montfort estoit tenu de luy baillier, par le traictié de paix fait entre
-ladite duchesse et ledit de Montfort; mais nonobstant ce, et que le roy
-par pluseurs fois envoiast pardevers luy messaiges grans et notables,
-prélas, barons et autres, ledit de Montfort fist venir en Bretaigne
-grant foison d'Anglois ennemis du roy. Et pour celle cause, le roy y
-envoia ses frères, les ducs de Berry et de Bourgoigne, pour faire widier
-lesdis Anglois de sa seigneurie, par force et puissance d'armes. Et
-quant il furent audit païs de Bretaigne, ledit de Montfort leur promist
-que il feroit widier lesdis Anglois dudit païs de Bretaigne, ce qu'il ne
-fist pas. Mais fist guerre au païs par la puissance desdis Anglois, et
-mist siège devant pluseurs villes, pour ce qu'il ne vouloient recevoir
-les Anglois dedens lesdites villes; et pour avoir finance, leva fouages
-et pluseurs autres subsides, à la grant desplaisance des prélas, nobles
-et bonnes villes du païs, lesquels envoièrent devers le roy, afin qu'il
-voulsist mettre remède en toutes ces choses, et de ce, luy supplièrent
-moult affectueusement. Et pour celle cause le roy y envoia son
-connestable et grant foison de gens d'armes, lesquels, par force et
-puissance, firent widier lesdis Anglois du païs, et s'en ala ledit de
-Montfort avecques eux en Angleterre; et les gens du roy qui estoient au
-païs de Bretaigne trouvèrent bonne obéissance en pluseurs villes et
-chasteaux, et ceux qui se tindrent par aucun temps rebelles furent mis
-par force et par puissance, en obéissance, tant que finablement, tout le
-païs de Bretaigne, cités, villes et chasteaux, furent en l'obéissance du
-roy, et tenus pour luy et de par luy, excepté seulement le chastel de
-Brest, auquel ledit de Montfort fist venir Anglois qui tousjours le
-tindrent en rebellion contre le roy. Et ledit de Montfort, qui estoit en
-Angleterre, se tint pour ennemi du roy, et admena audit lieu de Brest le
-conte de Cantebruge, fils du roy d'Angleterre et grant foison de gens
-d'armes anglois, cuidant recouvrer le païs et gaaigner par force
-d'armes; mais les gens du roy qui y estoient et ceux du païs avecques
-eux, gardèrent le païs par telle manière que ledit de Montfort et ceux
-qui estoient venus avecques luy, s'en retournèrent avecques luy en
-Angleterre, sans point faire de leur profit. Et aussi avoit ledit de
-Montfort chevauchié par le royaume de France, en la compaignie du duc de
-Lencastre, et fait tout fait de guerre comme dessus est dit. Et jasoit
-ce que les rebellions, désobéissances et traïsons dudit de Montfort
-fussent si notoires partout le royaume de France, tant en Bretaigne
-comme ailleurs, que aucun de bon entendement ne les povoit né devoit
-ignorer, et que le roy comme pour fait notoire et permanant peust sans
-autre procès avoir appliqué et confisqué à luy et mis en son demaine la
-duchié de Bretaigne et toutes les autres terres que ledit de Montfort
-tenoit au royaume de France, toutesvoies y avoit voulu procéder plus
-meurement, et avoit fait adjourner ledit de Montfort solemnelment, pour
-comparoir en personne devant luy en sa court de parlement, et pour
-respondre à son procureur sur les choses dessus dites, au samedi,
-quatriesme jour de décembre, l'an mil trois cens septante-huit dessus
-dit. A laquelle journée il n'estoit venu né comparu; si avoit le roy et
-sa court fait son jugement par la manière que dessus est dit, et pour
-exécuter son jugement et son arrest entendoit tantost envoier certaines
-personnes notables pour prendre royaument et de fait de par luy la
-possession et saisine de toutes les cités, villes et forteresces du
-païs; lesquels il nomma lors. C'est assavoir le duc de Bourbon; le conte
-de Sancerre, mareschal de France; messire Jean de Vienne, admiral de
-France; messire Bureau de La Rivière, son premier chambellan, et
-pluseurs autres chevaliers et gens du conseil en leur compaignie, les
-uns d'une part et les autres d'autre. Si requist lors le roy aux dessus
-nommés seigneurs de Laval, de Cliçon, connestable, et de Rohan, que les
-villes, chasteaux et forteresces que il tenoient et gardoient de par le
-roy, qui estoient du demaine de la duchié de Bretaigne, il rendissent,
-baillassent et délivrassent aux seigneurs que le roy envoioit par delà;
-lesquels les establiroient et ordeneroient à la seurté tant du roy comme
-du païs. Lesquels respondirent que ainsi le feroient: mais à plus grant
-seurté, le roy voult qu'il le jurassent. Si le jurèrent sur les saintes
-évangiles de Dieu et sur la vraye croix[374]. Et ainsi se partirent du
-roy lesdis Bretons. Et cuida le roy véritablement que ses gens que il
-devoit envoier au païs de Bretaigne y trouvaissent plaine obéissance,
-ainsi comme lesdis Bretons estoient tenus de faire. Si leur accorda le
-roy lors confirmacion de tous leur privilèges, libertés et franchises et
-pluseurs autres requestes que il féirent tant pour le païs de Bretaigne
-comme pour aucuns singuliers; et en furent les lettres faites et
-scellées par la manière que il l'avoient requis.
-
- [374] Ici s'arrête la transcription du manuscrit de Charles V, n.
- 8395, qui, jusqu'à présent, étoit notre principal guide. Mais,
- depuis les derniers chapitres du voyage de l'empereur, il n'étoit
- pas plus rigoureusement correct que les autres. Nous nous réglons
- maintenant de préférence sur le volume coté n. 8302. Il avoit
- appartenu à Jean, duc de Berry, frère de Charles V.
-
-
-
-
-CI.
-
-De la venue des cardinaux d'Aigrefueil et de Poitiers à Paris.
-
-
-En celle saison, après Pasques l'an mil trois cent soixante-dix-neuf,
-vindrent à Paris les cardinaux d'Aigrefueil et de Poitiers, lesquels le
-pape Clément, qui un petit devant, estoit venu en Avignon, envoyoit en
-legacion, c'est assavoir le cardinal d'Aigrefueil en Allemaigne et celuy
-de Poitiers en Angleterre, pour monstrer, dire et déclairier le fait de
-la nomination en pape dudit Berthélemi, et de l'esleccion du pape
-Clément; lesquels deux cardinaux avoient esté présens à tout ce qui
-avoit esté fait. Lesquels le roy receut honnorablement en son chastel du
-Louvre, ainsi comme il avoit acoustumé à faire et par pluseurs fois les
-oï sur la matière devant dite. Et le mercredi quatriesme jour de may
-l'an mil trois cent soixante et dix-neuf, fu présenté par le cardinal de
-Limoges au cardinal d'Ostun, dont devant est faite mencion, le chapel
-rouge, en la présence du roy et des autres cardinaux d'Aigrefueil et de
-Poitiers; et disnèrent ce jour avec le roy audit chastel du Louvre. Et
-le samedi ensuivant, septiesme jour de mai dessusdis, furent lesdis
-cardinaux au bois de Vincennes par devers le roy qui lors y estoit, et
-parlèrent à luy sur la matière dessusdite. Et le roy, si comme il avoit
-accoustumé, leur fist faire responses justes et raisonnables. Assés tost
-après se partirent de Paris cuidans accomplir leur legacions. Et alèrent
-le cardinal d'Aigrefueil à Mez et celuy de Poitiers à Tournay, et là
-demourèrent longuement en cuidant tousjours avoir saufs-conduis des rois
-des Romains et d'Angleterre pour aler en leur pays; mais il ne les
-porent avoir.
-
-Au mois d'aoust ensuivant, commença une grant mortalité à Paris et
-environ. Et se parti le roy et ala à Montargis en celle saison. Et aussi
-se partirent de Paris la plus grant partie des conseilliers du roy et
-autres, pour cause de ladite mortalité.
-
-
-
-
-CII.
-
-Coment le viconte de Rohan et pluseurs autres nobles du païs de
-Bretaigne remandèrent messire Jehan de Montfort qui estoit en
-Angleterre.
-
-
-En celuy temps, le viconte de Rohan et pluseurs autres nobles et autres
-du païs de Bretaigne remandèrent messire Jehan en Angleterre, pour le
-faire venir en Bretaigne. Et pristrent et occupèrent de fait pluseurs
-forteresses qui estoient tenues de par le roy, en venant contre leur
-foy, loyauté et seremens; et par espécial, ledit viconte de Rohan, qui
-solempnelment avoit juré en la présence du roy et de son conseil à
-Paris, comme dessus est dit. Si envoya le roy, tantost que il fust à sa
-cognoissance, sur les marches de Bretaigne le duc d'Anjou son frère,
-accompaignié de grant foison de gens d'armes. Et aussi estoient sur
-lesdites marches pour le roy le connestable d'un costé et le sire de
-Cliçon d'un autre. Et tantost que ledit duc d'Anjou fu sur lesdites
-marches, ledit viconte de Rohan et les autres qui tenoient la partie
-dudit Montfort commencièrent à traictier avec le duc d'Anjou et les gens
-du roy. Et ce faisoient-il, si comme pluseurs cuidoient, en attendant la
-venue dudit Montfort qui encore n'estoit venu en Bretaigne. Et tantost
-pot assez bien apparoir; car celuy traictié ne vint à nulle bonne
-conclusion; et par delais fu mené et par continuacion tant que ledit
-Montfort fu venu au païs de Bretaigne. Et furent des journées prises
-grant foison depuis sa venue, tant au païs de Bretaigne comme ailleurs.
-Et de toute celle saison ne fu accordé aucun appointement, jasoit ce que
-le roy leur voulsist faire de grace plus que il n'avoient deservi.
-
-
-
-
-CIII.
-
-De la rébellion des Flamens.
-
-
-Au mois d'octobre ensuivant, l'an mil trois cent soixante-dix-neuf
-dessusdit, s'esmurent les Flamens contre le conte de Flandres en la
-ville de Gand par aucuns excès que les gens et serviteurs dudit conte y
-avoient fait et faisoient de jour en jour, si comme l'en disoit. Et
-tuèrent à Gand le baillif du conte et fu tout le païs d'un accort,
-excepté aucuns singuliers qui se trairent devers le conte, et aussi
-aucunes villes comme Audenarde et Terremonde où il misrent siège. Et
-après ce qu'il orent tué ledit baillif, il alèrent en un chastel emprès
-Gand qui estoit dudit conte, appellé Andringhem, et y boutèrent le feu
-et l'ardirent. Et puis alèrent à Ypre où il avoit aucuns gentilshomes et
-qui se tenoient de la partie du conte, et autres alèrent mettre siège
-devant Alos et ainsi tindrent trois sièges tout à une fois. Et quant le
-duc de Bourgoigne sceut ces choses, qui avoit espousée la fille dudit
-conte de Flandres, il se traist vers les marches de Flandres, et
-premièrement ala à Tournay et fist sentir à ceux qui estoient devant
-Audenarde qu'il parleroit volentiers à eux: lesquels luy accordèrent
-d'envoyer à l'encontre de luy en certaine place, c'est assavoir entre
-Tournay et Audenarde. Et ainsi le firent, et par pluseurs journées
-assemblèrent avec le duc de Bourgoigne tant que finablement fu traictié
-fait et accordé en telle manière: premièrement que le conte de Flandres,
-pour Dieu, à la requeste dudit duc de Bourgoigne, pardonneroit aux
-Flamens tout ce qu'il avoient meffait contre luy. Item, que ledit conte
-leur devoit faire réséeller tous les privilèges en la manière qu'il fist
-quant il entra en Flandres, et qu'il leur promist à les tenir selon leur
-anciennes coustumes. Item, que sé aucunes lettres ont esté faites ou
-données depuis le temps dessusdit contre les privilèges desdis Flamens,
-ledit conte les leur doit rendre et doivent être adnichilées. Item, les
-Alemans qui ont esté avec ledit conte en ceste guerre doivent jurer que
-jamais ne mefferont à ceux du païs de Flandres. Item, que tous les
-bourgois et manans du païs qui en sont partis et ne sont alés avec les
-communes du païs, et aussi ceux du conseil dudit conte venront audit
-païs et leur fera-l'en loy; et au cas que l'en les trouvera coupables,
-l'en leur fera amender par l'ordenance de vint-cinq hommes esleus en
-trois bonnes villes de Flandres. Item, que ces vint-cinq hommes
-dessusdis qui seront pris et esleus en trois bonnes villes feront
-franques vérités, d'an en an par tout le païs de Flandres; et ce dont
-seront d'accort sera jugié et tenu et mis à exécucion par ledit conte de
-Flandres. Item, lesdis Flamens requéroient et vouloient que la partie
-d'Audenarde par devers la ville de Gand et certaine quantité des murs
-d'un costé et d'autre fussent abattus et démolis jusques au rez de
-terre. Après aucuns traictiés se misrent de cest article en l'ordenance
-dudit duc de Bourgoigne, et de douze bourgois des trois bonnes villes,
-c'est assavoir de chascune quatre; et doivent avoir prononcié leur dit
-dedans quinze jours après le premier dimenche des Avens mil trois cent
-soixante-dix-neuf dessusdit. Item, le prévost de Bruges, principal
-conseiller dudit conte de Flandres, doit estre hors du conseil et païs
-de Flandres à tousjours. Lequel traictié fu passé et accordé par ledit
-conte, et lettres faites et scellées soubs son séel.
-
-En l'an dessusdit et en l'yver ensuivant, furent les rivières de Saine
-et de Marne, d'Yonne et d'Oise moult grans.
-
-
-
-
-CIV.
-
-De la rébellion de Montpellier.
-
-
-Le mardi vint-cinquiesme jour du mois d'octobre en celuy an, les
-habitans de Montpellier, par une commotion universal, misrent à mort en
-la ville de Montpellier messire Guillaume Pointel chevalier, chancelier
-du duc d'Anjou, frère du roy et lieutenant en toute Langue d'oc; messire
-Guy de Lesterie, seneschal de Rouergue; maistre Arnoult de Lar,
-gouverneur de Montpellier; maistre Jacques de la Chaynne, secrétaire
-dudit duc; maistre Jehan Perdiguier, gouverneur des finances dudit duc,
-et pluseurs autres officiers tant du roy comme du duc d'Anjou, jusques
-au nombre de quatre-vins personnes ou de plus. Et après ce que il orent
-mis à mort les dessusdis, il les giettèrent en pluseurs puis de ladite
-ville. Et ce firent, pour ce que lesdis conseilleurs leur avoient requis
-aide au nom dudit duc d'Anjou pour le fait de la guerre de Langue d'oc.
-Dont ledit duc d'Anjou fu moult troublé, et non sans cause.
-
-Le mercredi, vintiesme jour dudit mois, l'an dessusdit, à Montargis, en
-la présence du roy, furent faites les fiançailles de madame Yolant,
-nièce du roy et fille du duc de Bar, qui avoit espousée la suer du roy;
-et la fiança un chevalier, procureur du duc de Gironne, ainsné fils du
-roy d'Arragon. En ce temps se reprisrent les traictiés entre les roys de
-France et d'Angleterre; et envoya le roy ses messages solennels pour
-lesdis traictiés ès marches de Picardie, tant à Bouloigne comme à
-Saint-Omer. Mais en ce temps ne fut aucune chose faite.
-
-Item, en ce temps, le conte de Saint-Pol, qui longuement avoit esté
-prisonnier en Angleterre, vint en Flandres et fut le roy suffisamment
-informé qu'il avoit traictié avec les Anglois de leur bailler et mettre
-ès mains toutes les forteresses que il avoit au royaume de France. Et
-pour ceste cause fist le roy prendre et saisir toutes lesdites
-forteresses et y fist mettre gens de France de par luy, et aucunes en
-bailla en garde et gouvernement à Jehan de Ligny, frère dudit conte de
-Saint-Pol. Et quant ledit conte de Saint-Pol vit que son fait étoit
-rompu, et qu'il ne povoit aux Anglois tenir ce que il avoit promis, il
-s'en retourna en Angleterre et espousa la suer du roy d'Angleterre.
-
-En celle année dessusdite, les Anglois misrent une armée sur la mer pour
-passer en Bretaigne, si comme l'en disoit; et fu environ la Conception
-Nostre-Dame. Et quant il furent sur la mer, il orent telle fortune que
-pluseurs d'eux périllèrent; et disoit-l'en que il en avoit eu de
-périllés jusques au nombre de six cent hommes d'armes ou plus. Et les
-autres retournèrent en Angleterre.
-
-Et environ Noël ensuivant, en la présence du roy et de pluseurs autres,
-se déclara le duc de Breban pour la partie du pape Clément VII. En celle
-année crut peu de vin en Aucerrois et sur la rivière d'Yonne.
-
-
-
-
-CV.
-
-La sentence contre ceux de Montpellier.
-
-
-Le vendredi vint-cinquiesme jour de janvier, l'an mil trois cent
-soixante-dix-neuf devant dit, environ heure de tierce, entra le duc
-d'Anjou à Montpellier pour prendre vengeance du vilain fait qui avoit
-esté fait en ladite ville des officiers du roy et des siens dont dessus
-est faite mencion. Et en sa compaignie avoit grant foison de gens
-d'armes et arbalestiers, et y fu receu par la manière qui ensuit:
-
-Premièrement, vindrent au-devant de luy tous les officiers du roy estans
-lors en ladite ville. Secondement, le cardinal d'Albanie qui là estoit.
-Tiercement, tous les collèges et religieux de ladite ville, tant de
-chanoines comme de moines, de mendians et de encloses. Quartement,
-l'estude de droit civil, de canon et de médecine. Et estoient tous à
-procession, des deux parties du chemin par où ledit duc devoit passer;
-et tous à genoulx crioient à haulte voix: _Miséricorde pour le peuple de
-Montpellier!_ Après estoient grant quantité d'enfans de ladite ville de
-l'aage de quatorze ans et au dessoubs, criant aussi _miséricorde!_ Après
-estoient les consuls, ès robes de la ville, sans manteaulx, sans
-chapperons et sans ceintures, et grant quantité du peuple, chascun ayant
-une corde environ le col, requérans à genoulx miséricorde, et
-apportèrent les clés des portes et le batel de la cloche de la ville,
-dont l'en avoit fait le touquesin[375]; lesquelles clés et batel ledit
-duc fist prendre par le séneschal de Beaucaire qui estoit présent. Et
-lors descendi à pié ledit cardinal d'Albanie et requist pour eux
-miséricorde avec tout le peuple; et ès forbours de ladite ville estoient
-toutes les femmes d'icelle ville, en simples habis, requérans aussi
-très-humblement miséricorde. Et quant ledit duc fut entré en ladite
-ville, il destitua tous les officiers d'icelle et la maison du consulat,
-l'églyse de Saint-Germain que fist faire pape Urbain, et les portaux
-d'icelle ville fist garnir de gens d'armes, et les armeures des gens de
-ladite ville que l'en pot trouver fist apporter par devers luy.
-
- [375] _Touquesin_. Variante du msc. du duc de Berry nº 8302,
- _Tacquehan_, et de même plus bas.
-
-Le vint-quatriesme jour dudit mois, ledit duc d'Anjou estant sur un
-eschaffaut que l'en avoit fait moult notable en une place de ladite
-ville, afin que le peuple véist mieux ce qui y seroit fait, fu donnée
-sentence par ledit duc contre l'université, consuls et singuliers de
-ladite ville de Montpellier, par la manière que ci-après s'ensuit: c'est
-assavoir l'université à perdre consuls, consulat, maison et arches
-communes, séel et cloches et toutes autres juridicions; et envers le roy
-et ledit duc d'Anjou en six cens mil francs d'or et ès despens que ledit
-duc d'Anjou avoit fais pour ceste cause. Et quant aux singuliers, six
-cens des plus coupables, à morir, c'est assavoir deux cens à coper les
-testes, deux cens pendus et deux cens ars; leur enfans infames et en
-perpétuel servitude et leur biens confisquiés et la moitié des biens de
-tous les habitans d'icelle ville, deux portaux de la ville et six tours
-et les murs qui sont entre les portaux à abattre et les fossés d'entre
-deux emplir: tous les harnois et armeures de ladite ville à estre arses.
-Que les consuls et plus notables de celle ville trairoient les morts qui
-en la rumeur avoient esté occis des puis où il les avoient gietés, et
-que ladite université fonderoit une églyse ou chapelle où il auroit six
-chappelleries, chascune de quarante livres de rente. Et en icelle églyse
-seroit mise la cloche de quoy fu sonné le touquesin en ladite rumeur. Et
-en oultre fu condampnée ladite université à la restitution des biens des
-mors et l'intérêt de partie. Et tantost ladite sentence prononciée se
-desvestirent les consuls publiquement des robes de consulat, sans
-mantel, cote né chapperon, et rendirent audit duc le séel de ladite
-ville. Toutes voies il s'escrioient et requéroient avec le peuple très
-humblement _miséricorde!_ Et lors, ledit cardinal d'Albanie et aucuns
-autres prélas envoiés de par le pape et de par le collège des cardinaux
-prièrent ledit duc moult affectueusement qu'il eust pitié de ce peuple,
-et que il ne voulsist procéder à aucune exécucion, jusques à ce qu'il
-eust oï parler ledit cardinal. Si luy assigna jour ledit duc à
-l'endemain en celle meisme place pour le oïr, auquel jour et lieu ledit
-cardinal, et collèges, et religieux et religieuses de ladite ville,
-l'université et très-grant nombre de femmes et de petits enfans qui tous
-crioient miséricorde pour le peuple, ledit cardinal dit moult de belles
-paroles audit duc et fist faire une collation par un frère Jacobin tous
-tendant à fin de miséricorde. Si fist lors ledit duc modéracion de
-sentence et rémission desdis six cens mil francs, et que les portaus et
-les murs dessusdis ne seroient mie abattus. Et leur rendi leur consulat,
-maison, séel, juridicion fors que l'office du baillif et tous les autres
-qui sont sous luy demourèrent en l'ordenance du roy. Et quant à
-l'exécucion des six cens condempnés, fu dit que tous ceux qui avoient
-esté cause de la commocion et qui avoient mis mains aux mors seroient
-avec leur bien en l'ordenance du roy. Et ainsi remist la moitié des
-biens des autres de la ville; et les chappellenies furent ramenées à
-trois, et les armeures et artillerie d'icelle ville furent mises en la
-main du roy pour faire sa volenté. Et si fu dit que il paieroient les
-despens que ledit duc avoient fais en ceste besoigne, lesquels furent
-depuis ordenés à six vint mil francs par ledit duc.
-
-_Incidence_. En ce temps, le lundi vint-quatriesme jour de février l'an
-dessusdit, au bois de Vincennes, fist le duc de Juillers hommage lige au
-roy, et se déclara lors pour le pape Clément VII.
-
-Par tout ce temps, le cardinal de Poitiers qui estoit venu par deça pour
-aler en Angleterre, et aussi le cardinal d'Aigrefueil qui estoit envoyé
-en Allemaigne par le pape Clément se tinrent sur les marches de
-Tournesis et de Cambresis; c'est assavoir ledit cardinal de Poitiers à
-Tournay et à Cambray et ledit cardinal d'Aigrefueil à Metz, pour ce
-qu'il ne povoient avoir sauf-conduis pour passer oultre.
-
-
-
-
-CVI.
-
-De la mort monseigneur Bertran Du Guesclin, connestable de France.
-
-ANNÉE 1380
-
-
-Assés tost après Pasques qui furent l'an mil trois cens quatre-vins, et
-furent Pasques celle année le quinziesme jour de mars, vindrent messages
-de par les communes de Languedoc à Paris par devers le roy et luy
-exposèrent et supplièrent que il voulsist envoyer un capitaine de par
-luy audit païs pour le garder et deffendre tant contre les ennemis comme
-contre les compaignies qui sur iceluy païs estoient. Et pour ce que tous
-aydes avoient esté abattus sur ledit païs, il ottroièrent ayde de trois
-francs pour chascun feu pour un an, imposicion de douze deniers pour
-livre de toutes denrées excepté le sel, sur lequel il ottroièrent la
-double gabelle qui autrefois avoit couru au païs. Et parmi ce, leur
-ottroia le roy capitaine au païs messire Bertran du Guesclin qui lors
-estoit connestable de France. Lequel parti pour y aler au mois de juin
-ensuivant. Et en alant, s'arresta sur un chastel en la seneschauciée de
-Beaucaire, appellé le Chastel-Neuf-de-Randon, lequel estoit occupé par
-les ennemis du roy et du royaume. Et tant destreigni ledit connestable
-ceux qui estoient dedens, tant par engins comme par assaus qu'il
-estoient sur le point de rendre ledit chastel. Mais par la volenté de
-Nostre-Seigneur, ledit connestable fu malade environ huit jours au siège
-devant ledit chastel, et trespassa de cest siècle le vendredi treiziesme
-jour de juillet, qui fu grant dommage au roy et au royaume de France.
-Car c'estoit un bon chevalier et qui moult de biens avoit fait au
-royaume de France, et plus que chevalier qui lors vesquist. Et
-l'endemain, ceux qui estoient audit chastel le rendirent aux gens dudit
-connestable[376].
-
- [376] Le msc. du Suppl. franç., nº 6, l'un des plus beaux sous le
- rapport des miniatures qu'on ait jamais exécuté au XVe siècle,
- représente Bertrand du Guesclin exposé sur un lit de parade dans sa
- tente. Des guerriers viennent déposer sur ses genoux les clés de
- Châteauneuf. Cette miniature justifie le récit généralement admis
- d'après lequel les assiégés auroient témoigné de leur vénération
- pour le grand guerrier, en remettant à sa dépouille mortelle les
- clés d'une ville qu'il n'avoit pas réduite.
-
-
-
-
-CVII.
-
-De la chevauchie d'Anglois en France.
-
-
-Audit mois de juillet l'an dessusdit, passèrent la mer d'Angleterre à
-Calais messire Thomas, fils du roy d'Angleterre, et pluseurs autres
-Anglois jusques au nombre de sept ou de huit mil combattans, et
-chevauchièrent au royaume de France et passèrent la rivière de Somme
-environ Clari et après alèrent vers Soissons et passèrent la rivière
-d'Oise et de Aisne, et aussi la rivière de Marne au dessoubs de
-Chaalons, et celle d'Aube à Plancy. Et alèrent devant Troies et puis
-s'en alèrent logier entre Villeneuve-le-Roy et Sens, et là passèrent la
-rivière d'Yonne. Et partout boutoient les feux ès villes qui ne se
-raençonnoient. Et jasoit ce que le roy eust mis sus trois cens hommes
-d'armes pour les chevauchier, toutes voies furent-il pou domagiés. Et
-prisrent pluseurs personnes des gens qui les suivoient tant chevaliers
-comme escuiers. Et puis chevauchièrent par le Gastinois et par la
-Beausse, et droit vers Bonneval et de là au pays de Bretaigne là où
-messire Jehan de Montfort les reçut.
-
-En celle saison, au mois de juillet ensuivant, furent parlés pluseurs
-traictiés entre les gens du roy d'une part et ledit messire Jehan de
-Montfort et les Bretons d'autre part, aucune fois par le moyen du conte
-de Flandres et autrefois par le moyen du sire de Cliçon. Et jasoit ce
-que pluseurs appointemens y feussent pris, toutes voies n'y fu aucune
-conclusion prise jusques au temps dont mencion sera faite.
-
-
-
-
-CVIII.
-
-Du conte de Flandres et des Flamens.
-
-
-En la fin du mois d'aoust et fu le vint-huitiesme jour l'an mil trois
-cens quatre-vins devant dit, ceux de Gand, d'Ypres et de Courtray et de
-pluseurs autres villes du païs de Flandres partirent de la ville d'Ypres
-environ heure de nonnes pour aler à Diquemme et cuidoient avoir la
-ville. Et lors le conte de Flandres, ceux de Bruges et ceux du Franc
-environ cent hommes d'armes qui estoient en ladite ville de Diquemme,
-qui sceurent la venue de ceux de Gand, de Ypres et de Courtray, se
-rengièrent au-dehors de ladite ville. Si coururent sur ceux de Gand, de
-Ypres et de Courtray, et les desconfirent et gaaignièrent environ deux
-cens charrios que les dessusdis de Gand, d'Ypres et de Courtray avoient,
-et en tuèrent pluseurs et les autres s'enfuirent à Ypres bien jusques au
-nombre de dix mile. Et le conte de Flandres et sa compaignie s'ala
-logier devant ladite ville d'Ypres environ heure de complies en
-poursuivant sa victoire, et environ mienuit ledit conte de Flandres se
-mist dedens ladite ville d'Ypres par le consentement de ceux qui
-estoient en ladite ville, de la partie dudit conte. Et ceux de Gand et
-les autres ennemis dudit conte s'enfuirent et alèrent vers Courtray. Et
-ledit conte demoura maistre de toute la ville d'Ypres pour faire toute
-sa volenté. Et fist faire pluseurs exécucions tant de coupper testes
-comme autrement. Et l'endemain, quant ceux de Gand et les autres qui
-s'en estoient fuis, comme dessus est dit, furent entrés en Courtray,
-ceux de la ville les prièrent de demourer avec eux pour les aidier. Mais
-après qu'il orent demouré une heure, ceux de Gand tuèrent leur capitaine
-et s'enfuirent et tous les autres des autres villes avecques eulx, et se
-sauva qui se pot sauver. Et celuy jour meisme, messire Sohier de Gand
-chevalier vint à Courtray accompaignié de pluseurs jeunes gens de ladite
-ville, et fist apporter sur le marchié la bannière dudit conte de
-Flandres, en disant que quiconques vouroit estre contre ledit conte le
-déist, et que il tenoit ladite ville de par le conte et la tenroit à son
-povoir.
-
-Tantost après ces choses, ledit conte accompaignié de pluseurs hommes
-d'armes du païs de Flandres, de Bruges, d'Ypres, de Courtray et de
-pluseurs autres villes dudit païs jusques au nombre de bien soixante mil
-armés, si comme l'en disoit, vint mettre siège devant Gand.
-
-
-
-
-CIX.
-
-Du trespassement du roy Charles-le-Quint fils du roy Jehan.
-
-
-Le dimanche, seiziesme jour du mois de septembre l'an mil trois cent
-quatre-vins dessusdit, à heure de midi, trespassa en son hostel de
-Beauté-sur-Marne le roy de France Charles dit cinquiesme. Et le lundi
-ensuivant fu apporté au point du jour le corps à Saint-Antoine emprès
-Paris. Et là, en attendant ses frères les ducs d'Anjou, de Berry et
-Bourgoigne, demoura jusques au lundi ensuivant vint-quatriesme jour
-dudit mois, auquel jour il fu apporté à Nostre-Dame de Paris à telle
-solempnité comme l'en a acoustumé à porter les roys de France. Et sesdis
-frères aloient après le corps à pié: mais sur le chemin St-Antoine et la
-porte ot grant noise et débat entre les escoliers de l'université de
-Paris et Hugues Aubriot, lors prévost de Paris, et les sergens de
-Chastellet; et s'entreprisrent forment pluseurs des escoliers et
-sergens. Et y ot d'iceux escoliers pluseurs menés en Chastellet et après
-rendus à l'université. Et ses deux fils, c'est assavoir Charles qui fu
-roy après luy et Loys conte de Valois, estoient à Meleun. Et fu
-conseillé qu'il ne partissent point de là jusques à l'enteraige du
-corps, tant pour ce que il estoient jeunes et peussent avoir esté
-blesciés en la presse, comme pour la mortalité qui encore estoit à Paris
-et environ. Et furent ledit lundi les vigiles dites en ladite églyse de
-Nostre-Dame de Paris; et le mardi ensuivant la messe. Et tantost après
-fu apporté à Saint-Denis en la chapelle que il avoit fondée, en laquelle
-estoit jà enterré le corps de la royne sa femme. Et après fu le cuer
-porté en l'églyse cathédral à Rouen, en laquelle il fu enterré à telle
-solempnité comme il appartient. Et depuis, les entrailles furent
-enterrées en l'églyse de Maubuisson emprès la sépulture de sa mère, si
-comme il avoit ordené.
-
-
-
-
-CX.
-
-Du commencement[377] du roy Charles sixiesme.
-
- [377] _Commencement_. Variante: _Couronnement_.
-
-
-Pour ce que le roy Charles devant dit avoit fait certaine loy par
-laquelle il avoit ordené que son ainsné fils et les autres ainsnés des
-roys qui seroient pour le temps advenir, tantost que il aroient atains
-le quatorziesme an de leur aage préissent leur sacre, couronnement et
-gouvernement du royaume de France et receussent leur hommages; laquelle
-loy fu publiée le vint-uniesme jour de may l'an mil trois cent
-soixante-quinze, en plain parlement à Paris, en la présence du roy et de
-pluseurs personnes notables et seigneurs du sanc royal et autres, si
-comme devant est escript. Et aussi avoit ordenancé que jusqu'à ce que
-son dit ainsné fils fust venu à cest aage, monseigneur Loys, duc
-d'Anjou, frère du roy premier après luy, aroit le gouvernement dudit
-royaume, en certaine forme et manière contenue en ladite ordenance; et
-messire Phelippe, duc de Bourgoigne, le plus jeune des frères du roy, et
-messire Loys, duc de Bourbon, frère de la royne trespassée, aroient la
-garde, tuicion et gouvernement de Charles, ainsné fils du roy et de ses
-autres enfans, jusques à ce que ledit ainsné fils eust ataint le
-quatorziesme an de son aage. Et pour le nourrissement et autres
-nécessités dudit ainsné fils et des frères et soeurs, avoit le roy
-ordené que le duc de Bourgoigne et le duc de Bourbon aroient pour le
-gouvernement tous les prouffis, revenus et esmolumens tant ordinaires
-comme extraordinaires de la duchié de Normendie, des bailliages de
-Senlis et de Meleun, de la ville et visconté de Paris; excepté le
-Palais-Royal et toutes les chambres de parlement, des enquestes et des
-requestes, et des coffres du trésor; lesquels, par ladite ordenance que
-le roy avoit faite, demouroient soubs le gouvernement dudit duc d'Anjou
-avec tout le demourant du royaume de France. Et pour ce que lesdis ducs
-d'Anjou d'une part, de Bourgoigne et de Bourbon d'autre part, n'estoient
-pas bien d'accord sur ladite ordenance, par le conseil et délibéracion
-de pluseurs sages du royaume de France esleus et ordenés par lesdis ducs
-fu advisé, pour tenir lesdis ducs en unité et par conséquent tout le
-royaume de France, qu'il estoit expédient que le roy qui encores n'avoit
-accompli son douziesme an si fust sacré et couronné, receust ses
-hommages et fust tout le royaume gouverné par luy et en son nom. Lequel
-advis fu rapporté aux dis ducs, lesquels le consentirent et l'orent
-agréable.
-
-
-
-
-CXI.
-
-Coment le roy Charles six fu couronné.
-
-
-L'an de grace mil trois cent quatre-vins devant dit, fu ledit roy
-Charles nommé sixiesme couronné à Rains, le dimanche quatriesme jour de
-novembre, en la fin de son douziesme an. Et le dimanche ensuivant,
-onziesme jour dudit mois, il retourna et entra à Paris à grant
-solempnité si comme il appartenoit. Et fu la ville encourtinée, et
-furent joustes faites au palais, le lundi et le mardi, des chevaliers et
-escuiers qui y estoient.
-
-Le mercredi ensuivant quatorziesme jour dudit mois de novembre, les gens
-d'églyse, nobles et des bonnes villes qui avoient esté mandés à Paris de
-par le roy furent assemblés au palais en la chambre de parlement. Et là,
-en la présence du roy, de ses quatre oncles ducs d'Anjou, de Berry, de
-Bourgoigne et de Bourbon, et de pluseurs autres de son sanc, fu proposé
-par l'evesque de Beauvais, lors chancelier de France, coment le roy
-avoit nécessité d'avoir aide de son peuple, tant pour sa guerre comme
-pour son estat maintenir; et leur fu requis que sur ce il eussent advis
-et respondissent tant qu'il deust estre agréable au roy.
-
-Et le jeudi ensuivant, par un esmouvement d'aucuns de Paris qui alèrent
-au palais, là où le roy et lesdis ducs estoient, pour ce requérir,
-furent abattus tous ces aydes qui avoient cours au païs et au royaume
-pour le fait des guerres.
-
-Audit mois de novembre, le conte de Flandres, qui estoit à siège devant
-Gand, leva le siège et s'en ala demourer à Bruges.
-
-
-
-
-CXII.
-
-Coment les juifs furent pilliés.
-
-
-Le jour de jeudi qui fu quinziesme jour dudit mois, pluseurs nobles et
-populaires alèrent en la juierie de Paris et rompirent les huis desdis
-juifs et leur huches, et prisrent tous leur biens, tant lettres[378]
-comme autres choses. Et aussi furent pris pluseurs corps des juifs et
-leur femmes et enfans, et les amenoit chascun là où bon luy sembloit.
-Toutes voies, par l'ordenance du roy et de ses oncles, fu crié par Paris
-que tous ceux qui avoient aucune chose desdis juifs, fust corps ou
-biens, le rapportassent pardevers le prévost de Paris. Si furent le
-corps desdis juifs ramenés en Chastellet de Paris et aucuns autres des
-biens; mais ce fu pou.
-
- [378] _Lettres_. Billets à ordre et lettres de change.
-
-En ce temps, furent continués les traictiés qui avoient esté commenciés
-dès le vivant du roy et de Jehan de Montfort. Et fu conclu sur iceux la
-seconde semaine de janvier. Et tousjours durant le temps dessusdit,
-messire Thomas, fils du roy d'Angleterre, et les Anglois qui avecques
-luy avoient passé au royaume de France et par iceluy avoient chevauchié
-demourèrent tousjours audit païs de Bretaigne, et se tindrent longuement
-à siège devant Nantes qui se tenoit pour le roy de France. Mais
-finablement il s'en partirent sans y aucune chose prouffiter, et y
-mourut grant foison de leur gens et de leur chevaux. Et s'en alèrent
-aucuns et en menèrent grant foison de malades[379] en Angleterre, et les
-autres demourèrent encore audit païs de Bretaigne[380].
-
- [379] _Malades_. Au lieu de ce mot et des suivans, les éditions
- imprimées portent: _Prisonniers_; et plusieurs manuscrits: _Biens_.
- J'ai préféré la leçon des manuscrits qui, ayant commencé par le
- texte des chroniques de Nangis, ont fondu leurs continuations dans
- celui des _Chroniques de Saint-Denis_.
-
- [380] C'est à ce point que s'arrêtent véritablement les _Chroniques de
- Saint-Denis_. Cependant, comme les continuations de Nangis dont je
- viens de parler ajoutent ici quelque chose que l'on ne retrouve pas
- dans les chroniques imprimées de Charles VI, on me saura gré de
- clore comme elles le récit de nos chroniques par les pages suivantes
- qui m'ont paru précieuses (Voy. msc. 9622 et 8298-3).
-
-Item, audit an mil trois cent quatre-vint, messire Hugues Aubriot
-chevalier, lors prévost de Paris, fu cité et appellé pardevant l'evesque
-de Paris et pardevant un Jacobin appellé frère Jaques de Morey, lors
-inquisiteur sur les hérétiques, au lundi vint-uniesme jour du mois de
-janvier l'an dessusdit. Et pour ce que ledit prévost ne comparut à
-ladite journée devant les dessus nommés, fu tenu pour contumax: et pour
-ladite contumace excommenié, dénoncié et publié par toutes les églyses
-de Paris chascun jour à la messe et à vespres. Et pour ce que ledit
-prévost doubtoit la vilenie que l'en luy faisoit chascun jour par la
-manière dessusdite, il comparut pardevant ledit evesque et inquisiteur,
-le premier jour de février après ensuivant. Et fu détenu prisonnier ès
-prisons dudit evesque de Paris et mis en procès; et fu absols de
-l'excommeniement dessus dit, et son absolucion publiée par la manière
-que l'excommeniement avoit esté. Si fu proposé contre luy (par le
-procureur de l'université de Paris qui se fist partie contre luy[381]),
-qu'il avoit dites pluseurs paroles contre nostre foy. Entre lesquelles
-il devoit avoir dit à un sergent lequel n'estoit pas venu à son
-mandement sitost que enchargié luy avoit esté, et ledit prévost l'en
-reprenoit, lequel sergent se excusa en disant qu'il estoit demouré en
-l'églyse pour veoir Dieu: «Ribault, scès-tu pas bien que j'ay plus grant
-puissance de toy nuire que Dieu n'a de toy aidier?» Aussi devoit avoir
-dit aultre fois ledit prévost à un homme qui disoit qu'il véissent Dieu
-de la messe que chantoit lors un evesque de Constances appellé messire
-Sevestre de la Cervelle[382], qu'il n'attendroit jà pour celle cause, et
-que Dieu ne se laisseroit point manier par un tel homme comme estoit
-ledit evesque. Oultre fu proposé contre ledit prévost qu'il avoit
-délivré de Chastellet de son auctorité un prisonnier mis au Chastellet à
-la requeste dudit inquisiteur pour fait de hérésie. Oultre, fu encore
-proposé contre luy que après ce que les juifs de Paris orent esté
-dénonciés par la manière que dessus est dit, le vint-cinquiesme jour de
-novembre précédent, pluseurs petis enfans desdis juifs furent pris par
-pluseurs chrestiens lesquels les fist chrestienner; et ledit prévost
-contraignit lesdis chrestiens à luy rendre lesdis enfans[383]. Et après
-ce qu'il luy orent ainsi esté rendus, les rendi à leur pères et à leur
-mères juifs. Et pluseurs autres choses furent proposées contre ledit
-prévost; auxquelles il respondi par sa bouche. Et se fist procès contre
-luy. Et luy tousjours demourant prévost de Paris, demoura en prison
-fermée en la cour dudit evesque jusques au vendredi dix-septiesme jour
-de may mil trois cens quatre-vint-et-un. A laquelle journée fu ledit
-prévost mis sur un eschaffaut qui pour celle cause avoit esté fait
-emprès l'Hostel-Dieu de Paris, devant le parvis Nostre-Dame. Sur lequel
-eschaffaut furent assis lesdis evesque et inquisiteur et pluseurs
-autres. Et là prescha ledit evesque, et furent leus lesdis articles et
-pluseurs autres devant grant peuple qui là estoit assemblé pour ceste
-cause. Et là rappela ledit prévost tout ce qu'il avoit fait et dit. Si
-luy fu par ledit evesque enjoint pénitence de demourer perpétuelment en
-prison. Et pour celle cause fu mené chiés ledit evesque et mis en la
-tour en prison fermée. Et jusques alors demoura tousjours prévost de
-Paris, nonobstant qu'il fust tousjours en prison fermée chiés ledit
-evesque comme dessus est dit: mais tantost celle journée passée en fu
-ordené un aultre.
-
- [381] Les mots de parenthèse ne sont pas dans le manuscrit 9622.
-
- [382] _Sevestre de la Cervelle_. Mort en septembre 1386. La _Gallia
- Christiana_ qui nous donne cette date, tome XI, p. 887, ne dit rien
- de la mauvaise réputation de ce prélat.
-
- [383] Ce dernier crime ou plutôt ce grand acte de courage n'étoit pas
- le véritable motif de la haine que tant de gens portoient à Hugues
- Aubriot. Il expioit sa sévérité à l'égard des suppôts de
- l'Université.
-
-[384]Item, en celuy temps, le traictié qui avoit esté commencié dès le
-vivant du roy Charles pour le fait de messire Jehan de Montfort fu remis
-sus et fait et parfait; par lequel traictié la duchié de Bretaigne luy
-fu rendue, lequel avoit esté déclairé par arrest prononcié en la
-présence du roy et des pairs confisqué et acquis au roy. Et furent
-envoyés de par le roy certains commissaires en Bretaigne, pour luy faire
-baillier et délivrer les forteresses qui estoient tenues de par le roy.
-Et pour ce que par ledit traictié et aussi par raison ledit duc de
-Bretaigne devoit faire hommage au roy tant de la duchié de Bretaigne
-comme de la conté de Montfort, iceluy duc pour celle cause ala à
-Compiègne là où le roy estoit, et là en la présence des ducs d'Anjou, de
-Bourgoigne et de Bourbon, oncles du roy et de pluseurs autres grans
-seigneurs le vint-septiesme jour de septembre mil trois cent quatre-vint
-et un, fist hommage au roy des duchié de Bretaigne et conté de Montfort.
-
- [384] La première phrase de cet alinéa a été reproduite dans le texte
- authentique qui précède.
-
-Item, en celle saison fu ordené le duc de Berry lieutenant pour le roy
-en Languedoc. Et jasoit ce que ce fust au desplaisir des communes du
-païs et aussi du conte de Foix, toutes voies y ala-il et trouva grans
-désobéissances en pluseurs villes du Languedoc, et par espécial à
-Narbonne, à Nismes, à Besiers et aussi à Thoulouse. Et furent sur le
-point de combattre ensemble, luy et le conte de Foix. Mais certain
-traictié fu fait entre eux par lequel la bataille demoura. Et pour
-ladite désobéissance que ledit duc de Berry avoit trouvée au païs, fu
-advisé et conseillié qu'il estoit bon que le roy y alast en personne
-pour réformer et mettre à point le païs. Toutes voies, pour les
-empeschemens qui survindrent en France, il n'y ala point à celle fois.
-
-Item, en ce temps, le duc d'Anjou qui autrefois avoit eu nouvelles que
-la royne Jehanne de Naples, laquelle n'avoit aucuns enfans, le vouloit
-adopter en fils et faire son héritier tant du royaume de Naples comme de
-la conté de Provence, et ot encores nouvelles pour le temps, et vindrent
-par devers luy certains messaiges de par elle pour celle cause: et, pour
-ce, en ot pluseurs conseulx et délibéracions, tant en la présence du roy
-comme en son absence; et finablement, luy fu conseillié tant par les
-seigneurs de son sanc comme par tous les saiges qui furent en son
-conseil qu'il entreprist le voyage, à aler par devers ladite royne si
-comme elle luy avoit fait assavoir. Si commença lors à faire son
-ordenance pour y aler. Mais assés tost après, luy vindrent nouvelles
-certaines que messire Charles de Duras, aultrement nommé messire Charles
-de la Paix, nepveu de ladite royne de Naples, estoit venu au royaume de
-Naples, et avoit eu grant confort de ceux du païs et par espécial de
-ceux de ladite ville de Naples. Et avoit prinse ladite royne et
-emprisonnée, et aussi avoit prins en une bataille le mary de ladite
-royne appellé messire Othes de Breswigh[385]; et s'estoit ledit messire
-Charles fait couronner en roy dudit royaume de Naples du consentement et
-volonté de Berthelemi qui se portoit pour pape à Rome et se nommoit
-Urbain. Et pour ces nouvelles, ledit duc d'Anjou rompit l'entreprise
-qu'il avoit faite d'aler au païs. Et assés tost après, pape Clément qui
-estoit en Avignon envoya certains messages solempnels par devers ledit
-duc d'Anjou qui estoit avec le roy en France, et luy fist requérir par
-sesdis messaiges coment il voulsist remettre sus son voyage et
-l'entreprendre, et il luy feroit grant aide. Si eust ledit duc d'Anjou
-advis et délibéracion avec le roy, avec les seigneurs de son sanc qui
-estoient à la cour et avec pluseurs sages tant prélas comme autres sur
-ce qu'il avoit à faire de ce que le pape luy avoit mandé[386].
-
- [385] _Breswigh_. Brunswick.
-
- [386] Le manuscrit 9622 conclut par les mots: _Et finablement_ qui
- devoient être les premiers d'une autre phrase. Terminons de notre
- côté cette édition par une chanson assez curieuse renfermée dans un
- manuscrit du Fonds latin, coté nº 4641.-B, fº 150; elle est relative
- au jugement de Hugues Aubriot. C'est l'une de ces pièces anciennes
- dans lesquelles chaque stance finit par un proverbe.
-
- * * * * *
-
-Cy s'ensuit un dit rimé qui fu fait pour un prévost de Paris nommé
-Hugues Aubriot, lequel ot moult de fortunes en la fin de ses jours. Et
-de chascun article[387] escrit est au derrain un vers qui fait un
-notable.
-
- [387] _Article_. Couplet.--_Notable_. Proverbe.
-
- Hugue Aubriot bien me recors
- Quant fus prévost premièrement,
- Que j'oïs à cris et à cors
- Dire de ton avenement:
- «Bien viengne par qui haultement
- »Dès or justice regnera,
- »_Or est venu qui l'aimera!_»
-
- Lors les drois garder tu juras
- Du roy et d'université,
- Et puis après asséuras
- Maintenir ceux de la cité.
- Or n'as pas tenu vérité;
- Car chascun de toy se démente.
- _Trop tost se vente qui aulx plante._
-
- Ce fu très bon commencement:
- Sé amés éusses prudence,
- Ne t'y tenis pas longuement
- Par ta fole oultrecuidance
- Qui ores te met en balance
- De fenir ta vie à grant honte.
- _Cil prent mal coup qui trop hault monte._
-
- Quant en hault degré te véis
- De tout te voulus entremettre,
- Et trop d'ordenances féis
- Sur femmes[388] et gens saichans lettres,
- Pour ce, en prison t'ont fait metre
- Come raison les y contraint.
- _Qui trop embrasse pou estraint._
-
- [388] Sous la date de 1367, Aubriot avoit rendu de sévères ordonnances
- contre les prostituées. Il les avoit proscrites de la plupart des
- rues de Paris.
-
- Tant com le grant Charle a vescu
- Tu t'es porté trop fièrement,
- En tous cas estoit ton escu,
- Or va maintenant aultrement;
- Car par ton fol desvoiement
- Aucun ne t'aime né ne prise.
- _Tant va le pot à l'eau qu'il brise._
-
- Par Paris aler tu souloies
- Sur mule et frison d'Allemaigne;
- Gras coursiers, gros roussins avoies
- Et tes sergens à la douzaine;
- Or n'y a nul qui ne se paine
- Toy grever festes et dimenches:
- _Bon fait bas voler pour les branches._
-
- Tu souloies emprisonner
- Les gens, or es emprisonnés;
- Riens ne vouloies pardonner;
- Ne sçay sé riens t'iert pardonnés.
- De rigueur fus abandonnés
- Contre chascun plus qu'à sa coulpe.
- _Bien dois avoir d'autel pain soupe._
-
- Je vis ta chambre bien parée
- De riches dras moult noblement,
- Et ta maison bien painturée
- Et hault et bas communelment;
- Mais tu es logiés autrement
- Et as petite compaignie:
- _Hélas! au dessoubs est qui prie._
-
- Courouciés es de tes oiseaux
- Qu'oïr ne pues chanter, en caige;
- Mais bien pues faire les appeaulx
- Pour chanter en ton géolaige;
- Tu as perdu ton poil volaige
- Par trop estre à vent et à pluie,
- Et dist-l'en: _Beau chanter ennuye._
-
- Je ne voy par nulle manière
- Coment tu puisses eschapper;
- Car cil qui puissance a plenière
- Mieulx ne t'en pourroit destrapper.
- Bien a esté fait toy happer
- Pour justicier et mettre en cendre,
- _En la fin fault-il rendre ou pendre._
-
- Tu t'es mellés en toute guise,
- Par ton barat particulier,
- De descort mettre par l'églyse
- Encontre le bras séculier.
- En mauvaistié es singulier
- De ton ventre nuls biens n'en vist,
- _Tant gratte chievre que mal gist._
-
- A Petit-Pont as ordené
- Faire un chastelet fort et rude;
- Et aux chartres les as donné
- Les noms des rues de l'Estude[389];
- Tu y seras mis, bien le cuide;
- Car chascun dist que bien avient,
- _Tant crie-l'en Noël qu'il vient._
-
- [389] _Aux chartres_. Aux prisons. Aubriot appeloit les prisons dans
- lesquelles il renfermoit les écoliers condamnés le _Clos Bruneau_ et
- la _rue du Fouarre_, du nom de deux fameux endroits du pays
- latin.--On reconnoît ici dans le poète les rancunes d'un écolier de
- l'université.
-
- Tu as fais mains faus jugemens
- Par ta pure forsennerye,
- Et si as mené proprement,
- Tout ton temps, de Néron la vie,
- Cressus es qui ne s'umilie
- Que fortune jus abatti:
- _Medium tene beati._
-
- Tu te plains de faulse heresie
- Qui est en toy très grant diffame;
- Tu es maistre de sodomie,
- Si com dient homes et femmes;
- Tu as dampné de ceulx les ames
- Que tu as aux Juifs rendus:
- _Dignes es d'être ars ou pendus._
-
- Et quant aucun te disoit: «Sire,
- »De raison faites le contraire,»
- Tu respondoies par grant ire:
- «Or voe, or voe, laissiez-me faire;
- »Laissiez crier qui vouldra braire.»
- Plus n'en vouloies escouter:
- Mais _seure chose est tout doubter._
-
- Tu as fait le moine voler
- Par force de tes grans richesses;
- Mais riens n'y vaut le flaioler
- Ne te fie point en promesses;
- Pour toy aidier ne t'esléesses,
- Savoir faut de toy n'auront cure:
- _Tant vault amour come argent dure._
-
- Bien l'a fait Turquain parcevoir
- Ton bon amy espécial;
- Par or as cuidié decevoir
- Et parvetir l'official,
- Mais le vaillant juge et loyal
- L'a mis en prison sans poursuite.
- _Selon seigneur magnie duite._[390]
-
- [390] Tel maître, tel valet.
-
- Je croy bien tu as ainsy fait
- A tieulx qui n'en font pas semblant,
- Afin d'anéantir ton fait;
- Mais il n'en parlent qu'en tremblant,
- Et aucunes fois en emblant.
- _Car tel cuide abaissier sa honte
- Ou vengier, il acroist et monte._
-
- Avise sé de l'aultrui bien
- As pensé, de le bientost rendre;
- A ceux ne donnes pas tes biens
- Qui cy ne te pevent deffendre;
- Tes fais sont de si grant esclandre
- Ne sçay coment il en ira.
- _Mal acquis, mal départira._
-
- Quant tu aloies par les rues,
- Ne sçay sé t'en es advisés,
- Chascun en disoit, neis tes drues[391]:
- «Bien doit estre cil desprisiés.»
- Si es-tu ore et pou prisiés.
- Et disoient aucuns souvent:
- _Petite pluye abat grant vent._
-
- [391] _Neis tes drues_. Même tes maîtresses.
-
- Laisses maisons, femmes, nepveus,
- Et soies pour t'ame esveilliés,
- De rendre à Dieu graces et veus;
- Mieulx ne pues estre conseilliés.
- Je tien ton corps pour essilliés,
- Car chascun le dit, bien y pert[392]:
- _Qui trestout convoite tout pert._
-
- [392] _Y pert_. Y paroît.
-
- Je ne te veuil plus faire plait,
- Aubriot, à Dieu te commant;
- De tes folies me desplait,
- Or en ira ne sçay coment.
- L'en feroit bien un grant romant
- De tes fais, mais cy je m'afin:
- _De bonne vie bonne fin.[393]_
-
- [393] Hugues Aubriot fut délivré l'année suivante par les Parisiens,
- au milieu d'une émeute.
-
-
-FIN DES GRANDES CHRONIQUES DE FRANCE.
-
-
-
-
-CONCLUSION DE L'ÉDITEUR.
-
-
-Ici s'arrêtent les grandes Chroniques de France dites de Saint-Denis.
-Aucun manuscrit ancien ne joint au texte pour ainsi dire sacramentel que
-l'on vient de lire l'histoire des règnes de Louis XI, de Charles VII ou
-même de Charles VI. D'ailleurs, les récits de Juvénal des Ursins, de
-Jean Chartier et de l'auteur anonyme de la Chronique Scandaleuse, vingt
-fois réimprimés, se trouvent dans toutes les bonnes bibliothèques; et
-les moyens d'exécution dont nous pouvions disposer ne nous permettoient
-pas de reproduire trois ouvrages que d'autres patiens érudits avoient
-déjà fait connoître.
-
-Mais pour compléter l'édition des _Grandes Chroniques de Saint-Denis_,
-il faudroit encore, et nous le sentons parfaitement, ajouter plusieurs
-dissertations et la Table raisonnée des matières et des noms de lieux et
-de personnes. Un bon _Index_ est le cachet d'une bonne édition, et si
-notre librairie moderne se plaint tant du discrédit de ses publications,
-on peut trouver la cause de ce fâcheux résultat dans le dédain qu'elle
-professe généralement pour toutes les _Tables de matières_. Obligés
-aujourd'hui, pour des raisons qui ne sauroient intéresser nos lecteurs,
-d'achever notre édition et de nous en tenir au texte complet des
-_Chroniques de Saint-Denis_, nous n'en prenons pas moins l'engagement de
-donner bientôt, dans un volume supplémentaire, notre Table raisonnée et
-plusieurs dissertations sur la rédaction des chroniques et sur
-l'autorité de leur témoignage. Avant de publier cet appendice, nous
-espérons de la Critique littéraire des avis dont il nous sera permis de
-profiter. Heureux si nous n'avons pas alors à relever un trop grand
-nombre de ces inexactitudes dont l'attention la plus ardente et la plus
-scrupuleuse ne préserve pas toujours!
-
-Un autre devoir encore plus rigoureux, c'est l'hommage de nos dernières
-lignes au nom de celui dont on n'a fait que rendre la pensée et seconder
-les intentions en imprimant cet ouvrage. Quand les _Chroniques de
-Saint-Denis_ auront été plus fréquemment consultées, on ne comprendra
-pas comment il s'étoit écoulé tant de temps avant que l'on songeât à les
-publier d'une façon convenable, intelligible. Monsieur le vicomte
-d'Yzarn-Freissinet a senti le premier qu'en essayant de combler cette
-grande lacune historique, il rendroit service aux bonnes études et
-feroit acte d'un véritable patriotisme. C'est à lui que j'ai dû le
-bonheur de consacrer quatre années à cette édition et d'avoir été
-délivré des obligations dispendieuses auxquelles elle soumettoit
-l'éditeur. Je ne doute pas que tous les amis de notre histoire nationale
-ne s'associent à la juste reconnoissance que j'ai vouée à M. de
-Freissinet, pour avoir fait exécuter un travail dont le gouvernement
-françois auroit dû prévenir depuis long-temps la pensée, et dont alors
-il auroit pu facilement charger un éditeur plus habile. On devine la
-récompense que tous deux nous nous sommes promise à une époque si
-défavorable aux publications sérieuses: en sacrifiant, l'homme du monde
-son argent et l'homme de lettres son temps, pour remettre en lumière
-celui de tous les monumens de notre histoire qui nous sembloit le plus
-recommandable; nous craignons seulement d'avoir eu trop bonne opinion de
-ces mémorables _Chroniques de Saint-Denis_, et de nous être trompés sur
-leur importance avec tous les contemporains de saint Louis, de Charles V
-et de Charles VII. C'est à ceux qui les étudieront qu'il appartiendra de
-décider si nous avons eu tort de craindre.
-
-Voici maintenant la liste de tous les manuscrits que nous avons
-consultés ou dont nous avons eu quelque connoissance. Cette description,
-comme on le pense bien, ne sera pas approfondie: mais ceux qui plus tard
-auront l'occasion de voir d'autres leçons des mêmes chroniques pourront
-néanmoins juger, d'après elle, de l'importance particulière de chacune
-de ces leçons. J'examine d'abord les volumes signalés par La Curne de
-Sainte-Palaye dans la fameuse Dissertation sur les Chroniques de
-Saint-Denis qu'il lut à l'Académie des Belles-Lettres le 15 avril 1738.
-Je décris à la suite les leçons qu'il n'avoit pas vues et dont je me
-suis également servi.
-
-
-MANUSCRITS INDIQUÉS PAR SAINTE-PALAYE.
-
-BIBLIOTHÈQUE DU ROI.
-
-Nº 8298 ^2.
-
-Un volume in-folio maximo, vélin, 2 colonnes, petites miniatures;
-écriture de plus en plus élégante et correcte jusqu'à la fin; XVe
-siècle. Relié en maroquin rouge aux armes de Colbert sur les plats.
-
-Il provient de la bibliothèque de Colbert. Les premiers feuillets ont
-été enlevés jusqu'à la fin du treizième chapitre du premier livre (Voyez
-notre édition): «Si se souffry atant quant Tholome ot ce compte et fixe.
-Le messaige Thierry qui bien et sagement ot entendu lexemple Tholome
-retourna a son seigneur tout luy compta par ordre ce quil ot oi compter
-quant Thierry entendi ceste exemple il demoura ne ne voult mie obeir au
-commandement lempereur en petit de temps apres les princes ditalie le
-firent roy et seigneur du pays ainsi fu sauve Thierry par son bon amy.»
-
-Miniatures en façon de camayeu assez curieuses: texte définitif que nous
-avons suivi.--Le passage relatif à l'amour de Thibaut pour Blanche (Vie
-de Saint-Louis, chap. XVII) forme ici le chapitre XV très abrégé. En
-somme, c'est l'un des manuscrits dont les variantes ont le plus
-d'importance. Pour les derniers mots, il donne la bonne leçon: «Et y
-mourut grant foison de leurs gens et de leurs chevaux.»
-
-
-Nº 8298 ^4.
-
-Un volume in-folio maximo, vélin, 2 col., petites miniatures; bonne
-écriture du XVe siècle. Relié en maroquin rouge, aux armes de Colbert
-sur les plats; provenant de la bibliothèque de Colbert.
-
-«Cil qui ceste euvre commence a tous ceulx qui ceste histoire liront
-salut en nostre Seigneur pour que pluseurs grans se doubtoient de la
-genealogie des roys de France de quel original lignee il sont descendus
-emprist ceste euvre a faire par le commandement de cel homme que il ne
-pot ne ne dut refuser mais pour ce que sa lecture et la simplesce de son
-engin, etc.»
-
-Le passage de Thibaut est au chapitre XVII, et d'une façon régulière.
-_Gate brule_ pour _Gaces Brulés_. Les derniers mots sont: «Et sen
-alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens.»
-
-Transcription assez incorrecte.
-
-
-Nº 8299.
-
-Un vol. in-folio maximo, vélin, deux colonnes, première partie du XIVe
-siècle; relié en maroquin citron; provenant de l'ancienne bibliothèque
-de Michel Letellier, archevêque de Reims.
-
-Rédaction du temps de Philippe de Valois. Elle s'arrête avec la fin du
-règne de Philippe-le-Long en 1321, mais elle ne donne la rédaction
-définitive que jusqu'à la mort de Philippe-Auguste. A la fin du règne de
-Saint-Louis, j'ai cité les variantes les plus importantes de cette leçon
-dans laquelle on chercheroit vainement le passage relatif aux amours de
-Thibaut.
-
-Début: «Ci commence le prologue des croniques de tous les roys de France
-crestiens et sarasins et toz leur fais.--Cils qui ceste oeuvre commence.
-A tous ceulx qui ceste histoire liront: salut en nostre Seigneur.
-
-»Pour ce que pluseurs gens doubtoient de la genealogie des roys de
-France de quel original et de quel lignee il sont descendu emprist-il
-ceste oeuvre a faire par le commandement de tel homme que il ne pot ne
-ne dut refuser en nule maniere.
-
-»Mais pour ce que sa letreure et simplesse de son enging ne souffist mie
-a traitier de oeuvre de si haute hystoire, etc.»
-
-Fin du règne de Philippe-le-Long: «Et y fu occis li quens de Herefort.
-Et li quens de Lancloistre pris et pluseurs autres contes et barons. Li
-quens de Lancloistre ot copee la teste par jugement et tuit li autre
-pendu. Si que li roys n'avoit plus guerre fors que aus escos.»
-
-On lit à la fin: «Ce livre fist faire le conte Daulphin frere au conte
-Camus (?).»
-
-
-Nºs 8299 ^2, 8299 ^3.
-
-Deux volumes in-folio, vélin, lignes longues; commencement du XVe
-siècle; provenant de la bibliothèque d'Etienne Baluze.
-
-Rédaction définitive. Plusieurs cahiers de cet exemplaire ont été
-enlevés, et entre autres tous ceux qui comprenoient les deux derniers
-livres de la vie de Charlemagne et la première partie de celle de
-Louis-le-Débonnaire. Le deuxième volume s'arrête au 22e chapitre du
-livre II du règne de Philippe-Auguste.
-
-Début: «Cil qui ceste oeuvre commença, a tous ceulx qui ceste histoire
-liront salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens se doubtoient
-de la genealogie des roys de France, de quel original et de quel lignie
-il sont descendus. Emprist ceste euvre a faire par le commandement de
-tel homme que il ne pot ne ne dut refuser. Mais pour ce que sa lettreure
-et la simplete de son engin ne souffist mie a traitier de euvre si
-haulte hystoire, etc.»
-
-Fin: «Tant dura lassault le paleteiz et le lanceiz des engins que XV
-jours apres furent les murs fraiz et craventes et le chastel pris. Mais
-au prendre ot grant pongneiz et fort la furent pris XXXVI chevaliers
-sans le nombre des sergens et des arbalestiers a ce siege furent mort
-quatre chevaliers.»
-
-
-Nº 8300 ^3 ^3.
-
-Un volume in-folio, vélin, à deux colonnes; fin du XVe siècle; relié en
-maroquin rouge, aux armes de France sur les plats, provenant de
-l'ancienne bibliothèque de Colbert. Les écus qui entourent la miniature
-placée au commencement annoncent que le volume a été exécuté pour la
-librairie du roi de France.
-
-Cette leçon est celle que nous voyons plusieurs fois désignée dans les
-anciens catalogues sous le nom de _Chroniques abrégées_. Tout en suivant
-en général la substance des _Chroniques de Saint-Denis_, elle en
-supprime une partie, et quelquefois elle étend le récit ou le modifie.
-C'est ainsi que pour le douzième siècle et le treizième, elle emprunte
-beaucoup de circonstances nouvelles au précieux monument historique
-publié dernièrement par mon frère, Louis Paris, bibliothécaire de la
-ville de Reims, sous le nom de _Chronique de Reims_. Il sera donc
-nécessaire de jeter les yeux sur les _Chroniques abrégées_ quand on
-voudra comparer tous les témoignages du même fait.
-
-Pour le passage relatif à l'amour de Thibaut, les _Chroniques abrégées_
-qui l'ont admis ont même ajouté les lignes de la _Chronique de Reims_
-contre lesquelles s'est tant élevé La Ravaillière dans son édition des
-Chansons du roi de Navarre. Les voici: «Le conte envoya des plus grans
-hommes de son conseil pour requérir paix et amour. Quant la royne
-Blanche le sceut, si manda le roy de Navarre qu'il venist parler à elle
-et elle luy feroit sa paix. Et il y vint sans aucun délai. Et ainsi
-comme il entra en la salle a Paris, il fu appareillié qui le fery d'un
-fromage en faisselle, par le conseil au conte d'Artois qui onques ne
-l'ayma. Et le roy de Navarre s'en ala tous embrouez devant la royne, et
-lui dist que ainsi avoit esté atornez en son conduit. Quant la royne le
-vit si lui en pesa et commanda que cils fust pris qui ce avoit fait,
-etc.»
-
-Je pense que les _Chroniques abrégées_ ont été rédigées avant la fin du
-règne de Charles V; on les aura poursuivies à mesure de la continuation
-de l'ouvrage original.
-
-Début: «Cy commancent les croniques des rois de France.--A tous ceulx
-qui ces présentes croniques ou histoires liront ou orront. Pourra
-apparoir la genealogie des roys de France. De quel lignee ils sont
-descenduz selon les croniques de l'abbaye monseigneur Saint-Denis en
-France. Si peut chascun savoir que ceste chose est moult honnorable et
-proufitable pour congnoistre aux roys et aux princes qui ont terres a
-gouverner, etc.»
-
-Fin: «Et sen alerent aucuns et en emmenerent grant foison de biens.»
-
-
-Nº 8301.
-
-Un volume in-folio, vélin, à deux colonnes, jolies miniatures; milieu du
-XVe siècle; relié en maroquin rouge, aux armes de France.
-
-Bel et bon exemplaire de la rédaction définitive.--_Gatebrulle_, dans le
-chapitre du comte de Champagne.
-
-Début: «Celui qui ceste euvre commence. A tous ceulx qui ceste histoire
-liront. Salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs grans se
-doubtoient de la genealogie des roys de France, de quel original et de
-quelle lignie ilz sont descendus emprist ceste euvre a faire par le
-commandement de tel homme que il ne pot ne ne dut refuser. Mais pour ce
-que la lecture et sa simplesce de son engin ne souffist mie a traitier
-de oeuvre de si haulte histoire, etc.»
-
-Fin: «Et y mourut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx et sen
-alerent aucuns et emmenerent grant foison de.»
-
-
-Nº 8303.
-
-Un volume in-folio, vélin, à deux colonnes, très-jolies miniatures,
-vignettes et initiales; écriture du milieu du XVe siècle; relié en veau
-fauve.
-
-Les écus peints dans les vignettes sont tantôt celui de France, tantôt
-celui d'une famille que je n'ai pu reconnoître. Il est d'argent à
-l'hermine, fouine ou belette de sable, accompagnée de trois couronnes de
-sinople, 2 et 1.
-
-Ce volume contient une seconde leçon des _Chroniques abrégées_, en tout
-semblable à celle du n. 8300 ^3. ^3. que nous avons décrite.
-
-
-Nº 8303 ^5.
-
-Un volume in-fol. maximo, vélin, trois colonnes, très-nombreuses
-miniatures; XVe siècle; relié en maroquin rouge, aux armes et au chiffre
-de J. Auguste de Thou sur les plats. Provenant de l'ancienne
-bibliothèque de Colbert.
-
-Il est surprenant que l'immortel de Thou, auquel ce volume a appartenu
-et qui l'a fait magnifiquement relier, ait laissé subsister sur le dos
-de la reliure le titre erroné de _Hist. de la guerre saincte_.
-
-Ce bel exemplaire ne contient que la première partie de la rédaction
-définitive, jusqu'à la mort de Philippe-Auguste. Le reste, jusqu'à celle
-de Philippe-le-Hardi, est emprunté à Guillaume de Nangis, et à ses
-continuations. Le chapitre des amours du comte de Champagne ne s'y
-trouve pas.
-
-Début: «Cyl qui ceste oevre commence a tous ceulx qui ceste ystoire
-liront salut a noustre Seigneur. Pour ce que pluseurs doubtoient de la
-geneologie des roys de France de quel original et de quel lignee ils
-sont descendus emprist-il ceste oeuvre a faire par le commandement de
-tel home que il ne pot ny ne dut refuser. Mais pour ce que sa lectreure
-et la simplese de son engin ne souffit mie a traitier de oevre de si
-haulte ystoire.»
-
-Fin: «Pour ceste chose furent mehues pluseurs questions a Paris entre
-les maistres de theologie savoir mon si le roy povoit donner ne octroier
-le cuer de son pere sans la dispensacion du souverain evesque. Ci fault
-listoire du bon roy Phelippe-le-Hardi.»
-
-
-Nºs 8304, 8305.
-
-Deux volumes in-folio, papier, deux colonnes; fin du XVe siècle; reliés
-en maroquin rouge, aux armes du France sur les plats.
-
-Cette leçon est fort mauvaise. Le copiste était un fripon qui s'est
-contenté de mettre de l'exactitude dans la transcription des têtes de
-chapitre, se réservant d'en abréger scandaleusement la substance. On
-voit qu'il avoit sous les yeux un exemplaire de la rédaction définitive
-et qu'il ne l'a tronquée que pour rendre sa besogne plus facile. Le
-récit est continué d'après Juvénal des Ursins jusqu'à l'année 1458. En
-finissant, il a bien voulu nous faire connoitre son nom dans les lignes
-suivantes: «Ces chroniques ont esté escriptes de la main de Nahei
-Reituag (Jehan Gautier) pour maistre Jehan Blondeau, praticien, en la
-court de parlement. Et contiennent deux voulumes, lequel Blondeau les
-vendra à qui vouldra bailler argent content paix et accord, ainsi que en
-tel cas appartient.»
-
-
-Nºs 8305 ^2, 8305 ^4.
-
-Deux volumes in-folio, vélin, deux colonnes, miniatures, vignettes et
-initiales; écriture du commencement du XVe siècle; reliés en maroquin
-rouge, aux armes de Colbert sur les plats. Provenant de l'ancienne bibl.
-de Colbert.
-
-Cet exemplaire offre le texte définitif. Il est d'une bonne écriture et
-d'une assez rigoureuse correction. Il ne contient pas le dernier
-chapitre du pillage de la Juiverie.
-
-Début: «Cil qui ceste oeuvre commence a toux ceulx qui ceste histoire
-liront salut en Nostre-Seigneur pour ce que plusieurs gens se doubtoient
-de la genealogie des roys de France de quel original et de quel lignie
-ils sont descendus emprist cette oeuvre afaire par le commandement de
-tel homme que il ne le pot ne ne deut reffuser mais pour ce que sa
-lecture et la simplesce de son engin ne souffist pas atraittier de une
-si haulte histoire...»
-
-Fin: «Fut advise pour tenir lesdis ducs en unite, et par censequent le
-royaume de France, qu'il estoit expedient que le roy qui encore ne avoit
-accompli son .XII. an si feust sacrez et couronnez et receust ses
-hommages, et feust tout le royaume gouverne par ly et en son nom lequel
-advis fut raporte aux dis ducs lesquielx le consentirent et orent
-agreable.»
-
-Le chapitre du comte de Navarre s'y trouve avec le nom de _Gratebrule_.
-
-
-Nº 8305 ^5 ^5.
-
-Je n'ai pu consulter pendant le cours de mon travail ce volume dont
-Sainte-Palaye a recommandé l'exactitude et la bonne transcription.
-L'illustre M. Daunou s'en servoit alors pour établir la partie du texte
-des _Chroniques de Saint-Denis_ qui correspond aux règnes de saint Louis
-et de Philippe-le-Hardi. Cette partie doit être imprimée dans le XXe
-volume des _historiens de France_, actuellement sous presse. On sait que
-les Académiciens chargés de continuer ce grand ouvrage sont MM. Daunou
-et Naudet.
-
-
-Nºs 8306, 8307, 8308, 8309, 8310.
-
-Cinq volumes in-folio, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes et
-initiales; écrits au milieu du XVe siècle; reliés en maroquin rouge, aux
-armes de Béthune sur les plats. Provenant de l'ancienne bibliothèque de
-Béthune.
-
-Cet exemplaire est d'une belle écriture; mais la transcription en est
-peu correcte. Le copiste se soucioit peu de reproduire tous les membres
-de chaque phrase et de lire ce qu'il copioit.
-
-Début: «Cil qui ceste euvre commence a tous ceuls qui ceste hystoire
-liront salut en Nostre-Seigneur. Pour ce que plusieurs gens se
-doubtoient de la genealogie des roys de France de quel original et de
-quel lignie ils sont descendus emprist ceste euvre a faire par le
-commandement de tel homme qu'il ne le pot ne ne dut refuser. Mais pour
-ce que sa lectreure et sa simplesce de son engin ne souffist mi a
-traictier de euvre si haulte hystoire, etc.»
-
-Fin: «Et y morut grant foison de leurs gens et de leurs chevaux. Et sen
-alerent aucuns et emmenerent grant foison de.»
-
-Le chapitre des amours de Thibaut s'y trouve avec le nom de
-_Gastebrule_.
-
-
-Nº 8311.
-
-Sainte-Palaye s'est trompé quand il a vu dans ce manuscrit une leçon des
-_Chroniques de Saint-Denis_. C'est un volume dépareillé d'un traité
-adressé au duc Charles-le-Téméraire, et renfermant des exemples de
-magnanimité.
-
-
-FONDS DE SAINT-GERMAIN.
-
-Nº 87. (Anc. nºs 142 et 143.)
-
-Deux volumes in-folio, papier, à deux colonnes; fin du XVe siècle;
-reliés en veau sur bois.
-
-Cet exemplaire est assez peu correct et ne poursuit la transcription
-définitive que jusqu'à la mort de Philippe-Auguste. Le règne de chacun
-des autres rois est raconté d'une manière très-sommaire et d'ailleurs
-entièrement étrangère au texte des _Chroniques de Saint-Denis_. Ce point
-d'arrêt, le même que dans le nº 8299, justifie la conjecture que nous
-avons émise plusieurs fois sur les différens rédacteurs de l'ouvrage
-entier. Sous le règne de Philippe-le-Hardi fut achevée la première
-partie jusqu'à Philippe-Auguste: la continuation, qui embrassoit les
-règnes de Louis VIII, saint Louis, Philippe III, Philippe IV, Louis X,
-Philippe-le-Long, Charles-le-Bel et Philippe de Valois, n'a pas été
-connue ou du moins reproduite dans les volumes que nous mentionnons.
-
-Début: «Cy commancent les Croniques de France faites et extraictes du
-propre original. Lequel est en leglise de monseigneur Saint-Denis de
-France lez Paris. Et premier sensuit le prologue.
-
-»Celluy qui ceste oeuvre commence a tous ceulx qui ceste ystoire liront
-salut a nostre Seigneur. Pource que pluseurs gens debveroient desirer de
-savoir de la genealogie et de quel original et de quelle lignee sont
-yssus les roys de France enprint il ceste oeuvre a faire par le
-commandement de tel homme qui ne peut ne ne deust refuser. Mais pour ce
-que sa lectreure et la simplete de son engin ne suffist pas a traictier
-donneur de si haulte ystoire, etc.»
-
-Fin de la vie de Philippe-Auguste: «Si establit XX moines prestres en
-labbaie de Saint-Denis en France par dessus le nombre qui devant y
-estoit qui sont tenus a chanter pour lame de luy mort fut en l'an de
-lincarnacion de Notre Seigneur Jhesucrist M. CC. XXIII, de son eage
-LVIII et de son regne XLIII.»
-
-
-Nº 91. (Anc. nº 151.)
-
-Sainte-Palaye n'auroit pas dû citer ce volume parmi les textes des
-_Chroniques de Saint-Denis_. Le récit ne commence que long-temps après
-le point où elles se sont arrêtées, c'est-à-dire à la vie de Charles
-VII. Il est vrai que Sainte-Palaye confond avec nos chroniques le
-travail de Juvenal des Ursins, celui de Jean Chartier et même celui de
-l'auteur de la _Chronique Scandaleuse_. Mais Sainte-Palaye s'est trompé.
-
-
-Nº 963. (Anc. nº 1462.)
-
-Le même savant a recommandé vivement la correction et la beauté de cette
-leçon. Je n'ai pu la consulter, M. Daunou l'ayant entre les mains dans
-l'intention de s'en servir pour établir le texte de la vie de saint
-Louis et de celle de Philippe-le-Hardi.
-
-
-Nº 965. (Anc. nº 1464.)
-
-Un volume in-4º, papier entremêlé de vélin; commencement du XVe siècle;
-relié en basane blanche sur bois.
-
-Cet exemplaire, qui avoit appartenu à Pierre Pithou, présente un fort
-bon texte. Il est malheureusement très-incomplet, puisque le volume
-commence avec les derniers mots du douzième chapitre du 2e livre de
-Philippe-Auguste.
-
-Début:
-
-«cuer et les occistrent en fuiant.
-
-»Le XIII, comment le roy chaca le roy Richart qui avoit assis arches et
-comment il vint a lui et lui fist hommaige de la duchie de Normendie.
-
-»En lan de lincarnacion mil C. IIIIXXV ou mois de juillet rompi le roy
-Richart les trieves que il avoit au roy Phelippe. Si fut lors la guerre
-recommencee de nouvel.»
-
-Fin: «Et y morut grant foison de leurs gens et de leurs chevaux, et sen
-alerent aucuns et emmenerent grant foison de prisonniers.»
-
-
-AUTRES MANUSCRITS CONSULTÉS POUR LE TEXTE DE CETTE ÉDITION.
-
-Nº 6746 ^A.
-
-Un volume in-fol. maximo, vélin, à deux colonnes, miniatures et
-initiales; commencement du XVe siècle; relié en maroquin rouge, aux
-armes de France sur les plats.
-
-J'ai décrit amplement ce volume dans le tome 1er des _Manuscrits
-François de la Bibliothèque du Roi_. Je dois me contenter ici de dire
-que la transcription est digne pour son exactitude de la beauté de
-l'exécution. Le texte ne donne pas le dernier chapitre du pillage des
-Juifs. Au chapitre du comte de Champagne, il porte la leçon de
-_Gatelbrule_. Plusieurs feuillets ont été enlevés, entre autres celui
-qui contenoit la fin du règne de Philippe de Valois.
-
-Début: «Cil qui ceste oeuvre commence a tous ceulx qui ceste histoire
-liront salut en nostre Seigneur pour ce que pluseurs grans se doubtoient
-de la genealogie des roys de France de quel original et de quelle lignee
-ilz sont descendus emprist ceste euvre a faire par le commandement de
-cel homme que il ne pot ne ne dut reffuser. Mais pource que sa lecture
-et la simplesce de son engin ne souffist mie a traittier de si haulte
-histoire...»
-
-Fin: «Si feust sacrez et couronnez et receut ses hommages et feust tout
-le royaume gouvernez par lui et en son nom lequel advis fu rapporte aux
-diz ducs lesquelz le consentirent et orent agreable.»
-
-
-Nº 8300.
-
-Un volume in-folio, vélin, deux colonnes, petites miniatures en façon de
-camayeu; XVe siècle; relié en maroquin rouge, aux armes de France sur
-les plats.
-
-Bonne leçon du texte définitif. Les amours de Thibaut s'y trouvent
-correctement, avec le nom de _Gatesbrulés_.
-
-Début: «Cil qui ceste oeuvre commence a tous ceulx qui cette hystoire
-liront salut en nostre Seigneur pour ce que pluseurs gens se doubtoient
-de la genealogie des roys de France de quel original et de quelle lignie
-ilz sont descendus emprinst ceste oevre a faire par le commandement de
-tel homme que il ne pot ne ne deubt refuser. Mais pour ce que sa lecture
-et sa simplece de son engin ne souffist mie de traitier de oeuvre de si
-haulte hystoire, etc.»
-
-Fin: «Et sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de leurs biens.»
-
-
-Nº 8302.
-
-Un volume in-folio magno, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes
-et initiales; fin du XIVe siècle; relié en maroquin citron, aux armes de
-France sur les plats.
-
-Exemplaire dont j'ai fréquemment cité les variantes sous la désignation
-de _Manuscrit du duc de Berry_. En effet, il porte à la fin la signature
-de Jean, duc de Berry, prince qui devra sa renommée à la passion qu'il
-montra toute sa vie pour les beaux livres et pour les objets d'art de
-tous les genres. Ce volume étoit digne de figurer parmi les meilleurs de
-la librairie du frère de Charles V, soit pour la perfection de la
-calligraphie, soit pour l'intelligente exactitude de la transcription.
-Après le manuscrit de Charles V, nº 8395, c'est, à mon avis, le meilleur
-guide que l'on pourroit suivre.
-
-Début: «Ce sont les Croniques de France selon ce quelles sont composees
-en leglise Saint-Denis en France.
-
-«Cilz qui ceste oeuvre commence a tous ceulx qui ceste histoire liront
-salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens doubtoient de la
-genealogie des rois de France de quel original et de quel lignie ilz
-sont descendus emprist il ceste oeuvre a faire par le commandement de
-tel homme que il ne pot ne ne dubt refuser. Mais pour ce que sa
-lettreure et la simplesce de son engin ne souffist pas a traitier de
-oeuvre de si haulte histoire, etc.»
-
-Au chapitre des amours du comte de Champagne, il porte la leçon commune
-_Gatebrule_.
-
-Fin: «Et y morut grant foison de leur gens et de leurs chevaulx. Et sen
-alerent aucuns et en menerent grant foison de biens.»
-
-
-Anc. fonds, nº 8395.
-
-Un volume in-folio parvo, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes
-et initiales; fin du XIVe siècle; relié, sous le règne de Louis XIV, en
-maroquin rouge, aux armes de France sur les plats, aux fleurs-de-lys
-sans nombre sur le dos et sur les marges.
-
-Cet exemplaire, sans aucune espèce de contredit, offre de toutes les
-leçons la plus belle, la plus complète, la plus rigoureusement correcte.
-Exécuté pour la plus grande partie sous les yeux de Charles V, par son
-plus habile calligraphe, Jean du Trévoux, et destiné à faire autorité
-dans toutes les circonstances, augmenté d'un assez grand nombre de
-pièces officielles et de quelques notes marginales dans lesquelles on
-peut reconnoître l'écriture du sage roi lui-même, il est malaisé de
-comprendre comment il a jusqu'à présent échappé à l'attention d'ailleurs
-si scrupuleuse de tous les illustres critiques qui se sont occupés de
-l'ancienne langue françoise, de l'ancienne histoire de France et en
-particulier du monument capital de cette Histoire, les _Chroniques de
-Saint-Denis_. Dans la Bibliothèque du roi où sans doute on le conserve
-depuis le règne de Charles VI, il semble avoir toujours occupé l'une des
-places les plus apparentes; le relieur du XVIIe siècle a écrit en beaux
-caractères sur le dos: _Chroniques de Saint-Denis jusque à Charles V_:
-mais tout cela n'avoit pu jusqu'à présent le garantir de l'oubli le plus
-complet.
-
-C'est principalement sur cette précieuse leçon que j'ai établi le texte
-de mon édition: c'est elle que j'ai d'abord fait exactement transcrire
-et dans laquelle je n'ai guères changé que les mots obscurs ou vieillis
-que d'autres leçons me présentoient plus intelligibles ou plus corrects.
-J'ai fréquemment cité dans mes notes ses variantes les plus heureuses,
-sans négliger de tenir compte des différences plausibles que je
-remarquois dans les autres leçons. Et maintenant, si l'on prend de ces
-éloges une occasion de me blâmer de n'avoir pas rigoureusement suivi la
-lettre du Msc. 8395, à l'exclusion de tous les autres, je répondrai que
-nul manuscrit, tel excellent qu'il soit, n'est exempt de lacunes, de
-légères bévues, d'erreurs palpables. Quand on a le malheur de n'avoir
-qu'une leçon d'un texte ancien, il faut bien le livrer à l'impression
-avec toutes les fautes de cette leçon, sauf à tenter dans les notes des
-corrections plus ou moins vraisemblables; mais en présence de quarante
-leçons des _Chroniques de Saint-Denis_, à la suite de trois éditions
-gothiques, devois-je préférer le travail le plus facile, c'est-à-dire la
-reproduction rigoureuse d'un seul texte? Je ne le crois pas: j'ai cru
-mieux faire en établissant ma leçon sur la base constante d'une ancienne
-transcription, mais en préférant toujours le sens qui me paroissoit le
-mieux autorisé.
-
-Le manuscrit 8395 comprend 493 feuillets écrits, et de plus un grand
-nombre de feuillets rayés laissés en blanc, sur lesquels on n'auroit pas
-manqué de transcrire l'histoire du règne de Charles VI, si cette
-histoire eût pu continuer les _Chroniques de Saint-Denis_. Mais le
-second copiste (car le volume révèle deux calligraphes) n'a pas même
-inséré la fin du règne de Charles V, soit qu'elle ne fût pas encore
-rédigée, soit plutôt parce que le temps d'achever sa copie lui aura
-manqué. Il s'est arrêté vers la fin du centième chapitre.
-
-Autrefois, le volume dut en former deux: le premier comprenant toutes
-les chroniques jusqu'à la mort de Louis VIII; le second s'arrêtant au
-point du règne de Charles V que nous venons d'indiquer. Ce qui prouve
-cette division primitive, c'est d'abord deux feuilles de garde placées
-immédiatement avant le règne de saint Louis, puis la grande miniature
-qui précède également le premier prologue et les premières lignes du
-règne de saint Louis. Un mot sur ces deux ornemens capitaux: le premier
-représente le sacre d'un jeune prince, suivant toutes les probabilités
-Charles VI. Il a été joint à notre volume quand il s'est agi de le
-relier, car le demi-feuillet qui le représente est collé comme _carton_,
-au premier feuillet suivant; ajoutons que le style remarquable de cette
-miniature diffère beaucoup de celui de toutes les autres.
-
-Le frontispice du second tome contraste moins, il faut l'avouer, avec le
-style des miniatures suivantes; mais le point d'écriture de la table
-commencée sur le verso de ce frontispice, accuse évidemment sinon une
-autre main du moins une transcription postérieure. C'est donc également
-un _carton_, et c'est, pour l'écriture, le premier que j'aie remarqué
-dans le volume.
-
-Le deuxième carton, quant à l'écriture, comprend les feuillets 290, 291
-et 292. Charles V le fit faire pour substituer au texte des leçons
-précédentes «La teneur de la charte de renonciation au duché de
-Normendie faite par le roi d'Angleterre.» Dans la miniature placée en
-tête de cette charte, on voit le roi d'Angleterre fléchissant le genou
-devant saint Louis, et je ne puis m'empêcher de croire que Charles V
-tenoit beaucoup au sujet de cette miniature.
-
-Le troisième carton est au fº 353; il a été fait pour substituer au
-récit des leçons ordinaires une autre exposé plus incontestable des
-droits de Philippe de Valois. J'ai donné dans les additions au règne de
-ce prince la variante de ces précédentes leçons, et l'on y verra la
-cause de l'importance que Charles V attachoit ici à un changement de
-rédaction.
-
-J'ai parlé du quatrième carton, comprenant les fºs 357 et 358, dans la
-première note du septième chapitre de Philippe de Valois. J'ajouterai à
-ce que j'en ai dit qu'il offre deux miniatures, toutes deux représentant
-le roi d'Angleterre à genoux devant le roi de France debout.
-
-Avec le fº 385, s'arrête la première transcription qui est certainement
-de Henry du Trévoux: les comparaisons que j'ai pu faire d'autres
-manuscrits signés par cet habile calligraphe ne permettent pas d'en
-douter. Il se pourroit que les folios suivans eussent encore été remplis
-par lui, mais alors il auroit fait ce travail quelques années plus tard
-et quand sa main avoit perdu quelque chose de sa fermeté, de son
-élégance. Au folio 388 finit la vie de Philippe de Valois avec le mot
-_Amen_; mot remarquable qui peut servir à prouver que les _Chroniques de
-Saint-Denis_ s'arrêtèrent long-temps avec le règne de ce prince. Une
-seconde induction peut être fournie par le changement d'écriture, à
-compter du folio 386 de notre manuscrit. Si les trois feuillets suivans
-ne sont plus de la main ancienne d'Henry de Trévoux, on peut croire que
-celui-ci avoit mis à la fin de cette vie de Philippe de Valois quelques
-rubriques qui ne convenoient plus à la continuation; en conséquence on
-aura remplacé le cahier de huit feuillets qui contenoit la fin de sa
-transcription, par un nouveau cahier que l'on termina par la table et
-les premiers chapitres du règne du roi Jean. Et si l'on en veut une
-preuve avérée, c'est une lacune qui se trouve dans la dernière colonne
-du dernier feuillet de ce cahier (fº 393), lacune qui annonce que le
-nouveau scribe n'a pu retomber juste, comme dans la transcription
-précédente, avec le texte du cahier suivant. Ainsi, de cette nouvelle
-écriture avant la fin du règne de Philippe de Valois, on ne conclura pas
-que cette fin est l'oeuvre d'une rédaction moins ancienne; cette
-nouvelle rédaction commencera toujours avec le roi Jean.
-
-C'est dans les dissertations sur les _Chroniques de Saint-Denis_, qu'il
-conviendra de faire la part qui revient à chacun des rédacteurs. Il doit
-suffire ici de remarquer que la table placée en tête du règne de Jean se
-poursuit jusqu'à l'indication du 44e chapitre du règne de Charles V. La
-matière de cette table appartient donc à un seul et même écrivain; puis,
-à compter de là, tout donne à croire que les chapitres furent rédigés à
-mesure des événemens.
-
-Il me reste à dire un mot de la bande tricolore qui entoure chacune des
-nombreuses miniatures de ce volume. Elle a déjà donné grande matière à
-conjectures; j'ai moi-même exprimé dans l'_Histoire des Manuscrits
-François_ la surprise que j'éprouvois en la voyant dans un si grand
-nombre de volumes exécutés pour Charles V. Je pense aujourd'hui que
-c'est uniquement l'effet arbitraire du goût d'un enlumineur curieux de
-mieux faire ressortir l'éclat de ses couleurs. J'appuie cette opinion
-sur l'examen d'un grand nombre de manuscrits dans lesquels on reconnoît
-l'écu du chancelier Pierre d'Orgemont. Or, cet écu, certainement dessiné
-et colorié par l'enlumineur de Charles V, est toujours entouré de la
-même auréole tricolore: ce que l'artiste auroit évité, si l'on avoit
-attaché quelque sens à ce cadre. Du reste, on ne peut nier que cet
-artifice ne donne plus d'éclat aux sujets enluminés.
-
-
-Nº 8396.
-
-Un volume in-folio mediocri, vélin, à deux colonnes, miniatures; XIVe
-siècle; relié en veau fauve.
-
-Bonne leçon de la première partie des chroniques, s'arrêtant à la mort
-de Philippe-Auguste.
-
-Début: «Cil qui ceste euvre commence. A tous ceulx qui ceste histoire
-liront salut en Nostre-Seigneur Jhesu-Crist. Pour ce que pluseurs gens
-doubtoient de la genealogie des roys de France de quel original et de
-quelle lignie ils sont descendus emprist il ceste euvre a faire pour le
-commandement de tel homme que il ne pot ne ne dot reffuser. Mais pour ce
-que sa lettreure et la simplece de son engin ne souffist pas a traittier
-d'euvre de si haulte histoire, etc.»
-
-Fin: «Mort fu en lan de lincarnacion nostre Seigneur M. CC. XXIII de son
-aage LVIII, et de son regne XLIII.»
-
-
-Nºs 9615 ^2, 9615 ^3, 9615 ^4.
-
-Trois volumes in-4º, papier, à lignes longues; fin du XVe siècle; reliés
-en veau fauve, et provenant de l'ancienne bibliothèque du président du
-Mesmes.
-
-Exemplaire complet et d'une transcription fort incorrecte. Le premier
-volume s'arrête avec Louis-le-Débonnaire; le second à Philippe-le-Bel,
-et le dernier avec le texte que nous avons suivi. Le chapitre des amours
-du comte Thibaud porte au lieu de _Gaces Brulé_ le nom ridicule de
-_Jobelibride_.
-
-Début: «Le proesme de lauteur qui translate les Croniques de France de
-latin en françois.
-
-»Celui qui ceste oeuvre commence a tous ceulx qui ceste histoire liront
-salut a nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs grans se doubtoient de la
-genealogie des roys de France, de quel originel et de quelle lignie ilz
-sont descendus, emprist ceste oeuvre a faire par le commandement de tel
-homme que il ne pot ne ne dot refuser; mais pource que sa lecture et sa
-simplesce de son engin ne souffist mie a traictier de oeuvre de si
-haulte histoire.»
-
-Fin: «Et y mourut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx, et
-sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de prinsonniers.»
-
-
-Nº 9615 ^5.
-
-Un volume in-4º, papier, lignes longues; fin du XVe siècle;
-demi-reliure, au chiffre de Louis-Philippe sur le dos; provenant de
-l'ancienne bibliothèque de Baluze.
-
-Premier volume d'un exemplaire incomplet. Le récit est poursuivi jusqu'à
-la fin du règne de Loys-le-jeune.
-
-Début: «Cy commance le prologue des Croniques de France. Cil qui ceste
-oeuvre commance. A tous ceulx qui ceste histoire lyront salut en nostre
-Seigneur. Pour ce que plusieurs grans se doubtoient de la genealogie des
-roys de France, de quel original et de quelle lignée ilz sont descendus,
-emprist ceste oeuvre a faire par le commandement de celuy homme que il
-ne put ne ne dut refuser. Mais pour ce que sa lecture et la simplesce de
-son engin ne souffist mie a traictier oeuvre de si haulte histoire,
-etc.»
-
-Fin: «De cestui Phelipe désormais parlera lystoire. Et si nentrelaissera
-pas lystoire a parler du pere jusques a ce point quil trespassa de ce
-siecle. Car puis que lenfant Phelipe fu ne regna il longuement...»
-
-
-Nºs 9615 ^7 ^7, 9615 ^8 ^8.
-
-Deux volumes in-4º, papier vélin; XVe siècle; relié en basane blanche;
-provenant de la bibliothèque de Colbert.
-
-Cet exemplaire d'une bonne transcription est incomplet. Il faudroit un
-troisième volume, le deuxième ne poursuivant le récit que jusqu'au
-quatorzième chapitre de la vie de Charles-le-Bel. Il porte au chapitre
-du comte de Navarre le nom: _Gastebrule_.
-
-Début: (Le prologue manque.) «Le premier chappitre parle comment les
-François sont descendus de Troie la grant.
-
-»Quatre cens et quatre ans avant que Romme fust fondee regna Priant en
-Troie la grant. Il envoya Paris laisne de ses filz en Grece pour ravir
-la royne Helaine la femme au roy Menelaux, pour soy vengier dune honte
-que les Greux lui avoient faitte. Les Grigois etc.»
-
-Fin: «Mais nostre sire qui mue les cuers des hommes si comme il veult et
-en qui puissance sont non pas seulement les roys mais les royaumes et
-toutes choses...»
-
-
-Nº 9625 ^2.
-
-Un volume in-4º, papier, à lignes longues; fin du XVe siècle; relié en
-veau racine; provenant de l'ancienne bibliothèque de Baluze.
-
-Ce manuscrit est l'avant-dernier volume d'un exemplaire dépareillé. Il
-commence au milieu de la vie de saint Louis et s'arrête après la mort du
-roi Jean. Il est transcrit avec beaucoup de négligence.
-
-Début: (Voy. chap. LXXIII de _Saint Loys_ dans notre édition.) «Coment
-le roy amanda lestat de son royaume. Apres ce que le roy fut retournes
-en France il se contint devotement envers nostre sire et fut droicturier
-a ses subgies. Si regarda que cestoit bonne chose damender lestat de son
-royaume, etc.»
-
-Fin: (Voyez dans notre édition la fin du roi _Jean_.) «Mais le roy de
-France avoit en sa main pour ce que le roy de Navarre sestoit rendu son
-ennemi. Et par ce le dit messire Bertran laissa ledit captal au roy de
-France lequel le fist mener en prison ou marchie de Meaulx.»
-
-
-Nº 9628.
-
-Un volume in-4º, papier, à lignes longues; XVe siècle; demi-reliure.
-
-Premier volume d'un exemplaire dépareillé. Il finit avec l'histoire de
-Charlemagne. Transcription très-incorrecte.
-
-Début: «Celluy qui ceste oeuvre commence. A tous ceulx qui ceste ystoire
-lyront. Salut en nostre Seigneur. Pour ce que pleusieurs gens devroyent
-desirer de savoir de la genealogie et de quel original et de quelle
-lignie sont yssus les roys de France en prist il ceste oeuvre a faire
-par le commandement de tel homme quil ne peut ne ne dust reffuser. Mais
-pour ce que la lecteure et la simplesse de son engin ne souffit pas a
-tractier donneur de si hault ystoire, etc.»
-
-Fin: «Et ceulx qui des paiens le garderont et deffendront desserviront
-la joye de paradis par les merites monseigneur saint-Jacque. A laquelle
-nous doint tous parvenir par la priere monseigneur saint Jaque. Le roy
-de paradis qui vit et regne en Trinité parfaite. Par tous les siècles
-des siècles. Amen.»
-
-Cet exemplaire a été transcrit en 1460 par Pierre de Taise, qui a mis à
-la fin sa signature.
-
-
-Nº 9629.
-
-Un volume in-4º, papier, à lignes longues; XVe siècle; relié en maroquin
-rouge, aux armes de France sur les plats.
-
-Volume dépareillé et dépourvu de toute autorité, en raison de la date
-récente de la transcription. Il commence au règne de Charlemagne et se
-termine avec celui de Henri I.
-
-
-Nº 9630.
-
-Un volume in-4º, papier, lignes longues; XVe siècle; couvert en
-parchemin.
-
-Ce manuscrit renferme une chronique toute différente de celle de
-Saint-Denis. Il auroit même une grande importance si la bibliothèque du
-roy ne possédoit pas du même récit deux autres manuscrits plus anciens,
-savoir le nº 98. ^22, Supplément françois, et 530 du même fonds que j'ai
-souvent eu l'occasion de citer, pour les règnes de Jean et de Charles V.
-Mais le nº 9630 est particulièrement recommandable pour le récit du
-voyage de l'empereur Charles IV en France. Il en donne tous les détails
-moins correctement, il est vrai, mais aussi longuement que le beau
-manuscrit 8395. A la suite est également la déposition de Jacques de
-Rue, mais fort écourtée. Le volume se termine par un morceau étranger à
-nos chroniques: «l'Avis baillié par l'Université de Paris au roy sur le
-débat des papes.»
-
-
-Nº 9649, 9650, 9651, 9652, 9653.
-
-Cinq volumes in-4º, papier, à lignes longues; fin du XVe siècle; reliés
-en maroquin rouge, aux armes de Béthune sur les plats.
-
-Cet exemplaire ne contient que la seconde partie des _Chroniques de
-Saint-Denis_, à partir du règne de Saint-Louis. C'est la rédaction
-définitive: mais comme le relieur de la bibliothèque de Philippe de
-Béthune, au lieu de tracer sur le dos le titre général de _Chroniques de
-Saint-Denis_, s'est contenté, pour chaque volume, d'un titre spécial; au
-premier: _Les fais du bon roy Saint-Louys_; au second: _Les Chroniques
-de Philippe-le-Bel_; au troisième: _Histoire des roys Philippe-le-Bel,
-Charles-le-Bel et Philippe de Valois_; au quatrième: _Les fais du roy
-Jean et du roy Philippe de Valois_; au cinquième enfin: _Les Chroniques
-des roys Charles V et de Madame_; il en est résulté chez le père Daniel,
-Villaret, M. de Sismondi et quelques autres, une erreur qui fait peu
-d'honneur à la critique de ces arrangeurs d'histoire. Ils ont cru que
-chacun des quatre derniers volumes contenoit une relation des
-successeurs de saint Louis, différente de celle des _Chroniques de
-Saint-Denis_; et très-fréquemment il leur est arrivé de citer en marge
-ou en notes comme deux autorités parfaitement distinctes les _Chroniques
-de Saint-Denis_ imprimées, et la vie manuscrite de Philippe de Valois,
-manuscrit 9651:--Les _Chroniques de Saint-Denis_ imprimées et l'histoire
-inédite du roi Jean conservée dans le manuscrit 9652, etc. La vérité,
-c'est que ces volumes n'offrent que le texte consacré des _Chroniques de
-Saint-Denis_. Seulement la transcription en est fort inexacte.
-
-Début: «Cy commencent les fais et la vie du bon roy saint Loys.--Nous
-devons avoir en mémoire les fais et les contenances de nos devanciers et
-nous devons remirer ces anciennes escriptures qui parlent des preudes
-hommes et de leurs vies. Si comme fut monseigneur saint Loys qui se
-contint si honnestement en son royaume, etc.
-
-Fin: «Et y morut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx. Et
-s'en alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens.»
-
-Cette fin est au fol. 77. Les dix-sept derniers feuillets qui suivent
-contiennent: «Ung petit traittié ou quel est contenue et recitée
-l'occasion ou couleur par laquelle feu le roy Edouart dAngleterre se
-disoit avoir droit a la couronne de France.»
-
-
-FONDS DE NOTRE-DAME.
-
-Nº 134.
-
-Un volume in-folio parvo, vélin, à deux colonnes; XVe siècle; relié en
-veau fauve.
-
-Premier volume d'un exemplaire dépareillé et assez négligemment
-transcrit. Le récit se poursuit jusqu'à la mort de Philippe de Valois.
-Au chapitre du comte de Champagne, on lit _Gastebrulles_.
-
-Début: _Ce sont les grans Croniques de France_.
-
-«Cil qui ceste oevre commence a tous ceulx qui ceste hystoire liront
-salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens doubtoient de la
-genealogie des roys de France de quel original et de quelle lignie il
-sont descenduz emprist-il ceste oevre a faire par le commandement de tel
-home que il nen pout ne ne dut refuser. Mez pource que sa lettreure et
-sa simplece de son engin ne soufist pas a tretier de oevre de si haute
-hystoyre...»
-
-Fin: «Si puet on veoir par fait comment le bon roy Phelipe fu vray
-catholique et non pas seulement pour lez .II. causez dessous escriptes
-mais pour pluseurs autres pourcoy nostre Seigneur voult quil eust painne
-et tribulacion en ce monde afin quil peust avec luy regner
-perdurablement apres sa mort.»
-
-
-FONDS DE SORBONNE.
-
-Nº 423.
-
-Un volume in-folio mediocri, papier, à deux colonnes; fin du XVe siècle;
-relié en maroquin rouge, aux armes du cardinal de Richelieu sur les
-plats.
-
-C'est le premier volume d'un exemplaire dépareillé. Il ne conduit le
-récit que jusqu'au milieu du quinzième chapitre de la vie de
-_Loys-le-Gros_.
-
-Début: «Cils qui ceste oeuvre commenca a touls cheulx quy ceste histore
-liront salut en nostre Seigneur pour che que pluiseurs gens se
-doubtoient de la genealogie des rois de Franche de quel original et de
-quelle lignie il sont descendus emprist ceste oeuvre a faire par le
-commandement de tel homme que il ne peust ou deubst refuser. Mais pour
-che que la lecture et la simplaiche de son enghin ne souffist mie a
-traitier oeuvre de si hault histore.»
-
-Fin: «Et lautre menu peuple qui alloiens aux appostres en pelerinage et
-les fesoit aller a son pie et encliner aussi comme sil feust droit
-apostre. Et quant y aloient ains pris...»
-
-
-Nºs 425 et 426.
-
-Deux volumes in-folio maximo, vélin, à deux colonnes, miniatures,
-vignettes et initiales; commencement du XVe siècle; reliés en veau
-fauve.
-
-Très-bel exemplaire de la rédaction définitive. Le chapitre du comte de
-Champagne porte le nom: _Gatebrule_.
-
-Début: «Cy commencent les grans croniques et les fais de tous les roys
-qui ont regne en France. Cy commence la genealogie des deux qui
-regnerent avant quil y eust oncques roy en France et puis apres des roys
-ensuivent qui apres eux ont regne.
-
-»Cil qui ceste euvre commence, a tous ceulx qui ceste histoire liront
-salut en nostre Seigneur. Pour ce que plusieurs grans se doubtoient de
-la genealogie des roys de France quel original et de quel lignie il sont
-descendus emprist ceste euvre a faire par le commandement de cel homme
-que il ne pot ne ne dut refuser; mais pour ce sa lecture et la simplesce
-de son engin ne souffist mie a traitier de unne si haulte histoire...»
-
-Fin: «Et y morut grant foison de leur gent et de leur chevaux et sen
-alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens.»
-
-
-Nº 430.
-
-Un volume in-4º, papier, à deux colonnes; fin du XVe siècle; relié en
-maroquin rouge, aux armes du cardinal de Richelieu sur les plats.
-
-Troisième et dernier volume d'un exemplaire dépareillé. Il commence au
-règne de Philippe de Valois, et suit la leçon curieuse que j'ai donnée
-en variante à la fin de ce règne.
-
-Début: «Apres la mort du roy Charles qui bel estoit appelez lequel avoit
-lessie la royne Jehanne sa femme grosse furent assemblez les barons et
-les nobles hommes du pais a traitier du gouvernement du royaulme. Car
-comme la royne feust grosse et on ne savoit quel enfant elle devroit
-avoir il ny avoit cellui qui osast a lui appliquer le nom de roy
-bonnement ne usurper...»
-
-Fin. «Et y morut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx, et sen
-alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens.»
-
-
-Nº 1005.
-
-Un volume in-fol. parvo, vélin, lig. long.; fin du XVe siècle; relié en
-parchemin vert.
-
-Dernier volume d'un bel exemplaire dépareillé. Il commence à Philippe de
-Valois, et continue le récit bien au-delà de la mort de Charles V;
-d'après Juvenal des Ursins et Jean Chartier.
-
-Début: «Apres la mort du roy Charles qui bel estoit appelle lequel avoit
-laissie la royne grosse, furent assemblez les barons et les nobles a
-traictier du gouvernement du royaume.»
-
-Fin (au fol. 182): «Et y mourut grant foison de leurs gens et de leurs
-chevaulx et sen allerent aulcuns et emmenerent grant foison de
-prisonniers.»
-
-
-FONDS DES GRANDS AUGUSTINS.
-
-Nº 79.
-
-Un volume in-4º, papier, lignes longues; commencement du XVe siècle;
-couvert en vieille peau blanche.
-
-Premier volume d'un exemplaire dépareillé qui avoit appartenu à Pithou.
-La transcription en est belle et assez correcte. Le premier feuillet a
-été arraché, et le récit n'est poursuivi que jusqu'à la fin du douzième
-chapitre du deuxième livre de Philippe-Auguste.
-
-Début: (Vers la fin du prologue.) «La soustint et garantist comme sa
-propre partie qui pour introduire en la foy lui fut livree. La seconde
-raison si peut estre telle que la fontaine de Clergie par qui sainte
-eglise est soustenue et enluminee flourist a Paris...»
-
-Fin: «Et les villains que le roy avoit exauciez qui pas ne savoient lus
-darmes ne navoient pas hardement de combattre tournerent en fuitte leurs
-ennemis qui les virent fouir prinstrent...»
-
-
-FONDS DU DUC DE LA VALLIERE.
-
-Nº 33. (Anc. nº 5017.)
-
-Un volume in-folio, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes et
-initiales; fin du XIVe siècle; relié en maroquin rouge.
-
-Ce manuscrit d'après lequel on a gravé le frontispice de notre édition
-in-fol. a été parfaitement décrit par M. Van Praet, dans le 3e volume du
-_Catalogue des livres de M. le duc de la Valliere_. Il est d'une
-admirable exécution, mais la pureté de son texte n'est pas comparable à
-l'élégance des ornemens et à la netteté de la calligraphie. Il a cela de
-remarquable qu'à la fin de Philippe de Valois, fol. 422 vº, il porte:
-_Ci fénissent les Croniques de France_. Nouvelle preuve de ce que j'ai
-déjà avancé sur le changement de rédaction à compter du règne de son
-successeur.
-
-Au chapitre du comte de Champagne, il porte la leçon de _Gatebrulle_.
-
-Début: «Ci commencent les Croniques de France et premierement le
-prologue.
-
-»Cil qui cest euvre commence a tous ceulx qui ceste hystoire liront
-salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens doubtoient de la
-genealogie des roys de France de quel original et de quelle lignie il
-sont descendus emprist il celle euvre a faire par le commandement de tel
-homme que il nen pot ne ne dut refuser. Mais pour ce que sa lectrure et
-la simplesce de son engin ne souffist pas a traitier de euvre de si
-haulte hystoire, etc.»
-
-Fin: «Et y mourut grant foyson de leurs gens et de leurs chevaulx. Et
-sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens.»
-
-Au dessus du dernier feuillet la rubrique porte: «Du roy Charles VI qui
-a present regne. Dieu lui doint honneur et bone vie.»
-
-
-FONDS DU SUPPLÉMENT FRANÇOIS.
-
-Nº 6.
-
-Un volume in-folio maximo, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes
-et initiales; fin du XVe siècle; relié en veau marbré, à l'aigle
-françoise sur les plats.
-
-Exemplaire dont les miniatures doivent être mises au nombre des plus
-belles que l'on ait jamais exécutées. M. le comte Auguste de Bastard, si
-excellent juge, y reconnoît la main de Jean Fouquet, peintre de Louis
-XI. Le mérite des ornemens a porté malheur à la première feuille du
-manuscrit qui a été enlevée avant l'entrée du volume dans la
-Bibliothèque du roi. Quant au texte, je ne l'ai pas trouvé plus pur que
-celui des manuscrits les plus ordinaires. La date peu ancienne de
-l'exécution m'a d'ailleurs rarement permis de donner la préférence aux
-variantes que j'y remarquois. Au chapitre du comte de Champagne il porte
-le nom: _Gaste Brule_.
-
-Le premier feuillet conservé commence avec les dernières lignes du
-prologue: «Que longuement y soient maintenus a la louenge et a la gloire
-de son nom qui vit et regne par tous les siecles des siecles.
-Amen.»--«Premier. Comment François sont descendus des Troyens de Troye
-la grante, etc.»
-
-Fin: «Et y mourut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx, et
-s'en alèrent aucuns et emmenèrent grant foison de biens.»
-
-
-Nº 7.
-
-Deux volumes in-folio, vélin, à deux colonnes; XVe siècle; reliés en
-veau marbré, à l'aigle françoise sur les plats.
-
-Exemplaire horriblement mutilé. Tous les ornemens en ont été coupés.
-D'après une note attachée dans le premier volume, on voit que le célèbre
-antiquaire d'Agincourt l'avoit présenté au mois d'avril 1774 au prince
-de Soubise: la révolution françoise en fit la propriété de la nation.
-Mais si d'Agincourt attachoit à son présent quelque prix, c'étoit sans
-doute en raison des miniatures qui l'ornoient. Les auroit-il lui-même
-arrachées avant de se défaire des volumes? On aura grand' peine à le
-croire; et certes tel qu'il est aujourd'hui, le présent n'étoit plus
-digne d'un personnage tel que le prince de Soubise. La mutilation aura
-donc plutôt eu lieu dans l'intervalle écoulé entre la saisie des objets
-trouvés à l'hôtel de Soubise et le dépôt de ce volume dans la
-bibliothèque nationale.
-
-La transcription commence par une table générale de toutes les
-chroniques. Puis à la suite de cette table:
-
-«Cy commence le prologue de lauteur qui a translate les Croniques de
-France.
-
-»Cils qui ceste euvre commence. A tous ceulx qui ceste histoire liront
-salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs se doubtoient de la
-genealogie des Roys de France duquel original et de quelle lignee ilz
-sont descendus emprist ceste euvre a faire par le commandement de tel
-homme quil ne povoit ne ne devoit refuser. Mais pour ce que sa lecture
-et la simplesce de son engin ne souffisoit mie a traictier dune si
-haulte histoire, etc.»
-
-Fin: «Et y morut grant foison de leur gens et de leur chevaux, et sen
-alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens.»
-
-Le chapitre du comte de Champagne donne la leçon de _Gatebrule_.
-
-
-Nº 218.
-
-Un volume in-4º maximo, vélin, à deux colonnes, miniatures et initiales;
-première partie du XIVe siècle; relié en maroquin rouge.
-
-Cette leçon est, après celle de Sainte-Geneviève, la plus ancienne que
-je connoisse. Elle poursuit le récit historique jusqu'à l'année 1330,
-mais il faut distinguer dans la composition générale deux parties: la
-première s'arrête à la mort de Philippe-Auguste et présente le texte
-définitif des _Chroniques de Saint-Denis_; la seconde n'offre plus que
-des matériaux historiques empruntés surtout aux continuateurs de Nangis,
-matériaux employés plus tard avec réflexion par le rédacteur définitif
-des _Chroniques de Saint-Denis_, et qu'après lui j'ai pu souvent
-consulter avec fruit pour compléter ou éclaircir le récit. La solution
-de continuité que l'on trouve ici après la mort de Philippe-Auguste est
-d'ailleurs une nouvelle preuve du grand espace de temps écoulé entre la
-rédaction de ce dernier règne et celui du règne de saint Louis. Il est
-en effet vraisemblable qu'en l'année 1318, époque de la transcription de
-presque tout ce volume, la vie de saint Louis n'étoit pas encore
-rédigée, telle qu'elle a été faite pour les _Chroniques de Saint-Denis_.
-Mais comme cette question doit être approfondie dans une dissertation
-spéciale, il nous suffira de remarquer ici que le nº 218 est en général
-transcrit avec le plus grand soin, et qu'il offre même pour le récit
-antérieur à Louis VIII un grand nombre de variantes dont j'ai fait mon
-profit. Les premières lignes du volume sont une longue rubrique que nous
-allons transcrire:
-
-«Ci commencent les Croniques des roys de France, depuis le temps des
-premiers roys qui y furent jusques au temps du roy Phelippe qui fu fils
-Phelippe le Biaux et frere le roy Looys. Lesquelles Pierres Honnorez du
-Neufchastel en Normendie fist escrire et ordener en la maniere que elles
-sont selonc l'ordenance des Croniques de Saint-Denis a mestre Thommas de
-Maubeuge, demorant en rue Nostre-Dame-de-Paris. Lan de grace Nostre
-Seingneur mil CCC et XVIII. Et contiennent trois generacions. Dont la
-premiere si est du roy Merove comment que il y eust bien autres roys
-devant lui. La seconde du roy Pepin. La tierce de Hue Capet. Et pour ce
-que trop fort chose seroit a trouver briefment les hystoires et les
-autres choses qui y sont contenues cest livre est ordene selonc les
-trois generacions par nombre. Et qui voudra lire ci apres il sera
-enseingnie et avisie de trover par le nombre ce que il demandera qui ou
-livre sera contenu.»
-
-Suit alors la table jusqu'aux premières années de _Phelippe-le-Biau_,
-fol. 127 du Manuscrit. A partir de là, les feuillets ne sont plus
-nombrés en rouge par le scribe primitif. Cependant comme le point
-d'écriture ne change pas dans les pages suivantes, il est à croire que
-le même scribe aura poursuivi la transcription jusqu'au feuillet 148 Rº,
-c'est-à-dire jusqu'à la fin de l'année 1316. Les derniers mots de
-l'ancienne écriture répondent dans notre édition au 4e alinéa du
-huitième et dernier chapitre de Louis Hutin. Les voici:
-
-«Et en y cest an aussi el mois de septembre Robert dArtois fiex Phelippe
-dArtois qui fu fiex Robert le conte dArtois. Qui morut a Courteray en
-Flandres. Entra a tout grant et noble chevalerie de chevaliers ensemble
-alies en la cyte dArras. A li usurpant et prenant aussi comme par
-violence la conte dArtois ou prejudice de la contesse dArtois fille le
-dessus dit Robert conte dArtois.»
-
-Le reste, jusqu'au folio 161 et dernier, est d'une écriture postérieure
-à la rubrique du commencement. Le récit se poursuit ainsi jusqu'à
-l'année 1329, et le dernier alinéa se rapporte au neuvième chapitre de
-Phelippe de Valois dans notre édition. Le voici:
-
-«En cel temps et un enffant à Pauponne en leveschie de Paris dentour
-.VII. ans et dirent pluseurs simples gens que come par miracle il
-garissoit de diverses maladies et disoit aus malades mangies des pocs en
-non de sante ou metes. 1. pou feluiel sus vostre mal et par ce faire
-disoient les simples gens que il garissoient. Dont assez tost levesque
-de Paris envoia querre icel enffant et son pere et sot par verite que ce
-nestoit que simplesce et ignorance et que du fait quant a miracles riens
-ni avoit. Et ainssin renvoia lenffant et deffendi par son eveschie que
-nuls ja plus nalast en tel esperance de garir. Et ainssi celle folle
-renommee de cel enffant cessa.»
-
-
-Nº 632 ^19.
-
-Un volume in-4º, papier, à lignes longues; XVe siècle; relié en vélin
-blanc.
-
-Volume dépareillé contenant le texte des Chroniques abrégées. Il
-commence au règne de Philippe-le-Bel et se termine avec le premier
-chapitre du règne de Charles VI.
-
-
-Nº 1541 ^A et B.
-
-Deux volumes in-folio, vélin, à deux colonnes et miniatures; XVe siècle;
-reliés en maroquin.
-
-Cet exemplaire de la leçon définitive n'a pas été terminé. La copie
-s'arrête à la fin du chapitre XXe de Charles V, année 1369. Le scribe a
-montré beaucoup d'intelligence dans cette transcription dont je me suis
-fréquemment servi. Elle offre la variante précieuse que j'ai placée dans
-les _Addenda_, à la fin de la vie de Philippe de Valois. Le chapitre du
-comte de Champagne donne le nom: _Gastebrulles_.
-
-Début: «Cil qui cest euvre commence a tous ceulx qui ceste hystoire
-liront salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens se doubtoient
-de la genealogie des roys de France de quel original et de quelle lignie
-ilz sont descendus emprist ceste euvre a faire par le commendement de
-tel homme qui ne le pot ne deut refuser. Mais pour ce que sa lettreure
-et sa simplesce de son engin ne suffist mie a traitier de euvre si
-haulte hystoire, etc.»
-
-Fin: «Item, que veues et considerees les choses dessus dictes lesquelles
-sont venues a la cognoissance du roy de France. Et nouvellement il nous
-appert que le roy dAngleterre et le prince ne doivent user desdictes
-souverainetes et ressors. Et que tout ce que fait en ont doit estre
-rappelle et mis au neant. La VIIe...»
-
-
-BIBLIOTHÈQUE DE SAINTE-GENEVIÈVE. Msc. coté L. F. 2.
-
-Un volume in-folio parvo, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes
-et initiales; fin du XIIIe siècle; relié en veau fauve.
-
-Cette précieuse leçon est d'une écriture extrêmement belle. Le récit de
-nos chroniques est poursuivi jusqu'à la mort de Philippe-Auguste. C'est
-à ce point là que le volume s'arrêtoit originairement, comme la preuve
-doit s'en tirer des célèbres vers de présentation transcrits à la suite
-d'une feuille de garde qui sépare le règne de Philippe II de la vie de
-saint Louis. Comme je l'ai dit à la fin de la vie de Philippe-Auguste,
-le volume fut exécuté pour Philippe-le-Hardi, et l'abbé de Saint-Denis
-chargea de ce grand travail l'un de ses moines. Dans la miniature
-curieuse placée au-dessus des vers de présentation, le moine agenouillé
-offre le livre au roi, et l'abbé de Saint-Denis étendant la main gauche
-sur la tête du moine s'exprime ainsi:
-
- Phelippes rois de France qui tant es renommes,
- Je te rens le romans qui des rois est romes;
- Tant a cil travaillie qui Primas est nommez
- Que il est Dieu merciz parfaiz et consumez, etc.
-
-La vie de saint Louis, ajoutée au volume primitif, doit avoir été
-transcrite vers le milieu du XIVe siècle. Tandis que le surnom de
-_saint_ donné partout à Louis IX prouve déjà que cette transcription est
-postérieure à l'année 1298, le caractère des initiales, surtout celui de
-la première, me décideroit à la rejeter au règne du roi Jean, quand même
-certaines modifications palpables de l'ancienne orthographe françoise ne
-justifieroient pas cette conjecture. Ainsi l'on trouve partout _le
-conte_ au lieu du nominatif du XIIIe siècle et de la première moitié du
-XIVe _li quens_. Quoi qu'il en soit, cette vie de saint Louis n'en a pas
-moins été le modèle exactement suivi par Henry du Trevoux, copiste du
-manuscrit de Charles V; et ce volume lui a seul permis, dans le chapitre
-des amours de Thibaud, d'écrire correctement le nom de _Gace Brulé_.
-
-Je ne fais donc pas difficulté de le regarder comme le plus ancien
-manuscrit des Chroniques françoises proprement dites de Saint-Denis. Et
-qu'il ait été mis entre les mains de Henry du Trevoux, c'est ce qu'il me
-sera facile de démontrer par les observations suivantes:
-
-1º La reproduction du manuscrit de sainte Geneviève est exacte dans le
-nº 8395, partout où quelque mot tracé légèrement à la marge du volume
-modèle n'a pas averti Henry du Trévoux de changer quelque chose à la
-première transcription. Ainsi au folio 158 rº, Primas avoit réuni les
-deux chapitres 7 et 8 du IVe livre de Charlemagne; mais le reviseur de
-son travail a écrit à la marge, au point où devoit finir le 7e chapitre:
-_Ca_m. VIII. Et Henry du Trévoux de se soumettre à cette indication et
-de remettre en place la rubrique du VIIIe chapitre. (Voy. fº 125 vº.)
-Une autre omission analogue est indiquée dans le texte de Primas, au fº
-187 vº, et réparée par Henry du Trévoux au fº 148 rº.
-
-Bien plus: au fº 202 rº de Primas, l'index offre treize chapitres; mais
-cette distribution est embarrassée, parce que, entre le septième, où
-s'arrête la vie de _Louis-le-Baube_, et le huitième, l'incidence de
-l'histoire des Normands devient l'occasion de quatre rubriques
-distinctes de ces treize chapitres. En cet endroit le préparateur a donc
-écrit: «Henry ne faites ci pas de capitres usque ad signum--car ces
-capitres ne servent ci de rien.» Henry du Trévoux n'a donc en
-conséquence énoncé avant la vie de _Louis-le-Baube_ que sept chapitres
-(fº 160 rº).
-
-Au fº 209 rº de Primas, on lit à la marge d'une miniature: «Henry ne
-laissies ci point dhystoire.» En effet dans le passage correspondant du
-manuscrit 8395, fº 165 rº, on ne trouve qu'une petite initiale à la
-place de la miniature ou _histoire_ du modèle.
-
-Tous ceux qui ont feuilleté des manuscrits anciens à miniatures ont pu
-souvent remarquer, à l'extrémité des marges extérieures, des piqûres
-d'épingle ou d'aiguille en nombre égal à celui des lignes de l'écriture.
-Le volume de Primas va nous apprendre l'usage de ces piqûres. A la marge
-du fol. 211 vº, je lis: «Faut .I. ystoire de .VI. poins.» Et dans le
-travail de Henry du Trévoux l'endroit correspondant est rempli par une
-grande initiale carrée de la longueur de six points ou lignes.--Au fol.
-219 rº de Primas, on recommande _deux vignettes de huit poins_; et dans
-la copie de Henry, deux vignettes carrées occupent l'espace de huit
-lignes dans l'endroit indiqué.--Au fol. 156 vº de Primas, je trouve
-écrit à la marge: _Hystr. double XXVI lignes_. Au fol. correspondant du
-numéro 8395, on a mis une _histoire_ ou miniature double tenant la place
-de vingt-six des lignes de la copie.
-
-Je dois encore remarquer que ce volume présenté à Philippe-le-Hardi
-étoit encore la propriété de Charles V, comme l'atteste la signature de
-ce grand roi, tracée à la fin du volume. Ainsi pour exécuter la leçon du
-nº 8395, Henry du Trévoux n'aura pas eu besoin de quitter la librairie
-royale du Louvre.
-
-
-FIN.
-
-
-
-
-NOTE DU TRANSCRIPTEUR
-
-On a représenté _entre signes soulignés_ les caractères italiques. Les
-petits caractères en exposant dans les références des manuscrits sont
-précédés du signe ^.
-
-*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES GRANDES CHRONIQUES DE FRANCE
-(6/6) ***
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- The Project Gutenberg eBook of Les grandes chroniques de France, by Paulin Paris.
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-<div style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of Les grandes chroniques de France (6/6), by Paulin Paris</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online
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-country where you are located before using this eBook.
-</div>
-
-<table style='min-width:0; padding:0; margin-left:0; border-collapse:collapse'>
- <tr><td>Title:</td><td>Les grandes chroniques de France (6/6)</td></tr>
- <tr><td></td><td>selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France</td></tr>
-</table>
-
-<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Paulin Paris</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Release Date: March 06, 2021 [eBook #64721]</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Language: French</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Character set encoding: UTF-8</div>
-
-<div style='display:block; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Produced by: Mireille Harmelin, Laurent Vogel, DP Europe, DP-Test Italia and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)</div>
-
-<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES GRANDES CHRONIQUES DE FRANCE (6/6) ***</div>
-<h1><span class="xsmall">LES</span><br />
-GRANDES CHRONIQUES<br />
-<span class="large">DE FRANCE,</span></h1>
-
-<p class="c small">SELON QUE ELLES SONT CONSERVÉES<br />
-EN L'ÉGLISE DE SAINT-DENIS<br />
-EN FRANCE.</p>
-
-<p class="c"><b>PUBLIÉES PAR M. PAULIN PARIS,</b><br />
-<span class="small">De l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres.</span></p>
-
-<p class="c small">TOME SIXIÈME.</p>
-
-
-<p class="c gap"><b class="large">PARIS.</b><br />
-TECHENER, LIBRAIRE,<br />
-12, <span class="xsmall">PLACE DU LOUVRE</span>.</p>
-
-<p class="c">1838.</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="c top6em">PARIS. &mdash; IMPRIMERIE DE BÉTHUNE ET PLON,<br />
-36, rue de Vaugirard.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">CY COMENCENT LES FAIS DU
-BON ROY JEHAN.</h2>
-
-
-
-
-<h3>I.</h3>
-
-<p class="section">Du couronnement du roy Jehan, des chevaliers qu'il fist et de
-la mort monseigneur Raoul conte d'Eu et de Guynes, lors
-Connestable de France.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1350</div>
-
-<p><a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>Après le trespassement du roy Phelippe de Vallois régna
-pour luy Jehan, son ainsné fils ; et fu couronné en l'église
-de Rains, le dimenche vint-sixiesme jour de septembre,
-l'an de grace mil trois cent cinquante. Et aussi à celluy jour
-fu couronnée la royne Jehanne, femme dudit roy Jehan. Et
-après ce couronnement, fist le roy pluseurs chevaliers nouveaux,
-c'est assavoir : Charles, son ainsné fils, dauphin de
-Vienne ; Loys, son secont fils ; le conte d'Alençon<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a> ; le conte
-d'Estampes ; monseigneur Jehan d'Artois ; monseigneur
-Phelippe, duc d'Orléans, frère dudit roy Jehan ; monseigneur
-d'Artois ; le duc de Bourgoigne, fils de la devant
-dite royne Jehanne de son premier mari, c'est assavoir
-de monseigneur Phelippe de Bourgoigne ; le conte de
-Dampmartin et pluseurs autres.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> A partir d'ici jusque vers 1356, les anciennes éditions de Froissart
-ne font guère que reproduire le texte de nos chroniques. C'est l'un
-des endroits sinon les plus agréables du moins les plus véridiques de
-ce fameux historien. M. Buchon, dans ses éditions, a remplacé cette lacune
-par un texte dont la plus grande partie semble effectivement plus
-conforme au style de Froissart.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> <i>Le conte d'Alençon</i>. Charles III<sup>e</sup> du nom, et non pas <i>Louis</i>, fils du
-roi, comme le dit Villaret. &mdash; <i>Le conte d'Estampes</i>. Louis d'Evreux, tige
-des comtes d'Eu. &mdash; <i>Monseigneur Jehan d'Artois</i>, surnommé <i>Sans Terre</i>,
-fils du fameux Robert. <i>Le conte de Dampmartin</i>, Charles.</p>
-</div>
-<p>Les choses ainsi faites, le roy se parti de la dite ville de
-Rains le lundi au soir, et s'en retourna à Paris par Laon,
-par Soissons et par Senlis. Et entrèrent lesdis roy et
-royne à Paris à très belle feste, le dimenche dix-septiesme
-jour du mois d'octobre ensuivant, après vespres, et dura
-la feste toute la sepmaine. Et puis demoura le roy à Paris,
-à Neelle<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a> et au palais, jusques à la saint Martin d'yver ensuivant,
-et fist l'ordenance de son parlement<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>. Et quant le
-roy entra en Paris, au retour de son joyeux avènement, la
-ville de Paris et grant pont<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a> estoient encourtinés de divers
-draps ; et toutes manières de gens de mestier estoient vestus
-chascun mestier d'unes robes pareilles ; et les bourgois de la
-dite ville d'unes autres robes pareilles<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a> ; et les Lombars qui
-en la dite ville demouroient furent vestus tous d'unes robes
-parties de deux tartares de soye<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>, et avoient chascun sur
-sa teste chappiaux haus agus et mi-partis de meismes leur
-robes ; et tous les uns après les autres, les uns à cheval et
-les autres à pié, alèrent au devant du roy qui entra à Paris
-à grant joye ; et jouoit-l'en devant luy de moult de divers
-instrumens<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> <i>A Neelle</i>. Sans doute à l'Hôtel de Nesle, situé sur la rive gauche
-de la Seine, en face du Louvre.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> A l'avènement de chaque roi, tous les officiers judiciaires avoient
-besoin d'une nouvelle investiture, autrement ils étoient <i>désappointés</i> : expression
-que nous avions laissée vieillir avant de la reprendre des Anglois,
-dans une acception moins exacte.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> <i>Grand Pont</i>. Le Pont aux Changeurs.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> <i>D'unes autres robes</i>. On voit ici suffisamment la distinction des <i>gens
-de métier</i>, ou ouvriers, et des <i>bourgeois</i>. M. Guizot dira-t-il encore que
-c'est lui et ses amis qui ont inventé la <i>classe moyenne</i>?</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> <i>Tartares de soie</i>. Les <i>tartares</i> étoient de longues robes dont le tissu
-semble avoir été généralement de bourre de laine ou de soie. (Voy. les
-citations de Ducange au mot <i lang="la" xml:lang="la">tartarius</i>.) Peut-être, de là, le mot moderne
-de <i>tartans</i>, châles de bourre de laine.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> Cette entrée est représentée dans une miniature charmante de l'admirable
-manuscrit de nos Chroniques, n<sup>o</sup> 6 Supplément françois.</p>
-</div>
-<p>Le mardi qui fu le seiziesme jour de novembre ensuivant,
-l'an devant dit, Raoul, conte d'Eu et de Guynes<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>, lors
-connestable de France, qui nouvellement estoit venu d'Angleterre
-de sa prison, en laquelle il avoit esté depuis l'an
-quarante et six qu'il avoit esté pris à Caen ; fors tant que il
-avoit esté eslargi par pluseurs fois pour venir en France,
-fu prins en l'ostel de Neelle à Paris là où le roy estoit, par le
-prévost de Paris du commandement du roy. Et audit ostel
-de Neelle fu tenu prisonnier jusqu'au jeudi ensuivant, dix-huitiesme
-jour dudit mois de novembre. Et là, à heure de
-matines dont le vendredi ajourna<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>, en la prison où il estoit
-fu décapité, présent le duc de Bourbon<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>, le conte
-d'Armagnac, le conte de Montfort, monseigneur Jehan de
-Bouloigne, le seigneur de Revel et pluseurs autres chevaliers
-et autres qui, du commandement du roy, estoient là ; lequel
-roy estoit au palais. Et fu ledit connestable descapité
-pour très grans et mauvaises traïsons que il avoit faites et
-commises contre ledit roy Jehan ; lesquelles traïsons il
-confessa en la présence du duc d'Athènes<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a> et de pluseurs
-autres de son lignage. Et fu enterré le corps aux Augustins
-de Paris, hors du moustier, du commandement du roy,
-pour l'honneur des amis dudit connestable.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> <i>Guynes</i>. Et non pas <i>Guyenne</i>, comme le dit Villaret. Raoul étoit de
-la maison de Brienne.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> <i>Dont le vendredi ajourna</i>. C'est-à-dire : à l'heure où le jour commençoit
-à poindre.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> <i>Bourbon</i>. Variantes <i>Bourgoigne</i>. Je suis de préférence la leçon de
-Charles V, msc. 8395 ; et d'autant plus volontiers, à compter d'ici, que la
-transcription en est d'une main plus récente et que suivant toutes les apparences
-elle a été revue attentivement par Charles V lui-même.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> <i>Duc d'Athènes</i>. Gauthier de Brienne.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>II.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy Jehan fist connestable monseigneur Charles
-d'Espaigne, et de pluseurs incidences.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1351</div>
-
-<p>Au mois de janvier après ensuivant, Charles d'Espaigne
-à qui ledit roy avoit donné la conté d'Angoulesme, fu fait
-par icelluy roy connestable de France<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>. Item, le premier
-jour d'avril après ensuivant, se combati monseigneur Guy
-de Neelle, mareschal de France, en Xaintonge à pluseurs
-Anglois et Gascoins, et fu ledit mareschal et sa compaignie
-desconfis ; et y furent pris ledit mareschal, monseigneur
-Guillaume, son frère, monseigneur Arnoul d'Odeneham et
-pluseurs autres. Item, le jour de Pasques flouries qui furent
-le dixiesme jour d'avril l'an mil trois cent cinquante, fu présenté
-à Giles Rigaut de Roicy, qui avoit esté abbé de Saint-Denis
-en France et de nouvel avoit esté fait cardinal, le
-chappel rouge, au palais à Paris, en la présence dudit
-roy, par les évesques de Laon et de Paris, et par mandement
-du pape fait à eux par bulle ; ce qui n'avoit pas
-acoustumé à estre fait autrefois<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a> ; mais ce fut par la
-prière dudit roy. Item, au mois de septembre mil trois
-cent cinquante un, fu recouvrée des François la ville de
-Saint-Jehan-d'Angéli, que les Anglois avoient tenue
-cinq ans ou environ ; et fu rendue par les gens du roy anglois
-sans bataille aucune pour ce qu'il n'avoient nuls
-vivres. En celuy an fu la plus grande chierté de toutes
-choses que homme qui lors vesquist eust oncques veu au
-royaume de France, et, par espécial, de grains : car un setier
-de forment valut à Paris, par aucun temps en ladite
-année, huit livres parisis ; un setier d'avoine soixante sous
-parisis ; un setier de pois huit livres parisis, et les autres
-grains à la value. Et en celuy an fu fait le mariage de
-monseigneur Charles d'Espaigne, lors connestable de
-France à qui ledit roy Jehan avoit donné la conté d'Angoulesme,
-et de la fille monseigneur Charles de Blois, duc
-de Bretaigne.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> Il en exerçoit les fonctions depuis plusieurs années sous le nom du
-comte d'Eu, prisonnier en Angleterre. Charles étoit fils du célèbre Ferdinand
-de la Cerda et, par sa grand-mère, arrière petit-fils de saint Louis.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> Auparavant, les cardinaux étoient obligés d'aller trouver le pape
-pour recevoir de ses mains les insignes de leur nouvelle dignité. Il y
-avoit précisément un siècle que les cardinaux partageoient avec les légats
-l'honneur de porter le chapeau rouge ; sans doute parce qu'à compter
-du concile de Lyon en 1246, on les considéra comme <i>légats</i> par le fait
-même de leur titre de prêtres cardinaux.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>III.</h3>
-
-<p class="section">Coment la ville et le chastel de Guynes furent pris des Anglois
-par traïson, le jour que le roy Jehan faisoit à Saint-Ouyn
-la feste de l'Estoille<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> Le msc. de Charles V ajoute ici : <i>Laquelle feste est cy-après pourtraite
-et ymaginé.</i> En effet, dans une curieuse miniature on voit les chevaliers
-de l'Étoile habillés d'une blanche tunique serrée par une ceinture
-dorée, puis d'un riche manteau fourré de ceux qu'on appeloit d'<i>hermine
-angoulé</i>. Le roi sur son trône porte le même costume, et comme eux une
-grande étoile semblable aux <i>plaques</i> de nos grands dignitaires, au côté
-gauche de la poitrine. Au-dessous de ce premier tableau est celui du dîner
-des chevaliers de l'Étoile.</p>
-</div>
-
-<p>En celuy an mil trois cent cinquante un dessus dit, au
-mois d'octobre, fu publiée la confrairie de la noble maison
-de Saint-Ouyn près de Paris, par ledit roy Jehan ; et portoient
-ceux qui en estoient chascun une estoille en son chaperon
-par devant ou en son mantel. Durant ceste feste de
-l'estoille, fu prise par traïson des Anglois la ville et le chastel
-de Guynes : car bonnes trièves estoient jurées entre les roys
-de France et d'Angleterre ; et pour ce, en celle seurté, estoit
-venu veoir ladite feste le sire de Banelinguehem, capitaine
-et garde dudit lieu<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a>. Et durant ce, les Anglois traictièrent
-avecques un de ceux à qui la garde dudit chastel
-estoit bailliée, nommé Guillaume de Biauconroy ; et par
-traïson, sans ce que deffense y fust mise, y entrèrent. De
-laquelle prise le peuple s'esmerveilla trop, disant que
-vérité, loyauté né foy n'estoit ès Anglois. Et pour ce fu
-pris ledit Guillaume qui, pour la traïson ainsi faite par luy
-à la requeste desdis Anglois, fu descapité et pendu comme
-raison estoit.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> Le roi l'avoit sans doute mandé lui-même pour recevoir les insignes
-du nouvel ordre. Le nombre des chevaliers fut dès le premier jour
-porté à cinq cents. C'était trop peut-être ; mais il en survécut un bien
-petit nombre à la déroute de Poitiers. &mdash; <i>Biauconroy</i>. Var. : <i>Biaucony</i>,
-<i>Beaucerny</i>. (Voyez les curieux statuts de l'ordre de l'Étoile dans Villaret,
-vol. <small>II</small>, p. 38 et suivant.)</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>IV.</h3>
-
-<p class="section">Coment le duc de Lenclastre et le duc de Bresvic vindrent à
-Paris pour eux combatre devant le roy Jehan, mais le roy
-prist le fait en sa main.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1352</div>
-
-<p>En l'an mil trois cent cinquante deux, la vigile Notre-Dame
-mi-aoust, se combati monseigneur Guy de Neelle, seigneur
-d'Aufemont, lors mareschal de France en Bretaigne,
-contre les Anglois ; et fu ledit mareschal occis en la bataille,
-et avec luy le sire de Briquebec, le chastelain de Beauvais
-et pluseurs autres nobles tant du pays de Bretaigne comme
-d'autres marches du royaume de France. En celuy an, le
-mardi quatriesme jour de décembre, se dut combatre à
-Paris un duc d'Allemaigne appelé le duc de Bresvic<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a> contre
-le duc de Lenclastre, pour paroles<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a> que ledit duc de Lenclastre
-devoit avoir dites dudit duc de Bresvic, dont il l'appela
-en la court de France. Et vindrent ledit jour les deux
-ducs dessus nommés en champ tous armés, pour combatre
-en unes lices qui, pour ce, furent faites au Pré-aux-Clercs :
-l'Allemant demandeur, et l'Anglois deffendeur. Et jasoit ce
-que ledit Anglois feust anemi du roy de France, et que,
-par sauf-conduit, il feust venu soy combatre pour garder
-son honneur, touteffois, ne souffrist pas le roy que il se
-combatissent ; mais depuis que il orent fait les seremens et
-que il furent montés à cheval pour assembler, les glaives ès
-poings, le roy prist la besoigne sur luy et les mist à accort.
-En cel an mil trois cent cinquante deux le jeudi sixiesme
-jour de décembre, mourut pape Clément VI à Avignon,
-lequel estoit en le onziesme an de son pontificat. Le mardi
-ensuivant dix-huitiesme jour de décembre, fu esleu en
-pape, environ heure de tierce, un cardinal lymosin que
-l'en appelloit par son titre le cardinal d'Ostie ; mais pour
-ce que il avoit esté évesque de Clermont, on l'appelloit
-plus communément le cardinal de Clermont ; et fu appellé
-Innocent : et par son propre nom estoit appellé monseigneur
-Estienne Aubert.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> <i>Bresvic</i>. Brunswick.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> Voici la première fois que je trouve une proposition de duel faite à
-l'occasion de mauvaises paroles.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>V.</h3>
-
-<p class="section">De la mort monseigneur Charles d'Espaigne, connestable de
-France.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1353</div>
-
-<p>L'an de grace mil trois cens cinquante trois, le huitiesme
-jour de janvier, monseigneur Charles, roy de Navarre et conte
-de Evreux, fist tuer en la ville de Laigle, en Normendie, en
-une hostellerie, monseigneur Charles d'Espagne, lors connestable
-de France. Et fu ledit connestable tué en son lit,
-assez tost après le point du jour, par pluseurs gens d'armes
-que le roy de Navarre y envoia ; lequel roy demoura en une
-granche au dehors de ladite ville de Laigle, jusques à tant que
-ceux qui firent ledit fait retournèrent par devers luy. Et en
-sa compaignie estoient, si comme l'en dist, monseigneur Phelippe
-de Navarre, son frère, monseigneur Jehan, conte de
-Harecourt, monseigneur Loys de Harecourt son frère, monseigneur
-Godefroy de Harecourt leur oncle, et pluseurs autres
-chevaliers et autres gens, tant de Normendie comme
-Navarrois et autres. Et après, se retraist ledit roy de Navarre
-et sa compaignie en la cité d'Evreux dont il estoit
-conte, et là se garny et enforça ; et aveques luy se alièrent
-pluseurs nobles, par espécial de Normendie, c'est assavoir :
-les dessus nommés de Harecourt, le seigneur de Hembuye,
-monseigneur Jehan Malet seigneur de Graville, monseigneur
-Amaury de Meulent et pluseurs autres. Et assez tost
-après, se transporta ledit roy de Navarre en la ville de
-Mante, qui jà par avant avoit envoié lettres closes en pluseurs
-des bonnes villes du royaume de France et aussi au
-grant conseil du roy, par lesquelles il escripvoit que il avoit
-fait mettre à mort ledit connestable pour pluseurs grans
-mesfais que ledit connestable li avoit fais ; et envoia le conte
-de Namur par devers le roy de France à Paris. Et depuis,
-le roy de France envoia en ladite ville de Mante, par devers
-ledit roy de Navarre, pluseurs grans hommes, c'est assavoir :
-Monseigneur Guy de Bouloigne cardinal, monseigneur
-Robert le Coq évesque de Laon, le duc de Bourbon,
-le conte de Vendosme et pluseurs autres, lesquels traictièrent
-avec ledit roy de Navarre et son conseil. Car combien que
-ledit roy de Navarre si eust fait mettre à mort ledit connestable,
-comme dessus est dit, il ne luy souffisoit pas que ledit
-roy de France, de qui il avoit espousée la fille, luy pardonnast
-ledit mesfait ; mais faisoit pluseurs requestes au roy son
-seigneur, tant que l'en cuidoit bien que, entre les deux
-roys dessus dis, déust avoir grant guerre ; car ledit roy de
-Navarre avoit fait grans aliances et grans semonces en diverses
-régions ; et si garnissoit et enforçoit ses villes et ses
-chastiaux. Finablement, après pluseurs traitiés fu fait
-accort entre les deux roys dessus dis par certaines manières
-dont aucuns des poins s'ensuivent. C'est assavoir :
-Que ledit roy de France bailleroit audit roy de Navarre
-trente-huit mil livres de terre à tournois, tant pour cause de
-certaine rente que ledit roy de Navarre prenoit sur le trésor
-du roy à Paris, comme pour autres titres que ledit roy de
-France luy devoit asseoir par certains traitiés fais lonc-tems
-avant entre les prédécesseurs desdis deux roys pour cause
-de la conté de Champaigne, et tout aussi pour cause du
-mariage dudit roy de Navarre qui avoit espousé la fille
-dudit roy de France ; pour lequel mariage luy avoit esté
-promise certaine quantité de terre ; c'est assavoir : douze
-mil livres à tournois. Pour lesquelles trente-huit mil livres
-de terre devant dites, il voult avoir la conté de Biaumont-le-Rogier,
-la terre de Breteuil en Normendie, les terres de
-Conches et d'Orbec, la visconté du Pont-Audemer et le
-baillage de Constentin. Lesquelles choses luy furent accordées
-par ledit roy de France : ja fust ce que la conté de Biaumont
-et les terres de Breteuil, d'Orbec et de Conches fussent
-à monseigneur Phelippe, frère du roy de France, qui
-estoit duc d'Orléans ; auquel duc le roy, son frère, bailla
-autres terres en récompensacion de ce. Outre ce, convint
-accorder audit roy de Navarre, pour avoir paix, que les
-devant dis Harecourt et tous les autres aliés entreroient
-en sa foy, sé il leur plaisoit, de toutes leur terres, quelque
-part qu'elles fussent au royaume de France, et en auroit
-ledit roy de Navarre les hommages, sé il vouloient, autrement
-non.</p>
-
-<p>Oultre ce, luy fu accordé qu'il tendroit toutes lesdites
-terres, avec celles que il tenoit par avant en parrie. Et pourroit
-tenir eschequier, deux fois l'an, sé il vouloit, aussi noblement
-comme le duc de Normendie. Encore luy fu accordé
-que le roy de France pardonroit à tous ceux qui avoient
-esté à mettre à mort ledit connestable, la mort d'iceluy. Et
-ainsi le fist, et promist par son serement que jamais pour
-achoison de ce, ne leur feroit ou feroit faire vilenie ou dommage.
-Et aveques toutes ces choses, ot encore ledit roy de
-Navarre une grant somme d'escus d'or dudit roy de France ;
-et avant ce que ledit roy de Navarre voulsist venir par devers
-le roy de France, il convint que l'en luy envoiast le
-conte d'Anjou, second fils du roy de France, par manière
-d'ostage. Et après ce, vint à Paris à grant foison de gens
-d'armes<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> Quoi qu'on en ait dit, cet accommodement du roi Jean et de Charles-le-Mauvais
-étoit conseillé par une saine et bonne politique. On ne pouvoit
-sitôt oublier les suites de la défection de Robert d'Artois et de Geoffroi
-d'Harcourt. Déjà, si l'on s'en rapporte à Froissart, la flotte angloise étoit
-en mer, et la nouvelle de la réconciliation des deux princes lui fit rebrousser
-chemin.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>VI.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy de France pardonna au roy de Navarre la mort
-de monseigneur Charles d'Espaigne, connestable de France.</p>
-
-
-<p>Le mardi, quatriesme jour du moys de mars audit an mil
-trois cens cinquante trois, vint ledit roy de Navarre en parlement
-à Paris, pour la mort dudit connestable, si comme
-dit est, environ heure de prime ; et descendi au palais, et
-puis vint en la chambre de parlement en laquelle estoit le
-roy en siège, et pluseurs de ses pers de France avec les gens
-de parlement et pluseurs autres de son conseil ; et si y estoit
-le cardinal de Bouloigne. Et, en la présence de tous, parla
-ledit roy de Navarre au roy que il luy voulsist pardonner
-le fait dudit connestable, car il avoit eue bonne cause et
-juste de avoir fait ce que il avoit fait, laquelle il estoit
-prest de dire au roy, lors ou autre fois, si comme il disoit.
-Et oultre dit encore et jura qu'il ne l'avoit point fait en
-contempt du roy né de son office, et que il ne seroit de
-rien si courroucié comme d'estre en l'indignacion du roy.
-Et ce fait, monseigneur Jaques de Bourbon, connestable de
-France, par le commandement du roy mist la main au<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a> roy
-de Navarre, et puis si le fist-l'en traire arrière. Et assez
-tost après, la royne Jehanne, ante, et la royne Blanche,
-suer dudit roy de Navarre, laquelle royne Jehanne avoit
-esté femme du roy Charles dernièrement trespassé, vindrent
-en la présence du roy et luy firent la réverence en eux
-inclinant devant luy. Et à donc, monseigneur Regnault de
-Trie, dit Patroullart, se agenouilla devant le roy et luy dist
-teles parolles en substance : «&nbsp;Mon très redoubté seigneur,
-véés-ci mesdames la royne Jehanne et la royne Blanche
-qui ont entendu que monseigneur de Navarre est en
-vostre male grace, dont elles sont fortement courouciées ;
-et pour ce sont venues devers vous : et vous supplient
-que vous luy vueillez pardonner vostre mal talent ; et, sé
-Dieu plaist, il se portera si bien par devers vous que
-vous et tout le peuple de France vous en tendrez bien
-contens.&nbsp;»</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> <i>Mist la main au</i>. Porta la main sur le.</p>
-</div>
-<p>Les dites paroles dites, lesdis connestable et mareschaus
-alèrent querre ledit roy de Navarre et le firent venir
-devant le roy, lequel se mist entre les deux roynes, et
-à donc ledit cardinal dit en substance les paroles qui s'ensuivent :</p>
-
-<p>«&nbsp;Monseigneur de Navarre, nul ne se doit esmerveiller
-sé monseigneur le roy s'est tenu à mal content de vous,
-pour le fait qui est advenu, lequel il ne convient jà que je
-die, car vous l'avez par vos lettres si publié et autrement
-que chacun le scet. Et vous estes tant tenu à luy que vous
-ne le déussiez jamais avoir fait. Vous estes de son sanc, si
-prochain comme chascun scet ; vous estes son homme et
-son per, et si avez espousée madame sa fille, et de tant
-avez-vous plus mespris. Toutefois pour l'amour de mesdames
-les roynes qui cy sont qui moult affectueusement
-l'en ont prié, et aussi pour ce que il tient que vous l'avez
-fait par petit conseil, il le vous pardonne de bon cuer
-et bonne volenté.&nbsp;»</p>
-
-<p>Et lors lesdites roynes et ledit roy de Navarre qui mist
-le genoul à terre en mercièrent le roy. Et encore dist le
-cardinal que aucun du lignage du roy ne se avanturast
-d'ores en avant de faire tels fais comme le roy de Navarre
-avoit fait : car vraiement sé il advenoit et fust le fils du roy
-qui le féist du plus petit officier que il eust, si en feroit-il
-justice. Et ce fait et dit, le roy se leva et la court se
-départi.</p>
-
-<p>Item, le vendredi devant la my caresme après ensuivant,
-vint-et-uniesme jour du moys de mars, un chevalier baneret
-des Basses-Marches, appellé monseigneur Regnaut de
-Pressigny, seigneur de Marant près de la Rochelle, fu
-trainé et puis pendu au gibet de Paris, par le jugement de
-parlement et de pluseurs du grant conseil du roy.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>VII.</h3>
-
-<p class="section">De la réconciliation de ceux de Harecourt pour la mort dudit
-connestable.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1354</div>
-
-<p>L'an mil trois cens cinquante quatre, environ le moys
-d'aoust, se réconcilièrent au roy de France lesdis conte de
-Harecourt et monseigneur Loys, son frère ; et luy durent
-moult révéler de choses, si comme l'en disoit, et par espécial
-luy durent révéler tout le traitié de la mort dudit monseigneur
-Charles d'Espaigne, jadis connestable de France, et
-par qui ce avoit esté. Assez tost après, c'est assavoir au moys
-de septembre, se parti de Paris ledit cardinal de Bouloigne
-et s'en ala à Avignon, et disoit l'en communement que il
-n'estoit pas en la grace du roy ; jà soit ce que par avant,
-par l'espace d'un an que il avoit demouré en France, il eust
-esté tous jours avecques le roy si privé comme homme povoit
-estre d'autres.</p>
-
-<p>En celuy temps se départi monseigneur Robert de Lorris
-chambellanc du roy, et se absenta, tant hors dudit royaume
-de France comme autre part ; et disoit l'en communément
-que sé il ne fust absenté, il eust eu villenie et dommage
-du corps ; car le roy estoit couroucié et moult esmeu
-contre luy ; mais la cause estoit tenue si secrette que pou
-de gens le sceurent. Toutefois disoit-l'en que il devoit avoir
-sceu la mort dudit connestable avant que il fust mis à
-mort, et que il devoit avoir révélé audit roy de Navarre aucuns
-consaus secrès du roy, et que toutes ces choses furent
-révélées au roy par les devant dis conte de Harecourt et
-monseigneur Loys, son frère.</p>
-
-<p>Item, assez tost après, c'est assavoir environ le moys de
-novembre, l'an dessus dit, le roy de Navarre se parti de
-Normendie et s'en ala latitant<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a> en divers lieux, jusques à
-Avignon.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> <i>Latitant</i>. En cachette, <i lang="la" xml:lang="la">incognito</i>.</p>
-</div>
-<p>En ce moys partirent de Paris l'arcevesque de Rouen
-chancelier de France, le duc de Bourbon et pluseurs autres,
-pour aler à Avignon ; et aussi partirent le duc de Lenclastre
-et pluseurs autres Anglois, pour traitier de paix entre les
-roys de France et d'Angleterre, devant le pape.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>VIII.</h3>
-
-<p class="section">De la rébellion des Navarrois contre le roy de France, et de la
-revenue de monseigneur Robert de Lorris.</p>
-
-
-<p>En l'an dessus dit, audit moys de novembre, se parti le
-roy de Paris et ala en Normendie jusques à Caen, et fist
-prendre et mettre toutes les terres du roy de Navarre en sa
-main, et instituer officiers de par luy, et mettre garde ès
-chastiaux du roy de Navarre, excepté en six ; c'est assavoir :
-Evreux, Pont-Audemer, Cherebourc, Gavray<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>, Avranche
-et Mortaing ; lesquels ne luy furent pas rendus ; car il avoit
-dedens Navarrois qui respondirent à ceux que le roy
-y avoit envoyés que il ne rendroient les forteresces fors au
-roy de Navarre, leur seigneur, qui les leur avoit baillées en
-garde.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> <i>Gavray</i>. Aujourd'hui bourg et chef-lieu de canton du département
-de la Manche.</p>
-</div>
-<p>Item, au moys de janvier ensuivant, vint à Paris monseigneur
-Robert de Lorris, par sauf conduit que il ot du
-roy et demoura bien quinze jours après, avant que il eust
-né temps né lieu de parler au roy. En la parfin y parla-il ;
-mais il s'en retourna à Avignon par l'ordonnance du roy et
-de son conseil, pour estre au traictié avec les gens du roy.
-Et assez tost après, c'est assavoir la fin de février audit an,
-vindrent nouvelles que les trièves qui avoient esté prises
-entre les deux roys, jusques en avril ensuivant, estoient
-aloingnées par le pape, jusques à la nativité de saint Jehan-Baptiste
-après ensuivant ; pour ce que ledit pape n'avoit
-peu trouvé voie de paix à laquelle les traicteurs qui estoient
-à Avignon, tant pour l'un comme pour l'autre roy, se voulsissent
-consentir. Et envoia le pape messages par devers
-lesdis roys, sur une autre voie de traictié que celle qui avoit
-esté pourparlée autrefois entre lesdis traicteurs.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>IX.</h3>
-
-<p class="section">De la prise de la ville de Nantes en Bretaigne par les Anglois,
-et coment le chastel et tout fu recouvré.</p>
-
-
-<p>En l'an dessus dit mil trois cens cinquante quatre, au moys
-de janvier, le roy fist faire florins de fin or appellés florins
-à l'aignel, pour ce que en la pille avoit un aignel, et estoient
-de cinquante deux au marc<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>. Et en donnoit le roy, lors
-que il furent fais, quarante-huit pour un marc de fin or ; et
-deffendi-l'en le cours de tous autres florins.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> Le marc d'or étant alors de soixante livres, le <i>mouton</i>, comme les
-appelle Leblanc, ou plutôt, suivant notre chronique, le <i>florin à l'agnel</i>,
-valoit vingt-quatre ou vingt-cinq sols.</p>
-</div>
-<p>En celuy an, audit moys de janvier, vint à Paris monseigneur
-Gautier de Lor, chevalier, comme messager dudit
-roy de Navarre par devers le roy de France, et parla à luy ;
-et finablement s'en retourna au moys de février par
-devers le roy de Navarre, et emporta lettres de sauf conduit
-pour ledit roy de Navarre, jusques emmy avril ensuivant.</p>
-
-<p>Item, en celuy an, le soir de karesme prenant qui fu le
-dix-septiesme jour de février, vindrent pluseurs Anglois
-près de la ville de Nantes en Bretaigne ; et en entra par
-eschielles environ cinquante-deux dedens le chastel, et le
-pristrent. Mais monseigneur Guy de Rochefort, chevalier,
-qui en estoit capitaine et estoit en ladite ville hors du
-chastel, fist tant par assaut et effort qu'il le recouvra en
-la nuit meisme. Et furent tous les cinquante-deux Anglois
-que mors que pris.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>X.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy envoia monseigneur le dauphin en Normendie,
-et du parlement que les Navarrois firent sur les François.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1355</div>
-
-<p>L'an mil trois cent cinquante-cinq à Pasques, le roy Jehan
-envoia en Normendie Charles, son ainsné fils, dauphin
-de Vienne, son lieutenant, et y demoura tout l'esté. Et
-luy octroyèrent les gens dudit pays de Normendie deux
-mil hommes d'armes pour trois mois. Et environ au mois
-d'aoust ensuivant, audit an cinquante-cinquiesme, ledit roy
-de Navarre vint de Navarre et descendi au chastel de Cherebourc
-en Constentin, environ deux mil hommes, que
-uns que autres, avec luy ; et furent pluseurs traictiés avec
-les gens du roy de France duquel ledit roy de Navarre
-avoit espousé la fille : et lesdis roys de Navarre et de France
-envoièrent par pluseurs fois de leur gens l'un desdis roys
-par devers l'autre, et cuida-l'en, telle fois fu vers la fin du
-mois d'aoust, que il deussent avoir grant guerre l'un
-contre l'autre.</p>
-
-<p>Et les gens du roy de Navarre qui estoient ès chastiaux
-d'Evreux et de Pont-Audemer en faisoient bien semblant,
-car il tenoient et gardoient lesdis chastiaux moult diligemment
-et pilloient le païs environ comme ennemis.</p>
-
-<p>Et vindrent aucuns au chastel de Conches<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a> qui estoit
-en la main du roy, et le pristrent et garnirent de vivres
-et de gens. Et pluseurs autres choses firent les gens dudit
-roy de Navarre contre le roy de France et contre sa gent.
-Et finablement, fu fait accort entre eux. Et ala ledit roy
-de Navarre devers ledit dauphin où il estoit au chastel du
-Vau-de-Rueil<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a>, et y estoit environ le dix-septiesme ou le
-dix-huitiesme jour de septembre ensuivant ; et de là monseigneur
-le dauphin le mena à Paris devers le roy. Et le
-vint-quatriesme jour du mois dessus dit qui fu au lundi,
-vindrent à Paris devers le roy au chastel du Louvre. Et là,
-en la présence de moult grant quantité de gens et des
-roynes Jehanne, ante, et Blanche, suer dudit roy de Navarre,
-fist-il audit roy de France la révérence et s'excusa de ce
-que il s'estoit parti du royaume de France. Et, avec ce,
-dist que aucuns luy avoient rapporté que aucuns l'avoient
-blasmé devers le roy : si requist le roy que il luy voulsist
-nommer ceux qui ce avoient fait ; et après jura moult forment
-que il n'avoit oncques fait choses après la mort du
-connestable contre le roy que loiaux ne peust et deust faire.
-Et néanmoins, requist au roy que il luy voulsist tout
-pardonner et le voulsist tenir en sa grace ; et luy promist
-que il luy seroit bons et loyaux comme fils doit estre à père
-et comme vassal à son seigneur. Et puis le roy luy fist
-dire par le duc d'Athènes que il luy pardonnoit tout de bon
-cuer.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> <i>Conches</i>. Petite ville de Normandie à quatre lieues d'Evreux.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> <i>Vau-de-Rueil</i>. Vaudreuil, ou Notre-Dame du Vaudreuil ; aujourd'hui
-bourg du département de l'Eure, à deux lieues de Louviers.</p>
-</div>
-<p>Item, en celuy an mil trois cent cinquante-cinq, ala le
-prince de Galles, ainsné fils du roy d'Angleterre, en Gascoigne,
-au mois d'octobre ; et chevaucha près de Toulouse
-et puis passa la rivière de Garonne, et alla à Carcassonne
-et ardi le bourc ; mais il ne peust mal faire à la cité, car
-elle fu deffendue ; et de là ala à Narbonne, ardant et
-pillant le païs.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XI.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy de France manda à celuy d'Angleterre coment
-il se vouloit combattre à luy, corps contre corps ou force contre
-force.</p>
-
-
-<p>En celuy an cinquante-cinq, descendi le roy d'Angleterre à
-Calais en la fin du mois d'octobre, et chevaucha jusques à
-Hesdin ; et rompi le parc et ardi les maisons qui estoient
-audit parc ; mais il n'entra point au chastel né en la ville.
-Et le roy de France, qui avoit fait le mandement à Amiens,
-tantost que il ot oï de la venue dudit roy anglois et estoit
-en ladite ville d'Amiens, se parti et les gens qui estoient
-avec luy pour aler contre ledit roy anglois. Mais il ne l'osa
-atendre et s'en retourna à Calais tantost qu'il ot oï nouvelles
-que le roy de France s'en aloit vers luy en ardant et pillant
-le païs par où il passoit. Si ala ledit roy de France après luy
-jusques à Saint-Omer, et luy manda par le mareschal
-d'Odenehan<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a> et par pluseurs autres chevaliers que il se
-combattroit sé il vouloit corps contre corps ou pouvoir contre
-pouvoir. Mais ledit roy anglois refusa la bataille et s'en
-repassa par mer sans plus faire en celle fois, et le roy de
-France s'en revint à Paris.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> <i>D'Odenehan</i>. Arnoul d'Andrehan, suivant Froissart, capitaine du château
-d'Ardres. Mais toutes les autres relations contemporaines écrivent le
-nom de ce brave guerrier comme nos chroniques.</p>
-</div>
-<p>Item, en ce meisme an cinquante-cinq au mois de novembre,
-le prince de Galles, après ce qu'il ot couru le païs de
-Bourdeaux jusques près de Toulouse et de là jusques à Narbonne,
-et ars et gasté le païs tout environ, il s'en retourna
-à Bourdeaux à tout le pillage et grant foison de prisonniers,
-sans qu'il trouvast qui luy donnast de rien à faire. Et toutes
-voies estoient audit païs pour le roy de France le conte
-d'Armagnac lieutenant du roy en Languedoc pour le temps ;
-le conte de Foys, monseigneur Jacques de Bourbon conte
-de Pontieu ; et aussi y estoit monseigneur Jehan de Clermont
-mareschal de France, à plus grant compaignie la
-moitié, si comme l'en disoit, que n'estoit ledit prince de
-Galles. Si en parla-on bien forment contre aucuns des
-dessus dis nommés qui là estoient ou devoient estre pour
-le roy de France.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XII.</h3>
-
-<p class="section">De l'assemblée que le roy fist faire en parlement des nobles, du
-clergié et des bonnes villes, pour ordener aydes à soustenir
-le fait de la guerre.</p>
-
-
-<p>En ce meisme an, à la saint Andrieu, furent assemblés à
-Paris, par le mandement du roy, les prélas, les chapitres,
-les barons et les villes du royaume de France ; et leur fist
-le roy exposer en sa présence l'estat des guerres, le mercredi
-après la saint Andrieu, en la chambre du parlement,
-par maistre Pierre de la Forest, lors arcevesque de Rouen
-et chancelier de France. Et leur requist ledit chancelier,
-pour le roy, que il eussent avis ensemble quelle aide il
-pourroient faire au roy, qui feust suffisant pour faire les
-frais de la guerre. Et pour ce que il avoit entendu que les
-sougiés du royaume se tenoient forment à grevés par la mutacion
-des monnoies, il offri à faire forte monnoie et durable,
-mais que on luy féist aide qui fust souffisant à soustenir la
-guerre. Lesquels respondirent c'est assavoir : le clergié,
-par la bouche de maistre Jehan de Craon, lors arcevesque
-de Rains ; les nobles, par la bouche du duc d'Athènes ; et
-les bonnes villes, par Estienne Marcel, lors prévost des marchans
-à Paris, que il estoient tous prests de vivre et
-de mourir avec le roy, et de mettre corps et avoir en son
-service ; et délibéracion requistrent de parler ensemble,
-laquelle leur fu ottroiée.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy de France donna à monseigneur Charles, son
-ainsné fils, la duchié de Normendie et luy<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a> en fist
-hommage.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> <i>Luy</i>. Charles. &mdash; Il est à remarquer qu'à compter de ce don, le
-nom de <i>duc de Normandie</i> fut affecté au prince, de préférence à celui de
-<i>Dauphin</i>.</p>
-</div>
-
-<p>En ce meisme an, le lundi vigile de la Conception Notre-Dame,
-donna le roy la duchié de Normendie à monseigneur
-Charles, son ainsné fils, dauphin de Vienne et conte de
-Poitiers ; et l'endemain, jour de mardi et feste de la Conception
-devant dicte, luy en fist ledit monseigneur Charles
-hommage, en l'hostel maistre Martin de Mello, chanoine
-de Paris, au cloistre Notre-Dame.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XIV.</h3>
-
-<p class="section">Coment les gens des trois estas, présent le roy, respondirent par
-délibéracion que il feroient<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a> continuelment, chascun an,
-trente mille hommes d'armes, et de l'ordonnance qui fu faite
-et avisée pour trouver le paiement à les paier.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> <i>Que il feroient</i>. C'est-à-dire qu'ils leveroient et équiperoient à leurs
-frais.</p>
-</div>
-
-<p>Après la devant dite délibération eue des trois estas dessus
-dis<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a>, il respondirent au roy, en la dite chambre de
-parlement, par la bouche des dessus nommés, que il luy
-feroient trente mille hommes chascun an à leur frais et
-despens, dont le roy les fist mercier. Et pour avoir la finance
-pour paier lesdis trente mille hommes d'armes, laquelle fu
-estimée à cinquante cent mil livres<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a> par les trois estas
-dessus dis, ordenèrent que on lèveroit sur toutes gens, de
-tel estat que il fussent, gens d'églyse, nobles ou autres, imposicion
-de huit deniers par livre sur toutes denrées ; et
-gabelle de sel courroit par tout le royaume de France.
-Mais pour ce que on ne pouvoit lors savoir sé lesdites
-imposicions et gabelle souffiroient, il fu alors ordené que
-les trois estas dessus dis retourneroient à Paris le premier
-de mars, pour veoir l'estat des dites imposicions et gabelle,
-et sur ce ordener ou de autre ayde faire pour avoir lesdites
-cinquante cent mil livres, ou de laissier courir lesdites
-imposicions et gabelle. Auquel premier jour de mars les
-dessus dis trois estas retournèrent à Paris, excepté pluseurs
-grosses villes de Picardie, les nobles et pluseurs autres grosses
-villes de Normendie. Et virent ceux qui y estoient l'estat
-desdites imposicions et gabelles ; et tant pour ce qu'elles
-ne souffisoient à avoir lesdites cinquante cent mil livres,
-comme pour ce que pluseurs du royaume ne se vouloient
-accorder que lesdites imposicions et gabelles courussent
-en leur pays et ès villes où il demouroient, ordenèrent
-nouvel subside sus chascune personne en la manière qui
-s'ensuit. C'est assavoir que tout homme et personne, fust
-du sanc du roy et de son lignage ou autre, clerc ou lai,
-religieux ou religieuse, exempt ou non exempt, hospitalier,
-chef d'églyse ou autres, eussent revenus ou rentes,
-office ou administration quelconques ; monoiers et autres,
-de quelque estat qu'il soient, et auctorité ou privilège
-usassent ou eussent usé au temps passé ; femmes vefves
-ou celles qui faisoient chief, enfans mariés ou non mariés
-qui eussent aucune chose de par eux, fussent en garde, bail,
-tutelle, cure, mainburnie<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a> ou administration quelconques ;
-qui auroit vaillant cent livres de revenue et au dessous,
-fust à vie ou à héritage, en gaiges à cause d'office, en
-pensions à vie ou à volenté, feroit ayde et subside pour
-le fait des guerres de quatre livres. Et de quarente livres
-de revenue et au dessus quarente sols ; de dix livres de revenue
-et au dessus, vint sols ; et au dessous de dix livres,
-soient enfans en mainburnie, au-dessus de quinze ans,
-laboureurs et ouvriers gaignans qui n'eussent autre chose
-que de leur labourage, feroient ayde de dix sols. Et sé il
-avoient autre chose du leur, il feroient ayde comme les
-autres serviteurs, mercenaires ou aloués qui ne vivoient
-que de leur services ; et qui gaaignast cent sols<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a> par an ou
-plus, feroit-il semblable aide et subside de dix sols ; à
-prendre les sommes dessus dites à parisis au païs de parisis,
-et à tournois au païs de tournois. Et sé lesdis serviteurs
-ne gaignoient cent sols ou au dessus, il ne paieroient
-rien, sé il n'eussent aucuns biens équipolens ; auquel cas
-il aideroient comme dessus est dit. Et aussi n'aideroient
-de riens mendiens ou moines cloistrés, sans office et administracion,
-né enfans en mainburnie sous l'aage de quinze
-ans qui n'auroient aucune chose comme devant est dit ; né
-nonnains qui vivent de revenue au dessus de quarante livres,
-né aussi femmes mariées, pour ce que leur maris
-aidoient ; et estoit et seroit compté ce qu'elles avoient de
-par elles avec ce que leur maris avoient. Et quant aux clercs
-et gens d'églyse, abbés, prieurs, chanoines, curés et autres
-comme dessus qui avoient vaillant au dessus de cent livres
-en revenue, fussent bénéfices en sainte églyse, en patremoine,
-ou l'un avec l'autre, jusques à cinq mille livres,
-les dessus dis feroient ayde de quatre livres pour les premiers
-cent livres, et pour chascun autre cent livres, jusques
-auxdites cinq mille livres, quarante sols, et ne feroient
-de riens ayde au dessus desdites cinq mille livres, né aussi
-de leur meubles ; et les revenues de leur bénéfices seroient
-prisiées et estimées selonc le taux du dixiesme, né ne s'en
-pourroient franchir né exempter par quelconques privilèges,
-né qu'il féissent<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a> de leur dixiesme quant les dixiesmes
-estoient ottroiés.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> <i>Des trois estas</i>. Dans une petite miniature du msc. de Charles V, on
-voit ici le roi sur son trône, entouré des trois états. Le clergé en chape
-épiscopale, la noblesse en manteau rouge, les villes en robe brune.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> Cinq millions. La plupart des manuscrits portent <i>cinquante mil livres</i>.
-Mais celui de Charles V, si parfaitement correct pour ce règne et le suivant,
-doit faire préférer notre leçon qui d'ailleurs donne le seul sens
-vraisemblable. Villaret prétend que l'expression n'étoit pas alors usitée ;
-il se trompe, c'est celle de <i>cinq millions</i> qui ne l'étoit pas. Remarquons
-aussi que Villaret, auteur du reste fort recommandable, cite la <i>chronique
-du roi Jean</i> comme un ouvrage différent des <i>Grandes Chroniques de
-France</i>. Cette erreur vient de ce que nous conservons à la Bibliothèque du
-roi, sous les n<sup>os</sup> 9649 à 9653, un exemplaire des Chroniques de Saint-Denis
-reliées en cinq volumes. Le quatrième de ces volumes porte sur le dos :
-<i>Chronique du roi Jean</i>, mais on y reconnoît le texte que nous publions
-ici. Levesque a commis la même bévue, dans son livre de <i>La France sous
-les cinq premiers Valois</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> <i>Mainburnie</i>. Synonyme de <i>tutelle</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> <i>Cent sols</i>. Le terme moyen du salaire des ouvriers, outre leur nourriture,
-non pas à Paris mais dans les provinces, est aujourd'hui de <i>cent
-francs</i> ; le sol du quatorzième siècle représente donc assez exactement
-<i>un franc</i> de notre temps. Ainsi pour apprécier l'impôt qu'on venoit d'établir,
-on ne sera pas très-éloigné de la vérité en disant que les possesseurs
-d'un revenu de 1600 à 4000 francs furent tenus de payer une aide
-de quatre-vingts francs ; ceux qui avoient quatre cents à seize cents francs
-furent taxés à quarante francs. Enfin on exigea vingt francs de ceux dont
-les appointemens, gages ou revenus n'atteignoient pas l'humble chiffre
-de 400 francs. D'après ce calcul, les cinq millions demandés correspondroient
-à une levée de cent millions pour nous.</p>
-
-<p>M. Michelet, après une évaluation fort arbitraire de ce qu'on demanda
-à chaque ordre de citoyens, ajoute l'une de ces réflexions si brèves, si
-sententieuses et souvent si injustes : <i>Plus on avoit et moins l'on payoit.</i> Il
-oublie que les citoyens riches (bourgeois ou nobles), indépendamment de
-la taxe, payoient encore de leur personne. Dans les trente mille hommes
-d'armes qu'on alloit lever n'étoient pas compris sans doute les chevaliers,
-les nobles, les bourgeois capables de représenter eux-mêmes autant d'hommes
-d'armes. N'étoit-ce pas alors le cas de dire : <i>Plus on avoit et plus l'on
-payoit</i>, ou bien de ne rien dire du tout? (Voyez M. Michelet, Histoire
-de France, tome <small>III</small>, p. 366.)</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> <i>Né qu'il féissent</i>. Non autrement qu'ils n'eussent fait&hellip;</p>
-</div>
-<p>Et quant aux nobles et gens des bonnes villes qui avoient
-vaillant au dessus de cent livres de revenue, lesdis nobles
-feroient aide, jusques à cinq mille livres de revenue et néant
-oultre, pour chascun cent livres, quarante sols oultre les
-quatre livres pour les premiers cent livres. Et les gens des
-bonnes villes par semblable manière, jusques à mille livres
-de revenue tant seulement<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a>. Et quant aux meubles des
-nobles qui n'avoient pas cent livres de revenue, l'en estimeroit
-les meubles qu'il auroient, jusques à la value de mil
-livres et non plus. Et des gens non nobles qui n'avoient pas
-quatre cens livres de revenue, l'en estimeroit leur meubles
-jusques à la value de quatre mille livres, c'est assavoir,
-pour cent livres de meubles, dix livres de revenue ; et de
-tant feroient-il ayde par la manière dessus devisée. Et sé il
-advenoit que aucun noble n'eust vaillant en revenue tant
-seulement jusques à cent livres, né en meuble purement
-jusques à mil livres, ou que aucun noble ne eust seulement
-en revenue quatre cens livres, né en meuble purement
-quatre mil livres, et il eust partie en revenue et
-partie en meuble, l'en estimeroit et regarderoit la revenue
-et son meuble ensemble, jusques à la somme de mil livres
-quant aux nobles, et de quatre mil livres quant aux
-non nobles. Et non plus.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> Il n'est pas aisé de comprendre cette différence à l'avantage de
-la bourgeoisie qui ne devra payer que l'impôt des premiers 20,000 francs
-de revenu, tandis que les nobles seront tenus à un paiement proportionnel
-jusqu'à cent mille francs. Au reste le nombre des bourgeois possesseurs
-de pareils revenus ne devoit pas être considérable : chacun
-d'eux avoit alors les plus grandes facilités pour prendre rang parmi les
-hommes d'armes ; et de là à la noblesse, il n'y avoit qu'une génération.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XV.</h3>
-
-<p class="section">De la rebellion du menu peuple de la cité d'Arras contre les
-gros.</p>
-
-
-<p>Après avint, le samedi sixiesme jour de mars l'an mil
-trois cens cinquante-cinq dessus dit, que une dissencion
-s'esmut en la ville d'Arras des menus contre les gros ; tant
-que ledit jour les menus tuèrent dix-sept des plus notables
-de la ville. Et le lundi ensuivant en tuèrent autres
-quatre et pluseurs en bannirent qui n'estoient pas en
-la dite ville. Et ainsi demourèrent lesdis menus seigneurs
-et maistres d'icelle ville<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> Froissart dit que cette émeute de la commune contre les riches fut
-excitée par le nouvel impôt sur le sel ordonné par les trois états. Suivant
-lui, le nombre des morts n'auroit été que de quatorze.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XVI.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy de Navarre fu pris au chastel de Rouen, et de la
-mort d'aucuns chevaliers de Normendie qui estoient rebelles
-au roy de France.</p>
-
-
-<p>En ce temps, le mardi sixiesme jour d'avril ensuivant
-qui fu le mardi après la my-karesme, le roy de France se
-parti au matin, avant le jour, de Maneville<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>, tout armé,
-accompaignié d'environ cent hommes d'armes, entre lesquels
-estoient le conte d'Anjou son fils, le duc d'Orléans
-son frère, monseigneur Jehan d'Artois conte de Eu, monseigneur
-Charles son frère, cousin germain du roy, le conte
-de Tancarville, monseigneur Arnoul d'Odenehan mareschal
-du roy, et pluseurs autres jusques au nombre dessus dit. Et
-vint droit au chastel de Rouen par l'uys de derrière, sans
-entrer en la ville. Et trouva en la salle, assis au disner,
-monseigneur Charles son ainsné fils, duc de Normendie,
-Charles roy de Navarre, Jehan conte de Harecourt, les
-seigneurs de Preaux, de Graville<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a> et de Clere, monseigneur
-Loys et monseigneur Guillaume de Harecourt, frères dudit
-conte, monseigneur Friquet-de-Fricamp, le seigneur de
-Tournebu, monseigneur Maubue de Mainesmares, tous
-chevaliers, Colinet Doublet et Jehan de Bantalu, escuiers,
-et aucuns autres.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> <i>Maneville</i>. Sans doute <i>Saint-Pierre-de-Manneville</i>, à trois lieues de
-Rouen.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> <i>De Graville</i>. Jean Malet, sire de Graville. M. Buchon, dans ses notes
-sur Froissart (liv. <small>I</small>, part. <small>II</small>, ch. 20), s'est trompé quand il a cru devoir
-corriger ce nom bien connu en celui de <i>Guerarville</i>.</p>
-</div>
-<p>La cause fu que, depuis leur réconciliacion faite par le roy
-de France de la mort du devant dit connestable, ledit roy
-de Navarre avoit machiné pluseurs choses au dommage,
-déshonneur et mal du roy et de monseigneur son ainsné
-fils, et de tout le royaume de France. Et aussi le conte de
-Harecourt avoit dit au chastel de Vau-de-Rueil où estoit
-faite assemblée pour ottroier estre faite au roy ayde pour la
-guerre en la duchié de Normendie, pluseurs injurieuses et
-orgueilleuses paroles contre le roy, en destourbant de son
-pouvoir celle ayde estre accordée et mise à exécution ;
-combien que ledit ainsné fils du roy, duc de Normendie,
-et ledit roy de Navarre l'eussent accordé au roy de France.</p>
-
-<p>Et pour ces causes, fist le roy les dessus nommés mettre
-en prison en diverses chambres audit chastel ; et tantost ala
-disner le roy de France. Et quant il ot disné luy et tretous
-ses enfans, son frère et ses deux cousins d'Artois, et pluseurs
-des autres qui estoient venus avec luy, montèrent à cheval et
-alèrent en un champ derrière ledit chastel, appellé le champ
-du pardon. Et là furent menés en charrète, par le commandement
-du roy, lesdis conte de Harecourt, le seigneur de
-Graville, monseigneur Maubué et Colinet Doublet ; et là
-leur furent ledit jour les testes coupées, et puis furent tous
-nus trainés jusques au gibet de Rouen ; et là furent pendus
-et leur têtes mises sur eux, sur le gibet. Et fu ledit roy de
-France présent et aussi lesdis enfans et son frère, à coupper
-les testes et non pas au pendre. Et ce jour et l'endemain,
-jour de mercredi, délivra le roy pluseurs des autres qui
-avoient esté pris. Et finablement ne demoura que trois
-prisonniers ; c'est assavoir ledit roy de Navarre, ledit
-Friquet-de-Fricamp, et ledit Bantalu, lesquels furent
-menés à part. C'est assavoir ledit roy de Navarre au
-Louvre, et les deux autres en Chastelet. Et depuis fu ledit
-roy de Navarre mené en Chastelet, et luy furent bailliés
-aucuns du conseil du roy pour luy garder. Et pour
-ce, monseigneur Phelippe de Navarre, son frère, fist garnir
-de gens et de vivres pluseurs des chastiaux que ledit roy
-de Navarre tenoit en Normendie. Et jasoit que ledit roy de
-France mandast audit monseigneur Phelippe que il luy
-rendist lesdis chastiaux ; toute voie ne le voult-il faire.
-Mais assemblèrent luy et monseigneur Godefroy de Harecourt,
-oncle dudit conte de Harecourt, pluseurs ennemis
-du roy de France et les firent venir au pays de Constentin,
-lequel pays il tindrent contre ledit roy de France et ses
-gens.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XVII.</h3>
-
-<p class="section">Coment monseigneur Arnoul d'Odenehan ala à Arras et mist la
-ville en l'obéissance du roy de France.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1356</div>
-
-<p>L'an de grace mil trois cens cinquante-six, le vint-septiesme
-jour du moys d'avril et fu le mercredi après
-Pasques qui furent le vint-quatriesme jour du moys dessus
-dit, monseigneur Arnoul d'Odenehan, mareschal de
-France, ala en la ville d'Arras ; et là, sagement et sans effroy
-de gens d'armes, fist prendre pluseurs, jusques au nombre
-de cent et plus, de ceux qui avoient mis ladite ville en
-rébellion et avoient murdri pluseurs des bourgeois de ladite
-ville dont dessus est faite mencion. Et l'endemain, jour
-de jeudi, fist ledit mareschal coupper les testes à vint des
-dessus dis qu'il avoit fait prendre, au marchié de ladite ville,
-et les autres fist prisonniers tenir en prison fermée, jusques
-à tant que le roy ou luy eussent ordené autrement
-d'eux. Et pour ce, fu ladite ville mise en la vraie obéissance
-du roy. Et demourèrent les bonnes gens paisiblement en
-icelle, si comme il faisoient par avant ladite rébellion.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XVIII.</h3>
-
-<p class="section">Du siège que le roy de France fist devant Breteuil, lequel
-chastel fu rendu. Et coment il poursuivi le duc de Lenclastre
-qui tousjours fuioit devant luy. Et de la prise de pluseurs
-chevaliers de France par ledit prince de Galles.</p>
-
-
-<p>En ce meisme an cinquante-six, en la fin du moys de
-juing, descendi le duc de Lenclastre en Constantin, et se
-assembla avec monseigneur Phelippe de Navarre qui
-s'estoit rendu ennemi du roy de France, pour cause de
-la prise du roy de Navarre, son frère, qui encore estoit
-en prison. Et avec eux estoit monseigneur Godefroy
-de Harecourt, oncle dudit conte de Harecourt qui
-avoit eu la teste couppée à Rouen. Et se mistrent à
-chevauchier, et estoient environ quatre mille combattans.
-Et chevauchièrent à Lisieux, au Bec, au Pont-Audemer.
-Et refreschirent le chastel qui avoit esté assegié par l'espace
-de huit ou de neuf sepmaines. Mais monseigneur
-Robert de Hotetot<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a>, lors maistre des arbalestriers, qui
-avoit tenu le siège devant ledit chastel, et en sa compaignie
-pluseurs nobles et autres, se partirent du siège
-quant il sorent la venue desdis ducs, monseigneur Phelippe
-et monseigneur Godefroy ; et laissièrent les engins et l'artillerie
-qu'il avoient. Et ceux dudit chastel prindrent tout et
-mistrent dedens ledit chastel. Et après chevauchièrent lesdis
-ducs et monseigneur et leur compaignie jusques à Breteuil<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>,
-en pillant et robant les villes et le pays par où il passoient,
-et rafreschirent le chastel par où il passèrent, c'est
-assavoir Breteuil. Et pour ce qu'il trouvèrent que la cité et
-le chastel d'Evreux avoit esté de nouvel rendu aux gens
-du roy, qui longuement avoit esté asségié devant, et avoit
-esté ladite cité arse et l'églyse cathédrale aussi, et pillée et
-robée tant par les Navarrois qui rendirent ledit chastel
-lequel fu rendu par composition, comme par aucuns des
-gens du roy qui estoient au siège ; lesdis duc, monseigneur
-Phelippe et leur compaignie alèrent à Vernueil au
-Perche<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a> et pristrent la ville et le chastel, et pillièrent
-et robèrent tout, et ardirent partie de ladite ville. Et
-le roy de France qui avoit fait la semonce tantost qu'il
-avoit oï nouvelles du duc de Lenclastre, aloit après, à moult
-grant et bele compaignie de gens d'armes et de gens de pié ;
-et le suivi jusques à Condé<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>, en alant vers ladite ville de
-Verneuil là où il les cuidoit trouver. Et quant il fu audit
-Condé il oï nouvelles que ledit duc et messire Phelippe s'estoient
-partis celuy jour de ladicte ville de Verneuil, et s'en
-aloient vers la ville de l'Aigle. Si les suivi le roy jusqu'à
-Tuebuef<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a> à deux lieues ou environ de ladicte ville de
-l'Aigle ; et là fu dit au roy que il ne les pourroit acconsuivre,
-car il y avoit grant forest où il se bouteroient sans ce
-que on les peust avoir. Et pour ce, s'en retourna son ost
-et vint devant un chastel que on appelle Tillières que on
-disoit estre en la main des Navarrois ; et le prist le roy et y
-mist gardes.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> <i>Hotetot</i>, ou <i>Hondetot</i>. Aujourd'hui : <i>Houdetot</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> <i>Breteuil</i>. Aujourd'hui petite ville du département de l'Eure, sur les
-bords de l'Iton.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> <i>Au Perche</i>. Ou plutôt <i>en Timerais</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> <i>Condé</i>. Aujourd'hui <i>Condé-sur-Iton</i>, bourg du département de l'Eure,
-près de <i>Breteuil</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a> <i>Tuebeuf</i>. Entre <i>Laigle</i> et <i>Mortagne</i>. Aujourd'hui village du département
-de l'Orne. &mdash; Pour le château de <i>Tillières</i>, bâti par Richard II de
-Normandie, nous en avons déjà parlé ailleurs.</p>
-</div>
-<p>Et après ala devant ledit chastel de Breteuil auquel avoit
-gens de par le roy de Navarre. Mais pour ce que il ne vouldrent
-rendre le chastel, le roy et tout son ost y mistrent le
-siège et y demourèrent huit sepmaines. Et finablement fu
-rendu au roy ledit chastel par composicion, et s'en alèrent
-ceux qui estoient dedens là où il vouldrent, et emportèrent
-leur biens. Et de là se parti le roy et s'en ala à Chartres et fit
-la semonce pour aler contre le prince de Galles, ainsné fils
-du roy d'Angleterre, qui s'estoit parti de Bourdeaux et
-estoit venu en Berry en robant, pillant et ardant le pays par
-où il passoit. Et par semblable manière, s'en vint<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a> devers
-la rivière de Loire et passa par la ville de Rumorentin,
-et là prist pluseurs chevaliers et autres qui estoient
-dedans, entre lesquels furent pris le seigneur de Craon et
-Bouciquaut. Et après chevaucha ledit prince droit vers
-Tours. Et le roy de France ala après pour le rencontrer.
-Et quant le prince sceut que le roy luy aloit à l'encontre, il
-s'en retourna vers Poitiers ; et jà soit ce que ledit roy n'eust
-encore que un pou de gent, toutefois suivoit-il ledit prince
-le plus tost que il povoit pour soy combatre à luy. Et avint
-que le samedi, dix-septiesme jour du moys de septembre,
-l'an dessus dit, le roy bien accompaignié fu près dudit
-prince et de son ost, à deux lieues ou environ.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> <i>S'en vint</i>. Il s'agit du prince de Galles, et non plus du roi Jehan.</p>
-</div>
-<p>Et iceluy samedi, le conte de Sancerre, le conte de Joigny,
-le seigneur de Chastillon-sur-Marne, souverain maistre de
-l'ostel du roy, et pluseurs autres armés chevaliers et escuiers
-qui aloient après le roy, trouvèrent pluseurs des gens
-dudit prince en leur chemin auxquels il se combattirent :
-et furent lesdis contes et seigneur de Chastillon pris et pluseurs
-de ceux qui estoient en leur compaignie.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XIX.</h3>
-
-<p class="section">De la bataille qui fu devant Poitiers et de la prise du roy de
-France qui plus vassalment<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a> s'y porta que nul autre.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> <i>Vassalment</i>. Chevaleureusement. Le mot <i>Vassal</i> n'avoit pas autrefois
-d'autres sens que celui de <i>Chevalier</i> : il n'emportoit avec lui aucune
-idée de dépendance.</p>
-</div>
-
-<p>Le lundi ensuivant dix-neuviesme jour dudit moys de
-septembre, l'an cinquante-six dessus dit, entre prime et
-tierce ou environ, l'ost du roy de France fu logié devant l'ost
-dudit prince, à moins du quart d'une lieue. Et vint le cardinal
-de Pierregort qui avoit esté envoié en France par le
-Saint-Père, pour traitier de la pais entre lesdis roys de
-France et d'Angleterre ; lequel cardinal ala pluseurs fois de
-l'un ost à l'autre, pour savoir sé il pourroit trouver aucun bon
-traictié ; mais il ne pot. Et pour ce s'en ala à Poitiers qui
-estoit à deux petites lieues du lieu où ledit roy de France
-et son ost estoient d'une part et ledit prince et son ost d'autre
-part, lequel lieu estoit assez près d'un chastel de l'évesque
-de Poitiers, appellé Chauvigny<a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a>. Et estoit l'ost dudit
-prince logié en un fort pays de haies et de buissons. Et
-néantmoins le duc d'Athènes, lors connestable de France,
-monseigneur Arnoul d'Odenehan et monseigneur Jehan de
-Clermont lors mareschal, et leur batailles coururent sus à
-l'ost dudit prince d'une part, et monseigneur le duc de
-Normendie, ainsné fils du roy de France, qui avoit une
-bataille, le duc d'Orléans, frère du roy, qui en avoit une
-autre, et ledit roy qui avoit la tierce, s'approchièrent de l'ost
-dudit prince. Mais il estoient en si forte place que il ne porent
-entrer en eux, et pluseurs desdites batailles de la
-partie du roy de France, tant chevaliers comme escuiers,
-s'enfuirent vilainement et honteusement. Et dient aucuns
-que pour ce fu l'ost dudit roy de France desconfit, et les
-autres dient que la cause de la desconfiture fu pour ce que
-on ne povoit entrer auxdis Anglois ; car il s'estoient mis
-en trop forte place, et leur archiers traioient si dru que les
-gens du roy de France ne povoient demourer en leur trait.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> <i>Chauvigny</i>. Sur la Vienne.</p>
-</div>
-<p>Finablement, la place demoura audit prince de Galles et
-à ses gens, jasoit ce que le roy de France eust autant de
-gens comme ledit prince. Et là furent mors, de la partie du
-roy de France : le duc de Bourbonnois, le duc d'Athènes
-connestable, ledit monseigneur Jehan de Clermont mareschal,
-monseigneur Geoffroy de Charny qui portoit l'oriflambe,
-monseigneur Regnaut Chauveau évesque de
-Chaalons, et pluseurs autres jusques au nombre de huit
-cens ou environ. En ladite bataille furent pris ledit roy de
-France qui si vassaument se porta comme chevalier peust
-faire, monseigneur Phelippe son ainsné fils, monseigneur
-Jaques de Bourbon conte de Pontieu et frère du devant dit
-duc de Bourbonnois, monseigneur Jehan d'Artois conte de
-Eu, monseigneur Charles son frère conte de Longueville-la-Giffart,
-cousins germains dudit roy de France, monseigneur
-Jehan de Meleun conte de Tancarville, monseigneur
-Jehan de Meleun son ainsné fils, monseigneur Guillaume
-de Meleun arcevesque de Sens, et Simon de Meleun frère
-dudit conte ; le conte de Ventadour, le conte de Dampmartin,
-le conte de Vendosme, le conte de Vaudemont, le
-conte de Salebruche, le conte de Nasso, et ledit mareschal
-d'Odenehan et pluseurs autres, tant chevaliers comme autres,
-jusques au nombre de dix-sept cens ou environ ; et
-bien y ot tant de mors comme de pris, tant de ceux qui sont
-nommés comme autres, cinquante-deux chevaliers bannerès.
-Et de ladite besoigne l'en fist retraire le duc de Normendie
-ainsné fils du roy, le duc d'Anjou et le conte de
-Poitiers ses frères, et le duc d'Orléans, frère dudit roy. Et
-pou d'autres dux ou contes en eschapa qui ne fussent mors
-ou pris. Et après, s'en retournèrent à Paris lesdis duc de
-Normendie, conte de Poitiers et duc d'Orléans, et ledit conte
-d'Anjou demoura en son pays pour le garder. Et entra
-ledit duc de Normendie à Paris le juedi vint-neuviesme
-jour dudit moys de septembre, et fist une convocation de
-tous les trois estas du royaume de France, c'est assavoir :
-des gens d'églyse, des nobles et de ceux des bonnes villes,
-pour estre à Paris le quinziesme jour du moys d'octobre
-ensuivant. Et ledit prince de Galles enmena à Bourdeaux
-ledit roy de France et tous ses autres gros prisonniers,
-excepté ledit conte de Eu qui fu recreu<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a> sur sa foy, jusques
-à la Toussains ensuivant pour ce que il estoit blecié.
-Et autres prisonniers, tant chevaliers comme autres qui
-n'estoient pas de moult grant auctorité, furent mis à raençon
-et recreus sur leur foy pour aler pourchacier leur raençons.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> <i>Recreu</i>. Racheté.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XX.</h3>
-
-<p class="section">Coment monseigneur Charles duc de Normendie et ainsné fils
-du roy de France, après ce que il fu revenu de la bataille
-de Poitiers, fist assembler les gens des trois estas pour
-ordener hastivement de la délivrance du roy son père. Et furent
-les gens du conseil du roy séparés du conseil de ceux des
-trois estas, qui furent esleus cinquante pour tous.</p>
-
-
-<p>En ce meisme an, le quinziesme jour dudit moys d'octobre
-qui fu en un jour de samedi, vindrent à Paris pluseurs
-gens d'églyse et nobles et gens de bonnes villes de la langue
-d'oil. Et le lundi ensuivant furent tous assemblés en la
-chambre du parlement par le commandement de monseigneur
-le duc de Normendie qui fu là présent, et en la présence
-duquel monseigneur Pierre de la Forest, arcevesque
-de Rouen et chancelier de France, exposa à ceux des
-trois estas dont dessus est faite mencion, la prise du roy,
-et coment il s'estoit vassaument combatu de sa propre
-main, et nonobstant ce avoit esté pris par grant infortune.
-Et leur monstra ledit chancelier coment chascun devoit
-mettre grant paine à la délivrance dudit roy. Et après leur
-requist, de par monseigneur le duc, conseil coment le
-roy pourroit estre recouvré, et aussi de gouverner les guerres
-et aides à ce faire.</p>
-
-<p>Lesquels des trois estas, c'est assavoir les gens d'églyse
-par la bouche de monseigneur de Craon, arcevesque de
-Rains, les nobles par la bouche de monseigneur Phelippe,
-duc d'Orléans et frère germain du roy, et les gens des
-bonnes villes par la bouche d'Estienne Marcel, bourgois
-de Paris et lors prévost des marchans, respondirent que
-il vouloient faire tout ce qu'il pourroient aux fins dessus
-dites, et requistrent délay pour eux assembler et parler
-ensemble sur ces choses ; lequel fu donné. Et furent mis et
-ordenés, par ledit monseigneur de Normendie, pluseurs du
-conseil du roy pour aler au conseil des dessus dis trois estas.
-Et quant il y orent esté par deux jours, on leur fist sentir
-et dire que lesdites gens des trois estas ne besoigneroient
-point sur les choses dessus dites, tant que les gens du conseil
-du roy feussent avec eux. Et, pour ce, se déportèrent
-lesdites gens du conseil du roy de plus aler aux assemblées
-des trois estas qui estoient chascun jour faites en l'ostel des
-frères Meneurs, à Paris. Et continuèrent quinze jours ou
-environ, tant que il ennuioit à pluseurs de ce que lesdis
-trois estas attendoient si longuement à faire leur responses
-sur les choses dessus dites. Toutefois, après que lesdis
-trois estas orent conseillié et assemblé par plus de quinze
-jours, et esleu de chascun des trois estas aucuns auxquels
-les autres avoient donné pouvoir de ordener ce que bon leur
-sembleroit pour le prouffit du royaume ; iceux esleus qui
-estoient cinquante ou environ de tous les trois estas dessus
-dis, firent sentir audit monseigneur le duc de Normendie
-qu'il parleroient volentiers à luy secrètement. Et pour ce ala
-ledit duc luy sixiesme seulement auxdis frères Meneurs
-par devant lesdis esleus, lesquels luy distrent que il avoient
-esté ensemble, par pluseurs journées, et avoient tant fait
-que il estoient tous à un accort. Si requistrent audit monseigneur
-le duc qu'il voulsist tenir secret ce que il luy
-diroient qui estoit pour le sauvement du royaume, lequel
-monseigneur le duc respondi qu'il n'en jureroit jà ; et pour
-ce ne laissièrent pas à dire les choses qui s'ensuivent.</p>
-
-<p>Premièrement il luy distrent que le roy avoit esté mal
-gouverné au temps passé : et tout avoit esté par ceux qui
-l'avoient conseillié, par lesquels le roy avoit fait tout ce que
-il avoit fait, dont le royaume estoit gasté et en péril d'estre
-tout destruit et perdu. Si luy requistrent que il voulsist priver
-les officiers du roy que il luy nommeroient lors de
-tous offices, et que il les féist prendre et emprisonner, et
-prendre tous leur biens ; et que dès lors il tenist tous les
-biens dessus dis pour confisqués. Et pour ce que monseigneur
-Pierre de la Forest, lors arcevesque de Rouen et
-chancelier de France, qui estoit l'un des officiers contre
-lesquels il faisoient lesdites requestes, estoit personne
-d'églyse, si que monseigneur le duc n'avoit aucune connoissance
-sur luy<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a>, si requistrent que il voulsist escripre au
-pape de sa propre main, et supplier que il luy donnast commissaires
-tels comme lesdis esleus des trois estas nommeroient,
-lesquels commissaires eussent puissance de punir
-ledit arcevesque des cas que lesdis esleus bailleroient
-contre ledit arcevesque et contre les autres officiers de
-qui les noms s'ensuivent : Messire Simon de Bucy, chevalier
-du grant conseil du roy et premier président en parlement ;
-messire Robert de Lorris qui avoit esté premier chambellan
-du roy Jehan ; messire Nicolas Braque, chevalier et maistre
-d'ostel du roy, et par avant avoit esté son trésorier et
-après maistre de ses comptes ; Enguerran du Petit-Celier,
-bourgois de Paris et trésorier de France ; Jehan Poillevilain,
-bourgois de Paris, souverain maistre des monnoies et maistre
-des comptes du roy ; et Jehan Chauveau de Chartres,
-trésorier des guerres. Et requistrent lesdis esleus que commissaires
-feussent donnés tels que il nommeroient et procéderoient
-contre lesdis officiers, sur les cas que lesdis esleus
-bailleroient. Et sé lesdis officiers estoient trouvés coupables,
-si feussent punis ; et sé il feussent trouvés innocens, si
-vouloient que il perdissent tous leur dis biens et demourassent
-perpétuelment sans office royal<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> <i>Connoissance</i>, etc. C'est-à-dire, ne pouvoit en rien connoître de son
-cas.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> On voit que la <i>justice du peuple</i> étoit à peu près la même au <small>XIV</small><sup>e</sup>
-siècle et à la fin du <small>XVIII</small><sup>e</sup>. La chronique conservée dans le manuscrit du
-Supplément françois, n<sup>o</sup> 530, ajoute au nom de ces magistrats ceux de
-<i>Jaques La Vache</i> et de <i>Pierre de Mainville</i>. (f<sup>o</sup> 60, v<sup>o</sup>.)</p>
-</div>
-<p>Item, requistrent audit monseigneur le duc que il voulsist
-délivrer le roy de Navarre, lequel avoit esté emprisoné
-par le roy, père dudit monseigneur le duc, si comme dessus
-est dit ; en luy disant que depuis que ledit roy de Navarre
-avoit esté emprisonné, nul bien n'estoit venu au roy né au
-royaume, pour le péchié de la prise dudit roy de Navarre.</p>
-
-<p>Item, requistrent encore audit monseigneur le duc que
-il se voulsist gouverner du tout par certains conseilliers
-que il luy bailleroient de tous les trois estas ; c'est assavoir
-quatre prélas, douze chevaliers et douze bourgois : lesquels
-conseilliers auroient puissance de tout faire et ordener au
-royaume, ainsi comme le roy, tant de mettre et oster officiers,
-comme de autres choses ; et pluseurs autres requestes
-luy firent grosses et pesans.</p>
-
-<p>Si leur respondi ledit monseigneur le duc que de ces choses
-il auroit volentiers avis et délibéracion avec son conseil :
-mais toutes voies il vouloit bien savoir quelle ayde lesdis trois
-estas luy vouloient faire. Lesquels esleus luy respondirent
-que il vouloient ordener entre eux que les gens d'églyse
-paieroient un dixiesme et demi pour un an, mais que de ce
-il eussent congié du pape. Les nobles paieroient dixiesme et
-demi de leur revenues. Et les gens de bonnes villes feroient,
-pour cent feux, un homme armé. Et disoient lesdis esleus
-que ladite ayde estoit merveilleusement grant et qu'elle
-pouvoit bien monter à trente mille hommes armés. Et pour
-sur ce avoir avis et de toutes les choses dessus dites, monseigneur
-le duc se départi de eux, et l'endemain après disner
-devoit leur en respondre. Et pour ce assembla ledit monseigneur
-le duc au chastel du Louvre pluseurs de son
-lignage et autres chevaliers, et ot avis et délibéracion sur
-les choses dessus dites ; et pluseurs fois tant audit jour de
-l'endemain comme en deux ou trois jours ensuivans, envoia
-ledit monseigneur le duc aux frères Meneurs<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a> devers lesdis
-esleus, pluseurs de ceux de son lignage, pour les requérir
-de traictier avec eux, coment il se voulsissent déporter d'aucunes
-des requestes que eux luy avoient faites, par espécial
-de trois dont dessus est faite mencion ; en leur monstrant
-que lesdites requestes touchoient le roy, son père, de si
-près que il ne les oseroit faire né acomplir sans le congié
-exprès de son père.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> Le couvent des <i>Cordeliers</i> ou <i>Frères Mineurs</i> comprenoit une grande
-partie de la <i>rue</i> et de l'<i>école de médecine</i>. Le réfectoire qui servoit en
-1792 de réunion au <i>club des Cordeliers</i> existe encore.</p>
-</div>
-<p>Finablement, pour ce que lesdis esleus ne se vouldrent
-déporter desdites requestes né d'aucune d'icelles, pluseurs
-de ceux du lignage de monseigneur le duc et autres chevaliers
-qui avoient esté à son conseil sur lesdites choses,
-furent d'accort et conseillièrent à monseigneur le duc que
-il acomplist lesdites requestes, pour ce que autrement il ne
-pouvoit avoir aide des trois estas, sans laquelle ayde il ne
-pouvoit faire né gouverner la guerre. Et pour ce, fu journée
-assignée auxdis trois estas, à leur requeste, pour oïr tout ce
-qu'il vouldroient dire publiquement, en la chambre du parlement
-à un jour de lundi matin veille de Toussains. Mais
-ledit monseigneur le duc qui moult estoit forment courroucié
-et troublé pour cause de dites requestes qui luy
-avoient esté faites à part et secrètement, si comme dessus
-est dit, et lesquelles on luy vouloit faire publiquement en
-la chambre de parlement, considérant que lesdites requestes
-il ne povoit acomplir sans courroucier forment le roy, son
-père, et sans luy faire offense notable, manda et fist aler
-par devers luy aucuns autres de ses conseilliers, lesquels il
-n'avoit point appellés aux choses dessus dites ; et leur exposa,
-de sa bouche, les requestes que lesdis trois estas luy
-avoient faites, et aussi l'aide que il luy offroient, et voult que
-ses conseilliers en déissent leur avis. Lesquels, en la présence
-de pluseurs des autres qui autrefois y avoient esté, luy
-monstrèrent coment il ne devoit faire né acomplir lesdites
-requestes dessus exprimées. Et aussi luy monstrèrent coment
-l'aide que l'en luy offroit n'estoit pas souffisante pour
-fournir sa guerre. Et jasoit ce que, par les esleus, eust esté
-dit audit monseigneur le duc que ladite aide povoit faire
-et fournir trente mille hommes armés, c'est assavoir, pour
-chascun homme demi florin à l'escu<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a> pour jour, lesdis
-conseilliers monstrèrent audit monseigneur le duc que ladite
-aide ne povoit monter que huit ou neuf mille hommes
-armés, par pluseurs fais et raisons auxquelles s'accordèrent
-pluseurs autres qui estoient au conseil dudit duc,
-qui bien estoient jusques au nombre de trente et plus. Et
-jasoit ce que la plus grant partie d'iceux eust par avant esté
-d'accort que ledit monseigneur le duc acomplist lesdites
-requestes et luy eussent conseillé, toutesvoies se revindrent-il
-lors, et furent tous d'un accort qu'il ne le féist pas.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a> <i>Demi florin à l'escu</i>. En octobre 1356, le florin d'or valoit 20 sols,
-par conséquent le demi-florin auroit été de 10 sols, correspondant à 10
-francs d'aujourd'hui. Cette paie d'un homme d'armes, c'est-à-dire de deux
-cavaliers, paroîtroit énorme si l'on ne devoit pas y comprendre les frais du
-premier <i>adoubement</i>.</p>
-</div>
-<p>Mais pour ce que moult grant peuple estoit assemblé en
-ladite chambre de parlement en laquelle lesdites requestes
-devoient tantost estre faites audit monseigneur le duc, par
-la bouche de maistre Robert le Coq, lors evesque de Laon,
-le dit monseigneur le duc ot conseil coment il pourroit
-faire départir ledit peuple ; et, par le conseil que il ot, il
-envoia quérir en ladite chambre de parlement pour venir
-devers luy en la pointe du palais où il estoit, aucuns de
-ceux des trois estas, et par espécial de ceux qui principalement
-gouvernoient les autres et conseilloient à faire lesdites
-requestes. Et là vindrent par devers luy maistre
-Raymon Saquet, arcevesque de Lyon ; monseigneur Jehan
-de Craon, arcevesque de Rains, et ledit maistre Robert le
-Coq, evesque de Laon, pour les gens d'églyse. Pour les nobles
-y furent monseigneur Waleran de Lucembourc, monseigneur
-Jehan de Conflans, mareschal de Champaigne, et
-monseigneur Jehan de Péquigny, lors gouverneur d'Artois.
-Et pour les bonnes villes, y furent Estienne Marcel, prévost
-des marchans de Paris ; Charles Toussac, eschevin, et
-pluseurs autres de pluseurs autres bonnes villes. Et là, leur
-dit et exposa ledit monseigneur le duc aucunes nouvelles
-que il avoit oïes, tant du roy son père comme de son oncle
-l'empereur, et leur demanda sé il leur sembloit que il
-feust bon que lesdites requestes et response qui luy devoient
-estre faites de par les trois estas, et pour lesquelles faire et
-oïr le peuple estoit assemblé en ladite chambre de parlement,
-fussent délayées jusqu'à une autre journée pour les causes
-et raisons qu'il leur dist lors. Et furent d'accort tous ceux
-qui là estoient présens, tant du conseil dudit monseigneur
-le duc comme des envoiés desdis trois estas, que lesdites
-requestes et responses fussent différées jusques au juesdi
-ensuivant. Jasoit ce que on apperceust que aucuns desdis
-envoiés eussent mieux voulu que la besoigne n'eust point
-esté différée. Et toutes voies furent-il d'accort, par leur
-opinions, au délay. Et ainsi se départirent et retournèrent
-en ladite chambre de parlement, et le duc d'Orléans et
-pluseurs autres avec eux. Et parla ledit duc d'Orléans au
-peuple qui estoit assemblé en la chambre de parlement, et
-leur dit que monseigneur le duc de Normendie ne pourroit
-lors oïr les requestes et responses que on luy devoit faire
-pour certaines nouvelles que il avoit oïes tant du roy, son
-père, que de son oncle l'empereur, desquelles il leur fist
-aucunes dire en publique. Et pour ce se départi ladite
-assemblée de la dicte chambre de parlement, et s'en alèrent
-aucuns en leur pays.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXI.</h3>
-
-<p class="section">De l'ordenance que ceux de la Langue d'oc firent pour l'amour
-et rédemption du roy de France.</p>
-
-
-<p>En ce meisme an au moys d'octobre, les trois estas de la
-Langue d'oc se assemblèrent en la ville de Thoulouse, par
-l'auctorité du conte d'Armagnac, lieutenant du roy au
-pays, pour traictier ensemble à faire aide convenable pour
-la délivrance du roy. Et là firent pluseurs ordenances par
-l'autorité dessus dite. Premièrement que il feroient cinq
-mil hommes d'armes, chascun à deux chevaux, et auroit
-chascun homme d'armes demi florin à l'escu pour jour. Et
-feroient mil sergens armés à cheval, deux mil arbalestiers
-et deux mil pavasiers<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>, tous à cheval, et auroient
-chascun desdis sergens, arbalestiers et pavaisiers, huit florins
-à l'escu<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a> pour chascun moys, et feroient ladite aide
-pour un an. Et si ordenèrent que tous les dessus dis seroient
-paiés par ceux et en la manière que lesdis estas ordeneroient,
-ou les esleus par iceux. Et oultre ce, ordenèrent que
-homme né femme dudit pays de Langue d'oc ne porteroit
-par ledit an, sé le roy n'estoit avant délivré, or né argent
-né perles, né vair né gris, robes né chapperons découppés né
-autres cointises quelconques ; et que aucuns menesterieus
-jugleurs ne joueroient de leur mestiers. Et encores ordenèrent
-certaine monnoie, c'est assavoir trente-deuxiesme,
-laquelle il firent faire et monnoier ès monnoies<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a> du roy
-dudit pays par l'autorité dudit conte, jasoit ce que au
-pays de Langue d'oc courust lors autre monnoie, c'est assavoir
-monnoie soixantiesme. Et pour avoir confermacion
-de toutes les choses dessus dites envoièrent à Paris devers
-monseigneur le duc de Normendie, ainsné fils du roy et son
-lieutenant-général, trois personnes, c'est assavoir de chascun
-des trois estas une ; et leur furent confermées par ledit
-monseigneur le duc toutes les choses dessus dites.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> <i>Pavasiers</i>. Garnis de <i>pavas</i> ou <i>pavois</i>, petit bouclier rond.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> <i>Huit florins à l'escu</i>. C'est-à-dire environ cent soixante francs ; la
-moitié de la solde d'un homme d'armes.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a> <i>Es monnoies</i>. Aux hôtels des monnoies.</p>
-</div>
-<p><i>Incidence</i>. En celuy temps, c'est assavoir l'an cinquante-six,
-jour de la saint Luc, dix-huitiesme jour du moys d'octobre
-dessus dit, fu mouvement de terre si grant, que pluseurs
-villes et chastiaux en fondirent en terre, et par espécial ès
-païs de Lorraine et d'Alemaigne.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXII.</h3>
-
-<p class="section">Coment monseigneur le duc de Normendie, tant de son bon entendement
-naturel comme par bonne délibéracion de son conseil,
-fist despartir les gens des trois estas et leur fist dire que
-chascun d'eux s'en repairast en son lieu.</p>
-
-
-<p>Le mercredi ensuivant qui fu l'endemain de la feste de
-Toussains, ledit monseigneur le duc manda au Louvre pluseurs
-du conseil du roy et du sien, et aucuns de ceux des
-trois estas dont dessus est faite mencion ; et ot délibéracion
-assavoir sé il estoit bon que ceux des trois estas qui estoient
-à Paris s'en allassent chascun en son pays sans plus faire
-quant alors, pour aucunes causes qu'il leur dist. Et luy fu
-conseillié pour la plus grant partie de tous ceux qui furent
-audit conseil que ainsi le féist. Et pour ce, dit à ceux qui
-estoient présens desdis trois estas que ainsi le féissent, et
-leur pria que il déissent de par luy aux autres qui estoient
-à Paris que chascun s'en allast en son lieu. Et leur dist que
-il les remanderoit, mais que il eust oï certains messagiers,
-chevaliers qui venoient de devers le roy, son père, qui luy
-aportoient certaines nouvelles de par luy ; et aussi que il
-eust esté devers l'empereur, son oncle, par devers lequel il
-entendoit aler briefment.</p>
-
-<p>Dont pluseurs desdis estas qui avoient entencion de gouverner
-le royaume par les requestes que il avoient faites
-audit monseigneur le duc, furent moult dolens ; et bien
-leur fu avis que toutes ces choses avoient esté faites par ledit
-monseigneur le duc, pour départir ladite assemblée
-desdis trois estas qui estoient à Paris : et, en vérité, ainsi
-estoit-il.</p>
-
-<p>Et pour ce, l'endemain qui fu jour de juesdi, pluseurs
-desdis trois estas qui estoient encore à Paris, monseigneur
-le duc estant à Montlehéri là où il ala celuy jour au matin,
-s'assemblèrent au chapitre desdis frères Meneurs. Et là
-ledit evesque de Laon publia en la présence de ceux qui y
-vouldrent venir coment monseigneur le duc leur avoit
-requis conseil et aide, et coment, pour ce faire, il avoient
-esté assemblés par pluseurs fois et par maintes journées, et
-près pour ladite response faire, laquelle monseigneur le duc
-n'avoit voulu oïr. Et leur dit que chascun d'eux préist copie
-des choses qui avoient esté ordenées par lesdis esleus, et
-l'emportast en son pays. Lesquelles choses firent pluseurs
-desdis trois estas qui estoient à ladite assemblée. Et jà soit
-ce que, par pluseurs fois, ledit monseigneur le duc parlast
-audit prévost des marchans et par pluseurs journées, et
-aussi aux eschevins de Paris en eux requerrant que il
-luy voulsissent faire aide à soustenir la guerre, si ne s'y
-vouldrent accorder né consentir, s'il ne faisoit assembler
-lesdis trois estas, laquelle chose il n'ot pas conseil de faire.
-Et pour ce, il ordena que on envoieroit certains des conseilliers
-du roy par les bailliages du royaume, pour requérir
-ladite aide aux bonnes villes.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment monseigneur Robert de Clermont desconfit en Normendie
-les gens monseigneur Phelippe de Navarre, et y fu
-occis monseigneur Godefroy de Harecourt.</p>
-
-
-<p>Après les choses dessus dites, au moys de novembre
-ensuivant, avint que monseigneur Robert de Clermont,
-lieutenant de monseigneur le duc de Normendie au pays
-de Normendie, se combatti contre les gens monseigneur
-Phelippe de Navarre, qui estoient au pays de Constentin, avec
-lesquels estoit monseigneur Godefroy de Harecourt qui
-s'estoit rendu ennemi du roy de France tantost qu'il oï les
-nouvelles de son nepveu le conte de Harecourt que le roy
-avoit fait décapiter à Rouen le karesme précédent, lorsque
-le roy de France prist le roy de Navarre, comme dessus est
-dit plus à plain. Et fu ledit monseigneur Godefroy desconfit
-et occis en ladite bataille, et ceux de sa compaignie. Et de
-huit cens hommes qui estoient des gens d'armes dudit monseigneur
-Phelippe avec ledit monseigneur Godefroy, n'en
-eschappa nul ou peu qui ne fussent mors ou pris.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXIV.</h3>
-
-<p class="section">Coment le chastel de Pont-Audemer que les Navarrois tenoient
-fu rendu aux gens du roy de France.</p>
-
-
-<p>Le dimanche quatriesme jour du moys de décembre ensuivant,
-ceux qui estoient au chastel de Pont-Audemer<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>, au
-bailliage de Rouen, qui ledit chastel avoient tenu, comme
-ennemis du roy de France, au nom dudit roy de Navarre
-et de monseigneur Phelippe, son frère, et avoient pillé,
-robé et gasté tout le pays d'environ, rendirent le chastel
-par composicion aux gens du roy de France et de son fils
-monseigneur le duc de Normendie, qui avoient esté au
-siège devant ledit chastel depuis le moys de juillet précédent ;
-et s'en alèrent, par ladite composicion, là où il vouldrent,
-à tout leur biens et leur prisonniers qu'il avoient dedens
-ledit chastel. Et si leur donna l'en encore six mille florins
-à l'escu<a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a>, pour rendre ledit chastel.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> C'étoit un corps d'Allemands qui, d'abord à la solde du brave Baudrain
-de la Heuze, avoient, en son absence, livré la ville à Jean de Couloigne,
-Navarrois. (Chr. msc., n<sup>o</sup> 530, S. Fr.)</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a> <i>Six mille florins à l'escu</i>. Environ cent vingt mille francs d'aujourd'hui.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXV.</h3>
-
-<p class="section">Coment monseigneur le duc de Normendie, ainsné fils du roy de
-France, ala devers l'empereur, son oncle.</p>
-
-
-<p>Le lundy cinquiesme jour dudict moys de décembre,
-parti monseigneur le duc de Normendie de Paris pour aler
-à Mès par devers monseigneur Charles de Boesme, empereur
-de Rome, oncle dudit monseigneur le duc, pour parler
-à luy et avoir conseil de luy, tant sur le gouvernement
-du royaume de France et de la prise du roy son père, comme
-de pluseurs autres choses ; et laissa à Paris son lieutenant,
-son frère ainsné après luy, monseigneur Loys, conte d'Anjou.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXVI.</h3>
-
-<p class="section">Coment le prévost des marchans, avec pluseurs habitans de la
-ville de Paris, alèrent par pluseurs fois par devers monseigneur
-d'Anjou, pour faire cesser la nouvelle monnoie qui
-couroit pour le temps.</p>
-
-
-<p>Le samedi ensuivant, dixiesme jour de décembre, fu
-publiée à Paris la nouvelle monnoie qui avoit esté faite par
-l'ordenance dudit monseigneur le duc de Normendie, et par
-son conseil ; c'est assavoir : deniers blans de six sous huit
-deniers de taille, et de quatre deniers d'aloy, appellée
-monnoie quarante-huitiesme ; et avoit chascun denier cours
-pour douze deniers tournois. Et autres blans deniers, qui par
-avant couroient pour huit deniers tournois la pièce, furent
-rabaissiés à trois tournois ; et le mouton d'or fu mis à trente
-sous tournois. Desquelles choses le commun de Paris fu
-moult esmeu, et par espécial pour cause de ladite nouvelle
-monnoie ; car ceux qui gouvernoient la ville ne vouloient
-souffrir ledit monseigneur le duc avoir finances, sans lettre
-de gaaignier<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a>. Et, pour celle cause, le prévost des marchans
-et pluseurs des habitans de ladite ville de Paris alèrent au
-Louvre le lundi ensuivant, douziesme jour dudit moys, par
-devers ledit conte d'Anjou qui estoit demouré lieutenant de
-monseigneur le duc de Normendie qui estoit alé par devers
-l'empereur son oncle, si comme dessus est dit. Et luy
-requistrent que il voulsist faire cesser ladite monnoie en luy
-disant que il ne souffriroient point qu'elle courust ; et de
-fait empeschièrent ledit cours, et ne souffrirent que aucun
-la préist ou méist.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a> <i>Sans lettre de gaaignier</i>. Ainsi portent les meilleures leçons ; mais
-quelques manuscrits remplacent ces mots assez obscurs par ceux-ci : <i>Sans
-leur congié</i> ou <i>sans leur dangier</i>. Ce qui s'entendroit mieux. J'ai dû
-cependant préférer les textes authentiques.</p>
-</div>
-<p>Si leur fist dire ledit conte que il auroit avis à son conseil
-sur ladite requeste, et l'endemain, au jour de mardi,
-leur respondroit. Auquel mardi retournèrent audit Louvre
-lesdis prévost des marchans et habitans, en plus grant nombre
-quatre fois que il n'avoient fait la journée devant ;
-mais pour ce que ledit conte n'avoit pas encore eu plenière
-délibéracion sur ladite requeste, il leur fist dire et prier
-que il attendissent jusques à l'endemain, jour de mercredi ;
-et lors tournaissent devers luy, et il respondroit tant que
-il leur devroit suffire.</p>
-
-<p>Auquel mercredi retournèrent ledit prévost et habitans
-par devers ledit conte d'Anjou en trop plus grant nombre
-que par avant, et leur fist accorder que l'en cesseroit de faire
-ladite monnoie jusques à tant que ledit conte d'Anjou sauroit
-la volenté dudit duc de Normendie, son frère, par
-devers lequel il pensoit tantost envoier pour celle cause, et
-escripre la requeste des dessus dis de Paris.</p>
-
-<p>Et ainsi se départirent et ne courut puis ladite nouvelle
-monnoie. Et aussi ne furent point gardées les ordenances
-faites sur les cours des autres monnoies ; mais furent prises
-et mises si comme par avant estoient.</p>
-
-<p>Item, le samedi vingt-quatriesme jour dudit moys de
-décembre, qui fu la vigille de Noël, mil trois cens cinquante-six
-dessus dis, le pape prononça six cardinaux
-nouveaux, desquels fu l'un dessus nommé monseigneur
-Pierre de la Forest, arcevesque de Rouen et chancelier de
-France.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXVII.</h3>
-
-<p class="section">De la revenue de monseigneur le duc de Normendie de devers
-l'empereur, son oncle.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1357</div>
-
-<p>Le samedi, quatorziesme jour de janvier ensuivant,
-ledit monseigneur le duc de Normendie, ainsné fils du roy
-de France, retourna à Paris de devers son oncle l'empereur,
-devers lequel il avoit esté en ladite ville de Mès, et
-entra en ladite ville de Paris ledit samedi, environ heure
-de vespres. Et en sa compaignie estoit ledit chancelier, nouvel
-cardinal. Et leur alèrent à l'encontre jusques oultre saint
-Anthoine le prévost des marchans et grant foison des bourgois
-de ladite ville de Paris. Et pour la révérence dudit
-cardinal nouvel, pluseurs des ordres et collèges de ladite
-ville luy alèrent à l'encontre à procession jusques au dehors
-de Paris.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXVIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment monseigneur le duc de Normendie, par droit ennuy<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a> et
-pour paix avoir, acorda au prévost des marchans et ses
-aliés pluseurs requestes que il luy firent sans raison injustement.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a> <i>Ennuy</i>. Quelques manuscrits portent <i>enuy</i> qu'on pourroit aussi
-bien lire <i>envy</i> et interpréter : «&nbsp;Malgré le droit.&nbsp;»</p>
-</div>
-
-<p>Le juesdi ensuivant, dix-neuviesme jour du moys de
-janvier, ledit monseigneur le duc de Normendie envoia par
-devers ledit prévost des marchans aucuns de ses conseilliers,
-c'est assavoir : monseigneur Guillaume de Meleun, arcevesque
-de Sens, le conte de Roussi, le seigneur de Revel,
-monseigneur Robert de Lorris et autres, lesquels distrent
-audit prévost des marchans que il se voulsist traire à
-Saint-Germain l'Aucerrois ; car il luy avoient à dire aucunes
-choses de par monseigneur le duc de Normendie. Lequel
-prévost y ala, environ heure de disner, à compaignie de grant
-foison de gens de ladite ville de Paris armés à descouvert. Et
-là, les conseilliers de monseigneur le duc requistrent audit
-prévost des marchans que il voulsist cesser et faire cesser les
-gens de ladite ville de l'empeschement que il avoient fait et
-mis au cours de la nouvelle monnoie devant dite ; lesquels
-prévost et autres gens respondirent que riens n'en feroient,
-et qu'il ne souffriroient point que ladite monnoie courust.
-Et outre, furent si esmeus par toute ladite ville que il fisrent
-cesser tous menestereux<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a> d'ouvrer : et fist commander
-ledit prévost par toute la ville que chascun s'armast ;
-et ot-on grant doubte que aucune chose ne fust faite
-contre les officiers du roy ou aucuns d'iceux ; et pour celle
-cause ledit duc ot délibéracion avec aucuns de son conseil ;
-et l'endemain, jour de vendredi vintiesme jour dudit
-moys de janvier, ala monseigneur le duc du Louvre au
-palais, bien matin, et aussi y alèrent le prévost des
-marchans et pluseurs d'iceulx de ladite ville de Paris.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a> <i>D'ouvrer</i>. De chanter ou jouer des instrumens.</p>
-</div>
-<p>Et en la chambre de parlement parla ledit monseigneur
-le duc de sa bouche à eux, et leur dist que il ne se tenoit pas
-mal content de eux, et leur pardonnoit tout ce qui avoit
-esté fait par eux : et oultre leur accordoit que les gens des
-trois estas s'assemblassent quant il vouldroient. Et aussi
-leur dist que il déboutoit et mettroit hors de son conseil les
-officiers du roy que les gens des trois estas luy avoient autrefois
-nommés ; et outre leur dist que il les feroit prendre
-sé il les povoit trouver, et s'en tendroit si saisi que, quant
-le roy seroit retourné, il en pourroit faire bonne justice.</p>
-
-<p>Et avec ce leur dist que jà soit ce que le droit de faire
-monnoie et de la muer appartenoit au roy pour cause de
-l'héritage de la couronne de France, toutesvoies vouloit-il,
-pour cause de leur faire plaisir, que ladite nouvelle monnoie
-ne eust point de cours ; mais vouloit que quant les gens
-des trois estas seroient assemblés il ordonnassent avec
-aucuns des gens dudit monseigneur le duc qu'il ordeneroit
-à ce, certaine monnoie telle que seroit agréable et prouffitable
-au peuple. Desquelles choses ledit prévost des marchans
-requist lettres. Lesquelles ledit monseigneur le duc
-luy ottroia et furent toutes commandées à un notaire. Et
-aussi convenoit que ledit monseigneur le duc, pour refraindre
-la fureur dudit prévost des marchans et des autres de
-Paris, le féist et accordast contre sa voulenté, constraint de
-grans parolles, luy sachant que ce estoit contre raison. Mais
-pour ladite promesse touchant lesdis officiers, pluseurs
-d'iceux se absentèrent. Et ledit chancelier qui avoit esté fait
-nouvel cardinal, si comme dessus est dit, ne se monstra plus
-par Paris. Et jasoit ce que, par l'ordenance du roy, ledit
-chancelier et monseigneur Simon de Bucy deussent aler à
-Bourdeaux pour les traictiés de paix qui y devoient estre
-entre les gens desdis roys de France et d'Angleterre, néantmoins
-requisrent ledit prévost des marchans et autres qui le
-suivoient audit monseigneur le duc que il ne souffrist pas
-que ledit chancelier et monseigneur Simon de Bucy alaissent
-auxdis traictiés ; et pour ce donna ledit monseigneur le
-duc lettres par lesquelles il rappelloit la légacion dudit
-monseigneur Simon mais non pas du chancelier, pour ce
-que il convenoit, si comme l'en disoit, que il allast rendre
-au roy ses sceaux.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXIX.</h3>
-
-<p class="section">De ceux chiés lesquels l'en envoia sergens en garnison, et coment
-les gens des trois estas furent mandés pour rassembler à
-Paris.</p>
-
-
-<p>Le mercredi ensuivant, vingt-cinquiesme jour dudit moys
-de janvier, ledit monseigneur le duc, à la requeste desdis
-prévost des marchans et autres, envoia sergens en garnison
-ès maisons monseigneur Simon de Bucy, de monseigneur
-Nicolas Bracque, maistre d'ostel du roy qui longuement s'estoit
-meslé de ses finances, et ès maisons de Enguerran du
-Petit-Celier, trésorier de France, et de Jehan Poillevilain,
-maistre de la chambre des comptes et souverain maistre des
-monnoies. Et fist-l'en inventoire des biens que on y trouva.
-Et si furent mandés les gens des trois estas de par monseigneur
-le duc pour estre à Paris assemblés le dimenche, cinquiesme
-jour de février ensuivant.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXX.</h3>
-
-<p class="section">Coment les gens des trois estas furent rassemblés.</p>
-
-
-<p>Audit moys de janvier, monseigneur Phelippe de Navarre
-chevaucha de Constentin jusques à Chartres, et de
-là à Bonneval, et s'en retourna audit pays de Constentin
-en gastant les pays par lesquels il passa ; et toutesvoies
-disoit-l'en qu'il n'avoit pas plus de huit cens hommes ou
-environ. Item, le dimenche dessus dit, cinquiesme jour de
-février, se assemblèrent à Paris pluseurs evesques et autres
-gens d'églyse, nobles et pluseurs gens de bonnes villes du
-royaume de France. Et par pluseurs journées furent assemblés
-en ladite ville en l'ostel des Cordeliers, et là firent pluseurs
-ordenances.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXXI.</h3>
-
-<p class="section">Coment maistre Robert le Coq, evesque de Laon, prescha en parlement,
-de par les gens des trois estas, coment les officiers du
-roy devoient estre privés de leur offices.</p>
-
-
-<p>Le vendredi, troisiesme jour du moys de mars ensuivant,
-furent assemblés au palais royal, en la chambre de parlement,
-en la présence de monseigneur le duc de Normendie,
-du conte d'Anjou et du conte de Poitiers, ses frères,
-et de pluseurs autres nobles, gens d'églyse et gens de bonnes
-villes, jusques à tel nombre que toute ladite chambre en
-estoit plaine. Et prescha messire Robert le Coq, evesque
-de Laon, et dist que le roy et le royaume avoient esté, au
-temps passé, mal gouvernés, dont moult de meschiefs
-estoient advenus tant audit royaume comme aux habitans
-d'iceluy, tant en mutacions de monnoies comme par prises,
-et aussi par mal administrer et gouverner les deniers que
-le roy avoit eus du peuple, dont moult grandes sommes
-avoient esté données par pluseurs fois à pluseurs qui mal
-desservi l'avoient.</p>
-
-<p>Et toutes ces choses avoient esté faites, si comme disoit
-l'evesque, par le conseil des dessus nommés chancelier,
-et autres qui avoient gouverné le roy au temps passé.
-Dist lors encore ledit evesque que le peuple ne povoit plus
-souffrir ces choses ; et, pour ce, avoient délibéré ensemble
-que les dessus nommés officiers et autres que il
-nommeroit lors, &mdash; tant que sur le tout il furent vint-deux
-dont les noms suivent : maistre Pierre de la Forest, lors
-cardinal et chancelier de France ; monseigneur Simon de
-Bucy ; maistre Jehan Chalemart ; maistre Pierre d'Orgemont,
-président en parlement ; monseigneur Nicolas Bracque
-et Jehan Poillevilain, maistres de la chambre des
-comptes et souverains maistres des monnoies ; Enguéran du
-Petit-Célier et Bernart Fremaut, trésoriers de France ; Jehan
-Chauveau et Jacques Lempereur, trésoriers des guerres ;
-maistre Estienne de Paris, maistre Pierre de la Charité et
-maistre Ancel Choquart, maistres des requestes de l'ostel du
-roy ; monseigneur Robert de Lorris, chambellan du roy ;
-monseigneur Jehan Taupin, de la chambre des enquestes ;
-Geoffroy le Masurier, eschançon dudit monseigneur le duc
-de Normendie, le Borgne de Beausse, maistre d'Escurie dudit
-monseigneur le duc ; l'abbé de Faloise, président en la
-chambre des enquestes ; maistre Robert de Preaux, notaire
-du roy ; maistre Regnault d'Acy, avocat du roy en parlement ;
-Jehan d'Auceurre, maistre de la chambre des comptes ;
-Jehan de Behaigne, varlet dudit monseigneur le duc, &mdash; seroient
-privés de tous offices royaux perpétuelment, dont
-il y avoit aucuns présidens en parlement, aucuns maistres
-des requestes en l'ostel du roy, aucuns maistres de la chambre
-des comptes et aucuns autres officiers de l'ostel dudit monseigneur
-le duc, si comme dessus est dit. Et requist ledit
-evesque audit monseigneur le duc que dès lors il voulsist
-priver les vint-deux dessus nommés comme dit est ; et
-toutesvoies n'avoient il esté appellés né oïs en aucune manière ;
-et si n'avoient pluseurs de iceux et la plus grant
-partie esté accusés d'aucune chose, né contre iceux dit né
-proposé aucune villenie ; et si estoient pluseurs d'iceux officiers
-à Paris, lesquels l'en povoit chascun jour veoir et
-avoir qui aucune chose leur voulsist dire ou demander.</p>
-
-<p>Item, requist encore ledit evesque que tous les officiers
-du royaume de France fussent suspendus, et que certains
-réformateurs feussent donnés, lesquels seroient nommés
-par les trois estas qui auroient la cognoissance de tout ce
-que l'en vouldroit demander auxdis officiers et contre iceux
-dire et proposer. Item, requist encore ledit evesque que
-bonne monnoie courust telle que lesdis trois estas ordeneroient,
-et pluseurs autres requestes fist.</p>
-
-<p>Lors, un chevalier appelé monseigneur Jehan de Pequigny,
-pour et au nom des nobles, advoua ledit evesque ; et un
-avocat d'Abbeville appelé Nicholas le Chauceteur l'advoua
-au nom des bonnes villes ; et aussi fist Estienne Marcel,
-prévost des marchans de Paris. Et offrirent, au nom des trois
-estas dessus dis, audit monseigneur le duc trente mille
-hommes d'armes, lesquels il paieroient par leur mains et
-par ceux qu'il y ordeneroient. Et pour avoir la finance à ce
-faire, il avoient ordené certain subside, c'est assavoir : Que
-les gens d'églyse paieroient dixiesme et demy de toutes revenues,
-les nobles aussi dixiesme et demy, c'est assavoir de
-cent livres de terre quinze livres. Et les gens des bonnes
-villes feroient de cent feus un homme d'armes, c'est assavoir
-demi-escu de gaige pour chascun jour. Mais pour ce que il ne
-savoient pas encore combien ladite finance pourroit monter,
-né sé elle souffiroit à paier les trente mille hommes d'armes
-dessus dis, il requistrent que il peussent rassembler à la
-quinzaine de Pasques ensuivant ; et entre deux, il feroient
-savoir combien ladite finance pourroit monter. Et sé il
-trouvoient à ladite quinzaine que ladite finance ne souffisist,
-il la croistroient. Et aussi il requistrent que depuis ladite
-quinzaine, il peussent rassembler deux fois, quant bon leur
-sembleroit, jusques au quinziesme jour du moys de février
-ensuivant. Lequel duc de Normendie leur octroia toutes
-leur requestes, tant les dessus escriptes comme les autres,
-et par ce tindrent que les vint-deux officiers dont dessus
-est faite mencion estoient privés, et demoureroient les
-autres officiers souspendus par telle manière que, en ladite
-ville de Paris, l'en ne tint point de jusridicion jusques au
-lundi ensuivant que le prévost fu restitué en son office. Et
-du parlement fust ordené par ceux du grant conseil qui
-avoient esté esleus par les dessus dis trois estas le vendredi
-ensuivant, et en ostèrent pluseurs de ceux qui en estoient
-par avant, tant que sur le tout il n'y en laissièrent que
-en présidens que en autres que seize ou environ. Et de la
-chambre des comptes ostèrent tous les maistres qui y estoient,
-tant clers comme lais, qui estoient quinze en nombre,
-et y en mistrent quatre tous nouveaux, deux chevaliers
-et deux lais.</p>
-
-<p>Mais quant il y orent esté un jour, il alèrent par devers le
-grant conseil et leur distrent qu'il convenoit que l'en y méist
-de ceux qui autrefois y avoient esté, pour leur monstrer le
-fait de ladite chambre ; et pour ce y mist l'en par provision
-quatre des anciens, avec les quatre nouveaux dessus dis.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXXII.</h3>
-
-<p class="section">Du traictié et des trièves qui furent prises à Bourdeaux entre
-le roy de France et le prince de Gales.</p>
-
-
-<p>Le samedi, dix-huitiesme jour dudit moys de mars, fu
-traictiée paix à Bourdeaux, entre le roy de France qui
-encore y estoit prisonnier et le prince de Gales.</p>
-
-<p>La manière dudit traictié fu tenue secrète pour ce que en
-icelle estoit réservée la volenté du roy d'Angleterre. Mais
-pour aucunes choses qui à ce les murent, il pristrent trièves
-générales de Pasques ensuivant jusques à deux ans. Et
-envoia ledit prince les prisonniers qu'il avoit en France, et
-ordena d'emmener le roy de France en Angleterre pour
-parfaire ledit traictié.</p>
-
-<p>Item, le dimenche vint-sixiesme jour dudit moys de
-mars, fu la monnoie publiée à Paris, par l'ordenance des
-gens des trois estas, c'est assavoir : un mouton d'or courant
-pour vingt-quatre sous parisis, et demi-moutons qui lors
-furent fais nouviaux pour douze sous parisis ; deniers blans
-à la couronne pour dix deniers tournois : et les autres
-monnoies qui lors furent faites.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXXIII.</h3>
-
-<p class="section">Des lettres qui furent apportées à Paris de par le roy de France,
-lesquelles furent publiées en faisant deffense que les trois
-estas ne s'assemblassent à la journée dessus dicte.</p>
-
-
-<p>Le mercredi après Pasques flories qui fu le quint jour
-du moys d'avril, furent criées et publiées par Paris, par
-lettres ouvertes et mandement du roy, les trièves dont est
-dessus faite mencion. Et aussi fu crié et publié que le roy ne
-vouloit pas que l'en paiast le subside qui avoit esté ordené
-par lesdis trois estas, dont est faite mencion ; et aussi il ne
-vouloit pas que les trois estas se rassemblassent à la journée
-par eux ordenée à la quinzaine de Pasques né à autres, dont
-le peuple de Paris fu moult esmeu, par espécial contre
-l'arcevesque de Sens, contre le conte d'Eu cousin germain
-du roy, et contre le conte de Tancarville, qui les lettres
-du roy ès quelles les choses dessus dites estoient contenues
-avoient apportées de Bourdeaux, et auxquels le roy avoit
-enchargié de les faire publier avec pluseurs autres choses
-que l'en leur avoit commises et chargiées à faire.</p>
-
-<p>Et disoit la plus grant partie du peuple de Paris que
-c'estoit fausseté et traïson de publier que lesdictes trièves
-fussent données né accordées ; et de empescher ladite assemblée
-des trois estas né à lever ledit subside. Et par la commocion
-et desroy qui fu lors en ladite ville, il convint que
-ledit arcevesque et conte s'en alassent assez hastivement ;
-lesquels se absentèrent. Et pour ce que aucuns disoient
-qu'il estoient moult dolens de la vilenie qui leur avoit esté
-faite, et que pour ce il assembloient gens d'armes et avoient
-entencion et volenté de gréver aucuns de ceux de Paris,
-l'en fist garder soigneusement ladite ville, tant de jour
-comme de nuit ; et n'y avoit de la partie devers Grant-Pont
-que trois portes ouvertes de jour ; et de nuit elles estoient
-closes toutes.</p>
-
-<p>Item, le samedi ensuivant, la veille de Pasques les grans,
-qui fu le huitiesme jour d'avril, fu crié et publié par Paris
-que l'en leveroit ledict subside et que les trois estas se rassembleroient
-à ladicte quinzaine de Pasques, nonobstant
-ledit cri qui avoit esté le mercredi précédent. Et ordena
-ledit duc de Normendie que l'en féist ledit cri, par le conseil
-ou contrainte des dessus dis trois estas, c'est assavoir :
-dudit evesque de Laon qui estoit principal gouverneur desdis
-trois estas, du prévost des marchans et de aucuns
-autres.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXXIV.</h3>
-
-<p class="section">En quel temps le roy de France arriva en Angleterre.</p>
-
-
-<p>L'an de grace mil trois cens cinquante-sept, le mardi
-après Pasques, qui fu le onziesme jour du moys d'avril,
-fist le devantdit prince de Gales ledit roy de France entrer
-en mer à Bourdeaux, pour le mener en Angleterre ; et y arrivèrent
-le quatriesme jour de may ensuivant. Et fu ledit
-roy mené à Londres et y entra le vint-quatriesme du moys
-de may. Et avint que, en alant et chevauchant, le roy d'Angleterre
-encontra le roy de France aux champs, auquel
-ledit roy d'Angleterre fist moult grant honneur et révérence,
-et parla à luy moult longuement. Et après passa oultre en
-son chemin. Et le roy de France et le prince de Gales s'en
-alèrent à Londres là où le roy de France fu tenu prisonnier
-si largement comme il vouloit ; car il avoit ses gens, tels
-et tant comme il vouloit ; et aloit chacier et esbatre toutes
-fois qu'il luy plaisoit, et estoit en un moult bel ostel,
-dehors ladite ville de Londres, appellée Savoie, et estoit
-au duc de Lenclastre.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXXV.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy d'Angleterre manda au duc de Lenclastre qu'il
-laissast à faire siège de devant Rennes en Bretaigne.</p>
-
-
-<p>A la nativité saint Jehan-Baptiste ensuivant, les cardinaux
-de Pierregort, de Urgel et de Rouen, l'arcevesque de
-Sens et pluseurs autres passèrent la mer et alèrent à Londres
-par devers le roy de France pour parfaire le traictié
-entre les deux roys, et y demourèrent longuement. Et par
-pluseurs fois dit-l'en en France que le traictié estoit rompu.
-Et pendans lesdits traictiés, le duc de Lenclastre qui avoit esté
-à siège devant la ville de Rennes par l'espace de huit ou neuf
-moys et estoient ceux dedens la ville à très grant meschief
-pour ce qu'il avoient pou de vivres, se leva, luy et tout son
-siège, par le mandement du roy d'Angleterre son seigneur.
-Mais l'en donna audit duc soixante mille escus d'or pour ses
-frais<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a> Environ douze cent mille francs d'aujourd'hui.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXXVI.</h3>
-
-<p class="section">Coment la puissance inique des trois estas déclina et vint à
-néant.</p>
-
-
-<p>Environ la Magdaleine ensuivant, les ordenés par les
-trois estas, tant du grant conseil des généraux sur le fait
-du subside comme les réformateurs, commencièrent à
-décliner et leur puissance à apeticier. Car la finance que il
-avoient promise ne fu pas si grande de plus de dix pars
-et les laissièrent les nobles, et ne vouldrent point paier
-né les gens d'églyse aussi. Et aussi pluseurs des bonnes
-villes qui cognurent et apperceurent l'iniquité du fait desdis
-gouverneurs principaux qui estoient dix ou douze ou
-environ, se déportèrent de leur fait et ne vouldrent paier.</p>
-
-<p>Et l'arcevesque de Rains qui par avant avoit esté l'un
-des plus grands maistres fit tant que il fu principal au
-conseil de monseigneur le duc. Et furent presque tous ceux
-qui avoient esté mis hors de leur offices remis en leur
-estas, excepté les nommés vint-deux, jasoit ce que aucuns
-d'iceux n'en laissassent onques leur estas.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXXVII.</h3>
-
-<p class="section">De la deffense que monseigneur le duc de Normendie fist au
-prévost des marchans et à autres qui usurpoient la puissance
-de gouverner le royaume de France.</p>
-
-
-<p>Après avint, environ la my-aoust, que monseigneur le
-duc de Normendie dist au prévost des marchans, à Charles
-Toussac<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a>, à Jehan de l'Isle et à Gille Marcel qui estoient
-principaux gouverneurs de la ville de Paris, que il vouloit,
-dès or en avant, gouverner et ne vouloit plus avoir curateurs ;
-et leur deffendit qu'il ne se meslassent plus du gouvernement
-du royaume que il avoient entrepris par telle
-manière que on obéissoit plus à eux que à monseigneur le
-duc. Et dès lors chevaucha ledit monseigneur le duc de
-Normendie par aucunes des bonnes villes et leur fist requeste,
-en sa personne, de avoir aide d'eux comme de
-autres choses. Et du fait de sa monnoie leur parla, lequel
-luy avoit esté empeschié si comme dessus est dit, dont les
-dessus dis gouverneurs des trois estas furent moult dolens.
-Et s'en ala ledit evesque de Laon en son eveschié, car il
-véoit bien que il avoit tout honny.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a> <i>Toussac</i>. Et non pas <i>Consac</i>, comme l'écrivent tous nos historiens
-modernes.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXXVIII.</h3>
-
-<p class="section">De la chandelle que ceux de Paris offrirent à Notre-Dame de
-Paris, et de la réconciliation de ceux de ladite ville par devers
-monseigneur le duc, et coment il fu si près mené que il se
-consenti de rassembler les trois estas.</p>
-
-
-<p>La vigile de ladite my-aoust, l'an dessus dit mil trois
-cens cinquante-sept, offrirent ceux de Paris à Nostre-Dame
-une chandelle qui avoit la longueur du tour de ladite ville
-de Paris, si comme l'en disoit, pour ardoir jour et nuit
-sans cesse<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a> Le don de cette immense bougie roulée fut souvent renouvelé, et
-vers le <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle il étoit annuel. Enfin, on le remplaça par celui de la
-lampe d'argent qui brûloit nuit et jour devant l'autel de la Vierge. Villaret
-se trompe quand il dit que l'occasion de cette offrande fut la réconciliation
-des bourgeois avec le dauphin. La chronologie s'y oppose. M. Michelet,
-après le récit du pillage des Navarrois, ajoute : «&nbsp;L'effroi étoit
-tel à Paris, que les bourgeois avoient offert à Notre-Dame une bougie
-qui avoit, disoit-on, la longueur du tour de la ville.&nbsp;» Ce motif est
-encore plus puérilement imaginé, et le véritable c'étoit l'usage de faire un
-don à l'église de Paris, la veille de l'Assomption.</p>
-</div>
-<p>Item, environ la saint Remy ensuivant, se réconcilièrent
-ceux de Paris par devers monseigneur le duc de Normendie
-et firent tant que il retourna en ladite ville en
-laquelle il n'avoit esté de lonc-temps. Et luy distrent que il
-luy feroient très grant chevance, et ne luy requeroient riens
-contre aucuns de ses officiers, né aussi la délivrance du roy
-de Navarre, laquelle il luy avoient requise par pluseurs
-foys. Et luy supplièrent que il voulsist que vint ou trente
-villes se assemblassent à Paris ; laquelle chose ledit monseigneur
-le duc leur ottroia. Et furent mandées pluseurs villes
-de par luy ; c'est assavoir, jusques au nombre de soixante-dix
-ou environ, jasoit ce que il ne luy en eussent requis
-que vint ou trente. Et quant il furent assemblés à Paris,
-il ne firent aucune chose, mais alèrent devers ledit monseigneur
-le duc et luy distrent que il ne povoient besongnier
-né riens faire, sé tous lesdis trois estas n'estoient rassemblés ;
-et luy requistrent les dessus dis de Paris que il les
-voulsist mander, laquelle chose il leur ottroia. Et envoia
-ces lettres aux gens d'églyse, aux nobles et aux bonnes villes,
-et les manda. Et aussi envoia ledit prévost des marchans ses
-lettres aux dessus dis, avec les lettres dudit monseigneur
-le duc. Et fu la journée de assembler à Paris lesdis trois
-estas, an mardi après la feste de Toussains ensuivant qui fu
-le septiesme jour de novembre, l'an dessus dit. Et pendant
-ladite journée, fu ledit monseigneur le duc si mené que il
-n'avoit denier de chevance, pourquoy il convenoit que il
-féist tout ce que les dessus dis de Paris vouloient ; et convint
-que il mandast, à leur requeste, ledit evesque de Laon qui
-estoit en son éveschié, lequel, par fiction, fist dangier<a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a>
-de retourner, et néantmoins il vint tantost.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a> <i>Dangier</i>. Difficulté.</p>
-</div>
-<p>Item, cedit mardi, après la feste de Toussains, se assemblèrent
-à Paris aucunes gens d'églyse, nobles et autres
-envoiés des bonnes villes ; et moins que autrefois n'en estoit
-venu aux autres assemblées. Et assemblèrent aux Cordeliers
-par pluseurs journées, et firent tant que le parlement qui
-avoit esté ordené à seoir l'endemain de la saint Martin, par
-ledit monseigneur le duc et son conseil, et jà avoit esté
-mandé par les baillages, fu continué quant aux plaidoieries
-jusques au secont jour de janvier ; et depuis, par leur ordenance,
-fu continué jusques à l'endemain de la Chandeleur.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXXIX.</h3>
-
-<p class="section">De la délivrance du roy de Navarre par un chevalier ennemi et
-traitre du roy de France, et coment il convint que monseigneur
-le duc de Normendie envoiast au roy de Navarre un très fort
-et seur sauf-conduit pour venir à Paris.</p>
-
-
-<p>Le mercredi huitiesme jour du moys de novembre ensuivant,
-avant le point du jour du jeudi ensuivant, le roy de
-Navarre qui estoit en prison au chastel de Alleux en Cambresis<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a>,
-fu délivré par un chevalier en qui le roy de
-France se fioit, appellé monseigneur Jehan de Pequigny,
-lors gouverneur, de par le roy de France, au pays d'Artois :
-lequel, comme faux traitre, sans le consentement, sceu et
-volenté dudit roy de France, son seigneur, qui ledit roy
-de Navarre faisoit tenir en prison, au grant péril et préjudice
-du roy et du royaume ainsi faussement le délivra.
-Car il ala, et gens d'armes avec luy, jusques au nombre
-de trente ou environ, et estoient bourgois presque tous ;
-et vint audit chastel de nuit et fit tant, par eschieles et autrement,
-que luy et sa compaignie entrèrent audit chastel
-qui estoit très mal gardé, sans ce que ceux qui estoient
-dedens le sceussent, si comme l'en disoit. Mais il ne firent
-point de mal à ceux qui estoient audit chastel. De là vint le
-roy de Navarre et ceux qui l'avoient délivré à Amiens,
-desquels une grant partie estoit de ladite ville, et là demoura
-par aucuns jours. Et fist délivrer tous les prisonniers
-tant de la court, de l'églyse, comme de la court laye.
-Et cependant fu traictié entre monseigneur le duc de Normendie
-qui estoit à Paris, par aucuns des amis du roy de
-Navarre, c'est assavoir par la royne Blanche sa suer, et par
-la royne Jehanne sa tante, qui pour ce estoient venues en
-ladite ville de Paris, et par autres, de envoier sauf-conduit
-audit roy de Navarre et à tous ceux qui seroient en sa
-compaignie. Et convint que ledit monseigneur le duc passast
-tel sauf-conduit, comme les amis dudit roy de Navarre
-vouldrent deviser, c'est assavoir que pour quelconque chose
-faite ou à faire, l'en ne le peust arrêter né ceux qui seroient
-en sa compaignie, et si en porroit amener à Paris tant et
-tels comme il vourroit, armés ou autrement. Et lors, au
-conseil dudit monseigneur le duc estoit principal et souverain
-maistre ledit evesque de Laon qui les choses dessus
-dites avoit toute préparées et faites par la puissance et
-ayde du devant dit prévost des marchans et de dix ou de
-douze de la ville de Paris. Si n'estoit pas merveille sé ledit
-monseigneur le duc estoit conseillié à faire tout ce qui estoit
-bon au roy de Navarre. Lequel sauf-conduit fu porté à
-Amiens par un clerc appellé Mahy de Pequigny, frère dudit
-monseigneur Jehan de Pequigny, et par un échevin de
-Paris appellé Charles Toussac. Ce fait, pluseurs des bonnes
-villes qui estoient venues à Paris à ladite assemblée des
-trois estas, par espécial des parties de Champaigne et de
-Bourgoigne, se partirent de Paris sans prendre congié, quant
-il sceurent que le roy de Navarre devoit venir à Paris ;
-pour ce que il se doubtoient que l'en ne leur voulsist faire
-avouer la délivrance du roy de Navarre.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a> <i>Alleux</i>. Ou <i>Arleux-en-Palluel</i>. L'ancienne façon d'écrire le nom de
-ce bourg, situé à quatre lieues de Cambray, est confirmée par le titre du
-joli fabliau publié par M. Francisque Michel : <i>Le Meunier d'Alleux</i>.</p>
-</div>
-<p>Item, le mercredi, veille de saint Andrieu ensuivant, près
-de l'anuitier, entra ledit roy de Navarre à Paris, avec moult
-grant compaignie de gens armés. Et estoient avec luy monseigneur
-Jehan de Meulent, evesque de Paris, et moult
-grant nombre de ceux de Paris, dont il y avoit bien deux
-cens hommes d'armes et plus qui estoient alés à l'encontre
-dudit roy jusques à Saint-Denis en France ; et ala ledit roy
-de Navarre descendre en l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XL.</h3>
-
-<p class="section">De la prédication par parolles couvertes que ledit roy de Navarre
-fist au Pré aux clercs à pluseurs gens de la ville de
-Paris à la fin à quoy il tendoit.</p>
-
-
-<p>L'endemain, jour de la saint Andrieu, environ heure de
-prime, le roy de Navarre qui avoit fait assavoir par ladite
-ville de Paris, en pluseurs lieux, que il vouloit parler aux
-gens de ladite ville, fu en un eschafaut sur les murs de ladite
-abbaïe de Saint-Germain-des-Prés, par devers le Pré-aux-Clercs ;
-lequel eschafaut estoit fait pour le roy de France,
-pour veoir les gaiges de batailles que l'en faisoit aucunes
-fois en unes lices qui estoient audit pré, joingnant aux murs
-de Saint-Germain. Es quelles lices estoient venus moult de
-gens par le mandement que ledit roy de Navarre et ledit
-prévost des marchans avoient fait à pluseurs quarteniers et
-cinquanteniers de ladite ville. Et en la présence de dix mille
-personnes dist moult de choses, en démonstrant que il
-avoit esté pris sans cause et détenu en prison par dix-neuf
-moys : et contre pluseurs des gens et officiers du roy dist
-pluseurs choses. Et jasoit ce que contre le roy né contre le
-duc il ne déist riens appertement, toutevoies dist-il assez de
-choses deshonnestes et villaines par parolles couvertes.
-Moult longuement sermona et tant que l'en avoit disné
-par Paris, quant il cessa. Et fu tout son sermon de justifier
-son fait, et de dampner sa prise. Et le pareil sermon avoit
-fait à Amiens<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a> Il est, je pense, assez inutile de rappeler que tout ce récit des
-règnes de Jean et de Charles V révèlent à chaque phrase la pensée de
-Charles V lui-même. Et cela donne à la dernière partie des <i>Chroniques
-de Saint-Denis</i> une importance que ne pourra jamais surpasser aucun
-autre monument historique.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XLI.</h3>
-
-<p class="section">De la response que l'evesque de Laon rendit pour monseigneur
-le duc sans en demander son plaisir.</p>
-
-
-<p>A l'endemain qui fu vendredi et premier jour de décembre,
-alèrent au palais, par devers monseigneur le duc de
-Normendie, ledit prévost des marchans, maistre Robert de
-Corbie et aucuns autres de ladite ville de Paris. Et requistrent
-audit monseigneur le duc de par les bonnes villes, si
-comme il disoient, que il voulsist faire raison et justice audit
-roy de Navarre. Et lors ledit evesque de Laon qui principal
-estoit audit conseil de monseigneur le duc, si comme dessus
-est dit, et par lequel ledit roy et prévost des marchans et
-leur partie faisoient ce que il faisoient, respondi, pour
-monseigneur le duc sans luy en demander son plaisir, que
-ledit duc feroit audit roy de Navarre, non pas seulement
-raison et justice, mais toute grace et toute courtoisie et tout
-ce que bon frère doit faire à autre. Et certes c'estoit bien
-trompé quant celui qui estoit maistre et gouverneur dudit
-roy de Navarre et de ceux de sa partie, estoit maistre et
-principal au conseil de monseigneur le duc, c'est assavoir
-ledit evesque de Laon ; et n'y avoit lors homme au conseil
-dudit monseigneur le duc qui luy osast contredire.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XLII.</h3>
-
-<p class="section">Coment monseigneur le duc, par le conseil que il ot et aussi par
-sa benignité, ala premièrement devers le roy de Navarre, en
-l'ostel de la royne Jehanne.</p>
-
-
-<p>Le samedi ensuivant, ledit monseigneur le duc assembla
-de ceux de son conseil tant et tel comme ledit evesque
-voult ; et furent exposées les requestes que faisoit ledit
-roy de Navarre, et fut dist que chascun y pensast. Et l'endemain
-jour de dimenche, tiers jour dudit moys de décembre,
-retournaissent au conseil.</p>
-
-<p>Iceluy jour de samedi, après diner, ledit duc ala en
-l'ostel de ladite royne Jehanne, par le conseil qui luy fu
-donné, pour parler audit roy de Navarre qui encore n'avoit
-esté par devers luy né parlé à luy. Et assez tost après que
-ledit monseigneur le duc fu venu audit ostel, ledit roy de
-Navarre y ala à grant compaignie de gens d'armes ; et toutesvoies
-monseigneur le duc y estoit alé à assez petite compaignie,
-sans aucunes armes. Et quant ledit roy de Navarre
-entra en la chambre où estoit ladite royne et ledit duc, lesdis
-duc et roy s'entre saluèrent assez mortement. Toutesvoies
-convint-il que les sergens d'armes qui estoient alés avec ledit
-duc audit ostel, et gardoient l'huys de la chambre où il
-estoit, se partissent, ou l'en leur eust fait villenie. Et demourèrent
-les gens dudit roy de Navarre en la garde
-dudit huys, comme maistres et souverains que il se tenoient ;
-et là parlèrent assez ensemble, et pou après se départirent.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XLIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment il fu conseillié à monseigneur le duc par l'evesque de
-Laon et par le prévost des marchans que il accordast toutes les
-requestes du roy de Navarre.</p>
-
-
-<p>Le dimanche ensuivant, troisiesme jour de décembre,
-furent devant monseigneur le duc au conseil pluseurs conseilliers
-tels comme ledit evesque ordena. Et furent répétées
-les requestes que ledit roy de Navarre faisoit ; et toutesvoies,
-pour oïr tout ce que il vouldroit requérir avoit esté
-ordené certains conseilliers dudit monseigneur le duc, desquels
-la plus grant partie estoient audit roy de Navarre.
-Mais ainsi l'avoit ordené ledit evesque, afin que tout quanque
-ledit roy requerroit luy fust octroié par ledit monseigneur
-le duc qui, par contrainte, ne povoit refuser chose
-que iceluy evesque voulsist. Lesquels conseilliers estoient
-audit conseil. Et pour ce encore que il y eust plus des
-amis dudit roy de Navarre, et que les requestes que il faisoit
-ne peussent estre empeschiées par aucuns preudes hommes
-qui estoient audit conseil, ledit evesque malicieusement
-fist et ordena que ledit prévost des marchans, maistre Robert
-de Corbie, Jehan de l'Isle et aucuns autres de leur
-aliance alèrent heurter à l'huys de la chambre où ledit
-monseigneur le duc et le conseil estoit pour ordener desdites
-requestes ; et feingnirent que il voulsissent parler
-audit monseigneur le duc d'autre chose ; et toutesvoies
-ne distrent-il aucune chose fors tant que il distrent audit
-monseigneur le duc que les gens envoiés de par les bonnes
-villes estoient à accort et s'en vouloient aler, mais que
-il eussent faite leur response. Si requéroient ledit monseigneur
-le duc que il féist savoir à tous les nobles qui estoient
-à Paris que il feussent l'endemain aux Cordeliers, pour eux
-accorder avec les bonnes villes. Lequel duc respondit que
-il le feroit volentiers.</p>
-
-<p>Ce fait, ledit monseigneur le duc, par le conseil dudit
-evesque, fist demourer au conseil lesdis prévost des marchans
-et sa compaignie. Et lors, fist demande à chascun
-d'iceux qui estoient au conseil, sur lesdites requestes. Et finablement
-fu conseillié à monseigneur le duc que il accordast
-audit roy de Navarre les choses qui ensuivent ; et si fu dit
-par ledit prévost des marchans en disant son opinion :
-«&nbsp;Sire, faites amiablement au roy de Navarre ce que il vous
-requiert, car il convient qu'il soit fait ainsi.&nbsp;» Comme sé il
-voulsist dire : il en sera fait, veuillez ou non.</p>
-
-<p>Si fu lors ordené : Que le roy de Navarre auroit toute
-la terre qu'il tenoit quant il fu pris, et tous les meubles qui
-estoient sous ladite terre.</p>
-
-<p>Item, toutes les forteresses que il tenoit lors que dessus est
-dit, qui depuis avoient esté prises par le roy de France et
-ses gens ; et tous les biens qui estoient ès dites forteresses.</p>
-
-<p>Item, fu ordené que ledit monseigneur le duc pardonneroit
-audit roy de Navarre et à tous ses adhérens tout ce
-que il avoient meffait au roy et au royaume de France.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XLIV.</h3>
-
-<p class="section">Autres ordenances, coment les dessus dis décapités et pendus à
-Rouen fussent despendus et enterrés ; et les biens rendus à
-leur hoirs.</p>
-
-
-<p>Encores fu ordené que le conte de Harecourt, le seigneur
-de Graville, monseigneur Maubué-de-Mainesmares, chevaliers,
-et Colinet Doublet, escuier, lesquels le roy de France
-avoit fait descapiter à Rouen, en sa présence, et puis traisner
-et pendre au gibet de Rouen, lorsque le roy de Navarre fu
-pris, seroient despendus publiquement et rendus à leur
-amis, pour enterrer en terre benoicte ; et toutes leur terres
-qui estoient confisquées rendues à leur enfans ou héritiers.
-Et pour ce que ledit roy de Navarre requéroit pour ses
-injures, dommaiges et intérêts grant somme de florins ou
-terre en lieu desdis florins ; et disoit-l'en à part, jasoit ce
-que il ne feust pas dit clèrement, que il pensoit à en
-avoir ou la duchié de Normendie ou la conté de Champaigne ;
-il fu ordené que l'en traiteroit avec luy de continuer
-ceste requeste jusques à un autre jour. Et finablement luy
-furent accordées toutes les choses dessus dites, et en ot
-lettres dudit duc telles comme les gens dudit roy les vouldrent
-faire. Et pour ce que l'assemblée des trois estas estoit
-continuée jusques au vintiesme jour de Noël ensuivant, car
-il n'avoient pas esté d'acort, et si s'en estoient alés pluseurs
-sans prendre congié quant il orent sceu la délivrance dudit
-roy, si comme dessus est dit, accordé fu que les roys et duc
-rassembleroient au vintiesme jour de Noël dessus dit, pour
-traitier des choses dessus dites ; et cependant ledit monseigneur
-le duc envoieroit certaine personne notable en Normendie
-pour exécuter royaument et de fait audit roy les
-choses à luy accordées ; et y fu ordené monseigneur Almaury
-de Meullant, chevalier baneret.</p>
-
-<p>Et, par trois ou quatre jours après, compaignièrent lesdis
-duc et roy l'un l'autre, et furent par ledit temps souvent
-ensemble, et mengièrent ensemble pluseurs fois en l'ostel
-de la royne Jehanne, en l'ostel dudit evesque de Laon et
-au palais ; et tousjours estoit ledit evesque avec eux, et
-moult bonne chière s'entrefaisoient. Et ensemble, moult
-secrètement, visitèrent les saintes reliques en la chappelle
-du palais. Et fist ledit roy délivrer tous les prisonniers qui
-estoient ès prisons de Paris, tant ès prisons de l'églyse
-comme ès prisons des seigneurs lais ; néis ceux qui estoient
-en oubliète, condamnés au pain et à l'yaue, furent délivrés.</p>
-
-<p>Après ces choses, vindrent certaines nouvelles à Paris que
-le traictié entre les roys de France et d'Angleterre estoit tenu
-parfait, et qu'il estoient à accort ; et disoit l'en communément
-que ledit roy de France seroit tantost en France.</p>
-
-<p>Item, le mercredi jour de la sainte Luce, se parti le roy
-de Navarre de Paris un pou avant prime ; et avoit, en sa
-compaignie grant foison de gens d'armes, et s'en ala à
-Mante.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XLV.</h3>
-
-<p class="section">Coment les capitaines des chastiaux de Normendie qui estoient
-tenus contre le roy de France vindrent à Mante par devers le
-roy de Navarre, lequel les reçut moult liement.</p>
-
-
-<p>En ce temps vindrent à Villepereur<a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a>, à Trappes et au
-pays d'environ pluseurs gens d'armes, par diverses flottes,
-dont les uns estoient Anglois et les autres estoient à monseigneur
-Phelippe de Navarre, si comme l'en disoit ; et ne
-savoit-on à Paris qui estoit capitaine desdites gens d'armes<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a>.
-Et coururent tout le pays jusques près de Paris, à
-quatre ou cinq lieues ; pillièrent et robèrent dix ou douze
-lieues de pays et gastèrent et prisrent Maule sur Mandre<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a>
-et l'enforcièrent et pluseurs autres forteresses, sans ce que
-aucun y féist résistance en aucune manière. Et jasoit ce
-que ceux de Paris y envoiassent monseigneur Pierre de Villiers,
-lors chevalier du guet, et aucuns autres tant de Paris
-que de la visconté, toutesvoies ne se mistrent-il point en
-poine de rebouter les ennemis : et vuidèrent les bonnes
-gens tout le pays, et amenèrent tous leur biens à Paris.
-Aucuns disoient que lesdis ennemis estoient huit cent hommes
-d'armes ; autres disoient qu'il estoient mil ou douze
-cens.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a> <i>Villepereur</i> (<span lang="la" xml:lang="la">Villa-pyrorum</span>). Aujourd'hui <i>Villepreux</i>, bourg à deux
-lieues de Versailles. &mdash; <i>Trappes</i> est un village à peu de distance.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a> Suivant Froissart, c'étoit un Gallois nommé <i>Ruffin</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a> <i>Maule sur Mandre</i>. Aujourd'hui bourg du département de Seine-et-Oise,
-à cinq lieues de Versailles.</p>
-</div>
-<p>Item, le jour de Noël ensuivant, furent les capitaines des
-chastiaux et forteresces de Normendie tenus par les ennemis
-du roy de France, à Mante<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a>, avec le roy de Navarre, et
-disnèrent avec luy ; et disoit l'en que il avoient fait ensemble
-grans aliances.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a> <i>A Mantes</i>. C'est-à-dire : Les capitaines des châteaux&hellip; furent à
-Mantes.</p>
-</div>
-<p>Et en ce temps, le duc de Normendie fist grans semonces
-de gens d'armes, pour estre à Paris et ès villages
-environ audit vint-deuxiesme jour ; et disoit l'en que
-c'estoit pour rebouter lesdis ennemis qui estoient entour
-Paris. Mais pluseurs, et par espécial ceux de Paris cuidoient
-que ce fu pour eux grever que ledit monseigneur le duc
-féist ladite semonce, et par pluseurs fois luy en parlèrent :
-mais il respondoit tousjours que c'estoit pour ladite cause.
-Néantmoins ceux de Paris se doubtoient forment, et ordenèrent
-que aucuns hommes armés ne entreroient à Paris sé
-il n'estoient cogneus, et firent garder par gens armés les
-entrées de Paris. Et toutesvoies ledit evesque de Laon par
-lequel lesdis de Paris se conseilloient et gouvernoient principalement
-et qui tout estoit au roy de Navarre, estoit principal
-conseillier dudit duc ; et estoit tout fait par luy et par
-son ordenance. Moult de gens estoient esbahis, et disoit-l'en
-que il estoit la besague<a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a> qui fiert des deux bous. Et vraiement
-l'en disoit que ledit evesque faisoit savoir audit roy
-tout ce qui estoit fait au conseil de monseigneur le duc. Et
-le roy de Navarre qui savoit que le duc faisoit ladite
-semonce la faisoit aussi la plus grant que il povoit, et vraiement
-les gens de Paris et du pays environ estoient forment
-esbahis, car il se doubtoient que entre les deux seigneurs
-eust descort par lequel le pays feust gasté et destruit. Car
-ceux qui gardoient les chastiaux de Breteuil et d'Evreux, de
-Pont-Audemer et de Pacy, ne les vouloient rendre au roy
-de Navarre sans mandement du roy de France. Et pour ce
-disoit ledit roy de Navarre que on ne luy avoit pas tenu les
-convenances que ledit monseigneur le duc luy avoit faites
-de rendre les chastiaux, et estoit son entencion de pourchacier
-son droit ; si comme l'en disoit.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69"><span class="label">[69]</span></a> <i>Besague</i>. Hache à deux tranchans. <i lang="la" xml:lang="la">Bisacuta</i>.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XLVI.</h3>
-
-<p class="section">Des chapperons partis que ceux de Paris pristrent ; et coment le
-roy de Navarre alla à Rouen.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1358</div>
-
-<p>La première semaine de janvier ensuivant, ceux de Paris
-ordenèrent qu'il auroient tous chapperons partis de rouge et
-de pers<a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">[70]</a> ; et fu commandé par les ostels, de par le prévost
-des marchans, que on préist tels chapperons. Et tousjours
-estoient les ennemis entour Paris, qui pilloient tout et
-prenoient toutes les bonnes gens et faisoient raençonner les
-villes et ceux que il povoient tenir.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70"><span class="label">[70]</span></a> <i>Pers</i>. Bleu.</p>
-</div>
-<p>Item, le lundi huitiesme jour de janvier dessus dit, entra
-ledit roy de Navarre à Rouen, à moult grant compaignie
-de gens armés et non armés, tant de ladite ville qui estoient
-alés encontre luy comme autres que il avoit amenés avec luy.
-Et cedit jour ardirent les ennemis un moult bel ostel que
-monseigneur le duc de Normendie avoit au dessoubs de
-Rouen, à trois lieues, appellé Couronne<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">[71]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71"><span class="label">[71]</span></a> <i>Couronne</i>. Aujourd'hui <i>le Grand Couronne</i>, village situé sur la rive
-gauche de la Seine, et chef-lieu de canton du département de la Seine-Inférieure.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XLVII.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy de Navarre fist despendre les dessus dis décapités
-à Rouen, et les fist enterrer solempnellement.</p>
-
-
-<p>Le mercredi ensuivant, dixiesme jour du moys de janvier,
-le roy de Navarre envoia, au matin, au gibet de Rouen,
-pour despendre et ensevelir les corps des trois dessus dis
-que le roy de France avoit fait descapiter en sa présence,
-lorsque le roy de Navarre fu pris. Auquel gibet ne fu rien
-trouvé du conte de Harecourt, car lonc-temps avant il
-avoit esté osté ; mais l'en ne savoit par qui, combien que l'en
-supposoit que ce eussent fait ses parens. Et là furent ensevelis
-par trois rendues<a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a> de la Magdaleine de Rouen le corps
-du seigneur de Graville, de monseigneur Maubué de Mainesmares,
-et de Colinet Doublet, qui encore avoient esté audit
-gibet sans les testes ; et furent mis en trois coffres, tels
-comme on a accoustumé de faire pour mors. Et il y ot un autre
-coffre wit<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a> pour représentacion dudit conte de Harecourt :
-lesquels coffres furent mis en trois chars<a id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a> à dames
-qui là avoient esté amenés pour celle cause. Et fu le coffre qui
-faisoit la représentacion dudit conte en l'un desdis chars,
-le seigneur de Graville en l'autre, et les deux autres coffres
-en l'autre char. Et ledit jour, environ heure de tierce, ledit
-roy de Navarre à cheval et très grant foison de peuple avec
-luy à cheval et à pié, partirent de Rouen et alèrent au
-gibet dessus dit ; et là ot cent varlés qui portoient cent grans
-torches ; et avoit chascun varlet un escusson des armes dudit
-roy de Navarre. Et fist ledit roy charier lesdis coffres jusques
-à un lieu près de Rouen appellé le Champ du pardon
-auquel lesdis corps avoient esté descapités en la place :
-au plus près que l'en pout de là où il avoient esté descapités
-furent lesdis chars arrestés ; et là furent chantées
-moult sollempnellement vigilles des mors, par grant foison
-de gens de pluseurs religions qui estoient là alés pour celle
-cause ; et cela fait, lesdis chars furent mis au chemin : c'est
-assavoir, celui où estoient les deux coffres devant ; et après
-ledit char avoit deux escuiers armés des armes dudit Maubué
-et Colinet, montés sur leur chevaux, et leur amis après. Et
-après, estoit le char auquel estoit le corps dudit seigneur
-de Graville ; et après avoit deux hommes à cheval qui portoient
-deux bannières de ses armes, et deux autres sur deux
-chevaux armés, l'un pour guerre et l'autre pour tournoy,
-et après estoient les amis dudit seigneur. Et après estoit le
-char auquel estoit la représentacion dudit conte de Harecourt
-et deux varlés et deux hommes armés, le roy de
-Navarre et les amis du conte. Et ainsi furent charriés
-jusques à la porte derrière le chastel de Rouen, c'est
-assavoir jusques au lieu où il avoient esté mis dedens les
-charretes quant on les mena exécuter. Et là furent arrestés
-et furent mis hors lesdis coffres desdis chars, et les pristrent
-chevaliers et escuiers si comme on a acoustumé à
-porter corps. Et les portèrent jusques à Notre-Dame de
-Rouen en l'églyse cathédrale. Et ledit roy de Navarre et
-merveilleusement grant peuple aloient après à pié ; et fu
-moult tart quant il furent en ladite églyse. Et là furent mis
-en une chappelle couverte de cierges qui avoient bien
-vint-sept piés de lonc. Et en chascun des pilliers de ladite
-église avoit une grant pièce de cendal atachiée, dedens laquelle
-avoit quatre escus petits des armes dessus nommées.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72"><span class="label">[72]</span></a> <i>Rendues</i>. Religieuses.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73"><span class="label">[73]</span></a> <i>Wit</i>. Vide.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_74" href="#FNanchor_74"><span class="label">[74]</span></a> <i>Chars</i>. Variante : <i>Chairs</i>.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XLVIII.</h3>
-
-<p class="section">Du sermon que le roy de Navarre fist à ceux de Rouen en nommant
-martirs ceux qui estoient descapités.</p>
-
-
-<p>L'endemain, jour de jeudi onziesme jour dudit moys
-de janvier, le roy de Navarre fu au matin, en une fenestre
-sur la porte de Saint-Oyen de Rouen ; et là parla à grant
-foison de gens qui estoient alés en la place qui estoit devant
-pour oïr ledit roy qui avoit fait savoir que il vouloit
-parler à eux ; et leur dit en substance autel comme il avoit
-dit à Paris. Et pluseurs fois nomma les quatre corps dessus
-dis martirs. Et après ala à ladite églyse de Notre-Dame,
-là où fu dite la messe des mors moult solempnellement par
-l'evesque d'Avranches, et puis furent mis lesdis coffres en
-despost au charnier de ladite églyse de Notre-Dame<a id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a>. Et
-celuy jour au disner, fist le roy de Navarre seoir à sa table
-un marchant de vin de petit estat, pour le temps maire de
-ladite ville de Rouen.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_75" href="#FNanchor_75"><span class="label">[75]</span></a> Je ne sais si l'on voit encore à Notre-Dame de Rouen, comme
-avant la révolution, le heaume de ces quatre chevaliers appendus dans
-la chapelle des Innocens ou de St-Romain.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XLIX.</h3>
-
-<p class="section">Coment monseigneur le duc de Normendie en asseurant ceux
-de Paris leur dist, en plaines halles, qu'il vouloit vivre et
-mourir avec eux, et que les gens d'armes qu'il faisoit venir
-estoient pour le bien de ceux du royaume : et, par la deffaute
-de ceux qui avoient le gouvernement, il convenoit que il-meismes
-méist paine à rebouter les ennemis.</p>
-
-
-<p>Ce meisme jeudi, onziesme jour dudit moys de janvier
-mil trois cens cinquante-sept, monseigneur le duc de Normendie
-qui longuement avoit demouré à Paris et ne pouvoit
-avoir chevance, car ceux de Paris avoient tout le gouvernement,
-fu conseillié que il parlast au commun de Paris.
-Si fist savoir, celuy jour bien matin, que il iroit ès halles
-pour parler au commun. Et quant l'evesque de Laon et le
-prévost des marchans le sceurent, il le cuidèrent empeschier,
-et distrent à monseigneur le duc que il se vouloit mettre en
-grant péril de soy mettre devant le peuple. Néantmoins,
-ledit monseigneur le duc ne les crut point, mais ala, environ
-heure de tierce, ès dites halles, à cheval, luy sixiesme
-ou huitiesme ou environ. Et dist à grant foison de peuple
-qui là estoit que il avoit entencion de mourir et de vivre
-avec eux, et que il ne créussent aucuns qui avoient dit et
-publié que il faisoit venir des gens d'armes pour les piller
-et gaster : car il ne l'avoit oncques pensé. Mais il faisoit
-venir lesdites gens d'armes pour aidier à deffendre et
-garantir le peuple de France qui moult avoit à souffrir, car
-les ennemis estoient moult espandus parmy le royaume de
-France, et ceux qui avoient pris le gouvernement n'y mettoient
-nul remède. Si estoit son entencion, ce disoit, de
-gouverner dès lors en avant, et de rebouter les ennemis de
-France ; et n'eust pas tant attendu ledit duc sé il eust eu le
-gouvernement et la finance. Et oultre, dit lors que toute la
-finance qui avoit esté levée ou royaume de France, depuis
-que les trois estas avoient eu le gouvernement, il n'en avoit
-né denier né maille ; mais bien pensoit que ceux qui l'avoient
-receue si en rendroient bon compte. Et furent les parolles
-dudit duc moult agréables au peuple ; et se tenoit la plus
-grant partie par devers luy<a id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_76" href="#FNanchor_76"><span class="label">[76]</span></a> <i>Et se tenoit, etc.</i> C'est-à-dire : Et le plus grand nombre favorisoit
-plutôt son parti que celui des meneurs des Trois-Etats.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>L.</h3>
-
-<p class="section">De l'assemblée que le prévost des marchans fist faire à Saint-Jaques-de-l'Ospital,
-pour la doubte que il avoit que le peuple
-de Paris ne se tenist du tout avec monseigneur le duc ; et des
-parolles que dit Charles Toussac, eschevin.</p>
-
-
-<p>L'endemain, jour de vendredi douziesme jour dudit
-moys de janvier, le prévost des marchans et ses aliés considérans
-et voyans que le peuple estoit à faire le plaisir et la
-volenté de monseigneur le duc, leur seigneur ; doubtans par
-aventure que ledit peuple ne s'esméust contre eux, firent
-assembler à Saint-Jaques-de-l'Ospital<a id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">[77]</a> grant foison de gens,
-et par espécial ceux qui estoient de leur partie. Et quant
-ledit duc sceut ladite assemblée, il parti tantost du palais
-et ala audit Ospital, et en sa compagnie estoit ledit evesque
-de Laon et pluseurs autres. Et quant il fu là, il fist
-parler son chancellier à tous ceux qui là estoient, et leur
-fist dire une partie de ce qu'il avoit dit le jour précédent ès
-halles. Et oultre, pour ce que pluseurs publioient que ledit
-duc ne tenoit pas au roy de Navarre les convenances que il
-luy avoit promises, et ledit duc ne povoit faire son devoir de
-rebouter ses ennemis qui dommageoient et gastoient tout
-environ Paris, Chartres et le pays environ ; iceluy duc fist
-dire que il avoit bien tenu audit roy de Navarre ce qu'il
-avoit promis en tant comme il povoit ; mais aucuns d'iceux
-auxquels le roy son père avoit baillié à garder aucuns chastiaux
-dudit roy de Navarre ne les vouloient rendre, il n'en
-povoit mais ; mais il en avoit fait tout son povoir et encore
-estoit prest du faire.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_77" href="#FNanchor_77"><span class="label">[77]</span></a> <i>Saint-Jaques de l'Ospital</i>. Église située à l'extrémité des rues <i>Mauconseil</i>
-et <i>Saint-Denis</i>. Transformée depuis la révolution de 1792 en magasin,
-elle fut abattue en 1822.</p>
-</div>
-<p>Et après ce que ledit chancellier ot parlé, Charles Toussac
-se leva et voult parler ; mais il y ot si grant noise que il
-ne pout estre oï. Si se parti lors monseigneur le duc et sa
-compaignie, fors l'evesque de Laon qui demoura avec ledit
-prévost des marchans. Et assez tost après que ledit duc fu
-parti, ledit Charles recommença, et lors fu oï. Si dist moult
-de choses, et par espécial contre les officiers du roy. Et dist
-que il y avoit tant de mauvaises herbes que les bonnes ne
-povoient fructifier né amender ; et dit moult de choses couvertement
-contre le duc. Et après, quant il ot parlé, un
-advocat appellé Jehan de Sainte-Aude, qui par les trois
-estas avoit esté fait un des généraux gouverneurs des subsides
-ottroyés par les trois estas, parla et dit que le prévost
-des marchans né les autres des trois estas n'avoient pas
-emboursé l'argent que on avoit receu des subsides. Et autel
-avoit dit ledit prévost des marchans. Et nomma ledit
-Jehan pluseurs chevaliers qui en avoient eu par le mandement
-dudit duc, si comme disoit ledit Jehan, jusques
-à la somme de quarante ou de cinquante mille moutons
-lesquels avoient esté mal emploiés, si comme ses parolles le
-notoient et donnoient à entendre. Et là fu encore dit par
-ledit Charles Toussac que ledit prévost des marchans étoit
-preud'homme et avoit fait ce que il avoit fait, pour le bien
-et le sauvement et le proufit de tout le peuple. Et dist que
-sur ledit prévost régnoit haine, et que il le savoit bien. Et
-que sé ledit prévost des marchans cuidoit que ceux qui
-là estoient présens et les autres de Paris ne le voulsissent
-porter né soustenir, il querroit son sauvement là où il le
-pourroit trouver. Et là aucuns qui estoient de leur aliance
-crièrent, disans que il le porteroient et soustenroient contre
-tous.</p>
-
-<p>Item, le samedi ensuivant, treisiesme jour dudit moys
-de janvier, monseigneur le duc manda pluseurs des maistres
-de Paris au palais là où il estoit, et parla à eux moult
-amiablement et leur requist que il luy voulsissent estre
-bons subgiés, et il leur seroit bon seigneur. Lesquels luy
-respondirent que il vivroient et mourroient avec luy, et que
-il avoit trop attendu à prendre le gouvernement.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LI.</h3>
-
-<p class="section">D'une faible monnoie que les gens des trois estas ordenèrent à
-Paris.</p>
-
-
-<p>Le huitiesme jour d'après Noël l'an dessus dit, fu l'assemblée
-à Paris des bonnes villes ; mais il n'y ot aucuns nobles, et
-pou y ot des gens d'églyse. Et tous les jours assembloient et si
-ne povoient estre à accort. Et toutesvoies il demourèrent à
-Paris jusques au vint-quatriesme ou vint-cinquiesme jour de
-janvier. Et ordenèrent que il retourneroient le dimenche
-devant karesme prenant, onziesme jour du moys de février
-ensuivant. Et pour provision ordenèrent que on feroit nouvelle
-monnoie plus foible que celle qui autrefois avoit esté
-faite par eux, et que monseigneur le duc y auroit plus de
-proufit : c'est assavoir le quint denier, et les autres quatre seroient
-pour la guerre. Et ainsi fu fait ; et valut le mouton
-trente sols parisis.</p>
-
-<p>Et les deux roynes Jehanne et Blanche traictoient à Paris
-de l'accort mettre entre monseigneur le duc qui là estoit, et
-le roy de Navarre qui estoit à Mante ; mais ledit roy avoit
-de ses gens à Paris monseigneur Jehan de Piquegny et
-autres. Et tousjours venoient à Paris gens de diverses marches,
-souldoiers, tant que monseigneur le duc ot bien
-dedens Paris deux mille hommes d'armes, lesquels demouroient
-à Paris sans riens faire né porter aucun proufit ; et
-toutesvoies les ennemis estoient sur le pays en pluseurs lieux
-et pilloient et roboient tout, et furent jusques à Saint-Cloust.</p>
-
-<p><i>Incidence</i>. &mdash; Le mardi, seiziesme jour dudit moys de
-janvier, espousa monseigneur Loys, conte d'Estampes,
-madame Jehanne d'Eu, fille jadis de Raoul conte d'Eu
-et connestable de France, et suer à l'autre conte d'Eu et de
-Guynes et aussi connestable de France qui ot la teste couppée
-à Neele, à Paris. Laquelle madame Jehanne avoit esté
-femme de monseigneur Gautier, duc d'Athènes et conte de
-Brene en Champaigne et connestable de France, qui
-avoit esté tué en la bataille de Poitiers où le roy Jehan fu
-pris.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LII.</h3>
-
-<p class="section">De la prise d'Estampes.</p>
-
-
-<p>Celuy mardi meisme, les ennemis d'entour Paris et Chartres
-pristrent Estampes et la pillèrent, et y pristrent grant
-foison de prisonniers que il menèrent en pluseurs forteresces
-que il tenoient en Chartrain et en Beausse.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LIII.</h3>
-
-<p class="section">De la mort Jehan Baillet, trésorier de monsieur le duc de Normendie.
-Et coment Perin Marc fu justicié, pendu et puis despendu
-et enterré en l'églyse Saint-Merry.</p>
-
-
-<p>Le mercredi vint-quatriesme jour dudit moys de janvier,
-après disner, Jehan Baillet, trésorier de monseigneur
-le duc de Normendie et moult acointé de luy, fu tué à
-Paris d'un vallet changeur appellé Perrin Marc<a id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">[78]</a> qui le féri
-d'un coutel au dessoubs de l'espaule par derrière, en la
-rue nueve Saint-Merry. Et après s'enfuy ledit Perrin audit
-moustier de Saint-Merry. Et le soir bien tart, ledit duc qui
-moult estoit courroucié de la mort de son dit trésorier envoia
-audit moustier de Saint-Merry monseigneur Robert de
-Clermont<a id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">[79]</a> son mareschal, Jehan de Chalon, fils de monseigneur
-Jehan de Chalon, seigneur d'Arlay, Guillaume
-Staise, lors prévost de Paris et grant foison de gens d'armes,
-lesquels brisièrent les huis dudit moustier et en mistrent
-hors à force ledit Perrin Marc. Et l'endemain matin jour
-de jeudi, ledit Perrin fu traisné au chastelet au lieu où il
-avoit fait le coup, et là ot le poing couppé et puis fu mené
-au gibet de Paris, et là pendu.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_78" href="#FNanchor_78"><span class="label">[78]</span></a> <i>Perrin Marc</i>. Villani, copiste souvent infidèle de nos <i>Chroniques</i>,
-ajoute ici que <i>Macé</i> se plaignoit de n'avoir pas reçu le prix de deux chevaux
-achetés par les gens de l'écurie du dauphin. «&nbsp;Le trésorier,&nbsp;» dit
-sur cela M. Michelet, «&nbsp;refusoit de payer, sans doute sous prétexte du
-droit de prise.&nbsp;» Je suis surpris de voir une pareille conjecture sous
-la plume de M. Michelet, qui auroit dû la laisser à Dulaure ou à M. Sismondi.
-Il ne peut ignorer que ce <i>droit de prise</i>, dont on a fait tant de
-bruit, n'étoit que celui d'emprunter pour un très court espace de temps
-les objets de première nécessité que ne pouvoient emporter avec eux dans
-leurs tournées les grands officiers de la couronne. C'étoient des matelas, de
-la vaisselle et des fourrages. Mais jamais il n'arrivoit aux emprunteurs
-de prétendre à la propriété de ces objets. Et si les citoyens ne devoient
-pas les refuser, on ne pouvoit se dispenser de leur tenir compte
-de ceux qu'on ne leur restituoit pas. Au reste, il est fort douteux que Perrin
-Marc et non pas Macé, <i>valet changeur</i>, ait eu personnellement à réclamer
-quelque chose du trésorier Jean Baillet.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_79" href="#FNanchor_79"><span class="label">[79]</span></a> La plupart des manuscrits et les éditions gothiques omettent ce
-nom ; et Villaret transporte au jeune Jean de Chalon le titre de <i>maréchal
-de Champaigne</i>, tandis que Lévesque fait de Jean de Clermont le
-<i>maréchal de Normandie</i>. La vérité, c'est que Jean de Clermont fut nommé
-maréchal de France par le duc de Normandie depuis la captivité de son
-père. L'erreur vient de ce que les chroniqueurs contemporains l'ont souvent
-désigné comme <i>maréchal de monseigneur le duc de Normandie</i>.</p>
-</div>
-<p>Mais l'evesque de Paris fist tant que ledit Perrin fu despendu
-le samedi ensuivant et fu ramené audit moustier de
-Saint-Merry et restabli ; et là à très grant sollempnité fu enterré
-le jour que les obsèques dudit Jehan Baillet furent faites ;
-auxquelles fu présent monseigneur le duc de Normendie.
-Et à celles dudit Perrin fu le prévost des marchans, et grant
-foison des bourgois de Paris.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LIV.</h3>
-
-<p class="section">Des messagiers du roy de France envoiés à monseigneur le duc
-son fils ainsné, à Paris.</p>
-
-
-<p>Le samedi vint-septiesme jour du moys de janvier, les
-messages du roy qui estoient venus d'Angleterre, c'est
-assavoir l'evesque de Therouenne chancellier de France,
-le conte de Vendosme, le seigneur de Derval, le sire
-d'Aubigny, monseigneur Jehan de Saintré chevalier et
-messire Jehan de Champeaux clerc, firent leur rapport
-au duc de Normendie, en la présence de pluseurs
-de son conseil, evesques, chevaliers et autres, sur le traictié
-de l'accort fait en Angleterre, entre les roys de France et
-d'Angleterre. Lequel traictié moult plut audit duc et à ses
-conseilliers, si comme il disoient.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LV.</h3>
-
-<p class="section">De la response que monseigneur le duc de Normendie fist au
-message du roy de Navarre.</p>
-
-
-<p>Après celuy samedi huit jours ou environ, messire
-Jehan de Piquegny vint à Paris de par le roy de Navarre
-qui estoit à Mante, et fist ledit messire Jehan pluseurs
-requestes à monseigneur le duc, de par ledit roy de Navarre,
-en la présence des roynes Jehanne et Blanche et de pluseurs
-du conseil dudit duc. C'est assavoir que monseigneur
-le duc tenist les convenances audit roy de Navarre que il
-luy avoit, lesquelles il ne<a id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">[80]</a> esclaircissoit point ; et que il
-féist rendre audit roy ses forteresces et quarante mille
-florins à l'escu que l'en luy avoit promis l'autre fois qu'il
-avoit esté à Paris, et aussi aucuns joyaux qui avoient esté
-pris du sien, lors qu'il fu emprisonné.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_80" href="#FNanchor_80"><span class="label">[80]</span></a> <i>Lesquelles il ne</i>. Que ledit Picquegny ne précisoit pas.</p>
-</div>
-<p>Et lors monseigneur le duc se mist à un genouil devant
-les dites roynes, lesquelles le firent lever tantost et raseoir
-emprès elles. Et respondi audit monseigneur Jehan que il
-avoit bien audit roy de Navarre tenues les convenances
-que il ly avoit, et que sé aucun à qui il fust tenu de respondre
-vouloit dire le contraire il diroit que celui mentiroit.
-Mais ledit monseigneur Jehan n'estoit pas homme à
-qui monseigneur le duc en déust respondre. Et toutes voies
-disoit-il encore que sé aucun vouloit maintenir que il
-n'eust tenu audit roy de Navarre lesdites convenances, il
-avoit des chevaliers qui bien s'en combattroient, sé mestier
-estoit. Et pluseurs autres parolles dist lors monseigneur le
-duc. Et lors fu dit par l'evesque de Laon que monseigneur
-le duc auroit plus grant advis sur lesdites requestes, et en
-respondroit tant que il souffiroit ; et ainsi se départirent.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LVI.</h3>
-
-<p class="section">Coment l'université de Paris, par le prévost des marchans, alèrent
-par devers monseigneur le duc pour faire accorder les
-demandes au roy de Navarre.</p>
-
-
-<p>Celle sepmaine, l'université de Paris<a id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">[81]</a>, le clergié, le prévost
-des marchans et ses compaignons, alèrent par devers
-monseigneur le duc, au palais, et là fu dit audit duc, par
-frère Simon de Langres, maistre de l'ordre des Jacobins,
-que tous les dessus nommés avoient esté ensemble au conseil,
-et avoient délibéré que le roy de Navarre feroit faire
-audit duc toutes ses demandes à une fois ; et que tantost
-que il les auroit faites, ledit duc feroit rendre audit roy
-de Navarre toutes ses forteresces : et après l'en regarderoit
-sur toutes les requestes dudit roy, et luy passeroit l'en tout
-ce que l'en devroit. Et pour ce que ledit maistre ne disoit
-plus, un moine de Saint-Denis en France, maistre en théologie
-et prieur d'Essonne<a id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">[82]</a>, dit audit maistre que il
-n'avoit pas tout dit. Si dist lors ledit prieur à monseigneur
-le duc, que encore avoient-il délibéré que sé il ou le roy
-de Navarre estoient refusans de tenir et accomplir leur
-délibération, il seroient tous contre celuy qui en seroit refusant
-et prescheroient contre luy<a id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">[83]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_81" href="#FNanchor_81"><span class="label">[81]</span></a> Du Boullay, dans son <i>Histoire de l'Université</i>, et tous nos historiens
-assurent, je ne sais sur quel garant, que l'Université refusa toujours
-de porter le chaperon mi-parti ; mais tous, à l'exception de M. Michelet,
-omettent de mentionner la visite faite par l'Université au dauphin, qui s'en
-seroit bien passé.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_82" href="#FNanchor_82"><span class="label">[82]</span></a> <i>Essonne</i>. Près de Corbeil.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_83" href="#FNanchor_83"><span class="label">[83]</span></a> Il suffiroit de ces dernières phrases pour prouver que notre chronique
-n'est plus rédigée par un moine de Saint-Denis.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LVII.</h3>
-
-<p class="section">Autre ordenance par aucuns des gens des trois estas.</p>
-
-
-<p>Le dimenche devant karesme prenant, onziesme jour
-de février, se rassemblèrent à Paris pluseurs des bonnes
-villes et du clergié, mais il n'y vint nul noble. Et par pluseurs
-journées se assemblèrent, si comme il avoient accoustumé.
-Et finablement ordenèrent que les gens d'églyse
-paieroient demy-dixiesme pour le temps advenir, pour un
-an. Et ceulx qui n'avoient aucune chose paiée pour l'an
-passé paieroient aussi avecques l'autre année demy-dixiesme.
-Et les villes fermées feroient de soixante-quinze
-feus<a id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">[84]</a> un homme armé ou dix sous parisis pour jour ; et le
-plat païs feroit de cent feus un homme armé.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_84" href="#FNanchor_84"><span class="label">[84]</span></a> <i>Soixante-quinze</i>. Et non pas <i>soixante-cinq</i>, comme le portent les
-éditions gothiques et les historiens modernes.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LVIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment le prévost des marchans et ses aliés alèrent au palais en
-la chambre de monseigneur le duc de Normendie ; et là, présent
-luy, tuèrent les deux mareschaux de Clermont et de
-Champaigne, après ce que il orent tué maistre Regnaut d'Acy,
-advocat en parlement.</p>
-
-
-<p>Le jeudi vint-deuxiesme jour du moys de février, l'an
-mil trois cens cinquante-sept à matin, et fu le secont
-jeudi de karesme, ledit prévost des marchans fist assembler
-à St-Eloy près du Palais<a id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">[85]</a> tous les mestiers de Paris
-armés, et tant que on estimoit qu'il estoient bien trois mil
-tous armés. Et environ heure de tierce, un advocat de
-parlement appellé maistre Regnaut d'Acy, en alant du
-palais en sa maison qui estoit près de Saint-Landry<a id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">[86]</a>, fu
-tué près du moustier de la Magdaleine<a id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">[87]</a>, en l'ostel d'un
-patissier là où il se bouta quant il vit que l'on le vouloit
-tuer ; et ot tant et de telles plaies que tantost il mourut
-sans parler. Et tantost après, ledit prévost et pluseurs en
-sa compaignie montèrent en la chambre de monseigneur le
-duc au palais sur les merceries<a id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">[88]</a>, et là trouvèrent ledit duc
-auquel ledit prévost dist telles parolles en substance : «&nbsp;Sire,
-ne vous esbahissez de choses que vous véez, car il est
-ordené et convient que il soit fait.&nbsp;» Et si tost que ces
-parolles furent dites, aucuns de la compaignie du prévost
-des marchans coururent sur monseigneur Jehan de Conflans,
-mareschal de Champaigne, et le tuèrent joignant du
-lit de monseigneur le duc et en sa présence. Et aucuns autres
-de la compaignie dudit prévost coururent sur monseigneur
-Robert de Clermont, mareschal dudit duc de Normendie,
-lequel se retray en une autre chambre de retrait
-dudit monseigneur le duc, mais il le suivirent et là le
-tuèrent. Et monseigneur le duc qui moult estoit effraié de
-ce que il véoit, pria ledit prévost des marchans que il le
-voulsist sauver, car tous ses officiers qui lors estoient en
-la chambre s'enfouirent et le laissièrent. Et adont, ledit
-prévost luy dit : «&nbsp;Sire, vous n'avez garde.&nbsp;» Et luy bailla
-ledit prévost son chapperon qui estoit des chapperons de
-la ville parti de rouge et de pers, le pers à destre ; et prist
-le chapperon dudit monseigneur le duc qui estoit de brunette<a id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">[89]</a>
-noire à un orfrois d'or, et le porta tout celuy jour,
-et monseigneur le duc porta celuy dudit prévost<a id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">[90]</a>. Tantost
-après, aucuns de la compaignie dudit prévost prisrent
-les corps des deux chevaliers et les trainèrent moult
-inhumainement par devant monseigneur le duc jusques en
-la court du palais devant le perron de marbre ; et là demourèrent
-tous estendus et descouvers en la vue de ceux qui les
-vouloient veoir, jusques après disner bien tart ; et n'estoit
-nul homme qui les osast oster.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_85" href="#FNanchor_85"><span class="label">[85]</span></a> Sur l'emplacement actuel de la rue de Saint-Eloy.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_86" href="#FNanchor_86"><span class="label">[86]</span></a> <i>Saint-Landry</i>. Cette église étoit à l'entrée actuelle de la rue de
-Saint-Landry, sur le quai de la Cité.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_87" href="#FNanchor_87"><span class="label">[87]</span></a> <i>La Magdaleine</i>. L'église de la Magdeleine-en-la-Cité étoit sur l'emplacement
-de la maison n<sup>o</sup> 5 de la rue actuelle <i>de la Juiverie</i>. On a conservé
-l'ancien nom au passage qui divise cette maison.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_88" href="#FNanchor_88"><span class="label">[88]</span></a> <i>Sur les merceries</i>. Ces derniers mots ne sont que dans le manuscrit
-de Charles V.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_89" href="#FNanchor_89"><span class="label">[89]</span></a> <i>Brunette</i>. Etoffe fine et très-recherchée. &mdash; <i>Orfrois</i>, bordure, frange
-d'or ou d'argent.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_90" href="#FNanchor_90"><span class="label">[90]</span></a> Quel frappant rapport avec la journée du 20 juin 1792!</p>
-</div>
-<p>Et ledit prévost des marchans et ses compaignons alèrent
-en leur maison en Grève que l'en appeloit la maison de la
-ville. Et là ledit prévost estant aux fenestres de ladite maison,
-sur la place de Grève, parla à moult grant nombre de
-gens armés qui estoient en ladite place et leur dist que
-le fait qui avoit esté fait ce avoit esté pour le bien commun
-du royaume de France, et que ceux qui avoient esté
-tués estoient faux, mauvais et traitres. Et requist ledit
-prévost au peuple qui là estoit, que en ce le voulsissent
-porter et soustenir, car il avoit fait ce faire pour le bien
-du royaume, si comme il disoit. Et lors, pluseurs crièrent
-à haute voix que il advouoient le fait, et que il vouloient
-vivre et morir avec ledit prévost des marchans.</p>
-
-<p>Et tantost après, ledit prévost des marchans retourna au
-palais et tant de gens d'armes avec luy que toute la court en
-estoit plaine. Et monta en la chambre où monseigneur le
-duc estoit qui moult estoit dolent et esbahi de ce qui estoit
-advenu. Et encore estoient les corps desdis chevaliers devant
-ledit perron de marbre, et le povoit ledit duc véoir des fenestres
-de sa chambre. Et quant ledit prévost fu en ladite chambre,
-et pluseurs armés de sa compaignie avec luy, il dit
-audit monseigneur le duc que il ne se méist point à mesaise
-de ce qui estoit advenu, car il avoit esté fait de la volenté
-du peuple, et pour eschiéver greigneurs périls ; et ceux
-qui avoient esté mors avoient esté faux, mauvais et traitres.
-Et requist ledit prévost à monseigneur le duc, de par
-ledit peuple, que il voulsist ratifier ledit fait et estre tout
-un avec eux. Et que sé mestier avoient d'aucun pardon
-pour cause dudit fait, que le duc leur voulsist à tous pardonner.
-Lequel duc octroia audit prévost les choses dessus
-dites, et luy pria que ceux de Paris voulsissent estre ses bons
-amis et il seroit le leur. Et pour celle cause, ledit prévost
-envoia audit duc deux draps, l'un de pers et l'autre de
-rouge, pour ce que ledit duc féist faire des chapperons pour
-luy et pour ses gens tout comme ceux de Paris les portoient,
-c'est assavoir, parti de pers et de rouge, le pers à destre. Et
-ainsi le fist ledit monseigneur le duc et portoit tel chapperon
-comme dit est, et ses gens aussi, et ceux du parlement
-et des autres chambres du palais et tous autres officiers
-communément estans à Paris<a id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">[91]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_91" href="#FNanchor_91"><span class="label">[91]</span></a> Au milieu de circonstances aussi critiques, pense-t-on que le dauphin
-auroit pu garantir sa vie, si la <i>liberté de la presse</i> eût existé comme
-sous le règne de Louis XVI? Cette question seroit digne d'être mise au
-concours par l'<i>Académie des Sciences morales et politiques</i>. En comparant
-le résultat des deux crises, on est tenté de rejeter sur Louis XVI toutes
-les fautes : cependant les <i>concessions</i> qui firent la perte de ce vertueux
-Prince avoient fait le salut de Charles V.</p>
-</div>
-<p>Et celuy jour de jeudi, environ vespres, ledit prévost
-commanda que on levast lesdis corps des deux chevaliers
-dessus dis qui encore estoient en ladite court du palais, et
-que l'en les portast à Ste-Katherine-du-Val-des-Escoliers.
-Et jà estoit levé le corps de maistre Regnaut d'Acy, et avoit
-esté porté en son ostel par ses gens, car il avoit esté tué
-près de son ostel. Mais toutesvoies fu-il longuement là où il
-avoit esté tué en la vue de chascun, avant que il eust esté levé.</p>
-
-<p>Si furent les deux corps dessus dis mis par povres varlès
-en une charrete, et menés à descouvert dedens ladite charrete
-par lesdis povres varlès qui ladite charrete trainoient
-sans chevaux au lonc de la ville, jusques audit lieu de Ste-Katherine-du-Val-des-Escoliers ;
-et par lesdis varlès furent
-descendus en la court, et puis emmenèrent lesdis varlès ladite
-charrete et laissièrent là les deux corps. Et emportèrent
-lesdis varlès le mantel de l'un des chevaliers pour leur salaire
-de les avoir amenés jusques là. Et pour ce que les religieux
-de Sainte-Katherine n'osoient enterrer lesdis corps, aucuns
-d'eux alèrent vers ledit prévost pour savoir que il vouloit
-que lesdis religieux féissent desdis corps? Lequel prévost
-respondi auxdis religieux que il luy plaisoit que il en féist
-ce que monseigneur le duc vouldroit. Et après alèrent vers
-monseigneur le duc, lequel leur dist que il les féissent
-enterrer secrètement sans solemnité. Mais assez tost après
-fu deffendu auxdis religieux, de par l'evesque de Paris, que
-il n'enterrassent point le corps de monseigneur Robert de
-Clermont en terre benoite, car ledit evesque le tenoit pour
-excomménié, pour ce que il avoit esté à oster et traire hors
-du moustier de Saint-Merry Perin Marc, qui avoit tué
-Jehan Baillet, si comme dessus est dit. Si en fu ordené
-secrètement par lesdis religieux tant de l'un comme de
-l'autre. Et ledit maitre Regnaut d'Acy fu le soir enterré
-secrètement au moustier de Saint-Landry, de quelle paroisse
-il estoit.</p>
-
-<p>Et celuy jeudi au soir, bien tart, fu ledit prévost des
-marchans en l'ostel de la royne Jehanne, et là parla à luy
-moult longuement. Et disoit-l'en que entre les autres choses
-que il luy dist, il luy requit que elle féist venir le roy
-de Navarre à Paris.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LIX.</h3>
-
-<p class="section">De l'assemblée que le prévost des marchans fist aux Augustins
-et des paroles que maistre Robert de Corbie dist.</p>
-
-
-<p>L'endemain, jour de vendredi vint-troisiesme jour dudit
-moys de février, ledit prévost des marchans fist assembler
-au matin aux Augustins grant nombre de ceux de Paris
-desquels pluseurs estoient armés. Et manda à ceux qui
-avoient esté envoiés de par les bonnes villes qui encores
-estoient à Paris que il alassent là, desquels pluseurs y
-alèrent. Et là, maistre Robert de Corbie dist que le prévost
-des marchans avoit fait faire le fait qui avoit esté
-fait le jour précédent pour le bien et pour le proufit
-du royaume, et que il estoient quatre qui empeschoient
-tous les bons consaux devers monseigneur le duc, et
-par eux avoit esté empeschiée la délivrance du roy
-de France, si comme disoit ledit maistre Robert. Et dist
-que sur la délivrance du roy avoient esté assemblés l'université,
-le clergié et la ville de Paris qui tous estoient et
-avoient esté d'accort et en une oppinion. Et depuis soixante-quatre
-personnes du conseil monseigneur le duc qui sur ce
-meismes avoient esté assemblées avoient esté de une oppinion,
-et les quatre dessus dis empeschièrent tout. Mais il
-ne dist point qui estoient ces quatre, et si ne dist oncques
-sur quoi ce conseil avoit esté, en espécial, né aucun cas particulier
-né espécial pour lequel il eussent mis à mort les
-trois dessus nommés. Et toutesvoies requist ledit maistre
-Robert les envoiés des bonnes villes, pour ledit prévost
-et les autres qui avoient fait ledit fait, que il voulsissent
-ratifier ce qui avoit esté fait et eux tenir en bonne union
-avec ceux de Paris ; laquelle union avoit esté promise et
-jurée en pluseurs assemblées par avant, si comme disoit
-ledit maistre Robert.</p>
-
-<p>Et jà fust ce que pluseurs de ceux des bonnes villes sceussent
-bien que seure chose n'estoit pas de ratifier ledit fait,
-toutesvoies dirent par doubte tous ceux qui en ladite assemblée
-estoient, que il créoient que ce avoit esté fait à bonne
-cause et juste, et le ratiffioient, dont pluseurs de Paris qui
-là estoient les en mercièrent.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LX.</h3>
-
-<p class="section">Coment le prévost des marchans vint à monseigneur le duc en
-parlement, et luy requist que il voulsist tenir les ordenances
-que les trois estas avoient establies l'année devant.</p>
-
-
-<p>Le samedi ensuivant, vint-quatriesme jour dudit moys,
-fu monseigneur le duc en la chambre de parlement, et avec
-luy aucuns de son conseil qui luy estoient demourés. Et là
-alèrent à luy ledit prévost et pluseurs autres avec luy, tant
-armés comme non armés, et requistrent à monseigneur le duc
-que il féist tenir et garder, sans enfraindre, toutes les ordenances
-lesquelles avoient esté faites par les trois estas l'an
-précédent, et que il les laissast gouverner si comme autrefois
-avoit esté fait ; et que il voulsist debouter aucuns qui encore
-estoient en son conseil ; et pour ce que le peuple se
-tenoit trop mal content de moult de choses qui estoient
-faites au conseil de monseigneur le duc contre ledit peuple,
-il voulsist mettre en son grand conseil trois ou quatre bourgois
-que l'en luy nommeroit. Toutes lesquelles choses monseigneur
-le duc leur octroia.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXI.</h3>
-
-<p class="section">De la revenue du roy de Navarre à Paris ; et du mandement
-que le roy de France fist au duc de Normendie, son ainsné
-fils.</p>
-
-
-<p>Le lundi ensuivant, vint-sixiesme jour dudit moys de
-février, entra le roy de Navarre à Paris, à moult grant
-compaignie de gens d'armes, tant de ceux qu'il avoit amenés
-comme de ceux de Paris qui estoient alés contre luy ;
-et ala descendre ledit roy en l'ostel de Neelle qui lors estoit
-au duc de Normendie. Et celuy jour, le prévost des
-marchans ala devers luy et luy pria et dist que il voulsist
-faire justes requestes audit monseigneur le duc, et que il
-voulsist porter et soustenir le fait que il avoient fait à Paris
-des trois qui avoient esté occis. Lequel roy leur octroia tout.
-Et toute celle sepmaine, les deux roynes veves Jehanne
-et Blanche, le prévost des marchans, l'evesque de Laon
-et ses compaignons traictièrent l'accort entre le duc et
-le roy, lequel fu fait dedens dix ou douze jours après.
-Mais pou de gens sceurent lors la manière. Toutesvoies donna
-lors ledit duc audit roy l'ostel de Neelle. Et furent si bien
-ensemble que chascun jour il disnoient l'un avec l'autre, et
-faisoient moult grant semblant de eux entr'aimer. Et après,
-environ le dixiesme ou douxiesme jour de mars, le roy de
-France manda à monseigneur le duc de Normendie que il
-envoiast en Angleterre deux prélas, et quatre chevaliers,
-car il estoit moult seul si comme il mandoit. Et aussi
-manda que il luy envoiast deux bons notaires pour ordener
-les lettres du traictié d'accort entre luy et le roy d'Angleterre.
-Et tousjours estoient ceux de Paris ainsi comme
-esmeus, et se armoient et assambloient souvent ; pour laquelle
-chose pluseurs officiers du roy de France et du duc
-se absentèrent<a id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">[92]</a> tant prélas comme autres. Et depuis en
-retourna pluseurs à Paris, pour la seurté que il orent dudit
-prévost des marchans qui disoit que l'en ne leur vouloit
-mal.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_92" href="#FNanchor_92"><span class="label">[92]</span></a> <i>Se absentèrent</i>. Le reste du chapitre est inédit et ne se trouve que
-dans le manuscrit de Charles V.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXII.</h3>
-
-<p class="section">Des lettres que le prévost des marchans envoia aux bonnes villes
-pour les faire alier et prendre chapperons partis de meisme
-ceux de Paris.</p>
-
-
-<p>En ce temps furent faites ordenances sur tous officiers.
-Et l'évesque de Therouenne, lors chancellier de France,
-qui nouvellement estoit venu d'Angleterre, n'avoit point
-apporté les seaux du roy, mais les avoit laissiés en Angleterre
-par l'ordenance du roy et de son conseil. Lequel chancelier
-bien apperceut que l'en vouloit user d'autres seaux
-que de celuy de Chastellet duquel l'en usoit en l'absence du
-grant. Et aussi pour pluseurs autres causes se parti de Paris,
-et s'en ala en son pays d'Alvergne<a id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">[93]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_93" href="#FNanchor_93"><span class="label">[93]</span></a> <i>D'Alvergne</i>. Ce prélat recommandable étoit en effet de la maison
-de Montaigu en Auvergne, et se nommoit Gilles Aycelin.</p>
-</div>
-<p>En ce temps, assez tost après l'occision des trois dessus
-nommés, le prévost des marchans et les eschevins envoièrent
-lettres closes par les bonnes villes du royaume, par
-lesquelles il leur faisoient savoir le fait qu'il avoient fait, et
-leur requéroient que il se voulsissent tenir en vraie union
-avec eux et que il voulsissent prendre de leur chapperons
-partis de pers et de rouge, si comme avoient fait le duc de
-Normendie et pluseurs autres du sanc de France, si comme
-ès dites lettres estoit contenu. Et, en vérité, ledit monseigneur
-le duc, le roy de Navarre, le duc d'Orléans frère dudit
-roy de France, et le conte d'Estampes, qui tous estoient des
-fleurs de lis<a id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">[94]</a>, portoient lesdis chapperons. Dont pluseurs
-ne renvoièrent oncques responses desdites lettres, et autres
-rescriprent sans autre aliance faire et sans prendre desdis
-chapperons ; et autres prisrent desdis chapperons.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_94" href="#FNanchor_94"><span class="label">[94]</span></a> <i>Des fleurs de lys</i>. Belle et ancienne manière de désigner les parens
-du roi, les princes du sang.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXIII.</h3>
-
-<p class="section">De la response que ceux qui tenoient les forteresces féirent à
-ceux que le roy d'Angleterre leur envoia.</p>
-
-
-<p>En ce temps envoia le roy d'Angleterre deux chevaliers
-anglois en France pour faire issir des forteresces tous ceux<a id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">[95]</a>
-qui aucunes en avoit prises depuis les trièves données à
-Bourdiaux entre le roy de France et le prince de Galles.
-Dont pluseurs et presque tous, tant en Chartain comme en
-Normendie, qui avoient prises lesdites forteresces respondirent
-que il n'estoient point au roy d'Angleterre, né les
-dites forteresces ne tenoient de par luy ; et dirent aucuns que
-il estoient au roy de Navarre et les autres disrent que il
-trouveroient bien qui les avoueroit. Et ne issirent point,
-mais coururent, pillèrent et robèrent le pays. Et furent
-aucuns de la garnison d'Esparnon, le lundi douziesme jour
-du moys de mars, en la ville de Chastres soubs Mont-Lehery
-environ ; et pillèrent tout et emmenèrent moult de prisonniers
-à Mont-Lehery et n'estoient pas plus de six vint ou
-environ : et si ne trouvèrent qui empeschement leur féist.
-Et toutesvoies estoit l'accort fait entre ledit duc et le roy
-de Navarre, par telle manière que il estoient le plus du
-temps ensemble, et avoient esté par plus de huit jours ensemble
-par avant. Et avoit ledit duc accordé que ledit roy,
-en partie de paiement de ce que il devoit avoir par ledit
-accort, auroit la conté de Bigorre, et la jugerie de Rivière<a id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">[96]</a>
-et la conté de Mascon et autres terres au païs, jusques à
-dix mil livres mesurées de terre. Et si fu accordé à la royne
-Blanche, s&oelig;ur dudit roy, que elle auroit Moret en Acquitaine
-de ce que l'en luy devoit pour son douaire. Item, en
-tout ce temps donnoit ledit roy de Navarre saufs-conduis à
-Paris, contenant ceste forme<a id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">[97]</a> :</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_95" href="#FNanchor_95"><span class="label">[95]</span></a> <i>Tous ceux</i>. Tous ceux qui sous prétexte d'ordres émanés du roi
-d'Angleterre avoient pris possession de places que la conclusion des trêves
-empêchoit de croire en danger.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_96" href="#FNanchor_96"><span class="label">[96]</span></a> <i>La Jugerie</i>. Variante : <i>Viguerie</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_97" href="#FNanchor_97"><span class="label">[97]</span></a> Cette dernière phrase est inédite.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXIV.</h3>
-
-<p class="section">Cy après s'ensuit la teneur des saufs conduis que le roy de Navarre
-donnoit en la ville de Paris.</p>
-
-
-<p>«&nbsp;Charles, par la grace de Dieu, roy de Navarre et conte
-d'Evreux, à tous ceux qui ces lettres verront salut. Savoir
-faisons que nous avons donné et donnons par la teneur
-de ces présentes à nos amés et féaux chevaliers Jehan de
-Neuf-Chastel et le seigneur de Raon<a id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">[98]</a>, et à leur compaignie
-jusques au nombre de trente personnes à cheval,
-seur et sauf conduit du jour de la date de ces présentes
-jusques à la feste de Penthecouste prochaine venant, pour
-aler, venir cependant, et demourer sé mestier est par tous
-les lieux du royaume de France. Si donnons en mandement
-à tous capitaines, chastelains, gardes de païs, villes
-et passages et destrois dudit royaume, et à chascun d'eux ; et
-prions tous autres que lesdis chevaliers et leur compagnie,
-jusques au nombre dessus dit, fassent et laissent jouir et
-user de nostre présent sauf conduit, sans leur faire né
-souffrir estre fait aucun empeschement en corps, en chevaux,
-en harnois né en aucuns de leur biens. Donné à
-Paris le douziesme jour du moys de mars, l'an de grace
-mil trois cens cinquante-sept.&nbsp;» Et estoient ainsi signées :
-«&nbsp;Par le roy. P. du Tertre.&nbsp;» &mdash; Et obéissoit-l'en plus auxdis
-saufs conduis que on ne faisoit à ceux de monseigneur
-le duc.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_98" href="#FNanchor_98"><span class="label">[98]</span></a> Les meilleures leçons écrivent ainsi ce nom. Variantes : <i>Rouen</i> et
-<i>Craon</i>.</p>
-</div>
-<p>Item, le mardi treiziesme jour du moys de mars l'an
-dessus dit, se parti de Paris ledit roy de Navarre et s'en ala
-à Mante, et monseigneur le duc demoura à Paris.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXV.</h3>
-
-<p class="section">Coment monseigneur le duc prist nom de régent par titre de
-lettres, à très bonne cause.</p>
-
-
-<p>Le mercredi quatorziesme jour du moys de mars fu publié
-à Paris que monseigneur le duc qui par avant s'estoit
-appellé lieutenant du roy, depuis sa prise, s'appelleroit dès
-là en avant régent du royaume. Et fu son titre tel : <i lang="la" xml:lang="la">Karolus
-primogenitus regis Francorum regnum regens, etc.</i> Et jasoit
-ce que par avant l'en eust tousjours escript au nom du roy,
-en parlement et en toutes lettres de justice, il fu deffendu
-celuy jour que plus on n'y escrisist. Et fu baillié le titre
-tel comme dessus est dit en cédulles aux notaires et aux
-escrivains du palais : et fu le nom du roy tout estaint. Et ne
-scella-on plus du scel de chastellet, mais du scel dudit duc
-en cire jaune. Et portoit le scel maistre Jehan de Dormans,
-qui estoit chancelier dudit régent. Et furent mis au
-conseil dudit régent, le prévost des marchans, maistre Robert
-de Corbie, Charles Toussac et Jehan de l'Isle, maistres
-et principaux, après ledit evesque de Laon qui tout gouvernoit.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXVI.</h3>
-
-<p class="section">De la mort de Phelipot de Repenti, escuier.</p>
-
-
-<p>Le samedi au soir, dix-septiesme jour du moys de mars,
-fu pris à Saint-Cloust, près de Paris, un escuier françois
-appellé Phelipot de Repenti<a id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">[99]</a>, et fu amené à Paris. Et le
-lundi matin ensuivant, dix-neuviesme jour dudit moys
-sus dit, ledit Phelippot eut la teste couppée ès halles de
-Paris, et puis fu pendu au gibet ; pour ce qu'il confessa que il
-estoit de la compaignie de pluseurs qui avoient empris de
-prendre ledit duc de Normendie, régent du royaume, à
-Saint-Oyen, en l'ostel de la Noble maison, là où il estoit alé
-trois jours ou quatre devant. Mais pluseurs disoient que ce
-n'estoit point pour mal, mais estoit pour le mettre hors de
-la puissance et des mains de ceux de Paris<a id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">[100]</a>. Et assez tost
-après, un chevalier appellé le Bègue de Villaines qui moult
-estoit ami dudit monseigneur Robert de Clermont qui avoit
-esté tué à Paris, se rendit ennemi de ceux de ladite ville de
-Paris.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_99" href="#FNanchor_99"><span class="label">[99]</span></a> <i>Repenti</i>. Villaret ajoute : <i>ou de Renti</i> ; je ne sais sur quel fondement.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_100" href="#FNanchor_100"><span class="label">[100]</span></a> Ce témoignage justifie complètement la loyauté du malheureux
-Philippe de Repenti.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXVII.</h3>
-
-<p class="section">Coment le régent ala à Senlis et à Compiègne.</p>
-
-
-<p>Le jour de Pasques fleuries, vint-cinquiesme jour du
-moys de mars, ledit régent fu à Senlis, là où luy et le roy
-de Navarre avoient mandé par leur lettres tous les nobles
-de Picardie et de Beauvoisin. Mais ledit roy n'y ala point,
-et s'envoia excuser par monseigneur Jehan de Piquegny
-pour causes de deux bosses que il avoit ès aines, si comme
-le dit monseigneur Jehan disoit. Mais à ladite journée ala
-pou desdis nobles.</p>
-
-<p>Si se parti ledit régent et s'en ala à Compiegne. Et environ
-Pasques les grans, qui furent le premier jour d'avril, l'an
-mil trois cens cinquante-huit, le confesseur du roy de France
-et un sien secrétaire appellé maistre Yvon vindrent de
-Angleterre par devers ledit régent, mais la cause ne fu pas
-sceue communelment.</p>
-
-<p>Item, le jeudi absolu, furent les ennemis à Corbueil
-et y pillèrent et prisrent des prisonniers, et s'en partirent
-tantost.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXVIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment le conte de Brene<a id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">[101]</a> respondi au régent pour ceux de
-Champaigne. Et coment le chastel de Monsterel-au-fort-d'Yonne
-fu rendu audit régent lequel y jut une nuit et de là
-se parti et ala en la cité de Meaux.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_101" href="#FNanchor_101"><span class="label">[101]</span></a> <i>Brene</i>. Brienne.</p>
-</div>
-
-<p>L'an de grace mil trois cens cinquante huit, le lundi après
-Quasimodo, neuviesme jour du moys d'avril, ledit régent
-qui avoit mandé par ses lettres les gens d'églyse, les nobles
-et les bonnes villes de Champaigne pour estre à Provins
-ledit jour de Quasimodo, entra en ladite ville de Provins.
-Et jasoit ce que le roy de Navarre eust escript par ses lettres
-closes aux dessusdis de Champaigne, que il seroit à
-la journée, toutesvoies n'y fu-il point ; mais maistre
-Robert de Corbie et monseigneur Pierre de Rosny, archidiacre
-de Brie en l'églyse de Paris, envoiés là de par la ville
-de Paris, furent à ladite journée.</p>
-
-<p>Le mardi ensuivant dixiesme jour dudit moys, avant
-disner, ledit régent parla en sa personne aux dessusdis
-de Champaigne, et leur dit que le royaume de France estoit
-à très grant meschief, et avoit moult à faire, si comme il
-savoient. Si leur pria et requist que il y méissent tout le
-bon remède que il pourroient, tant par conseil comme par
-aide, et aussi leur pria que il fussent tout un. Car sé division
-estoit au peuple de France, il estoit en grant péril, si
-comme il disoit. Et outre leur dist que sé aucunes choses
-avoient esté faites qui semblassent estre moult merveilleuses<a id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">[102]</a>,
-que, par aventure, quant il auroient oï ceux qui
-lesdites choses avoient faictes, il en seroient apaisiés. Et
-ce leur disoit ledit régent, si comme l'en cuidoit, pour ceux
-qui avoient esté tués à Paris. Car après ce que il ot dites
-les parolles dessusdites, il dist telles parolles : «&nbsp;Véez-cy
-maistre Robert de Corbie et l'archediacre de Paris qui
-vous diront aucunes choses de par les bonnes gens de
-Paris.&nbsp;»</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_102" href="#FNanchor_102"><span class="label">[102]</span></a> <i>Merveilleuses</i>. Cet adjectif avoit autrefois l'acception de <i>sinistre</i>,
-<i>inconvenant</i>, <i>insolite</i>. Il n'étoit pas, comme aujourd'hui, synonyme de
-<i>miraculeux</i> et sembloit plutôt venir de <i lang="la" xml:lang="la">male volens</i>. Dans <i>Garin le Loherain</i>,
-Fromont refusant d'aller à la rencontre des Sarrasins :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">«&nbsp;Et respont Begues : &mdash; <i>Merveilles</i> avés dit.&nbsp;»</div>
-</div>
-
-<p>Plus loin, Begues cherchant à prouver que les Sarrasins s'enfuiront à
-l'approche des chrétiens, Fromont répond :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">«&nbsp;Voir,&nbsp;» dist Fromont. «&nbsp;<i>Merveilles</i> avés dit.</div>
-<div class="verse">»&nbsp;Volez ocire la gent au roy Pepin.&nbsp;»</div>
-</div>
-
-<p>Il y a cinquante exemples qui confirment ceux-ci.</p>
-</div>
-<p>Et lors ledit maistre Robert parla et dist à ceux de Champaigne
-qui là estoient que ceux de Paris les amoient et
-avoient amés, et vouloient estre tout un avec eux. Et
-prioient aux dessusdis de Champaigne que il voulsissent estre
-tout un avec ceux de Paris, et ne se voulsissent merveillier
-sé aucunes choses avoient esté faictes à Paris ; car quant il
-sauroient les causes, et auroient oï ceux qui ces choses
-avoient conseilliées, il en seroient tous apaisiés, si comme
-disoit ledit maistre Robert, et pluseurs autres choses.</p>
-
-<p>Si requisrent les dessusdis de Champaigne audit régent
-que il voulsist que il peussent parler ensemble ; laquele
-chose il leur octroia. Si se traisrent à part et parlèrent ensemble.
-Et assez tost firent savoir au régent que il estoient
-près de luy faire response. Si ala ledit régent, le duc d'Orléans
-son oncle, le conte d'Estampes et pluseurs autres en
-un jardin, là où les dessusdis de Champaigne estoient ; et là
-monseigneur Simon de Roucy conte de Brene en Laonnois,
-respondi pour les Champenois et dist audit régent que il
-estoient près de luy conseillier de luy aidier et faire tout
-ce, pour luy, que bons et loyaux subgiès doivent faire pour
-seigneur. Mais pour ce que les plus grans et plus puissans
-de Champaigne n'estoient pas là, si comme disoit ledit
-conte, il requist audit régent que il leur donnast une autre
-journée pour eux assembler à Vertus en Champaigne ; et
-bien luy dist ledit conte que lesdis Champenois ne iroient
-plus à Paris. Laquelle requeste le régent leur ottroia : et fu
-ladite journée assignée au dimenche vint-nueviesme jour
-du moys d'avril. Et après dist ledit conte que audit maistre
-Robert de Corbie ne respondroient-il point, car à luy n'avoient-il
-que respondre. Et si demanda ledit conte audit
-régent de par les Champenois sé il savoit aucun mal au
-mareschal de Champaigne qui avoit esté tué à Paris, né
-villenie aucune pour laquelle on le deust avoir mis à mort?
-Et bien dit le conte que de monseigneur Robert de Clermont
-ne demandoit-il rien, car il s'en attendoit<a id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">[103]</a> à
-ceux de son pays, et bien créoit que il en feroient leur
-devoir. Lequel régent leur respondi que il tenoit et créoit
-fermement que ledit mareschal de Champaigne et ledit
-messire Robert de Clermont l'avoient servi et conseillié
-bien et loyaument, et n'avoit oncques sceu le contraire. Et
-lors ledit conte de Brene dist audit régent : «&nbsp;Monseigneur,
-Nous Champenois qui cy sommes vous mercions de ce que
-vous nous avez dit ; et nous attendons que vous fassiez
-bonne justice de ceux qui nostre ami ont mis à mort sans
-cause.&nbsp;» Et ce fait et dit, ledit régent ala disner et tous
-les Champenois qui vouldrent aler avec ly, car il en avoient
-esté tous semons.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_103" href="#FNanchor_103"><span class="label">[103]</span></a> <i>Il s'en attendoit</i>. Il s'en rapportoit.</p>
-</div>
-<p>Et le mercredi ensuivant, onziesme jour dudit moys
-d'avril, ledit régent se parti de Provins et s'en ala en
-l'abbaye de Pruilly<a id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">[104]</a>, et de là à Monsterel-au-fort-d'Yonne.
-Et ala devant le chastel lequel gardoit, de par
-la royne Blanche, un chevalier appellé monseigneur Taupin
-du Plessie, lequel Taupin estoit sur la porte dudit chastel
-tout armé, la teste au bacinet, quant ledit régent ala devant.
-Et lors, ledit régent luy commanda que il ouvrist la porte
-du chastel. Lequel Taupin ly respondi : «&nbsp;Mon redoubté
-seigneur, pour Dieu ne me veuilliez déshonnourer : madame
-la royne Blanche m'a baillié ce chastel à garder,
-et m'a fait jurer que je ne le rendroie à personne du
-monde, fors au roy<a id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">[105]</a> et à elle. Je vous supplie que il vous
-plaise à envoier par devers elle, et je cuide qu'elle me
-mandera tantost que je le vous rende.&nbsp;»</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_104" href="#FNanchor_104"><span class="label">[104]</span></a> <i>Pruilly</i>. La cinquième fille de Cîteaux. Entre <i>Provins</i> et <i>Montereau-Fault-Yonne</i>,
-comme on écrit aujourd'hui.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_105" href="#FNanchor_105"><span class="label">[105]</span></a> <i>Au roy</i>. Sans doute celui de Navarre.</p>
-</div>
-<p>Auquel Taupin ledit régent commanda de rechief deux
-fois ou trois que il luy ouvrist ledit chastel. Et lors ledit
-Taupin luy respondit : «&nbsp;Mon redoubté seigneur, je ne tendray
-pas ce chastel contre vous ; mais pour Dieu vueilliez-moi
-garder mon honneur.&nbsp;» Si descendi à la porte et
-l'ouvri ; et ledit régent et ses gens y entrèrent, et y coucha
-une nuit et le prist en sa main, et establi à le garder de
-par ly ledit Taupin, et li fist faire serement nouvel. Et
-se parti dudit chastel et s'en ala à Meaux, là où demouroit
-lors madame la duchesse, sa femme, et là où il avoit
-envoié de Provins le conte de Joigny et environ soixante
-hommes d'armes en sa compaignie, pour ce que l'en ly
-avoit dit que ceux de Paris avoient entencion de prendre et
-garnir de par eulx le marchié de Meaux. Et y estoit entré
-ledit conte deux jours devant. Dont le maire et aucuns de
-ladite ville furent moult courrouciés, et en parla ledit
-maire moult haultement audit conte de Joigny, qui s'estoit
-mis audit marchié et le tenoit. Et luy dist ledit maire que
-sé il cuidast qu'il voulsist avoir pris ledit marchié que il
-ne feust pas entré en ladite ville de Meaux. Et quant ledit
-régent fu en ladite ville de Meaux, ledit conte luy dist ce
-que ledit maire luy avoit dit. Lequel maire fu mandé devant
-ledit régent, et luy furent récitées les parolles que il avoit
-dictes, et les luy fist-l'en amender, et fu réservée la tauxation
-et l'amende.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXIX.</h3>
-
-<p class="section">De l'artillerie que ceux de Paris pristrent au Louvre, et la firent
-porter en l'ostel de la ville.</p>
-
-
-<p>Le mercredi, dix-huitiesme jour dudit moys d'avril, se
-parti ledit régent de la ville de Meaux pour aller à Compiegne
-à une journée<a id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">[106]</a> qu'il avoit mise aux Vermendisiens
-qui y devoient estre. Et luy apporta-on, celuy jour,
-nouvelles que ceux de Paris avoient pris grant quantité
-d'artillerie que on avoit mis au Louvre et chargiée, pour
-mener en certains lieux où ledit régent avoit ordené que
-fust menée ; et l'avoient ceux de Paris fait mener en la
-maison de la ville, en Grève. Et si avoient encore les dessusdis
-de Paris envoié audit régent unes bien merveilleuses
-lettres closes. Et un pou avant, il avoient mis gens d'armes
-de par eux audit chastel du Louvre. Et en ce temps et par
-avant, depuis que ledit régent s'estoit parti de Paris repairoient
-pou ou nuls gentils hommes en ladite ville de Paris,
-dont ceux de ladite ville estoient moult dolens. Et tenoient
-pluseurs que les gentils hommes leur vouloient mal<a id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">[107]</a>. Et
-fu une grande division au royaume de France. Car pluseurs
-villes, et la plus grant partie, se tenoient devers le régent
-leur droit seigneur ; et autres se tenoient devers Paris.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_106" href="#FNanchor_106"><span class="label">[106]</span></a> <i>Une journée</i>. Un ajournement, rendez-vous.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_107" href="#FNanchor_107"><span class="label">[107]</span></a> Ce fut l'<i>émigration</i> du temps. Dans les jours de déchaînement populaire,
-il faut ou se joindre à la bête féroce, ou se préparer un abri
-contre elle ; et dans cette alternative, il n'y a guère à recueillir que des
-regrets ou de la honte.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXX.</h3>
-
-<p class="section">Du descort de ceux d'Amiens les uns contre les autres, et coment
-les ennemis qui tenoient Esparnon pillièrent Chastiau-Landon.</p>
-
-
-<p>Le jeudi ensuivant, dix-neuviesme jour du moys d'avril,
-ledit régent fu à Compiegne, et y demoura une pièce. Et
-là luy furent aportées nouvelles que en la ville d'Amiens
-avoit très grant descort entre ceux de la ville. Si s'esmeut
-pour y aler, et ala jusques à Corbie. Là oï nouvelles pour
-lesquelles il n'ala point oultre.</p>
-
-<p>En celuy jour furent les ennemis qui demouroient à
-Esparnon, à Chastiau-Landon et l'endemain à Chésoy<a id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">[108]</a>.
-Et y pillièrent et pristrent prisonniers tant que l'en disoit
-que il y avoient bien gaingnié cinquante mil moutons d'or
-et plus. Et s'en retournèrent sans aucun empeschement à
-Esparnon, à tout leur pillerie et leur prisons.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_108" href="#FNanchor_108"><span class="label">[108]</span></a> <i>Chesoy</i>. Sans doute <i>Cheroy</i>, entre <i>Sens</i> et <i>Château-Landon</i>.</p>
-</div>
-<p><i>Incidence</i>. Le lundy jour de saint Georges, vingt-troisiesme
-jour dudit moys d'avril, fist le roy d'Angleterre une
-moult solemnel feste à Windesores, là où le roy de France
-estoit en prison ; et y alèrent pluseurs grans seigneurs
-d'Alemaigne, de Henault et de Breban.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXI.</h3>
-
-<p class="section">De l'ordenance qui fu faite en Champaigne sur le fait des aides
-pour la guerre.</p>
-
-
-<p>Le dimenche vint-neuviesme jour du moys d'avril,
-furent les Champenois assamblés à Vertus. Mais ledit
-régent n'y fu pas, car il estoit encore au voyage que il avoit
-fait vers Amiens. Et pour ce y envoia monseigneur Symon
-de Roucy, conte de Brene, lequel fist autelles requestes
-aux Champenois, de par ledit régent, comme ledit régent
-leur avoit fait à Provins. Si furent ensamble par deux jours
-et furent d'accort que il feroient, ès bonnes villes de
-soixante-dix feus, un homme d'armes : et au plat pays, personnes
-franches de cent feus, un homme d'armes : et de
-personnes serves et de fors mariages et de mortes mains de
-deux cens feus, un homme d'armes. Les gens d'église, un
-dixiesme : les nobles de cent livres de rente cent souls : et,
-outre ce, sé aucuns bourgois tenoient aucun fief, il en
-paieroient comme les nobles, avec ce que il paieroient des
-feus. Et toute celle aide il lèveroient par leur mains et
-despendroient en gens d'armes par leur mains, sé n'estoit
-le dixiesme que le régent auroit pour sa despense. Et envoièrent
-audit régent ceste ordenance.</p>
-
-<p>Item, le mardi premier jour de may ensuivant, devoient
-toutes les bonnes villes rassembler à Paris, par l'ordenance
-que il avoient faictes à la dernière assemblée qui y avoit
-esté ; mais ledit régent manda que ladite assemblée se féist
-à Compiegne, le vendredi ensuivant, quatriesme jour du
-moys de may, et ainsi se fist. Dont ceux de Paris furent
-moult courrouciés ; mais la plus grant partie de toutes les
-autres villes en avoient grant joie. Et en ladite ville de
-Compiegne fu accordé par tous, tant de gens d'églyse
-comme de nobles et des bonnes villes, un pareil subside
-à celuy qui avoit esté accordé à Vertus par les Champenois.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXII.</h3>
-
-<p class="section">Coment monseigneur le régent et le roy de Navarre parlementèrent
-ensamble, le roy de Navarre pour ceux de Paris ; et
-coment le roy de Navarre vint à Paris ; et luy firent ceux de
-Paris grant joie et grant honneur et en eussent volentiers
-fait leur capitain et leur gouverneur.</p>
-
-
-<p>Le mercredi, secont jour du moys de may, le roy de
-Navarre qui estoit logié à Mello<a id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">[109]</a>, et ledit régent duc
-de Normendie qui estoit logié à Clermont en Beauvoisin,
-furent en mi-marchié desdites villes, au lieu que l'en
-dit Domage-Lieu<a id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">[110]</a> pour parlementer ; et avoient chascun
-grant foison de gens d'armes. Et là parla ledit
-roy audit régent pour ceux de Paris, afin que iceluy régent
-voulsist accorder à eux. Et ledit régent dist audit roy
-que il aimoit ladite ville de Paris, et que il savoit bien que
-en celle ville avoit de bonnes gens, mais aucuns qui y estoient
-luy avoient fait grans villenies pluseurs et desplaisirs,
-comme de tuer ses gens en sa présence, de prendre son
-chastel du Louvre et son artillerie, et pluseurs autres grans
-despis luy avoient fais. Si n'avoit pas entencion de entrer à
-Paris jusques à ce que ces choses li fussent adreciées. Et
-requist audit roy que il fust avec luy et luy aidast à les
-adrecier.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_109" href="#FNanchor_109"><span class="label">[109]</span></a> <i>Mello</i>. Ou <i>Merlou</i>, à quatre lieues de Senlis.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_110" href="#FNanchor_110"><span class="label">[110]</span></a> Cette dernière indication n'est pas dans le manuscrit de Charles
-V, et je n'ai pas retrouvé sur les cartes ce nom de <i>Domage-Lieu</i>,
-que donnent les autres leçons.</p>
-</div>
-<p>L'endemain, jour de jeudi, rassemblèrent audit lieu et
-parlèrent ensemble comme le jour précédent. Et après se
-parti ledit roy et s'en ala à Paris où il entra le vendredi
-ensuivant, quatriesme jour dudit moys de mai, à moult
-grant compaignie, tant de ses gens comme de ceux de Paris
-qui estoient alés encontre luy. En laquelle ville il fu moult
-honnoré et seigneuri par l'espace de dix ou douze jours
-que il y demoura ; et volentiers en eussent fait leur capitain
-aucuns de ceux de Paris ou leur seigneur, comme faux
-et mauvais que il estoient.</p>
-
-<p>Item en celuy temps, l'evesque de Laon qui estoit en
-l'assemblée à Compiegne, fu en péril d'estre tué par pluseurs
-nobles hommes qui là estoient avec ledit régent. Et
-convint que il s'en partist celéement ; et ala à Saint-Denis
-en France. Et manda à ceux de Paris que on le alast querir.
-Si envoièrent ceux de Paris et aussi le roy de Navarre qui
-là estoit, grant quantité de gens d'armes quérir ledit evesque
-à Saint-Denis ; et vindrent en sa compaignie jusques à
-Paris. Si fu dit audit régent de pluseurs nobles et autres
-que ledit evesque estoit faux et mauvais ; et vérité estoit :
-car par luy estoient avenus tous les maux au royaume de
-France. Et luy requistrent que il ne fust plus à son conseil.</p>
-
-<p>Item, en celuy temps, Jehan de Meudon, chastelain de
-Evreux pour le roy de France, bouta le feu en ladite ville
-de Evreux et fu toute arse, dont le roy de Navarre fu moult
-courroucié.</p>
-
-<p>Item, le dimenche treiziesme<a id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">[111]</a> jour du moys de may,
-partirent les ennemis qui estoient à Esparnon dudit lieu,
-et chevaulchièrent de rechief en Gatinois. Et ardirent toute
-la ville de Nemours, et moult dommagièrent pluseurs autres
-villes au pays, comme Grés<a id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">[112]</a> et autres villes, dont moult
-de gens estoient merveilliés ; car ce pays estoit en douaire à
-la royne Blanche, suer audit roy de Navarre. Et monseigneur
-James Pipes, capitain d'Esparnon, s'appeloit lieutenant
-au roy de Navarre en ses saufs conduis et en ses
-autres fais, et si estoit souvent avec le roy de Navarre, si
-comme l'en disoit<a id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor">[113]</a>. Et s'en retournèrent les ennemis
-trois ou quatre jours après, sans ce que aucun leur féist
-empeschement.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_111" href="#FNanchor_111"><span class="label">[111]</span></a> <i>Treiziesme</i>. Et non pas <i>quatriesme</i> comme portent les autres manuscrits
-et les éditions précédentes. Le 4 may tomboit un vendredy, cette
-année-là.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_112" href="#FNanchor_112"><span class="label">[112]</span></a> <i>Grés</i> ou <i>Grez</i>. Aujourd'hui village entre Nemours et Fontainebleau.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_113" href="#FNanchor_113"><span class="label">[113]</span></a> Cette liaison du roy de Navarre avec le partisan James Pipes n'étoit
-peut-être pas bien prouvée ; mais tout porte à croire, surtout les sauf-conduits
-rapportés plus haut, que Charles-le-Mauvais avoit promis aux
-pillards de ne marcher ni faire marcher contre eux. Le dauphin, de son
-côté, privé d'argent par les Etats qui percevoient toutes les taxes, ne pouvoit
-réunir dix hommes d'armes, avant les assemblées de Compiègne et de
-Vertus. Les malheurs publics permettoient donc aux émissaires du Navarrois
-de calomnier le fils du roi, d'insinuer l'idée de transporter la
-couronne de France sur une tête plus puissante, etc., etc. &mdash; Il y a quelque
-rapport entre les <i>accapareurs</i> de 1790 et les pillards de 1358.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXIII.</h3>
-
-<p class="section">Des lettres qui furent aportées d'Angleterre.</p>
-
-
-<p>Le mardi, quinziesme jour du moys de may, furent aportées
-à Paris pluseurs lettres closes envoiées d'Angleterre,
-de pluseurs grans seigneurs de France et d'autres, par lesquelles
-on escripvoit que la paix avoit esté faite entre les
-roys de France et d'Angleterre le huitiesme jour dudit
-moys, et que lesdis roys avoient mangié ensemble et s'estoient
-entrebaisiés. Laquelle chose les uns ne créoient point,
-les uns pour ce que il ne voulsissent pas, les autres pour ce
-que par pluseurs fois avoit ainsi esté mandé et tousjours
-les Anglois y avoient mis empeschement ; et les autres qui
-en estoient forment joieux le créoient.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXIV.</h3>
-
-<p class="section">Du commencement et première assemblée de la mauvaise
-Jaquerie de Beauvoisin.</p>
-
-
-<p>Le lundi, vint-huitiesme jour dudit moys de may, s'esmurent
-pluseurs menues gens de Beauvoisin des villes de
-Saint-Leu de Serens, de Nointel, de Cramoisi<a id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">[114]</a> et d'environ,
-et se assemblèrent par mouvement mauvais. Et coururent
-sur pluseurs gentils hommes qui estoient en ladite
-ville de Saint-Leu et en tuèrent neuf : quatre chevaliers
-et cinq escuiers. Et ce fait, meus de mauvais esprit, alèrent
-par le pays de Beauvoisin, et chascun jour croissoient en
-nombre, et tuoient tous gentils hommes et gentils femmes
-qu'il trouvoient, et pluseurs enfans tuoient-il. Et abattoient
-ou ardoient toutes maisons de gentils hommes qu'il trouvoient,
-fussent forteresces ou autres maisons. Et firent un
-capitaine que on appelloit Guillaume Cale<a id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor">[115]</a>. Et alèrent
-à Compiègne, mais ceux de la ville ne les y laissièrent
-entrer. Et depuis il alèrent à Senlis, et firent tant que ceux
-de ladite ville alèrent en leur compaignie. Et abattirent
-toutes les forteresces du pays, Armenonville, Tiers et une
-partie du chastel de Beaumont-sur-Oyse. Et s'enfouy la
-duchesse d'Orléans qui estoit dedens, et s'en ala à Paris.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_114" href="#FNanchor_114"><span class="label">[114]</span></a> <i>Nointel</i>, <i>Saint-Leu</i> et <i>Cramoisi</i> sont aujourd'hui trois villages : le
-premier au-dessus de Beaumont-sur-Oise ; le second sur la même rivière,
-à cinq lieues au-dessous ; le troisième entre Mello et Saint-Leu.
-Quant à <i>Serens</i>, ce doit être le surnom du village de Saint-Leu, et il
-faut le reconnoître dans le <i lang="la" xml:lang="la">Sanctum-Lupum de Cherunto</i> du Continuateur
-de Nangis. La carte de Desnos (<i>Généralité de Paris</i>) écrit : <i>Saint-Leu
-Desservant</i>. <i>Tiers</i> et <i>Ermenonville</i>, que les paysans abattirent, sont
-des villages situés aux deux extrémités de la forêt d'Ermenonville, à
-quatre ou cinq lieues de Saint-Leu. La chronique inédite du Msc. 530 dit
-également que «&nbsp;la première esmeute des paysans contre les nobles fu
-commenciée dans la première sepmaine du moys de juing.&nbsp;» (F<sup>o</sup> 69, V<sup>o</sup>.)</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_115" href="#FNanchor_115"><span class="label">[115]</span></a> <i>Guillaume Cale</i>. «&nbsp;<span lang="la" xml:lang="la">Capitaneum quemdam de villâ quæ <i>Mello</i> dicitur,
-rusticum magis astutum ordinarunt, scilicet <i>Guillermum</i> dictum <i>Karle</i>.</span>&nbsp;»
-(Continuateur de G. de Nangis.) La Jaquerie, l'un des épisodes de la
-déplorable année 1358, offre les plus grands rapports avec les bandes
-qui, presque de nos jours, crioient : <i>Guerre aux Châteaux, Paix aux
-Chaumières.</i></p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXV.</h3>
-
-<p class="section">De la mort du maistre du pont de Paris et du maistre charpentier
-du roy, par les gouverneurs de Paris.</p>
-
-
-<p>Le mardi vint-neuviesme jour dudit moys, le prévost des
-marchans et les autres gouverneurs de Paris firent couper
-les testes et après escarteler les corps, en Grève à Paris, au
-maistre du pont de Paris, appellé Jehan Peret, et au maistre
-charpentier du roy, appellé Henry Metret, à tort et
-sans cause ; pour ce, si comme il disoient, que il devoient
-avoir traictié avec aucuns dudit duc de Normendie, ainsné
-fils du roy de France et régent le royaume, de mettre gens
-d'armes dedens ladite ville de Paris pour ledit régent.
-Et firent pendre les quartiers desdis maistres aux entrées
-de ladite ville de Paris. Et je qui ceci escris vi<a id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor">[116]</a> que
-quant le bourel, appellé lors Raoulet, voult coupper la teste
-au premier maistre, c'est assavoir audit Peret, il chaï et
-fu tourmenté d'une cruelle passion tant que il rendoit
-escume par sa bouche ; dont pluseurs de Paris disoient que
-ce estoit miracle, et que il déplaisoit à Dieu de ce que on
-les faisoit mourir sans cause. Et lors un advocat du Chastelet,
-appellé maistre Jehan Godart, lequel estoit aux fenestres
-de l'ostel de la ville, en la place de Grève, dist haultement
-oïant le peuple qui là estoit : «&nbsp;Bonnes gens, ne vous
-vueilliez esmerveillier sé Raoulet est ainsi chéu de
-mauvaise maladie, car il en est entechié<a id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">[117]</a>, et en chiet
-souvent.&nbsp;»</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_116" href="#FNanchor_116"><span class="label">[116]</span></a> <i>Et je qui ceci escris</i>. Ces mots ne sont que dans le manuscrit de
-Charles V : les autres avec les éditions gothiques portent : «&nbsp;<i>Et virent
-pluseurs.</i>&nbsp;» Notre texte doit être le véritable et prouve que le Chroniqueur
-étoit à Paris dans ce temps-là, sans doute assez mal à son aise, en raison
-de ses sentimens de loyauté. &mdash; Les éditions précédentes ne nomment pas
-<i>Peret</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_117" href="#FNanchor_117"><span class="label">[117]</span></a> <i>Entechié</i>. Affecté.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXVI.</h3>
-
-<p class="section">De la cruauté de ceulx de Beauvoisin ; et coment le régent se parti
-de Meaux pour aler à Sens.</p>
-
-
-<p>En ce temps multiplièrent moult ces gens de Beauvoisin.
-Et se resmuèrent et assemblèrent pluseurs autres en
-diverses flotes en la terre de Morency, et abatirent et ardirent
-toutes les maisons et chastiaux du seigneur de Morency
-et des autres gentils hommes du pays. Et aussi se firent
-autres assemblées de tels gens en Mucien<a id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">[118]</a> et en autres
-lieux environ. Et en ces assemblées avoit gens de labour
-le plus, et si y avoit de riches hommes, bourgois et autres ;
-et tous gentils hommes que il povoient trouver il
-tuoient, et si faisoient-il gentils femmes et pluseurs enfans ;
-qui parestoit trop grant forsennerie.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_118" href="#FNanchor_118"><span class="label">[118]</span></a> <i>Mucien</i> ou <i>Mulcien</i>. «&nbsp;<span lang="la" xml:lang="la">Pagus Melcianus.</span>&nbsp;» C'est la partie de Brie
-renfermée entre <i>Crepy</i> et <i>Crécy</i>. Elle comprend Meaux, May-en-Mulcien,
-Rosoy-en-Mulcien, etc. (Voy. M. <i>Guérard</i>, Provinces et Pays de la France,
-dans l'<i>Annuaire de la Société de l'Histoire de France</i>, année 1837.)</p>
-</div>
-<p>En ce temps, ledit régent qui estoit au marchié de Meaux
-que il avoit fait enforcier et faisoit de jour en jour, s'en
-parti et ala au chastel de Monstereil au fort d'Yonne ; et
-assez tost après s'en parti et ala en la cité de Sens, en laquelle
-il entra le samedi neuviesme jour de juing ensuivant,
-à matin. Et fu receu en ladite cité par les gens
-d'icelle moult honnorablement si comme il le devoient
-faire, comme à leur droit seigneur après le roy de France
-son père. Et toutesvoies, avoit lors pou de villes, cités ou
-autres en la Langue d'oyl qui ne fussent meues contre les
-gentils hommes, tant en faveur de ceux de Paris qui trop
-les haoient, comme pour le mouvement du peuple. Et
-néantmoins fu-il receu en ladite ville de Sens à grant
-paix et honorablement. Et fist ledit régent en ladite ville
-grant mandement de gens d'armes.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXVII.</h3>
-
-<p class="section">Coment ceux de Paris furent desconfis à Meaux ; et de la mort
-du maire de la ville appellé Jehan Soulas.</p>
-
-
-<p>Celuy samedi meisme, qui estoit le neuviesme jour de
-juing, l'an mil trois cens cinquante-huit, pluseurs qui
-estoient partis de la ville de Paris, jusques au nombre
-de trois cens ou environ, desquels gens estoit capitain un
-appellé Pierre Gille espicier de Paris, et environ cinq
-cens qui s'estoient assemblés à Cilly en Mucien<a id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">[119]</a>, desquels
-estoit capitain un appellé Jehan Vaillant prévost des
-monnoies du roy, alèrent à Meaux. Et jasoit ce que Jehan
-Soulas, lors maire de Meaux, et pluseurs autres de ladite
-ville eussent juré audit régent que il luy seroient bons et
-loyaux et ne souffreroient aucune chose estre faite contre
-luy né contre son honneur, néantmoins il firent ouvrir les
-portes de ladite cité auxdis de Paris et de Cilly, et firent
-mettre les tables et les nappes parmy les rues, le pain, le
-vin et les viandes sus ; et burent et mangièrent sé il vouldrent
-et se resfraichirent. Et après se mirent en bataille, en
-alant droit vers le marchié de ladite ville de Meaux auquel
-estoit la duchesse de Normendie et sa fille, et la seur dudit
-régent, appellée madame Ysabel de France qui puis fu
-femme du fils du seigneur de Milan et fu contesse de Vertus
-que le roy Jehan, son père, luy donna à son mariage. Et
-avec eux estoit le conte de Foys, le seigneur de Hangest et
-pluseurs autres gentils hommes que ledit régent y avoit
-laissiés pour garder ladite duchesse sa femme, sa fille, sa
-seur et ledit marchié.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_119" href="#FNanchor_119"><span class="label">[119]</span></a> <i>Cilly</i> ou <i>Silly</i>. Aujourd'hui hameau à quatre lieues au-delà de
-Dammartin, près de la route de Soissons.</p>
-</div>
-<p>Si issirent dudit marchié lesdits conte de Foys, le seigneur
-de Hangest et aucuns autres, jusques au nombre de vint-cinq
-hommes d'armes ou environ, et alèrent contre les
-dessusdis Pierre Gille et sa compaignie ; et se combattirent
-à eux. Et là fu tué un chevalier dudit marchié appellé
-monseigneur Loys de Chambly, d'un vireton près de l'euil.
-Finablement ceux dudit marchié eurent victoire. Et furent
-ceux de Paris, de Cilly et pluseurs de la cité de Meaux qui
-s'estoient mis avec eux, desconfis. Et pour ce, ceux dudit
-marchié mirent le feu en ladite cité et ardirent aucunes
-maisons<a id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor">[120]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_120" href="#FNanchor_120"><span class="label">[120]</span></a> Le manuscrit de Charles V donne ici, dans une miniature, la représentation
-du combat. Le <i>marché</i> de Meaux est une forteresse dont on
-distingue trois tours, surmontées chacune d'un petit pennon blanc. Le
-drapeau blanc étoit donc, dès le règne du roi Jean, celui de la monarchie
-françoise ; je ne crois pas qu'on l'ait encore remarqué dans un monument
-aussi ancien. Au reste, il se pourroit que les couleurs <i>bleu et rouge</i> du
-parti populaire eussent été la première cause de l'adoption d'une troisième
-couleur, le <i>blanc</i>, pour signe de ralliement des royalistes.</p>
-</div>
-<p>Et depuis furent informés que pluseurs de ladite cité
-avoient esté armés contre eux et les avoient voulu trahir,
-et pour ce ceux dudit marchié pillièrent et ardirent partie
-de ladite cité. Mais la grant églyse ne fu pas arse né aussi
-aucunes maisons des chanoines : mais toutesvoies fu
-tout pris ; et aussi fu le chastel qui estoit au roy ars ; et
-dura ledit feu tant en ladite ville comme audit chastel
-plus de quinze jours. Et pristrent ceux dudit marchié Jehan
-Soulas, le maire de ladite ville de Meaux, et pluseurs autres
-hommes et femmes, et les tindrent prisons audit
-marchié. Et depuis fit-l'en mourir ledit maire, si comme
-droit estoit.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXVIII.</h3>
-
-<p class="section">De la mort Guillaume Cale par le roy de Navarre ; et coment
-ledit roy ala de Beauvoisin à Saint-Ouyn, pour parler au
-prévost des marchans.</p>
-
-
-<p>En celuy temps chevaulcha le roy de Navarre en Beauvoisin,
-et mist à mort pluseurs de ceux des communes ; et
-par espécial fist coupper la teste dudit Guillaume Cale à
-Clermont en Beauvoisin. Et pour ce que ceux de Paris luy
-mandèrent que il alast vers eux à Paris, il se traist à Saint-Ouyn,
-en l'ostel du roy appellé la Noble-Maison. Et là ala le
-prévost des marchans parlementer audit roy. Et le jeudi,
-quatorziesme jour dudit moys de juing, ala ledit roy de
-Navarre à Paris. Et contre luy alèrent pluseurs de ladite
-ville de Paris pour luy accompagnier jusques là où il descendi,
-c'est assavoir à Saint-Germain-des-Prés.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXIX.</h3>
-
-<p class="section">Du preschement que le roy de Navarre fist en l'ostel de la ville,
-et coment par l'énortement de ses aliés fu fait capitain de
-Paris : dont pluseurs de ladite ville furent courrouciés.</p>
-
-
-<p>Le vendredi, quinziesme jour de juing, ledit roy de Navarre
-vint en la maison de la ville et prescha. Et entre les
-autres choses dist que il amoit moult le royaume de France
-et il y estoit moult bien tenu, si comme il disoit ; car il estoit
-des Fleurs de lis de tous costés, et eust esté sa mère roy
-de France sé elle eust esté homme ; car elle avoit esté seule
-fille du roy de France. Et si luy avoient les bonnes villes du
-royaume, par espécial celle de Paris, fait très grans biens
-et haus honneurs, lesquels il taisoit ; et pour ce estoit-il
-prest de vivre et de mourir avecques eulx.</p>
-
-<p>Et aussi prescha Charles Toussac et dist que le royaume
-de France estoit en petit point et avoit mal esté gouverné,
-et encore estoit ; si estoit mestier que il y féissent un capitain
-qui mieux les gouverneroit et luy sembloit que meilleur
-ne povoient-il avoir du roy de Navarre.</p>
-
-<p>Et à ce mot furent pluseurs forgiés et ordenés à ce, qui
-crièrent : <i>Navarre! Navarre!</i> tous à une voix ainsi comme
-sé il voulsissent dire : Nous voulons le roy de Navarre. Et
-toutesvoies, la plus grant partie de trop de ceulx qui là
-estoient se teurent et furent courrouciés dudit cry ; mais il
-ne l'osèrent contredire.</p>
-
-<p>Si fu lors esleu ledit roy en capitain de la ville de Paris ;
-et luy fu dit, de par le prévost des marchands de Paris,
-que ceux de Paris escriproient à toutes bonnes villes du
-royaume, afin que chascun se consentist à faire ledit roy
-capitain universal par tout le royaume de France.</p>
-
-<p>Et lors, leur fist ledit roy serment de les garder et gouverner
-bien et loyalement, et de vivre et morir avec eulx
-contre tous, sans aucun excepter ; et leur dist : «&nbsp;Biaux seigneurs,
-ce royaume est moult malade, et y est la maladie
-moult enracinée ; et, pour ce, ne puet-il estre si tost gary :
-si ne vous vueilliés pas mouvoir contre moy sé je ne
-apaise si tost les besoingnes, car il y faut trait et labour.&nbsp;»</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXX.</h3>
-
-<p class="section">Coment ledit régent s'en ala de Sens à Provins, à Chasteau-Tierry
-et à Gandelus ; et du nombre des Jaques tués par
-gentilshommes.</p>
-
-
-<p>Celui vendredi meismes, ledit régent qui toute celle sepmaine
-avoit demouré à Sens, s'en parti et s'en ala à Provins,
-et d'illec vers Chasteau-Tierry et vers Gandelus<a id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor">[121]</a>
-où l'en disoit qu'il avoit grande assemblée de ces communes
-que l'en appelloit Jaques-Bonhomme ; et tousjours luy
-venoient gentilshommes de tous pays. Et la royne Jehanne
-estoit à Paris, laquelle mettoit grande diligence de
-faire aucun traictié entre ledit régent, par devers lequel
-elle envoioit souvent, et ceulx de Paris. Et pour ce se parti
-ladite royne de Paris le samedi vingt-troisiesme jour de
-juing pour aler par devers ledit régent qui estoit environ
-Meaulx, en attendant les gens d'armes qui luy venoient.</p>
-
-<p>Et tousjours ardoient les gentilshommes aucunes maisons
-que il trouvoient à ceulx de Paris, sé il n'estoient officiers
-du roy ou dudit régent ; et prenoient et emportoient
-tous les biens meubles que il trouvoient et estoient auxdis
-habitans ; et ne se osoit homme qui alast par pays, avoer
-de Paris<a id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor">[122]</a>. Et aussi tuoient les gentilshommes tous ceux
-que il povoient trouver qui avoient esté de la compagnie
-des Jaques, c'est-à-dire des communes qui avoient tué les
-gentilshommes, leur femmes et leur enfans, et abattues
-maisons ; et tant que on tenoit certainement que l'en en
-avoit bien tué dedens le jour de la saint Jean-Baptiste vint
-mil et plus.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_121" href="#FNanchor_121"><span class="label">[121]</span></a> <i>Gandelus</i>. Aujourd'hui bourg du département de l'Aisne, à quatre
-lieues de <i>Château-Thierry</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_122" href="#FNanchor_122"><span class="label">[122]</span></a> C'est que ces <i>Marseillais</i> du <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle avoient été bien réellement
-soulevés par les anarchistes de Paris. Je demande la permission
-de citer à l'appui de cette opinion la précieuse chronique manuscrite
-conservée sous le n<sup>o</sup> 530, Supplément françois. A l'occasion de l'expédition
-du roi de Navarre contre les Jacques, on y lit : «&nbsp;En ce temps
-assembla le roy de Navarre grans gens et ala vers Clermont-en-Beauvoisis,
-et en tuèrent plus de huit cens et fist copper la teste à leur
-cappitaine <i>qui se vouloit tenir pour roy</i> ; et dient aucuns que les Jacques
-s'attendoient que le roy de Navarre leur deust aidier, pour l'aliance
-que il avoit au prévost des marchans, par lequel prévost la Jaquerie
-s'esmeut, si comme on dit. En ce temps alèrent ceux de Paris&nbsp;» &mdash; (non
-pas les Navarrois) «&nbsp;à Ermenonville, et assaillirent le chastel et le prindrent
-d'assaut. Là estoit de Lorris, qui avoit l'ordre de chevalerie ; mais
-par paour il regnia gentillesse et jura que il amoit mieulx les bourgois
-et le commun de Paris que les nobles ; et par ce fu sauvé et sa femme
-et ses enfans. Mais ses biens furent tous robés et prins qui dedens le
-chastel estoient. Lors repairèrent icelles gens à Paris.&nbsp;» Notre chronique
-a dit plus haut qu'Ermenonville avoit été pris par les <i>Jaques</i>. Parisiens
-ou Jaques, c'étoit tout un.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXXI.</h3>
-
-<p class="section">Coment les gentilshommes de Bourgoigne laissièrent le roy de
-Navarre.</p>
-
-
-<p>Le vendredi vingt-deuxiesme jour dudit mois de juing,
-le roy de Navarre parti de Paris et avecques luy pluseurs
-de ladite ville et pluseurs de ses gens. Et estoient environ
-six cens glaives, et alèrent à Gonesse où pluseurs autres des
-villes de la visconté de Paris les attendoient. Et deux jours
-ou trois devant, pluseurs des gentilshommes qui avoient
-esté avec ledit roy de Navarre une partie de la saison et
-encore estoient, espécialement ceulx du pays de Bourgoigne,
-prisrent congié dudit roy de Navarre, quant il virent que
-il avoit accepté la capitainerie de ceus de Paris, en disant
-que il ne seroient point contre ledit régent né contre les
-gentilshommes ; et s'en partirent et s'en alèrent en leur
-pays. Et ledit roy et sa compaignie s'en alèrent vers Senlis.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXXII.</h3>
-
-<p class="section">Coment ledit régent et son ost logièrent près de Paris, en telle
-manière que nul n'osoit issir né entrer en ladite ville de
-celle part où il estoit.</p>
-
-
-<p>Monseigneur le régent qui avoit esté vers Chasteau-Tierry,
-vers la Ferté-Milon et au pays environ pour despécier
-pluseurs assemblées des Jaques qui là estoient, après
-ce que les nobles qui estoient avec ledit régent orent mis à
-mort pluseurs Jaques, ars et gasté tout le pays entre la
-rivière de Marne et de Seine, s'en retourna en alant vers
-Paris, et se logia à Chielle-Sainte-Bautheut<a id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">[123]</a>, la derrenière
-sepmaine de juing, c'est assavoir le mardi vingt-troisiesme
-jour dudit moys.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_123" href="#FNanchor_123"><span class="label">[123]</span></a> <i>Bautheut</i>. Bathilde.</p>
-</div>
-<p>Et la royne Jehanne fu à Laigny, qui moult se penoit de
-traictier entre ledit régent et ceulx de Paris. Et lors n'y
-pout aucun traictié estre trouvé : car ceulx de Paris se
-tenoient fiers et haus contre ledit régent leur seigneur. Et
-pour ce, luy et son ost se deslogièrent de Chielle et se logièrent
-environ le bois de Vincennes, environ le pont de Charenton
-et environ Conflans, le vendredy vint-neuviesme
-jour dudit moys de juing. Et tenoit-l'en que en l'ost dudit
-régent avoit bien trente mil chevaux. Si fu tout le pays
-gasté jusques à huit ou dix lieues, et communément les
-villes arses.</p>
-
-<p>Et ledit roy de Navarre s'en retourna et entra en la ville
-de Saint-Denis, lequel roy estoit alié avec ceulx de Paris
-contre ledit régent leur droit seigneur. Et si avoit en la
-compaignie dudit roy grant foison ennemis du roy et du
-royaume de France, Anglois et autres que ledit roy de Navarre
-avoit fait venir des garnisons anglesches, d'Esparnon
-et d'autre part. En la ville de Saint-Denis se tint le roy
-de Navarre. Et ledit régent et son ost estoient logiés ès lieux
-dessus dis, et estoit le corps dudit régent logié en l'ostel du
-Séjour, ès Quarrières<a id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor">[124]</a>. Et n'osoit homme issir de Paris
-de celle part né entrer aussi ; mais par pluseurs fois en
-issoit l'en en bataille ; mais tousjours perdoient plus qu'il
-ne gaignoient et en y ot pluseurs mors.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_124" href="#FNanchor_124"><span class="label">[124]</span></a> <i>Quarrières</i>. Les Carrières sont un petit village dépendant de la
-commune de Charenton. Quant à l'<i>ostel du Séjour</i>, c'est aujourd'hui la
-maison de plaisance ou de refuge de M. l'archevêque de Paris.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXXIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment le régent et le roy de Navarre assemblèrent en un pavillon
-qui fu tendu sur une motte, entre Saint-Anthoine
-et le bois, pour accorder un traictié que la royne Jehanne
-avoit basti ; et du serment que ledit roy fist sur <i lang="la" xml:lang="la">Corpus Domini</i>
-que l'evesque de Lisieux avoit célébré, en entencion que
-ledit régent et ledit roy le usassent pour plus fermement tenir
-leur seremens ; mais ledit roy de Navarre refusa à user le
-premier.</p>
-
-
-<p>Le dimenche huitiesme jour de juillet ensuivant, assemblèrent
-lesdis régent et roy de Navarre en un pavillon qui,
-pour ce, fu tendu près de Saint-Anthoine, en un lieu que l'en
-dit le Moulin-à-Vent, pour accorder ensemble certain traictié
-que la royne Jehanne avoit pourparlé. Si estoient les batailles
-dudit régent toutes ordenées aux champs en quatre
-batailles, où l'en estimoit bien douze mil hommes d'armes
-et plus. Et les gens du roy de Navarre furent en bataille
-ordenés sur une petite montaigne près de Monstruel et de
-Charonne, et n'estoient pas plus de huit cens combattans,
-si comme l'en les estimoit. Et, pour ce que il estoient si
-petit nombre ne approchièrent point ledit pavillon né
-les batailles audit régent.</p>
-
-<p>Si parlementèrent ledit régent et ses gens et le roy de
-Navarre et ses gens, en la présence de ladite royne. Si furent
-à acort par la manière qui s'ensuit, c'est assavoir : pour
-toutes les choses que ledit roy pourroit demander audit
-régent pour quelconques causes que ce fust, luy bailleroit
-dix mil livres de terre<a id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor">[125]</a> et quatre cens mil florins à l'escu,
-lesquels seroient bailliés audit roy par la manière qui s'ensuit.
-C'est assavoir la première année cent mil, et chascun
-an ensuivant cinquante mil, jusques à fin de paie ; et si
-seroient lesdis quatre cens mil florins pris sur les aydes
-que le peuple feroit pour cause des guerres, sans ce que
-ledit régent en fust autrement tenu né obligé. Et pour ce, ledit
-roy de Navarre devoit estre avec ledit régent contre tous
-excepté le roy de France ; et afin que ledit régent et le roy
-de Navarre tenissent sans enfraindre toutes les choses dessus
-dites, l'evesque de Lisieux, qui présent estoit, chanta une
-messe audit pavillon, environ heure de nonne, et consacra
-deux personnes<a id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">[126]</a>, en espérance que de l'une fust fait deux
-parties et usées par lesdis régent et roy. Et quant la messe
-fu chantée, lesdis régent et roy jurèrent, sur le corps-Dieu
-sacré que ledit evesque tenoit entre ses mains, que il teindroient
-et acompliroient sans enfraindre tout ce que chascun
-avoit promis, présens à ce dus, contes et barons tant come en
-povoit au devant dit pavillon, environ heure de nonnes.
-Et après ledit evesque brisa l'oiste, et en voult faire user à
-chascun desdis régent et roy ; mais ledit roy dit que il n'estoit
-pas jeun<a id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor">[127]</a> ; et pour ce ledit régent n'en prist point
-aussi, jasoit ce que il se feust ordené pour le recevoir. Si usa
-tout ledit evesque. Et, par ce, ledit roy devoit aler à Paris
-pour les faire mettre en l'obéissance dudit régent. Et ainsi
-se départirent ; et s'en ala ledit régent aux Quarrières et
-ledit roy à Saint-Denis.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_125" href="#FNanchor_125"><span class="label">[125]</span></a> <i>Dix mil livres de terre</i>. C'est-à-dire lui assigneroit la propriété de
-terres évaluées à dix mille livres.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_126" href="#FNanchor_126"><span class="label">[126]</span></a> <i>Personnes</i>. Deux <i>oistes</i> ou hosties, deux <i lang="la" xml:lang="la">Corpus Domini</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_127" href="#FNanchor_127"><span class="label">[127]</span></a> <i>Jeun</i>. «&nbsp;<span lang="la" xml:lang="la">Jejunus.</span>&nbsp;» A jeun.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXXIV.</h3>
-
-<p class="section">Coment, après les dessusdis sermens, les gens au roy de Navarre
-coururent sus aux gens du régent.</p>
-
-
-<p>Le mardi ensuivant dixiesme jour du moys de juillet,
-le roy de Navarre ala à Paris ; et cuidoit ledit régent que
-ledit roy deust aler devers luy, celuy jour, porter la response
-de ceux de Paris : mais il n'y ala point, ainçois demoura
-tout ce jour. Et l'endemain, le onziesme jour dudit moys, il
-mist en ladite ville de Paris les Anglois que il avoit avecques
-luy. Et disoit-l'en en l'ost dudit régent que ceux de Paris
-avoient dit audit roy que il avoit fait sa paix sans eux et que
-il ne leur en challoit, car il se passeroient bien de li<a id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">[128]</a>. Et
-pour ce fist nouvelles alliances, si comme l'en disoit, avec
-eux ; et bien y parut de fait, car il ne retourna point devers
-ledit régent ; mais<a id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">[129]</a>, luy estant dedens ladite ville de Paris,
-pluseurs en issirent armés, par espécial de ceux que il y
-avoit menés.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_128" href="#FNanchor_128"><span class="label">[128]</span></a> Cette dernière circonstance précieuse est éclaircie par le continuateur
-de Nangis, qui place le fait après la destruction <i>prétendue</i> du pont
-de bateaux dont il sera question tout à l'heure : «&nbsp;<span lang="la" xml:lang="la">Alterâ autem vice
-contigit quod <i>nobiles</i> cum duce in armis partes illas ubi pons fuerat,
-ut dicitur, propè pontem de Charenton accesserunt, ut regem Navarræ
-cum Parisiensibus expugnarent, contrà quos rex Navarræ, capitaneus
-parisiensis, cum suis armatus aggressus est, et veniens ad ipsos locutus
-est multis sermonibus eis sine pugnâ, et deindè reversus est Parisius.
-Quod videntes Parisienses, suspicati sunt contrà ipsum, quod, quia nobilis
-erat, cum aliis conspirasset aliqua Parisiensibus secreta forsitan
-vel nocua. Propter quod dictum regem cum suis spreverunt, et ipsum
-ab illo officio removerunt.</span>&nbsp;»</p>
-
-<p class="attr">(Spicileg., t. <small>III</small>, p. 118.)</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_129" href="#FNanchor_129"><span class="label">[129]</span></a> <i>Mais</i>, etc. Cette dernière phrase est inédite, et ne se trouve complète
-que dans le manuscrit de Charles V.</p>
-</div>
-<p>Et assaillirent ledit mercredi, onziesme jour dudit moys,
-aucuns de l'ost dudit régent qui se deslogoient de la
-Granche-aux-Merciers pour eux approchier dudit régent.
-Et pour ce, crya-l'en en l'ost alarme, et s'arma l'ost, et
-courut-l'en jusques à la bastide des fossés, et là ot grant
-escarmuche, et y demoura-l'en jusques près de la nuit : et y
-perdirent ceux de Paris plus que les autres.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXXV.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy de Navarre mist sus au régent qu'il avoit enfraint
-le traictié, et du pont de bateaux qui fu fait sur Saine.</p>
-
-
-<p>Le jeudi douziesme jour du moys de juillet, le roy de
-Navarre s'en retourna à Saint-Denis, et laissa les Anglois à
-Paris. Et ledit régent envoia par devers ledit roy pour savoir
-quelle volenté il avoit, et luy fist requérir que il venist avec
-luy, car il luy avoit promis que il luy ayderoit contre tous.
-Lequel roy respondi que ledit régent et sa gent avoient
-enfraint le traictié et les convenances que il avoient,
-car il avoient assaillis ceux de Paris le jour précédent, si
-comme disoit ledit roy, tant comme il traictoit avecques eux ;
-jasoit ce, en vérité, que ceux de Paris eussent commencié l'escarmuche.
-Mais ledit roy disoit ces choses pour ce qu'il ne
-povoit avoir fait à Paris ce qu'il avoit promis au traictié
-dudit régent et de luy ; car il avoit promis de tant faire que
-ceux de Paris paieroient six cens mil escus de Phelippe pour
-le premier paiement de la raençon du roy, mais que ledit
-régent leur reméist toute paine criminelle. Et ceux de Paris
-respondirent quant il en parla, que il n'en paieroient jà
-denier. Et pour ce, mettoit sus ledit roy audit régent que il
-avoit enfraint ledit traictié, jasoit ce que ceux qui là estoient
-savoient bien le contraire. Si cuida-l'en bien que tous
-traictiés fussent rompus, dont moult de gens avoient grant
-joie.</p>
-
-<p>Et mist-l'en<a id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">[130]</a> grant paine à achever un pont que l'en
-avoit encommencié sur bateaux pour passer la rivière de
-Saine, lequel fu achevé ledit jeudi. Et tantost, pluseurs de
-l'ost passèrent ledit pont et ardirent Vitery et pluseurs
-autres villes oultre la rivière de Saine, et y pilla-l'en tout
-ce que l'en y trouva.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_130" href="#FNanchor_130"><span class="label">[130]</span></a> <i>Mist-l'en</i>. Les gens du régent, ou comme dit simplement le continuateur
-de Nangis : <i lang="la" xml:lang="la">Nobiles</i>. «&nbsp;<span lang="la" xml:lang="la">Nobiles super Secanam pontem fecerant
-inter Parisius et Corbelium, per quod transibant ad ambas partes fluminis.</span>&nbsp;»
-Le pont fut établi bien au-dessous de Corbeil, et dans la presqu'île
-formée par le confluent de la Seine et de la Marne, en face de
-Vitry. Le continuateur ajoute que les nobles eurent le dessous dans l'engagement
-dont le chapitre suivant va nous entretenir ; et que le pont fut
-détruit. Le fait peut rester douteux.</p>
-</div>
-<p>Et ladite royne Jehanne aloit souvent par devers les uns
-et par devers les autres pour renouveler ledit traictié. Toutesvoies
-parloient pluseurs moult vilainement contre ledit
-roy de Navarre qui si solempnellement avoit juré et ne tenoit
-chose que il eust promis.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXXVI.</h3>
-
-<p class="section">Coment monseigneur le duc de Normendie, ainsné fils du roy
-de France, lors régent le royaume, reboutèrent, luy et ses
-gens, ceux de Paris de dessus le pont qu'il avoit fait
-faire sur Saine ; et de pluseurs escarmuches faictes environ
-Saint-Anthoine de ceux de Paris contre les gens dudit régent ;
-et du traictié qui fu fait pour faire la paix entre le régent et
-ceux de Paris.</p>
-
-
-<p>Le samedi ensuivant quatorziesme jour de juillet, environ
-heure de disner, ledit régent estant en sa chambre,
-en son conseil, pluseurs de la ville de Paris, dont la plus
-grant partie estoient d'Anglois qui estoient issus par devers
-Saint-Marcel, chevaulchièrent jusques devant ledit pont
-que ledit régent avoit fait faire, lequel pont estoit sur la
-rivière de Saine, devant l'ostel des Quarrières où estoit logié
-ledit régent. Et tantost que il furent devant ledit pont, il descendirent
-à pié, et en entra aucuns dedens ladite rivière
-pour aller sur ledit pont où il n'avoit point de garde. Mais
-l'en ne povoit monter sus ledit pont sé l'en n'entroit en
-l'yaue jusques au nombril, pour ce qu'il avoit faute au bout
-du pont par devers Vitery ; et y mettoient les gens dudit
-régent une bachière toutes les fois que il vouloient passer : et
-quant il en avoient fait, ladite bachière estoit ostée du bout du
-pont. Et estoit mise contre ledit pont au dessus, ainsi comme
-au milieu. Et lors estoit en celuy estat ; et pour ce convint que
-les dis de Paris entrassent en l'yaue pour monter sur ledit
-pont. Si crya-l'en alarme moult forment ; et fu moult l'ost
-estourmie, car les autres estoient venus à couvert et soudainement.
-Si alèrent pluseurs, les uns armés et les autres
-désarmés, pour deffendre ledit pont. Et jà avoient pluseurs
-des dessus dis de Paris oultre la moitié du pont. Et là se
-combatirent les gens dudit régent et reboutèrent leur ennemis
-qui estoient sur ledit pont, et y ala ledit régent en sa
-personne : et y furent pluseurs des gens dudit régent navrés
-de trait. Et si y fu pris son mareschal que on appelloit
-monseigneur Rigaut de Fontaines. Et aussi y ot des autres
-navrés et pris. Toutesvoies furent-il reculés et mis tous
-hors dessur ledit pont par les gens dudit régent et s'en
-retournèrent vers Paris. Et pour ce que l'en crioit alarme
-vers Paris, au cousté devers Saint-Anthoine, et disoit-l'en que
-ceux de Paris estoient issus de celle part, les gens d'armes se
-trairent vers là, et sur les champs furent les batailles rangiés.
-Et y ot des escarmuches toute jour jusques à la nuit, et y
-perdirent ceux de Paris plus que il ne gaignièrent. Toutesvoies,
-ceux qui issirent de Paris, tant d'un cousté de Paris
-comme d'autre, estoient le plus Anglois. Et durant ces choses,
-la royne Jehanne ala devers ledit régent pour renouer
-ledit traictié, et quant elle s'en parti pour aler à St-Denis,
-encore estoient les batailles sur les champs. Si traictièrent
-toute celle sepmaine jusques au jeudi ensuivant dix-neuviesme
-jour dudit moys de juillet. Et celluy jour, ladite
-royne Jehanne, le roy de Navarre, l'arcevesque de Lyon
-qui là avoit esté envoié de par le pape, l'evesque de Paris, le
-prieur de Saint-Martin-des-Champs, Jehan Belot eschevin
-de Paris, Colin le Flamant, et autres de Paris alèrent environ
-tierce au bout dudit pont que ledit régent avoit fait
-faire de la partie devers Vitery, et avoient des gens d'armes
-et des archiers avecques eux. Et ledit régent y ala à
-petite compaignie tout désarmé ; et parlementèrent ensemble
-en l'un des bateaux dudit pont ; et finablement furent à
-accort, par telle manière que ceux de Paris prieroient ledit
-régent que il leur voulsist remettre son mautalent, et pardonner
-tout ce que il avoient fait ; et il se mettroient en
-sa merci, par telle condicion qu'il en ordenneroit, par le
-conseil de la royne Jehanne, du roy de Navarre, du duc
-d'Orléans et du conte d'Estampes, concordablement et non
-aultrement. Et avec ce demourroient en leur vertu tous
-accors, toutes convenances et toutes aliances que ceux de
-Paris avoient avecques ledit roy de Navarre avecques bonnes
-villes et avecques tous autres. Et ledit régent devoit
-faire ouvrir tous passages de rivières et autres, afin que toutes
-denrées et marchandises pussent passer et estre portées
-à Paris. Et pour parfaire les choses contenues audit traictié,
-fu journée prise au mardi ensuivant, pour estre à Laigny-sur-Marne ;
-et là devoient estre ledit régent et son conseil
-d'une part, et ceux qui seroient ordenés pour Paris d'autre
-part, et lesdis royne, roy, duc d'Orléans et conte d'Estampes,
-par le conseil desquels ledit régent en devoit ordener. Et
-ce fait, fu publié en l'ost que il avoit bonne paix entre ledit
-régent et ceux de Paris. Et pour ce se deslogièrent les gens
-de monseigneur le duc et s'en partirent pluseurs celuy jour.</p>
-
-<p>Et l'endemain, jour de vendredi, vingtiesme jour dudit
-mois, pluseurs alèrent vers Paris pour besoignes que il
-avoient à faire lesquels on n'y voult laissier entrer. Mais
-leur demanda-l'en à qui il estoient ; et quant il respondirent
-que il estoient au duc, ceux de Paris leur disrent : «&nbsp;Alés à
-vostre duc.&nbsp;» Et y entra Mathé Guete<a id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor">[131]</a>, trésorier de France,
-lequel fu en grant péril d'estre tué ; et finablement en fu
-mis hors quant il ot esté mené en la maison de la ville en
-Grève, et à Saint-Eloy devant le prévost des marchands et
-les gouverneurs.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_131" href="#FNanchor_131"><span class="label">[131]</span></a> <i>Mathé Guete</i>. Sans doute celui qui, dans le préambule du traité de
-Brétigny, sera nommé <i>Macy Guery</i>.</p>
-</div>
-<p>Et après ce que ledit accort fu fait par la manière que
-dessus est dit, les dessus dis de Paris, en haine de monseigneur
-ledit régent, prisrent et saisirent pluseurs maisons
-et biens meubles de pluseurs officiers qui avoient esté
-avec ledit régent audit ost.</p>
-
-<p>Et ledit régent s'en ala celui jour de vendredi au Val-la-Comtesse,
-et la plus grant partie de son ost s'en parti.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXXVII.</h3>
-
-<p class="section">Coment ceulx de Paris se esmeurent contre les Anglois que le
-roy de Navarre avoit fait venir en ladite ville ; et en tuèrent
-partie et les autres emprisonnèrent au Louvre. Et de la mort
-de ceulx de Paris vers Saint-Cloust.</p>
-
-
-<p>Le samedi ensuivant, veille de la Magdalène, fu la journée<a id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor">[132]</a>
-ensuivant qui avoit esté mise à Laigny-sur-Marne
-remise à Corbeil. Et celuy samedi, après disner, s'esmeut à
-Paris un grant descort entre ceulx de la ville et pluseurs
-Anglois qu'il avoient fait venir en ladite ville contre ledit
-régent leur seigneur, pour ce que l'en disoit que aucuns
-autres Anglois qui estoient à Saint-Denis et à Saint-Cloust
-pilloient le pays. Si s'esmeut le commun de ladite ville de
-Paris, et courut sur lesdis Anglois qui estoient en ladite
-ville de Paris, et en tuèrent vint-quatre ou environ et
-en prisrent quarante-sept des plus notables, en l'ostel de
-Neelle auquel il avoient disné avec le roy de Navarre. Et plus
-de quatre cens autres en divers ostieux de ladite ville,
-lesquels il mistrent tous en prison au Louvre. De laquelle
-chose le roy de Navarre fu moult courroucié, si comme
-l'en disoit ; et aussi furent le prévost des marchans et autres
-gouverneurs de ladite ville. Et, pour ce, l'endemain, jour
-de dimenche et de la Magdalène, vingt-deuxiesme jour
-dudit moys de juillet, le roy de Navarre, l'evesque de
-Laon, le prévost des marchans et pluseurs autres gouverneurs
-de ladite ville de Paris furent en la maison de ladite
-ville, environ heure de midi, et y ot moult de peuple
-assemblé en ladite maison, tous armés devant en la place
-de Grève. Auquel peuple ledit roy parla et leur dist qu'il
-avoient mal fait d'avoir tué lesdis Anglois, car il les avoit
-fait venir en son conduit<a id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor">[133]</a> pour servir ceulx de la ville de
-Paris. Et tantost pluseurs d'iceux crièrent qu'il vouloient
-que tous les Anglois fussent tués, et vouloient aler à
-Saint-Denis mettre à mort ceux qui y estoient, qui pilloient
-tout le pays. Et disrent audit roy et au prévost des
-marchans que il alassent avec eux, en disant que il avoient
-esté bien paiés de leur gages et soudées, et néanmoins
-il pilloient tout le pays. Et jasoit ce que ledit roy et
-prévost féissent tout leur povoir de refraindre ledit peuple,
-il ne le povoient faire, mais convint que il leur accordassent
-à aler avec eux. Mais avant que on partist de Paris, il fu
-près de vespres. Dont pluseurs présumèrent que ledit roy
-fist attendre le partir, afin que lesdis Anglois ne feussent
-sourpris et despourveus. Et environ heure de vespres
-partirent de Paris, les uns par la porte Saint-Honoré,
-le roy de Navarre, le prévost des marchans et toute leur
-route par la porte Saint-Denis et alèrent vers le Moulin
-à vent. Et estimoit-on que il estoient, tant d'une part
-comme d'autre, environ seize cens hommes de cheval et huit
-mille de pié. Et furent lesdis roy de Navarre, le prévost
-des marchans et toute leur route bien l'espace de demie
-heure largement, sans eux mouvoir au champ qui est de
-l'autre partie dudit moulin à vent par devers Montmartre.
-Et de leur route furent envoiés trois glaives qui chevauchièrent
-par emprès Montmartre. Lesquels, sans ce qu'il
-feussent après veus, chevauchièrent en alant tout droit
-vers le bois de St-Cloust, auquel bois lesdis Anglois estoient
-en une embusche. Et au-dehors dudit bois par devers Paris
-en avoit environ quarante ou cinquante. Si cuidèrent
-ceux de Paris que il n'en y eust plus ; et alèrent vers lesdis
-Anglois. Et quant il furent près, les Anglois qui estoient
-audit bois issirent hors, et tantost ceux de Paris se misrent
-à fouir et les Anglois au chacier. Si tuèrent lesdis Anglois
-grant foison des dessus dis de Paris, par espécial de ceux
-de pié qui estoient issus par la porte St-Honoré ; et tenoit-l'en
-communément qu'il y avoit de mors bien six cens ou
-plus, et furent presque tous gens de pié. Et ledit roy de
-Navarre qui véoit ces choses ne se parti pas de là, mais
-laissa tuer les dessusdis de Paris sans leur faire aucune
-aide né secours. Et après ce que lesdis de Paris furent desconfis
-et tués comme dit est, ledit roy de Navarre s'en ala à
-Saint-Denis, et ledit prévost des marchans et sa compaignie
-s'en retournèrent à Paris. Et furent, quant il rentrèrent à
-Paris, forment huiés et blasmés de ce qu'il avoient ainsi
-les bonnes gens de Paris laissié mettre à mort sans les
-secourir. Et dès lors commencièrent ceux de Paris forment
-à murmurer, et faisoient forment garder les quarante-sept
-prisonniers anglois qui estoient au Louvre par le commun
-de Paris ; et volentiers les eust le commun de Paris mis à
-mort ; mais le prévost des marchans et les autres gouverneurs
-de Paris ne le povoient souffrir.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_132" href="#FNanchor_132"><span class="label">[132]</span></a> <i>La journée</i>. L'ajournement.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_133" href="#FNanchor_133"><span class="label">[133]</span></a> <i>En son conduit</i>. Sous sa sauve-garde.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXXVIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment le prévost des marchans et ses aliés délivrèrent les prisonniers
-du Louvre.</p>
-
-
-<p>Le vendredi vingt-septiesme jour dudit mois de juillet,
-le prévost des marchans et pluseurs autres jusques au nombre
-de huit vint ou deux cens hommes armés et pluseurs
-archiers alèrent au Louvre ; et, de fait, contre la
-volenté dudit peuple et commun de Paris, délivrèrent lesdis
-Anglois prisonniers et les misrent hors de Paris par la
-porte Saint-Honoré. Et en les conduisant de la ville dehors,
-aucuns de ceux qui estoient avec ledit prévost crioient
-et demandoient sé il i avoit aucun qui voulsist aucune chose
-dire contre la délivrance desdis Anglois ; et avoient leur arcs
-tous tendus pour les délivrer de tous empeschemens, sé
-aucuns les voulsist mettre en ladite délivrance ; mais il n'y
-ot personne qui osast parler né faire semblant ; jasoit ce qu'il
-en fussent moult douloureusement courrouciés en ladite
-ville de Paris.</p>
-
-<p>Si s'en alèrent les Anglois à Saint-Denis avec le roy de
-Navarre, qui tousjours y estoit demouré depuis le dimenche
-précédent ; car il n'osoit pas seurement retourner à Paris, si
-comme l'en disoit, tant pour cause de ce que il n'avoit point
-aidié à ceux de Paris le dimenche précédent, lorsque les
-Anglois les avoient tués, comme pour la délivrance des Anglois
-du Louvre, laquelle avoit esté faite à la requeste dudit
-roy de Navarre, si comme l'en disoit et voir estoit. Si en
-estoit le peuple de Paris forment esmeu en cuer contre ledit
-prévost des marchans et contre les autres gouverneurs ; mais
-il n'y avoit homme qui osast commencier la riote. Toutesvoies
-Dieu, qui tout voit, qui vouloit ladite ville sauver,
-ordena par la manière qui s'ensuit.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXXIX.</h3>
-
-<p class="section">De la mort du prévost des marchans et de pluseurs autres ses
-aliés.</p>
-
-
-<p>Le mardi darrenier jour du moys de juillet, le prévost
-des marchans et pluseurs autres avec luy, tous armés, alèrent
-disner à la bastide Saint-Denis. Et commanda ledit
-prévost à ceux qui gardoient ladite bastide que il baillaissent
-les clefs à Joseran de Mascon, qui estoit trésorier du
-roy de Navarre. Lesquels gardes desdites clefs disrent que
-il n'en bailleroient nulles. Dont le prévost fu moult courroucié,
-et se mut riote à ladite bastide entre ledit prévost
-et ceux qui gardoient lesdites clefs, tant que un bourgois
-appellé Jehan Maillart, garde de l'un des quartiers de la
-ville, de la partie de vers la bastide, oï nouvelles dudit débat,
-et pour ce se traist vers ledit prévost et luy dist que
-l'en ne bailleroit point les clefs audit Joseran. Et, pour ce,
-eust pluseurs grosses parolles entre ledit prévost et ledit
-Joseran d'une part, et ledit Jehan Maillart d'autre part. Si
-monta ledit Jehan Maillart à cheval, et prist une bannière
-du roy de France et commença à hault crier : «&nbsp;<i>Montjoie
-Saint-Denis au roy et au duc!</i>&nbsp;» tant que chascun qui le
-véoit aloit après et crioit à haulte voix ledit cri. Et
-aussi fist le prévost et sa compaignie. Et s'en alèrent vers
-la bastide Saint-Anthoine. Et ledit Jehan Maillart demoura
-vers les halles. Et un chevalier appelé Pepin des Essars
-qui rien ne savoit de ce que ledit Jehan Maillart avoit fait,
-prist assez tost après une autre bannière de France, et
-crioit semblablement comme Jehan Maillart : «&nbsp;<i>Montjoie
-Saint-Denis!</i>&nbsp;» Et durant ces choses, ledit prévost vint à
-la bastide Saint-Anthoine, et tenoit deux boistes où avoit
-lettres lesquelles le roy de Navarre luy avoit envoyées, si
-comme l'en disoit. Si requistrent ceux qui estoient à ladite
-bastide que il leur monstrast lesdites lettres. Et s'esmut riote
-à ladite bastide, tant que aucuns qui là estoient coururent
-sus à Phelippe Giffart qui estoit avec ledit prévost, lequel
-se deffendi forment, car il estoit fort armé et le bacinet
-en la teste ; et toutesvoies fu-il tué. Et après fu tué ledit prévost
-et un autre de sa compaignie appelé Simon Le Paonnier :
-et tantost furent despoilliés et estendus tous nus sur
-les quarriaux en la voie. Et ce fait, le peuple s'esmut pour
-aler quérir des autres et pour en faire autel ; et leur
-dist-on que, en l'ostel de Hocaus, à l'enseigne de l'Ours, près
-de la porte Baudoier, estoit entré Jehan de l'Isle le jeune.
-Si y entrèrent grant foison de gens et y trouvèrent ledit
-Jehan de l'Isle et Gille Marcel, clerc de la marchandise de
-Paris, lesquels il misrent à mort. Et tantost furent despoilliés
-comme les autres et trainés tous nus sur les quarreaux
-devant ledit ostel et là furent laissiés. Et tantost se parti
-ledit peuple et s'esmut à aler querre des autres. Et ce
-jour, à la bastide Saint-Martin, fu tué Jehan Poret-le-Jeune.
-Et furent les cinq corps dessus nommés trainés
-en la court de Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers, et
-là furent mis et estendus tous nus en ladite court, en la
-veue de tous, si comme il avoient fait mettre les mareschaux,
-celui de Clermont et celui de Champaigne : dont
-pluseurs tenoient que c'estoit ordenance de Dieu, quar il
-estoient mort de telle mort comme il avoient fait morir lesdis
-mareschaux.</p>
-
-<p>Item, celui mardi, furent pris et mis au Chastellet de
-Paris, Charles Toussac eschevin de Paris, et Joseran de
-Mascon trésorier du roy de Navarre. Et le peuple qui les
-menoit crioit haultement le dessus dit cri, et avoit chascun
-dudit peuple l'espée nue au poing.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XC.</h3>
-
-<p class="section">De la venue du régent à Paris, et de la mort Charles Toussac
-et de Joseran de Mascon.</p>
-
-
-<p>Le jeudi, secont jour d'aoust au soir, ala le duc de Normendie,
-régent le royaume, à Paris où il fu receu à très
-grant joie du peuple de ladite ville. Et celui jour, avant que
-ledit régent entrast à Paris, furent lesdis Charles Toussac<a id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor">[134]</a>
-et ledit Joseran trainés du Chastellet jusques en
-Grève, et là furent décapités. Et longuement après demourèrent
-en la place sur les quarreaux, et après en la rivière
-furent gietés.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_134" href="#FNanchor_134"><span class="label">[134]</span></a> <i>Charles Toussac</i>. La veuve de ce méchant échevin ne conserva
-pas longue rancune au parti qui avoit mis à mort son mari. Cinq
-mois après, elle se remaria à Pierre de Dormans, échanson du régent
-et neveu du célèbre chancelier Jean de Dormans. En considération
-de ce futur mariage, le dauphin consentit à rendre à Marguerite tous les
-biens confisqués sur son premier mari Toussac, comme on le voit par une
-déclaration datée du 7 janvier 1358-59 transcrite dans le <i>Recueil Msc.
-du Trésor des Chartes</i>, tome 26.</p>
-
-<p>Quant au récit de la mort du prévôt des marchans, on a souvent essayé
-d'en changer le caractère et d'en modifier les circonstances. Dans ce
-but, on s'est appuyé de l'autorité des <i>Chroniques de Saint-Denis</i>. Un illustre
-membre de l'Académie des Belles-Lettres, feu M. Dacier, a surtout
-voulu prouver que Maillart n'avoit joué, dans la journée du 31 juillet,
-qu'un rôle secondaire, et que tout l'honneur devoit en revenir à Pepin
-des Essarts. (Voyez les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et
-Belles-Lettres, volume 43, page 563 et suivantes. Voyez aussi les notes
-des pages 383 et 384, dans la deuxième édition du Froissart donnée par
-M. Buchon.)</p>
-
-<p>Ce n'est point ici le lieu de rejeter l'opinion de M. Dacier au rang des
-paradoxes dont se fait trop souvent un jeu l'imagination des érudits : l'un
-de mes amis, M. Léon de La Cabane, s'est chargé de ce soin dans une
-dissertation qui sera publiée peut-être avant ce volume. Mais je ne puis
-m'empêcher de remarquer : 1<sup>o</sup> que le continuateur de Nangis, dont on
-a invoqué le silence, atteste que le coup mortel fut porté à Marcel par
-l'un des gardiens des portes : «&nbsp;<span lang="la" xml:lang="la">Adfuit unus ex dictis custodientibus, qui
-elevans cum magno impetu gladium vel hastam percussit validè præpositum
-mercatorum et eum crudeliter interfecit.</span>&nbsp;» Or, Pepin des Essarts
-n'étoit pas un gardien des portes, mais bien Jean Maillart. &mdash; 2<sup>o</sup> Que sur
-deux leçons de Froissart, l'une accordant l'honneur de la journée à
-Maillart, l'autre le transportant sur la tête de Pepin des Essarts, cette
-dernière est le moins fréquemment reproduite dans les manuscrits, et
-peut seule être le fait d'une infidélité réfléchie. &mdash; 3<sup>o</sup> Qu'une autre chronique
-inédite et jusqu'à présent non consultée, raconte le fait de manière
-à justifier le récit du continuateur de Nangis et celui du texte de Froissart
-le plus généralement transcrit dans les manuscrits anciens. On me
-pardonnera, sans doute, de rapporter ce nouveau témoignage qui bat
-complètement en ruine le sentiment de M. Dacier, de M. Michelet et de
-plusieurs autres. Après avoir raconté l'accord fait secrètement par Marcel
-avec le roi de Navarre, le chroniqueur ajoute :</p>
-
-<p>«&nbsp;Le prévost des marchans et ses aliés avoient fait leur atrait et ne
-voulurent que on veillast en celle nuit aux portes né aux murs. Mais à
-Paris avoit un bourgois nommé Jehan Maillart qui estoit garde, par le
-gré du commun, d'un quartier de la ville qui estoit ordenée par quatre
-cappitaines. Cil Jehan ne voult mie que cil qui estoient ordenés en son
-quartier pour veillier, laissassent leur garde. Dont Phelippe Giffars et
-autres qui estoient aliés à la trahison le blasmèrent et voulurent avoir
-les clefs de la porte, et retraire ses gens et leur garde laissier. Lors ce
-Jehan Maillart s'apperceut bien de trahison et manda Pepin des Essars
-et pluseurs autres bourgois et les fist armer et pluseurs autres, et fist
-drécier une bannière de France, et crioit cil et sa gent : <i>Montjoie au
-riche roy et au duc son fils le régent!</i> Si assembla avecques eulx grant
-foison du peuple de Paris en armes et alèrent véir aux portes et les forteresces.
-Et avint que vers la porte Saint-Anthoine il trouvèrent ledit
-prévost des marchans et autres de ses aliés qui par couverture crioient :
-<i>Montjoie au riche roy et au duc son fils le régent!</i> si comme les autres.
-Adonc Jehan Maillart requist au prévost des marchans et pardevant le
-peuple que il montrast les lettres que le régent leur avoit envoiées ;
-mais il ne les monstroit mie volentiers, pource que le mandement luy
-estoit contraire, et se cuidoit excuser par paroles. Mais ly pluseurs
-conceurent la trahison. Et là fu assailli du commun et fu occis&hellip;&nbsp;»</p>
-
-<p>Pepin des Essarts fut-il invité par Maillart à prendre les armes, ou les
-prit-il avant de rien savoir des dispositions de Maillart? Voilà toute la
-question. Quant à celui qui délivra la France de la tyrannie de Marcel, la
-comparaison de tous les témoignages contemporains doit nous le faire
-reconnoître dans Jehan Maillart plutôt que dans Pepin des Essarts. Les
-<i>Chroniques de Saint-Denis</i>, qui allèguent pour ou contre ce dernier une
-sorte d'<i>alibi</i>, le font, à mon avis, non pour frustrer Maillart de la gloire
-qui devoit lui revenir, car elles lui laissent d'ailleurs le premier et le
-principal honneur de la journée, mais sans doute pour répondre au v&oelig;u
-et aux dénégations que Maillart exprimoit lui-même. Compère de Marcel
-comme Froissart nous l'a appris, et long-temps son ami, Maillart se
-reprochoit sans doute d'avoir commis, en débarrassant la France d'un
-scélérat, ce que l'opinion religieuse de son siècle regardoit comme un véritable
-parricide. Il peut donc avoir usé lui-même de la haute influence
-qu'il conserva toujours sur le régent-roi et sur ses concitoyens, pour obscurcir
-l'éclat d'une action qui l'exposoit à de rudes récriminations jusque
-dans le sein de sa famille. Ainsi l'allégation de nos chroniques, qui plusieurs
-fois citeront encore honorablement Jean Maillart, ne peut
-affaiblir la conviction qui résulte du triple récit du continuateur de
-Nangis, partisan des opinions populaires, de notre chroniqueur anonyme,
-narrateur impartial, et de Froissart lui même, ce courtisan des chevaliers,
-dans la première de ses deux rédactions suivie par Jean de Wavrin
-dans son <i>Histoire d'Angleterre</i>, et par Jean Lefevre, dans ses <i>Grandes Histoires
-du Haynaut</i>.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XCI.</h3>
-
-<p class="section">Coment le régent fu deffié de par le roy de Navarre.</p>
-
-
-<p>Le vendredi tiers jour du mois d'aoust, fu le régent deffié
-de par le roy de Navarre. Et celui jour fu pris Pierre Gille.
-Et aussi fu maistre Thomas de Ladit, chancelier dudit roy
-de Navarre, qui estoit en habit de moine.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XCII.</h3>
-
-<p class="section">De la mort de pluseurs traitres du roy et du régent ; et des
-parolles que ledit régent dist à ceux de Paris.</p>
-
-
-<p>Le samedi ensuivant, quart jour dudit moys d'aoust,
-ledit Pierre Gille et un chevalier qui estoit chastelain du
-Louvre, et estoit né d'Orléans de assez petit lieu, de gens
-de mestier<a id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">[135]</a>, et estoit appelé monseigneur Gille Caillart,
-furent trainés du Chastellet jusques ès halles, et là orent
-les testes coppées. Mais ledit chevalier eust avant la
-langue coppée, pour pluseurs mauvaises paroles qu'il avoit
-dictes du roy de France et du régent son fils. Et après, les
-corps furent giettés à la rivière. Et après, la semaine ensuivant,
-furent descapités ensemble, en un jour, Jehan Prévost
-et Pierre Leblont ; et en un autre jour deux avocas,
-l'un de parlement appelé maistre Pierre de Puiseux, et
-l'autre de Chastellet appelé maistre Jehan Godart. Et furent
-tous giettés en la rivière ; et un appelé Bonvoisin fu mis en
-oubliette<a id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor">[136]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_135" href="#FNanchor_135"><span class="label">[135]</span></a> Ce passage, comme une foule d'autres, prouve bien qu'on n'exigeoit
-pas des preuves de noblesse de tous ceux qu'on élevoit au rang de
-chevalier.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_136" href="#FNanchor_136"><span class="label">[136]</span></a> <i>En oubliette</i>. En prison perpétuelle.</p>
-</div>
-<p>Celui jour de samedi, quatriesme jour dudit mois d'aoust,
-parla ledit régent audit peuple de Paris, en la maison de la
-ville ; et leur dist la grant traïson qui avoit esté traictiée par
-les dessus dis mors et de l'evesque de Laon et de pluseurs
-autres qui encore vivoient ; c'est assavoir de faire ledit roy
-de Navarre roy de France, et de mettre les Anglois et
-Navarrois en Paris, celui jour que le prévost des marchans
-fu tué. Et devoient mettre à mort tous ceux qui se tenoient
-de la partie du roy et son fils, et jà avoient esté pluseurs
-maisons de Paris signées à divers seings<a id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">[137]</a> ; dont moult de
-gens estoient forment esbahis en ladite ville.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_137" href="#FNanchor_137"><span class="label">[137]</span></a> <i>A divers seings</i>. Le continuateur de Nangis, si favorable aux Parisiens,
-dit la même chose : «&nbsp;<span lang="la" xml:lang="la">Ipse rex Navarræ cum suis omnibus urbem
-Parisiensem citius subintraret et homines sibi contrarios tales et tales
-quorum ostia signata reperiret, trucidaret.</span>&nbsp;» (Spicileg., t. <small>III</small>, f<sup>o</sup> 120.)</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XCIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment les Anglois tindrent partie de la ville de Meleun.</p>
-
-
-<p>Celui samedi, pluseurs Anglois et Navarrois alèrent à
-Meleun : et les reçut la royne Blanche qui estoit au chastel
-dedens ledit chastel. Si occupèrent l'isle de Meleun et toute
-la partie qui est devers Biere<a id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">[138]</a>. Et l'autre partie qui est
-devers la Brie se tint contre eulx, tant que le régent y envoia
-des gens d'armes et des brigans ; et ainsi fu celle partie
-françoise : et le chastel et tout le demourant furent Anglois
-et Navarrois qui estoient tout un ; et firent moult de maulx
-et de dommages au pays par devers le Gastinois ; et ardirent
-toutes les maisons de l'abbaye du Lis, environ la Nostre-Dame
-de mi-aoust.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_138" href="#FNanchor_138"><span class="label">[138]</span></a> <i>Biere</i>. Le petit pays de <i>Biere</i> comprenoit la rive droite de la Seine,
-dans le territoire de Melun ; c'est-à-dire Fontainebleau et les environs.
-La Brie est de l'autre côté de la Seine.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XCIV.</h3>
-
-<p class="section">Coment aucuns de Picardie furent desconfis des Anglois et
-Navarrois qui tenoient le chastel de Mauconseil<a id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">[139]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_139" href="#FNanchor_139"><span class="label">[139]</span></a> <i>Mauconseil</i>. Ce nom ne se retrouve plus sur les cartes. Le continuateur
-de Nangis nous apprend qu'il étoit situé près de Noyon. &mdash; La
-chronique inédite (n<sup>o</sup> 530, Sup. fr.) nomme le capitaine des François et
-Flamands <i>Pierre de Flavy</i>, chevalier ; et celui des Navarrois <i>Le Bascon de
-Mareil</i>. &mdash; Froissart dit, à propos de la prise de Mauconseil, que «&nbsp;ces trois
-forteresses (Creil, La Harelle et Mauconseil) firent tant de destourbiers
-au royaume de France, que depuis en avant cent ans ne furent réparés
-né restaurés.&nbsp;» Il eût fallu imprimer <i>qui</i> au lieu de <i>que</i>, avec les manuscrits.
-Mais comment Froissart, mort vers 1400, peut-il parler de ce qui
-se voyoit un siècle après l'année 1358? Je soupçonne la une faute des nouvelles
-éditions.</p>
-</div>
-
-<p>Le jeudi vingt-troisiesme jour du moys d'aoust, pluseurs
-des communes de Tournay et de autres villes de Picardie
-qui estoient à siège devant un chastel de l'evesque
-de Noyon avec pluseurs nobles du pays, pource que les
-Anglois et Navarrois l'avoient pris et se tenoient dedens,
-furent desconfis par pluseurs de la partie des Anglois et
-Navarrois, desquels estoit capitaine monseigneur Jehan de
-Piquegny et monseigneur Robert son frère, lesquels se
-estoient rendus ennemis du roy de France, de son fils et de
-son royaume, avec ledit roy de Navarre. Et s'enfouirent
-lesdites communes ; et les gentilshommes furent pris, jusques
-au nombre de cent vingt ou environ. Et y fu pris ledit
-evesque de Noyon et fu mené à Creil, dont ledit monseigneur
-Robert s'appeloit capitain<a id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor">[140]</a>, depuis que ladite ville
-avoit esté prise des Anglois.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_140" href="#FNanchor_140"><span class="label">[140]</span></a> <i>S'appeloit capitain</i>. Plus loin, nos chroniques nomment, comme
-Froissart, le capitaine de Creil <i>messire Jehan de Foudrigai</i>. (Voyez chapitre
-<a href="#ch-cxvi"><small>CXVI</small></a>.)</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XCV.</h3>
-
-<p class="section">Coment Paris estoit lors avironnée de forteresces angloises.</p>
-
-
-<p>En ce temps, en diverses contrées prisrent lesdis Anglois
-et Navarrois pluseurs forteresces environ Paris, c'est assavoir
-Rays, Poissy et pluseurs autres ; et chevauchoient souvent
-jusques à demi-lieue de Paris de celui costé. Et ceux de
-Creil chevauchoient souvent jusques à Gonesse et ès villes
-environ, et prenoient prisonniers et emmenoient chevaulx,
-et rençonnoient villes et aucunes ardoient ; et si ne y résistoit-l'en
-point, mais s'enfuioit chascun devant eux.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XCVI.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy de Navarre ala à Meleun et ardi Chatres-soubs-Mont-Lehery.</p>
-
-
-<p>La première sepmaine de septembre, environ heure de
-tierce, le roy de Navarre chevaucha bien à deux mil combattans,
-si comme l'en disoit ; et ala à Meleun rafraichir ses
-gens et veoir ses seurs, la royne Blanche et une autre appelée
-Jehanne, lesquelles estoient dedens le chastel. Et en son
-chemin ardi pluseurs villes comme Chatres-soubs-Mont-Lehery
-et autres.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XCVII.</h3>
-
-<p class="section">De la mort maistre Thomas de Ladit, chancelier du roy de
-Navarre.</p>
-
-
-<p>Le mercredi douziesme jour dudit mois de septembre,
-environ heure de tierce, maistre Thomas de Ladit, chancelier
-du roy de Navarre, qui avoit tousjours esté en prison depuis
-le quatriesme jour d'aoust qu'il avoit esté pris, si comme
-dessus est dit, fu rendu aux gens de l'evesque de Paris, par
-vertu de certaines bulles du pape. Et fu ledit chancelier
-mis sur un huis et levé sur les épaules de deux hommes
-qui le portoient, pour ce que il estoit ès fers, par les deux
-jambes ; et en telle manière parti du palais où il avoit esté en
-prison. Mais avant qu'il fu le giet d'une pierre, loin de la
-porte de la cour du palais, pluseurs compaignons de Paris
-luy coururent sus et le gietèrent contre terre et le tuèrent ;
-et tantost fu despoillié tout nu, et demoura longuement en
-tel estat sus les quarreaux, au milieu du ruissel de la pluie
-qui courroit au travers de son corps ; et environ vespres,
-il fu trainé jusques à la rivière et gieté dedens.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XCVIII.</h3>
-
-<p class="section">De la mort d'aucuns traistres, et coment Anglois et Navarrois
-avoient lors toutes les rivières venans à Paris.</p>
-
-
-<p>Le dimenche seiziesme jour du mois de septembre, monseigneur
-Jehan de Piquegny, accompaignié de grant foison
-de gens d'armes, ala à Amiens, et par la traïson d'aucuns de
-ceux de la ville entra ès forsbours et les ardi et pilla.
-Et fu ladite cité en aventure d'estre prise. Toutesvoies, par la
-volenté de Dieu et la résistance des bons de ladite ville et du
-conte de Saint-Pol qui hastivement vint au secours, ledit
-monseigneur Jehan et sa compaignie furent reboutés. Et
-depuis furent pris aucuns des bourgois de la ville qui
-avoient esté consentans de rendre ladite ville audit monseigneur
-Jehan de Piquegny pour le roy de Navarre, par ceux
-de ladite ville ; et en orent les testes coppées Jaques de
-Saint-Fucien<a id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor">[141]</a> et quatre autres bourgois de celle ville.
-Et depuis firent lesdis Anglois et Navarrois pluseurs chevauchiées
-en diverses parties du royaume de France ; par
-espécial ceux qui tenoient Creil chevauchièrent en Mucien<a id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor">[142]</a>,
-à Dampmartin, à Gonesse et ès villes environ, et
-prisrent tout ce que il trouvèrent.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_141" href="#FNanchor_141"><span class="label">[141]</span></a> Notre chronique inédite met le maire de la ville, Fremyn de Coquerel,
-au nombre de ceux qui furent punis de mort.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_142" href="#FNanchor_142"><span class="label">[142]</span></a> <i>Mucien</i>. Dans la Brie.</p>
-</div>
-<p>Au mois d'octobre ensuivant, chevauchièrent tout le pays
-de Mucien et prisrent une petite forteresce à deux lieues
-de Meaulx appelée Oissery<a id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor">[143]</a>, et tantost l'enforcièrent et
-raençonnèrent le pays. Et pour avoir la rivière de Marne,
-il alèrent à la Ferté-soubs-Juerre, et prisrent une isle en
-laquelle il avoit une bonne tour, et tantost l'enforcièrent.
-Et ainsi eurent toutes les rivières qui venoient à Paris, c'est
-assavoir la rivière de Seine à Meleun, celle de Marne à la
-Ferté-soubs-Juerre, et au-dessous de Paris, Mante et Meulent
-et Poissi ; la rivière d'Oise, à Creil. Et ainsi estoit Paris
-asségié, et si estoit Rouen et Beauvais, par les forteresces que
-il tenoient environ, car il estoient seigneurs de tout le
-Beauvoisin. Si ne povoit-l'en mener vins à Arras, à Tournay,
-à Lille né ès autres villes de Picardie. Et ainsi estoient
-lesdites villes asségiées quant à ce.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_143" href="#FNanchor_143"><span class="label">[143]</span></a> <i>Oissery</i>. Aujourd'hui bourg du département de Seine-et-Marne.
-On compte trois lieues de Meaux à Oissery.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XCIX.</h3>
-
-<p class="section">Des forteresces que Robin Canole prist en Orlenois.</p>
-
-
-<p>Audit mois d'octobre, Robin Canole, capitain de pluseurs
-forteresces angloises en Bretaigne et en Normendie, chevaucha
-en Orlenois et prist Chastel-Neuf sur Loyre<a id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor">[144]</a>, et
-tantost après Chastillon-sur-Louen ; et après chevaucha
-plus hault alant en Aucerrois et en la Puysaie, et prist une
-forteresce appelée Malicorne ; mais les gens du pays s'assemblèrent
-et alèrent devant ladite forteresce. Et un chevalier
-appelé messire Arnault de Cervolle, surnommé l'archeprestre,
-qui venoit au mandement dudit régent accompagnié
-de grant nombre de gens d'armes, se mist avec lesdites
-gens du pays devant ladite forteresce de Malicorne. Mais
-il s'en partirent honteusement sans prendre ladite forteresce.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_144" href="#FNanchor_144"><span class="label">[144]</span></a> <i>Chastel-Neuf-sur-Loyre</i>. «&nbsp;<span lang="la" xml:lang="la">Domum pulchram et solemnem</span>,&nbsp;» dit le
-continuateur de Nangis. Aujourd'hui bourg du département du Loiret, à
-cinq lieues d'Orléans. &mdash; <i>Chastillon-sur-Louen</i> ou <i>Loing</i>, aujourd'hui petite
-ville du même département, à cinq lieues de Montargis. Son ancien
-château existe encore. &mdash; <i>La Puisaie</i> est un petit pays sur la frontière du
-Gâtinois et du Nivernois. &mdash; <i>Malicorne</i>, aujourd'hui petit village du département
-de l'Yonne, à sept lieues de Joigny.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>C.</h3>
-
-<p class="section">De la forteresce de Amblainviller.</p>
-
-
-<p>Audit mois d'octobre l'an mil trois cens cinquante-huit
-dessus dit, aucuns se partirent des garnisons angloises qui
-estoient entour Paris, et laissièrent leur forteresces garnies,
-et alèrent prendre une forte maison à trois lieues de Paris,
-en un lieu appelé Amblainviller<a id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">[145]</a>. Et ceux de Paris
-envoièrent devant ladite maison des gens d'armes et des
-brigans<a id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor">[146]</a> par pluseurs fois ; mais il n'y firent chose qui
-vaulsist, et en la fin ceux de Paris achetèrent la forteresce
-dessus dite aux Anglois et la firent abattre.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_145" href="#FNanchor_145"><span class="label">[145]</span></a> <i>Amblainviller</i>. Peut-être <i>Aubervillers</i>, aujourd'hui village à une lieue
-de Saint-Denis.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_146" href="#FNanchor_146"><span class="label">[146]</span></a> <i>Brigans</i>. On donnoit en général ce nom aux compagnies franches
-qui ne reconnoissoient le commandement d'aucun chevalier banneret.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CI.</h3>
-
-<p class="section">Les noms de pluseurs bourgois de Paris que le régent fist
-emprisonner.</p>
-
-
-<p>Le jeudi vint-cinquiesme jour du mois d'octobre,
-pluseurs des habitans de Paris desquels les noms s'ensuivent
-furent pris et emprisonnés ; c'est assavoir : Jehan Giffart
-le boisteux, Nicholas Poret<a id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor">[147]</a>, Jehan Moret, Girart Moret,
-Estienne de la Fontaine argentier du roy, Pierre Basselin,
-Jaques de Mante, Jehan de La Tour, Hélie Jourdain, Colin
-le Flament, Jaques le Flament maistre de la chambre des
-comptes, Hannequin le Flament, Jehan Gosselin, Jehan
-Restable, Arnault Roussel, Jaques du Castel, Jaques le Flament
-trésorier des guerres, Guillaume Lefèvre, Regnault
-de la Chambre, Pasquet le Flament et Alain de Saint-Benoit,
-lequel Alain fu l'endemain délivré.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_147" href="#FNanchor_147"><span class="label">[147]</span></a> <i>Poret</i>. Variante : <i>Le Petit</i>. (Msc. 8302.) Sans doute le frère de Jehan
-Porret le jeune, tué avec Marcel.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CII.</h3>
-
-<p class="section">De la requeste qui fu faite à monseigneur le régent sur la délivrance
-des dessus nommés.</p>
-
-
-<p>Le lundi ensuivant vingt-nueviesme jour du moys
-d'octobre, pluseurs des mestiers de Paris, au pourchas de
-amis des dessus nommés prisonniers, alèrent en la maison
-de la ville et firent grant clamour de leur amis qui avoient
-esté pris, en disant que autel pourroit-on faire de tous les
-autres de Paris. Et faisoient sentir, par leur paroles, que ce
-avoit esté fait par vengeance de ce qui avoit esté fait au
-temps passé par ceux de Paris ; en disant que l'en les prendroit
-ainsi les uns après les autres ; et tout, pour esmouvoir
-le peuple. Et portoit la parolle un clerc de Paris appelé
-maistre Jehan Blondel, lequel requist au prévost des marchans
-qui lors estoit appelé Jehan Culdoe, et pluseurs autres
-qui là estoient, qu'il alassent par devers le régent qui
-estoit au Louvre, pour lui requérir que il féist tantost délivrer
-les dessus emprisonnés, ou que il déist les causes pour
-lesquelles il les avoit fait emprisonner. Et ainsi le firent
-contre la voulenté du prevost des marchans et firent audit
-régent lesdites requestes ; lequel respondi que il iroit l'endemain
-à la maison de la ville, et là feroit dire les causes
-pour lesquelles il les avoit fait emprisonner ; et quant il les
-auroient oïes, sé il vouloient que il les délivrast il les
-délivreroit. Et ainsi se despartirent.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment les dessus nommés furent accusés et tesmoigniés traistres
-devant ledit régent ; mais, pource que il ne pot estre prouvé
-par pluseurs, il furent délivrés.</p>
-
-
-<p>L'endemain jour de mardi, trentiesme jour du moys
-dessus dit, pluseurs des bons et loyaux subgiés dudit régent
-qui bien sceurent que leur dit seigneur devoit aler à ladite
-maison pour la cause dessus dite, et qui doubtèrent que les
-amis ou aliés desdis prisonniers ne alaissent en ladite maison
-fors que pour constraindre leur dit seigneur de faire aucune
-chose contre sa voulenté, s'armèrent et furent en ladite
-maison et en la place de Grève, si fors que il ne devoient
-doubter les autres. Et là vint ledit régent qui monta sur les
-degrés de la croix de Grève, et dist au peuple que il avoit
-esté informé que les dessusdis emprisonnés estoient traitres
-et aliés au roy de Navarre. Et là, un jeune homme de
-Paris appelé Jehan d'Amiens, et avoit espousé la fille de
-l'un des dessusdis emprisonnés appelé Jehan Restable, lequel
-Jehan d'Amiens avoit esté par devers le roy de Navarre
-pour pourchacier la délivrance d'un sien ami prisonnier
-dudit roy, dist que il savoit bien les choses dites par ledit
-régent estre vraies. Pour lesquelles choses ceux qui par
-avant avoient moult arrogamment demandé et requis la
-délivrance des dessusdis prisonniers, n'osèrent plus parler.
-Mais ledit maistre Jehan Blondel requist audit régent pardon
-de ce que il en avoit dit et fait, lequel régent le pardonna
-audit Jehan et aux autres qui en avoient parlé. Et
-s'en parti ledit régent. Si ordena certains commissaires pour
-savoir la vérité des choses qui luy avoient esté dites
-contre les dessus dis prisonniers. Mais les choses estoient
-si secrètes et si obscures que l'en ne trouva lors aucune
-chose encontre eux. Et pour ce en furent quatorze délivrés
-le jour de la saint Clément ensuivant, vint-troisiesme<a id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">[148]</a>
-jour de novembre. Et assez tost après tous les autres.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_148" href="#FNanchor_148"><span class="label">[148]</span></a> <i>Vint-troisiesme</i>. Et non pas <i>dix-huitiesme</i>, comme les précédentes
-éditions. &mdash; Villaret a faussé l'histoire dans cet endroit, quand il a dit
-que «&nbsp;le régent voulant gagner les c&oelig;urs par sa douceur, après avoir fait
-instruire le procès des <i>coupables</i>, leur pardonna.&nbsp;» Il paroît que le
-régent n'eut à renvoyer que des innocens.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CIV.</h3>
-
-<p class="section">Des cardinaux qui vindrent à Paris pour traictier de paix entre
-le régent de France et le roy de Navarre.</p>
-
-
-<p>Le jeudi treiziesme jour de décembre, entrèrent à Paris
-les cardinaux de Pierregort et d'Urgel, pour traictier de paix
-entre le régent et le roy de Navarre. Et depuis alèrent à
-Meulent par devers ledit roy ; et depuis à Meleun par devers
-la royne Blanche sa suer, et partout ne firent riens. Et s'en
-alèrent à Avignon. Et en alant, ledit cardinal de Pierregort
-fu pillié et robé de grant avoir ; mais depuis luy fu tout
-rendu, si comme l'en disoit. &mdash; Item, le premier jour de
-janvier, pluseurs de la ville d'Amiens qui avoient traï ladite
-ville furent décapités<a id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor">[149]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_149" href="#FNanchor_149"><span class="label">[149]</span></a> Cette dernière phrase ne se trouve que dans le manuscrit de
-Charles V.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CV.</h3>
-
-<p class="section">Coment Laigny-sur-Marne fu pilliée et gastée.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1359</div>
-
-<p>Le mardi après l'apparicion<a id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor">[150]</a>, huitiesme jour du moys
-de janvier l'an mil trois cens cinquante-huit, les Anglois et
-Navarrois qui tenoient la Ferté-soubs-Juerre alèrent à
-Laigny-sus-Marne et pillièrent la ville et y prisrent des bonnes
-gens. Et depuis alèrent en la ville grant nombre de
-brigans qui estoient venus de Milan, qui gastèrent ladite
-ville par telle manière que tous les habitans s'en partirent ;
-et demoura toute gastée.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_150" href="#FNanchor_150"><span class="label">[150]</span></a> <i>L'Apparicion</i>. L'Épiphanie.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CVI.</h3>
-
-<p class="section">Coment les Anglois furent desconfis devant Troies.</p>
-
-
-<p>Le samedi ensuivant, douziesme jour dudit moys, les
-Anglois et Navarrois qui tenoient une maison de l'évesque
-de Troies appellée Ais-en-Ote<a id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor">[151]</a>, alèrent devant Troies, et
-estoient environ quatre cens. Si issirent de Troies le conte
-de Vaudemont et ceux de ladite ville et desconfirent lesdis
-Anglois et en y ot environ six vint mors et autant de pris,
-et pour ceste cause, les autres qui eschappèrent ardirent
-ladite maison de Ais et s'en partirent. Et aussi furent autres
-qui tenoient une autre forteresce appellée Champlost<a id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor">[152]</a>,
-entre la rivière de Saine et d'Yonne, et alèrent tous à Regennes
-près d'Aucerre ; et par ce, le chemin qui avoit esté
-empeschié de Sens à Troies fu délivre.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_151" href="#FNanchor_151"><span class="label">[151]</span></a> <i>Ais-en-Ote</i>. Aujourd'hui <i>Aix-en-Othe</i> ou <i>Aixote</i>, bourg du département
-de l'Aube, à huit lieues de Troyes.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_152" href="#FNanchor_152"><span class="label">[152]</span></a> <i>Champlost</i>. Bourg du département de l'Yonne, à six lieues de Joigny. &mdash; <i>Regennes</i>
-est un hameau sur la route d'Auxerre à Joigny.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CVII.</h3>
-
-<p class="section">Coment la cité d'Aucerre fu prise et mise à raençon des Anglois.</p>
-
-
-<p>Le jour des Brandons ensuivant, dixiesme jour de mars
-avant le point du jour, pluseurs des garnisons angloisches
-qui s'estoient assemblés à Regennes, près d'Aucerre à
-deux lieues, partirent dudit lieu de Regennes et alèrent à
-Aucerre et y trouvèrent petite ou nulle garde. Si eschiellèrent
-ladite ville par devers la porte de Gligny ; et entrèrent
-lesdis Anglois dedens par dessus les murs, et pristrent la
-ville, la cité et le chastel avant soleil levant. Et jasoit ce
-que eust grant foison de gens habitans en ladite ville et
-en eust deux mille ou plus de bien armés, néantmoins y
-trouvèrent lesdis Anglois petite résistance<a id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor">[153]</a>. Et à la prise
-de ladite ville, furent fais chevaliers deux Anglois : l'un appellé
-Robin Canole et l'autre Thomelin Fouque, lesquels
-estoient capitains de grant foison d'Anglois. Et si y estoient
-deux chevaliers anglois dont l'un estoit appellé messire Jehan
-d'Arton et l'autre messire Nichole Tamore. Au chastel
-de laquelle ville fu pris monseigneur Guillaume de Chalons
-fils du conte d'Aucerre, et sa femme et pluseurs
-autres. Et de ladite ville et cité eschappèrent pou d'hommes
-ou femmes qui ne fussent pris par lesdis Anglois.
-Toutesvoies en mistrent-il pou à mort, mais pristrent
-tous à raençon et pillièrent la ville par tele manière que
-il n'y ot riens mucié que il ne trouvassent, feust en terre,
-en murs ou autre part. Et toutesvoies disoit-l'en que il
-n'estoient pas plus de mil, que de maistres que de varlès.
-Et disoient pluseurs, tant de ladite ville comme des Anglois,
-que il y avoient bien trouvé de biens qui valoient cinq cens
-mil moutons d'or ; et les raençons des personnes singulières
-qui valoient trop grossement. Et quant lesdis Anglois
-se virent tous seigneurs de ladite ville, et l'eurent pillié,
-et mis à point leur prisonniers, environ huit jours après
-ladite ville prise il parlèrent à aucuns des plus notables
-habitans, et leur distrent que il en ardroient toute la ville,
-ou que il en ardroient la plus grant partie et enforceroient
-aucuns lieux qui y estoient, et les tendroient ; et ceux qui
-demourroient en ce qui ne seroit ars promestroient aux Anglois
-bonne obéissance, ou lesdis habitans raençonneroient<a id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor">[154]</a>
-ladite ville. Si fu traictié par pluseurs journées
-entre lesdis Anglois et ceux de ladite ville. Et finablement
-furent à tel accort, c'est assavoir que lesdis Anglois auroient
-pour la raençon de ladite ville quarante mil moutons, et
-quarante mil perles du pris de dix mil moutons, et
-si emporteroient tous les biens que il avoient trouvés en
-ladite ville, sé il vouloient, exceptés les joiaux de l'églyse
-Saint-Germain, lesquels ils prendroient pour gaige seulement,
-jusques à tant que il fussent paiés de la raençon dessus
-dite. Mais ceux de ladite ville s'obligeroient à ceux de ladite
-églyse Saint-Germain de racheter desdis Anglois
-lesdis joiaux dedens la nativité saint Jehan-Baptiste après
-ensuivant, ou de paier perpétuellement auxdis religieux de
-Saint-Germain, chascun an trois mil florins de rente ; et
-si feroient lesdis Anglois abattre des murs de la ville tant
-comme il leur plairoit, et ardoir les portes. Lesquelles
-choses furent accordées par ceux qui traictoient pour ladite
-ville. Et pour ce allèrent aucuns d'iceux par devers le régent
-pour avoir son consentement sur ce. Et cependant lesdis
-Anglois firent abattre partie des murs et les créneaux, et
-emplir les fossés de ladite ville des pierres desdis murs, et
-ardoir les portes.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_153" href="#FNanchor_153"><span class="label">[153]</span></a> La chronique inédite du msc. 530 dit : «&nbsp;En ce temps, Phelippe de
-Navarre et Robert Canolle prindrent la cité d'Aucerre, par aucuns des
-bourgois de la cité qui la leur rendirent par trahison.&nbsp;» (F<sup>o</sup> 75, R<sup>o</sup>.)</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_154" href="#FNanchor_154"><span class="label">[154]</span></a> <i>Raençonneroient</i>. Rachèteroient.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CVIII.</h3>
-
-<p class="section">De la prise de messire James Pipes, anglois, et de pluseurs
-autres ses compaignons.</p>
-
-
-<p>Le jeudi, quatorziesme jour de mars ensuivant, messire
-James Pipes<a id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor">[155]</a>, messire Othe de Hollande, anglois, et environ
-seize ou dix-huit personnes notables de leur compaignie,
-qui estoient partis d'Evreux de la compaignie du roy
-de Navarre et de monseigneur Phelippe son frère, furent
-pris par les compaignons de la garnison d'une forte maison
-qui est au seigneur de Garanchières<a id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor">[156]</a> appellée Grant-Seuvre.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_155" href="#FNanchor_155"><span class="label">[155]</span></a> <i>James Pipes</i>. Froissart fait agir et parler vaillamment James Pipes
-à trois mois de là au prétendu siège de Melun.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_156" href="#FNanchor_156"><span class="label">[156]</span></a> <i>Garenchières</i>. <i>Garencières</i> est aujourd'hui un village du département
-de l'Eure, à deux lieues d'Evreux. <i>Grant-Seuvres</i>, aujourd'hui <i>Gros&oelig;uvre</i>,
-est un bourg du même département, à peu de distance de <i>Garencières</i>. &mdash; Notre
-chronique inédite touche à cet événement sans doute, quand elle
-dit que : «&nbsp;le sire d'Ivery, Phelippe Malvoisin et pluseurs autres bons
-chevaliers et escuiers du pays devers la rivière d'Eure, firent pluseurs
-belles besongnes, et en trois places ruèrent jus en pou de temps leur
-ennemis.&nbsp;» (Msc. 530, f<sup>o</sup> 71, r<sup>o</sup>.)</p>
-</div>
-<p><i>Incidence</i>. Item, samedi, trentiesme jour du moys de
-mars, et fu le samedi devant <i lang="la" xml:lang="la">Lætare Jerusalem</i>, fu trouvée
-une grant quantité de monnoie noire de divers coings ; et
-en y avoit environ une baignouère pleine, sur un pilier de
-la petite Maison-Dieu de Sens, laquele l'en abatoit, pour
-ce que elle estoit trop près des murs de ladite cité de Sens.
-Et dedens deux ou trois jours après, monseigneur Jehan de
-Chalon, seigneur d'Arlay, lors lieutenant dudit régent ès parties
-de Champaigne et du bailliage de ladite ville de Sens,
-ala à Sens pour avoir ladite monnoie, et de fait la prist et
-l'en fist porter à Troie.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CIX.</h3>
-
-<p class="section">Coment aucuns de ceux d'Aucerre furent destourbés en alant
-de Paris à Aucerre.</p>
-
-
-<p>Tout le moys ensuivant, les Anglois qui avoient pris ladite
-ville d'Aucerre demourèrent en ycelle, en attendant ceux
-qui estoient alés pour ladite ville à Paris par devers le
-régent, pour ladite finance, lesquels ne retournèrent point
-que deux ou trois exceptés qui en retournant furent
-desrobés, entre Joigny et Aucerre, d'une grande finance
-que il aportoient, par Bourguignons ; desquels Bourguignons
-l'un estoit appellé messire Symon de Saint-Aubin,
-chevalier, et l'autre Huguenin de Binant, escuier, et pluseurs
-autres.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CX.</h3>
-
-<p class="section">D'une assemblée que monseigneur le régent fist faire au palais
-des gens de Paris, pour oïr prononcier les demandes du roy
-d'Angleterre.</p>
-
-
-<p>L'an de grace mil trois cens cinquante-neuf, fu prise la
-ville d'Aubigny-sur-Nierre<a id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor">[157]</a>, par escheler, comme avoit
-esté Aucerre dont dessus est faite mencion.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_157" href="#FNanchor_157"><span class="label">[157]</span></a> <i>Aubigny-sur-Nierre</i>. Et non pas <i>Dabigne-sur-Mettre</i>, comme dans les
-précédentes éditions. C'est une ville de l'ancien Berry, aujourd'hui département
-du Cher. Elle est située sur la <i>Nere</i>, à neuf lieues de Sancerre.</p>
-</div>
-<p>Item, le jeudi secont jour de may ensuivant, fu arse la
-ville de Chastillon-sur-Loaing, par messire Robert Canole
-qui retournoit d'Aucerre à Chastel Nuef sur Loyre,
-et en raportoit sa part de la pille d'Aucerre. Quar le mardi
-précédent, derrenier jour d'avril, lesdis Anglois avoient
-laissié ladite ville d'Aucerre, et s'en estoient alés en leur
-forteresces, à tout leur pille ; et en avoient mené grant nombre
-de hommes, de femmes et de petits enfans de l'aage de
-dix ans ou environ, et avoient arses les portes et abatu
-grant foison des murs de la ville. Et néantmoins y aloient
-depuis lesdis Anglois souvent quérir des vivres qui y estoient
-demourés ; par espécial ceux de Regennes.</p>
-
-<p>Item, le dimenche dix-neuviesme jour de may ensuivant,
-fu faite une convocation à Paris de gens d'églyse, de
-nobles et de bonnes villes, par lettres de monseigneur
-le régent, pour oïr un certain traictié de paix qui avoit
-esté pourparlé en Angleterre entre le roy de France et
-celuy d'Angleterre. Lequel traictié avoit esté aporté par
-devers ledit régent, par monseigneur Guillaume de Meleun,
-archevesque de Sens, par le conte de Tanquarville frère
-dudit archevesque, par le conte de Dampmartin, et par messire
-Arnoul d'Odeneham, mareschal de France, tous prisonniers
-des Anglois. A laquelle journée vint pou de gens, tant
-pour ce que l'en ne fist pas assez tost assavoir ladite convocacion,
-comme pour ce que les chemins estoient empeschiés
-des Anglois et Navarrois qui tenoient forteresces en toutes
-les parties par lesquelles l'en povoit aler à Paris ; et aussi
-pour cause des pilleurs qui tenoient forteresces françoises
-qui ne faisoient gaires mieux que les Anglois. Et en estoit
-tout le royaume semé, par telle manière que on ne povoit
-aler par le païs. Lesdis Anglois et Navarrois tenoient
-le chastel de Meleun, l'isle et toute la ville du costé devers
-Bière ; et la partie devers Brie estoit françoise. Item, il tenoient
-la Ferté-soubs-Juerre, Oysseri, Nogent-l'Artaut,
-et bien cinq ou six forteresces sur la rivière de Marne ;
-en Brie il tenoient Becoisel et la Houssoie<a id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor">[158]</a>. En Mucien
-il tenoient Juilly, Creil et pluseurs autres sur la rivière
-d'Oyse : sur Saine en devalant, Poissy, Meullent,
-Mante, Rais ; et plus de cent autres en diverses parties, tant
-en Picardie comme ailleurs.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_158" href="#FNanchor_158"><span class="label">[158]</span></a> <i>La Houssoye</i> ou <i>La Houssaye</i>. Aujourd'hui village du département
-de Seine-et-Marne, à cinq lieues de Coulommiers. &mdash; Je n'ai pas retrouvé
-<i>Becoisel</i>, que le msc. 9,652 écrit <i>Le Trisel</i>.</p>
-</div>
-<p>Laquelle journée du dix-neuviesme jour fu continuée de
-jour en jour en attendant plus de gens, jusques au samedi
-ensuivant, vint-cinquiesme jour dudit moys. Auquel samedi
-ledit régent fu au palais sur le perron de marbre en la
-court ; et là, en présence de tout le peuple, fist lire
-ledit traictié par maistre Guillaume des Dormans, advocat
-du roy en parlement, par lequel traictié apparoit que le roy
-d'Angleterre vouloit avoir la duchié de Normendie, la duchié
-de Guienne, la cité et le chastel de Saintes, toute la dyocèse
-et païs ; la cité d'Agen, la cité de Tarbe, la cité de Pierregort,
-la cité de Limoges, la cité de Caours et toutes les
-diocèses et païs, la conté de Bigorre, la conté de Poitiers, la
-conté d'Anjou et du Maine, la cité et chastel de Tours et
-toute la diocèse et païs de Touraine, la conté de Bouloigne,
-la conté de Guines, la conté de Pontieu, la ville de Monstrueil-sur-Mer
-et toute la chastellerie, la ville de Calais et
-toute la terre de Merq<a id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor">[159]</a> en toute justice et seigneurie, ressort
-et souveraineté, sans ce que, des terres dessus dites
-le roy d'Angleterre fust en aucune manière subgiet au roy
-de France présent né à ses successeurs roys de France,
-mais seulement voisin. Et oultre vouloit avoir ledit roy
-d'Angleterre l'homage, ressort et souveraineté de la duchié
-de Bretaigne, perpétuellement, si comme les autres terres
-dessus dites.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_159" href="#FNanchor_159"><span class="label">[159]</span></a> <i>Merq</i>. Ce nom de pays, peut-être le même que <i>Marquenterre</i>, en
-Ponthieu, a été oublié dans l'estimable <i>Indication des Provinces et pays
-de la France</i>, publiée dans l'<i>Annuaire de l'Histoire de France, année 1837</i>.</p>
-</div>
-<p>Et oultre vouloit avoir quatre millions d'escus de Phelippe,
-avec toutes les autres terres que il tenoit au royaume
-de France, par tel condicion que le roy de France devoit
-faire récompensacion de autres terres à tous ceux qui
-avoient aucunes choses sur lesdites terres, par aliénation
-faite par les roys de France ou par ceux qui ont eu cause<a id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor">[160]</a>
-d'eux, depuis que lesdites terres et pays vindrent et furent
-aux roys de France.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_160" href="#FNanchor_160"><span class="label">[160]</span></a> <i>Qui ont eu cause</i>. Qui prétendoient à des droits transmis par eux.</p>
-</div>
-<p>Et encore requéroit ledit Anglois avoir la possession
-des villes et chastiaux de Rouen, de Caen, de Vernon, du
-Pont-de-l'Arche, du Goulet<a id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor">[161]</a>, de Gisors, de Moliniaux,
-d'Arques, de Gaillart, de Vire, de Boulongne, de Monstrueil-sur-la-Mer,
-de la Rochelle ; cent mille livres d'Esterlins et
-dix seigneurs pour ostages dedens le premier jour d'aoust
-ensuivant. Et ce fait, il devoit mettre le roy de France
-en son royaume, en son povoir ; toutesvoies tousjours loyal
-prisonnier jusque à ce que toutes les choses dessusdites fussent
-acomplies. Lequel traictié fu moult déplaisant à tout le
-peuple de France. Et après ce qu'il orent eu délibéracion,
-il respondirent audit régent que ledit traictié n'estoit passable
-né faisable : et pour ce ordennèrent à faire bonne
-guerre aux Anglois.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_161" href="#FNanchor_161"><span class="label">[161]</span></a> <i>Le Goulet</i>. Place forte dont il reste à peine des vestiges. &mdash; <i>Moliniaux</i>
-ou Moulineaux, aujourd'hui village à trois lieues de Caen. &mdash; <i>Arques</i>,
-petite ville de Normandie, près de Dieppe.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXI.</h3>
-
-<p class="section">Coment les officiers du roy furent rappellés par le régent, et de
-l'aide que l'en offri pour la guerre.</p>
-
-
-<p>Le mardi vint-huitiesme jour du moys de may, ledit régent
-prononça par sa bouche que, à tort et sans cause raisonnable,
-il avoit privé de ses offices les vint-deux personnes
-qui avoient esté privées par l'ordonance des trois estas, l'an
-cinquante-sept ; et qu'il les avoit tousjours trouvés bons et
-loyaux ; mais l'evesque de Laon et les tirans traitres qui
-avoient empris le gouvernement le firent faire par contraincte,
-si comme il dit lors. Et les restitua en leur estas
-et renommées.</p>
-
-<p>Item, le dimenche secont jour de juing ensuivant, fu
-accordé au régent que les nobles le serviroient un moys à
-leur despens, chascun selon son estat, sans compter aler né
-venir. Et avec ce paieroient les imposicions qui seroient ordenées
-par les bonnes villes. Les gens d'églyse offrirent à payer
-lesdites imposicions ; la ville de Paris et viscontés offrirent
-six cens glaives, trois cens archiers et mil brigans. Et fu
-ordené que tous ceux qui là estoient s'en retournaissent en
-leur villes, pour ce que il ne vouloient aucune chose ottroier
-sans parler à leur villes, et qu'il envoiassent leur responses
-dedens le lundi après la Trinité. Et depuis envoièrent pluseurs
-villes leur response : mais pour ce que le plat païs
-estoit tout gasté par les ennemis anglois et navarrois, et
-aussi par les garnisons des forteresces françoises, lesdites
-bonnes villes ne porent acomplir le nombre de douze
-mil glaives qui luy avoient esté accordés de la Langue d'oc.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXII.</h3>
-
-<p class="section">Coment un traictié fu fait entre le régent et le roy de Navarre.</p>
-
-
-<p>Audit moys, le régent ala à Meleun : et là se tint et fist
-faire le moustier du Lis fort<a id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor">[162]</a>, et y establi une bastide contre
-ses ennemis qui tenoient le chastel et l'isle de Meleun et la
-partie de ladite ville devers Bière ; et l'avoient tenue depuis
-l'entrée du moys précédent. Et y estoit tousjours la royne
-Blanche et Jehanne, sa seur, seurs audit roy de Navarre.
-Et ledit régent et ses gens tenoient l'autre partie de ladite
-ville qui est devers Brie.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_162" href="#FNanchor_162"><span class="label">[162]</span></a> <i>Fort</i>. C'est-à-dire il fortifia le monastère du Lys.</p>
-</div>
-<p>Et pendant ce que ledit régent estoit à Meleun, aucuns
-de ses gens traictièrent de paix avec aucuns des gens du roy
-de Navarre, à Rosny et à Veteil<a id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor">[163]</a>. Et finablement furent à accort
-que ledit régent rendroit audit roy de Navarre toutes les
-forteresces que il tenoit de luy, et outre paieroit encore
-douze mille livrées de terre et six cens mil escus de Jehan, à
-paier chascun an cinquante mille jusques à douze ans.
-Et par ce ledit roy demourroit ami bienvueillant et alié du
-roy de France et dudit régent, et de nouvel feroit homage
-audit régent. Lequel traictié fu rapporté audit régent à Meleun.
-Et pour ce se parti le mercredi darrenier jour de juillet
-ensuivant, après disner, et s'en ala par yaue à Paris
-toute jour et la nuit ensuivant et arriva à Paris le jeudi
-bien matin, premier jour d'aoust. Et celuy jour fist assambler
-à heure de relevée, en la chambre des comptes, pluseurs
-de son conseil, le prévost des marchans de Paris et
-aucuns autres bourgois de ladite ville. Et là ledit régent fist
-narracion dudit traictié que il ne vouloit avoir passé sans
-avoir eu leur advis et délibéracion. Si fu ordené que il y
-auroit plus des gens de Paris. Et pour ce fu dit que l'en retourneroit
-le vendredi matin, secont jour dudit moys
-d'aoust ; et ainsi fu fait, et fu l'assemblée en la chambre de
-parlement. Et là ledit régent répéta ledit traictié, et fu dit
-que l'en retourneroit l'endemain, samedi tiers jour dudit
-moys, pour dire chascun ce que il ly en sambleroit.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_163" href="#FNanchor_163"><span class="label">[163]</span></a> <i>Rosny</i> et <i>Vétheuil</i> sont dans les environs de Mantes, aujourd'hui
-département de Seine-et-Oise.</p>
-</div>
-<p>Auquel samedi retournèrent en ladite chambre de parlement,
-et là fu conseillié audit régent que il féist accort audit
-roy de Navarre, en luy baillant ce que dessus est dit. Si
-retourna à Mante et à Meulent le seigneur de Vignay qui ces
-choses traictoit pour ledit régent avec aucuns autres, par
-devers Friquet de Fricamp, le seigneur de Luce, et monseigneur
-Regnault de Braquemont qui ces choses traictoient
-pour le roy de Navarre. Lesquels vindrent à Paris parler audit
-régent, et leur ala à l'encontre Jehan Culdoe, lors prévost
-des marchans, acompaignié de Jehan Maillart et de aucuns
-autres de Paris jusques à Saint-Denis, afin, si comme l'en
-disoit, que on ne féist villenie à Paris aux dessusdis chevaliers
-du roy de Navarre. Et les conduist ledit prévost et sa
-compaignie jusques au Louvre, par devers ledit régent,
-lequel régent fist moult grant chière auxdis Friquet, seigneur
-de Luce et de Braquemont, jasoit ce que eussent esté des
-plus principaux conseilliers dudit roy et encore estoient ; et
-les fist mangier à sa table, et leur fist livrer chambre au
-Louvre. Et furent par pluseurs journées avec luy. Et après
-retourna ledit Braquemont par devers le roy qui estoit à
-Mante, si comme l'en disoit, et les deux autres demourèrent
-à Paris.</p>
-
-<p>Item, le samedi dix-septiesme jour du moys d'aoust,
-ledit régent parti de Paris, et ala à St-Denis au disner, et au
-giste à Pontoise, là où le roy de Navarre devoit aler pour
-parler à luy et pour parfaire le traictié.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXIII.</h3>
-
-<p class="section">Des hostages qui furent envoiés à Meulent avant que le roy de
-Navarre osast venir à Pontoise par devers ledit régent.</p>
-
-
-<p>Le lundi ensuivant, dix-neuviesme jour dudit moys
-d'aoust, après disner, ledit régent issi hors de Pontoise
-pour aler au devant du roy de Navarre, et mena ledit régent
-avec luy moult de gens d'armes, et chevaucha en alant
-vers Meulent environ une lieue.</p>
-
-<p>Et lors vit ledit roy qui estoit issu dudit Meulent, et
-venoit devers ledit régent ; et avoit avec luy environ cent
-hommes d'armes ; et si en y avoit bien autant des gens ledit
-régent que il avoit envoiés contre ledit roy. Et si en avoit
-aucuns que ledit régent avoit envoiés pour convoier certains
-hostages lesquels monseigneur ledit régent avoit envoiés à
-Meulent, pour ce que ledit roy n'osoit né vouloit aler à Pontoise,
-sé il n'avoit hostages. Et furent hostages le duc de
-Bourbon, monseigneur Loys de Harecourt, le sire de Morency<a id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor">[164]</a>,
-le sire de Saint-Venant, monseigneur Guillaume
-Martel, le Baudrin de la Heuse et aucuns autres chevaliers,
-le prévost des marchans et deux bourgois de Paris. Mais
-ledit roy ramena avec luy ledit prévost et bourgois de Paris,
-quant il ala par devers ledit régent, et les autres demourèrent
-à Meulent.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_164" href="#FNanchor_164"><span class="label">[164]</span></a> <i>Morency</i>. La maison de Montmorency est souvent ainsi désignée
-dans les anciens monumens.</p>
-</div>
-<p>Et quant ledit roy vit ledit régent sus les champs, il renvoia
-sa gent à Meulent, et ne retint avec luy que quarante
-chevaux ou environ. Si s'approchièrent l'un de l'autre, et
-avoient chascun le chapperon avalé<a id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor">[165]</a>, hors de la teste. Et
-quant il furent près l'un de l'autre, si se entresaluèrent, et
-retournèrent ensemble à Pontoise à l'anuitier. Et furent
-les torches alumées à l'entrée de la ville. Et mena ledit
-régent avec luy descendre ledit roy au chastel auquel
-le régent estoit hébergié ; et livra-l'en audit roy chambre
-dessous la chambre dudit régent, et ce soir souppèrent ensemble.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_165" href="#FNanchor_165"><span class="label">[165]</span></a> <i>Avalé</i>. Descendu.</p>
-</div>
-<p>Et l'endemain, jour de mardi, fu le conseil des deux
-assemblé pour traictier de l'assiete des douze mille livrées
-de terre que ledit régent devoit baillier audit roy. Et réquéroit
-audit régent et son conseil ledit roy et son conseil
-que on luy baillast pour ladite terre, les viscontés de
-Faloise, de Baieux, d'Auge et de Vire. Et de ce ne furent
-pas à acort les gens du conseil dudit régent. Pour ce alèrent
-devers ledit régent, et luy distrent les requestes des gens
-dudit roy, et les offres qui leur avoient esté faites par les gens
-dudit régent. Et sembla audit régent que on le seurquéroit<a id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor">[166]</a>
-de la partie dudit roy. Et pour ce envoia le conte d'Estampes
-par devers ledit roy et luy manda que sé il ne prenoit
-les offres qui luy avoient esté faites de par luy, lesquelles
-estoient bonnes et honnorables et raisonnables, que il n'auroit
-paix né acort avec luy, mais le feroit mettre seurement
-là où il l'avoit pris, et après féist chascun le mieux que il
-pourroit. Laquelle chose ledit roy ne voulut accorder ; et
-cuida-l'en que le traictié fust tout rompu.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_166" href="#FNanchor_166"><span class="label">[166]</span></a> <i>Surquéroit</i>. Demandoit trop de choses exorbitantes. <i>Surenchérissoit</i>.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXIV.</h3>
-
-<p class="section">Du bel langage que le roy de Navarre dist au conseil de monseigneur
-le régent.</p>
-
-
-<p>L'endemain, jour de mercredi vint-et-uniesme jour du
-moys d'aoust, ledit roy manda un pou avant heure de disner
-le conseil dudit régent pour aler parler à luy en sa
-chambre, et leur dist que il vouloit estre bon ami du roy et
-dudit régent et du royaume de France ; car il véoit bien, si
-comme il disoit, que le royaume de France estoit sur le point
-d'estre destruit ; et luy, qui estoit si prochain de par père
-et de par mère, ne le povoit né vouloit souffrir. Et pour ce,
-ne vouloit avoir terre né argent, fors seulement la terre que
-il avoit par devant ; ains le vouloit emploier à faire tout
-le bien que il pourroit pour le royaume. Et il pensoit que
-l'en luy déserviroit sé il faisoit bien. Et dist, en oultre, que
-il vouloit ces choses dire devant le peuple.</p>
-
-<p>Et ces choses ainsi dites au conseil dudit régent, ledit
-conseil s'en retourna devers le régent, et luy dit ces
-choses dont ledit régent moult s'esjoy, et aussi communément
-ceux qui l'oïrent, car par avant l'en tenoit que tout
-le traictié estoit rompu. Et disoient pluseurs que Dieu avoit
-inspiré ledit roy, sé il disoit en bonne entencion ce que il
-disoit. Et lors fu ordenné que on feroit venir des gens de
-ladite ville de Pontoise en la sale du chastel, et le roy diroit
-les choses dessus dites. Et ainsi fu fait celuy jour. Et leur
-dit le roy de Navarre ce qui dessus est dit ; et, oultre,
-que il délivreroit toutes les forteresces qui avoient esté
-prises depuis que il avoit esté ennemi du roy de France
-et du régent, par ses gens ou par ses aliés. Et assez tost
-après s'en partirent les Anglois qui estoient à Poissy, de
-Chaumont-en-Vouquessin, à Jouy, à la Ville-au-Tertre<a id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor">[167]</a>,
-et à Latainville. Dont pluseurs disoient que le roy de Navarre
-feroit bien besongne, et que, par ladite paix, moult
-de bien vendroit au royaume. Et les autres disoient que
-le roy de Navarre faisoit tout ce que il faisoit par cautèle
-et par malice, pour décevoir ledit régent et le peuple, et
-que il ne feroit jà bien de sa vie.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_167" href="#FNanchor_167"><span class="label">[167]</span></a> <i>La Ville-au-Tertre</i>. Aujourd'hui <i>la Villetertre</i>, près de Chaumont en
-Vexin. &mdash; Latainville, et non pas <i>La Chanville</i>, comme dit Villaret. C'est
-un village encore plus rapproché de Chaumont que <i>la Villetertre</i>.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXV.</h3>
-
-<p class="section">Coment monseigneur le régent parla bien en parlement pour le
-roy de Navarre, et de la response que fist maistre Jehan
-des Mares contre pluseurs traitres.</p>
-
-
-<p>Le samedi, vint-quatriesme jour du moys d'aoust, ledit
-régent s'en retourna de Pontoise à Paris, et ledit roy s'en
-ala à Meulent. Et deurent estre à Paris ensemble, le dimenche
-premier jour de septembre ensuivant, pour ordener
-du fait de la guerre ; pour ce que l'en disoit que le navire
-du roy anglois estoit tout prest, et que celuy roy devoit
-passer brievement à grant ost pour venir en France.
-Et jasoit ce que ledit régent eust jà partout envoié lettres
-au royaume, contenant le traictié de la paix de
-luy et du roy de Navarre, par lesquelles il se pénoit,
-tant comme il povoit, de recommander ledit roy et de le
-mettre en la grace du peuple, toutesvoies ne le vouloit-il
-ou n'osa faire venir à Paris, jusques à ce que il eust parlé
-au peuple sur ce. Et pour ce fist une grande assemblée en
-la chambre de parlement, et là récita au peuple le traictié
-dudit roy, et leur dist de sa bouche qu'il ne vouloit
-point faire venir ledit roy de Navarre à Paris sé ce n'estoit
-de leur bon gré, et que il ne vouldroit point que l'en féist
-né déist audit roy né à ses gens aucunes choses qui leur
-déust déplaire.</p>
-
-<p>Et lors, un advocat de parlement appellé maistre Jehan
-des Mares, pour et au nom du prévost des marchans et de
-ladite ville, respondi en substance que le peuple de Paris
-estoit joieux et lie de la bonne paix dessusdite, et leur
-plaisoit bien que il féist venir à Paris ledit roy toutesfois
-que il luy plairoit : mais les bonnes gens de Paris supplioient
-audit régent que il ne voulsist souffrir que aucuns
-traistres venissent à Paris que ledit maistre Jehan nomma
-lors. Et dist au régent que sé il venoient à Paris, que il
-tenoit fermement que le peuple ne les y pourroit souffrir.
-Et estoient ceux dont les noms s'ensuivent : maistre Robert
-le Coq évesque de Laon, maistre Michiel Casse chancelier
-de l'églyse de Noyon, Jehan de Sainte-Aude, Pierre de la
-Courtneuve, Vincent du Valrichier, Pierre des Barres,
-Gieffroi le Flament du porche St-Jaques et aucuns autres.</p>
-
-<p>Lequel régent respondi que ce n'estoit point son entencion
-né sa volenté que lesdis traistres venissent à Paris ; et
-jasoit ce que ledit roy luy eust fait requeste pour les dessus
-nommés, afin que il leur pardonnast tout, toutesvoies ne
-luy avoit-il voulu accorder né pensoit à faire.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3 id="ch-cxvi">CXVI.</h3>
-
-<p class="section">De l'outrageus subside que les gens du roy de Navarre prenoient
-sur toutes marchandises qui avaloient le pont de Meleun.</p>
-
-
-<p>Le dimenche, premier jour de septembre l'an mil trois
-cens cinquante-neuf dessusdit, ledit régent ala à Saint-Denis
-à l'encontre du roy de Navarre qui y devoit estre et qui y
-fu ; et, le soir de celuy jour, vindrent à Paris au giste, et
-le mena ledit régent au Louvre avec luy descendre, et furent
-ensemble toute celle semaine, et le festoia et honnora
-ledit régent moult grandement ; et fist ledit régent pluseurs
-graces et dons à pluseurs des gens dudit roy qui avoient
-esté traitres du roy de France et du régent, son fils. Et
-avoient les gens dudit roy de Navarre grant asséis<a id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor">[168]</a> et grant
-voix par devers ledit régent, dont pluseurs bonnes personnes
-qui bien et loyaument avoient servi ledit régent en avoient
-grant desplaisir. Et la semaine ensuivant se parti ledit
-roy de Paris, et s'en ala à Meleun pour mettre hors,
-si comme l'en disoit, pluseurs Navarrois qui encore y
-estoient, dont il ne fist rien. Et levoit-l'en de toutes marchandises
-qui passoient l'arche du pont de Meleun trop
-grant subside ; c'est assavoir : de chascun tonnel de vin,
-six escus d'or ; de chascun muy de grain, deux escus ;
-de vint-cinq molles de busches, un escu ; d'une couple
-de foing, huit escus ; d'un millier de costerès, un escu ; et
-des autres choses à la value ; et disoit-l'en que c'estoit
-pour paier les Navarrois qui avoient demouré au chastel
-et en la ville de Meleun, qui s'estoit tenue de la partie du
-roy de Navarre : dont moult de gens estoient merveilliez,
-car il convenoit<a id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor">[169]</a> que ceux qui avoient esté ennemis
-des François et qui les avoient pilliés, robés et tués fussent
-paiés de leur gages, du temps qu'il avoient esté ennemis
-du chastel et de la chevance des François. Et quant
-le roy de Navarre ot esté à Meleun avec ses seurs, la royne
-Blanche et Jehanne, par quatre fois ou par cinq, il s'en parti
-et y laissa encore les Navarrois. Et si ne délivra pas Creil
-qui estoit tenu des Anglois, et toutesvoies avoit-il promis
-à la délivrer, mais que l'en luy baillast six mille royaux,
-desquels la ville de Paris fist finance. Mais il ne furent pas
-bailliés audit roy pour ce que on ne véoit pas que la délivrance
-de Creil fust bien preste ; car un Anglois en estoit
-capitain, lequel on appelloit monseigneur Jehan de Foudrigay,
-lequel ne le vouloit pas rendre sans plus grant
-finance que de six mille royaux.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_168" href="#FNanchor_168"><span class="label">[168]</span></a> <i>Grant asséis</i>. Grande influence, haute position.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_169" href="#FNanchor_169"><span class="label">[169]</span></a> <i>Il convenoit</i>. Il étoit décidé, consenti, accordé.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXVII.</h3>
-
-<p class="section">Coment monseigneur le régent ala à Rouen ; et d'une incidence.</p>
-
-
-<p>Le huitiesme jour du mois de septembre, parti de Paris
-ledit régent pour aler à Rouen ; et ala à Saint-Denis où il
-demoura deux jours ; et après à Pontoise et à Vernon, et
-entra en la ville de Rouen, le dix-huitiesme jour dudit
-mois.</p>
-
-<p><i>Incidence</i>. En cest an, furent les moys de juillet, d'aoust
-et le commencement de septembre tant pluvieus que la
-plus grant partie des grains furent tous germés ès champs,
-pource que on ne les povoit mener à ville. Et disoit l'en
-que, tant pour celle cause comme pour les pilleries que
-ceux des garnisons françoises faisoient, il seroit moult
-grant chierté de blé. Et dès lors enchieri forment ; car le
-sextier de fourment valoit à Paris, à la Saint-Rémy, quatre
-livres parisis et plus, et une queue de vin vermeil de Bourgoigne
-valoit plus de cinquante livres parisis ; mais la
-monnoie estoit foible, car un escu valoit bien quarante-huit
-sous parisis, et assez tost après valut cinquante-deux
-sous parisis.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXVIII.</h3>
-
-<p class="section">De la revenue du régent à Paris et des nopces Jehan, conte de
-Harecourt ; et coment le captau de Buef prist la ville de
-Clermont.</p>
-
-
-<p>Le lundi septiesme jour d'octobre ensuivant, retourna
-ledit régent de Rouen à Paris ; et entra le lundi devant soleil
-levant à Paris, accompagnié de seize hommes de cheval ou
-environ ; et avoit chevauchié toute la nuit, car le dimenche
-précédent il avoit souppé à Vernon bien tart et de là s'en
-vint toute nuit à Paris.</p>
-
-<p>Item, le lundi quatorziesme jour d'octobre, Jehan, conte
-de Harrecourt, fils du conte de Harrecourt qui avoit eu la
-teste coppée à Rouen, si comme dessus est devisé, espousa
-Catherine, seur du duc de Bourbon et fille du duc qui
-avoit esté mort en la bataille de Poitiers, là où le roy Jehan
-avoit esté pris, et seur aussi de la duchesse de Normendie,
-de la royne d'Espaigne et de la contesse de Savoie. Et furent
-les nopces au Louvre près de Paris ; et y furent présens
-ledit régent et le roy de Navarre.</p>
-
-<p>Item, le mardi douziesme jour de novembre ensuivant,
-fu la tour du pont Sainte-Maxence prise par certains Anglois
-que le capitain de la tour tenoit prisonniers dedens
-ladite tour.</p>
-
-<p>Item, le lundi ensuivant dix-huitiesme jour dudit moys
-de novembre, l'an mil trois cent cinquante-neuf dessus dit,
-devant le point du jour, fu eschiellé le chastel de Clermont
-en Beauvoisin et la ville prise par un gascoin de la partie
-du roy anglois, appelé le cateau de Buef<a id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor">[170]</a>, lequel estoit
-venu de Mante par devers le roy de Navarre, son cousin et
-ami très espécial, sous sauf-conduit dudit régent, lequel
-sauf-conduit avoit esté donné audit cateau par ledit régent,
-à la requeste et prière dudit roy de Navarre. Et le sauf-conduit
-durant, il prist lesdis chastel et ville de Clermont.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_170" href="#FNanchor_170"><span class="label">[170]</span></a> <i>Le cateau de Buef</i>. Captal de Buch. Jean de Grailly, captal de <i>Busch</i>
-ou de <i>Buch</i>, petit pays du Bordelois. Le château de <i>Cap</i> ou tête de
-<i>Busch</i> donnoit à celui qui le possédoit le titre de <i>captal</i>. On a écrit ce
-nom de <i>Busch</i> de bien des façons, mais les meilleures leçons des <i>Chroniques
-de Saint-Denis</i> le donnent, ici, comme nous l'avons préféré ; et deux
-vers de la chanson de geste de <i>Bertrand Du Guesclin</i> justifient cette
-orthographe :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Car je croi, sé Dieu plaist et je puis esploitier,</div>
-<div class="verse">Que du catal de Buef mengerai un quartier,</div>
-<div class="verse">Né je ne pense à nuit autre char mengier.</div>
-</div>
-
-<p>Du père de Jean de Grailly descendent en ligne directe féminine
-les rois de France de la maison de Bourbon.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXIX.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy d'Angleterre et ses fils, à tout leur effort,
-vindrent devant Rains ; et de la mort Martin Pisdoe, bourgois
-de Paris.</p>
-
-
-<p>En celuy mois de novembre, le roy d'Angleterre, le
-prince de Galles son ainsné fils et autres de ses fils, le duc
-de Lenclastre et toute la puissance d'Angleterre, passèrent
-la mer et arrivèrent à Calais ; et chevauchièrent par l'Artois
-et par le Vermandois droit vers Rains, et misrent le siège
-devant ladite ville de Rains, d'une part et d'autre de la rivière
-de Veele. Et fu le roy d'Angleterre logié à Saint-Baale,
-à quatre lieues de Rains<a id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor">[171]</a> ou environ. Le prince
-de Galles, son ainsné fils, estoit logié à Ville-Dommange, à
-deux lieues de Rains ; le conte de Richemont et celuy de
-Norentonne<a id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor">[172]</a> à St-Thierri, à deux lieues de Rains ; le duc
-de Lenclastre à Brimont, assez près de Rains ; le mareschal
-d'Angleterre et monseigneur Jehan de Biauchamps estoient
-à Brétigny<a id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor">[173]</a>, à une lieue de Rains. Et chevauchoient les
-gens dessus nommés chascun jour tout environ Rains, par
-telle manière que à peine povoit aucun de pié ou de cheval
-entrer dedens la ville né issir.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_171" href="#FNanchor_171"><span class="label">[171]</span></a> <i>A quatre lieues de Rains</i>. L'abbaye de Saint-Basle est à trois lieues
-de Reims au-dessus du bourg de Verzy. Ses ruines sont encore respectables
-à l'entrée de la forêt de Reims.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_172" href="#FNanchor_172"><span class="label">[172]</span></a> <i>Norentonne</i> pour <i>Northampton</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_173" href="#FNanchor_173"><span class="label">[173]</span></a> <i>Brétigny</i>. Ou plutôt <i>Betheny</i>.</p>
-</div>
-<p>Item, le samedi darrenier jour de novembre, jour de la
-saint Andrieu, ledit régent publia, en la chambre de parlement,
-certaines ordenances que il avoit faites celle sepmaine
-en son conseil, sur la rescription des officiers royaux,
-lesquels il jura, en sa personne, la main mise sur le livre ;
-et aussi les fist jurer à ses officiers qui présens estoient.</p>
-
-<p>Item, le lundi, pénultième jour du moys de décembre
-ensuivant, un bourgois de Paris appelé Martin Pisdoe
-fu décapité ès halles de Paris, sur un eschaffaut. Et après
-ot coppés les deux bras et les deux cuisses ; et fu la teste
-mise sur le pillori des halles ; et chascun desdis membres
-fu pendu hors des quatre portes principales de Paris, chascun
-membre à une potence de fust, qui pour celle cause fu
-faite. Et fu ledit bourgois ensi exécuté pource que il avoit
-traictié avec aucuns familiers et officiers du roy de Navarre,
-de traïr le roy de France, la ville de Paris et ledit régent.
-Et devoient entrer à Paris gens d'armes par diverses portes,
-et eux herbergier en divers lieux. Et aucuns d'eux devoient
-aler au Louvre, où devoit estre ledit régent, plus
-fors que ledit régent. Et là devoient tuer tous ceux que il
-voulsissent, et après courir toute la ville et prendre les places
-par la ville, afin que les gens de ladite ville ne se peussent
-assembler. Et fu ceste chose sceue et révélée par un autre
-bourgois appelé Denisot le Paumier, à qui ledit Martin avoit
-la chose descouverte, afin que il fust de l'aliance dessus
-dite.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXX.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy d'Angleterre se parti de devant Rains sans rien
-faire, et de la prise de pluseurs chevaliers françois estant en
-une bastide devant Tournelles.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1360</div>
-
-<p>Le dimanche onziesme jour de janvier, environ mienuit,
-le roy d'Angleterre et tout son ost après ce qu'il ot demouré
-devant Rains par quarante jours, se desloga et s'en parti
-sans ce que il eust donné assaut né donnast à ladite ville ;
-et s'en ala droit vers Chaalons. Et passa par devant sans arrester
-et sans y donner assaut. Et passèrent la rivière de
-Marne au-dessus de ladite ville, et chevauchièrent par la
-Champaigne et passèrent la rivière d'Aube et celle de Seine,
-à Mery et à Pons<a id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor">[174]</a>. Et passa l'ost du duc de Lenclastre
-par devant Sens sans y donner assaut. Et le roy d'Angleterre
-et ses enfans s'en alèrent par devers Cerisiers et par
-devers Brinon l'Archevesque ; et alèrent par devant Aucerre
-vers Rougemont. Et demoura le roy une pièce en une
-ville que on appelle Guillon. Et là alèrent à luy ceux du
-duchié de Bourgoigne et firent pactis avec luy et luy donnèrent
-deux cent mille flourins afin que il ne féist dommage
-audit duchié. Et si luy accordèrent que il eust des vivres
-dudit duchié pour son argent<a id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor">[175]</a>. Et ce fait, ledit roy se
-parti et s'en ala vers Nevers<a id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor">[176]</a> et passa la rivière de Yonne à
-Collanges-sur-Yonne. Et envoyèrent ceux de la contée de
-Nevers par devers luy, et raençonnèrent toute la contée et
-la baronnie de Donzi-au-Pré. Et lors se mist à chemin à
-s'en venir par le Gastinois droit vers Paris, et vint le prince
-de Galles par devers Moret en Gastinois, droit à une forteresce
-qui lors estoit angloise, appelée les Tournelles<a id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor">[177]</a>,
-devant laquelle forteresce pluseurs de ceux de France
-avoient fait une bastide et se y estoient mis à siège. Et
-jasoit ce que il sceussent bien la venue dudit prince, il
-ne s'en partirent pas. Si se mist ledit prince devant ladite
-bastide et la fist assaillir ; et finablement dedens trois
-ou quatre jours après, lesdis François qui estoient dedens
-ladite bastide, pource que il n'avoient que boire né
-que mangier, se rendirent audit prince. Et là furent pris messire
-Haguenier seigneur de Bouville, le seigneur d'Aigreville,
-messire Jehan des Bares, messire Guillaume du
-Plessie et messire Jehan Braque, tous chevaliers, et pluseurs
-autres, jusques au nombre de quarante combattans
-ou environ.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_174" href="#FNanchor_174"><span class="label">[174]</span></a> <i>Mery</i> et <i>Pons</i> sont bâties toutes deux sur la Seine, mais Pons est
-tout près du confluent de l'<i>Aube</i>. &mdash; <i>Cerisiers</i> est à quatre lieues au-dessus
-de Sens, à la droite de l'Yonne, et <i>Brinon</i> est entre <i>Cerisiers</i> et <i>Auxerre</i>. &mdash; L'<i>Abbaye
-de Rougemont</i> est près de Montbar. Le village de <i>Guillon</i>
-est plus rapproché d'<i>Avallon</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_175" href="#FNanchor_175"><span class="label">[175]</span></a> Ce traité, si peu honorable pour les conseillers du jeune duc de
-Bourgogne, est transcrit dans le nouveau Rymer, tome <small>III</small>, p. 473, sous la
-date du 10 mars 1360.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_176" href="#FNanchor_176"><span class="label">[176]</span></a> <i>Vers Nevers</i>. C'est-à-dire qu'il fit mine de vouloir passer dans le
-Nevernois. &mdash; <i>Coullange-sur-Yonne</i> est au-dessous de Clamecy ; <i>Donzy</i>
-est au-dessus.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_177" href="#FNanchor_177"><span class="label">[177]</span></a> <i>Les Tournelles</i>. Ce doit être <i>Dormelles</i>, près de Moret.</p>
-</div>
-<p>Item, le lundi devant Pasques flouries, l'an mil trois
-cent cinquante-neuf, vingt-troisiesme jour de mars, fu la
-monnoie publiée à Paris, à deux deniers pour le denier
-blanc, qui par avant valoit deux sous parisis ; et le royal
-d'or, que l'en mettoit par avant pour quatorze sous parisis,
-à trente-deux sous parisis. Et valoit lors le sextier
-de bon fourment quarante-huit livres parisis ou environ
-de ladite foible monnoie.</p>
-
-<p>Item, le mardi avant Pasques les grans, darrenier jour
-de mars, le roy d'Angleterre se loga en l'ostel de Chantelou<a id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor">[178]</a>,
-entre Mont-Lehery et Chatres, et tous ses enfans
-et tout son ost ès villes d'environ, jusques près de Corbueil
-et jusques à Longjumel. Et fu prise journée de
-traictier de paix, par le moyen frère Symon de Langres,
-maistre de l'ordre des Jacobins, légat de par le pape en
-France pour celle cause, qui jà par pluseurs fois avoit esté
-par devers ledit roy d'Angleterre et aussi par devers ledit
-régent. Et assemblèrent lesdis traicteurs le vendredi bénoît,
-troisiesme jour du moys d'avril ensuivant, en la Maladerie
-de Longjumel ; et là furent pour ledit régent le seigneur de
-Fiennes, lors connestable de France ; messire Jehan le
-Maingre, dit Bouciquaut, lors mareschal de France ; le seigneur
-de Garancières ; le seigneur de Vignay, du pays de
-Vienne<a id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor">[179]</a> ; messire Symon de Bucy et messire Guichart
-d'Angle, chevaliers, et aucuns clercs conseillers et secrétaires.
-Et pour ledit roy d'Angleterre furent le duc de Lanclastre,
-le conte de Norentonne, le conte de Warvhic ; messire
-Jehan de Chandos, tous anglois, messire Gautier de Mauny
-Hanuyer. Et tantost se départirent sans faire aucun traictié.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_178" href="#FNanchor_178"><span class="label">[178]</span></a> <i>Chantelou</i>. On retrouve ce petit castel sur la carte de Cassini.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_179" href="#FNanchor_179"><span class="label">[179]</span></a> <i>Du pays de Vienne</i>. Il est nommé <i>Aymar de la Tour</i> dans le traité
-de Bréquigny.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXXI.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy d'Angleterre vint près de Paris, luy et son ost,
-et fu-l'en assemblé pour traictier, mais l'en ne pout lors
-accorder.</p>
-
-
-<p>L'an de grace mil trois cent soixante, le mardi après
-Pasques les grans, qui fu le septiesme jour d'avril, ledit
-roy d'Angleterre et tout son ost deslogièrent et s'approchièrent
-de Paris et se logièrent icelluy jour, c'est assavoir
-ledit roy à Chastellon près Mont-Rouge, et les autres à
-Jcy, à Vanves, à Vaugirart, à Gentilly, à Quaichant et ès
-autres villes environ. Et celuy jour s'en monstrèrent pluseurs
-en bataille devant Paris, mais pour ce ne issi aucun
-de ladite ville.</p>
-
-<p>Item, le vendredi ensuivant, dixiesme jour dudit mois
-d'avril, retournèrent aucuns des dessus nommés pour ledit
-régent, pour traictier par l'amonestement de l'abbé de Clugny
-qui tantost estoit venu de par le pape, pour traictier
-entre les parties. Et assemblèrent les traicteurs en une maladerie
-appelée la Banlieue<a id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor">[180]</a>, qui est outre la tombe Ysore.
-Et y furent pour ledit Anglois les autres dessus nommés. Et
-tantost se partirent aussi sans aucun traictié faire, si
-comme il avoient fait par avant.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_180" href="#FNanchor_180"><span class="label">[180]</span></a> <i>La Banlieue</i>. Peut-être <i>Bagneux</i>. <i>La Tombe Ysore</i>, située dans l'endroit
-même où l'on a pratiqué de notre temps l'entrée des catacombes,
-étoit autrefois un <i>tumulus</i> où les traditions poétiques vouloient qu'eût été
-enseveli le géant <i>Isoré</i>, tué devant Paris par le fameux <i>Guillaume d'Orange</i>.
-C'est dans ce combat singulier que le héros de tant de <i>Chansons de geste</i>
-avoit perdu la plus grande partie de son nez. Et voyez le sort des traditions
-poétiques! Plus tard, vers le quinzième siècle, on crut que le
-surnom de Guillaume <i>au Court-nez</i> étoit dû au cor ou cornet dont il se
-servoit en guise de <i>cri de guerre</i>. Les barons qui se prétendoient sortis de
-son illustre sang prirent donc pour blason un <i>cor de chasse</i>, que leurs
-descendans de la maison d'<i>Orange</i> gardent encore en mémoire de Guillaume
-d'Orange <i>au Cornet</i>.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXXII.</h3>
-
-<p class="section">Coment l'en rassembla à Brétigny pour traictier. Et sont après
-les noms de ceux qui furent commis tant d'une part comme
-d'autre.</p>
-
-
-<p>Le dimenche jour de Quasimodo, douziesme jour dudit
-mois d'avril l'an dessus dit, le roy d'Angleterre et tout
-son ost se deslogièrent des villages d'entour Paris au matin
-et en vindrent pluseurs batailles assez près de Saint-Marcel,
-en faisant semblant que il attendissent que l'en issist de
-Paris pour les combattre : mais rien n'en fu fait, jasoit ce
-que en Paris eust grant foison de gens d'armes nobles et
-autres avec ceux de ladite ville. Mais les portes et les murs
-furent bien garnis de gens d'armes et de ceux de ladite ville
-de la partie d'oultre Petit pont ; et n'estoit pas la ville effréée.
-Et quant lesdis Anglois orent demouré sur les champs
-jusques environ heure de tierce, il s'en partirent et s'en
-alèrent après leur charios et leur autres batailles qui s'en
-aloient devant le chemin vers Chartres. Et boutèrent les
-feux, dès le samedi précédent, en grant foison des villes
-entour Paris de ce costé. Et alèrent jusques vers Bonneval
-et vers Chasteaudun<a id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor">[181]</a>. Et firent assez sentir tant par l'abbé
-de Cligny, légat du pape en France pour traitier de paix,
-comme par autres, que il entendroient volentiers audit traictié
-de paix, sé ledit régent vouloit envoyer par devers eux.
-Et pour ce, par délibération du conseil, ledit régent envoya
-à Chartres pluseurs de son conseil, entre lesquels estoient
-messire Jehan de Dormans evesque de Beauvais et chancelier
-de Normendie<a id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor">[182]</a>, messire Jehan de Meleun conte de
-Tancarville, lequel estoit encore prisonnier de la bataille
-de Poitiers aux Anglois, là où le roy de France avoit esté
-pris ; messire Jehan le Maingre, dit Boucicaut, mareschal de
-France, le seigneur de Montmorency, le seigneur de Vinay,
-messire Jehan de Groslée, messire Symon de Bucy premier
-président de parlement, maistre Estienne de Paris chanoine,
-maistre Pierre de la Charité chantre de l'églyse
-Nostre-Dame de Paris, messire Jehan d'Augerau doien
-de Chartres, maistre Guillaume de Dormans et maistre Jehan
-des Mares advocat en parlement, Jehan Maillart bourgois
-de Paris et aucuns autres. Et partirent de Paris le lundi
-après la saint Marc, vingt-septiesme jour du mois d'avril.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_181" href="#FNanchor_181"><span class="label">[181]</span></a> <i>Bonneval et Chasteaudun</i>. A douze lieues au-delà de Chartres.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_182" href="#FNanchor_182"><span class="label">[182]</span></a> <i>Normendie</i>. C'est-à-dire <i>du duc de Normendie</i>. Avant le <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle
-on n'entendoit rien autre chose, par les mots <i>trésorier de France</i> ou <i>maréchal
-de France</i>, que les <i>trésoriers ou les maréchaux du roi de France</i>.</p>
-</div>
-<p>A celuy jour furent à Chartres et trespassèrent oultre,
-en alant vers ledit roy d'Angleterre. Et envoièrent par devers
-luy et son conseil, pour savoir où il assembleroient
-pour traictier. Auxquels de la partie de France fu fait assavoir
-que il retournassent vers Chartres et que ledit roy anglois
-traiteroit vers là. Et ainsi le firent les François et s'en
-retournèrent vers Chartres. Et le roy d'Angleterre s'en ala
-logier à une lieue près ou environ en un lieu appelé
-Sours<a id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor">[183]</a>. Et prisrent place pour assembler à un lieu qui
-a nom Brétigny, à une lieue de Chartres ou environ.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_183" href="#FNanchor_183"><span class="label">[183]</span></a> <i>Sours</i>. Aujourd'hui bourg considérable à deux lieues de Chartres.
-Brétigny, qu'on trouve encore sur la carte de Cassini, est un hameau qui
-paroît en dépendre. La plupart des manuscrits, même celui de Charles V,
-portent <i>Dours</i>. J'ai préféré le n<sup>o</sup> 9652.</p>
-</div>
-<p>Item, le vendredi premier jour de mai, l'an dessus dit,
-assemblèrent audit lieu de Brétigny les dessus dis de la
-partie de France et les gens dudit roy anglois ; entre lesquels
-furent le duc de Lencastre, le conte de Norentonne,
-le conte de Varvich, le conte de Surfort, monseigneur
-Regnault de Cobehan, messire Barthélemy de Broueys,
-messire Gautier de Mauny, tous chevaliers, et pluseurs
-autres jusques au nombre de vingt-deux personnes. Et toute
-la sepmaine continuèrent le traictié, tant que par le plaisir
-de Dieu et de la glorieuse vierge Marie, le vendredi ensuivant
-huitiesme jour du mois de mai, il féirent accort de
-paix par la manière qui s'en suit.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXXIII.</h3>
-
-<p class="section">Cy est la teneur d'une des lettres monseigneur le régent, de l'adveu
-des traicteurs de paix de la partie du roy de France et
-de luy.</p>
-
-
-<p>«&nbsp;Charles, ainsné fils du roy de France, régent le royaume,
-duc de Normendie, dauphin de Viennois, à tous ceux
-qui ces lettres verront salut. Nous vous faisons savoir que
-tous les débas et descors quelconques meus et demenés
-entre monseigneur le roy de France et nous, d'une part,
-et le roy d'Angleterre d'autre part, pour le bien de paix
-est accordé le huitiesme jour de mai, l'an mil trois cent
-soixante, à Brétigny, en la manière qui s'en suit :</p>
-
-<p>»&nbsp;Premièrement, que le roy d'Angleterre, avecque ce
-que il tient en Guienne et en Gascoigne, aura pour luy&nbsp;»,
-(et cætera, si comme ès articles ci-dessous est contenu.)
-»Toutes lesquelles choses si dessoubs escriptes et chascune
-d'icelles faites et accordées et ordonnées en la présence
-de révérent père en Dieu, nostre très chier et feal chancelier
-Jehan, par la grace de Dieu, esleu de Beauvais ;
-nos amés et féaux conseillers maistre Estienne de Paris
-chanoine, Pierre de la Charité chantre de l'églyse de
-Paris, Jehan d'Augerau doien de Chartres, messire Jehan
-le Maingre, dit Boucicaut, mareschal de France, Charles
-sire de Montmorency, Aymart de la Tour sire de Vinay,
-Jehan de Grolée, Regnault de Gouillons, Pierre d'Omont,
-Symon de Bucy, maistre Guillaume des Dormans, Jehan
-des Mares, Jehan Maillart bourgois de Paris, maistre
-Macé Guery, Nichole de Veres, nos clers, secretaires,
-commis et députés de par nous sur ce, avec les commis
-et députés de par le roy d'Angleterre, ci-dessous nommés,
-c'est assavoir : Messire Henry duc de Lenclastre,
-Guillaume conte de Norentonne, Thomas conte de Warvich,
-Rauf conte de Stafort, Williame conte de Saleberys,
-messire Gautier sire de Mauny, messire Regnault de Cobehan,
-messire Jehan de Beauchamp, messire Guy de
-Brienne<a id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor">[184]</a>, Franc de Hale, Jehan captau de Buef, Barthélemy
-de Brouéis<a id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor">[185]</a>, Guillaume de Granson, Jehan Chandos,
-Noel Loreng, Richard la Vache, Mile de Stapelancon<a id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor">[186]</a>,
-chevaliers, monseigneur Jehan de Winewic,
-chancelier dudit roy d'Angleterre ; maistre Henry de
-Assliton<a id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor">[187]</a>, maistre Guillaume de Ludgeburc, maistre
-Jehan Branquete, Adam Hiltenet Willame de Tupinon<a id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor">[188]</a> ;
-l'an et le jour, au lieu dessus dit, à l'onneur de la
-benoite Trinité, Père, Fils et saint Esprit ; de la benoite
-glorieuse vierge Marie, et pour la révérence de nostre
-saint père le pape Innocent VI, lequel, quant il estoit cardinal
-en sa personne, et puis sa promotion, par révérens
-pères en Dieu les cardinaux de Boulogne et de Pierregort,
-nos cousins, et d'Urgel, qui furent de par luy envoiés
-en France et en Angleterre, qui en faire ceste paix
-ont adjousté et mis très grant et bonne diligence ; et de
-nos bien amés frère Andrieu de la Roche abbé de Clugny,
-et messire Hue de Genevre<a id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor">[189]</a> seigneur d'Auton, messages
-derrenièrement envoiés par devers nous sur ce, de par
-nostre dit saint père, qui ont diligemment sur ce travaillié
-et traictié ; et receus les sermens desdis procureurs
-et autres dessus nommés en tesmoignant chascune d'icelles
-ès noms que dessus, nous acceptons, accordons,
-agréons, approuvons et confermons de nostre certaine
-science, et le voulons avoir en vigueur et fermeté, si et
-par telle manière que sé nous les eussions traictiés, parlés,
-accordés, jurés et promis en nostre propre personne.&nbsp;»</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_184" href="#FNanchor_184"><span class="label">[184]</span></a> <i>De Brienne</i>. Le nouveau Rymer écrit <i>Brian</i>. (T. <small>III</small>, p. 493.)</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_185" href="#FNanchor_185"><span class="label">[185]</span></a> <i>Broueys</i>. Rymer : <i>Burgoshe</i> et <i>Burgash</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_186" href="#FNanchor_186"><span class="label">[186]</span></a> <i>Stapelancon</i>. Rymer : <i>Stapelton</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_187" href="#FNanchor_187"><span class="label">[187]</span></a> <i>Assliton</i>. Rymer : <i>Ashton</i>. &mdash; <i>Ludgeburc</i> pour <i>Lougteburg</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_188" href="#FNanchor_188"><span class="label">[188]</span></a> <i>Tupinon</i>. Rymer : <i>Tyrringham</i>. &mdash; La fin de cet instrument, à
-compter de là jusqu'au chapitre suivant, n'a pas été connue des éditeurs
-de Rymer.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_189" href="#FNanchor_189"><span class="label">[189]</span></a> <i>Genevre</i>. La bulle d'Innocent VI, en date du 4 mars précédent, le
-nomme «&nbsp;<span lang="la" xml:lang="la">de <i>Gebenna</i>, dominum de Hauton</span>&nbsp;» ; et non pas d'<i>Autun</i>, comme
-le P. Daniel. (T. <small>V</small>, p. 509.)</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXXIV.</h3>
-
-<p class="section">Cy commence toute l'ordenance du traictié entre les deux roys
-de France et d'Angleterre.</p>
-
-
-<p>«&nbsp;Edouart<a id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor">[190]</a>, fils au noble roy de France et d'Angleterre,
-prince de Galles, duc de Cornouaille et conte de Cestre, à
-tous ceux qui ces présentes lettres verront salut. Nous
-vous faisons assavoir que de tous les débas et descors
-quelconques, meus et démenés entre nostre très chier et
-redoubté seigneur et père, roy de France et d'Angleterre,
-d'une part, et nos cousins le roy et son ainsné fils régent
-le royaume de France, et pour tous ce qu'affiert d'autre
-part, pour bien de paix est accordé, le huitiesme jour de
-may, l'an de grace mil trois cens soixante, à Brétigny delès
-Chartres, par la manière qui s'ensuit :</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_190" href="#FNanchor_190"><span class="label">[190]</span></a> <i>Edouart fils, etc.</i> Pourquoi le traité n'est-il pas fait au nom du roi
-lui-même qui se trouvoit présent? Sans doute parce qu'il ne croyoit pas
-de sa dignité de traiter avec le fils du roi, ou peut-être pour ne pas
-donner une force trop insolente au titre de <i>roi de France et d'Angleterre</i>,
-qu'il osoit bien encore y prendre.</p>
-</div>
-<p>»&nbsp;<i>Le premier article</i>. Premièrement, que le roy d'Angleterre,
-avec ce qu'il tient en Gascoigne et en Guyenne, aura
-pour luy et pour ses hoirs, perpétuellement à tous jours,
-toutes les choses qui s'ensuivent à tenir par la manière
-que le roy de France ou son fils ou aucuns de ses
-antécesseurs roys de France les tindrent, c'est assavoir
-ce que en souveraineté en souveraineté, ce que en
-demaine en demaine ; et pour le temps et manière
-cy-dessoubs desclairiés, la cité, le chastel et la conté
-de Poitiers et toute la terre et le païs de Poitou, ensamble
-le fief de Touars et la terre de Belleville ; la cité
-et chastel de Saintes et toute la terre et le pays de Saintonge,
-par deçà et par delà la Charente ; la cité et le chastel
-d'Agen et la terre et le païs d'Agenois ; le chastel et la
-cité et toute la conté de Pierregort et la terre et le païs de
-Piereguys ; la cité et le chastel de Limoges et la terre et le
-païs de Limousin ; la cité et le chastel de Caours et la terre
-et le païs de Caoursin ; la cité, le chastel et la terre de
-Tarbe ; la terre, le païs et la conté de Bigorre ; la conté,
-la terre et le païs de Gaure ; la cité et le païs d'Angoulesme ;
-la contée et la terre et tout le païs d'Angolemois ;
-la cité, le païs et le chastel de Rodès ; la contrée et le païs
-de Rouergue. Et sé il y a aucuns seigneurs, comme le
-conte de Fois, le conte d'Armignac, le conte de Lille, le
-conte de Pierregort, le visconte de Limoges ou autres
-qui tiennent aucunes rentes dedens les mettes<a id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor">[191]</a> desdis
-lieux, il feront hommage audit roy d'Angleterre et tous
-autres services, et devoir deus à cause de leur terres et
-lieux, en la manière qu'il ont fait au temps passé.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_191" href="#FNanchor_191"><span class="label">[191]</span></a> <i>Mettes</i>. Limites.</p>
-</div>
-<p>»&nbsp;<i>Le secont article</i>. Item, aura le roy d'Angleterre tout ce
-que le roy de France ou aucuns des roys d'Angleterre
-anciennement tindrent en la ville de Monstruel-sur-la-Mer
-et les appartenances.</p>
-
-<p>»&nbsp;<i>Le tiers article</i>. Item, aura le roy d'Angleterre toute la
-conté de Pontieu entièrement, sauf et excepté que sé
-aucunes choses ont esté aliénées, par les roys d'Angleterre
-qui ont esté pour le temps, de ladite conté et appartenances
-et à autres personnes que roys de France, le roy de
-France ne sera pas tenu de les rendre au roy d'Angleterre.
-Et sé lesdites aliénations ont esté faites aux roys de France
-qui ont esté pour le temps, sans autre moyen<a id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor">[192]</a>, et le roy
-de France les tiengne à présent en sa main, il les laissera
-au roy d'Angleterre entérinement, excepté que sé les roys
-de France les ont eus par eschange pour autres terres, le roy
-d'Angleterre délivrera au roy de France ce que l'en en a eu
-par eschange, ou il luy laissera les choses ainsi aliénées.
-Mais sé les roys d'Angleterre qui ont esté pour le temps
-en avoient aliéné ou transporté aucunes choses en autres
-personnes que ès roys de France, et depuis soient venus
-ès mains au roy de France, ou aussi par partage<a id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor">[193]</a>, le
-roy de France ne sera pas tenu de les rendre. Aussi, sé les
-choses dessus dites doivent hommage, le roy de France
-les baillera à autres qui en feront hommage au roy d'Angleterre ;
-et sé il ne doivent hommage, le roy de France
-baillera un tenant qui luy en fera le devoir, dedens un
-an prochain après ce qu'il sera parti de Calais.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_192" href="#FNanchor_192"><span class="label">[192]</span></a> <i>Sans autre moyen</i>. Sans intermédiaire.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_193" href="#FNanchor_193"><span class="label">[193]</span></a> <i>Partage</i>. Le msc. de Charles V porte : <i>Portage</i>.</p>
-</div>
-<p>»&nbsp;<i>Le quatriesme article</i>. Item, le roy d'Angleterre aura la
-ville et le chastel de Calais, le chastel, la ville et seigneurie
-de Merq, les villes, chastiaux et seigneurie de
-Sangate, Couloigne, Hammes, Wales et Oye, avec les
-terres, bois, marois, rivières, rentes, seigneuries, avoisons<a id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor">[194]</a>
-d'églyse, et toutes autres appartenances et lieux
-entregisans dedens les mettes et bonnes qui s'ensuivent ;
-c'est assavoir de Calais jusques au fil de la rivière, par devant
-Gravelines, et aussi par le fil de meisme la rivière
-tout entour l'engle. Et aussi par la rivière qui va par delà
-Poil ; et aussi par meisme la rivière qui chiet au grant
-lac de Guynes jusques au Fretin, et d'ilec par delà valée
-en tour la montaigne de &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor">[195]</a>, en encloant
-meisme la montaigne ; et aussi jusques à la mer, avec
-Sangate et toutes ses appartenances.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_194" href="#FNanchor_194"><span class="label">[194]</span></a> <i>Avoisons</i>. Et non pas <i>maisons</i>, comme portent la plupart des manuscrits
-et les imprimés. C'étoit le droit au titre d'<i>avoué</i> d'une église,
-attaché à certains fiefs.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_195" href="#FNanchor_195"><span class="label">[195]</span></a> Le nom de la montagne n'a pas été rempli dans le manuscrit de
-Charles V. Le nouveau Rymer porte : <i>Calbully</i>.</p>
-</div>
-<p>»&nbsp;<i>Le cinquiesme article</i>. Item, le roy d'Angleterre aura le
-chastel, la ville et tout enterinement la conté de Guynes,
-avec toutes les terres, villes, chastiaux, forteresces,
-lieux, hommages, seigneuries, bois, forès, droitures d'icelles,
-aussi enterinement comme le conte de Guynes
-derrenier mort la tint au temps de sa mort. Et obéiront les
-églyses et les bonnes gens estans dedens les limitacions
-de ladite conté de Guynes, de Calais et de Merq et des
-autres lieux dessusdis au roy d'Angleterre, ainsi comme
-il obéissoient au roy de France et au conte de Guynes
-qui fu pour le temps. Toutes lesquelles choses de Merq
-et de Calais, contenues en ce présent article et en l'article
-prochain précédent, le roy d'Angleterre tenra en
-demaine, excepté les héritages des églyses, qui demourront
-auxdites églyses enterinement, quelque part
-qu'il soient assis ; et aussi excepté les héritages des autres
-gens du pays de Merq et de Calais, assis hors de la ville
-de Calais, jusques à la valeur de cent livres de terre par
-an de la monnoie courante au pays et au dessoubs. Lesquiex
-héritages leur demourront jusques à la valeur dessusdite
-et au-dessoubs. Mais les habitacions et héritages
-assis en ladite ville de Calais, avec leur appartenances
-demourront en demaine au roy d'Angleterre, pour en
-ordener à sa volenté ; et aussi demourront aux habitans
-en la conté, ville et terre de Guynes tous leur demaines
-entièrement ; et y revenront pleinement, sauf ce qui est
-dit des confrontations, mettes et bonnes, en l'article prochain
-précédent.</p>
-
-<p>»&nbsp;<i>Le sixiesme article</i>. Item, est accordé que le roy d'Angleterre
-et ses hoirs auront et tendront toutes les isles et
-pays dessus nommés ensemble, avecques les autres villes,
-lesquelles le roy d'Angleterre tient à présent.</p>
-
-<p>»&nbsp;<i>Le septiesme article</i>. Item, acordé que ledit roy de
-France et son ainsné fils le régent, pour eux et pour tous
-leur hoirs et successeurs, au plus tost que l'en pourra, sans
-fraude et sans mal engin, et au plus tart dedens la Saint-Michiel
-venant en un an, rendront, bailleront et délivreront
-audit roy d'Angleterre et à tous ses hoirs et
-successeurs, et transporteront en eux toutes les honneurs,
-hommages, obédiances, ligéances, vassaulx, fiés, services,
-recognoissances, droitures mer et mixtes<a id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor">[196]</a>, impère, et
-toutes manières de jurisdicions haultes et basses, ressors
-et sauvegardes, avoisons et patronages d'églyse, et toutes
-manières de seigneuries et souverainetés, et tout le droit
-qu'il avoient ou povoient avoir, appartenoient, appartiennent
-ou puent appartenir par quelconque cause ou
-tiltre ou couleur de droit, à eux, aux roys et à la couronne
-de France, pour cause de contés, cités, chastiaux,
-villes, terres, pays et isles et lieux avant nommés, et de
-toutes leur appartenances et appendances, quelque part
-que il soient, et chascune d'icelles sans y rien retenir à
-eux, à leurs hoirs né successeurs, aux roys né à la couronne
-de France. Et aussi manderont le roy et son ainsné
-fils, par leur lettres patentes à tous arcevesques, evesques
-et autres prélas de sainte églyse, et aussi aux contes,
-viscontes, barons, nobles, citoyens et autres quelconques
-de cités, terres, pays, isles et lieux avant nommés, qu'il
-obéissent au roy d'Angleterre et à ses hoirs, et à leur certain
-commandement, en la manière qu'il ont obéy aux
-roys et à la couronne de France ; et par meismes les
-lettres leur quitteront et absouldront, au mieux qu'il
-se pourra faire, de tous hommages, fois, seremens, obligacions,
-subjecions et promesses fais par aucuns d'eux
-aux roys et à la couronne de France en quelconques manières.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_196" href="#FNanchor_196"><span class="label">[196]</span></a> <i>Mer et mixtes</i>. Pures et mélangées.</p>
-</div>
-<p>»&nbsp;<i>Le huitiesme article</i><a id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor">[197]</a>. Item, accordé est que ledit roy
-d'Angleterre aura les contés, cités, chastiaux, terres et
-isles et lieux avant nommés avecques toutes leur appartenances
-et appendances quelque part que il soient, à tenir
-à luy et à ses hoirs, héréditablement et perpétuelment,
-en demaine ce que les roys de France y tenoient en
-demaine, et aussi en fiés, service, souveraineté ou ressort,
-ce que les roys de France y avoient par telle manière ;
-sauf tant comme dit est par dessus, en l'article de Calais
-et Merq. Et sé des cités, chastiaux, contés, terres, pays,
-isles et lieux avant nommés, souverainetés, droit mer
-et mixte, impere, jurisdicions et prouffis quelconques
-que tenoient aucuns roys d'Angleterre illec, et en leur
-appartenances et appendances quelconques, aucunes
-aliénacions, donacions, obligacions, ou charges ont esté
-faites par aucuns des roys de France qui ont esté depuis
-quarante ans en çà, par quelque cause ou fortune que
-ce soit, toutes teles donations, aliénacions, obligacions et
-charges, sont et seront, dès ores, du tout rappellées,
-quassées et annullées, et toutes choses ainsi données, alliénées
-ou chargiées, seront réalment et de fait rendues
-et bailliées audit roy d'Angleterre et à ses députés,
-espécialement en meisme entiereté comme il furent
-au roy d'Angleterre depuis soixante-dix ans en çà, au
-plus tost que l'en pourra sans mal engin, et au plus tart dedens
-la saint Michiel prochaine venant en un an ; à tenir
-au roy d'Angleterre, à tous ses hoirs et successeurs, perpétuellement
-par la manière que dessus est dit, excepté
-ce que dit est, par dessus, en l'article de Pontieu qui
-demourra en sa force ; et sauf et excepté toutes les choses
-données et aliénées aux églyses, qui leur demourront paisiblement
-en tous les païs et lieux ci-dessus et dessoubs
-nommés ; si que les personnes desdites églyses prient
-diligemment pour lesdis roys comme pour leur fondeurs,
-sans quoi leur conscience seront chargiées.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_197" href="#FNanchor_197"><span class="label">[197]</span></a> Les éditions précédentes et plusieurs manuscrits ont omis de publier
-ou transcrire les articles 8, 9, 10, 11 et 12.</p>
-</div>
-<p><i>Le neuviesme article</i>. »&nbsp;Item, est accordé que le roy d'Angleterre,
-toutes les contés, cités, chastiaux et païs
-dessus nommés qui anciennement n'ont esté des roys
-d'Angleterre aura et tendra en l'estat et ainsi comme le
-roy de France ou son fils les tiennent à présent.</p>
-
-<p><i>Le dixiesme article</i>. »&nbsp;Item, accordé est que sé, dedens
-les mettes desdis païs qui furent anciennement des roys
-d'Angleterre, avoit aucunes choses qui autreffois n'eussent
-esté des roys d'Angleterre, dont le roy de France estoit en
-possession le jour de la bataille de Poitiers, qui fut le
-dix-neuviesme jour de septembre l'an mil trois cent cinquante-six,
-elles seront et demourront au roy d'Angleterre
-et à ses hoirs, par la manière que dessus est dit.</p>
-
-<p><i>Le onziesme article</i>. »&nbsp;Item, accordé est par le roy de
-France et son ainsné fils le régent, pour eux et pour
-leur hoirs et pour tous les roys de France et leur successeurs
-et à tousjours, que au plus tost qu'il se pourra faire
-sans mal engin, et au plus tart dedens la saint Michiel
-venant en un an, rendront et bailleront au roy d'Angleterre
-tous les honneurs, régalités, obédiences, homaiges,
-ligeances, vassaux, fiés, services, recognoissances, seremens,
-droitures, mer et mixte, impere, et toutes autres
-manières de juridicions haultes et basses, ressors, sauvegardes,
-seigneuries et souverainetés qui appartenoient,
-appartiennent ou povent en aucune manière appartenir
-aux roys et à la couronne de France, ou à aucune autre
-personne à cause du roy et de la coronne de France, en
-quelque temps, ès cités, contées, chastiaux, terres, païs,
-isles et lieux dessus nommés, ou en aucun d'iceux et
-en leur appartenances quelconques, ou ès personnes, vassaux,
-subgiés quelconques d'iceux, soient princes, dus,
-contes, vicontes, arcevesques, evesques et autres prélas
-d'églyse, barons, nobles et autres quelconques, sans rien
-à eux, leur hoirs et successeurs, ou à la coronne de
-France ou autres que soit, retenir ou réserver en iceux ;
-par quoy né leur hoirs ou autres roys de France, ou
-autre que ce soit, à cause du roy ou de la coronne de
-France, aucune chose y pourroit chalengier<a id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor">[198]</a> ou demander
-au temps avenir sur le roy d'Angleterre ou
-successeurs, ou sur aucun des vassaux et subgiés avant
-dis, pour cause des païs et lieux avant nommés, ainsi que
-tous les avant nommés personnes et leur hoirs et successeurs
-perpétuelment seront hommes liges et subgiés du
-roy d'Angleterre et à tous ses hoirs et ses successeurs ; et
-que ledit roy d'Angleterre et ses hoirs et successeurs, toutes
-les personnes, contées, terres, païs, isles, chastiaux et
-lieux avant nommés, et toutes leur appartenances et appendences
-tendront, auront et à eux demourront plainement,
-franchement et perpétuelment en leur franchises, souverainetés
-et seigneuries et obéissances, ligeances et subjections,
-comme les roys de France avoient et tenoient en
-aucun temps passé ; et que le roy d'Angleterre, ses hoirs
-et successeurs auront et tendront perpétuelment tout le
-païs avant nommé, avec leur appartenances, appendances
-et les autres choses avant nommées en toutes franchises et
-libertés perpétuelles, comme seigneur souverain et liège
-et comme voisin au roy et au royaume de France ; sans y
-recognoistre souverain ou faire aucune obédiance, hommage,
-ressort, subjecion ; et sans faire en aucun temps
-avenir aucuns services ou recognoissances aux roys né à la
-couronne de France des cités, contées, chastiaux, terres,
-païs, isles, lieux et personnes avant nommés ou pour
-aucunes d'icelles.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_198" href="#FNanchor_198"><span class="label">[198]</span></a> <i>Chalengier</i>. Réclamer.</p>
-</div>
-<p><i>Roubriche</i>. Cet article douziesme qui s'en suit et le précédent
-article furent ostés du traictié qui fut corrigié depuis
-à Calais, quant les deux roys y furent ; et fu fait et accordé
-sur ces deux articles, ce qui est contenu en une lettre dont
-la copie est escripte en ce livre ci-après au feuillet &hellip;&hellip;&hellip;&hellip;
-là où il est traictié des choses faites l'an mil trois
-cent soixante-huit, tantost après le quatriesme jour de
-juillet, après ce qui est escript des appellacions faites par le
-conte d'Armignac et pluseurs autres : et là sera trouvée
-transcrite ladite lettre qui se commence : Edouart, etc.,
-signée en marge à tel signe &#x2720;.</p>
-
-<p id="article-12"><i>Le douziesme article</i>. »&nbsp;Item, est accordé que le roy de
-France et son ainsné fils renonceront expressément auxdis
-ressors et souverainetés et à tout le droit qu'il ont et povent
-avoir en toutes les choses qui par ce présent traictié
-doivent appartenir au roy d'Angleterre ; et semblablement
-le roy d'Angleterre et son fils renonceront expressément
-à toutes les choses qui, par ce présent traictié, ne doivent
-être bailliées né demourer audit roy d'Angleterre, et à
-toutes les demandes qu'il faisoient au roy de France, et
-par espécial au nom et au droit de la couronne de France,
-à l'ommage, souveraineté et demaine du duchié de Normendie
-et du duchié de Touraine, des contées d'Anjou,
-du Maine, et à la souveraineté et hommage du duchié de
-Bretaigne, et à la souveraineté et hommage de la conté
-et païs de Flandres, et à toutes autres demandes que le
-roy d'Angleterre faisoit ou faire pourroit au roy de France
-pour quelconque cause que ce soit ; oultre ce et excepté
-qui par ce présent traictié doit demourer et estre baillié
-audit roy d'Angleterre et à ses hoirs ; et transporteront,
-cesseront et délaisseront, l'un roy à l'autre perpétuellement,
-tout le droit que chascun d'eux avoit en toutes
-les choses qui, par ce présent traictié, doivent demourer
-ou estre baillées à chacun d'eux, et du temps et lieu où
-et quant lesdites renonciacions se feront, parleront et
-ordeneront les deux roys à Calais ensemble.</p>
-
-<p><i>Le treiziesme article</i>. »&nbsp;Item, est accordé, afin que ce présent
-traictié puisse estre plus briefvement accompli, que le
-roy d'Angleterre fera amener le roy de France à Calais
-dedens trois sepmaines après la Nativité saint Jehan-Baptiste
-prochaine venant, cessant tout juste empeschement,
-aux despens du roy d'Angleterre, hors les frais de
-l'ostel du roy de France.</p>
-
-<p><i>Le quatorziesme article</i>. »&nbsp;Item, est accordé que le roy de
-France paiera au roy d'Angleterre trois millions d'escus
-d'or, dont les deux valent un noble de la monnoie d'Angleterre :
-et en seront paiés audit roy d'Angleterre ou à ses
-députés six cent mil escus à Calais, dedens quatre moys, à
-compter depuis que le roy de France sera venu à Calais ;
-et dedens l'an dès-lors prochain ensuivant, en seront paiés
-quatre cent mil escus, tels comme dessus est dit, en la
-cité de Londres en Angleterre ; et dès lors, chascun an
-prochain ensuivant, quatre cent mille escus tels comme
-devant, en ladite cité, jusques à tant que lesdis trois
-millions seront paiés.</p>
-
-<p><i>Le quinziesme article</i>. »&nbsp;Item, est accordé que par paiant
-lesdis six cent mille escus à Calais, et par baillant les ostages
-ci-dessous nommés et délivrés au roy d'Angleterre
-dedens les quatre moys, à compter depuis que le roy de
-France sera venu à Calais comme dit est, la ville et les
-forteresces de la Rochelle et les chastiaux, forteresces et
-villes de la conté de Guynes, avecques toutes les appartenances
-et dépendances, la personne dudit roy de France
-sera toute délivre de prison, et pourra partir franchement
-de Calais et venir en son païs sans aucun empeschement.
-Mais il ne se pourra armer né ses gens contre le roy d'Angleterre,
-jusques à tant qu'il ait accompli ce qu'il est
-tenu de faire par ce présent traictié. Et sont ostages, tant
-prisonniers pris à la bataille de Poitiers comme autres qui
-demourront pour le roy de France, ceux qui s'ensuivent,
-c'est assavoir : Monseigneur Loys, conte d'Anjou ; monseigneur
-Jehan, conte de Poitiers, fils du roy de France ;
-le duc d'Orléans, frère dudit roy. Et de quarante compris
-audit nombre, seize des prisonniers qui furent pris à
-Poitiers, en la compaignie du roy de France, et le duc
-de Bourbon, le conte de Blois ou son frère le conte
-d'Alençon, ou monseigneur Pierre d'Alençon son frère,
-le conte de Saint-Pol, le conte de Harecourt, le conte
-de Porcien, le conte de Valentinois, le conte de Braine,
-le conte de Vaudemont, le conte de Forès, le viconte de
-Biaumont, le sire de Coucy, le conte de Fiennes<a id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor">[199]</a>, le
-sire de Préaux, le sire de Saint-Venant, le sire de Garenchières,
-le dauphin d'Auvergne, le sire de Hangest, le
-sire de Montmorency, monseigneur Guillaume de Craon,
-messire Loys de Harecourt, monseigneur Jehan de Ligny.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_199" href="#FNanchor_199"><span class="label">[199]</span></a> <i>Le conte de Fiennes</i>. Variantes : <i>Le sire de Fieules</i>. (Msc. 8395.) &mdash; Rymer :
-<i>Fienles</i>.</p>
-</div>
-<p>»&nbsp;Et les noms des prisonniers sont tels : Monseigneur
-Phelippe de France, le conte d'Eu, le conte de Longueville,
-le conte de Pontieu, le conte de Tancarville, le
-conte de Joigny, le conte de Sancerre, le conte de Dampmartin,
-le conte de Vantadour, le conte de Salebruche, le
-conte d'Aucerre, le conte de Vandosme, le sire de Craon,
-le sire de Derval, le mareschal d'Odeneham, le sire d'Aubigny.</p>
-
-<p><i>Le seiziesme article</i>. »&nbsp;Item, est ordené que les dessus
-dis seize prisons qui venront demourer en ostage pour
-le roy de France, comme dit est, seront parmi ce délivrés
-de leur prison sans paier aucune raençon, pour le temps
-passé, s'il n'ont esté à accort de certaine raençon par
-convenances faites par avant le tiers jour de may darrenier
-passé. Et sé aucun d'eux est hors d'Angleterre et
-ne se rend à Calais en ostage dedens le premier moys
-après lesdites quatre sepmaines de la saint Jehan, cessant
-juste empeschement, il ne sera pas quitte de sa prison,
-mais sera contraint par le roy de France à retourner
-en Angleterre comme prisonnier ou paier la paine par
-luy promise, et encorue, par deffaut de son retour.</p>
-
-<p><i>Le dix-septiesme article</i>. »&nbsp;Item, est accordé que, en lieu
-desdis ostages qui ne vendront à Calais ou qui mourront
-ou se despartiront sans congié hors du povoir du roy d'Angleterre,
-le roy de France sera tenu d'en baillier d'autres
-de semblable estat au plus près que il pourra estre
-fait dedens quatre moys prochains, après ce que le
-baillif d'Amiens ou le prévost de Saint-Omer en sera sur
-ce, par lettres du roy d'Angleterre certifiés ; et pourra le
-roy de France, à son partir de Calais, amener en sa compaignie
-dix des ostages tels comme les deux roys accorderont ;
-et suffira que des quarante dessusdis en demeure
-jusques au nombre de trente en ostage.</p>
-
-<p><i>Le dix-huitiesme article</i>. »&nbsp;Item, est accordé que le roy
-de France, trois mois après ce qu'il sera parti de Calais,
-rendra à Calais quatre personnes de Paris et deux personnes
-de chascune des villes dont les noms suivent ; c'est
-assavoir : St-Omer, Arras, Amiens, Beauvais, Lisle,
-Douay, Tournay, Rains, Chaalons, Troies, Chartres,
-Thoulouse, Lyons, Compiègne, Rouen, Caen, Tours,
-Bourges, les plus suffisans desdites villes pour l'accomplissement
-du présent traictié.</p>
-
-<p><i>Le dix-neuviesme article</i>. »&nbsp;Item, accordé est que le roy
-de France sera amené d'Angleterre à Calais et demourra
-à Calais par quatre moys après sa venue ; mais il ne paiera
-rien pour le premier moys pour cause de sa garde. Et pour
-chascun des autres moys ensuivant que il demourra à
-Calais, par deffaulte de luy ou de ses gens, il paiera pour
-ses gardes dix mille royaux, tels comme ils cuerent à présent
-en France avant son partir de Calais, et ainsi au feur
-du temps qu'il y demourra.</p>
-
-<p><i>Le vintiesme article</i><a id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor">[200]</a>. »&nbsp;Item, est accordé que au plus tost
-que faire se pourra dedens l'an prochain, après ce que le
-roy de France sera parti de Calais, monseigneur Jehan,
-conte de Montfort, aura la conté de Montfort, avec toutes
-ses appartenances, en faisant l'omaige lige au roy de
-France et devoir et service en tous cas tels comme bons
-et loyaux vassaux lige doit faire à son seigneur à cause de
-ladite contée : ainsi luy seront rendus ses autres héritages
-qui ne sont mie de la duchié de Bretaigne, en faisant homaige
-ou autres devoirs que appartiendra. Et s'il veult
-aucune chose demander en aucuns des héritages qui sont
-de ladicte duchié hors du pays de Bretaigne, bonne et
-briève raison luy sera faite par la court de France.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_200" href="#FNanchor_200"><span class="label">[200]</span></a> Les deux articles suivans n'ont pas été imprimés dans les éditions
-précédentes.</p>
-</div>
-<p><i>Le vint-et-uniesme article</i>. »&nbsp;Item, sur la question du demaine
-de la duchié de Bretaigne qui est entre ledit Jehan
-de Montfort d'une part et monseigneur Charles de Blois
-d'autre part, accordé est que les deux roys, appelés par
-devant eulx ou leur députés les parties principaus de
-Blois et de Montfort, par eulx et par leur députés, spécialement
-s'enformeront du droit des parties et s'efforceront
-de mettre les parties à accort sur tout ce qui est en
-débat entre eux, au plus tost qu'il pourront. Et au cas
-que lesdis roys par eulx et par leur députés ne les pourront
-accorder dedens un an prochain après ce que le roy
-de France sera arrivé à Calais, les amis d'une partie et
-d'autre s'enformeront diligemment du droit des parties
-et par la manière que dessus est. Et s'efforceront de mettre
-les parties à accort au mieulx que faire se pourra au plus
-tost qu'il pourront. Et s'il ne les pevent mettre à accort
-dedens demy an, aoust prochaine ensuivant, il rapporteront
-auxdis deux roys ou à leur députés tout ce qu'il en
-auront trouvé sur le droit desdites parties et sur quoy le
-débat demourra entre lesdites parties. Et les deux roys
-par eulx et par leur députés, espécialement au plus tost
-qu'il pourront, mettront lesdites parties à accort, ou diront
-leur final avis sur le droit d'une partie et d'autre. Et ce sera
-exécuté par les deux roys. Et au cas qu'il ne le pourront
-faire dedens demy an de lors prochain ensuivant aoust,
-les deux parties principales de Blois et de Montfort feront
-ce que mieux leur semblera, et les amis d'une part et
-d'autre aideront quelque part qu'il leur plaira, sans empeschement
-desdis roys pour la cause dessus dite. Et sé ainsi
-n'estoit que l'une partie ne voulsist comparoir souffisamment
-par devers les deux roys ou leur dis députés au
-temps qui luy sera establi, et aussi au cas que lesdis roys
-ou leur députés auroient ordené ou déclaré que lesdites
-parties fussent à accort ou qu'il auroient dit leur avis pour
-le droit d'une partie ; et aucuns desdites parties ne se
-vouldroient accorder à ce né obéir à ladite déclaration,
-adont lesdis roys seront encontre luy de tout leur povoir,
-et en ayde de l'autre qui se vouldroit accorder et obéir.
-Mais en nul cas les deux roys, par leur propres personnes
-né par autres, ne pourront faire né entreprendre guerre
-l'un à l'autre pour la cause dessus dite. Et tousjours
-demourra la souveraineté et l'hommaige de la duchié au
-roy de France.</p>
-
-<p><i>Le vint-deuxiesme article</i>. »&nbsp;Item, que toutes les terres,
-pays, villes, chasteaux et autres lieux bailliés auxdis roys
-seront en tels libertés et franchises comme elles sont à présent,
-et seront confermés par lesdis roys ou par leur successeurs,
-et par chascun d'eux toutes les fois qu'il en seront
-sur ce deuement requis, et sé contraires n'estoient à
-ce présent accort.</p>
-
-<p><i>Le vint-troisiesme</i>. »&nbsp;Item, que ledit roy de France rendra
-et fera rendre et restablir de fait à monseigneur Phelippe
-de Navarre et à tous adhérens, en appert, au plus tost
-que l'en pourra sans mal engin, et au plus tart dedens
-un an prochain après que le roy de France sera parti de
-Calais, toutes les villes, chasteaux, forteresses, seigneuries,
-drois, rentes, prouffis, juridicions et lieux quelconques
-que ledit monseigneur Phelippe, tant pour cause de ly
-comme pour cause de sa femme ou ses dis adhérens tindrent
-ou doivent tenir au royaume de France ; et ne leur
-fera jamais ledit roy reproche, damaige né empeschement
-pour aucune cause faite avant ses &oelig;vres, et leur
-pardonra toutes offenses et mesprisons du temps passé
-pour cause de la guerre, et sur ce auront ses lettres bonnes
-et souffisans. Et que ledit monseigneur Phelippe et ses
-devant dis adhérens retournent en son homaige et luy
-facent les devoirs et luy soient bons et loyaux vassaux.</p>
-
-<p><i>Le vint-quatriesme</i><a id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor">[201]</a>. »&nbsp;Item, est accordé que le roy d'Angleterre
-pourra donner, ceste fois tant seulement, à cui
-il luy plaira en héritage, toutes les terres et héritages qui
-furent de monseigneur Godefroy de Harecourt, à tenir du
-duc de Normendie ou autres seigneurs de qui elles doivent
-estre tenues par raison, parmy les hommaiges et services
-anciennement accoustumés.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_201" href="#FNanchor_201"><span class="label">[201]</span></a> Cet article n'a pas été imprimé dans les éditions précédentes.</p>
-</div>
-<p><i>Le vint-cinquiesme</i>. »&nbsp;Item, il est ordené que nul homme
-né pays qui ait esté en l'obéissance d'une partie, et venra
-par cest accort à l'obéissance de l'autre partie, ne soit empeschié
-pour chose faicte en temps passé.</p>
-
-<p><i>Le vint-sixiesme</i>. »&nbsp;Item, est accordé que les terres des
-bannis de l'une partie et de l'autre, et aussi des églyses
-de l'un royaume et de l'autre, et que tous ceux qui sont
-deshérités ou ostés de leur terres ou héritages, ou chargiés
-d'aucune pension, taille ou ordenance, ou autrement
-grevés en quelque manière que ce soit pour cause de ceste
-guerre, soient restitués entièrement en mesmes le droit et
-possession qu'il eurent devant la guerre commenciée ;
-et que toutes manières de forfaitures, trespas et mesprises
-faits par eulx ou aucun d'eulx en moien temps soient du
-tout pardonnés. Et que ces choses soient faites au plus
-tost que l'en pourra bonnement, et au plus tart dedens
-un an prochain, après que le roy sera parti de Calais. Excepté
-ce qui est dit en l'article de Calais et de Merq, et des
-autres lieux nommés audit article, excepté aussi le viconte
-de Fronssac et monseigneur Jehan de Galart, lesquels ne
-seront point compris en cest article ; mais demourront
-leur biens et héritaiges en l'état qu'il estoient par avant
-ce présent traictié.</p>
-
-<p><i>Le vint-septiesme</i><a id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor">[202]</a>. »&nbsp;Item, est accordé que le roy de
-France délivrera au roy d'Angleterre au plus tost qu'il
-pourra bonnement et devra, et au plus tart dedens la feste
-saint Michiel prouchaine venant en un an après son départir
-de Calais, toutes les cités, villes, pays et autres
-lieux dessus nommés, qui, par ce présent traictié doivent
-estre bailliés au roy d'Angleterre.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_202" href="#FNanchor_202"><span class="label">[202]</span></a> Cet article est encore passé dans les précédentes éditions.</p>
-</div>
-<p><i>Le vint-huitiesme</i>. »&nbsp;Item, est ordené qu'en baillant au
-roy d'Angleterre ou autres pour luy par espécial députés,
-les villes et forteresses et toute la conté de Pontieu, les
-villes et forteresses et toute la conté de Montfort, la conté
-et le chastel de Xaintes ; les chasteaux, villes et forteresses
-et tout ce que le roy tient en demaine au pays de
-Xantonge, deçà et delà la Charente, le chastel et la cité
-d'Angolesme, et les chasteaux, forteresses et villes que le
-roy de France tient en domaine au pays d'Angolesmois,
-avecques lettres et mandemens des délaissemens des fois
-et homaiges, le roy d'Angleterre, à ses propres coux et
-frais, délivrera toutes les forteresses prises et occupées
-par luy, par ses subgiés, adhérens et aliés, ès pays de
-France, de Tourraine, d'Anjou, du Maine, de Berry,
-d'Auvergne, de Bourgoigne et de Champaigne, de Picardie
-et de Normendie et de toutes les autres parties et
-lieux du royaume de France, excepté celles du duchié de
-Bretaigne et des terres et pays qui, par cest présent
-traictié, doivent appartenir et demourer au roy d'Angleterre.</p>
-
-<p><i>Le vint-neuviesme</i>. »&nbsp;Item, est accordé que le roy de
-France fera baillier et délivrer au roy d'Angleterre ou
-à ses hoirs ou députés, toutes les villes, chasteaux, forteresses
-et autres terres, pays et lieux avant nommés,
-avecques leur appartenances, aux propres coux et frais
-dudit roy de France ; et aussi que s'il avoit aucuns rebelles
-ou désobéissans de rendre, baillier ou restituer au
-roy d'Angleterre aucunes cités, villes, chasteaux, pays,
-lieux ou forteresses qui, par ce présent traictié, luy doivent
-appartenir, le roy de France sera tenu de les faire
-délivrer audit roy d'Angleterre à ses despens ; et semblablement
-le roy d'Angleterre fera délivrer à ses despens
-les forteresses qui, par ce présent traictié, doivent appartenir
-au roy de France. Et seront tenus lesdis roys et leur
-gens à eulx entre aidier quant à ce, sé requis en sont,
-aux gaiges de la partie qui le requerra, qui seront d'un
-flourin de Florence pour chevalier, et demy flourin pour
-escuier, et pour les autres au fuer. Et du seurplus des
-doubles gaiges, est accordé que sé lesdis gaiges sont trop
-petis en regard au marchié de vivres au pays, il en sera
-en l'ordenance de quatre chevaliers pour ce esleus, c'est
-assavoir deux d'une partie et deux d'autre.</p>
-
-<p><i>Le trentiesme</i>. »&nbsp;Item, est accordé que tous les arcevesques
-et evesques et autres prélas de sainte églyse, à cause de
-leur temporalité, seront subgiés de celuy des deux roys
-soubs qui il tendront leur temporalité. Et sé il ont temporalité
-soubs tous les deux roys, il seront subgiés de
-chacun des deux roys, pour la temporalité qu'il tendront
-soubs chascun d'iceuls.</p>
-
-<p><i>Le trente-uniesme</i>. »&nbsp;Item, est accordé que bonnes aliances,
-amitiés et confédérations seront faites entre les deux
-roys de France et d'Angleterre et leur royaumes, en
-gardant l'oneur et la conscience de l'un roy et de l'autre,
-nonobstant quelconques confédérations qu'il aient deçà
-et delà avec quelconques personnes, soient d'Escoce, de
-Flandre ou d'autre pays quelconques.</p>
-
-<p><i>Le trente-deuxiesme</i>. »&nbsp;Item, est accordé que le roy de
-France et son ainsné fils le régent, pour eulx et pour
-leur hoirs de France si avant qu'il pourra estre fait, se
-delairont et départiront du tout des aliances qu'il ont
-avecques les Escos, et promettront si avant que faire se
-pourra que jamais eulx né leur hoirs roys de France, qui
-pour le temps seront, ne donront né feront au roy né au
-royaume d'Escoce né aux subgiés d'iceluy présens et avenir,
-confort, ayde né faveur contre ledit roy d'Angleterre,
-né contre ses hoirs et successeurs, né contre ses
-subgiés en quelque manière ; et qu'il ne feront autres
-aliances avecques lesdis Escos en aucun temps avenir,
-né contre les roys et royaume d'Angleterre. Et semblablement,
-si avant que faire se pourra, le roy d'Angleterre
-et son ainsné fils se délairont et départiront du tout des
-aliances qu'ils ont avecques les Flamens ; et promettront
-que eulx né leur hoirs, né les roys d'Angleterre qui pour
-le temps seront, ne donront né feront aux Flamens présens
-ou avenir, ayde, confort né faveur contre le roy de
-France, ses hoirs et successeurs, né contre son royaume
-né contre ses subgiés en quelque manière, et qu'il ne
-feront autres aliances avec les Flamens en aucun temps
-avenir contre les roys et royaume de France.</p>
-
-<p><i>Le trente-troisiesme</i><a id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor">[203]</a>. »&nbsp;Item, est accordé que les collacions
-et provisions faites d'une part et d'autre des bénéfices
-vacans tant comme la guerre a duré, tiengnent et
-soient valables, et que les fruis, issues et revenues, recettes
-et levées de quelconques bénéfices et autres choses
-temporeles quelconques èsdis royaumes de France et
-d'Angleterre, par une partie et par l'autre durant lesdites
-guerres, soient quittes d'une partie et d'autre.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_203" href="#FNanchor_203"><span class="label">[203]</span></a> Omis dans les précédentes éditions.</p>
-</div>
-<p><i>Le trente-quatriesme</i>. »&nbsp;Item, que les roys soient tenus de
-faire confermer toutes les choses dessus dites par nostre
-Saint Père le Pape ; et seront baillées par seremens, sentences
-et censures de court de Rome et tous autres lieux,
-en la plus fort manière que faire se pourra ; et seront empetrée
-dispensacion, absolutions et lettres de la court de
-Rome, touchant l'accomplissement et la perfection de ce
-présent traictié, et seront bailliées aux parties au plus tart
-dedens trois moys après ce que le roy sera arrivé à Calais.</p>
-
-<p><i>Le trente-cinquiesme</i>. »&nbsp;Item, que tous les subgiés desdis
-roys qui voudront estudier ès études et universités des
-royaumes de France et d'Angleterre jouiront des privilèges
-et libertés desdites études et universités tout ainsi
-comme il povoient faire avant ces présentes guerres et
-comme il font à présent.</p>
-
-<p><i>Le trente-sixiesme</i>. »&nbsp;Item, afin que les choses dessus dites,
-traictiées et parlées soient plus fermes, estables et
-valables, seront faites et données les seurtés qui s'ensuivent ;
-c'est assavoir : lettres scellées des seaulx desdis
-roys et desdis ainsnés fils d'iceulx, les meilleurs qu'il
-pourront faire et ordener par les conseilliers desdis roys ;
-et jureront lesdis roys et leur enfans ainsnés et autres
-enfans, et aussi les autres des lignages desdis seigneurs
-et autres grans des royaumes, jusques au nombre de vint
-de chascune partie, qu'il tendront et aideront à tenir pour
-tant comme à chascun d'eulx touche lesdites choses traictiées
-et accordées, et acompliront sans jamais venir au
-contraire et sans fraude et sans mal engin, et sans faire nul
-empeschement. Et sé il y avoit aucun dudit royaume de
-France ou du royaume d'Angleterre qui fussent rebelles
-ou ne voulsissent accorder les choses dessus dites, lesdis
-roys feront tout leur povoir de corps et de biens et d'amis
-de mettre lesdis rebelles en vraie obéissance, selon la
-forme et teneur dudit traictié. Et avecques ce se soubmettront
-lesdis roys et leur hoirs et royaumes à la cohercion
-de Nostre Saint-Père le Pape, afin qu'il puisse
-contraindre par sentence, censures d'églyses et autres voies
-deues celuy qui sera rebelle, selon ce qu'il sera de raison.
-Et parmi les seurtés et fermetés dessus dites, renonceront
-lesdis roys et leur hoirs, par foy et par sermens, à toute
-guerre et à tout procès de fait. Et sé par désobéissance,
-rébellion ou puissance de aucuns subgiés du royaume de
-France ou autre juste cause, le roy de France ou ses
-hoirs ne povoient acomplir toutes les choses dessusdites,
-le roy d'Angleterre, ses hoirs ou aucuns pour eulx ne feront
-ou devront faire guerre contre ledit roy de France,
-ses hoirs né son royaume ; mais tous ensemble se efforceront
-de mettre lesdis rebelles à vraie obéissance et de
-acomplir les choses dessusdites. Et aussi sé aucuns du
-royaume et obéissans du roy d'Angleterre ne vouloient
-rendre les chasteaux, villes ou forteresses qu'il tiennent
-au royaume de France, et obéir au traictié ci-dessus dit,
-ou pour juste cause ne povoit accomplir ce qu'il doit faire
-par ce présent traictié, li roys<a id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor">[204]</a> de France né ses hoirs
-ou aucun pour eulx ne feront point de guerre au roy
-d'Angleterre né à son royaume ; mais tous deux ensemble
-feront leur povoir de recouvrer les chasteaux, villes,
-forteresses dessus dites, que toute obéissance et acomplissement
-soit faite ès traitié dessusdit ; et seront aussi faites
-et données d'une part et d'autre, selon la nature du fait,
-toutes manières de fermetés et seurtés que l'en pourra
-et saura deviser tant par le pape, le collège de la court de
-Rome comme autrement, pour tenir et garder perpétuelment
-la paix et toutes les choses dessus accordées.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_204" href="#FNanchor_204"><span class="label">[204]</span></a> <i>Li roys</i>. Dans cette pièce importante que nous donnons ici telle
-que l'offre le manuscrit de Charles V, on voit que les formes anciennes de
-la langue sont fréquemment conservées : <i>Li roys</i> pour <i>le roy</i>.</p>
-</div>
-<p><i>Le trente-septiesme</i><a id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor">[205]</a>. »&nbsp;Item, est accordé que par ce
-présent traictié et accort, tous autres accors, traictiés ou
-prolocucions, s'aucuns en y a fais ou pourparlés au temps
-passé, sont nuls et de nulle valeur et du tout mis au
-néant et ne s'en pourront jamais aydier les parties né
-faire aucun reprouche l'un contre l'autre pour cause d'iceulx
-traictiés ou accors, sé aucuns en y avoit comme
-dit est.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_205" href="#FNanchor_205"><span class="label">[205]</span></a> Omis dans les éditions imprimées, ainsi que le trente-neuvième
-article.</p>
-</div>
-<p><i>Le trente-huitiesme</i>. »&nbsp;Item, quant ce présent traictié sera
-approuvé, juré et confermé par les deux roys à Calais,
-quant il y seront en leur personnes, et depuis que le roy
-de France sera parti de Calais et sera en son pouvoir,
-dedens un mois prochain ensuivant ledit département,
-ledit roy de France en fera lettres confirmatoires et autres
-nécessaires ouvertes, et les envoiera et délivrera à Calais
-audit roy d'Angleterre ou à ses députés audit lieu. Et
-aussi ledit roy d'Angleterre, en prenant lesdites lettres
-confirmatoires, en baillera lettres confirmatoires pareilles
-à celles dudit roy de France.</p>
-
-<p><i>Le trente-neuviesme</i>. »&nbsp;Item, est accordé que nul des roys
-ne procurera né fera procurer par luy né par autres que
-aucunes nouveletés ou griefs se facent par l'églyse de
-Rome ou par autres de sainte églyse, quelconques il
-soient, contre ce présent traictié, sur aucun desdis roys,
-leur coadjuteurs, adhérens ou aliés quels que il soient,
-né sur leur terres, né leur subgiés pour achoison de la
-guerre ou pour autre cause, né pour services que lesdis
-coadjuteurs ou aliés aient fais auxdis roys ou aucun d'iceulx ;
-et sé nostre dit Saint Père ou autres le vouloient
-faire, les deux roys le destourberoient selon ce qu'il pourront
-sans mal engin.</p>
-
-<p><i>Le quarantiesme</i>. »&nbsp;Item, des hostaiges qui seront bailliés
-au roy d'Angleterre à Calais, de la manière du temps de
-leur département, les deux roys en ordeneront à Calais.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>»&nbsp;<a id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor">[206]</a>Toutes lesquelles choses dessus escriptes et chascune
-d'icelles furent faites, ordenées et accordées de l'auctorité
-nostre dit seigneur le roy et du nostre<a id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor">[207]</a>, par nos amés
-cousins le duc de Lenclastre, Wyllaume conte de Norentonne,
-Thomas de Beauchamp conte de Warwhic, Rauf
-conte de Stafort, Wyllaume conte de Salebury, messire
-Gautier, sire de Mauny, messire Jehan de Beauchamp,
-messire Guy de Bryenne, messire Jehan de Greily, captau
-de Buef, messire Jehan Chandos, messire Wyllaume de
-Grenson, chevaliers, Jehan de Wynelvic, trésorier, monseigneur
-Jehan de Wynelvic, chancellier nostre seigneur le
-roy ; maistre Henry de Haston ; Guillaume de Lughteburgh
-docteur en loys, et maistre Jehan de Branquette, chanoine
-de Londres, tous présens et jurés, de tenir et faire tenir et
-garder les choses dessus dites. Et aussi présens, et jurés par
-messire Regnauld de Cobehan, nos procureurs et messaiges
-à ce especialment commis et députés de par nous ; et
-promis, jurés et accordés et ordenés de par nostre cousin
-le régent, par les honorables et puissans seigneurs et messaiges
-et procureurs dudit régent, Jehan par la grace de
-Dieu esleu de Beauvais pair de France, maistre Estienne
-de Paris chanoine, et Pierre de La Charité, chantre
-de l'églyse de Paris, Jehan d'Augeraut, doyen de Chartres,
-messire Jehan Le Maingre dit Bouciquaut mareschal
-de France, Charles sire de Montmorency, Aimart de
-La Tour sire de Vinay, Jehan de Groslée, Regnaud de
-Goullons, Pierre d'Oomont, Symon de Bucy chevaliers,
-maistre Guillaume de Dormans, Jehan des Mares et Jehan
-Maillart, bourgois de Paris procureur, et aussi maistre
-Robert Porte, evesque dit d'Avranches, messire Raoul de
-Resneval, monseigneur Artaud de Beausemblant, maistre
-Macé Gueri et maistre Nicole de Veyres, secrétaires nostre
-dit cousin et pluseurs autres. Toutes lesquelles choses
-et chascune d'elles ès noms que dessus, nous, prince de
-Galles, acceptons, accordons, aggréons, approuvons et
-confermons de nostre certaine science et les voulons avoir
-en vigour et fermeté, si et par tele manière comme sé
-nous les eussions traictiées, parlées, accordées, jurées et
-promises en nostre propre personne, à l'onneur de la benoite
-Trinité, le Père, le Fils et le saint Esperit, et de la
-glorieuse Vierge Marie ; pour la révérence de nostre Saint-Père
-le Pape Innocent VI, lequel, quant il estoit cardinal
-en sa personne, et, puis la promocion, pour révérens pères
-en Dieu les cardinaux de Bouloigne et de Pierregort et de
-Urgel, qui furent de par luy envoiés en France et en
-Angleterre, qui en faire ceste pais ont adjousté et mis
-très grant et bonne diligence, et de nos bien amés frère
-Andry de La Roche abbé de Clugny, et messire Hugues
-de Geneuve, chevalier, seigneur d'Ausson, messaigiés
-derreniers envoiés sur ce de par nostre dit Saint Père le
-Pape, et ont sur ce diligemment travaillié, traictié et
-receus les seremens desdis procureurs. En tesmoing desquelles
-choses, à cestes nos lectres nous avons fait mettre
-nostre privé séel. Donné à Louviers en Normendie, le
-seiziesme jour de may, l'an de grace dessus dit.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_206" href="#FNanchor_206"><span class="label">[206]</span></a> Le reste de cette charte et les autres pièces qui la suivent ne sont
-pas dans Rymer.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_207" href="#FNanchor_207"><span class="label">[207]</span></a> <i>Du nostre</i>. Il semble qu'il faudroit : <i>Et de la nostre</i>.</p>
-</div>
-<p>»&nbsp;Je Jehan Branquette, clerc du diocèse de Nosibio, notaire
-publique de l'auctorité du pape et de l'empereur, pour
-ce que je fus présent le huitiesme jour de may, l'an de
-grace dessus dit et huitiesme du pontificat de nostre
-Saint-Père le Pape Innocent VI, quant les choses avant
-dites et chascune d'icelles furent parlées, traictiées et
-accordées par la manière et forme que dessus est compris
-entre les parties, seigneurs, procureurs et tesmoins avant
-nommés, je les vy et oï ainsi faire accorder et expédier ;
-par le commandement et volenté desdites parties, à ces
-présentes lettres contenans lesdis traictiés et accors j'ay mis
-mon signe publique, avec le signe maistre Nicoles de Veyres,
-notaire, en tesmoin de toutes les choses devant dites.</p>
-
-<p>»&nbsp;Et je Nicoles de Veyres, clerc du diocèse de Sens, notaire
-publique de l'auctorité du pape, pour ce que je fus
-présent le huitiesme jour de may l'an de grace dessus dit,
-et huitiesme du pontificat de nostre Saint-Père le Pape
-Innocent VI, quant les choses avant dites et chascune
-d'icelles furent parlées, traictiées et accordées par la
-manière et forme que dessus est compris, entre les parties,
-seigneurs et procureurs et tesmoins avant nommés ;
-je le vis et oï ainsi faire, accorder et expédier par le commandement
-et volenté desdites parties ; à ces présentes
-lettres contenant lesdis traictiés et accors je ay mis mon
-signe publique, Jehan de Branquette, et Nicoles de Veyres,
-notaires publiques. En tesmoin de toutes les choses
-devant dites.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXXV.</h3>
-
-<p class="section">Une lettre coment monseigneur le régent conferma le traictié
-accordé à Brétigny.</p>
-
-
-<p>»&nbsp;Charles, ainsné fils du roy de France, régent le royaume,
-duc de Normendie et daulphin de Viennois, à tous ceulx
-qui ces présentes lettres verront, salut. Savoir faisons
-que nous avons veu par escript et leu de mot à mot le
-traictié de bonne paix et accort final, traictié et fait pour
-mon seigneur et pour nous et le royaume de France, pour
-nos adhérens, aliés, amis et aidans, par nos amés et feaulx
-conseilliers de monseigneur et les nostres, et messaiges et
-procureurs espécialment de nostre partie establis et aians
-à ce faire plain pouvoir et mandement spécial de nous.
-C'est assavoir : Monseigneur Jehan esleu de Beauvais,
-pair de France, nostre chancellier ; maistre Estienne de
-Paris chanoine ; Pierre de La Charité, chantre de l'églyse
-de Paris ; et Jehan d'Augeraut doyen de Chartres ; monseigneur
-Jehan Le Maingre dit Bouciquaut, mareschal de
-France ; monseigneur Charles, sire de Montmorency ;
-monseigneur Aymart de La Tour, sire de Vinay ; monseigneur
-Jehan de Groslée ; monseigneur Regnaut de
-Goullons ; monseigneur Symon de Bucy et monseigneur
-Pierre d'Oomont, chevaliers ; maistre Guillaume de Dormans ;
-Jehan des Mares et Jehan Maillart, bourgois de
-Paris d'une part, et certains autres procureurs et messaiges
-de nostre cousin le prince de Galles, fils ainsné du
-roy d'Angleterre nostre cousin, ayant à ce povoir et mandement
-espécial de par luy et autres gens et traicteurs
-pour lesdis roy d'Angleterre et prince de Galles, pour leur
-adhérens, aliés, aidans et amis d'autre part : lequel traictié
-et accort nous avons eu et avons ferme et agréable, et
-avons juré sur sains évangiles touchiés de nostre main,
-devant le saint corps de Nostre-Seigneur Jhésus-Crist sacré,
-l'autre main dréciée envers luy, ledit accort tenir et
-garder de nostre partie, et faire tenir et garder à nostre
-povoir sans mal engin à tousjours. En tesmoin de laquelle
-chose nous avons fait mettre à ces présentes lettres nostre
-seel de secret, en l'absence du grant. Donné à Paris le
-dixiesme jour de may mil trois cent soixante.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXXVI.</h3>
-
-<p class="section">Une autre lettre du prince de Galles confermant semblablement
-le traictié dessusdit.</p>
-
-
-<p>»&nbsp;Edouard, fils ainsné à noble roy de France et d'Angleterre,
-prince de Galles, duc de Cournouaille et conte
-de Cestre, à tous ceulx qui ces présentes lettres verront,
-salut. Savoir faisons que nous avons veu par escript le
-traictié de bonne paix et accort final traictié et fait pour
-nostre très redoubté seigneur et père le roy et nous, et
-pour les subgiés, amis, aliés, aidans et adhérens de nostre
-dit seigneur et les nostres, par les traicteurs à ce députés
-de par nostre dit seigneur et de par nous ; et ayant à ce
-faire plain povoir d'une part ; et nostre cousin le régent
-le royaume de France, pour luy et pour son père et pour
-leur subgiés, aliés, amis, aidans et adhérens, par leur
-traicteurs, procureurs et messagiés, ayant à ce faire souffisant
-povoir d'autre part ; lequel traictié et accort nous
-avons ferme et agréable ; et avons juré sur sains évangiles
-touchiés de nostre main, devant le saint corps de Nostre-Seigneur
-Jhésus-Crist sacré, l'autre main destre envers
-luy, ledit accort tenir et garder à nostre povoir, sans mal
-engin à tousjours. En tesmoin de laquelle chose nous
-avons fait mettre nostre privé séel à ces présentes lettres.
-Donné à Louviers, en Normendie, le seiziesme jour de
-may de l'an de grace mil trois cent soixante.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXXVII.</h3>
-
-<p class="section">Les lettres de monseigneur le régent contenant l'ordonnance des
-trièves.</p>
-
-
-<p>»&nbsp;Charles, ainsné fils du roy de France, régent le
-royaume, duc de Normendie et daulphin de Viennois ;
-à tous ceux qui ces lettres verront salut. Savoir faisons
-que comme entre nos amés et feaulx, l'esleu de Beauvais
-nostre chancelier ; messire Charles, sire de Montmorency ;
-messire Jehan Le Maingre dit Bouciquaut, mareschal de
-France ; messire Aymart de la Tour, sire de Vinay ;
-messire Raoul de Resneval, messire Symon de Bucy, chevaliers ;
-maistre Estienne Paris<a id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor">[208]</a> et Pierre de la Charité,
-nos conseilliers, et avecques pluseurs autres chevaliers,
-clers et saiges de nostre conseil, nos procureurs et messaiges
-espéciaux à ce faire de par nous, pour monseigneur
-et pour nous espécialment establis ; et ayant povoir de
-par nous, de faire traictier, accorder, promettre et jurer
-en l'ame de nous et pour monseigneur et pour nous,
-bonne paix et accort et bonne trièves et loyaux d'une part ;
-et monseigneur Regnault de Cobehan, monseigneur Barthelemy
-de Brouéiz ; monseigneur Franc de Hale, Banerés ;
-Mile de Stapelenton ; monseigneur Richart la Vache
-et Noel Loreng, chevaliers, procureurs et messaiges espéciaux
-de monseigneur Edouart, fils ainsné du roy d'Angleterre,
-espécialment à ce establis et ayans semblable
-povoir, et avec eux pluseurs autres chevaliers, clers et
-saiges du conseil du roy d'Angleterre d'autre part. Sur tous
-les descors et articles pour lesquels estoient guerres qui
-longuement ont duré entre les deux roys, leur royaumes
-dessus dis et nous ; les aliés, aydans et amis d'une part et
-d'autre, ait esté traictié bonne paix et accort final à toujours
-durans au plaisir de Dieu, contenant pluseurs articles,
-lesquels ne povent estre acomplis en brief temps ;
-et pour ce convient que cependant bonnes trièves et loyaux
-soient prises, accordées, tenues et gardées d'une part et
-d'autre, tant de leur royaumes que dehors leur royaumes.
-Et nous pour honneur et révérence de nostre saint Père
-le Pape, qui pour ce a envoié devers nous ses espéciaux
-messaigiés ; c'est assavoir l'abbé de Clugny, messire Hugue
-de Genevre et le maistre de l'ordre des frères Prescheurs,
-qui sur ce nous ont requis à grant instance, au nom
-de monseigneur et de nous pour luy et pour nous, ses
-subgiés, aliés, amis et aydans, et pour les nostres ; avons
-accordé et octroyé, accordons et octroyons audit roy d'Angleterre,
-à ses subgiés, aliés, aydans et amis, bonne trièves
-et loyaux, du date de ces lettres jusques au jour de la
-Saint-Michiel prochain venant, et d'iceluy jour jusques à
-la Saint-Michiel qui sera l'an mil trois cent soixante un,
-et tout le jour de ladite feste jusques au soleil couchié ;
-et accordons, voulons et octroyons, ès noms de monseigneur
-et de et pour tous les dessus dis de notre partie
-que lesdites trièves soient tenues et gardées ; et les promettons
-en bonne foy, sans fraude et sans mal engin, ès noms
-devant dis, tenir et faire tenir fermement par tout le
-pouvoir de monseigneur et le nostre, parmy lesquelles
-tous les subgiés d'une part et d'autre, de l'un royaume et
-de l'autre pourront franchement sans contredit aler et
-venir paisiblement de l'un royaume à l'autre, et marchans
-marchander et faire tous contras de bonne foy, sans
-blasme et sans reprouche, tout en la manière que l'en
-povoit et souloit faire en temps de bonne et ferme paix,
-et que sé oncques guerres n'eussent esté entre lesdis roys,
-nous et les royaumes. Et ne pourront ou devront lesdis
-roys ou leur subgiés, aliés ou aydans durant lesdites trièves,
-prendre ou embler, escheler, ou autrement occuper
-ou empescher en quelque manière aucune ville, chastel,
-forteresse ou autre lieu ; mais cesseront toutes roberies,
-pilleries, prises de personnes, arsures, ravissemens,
-prises, marques et autres prises, et tous autres maléfices
-par terre et par mer. Et sé aucune chose estoit faite ou
-actemptée de la partie de monseigneur ou la nostre ou
-d'aucun ou par aucun du povoir monseigneur et du nostre
-contre ce que dessus est dit ou contre lesdites trièves,
-monseigneur et nous le ferons réparer et mettre au premier
-et deu estat sans délay, si tost que nous ou nos députés
-en seront requis, et ferons rendre et restablir ce qui
-seroit robé, pris, ravi ou pillié, ou l'estimacion d'icelles
-choses sé elles n'estoient transmuées ; et pour aucun des
-fais ou actemptas dessus dis, sé aucuns y a, venoient ou
-fais estoient, ne seroient ou pourroient estre dites enfraintes
-ou brisiées lesdites trièves, né guerre pour ce estre
-suscitée ; mais seront réparés et mis au premier et deu
-estat, comme dessus est dit, et les malfaiteurs en seront
-pugnis deuement. Mais ceux qui seroient ignorans desdites
-trièves et auroient juste cause de ladite ignorance,
-ne seroient pas pugnis sé ils faisoient ou avoient fait contre
-lesdites trièves. Lesquelles trièves tenir et garder et faire
-loyalment tenir et garder, et les actemptas, comme dit
-est, réparer et mettre au premier et deu estat, nous
-avons fait promettre et jurer en l'ame de nous par nos dis
-procureurs et messaigiés traicteurs de ladite paix à ce faire
-espécialment establis ; et pour plus diligemment les faire
-tenir et garder comme dit est, et pour faire droiture de
-prisons et de toutes complaintes qui pevent ou pourroient
-avenir au temps des trièves et pour les actemptas réparer,
-nous avons député et commis, députons et commettons
-conservateurs desdites trièves ledit monseigneur Jehan Le
-Maingre mareschal de France ; messire Gauthier de Lor ;
-messire Raoul de Resneval ; messires Saquet de Blaru,
-Regnault de Goullons et monseigneur Gauthier d'Angles,
-tous chevaliers et chascun d'eux, auxquels nous, de
-par monseigneur et de par nous, mandons et commettons
-par ces présentes lettres que diligemment et loyalment
-tiengnent et gardent, et fassent tenir et garder fermement
-lesdites trièves par le temps dessus dit et fassent droitures
-tant de prisons non gardans leur convenances, que en
-autre cas appartenant à faire en temps de trièves aux
-conservateurs d'icelles. Et n'est mie notre entente que sé
-les gens de l'ost dudit roy d'Angleterre prennent vitailles,
-aumailles<a id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor">[209]</a>, bestes, vin, char ou autres choses pour la
-nécessité de leur vivre ou de leur chevaux en s'en alant
-hors du royaume de France en Angleterre de ci à un mois,
-que ils en soient ou aucuns d'eux repris ou approuchiés,
-mais que il ne fassent autre prise, arsure, occupacion de
-forteresses, ravissemens de femmes ou autres maléfices
-que prendre pour leur vivre durant ledit mois tant seulement.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_208" href="#FNanchor_208"><span class="label">[208]</span></a> <i>Paris</i>. Variante : <i>De Paris</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_209" href="#FNanchor_209"><span class="label">[209]</span></a> <i>Aumailles</i>. Troupeaux.</p>
-</div>
-<p>»&nbsp;Item, pour ce que aucunes garnisons des gens du roy
-d'Angleterre demourroient par aucun temps en aucunes
-forteresses ou chasteaux en France ou ailleurs au royaume
-de France, nous voulons et accordons que il puissent
-lever telles raençons, et en telle manière comme eux les
-ont levées et tenues avant ces euvres pour leur vivre et
-pour la garde des dis chasteaux et forteresses sans icelles
-croistre, tant comme il demourront ès lieux dessus dis,
-et que il puissent franchement achater et emporter vitailles
-et les aient à fuer et à raison ainsi comme les
-autres gens des lieux et des païs environ les achèteront,
-sans fraude et sans malice, mes qu'ils ne preignent né
-pillent n'emblent forteresses ou fassent autres maléfices.
-Sur toutes lesquelles choses et leur dépendences et appartenances,
-nous voulons et mandons que tous les justiciers,
-subgiés et féaulx de monseigneur et de nous, et
-requérons tous autres que il obéissent, et entendent auxdis
-conservateurs, baillis, capitaines et autres dessus dis
-et à leur députés et à chacun d'eux. En tesmoing de
-laquelle chose, nous avons fait mettre nostre seel à ces
-présentes. Donné à Chartres, le septiesme jour de may,
-l'an de grace mil trois cens soixante<a id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor">[210]</a>.&nbsp;»</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_210" href="#FNanchor_210"><span class="label">[210]</span></a> Cette lettre et les deux suivantes auroient été plus régulièrement
-placées avant le traité de Brétigny, dont elles devoient préparer la conclusion.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXXVIII.</h3>
-
-<p class="section">Du mandement que monseigneur le régent fist, pour faire
-crier et publier les trèves.</p>
-
-
-<p>«&nbsp;Charles, ainsné fils du roy de France régent le royaume,
-duc de Normendie et daulphin de Viennois ; à tous justiciers,
-capitaines et à tous les subgiés féaulx et obéissans
-de monseigneur et de nous qui ces lettres verront salut.
-Savoir faisons que entre monseigneur et nous pour
-nous et pour nos subgiés, adhérens et aliés, aydans et
-amis d'une part : et nostre cousin le roy d'Angleterre et
-les siens d'autre part ; sont prises et accordées bonnes
-trièves et loyaux, jusques à la Saint-Michiel prochaine
-venant, et d'iceluy jour jusques à un an ensuivant, qui
-sera le jour de la Saint-Michiel, l'an mil trois cens soixante
-et un pour l'accomplissement et exécucion de bonne paix
-final et perpétuel, entre monseigneur et nous et nostre dit
-cousin, les subgiés, adhérens, aliés, aydans et amis dessus
-dis. Pour quoy nous vous mandons et commandons
-estroitement et à chascun de vous que lesdites trièves fassiez
-crier et publier partout, et icelles tenir et garder fermement,
-comme en temps de bonne paix, sans rien faire
-ou souffrir estre fait au contraire. Donné à Bretigny-lès-Chartres,
-le septiesme jour de may l'an de grace mil
-trois cens soixante.&nbsp;»</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXXIX.</h3>
-
-<p class="section">Et s'ensuit la teneur des lettres que le prince de Galles donna
-en la ville de Tours, contenans la forme des trèves dessus
-dites.</p>
-
-
-<p>«&nbsp;Edouard, ainsné fils au noble roy de France et d'Angleterre,
-prince de Galles, duc de Cornouaille et conte de
-Cestre, à tous ceux qui ces lettres verront salut. Savoir
-faisons que comme entre nos amés conseilliers, monseigneur
-Regnault de Cobehan, Berthelemy de Broueys et
-Franc de Hale, banerés ; Mile de Stapelenton, Richart
-la Vache et Noel Loreng, chevaliers, nos procureurs et
-messaigiers espéciaulx establis à ce et ayans povoir de
-faire traictier, accorder, promettre et jurer en nostre ame
-et en l'ame de nostre très-redoubté seigneur et père le
-roy, et pour luy et pour nous, bonne paix et accort et
-bonnes trièves et loyaux d'une part : et les honorables
-hommes l'esleu de Beauvais ; Charles, sire de Montmorency ;
-monseigneur Jehan le Maingre, dit Bouciquaut,
-mareschal de France ; monseigneur Aymart de La Tour,
-sire de Vinay ; monseigneur Raoul de Resneval ; monseigneur
-Symon de Bucy, chevaliers ; maistres Estienne
-de Paris et Pierre de la Charité, messaiges et conseilliers
-de nostre cousin le régent le royaume de France, espécialment
-députés à ce faire pour luy et pour nostre cousin
-le roy, son père, et ayans semblable povoir ; et avecques
-eux pluseurs autres chevaliers, clers et saiges du conseil
-de nostre dit cousin le régent d'autre part, sur tous les
-descors et articles pour lesquels estoient guerres qui lonc-temps
-ont duré entre les deux roys, les royaumes dessus
-dis et nous, les aliés et aydans et amis, d'une part et
-d'autre ait esté traictié de bonne paix et accort final à
-toujours durer au plaisir de Dieu, contenans pluseurs
-articles lesquels ne pevent mie estre acomplis en brief
-temps ; et pour ce convient que cependant bonnes trièves
-et loyaux soient prises, accordées, tenues et gardées
-d'une part et d'autre, tant dedens les royaumes que dehors
-les royaumes : nous pour honneur et révérence du
-Saint-Père le Pape, qui pour ce a envoié devers nous ses
-espéciaulx messaiges ; c'est à savoir, l'abbé de Clugny ;
-monseigneur Hugues de Genevre et le maistre de l'ordre
-des Frères-Prescheurs, qui, sur ce, nous ont requis à
-grant instance ; au nom de monseigneur et de nous, pour
-luy et pour nous, et pour ses subgiés, aliés, aydans et amis,
-et pour les nostres, avons accordé et encore accordons et
-octroyons à nostre cousin de France et à ses subgiés, aliés,
-aydans et amis, bonnes trièves et loyaux, de la date de
-ces lettres jusques au jour de la Saint-Michiel prochaine
-venant ; et d'iceluy jour jusques à la Saint-Michiel qui
-sera l'an mil trois cens soixante-un, et tout le jour de
-ladite feste, jusques à soleil couchié. Et accordons, voulons
-et octroyons, ès noms de monseigneur et de nous,
-pour et ès noms devant dis tenir et faire tenir fermement,
-par tout le pouvoir de monseigneur et le nostre, parmy
-lesquelles tous les subgiés d'une part et d'autre et de
-l'un royaume et de l'autre pourront franchement et sans
-contredit aler et venir paisiblement de l'un royaume et
-de l'autre, et marchans marchander et faire tous contracts
-de bonne foy sans blasme et sans reproche, tout en
-la manière que l'en povoit et souloit faire en temps de
-bonne et ferme paix, et que sé oncques guerre n'eust esté
-entre lesdis roys, nous et les royaumes. Et ne pourront
-né devront les dis roys ou leurs subgiés, aliés ou aydans
-durans lesdites trièves prendre ou embler, escheler ou autrement
-occuper ou empeschier en quelque manière
-aucune ville, chastel, forteresse ou autre lieu ; mais cesseront
-toutes roberies, pilleries, prises de prisons, arsures,
-ravissemens, prises et représailles, marques et contreprises
-et tous autres maléfices par terre et par mer ; et
-sé aucune chose estoit fait ou actempté de la partie de
-monseigneur ou de la nostre, ou d'aucun ou par aucun du
-povoir de monseigneur ou du nostre contre ce que dessus
-est dit ou contre lesdites trièves, monseigneur et nous le
-ferons réparer et mettre au premier et deu estat sans
-delay, si tost comme nous ou nos députés en seront requis ;
-et ferons rendre et restablir ce qui sera robé, pris, ravi
-ou pillié, ou l'estimation d'icelles choses sé elles n'estoient
-trouvées ; et sé aucun des fais ou actemptas dessus dis
-y avenoient ou fait estoient, ne seroient ou pourroient
-estre dites enfraintes ou brisées lesdites trièves, né guerre
-pour ce estre suscitée ; mais seront réparés et mis au premier
-et deu estat, comme dessus est dit ; et les malfaiteurs
-en seront pugnis sé ils faisoient ou auroient fait aucune
-chose contre lesdites trièves. Lesquelles trièves tenir
-et garder et faire loyalment tenir et garder, et les actemptas,
-comme dit est, réparer et faire réparer et mettre au
-premier et deu estat, nous avons fait promettre et jurer
-en l'ame de nous, par nos dis procureurs et messaigiés
-traicteurs de ladite paix à ce faire et espécialment establis.
-Et pour plus diligemment les faire tenir et garder,
-comme dit est, et pour faire droiture des prisons, et tous
-complaignans qui pevent ou pourroient avenir en temps
-de trièves et pour les actemptas réparer, nous avons député
-et commis, députons et commettons conservateurs
-desdites trièves, nobles et puissans hommes monseigneur
-Thomas de Beauchamp, conte de Warvich et mareschal
-de nostre dit seigneur et père ; Thomas de Hollande,
-seigneur de Warch ; Jehan de Greyli, captau de Buef ;
-le gardien de Bretaigne et le capitain de Calays, qui seront
-pour nostre dit seigneur et père pour le temps, et
-Eustace d'Aubréchicourt tous chevaliers et chascun d'eux ;
-et néanmoins les capitaines et connestables des lieux et
-païs où les cas advenront et chascun d'eux auxquels
-nous mandons de par nostre dit seigneur le roy, et commettons
-par ces présentes lettres que diligemment et
-loyalment tiengnent et gardent et fassent tenir et garder
-fermement lesdites trièves par le temps dessus dit, et
-fassent droitures tant de prisons non gardans leur convenances,
-comme en autres cas appartenans à faire, en
-temps de trièves, aux conservateurs d'icelles : et n'est mie
-nostre entente que sé les gens de l'ost nostre seigneur le
-roy et les nostres prennent vitailles, aumailles, vin,
-char, bestes ou autres choses pour la nécessité de leur
-vivre et de leur chevaux, alans hors du royaume de
-France en Angleterre de ci à un mois, que nous né eux,
-né aucun d'eux soient repris, reprouchiés né domagiés ;
-mais que nous né eux ne fassions autre arsure, occupacion
-de forteresse, ravissemens de femmes ou autres maléfices,
-que de prendre pour les vivres de nous et d'eux,
-durant ledit mois tant seulement ; et pour ce que aucunes
-garnisons des gens de nostre dit seigneur le roy demourront
-par aucun temps en aucunes forteresses ou chasteaux
-en France, et ailleurs ou royaume de France, nous
-voulons et accordons de par nostre dit seigneur le roy et
-de par nous, qu'il puissent lever telles raençons et en
-telle manière comme il ont levé avant ces trièves, pour
-leur vivres et pour la garde desdis chasteaux et forteresses,
-sans icelles croistre, tant comme il demourront
-ès lieux dessus dis, et que il puissent franchement achater
-et emporter vitaille et les ayent à fuer raisonnable
-ainsi comme les autres gens desdis lieux et des païs environ
-achèteront, sans fraude et sans malice, mais qu'il
-ne preignent, pillent ou emblent forteresses ou fassent
-autres maléfices. Sur toutes lesquelles choses et leurs dépendances
-et appartenances, nous voulons et mandons à
-tous les subgiés et féaulx de nostre dit seigneur, requérons
-tous autres qu'il obéissent et entendent auxdis conservateurs,
-capitains, connestables dessus dis et à leur
-députés et à chascun d'eux. En tesmoing de laquelle chose,
-nous avons fait mettre nostre scel à ces présentes lettres.
-Donné à Sours, devant Chartres, le septiesme jour de
-may, l'an du règne de nostre dit seigneur et père de
-France vint premier, et d'Angleterre, trente et quart.&nbsp;»</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXXX.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy d'Angleterre et le prince de Galles envoièrent six
-chevaliers à Paris pour veoir faire à monseigneur le régent le
-sairement de tenir ferme et stable le traictié de paix.</p>
-
-
-<p>Le samedi ensuivant, neuviesme jour dudit moys, aucuns
-de ceux de la partie de France retournèrent à Paris
-et amenèrent six chevaliers anglois pour veoir ledit régent
-faire ce qui ensuit : et pour celle cause les y avoient envoiés
-ledit roy anglois et le prince de Galles, son ainsné
-fils. Item, le dimenche matin ensuivant, dixiesme jour
-dudit moys, ledit régent, qui lors estoit à Paris en l'hostel
-à l'Arcevesque de Sens aux Barrés<a id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor">[211]</a>, et son conseil assemblé,
-le prévost des marchans et pluseurs bourgois de ladite
-ville, en la présence desquels ledit régent fist réciter, par
-maistre Jehan des Mares, tout ledit traictié, lequel fu
-aggréable audit régent. Et pour ce que entre les autres
-choses dudit traictié estoit accordé que ledit régent devoit
-oïr la messe, et après le <i lang="la" xml:lang="la">Agnus Dei</i> il devoit aler à l'autel,
-et l'une des mains sur le corps de Jhésus-Crist sacré, sans y
-toucher, et l'autre main mise sur le Messel, devoit jurer
-que ledit traictié il tindroit et acompliroit, feroit tenir
-et acomplir de tout son povoir, fu chantée une messe
-basse du Saint-Esprit, par Guillaume de Meleun, arcevesque
-de Sens ; et quant elle fu dite jusques au point
-dessus dit, ledit régent issi de son oratoire et ala à l'autel,
-et en la présence des six chevaliers anglois dessus dis, qui
-pour veoir ledit sairement faire y avoient esté envoiés
-par lesdis roy et prince, et de grant foison de gens qui là
-estoient, fist ledit sairement par la manière devant dite, en
-lisant une cédule en laquelle estoient les paroles que il devoit
-dire, escriptes forméement<a id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor">[212]</a>. Et par semblable manière
-le devoit faire le prince de Galles, et devoit, ledit régent,
-envoier six chevaliers, trois banerés et trois bacheliers,
-si comme les Anglois avoient fait, pour veoir le prince de
-Galles faire ledit sairement, et les deux roys de France et
-d'Angleterre le devoient faire pareillement quant il seroient
-ensemble. Et tantost que ledit sairement fu fait
-par ledit régent, ladite paix fu criée par un sergent d'armes
-aux fenestres de la chambre dudit régent, sur la cour
-dudit hostel de l'arcevesque de Sens. Et quant ladite
-messe fu chantée, ledit régent ala à Nostre-Dame de
-Paris luy rendre grace de ladite paix, là où l'en chanta
-<i lang="la" xml:lang="la">Te Deum</i> et sonna les cloches moult solempnelment.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_211" href="#FNanchor_211"><span class="label">[211]</span></a> <i>Aux Barrés</i>. Ainsi l'hôtel de Sens étoit bâti sur l'emplacement de
-la maison des Carmes dits les <i>frères Barrés</i>. Charles V le réunit à l'hôtel
-Saint-Pol. Il reste encore de beaux vestiges de cet hôtel de Sens.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_212" href="#FNanchor_212"><span class="label">[212]</span></a> <i>Forméement</i>. En lettres de forme. Ce mot, dont on a souvent cherché
-le sens, désignoit sans doute les beaux caractères d'<i>expédition solemnelle</i>.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXXXI.</h3>
-
-<p class="section">Coment le prince de Galles fist à Louviers le sairement pareil à
-celui que le régent avoit fait à Paris.</p>
-
-
-<p>L'endemain, jour de lundi onziesme jour dudit moys
-de may, ledit régent monstra auxdis Anglois les saintes
-reliques, en la chapelle royal à Paris, et donna à disner
-auxdis Anglois, et à chascun un bel cheval ; et après se partirent
-de Paris pour aler pardevers ledit roy d'Angleterre
-et pardevers ledit prince ; et envoia ledit régent, avecques
-lesdis Anglois, six chevaliers, trois banerés et trois bacheliers
-de la partie de France, pour veoir faire ledit sairement
-audit prince par la manière que avoit fait ledit régent.
-Lequel prince fist ledit sairement en la présence desdis
-chevaliers et d'un des secrétaires dudit régent, par la
-manière que l'avoit fait ledit régent, en l'église de Nostre-Dame
-de Louviers, l'endemain de l'Ascencion Nostre
-Seigneur, jour de vendredi et quinziesme jour dudit
-moys de mai, l'an mil trois cens soixante dessus dit.</p>
-
-<p>Item, le mardi ensuivant, dix-neuviesme dudit moys,
-ledit roy et ses enfans entrèrent en mer, à Honefleu, pour
-aler en Angleterre quérir le roy de France, et la plus
-grande partie de l'ost desdis anglois passèrent la rivière
-de Saine, au Pont de l'Arche, là où ledit régent avoit
-mandé que l'on les feist passer ; et s'en alèrent droit à
-Calais sans meffaire au païs, fors que de prendre vivres ;
-et demoura en France, pour les Anglois, le conte de Warvich,
-mareschal d'Angleterre, pour faire tenir de leur
-partie les trièves qui avoient esté prises par ledit traictié,
-jusques à la feste Saint-Michiel, l'an mil trois cens soixante-un,
-et pour cependant mettre ledit traictié de paix à exécucion
-d'une partie et d'autre. Et furent lesdites trièves publiées
-par tout le royaume ; mais elles furent mal tenues en
-pluseurs lieux, par espécial des Anglois ; car pluseurs se
-mistrent à estre espieurs de chemins, et par manière de
-volerie faisoient pis que il ne faisoient en temps de guerre ;
-car il tuoient les gens que il trouvoient par les chemins
-et roboient tout.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXXXII.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy de France vint d'Angleterre à Calais, et de
-l'emprumpt pour le premier paiement de la raençon du roy.</p>
-
-
-<p>Le dimenche, quatorziesme jour du moys de juing ensuivant,
-le roy de France donna à disner au roy d'Angleterre
-en la Tour de Londres, et firent moult grand semblant
-d'amour l'un à l'autre, et jurèrent par leur fois baillées
-l'un à l'autre que il tendroient véritablement et
-loyalment la paix dessus dite, par la manière que traictiée
-avoit esté. Item, le mercredi, huitiesme jour du moys de
-juillet ensuivant, à matin, arriva le roy de France à Calays,
-lequel y devoit estre, par le traictié, dedens trois semaines
-après la nativité Saint-Jehan-Baptiste ; et le dimenche ensuivant,
-douziesme jour dudit mois, ledit régent parti de
-Paris pour aler à St-Omer, pour faire acomplir ce que il
-pourroit dudit traictié, afin que le roy de France, son père,
-feust délivré. Et en ce temps fut ordené que l'en leveroit à
-Paris et en la viconté cent mile royaux d'or par emprumpt
-que l'en feroit de toutes personnes d'églyse, nobles et
-autres qui auroient puissance de prester ; pour ce que ladite
-ville de Paris avoit accordé à paier pour le premier paiement
-de la raençon du roy, quatre-vint mile royaux d'or
-pour ladite ville et viconté. Item, le vendredi, jour de feste
-Saint-Denis, neuviesme jour du moys d'octobre ensuivant,
-ledit roy d'Angleterre arriva à Calais. Item, le dimenche
-ensuivant, onziesme jour dudit moys, le roy de France
-qui estoit encore au chastel de Calais, ala veoir ledit roy
-d'Angleterre, en l'hostel où il estoit herbergié en ladite
-ville de Calais ; car encore n'avoient-il veu l'un l'autre depuis
-que ledit Anglois estoit entré en ladite ville, fors quant
-ledit Anglois estoit descendu de la Nef ; car là luy estoit alé
-ledit roy de France à l'encontre, et s'entrefirent très bonne
-chière, et pria le roy de France au roy d'Angleterre que
-il et ses enfans dinassent l'endemain audit chastel avecques
-luy, lequel Anglois s'i accorda. Et celuy dimenche traicta
-ledit roy de France la paix dudit roy d'Angleterre et du
-conte de Flandres. Et l'endemain, jour de lundi, douziesme
-jour dudit mois d'octobre, ledit roy d'Angleterre disna
-avecques le roy de France audit chastel de Calais. Et séit à
-la table premier le roy d'Angleterre, le roy de France secont,
-le prince de Galles le tiers et le duc de Lanclastre le quart
-et le derrenier. Et ainsi, comme il disnoient, le conte de
-Flandres entra à Calais et ala droit au chastel, et fist la
-revérence en soy agenoillant devant le roy de France, et
-après salua le roy d'Angleterre, sans agenoillier, et luy fist
-le roy de France très bonne chière. Et après disner, deux
-des enfans du roy d'Angleterre partirent de Calais, et deux
-des enfans du roy de France les conduirent droit à Bouloigne,
-à l'encontre desquels ala environ demie lieue le duc
-de Normendie, qui estoit en ladite ville de Bouloigne, et
-les mena en ladite ville.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXXXIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment monseigneur le régent ala de Bouloigne à Calais pour
-veoir son père le roy de France et des sairemens des deux
-roys, et de la paix du roy de Navarre, et comment le roy
-de France se parti de Calais.</p>
-
-
-<p>L'endemain, jour de mardy, treiziesme jour dudit
-moys, le duc de Normendie parti de Bouloigne et ala à
-Calais, et disna ce mardy avecques le roy d'Angleterre : et
-aussi fist le roy de France. Et les deux enfans du roy
-d'Angleterre demourèrent à Bouloigne, et deux des enfans
-du roy de France pour les compaignier. Item, l'endemain
-jour de mercredi, quatorziesme jour dudit moys d'octobre,
-après ce que le dit duc ot disné avecques son père le
-roy de France, il se parti de Calais et s'en ala au giste de
-Bouloigne, et les deux enfans du roy d'Angleterre s'en retournèrent
-à Calais ; et furent les choses si ordenées, que le
-dit duc de Normendie, quant il retournoit de Calais à Bouloigne,
-et les deux enfans du roy d'Angleterre, quant il retournoient
-de Bouloigne à Calais, s'entre rencontrèrent
-ainsi comme en my-voie.</p>
-
-<p>Item, en cette semaine le Begue de Villaines prist par
-escheler le chastel de Pacy et la femme et les filles de monseigneur
-Pierre de Saquenville qui estoient dedens. Item, le
-samedi vint-quatriesme jour dudit moys d'octobre, l'an mil
-trois cent soixante dessusdit, les dis roys de France et d'Angleterre
-jurèrent à Calais ensemble sur le corps Jhesu-Crist
-et sur les saintes évangiles, tenir perpétuelement la paix
-faite entre eulx sans enfreindre ; et oïrent les deux roys messe
-ensemble en deux oratoires, et ne alèrent point à l'offrande,
-pour ce que l'un ne vouloit aler avant l'autre : mais l'en
-porta la Paix au roy de France premièrement, lequel ne la
-voult prendre et issy de son oratoire et la porta au roy d'Angleterre,
-lequel ne la voult prendre, et baisièrent l'un roy
-l'autre sans prendre autre Paix. Et celuy jour fu faicte la
-paix du roy de France d'une part, et du roy de Navarre et
-messire Phelippe de Navarre son frère d'autre part ; jasoit
-ce que le dit roy de Navarre ne feust pas lors présent à Calais
-à faire ladite paix. Mais ledit messire Phelippe y estoit,
-qui se fist fort pour son dit frère et jura la dicte paix, et le
-duc d'Orléans, frère du roy de France, la jura pour le roy
-son frère. Item, l'endemain le dymenche vingt-cinquiesme
-jour du dit moys d'octobre, ledit roy de France Jehan fu
-à plain délivre de sa dicte prison, et se parti à matin de Calais
-et s'en ala à Bouloigne, et le convoia ledit roy d'Angleterre
-environ une lieue, et après s'en retourna à Calais. Et
-le prince de Galles, ainsné fils du roy d'Angleterre, ala avecques
-le roy de France jusques à Bouloigne. Item, l'endemain
-jour de lundi vint-sixiesme jour dudit moys, le duc de Normendie,
-ainsné fils du roy de France et ledit prince de Galles
-jurèrent de rechief tenir ladite paix sans enfraindre ; et aussi
-fist le conte d'Estampes et aucuns autres grans seigneurs
-qui là estoient. Et celuy lundy après disner, se parti ledit
-prince de Bouloigne et s'en retourna à Calais. Et ainsi appert
-que ledit roi de France Jehan fu prisonnier dudit roy
-d'Angleterre quatre ans, et tant comme il a, du dix-neufviesme
-jour de septembre, à quel jour ledit roy fut pris
-comme dessus est dit, jusques au vint-cinquième jour
-d'octobre que il fu délivre.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXXXIV.</h3>
-
-<p class="section">Les noms de ceulx qui demourèrent hostages en Angleterre
-pour le roy de France.</p>
-
-
-<p>Le jeudi ensuivant, vint-neufviesme jour du mois d'octobre,
-ledit roy de France se parti de Bouloigne et ala à
-Saint-Omer, et aucuns de son conseil qui estoient demourez
-à Calais pour parfaire les lectres et les autres choses qui
-estoient à parfaire, s'en partirent le vendredi ensuivant
-trentième jour dudit moys et alèrent à Saint-Omer, là où
-ledit roy de France estoit. Et est à savoir que dès le samedi
-précédent vint-quatriesme jour dudit mois d'octobre, après
-ce que ladite paix ot esté jurée des deux roys, comme dessus
-est dit, ledit roy d'Angleterre laissa le nom de roy de
-France et se appella roy d'Angleterre, seigneur d'Irlande
-et d'Aquitaine : mais il ne renonça pas encore audit
-royaume de France, et aussi ne renonça pas le roy de
-France aux ressors et souverainetés des terres que il bailloit
-au dit roy d'Angleterre né à l'homaige ; mais il seurséoit du
-nom de roy de France et y devoit renoncier quand certaines
-terres luy seroient délivrées, qui luy devoient estre bailliées
-par ledit traictié. Item, le samedi ensuivant, veille de la
-feste de Toussains derrenier dudit mois d'octobre, à matin
-devant le jour, ledit roy d'Angleterre se parti de Calais et
-entra en mer pour aler en Angleterre, et les hostaiges que
-le roy de France luy avoit bailliés avecques luy ; c'est assavoir :
-Monseigneur Loys et monseigneur Jehan enfans dudit roy
-de France, lesquels ledit roy leur père avoit fais ducs de
-nouvel ; c'est assavoir monseigneur Loys, qui estoit son second
-fils duc d'Anjou et du Maine qui par avant en estoit
-conte ; et ledit monseigneur Jehan duc d'Auvergne et de
-Berry, qui par avant avoit esté conte de Poitiers, laquelle
-conté devoit estre bailliée au roy d'Angleterre par le
-traictié, si comme dessus est dit. Après les dessus dis monseigneur
-Loys et monseigneur Jehan, fils du roy de France,
-furent hostages monseigneur Phelippe duc d'Orliens, frère
-germain dudit roy de France ; monseigneur Loys duc de
-Bourbon ; monseigneur Pierre d'Alençon et monseigneur
-Jehan frère du conte d'Estampes, tous des Fleurs de lis ;
-Guy, frère du conte de Bloys ; le conte de Saint-Pol ; le
-seigneur de Montmorenci ; le seigneur de Hangest ; le seigneur
-de Saint-Venant ; le seigneur d'Andrezel ; le conte
-de Braine en Laonnoys ; le seigneur de Coucy ; le conte de
-Harecourt ; le conte de Grantpré ; le seigneur de la Roche-Guyon ;
-le seigneur d'Estouteville.</p>
-
-<p>Item, le dimenche ensuivant, jour de la feste de Toussains,
-premier jour du moys de novembre l'an mil trois
-cent soixante dessusdit, ledit roy de France à sa messe fist
-chevalier un escuier d'Artoys appelé Jean d'Ainville, qui
-avoit demouré avecques luy en Angleterre, et esté maistre
-de son hostel tant comme le dit roy y avoit demouré. Et ce
-jour entrèrent en la foy du roy quatre chevaliers de la
-partie du roy d'Angleterre ; c'est assavoir : monseigneur
-Rogier de Beauchamp ; monseigneur Guy de Briene ; monseigneur
-Regnault de Cobehan, tous Anglois, et monseigneur
-Gauthier de Mauny, Hennuyer, pour certaine rente que
-ledit roy de France leur promist<a id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor">[213]</a>. Et ledit samedi, vint-quatriesme
-jour d'octobre, le duc de Lenclastre, monseigneur
-Phelippe de Navarre et monseigneur Jehan de Montfort,
-qui avoit esté fils du conte de Montfort qui s'en ala
-en Angleterre pour le débat du duchié de Bretaigne, estoient
-entrés en la foy dudit roy de France, et luy avoient fait homaige
-pour les terres que il tenoient en France avant les
-guerres desdis roys ; lesquelles terres leur furent toutes
-rendues par ledit traictié.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_213" href="#FNanchor_213"><span class="label">[213]</span></a> Froissart, qui ne désigne pas les chevaliers, éclaircit ce passage :
-«&nbsp;Les deux rois,&nbsp;» dit-il, «&nbsp;qui par l'ordonnance de la paix s'appeloient
-frères, donnèrent à quatre chevaliers chascun de son costé la somme de
-huit mil francs de revenue par an, c'est à entendre à chascun deux mil.&nbsp;»
-(Liv. <small>I</small>, part. <small>II</small>, ch. 143.)</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXXXV.</h3>
-
-<p class="section">Comment l'en fist les joustes à Saint-Omer, et de la venue du
-roy de France à Saint-Denys, et du roy de Navarre qui
-vint par devers luy.</p>
-
-
-<p>Le mardi et le mercredi ensuivans, troisiesme et quatriesme
-jours dudit moys de novembre, furent faites moult
-belles joustes à Saint-Omer, pour l'oneur du roy de France
-qui là estoit. Et lors avoit grand foison d'Anglois et autres
-ès pays de Brie et de Champaigne, qui gastoient tout le
-pays, tuoient et raençonnoient gens et faisoient du pis qu'il
-povoient ; dont aucuns se appelloient la grant compaignie<a id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor">[214]</a>.
-Lesquels après ce que il orent sceu que ledit roy de France
-estoit délivre de sa prison, se partirent dudit pays de Brie
-et s'en allèrent en Champaigne, là où il tenoient pluseurs
-forteresses. Et ledit roy de France, après ladite feste de
-Saint-Omer, s'en ala à Hesdin, là où il demoura par aucun
-temps, et là fist ordenances des gens de son hostel et de la
-Chambre des comptes, et par lesdites ordenances ne demoura
-ès requestes de l'ostel que trois clers et trois lays ; et
-furent les clers : maistre Estienne de Paris, maistre Guy du
-Saint-Sépulcre et maistre Jaques Leriche<a id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor">[215]</a> ; et les lays furent :
-monseigneur Jehan Hanière, monseigneur Fauviau
-de Vaudencourt et monseigneur Gile de Soocourt, chevaliers.
-Et en la Chambre des comptes, trois clers et trois lays,
-c'est assavoir, clers : messire Jehan Laigle, maistre Oudart
-Levrier et messire Legier de la Charmoye ; lays : monseigneur
-Jehan de Charny chevalier, Jacques de Pacy et
-Guillaume Staise. Et depuis s'en vint le roy par Amiens,
-par Noyon et par Compiegne et par Senlis. Et le vendredi,
-onzième jour de décembre ensuivant, entra le roy au giste
-à Saint-Denis en France. Item, l'endemain jour de samedi,
-douziesme jour dudit moys, le roy de Navarre, qui encore
-n'avoit vu le roy de France depuis sa prise, vint à Saint-Denys
-à matin et ramena avecques luy certains hostaiges
-que le roy de France avoit envoiés à Mante, afin que le
-roy de France venist pardevers luy, quar autrement ne se
-estoit volu accorder d'y venir. Mais en monstrant qu'il se
-fioit ès promesses du roy, il ramena lesdis hostaiges, et là fu
-parlé que il féist homaige au roy. Mais ledit de Navarre
-ne le voult, en disant que il n'avoit oncques forfait l'omaige
-que autrefois luy avoit fait ; et finalement après pluseurs
-parler, ledit de Navarre vint devant le roy de France,
-devant le grant autel de Saint-Denys, et luy fist la révérence
-assez humblement ; et après jura sur le corps Jhésu-Crist sacré
-que tenoit l'abbé de Saint-Denys, revestu des vestemens
-ès quels il avoit dite la messe, que dès lors en avant il seroit
-bon et loyal fils et subgié dudit roy de France ; et ledit
-roy de France jura après pareillement que il luy seroit bon
-père et bon seigneur ; et après jurèrent le duc de Normendie
-et monseigneur Phelippe duc de Touraine, son frère. Et si
-jura lors aussi ledit roy de Navarre que il tendroit et feroit
-tenir à son pouvoir la paix traictiée entre les roys de France
-et d'Angleterre ; et après l'enmena le roy de France par la
-main disner avecques luy : et après disner, prist congié du
-roy de France et s'en parti. Item, le jeudi douziesme jour
-de novembre, l'an mil trois cent soixante dessus dit, furent
-enterrées les deux filles du duc de Normendie à Saint-Anthoine
-près de Paris, et fu présent ledit duc à l'enterrage,
-moult courroucié qui plus n'avoit d'enfans. Item, le samedi
-dessusdit, douziesme jour de décembre, fut criée et publiée
-à Paris la forte monnoie, c'est assavoir un franc d'or que
-l'en fist lors nouveaux pour seize sols parisis ; un royal pour
-treize sols quatre deniers parisis, et blans neufs fins qui furent
-lors fais pour douze deniers parisis, <i>etc</i>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_214" href="#FNanchor_214"><span class="label">[214]</span></a> <i>La grant compaignie</i>. Et non pas <i>les grandes compagnies</i>, comme on
-dit aujourd'hui. Tous les historiens distinguent <i>la grande compagnie</i> des
-autres bandes que l'on eut tant de peine à faire disparoître au <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle.
-Le continuateur de Nangis dit : «&nbsp;<span lang="la" xml:lang="la">Anno eodem (1360) surrexerunt filii
-Belial et viri iniqui, videlicet multi guerratores de diversis nationibus,
-non habentes titulum aliquem neque causam aliquos invadendi, nisi
-proprio motu seu nequitiâ affectatâ sub spe depredandi, et vocabatur
-<i>Magna Societas</i>. Qui quidem scelerati adunantes se in magnâ copiâ
-valdè, accesserunt in armis propè Avinionem, volentes debellare dominum
-nostrum summum pontificem, etc.</span>&nbsp;»</p>
-
-<p>La chronique inédite du n<sup>o</sup> 530 Suppl. Franç., s'accorde avec celles de
-St-Denis pour accuser surtout de ces désordres les Anglois indisciplinés.
-«&nbsp;Le roy d'Engleterre devoit faire vuidier les forteresces à ses despens,
-et néanmoins pluseurs Englois descoururent sur le royaume de France
-en pluseurs routes. Et estoient d'iceux qui desdites forteresces estoient
-partis et se tenoient par manière de compagnie. Et pluseurs s'en alèrent
-en Bretagne à Jehan de Montfort. Et s'en assembla une grant route
-qui s'en ala vers Avignon, et prisrent le pont Saint-Esperit, etc., etc.&nbsp;»
-(F<sup>o</sup> 79, v<sup>o</sup>.)</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_215" href="#FNanchor_215"><span class="label">[215]</span></a> <i>Jaques Leriche</i>. Variante : <i>Jaques de la Roche</i>.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXXXVI.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy de France entra à Paris. Et de pluseurs
-incidences.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1361</div>
-
-<p>Le dimenche treiziesme jour dudit moys de décembre
-ala le roy de France à Paris et y fu reçu moult honorablement,
-et furent les rues et le grand pont par où il passa encourtinées,
-et fu une fontaine oultre la porte Saint-Denis
-qui rendoit vin aussi habondamment comme sé ce feust
-eaue, et portoit-l'en sur le roy un paile d'or à quatre lances.
-Et ala le roy droit à Nostre-Dame faire son oroison et puis
-retourna descendre au Palais. Et luy firent ceulx de Paris
-un bel présent de vaisselle qui pesoit environ mil marcs
-d'argent.</p>
-
-<p>Item, le jour des Innocens, fu pris le Pont du Saint-Esprit
-et la ville par ceulx de la Grant compaignie, qui
-s'estoient partis de France. Item, le treiziesme jour de
-janvier ensuivant, comença celuy an le parlement. Et par
-avant avoit eu présidens à Paris par un an ou environ, qui
-avoient autel povoir comme parlement.</p>
-
-<p>Item, le jeudi vint-huitiesme jour dudit moys de janvier,
-furent pris, du commandement des réformateurs qui lors
-avoient été establis nouvellement, monseigneur Nicolas
-Braque, Almaury Braque son frère, Jehan de Brunetout,
-Hugues Bernier, Jehan Poillevillain, Jaques Lempereur,
-Gauchier de Vannes, Jehan Arrode. Et furent eslargis le
-huitiesme jour ensuivant. Item, en iceluy moys fu faite
-l'ordenance de faire retourner les Juifs en France.</p>
-
-<p><i>Incidence</i>. L'an de grace mil trois cent soixante-un, le
-mardi après la Penthecouste, qui estoit le dix-neufviesme<a id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor">[216]</a>
-jour de may, gelèrent les vignes en pluseurs contrées entour
-Paris, et jà en estoient pluseurs fleuries. Item, le jeudi
-premier jour de juillet ensuivant, fu au marchié de Meaulx
-devant le roy une bataille emprise de volenté, entre messire
-Fouquaut d'Archiac appelant, et messire Maingot Maubert
-deffendant, et fist moult grant chaut celuy jour. Et avint
-que ledit Fouquaut descendi de dessus son cheval, pource
-que ledit cheval estoit un peu desrayé, et moult longuement
-fu à pié au champ, et tousjours se mectoit en peine de
-requérir son adversaire qui estoit à cheval, jusques à ce que
-il fu si travaillié que il n'en povoit plus ; et de fois à autres
-se asséoit sur une chaiere qui estoit au bout des lices, et
-cuidoient ceux qui le véoient qu'il deust estre desconfit, car
-il avoit moult travaillié à pié et si estoit lors malade d'un
-assès<a id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor">[217]</a> de quartaine. Mais du grant chaut qui estoit, ledit
-Maingot qui tousjours estoit demouré à cheval fu en tel
-point que il perdit toute puissance, par telle manière que
-il se laissa pendre sur son arson devant, et feust cheu qui
-l'eust laissié longuement ; mais quant son dit adversaire le
-vit en tel estat, il ala vers luy à très-grant peine, et le prist,
-ainsi pendant comme il estoit par le col, et le tira à terre,
-et fist son povoir de le tuer, mais l'en disoit qu'il estoit jà
-mort. Toutes voies, ledit Fouquaut fu si grevé que il convint
-que ses amis, par le congié du roy, l'emportassent en
-son hostel, et ledit Maingot demoura mort en la place, et
-depuis en fu porté par ses amis, du congié du roy, et enterré
-le soir secrètement<a id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor">[218]</a> ; et ledit Fouquaut fut en bon
-point tantost que il ot un peu reposé.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_216" href="#FNanchor_216"><span class="label">[216]</span></a> <i>Le dix-neufviesme</i>. Ce doit être pour le <i>dix-huitiesme</i>, qui tomboit
-un mardi cette année-là.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_217" href="#FNanchor_217"><span class="label">[217]</span></a> <i>Assès</i>. Accès.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_218" href="#FNanchor_218"><span class="label">[218]</span></a> <i>Secrètement</i>. C'est-à-dire sans le secours de l'église.</p>
-</div>
-<p>Item, celuy jeudi premier jour de juillet, fu la cité de
-Satalie<a id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor">[219]</a> prise par les crestiens ; c'est assavoir par le roy
-de Chypre<a id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor">[220]</a> et les frères de l'hospital de Saint-Jehan-de-Jérusalem,
-et plusieurs autres tant du royaume de France
-comme d'ailleurs. Et toute cette saison le roy se tint à Paris
-et environ. Et en pluseurs pays du royaume de France
-furent pluseurs et diverses compaignies de gens de diverses
-nacions, et domagièrent moult le royaume ès parties où il
-furent.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_219" href="#FNanchor_219"><span class="label">[219]</span></a> <i>Satalie</i>. L'ancienne Attalie, dans la Caramanie. Une chose curieuse,
-c'est l'omission de cet événement dans l'<i>Histoire des Chevaliers de Malte</i>
-de Vertot, et dans l'<i>Histoire des Croisades</i> de M. Michaud.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_220" href="#FNanchor_220"><span class="label">[220]</span></a> <i>Le roy de Chypre</i>. Pierre de Lusignan.</p>
-</div>
-<p><i>Incidence</i>. Item, le vint-uniesme jour du moys de novembre
-ensuivant, mourut à Rouvre près de Dijon, Phelippe,
-duc et conte de Bourgoigne, conte d'Artois, d'Auvergne et
-de Bouloigne, de l'aage de treize ans ou environ, auquel
-succéda au duchié le roy de France ; et ès contés d'Artois
-et de Bourgoigne, la mère au conte de Flandres ; et ès contés
-d'Auvergne et de Bouloigne, monseigneur Jehan de Bouloigne,
-oncle de sa mère. Et se parti le roy de Paris pour
-aler prendre la possession dudit duchié, le dimenche cinquiesme
-jour de décembre ensuivant, et ala au bois de Vinciennes
-au giste.</p>
-
-<p>Item, en l'an mil trois cent soixante-un dessusdit,
-sixiesme jour d'avril devant Pasques, se combati le
-conte de Tanquarville pour le roy, et pluseurs autres
-chevaliers et escuiers, contre aucunes parties des compaignies
-qui lors estoient au royaume de France, à Brinois<a id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor">[221]</a>,
-près de Lyon sur le Rosne. Et y furent pris ledit conte de
-Tanquarville, monseigneur Jacques de Bourbon conte de
-la Marche, qui tantost après mourut pour les plaies qu'il ot
-en ladite bataille<a id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor">[222]</a> ; le conte de Sallebruche, le conte de
-Joigny et pluseurs autres, et le conte de Forest mourut en
-la place.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_221" href="#FNanchor_221"><span class="label">[221]</span></a> <i>Brinois</i>. Aujourd'hui <i>Brignais</i>, petite ville à deux lieues de Lyon.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_222" href="#FNanchor_222"><span class="label">[222]</span></a> M. Michelet a fait à cette occasion une belle réflexion : «&nbsp;Cette
-mort de Jacques de Bourbon fut glorieuse : le premier titre des Capets
-est la mort de Robert-le-Fort à Brisserte ; celui des Bourbons, la
-mort de Jacques à Brignais. Tous deux tués en défendant le royaume
-contre les brigands.&nbsp;» (Tome <small>III</small>, page 438.)</p>
-</div>
-<p>Item, le mercredi après Pasques et le jeudi ensuivant,
-vintiesme et vint-uniesme jour dudit moys d'avril, l'an mil
-trois cent soixante-deux, et furent Pasques le dix-septiesme
-jour dudit moys, gelèrent les vignes par toute France,
-Biauvoisin, Orlenois, Laonnois, Bourgoigne, et en la rivière
-de Marne, par telle manière que ceste année ne crut point
-de vin èsdis pays né ès pays voisins ; et communelment l'en
-ne trouvast pas en cent arpens une queue de vin, et fist-l'en
-le plus verjus de ce qui crut ceste année. Mais les vignes
-gietèrent assés bois, et n'estoit homme qui oncques eut veu
-si grant faute de vin comme il fu celuy an.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXXXVII.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy de France ala à Avignon, et de la mort le pape
-Innocent, et de l'éleccion du pape Urbain dit Grimouart.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1362</div>
-
-<p>L'an de grace mil trois cent soixante-deux, au moys
-d'aoust, le roy de France Jehan se parti de Paris pour aler à
-Avignon visiter le pape Innocent qui lors vivoit. Et en
-celuy an mesme, le lundi douziesme jour de septembre,
-mourut ledit pape Innocent. Et le jeudi vint-deuxiesme
-jour dudit moys environ nonne, entrèrent les cardinaulx en
-conclave pour eslire pape, et estoient les présens vint cardinaulx.
-Et le jeudi vint-septiesme jour d'octobre, veille de
-saint Symon et saint Jude, l'an mil trois cent soixante-deux
-dessusdit, pour ce qu'il ne porent estre à accort de l'un
-d'eulx, esleurent en pape l'abbé de Marseille, appellé messire
-Guillaume Grimouart, qui par avant avoit esté abbé
-de Saint-Germain d'Aucerre, et estoit né de la sénéchaucié
-de Beaucaire. Et pour ce qu'il n'estoit pas lors à Avignon,
-il celèrent l'éleccion et luy signefièrent que tantost il alast
-à Avignon. Et le dimenche ensuivant, trentiesme jour dudit
-moys au soir, il entra assés secrètement en ladite ville et
-ala droit descendre en l'ostel du pape, et y fust celle nuit
-sans ce qu'il véist aucuns desdis cardinaulx qui encore
-laiens estoient. Et le lundi veille de Toussains, luy disrent
-lesdis cardinaulx son éleccion, laquelle il ot agréable, et
-celuy jour fu publiée et fu appelé Urbain le Quint, et le
-sixiesme jour de novembre ensuivant fu consacré. Item,
-ledit roy Jehan, qui par avant estoit parti pour aler visiter
-le pape Innocent, si comme dessus est dit, entra en Avignon
-le dimenche devant la sainte Katherine, vintiesme jour du
-moys de novembre ensuivant, et le reçut ledit pape Urbain
-honorablement en consistoire et le detint avec luy à disner.
-Item, le lundi cinquiesme jour du moys de décembre ensuivant,
-fu la bataille du conte de Foix et de ses gens contre
-le conte d'Armignac et les siens à Lille<a id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor">[223]</a> près de Thoulouse.
-Et ot ledit conte de Foix victoire, et y furent pris ledit conte
-d'Armignac, les contes de Comminges et de Montleshun ;
-le seigneur de Lebret et ses deux frères ; le seigneur de
-Tarride<a id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor">[224]</a> et pluseurs autres. Item, le mardi ensuivant,
-sixiesme jour dudit mois de décembre, fu la bataille de
-messire Amanion de Pomiers appelant, et de messire Fouque<a id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor">[225]</a>
-d'Archiac deffendant, en la présence dudit roy de
-France, à Villeneuve près d'Avignon, et fu fait l'accort au
-champ, parce que ledit roy prist le descort sur luy.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_223" href="#FNanchor_223"><span class="label">[223]</span></a> <i>Lille</i>. Sans doute <i>Lisle-Jourdain</i>. Suivant M. Gaucheraud, historien
-élégant et fidèle de Gaston-Ph&oelig;bus, comte de Foix, la bataille se donna
-à <i>Launac</i>, à deux lieues de <i>Lille-Jourdain</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_224" href="#FNanchor_224"><span class="label">[224]</span></a> <i>Tarride</i>. Et mieux <i>Terride</i>. &mdash; <i>Montleshun</i>. Peut-être <i>Montesquiou</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_225" href="#FNanchor_225"><span class="label">[225]</span></a> <i>Fouque</i>. Ou <i>Fouquaut</i>.</p>
-</div>
-<p>Item, le vendredi benoist ensuivant, ledit pape Urbain
-prescha à Avignon le passage général d'oultre-mer, et en
-fist et ordena chief et capitain ledit roy de France Jehan
-qui présent estoit, et luy bailla la croix et au roy de Chypre
-et à pluseurs autres qui là estoient ; et si fist et ordena le
-cardinal de Pierregort légat pour ledit passage.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXXXVIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy de France Jehan retourna de France en Angleterre
-de sa franche volenté, et coment il y fu receu honorablement
-des Anglois, et coment une maladie le prist dont il
-mourut.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1363</div>
-
-<p>L'an de grace mil trois cent soixante-trois, le mardi au soir
-troisiesme jour de janvier, le roy de France entra en mer à
-Bouloigne pour aler en Angleterre traictier avec le roy
-d'Angleterre de la délivrance de son frère Phelippe, duc
-d'Orléans, de son fils Jehan, duc de Berry, et de pluseurs
-autres ducs, contes et bannerets qui là estoient hostaiges
-pour ledit roy de France, et qui y estoient demourés depuis
-la délivrance dudit roy Jehan de France<a id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor">[226]</a>. Et arriva ledit
-roy de France à Douvre l'endemain jour de jeudi et y demoura
-trois ou quatre jours ; et depuis se parti et ala à
-Londres et entra en la ville le dimenche, quatorziesme
-jour dudit moys de janvier, et alèrent à l'encontre de luy
-grant nombre de notables personnes de ladite ville de Londres,
-jusques au nombre de mille chevaux ou de plus,
-vestus de robes pareilles par mestiers ; et alèrent jusques
-à un hostel dudit roy d'Angleterre appellé Helthan, à deux
-lieues près de ladite ville de Londres, auquel hostel ledit
-roy de France avoit disné celuy jour avecques le roy d'Angleterre
-et la royne ; et envoièrent lesdites personnes de
-Londres ledit roy de France jusques à ladite ville, et par
-icelle jusques à un hostel appelé Savoie, auquel il fu logié.
-Et assez tost après ordenèrent lesdis roys de France et d'Angleterre
-certaines personnes de leur conseils pour traictier
-sur les choses pour lesquelles ledit roy de France estoit alé
-en Angleterre. Et à l'entrée du moys de mars ensuivant
-prist une maladie audit roy de France pour occasion de
-laquelle les traictiés qui furent apointiés entre lesdis conseils
-et lesquels estoient nécessaires estre accordés par lesdis
-roys, en présence l'un de l'autre, furent assoupés<a id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor">[227]</a>. Et fu
-malade ledit roy de France de ladite maladie jusques au
-lundi au soir environ mienuit, huitiesme jour du moys
-d'avril, l'an mil trois cent soixante-quatre après Pasques :
-car Pasques furent celuy an le vint-quatriesme jour de
-mars, en laquelle nuit il trespassa de ce siècle. Et luy succéda
-au royaume de France Charles, son ainsné fils, lors
-duc de Normendie, daulphin de Viennois<a id="FNanchor_228" href="#Footnote_228" class="fnanchor">[228]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_226" href="#FNanchor_226"><span class="label">[226]</span></a> Tel fut le véritable motif du voyage de Jean en Angleterre. Je ne
-vois pas même sur quels fondemens nos historiens modernes établissent
-que le roi se proposoit de retourner en captivité. Qu'y a-t-il de surprenant
-dans cette course d'un prince inquiet et inconstant? Il revenoit
-d'Avignon, il voulut aller à Londres : les motifs de voyage ne lui manquèrent
-pas, comme ils ne lui auroient pas manqué s'il eût voulu visiter
-l'empereur ou le roi d'Espagne. Le mot du continuateur de Nangis <i lang="la" xml:lang="la">causa
-joci</i>, ne peut signifier que : <i>pour se divertir, pour son plaisir</i>, et ne peut
-entraîner l'idée d'un amour ridicule et peu probable à l'âge du roi de
-France.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_227" href="#FNanchor_227"><span class="label">[227]</span></a> <i>Assoupés</i>. Négligés, oubliés, assoupis.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_228" href="#FNanchor_228"><span class="label">[228]</span></a> Ici devroit s'arrêter la chronique du roi Jehan, mais tous les manuscrits
-y joignent les trois chapitres suivans qui touchent au règne de
-son successeur, mais qui se rapportent à des évènemens antérieurs au
-sacre.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXXXIX.</h3>
-
-<p class="section">En quel temps messire Bertran du Guesclin prist la ville de
-Mante et celle de Meullent et pluseurs de Paris.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1364</div>
-
-<p>L'an de grace mil trois cent soixante-quatre dessus dit,
-celuy huitiesme jour d'avril, monseigneur Bertran du
-Guesclin<a id="FNanchor_229" href="#Footnote_229" class="fnanchor">[229]</a>, chevalier breton-Galot qui estoit ès parties de
-Normendie capitain, de par ledit duc de Normendie, prist
-la ville de Mante, qui lors estoit au roy de Navarre. Et
-assés tost après fu la ville de Meullent prise et toute la
-forteresce par les gens dudit duc de Normendie, laquelle
-ville aussi estoit audit roy de Navarre, et furent pris pluseurs
-de la ville de Paris et autres qui tenoient la partie
-dudit roy de Navarre contre lesdis roy de France et duc
-de Normendie leur drois seigneurs. Et pour ce en furent
-aucuns exécutés et décapités à Paris comme traictres.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_229" href="#FNanchor_229"><span class="label">[229]</span></a> <i>Du Guesclin</i>. Ce nom est écrit régulièrement ainsi dans nos chroniques. &mdash; <i>Breton-Galot</i>.
-De la <i>Bretagne non bretonnante</i>.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXL.</h3>
-
-<p class="section">Coment le corps du roy Jehan fu apporté en France en l'abbaye
-de Saint-Anthoine lès Paris, et de son obsèque et enterrement
-à Saint-Denis.</p>
-
-
-<p>Le mercredi premier jour de mai, l'an mil trois cent
-soixante-quatre dessusdit, le corps dudit roy Jehan qui
-avoit esté trespassé à Londres, comme dit est, fu apporté
-à Saint-Anthoine près de Paris, au soir, et y demoura le
-jeudi, le vendredi et le samedi ensuivant, pour appareillier
-et mettre à point le corps et les autres choses nécessaires
-pour l'obsèque. Et le dimenche, cinquiesme jour dudit
-moys de may après disner, fu ledit corps apporté de ladite
-abbaye de Saint-Anthoine en l'églyse de Nostre-Dame de
-Paris, acompaignié de processions de toutes les églyses de
-Paris, et de trois de ses fils, c'est assavoir : Charles, duc de
-Normendie, qui estoit ainsné ; Loys, duc d'Anjou, qui
-estoit le secont ; et Phelippe, duc de Touraine, qui estoit
-le plus jeune de tous ses fils. Et aussi y fu le roy de Chypre :
-et Jehan, duc de Berry, qui estoit le tiers en aage, estoit
-encore en Angleterre. Et portèrent le corps dudit roy les
-gens de son parlement<a id="FNanchor_230" href="#Footnote_230" class="fnanchor">[230]</a>, si comme acoustumé avoit esté des
-autres roys, pour ce que il représentent la personne au fait de
-justice qui est le principal membre de sa couronne, et par lequel
-il règne et a seigneurie. Item, le lundi matin ensuivant,
-sixiesme jour dudit moys de may, fu la messe chantée sollempnelment
-en ladite églyse de Nostre-Dame de Paris,
-et tantost après la messe fu le corps mis à chemin pour porter
-à Saint-Denis en France, par la manière qu'il avoit
-esté apporté de Saint-Anthoine. Et alèrent après à pié ses
-trois fils, Charles, Louis et Phelippe, et aussi ledit roy de
-Chypre jusques à Saint-Ladre, au-dehors de Paris ; et là
-montèrent à cheval les trois frères dessusdis et ledit roy de
-Chypre, et alèrent tousjours à cheval après le corps jusques
-à l'entrée de la ville de Saint-Denys, et lors descendirent
-et alèrent à pié après par ladite ville jusques à l'églyse. Et
-le mardi ensuivant, septiesme jour dudit moys de may, fu
-fait l'obsèque dudit roy en ladite églyse de Saint-Denis, et
-fu le corps enterré au bout du grant autel, à la senestre
-partie. Et tantost après la messe, le roy Charles, son ainsné
-fils, ala au préau du cloistre de ladite églyse, et là, appuyé
-à un figuier estant audit préau, reçeut pluseurs homaiges
-des pers et grands barons, et après ala disner et demoura
-à Saint-Denis ledit jour et l'endemain. Item, le jeudi ensuivant,
-neuviesme jour dudit moys de may, parti ledit
-roy Charles de Saint-Denis pour aler à son sacre à Reims,
-lequel devoit estre le jour de la Trinité ensuivant.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_230" href="#FNanchor_230"><span class="label">[230]</span></a> Cette phrase semble accuser dans l'historien de Charles V, un
-membre du parlement. La rédaction lui appartiendroit à partir du traité
-de Brétigny.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXLI.</h3>
-
-<p class="section">De la prise du captal<a id="FNanchor_231" href="#Footnote_231" class="fnanchor">[231]</a> par messire Bertran du Guesclin,
-chevalier.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_231" href="#FNanchor_231"><span class="label">[231]</span></a> <i>Captal</i>. Le changement d'orthographe de ce nom est une nouvelle
-preuve du changement de rédaction, depuis le premier retour du roi
-Jean.</p>
-</div>
-
-<p>Le jeudi seiziesme jour dudit moys de may, monseigneur
-Bertran du Guesclin, qui lors estoit pour ledit roy de
-France ès parties de Normendie, se combati devant Cocherel,
-près de la Croix Saint-Lieffroy, contre le captal de
-Buech, lors lieutenant du roy de Navarre èsdites parties ;
-et fu ledit captal desconfi et pris, et la plus grant partie de
-sa gent mors ou pris. Et pour avoir ledit captal, le roy de
-France donna audit messire Bertran, duquel ledit captal
-estoit prison, la conté de Longueville la Giffart, laquelle
-avoit esté audit roy de Navarre. Mais le roy de France l'avoit
-fait prendre et mettre en sa main, pource que ledit roy
-de Navarre s'estoit rendu son ennemi : et par ce ledit messire
-Bertran laissa ledit captal au roy de France, lequel il fist
-mener en prison au marchié de Meaulx.</p>
-
-
-<p class="c gap"><i>Ci fenissent les fais du bon roy Jehan.</i></p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">CY COMENCENT LES GESTES<br />
-DU ROY CHARLES<br />
-CINQUIESME<br />
-DU NOM.</h2>
-
-
-
-
-<h3>I.</h3>
-
-<p class="section">Coment Charles, ainsné fils du roy Jehan, qui trespassa en Angleterre,
-fu sacré et enoint a roy de France en l'églyse de
-Reims, et aussi fu la royne sa femme<a id="FNanchor_232" href="#Footnote_232" class="fnanchor">[232]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_232" href="#FNanchor_232"><span class="label">[232]</span></a> Dans les plus anciennes leçons, la vie de Charles V n'est pas séparée
-de celle du roi Jean ; mais pour suivre la méthode la plus naturelle,
-nous avons, dans cette circonstance, préféré le système des autres manuscrits
-et des précédentes éditions.</p>
-</div>
-
-<p>L'an de grace mil trois cent soixante-quatre, le dimenche
-jour de la Trinité, qui fu le dix-neuviesme jour du
-moys de may, furent ledit roy Charles et madame Jehanne
-de Bourbon, sa femme, sacrés à Reims par monseigneur
-Jehan de Craon, lors arcevesque dudit lieu. Et furent audit
-sacre les evesques de Laon, de Beauvais, lors chancelier de
-France ; de Langres et de Noyon, pers de France ; et pluseurs
-autres prélas qui n'estoient pas pers : et barons Loys
-duc d'Anjou, et Phelippe duc de Touraine, et la contesse
-de Flandres, contesse d'Artois, pers de France ; le roy de
-Chypre, le duc de Bréban, frère de l'empereur et oncle
-dudit roy de France ; le duc de Lorraine, le duc de Bar et
-pluseurs autres barons qui n'estoient pas pers. Item, le
-mardi vint-huitiesme jour dudit moys de may, lesdis roy
-et royne de France, qui retournoient de leur sacre, entrèrent
-à Paris, c'est assavoir ledit roy environ heure de midy ;
-et ala droit à Nostre-Dame et de là retourna au Palais ; et
-environ nonne, la royne entra à Paris et ala droit au palais.
-Et avecques la royne estoient à cheval la duchesse d'Orléans,
-femme de Phelippe duc d'Orléans, oncle dudit roy ; la duchesse
-d'Anjou, femme dudit Loys duc d'Anjou, et Madame
-Marie, suer d'iceluy roy, laquelle n'avoit oncques esté mariée,
-et depuis fu femme du duc de Bar. Et menoit ladite royne,
-par le frain du cheval, monseigneur de Touraine qui aloit
-de pié, lequel monseigneur de Touraine estoit frère dudit
-roy. Et monseigneur le conte de Eu semblablement menoit
-madame d'Orléans ; monseigneur d'Estampes menoit madame
-d'Anjou, et monseigneur Loys de Chalon et le seigneur
-de Beaugieu menèrent ladite madame Marie. Et fist-l'en
-celuy jour grant disner au palais, là où furent tous les
-prélas qui estoient à Paris. Et après disner qui fu environ
-nonne, ot grant jouste en la court du palais et l'endemain
-aussi, et à tous les deux jours jousta le roy de Chypre et
-pluseurs autres ducs, contes et barons. Item, le vendredi,
-derrenier jour dudit moys de mai, l'an mil trois cens
-soixante-quatre dessus dit, ledit roy Charles octroia à monseigneur
-Phelippe, son plus jeune frère, la duchié de Bourgoigne,
-laquelle avoit esté requise par avant au roy Jehan,
-et l'en reçut celuy jour en sa foy et en son homaige. Et
-iceluy monseigneur Phelippe laissa au roy, son frère, la
-duchié de Touraine, que le roy Jehan, son père, luy avoit
-donnée l'an mil trois cent soixante.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>II.</h3>
-
-<p class="section">De la mort de Charles de Blois et desconfiture de ses gens,
-par monseigneur Jehan de Montfort.</p>
-
-
-<p>Le dimenche, jour de la Saint-Michiel mil trois cens
-soixante-quatre dessus dit, combatirent devant le chastel
-d'Auroy<a id="FNanchor_233" href="#Footnote_233" class="fnanchor">[233]</a>, près de la cité de Nantes, monseigneur Charles
-de Blois, lors duc de Bretaigne de l'éritage de sa femme,
-d'une part ; et monseigneur Jehan de Montfort, d'autre
-part. Et avoit ledit monseigneur Charles, en sa compaignie,
-grant foison de François et de Bretons, qui avoient tenu et
-tenoient la partie du roy de France. Et ledit monseigneur
-Jehan de Montfort avoit Anglois et autres Bretons, qui
-avoient tenu la partie du roy d'Angleterre. Et fu ledit monseigneur
-Charles mort en ladite bataille, et ceux qui en sa
-compaignie estoient furent desconfis, la plus grant partie
-mors ou pris. Et depuis ladite bataille, ledit monseigneur
-Jehan de Montfort ne trouva audit païs de Bretaigne qui
-luy résistast ou féist aucune guerre. Jasoit ce que la duchesse,
-femme dudit monseigneur Charles, et duquel costé
-ladite duchié luy estoit escheue par la mort du duc Jehan,
-feust demourée en vie et estoit au païs.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_233" href="#FNanchor_233"><span class="label">[233]</span></a> <i>Auroy</i>. Aujourd'hui <i>Auray</i>, petite ville du département du Morbihan.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>III.</h3>
-
-<p class="section">Du traictié qui fu entre monseigneur Jehan de Montfort et la
-duchesse, pour la duchié de Bretaigne.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1365</div>
-
-<p>L'an mil trois cens soixante-cinq, le douziesme jour du
-moys d'avril, monseigneur Jehan de Craon, lors arcevesque
-de Reims, et monseigneur Jehan le Maingre, dit Bouciquaut,
-lors mareschal de France, lesquels le roy de France
-Charles avoit envoiés audit païs de Bretaigne, pour traictier
-entre ladite duchesse et ledit monseigneur Jehan de Montfort,
-féirent et traictièrent accort entre lesdites parties par
-la manière qui s'ensuit. C'est assavoir que ladite duchié de
-Bretaigne, duquel vint ans par avant ou environ, la possession
-et l'estat avoit esté adjugié par le roy Phelippe et par
-arrest audit monseigneur Charles de Blois, à cause de sadite
-femme, demourroit en héritage perpétuel audit monseigneur
-Jehan de Montfort ; et ladite duchesse auroit pour luy et
-pour ses hoirs la conté de Pantevre<a id="FNanchor_234" href="#Footnote_234" class="fnanchor">[234]</a>, qui avoit esté propre
-héritaige de monseigneur Guy de Bretaigne, son père. Et si
-devoit avoir par ledit traictié la viconté de Limoges<a id="FNanchor_235" href="#Footnote_235" class="fnanchor">[235]</a>.
-Et jà soit que ladite duchesse ne se consentist point en sa
-personne, mais seulement le sire de Beaumanoir et aucuns
-autres qu'elle avoit institué procureurs pour traictier,
-néantmoins fu tantost et sans délai la possession dudit duchié,
-et les villes, chasteaux et forteresses d'iceluy bailliées
-et délivrées réalment et de fait audit monseigneur Jehan de
-Montfort, dont moult de gens s'esmerveillièrent ; car ledit
-duchié avoit esté délivré par avant à ladite duchesse,
-comme dessus est dit, contre le père dudit monseigneur
-Jehan de Montfort.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_234" href="#FNanchor_234"><span class="label">[234]</span></a> <i>Pantevre</i>. Penthièvre.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_235" href="#FNanchor_235"><span class="label">[235]</span></a> La chronique inédite, qui met de côté la vicomté de Limoges,
-ajoute ici : <i>La terre d'Avaugour</i>.</p>
-</div>
-<p>Item, en celuy an, au moys de juing, fu fait et passé un
-accort du roy de France d'une part, et du roy de Navarre
-d'autre, de la guerre qu'il avoient commenciée, et pour laquelle
-ledit roy de France avoit fait prendre Mante et
-Meullent et la conté de Longueville. Par lequel accort le
-captal de Buech, qui de ladite guerre avoit esté pris comme
-dessus est dit, fu du tout délivre ; et par ledit accort devoient
-demourer perpétuelment au roy de France lesdites
-villes de Mante et de Meullent et ladite contée de Longueville,
-laquelle ledit roy de France avoit jà donnée à messire
-Bertran du Guesclin, pour la raençon dudit captal, lequel
-avoit esté prison dudit messire Bertran si comme dessus
-est dit. Et le roy de Navarre devoit avoir la ville et la baronnie
-de Montpellier, et pour ce, fu paix criée et publiée entre
-lesdis roys.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>IV.</h3>
-
-<p class="section">Coment messire Bertran du Guesclin mena hors de France
-pluseurs gens d'armes et pristrent la ville de Burgs en
-Espaigne.</p>
-
-
-<p>En celuy temps, assez tost après, ledit monseigneur Bertran
-du Guesclin traicta avecques pluseurs gens de compaignie,
-Anglois, Gascoings, Bretons, Normans et d'autres
-nacions qui estoient au royaume de France et y tenoient
-pluseurs forteresses, aucunes dès le temps de la guerre du
-roy d'Angleterre, et les autres qui avoient esté occupées
-par lesdites compaignies depuis la paix faite entre les roys
-de France et d'Angleterre ; et moult avoient domaigié et
-domaigoient chascun jour ledit royaume de France. Et fist
-et pourchacia tant ledit messire Bertran que il laissièrent
-toutes les forteresses que il tenoient, et si accordèrent et
-promistrent que il iroient avecques luy contre les Sarrazins.
-Et pour celle cause, le pape Urbain fist grant ayde audit
-messire Bertran tant de florins que il luy bailla comme de
-deux dixmes que il luy octroia. Et partirent assez tost
-après ledit messire Bertran et pluseurs desdites compaignies,
-et alèrent au royaume d'Arragon, en l'aide dudit roy
-d'Arragon contre le roy de Castelle. Et assez tost après, entrèrent
-audit royaume de Castelle, et sans aucune résistence
-chevauchièrent par ledit royaume, et pristrent villes, cités,
-chasteaux et forteresses, sans ce que le roy Pierre de Castelle,
-qui lors en estoit roy, y méist aucune résistance. Et
-toutesvoies estoit ledit roy Pierre tenu un des plus puissans
-roys des Chrétiens, tant de puissance de gens comme de
-grans trésors ; car il avoit esté et estoit moult crueux et moult
-doubté tant de ses subgiés comme d'autres ; et pour ce,
-avoit assemblé grans trésors, tant des aydes qu'il avoit
-eues de ses subgiés comme des conquestes et finances qu'il
-avoit eues des roys de Garnade et de Bellemarine<a id="FNanchor_236" href="#Footnote_236" class="fnanchor">[236]</a>, lesquels
-il avoit subjugués et mis en son obéissance, et par espécial
-avoit tant fait que le roy de Garnade, qui estoit Sarrasin,
-estoit son homme et tenoit son royaume de luy ; et néantmoins,
-il ne résistoit point à ceux qui ainsi comme dit est,
-conquéroient son pays. Et tant chevauchièrent par ledit
-païs de Castelle que il furent la semaine péneuse l'an mil
-trois cens soixante-cinq dessus dit, devant la cité de Burgs,
-de laquelle se estoit tantost parti ledit roy Pierre que il
-avoit oïes les nouvelles de la venue desdites gens d'armes,
-et s'en estoit alé vers Tolète si comme l'en disoit. Et tantost
-se rendirent les habitans de ladite ville de Burgs à ceux de
-ladite compaignie desquels les noms s'ensuivent : Monseigneur
-le conte de la Marche, appellé monseigneur Jaques
-de Bourbon ; Henry d'Espaigne, conte de Tristemare, lequel
-estoit frère de père non légitime dudit roy Pierre de
-Castelle, et avoit iceluy Henry esté banni et exillié dudit
-royaume de Castelle ; et à son titre<a id="FNanchor_237" href="#Footnote_237" class="fnanchor">[237]</a> aloient tous avecques
-luy, messire Bertran Du Guesclin dont dessus est faite mencion ;
-monseigneur Arnoul d'Odenehan, mareschal de France ;
-monseigneur Hue de Carvele<a id="FNanchor_238" href="#Footnote_238" class="fnanchor">[238]</a>, Anglois ; monseigneur Maurice
-de Trésiguidy, et pluseurs autres François, Bretons,
-Normans, Anglois, Gascoings, Arragonnoys et autres de
-pluseurs nations jusques au nombre de dix mil hommes
-d'armes de fait ou de plus, si comme l'en disoit ; lesquels
-entrèrent en ladite ville de Burgs et y tuèrent aucuns Juifs
-et Sarrasins, mais il ne meffirent point aux corps des Crestiens.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_236" href="#FNanchor_236"><span class="label">[236]</span></a> <i>Bellemarine</i>. C'est-à-dire, comme nous l'avons précédemment expliqué
-sous l'année 1340, le souverain de Maroc, de la dynastie des <i>Benmerini</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_237" href="#FNanchor_237"><span class="label">[237]</span></a> <i>A son titre</i>. Sous son obéissance apparente.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_238" href="#FNanchor_238"><span class="label">[238]</span></a> <i>Carvele</i>. La chronique inédite du n<sup>o</sup> 530, qui le fait figurer à la
-bataille d'Auray, le nomme <i>Cameley</i>, et Froissart <i>Caureley</i>.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>V.</h3>
-
-<p class="section">Du coronement de Henry, roi d'Espaigne, et des messaiges
-que Jehan de Montfort envoia au roy de France et de la mort
-de messire Arnault de Cervole, dit Arceprestre.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1366</div>
-
-<p>L'an de grace mil trois cens soixante-six, le jour de
-Pasques, qui furent le cinquième jour d'avril, fu en ladite
-ville de Burgs coroné en roy de Castelle ledit Henry, frère
-dudit roy Pierre, de l'accort et consentement des autres
-seigneurs et capitaines desdites gens d'armes. Et après son
-coronement, il donna audit monseigneur Bertran la conté
-de Tristemare que il tenoit avant que il feust exillié du
-païs et le fist duc tant de Tristemare comme de la terre d'Esture<a id="FNanchor_239" href="#Footnote_239" class="fnanchor">[239]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_239" href="#FNanchor_239"><span class="label">[239]</span></a> <i>Estures</i>. Asturies.</p>
-</div>
-<p>Item, environ ledit temps de Pasques, l'an dessus dit,
-monseigneur de Montfort, lors duc de Bretaigne, par le
-traictié que avoit fait l'arcevesque de Reims dont dessus est
-faite mencion, envoia à Paris devant le roy de France Charles,
-messaiges, c'est à savoir le seigneur de Cliçon, Breton,
-et monseigneur Guillaume le Latimier, Anglois, afin que
-le roy voulsist confermer ledit traictié fait par ledit arcevesque,
-et aussi que le roy lui prorogast le temps que autrefois
-luy avoit donné pour venir faire son homaige audit
-roy de France. Et fu accordé auxdis messaiges que il aroient
-confermaison dudit traictié et si orent en une chartre. Mais
-elle leur fu bailliée close et promistrent qu'elle ne seroit
-ouverte jusques à ce que ledit duc feust venu devers le
-roy faire son homaige tant dudit duchié comme de la conté
-de Montfort et des autres terres qu'il devoit tenir du
-roy. Et luy fu donné terme ès personnes desdis de Cliçon et
-Latimier ses procureurs, jusques à la Saint-Michiel ensuivant,
-pour venir faire son dit homaige devers le roy.</p>
-
-<p>Item, en celuy an, environ la Trinité, messire Arnault de
-Cervole, dit l'Arceprestre, chevalier, qui tenoit grans compaignies
-au royaume de France, fu mis à mort par ceux desdites
-compaignies qui estoient avec lui, dont moult de gens furent
-joyeux et liés ; car il avoit esté au roy et encore estoit son
-homme<a id="FNanchor_240" href="#Footnote_240" class="fnanchor">[240]</a> de pluseurs grans et notables villes, chasteaux,
-terres et forteresses que il tenoit de l'éritage de la dame de
-Chasteauvillain, sa femme et de ses enfans ; et aussi de l'éritage
-du seigneur de Leuroux, après la mort duquel ledit
-Arceprestre avoit espousé sa femme ; et après la mort de
-ladite femme il n'avoit voulu rendre lesdites terres et forteresses
-aux héritiers auxquels elles appartenoient ; jà soit
-ce que à aucuns d'iceux partie en eust esté adjugiée par
-arrest de parlement. Et encore avecques tout ce il et ses
-dites gens gastoyent tout le pays où il aloient, roboient,
-tuoient et prenoient à raençon toutes gens, et si luy avoit
-le roy par pluseurs fois fait baillier pluseurs et grans sommes
-de florins, et le pape aussi pour faire vidier lesdites
-compaignies hors dudit royaume ; et par plusieurs fois l'avoit
-promis et juré et si n'en avoit rien fait. Si ne fu pas merveilles
-sé l'en fu liés de sa mort. Et néantmoins tousjours
-demouroient lesdites compaignies au royaume, et y faisoient
-tous les maux que ennemis pevent faire, et y en avoit
-presque en toutes les parties du royaume excepté le païs de
-Picardie. Et aucune fois prenoient des forteresses et puis
-les rendoient par grans sommes de florins que l'en leur donnoit,
-et tantost en prenoient des autres, et ainsi l'avoient
-tousjours fait depuis l'an mil trois cens soixante-un, que
-il commencièrent à domaigier ainsi ledit royaume de
-France par manière de compaignies, et faisoient encore,
-nonobstant que le pape Urbain eust données sentences
-d'escomeniement contre tous ceux qui faisoient telles compaignies
-et contre leur aidans et confortans.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_240" href="#FNanchor_240"><span class="label">[240]</span></a> <i>Car il avoit esté</i>, etc. N'y auroit-il pas une faute ici, et ne liroit-on
-pas mieux : «&nbsp;Car il avoit osté au roy et encore ostoit son homage&hellip;&nbsp;»</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>VI.</h3>
-
-<p class="section">De la naissance de madame Jehanne, fille du roy de France, et
-de la victoire du roy Henry, et de la fuite du roy Pierre
-d'Espaigne.</p>
-
-
-<p>Le dimenche septiesme jour de juing, entre tierce et
-midi, l'an mil trois cens soixante-six dessus dit, la royne
-de France, appellée Jehanne, fille du duc de Bourbon qui
-avoit esté mort en la bataille de Poitiers, et femme du roy
-Charles qui lors estoit, ot une fille au bois de Vincennes,
-laquelle fu baptisiée en la chapelle dudit bois de Vincennes,
-le jeudi ensuivant onziesme jour dudit moys, et fu appellée
-Jehanne ; et fu parein monseigneur Jehan, duc de Berry et
-d'Auvergne, frère dudit roy, et marraines les roynes Jehanne
-d'Évreux, qui avoit esté femme du roy Charles qui fu mort
-l'an mil trois cens vingt-sept, et Blanche de Navarre, qui
-avoit esté femme du roy Phelippe, qui mourut l'an mil
-trois cens cinquante en la ville de Nogent-le-Roy, et Marguerite,
-contesse d'Artois, mère du conte des Flandres Loys.
-Et si y furent grant foison de prélas qui estoient à Paris.</p>
-
-<p>Item, environ la nativité Saint-Jehan-Baptiste audit
-an mil trois cens soixante-six, vindrent nouvelles en
-France que ledit roy Henry de Castelle avoit conquesté tout
-le royaume de Castelle et toute la terre que avoit tenue le
-roy Pierre dudit royaume, et que iceluy roy Pierre s'en
-estoit foui l'en ne savoit quel part et avoit laissié tout son
-pays, lequel pays estoit tout en l'obéissance dudit roy
-Henry ; et ce fu chose tenue à moult grant merveille. Car
-ledit roy Pierre estoit tenu avant que lesdites compaignies
-entrassent en son païs le plus puissant roy des Crestiens, de
-terres, de subgiés et de grans trésors, et toutesvoies avoit
-esté tout son païs conquesté en moins de trois moys sans
-ce qu'il y eust nuls qui y méist aucune résistance ; et si
-estoit ledit roy Pierre tenu le plus hardi et le plus cruel
-roy des Crestiens. Si disoit-l'en communelment que ces
-choses là estoient avenues par vengence de Dieu ; car il avoit
-fait moult de maux et avoit gouverné par tyrannie, si n'estoit
-point amé de ses subgiés. Et entre ses autres mauvais
-fais il avoit mauvaisememt fait murdrir sa femme espousée,
-très bonne et très loyal créature, laquelle avoit esté fille du
-duc de Bourbon, qui mourut en la bataille de Poitiers là
-où le roy Jehan fu pris, et estoit seur de la royne de France
-qui lors estoit. Et pour ce que il savoit bien que ses subgiés
-le héoient, il ne se osa combattre, si perdi tout et s'en ala,
-si comme aucuns disoient lors, en terre de Sarrasins. Les
-autres disoient qu'il estoit alé vers le roy d'Angleterre et
-vers le prince de Galles et d'Aquitaine, fils dudit roy d'Angleterre,
-pour avoir aide et secours. Et assez tost après
-sot-l'en certainement en France que ledit roy Pierre estoit
-avecques le prince en Gascoigne et fist aliances avecques luy,
-et donna audit prince grant foison d'or et de riches joyaux,
-et pour ce, le prince luy promist que il luy aideroit à
-recouvrer son pays, et fist iceluy prince grant semonce de
-gens d'armes pour mener en Castelle, avecques ledit roy
-Pierre, et par plusieurs fois les contremanda.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>VII.</h3>
-
-<p class="section">De l'omaige que Jehan de Montfort fist au roy de France du
-duchié de Bretaigne, et coment la femme dudit Charles y
-renonça.</p>
-
-
-<p>L'an dessus dit mil trois cens soixante-six, au mois de
-décembre, c'est assavoir le treiziesme jour, messire Jehan
-de Montfort, lors duc de Bretaigne, par le traictié dont
-dessus est faite mencion, fist l'omaige lige à Paris au roy
-de France Charles, du duchié de Bretaigne et de toutes
-les autres terres que il tenoit au royaume de France. Et se
-parti du roy en bonne grace et amour que l'un avoit à
-l'autre, si comme il sembloit ; et si luy fist le roy de beaux
-dons de joyaux et de chevaux. Et en celuy mesme temps
-la duchesse, femme du duc mort en la bataille dessus dite,
-ractefia, en sa personne, audit duc de Bretaigne, en la présence
-du roy et de son conseil, le traictié fait par le sire de
-Beaumanoir et les autres, ses procureurs dessus escrips,
-en renonçant audit duchié par la manière dont il avoit
-esté traictié, et requérant au roy que ainsi le confermast
-et prononçast en force et vertu d'arrest. Et ainsi fu fait et
-prononcié en la présence du roy et des deux parties, par
-messire Jehan de Dormans, lors evesque de Beauvais et
-chancelier de France. Item, le lundi, sixiesme jour dudit
-moys de décembre, madame Jehanne, fille dudit roy de
-France Charles, mourut à Paris en la Conciergerie, ostel
-du roy<a id="FNanchor_241" href="#Footnote_241" class="fnanchor">[241]</a>, lequel ostel est près de Saint-Pol. Et le mardi
-ensuivant fu enterrée en l'églyse Saint-Denis, en France.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_241" href="#FNanchor_241"><span class="label">[241]</span></a> <i>En la conciergerie, ostel du roy</i>. Les éditions précédentes, qui pourtant
-deviennent à compter de ce règne moins grossièrement inexactes,
-portent seulement ici : <i>En l'ostel du roy</i>.</p>
-</div>
-<p>Item, au moys de février ensuivant, l'an mil trois
-cens soixante-six dessus dit, furent apportées nouvelles à
-Paris pardevers le roy de France Charles, que un sien chambellan,
-appellé messire Jehan de La Rivière, lequel estoit
-alé oultre-mer environ la nativité Saint-Jehan précédent,
-estoit trespassé de ce siècle à Fomagosce<a id="FNanchor_242" href="#Footnote_242" class="fnanchor">[242]</a> au royaume de
-Chypre, environ la feste de Toussains précédent ; de laquelle
-mort le roy fut moult dolent, car il l'amoit moult. Et fu le
-corps enterré en la ville de Coste, en laquelle l'en dit que
-Sainte-Katherine fu née, et pour ce, luy fist faire ses obsèques
-moult solennels et notables en l'églyse Sainte-Katherine-du-Val-des-Écoliers,
-à Paris, le mercredi dix-septiesme
-jour dudit mois de février, les vigiles et le jeudi ensuivant
-la messe ; et y fu ledit roy présent et tous les prélas et officiers
-du roy estant à Paris. Et en celuy mesme moys de
-février furent apportées nouvelles en France que le cinquiesme
-jour du mois de décembre précédent, le roy de
-Chypre et pluseurs crestiens en sa compaignie, avoient pour
-la seconde fois prise la cité d'Alexandrie et la tenoient ; car
-l'autre fois que ledit roy de Chypre l'avoit prise l'an précédent,
-il l'avoit tantost laissiée, pour ce que il n'avoit pas
-assez gens pour la tenir. Et toutes voies ne fu ce pas vrai,
-car jà soit ce que ledit roy de Chypre féist moult grant
-armée et que avecques luy feussent grant quantité de
-crestiens de diverses nations, il ne se traist plus vers ladite
-ville d'Alexandrie, mais fu fait un traictié entre luy et le
-soudan, par lequel il orent une longue triève par certaine
-somme de florins que ledit soudan en donna audit
-roy de Chypre, si comme l'en disoit.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_242" href="#FNanchor_242"><span class="label">[242]</span></a> <i>Fomagosce</i>. Famagouste.</p>
-</div>
-<p>Item, en ce dit moys de février mil trois cens soixante-six
-dessus dit, le prince de Galles qui, si comme l'en
-disoit, avoit receu grant somme de florins dudit roy
-Pierre de Castelle pour luy aidier, passa par le royaume
-de Navarre, accompagnié de grand nombre de gens d'armes,
-archiers et autres gens de pié, par traictié que il fist avecques
-ledit roy de Navarre, pour aler en Castelle contre ledit
-roy Henry. Et toutesvoies cuidoit ledit Henry que iceluy
-roy de Navarre feust alié avecques luy, et pour cela
-avoit donné grant somme de florins. Mais pour ce que ledit
-prince luy en donna aussi, il se consenti que ledit prince
-passast par son pays, et ainsi le fist et ledit roy Pierre avecques
-luy, et entra en Castelle ; dont le roy de Navarre acquist
-grant blasme et déshonneur.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>VIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy de Navarre se fist prendre par cautelle.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1367</div>
-
-<p>Item, le treiziesme jour du mois de mars ensuivant, un
-chevalier breton, appellé monseigneur Olivier de Mauny,
-prist ledit roy de Navarre assez près de Tudelle et l'enmena
-prisonnier au royaume d'Arragon, et se fist ledit roy de
-Navarre prendre par fraude, afin, si comme l'en disoit,
-que il ne passast avec ledit prince en Castelle. Et assez tost
-après, pluseurs Anglois et autres des gens dudit prince qui
-estoient passés en Castelle avec lui au royaume d'Arragon,
-pour ce que le roy d'Arragon estoit alié dudit roy Henry,
-assez tost après que il y furent entrés, les Arragonnois
-leur coururent sus et les desconfirent, et y fu mort un chevalier
-anglois, appelé messire Guillaume de Feleton, et pluseurs
-autres jusques au nombre de cinq cens et plus.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>IX.</h3>
-
-<p class="section">De la prise messire Bertrand du Guesclin et de pluseurs
-autres par les Anglois, etc.</p>
-
-
-<p>En celuy an mil trois cent soixante-six, le samedi troisiesme
-jour du moys d'avril devant Pasques, et fu la veille
-du dimenche que l'on chante <i lang="la" xml:lang="la">Judica</i>, lesdis prince et roy
-Henry et leur bataille, se rencontrèrent assez près de
-St-Dominge<a id="FNanchor_243" href="#Footnote_243" class="fnanchor">[243]</a> et se combattirent, et là fu ledit roy Henry
-desconfit et s'en parti de la bataille, et la plus grand partie
-des Castellains avecques luy. Et là furent pris messire
-Bertran du Guesclin ; monseigneur Arnoul d'Odenehan,
-maréchal de France ; Le Begue de Villaines et aucuns autres
-François et Bretons et aussi aucuns autres Arragonnois.
-Et assez tost après se traistrent lesdis prince et roy Pierre
-vers Burgs, et par traictié se rendirent ceux de dedens et se
-mistrent en l'obéissance dudit roy Pierre. Item, en celuy
-temps, ledit roy de Navarre qui avoit esté pris, comme dit
-est, par monseigneur Olivier de Mauny, fu délivré, et il
-bailla par ficcion, son fils en ostaige et trois chevaliers.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_243" href="#FNanchor_243"><span class="label">[243]</span></a> <i>Saint-Dominge</i>. Cette bataille a pris encore le nom tantôt de <i>Nadera</i>,
-ou <i>Najara</i>, et tantôt de <i>Navarette</i>. Ce dernier a prévalu.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>X.</h3>
-
-<p class="section">Coment le pape Urbain entra en mer pour aler à Rome ; et
-de la dissencion de ceux de Viterbe contre ses gens, et de
-la bataille qui y fu.</p>
-
-
-<p>L'an de grace mil trois cent soixante-sept, le derrenier
-jour d'avril, dont Pasques furent le dix-huitiesme jour
-dudit moys, pape Urbain parti d'Avignon pour aler à Rome,
-au très-grant desplaisir de tous les cardinaux ; et en demourèrent
-cinq qui n'alèrent pas lors avecques luy, mais il ne
-leur laissa né donna aucune puissance. Et ala à Marseille
-pour là entrer en mer, et y trouva pluseurs galies de
-Venise, de Gennes, de Secile et autres moult honorablement
-aournées de gens et paremens. Et entra sa personne en
-celle de Venise et ala droit à Viterbe, là où il demoura et
-tint sa cour environ quatre moys ; et par le temps que
-il estoit en la dite ville de Viterbe, c'est assavoir le
-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a id="FNanchor_244" href="#Footnote_244" class="fnanchor">[244]</a> l'an mil trois cent soixante-sept
-dessus dit, se mut une rumeur entre aucuns habitans
-d'icelle ville et aucuns familiers de cardinaux pour ce,
-si comme l'en disoit, que iceux familiers lavoient leur
-mains en la fontaine de la dicte ville. Et fu telle ladite rumeur
-que ceux de ladite ville s'armèrent et coururent sus
-aux cardinaux et à leur gens, et convint que aucuns desdis
-cardinaux se rendissent et laissassent le chappel rouge à
-aucuns desdis habitans pour leur sauver la vie. Et si allèrent
-devant le chastel de ladite ville au quel estoit le pape,
-mais il ne purent entrer. Et pour ce, le pape manda gens
-d'armes, et dedens trois jours en ot en ladite ville si largement,
-que le pape ot la seigneurie et puissance de fait ;
-si en fist prendre pluseurs et procéda à la pugnicion dudit
-fait, et en furent pluseurs mis à mort.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_244" href="#FNanchor_244"><span class="label">[244]</span></a> Cet endroit est ainsi laissé en blanc dans le manuscrit de Charles V ;
-dans les autres, et dans les éditions précédentes, la date n'est pas même
-indiquée.</p>
-</div>
-<p>Item, au mois d'aoust ensuivant, l'an dessusdit, le prince
-de Galles qui estoit alé en Castelle, et le duc de Lencastre,
-son frère, qui pou orent exploitié fors seulement du fait de la
-bataille dont dessus est faite mencion au chapitre précédent,
-s'en retournèrent à Bordeaux et laissèrent ledit roy Pierre en
-Castelle, lequel n'avoit pas fait son devoir vers ledit prince.
-Car jasoit que iceluy prince feust là alé pour aidier audit
-Pierre et pour le remettre au pays dont il avoit esté chascié,
-il se parti après la bataille en laquelle ledit prince et ses
-gens avoient eu victoire ; et ne le vit puis ledit prince si
-comme l'en disoit, et demoura ledit Pierre en moult grant
-debte devers le prince pour cause de gaiges des gens d'armes
-que iceluy prince avoit menés avecques luy. Et tantost que
-le roy Henry, qui estoit venu au royaume de France après
-ce qu'il ot esté desconfi, comme dit est dessus, avoit demouré
-au pays de Carcassoys<a id="FNanchor_245" href="#Footnote_245" class="fnanchor">[245]</a> et sa femme et pou de gens
-avecques luy, sot que ledit prince s'estoit parti de Castelle
-et les compaignies que il avoit menées avecques luy ; et aussi
-quant iceluy Henry ot sceu que la plus grant partie des gens
-dudit royaume de Castelle le recevroient volentiers sé il y
-aloit, il se mist en chemin pour y aler et prist le chemin par
-les montaignes de Forez : et jasoit ce que il eust pluseurs
-empeschemens, il entra audit pays de Castelle, le vint-septiesme
-jour du mois de septembre mil trois cens soixante-sept
-dessus dit : et premièrement en la cité de Calehorre, et de
-là ala à Burgs ; et fu receu audit pays de Castelle de toutes
-gens moult honnorablement, et luy fist-l'en toute obéissance
-comme à seigneur ; et ainsi ledit royaume de Castelle fu
-gaignié par Henry, et recouvré par Pierre, et regaignié par
-Henry, tout en un an et demi ou environ. Et depuis demourèrent
-les dictes compaignies, en Guyenne au païs dudit
-prince, jusques au moys de décembre ensuivant, que elles
-entrèrent en Auvergne et en Berry. Et en l'entrée du moys
-de février ensuivant, passèrent la rivière de Loire vers Marcigny-les-Nonnains<a id="FNanchor_246" href="#Footnote_246" class="fnanchor">[246]</a>,
-les uns à gué les autres sur un pont,
-et demourèrent en Maconnois par aucun temps. Et depuis
-entrèrent au duchié de Bourgoigne et le passèrent moult
-hastivement, car il trouvoient pou de vivres, pour ce que l'en
-avoit fait retraire tout ès forteresses, lesquelles estoient
-très-bien gardées par la bonne ordenance que messire
-Phelippe fils du roy de France Jehan, et frère du roy
-Charles lors duc de Bourgoigne, y avoit mise, tant de gens
-d'armes comme autrement. Et ne demourèrent audit pays
-de Bourgoigne que six ou sept jours, sans y prendre aucun
-fort ; et alèrent en Aucerrois et pristrent les moustiers de
-Cravent et de Vermanton, là où il trouvèrent grant foison
-vivres et autres biens ; et il leur estoit bien mestier, car la
-plus grant partie avoit esté sans mengier pain longuement,
-et estoient sans soulers. Et quant il furent rafreschis,
-il se divisèrent et passèrent aucuns la rivière de Yonne
-à Cravent, et entrèrent en Gastinois environ huit cens hommes
-d'armes anglois, mais il étoient bien dix mille personnes
-ou plus ; et les autres alèrent vers Troyes, qui estoient trop
-plus grant nombre, car il estoient plus de quatre mille
-combatans et de vint mille pillars et femmes ; et passèrent
-la rivière de Saine vers Saint-Sepulcre<a id="FNanchor_247" href="#Footnote_247" class="fnanchor">[247]</a> et à Mery. Et après
-la rivière d'Aube, et alèrent vers Esparnay et assaillirent
-l'église de ladite ville d'Esparnay qui estoit fort, en laquelle
-estoient retrais les gens de la ville ; et pour ce qu'il ne la
-porent avoir par assault il la minèrent : et ceux qui estoient
-dedens sentirent que l'on minoit ladite église, il contreminèrent,
-et en cuidant ardoir la mine des ennemis, il ardirent
-leur contremine. Et convint que il se retraisissent en
-une tour. Et après parlementèrent auxdites compaignies et
-raençonèrent<a id="FNanchor_248" href="#Footnote_248" class="fnanchor">[248]</a> leur corps et la ville d'ardoir parmy deux
-mil frans<a id="FNanchor_249" href="#Footnote_249" class="fnanchor">[249]</a> que il leur baillièrent. Et demourèrent aucuns
-desdites compaignies en ladite ville d'Esparnay, et les autres
-passèrent oultre en diverses routes<a id="FNanchor_250" href="#Footnote_250" class="fnanchor">[250]</a>, les uns à Fimes, les
-autres à Coincy-l'Abbaie, et les autres à Ay<a id="FNanchor_251" href="#Footnote_251" class="fnanchor">[251]</a> ; et assaillirent
-le moustier d'Ay qui estoit fort, auquel estoient les gens de
-ladite ville, et auquel moustier se boutèrent environ vint
-hommes d'armes pour secourir les bonnes gens qui estoient
-dedens. Et pour ce que lesdites compaignies virent que il
-ne pouvoient avoir ledit moustier par assault, il le minèrent
-et demourèrent longuement devant. Et cependant le
-roy faisoit toujours son mandement de gens pour les combatre ;
-et ceux qui avoient passé la rivière de Yonne à Cravent
-quant il orent esté bien avant au Gastinois la repassèrent
-à Pons-sur-Yonne, et alèrent passer Saine à Nogent-sur-Saine,
-et se traistrent vers les autres à Esparnay.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_245" href="#FNanchor_245"><span class="label">[245]</span></a> <i>Carcassoys</i>. Ou <i>Carcassez</i>, le territoire de Carcassonne.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_246" href="#FNanchor_246"><span class="label">[246]</span></a> <i>Marsigny-les-Nonnains</i>. A peu de distance de Semur.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_247" href="#FNanchor_247"><span class="label">[247]</span></a> <i>Saint-Sépulcre</i>. Peut-être <i>Saint-Sulpice</i>, entre Mery et Troyes.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_248" href="#FNanchor_248"><span class="label">[248]</span></a> <i>Raençonèrent</i>. Rachetèrent.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_249" href="#FNanchor_249"><span class="label">[249]</span></a> <i>Deux mil frans</i>. Environ cinquante mille francs d'aujourd'hui.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_250" href="#FNanchor_250"><span class="label">[250]</span></a> <i>En diverses routes</i>. Dans les précédentes éditions, au lieu de ces
-mots, il y a : <i>Adimeosdun</i>. Et plus bas, au lieu de <i>Fismes</i>, elles ont mis <i>à
-fleuves</i>. Au lieu de <i>Coincy</i>, <i>Coucy</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_251" href="#FNanchor_251"><span class="label">[251]</span></a> <i>Coincy</i>, à deux lieues de Château-Thierry. &mdash; Tous les gastronomes
-connoissent la position du bourg d'<i>Aï</i>, entre la petite ville d'Avenay et
-celle d'Epernay. &mdash; On chercheroit vainement dans nos historiens modernes
-les précieux détails que nous trouvons ici. La raison en est simple :
-Froissart ne les donne pas.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XI.</h3>
-
-<p class="section">Coment monseigneur Lyonnel, fils du roy d'Angleterre, vint à
-Paris, et de l'onneur que le roy de France et les barons luy
-firent.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1368</div>
-
-<p>L'an de grace mil trois cent soixante-huit, le dimenche
-jour de Quasimodo seiziesme jour d'avril, Pasques furent
-celuy an le neuviesme jour dudit mois, messire Lyonnel,
-duc de Clarence, second fils du roy d'Angleterre, entra à
-Paris et venoit d'Angleterre ; et aloit à Milan espouser la
-fille messire Galiache, l'un des seigneurs de Milan ; et
-alèrent jusques à Saint-Denys en France encontre ledit
-Lyonnel monseigneur Jehan, duc de Berry, et messire
-Phelippe, duc de Bourgoigne, frères germains du roy de
-France. Et le menèrent descendre droit au Louvre où ledit
-roy estoit, et laiens fu receu dudit roy moult honnorablement.
-Et ot laiens sa chambre moult bien parée et aournée ;
-et disna celuy jour et souppa au chastel du Louvre avecques
-le roy de France, qui aussi y estoit lors logié. Et l'endemain
-jour de lundi, ledit Lyonnel disna avecques la royne
-en l'ostel du roy près de Saint-Pol, là où elle estoit logiée,
-et y fist-l'en très grant feste. Et après disner, quant l'en ot
-dancié et joué, ledit Lyonnel et lesdis deux frères du roy
-qui tousjours le compaignoient, s'en retournèrent audit
-Louvre devers le roy et souppèrent avecques luy, et tousjours
-coucha ledit Lyonnel au Louvre. Et le mardi ensuivant,
-dix-huitiesme jour du moys d'avril dessus dit, lesdis
-ducs de Berry et de Bourgoigne donnèrent à disner et à
-soupper audit Lyonnel et à ses chevaliers et autres gens qui
-y vouldrent estre, en l'ostel d'Artois à Paris ; et alèrent au
-gesir au Louvre. Et le mercredi ensuivant, ledit Lyonnel
-disna et souppa avecques le roy et luy fist le roy moult de
-grans dons et à ses gens aussi, qui valoient, si comme l'en
-estimoit, vint mille florins et plus.</p>
-
-<p>Item, le jeudi ensuivant, ledit Lyonnel se parti de Paris,
-et le fist le roy convoier par le conte de Tanquarville jusques
-à Sens, et par autres chevaliers jusques hors du
-royaume.</p>
-
-<p>Et assez tost après, ceux qui estoient dedens le moustier
-d'Ay se rendirent et furent pris à raençon ; car il n'avoient
-plus de vivres dedens ledit moustier. Et demourèrent
-lesdites compaignies au Meucien<a id="FNanchor_252" href="#Footnote_252" class="fnanchor">[252]</a> en divers logeys.
-C'est assavoir à Lisy, à Acy, à Fontaines-les-Nonnains et
-environ, jusques au vendredi douziesme jour de may, l'an
-mil trois cens soixante-huit dessusdit ; lequel jour se deslogièrent
-et s'en alèrent vers Chaalons, vers Vitry en Pertois
-et en celle marche ; et y firent moult de maux comme
-d'ardoir maisons, tuer gens, efforcier femmes et pluseurs
-autres maux. Et en celle marche demourèrent jusques environ
-le commencement du moys de juing, et parla-l'en à
-eux par pluseurs fois, afin que il partisissent du royaume ;
-mais il demandoient si grandes sommes de florins, c'est
-assavoir au moins quatorze cens mil frans d'or, que l'en
-n'y voult point entendre pour le roy, et partout celuy temps
-avoit le roy grant nombre de gens d'armes en pluseurs
-bonnes villes, comme Sens, Troyes et Chaalons, Provins
-et autres, èsquelles villes lesdites gens d'armes faisoient
-tant de excès et de maux que ce estoit pitié.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_252" href="#FNanchor_252"><span class="label">[252]</span></a> <i>Au Meucien</i>. En <i>Multien</i>, pays de la Brie. <i>Lisy-sur-Ourq</i>, à trois
-lieues de Meaux. <i>Acy-en-Multien</i>, à sept lieues de Senlis.</p>
-</div>
-<p>Item, le vendredi neuviesme jour de juing mil trois cent
-soixante-huit dessusdit, lesdites compaignies qui s'estoient
-deslogiées de devant Vitry passèrent par assez près de Troyes
-et se alèrent logier vers Marigny<a id="FNanchor_253" href="#Footnote_253" class="fnanchor">[253]</a> et au pays environ. Et
-lors estoit à Troyes le duc de Bourgoigne, mais il n'avoit pas
-gens pour combattre à eux : et s'en alèrent passer la rivière
-d'Yonne vers Aucerre, et alèrent vers Chastillon-sur-Louen,
-devant Montargis et par tout le Gastinois, droit vers Estampes.
-Mais il séjournèrent tant en Gastinois que il fu avant
-le quatriesme jour de juillet que il feussent environ Estampes ;
-et boutèrent les feux en pluseurs lieux et villes en
-leur chemin. Et pource que l'en disoit communelment que
-il venoient devant Paris, le roy manda gens d'armes à Paris.
-Et en celuy an meisme, la derrenière sepmaine de juin,
-le roy fist deux mareschaux nouveaux, c'est assavoir :
-Messire Loys de Sancerre et messire Mouton de Blainville.
-Car le mareschal Bouciquaut estoit mort, et messire Arnoul
-d'Odenehan avoit renoncié à l'office, et le roy luy avoit
-baillié l'oriflame. Et environ quinze jours devant, le roy
-avoit fait amiral de la mer messire François de Perilleux
-et en avoit osté le Baudrin de la Heuse.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_253" href="#FNanchor_253"><span class="label">[253]</span></a> <i>Marigny</i>. Entre Troyes et Nogent-sur-Seine.</p>
-</div>
-<p>Item, le mardi quart jour de juillet, lesdites compaignies
-se logièrent à Estampes et à Estrichi<a id="FNanchor_254" href="#Footnote_254" class="fnanchor">[254]</a>. Et y demourèrent
-jusques au dimenche ensuivant, neuviesme jour
-dudit moys, que se deslogièrent les Gascoins qui, si comme
-l'en disoit, se deffioient des Anglois et les Anglois d'eux ; et
-s'en alèrent à Baugency-sur-Loire, et les Anglois alèrent en
-Normendie et pristrent la ville de Vire : et y entrèrent de
-jour comme tous hommes de ville, armés dessous leur grosses
-robes, premièrement environ quarante ou soixante ; et
-quant il orent gaaigné la porte, leur grosses routes vindrent
-après, mais il ne pristrent pas le chastel ; car pluseurs de la
-dite ville se retraistrent dedens, qui bien le deffendirent et
-gardèrent ; et aussi fu-il assez tost après raffreschi de gens
-d'armes. Et environ quinze jours après, une partie desdis
-Anglois de compaignie, environ quatre cens ou cinq cens,
-s'en alèrent en Anjou et pristrent la ville de Chasteau-Gontier
-par la manière qu'il avoient prise Vire. Et lesdis
-Gascoins se tindrent bien trois sepmaines ou un moys en
-ladite ville de Baugency ; et pluseurs fois ala le seigneur de
-Lebret de par le roy de France par devers eux pour traictier,
-comme il vidassent le royaume de France ; et en espérance
-de certain traictié pourparlé et non passé entre eux, lesdis
-Gascoins passèrent la rivière de Loire par devers la Sauloigne ;
-et crut tant la rivière, assez tost après, que il ne la
-porent rappasser sans pont ; et ainsi demourèrent une
-pièce, en attendant la response dudit traictié que le seigneur
-de Lebret avoit porté devers le roy.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_254" href="#FNanchor_254"><span class="label">[254]</span></a> <i>Estrichi</i>. Ou <i>Estrechy</i>.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XII.</h3>
-
-<p class="section">Des appellacions que le conte d'Armignac et autres nobles
-firent contre le prince de Galles en France.</p>
-
-
-<p>Environ celuy temps, le conte d'Armignac, le seigneur
-de Lebret, le conte de Pierregort et pluseurs autres barons
-et nobles du duchié de Guyenne, appelèrent du prince de
-Galles, duc de Guyenne, pour pluseurs griefs que il leur
-avoit fais ; et se traistrent devers le roy de France afin que
-il receust leur appellacions et donnast ajournement en cas
-d'appel. Et sur ce, ot ledit roy grant délibéracion ; et par le
-conseil que il ot, il leur octroia lesdis ajournemens, car il
-n'avoit encore faites aucunes renonciations aux ressors
-et souverainetés des terres par luy bailliées audit roy d'Angleterre ;
-jasoit ce que les termes feussent passés dedens
-lesquels devoient estre faites lesdites renonciations. Car le
-roy d'Angleterre avoit esté refusant et délayant de faire
-aucunes renonciations que il devoit faire ; lesquelles se
-devoient faire lors et par la manière que contenu est ès
-lettres desquelles la teneur est cy-après encorporée. Et
-toutesvoies, jusques à ce que lesdites renonciations feussent
-faites, lesdis ressors et souverainetés demouroient au roy
-de France par la manière que il les avoit avant ledit traictié ;
-mais il devoit surseoir de en user jusques à certain
-temps, si comme ès dites lettres est contenu, desquelles la
-teneur ensuit<a id="FNanchor_255" href="#Footnote_255" class="fnanchor">[255]</a> :</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_255" href="#FNanchor_255"><span class="label">[255]</span></a> Voyez plus haut l'<a href="#article-12">article XII</a> du traité de Brétigny.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XIII.</h3>
-
-<p class="section">Ci s'ensuit le contenu des lettres des renonciations que le roy
-d'Angleterre et le prince son fils devoient faire des terres
-qu'il tenoient ci nommées.</p>
-
-
-<p>«&nbsp;Edouart, par la grace de Dieu, roy d'Angleterre, seigneur
-d'Irlande et d'Acquitaine, à tous ceux qui ces
-présentes lettres verront, salut. Comme pour les discencions,
-débas et descors meus et espérés<a id="FNanchor_256" href="#Footnote_256" class="fnanchor">[256]</a> à mouvoir entre
-nous et notre très cher frère le roy de France, certains
-traicteurs et procureurs de nous et de nostre très chier
-ainsné fils Edouard, prince de Galles, ayant à ce souffisant
-pouvoir et auctorité pour nous et pour luy et
-nostre royaume d'une part ; et certains autres traicteurs
-et procureurs de nostre dit frère et de nostre très chier
-neveu Charles, duc de Normendie et daulphin de Viennois,
-fils ainsné de nostre dit frère de France, ayant
-povoir et auctorité de son dit père en ceste partie, pour
-son père et pour luy, se feussent assemblés à Brétigny
-près de Chartres : auquel lieu fu parlé, traictié et accordé
-final paix ; et accordé, le huitiesme jour de mai derrenièrement
-passé, des traicteurs et procureurs de l'une et de
-l'autre partie, sur les discencions, débas, guerres et descors
-devant dis ; lesquels traictié et paix les procureurs
-de nous et de nostre dit fils, pour nous et pour luy, jurèrent
-aux sains évangiles tenir et garder, et après cela jurèrent
-nos dis fils et neveu au nom que dessus ; et depuis,
-nous et nostre dit frère l'avons confermé et juré solempnelment :
-parmy lequel accort, entre les autres choses,
-nostre frère et son fils devant dit sont tenus et ont promis
-bailler, délivrer et délaissier à nous, nos hoirs et successeurs
-à tousjours, les cités, contés, villes, chasteaux, forteresces,
-terres, revenues et autres choses qui s'ensuivent,
-avec ce que nous tenons en Guyenne et en Gascoigne ;
-à tenir et posséder perpétuelment à nous et à nos hoirs
-et successeurs ce que en demaine en demaine, et ce que en
-fié en fié, et par le temps et manière ci-après esclaircis :
-la cité, le chastel et la conté de Poitiers, et toute la terre
-et le pays de Poitou, ensemble le fieu de Thouart et la
-terre de Belleville ; la cité et le chastel de Xaintes, et
-toute la terre et le pays de Xaintonge par deçà et par delà
-la Charente, avecques la ville, chastel et forteresce de
-La Rochelle, et leur appartenances et appendances ; la
-conté, le chastel d'Agen et la terre et le pays d'Agenois ;
-la cité, le chastel et toute la conté de Pierregort, et la
-terre et le pays de Pierreguis ; la cité et le chastel de
-Lymoges et la terre et le pays de Lymosin ; la cité et le
-chastel de Caours et la terre et le pays de Caoursin ; la
-cité, le chastel et le pays de Tarbe et la terre et le pays
-et la conté de Bigorre ; la conté, la terre et le pays de
-Gaure ; la conté et le chastel d'Angoulesme et la conté et
-la terre et le pays d'Angoulesmois ; la cité et le chastel
-de Rodés et la terre et le pays de Rouergue. Et s'il y a
-aucuns seigneurs, comme le conte de Foix, le conte d'Armignac,
-le conte de Lille, le conte de Pierregort, le
-conte de Lymoges ou autres qui tiennent aucunes terres
-ou lieux dedens les mettes desdis lieux, il en feront
-homaige à nous et tous autres services et devoirs deus à
-cause de leur terres et lieux, en la manière qu'il les ont
-fais au temps passé : et tout ce que nous ou aucuns des
-roys d'Angleterre anciennement tindrent en la ville de
-Monstereul sur la mer et ès appartenances : &mdash; toute la conté
-de Pontieu tout entièrement, sauf et excepté que sé aucunes
-choses ont esté aliénées par les roys d'Angleterre qui
-ont esté pour le temps, de ladite conté et appartenances,
-et à autres personnes qui aux roys de France estoient
-tenus, nostre dit frère né ses successeurs ne seront pas
-tenus de les rendre à nous ; et sé lesdites aliénacions ont
-esté faites aux roys de France qui ont esté par le temps sans
-aucun moyen, et nostre dit frère le tiengne à présent en sa
-main, il les laissera à nous entièrement, excepté que sé les
-roys de France les ont eu par eschange ou autres terres,
-nous délivrerons ce que l'on a eu par eschange, ou nous
-laisserons à nostre dit frère les choses ainsi aliénées ; mais
-sé les roys d'Angleterre qui ont esté par le temps en avoient
-aliéné ou transporté aucunes choses en autres personnes
-que ès roys de France, et depuis il soient venus ès mains
-de nostre dit frère, ou par partage, nostre dit frère ne sera
-pas tenu de les rendre. Et aussi sé les choses dessusdites
-doivent homaige, nostre dit frère les baillera à autres qui
-en feront omaige à nous, et s'il ne doivent omaige, il
-nous baillera un tenant qui nous en fera le devoir dedens
-un an prochain après ce que nostre dit frère sera parti
-de Calais, &mdash; le chastel et la ville de Calais, le chastel, la
-ville et seigneurie de Merque, les villes, chasteaux et seigneuries
-de Sangate, Coulongne, Hammes, Wale et Oye
-avecques leur bois, marés, rivières, seigneuries, advoisons
-d'églyse et toutes autres appartenances et lieux
-entregisans dedens les mettes et bondes qui s'ensuivent :
-C'est assavoir deçà Calais jusques au fil de la rivière pardevant
-Gravelingues, et aussi par le fil de mesme la
-rivière tout entour l'angle, et aussi par la rivière qui va
-par delà poil et par meisme la rivière qui chiet au grant
-lay de Guynes jusques à Fretin et d'ilec par la valée entour
-la montaigne Calculi, encloant meisme la montaigne ;
-et aussi jusques à la mer, avec Sangate et toutes les
-appartenances ; le chastel et la ville et tout entièrement la
-conté de Guynes avecques toutes les terres, villes, chasteaux,
-forteresces, lieux, homes, homaiges, bois, forès,
-droitures d'icelles, aussi entièrement comme le conte
-de Guynes, derrain mort, les tint au temps qu'il ala de
-vie à trespassement ; &mdash; et obéiront les églyses et les bonnes
-gens estant dedens les limitations dudit conté de Guynes,
-de Calais et de Merque et des autres lieux dessusdis, à
-nous ainsi comme il obéissoient à nostre dit frère et au
-conte de Guynes qui fu pour le temps. Toutes lesquelles
-choses comprises en ce présent article et en l'article prochain
-précédent de Merque et de Calais, nous tendrons en
-demaine, excepté les héritages des églyses qui demourront
-auxdites églyses entièrement, quelque part qu'il
-soient assises ; et aussi excepté les héritages des autres
-gens du païs de Merque et de Calais, assis hors de la ville
-de Calais, jusques à la value de cent livres de terre par an
-de la monnoie courant au païs et au-dessoubs ; lesquels
-héritages leur demourront jusques à la value dessusdite
-et au-dessoubs ; mais les habitacions et héritages assis en
-ladite ville de Calais, avecques leur appartenances, demourront
-en demaine à nous pour ordener à nostre volenté ;
-et aussi demourront aux habitans en la terre, ville
-et conté de Guynes, toutes leur demaines entièrement et
-revendront plainement, sauf ce que est dit par avant des
-confrontations, mettes et bondes dessus dites en l'article
-de Calais, et toutes les isles adjacens aux villes, païs et
-lieux avant nommés, ensemble avecques toutes les autres
-isles, lesquelles nous tenrons au temps dudit traictié. Et
-eust esté pourparlé que nostre dit frère et son ainsné fils
-renonçassent aux ressors et souverainnetés et à tout droit
-qu'il pourroient avoir en toutes les choses dessusdites, et
-que nous les tenissions, comme voisin, sans ressort et souveraineté
-de nostre dit frère audit royaume de France,
-et que tout le droit que nostre dit frère avoit ès choses
-dessus dites, il nous cédast et transportast perpétuelment
-et à tousjours ; et aussi eust esté pourparlé que
-semblablement nous et nostre dit fils renoncissons expressément
-à toutes les choses qui ne doivent estre bailliées
-ou délivrées à nous par ledit traictié, et par espécial
-au nom et au droit de la couronne et du royaume de
-France, à omaige, souveraineté et demaine du duchié de
-Normendie, du duchié de Touraine, des contés d'Anjou
-et du Maine, et souveraineté et omaige du duchié de
-Bretaigne, à la souveraineté et omaige du conté et païs
-de Flandres, et à toutes autres demandes que nous faisons
-et faire pourrions pour quelque cause que ce soit, excepté
-les choses dessus dites qui doivent demourer et estre
-baillées à nous et à nos hoirs, et que nous leur transportassions,
-cessissons et délaisissions tous les droits que nous
-pourrions avoir en toutes les choses qui à nous (ne) doivent
-estre bailliées. &mdash; Sur lesquelles choses, après pluseurs
-altercacions eues sur ce, et par espécial pource que lesdites
-renonciacions ne se font pas de présent, avons finablement
-accordé avec nostre dit frère par la manière qui s'ensuit :
-c'est assavoir que nous et nostre dit ainsné fils renoncerons,
-et ferons et avons promis à faire les renonciations,
-transpors, cessions et délaissemens dessusdis, quant et
-si tost que nostre dit frère aura baillié à nous ou à nos
-gens espécialment de par nous députés, la cité et le chastel
-de Poitiers et toute la terre et le païs du Poitou,
-ensemble le fié de Thouart et la terre de Belleville ; la
-cité et le chastel d'Agen et toute la terre et le païs d'Agenois ;
-la cité et le chastel de Pierregort et toute la terre
-et le païs de Pierreguis ; la cité et le chastel de Caours et
-toute la terre et le païs de Caoursin ; la cité et le chastel
-de Lymoges et toute la terre et le païs de Lymosin ; et
-toute la conté de Gaure. Lesquelles choses nostre dit frère
-nous a promis à baillier ou à nos espéciaux députés dedens
-la feste de la Nativité Saint-Jehan-Baptiste sé il peut ;
-et tantost après ce, devant certaines personnes que nostre
-dit frère députera, nous et notre dit ainsné fils ferons
-en nostre royaume ycelles renonciations, transpors, cessions
-et délaissemens par foy et sairement, solempnelment,
-et d'icelles ferons bonnes lettres ouvertes, scellées de nostre
-grant seel, par la manière et forme comprise en nos autres
-lettres sur ce faites et que compris est audit traictié, lesquelles
-nous envoierons à la feste de l'Assomption Nostre-Dame
-prochain ensuivant, en l'églyse des Augustins à
-Bruges ; et les ferons baillier à ceux que nostre dit frère
-y envoiera lors pour les recevoir. Et sé dedens ladite feste
-saint Jehan-Baptiste, nostre dit frère ne povoit baillier
-les cités, chasteaux, villes, terres, païs, isles et lieux
-dessus prochainement nommés, il les doit baillier dedens
-la feste de Toussains prochaine venant en un an ; et
-icelles bailliées, ferons nous et nostre dit fils lesdites
-renonciations, transpors, cessions et délaissemens pardevant
-les gens qui seront députés par nostre dit frère,
-comme dit est, et en ferons lettres telles et par la manière
-dessusdite, et les ferons baillier à ses gens au jour de la
-feste saint Andrieu lors ensuivant, en ladite églyse des
-Augustins, à Bruges, par la manière dessus dite. Et aussi
-nous a promis nostre dit frère que il et son ainsné fils
-renonceront et feront semblables, lors et par la manière
-dessus dite, les renonciations, transpors, cessions
-et délaissemens accordés par ledit traictié à faire de sa
-partie, si comme dessus est dit ; et envoiera ses lettres
-patentes scellées de son grant seel auxdis lieux et termes
-pour les baillier aux gens qui de par nous y seront députés,
-semblablement comme dit est. Et aussi nous a promis
-et accordé nostre dit frère que luy et ses hoirs cesseront,
-jusques aux termes desdites renonciations dessus esclaircies,
-de user de souverainnetés et ressors en toutes les
-cités, contés, chasteaux, villes, terres, païs, isles et lieux
-que nous tenions au temps dudit traictié, lesquelles nous
-doivent demourer par ledit traictié, et ès autres qui, à
-cause desdites renonciations et dudit traictié, nous seront
-bailliées et doivent demourer à nous et nos hoirs, sans
-ce que nostre dit frère ou ses hoirs ou autres à cause de
-la couronne de France, jusques aux termes dessus esclaircis
-et iceux durans, puissent user d'aucuns services ou
-souverainneté, né demander subjecion sur nous, nos hoirs,
-nos subgiés d'icelles présens et avenir, né querelles ou
-appeaux en leur court recevoir, né rescrire icelles, né de
-jusridicion aucune user à cause des cités, contés, chasteaux,
-villes, terres, païs, isles et lieux prochains nommés. Et
-nous a aussi accordé nostre dit frère que nous né nos
-hoirs, né aucuns de nos subgiés, à cause desdites cités,
-chasteaux, villes, terres, païs, isles et lieux prochains
-avant dis, comme dit est, soient tenus né obligiés de le
-recognoistre nostre souverain, né de faire aucune subjeccion,
-service né devoir à luy né à ses hoirs né à la couronne
-de France, jusques aux termes des renonciations
-devant dites. Et aussi accordons et promettons à nostre
-dit frère que nous et nos hoirs cesserons de nous appeller
-et porter roys de France par lettres né autrement jusques
-aux termes dessus nommés, et iceux durans. Et combien
-que ès articles dudit accort et traictié de la paix en ces
-présentes lettres, ou autres dépendans desdis articles ou
-de ces présentes ou d'autres quelconques, que elles soient
-ou feussent, aucunes paroles ou fait aucun que nous ou
-nostre dit frère déissions ou féissions qui sentissent translacion
-ou renonciations taisibles ou expresses des ressors
-ou souverainnetés<a id="FNanchor_257" href="#Footnote_257" class="fnanchor">[257]</a>, est l'intencion de nous et de nostre
-dit frère que les avant dis souverainnetés et ressors que
-nostre dit frère se dit avoir ès dites terres qui nous seront
-bailliées, comme dit est, demourront en l'estat auquel
-elles sont à présent. Mais toutesvoies que il cessera de
-en user et de demander subjeccion par la manière dessus
-dite, jusques aux termes dessus esclaircis. Et aussi
-voulons et accordons à nostre dit frère que, après ce
-qu'il aura baillié lesdites cités, contés, chasteaux, villes,
-terres, païs, isles et lieux qu'il nous doit baillier
-parmy sa délivrance et renonciacions dessusdites ; et
-lesdites renonciations, transpors et cessions qui sont à
-faire de sa partie, pour luy et pour son ainsné fils,
-faites et envoiées auxdis jour et lieu à Bruges, lesdites
-lettres bailliées aux députés de par nous, que la renonciacion,
-transport, cession et délaissement à faire de nostre
-partie soient tenues pour faites ; et par habondant, nous
-renonçons dès lors par exprès au nom et au droit de la
-couronne du royaume de France, et à toutes les choses
-que nous devons renoncier par force dudit traictié, si
-avant comme proffitter pourra à nostre dit frère et à ses
-hoirs. Et voulons et accordons que, par ces présentes,
-ledit traictié de paix et accort fait entre nous et nostre
-dit frère, les subgiés, aliés et adhérens d'une partie et
-d'autre, ne soit, quant aux autres choses contenues en
-iceluy, empiré ou affebli en aucune manière ; mais voulons
-et nous plaist qu'il soient et demeurent en leur
-plaine force et vertu. Toutes lesquelles choses en ces
-présentes lettres escriptes, nous, roy d'Angleterre dessusdit,
-voulons, octroyons et promettons loyalment et en
-bonne foy et par nostre sairement fait sur le corps Dieu
-ès sains évangiles, tenir, garder, entériner et accomplir
-sans fraude et sans mal engin de nostre partie ; et à ce
-et pour ce faire, obligons à nostre dit frère de France,
-nous, nos hoirs et tous nos biens présens et avenir, en
-quelque lieu qu'il soient, renonçant par nostre dite foy et
-sairement à toutes exceptions de fraude, décevance, de
-crois pris et à prendre et à empétrer, dispensacion de
-pape ou d'autre au contraire ; laquelle sé empétrée estoit,
-nous voulons estre nulle et de nulle valeur, et que nous ne
-nous en puissions aidier, et aux drois disans que royaume
-ne pourra estre devisé, et général renonciacion non valoir
-fors en certaine manière, et à tout ce que nous pourrions
-proposer au contraire, en jugement ou dehors. En
-tesmoin desquelles choses, nous avons fait mettre nostre
-grant séel à ces présentes. Donné à nostre ville de Calais
-sous nostre grant séel, le vint-quatriesme jour d'octobre,
-l'an de grace mil trois cent soixante.&nbsp;»</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_256" href="#FNanchor_256"><span class="label">[256]</span></a> <i>Espérés</i>. C'est-à-dire : <i>conjecturés</i>, présumés.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_257" href="#FNanchor_257"><span class="label">[257]</span></a> Dans plusieurs manuscrits, on voit écrit à la marge, de la main courante :
-<i>Nota : Des ressors et souverainetés.</i></p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XIV.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy ala à Tournay pour parler au conte de Flandres
-du mariage de sa fille et de Phelippe de Bourgoigne, frère
-dudit roy ; et de huit cardinaux que le pape fist.</p>
-
-
-<p>En l'entrée du mois de septembre ensuivant, le roy
-parti de Paris pour aler à Tournay, là où il avoit mandé
-le conte de Flandres, le duc de Breban et le conte de Haynaut,
-en espérance de parfaire le mariage de messire Phelippe,
-duc de Bourgoigne, frère dudit roy, et de Marguerite
-fille dudit conte de Flandres, laquelle avoit par avant esté
-mariée à messire Phelippe duc de Bourgoigne, derrenier
-trespassé. Mais ledit conte de Flandres ne fu point à Tournay
-à la journée que le roy avoit entencion que il y feust, et
-se envoia excuser pour cause de maladie : et pour ce s'en
-retourna le roy à Paris sans autre chose faire dudit mariage.
-Mais madame Marguerite, contesse d'Artois et mère dudit
-conte de Flandres, qui estoit alée à Tournay pour celle
-cause, et qui moult vouloit et desiroit ledit mariage estre
-fait, ala par devers son dit fils à Malines, en poursuivant
-toujours la perfection et accomplissement dudit mariage.
-Item, le vendredi vint-deuxiesme jour du mois de septembre
-dessusdit, mil trois cent soixante-huit, le pape Urbain
-qui estoit à Monflacon<a id="FNanchor_258" href="#Footnote_258" class="fnanchor">[258]</a> fist huit cardinaux ; c'est assavoir :
-le patriarche de Jérusalem, le patriarche d'Alexandrie,
-l'arcevesque de Cantorbire, anglois, l'arcevesque de Naples,
-messire Jehan de Dormans, evesque de Beauvais et chancelier
-de France, né de Dormans<a id="FNanchor_259" href="#Footnote_259" class="fnanchor">[259]</a> sur la rivière de Marne ;
-monseigneur Estienne de Paris, evesque de Paris, né de
-Vitry auprès Paris sur la rivière de Saine, l'evesque de
-Castres et le prieur de Saint-Pierre de Rome. Et en vindrent
-les nouvelles certaines à Paris et les lettres de pluseurs cardinaux,
-le sixiesme jour du mois d'octobre ensuivant.
-Item, en la fin dudit mois de septembre, les Anglois de
-compaignie, qui estoient en la ville de<a id="FNanchor_260" href="#Footnote_260" class="fnanchor">[260]</a> Chasteau de Vire,
-s'en partirent, pour certaine somme de florins que l'en leur
-donna, et s'en alèrent à Chasteau-Gontier par devers leur
-compaignons qui là estoient, et pristrent pluseurs forteresces
-environ, pour ce qu'il ne povoient tous estre logiés
-en ladite ville de Chasteau-Gontier.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_258" href="#FNanchor_258"><span class="label">[258]</span></a> <i>Montflacon</i>. Montefiascone.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_259" href="#FNanchor_259"><span class="label">[259]</span></a> <i>Né de Dormans</i>. Son tombeau est encore dans l'église de la petite
-ville de Dormans, entre Épernay et Château-Thierry.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_260" href="#FNanchor_260"><span class="label">[260]</span></a> <i>De</i>. Peut-être faudroit-il lire : <i>Et</i>&hellip; Les éditions imprimées portent :
-<i>Au chastel de la ville</i>.</p>
-</div>
-<p>Item, en celui temps lesdis Gascoins de compaignie,
-qui avoient passé la rivière de Loire, comme dit est,
-alèrent en Touraine, et grant foison de gens d'armes
-du royaume de France, tant aux gaiges du roy comme
-sans gaiges alèrent après, en espérance de les combattre,
-jusques à une ville que l'en appelle Faye-les-Vigneuses<a id="FNanchor_261" href="#Footnote_261" class="fnanchor">[261]</a>,
-en laquelle se estoient retrais lesdis Gascoins ; et se tindrent
-lesdites gens d'armes devant ladite ville par aucuns
-jours, cuidans que iceux Gascoins deussent issir de ladite
-ville pour combattre : mais riens n'en firent, et pour ce se
-retraistrent lesdites gens d'armes de France en la ville de
-Lodun, et assez tost après se départirent, et lesdis Gascoins
-demourèrent en ladite ville de Faye.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_261" href="#FNanchor_261"><span class="label">[261]</span></a> Aujourd'hui <i>Faye-la-Vineuse</i>, bourg du département d'Indre-et-Loire,
-à six lieues de Chinon.</p>
-</div>
-<p>Item, le jeudi vint-troisiesme jour du moys de novembre
-ensuivant, aucuns chevaliers et escuiers de la duchié de
-Bourgoigne, jusques au nombre de cinquante combatans ou
-environ, se combattirent à gens de compaignie qui estoient
-partis de la forteresce de Lez en Beaujeulais, et avoient chevauchié
-par la duchié de Bourgoigne jusques à Crevant,
-et s'en retournoient par la conté de Nevers ; et les dessusdis
-de Bourgoigne les suivirent jusques à une ville appellée
-Semelay<a id="FNanchor_262" href="#Footnote_262" class="fnanchor">[262]</a>, et là se combattirent à eux et les desconfirent.
-Et furent desdis des compaignies mors jusques au nombre
-de onze ou de douze, et environ quarante pris, et les autres
-s'enfouirent ; et si furent rescous grant foison de prisonniers
-que lesdis des compaignies avoient pris.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_262" href="#FNanchor_262"><span class="label">[262]</span></a> <i>Semelay</i>. Aujourd'hui village du département de la Nièvre, à sept
-lieues de Château-Chinon.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XV.</h3>
-
-<p class="section">De la Nativité de Charles, premier fils de Charles-le-Quint,
-roy de France.</p>
-
-
-<p>Le dimenche tiers jour du mois de décembre, l'an mil
-trois cent soixante-huit dessusdit, premier jour de l'Avent
-Nostre-Seigneur, en la tierce heure après mienuit, la royne
-Jehanne, femme du roy Charles lors roy de France, ot son
-premier fils en l'ostel de emprès Saint-Pol de Paris ; et
-estoit la lune au signe de la Vierge en la seconde face dudit
-signe, et avoit la lune vint-trois jours. Duquel enfantement
-ledit roy et tout le peuple de France orent très grant joie,
-et non pas sans cause ; car onques ledit roy n'avoit eu aucun
-enfant masle. Et en rendi ledit roy graces à Dieu et à la
-vierge Marie. Et celui jour ala à Nostre-Dame de Paris, et
-fist chanter devant l'image de Nostre-Dame, à l'entrée du
-cuer, une belle messe de Nostre-Dame ; et l'endemain, au
-jour de lundi, ala à Saint-Denis en France en pélerinage,
-et fist donner aux ordres de Paris grant foison de florins
-jusques au nombre de trois mille florins et de plus.</p>
-
-<p>Item, celuy jour de dimenche, messire Aymeri de Margnac,
-nouvel evesque de Paris, entra à Paris et fu apporté de
-Ste-Geneviève à Nostre-Dame, si comme il est acoustumé :
-et luy fist le roy sa feste et donna à disner au Louvre audit
-evesque et à tous ceux qui le acompaignièrent.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XVI.</h3>
-
-<p class="section">De la solempnité du baptisement de Charles, fils du roy
-Charles le quint de ce nom.</p>
-
-
-<p>Le mercredi ensuivant, sixiesme jour de décembre, l'an
-mil trois cent soixante-huit dessusdit, ledit fils du roy fu
-crestienné en l'églyse de Saint-Pol de Paris, environ heure
-de prime, par la manière qui ensuit. Et dès le jour de devant
-furent faites lices de mairien<a id="FNanchor_263" href="#Footnote_263" class="fnanchor">[263]</a> en la rue, devant ladite
-églyse et aussi dedens ladite églyse environ les fons, pour
-mieux garder qu'il n'y eut trop presse de gens.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_263" href="#FNanchor_263"><span class="label">[263]</span></a> <i>Lices de mairien</i>. Enceintes en bois.</p>
-</div>
-<p>Premièrement : devant ledit enfant ot deux cens varlès
-qui portoient deux cens torches, qui tous demourèrent en
-ladite rue, tenant lesdites torches ardans excepté seulement
-vint-six qui entrèrent dedens ledit moustier. Et après estoit
-messire Hue de Chasteillon, seigneur de Dampierre, maistre
-des arbalestiers, qui portoit un cierge en sa main, et le
-conte de Tanquarville si portoit une couppe en laquelle
-estoit le sel, et avoit une touaille en son col dont ledit sel
-estoit couvert. Et après estoit la royne Jehanne d'Evreux
-qui portoit ledit enfant sur ses bras ; et monseigneur Charles,
-seigneur de Montmorenci, et monseigneur Charles,
-conte de Dampmartin, estoit d'encoste luy ; et ainsi issirent
-dudit hostel du roy de Saint-Pol, par la porte qui est au
-plus près de ladite églyse. Et tantost après ledit enfant,
-estoient le duc d'Orliens, oncle du roy, le duc de Berry,
-le duc de Bourbon, frère de la royne, et pluseurs autres
-grans seigneurs et dames ; la royne Jehanne, la duchesse
-d'Orliens sa fille, la contesse de Harecourt et la
-dame de Lebret, suers de la royne, lesquelles estoient
-bien parées en couronnes et en joyaux : et après pluseurs
-autres dames et damoiselles bien parées et bien aournées<a id="FNanchor_264" href="#Footnote_264" class="fnanchor">[264]</a>.
-Et ainsi fu apporté ledit enfant jusques à la grant
-porte de ladite églyse de Saint-Pol, à laquelle porte estoient,
-qui attendoient ledit enfant, le cardinal de Beauvais,
-chancelier de France, qui ledit enfant crestienna ; et le cardinal
-de Paris en sa chappe de drap sans autres aournemens,
-et les arcevesques de Lyon et de Sens, et les evesques d'Evreux,
-de Coustances, de Troyes, d'Arras, de Meaux, de
-Beauvais, de Noyon et de Paris ; et les abbés de St-Denis,
-de Saint-Germain-des-Prés, de Sainte-Geneviève, de Saint-Victor,
-de Saint-Magloire, tous en mitres et en crosses et
-tous furent au crestiennement. Et le tint sur les fons ledit
-seigneur de Montmorency, et fu appellé Charles, pour lesdis
-seigneur de Montmorency et conte de Dampmartin, qui ce
-meisme nom avoient. Et après fu reporté ledit enfant audit
-hostel de Saint-Pol par le cimetière de ladite églyse et par
-un huys par lequel l'on entroit audit hostel, pour la presse
-qui estoit devant ladite églyse<a id="FNanchor_265" href="#Footnote_265" class="fnanchor">[265]</a>. Et celuy jour, fist le roy
-faire une donnée<a id="FNanchor_266" href="#Footnote_266" class="fnanchor">[266]</a> en la couture Ste-Katherine, de huit
-parisis à chascune personne qui voult aler à ladite donnée,
-et y ot si grant presse que pluseurs femmes furent mortes en
-ladite presse. Item, celuy mercredi après vespres, ledit cardinal
-de Paris partist de ladite ville pour aler à Rome devers
-le pape, et prist congié du roy au Louvre ; et le convoièrent
-jusques hors de Paris les ducs de Berry et de Bourgoigne,
-frères dudit roy, et aussi fist le cardinal de Beauvais et pluseurs
-autres prélas qui estoient en ladite ville de Paris ; et
-s'en ala au giste à Charenton. Item, le vendredi, jour de
-la Purificacion Nostre-Dame, audit an mil trois cent
-soixante-huit, messire Guillaume de Meleun, lors arcevesque
-de Sens par bulle du pape à luy sur ce envoiée, présenta
-et bailla audit cardinal de Beauvais, chancelier de France,
-le chappel rouge au chastel du Louvre emprès Paris, en
-la présence du roy Charles, après la messe, emprès l'autel
-de la chappelle dudit chastel.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_264" href="#FNanchor_264"><span class="label">[264]</span></a> Le tableau de cette procession, fort exact du moins pour les premiers
-personnages jusqu'au comte de Dammartin inclusivement, se
-reconnoît dans une miniature du manuscrit de Charles V, f<sup>o</sup> 446, v<sup>o</sup>.
-Montfaucon n'a pas connu ce précieux volume, comme j'ai eu déjà l'occasion
-de le remarquer sous le règne du roi Jean.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_265" href="#FNanchor_265"><span class="label">[265]</span></a> Aujourd'hui l'on ne prendroit pas un détour aussi déplaisant, et
-nos sergens de ville feroient bonne raison de cette presse.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_266" href="#FNanchor_266"><span class="label">[266]</span></a> <i>Une donnée</i>. Un don.</p>
-</div>
-<p>Item, le dimenche ensuivant, quatriesme jour du mois
-de février l'an dessus dit, la royne releva de sa gésine de
-son dit fils, auquel le roy avoit donné le nom de Daulphin
-de Viennois ; et pour ce estoit appellé monseigneur le daulphin.
-Et eut grant feste auxdites relevailles à disner et
-après disner de dancier et d'autres esbatemens.</p>
-
-<p>Item, en celuy temps, en divers jours, se rendirent aux
-gens du roy de France pluseurs villes et forteresces du
-duchié de Guyenne, qui par avant estoient subgiés du roy
-d'Angleterre ; et aderèrent aux appellacions que avoient
-faites le conte d'Armignac, le conte de Pierregort, le seigneur
-de Lebret et pluseurs autres du pays de Guyenne
-contre le prince de Galles, ainsné fils du roy d'Angleterre
-et duc de Guyenne. Et en ce temps ledit prince accoucha
-malade d'une moult grave maladie et devint ydropite. Et
-pour les causes devant dites, le roy d'Angleterre envoia des
-Anglois de son pays et un sien autre fils appellé monseigneur
-Hémon<a id="FNanchor_267" href="#Footnote_267" class="fnanchor">[267]</a> au pays de Guyenne. Car pour occasion
-desdites appellacions, se ensivit guerre entre lesdis roy et
-ses enfans contre lesdis appellans.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_267" href="#FNanchor_267"><span class="label">[267]</span></a> <i>Hemon</i>. Edmond.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XVII.</h3>
-
-<p class="section">De la desconfiture de la bataille du roy Pierre d'Espaigne, et
-coment il mourust.</p>
-
-
-<p>En l'an dessus dit mil trois cent soixante-huit, le quatorziesme
-jour du mois de mars, le roy Henry et le roy
-Pierre de Castelle, desquels chascun tenoit grant partie du
-royaume de Castelle, se combattirent assez près de Sebille<a id="FNanchor_268" href="#Footnote_268" class="fnanchor">[268]</a>
-la Grant, et estoient avec ledit Henry pluseurs François et
-Bretons tenant la partie du roy de France ; et avecques ledit
-Pierre estoient pluseurs Castellains et Sarrasins. Et fu iceluy
-Pierre desconfit et très grant foison de ses gens mors. Et il
-s'enfoui en un chastel qui estoit assez près du lieu de bataille,
-et fu suivi par le roy et par ses gens qui se mistrent
-entour le chastel. Et iceluy Pierre, cuidant eschapper, traicta
-à aucuns de ceux de la partie de Henry qui estoient hors
-dudit chastel, lesquels le revelèrent audit Henry. Et fu
-iceluy Henry à l'encontre dudit Pierre ou ses gens pour luy,
-et pristrent ledit Pierre au partir dudit chastel, et luy fist
-ledit Henry couper la teste le vint-deuxiesme jour dudit
-mois. Si fu-l'en lié en France de ceste aventure, car ledit
-Henry avoit tousjours tenu et encore tenoit la partie de
-France, et le roy Pierre estoit alié aux Anglois : toutesvoies
-estoient frères lesdis Henry et Pierre ; mais Pierre estoit
-légitime et Henry non, si comme l'en disoit. Et demoura
-le royaume tout enterin<a id="FNanchor_269" href="#Footnote_269" class="fnanchor">[269]</a> audit Henry, et certainement
-moult de gens tenoient que ce fust avenu audit Pierre pour
-ce qu'il estoit très mauvais homme et avoit murdri mauvaisement
-et traytreusement sa bonne femme espousée,
-fille du duc de Bourbon et seur de la royne de France.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_268" href="#FNanchor_268"><span class="label">[268]</span></a> <i>Sebille</i>. Séville.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_269" href="#FNanchor_269"><span class="label">[269]</span></a> <i>Enterin</i>. Entier.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XVIII.</h3>
-
-<p class="section">De la confirmacion du mariage de messire Phelippe duc de
-Bourgoigne et de la fille au conte de Flandres, et coment
-Abbeville en Pontieu et pluseurs autres villes se rendirent
-au roy de France.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1369</div>
-
-<p>L'an de grace mil trois cens soixante-neuf, le samedi
-après Pasques, qui fu le septiesme jour d'avril, car Pasques
-furent celui an le premier jour d'avril, le mariage qui
-longuement avoit esté traictié de messire Phelippe, frère
-du roy de France Charles, et duc de Bourgoigne, et de
-Marguerite fille de messire Loys conte de Flandres, fu
-passé et accordé par certaine manière et condicion dont
-mencion sera faite ci-après, après ce que la cronique fera
-mencion de la solempnisacion dudit mariage en sainte
-église.</p>
-
-<p>Item, le dimenche vint-neuviesme jour dudit moys
-d'avril l'an dessus dit, la ville d'Abbeville en Pontieu se
-rendi aux gens du roy de France ; c'est assavoir à messire
-Hue de Chastillon, maistre des arbalestiers dudit roy,
-pour et au nom dudit roy, comme à leur souverain seigneur.
-Et celuy jour se rendi la ville de Rue<a id="FNanchor_270" href="#Footnote_270" class="fnanchor">[270]</a>. Et celle sepmaine
-se rendirent pareillement toutes les villes, chasteaux
-et forteresses de la conté de Pontieu que le roy d'Angleterre
-tenoit, par telle manière que ledit roy de France ot par ses
-gens la possession de ladite conté en dix jours après ce que
-ladite ville d'Abbeville se fu rendue ; excepté une forteresse
-appellée Noyelle<a id="FNanchor_271" href="#Footnote_271" class="fnanchor">[271]</a>, laquelle n'estoit pas du demaine de ladite
-conté, mais en estoit tenue en fief ; et le demaine estoit
-à la contesse d'Aubemarle, à laquelle contesse les gens du
-roy d'Angleterre l'avoient ostée : et la tindrent messire Nicole
-Stauroure et autres Anglois qui estoient dedens. Et les
-causes pour lesquelles le roy de France fist prendre ladite
-conté et les autres terres assises en Guyenne qui se mistrent
-en l'obéissance du roy de France, et par avant estoient au
-roy d'Angleterre, seront ci-après escriptes.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_270" href="#FNanchor_270"><span class="label">[270]</span></a> <i>Rue</i>. Petite ville de Picardie, à six lieues d'Abbeville.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_271" href="#FNanchor_271"><span class="label">[271]</span></a> <i>Noyelle</i>. Aujourd'hui Noyelles-sur-Mer, bourg du département de
-la Somme, à quatre lieues d'Abbeville.</p>
-</div>
-<p>Item, le second jour de mai, l'an dessus dit, se présentèrent
-en parlement contre Edouart prince de Galles et duc
-de Guyenne, le conte d'Armignac, messire Jean d'Armignac,
-le seigneur de Lebret, et pluseurs autres nobles, consuls,
-consulas et communautés du duchié de Guyenne, lesquels
-avoient appellé dudit duc de Guyenne.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XIX.</h3>
-
-<p class="section">Du parlement que le roy tint pour le fait des appellacions, et
-dont mencion est faite.</p>
-
-
-<p>Le mercredi neuviesme<a id="FNanchor_272" href="#Footnote_272" class="fnanchor">[272]</a> jour dudit moys de mai, veille
-de l'Ascencion l'an dessus dit, le roy de France Charles fu
-en la chambre de parlement, en la manière que le roy de
-France y a acoustumé de estre, et la royne Jehanne assise d'encoste
-le roy, et le cardinal de Beauvais chancelier de France
-au-dessus, au lieu auquel siet le premier président. Et de
-ce renc séoient les arcevesques de Rains, de Sens et de
-Tours, et pluseurs evesques jusques au nombre de quinze ;
-et pluseurs abbés et autres gens d'église envoiés à celle convocacion
-séoient ès bas bans et par terre. Et au renc où
-séoient les lays de parlement, séoient les ducs d'Orléans et de
-Bourgoigne, le conte d'Alençon, le conte d'Eu et le conte
-d'Etampes, tous des Fleurs de lis, et pluseurs autres nobles ;
-et aussi avoit en ladite chambre gens des bonnes villes envoyés
-en ladite assemblée, et d'autres si grant nombre que
-toute la chambre estoit pleine. Et là fist dire et exposer le roy
-par ledit cardinal, et après par messire Guillaume de Dormans,
-frère dudit cardinal, coment il avoit esté requis par
-lesdis appellans du duchié de Guyenne, de recevoir leur
-appelacions dont dessus est faite mencion, et coment il avoit
-esté conseillié de les recevoir, et que il ne les povoit né devoit
-refuser, et pour ce les avoit reçues, et donné ajournement
-aux appellans contre ledit prince ; coment, pour celle
-cause et pour autres, le roy d'Angleterre avoit envoié par
-devers le roy de France, et coment le roy de France avoit
-envoié en Angleterre les contes de Tanquarville et de Salebruche,
-messire Guillaume de Dormans et le doyen de Paris.
-Et fist dire le roy par ledit messire Guillaume de Dormans
-les responses que il avoit faites audit roy d'Angleterre sur
-ses dites requestes, et aussi les requestes que il luy avoient
-faites pour le roy de France, et la response que avoit fait
-sur tout le conseil du roy d'Angleterre, tout en la forme
-et manière que escript sera ci-après. Et fu dit par la bouche
-du roy à tous que sé il véoient que il eust fait chose que il
-ne deust, que il le déissent et il corrigeroit ce que il avoit
-fait<a id="FNanchor_273" href="#Footnote_273" class="fnanchor">[273]</a>, car il n'y avoit faite chose que bien ne se peust
-adrecier sé deffaut ou trop avoit fait ; et fu di à tous, tant
-par le roy comme par ledit cardinal, que chascun y pensast
-et que le vendredi ensuivant refeussent bien matin en ladite
-chambre pour dire leur avis sur ce.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_272" href="#FNanchor_272"><span class="label">[272]</span></a> <i>Le mercredi neuviesme</i>. Et non pas le <i>mardi vint-uniesme</i>, avec les
-éditions précédentes et plusieurs manuscrits. Cette année-là, le vingt-un
-mai tomboit un lundi, et le neuf étoit bien un mercredi, comme le porte
-la leçon de Charles V.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_273" href="#FNanchor_273"><span class="label">[273]</span></a> Voilà un exemple remarquable de <i>l'absolutisme</i> de notre ancienne
-monarchie.</p>
-</div>
-<p>Item, le jeudi ensuivant, jour de l'Ascension à relevée,
-le roy, la royne Jehanne et grant nombre des conseilliers
-du roy, tous les prélas et les nobles refurent assemblés en
-ladite chambre de parlement, et dist le roy et fist dire par
-le cardinal et par messire Guillaume de Dormans son frère,
-les causes pour lesquelles il avoit receu les appeaux fais du
-prince et de ses officiers, par lesdis conte d'Armignac, seigneur
-de Lebret et leur adhérens. Et dist lors le roy que il
-vouloit avoir leur conseil et avis, se il avoit en aucune chose
-failli ou erré : lesquels tous d'un accort, chascun par sa bouche,
-respondirent que le roy avoit raisonnablement fait ce
-que il avoit fait, et ne le devoit né povoit reffuser, et que
-sé le roy d'Angleterre faisoit guerre pour celle cause, induement
-la feroit et sans raison. Item, le vendredi matin ensuivant,
-onziesme jour dudit moys de mai, le roy, ladite
-royne, les prélas, les nobles, les bonnes villes refurent assemblés
-en ladite chambre de parlement, et furent tous
-d'accort par la manière que avoient esté les autres le jour
-précédent à relevée ; et après furent leues les responses qui
-avoient esté avisées à faire au roy d'Angleterre sur la bille<a id="FNanchor_274" href="#Footnote_274" class="fnanchor">[274]</a>
-ou cédule qui avoit esté bailliée ès gens du roy de France en
-Angleterre, lesquelles responses furent approuvées de tous
-ceux de ladite assemblée. Et si fu ordené que le roy les
-envoieroit en Angleterre au conseil du roy d'Angletere, et
-ainsi fu fait.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_274" href="#FNanchor_274"><span class="label">[274]</span></a> <i>Bille</i>. Et non <i>bulle</i>, comme les éditions précédentes. C'est encore
-aujourd'hui le mot anglois <i lang="en" xml:lang="en">bill</i>.</p>
-</div>
-<hr />
-
-
-<p>Cy après s'ensuyvent les escriptures qui furent
-leues devant le roy, et premièrement la bille ou
-cédule qui fu apportée d'Angleterre. C'est la teneur
-de la bille ou cédule bailliée par le roi d'Angleterre
-ou son conseil aus messages derrenièrement envoiés
-en Angleterre par le roy de France, et est
-ladite bille ou cédule signée de maistre Jehan de
-Brankette, secrétaire dudit roy d'Angleterre.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XX.</h3>
-
-<p class="section">La teneur de la lettre du roy d'Angleterre.</p>
-
-
-<p>«&nbsp;A la révérence nostre Seigneur, et pour bonne paix garder,
-nourrir et maintenir à perpétuité, entre le roy d'Angleterre,
-son royaume, ses terres et subgiés, et pour espargnier
-effusion de sanc crestien, et aussi pour bien de tout le
-commun peuple ; si est avis au conseil le roy d'Angleterre
-que toutes les demandes, contencions, débas et questions
-meus et demenés par entre les deux roys et autres à cause
-de eux, puis la paix derrenièrement faite, se mettront en
-ordenance et bon appointement d'estre finablement bien
-appaisiés, et ladite paix bien tenue et gardée par entre eux
-à tousjours, parmi l'acomplissement des choses dessoubs
-escriptes. Et premièrement que là où les messages de France,
-pour appaisier tous les débas de la terre de Belleville et de
-toutes autres terres contencieuses entre les deux roys, ont
-offert au roy d'Angleterre la commune paix<a id="FNanchor_275" href="#Footnote_275" class="fnanchor">[275]</a> de Rouergue,
-le chastel de la Roche-sur-Yon, la conté de la Marche et la
-terre du conte d'Estampes en Aquitaine ; voirs est que
-ladite commune de Rouergue, par mandement du roy
-de France a esté bailliée et livrée au roy d'Angleterre par
-la paix, et ainsi le tient-il et possède à présent ; si semble
-audit conseil que elle lui devra demourer à perpétuité sans
-y estre mis aucun empeschement ; et semble aussi que ledit
-chastel de la Roche-sur-Yon qui est notoirement assis dedens
-la terre et le pays de Poitou, lui devra aussi demourer
-par ladite paix. Et quant à la conté de la Marche et la
-terre d'Estampes, le roy d'Angleterre ou son conseil n'ont
-aucune cognoissance de la value ; mais le roy envoiera pour
-s'en informer, et sé lesdites terres soient de si convenable
-value que il pourront auques recompenser ladite terre de
-Belleville, selon l'intencion du traictié de la paix, le conseil
-pense bien que le roy se tiendra assez près de les recevoir,
-au cas que la terre de Belleville ne se pourra rendre en aucune
-manière en propre substance. Et supposé que ladite
-conté de La Marche et les terres d'Estampes ne soient notablement
-de ladite value, si pense tous dis le conseil du
-roy que le roy de France y ordenera d'autres terres, en ce
-cas, dont le roy d'Angleterre se tendra content de ladite terre
-de Belleville, en accomplissant quant à ce le traictié de la
-paix, et aussi les autres terres et lieux qui restent encore à
-baillier et délivrer au pays d'Aquitaine soient bailliées ou
-suffisant recompensation pour ycelles, dont le roy se pourra
-tenir content. Et quant aux hommaiges et fiefs de Cayeux,
-Huppi, Vergies, Araines et autres qui restent encore à
-baillier en Pontieu, et aussi la ville de Monstereul sur la
-mer, et oultre ce, l'angle qui est, par exprès, compris dedens
-les mettes et landes de Calais et de Merk, semble audit
-conseil que toutes lesdites choses tant évidemment appartiennent
-au roy, et dont il a bonne et clère cognoissance
-selon le fait et l'intencion de la paix susdite, que il ne les
-devra par nulle voie laissier. Et oultre ce, ledit conseil s'en
-est parfondement pourpensé parmerveillant<a id="FNanchor_276" href="#Footnote_276" class="fnanchor">[276]</a> très entièrement
-comment le roy de France a receu ou voulu recevoir
-les appeaux du conte d'Armignac, du sire de Lebret et de
-leur adhérens et complis, actendu qu'il estoit et est tenu
-et obligié par ladite paix d'avoir baillié et délivré audit roy
-d'Angleterre ou à ses députés, toutes les terres comprises ès
-lettres avecques la clause : <i>c'est assavoir</i> ; et, icelles délivrées
-et baillées, tantost avoir renoncié expressement aux ressors
-et souverainetés ; et cependant avoir sursis de user de souveraineté
-et de ressort ès terres dessus dites, et de recevoir
-aucunes appellacions et de rescrire à icelles, si comme ces
-choses et autres sont assez clèrement comprises ès lectres
-devant dites. Si à partant sursis le roy de France, tant que
-en ença, de user desdites souverainetés et ressors ; et est tout
-vray que le conte d'Armignac et le sire de Lebret et tous
-les autres vassaux et subgiés des seigneuries et terres en
-Aquitaine en ont fait hommaige lige au roy d'Angleterre,
-comme à seigneur souverain et lige, et encontre toutes les
-personnes qui pourront vivre et mourir ; et depuis il ont
-fait aussi hommaige au prince, retenu et réservé par exprès
-la souveraineté et le ressort au roy d'Angleterre. Dont
-par lesdites causes et autres raisonnables, semble au conseil
-le roy d'Angleterre, que considéré la forme de ladite paix
-que tant estoit honorable et proffitable au royaume de
-France et à toute crestienté, que la réception desdites appellacions
-n'a mie esté bien faite né passée si ordencement
-né à si bonne affeccion et amour comme il devoit avoir esté
-fait de raison, parmy le fait et entencion de la paix et les
-aliances affermées entre eux. Ains semblent estre moult
-préjudiciables et contraires à l'honneur et à l'estat du roy et
-de son fils le prince et de toute la maison d'Angleterre, et
-pourra estre évident matière de rébellion des subgiés, et
-aussi donner très-grant occasion d'enfraindre la paix, sé bon
-remède n'y soit mis sur ce plus hastivement. Et comme le
-roy d'Angleterre s'en est tousdis depuis la paix déporté
-de soy appeller ou porter roy de France par lectres ou autrement,
-par mesme la manière, le roy de France s'en
-déust avoir déporté de user de souveraineté et ressort avant
-touchiés. Néantmoins au cas que le roy de France vueille
-amiablement reparer et redrecier lesdis actemptas et remettre
-lesdis appellans arrière en la vraie obéissance dudit
-roy d'Angleterre, et faire expressément les renonciations
-et délaissement des souverainetés et ressort accordés à
-faire de sa partie, et en envoie ses lectres au roy d'Angleterre
-par fourme de ladite paix, laquelle chose si est proprement
-la substance et effet de ladite paix, et sans laquelle
-elle ne se pourra aucunement tenir ; adonques pense bien
-ledit conseil que le roy d'Angleterre fera les renonciacions
-à faire de sa partie, et sur ce envoiera ses lectres au roy de
-France en quanque il est tenu à faire, selon la forme de la
-paix dessus dite.&nbsp;»</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_275" href="#FNanchor_275"><span class="label">[275]</span></a> La plupart des manuscrits portent la commune et pays de Rouergue ;
-mais on doit préférer la leçon de Charles V et celle du manuscrit
-de Jean, duc de Berry, n<sup>o</sup> 8302.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_276" href="#FNanchor_276"><span class="label">[276]</span></a> <i>Parmerveillant</i>. S'esmerveillant fort.</p>
-</div>
-<p>(C'est la response que fait le roy de France en son conseil
-aux poins et articles contenus en la bille ou cédule dessus
-escripte. &mdash; Premièrement à ce qui est contenu au commencement
-de ladite cédule que à la révérence de Dieu, la
-paix autrefois faite entre les roys pourroit prendre et recevoir
-bon appointement sé les choses que ledit roy d'Angleterre
-requiert par ladite cédule lui estoient faites et accomplies
-et que par ce pourroit estre eschevée très-grant effusion
-de sanc crestien et bonne paix gardée entre lesdis
-roys.)</p>
-
-<p>«&nbsp;Que le roy de France a toujours voulu et encore veult
-tenir et garder ladite paix, né onques ne fist né fera le contraire,
-au cas que le roy d'Angleterre la tendra de sa partie ;
-et ce a bien apparu au roy d'Angleterre pour ce qui luy a
-esté dit et offert derrenièrement par lesdis messages du roy
-de France, et encore pourra apparoir clerement à tout
-homme, par ce qui sera touchié brièvement ci-après. Et
-semble que le roy d'Angleterre et son conseil, sauve leur
-grace, ne veulent pas que ladite paix reçoive bon appointement ;
-car les choses qu'il requièrent sont desraisonnables,
-et en la plus grant partie contre le traictié de la paix. Et
-n'est tenu le roy de France de les faire par raison né par
-ladite paix ; et, selon raison, qui veult aucune chose il doit
-prendre et eslire moiens et causes raisonnables pour y venir
-et pour avoir et obtenir raisonnablement ce qu'il requiert,
-autrement on puet dire et tenir par raison qu'il ne la veult
-pas ; et à la vérité ledit roy de France eust plus chier que le
-roy d'Angleterre offrist et requerist telles choses et si raisonnables
-comme il déust faire pour la paix.&nbsp;»</p>
-
-<p>(Item, à ce qui est contenu au premier article de ladite
-cédulle, faisant mencion de la terre de Belleville et autres
-contencieuses, et des offres faites par le roy de France pour
-icelles terres contencieuses.)</p>
-
-<p>«&nbsp;Qu'il est vérité que le roy de France par sesdis messages
-fist offrir audit roy d'Angleterre, pour le debat de la
-terre de Belleville et pour toutes autres contencieuses, tant
-de Picardie comme d'ailleurs dont ledit roy d'Angleterre
-faisoit ou povoit faire demande à cause du traictié de la
-paix, et pour la délivrance de tous les hostaiges nobles, la
-revenue de la commune paix de Rouergue, de laquelle le roy
-de France fait demande ; de la ville et le chastel de la Roche-sur-Yon,
-la conté de La Marche, et la terre que monseigneur
-d'Estampes a en Poitou, à cause de madame sa
-femme ; lesquelles choses sont très-nobles et de très-grant
-valeur : et ceste offre faisoit le roy de France, pour avoir
-paix audit roy d'Angleterre, et pour oster toutes matières
-de débas et de questions ; car le roy de France n'i estoit né
-est en riens tenus, ainçois tient et tout son conseil que ledit
-roy d'Angleterre n'a cause né raison de faire les demandes
-qu'il fait de la terre de Belleville et autres contencieuses. Et
-a tousjours offert le roy de France que le pape et l'église de
-Rome, à qui les parties se sont soubmises de tout l'accomplissement
-de la paix par foy et sairement, cognoisse et détermine
-du débat desdites terres contencieuses, veu ledit
-traictié et oyes les parties sommièrement et de plain. Ou sé
-le roy d'Angleterre veult que les commissions soient renouvelées
-aux commissaires autrefois esleus des parties, sur
-le débat desdites terres ou à autres, encore plaist-il au roy
-de France ; nonobstant que le roy d'Angleterre, ses commissaires
-et procureurs aient esté négligens de procéder, et que
-par leur négligence le roy de France en peust et deust avoir
-grant proffit, et auroit plus chier le roy que la vérité fu sceue
-de son fait et de ses deffenses et qu'il en fust jugié, que ce
-que le roy d'Angleterre preist lesdites terres offertes pour
-lesdites terres contencieuses : lesquelles offres le roy d'Angleterre
-et son conseil ont toutes reffusées, et dient qu'il
-sont bien informés et acertenés qu'il ont bon droit et qu'il
-n'en prendront aucuns juges ; et ainsi veulent estre juges
-en leur cause, laquelle chose est contre toute raison.&nbsp;»</p>
-
-<p>(Et quant à ce que le roy d'Angleterre ou son conseil
-dient audit article qu'il tient ladite commune paix de
-Rouergue et en a possession, et luy a esté bailliée par le
-traictié de la paix.)</p>
-
-<p>«&nbsp;Que ledit roy d'Angleterre tient de fait ladite commune
-paix de Rouergue soubs umbre du pays de Rouergue qui
-luy a esté baillié, jasoit ce que icelle commune paix ne luy
-doive appartenir. Et pour ce en fait le roy de France demande,
-et en veult estre jugié comme dessus ; et pareillement,
-de la Roche-sur-Yon dit le roy de France que elle
-ne doit pas appartenir au roy d'Angleterre, et en veult estre
-jugié comme dessus.&nbsp;»</p>
-
-<p>(Et quant à ce que dit le roy d'Angleterre ou son conseil
-audit article, qu'il s'informera de la valeur de ladite terre
-de Belleville, et la prendra, et s'il y a à parfaire, il tient
-que le roy de France y parfera.)</p>
-
-<p>«&nbsp;Que ladite conté de La Marche et les terres dudit
-conté d'Estampes n'ont pas été offertes pour ladite terre
-de Belleville, mais pour toutes les terres contencieuses, et la
-délivrance des hostaiges nobles, avec ladite commune paix
-de la Roche-sur-Yon, et pour paix avoir, comme dit est. Car
-lesdites terres de La Marche et d'Estampes sont plus nobles
-et valent plus que ne fait ladite terre de Belleville. Et si
-tient le roy de France qu'il a bailliée ladite terre de Belleville,
-ainsi comme faire le deust par la paix, et en veult
-estre jugié comme dit est ; et touteffois avoit fait offrir pour
-ladite terre de Belleville, la conté de La Marche pour paix
-avoir, et ledit roy d'Angleterre ne l'a pas voulu faire.&nbsp;»</p>
-
-<p>(Et quant à ce que contenu est audit article que le roy de
-France baille audit roy d'Angleterre les autres terres et
-lieux qui restent encore à baillier au pays d'Aquitaine ou
-souffisant recompensacion pour iceux, dont ledit roy d'Angleterre
-soit content.)</p>
-
-<p>«&nbsp;Que le roy de France tient que il a baillié audit roy
-d'Angleterre tout ce que baillier luy doit en demaine au
-pays d'Aquitaine par le traictié de la paix ; et s'il y avoit
-quelque chose à baillier, il a tousjours offert à faire ; mais
-ledit roy d'Angleterre et le prince son fils occupent et s'efforcent
-de occuper pluseurs lieux, terres et seigneuries qui
-ne leur doivent point appartenir par ladite paix. Sur quoy
-le roy de France a tousjours offert que bonnes personnes
-soient esleues des parties qui en sachent la vérité, et le roy
-de France en fera et tendra tout ce qui sera trouvé qu'il en
-devra faire ; ou que le pape et l'église de Rome en cognoissent
-comme dessus.&nbsp;»</p>
-
-<p>(Item, quant au second article de ladite bille ou cédule
-faisant mencion des hommaiges et fiefs de Cayeux, Huppi,
-Vergies et autres qui restent encore à baillier en Pontieu,
-Monstereul sur la mer et la terre de l'angle, lesquelles
-choses ledit roy d'Angleterre dit à luy appartenir si évidemment
-par ladite paix qu'il ne s'en doit en aucune manière
-délaissier.)</p>
-
-<p>«&nbsp;Que des choses dessus dites a ledit roy d'Angleterre
-fait demande au roy de France, et aussi a le roy de France
-de pluseurs autres choses fait demande audit roy d'Angleterre
-par devant certains commissaires esleus des parties.
-Et ont les commissaires esleus de la partie du roy de France
-et son procureur comparu à toutes les journées et offert à
-procéder. Mais par la négligence et deffaut des commissaires
-esleus dudit roy d'Angleterre a esté le temps de ladite
-commission expiré et failli, et touteffois ont les messages
-du roy de France envoiés derrenièrement en Angleterre,
-requis et offert au roy d'Angleterre et à son conseil que
-ladite commission fust renouvelée, nonobstant leur négligence,
-aux premiers commissaires ou à autres ; ou que le
-pape et l'église de Rome en cogneussent, considéré la submission
-dessus dite. Lesquelles choses ledit roy d'Angleterre
-et son conseil ont reffusées, en disant qu'ils n'en prendront
-aucun juge, et qu'il sont bien acertenés de leur droit, laquelle
-chose appert évidemment inique et contre raison
-de leur partie, et puet apparoir clèrement à tout homme
-que le roy de France leur a offert toute raison.&nbsp;»</p>
-
-<p>(Item, quant au tiers et derrenier article de ladite bille ou
-cédule, auquel est contenu que le conseil au roy d'Angleterre
-a parfondément pourpensé en merveillant très-entièrement
-comment le roy de France a receu ou voulu recevoir
-les appeaux du conte d'Armignac, de sire de Lebret et de
-leur adhérens, considéré que par le traictié de la paix, il
-devoit baillier au roy d'Angleterre certaines terres, et, après
-ce renoncier aus souverainetés et ressors, et cependant
-devoit surseoir de user de souveraineté et de ressort, et de
-recevoir aucunes appellacions, et partant en a le roy de
-France sursis de user jusques à présent.)</p>
-
-<p>«&nbsp;Que le roy d'Angleterre et son conseil ne se doivent
-point merveillier de ce que le roy de France a receu les
-appellacions dessus dites ; car par le traictié de la paix, le
-roy Jehan, dont Dieu ait l'ame, avoit promis de surseoir à
-user desdites souverainetés et ressors jusques à certain
-temps ; c'est assavoir jusques à la saint Andrieu qui fu l'an
-soixante-un, si comme par le traictié de ladite paix puet
-apparoir, et par espécial en une lettre en laquelle est contenue
-la clause : <i>c'est assavoir</i>. Et ne pouvoit reffuser lesdites
-appellacions, veues les sommacions et requestes
-d'iceux appellans, qu'il ne leur fausist de justice et qu'il ne
-péchast mortelment, veu ledit traictié de paix. Et ainsi l'a
-trouvé le roy de France en tout son conseil, eue sur ce
-meure délibération par pluseurs fois, si comme les messages
-du roy de France l'ont plus plainement dit audit roy
-d'Angleterre et à son conseil, de bouche. Et sé le roy de
-France s'est déporté par aucun temps de user desdites
-souverainetés, depuis le temps dessus dit qu'il le povoit
-faire, de tant il a fait plus grant courtoisie au roy d'Angleterre.
-Né il n'avoit pas esté autrefois sommé d'autres
-appellans par la manière qu'il a esté à ceste fois par ledit
-conte d'Armignac et autres appellans ; et pour bien de paix
-l'a dissimulé par aucun temps et tant comme il a peu bonnement ;
-jasoit ce que faire le peust, comme dit est dessus.&nbsp;»</p>
-
-<p>(Et quant à ce que contenu est audit article que ledit
-conte d'Armignac, le sire de Lebret et autres subgiés d'Aquitaine,
-ont fait hommaige lige au roy d'Angleterre comme
-à seigneur souverain et lige contre toute personne qui puisse
-venir et morir. Et au prince ont fait hommaige, sauve et
-réservé la souveraineté au roy d'Angleterre.)</p>
-
-<p>«&nbsp;Que le conte d'Armignac et le sire de Lebret, sauve la
-grace des proposans, ne le dient pas ainsi. Ainsois ont dit au
-roy que en faisant hommaige au prince, il distrent expressément
-que il le luy faisoient selon ce que la teneur du traictié
-l'en portoit, et réservé à eux leur privilèges, franchises et
-libertés anciennes si avant et par la manière que leur prédécesseurs
-les avoient eus et en avoient joï ès temps passés.
-Et ce est trop bien à présumer, car ès lettres et mandement
-que le roy de France fist aux subgiés de Guyenne de faire
-obéissance au roy d'Angleterre estoient par exprès retenues et
-réservées les souverainetés et ressors au roy de France, si
-comme par l'inspeccion desdis mandemens puet apparoir ;
-et sé ladite réservation n'y feust, si y estoit-elle entendue
-de raison, puisque le roy de France ne transportoit pas
-exprès icelles souverainetés ; et sé ledit conte d'Armignac
-ou autre l'avoit fait autrement, si ne vaudroit-il né ne se
-pourroit soustenir, né le roy d'Angleterre ne les poroit
-recevoir par la manière qu'il maintient, que ce ne fust contre
-le traictié de la paix ; et aussi ne faisoit le prince. Et
-en ce faisant ont clerement et notoirement entrepris sur la
-souveraineté du roy de France, et si ont-il en pluseurs
-autres manières, car par ledit traictié de la paix en la
-clause : <i>C'est assavoir</i>, lesdites souverainetés et ressors demeurent
-au roy de France en tel estat comme elles estoient
-au temps du traictié de la paix, sans ce que elles puissent
-estre dictes ou réputées transportées au roy d'Angleterre
-par lettres quelconques comprises audit traictié, ou autres
-données ou à donner par dit né par fait quelconques, sé le
-roy de France n'y renonce expressément ; laquelle chose il
-ne fist oncques ; ainsois requiert ledit roy d'Angleterre et
-son conseil par ladite bille que le roy de France fasse lesdites
-renonciacions.&nbsp;»</p>
-
-<p>(Et quant à ce que contenu est audit tiers article, qu'il
-semble au conseil dudit roy d'Angleterre que la réception
-desdites appellacions n'a pas esté bien faite né ordenéement,
-né en gardant la paix et amour telle comme elle doit estre
-par ledit traictié et par les aliances faites entre les deux
-roys.)</p>
-
-<p>«&nbsp;Que, sauve la grace des proposans, ladite réception
-d'appellacions a bien et duement esté faite, né le roy de
-France ne le povoit né devoit refuser, comme dit est dessus ;
-et en ce n'a rien fait contre la paix, mais selon la forme et
-teneur d'icelle.&nbsp;»</p>
-
-<p>(Et quant à ce que contenu est audit article que ladite
-réception d'appellacions est faite en grant injure et vitupère
-de la maison d'Angleterre et pourra estre occasion de grant
-rébellion des subgiés et aussi d'enfraindre ladite paix, se
-remède n'y est mis briefment.)</p>
-
-<p>«&nbsp;Que, en ce faisant, le roy de France n'a fait né voulu
-faire aucune injure au roy d'Angleterre né à autres. Car les
-choses qui sont faites deuement par justice et selon raison
-et exécucion de droit ne peuvent causer injure né deshonneur.
-Et aussi ladite réception d'appellacions ne donne
-aucune occasion de rebellion aux subgiés ; ainsois donne
-occasion d'obéissance. Car appellacion est remède et bénéfice
-de droit, et pour garder les subgiés d'oppression et
-pour oster toute voie de fait. Et aussi le roy de France, en
-ce faisant, n'a donné aucune occasion d'enfraindre la paix
-parce que dit est, né par ce né autrement n'en voudroit
-donner cause né occasion.&nbsp;»</p>
-
-<p>(Et quant à ce que contenu est audit article que le roy
-d'Angleterre s'est bien desporté de soi appeler et porter
-pour roy de France, et que aussi bien se peust estre desporté
-le roy de France de recevoir lesdites appellacions.)</p>
-
-<p>«&nbsp;Que ces deux choses sont trop despareilles ; car soy
-appeler et nommer roy de France regarde la volenté et intérest
-seulement dudit roy d'Angleterre, mais recevoir les
-appellacions ou non ne regarde mie seulement l'intérest du
-souverain ; ainsois regarde principalement l'intérest des
-subgiés appelans, afin qu'il soient pourveus contre les oppressions
-des seigneurs demainiers, et pourveu à la requeste
-et instance des appelans. Et comme astraint à faire justice
-a receu le roy de France lesdites appellacions, donné rescript
-à icelles, et fait ce que seigneur souverain puet et doit
-faire en tel cas par justice et par raison, et n'a en rien usé
-par voie de fait.&nbsp;»</p>
-
-<p>(Et quant à ce que contenu est en la fin dudit article que
-sé le roy veult réparer les attemptas et remettre les appelans
-en l'obéissance dudit roy d'Angleterre et faire les renonciations
-qui sont à faire de sa partie et ycelles envoie au
-roy d'Angleterre par ses lettres ouvertes, le conseil du roy
-d'Angleterre pense que le roy d'Angleterre fera celles que
-faire devra par le traictié de la paix.)</p>
-
-<p>«&nbsp;Que, sauve la grace des proposans, l'offre des conclusions
-dessusdites n'est pas raisonnable par pluseurs raisons :
-La première, car le roy de France n'a fait aucuns attemptas
-contre ladite paix en recevant lesdites appellacions ; ainsois
-a fait ce qu'il povoit et devoit faire pour ladite paix : et
-aussi par ladite appellacion, les appelans sont exemps dudit
-roy d'Angleterre et du prince son fils et demeurent en l'obéissance
-du roy de France ; et ainsi il n'est tenu de les
-remettre en l'obéissance du roy d'Angleterre ou du prince,
-s'il n'estoit premièrement cogneu des appellacions et qu'il
-feust dit et jugié que il eussent mal appelé, au quel cas le
-roy de France feroit ce qu'il devroit, ainsi comme il l'a
-accoustumé de faire en cas semblable. La seconde raison :
-car le roy de France, par le traictié de la paix, n'est tenu de
-renoncier premièrement né avant que le roy d'Angleterre ; né
-premièrement ne doit pas envoier ses lettres : ainsois il y a
-certaine forme autre qu'il n'est contenu en l'offre du roy
-d'Angleterre dessus esclaircie. La tierce raison : que le roy
-d'Angleterre n'offre pas à faire les renonciations qui sont à
-faire de sa partie, supposé que le roy de France les féist de sa
-partie ; ainsois dit le conseil du roy d'Angleterre qu'il pense
-que le roy d'Angleterre les feroit, laquelle chose ne souffist
-pas, considéré la forme du traictié de la paix. La quarte
-raison : car le roy d'Angleterre n'offre pas à envoier les personnes
-devant lesquelles le roy de France devroit faire lesdites
-renonciations ; et aussi ne requiert pas que le roy de
-France luy envoie personnes devant lesquelles il les fera,
-lesquelles choses il convenist par le traictié de paix. La
-quinte raison : car le roy d'Angleterre par ladite bille ou
-cédulle veult que le roy de France luy délivre certaines
-terres, lesquelles, par le traictié de la paix, ne regardent en
-rien le fait des renonciations, si comme Monstereul sur la
-mer, les quatre homaiges dessusdis, la terre de l'angle et
-pluseurs autres, lesquelles ledit roy d'Angleterre veult
-avoir pour ce qu'il dit qu'il y a droit et qu'il en est bien
-enformé ; et le roy de France dit que elles ne doivent point
-appartenir au roy d'Angleterre par le traictié de la paix :
-et n'en veult point estre juge en sa cause, ainsois en veult
-estre jugié par le pape et l'églyse de Rome, à qui les parties
-se sont soubmises, ou par commissaires esleus ou à eslire des
-parties, ainsi comme autrefois a esté fait. La sixte raison : car
-le roy d'Angleterre, par ladite bille ou cédulle, veult que le
-roy de France luy baille lesdites terres et luy face formelment
-et clerement tout ce qu'il requiert ; et il offre en général
-à faire au roy de France ce que faire devra, laquelle chose
-cherroit en cognoissance de cause, et est obscure et incertaine ;
-car aux requestes du roy de France n'a fait né voulu
-faire le roy d'Angleterre né son conseil aucune particulière
-né certaine response, jasoit ce que pluseurs fois luy ait esté
-requis. Parquoy puet apparoir clerement et très évidemment
-que les responses, offres, conclusions et autres choses
-contenues en ladite bille ou cédulle, sauve la grace des opposans,
-ne sont mie raisonnablement baillées ou proposées,
-espécialment par la forme et manière comprise en ladite
-bille ou cédulle. Et quant le roy d'Angleterre et son conseil
-vouldront requérir ou offrir aucunes choses raisonnables
-et selon la forme de la paix ; et aussi feront et vouldront
-faire de leur partie ce qu'il doivent faire sur les requestes
-que le roy de France leur a fait faire par ses dis messages
-envoiés darrenièrement en Angleterre, tant sur le fait du
-widement des compaignies et sur les dommaiges qu'il ont
-fait au royaume de France, comme sur les autres choses
-touchant le traictié de la paix, le roy de France fera très
-volentiers ce que faire devra de sa partie.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, dit le roy de France et son conseil, afin qu'il
-appère à tout homme que tout ce qu'il a fait a esté fait
-bien et duement, et par voie de justice, et sans faire aucune
-chose contre la paix ; que, par le traictié de la paix et par ce
-que dit est dessus appert évidemment que les souverainetés et
-ressors des terres bailliées par la paix au roy d'Angleterre
-en demaine et aussi de celles qui lui doivent demourer par
-la paix appartiennent et demeurent au roy de France en
-tel estat comme elles estoient au temps de ladite paix, puisqu'il
-n'y a renoncié. Et ainsi le dit clèrement la clause :
-<i>c'est assavoir</i>. Et aussi est-il certain et appert par ladite
-bille ou cédulle et par la confession du roy d'Angleterre et
-de son conseil que le roy de France n'y a point renoncié.
-Et par icelle bille ou cédulle il requièrent que le roy de
-France face les renonciations auxdites souverainetés et
-ressors, ce que il ne requéissent pas sé il y eust renoncié,
-et par conséquent en povoit et puet user, passé le terme de
-ladite surséance qui duroit jusques à ladite feste St-Andrieu,
-l'an soixante-un.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que, ce nonobstant, le roy d'Angleterre et le prince
-son fils, ont entrepris et actempté contre icelles souverainetés
-et ressors en plusieurs manières, et se sont efforciés
-d'icelles approprier et attribuer à eux, et icelles dénier et
-empeschier au roy de France auquel seul et pour le tout
-elles appartenoient et appartiennent comme est dit dessus.
-Premièrement le roy d'Angleterre et son gouverneur-général
-de Pontieu, qui est pardessus tous les officiers de Pontieu
-et lequel le roy d'Angleterre ne peut désavouer, a
-ordené et publié audit Pontieu que tous ceux qui appelleroient
-du séneschal de Pontieu audit gouverneur comme
-à siège souverain et derrain, duquel l'en ne puist partir sé
-non par proposition d'erreurs comme on fait en parlement,
-et après ladite ordenance a donné pluseurs ajournemens
-pardevant luy et ceux qui avecques luy seroient aux appellans
-des sentences au jugement dudit séneschal ; duquel séneschal
-de tout temps on doit et est accoutumé d'appeller
-au baillif d'Amiens sans moien<a id="FNanchor_277" href="#Footnote_277" class="fnanchor">[277]</a> : et ce ont fait ledit gouverneur,
-le trésorier de Pontieu et autres officiers dudit Pontieu,
-de l'autorité et volenté dudit roy d'Angleterre et de son
-conseil d'Angleterre, né autrement ne l'eussent osé faire né
-si grant chose entreprendre. Et aussi est venu à la connoissance
-dudit roy d'Angleterre et de son conseil, et l'ont
-souffert et consenti expressément ou taisiblement ; et aussi
-ne puet ledit gouverneur estre désavoué comme dit est
-selon raison, la coustume, et usaige et commune observance
-de la court souveraine, espécialment en fait de justice et en
-ce qui puet cheoir en administration et gouvernement de
-païs.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_277" href="#FNanchor_277"><span class="label">[277]</span></a> <i>Sans moyen</i>. Sans intermédiaire.</p>
-</div>
-<p>»&nbsp;Item, que lesdis gouverneur et trésorier de Pontieu,
-considérans qu'il ne povoient par raison né devoient entreprendre
-ledit ressort, s'efforcièrent d'enduire les subgiés de
-Pontieu à ce qu'il voulsissent requérir que ledit ressort leur
-feust baillié comme souverain et final, sans plus ressortir
-au roy de France né à sa court de parlement ; et firent
-assembler à Abbeville, en l'églyse de Saint-Pierre, les gens
-d'églyse, les nobles et les bonnes villes de Pontieu, et leur
-baillièrent ou firent baillier une requeste ou supplicacion
-contenant que lesdis subgiés requéroient et supplioient
-avoir ledit ressort par devers ledit gouverneur ; et avoit en
-icelle supplicacion pluseurs queues pour y mettre les
-seaux desdites gens d'églyse, nobles et bonnes villes, et leur
-requéroit-on que ainsi le voulsissent faire : mais lesdis subgiés,
-comme bien avisés et conseilliés, respondirent d'un
-commun assentiment qu'il n'en requéroient riens et qu'il
-ne savoient pas que le roy de France eust renoncié à ses
-souverainetés et ressors, né qu'il les eust transportés au roy
-d'Angleterre ; et que sur ce, ledit roy d'Angleterre et son
-conseil féissent ce que bon leur sembleroit. Et d'icelle supplicacion
-sera bien monstrée la copie sé mestier est ; et
-estoit icelle supplicacion getée et ordenée par le conseil du
-roy d'Angleterre, et contenoit, contre vérité, que le roy
-de France n'avoit audit pays de Pontieu aucune souveraineté,
-et que la seigneurie d'iceluy païs estoit toute séparée
-du royaume de France.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que, ce nonobstant, ledit gouverneur ordena ledit
-ressort, iceluy fist publier, et en a usé et donné pluseurs
-ajournemens en cause d'appel, comme dit est dessus, et en
-entreprenant lesdites souverainetés et en eux efforçant
-d'icelles attribuer à eux, contre raison, et contre la teneur de
-ladite paix.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que ledit roy d'Angleterre, lesdis gouverneur et
-trésorier ont requis et fait requérir à pluseurs nobles et
-subgiés dudit Pontieu qu'il feissent seremens d'estre avec
-le roy d'Angleterre contre toutes personnes qui pevent vivre
-et mourir, le roy de France ou autres. Et en y a pluseurs
-qui l'ont fait ainsi par doubtance, si comme l'en dit, et à
-ceux qui ne le voulurent faire en saisissent leur terres et
-leur fiefs, et tient-on communelment que Ringois<a id="FNanchor_278" href="#Footnote_278" class="fnanchor">[278]</a> d'Abbeville
-a esté mort pour ce qu'il ne voult faire ledit serement
-contre le roy de France ; et fu mené en Angleterre, et après
-ce qu'il a esté longuement prisonnier détenu, sans lui vouloir
-ouvrir voie de droit né à ses amis qui le poursuivoient,
-on l'a fait saillir des dunes du chastel de Douvre en la mer.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_278" href="#FNanchor_278"><span class="label">[278]</span></a> <i>Ringois</i>. Variante : <i>Aingois</i>.</p>
-</div>
-<p>»&nbsp;Item, que par icelle meisme manière l'a fait et s'est
-efforcié de faire ledit roy d'Angleterre et aussi le prince
-son fils, au païs de Guyenne, en prenant leur homaiges ; et
-ainsi le confessent-il et est contenu en ladite bille du
-conte d'Armignac et du sire de Lebret, qu'il ont fait leur
-homaige au roy d'Angleterre comme seigneur souverain ; et
-que ainsi l'ont reçu le roy d'Angleterre et le prince son fils.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que ledit roy d'Angleterre et le prince son fils,
-tant en Pontieu comme en Guyenne, ont occupé et occupent
-de fait la seigneurie et connoissance des causes touchant les
-églyses cathédraux et autres églyses de fondation royale, de
-ce que icelles églyses tiennent soubs eux ; et toutesvoies icelles
-églyses sont de la souveraineté et ressort du roy de
-France seul et pour le tout, né oncques n'y renonça comme
-dit est dessus. Et supposé que le roy ait mandé par ses lettres
-à aucunes villes, seigneurs ou païs qu'il obéissent au
-roy d'Angleterre par la manière qu'il ont fait au temps aux
-roys de France, c'est à entendre comme à seigneur en demaine,
-et selon la forme de la paix laquelle est contenue par
-exprès en la clause : <i>c'est à savoir</i>, que les souverainetés et
-ressors des païs bailliés en demaine au roy d'Angleterre au
-royaume de France, demeurent au roy de France en l'état
-que elles estoient au temps de la paix, sans ce que elles
-puissent estre dites ou transportées au roy d'Angleterre par
-lettres contenues au traictié de la paix, né autres données
-ou à donner par dit, par fait né autrement par quelconque
-manière que ce soit, jusques à ce que le roy de France y ait
-renoncié expressément et bailliées ses lettres ouvertes au
-roy d'Angleterre ; laquelle chose il ne fist oncques.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que ledit prince a pris ou fait prendre et mettre
-en prison maistre Bernart Palot et monseigneur Jehan de
-Chaponnal, commis ou députés, de par le roy de France ou
-de par son séneschal à Toulouse, à présenter audit prince
-les lettres du roy de France ; par lesquelles ledit prince
-estoit adjourné, en cause d'appel, pardevant le roy ou sa
-court de parlement à Paris, à l'instance et requeste dudit
-conte d'Armignac ; et les a détenus prisonniers pour lonc-temps,
-et encore détient en très grand contempt et mesprisement
-du roy et de sa souveraineté<a id="FNanchor_279" href="#Footnote_279" class="fnanchor">[279]</a>, et en actemptant
-et entreprenant contre icelles souverainetés.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_279" href="#FNanchor_279"><span class="label">[279]</span></a> Le manuscrit de Charles V porte sur la marge, à côté de ces mots :
-No. <i>Que il les fist morir</i>. &mdash; Bernard Palot étoit un docteur, juge du roi
-à Toulouse, comme on le verra vers la fin de l'année 1377.</p>
-</div>
-<p>»&nbsp;Item, que ledit prince, au contempt de ladite appellacion,
-fait guerre ouverte contre ledit conte d'Armignac et ses
-adhérens, et procède contre ledit conte et contre iceux par
-voie de guerre et de fait le plus efforcément qu'il puet ; et
-font mourir et mettre à mort tous les appellans qu'il trouvent
-et leur adhérens. Et en ce faisant n'est pas doute qu'il
-fait guerre contre le roy de France, considéré que lesdis
-apellans, par ladite appellacion et durant icelle, sont exemps
-dudit prince et sont en l'obéissance, sauve-garde et proteccion
-du roy ; et ne leur puet ledit prince meffaire qu'il ne
-mefface au roi de France et à sa souveraineté.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que le roy d'Angleterre, en la guerre entreprise
-et rebellion dessus dite, soustient et a soustenu, conforté et
-aidié ledit prince son fils, et luy a envoié et envoie tous les
-jours gens d'armes et archiers pour faire guerre auxdis
-appellans, et par conséquent ne puet désavouer le fait dudit
-prince son fils.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que le roy d'Angleterre et le prince son fils ont
-pris à leur soldées et gaiges pluseurs gens de compaignies,
-ennemis du roy et du royaume de France, pour faire guerre
-contre lesdis appellans, en aidant et confortant iceux et en
-les receptant en leur terres et seigneuries. Laquelle chose
-il ne pevent faire par les aliances des deux roys, et une
-partie desdites compaignies font demourer au royaume de
-France à Chastel-Gontier et ailleurs, pour iceluy royaume
-grever et domaigier.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que en ce faisant monstrent-il clèrement que il
-ont lesdites compaignies soustenues, aidiées et confortées
-au temps passé, et que elles sont et ont bien esté en leur
-commandement, et qu'il avoient bien la puissance de les
-empeschier à entrer au royaume de France et de les faire
-widier et mettre hors s'il leur eust pleu ; ainsi comme tenus
-y estoient par lesdites aliances.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, qu'il n'est pas doubte que en ce faisant, il ont
-fait contre les bulles et les procès du pape, et en encourant
-les peines et sentences contenues en icelles, puisqu'il se
-aident et se sont aidiés desdites compaignies et icelles confortées
-et aidiées contre le royaume de France, et aussi puisque
-ils les povoient retraire dudit royaume et il ne l'ont fait,
-et par spécial leur subgiés nés de leur terres et seigneuries.
-Et ainsi sont par lesdites bulles et procès tous leur subgiés
-et vassaux quittes et absous de tous homaiges et seremens
-èsquiels il leur estoient tenus et astrains, et puet le roy de
-France assigner et mettre en sa main toutes les terres,
-seigneuries qu'il tiennent en demaine au royaume de
-France.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que darrenièrement ont les gens du roy d'Angleterre
-chevauchié en Pontieu par manière de guerre, et bouté
-feux en la maison du seigneur de Chastillon, et fait pluseurs
-autres choses par voie de fait et de guerre contre droit et les
-seremens devant fais.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que en ce faisant, il appert clèrement que lesdis
-roy d'Angleterre et prince ont commencié à procéder contre
-le roy de France par voie de guerre et de fait, en venant et
-en enfraignant icelle ; et en pluseurs autres manières ont
-entrepris sur le roy de France et sur son royaume et contre
-ses souverainetés, lesquelles choses et explois seroient trop
-lonc à reciter. Et par les rebellions, désobéissances, actemptas,
-mesprisemens et abus dessus dis, ont tant meffait lesdis
-roy d'Angleterre et prince envers le roy de France et sa souveraineté,
-qu'il puet et luy loit<a id="FNanchor_280" href="#Footnote_280" class="fnanchor">[280]</a> par raison et par bonne
-justice assigner et mettre en sa main tous les demaines que
-lesdis roy d'Angleterre et prince ont au royaume de France,
-tant en païs coustumier comme en païs de droit escript.
-Et s'il y a aucuns subgiés ou autres habitans ou demourans
-en iceux demaines, le roy leur puet requérir que il obéissent
-à luy et à ses gens en ce faisant, et il y sont tenus d'obéir
-comme à leur seigneur souverain. Et s'il y a aucuns subgiés
-ou autres qui en ce fassent désobéissance ou rebellion, le
-roy de France les puet, sans offence de justice, faire par sa
-puissance et par main armée venir à obéissance, et faire
-tant que la force soit sienne ; et en ce, ne peut-on dire ou
-noter voie de guerre ou de fait, mais que droite et bonne
-justice ; né par ce on ne puet dire que le roy ait commencié
-guerre né fait contre la paix en aucune manière.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_280" href="#FNanchor_280"><span class="label">[280]</span></a> <i>Luy loit</i>. Lui est loisible.</p>
-</div>
-<p>»&nbsp;Item, que pour les causes dessus dites et à la conservacion
-de ses souverainetés et en usant d'icelle, a le roy de
-France assigné et mis en sa main comme seigneur souverain
-aucunes villes et lieux qui estoient du demaine du roy
-d'Angleterre : et où il a trouvé obéissance, il y a mis gens
-de par luy, pour icelles villes et lieux tenir et garder en sa
-main ; et où il a trouvé désobéissance, il les y contraint par
-sa puissance et par la manière qui luy loit à faire. Et ainsi
-le peut-il faire et continuer, s'il lui plaist, par tous les autres
-lieux et demaines que lesdis roy d'Angleterre et prince
-ont au royaume de France, et en la souveraineté d'icelui.</p>
-
-<p>»&nbsp;Et par ce que dit est dessus, puet apparoir clèrement à
-tout homme que tout ce que le roy de France a fait tant en
-Pontieu comme en Guyenne sur les demaines que le roy
-d'Angleterre y tenoit, il l'a fait par voie de justice et de raison,
-et ainsi comme il luy loisoit à faire comme à seigneur
-souverain ; et n'a en rien procédé par voie de guerre né de
-fait ; et que le roy d'Angleterre et le prince son fils ont
-procédé desraisonnablement et par voie de fait, et commencié
-la guerre contre le roy de France et ses subgiés, et
-en venant par pluseurs fois et par pluseurs manières contre
-le traictié de la paix.</p>
-
-<p>»&nbsp;Et pour ce que plus clèrement appère l'entendement
-des choses dessus dites, et pour monstrer les justificacions
-du roy de France en ces choses, s'ensuivent ci-après aucunes
-requestes que le roy de France luy deut faire par le traictié
-de la paix, et lesquelles les messaiges du roy de France
-dessus dis ont faites audit roy d'Angleterre ; mais iceluy roy
-d'Angleterre né son conseil n'y ont fait né voulu faire
-response.</p>
-
-<p><i>La première</i>. »&nbsp;Comme audit traictié entre les autres
-choses est contenu au vint-septiesme et au vint-huitiesme articles
-et sur ce faites lettres des deux roys, que le roy
-d'Angleterre est tenu de faire widier et délivrer, à ses propres
-coux et frais, toutes les forteresses prises et occupées
-par luy, par ses subgiés, adhérens ou aliés au royaume de
-France, en quelque partie que ce soit, excepté celles du
-duchié de Bretaigne et des païs et terres qui doivent
-appartenir et demourer audit roy d'Angleterre, et le devoit
-avoir fait dedens la Chandeleur qui fu l'an mil trois cens
-soixante ; et en icelles lettres sont nommées par exprès lesdites
-forteresses occupées audit royaume ou grant partie
-d'icelles. Item, que ledit roy d'Angleterre ne fit widier né
-délivrer lesdites forteresses dedens ledit terme de la Chandeleur.
-Item, que celles qui furent widiées après ladite
-Chandeleur, ou grant partie d'icelles, ne l'ont point esté
-par ledit roy d'Angleterre né à ses frais né despens, comme
-faire le devoit ; ainsois l'ont été aux frais et despens du roy
-et de ses subgiés et des païs où lesdites forteresses étoient
-assises. Item, que aucunes des forteresses ne furent oncques
-délivrées, ainsois ont toujours esté occupées et encores sont
-par ledit roy d'Angleterre ou par ses subgiés ou aliés, c'est
-assavoir la Roche-de-Pesay<a id="FNanchor_281" href="#Footnote_281" class="fnanchor">[281]</a> ; et toutesvoies ladite Roche-de-Pesay
-est par exprès nommée audit traictié entre les
-forteresses qui devoient être widiées et délivrées au païs de
-Tourraine. Item, par la faute dudit widement, ceux qui
-demourèrent ès dites forteresses pour ledit roy d'Angleterre
-ont pillié, gasté et destruit le païs pour le temps qu'il y
-ont esté, et aussi durement où pou s'en failloit comme
-il faisoient durant la guerre, levé nouvelles raençons et fait
-tout le mal qu'il povoient. Item, que par ce a convenu que
-les païs où lesdites forteresses estoient aient acheté lesdis
-fors<a id="FNanchor_282" href="#Footnote_282" class="fnanchor">[282]</a> à grans sommes de deniers, pour ce que le roy d'Angleterre
-ne les faisoit pas widier, nonobstant qu'il en feust
-pluseurs fois sommé et requis ; et jà soit ce que le roy de
-France eust fait de sa partie ce que faire devoit pour ledit
-widement : et seront bailliées, toutesvoies que besoin sera,
-par déclaration, les forteresses rachetées aux despens du
-roy et du pays. Item, que en ces choses le roy et ses subgiés
-ont esté domaigiés jusques à très grans sommes aussi comme
-inestimables, à déclarer quant temps sera, et desquelles
-choses le roy doit estre desdommaigié par le roy d'Angleterre.&nbsp;»</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_281" href="#FNanchor_281"><span class="label">[281]</span></a> <i>La Roche de Pesay</i>. Aujourd'hui <i>Laroche-Posay</i>, sur les limites de
-la Touraine et du Poitou.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_282" href="#FNanchor_282"><span class="label">[282]</span></a> <i>Fors</i>. Forteresses.</p>
-</div>
-<p><i>La seconde</i>. »&nbsp;Comme entre les deux roys par ledit traictié
-de la paix, soient faites et passées alliance contre toutes personnes,
-excepté le pape et le saint-siège de Rome et l'empereur
-qui est à présent, pour eux, leur enfans, leur hoirs et
-successeurs, leur royaumes, terres et subgiés quelconques ;
-et entre les autres choses soit contenu en icelles alliances,
-que le roy d'Angleterre ne soufferra aucun de ses subgiés
-né autres quelconques aler né entrer au royaume de France,
-né en autre terre du roy, ses enfans, hoirs ou successeurs,
-pour y faire guerre, domaige ou offense aucune, à gaige, à
-service d'autrui né autrement, par quelconque manière ou
-cause que ce soit ; ainsois les empeschera ou destourbera
-de tout son pouvoir, et les ennemis ou malveillans du roy
-au royaume de France ne receptera en son royaume ou
-aucunes de ses terres, né aide ou confort ne leur fera ; et sé
-aucun de ses subgiés faisoient le contraire, ou aussi une
-guerre villaine ou domaige au roy ou au royaume de France,
-par ses successeurs ou subgiés il les pourroit ou feroit
-pugnir si grandement qu'il seroit example à tous autres ;
-et de tout son pouvoir feroit réparer et adressier tous les
-domages, actemptas ou entreprises fais à l'encontre ; et sé il
-faisoit, procuroit ou souffroit sciemment le contraire estre
-fait, il vouloit encourir les peines contenues ès-dites alliances.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, qu'il n'est pas doubte que par lesdites alliances
-le roy d'Angleterre estoit et est tenu et obligié à destourber
-et empeschier de tout son povoir et procurer et faire diligence
-par deffenses, inhibicions et de toutes autres manières
-qu'il poroit, que aucun de ses subgiés n'entrast au royaume
-de France pour y faire guerre ou domaige par manière de
-compaignies à service ou gaiges d'autruy, ou autrement par
-quelconque cause que ce soit ; et aussi il estoit et est obligié
-s'il faisoit le contraire de faire réparer et adressier les
-seurprises ou actemptas fais par ses subgiés, laquelle chose
-il devoit faire en les contraingnant à widier le royaume
-de France, et faisant redressier les domaiges qu'il avoient
-fais : autrement les actemptas ne seroient pas adressiés né
-réparés.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que selon lesdites alliances puisque le roy d'Angleterre
-estoit tenu de destourber et empeschier que ses
-subgiés n'entrassent au royaume de France pour y faire
-guerre, par semblable voie et par plus forte il estoit tenu,
-s'il y entroient ou faisoient guerre, de les faire widier et
-retraire dudit royaume.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que par exprès il est retenu ès-dites alliances,
-comme dit est dessus, que ledit roy d'Angleterre ne soufferra
-point le contraire sciemment ; lesquelles paroles emportent
-que sé il le scet et vient à sa connoissance, qu'il les
-fera widier et les empeschera de tout son pouvoir, autrement
-il se soufferroit sciemment et seroit contre lesdites
-alliances et promesses.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que par lesdites alliances, ledit roy d'Angleterre
-est tenu à trois choses : premièrement de non souffrir les
-subgiés faire guerre ou domaige au royaume de France ;
-secondement il est tenu de les destourber ou empeschier ;
-et tiercement il est tenu sé il font le contraire de réparer et
-adressier leur entreprise et actemptas, et par conséquent de
-les faire widier du royaume de France, comme dit est
-dessus, soit qu'il soient entrés par manière de compaignies
-à service ou gaiges d'autrui, ou autrement : et aussi doit
-rendre et restablir ou faire rendre et restablir tous les
-domaiges que le roy, son royaume et ses subgiés ont eu et
-soustenu pour celle cause, et aussi ne les doit récepter,
-né à iceux prester conseil, confort ou aide en aucune manière.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que par lesdites alliances, ledit roy d'Angleterre
-est obligié de faire les choses dessus dites de tout son povoir,
-lesquelles paroles sont à entendre civilement et raisonnablement
-et de tel povoir que le roy d'Angleterre a sur ses
-subgiés ; c'est assavoir, qu'il leur doit mander et commander
-qu'il wident le royaume, et sé ils n'obéissent à ses
-commandemens il les y doit contraindre par sa puissance
-et main armée et ce emportent les paroles : <i>de tout son
-povoir</i>, lesquelles sont à entendre <i lang="la" xml:lang="la">cum effectu</i>.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que, ce nonobstant, les subgiés du roy d'Angleterre
-et du prince, tant d'Angleterre comme de Guyenne,
-ont esté au royaume de France, tant par manière de compaignies
-comme autrement, et y ont fait guerre et tous les
-domaiges, excès et maléfices que l'en pourroit dire né
-desclairer, et ont esté pour la grant partie du temps depuis
-le traictié de la paix, et encores y sont à présent et ont esté
-dès la derrenière venue par l'espace d'un an continuellement
-et plus, sans en partir ; tous ou la plus grant partie
-subgiés et des terres et de l'obéissance dudit roy d'Angleterre
-et du prince son fils ; et y ont fait et y font de jour en
-jour domaiges et excès irréparables et aussi comme inestimables<a id="FNanchor_283" href="#Footnote_283" class="fnanchor">[283]</a>,
-et grant partie des pillages portés, réceptés et
-vendus en Guyenne.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_283" href="#FNanchor_283"><span class="label">[283]</span></a> La fin de cet alinéa et le suivant ont été omis dans les éditions précédentes.</p>
-</div>
-<p>»&nbsp;Item, que il est venu à la connoissance dudit roy
-d'Angleterre, que lesdites compaignies estoient au royaume,
-et l'en a le roy de France, par pluseurs fois, sommé et
-requis qu'il les voulsist faire widier et partir du royaume
-de France et faire reparer les domaiges et actemptas que
-fais avoient ; laquelle chose le roy d'Angleterre et le prince
-n'ont pas fait, jà soit ce que faire le peussent et deussent
-selon le traictié de la paix.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que supposé que ledit roy d'Angleterre leur ait
-fait faire aucuns commandemens de bouche de widier le
-royaume, ce ne doit pas souffire ; car puisqu'il n'obéissent
-à ses commandemens, il les doit contraindre de fait, autrement
-il ne faisoit pas bien son devoir né son povoir.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que ledit roy d'Angleterre, tant pour lesdites
-alliances comme par une lettre appellée <i>exécutoire</i> passée à
-Calais, doit punir les dessus dis, ses subgiés, qui feront
-guerre ou domaige audit royaume de France pour quelconque
-cause que ce soit comme traistres, et en la manière
-qu'il est acoustumé à faire en crime de lèse majesté s'il les
-puet appréhender, ou bannir de son royaume s'il sont
-absens, et leur biens ou terres confisquer, sans iceux jamais
-récepter en son royaume, s'il ne se partent du royaume de
-France, dedens un mois après ce que il en auront esté
-sommés et requis par aucun des gens dudit roy d'Angleterre
-ou autre personne publique ; de quoi rien n'a esté
-fais, ainsois sont et viennent pluseurs d'iceux par le
-royaume d'Angleterre et par Guyenne, et aussi joyssent de
-leurs biens paisiblement.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que pour les choses dessus dites et occasion
-d'icelles, le roy de France a esté domaigié irréparablement
-et ses subgiés jusques à sommes ainsi comme inestimables,
-et desquelles choses le roy de France doit estre desdomaigié
-par le roy d'Angleterre et lesquelles choses seront bien
-esclaircies et montrées.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, et avecques ce, fasse le roy d'Angleterre royalment
-et de fait widier les gens des compaignies qui sont au
-royaume de France, spécialment ceux qui sont de ses terres
-et seigneuries et du prince son fils ; et que de ce fasse tout
-son povoir par la manière que contenu est èsdites alliances.
-Et plaise au roy d'Angleterre dire aux messaiges du roy de
-France à cette fois ce qui l'en plaira faire ; car le roy de
-France tient que le roy d'Angleterre y est tenu par le traictié
-de la paix et par lesdites alliances.&nbsp;»</p>
-
-<p><i>La tierce</i>. »&nbsp;Que comme esdites aliances, entre les autres
-choses soit convenu que sé aucun des deux roys requiert
-l'autre en son ayde, celui qui ainsi sera requis aidera le
-requérant et luy donra tout le bon conseil qu'il pourra aux
-despens du requérant : et il soit ainsi que ledit roy de
-France ait fait requérir le roy d'Angleterre par ses messaiges
-qui y furent derrenièrement qu'il voulsist mander et
-commander à ses subgiés que sé le roy de France les requéroit
-de luy servir contre les compaignies à ses despens qu'il
-luy aidassent, et que aussi voulsist mander au prince son
-fils que il commandast à ses subgiés de Guienne ; et mesmement<a id="FNanchor_284" href="#Footnote_284" class="fnanchor">[284]</a>
-qu'il y en avoit aucuns qui estoient ses hommes
-et le devoient servir contre autres personnes que contre le
-roy d'Angleterre ou ses enfans. Laquelle requeste fu plainement
-reffusée auxdis messaiges du roy, soubs couleur que
-le conseil dudit roy d'Angleterre disoit que le roy d'Angleterre
-avoit à faire de gens d'armes ou doubtoit d'en avoir à
-faire prochainement, et aussi disoit-il du prince. Sur quoy
-leur fu requis que il baillassent lesdis mandemens à leur
-subgiés de servir le roy à ses despens, comme dit est, au cas
-que ledit roy d'Angleterre ou le prince ne les manderoient
-ou embesogneroient pour fait de guerre qui leur survenist ;
-laquelle chose leur fu encore refusée. Et toutesvoies ledit
-roy d'Angleterre né aussi ledit prince n'avoient né depuis
-n'eurent aucune guerre pour laquelle il embesognassent
-ceux que le roy de France requéroit à avoir en son service
-à ses despens.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_284" href="#FNanchor_284"><span class="label">[284]</span></a> <i>Mesmement que</i>. Avec d'autant plus de raison que.</p>
-</div>
-<p>»&nbsp;Item, que, pour ce, en y a eu pluseurs de la duchié de
-Guyenne qui n'ont osé venir au service du roy, et aucuns
-qui y sont venus n'y vindrent pas si tost que le roy en eust
-besoin ; et en ce a esté le roy et ses subgiés grandement
-domagié et irréparablement.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que les gens du roy nostre sire estant devant Faye-la-Vigneuse
-où lesdites compaignies estoient, en entencion
-d'icelles compaignies combattre, le séneschal de Poitou, où
-autres gens ou officiers du prince firent commandement de
-par le prince à pluseurs seigneurs qui tiennent aucunes
-terres du prince, que il se partissent de d'avec les autres
-gens du roy nostre sire, et que, sur quanque il se pouvoient
-meffaire envers ledit prince, ne feussent avec les gens du
-roy nostre sire né mefféissent auxdites compaignies.</p>
-
-<p><i>La quarte</i>. »&nbsp;Que comme pluseurs gens de compaignies des
-terres et seigneuries du roy d'Angleterre et du prince fussent
-au royaume de France et iceluy gastassent et pillassent
-en faisant tous les maux et domaiges que l'en sauroit réciter,
-et pour résister à leur male volenté et iceux faire partir et
-widier le royaume de France où il estoient, les séneschaux
-de Thoulouse et de Carcassonne et autres officiers, vassaux
-et subgiés du roy de France, se fussent assemblés au lieu
-de Lisledieu au pouvoir du roy nostre sire, les gens et subgiés
-du prince confortèrent et aidièrent les dessusdis des
-compaignies par tele manière que les gens de la partie du
-roy de France furent desconfis, mors et pris, et lesdis séneschaux
-et pluseurs barons, vassaux et subgiés du roy menés
-et détenus prisonniers au povoir du prince et raençonnés,
-et les biens et pillages receus et receptés, et depuis furent
-mis les prisons à grans et excessives raençons ; et en ce
-a esté le roy de France et ses subgiés très grandement
-domagié.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que de réparer et adrécier les choses dessusdites
-fu le prince sommé et requis de par le roy de France et de
-par monseigneur le duc d'Anjou, et furent envoiés messages,
-lesquels firent lesdites requestes et baillèrent par
-escript audit prince ou à son chancelier pour luy et de son
-commandement.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que jasoit ce que le prince leur fist respondre
-qu'il estoit courroucié des domaiges qui estoient fais au
-royaume de France, et que il, quant il seroit retourné d'Espaigne,
-en feroit son adrecement, toutesvoies rien n'en fu
-fait en effet, si comme ces choses peuvent apparoir clerement
-par instrument publique fait et donné sus lesdites
-requestes et responses ; et a faillu que les officiers et subgiés
-du roy ou grant partie d'eux se raençonnassent très excessivement,
-et plus que faire ne deussent en guerre ouverte, et
-soustenissent pluseurs autres domaiges ; et doivent lesdis
-dommages estre restitués et réparés comme fais contre les
-alliances et traictié de la paix faite entre les deux roys.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, et oultre les choses dessusdites, nouvellement
-est advenu que Gursomile<a id="FNanchor_285" href="#Footnote_285" class="fnanchor">[285]</a> et autres capitaines desdites
-compaignies sont venus au royaume d'Angleterre à Londres
-et ailleurs, et là ont demouré et esté réceptés par pluseurs
-journées et y ont été rafreschis de chevaux, hernois,
-gens d'armes et archiers qu'il en ont menés et de toutes
-autres choses qu'il ont voulu avoir, et que plus est, dient
-aucuns qu'il ont esté au propre hostel du roy d'Angleterre
-receus et festoiés.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_285" href="#FNanchor_285"><span class="label">[285]</span></a> <i>Gursomile</i>. Variante : <i>Garsonailles</i>.</p>
-</div>
-<p><i>La quinte</i>. »&nbsp;Que comme par le traictié de la paix il soit
-dit, c'est assavoir au neuviesme article, que sé aucunes
-terres sont bailliées au roy d'Angleterre par le traictié de la
-paix, lesquelles ne furent autrefois des roys d'Angleterre,
-il les aura en l'estat que il estoient au temps dudit traictié ;
-et il soit ainsi que au temps de la paix et par avant, la royne
-Blanche tenoit paisiblement et prenoit par sa main la
-revenue de la commune paix de Rouergue au prix de dix
-mil livrées de terre ou rente ou environ ; et le prince ou
-ses subgiés pour luy détiennent et occupent de fait ladite
-commune paix de Rouergue, et ont levée par pluseurs
-années, né délivrer ne la veulent ; et toutesvoies la séneschaucie
-né la terre de Rouergue n'avoient onques esté au
-roy d'Angleterre avant ladite paix ; si soit ladite commune
-paix mise au délivre avec les arrérages qui en ont esté levé
-pour huit ans ou environ, qui montent pour chascun an
-dix mil livres ou environ.</p>
-
-<p><i>La sixiesme</i>. »&nbsp;Que comme par ledit traictié de la paix
-les souverainetés et ressors du roy nostre sire lui doivent
-demourer entièrement sans ce que le roy d'Angleterre en
-puisse ou doie user en aucune manière ; et il soit ainsi
-que le roy d'Angleterre et le prince son fils se sont efforciés
-et encore s'efforcent en pluseurs manières de user desdites
-souverainetés et ressors, si comme en Pontieu où il
-ont nouvellement ordené un siège d'appellacions pardevant
-le gouverneur de Pontieu, pour cognoistre des appellacions
-qui se feront du séneschal de Pontieu ; duquel séneschal
-l'en doit appeller sans moien au gouverneur du baillif d'Amiens
-et de là en Parlement à Paris, et ainsi il a esté fait
-de tous temps.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que le roy d'Angleterre, ses gens ou officiers pour
-luy, ont ordené en ladite conté de Pontieu, que quiconques
-appellera dudit séneschal, qu'il appelle audit gouverneur
-de Pontieu comme siège souverain et final ; et de fait ont
-donné ajournemens et rescrips en cause d'appel pardevant
-ledit gouverneur de Pontieu, en usurpant et entreprenant
-lesdites souverainetés et ressors.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, cognoissent et s'efforcent de cognoistre des causes
-touchans les églyses cathédraux et autres églyses de fondacion
-royal, laquelle chose nul ne puet faire que le seigneur
-souverain tant seulement ; et généralment s'efforcent
-de tout leur povoir de entreprendre à user desdites souverainetés
-et ressors, tant en Guyenne en donnant ajournemens
-en cause d'appel que autrement, jasoit ce que
-faire ne le pevent né ne doivent : ainsois en puet user le
-roy de France seul et pour le tout comme dit est.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que veues et considérées les choses dessusdites,
-lesquelles sont venues de nouvel à la cognoissance du roy
-de France, il appert que le roy d'Angleterre et le prince
-doivent cesser de user desdites souverainetés et ressors, et
-que tout ce que fait en ont doit estre rappelé et mis au
-néant.</p>
-
-<p><i>La septiesme</i>. »&nbsp;Que comme ledit roy d'Angleterre et le
-prince son fils, soubs umbre et couleur dudit traictié de la
-paix, aient occupé et de fait détiennent et occupent pluseurs
-villes, chasteaux, terres et lieux, lesquels, par ledit
-traictié, ne leur doivent estre bailliés, né à eux appartenir
-né demourer ; et aussi aient lesdis roys d'Angleterre et prince,
-par eux, leur gens et officiers, fait et exercé pluseurs explois
-de seigneurie et de justice en pluseurs lieux où il ne le
-povoient faire né devoient ; ainsois en appartient la justice
-et seigneurie au roy de France ou à ses vassaux et subgiés,
-lesquelles occupacions et explois seront déclarés sé besoin
-est. Si se doivent lesdis roy d'Angleterre et prince cessier
-et délaissier desdites occupacions et explois, et tout ce
-qu'il ont fait doit estre rappelé du tout et mis au néant ;
-et avec ce rendre et restituer tout ce qu'il en ont pris, levé
-ou emporté par eux, leur gens ou officiers.</p>
-
-<p><i>La huitiesme</i>. »&nbsp;Que comme le roy de France ait fait et
-accompli tout ce à quoy il estoit tenu par le traictié pour
-avoir la quinte partie des hostaiges nobles qui sont en
-Angleterre, que ladite quinte partie luy soit délivrée ; et
-pour ce demande ceux dont les noms s'ensuivent : c'est
-assavoir le conte de Harecourt, le seigneur de Montmorency,
-le conte de Porcien et le sire de Roye. &mdash; Par le roy
-en son conseil ou assemblée tenue à Paris le onziesme jour
-du mois de may, l'an mil trois cent soixante-neuf<a id="FNanchor_286" href="#Footnote_286" class="fnanchor">[286]</a>.&nbsp;»</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_286" href="#FNanchor_286"><span class="label">[286]</span></a> Le manuscrit de Charles V porte en marge l'observation suivante :
-<i>No : Que pour l'ocasion des choses dessusdites recommença guerre entre les
-deux roys de France et d'Angleterre.</i></p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXI.</h3>
-
-<p class="section">Le mariage de monseigneur de Bourgoigne et de madame
-Marguerite, fille du conte de Flandres.</p>
-
-
-<p>L'an mil trois cent soixante-neuf dessusdit, le dix-neuviesme
-jour du mois de juing, le mariage de monseigneur
-Phelippe, frère du roy de France et duc de Bourgoigne, et
-de Marguerite, fille de messire Loys conte de Flandres, fu
-fait et célébré en l'abbaye de Saint-Bavon de Gand par
-l'evesque de Tournay : et ot en ladite abbaye ce jour moult
-belle et notable feste. Et l'endemain, jour de mercredi,
-ledit duc de Bourgoigne donna à disner à toutes gens qui
-y vouldrent disner en l'abbaye de St-Père de Gand, en laquelle
-il estoit logié et en laquelle il estoit descendu le lundi
-précédent environ disner. Et jousta-l'en et fist-l'en moult
-belle feste le mardi, mercredi et jeudi ; et y furent le duc
-de Breban oncle dudit duc de Bourgoigne, et la duchesse
-de Breban, qui estoit tante de ladite Marguerite, duchesse
-de Bourgoigne ; et aussi avoit icelle Marguerite esté par
-avant femme du duc Phelippe de Bourgoigne, qui avoit
-esté trespassé l'an mil trois cent soixante-un, et ainsi fu
-duchesse de Bourgoigne deux fois. Et par le traictié de ce
-derrain mariage fait le dix-neuviesme jour de juin, comme
-dit est, les villes de Lille, de Douay et d'Orchies, avec les
-chastiaux et chastellenies et toutes les appartenances, furent
-bailliées audit conte lors de Flandres, par certaines manières
-et condicions, si comme par le traictié puet apparoir,
-dont la teneur ensuit :</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXII.</h3>
-
-<p class="section">Le traictié du mariage.</p>
-
-
-<p>«&nbsp;Traictié et accordé est par nous Pierre, evesque
-d'Aucerre, Gauchier, seigneur de Chasteillon, et maistre
-Arnaud de Corbie, au nom et pour le roy nostre sire, qui
-estions envoiés de par lui pour traictier du mariage de monseigneur
-le duc de Bourgoigne et madame Marguerite,
-fille monseigneur de Flandres, duchesse de Bourgoigne,
-par vertu de certaine commission et povoir à nous sur ce
-baillié de par le roy, d'une part ; et le conseil monseigneur
-le conte de Flandres, au nom et pour ledit conte, d'autre,
-en la manière qui s'ensuit. Premièrement pour sanctifier et
-faire raison à monseigneur de Flandres, tant de dix mil
-livrées de terre à héritaige qu'il demandoit au roy nostre sire
-par lettres du roy Jehan de bonne mémoire, son père darrenièrement
-trespassé que Dieu absoille, et par les siennes
-sur ce faites, et des arrérages d'icelles pour pluseurs années,
-comme de cent mil deniers d'or à l'escu, pour la récompensacion
-de sa monnoie de Clamecy, et pour le paiement de
-certaine quantité de gens d'armes tenues par lonc-temps à
-Gravelinghes ; nous, au nom du roy, pour faire raison audit
-monseigneur de Flandres de ladite demande, et pour le
-roy en acquitter vers luy, avons accordé que le roy donera
-et baillera, pour lesdites dix mil livrées de terre, en héritaige
-perpétuel, audit monseigneur de Flandres et à ses hoirs
-et successeurs, contes ou contesses de Flandres, les villes,
-chasteaux, chastellenies de Lille, de Douai et d'Orchies, et
-toutes leur appartenances, baillies, patronaiges, nobletés
-et appendances quelconques, que les prédécesseurs dudit
-monseigneur de Flandres, contes de Flandres, tenoient au
-temps que elles furent transportées ès prédécesseurs du roy,
-par la manière et condicions qui s'ensuivent : c'est assavoir
-que au cas que ledit monseigneur de Flandres n'aroit hoir
-masle de son corps en loyal mariage, lesdites villes, chasteaux
-et chastellenies appartenans et appendans quelconques,
-seront héritaige de madame la duchesse de Bourgoigne,
-sa fille, de ses hoirs masles procréés du corps dudit
-monseigneur le duc de Bourgoigne, et aussi des hoirs
-masles procréés et descendans en droite ligne et en loyal
-mariage de leurs dis hoirs masles ; et que au cas que ledit
-monseigneur de Flandres, en loyal mariage n'auroit hoir
-masle, né ladite madame la duchesse de Bourgoigne sa fille
-aussi n'auroit hoir masle procréé du corps dudit monseigneur
-le duc de Bourgoigne comme dessus est dit, et que ladite ligne
-en descendant des hoirs masles dudit monseigneur de Flandres
-et de ladite madame de Bourgoigne procréés dudit monseigneur
-de Bourgoigne, comme dit est, faudroit ; par quoy
-en aucun temps avenir la conté de Flandres eschéist à fille ou
-à autres hoirs masles et femelles : le roy et ses successeurs
-roys de France pourront en ce cas ravoir lesdites villes, chasteaux,
-chastellenies, appartenances et appendances, en baillant
-dix mil livrées de terres à héritaige par monnoie de
-Flandres courant le sixiesme jour du mois de novembre l'an
-mil trois cens cinquante-cinq, &mdash; c'est assavoir, le marc d'argent
-au marc de Troyes pour cent dix-huit sols parisis, &mdash; aux
-hoirs de monseigneur de Flandres, contes ou contesses de
-Flandres, assises en franc demaine bien et souffisaument ;
-c'est assavoir, les cinq mil livrées de terre dedens le royaume
-de France, entre la rivière de Somme et Flandres en descendant
-jusques à la mer ; et les autres cinq mil livrées de
-terre près des contés de Nevers ou de Rethel. Et au cas
-qu'il plaira au conte ou contesse de Flandres qui sera au
-temps du rachat, il aura pour les dis cinq mil livrées de
-terre dessus dis, qui se trouvent à seoir près des contés de
-Nevers ou de Rethel, comme dit est, argent. C'est assavoir
-pour le denier de rente, quinze deniers paiés à une fois
-monnoie de France<a id="FNanchor_287" href="#Footnote_287" class="fnanchor">[287]</a>, ou vint deniers paiés tout à une fois
-de ladite monnoie de Flandres, lequel qu'il plaira mieux
-au conte ou contesse de Flandres, qui sera au temps dudit
-rachat ; lequel rachat, sé ledit duc de Bourgoigne aloit de
-vie à trespassement, sans laissier hoir masle procréé de son
-corps et du corps de ladite duchesse, que Dieu ne veille, le
-roy né ses successeurs ne pourroient ce faire durant la vie de
-ladite duchesse de Bourgoigne, tant qu'elle se tendra de remarier,
-ou sé elle se marie de la volenté et assentement du roy
-nostre sire ou de ses successeurs roys de France ; et tenront
-les successeurs dudit conte de Flandres, contes ou contesses
-de Flandres les cinq mil livrées de terre qui seront assises
-entre la rivière de Somme, la conté de Flandres et la mer,
-comme dessus est dit, en un homaige avec la conté de Flandres,
-et en partie aussi noblement comme ladite conté de
-Flandres est et doit estre tenue de la couronne de France.
-Et avec ce, il tenront les autres cinq mil livrées de terre,
-qui seront assises, comme dit est, près desdis contés de
-Nevers ou de Rethel, à une foy et à un homaige à par luy
-aussi noblement comme celle desdites contés dont elles
-seront plus près assises est tenue de la couronne de France.
-Et lesdites villes, chasteaux, chastellenies de Lille, de
-Douai et d'Orchies, et toutes les appartenances et appendances
-d'icelles tenront ledit monseigneur de Flandres, ses
-hoirs masles, ladite duchesse de Bourgoigne, sa fille, ses
-hoirs masles, leur hoirs et successeurs contes et contesses
-de Flandres en un homaige et en pairie avec la conté de
-Flandres, et aussi noblement que ledit monseigneur de
-Flandres tient et doit tenir ladite conté de Flandres ; réservé
-au roy et à sesdis successeurs roys de France, le fié, ressort
-et souveraineté desdites villes, chasteaux, chastellenies de
-Lille, de Douay et d'Orchies, et des appartenances et dépendances
-d'icelles, et les drois royaux que les prédécesseurs
-du roy y avoient au temps que elles estoient ès mains des
-contes de Flandres, prédécesseurs dudit monseigneur de
-Flandres ; et aussi réservé au roy et à sesdis successeurs,
-roys de France, le rachat desdites villes, chasteaux, chastellenies,
-appartenances et appendances, au cas et par la
-manière et condicions dessusdis. Et ne seront tenus les
-hoirs dudit monseigneur de Flandres, contes ou contesses
-de Flandres, de baillier et rendre iceux chasteaux, villes,
-chastellenies, appartenances et appendances ès mains du
-roy ou de ses successeurs, roys de France, jusques à ce que
-lesdites dix mil livrées de terre parisis, monnoie de Flandres
-dessusdite, leur seront assises plainement en franc demaine
-et délivrées par la manière dessus déclarée, et qu'il en
-aient la paisible possession, réalment et de fait. Lesquelles
-villes, chasteaux, chastellenies, appartenances et appendances
-quelconques de Lille, de Douay et d'Orchies, le roy et
-ses successeurs, roys de France, seront tenus de deschargier
-de toutes charges et assignacions faites sur icelles, à héritaige,
-à vie, à terme ou autrement, et puis que elles furent
-bailliées à sesdis prédécesseurs roys de France ; et en prendra
-le roy nostre sire dès maintenant la charge sur luy et en
-acquittera et sera garant audit monseigneur de Flandres,
-ses hoirs et successeurs, vers tous ceux qui aucune chose
-luy en pourroient ou vouldroient demander ; sauf que sé
-aucunes rentes en sont aliénées en héritaige à églyse, depuis
-ledit temps, le roy sera tenu de en faire recompensacion
-audit monseigneur de Flandres en autre terre assise bien
-et souffisamment, entre la rivière de Somme et ladite conté
-de Flandres en franc demaine, près desdites villes, chasteaux,
-chastellenies, appartenances et appendances quelconques,
-tout en un hommaige avec ladite conté de Flandres ;
-ou le roy paiera audit monseigneur de Flandres pour
-mil livrées de terre par an, sé tant y a, vingt mil florins
-d'or frans de France pour une fois ; et sé plus ou moins y a,
-à l'avenant. Laquelle assiete ou paiement le roy fera parfaite
-et accomplie, comme dit est, audit monseigneur de Flandres
-dedens le jour de la feste saint Remy, en octobre prochain
-à venir au plus tart ; et de ce asseurera bien et souffisamment
-ledit monseigneur de Flandres par bons plaiges
-et souffisans, agréables audit conte et qui s'en feront débteurs
-principaux avant le mariage. Et pour ce que depuis
-que lesdites villes, chasteaux, chastellenies, appartenances
-et dépendances vindrent ès mains de sesdis prédécesseurs
-roys de France, iceux prédécesseurs ont acquis le chastel
-et la terre de l'Escluse, emprès Douay, qui meuvent et sont
-d'ancienneté du fié et du ressort du chastel de Douay, le
-roy vouldra, promettra et consentira que ledit conte de
-Flandres et ses hoirs, par la manière dessusdite, en aient
-hommaige d'un homme héritier de la terre, et tout autel
-droit, ressort et souveraineté sur lesdis chastel et terre de
-l'Escluse, comme ses prédécesseurs, contes de Flandres y
-avoient, quant lesdites villes, chasteaux, chastellenies,
-appartenances et appendances de ville de Douay et d'Orchies
-estoient en leur mains, nonobstant que les prédécesseurs
-du roy aient acquis le demaine. Et sera tenu ledit
-conte de Flandres de faire derechief homaige au roy de la
-conté de Flandres et desdites villes, chasteaux, chastellenies
-de Lille, de Douay et d'Orchies, et des appartenances
-et appendances d'icelles adjointes à icelle conté, à tenir en
-un hommaige et en partie, comme dit est, en la manière
-que derrenièrement il fist hommaige au roy de la conté de
-Flandres. Et si asseurera ledit monseigneur de Flandres le
-roy, et obligera luy, ses hoirs et successeurs quelque part
-qu'il soient audit royaume, de rendre et baillier au roy et ses
-successeurs, roys de France, lesdis chasteaux, villes, chastellenies,
-appartenances et appendances de Lille, de Douay
-et d'Orchies, au cas que les condicions dessusdites avenroient,
-que Dieu ne veuille, et que on les racheteroit par la
-manière dessusdite. Et quant à ce, soumettra ledit conte
-soy, sesdis hoirs et successeurs et lesdis biens et terres de
-luy et d'eux à la juridicion et contrainte du roy et de ses
-successeurs, roys de France et de sa court, par lesquelles
-lesdis hoirs et successeurs seront contrains à ce et non autrement,
-ledit rachat premièrement fait par la manière que
-dessus est dit ; et les hoirs et successeurs dudit conte de
-Flandres aians premièrement, royalment et de fait la possession
-paisible de ladite récompensacion deuement faite
-et sans fraude. Et par espécial, vouldra ledit monseigneur
-de Flandres, sé ses hoirs estoient défaillans de rendre et
-baillier lesdites villes, chasteaux, chastellenies, appartenances
-et appendances de Lille, de Douay et d'Orchies
-et des appendances quelconques, que adont le roy et
-ses successeurs roys de France puissent, s'il leur plaisoit,
-saisir et arrester toutes leur terres dessusdites, et
-contraindre les hoirs dudit conte par toutes voies raisonnables,
-par sa jusridicion temporelle et non autrement,
-afin que lesdites villes, chasteaux, chastellenies, appartenances
-et dépendances dessusdites luy feussent rendues.
-Et icelles rendues, le roy sera tenu de tantost oster et
-mettre au nient les arrests et saisines et tous empeschemens
-mis aux terres, biens et possessions dessusdites sans
-nul contredit, et en baillera ledit conte ses lettres. Et en
-oultre, baillera le roy audit conte de Flandres pour pluseurs
-grans sommes d'argent en quoy il est tenu à luy, pour
-les demandes dessusdites, deux cens mil deniers d'or francs
-de France, desquels le roy luy paiera cent mil francs huit
-jours avant ledit mariage ; et les autres cent mil francs luy
-fera le roy paier et délivrer en sa ville de Bruges, dedens
-deux ans après ledit mariage fait, à quatre termes et par
-quatre fois ; c'est assavoir : vint-cinq mil francs en la fin
-de demy an après ledit mariage, et après, de demy an en
-demy an à chascun terme vint-cinq mil : et de ce luy donra
-le roy ses lettres obligatoires et bons plaigemens et souffisans
-agréables audit conte de Flandres, qui de ce s'obligeront
-bien et souffisamment par lettres, en leur propres et
-privés noms et chascun pour le tout envers ledit conte de
-Flandres, s'aucune deffaute avoit au paiement desdis cent
-mil francs aux termes dessus déclarés ; et de ce donront
-bonnes lettres et souffisans, teles qui souffisent audit monseigneur
-de Flandres ; et par baillant royalment et de fait
-audit conte de Flandres lesdites villes, chasteaux, chastellenies,
-appartenances et appendances et la possession paisible
-d'icelles comme dessus est dit, le roy et ses successeurs
-roys de France et autres pour ce obligiés, sont et seront
-quictes envers luy et ses hoirs et successeurs des dix mil
-livrées de terre dessusdites. Et aussi par luy paiant, comme
-dit est, les deux cens mil francs, sera le roy quicte envers
-luy et sesdis successeurs de tous les arrérages d'icelles dix
-mil livres de rente et des dessusdis cent mil escus pour les
-gens d'armes qu'il tient à Gravelinghes et pour le reste de sa
-dite monnoie de Clamecy. Et sera tenu ledit monseigneur
-de Flandres rendre au roy toutes lettres qu'il a sur ces
-choses du roy Jehan, père du roy à présent, et de luy ou
-d'autres pour ce obligiés ; et dès maintenant veult que elles
-soient nulles, et jamais n'en pourront ledit conte né ses successeurs
-aucune chose demander au roy né à ses successeurs
-ou autres pour ce obligiés, comme dit est. Et avec ce promettra
-le roy audit monseigneur de Flandres que la possession
-desdites villes, chasteaux, chastellenies, appartenances
-et appendances quelconques de Lille, Douay et d'Orchies,
-il luy fera baillier et délivrer royalment et de fait, et luy
-paier plainement les premiers cent mil francs dessusdis,
-avant que le mariage se fasse en sainte églyse. Et iceluy
-mariage fait en sainte églyse, comme dit est, ladite duchesse
-de Bourgoigne demourra au pays de Flandres par un an
-après ledit mariage fait, ou par tant de temps d'iceluy an
-comme il plaira audit monseigneur de Flandres ; et voudra
-et consentira le roy pour luy, ses hoirs et successeurs, roys
-de France, que toutes lettres et munimens que il a ou
-puet avoir ou autres de par luy dudit monseigneur de
-Flandres ou de ses prédécesseurs audit pays de Flandres,
-touchans, en quelque manière que ce puisse être, le transport
-fait par ledit conte ou ses prédécesseurs aux prédécesseurs
-du roy, desdis chasteaux, villes et chastellenies de
-Lille, de Douay, d'Orchies, et des appartenances et appendances
-d'iceux quelconques, soient nulles et de nulle valeur,
-et dès maintenant les annullera et cassera et cognoistra et
-vouldra estre de nul effet, force ou vertu, soubs quelconque
-teneur que elles soient en tant comme elles puent ou pourront
-estre au temps avenir contraires ou préjudiciables aux
-choses dessusdites ou aucunes d'icelles ; et que d'icelle le
-roy né ses successeurs, né autres pour luy né pour sesdis
-hoirs et successeurs, ne se pourra aidier par quelque manière
-que ce soit à l'encontre desdites choses ou d'aucunes
-d'icelles. Toutes lesquelles choses dessusdites et chascunes
-d'icelles, en la manière que dessus elles sont déclarées de
-point en point, eue sur ce meure délibération avec pluseurs
-de son sang et autres de son conseil, le roy promettra pour
-luy et sesdis successeurs, et aussi pour ledit duc de Bourgoigne
-son frère, dont il se fera fort, en bonne foy, en
-loyauté et parole de roy, tenir, garder et accomplir de
-point en point sans enfraindre ; et que il né sesdis hoirs et
-successeurs, né aussi son dit frère le duc de Bourgoigne ne
-venront par eux né par autres, en aucun temps à venir à
-l'encontre ; et à ce s'obligera et sesdis hoirs et successeurs
-roys de France, loyaument et en bonne foy, sans fraude,
-nonobstant que lesdis chasteaux, villes et chastellenies de
-Lille, de Douay et d'Orchies, et les appartenances et appendances
-quelconques d'icelles feussent appliqués au demaine
-de la couronne de France ; et en et d'iceluy demaine aient
-esté et demouré par lonc temps, quelconques révocacions
-généraux ou espéciaux que le roy ou ses prédécesseurs aient
-fait, et que il ou ses dis hoirs et ses successeurs facent ou
-puissent faire au temps à venir par droit royal ou autrement
-des dons ou aliénacions fais ou à faire du demaine de ladite
-coronne de France, quelconques autres dons ou graces fais
-audit conte de Flandres ou sesdis prédécesseurs par les prédécesseurs
-dudit roy de France ou par luy-meisme ; que
-iceux autres dons ou graces ne soient spécifiés ou esclaircis
-ès lettres qu'il en donra ; et quelconques constitutions,
-édis, ordenances, coustumes, style ou usages de la court de
-France ou autres choses quelconques à ce contraires. Lesquels
-révocacions, constitucions, édis, ordenances, coustumes,
-styles ou usages et toutes autres choses, en tant comme
-il sont ou pourroient estre contraires ou préjudiciables aux
-choses dessusdites ou à aucunes d'icelles, le roy cassera,
-rappellera et mettra du tout au nient, pour luy, ses hoirs
-et successeurs par la teneur de ces lettres. Et pour les choses
-dessusdites faire et accomplir audit monseigneur de
-Flandres par la manière dessus déclarée, et pour baillier
-toutes lettres et seurtés à ce appartenans, d'un costé et
-d'autre, seront les gens du roy à Lille, au dimenche prochain
-avant la Penthecouste prochaine venir. Et toutes ces dites
-choses parfaites entièrement audit monseigneur de Flandres,
-il veut et consent dès maintenant en ce cas le mariage
-des dessusdis monseigneur le duc de Bourgoigne et de
-madite dame la duchesse de Bourgoigne sa fille ; et que dès
-lors en avant, on procède à la solempnisation dudit mariage,
-à tel jour qu'il plaira au roy et le plus brief qu'il pourra se
-faire bonnement. En tesmoin de ce, nous Pierre, evesque
-d'Aucerre, Gauthier, seigneur de Chasteillon, et Arnault
-de Corbie, pour la partie du roy, pour lequel nous nous faisons
-fors ; et nous Henry de Bevre, chastellain de Diquemme ;
-Bauduins, sire de Praet, et Roland, sire de Poukes, conseilliers
-monseigneur de Flandres pour sa partie, et pour
-lequel nous nous faisons fors, et qu'il promettra pour luy et
-pour madite dame de Bourgoigne, sa fille, de tenir et
-acomplir toutes les choses dessusdites et chascunes d'icelles,
-en tant comme elles touchent à eux et à chascun
-d'eux, avons plaqués nos seaux à ce présent traictié, lequel
-fu fait à Gand le jeudi douziesme jour du mois d'avril après
-Pasques, l'an de grace mil trois cens soixante-neuf.&nbsp;»</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_287" href="#FNanchor_287"><span class="label">[287]</span></a> C'étoit par conséquent un intérêt à six pour cent. Il me semble
-que dans l'opinion la plus répandue, l'intérêt de l'argent passoit pour être
-alors bien plus considérable. &mdash; Tout ce traité est méconnaissable dans les
-éditions précédentes.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment le duc de Lenclastre vint à Calais pour guerroier
-France ; et coment le duc de Bourgoingne et les François
-alèrent à Tourneham.</p>
-
-
-<p>Le dimanche, quinziesme<a id="FNanchor_288" href="#Footnote_288" class="fnanchor">[288]</a> jour de juillet, l'an mil trois
-cens soixante-neuf dessus dit, le roy parti de Paris et ala
-au giste à Saint-Denis pour aler à Rouen, et de là à
-Herefleu, pour veoir le navire que il avoit fait assembler
-pour faire passer en Angleterre : et avoit le roy ordené que
-monseigneur le duc de Bourgoigne, son frère, y passeroit, et
-avecques luy de bonnes gens d'armes, pour faire guerre au
-roy d'Angleterre en son pays, qui l'avoit commenciée. Mais
-assez tost après, le duc de Lenclastre, fils dudit roy d'Angleterre,
-passa à Calais et grant quantité de gens d'armes et
-de archiers avecques luy, et chevauchèrent jusques à Thérouenne
-et jusques à Aire et boutèrent les feux par le païs
-où il passèrent ; et pour celle cause, le roy de France qui
-estoit ès parties de Normendie, fu conseillié de envoier son
-dit frère le duc de Bourgoingne et les gens d'armes qui
-estoient devers luy ès parties où estoit ledit duc de Lenclastre.
-Si se traist ledit duc de Bourgoingne celle part, et
-approuchièrent les François des Anglois si près, que le vint-troisiesme
-jour du mois d'aoust ensuivant, ledit duc de
-Bourgoingne et sa compaignie se logièrent sur la montaigne de
-Tourneham, près d'Ardre ; et les Anglois furent logiés entre
-Guynes et Ardre, à une petite lieue des François ; et chascun
-jour y avoit des escarmuches. Et finablement, à l'entrée du
-mois de septembre, furent esleus de chascune des deux
-parties six chevaliers pour eslire une place en laquelle il
-se combattroient, et tousjours estoit le roy environ Rouen,
-et en celuy temps, le roy de Navarre qui longuement avoit
-demouré en Navarre, vint, par la mer, en Constantin, et
-envoia monseigneur Legier d'Orgesis et Guerart Mausergent
-devers le Roy de France, et luy fist savoir que il vendroit
-devers luy sé il luy plaisoit ; mais il avoit à luy faire
-aucunes requestes, lesquelles il diroit volentiers à aucuns du
-conseil du roy, sé il luy en vouloit aucuns envoier. Et pour
-ce, y envoia le roy le conte de Sarebruche, le doyen de Paris
-et maistre Pierre Blanchet. Et en ce temps le siège se leva
-que avoient mis devant Saint-Sauveur-le-Viconte le sire
-de Craon, le sire de Laval, le sire de Cliçon, et pluseurs
-autres chevaliers et écuiers de la partie du roy de France,
-pour ce que ledit Saint-Sauveur se tenoit pour messire Jehan
-de Chandos, Anglois, et que au chastel dudit Saint-Sauveur
-se estoient mis et retrais pluseurs gens de compaignie
-jusques au nombre de mil combattans ou de plus. Et la
-cause pourquoy se leva ledit siège, fu, si comme l'en disoit,
-pour ce que ledit sire de Cliçon s'en ala et enmena ses gens.
-Si ne demourèrent pas les autres si fors que il peussent
-tenir le siège. De laquelle chose le roy fu trop dolent, et
-manda au seigneur de Craon et aux autres qu'il retournassent
-audit siège.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_288" href="#FNanchor_288"><span class="label">[288]</span></a> <i>Quinziesme</i>. Et non pas <i>vint-cinquiesme</i>, comme les éditions précédentes
-et beaucoup de manuscrits. Cette année-là, le 25 tomboit un mercredi.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXIV.</h3>
-
-<p class="section">Coment l'ost de Tourneham desloga, et de la prise de messire
-Hue de Chastillon, et le chastellain de Beauvais et pluseurs
-autres.</p>
-
-
-<p>Le mercredi, deuxiesme jour de septembre ensuivant, de
-nuit, ledit duc de Bourgoingne qui, dès le vint-troisiesme
-jour d'aoust précédent, avoit esté logié sur le mont de Tourneham,
-près d'Ardre, devant le duc de Lenclastre, se desloga
-et tout son ost et s'en ala à Hesdin, dont moult de gens
-furent courrouciés, qui avoient espérance que il deust
-combattre audit duc de Lenclastre ; et en furent, tant ledit
-duc comme les autres François qui estoient en sa compaignie,
-moult blasmés de toutes gens ; car les François estoient
-meilleurs gens que les Anglois, et si estoient en forte place
-et avoient assez vivres. Et assez tost après le duc de Lenclastre
-et ses gens se délogièrent et chevauchièrent vers le
-païs de Caux et passèrent la rivière de Somme à la Blanquetaque,
-et alèrent jusques à Harfleu, en propos d'ardoir le
-navire du roy de France qui là estoit ; et ardirent en la
-conté de Eu grant foison du païs par où il passèrent. Et
-lors n'avoient esté encore ceux du païs de Caux domaigiés
-des guerres, comme les autres parties du royaume avoient
-esté. Si ne porent lesdis Anglois aucune chose meffaire à
-Harfleu né audit navire, et s'en retournèrent par la conté
-de Pontieu ; et au-dehors d'Abbeville prindrent monseigneur
-Hue de Chasteillon, maistre des arbalestriers, le chastellain
-de Beauvais et aucuns autres chevaliers, escuiers et bourgois
-de ladite ville qui estoient issus hors, et les emmenèrent
-à Calais.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXV.</h3>
-
-<p class="section">De la venue de la duchesse de Bourgoingne à Paris.</p>
-
-
-<p>Item, le mercredi vint-deuxiesme<a id="FNanchor_289" href="#Footnote_289" class="fnanchor">[289]</a> jour de novembre
-mil trois cens soixante-neuf dessus dit, la duchesse de Bourgoingne,
-dont parlé est ci-dessus, entra à Paris, qui venoit
-de Flandres, et alèrent contre luy tous les prélas qui lors
-estoient à Paris, le cardinal de Beauvais, les nobles et grant
-nombre de bourgois de Paris, par le commendement du roy,
-et descendi en l'ostel du roy à St-Paul, là où elle fut reçue
-très honnorablement du roy et de la royne. Item, en celuy
-temps, le roy de France ordena de envoier gens en Angleterre,
-par le païs de Galles, et les y devoient conduire deux
-Galais, l'un appellé Yvain de Gales et l'autre Jaques Win,
-autrement le Poursivant d'amours, lesquels se disoient estre
-ennemis du roy d'Angleterre ; et deurent estre à Harfleu le
-sixiesme jour de décembre mil trois cens soixante-neuf
-dessus dit, pour entrer tantost en mer ; car le premier
-voyage que le roy avoit empris de faire par son frère le
-duc de Bourgoingne avoit esté roupt<a id="FNanchor_290" href="#Footnote_290" class="fnanchor">[290]</a> par la chevauchiée
-qui fu faite à Tourneham, dont dessus est faite mencion.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_289" href="#FNanchor_289"><span class="label">[289]</span></a> <i>Vint-deuxiesme</i>. Ou plutôt <i>vint-et-uniesme</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_290" href="#FNanchor_290"><span class="label">[290]</span></a> <i>Roupt</i>. Rompu.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXVI.</h3>
-
-<p class="section">De l'ordenance des finances faite pour soutenir le fait des
-guerres.</p>
-
-
-<p>En celuy temps, le roy fist convocacion des gens d'églyse,
-des nobles et des bonnes villes de son royaume, pour estre à
-Paris le septiesme jour de décembre mil trois cens soixante-neuf
-dessus dit ; et leur fist exposer le fait de la guerre, à
-laquelle il ne povoit gouverner sans avoir finance de son
-peuple, et leur requist aide pour faire sa dite guerre. Et
-après pluseurs assemblées fu accordé que le roy aroit pour
-l'estat soustenir de luy, de la royne et de monseigneur le
-dauphin, son fils, l'imposicion de douze deniers pour livre
-et la gabelle du sel ; et si lèveroit-l'en pour la guerre un
-fouage de quatre francs pour chascun feu en ville fermée ;
-et en plat pays un franc et demi partout, le fort portant le
-foible. Et oultre, l'en paieroit pour chascune queue de vin
-que l'en vendroit en gros le treiziesme denier, si comme l'en
-avoit fait depuis la délivrance du roy Jehan ; et si paieroit-l'en
-le quatriesme denier du vin que l'en vendroit à broche.
-Et à Paris, l'en paieroit pour chascune queue de vin françois
-que l'en mettroit en la ville douze sols parisis, du vin de
-Bourgoigne vint-quatre sols parisis, et pour chascune queue
-de vin de Beaune et de St-Poursain trente-deux sols parisis ;
-et pour chascune vente en gros ou en broche, tant comme
-dit est de chascun desdis vins. Et quant il seront vendus en
-gros le acheteur paieroit, et sé il estoit vendu en broche le
-vendeur paieroit. Item, en celuy mois de décembre les dessusdis
-Galays qui estoient entrés en mer, dont dessus est
-faite mencion, retournèrent sans faire aucun exploit dedens
-dix jours ou douze après ce que il y furent entrés, et se
-excusèrent de leur retour sur fortune de mer qu'il avoient
-eue si comme il disoient ; et si cousta ce voyage au roy plus
-de cent mile francs.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXVII.</h3>
-
-<p class="section">Coment Montpellier fu baillié au roy de France par eschange.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1370</div>
-
-<p>Item, au mois de janvier ensuivant et en celuy de février,
-furent envoiés messaiges du roy de France au roy de Navarre
-qui estoit à Chierbourc, et du roy de Navarre au roy
-de France, pour traictier d'accort pour cause de Mantes
-et de Meullent que le roy de France tenoit et qui par avant
-avoient esté audit roy de Navarre ; et avoient esté prises par
-les gens du roy, si comme dessus est faite mencion. Et pour
-celle cause, furent pluseurs fois à Paris les roynes Jehanne
-et Blanche, tante et seur dudit roy de Navarre ; et finablement
-fu le traictié mis à fin, le vint-uniesme jour du moys
-de mars mil trois cens soixante-neuf dessus dit. Par lequel
-traictié ledit roy de Navarre dot avoir Montpellier et toute
-la baronnie et une grant somme d'argent ; et dot venir
-devers le roy pour luy faire homaige de toutes les terres
-que il tenoit de luy. Et envoia le roy de France à Chierbourc
-pardevers ledit roi de Navarre pour traictier avec luy de la
-somme, pour ce que il ne vouloit venir devers ledit roy de
-France sé il n'avoit hostaiges. Sé fu accordé que le duc de
-Berry, frère du roy de France, iroit à Evreux pour hostaige,
-et ledit roy de Navarre viendroit devers le roy de France
-pour faire sondit homaige ; mais le roy de Navarre avoit
-toujours ses messaiges en Angleterre, pour traictier avecques
-le roy d'Angleterre ; si delaoit tousjours sa venue devers
-le roy de France. Et ainsi delaia tousjours jusques environ
-la Magdalène ensuivant que le roy de France envoia
-derechief pardevers luy le conte de Sarebruche, qui autrefois
-y avoit esté. Et par tout le temps dessus dit depuis que
-la guerre estoit commenciée entre les roys de France et
-d'Angleterre guerroièrent par espécial au duchié de
-Guyenne, et recouvra le roy de France pluseurs villes et
-chasteaux.</p>
-
-<p><i>Incidence</i>. &mdash; Item, le vint-deuxiesme jour d'avril mil
-trois cens soixante-dix, fu assise la première pierre de la
-Bastide-St-Anthoine de Paris par Hugues Aubriot, lors
-prévost de Paris, qui la fist faire des deniers que le roy
-donna à la ville de Paris. Item, le mardi, seiziesme jour du
-moys de juillet mil trois cens soixante-dix dessus dit, à
-Paris devant le roy de France, en son hostel à Saint-Paul,
-fu fiancée madame Jehanne de France, fille du roy Phelippe
-qui trespassa l'an mil trois cens cinquante, et de la
-royne Blanche qui encore vivoit, à deux chevaliers de
-Arragon, procureurs et au nom de Jehan, ainsné fils du
-roy d'Arragon, duc de Gironne ; et avoient lesdis chevaliers
-demouré moult longuement à Paris pour celle cause, en
-poursuivant le traictié dudit mariage.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXVIII.</h3>
-
-<p class="section">Des dommages que les Anglois firent au royaume de France
-et entour Paris.</p>
-
-
-<p>Item, en la fin du moys de juillet ensuivant, messire
-Robert Canole, messire Thomas de Granson, anglois, et en
-leur compaignie jusques au nombre de seize cens hommes
-d'armes ou environ et de deux mille cinq cens archiers,
-partirent de Calais pour le roy d'Angleterre et chevauchièrent
-vers Saint-Omer et de là à Arras et ardirent grant
-quantité des forsbours d'Arras et des blés qui estoient aux
-champs sur le pié ; et après alèrent devant Noyon par le
-Vermendoys et ardirent grant quantité de maisons. Mais
-il n'ardoient point ce que l'en vouloit raençonner<a id="FNanchor_291" href="#Footnote_291" class="fnanchor">[291]</a>, et
-après passèrent les rivières d'Oise et d'Aisne<a id="FNanchor_292" href="#Footnote_292" class="fnanchor">[292]</a> (et alèrent
-devant Reims ; et après passèrent la rivière de Marne, vers
-Dormans, et alèrent jusques vers Troyes), et passèrent les
-rivières d'Aube et de Saine en alant à Saint-Florentin, et
-de là alèrent passer la rivière d'Yonne, vers Joigny, en
-ardant tousjours le païs (qui ne se vouloit raençonner. Et
-après passèrent par le Gastinois et descendirent par Chasteau-Landon,
-par Nemox<a id="FNanchor_293" href="#Footnote_293" class="fnanchor">[293]</a> et par le païs) jusques à Corbueil
-et à Essonne. Et le dimenche, vint-deuxiesme jour de septembre<a id="FNanchor_294" href="#Footnote_294" class="fnanchor">[294]</a>
-mil trois cens soixante-dix dessus dit, logièrent
-environ Mons et Ablon<a id="FNanchor_295" href="#Footnote_295" class="fnanchor">[295]</a> et le païs environ. Item, le
-mardi ensuivant, vint-quatriesme<a id="FNanchor_296" href="#Footnote_296" class="fnanchor">[296]</a> jour dudit moys,
-furent en bataille entre Ville-Juye et Paris. Et à Paris avoit
-bien douze cens hommes d'armes autres que de la ville aux
-gaiges du roy : et y ot celle journée des escarmouches devant
-Saint-Marcel et y perdirent lesdis Anglois environ six
-ou huit de leur gens. Et celle journée, lesdis Anglois mistrent
-le feu en grant foison de villes emprès Paris (comme
-Ville-Juye, Gentilly, Cachant, Arcueil et en l'ostel de
-Vincestre<a id="FNanchor_297" href="#Footnote_297" class="fnanchor">[297]</a>), et fu conseillié au roy, pour le mieux, que
-il ne fussent pas lors combatus. Et celuy soir se alèrent lesdis
-Anglois logier à Anthoigny et environ, et le mercredi
-ensuivant se deslogièrent et se partirent pour aler vers
-Normendie, et après retournèrent dedens quatre jours ; et
-alèrent à Estampes, à Milly, et par la Beausse et Gastinois,
-faisans tousjours fais que ennemis doivent faire.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_291" href="#FNanchor_291"><span class="label">[291]</span></a> <i>Raençonner</i>. Racheter.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_292" href="#FNanchor_292"><span class="label">[292]</span></a> Les parenthèses indiquent les phrases passées dans les éditions
-précédentes.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_293" href="#FNanchor_293"><span class="label">[293]</span></a> <i>Nemox</i>. Nemours.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_294" href="#FNanchor_294"><span class="label">[294]</span></a> <i>De septembre</i>. Et non pas <i>ensuivant</i>, comme dans les éditions précédentes.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_295" href="#FNanchor_295"><span class="label">[295]</span></a> <i>Mons et Ablon</i>. Tout près de Villeneuve-Saint-Georges.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_296" href="#FNanchor_296"><span class="label">[296]</span></a> <i>Vint-quatriesme</i>. Et non pas <i>vint-troisiesme</i>, comme dans les éditions
-précédentes.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_297" href="#FNanchor_297"><span class="label">[297]</span></a> <i>Vincestre</i>. Bicêtre.</p>
-</div>
-<p><i>Incidence</i>. &mdash; Item, en celuy moys de septembre mil trois
-cens soixante-dix, pape Urbain qui estoit ès parties de
-Rome s'en parti, et se mist en mer en galies que le roy de
-France luy avoit envoiées par l'abbé de Fescamp et par un
-chevalier de France, appellé messire Jehan de Chambly
-dit le Haze. Et arriva à Marseille le dix-septiesme jour dudit
-moys de septembre, et assez tost après ala à Avignon.
-Et ainsi demoura au voyage que il avoit fait à Rome par
-trois ans quatre mois et dix-sept jours.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXIX.</h3>
-
-<p class="section">Coment monseigneur Bertran du Guesclin fu fait connestable
-de France.</p>
-
-
-<p>Item, le mercredi second jour du mois d'octobre ensuivant,
-le roy de France fist connestable de France, vacant
-par la résinacion que avoit fait dudit office monseigneur
-Moreau de Fiennes qui par avant l'avoit esté, un chevalier
-breton, appellé messire Bertran du Guesclin, pour la vaillance
-dudit chevalier : car il estoit de mendre lignage que
-autre connestable qui par avant eust esté ; mais, par sa
-vaillance, il avoit acquises pluseurs grans terres et seigneuries :
-c'est assavoir, en France, la conté de Longueville que
-le roy de France luy avoit donnée ; et en Castelle, le roy
-Henry de Castelle luy avoit donné plus de dix mille livrées
-de terres. Et assez tost après ala en Anjou, où estoient les
-devant dis Canole et Granson qui avoient enforcié Vas,
-Rully<a id="FNanchor_298" href="#Footnote_298" class="fnanchor">[298]</a> et autres lieux, et en combatti et desconfit en une
-route environ six cens : et y fu pris ledit messire Thomas
-de Granson. Et après, ala ledit messire Bertran à Vas et le
-prist par assaut et y furent mors et pris environ trois cens
-Anglois, et tantost ala à Rully ; mais ceux qui le tenoient
-s'en estoient partis tantost que il avoient sceu la prise de
-Vas, mais ledit connestable les suivit jusques à Versurre<a id="FNanchor_299" href="#Footnote_299" class="fnanchor">[299]</a>
-et là ès forsbours les combatti et desconfit, et y furent bien
-trois cens mors et pris ; et prist la ville et après la laissa.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_298" href="#FNanchor_298"><span class="label">[298]</span></a> <i>Vas</i>. Aujourd'hui <i>Vaas</i>, à plusieurs lieues de <i>Pontvalain</i>, le seul
-endroit dont parle Froissart dans cette circonstance. &mdash; Robert Canolle,
-suivant la chronique inédite du manuscrit 530, «&nbsp;avoit laissié pluseurs de
-ses gens en la forteresse de <i>Vas</i>, qui séoit sur la rivière du Loir, et à
-<i>Rilly</i> (aujourd'hui <i>Ruillé</i>) et au <i>Louroux</i>, lesquels il avoient de nouvel
-emperées.&nbsp;» (F<sup>o</sup> 101.)</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_299" href="#FNanchor_299"><span class="label">[299]</span></a> <i>Versurre</i>. Variante : <i>Bersurre</i>.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXX.</h3>
-
-<p class="section">De la mort du pape Urbain, et de l'élection du pape
-Grégoire XI.</p>
-
-
-<p>Item, le jeudi dix-neuviesme jour de décembre, environ
-heure de midi mil trois cens soixante-dix dessus dit,
-le pape Urbain qui nouvellement estoit desparti de
-Rome, trespassa de ce siècle en ladite ville d'Avignon. Et
-le dimenche, vint-neuviesme<a id="FNanchor_300" href="#Footnote_300" class="fnanchor">[300]</a> jour dudit moys, entrèrent
-les cardinaux en conclave pour eslire pape. Et le lundi,
-trentiesme jour dudit mois de décembre, eslirent, ainsi
-comme par la voie du Saint-Esperit, messire Pierre Rogier,
-nommé le cardinal de Biaufort ; car il estoit fils du
-conte de Biaufort en Valée, et estoit neveu du pape Clément
-VI, qui l'avoit fait cardinal ; et estoit cardinal-diacre
-de l'aage de quarante ans ou environ : lequel contredit une
-pièce et ne vouloit accepter ladite éleccion. Finablement l'accepta
-et fu nommé Grégoire XI, et fu coroné aux Jacobins
-d'Avignon, le dimenche veille de la Passion ensuivant. Et
-messire Loys, duc d'Anjou, frère du roy de France, le
-mena des Jacobins jusques au Palais tout à pié et tenoit le
-cheval du pape par le frain. Item, par toute celle année
-furent des batailles pluseurs en divers lieux entre les François
-et les Anglois, et orent les François pluseurs victoires
-et furent presque tous ceux qui avoient esté devant Paris
-le temps d'esté précédent avecques messire Robert Canole,
-mors et pris par les François et ceux de leur partie, au
-païs du Maine, d'Anjou et de Bretaigne.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_300" href="#FNanchor_300"><span class="label">[300]</span></a> <i>Vint-neuviesme</i>. Et non pas <i>dix-neuviesme</i>, comme dans les éditions
-précédentes.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXXI.</h3>
-
-<p class="section">De la nativité de madame Marie, fille du roy de France
-Charles-le-Quint, et de son baptisement.</p>
-
-
-<p>Le jeudi, vint-septiesme jour de février ensuivant mil
-trois cens soixante-dix dessus dit, trois heures après
-mienuit et avoit la lune douze jours, fu née à Paris en
-l'ostel du roy emprès Saint-Pol, madame Marie, fille
-dudit roy Charles et de ladite dame royne Jehanne de
-Bourbon. Et fu l'endemain baptisée ès fons de l'églyse de
-Saint-Pol, et furent marraines madame Jehanne de France,
-fille du roy Phelippe qui avoit esté mort l'an mil trois
-cens cinquante, et la dame de Lebret, seur de ladite royne ;
-et monseigneur le daulphin, ainsné fils du roy et frère de
-ladite Marie, fu parrain.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXXII.</h3>
-
-<p class="section">De la mort madame Jehanne de Évreux, jadis royne de
-France et Navarre, et de son enterrement.</p>
-
-
-<p>Le mardi, quart jour du moys de mars ensuivant mil
-trois cens soixante-dix dessus dit, mourut à Braye-Conte-Robert
-dame de bonne mémoire madame Jehanne d'Évreux,
-royne de France et de Navarre, qui avoit esté femme
-du roy Charles de France et de Navarre qui estoit trespassé
-l'an mil trois cens vint-sept. Et fu apportée à Saint-Anthoine,
-près de Paris, le samedi ensuivant huitiesme jour
-dudit moys. Et l'endemain, jour de dimenche, fu apportée
-sur un lit à descouvert fors d'un délié cuevrechief qu'elle
-avoit sur le visage, à Nostre-Dame-de-Paris, à heure de
-vespres. Et estoient les gens de Parlement qui tenoient le
-poile autour, et le prévost des marchans et les eschevins
-portoient un poile d'or sur six lances au-dessus du corps ;
-et le roy aloit après le corps, dès sa maison de Saint-Pol
-dont il issi par l'uys de la conciergerie dudit hostel, quant
-le corps passoit, jusques à Nostre-Dame-de-Paris : et là
-furent dites vigiles de mors le roy présent. Et l'endemain,
-jour de lundi, fu la messe chantée de <i lang="la" xml:lang="la">Requiem</i> en ladite
-églyse par l'evesque de Paris. Et tantost après ladite messe,
-le roy ala disner en l'ostel dudit evesque, et assez tost après
-disner fu porté ledit corps au lonc de la ville de Paris, par
-la manière que il avoit esté le jour précédent, le roy alant à
-pié aprés, jusqu'à la Bastide St-Denis ; et là monta à cheval,
-et convoia ledit corps jusques à Saint-Denis là où son obsèque
-fu fait l'endemain jour de mardi. Et par l'ordonnance
-de ladite royne, n'ot pour luminaire, en ladite églyse de
-Paris, que douze cierges, chascun de six livres de cire et
-autant à Saint-Denis, et douze torches pour convoier le
-corps de lieu en autre. Et le mercredi ensuivant, le roy luy
-fist faire son service en ladite églyse Saint-Denis à ses despens,
-et lors y ot très grant et notable luminaire. Et le jeudi
-ensuivant, quatorziesme jour dudit moys de mars, fu son
-cuer enterré aux frères Meneurs de Paris emprès le cuer de
-son mari le roy Charles.</p>
-
-<p>Item, le mercredi, dix-neuviesme jour dudit moys,
-furent les entrailles enterrées à Maubuisson, près de Pontoise,
-emprès celles de sondit mari ; le roy présent, comme
-par avant avoit esté.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXXIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy de France envoia hostaiges au roy de Navarre,
-avant que il voulsist venir pardevers luy à Vernon.</p>
-
-
-<p>Quant le roy ot fait parfaire à Maubuisson le service de
-ladite royne Jehanne, il se parti de là pour aler à Vernon,
-là où le roy de Navarre devoit venir à luy si comme par
-avant avoit esté traictié par moult lonc-temps. Car le roy de
-France avoit, par pluseurs fois, envoié messaiges notables
-pardevers ledit roy de Navarre tant à Chierbourc comme à
-Évreux, et ledit roy de Navarre avoit envoié de ses gens
-pardevers le roy de France, et avoit ce traictié duré près de
-deux ans. Et finablement, le jour de la Nostre-Dame en
-mars, l'an mil trois cens soixante-dix dessus dit, et fu le jour
-de mardi, pour la conclusion dudit traictié, messire Bertran
-du Guesclin, connestable de France, parti à matin de
-Vernon où le roy estoit, pour mener certains hostaiges que
-le roy de Navarre devoit avoir, avant que il partist
-d'Évreux ; et avoit ledit connestable environ trois cens
-hommes d'armes avecques luy. Et furent lesdis hostaiges :
-messires Guillaume de Meleun, arcevesque de Sens, l'evesque
-de Laon, le seigneur de Montmorency, le conte de
-Porcien, le seigneur de Garencières, messire Guillaume de
-Dormans, le seigneur de Blainville mareschal de France,
-le sire de Blany, messire Jehan de Chastillon, Robert fils
-du conte de Saint-Pol, monseigneur Jehan de Vienne, messire
-Claudin de Harenvillier, chevaliers, et huit bourgois,
-quatre de Paris et quatre de Rouen. Lequel connestable
-mena tous les hostaiges dessus nommés à Évreux, lesquels
-ledit roy de Navarre receut honorablement, et tous les fist
-logier au chastel. Et après disner se parti en la compaignie
-dudit connestable, et fu environ soleil couchant à Vernon,
-et ala descendre au chastel auquel estoit le roy de France en
-un jardin, et là ala ledit roy de Navarre, et estoit le conte
-d'Estampes, son cousin germain, en sa compaignie. Et tantost
-que il vit le roy de France, il s'inclina et mist le genou
-près de terre, et après approcha plus près du roy, et lors se
-agenouilla, et le roy passa deux pas avant et le prist par le
-bras, en luy disant que bien fust-il venu : mais il ne le
-baisa point. Et tantost l'en apporta torches, vin et espices ;
-et quant il orent pris espices et beu, le roy de France le
-prist par la main et alèrent ensemble en la chambre du
-roy, en laquelle la table estoit mise pour soupper. Mais
-pour ce que ledit roy de Navarre ne souppoit point, il se
-retraist en la chambre qui estoit ordenée pour luy, et ledit
-conte d'Estampes en sa compaignie. Et quant le roy ot
-souppé, ils se traisrent en sa chambre vers luy ; si furent
-lors les deux roys moult longuement ensemble, seul à seul,
-et en parlant se agenouilla ledit roy de Navarre pluseurs
-fois, et ne savoient les regardans pourquoy. Et l'endemain,
-jour de mercredi, le jeudi et vendredi ensuivant, furent
-ensemble, mangièrent et burent et feirent tous leur parlemens
-seul à seul. Et le samedi ensuivant, vint-neuviesme
-jour dudit mois de mars, au matin, ledit roy de Navarre
-fist homaige lige audit roy de France de toutes les terres
-qu'il tenoit au royaume de France et luy promist porter
-foy, loyauté et obéissance envers tous et contre tous qui
-pevent vivre et mourir, lequel homaige il n'avoit encore
-fait depuis que ledit roy de France avoit esté roy. Si en
-furent moult de bonnes gens liés et joyeux ; car l'en doubtoit
-moult et avoit-l'en longuement doubté que ledit roy de
-Navarre ne se feist ennemi du roy de France ; mais lors il se
-monstrèrent très bons amis. Et celuy samedi se parti ledit
-roy de Navarre de Vernon, et s'en ala à Évreux ; et ledit
-connestable le convoia, si comme il avoit fait au venir devers
-le roy et ramena ledit connestable lesdis hostaiges.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXXIV.</h3>
-
-<p class="section">Coment le cardinal de Cantorbire fu envoié de par le pape en
-Angleterre, pour traictier de la paix d'entre les roys de
-France et d'Angleterre, et de la paix du roy de Navarre et
-du duc d'Anjou.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1371</div>
-
-<p>En celuy temps, le pape Grégoire envoia cardinaux légas
-pardevers le roy de France et d'Angleterre, pour traictier de
-paix entre eux ; c'est assavoir : un cardinal anglois appelé
-le cardinal de Cantorbire, et un François appellé le cardinal
-de Biauvais, lequel estoit chancellier de France. Et luy
-envoia le pape sa commission et son pouvoir en France, et
-celuy de Cantorbire se partit d'Avignon où le pape estoit et
-ala celuy de Biauvais qui estoit à Paris encontre celuy de
-Cantorbire, jusques à Melun là où il demourèrent trois ou
-quatre jours ; et puis vindrent ensemble à Paris et parlèrent
-au roy et luy distrent pourquoy le pape les envoioit pardevers
-lesdis roys. Et requirent au roy de France qu'il se
-voulsist consentir à bonne paix. Lequel, eue délibéracion
-avec son conseil, fist respondre que bonne paix vouldroit-il
-avoir, et sur ce, sans autre chose faire né plus procéder,
-après ce que ledit cardinal de Cantorbire ot demouré à
-Paris par aucuns jours et disné avec le roy, il se parti de
-Paris et s'en ala vers Calais ; et le conduisit tousjours, par
-le royaume de France, un chevalier appellé le Haze de
-Chambly, et le cardinal de Biauvais demoura à Paris.</p>
-
-<p>Item, la veille de Penthecouste ensuivant, vint-quatriesme
-jour du moys de mai mil trois cens septante-un,
-ledit roy de Navarre vint à Paris devers le roy de France
-qui luy fist très grand chière ; et fu le jour de ladite Penthecouste
-vestu de robe pareille au roy de France et ot
-housse comme le roy avoit. Et fist le roy la paix dudit
-roy de Navarre et du duc d'Anjou frère du roy, car il n'estoient
-pas bien amis ; et demoura ledit roy de Navarre avec
-le roy toute la semaine, et fu moult festoié tant du roy
-comme de la royne.</p>
-
-<p>Item, le mercredi vint-huitiesme jour de mai dessus
-dit, environ soleil levant, et avoit la lune quatorze jours,
-madame Marguerite, fille du conte de Flandres et femme
-de messire Phelippe, fils du roy Jehan de France et frère
-du roy Charles qui lors régnoit, et duc de Bourgoigne, ot
-un fils, en la ville de Dijon, qui fu appellé Jehan ; et fu
-baptisé le jeudi, jour du Saint-Sacrement, cinquiesme jour
-du moys de juin. Et le tint sur fons, messire Jehan duc
-de Berri, frère dudit duc de Bourgoigne, et messire Jean
-Rogier, evesque de Carpentras, que le pape Grégoire y avoit
-envoié pour tenir sur fons ledit enfant pour luy ; et messire
-Charles d'Alençon, arcevesque de Lyon le crestienna,
-et madame Marguerite, contesse d'Artois, ayole de ladite
-duchesse de Bourgoigne, fu marraine.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXXV.</h3>
-
-<p class="section">Coment le duc de Breban fu desconfit, et le duc de Guerle
-mort ; et du trespassement de madame Jehanne de France,
-fille du roy de France Phelippe.</p>
-
-
-<p>Le vendredi, vint-deuxiesme jour du moys d'aoust mil
-trois cens septante-un dessus dit, fu la bataille entre le duc
-de Breban et ceux qui avecques luy estoient d'une part, et
-les ducs de Julliers et de Guerle et les leur d'autre part. Et
-fu ledit duc de Breban desconfit et pris, et le conte de
-Saint-Pol, qui avecques estoit, fu mors ; et moult d'autres
-de celle partie mors et pris ; et de l'autre partie, fu mors
-le duc de Guerle et pluseurs autres.</p>
-
-<p>Item, le mardi seiziesme jour du moys de septembre
-ensuivant, environ heure de nonne, trespassa, à Besiers,
-madame Jehanne de France, qui avoit esté fille du roy
-Phelippe de France, laquelle l'en menoit en Arragon, pour
-estre mariée à l'ainsné fils du roy d'Arragon ; duquel et de
-elle le mariage avoit esté longuement traictié à Paris, et
-l'avoit fiancée par procureur à Paris, si comme dessus est
-escript. Et fu mise le mercredi ensuivant en dépost en
-l'églyse cathédrale de ladite ville de Besiers, et le jeudi ensuivant
-y fu son service fait.</p>
-
-<p>Item, le samedi vint-uniesme jour de février mil trois
-cens septante-un dessus dit, messire Jehan de Dormans,
-cardinal nommé de Biauvais pour ce qu'il avoit esté
-evesque de Biauvais, lors chancellier de France, rendi au
-roy les seaulx de France, et laissa l'office de chancellerie ;
-et, par notable élection, fist le roy chancellier messire
-Guillaume de Dormans, chevalier, frère germain dudit
-cardinal de Biauvais. Et ainsi fu ledit cardinal de Biauvais
-chancellier de France depuis que il avoit esté fait cardinal
-trois ans et quatre mois ; quar il avoit esté cardinal le vint-deuxiesme
-jour de septembre mil trois cens soixante-huit,
-et avoit toujours esté chancellier depuis.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXXVI.</h3>
-
-<p class="section">De la nativité de monseigneur Loys, second fils du roy de
-France, et de son baptisement.</p>
-
-
-<p>Le samedi, treiziesme jour de mars ensuivant, environ
-deux heures après minuit, et avoit la lune neuf jours, à
-Paris en l'ostel du Roy emprès Saint-Pol, fu né messire
-Loys, second fils du roy Charles, et fu baptisé ès fons dudit
-moustier de Saint-Pol, à très grant compaignie et solempnité,
-par messire Jean de Craon, lors arcevesque de Reims,
-le lundi ensuivant, environ midi ; et fu parrain, messire
-Loys, conte d'Estampes ; et madame d'Alençon, commère
-dudit conte, fu marraine.</p>
-
-<p>Item, par celle saison, en pluseurs parties du païs de
-Guienne ot des besoignes entre les gens du roy de France
-et ceux du roy d'Angleterre. Et perdirent moult ceux du
-roy d'Angleterre, tant de leur gens comme de leur pays, et
-par espécial en Limosin. Car tout le païs de Limosin fu
-françois, et la ville de Limoges aussi, dedens le premier jour
-de juillet ensuivant.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXXVII.</h3>
-
-<p class="section">Coment l'abit et les livres des Turelupins furent ars en Grève
-et les Turelupins condamnés.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1372</div>
-
-<p>Le dimenche, quart jour dudit mois de juillet mil trois
-cens septante-deux, furent, en Grève à Paris, la secte, le
-abit et les livres des Turelupins, autrement només la compaignie
-de povreté, condempnés de hérésie par messire
-Mile de Dormans, lors evesque d'Angiers et vicaire de
-l'evesque de Paris et par l'inquisiteur des hérites. Et ce
-jour en furent deux condempnés : un homme qui estoit
-mort en la prison de l'evesque de Paris durant son procès,
-par l'espace de quinze jours ou environ avant ladite condempnacion ;
-et une femme appellée Péronne de Aubenton,
-autrement de Paris. Et ce dimenche furent ars audit lieu de
-Grève l'abit et les livres, et l'endemain, jour de lundi,
-furent ars en la place aux Pourceaux à Paris, ladite Péronne
-et ledit mort qui tousjours, depuis sa mort, avoit esté gardé
-en un tonnel plein de chaux.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3 id="ch-xxxviii">XXXVIII.</h3>
-
-<p class="section">Des nefs anglesches que François gaignièrent, et coment la
-ville de Poitiers se rendi françoise.</p>
-
-
-<p>En celuy moys de juillet, le roy envoia en Poitou monseigneur
-Bertran du Guesclin, connestable de France, lequel
-y prist pluseurs forteresses ; et aussi la navire du roy
-de Castelle vint devant La Rochelle, et d'aventure rencontrèrent
-sur la mer environ trente-six nefs du roy d'Angleterre ;
-et se combattirent devant ladite ville de La Rochelle,
-et furent les Anglois desconfis et y furent pris le
-conte de Pennebroc, messire Guichart d'Angle et pluseurs
-autres que le roy anglois envoioit au païs pour le conforter,
-et gaignèrent moult grant finance les Espaignols avecques
-les prisonniers, dont il orent plus de huit vins ; et grant
-foison ot des mors desdis Anglois. Et assez tost après monseigneur
-le duc de Berri, frère du roy de France, et ledit
-connestable en sa compaignie, alèrent devant Poitiers et se
-rendi la ville à eux comme à messaiges du roy de France ; et
-se mistrent les habitans en l'obéissance dudit roy de France,
-et tantost assaillirent le chastel et le pristrent, et les Anglois
-qui estoient dedens.</p>
-
-<p>Item, assez tost après, le captal de Busch, qui estoit lieutenant
-du roy d'Angleterre ès païs de Poitou et de Saintonge,
-se combatti à aucuns des gens du roy de France devant une
-ville appelée Soubise, et fu ledit captal desconfit et pris et
-pluseurs de sa compaignie. Si demourèrent les Anglois moult
-foibles sur le païs, et les gens du roy de France y estoient fors.
-Si y estoient le duc de Berri et le duc de Bourgoigne, frères
-du roy de France, et y eut foisons de gens d'armes avecques.
-Si chevauchièrent le païs et pristrent moult de villes et forteresses.
-Et vindrent le lundi, sixiesme jour de septembre
-l'an mil trois cens septante-deux dessus dit, devant La Rochelle
-et orent traictiés ensemble, et par avant aussi y en
-avoit eu. Et le mercredi ensuivant, huitiesme jour dudit
-moys, se mistrent ceux de ladite ville de la Rochelle en
-l'obéissance du roy de France, et entrèrent lesdis seigneurs
-de France dedens ladite ville à très grant joie de ceux de
-ladite ville. Et en iceluy moys de septembre se rendirent
-ceux de Angoulesme, ceux de Saintes, ceux de Saint-Jehan
-d'Angeli et pluseurs autres bonnes villes et forteresses.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XXXIX.</h3>
-
-<p class="section">Coment ceux de Thouars et de Poitou se rendirent françois à
-messeigneurs les ducs de Berri et de Bourgoigne, et du siège
-qui fu devant Brest, l'an mil trois cens septante-trois.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1373</div>
-
-<p>Le jour de la Saint-André ensuivant, les ducs de Berri et
-de Bourgoigne, ledit connestable et grant foison de gens
-d'armes jusques au nombre de trois mil et plus, furent devant
-la ville de Thouars, qui encore se tenoit pour le roy
-d'Angleterre. Et attendirent lesdis ducs et connestable tout
-le jour devant ladite ville ; car traictié avoit esté par avant
-entre les gens du roy de France d'une part, et les nobles du
-païs de Poitou qui encore tenoient la part du roy anglois,
-d'autre, que sé les François estoient ledit jour de la Saint-André
-plus fors devant ladite ville de Thouars que les Anglois,
-que tous les Poitevins se mettroient en l'obéissance
-du roy de France. Et devant ladite ville de Thouars ne vint
-aucun ledit jour de Saint-André pour ledit roy anglois, et
-ainsi furent les François plus fors. Si se rendirent tous ceux
-de Poitou, nobles et autres, en l'obéissance du roy de
-France, excepté trois forteresses ; c'est assavoir : Mortaigne,
-Lusignan et Gensay<a id="FNanchor_301" href="#Footnote_301" class="fnanchor">[301]</a>, et firent tous les nobles homaige au
-duc de Berry à qui le roy de France avoit donné la conté
-de Poitiers à héritage, et le païs de Saintonge à vie tant
-seulement ; mais le roy retint La Rochelle. Et celle saison,
-le roy de France envoia pluseurs fois messaiges grans et
-notables par devers le duc de Bretaigne, que l'en sentoit
-moult favorable aux Anglois, et le fist le roy par pluseurs
-fois requérir que il féist son devoir vers luy, si comme tenu
-y estoit comme vassal et homme lige du roy et pair de
-France, et que il ne voulsist souffrir les Anglois entrer en
-son païs de Bretaigne, né les conforter en aucune manière :
-lequel duc respondoit toujours que ainsi le feroit. Et finablement
-dedens Pasques ensuivant qui furent mil trois
-cens septante-trois, ledit duc manda grant foison Anglois,
-et les fist venir en Bretaigne, dont tous ceux dudit païs,
-nobles et autres, furent moult courroucés, et distrent
-audit duc que il ne seroient jà Anglois ; car le roy de
-France estoit leur seigneur souverain ; et requistrent audit
-duc que il méist hors de son païs lesdis Anglois. Et pour ce
-que il ne le voult faire, mais se esforçoit de mettre lesdis
-Anglois ès villes et forteresses dudit païs, en mettant hors
-d'icelles les Bretons, et de fait en aucunes ainsi le fist ; pour
-ce, envoièrent devers le roy, leur seigneur souverain, afin
-que il y méist remède. Et pour ce, le roy y envoia sondit
-connestable, le seigneur de Cliçon et autres ; et quant ledit
-duc senti leur venue, il se parti du pays et ala en Angleterre.
-Si chevaucha ledit connestable par le païs de Bretaigne et
-se rendirent à luy, pour le roy de France, nobles, bonnes
-villes, gens d'églyse et tout le païs, tant de Bretaigne galot
-comme bretonnant, dedens le jour de la Saint-Jehan-Baptiste
-ensuivant, excepté seulement Brest, Auroy et Derval,
-et se mist ledit connestable à siège devant Brest ; et les
-seigneurs de Laval et de Cliçon devant Derval. Et ledit
-siège de Brest tenu par aucun temps, les Anglois qui
-estoient dedens firent un tel traictié que sé les Anglois n'estoient
-plus fors que les François, devant ledit lieu de Brest
-en la place commune, le sixiesme jour du moys d'aoust ensuivant
-il rendroient le chastel ; et de ce baillièrent douze
-hostaiges, desquels ledit connestable eslargi les six sur
-leur foy : et se redevoient rendre audit connestable huit
-jours devant ladite journée dudit sixiesme jour d'aoust,
-lesquels ne retournèrent point : à laquelle journée dudit
-sixiesme jour ledit connestable fu, et ot bien trois mil
-hommes d'armes avecques luy ; et jà soit que il y eut grant
-foison d'Anglois, il ne se osèrent combattre audit connestable,
-et si ne rendirent pas ledit lieu de Brest et laissièrent
-leur six hostaiges qui estoient demourés audit connestable.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_301" href="#FNanchor_301"><span class="label">[301]</span></a> <i>Gensay</i>. Je crois que c'est aujourd'hui <i>Janzé</i>, à six lieues de Rennes.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XL.</h3>
-
-<p class="section">De la naissance de madame Isabel, fille du roy, et comment le
-duc de Lenclastre vint en France.</p>
-
-
-<p>Item, le samedi vint-troisiesme jour de juillet, mil
-trois cens septante-trois dessus dit, environ heure de midi,
-en l'ostel du roy emprès Saint-Pol à Paris, fu née madame
-Isabel, fille dudit roy Charles et de ladite royne Jehanne
-de Bourbon, et estoit la lune de quatre jours. Et l'endemain,
-jour de dimenche, après disner, fu baptisée en ladite
-églyse de Saint-Pol, par messire Jehan de Dormans,
-cardinal ; et fu parrain monseigneur le daulphin, ainsné fils
-desdis roy et royne ; et madame Marguerite, contesse de
-Flandres et d'Artois, et madame Isabel, duchesse de Bourbone
-mère de ladite royne, furent marraines.</p>
-
-<p>Item, en celuy moys de juillet, Jehan, duc de Lenclastre,
-fils du roy d'Angleterre, et Jehan, conte de Montfort, celuy
-qui avoit esté duc de Bretaigne et qui alors se monstra bien
-manifestement ennemi du roy et du royaume, vindrent
-d'Angleterre à Calais, accompagniés de grant foison de gens
-d'armes et de archiers. Et après ce que il orent demouré par
-aucun temps à Calais et sur la Marche, il se mistrent à chevauchier
-droit à Hesdin et y demourèrent dedens le port par
-aucuns jours sans assaillir la ville né le chastel ; et après à
-Dorlens sans l'assaillir, et après à Beauquesne<a id="FNanchor_302" href="#Footnote_302" class="fnanchor">[302]</a> et de là vers
-Corbie. Et passèrent la rivière de Somme et chevauchièrent à
-Roie en Vermendois et demourèrent en la ville sept jours, et
-ne porent prendre l'églyse qui estoit fort : si ardirent la ville
-et alèrent en Laonnois et à Vesly-sur-Aisne ; et moult
-ardirent de villes et aussi perdirent moult de leur gens : car
-en toutes places où les François qui les chevauchoient en
-trouvoient aucuns desroutés de leur batailles, il les desconfisoient,
-sans ce que les François y perdissent aucune chose,
-et si gaignièrent grant foison sur les Anglois ; et par espécial
-le vendredi, neuviesme jour de septembre à matin, messire
-Jehan de Vienne et sa compaignie en trouvèrent près de
-Ouchie<a id="FNanchor_303" href="#Footnote_303" class="fnanchor">[303]</a>, cinquante lances et vint archiers anglois, lesquels
-furent tous desconfis. Et là furent pris dix chevaliers de
-grant estat et vint-quatre escuiers, et tousjours chevauchièrent
-lesdis Anglois tant qu'il passèrent les rivières
-d'Oise, d'Aisne, de Marne et d'Aube, et chevauchièrent
-par la Champaigne et par la conté de Braine, droit vers
-Gié<a id="FNanchor_304" href="#Footnote_304" class="fnanchor">[304]</a>, et passèrent la rivière de Saine, et chevauchièrent
-droit à la rivière de Loire vers Martigny-les-Nonnains,
-et passèrent ladite rivière de Loire, et tousjours
-furent chevauchiés par le duc de Bourgoigne et autres
-gens du roy de France, et si près tenus que il avoient peu
-de vivres et ne pristrent aucune forteresse notable, et perdirent
-moult de leur gens et la plus grant partie de leur
-chevaux. Et depuis, passèrent lesdis Anglois la rivière de
-Cher et s'en alèrent à Bordeaux, mais il perdirent moult de
-leur gens, et estoient en tel estat qu'il y avoit plus de trois
-cens chevaliers à pié qui avoient laissiées leur armeures, les
-uns jetées en rivière, les autres les avoient despéciées pour ce
-que il ne les povoient porter, et afin que les François ne
-s'en peussent aidier ; et jà soit ce que ladite chevauchiée
-leur feust moult honorable, elle leur fu moult domageuse.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_302" href="#FNanchor_302"><span class="label">[302]</span></a> <i>Beauquesne</i>. Aujourd'hui bourg du département de la Somme, à
-deux lieues de <i>Doullens</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_303" href="#FNanchor_303"><span class="label">[303]</span></a> <i>Ouchie</i>. La plupart des manuscrits et des éditions précédentes portent
-<i>Orchies</i>. Mais, d'après les indices itinéraires précédens, je crois que
-le manuscrit de Charles V est plus exact. <i>Oulchy-le-Château</i> est aujourd'hui
-bourg à cinq lieues de Soissons.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_304" href="#FNanchor_304"><span class="label">[304]</span></a> <i>Gié</i>. Ou <i>Gyé</i>, village sur la Seine, près de Châteauvillain.</p>
-</div>
-<p>Item, le tiers jour de novembre ensuivant, mourut à
-Evreux madame Jehanne, seur du roy de France, et
-femme du roy de Navarre.</p>
-
-<p>Item, le septiesme jour dudit moys de novembre, mourut
-à Avignon messire Estienne de Paris, cardinal dit de
-Paris. Item, audit mois de novembre, qui fu le lundi septiesme
-jour mil trois cens septante-trois devant dit, mourut
-à Paris messire Jehan de Dormans, cardinal de Biauvais,
-qui moult longuement avoit esté chancelier de France, et
-fu enterré aux Chartreux de Paris.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XLI.</h3>
-
-<p class="section">Coment Jehan de Montfort vint de Bordeaux en Bretaigne, et
-se mist au fort de Auroy.</p>
-
-
-<p>En l'entrée du moys de février ensuivant, messire Jehan
-de Montfort, qui avoit esté duc de Bretaigne et avoit chevauchié
-avecques le duc de Lenclastre, par la manière que dessus
-est escript, vint par mer de Bordeaux en Bretaigne, là où
-avoit encore trois forteresses qui se tenoient pour luy ; c'est
-assavoir : Derval, Brest et Auroy, en laquelle il vint
-descendre premièrement. Et là estoit sa femme, et amena
-des gens anglois avec luy. Et quant il y fu, il manda pluseurs
-de ceux de Bretaigne, gens d'églyse, nobles et autres
-pour aler audit lieu d'Auroy parler à luy ; et le roy de
-France qui oï nouvelles de ce envoia des gens audit païs
-de Bretaigne pour le conforter<a id="FNanchor_305" href="#Footnote_305" class="fnanchor">[305]</a>, et jà y estoient le connestable
-de France et le seigneur de Cliçon pour le roy.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_305" href="#FNanchor_305"><span class="label">[305]</span></a> <i>Le conforter</i>. Sans doute pour fortifier son parti contre celui des
-Anglois et du duc de Bretagne.</p>
-</div>
-<p><i>Incidence des grandes rivières</i>. Item, en celuy an mil trois
-cens septante-trois dessusdit, ès mois de janvier et de février,
-furent en France, par espécial ès rivières de Saine,
-de Marne, de Yonne, d'Oise et de Loire, la plus très grant
-inondacion d'yaues que l'homme qui vesquist lors eust onques
-veues ; et durèrent plus de deux mois. Et à Paris aloit-l'en
-par bastiaux par la rue Saint-Denis oultre la porte, et
-de la porte Saint-Anthoine jusques à Saint-Anthoine, et de
-la porte Saint-Honoré jusques au Rolle et à Nully. Et si
-estoit l'yaue jusques près des planchers des pons de Paris ; et
-entroit dedens la chapelle basse du palais, et toutes les maisons
-basses du palais estoient plaines d'yaue, et communelment
-les caves et celiers de Paris du costé devers grant
-pont. Et atachoit-l'en les bastiaux à la Croix-Hémon, qui
-est au-dessus de la place Maubert.</p>
-
-<p>Item, au mois d'avril ensuivant, mil trois cens septante-quatre,
-et furent Pasques le secont jour d'iceluy mois, le
-duc de Lenclastre qui estoit à Bordiaux s'en parti par mer
-et ala en Angleterre à tout tant pou de gens qui luy estoient
-demourés ; et disoit-l'en que son père et le prince de Galles
-son frère ne luy avoient pas fait bonne chière, pour ce
-que il avoit si petitement exploitié en la chevauchiée que
-il avoit faite ; jà fust ce que elle eust esté la plus grant qui
-oncques eust esté faite en France par lesdis Anglois. Toutesvoies
-il avoit moult perdu de gens et de chevaux ; car il et
-sa route en avoient bien trait d'Angleterre trente mil chevaux
-et plus, et il n'en porent pas mettre à Bordiaux six
-mil, et bien avoit perdu le tiers de ses gens et plus.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XLII.</h3>
-
-<p class="section">Coment la ville et chastel de La Rochelle furent prises.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1374</div>
-
-<p>Le jour de Penthecouste, qui fu le vint-uniesme jour de
-may l'an dessusdit, les trièves qui avoient esté prises par le
-connestable de France d'une part ; et le sire d'Aubeterre,
-le chanoine de Robesart et autres pour les Anglois d'autre
-part, faillirent. Et le vint-uniesme jour d'aoust mil trois
-cens septante-quatre dessusdit, la ville de La Riolle<a id="FNanchor_306" href="#Footnote_306" class="fnanchor">[306]</a> fu
-rendue au duc d'Anjou, frère du roy de France, lequel estoit
-à siège devant ladite ville. Mais le chastel d'icelle ville ne
-luy fu pas lors rendu, et demoura ledit duc devant ledit
-chastel jusques au vint-huitiesme jour dudit mois d'aoust ;
-et lors fu fait un traictié entre luy et ceux qui tenoient ledit
-chastel pour le roy d'Angleterre, que sé ledit roy d'Angleterre
-ou l'un de ses fils n'estoient devant ledit chastel
-le huitiesme jour du mois de septembre ensuivant, si fors
-que il peussent lever le siège dudit duc d'Anjou, il rendroient
-le chastel audit duc. Si attendi iceluy duc jusques
-audit huitiesme jour de septembre, auquel jour né dedens
-iceluy ne comparut aucun pour ledit roy d'Angleterre ; si
-fu lors ledit chastel rendu au duc d'Anjou pour le roy de
-France, et ainsi ot la ville et le chastel.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_306" href="#FNanchor_306"><span class="label">[306]</span></a> <i>La Riolle</i>. Le titre de ce chapitre porte bien <i>La Rochelle</i>, et les
-autres manuscrits aussi bien que les imprimés écrivent encore ici <i>La
-Rochelle</i> ; mais la leçon de Charles V porte <i>La Riolle</i>, et si l'on fait attention
-que les <i>rubriques</i> ou titres de chapitre sont toujours dans les manuscrits
-mis par un autre scribe, après l'exécution du volume, on avouera
-que la leçon que nous avons préférée est effectivement préférable. En
-effet, dans le chapitre <a href="#ch-xxxviii"><small>XXXVIII</small></a>, nous avons vu que <i>La Rochelle</i> étoit déjà
-redevenue françoise.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XLIII.</h3>
-
-<p class="section">De l'assemblée qui fu à Bruges pour traictier de la paix entre
-les deux roys.</p>
-
-
-<p>En celuy an mil trois cens septante-quatre dessusdit,
-furent envoiés de par le pape l'arcevesque de Ravenne et
-l'evesque de Carpentras, pour traictier de paix entre lesdis
-roys. Et en celuy an en karesme assemblèrent à Bruges
-devant lesdis messages du pape les gens desdis roys ; c'est
-assavoir : pour le roy de France, le duc de Bourgoigne son
-frère, l'evesque d'Amiens et pluseurs autres clers et chevaliers ;
-et pour le roy d'Angleterre, le duc de Lenclastre son
-fils, l'evesque de Londres et pluseurs autres clers et chevaliers.
-Et quant il orent esté par aucun temps en ladite ville
-de Bruges, aucuns de ceux du conseil du roy de France
-retournèrent à Paris pour luy rapporter aucunes choses
-parlées par les parties à Bruges sur lesdis traictiés. Et entre
-les autres choses rapportèrent que lesdis Anglois requerroient
-à grant instance avoir les ressors et souverainetés
-des terres que il devroient avoir par ledit traictié. Si assembla
-le roy de France grant conseil, tant des seigneurs de
-son sanc, comme prélas, nobles, clers, maistres en théologie
-et en décrés, et grant nombre d'autres sages qui, tous d'un
-accort après ce que tout leur ot esté dit et exposé, distrent
-au roy qu'il ne povoit né devoit laissier aucune chose de
-ses ressors et souverainetés ; et sé il le faisoit, ce seroit contre
-son serement et son honneur, et au détriment de son
-ame pour pluseurs causes et raisons que il luy distrent
-lors. Et ainsi fu respondu à ses gens qui estoient venus de
-Bruges par devers luy.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XLIV.</h3>
-
-<p class="section">De la loi que le roy Charles-Quint ordena sur l'aagement des
-ainsnés fils des roys de France, et fu publiée en parlement de
-Paris.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1375</div>
-
-<p><a id="FNanchor_307" href="#Footnote_307" class="fnanchor">[307]</a>L'an de grace mil trois cens septante-cinq, le vint-uniesme
-jour de may, fu la loy que le roy Charles, lors roy de
-France, avoit faite sur l'aagement de son ainsné fils et des autres
-ainsnés fils des roys de France qui seroient à venir, publiée
-au parlement du roy à Paris en sa présence séant et
-tenant son parlement ; en la présence de monseigneur Charles,
-son ainsné fils, daulphin de Viennois, et monseigneur
-Loys, duc d'Anjou, frère dudit roy, et de grant nombre
-d'autres seigneurs de son sanc, prélas et autres gens d'églyse,
-l'université de Paris et pluseurs autres sages et notables, tant
-clers comme lais. Et est la loy telle, c'est assavoir : que
-l'ainsné fils du roy de France qui ores estoit et ceux qui pour
-le temps à venir seroient, tantost que il atteindroient le
-quatorziesme an de leur aage, pourroient recevoir leur sacre
-et coronement et leur homaiges, et faire tous autres fais
-qui à roy de France aagé appartiennent.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_307" href="#FNanchor_307"><span class="label">[307]</span></a> On va voir ici dès la première phrase l'indication d'une nouvelle
-rédaction. Je remarquerai d'ailleurs que dans la leçon de Charles V que
-nous suivons de préférence, la dernière table des chapitres, placée en tête
-de la vie du roi Jean, s'arrête à l'indication de celui-ci. La suite n'a pas été
-<i>récapitulée</i>, et si l'observation que j'ai faite tout à l'heure sur les rubriques
-est judicieuse, il faut en conclure que le manuscrit de Charles V fut
-achevé long-temps après. Mais du point où nous sommes arrivés jusqu'à
-la fin, les chroniques furent-elles rédigées en une seule fois? Je ne le
-pense pas. Charles V, qui souhaitoit de montrer à l'empereur dans la
-grande histoire nationale la relation exacte de la réception qu'on lui
-avoit faite, laissa dans son exemplaire une lacune de plusieurs pages entre
-le chapitre <small>XLIII</small> et le récit du voyage de l'empereur. Ce fut plus tard que
-fut comblée cette lacune, mais certainement avant la mort de Charles V.</p>
-</div>
-<p>Item, le premier jour du mois de juing l'an dessusdit, la
-ville et chastel de Coignac furent rendus des Anglois à monseigneur
-Bertran du Guesclin, lors connestable de France,
-qui une pièce avoit esté à siège devant pour le roy de France ;
-par un tel traictié comme dessus est dit du chastel de La
-Riole.</p>
-
-<p>Item, le tiers jour de juillet ensuivant, la ville et le chastel
-de St-Sauveur, en Constantin, que avoit tenu asségiée
-pour le roy de France messire Jehan de Vienne, amiral de
-France, et lesquels ville et chastel avoient esté tenus par
-ceux de la partie du roy d'Angleterre par l'espace de plus
-de vint ans, furent rendus aux gens du roy de France par
-un tel traictié comme avoient esté rendus le chastel de La
-Riole et Coignac, dont dessus est faite mencion.</p>
-
-<p>Item, en ce temps retournèrent de Bruges le duc de
-Bourgoigne et les conseilliers du roy de France, qui là estoient
-alés pour les traictiés d'entre les deux roys, et pou
-orent exploitié, fors de avoir et accorder trièves jusques au
-premier jour d'avril ensuivant : et ainsi furent lesdis traictiés
-continués jusques à la feste de Toussains ensuivant. A
-laquelle feste de Toussains retournèrent auxdis traictiés
-pour le roy de France messire Loys, duc d'Anjou, et messire
-Phelippe, duc de Bourgoigne, frères du roy de France, et
-pluseurs autres du conseil du roy, et alèrent à Saint-Omer.
-Et pour le roy d'Angleterre, alèrent à Bruges messire Jehan
-de Lenclastre et messire Hémon conte de Cantebruge, fils
-du roy d'Angleterre, et pluseurs autres de son conseil. Et
-par le moien desdis messages du pape, c'est assavoir : de
-l'arcevesque de Ravenne et de l'arcevesque de Rouen, qui
-par avant avoit esté evesque de Carpentras, furent d'accort
-lesdis traicteurs, tant d'une part comme d'autre, de eux
-assembler à Bruges comme par avant avoient fait ceux qui
-y avoient esté. Si alèrent lesdis frères du roy de France et
-ses autres gens qui estoient à Saint-Omer, à Bruges, et y
-entrèrent le samedi après Noël l'an dessusdit, et en ladite
-ville de Bruges demourèrent jusques environ Pasques ensuivant,
-et finablement s'en partirent sans traictié de paix
-final, mais il proroguèrent les trièves, et depuis aussi furent
-proroguées jusques au premier jour du mois d'avril mil trois
-cens septante-six, et Pasques furent le sixiesme jour dudit
-mois que l'en dit mil trois cens septante-sept. Et envoia
-assez tost après le roy de France ses messages à Bouloigne
-pour traictier, et les messages du roy d'Angleterre furent
-à Calais, et furent lesdites trièves proroguées de terme en
-terme, jusques à la Nativité Saint-Jean-Baptiste ensuivant,
-qui fu mil trois cens septante-sept dessusdit. Et aloient les
-deux arcevesques, messages du pape, de Bouloigne à Calais
-et de Calais à Bouloigne, en traictant entre les parties. Et
-finablement, jà feust ce que le roy de France feust par
-tous les lieux où il avoit guerre entre lesdis roys plus fort
-que les Anglois, que aussi, par la volenté de messeigneurs
-et la bonne diligence dudit roy de France, tout son fait se
-portast bien, et que en toutes choses il feust à son avantage
-et eust en ce temps moult grant navire sur la mer,
-tant de galées dont il avoit trente-cinq sur mer, comme de
-grant foison de barges, tout ledit navire garni de bonnes
-gens d'armes et de bons arbalestiers ; toutesvoies, pour
-l'amour de Dieu et le bien de paix, pour l'onneur et révérence
-du pape et de l'églyse, et pour compassion du peuple,
-il fist faire moult grans offres, par ses gens, aux gens
-dudit roy d'Angleterre, tant de grans terres et seigneuries
-que de monnoie, réservé tousjours à lui son homaige, son
-ressort et sa souveraineté ès terres que ledit roy d'Angleterre
-avoit au royaume de France, tant en celles que lors il occupoit
-de fait, comme en celles que le roy de France luy
-bailleroit par le traictié. Lesquelles gens dudit roy d'Angleterre
-ne acceptèrent né refusèrent lesdites offres, mais
-distrent que il rapporteroient ces choses par devers le roy
-d'Angleterre leur seigneur, et dedens le premier jour du
-moys d'aoust ensuivant, ou au plus tart dedens le jour de
-mi-aoust, il ou autres, pour le roy d'Angleterre, en feroient
-response en la ville de Bruges à ceux que le roy de France
-envoieroit pour cette cause. Et se partirent de Calais la veille
-de la Saint-Jehan et s'en alèrent en Angleterre : et les gens
-du roy de France s'en retournèrent à leur seigneur à
-Paris, et faillirent toutes trièves le jour de celle de Saint-Jehan.
-Et la veille d'icelle Saint-Jehan, mourut ledit roy
-d'Angleterre Edouard, lequel avoit longuement vescu et
-esté roy d'Angleterre environ cinquante deux ans.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XLV.</h3>
-
-<p class="section">Coment Richart, fils du prince de Galles, fu fait roy d'Angleterre,
-ses oncles vivans.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1377</div>
-
-<p>Après, en celuy an mil trois cens septante-sept dessus
-dit, le seiziesme jour de juillet ensuivant, Richart, fils de
-feu Edouard prince de Galles, qui avoit esté ainsné fils du
-roy d'Angleterre et avoit esté mort avant ledit roy d'Angleterre,
-son père, et estoit de onze ans d'aage ou environ, fu
-couronné en roy d'Angleterre, en représentant la personne
-du prince son père. Et toutesvoies avoit laissié ledit roy
-d'Angleterre trois fils ; c'est assavoir : messire Jehan duc
-de Lenclastre, messire Hémon duc de Cantebruge, et messire
-Thomas dont moult gens avoient merveille : car la mère
-dudit roy Richart avoit esté mariée première fois au conte
-de Salebery, et avoit esté six ans en sa compaignie ; et depuis
-elle maintint que un chevalier d'Angleterre, appellé
-messire Thomas de Hollande, l'avoit fiancée avant ledit
-conte de Salebery, et l'avoit cogneue charnelment ; et pour
-ce ledit conte la laissa, et ledit chevalier l'espousa avec
-lequel elle fu longuement et en ot pluseurs enfans. Et après
-la mort dudit feu Thomas de Hollande, ledit prince de
-Galles, ainsné fils dudit roy d'Angleterre, espousa cette
-dame, vivant ledit conte de Salebery son premier mari ; et
-de ce mariage nasqui ledit Richart, qui fu fait roy d'Angleterre,
-comme dessus est dit, vivant encore ledit conte
-de Salebery.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XLVI.</h3>
-
-<p class="section">Du grant effort de gens d'armes que le roy de France avoit
-sur les champs en cinq parties devisées.</p>
-
-
-<p>Au moys de juillet ensuivant, le duc d'Anjou, frère du
-roy de France, et le connestable de France alèrent en
-Guyenne pour ledit roy de France, bien accompaigniés
-de gens d'armes et arbalestiers ; et si ot grant navire sur
-mer auquel avoit trente-cinq galées, et grant foison de
-barges et autres vaisseaux, lequel navire estoit fourni de
-gens d'armes et arbalestiers en grant nombre. Et avecques
-ce, en celle saison, tenoit le roy de France, en la frontière
-de Picardie, contre les Anglois qui estoient à Calais, à
-Guynes, à Ardre et ès autres forteresses qui se tenoient pour
-le roy d'Angleterre, grant foison de gens d'armes et arbalestiers.
-Et oultre ce, avoit pour ledit roy de France siège
-devant deux chastiaux qui se tenoient encore en Bretaigne
-pour messire Jehan de Montfort ; c'est assavoir : Brest et
-Auroy, et par tous les lieux dessus dis les gens du roy
-tenoient les champs. Et avecques ce, le duc de Berri, frère
-dudit roy de France, et le duc de Bourbon avecques luy
-estoient à siège devant une forteresse, en Auvergne, appellée
-Carlat, que gens de compaignie qui se tenoient de la
-partie des Anglois avoient occupée. Et ainsi le roy de
-France avoit telle puissance en cinq parties, que ses ennemis
-estoient partout les plus foibles. Et en vérité, de nulle
-mémoire d'homme n'avoit ce esté veu, né que le roy eust
-fait si grant fait et noble dont ci-après sera faite mencion.
-Et premièrement par ledit duc d'Anjou et ceux de sa compaignie
-en Pierregort, et autre part en Guyenne, furent
-prises grant nombre de forteresses, si comme ci-après est
-déclairié. Premièrement, au mois d'aoust, le tiers ou quart
-jour, se mist sur les champs ledit monseigneur le duc, en
-la duchié de Guyenne ès parties de Pierregort, en sa compaignie
-monseigneur Bertran du Guesclin, connestable de
-France ; monseigneur Loys de Sancerre, mareschal ; le
-seigneur de Coucy ; le seigneur de Montfort ; le seigneur de
-Montauban ; le sire de Rey ; messire Guy de Rochefort ;
-monseigneur Olivier de Mauny ; le sire de Monsteroys ; le
-seigneur d'Asse ; Le Besgue de Vilaines ; Ivain de Gales ; le
-sire de Chasteau-Giron<a id="FNanchor_308" href="#Footnote_308" class="fnanchor">[308]</a> ; le sire de Bueil ; messire Pierre
-de Villiers grant maistre d'ostel du roy, et pluseurs autres
-seigneurs, jusques au nombre de seize cens hommes d'armes
-et cinq cens arbalestiers. Et se vint logier à Nantion<a id="FNanchor_309" href="#Footnote_309" class="fnanchor">[309]</a> ; et
-d'ilec se parti pour venir devant un lieu appellé les Bernardières
-que tenoient les Anglois ; lesquels quant il sceurent
-sa venue se partirent dudit lieu et y boutèrent le feu. Et
-puis vint devant un chastel dudit pays de Pierregort, appellé
-Condac<a id="FNanchor_310" href="#Footnote_310" class="fnanchor">[310]</a>, que tenoient les Anglois, et l'assist et y fu
-environ quatre jours. Et puis luy fu rendu, lequel chastel
-monseigneur le duc fist abattre pour ce que les seigneurs
-dudit chastel avoient esté traistres, et estoient coustumiers
-de rober et pillier les païs voisins. (Et d'ilec, vint devant
-un autre fort chastel appellé Bordailles, et mist le siège
-devant et y fu environ six jours au siège, et puis luy fu
-rendu)<a id="FNanchor_311" href="#Footnote_311" class="fnanchor">[311]</a>. Et vint à luy monseigneur Jehan de Bueil, lors
-séneschal de Beaucaire, qui pour ledit monseigneur le duc
-estoit demouré capitaine ès parties de Rouergue, de Quercin,
-d'Agenois, Bigorne, Basadois, et amena des gens que
-monseigneur d'Anjou luy avoit bailliés en gouvernement
-cinq cens hommes d'armes et deux cens arbalestiers. Et
-d'ilec se parti monseigneur d'Anjou aux gens<a id="FNanchor_312" href="#Footnote_312" class="fnanchor">[312]</a> qu'il avoit
-par avant et ceux que Bueil luy avoit amenés, et vint devant
-Bergerac et assist ladite ville. Et pour icelle endomaigier et
-pour plus tost prendre, envoia monseigneur le duc ledit
-monseigneur Jehan de Bueil à la Riole, avec quatre cens
-hommes d'armes, pour amener les truyes et autres engins
-qui y estoient. Et monseigneur Thomas de Feleton, séneschal
-de Bordeaux, qui sceut que ledit Bueil estoit là alé,
-assembla tous les seigneurs de Gascoigne et autres que il
-peust assembler jusques au nombre de sept cens combattans,
-et se mist entre la Riole et Bergerac pour rencontrer ledit
-Bueil et ses gens ; et y en vindrent nouvelles audit monseigneur
-d'Anjou, qui tantost manda messire Pierre de
-Bueil, son mareschal, et luy dist qu'il préist trois ou quatre
-cens hommes d'armes et ses gens et alast à l'encontre de
-son frère pour le conforter. Si y ala et mena trois cens
-cinquante hommes d'armes, et estoient audit nombre
-messire Pierre de Bueil dessusdit, le Besgue-de-Villaines,
-Yvain de Galles, messire Gieffroy Fevrier, mareschal du
-connestable de France, messire Pierre de Mornay, mareschal
-de monseigneur Loys de Sancerre mareschal de France ;
-Thibaut du Pont, Juel Rolant et pluseurs autres notables
-chevaliers et escuiers, et se partirent de Bergerac le premier
-jour de septembre. Et celuy jour, près de la ville d'Aymet,
-trouvèrent les gens et coureux de monseigneur d'Anjou<a id="FNanchor_313" href="#Footnote_313" class="fnanchor">[313]</a>
-les coureux dudit séneschal de Bordeaux, et furent pris
-aussi comme tous les coureux françois. Et incontinent qu'il
-se sceurent les uns près des autres il chevauchièrent d'une
-part et d'autre, si s'entr'encontrèrent ainsi comme à un
-quart de lieue d'Aymet, et descendirent à pié d'une part
-et d'autre, et se combattirent moult fort ; et par la grace de
-Dieu furent desconfis les Anglois, et furent ilec pris ledit
-séneschal de Bordeaux, les seigneurs de Lagoran<a id="FNanchor_314" href="#Footnote_314" class="fnanchor">[314]</a>, de
-Mussidan, de Duras, le sire de Rosan et pluseurs autres ; et
-y ot pluseurs des Anglois mors et noyés en une rivière qui
-près estoit, appellée le Drot. Et l'endemain se rendi ladite
-ville de Bergerac audit monseigneur d'Anjou qui y avoit
-esté à siège quinze jours ; et ainsi vint ladite ville en l'obéissance
-du roy de France. Et après ladite besoingne, messire
-Jehan de Bueil en amenant les engins chevaucha devant
-la ville d'Aymet qui se rendi, et ainsi fist la ville de
-Sauvetat.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_308" href="#FNanchor_308"><span class="label">[308]</span></a> Les éditions imprimées portent <i>Chasteau-Cheron</i>. C'est par des erreurs
-de ce genre que les meilleures familles de France ont tant de peine
-à retrouver dans nos historiens les titres de leur ancienne illustration.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_309" href="#FNanchor_309"><span class="label">[309]</span></a> <i>Nantion</i>. Ce doit être la petite ville de <i>Nontron</i> dans le Périgord,
-à dix lieues de Périgueux.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_310" href="#FNanchor_310"><span class="label">[310]</span></a> <i>Condac</i>. Aujourd'hui village du département de la Charente, à
-demi-lieue de <i>Ruffec</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_311" href="#FNanchor_311"><span class="label">[311]</span></a> Ce qui est entre parenthèses a été omis dans les éditions précédentes. &mdash; <i>Bourdeille</i>,
-au-dessous de <i>Nontron</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_312" href="#FNanchor_312"><span class="label">[312]</span></a> <i>Aux gens</i>. Avec les gens.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_313" href="#FNanchor_313"><span class="label">[313]</span></a> <i>Coureux</i>. Pour <i>Coureurs</i>. Dans le bon usage de l'ancienne langue
-françoise, on ne prononçoit pas les <i>r</i> finales dans les noms ni dans les
-verbes. <i>Courri</i>, <i>allé</i>, <i>porteu</i>, <i>coureu</i>, etc.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_314" href="#FNanchor_314"><span class="label">[314]</span></a> <i>Lagoran</i>. Ou <i>Langouiran</i>, petite ville près de Castres.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XLVII.</h3>
-
-<p class="section">Coment monseigneur le duc d'Anjou prist en Guienne pluseurs
-chasteaux et forteresses dont les noms s'ensuivent.</p>
-
-
-<p>En celuy temps, monseigneur le duc d'Anjou estant devant
-Bergerac, monseigneur Berducat de Lebret vint à l'obéissance
-du roy avecques aucunes forteresces qu'il tenoit.
-Et de Bergerac se parti ledit monseigneur d'Anjou et ala
-devant Sainte-Foy, une grosse ville sur la rivière de
-Dourdogne ; et loga une nuit devant, et l'endemain se rendi,
-et puis ala devant Chasteillon<a id="FNanchor_315" href="#Footnote_315" class="fnanchor">[315]</a> une grosse ville et chastel,
-assise sur la rivière de Dourdogne ; et mist le siège devant,
-et y fu par douze jours, ses truyes et ses engins fist drécier et
-gietter, et après ce qu'il orent domaigié la ville et le chastel,
-il se rendirent. Et ilec estant en son siège, envoia chevauchier
-ledit monseigneur d'Anjou ses gens devant une grande
-ville appelée Craon<a id="FNanchor_316" href="#Footnote_316" class="fnanchor">[316]</a>, laquelle se rendi. Et aussi envoia
-chevauchier monseigneur d'Anjou avec ses gens le sire de
-Coucy et le mareschal de Sancerre devant la Bourne et
-Saint-Million, et y ot de grans escarmouches. Et estant au
-siège devant Chasteillon, firent serment audit monseigneur
-d'Anjou, les seigneurs de Lagoran, Mussidan, Duras et de
-Rosan de estre desoremais bons et loyaus François, combien
-que assez tost après ne demoura guères que les seigneurs
-de Duras et de Rosan se parjurèrent et se tournèrent devers
-les Anglois, et s'en alèrent à Bordeaux. Après la prise
-de Chasteillon s'en ala logier monseigneur d'Anjou devant
-un chastel qui estoit de Lagoran, et l'endemain vint devant
-Sauveterre, en entencion de l'assaillir, laquelle se rendi et
-vint à l'obéissance du roy. Celuy jour, vint logier à un quart
-de lieue d'une grosse ville appellée Montsegur, laquelle se
-rendi l'endemain et vint à l'obéissance du roy. Et l'endemain
-se vint logier devant Cauderot<a id="FNanchor_317" href="#Footnote_317" class="fnanchor">[317]</a> qui se rendi à
-luy ; d'ilec, vint devant Saint-Macaire et y mist le siège,
-et fist drécier huit truyes et deux engins ; mais dedans
-quatre jours se rendi la ville à luy, et la ville rendue, il fist
-drécier lesdis engins devant le chastel de Saint-Macaire,
-qui se rendi tantost après. Et ilec estant au siège, se rendi
-la ville de Langon. Et durant ledit siège, envoia chevauchier
-ledit duc d'Anjou aucuns de ses gens qui pristrent le
-chastel d'Andorte par assault ; et aussi ala chevauchier, du
-commandement de monseigneur d'Anjou, messire Olivier
-de Mauny<a id="FNanchor_318" href="#Footnote_318" class="fnanchor">[318]</a> devant Lenduras et le prist.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_315" href="#FNanchor_315"><span class="label">[315]</span></a> <i>Chasteillon</i>. Aujourd'hui <i>Castillon</i>, au-dessous de <i>Saint-Emillion</i> et
-de <i>Libourne</i>, que notre scribe va écrire <i>La Bourne</i> et <i>Saint-Milion</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_316" href="#FNanchor_316"><span class="label">[316]</span></a> <i>Craon</i>. Ou plutôt <i>Creon</i>, dans le pays <i>Entre deux mers</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_317" href="#FNanchor_317"><span class="label">[317]</span></a> <i>Cauderot</i>. Au-dessus de <i>Saint-Macaire</i>, sur la Garonne.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_318" href="#FNanchor_318"><span class="label">[318]</span></a> <i>Mauny</i>. Variante : <i>Cliçon</i>. Ce doit être une faute de la plupart des
-manuscrits. Olivier de Clisson étoit alors en Bretagne.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XLVIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment pluseurs villes et chasteaux et forteresses se rendirent
-à monseigneur le duc d'Anjou.</p>
-
-
-<p>Ledit monseigneur d'Anjou estant au siège devant Saint-Macaire,
-se vindrent rendre et mettre en l'obéissance du roy
-les seigneurs de Bedos, monseigneur Avisant de Caumont ;
-le sire du Chastel-d'Andorte, les enfans de Saincte Aoys<a id="FNanchor_319" href="#Footnote_319" class="fnanchor">[319]</a>,
-eux, leur villes, chasteaux et forteresses dont il avoient
-grant nombre. Et ledit monseigneur d'Anjou, estant au
-siège dudit lieu de Saint-Macaire, luy vindrent nouvelles
-que les seigneurs de Duras et de Rosan s'estoient tournés
-Anglois. Et tantost comme il le sceut, combien qu'il eust
-ordené de mettre siège devant Cardillac, voiant la mauvaistié
-des dessus dis, il ala devant Duras le jour Saint-Denis,
-et incontinent qu'il y fust venu, il fist asségier la
-ville qui celuy jour ne fu pas assaillie, mais l'endemain il
-ordena à la faire assaillir. Lors les gens de la ville doubtans
-l'assault la rendirent. Et puis assist le siège devant le
-chastel de ladite ville que moult estoit fort, et fist drécier
-ses truyes et ses engins et canons, qui moult endomagièrent
-ledit chastel, et en la fin luy fu rendu ; et y fu trois sepmaines
-au siège. Et après ledit chastel ainsi rendu pour la
-saison d'hiver qui estoit venue et aussi pour ce que tous
-les chevaux se mouroient, ledit duc départi ses gens par
-establies pour la saison de hiver. Durant cette saison conquist,
-tant par force comme autrement, et mist en l'obéissance
-du roy ledit monseigneur d'Anjou moult d'autres
-grosses et bonnes villes comme Blaive, Mussidan et pluseurs
-autres forteresses que tenoient les seigneurs de Lagoran
-et Mussidan ; si que en celle saison conquesta jusques
-au nombre de six vint et quatorze que villes que chasteaux
-et autres grosses forteresces et notables.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_319" href="#FNanchor_319"><span class="label">[319]</span></a> <i>Saincte-Aoys</i>. Variante : <i>Sainte-Assise</i>.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XLIX.</h3>
-
-<p class="section">Coment ceux qui tenoient le chastel d'Auroy se rendirent à
-l'obéissance du roy de France, par le sire de Cliçon.</p>
-
-
-<p>En celle meisme saison, c'est assavoir le jour de la
-mi-aoust ensuivant, ceux qui estoient au chastel d'Auroy
-en Bretaigne, devant lequel le sire de Cliçon estoit à siège,
-le rendirent audit seigneur de Cliçon pour le roy de France,
-et s'en alèrent en Angleterre. Et ainsi demoura toute la
-duchié de Bretaigne au roy de France, excepté seulement le
-chastel de Brest, devant lequel avoit bastides pour le roy
-de France, afin que ceux dudit chastel ne peussent saillir
-hors.</p>
-
-<p>En celuy meismes temps, le navire du roy de France
-qui estoit sur la mer fut en Angleterre ; et prinstrent ceux
-qui estoient dedens la ville de la Rie bonne ville et grosse,
-et puis l'ardirent et la laissièrent. Et en celuy temps, envoia
-le roy le duc de Bourgoigne, son frère, le sire de Cliçon et
-pluseurs autres en la frontière de Calais avec ceux qui devant
-y estoient ; et le quatriesme jour de septembre, ledit
-duc et sa compaignie alèrent devant la ville de Ardre qui,
-le septiesme jour dudit moys, fut rendue audit duc pour
-le roy. Et ledit jour fu pris d'assault le chastel de Banelinguen,
-et la forteresce de la Planque, rendue audit duc
-pour le roy, et depuis aussi fu pris le chastel d'Andric.
-Et après se parti ledit duc et sa compaignie du païs
-de Picardie, car il n'y povoient plus besoingnier pour le
-temps qui fu trop pluvieux, mais il establirent gens
-d'armes et arbalestiers, pour garder lesdites forteresces
-qu'il avoient prises. Et toutesvoies les Anglois ne retournèrent
-point à Bruges à la mi-aoust mil trois cens septante-sept,
-pour faire les responses sur les offres qui leur avoient
-esté faites à Bouloigne, ainsi comme il avoient promis, si
-comme il fu dit par devant<a id="FNanchor_320" href="#Footnote_320" class="fnanchor">[320]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_320" href="#FNanchor_320"><span class="label">[320]</span></a> En cet endroit, dans le manuscrit de Charles V, n<sup>o</sup> 8395, un feuillet
-presqu'entièrement blanc sépare ce qui précède de ce qui suit, et la main
-du calligraphe change. C'est que, comme je l'ai dit plus haut, la rédaction
-du voyage de l'empereur fut faite dans le temps même de son séjour
-en France. Il est probable que les chapitres précédens ne furent faits
-que plus tard, et ne furent transcrits qu'après le récit du voyage dans
-notre exemplaire, que nous regardons comme le modèle de toutes les
-autres leçons. Ces dernières l'ont à compter d'ici grandement défiguré,
-comme nous le remarquerons.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>L.</h3>
-
-<p class="section">Coment Charles, empereur de Rome, escript au roy que il
-vouloit venir en France.</p>
-
-
-<p>En celuy temps mil trois cens septante-sept, escript au
-roy l'empereur de Rome Charles, le quatriesme de ce nom,
-par lettres escriptes de sa main, et par deux messages par
-luy envoiés, l'un assés tost après l'autre, qu'il estoit ordené
-pour venir en France veoir le roy et faire certain pèlerinage
-où il avoit sa dévocion, de quoy le roy fu moult liés. Et
-pour ce que par lesdites lettres, il ne mandoit pas le temps
-de son venir né par quel part il entendoit à entrer au
-royaume, luy renvoia le roy de ses chevaucheurs pour luy
-en rapporter la certainneté ; lesquels luy rapportèrent que
-à l'entrée d'Alemaigne, en la duchiée de Luxembourg,
-il avoient trouvé le roy des Romains, fils dudit empereur
-jà venu audit lieu de Luxembourg, et estoit venu à petite
-compaignie en habit mesconnu, luy et ses gens estimés
-entour quarante chevaux. Et quant le roy fu de ce acertené,
-il se pensa que l'empereur ne feroit pas longue demeure
-après la venue de son fils que il avoit envoié devant. Si
-envoia hastivement à Rains et jusques à la ville de Mouson
-entrée de son royaume, et par où ledit empereur devoit
-venir en celles parties, les contes de Sarebruche et de
-Braine, ses conseilliers ; le sire de La Rivière, son premier
-chambellan, et messire Pierre de Chevreuse, maistre de
-son hostel, en leur compaignie, et autres de ses serviteurs,
-pour aler à l'encontre dudit empereur, et le recevoir honorablement
-à l'entrée du royaume. Et demourèrent lesdites
-gens du roy audit lieu de Mouson bien quinze jours ; auquel
-temps il n'orent nulles nouvelles dudit empereur,
-combien qu'il envoiassent audit lieu de Lucembourg, devers
-son fils, pour en savoir la certaineté, lequel semblablement
-leur fist savoir que nulle certaineté n'en savoit. Pour lesquelles
-choses le roy les remanda. Et assez tost après leur
-retour, vint un messaige de l'empereur au roy, et luy apporta
-lettres escriptes de sa main, èsquelles il se excusoit
-de sa demeure, pour certaines guerres qui estoient en aucunes
-parties d'Allemaigne, lesquelles il avoit desjà en
-partie et vouloit du tout mettre en paix, avant son département,
-et luy faisoit savoir que sans nulle faulte, il seroit
-huit jours devant Noël à Paris ; et que pour certaines causes
-et pour tenir plus brief et meilleur chemin, il avoit changié
-son propos de venir par Lucembourg, mais il venroit
-par Brebant, Hénau et Cambray ; et pour ce manda son fils
-estant à Lucembourg venir en Breban à luy, lequel le duc de
-Breban, son frère et la duchesse sa femme, avecques les bonnes
-gens du païs receurent moult honorablement. Et là,
-devoit venir à luy le conte de Flandres, lequel se parti de
-Gand pour cette cause, à tout quarante chevaliers en sa
-compaignie pour venir à Bruxelles ; et là furent pris les
-hostels pour luy. Mais quant il fu près de là, il s'escusa
-pour maladie qui luy survint. Pour ce, se envoia excuser
-par le chastelain de Diquemme et autres de ses gens, et s'en
-retourna en son païs sans veoir l'empereur. De là se parti
-ledit empereur et vint en Haynau, où il cuidoit trouver le
-duc Aubert, gouverneur de Haynau, lequel il avoit là
-mandé ; mais ledit duc estoit alé en Hollande, et pour ce
-n'y vint point ; et toutesvoies ala ledit empereur au Quesnoy
-où ses enfans estoient, et là demoura un jour et vit
-lesdis enfans.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LI.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy de France envoia honnorables messaiges en la
-cité de Cambray, pour aler à l'encontre de l'empereur qui y
-devoit venir et le acompaignèrent très-honnorablement jusques
-dedens ladite ville, en laquelle il fu receu joieusement à processions ;
-et des paroles que l'empereur dit aux gens que le roy
-luy avoit envoiés.</p>
-
-
-<p>En celuy temps, avoit le roy envoié ses messages à Cambray
-devers ledit empereur ; c'est assavoir, le seigneur de
-Coucy, les contes de Sarebruche et de Braine, le seigneur de
-La Rivière, Jehan Lemercier : et en leur compaignie avoit
-grant foison de chevaliers et d'escuiers en bonnes estoffes,
-vestus des livrées desdis seigneurs, et estoient bien trois
-cens chevaux. Et furent le mardi devant Noël, vint-deuxiesme
-jour de décembre, à Cambray un matin, et
-alèrent à l'encontre de l'empereur bien une lieue hors de
-Cambray ainsi acompaigniés, pour luy encontrer et accompaignier
-de par le roy ainsi honnorablement comme dessus
-est dit ; en luy disant que le roy le saluoit et avoit grant joie
-de sa venue et grant désir de luy veoir. Si les reçut moult
-gracieusement et en mercia moult le roy et eux de ce qu'il
-y estoient venus, en leur disant que mès qu'il fust venu
-à la ville, il parleroit à eux plus plainement. Et dont vint
-ledit empereur et approcha ladite ville de Cambray, et vinrent
-au-devant de luy l'evesque et les bourgois à bien deux
-cens chevaux et plus ; et le commun et arbalestiers de la
-ville estoient à l'entrée de la ville rengiés sans paremens,
-d'une part et d'autre en assez belle ordenance. Et l'empereur
-vint chevauchant sur un roncin gris, et vestu d'un mantel
-et chapperon de drap gris fourré de martres, et son fils,
-le roy des Romains, encoste luy chevauchant aussi avant
-comme luy ; et ainsi chevauchièrent jusques bien avant en
-ladite ville, et là encontrèrent l'evesque et les collèges à
-procession<a id="FNanchor_321" href="#Footnote_321" class="fnanchor">[321]</a>. Si descendirent l'empereur et son fils et ainsi
-alèrent à pié jusques à l'églyse. Et après ce qu'il ot fait son
-oraison, il s'en ala en l'ostel de l'evesque, lequel estoit bien
-honnestement paré en sales et en chambres, et luy fist
-ledit evesque ses despens tant comme il fu à la ville. Et
-après disner envoya querre les gens du roy dessus escrips
-et leur dist publiquement et devant chascun que combien
-que il eust sa dévocion à monsieur Saint-Mor, venoit-il
-principalement pour veoir le roy, la royne et leur enfans,
-que il désiroit plus à veoir que créature du monde ; et
-que après ce que il l'auroit veu et parlé à luy, et qu'il luy
-auroit baillié son fils, le roy des Romains, pour estre tout
-sien, lequel il luy amenoit, quant Dieu le voudroit après
-prendre il prenroit la mort en bon gré, car il auroit acompli
-l'un de ses plus grans désirs. Et combien que lesdites gens
-du roy eussent sceu qu'il avoit entencion de estre à Noël à
-Saint-Quentin, il firent tant que il demoura audit lieu de
-Cambray, qui est sa ville et sa cité, en laquelle il povoit
-faire ses magnificences et estas impériaux ; et que au
-royaume de France n'eust point souffert le roy que ainsi en
-eust aucunement usé. Et pour ce que de coustume l'empereur
-dist la septiesme leçon à matines, revestu de ses
-habits et enseignes impériaux, il fu avisé, par les gens du
-roy, que au royaume ne le porroit-il faire, né souffert ne
-luy seroit. Si se consenti de bonne volenté de demourer
-audit Cambray pour faire son ordenance acoustumée en
-son empire.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_321" href="#FNanchor_321"><span class="label">[321]</span></a> Cette procession est figurée dans le msc. de Charles V, f<sup>o</sup> 467, v<sup>o</sup>.
-Le costume de l'évêque est assez curieux.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LII.</h3>
-
-<p class="section">Les noms des villes par où l'empereur passa depuis Cambray
-jusques à Senlis, et des nobles hommes qui lui furent à l'encontre.</p>
-
-
-<p>L'endemain se party de Cambray ledit empereur, et vint
-au giste en une abbaye du royaume que l'on appelle le
-Mont St-Martin<a id="FNanchor_322" href="#Footnote_322" class="fnanchor">[322]</a>, et y disna le jour, et puis vint au giste
-à Saint-Quentin. Auquel lieu de Saint-Quentin les gens et
-officiers du roy, bourgois et habitans de ladite ville, vindrent
-à cheval à l'encontre de luy et le reçurent honorablement,
-en lui disant que bien fust-il venu en la ville du roy ;
-et luy firent grans présens de char, de poissons, de vins, de
-pains, de foins, d'avaine et de cires. Et est assavoir que en
-ladite ville et semblablement par toutes les autres villes où
-il a esté, tant en venant à Paris comme en son retour, il n'a
-esté receu en quelconque églyse à procession né cloches
-sonnans, né fait aucun signe de quelconque dominacion
-ou seigneurie ; si comme au roy ou à ceux qui ont la cause de
-luy appartiegne à estre fait en tout le royaume de France.
-Audit St-Quentin demoura ledit empereur un jour, et vint
-à Han au giste où les gens du roy qui au-devant estoient allés
-toujours le compaingnièrent ; et vindrent les gens de ladite
-ville de Han au-devant de luy, et lui firent la révérence si
-comme avoient fais ceux de Saint-Quentin ; et de là se parti
-l'endemain après boire et vint au giste à Noyon. Et au devant
-de luy vindrent à cheval l'evesque, chappitre et bourgois
-de ladite ville en grant et belle compaignie, et luy firent la
-révérence, en disant les paroles telles comme ceux de Saint-Quentin
-luy avoient dites, en disant que bien fust-il venu
-en la ville du roy ; et lui firent les présens comme dessus est
-dit. Et demoura en ladite ville deux jours, et visita l'abbaye
-de Saint-Eloy et le corps saint.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_322" href="#FNanchor_322"><span class="label">[322]</span></a> <i>Le Mont Saint-Martin</i>. Aujourd'hui village sur la route et à mi-chemin
-de <i>Cambray</i> à <i>Saint-Quentin</i>.</p>
-</div>
-<p>Et le jeudi trente-et-uniesme et derrenier jour de décembre,
-se parti d'ilec après boire et vint au giste à Compiègne ;
-et au-devant de luy vindrent à une lieue de la ville les gens
-de ladite ville, en belle ordenance et bonne compaingnie bien
-jusques à deux cens chevaux. Et assez tost après vint, de par
-le roy, à l'encontre dudit empereur, le duc de Bourbon, frère
-de la royne de France, le conte d'Eu, cousin germain du roy,
-les evesques de Beauvais et de Paris, et pluseurs autres notables
-chevaliers et seigneurs en leur compaingnie, jusques
-au nombre de trois cens chevaliers et plus, vestus des robes
-dudit duc, lesquelles étoient de blanc et bleu mi-parti.
-Et luy dit le duc de Bourbon que le roy le saluoit et estoit
-bien lie de sa venue et que très-volontiers le verroit, et
-que là les avoit envoyés le roy pour le compaingnier. Et
-l'empereur venu en ladite ville et descendu en son hostel,
-le duc de Bourbon pria les seigneurs et chevaliers de l'ostel
-de l'empereur de venir souper avecques luy en son hostel,
-lesquels y alèrent ; et l'empereur, pour luy faire plus avant
-plaisir, luy envoya son fils le roy des Romains, en luy mandant
-que sé il feust en point qu'il se peust aidier, car de
-nouvel au partir de Noyon lui estoit prise sa goute dont il
-estoit si empeschié qu'il ne pouvoit aler, que luy en sa
-personne fust alé souper avecques luy. Et ledit duc de
-Bourbon festoya ledit roy et tous les autres, et donna à souper
-très grandement et largement, et y assembla et fist estre
-les dames qui estoient en la ville et environ. Et l'endemain,
-qui fu le vendredi premier jour de janvier, après ce qu'il
-ot disné à Compiègne, il vint en un curre, pour ce qu'il
-ne pooit chevauchier, à heure de vespres à Senlis : et au-devant
-de luy alèrent le baillif de ladite ville et les officiers
-du roy, et en leur compaingnie les gens de la ville, jusques
-au nombre de cent chevaux, en lui faisant la révérence et
-en luy disant qu'il fust le bien venu en la ville du roy.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LIII.</h3>
-
-<p class="section">Comment messeigneurs les ducs de Berry et de Bourgoigne,
-frères du roy de France, acompaingniés de pluseurs nobles
-chevaliers, alèrent au devant de l'empereur pour luy acompaingnier
-à entrer en la cité de Senlis, et coment lesdis
-chevaliers et escuiers estoient noblement vestus d'une couleur.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1378</div>
-
-<p>Tantost après un petit d'espace, à une lieue de ladite
-ville au plus, vindrent à l'encontre dudit empereur de par
-le roy de France, messeigneurs ses frères, les ducs de Berry
-et de Bourgoigne, le conte de Harecourt, l'archevesque de
-Sens et l'evesque de Laon, et estoient lesdis seigneurs accompaingniés
-de chevaliers et d'escuiers vestus tous d'une robe,
-c'est assavoir : les chevaliers partis de veluyau noir et
-gris ; les escuiers, de soie pareil de couleur, et estoient bien
-cinq cens chevaux en leur compaingnie. Et dit le duc de
-Berry à l'empereur, de par le roy, que le roy le saluoit et
-avoit grant desir de le veoir, et les envoioit au devant de
-luy pour luy honnorer et accompaingnier à leur povoir,
-dont il mercia le roy et eux très grandement. Et quant il fu
-descendu à son hostel, jusques où il le convoièrent, il
-s'en retournèrent à leur hostels afin que il ne le grevassent,
-car il estoit moult malade et travaillié ; et les gens de
-la ville firent tels présens comme dessus est dit des autres
-villes.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LIV.</h3>
-
-<p class="section">Coment l'empereur vint de Senlis à Louvres, et l'y envoya le
-roy un curre et une littière noblement attelés, et de là vint à
-Saint-Denis en France.</p>
-
-
-<p>Le samedi ensuivant, qui fu second jour de janvier, se
-parti de Senlis ledit empereur après boire, et vint au giste
-à Louvre, et vint à l'encontre de luy le duc de Bar que le
-roy y envoya, qui de nouveau depuis le département les
-frères du roy estoit venu vers luy ; et furent avec luy aucuns
-contes, banerés, chevaliers et escuiers, et là combien
-que ce soit ville plate, luy furent fais aussi grans et aussi
-honnorables présens comme ès villes dessus dites. Et l'endemain,
-qui fu dimanche troisiesme jour de janvier, se parti
-de Louvres après boire. Et pour ce que le roy avoit entendu
-qu'il estoit moult agrevé de la goute et ne pouvoit chevauchier
-et le charrier luy faisoit grevance, il luy envoya
-toute nuit, la nuit de samedi, un des curres de son corps noblement
-appareillié et de chevaux blans atelé, et la littière
-de son ainsné fils le daulphin de Vienne noblement appareilliée
-et attelée de deux mules et de deux coursiers pour
-venir dedens plus aisiement. De quoy ledit empereur fu
-moult lie, et en mercia moult le roy en son absence en
-recevant ledit curre et laditte littière des messages du roy ;
-et puis vint en ladite littière jusque à la ville de Saint-Denis
-bien acompaingnié de cent hommes à cheval des gens de
-ladite ville. Et assez tost après luy vindrent au dehors de
-ladite ville les arcevesques de Rains et de Rouen et de
-Sens ; les evesques de Laon, de Beauvais, de Paris, de
-Noyon, de Baieux, de Lisieux, de Meaux, d'Evreux, de
-Thérouenne et de Condon ; et l'abbé de Saint-Waast d'Arras,
-tous du conseil le roy, et luy firent la révérence, en
-disant que il fust le bien venu, et que le roy les avoit là
-envoiés pour le honnorer et le acompaingnier. Et luy venu
-à Saint-Denis, il fist descendre sa littière et porter icelle à
-bras, car pour sa maladie de goute dessus dite, il ne povoit
-aler à pié. Et pour ce, en icelle se fist porter en l'églyse
-Saint-Denis, devant le grant autel saint Loys où il fist son
-oroison dévotement. Et ainsi de là fu porté dedens ladite
-littière jusques en sa chambre, et là luy furent présentés, de
-par l'abbé, de grans poissons, de connins, de buefs, de
-moutons, de volaille et d'avoine, et habondance du vin,
-tant comme luy et ses gens en porent despendre. Et pareillement
-luy firent les gens de la ville de très grans présens ;
-et après ce que il se fu une grant pièce reposé, il se dementa
-de veoir les reliques de léans, et se fist porter au trésor
-en une chaière et là vit les reliques, les couronnes,
-joyaux, et s'y tint très longuement en y prenant très grant
-plaisir, si comme il sembloit à sa chière, par le rapport de
-ceux qui près de luy estoient. Et après ce qu'il fu reporté
-en sa chambre, lesdis frères du roy et aucuns des prélas qui
-estoient demourés prisrent congié de luy, et revindrent devers
-le roy à Paris, et il demoura tout le jour en ladite
-abbaye.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LV.</h3>
-
-<p class="section">Coment l'empereur après ce qu'il ot veu les reliques Saint-Denis,
-tant ou trésor comme ailleurs, et visité les sépultures
-que il requist à veoir, se parti de Saint-Denis pour venir
-à Paris.</p>
-
-
-<p>Le lundi ensuivant, quatriesme jour du mois de janvier,
-se leva l'empereur bien matin, pour ce que celuy jour il
-devoit venir à Paris ; si se fist porter en l'églyse de monseigneur
-saint Denis et devant les corps sains, et là fist ses
-dévocions, et se fist porter entour les chaces, et baisa les
-reliques, le chief, le clou et la couronne, et puis demanda à
-veoir les sépultures des roys, et par espécial du roy Charles
-et de la royne Jehanne sa femme, du roy Phelippe et de la
-royne Jehanne de Bourgoigne sa femme ; car il disoit que en
-leur hostel avoit esté norry en sa jeunesse et que moult de
-biens lui avoient fais. Et aussi volt-il veoir la sépulture du
-roy Jehan, et fist assembler l'abbé et le couvent et leur requist
-très affectueusement que il voulsistent Dieu prier pour
-ses bons seigneurs et dames qui gisoient là. Après se parti de
-l'église, et vint en sa chambre où il avoit esté par devant,
-et là vint de par le roy, c'est assavoir messires Bureau de
-la Rivière, son premier chambellan, et Colart de Tanques,
-escuier de son corps, et vinrent en la court devant les fenestres
-de sa chambre, et luy présentèrent, de par le roy, un
-bel destrier ensellé des armes de France bien et richement,
-et pareillement un bel coursier ; et autant et autels en présentèrent
-à son fils le roy des Romains. De quoy il mercia
-le roy grandement, et dit qu'il monteroit et entreroit dessus
-à Paris, combien que il luy fust bien grief pour cause de
-sa maladie : et pour ce les envoya devant à La Chappelle
-Saint-Denis, et jusques là se fist porter en la littière de la
-royne, qui pour ce luy avoit esté envoiée très-richement et
-noblement attelée et appareilliée. Et après ce qu'il ot beu,
-il se party de Saint-Denis en la littière, comme dit est ; et
-entre Saint-Denis et La Chappelle, vindrent à l'encontre
-de luy le prévost de Paris et le chevalier du guet, avecques
-très grant quantité de leur gens à cheval, vestus d'unes
-robes, et aussi y estoit le prévost des marchands, et les eschevins
-de la ville de Paris, et des bourgois bien montés et
-vestus de robes mi-parties de blanc et de violet : et estoient
-bien en nombre, en ladite place, de dix-huit cens à deux
-mile hommes, de quoy lesdis prévost et chevaliers, les
-eschevins et grant quantité de autres bourgois estoient
-montés sur beaux destriers et coursiers très noblement, et
-se misrent rengiés aux champs, selon le chemin, en très
-belle ordenance.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LVI.</h3>
-
-<p class="section">Coment les prévos de Paris et des marchans et Chevalier du
-guet se despartirent d'avec le commun qui estoient rengiés sur
-les champs, et alèrent au devant de l'empereur pour luy faire
-révérence.</p>
-
-
-<p>Lors se départirent d'avec les autres le prévost de Paris,
-le prévost des marchans et le Chevalier du guet, et se approchièrent
-de l'empereur, et porta le prévost de Paris les
-paroles en disant : «&nbsp;Très excellent prince, nous les officiers
-du roy à Paris, le prévost des marchans et les bourgois
-de la bonne ville, vous venons faire la révérence et
-nous offrir à faire vostre bon plaisir, car ainsi le veult le
-roy nostre seigneur, et le nous a commandé.&nbsp;» Et l'empereur
-en mercia le roy et eux moult gracieusement. Et lors
-lesdis prévos et échevins avec les bourgois vindrent ensemble
-jusques à Paris, et estoient bien en la compaingnie
-tant des officiers du roy comme des gens de la ville de Paris,
-quatre mille chevaux et plus. Et ainsi acompaingnié vint
-ledit empereur à la Chappelle Saint-Denis, et là se fist descendre
-de la littière de la royne en un hostel, et fu mis à
-cheval sur le destrier que le roy luy avoit envoié à Saint-Denis,
-lequel estoit morel<a id="FNanchor_323" href="#Footnote_323" class="fnanchor">[323]</a> ; et semblablement monta le
-roy des Romains sur celui que le roy luy avoit envoié, lequel
-estoit pareillement morel. Et appenséement le roy de
-France les leur donna de celuy poil qui est plus loing et
-opposite du blanc, pour ce que ès coustumes de l'empire, les
-empereurs ont acoustumé d'entrer ès bonnes villes de leur
-empire et qui sont de leur seigneurie, sur cheval blanc,
-et ne vouloit pas le roy que en son royaume il le feist
-ainsi, affin qu'il n'y peust estre noté aucun signe de dominacion<a id="FNanchor_324" href="#Footnote_324" class="fnanchor">[324]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_323" href="#FNanchor_323"><span class="label">[323]</span></a> <i>Morel</i>. Noir. On voit cette cavalcade dans le manuscrit de Charles V,
-f<sup>o</sup> 470, r<sup>o</sup>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_324" href="#FNanchor_324"><span class="label">[324]</span></a> Villaret a eu grand tort de traiter de petitesses ridicules toutes ces
-précautions cérémonieuses du roi de France. Dans les idées admises à
-la cour impériale et souvent même à celle de Rome, tous les rois
-chrétiens relevoient de l'empereur. Or, l'indépendance de la couronne
-de France ne permettoit pas de tolérer de pareilles prétentions.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LVII.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy de France se parti de son palais pour aler à
-l'encontre de l'empereur son oncle.</p>
-
-
-<p>En celuy mesme jour et heure, se parti le roy de France
-de son palais, monté sur un grant palefroy blanc, richement
-ensellé tout aux armes de France. Et estoit le roy vestu
-d'une cote hardie<a id="FNanchor_325" href="#Footnote_325" class="fnanchor">[325]</a> d'escarlate vermeille et d'un mantel
-à fons de cuve fourré. Et avoit en sa teste un chappel à bec
-de la guise ancienne, brodé et couvert de perles très richement.
-Et en sa compaingnie estoient quatre ducs, c'est assavoir :
-de Berry, de Bourgoigne, de Bourbon et de Bar ; et
-les contes d'Eu, de Bouloigne, de Coucy, de Sarebruche,
-de Tancarville, de Sancerre, de Dampmartin, de Porcien, de
-Grantpré, de Siaume et de Braine ; et pluseurs autres grans
-seigneurs, banerés et autres chevaliers sans nombre et estimacion,
-et d'autres grans gentilshommes ; et si estoient des
-prélas tous ceux dessus escrips, qui alèrent au dehors de la
-porte Saint-Denis au devant de l'empereur, et estoient tous
-en chappes romaines par l'ordenance et commandement du
-roy ; et estoient grandement montés, et accompagnés de
-leurs chappelains et autres gens chascuns de leur robes. Et
-les seigneurs et princes dessus dis estoient montés sur
-grans chevaux moiens, plus haus que coursiers et grandement
-acompaingniés de chevaliers et d'escuiers, chascun
-des livrées de leur seigneurs. Et aussi avoit le roy ses officiers
-de tous estas, en très grant quantité, vestus chascun
-office d'unes robes ; c'est assavoir : chambellans, de deux
-paires de robes les unes de veluyau et les autres de deux
-escarlates parties ; les maistres d'ostel, de deux veluyaux
-inde et tenné ; et les chevaliers d'onneur, de veluyau vermeil ;
-les escuiers du corps et d'escuierie, de camocas bleu ;
-les huissiers d'armes, de deux camocas partis de bleu et
-rouge ; les officiers, panetiers, eschansons, varlès tranchans,
-vestus de deux satanins pallés de blanc et tenné ; et pareillement
-estoient les officiers du daulphin de Vienne, ainsné
-fils du roy ; et les queus et escuiers de cuisine vestus de
-houpellandes de soie et aumuces fourrées, à boutons de
-perles pardessus ; les varlès de chambre cinquante-deux,
-tous vestus d'unes robes d'un roié gris blanc contre noir ;
-les someliers vestus d'un roié gris blanc contre un drap
-noir. Les sergens d'armes, de cinquante à soixante, vestus
-d'unes robes de drap bleu et noir. Les someliers, d'un
-roié brun contre un vermeil ; et ainsi de tous les autres
-officiers, chascune office séparément d'unes robes. Et
-mist le roy à partir de la cour du palais, pour la multitude
-des gens à cheval qui y estoient, plus de demi-heure
-à issir hors. Et chevaucha parmi la ville en grant
-multitude de gens, droit le chemin de Saint-Denis, en
-passant par la porte et bastide de Saint-Denis. Et estoit l'ordenance
-des gens du roy si bien faite, que peu y avoit de
-presse au regart de la multitude de gens qui là estoient. Et
-devant aloient tous les chevaliers et escuiers, les arbalestriers
-de cheval et sergens d'armes. Et devant le roy
-estoit le mareschal de Blainville et escuiers de son corps,
-qui avoient deux espées à escharpe et les chappeaux de paremens.
-Et, sans moien<a id="FNanchor_326" href="#Footnote_326" class="fnanchor">[326]</a>, estoit devant luy le fils du roy de
-Navarre et les contes de Harcourt et de Tancarville, et par
-derrière ses huissiers d'armes. Et après, les quatre ducs dessus
-dis, et pluseurs autres contes et barons, et les prélas
-dessus nommés par ordenance venoient après, deux et
-deux.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_325" href="#FNanchor_325"><span class="label">[325]</span></a> <i>Cote hardie</i>. Dans la miniature que nous avons mentionnée tout à
-l'heure, cette cote hardie paroît être un vêtement serré sous le manteau.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_326" href="#FNanchor_326"><span class="label">[326]</span></a> <i>Sans moien</i>. Sans intermédiaire.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LVIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy de France et l'empereur avec son fils, le roy des
-Romains, s'entrencontrèrent entre La Chappelle et le Moulin à
-vent, et de la révérence que il firent l'un à l'autre à l'assemblée.</p>
-
-
-<p>Après ceux, aloient les arcevesques premiers, et les evesques
-après ; et après venoient les grans chevaux et palefrois
-du roy très richement ensellés, et les varlès les menoient
-en destre, montés sur autres roncins, vestus tous d'unes
-robes, et si avoient paremens de France en escharpe, en la
-manière acoustumée. Et le palefrenier du roy estoit devant
-les escuiers de corps, monté sur un grant coursier,
-et avoit le parement du roy, lequel estoit de veluyau et
-de brodeure ; les fleurs de lis pourfilées de perles en escharpe
-autour le col, ainsi comme il est acoustumé de porter. Et
-avec les sergens d'armes du roy estoient devant les deux
-trompettes du roy, à trompes d'argent et penonceaux de
-brodeure qui trompoient aucune fois, pour faire les gens
-avancier de chevauchier. Et ainsi chevaucha le roy de son
-palais jusques en mi-voie du Moulin à vent et de La Chappelle,
-que il s'entrencontrèrent luy et l'empereur ; et fu grant
-pièce avant que il pussent venir l'un à l'autre, pour la presse
-des gens qui y estoient. En laquelle encontre ledit empereur
-osta sa barrette et son chapperon, et aussi le roy ; et ne se
-volt le roy trop approchier de l'empereur, pour ce que son
-cheval ne fraiast à ses jambes où il avoit la goute ; mais prisrent
-les mains l'un de l'autre et s'entresaluèrent, en disant
-le roy à l'empereur que très bien fust-il venu et que il avoit
-eu grant désir de le veoir. Et passa outre le roy pour saluer
-le roy des Romains en la manière qu'il avoit fait l'empereur ;
-et puis retourna devers l'empereur et le fist mettre à dextre
-de luy, combien que l'empereur s'en excusast très-longuement
-et ne le vouloit faire ; et fist mettre à senestre emprès
-luy le roy des Romains. Et ainsi chevaucha le roy au
-milieu de l'empereur et de son fils tout le chemin, et tout
-au lonc de la ville de Paris jusques à son palais, par l'ordenance
-et en la manière qui s'ensuit :</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LIX.</h3>
-
-<p class="section">De la noble ordenance qui estoit quant le roy et l'empereur et
-son fils entrèrent à Paris.</p>
-
-
-<p>Premièrement, fu par le roy ordené que les gens de la
-ville, pour ce qu'il estoient en trop grant quantité, demourassent
-aux champs sans entrer en la ville, jusques
-à tant que l'empereur, le roy et toutes leur gens fussent
-entrés et passés en la ville, et ainsi fu fait. Et aussi avoit le
-roy fait crier le jour devant, que nul ne fust tant hardi d'occuper
-le chemin de la grant rue en venant au palais de
-gens né de charroi, né ne se boujassent des places où il s'estoient
-mis pour veoir l'empereur, le roy et le roy des Romains
-passer.</p>
-
-<p>Et de fait furent mis sergens, pour garder au bout des rues
-qui viennent sur le chemin de la grant rue, qui gardoient
-et deffendoient le peuple de passer. Et lors descendirent à
-pié trente des sergens d'armes, et prisrent le travers de
-la rue, alant devant les escuiers du corps du roy leur
-maces en leur poings, et leur espées garnies d'argent en
-escharpe<a id="FNanchor_327" href="#Footnote_327" class="fnanchor">[327]</a>. Et pour ce que l'empereur avoit fait assavoir
-au roy, dès ce qu'il vint à Saint-Denis, que à son venir
-à Paris il ne vouloit avoir nul de ses gens auprès de luy,
-mais se mettoit en la garde et gouvernement du roy et
-de ses gens tels comme il les luy voudroit baillier, et
-prioit très fort le roy que il les luy voulsist tels baillier
-que bien le gardassent de presse ; et aussi qu'il pleust au
-roy ordener aucunes gens qui menassent ses gens devant
-au palais tous ensemble, laquelle chose le roy fist ; et les
-fist mener les premiers et conduire par le seigneur de
-Coucy, le conte de Sarebruche et le conte de Braine, qui
-continuelment avoient esté avec l'empereur puis qu'il estoit
-entré au royaume. Et pour la garde du corps de l'empereur
-ordena le roy six de ses chambellans et quatre de ses huissiers
-d'armes ; c'est assavoir : le seigneur de la Rivière,
-messire Charles de Poitiers, messire Guillaume des Bordes,
-messire Hutin de Vermelles, messire Jehan de Barguettes
-et le Barrois ; et autant en ordena le roy pour son corps :
-et au roy des Romains, quatre et deux huissiers d'armes,
-lesquels tous chambellans, chevaliers et huissiers d'armes
-descendirent aussi à pié, et se ordenèrent en la garde qui
-commise leur estoit en belle et bonne ordenance.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_327" href="#FNanchor_327"><span class="label">[327]</span></a> Voyez la curieuse représentation de ces écuyers du corps du roi,
-dans la deuxième miniature du f<sup>o</sup> 470 r<sup>o</sup>, manuscrit de Charles V.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LX.</h3>
-
-<p class="section">De l'ordenance des nobles barons, chevaliers, prélas, escuiers
-et gens de Paris, qui chevauchoient après les trois princes
-dessus dis<a id="FNanchor_328" href="#Footnote_328" class="fnanchor">[328]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_328" href="#FNanchor_328"><span class="label">[328]</span></a> Les quatre précieux chapitres suivans n'ont jamais été imprimés et
-ne se retrouvent que dans le manuscrit de Charles V et dans ceux des
-<i>Continuateurs de Nangis</i>. Les éditions imprimées et les autres manuscrits
-portent : «&nbsp;Et du surplus je me tais, pour ce que trop longue chose seroit
-à escrire ; et mesmement à ce que en pluseurs lieux en sera trouvé
-escript. Et bien viens au disner que le roy luy donna au palais dont
-l'assiette fu telle.&nbsp;» Par ces mots <i>en pluseurs lieux</i> il semble que l'on
-ait voulu désigner l'<i>Histoire de Charles V</i> faite plus de vingt ans après le
-meilleur texte de nos <i>Chroniques</i> par Christine de Pisan. Mais cet historien
-a beaucoup abrégé elle-même les précieux détails dans lesquels l'historiographe
-étoit entré.</p>
-</div>
-
-<p>Item, après les gens de l'empereur qui estoient les premiers
-entrans en la ville, estoient les chevaliers et escuiers
-du royaume de France, qui estoient bien huit cens chevaliers
-sans les escuiers dont on ne sait le compte, et estoient
-noblement vestus et parés et très-bien montés, si que c'estoit
-noble et merveilleuse chose à veoir. Après estoient le
-chancelier de France et les conseillers du roy lays. Et après
-estoient d'un front, à pié, les portiers et varlès de porte,
-leur verges en leur mains et vestus d'unes robes. Et après
-estoit à cheval le prévost de Paris, et après le prévost pluseurs
-contes et barons. Et après estoit le maréchal de Blainville.
-Et après ledit mareschal estoient les escuiers du corps
-et escuierie du roy comme dessus est escript. Et au plus près
-de l'empereur, du roy et du roy des Romains, estoient un
-renc de chevalliers à pié, chascun un baston en son poing ; et
-les chambellans et gardes sus escrips entour l'empereur, le
-roy et le roy des Romains, estoient tellement que nul n'en
-povoit approuchier né les empresser. Et derrière les chevaux
-de l'empereur, du roy et du roy des Romains, estoient
-les huissiers d'armes tous rengiés à pié, qui aussi avoient
-des bastons en leurs poins. Et venoient après les frères du
-roy, le duc de Berry et de Bourgoigne, et entre eux deux,
-au milieu, estoit le duc de Breban, frère de l'empereur et
-oncle du roy ; et après, le duc de Sassoigne, esliseur de
-l'empire, le duc de Bourbon, le duc de Bar, et des autres
-ducs allemans un appellé le duc Henry, le duc de Bousselau
-et le duc de Trappo. Et derrière lesdis ducs estoient
-vint chevaliers et escuiers à pié, qui sont pour la garde du
-corps du roy, et vint-cinq arbalestriers tous armés couvertement,
-les espées en une main et bastons ès autres,
-lesquels se tenoient fors et serrés ensemble pour garder de
-foule et de presse l'empereur, le roy et le roy des Romains,
-et les ducs dessus dis qui venoient derrière eux, de la foule
-et multitude des gens qui venoient après à cheval. Et après
-venoient tous les prélas dessus escris, et après, les chevaux
-de parement du roy et tout le remenant de la multitude de
-chevaux et gens. Et tout derrière venoient le prévost des
-marchans, le chevalier du guet et les sergens, avec les gens
-de la ville de Paris. Et ainsi et par telle ordenance chevauchoient
-l'empereur, le roy et le roy des Romains, par
-tele manière qu'il ne fussent pressés né arrestés. Mais en
-brief temps et pou d'espace, vindrent très légièrement et
-briefment jusques au palais, dont plusieurs gens furent
-moult merveilliés, qui autrefois n'avoient veue tele né si
-bonne ordenance de tele multitude, si pou de desroy né de
-presse. Et aussi furent faites à la porte du palais certaines
-barrières, et à l'entrée des merceries et de la grande sale
-aussi, et mis et ordenés sergens d'armes et autres sergens
-pour icelles garder estroitement, et telement furent gardées
-que l'empereur, le roy et le roy des Romains et des autres
-grans seigneurs qui y entrèrent, n'estoient pas plus de quarante<a id="FNanchor_329" href="#Footnote_329" class="fnanchor">[329]</a>
-chevaux ; et avoit esté ordené que à la venue ou
-entrée dudit palais, nul ne s'arrestast devant ladite porte,
-mais passast oultre chacun à cheval et s'espandissent parmi
-les rues foraines, afin de y avoir moins de presse. Et ainsi
-vindrent au perron de marbre environ trois heures après
-midi. Et pour ce que l'empereur ne se povoit pas aisément
-soustenir pour sa dite maladie, mais le convenoit porter entre
-bras, le roy luy avoit fait appareillier par un sien secrétaire
-qui lors estoit concierge de son palais, nommé maistre
-Phelipe Ogier, en la cour soubs ledit perron, une chaiere
-couverte de drap d'or et le fist asseoir dedens.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_329" href="#FNanchor_329"><span class="label">[329]</span></a> <i>Quarante</i>. Suivant Christine de Pisan : <i>Cent</i>.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXI.</h3>
-
-<p class="section">Comment le roy de France vint à l'empereur emprès le perron
-où il estoit assis et le salua et le baisa, et puis baisa le roy des
-Romains, et de l'assiette du soupper de celuy jour.</p>
-
-
-<p>Si comme l'empereur se séoit et reposoit en la chaière
-dessus dite, le roy vint à luy et luy dist qu'il fust le très
-bien venu en son palais, et que onques prince n'y avoit
-veu plus volentiers ; et lors le baisa, et l'empereur osta tout
-son chaperon et l'en mercia très humblement ; et aussi salua
-le roy son fils le roy des Romains et le baisa. Et lors fist
-le roy lever l'empereur par ses chevaliers et porter en sa
-chaière contremont les degrés, et aloit le roy d'un costé des
-degrés et menoit le roy des Romains à sa main sénestre ; et
-ainsi ala le roy coste à coste de l'empereur, jusques à la
-chambre qu'il luy avoit faite appareillier ; c'est assavoir en
-la chambre faicte de bois d'Irlande qui est coste la chambre
-vert, et regarde d'une part sur les jardins du palais et d'autre
-part à la Sainte-Chappelle ; et toutes les autres chambres
-derrière laissa pour l'empereur ; et pour son fils le roy des
-Romains laissa et fist ordener les chambres de dessous où
-se souloient retraire les roynes de France ; et prist et se loga
-le roy ès haultes chambres à galathas<a id="FNanchor_330" href="#Footnote_330" class="fnanchor">[330]</a>, que fist faire le roy
-Jehan son père. Et après ce que l'empereur se fu un petit
-reposé, le roy l'ala veoir en sa chambre ; et sitost que le roy
-approucha de luy, il osta tout arrière jus son chaperon, et
-dist que il le venoit veoir et luy monstrer sa coiffe que encore
-n'avoit pas veue<a id="FNanchor_331" href="#Footnote_331" class="fnanchor">[331]</a> ; et l'empereur osta son chapeau et
-tantost se recouvrirent le roy et luy, et s'assistrent en deux
-chaières l'une emprès l'autre. Et là, le roy luy dist les paroles
-qui ensuyvent : «&nbsp;Beaux oncles, sachiez que j'ay si
-grant joie de vostre venue comme plus puis, et vous pri
-que vous tenez que en ce que j'ay vous avez comme au
-vostre, et plus avant ne vous scay offrir.&nbsp;» A quoy l'empereur
-osta arrière son chaperon et le roy aussi, et respondit
-ledit empereur ces paroles : «&nbsp;Monseigneur, je vous
-merci des honneurs et biens que vous me faites, et je vous
-offre et vueil que vous soyés certain que moy et mon fils
-que je vous ai ci amené ; et tous mes autres enfans et
-quanque j'ay, sommes vostres et le poez prendre comme
-le vostre.&nbsp;» Auxquelles paroles pluseurs gens estoient qui
-orent grant plaisir et joie de cestes grans amitiés et bonnes
-volentés. Et ainsi se départi le roy. Et pour la maladie dudit
-empereur qui estoit très-griève, considéré que il avoit eu
-fièvre avecques et estoit moult travaillié dudit chemin, le
-roy le fist soupper en sa chambre ; et il mena soupper avecques
-luy le roy des Romains et les ducs, seigneurs et chevaliers
-qui estoient venus avec luy, et y ot très grant soupper
-et très grant presse de gens d'estat, et fu l'assiète tele que
-il ensuit : L'evesque de Paris, premier ; le roy, et puis le roy
-des Romains ; le duc de Berry, le duc de Breban, le duc de
-Bourgoigne, le duc de Bourbon et le duc de Bar ; et pour ce
-que deux autres ducs n'estoient pas chevaliers, mengièrent
-à l'autre table, et leur tint compaignie messire Pierre fils du
-roy de Navarre, le conte d'Eu et pluseurs autres seigneurs.
-Et est assavoir que la grande sale du palais, la chambre de
-parlement, la sale sur l'eau, la chambre vert, les autres
-chambres notables du palais, la Sainte-Chappelle, la chapelle
-d'emprès la chambre vert estoient partout très-richement
-parées et ordenées, tant au palais comme au
-chastel du Louvre, à Saint-Pol, au bois de Vinciennes,
-et à l'ostel de Beauté-sur-Marne, èsquels lieux le roy
-mena, tint et festoia partout l'empereur. Et ainsi se passa
-la journée dudit lundi, entrée de l'empereur à Paris. Et
-après vin et espices données après souper, se retraistrent le
-roy, et le roy des Romains et les autres seigneurs chascun
-en sa chambre.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_330" href="#FNanchor_330"><span class="label">[330]</span></a> <i>A galathas</i>. Christine : <i>Et Galathas</i>. Je pense qu'il faut entendre
-par là les longues galeries dans lesquelles sont encore aujourd'hui conservées
-les archives du parlement. Ce passage curieux nous apprend ce que
-les historiens de Paris semblent avoir ignoré, que le roi Jean avoit fait
-exécuter de grands travaux dans le Palais. Le nom de <i>Galathas</i> n'avoit
-jusqu'à présent été relevé que dans un édit de la chambre des comptes.
-«&nbsp;<span lang="la" xml:lang="la"><i>Galatha</i>. Edictum anni 1358 : In camerâ compotorum superiùs <i>ad Galathas,
-ubi erant Domini de Montemorenciaco</i>, etc. Locus hodiè incognitus
-in Camerâ computorum</span>.&nbsp;» (<i>Nouv. Ducange.</i>) Le texte de nos chroniques
-permet de mieux déterminer l'endroit appelé <i>Galathas</i> dans le Palais.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_331" href="#FNanchor_331"><span class="label">[331]</span></a> «&nbsp;Et en le saluant osta tout jus son chaperon. Dont il pesa à l'empereur
-qui recouvrir le voult. Et il dist que il luy monstroit sa coiffe
-que encores n'avoit veue. Car est assavoir que ès anciennes guises, les
-rois portoient déliées coiffes soubs les chapperons.&nbsp;» (Christine de
-Pisan.)</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXII.</h3>
-
-<p class="section">Des présens que ceux de la bonne ville de Paris firent à l'empereur
-et à son fils le roy des Romains.</p>
-
-
-<p>Le mardi ensuivant, qui fu le quint jour de janvier, le
-prévost des marchans et les eschevins de Paris, à heure que
-l'empereur disnoit en sa chambre, entrèrent devers luy et
-luy présentèrent de par la ville, une nef<a id="FNanchor_332" href="#Footnote_332" class="fnanchor">[332]</a> pesant neuf vins et
-dix mars d'argent, dorée et très-richement ouvrée, et deux
-grans flascons dorés et esmailliés du prix de septante mars
-d'argent. Et à son fils présentèrent une fontaine d'argent
-dorée et richement ouvrée du pois de quatre-vint trèze
-mars, avec deux grans pos d'argent dorés très richement
-ouvrés de trente mars pesans. Et ce dit jour, le roy ne vit
-point l'empereur pour ce qu'il avoit esté malade et mal
-dormi la nuit, et ot jà mengié et se vouloit couchier dormir
-à relevée, avant que le roy eust ouï son service et messe à
-note, comme de coustume est. Mais ledit empereur envoia
-devers le roy luy prier moult affectueusement que il luy
-pleust qu'il peust à luy parler ce jour privéement, pour luy
-dire aucunes besoignes dont il avoit à parler à luy ; et voult
-et requist que le chancelier de France y feust présent avecques
-le roy. Et menga le roy ce jour en sale à grant foison
-de gens ; et y furent le duc de Sassoigne, qui le soir devant
-n'avoit pas souppé avecques le roy, l'evesque de Brusseberg,
-le chancelier de l'empereur, et tous ou la plus grant partie
-des princes, seigneurs et gens de l'ostel de l'empereur ; et le
-roy des Romains n'y manga pas, pour ce que le roy le laissa
-tenir compaignie à l'empereur son père. Et après ce que le
-roy ot disné et se fu retrait en sa chambre, il ala à bien pou
-de gens et secrètement devers l'empereur, ainsi que il l'avoit
-prié et y mena son chancellier ; et l'empereur et le roy
-assis en deux chaières, l'un d'encoste l'autre, firent widier
-tout, excepté le chancellier de France que il retindrent et
-appelèrent. Et longuement parla l'empereur au roy, et tant
-furent bien ensemble comme l'espace de trois heures, et
-sur la fin de leur partir fu appellé le chancellier de l'empereur.
-Des paroles né des besoignes dont il parlèrent ne
-scet-on riens. Et aux vespres dudit mardi, qui fut veille de
-la Tiphaine, ala le roy icelles oïr en la Sainte-Chappelle, et
-à sa main sénestre menoit le roy des Romains ; et y estoient
-deux oratoires, tendus l'un à destre près des chaières, et
-l'autre à sénestre près du revestiaire ; et en celuy à destre
-étoit le roy, et en celui à sénestre le roy des Romains ; et fist
-le service l'arcevesque de Rains, et fu la Sainte-Chappelle si
-noblement aournée et l'autel si richement et grandement
-garni de joyaux d'églyse et de reliques, et tellement enluminée
-que c'estoit belle et merveilleuse chose à veoir. Et avoit
-si grant multitude de gens d'estat aus vespres, que à paines
-povoient-il estre en la Sainte-Chappelle. Et au soupper dudit
-mardi, qui fu la veille des Roys, fu le grant palais moult
-noblement paré et ordené, et tant de plas pendus par icelle,
-et tant de torches et estandars attachiés parmy la sale en
-moult de places, avecques grant multitude de varlés vestus
-d'un drap, tenans grant foison de torches, que on véoit
-aussi clair par nuit en ladite sale comme on feroit par jour ;
-et y soupa le roy, le roy des Romains, les prélas et princes
-qui ensuivent, en la forme et manière que l'assiete fu. C'est
-assavoir : que premier fu assis au grant days de la table de
-marbre l'evesque de Paris, l'evesque de Brusseberc, conseillier
-de l'empereur, l'arcevesque de Rains, le roy, le roy des
-Romains ; les ducs de Berry, de Breban, de Bourgoigne, de
-Saissoigne, de Bourbon ; le duc Henry et le duc de Bar, et
-les autres ducs et princes sistrent à l'autre days qui estoit
-entre la table de marbre et l'uis de parlement. Et fu le souper
-lonc et servi de grant foison de mès qui trop longue
-chose seroit à recorder. Et à ladite sale furent audit soupper,
-par le raport des héraux, tant du royaume de France
-comme d'estranges, de huit cens à mil chevaliers, et grant
-multitude d'autres gens d'estat en très grant presse, combien
-que le service feust fait très honnestement et sans
-desroy, et tost et bien délivrés et servis tous ceux qui mengièrent
-audit palais, aussi bien les basses et lointaines tables,
-comme les hautes et plus prochaines. Et après souper
-s'en ala le roy et le roy des Romains en la chambre de parlement,
-en leur compaignie les prélas, princes, seigneurs et
-chevaliers dessus escrips, tant comme il en y pot entrer. Et
-furent là les menesterels de bas instrumens, et y jouèrent en
-la manière acoustumée ; et estoit ladite chambre noblement
-parée toute à fleurs de lis et grandement alumée, et avoit
-deux chaières aus deux costés du lit à parer, hautement
-mises, et sur chascune d'icelles un ciel de brodeure à fleurs
-de lis. Et au prendre vin et espices le duc de Berry servi
-d'espices le roy, et le duc de Bourgoigne servi du vin, et
-après se retrahi le roy par derrières en sa chambre, et
-envoia le roy des Romains par la sale, en la compaignie de
-ses frères, les ducs dessus nommés et plusieurs autres seigneurs
-et chevaliers. Et ainsi fu parfaite la journée dudit
-mardi, qui fu cinquiesme jour de janvier.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_332" href="#FNanchor_332"><span class="label">[332]</span></a> La <i>Nef</i> étoit le morceau principal de la vaisselle chez les grands
-seigneurs et surtout chez nos rois. La <i>nef d'or</i> étoit encore un meuble d'étiquette
-à la cour de Louis XVIII. J'ignore si elle orne toujours la table du
-roi.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXIII.</h3>
-
-<p class="section">Comment le roy monstra à l'empereur les reliques de la Sainte-Chappelle
-de son palais.</p>
-
-
-<p>Le mercredi ensuivant, sixiesme jour de janvier et jour
-de la Thiphaine, l'empereur fist prier au roy qu'il luy
-pleust celui jour montrer les saintes reliques, et que celuy
-jour avoit dévocion de les veoir et soy faire apporter,
-et estre à la messe et disner au palais avecques le roy. Si se
-levèrent le roy et l'empereur bien matin, et fist le roy garder
-les portes du palais plus estroitement que devant par
-chevaliers et escuiers de son hostel, pour ce que le jour devant
-les sergens d'armes et sergens de Chastellet y avoient
-trop laissié passer de gens ; et si bien furent gardées que
-nul n'y entra que chevaliers et escuiers ou autres gens d'estat.
-Par quoy l'empereur et le roy alèrent paisiblement et
-sans trop grant presse en ladite chappelle : et pour ce que
-l'empereur voult en toutes manières monter en hault devant
-ladite chasse et veoir les saintes reliques, et la montée
-soit greveuse et estroite, il n'y pot estre porté dans sa
-chaière, mais se fist tirer par les bras et jambes contre mont
-la vix<a id="FNanchor_333" href="#Footnote_333" class="fnanchor">[333]</a>, et pareillement ravaler à très grant paine et travail
-et grevance de son corps, pour la grant devocion qu'il avoit
-à veoir de près lesdites saintes reliques. Et quant il fu amont
-et le roy ot ouverte la sainte chasse, ledit empereur osta son
-chapeau et joint les mains, et comme en larmes fist là son
-oroison longuement en très grant dévocion, et puis se fist
-soustenir et apporter baisier les saintes reliques ; et l'y
-monstra et devisa le roy toutes les pièces qui sont en ladite
-chasse. Et après ce que les princes qui avecques luy estoient
-orent baisié, le roy tourna ladite chasse devers la chappelle,
-et laissa à garder icelle les evesques de Beauvais et de Paris,
-revestus en pontifical de mictres et de crosses. Et quant
-l'empereur fu raporté aval, il ne voult pas estre mis en l'oratoire
-que le roy luy avoit fait appareillier, mais volt estre
-en la chaière où le trésorier de ladite chappelle a coustume
-à seoir, pour mieux et plus longuement veoir lesdites saintes
-reliques, et estre mieux à l'opposite du tronc de ladite
-chasse. Et là luy appareilla-l'en son siège d'un drap d'or
-bien et honestement, et le roy se mist en son oratoire qui
-estoit près de l'uis du vestiaire. Mais pour ce que l'empereur
-n'avoit nulles courtines, fist le roy rebrassier les siennes,
-et au commencement de la messe envoia le roy, par l'arcevesque
-de Rains, l'eaue benoite à l'empereur premiers que
-à luy et aussi le texte de l'Évangile, combien que l'empereur
-le refusast fort. Mais de fait le voult ainsi faire le roy
-pour luy honnorer, pour ce qu'il estoit venu luy veoir en
-son royaume et estoit en son hostel. Et quant ce vint à l'offrande,
-le roy avoit fait appareillier trois paires des offrandes,
-d'or, d'encens et de mirre, pour offrir pour luy et pour
-l'empereur ainsi qu'il est acoustumé. Et fist demander le
-roy à l'empereur s'il offreroit point, lequel s'en excusa en
-disant qu'il ne povoit aler né soy agenoillier né aucune
-chose tenir pour la goute, et qu'il pleust au roy offrir et
-faire selon son acoustumance ; si fu l'offrande du roy tèle
-qui s'ensuit : Trois chevaliers, ses chambellans, tenoient
-hautement trois bèles coupes dorées et esmaillées ; en l'une
-estoit l'or, en l'autre l'encens, et en la tierce le myrre,
-et alèrent tous trois par ordre, comme l'offrande doit estre
-bailliée, devant le roy et le roy après, qui s'agenoillièrent,
-et il s'agenoilla devant l'arcevesque, et la première offrande
-qui fu de l'or, luy bailla celuy qui la tenoit et il l'offri et
-baisa la main. La seconde, qui est de l'encens, bailla le secont
-chevalier qui la tenoit au premier, et il la bailla au
-roy, et il l'offri en baisant la main de l'arcevesque. La tierce,
-qui est de myrre, bailla le troisième chevalier qui la tenoit
-au deuxiesme, et le deuxiesme au premier, et le premier la
-bailla au roy, et en baisant la main dudit arcevesque tierce
-fois l'offri. Ainsi parfist son offrande dévotement et honorablement.
-Pour ce qu'il estoit tart n'ot point de sermon à
-ladite messe ; et à la paix donner, deux paix furent appareilliées
-que le diacre et soudiacre portèrent l'une à l'empereur,
-l'autre au roy, et aussitost l'un comme l'autre les baisièrent.
-La messe finée, le roy monta à la sainte chasse et
-fist baisier des princes et gens de l'empereur qui encore n'y
-avoient point esté. Et pour ce que la chose fu longue, se retray
-l'empereur en un retrait d'encoste ladite Sainte-Chappelle,
-où gisent les clers maregliers et gardes d'icelle, lequel
-retrait le roy avoit fait bien et honorablement appareillier
-pour reposer l'empereur. Et quant la chasse fu close, le roy
-s'en ala par la chappelle en sa chambre. Et lors envoia le
-roy vers l'empereur audit retrait de la Sainte-Chappelle en
-sa chambre, son ainsné fils le daulphin de Viennois, que il
-avoit envoyé quérir en son hostel de Saint-Pol et fait venir
-au palais pour veoir l'empereur, et l'acompaignèrent les
-frères du roy les ducs de Berry et de Bourgoigne, le duc
-de Bourbon frère de la royne, le duc de Bar ; et pluseurs autres
-seigneurs et chevaliers de grant estat y avoit aussi grant
-foison. Et quant l'empereur sceut que ledit dauphin venoit
-pardevers luy, il se fist lever de sa chaière et osta son chaperon
-et l'acola et baisa, et le daulphin s'inclina devant luy
-sans agenouiller. Et tantost après descendi le roy de sa
-chambre, et vint querre l'empereur pour aler mengier en la
-grant sale du palais : et portoit-l'en l'empereur en une
-chaière, et le roy estoit coste luy et tenoit le roy des Romains
-son fils à sa sénestre main, et devant portoit-l'en le
-daulphin sus cols de chevaliers acompaigné de seigneurs
-et chevaliers bien grandement. Et ainsi alèrent sans grant
-presse par les merceries et par la grant sale du palais jusques
-au hault days de la table de marbre, et fu l'ordenance
-et l'assiete tèle comme il s'ensuit, et comme il est figuré en
-l'ystoire<a id="FNanchor_334" href="#Footnote_334" class="fnanchor">[334]</a> ci-après pourtraite et imaginée.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_333" href="#FNanchor_333"><span class="label">[333]</span></a> <i>La vix</i>. L'escalier.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_334" href="#FNanchor_334"><span class="label">[334]</span></a> <i>L'Ystoire</i>. La figure. En effet, le manuscrit de Charles V offre ici,
-(page 473, v<sup>o</sup>), une belle miniature représentant d'une manière fort curieuse
-le dîner dont on va lire avec intérêt la description.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXIV.</h3>
-
-<p class="section">Le disner qui fu en la grant sale du palais, et de l'ordenance.</p>
-
-
-<p>Premièrement sist l'arcevesque de Rains, après séoit
-l'empereur, après séoit le roy ainsi comme au milieu du front
-de la sale ; après le roy de France séoit le roy des Romains,
-et avoit autant de distance du roy des Romains à luy comme
-du roy à l'empereur ; et avoient l'empereur, le roy et le roy
-des Romains, chascun séparément, un ciel de drap d'or
-bordé de veluiau aux armes de France, et par dessus ces
-trois en avoit un très grant qui continuoit le lonc de la table
-et tout derrière eux pendoit, et tous les piliers et fenestrages
-derrière la table, houssés de drap d'or très richement et le
-days aussi. Après le roy des Romains séoient trois evesques
-bien loin de luy jusques à la fin de la table, l'evesque de
-Brusseberc, l'evesque de Paris et l'evesque de Beauvais. En
-l'autre days qui estoit entre la table de marbre et parlement,
-séoient premièrement le duc de Sassoigne, le daulphin
-de Viennois ainsné fils du roy, et après séoient les ducs de
-Berry, de Breban, de Bourgoigne, le fils du roy de Navarre,
-le duc de Bar, le duc Henry ; et en la fin de la table le chancellier
-de l'empereur qui n'estoit pas evesque ; et ne séoient
-pas les ducs de Bourbon, le conte d'Eu, le seigneur de
-Coucy et le conte de Harecourt, mais estoient entour ledit
-daulphin tous en piés pour luy tenir compaignie et garder
-de presse. Les autres ducs et princes mangoient aux autres
-days par belle et bonne ordenance. Sur le days où mangoit
-ledit daulphin avoit un ciel pallé de veluiau et de drap
-d'or, et puis un autre par dessus qui couvroit tout le lonc
-de la table, et aussi estoit couvert le days de mesmes. Et est
-assavoir que la sale du grant palais estoit continuée et parée
-de tapis de hault liche<a id="FNanchor_335" href="#Footnote_335" class="fnanchor">[335]</a> à ymages tout autour si bien ordenés
-et si à point mis que les roys qui sont de pierre tout autour
-n'estoient point occupiés né empeschiés de veoir. Et y
-avoit en ladite sale cinq days, à compter celuy de la table
-de marbre ; et trois dressouers à vin très richement parés et
-garnis de vaisselle d'or et de grans flacons d'argent esmailliés.
-Le secont qui estoit emprès le siège des requestes,
-estoit tout couvert de pos, flacons et autre vaisselle dorée
-tant qu'il y en povoit. Et le tiers qui estoit bien avant
-au milieu de la sale soubs une des arches, estoit, tant
-qu'il en povoit dessus, garni de vaisselle d'argent blanche,
-à servir communelment la sale. Et estoient le grant days et
-le secont et lesdis dressouers avironnés, garnis et deffendus
-de bonnes barrières, coulisses et palis tout autour, et bien
-aguisiés pardessus, et n'y povoit-on entrer que par certains
-pas qui estoient gardés et deffendus par chevaliers à ce
-ordenés. Et manga bien en ladite sale, par le rapport que
-en firent les héraux, huit cens chevaliers sans les autres
-gens. Et combien que le roy eust ordené quatre assiettes<a id="FNanchor_336" href="#Footnote_336" class="fnanchor">[336]</a>
-de quarante paires de mès, toutesvoies, pour la grevance de
-l'empereur qui trop longuement eust sis à table, en fist
-le roy oster une assiette, et n'en servi-l'en que de trois qui
-furent de trente paires de mès, sans les deux entremès<a id="FNanchor_337" href="#Footnote_337" class="fnanchor">[337]</a>
-qui furent tels qui s'ensuit :</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_335" href="#FNanchor_335"><span class="label">[335]</span></a> <i>De hault liche</i>. Ou <i>de haute lisse</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_336" href="#FNanchor_336"><span class="label">[336]</span></a> <i>Assiettes</i>. Services.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_337" href="#FNanchor_337"><span class="label">[337]</span></a> <i>Entremès</i>. Voilà bien le premier sens de ce mot. Divertissement
-donné pendant l'intervalle des services. Nous allons voir une <i>mise en
-scène</i> du <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle, telle qu'on la chercheroit vainement ailleurs ; car le
-seul manuscrit de Charles V contient ce qui suit. Les autres, au lieu de la
-description des entremets, se contentent de dire : «&nbsp;Et n'en servit-on que
-trois qui font trente-huit mès sans les deux entremès et les dons et présens
-qui furent fais audit empereur, au roy des Romains et à ses gens.&nbsp;»
-(V. l'éd. d'A. Verard, bien plus fautive encore en cet endroit, t. <small>III</small>, f<sup>o</sup> 37.)</p>
-</div>
-<p>L'ystoire et l'ordenance fu coment Godefroy de Buillon
-conquist la sainte cité de Jhérusalem. Et fist le roy
-faire à propos ceste histoire, que<a id="FNanchor_338" href="#Footnote_338" class="fnanchor">[338]</a> il luy sembloit que
-devant plus grans en la christienneté ne povoit-on ramentevoir
-né donner exemple de plus notable fait, né à gens
-qui mieux peussent, deussent et feussent tenus telle chose
-faire et entreprendre au service de Dieu. Et pour mieux
-figurer la besoigne et plus plainement la cognoistre fu fait
-ce qui s'ensuit : Au bout de la salle du palais, qui estoit
-entreclos telement que on n'en povoit rien veoir par dehors,
-avoit une nef bien façonnée, à forme d'une nave de mer
-garnie de voilles et de mast, chastel devant et derrière, et
-de tous autres habillemens et ordenances qui appartiennent
-à nef pour aler sur mer ; et estoit si<a id="FNanchor_339" href="#Footnote_339" class="fnanchor">[339]</a> joliement painte et
-abilliée, et très richement et plaisamment. Et dedens estoit
-garnie de gens, par semblance armés bien joliement, et estoient
-leur cotes d'armes, leur escus et bannières des
-armes de Jhérusalem que Godefroy de Buillon portoit<a id="FNanchor_340" href="#Footnote_340" class="fnanchor">[340]</a> ; et
-jusques à douze estoient, comme dit est, armés des armes
-des notables chevetaines qui furent à ladite conqueste de
-Jhérusalem avec ledit Godefroy. Et estoit au devant, sur le
-bout de ladite nef, Pierre l'Ermite, en l'ordenance et manière
-et au plus près qu'il se povoit faire, selon ce que
-l'ystoire raconte. Et fu ladite nef mise hors<a id="FNanchor_341" href="#Footnote_341" class="fnanchor">[341]</a> à gens qui
-couvertement estoient dedens ; et fu menée très légièrement
-par le costé senestre dudit palais, et si légièrement tournée
-que il sembloit que ce fust une nef flotant sur l'eau ; et
-ainsi fu amenée jusques au grant days audit costé de l'autre
-part, qui fu le destre costé de ladite sale. Et après ce<a id="FNanchor_342" href="#Footnote_342" class="fnanchor">[342]</a>,
-fu mis hors de la place d'encoste où ladite nef estoit partie,
-un entremès fait à la façon et semblance de la cité de Jhérusalem,
-et y estoit le temple bien contrefait selon l'espace,
-et là avoit une tour haulte assise delès le temple, ainsi
-comme les Sarrasins ont de coustume où il crient leur loy.
-Là avoit un vestu en habit de Sarrasin très proprement,
-et qui, en langue arabique, crioit la loy en la manière
-que font les Sarrasins ; et estoit ladite tour si haute
-que celuy qui estoit dessus joignoit bien près des trefs de
-ladite sale. Et le bas, tout entour de ladite cité où il avoit
-forme de créneaux et de murs et de tours, estoit garni de
-Sarrasins armés à leur manière et banières et penons, et
-ordenés à combattre pour deffendre la cité. Ainsi fu amené
-à force de gens qui estoient dedens si couvers que on ne
-les povoit veoir, jusques devant ledit grant days à la destre
-partie. Et lors se mistrent les deux entremès l'un contre
-l'autre et descendirent ceux de la nef, et par belle et bonne
-ordenance vindrent donner assaut à ladite cité et longuement
-l'assaillirent, et y ot bon esbatement de ceux qui
-montoient à assaut à eschelles. Finablement montèrent dessus
-ceux de la nef et conquistrent ladite cité et getoient
-hors ceux qui estoient en habit de Sarrasins, en mettant
-sus les bannières de Godefroy et des autres. Et mieux et
-plus proprement fu fait et veu que en escript ne se puet
-mettre. Et quant l'esbatement fu parfait, lesdis entremès
-furent remenés tous entiers en leur place première.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_338" href="#FNanchor_338"><span class="label">[338]</span></a> <i>Que</i>. Parce que.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_339" href="#FNanchor_339"><span class="label">[339]</span></a> <i>Si</i>. Ainsi.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_340" href="#FNanchor_340"><span class="label">[340]</span></a> <i>Portoit</i>. Elles sont figurées dans l'<i>ystoire</i> : D'argent à la croix d'or
-accompagnée de trente-deux croisettes d'or.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_341" href="#FNanchor_341"><span class="label">[341]</span></a> <i>Mise hors</i>. Mise en mouvement.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_342" href="#FNanchor_342"><span class="label">[342]</span></a> <i>Après ce</i>. C'est-à-dire après la première décoration, le premier
-acte ou tableau.</p>
-</div>
-<p>Après ce, fu le disner finé, et osta-l'en les nappes et donna-l'en
-l'eau à l'empereur et au roy, et lavèrent ensemble aussitost
-l'un comme l'autre, et le roy des Romains lava un peu
-après. Et pour ce que la foule estoit très grande et la multitude,
-combien que devant le days où estoit l'empereur et
-le roy n'en y ot gaires, pour les bonnes gardes qui estoient
-aux barrières, ordena le roy, à la prière de l'empereur, que
-à leur sièges à ladite table où il avoient disné fussent apportées
-les espices et le vin, pour ce que, à l'entrée de
-parlement, l'empereur eust esté trop foulé et grevé pour
-sa maladie. Si fu ainsi fait, et fu apporté le daulphin sus
-la table en estant<a id="FNanchor_343" href="#Footnote_343" class="fnanchor">[343]</a>, à deux piés entre et devant l'empereur
-et le roy, et le tenoit le duc de Bourbon. Et servi d'espices
-l'empereur, par le commandement du roy, son frère le duc
-de Berry ; et le duc de Bourgoigne servi pareillement le roy,
-et prierent moult l'empereur et le roy l'un l'autre de prendre
-espices ; et finablement pristrent ensemble aussitost
-l'un comme l'autre, et semblablement furent au boire, et
-le duc de Breban servit de vin l'empereur son frère, et le
-duc de Bourbon donna à boire au roy. Et un pou après,
-prist le roy des Romains les espices et le vin, et luy donna
-le conte d'Eu des espices et un de ses chevaliers le vin. Après
-ce que vin et espices furent données, l'empereur fu mis hors
-de la table et remis en une chaière. Et pour ce que si grant
-presse n'eust, se partirent d'ensemble le roy et luy, et fu
-porté l'empereur par le milieu de la grande sale, par la
-porte des merceries par les grandes alées, droit en sa chambre.
-Et après luy envoia le roy ses dis frères et pluseurs
-autres seigneurs pour luy convoier, et le roy s'en ala et
-mena avec luy à sa main le roy des Romains, et se mist
-en la chambre de parlement, où il parla et tint grant pièce
-compaignie audit roy, ducs et princes de l'empire, l'evesque
-et le chancelier qui estoient venus avecques l'empereur et
-pluseurs autres seigneurs et chevaliers qui estoient en la
-chambre, tant qu'il y en povoit tenir. Et après se retraist
-le roy et le roy des Romains par derrière la chambre de parlement,
-et par les grans alées s'en alèrent chascun en sa
-chambre, et estoit tart quant ces choses furent faites. Et
-avant que les derreniers eussent mengié, qui furent bien
-autant que les premiers, il fu près de nuyt. Si ne menga
-pas le roy au souper ceste nuyt en sale, mais assez privéement
-en la chambre devant sa chambre, et l'empereur et
-son fils soupèrent aussi en leur chambres. Toutesvoies ot le
-roy à souper la plus grant partie des seigneurs de son
-royaume qui lors estoient à Paris. Après souper se partist
-le roy et prist ses frères avecques luy et pou d'autres gens,
-et ala secrètement véoir l'empereur en sa chambre et se
-sistrent en deux chaières, l'un coste l'autre, et se esbatoient
-et parloient de bon mos une pièce. Et puis se parti le roy
-et s'en ala en sa chambre, et là vint à luy et le convoia le
-roy des Romains, et prist vin et espices avecques le roy, et
-puis s'en retourna et les frères du roy le convoièrent. Ainsi
-se retraist chascun pour aler couchier. Si fu ainsi parfaite
-la journée du mercredi, jour de la Thiphaine.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_343" href="#FNanchor_343"><span class="label">[343]</span></a> <i>En estant</i>. Debout.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXV.</h3>
-
-<p class="section">Coment l'empereur et le roy se partirent du palais et se mistrent
-dedens un très bel batel et riche, pour estre menés par
-eaue jusques au chastel du Louvre<a id="FNanchor_344" href="#Footnote_344" class="fnanchor">[344]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_344" href="#FNanchor_344"><span class="label">[344]</span></a> Au lieu des treize chapitres qui vont suivre, les éditions précédentes
-et tous les manuscrits, à l'exception de celui de Charles V, portent l'alinéa
-suivant :</p>
-
-<p>«&nbsp;Coment furent festoyés lesdis empereur et son fils au bois de Vincennes
-et à Beaulté-sus-Marne ; et coment au départir le roy luy fist monstrer
-ses belles couronnes par Gillet Mallet son varlet de chambre. Et
-coment le roy donna des relicques et <i>amaux</i> à l'empereur, et aussi
-l'empereur en donna au roy ; et baisèrent l'un l'autre au départir : mais
-je m'en tais pour la prolixité. Et aussi fist l'empereur à son fils le roy
-des Rommains promettre par la foy et serment de son corps que tous
-les jours qu'il vivroit feroit obéissance au roy de France, et qu'il vivroit
-et mourroit avec luy contre tous et envers tous, et aux enfans du roy
-pareillement. Et fist l'empereur pluseurs dons à monseigneur le daulphin,
-ainsné fils du roy de France, dont il luy bailla ses lettres scellées
-des seaulx d'or, par lesquelles il le faisoit son lieutenant au royaume
-<i>d'Arbre</i> et vicaire-général la vie durant dudit daulphin inrénoncablement.
-Et luy donna le chasteau de Pompet et Chameaulx en Daulphiné ; et
-le roy le fist convoyer jusques à Mouson à ses despens.&nbsp;»</p>
-</div>
-
-<p>Le jeudi ensuivant, qui fu le septiesme jour de janvier,
-ordena le roy à aler au Louvre et y mener avecques luy
-l'empereur. Si but l'empereur à matin avant qu'il partisist.
-Et le roy ne disna jusques à ce qu'il fu au Louvre. Et fist
-aporter l'empereur à la pointe du palais, et là estoit appareillié
-un grant batel, fait et ordené à manière de une maison
-où sont sale et deux chambres tout à cheminées et
-pluseurs autres retrais et nécessaires, et estoit ledit batel
-paré et richement aourné ; et ès chambres avoit lis et ciels
-tendus et toutes autres ordenances comme en une maison
-appartient ; dont l'empereur et ses gens, quant il furent
-dedens et l'orent veu, s'en donnèrent grant merveille et y
-prenoient très grant plaisance. Ainsi arrivèrent au Louvre, et
-fu apporté ledit empereur en sa chaière, et le roy estoit
-coste luy jusques à ce qu'il fu dedens ledit chastel, et luy
-monstra et fist monstrer au dehors et dedens le nouvel
-édifice qu'il y avoit fait, dont l'empereur par semblant
-prenoit très grant plaisir. Et le loga le roy en ses chambres
-très richement parées et ordenées, et le roy se loga à l'autre
-bout ès chambres qui sont pour son ainsné fils le daulphin
-de Viennois ; et dessoubs fist logier le roy des Romains ès
-chambres de la royne, qui semblablement estoient bien
-ordenées et parées. Et généralment par tout ledit chastel,
-tant en sales, en chambres, en chapelles, estoit tretout si
-paré et ordené que rien n'y faloit, combien que des paremens
-du palais aucune chose n'y eust. Et pour ce que
-autre fois ne soit dit, pour plus brief parler, fu fait pareillement
-en tous les hostels du roy où fu l'empereur ; c'est
-assavoir à Saint-Pol, au bois de Vincennes et à son hostel
-de Beauté. Celuy jour, disna le roy en la sale du Louvre et
-tous les chevaliers et escuiers qui y vouldrent venir, et furent
-servis très grandement et largement.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXVI.</h3>
-
-<p class="section">Coment l'université de Paris vint devers l'empereur pour luy
-faire révérence, et des gens du conseil que le roy fist assembler
-pour parler à eux.</p>
-
-
-<p>Après disner, assembla le roy son conseil en sa chambre.
-Et en celle heure vint devers l'empereur l'université de
-Paris par l'ordenance et commandement du roy, et estoient
-de chascune faculté douze, excepté les Arciens<a id="FNanchor_345" href="#Footnote_345" class="fnanchor">[345]</a> qui estoient
-vint-quatre, et estoient honnorablement en leur chappes
-et habis. Et ainsi vindrent faire la révérence à l'empereur
-en leur manière acoustumée et fist la collacion notablement
-et légalment, maistre Jehan de La Chaleur, maistre
-en théologie et chancellier de Nostre-Dame de Paris ; et en
-icelle collacion recommanda moult la personne de l'empereur,
-ses nobles fais et vertus et sa dignité, et aussi recommanda
-moult et ramena notablement l'estat et honneur du
-roy et du royaume de France, en loant et approuvant à
-l'empereur sa venue devers le roy ; et finablement recommanda
-l'université bien et sagement comme à tel cas appartient.
-A quoy l'empereur respondi de sa bouche en latin, en
-les merciant des honnorables paroles que dites luy avoient,
-disant que trois choses l'avoient amené au royaume, la
-dévocion qu'il avoit à veoir les saintes reliques et aucuns autres
-pélerinages où il avoit sa dévocion, et par espécial la
-grant affeccion qu'il avoit à veoir le roy et parler à luy.
-Et en ce temps estoit le roy à son conseil en sa chambre,
-où estoient ses frères et grant foison de prélas de son conseil
-et autres chevaliers en assez grant nombre ; et leur demanda
-et mist en termes sé il leur sembloit que bon feust que à
-l'empereur son oncle, qui tant d'amour et fiance luy avoit
-monstré comme de venir en son royaume et par devers luy, il
-féist monstrer ou monstreroit le fait et la justice du bon droit
-que il a contre ses ennemis d'Angleterre, et le grant tort qu'il
-ont tenu à ses prédécesseurs et à luy par lonc temps, le devoir
-en quoy il s'estoit mis d'entrer en tout bon traictié de
-paix. Et les offres<a id="FNanchor_346" href="#Footnote_346" class="fnanchor">[346]</a> qu'il en a faites à deux fins : l'une, pour
-ce qu'il scet que ses ennemis manifestent en Allemaigne
-et ailleurs le contraire de la vérité, en eux justifiant ; par
-quoy l'empereur et princes et son conseil qui avecques luy
-estoient, oï et veu ce que le roy leur en diroit et feroit veoir
-par lettres et les traictiés de paix faites et les aliances sur ce,
-il peussent cognoistre et vraiment respondre et soustenir
-sur ce la vérité contre ceux qui se sont efforciés, efforcent
-ou efforceront de parler ou de manifester ou publier le contraire.
-L'autre raison qui à ce esmouvoit le roy, estoit pour
-avoir le conseil et avis de l'empereur, après ce qu'il aroit oï
-et veu le devoir en quoy le roy s'estoit mis et les offres qu'il
-avoit faites pour paix avoir, si luy sembloit qu'il déust souffire,
-ou que plus avant le roy en déust faire. Auxquelles
-demandes et termes, tous d'un accort et sans contradiccion
-conseillièrent au roy que ainsi le féist. Si ordena son dit
-conseil et pluseurs autres l'endemain estre assemblés, et
-aussi fist savoir à l'empereur que à celle heure luy et son
-fils, les princes, prélas et autres gens de son conseil qui en
-sa compaignie estoient venus, feussent audit lieu du Louvre
-à ladite heure pour oïr ce que le roy luy voudroit dire
-et monstrer ; et fu le vendredi huitiesme jour de janvier. Et
-celuy jour au matin vint veoir le roy l'empereur privéement,
-et luy apporta et donna un bel coffret de jaspre garni
-d'or et de pierreries, d'une espine de la sainte couronne et
-d'un des os de saint Martin, et depuis luy donna de saint
-Denis, car moult fort en désiroit à avoir, et en avoit requis
-le roy. Et cedit jour après disner, le roy et l'empereur vindrent
-ensemble à la chambre à parer du Louvre, et y estoient
-le roy des Romains et ceux qui ensuivent de la part
-de l'empereur ; l'evesque de Brusseberc son chancellier et
-deux autres clers notables ; les ducs de Bréban et de Sassoigne,
-et les trois autres ducs dessus nommés, le hault
-maistre de son hostel et son grant chambellan, le seigneur
-de Coldis et pluseurs autres seigneurs, contes, barons et
-chevaliers, jusques au nombre de cinquante personnes et
-plus. Et de la part du roy en y avoit bien autant et plus, et
-y estoient les principaux et plus notables dont les noms
-s'ensuivent, c'est assavoir : les ducs de Berry, de Bourgoigne,
-de Bourbon, de Bar ; le seigneur de Coucy ; les contes
-de Harecourt, de Tanquarville, de Sarebruche, de Braine ;
-monseigneur Jacques de Bourbon ; le mareschal de France
-de Blainville ; le seigneur de Rayneval ; messire Phelibert de
-l'Espinace, monseigneur Thomas de Vaudenay, monseigneur
-Arnault de Corbie, chevaliers, et pluseurs autres. Et des
-gens du conseil du roy y estoit son chancellier, l'arcevesque
-de Rains, les evesques de Laon, de Paris, de Biauvais, de
-Baieux ; l'abbé de Saint-Wast, et d'autres clers et lais du
-conseil du roy, tant de parlement que autres. Et estoient
-l'empereur et le roy et le roy des Romains en trois chaières
-couvertes de drap d'or, et les autres assis à doubles fourmes,
-en manière de siège de conseil. Et prist le roy à parler
-et monstrer les fais et besoignes dessus escriptes par longue
-espace de deux heures et plus ; et prist sa matière des
-premiers temps du royaume de France, et après, de la conqueste
-de Gascoigne que fist saint Charlemaine quant il le
-conquist et convertist à la foy crestienne que ledit païs fu
-soubmis à la subjeccion du royaume de France ; et sans
-interrupcion ou contradiccion a tousjours depuis esté et ceux
-qui en ont tenus les demaines : espécialment les ducs de
-Guyenne, tant roys d'Angleterre comme autres, en ont
-tousjours fait hommaige lige et recognoissance aux roys
-de France, comme à leur droit seigneur à qui est le fief. Et
-sé ce n'a esté depuis le temps Edouart d'Angleterre derrenier
-mort, n'y fu mise oncques aucune contradiccion ; et
-mal à point le fist, puisqu'il eust fait hommaige au roy
-Phelippe, aïeul du roy, lequel hommaige il fist à Amiens
-et le recognut son seigneur et roy de France : et depuis
-ledit hommaige fait, luy revenu en Angleterre par l'espace
-d'assez lonc temps, rateffia, par ses lettres scellées de son
-grant scel, et approuva ledit hommaige avoir esté lige, plus
-fort et plus avant que par paroles n'avoit esté fait audit
-roy Phelippe, comme plus à plain appert par les lettres sur
-ce faites desquelles furent monstrés des originaux scellés
-audit empereur, avec toutes autres chartres plus anciennes
-de ses prédécesseurs les roys d'Angleterre, faites à saint Loys,
-et de son temps la recognoissance des hommaiges de Gascoigne,
-Bordeaux, Bayonne et les isles qui sont endroit
-Normendie ; et èsdites lettres est expressément contenu
-coment les roys d'Angleterre ont expressément renoncié à
-toutes les terres de Normendie, d'Anjou, du Maine, de
-Tourraine et de Poitiers, sé aucun en y avoient, comme
-plus plainement est contenu èsdites lettres, lesquelles furent
-monstrées audit empereur. Et aussi monstra le traictié de
-la paix, et coment son père et luy l'avoient moult chier
-achetée, et coment par les Anglois elle fu mal gardée, en le
-déclairant particulièrement : tant par la faute de rendre les
-forteresces occupées que il devoient rendre au leur, comme
-par les hostages qu'il raençonnèrent contre le contenu au
-traictié ; comme par les compaignies que continuelment
-il tindrent au royaume de France ; comme par usurper et
-user des droits de souveraineté qui appartiennent au roy
-desquels il ne devoient point user ; comme de conforter le
-roy de Navarre lors ennemi du royaume, ses adhérens et
-confortans, de leur gens, subgiés et aliés tant Anglois
-comme Gascoins, et leur donner passages, vivres et confort
-contre la teneur des aliances faites, jurées et passées et par
-sairemens fais si fors comme il se peuvent faire entre crestiens.
-Lesquelles aliances furent aussi monstrées et leues
-audit empereur en françois et latin, afin que chascun les
-peust mieux entendre. Et en oultre, le prince de Galles
-fist tant d'outrages et d'extorcions au païs et gens de Gascoigne,
-qui encore estoient demourés soubs la souveraineté
-et ressort du roy, né oncques renonciation n'en fu né n'a
-esté faite, comme le roy le fist monstrer par la lettre du
-traictié où est la clause qui se commence : <i>C'est assavoir</i>,
-etc. Et monstra aussi le roy coment le conte d'Armignac,
-le seigneur de Lebret et pluseurs autres barons et bonnes
-villes avoient appelé du prince à luy, et vindrent en leur
-personnes requérir ajournement et rescript en cause d'appel,
-et coment le roy y mist longuement et fist grant difficulté
-avant que faire le voulsist ; et par le conseil sur ce
-pris de pluseurs notables, avecques ceux de son conseil ;
-eues aussi les opinions de pluseurs estudes de droit de
-Bouloigne la crasse, de Montpellier, de Thoulouse et d'Orliens,
-et des plus notables clers de la court de Rome, que
-refuser ne le povoit ; et coment par voie ordenée de justice
-le roy le fist, et non pas par puissance d'armes. Et fu ordené
-un docteur juge du roy à Thoulouse appelé maistre
-Bernart Palot et un chevalier appelé monseigneur Jehan de
-Chaponnal, qui portèrent audit prince les lettres du roy,
-les inhibicions et ajournemens, et par le sauf-conduit du
-séneschal dudit prince vindrent près dudit prince, lequel
-les fist prendre et murtrir mauvaisement contre Dieu et
-justice, et en offense du roy et du royaume de France. Et
-aussi monstra le roy audit empereur coment, nonobstant
-lesdites offenses ainsi faites, il envoia audit roy Edouart,
-contes, chevaliers et clers pour le sommer et requérir de
-par luy de radrescier et faire radrescier les choses ainsi par
-son fils et ses subgiés mauvaisement faites ; et désiroit le
-roy que par voie amiable remède se y méist et non pas par
-guerre ; à quoy response raisonnable né d'aucune bonne
-espérance ne fu au roy de France donnée. Et de fait avoit
-desjà encommencié la guerre ledit prince en Gascoigne
-contre les appellans ; et aussi avoient fait en Pontieu les
-gens dudit roy d'Angleterre et chevauchié en la terre du
-roy. Pourquoy, par nécessité et par le conseil de son
-royaume pour ce assemblé en son parlement, entreprist à
-deffendre sa bonne justice contre ses ennemis.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_345" href="#FNanchor_345"><span class="label">[345]</span></a> <i>Arciens</i>. Les professeurs dans les facultés ès-arts.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_346" href="#FNanchor_346"><span class="label">[346]</span></a> <i>Les offres</i>. La proposition qu'il fait à son conseil d'exposer tout cela
-à l'empereur.</p>
-</div>
-<p>Après ce que le roy ot monstré l'occasion de la guerre et
-bien enfourmé par les responses et lettres scellées l'empereur
-et son conseil, il luy dist et monstra les devoirs qu'il avoit
-fais, pour avoir bon traictié à ses adversaires ; et aussi finablement
-luy monstra les offres que sur ce il avoit faites, et conclust
-ses paroles ès deux fins dessus escriptes de manifester les
-drois du roy contre les paroles mençongières des Anglois et
-non y ajouster foi, et aussi de donner le conseil sur escript.
-Et aussi luy toucha assez brief les graces et bonnes fortunes
-que Nostre-Seigneur luy avoit données en sa guerre, pour
-ce que il pensa que ledit empereur en seroit bien lie ; et
-toutes ces choses et pluseurs autres touchans ces matières,
-qui trop longues seroient à escripre, dist le roy si sagement
-et ordenéement, que tous furent merveilliés de si belle
-mémoire et bonne manière de parler. De quoy l'empereur
-et tous ceux qui le sceurent entendre monstrèrent semblant
-de en avoir très grant plaisir ; et en briefves paroles l'empereur
-dist en alemant à ses gens qui présens estoient et
-qui n'entendoient pas françois, ce que le roy luy avoit dit,
-et leur exposa les lettres que sur ce avoit oï lire ; et fist
-response au roy telle comme il s'ensuit : c'est assavoir qu'il
-dist que très-bien avoit entendu ce que le roy avoit dit
-très sagement, et veu et bien cogneu tant par ses lettres
-comme autrement, sa bonne querelle et justice, et que partout
-le manifesteroit et feroit savoir ; et que sé les Anglois
-se esforçoient en Alemaigne de publier le contraire comme
-autrefois avoient fait, il deffendroit et soustendroit le droit
-du roy, si comme il avoit veu et bien cogneu ; et mesmement
-qu'il savoit bien que le roy d'Angleterre avoit fait
-l'omage lige au roy de France à Amiens, car il avoit esté
-présent quant il le fist. Et quant au conseil donner, dist
-que considéré le bon droit du roy et le grant tort de ses
-ennemis, l'avantage qu'il avoit en la guerre sur eulx et les
-aliés du roy que il nomma les roys de Castelle, de Portugal
-et d'Escoce, il ne luy eust donné conseil né encore ne
-donnoit de tant offrir à ses ennemis. Et luy sembloit
-que trop en avoit fait, sé pour l'amour de Dieu seulement
-ne l'avoit fait ; mesmement qu'il savoit bien la coustume
-des Anglois estre tele, que quant il se véoient ou voient
-à leur dessoubs, il requièrent et veulent avoir volentiers
-paix ; mais sé il voient après leur avantage, il ne la tiennent
-point, comme maintes fois a-l'en veu que ainsi l'ont fait au
-royaume de France. Et dont se parti le roy de luy, et s'en
-tourna à sa chambre.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXVII.</h3>
-
-<p class="section">Coment l'empereur fist rassembler le conseil du roy et ses gens
-pour oïr l'endemain les offres que il vouloit faire au roy en
-leur présence.</p>
-
-
-<p>Le samedi ensuivant, qui fu le neuviesme jour dudit
-mois, se advisa l'empereur que à la response qu'il avoit
-faite au roy ne s'estoit pas assez offert au conseil qu'il lui
-avoit donné. Si fist savoir au roy que après disner féist
-assembler ceux de son conseil qui par avant y avoient esté,
-et pareillement feroit savoir à ceux de son conseil que
-il y feussent, et ainsi fu fait. Et en la manière du jour précédent
-furent, et encore y ot plus de gens que au vendredi
-devant n'avoit eu, et commença l'empereur à dire si haut
-que tous le povoient bien oïr qu'il se vouloit excuser de ce
-que plus largement n'avoit offert au roy à la response qu'il
-lui avoit faite ; si vouloit que tous scéussent et que à tous
-fust révelé et magnifesté par tout que luy et son fils le roy
-des Romains que pour celle cause il avoit amené avecques
-luy, tous ses autres enfans, ses aliés, subgiés et bienvueillans
-il vouloit et offroit au roy estre tous siens, contre
-toutes personnes, à soutenir et garder son bien et honneur
-de son royaume et de ses enfans et de ses frères ; et luy bailla
-un rolle où estoient desclarés et nommés ses aliés desquels
-il se faisoit fort ; de quoy le roy le mercia moult gracieusement.
-Et ainsi se départirent.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXVIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment l'empereur ala trouver la royne en l'ostel de Saint-Pol.</p>
-
-
-<p>Le dimenche ensuivant, qui fu le dixiesme jour du moys
-de janvier, se partirent l'empereur et le roy ensemble, après
-ce que l'empereur ot disné, et fu apporté l'empereur jusques
-sur l'eaue au quay endroit le Louvre, où estoit le batel
-dont dessus est faite mencion ; et en iceluy vindrent contremont
-la rivière l'empereur, le roy et le roy des Romains
-par dessoubs le grant pont droit à Saint-Pol ; auquel hostel
-de Saint-Pol estoit la royne et les enfans du roy. Et quant
-il furent audit hostel jusques au milieu de la court, le
-daulphin, ainsné fils du roy et monseigneur Loys, comte
-de Valois, enfans du roy, se agenouillèrent contre le roy
-et après alèrent saluer l'empereur en sa chaière où on le
-portoit et les baisa et osta son chapeau. Et puis furent portés
-devant nos dis seigneurs, et le roy et le roy des Romains
-alèrent devant à la grant chambre, et montèrent par la vis :
-et l'empereur fu aporté après en sa chaière, et quant il fu
-en haut, il voult aler veoir la royne ; et ensemble y alèrent
-l'empereur, le roy et le roy des Romains ; et y avoit grant
-foule et grant presse de seigneurs, chevaliers et gens d'estat,
-et tellement que à paines povoit-on passer aux huis. Toutesvoies,
-vindrent ens jusques à la vieille chambre de la
-royne, laquelle est près et encoste de la sale où est l'ystoire
-de Theseus. Et là estoit la royne au devant du roy et de
-l'empereur, laquelle avoit un très-riche cercle sur sa teste,
-et estoit notablement acompaigniée de grans dames, telles
-comme il s'ensuit : premièrement y estoit la contesse d'Artois ;
-la duchesse d'Orléans, fille du roy de France ; la duchesse
-de Bourbon, mère de la royne ; la nièce du roy, fille
-de son frère le duc de Berri ; la fille du seigneur de Coucy,
-la dame de Préaux, et pluseurs autres contesses et dames,
-femmes de grans seigneurs et de banerés et d'autres dames
-et damoiselles en très-grant quantité qui trop longue seroit
-à escripre. Et quant l'empereur vit la royne, il se fist mettre
-jus de sa chaière, et osta son chaperon ; et la royne le
-salua et baisa, et puis fu aporté plus avant en ladite
-chambre devant le lit, et la royne estoit encoste luy et le
-roy devant qui tenoit le roy des Romains que la royne
-salua et baisa aussi ; et l'empereur et le roy des Romains
-baisièrent toutes les dames qui estoient léans du lignage de
-France. Et lors demanda moult de fois l'empereur la duchesse
-de Bourbon, mère de la royne, laquelle estoit à un des
-bous de ladite chambre, hors de la presse ; et fu amenée à
-l'empereur. Et quant il furent près l'un de l'autre, l'empereur
-commença si fort à plourer et ladite duchesse aussi
-que c'estoit piteuse chose à regarder ; et les causes si estoient
-pour la mémoire qu'il avoit eu de ce que la seur de ladite
-duchesse avoit esté sa première femme, et aussi que ladite
-duchesse avoit esté compaigne et nourrie avec la duchesse
-de Normendie, seur de l'empereur et mère du roy : et
-onques en celle place ne porent parler ensemble ; mais pria
-l'empereur que après disner il la peust veoir et parler à
-elle plus secrètement, et ainsi fu fait. De là, partirent l'empereur,
-le roy et le roy des Romains et prist congié de la
-royne, et fu aporté ledit empereur en la chambre du daulphin
-de Viennois, ainsné fils du roy, laquelle chambre estoit
-richement appareilliée pour lui, et aussi estoit tout l'hostel
-comme dessus est dit ; et le roy ala disner en la sale dudit
-hostel nommée la sale de Sens, et y mena le roy des Romains
-et toutes les gens de l'empereur, avec grant foison de
-chevaliers tant qu'il en y povoit. Et endementres que l'on
-disna, l'empereur s'estoit fait mettre dormir, et après le
-disner du roy, et vin et espices données, le roy se retraist en
-sa chambre, et fist retraire le roy des Romains en la chambre
-de monseigneur Loys, son fils, conte de Valois ; lequel
-roy des Romains voult aler veoir les lyons, et en sa compaignie
-y furent les frères du roy : et quant l'empereur fu
-esveillié, la devant dite duchesse de Bourbon fu menée
-devers l'empereur, et parlèrent longuement ensemble. Et
-assez tost après le roy y envoia la royne par les Galetas, et
-ses enfans le daulphin de Viennois et le comte de Valois,
-de quoy l'empereur fu moult lie, et fu la royne longuement
-assise encoste luy, et parlèrent moult longuement ensemble.
-Et luy donna la royne un beau reliquaire d'or,
-grant et notable, garni du fust de la vraie croix et très-richement
-garni de pierrerie ; et le daulphin luy donna
-deux très-beaux brachés<a id="FNanchor_347" href="#Footnote_347" class="fnanchor">[347]</a>, à beles laisses et coliers de soie
-ferrés à fleurs de lis d'or ; desquelles choses l'empereur fist
-moult grant semblant de joie, et y prist très grant plaisir,
-et en mercia la royne et ledit daulphin. Et pour ce qu'il
-estoit sus le vespre et que l'empereur et le roy devoient
-aler au bois de Vincennes, le roy vint en la chambre de
-l'empereur pour le faire partir, pour ce qu'il estoit ordené
-que il devoient aler ensemble ; et lors prist congié la royne
-de l'empereur et lesdis enfans du roy, et se retrairent en la
-chambre d'emprès. Et lors vint le roy des Romains devers
-la royne, et prist congié d'elle, et elle luy donna un très bel
-et riche fermail d'or, garni de pierrerie. Et tantost se partirent
-et alèrent devant monter à cheval le roy et le roy
-des Romains, et l'en monta l'empereur en la litière de la
-royne, et ainsi s'en alèrent tout droit au bois. Et quant il
-arrivèrent au bois, pour ce qu'il estoit tart, vindrent grant
-foison de torches au devant d'eux ; et fist le roy porter et
-logier l'empereur en sa belle tour, en la chambre où il
-meismes gist ; et se logea le roy en la chambre qui se nomme
-la chambre aux dains qui est ès braies ; et fist logier son fils
-le roy des Romains en la chambre de son ainsné fils le
-daulphin de Viennois, et soupa le roy en la sale luy et ses
-gens ; car pou y avoit d'estranges, pour ce que chascun
-s'estoit retrait à Paris.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_347" href="#FNanchor_347"><span class="label">[347]</span></a> <i>Brachés</i>. Levriers.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXIX.</h3>
-
-<p class="section">Coment l'empereur autour de la chambre où il estoit pour veoir
-le circuite du chastel du bois de Vincennes se fist porter, et
-des Heures que le roy luy donna.</p>
-
-
-<p>Le lundi ensuivant, qui fu le onziesme jour de janvier,
-se fist porter ledit empereur tout autour de la chambre
-dessus dite, pour veoir par les fenestres le circuite du chastel,
-pour ce qu'il n'y povoit aler. Et le roy envoia son fils le roy
-des Romains au parc, acompaignié de ses frères dessus dis,
-pour chacier aux dains et comme pour y prendre leur
-esbatement. Celle matinée ne vit point le roy l'empereur,
-pour ce que à matin avoit oï sa messe et disné, et vouloit
-dormir avant que le roy eust oïes ses messes, si comme il a
-de coustume et de ordenance. Mais après disner l'ala veoir,
-car ledit empereur avoit jà dormi ; si furent grant pièce
-ensemble en bonnes paroles et esbatemens, et pria l'empereur
-au roy qu'il luy voulsist donner une de ses Heures<a id="FNanchor_348" href="#Footnote_348" class="fnanchor">[348]</a>, et
-il y prieroit Dieu pour luy ; et le roy luy en envoia deux,
-une grant et une petite, et luy manda que il préist lesquelles
-qu'il vouldroit ou toutes deux s'il luy plaisoit :
-lequel les receut toutes deux et en mercia le roy.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_348" href="#FNanchor_348"><span class="label">[348]</span></a> <i>Heures</i>. Livres d'heures.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXX.</h3>
-
-<p class="section">Coment l'empereur fist promettre au roy des Romains, son fils,
-par la foy du corps bailliée en la main du roy de France,
-que il ameroit et serviroit devant tous les princes du monde
-ledit roy de France et ses enfans, et puis ala au plus haut
-de la tour, pour veoir les étages d'icelle.</p>
-
-
-<p>Endementres que le roy estoit avec l'empereur en sa
-chambre, le roy des Romains vint : et sitost que l'empereur
-le vit, il l'apela et le prist par la main, et luy fist promettre
-par sa foy en la main du roy que il l'ameroit et serviroit
-tant comme il vivroit, devant tous les princes du monde,
-et les enfans du roy aussi : de quoy le roy le mercia et sot
-bon gré. Et puis retourna le roy en sa chambre ; et celuy
-jour fist monstrer au roy des Romains et aux autres princes
-et chevaliers, la tour, les estages, garnisons et abillemens
-d'icelle, et furent jusques au haut ; lesquels la tenoient à la
-plus belle et merveilleuse chose que onquesmés eussent
-veue. Et ot ledit roy des Romains des arbalestes du roy. Et
-celle journée, n'y ot plus chose qui fasse à escrire.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXI.</h3>
-
-<p class="section">Coment l'empereur se parti du bois de Vincennes pour aler à
-Saint-Mor, et des présens que l'abbé du lieu luy fist.</p>
-
-
-<p>Le mardi ensuivant, douziesme jour de janvier, se parti
-l'empereur bien matin du bois, et estoit en la litière du
-daulphin. Et ala en son pèlerinage à Saint-Mor-des-Fossés,
-et ne voult que les frères du roy y alassent avecques luy, et
-aussi n'y ala pas le roy pour ce qu'il avoit à besoignier.
-De la manière coment il fu receu à Saint-Mor vous
-dirons :</p>
-
-<p>Le roy manda et commanda à l'abbé que il le receussent
-à procession, à l'entrée de leur moustier, comme pèlerin : et
-ainsi le firent. Et est assavoir que ledit empereur y oï messe
-à note que l'abbé chanta, et offri cent frans. Et les présens
-que l'abbé luy fist qui estoient de poissons, de buefs, de
-moutons, de vin, de pain et autres choses, laissa au
-couvent de léans. Et après la messe ala disner l'empereur
-en une chambre de ladite église, laquelle le roy
-luy avoit bien fait tendre et parer, et aussi une sale encoste.
-Et tousjours depuis son entrée de Paris fu et a esté
-aux despens du roy et servi en toutes choses des gens et officiers
-du roy de toutes offices. Après ce qu'il ot disné et
-dormi, il fu mis en sa litière et aporté à Beauté-sur-Marne
-où le roy l'avoit attendu ; mais pour ce que le roy vit qu'il
-demouroit trop et estoit tart, il s'en retourna au bois. Et audit
-hostel de Beauté fu l'empereur très bien logié, et tout
-l'hostel très richement paré et servi, comme dit est, très
-habondamment et à ses heures et plaisirs, tellement que
-audit hostel il amenda de sa maladie notablement et se mist
-à aler et visita tout l'hostel haut et bas, à pou de aide, et
-disoit à ceux qui avec luy estoient, que onques mès en sa vie
-n'avoit veue plus belle place né plus délitable lieu que il
-avoit léans. Et chascun jour après disner, s'en aloit le roy
-veoir une fois et estoient grant pièce ensemble, et aucune
-fois se mettoient ensemble en une chambre tous seuls, où
-il parloient de leur besoigne secrètement. Et tousjours s'en
-aloit le roy soupper et gesir au bois et y disner aussi, et
-ainsi se continua jusques au département de l'empereur, qui
-fu le samedi, seiziesme jour dudit mois de janvier. Et le
-jeudi devant, quatorziesme jour dudit mois, fist faire le
-roy les dons à l'empereur et à ses gens, ainsi qu'il ensuit :
-et pour ce que l'empereur s'estoit dementé par pluseurs
-fois de veoir la couronne que le roy a faite faire, qu'il avoit
-oï dire qui estoit très belle et riche, le roy la luy envoia,
-pour veoir, à Beauté, et luy porta Giles Malet et Hennequin,
-son orfèvre ; lequel la vist très-volentiers, et la tint et regarda
-moult longuement par tout en y prenant grant plaisir.
-Et quant il l'ot regardée à sa volenté, il dist que on la reméist
-en sauf et que, somme toute, il n'avoit onques veu
-tant de si noble né si riche pierrerie ensemble. Et le mercredi
-devant, qui estoit le treiziesme jour de janvier, avoit
-fait savoir le roy à l'empereur, que le jeudi dessus dit, féist
-venir ses gens à Beauté. Et senti bien secrètement l'empereur
-par le seigneur de La Rivière et ledit Giles Malet que
-c'estoit pour leur faire dons, combien que l'empereur
-s'excusast fort, en disant qu'il ne vouloit pas que le roy luy
-donnast rien né à ses gens. Toutesvoies, pour acomplir la
-volenté du roy, les manda querre audit jour. Si envoia le
-roy celuy jeudi après disner ses frères, les ducs de Berri et
-de Bourgoigne et le duc de Bourbon, le seigneur de la Rivière
-et autres, ses chambellans et varlès de chambre, qui
-portèrent les joyaux qui furent de par le roy donnés et
-présentés à l'empereur et à son fils et à leurs gens ; et firent
-les présens de par le roy à l'empereur, en sa chambre, lesdis
-ducs, et aussi le firent à sondit fils, en la présence de l'empereur,
-et furent les dons de l'empereur, tels comme il s'ensuit
-après.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXII.</h3>
-
-<p class="section">Des riches dons que le roy de France donna à l'empereur et à
-son fils et fist présenter.</p>
-
-
-<p>En présentant les choses ci devisées, dist ledit duc de
-Berri à l'empereur que le roy le saluoit et luy envoioit de
-ses joyaux, tels que on savoit faire à Paris<a id="FNanchor_349" href="#Footnote_349" class="fnanchor">[349]</a>. C'est assavoir :
-une coupe d'or de grant pris, garnie de pierrerie au pié et
-au couvercle, et estoit toute très finement esmailliée de
-l'espere du ciel où estoit figuré le zodiaque, les signes, les
-planètes et estoilles fixes et leur images. Et aussi luy présenta
-deux grans flacons d'or très noblement ouvrés, où estoient
-figurés en images enlevés<a id="FNanchor_350" href="#Footnote_350" class="fnanchor">[350]</a>, comment saint Jacques
-monstroit à saint Charlemaine le chemin en Espaigne par
-révélacion ; et la façon d'un chascun desdis flacons estoit en
-manière de coquille. Si luy dist ledit duc de Berri que pour
-ce qu'il estoit pèlerin luy envoioit le roy des coquilles ; et
-encore luy présenta un très bel grant hanap d'or, assis sur
-un trépié garni de pierrerie, et aussi un gobelet et aiguière
-d'or garni aussi de pierrerie, esmaillié très noblement.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_349" href="#FNanchor_349"><span class="label">[349]</span></a> Ces derniers mots sont principalement curieux.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_350" href="#FNanchor_350"><span class="label">[350]</span></a> <i>Enlevés</i>. Variante de Christine de Pisan, msc. 211, Suppl. franç.,
-<i>eslevés</i>. Je préfère la leçon de Charles V ; <i>enlevés</i> pour <i>relevés</i>, ou <i>en
-relief</i>.</p>
-</div>
-<p>Item, luy présenta deux pos d'or, ouvrés à testes de
-lyons. Et à son fils furent présentés un grant gobelet d'or
-et aiguière de mesmes, deux grans pos d'or, où estoient os
-fretelés<a id="FNanchor_351" href="#Footnote_351" class="fnanchor">[351]</a>, saphirs et perles ; et oultre ce, luy fu présenté une
-très riche sainture d'or, tout au lonc garnie très richement
-de pierrerie, laquelle valoit bien de six à huit mil francs
-d'or, de quoy l'empereur mercia grandement le roy, et
-aussi fist son fils. Et après vint l'empereur en l'alée devant
-sa chambre, où tous ses princes, evesque, chancellier, chevaliers
-et autres gens qui estoient venus avecques estoient,
-et vit les dons que on leur fesoit et y estoit présent, lesquels
-furent grans et honorables, comme plus à plain peut
-apparoir en un rolle sur ce fait, auquel il sont plainement
-et particulièrement déclairiés ; mais l'en s'en passe ci endroit
-pour cause de briefté<a id="FNanchor_352" href="#Footnote_352" class="fnanchor">[352]</a>. Et bien sembla à tous et ainsi luy
-monstrèrent que il se tenoient grandement satisfais et
-contens du roy.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_351" href="#FNanchor_351"><span class="label">[351]</span></a> <i>Fretelés</i>. Dentelés, découpés.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_352" href="#FNanchor_352"><span class="label">[352]</span></a> «&nbsp;Après ensuivant, à tous les princes fu présenté vaisselle d'or et
-d'argent si largement et à si très grant quantité que tous s'esmerveilloient.
-Et tant qu'il n'y ot si petit officier de quelque estat qu'il fussent
-qui de par le roy ne receussent présent, mais quoy et quels, se
-passe la cronique pour cause de briefté.&nbsp;» (Christine de Pisan, <i>les faits
-du roy Charles V</i>, 3<sup>e</sup> partie, chap. <small>XLV</small>.) On voit clairement par là que le
-seul guide de Christine est, dans tout le récit du voyage de l'empereur, les
-<i>Chroniques de Saint-Denis</i>, qu'elle a copié mot à mot quand elle ne l'a
-pas très abrégé. L'on a donc eu tort de louer Christine d'une exactitude
-dont elle auroit dû pour le moins avouer plus nettement la source.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment l'empereur, au retour de Saint-Mor à Beauté, mercia
-le roy des riches présens qu'il avoit envoiés à luy et à son fils
-le roy des Romains et à leur gens.</p>
-
-
-<p>Le vendredi ensuivant, quinziesme jour dudit mois de
-janvier qui estoit le jour de la feste Saint-Mor, ala l'empereur
-à Saint-Mor en pèlerinage, et chanta l'evesque de
-Paris, <i lang="la" xml:lang="la">Pontificalibus</i>, la messe devant luy. Et combien que
-son disner feust prest de par le roy en ladite abbaye pour
-luy, voult-il revenir disner à Beauté. Et après disner, le roy
-vint le veoir, et moult fort mercia le roy des dons qu'il
-avoit fais à luy et à son fils, le roy des Romains et à ses gens,
-en luy disant que trop en avoit fait. Et après ce, l'empereur
-et le roy se retraisrent en une garde-robe, emprès sa chambre,
-et firent tout widier et parlèrent longuement ensemble
-jusques bien sus le tart. Et lors se parti le roy, et l'empereur
-le convoia jusques au dehors de ladite chambre et s'en vint
-au giste au bois. Le samedi, seiziesme jour de janvier, disna
-le roy plus matin qu'il n'avoit acoustumé, et l'empereur
-encore plus matin, et après dormi l'empereur. Et le roy se
-parti de son chastel du bois, acompaignié de grant foison de
-seigneurs prélas et chevaliers pour convoier l'empereur,
-car ainsi le voult-il faire : et vint si à point à l'hostel de
-Beauté-sur-Marne, que l'empereur estoit levé et prest de
-partir et soy mettre à chemin.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXIV.</h3>
-
-<p class="section">Des aneaux que le roy et l'empereur s'entredonnèrent, et coment
-l'empereur et le roy pristrent congié l'un de l'autre amiablement
-et piteusement, et de ceux qui convoièrent ledit empereur.</p>
-
-
-<p>Quant le roy fu en la chambre dudit empereur qui l'attendoit,
-l'empereur vint à luy et prist en son doigt et luy
-donna un anel où il avoit un ruby, et un autre anel où il
-avoit un diamant, et les donna au roy par belles paroles en
-très grant amistié. Et le roy tantost prist un très riche
-diamant gros qu'il avoit en son doigt, et le donna par pareille
-manière à l'empereur. Et là devant tous s'entreacolèrent
-et baisièrent et se partirent tantost et vindrent ensemble
-en la court, le roy pour monter à cheval, et l'empereur
-dans sa litière, laquelle le roy luy avoit donnée atelée
-de trois très beaux mulés, et ainsi alla l'empereur, et chevaucha
-le roy encoste luy et grant multitude de gens hors
-dudit hostel aux champs, jusques près l'hostel de Plaisance<a id="FNanchor_353" href="#Footnote_353" class="fnanchor">[353]</a> :
-et avecques le roy et en sa compaignie estoient
-les princes dessus dis, excepté le duc de Bar qui le jour devant
-estoit parti par le congié du roy ; et les prélas tous
-ceux qui par avant y avoient esté, et d'abondant l'arcevesque
-de Ravenne y estoit qui de nouvel y estoit venu.
-Le prévost de Paris, le Chevalier du guet, le prévost des
-marchans et les échevins et les gens de la ville estoient
-devant aux champs qui estoient venus pour convoier l'empereur ;
-et chevauchièrent devant, et assez près de la maison
-de Plaisance pristrent l'empereur et le roy congié d'ensemble.
-Et plus tost s'en fu retourné le roy sé il eust voulu
-croire l'empereur qui souvent luy disoit et fesoit dire que
-il s'en retournast ; et au prendre congié l'empereur et le
-roy plourèrent si que les gens l'apercevoient bien, et à
-grant paine porent parler ensemble, mais il s'entrepristrent
-par les mains et ainsi se départirent. Et le roy s'en retourna
-au bois, et les ducs de Berri, de Bourgoigne et de Bourbon
-se en alèrent avec l'empereur, et le roy des Romains retourna
-et convoia une pièce le roy, et puis prist congié de
-luy, et aussi firent les princes et ducs qui en la compaignie
-de l'empereur estoient venus. Avec l'empereur alèrent lesdis
-frères du roy et le menèrent à Laigny-sur-Marne, où il
-ala au giste ; et l'endemain aussi alèrent avec luy à Meaux,
-et aux deux villes dessus dites fu honorablement receu et
-fait présens, comme ès autres villes dessus escriptes luy fu
-fait à son venir. Et celuy dimenche, dix-septiesme jour dudit
-mois, qu'il fu à Meaux, se parti de l'hostel de l'evesque
-où il estoit logié et vint au marchié de Meaux soupper luy
-et son fils et de ses princes, avecques les ducs de Berri et de
-Bourgoigne, frères du roy, en leur hostel, où il fu grandement,
-prestement et honorablement receu et servi, luy et
-toutes ses gens, combien que pou d'espace eussent eu les
-frères du roy à savoir sa venue.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_353" href="#FNanchor_353"><span class="label">[353]</span></a> <i>Plaisance</i>. Tout près de Vincennes.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXV.</h3>
-
-<p class="section">Coment l'empereur se partist de Meaux, et pristrent de luy
-congié les frères du roy qui l'avoient convoié eux et pluseurs
-autres seigneurs.</p>
-
-
-<p>Le lundi ensuivant, se parti de Meaux ledit empereur et
-son fils le roy des Romains, et les convoièrent lesdis frères
-du roy bien une lieue au-delà de la ville ; et pristrent congié
-de luy et s'en revindrent devers le roy. Et n'est pas à
-oublier que l'empereur de son propre mouvement, en la
-faveur du roy et de son fils ainsné le daulphin, ordena et
-fist son lieutenant et vicaire-général au royaume d'Arle ledit
-daulphin, et voult que ce feust à la vie dudit daulphin inrévocablement.
-Et sur ce fist ses lettres scellées en or en si
-grant et plain povoir comme faire se peust, et come autrefois
-n'a esté acoustumé. Et semblablement le fist son lieutenant
-et général-vicaire par unes autres lettres scellées semblablement
-et à pareil povoir audit daulphin, fiefs et arrière fiefs
-et tenement quelconques sans riens excepter ; et luy baillia
-et donna le chastel de Pouppet<a id="FNanchor_354" href="#Footnote_354" class="fnanchor">[354]</a> sus Vienne, et une autre
-maison en ladite ville appellée Chavaux. Et aussi l'aagea et
-suppléa toutes choses qui par deffaut d'aage povoient
-donner empeschement audit daulphin pour ses graces et
-gouvernement obtenir. Et pour ces choses faire et autres au
-plaisir et proffit du roy et de ses enfans, laissa son chancellier
-à Paris, trois ou quatre jours après son département,
-pour en délivrer et séeller les lettres.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_354" href="#FNanchor_354"><span class="label">[354]</span></a> <i>Pouppet</i>. Variante du msc. 9622, <i>Pompet-sur-Vienne</i>, c'est-à-dire
-sans doute au-dessus de <i>Vienne</i>, comme l'indique la ligne suivante. Christine
-de Pisan écrit <i>Pompet en Vienne et un aultre lieu appellé Cheneaulx</i>. Il
-s'agit ici du fameux château de Vienne <i lang="la" xml:lang="la">Pompeiacum</i>, aujourd'hui <i>Pipet</i>.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXVI.</h3>
-
-<p class="section">Les chemins que l'empereur fist en alant hors du royaume de
-France.</p>
-
-
-<p>Après s'ensuit le chemin que l'empereur tint en son retour
-par l'ordonnance du roy jusques hors de son royaume.
-Au partir de la cité de Meaux vint au giste à Gandelus, et
-là ot présens comme ès autres villes. De là fu le mardy dix-neuviesme
-jour de janvier à Chastel-Tierry, où le roy fist
-le lieu qui est sien bien appareillier et ordener pour sa
-venue ; et là fu gouverné par ses officiers en sales, en chambres
-et en toutes choses, comme en tous les autres hostels
-du roy a esté. Et estoient en sa compaignie, de par le roy,
-le seigneur de Coucy, les contes de Sarebruche et de Braine ;
-le seigneur de La Rivière et Jehan Lemercier, lesquels
-tous ou la plus grant partie l'acompaignèrent et conduirent
-jusques hors du royaume, et fu son chemin de Chastel-Thierry
-à Reims, de Reims à Mouson, sans les gistes d'entre
-deux. Et en chascuns lieux a eu présens, aussi bien ès plates
-villes comme ès cités, et partout honorablement et grandement
-receu et festoié, comme il fut à son venir. Et est
-assavoir que toute la despense que luy et ses gens ont faite
-à Paris en hostelleries, le roy a tout fait paier et deffraier ;
-et semblablement tous les dons qui valent bien deffraiment,
-puis qu'il entra au royaume jusques il en a esté hors, combien
-que au nom des villes a esté fait, a esté tout au frais
-et despense du roy.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXVII.</h3>
-
-<p class="section">Des lettres de l'empereur que son chancellier bailla au daulphin,
-contenans les choses dessus dites.</p>
-
-
-<p>Alors quant le roy fu retourné à Paris, le chancellier de
-l'empereur aporta au daulphin qui estoit devers le roy et
-lui présenta les lettres séellées des graces que l'empereur
-luy avoit faites, de quoy il mercia l'empereur. Et envoia
-après ledit chancellier en son hostel un bel hanap d'argent
-très bien doré pesant vingt mars, et dedens avoit mil
-francs d'or comptés que ledit daulphin luy donna pour la
-peine qu'il avoit eue de sa besoigne.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXVIII.</h3>
-
-<p class="section">Comment la royne de France enfanta une fille en l'ostel de
-Saint-Pol à Paris, laquelle fu nommée Catherine.</p>
-
-
-<p>Le jeudi quart jour de février ensuivant mil trois cens
-septante-sept dessus dit, la royne de France ot une fille en
-l'ostel du roy, emprès Saint-Pol à Paris ; et l'endemain, jour
-de vendredi, fu baptisée en ladite églyse de Saint-Pol, par
-messire Aymeri de Maignac, evesque de Paris. Et fu
-parrain le prieur de Sainte-Catherine du Val-des-Écoliers
-de Paris, et marraine une damoiselle qui aidoit à dire les
-heures à ladite royne appellée damoiselle Catherine de
-Villiers. Et fu ce fait par dévocion que ladite royne avoit à
-madame Sainte-Catherine, et fu ladite fille appellée Catherine.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXIX.</h3>
-
-<p class="section">Du trespassement de madame Jehanne de Bourbon, royne de
-France, et de son noble appareil.</p>
-
-
-<p>Le samedi ensuivant, sixième jour dudit mois de février,
-environ dix heures après midi, ladite royne trespassa de ce
-siècle audit hostel de Saint-Pol, dont le roy fu moult troublé
-et longuement ; et si furent moult d'autres bonnes personnes :
-car il s'entreaimoient tant comme loiaux mariés
-peuvent amer l'un l'autre. Si fu gardée audit hostel, pour
-ce que l'ordenance de son enterrement peust estre faite
-convenablement, jusques au dimenche quatorziesme jour
-ensuivant. Et cependant chascun jour à matin l'en chantoit
-messes audit hostel, et après disner vigiles de mors. Auquel
-jour de dimenche après disner, le corps fu porté notablement
-sur un beau lit noblement aourné et couvert de biaux
-draps d'or sur le blanc, et un biau poille d'or vermeil sur
-quatre lances que le prévost des marchans de Paris et les
-eschevins portoient. Et les seigneurs de parlement estoient
-environ le lit où le corps gisoit, et tenoient le poille qui
-estoit sur le lit, tout autour, si comme il est acoustumé à
-faire aux roys et roynes de France. Et sur le visage de ladite
-royne avoit un cuevre chef si délié que tout plainement on
-véoit le visage parmy, et avoit en sa main dextre un petit
-baston d'or ouvré par dessus en la façon d'une rose, et en
-l'autre main avoit un ceptre, et estoient en la compaignie
-tous les collèges et les ordres de Paris mendians, et tous les
-gens notables qui estoient lors à Paris, prélas et autres, et
-quatre cens torches devant, chascune de six livres. Et après
-le corps aloient à pié le duc de Bourbon, frère de ladite
-royne, et pluseurs autres du lignage du roy, tous vestus de
-noir.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXX.</h3>
-
-<p class="section">Coment le corps de la royne fu porté à Nostre-Dame de Paris
-et l'endemain à Saint-Denis en France à grant honneur.</p>
-
-
-<p><a id="FNanchor_355" href="#Footnote_355" class="fnanchor">[355]</a>Ainsi fu portée jusques à l'églyse Nostre-Dame de Paris,
-et là fu mis le corps au cuer d'icelle églyse, dessoubs une
-moult notable chapelle de bois couverte de cierges ; et
-autour de la nef de ladite églyse avoit quatre cent torches
-du pois de celles qui avoient esté portées à convoier le
-corps, et environ le corps avoit tousjours, tant à porter
-le corps comme en l'églyse, treize grosses torches que portoient
-treize varlès de chambre du roy. Et tantost furent
-vespres et vigilles de mors commenciées, et fist le service
-en ladite églyse de Paris l'evesque de Paris ; et tous les
-autres prélas, tant arcevesques comme evesques et abbés,
-furent revestus avecques leur mitres et leur crosses, et
-estoient seize prélas, dont les evesques de Laon et de Beauvais
-tenoient cuer. Et furent toutes les leçons et vigiles dites
-par prélas, et là estoit présent monseigneur Phelippe d'Alençon,
-patriarche de Jhérusalem et arcevesque d'Aux,
-lequel n'estoit pas revêtu en habit pontifical, mais estoit
-en chappe romaine avec les autres seigneurs du lignaige
-du roy : et furent tant à convoier le corps que à vigiles la
-royne Blanche, la contesse d'Artois et la duchesse d'Orliens,
-et aussi la niepce du roy, fille du duc de Berry et femme
-de Amé de Savoie, fils du conte de Savoie, et pluseurs autres
-dames et demoiselles, tant de l'ostel de ladite royne trespassée
-que autres.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_355" href="#FNanchor_355"><span class="label">[355]</span></a> Le msc. de Charles V reproduit ici d'une manière intéressante ce
-convoi funèbre dans une grande miniature.</p>
-</div>
-<p>Le lundi ensuivant, quinziesme jour dudit mois environ
-prime, fu moult solempnellement la messe dite en
-l'église de Paris par ledit evesque de Paris, présens ceux
-qui avoient esté à vigiles. Et tantost que la messe fu dicte,
-le corps fu levé et mis à chemin pour porter à Saint-Denis,
-par la manière qu'il avoit esté aporté en ladite églyse de
-Paris, accompagnié de ceux qui y avoient esté le dimenche.
-Et y avoit quatre cent torches nouvelles, car les autres
-quatre cens qui avoient esté portées à Nostre-Dame y
-demourèrent et tout l'autre luminaire, et aussi y ot treize
-grosses torches nouvelles que treize varlès de chambre du
-roy portèrent, lesquelles quatre cent treize torches furent
-portées avec le corps jusques à Saint-Denis. Et après le corps
-alèrent tousjours à pié lesdis duc de Bourbon, le patriarche
-et autres seigneurs du lignaige du roy, et moult grant
-compaignie tant des officiers du roy comme d'autres. Et
-encontre le corps vindrent à procession l'abbé et les religieux
-de Saint-Denis dessoubs jusques oultre la place du
-Lendit. Et quant le corps fu au cuer de l'églyse de Saint-Denis
-une belle chapelle de bois, l'en commença le service
-de mors, et y furent prélas revestus en la manière qu'il
-avoient esté en l'églyse de Paris, et les deux evesques de
-Laon et de Beauvais qui tenoient cuer, et l'arcevesque de
-Rains faisoit le service. Et là avoit moult grant luminaire
-sur ladite chapelle et environ le cuer de l'églyse, de grant
-quantité de cierges comme de quatre cens torches toutes
-nouvelles et treize grosses torches que les treize varlès de
-chambre tenoient environ le corps ; et furent auxdites vigiles
-tous les seigneurs et dames dont dessus est faicte mencion.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXXI.</h3>
-
-<p class="section">Coment le corps de la royne fu enterré à Saint-Denis et son
-cuer aux Cordeliers de Paris.</p>
-
-
-<p>Le mardi ensuivant, seiziesme jour dudit mois de février,
-fu la messe dite à Saint-Denis par l'arcevesque de Rains,
-et fu diacre et dist l'évangile l'evesque de Noyon, et l'evesque
-de Lisieux fu sous-diacre et dist l'épistre. Et furent
-tant arcevesques comme evesques et abbés dix-neuf crosses.
-Et après la messe dite, le corps fu enterré en une chapelle
-de ladite églyse de Saint-Denis qui est au costé destre du
-grant autel, près de la porte par laquelle l'en entre au
-cloistre, emprès les degrés par lesquels on monte aux corps
-sains, laquelle chapelle ledit roy Charles avoit fondée. Le
-mercredi ensuivant dix-septiesme jour dudit mois, après
-disner, furent vigiles dites en l'églyse des frères Meneurs,
-à Paris, et là furent la royne Blanche, la contesse d'Artois,
-la duchesse d'Orliens et pluseurs autres grans dames, et
-aussi les prélas qui avoient esté à Saint-Denis ; le duc de
-Bourbon, monseigneur Phelippe d'Alençon, patriarche de
-Jhérusalem, et grant foison d'autres grans seigneurs. Le
-jeudi au matin ensuivant fu la messe dite, et après la messe
-fu le cuer de la royne enterré devant le grant autel de
-l'églyse desdis frères Meneurs, à la destre partie.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXXII.</h3>
-
-<p class="section">Coment les entrailles de ladite royne furent enterrées solempnelment
-en l'églyse des Célestins.</p>
-
-
-<p>Le vendredi ensuivant, après disner, furent tous les seigneurs
-et dames dessusdis aux Célestins de Paris, et là, en
-l'églyse, furent dites vigiles. Et le samedi ensuivant la messe
-et après la messe furent les entrailles enterrées devant le
-grant autel de ladite églyse ; et tant auxdis frères Meneurs
-quant le cuer fu enterré comme aux Célestins, à la messe
-et aux vigiles ot très-grant luminaire, tant de torches
-comme de cierges alumés sur chascune des chapelles de
-bois estant au milieu du cuer, tant de l'une desdites églyses
-comme de l'autre, et moult beaux draps d'or sur les
-sépultures, tant dudit cuer comme des entrailles. Et à
-chascun desdis trois enterrages qui furent fais, furent donnés
-à toutes personnes qui y vouldrent aler, à chascune
-personne à chascune fois quatre deniers parisis de bonne
-monnoie courant lors.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXXIII.</h3>
-
-<p class="section">Du trespassement de madame Ysabel, fille du roy, et de son
-enterrement.</p>
-
-
-<p>Le mardi ensuivant, qui fu le vint-troisiesme jour dudit
-mois de février, en l'ostel du roy emprès Saint-Pol à Paris,
-trespassa madame Ysabel, fille desdis roy et royne. Et le
-jeudi ensuivant fu enterrée en l'églyse de Saint-Denis, en
-la chapelle où la royne voit esté enterrée.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXXIV.</h3>
-
-<p class="section">Coment les messaigiers commis à traictier de la paix du roy de
-France et de celuy d'Angleterre recommencièrent.</p>
-
-
-<p>En iceluy mois de février, se remistrent sus les traictiés
-entre les roys de France et d'Angleterre, par le moien des
-deux arcevesques de Rouen et de Ravenne, messaiges du
-pape ; et envoièrent lesdis roys leur messaiges à Bruges
-pour traictier de la paix entre lesdis roys.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXXV.</h3>
-
-<p class="section">Du trespassement du pape Grégoire XI, et de la fouldre
-qui chéi.</p>
-
-
-<p>Le samedi au soir, vint-septiesme jour du mois de mars
-ensuivant, pape Grégoire qui estoit alé à Rome, si comme
-dessus est escript, trespassa de ce siècle en ladite cité de
-Rome au palais Saint-Pierre. Et le mardi, sixiesme jour du
-mois d'avril ensuivant mil trois cent septante-sept avant
-Pasques, car Pasques ensuivant furent le dix-huitiesme
-jour d'avril, au conclave qui estoit ordené par les cardinaux
-pour faire l'éleccion de l'autre pape et auquel il
-devoient entrer l'endemain, chéi la fouldre et rompi et despéça
-deux des loges ordenés pour deux des cardinaux. Et
-l'endemain, jour de mercredi septiesme jour dudit mois,
-entrèrent les cardinaux qui lors estoient à Rome audit
-conclave, et en celuy temps en avoit encore six à Avignon qui
-point n'estoient alés à Rome avec ledit pape. Et par ce
-que dessus est dit, puet apparoir que ledit pape Grégoire
-qui, si comme dessus est escript, fu esleu en pape le trentiesme
-jour de décembre mil trois cent septante, ne régna
-pape que sept ans, et tant comme il a du trentiesme jour
-de décembre au vint-septiesme jour de mars.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXXVI.</h3>
-
-<p class="section">Coment, par la grace de Dieu, furent révélées au roy de France
-pluseurs traïsons contre luy machinées à faire par le roy de
-Navarre.</p>
-
-
-<p>L'an dessusdit mil trois cent septante-sept, au mois de
-mars, furent envoiées lettres au roy de France par aucuns
-grans seigneurs, esquelles estoit contenu que le roy de
-Navarre avoit conceu et machiné de faire empoisonner ledit
-roy de France ; et que un appelé Jaquet de Rue, chambellan
-dudit roy de Navarre, lequel ledit roy de Navarre
-envoioit lors en France en la compaignie de messire Charles
-de Navarre, son ainsné fils, savoit ces choses et pluseurs
-autres mauvaistiés conceues par ledit roy de Navarre contre
-ledit roy de France. Et pour celle cause ledit roy de
-France fist prendre ledit Jaquet de Rue et emprisonner par
-ceux qui le pristrent. Et par iceux qui le pristrent fu trouvé
-en un des coffres dudit Jaquet un petit roole de mémoires
-dont ci-après sera faite mencion ; et après fu ledit Jaquet
-examiné par le commandement du roy de France, lequel
-confessa ce que ci-après suit :</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXXVII.</h3>
-
-<p class="section">Ci-après s'ensuit la confession Jaquet de Rue, chambellan du
-roy de Navarre.</p>
-
-
-<p><a id="FNanchor_356" href="#Footnote_356" class="fnanchor">[356]</a>Jaquet de Rue, escuier-chambellan du roy de Navarre,
-pris du commandement du roy de France, et amené
-prisonnier à Corbueil par Jehan de Rosay, huissier d'armes,
-et par Guillaume de Rosay, escuier d'escurie du roy nostre
-sire, frères, le vint-cinquiesme jour de mars mil trois cent
-septante-sept, a dit et confessé de sa pure volenté, sans contrainte,
-présens monseigneur le chancelier de France, le
-sire de La Rivière, messire Nicolas Braque, messire Estienne
-de la Granche, président en parlement ; messire
-Pierre de Bournaseau et maistre Jehan Pastourel, conseilliers
-du roy nostre sire ; le prévost de Paris et Jehan de
-Vaudetar ; que les mémoires contenus en une cédule qui
-a esté trouvée en un de ses coffres sont vrais, lesquels mémoires
-le roy de Navarre luy fist baillier par Guillaume
-Planterose, son trésorier, né de la conté de Longueville en
-Caux, pour les faire mettre à exécucion en la manière qui
-s'ensuit :</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_356" href="#FNanchor_356"><span class="label">[356]</span></a> Ce grand et important chapitre est inédit. Dans les éditions précédentes
-et dans la plupart des manuscrits, il a été retranché. Dans le beau
-manuscrit de la <i>Continuation de Nangis</i>, n<sup>o</sup> 8298-3, on a lié le commencement
-de la confession de Jaques de Rue à la fin de celle de Pierre du
-Tertre, et l'on a supprimé l'intermédiaire. Christine de Pisan, après
-avoir raconté cet événement d'une manière fort concise, ajoute : «&nbsp;Qui
-plus en voudra savoir, trouver le pourra assés près de la fin où les
-chroniques de France traittent dudit roy Charles, après le trespassement
-de la royne.&nbsp;» (Liv. <small>III</small>, chap. 51.)</p>
-</div>
-<p>C'est assavoir «&nbsp;que par le conseil de maistre Pierre du
-Tertre, de Ferrando d'Ayens, de messire Michel Sanches,
-capitaine d'Avranches, du prieur de Pampelune, de Gomins
-Lorens et dudit Jaquet, l'en envoie ledit Gomins Lorens et
-Jehan Dupré, clerc dudit maistre Pierre, en Angleterre le
-plus tost que l'en pourra, pour faire les choses qui s'ensuivent :</p>
-
-<p>»&nbsp;Premièrement, que l'en renvoie les traictiés qui furent
-commenciés entre le roy d'Angleterre et le roy de Navarre,
-au temps que ledit roy de Navarre fu en Angleterre, avant
-qu'il venist devers le roy à Vernon, lesquels ledit maistre
-Pierre du Tertre a pardevers luy ; et que l'en en preingne,
-par son conseil, ce qui sera bon pour traictier de nouvel.
-Et scet bien, ledit Jaquet, que par la teneur desdis traictiés,
-le roy de Navarre devoit faire guerre en chief de luy et de
-ses forteresses et de son païs contre le roy de France. Et pour
-ce, le roy d'Angleterre accordoit faire baillier audit roy de
-Navarre Lymoges et Lymosin et les chasteaux du Melle,
-de Chiset et de Chivray, que le duc d'Orliens tint en Poitou,
-et un grant somme d'argent pour une fois, ne se recorde
-pas quelle. Et le roy de Navarre devoit baillier audit roy
-d'Angleterre pour seurté, à tenir pour trois ans, quatre de
-ses forteresses ; c'est assavoir Nogent-le-Rotrou, Nonancourt
-et deux autres, ne se remembre pas lesquelles, et
-devoient être mises en la main du conte de Salesbury. Mais
-avant que le traictié feust parfait, le chancelier du prince
-et monseigneur Regnaut Sauvage empeschièrent le traictié,
-pour ce que ledit prince ne vouloit pas que l'en luy baillast
-lesdis païs et forteresses qui estoient siennes.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que l'en traicte les meilleurs aliances que l'en
-pourra avec le roy d'Angleterre contre le roy de France : et
-que l'en traicte par lesdites aliances le mariage de l'une
-des filles du roy de Navarre et du roy d'Angleterre, et le
-mariage du fils de Lencastre et de l'une des filles dudit roy
-de Navarre, ou du conte de Mortaing et de l'héritière du
-duchié de Lencastre.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que l'en traicte que les terres de Bayonne, de
-Soble et de Labourt, soient baillées audit roy de Navarre
-siennes à héritage, et qu'il soit lieutenant et garde de Bordeaux
-et d'Aix et des parties d'environ, pour et au nom du
-roy d'Angleterre ; et qu'il facent guerre, l'un pour l'autre,
-contre le roy de France ; et que, pour ce, soit ledit roy
-d'Angleterre tenu de baillier audit roy de Navarre certaine
-somme de gens d'armes et d'argent la plus grant que l'en
-pourra et tout ce que ses gens en pourront traire ; et que
-nuls desdis roys ne puisse sans l'autre faire paix audit roy
-de France. Et combien que ledit roy de Navarre fist demander
-audit roy d'Angleterre comme dit est, toutesvoies estoit
-l'entencion dudit roy de Navarre que, au cas que le roy
-d'Angleterre ne la luy vouldroit baillier, que ce nonobstant
-l'en procédast avant ès dites aliances.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que l'en accorde de baillier audit roy d'Angleterre,
-pour tenir ces choses fermes et pour seurtés, les chasteaux
-et villes de Nogent-le-Roy, d'Anet, d'Ivry et de Nonancourt.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que l'en traicte aliances entre le duc de Lencastre
-et ledit roy de Navarre pour le fait contre le roy d'Espaigne,
-et que, par ledit traictié, ledit duc de Lencastre soit tenu
-de envoier au roy de Navarre certaine quantité de gens
-d'armes, le plus que l'en pourra avoir.&nbsp;»</p>
-
-<p>Et le trentiesme jour de mars ensuivant, en Chastellet à
-Paris ; présens monseigneur le chancelier ; lesdis messire
-Nicolas Braque, messire Estienne, messire Pierre, maistre
-Jehan Pastorel et le prévost de Paris et Giles Malet, dist
-ledit Jaquet que en ce caresme a quatre ans, en la fin de
-la chevauchiée que le duc de Lencastre fist par le royaume
-de France auquel temps se devoient conduire certains
-traictiés de paix d'entre le roy d'Espaigne et ledit roy de
-Navarre, iceluy roy de Navarre vint devers ledit duc de
-Lencastre et luy requist entre les autres choses que il luy
-voulsist aidier à ce que il ne luy convenist pas prendre si
-deshonnorable traictié comme il avoit avecques ledit roy
-de Castelle, et que au moins luy voulsist aidier d'un nombre
-de ses gens, et il paieroit les gaiges et prendroit l'aventure
-de luy faire guerre. Et en ce temps ledit roy de
-Navarre fist parler de aliances et amistiés avoir avec Pierre
-Menric Adelentado de Castelle, pour estre avecques luy
-contre ledit roy d'Espaigne au cas qu'il y eust guerre ; et
-dit que à un jour en celuy temps ledit Pierre Jehan Perisdillo
-et Jehan Sanchis, capitaine de Trevignon, escuiers et
-familliers dudit prince et autres jusques au nombre de six
-de sa partie, et feu Radigo et ledit Jaquet, Mahiet de
-Quoquerel, Sancho Lopès et autres deux personnes de la
-partie du roy de Navarre, furent ensemble sur les champs,
-entre le Grouing et Vienne, pour accorder lesdites aliances ;
-et là ledit Pierre accorda estre de la partie du roy de Navarre
-contre le roy de Castelle, mais que il feust puissant
-de luy faire guerre. Et accorda baillier au roy de Navarre
-en ce cas son lieu de Trevignon, et le Grouing que il gardoit
-pour le roy de Castelle. Et le roy de Navarre luy promist
-donner certains terres et lieux en son royaume de Navarre,
-et à deux frères qu'il avoit lors autres héritages ou rentes.
-Mais pour ce que ledit duc de Lencastre n'ayda point
-au roy de Navarre, ce qu'il avoient accordé d'une partie et
-d'autre ne se mist point à effet ; et depuis a ledit roy de
-Navarre donné rente audit Pierre Menric et à ses deux
-escuiers ; c'est assavoir audit Pierre cinq cens florins de
-rente et à chacun desdis escuiers cent florins ; de laquelle
-rente il ont été et sont encore bien paiés. Et pour ce, pense
-ledit Jaquet, sé ledit roy de Navarre avoit guerre audit roy
-de Castelle, que ledit messire Pierre y seroit de sa partie
-de tout son povoir ; mais que ledit roy de Navarre eust
-grant povoir et grant effort.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que l'en advise ledit maistre Pierre de tenir au
-long le plus qu'il pourra et par bonne manière les traictiés
-du roy de France et du roy de Navarre ; soit par laissier
-les drois royaulx par eschanges de terre ou vendicion de
-Montpellier, et par autres voies qui meilleurs les saura trouver,
-afin que le roy de Navarre peust avoir meilleur loisir
-de faire son traictié et ses aliances avec le roy d'Angleterre
-et que le roy de France ne s'en apparceust<a id="FNanchor_357" href="#Footnote_357" class="fnanchor">[357]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_357" href="#FNanchor_357"><span class="label">[357]</span></a> Le manuscrit de Charles V porte ici : <i>Nota</i>.</p>
-</div>
-<p>»&nbsp;Item, que messire Charles de Navarre, si tost qu'il sera
-en France, au plus tost que faire se pourra et par bonne
-manière, face que il ait Nogent en sa main et y mette
-gens de qui il se pourra aidier au besoin, et ès autres forteresses
-par semblable manière où il verra qu'il sera à faire
-par le conseil de ses gens.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que l'en advise par bonne manière de vendre
-Montpellier, quant l'en sera à accort des aliances dudit roy
-de Navarre et du roy d'Angleterre pour faire guerre audit
-roy de France, avant que ladite guerre soit ouverte et non
-autrement : et le vouloit ainsi ledit roy de Navarre, pour
-ce qu'il ne l'eust pu tenir en temps de guerre.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que l'en face retourner en Navarre le conte de
-Mortaing le plus tost que l'en pourra&nbsp;». Et tient ledit Jaquet
-que c'est pour ce que ledit roy de Navarre ne vouldroit
-pas que ses deux fils feussent ensemble par deçà. «&nbsp;Et aussi
-que l'en renvoie devers le roy de Navarre ledit Jaquet le
-plus tost que l'en pourra avec toutes nouvelles, c'est assavoir
-de ce qui auroit esté fait des choses contenues en ladite
-cédule et des autres choses sé elles entrevenoient.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que on die audit maistre Pierre que il extraie
-desdis traictiés pieça commenciés entre le roy de Navarre
-et le roy d'Angleterre, les articles qui bons lui sembleront,
-et seront envoiés en Navarre, afin d'estre plus aisiés, sé les
-messages du roy d'Angleterre y aloient.</p>
-
-<p>»&nbsp;Item, que l'en advise<a id="FNanchor_358" href="#Footnote_358" class="fnanchor">[358]</a>, au cas que l'on auroit la guerre
-avecques le roy de France, de prendre trois ou quatre forteresses
-sur les ennemis ; c'est assavoir sur le roy de France
-et sur ses subgiés, avant qu'il se donnent garde de celles
-qu'il peussent avoir plus tost prises, feust sur la rivière de
-Saine ou ailleurs.&nbsp;» Et dit ledit Jaquet que tous les mémoires
-dessus dis nomma le roy de Navarre de sa bouche à Guillaume
-Planterose son trésorier, qui les escript de sa propre
-main, présent ledit Jaquet, et se charga ledit Jaquet de les
-apporter par deça pour en parler audit maistre Pierre et aux
-autres dessus nommés au premier article, et les faire mettre
-à exécucion : et les sceurent bien Ferrando d'Ayens et
-Guiot d'Arcies, et non autres.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_358" href="#FNanchor_358"><span class="label">[358]</span></a> <i>Nota</i>. (Msc. de Charles V.)</p>
-</div>
-<p><a id="FNanchor_359" href="#Footnote_359" class="fnanchor">[359]</a>Dit oultre et confesse ledit Jaquet que le roy de Navarre
-n'aime point le roy de France, né n'ot onques bonne
-amour à luy, quelques belles paroles qu'il lui ait dictes
-né quelque bel semblant qu'il lui ait fait ; mais a tousjours
-tendu par toutes les manières qu'il a peu à lui faire grief et
-dommage, et sé il povoit et véoit sa keue reluire il mectroit
-volentiers peine à sa destrucion.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_359" href="#FNanchor_359"><span class="label">[359]</span></a> <i>Nota</i>. (Id.)</p>
-</div>
-<p>Dit avecques que environ a huit ans, le roy de Navarre
-prist et retint avecques luy un phisicien qui demouroit à
-l'Estoille en Navarre, bel homme et jeune et très-grant clerc
-et subtil appellé maistre Angel<a id="FNanchor_360" href="#Footnote_360" class="fnanchor">[360]</a>, né du pays de Chypre, et
-luy fist moult de biens et luy parla entre les autres choses de
-empoisonner le roy de France, en disant que ce estoit l'omme
-du monde que il haioit plus ; et luy dist que sé il le povoit
-faire, il luy en seroit bien tenus et luy recompenseroit bien.
-Et tant fist que ledit phisicien luy octroya de le faire ; et devoit
-estre fait par boire ou par mangier ; et devoit venir
-ledit phisicien en France pour ce exécuter, et pensoit ledit
-roy de Navarre que le roy de France préist plaisir en luy,
-pour ce qu'il parloit bel latin et estoit moult argumentatif,
-et que, par ce, eust entrée souvent devers luy, par quoy eust
-oportunité de faire son fait. Et ledit roy de Navarre qui
-avoit grant désir à ce que la besoigne s'avançast le pressa
-moult du faire. Et quant ledit phisicien se vist ainsi pressié
-si qu'il convenoit qu'il le féist ou se partisist de sa compaignie,
-il s'en ala et s'en parti, né onques puis ne fu devers
-luy, et a bien sept ans ou environ qu'il s'en parti : et tenoit-l'en
-en Navarre que il estoit noié en la mer. Et ce scet ledit
-Jaquet, parce que ledit roy de Navarre mesme le lui dist.
-Et dit aussi ledit Jaquet que ledit roy de Navarre est encore
-en volenté et propos de faire empoisonner le roy de
-France, et a ordené et disposé le faire par un sien varlet de
-chambre qui souloit estre de sa paneterie, et est appellé
-Drouet de la Paneterie et est de Beauvoisin, et a un sien
-cousin qui sert le roy en sa cuisine ou en la fructerie ; lequel
-Drouet le roy de Navarre doit envoier pardevers messire
-Charles son fils, soubs ombre d'autres besoignes ; mais pour
-cette besoigne se doit traire devers ledit Jaquet dedens
-Pasques prochaines ou la quinzaine ensuyvant. Et après
-doit venir son dit cousin, et par l'acointance d'iceluy cousin
-doit repairier en l'ostel du roy, et par ainsi doit procéder
-à mettre à exécucion son fait, et se doit faire par mengier ;
-et a faite les poisons une juive qui demeure en Navarre.
-Et a espérance ledit Drouet que son dit cousin soit
-de son aide en ce fait. Et ces choses scet ledit Jaquet parce
-que le roy de Navarre mesme les luy dist, environ quinze
-jours après que monseigneur Charles son fils se fu naguères
-parti de luy ; car ledit Jaquet demoura tant devers luy
-après le partir des autres : et aussi les luy dist ledit Jaquet<a id="FNanchor_361" href="#Footnote_361" class="fnanchor">[361]</a>,
-et est un peu grosset sans barbe de l'aage d'environ vingt-huit
-ans ou trente.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_360" href="#FNanchor_360"><span class="label">[360]</span></a> <i>Nota</i>. (Id.)</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_361" href="#FNanchor_361"><span class="label">[361]</span></a> <i>Jaquet</i>. Il doit y avoir ici faute du copiste. Lisez <i>Drouet</i>, comme
-dans le manuscrit de la <i>Continuation de Nangis</i>, n<sup>o</sup> 9622 (f<sup>o</sup> 204, v<sup>o</sup>).</p>
-</div>
-<p>Dit oultre que pour ce que le roy de Navarre senti que
-feu Guerart Malsergent, qui estoit son bailly d'Evreux, avoit
-acointance au roy nostre sire et qu'il estoit son bienvueillant,
-il ordena et manda à maistre Pierre du Tertre que il
-le féist mourir, et vouloit que il mourut ès ténèbres devant
-Pasques. Mais pour ce que l'en failli à le tuer en ténèbres,
-ledit maistre Pierre, si comme il oï dire, le fist murdrir
-ès feries de Paques ensuivant, à l'entrée d'une nuit en
-pleine rue, et fu fait, environ a six ans ; ainsi l'a oï dire
-ledit Jaquet et le tenir communelment.</p>
-
-<p>Dit avec ce, que passés sont sept ans ou environ, avant que
-le roy de Navarre venist devers le roy de France à Vernon,
-iceluy roy de Navarre cuida faire prendre Meullen par
-devers le costé de Chartain, et fu ordené de mettre cinquante
-hommes d'armes Navarrois en embusche assez près
-de la porte pour y entrer tantost que la porte se ouverroit :
-et en estoient capitaines Bernadon d'Espelot et un autre
-Navarrois. Et aussi fu ordené de mettre en une autre place
-assez près d'ilec, deux cens hommes d'armes dont Saint-Julien
-estoit capitaine, pour venir conforter les autres cinquante
-dessus dis quant il seroient entrés dedens, et pour
-tout avitaillier le lieu, si que il le peussent tenir contre le
-roy ; mais celle journée, la porte de celle partie ne se ouvri
-pas, et ainsi fu ladite emprise de nul effet, et le scet parce
-qu'il fu au conseil de ces choses.</p>
-
-<p><a id="FNanchor_362" href="#Footnote_362" class="fnanchor">[362]</a>Dit oultre que, environ Noel derrenièrement passé
-ot trois ans, monseigneur Phelippe d'Alençon, qui fu
-arcevesque de Rouen, envoia devers ledit roy de Navarre,
-et lui fist savoir que volentiers s'alieroit avecques
-luy contre le roy de France. Et lors ledit roy de Navarre
-renvoia devers ledit arcevesque Sancho Lopez et ledit
-Jaquet, pour savoir et lui rapporter plus clerement de
-son entencion et volenté. Et dit que ledit arcevesque leur
-dist que volentiers s'alieroit avecques luy par la manière
-que dit est ; et que combien qu'il fust clerc, si se armeroit-il
-volontiers en sa personne et se mettroit si avant en ladite
-guerre comme chevalier qui y feust, et disoit qu'il se faisoit
-fort du conte de Perche son frère qu'il seroit de cette
-aliance ; et aussi se faisoit fort qu'il auroit tous les chasteaux
-de madame sa mère à son plaisir, mais de monseigneur
-d'Alençon né du conte d'Estampes ne se faisoit-il mie fort ;
-et dit que le traictié se reprist par deux fois, mais lesdites
-alliances ne se firent pas, pource que le roy de Navarre le
-véoit trop foible, et pour ce n'en tint compte.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_362" href="#FNanchor_362"><span class="label">[362]</span></a> <i>Nota</i>. (Msc. de Charles V.)</p>
-</div>
-<p>Dit oultre ledit Jaquet que environ a sept ans que ledit
-roy de Navarre vint en Bretaigne, et vint par Cliçon où
-estoit le sire de Cliçon, et luy fist ledit sire de Cliçon très-bonne
-chière et très-grande, et le y receupt moult honnorablement :
-et d'ilec vinrent à Nantes, et ilecque ledit roy
-de Navarre dist audit duc qui fu, qu'il ameroit mieux
-mourir que de souffrir telle vilenie comme le sire de Cliçon
-luy faisoit, car il amoit la duchesse sa femme, et la luy avoit
-veue baisier par derrière une courtine<a id="FNanchor_363" href="#Footnote_363" class="fnanchor">[363]</a> ; si comme il oï
-dire, et la commune renommée estoit telle.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_363" href="#FNanchor_363"><span class="label">[363]</span></a> <i>Courtine</i>. Tapisserie, principalement de celles qui font l'office de
-<i>portières</i>.</p>
-</div>
-<p>Et aussi a-il oï dire que ledit duc qui fu, machina dès
-lors en la mort dudit sire de Cliçon ; et depuis à un jour
-que ledit duc qui fu et le sire de Cliçon et le viconte de
-Rohan furent à Vannes, iceluy duc qui fu fist armer gens
-de son hostel Anglois, jusques au nombre de trente ou
-environ, pour mettre à mort ledit sire de Cliçon ; et si
-comme il dançoit en un jardin, présent ledit duc qui fu, où
-il devoit estre mis à mort, ledit sire de Cliçon en fu advisé,
-et pour ce que lesdis Anglois ne firent pas appertement leur
-fait, il s'en parti franc et délivre.</p>
-
-<p>Dit avecques ce, que aussi tost après ce que la bataille fu à
-Cocherel, ledit roy de Navarre promist à feu monseigneur Seguin
-de Badesol mile livrées de terre pour faire guerre au roy
-de France et à son royaume ; et pour ce que ledit messire Seguin
-luy demanda que lesdites mile livrées de terre luy
-feussent assises en certains lieux en Navarre, c'est assavoir :
-à Falses, à Peralte et à Lerin, et l'empressoit fors, le roy de
-Navarre, en disant que ledit messire Seguin luy demandoit
-le plus bel de sa chevance, dist audit Jaquet qu'il failloit
-qu'il s'en délivrast. Et puis parla à Guillemin Petit, lors son
-varlet de chambre qui demeure à présent à Evreux<a id="FNanchor_364" href="#Footnote_364" class="fnanchor">[364]</a>, et luy
-dist en la présence dudit Jaquet que il convenoit que il
-l'empoisonnast. Et à un souper en la propre sale dudit roy
-de Navarre à Falses, iceluy messire Seguin qui y estoit assis
-à la table, du sceu et du consentement dudit Jaquet, fist
-le roy de Navarre empoisonner en coings ou en poires sucrées,
-ne scet lequel, par Guillemin Petit ; et mourut ledit
-Seguin dedens six jours après ou environ, et ne scet quelles
-furent les poisons fors que il pense que ce fu réagal<a id="FNanchor_365" href="#Footnote_365" class="fnanchor">[365]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_364" href="#FNanchor_364"><span class="label">[364]</span></a> <i>Nota</i>. (Msc. de Charles V.)</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_365" href="#FNanchor_365"><span class="label">[365]</span></a> <i>Réagal</i>. Arsenic rouge. Je lis dans le <i>Grand Dictionnaire</i> de P. Marquis,
-Lyon 1609 : «&nbsp;<i>Riagas</i>. Espèce de poison que aucuns nomment <i>Reagal</i>
-ou <i>Reagas</i>. <span lang="la" xml:lang="la">Arsenicum</span>, que l'Espagnol dit <i lang="es" xml:lang="es">Reiagar</i>.&nbsp;»</p>
-</div>
-<p>Dit aussi qu'il demoura avecques le roy de Navarre par
-quinze jours ou environ après ce que messire Charles son
-fils se fu naguères parti de luy. Et en ce temps vint d'Angleterre
-par devers ledit roy de Navarre, Garsie Arnault de
-Salies qui luy dist que la princesse et tout le conseil d'Angleterre
-avoient grant désir que le mariage se feist du roy
-d'Angleterre son fils et de l'une des filles dudit roy de Navarre,
-et que en ce estoient tous fermes ; et que combien
-que l'empereur eust essayé de faire mariage dudit roy
-d'Angleterre et de sa fille, il ne s'y estoient voulu consentir,
-et disoient que mieux amoient qu'il fust marié à celle de
-Navarre, car c'estoit plus noblement et en plus hault lignage ;
-et oultre, que au fort il auroit le mariage pour néant
-et ne cousteroit rien au roy de Navarre, mais que il feust
-alié aux Anglois. Et quant ledit Jaquet se parti dudit roy
-de Navarre, pour venir devers ledit messire Charles, iceluy
-roy de Navarre luy dist que il déist ce que ledit Garsie luy
-avoit rapporté audit messire Charles, à l'evesque d'Acx, à
-Ferrando, à messire Guy de Gauville, à Remiro Darilhano,
-et aux autres du conseil dudit messire Charles ; et ceste
-charge luy faisoit ledit roy de Navarre, afin que la chose
-s'avançast, sé le mariage leur sembloit bon. Et quant il fu
-venu devers eux, il leur dist ainsi : et ledit messire Charles
-dist lors que il luy sembloit que le mariage estoit bon et luy
-plaisoit bien, et ainsi furent pluseurs des autres, mais l'evesque
-en baissa la teste et n'en dist mot. Et lors dist Ferrando :
-«&nbsp;Or regardez comment cet evesque a les besoignes de
-monseigneur bien à cuer que ainsi se taist.&nbsp;» Dist oultre que
-le roy de Navarre a très grant désir à ce que les alliances
-dessus dictes d'entre luy et le roy d'Angleterre soient hastivement
-faites, et pour ce a ordené que les messages qui
-devoient aler en Angleterre y voisent tantost, et que l'entencion
-du roy de Navarre est de venir en France en sa personne,
-et ne scet ledit Jaquet sé il vendra par mer ou par
-terre ; mais bien scet que sé il vient par mer il montera à
-Bayonne au navire d'Angleterre sé il y vient, et vendra le
-plus fort que il pourra. Et sé il vient par terre, il viendra
-ainsi comme soubs un maistre, en habit mescogneu, et entent
-à faire guerre au roy, de luy et de ses subgiés et aliés,
-le plus efforciement que il pourra, et recevoir les Anglois en
-ses chasteaux et forteresses pour luy faire guerre. Et dit
-que ainsi estoit-il proposé avant que il partist ; mais ledit
-Jaquet pense que il muera son propos quant il saura nouvelles
-de sa prise, et qu'il fera avancier les alliances et son
-armée pour grever le roy et le royaume au plus tost qu'il
-pourra ; car il dira et pensera en son cuer que le roy de
-France sache de son fait par la prise dudit Jaquet autant
-comme il feroit par lui-mesme sé il estoit pris.</p>
-
-<p>Dit avecques ce ledit Jaquet que les messages que monseigneur
-d'Anjou envoia naguères par devers le roy de Castille,
-passèrent par Navarre et présentèrent au roy de Navarre une
-lectre que monseigneur d'Anjou luy envoioit par lesquelles
-luy prioit que tous mantalens et toutes choses du temps
-passé fussent oubliées, et que ledit roy de Navarre voulsist
-estre son ami ; car il vouloit estre le sien, et qu'il se voulsist
-entremectre de l'acort faire sur le débat entre luy et le roy
-d'Arragon, et qu'il estoit l'homme qu'il en chargeroit plus
-volontiers. Et après ce, vint devers le roy de Navarre un
-docteur qui estoit desdis messages et qui moult vouloit parler
-audit roy de Navarre ; et luy présenta ledit docteur une
-autre lectre bien aimable et par monseigneur d'Anjou escripte
-de sa main ; et luy dist que il voulsist estre ami de
-monseigneur, et il seroit le sien et se voulsist chargier de
-son fait. Et après ce que ledit docteur s'en fu parti, ledit
-roy de Navarre dist ces choses audit Jaquet, et luy dist
-oultre que il savoit bien que ce n'estoient que paroles pour
-luy decevoir, et luy vouloit baillier du tour du baston<a id="FNanchor_366" href="#Footnote_366" class="fnanchor">[366]</a>,
-car il savoit bien qu'il estoit l'homme du monde que monseigneur
-d'Anjou haioit plus ; et que puisqu'il vouloit feindre
-estre son ami, il se feindroit aussi et luy donroit un
-tour de baston comme il luy vouloit baillier : car il se chargeroit
-de son fait, et soubs umbre et couleur de faire la besoigne
-de monseigneur d'Anjou, il feroit son traictié avecques
-le roy d'Arragon ; et entendoit par les paroles dudit
-roy de Navarre que c'estoit pour faire aliances contre le roy
-d'Espaigne.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_366" href="#FNanchor_366"><span class="label">[366]</span></a> <i>Du tour du baston</i>. Ici, l'expression a le sens de notre <i>tour de vieille
-guerre</i> ou <i>croc-en-jambe</i>, et je crois cette vieille acception plus naturelle que
-celle qui a prévalu. Le Dictionnaire de Trévoux a donc eu bien tort de
-l'expliquer : «&nbsp;<i>Tour de bâton</i>, ou <i>de bas-ton</i>, adresses particulières qu'ont
-des gens d'une profession pour tromper ceux à qui ils ont à faire.&nbsp;»
-C'est tout simplement une expression proverbiale empruntée à l'ancienne
-<i>eschermie</i>, lutte ou <i>escrime</i> au bâton.</p>
-</div>
-<p>«&nbsp;Et je Jaquet de Rue dessus nommé, confesse et jure sur
-les saintes évangiles de Dieu par moi touchées, et sur le
-péril de la damnapcion de l'ame de moi, que les choses
-dessus escriptes en ces trois rooles de parchemin, lesquelles,
-après ce que je les ai confessées sans force et sans
-contrainte, ont esté ainsi escriptes, et m'ont esté lues par
-pluseurs journées et par pluseurs intervales, et je meisme les
-ay lues, sont vraies par la manière que dessus sont escriptes.
-Et en tesmoing de ce j'ay ce escript de ma main, le premier
-jour d'avril l'an mil trois cens septante-sept, avant Pasques.</p>
-
-<p class="sign">Jaquet de Rue.&nbsp;»</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXXVIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment messire Charles, ainsné fils du roy de Navarre, vint
-à sauf-conduit à Senlis, pour veoir le roy de France son
-oncle.</p>
-
-
-<p>En ce temps, c'est assavoir au karesme mil trois cens
-septante-sept, messire Charles, ainsné fils du roy de Navarre,
-qui de nouvel estoit venu de Navarre en France et
-estoit en Normendie, envoia devers le roy et luy fist savoir
-qu'il venroit volentiers pardevers luy pour le veoir et luy
-faire la révérence, mais qu'il pleust au roy de luy envoier
-un sauf-conduit, tant pour luy comme pour ceux qui seroient
-en sa compaignie, laquelle chose le roy luy ottroia et
-ainsi le fist. Et vint ledit messire Charles à Senlis là où le
-roy estoit, et amena en sa compaignie messire Jean Bauffe
-evesque d'Aics, le prieur de Pampelune, messire Ligier
-d'Orgetin, messire Baudoin de Baulo, Ferrando Dayens, et
-pluseurs autres tant chevaliers comme escuiers. Et après
-ce que ledit messire Charles ot esté avecques le roy pour
-aucun temps, il luy fist requeste de la délivrance dudit
-Jaquet de Rue, lequel estoit parti de Navarre en la compaignie
-d'iceluy messire Charles, et avoit esté pris comme
-dessus est escript et jà avoit fait la confession dessus escripte.
-Auquel messire Charles, après aucunes paroles, le roy fist
-dire et montrer par aucuns de ses conseilliers, les deffautes,
-mauvaistiés et trahisons que ledit roy de Navarre avoit
-faites, pactées et machinées tant contre le roy Jehan comme
-contre le roy Charles son fils regnant à présent. Et depuis,
-le roy, en sa présence et de pluseurs de son lignage et autres
-de son conseil, fist ces choses dire audit messire Charles
-en la présence de ceulx qui estoient venus en sa compaignie,
-et leur fist dire la confession que avoit faite ledit Jaquet
-de Rue, et que l'entencion du roy estoit d'avoir les
-forteresses qui de par ledit roy de Navarre estoient tenues
-en Normendie, et que gens y fussent mis de par le roy qui
-loyalement les garderoient à la seurté du roy et du royaume.
-Et pour ce que là estoient présens pluseurs, et la plus grant
-partie en la compaignie dudit messire Charles, de ceux qui
-avoient le garde des dites forteresses, le roy ordena et requist
-que ledit messire Charles premièrement, et les capitaines
-des dites forteresses qui là estoient présens, jurassent
-sur les saintes évangiles de Dieu et par les fois de leur
-corps, que tantost et sans délai il délivreroient et feroient
-délivrer par ceux qui dedens estoient lesdites forteresses, et
-chascune d'icelles au duc de Bourgoigne frère du roy, lequel
-le roy envoieroit en Normendie pour celle cause, tantost
-que ledit duc ou ses messages seroient devant lesdites
-forteresses. Et pour ce que ledit Ferrando d'Ayens avoit la
-plus grant partie de toutes lesdites forteresses en son gouvernement
-et en sa puissance, et ledit messire Charles doubtoit,
-si comme il dist lors à aucuns du conseil du roy, que
-ledit Ferrando quant il seroit hors de la présence du roy,
-ne accomplisist pas né enterinast ce qu'il avoit promis et
-juré en la présence du roy, de rendre lesdites forteresses,
-pour ce requist à aucuns du conseil du roy, et aussi le fist
-sentir au roy que la main fu mise audit Ferrando, et qu'il
-fust arresté prisonnier jusques à ce qu'il eust rendu lesdites
-forteresses, comme promis et juré l'avoit. Et fu ledit Ferrando
-baillié en garde à aucuns des officiers du roy, pour
-mener avecques ledit duc de Bourgoigne en Normendie,
-afin qu'il luy fist rendre lesdites forteresses. Et assez tost
-après parti le duc de Bourgoigne, bien accompaignié tant
-des gens du roy comme des siens, pour aler en Normendie
-exécuter ce que dit est. Et ala en sa personne devant pluseurs
-desdites forteresses, garni de povoir du roy souffisant
-de requérir et prendre lesdites forteresses pour le roy et
-de par luy, tant par luy comme par ses députés ; et trouva
-désobéissance en toutes ou en la plus grande partie d'icelles.
-Et toutes voies estoit ledit messire Charles en sa compaignie ;
-mais nonobstant toute désobéissance, ledit duc de Bourgoigne,
-le connestable de France et les autres qui estoient au
-païs de Normendie de par le roy pour celle cause, firent tant,
-par force et par assaut comme autrement, que en la saison
-de l'esté ensuivant qui fu mil trois cens septante-huit, il
-orent la possession et la seigneurie de toutes les forteresses
-qui avoient esté dudit roy de Navarre, excepté de la ville et
-chastel de Cherbourc. Et entre les autres fu rendu le chastel
-de Breteuil, où estoient messire Pierre de Navarre et
-madame Bonne sa suer, lesquels furent envoiés devers le
-roy, et il les receust et gouverna comme son nepveu et sa
-niepce. Et aussi en une belle tour qui estoit à Bernay, tenue
-lors de par ledit roy de Navarre, fu pris un sien secrétaire
-appellé maistre Pierre du Tertre, lequel savoit les secrès d'iceluy
-roy de Navarre aussi avant comme aucun autre, lequel
-fu amené en chastellet à Paris en prison, et fu examiné
-sans force et sans contrainte. Et par son serement déposa et
-confessa les choses ci-après escriptes ; et si furent trouvées
-en la tour, en un coffre qui estoit dudit maistre Pierre,
-pluseurs lettres et escriptures par lesquelles la confession
-dudit maistre Pierre, ci-après escripte, apparoit estre bien
-véritable.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>LXXXIX.</h3>
-
-<p class="section">Ci-après s'ensuit la confession de maistre Pierre du Tertre,
-secrétaire et conseillier du roy de Navarre.</p>
-
-
-<p>Maistre Pierre du Tertre, secrétaire et conseillier du roy
-de Navarre, capitaine et garde de la tour de Bernay pour
-ledit roy de Navarre, pris illec et amené prisonnier au
-Temple, à Paris, a dit et confessé de sa pure et loial
-volenté sans contrainte, le mercredi vintiesme jour de
-mai mil trois cens septante-huit, en la présence de pluseurs
-notables personnes tant du sanc du roy nostre sire comme
-de son conseil, pluseurs choses et mauvaistiés contenues et
-escriptes en six peaux de parchemin colées ensemble ; et entre
-les autres choses pour ce que ce seroit trop grant prolucité
-de tout escripre, dit : Qu'il a servi le roy de Navarre et luy a
-fait serement de le servir loyaument en tout ce qu'il luy
-commettroit. Dit aussi que environ la feste Saint-Andrieu
-ot un an il fist audit roy de Navarre hommaige lige du fief
-de Cathelon<a id="FNanchor_367" href="#Footnote_367" class="fnanchor">[367]</a>, assis en la viconté de Pont-Audemer, et promist
-le servir envers tous et contre tous, sans excepter le roy
-nostre sire né autre, jasoit ce que iceluy maistre Pierre du
-Tertre fust né du royaume de France<a id="FNanchor_368" href="#Footnote_368" class="fnanchor">[368]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_367" href="#FNanchor_367"><span class="label">[367]</span></a> <i>Cathelon</i>. Village à quatre lieues de Pont-Audemer.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_368" href="#FNanchor_368"><span class="label">[368]</span></a> Villaret dit qu'<i>une seule</i> chronique indique l'origine <i>françoise</i> de
-Pierre du Tertre. Cette chronique seroit conservée sous le n<sup>o</sup> 10297.
-Tous les exemplaires de la chronique de Saint-Denis le disent aussi nettement
-que l'autorité alléguée par Villaret.</p>
-</div>
-<p>Dist aussi que ledit roy de Navarre l'envoia pieça en Angleterre,
-et en sa compaignie messire Jean de Tilly, chirurgien,
-et Sancho Lopès, huissier d'armes du roy de Navarre,
-avecque souffisant povoir de traictier et accorder aliances
-pour ledit roy de Navarre avecques le roy d'Angleterre,
-contre le roy de France et son royaume ; et avecques les
-dessus nommés les traicta et accorda si comme plus à plain
-est contenu en sa dite confession tout au lonc.</p>
-
-<p>Dist oultre, que Guiot d'Arcy, chambellan de messire
-Charles de Navarre, vint naguères en France et luy apporta
-et bailla, de par le roy de Navarre, unes lettres de
-créance, laquelle créance Jaquet de Rue luy devoit dire,
-et cuide bien ledit maistre Pierre que c'estoit sur le fait
-des aliances que le roy de Navarre entendoit présentement
-à faire avec le roy d'Angleterre. Et dit ledit maistre Pierre
-que sé par ledit roy de Navarre luy eust esté dit et commandé
-de extraire des traictiés et aliances pieça faites
-dont dessus est faite mencion aucuns articles pour traictier
-de nouvel avecques ledit roy d'Angleterre, il les eust extrais
-et bailliés, sé lesdis Jaquet et Guyot le luy eussent commandé
-de par ledit roy de Navarre.</p>
-
-<p>Dist avecques ce, que quant il oï que messire Charles de
-Navarre aloit sur le païs de Normendie en la compaignie du
-duc de Bourgoigne et du connestable de France, il prist trois
-ou quatre charpentiers, un maçon et un canonnier et les mist
-dans la tour de Bernay pour ordener, garder et deffendre ladite
-tour contre tous ceux qui y vendroient pour y porter
-dommaige, et à cette fin les y tint. Et aussi y reçut le capitaine
-de Moulins et aucuns autres Navarois, qui avoient
-laissié le fort, pour ce qu'il leur sembloit qu'il n'estoit pas
-tenable contre les gens qui venoient de par le roy de France :
-et dit que à ce le movoient et contraingnoient le serrement
-et hommaige qu'il avoit fait audit roy de Navarre.</p>
-
-<p>Dist oultre, qu'il envoia à pluseurs capitaines des forteresces
-qui se tenoient pour ledit roy de Navarre en Normendie
-lettres closes dont la teneur s'ensuit : «&nbsp;Chiers et
-bons amis, j'ai eu lettres d'un mien ami qui tient forteresse
-de monseigneur, ès quelles a contenu que le duc de Bourgoigne
-et le duc de Bourbon gouvernent monseigneur à
-leur volenté, et le mainent à grant foison de gens d'armes
-devant Bretueil et y doivent estre aujourd'hui, et après
-vont au Pont-Audemer, à Mortaing, à Gauray et à Cherbourg,
-lesquels il pensent avoir de fait par ledit monseigneur.
-Et ce m'a-il escript afin de avoir advis de faire response
-sur ce, et pour ce luy escris que tout considéré, m'est
-avis qu'il n'a en nos adversaires fors que voie de fait
-très-mauvais et très-cruel, contre lequel fait nul ne puet
-donner conseil né faire response qui puisse oster né appaisier
-ce qu'il ont dedens leur cuer : et pour ce convient
-esvertuer et soy aidier comme pour deffendre sa
-vie, son honneur et l'éritage de son seigneur que l'en
-veult avoir et soustraire par males et estranges manières ;
-et je ne doubte point que Dieu n'aide à ceux qui ainsi le
-feront. Et quant est de ce que l'en a à faire avecques tels
-gens qui vont par les lieux de monseigneur, j'ai veu autrefois
-le cas, et qui eust rendu les forteresses de monseigneur,
-tous les siens estoient mors entièrement et perpétuelment.
-Si ne voy autre seurté à nos vies que de bien
-garder ce que l'en tient, et vault plus et assez bataille que
-la mort, et durer le plus que l'en pourra ; et entretant
-aucun bon reconfort nous vendra par droite sentence et
-ordenance de Dieu. Et pleust à nostre sire que tous nos amis
-fussent bien advisés de tenir une meismes voie et une
-meismes response. Mais pour passer le temps avecques
-cette dure gent, je diroie que l'en leur devroit dire que par
-commandement de monseigneur le père, l'en a tenu et tient
-ses forteresses pour luy en l'obéissance et service du roy et
-contre ses ennemis, si comme il est apparu de fait par
-ce que l'en fist contre les Anglois de Saint-Sauveur, et
-que l'en fait chascun jour ailleurs, et tousjours est-l'en en
-telle volonté de en faire et obéir à la bonne ordenance
-de monseigneur de Beaumont ainsné fils, <i lang="la" xml:lang="la">et cetera</i>, luy
-franc et délivre en sa personne et en ses gens qui luy sont
-baillés pour le conseiller ; et aussi lui aiant pouvoir de
-monseigneur son père, duquel il convient qu'il appère ;
-car encore ne s'est-il point porté comme lieutenant né n'a
-esté sur les terres de monseigneur son père comme chascun
-scet. Et si convendroit nécessairement avoir lettres de
-descharge de monseigneur le père, escriptes de sa main et
-séellées de son grant séel, ou autrement l'en seroit faux et
-parjure, si comme il meismes porte par lettres qu'il a de
-chascun capitaine ; par lesquelles condicions l'en puet dire
-que l'en est prest de faire le commandement de monseigneur
-de Beaumont. Ou l'en pourroit dire, après ce que l'en auroit
-monstré ces condicions qui valent excusacions, que ainsi
-comme feront Evreux, Breteuil, le Pont-Audemer, Gauray,
-Mortaing et Cherbourg tous ensemble d'un accort,
-l'en est prest à faire ; et autre response ne sçay penser de
-présent : meismement que de ceux qui monseigneur deussent
-aviser je n'ai eu nouvelles quelconques, dont je suis
-bien esmerveillié comment d'ailleurs je aye ce que je
-puis sentir de nouvel : et en vérité je croy qu'il leur a
-esté deffendu sur grans paines et seremens. Si povés avoir
-avis que vous povez faire, et sé je vous puis faire aucun
-bon reconfort, je le ferai de bon cuer. &mdash; Nostre sire
-soit garde de vous. Escript ce lundi. Le tout vostre. P. Du
-Tertre.&nbsp;»</p>
-
-<p>Dist aussi que sé le roy de France et le roy de Navarre
-eussent esté en bataille l'un contre l'autre sur les champs,
-il se fust mis et tenu de la partie dudit roy de Navarre
-contre le roy de France. Dist oultre, que depuis le temps de
-sa jeunesse, et a bien vint-six ans, il a servi le roy de Navarre
-et exercé ses besoignes, et seroit aussi comme impossible
-de tout recorder ; mais à parler généralement ledit
-roy de Navarre a fait et perpétré pluseurs maux contre le
-roy et royaume de France, tant du temps du roy Jehan que
-Dieu absoille, comme du temps du roy, nostre sire qui à
-présent est, par lequel temps ledit Pierre a tenu et nourri
-la partie dudit roy de Navarre.</p>
-
-<p>Dist encores que depuis le traictié fait l'an mil trois cens
-septante, à Vernon, entre le roy de France et le roy de Navarre,
-ledit Pierre a sceu de certain, par la bouche dudit
-roy de Navarre, que icelui de Navarre ne pourroit jamais
-aimer le roy de France, et que sé il trouvoit son point né
-temps convenable, il luy porteroit volontiers dommages. Et
-pluseurs autres fais grans et détestables confessa ledit
-Pierre du Tertre, qui trop lons seroient à escripre.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XC.</h3>
-
-<p class="section">Coment maistre Pierre du Tertre et Jaquet de Rue furent
-condempnés en parlement à estre traynés du palais jusques
-ès Halles, et là avoir les testes coupées et les quatre membres ;
-et coment le roy fist abattre pluseurs chasteaux et forteresces.</p>
-
-
-<p>Après laquelle confession faite dudit maistre Pierre du
-Tertre, le roy qui bien vouloit que chascun sceut la bonne
-justice et les mauvaistiés et traysons faites et machinées et
-pourparlées contre luy par ledit roy de Navarre, ordena que
-en la chambre de parlement, assemblés grant multitude de
-gens, prélas, princes, barons, chevaliers, conseilliers, advocas,
-procureurs et autres gens, fussent à un certain jour
-amenés, à l'eure que l'en a acoustumé de seoir en parlement,
-lesdis Jaquet de Rue et maistre Pierre du Tertre, et que
-là, par leurs seremens fais solennelment, fussent interrogués
-sur les choses contenues en leur confessions, et ainsi
-fu fait. Et leur furent leues leur confessions de mot à mot,
-par la manière que dessus sont escriptes, lesquels après la
-lecture desdites confessions, chascun après la lecture de la
-confession qu'il avoit faite, eulx conjurés des plus grans sermens
-que on leur pot faire faire, confessèrent lesdites confessions
-estre vraies, et dirent qu'il les avoient par pluseurs
-fois oï lire autrefois, et dirent que en la manière qu'il
-estoit escript il l'avoient confessé, sans force et sans
-contrainte aucune ; et que les choses contenues en leur
-dépositions estoient vraies, et ainsi le prenoient sur le péril
-de leur ames, car il savoient bien qu'il estoient dignes de
-mort, sé le roy ne leur faisoit grace et miséricorde. Et en
-plus seur tesmoignage de ce, chascun escript de sa main en
-la fin de sa confession l'affirmacion dessus dit.</p>
-
-<p>Et ces choses rapportées au roy, il voult que raison et
-justice leur fust faite. Si furent condempnés par le jugement
-de parlement à estre trainés du palais jusques ès halles,
-et là sur un échauffaut avoir les testes coupées et chascun les
-quatre membres, lesquels quatre membres de chascun d'eux
-furent pendus à huit potences au-dehors de quatre portes
-de Paris, et les testes ès halles, et le demourant au gibet.</p>
-
-<p>Item, après ce que lesdites forteresces furent mises et
-rendues en la main du roy, les unes par force et les autres
-par traictié, le roy fu conseillié par pluseurs sages que il
-féist abattre lesdites forteresces, car elles avoient esté tenues
-contre luy qui estoit souverain seigneur ; et par le moien
-et seurté d'icelles, pluseurs maux, dommaiges, inconvéniens
-et traïsons avoient esté faites par ceux qui lesdites
-forteresces tenoient contre le roy, seigneur souverain desdites
-forteresces et son royaume : et ainsi estoit grant péril
-de les laissier en estat, pour doubte qu'elles ne retournassent
-en la main dudit roy de Navarre qui tant de maux et
-traïsons avoit faites sur la seurté desdites forteresces, lesquelles
-par pluseurs autres fois avoient esté rendues audit
-roy de Navarre, par les paix et reconciliacions qu'il avoit
-faites au roy Jehan, père du roy nostre sire, et au roy ; dont
-depuis icelles recouvrées en avoit esté désobéissant et porté
-dommaige au roy et au royaume. Si fist le roy, tant pour
-celles causes comme pour autres justes et raisonnables,
-abattre les chasteaux de Breteuil, d'Orbec, de Beaumont-le-Rogier,
-de Pacy, d'Annet, et les clostures des villes, et
-aussi la tour et chastel de Nogent-le-Roy ; les chasteaux
-d'Évreux, de Pont-Audemer, de Mortaing, de Gauray et
-aucuns autres en Constentin ; mais le chastel et ville de
-Cherbourg demourèrent entiers ès mains de ceux qui les
-gardoient pour le roy de Navarre qui ne les vouldrent
-rendre né délivrer, lesquels mandèrent et firent venir avecques
-eux pluseurs Anglois pour eux aider à garder lesdites
-forteresces ; lesquels Anglois pridrent la possession dudit
-chastel, et en boutèrent hors les Navarrois ; et ledit Ferrando
-d'Ayens, qui estoit capitain dudit chastel de par ledit
-roy de Navarre et estoit prisonnier, comme dit est, fu envoié
-au chastel de Caen prisonnier, pour ce qu'il ne rendoit
-pas lesdites forteresces, si comme promis et juré
-l'avoit.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XCI.</h3>
-
-<p class="section">Des nouvelles qui vindrent à Paris et en France que les cardinaux
-qui estoient à Rome, avoient esleu en pape un appellé
-Berthélemi, pour le temps arcevesque de Bar<a id="FNanchor_369" href="#Footnote_369" class="fnanchor">[369]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_369" href="#FNanchor_369"><span class="label">[369]</span></a> <i>Bar</i>. Bari.</p>
-</div>
-
-<p>Environ le moys de may mil trois cens septante-huit,
-vindrent nouvelles à Paris et en France que les cardinaux
-qui estoient à Rome avoient esleu en pape un appellé Berthélemi,
-pour le temps arcevesque de Bar. Et tantost après
-eust le roy aucunes particulières lettres des cardinaux qui
-secrètement luy escripvoient qu'il ne donnast foy à chose
-qui eust été faite en cette nominacion, et que briefment le
-certifieroient plus à plain de la vérité ; né aussi ne donnast
-response à messaiges qui par ledit Berthélemi luy venissent.
-Et assez tost vindrent à Paris devers le roy un chevalier
-et un escuier envoiés devers le roy de par iceluy Berthélemi
-qui, si comme il disoient, se appeloit pape Urbain ;
-et après ce qu'il orent poursuy le roy et demouré
-par aucuns jours à Paris, et qu'il orent parlé au roy pluseurs
-fois, cuidans tousjours que le roy deust tenir celle élection
-et rescrire audit esleu ou nommé comme pape, respondi un
-jour auxdis chevalier et escuier qui le poursuivoient d'avoir
-response, que il n'avoit encore eu aucunes certaines nouvelles
-de cette éleccion, et si avoit tant de bons amis cardinaux,
-dont les pluseurs avoient esté serviteurs des prédécesseurs
-roys de France et de luy, et encore en y avoit pluseurs
-qui estoient à luy et de sa pension, que il tenoit fermement
-que sé aucune éleccion de pape eust esté faite, il
-la luy eussent signifiée ; et pour ce, estoit son entencion de
-encore attendre jusques à tant que il eust autre certificacion,
-avant que plus avant il procédast en ce fait.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XCII.</h3>
-
-<p class="section">Coment les cardinaux envoièrent messaiges au roy de France,
-c'est assavoir l'evesque de Famagouste et un maistre en théologie
-de l'ordre des frères Prescheurs, maistre du Saint-Palais.</p>
-
-
-<p>Item, au moys d'aoust mil trois cens septante-huit, furent
-envoiés au roy de par les cardinaux certains messaiges,
-c'est assavoir l'evesque de Famagouste, et maistre Nicole
-de Saint-Saturnin, jacobin, maistre en théologie du Saint-Palais ;
-lesquels apportèrent au roy lettres closes et ouvertes,
-séellées des seaux du collège des cardinaux, affermans et certifians
-ledit Berthélemi non estre pape ; mais avoit esté faite
-la nominacion par force et impression violente. Et sur ce requeroient
-au roy que il voulsist oïr et croire les dessus dis
-de ce que par eux luy diroient. Et pour les oïr et avoir délibéracion
-sur ce pourquoy il venoient devers luy, le roy
-manda pluseurs prélas, arcevesques et evesques de son
-royaume, et autres bons clers tant ès Universités de Paris,
-d'Orléans et d'Angiers, comme d'autre part là où l'en les
-pot savoir, et les fist assembler à Paris, le samedi, onziesme
-jour de septembre, l'an dessus dit, en une grant chambre
-ou sale qui est sur la rivière au Palais. Et en la présence
-desdis prélas et clers, le roy oï lesdis evesque et maistre
-du Saint-Palais, lesquels tant par la bouche de l'un comme
-de l'autre, dirent la manière comment ledit arcevesque de
-Bar avoit esté nommé pape par paour, violence et tumulte
-des Romains, et que lesdis cardinaux estoient déterminés à
-non le tenir pour pape. Si conclurent que pour ce signifier
-au roy il estoient envoyés devers luy, et ainsi luy signifioient.
-Et requisrent au roy qu'il voulsist adhérer à la déterminacion
-desdis cardinaux, et qu'il leur voulsist donner conseil,
-confort et aide en ce fait. Si voult le roy, après ce qu'il ot
-oï ces choses, que les sages clers, prélas et autres qui estoient
-en grant nombre, tant maistres en théologie et en decrés,
-docteurs en loys et autres maistres en autres sciences, eussent
-délibéracion ensemble en son absence pour savoir que il avoit
-à faire et à respondre sur ce. Lesquels par pluseurs journées
-furent assemblés et orent délibéracion, et finablement
-furent d'accort de conseiller au roy que il féist faire response
-auxdis messaiges des cardinaux en la manière que
-s'ensuit sé il luy plaisoit ; et premièrement à la significacion
-que lesdis messaiges luy avoient faite de l'entencion
-des cardinaux, que le roy avoit bénignement oï ce que par
-eux luy avoit esté exposé. Et quant aux requestes qu'il
-avoient faites tant de adhérer à la déterminacion des cardinaux
-comme de leur donner conseil, confort et aide, le
-roy povoit faire respondre qu'il n'estoit pas encore conseillié
-de consentir ou de nier ladite adhésion, et qu'il en vouloit
-encore plus avant estre informé, car la matière estoit
-moult haulte et périlleuse et doubteuse. Et quant à l'aide, il
-sembloit que le roy povoit respondre que, au moys d'aoust
-précédent, il avoit aidié les cardinaux d'une grant finance, et
-mandé aux gens d'armes nés de son royaume qui estoient et
-sont oultre les mons que il donnent confort et aide auxdis cardinaux ;
-et ce a-il fait et mandé pour pourveoir à la seurté des
-personnes des cardinaux, de leur familliers et de leur biens,
-et afin de les mettre hors des périls où il sont, et à nulle
-autre fin. Et sé l'aide faite par le roy aux fins dessus dites
-ne souffist, encore est-il prest de les aidier et conforter
-quant point sera. Laquelle consultacion par manière de
-response le roy fist faire aux messages des cardinaux.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XCIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy ot lettres que les cardinaux s'estoient partis de
-Rome.</p>
-
-
-<p>Assez tost après furent apportées au roy aucunes lettres,
-par lesquelles étoit escript au roy que les cardinaux, après
-ladite nominacion ou esleccion dudit Berthélemi, arcevesque
-de Bar, le plus tost qu'il avoient peu se estoient
-issus de Rome, et par scrupules de leur consciences, n'avoient
-depuis fait audit Berthélemi obéissance né révérence
-aucune. Et après, tous ensemble, Italiens et Oultremontains,
-excepté le cardinal de Saint-Pierre qui estoit malade,
-contredirent le fait, et fu escript et signé de leur main et
-scellé de leur sceaux ; et depuis, estudièrent aucuns desdis
-cardinaux, très-solemnels docteurs, commis à ce par espécial
-et très grant diligence, pour savoir, considéré le fait accordé,
-sé ledit Berthélemi, par l'esleccion faite de luy ou par les
-fais ensuivis après icelle, avoit aucun droit en la papalité.
-Et appelèrent avec eulx les commissaires et tous les
-autres cardinaux oultremontains, tous les autres prélas,
-maistres en théologie, docteurs en droit canon et en droit
-civil auxquels il porent parler, et les enfourmèrent du fait,
-lesquels concordablement en conclusion déterminèrent que
-ledit Berthélemi n'estoit point pape ; ainçois tenoit par tyrannie
-et occupacion le saint siège. Après ce, il firent leur publicacion
-solemnellement selon ce que à eux appartenoit et
-qu'il le povoient et devoient faire de droit. Et ces choses ainsi
-faites, lesdis cardinaux firent savoir aux autres cardinaux
-estans lors à Avignon, qui estoient six en nombre ; lesquels
-enformés des choses dessus dites par les lettres du collège,
-le consentirent, loèrent et approuvèrent de tout en
-tout, et les firent publier en Avignon solemnelment, et
-deffendre que l'en obéist audit Berthélemi comme à pape :
-excepté le cardinal de Pampelune qui encores y voult délibérer ;
-mais depuis se consenti-il avec les autres<a id="FNanchor_370" href="#Footnote_370" class="fnanchor">[370]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_370" href="#FNanchor_370"><span class="label">[370]</span></a> On trouve en cet endroit dans la plupart des manuscrits la longue
-protestation latine des cardinaux réunis à Agnani contre l'élection qu'ils
-avoient précédemment faite à Rome du pape Urbain. Je n'ai pas cru devoir
-reproduire cette pièce analysée avec exactitude dans l'<i>Histoire
-ecclésiastique</i> de Fleury, liv. <small>XCVII</small>, paragraphe 53. Elle est d'ailleurs uniquement
-du ressort de l'histoire ecclésiastique.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XCIV.</h3>
-
-<p class="section">Coment les cardinaux se transportèrent de Anagnie à Fondes
-et de l'esleccion du pape Clément.</p>
-
-
-<p>Item depuis lesdis cardinaux se transportèrent en la cité
-de Fondes, et là, tous assemblés tant Ytaliens comme autres,
-le nueviesme jour de septembre mil trois cent septante-huit,
-pour procéder à l'esleccion du vrai pape, eslurent canoniquement
-et concordablement en pape, sans débat, difficulté ou
-contradicion aucune, un cardinal appellé monseigneur Robert
-de Genève, qui portoit le titre de cardinal, c'est assavoir
-<i lang="la" xml:lang="la">Basilicæ duodecim apostolorum presbiter cardinalis</i>. Et fu appellé
-pape Clément, et fu couronné et consacré le derrenier jour
-d'octobre veille de la Toussains ensuivant. Lequel se consenti
-à ladite esleccion, et aussi firent la royne de Naples et tous
-les grans seigneurs du païs ; mais les Romains tindrent tousjours
-ledit Berthélemi pour pape. Et ces choses furent signefiées
-au roy de France, tant par ledit pape Clément comme
-par les cardinaux, en le requérant et priant qu'il se voulsist
-adhérer à ladite esleccion et tenir ledit pape Clément pour
-vrai pape ; et ot avis et délibéracion le roy sur ce. Et afin
-que par bon conseil et seur il fist ce qu'il en devoit faire,
-il manda et fist venir devant luy au bois de Vincennes, le
-mardi seiziesme jour de novembre mil trois cent septante-huit,
-pluseurs prélas tant arcevesques que evesques et autres
-sages clers, comme abbés, maistres en théologie,
-docteurs en décrès et en lois, et pluseurs autres sages de
-son conseil, tant chevaliers comme autres ; lesquels, tous
-d'un accort et singulièrement après leur serement fait aux
-saintes evangiles de Dieu, dirent et conseillèrent au roy
-qu'il se déclarast et déterminast pour la partie dudit pape
-Clément, et qu'il le tenist pour vrai pape. Et dirent oultre
-au roy que veues les choses dont dessus est faite mencion,
-et icelles considérées deuement, il le devoit ainsi faire,
-comme pour donner bon exemple à tous autres crestiens.
-Si se déclara lors le roy, par la manière que conseillié luy
-avoit esté et que dessus est dit. Et ces choses fist signefier
-et publier par son royaume, tant à prélas et églyses cathédraulx
-comme à autres.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XCV.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy, par le conseil de pluseurs sages, fist signefier à
-pluseurs princes crestiens, lesquels il tenoit pour ses amis et
-bien vueillans, que il s'estoit délibéré pour la partie du pape
-Clément.</p>
-
-
-<p>Après ladite déclaration faite, le roy ot avis et délibéracion,
-par le conseil de pluseurs sages, que il segnifieroit ces
-choses aux princes crestiens que il tenoit pour ses amis et
-bien vueillans, et ainsi le fist. Et envoia messages notables,
-prélas, barons et autres chevaliers et clers, les uns en Alemaigne,
-les autres en Hongrie, les autres en Ytalie et autres en
-pluseurs autres pays, pour segnifier coment il se estoit déclaré
-pour la partie dudit pape Clément, et pour leur dire et
-monstrer les causes et raisons qui l'avoient meu à ce faire,
-et pour leur requérir que pour l'onneur de Dieu et de
-sainte églyse il voulsissent ainsi faire, afin que toute crestienneté
-fust soubs un pasteur et un vicaire de Jésus-Christ,
-ainsi comme elle devoit estre. Et oultre leur faisoit le roy
-savoir que s'il y avoit aucun prince ou autre qui féist aucun
-doubte en ce fait pour cause de l'esleccion ou nominacion
-dudit Berthélemi, que il voulsissent oïr les messages que le
-roy leur envoioit, lesquels estoient instruis souffisamment
-et informés de la vérité du fait. Et si trouvèrent lesdis
-messages du roy, en aucuns lieux, gens instruis autrement
-que de la vérité, et soustenans le fait dudit Berthélemi, et
-par espécial ès parties d'Alemaigne. Et jasoit ce que le roy
-de Hongrie eust par avant segnifié et escrit au roy de France
-que telle partie comme il tendroit ledit roy de Hongrie tendroit,
-toutes voies, les messages que le roy de France
-envoia devers ledit roy de Hongrie pour ceste cause trouvèrent
-que il estoit plus enclin à la partie dudit Berthélemi
-que à la partie dudit pape Clément. Et aussi les Flamens,
-jasoit ce que il fussent et soient du royaume de France,
-respondirent que jusques à ce qu'il fussent plus plainement
-enformés, ne tendroient ledit pape Clément pour pape.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XCVI.</h3>
-
-<p class="section">Coment ledit Berthélemi, qui se nommoit pape Urbain, fist
-vint-neuf cardinaux dont les noms s'ensuivent.</p>
-
-
-<p>Item, en celuy temps, c'est assavoir le vintiesme jour de
-septembre dessusdit, ledit Berthélemi, qui se nommoit
-pape Urbain, fist vint-neuf cardinaux dont les noms s'ensuivent :
-Messire Phelippe d'Alençon, patriarche de Jérusalem
-et administrateur de l'archevesché d'Aux ; l'evesque
-de Londres en Angleterre ; l'arcevesque de Ravenne de Padue<a id="FNanchor_371" href="#Footnote_371" class="fnanchor">[371]</a> ;
-l'evesque de Sisteron ; l'evesque d'Averse, Ursin ;
-messire Agapit de la Columpne ; messire Estienne de la Columpne ;
-l'evesque de Perouse ; l'evesque de Bouloigne-la-Grasse ;
-l'arcevesque de Strigonn en Hongrie ; maistre Mesquin<a id="FNanchor_372" href="#Footnote_372" class="fnanchor">[372]</a>
-de Naples ; messire Galeot de Petramale ; l'arcevesque
-de Pise ; l'arcevesque de Corphou ; l'evesque de Tulle ; le général
-des Frères meneurs ; l'evesque de Michie ; frère Abaillen ;
-l'arcevesque de Salerne ; l'evesque de Verseil ; l'evesque
-de Theate ; le patriarche de Grado ; l'arcevesque de Prague
-en Boesme ; messire Gentil de Sanguce ; le général des Augustins ;
-l'evesque de Valence en Espaigne ; l'evesque de Reatine ;
-et l'evesque qu'il nommoit de Mirepois, qui estoit
-evesque d'Ostun, lequel ne l'accepta pas et non firent pluseurs
-des autres. Et puis ledit pape Clément fist ledit evesque
-d'Ostun cardinal, lequel l'accepta. Et en vérité, c'estoit
-l'un des bons clers que l'on seust en crestienté, lequel avoit
-fait grant diligence de savoir et enquérir coment ledit Berthélemi
-avoit esté esleu ; et quant il avoit sceu la vérité, il
-avoit refusé le chapel rouge de luy. Et puis le prist dudit
-pape Clément comme dessus est dit. Si estoit grant approbacion
-du fait dudit pape Clément, considéré la grant clergie
-et la suffisance dudit cardinal.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_371" href="#FNanchor_371"><span class="label">[371]</span></a> Giles de Prates, d'abord évêque de Padoue, puis de Ravenne. &mdash; L'évêque
-de Sisteron étoit Renoul de Monteruc, neveu du cardinal de
-Pampelune.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_372" href="#FNanchor_372"><span class="label">[372]</span></a> <i>Mesquin</i>. Nicolas Meschino, frère Prêcheur, inquisiteur dans le
-royaume de Naples. &mdash; <i>Galeot de Petramale</i> ou Galiot de Tarlat de Pietramala.</p>
-</div>
-<p><i>Incidence</i>. Item, en celle saison, le grant maistre de Rodes
-accompaignié de grant quantité de gens d'armes entra au
-païs de Romanie, et là, par les Grecs et les Turs qui estoient
-ensemble, fu desconfis et pris, et toutes ses gens mors
-ou pris devant un chastel appellé Latre<a id="FNanchor_373" href="#Footnote_373" class="fnanchor">[373]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_373" href="#FNanchor_373"><span class="label">[373]</span></a> <i>Latre</i>. Var. <i>Sarete</i>. Ferdinand d'Heredia fut pris sous les murs de
-Corinthe et ne voulut pas que pour le racheter les chevaliers de Rhodes
-rendissent la ville de Patras qu'il avoit conquise. Il aima mieux demeurer
-trois ans captif, jusqu'à ce que sa famille le rachetât. (Voy. les <i>Monumens
-des grands Maîtres</i>, par le vicomte François de Villeneuve-Bargemont,
-aujourd'hui marquis de Trans.)</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XCVII.</h3>
-
-<p class="section">De la mort Charles, empereur de Rome et roy de Boesme.</p>
-
-
-<p>Item, la vigile de la saint André mil trois cent septante-huit
-dessusdit, Charles, empereur de Rome et roy de
-Boesme, trespassa de ce siècle ; lequel avoit pardevant pourchacié
-et procuré par devers les esliseurs de l'empire
-que son fils fust empereur après sa mort. Et lonc-temps
-avant sa dite mort s'appelloit son dit fils roy des Romains.
-Et après la mort de son père tendit à avoir le droit de l'empire.
-Et tenoient aucuns que pour ce que ledit Berthélemi
-intrus au pape luy avoit promis de le faire et couronner empereur,
-il le tenoit pour pape et s'estoit adhéré avecques luy.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XCVIII.</h3>
-
-<p class="section">Coment monseigneur Jehan de Montfort, qui se tenoit duc de
-Bretaigne, fu privé en parlement de toutes les terres qu'il
-tenoit au royaume de France.</p>
-
-
-<p>Item, en ce temps, pour ce que le roy qui savoit et aussi
-tous ceux de son royaume, coment messire Jehan de Montfort,
-qui se tenoit duc de Bretaigne et qui en avoit fait foy
-et hommage au roy comme à son lige seigneur naturel et
-souverain, s'estoit porté et encore portoit mauvaisement et
-desloyalement envers le roy, en faisant guerre notoirement
-contre le roy et son royaume, et avoit chevauchié armé
-contre le royaume de France en la compaignie du duc de
-Lencastre et autres ennemis du roy, en faisant guerre, boutant
-feu, tuant hommes, femmes et tous autres fais de
-guerre, avoit conforté et aidié les Anglois et autres ennemis
-du roy de toute sa puissance, et avoit au roy renvoié son
-hommage, tant de la duchié de Bretaigne que des autres
-terres qu'il tenoit au royaume, fu conseilié de faire appeler
-ledit Jehan de Montfort pardevant luy, en sa court, pour
-respondre au procureur du roy, sur tout ce que ledit procureur
-du roy vouldroit proposer contre luy à toutes fins. Et
-pour ce, donna à son dit procureur ajournemens souffisans
-et convenables, par lesquels ledit messire Jehan fu ajourné
-à comparoir personelment pardevant le roy en sa dite
-cour garnie de pers et d'autre conseil souffisamment, au
-samedi quatriesme jour de décembre mil trois cent septante-huit
-dessusdit, pour respondre audit procureur à toutes
-fins sur les cas dessusdis et sur autres déclarés ès ajournemens.
-A laquelle journée de samedi ledit de Montfort ne
-vint né comparut, né autre pour luy, souffisamment appellé
-si comme accoustumé est. Et jasoit ce que le procureur
-du roy requéist avoir deffaut contre ledit Jehan de
-Montfort, et que le roy ou sa court peust avoir ottroyé à
-son procureur ledit deffaut s'il luy pleust, toutes voies, il
-voult que la besoigne surséit en estat, sans y procéder jusques
-au jeudi ensuivant neuviesme jour dudit mois. Auquel
-jeudi le roy fu en la chambre de son parlement séant en
-jugement, la court garnie de pers, et pour ce que tous les
-pers n'y estoient mie présens, jasoit ce qu'il eussent esté
-tous ajournés et mandés par le roy pour ceste cause et s'excusoient
-par leur lettres ouvertes, lesdites lettres furent
-leues en la présence de tous. Et après fu oï le procureur du
-roy, en tout ce qu'il voult demander et requérir contre
-ledit de Montfort. Et premièrement, afin d'avoir deffaut ;
-et après qu'il fust dist et déclaré iceluy de Montfort estre
-encheu en crime de lèse-majesté et avoir commis félonnie
-envers le roy ; et pour ce estre privé de tous drois, honneurs,
-noblesses et dignités tant de pairie comme autres ;
-et tous ses biens, fiés, terres, possessions et seigneuries
-estans au royaume de France, tant en la duchié de Bretaigne
-comme autres, estre confisqués. Et néantmoins le procureur,
-en tant comme besoin estoit, requéroit que par
-le roy et sa court ledit de Montfort fust privé des choses
-dessusdites. Et oultre, qu'il fust déclaré par le roy et sa
-court que ledit de Montfort avoit forfait le corps envers le
-roy ; et ainsi fust dit par le jugement du roy et de sa court.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>XCIX.</h3>
-
-<p class="section">Coment le cardinal de Limoges vint à Paris de par le pape
-Clément, pour signifier, monstrer et déclarer tout ce qui
-avoit esté fait de la nominacion de Berthélemi dont dessus
-est faite mention ; et aussi de l'esleccion du pape Clément.</p>
-
-
-<p>Item, en quaresme ensuivant, le cardinal de Limoges
-vint à Paris, envoié de par le pape Clément, tant comme
-messaige, pour signifier, monstrer et déclarer tout ce
-qui avoit esté fait de la nominacion de Berthélemi dont
-dessus est faite mencion ; et aussi de l'esleccion du pape
-Clément. Lequel le roy receut à grant honneur et révérence
-pour l'honneur de l'église, et aussi pour ce que le roy
-l'amoit. Et après ce qu'il ot dit au roy les causes de sa légacion,
-le roy luy assigna certaine journée en son chastel du
-Louvre, pour le oïr publiquement de tout ce qu'il vouldroit
-dire. A laquelle journée fu le roy en la grant chambre du
-Louvre emprès la sale, assis en sa chaere, et ledit cardinal
-en une autre d'encoste luy ; et là furent présens pluseurs
-princes, prélas, barons, maistres en théologie et docteurs
-en autres sciences, tant de l'Université de Paris comme
-autres ; en la présence desquels ledit cardinal de Limoges
-relata tout ce qui avoit esté fait à Rome, et la nominacion en
-pape qui avoit esté faite dudit Berthélemi, et coment et par
-quelle manière et tout le procès, en la manière que contenu
-est en la déclaracion dessus escripte. Et tout ce qui estoit
-contenu en ladite déclaracion afferma et maintint estre
-vray, en sa conscience, et sur le péril de l'ame de luy ; et
-savoit ces choses estre vraies, car il avoit esté présent et
-veu et sceu toutes lesdites choses contenues en ladite déclaracion.
-Par laquelle affirmacion, s'il y avoit aucun qui
-eust aucun scrupule de conscience au contraire, il doit
-avoir sa conscience toute appaisiée ; car il n'est pas vraisemblable
-que un homme de telle autorité et de telle science
-tesmoignié d'estre preud'homme de tous ceux qui le cognoissent,
-se fust voulu dampner, pour amour né pour haine
-d'homme vivant.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>C.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy manda à Paris pluseurs barons de Bretaigne,
-pour leur dire les choses dont ci-après est faite mencion.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1379</div>
-
-<p>Assez tost après Pasques, qui furent l'an mil trois cens
-septante-neuf, vindrent à Paris le seigneur de Laval, monseigneur
-Bertran du Guesclin, connestable de France ; le
-seigneur de Cliçon et le viconte de Rohan, lesquels le roy
-avoit mandés et fait venir à Paris pour leur dire les choses
-dont ci-après sera faite mencion. C'est assavoir que une journée
-au Palais-Royal, en la chambre vert, furent les dessus
-nommés devant le roy, lequel avoit pluseurs seigneurs de son
-conseil en sa compaignie : et là le roy de sa bouche relata aux
-dessus nommés de Bretaigne, coment, après l'accort fait entre
-la duchesse de Bretaigne, femme du duc Charles, et messire
-Jehan de Montfort, ledit messire Jehan de Monfort luy avoit
-fait hommaige lige ; et coment depuis il avoit traictié ledit
-de Montfort doulcement et courtoisement ; et par espécial
-après ce que ledit de Montfort ot fait requérir au roy, par
-ses messaiges, que il luy féist délivrer certaines terres que le
-conte de Flandres tenoit, lesquelles il disoit à luy appartenir :
-et en vérité, jasoit ce que lesdites terres ne vaulsissent
-oultre quatre ou cinq mile livres de terre, le roy, après pluseurs
-messaiges à luy envoiés tant dudit de Montfort de vers le
-roy comme du roy devers ledit de Montfort, le roy cuidant
-le tenir en bonne et vraie subjeccion et obéissance comme
-tenu y estoit, luy fist offrir de le acquitter envers la duchesse
-de Bretaigne qui fu femme du duc Charles, de dix
-mile livrées de terre que ledit de Montfort estoit tenu de
-luy baillier, par le traictié de paix fait entre ladite duchesse
-et ledit de Montfort ; mais nonobstant ce, et que le roy par
-pluseurs fois envoiast pardevers luy messaiges grans et
-notables, prélas, barons et autres, ledit de Montfort fist
-venir en Bretaigne grant foison d'Anglois ennemis du roy.
-Et pour celle cause, le roy y envoia ses frères, les ducs de
-Berry et de Bourgoigne, pour faire widier lesdis Anglois
-de sa seigneurie, par force et puissance d'armes. Et quant
-il furent audit païs de Bretaigne, ledit de Montfort leur
-promist que il feroit widier lesdis Anglois dudit païs de
-Bretaigne, ce qu'il ne fist pas. Mais fist guerre au païs par
-la puissance desdis Anglois, et mist siège devant pluseurs
-villes, pour ce qu'il ne vouloient recevoir les Anglois dedens
-lesdites villes ; et pour avoir finance, leva fouages et
-pluseurs autres subsides, à la grant desplaisance des prélas,
-nobles et bonnes villes du païs, lesquels envoièrent
-devers le roy, afin qu'il voulsist mettre remède en toutes
-ces choses, et de ce, luy supplièrent moult affectueusement.
-Et pour celle cause le roy y envoia son connestable et grant
-foison de gens d'armes, lesquels, par force et puissance,
-firent widier lesdis Anglois du païs, et s'en ala ledit de
-Montfort avecques eux en Angleterre ; et les gens du roy
-qui estoient au païs de Bretaigne trouvèrent bonne obéissance
-en pluseurs villes et chasteaux, et ceux qui se tindrent
-par aucun temps rebelles furent mis par force et par puissance,
-en obéissance, tant que finablement, tout le païs de
-Bretaigne, cités, villes et chasteaux, furent en l'obéissance
-du roy, et tenus pour luy et de par luy, excepté seulement
-le chastel de Brest, auquel ledit de Montfort fist venir
-Anglois qui tousjours le tindrent en rebellion contre le roy.
-Et ledit de Montfort, qui estoit en Angleterre, se tint pour
-ennemi du roy, et admena audit lieu de Brest le conte de
-Cantebruge, fils du roy d'Angleterre et grant foison de gens
-d'armes anglois, cuidant recouvrer le païs et gaaigner par
-force d'armes ; mais les gens du roy qui y estoient et ceux
-du païs avecques eux, gardèrent le païs par telle manière
-que ledit de Montfort et ceux qui estoient venus avecques
-luy, s'en retournèrent avecques luy en Angleterre, sans
-point faire de leur profit. Et aussi avoit ledit de Montfort
-chevauchié par le royaume de France, en la compaignie du
-duc de Lencastre, et fait tout fait de guerre comme dessus
-est dit. Et jasoit ce que les rebellions, désobéissances et
-traïsons dudit de Montfort fussent si notoires partout le
-royaume de France, tant en Bretaigne comme ailleurs, que
-aucun de bon entendement ne les povoit né devoit ignorer,
-et que le roy comme pour fait notoire et permanant peust
-sans autre procès avoir appliqué et confisqué à luy et mis
-en son demaine la duchié de Bretaigne et toutes les autres
-terres que ledit de Montfort tenoit au royaume de France,
-toutesvoies y avoit voulu procéder plus meurement, et avoit
-fait adjourner ledit de Montfort solemnelment, pour comparoir
-en personne devant luy en sa court de parlement, et
-pour respondre à son procureur sur les choses dessus dites,
-au samedi, quatriesme jour de décembre, l'an mil trois
-cens septante-huit dessus dit. A laquelle journée il n'estoit
-venu né comparu ; si avoit le roy et sa court fait son jugement
-par la manière que dessus est dit, et pour exécuter
-son jugement et son arrest entendoit tantost envoier certaines
-personnes notables pour prendre royaument et de
-fait de par luy la possession et saisine de toutes les cités,
-villes et forteresces du païs ; lesquels il nomma lors. C'est
-assavoir le duc de Bourbon ; le conte de Sancerre, mareschal
-de France ; messire Jean de Vienne, admiral de
-France ; messire Bureau de La Rivière, son premier chambellan,
-et pluseurs autres chevaliers et gens du conseil en
-leur compaignie, les uns d'une part et les autres d'autre. Si
-requist lors le roy aux dessus nommés seigneurs de Laval, de
-Cliçon, connestable, et de Rohan, que les villes, chasteaux
-et forteresces que il tenoient et gardoient de par le roy, qui
-estoient du demaine de la duchié de Bretaigne, il rendissent,
-baillassent et délivrassent aux seigneurs que le roy
-envoioit par delà ; lesquels les establiroient et ordeneroient
-à la seurté tant du roy comme du païs. Lesquels respondirent
-que ainsi le feroient : mais à plus grant seurté, le
-roy voult qu'il le jurassent. Si le jurèrent sur les saintes évangiles
-de Dieu et sur la vraye croix<a id="FNanchor_374" href="#Footnote_374" class="fnanchor">[374]</a>. Et ainsi se partirent
-du roy lesdis Bretons. Et cuida le roy véritablement que
-ses gens que il devoit envoier au païs de Bretaigne y trouvaissent
-plaine obéissance, ainsi comme lesdis Bretons
-estoient tenus de faire. Si leur accorda le roy lors confirmacion
-de tous leur privilèges, libertés et franchises et pluseurs
-autres requestes que il féirent tant pour le païs de
-Bretaigne comme pour aucuns singuliers ; et en furent les
-lettres faites et scellées par la manière que il l'avoient
-requis.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_374" href="#FNanchor_374"><span class="label">[374]</span></a> Ici s'arrête la transcription du manuscrit de Charles V, n. 8395, qui,
-jusqu'à présent, étoit notre principal guide. Mais, depuis les derniers
-chapitres du voyage de l'empereur, il n'étoit pas plus rigoureusement
-correct que les autres. Nous nous réglons maintenant de préférence sur
-le volume coté n. 8302. Il avoit appartenu à Jean, duc de Berry, frère de
-Charles V.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CI.</h3>
-
-<p class="section">De la venue des cardinaux d'Aigrefueil et de Poitiers à Paris.</p>
-
-
-<p>En celle saison, après Pasques l'an mil trois cent soixante-dix-neuf,
-vindrent à Paris les cardinaux d'Aigrefueil et de
-Poitiers, lesquels le pape Clément, qui un petit devant,
-estoit venu en Avignon, envoyoit en legacion, c'est assavoir
-le cardinal d'Aigrefueil en Allemaigne et celuy de Poitiers
-en Angleterre, pour monstrer, dire et déclairier le fait de
-la nomination en pape dudit Berthélemi, et de l'esleccion
-du pape Clément ; lesquels deux cardinaux avoient esté
-présens à tout ce qui avoit esté fait. Lesquels le roy
-receut honnorablement en son chastel du Louvre, ainsi
-comme il avoit acoustumé à faire et par pluseurs fois les
-oï sur la matière devant dite. Et le mercredi quatriesme
-jour de may l'an mil trois cent soixante et dix-neuf, fu
-présenté par le cardinal de Limoges au cardinal d'Ostun,
-dont devant est faite mencion, le chapel rouge, en la présence
-du roy et des autres cardinaux d'Aigrefueil et de
-Poitiers ; et disnèrent ce jour avec le roy audit chastel du
-Louvre. Et le samedi ensuivant, septiesme jour de mai
-dessusdis, furent lesdis cardinaux au bois de Vincennes par
-devers le roy qui lors y estoit, et parlèrent à luy sur la matière
-dessusdite. Et le roy, si comme il avoit accoustumé,
-leur fist faire responses justes et raisonnables. Assés tost
-après se partirent de Paris cuidans accomplir leur legacions.
-Et alèrent le cardinal d'Aigrefueil à Mez et celuy de Poitiers
-à Tournay, et là demourèrent longuement en cuidant
-tousjours avoir saufs-conduis des rois des Romains et d'Angleterre
-pour aler en leur pays ; mais il ne les porent avoir.</p>
-
-<p>Au mois d'aoust ensuivant, commença une grant mortalité
-à Paris et environ. Et se parti le roy et ala à Montargis
-en celle saison. Et aussi se partirent de Paris la plus grant
-partie des conseilliers du roy et autres, pour cause de ladite
-mortalité.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CII.</h3>
-
-<p class="section">Coment le viconte de Rohan et pluseurs autres nobles du païs
-de Bretaigne remandèrent messire Jehan de Montfort qui
-estoit en Angleterre.</p>
-
-
-<p>En celuy temps, le viconte de Rohan et pluseurs autres
-nobles et autres du païs de Bretaigne remandèrent messire
-Jehan en Angleterre, pour le faire venir en Bretaigne. Et
-pristrent et occupèrent de fait pluseurs forteresses qui estoient
-tenues de par le roy, en venant contre leur foy,
-loyauté et seremens ; et par espécial, ledit viconte de Rohan,
-qui solempnelment avoit juré en la présence du roy et
-de son conseil à Paris, comme dessus est dit. Si envoya le
-roy, tantost que il fust à sa cognoissance, sur les marches de
-Bretaigne le duc d'Anjou son frère, accompaignié de grant
-foison de gens d'armes. Et aussi estoient sur lesdites marches
-pour le roy le connestable d'un costé et le sire de
-Cliçon d'un autre. Et tantost que ledit duc d'Anjou fu sur
-lesdites marches, ledit viconte de Rohan et les autres qui
-tenoient la partie dudit Montfort commencièrent à traictier
-avec le duc d'Anjou et les gens du roy. Et ce faisoient-il, si
-comme pluseurs cuidoient, en attendant la venue dudit
-Montfort qui encore n'estoit venu en Bretaigne. Et tantost
-pot assez bien apparoir ; car celuy traictié ne vint à nulle
-bonne conclusion ; et par delais fu mené et par continuacion
-tant que ledit Montfort fu venu au païs de Bretaigne.
-Et furent des journées prises grant foison depuis sa venue,
-tant au païs de Bretaigne comme ailleurs. Et de toute celle
-saison ne fu accordé aucun appointement, jasoit ce que le
-roy leur voulsist faire de grace plus que il n'avoient deservi.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CIII.</h3>
-
-<p class="section">De la rébellion des Flamens.</p>
-
-
-<p>Au mois d'octobre ensuivant, l'an mil trois cent soixante-dix-neuf
-dessusdit, s'esmurent les Flamens contre le conte
-de Flandres en la ville de Gand par aucuns excès que les
-gens et serviteurs dudit conte y avoient fait et faisoient de
-jour en jour, si comme l'en disoit. Et tuèrent à Gand le
-baillif du conte et fu tout le païs d'un accort, excepté aucuns
-singuliers qui se trairent devers le conte, et aussi aucunes
-villes comme Audenarde et Terremonde où il misrent
-siège. Et après ce qu'il orent tué ledit baillif, il alèrent
-en un chastel emprès Gand qui estoit dudit conte, appellé
-Andringhem, et y boutèrent le feu et l'ardirent. Et puis alèrent
-à Ypre où il avoit aucuns gentilshomes et qui se tenoient
-de la partie du conte, et autres alèrent mettre siège devant
-Alos et ainsi tindrent trois sièges tout à une fois. Et quant
-le duc de Bourgoigne sceut ces choses, qui avoit espousée la
-fille dudit conte de Flandres, il se traist vers les marches de
-Flandres, et premièrement ala à Tournay et fist sentir à
-ceux qui estoient devant Audenarde qu'il parleroit volentiers
-à eux : lesquels luy accordèrent d'envoyer à l'encontre
-de luy en certaine place, c'est assavoir entre Tournay et Audenarde.
-Et ainsi le firent, et par pluseurs journées assemblèrent
-avec le duc de Bourgoigne tant que finablement fu
-traictié fait et accordé en telle manière : premièrement que
-le conte de Flandres, pour Dieu, à la requeste dudit duc
-de Bourgoigne, pardonneroit aux Flamens tout ce qu'il
-avoient meffait contre luy. Item, que ledit conte leur devoit
-faire réséeller tous les privilèges en la manière qu'il fist
-quant il entra en Flandres, et qu'il leur promist à les tenir
-selon leur anciennes coustumes. Item, que sé aucunes lettres
-ont esté faites ou données depuis le temps dessusdit
-contre les privilèges desdis Flamens, ledit conte les leur
-doit rendre et doivent être adnichilées. Item, les Alemans
-qui ont esté avec ledit conte en ceste guerre doivent jurer
-que jamais ne mefferont à ceux du païs de Flandres. Item,
-que tous les bourgois et manans du païs qui en sont partis
-et ne sont alés avec les communes du païs, et aussi ceux
-du conseil dudit conte venront audit païs et leur fera-l'en
-loy ; et au cas que l'en les trouvera coupables, l'en leur fera
-amender par l'ordenance de vint-cinq hommes esleus en
-trois bonnes villes de Flandres. Item, que ces vint-cinq
-hommes dessusdis qui seront pris et esleus en trois bonnes
-villes feront franques vérités, d'an en an par tout le païs de
-Flandres ; et ce dont seront d'accort sera jugié et tenu et mis à
-exécucion par ledit conte de Flandres. Item, lesdis Flamens
-requéroient et vouloient que la partie d'Audenarde par
-devers la ville de Gand et certaine quantité des murs d'un
-costé et d'autre fussent abattus et démolis jusques au rez
-de terre. Après aucuns traictiés se misrent de cest article en
-l'ordenance dudit duc de Bourgoigne, et de douze bourgois
-des trois bonnes villes, c'est assavoir de chascune quatre ; et
-doivent avoir prononcié leur dit dedans quinze jours après
-le premier dimenche des Avens mil trois cent soixante-dix-neuf
-dessusdit. Item, le prévost de Bruges, principal conseiller
-dudit conte de Flandres, doit estre hors du conseil et
-païs de Flandres à tousjours. Lequel traictié fu passé et
-accordé par ledit conte, et lettres faites et scellées soubs
-son séel.</p>
-
-<p>En l'an dessusdit et en l'yver ensuivant, furent les
-rivières de Saine et de Marne, d'Yonne et d'Oise moult
-grans.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CIV.</h3>
-
-<p class="section">De la rébellion de Montpellier.</p>
-
-
-<p>Le mardi vint-cinquiesme jour du mois d'octobre en
-celuy an, les habitans de Montpellier, par une commotion
-universal, misrent à mort en la ville de Montpellier messire
-Guillaume Pointel chevalier, chancelier du duc d'Anjou,
-frère du roy et lieutenant en toute Langue d'oc ; messire
-Guy de Lesterie, seneschal de Rouergue ; maistre Arnoult
-de Lar, gouverneur de Montpellier ; maistre Jacques de la
-Chaynne, secrétaire dudit duc ; maistre Jehan Perdiguier,
-gouverneur des finances dudit duc, et pluseurs autres officiers
-tant du roy comme du duc d'Anjou, jusques au nombre
-de quatre-vins personnes ou de plus. Et après ce que
-il orent mis à mort les dessusdis, il les giettèrent en pluseurs
-puis de ladite ville. Et ce firent, pour ce que lesdis conseilleurs
-leur avoient requis aide au nom dudit duc d'Anjou
-pour le fait de la guerre de Langue d'oc. Dont ledit duc
-d'Anjou fu moult troublé, et non sans cause.</p>
-
-<p>Le mercredi, vintiesme jour dudit mois, l'an dessusdit,
-à Montargis, en la présence du roy, furent faites les fiançailles
-de madame Yolant, nièce du roy et fille du duc de
-Bar, qui avoit espousée la suer du roy ; et la fiança un
-chevalier, procureur du duc de Gironne, ainsné fils du roy
-d'Arragon. En ce temps se reprisrent les traictiés entre les
-roys de France et d'Angleterre ; et envoya le roy ses messages
-solennels pour lesdis traictiés ès marches de Picardie,
-tant à Bouloigne comme à Saint-Omer. Mais en ce temps ne
-fut aucune chose faite.</p>
-
-<p>Item, en ce temps, le conte de Saint-Pol, qui longuement
-avoit esté prisonnier en Angleterre, vint en Flandres
-et fut le roy suffisamment informé qu'il avoit traictié avec
-les Anglois de leur bailler et mettre ès mains toutes les forteresses
-que il avoit au royaume de France. Et pour ceste
-cause fist le roy prendre et saisir toutes lesdites forteresses
-et y fist mettre gens de France de par luy, et aucunes en
-bailla en garde et gouvernement à Jehan de Ligny, frère
-dudit conte de Saint-Pol. Et quant ledit conte de Saint-Pol
-vit que son fait étoit rompu, et qu'il ne povoit aux Anglois
-tenir ce que il avoit promis, il s'en retourna en Angleterre
-et espousa la suer du roy d'Angleterre.</p>
-
-<p>En celle année dessusdite, les Anglois misrent une armée
-sur la mer pour passer en Bretaigne, si comme l'en disoit ;
-et fu environ la Conception Nostre-Dame. Et quant il furent
-sur la mer, il orent telle fortune que pluseurs d'eux
-périllèrent ; et disoit-l'en que il en avoit eu de périllés
-jusques au nombre de six cent hommes d'armes ou plus. Et
-les autres retournèrent en Angleterre.</p>
-
-<p>Et environ Noël ensuivant, en la présence du roy et de
-pluseurs autres, se déclara le duc de Breban pour la partie
-du pape Clément VII. En celle année crut peu de vin en
-Aucerrois et sur la rivière d'Yonne.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CV.</h3>
-
-<p class="section">La sentence contre ceux de Montpellier.</p>
-
-
-<p>Le vendredi vint-cinquiesme jour de janvier, l'an mil
-trois cent soixante-dix-neuf devant dit, environ heure de
-tierce, entra le duc d'Anjou à Montpellier pour prendre
-vengeance du vilain fait qui avoit esté fait en ladite ville
-des officiers du roy et des siens dont dessus est faite mencion.
-Et en sa compaignie avoit grant foison de gens d'armes
-et arbalestiers, et y fu receu par la manière qui ensuit :</p>
-
-<p>Premièrement, vindrent au-devant de luy tous les officiers
-du roy estans lors en ladite ville. Secondement, le
-cardinal d'Albanie qui là estoit. Tiercement, tous les collèges
-et religieux de ladite ville, tant de chanoines comme
-de moines, de mendians et de encloses. Quartement, l'estude
-de droit civil, de canon et de médecine. Et estoient
-tous à procession, des deux parties du chemin par où ledit
-duc devoit passer ; et tous à genoulx crioient à haulte voix :
-<i>Miséricorde pour le peuple de Montpellier!</i> Après estoient
-grant quantité d'enfans de ladite ville de l'aage de quatorze
-ans et au dessoubs, criant aussi <i>miséricorde!</i> Après estoient
-les consuls, ès robes de la ville, sans manteaulx, sans chapperons
-et sans ceintures, et grant quantité du peuple, chascun
-ayant une corde environ le col, requérans à genoulx
-miséricorde, et apportèrent les clés des portes et le batel
-de la cloche de la ville, dont l'en avoit fait le touquesin<a id="FNanchor_375" href="#Footnote_375" class="fnanchor">[375]</a> ;
-lesquelles clés et batel ledit duc fist prendre par le séneschal
-de Beaucaire qui estoit présent. Et lors descendi à pié
-ledit cardinal d'Albanie et requist pour eux miséricorde
-avec tout le peuple ; et ès forbours de ladite ville estoient
-toutes les femmes d'icelle ville, en simples habis, requérans
-aussi très-humblement miséricorde. Et quant ledit duc fut
-entré en ladite ville, il destitua tous les officiers d'icelle et
-la maison du consulat, l'églyse de Saint-Germain que fist
-faire pape Urbain, et les portaux d'icelle ville fist garnir de
-gens d'armes, et les armeures des gens de ladite ville que
-l'en pot trouver fist apporter par devers luy.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_375" href="#FNanchor_375"><span class="label">[375]</span></a> <i>Touquesin</i>. Variante du msc. du duc de Berry n<sup>o</sup> 8302, <i>Tacquehan</i>,
-et de même plus bas.</p>
-</div>
-<p>Le vint-quatriesme jour dudit mois, ledit duc d'Anjou
-estant sur un eschaffaut que l'en avoit fait moult notable
-en une place de ladite ville, afin que le peuple véist mieux
-ce qui y seroit fait, fu donnée sentence par ledit duc contre
-l'université, consuls et singuliers de ladite ville de Montpellier,
-par la manière que ci-après s'ensuit : c'est assavoir
-l'université à perdre consuls, consulat, maison et arches
-communes, séel et cloches et toutes autres juridicions ; et
-envers le roy et ledit duc d'Anjou en six cens mil francs
-d'or et ès despens que ledit duc d'Anjou avoit fais pour
-ceste cause. Et quant aux singuliers, six cens des plus coupables,
-à morir, c'est assavoir deux cens à coper les testes,
-deux cens pendus et deux cens ars ; leur enfans infames et
-en perpétuel servitude et leur biens confisquiés et la moitié
-des biens de tous les habitans d'icelle ville, deux portaux
-de la ville et six tours et les murs qui sont entre les portaux
-à abattre et les fossés d'entre deux emplir : tous les
-harnois et armeures de ladite ville à estre arses. Que les
-consuls et plus notables de celle ville trairoient les morts
-qui en la rumeur avoient esté occis des puis où il les avoient
-gietés, et que ladite université fonderoit une églyse ou chapelle
-où il auroit six chappelleries, chascune de quarante
-livres de rente. Et en icelle églyse seroit mise la cloche de
-quoy fu sonné le touquesin en ladite rumeur. Et en oultre fu
-condampnée ladite université à la restitution des biens des
-mors et l'intérêt de partie. Et tantost ladite sentence prononciée
-se desvestirent les consuls publiquement des robes
-de consulat, sans mantel, cote né chapperon, et rendirent
-audit duc le séel de ladite ville. Toutes voies il s'escrioient
-et requéroient avec le peuple très humblement <i>miséricorde!</i>
-Et lors, ledit cardinal d'Albanie et aucuns autres prélas envoiés
-de par le pape et de par le collège des cardinaux prièrent
-ledit duc moult affectueusement qu'il eust pitié de ce
-peuple, et que il ne voulsist procéder à aucune exécucion,
-jusques à ce qu'il eust oï parler ledit cardinal. Si luy
-assigna jour ledit duc à l'endemain en celle meisme place
-pour le oïr, auquel jour et lieu ledit cardinal, et collèges,
-et religieux et religieuses de ladite ville, l'université et très-grant
-nombre de femmes et de petits enfans qui tous
-crioient miséricorde pour le peuple, ledit cardinal dit moult
-de belles paroles audit duc et fist faire une collation par un
-frère Jacobin tous tendant à fin de miséricorde. Si fist lors
-ledit duc modéracion de sentence et rémission desdis six
-cens mil francs, et que les portaus et les murs dessusdis ne
-seroient mie abattus. Et leur rendi leur consulat, maison,
-séel, juridicion fors que l'office du baillif et tous les autres
-qui sont sous luy demourèrent en l'ordenance du roy. Et
-quant à l'exécucion des six cens condempnés, fu dit que
-tous ceux qui avoient esté cause de la commocion et qui
-avoient mis mains aux mors seroient avec leur bien en l'ordenance
-du roy. Et ainsi remist la moitié des biens des
-autres de la ville ; et les chappellenies furent ramenées à
-trois, et les armeures et artillerie d'icelle ville furent mises
-en la main du roy pour faire sa volenté. Et si fu dit que il
-paieroient les despens que ledit duc avoient fais en ceste
-besoigne, lesquels furent depuis ordenés à six vint mil
-francs par ledit duc.</p>
-
-<p><i>Incidence</i>. En ce temps, le lundi vint-quatriesme jour de
-février l'an dessusdit, au bois de Vincennes, fist le duc de
-Juillers hommage lige au roy, et se déclara lors pour le
-pape Clément VII.</p>
-
-<p>Par tout ce temps, le cardinal de Poitiers qui estoit venu
-par deça pour aler en Angleterre, et aussi le cardinal d'Aigrefueil
-qui estoit envoyé en Allemaigne par le pape Clément
-se tinrent sur les marches de Tournesis et de Cambresis ;
-c'est assavoir ledit cardinal de Poitiers à Tournay et à Cambray
-et ledit cardinal d'Aigrefueil à Metz, pour ce qu'il ne
-povoient avoir sauf-conduis pour passer oultre.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CVI.</h3>
-
-<p class="section">De la mort monseigneur Bertran Du Guesclin, connestable
-de France.</p>
-
-<div class="sidenote">ANNÉE 1380</div>
-
-<p>Assés tost après Pasques qui furent l'an mil trois cens
-quatre-vins, et furent Pasques celle année le quinziesme
-jour de mars, vindrent messages de par les communes
-de Languedoc à Paris par devers le roy et luy exposèrent et
-supplièrent que il voulsist envoyer un capitaine de par luy
-audit païs pour le garder et deffendre tant contre les ennemis
-comme contre les compaignies qui sur iceluy païs
-estoient. Et pour ce que tous aydes avoient esté abattus sur
-ledit païs, il ottroièrent ayde de trois francs pour chascun
-feu pour un an, imposicion de douze deniers pour livre de
-toutes denrées excepté le sel, sur lequel il ottroièrent la
-double gabelle qui autrefois avoit couru au païs. Et parmi ce,
-leur ottroia le roy capitaine au païs messire Bertran du Guesclin
-qui lors estoit connestable de France. Lequel parti pour
-y aler au mois de juin ensuivant. Et en alant, s'arresta sur
-un chastel en la seneschauciée de Beaucaire, appellé le
-Chastel-Neuf-de-Randon, lequel estoit occupé par les
-ennemis du roy et du royaume. Et tant destreigni ledit
-connestable ceux qui estoient dedens, tant par engins
-comme par assaus qu'il estoient sur le point de rendre ledit
-chastel. Mais par la volenté de Nostre-Seigneur, ledit connestable
-fu malade environ huit jours au siège devant ledit
-chastel, et trespassa de cest siècle le vendredi treiziesme
-jour de juillet, qui fu grant dommage au roy et au royaume
-de France. Car c'estoit un bon chevalier et qui moult de
-biens avoit fait au royaume de France, et plus que chevalier
-qui lors vesquist. Et l'endemain, ceux qui estoient
-audit chastel le rendirent aux gens dudit connestable<a id="FNanchor_376" href="#Footnote_376" class="fnanchor">[376]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_376" href="#FNanchor_376"><span class="label">[376]</span></a> Le msc. du Suppl. franç., n<sup>o</sup> 6, l'un des plus beaux sous le rapport
-des miniatures qu'on ait jamais exécuté au <small>XV</small><sup>e</sup> siècle, représente Bertrand
-du Guesclin exposé sur un lit de parade dans sa tente. Des guerriers
-viennent déposer sur ses genoux les clés de Châteauneuf. Cette miniature
-justifie le récit généralement admis d'après lequel les assiégés auroient
-témoigné de leur vénération pour le grand guerrier, en remettant à sa
-dépouille mortelle les clés d'une ville qu'il n'avoit pas réduite.</p>
-</div>
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CVII.</h3>
-
-<p class="section">De la chevauchie d'Anglois en France.</p>
-
-
-<p>Audit mois de juillet l'an dessusdit, passèrent la mer
-d'Angleterre à Calais messire Thomas, fils du roy d'Angleterre,
-et pluseurs autres Anglois jusques au nombre de sept
-ou de huit mil combattans, et chevauchièrent au royaume de
-France et passèrent la rivière de Somme environ Clari et
-après alèrent vers Soissons et passèrent la rivière d'Oise et
-de Aisne, et aussi la rivière de Marne au dessoubs de Chaalons,
-et celle d'Aube à Plancy. Et alèrent devant Troies et
-puis s'en alèrent logier entre Villeneuve-le-Roy et Sens, et
-là passèrent la rivière d'Yonne. Et partout boutoient les
-feux ès villes qui ne se raençonnoient. Et jasoit ce que le
-roy eust mis sus trois cens hommes d'armes pour les chevauchier,
-toutes voies furent-il pou domagiés. Et prisrent pluseurs
-personnes des gens qui les suivoient tant chevaliers
-comme escuiers. Et puis chevauchièrent par le Gastinois et
-par la Beausse, et droit vers Bonneval et de là au pays de
-Bretaigne là où messire Jehan de Montfort les reçut.</p>
-
-<p>En celle saison, au mois de juillet ensuivant, furent parlés
-pluseurs traictiés entre les gens du roy d'une part et ledit messire
-Jehan de Montfort et les Bretons d'autre part, aucune
-fois par le moyen du conte de Flandres et autrefois par le
-moyen du sire de Cliçon. Et jasoit ce que pluseurs appointemens
-y feussent pris, toutes voies n'y fu aucune conclusion
-prise jusques au temps dont mencion sera faite.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CVIII.</h3>
-
-<p class="section">Du conte de Flandres et des Flamens.</p>
-
-
-<p>En la fin du mois d'aoust et fu le vint-huitiesme jour
-l'an mil trois cens quatre-vins devant dit, ceux de Gand,
-d'Ypres et de Courtray et de pluseurs autres villes du païs
-de Flandres partirent de la ville d'Ypres environ heure de
-nonnes pour aler à Diquemme et cuidoient avoir la ville.
-Et lors le conte de Flandres, ceux de Bruges et ceux du
-Franc environ cent hommes d'armes qui estoient en ladite
-ville de Diquemme, qui sceurent la venue de ceux de
-Gand, de Ypres et de Courtray, se rengièrent au-dehors de
-ladite ville. Si coururent sur ceux de Gand, de Ypres et de
-Courtray, et les desconfirent et gaaignièrent environ deux
-cens charrios que les dessusdis de Gand, d'Ypres et de Courtray
-avoient, et en tuèrent pluseurs et les autres s'enfuirent
-à Ypres bien jusques au nombre de dix mile. Et le conte de
-Flandres et sa compaignie s'ala logier devant ladite ville
-d'Ypres environ heure de complies en poursuivant sa victoire,
-et environ mienuit ledit conte de Flandres se mist
-dedens ladite ville d'Ypres par le consentement de ceux qui
-estoient en ladite ville, de la partie dudit conte. Et ceux de
-Gand et les autres ennemis dudit conte s'enfuirent et alèrent
-vers Courtray. Et ledit conte demoura maistre de
-toute la ville d'Ypres pour faire toute sa volenté. Et fist
-faire pluseurs exécucions tant de coupper testes comme
-autrement. Et l'endemain, quant ceux de Gand et les autres
-qui s'en estoient fuis, comme dessus est dit, furent entrés
-en Courtray, ceux de la ville les prièrent de demourer
-avec eux pour les aidier. Mais après qu'il orent demouré
-une heure, ceux de Gand tuèrent leur capitaine et s'enfuirent
-et tous les autres des autres villes avecques eulx, et
-se sauva qui se pot sauver. Et celuy jour meisme, messire
-Sohier de Gand chevalier vint à Courtray accompaignié de
-pluseurs jeunes gens de ladite ville, et fist apporter sur le
-marchié la bannière dudit conte de Flandres, en disant que
-quiconques vouroit estre contre ledit conte le déist, et que
-il tenoit ladite ville de par le conte et la tenroit à son povoir.</p>
-
-<p>Tantost après ces choses, ledit conte accompaignié de
-pluseurs hommes d'armes du païs de Flandres, de Bruges,
-d'Ypres, de Courtray et de pluseurs autres villes dudit païs
-jusques au nombre de bien soixante mil armés, si comme
-l'en disoit, vint mettre siège devant Gand.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CIX.</h3>
-
-<p class="section">Du trespassement du roy Charles-le-Quint fils du roy Jehan.</p>
-
-
-<p>Le dimanche, seiziesme jour du mois de septembre l'an
-mil trois cent quatre-vins dessusdit, à heure de midi, trespassa
-en son hostel de Beauté-sur-Marne le roy de France
-Charles dit cinquiesme. Et le lundi ensuivant fu apporté au
-point du jour le corps à Saint-Antoine emprès Paris. Et là,
-en attendant ses frères les ducs d'Anjou, de Berry et Bourgoigne,
-demoura jusques au lundi ensuivant vint-quatriesme
-jour dudit mois, auquel jour il fu apporté à Nostre-Dame de
-Paris à telle solempnité comme l'en a acoustumé à porter
-les roys de France. Et sesdis frères aloient après le corps à
-pié : mais sur le chemin St-Antoine et la porte ot grant noise
-et débat entre les escoliers de l'université de Paris et Hugues
-Aubriot, lors prévost de Paris, et les sergens de Chastellet ;
-et s'entreprisrent forment pluseurs des escoliers et sergens.
-Et y ot d'iceux escoliers pluseurs menés en Chastellet et
-après rendus à l'université. Et ses deux fils, c'est assavoir
-Charles qui fu roy après luy et Loys conte de Valois, estoient
-à Meleun. Et fu conseillé qu'il ne partissent point de là
-jusques à l'enteraige du corps, tant pour ce que il estoient
-jeunes et peussent avoir esté blesciés en la presse, comme
-pour la mortalité qui encore estoit à Paris et environ. Et
-furent ledit lundi les vigiles dites en ladite églyse de
-Nostre-Dame de Paris ; et le mardi ensuivant la messe. Et
-tantost après fu apporté à Saint-Denis en la chapelle que il
-avoit fondée, en laquelle estoit jà enterré le corps de la
-royne sa femme. Et après fu le cuer porté en l'églyse cathédral
-à Rouen, en laquelle il fu enterré à telle solempnité
-comme il appartient. Et depuis, les entrailles furent enterrées
-en l'églyse de Maubuisson emprès la sépulture de sa
-mère, si comme il avoit ordené.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CX.</h3>
-
-<p class="section">Du commencement<a id="FNanchor_377" href="#Footnote_377" class="fnanchor">[377]</a> du roy Charles sixiesme.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_377" href="#FNanchor_377"><span class="label">[377]</span></a> <i>Commencement</i>. Variante : <i>Couronnement</i>.</p>
-</div>
-
-<p>Pour ce que le roy Charles devant dit avoit fait certaine
-loy par laquelle il avoit ordené que son ainsné fils et les
-autres ainsnés des roys qui seroient pour le temps advenir,
-tantost que il aroient atains le quatorziesme an de leur aage
-préissent leur sacre, couronnement et gouvernement du
-royaume de France et receussent leur hommages ; laquelle
-loy fu publiée le vint-uniesme jour de may l'an mil trois
-cent soixante-quinze, en plain parlement à Paris, en la présence
-du roy et de pluseurs personnes notables et seigneurs
-du sanc royal et autres, si comme devant est escript. Et
-aussi avoit ordenancé que jusqu'à ce que son dit ainsné fils
-fust venu à cest aage, monseigneur Loys, duc d'Anjou,
-frère du roy premier après luy, aroit le gouvernement dudit
-royaume, en certaine forme et manière contenue en ladite
-ordenance ; et messire Phelippe, duc de Bourgoigne, le
-plus jeune des frères du roy, et messire Loys, duc de Bourbon,
-frère de la royne trespassée, aroient la garde, tuicion
-et gouvernement de Charles, ainsné fils du roy et de ses
-autres enfans, jusques à ce que ledit ainsné fils eust ataint
-le quatorziesme an de son aage. Et pour le nourrissement
-et autres nécessités dudit ainsné fils et des frères et s&oelig;urs,
-avoit le roy ordené que le duc de Bourgoigne et le duc de
-Bourbon aroient pour le gouvernement tous les prouffis,
-revenus et esmolumens tant ordinaires comme extraordinaires
-de la duchié de Normendie, des bailliages de Senlis
-et de Meleun, de la ville et visconté de Paris ; excepté le
-Palais-Royal et toutes les chambres de parlement, des enquestes
-et des requestes, et des coffres du trésor ; lesquels,
-par ladite ordenance que le roy avoit faite, demouroient
-soubs le gouvernement dudit duc d'Anjou avec tout le
-demourant du royaume de France. Et pour ce que lesdis
-ducs d'Anjou d'une part, de Bourgoigne et de Bourbon
-d'autre part, n'estoient pas bien d'accord sur ladite ordenance,
-par le conseil et délibéracion de pluseurs sages du
-royaume de France esleus et ordenés par lesdis ducs fu
-advisé, pour tenir lesdis ducs en unité et par conséquent
-tout le royaume de France, qu'il estoit expédient que le
-roy qui encores n'avoit accompli son douziesme an si fust
-sacré et couronné, receust ses hommages et fust tout le
-royaume gouverné par luy et en son nom. Lequel advis fu
-rapporté aux dis ducs, lesquels le consentirent et l'orent
-agréable.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXI.</h3>
-
-<p class="section">Coment le roy Charles six fu couronné.</p>
-
-
-<p>L'an de grace mil trois cent quatre-vins devant dit, fu
-ledit roy Charles nommé sixiesme couronné à Rains, le
-dimanche quatriesme jour de novembre, en la fin de son
-douziesme an. Et le dimanche ensuivant, onziesme jour
-dudit mois, il retourna et entra à Paris à grant solempnité
-si comme il appartenoit. Et fu la ville encourtinée, et furent
-joustes faites au palais, le lundi et le mardi, des chevaliers
-et escuiers qui y estoient.</p>
-
-<p>Le mercredi ensuivant quatorziesme jour dudit mois de
-novembre, les gens d'églyse, nobles et des bonnes villes qui
-avoient esté mandés à Paris de par le roy furent assemblés
-au palais en la chambre de parlement. Et là, en la présence
-du roy, de ses quatre oncles ducs d'Anjou, de Berry, de
-Bourgoigne et de Bourbon, et de pluseurs autres de son
-sanc, fu proposé par l'evesque de Beauvais, lors chancelier
-de France, coment le roy avoit nécessité d'avoir aide de
-son peuple, tant pour sa guerre comme pour son estat maintenir ;
-et leur fu requis que sur ce il eussent advis et respondissent
-tant qu'il deust estre agréable au roy.</p>
-
-<p>Et le jeudi ensuivant, par un esmouvement d'aucuns de
-Paris qui alèrent au palais, là où le roy et lesdis ducs estoient,
-pour ce requérir, furent abattus tous ces aydes qui avoient
-cours au païs et au royaume pour le fait des guerres.</p>
-
-<p>Audit mois de novembre, le conte de Flandres, qui estoit
-à siège devant Gand, leva le siège et s'en ala demourer à
-Bruges.</p>
-
-<div class="dummy"></div>
-
-<h3>CXII.</h3>
-
-<p class="section">Coment les juifs furent pilliés.</p>
-
-
-<p>Le jour de jeudi qui fu quinziesme jour dudit mois, pluseurs
-nobles et populaires alèrent en la juierie de Paris et
-rompirent les huis desdis juifs et leur huches, et prisrent
-tous leur biens, tant lettres<a id="FNanchor_378" href="#Footnote_378" class="fnanchor">[378]</a> comme autres choses. Et
-aussi furent pris pluseurs corps des juifs et leur femmes et
-enfans, et les amenoit chascun là où bon luy sembloit.
-Toutes voies, par l'ordenance du roy et de ses oncles, fu
-crié par Paris que tous ceux qui avoient aucune chose desdis
-juifs, fust corps ou biens, le rapportassent pardevers le
-prévost de Paris. Si furent le corps desdis juifs ramenés
-en Chastellet de Paris et aucuns autres des biens ; mais
-ce fu pou.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_378" href="#FNanchor_378"><span class="label">[378]</span></a> <i>Lettres</i>. Billets à ordre et lettres de change.</p>
-</div>
-<p>En ce temps, furent continués les traictiés qui avoient
-esté commenciés dès le vivant du roy et de Jehan de Montfort.
-Et fu conclu sur iceux la seconde semaine de janvier.
-Et tousjours durant le temps dessusdit, messire Thomas,
-fils du roy d'Angleterre, et les Anglois qui avecques luy
-avoient passé au royaume de France et par iceluy avoient
-chevauchié demourèrent tousjours audit païs de Bretaigne,
-et se tindrent longuement à siège devant Nantes qui se tenoit
-pour le roy de France. Mais finablement il s'en partirent
-sans y aucune chose prouffiter, et y mourut grant
-foison de leur gens et de leur chevaux. Et s'en alèrent aucuns
-et en menèrent grant foison de malades<a id="FNanchor_379" href="#Footnote_379" class="fnanchor">[379]</a> en Angleterre,
-et les autres demourèrent encore audit païs de
-Bretaigne<a id="FNanchor_380" href="#Footnote_380" class="fnanchor">[380]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_379" href="#FNanchor_379"><span class="label">[379]</span></a> <i>Malades</i>. Au lieu de ce mot et des suivans, les éditions imprimées
-portent : <i>Prisonniers</i> ; et plusieurs manuscrits : <i>Biens</i>. J'ai préféré la leçon
-des manuscrits qui, ayant commencé par le texte des chroniques de
-Nangis, ont fondu leurs continuations dans celui des <i>Chroniques de Saint-Denis</i>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_380" href="#FNanchor_380"><span class="label">[380]</span></a> C'est à ce point que s'arrêtent véritablement les <i>Chroniques de Saint-Denis</i>.
-Cependant, comme les continuations de Nangis dont je viens de parler
-ajoutent ici quelque chose que l'on ne retrouve pas dans les chroniques
-imprimées de Charles VI, on me saura gré de clore comme elles le récit
-de nos chroniques par les pages suivantes qui m'ont paru précieuses
-(Voy. msc. 9622 et 8298-3).</p>
-</div>
-<p>Item, audit an mil trois cent quatre-vint, messire Hugues
-Aubriot chevalier, lors prévost de Paris, fu cité et appellé
-pardevant l'evesque de Paris et pardevant un Jacobin appellé
-frère Jaques de Morey, lors inquisiteur sur les hérétiques,
-au lundi vint-uniesme jour du mois de janvier l'an
-dessusdit. Et pour ce que ledit prévost ne comparut à ladite
-journée devant les dessus nommés, fu tenu pour contumax :
-et pour ladite contumace excommenié, dénoncié et publié
-par toutes les églyses de Paris chascun jour à la messe et à
-vespres. Et pour ce que ledit prévost doubtoit la vilenie
-que l'en luy faisoit chascun jour par la manière dessusdite,
-il comparut pardevant ledit evesque et inquisiteur, le premier
-jour de février après ensuivant. Et fu détenu prisonnier
-ès prisons dudit evesque de Paris et mis en procès ; et
-fu absols de l'excommeniement dessus dit, et son absolucion
-publiée par la manière que l'excommeniement avoit esté.
-Si fu proposé contre luy (par le procureur de l'université de
-Paris qui se fist partie contre luy<a id="FNanchor_381" href="#Footnote_381" class="fnanchor">[381]</a>), qu'il avoit dites pluseurs
-paroles contre nostre foy. Entre lesquelles il devoit
-avoir dit à un sergent lequel n'estoit pas venu à son mandement
-sitost que enchargié luy avoit esté, et ledit prévost
-l'en reprenoit, lequel sergent se excusa en disant qu'il
-estoit demouré en l'églyse pour veoir Dieu : «&nbsp;Ribault,
-scès-tu pas bien que j'ay plus grant puissance de toy nuire
-que Dieu n'a de toy aidier?&nbsp;» Aussi devoit avoir dit
-aultre fois ledit prévost à un homme qui disoit qu'il véissent
-Dieu de la messe que chantoit lors un evesque de
-Constances appellé messire Sevestre de la Cervelle<a id="FNanchor_382" href="#Footnote_382" class="fnanchor">[382]</a>, qu'il
-n'attendroit jà pour celle cause, et que Dieu ne se laisseroit
-point manier par un tel homme comme estoit ledit evesque.
-Oultre fu proposé contre ledit prévost qu'il avoit
-délivré de Chastellet de son auctorité un prisonnier mis au
-Chastellet à la requeste dudit inquisiteur pour fait de hérésie.
-Oultre, fu encore proposé contre luy que après ce que
-les juifs de Paris orent esté dénonciés par la manière que
-dessus est dit, le vint-cinquiesme jour de novembre précédent,
-pluseurs petis enfans desdis juifs furent pris par pluseurs
-chrestiens lesquels les fist chrestienner ; et ledit prévost
-contraignit lesdis chrestiens à luy rendre lesdis
-enfans<a id="FNanchor_383" href="#Footnote_383" class="fnanchor">[383]</a>. Et après ce qu'il luy orent ainsi esté rendus, les
-rendi à leur pères et à leur mères juifs. Et pluseurs autres
-choses furent proposées contre ledit prévost ; auxquelles il
-respondi par sa bouche. Et se fist procès contre luy. Et luy
-tousjours demourant prévost de Paris, demoura en prison
-fermée en la cour dudit evesque jusques au vendredi dix-septiesme
-jour de may mil trois cens quatre-vint-et-un. A
-laquelle journée fu ledit prévost mis sur un eschaffaut qui
-pour celle cause avoit esté fait emprès l'Hostel-Dieu de
-Paris, devant le parvis Nostre-Dame. Sur lequel eschaffaut
-furent assis lesdis evesque et inquisiteur et pluseurs autres.
-Et là prescha ledit evesque, et furent leus lesdis articles et
-pluseurs autres devant grant peuple qui là estoit assemblé
-pour ceste cause. Et là rappela ledit prévost tout ce qu'il
-avoit fait et dit. Si luy fu par ledit evesque enjoint pénitence
-de demourer perpétuelment en prison. Et pour celle
-cause fu mené chiés ledit evesque et mis en la tour en prison
-fermée. Et jusques alors demoura tousjours prévost de
-Paris, nonobstant qu'il fust tousjours en prison fermée chiés
-ledit evesque comme dessus est dit : mais tantost celle
-journée passée en fu ordené un aultre.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_381" href="#FNanchor_381"><span class="label">[381]</span></a> Les mots de parenthèse ne sont pas dans le manuscrit 9622.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_382" href="#FNanchor_382"><span class="label">[382]</span></a> <i>Sevestre de la Cervelle</i>. Mort en septembre 1386. La <i lang="la" xml:lang="la">Gallia Christiana</i>
-qui nous donne cette date, tome <small>XI</small>, p. 887, ne dit rien de la mauvaise
-réputation de ce prélat.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_383" href="#FNanchor_383"><span class="label">[383]</span></a> Ce dernier crime ou plutôt ce grand acte de courage n'étoit pas
-le véritable motif de la haine que tant de gens portoient à Hugues Aubriot.
-Il expioit sa sévérité à l'égard des suppôts de l'Université.</p>
-</div>
-<p><a id="FNanchor_384" href="#Footnote_384" class="fnanchor">[384]</a>Item, en celuy temps, le traictié qui avoit esté commencié
-dès le vivant du roy Charles pour le fait de messire
-Jehan de Montfort fu remis sus et fait et parfait ; par lequel
-traictié la duchié de Bretaigne luy fu rendue, lequel avoit
-esté déclairé par arrest prononcié en la présence du roy et
-des pairs confisqué et acquis au roy. Et furent envoyés de
-par le roy certains commissaires en Bretaigne, pour luy
-faire baillier et délivrer les forteresses qui estoient tenues
-de par le roy. Et pour ce que par ledit traictié et aussi par
-raison ledit duc de Bretaigne devoit faire hommage au roy
-tant de la duchié de Bretaigne comme de la conté de Montfort,
-iceluy duc pour celle cause ala à Compiègne là où le
-roy estoit, et là en la présence des ducs d'Anjou, de Bourgoigne
-et de Bourbon, oncles du roy et de pluseurs autres
-grans seigneurs le vint-septiesme jour de septembre mil
-trois cent quatre-vint et un, fist hommage au roy des
-duchié de Bretaigne et conté de Montfort.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_384" href="#FNanchor_384"><span class="label">[384]</span></a> La première phrase de cet alinéa a été reproduite dans le texte
-authentique qui précède.</p>
-</div>
-<p>Item, en celle saison fu ordené le duc de Berry lieutenant
-pour le roy en Languedoc. Et jasoit ce que ce fust au
-desplaisir des communes du païs et aussi du conte de Foix,
-toutes voies y ala-il et trouva grans désobéissances en pluseurs
-villes du Languedoc, et par espécial à Narbonne, à
-Nismes, à Besiers et aussi à Thoulouse. Et furent sur le
-point de combattre ensemble, luy et le conte de Foix. Mais
-certain traictié fu fait entre eux par lequel la bataille demoura.
-Et pour ladite désobéissance que ledit duc de
-Berry avoit trouvée au païs, fu advisé et conseillié qu'il
-estoit bon que le roy y alast en personne pour réformer et
-mettre à point le païs. Toutes voies, pour les empeschemens
-qui survindrent en France, il n'y ala point à celle fois.</p>
-
-<p>Item, en ce temps, le duc d'Anjou qui autrefois avoit eu
-nouvelles que la royne Jehanne de Naples, laquelle n'avoit
-aucuns enfans, le vouloit adopter en fils et faire son héritier
-tant du royaume de Naples comme de la conté de Provence,
-et ot encores nouvelles pour le temps, et vindrent par
-devers luy certains messaiges de par elle pour celle cause :
-et, pour ce, en ot pluseurs conseulx et délibéracions, tant
-en la présence du roy comme en son absence ; et finablement,
-luy fu conseillié tant par les seigneurs de son sanc
-comme par tous les saiges qui furent en son conseil qu'il
-entreprist le voyage, à aler par devers ladite royne si
-comme elle luy avoit fait assavoir. Si commença lors à faire
-son ordenance pour y aler. Mais assés tost après, luy vindrent
-nouvelles certaines que messire Charles de Duras,
-aultrement nommé messire Charles de la Paix, nepveu de
-ladite royne de Naples, estoit venu au royaume de Naples,
-et avoit eu grant confort de ceux du païs et par espécial de
-ceux de ladite ville de Naples. Et avoit prinse ladite royne
-et emprisonnée, et aussi avoit prins en une bataille le mary
-de ladite royne appellé messire Othes de Breswigh<a id="FNanchor_385" href="#Footnote_385" class="fnanchor">[385]</a> ; et
-s'estoit ledit messire Charles fait couronner en roy dudit
-royaume de Naples du consentement et volonté de Berthelemi
-qui se portoit pour pape à Rome et se nommoit
-Urbain. Et pour ces nouvelles, ledit duc d'Anjou rompit
-l'entreprise qu'il avoit faite d'aler au païs. Et assés tost
-après, pape Clément qui estoit en Avignon envoya certains
-messages solempnels par devers ledit duc d'Anjou qui estoit
-avec le roy en France, et luy fist requérir par sesdis messaiges
-coment il voulsist remettre sus son voyage et l'entreprendre,
-et il luy feroit grant aide. Si eust ledit duc d'Anjou
-advis et délibéracion avec le roy, avec les seigneurs de son
-sanc qui estoient à la cour et avec pluseurs sages tant prélas
-comme autres sur ce qu'il avoit à faire de ce que le pape
-luy avoit mandé<a id="FNanchor_386" href="#Footnote_386" class="fnanchor">[386]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_385" href="#FNanchor_385"><span class="label">[385]</span></a> <i>Breswigh</i>. Brunswick.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_386" href="#FNanchor_386"><span class="label">[386]</span></a> Le manuscrit 9622 conclut par les mots : <i>Et finablement</i> qui devoient
-être les premiers d'une autre phrase. Terminons de notre côté cette
-édition par une chanson assez curieuse renfermée dans un manuscrit du
-Fonds latin, coté n<sup>o</sup> 4641.-B, f<sup>o</sup> 150 ; elle est relative au jugement de
-Hugues Aubriot. C'est l'une de ces pièces anciennes dans lesquelles chaque
-stance finit par un proverbe.</p>
-</div>
-<hr />
-
-
-<p class="section">Cy s'ensuit un dit rimé qui fu fait pour un prévost de Paris nommé Hugues
-Aubriot, lequel ot moult de fortunes en la fin de ses jours. Et de chascun
-article<a id="FNanchor_387" href="#Footnote_387" class="fnanchor">[387]</a> escrit est au derrain un vers qui fait un notable.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_387" href="#FNanchor_387"><span class="label">[387]</span></a> <i>Article</i>. Couplet. &mdash; <i>Notable</i>. Proverbe.</p>
-</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Hugue Aubriot bien me recors</div>
-<div class="verse">Quant fus prévost premièrement,</div>
-<div class="verse">Que j'oïs à cris et à cors</div>
-<div class="verse">Dire de ton avenement :</div>
-<div class="verse">«&nbsp;Bien viengne par qui haultement</div>
-<div class="verse">»&nbsp;Dès or justice regnera,</div>
-<div class="verse">»&nbsp;<i>Or est venu qui l'aimera!</i>&nbsp;»</div>
-
-<div class="verse stanza">Lors les drois garder tu juras</div>
-<div class="verse">Du roy et d'université,</div>
-<div class="verse">Et puis après asséuras</div>
-<div class="verse">Maintenir ceux de la cité.</div>
-<div class="verse">Or n'as pas tenu vérité ;</div>
-<div class="verse">Car chascun de toy se démente.</div>
-<div class="verse"><i>Trop tost se vente qui aulx plante.</i></div>
-
-<div class="verse stanza">Ce fu très bon commencement :</div>
-<div class="verse">Sé amés éusses prudence,</div>
-<div class="verse">Ne t'y tenis pas longuement</div>
-<div class="verse">Par ta fole oultrecuidance</div>
-<div class="verse">Qui ores te met en balance</div>
-<div class="verse">De fenir ta vie à grant honte.</div>
-<div class="verse"><i>Cil prent mal coup qui trop hault monte.</i></div>
-
-<div class="verse stanza">Quant en hault degré te véis</div>
-<div class="verse">De tout te voulus entremettre,</div>
-<div class="verse">Et trop d'ordenances féis</div>
-<div class="verse">Sur femmes<a id="FNanchor_388" href="#Footnote_388" class="fnanchor">[388]</a> et gens saichans lettres,</div>
-<div class="verse">Pour ce, en prison t'ont fait metre</div>
-<div class="verse">Come raison les y contraint.</div>
-<div class="verse"><i>Qui trop embrasse pou estraint.</i></div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_388" href="#FNanchor_388"><span class="label">[388]</span></a> Sous la date de 1367, Aubriot avoit rendu de sévères ordonnances contre les prostituées.
-Il les avoit proscrites de la plupart des rues de Paris.</p>
-</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tant com le grant Charle a vescu</div>
-<div class="verse">Tu t'es porté trop fièrement,</div>
-<div class="verse">En tous cas estoit ton escu,</div>
-<div class="verse">Or va maintenant aultrement ;</div>
-<div class="verse">Car par ton fol desvoiement</div>
-<div class="verse">Aucun ne t'aime né ne prise.</div>
-<div class="verse"><i>Tant va le pot à l'eau qu'il brise.</i></div>
-
-<div class="verse stanza">Par Paris aler tu souloies</div>
-<div class="verse">Sur mule et frison d'Allemaigne ;</div>
-<div class="verse">Gras coursiers, gros roussins avoies</div>
-<div class="verse">Et tes sergens à la douzaine ;</div>
-<div class="verse">Or n'y a nul qui ne se paine</div>
-<div class="verse">Toy grever festes et dimenches :</div>
-<div class="verse"><i>Bon fait bas voler pour les branches.</i></div>
-
-<div class="verse stanza">Tu souloies emprisonner</div>
-<div class="verse">Les gens, or es emprisonnés ;</div>
-<div class="verse">Riens ne vouloies pardonner ;</div>
-<div class="verse">Ne sçay sé riens t'iert pardonnés.</div>
-<div class="verse">De rigueur fus abandonnés</div>
-<div class="verse">Contre chascun plus qu'à sa coulpe.</div>
-<div class="verse"><i>Bien dois avoir d'autel pain soupe.</i></div>
-
-<div class="verse stanza">Je vis ta chambre bien parée</div>
-<div class="verse">De riches dras moult noblement,</div>
-<div class="verse">Et ta maison bien painturée</div>
-<div class="verse">Et hault et bas communelment ;</div>
-<div class="verse">Mais tu es logiés autrement</div>
-<div class="verse">Et as petite compaignie :</div>
-<div class="verse"><i>Hélas! au dessoubs est qui prie.</i></div>
-
-<div class="verse stanza">Courouciés es de tes oiseaux</div>
-<div class="verse">Qu'oïr ne pues chanter, en caige ;</div>
-<div class="verse">Mais bien pues faire les appeaulx</div>
-<div class="verse">Pour chanter en ton géolaige ;</div>
-<div class="verse">Tu as perdu ton poil volaige</div>
-<div class="verse">Par trop estre à vent et à pluie,</div>
-<div class="verse">Et dist-l'en : <i>Beau chanter ennuye.</i></div>
-
-<div class="verse stanza">Je ne voy par nulle manière</div>
-<div class="verse">Coment tu puisses eschapper ;</div>
-<div class="verse">Car cil qui puissance a plenière</div>
-<div class="verse">Mieulx ne t'en pourroit destrapper.</div>
-<div class="verse">Bien a esté fait toy happer</div>
-<div class="verse">Pour justicier et mettre en cendre,</div>
-<div class="verse"><i>En la fin fault-il rendre ou pendre.</i></div>
-
-<div class="verse stanza">Tu t'es mellés en toute guise,</div>
-<div class="verse">Par ton barat particulier,</div>
-<div class="verse">De descort mettre par l'églyse</div>
-<div class="verse">Encontre le bras séculier.</div>
-<div class="verse">En mauvaistié es singulier</div>
-<div class="verse">De ton ventre nuls biens n'en vist,</div>
-<div class="verse"><i>Tant gratte chievre que mal gist.</i></div>
-
-<div class="verse stanza">A Petit-Pont as ordené</div>
-<div class="verse">Faire un chastelet fort et rude ;</div>
-<div class="verse">Et aux chartres les as donné</div>
-<div class="verse">Les noms des rues de l'Estude<a id="FNanchor_389" href="#Footnote_389" class="fnanchor">[389]</a> ;</div>
-<div class="verse">Tu y seras mis, bien le cuide ;</div>
-<div class="verse">Car chascun dist que bien avient,</div>
-<div class="verse"><i>Tant crie-l'en Noël qu'il vient.</i></div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_389" href="#FNanchor_389"><span class="label">[389]</span></a> <i>Aux chartres</i>. Aux prisons. Aubriot appeloit les prisons dans lesquelles il renfermoit les
-écoliers condamnés le <i>Clos Bruneau</i> et la <i>rue du Fouarre</i>, du nom de deux fameux endroits du
-pays latin. &mdash; On reconnoît ici dans le poète les rancunes d'un écolier de l'université.</p>
-</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu as fais mains faus jugemens</div>
-<div class="verse">Par ta pure forsennerye,</div>
-<div class="verse">Et si as mené proprement,</div>
-<div class="verse">Tout ton temps, de Néron la vie,</div>
-<div class="verse">Cressus es qui ne s'umilie</div>
-<div class="verse">Que fortune jus abatti :</div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Medium tene beati.</i></div>
-
-<div class="verse stanza">Tu te plains de faulse heresie</div>
-<div class="verse">Qui est en toy très grant diffame ;</div>
-<div class="verse">Tu es maistre de sodomie,</div>
-<div class="verse">Si com dient homes et femmes ;</div>
-<div class="verse">Tu as dampné de ceulx les ames</div>
-<div class="verse">Que tu as aux Juifs rendus :</div>
-<div class="verse"><i>Dignes es d'être ars ou pendus.</i></div>
-
-<div class="verse stanza">Et quant aucun te disoit : «&nbsp;Sire,</div>
-<div class="verse">»&nbsp;De raison faites le contraire,&nbsp;»</div>
-<div class="verse">Tu respondoies par grant ire :</div>
-<div class="verse">«&nbsp;Or voe, or voe, laissiez-me faire ;</div>
-<div class="verse">»&nbsp;Laissiez crier qui vouldra braire.&nbsp;»</div>
-<div class="verse">Plus n'en vouloies escouter :</div>
-<div class="verse">Mais <i>seure chose est tout doubter.</i></div>
-
-<div class="verse stanza">Tu as fait le moine voler</div>
-<div class="verse">Par force de tes grans richesses ;</div>
-<div class="verse">Mais riens n'y vaut le flaioler</div>
-<div class="verse">Ne te fie point en promesses ;</div>
-<div class="verse">Pour toy aidier ne t'esléesses,</div>
-<div class="verse">Savoir faut de toy n'auront cure :</div>
-<div class="verse"><i>Tant vault amour come argent dure.</i></div>
-
-<div class="verse stanza">Bien l'a fait Turquain parcevoir</div>
-<div class="verse">Ton bon amy espécial ;</div>
-<div class="verse">Par or as cuidié decevoir</div>
-<div class="verse">Et parvetir l'official,</div>
-<div class="verse">Mais le vaillant juge et loyal</div>
-<div class="verse">L'a mis en prison sans poursuite.</div>
-<div class="verse"><i>Selon seigneur magnie duite.</i><a id="FNanchor_390" href="#Footnote_390" class="fnanchor">[390]</a></div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_390" href="#FNanchor_390"><span class="label">[390]</span></a> Tel maître, tel valet.</p>
-</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je croy bien tu as ainsy fait</div>
-<div class="verse">A tieulx qui n'en font pas semblant,</div>
-<div class="verse">Afin d'anéantir ton fait ;</div>
-<div class="verse">Mais il n'en parlent qu'en tremblant,</div>
-<div class="verse">Et aucunes fois en emblant.</div>
-<div class="verse"><i>Car tel cuide abaissier sa honte</i></div>
-<div class="verse"><i>Ou vengier, il acroist et monte.</i></div>
-
-<div class="verse stanza">Avise sé de l'aultrui bien</div>
-<div class="verse">As pensé, de le bientost rendre ;</div>
-<div class="verse">A ceux ne donnes pas tes biens</div>
-<div class="verse">Qui cy ne te pevent deffendre ;</div>
-<div class="verse">Tes fais sont de si grant esclandre</div>
-<div class="verse">Ne sçay coment il en ira.</div>
-<div class="verse"><i>Mal acquis, mal départira.</i></div>
-
-<div class="verse stanza">Quant tu aloies par les rues,</div>
-<div class="verse">Ne sçay sé t'en es advisés,</div>
-<div class="verse">Chascun en disoit, neis tes drues<a id="FNanchor_391" href="#Footnote_391" class="fnanchor">[391]</a> :</div>
-<div class="verse">«&nbsp;Bien doit estre cil desprisiés.&nbsp;»</div>
-<div class="verse">Si es-tu ore et pou prisiés.</div>
-<div class="verse">Et disoient aucuns souvent :</div>
-<div class="verse"><i>Petite pluye abat grant vent.</i></div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_391" href="#FNanchor_391"><span class="label">[391]</span></a> <i>Neis tes drues</i>. Même tes maîtresses.</p>
-</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Laisses maisons, femmes, nepveus,</div>
-<div class="verse">Et soies pour t'ame esveilliés,</div>
-<div class="verse">De rendre à Dieu graces et veus ;</div>
-<div class="verse">Mieulx ne pues estre conseilliés.</div>
-<div class="verse">Je tien ton corps pour essilliés,</div>
-<div class="verse">Car chascun le dit, bien y pert<a id="FNanchor_392" href="#Footnote_392" class="fnanchor">[392]</a> :</div>
-<div class="verse"><i>Qui trestout convoite tout pert.</i></div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_392" href="#FNanchor_392"><span class="label">[392]</span></a> <i>Y pert</i>. Y paroît.</p>
-</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je ne te veuil plus faire plait,</div>
-<div class="verse">Aubriot, à Dieu te commant ;</div>
-<div class="verse">De tes folies me desplait,</div>
-<div class="verse">Or en ira ne sçay coment.</div>
-<div class="verse">L'en feroit bien un grant romant</div>
-<div class="verse">De tes fais, mais cy je m'afin :</div>
-<div class="verse"><i>De bonne vie bonne fin.<a id="FNanchor_393" href="#Footnote_393" class="fnanchor">[393]</a></i></div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_393" href="#FNanchor_393"><span class="label">[393]</span></a> Hugues Aubriot fut délivré l'année suivante par les Parisiens, au milieu d'une émeute.</p>
-</div>
-
-<p class="c gap small">FIN DES GRANDES CHRONIQUES DE FRANCE.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">CONCLUSION DE L'ÉDITEUR.</h2>
-
-
-<p>Ici s'arrêtent les grandes Chroniques de France dites de
-Saint-Denis. Aucun manuscrit ancien ne joint au texte
-pour ainsi dire sacramentel que l'on vient de lire l'histoire
-des règnes de Louis XI, de Charles VII ou même de
-Charles VI. D'ailleurs, les récits de Juvénal des Ursins, de
-Jean Chartier et de l'auteur anonyme de la Chronique
-Scandaleuse, vingt fois réimprimés, se trouvent dans toutes
-les bonnes bibliothèques ; et les moyens d'exécution
-dont nous pouvions disposer ne nous permettoient pas de
-reproduire trois ouvrages que d'autres patiens érudits avoient
-déjà fait connoître.</p>
-
-<p>Mais pour compléter l'édition des <i>Grandes Chroniques de
-Saint-Denis</i>, il faudroit encore, et nous le sentons parfaitement,
-ajouter plusieurs dissertations et la Table raisonnée
-des matières et des noms de lieux et de personnes. Un bon
-<i>Index</i> est le cachet d'une bonne édition, et si notre librairie
-moderne se plaint tant du discrédit de ses publications,
-on peut trouver la cause de ce fâcheux résultat dans le dédain
-qu'elle professe généralement pour toutes les <i>Tables
-de matières</i>. Obligés aujourd'hui, pour des raisons qui ne
-sauroient intéresser nos lecteurs, d'achever notre édition
-et de nous en tenir au texte complet des <i>Chroniques de Saint-Denis</i>,
-nous n'en prenons pas moins l'engagement de donner
-bientôt, dans un volume supplémentaire, notre Table
-raisonnée et plusieurs dissertations sur la rédaction des
-chroniques et sur l'autorité de leur témoignage. Avant de
-publier cet appendice, nous espérons de la Critique littéraire
-des avis dont il nous sera permis de profiter. Heureux
-si nous n'avons pas alors à relever un trop grand nombre
-de ces inexactitudes dont l'attention la plus ardente et la
-plus scrupuleuse ne préserve pas toujours!</p>
-
-<p>Un autre devoir encore plus rigoureux, c'est l'hommage
-de nos dernières lignes au nom de celui dont on n'a fait que
-rendre la pensée et seconder les intentions en imprimant cet
-ouvrage. Quand les <i>Chroniques de Saint-Denis</i> auront été
-plus fréquemment consultées, on ne comprendra pas comment
-il s'étoit écoulé tant de temps avant que l'on songeât
-à les publier d'une façon convenable, intelligible. Monsieur
-le vicomte d'Yzarn-Freissinet a senti le premier qu'en essayant
-de combler cette grande lacune historique, il rendroit
-service aux bonnes études et feroit acte d'un véritable
-patriotisme. C'est à lui que j'ai dû le bonheur de consacrer
-quatre années à cette édition et d'avoir été délivré des
-obligations dispendieuses auxquelles elle soumettoit l'éditeur.
-Je ne doute pas que tous les amis de notre histoire
-nationale ne s'associent à la juste reconnoissance que j'ai
-vouée à M. de Freissinet, pour avoir fait exécuter un travail
-dont le gouvernement françois auroit dû prévenir depuis
-long-temps la pensée, et dont alors il auroit pu facilement
-charger un éditeur plus habile. On devine la récompense
-que tous deux nous nous sommes promise à une époque
-si défavorable aux publications sérieuses : en sacrifiant,
-l'homme du monde son argent et l'homme de lettres son
-temps, pour remettre en lumière celui de tous les monumens
-de notre histoire qui nous sembloit le plus recommandable ;
-nous craignons seulement d'avoir eu trop bonne opinion de
-ces mémorables <i>Chroniques de Saint-Denis</i>, et de nous être
-trompés sur leur importance avec tous les contemporains de
-saint Louis, de Charles V et de Charles VII. C'est à ceux qui
-les étudieront qu'il appartiendra de décider si nous avons
-eu tort de craindre.</p>
-
-<p>Voici maintenant la liste de tous les manuscrits que nous
-avons consultés ou dont nous avons eu quelque connoissance.
-Cette description, comme on le pense bien, ne sera
-pas approfondie : mais ceux qui plus tard auront l'occasion
-de voir d'autres leçons des mêmes chroniques pourront
-néanmoins juger, d'après elle, de l'importance particulière
-de chacune de ces leçons. J'examine d'abord les volumes signalés
-par La Curne de Sainte-Palaye dans la fameuse Dissertation
-sur les Chroniques de Saint-Denis qu'il lut à
-l'Académie des Belles-Lettres le 15 avril 1738. Je décris à
-la suite les leçons qu'il n'avoit pas vues et dont je me suis
-également servi.</p>
-
-
-<p class="c">MANUSCRITS INDIQUÉS PAR SAINTE-PALAYE.</p>
-
-<p class="c small">BIBLIOTHÈQUE DU ROI.</p>
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 8298 <sup>2</sup>.</p>
-
-<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio maximo</span>, vélin, 2 colonnes, petites miniatures ; écriture
-de plus en plus élégante et correcte jusqu'à la fin ; XV<sup>e</sup> siècle. Relié
-en maroquin rouge aux armes de Colbert sur les plats.</p>
-
-<p>Il provient de la bibliothèque de Colbert. Les premiers feuillets ont
-été enlevés jusqu'à la fin du treizième chapitre du premier livre (Voyez
-notre édition) : «&nbsp;Si se souffry atant quant Tholome ot ce compte et
-fixe. Le messaige Thierry qui bien et sagement ot entendu lexemple
-Tholome retourna a son seigneur tout luy compta par ordre ce quil
-ot oi compter quant Thierry entendi ceste exemple il demoura ne
-ne voult mie obeir au commandement lempereur en petit de temps
-apres les princes ditalie le firent roy et seigneur du pays ainsi fu
-sauve Thierry par son bon amy.&nbsp;»</p>
-
-<p>Miniatures en façon de camayeu assez curieuses : texte définitif
-que nous avons suivi. &mdash; Le passage relatif à l'amour de Thibaut pour
-Blanche (Vie de Saint-Louis, chap. <small>XVII</small>) forme ici le chapitre <small>XV</small>
-très abrégé. En somme, c'est l'un des manuscrits dont les variantes
-ont le plus d'importance. Pour les derniers mots, il donne la bonne
-leçon : «&nbsp;Et y mourut grant foison de leurs gens et de leurs chevaux.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 8298 <sup>4</sup>.</p>
-
-<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio maximo</span>, vélin, 2 col., petites miniatures ; bonne
-écriture du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle. Relié en maroquin rouge, aux armes de Colbert
-sur les plats ; provenant de la bibliothèque de Colbert.</p>
-
-<p>«&nbsp;Cil qui ceste euvre commence a tous ceulx qui ceste histoire
-liront salut en nostre Seigneur pour que pluseurs grans se doubtoient
-de la genealogie des roys de France de quel original lignee il
-sont descendus emprist ceste euvre a faire par le commandement
-de cel homme que il ne pot ne ne dut refuser mais pour ce que sa
-lecture et la simplesce de son engin, etc.&nbsp;»</p>
-
-<p>Le passage de Thibaut est au chapitre <small>XVII</small>, et d'une façon régulière.
-<i>Gate brule</i> pour <i>Gaces Brulés</i>. Les derniers mots sont : «&nbsp;Et sen
-alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens.&nbsp;»</p>
-
-<p>Transcription assez incorrecte.</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 8299.</p>
-
-<p>Un vol. <span lang="la" xml:lang="la">in-folio maximo</span>, vélin, deux colonnes, première partie du <small>XIV</small><sup>e</sup>
-siècle ; relié en maroquin citron ; provenant de l'ancienne bibliothèque
-de Michel Letellier, archevêque de Reims.</p>
-
-<p>Rédaction du temps de Philippe de Valois. Elle s'arrête avec la fin
-du règne de Philippe-le-Long en 1321, mais elle ne donne la rédaction
-définitive que jusqu'à la mort de Philippe-Auguste. A la fin du
-règne de Saint-Louis, j'ai cité les variantes les plus importantes de
-cette leçon dans laquelle on chercheroit vainement le passage relatif
-aux amours de Thibaut.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Ci commence le prologue des croniques de tous les roys
-de France crestiens et sarasins et toz leur fais. &mdash; Cils qui ceste
-&oelig;uvre commence. A tous ceulx qui ceste histoire liront : salut en
-nostre Seigneur.</p>
-
-<p>»&nbsp;Pour ce que pluseurs gens doubtoient de la genealogie des roys de
-France de quel original et de quel lignee il sont descendu emprist-il
-ceste &oelig;uvre a faire par le commandement de tel homme que il ne
-pot ne ne dut refuser en nule maniere.</p>
-
-<p>»&nbsp;Mais pour ce que sa letreure et simplesse de son enging ne souffist
-mie a traitier de &oelig;uvre de si haute hystoire, etc.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin du règne de Philippe-le-Long : «&nbsp;Et y fu occis li quens de Herefort.
-Et li quens de Lancloistre pris et pluseurs autres contes et
-barons. Li quens de Lancloistre ot copee la teste par jugement et
-tuit li autre pendu. Si que li roys n'avoit plus guerre fors que aus
-escos.&nbsp;»</p>
-
-<p>On lit à la fin : «&nbsp;Ce livre fist faire le conte Daulphin frere au conte
-Camus (?).&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>os</sup> 8299 <sup>2</sup>, 8299 <sup>3</sup>.</p>
-
-<p>Deux volumes <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, vélin, lignes longues ; commencement du <small>XV</small><sup>e</sup>
-siècle ; provenant de la bibliothèque d'Etienne Baluze.</p>
-
-<p>Rédaction définitive. Plusieurs cahiers de cet exemplaire ont été enlevés,
-et entre autres tous ceux qui comprenoient les deux derniers
-livres de la vie de Charlemagne et la première partie de celle de
-Louis-le-Débonnaire. Le deuxième volume s'arrête au 22<sup>e</sup> chapitre du
-livre <small>II</small> du règne de Philippe-Auguste.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Cil qui ceste &oelig;uvre commença, a tous ceulx qui ceste
-histoire liront salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens
-se doubtoient de la genealogie des roys de France, de quel original
-et de quel lignie il sont descendus. Emprist ceste euvre a faire par
-le commandement de tel homme que il ne pot ne ne dut refuser.
-Mais pour ce que sa lettreure et la simplete de son engin ne souffist
-mie a traitier de euvre si haulte hystoire, etc.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Tant dura lassault le paleteiz et le lanceiz des engins que
-<small>XV</small> jours apres furent les murs fraiz et craventes et le chastel pris.
-Mais au prendre ot grant pongneiz et fort la furent pris <small>XXXVI</small>
-chevaliers sans le nombre des sergens et des arbalestiers a ce siege
-furent mort quatre chevaliers.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 8300 <sup>3</sup> <sup>3</sup>.</p>
-
-<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, vélin, à deux colonnes ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en
-maroquin rouge, aux armes de France sur les plats, provenant de l'ancienne
-bibliothèque de Colbert. Les écus qui entourent la miniature
-placée au commencement annoncent que le volume a été exécuté pour la
-librairie du roi de France.</p>
-
-<p>Cette leçon est celle que nous voyons plusieurs fois désignée dans
-les anciens catalogues sous le nom de <i>Chroniques abrégées</i>. Tout en
-suivant en général la substance des <i>Chroniques de Saint-Denis</i>, elle
-en supprime une partie, et quelquefois elle étend le récit ou le modifie.
-C'est ainsi que pour le douzième siècle et le treizième, elle emprunte
-beaucoup de circonstances nouvelles au précieux monument historique
-publié dernièrement par mon frère, Louis Paris, bibliothécaire
-de la ville de Reims, sous le nom de <i>Chronique de Reims</i>. Il sera
-donc nécessaire de jeter les yeux sur les <i>Chroniques abrégées</i> quand
-on voudra comparer tous les témoignages du même fait.</p>
-
-<p>Pour le passage relatif à l'amour de Thibaut, les <i>Chroniques abrégées</i>
-qui l'ont admis ont même ajouté les lignes de la <i>Chronique de
-Reims</i> contre lesquelles s'est tant élevé La Ravaillière dans son
-édition des Chansons du roi de Navarre. Les voici : «&nbsp;Le conte envoya
-des plus grans hommes de son conseil pour requérir paix et amour.
-Quant la royne Blanche le sceut, si manda le roy de Navarre qu'il
-venist parler à elle et elle luy feroit sa paix. Et il y vint sans aucun
-délai. Et ainsi comme il entra en la salle a Paris, il fu appareillié
-qui le fery d'un fromage en faisselle, par le conseil au conte d'Artois
-qui onques ne l'ayma. Et le roy de Navarre s'en ala tous embrouez
-devant la royne, et lui dist que ainsi avoit esté atornez en
-son conduit. Quant la royne le vit si lui en pesa et commanda que
-cils fust pris qui ce avoit fait, etc.&nbsp;»</p>
-
-<p>Je pense que les <i>Chroniques abrégées</i> ont été rédigées avant la fin
-du règne de Charles V ; on les aura poursuivies à mesure de la continuation
-de l'ouvrage original.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Cy commancent les croniques des rois de France. &mdash; A
-tous ceulx qui ces présentes croniques ou histoires liront ou orront.
-Pourra apparoir la genealogie des roys de France. De quel lignee ils
-sont descenduz selon les croniques de l'abbaye monseigneur Saint-Denis
-en France. Si peut chascun savoir que ceste chose est moult
-honnorable et proufitable pour congnoistre aux roys et aux princes
-qui ont terres a gouverner, etc.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Et sen alerent aucuns et en emmenerent grant foison de
-biens.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 8301.</p>
-
-<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, vélin, à deux colonnes, jolies miniatures ; milieu
-du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en maroquin rouge, aux armes de France.</p>
-
-<p>Bel et bon exemplaire de la rédaction définitive. &mdash; <i>Gatebrulle</i>, dans
-le chapitre du comte de Champagne.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Celui qui ceste euvre commence. A tous ceulx qui ceste
-histoire liront. Salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs
-grans se doubtoient de la genealogie des roys de France, de quel
-original et de quelle lignie ilz sont descendus emprist ceste euvre a
-faire par le commandement de tel homme que il ne pot ne ne dut
-refuser. Mais pour ce que la lecture et sa simplesce de son engin ne
-souffist mie a traitier de &oelig;uvre de si haulte histoire, etc.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Et y mourut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx
-et sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 8303.</p>
-
-<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, vélin, à deux colonnes, très-jolies miniatures, vignettes
-et initiales ; écriture du milieu du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en veau
-fauve.</p>
-
-<p>Les écus peints dans les vignettes sont tantôt celui de France, tantôt
-celui d'une famille que je n'ai pu reconnoître. Il est d'argent à
-l'hermine, fouine ou belette de sable, accompagnée de trois couronnes
-de sinople, 2 et 1.</p>
-
-<p>Ce volume contient une seconde leçon des <i>Chroniques abrégées</i>, en
-tout semblable à celle du n. 8300 <sup>3.</sup> <sup>3.</sup> que nous avons décrite.</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 8303 <sup>5</sup>.</p>
-
-<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-fol. maximo</span>, vélin, trois colonnes, très-nombreuses
-miniatures ; <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en maroquin rouge, aux armes et au
-chiffre de J. Auguste de Thou sur les plats. Provenant de l'ancienne
-bibliothèque de Colbert.</p>
-
-<p>Il est surprenant que l'immortel de Thou, auquel ce volume a appartenu
-et qui l'a fait magnifiquement relier, ait laissé subsister sur le
-dos de la reliure le titre erroné de <i>Hist. de la guerre saincte</i>.</p>
-
-<p>Ce bel exemplaire ne contient que la première partie de la rédaction
-définitive, jusqu'à la mort de Philippe-Auguste. Le reste, jusqu'à celle
-de Philippe-le-Hardi, est emprunté à Guillaume de Nangis, et à ses
-continuations. Le chapitre des amours du comte de Champagne ne s'y
-trouve pas.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Cyl qui ceste &oelig;vre commence a tous ceulx qui ceste
-ystoire liront salut a noustre Seigneur. Pour ce que pluseurs doubtoient
-de la geneologie des roys de France de quel original et de
-quel lignee ils sont descendus emprist-il ceste &oelig;uvre a faire par le
-commandement de tel home que il ne pot ny ne dut refuser. Mais
-pour ce que sa lectreure et la simplese de son engin ne souffit mie a
-traitier de &oelig;vre de si haulte ystoire.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Pour ceste chose furent mehues pluseurs questions a Paris
-entre les maistres de theologie savoir mon si le roy povoit donner ne
-octroier le cuer de son pere sans la dispensacion du souverain
-evesque. Ci fault listoire du bon roy Phelippe-le-Hardi.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>os</sup> 8304, 8305.</p>
-
-<p>Deux volumes <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, papier, deux colonnes ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; reliés
-en maroquin rouge, aux armes du France sur les plats.</p>
-
-<p>Cette leçon est fort mauvaise. Le copiste était un fripon qui s'est
-contenté de mettre de l'exactitude dans la transcription des têtes de
-chapitre, se réservant d'en abréger scandaleusement la substance. On
-voit qu'il avoit sous les yeux un exemplaire de la rédaction définitive
-et qu'il ne l'a tronquée que pour rendre sa besogne plus facile. Le récit
-est continué d'après Juvénal des Ursins jusqu'à l'année 1458. En
-finissant, il a bien voulu nous faire connoitre son nom dans les lignes
-suivantes : «&nbsp;Ces chroniques ont esté escriptes de la main de Nahei
-Reituag (Jehan Gautier) pour maistre Jehan Blondeau, praticien,
-en la court de parlement. Et contiennent deux voulumes, lequel
-Blondeau les vendra à qui vouldra bailler argent content paix et
-accord, ainsi que en tel cas appartient.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>os</sup> 8305 <sup>2</sup>, 8305 <sup>4</sup>.</p>
-
-<p>Deux volumes <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, vélin, deux colonnes, miniatures, vignettes et
-initiales ; écriture du commencement du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; reliés en maroquin
-rouge, aux armes de Colbert sur les plats. Provenant de l'ancienne bibl.
-de Colbert.</p>
-
-<p>Cet exemplaire offre le texte définitif. Il est d'une bonne écriture
-et d'une assez rigoureuse correction. Il ne contient pas le dernier
-chapitre du pillage de la Juiverie.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Cil qui ceste &oelig;uvre commence a toux ceulx qui ceste histoire
-liront salut en Nostre-Seigneur pour ce que plusieurs gens
-se doubtoient de la genealogie des roys de France de quel original
-et de quel lignie ils sont descendus emprist cette &oelig;uvre afaire par
-le commandement de tel homme que il ne le pot ne ne deut reffuser
-mais pour ce que sa lecture et la simplesce de son engin ne
-souffist pas atraittier de une si haulte histoire&hellip;&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Fut advise pour tenir lesdis ducs en unite, et par censequent
-le royaume de France, qu'il estoit expedient que le roy qui
-encore ne avoit accompli son .<small>XII</small>. an si feust sacrez et couronnez
-et receust ses hommages, et feust tout le royaume gouverne par
-ly et en son nom lequel advis fut raporte aux dis ducs lesquielx
-le consentirent et orent agreable.&nbsp;»</p>
-
-<p>Le chapitre du comte de Navarre s'y trouve avec le nom de <i>Gratebrule</i>.</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 8305 <sup>5</sup> <sup>5</sup>.</p>
-
-<p>Je n'ai pu consulter pendant le cours de mon travail ce volume
-dont Sainte-Palaye a recommandé l'exactitude et la bonne transcription.
-L'illustre M. Daunou s'en servoit alors pour établir la partie
-du texte des <i>Chroniques de Saint-Denis</i> qui correspond aux règnes de
-saint Louis et de Philippe-le-Hardi. Cette partie doit être imprimée
-dans le <small>XX</small><sup>e</sup> volume des <i>historiens de France</i>, actuellement sous presse.
-On sait que les Académiciens chargés de continuer ce grand ouvrage
-sont MM. Daunou et Naudet.</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>os</sup> 8306, 8307, 8308, 8309, 8310.</p>
-
-<p>Cinq volumes <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes et
-initiales ; écrits au milieu du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; reliés en maroquin rouge, aux
-armes de Béthune sur les plats. Provenant de l'ancienne bibliothèque de
-Béthune.</p>
-
-<p>Cet exemplaire est d'une belle écriture ; mais la transcription en
-est peu correcte. Le copiste se soucioit peu de reproduire tous les
-membres de chaque phrase et de lire ce qu'il copioit.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Cil qui ceste euvre commence a tous ceuls qui ceste hystoire
-liront salut en Nostre-Seigneur. Pour ce que plusieurs gens
-se doubtoient de la genealogie des roys de France de quel original et
-de quel lignie ils sont descendus emprist ceste euvre a faire par le
-commandement de tel homme qu'il ne le pot ne ne dut refuser.
-Mais pour ce que sa lectreure et sa simplesce de son engin ne souffist
-mi a traictier de euvre si haulte hystoire, etc.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Et y morut grant foison de leurs gens et de leurs chevaux.
-Et sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de.&nbsp;»</p>
-
-<p>Le chapitre des amours de Thibaut s'y trouve avec le nom de <i>Gastebrule</i>.</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 8311.</p>
-
-<p>Sainte-Palaye s'est trompé quand il a vu dans ce manuscrit une leçon
-des <i>Chroniques de Saint-Denis</i>. C'est un volume dépareillé d'un traité
-adressé au duc Charles-le-Téméraire, et renfermant des exemples de
-magnanimité.</p>
-
-
-<p class="c">FONDS DE SAINT-GERMAIN.</p>
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 87. (Anc. n<sup>os</sup> 142 et 143.)</p>
-
-<p>Deux volumes <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, papier, à deux colonnes ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; reliés
-en veau sur bois.</p>
-
-<p>Cet exemplaire est assez peu correct et ne poursuit la transcription
-définitive que jusqu'à la mort de Philippe-Auguste. Le règne de chacun
-des autres rois est raconté d'une manière très-sommaire et d'ailleurs
-entièrement étrangère au texte des <i>Chroniques de Saint-Denis</i>.
-Ce point d'arrêt, le même que dans le n<sup>o</sup> 8299, justifie la conjecture
-que nous avons émise plusieurs fois sur les différens rédacteurs de
-l'ouvrage entier. Sous le règne de Philippe-le-Hardi fut achevée la
-première partie jusqu'à Philippe-Auguste : la continuation, qui embrassoit
-les règnes de Louis VIII, saint Louis, Philippe III, Philippe
-IV, Louis X, Philippe-le-Long, Charles-le-Bel et Philippe de
-Valois, n'a pas été connue ou du moins reproduite dans les volumes
-que nous mentionnons.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Cy commancent les Croniques de France faites et extraictes
-du propre original. Lequel est en leglise de monseigneur
-Saint-Denis de France lez Paris. Et premier sensuit le prologue.</p>
-
-<p>»&nbsp;Celluy qui ceste &oelig;uvre commence a tous ceulx qui ceste ystoire
-liront salut a nostre Seigneur. Pource que pluseurs gens debveroient
-desirer de savoir de la genealogie et de quel original et de
-quelle lignee sont yssus les roys de France enprint il ceste &oelig;uvre a
-faire par le commandement de tel homme qui ne peut ne ne deust
-refuser. Mais pour ce que sa lectreure et la simplete de son engin
-ne suffist pas a traictier donneur de si haulte ystoire, etc.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin de la vie de Philippe-Auguste : «&nbsp;Si establit <small>XX</small> moines prestres
-en labbaie de Saint-Denis en France par dessus le nombre qui devant
-y estoit qui sont tenus a chanter pour lame de luy mort fut en l'an
-de lincarnacion de Notre Seigneur Jhesucrist <small>M. CC. XXIII</small>, de son
-eage <small>LVIII</small> et de son regne <small>XLIII</small>.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 91. (Anc. n<sup>o</sup> 151.)</p>
-
-<p>Sainte-Palaye n'auroit pas dû citer ce volume parmi les textes des
-<i>Chroniques de Saint-Denis</i>. Le récit ne commence que long-temps
-après le point où elles se sont arrêtées, c'est-à-dire à la vie de Charles
-VII. Il est vrai que Sainte-Palaye confond avec nos chroniques le
-travail de Juvenal des Ursins, celui de Jean Chartier et même celui
-de l'auteur de la <i>Chronique Scandaleuse</i>. Mais Sainte-Palaye s'est
-trompé.</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 963. (Anc. n<sup>o</sup> 1462.)</p>
-
-<p>Le même savant a recommandé vivement la correction et la beauté de
-cette leçon. Je n'ai pu la consulter, M. Daunou l'ayant entre les mains
-dans l'intention de s'en servir pour établir le texte de la vie de saint
-Louis et de celle de Philippe-le-Hardi.</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 965. (Anc. n<sup>o</sup> 1464.)</p>
-
-<p>Un volume in-4<sup>o</sup>, papier entremêlé de vélin ; commencement du <small>XV</small><sup>e</sup>
-siècle ; relié en basane blanche sur bois.</p>
-
-<p>Cet exemplaire, qui avoit appartenu à Pierre Pithou, présente un
-fort bon texte. Il est malheureusement très-incomplet, puisque le
-volume commence avec les derniers mots du douzième chapitre du
-2<sup>e</sup> livre de Philippe-Auguste.</p>
-
-<p>Début :</p>
-
-<p>«&nbsp;cuer et les occistrent en fuiant.</p>
-
-<p>»&nbsp;Le <small>XIII</small>, comment le roy chaca le roy Richart qui avoit assis
-arches et comment il vint a lui et lui fist hommaige de la duchie de
-Normendie.</p>
-
-<p>»&nbsp;En lan de lincarnacion mil <small>C. IIIIXXV</small> ou mois de juillet rompi le
-roy Richart les trieves que il avoit au roy Phelippe. Si fut lors la
-guerre recommencee de nouvel.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Et y morut grant foison de leurs gens et de leurs chevaux, et
-sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de prisonniers.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">AUTRES MANUSCRITS CONSULTÉS POUR LE TEXTE DE CETTE ÉDITION.</p>
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 6746 <sup>A</sup>.</p>
-
-<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-fol. maximo</span>, vélin, à deux colonnes, miniatures et initiales ;
-commencement du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en maroquin rouge, aux armes
-de France sur les plats.</p>
-
-<p>J'ai décrit amplement ce volume dans le tome 1<sup>er</sup> des <i>Manuscrits
-François de la Bibliothèque du Roi</i>. Je dois me contenter ici de dire
-que la transcription est digne pour son exactitude de la beauté de l'exécution.
-Le texte ne donne pas le dernier chapitre du pillage des Juifs.
-Au chapitre du comte de Champagne, il porte la leçon de <i>Gatelbrule</i>.
-Plusieurs feuillets ont été enlevés, entre autres celui qui contenoit la
-fin du règne de Philippe de Valois.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Cil qui ceste &oelig;uvre commence a tous ceulx qui ceste
-histoire liront salut en nostre Seigneur pour ce que pluseurs grans
-se doubtoient de la genealogie des roys de France de quel original
-et de quelle lignee ilz sont descendus emprist ceste euvre a faire par le
-commandement de cel homme que il ne pot ne ne dut reffuser. Mais
-pource que sa lecture et la simplesce de son engin ne souffist mie a
-traittier de si haulte histoire&hellip;&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Si feust sacrez et couronnez et receut ses hommages et
-feust tout le royaume gouvernez par lui et en son nom lequel advis
-fu rapporte aux diz ducs lesquelz le consentirent et orent agreable.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 8300.</p>
-
-<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, vélin, deux colonnes, petites miniatures en façon
-de camayeu ; <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en maroquin rouge, aux armes de France
-sur les plats.</p>
-
-<p>Bonne leçon du texte définitif. Les amours de Thibaut s'y trouvent
-correctement, avec le nom de <i>Gatesbrulés</i>.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Cil qui ceste &oelig;uvre commence a tous ceulx qui cette hystoire
-liront salut en nostre Seigneur pour ce que pluseurs gens se
-doubtoient de la genealogie des roys de France de quel original et de
-quelle lignie ilz sont descendus emprinst ceste &oelig;vre a faire par le
-commandement de tel homme que il ne pot ne ne deubt refuser.
-Mais pour ce que sa lecture et sa simplece de son engin ne souffist
-mie de traitier de &oelig;uvre de si haulte hystoire, etc.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Et sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de leurs
-biens.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 8302.</p>
-
-<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio magno</span>, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes
-et initiales ; fin du <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en maroquin citron, aux armes de
-France sur les plats.</p>
-
-<p>Exemplaire dont j'ai fréquemment cité les variantes sous la désignation
-de <i>Manuscrit du duc de Berry</i>. En effet, il porte à la fin la signature
-de Jean, duc de Berry, prince qui devra sa renommée à la passion
-qu'il montra toute sa vie pour les beaux livres et pour les objets d'art de
-tous les genres. Ce volume étoit digne de figurer parmi les meilleurs de la
-librairie du frère de Charles V, soit pour la perfection de la calligraphie,
-soit pour l'intelligente exactitude de la transcription. Après le
-manuscrit de Charles V, n<sup>o</sup> 8395, c'est, à mon avis, le meilleur guide
-que l'on pourroit suivre.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Ce sont les Croniques de France selon ce quelles sont
-composees en leglise Saint-Denis en France.</p>
-
-<p>«&nbsp;Cilz qui ceste &oelig;uvre commence a tous ceulx qui ceste histoire
-liront salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens doubtoient
-de la genealogie des rois de France de quel original et de
-quel lignie ilz sont descendus emprist il ceste &oelig;uvre a faire par le
-commandement de tel homme que il ne pot ne ne dubt refuser.
-Mais pour ce que sa lettreure et la simplesce de son engin ne souffist
-pas a traitier de &oelig;uvre de si haulte histoire, etc.&nbsp;»</p>
-
-<p>Au chapitre des amours du comte de Champagne, il porte la leçon
-commune <i>Gatebrule</i>.</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Et y morut grant foison de leur gens et de leurs chevaulx.
-Et sen alerent aucuns et en menerent grant foison de
-biens.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">Anc. fonds, n<sup>o</sup> 8395.</p>
-
-<p>Un volume in-folio parvo, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes
-et initiales ; fin du <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle ; relié, sous le règne de Louis XIV, en
-maroquin rouge, aux armes de France sur les plats, aux fleurs-de-lys
-sans nombre sur le dos et sur les marges.</p>
-
-<p>Cet exemplaire, sans aucune espèce de contredit, offre de toutes les
-leçons la plus belle, la plus complète, la plus rigoureusement correcte.
-Exécuté pour la plus grande partie sous les yeux de Charles V, par
-son plus habile calligraphe, Jean du Trévoux, et destiné à faire autorité
-dans toutes les circonstances, augmenté d'un assez grand nombre
-de pièces officielles et de quelques notes marginales dans lesquelles on
-peut reconnoître l'écriture du sage roi lui-même, il est malaisé de comprendre
-comment il a jusqu'à présent échappé à l'attention d'ailleurs
-si scrupuleuse de tous les illustres critiques qui se sont occupés de l'ancienne
-langue françoise, de l'ancienne histoire de France et en particulier
-du monument capital de cette Histoire, les <i>Chroniques de Saint-Denis</i>.
-Dans la Bibliothèque du roi où sans doute on le conserve depuis
-le règne de Charles VI, il semble avoir toujours occupé l'une des places
-les plus apparentes ; le relieur du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle a écrit en beaux caractères
-sur le dos : <i>Chroniques de Saint-Denis jusque à Charles V</i> : mais
-tout cela n'avoit pu jusqu'à présent le garantir de l'oubli le plus complet.</p>
-
-<p>C'est principalement sur cette précieuse leçon que j'ai établi le texte de
-mon édition : c'est elle que j'ai d'abord fait exactement transcrire et dans
-laquelle je n'ai guères changé que les mots obscurs ou vieillis que d'autres
-leçons me présentoient plus intelligibles ou plus corrects. J'ai
-fréquemment cité dans mes notes ses variantes les plus heureuses,
-sans négliger de tenir compte des différences plausibles que je remarquois
-dans les autres leçons. Et maintenant, si l'on prend de ces éloges
-une occasion de me blâmer de n'avoir pas rigoureusement suivi la lettre du
-Msc. 8395, à l'exclusion de tous les autres, je répondrai que nul manuscrit,
-tel excellent qu'il soit, n'est exempt de lacunes, de légères bévues,
-d'erreurs palpables. Quand on a le malheur de n'avoir qu'une leçon
-d'un texte ancien, il faut bien le livrer à l'impression avec toutes les
-fautes de cette leçon, sauf à tenter dans les notes des corrections plus
-ou moins vraisemblables ; mais en présence de quarante leçons des <i>Chroniques
-de Saint-Denis</i>, à la suite de trois éditions gothiques, devois-je
-préférer le travail le plus facile, c'est-à-dire la reproduction rigoureuse
-d'un seul texte? Je ne le crois pas : j'ai cru mieux faire en établissant
-ma leçon sur la base constante d'une ancienne transcription, mais en
-préférant toujours le sens qui me paroissoit le mieux autorisé.</p>
-
-<p>Le manuscrit 8395 comprend 493 feuillets écrits, et de plus un grand
-nombre de feuillets rayés laissés en blanc, sur lesquels on n'auroit pas
-manqué de transcrire l'histoire du règne de Charles VI, si cette histoire
-eût pu continuer les <i>Chroniques de Saint-Denis</i>. Mais le second
-copiste (car le volume révèle deux calligraphes) n'a pas même inséré
-la fin du règne de Charles V, soit qu'elle ne fût pas encore rédigée,
-soit plutôt parce que le temps d'achever sa copie lui aura manqué.
-Il s'est arrêté vers la fin du centième chapitre.</p>
-
-<p>Autrefois, le volume dut en former deux : le premier comprenant
-toutes les chroniques jusqu'à la mort de Louis VIII ; le second
-s'arrêtant au point du règne de Charles V que nous venons d'indiquer.
-Ce qui prouve cette division primitive, c'est d'abord deux feuilles de
-garde placées immédiatement avant le règne de saint Louis, puis la
-grande miniature qui précède également le premier prologue et
-les premières lignes du règne de saint Louis. Un mot sur ces deux
-ornemens capitaux : le premier représente le sacre d'un jeune prince,
-suivant toutes les probabilités Charles VI. Il a été joint à notre volume
-quand il s'est agi de le relier, car le demi-feuillet qui le représente
-est collé comme <i>carton</i>, au premier feuillet suivant ; ajoutons que
-le style remarquable de cette miniature diffère beaucoup de celui de
-toutes les autres.</p>
-
-<p>Le frontispice du second tome contraste moins, il faut l'avouer, avec
-le style des miniatures suivantes ; mais le point d'écriture de la table
-commencée sur le verso de ce frontispice, accuse évidemment sinon
-une autre main du moins une transcription postérieure. C'est donc
-également un <i>carton</i>, et c'est, pour l'écriture, le premier que j'aie remarqué
-dans le volume.</p>
-
-<p>Le deuxième carton, quant à l'écriture, comprend les feuillets 290,
-291 et 292. Charles V le fit faire pour substituer au texte des leçons
-précédentes «&nbsp;La teneur de la charte de renonciation au duché de Normendie
-faite par le roi d'Angleterre.&nbsp;» Dans la miniature placée en
-tête de cette charte, on voit le roi d'Angleterre fléchissant le genou
-devant saint Louis, et je ne puis m'empêcher de croire que Charles V
-tenoit beaucoup au sujet de cette miniature.</p>
-
-<p>Le troisième carton est au f<sup>o</sup> 353 ; il a été fait pour substituer au
-récit des leçons ordinaires une autre exposé plus incontestable des
-droits de Philippe de Valois. J'ai donné dans les additions au règne
-de ce prince la variante de ces précédentes leçons, et l'on y verra la
-cause de l'importance que Charles V attachoit ici à un changement
-de rédaction.</p>
-
-<p>J'ai parlé du quatrième carton, comprenant les f<sup>os</sup> 357 et 358, dans
-la première note du septième chapitre de Philippe de Valois. J'ajouterai
-à ce que j'en ai dit qu'il offre deux miniatures, toutes deux
-représentant le roi d'Angleterre à genoux devant le roi de France debout.</p>
-
-<p>Avec le f<sup>o</sup> 385, s'arrête la première transcription qui est certainement
-de Henry du Trévoux : les comparaisons que j'ai pu faire d'autres
-manuscrits signés par cet habile calligraphe ne permettent pas
-d'en douter. Il se pourroit que les folios suivans eussent encore été
-remplis par lui, mais alors il auroit fait ce travail quelques années
-plus tard et quand sa main avoit perdu quelque chose de sa fermeté,
-de son élégance. Au folio 388 finit la vie de Philippe de Valois
-avec le mot <i>Amen</i> ; mot remarquable qui peut servir à prouver que les
-<i>Chroniques de Saint-Denis</i> s'arrêtèrent long-temps avec le règne de ce
-prince. Une seconde induction peut être fournie par le changement
-d'écriture, à compter du folio 386 de notre manuscrit. Si les trois feuillets
-suivans ne sont plus de la main ancienne d'Henry de Trévoux, on
-peut croire que celui-ci avoit mis à la fin de cette vie de Philippe de
-Valois quelques rubriques qui ne convenoient plus à la continuation ;
-en conséquence on aura remplacé le cahier de huit feuillets
-qui contenoit la fin de sa transcription, par un nouveau cahier que
-l'on termina par la table et les premiers chapitres du règne du roi
-Jean. Et si l'on en veut une preuve avérée, c'est une lacune qui se
-trouve dans la dernière colonne du dernier feuillet de ce cahier
-(f<sup>o</sup> 393), lacune qui annonce que le nouveau scribe n'a pu retomber
-juste, comme dans la transcription précédente, avec le texte du cahier
-suivant. Ainsi, de cette nouvelle écriture avant la fin du règne de Philippe
-de Valois, on ne conclura pas que cette fin est l'&oelig;uvre d'une rédaction
-moins ancienne ; cette nouvelle rédaction commencera toujours
-avec le roi Jean.</p>
-
-<p>C'est dans les dissertations sur les <i>Chroniques de Saint-Denis</i>, qu'il
-conviendra de faire la part qui revient à chacun des rédacteurs. Il
-doit suffire ici de remarquer que la table placée en tête du règne de
-Jean se poursuit jusqu'à l'indication du 44<sup>e</sup> chapitre du règne de
-Charles V. La matière de cette table appartient donc à un seul et
-même écrivain ; puis, à compter de là, tout donne à croire que les chapitres
-furent rédigés à mesure des événemens.</p>
-
-<p>Il me reste à dire un mot de la bande tricolore qui entoure
-chacune des nombreuses miniatures de ce volume. Elle a déjà donné
-grande matière à conjectures ; j'ai moi-même exprimé dans l'<i>Histoire
-des Manuscrits François</i> la surprise que j'éprouvois en la voyant dans
-un si grand nombre de volumes exécutés pour Charles V. Je pense
-aujourd'hui que c'est uniquement l'effet arbitraire du goût d'un enlumineur
-curieux de mieux faire ressortir l'éclat de ses couleurs.
-J'appuie cette opinion sur l'examen d'un grand nombre de manuscrits
-dans lesquels on reconnoît l'écu du chancelier Pierre d'Orgemont. Or,
-cet écu, certainement dessiné et colorié par l'enlumineur de Charles
-V, est toujours entouré de la même auréole tricolore : ce que l'artiste
-auroit évité, si l'on avoit attaché quelque sens à ce cadre. Du
-reste, on ne peut nier que cet artifice ne donne plus d'éclat aux sujets
-enluminés.</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 8396.</p>
-
-<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio mediocri</span>, vélin, à deux colonnes, miniatures ; <small>XIV</small><sup>e</sup>
-siècle ; relié en veau fauve.</p>
-
-<p>Bonne leçon de la première partie des chroniques, s'arrêtant à la
-mort de Philippe-Auguste.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Cil qui ceste euvre commence. A tous ceulx qui ceste histoire
-liront salut en Nostre-Seigneur Jhesu-Crist. Pour ce que
-pluseurs gens doubtoient de la genealogie des roys de France de
-quel original et de quelle lignie ils sont descendus emprist il ceste
-euvre a faire pour le commandement de tel homme que il ne pot ne
-ne dot reffuser. Mais pour ce que sa lettreure et la simplece de son
-engin ne souffist pas a traittier d'euvre de si haulte histoire, etc.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Mort fu en lan de lincarnacion nostre Seigneur <small>M. CC. XXIII</small>
-de son aage <small>LVIII</small>, et de son regne <small>XLIII</small>.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>os</sup> 9615 <sup>2</sup>, 9615 <sup>3</sup>, 9615 <sup>4</sup>.</p>
-
-<p>Trois volumes in-4<sup>o</sup>, papier, à lignes longues ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; reliés
-en veau fauve, et provenant de l'ancienne bibliothèque du président du
-Mesmes.</p>
-
-<p>Exemplaire complet et d'une transcription fort incorrecte. Le premier
-volume s'arrête avec Louis-le-Débonnaire ; le second à Philippe-le-Bel,
-et le dernier avec le texte que nous avons suivi. Le chapitre
-des amours du comte Thibaud porte au lieu de <i>Gaces Brulé</i> le nom ridicule
-de <i>Jobelibride</i>.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Le proesme de lauteur qui translate les Croniques de
-France de latin en françois.</p>
-
-<p>»&nbsp;Celui qui ceste &oelig;uvre commence a tous ceulx qui ceste histoire
-liront salut a nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs grans se doubtoient
-de la genealogie des roys de France, de quel originel et de
-quelle lignie ilz sont descendus, emprist ceste &oelig;uvre a faire par le
-commandement de tel homme que il ne pot ne ne dot refuser ; mais
-pource que sa lecture et sa simplesce de son engin ne souffist mie a
-traictier de &oelig;uvre de si haulte histoire.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Et y mourut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx,
-et sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de prinsonniers.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 9615 <sup>5</sup>.</p>
-
-<p>Un volume in-4<sup>o</sup>, papier, lignes longues ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; demi-reliure,
-au chiffre de Louis-Philippe sur le dos ; provenant de l'ancienne bibliothèque
-de Baluze.</p>
-
-<p>Premier volume d'un exemplaire incomplet. Le récit est poursuivi
-jusqu'à la fin du règne de Loys-le-jeune.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Cy commance le prologue des Croniques de France. Cil
-qui ceste &oelig;uvre commance. A tous ceulx qui ceste histoire lyront
-salut en nostre Seigneur. Pour ce que plusieurs grans se doubtoient
-de la genealogie des roys de France, de quel original et de quelle
-lignée ilz sont descendus, emprist ceste &oelig;uvre a faire par le commandement
-de celuy homme que il ne put ne ne dut refuser. Mais
-pour ce que sa lecture et la simplesce de son engin ne souffist mie
-a traictier &oelig;uvre de si haulte histoire, etc.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;De cestui Phelipe désormais parlera lystoire. Et si nentrelaissera
-pas lystoire a parler du pere jusques a ce point quil trespassa
-de ce siecle. Car puis que lenfant Phelipe fu ne regna il longuement&hellip;&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>os</sup> 9615 <sup>7</sup> <sup>7</sup>, 9615 <sup>8</sup> <sup>8</sup>.</p>
-
-<p>Deux volumes in-4<sup>o</sup>, papier vélin ; <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en basane blanche ;
-provenant de la bibliothèque de Colbert.</p>
-
-<p>Cet exemplaire d'une bonne transcription est incomplet. Il faudroit
-un troisième volume, le deuxième ne poursuivant le récit que jusqu'au
-quatorzième chapitre de la vie de Charles-le-Bel. Il porte au chapitre
-du comte de Navarre le nom : <i>Gastebrule</i>.</p>
-
-<p>Début : (Le prologue manque.) «&nbsp;Le premier chappitre parle
-comment les François sont descendus de Troie la grant.</p>
-
-<p>»&nbsp;Quatre cens et quatre ans avant que Romme fust fondee regna
-Priant en Troie la grant. Il envoya Paris laisne de ses filz en Grece
-pour ravir la royne Helaine la femme au roy Menelaux, pour soy
-vengier dune honte que les Greux lui avoient faitte. Les Grigois
-etc.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Mais nostre sire qui mue les cuers des hommes si comme
-il veult et en qui puissance sont non pas seulement les roys mais
-les royaumes et toutes choses&hellip;&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 9625 <sup>2</sup>.</p>
-
-<p>Un volume in-4<sup>o</sup>, papier, à lignes longues ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en
-veau racine ; provenant de l'ancienne bibliothèque de Baluze.</p>
-
-<p>Ce manuscrit est l'avant-dernier volume d'un exemplaire dépareillé.
-Il commence au milieu de la vie de saint Louis et s'arrête après la
-mort du roi Jean. Il est transcrit avec beaucoup de négligence.</p>
-
-<p>Début : (Voy. chap. <small>LXXIII</small> de <i>Saint Loys</i> dans notre édition.)
-«&nbsp;Coment le roy amanda lestat de son royaume. Apres ce que le roy
-fut retournes en France il se contint devotement envers nostre sire
-et fut droicturier a ses subgies. Si regarda que cestoit bonne chose
-damender lestat de son royaume, etc.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : (Voyez dans notre édition la fin du roi <i>Jean</i>.) «&nbsp;Mais le roy
-de France avoit en sa main pour ce que le roy de Navarre sestoit
-rendu son ennemi. Et par ce le dit messire Bertran laissa ledit captal
-au roy de France lequel le fist mener en prison ou marchie de
-Meaulx.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 9628.</p>
-
-<p>Un volume in-4<sup>o</sup>, papier, à lignes longues ; <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; demi-reliure.</p>
-
-<p>Premier volume d'un exemplaire dépareillé. Il finit avec l'histoire de
-Charlemagne. Transcription très-incorrecte.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Celluy qui ceste &oelig;uvre commence. A tous ceulx qui ceste
-ystoire lyront. Salut en nostre Seigneur. Pour ce que pleusieurs gens
-devroyent desirer de savoir de la genealogie et de quel original et de
-quelle lignie sont yssus les roys de France en prist il ceste &oelig;uvre a
-faire par le commandement de tel homme quil ne peut ne ne dust
-reffuser. Mais pour ce que la lecteure et la simplesse de son engin ne
-souffit pas a tractier donneur de si hault ystoire, etc.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Et ceulx qui des paiens le garderont et deffendront desserviront
-la joye de paradis par les merites monseigneur saint-Jacque.
-A laquelle nous doint tous parvenir par la priere monseigneur saint
-Jaque. Le roy de paradis qui vit et regne en Trinité parfaite. Par
-tous les siècles des siècles. Amen.&nbsp;»</p>
-
-<p>Cet exemplaire a été transcrit en 1460 par Pierre de Taise, qui a
-mis à la fin sa signature.</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 9629.</p>
-
-<p>Un volume in-4<sup>o</sup>, papier, à lignes longues ; <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en maroquin
-rouge, aux armes de France sur les plats.</p>
-
-<p>Volume dépareillé et dépourvu de toute autorité, en raison de la
-date récente de la transcription. Il commence au règne de Charlemagne
-et se termine avec celui de Henri I.</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 9630.</p>
-
-<p>Un volume in-4<sup>o</sup>, papier, lignes longues ; <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; couvert en parchemin.</p>
-
-<p>Ce manuscrit renferme une chronique toute différente de celle
-de Saint-Denis. Il auroit même une grande importance si la bibliothèque
-du roy ne possédoit pas du même récit deux autres manuscrits
-plus anciens, savoir le n<sup>o</sup> 98. <sup>22</sup>, Supplément françois, et 530
-du même fonds que j'ai souvent eu l'occasion de citer, pour les règnes
-de Jean et de Charles V. Mais le n<sup>o</sup> 9630 est particulièrement recommandable
-pour le récit du voyage de l'empereur Charles IV en France.
-Il en donne tous les détails moins correctement, il est vrai, mais
-aussi longuement que le beau manuscrit 8395. A la suite est également
-la déposition de Jacques de Rue, mais fort écourtée. Le volume
-se termine par un morceau étranger à nos chroniques : «&nbsp;l'Avis
-baillié par l'Université de Paris au roy sur le débat des papes.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 9649, 9650, 9651, 9652, 9653.</p>
-
-<p>Cinq volumes in-4<sup>o</sup>, papier, à lignes longues ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; reliés
-en maroquin rouge, aux armes de Béthune sur les plats.</p>
-
-<p>Cet exemplaire ne contient que la seconde partie des <i>Chroniques de
-Saint-Denis</i>, à partir du règne de Saint-Louis. C'est la rédaction définitive :
-mais comme le relieur de la bibliothèque de Philippe de
-Béthune, au lieu de tracer sur le dos le titre général de <i>Chroniques
-de Saint-Denis</i>, s'est contenté, pour chaque volume, d'un titre spécial ;
-au premier : <i>Les fais du bon roy Saint-Louys</i> ; au second :
-<i>Les Chroniques de Philippe-le-Bel</i> ; au troisième : <i>Histoire des roys Philippe-le-Bel,
-Charles-le-Bel et Philippe de Valois</i> ; au quatrième : <i>Les
-fais du roy Jean et du roy Philippe de Valois</i> ; au cinquième enfin : <i>Les
-Chroniques des roys Charles V et de Madame</i> ; il en est résulté chez
-le père Daniel, Villaret, M. de Sismondi et quelques autres, une erreur
-qui fait peu d'honneur à la critique de ces arrangeurs d'histoire. Ils
-ont cru que chacun des quatre derniers volumes contenoit une relation
-des successeurs de saint Louis, différente de celle des <i>Chroniques de
-Saint-Denis</i> ; et très-fréquemment il leur est arrivé de citer en marge
-ou en notes comme deux autorités parfaitement distinctes les <i>Chroniques
-de Saint-Denis</i> imprimées, et la vie manuscrite de Philippe de
-Valois, manuscrit 9651 : &mdash; Les <i>Chroniques de Saint-Denis</i> imprimées et
-l'histoire inédite du roi Jean conservée dans le manuscrit 9652, etc.
-La vérité, c'est que ces volumes n'offrent que le texte consacré des
-<i>Chroniques de Saint-Denis</i>. Seulement la transcription en est fort
-inexacte.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Cy commencent les fais et la vie du bon roy saint Loys. &mdash; Nous
-devons avoir en mémoire les fais et les contenances de nos
-devanciers et nous devons remirer ces anciennes escriptures qui
-parlent des preudes hommes et de leurs vies. Si comme fut
-monseigneur saint Loys qui se contint si honnestement en son
-royaume, etc.</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Et y morut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx.
-Et s'en alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens.&nbsp;»</p>
-
-<p>Cette fin est au fol. 77. Les dix-sept derniers feuillets qui suivent contiennent :
-«&nbsp;Ung petit traittié ou quel est contenue et recitée l'occasion
-ou couleur par laquelle feu le roy Edouart dAngleterre se disoit
-avoir droit a la couronne de France.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">FONDS DE NOTRE-DAME.</p>
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 134.</p>
-
-<p>Un volume in-folio parvo, vélin, à deux colonnes ; <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en
-veau fauve.</p>
-
-<p>Premier volume d'un exemplaire dépareillé et assez négligemment
-transcrit. Le récit se poursuit jusqu'à la mort de Philippe de Valois.
-Au chapitre du comte de Champagne, on lit <i>Gastebrulles</i>.</p>
-
-<p>Début : <i>Ce sont les grans Croniques de France</i>.</p>
-
-<p>«&nbsp;Cil qui ceste &oelig;vre commence a tous ceulx qui ceste hystoire
-liront salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens doubtoient
-de la genealogie des roys de France de quel original et de
-quelle lignie il sont descenduz emprist-il ceste &oelig;vre a faire par le
-commandement de tel home que il nen pout ne ne dut refuser.
-Mez pource que sa lettreure et sa simplece de son engin ne soufist
-pas a tretier de &oelig;vre de si haute hystoyre&hellip;&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Si puet on veoir par fait comment le bon roy Phelipe fu
-vray catholique et non pas seulement pour lez .II. causez dessous
-escriptes mais pour pluseurs autres pourcoy nostre Seigneur voult
-quil eust painne et tribulacion en ce monde afin quil peust avec luy
-regner perdurablement apres sa mort.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">FONDS DE SORBONNE.</p>
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 423.</p>
-
-<p>Un volume in-folio mediocri, papier, à deux colonnes ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup>
-siècle ; relié en maroquin rouge, aux armes du cardinal de Richelieu sur
-les plats.</p>
-
-<p>C'est le premier volume d'un exemplaire dépareillé. Il ne conduit le
-récit que jusqu'au milieu du quinzième chapitre de la vie de <i>Loys-le-Gros</i>.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Cils qui ceste &oelig;uvre commenca a touls cheulx quy ceste
-histore liront salut en nostre Seigneur pour che que pluiseurs gens
-se doubtoient de la genealogie des rois de Franche de quel original et
-de quelle lignie il sont descendus emprist ceste &oelig;uvre a faire par le
-commandement de tel homme que il ne peust ou deubst refuser. Mais
-pour che que la lecture et la simplaiche de son enghin ne souffist
-mie a traitier &oelig;uvre de si hault histore.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Et lautre menu peuple qui alloiens aux appostres en pelerinage
-et les fesoit aller a son pie et encliner aussi comme sil feust
-droit apostre. Et quant y aloient ains pris&hellip;&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>os</sup> 425 et 426.</p>
-
-<p>Deux volumes in-folio maximo, vélin, à deux colonnes, miniatures,
-vignettes et initiales ; commencement du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; reliés en veau
-fauve.</p>
-
-<p>Très-bel exemplaire de la rédaction définitive. Le chapitre du comte
-de Champagne porte le nom : <i>Gatebrule</i>.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Cy commencent les grans croniques et les fais de tous les
-roys qui ont regne en France. Cy commence la genealogie des deux
-qui regnerent avant quil y eust oncques roy en France et puis apres
-des roys ensuivent qui apres eux ont regne.</p>
-
-<p>»&nbsp;Cil qui ceste euvre commence, a tous ceulx qui ceste histoire
-liront salut en nostre Seigneur. Pour ce que plusieurs grans se doubtoient
-de la genealogie des roys de France quel original et de quel
-lignie il sont descendus emprist ceste euvre a faire par le commandement
-de cel homme que il ne pot ne ne dut refuser ; mais pour ce
-sa lecture et la simplesce de son engin ne souffist mie a traitier de
-unne si haulte histoire&hellip;&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Et y morut grant foison de leur gent et de leur chevaux et
-sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 430.</p>
-
-<p>Un volume in-4<sup>o</sup>, papier, à deux colonnes ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en
-maroquin rouge, aux armes du cardinal de Richelieu sur les plats.</p>
-
-<p>Troisième et dernier volume d'un exemplaire dépareillé. Il commence
-au règne de Philippe de Valois, et suit la leçon curieuse que j'ai
-donnée en variante à la fin de ce règne.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Apres la mort du roy Charles qui bel estoit appelez lequel
-avoit lessie la royne Jehanne sa femme grosse furent assemblez les
-barons et les nobles hommes du pais a traitier du gouvernement du
-royaulme. Car comme la royne feust grosse et on ne savoit quel enfant
-elle devroit avoir il ny avoit cellui qui osast a lui appliquer le
-nom de roy bonnement ne usurper&hellip;&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin. «&nbsp;Et y morut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx,
-et sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 1005.</p>
-
-<p>Un volume in-fol. parvo, vélin, lig. long. ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en
-parchemin vert.</p>
-
-<p>Dernier volume d'un bel exemplaire dépareillé. Il commence à Philippe
-de Valois, et continue le récit bien au-delà de la mort de Charles
-V ; d'après Juvenal des Ursins et Jean Chartier.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Apres la mort du roy Charles qui bel estoit appelle lequel
-avoit laissie la royne grosse, furent assemblez les barons et les nobles
-a traictier du gouvernement du royaume.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin (au fol. 182) : «&nbsp;Et y mourut grant foison de leurs gens et de
-leurs chevaulx et sen allerent aulcuns et emmenerent grant foison
-de prisonniers.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">FONDS DES GRANDS AUGUSTINS.</p>
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 79.</p>
-
-<p>Un volume in-4<sup>o</sup>, papier, lignes longues ; commencement du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ;
-couvert en vieille peau blanche.</p>
-
-<p>Premier volume d'un exemplaire dépareillé qui avoit appartenu à
-Pithou. La transcription en est belle et assez correcte. Le premier feuillet
-a été arraché, et le récit n'est poursuivi que jusqu'à la fin du douzième
-chapitre du deuxième livre de Philippe-Auguste.</p>
-
-<p>Début : (Vers la fin du prologue.) «&nbsp;La soustint et garantist comme
-sa propre partie qui pour introduire en la foy lui fut livree. La seconde
-raison si peut estre telle que la fontaine de Clergie par qui
-sainte eglise est soustenue et enluminee flourist a Paris&hellip;&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Et les villains que le roy avoit exauciez qui pas ne savoient
-lus darmes ne navoient pas hardement de combattre tournerent en
-fuitte leurs ennemis qui les virent fouir prinstrent&hellip;&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">FONDS DU DUC DE LA VALLIERE.</p>
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 33. (Anc. n<sup>o</sup> 5017.)</p>
-
-<p>Un volume in-folio, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes et
-initiales ; fin du <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en maroquin rouge.</p>
-
-<p>Ce manuscrit d'après lequel on a gravé le frontispice de notre
-édition in-fol. a été parfaitement décrit par M. Van Praet, dans le 3<sup>e</sup>
-volume du <i>Catalogue des livres de M. le duc de la Valliere</i>. Il est d'une
-admirable exécution, mais la pureté de son texte n'est pas comparable
-à l'élégance des ornemens et à la netteté de la calligraphie. Il a cela
-de remarquable qu'à la fin de Philippe de Valois, fol. 422 v<sup>o</sup>, il
-porte : <i>Ci fénissent les Croniques de France</i>. Nouvelle preuve de ce
-que j'ai déjà avancé sur le changement de rédaction à compter du règne
-de son successeur.</p>
-
-<p>Au chapitre du comte de Champagne, il porte la leçon de <i>Gatebrulle</i>.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Ci commencent les Croniques de France et premierement
-le prologue.</p>
-
-<p>»&nbsp;Cil qui cest euvre commence a tous ceulx qui ceste hystoire liront
-salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens doubtoient de
-la genealogie des roys de France de quel original et de quelle
-lignie il sont descendus emprist il celle euvre a faire par le commandement
-de tel homme que il nen pot ne ne dut refuser. Mais
-pour ce que sa lectrure et la simplesce de son engin ne souffist pas a
-traitier de euvre de si haulte hystoire, etc.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Et y mourut grant foyson de leurs gens et de leurs chevaulx.
-Et sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens.&nbsp;»</p>
-
-<p>Au dessus du dernier feuillet la rubrique porte : «&nbsp;Du roy Charles
-VI qui a present regne. Dieu lui doint honneur et bone vie.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">FONDS DU SUPPLÉMENT FRANÇOIS.</p>
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 6.</p>
-
-<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio maximo</span>, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes
-et initiales ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en veau marbré, à l'aigle
-françoise sur les plats.</p>
-
-<p>Exemplaire dont les miniatures doivent être mises au nombre des
-plus belles que l'on ait jamais exécutées. M. le comte Auguste de Bastard,
-si excellent juge, y reconnoît la main de Jean Fouquet, peintre de
-Louis XI. Le mérite des ornemens a porté malheur à la première
-feuille du manuscrit qui a été enlevée avant l'entrée du volume dans
-la Bibliothèque du roi. Quant au texte, je ne l'ai pas trouvé plus pur
-que celui des manuscrits les plus ordinaires. La date peu ancienne de
-l'exécution m'a d'ailleurs rarement permis de donner la préférence
-aux variantes que j'y remarquois. Au chapitre du comte de Champagne
-il porte le nom : <i>Gaste Brule</i>.</p>
-
-<p>Le premier feuillet conservé commence avec les dernières lignes du
-prologue : «&nbsp;Que longuement y soient maintenus a la louenge et a la
-gloire de son nom qui vit et regne par tous les siecles des siecles.
-Amen.&nbsp;» &mdash; «&nbsp;Premier. Comment François sont descendus des
-Troyens de Troye la grante, etc.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Et y mourut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx,
-et s'en alèrent aucuns et emmenèrent grant foison de biens.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 7.</p>
-
-<p>Deux volumes <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, vélin, à deux colonnes ; <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; reliés en
-veau marbré, à l'aigle françoise sur les plats.</p>
-
-<p>Exemplaire horriblement mutilé. Tous les ornemens en ont été
-coupés. D'après une note attachée dans le premier volume, on
-voit que le célèbre antiquaire d'Agincourt l'avoit présenté au mois
-d'avril 1774 au prince de Soubise : la révolution françoise en fit la
-propriété de la nation. Mais si d'Agincourt attachoit à son présent
-quelque prix, c'étoit sans doute en raison des miniatures qui l'ornoient.
-Les auroit-il lui-même arrachées avant de se défaire des
-volumes? On aura grand' peine à le croire ; et certes tel qu'il est aujourd'hui,
-le présent n'étoit plus digne d'un personnage tel que le prince
-de Soubise. La mutilation aura donc plutôt eu lieu dans l'intervalle écoulé
-entre la saisie des objets trouvés à l'hôtel de Soubise et le dépôt de
-ce volume dans la bibliothèque nationale.</p>
-
-<p>La transcription commence par une table générale de toutes les
-chroniques. Puis à la suite de cette table :</p>
-
-<p>«&nbsp;Cy commence le prologue de lauteur qui a translate les Croniques
-de France.</p>
-
-<p>»&nbsp;Cils qui ceste euvre commence. A tous ceulx qui ceste histoire
-liront salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs se doubtoient
-de la genealogie des Roys de France duquel original et de quelle
-lignee ilz sont descendus emprist ceste euvre a faire par le commandement
-de tel homme quil ne povoit ne ne devoit refuser. Mais
-pour ce que sa lecture et la simplesce de son engin ne souffisoit mie
-a traictier dune si haulte histoire, etc.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Et y morut grant foison de leur gens et de leur chevaux, et
-sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens.&nbsp;»</p>
-
-<p>Le chapitre du comte de Champagne donne la leçon de <i>Gatebrule</i>.</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 218.</p>
-
-<p>Un volume in-4<sup>o</sup> <span lang="la" xml:lang="la">maximo</span>, vélin, à deux colonnes, miniatures et initiales ;
-première partie du <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en maroquin rouge.</p>
-
-<p>Cette leçon est, après celle de Sainte-Geneviève, la plus ancienne
-que je connoisse. Elle poursuit le récit historique jusqu'à l'année 1330,
-mais il faut distinguer dans la composition générale deux parties : la
-première s'arrête à la mort de Philippe-Auguste et présente le texte
-définitif des <i>Chroniques de Saint-Denis</i> ; la seconde n'offre plus que
-des matériaux historiques empruntés surtout aux continuateurs de
-Nangis, matériaux employés plus tard avec réflexion par le rédacteur
-définitif des <i>Chroniques de Saint-Denis</i>, et qu'après lui j'ai pu souvent
-consulter avec fruit pour compléter ou éclaircir le récit. La solution
-de continuité que l'on trouve ici après la mort de Philippe-Auguste
-est d'ailleurs une nouvelle preuve du grand espace de temps
-écoulé entre la rédaction de ce dernier règne et celui du règne de
-saint Louis. Il est en effet vraisemblable qu'en l'année 1318, époque
-de la transcription de presque tout ce volume, la vie de saint Louis
-n'étoit pas encore rédigée, telle qu'elle a été faite pour les <i>Chroniques
-de Saint-Denis</i>. Mais comme cette question doit être approfondie dans
-une dissertation spéciale, il nous suffira de remarquer ici que le n<sup>o</sup> 218
-est en général transcrit avec le plus grand soin, et qu'il offre même
-pour le récit antérieur à Louis VIII un grand nombre de variantes
-dont j'ai fait mon profit. Les premières lignes du volume sont une
-longue rubrique que nous allons transcrire :</p>
-
-<p>«&nbsp;Ci commencent les Croniques des roys de France, depuis le temps
-des premiers roys qui y furent jusques au temps du roy Phelippe qui
-fu fils Phelippe le Biaux et frere le roy Looys. Lesquelles Pierres
-Honnorez du Neufchastel en Normendie fist escrire et ordener en la
-maniere que elles sont selonc l'ordenance des Croniques de Saint-Denis
-a mestre Thommas de Maubeuge, demorant en rue Nostre-Dame-de-Paris.
-Lan de grace Nostre Seingneur mil <small>CCC</small> et <small>XVIII</small>.
-Et contiennent trois generacions. Dont la premiere si est du roy
-Merove comment que il y eust bien autres roys devant lui. La
-seconde du roy Pepin. La tierce de Hue Capet. Et pour ce que
-trop fort chose seroit a trouver briefment les hystoires et les autres
-choses qui y sont contenues cest livre est ordene selonc les trois
-generacions par nombre. Et qui voudra lire ci apres il sera enseingnie
-et avisie de trover par le nombre ce que il demandera qui ou
-livre sera contenu.&nbsp;»</p>
-
-<p>Suit alors la table jusqu'aux premières années de <i>Phelippe-le-Biau</i>,
-fol. 127 du Manuscrit. A partir de là, les feuillets ne sont plus nombrés
-en rouge par le scribe primitif. Cependant comme le point d'écriture
-ne change pas dans les pages suivantes, il est à croire que le
-même scribe aura poursuivi la transcription jusqu'au feuillet 148 R<sup>o</sup>,
-c'est-à-dire jusqu'à la fin de l'année 1316. Les derniers mots de l'ancienne
-écriture répondent dans notre édition au 4<sup>e</sup> alinéa du huitième
-et dernier chapitre de Louis Hutin. Les voici :</p>
-
-<p>«&nbsp;Et en y cest an aussi el mois de septembre Robert dArtois fiex
-Phelippe dArtois qui fu fiex Robert le conte dArtois. Qui morut
-a Courteray en Flandres. Entra a tout grant et noble chevalerie de
-chevaliers ensemble alies en la cyte dArras. A li usurpant et prenant
-aussi comme par violence la conte dArtois ou prejudice de la
-contesse dArtois fille le dessus dit Robert conte dArtois.&nbsp;»</p>
-
-<p>Le reste, jusqu'au folio 161 et dernier, est d'une écriture postérieure
-à la rubrique du commencement. Le récit se poursuit ainsi jusqu'à
-l'année 1329, et le dernier alinéa se rapporte au neuvième chapitre de
-Phelippe de Valois dans notre édition. Le voici :</p>
-
-<p>«&nbsp;En cel temps et un enffant à Pauponne en leveschie de Paris
-dentour .<small>VII</small>. ans et dirent pluseurs simples gens que come par miracle
-il garissoit de diverses maladies et disoit aus malades mangies
-des pocs en non de sante ou metes. 1. pou feluiel sus vostre mal et
-par ce faire disoient les simples gens que il garissoient. Dont assez
-tost levesque de Paris envoia querre icel enffant et son pere et sot
-par verite que ce nestoit que simplesce et ignorance et que du fait
-quant a miracles riens ni avoit. Et ainssin renvoia lenffant et deffendi
-par son eveschie que nuls ja plus nalast en tel esperance de
-garir. Et ainssi celle folle renommee de cel enffant cessa.&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 632 <sup>19</sup>.</p>
-
-<p>Un volume in-4<sup>o</sup>, papier, à lignes longues ; <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en vélin
-blanc.</p>
-
-<p>Volume dépareillé contenant le texte des Chroniques abrégées. Il
-commence au règne de Philippe-le-Bel et se termine avec le premier
-chapitre du règne de Charles VI.</p>
-
-
-<p class="c">N<sup>o</sup> 1541 <sup>A et B</sup>.</p>
-
-<p>Deux volumes <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, vélin, à deux colonnes et miniatures ; <small>XV</small><sup>e</sup>
-siècle ; reliés en maroquin.</p>
-
-<p>Cet exemplaire de la leçon définitive n'a pas été terminé. La copie
-s'arrête à la fin du chapitre <small>XX</small><sup>e</sup> de Charles V, année 1369. Le scribe
-a montré beaucoup d'intelligence dans cette transcription dont je me
-suis fréquemment servi. Elle offre la variante précieuse que j'ai placée
-dans les <i lang="la" xml:lang="la">Addenda</i>, à la fin de la vie de Philippe de Valois. Le chapitre
-du comte de Champagne donne le nom : <i>Gastebrulles</i>.</p>
-
-<p>Début : «&nbsp;Cil qui cest euvre commence a tous ceulx qui ceste hystoire
-liront salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens se doubtoient
-de la genealogie des roys de France de quel original et de
-quelle lignie ilz sont descendus emprist ceste euvre a faire par le
-commendement de tel homme qui ne le pot ne deut refuser. Mais
-pour ce que sa lettreure et sa simplesce de son engin ne suffist mie
-a traitier de euvre si haulte hystoire, etc.&nbsp;»</p>
-
-<p>Fin : «&nbsp;Item, que veues et considerees les choses dessus dictes lesquelles
-sont venues a la cognoissance du roy de France. Et nouvellement
-il nous appert que le roy dAngleterre et le prince ne doivent
-user desdictes souverainetes et ressors. Et que tout ce que fait en
-ont doit estre rappelle et mis au neant. La <small>VII</small><sup>e</sup>&hellip;&nbsp;»</p>
-
-
-<p class="c">BIBLIOTHÈQUE DE SAINTE-GENEVIÈVE. Msc. coté L. F. 2.</p>
-
-<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio parvo</span>, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes
-et initiales ; fin du <small>XIII</small><sup>e</sup> siècle ; relié en veau fauve.</p>
-
-<p>Cette précieuse leçon est d'une écriture extrêmement belle. Le récit
-de nos chroniques est poursuivi jusqu'à la mort de Philippe-Auguste.
-C'est à ce point là que le volume s'arrêtoit originairement,
-comme la preuve doit s'en tirer des célèbres vers de présentation transcrits
-à la suite d'une feuille de garde qui sépare le règne de Philippe II
-de la vie de saint Louis. Comme je l'ai dit à la fin de la vie de Philippe-Auguste,
-le volume fut exécuté pour Philippe-le-Hardi, et l'abbé de
-Saint-Denis chargea de ce grand travail l'un de ses moines. Dans la miniature
-curieuse placée au-dessus des vers de présentation, le moine
-agenouillé offre le livre au roi, et l'abbé de Saint-Denis étendant la
-main gauche sur la tête du moine s'exprime ainsi :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Phelippes rois de France qui tant es renommes,</div>
-<div class="verse">Je te rens le romans qui des rois est romes ;</div>
-<div class="verse">Tant a cil travaillie qui Primas est nommez</div>
-<div class="verse">Que il est Dieu merciz parfaiz et consumez, etc.</div>
-</div>
-
-<p>La vie de saint Louis, ajoutée au volume primitif, doit avoir
-été transcrite vers le milieu du <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle. Tandis que le surnom
-de <i>saint</i> donné partout à Louis IX prouve déjà que cette transcription
-est postérieure à l'année 1298, le caractère des initiales,
-surtout celui de la première, me décideroit à la rejeter au règne du
-roi Jean, quand même certaines modifications palpables de l'ancienne
-orthographe françoise ne justifieroient pas cette conjecture. Ainsi l'on
-trouve partout <i>le conte</i> au lieu du nominatif du <small>XIII</small><sup>e</sup> siècle et de la première
-moitié du <small>XIV</small><sup>e</sup> <i>li quens</i>. Quoi qu'il en soit, cette vie de saint
-Louis n'en a pas moins été le modèle exactement suivi par Henry du
-Trevoux, copiste du manuscrit de Charles V ; et ce volume lui a seul
-permis, dans le chapitre des amours de Thibaud, d'écrire correctement
-le nom de <i>Gace Brulé</i>.</p>
-
-<p>Je ne fais donc pas difficulté de le regarder comme le plus ancien
-manuscrit des Chroniques françoises proprement dites de Saint-Denis.
-Et qu'il ait été mis entre les mains de Henry du Trevoux, c'est ce qu'il
-me sera facile de démontrer par les observations suivantes :</p>
-
-<p>1<sup>o</sup> La reproduction du manuscrit de sainte Geneviève est exacte
-dans le n<sup>o</sup> 8395, partout où quelque mot tracé légèrement à la marge
-du volume modèle n'a pas averti Henry du Trévoux de changer quelque
-chose à la première transcription. Ainsi au folio 158 r<sup>o</sup>, Primas
-avoit réuni les deux chapitres 7 et 8 du IV<sup>e</sup> livre de Charlemagne ; mais
-le reviseur de son travail a écrit à la marge, au point où devoit finir
-le 7<sup>e</sup> chapitre : <i>Ca</i><sup>m</sup>. VIII. Et Henry du Trévoux de se soumettre à
-cette indication et de remettre en place la rubrique du VIII<sup>e</sup> chapitre.
-(Voy. f<sup>o</sup> 125 v<sup>o</sup>.) Une autre omission analogue est indiquée dans le
-texte de Primas, au f<sup>o</sup> 187 v<sup>o</sup>, et réparée par Henry du Trévoux au
-f<sup>o</sup> 148 r<sup>o</sup>.</p>
-
-<p>Bien plus : au f<sup>o</sup> 202 r<sup>o</sup> de Primas, l'index offre treize chapitres ;
-mais cette distribution est embarrassée, parce que, entre le septième,
-où s'arrête la vie de <i>Louis-le-Baube</i>, et le huitième, l'incidence de
-l'histoire des Normands devient l'occasion de quatre rubriques distinctes
-de ces treize chapitres. En cet endroit le préparateur a donc écrit :
-«&nbsp;Henry ne faites ci pas de capitres <span lang="la" xml:lang="la">usque ad signum</span> &mdash; car ces capitres
-ne servent ci de rien.&nbsp;» Henry du Trévoux n'a donc en conséquence
-énoncé avant la vie de <i>Louis-le-Baube</i> que sept chapitres
-(f<sup>o</sup> 160 r<sup>o</sup>).</p>
-
-<p>Au f<sup>o</sup> 209 r<sup>o</sup> de Primas, on lit à la marge d'une miniature : «&nbsp;Henry
-ne laissies ci point dhystoire.&nbsp;» En effet dans le passage correspondant
-du manuscrit 8395, f<sup>o</sup> 165 r<sup>o</sup>, on ne trouve qu'une petite initiale
-à la place de la miniature ou <i>histoire</i> du modèle.</p>
-
-<p>Tous ceux qui ont feuilleté des manuscrits anciens à miniatures ont
-pu souvent remarquer, à l'extrémité des marges extérieures, des piqûres
-d'épingle ou d'aiguille en nombre égal à celui des lignes de l'écriture.
-Le volume de Primas va nous apprendre l'usage de ces piqûres.
-A la marge du fol. 211 v<sup>o</sup>, je lis : «&nbsp;Faut .<small>I</small>. ystoire de .<small>VI</small>. poins.&nbsp;» Et
-dans le travail de Henry du Trévoux l'endroit correspondant est
-rempli par une grande initiale carrée de la longueur de six points ou
-lignes. &mdash; Au fol. 219 r<sup>o</sup> de Primas, on recommande <i>deux vignettes de
-huit poins</i> ; et dans la copie de Henry, deux vignettes carrées occupent
-l'espace de huit lignes dans l'endroit indiqué. &mdash; Au fol. 156 v<sup>o</sup> de
-Primas, je trouve écrit à la marge : <i>Hystr. double</i> <small>XXVI</small> <i>lignes</i>. Au fol.
-correspondant du numéro 8395, on a mis une <i>histoire</i> ou miniature
-double tenant la place de vingt-six des lignes de la copie.</p>
-
-<p>Je dois encore remarquer que ce volume présenté à Philippe-le-Hardi
-étoit encore la propriété de Charles V, comme l'atteste la signature
-de ce grand roi, tracée à la fin du volume. Ainsi pour exécuter
-la leçon du n<sup>o</sup> 8395, Henry du Trévoux n'aura pas eu besoin de quitter
-la librairie royale du Louvre.</p>
-
-
-<p class="c gap">FIN.</p>
-
-
-
-<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES GRANDES CHRONIQUES DE FRANCE (6/6) ***</div>
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-additions or deletions to any Project Gutenberg&#8482; work, and (c) any
-Defect you cause.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg&#8482;
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg&#8482;&#8217;s
-goals and ensuring that the Project Gutenberg&#8482; collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg&#8482; and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation&#8217;s EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state&#8217;s laws.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation&#8217;s business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation&#8217;s website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; depends upon and cannot survive without widespread
-public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state
-visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 5. General Information About Project Gutenberg&#8482; electronic works
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg&#8482; concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg&#8482; eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Most people start at our website which has the main PG search
-facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This website includes information about Project Gutenberg&#8482;,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-</div>
-
-</div>
-
-</body>
-</html>
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