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If you are not located in the United States, you -will have to check the laws of the country where you are located before -using this eBook. - -Title: Les grandes chroniques de France (6/6) - selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en - France - -Author: Paulin Paris - -Release Date: March 06, 2021 [eBook #64721] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -Produced by: Mireille Harmelin, Laurent Vogel, DP Europe, DP-Test Italia - and the Online Distributed Proofreading Team at - https://www.pgdp.net (This file was produced from images - generously made available by the Bibliothèque nationale de - France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) - -*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES GRANDES CHRONIQUES DE FRANCE -(6/6) *** - - - - - LES - GRANDES CHRONIQUES - DE FRANCE, - SELON QUE ELLES SONT CONSERVÉES - EN L'ÉGLISE DE SAINT-DENIS - EN FRANCE. - - PUBLIÉES PAR M. PAULIN PARIS, - De l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres. - - TOME SIXIÈME. - - - PARIS. - TECHENER, LIBRAIRE, - 12, PLACE DU LOUVRE. - - 1838. - - - - -PARIS.--IMPRIMERIE DE BÉTHUNE ET PLON, - -36, rue de Vaugirard. - - - - -CY COMENCENT LES FAIS DU BON ROY JEHAN. - - - - -I. - -Du couronnement du roy Jehan, des chevaliers qu'il fist et de la mort -monseigneur Raoul conte d'Eu et de Guynes, lors Connestable de France. - -ANNÉE 1350 - - -[1]Après le trespassement du roy Phelippe de Vallois régna pour luy -Jehan, son ainsné fils; et fu couronné en l'église de Rains, le dimenche -vint-sixiesme jour de septembre, l'an de grace mil trois cent cinquante. -Et aussi à celluy jour fu couronnée la royne Jehanne, femme dudit roy -Jehan. Et après ce couronnement, fist le roy pluseurs chevaliers -nouveaux, c'est assavoir: Charles, son ainsné fils, dauphin de Vienne; -Loys, son secont fils; le conte d'Alençon[2]; le conte d'Estampes; -monseigneur Jehan d'Artois; monseigneur Phelippe, duc d'Orléans, frère -dudit roy Jehan; monseigneur d'Artois; le duc de Bourgoigne, fils de la -devant dite royne Jehanne de son premier mari, c'est assavoir de -monseigneur Phelippe de Bourgoigne; le conte de Dampmartin et pluseurs -autres. - - [1] A partir d'ici jusque vers 1356, les anciennes éditions de - Froissart ne font guère que reproduire le texte de nos chroniques. - C'est l'un des endroits sinon les plus agréables du moins les plus - véridiques de ce fameux historien. M. Buchon, dans ses éditions, a - remplacé cette lacune par un texte dont la plus grande partie semble - effectivement plus conforme au style de Froissart. - - [2] _Le conte d'Alençon_. Charles IIIe du nom, et non pas _Louis_, - fils du roi, comme le dit Villaret.--_Le conte d'Estampes_. Louis - d'Evreux, tige des comtes d'Eu.--_Monseigneur Jehan d'Artois_, - surnommé _Sans Terre_, fils du fameux Robert. _Le conte de - Dampmartin_, Charles. - -Les choses ainsi faites, le roy se parti de la dite ville de Rains le -lundi au soir, et s'en retourna à Paris par Laon, par Soissons et par -Senlis. Et entrèrent lesdis roy et royne à Paris à très belle feste, le -dimenche dix-septiesme jour du mois d'octobre ensuivant, après vespres, -et dura la feste toute la sepmaine. Et puis demoura le roy à Paris, à -Neelle[3] et au palais, jusques à la saint Martin d'yver ensuivant, et -fist l'ordenance de son parlement[4]. Et quant le roy entra en Paris, au -retour de son joyeux avènement, la ville de Paris et grant pont[5] -estoient encourtinés de divers draps; et toutes manières de gens de -mestier estoient vestus chascun mestier d'unes robes pareilles; et les -bourgois de la dite ville d'unes autres robes pareilles[6]; et les -Lombars qui en la dite ville demouroient furent vestus tous d'unes robes -parties de deux tartares de soye[7], et avoient chascun sur sa teste -chappiaux haus agus et mi-partis de meismes leur robes; et tous les uns -après les autres, les uns à cheval et les autres à pié, alèrent au -devant du roy qui entra à Paris à grant joye; et jouoit-l'en devant luy -de moult de divers instrumens[8]. - - [3] _A Neelle_. Sans doute à l'Hôtel de Nesle, situé sur la rive - gauche de la Seine, en face du Louvre. - - [4] A l'avènement de chaque roi, tous les officiers judiciaires - avoient besoin d'une nouvelle investiture, autrement ils étoient - _désappointés_: expression que nous avions laissée vieillir avant de - la reprendre des Anglois, dans une acception moins exacte. - - [5] _Grand Pont_. Le Pont aux Changeurs. - - [6] _D'unes autres robes_. On voit ici suffisamment la distinction des - _gens de métier_, ou ouvriers, et des _bourgeois_. M. Guizot - dira-t-il encore que c'est lui et ses amis qui ont inventé la - _classe moyenne_? - - [7] _Tartares de soie_. Les _tartares_ étoient de longues robes dont - le tissu semble avoir été généralement de bourre de laine ou de - soie. (Voy. les citations de Ducange au mot _tartarius_.) Peut-être, - de là, le mot moderne de _tartans_, châles de bourre de laine. - - [8] Cette entrée est représentée dans une miniature charmante de - l'admirable manuscrit de nos Chroniques, nº 6 Supplément françois. - -Le mardi qui fu le seiziesme jour de novembre ensuivant, l'an devant -dit, Raoul, conte d'Eu et de Guynes[9], lors connestable de France, qui -nouvellement estoit venu d'Angleterre de sa prison, en laquelle il avoit -esté depuis l'an quarante et six qu'il avoit esté pris à Caen; fors tant -que il avoit esté eslargi par pluseurs fois pour venir en France, fu -prins en l'ostel de Neelle à Paris là où le roy estoit, par le prévost -de Paris du commandement du roy. Et audit ostel de Neelle fu tenu -prisonnier jusqu'au jeudi ensuivant, dix-huitiesme jour dudit mois de -novembre. Et là, à heure de matines dont le vendredi ajourna[10], en la -prison où il estoit fu décapité, présent le duc de Bourbon[11], le conte -d'Armagnac, le conte de Montfort, monseigneur Jehan de Bouloigne, le -seigneur de Revel et pluseurs autres chevaliers et autres qui, du -commandement du roy, estoient là; lequel roy estoit au palais. Et fu -ledit connestable descapité pour très grans et mauvaises traïsons que il -avoit faites et commises contre ledit roy Jehan; lesquelles traïsons il -confessa en la présence du duc d'Athènes[12] et de pluseurs autres de -son lignage. Et fu enterré le corps aux Augustins de Paris, hors du -moustier, du commandement du roy, pour l'honneur des amis dudit -connestable. - - [9] _Guynes_. Et non pas _Guyenne_, comme le dit Villaret. Raoul étoit - de la maison de Brienne. - - [10] _Dont le vendredi ajourna_. C'est-à-dire: à l'heure où le jour - commençoit à poindre. - - [11] _Bourbon_. Variantes _Bourgoigne_. Je suis de préférence la leçon - de Charles V, msc. 8395; et d'autant plus volontiers, à compter - d'ici, que la transcription en est d'une main plus récente et que - suivant toutes les apparences elle a été revue attentivement par - Charles V lui-même. - - [12] _Duc d'Athènes_. Gauthier de Brienne. - - - - -II. - -Coment le roy Jehan fist connestable monseigneur Charles d'Espaigne, et -de pluseurs incidences. - -ANNÉE 1351 - - -Au mois de janvier après ensuivant, Charles d'Espaigne à qui ledit roy -avoit donné la conté d'Angoulesme, fu fait par icelluy roy connestable -de France[13]. Item, le premier jour d'avril après ensuivant, se combati -monseigneur Guy de Neelle, mareschal de France, en Xaintonge à pluseurs -Anglois et Gascoins, et fu ledit mareschal et sa compaignie desconfis; -et y furent pris ledit mareschal, monseigneur Guillaume, son frère, -monseigneur Arnoul d'Odeneham et pluseurs autres. Item, le jour de -Pasques flouries qui furent le dixiesme jour d'avril l'an mil trois cent -cinquante, fu présenté à Giles Rigaut de Roicy, qui avoit esté abbé de -Saint-Denis en France et de nouvel avoit esté fait cardinal, le chappel -rouge, au palais à Paris, en la présence dudit roy, par les évesques de -Laon et de Paris, et par mandement du pape fait à eux par bulle; ce qui -n'avoit pas acoustumé à estre fait autrefois[14]; mais ce fut par la -prière dudit roy. Item, au mois de septembre mil trois cent cinquante -un, fu recouvrée des François la ville de Saint-Jehan-d'Angéli, que les -Anglois avoient tenue cinq ans ou environ; et fu rendue par les gens du -roy anglois sans bataille aucune pour ce qu'il n'avoient nuls vivres. En -celuy an fu la plus grande chierté de toutes choses que homme qui lors -vesquist eust oncques veu au royaume de France, et, par espécial, de -grains: car un setier de forment valut à Paris, par aucun temps en -ladite année, huit livres parisis; un setier d'avoine soixante sous -parisis; un setier de pois huit livres parisis, et les autres grains à -la value. Et en celuy an fu fait le mariage de monseigneur Charles -d'Espaigne, lors connestable de France à qui ledit roy Jehan avoit donné -la conté d'Angoulesme, et de la fille monseigneur Charles de Blois, duc -de Bretaigne. - - [13] Il en exerçoit les fonctions depuis plusieurs années sous le nom - du comte d'Eu, prisonnier en Angleterre. Charles étoit fils du - célèbre Ferdinand de la Cerda et, par sa grand-mère, arrière - petit-fils de saint Louis. - - [14] Auparavant, les cardinaux étoient obligés d'aller trouver le pape - pour recevoir de ses mains les insignes de leur nouvelle dignité. Il - y avoit précisément un siècle que les cardinaux partageoient avec - les légats l'honneur de porter le chapeau rouge; sans doute parce - qu'à compter du concile de Lyon en 1246, on les considéra comme - _légats_ par le fait même de leur titre de prêtres cardinaux. - - - - -III. - -Coment la ville et le chastel de Guynes furent pris des Anglois par -traïson, le jour que le roy Jehan faisoit à Saint-Ouyn la feste de -l'Estoille[15]. - - [15] Le msc. de Charles V ajoute ici: _Laquelle feste est cy-après - pourtraite et ymaginé._ En effet, dans une curieuse miniature on - voit les chevaliers de l'Étoile habillés d'une blanche tunique - serrée par une ceinture dorée, puis d'un riche manteau fourré de - ceux qu'on appeloit d'_hermine angoulé_. Le roi sur son trône porte - le même costume, et comme eux une grande étoile semblable aux - _plaques_ de nos grands dignitaires, au côté gauche de la poitrine. - Au-dessous de ce premier tableau est celui du dîner des chevaliers - de l'Étoile. - - -En celuy an mil trois cent cinquante un dessus dit, au mois d'octobre, -fu publiée la confrairie de la noble maison de Saint-Ouyn près de Paris, -par ledit roy Jehan; et portoient ceux qui en estoient chascun une -estoille en son chaperon par devant ou en son mantel. Durant ceste feste -de l'estoille, fu prise par traïson des Anglois la ville et le chastel -de Guynes: car bonnes trièves estoient jurées entre les roys de France -et d'Angleterre; et pour ce, en celle seurté, estoit venu veoir ladite -feste le sire de Banelinguehem, capitaine et garde dudit lieu[16]. Et -durant ce, les Anglois traictièrent avecques un de ceux à qui la garde -dudit chastel estoit bailliée, nommé Guillaume de Biauconroy; et par -traïson, sans ce que deffense y fust mise, y entrèrent. De laquelle -prise le peuple s'esmerveilla trop, disant que vérité, loyauté né foy -n'estoit ès Anglois. Et pour ce fu pris ledit Guillaume qui, pour la -traïson ainsi faite par luy à la requeste desdis Anglois, fu descapité -et pendu comme raison estoit. - - [16] Le roi l'avoit sans doute mandé lui-même pour recevoir les - insignes du nouvel ordre. Le nombre des chevaliers fut dès le - premier jour porté à cinq cents. C'était trop peut-être; mais - il en survécut un bien petit nombre à la déroute de - Poitiers.--_Biauconroy_. Var.: _Biaucony_, _Beaucerny_. (Voyez les - curieux statuts de l'ordre de l'Étoile dans Villaret, vol. II, p. 38 - et suivant.) - - - - -IV. - -Coment le duc de Lenclastre et le duc de Bresvic vindrent à Paris pour -eux combatre devant le roy Jehan, mais le roy prist le fait en sa main. - -ANNÉE 1352 - - -En l'an mil trois cent cinquante deux, la vigile Notre-Dame mi-aoust, se -combati monseigneur Guy de Neelle, seigneur d'Aufemont, lors mareschal -de France en Bretaigne, contre les Anglois; et fu ledit mareschal occis -en la bataille, et avec luy le sire de Briquebec, le chastelain de -Beauvais et pluseurs autres nobles tant du pays de Bretaigne comme -d'autres marches du royaume de France. En celuy an, le mardi quatriesme -jour de décembre, se dut combatre à Paris un duc d'Allemaigne appelé le -duc de Bresvic[17] contre le duc de Lenclastre, pour paroles[18] que -ledit duc de Lenclastre devoit avoir dites dudit duc de Bresvic, dont il -l'appela en la court de France. Et vindrent ledit jour les deux ducs -dessus nommés en champ tous armés, pour combatre en unes lices qui, pour -ce, furent faites au Pré-aux-Clercs: l'Allemant demandeur, et l'Anglois -deffendeur. Et jasoit ce que ledit Anglois feust anemi du roy de France, -et que, par sauf-conduit, il feust venu soy combatre pour garder son -honneur, touteffois, ne souffrist pas le roy que il se combatissent; -mais depuis que il orent fait les seremens et que il furent montés à -cheval pour assembler, les glaives ès poings, le roy prist la besoigne -sur luy et les mist à accort. En cel an mil trois cent cinquante deux le -jeudi sixiesme jour de décembre, mourut pape Clément VI à Avignon, -lequel estoit en le onziesme an de son pontificat. Le mardi ensuivant -dix-huitiesme jour de décembre, fu esleu en pape, environ heure de -tierce, un cardinal lymosin que l'en appelloit par son titre le cardinal -d'Ostie; mais pour ce que il avoit esté évesque de Clermont, on -l'appelloit plus communément le cardinal de Clermont; et fu appellé -Innocent: et par son propre nom estoit appellé monseigneur Estienne -Aubert. - - [17] _Bresvic_. Brunswick. - - [18] Voici la première fois que je trouve une proposition de duel - faite à l'occasion de mauvaises paroles. - - - - -V. - -De la mort monseigneur Charles d'Espaigne, connestable de France. - -ANNÉE 1353 - - -L'an de grace mil trois cens cinquante trois, le huitiesme jour de -janvier, monseigneur Charles, roy de Navarre et conte de Evreux, fist -tuer en la ville de Laigle, en Normendie, en une hostellerie, -monseigneur Charles d'Espagne, lors connestable de France. Et fu ledit -connestable tué en son lit, assez tost après le point du jour, par -pluseurs gens d'armes que le roy de Navarre y envoia; lequel roy demoura -en une granche au dehors de ladite ville de Laigle, jusques à tant que -ceux qui firent ledit fait retournèrent par devers luy. Et en sa -compaignie estoient, si comme l'en dist, monseigneur Phelippe de -Navarre, son frère, monseigneur Jehan, conte de Harecourt, monseigneur -Loys de Harecourt son frère, monseigneur Godefroy de Harecourt leur -oncle, et pluseurs autres chevaliers et autres gens, tant de Normendie -comme Navarrois et autres. Et après, se retraist ledit roy de Navarre et -sa compaignie en la cité d'Evreux dont il estoit conte, et là se garny -et enforça; et aveques luy se alièrent pluseurs nobles, par espécial de -Normendie, c'est assavoir: les dessus nommés de Harecourt, le seigneur -de Hembuye, monseigneur Jehan Malet seigneur de Graville, monseigneur -Amaury de Meulent et pluseurs autres. Et assez tost après, se transporta -ledit roy de Navarre en la ville de Mante, qui jà par avant avoit envoié -lettres closes en pluseurs des bonnes villes du royaume de France et -aussi au grant conseil du roy, par lesquelles il escripvoit que il avoit -fait mettre à mort ledit connestable pour pluseurs grans mesfais que -ledit connestable li avoit fais; et envoia le conte de Namur par devers -le roy de France à Paris. Et depuis, le roy de France envoia en ladite -ville de Mante, par devers ledit roy de Navarre, pluseurs grans hommes, -c'est assavoir: Monseigneur Guy de Bouloigne cardinal, monseigneur -Robert le Coq évesque de Laon, le duc de Bourbon, le conte de Vendosme -et pluseurs autres, lesquels traictièrent avec ledit roy de Navarre et -son conseil. Car combien que ledit roy de Navarre si eust fait mettre à -mort ledit connestable, comme dessus est dit, il ne luy souffisoit pas -que ledit roy de France, de qui il avoit espousée la fille, luy -pardonnast ledit mesfait; mais faisoit pluseurs requestes au roy son -seigneur, tant que l'en cuidoit bien que, entre les deux roys dessus -dis, déust avoir grant guerre; car ledit roy de Navarre avoit fait grans -aliances et grans semonces en diverses régions; et si garnissoit et -enforçoit ses villes et ses chastiaux. Finablement, après pluseurs -traitiés fu fait accort entre les deux roys dessus dis par certaines -manières dont aucuns des poins s'ensuivent. C'est assavoir: Que ledit -roy de France bailleroit audit roy de Navarre trente-huit mil livres de -terre à tournois, tant pour cause de certaine rente que ledit roy de -Navarre prenoit sur le trésor du roy à Paris, comme pour autres titres -que ledit roy de France luy devoit asseoir par certains traitiés fais -lonc-tems avant entre les prédécesseurs desdis deux roys pour cause de -la conté de Champaigne, et tout aussi pour cause du mariage dudit roy de -Navarre qui avoit espousé la fille dudit roy de France; pour lequel -mariage luy avoit esté promise certaine quantité de terre; c'est -assavoir: douze mil livres à tournois. Pour lesquelles trente-huit mil -livres de terre devant dites, il voult avoir la conté de -Biaumont-le-Rogier, la terre de Breteuil en Normendie, les terres de -Conches et d'Orbec, la visconté du Pont-Audemer et le baillage de -Constentin. Lesquelles choses luy furent accordées par ledit roy de -France: ja fust ce que la conté de Biaumont et les terres de Breteuil, -d'Orbec et de Conches fussent à monseigneur Phelippe, frère du roy de -France, qui estoit duc d'Orléans; auquel duc le roy, son frère, bailla -autres terres en récompensacion de ce. Outre ce, convint accorder audit -roy de Navarre, pour avoir paix, que les devant dis Harecourt et tous -les autres aliés entreroient en sa foy, sé il leur plaisoit, de toutes -leur terres, quelque part qu'elles fussent au royaume de France, et en -auroit ledit roy de Navarre les hommages, sé il vouloient, autrement -non. - -Oultre ce, luy fu accordé qu'il tendroit toutes lesdites terres, avec -celles que il tenoit par avant en parrie. Et pourroit tenir eschequier, -deux fois l'an, sé il vouloit, aussi noblement comme le duc de -Normendie. Encore luy fu accordé que le roy de France pardonroit à tous -ceux qui avoient esté à mettre à mort ledit connestable, la mort -d'iceluy. Et ainsi le fist, et promist par son serement que jamais pour -achoison de ce, ne leur feroit ou feroit faire vilenie ou dommage. Et -aveques toutes ces choses, ot encore ledit roy de Navarre une grant -somme d'escus d'or dudit roy de France; et avant ce que ledit roy de -Navarre voulsist venir par devers le roy de France, il convint que l'en -luy envoiast le conte d'Anjou, second fils du roy de France, par manière -d'ostage. Et après ce, vint à Paris à grant foison de gens d'armes[19]. - - [19] Quoi qu'on en ait dit, cet accommodement du roi Jean et de - Charles-le-Mauvais étoit conseillé par une saine et bonne politique. - On ne pouvoit sitôt oublier les suites de la défection de Robert - d'Artois et de Geoffroi d'Harcourt. Déjà, si l'on s'en rapporte à - Froissart, la flotte angloise étoit en mer, et la nouvelle de la - réconciliation des deux princes lui fit rebrousser chemin. - - - - -VI. - -Coment le roy de France pardonna au roy de Navarre la mort de -monseigneur Charles d'Espaigne, connestable de France. - - -Le mardi, quatriesme jour du moys de mars audit an mil trois cens -cinquante trois, vint ledit roy de Navarre en parlement à Paris, pour la -mort dudit connestable, si comme dit est, environ heure de prime; et -descendi au palais, et puis vint en la chambre de parlement en laquelle -estoit le roy en siège, et pluseurs de ses pers de France avec les gens -de parlement et pluseurs autres de son conseil; et si y estoit le -cardinal de Bouloigne. Et, en la présence de tous, parla ledit roy de -Navarre au roy que il luy voulsist pardonner le fait dudit connestable, -car il avoit eue bonne cause et juste de avoir fait ce que il avoit -fait, laquelle il estoit prest de dire au roy, lors ou autre fois, si -comme il disoit. Et oultre dit encore et jura qu'il ne l'avoit point -fait en contempt du roy né de son office, et que il ne seroit de rien si -courroucié comme d'estre en l'indignacion du roy. Et ce fait, -monseigneur Jaques de Bourbon, connestable de France, par le -commandement du roy mist la main au[20] roy de Navarre, et puis si le -fist-l'en traire arrière. Et assez tost après, la royne Jehanne, ante, -et la royne Blanche, suer dudit roy de Navarre, laquelle royne Jehanne -avoit esté femme du roy Charles dernièrement trespassé, vindrent en la -présence du roy et luy firent la réverence en eux inclinant devant luy. -Et à donc, monseigneur Regnault de Trie, dit Patroullart, se agenouilla -devant le roy et luy dist teles parolles en substance: «Mon très -redoubté seigneur, véés-ci mesdames la royne Jehanne et la royne Blanche -qui ont entendu que monseigneur de Navarre est en vostre male grace, -dont elles sont fortement courouciées; et pour ce sont venues devers -vous: et vous supplient que vous luy vueillez pardonner vostre mal -talent; et, sé Dieu plaist, il se portera si bien par devers vous que -vous et tout le peuple de France vous en tendrez bien contens.» - - [20] _Mist la main au_. Porta la main sur le. - -Les dites paroles dites, lesdis connestable et mareschaus alèrent querre -ledit roy de Navarre et le firent venir devant le roy, lequel se mist -entre les deux roynes, et à donc ledit cardinal dit en substance les -paroles qui s'ensuivent: - -«Monseigneur de Navarre, nul ne se doit esmerveiller sé monseigneur le -roy s'est tenu à mal content de vous, pour le fait qui est advenu, -lequel il ne convient jà que je die, car vous l'avez par vos lettres si -publié et autrement que chacun le scet. Et vous estes tant tenu à luy -que vous ne le déussiez jamais avoir fait. Vous estes de son sanc, si -prochain comme chascun scet; vous estes son homme et son per, et si avez -espousée madame sa fille, et de tant avez-vous plus mespris. Toutefois -pour l'amour de mesdames les roynes qui cy sont qui moult -affectueusement l'en ont prié, et aussi pour ce que il tient que vous -l'avez fait par petit conseil, il le vous pardonne de bon cuer et bonne -volenté.» - -Et lors lesdites roynes et ledit roy de Navarre qui mist le genoul à -terre en mercièrent le roy. Et encore dist le cardinal que aucun du -lignage du roy ne se avanturast d'ores en avant de faire tels fais comme -le roy de Navarre avoit fait: car vraiement sé il advenoit et fust le -fils du roy qui le féist du plus petit officier que il eust, si en -feroit-il justice. Et ce fait et dit, le roy se leva et la court se -départi. - -Item, le vendredi devant la my caresme après ensuivant, vint-et-uniesme -jour du moys de mars, un chevalier baneret des Basses-Marches, appellé -monseigneur Regnaut de Pressigny, seigneur de Marant près de la -Rochelle, fu trainé et puis pendu au gibet de Paris, par le jugement de -parlement et de pluseurs du grant conseil du roy. - - - - -VII. - -De la réconciliation de ceux de Harecourt pour la mort dudit -connestable. - -ANNÉE 1354 - - -L'an mil trois cens cinquante quatre, environ le moys d'aoust, se -réconcilièrent au roy de France lesdis conte de Harecourt et monseigneur -Loys, son frère; et luy durent moult révéler de choses, si comme l'en -disoit, et par espécial luy durent révéler tout le traitié de la mort -dudit monseigneur Charles d'Espaigne, jadis connestable de France, et -par qui ce avoit esté. Assez tost après, c'est assavoir au moys de -septembre, se parti de Paris ledit cardinal de Bouloigne et s'en ala à -Avignon, et disoit l'en communement que il n'estoit pas en la grace du -roy; jà soit ce que par avant, par l'espace d'un an que il avoit demouré -en France, il eust esté tous jours avecques le roy si privé comme homme -povoit estre d'autres. - -En celuy temps se départi monseigneur Robert de Lorris chambellanc du -roy, et se absenta, tant hors dudit royaume de France comme autre part; -et disoit l'en communément que sé il ne fust absenté, il eust eu -villenie et dommage du corps; car le roy estoit couroucié et moult esmeu -contre luy; mais la cause estoit tenue si secrette que pou de gens le -sceurent. Toutefois disoit-l'en que il devoit avoir sceu la mort dudit -connestable avant que il fust mis à mort, et que il devoit avoir révélé -audit roy de Navarre aucuns consaus secrès du roy, et que toutes ces -choses furent révélées au roy par les devant dis conte de Harecourt et -monseigneur Loys, son frère. - -Item, assez tost après, c'est assavoir environ le moys de novembre, l'an -dessus dit, le roy de Navarre se parti de Normendie et s'en ala -latitant[21] en divers lieux, jusques à Avignon. - - [21] _Latitant_. En cachette, _incognito_. - -En ce moys partirent de Paris l'arcevesque de Rouen chancelier de -France, le duc de Bourbon et pluseurs autres, pour aler à Avignon; et -aussi partirent le duc de Lenclastre et pluseurs autres Anglois, pour -traitier de paix entre les roys de France et d'Angleterre, devant le -pape. - - - - -VIII. - -De la rébellion des Navarrois contre le roy de France, et de la revenue -de monseigneur Robert de Lorris. - - -En l'an dessus dit, audit moys de novembre, se parti le roy de Paris et -ala en Normendie jusques à Caen, et fist prendre et mettre toutes les -terres du roy de Navarre en sa main, et instituer officiers de par luy, -et mettre garde ès chastiaux du roy de Navarre, excepté en six; c'est -assavoir: Evreux, Pont-Audemer, Cherebourc, Gavray[22], Avranche et -Mortaing; lesquels ne luy furent pas rendus; car il avoit dedens -Navarrois qui respondirent à ceux que le roy y avoit envoyés que il ne -rendroient les forteresces fors au roy de Navarre, leur seigneur, qui -les leur avoit baillées en garde. - - [22] _Gavray_. Aujourd'hui bourg et chef-lieu de canton du département - de la Manche. - -Item, au moys de janvier ensuivant, vint à Paris monseigneur Robert de -Lorris, par sauf conduit que il ot du roy et demoura bien quinze jours -après, avant que il eust né temps né lieu de parler au roy. En la parfin -y parla-il; mais il s'en retourna à Avignon par l'ordonnance du roy et -de son conseil, pour estre au traictié avec les gens du roy. Et assez -tost après, c'est assavoir la fin de février audit an, vindrent -nouvelles que les trièves qui avoient esté prises entre les deux roys, -jusques en avril ensuivant, estoient aloingnées par le pape, jusques à -la nativité de saint Jehan-Baptiste après ensuivant; pour ce que ledit -pape n'avoit peu trouvé voie de paix à laquelle les traicteurs qui -estoient à Avignon, tant pour l'un comme pour l'autre roy, se -voulsissent consentir. Et envoia le pape messages par devers lesdis -roys, sur une autre voie de traictié que celle qui avoit esté pourparlée -autrefois entre lesdis traicteurs. - - - - -IX. - -De la prise de la ville de Nantes en Bretaigne par les Anglois, et -coment le chastel et tout fu recouvré. - - -En l'an dessus dit mil trois cens cinquante quatre, au moys de janvier, -le roy fist faire florins de fin or appellés florins à l'aignel, pour ce -que en la pille avoit un aignel, et estoient de cinquante deux au -marc[23]. Et en donnoit le roy, lors que il furent fais, quarante-huit -pour un marc de fin or; et deffendi-l'en le cours de tous autres -florins. - - [23] Le marc d'or étant alors de soixante livres, le _mouton_, comme - les appelle Leblanc, ou plutôt, suivant notre chronique, le _florin - à l'agnel_, valoit vingt-quatre ou vingt-cinq sols. - -En celuy an, audit moys de janvier, vint à Paris monseigneur Gautier de -Lor, chevalier, comme messager dudit roy de Navarre par devers le roy de -France, et parla à luy; et finablement s'en retourna au moys de février -par devers le roy de Navarre, et emporta lettres de sauf conduit pour -ledit roy de Navarre, jusques emmy avril ensuivant. - -Item, en celuy an, le soir de karesme prenant qui fu le dix-septiesme -jour de février, vindrent pluseurs Anglois près de la ville de Nantes en -Bretaigne; et en entra par eschielles environ cinquante-deux dedens le -chastel, et le pristrent. Mais monseigneur Guy de Rochefort, chevalier, -qui en estoit capitaine et estoit en ladite ville hors du chastel, fist -tant par assaut et effort qu'il le recouvra en la nuit meisme. Et furent -tous les cinquante-deux Anglois que mors que pris. - - - - -X. - -Coment le roy envoia monseigneur le dauphin en Normendie, et du -parlement que les Navarrois firent sur les François. - -ANNÉE 1355 - - -L'an mil trois cent cinquante-cinq à Pasques, le roy Jehan envoia en -Normendie Charles, son ainsné fils, dauphin de Vienne, son lieutenant, -et y demoura tout l'esté. Et luy octroyèrent les gens dudit pays de -Normendie deux mil hommes d'armes pour trois mois. Et environ au mois -d'aoust ensuivant, audit an cinquante-cinquiesme, ledit roy de Navarre -vint de Navarre et descendi au chastel de Cherebourc en Constentin, -environ deux mil hommes, que uns que autres, avec luy; et furent -pluseurs traictiés avec les gens du roy de France duquel ledit roy de -Navarre avoit espousé la fille: et lesdis roys de Navarre et de France -envoièrent par pluseurs fois de leur gens l'un desdis roys par devers -l'autre, et cuida-l'en, telle fois fu vers la fin du mois d'aoust, que -il deussent avoir grant guerre l'un contre l'autre. - -Et les gens du roy de Navarre qui estoient ès chastiaux d'Evreux et de -Pont-Audemer en faisoient bien semblant, car il tenoient et gardoient -lesdis chastiaux moult diligemment et pilloient le païs environ comme -ennemis. - -Et vindrent aucuns au chastel de Conches[24] qui estoit en la main du -roy, et le pristrent et garnirent de vivres et de gens. Et pluseurs -autres choses firent les gens dudit roy de Navarre contre le roy de -France et contre sa gent. Et finablement, fu fait accort entre eux. Et -ala ledit roy de Navarre devers ledit dauphin où il estoit au chastel du -Vau-de-Rueil[25], et y estoit environ le dix-septiesme ou le -dix-huitiesme jour de septembre ensuivant; et de là monseigneur le -dauphin le mena à Paris devers le roy. Et le vint-quatriesme jour du -mois dessus dit qui fu au lundi, vindrent à Paris devers le roy au -chastel du Louvre. Et là, en la présence de moult grant quantité de gens -et des roynes Jehanne, ante, et Blanche, suer dudit roy de Navarre, -fist-il audit roy de France la révérence et s'excusa de ce que il -s'estoit parti du royaume de France. Et, avec ce, dist que aucuns luy -avoient rapporté que aucuns l'avoient blasmé devers le roy: si requist -le roy que il luy voulsist nommer ceux qui ce avoient fait; et après -jura moult forment que il n'avoit oncques fait choses après la mort du -connestable contre le roy que loiaux ne peust et deust faire. Et -néanmoins, requist au roy que il luy voulsist tout pardonner et le -voulsist tenir en sa grace; et luy promist que il luy seroit bons et -loyaux comme fils doit estre à père et comme vassal à son seigneur. Et -puis le roy luy fist dire par le duc d'Athènes que il luy pardonnoit -tout de bon cuer. - - [24] _Conches_. Petite ville de Normandie à quatre lieues d'Evreux. - - [25] _Vau-de-Rueil_. Vaudreuil, ou Notre-Dame du Vaudreuil; - aujourd'hui bourg du département de l'Eure, à deux lieues de - Louviers. - -Item, en celuy an mil trois cent cinquante-cinq, ala le prince de -Galles, ainsné fils du roy d'Angleterre, en Gascoigne, au mois -d'octobre; et chevaucha près de Toulouse et puis passa la rivière de -Garonne, et alla à Carcassonne et ardi le bourc; mais il ne peust mal -faire à la cité, car elle fu deffendue; et de là ala à Narbonne, ardant -et pillant le païs. - - - - -XI. - -Coment le roy de France manda à celuy d'Angleterre coment il se vouloit -combattre à luy, corps contre corps ou force contre force. - - -En celuy an cinquante-cinq, descendi le roy d'Angleterre à Calais en la -fin du mois d'octobre, et chevaucha jusques à Hesdin; et rompi le parc -et ardi les maisons qui estoient audit parc; mais il n'entra point au -chastel né en la ville. Et le roy de France, qui avoit fait le mandement -à Amiens, tantost que il ot oï de la venue dudit roy anglois et estoit -en ladite ville d'Amiens, se parti et les gens qui estoient avec luy -pour aler contre ledit roy anglois. Mais il ne l'osa atendre et s'en -retourna à Calais tantost qu'il ot oï nouvelles que le roy de France -s'en aloit vers luy en ardant et pillant le païs par où il passoit. Si -ala ledit roy de France après luy jusques à Saint-Omer, et luy manda par -le mareschal d'Odenehan[26] et par pluseurs autres chevaliers que il se -combattroit sé il vouloit corps contre corps ou pouvoir contre pouvoir. -Mais ledit roy anglois refusa la bataille et s'en repassa par mer sans -plus faire en celle fois, et le roy de France s'en revint à Paris. - - [26] _D'Odenehan_. Arnoul d'Andrehan, suivant Froissart, capitaine du - château d'Ardres. Mais toutes les autres relations contemporaines - écrivent le nom de ce brave guerrier comme nos chroniques. - -Item, en ce meisme an cinquante-cinq au mois de novembre, le prince de -Galles, après ce qu'il ot couru le païs de Bourdeaux jusques près de -Toulouse et de là jusques à Narbonne, et ars et gasté le païs tout -environ, il s'en retourna à Bourdeaux à tout le pillage et grant foison -de prisonniers, sans qu'il trouvast qui luy donnast de rien à faire. Et -toutes voies estoient audit païs pour le roy de France le conte -d'Armagnac lieutenant du roy en Languedoc pour le temps; le conte de -Foys, monseigneur Jacques de Bourbon conte de Pontieu; et aussi y estoit -monseigneur Jehan de Clermont mareschal de France, à plus grant -compaignie la moitié, si comme l'en disoit, que n'estoit ledit prince de -Galles. Si en parla-on bien forment contre aucuns des dessus dis nommés -qui là estoient ou devoient estre pour le roy de France. - - - - -XII. - -De l'assemblée que le roy fist faire en parlement des nobles, du clergié -et des bonnes villes, pour ordener aydes à soustenir le fait de la -guerre. - - -En ce meisme an, à la saint Andrieu, furent assemblés à Paris, par le -mandement du roy, les prélas, les chapitres, les barons et les villes du -royaume de France; et leur fist le roy exposer en sa présence l'estat -des guerres, le mercredi après la saint Andrieu, en la chambre du -parlement, par maistre Pierre de la Forest, lors arcevesque de Rouen et -chancelier de France. Et leur requist ledit chancelier, pour le roy, que -il eussent avis ensemble quelle aide il pourroient faire au roy, qui -feust suffisant pour faire les frais de la guerre. Et pour ce que il -avoit entendu que les sougiés du royaume se tenoient forment à grevés -par la mutacion des monnoies, il offri à faire forte monnoie et durable, -mais que on luy féist aide qui fust souffisant à soustenir la guerre. -Lesquels respondirent c'est assavoir: le clergié, par la bouche de -maistre Jehan de Craon, lors arcevesque de Rains; les nobles, par la -bouche du duc d'Athènes; et les bonnes villes, par Estienne Marcel, lors -prévost des marchans à Paris, que il estoient tous prests de vivre et de -mourir avec le roy, et de mettre corps et avoir en son service; et -délibéracion requistrent de parler ensemble, laquelle leur fu ottroiée. - - - - -XIII. - -Coment le roy de France donna à monseigneur Charles, son ainsné fils, la -duchié de Normendie et luy[27] en fist hommage. - - [27] _Luy_. Charles.--Il est à remarquer qu'à compter de ce don, le - nom de _duc de Normandie_ fut affecté au prince, de préférence à - celui de _Dauphin_. - - -En ce meisme an, le lundi vigile de la Conception Notre-Dame, donna le -roy la duchié de Normendie à monseigneur Charles, son ainsné fils, -dauphin de Vienne et conte de Poitiers; et l'endemain, jour de mardi et -feste de la Conception devant dicte, luy en fist ledit monseigneur -Charles hommage, en l'hostel maistre Martin de Mello, chanoine de Paris, -au cloistre Notre-Dame. - - - - -XIV. - -Coment les gens des trois estas, présent le roy, respondirent par -délibéracion que il feroient[28] continuelment, chascun an, trente mille -hommes d'armes, et de l'ordonnance qui fu faite et avisée pour trouver -le paiement à les paier. - - [28] _Que il feroient_. C'est-à-dire qu'ils leveroient et équiperoient - à leurs frais. - - -Après la devant dite délibération eue des trois estas dessus dis[29], il -respondirent au roy, en la dite chambre de parlement, par la bouche des -dessus nommés, que il luy feroient trente mille hommes chascun an à leur -frais et despens, dont le roy les fist mercier. Et pour avoir la finance -pour paier lesdis trente mille hommes d'armes, laquelle fu estimée à -cinquante cent mil livres[30] par les trois estas dessus dis, ordenèrent -que on lèveroit sur toutes gens, de tel estat que il fussent, gens -d'églyse, nobles ou autres, imposicion de huit deniers par livre sur -toutes denrées; et gabelle de sel courroit par tout le royaume de -France. Mais pour ce que on ne pouvoit lors savoir sé lesdites -imposicions et gabelle souffiroient, il fu alors ordené que les trois -estas dessus dis retourneroient à Paris le premier de mars, pour veoir -l'estat des dites imposicions et gabelle, et sur ce ordener ou de autre -ayde faire pour avoir lesdites cinquante cent mil livres, ou de laissier -courir lesdites imposicions et gabelle. Auquel premier jour de mars les -dessus dis trois estas retournèrent à Paris, excepté pluseurs grosses -villes de Picardie, les nobles et pluseurs autres grosses villes de -Normendie. Et virent ceux qui y estoient l'estat desdites imposicions et -gabelles; et tant pour ce qu'elles ne souffisoient à avoir lesdites -cinquante cent mil livres, comme pour ce que pluseurs du royaume ne se -vouloient accorder que lesdites imposicions et gabelles courussent en -leur pays et ès villes où il demouroient, ordenèrent nouvel subside sus -chascune personne en la manière qui s'ensuit. C'est assavoir que tout -homme et personne, fust du sanc du roy et de son lignage ou autre, clerc -ou lai, religieux ou religieuse, exempt ou non exempt, hospitalier, chef -d'églyse ou autres, eussent revenus ou rentes, office ou administration -quelconques; monoiers et autres, de quelque estat qu'il soient, et -auctorité ou privilège usassent ou eussent usé au temps passé; femmes -vefves ou celles qui faisoient chief, enfans mariés ou non mariés qui -eussent aucune chose de par eux, fussent en garde, bail, tutelle, cure, -mainburnie[31] ou administration quelconques; qui auroit vaillant cent -livres de revenue et au dessous, fust à vie ou à héritage, en gaiges à -cause d'office, en pensions à vie ou à volenté, feroit ayde et subside -pour le fait des guerres de quatre livres. Et de quarente livres de -revenue et au dessus quarente sols; de dix livres de revenue et au -dessus, vint sols; et au dessous de dix livres, soient enfans en -mainburnie, au-dessus de quinze ans, laboureurs et ouvriers gaignans qui -n'eussent autre chose que de leur labourage, feroient ayde de dix sols. -Et sé il avoient autre chose du leur, il feroient ayde comme les autres -serviteurs, mercenaires ou aloués qui ne vivoient que de leur services; -et qui gaaignast cent sols[32] par an ou plus, feroit-il semblable aide -et subside de dix sols; à prendre les sommes dessus dites à parisis au -païs de parisis, et à tournois au païs de tournois. Et sé lesdis -serviteurs ne gaignoient cent sols ou au dessus, il ne paieroient rien, -sé il n'eussent aucuns biens équipolens; auquel cas il aideroient comme -dessus est dit. Et aussi n'aideroient de riens mendiens ou moines -cloistrés, sans office et administracion, né enfans en mainburnie sous -l'aage de quinze ans qui n'auroient aucune chose comme devant est dit; -né nonnains qui vivent de revenue au dessus de quarante livres, né aussi -femmes mariées, pour ce que leur maris aidoient; et estoit et seroit -compté ce qu'elles avoient de par elles avec ce que leur maris avoient. -Et quant aux clercs et gens d'églyse, abbés, prieurs, chanoines, curés -et autres comme dessus qui avoient vaillant au dessus de cent livres en -revenue, fussent bénéfices en sainte églyse, en patremoine, ou l'un avec -l'autre, jusques à cinq mille livres, les dessus dis feroient ayde de -quatre livres pour les premiers cent livres, et pour chascun autre cent -livres, jusques auxdites cinq mille livres, quarante sols, et ne -feroient de riens ayde au dessus desdites cinq mille livres, né aussi de -leur meubles; et les revenues de leur bénéfices seroient prisiées et -estimées selonc le taux du dixiesme, né ne s'en pourroient franchir né -exempter par quelconques privilèges, né qu'il féissent[33] de leur -dixiesme quant les dixiesmes estoient ottroiés. - - [29] _Des trois estas_. Dans une petite miniature du msc. de Charles - V, on voit ici le roi sur son trône, entouré des trois états. Le - clergé en chape épiscopale, la noblesse en manteau rouge, les villes - en robe brune. - - [30] Cinq millions. La plupart des manuscrits portent _cinquante mil - livres_. Mais celui de Charles V, si parfaitement correct pour ce - règne et le suivant, doit faire préférer notre leçon qui d'ailleurs - donne le seul sens vraisemblable. Villaret prétend que l'expression - n'étoit pas alors usitée; il se trompe, c'est celle de _cinq - millions_ qui ne l'étoit pas. Remarquons aussi que Villaret, auteur - du reste fort recommandable, cite la _chronique du roi Jean_ comme - un ouvrage différent des _Grandes Chroniques de France_. Cette - erreur vient de ce que nous conservons à la Bibliothèque du roi, - sous les nºs 9649 à 9653, un exemplaire des Chroniques de - Saint-Denis reliées en cinq volumes. Le quatrième de ces volumes - porte sur le dos: _Chronique du roi Jean_, mais on y reconnoît le - texte que nous publions ici. Levesque a commis la même bévue, dans - son livre de _La France sous les cinq premiers Valois_. - - [31] _Mainburnie_. Synonyme de _tutelle_. - - [32] _Cent sols_. Le terme moyen du salaire des ouvriers, outre leur - nourriture, non pas à Paris mais dans les provinces, est aujourd'hui - de _cent francs_; le sol du quatorzième siècle représente donc assez - exactement _un franc_ de notre temps. Ainsi pour apprécier l'impôt - qu'on venoit d'établir, on ne sera pas très-éloigné de la vérité en - disant que les possesseurs d'un revenu de 1600 à 4000 francs furent - tenus de payer une aide de quatre-vingts francs; ceux qui avoient - quatre cents à seize cents francs furent taxés à quarante francs. - Enfin on exigea vingt francs de ceux dont les appointemens, gages ou - revenus n'atteignoient pas l'humble chiffre de 400 francs. D'après - ce calcul, les cinq millions demandés correspondroient à une levée - de cent millions pour nous. - - M. Michelet, après une évaluation fort arbitraire de ce qu'on - demanda à chaque ordre de citoyens, ajoute l'une de ces réflexions - si brèves, si sententieuses et souvent si injustes: _Plus on avoit - et moins l'on payoit._ Il oublie que les citoyens riches (bourgeois - ou nobles), indépendamment de la taxe, payoient encore de leur - personne. Dans les trente mille hommes d'armes qu'on alloit lever - n'étoient pas compris sans doute les chevaliers, les nobles, les - bourgeois capables de représenter eux-mêmes autant d'hommes d'armes. - N'étoit-ce pas alors le cas de dire: _Plus on avoit et plus l'on - payoit_, ou bien de ne rien dire du tout? (Voyez M. Michelet, - Histoire de France, tome III, p. 366.) - - [33] _Né qu'il féissent_. Non autrement qu'ils n'eussent fait... - -Et quant aux nobles et gens des bonnes villes qui avoient vaillant au -dessus de cent livres de revenue, lesdis nobles feroient aide, jusques à -cinq mille livres de revenue et néant oultre, pour chascun cent livres, -quarante sols oultre les quatre livres pour les premiers cent livres. Et -les gens des bonnes villes par semblable manière, jusques à mille livres -de revenue tant seulement[34]. Et quant aux meubles des nobles qui -n'avoient pas cent livres de revenue, l'en estimeroit les meubles qu'il -auroient, jusques à la value de mil livres et non plus. Et des gens non -nobles qui n'avoient pas quatre cens livres de revenue, l'en estimeroit -leur meubles jusques à la value de quatre mille livres, c'est assavoir, -pour cent livres de meubles, dix livres de revenue; et de tant -feroient-il ayde par la manière dessus devisée. Et sé il advenoit que -aucun noble n'eust vaillant en revenue tant seulement jusques à cent -livres, né en meuble purement jusques à mil livres, ou que aucun noble -ne eust seulement en revenue quatre cens livres, né en meuble purement -quatre mil livres, et il eust partie en revenue et partie en meuble, -l'en estimeroit et regarderoit la revenue et son meuble ensemble, -jusques à la somme de mil livres quant aux nobles, et de quatre mil -livres quant aux non nobles. Et non plus. - - [34] Il n'est pas aisé de comprendre cette différence à l'avantage de - la bourgeoisie qui ne devra payer que l'impôt des premiers 20,000 - francs de revenu, tandis que les nobles seront tenus à un paiement - proportionnel jusqu'à cent mille francs. Au reste le nombre des - bourgeois possesseurs de pareils revenus ne devoit pas être - considérable: chacun d'eux avoit alors les plus grandes facilités - pour prendre rang parmi les hommes d'armes; et de là à la noblesse, - il n'y avoit qu'une génération. - - - - -XV. - -De la rebellion du menu peuple de la cité d'Arras contre les gros. - - -Après avint, le samedi sixiesme jour de mars l'an mil trois cens -cinquante-cinq dessus dit, que une dissencion s'esmut en la ville -d'Arras des menus contre les gros; tant que ledit jour les menus tuèrent -dix-sept des plus notables de la ville. Et le lundi ensuivant en tuèrent -autres quatre et pluseurs en bannirent qui n'estoient pas en la dite -ville. Et ainsi demourèrent lesdis menus seigneurs et maistres d'icelle -ville[35]. - - [35] Froissart dit que cette émeute de la commune contre les riches - fut excitée par le nouvel impôt sur le sel ordonné par les trois - états. Suivant lui, le nombre des morts n'auroit été que de - quatorze. - - - - -XVI. - -Coment le roy de Navarre fu pris au chastel de Rouen, et de la mort -d'aucuns chevaliers de Normendie qui estoient rebelles au roy de France. - - -En ce temps, le mardi sixiesme jour d'avril ensuivant qui fu le mardi -après la my-karesme, le roy de France se parti au matin, avant le jour, -de Maneville[36], tout armé, accompaignié d'environ cent hommes d'armes, -entre lesquels estoient le conte d'Anjou son fils, le duc d'Orléans son -frère, monseigneur Jehan d'Artois conte de Eu, monseigneur Charles son -frère, cousin germain du roy, le conte de Tancarville, monseigneur -Arnoul d'Odenehan mareschal du roy, et pluseurs autres jusques au nombre -dessus dit. Et vint droit au chastel de Rouen par l'uys de derrière, -sans entrer en la ville. Et trouva en la salle, assis au disner, -monseigneur Charles son ainsné fils, duc de Normendie, Charles roy de -Navarre, Jehan conte de Harecourt, les seigneurs de Preaux, de -Graville[37] et de Clere, monseigneur Loys et monseigneur Guillaume de -Harecourt, frères dudit conte, monseigneur Friquet-de-Fricamp, le -seigneur de Tournebu, monseigneur Maubue de Mainesmares, tous -chevaliers, Colinet Doublet et Jehan de Bantalu, escuiers, et aucuns -autres. - - [36] _Maneville_. Sans doute _Saint-Pierre-de-Manneville_, à trois - lieues de Rouen. - - [37] _De Graville_. Jean Malet, sire de Graville. M. Buchon, dans ses - notes sur Froissart (liv. I, part. II, ch. 20), s'est trompé quand - il a cru devoir corriger ce nom bien connu en celui de - _Guerarville_. - -La cause fu que, depuis leur réconciliacion faite par le roy de France -de la mort du devant dit connestable, ledit roy de Navarre avoit machiné -pluseurs choses au dommage, déshonneur et mal du roy et de monseigneur -son ainsné fils, et de tout le royaume de France. Et aussi le conte de -Harecourt avoit dit au chastel de Vau-de-Rueil où estoit faite assemblée -pour ottroier estre faite au roy ayde pour la guerre en la duchié de -Normendie, pluseurs injurieuses et orgueilleuses paroles contre le roy, -en destourbant de son pouvoir celle ayde estre accordée et mise à -exécution; combien que ledit ainsné fils du roy, duc de Normendie, et -ledit roy de Navarre l'eussent accordé au roy de France. - -Et pour ces causes, fist le roy les dessus nommés mettre en prison en -diverses chambres audit chastel; et tantost ala disner le roy de France. -Et quant il ot disné luy et tretous ses enfans, son frère et ses deux -cousins d'Artois, et pluseurs des autres qui estoient venus avec luy, -montèrent à cheval et alèrent en un champ derrière ledit chastel, -appellé le champ du pardon. Et là furent menés en charrète, par le -commandement du roy, lesdis conte de Harecourt, le seigneur de Graville, -monseigneur Maubué et Colinet Doublet; et là leur furent ledit jour les -testes coupées, et puis furent tous nus trainés jusques au gibet de -Rouen; et là furent pendus et leur têtes mises sur eux, sur le gibet. Et -fu ledit roy de France présent et aussi lesdis enfans et son frère, à -coupper les testes et non pas au pendre. Et ce jour et l'endemain, jour -de mercredi, délivra le roy pluseurs des autres qui avoient esté pris. -Et finablement ne demoura que trois prisonniers; c'est assavoir ledit -roy de Navarre, ledit Friquet-de-Fricamp, et ledit Bantalu, lesquels -furent menés à part. C'est assavoir ledit roy de Navarre au Louvre, et -les deux autres en Chastelet. Et depuis fu ledit roy de Navarre mené en -Chastelet, et luy furent bailliés aucuns du conseil du roy pour luy -garder. Et pour ce, monseigneur Phelippe de Navarre, son frère, fist -garnir de gens et de vivres pluseurs des chastiaux que ledit roy de -Navarre tenoit en Normendie. Et jasoit que ledit roy de France mandast -audit monseigneur Phelippe que il luy rendist lesdis chastiaux; toute -voie ne le voult-il faire. Mais assemblèrent luy et monseigneur Godefroy -de Harecourt, oncle dudit conte de Harecourt, pluseurs ennemis du roy de -France et les firent venir au pays de Constentin, lequel pays il -tindrent contre ledit roy de France et ses gens. - - - - -XVII. - -Coment monseigneur Arnoul d'Odenehan ala à Arras et mist la ville en -l'obéissance du roy de France. - -ANNÉE 1356 - - -L'an de grace mil trois cens cinquante-six, le vint-septiesme jour du -moys d'avril et fu le mercredi après Pasques qui furent le -vint-quatriesme jour du moys dessus dit, monseigneur Arnoul d'Odenehan, -mareschal de France, ala en la ville d'Arras; et là, sagement et sans -effroy de gens d'armes, fist prendre pluseurs, jusques au nombre de cent -et plus, de ceux qui avoient mis ladite ville en rébellion et avoient -murdri pluseurs des bourgeois de ladite ville dont dessus est faite -mencion. Et l'endemain, jour de jeudi, fist ledit mareschal coupper les -testes à vint des dessus dis qu'il avoit fait prendre, au marchié de -ladite ville, et les autres fist prisonniers tenir en prison fermée, -jusques à tant que le roy ou luy eussent ordené autrement d'eux. Et pour -ce, fu ladite ville mise en la vraie obéissance du roy. Et demourèrent -les bonnes gens paisiblement en icelle, si comme il faisoient par avant -ladite rébellion. - - - - -XVIII. - -Du siège que le roy de France fist devant Breteuil, lequel chastel fu -rendu. Et coment il poursuivi le duc de Lenclastre qui tousjours fuioit -devant luy. Et de la prise de pluseurs chevaliers de France par ledit -prince de Galles. - - -En ce meisme an cinquante-six, en la fin du moys de juing, descendi le -duc de Lenclastre en Constantin, et se assembla avec monseigneur -Phelippe de Navarre qui s'estoit rendu ennemi du roy de France, pour -cause de la prise du roy de Navarre, son frère, qui encore estoit en -prison. Et avec eux estoit monseigneur Godefroy de Harecourt, oncle -dudit conte de Harecourt qui avoit eu la teste couppée à Rouen. Et se -mistrent à chevauchier, et estoient environ quatre mille combattans. Et -chevauchièrent à Lisieux, au Bec, au Pont-Audemer. Et refreschirent le -chastel qui avoit esté assegié par l'espace de huit ou de neuf -sepmaines. Mais monseigneur Robert de Hotetot[38], lors maistre des -arbalestriers, qui avoit tenu le siège devant ledit chastel, et en sa -compaignie pluseurs nobles et autres, se partirent du siège quant il -sorent la venue desdis ducs, monseigneur Phelippe et monseigneur -Godefroy; et laissièrent les engins et l'artillerie qu'il avoient. Et -ceux dudit chastel prindrent tout et mistrent dedens ledit chastel. Et -après chevauchièrent lesdis ducs et monseigneur et leur compaignie -jusques à Breteuil[39], en pillant et robant les villes et le pays par -où il passoient, et rafreschirent le chastel par où il passèrent, c'est -assavoir Breteuil. Et pour ce qu'il trouvèrent que la cité et le chastel -d'Evreux avoit esté de nouvel rendu aux gens du roy, qui longuement -avoit esté asségié devant, et avoit esté ladite cité arse et l'églyse -cathédrale aussi, et pillée et robée tant par les Navarrois qui -rendirent ledit chastel lequel fu rendu par composition, comme par -aucuns des gens du roy qui estoient au siège; lesdis duc, monseigneur -Phelippe et leur compaignie alèrent à Vernueil au Perche[40] et -pristrent la ville et le chastel, et pillièrent et robèrent tout, et -ardirent partie de ladite ville. Et le roy de France qui avoit fait la -semonce tantost qu'il avoit oï nouvelles du duc de Lenclastre, aloit -après, à moult grant et bele compaignie de gens d'armes et de gens de -pié; et le suivi jusques à Condé[41], en alant vers ladite ville de -Verneuil là où il les cuidoit trouver. Et quant il fu audit Condé il oï -nouvelles que ledit duc et messire Phelippe s'estoient partis celuy jour -de ladicte ville de Verneuil, et s'en aloient vers la ville de l'Aigle. -Si les suivi le roy jusqu'à Tuebuef[42] à deux lieues ou environ de -ladicte ville de l'Aigle; et là fu dit au roy que il ne les pourroit -acconsuivre, car il y avoit grant forest où il se bouteroient sans ce -que on les peust avoir. Et pour ce, s'en retourna son ost et vint devant -un chastel que on appelle Tillières que on disoit estre en la main des -Navarrois; et le prist le roy et y mist gardes. - - [38] _Hotetot_, ou _Hondetot_. Aujourd'hui: _Houdetot_. - - [39] _Breteuil_. Aujourd'hui petite ville du département de l'Eure, - sur les bords de l'Iton. - - [40] _Au Perche_. Ou plutôt _en Timerais_. - - [41] _Condé_. Aujourd'hui _Condé-sur-Iton_, bourg du département de - l'Eure, près de _Breteuil_. - - [42] _Tuebeuf_. Entre _Laigle_ et _Mortagne_. Aujourd'hui village du - département de l'Orne.--Pour le château de _Tillières_, bâti par - Richard II de Normandie, nous en avons déjà parlé ailleurs. - -Et après ala devant ledit chastel de Breteuil auquel avoit gens de par -le roy de Navarre. Mais pour ce que il ne vouldrent rendre le chastel, -le roy et tout son ost y mistrent le siège et y demourèrent huit -sepmaines. Et finablement fu rendu au roy ledit chastel par composicion, -et s'en alèrent ceux qui estoient dedens là où il vouldrent, et -emportèrent leur biens. Et de là se parti le roy et s'en ala à Chartres -et fit la semonce pour aler contre le prince de Galles, ainsné fils du -roy d'Angleterre, qui s'estoit parti de Bourdeaux et estoit venu en -Berry en robant, pillant et ardant le pays par où il passoit. Et par -semblable manière, s'en vint[43] devers la rivière de Loire et passa par -la ville de Rumorentin, et là prist pluseurs chevaliers et autres qui -estoient dedans, entre lesquels furent pris le seigneur de Craon et -Bouciquaut. Et après chevaucha ledit prince droit vers Tours. Et le roy -de France ala après pour le rencontrer. Et quant le prince sceut que le -roy luy aloit à l'encontre, il s'en retourna vers Poitiers; et jà soit -ce que ledit roy n'eust encore que un pou de gent, toutefois suivoit-il -ledit prince le plus tost que il povoit pour soy combatre à luy. Et -avint que le samedi, dix-septiesme jour du moys de septembre, l'an -dessus dit, le roy bien accompaignié fu près dudit prince et de son ost, -à deux lieues ou environ. - - [43] _S'en vint_. Il s'agit du prince de Galles, et non plus du roi - Jehan. - -Et iceluy samedi, le conte de Sancerre, le conte de Joigny, le seigneur -de Chastillon-sur-Marne, souverain maistre de l'ostel du roy, et -pluseurs autres armés chevaliers et escuiers qui aloient après le roy, -trouvèrent pluseurs des gens dudit prince en leur chemin auxquels il se -combattirent: et furent lesdis contes et seigneur de Chastillon pris et -pluseurs de ceux qui estoient en leur compaignie. - - - - -XIX. - -De la bataille qui fu devant Poitiers et de la prise du roy de France -qui plus vassalment[44] s'y porta que nul autre. - - [44] _Vassalment_. Chevaleureusement. Le mot _Vassal_ n'avoit pas - autrefois d'autres sens que celui de _Chevalier_: il n'emportoit - avec lui aucune idée de dépendance. - - -Le lundi ensuivant dix-neuviesme jour dudit moys de septembre, l'an -cinquante-six dessus dit, entre prime et tierce ou environ, l'ost du roy -de France fu logié devant l'ost dudit prince, à moins du quart d'une -lieue. Et vint le cardinal de Pierregort qui avoit esté envoié en France -par le Saint-Père, pour traitier de la pais entre lesdis roys de France -et d'Angleterre; lequel cardinal ala pluseurs fois de l'un ost à -l'autre, pour savoir sé il pourroit trouver aucun bon traictié; mais il -ne pot. Et pour ce s'en ala à Poitiers qui estoit à deux petites lieues -du lieu où ledit roy de France et son ost estoient d'une part et ledit -prince et son ost d'autre part, lequel lieu estoit assez près d'un -chastel de l'évesque de Poitiers, appellé Chauvigny[45]. Et estoit l'ost -dudit prince logié en un fort pays de haies et de buissons. Et -néantmoins le duc d'Athènes, lors connestable de France, monseigneur -Arnoul d'Odenehan et monseigneur Jehan de Clermont lors mareschal, et -leur batailles coururent sus à l'ost dudit prince d'une part, et -monseigneur le duc de Normendie, ainsné fils du roy de France, qui avoit -une bataille, le duc d'Orléans, frère du roy, qui en avoit une autre, et -ledit roy qui avoit la tierce, s'approchièrent de l'ost dudit prince. -Mais il estoient en si forte place que il ne porent entrer en eux, et -pluseurs desdites batailles de la partie du roy de France, tant -chevaliers comme escuiers, s'enfuirent vilainement et honteusement. Et -dient aucuns que pour ce fu l'ost dudit roy de France desconfit, et les -autres dient que la cause de la desconfiture fu pour ce que on ne povoit -entrer auxdis Anglois; car il s'estoient mis en trop forte place, et -leur archiers traioient si dru que les gens du roy de France ne povoient -demourer en leur trait. - - [45] _Chauvigny_. Sur la Vienne. - -Finablement, la place demoura audit prince de Galles et à ses gens, -jasoit ce que le roy de France eust autant de gens comme ledit prince. -Et là furent mors, de la partie du roy de France: le duc de Bourbonnois, -le duc d'Athènes connestable, ledit monseigneur Jehan de Clermont -mareschal, monseigneur Geoffroy de Charny qui portoit l'oriflambe, -monseigneur Regnaut Chauveau évesque de Chaalons, et pluseurs autres -jusques au nombre de huit cens ou environ. En ladite bataille furent -pris ledit roy de France qui si vassaument se porta comme chevalier -peust faire, monseigneur Phelippe son ainsné fils, monseigneur Jaques de -Bourbon conte de Pontieu et frère du devant dit duc de Bourbonnois, -monseigneur Jehan d'Artois conte de Eu, monseigneur Charles son frère -conte de Longueville-la-Giffart, cousins germains dudit roy de France, -monseigneur Jehan de Meleun conte de Tancarville, monseigneur Jehan de -Meleun son ainsné fils, monseigneur Guillaume de Meleun arcevesque de -Sens, et Simon de Meleun frère dudit conte; le conte de Ventadour, le -conte de Dampmartin, le conte de Vendosme, le conte de Vaudemont, le -conte de Salebruche, le conte de Nasso, et ledit mareschal d'Odenehan et -pluseurs autres, tant chevaliers comme autres, jusques au nombre de -dix-sept cens ou environ; et bien y ot tant de mors comme de pris, tant -de ceux qui sont nommés comme autres, cinquante-deux chevaliers -bannerès. Et de ladite besoigne l'en fist retraire le duc de Normendie -ainsné fils du roy, le duc d'Anjou et le conte de Poitiers ses frères, -et le duc d'Orléans, frère dudit roy. Et pou d'autres dux ou contes en -eschapa qui ne fussent mors ou pris. Et après, s'en retournèrent à Paris -lesdis duc de Normendie, conte de Poitiers et duc d'Orléans, et ledit -conte d'Anjou demoura en son pays pour le garder. Et entra ledit duc de -Normendie à Paris le juedi vint-neuviesme jour dudit moys de septembre, -et fist une convocation de tous les trois estas du royaume de France, -c'est assavoir: des gens d'églyse, des nobles et de ceux des bonnes -villes, pour estre à Paris le quinziesme jour du moys d'octobre -ensuivant. Et ledit prince de Galles enmena à Bourdeaux ledit roy de -France et tous ses autres gros prisonniers, excepté ledit conte de Eu -qui fu recreu[46] sur sa foy, jusques à la Toussains ensuivant pour ce -que il estoit blecié. Et autres prisonniers, tant chevaliers comme -autres qui n'estoient pas de moult grant auctorité, furent mis à raençon -et recreus sur leur foy pour aler pourchacier leur raençons. - - [46] _Recreu_. Racheté. - - - - -XX. - -Coment monseigneur Charles duc de Normendie et ainsné fils du roy de -France, après ce que il fu revenu de la bataille de Poitiers, fist -assembler les gens des trois estas pour ordener hastivement de la -délivrance du roy son père. Et furent les gens du conseil du roy séparés -du conseil de ceux des trois estas, qui furent esleus cinquante pour -tous. - - -En ce meisme an, le quinziesme jour dudit moys d'octobre qui fu en un -jour de samedi, vindrent à Paris pluseurs gens d'églyse et nobles et -gens de bonnes villes de la langue d'oil. Et le lundi ensuivant furent -tous assemblés en la chambre du parlement par le commandement de -monseigneur le duc de Normendie qui fu là présent, et en la présence -duquel monseigneur Pierre de la Forest, arcevesque de Rouen et -chancelier de France, exposa à ceux des trois estas dont dessus est -faite mencion, la prise du roy, et coment il s'estoit vassaument combatu -de sa propre main, et nonobstant ce avoit esté pris par grant infortune. -Et leur monstra ledit chancelier coment chascun devoit mettre grant -paine à la délivrance dudit roy. Et après leur requist, de par -monseigneur le duc, conseil coment le roy pourroit estre recouvré, et -aussi de gouverner les guerres et aides à ce faire. - -Lesquels des trois estas, c'est assavoir les gens d'églyse par la bouche -de monseigneur de Craon, arcevesque de Rains, les nobles par la bouche -de monseigneur Phelippe, duc d'Orléans et frère germain du roy, et les -gens des bonnes villes par la bouche d'Estienne Marcel, bourgois de -Paris et lors prévost des marchans, respondirent que il vouloient faire -tout ce qu'il pourroient aux fins dessus dites, et requistrent délay -pour eux assembler et parler ensemble sur ces choses; lequel fu donné. -Et furent mis et ordenés, par ledit monseigneur de Normendie, pluseurs -du conseil du roy pour aler au conseil des dessus dis trois estas. Et -quant il y orent esté par deux jours, on leur fist sentir et dire que -lesdites gens des trois estas ne besoigneroient point sur les choses -dessus dites, tant que les gens du conseil du roy feussent avec eux. Et, -pour ce, se déportèrent lesdites gens du conseil du roy de plus aler aux -assemblées des trois estas qui estoient chascun jour faites en l'ostel -des frères Meneurs, à Paris. Et continuèrent quinze jours ou environ, -tant que il ennuioit à pluseurs de ce que lesdis trois estas attendoient -si longuement à faire leur responses sur les choses dessus dites. -Toutefois, après que lesdis trois estas orent conseillié et assemblé par -plus de quinze jours, et esleu de chascun des trois estas aucuns -auxquels les autres avoient donné pouvoir de ordener ce que bon leur -sembleroit pour le prouffit du royaume; iceux esleus qui estoient -cinquante ou environ de tous les trois estas dessus dis, firent sentir -audit monseigneur le duc de Normendie qu'il parleroient volentiers à luy -secrètement. Et pour ce ala ledit duc luy sixiesme seulement auxdis -frères Meneurs par devant lesdis esleus, lesquels luy distrent que il -avoient esté ensemble, par pluseurs journées, et avoient tant fait que -il estoient tous à un accort. Si requistrent audit monseigneur le duc -qu'il voulsist tenir secret ce que il luy diroient qui estoit pour le -sauvement du royaume, lequel monseigneur le duc respondi qu'il n'en -jureroit jà; et pour ce ne laissièrent pas à dire les choses qui -s'ensuivent. - -Premièrement il luy distrent que le roy avoit esté mal gouverné au temps -passé: et tout avoit esté par ceux qui l'avoient conseillié, par -lesquels le roy avoit fait tout ce que il avoit fait, dont le royaume -estoit gasté et en péril d'estre tout destruit et perdu. Si luy -requistrent que il voulsist priver les officiers du roy que il luy -nommeroient lors de tous offices, et que il les féist prendre et -emprisonner, et prendre tous leur biens; et que dès lors il tenist tous -les biens dessus dis pour confisqués. Et pour ce que monseigneur Pierre -de la Forest, lors arcevesque de Rouen et chancelier de France, qui -estoit l'un des officiers contre lesquels il faisoient lesdites -requestes, estoit personne d'églyse, si que monseigneur le duc n'avoit -aucune connoissance sur luy[47], si requistrent que il voulsist escripre -au pape de sa propre main, et supplier que il luy donnast commissaires -tels comme lesdis esleus des trois estas nommeroient, lesquels -commissaires eussent puissance de punir ledit arcevesque des cas que -lesdis esleus bailleroient contre ledit arcevesque et contre les autres -officiers de qui les noms s'ensuivent: Messire Simon de Bucy, chevalier -du grant conseil du roy et premier président en parlement; messire -Robert de Lorris qui avoit esté premier chambellan du roy Jehan; messire -Nicolas Braque, chevalier et maistre d'ostel du roy, et par avant avoit -esté son trésorier et après maistre de ses comptes; Enguerran du -Petit-Celier, bourgois de Paris et trésorier de France; Jehan -Poillevilain, bourgois de Paris, souverain maistre des monnoies et -maistre des comptes du roy; et Jehan Chauveau de Chartres, trésorier des -guerres. Et requistrent lesdis esleus que commissaires feussent donnés -tels que il nommeroient et procéderoient contre lesdis officiers, sur -les cas que lesdis esleus bailleroient. Et sé lesdis officiers estoient -trouvés coupables, si feussent punis; et sé il feussent trouvés -innocens, si vouloient que il perdissent tous leur dis biens et -demourassent perpétuelment sans office royal[48]. - - [47] _Connoissance_, etc. C'est-à-dire, ne pouvoit en rien connoître - de son cas. - - [48] On voit que la _justice du peuple_ étoit à peu près la même au - XIVe siècle et à la fin du XVIIIe. La chronique conservée dans le - manuscrit du Supplément françois, nº 530, ajoute au nom de ces - magistrats ceux de _Jaques La Vache_ et de _Pierre de Mainville_. - (fº 60, vº.) - -Item, requistrent audit monseigneur le duc que il voulsist délivrer le -roy de Navarre, lequel avoit esté emprisoné par le roy, père dudit -monseigneur le duc, si comme dessus est dit; en luy disant que depuis -que ledit roy de Navarre avoit esté emprisonné, nul bien n'estoit venu -au roy né au royaume, pour le péchié de la prise dudit roy de Navarre. - -Item, requistrent encore audit monseigneur le duc que il se voulsist -gouverner du tout par certains conseilliers que il luy bailleroient de -tous les trois estas; c'est assavoir quatre prélas, douze chevaliers et -douze bourgois: lesquels conseilliers auroient puissance de tout faire -et ordener au royaume, ainsi comme le roy, tant de mettre et oster -officiers, comme de autres choses; et pluseurs autres requestes luy -firent grosses et pesans. - -Si leur respondi ledit monseigneur le duc que de ces choses il auroit -volentiers avis et délibéracion avec son conseil: mais toutes voies il -vouloit bien savoir quelle ayde lesdis trois estas luy vouloient faire. -Lesquels esleus luy respondirent que il vouloient ordener entre eux que -les gens d'églyse paieroient un dixiesme et demi pour un an, mais que de -ce il eussent congié du pape. Les nobles paieroient dixiesme et demi de -leur revenues. Et les gens de bonnes villes feroient, pour cent feux, un -homme armé. Et disoient lesdis esleus que ladite ayde estoit -merveilleusement grant et qu'elle pouvoit bien monter à trente mille -hommes armés. Et pour sur ce avoir avis et de toutes les choses dessus -dites, monseigneur le duc se départi de eux, et l'endemain après disner -devoit leur en respondre. Et pour ce assembla ledit monseigneur le duc -au chastel du Louvre pluseurs de son lignage et autres chevaliers, et ot -avis et délibéracion sur les choses dessus dites; et pluseurs fois tant -audit jour de l'endemain comme en deux ou trois jours ensuivans, envoia -ledit monseigneur le duc aux frères Meneurs[49] devers lesdis esleus, -pluseurs de ceux de son lignage, pour les requérir de traictier avec -eux, coment il se voulsissent déporter d'aucunes des requestes que eux -luy avoient faites, par espécial de trois dont dessus est faite mencion; -en leur monstrant que lesdites requestes touchoient le roy, son père, de -si près que il ne les oseroit faire né acomplir sans le congié exprès de -son père. - - [49] Le couvent des _Cordeliers_ ou _Frères Mineurs_ comprenoit une - grande partie de la _rue_ et de l'_école de médecine_. Le réfectoire - qui servoit en 1792 de réunion au _club des Cordeliers_ existe - encore. - -Finablement, pour ce que lesdis esleus ne se vouldrent déporter desdites -requestes né d'aucune d'icelles, pluseurs de ceux du lignage de -monseigneur le duc et autres chevaliers qui avoient esté à son conseil -sur lesdites choses, furent d'accort et conseillièrent à monseigneur le -duc que il acomplist lesdites requestes, pour ce que autrement il ne -pouvoit avoir aide des trois estas, sans laquelle ayde il ne pouvoit -faire né gouverner la guerre. Et pour ce, fu journée assignée auxdis -trois estas, à leur requeste, pour oïr tout ce qu'il vouldroient dire -publiquement, en la chambre du parlement à un jour de lundi matin veille -de Toussains. Mais ledit monseigneur le duc qui moult estoit forment -courroucié et troublé pour cause de dites requestes qui luy avoient esté -faites à part et secrètement, si comme dessus est dit, et lesquelles on -luy vouloit faire publiquement en la chambre de parlement, considérant -que lesdites requestes il ne povoit acomplir sans courroucier forment le -roy, son père, et sans luy faire offense notable, manda et fist aler par -devers luy aucuns autres de ses conseilliers, lesquels il n'avoit point -appellés aux choses dessus dites; et leur exposa, de sa bouche, les -requestes que lesdis trois estas luy avoient faites, et aussi l'aide que -il luy offroient, et voult que ses conseilliers en déissent leur avis. -Lesquels, en la présence de pluseurs des autres qui autrefois y avoient -esté, luy monstrèrent coment il ne devoit faire né acomplir lesdites -requestes dessus exprimées. Et aussi luy monstrèrent coment l'aide que -l'en luy offroit n'estoit pas souffisante pour fournir sa guerre. Et -jasoit ce que, par les esleus, eust esté dit audit monseigneur le duc -que ladite aide povoit faire et fournir trente mille hommes armés, c'est -assavoir, pour chascun homme demi florin à l'escu[50] pour jour, lesdis -conseilliers monstrèrent audit monseigneur le duc que ladite aide ne -povoit monter que huit ou neuf mille hommes armés, par pluseurs fais et -raisons auxquelles s'accordèrent pluseurs autres qui estoient au conseil -dudit duc, qui bien estoient jusques au nombre de trente et plus. Et -jasoit ce que la plus grant partie d'iceux eust par avant esté d'accort -que ledit monseigneur le duc acomplist lesdites requestes et luy eussent -conseillé, toutesvoies se revindrent-il lors, et furent tous d'un accort -qu'il ne le féist pas. - - [50] _Demi florin à l'escu_. En octobre 1356, le florin d'or valoit 20 - sols, par conséquent le demi-florin auroit été de 10 sols, - correspondant à 10 francs d'aujourd'hui. Cette paie d'un homme - d'armes, c'est-à-dire de deux cavaliers, paroîtroit énorme si l'on - ne devoit pas y comprendre les frais du premier _adoubement_. - -Mais pour ce que moult grant peuple estoit assemblé en ladite chambre de -parlement en laquelle lesdites requestes devoient tantost estre faites -audit monseigneur le duc, par la bouche de maistre Robert le Coq, lors -evesque de Laon, le dit monseigneur le duc ot conseil coment il pourroit -faire départir ledit peuple; et, par le conseil que il ot, il envoia -quérir en ladite chambre de parlement pour venir devers luy en la pointe -du palais où il estoit, aucuns de ceux des trois estas, et par espécial -de ceux qui principalement gouvernoient les autres et conseilloient à -faire lesdites requestes. Et là vindrent par devers luy maistre Raymon -Saquet, arcevesque de Lyon; monseigneur Jehan de Craon, arcevesque de -Rains, et ledit maistre Robert le Coq, evesque de Laon, pour les gens -d'églyse. Pour les nobles y furent monseigneur Waleran de Lucembourc, -monseigneur Jehan de Conflans, mareschal de Champaigne, et monseigneur -Jehan de Péquigny, lors gouverneur d'Artois. Et pour les bonnes villes, -y furent Estienne Marcel, prévost des marchans de Paris; Charles -Toussac, eschevin, et pluseurs autres de pluseurs autres bonnes villes. -Et là, leur dit et exposa ledit monseigneur le duc aucunes nouvelles que -il avoit oïes, tant du roy son père comme de son oncle l'empereur, et -leur demanda sé il leur sembloit que il feust bon que lesdites requestes -et response qui luy devoient estre faites de par les trois estas, et -pour lesquelles faire et oïr le peuple estoit assemblé en ladite chambre -de parlement, fussent délayées jusqu'à une autre journée pour les causes -et raisons qu'il leur dist lors. Et furent d'accort tous ceux qui là -estoient présens, tant du conseil dudit monseigneur le duc comme des -envoiés desdis trois estas, que lesdites requestes et responses fussent -différées jusques au juesdi ensuivant. Jasoit ce que on apperceust que -aucuns desdis envoiés eussent mieux voulu que la besoigne n'eust point -esté différée. Et toutes voies furent-il d'accort, par leur opinions, au -délay. Et ainsi se départirent et retournèrent en ladite chambre de -parlement, et le duc d'Orléans et pluseurs autres avec eux. Et parla -ledit duc d'Orléans au peuple qui estoit assemblé en la chambre de -parlement, et leur dit que monseigneur le duc de Normendie ne pourroit -lors oïr les requestes et responses que on luy devoit faire pour -certaines nouvelles que il avoit oïes tant du roy, son père, que de son -oncle l'empereur, desquelles il leur fist aucunes dire en publique. Et -pour ce se départi ladite assemblée de la dicte chambre de parlement, et -s'en alèrent aucuns en leur pays. - - - - -XXI. - -De l'ordenance que ceux de la Langue d'oc firent pour l'amour et -rédemption du roy de France. - - -En ce meisme an au moys d'octobre, les trois estas de la Langue d'oc se -assemblèrent en la ville de Thoulouse, par l'auctorité du conte -d'Armagnac, lieutenant du roy au pays, pour traictier ensemble à faire -aide convenable pour la délivrance du roy. Et là firent pluseurs -ordenances par l'autorité dessus dite. Premièrement que il feroient cinq -mil hommes d'armes, chascun à deux chevaux, et auroit chascun homme -d'armes demi florin à l'escu pour jour. Et feroient mil sergens armés à -cheval, deux mil arbalestiers et deux mil pavasiers[51], tous à cheval, -et auroient chascun desdis sergens, arbalestiers et pavaisiers, huit -florins à l'escu[52] pour chascun moys, et feroient ladite aide pour un -an. Et si ordenèrent que tous les dessus dis seroient paiés par ceux et -en la manière que lesdis estas ordeneroient, ou les esleus par iceux. Et -oultre ce, ordenèrent que homme né femme dudit pays de Langue d'oc ne -porteroit par ledit an, sé le roy n'estoit avant délivré, or né argent -né perles, né vair né gris, robes né chapperons découppés né autres -cointises quelconques; et que aucuns menesterieus jugleurs ne joueroient -de leur mestiers. Et encores ordenèrent certaine monnoie, c'est assavoir -trente-deuxiesme, laquelle il firent faire et monnoier ès monnoies[53] -du roy dudit pays par l'autorité dudit conte, jasoit ce que au pays de -Langue d'oc courust lors autre monnoie, c'est assavoir monnoie -soixantiesme. Et pour avoir confermacion de toutes les choses dessus -dites envoièrent à Paris devers monseigneur le duc de Normendie, ainsné -fils du roy et son lieutenant-général, trois personnes, c'est assavoir -de chascun des trois estas une; et leur furent confermées par ledit -monseigneur le duc toutes les choses dessus dites. - - [51] _Pavasiers_. Garnis de _pavas_ ou _pavois_, petit bouclier rond. - - [52] _Huit florins à l'escu_. C'est-à-dire environ cent soixante - francs; la moitié de la solde d'un homme d'armes. - - [53] _Es monnoies_. Aux hôtels des monnoies. - -_Incidence_. En celuy temps, c'est assavoir l'an cinquante-six, jour de -la saint Luc, dix-huitiesme jour du moys d'octobre dessus dit, fu -mouvement de terre si grant, que pluseurs villes et chastiaux en -fondirent en terre, et par espécial ès païs de Lorraine et d'Alemaigne. - - - - -XXII. - -Coment monseigneur le duc de Normendie, tant de son bon entendement -naturel comme par bonne délibéracion de son conseil, fist despartir les -gens des trois estas et leur fist dire que chascun d'eux s'en repairast -en son lieu. - - -Le mercredi ensuivant qui fu l'endemain de la feste de Toussains, ledit -monseigneur le duc manda au Louvre pluseurs du conseil du roy et du -sien, et aucuns de ceux des trois estas dont dessus est faite mencion; -et ot délibéracion assavoir sé il estoit bon que ceux des trois estas -qui estoient à Paris s'en allassent chascun en son pays sans plus faire -quant alors, pour aucunes causes qu'il leur dist. Et luy fu conseillié -pour la plus grant partie de tous ceux qui furent audit conseil que -ainsi le féist. Et pour ce, dit à ceux qui estoient présens desdis trois -estas que ainsi le féissent, et leur pria que il déissent de par luy aux -autres qui estoient à Paris que chascun s'en allast en son lieu. Et leur -dist que il les remanderoit, mais que il eust oï certains messagiers, -chevaliers qui venoient de devers le roy, son père, qui luy aportoient -certaines nouvelles de par luy; et aussi que il eust esté devers -l'empereur, son oncle, par devers lequel il entendoit aler briefment. - -Dont pluseurs desdis estas qui avoient entencion de gouverner le royaume -par les requestes que il avoient faites audit monseigneur le duc, furent -moult dolens; et bien leur fu avis que toutes ces choses avoient esté -faites par ledit monseigneur le duc, pour départir ladite assemblée -desdis trois estas qui estoient à Paris: et, en vérité, ainsi estoit-il. - -Et pour ce, l'endemain qui fu jour de juesdi, pluseurs desdis trois -estas qui estoient encore à Paris, monseigneur le duc estant à -Montlehéri là où il ala celuy jour au matin, s'assemblèrent au chapitre -desdis frères Meneurs. Et là ledit evesque de Laon publia en la présence -de ceux qui y vouldrent venir coment monseigneur le duc leur avoit -requis conseil et aide, et coment, pour ce faire, il avoient esté -assemblés par pluseurs fois et par maintes journées, et près pour ladite -response faire, laquelle monseigneur le duc n'avoit voulu oïr. Et leur -dit que chascun d'eux préist copie des choses qui avoient esté ordenées -par lesdis esleus, et l'emportast en son pays. Lesquelles choses firent -pluseurs desdis trois estas qui estoient à ladite assemblée. Et jà soit -ce que, par pluseurs fois, ledit monseigneur le duc parlast audit -prévost des marchans et par pluseurs journées, et aussi aux eschevins de -Paris en eux requerrant que il luy voulsissent faire aide à soustenir la -guerre, si ne s'y vouldrent accorder né consentir, s'il ne faisoit -assembler lesdis trois estas, laquelle chose il n'ot pas conseil de -faire. Et pour ce, il ordena que on envoieroit certains des conseilliers -du roy par les bailliages du royaume, pour requérir ladite aide aux -bonnes villes. - - - - -XXIII. - -Coment monseigneur Robert de Clermont desconfit en Normendie les gens -monseigneur Phelippe de Navarre, et y fu occis monseigneur Godefroy de -Harecourt. - - -Après les choses dessus dites, au moys de novembre ensuivant, avint que -monseigneur Robert de Clermont, lieutenant de monseigneur le duc de -Normendie au pays de Normendie, se combatti contre les gens monseigneur -Phelippe de Navarre, qui estoient au pays de Constentin, avec lesquels -estoit monseigneur Godefroy de Harecourt qui s'estoit rendu ennemi du -roy de France tantost qu'il oï les nouvelles de son nepveu le conte de -Harecourt que le roy avoit fait décapiter à Rouen le karesme précédent, -lorsque le roy de France prist le roy de Navarre, comme dessus est dit -plus à plain. Et fu ledit monseigneur Godefroy desconfit et occis en -ladite bataille, et ceux de sa compaignie. Et de huit cens hommes qui -estoient des gens d'armes dudit monseigneur Phelippe avec ledit -monseigneur Godefroy, n'en eschappa nul ou peu qui ne fussent mors ou -pris. - - - - -XXIV. - -Coment le chastel de Pont-Audemer que les Navarrois tenoient fu rendu -aux gens du roy de France. - - -Le dimanche quatriesme jour du moys de décembre ensuivant, ceux qui -estoient au chastel de Pont-Audemer[54], au bailliage de Rouen, qui -ledit chastel avoient tenu, comme ennemis du roy de France, au nom dudit -roy de Navarre et de monseigneur Phelippe, son frère, et avoient pillé, -robé et gasté tout le pays d'environ, rendirent le chastel par -composicion aux gens du roy de France et de son fils monseigneur le duc -de Normendie, qui avoient esté au siège devant ledit chastel depuis le -moys de juillet précédent; et s'en alèrent, par ladite composicion, là -où il vouldrent, à tout leur biens et leur prisonniers qu'il avoient -dedens ledit chastel. Et si leur donna l'en encore six mille florins à -l'escu[55], pour rendre ledit chastel. - - [54] C'étoit un corps d'Allemands qui, d'abord à la solde du brave - Baudrain de la Heuze, avoient, en son absence, livré la ville à Jean - de Couloigne, Navarrois. (Chr. msc., nº 530, S. Fr.) - - [55] _Six mille florins à l'escu_. Environ cent vingt mille francs - d'aujourd'hui. - - - - -XXV. - -Coment monseigneur le duc de Normendie, ainsné fils du roy de France, -ala devers l'empereur, son oncle. - - -Le lundy cinquiesme jour dudict moys de décembre, parti monseigneur le -duc de Normendie de Paris pour aler à Mès par devers monseigneur Charles -de Boesme, empereur de Rome, oncle dudit monseigneur le duc, pour parler -à luy et avoir conseil de luy, tant sur le gouvernement du royaume de -France et de la prise du roy son père, comme de pluseurs autres choses; -et laissa à Paris son lieutenant, son frère ainsné après luy, -monseigneur Loys, conte d'Anjou. - - - - -XXVI. - -Coment le prévost des marchans, avec pluseurs habitans de la ville de -Paris, alèrent par pluseurs fois par devers monseigneur d'Anjou, pour -faire cesser la nouvelle monnoie qui couroit pour le temps. - - -Le samedi ensuivant, dixiesme jour de décembre, fu publiée à Paris la -nouvelle monnoie qui avoit esté faite par l'ordenance dudit monseigneur -le duc de Normendie, et par son conseil; c'est assavoir: deniers blans -de six sous huit deniers de taille, et de quatre deniers d'aloy, -appellée monnoie quarante-huitiesme; et avoit chascun denier cours pour -douze deniers tournois. Et autres blans deniers, qui par avant couroient -pour huit deniers tournois la pièce, furent rabaissiés à trois tournois; -et le mouton d'or fu mis à trente sous tournois. Desquelles choses le -commun de Paris fu moult esmeu, et par espécial pour cause de ladite -nouvelle monnoie; car ceux qui gouvernoient la ville ne vouloient -souffrir ledit monseigneur le duc avoir finances, sans lettre de -gaaignier[56]. Et, pour celle cause, le prévost des marchans et pluseurs -des habitans de ladite ville de Paris alèrent au Louvre le lundi -ensuivant, douziesme jour dudit moys, par devers ledit conte d'Anjou qui -estoit demouré lieutenant de monseigneur le duc de Normendie qui estoit -alé par devers l'empereur son oncle, si comme dessus est dit. Et luy -requistrent que il voulsist faire cesser ladite monnoie en luy disant -que il ne souffriroient point qu'elle courust; et de fait empeschièrent -ledit cours, et ne souffrirent que aucun la préist ou méist. - - [56] _Sans lettre de gaaignier_. Ainsi portent les meilleures leçons; - mais quelques manuscrits remplacent ces mots assez obscurs par - ceux-ci: _Sans leur congié_ ou _sans leur dangier_. Ce qui - s'entendroit mieux. J'ai dû cependant préférer les textes - authentiques. - -Si leur fist dire ledit conte que il auroit avis à son conseil sur -ladite requeste, et l'endemain, au jour de mardi, leur respondroit. -Auquel mardi retournèrent audit Louvre lesdis prévost des marchans et -habitans, en plus grant nombre quatre fois que il n'avoient fait la -journée devant; mais pour ce que ledit conte n'avoit pas encore eu -plenière délibéracion sur ladite requeste, il leur fist dire et prier -que il attendissent jusques à l'endemain, jour de mercredi; et lors -tournaissent devers luy, et il respondroit tant que il leur devroit -suffire. - -Auquel mercredi retournèrent ledit prévost et habitans par devers ledit -conte d'Anjou en trop plus grant nombre que par avant, et leur fist -accorder que l'en cesseroit de faire ladite monnoie jusques à tant que -ledit conte d'Anjou sauroit la volenté dudit duc de Normendie, son -frère, par devers lequel il pensoit tantost envoier pour celle cause, et -escripre la requeste des dessus dis de Paris. - -Et ainsi se départirent et ne courut puis ladite nouvelle monnoie. Et -aussi ne furent point gardées les ordenances faites sur les cours des -autres monnoies; mais furent prises et mises si comme par avant -estoient. - -Item, le samedi vingt-quatriesme jour dudit moys de décembre, qui fu la -vigille de Noël, mil trois cens cinquante-six dessus dis, le pape -prononça six cardinaux nouveaux, desquels fu l'un dessus nommé -monseigneur Pierre de la Forest, arcevesque de Rouen et chancelier de -France. - - - - -XXVII. - -De la revenue de monseigneur le duc de Normendie de devers l'empereur, -son oncle. - -ANNÉE 1357 - - -Le samedi, quatorziesme jour de janvier ensuivant, ledit monseigneur le -duc de Normendie, ainsné fils du roy de France, retourna à Paris de -devers son oncle l'empereur, devers lequel il avoit esté en ladite ville -de Mès, et entra en ladite ville de Paris ledit samedi, environ heure de -vespres. Et en sa compaignie estoit ledit chancelier, nouvel cardinal. -Et leur alèrent à l'encontre jusques oultre saint Anthoine le prévost -des marchans et grant foison des bourgois de ladite ville de Paris. Et -pour la révérence dudit cardinal nouvel, pluseurs des ordres et collèges -de ladite ville luy alèrent à l'encontre à procession jusques au dehors -de Paris. - - - - -XXVIII. - -Coment monseigneur le duc de Normendie, par droit ennuy[57] et pour paix -avoir, acorda au prévost des marchans et ses aliés pluseurs requestes -que il luy firent sans raison injustement. - - [57] _Ennuy_. Quelques manuscrits portent _enuy_ qu'on pourroit aussi - bien lire _envy_ et interpréter: «Malgré le droit.» - - -Le juesdi ensuivant, dix-neuviesme jour du moys de janvier, ledit -monseigneur le duc de Normendie envoia par devers ledit prévost des -marchans aucuns de ses conseilliers, c'est assavoir: monseigneur -Guillaume de Meleun, arcevesque de Sens, le conte de Roussi, le seigneur -de Revel, monseigneur Robert de Lorris et autres, lesquels distrent -audit prévost des marchans que il se voulsist traire à Saint-Germain -l'Aucerrois; car il luy avoient à dire aucunes choses de par monseigneur -le duc de Normendie. Lequel prévost y ala, environ heure de disner, à -compaignie de grant foison de gens de ladite ville de Paris armés à -descouvert. Et là, les conseilliers de monseigneur le duc requistrent -audit prévost des marchans que il voulsist cesser et faire cesser les -gens de ladite ville de l'empeschement que il avoient fait et mis au -cours de la nouvelle monnoie devant dite; lesquels prévost et autres -gens respondirent que riens n'en feroient, et qu'il ne souffriroient -point que ladite monnoie courust. Et outre, furent si esmeus par toute -ladite ville que il fisrent cesser tous menestereux[58] d'ouvrer: et -fist commander ledit prévost par toute la ville que chascun s'armast; et -ot-on grant doubte que aucune chose ne fust faite contre les officiers -du roy ou aucuns d'iceux; et pour celle cause ledit duc ot délibéracion -avec aucuns de son conseil; et l'endemain, jour de vendredi vintiesme -jour dudit moys de janvier, ala monseigneur le duc du Louvre au palais, -bien matin, et aussi y alèrent le prévost des marchans et pluseurs -d'iceulx de ladite ville de Paris. - - [58] _D'ouvrer_. De chanter ou jouer des instrumens. - -Et en la chambre de parlement parla ledit monseigneur le duc de sa -bouche à eux, et leur dist que il ne se tenoit pas mal content de eux, -et leur pardonnoit tout ce qui avoit esté fait par eux: et oultre leur -accordoit que les gens des trois estas s'assemblassent quant il -vouldroient. Et aussi leur dist que il déboutoit et mettroit hors de son -conseil les officiers du roy que les gens des trois estas luy avoient -autrefois nommés; et outre leur dist que il les feroit prendre sé il les -povoit trouver, et s'en tendroit si saisi que, quant le roy seroit -retourné, il en pourroit faire bonne justice. - -Et avec ce leur dist que jà soit ce que le droit de faire monnoie et de -la muer appartenoit au roy pour cause de l'héritage de la couronne de -France, toutesvoies vouloit-il, pour cause de leur faire plaisir, que -ladite nouvelle monnoie ne eust point de cours; mais vouloit que quant -les gens des trois estas seroient assemblés il ordonnassent avec aucuns -des gens dudit monseigneur le duc qu'il ordeneroit à ce, certaine -monnoie telle que seroit agréable et prouffitable au peuple. Desquelles -choses ledit prévost des marchans requist lettres. Lesquelles ledit -monseigneur le duc luy ottroia et furent toutes commandées à un notaire. -Et aussi convenoit que ledit monseigneur le duc, pour refraindre la -fureur dudit prévost des marchans et des autres de Paris, le féist et -accordast contre sa voulenté, constraint de grans parolles, luy sachant -que ce estoit contre raison. Mais pour ladite promesse touchant lesdis -officiers, pluseurs d'iceux se absentèrent. Et ledit chancelier qui -avoit esté fait nouvel cardinal, si comme dessus est dit, ne se monstra -plus par Paris. Et jasoit ce que, par l'ordenance du roy, ledit -chancelier et monseigneur Simon de Bucy deussent aler à Bourdeaux pour -les traictiés de paix qui y devoient estre entre les gens desdis roys de -France et d'Angleterre, néantmoins requisrent ledit prévost des marchans -et autres qui le suivoient audit monseigneur le duc que il ne souffrist -pas que ledit chancelier et monseigneur Simon de Bucy alaissent auxdis -traictiés; et pour ce donna ledit monseigneur le duc lettres par -lesquelles il rappelloit la légacion dudit monseigneur Simon mais non -pas du chancelier, pour ce que il convenoit, si comme l'en disoit, que -il allast rendre au roy ses sceaux. - - - - -XXIX. - -De ceux chiés lesquels l'en envoia sergens en garnison, et coment les -gens des trois estas furent mandés pour rassembler à Paris. - - -Le mercredi ensuivant, vingt-cinquiesme jour dudit moys de janvier, -ledit monseigneur le duc, à la requeste desdis prévost des marchans et -autres, envoia sergens en garnison ès maisons monseigneur Simon de Bucy, -de monseigneur Nicolas Bracque, maistre d'ostel du roy qui longuement -s'estoit meslé de ses finances, et ès maisons de Enguerran du -Petit-Celier, trésorier de France, et de Jehan Poillevilain, maistre de -la chambre des comptes et souverain maistre des monnoies. Et fist-l'en -inventoire des biens que on y trouva. Et si furent mandés les gens des -trois estas de par monseigneur le duc pour estre à Paris assemblés le -dimenche, cinquiesme jour de février ensuivant. - - - - -XXX. - -Coment les gens des trois estas furent rassemblés. - - -Audit moys de janvier, monseigneur Phelippe de Navarre chevaucha de -Constentin jusques à Chartres, et de là à Bonneval, et s'en retourna -audit pays de Constentin en gastant les pays par lesquels il passa; et -toutesvoies disoit-l'en qu'il n'avoit pas plus de huit cens hommes ou -environ. Item, le dimenche dessus dit, cinquiesme jour de février, se -assemblèrent à Paris pluseurs evesques et autres gens d'églyse, nobles -et pluseurs gens de bonnes villes du royaume de France. Et par pluseurs -journées furent assemblés en ladite ville en l'ostel des Cordeliers, et -là firent pluseurs ordenances. - - - - -XXXI. - -Coment maistre Robert le Coq, evesque de Laon, prescha en parlement, de -par les gens des trois estas, coment les officiers du roy devoient estre -privés de leur offices. - - -Le vendredi, troisiesme jour du moys de mars ensuivant, furent assemblés -au palais royal, en la chambre de parlement, en la présence de -monseigneur le duc de Normendie, du conte d'Anjou et du conte de -Poitiers, ses frères, et de pluseurs autres nobles, gens d'églyse et -gens de bonnes villes, jusques à tel nombre que toute ladite chambre en -estoit plaine. Et prescha messire Robert le Coq, evesque de Laon, et -dist que le roy et le royaume avoient esté, au temps passé, mal -gouvernés, dont moult de meschiefs estoient advenus tant audit royaume -comme aux habitans d'iceluy, tant en mutacions de monnoies comme par -prises, et aussi par mal administrer et gouverner les deniers que le roy -avoit eus du peuple, dont moult grandes sommes avoient esté données par -pluseurs fois à pluseurs qui mal desservi l'avoient. - -Et toutes ces choses avoient esté faites, si comme disoit l'evesque, par -le conseil des dessus nommés chancelier, et autres qui avoient gouverné -le roy au temps passé. Dist lors encore ledit evesque que le peuple ne -povoit plus souffrir ces choses; et, pour ce, avoient délibéré ensemble -que les dessus nommés officiers et autres que il nommeroit lors,--tant -que sur le tout il furent vint-deux dont les noms suivent: maistre -Pierre de la Forest, lors cardinal et chancelier de France; monseigneur -Simon de Bucy; maistre Jehan Chalemart; maistre Pierre d'Orgemont, -président en parlement; monseigneur Nicolas Bracque et Jehan -Poillevilain, maistres de la chambre des comptes et souverains maistres -des monnoies; Enguéran du Petit-Célier et Bernart Fremaut, trésoriers de -France; Jehan Chauveau et Jacques Lempereur, trésoriers des guerres; -maistre Estienne de Paris, maistre Pierre de la Charité et maistre Ancel -Choquart, maistres des requestes de l'ostel du roy; monseigneur Robert -de Lorris, chambellan du roy; monseigneur Jehan Taupin, de la chambre -des enquestes; Geoffroy le Masurier, eschançon dudit monseigneur le duc -de Normendie, le Borgne de Beausse, maistre d'Escurie dudit monseigneur -le duc; l'abbé de Faloise, président en la chambre des enquestes; -maistre Robert de Preaux, notaire du roy; maistre Regnault d'Acy, avocat -du roy en parlement; Jehan d'Auceurre, maistre de la chambre des -comptes; Jehan de Behaigne, varlet dudit monseigneur le duc,--seroient -privés de tous offices royaux perpétuelment, dont il y avoit aucuns -présidens en parlement, aucuns maistres des requestes en l'ostel du roy, -aucuns maistres de la chambre des comptes et aucuns autres officiers de -l'ostel dudit monseigneur le duc, si comme dessus est dit. Et requist -ledit evesque audit monseigneur le duc que dès lors il voulsist priver -les vint-deux dessus nommés comme dit est; et toutesvoies n'avoient il -esté appellés né oïs en aucune manière; et si n'avoient pluseurs de -iceux et la plus grant partie esté accusés d'aucune chose, né contre -iceux dit né proposé aucune villenie; et si estoient pluseurs d'iceux -officiers à Paris, lesquels l'en povoit chascun jour veoir et avoir qui -aucune chose leur voulsist dire ou demander. - -Item, requist encore ledit evesque que tous les officiers du royaume de -France fussent suspendus, et que certains réformateurs feussent donnés, -lesquels seroient nommés par les trois estas qui auroient la -cognoissance de tout ce que l'en vouldroit demander auxdis officiers et -contre iceux dire et proposer. Item, requist encore ledit evesque que -bonne monnoie courust telle que lesdis trois estas ordeneroient, et -pluseurs autres requestes fist. - -Lors, un chevalier appelé monseigneur Jehan de Pequigny, pour et au nom -des nobles, advoua ledit evesque; et un avocat d'Abbeville appelé -Nicholas le Chauceteur l'advoua au nom des bonnes villes; et aussi fist -Estienne Marcel, prévost des marchans de Paris. Et offrirent, au nom des -trois estas dessus dis, audit monseigneur le duc trente mille hommes -d'armes, lesquels il paieroient par leur mains et par ceux qu'il y -ordeneroient. Et pour avoir la finance à ce faire, il avoient ordené -certain subside, c'est assavoir: Que les gens d'églyse paieroient -dixiesme et demy de toutes revenues, les nobles aussi dixiesme et demy, -c'est assavoir de cent livres de terre quinze livres. Et les gens des -bonnes villes feroient de cent feus un homme d'armes, c'est assavoir -demi-escu de gaige pour chascun jour. Mais pour ce que il ne savoient -pas encore combien ladite finance pourroit monter, né sé elle souffiroit -à paier les trente mille hommes d'armes dessus dis, il requistrent que -il peussent rassembler à la quinzaine de Pasques ensuivant; et entre -deux, il feroient savoir combien ladite finance pourroit monter. Et sé -il trouvoient à ladite quinzaine que ladite finance ne souffisist, il la -croistroient. Et aussi il requistrent que depuis ladite quinzaine, il -peussent rassembler deux fois, quant bon leur sembleroit, jusques au -quinziesme jour du moys de février ensuivant. Lequel duc de Normendie -leur octroia toutes leur requestes, tant les dessus escriptes comme les -autres, et par ce tindrent que les vint-deux officiers dont dessus est -faite mencion estoient privés, et demoureroient les autres officiers -souspendus par telle manière que, en ladite ville de Paris, l'en ne tint -point de jusridicion jusques au lundi ensuivant que le prévost fu -restitué en son office. Et du parlement fust ordené par ceux du grant -conseil qui avoient esté esleus par les dessus dis trois estas le -vendredi ensuivant, et en ostèrent pluseurs de ceux qui en estoient par -avant, tant que sur le tout il n'y en laissièrent que en présidens que -en autres que seize ou environ. Et de la chambre des comptes ostèrent -tous les maistres qui y estoient, tant clers comme lais, qui estoient -quinze en nombre, et y en mistrent quatre tous nouveaux, deux chevaliers -et deux lais. - -Mais quant il y orent esté un jour, il alèrent par devers le grant -conseil et leur distrent qu'il convenoit que l'en y méist de ceux qui -autrefois y avoient esté, pour leur monstrer le fait de ladite chambre; -et pour ce y mist l'en par provision quatre des anciens, avec les quatre -nouveaux dessus dis. - - - - -XXXII. - -Du traictié et des trièves qui furent prises à Bourdeaux entre le roy de -France et le prince de Gales. - - -Le samedi, dix-huitiesme jour dudit moys de mars, fu traictiée paix à -Bourdeaux, entre le roy de France qui encore y estoit prisonnier et le -prince de Gales. - -La manière dudit traictié fu tenue secrète pour ce que en icelle estoit -réservée la volenté du roy d'Angleterre. Mais pour aucunes choses qui à -ce les murent, il pristrent trièves générales de Pasques ensuivant -jusques à deux ans. Et envoia ledit prince les prisonniers qu'il avoit -en France, et ordena d'emmener le roy de France en Angleterre pour -parfaire ledit traictié. - -Item, le dimenche vint-sixiesme jour dudit moys de mars, fu la monnoie -publiée à Paris, par l'ordenance des gens des trois estas, c'est -assavoir: un mouton d'or courant pour vingt-quatre sous parisis, et -demi-moutons qui lors furent fais nouviaux pour douze sous parisis; -deniers blans à la couronne pour dix deniers tournois: et les autres -monnoies qui lors furent faites. - - - - -XXXIII. - -Des lettres qui furent apportées à Paris de par le roy de France, -lesquelles furent publiées en faisant deffense que les trois estas ne -s'assemblassent à la journée dessus dicte. - - -Le mercredi après Pasques flories qui fu le quint jour du moys d'avril, -furent criées et publiées par Paris, par lettres ouvertes et mandement -du roy, les trièves dont est dessus faite mencion. Et aussi fu crié et -publié que le roy ne vouloit pas que l'en paiast le subside qui avoit -esté ordené par lesdis trois estas, dont est faite mencion; et aussi il -ne vouloit pas que les trois estas se rassemblassent à la journée par -eux ordenée à la quinzaine de Pasques né à autres, dont le peuple de -Paris fu moult esmeu, par espécial contre l'arcevesque de Sens, contre -le conte d'Eu cousin germain du roy, et contre le conte de Tancarville, -qui les lettres du roy ès quelles les choses dessus dites estoient -contenues avoient apportées de Bourdeaux, et auxquels le roy avoit -enchargié de les faire publier avec pluseurs autres choses que l'en leur -avoit commises et chargiées à faire. - -Et disoit la plus grant partie du peuple de Paris que c'estoit fausseté -et traïson de publier que lesdictes trièves fussent données né -accordées; et de empescher ladite assemblée des trois estas né à lever -ledit subside. Et par la commocion et desroy qui fu lors en ladite -ville, il convint que ledit arcevesque et conte s'en alassent assez -hastivement; lesquels se absentèrent. Et pour ce que aucuns disoient -qu'il estoient moult dolens de la vilenie qui leur avoit esté faite, et -que pour ce il assembloient gens d'armes et avoient entencion et volenté -de gréver aucuns de ceux de Paris, l'en fist garder soigneusement ladite -ville, tant de jour comme de nuit; et n'y avoit de la partie devers -Grant-Pont que trois portes ouvertes de jour; et de nuit elles estoient -closes toutes. - -Item, le samedi ensuivant, la veille de Pasques les grans, qui fu le -huitiesme jour d'avril, fu crié et publié par Paris que l'en leveroit -ledict subside et que les trois estas se rassembleroient à ladicte -quinzaine de Pasques, nonobstant ledit cri qui avoit esté le mercredi -précédent. Et ordena ledit duc de Normendie que l'en féist ledit cri, -par le conseil ou contrainte des dessus dis trois estas, c'est assavoir: -dudit evesque de Laon qui estoit principal gouverneur desdis trois -estas, du prévost des marchans et de aucuns autres. - - - - -XXXIV. - -En quel temps le roy de France arriva en Angleterre. - - -L'an de grace mil trois cens cinquante-sept, le mardi après Pasques, qui -fu le onziesme jour du moys d'avril, fist le devantdit prince de Gales -ledit roy de France entrer en mer à Bourdeaux, pour le mener en -Angleterre; et y arrivèrent le quatriesme jour de may ensuivant. Et fu -ledit roy mené à Londres et y entra le vint-quatriesme du moys de may. -Et avint que, en alant et chevauchant, le roy d'Angleterre encontra le -roy de France aux champs, auquel ledit roy d'Angleterre fist moult grant -honneur et révérence, et parla à luy moult longuement. Et après passa -oultre en son chemin. Et le roy de France et le prince de Gales s'en -alèrent à Londres là où le roy de France fu tenu prisonnier si largement -comme il vouloit; car il avoit ses gens, tels et tant comme il vouloit; -et aloit chacier et esbatre toutes fois qu'il luy plaisoit, et estoit en -un moult bel ostel, dehors ladite ville de Londres, appellée Savoie, et -estoit au duc de Lenclastre. - - - - -XXXV. - -Coment le roy d'Angleterre manda au duc de Lenclastre qu'il laissast à -faire siège de devant Rennes en Bretaigne. - - -A la nativité saint Jehan-Baptiste ensuivant, les cardinaux de -Pierregort, de Urgel et de Rouen, l'arcevesque de Sens et pluseurs -autres passèrent la mer et alèrent à Londres par devers le roy de France -pour parfaire le traictié entre les deux roys, et y demourèrent -longuement. Et par pluseurs fois dit-l'en en France que le traictié -estoit rompu. Et pendans lesdits traictiés, le duc de Lenclastre qui -avoit esté à siège devant la ville de Rennes par l'espace de huit ou -neuf moys et estoient ceux dedens la ville à très grant meschief pour ce -qu'il avoient pou de vivres, se leva, luy et tout son siège, par le -mandement du roy d'Angleterre son seigneur. Mais l'en donna audit duc -soixante mille escus d'or pour ses frais[59]. - - [59] Environ douze cent mille francs d'aujourd'hui. - - - - -XXXVI. - -Coment la puissance inique des trois estas déclina et vint à néant. - - -Environ la Magdaleine ensuivant, les ordenés par les trois estas, tant -du grant conseil des généraux sur le fait du subside comme les -réformateurs, commencièrent à décliner et leur puissance à apeticier. -Car la finance que il avoient promise ne fu pas si grande de plus de dix -pars et les laissièrent les nobles, et ne vouldrent point paier né les -gens d'églyse aussi. Et aussi pluseurs des bonnes villes qui cognurent -et apperceurent l'iniquité du fait desdis gouverneurs principaux qui -estoient dix ou douze ou environ, se déportèrent de leur fait et ne -vouldrent paier. - -Et l'arcevesque de Rains qui par avant avoit esté l'un des plus grands -maistres fit tant que il fu principal au conseil de monseigneur le duc. -Et furent presque tous ceux qui avoient esté mis hors de leur offices -remis en leur estas, excepté les nommés vint-deux, jasoit ce que aucuns -d'iceux n'en laissassent onques leur estas. - - - - -XXXVII. - -De la deffense que monseigneur le duc de Normendie fist au prévost des -marchans et à autres qui usurpoient la puissance de gouverner le royaume -de France. - - -Après avint, environ la my-aoust, que monseigneur le duc de Normendie -dist au prévost des marchans, à Charles Toussac[60], à Jehan de l'Isle -et à Gille Marcel qui estoient principaux gouverneurs de la ville de -Paris, que il vouloit, dès or en avant, gouverner et ne vouloit plus -avoir curateurs; et leur deffendit qu'il ne se meslassent plus du -gouvernement du royaume que il avoient entrepris par telle manière que -on obéissoit plus à eux que à monseigneur le duc. Et dès lors chevaucha -ledit monseigneur le duc de Normendie par aucunes des bonnes villes et -leur fist requeste, en sa personne, de avoir aide d'eux comme de autres -choses. Et du fait de sa monnoie leur parla, lequel luy avoit esté -empeschié si comme dessus est dit, dont les dessus dis gouverneurs des -trois estas furent moult dolens. Et s'en ala ledit evesque de Laon en -son eveschié, car il véoit bien que il avoit tout honny. - - [60] _Toussac_. Et non pas _Consac_, comme l'écrivent tous nos - historiens modernes. - - - - -XXXVIII. - -De la chandelle que ceux de Paris offrirent à Notre-Dame de Paris, et de -la réconciliation de ceux de ladite ville par devers monseigneur le duc, -et coment il fu si près mené que il se consenti de rassembler les trois -estas. - - -La vigile de ladite my-aoust, l'an dessus dit mil trois cens -cinquante-sept, offrirent ceux de Paris à Nostre-Dame une chandelle qui -avoit la longueur du tour de ladite ville de Paris, si comme l'en -disoit, pour ardoir jour et nuit sans cesse[61]. - - [61] Le don de cette immense bougie roulée fut souvent renouvelé, et - vers le XVIe siècle il étoit annuel. Enfin, on le remplaça par celui - de la lampe d'argent qui brûloit nuit et jour devant l'autel de la - Vierge. Villaret se trompe quand il dit que l'occasion de cette - offrande fut la réconciliation des bourgeois avec le dauphin. La - chronologie s'y oppose. M. Michelet, après le récit du pillage des - Navarrois, ajoute: «L'effroi étoit tel à Paris, que les bourgeois - avoient offert à Notre-Dame une bougie qui avoit, disoit-on, la - longueur du tour de la ville.» Ce motif est encore plus puérilement - imaginé, et le véritable c'étoit l'usage de faire un don à l'église - de Paris, la veille de l'Assomption. - -Item, environ la saint Remy ensuivant, se réconcilièrent ceux de Paris -par devers monseigneur le duc de Normendie et firent tant que il -retourna en ladite ville en laquelle il n'avoit esté de lonc-temps. Et -luy distrent que il luy feroient très grant chevance, et ne luy -requeroient riens contre aucuns de ses officiers, né aussi la délivrance -du roy de Navarre, laquelle il luy avoient requise par pluseurs foys. Et -luy supplièrent que il voulsist que vint ou trente villes se -assemblassent à Paris; laquelle chose ledit monseigneur le duc leur -ottroia. Et furent mandées pluseurs villes de par luy; c'est assavoir, -jusques au nombre de soixante-dix ou environ, jasoit ce que il ne luy en -eussent requis que vint ou trente. Et quant il furent assemblés à Paris, -il ne firent aucune chose, mais alèrent devers ledit monseigneur le duc -et luy distrent que il ne povoient besongnier né riens faire, sé tous -lesdis trois estas n'estoient rassemblés; et luy requistrent les dessus -dis de Paris que il les voulsist mander, laquelle chose il leur ottroia. -Et envoia ces lettres aux gens d'églyse, aux nobles et aux bonnes -villes, et les manda. Et aussi envoia ledit prévost des marchans ses -lettres aux dessus dis, avec les lettres dudit monseigneur le duc. Et fu -la journée de assembler à Paris lesdis trois estas, an mardi après la -feste de Toussains ensuivant qui fu le septiesme jour de novembre, l'an -dessus dit. Et pendant ladite journée, fu ledit monseigneur le duc si -mené que il n'avoit denier de chevance, pourquoy il convenoit que il -féist tout ce que les dessus dis de Paris vouloient; et convint que il -mandast, à leur requeste, ledit evesque de Laon qui estoit en son -éveschié, lequel, par fiction, fist dangier[62] de retourner, et -néantmoins il vint tantost. - - [62] _Dangier_. Difficulté. - -Item, cedit mardi, après la feste de Toussains, se assemblèrent à Paris -aucunes gens d'églyse, nobles et autres envoiés des bonnes villes; et -moins que autrefois n'en estoit venu aux autres assemblées. Et -assemblèrent aux Cordeliers par pluseurs journées, et firent tant que le -parlement qui avoit esté ordené à seoir l'endemain de la saint Martin, -par ledit monseigneur le duc et son conseil, et jà avoit esté mandé par -les baillages, fu continué quant aux plaidoieries jusques au secont jour -de janvier; et depuis, par leur ordenance, fu continué jusques à -l'endemain de la Chandeleur. - - - - -XXXIX. - -De la délivrance du roy de Navarre par un chevalier ennemi et traitre du -roy de France, et coment il convint que monseigneur le duc de Normendie -envoiast au roy de Navarre un très fort et seur sauf-conduit pour venir -à Paris. - - -Le mercredi huitiesme jour du moys de novembre ensuivant, avant le point -du jour du jeudi ensuivant, le roy de Navarre qui estoit en prison au -chastel de Alleux en Cambresis[63], fu délivré par un chevalier en qui -le roy de France se fioit, appellé monseigneur Jehan de Pequigny, lors -gouverneur, de par le roy de France, au pays d'Artois: lequel, comme -faux traitre, sans le consentement, sceu et volenté dudit roy de France, -son seigneur, qui ledit roy de Navarre faisoit tenir en prison, au grant -péril et préjudice du roy et du royaume ainsi faussement le délivra. Car -il ala, et gens d'armes avec luy, jusques au nombre de trente ou -environ, et estoient bourgois presque tous; et vint audit chastel de -nuit et fit tant, par eschieles et autrement, que luy et sa compaignie -entrèrent audit chastel qui estoit très mal gardé, sans ce que ceux qui -estoient dedens le sceussent, si comme l'en disoit. Mais il ne firent -point de mal à ceux qui estoient audit chastel. De là vint le roy de -Navarre et ceux qui l'avoient délivré à Amiens, desquels une grant -partie estoit de ladite ville, et là demoura par aucuns jours. Et fist -délivrer tous les prisonniers tant de la court, de l'églyse, comme de la -court laye. Et cependant fu traictié entre monseigneur le duc de -Normendie qui estoit à Paris, par aucuns des amis du roy de Navarre, -c'est assavoir par la royne Blanche sa suer, et par la royne Jehanne sa -tante, qui pour ce estoient venues en ladite ville de Paris, et par -autres, de envoier sauf-conduit audit roy de Navarre et à tous ceux qui -seroient en sa compaignie. Et convint que ledit monseigneur le duc -passast tel sauf-conduit, comme les amis dudit roy de Navarre vouldrent -deviser, c'est assavoir que pour quelconque chose faite ou à faire, l'en -ne le peust arrêter né ceux qui seroient en sa compaignie, et si en -porroit amener à Paris tant et tels comme il vourroit, armés ou -autrement. Et lors, au conseil dudit monseigneur le duc estoit principal -et souverain maistre ledit evesque de Laon qui les choses dessus dites -avoit toute préparées et faites par la puissance et ayde du devant dit -prévost des marchans et de dix ou de douze de la ville de Paris. Si -n'estoit pas merveille sé ledit monseigneur le duc estoit conseillié à -faire tout ce qui estoit bon au roy de Navarre. Lequel sauf-conduit fu -porté à Amiens par un clerc appellé Mahy de Pequigny, frère dudit -monseigneur Jehan de Pequigny, et par un échevin de Paris appellé -Charles Toussac. Ce fait, pluseurs des bonnes villes qui estoient venues -à Paris à ladite assemblée des trois estas, par espécial des parties de -Champaigne et de Bourgoigne, se partirent de Paris sans prendre congié, -quant il sceurent que le roy de Navarre devoit venir à Paris; pour ce -que il se doubtoient que l'en ne leur voulsist faire avouer la -délivrance du roy de Navarre. - - [63] _Alleux_. Ou _Arleux-en-Palluel_. L'ancienne façon d'écrire le - nom de ce bourg, situé à quatre lieues de Cambray, est confirmée par - le titre du joli fabliau publié par M. Francisque Michel: _Le - Meunier d'Alleux_. - -Item, le mercredi, veille de saint Andrieu ensuivant, près de -l'anuitier, entra ledit roy de Navarre à Paris, avec moult grant -compaignie de gens armés. Et estoient avec luy monseigneur Jehan de -Meulent, evesque de Paris, et moult grant nombre de ceux de Paris, dont -il y avoit bien deux cens hommes d'armes et plus qui estoient alés à -l'encontre dudit roy jusques à Saint-Denis en France; et ala ledit roy -de Navarre descendre en l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. - - - - -XL. - -De la prédication par parolles couvertes que ledit roy de Navarre fist -au Pré aux clercs à pluseurs gens de la ville de Paris à la fin à quoy -il tendoit. - - -L'endemain, jour de la saint Andrieu, environ heure de prime, le roy de -Navarre qui avoit fait assavoir par ladite ville de Paris, en pluseurs -lieux, que il vouloit parler aux gens de ladite ville, fu en un -eschafaut sur les murs de ladite abbaïe de Saint-Germain-des-Prés, par -devers le Pré-aux-Clercs; lequel eschafaut estoit fait pour le roy de -France, pour veoir les gaiges de batailles que l'en faisoit aucunes fois -en unes lices qui estoient audit pré, joingnant aux murs de -Saint-Germain. Es quelles lices estoient venus moult de gens par le -mandement que ledit roy de Navarre et ledit prévost des marchans avoient -fait à pluseurs quarteniers et cinquanteniers de ladite ville. Et en la -présence de dix mille personnes dist moult de choses, en démonstrant que -il avoit esté pris sans cause et détenu en prison par dix-neuf moys: et -contre pluseurs des gens et officiers du roy dist pluseurs choses. Et -jasoit ce que contre le roy né contre le duc il ne déist riens -appertement, toutevoies dist-il assez de choses deshonnestes et -villaines par parolles couvertes. Moult longuement sermona et tant que -l'en avoit disné par Paris, quant il cessa. Et fu tout son sermon de -justifier son fait, et de dampner sa prise. Et le pareil sermon avoit -fait à Amiens[64]. - - [64] Il est, je pense, assez inutile de rappeler que tout ce récit des - règnes de Jean et de Charles V révèlent à chaque phrase la pensée de - Charles V lui-même. Et cela donne à la dernière partie des - _Chroniques de Saint-Denis_ une importance que ne pourra jamais - surpasser aucun autre monument historique. - - - - -XLI. - -De la response que l'evesque de Laon rendit pour monseigneur le duc sans -en demander son plaisir. - - -A l'endemain qui fu vendredi et premier jour de décembre, alèrent au -palais, par devers monseigneur le duc de Normendie, ledit prévost des -marchans, maistre Robert de Corbie et aucuns autres de ladite ville de -Paris. Et requistrent audit monseigneur le duc de par les bonnes villes, -si comme il disoient, que il voulsist faire raison et justice audit roy -de Navarre. Et lors ledit evesque de Laon qui principal estoit audit -conseil de monseigneur le duc, si comme dessus est dit, et par lequel -ledit roy et prévost des marchans et leur partie faisoient ce que il -faisoient, respondi, pour monseigneur le duc sans luy en demander son -plaisir, que ledit duc feroit audit roy de Navarre, non pas seulement -raison et justice, mais toute grace et toute courtoisie et tout ce que -bon frère doit faire à autre. Et certes c'estoit bien trompé quant celui -qui estoit maistre et gouverneur dudit roy de Navarre et de ceux de sa -partie, estoit maistre et principal au conseil de monseigneur le duc, -c'est assavoir ledit evesque de Laon; et n'y avoit lors homme au conseil -dudit monseigneur le duc qui luy osast contredire. - - - - -XLII. - -Coment monseigneur le duc, par le conseil que il ot et aussi par sa -benignité, ala premièrement devers le roy de Navarre, en l'ostel de la -royne Jehanne. - - -Le samedi ensuivant, ledit monseigneur le duc assembla de ceux de son -conseil tant et tel comme ledit evesque voult; et furent exposées les -requestes que faisoit ledit roy de Navarre, et fut dist que chascun y -pensast. Et l'endemain jour de dimenche, tiers jour dudit moys de -décembre, retournaissent au conseil. - -Iceluy jour de samedi, après diner, ledit duc ala en l'ostel de ladite -royne Jehanne, par le conseil qui luy fu donné, pour parler audit roy de -Navarre qui encore n'avoit esté par devers luy né parlé à luy. Et assez -tost après que ledit monseigneur le duc fu venu audit ostel, ledit roy -de Navarre y ala à grant compaignie de gens d'armes; et toutesvoies -monseigneur le duc y estoit alé à assez petite compaignie, sans aucunes -armes. Et quant ledit roy de Navarre entra en la chambre où estoit -ladite royne et ledit duc, lesdis duc et roy s'entre saluèrent assez -mortement. Toutesvoies convint-il que les sergens d'armes qui estoient -alés avec ledit duc audit ostel, et gardoient l'huys de la chambre où il -estoit, se partissent, ou l'en leur eust fait villenie. Et demourèrent -les gens dudit roy de Navarre en la garde dudit huys, comme maistres et -souverains que il se tenoient; et là parlèrent assez ensemble, et pou -après se départirent. - - - - -XLIII. - -Coment il fu conseillié à monseigneur le duc par l'evesque de Laon et -par le prévost des marchans que il accordast toutes les requestes du roy -de Navarre. - - -Le dimanche ensuivant, troisiesme jour de décembre, furent devant -monseigneur le duc au conseil pluseurs conseilliers tels comme ledit -evesque ordena. Et furent répétées les requestes que ledit roy de -Navarre faisoit; et toutesvoies, pour oïr tout ce que il vouldroit -requérir avoit esté ordené certains conseilliers dudit monseigneur le -duc, desquels la plus grant partie estoient audit roy de Navarre. Mais -ainsi l'avoit ordené ledit evesque, afin que tout quanque ledit roy -requerroit luy fust octroié par ledit monseigneur le duc qui, par -contrainte, ne povoit refuser chose que iceluy evesque voulsist. -Lesquels conseilliers estoient audit conseil. Et pour ce encore que il y -eust plus des amis dudit roy de Navarre, et que les requestes que il -faisoit ne peussent estre empeschiées par aucuns preudes hommes qui -estoient audit conseil, ledit evesque malicieusement fist et ordena que -ledit prévost des marchans, maistre Robert de Corbie, Jehan de l'Isle et -aucuns autres de leur aliance alèrent heurter à l'huys de la chambre où -ledit monseigneur le duc et le conseil estoit pour ordener desdites -requestes; et feingnirent que il voulsissent parler audit monseigneur le -duc d'autre chose; et toutesvoies ne distrent-il aucune chose fors tant -que il distrent audit monseigneur le duc que les gens envoiés de par les -bonnes villes estoient à accort et s'en vouloient aler, mais que il -eussent faite leur response. Si requéroient ledit monseigneur le duc que -il féist savoir à tous les nobles qui estoient à Paris que il feussent -l'endemain aux Cordeliers, pour eux accorder avec les bonnes villes. -Lequel duc respondit que il le feroit volentiers. - -Ce fait, ledit monseigneur le duc, par le conseil dudit evesque, fist -demourer au conseil lesdis prévost des marchans et sa compaignie. Et -lors, fist demande à chascun d'iceux qui estoient au conseil, sur -lesdites requestes. Et finablement fu conseillié à monseigneur le duc -que il accordast audit roy de Navarre les choses qui ensuivent; et si fu -dit par ledit prévost des marchans en disant son opinion: «Sire, faites -amiablement au roy de Navarre ce que il vous requiert, car il convient -qu'il soit fait ainsi.» Comme sé il voulsist dire: il en sera fait, -veuillez ou non. - -Si fu lors ordené: Que le roy de Navarre auroit toute la terre qu'il -tenoit quant il fu pris, et tous les meubles qui estoient sous ladite -terre. - -Item, toutes les forteresses que il tenoit lors que dessus est dit, qui -depuis avoient esté prises par le roy de France et ses gens; et tous les -biens qui estoient ès dites forteresses. - -Item, fu ordené que ledit monseigneur le duc pardonneroit audit roy de -Navarre et à tous ses adhérens tout ce que il avoient meffait au roy et -au royaume de France. - - - - -XLIV. - -Autres ordenances, coment les dessus dis décapités et pendus à Rouen -fussent despendus et enterrés; et les biens rendus à leur hoirs. - - -Encores fu ordené que le conte de Harecourt, le seigneur de Graville, -monseigneur Maubué-de-Mainesmares, chevaliers, et Colinet Doublet, -escuier, lesquels le roy de France avoit fait descapiter à Rouen, en sa -présence, et puis traisner et pendre au gibet de Rouen, lorsque le roy -de Navarre fu pris, seroient despendus publiquement et rendus à leur -amis, pour enterrer en terre benoicte; et toutes leur terres qui -estoient confisquées rendues à leur enfans ou héritiers. Et pour ce que -ledit roy de Navarre requéroit pour ses injures, dommaiges et intérêts -grant somme de florins ou terre en lieu desdis florins; et disoit-l'en à -part, jasoit ce que il ne feust pas dit clèrement, que il pensoit à en -avoir ou la duchié de Normendie ou la conté de Champaigne; il fu ordené -que l'en traiteroit avec luy de continuer ceste requeste jusques à un -autre jour. Et finablement luy furent accordées toutes les choses dessus -dites, et en ot lettres dudit duc telles comme les gens dudit roy les -vouldrent faire. Et pour ce que l'assemblée des trois estas estoit -continuée jusques au vintiesme jour de Noël ensuivant, car il n'avoient -pas esté d'acort, et si s'en estoient alés pluseurs sans prendre congié -quant il orent sceu la délivrance dudit roy, si comme dessus est dit, -accordé fu que les roys et duc rassembleroient au vintiesme jour de Noël -dessus dit, pour traitier des choses dessus dites; et cependant ledit -monseigneur le duc envoieroit certaine personne notable en Normendie -pour exécuter royaument et de fait audit roy les choses à luy accordées; -et y fu ordené monseigneur Almaury de Meullant, chevalier baneret. - -Et, par trois ou quatre jours après, compaignièrent lesdis duc et roy -l'un l'autre, et furent par ledit temps souvent ensemble, et mengièrent -ensemble pluseurs fois en l'ostel de la royne Jehanne, en l'ostel dudit -evesque de Laon et au palais; et tousjours estoit ledit evesque avec -eux, et moult bonne chière s'entrefaisoient. Et ensemble, moult -secrètement, visitèrent les saintes reliques en la chappelle du palais. -Et fist ledit roy délivrer tous les prisonniers qui estoient ès prisons -de Paris, tant ès prisons de l'églyse comme ès prisons des seigneurs -lais; néis ceux qui estoient en oubliète, condamnés au pain et à l'yaue, -furent délivrés. - -Après ces choses, vindrent certaines nouvelles à Paris que le traictié -entre les roys de France et d'Angleterre estoit tenu parfait, et qu'il -estoient à accort; et disoit l'en communément que ledit roy de France -seroit tantost en France. - -Item, le mercredi jour de la sainte Luce, se parti le roy de Navarre de -Paris un pou avant prime; et avoit, en sa compaignie grant foison de -gens d'armes, et s'en ala à Mante. - - - - -XLV. - -Coment les capitaines des chastiaux de Normendie qui estoient tenus -contre le roy de France vindrent à Mante par devers le roy de Navarre, -lequel les reçut moult liement. - - -En ce temps vindrent à Villepereur[65], à Trappes et au pays d'environ -pluseurs gens d'armes, par diverses flottes, dont les uns estoient -Anglois et les autres estoient à monseigneur Phelippe de Navarre, si -comme l'en disoit; et ne savoit-on à Paris qui estoit capitaine desdites -gens d'armes[66]. Et coururent tout le pays jusques près de Paris, à -quatre ou cinq lieues; pillièrent et robèrent dix ou douze lieues de -pays et gastèrent et prisrent Maule sur Mandre[67] et l'enforcièrent et -pluseurs autres forteresses, sans ce que aucun y féist résistance en -aucune manière. Et jasoit ce que ceux de Paris y envoiassent monseigneur -Pierre de Villiers, lors chevalier du guet, et aucuns autres tant de -Paris que de la visconté, toutesvoies ne se mistrent-il point en poine -de rebouter les ennemis: et vuidèrent les bonnes gens tout le pays, et -amenèrent tous leur biens à Paris. Aucuns disoient que lesdis ennemis -estoient huit cent hommes d'armes; autres disoient qu'il estoient mil ou -douze cens. - - [65] _Villepereur_ (Villa-pyrorum). Aujourd'hui _Villepreux_, bourg à - deux lieues de Versailles.--_Trappes_ est un village à peu de - distance. - - [66] Suivant Froissart, c'étoit un Gallois nommé _Ruffin_. - - [67] _Maule sur Mandre_. Aujourd'hui bourg du département de - Seine-et-Oise, à cinq lieues de Versailles. - -Item, le jour de Noël ensuivant, furent les capitaines des chastiaux et -forteresces de Normendie tenus par les ennemis du roy de France, à -Mante[68], avec le roy de Navarre, et disnèrent avec luy; et disoit l'en -que il avoient fait ensemble grans aliances. - - [68] _A Mantes_. C'est-à-dire: Les capitaines des châteaux... furent à - Mantes. - -Et en ce temps, le duc de Normendie fist grans semonces de gens d'armes, -pour estre à Paris et ès villages environ audit vint-deuxiesme jour; et -disoit l'en que c'estoit pour rebouter lesdis ennemis qui estoient -entour Paris. Mais pluseurs, et par espécial ceux de Paris cuidoient que -ce fu pour eux grever que ledit monseigneur le duc féist ladite semonce, -et par pluseurs fois luy en parlèrent: mais il respondoit tousjours que -c'estoit pour ladite cause. Néantmoins ceux de Paris se doubtoient -forment, et ordenèrent que aucuns hommes armés ne entreroient à Paris sé -il n'estoient cogneus, et firent garder par gens armés les entrées de -Paris. Et toutesvoies ledit evesque de Laon par lequel lesdis de Paris -se conseilloient et gouvernoient principalement et qui tout estoit au -roy de Navarre, estoit principal conseillier dudit duc; et estoit tout -fait par luy et par son ordenance. Moult de gens estoient esbahis, et -disoit-l'en que il estoit la besague[69] qui fiert des deux bous. Et -vraiement l'en disoit que ledit evesque faisoit savoir audit roy tout ce -qui estoit fait au conseil de monseigneur le duc. Et le roy de Navarre -qui savoit que le duc faisoit ladite semonce la faisoit aussi la plus -grant que il povoit, et vraiement les gens de Paris et du pays environ -estoient forment esbahis, car il se doubtoient que entre les deux -seigneurs eust descort par lequel le pays feust gasté et destruit. Car -ceux qui gardoient les chastiaux de Breteuil et d'Evreux, de -Pont-Audemer et de Pacy, ne les vouloient rendre au roy de Navarre sans -mandement du roy de France. Et pour ce disoit ledit roy de Navarre que -on ne luy avoit pas tenu les convenances que ledit monseigneur le duc -luy avoit faites de rendre les chastiaux, et estoit son entencion de -pourchacier son droit; si comme l'en disoit. - - [69] _Besague_. Hache à deux tranchans. _Bisacuta_. - - - - -XLVI. - -Des chapperons partis que ceux de Paris pristrent; et coment le roy de -Navarre alla à Rouen. - -ANNÉE 1358 - - -La première semaine de janvier ensuivant, ceux de Paris ordenèrent qu'il -auroient tous chapperons partis de rouge et de pers[70]; et fu commandé -par les ostels, de par le prévost des marchans, que on préist tels -chapperons. Et tousjours estoient les ennemis entour Paris, qui -pilloient tout et prenoient toutes les bonnes gens et faisoient -raençonner les villes et ceux que il povoient tenir. - - [70] _Pers_. Bleu. - -Item, le lundi huitiesme jour de janvier dessus dit, entra ledit roy de -Navarre à Rouen, à moult grant compaignie de gens armés et non armés, -tant de ladite ville qui estoient alés encontre luy comme autres que il -avoit amenés avec luy. Et cedit jour ardirent les ennemis un moult bel -ostel que monseigneur le duc de Normendie avoit au dessoubs de Rouen, à -trois lieues, appellé Couronne[71]. - - [71] _Couronne_. Aujourd'hui _le Grand Couronne_, village situé sur la - rive gauche de la Seine, et chef-lieu de canton du département de la - Seine-Inférieure. - - - - -XLVII. - -Coment le roy de Navarre fist despendre les dessus dis décapités à -Rouen, et les fist enterrer solempnellement. - - -Le mercredi ensuivant, dixiesme jour du moys de janvier, le roy de -Navarre envoia, au matin, au gibet de Rouen, pour despendre et ensevelir -les corps des trois dessus dis que le roy de France avoit fait -descapiter en sa présence, lorsque le roy de Navarre fu pris. Auquel -gibet ne fu rien trouvé du conte de Harecourt, car lonc-temps avant il -avoit esté osté; mais l'en ne savoit par qui, combien que l'en supposoit -que ce eussent fait ses parens. Et là furent ensevelis par trois -rendues[72] de la Magdaleine de Rouen le corps du seigneur de Graville, -de monseigneur Maubué de Mainesmares, et de Colinet Doublet, qui encore -avoient esté audit gibet sans les testes; et furent mis en trois -coffres, tels comme on a accoustumé de faire pour mors. Et il y ot un -autre coffre wit[73] pour représentacion dudit conte de Harecourt: -lesquels coffres furent mis en trois chars[74] à dames qui là avoient -esté amenés pour celle cause. Et fu le coffre qui faisoit la -représentacion dudit conte en l'un desdis chars, le seigneur de Graville -en l'autre, et les deux autres coffres en l'autre char. Et ledit jour, -environ heure de tierce, ledit roy de Navarre à cheval et très grant -foison de peuple avec luy à cheval et à pié, partirent de Rouen et -alèrent au gibet dessus dit; et là ot cent varlés qui portoient cent -grans torches; et avoit chascun varlet un escusson des armes dudit roy -de Navarre. Et fist ledit roy charier lesdis coffres jusques à un lieu -près de Rouen appellé le Champ du pardon auquel lesdis corps avoient -esté descapités en la place: au plus près que l'en pout de là où il -avoient esté descapités furent lesdis chars arrestés; et là furent -chantées moult sollempnellement vigilles des mors, par grant foison de -gens de pluseurs religions qui estoient là alés pour celle cause; et -cela fait, lesdis chars furent mis au chemin: c'est assavoir, celui où -estoient les deux coffres devant; et après ledit char avoit deux -escuiers armés des armes dudit Maubué et Colinet, montés sur leur -chevaux, et leur amis après. Et après, estoit le char auquel estoit le -corps dudit seigneur de Graville; et après avoit deux hommes à cheval -qui portoient deux bannières de ses armes, et deux autres sur deux -chevaux armés, l'un pour guerre et l'autre pour tournoy, et après -estoient les amis dudit seigneur. Et après estoit le char auquel estoit -la représentacion dudit conte de Harecourt et deux varlés et deux hommes -armés, le roy de Navarre et les amis du conte. Et ainsi furent charriés -jusques à la porte derrière le chastel de Rouen, c'est assavoir jusques -au lieu où il avoient esté mis dedens les charretes quant on les mena -exécuter. Et là furent arrestés et furent mis hors lesdis coffres desdis -chars, et les pristrent chevaliers et escuiers si comme on a acoustumé à -porter corps. Et les portèrent jusques à Notre-Dame de Rouen en l'églyse -cathédrale. Et ledit roy de Navarre et merveilleusement grant peuple -aloient après à pié; et fu moult tart quant il furent en ladite églyse. -Et là furent mis en une chappelle couverte de cierges qui avoient bien -vint-sept piés de lonc. Et en chascun des pilliers de ladite église -avoit une grant pièce de cendal atachiée, dedens laquelle avoit quatre -escus petits des armes dessus nommées. - - [72] _Rendues_. Religieuses. - - [73] _Wit_. Vide. - - [74] _Chars_. Variante: _Chairs_. - - - - -XLVIII. - -Du sermon que le roy de Navarre fist à ceux de Rouen en nommant martirs -ceux qui estoient descapités. - - -L'endemain, jour de jeudi onziesme jour dudit moys de janvier, le roy de -Navarre fu au matin, en une fenestre sur la porte de Saint-Oyen de -Rouen; et là parla à grant foison de gens qui estoient alés en la place -qui estoit devant pour oïr ledit roy qui avoit fait savoir que il -vouloit parler à eux; et leur dit en substance autel comme il avoit dit -à Paris. Et pluseurs fois nomma les quatre corps dessus dis martirs. Et -après ala à ladite églyse de Notre-Dame, là où fu dite la messe des mors -moult solempnellement par l'evesque d'Avranches, et puis furent mis -lesdis coffres en despost au charnier de ladite églyse de -Notre-Dame[75]. Et celuy jour au disner, fist le roy de Navarre seoir à -sa table un marchant de vin de petit estat, pour le temps maire de -ladite ville de Rouen. - - [75] Je ne sais si l'on voit encore à Notre-Dame de Rouen, comme avant - la révolution, le heaume de ces quatre chevaliers appendus dans la - chapelle des Innocens ou de St-Romain. - - - - -XLIX. - -Coment monseigneur le duc de Normendie en asseurant ceux de Paris leur -dist, en plaines halles, qu'il vouloit vivre et mourir avec eux, et que -les gens d'armes qu'il faisoit venir estoient pour le bien de ceux du -royaume: et, par la deffaute de ceux qui avoient le gouvernement, il -convenoit que il-meismes méist paine à rebouter les ennemis. - - -Ce meisme jeudi, onziesme jour dudit moys de janvier mil trois cens -cinquante-sept, monseigneur le duc de Normendie qui longuement avoit -demouré à Paris et ne pouvoit avoir chevance, car ceux de Paris avoient -tout le gouvernement, fu conseillié que il parlast au commun de Paris. -Si fist savoir, celuy jour bien matin, que il iroit ès halles pour -parler au commun. Et quant l'evesque de Laon et le prévost des marchans -le sceurent, il le cuidèrent empeschier, et distrent à monseigneur le -duc que il se vouloit mettre en grant péril de soy mettre devant le -peuple. Néantmoins, ledit monseigneur le duc ne les crut point, mais -ala, environ heure de tierce, ès dites halles, à cheval, luy sixiesme ou -huitiesme ou environ. Et dist à grant foison de peuple qui là estoit que -il avoit entencion de mourir et de vivre avec eux, et que il ne -créussent aucuns qui avoient dit et publié que il faisoit venir des gens -d'armes pour les piller et gaster: car il ne l'avoit oncques pensé. Mais -il faisoit venir lesdites gens d'armes pour aidier à deffendre et -garantir le peuple de France qui moult avoit à souffrir, car les ennemis -estoient moult espandus parmy le royaume de France, et ceux qui avoient -pris le gouvernement n'y mettoient nul remède. Si estoit son entencion, -ce disoit, de gouverner dès lors en avant, et de rebouter les ennemis de -France; et n'eust pas tant attendu ledit duc sé il eust eu le -gouvernement et la finance. Et oultre, dit lors que toute la finance qui -avoit esté levée ou royaume de France, depuis que les trois estas -avoient eu le gouvernement, il n'en avoit né denier né maille; mais bien -pensoit que ceux qui l'avoient receue si en rendroient bon compte. Et -furent les parolles dudit duc moult agréables au peuple; et se tenoit la -plus grant partie par devers luy[76]. - - [76] _Et se tenoit, etc._ C'est-à-dire: Et le plus grand nombre - favorisoit plutôt son parti que celui des meneurs des Trois-Etats. - - - - -L. - -De l'assemblée que le prévost des marchans fist faire à -Saint-Jaques-de-l'Ospital, pour la doubte que il avoit que le peuple de -Paris ne se tenist du tout avec monseigneur le duc; et des parolles que -dit Charles Toussac, eschevin. - - -L'endemain, jour de vendredi douziesme jour dudit moys de janvier, le -prévost des marchans et ses aliés considérans et voyans que le peuple -estoit à faire le plaisir et la volenté de monseigneur le duc, leur -seigneur; doubtans par aventure que ledit peuple ne s'esméust contre -eux, firent assembler à Saint-Jaques-de-l'Ospital[77] grant foison de -gens, et par espécial ceux qui estoient de leur partie. Et quant ledit -duc sceut ladite assemblée, il parti tantost du palais et ala audit -Ospital, et en sa compagnie estoit ledit evesque de Laon et pluseurs -autres. Et quant il fu là, il fist parler son chancellier à tous ceux -qui là estoient, et leur fist dire une partie de ce qu'il avoit dit le -jour précédent ès halles. Et oultre, pour ce que pluseurs publioient que -ledit duc ne tenoit pas au roy de Navarre les convenances que il luy -avoit promises, et ledit duc ne povoit faire son devoir de rebouter ses -ennemis qui dommageoient et gastoient tout environ Paris, Chartres et le -pays environ; iceluy duc fist dire que il avoit bien tenu audit roy de -Navarre ce qu'il avoit promis en tant comme il povoit; mais aucuns -d'iceux auxquels le roy son père avoit baillié à garder aucuns chastiaux -dudit roy de Navarre ne les vouloient rendre, il n'en povoit mais; mais -il en avoit fait tout son povoir et encore estoit prest du faire. - - [77] _Saint-Jaques de l'Ospital_. Église située à l'extrémité des rues - _Mauconseil_ et _Saint-Denis_. Transformée depuis la révolution de - 1792 en magasin, elle fut abattue en 1822. - -Et après ce que ledit chancellier ot parlé, Charles Toussac se leva et -voult parler; mais il y ot si grant noise que il ne pout estre oï. Si se -parti lors monseigneur le duc et sa compaignie, fors l'evesque de Laon -qui demoura avec ledit prévost des marchans. Et assez tost après que -ledit duc fu parti, ledit Charles recommença, et lors fu oï. Si dist -moult de choses, et par espécial contre les officiers du roy. Et dist -que il y avoit tant de mauvaises herbes que les bonnes ne povoient -fructifier né amender; et dit moult de choses couvertement contre le -duc. Et après, quant il ot parlé, un advocat appellé Jehan de -Sainte-Aude, qui par les trois estas avoit esté fait un des généraux -gouverneurs des subsides ottroyés par les trois estas, parla et dit que -le prévost des marchans né les autres des trois estas n'avoient pas -emboursé l'argent que on avoit receu des subsides. Et autel avoit dit -ledit prévost des marchans. Et nomma ledit Jehan pluseurs chevaliers qui -en avoient eu par le mandement dudit duc, si comme disoit ledit Jehan, -jusques à la somme de quarante ou de cinquante mille moutons lesquels -avoient esté mal emploiés, si comme ses parolles le notoient et -donnoient à entendre. Et là fu encore dit par ledit Charles Toussac que -ledit prévost des marchans étoit preud'homme et avoit fait ce que il -avoit fait, pour le bien et le sauvement et le proufit de tout le -peuple. Et dist que sur ledit prévost régnoit haine, et que il le savoit -bien. Et que sé ledit prévost des marchans cuidoit que ceux qui là -estoient présens et les autres de Paris ne le voulsissent porter né -soustenir, il querroit son sauvement là où il le pourroit trouver. Et là -aucuns qui estoient de leur aliance crièrent, disans que il le -porteroient et soustenroient contre tous. - -Item, le samedi ensuivant, treisiesme jour dudit moys de janvier, -monseigneur le duc manda pluseurs des maistres de Paris au palais là où -il estoit, et parla à eux moult amiablement et leur requist que il luy -voulsissent estre bons subgiés, et il leur seroit bon seigneur. Lesquels -luy respondirent que il vivroient et mourroient avec luy, et que il -avoit trop attendu à prendre le gouvernement. - - - - -LI. - -D'une faible monnoie que les gens des trois estas ordenèrent à Paris. - - -Le huitiesme jour d'après Noël l'an dessus dit, fu l'assemblée à Paris -des bonnes villes; mais il n'y ot aucuns nobles, et pou y ot des gens -d'églyse. Et tous les jours assembloient et si ne povoient estre à -accort. Et toutesvoies il demourèrent à Paris jusques au vint-quatriesme -ou vint-cinquiesme jour de janvier. Et ordenèrent que il retourneroient -le dimenche devant karesme prenant, onziesme jour du moys de février -ensuivant. Et pour provision ordenèrent que on feroit nouvelle monnoie -plus foible que celle qui autrefois avoit esté faite par eux, et que -monseigneur le duc y auroit plus de proufit: c'est assavoir le quint -denier, et les autres quatre seroient pour la guerre. Et ainsi fu fait; -et valut le mouton trente sols parisis. - -Et les deux roynes Jehanne et Blanche traictoient à Paris de l'accort -mettre entre monseigneur le duc qui là estoit, et le roy de Navarre qui -estoit à Mante; mais ledit roy avoit de ses gens à Paris monseigneur -Jehan de Piquegny et autres. Et tousjours venoient à Paris gens de -diverses marches, souldoiers, tant que monseigneur le duc ot bien dedens -Paris deux mille hommes d'armes, lesquels demouroient à Paris sans riens -faire né porter aucun proufit; et toutesvoies les ennemis estoient sur -le pays en pluseurs lieux et pilloient et roboient tout, et furent -jusques à Saint-Cloust. - -_Incidence_.--Le mardi, seiziesme jour dudit moys de janvier, espousa -monseigneur Loys, conte d'Estampes, madame Jehanne d'Eu, fille jadis de -Raoul conte d'Eu et connestable de France, et suer à l'autre conte d'Eu -et de Guynes et aussi connestable de France qui ot la teste couppée à -Neele, à Paris. Laquelle madame Jehanne avoit esté femme de monseigneur -Gautier, duc d'Athènes et conte de Brene en Champaigne et connestable de -France, qui avoit esté tué en la bataille de Poitiers où le roy Jehan fu -pris. - - - - -LII. - -De la prise d'Estampes. - - -Celuy mardi meisme, les ennemis d'entour Paris et Chartres pristrent -Estampes et la pillèrent, et y pristrent grant foison de prisonniers que -il menèrent en pluseurs forteresces que il tenoient en Chartrain et en -Beausse. - - - - -LIII. - -De la mort Jehan Baillet, trésorier de monsieur le duc de Normendie. Et -coment Perin Marc fu justicié, pendu et puis despendu et enterré en -l'églyse Saint-Merry. - - -Le mercredi vint-quatriesme jour dudit moys de janvier, après disner, -Jehan Baillet, trésorier de monseigneur le duc de Normendie et moult -acointé de luy, fu tué à Paris d'un vallet changeur appellé Perrin -Marc[78] qui le féri d'un coutel au dessoubs de l'espaule par derrière, -en la rue nueve Saint-Merry. Et après s'enfuy ledit Perrin audit -moustier de Saint-Merry. Et le soir bien tart, ledit duc qui moult -estoit courroucié de la mort de son dit trésorier envoia audit moustier -de Saint-Merry monseigneur Robert de Clermont[79] son mareschal, Jehan -de Chalon, fils de monseigneur Jehan de Chalon, seigneur d'Arlay, -Guillaume Staise, lors prévost de Paris et grant foison de gens d'armes, -lesquels brisièrent les huis dudit moustier et en mistrent hors à force -ledit Perrin Marc. Et l'endemain matin jour de jeudi, ledit Perrin fu -traisné au chastelet au lieu où il avoit fait le coup, et là ot le poing -couppé et puis fu mené au gibet de Paris, et là pendu. - - [78] _Perrin Marc_. Villani, copiste souvent infidèle de nos - _Chroniques_, ajoute ici que _Macé_ se plaignoit de n'avoir pas reçu - le prix de deux chevaux achetés par les gens de l'écurie du dauphin. - «Le trésorier,» dit sur cela M. Michelet, «refusoit de payer, sans - doute sous prétexte du droit de prise.» Je suis surpris de voir une - pareille conjecture sous la plume de M. Michelet, qui auroit dû la - laisser à Dulaure ou à M. Sismondi. Il ne peut ignorer que ce _droit - de prise_, dont on a fait tant de bruit, n'étoit que celui - d'emprunter pour un très court espace de temps les objets de - première nécessité que ne pouvoient emporter avec eux dans leurs - tournées les grands officiers de la couronne. C'étoient des matelas, - de la vaisselle et des fourrages. Mais jamais il n'arrivoit aux - emprunteurs de prétendre à la propriété de ces objets. Et si les - citoyens ne devoient pas les refuser, on ne pouvoit se dispenser de - leur tenir compte de ceux qu'on ne leur restituoit pas. Au reste, il - est fort douteux que Perrin Marc et non pas Macé, _valet changeur_, - ait eu personnellement à réclamer quelque chose du trésorier Jean - Baillet. - - [79] La plupart des manuscrits et les éditions gothiques omettent ce - nom; et Villaret transporte au jeune Jean de Chalon le titre de - _maréchal de Champaigne_, tandis que Lévesque fait de Jean de - Clermont le _maréchal de Normandie_. La vérité, c'est que Jean de - Clermont fut nommé maréchal de France par le duc de Normandie depuis - la captivité de son père. L'erreur vient de ce que les chroniqueurs - contemporains l'ont souvent désigné comme _maréchal de monseigneur - le duc de Normandie_. - -Mais l'evesque de Paris fist tant que ledit Perrin fu despendu le samedi -ensuivant et fu ramené audit moustier de Saint-Merry et restabli; et là -à très grant sollempnité fu enterré le jour que les obsèques dudit Jehan -Baillet furent faites; auxquelles fu présent monseigneur le duc de -Normendie. Et à celles dudit Perrin fu le prévost des marchans, et grant -foison des bourgois de Paris. - - - - -LIV. - -Des messagiers du roy de France envoiés à monseigneur le duc son fils -ainsné, à Paris. - - -Le samedi vint-septiesme jour du moys de janvier, les messages du roy -qui estoient venus d'Angleterre, c'est assavoir l'evesque de Therouenne -chancellier de France, le conte de Vendosme, le seigneur de Derval, le -sire d'Aubigny, monseigneur Jehan de Saintré chevalier et messire Jehan -de Champeaux clerc, firent leur rapport au duc de Normendie, en la -présence de pluseurs de son conseil, evesques, chevaliers et autres, sur -le traictié de l'accort fait en Angleterre, entre les roys de France et -d'Angleterre. Lequel traictié moult plut audit duc et à ses -conseilliers, si comme il disoient. - - - - -LV. - -De la response que monseigneur le duc de Normendie fist au message du -roy de Navarre. - - -Après celuy samedi huit jours ou environ, messire Jehan de Piquegny vint -à Paris de par le roy de Navarre qui estoit à Mante, et fist ledit -messire Jehan pluseurs requestes à monseigneur le duc, de par ledit roy -de Navarre, en la présence des roynes Jehanne et Blanche et de pluseurs -du conseil dudit duc. C'est assavoir que monseigneur le duc tenist les -convenances audit roy de Navarre que il luy avoit, lesquelles il ne[80] -esclaircissoit point; et que il féist rendre audit roy ses forteresces -et quarante mille florins à l'escu que l'en luy avoit promis l'autre -fois qu'il avoit esté à Paris, et aussi aucuns joyaux qui avoient esté -pris du sien, lors qu'il fu emprisonné. - - [80] _Lesquelles il ne_. Que ledit Picquegny ne précisoit pas. - -Et lors monseigneur le duc se mist à un genouil devant les dites roynes, -lesquelles le firent lever tantost et raseoir emprès elles. Et respondi -audit monseigneur Jehan que il avoit bien audit roy de Navarre tenues -les convenances que il ly avoit, et que sé aucun à qui il fust tenu de -respondre vouloit dire le contraire il diroit que celui mentiroit. Mais -ledit monseigneur Jehan n'estoit pas homme à qui monseigneur le duc en -déust respondre. Et toutes voies disoit-il encore que sé aucun vouloit -maintenir que il n'eust tenu audit roy de Navarre lesdites convenances, -il avoit des chevaliers qui bien s'en combattroient, sé mestier estoit. -Et pluseurs autres parolles dist lors monseigneur le duc. Et lors fu dit -par l'evesque de Laon que monseigneur le duc auroit plus grant advis sur -lesdites requestes, et en respondroit tant que il souffiroit; et ainsi -se départirent. - - - - -LVI. - -Coment l'université de Paris, par le prévost des marchans, alèrent par -devers monseigneur le duc pour faire accorder les demandes au roy de -Navarre. - - -Celle sepmaine, l'université de Paris[81], le clergié, le prévost des -marchans et ses compaignons, alèrent par devers monseigneur le duc, au -palais, et là fu dit audit duc, par frère Simon de Langres, maistre de -l'ordre des Jacobins, que tous les dessus nommés avoient esté ensemble -au conseil, et avoient délibéré que le roy de Navarre feroit faire audit -duc toutes ses demandes à une fois; et que tantost que il les auroit -faites, ledit duc feroit rendre audit roy de Navarre toutes ses -forteresces: et après l'en regarderoit sur toutes les requestes dudit -roy, et luy passeroit l'en tout ce que l'en devroit. Et pour ce que -ledit maistre ne disoit plus, un moine de Saint-Denis en France, maistre -en théologie et prieur d'Essonne[82], dit audit maistre que il n'avoit -pas tout dit. Si dist lors ledit prieur à monseigneur le duc, que encore -avoient-il délibéré que sé il ou le roy de Navarre estoient refusans de -tenir et accomplir leur délibération, il seroient tous contre celuy qui -en seroit refusant et prescheroient contre luy[83]. - - [81] Du Boullay, dans son _Histoire de l'Université_, et tous nos - historiens assurent, je ne sais sur quel garant, que l'Université - refusa toujours de porter le chaperon mi-parti; mais tous, à - l'exception de M. Michelet, omettent de mentionner la visite faite - par l'Université au dauphin, qui s'en seroit bien passé. - - [82] _Essonne_. Près de Corbeil. - - [83] Il suffiroit de ces dernières phrases pour prouver que notre - chronique n'est plus rédigée par un moine de Saint-Denis. - - - - -LVII. - -Autre ordenance par aucuns des gens des trois estas. - - -Le dimenche devant karesme prenant, onziesme jour de février, se -rassemblèrent à Paris pluseurs des bonnes villes et du clergié, mais il -n'y vint nul noble. Et par pluseurs journées se assemblèrent, si comme -il avoient accoustumé. Et finablement ordenèrent que les gens d'églyse -paieroient demy-dixiesme pour le temps advenir, pour un an. Et ceulx qui -n'avoient aucune chose paiée pour l'an passé paieroient aussi avecques -l'autre année demy-dixiesme. Et les villes fermées feroient de -soixante-quinze feus[84] un homme armé ou dix sous parisis pour jour; et -le plat païs feroit de cent feus un homme armé. - - [84] _Soixante-quinze_. Et non pas _soixante-cinq_, comme le portent - les éditions gothiques et les historiens modernes. - - - - -LVIII. - -Coment le prévost des marchans et ses aliés alèrent au palais en la -chambre de monseigneur le duc de Normendie; et là, présent luy, tuèrent -les deux mareschaux de Clermont et de Champaigne, après ce que il orent -tué maistre Regnaut d'Acy, advocat en parlement. - - -Le jeudi vint-deuxiesme jour du moys de février, l'an mil trois cens -cinquante-sept à matin, et fu le secont jeudi de karesme, ledit prévost -des marchans fist assembler à St-Eloy près du Palais[85] tous les -mestiers de Paris armés, et tant que on estimoit qu'il estoient bien -trois mil tous armés. Et environ heure de tierce, un advocat de -parlement appellé maistre Regnaut d'Acy, en alant du palais en sa maison -qui estoit près de Saint-Landry[86], fu tué près du moustier de la -Magdaleine[87], en l'ostel d'un patissier là où il se bouta quant il vit -que l'on le vouloit tuer; et ot tant et de telles plaies que tantost il -mourut sans parler. Et tantost après, ledit prévost et pluseurs en sa -compaignie montèrent en la chambre de monseigneur le duc au palais sur -les merceries[88], et là trouvèrent ledit duc auquel ledit prévost dist -telles parolles en substance: «Sire, ne vous esbahissez de choses que -vous véez, car il est ordené et convient que il soit fait.» Et si tost -que ces parolles furent dites, aucuns de la compaignie du prévost des -marchans coururent sur monseigneur Jehan de Conflans, mareschal de -Champaigne, et le tuèrent joignant du lit de monseigneur le duc et en sa -présence. Et aucuns autres de la compaignie dudit prévost coururent sur -monseigneur Robert de Clermont, mareschal dudit duc de Normendie, lequel -se retray en une autre chambre de retrait dudit monseigneur le duc, mais -il le suivirent et là le tuèrent. Et monseigneur le duc qui moult estoit -effraié de ce que il véoit, pria ledit prévost des marchans que il le -voulsist sauver, car tous ses officiers qui lors estoient en la chambre -s'enfouirent et le laissièrent. Et adont, ledit prévost luy dit: «Sire, -vous n'avez garde.» Et luy bailla ledit prévost son chapperon qui estoit -des chapperons de la ville parti de rouge et de pers, le pers à destre; -et prist le chapperon dudit monseigneur le duc qui estoit de -brunette[89] noire à un orfrois d'or, et le porta tout celuy jour, et -monseigneur le duc porta celuy dudit prévost[90]. Tantost après, aucuns -de la compaignie dudit prévost prisrent les corps des deux chevaliers et -les trainèrent moult inhumainement par devant monseigneur le duc jusques -en la court du palais devant le perron de marbre; et là demourèrent tous -estendus et descouvers en la vue de ceux qui les vouloient veoir, -jusques après disner bien tart; et n'estoit nul homme qui les osast -oster. - - [85] Sur l'emplacement actuel de la rue de Saint-Eloy. - - [86] _Saint-Landry_. Cette église étoit à l'entrée actuelle de la rue - de Saint-Landry, sur le quai de la Cité. - - [87] _La Magdaleine_. L'église de la Magdeleine-en-la-Cité étoit sur - l'emplacement de la maison nº 5 de la rue actuelle _de la Juiverie_. - On a conservé l'ancien nom au passage qui divise cette maison. - - [88] _Sur les merceries_. Ces derniers mots ne sont que dans le - manuscrit de Charles V. - - [89] _Brunette_. Etoffe fine et très-recherchée.--_Orfrois_, bordure, - frange d'or ou d'argent. - - [90] Quel frappant rapport avec la journée du 20 juin 1792! - -Et ledit prévost des marchans et ses compaignons alèrent en leur maison -en Grève que l'en appeloit la maison de la ville. Et là ledit prévost -estant aux fenestres de ladite maison, sur la place de Grève, parla à -moult grant nombre de gens armés qui estoient en ladite place et leur -dist que le fait qui avoit esté fait ce avoit esté pour le bien commun -du royaume de France, et que ceux qui avoient esté tués estoient faux, -mauvais et traitres. Et requist ledit prévost au peuple qui là estoit, -que en ce le voulsissent porter et soustenir, car il avoit fait ce faire -pour le bien du royaume, si comme il disoit. Et lors, pluseurs crièrent -à haute voix que il advouoient le fait, et que il vouloient vivre et -morir avec ledit prévost des marchans. - -Et tantost après, ledit prévost des marchans retourna au palais et tant -de gens d'armes avec luy que toute la court en estoit plaine. Et monta -en la chambre où monseigneur le duc estoit qui moult estoit dolent et -esbahi de ce qui estoit advenu. Et encore estoient les corps desdis -chevaliers devant ledit perron de marbre, et le povoit ledit duc véoir -des fenestres de sa chambre. Et quant ledit prévost fu en ladite -chambre, et pluseurs armés de sa compaignie avec luy, il dit audit -monseigneur le duc que il ne se méist point à mesaise de ce qui estoit -advenu, car il avoit esté fait de la volenté du peuple, et pour -eschiéver greigneurs périls; et ceux qui avoient esté mors avoient esté -faux, mauvais et traitres. Et requist ledit prévost à monseigneur le -duc, de par ledit peuple, que il voulsist ratifier ledit fait et estre -tout un avec eux. Et que sé mestier avoient d'aucun pardon pour cause -dudit fait, que le duc leur voulsist à tous pardonner. Lequel duc -octroia audit prévost les choses dessus dites, et luy pria que ceux de -Paris voulsissent estre ses bons amis et il seroit le leur. Et pour -celle cause, ledit prévost envoia audit duc deux draps, l'un de pers et -l'autre de rouge, pour ce que ledit duc féist faire des chapperons pour -luy et pour ses gens tout comme ceux de Paris les portoient, c'est -assavoir, parti de pers et de rouge, le pers à destre. Et ainsi le fist -ledit monseigneur le duc et portoit tel chapperon comme dit est, et ses -gens aussi, et ceux du parlement et des autres chambres du palais et -tous autres officiers communément estans à Paris[91]. - - [91] Au milieu de circonstances aussi critiques, pense-t-on que le - dauphin auroit pu garantir sa vie, si la _liberté de la presse_ eût - existé comme sous le règne de Louis XVI? Cette question seroit digne - d'être mise au concours par l'_Académie des Sciences morales et - politiques_. En comparant le résultat des deux crises, on est tenté - de rejeter sur Louis XVI toutes les fautes: cependant les - _concessions_ qui firent la perte de ce vertueux Prince avoient fait - le salut de Charles V. - -Et celuy jour de jeudi, environ vespres, ledit prévost commanda que on -levast lesdis corps des deux chevaliers dessus dis qui encore -estoient en ladite court du palais, et que l'en les portast à -Ste-Katherine-du-Val-des-Escoliers. Et jà estoit levé le corps de -maistre Regnaut d'Acy, et avoit esté porté en son ostel par ses gens, -car il avoit esté tué près de son ostel. Mais toutesvoies fu-il -longuement là où il avoit esté tué en la vue de chascun, avant que il -eust esté levé. - -Si furent les deux corps dessus dis mis par povres varlès en une -charrete, et menés à descouvert dedens ladite charrete par lesdis povres -varlès qui ladite charrete trainoient sans chevaux au lonc de la ville, -jusques audit lieu de Ste-Katherine-du-Val-des-Escoliers; et par lesdis -varlès furent descendus en la court, et puis emmenèrent lesdis varlès -ladite charrete et laissièrent là les deux corps. Et emportèrent lesdis -varlès le mantel de l'un des chevaliers pour leur salaire de les avoir -amenés jusques là. Et pour ce que les religieux de Sainte-Katherine -n'osoient enterrer lesdis corps, aucuns d'eux alèrent vers ledit prévost -pour savoir que il vouloit que lesdis religieux féissent desdis corps? -Lequel prévost respondi auxdis religieux que il luy plaisoit que il en -féist ce que monseigneur le duc vouldroit. Et après alèrent vers -monseigneur le duc, lequel leur dist que il les féissent enterrer -secrètement sans solemnité. Mais assez tost après fu deffendu auxdis -religieux, de par l'evesque de Paris, que il n'enterrassent point le -corps de monseigneur Robert de Clermont en terre benoite, car ledit -evesque le tenoit pour excomménié, pour ce que il avoit esté à oster et -traire hors du moustier de Saint-Merry Perin Marc, qui avoit tué Jehan -Baillet, si comme dessus est dit. Si en fu ordené secrètement par lesdis -religieux tant de l'un comme de l'autre. Et ledit maitre Regnaut d'Acy -fu le soir enterré secrètement au moustier de Saint-Landry, de quelle -paroisse il estoit. - -Et celuy jeudi au soir, bien tart, fu ledit prévost des marchans en -l'ostel de la royne Jehanne, et là parla à luy moult longuement. Et -disoit-l'en que entre les autres choses que il luy dist, il luy requit -que elle féist venir le roy de Navarre à Paris. - - - - -LIX. - -De l'assemblée que le prévost des marchans fist aux Augustins et des -paroles que maistre Robert de Corbie dist. - - -L'endemain, jour de vendredi vint-troisiesme jour dudit moys de février, -ledit prévost des marchans fist assembler au matin aux Augustins grant -nombre de ceux de Paris desquels pluseurs estoient armés. Et manda à -ceux qui avoient esté envoiés de par les bonnes villes qui encores -estoient à Paris que il alassent là, desquels pluseurs y alèrent. Et là, -maistre Robert de Corbie dist que le prévost des marchans avoit fait -faire le fait qui avoit esté fait le jour précédent pour le bien et pour -le proufit du royaume, et que il estoient quatre qui empeschoient tous -les bons consaux devers monseigneur le duc, et par eux avoit esté -empeschiée la délivrance du roy de France, si comme disoit ledit maistre -Robert. Et dist que sur la délivrance du roy avoient esté assemblés -l'université, le clergié et la ville de Paris qui tous estoient et -avoient esté d'accort et en une oppinion. Et depuis soixante-quatre -personnes du conseil monseigneur le duc qui sur ce meismes avoient esté -assemblées avoient esté de une oppinion, et les quatre dessus dis -empeschièrent tout. Mais il ne dist point qui estoient ces quatre, et si -ne dist oncques sur quoi ce conseil avoit esté, en espécial, né aucun -cas particulier né espécial pour lequel il eussent mis à mort les trois -dessus nommés. Et toutesvoies requist ledit maistre Robert les envoiés -des bonnes villes, pour ledit prévost et les autres qui avoient fait -ledit fait, que il voulsissent ratifier ce qui avoit esté fait et eux -tenir en bonne union avec ceux de Paris; laquelle union avoit esté -promise et jurée en pluseurs assemblées par avant, si comme disoit ledit -maistre Robert. - -Et jà fust ce que pluseurs de ceux des bonnes villes sceussent bien que -seure chose n'estoit pas de ratifier ledit fait, toutesvoies dirent par -doubte tous ceux qui en ladite assemblée estoient, que il créoient que -ce avoit esté fait à bonne cause et juste, et le ratiffioient, dont -pluseurs de Paris qui là estoient les en mercièrent. - - - - -LX. - -Coment le prévost des marchans vint à monseigneur le duc en parlement, -et luy requist que il voulsist tenir les ordenances que les trois estas -avoient establies l'année devant. - - -Le samedi ensuivant, vint-quatriesme jour dudit moys, fu monseigneur le -duc en la chambre de parlement, et avec luy aucuns de son conseil qui -luy estoient demourés. Et là alèrent à luy ledit prévost et pluseurs -autres avec luy, tant armés comme non armés, et requistrent à -monseigneur le duc que il féist tenir et garder, sans enfraindre, toutes -les ordenances lesquelles avoient esté faites par les trois estas l'an -précédent, et que il les laissast gouverner si comme autrefois avoit -esté fait; et que il voulsist debouter aucuns qui encore estoient en son -conseil; et pour ce que le peuple se tenoit trop mal content de moult de -choses qui estoient faites au conseil de monseigneur le duc contre ledit -peuple, il voulsist mettre en son grand conseil trois ou quatre bourgois -que l'en luy nommeroit. Toutes lesquelles choses monseigneur le duc leur -octroia. - - - - -LXI. - -De la revenue du roy de Navarre à Paris; et du mandement que le roy de -France fist au duc de Normendie, son ainsné fils. - - -Le lundi ensuivant, vint-sixiesme jour dudit moys de février, entra le -roy de Navarre à Paris, à moult grant compaignie de gens d'armes, tant -de ceux qu'il avoit amenés comme de ceux de Paris qui estoient alés -contre luy; et ala descendre ledit roy en l'ostel de Neelle qui lors -estoit au duc de Normendie. Et celuy jour, le prévost des marchans ala -devers luy et luy pria et dist que il voulsist faire justes requestes -audit monseigneur le duc, et que il voulsist porter et soustenir le fait -que il avoient fait à Paris des trois qui avoient esté occis. Lequel roy -leur octroia tout. Et toute celle sepmaine, les deux roynes veves -Jehanne et Blanche, le prévost des marchans, l'evesque de Laon et ses -compaignons traictièrent l'accort entre le duc et le roy, lequel fu fait -dedens dix ou douze jours après. Mais pou de gens sceurent lors la -manière. Toutesvoies donna lors ledit duc audit roy l'ostel de Neelle. -Et furent si bien ensemble que chascun jour il disnoient l'un avec -l'autre, et faisoient moult grant semblant de eux entr'aimer. Et après, -environ le dixiesme ou douxiesme jour de mars, le roy de France manda à -monseigneur le duc de Normendie que il envoiast en Angleterre deux -prélas, et quatre chevaliers, car il estoit moult seul si comme il -mandoit. Et aussi manda que il luy envoiast deux bons notaires pour -ordener les lettres du traictié d'accort entre luy et le roy -d'Angleterre. Et tousjours estoient ceux de Paris ainsi comme esmeus, et -se armoient et assambloient souvent; pour laquelle chose pluseurs -officiers du roy de France et du duc se absentèrent[92] tant prélas -comme autres. Et depuis en retourna pluseurs à Paris, pour la seurté que -il orent dudit prévost des marchans qui disoit que l'en ne leur vouloit -mal. - - [92] _Se absentèrent_. Le reste du chapitre est inédit et ne se trouve - que dans le manuscrit de Charles V. - - - - -LXII. - -Des lettres que le prévost des marchans envoia aux bonnes villes pour -les faire alier et prendre chapperons partis de meisme ceux de Paris. - - -En ce temps furent faites ordenances sur tous officiers. Et l'évesque de -Therouenne, lors chancellier de France, qui nouvellement estoit venu -d'Angleterre, n'avoit point apporté les seaux du roy, mais les avoit -laissiés en Angleterre par l'ordenance du roy et de son conseil. Lequel -chancelier bien apperceut que l'en vouloit user d'autres seaux que de -celuy de Chastellet duquel l'en usoit en l'absence du grant. Et aussi -pour pluseurs autres causes se parti de Paris, et s'en ala en son pays -d'Alvergne[93]. - - [93] _D'Alvergne_. Ce prélat recommandable étoit en effet de la maison - de Montaigu en Auvergne, et se nommoit Gilles Aycelin. - -En ce temps, assez tost après l'occision des trois dessus nommés, le -prévost des marchans et les eschevins envoièrent lettres closes par les -bonnes villes du royaume, par lesquelles il leur faisoient savoir le -fait qu'il avoient fait, et leur requéroient que il se voulsissent tenir -en vraie union avec eux et que il voulsissent prendre de leur chapperons -partis de pers et de rouge, si comme avoient fait le duc de Normendie et -pluseurs autres du sanc de France, si comme ès dites lettres estoit -contenu. Et, en vérité, ledit monseigneur le duc, le roy de Navarre, le -duc d'Orléans frère dudit roy de France, et le conte d'Estampes, qui -tous estoient des fleurs de lis[94], portoient lesdis chapperons. Dont -pluseurs ne renvoièrent oncques responses desdites lettres, et autres -rescriprent sans autre aliance faire et sans prendre desdis chapperons; -et autres prisrent desdis chapperons. - - [94] _Des fleurs de lys_. Belle et ancienne manière de désigner les - parens du roi, les princes du sang. - - - - -LXIII. - -De la response que ceux qui tenoient les forteresces féirent à ceux que -le roy d'Angleterre leur envoia. - - -En ce temps envoia le roy d'Angleterre deux chevaliers anglois en France -pour faire issir des forteresces tous ceux[95] qui aucunes en avoit -prises depuis les trièves données à Bourdiaux entre le roy de France et -le prince de Galles. Dont pluseurs et presque tous, tant en Chartain -comme en Normendie, qui avoient prises lesdites forteresces respondirent -que il n'estoient point au roy d'Angleterre, né les dites forteresces ne -tenoient de par luy; et dirent aucuns que il estoient au roy de Navarre -et les autres disrent que il trouveroient bien qui les avoueroit. Et ne -issirent point, mais coururent, pillèrent et robèrent le pays. Et furent -aucuns de la garnison d'Esparnon, le lundi douziesme jour du moys de -mars, en la ville de Chastres soubs Mont-Lehery environ; et pillèrent -tout et emmenèrent moult de prisonniers à Mont-Lehery et n'estoient pas -plus de six vint ou environ: et si ne trouvèrent qui empeschement leur -féist. Et toutesvoies estoit l'accort fait entre ledit duc et le roy de -Navarre, par telle manière que il estoient le plus du temps ensemble, et -avoient esté par plus de huit jours ensemble par avant. Et avoit ledit -duc accordé que ledit roy, en partie de paiement de ce que il devoit -avoir par ledit accort, auroit la conté de Bigorre, et la jugerie de -Rivière[96] et la conté de Mascon et autres terres au païs, jusques à -dix mil livres mesurées de terre. Et si fu accordé à la royne Blanche, -soeur dudit roy, que elle auroit Moret en Acquitaine de ce que l'en luy -devoit pour son douaire. Item, en tout ce temps donnoit ledit roy de -Navarre saufs-conduis à Paris, contenant ceste forme[97]: - - [95] _Tous ceux_. Tous ceux qui sous prétexte d'ordres émanés du roi - d'Angleterre avoient pris possession de places que la conclusion des - trêves empêchoit de croire en danger. - - [96] _La Jugerie_. Variante: _Viguerie_. - - [97] Cette dernière phrase est inédite. - - - - -LXIV. - -Cy après s'ensuit la teneur des saufs conduis que le roy de Navarre -donnoit en la ville de Paris. - - -«Charles, par la grace de Dieu, roy de Navarre et conte d'Evreux, à tous -ceux qui ces lettres verront salut. Savoir faisons que nous avons donné -et donnons par la teneur de ces présentes à nos amés et féaux chevaliers -Jehan de Neuf-Chastel et le seigneur de Raon[98], et à leur compaignie -jusques au nombre de trente personnes à cheval, seur et sauf conduit du -jour de la date de ces présentes jusques à la feste de Penthecouste -prochaine venant, pour aler, venir cependant, et demourer sé mestier est -par tous les lieux du royaume de France. Si donnons en mandement à tous -capitaines, chastelains, gardes de païs, villes et passages et destrois -dudit royaume, et à chascun d'eux; et prions tous autres que lesdis -chevaliers et leur compagnie, jusques au nombre dessus dit, fassent et -laissent jouir et user de nostre présent sauf conduit, sans leur faire -né souffrir estre fait aucun empeschement en corps, en chevaux, en -harnois né en aucuns de leur biens. Donné à Paris le douziesme jour du -moys de mars, l'an de grace mil trois cens cinquante-sept.» Et estoient -ainsi signées: «Par le roy. P. du Tertre.»--Et obéissoit-l'en plus -auxdis saufs conduis que on ne faisoit à ceux de monseigneur le duc. - - [98] Les meilleures leçons écrivent ainsi ce nom. Variantes: _Rouen_ - et _Craon_. - -Item, le mardi treiziesme jour du moys de mars l'an dessus dit, se parti -de Paris ledit roy de Navarre et s'en ala à Mante, et monseigneur le duc -demoura à Paris. - - - - -LXV. - -Coment monseigneur le duc prist nom de régent par titre de lettres, à -très bonne cause. - - -Le mercredi quatorziesme jour du moys de mars fu publié à Paris que -monseigneur le duc qui par avant s'estoit appellé lieutenant du roy, -depuis sa prise, s'appelleroit dès là en avant régent du royaume. Et fu -son titre tel: _Karolus primogenitus regis Francorum regnum regens, -etc._ Et jasoit ce que par avant l'en eust tousjours escript au nom du -roy, en parlement et en toutes lettres de justice, il fu deffendu celuy -jour que plus on n'y escrisist. Et fu baillié le titre tel comme dessus -est dit en cédulles aux notaires et aux escrivains du palais: et fu le -nom du roy tout estaint. Et ne scella-on plus du scel de chastellet, -mais du scel dudit duc en cire jaune. Et portoit le scel maistre Jehan -de Dormans, qui estoit chancelier dudit régent. Et furent mis au conseil -dudit régent, le prévost des marchans, maistre Robert de Corbie, Charles -Toussac et Jehan de l'Isle, maistres et principaux, après ledit evesque -de Laon qui tout gouvernoit. - - - - -LXVI. - -De la mort de Phelipot de Repenti, escuier. - - -Le samedi au soir, dix-septiesme jour du moys de mars, fu pris à -Saint-Cloust, près de Paris, un escuier françois appellé Phelipot de -Repenti[99], et fu amené à Paris. Et le lundi matin ensuivant, -dix-neuviesme jour dudit moys sus dit, ledit Phelippot eut la teste -couppée ès halles de Paris, et puis fu pendu au gibet; pour ce qu'il -confessa que il estoit de la compaignie de pluseurs qui avoient empris -de prendre ledit duc de Normendie, régent du royaume, à Saint-Oyen, en -l'ostel de la Noble maison, là où il estoit alé trois jours ou quatre -devant. Mais pluseurs disoient que ce n'estoit point pour mal, mais -estoit pour le mettre hors de la puissance et des mains de ceux de -Paris[100]. Et assez tost après, un chevalier appellé le Bègue de -Villaines qui moult estoit ami dudit monseigneur Robert de Clermont qui -avoit esté tué à Paris, se rendit ennemi de ceux de ladite ville de -Paris. - - [99] _Repenti_. Villaret ajoute: _ou de Renti_; je ne sais sur quel - fondement. - - [100] Ce témoignage justifie complètement la loyauté du malheureux - Philippe de Repenti. - - - - -LXVII. - -Coment le régent ala à Senlis et à Compiègne. - - -Le jour de Pasques fleuries, vint-cinquiesme jour du moys de mars, ledit -régent fu à Senlis, là où luy et le roy de Navarre avoient mandé par -leur lettres tous les nobles de Picardie et de Beauvoisin. Mais ledit -roy n'y ala point, et s'envoia excuser par monseigneur Jehan de Piquegny -pour causes de deux bosses que il avoit ès aines, si comme le dit -monseigneur Jehan disoit. Mais à ladite journée ala pou desdis nobles. - -Si se parti ledit régent et s'en ala à Compiegne. Et environ Pasques les -grans, qui furent le premier jour d'avril, l'an mil trois cens -cinquante-huit, le confesseur du roy de France et un sien secrétaire -appellé maistre Yvon vindrent de Angleterre par devers ledit régent, -mais la cause ne fu pas sceue communelment. - -Item, le jeudi absolu, furent les ennemis à Corbueil et y pillèrent et -prisrent des prisonniers, et s'en partirent tantost. - - - - -LXVIII. - -Coment le conte de Brene[101] respondi au régent pour ceux de -Champaigne. Et coment le chastel de Monsterel-au-fort-d'Yonne fu rendu -audit régent lequel y jut une nuit et de là se parti et ala en la cité -de Meaux. - - [101] _Brene_. Brienne. - - -L'an de grace mil trois cens cinquante huit, le lundi après Quasimodo, -neuviesme jour du moys d'avril, ledit régent qui avoit mandé par ses -lettres les gens d'églyse, les nobles et les bonnes villes de Champaigne -pour estre à Provins ledit jour de Quasimodo, entra en ladite ville de -Provins. Et jasoit ce que le roy de Navarre eust escript par ses lettres -closes aux dessusdis de Champaigne, que il seroit à la journée, -toutesvoies n'y fu-il point; mais maistre Robert de Corbie et -monseigneur Pierre de Rosny, archidiacre de Brie en l'églyse de Paris, -envoiés là de par la ville de Paris, furent à ladite journée. - -Le mardi ensuivant dixiesme jour dudit moys, avant disner, ledit régent -parla en sa personne aux dessusdis de Champaigne, et leur dit que le -royaume de France estoit à très grant meschief, et avoit moult à faire, -si comme il savoient. Si leur pria et requist que il y méissent tout le -bon remède que il pourroient, tant par conseil comme par aide, et aussi -leur pria que il fussent tout un. Car sé division estoit au peuple de -France, il estoit en grant péril, si comme il disoit. Et outre leur dist -que sé aucunes choses avoient esté faites qui semblassent estre moult -merveilleuses[102], que, par aventure, quant il auroient oï ceux qui -lesdites choses avoient faictes, il en seroient apaisiés. Et ce leur -disoit ledit régent, si comme l'en cuidoit, pour ceux qui avoient esté -tués à Paris. Car après ce que il ot dites les parolles dessusdites, il -dist telles parolles: «Véez-cy maistre Robert de Corbie et l'archediacre -de Paris qui vous diront aucunes choses de par les bonnes gens de -Paris.» - - [102] _Merveilleuses_. Cet adjectif avoit autrefois l'acception de - _sinistre_, _inconvenant_, _insolite_. Il n'étoit pas, comme - aujourd'hui, synonyme de _miraculeux_ et sembloit plutôt venir de - _male volens_. Dans _Garin le Loherain_, Fromont refusant d'aller à - la rencontre des Sarrasins: - - «Et respont Begues:--_Merveilles_ avés dit.» - - Plus loin, Begues cherchant à prouver que les Sarrasins s'enfuiront - à l'approche des chrétiens, Fromont répond: - - «Voir,» dist Fromont. «_Merveilles_ avés dit. - »Volez ocire la gent au roy Pepin.» - - Il y a cinquante exemples qui confirment ceux-ci. - -Et lors ledit maistre Robert parla et dist à ceux de Champaigne qui là -estoient que ceux de Paris les amoient et avoient amés, et vouloient -estre tout un avec eux. Et prioient aux dessusdis de Champaigne que il -voulsissent estre tout un avec ceux de Paris, et ne se voulsissent -merveillier sé aucunes choses avoient esté faictes à Paris; car quant il -sauroient les causes, et auroient oï ceux qui ces choses avoient -conseilliées, il en seroient tous apaisiés, si comme disoit ledit -maistre Robert, et pluseurs autres choses. - -Si requisrent les dessusdis de Champaigne audit régent que il voulsist -que il peussent parler ensemble; laquele chose il leur octroia. Si se -traisrent à part et parlèrent ensemble. Et assez tost firent savoir au -régent que il estoient près de luy faire response. Si ala ledit régent, -le duc d'Orléans son oncle, le conte d'Estampes et pluseurs autres en un -jardin, là où les dessusdis de Champaigne estoient; et là monseigneur -Simon de Roucy conte de Brene en Laonnois, respondi pour les Champenois -et dist audit régent que il estoient près de luy conseillier de luy -aidier et faire tout ce, pour luy, que bons et loyaux subgiès doivent -faire pour seigneur. Mais pour ce que les plus grans et plus puissans de -Champaigne n'estoient pas là, si comme disoit ledit conte, il requist -audit régent que il leur donnast une autre journée pour eux assembler à -Vertus en Champaigne; et bien luy dist ledit conte que lesdis Champenois -ne iroient plus à Paris. Laquelle requeste le régent leur ottroia: et fu -ladite journée assignée au dimenche vint-nueviesme jour du moys d'avril. -Et après dist ledit conte que audit maistre Robert de Corbie ne -respondroient-il point, car à luy n'avoient-il que respondre. Et si -demanda ledit conte audit régent de par les Champenois sé il savoit -aucun mal au mareschal de Champaigne qui avoit esté tué à Paris, né -villenie aucune pour laquelle on le deust avoir mis à mort? Et bien dit -le conte que de monseigneur Robert de Clermont ne demandoit-il rien, car -il s'en attendoit[103] à ceux de son pays, et bien créoit que il en -feroient leur devoir. Lequel régent leur respondi que il tenoit et -créoit fermement que ledit mareschal de Champaigne et ledit messire -Robert de Clermont l'avoient servi et conseillié bien et loyaument, et -n'avoit oncques sceu le contraire. Et lors ledit conte de Brene dist -audit régent: «Monseigneur, Nous Champenois qui cy sommes vous mercions -de ce que vous nous avez dit; et nous attendons que vous fassiez bonne -justice de ceux qui nostre ami ont mis à mort sans cause.» Et ce fait et -dit, ledit régent ala disner et tous les Champenois qui vouldrent aler -avec ly, car il en avoient esté tous semons. - - [103] _Il s'en attendoit_. Il s'en rapportoit. - -Et le mercredi ensuivant, onziesme jour dudit moys d'avril, ledit régent -se parti de Provins et s'en ala en l'abbaye de Pruilly[104], et de là à -Monsterel-au-fort-d'Yonne. Et ala devant le chastel lequel gardoit, de -par la royne Blanche, un chevalier appellé monseigneur Taupin du -Plessie, lequel Taupin estoit sur la porte dudit chastel tout armé, la -teste au bacinet, quant ledit régent ala devant. Et lors, ledit régent -luy commanda que il ouvrist la porte du chastel. Lequel Taupin ly -respondi: «Mon redoubté seigneur, pour Dieu ne me veuilliez -déshonnourer: madame la royne Blanche m'a baillié ce chastel à garder, -et m'a fait jurer que je ne le rendroie à personne du monde, fors au -roy[105] et à elle. Je vous supplie que il vous plaise à envoier par -devers elle, et je cuide qu'elle me mandera tantost que je le vous -rende.» - - [104] _Pruilly_. La cinquième fille de Cîteaux. Entre _Provins_ et - _Montereau-Fault-Yonne_, comme on écrit aujourd'hui. - - [105] _Au roy_. Sans doute celui de Navarre. - -Auquel Taupin ledit régent commanda de rechief deux fois ou trois que il -luy ouvrist ledit chastel. Et lors ledit Taupin luy respondit: «Mon -redoubté seigneur, je ne tendray pas ce chastel contre vous; mais pour -Dieu vueilliez-moi garder mon honneur.» Si descendi à la porte et -l'ouvri; et ledit régent et ses gens y entrèrent, et y coucha une nuit -et le prist en sa main, et establi à le garder de par ly ledit Taupin, -et li fist faire serement nouvel. Et se parti dudit chastel et s'en ala -à Meaux, là où demouroit lors madame la duchesse, sa femme, et là où il -avoit envoié de Provins le conte de Joigny et environ soixante hommes -d'armes en sa compaignie, pour ce que l'en ly avoit dit que ceux de -Paris avoient entencion de prendre et garnir de par eulx le marchié de -Meaux. Et y estoit entré ledit conte deux jours devant. Dont le maire et -aucuns de ladite ville furent moult courrouciés, et en parla ledit maire -moult haultement audit conte de Joigny, qui s'estoit mis audit marchié -et le tenoit. Et luy dist ledit maire que sé il cuidast qu'il voulsist -avoir pris ledit marchié que il ne feust pas entré en ladite ville de -Meaux. Et quant ledit régent fu en ladite ville de Meaux, ledit conte -luy dist ce que ledit maire luy avoit dit. Lequel maire fu mandé devant -ledit régent, et luy furent récitées les parolles que il avoit dictes, -et les luy fist-l'en amender, et fu réservée la tauxation et l'amende. - - - - -LXIX. - -De l'artillerie que ceux de Paris pristrent au Louvre, et la firent -porter en l'ostel de la ville. - - -Le mercredi, dix-huitiesme jour dudit moys d'avril, se parti ledit -régent de la ville de Meaux pour aller à Compiegne à une journée[106] -qu'il avoit mise aux Vermendisiens qui y devoient estre. Et luy -apporta-on, celuy jour, nouvelles que ceux de Paris avoient pris grant -quantité d'artillerie que on avoit mis au Louvre et chargiée, pour mener -en certains lieux où ledit régent avoit ordené que fust menée; et -l'avoient ceux de Paris fait mener en la maison de la ville, en Grève. -Et si avoient encore les dessusdis de Paris envoié audit régent unes -bien merveilleuses lettres closes. Et un pou avant, il avoient mis gens -d'armes de par eux audit chastel du Louvre. Et en ce temps et par avant, -depuis que ledit régent s'estoit parti de Paris repairoient pou ou nuls -gentils hommes en ladite ville de Paris, dont ceux de ladite ville -estoient moult dolens. Et tenoient pluseurs que les gentils hommes leur -vouloient mal[107]. Et fu une grande division au royaume de France. Car -pluseurs villes, et la plus grant partie, se tenoient devers le régent -leur droit seigneur; et autres se tenoient devers Paris. - - [106] _Une journée_. Un ajournement, rendez-vous. - - [107] Ce fut l'_émigration_ du temps. Dans les jours de déchaînement - populaire, il faut ou se joindre à la bête féroce, ou se préparer un - abri contre elle; et dans cette alternative, il n'y a guère à - recueillir que des regrets ou de la honte. - - - - -LXX. - -Du descort de ceux d'Amiens les uns contre les autres, et coment les -ennemis qui tenoient Esparnon pillièrent Chastiau-Landon. - - -Le jeudi ensuivant, dix-neuviesme jour du moys d'avril, ledit régent fu -à Compiegne, et y demoura une pièce. Et là luy furent aportées nouvelles -que en la ville d'Amiens avoit très grant descort entre ceux de la -ville. Si s'esmeut pour y aler, et ala jusques à Corbie. Là oï nouvelles -pour lesquelles il n'ala point oultre. - -En celuy jour furent les ennemis qui demouroient à Esparnon, à -Chastiau-Landon et l'endemain à Chésoy[108]. Et y pillièrent et -pristrent prisonniers tant que l'en disoit que il y avoient bien -gaingnié cinquante mil moutons d'or et plus. Et s'en retournèrent sans -aucun empeschement à Esparnon, à tout leur pillerie et leur prisons. - - [108] _Chesoy_. Sans doute _Cheroy_, entre _Sens_ et _Château-Landon_. - -_Incidence_. Le lundy jour de saint Georges, vingt-troisiesme jour dudit -moys d'avril, fist le roy d'Angleterre une moult solemnel feste à -Windesores, là où le roy de France estoit en prison; et y alèrent -pluseurs grans seigneurs d'Alemaigne, de Henault et de Breban. - - - - -LXXI. - -De l'ordenance qui fu faite en Champaigne sur le fait des aides pour la -guerre. - - -Le dimenche vint-neuviesme jour du moys d'avril, furent les Champenois -assamblés à Vertus. Mais ledit régent n'y fu pas, car il estoit encore -au voyage que il avoit fait vers Amiens. Et pour ce y envoia monseigneur -Symon de Roucy, conte de Brene, lequel fist autelles requestes aux -Champenois, de par ledit régent, comme ledit régent leur avoit fait à -Provins. Si furent ensamble par deux jours et furent d'accort que il -feroient, ès bonnes villes de soixante-dix feus, un homme d'armes: et au -plat pays, personnes franches de cent feus, un homme d'armes: et de -personnes serves et de fors mariages et de mortes mains de deux cens -feus, un homme d'armes. Les gens d'église, un dixiesme: les nobles de -cent livres de rente cent souls: et, outre ce, sé aucuns bourgois -tenoient aucun fief, il en paieroient comme les nobles, avec ce que il -paieroient des feus. Et toute celle aide il lèveroient par leur mains et -despendroient en gens d'armes par leur mains, sé n'estoit le dixiesme -que le régent auroit pour sa despense. Et envoièrent audit régent ceste -ordenance. - -Item, le mardi premier jour de may ensuivant, devoient toutes les bonnes -villes rassembler à Paris, par l'ordenance que il avoient faictes à la -dernière assemblée qui y avoit esté; mais ledit régent manda que ladite -assemblée se féist à Compiegne, le vendredi ensuivant, quatriesme jour -du moys de may, et ainsi se fist. Dont ceux de Paris furent moult -courrouciés; mais la plus grant partie de toutes les autres villes en -avoient grant joie. Et en ladite ville de Compiegne fu accordé par tous, -tant de gens d'églyse comme de nobles et des bonnes villes, un pareil -subside à celuy qui avoit esté accordé à Vertus par les Champenois. - - - - -LXXII. - -Coment monseigneur le régent et le roy de Navarre parlementèrent -ensamble, le roy de Navarre pour ceux de Paris; et coment le roy de -Navarre vint à Paris; et luy firent ceux de Paris grant joie et grant -honneur et en eussent volentiers fait leur capitain et leur gouverneur. - - -Le mercredi, secont jour du moys de may, le roy de Navarre qui estoit -logié à Mello[109], et ledit régent duc de Normendie qui estoit logié à -Clermont en Beauvoisin, furent en mi-marchié desdites villes, au lieu -que l'en dit Domage-Lieu[110] pour parlementer; et avoient chascun grant -foison de gens d'armes. Et là parla ledit roy audit régent pour ceux de -Paris, afin que iceluy régent voulsist accorder à eux. Et ledit régent -dist audit roy que il aimoit ladite ville de Paris, et que il savoit -bien que en celle ville avoit de bonnes gens, mais aucuns qui y estoient -luy avoient fait grans villenies pluseurs et desplaisirs, comme de tuer -ses gens en sa présence, de prendre son chastel du Louvre et son -artillerie, et pluseurs autres grans despis luy avoient fais. Si n'avoit -pas entencion de entrer à Paris jusques à ce que ces choses li fussent -adreciées. Et requist audit roy que il fust avec luy et luy aidast à les -adrecier. - - [109] _Mello_. Ou _Merlou_, à quatre lieues de Senlis. - - [110] Cette dernière indication n'est pas dans le manuscrit de Charles - V, et je n'ai pas retrouvé sur les cartes ce nom de _Domage-Lieu_, - que donnent les autres leçons. - -L'endemain, jour de jeudi, rassemblèrent audit lieu et parlèrent -ensemble comme le jour précédent. Et après se parti ledit roy et s'en -ala à Paris où il entra le vendredi ensuivant, quatriesme jour dudit -moys de mai, à moult grant compaignie, tant de ses gens comme de ceux de -Paris qui estoient alés encontre luy. En laquelle ville il fu moult -honnoré et seigneuri par l'espace de dix ou douze jours que il y -demoura; et volentiers en eussent fait leur capitain aucuns de ceux de -Paris ou leur seigneur, comme faux et mauvais que il estoient. - -Item en celuy temps, l'evesque de Laon qui estoit en l'assemblée à -Compiegne, fu en péril d'estre tué par pluseurs nobles hommes qui là -estoient avec ledit régent. Et convint que il s'en partist celéement; et -ala à Saint-Denis en France. Et manda à ceux de Paris que on le alast -querir. Si envoièrent ceux de Paris et aussi le roy de Navarre qui là -estoit, grant quantité de gens d'armes quérir ledit evesque à -Saint-Denis; et vindrent en sa compaignie jusques à Paris. Si fu dit -audit régent de pluseurs nobles et autres que ledit evesque estoit faux -et mauvais; et vérité estoit: car par luy estoient avenus tous les maux -au royaume de France. Et luy requistrent que il ne fust plus à son -conseil. - -Item, en celuy temps, Jehan de Meudon, chastelain de Evreux pour le roy -de France, bouta le feu en ladite ville de Evreux et fu toute arse, dont -le roy de Navarre fu moult courroucié. - -Item, le dimenche treiziesme[111] jour du moys de may, partirent les -ennemis qui estoient à Esparnon dudit lieu, et chevaulchièrent de -rechief en Gatinois. Et ardirent toute la ville de Nemours, et moult -dommagièrent pluseurs autres villes au pays, comme Grés[112] et autres -villes, dont moult de gens estoient merveilliés; car ce pays estoit en -douaire à la royne Blanche, suer audit roy de Navarre. Et monseigneur -James Pipes, capitain d'Esparnon, s'appeloit lieutenant au roy de -Navarre en ses saufs conduis et en ses autres fais, et si estoit souvent -avec le roy de Navarre, si comme l'en disoit[113]. Et s'en retournèrent -les ennemis trois ou quatre jours après, sans ce que aucun leur féist -empeschement. - - [111] _Treiziesme_. Et non pas _quatriesme_ comme portent les autres - manuscrits et les éditions précédentes. Le 4 may tomboit un - vendredy, cette année-là. - - [112] _Grés_ ou _Grez_. Aujourd'hui village entre Nemours et - Fontainebleau. - - [113] Cette liaison du roy de Navarre avec le partisan James Pipes - n'étoit peut-être pas bien prouvée; mais tout porte à - croire, surtout les sauf-conduits rapportés plus haut, que - Charles-le-Mauvais avoit promis aux pillards de ne marcher ni faire - marcher contre eux. Le dauphin, de son côté, privé d'argent par les - Etats qui percevoient toutes les taxes, ne pouvoit réunir dix hommes - d'armes, avant les assemblées de Compiègne et de Vertus. Les - malheurs publics permettoient donc aux émissaires du Navarrois de - calomnier le fils du roi, d'insinuer l'idée de transporter la - couronne de France sur une tête plus puissante, etc., etc.--Il y a - quelque rapport entre les _accapareurs_ de 1790 et les pillards de - 1358. - - - - -LXXIII. - -Des lettres qui furent aportées d'Angleterre. - - -Le mardi, quinziesme jour du moys de may, furent aportées à Paris -pluseurs lettres closes envoiées d'Angleterre, de pluseurs grans -seigneurs de France et d'autres, par lesquelles on escripvoit que la -paix avoit esté faite entre les roys de France et d'Angleterre le -huitiesme jour dudit moys, et que lesdis roys avoient mangié ensemble et -s'estoient entrebaisiés. Laquelle chose les uns ne créoient point, les -uns pour ce que il ne voulsissent pas, les autres pour ce que par -pluseurs fois avoit ainsi esté mandé et tousjours les Anglois y avoient -mis empeschement; et les autres qui en estoient forment joieux le -créoient. - - - - -LXXIV. - -Du commencement et première assemblée de la mauvaise Jaquerie de -Beauvoisin. - - -Le lundi, vint-huitiesme jour dudit moys de may, s'esmurent pluseurs -menues gens de Beauvoisin des villes de Saint-Leu de Serens, de Nointel, -de Cramoisi[114] et d'environ, et se assemblèrent par mouvement mauvais. -Et coururent sur pluseurs gentils hommes qui estoient en ladite ville de -Saint-Leu et en tuèrent neuf: quatre chevaliers et cinq escuiers. Et ce -fait, meus de mauvais esprit, alèrent par le pays de Beauvoisin, et -chascun jour croissoient en nombre, et tuoient tous gentils hommes et -gentils femmes qu'il trouvoient, et pluseurs enfans tuoient-il. Et -abattoient ou ardoient toutes maisons de gentils hommes qu'il -trouvoient, fussent forteresces ou autres maisons. Et firent un -capitaine que on appelloit Guillaume Cale[115]. Et alèrent à Compiègne, -mais ceux de la ville ne les y laissièrent entrer. Et depuis il alèrent -à Senlis, et firent tant que ceux de ladite ville alèrent en leur -compaignie. Et abattirent toutes les forteresces du pays, Armenonville, -Tiers et une partie du chastel de Beaumont-sur-Oyse. Et s'enfouy la -duchesse d'Orléans qui estoit dedens, et s'en ala à Paris. - - [114] _Nointel_, _Saint-Leu_ et _Cramoisi_ sont aujourd'hui trois - villages: le premier au-dessus de Beaumont-sur-Oise; le second sur - la même rivière, à cinq lieues au-dessous; le troisième entre Mello - et Saint-Leu. Quant à _Serens_, ce doit être le surnom du village de - Saint-Leu, et il faut le reconnoître dans le _Sanctum-Lupum de - Cherunto_ du Continuateur de Nangis. La carte de Desnos (_Généralité - de Paris_) écrit: _Saint-Leu Desservant_. _Tiers_ et _Ermenonville_, - que les paysans abattirent, sont des villages situés aux deux - extrémités de la forêt d'Ermenonville, à quatre ou cinq lieues de - Saint-Leu. La chronique inédite du Msc. 530 dit également que «la - première esmeute des paysans contre les nobles fu commenciée dans la - première sepmaine du moys de juing.» (Fº 69, Vº.) - - [115] _Guillaume Cale_. «Capitaneum quemdam de villâ quæ _Mello_ - dicitur, rusticum magis astutum ordinarunt, scilicet _Guillermum_ - dictum _Karle_.» (Continuateur de G. de Nangis.) La Jaquerie, l'un - des épisodes de la déplorable année 1358, offre les plus grands - rapports avec les bandes qui, presque de nos jours, crioient: - _Guerre aux Châteaux, Paix aux Chaumières._ - - - - -LXXV. - -De la mort du maistre du pont de Paris et du maistre charpentier du roy, -par les gouverneurs de Paris. - - -Le mardi vint-neuviesme jour dudit moys, le prévost des marchans et les -autres gouverneurs de Paris firent couper les testes et après escarteler -les corps, en Grève à Paris, au maistre du pont de Paris, appellé Jehan -Peret, et au maistre charpentier du roy, appellé Henry Metret, à tort et -sans cause; pour ce, si comme il disoient, que il devoient avoir -traictié avec aucuns dudit duc de Normendie, ainsné fils du roy de -France et régent le royaume, de mettre gens d'armes dedens ladite ville -de Paris pour ledit régent. Et firent pendre les quartiers desdis -maistres aux entrées de ladite ville de Paris. Et je qui ceci escris -vi[116] que quant le bourel, appellé lors Raoulet, voult coupper la -teste au premier maistre, c'est assavoir audit Peret, il chaï et fu -tourmenté d'une cruelle passion tant que il rendoit escume par sa -bouche; dont pluseurs de Paris disoient que ce estoit miracle, et que il -déplaisoit à Dieu de ce que on les faisoit mourir sans cause. Et lors un -advocat du Chastelet, appellé maistre Jehan Godart, lequel estoit aux -fenestres de l'ostel de la ville, en la place de Grève, dist haultement -oïant le peuple qui là estoit: «Bonnes gens, ne vous vueilliez -esmerveillier sé Raoulet est ainsi chéu de mauvaise maladie, car il en -est entechié[117], et en chiet souvent.» - - [116] _Et je qui ceci escris_. Ces mots ne sont que dans le manuscrit - de Charles V: les autres avec les éditions gothiques portent: «_Et - virent pluseurs._» Notre texte doit être le véritable et prouve que - le Chroniqueur étoit à Paris dans ce temps-là, sans doute assez mal - à son aise, en raison de ses sentimens de loyauté.--Les éditions - précédentes ne nomment pas _Peret_. - - [117] _Entechié_. Affecté. - - - - -LXXVI. - -De la cruauté de ceulx de Beauvoisin; et coment le régent se parti de -Meaux pour aler à Sens. - - -En ce temps multiplièrent moult ces gens de Beauvoisin. Et se resmuèrent -et assemblèrent pluseurs autres en diverses flotes en la terre de -Morency, et abatirent et ardirent toutes les maisons et chastiaux du -seigneur de Morency et des autres gentils hommes du pays. Et aussi se -firent autres assemblées de tels gens en Mucien[118] et en autres lieux -environ. Et en ces assemblées avoit gens de labour le plus, et si y -avoit de riches hommes, bourgois et autres; et tous gentils hommes que -il povoient trouver il tuoient, et si faisoient-il gentils femmes et -pluseurs enfans; qui parestoit trop grant forsennerie. - - [118] _Mucien_ ou _Mulcien_. «Pagus Melcianus.» C'est la partie de - Brie renfermée entre _Crepy_ et _Crécy_. Elle comprend Meaux, - May-en-Mulcien, Rosoy-en-Mulcien, etc. (Voy. M. _Guérard_, Provinces - et Pays de la France, dans l'_Annuaire de la Société de l'Histoire - de France_, année 1837.) - -En ce temps, ledit régent qui estoit au marchié de Meaux que il avoit -fait enforcier et faisoit de jour en jour, s'en parti et ala au chastel -de Monstereil au fort d'Yonne; et assez tost après s'en parti et ala en -la cité de Sens, en laquelle il entra le samedi neuviesme jour de juing -ensuivant, à matin. Et fu receu en ladite cité par les gens d'icelle -moult honnorablement si comme il le devoient faire, comme à leur droit -seigneur après le roy de France son père. Et toutesvoies, avoit lors pou -de villes, cités ou autres en la Langue d'oyl qui ne fussent meues -contre les gentils hommes, tant en faveur de ceux de Paris qui trop les -haoient, comme pour le mouvement du peuple. Et néantmoins fu-il receu en -ladite ville de Sens à grant paix et honorablement. Et fist ledit régent -en ladite ville grant mandement de gens d'armes. - - - - -LXXVII. - -Coment ceux de Paris furent desconfis à Meaux; et de la mort du maire de -la ville appellé Jehan Soulas. - - -Celuy samedi meisme, qui estoit le neuviesme jour de juing, l'an mil -trois cens cinquante-huit, pluseurs qui estoient partis de la ville de -Paris, jusques au nombre de trois cens ou environ, desquels gens estoit -capitain un appellé Pierre Gille espicier de Paris, et environ cinq cens -qui s'estoient assemblés à Cilly en Mucien[119], desquels estoit -capitain un appellé Jehan Vaillant prévost des monnoies du roy, alèrent -à Meaux. Et jasoit ce que Jehan Soulas, lors maire de Meaux, et pluseurs -autres de ladite ville eussent juré audit régent que il luy seroient -bons et loyaux et ne souffreroient aucune chose estre faite contre luy -né contre son honneur, néantmoins il firent ouvrir les portes de ladite -cité auxdis de Paris et de Cilly, et firent mettre les tables et les -nappes parmy les rues, le pain, le vin et les viandes sus; et burent et -mangièrent sé il vouldrent et se resfraichirent. Et après se mirent en -bataille, en alant droit vers le marchié de ladite ville de Meaux auquel -estoit la duchesse de Normendie et sa fille, et la seur dudit régent, -appellée madame Ysabel de France qui puis fu femme du fils du seigneur -de Milan et fu contesse de Vertus que le roy Jehan, son père, luy donna -à son mariage. Et avec eux estoit le conte de Foys, le seigneur de -Hangest et pluseurs autres gentils hommes que ledit régent y avoit -laissiés pour garder ladite duchesse sa femme, sa fille, sa seur et -ledit marchié. - - [119] _Cilly_ ou _Silly_. Aujourd'hui hameau à quatre lieues au-delà - de Dammartin, près de la route de Soissons. - -Si issirent dudit marchié lesdits conte de Foys, le seigneur de Hangest -et aucuns autres, jusques au nombre de vint-cinq hommes d'armes ou -environ, et alèrent contre les dessusdis Pierre Gille et sa compaignie; -et se combattirent à eux. Et là fu tué un chevalier dudit marchié -appellé monseigneur Loys de Chambly, d'un vireton près de l'euil. -Finablement ceux dudit marchié eurent victoire. Et furent ceux de Paris, -de Cilly et pluseurs de la cité de Meaux qui s'estoient mis avec eux, -desconfis. Et pour ce, ceux dudit marchié mirent le feu en ladite cité -et ardirent aucunes maisons[120]. - - [120] Le manuscrit de Charles V donne ici, dans une miniature, la - représentation du combat. Le _marché_ de Meaux est une forteresse - dont on distingue trois tours, surmontées chacune d'un petit pennon - blanc. Le drapeau blanc étoit donc, dès le règne du roi Jean, celui - de la monarchie françoise; je ne crois pas qu'on l'ait encore - remarqué dans un monument aussi ancien. Au reste, il se pourroit que - les couleurs _bleu et rouge_ du parti populaire eussent été la - première cause de l'adoption d'une troisième couleur, le _blanc_, - pour signe de ralliement des royalistes. - -Et depuis furent informés que pluseurs de ladite cité avoient esté armés -contre eux et les avoient voulu trahir, et pour ce ceux dudit marchié -pillièrent et ardirent partie de ladite cité. Mais la grant églyse ne fu -pas arse né aussi aucunes maisons des chanoines: mais toutesvoies fu -tout pris; et aussi fu le chastel qui estoit au roy ars; et dura ledit -feu tant en ladite ville comme audit chastel plus de quinze jours. Et -pristrent ceux dudit marchié Jehan Soulas, le maire de ladite ville de -Meaux, et pluseurs autres hommes et femmes, et les tindrent prisons -audit marchié. Et depuis fit-l'en mourir ledit maire, si comme droit -estoit. - - - - -LXXVIII. - -De la mort Guillaume Cale par le roy de Navarre; et coment ledit roy ala -de Beauvoisin à Saint-Ouyn, pour parler au prévost des marchans. - - -En celuy temps chevaulcha le roy de Navarre en Beauvoisin, et mist à -mort pluseurs de ceux des communes; et par espécial fist coupper la -teste dudit Guillaume Cale à Clermont en Beauvoisin. Et pour ce que ceux -de Paris luy mandèrent que il alast vers eux à Paris, il se traist à -Saint-Ouyn, en l'ostel du roy appellé la Noble-Maison. Et là ala le -prévost des marchans parlementer audit roy. Et le jeudi, quatorziesme -jour dudit moys de juing, ala ledit roy de Navarre à Paris. Et contre -luy alèrent pluseurs de ladite ville de Paris pour luy accompagnier -jusques là où il descendi, c'est assavoir à Saint-Germain-des-Prés. - - - - -LXXIX. - -Du preschement que le roy de Navarre fist en l'ostel de la ville, et -coment par l'énortement de ses aliés fu fait capitain de Paris: dont -pluseurs de ladite ville furent courrouciés. - - -Le vendredi, quinziesme jour de juing, ledit roy de Navarre vint en la -maison de la ville et prescha. Et entre les autres choses dist que il -amoit moult le royaume de France et il y estoit moult bien tenu, si -comme il disoit; car il estoit des Fleurs de lis de tous costés, et eust -esté sa mère roy de France sé elle eust esté homme; car elle avoit esté -seule fille du roy de France. Et si luy avoient les bonnes villes du -royaume, par espécial celle de Paris, fait très grans biens et haus -honneurs, lesquels il taisoit; et pour ce estoit-il prest de vivre et de -mourir avecques eulx. - -Et aussi prescha Charles Toussac et dist que le royaume de France estoit -en petit point et avoit mal esté gouverné, et encore estoit; si estoit -mestier que il y féissent un capitain qui mieux les gouverneroit et luy -sembloit que meilleur ne povoient-il avoir du roy de Navarre. - -Et à ce mot furent pluseurs forgiés et ordenés à ce, qui crièrent: -_Navarre! Navarre!_ tous à une voix ainsi comme sé il voulsissent dire: -Nous voulons le roy de Navarre. Et toutesvoies, la plus grant partie de -trop de ceulx qui là estoient se teurent et furent courrouciés dudit -cry; mais il ne l'osèrent contredire. - -Si fu lors esleu ledit roy en capitain de la ville de Paris; et luy fu -dit, de par le prévost des marchands de Paris, que ceux de Paris -escriproient à toutes bonnes villes du royaume, afin que chascun se -consentist à faire ledit roy capitain universal par tout le royaume de -France. - -Et lors, leur fist ledit roy serment de les garder et gouverner bien et -loyalement, et de vivre et morir avec eulx contre tous, sans aucun -excepter; et leur dist: «Biaux seigneurs, ce royaume est moult malade, -et y est la maladie moult enracinée; et, pour ce, ne puet-il estre si -tost gary: si ne vous vueilliés pas mouvoir contre moy sé je ne apaise -si tost les besoingnes, car il y faut trait et labour.» - - - - -LXXX. - -Coment ledit régent s'en ala de Sens à Provins, à Chasteau-Tierry et à -Gandelus; et du nombre des Jaques tués par gentilshommes. - - -Celui vendredi meismes, ledit régent qui toute celle sepmaine avoit -demouré à Sens, s'en parti et s'en ala à Provins, et d'illec vers -Chasteau-Tierry et vers Gandelus[121] où l'en disoit qu'il avoit grande -assemblée de ces communes que l'en appelloit Jaques-Bonhomme; et -tousjours luy venoient gentilshommes de tous pays. Et la royne Jehanne -estoit à Paris, laquelle mettoit grande diligence de faire aucun -traictié entre ledit régent, par devers lequel elle envoioit souvent, et -ceulx de Paris. Et pour ce se parti ladite royne de Paris le samedi -vingt-troisiesme jour de juing pour aler par devers ledit régent qui -estoit environ Meaulx, en attendant les gens d'armes qui luy venoient. - -Et tousjours ardoient les gentilshommes aucunes maisons que il -trouvoient à ceulx de Paris, sé il n'estoient officiers du roy ou dudit -régent; et prenoient et emportoient tous les biens meubles que il -trouvoient et estoient auxdis habitans; et ne se osoit homme qui alast -par pays, avoer de Paris[122]. Et aussi tuoient les gentilshommes tous -ceux que il povoient trouver qui avoient esté de la compagnie des -Jaques, c'est-à-dire des communes qui avoient tué les gentilshommes, -leur femmes et leur enfans, et abattues maisons; et tant que on tenoit -certainement que l'en en avoit bien tué dedens le jour de la saint -Jean-Baptiste vint mil et plus. - - [121] _Gandelus_. Aujourd'hui bourg du département de l'Aisne, à - quatre lieues de _Château-Thierry_. - - [122] C'est que ces _Marseillais_ du XIVe siècle avoient été bien - réellement soulevés par les anarchistes de Paris. Je demande la - permission de citer à l'appui de cette opinion la précieuse - chronique manuscrite conservée sous le nº 530, Supplément françois. - A l'occasion de l'expédition du roi de Navarre contre les Jacques, - on y lit: «En ce temps assembla le roy de Navarre grans gens et ala - vers Clermont-en-Beauvoisis, et en tuèrent plus de huit cens et fist - copper la teste à leur cappitaine _qui se vouloit tenir pour roy_; - et dient aucuns que les Jacques s'attendoient que le roy de Navarre - leur deust aidier, pour l'aliance que il avoit au prévost des - marchans, par lequel prévost la Jaquerie s'esmeut, si comme on dit. - En ce temps alèrent ceux de Paris»--(non pas les Navarrois) «à - Ermenonville, et assaillirent le chastel et le prindrent d'assaut. - Là estoit de Lorris, qui avoit l'ordre de chevalerie; mais par paour - il regnia gentillesse et jura que il amoit mieulx les bourgois et le - commun de Paris que les nobles; et par ce fu sauvé et sa femme et - ses enfans. Mais ses biens furent tous robés et prins qui dedens le - chastel estoient. Lors repairèrent icelles gens à Paris.» Notre - chronique a dit plus haut qu'Ermenonville avoit été pris par les - _Jaques_. Parisiens ou Jaques, c'étoit tout un. - - - - -LXXXI. - -Coment les gentilshommes de Bourgoigne laissièrent le roy de Navarre. - - -Le vendredi vingt-deuxiesme jour dudit mois de juing, le roy de Navarre -parti de Paris et avecques luy pluseurs de ladite ville et pluseurs de -ses gens. Et estoient environ six cens glaives, et alèrent à Gonesse où -pluseurs autres des villes de la visconté de Paris les attendoient. Et -deux jours ou trois devant, pluseurs des gentilshommes qui avoient esté -avec ledit roy de Navarre une partie de la saison et encore estoient, -espécialement ceulx du pays de Bourgoigne, prisrent congié dudit roy de -Navarre, quant il virent que il avoit accepté la capitainerie de ceus de -Paris, en disant que il ne seroient point contre ledit régent né contre -les gentilshommes; et s'en partirent et s'en alèrent en leur pays. Et -ledit roy et sa compaignie s'en alèrent vers Senlis. - - - - -LXXXII. - -Coment ledit régent et son ost logièrent près de Paris, en telle manière -que nul n'osoit issir né entrer en ladite ville de celle part où il -estoit. - - -Monseigneur le régent qui avoit esté vers Chasteau-Tierry, vers la -Ferté-Milon et au pays environ pour despécier pluseurs assemblées des -Jaques qui là estoient, après ce que les nobles qui estoient avec ledit -régent orent mis à mort pluseurs Jaques, ars et gasté tout le pays entre -la rivière de Marne et de Seine, s'en retourna en alant vers Paris, et -se logia à Chielle-Sainte-Bautheut[123], la derrenière sepmaine de -juing, c'est assavoir le mardi vingt-troisiesme jour dudit moys. - - [123] _Bautheut_. Bathilde. - -Et la royne Jehanne fu à Laigny, qui moult se penoit de traictier entre -ledit régent et ceulx de Paris. Et lors n'y pout aucun traictié estre -trouvé: car ceulx de Paris se tenoient fiers et haus contre ledit régent -leur seigneur. Et pour ce, luy et son ost se deslogièrent de Chielle et -se logièrent environ le bois de Vincennes, environ le pont de Charenton -et environ Conflans, le vendredy vint-neuviesme jour dudit moys de -juing. Et tenoit-l'en que en l'ost dudit régent avoit bien trente mil -chevaux. Si fu tout le pays gasté jusques à huit ou dix lieues, et -communément les villes arses. - -Et ledit roy de Navarre s'en retourna et entra en la ville de -Saint-Denis, lequel roy estoit alié avec ceulx de Paris contre ledit -régent leur droit seigneur. Et si avoit en la compaignie dudit roy grant -foison ennemis du roy et du royaume de France, Anglois et autres que -ledit roy de Navarre avoit fait venir des garnisons anglesches, -d'Esparnon et d'autre part. En la ville de Saint-Denis se tint le roy de -Navarre. Et ledit régent et son ost estoient logiés ès lieux dessus dis, -et estoit le corps dudit régent logié en l'ostel du Séjour, ès -Quarrières[124]. Et n'osoit homme issir de Paris de celle part né entrer -aussi; mais par pluseurs fois en issoit l'en en bataille; mais tousjours -perdoient plus qu'il ne gaignoient et en y ot pluseurs mors. - - [124] _Quarrières_. Les Carrières sont un petit village dépendant de - la commune de Charenton. Quant à l'_ostel du Séjour_, c'est - aujourd'hui la maison de plaisance ou de refuge de M. l'archevêque - de Paris. - - - - -LXXXIII. - -Coment le régent et le roy de Navarre assemblèrent en un pavillon qui fu -tendu sur une motte, entre Saint-Anthoine et le bois, pour accorder un -traictié que la royne Jehanne avoit basti; et du serment que ledit roy -fist sur _Corpus Domini_ que l'evesque de Lisieux avoit célébré, en -entencion que ledit régent et ledit roy le usassent pour plus fermement -tenir leur seremens; mais ledit roy de Navarre refusa à user le premier. - - -Le dimenche huitiesme jour de juillet ensuivant, assemblèrent lesdis -régent et roy de Navarre en un pavillon qui, pour ce, fu tendu près de -Saint-Anthoine, en un lieu que l'en dit le Moulin-à-Vent, pour accorder -ensemble certain traictié que la royne Jehanne avoit pourparlé. Si -estoient les batailles dudit régent toutes ordenées aux champs en quatre -batailles, où l'en estimoit bien douze mil hommes d'armes et plus. Et -les gens du roy de Navarre furent en bataille ordenés sur une petite -montaigne près de Monstruel et de Charonne, et n'estoient pas plus de -huit cens combattans, si comme l'en les estimoit. Et, pour ce que il -estoient si petit nombre ne approchièrent point ledit pavillon né les -batailles audit régent. - -Si parlementèrent ledit régent et ses gens et le roy de Navarre et ses -gens, en la présence de ladite royne. Si furent à acort par la manière -qui s'ensuit, c'est assavoir: pour toutes les choses que ledit roy -pourroit demander audit régent pour quelconques causes que ce fust, luy -bailleroit dix mil livres de terre[125] et quatre cens mil florins à -l'escu, lesquels seroient bailliés audit roy par la manière qui -s'ensuit. C'est assavoir la première année cent mil, et chascun an -ensuivant cinquante mil, jusques à fin de paie; et si seroient lesdis -quatre cens mil florins pris sur les aydes que le peuple feroit pour -cause des guerres, sans ce que ledit régent en fust autrement tenu né -obligé. Et pour ce, ledit roy de Navarre devoit estre avec ledit régent -contre tous excepté le roy de France; et afin que ledit régent et le roy -de Navarre tenissent sans enfraindre toutes les choses dessus dites, -l'evesque de Lisieux, qui présent estoit, chanta une messe audit -pavillon, environ heure de nonne, et consacra deux personnes[126], en -espérance que de l'une fust fait deux parties et usées par lesdis régent -et roy. Et quant la messe fu chantée, lesdis régent et roy jurèrent, sur -le corps-Dieu sacré que ledit evesque tenoit entre ses mains, que il -teindroient et acompliroient sans enfraindre tout ce que chascun avoit -promis, présens à ce dus, contes et barons tant come en povoit au devant -dit pavillon, environ heure de nonnes. Et après ledit evesque brisa -l'oiste, et en voult faire user à chascun desdis régent et roy; mais -ledit roy dit que il n'estoit pas jeun[127]; et pour ce ledit régent -n'en prist point aussi, jasoit ce que il se feust ordené pour le -recevoir. Si usa tout ledit evesque. Et, par ce, ledit roy devoit aler à -Paris pour les faire mettre en l'obéissance dudit régent. Et ainsi se -départirent; et s'en ala ledit régent aux Quarrières et ledit roy à -Saint-Denis. - - [125] _Dix mil livres de terre_. C'est-à-dire lui assigneroit la - propriété de terres évaluées à dix mille livres. - - [126] _Personnes_. Deux _oistes_ ou hosties, deux _Corpus Domini_. - - [127] _Jeun_. «Jejunus.» A jeun. - - - - -LXXXIV. - -Coment, après les dessusdis sermens, les gens au roy de Navarre -coururent sus aux gens du régent. - - -Le mardi ensuivant dixiesme jour du moys de juillet, le roy de Navarre -ala à Paris; et cuidoit ledit régent que ledit roy deust aler devers -luy, celuy jour, porter la response de ceux de Paris: mais il n'y ala -point, ainçois demoura tout ce jour. Et l'endemain, le onziesme jour -dudit moys, il mist en ladite ville de Paris les Anglois que il avoit -avecques luy. Et disoit-l'en en l'ost dudit régent que ceux de Paris -avoient dit audit roy que il avoit fait sa paix sans eux et que il ne -leur en challoit, car il se passeroient bien de li[128]. Et pour ce fist -nouvelles alliances, si comme l'en disoit, avec eux; et bien y parut de -fait, car il ne retourna point devers ledit régent; mais[129], luy -estant dedens ladite ville de Paris, pluseurs en issirent armés, par -espécial de ceux que il y avoit menés. - - [128] Cette dernière circonstance précieuse est éclaircie par le - continuateur de Nangis, qui place le fait après la destruction - _prétendue_ du pont de bateaux dont il sera question tout à l'heure: - «Alterâ autem vice contigit quod _nobiles_ cum duce in armis partes - illas ubi pons fuerat, ut dicitur, propè pontem de Charenton - accesserunt, ut regem Navarræ cum Parisiensibus expugnarent, contrà - quos rex Navarræ, capitaneus parisiensis, cum suis armatus aggressus - est, et veniens ad ipsos locutus est multis sermonibus eis sine - pugnâ, et deindè reversus est Parisius. Quod videntes Parisienses, - suspicati sunt contrà ipsum, quod, quia nobilis erat, cum aliis - conspirasset aliqua Parisiensibus secreta forsitan vel nocua. - Propter quod dictum regem cum suis spreverunt, et ipsum ab illo - officio removerunt.» - - (Spicileg., t. III, p. 118.) - - [129] _Mais_, etc. Cette dernière phrase est inédite, et ne se trouve - complète que dans le manuscrit de Charles V. - -Et assaillirent ledit mercredi, onziesme jour dudit moys, aucuns de -l'ost dudit régent qui se deslogoient de la Granche-aux-Merciers pour -eux approchier dudit régent. Et pour ce, crya-l'en en l'ost alarme, et -s'arma l'ost, et courut-l'en jusques à la bastide des fossés, et là ot -grant escarmuche, et y demoura-l'en jusques près de la nuit: et y -perdirent ceux de Paris plus que les autres. - - - - -LXXXV. - -Coment le roy de Navarre mist sus au régent qu'il avoit enfraint le -traictié, et du pont de bateaux qui fu fait sur Saine. - - -Le jeudi douziesme jour du moys de juillet, le roy de Navarre s'en -retourna à Saint-Denis, et laissa les Anglois à Paris. Et ledit régent -envoia par devers ledit roy pour savoir quelle volenté il avoit, et luy -fist requérir que il venist avec luy, car il luy avoit promis que il luy -ayderoit contre tous. Lequel roy respondi que ledit régent et sa gent -avoient enfraint le traictié et les convenances que il avoient, car il -avoient assaillis ceux de Paris le jour précédent, si comme disoit ledit -roy, tant comme il traictoit avecques eux; jasoit ce, en vérité, que -ceux de Paris eussent commencié l'escarmuche. Mais ledit roy disoit ces -choses pour ce qu'il ne povoit avoir fait à Paris ce qu'il avoit promis -au traictié dudit régent et de luy; car il avoit promis de tant faire -que ceux de Paris paieroient six cens mil escus de Phelippe pour le -premier paiement de la raençon du roy, mais que ledit régent leur -reméist toute paine criminelle. Et ceux de Paris respondirent quant il -en parla, que il n'en paieroient jà denier. Et pour ce, mettoit sus -ledit roy audit régent que il avoit enfraint ledit traictié, jasoit ce -que ceux qui là estoient savoient bien le contraire. Si cuida-l'en bien -que tous traictiés fussent rompus, dont moult de gens avoient grant -joie. - -Et mist-l'en[130] grant paine à achever un pont que l'en avoit -encommencié sur bateaux pour passer la rivière de Saine, lequel fu -achevé ledit jeudi. Et tantost, pluseurs de l'ost passèrent ledit pont -et ardirent Vitery et pluseurs autres villes oultre la rivière de Saine, -et y pilla-l'en tout ce que l'en y trouva. - - [130] _Mist-l'en_. Les gens du régent, ou comme dit simplement le - continuateur de Nangis: _Nobiles_. «Nobiles super Secanam pontem - fecerant inter Parisius et Corbelium, per quod transibant ad ambas - partes fluminis.» Le pont fut établi bien au-dessous de Corbeil, et - dans la presqu'île formée par le confluent de la Seine et de la - Marne, en face de Vitry. Le continuateur ajoute que les nobles - eurent le dessous dans l'engagement dont le chapitre suivant va nous - entretenir; et que le pont fut détruit. Le fait peut rester douteux. - -Et ladite royne Jehanne aloit souvent par devers les uns et par devers -les autres pour renouveler ledit traictié. Toutesvoies parloient -pluseurs moult vilainement contre ledit roy de Navarre qui si -solempnellement avoit juré et ne tenoit chose que il eust promis. - - - - -LXXXVI. - -Coment monseigneur le duc de Normendie, ainsné fils du roy de France, -lors régent le royaume, reboutèrent, luy et ses gens, ceux de Paris de -dessus le pont qu'il avoit fait faire sur Saine; et de pluseurs -escarmuches faictes environ Saint-Anthoine de ceux de Paris contre les -gens dudit régent; et du traictié qui fu fait pour faire la paix entre -le régent et ceux de Paris. - - -Le samedi ensuivant quatorziesme jour de juillet, environ heure de -disner, ledit régent estant en sa chambre, en son conseil, pluseurs de -la ville de Paris, dont la plus grant partie estoient d'Anglois qui -estoient issus par devers Saint-Marcel, chevaulchièrent jusques devant -ledit pont que ledit régent avoit fait faire, lequel pont estoit sur la -rivière de Saine, devant l'ostel des Quarrières où estoit logié ledit -régent. Et tantost que il furent devant ledit pont, il descendirent à -pié, et en entra aucuns dedens ladite rivière pour aller sur ledit pont -où il n'avoit point de garde. Mais l'en ne povoit monter sus ledit pont -sé l'en n'entroit en l'yaue jusques au nombril, pour ce qu'il avoit -faute au bout du pont par devers Vitery; et y mettoient les gens dudit -régent une bachière toutes les fois que il vouloient passer: et quant il -en avoient fait, ladite bachière estoit ostée du bout du pont. Et estoit -mise contre ledit pont au dessus, ainsi comme au milieu. Et lors estoit -en celuy estat; et pour ce convint que les dis de Paris entrassent en -l'yaue pour monter sur ledit pont. Si crya-l'en alarme moult forment; et -fu moult l'ost estourmie, car les autres estoient venus à couvert et -soudainement. Si alèrent pluseurs, les uns armés et les autres désarmés, -pour deffendre ledit pont. Et jà avoient pluseurs des dessus dis de -Paris oultre la moitié du pont. Et là se combatirent les gens dudit -régent et reboutèrent leur ennemis qui estoient sur ledit pont, et y ala -ledit régent en sa personne: et y furent pluseurs des gens dudit régent -navrés de trait. Et si y fu pris son mareschal que on appelloit -monseigneur Rigaut de Fontaines. Et aussi y ot des autres navrés et -pris. Toutesvoies furent-il reculés et mis tous hors dessur ledit pont -par les gens dudit régent et s'en retournèrent vers Paris. Et pour ce -que l'en crioit alarme vers Paris, au cousté devers Saint-Anthoine, et -disoit-l'en que ceux de Paris estoient issus de celle part, les gens -d'armes se trairent vers là, et sur les champs furent les batailles -rangiés. Et y ot des escarmuches toute jour jusques à la nuit, et y -perdirent ceux de Paris plus que il ne gaignièrent. Toutesvoies, ceux -qui issirent de Paris, tant d'un cousté de Paris comme d'autre, estoient -le plus Anglois. Et durant ces choses, la royne Jehanne ala devers ledit -régent pour renouer ledit traictié, et quant elle s'en parti pour aler à -St-Denis, encore estoient les batailles sur les champs. Si traictièrent -toute celle sepmaine jusques au jeudi ensuivant dix-neuviesme jour dudit -moys de juillet. Et celluy jour, ladite royne Jehanne, le roy de -Navarre, l'arcevesque de Lyon qui là avoit esté envoié de par le pape, -l'evesque de Paris, le prieur de Saint-Martin-des-Champs, Jehan Belot -eschevin de Paris, Colin le Flamant, et autres de Paris alèrent environ -tierce au bout dudit pont que ledit régent avoit fait faire de la partie -devers Vitery, et avoient des gens d'armes et des archiers avecques eux. -Et ledit régent y ala à petite compaignie tout désarmé; et -parlementèrent ensemble en l'un des bateaux dudit pont; et finablement -furent à accort, par telle manière que ceux de Paris prieroient ledit -régent que il leur voulsist remettre son mautalent, et pardonner tout ce -que il avoient fait; et il se mettroient en sa merci, par telle -condicion qu'il en ordenneroit, par le conseil de la royne Jehanne, du -roy de Navarre, du duc d'Orléans et du conte d'Estampes, concordablement -et non aultrement. Et avec ce demourroient en leur vertu tous accors, -toutes convenances et toutes aliances que ceux de Paris avoient avecques -ledit roy de Navarre avecques bonnes villes et avecques tous autres. Et -ledit régent devoit faire ouvrir tous passages de rivières et autres, -afin que toutes denrées et marchandises pussent passer et estre portées -à Paris. Et pour parfaire les choses contenues audit traictié, fu -journée prise au mardi ensuivant, pour estre à Laigny-sur-Marne; et là -devoient estre ledit régent et son conseil d'une part, et ceux qui -seroient ordenés pour Paris d'autre part, et lesdis royne, roy, duc -d'Orléans et conte d'Estampes, par le conseil desquels ledit régent en -devoit ordener. Et ce fait, fu publié en l'ost que il avoit bonne paix -entre ledit régent et ceux de Paris. Et pour ce se deslogièrent les gens -de monseigneur le duc et s'en partirent pluseurs celuy jour. - -Et l'endemain, jour de vendredi, vingtiesme jour dudit mois, pluseurs -alèrent vers Paris pour besoignes que il avoient à faire lesquels on n'y -voult laissier entrer. Mais leur demanda-l'en à qui il estoient; et -quant il respondirent que il estoient au duc, ceux de Paris leur -disrent: «Alés à vostre duc.» Et y entra Mathé Guete[131], trésorier de -France, lequel fu en grant péril d'estre tué; et finablement en fu mis -hors quant il ot esté mené en la maison de la ville en Grève, et à -Saint-Eloy devant le prévost des marchands et les gouverneurs. - - [131] _Mathé Guete_. Sans doute celui qui, dans le préambule du traité - de Brétigny, sera nommé _Macy Guery_. - -Et après ce que ledit accort fu fait par la manière que dessus est dit, -les dessus dis de Paris, en haine de monseigneur ledit régent, prisrent -et saisirent pluseurs maisons et biens meubles de pluseurs officiers qui -avoient esté avec ledit régent audit ost. - -Et ledit régent s'en ala celui jour de vendredi au Val-la-Comtesse, et -la plus grant partie de son ost s'en parti. - - - - -LXXXVII. - -Coment ceulx de Paris se esmeurent contre les Anglois que le roy de -Navarre avoit fait venir en ladite ville; et en tuèrent partie et les -autres emprisonnèrent au Louvre. Et de la mort de ceulx de Paris vers -Saint-Cloust. - - -Le samedi ensuivant, veille de la Magdalène, fu la journée[132] -ensuivant qui avoit esté mise à Laigny-sur-Marne remise à Corbeil. Et -celuy samedi, après disner, s'esmeut à Paris un grant descort entre -ceulx de la ville et pluseurs Anglois qu'il avoient fait venir en ladite -ville contre ledit régent leur seigneur, pour ce que l'en disoit que -aucuns autres Anglois qui estoient à Saint-Denis et à Saint-Cloust -pilloient le pays. Si s'esmeut le commun de ladite ville de Paris, et -courut sur lesdis Anglois qui estoient en ladite ville de Paris, et en -tuèrent vint-quatre ou environ et en prisrent quarante-sept des plus -notables, en l'ostel de Neelle auquel il avoient disné avec le roy de -Navarre. Et plus de quatre cens autres en divers ostieux de ladite -ville, lesquels il mistrent tous en prison au Louvre. De laquelle chose -le roy de Navarre fu moult courroucié, si comme l'en disoit; et aussi -furent le prévost des marchans et autres gouverneurs de ladite ville. -Et, pour ce, l'endemain, jour de dimenche et de la Magdalène, -vingt-deuxiesme jour dudit moys de juillet, le roy de Navarre, l'evesque -de Laon, le prévost des marchans et pluseurs autres gouverneurs de -ladite ville de Paris furent en la maison de ladite ville, environ heure -de midi, et y ot moult de peuple assemblé en ladite maison, tous armés -devant en la place de Grève. Auquel peuple ledit roy parla et leur dist -qu'il avoient mal fait d'avoir tué lesdis Anglois, car il les avoit fait -venir en son conduit[133] pour servir ceulx de la ville de Paris. Et -tantost pluseurs d'iceux crièrent qu'il vouloient que tous les Anglois -fussent tués, et vouloient aler à Saint-Denis mettre à mort ceux qui y -estoient, qui pilloient tout le pays. Et disrent audit roy et au prévost -des marchans que il alassent avec eux, en disant que il avoient esté -bien paiés de leur gages et soudées, et néanmoins il pilloient tout le -pays. Et jasoit ce que ledit roy et prévost féissent tout leur povoir de -refraindre ledit peuple, il ne le povoient faire, mais convint que il -leur accordassent à aler avec eux. Mais avant que on partist de Paris, -il fu près de vespres. Dont pluseurs présumèrent que ledit roy fist -attendre le partir, afin que lesdis Anglois ne feussent sourpris et -despourveus. Et environ heure de vespres partirent de Paris, les uns par -la porte Saint-Honoré, le roy de Navarre, le prévost des marchans et -toute leur route par la porte Saint-Denis et alèrent vers le Moulin à -vent. Et estimoit-on que il estoient, tant d'une part comme d'autre, -environ seize cens hommes de cheval et huit mille de pié. Et furent -lesdis roy de Navarre, le prévost des marchans et toute leur route bien -l'espace de demie heure largement, sans eux mouvoir au champ qui est de -l'autre partie dudit moulin à vent par devers Montmartre. Et de leur -route furent envoiés trois glaives qui chevauchièrent par emprès -Montmartre. Lesquels, sans ce qu'il feussent après veus, chevauchièrent -en alant tout droit vers le bois de St-Cloust, auquel bois lesdis -Anglois estoient en une embusche. Et au-dehors dudit bois par devers -Paris en avoit environ quarante ou cinquante. Si cuidèrent ceux de Paris -que il n'en y eust plus; et alèrent vers lesdis Anglois. Et quant il -furent près, les Anglois qui estoient audit bois issirent hors, et -tantost ceux de Paris se misrent à fouir et les Anglois au chacier. Si -tuèrent lesdis Anglois grant foison des dessus dis de Paris, par -espécial de ceux de pié qui estoient issus par la porte St-Honoré; et -tenoit-l'en communément qu'il y avoit de mors bien six cens ou plus, et -furent presque tous gens de pié. Et ledit roy de Navarre qui véoit ces -choses ne se parti pas de là, mais laissa tuer les dessusdis de Paris -sans leur faire aucune aide né secours. Et après ce que lesdis de Paris -furent desconfis et tués comme dit est, ledit roy de Navarre s'en ala à -Saint-Denis, et ledit prévost des marchans et sa compaignie s'en -retournèrent à Paris. Et furent, quant il rentrèrent à Paris, forment -huiés et blasmés de ce qu'il avoient ainsi les bonnes gens de Paris -laissié mettre à mort sans les secourir. Et dès lors commencièrent ceux -de Paris forment à murmurer, et faisoient forment garder les -quarante-sept prisonniers anglois qui estoient au Louvre par le commun -de Paris; et volentiers les eust le commun de Paris mis à mort; mais le -prévost des marchans et les autres gouverneurs de Paris ne le povoient -souffrir. - - [132] _La journée_. L'ajournement. - - [133] _En son conduit_. Sous sa sauve-garde. - - - - -LXXXVIII. - -Coment le prévost des marchans et ses aliés délivrèrent les prisonniers -du Louvre. - - -Le vendredi vingt-septiesme jour dudit mois de juillet, le prévost des -marchans et pluseurs autres jusques au nombre de huit vint ou deux cens -hommes armés et pluseurs archiers alèrent au Louvre; et, de fait, contre -la volenté dudit peuple et commun de Paris, délivrèrent lesdis Anglois -prisonniers et les misrent hors de Paris par la porte Saint-Honoré. Et -en les conduisant de la ville dehors, aucuns de ceux qui estoient avec -ledit prévost crioient et demandoient sé il i avoit aucun qui voulsist -aucune chose dire contre la délivrance desdis Anglois; et avoient leur -arcs tous tendus pour les délivrer de tous empeschemens, sé aucuns les -voulsist mettre en ladite délivrance; mais il n'y ot personne qui osast -parler né faire semblant; jasoit ce qu'il en fussent moult -douloureusement courrouciés en ladite ville de Paris. - -Si s'en alèrent les Anglois à Saint-Denis avec le roy de Navarre, qui -tousjours y estoit demouré depuis le dimenche précédent; car il n'osoit -pas seurement retourner à Paris, si comme l'en disoit, tant pour cause -de ce que il n'avoit point aidié à ceux de Paris le dimenche précédent, -lorsque les Anglois les avoient tués, comme pour la délivrance des -Anglois du Louvre, laquelle avoit esté faite à la requeste dudit roy de -Navarre, si comme l'en disoit et voir estoit. Si en estoit le peuple de -Paris forment esmeu en cuer contre ledit prévost des marchans et contre -les autres gouverneurs; mais il n'y avoit homme qui osast commencier la -riote. Toutesvoies Dieu, qui tout voit, qui vouloit ladite ville sauver, -ordena par la manière qui s'ensuit. - - - - -LXXXIX. - -De la mort du prévost des marchans et de pluseurs autres ses aliés. - - -Le mardi darrenier jour du moys de juillet, le prévost des marchans et -pluseurs autres avec luy, tous armés, alèrent disner à la bastide -Saint-Denis. Et commanda ledit prévost à ceux qui gardoient ladite -bastide que il baillaissent les clefs à Joseran de Mascon, qui estoit -trésorier du roy de Navarre. Lesquels gardes desdites clefs disrent que -il n'en bailleroient nulles. Dont le prévost fu moult courroucié, et se -mut riote à ladite bastide entre ledit prévost et ceux qui gardoient -lesdites clefs, tant que un bourgois appellé Jehan Maillart, garde de -l'un des quartiers de la ville, de la partie de vers la bastide, oï -nouvelles dudit débat, et pour ce se traist vers ledit prévost et luy -dist que l'en ne bailleroit point les clefs audit Joseran. Et, pour ce, -eust pluseurs grosses parolles entre ledit prévost et ledit Joseran -d'une part, et ledit Jehan Maillart d'autre part. Si monta ledit Jehan -Maillart à cheval, et prist une bannière du roy de France et commença à -hault crier: «_Montjoie Saint-Denis au roy et au duc!_» tant que chascun -qui le véoit aloit après et crioit à haulte voix ledit cri. Et aussi -fist le prévost et sa compaignie. Et s'en alèrent vers la bastide -Saint-Anthoine. Et ledit Jehan Maillart demoura vers les halles. Et un -chevalier appelé Pepin des Essars qui rien ne savoit de ce que ledit -Jehan Maillart avoit fait, prist assez tost après une autre bannière de -France, et crioit semblablement comme Jehan Maillart: «_Montjoie -Saint-Denis!_» Et durant ces choses, ledit prévost vint à la bastide -Saint-Anthoine, et tenoit deux boistes où avoit lettres lesquelles le -roy de Navarre luy avoit envoyées, si comme l'en disoit. Si requistrent -ceux qui estoient à ladite bastide que il leur monstrast lesdites -lettres. Et s'esmut riote à ladite bastide, tant que aucuns qui là -estoient coururent sus à Phelippe Giffart qui estoit avec ledit prévost, -lequel se deffendi forment, car il estoit fort armé et le bacinet en la -teste; et toutesvoies fu-il tué. Et après fu tué ledit prévost et un -autre de sa compaignie appelé Simon Le Paonnier: et tantost furent -despoilliés et estendus tous nus sur les quarriaux en la voie. Et ce -fait, le peuple s'esmut pour aler quérir des autres et pour en faire -autel; et leur dist-on que, en l'ostel de Hocaus, à l'enseigne de -l'Ours, près de la porte Baudoier, estoit entré Jehan de l'Isle le -jeune. Si y entrèrent grant foison de gens et y trouvèrent ledit Jehan -de l'Isle et Gille Marcel, clerc de la marchandise de Paris, lesquels il -misrent à mort. Et tantost furent despoilliés comme les autres et -trainés tous nus sur les quarreaux devant ledit ostel et là furent -laissiés. Et tantost se parti ledit peuple et s'esmut à aler querre des -autres. Et ce jour, à la bastide Saint-Martin, fu tué Jehan -Poret-le-Jeune. Et furent les cinq corps dessus nommés trainés en la -court de Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers, et là furent mis et -estendus tous nus en ladite court, en la veue de tous, si comme il -avoient fait mettre les mareschaux, celui de Clermont et celui de -Champaigne: dont pluseurs tenoient que c'estoit ordenance de Dieu, quar -il estoient mort de telle mort comme il avoient fait morir lesdis -mareschaux. - -Item, celui mardi, furent pris et mis au Chastellet de Paris, Charles -Toussac eschevin de Paris, et Joseran de Mascon trésorier du roy de -Navarre. Et le peuple qui les menoit crioit haultement le dessus dit -cri, et avoit chascun dudit peuple l'espée nue au poing. - - - - -XC. - -De la venue du régent à Paris, et de la mort Charles Toussac et de -Joseran de Mascon. - - -Le jeudi, secont jour d'aoust au soir, ala le duc de Normendie, régent -le royaume, à Paris où il fu receu à très grant joie du peuple de ladite -ville. Et celui jour, avant que ledit régent entrast à Paris, furent -lesdis Charles Toussac[134] et ledit Joseran trainés du Chastellet -jusques en Grève, et là furent décapités. Et longuement après -demourèrent en la place sur les quarreaux, et après en la rivière furent -gietés. - - [134] _Charles Toussac_. La veuve de ce méchant échevin ne conserva - pas longue rancune au parti qui avoit mis à mort son mari. Cinq mois - après, elle se remaria à Pierre de Dormans, échanson du régent et - neveu du célèbre chancelier Jean de Dormans. En considération de ce - futur mariage, le dauphin consentit à rendre à Marguerite tous les - biens confisqués sur son premier mari Toussac, comme on le voit par - une déclaration datée du 7 janvier 1358-59 transcrite dans le - _Recueil Msc. du Trésor des Chartes_, tome 26. - - Quant au récit de la mort du prévôt des marchans, on a souvent - essayé d'en changer le caractère et d'en modifier les circonstances. - Dans ce but, on s'est appuyé de l'autorité des _Chroniques de - Saint-Denis_. Un illustre membre de l'Académie des Belles-Lettres, - feu M. Dacier, a surtout voulu prouver que Maillart n'avoit joué, - dans la journée du 31 juillet, qu'un rôle secondaire, et que tout - l'honneur devoit en revenir à Pepin des Essarts. (Voyez les Mémoires - de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, volume 43, page - 563 et suivantes. Voyez aussi les notes des pages 383 et 384, dans - la deuxième édition du Froissart donnée par M. Buchon.) - - Ce n'est point ici le lieu de rejeter l'opinion de M. Dacier au rang - des paradoxes dont se fait trop souvent un jeu l'imagination des - érudits: l'un de mes amis, M. Léon de La Cabane, s'est chargé de ce - soin dans une dissertation qui sera publiée peut-être avant ce - volume. Mais je ne puis m'empêcher de remarquer: 1º que le - continuateur de Nangis, dont on a invoqué le silence, atteste que le - coup mortel fut porté à Marcel par l'un des gardiens des portes: - «Adfuit unus ex dictis custodientibus, qui elevans cum magno impetu - gladium vel hastam percussit validè præpositum mercatorum et eum - crudeliter interfecit.» Or, Pepin des Essarts n'étoit pas un gardien - des portes, mais bien Jean Maillart.--2º Que sur deux leçons de - Froissart, l'une accordant l'honneur de la journée à Maillart, - l'autre le transportant sur la tête de Pepin des Essarts, cette - dernière est le moins fréquemment reproduite dans les manuscrits, et - peut seule être le fait d'une infidélité réfléchie.--3º Qu'une autre - chronique inédite et jusqu'à présent non consultée, raconte le fait - de manière à justifier le récit du continuateur de Nangis et celui - du texte de Froissart le plus généralement transcrit dans les - manuscrits anciens. On me pardonnera, sans doute, de rapporter ce - nouveau témoignage qui bat complètement en ruine le sentiment de M. - Dacier, de M. Michelet et de plusieurs autres. Après avoir raconté - l'accord fait secrètement par Marcel avec le roi de Navarre, le - chroniqueur ajoute: - - «Le prévost des marchans et ses aliés avoient fait leur atrait et ne - voulurent que on veillast en celle nuit aux portes né aux murs. Mais - à Paris avoit un bourgois nommé Jehan Maillart qui estoit garde, par - le gré du commun, d'un quartier de la ville qui estoit ordenée par - quatre cappitaines. Cil Jehan ne voult mie que cil qui estoient - ordenés en son quartier pour veillier, laissassent leur garde. Dont - Phelippe Giffars et autres qui estoient aliés à la trahison le - blasmèrent et voulurent avoir les clefs de la porte, et retraire ses - gens et leur garde laissier. Lors ce Jehan Maillart s'apperceut bien - de trahison et manda Pepin des Essars et pluseurs autres bourgois et - les fist armer et pluseurs autres, et fist drécier une bannière de - France, et crioit cil et sa gent: _Montjoie au riche roy et au duc - son fils le régent!_ Si assembla avecques eulx grant foison du - peuple de Paris en armes et alèrent véir aux portes et les - forteresces. Et avint que vers la porte Saint-Anthoine il trouvèrent - ledit prévost des marchans et autres de ses aliés qui par couverture - crioient: _Montjoie au riche roy et au duc son fils le régent!_ si - comme les autres. Adonc Jehan Maillart requist au prévost des - marchans et pardevant le peuple que il montrast les lettres que le - régent leur avoit envoiées; mais il ne les monstroit mie volentiers, - pource que le mandement luy estoit contraire, et se cuidoit excuser - par paroles. Mais ly pluseurs conceurent la trahison. Et là fu - assailli du commun et fu occis...» - - Pepin des Essarts fut-il invité par Maillart à prendre les armes, ou - les prit-il avant de rien savoir des dispositions de Maillart? Voilà - toute la question. Quant à celui qui délivra la France de la - tyrannie de Marcel, la comparaison de tous les témoignages - contemporains doit nous le faire reconnoître dans Jehan Maillart - plutôt que dans Pepin des Essarts. Les _Chroniques de Saint-Denis_, - qui allèguent pour ou contre ce dernier une sorte d'_alibi_, le - font, à mon avis, non pour frustrer Maillart de la gloire qui devoit - lui revenir, car elles lui laissent d'ailleurs le premier et le - principal honneur de la journée, mais sans doute pour répondre au - voeu et aux dénégations que Maillart exprimoit lui-même. Compère de - Marcel comme Froissart nous l'a appris, et long-temps son ami, - Maillart se reprochoit sans doute d'avoir commis, en débarrassant la - France d'un scélérat, ce que l'opinion religieuse de son siècle - regardoit comme un véritable parricide. Il peut donc avoir usé - lui-même de la haute influence qu'il conserva toujours sur le - régent-roi et sur ses concitoyens, pour obscurcir l'éclat d'une - action qui l'exposoit à de rudes récriminations jusque dans le sein - de sa famille. Ainsi l'allégation de nos chroniques, qui plusieurs - fois citeront encore honorablement Jean Maillart, ne peut affaiblir - la conviction qui résulte du triple récit du continuateur de Nangis, - partisan des opinions populaires, de notre chroniqueur anonyme, - narrateur impartial, et de Froissart lui même, ce courtisan des - chevaliers, dans la première de ses deux rédactions suivie par Jean - de Wavrin dans son _Histoire d'Angleterre_, et par Jean Lefevre, - dans ses _Grandes Histoires du Haynaut_. - - - - -XCI. - -Coment le régent fu deffié de par le roy de Navarre. - - -Le vendredi tiers jour du mois d'aoust, fu le régent deffié de par le -roy de Navarre. Et celui jour fu pris Pierre Gille. Et aussi fu maistre -Thomas de Ladit, chancelier dudit roy de Navarre, qui estoit en habit de -moine. - - - - -XCII. - -De la mort de pluseurs traitres du roy et du régent; et des parolles que -ledit régent dist à ceux de Paris. - - -Le samedi ensuivant, quart jour dudit moys d'aoust, ledit Pierre Gille -et un chevalier qui estoit chastelain du Louvre, et estoit né d'Orléans -de assez petit lieu, de gens de mestier[135], et estoit appelé -monseigneur Gille Caillart, furent trainés du Chastellet jusques ès -halles, et là orent les testes coppées. Mais ledit chevalier eust avant -la langue coppée, pour pluseurs mauvaises paroles qu'il avoit dictes du -roy de France et du régent son fils. Et après, les corps furent giettés -à la rivière. Et après, la semaine ensuivant, furent descapités -ensemble, en un jour, Jehan Prévost et Pierre Leblont; et en un autre -jour deux avocas, l'un de parlement appelé maistre Pierre de Puiseux, et -l'autre de Chastellet appelé maistre Jehan Godart. Et furent tous -giettés en la rivière; et un appelé Bonvoisin fu mis en oubliette[136]. - - [135] Ce passage, comme une foule d'autres, prouve bien qu'on - n'exigeoit pas des preuves de noblesse de tous ceux qu'on élevoit au - rang de chevalier. - - [136] _En oubliette_. En prison perpétuelle. - -Celui jour de samedi, quatriesme jour dudit mois d'aoust, parla ledit -régent audit peuple de Paris, en la maison de la ville; et leur dist la -grant traïson qui avoit esté traictiée par les dessus dis mors et de -l'evesque de Laon et de pluseurs autres qui encore vivoient; c'est -assavoir de faire ledit roy de Navarre roy de France, et de mettre les -Anglois et Navarrois en Paris, celui jour que le prévost des marchans fu -tué. Et devoient mettre à mort tous ceux qui se tenoient de la partie du -roy et son fils, et jà avoient esté pluseurs maisons de Paris signées à -divers seings[137]; dont moult de gens estoient forment esbahis en -ladite ville. - - [137] _A divers seings_. Le continuateur de Nangis, si favorable aux - Parisiens, dit la même chose: «Ipse rex Navarræ cum suis omnibus - urbem Parisiensem citius subintraret et homines sibi contrarios - tales et tales quorum ostia signata reperiret, trucidaret.» - (Spicileg., t. III, fº 120.) - - - - -XCIII. - -Coment les Anglois tindrent partie de la ville de Meleun. - - -Celui samedi, pluseurs Anglois et Navarrois alèrent à Meleun: et les -reçut la royne Blanche qui estoit au chastel dedens ledit chastel. Si -occupèrent l'isle de Meleun et toute la partie qui est devers -Biere[138]. Et l'autre partie qui est devers la Brie se tint contre -eulx, tant que le régent y envoia des gens d'armes et des brigans; et -ainsi fu celle partie françoise: et le chastel et tout le demourant -furent Anglois et Navarrois qui estoient tout un; et firent moult de -maulx et de dommages au pays par devers le Gastinois; et ardirent toutes -les maisons de l'abbaye du Lis, environ la Nostre-Dame de mi-aoust. - - [138] _Biere_. Le petit pays de _Biere_ comprenoit la rive droite de - la Seine, dans le territoire de Melun; c'est-à-dire Fontainebleau et - les environs. La Brie est de l'autre côté de la Seine. - - - - -XCIV. - -Coment aucuns de Picardie furent desconfis des Anglois et Navarrois qui -tenoient le chastel de Mauconseil[139]. - - [139] _Mauconseil_. Ce nom ne se retrouve plus sur les cartes. Le - continuateur de Nangis nous apprend qu'il étoit situé près de - Noyon.--La chronique inédite (nº 530, Sup. fr.) nomme le capitaine - des François et Flamands _Pierre de Flavy_, chevalier; et celui des - Navarrois _Le Bascon de Mareil_.--Froissart dit, à propos de la - prise de Mauconseil, que «ces trois forteresses (Creil, La Harelle - et Mauconseil) firent tant de destourbiers au royaume de France, que - depuis en avant cent ans ne furent réparés né restaurés.» Il eût - fallu imprimer _qui_ au lieu de _que_, avec les manuscrits. Mais - comment Froissart, mort vers 1400, peut-il parler de ce qui se - voyoit un siècle après l'année 1358? Je soupçonne la une faute des - nouvelles éditions. - - -Le jeudi vingt-troisiesme jour du moys d'aoust, pluseurs des communes de -Tournay et de autres villes de Picardie qui estoient à siège devant un -chastel de l'evesque de Noyon avec pluseurs nobles du pays, pource que -les Anglois et Navarrois l'avoient pris et se tenoient dedens, furent -desconfis par pluseurs de la partie des Anglois et Navarrois, desquels -estoit capitaine monseigneur Jehan de Piquegny et monseigneur Robert son -frère, lesquels se estoient rendus ennemis du roy de France, de son fils -et de son royaume, avec ledit roy de Navarre. Et s'enfouirent lesdites -communes; et les gentilshommes furent pris, jusques au nombre de cent -vingt ou environ. Et y fu pris ledit evesque de Noyon et fu mené à -Creil, dont ledit monseigneur Robert s'appeloit capitain[140], depuis -que ladite ville avoit esté prise des Anglois. - - [140] _S'appeloit capitain_. Plus loin, nos chroniques nomment, comme - Froissart, le capitaine de Creil _messire Jehan de Foudrigai_. - (Voyez chapitre CXVI.) - - - - -XCV. - -Coment Paris estoit lors avironnée de forteresces angloises. - - -En ce temps, en diverses contrées prisrent lesdis Anglois et Navarrois -pluseurs forteresces environ Paris, c'est assavoir Rays, Poissy et -pluseurs autres; et chevauchoient souvent jusques à demi-lieue de Paris -de celui costé. Et ceux de Creil chevauchoient souvent jusques à Gonesse -et ès villes environ, et prenoient prisonniers et emmenoient chevaulx, -et rençonnoient villes et aucunes ardoient; et si ne y résistoit-l'en -point, mais s'enfuioit chascun devant eux. - - - - -XCVI. - -Coment le roy de Navarre ala à Meleun et ardi Chatres-soubs-Mont-Lehery. - - -La première sepmaine de septembre, environ heure de tierce, le roy de -Navarre chevaucha bien à deux mil combattans, si comme l'en disoit; et -ala à Meleun rafraichir ses gens et veoir ses seurs, la royne Blanche et -une autre appelée Jehanne, lesquelles estoient dedens le chastel. Et en -son chemin ardi pluseurs villes comme Chatres-soubs-Mont-Lehery et -autres. - - - - -XCVII. - -De la mort maistre Thomas de Ladit, chancelier du roy de Navarre. - - -Le mercredi douziesme jour dudit mois de septembre, environ heure de -tierce, maistre Thomas de Ladit, chancelier du roy de Navarre, qui avoit -tousjours esté en prison depuis le quatriesme jour d'aoust qu'il avoit -esté pris, si comme dessus est dit, fu rendu aux gens de l'evesque de -Paris, par vertu de certaines bulles du pape. Et fu ledit chancelier mis -sur un huis et levé sur les épaules de deux hommes qui le portoient, -pour ce que il estoit ès fers, par les deux jambes; et en telle manière -parti du palais où il avoit esté en prison. Mais avant qu'il fu le giet -d'une pierre, loin de la porte de la cour du palais, pluseurs -compaignons de Paris luy coururent sus et le gietèrent contre terre et -le tuèrent; et tantost fu despoillié tout nu, et demoura longuement en -tel estat sus les quarreaux, au milieu du ruissel de la pluie qui -courroit au travers de son corps; et environ vespres, il fu trainé -jusques à la rivière et gieté dedens. - - - - -XCVIII. - -De la mort d'aucuns traistres, et coment Anglois et Navarrois avoient -lors toutes les rivières venans à Paris. - - -Le dimenche seiziesme jour du mois de septembre, monseigneur Jehan de -Piquegny, accompaignié de grant foison de gens d'armes, ala à Amiens, et -par la traïson d'aucuns de ceux de la ville entra ès forsbours et les -ardi et pilla. Et fu ladite cité en aventure d'estre prise. Toutesvoies, -par la volenté de Dieu et la résistance des bons de ladite ville et du -conte de Saint-Pol qui hastivement vint au secours, ledit monseigneur -Jehan et sa compaignie furent reboutés. Et depuis furent pris aucuns des -bourgois de la ville qui avoient esté consentans de rendre ladite ville -audit monseigneur Jehan de Piquegny pour le roy de Navarre, par ceux de -ladite ville; et en orent les testes coppées Jaques de Saint-Fucien[141] -et quatre autres bourgois de celle ville. Et depuis firent lesdis -Anglois et Navarrois pluseurs chevauchiées en diverses parties du -royaume de France; par espécial ceux qui tenoient Creil chevauchièrent -en Mucien[142], à Dampmartin, à Gonesse et ès villes environ, et -prisrent tout ce que il trouvèrent. - - [141] Notre chronique inédite met le maire de la ville, Fremyn de - Coquerel, au nombre de ceux qui furent punis de mort. - - [142] _Mucien_. Dans la Brie. - -Au mois d'octobre ensuivant, chevauchièrent tout le pays de Mucien et -prisrent une petite forteresce à deux lieues de Meaulx appelée -Oissery[143], et tantost l'enforcièrent et raençonnèrent le pays. Et -pour avoir la rivière de Marne, il alèrent à la Ferté-soubs-Juerre, et -prisrent une isle en laquelle il avoit une bonne tour, et tantost -l'enforcièrent. Et ainsi eurent toutes les rivières qui venoient à -Paris, c'est assavoir la rivière de Seine à Meleun, celle de Marne à la -Ferté-soubs-Juerre, et au-dessous de Paris, Mante et Meulent et Poissi; -la rivière d'Oise, à Creil. Et ainsi estoit Paris asségié, et si estoit -Rouen et Beauvais, par les forteresces que il tenoient environ, car il -estoient seigneurs de tout le Beauvoisin. Si ne povoit-l'en mener vins à -Arras, à Tournay, à Lille né ès autres villes de Picardie. Et ainsi -estoient lesdites villes asségiées quant à ce. - - [143] _Oissery_. Aujourd'hui bourg du département de Seine-et-Marne. - On compte trois lieues de Meaux à Oissery. - - - - -XCIX. - -Des forteresces que Robin Canole prist en Orlenois. - - -Audit mois d'octobre, Robin Canole, capitain de pluseurs forteresces -angloises en Bretaigne et en Normendie, chevaucha en Orlenois et prist -Chastel-Neuf sur Loyre[144], et tantost après Chastillon-sur-Louen; et -après chevaucha plus hault alant en Aucerrois et en la Puysaie, et prist -une forteresce appelée Malicorne; mais les gens du pays s'assemblèrent -et alèrent devant ladite forteresce. Et un chevalier appelé messire -Arnault de Cervolle, surnommé l'archeprestre, qui venoit au mandement -dudit régent accompagnié de grant nombre de gens d'armes, se mist avec -lesdites gens du pays devant ladite forteresce de Malicorne. Mais il -s'en partirent honteusement sans prendre ladite forteresce. - - [144] _Chastel-Neuf-sur-Loyre_. «Domum pulchram et solemnem,» dit le - continuateur de Nangis. Aujourd'hui bourg du département du Loiret, - à cinq lieues d'Orléans.--_Chastillon-sur-Louen_ ou _Loing_, - aujourd'hui petite ville du même département, à cinq lieues de - Montargis. Son ancien château existe encore.--_La Puisaie_ - est un petit pays sur la frontière du Gâtinois et du - Nivernois.--_Malicorne_, aujourd'hui petit village du département de - l'Yonne, à sept lieues de Joigny. - - - - -C. - -De la forteresce de Amblainviller. - - -Audit mois d'octobre l'an mil trois cens cinquante-huit dessus dit, -aucuns se partirent des garnisons angloises qui estoient entour Paris, -et laissièrent leur forteresces garnies, et alèrent prendre une forte -maison à trois lieues de Paris, en un lieu appelé Amblainviller[145]. Et -ceux de Paris envoièrent devant ladite maison des gens d'armes et des -brigans[146] par pluseurs fois; mais il n'y firent chose qui vaulsist, -et en la fin ceux de Paris achetèrent la forteresce dessus dite aux -Anglois et la firent abattre. - - [145] _Amblainviller_. Peut-être _Aubervillers_, aujourd'hui village à - une lieue de Saint-Denis. - - [146] _Brigans_. On donnoit en général ce nom aux compagnies franches - qui ne reconnoissoient le commandement d'aucun chevalier banneret. - - - - -CI. - -Les noms de pluseurs bourgois de Paris que le régent fist emprisonner. - - -Le jeudi vint-cinquiesme jour du mois d'octobre, pluseurs des habitans -de Paris desquels les noms s'ensuivent furent pris et emprisonnés; c'est -assavoir: Jehan Giffart le boisteux, Nicholas Poret[147], Jehan Moret, -Girart Moret, Estienne de la Fontaine argentier du roy, Pierre Basselin, -Jaques de Mante, Jehan de La Tour, Hélie Jourdain, Colin le Flament, -Jaques le Flament maistre de la chambre des comptes, Hannequin le -Flament, Jehan Gosselin, Jehan Restable, Arnault Roussel, Jaques du -Castel, Jaques le Flament trésorier des guerres, Guillaume Lefèvre, -Regnault de la Chambre, Pasquet le Flament et Alain de Saint-Benoit, -lequel Alain fu l'endemain délivré. - - [147] _Poret_. Variante: _Le Petit_. (Msc. 8302.) Sans doute le frère - de Jehan Porret le jeune, tué avec Marcel. - - - - -CII. - -De la requeste qui fu faite à monseigneur le régent sur la délivrance -des dessus nommés. - - -Le lundi ensuivant vingt-nueviesme jour du moys d'octobre, pluseurs des -mestiers de Paris, au pourchas de amis des dessus nommés prisonniers, -alèrent en la maison de la ville et firent grant clamour de leur amis -qui avoient esté pris, en disant que autel pourroit-on faire de tous les -autres de Paris. Et faisoient sentir, par leur paroles, que ce avoit -esté fait par vengeance de ce qui avoit esté fait au temps passé par -ceux de Paris; en disant que l'en les prendroit ainsi les uns après les -autres; et tout, pour esmouvoir le peuple. Et portoit la parolle un -clerc de Paris appelé maistre Jehan Blondel, lequel requist au prévost -des marchans qui lors estoit appelé Jehan Culdoe, et pluseurs autres qui -là estoient, qu'il alassent par devers le régent qui estoit au Louvre, -pour lui requérir que il féist tantost délivrer les dessus emprisonnés, -ou que il déist les causes pour lesquelles il les avoit fait -emprisonner. Et ainsi le firent contre la voulenté du prevost des -marchans et firent audit régent lesdites requestes; lequel respondi que -il iroit l'endemain à la maison de la ville, et là feroit dire les -causes pour lesquelles il les avoit fait emprisonner; et quant il les -auroient oïes, sé il vouloient que il les délivrast il les délivreroit. -Et ainsi se despartirent. - - - - -CIII. - -Coment les dessus nommés furent accusés et tesmoigniés traistres devant -ledit régent; mais, pource que il ne pot estre prouvé par pluseurs, il -furent délivrés. - - -L'endemain jour de mardi, trentiesme jour du moys dessus dit, pluseurs -des bons et loyaux subgiés dudit régent qui bien sceurent que leur dit -seigneur devoit aler à ladite maison pour la cause dessus dite, et qui -doubtèrent que les amis ou aliés desdis prisonniers ne alaissent en -ladite maison fors que pour constraindre leur dit seigneur de faire -aucune chose contre sa voulenté, s'armèrent et furent en ladite maison -et en la place de Grève, si fors que il ne devoient doubter les autres. -Et là vint ledit régent qui monta sur les degrés de la croix de Grève, -et dist au peuple que il avoit esté informé que les dessusdis -emprisonnés estoient traitres et aliés au roy de Navarre. Et là, un -jeune homme de Paris appelé Jehan d'Amiens, et avoit espousé la fille de -l'un des dessusdis emprisonnés appelé Jehan Restable, lequel Jehan -d'Amiens avoit esté par devers le roy de Navarre pour pourchacier la -délivrance d'un sien ami prisonnier dudit roy, dist que il savoit bien -les choses dites par ledit régent estre vraies. Pour lesquelles choses -ceux qui par avant avoient moult arrogamment demandé et requis la -délivrance des dessusdis prisonniers, n'osèrent plus parler. Mais ledit -maistre Jehan Blondel requist audit régent pardon de ce que il en avoit -dit et fait, lequel régent le pardonna audit Jehan et aux autres qui en -avoient parlé. Et s'en parti ledit régent. Si ordena certains -commissaires pour savoir la vérité des choses qui luy avoient esté dites -contre les dessus dis prisonniers. Mais les choses estoient si secrètes -et si obscures que l'en ne trouva lors aucune chose encontre eux. Et -pour ce en furent quatorze délivrés le jour de la saint Clément -ensuivant, vint-troisiesme[148] jour de novembre. Et assez tost après -tous les autres. - - [148] _Vint-troisiesme_. Et non pas _dix-huitiesme_, comme les - précédentes éditions.--Villaret a faussé l'histoire dans cet - endroit, quand il a dit que «le régent voulant gagner les coeurs par - sa douceur, après avoir fait instruire le procès des _coupables_, - leur pardonna.» Il paroît que le régent n'eut à renvoyer que des - innocens. - - - - -CIV. - -Des cardinaux qui vindrent à Paris pour traictier de paix entre le -régent de France et le roy de Navarre. - - -Le jeudi treiziesme jour de décembre, entrèrent à Paris les cardinaux de -Pierregort et d'Urgel, pour traictier de paix entre le régent et le roy -de Navarre. Et depuis alèrent à Meulent par devers ledit roy; et depuis -à Meleun par devers la royne Blanche sa suer, et partout ne firent -riens. Et s'en alèrent à Avignon. Et en alant, ledit cardinal de -Pierregort fu pillié et robé de grant avoir; mais depuis luy fu tout -rendu, si comme l'en disoit.--Item, le premier jour de janvier, pluseurs -de la ville d'Amiens qui avoient traï ladite ville furent -décapités[149]. - - [149] Cette dernière phrase ne se trouve que dans le manuscrit de - Charles V. - - - - -CV. - -Coment Laigny-sur-Marne fu pilliée et gastée. - -ANNÉE 1359 - - -Le mardi après l'apparicion[150], huitiesme jour du moys de janvier l'an -mil trois cens cinquante-huit, les Anglois et Navarrois qui tenoient la -Ferté-soubs-Juerre alèrent à Laigny-sus-Marne et pillièrent la ville et -y prisrent des bonnes gens. Et depuis alèrent en la ville grant nombre -de brigans qui estoient venus de Milan, qui gastèrent ladite ville par -telle manière que tous les habitans s'en partirent; et demoura toute -gastée. - - [150] _L'Apparicion_. L'Épiphanie. - - - - -CVI. - -Coment les Anglois furent desconfis devant Troies. - - -Le samedi ensuivant, douziesme jour dudit moys, les Anglois et Navarrois -qui tenoient une maison de l'évesque de Troies appellée Ais-en-Ote[151], -alèrent devant Troies, et estoient environ quatre cens. Si issirent de -Troies le conte de Vaudemont et ceux de ladite ville et desconfirent -lesdis Anglois et en y ot environ six vint mors et autant de pris, et -pour ceste cause, les autres qui eschappèrent ardirent ladite maison de -Ais et s'en partirent. Et aussi furent autres qui tenoient une autre -forteresce appellée Champlost[152], entre la rivière de Saine et -d'Yonne, et alèrent tous à Regennes près d'Aucerre; et par ce, le chemin -qui avoit esté empeschié de Sens à Troies fu délivre. - - [151] _Ais-en-Ote_. Aujourd'hui _Aix-en-Othe_ ou _Aixote_, bourg du - département de l'Aube, à huit lieues de Troyes. - - [152] _Champlost_. Bourg du département de l'Yonne, à six lieues de - Joigny.--_Regennes_ est un hameau sur la route d'Auxerre à Joigny. - - - - -CVII. - -Coment la cité d'Aucerre fu prise et mise à raençon des Anglois. - - -Le jour des Brandons ensuivant, dixiesme jour de mars avant le point du -jour, pluseurs des garnisons angloisches qui s'estoient assemblés à -Regennes, près d'Aucerre à deux lieues, partirent dudit lieu de Regennes -et alèrent à Aucerre et y trouvèrent petite ou nulle garde. Si -eschiellèrent ladite ville par devers la porte de Gligny; et entrèrent -lesdis Anglois dedens par dessus les murs, et pristrent la ville, la -cité et le chastel avant soleil levant. Et jasoit ce que eust grant -foison de gens habitans en ladite ville et en eust deux mille ou plus de -bien armés, néantmoins y trouvèrent lesdis Anglois petite -résistance[153]. Et à la prise de ladite ville, furent fais chevaliers -deux Anglois: l'un appellé Robin Canole et l'autre Thomelin Fouque, -lesquels estoient capitains de grant foison d'Anglois. Et si y estoient -deux chevaliers anglois dont l'un estoit appellé messire Jehan d'Arton -et l'autre messire Nichole Tamore. Au chastel de laquelle ville fu pris -monseigneur Guillaume de Chalons fils du conte d'Aucerre, et sa femme et -pluseurs autres. Et de ladite ville et cité eschappèrent pou d'hommes ou -femmes qui ne fussent pris par lesdis Anglois. Toutesvoies en -mistrent-il pou à mort, mais pristrent tous à raençon et pillièrent la -ville par tele manière que il n'y ot riens mucié que il ne trouvassent, -feust en terre, en murs ou autre part. Et toutesvoies disoit-l'en que il -n'estoient pas plus de mil, que de maistres que de varlès. Et disoient -pluseurs, tant de ladite ville comme des Anglois, que il y avoient bien -trouvé de biens qui valoient cinq cens mil moutons d'or; et les raençons -des personnes singulières qui valoient trop grossement. Et quant lesdis -Anglois se virent tous seigneurs de ladite ville, et l'eurent pillié, et -mis à point leur prisonniers, environ huit jours après ladite ville -prise il parlèrent à aucuns des plus notables habitans, et leur distrent -que il en ardroient toute la ville, ou que il en ardroient la plus grant -partie et enforceroient aucuns lieux qui y estoient, et les tendroient; -et ceux qui demourroient en ce qui ne seroit ars promestroient aux -Anglois bonne obéissance, ou lesdis habitans raençonneroient[154] ladite -ville. Si fu traictié par pluseurs journées entre lesdis Anglois et ceux -de ladite ville. Et finablement furent à tel accort, c'est assavoir que -lesdis Anglois auroient pour la raençon de ladite ville quarante mil -moutons, et quarante mil perles du pris de dix mil moutons, et si -emporteroient tous les biens que il avoient trouvés en ladite ville, sé -il vouloient, exceptés les joiaux de l'églyse Saint-Germain, lesquels -ils prendroient pour gaige seulement, jusques à tant que il fussent -paiés de la raençon dessus dite. Mais ceux de ladite ville -s'obligeroient à ceux de ladite églyse Saint-Germain de racheter desdis -Anglois lesdis joiaux dedens la nativité saint Jehan-Baptiste après -ensuivant, ou de paier perpétuellement auxdis religieux de -Saint-Germain, chascun an trois mil florins de rente; et si feroient -lesdis Anglois abattre des murs de la ville tant comme il leur plairoit, -et ardoir les portes. Lesquelles choses furent accordées par ceux qui -traictoient pour ladite ville. Et pour ce allèrent aucuns d'iceux par -devers le régent pour avoir son consentement sur ce. Et cependant lesdis -Anglois firent abattre partie des murs et les créneaux, et emplir les -fossés de ladite ville des pierres desdis murs, et ardoir les portes. - - [153] La chronique inédite du msc. 530 dit: «En ce temps, Phelippe de - Navarre et Robert Canolle prindrent la cité d'Aucerre, par aucuns - des bourgois de la cité qui la leur rendirent par trahison.» (Fº 75, - Rº.) - - [154] _Raençonneroient_. Rachèteroient. - - - - -CVIII. - -De la prise de messire James Pipes, anglois, et de pluseurs autres ses -compaignons. - - -Le jeudi, quatorziesme jour de mars ensuivant, messire James Pipes[155], -messire Othe de Hollande, anglois, et environ seize ou dix-huit -personnes notables de leur compaignie, qui estoient partis d'Evreux de -la compaignie du roy de Navarre et de monseigneur Phelippe son frère, -furent pris par les compaignons de la garnison d'une forte maison qui -est au seigneur de Garanchières[156] appellée Grant-Seuvre. - - [155] _James Pipes_. Froissart fait agir et parler vaillamment James - Pipes à trois mois de là au prétendu siège de Melun. - - [156] _Garenchières_. _Garencières_ est aujourd'hui un village du - département de l'Eure, à deux lieues d'Evreux. _Grant-Seuvres_, - aujourd'hui _Grosoeuvre_, est un bourg du même département, à peu de - distance de _Garencières_.--Notre chronique inédite touche à cet - événement sans doute, quand elle dit que: «le sire d'Ivery, Phelippe - Malvoisin et pluseurs autres bons chevaliers et escuiers du pays - devers la rivière d'Eure, firent pluseurs belles besongnes, et en - trois places ruèrent jus en pou de temps leur ennemis.» (Msc. 530, - fº 71, rº.) - -_Incidence_. Item, samedi, trentiesme jour du moys de mars, et fu le -samedi devant _Lætare Jerusalem_, fu trouvée une grant quantité de -monnoie noire de divers coings; et en y avoit environ une baignouère -pleine, sur un pilier de la petite Maison-Dieu de Sens, laquele l'en -abatoit, pour ce que elle estoit trop près des murs de ladite cité de -Sens. Et dedens deux ou trois jours après, monseigneur Jehan de Chalon, -seigneur d'Arlay, lors lieutenant dudit régent ès parties de Champaigne -et du bailliage de ladite ville de Sens, ala à Sens pour avoir ladite -monnoie, et de fait la prist et l'en fist porter à Troie. - - - - -CIX. - -Coment aucuns de ceux d'Aucerre furent destourbés en alant de Paris à -Aucerre. - - -Tout le moys ensuivant, les Anglois qui avoient pris ladite ville -d'Aucerre demourèrent en ycelle, en attendant ceux qui estoient alés -pour ladite ville à Paris par devers le régent, pour ladite finance, -lesquels ne retournèrent point que deux ou trois exceptés qui en -retournant furent desrobés, entre Joigny et Aucerre, d'une grande -finance que il aportoient, par Bourguignons; desquels Bourguignons l'un -estoit appellé messire Symon de Saint-Aubin, chevalier, et l'autre -Huguenin de Binant, escuier, et pluseurs autres. - - - - -CX. - -D'une assemblée que monseigneur le régent fist faire au palais des gens -de Paris, pour oïr prononcier les demandes du roy d'Angleterre. - - -L'an de grace mil trois cens cinquante-neuf, fu prise la ville -d'Aubigny-sur-Nierre[157], par escheler, comme avoit esté Aucerre dont -dessus est faite mencion. - - [157] _Aubigny-sur-Nierre_. Et non pas _Dabigne-sur-Mettre_, comme - dans les précédentes éditions. C'est une ville de l'ancien Berry, - aujourd'hui département du Cher. Elle est située sur la _Nere_, à - neuf lieues de Sancerre. - -Item, le jeudi secont jour de may ensuivant, fu arse la ville de -Chastillon-sur-Loaing, par messire Robert Canole qui retournoit -d'Aucerre à Chastel Nuef sur Loyre, et en raportoit sa part de la pille -d'Aucerre. Quar le mardi précédent, derrenier jour d'avril, lesdis -Anglois avoient laissié ladite ville d'Aucerre, et s'en estoient alés en -leur forteresces, à tout leur pille; et en avoient mené grant nombre de -hommes, de femmes et de petits enfans de l'aage de dix ans ou environ, -et avoient arses les portes et abatu grant foison des murs de la ville. -Et néantmoins y aloient depuis lesdis Anglois souvent quérir des vivres -qui y estoient demourés; par espécial ceux de Regennes. - -Item, le dimenche dix-neuviesme jour de may ensuivant, fu faite une -convocation à Paris de gens d'églyse, de nobles et de bonnes villes, par -lettres de monseigneur le régent, pour oïr un certain traictié de paix -qui avoit esté pourparlé en Angleterre entre le roy de France et celuy -d'Angleterre. Lequel traictié avoit esté aporté par devers ledit régent, -par monseigneur Guillaume de Meleun, archevesque de Sens, par le conte -de Tanquarville frère dudit archevesque, par le conte de Dampmartin, et -par messire Arnoul d'Odeneham, mareschal de France, tous prisonniers des -Anglois. A laquelle journée vint pou de gens, tant pour ce que l'en ne -fist pas assez tost assavoir ladite convocacion, comme pour ce que les -chemins estoient empeschiés des Anglois et Navarrois qui tenoient -forteresces en toutes les parties par lesquelles l'en povoit aler à -Paris; et aussi pour cause des pilleurs qui tenoient forteresces -françoises qui ne faisoient gaires mieux que les Anglois. Et en estoit -tout le royaume semé, par telle manière que on ne povoit aler par le -païs. Lesdis Anglois et Navarrois tenoient le chastel de Meleun, l'isle -et toute la ville du costé devers Bière; et la partie devers Brie estoit -françoise. Item, il tenoient la Ferté-soubs-Juerre, Oysseri, -Nogent-l'Artaut, et bien cinq ou six forteresces sur la rivière de -Marne; en Brie il tenoient Becoisel et la Houssoie[158]. En Mucien il -tenoient Juilly, Creil et pluseurs autres sur la rivière d'Oyse: sur -Saine en devalant, Poissy, Meullent, Mante, Rais; et plus de cent autres -en diverses parties, tant en Picardie comme ailleurs. - - [158] _La Houssoye_ ou _La Houssaye_. Aujourd'hui village du - département de Seine-et-Marne, à cinq lieues de Coulommiers.--Je - n'ai pas retrouvé _Becoisel_, que le msc. 9,652 écrit _Le Trisel_. - -Laquelle journée du dix-neuviesme jour fu continuée de jour en jour en -attendant plus de gens, jusques au samedi ensuivant, vint-cinquiesme -jour dudit moys. Auquel samedi ledit régent fu au palais sur le perron -de marbre en la court; et là, en présence de tout le peuple, fist lire -ledit traictié par maistre Guillaume des Dormans, advocat du roy en -parlement, par lequel traictié apparoit que le roy d'Angleterre vouloit -avoir la duchié de Normendie, la duchié de Guienne, la cité et le -chastel de Saintes, toute la dyocèse et païs; la cité d'Agen, la cité de -Tarbe, la cité de Pierregort, la cité de Limoges, la cité de Caours et -toutes les diocèses et païs, la conté de Bigorre, la conté de Poitiers, -la conté d'Anjou et du Maine, la cité et chastel de Tours et toute la -diocèse et païs de Touraine, la conté de Bouloigne, la conté de Guines, -la conté de Pontieu, la ville de Monstrueil-sur-Mer et toute la -chastellerie, la ville de Calais et toute la terre de Merq[159] en toute -justice et seigneurie, ressort et souveraineté, sans ce que, des terres -dessus dites le roy d'Angleterre fust en aucune manière subgiet au roy -de France présent né à ses successeurs roys de France, mais seulement -voisin. Et oultre vouloit avoir ledit roy d'Angleterre l'homage, ressort -et souveraineté de la duchié de Bretaigne, perpétuellement, si comme les -autres terres dessus dites. - - [159] _Merq_. Ce nom de pays, peut-être le même que _Marquenterre_, en - Ponthieu, a été oublié dans l'estimable _Indication des Provinces et - pays de la France_, publiée dans l'_Annuaire de l'Histoire de - France, année 1837_. - -Et oultre vouloit avoir quatre millions d'escus de Phelippe, avec toutes -les autres terres que il tenoit au royaume de France, par tel condicion -que le roy de France devoit faire récompensacion de autres terres à tous -ceux qui avoient aucunes choses sur lesdites terres, par aliénation -faite par les roys de France ou par ceux qui ont eu cause[160] d'eux, -depuis que lesdites terres et pays vindrent et furent aux roys de -France. - - [160] _Qui ont eu cause_. Qui prétendoient à des droits transmis par - eux. - -Et encore requéroit ledit Anglois avoir la possession des villes et -chastiaux de Rouen, de Caen, de Vernon, du Pont-de-l'Arche, du -Goulet[161], de Gisors, de Moliniaux, d'Arques, de Gaillart, de Vire, de -Boulongne, de Monstrueil-sur-la-Mer, de la Rochelle; cent mille livres -d'Esterlins et dix seigneurs pour ostages dedens le premier jour d'aoust -ensuivant. Et ce fait, il devoit mettre le roy de France en son royaume, -en son povoir; toutesvoies tousjours loyal prisonnier jusque à ce que -toutes les choses dessusdites fussent acomplies. Lequel traictié fu -moult déplaisant à tout le peuple de France. Et après ce qu'il orent eu -délibéracion, il respondirent audit régent que ledit traictié n'estoit -passable né faisable: et pour ce ordennèrent à faire bonne guerre aux -Anglois. - - [161] _Le Goulet_. Place forte dont il reste à peine des - vestiges.--_Moliniaux_ ou Moulineaux, aujourd'hui village à trois - lieues de Caen.--_Arques_, petite ville de Normandie, près de - Dieppe. - - - - -CXI. - -Coment les officiers du roy furent rappellés par le régent, et de l'aide -que l'en offri pour la guerre. - - -Le mardi vint-huitiesme jour du moys de may, ledit régent prononça par -sa bouche que, à tort et sans cause raisonnable, il avoit privé de ses -offices les vint-deux personnes qui avoient esté privées par l'ordonance -des trois estas, l'an cinquante-sept; et qu'il les avoit tousjours -trouvés bons et loyaux; mais l'evesque de Laon et les tirans traitres -qui avoient empris le gouvernement le firent faire par contraincte, si -comme il dit lors. Et les restitua en leur estas et renommées. - -Item, le dimenche secont jour de juing ensuivant, fu accordé au régent -que les nobles le serviroient un moys à leur despens, chascun selon son -estat, sans compter aler né venir. Et avec ce paieroient les imposicions -qui seroient ordenées par les bonnes villes. Les gens d'églyse offrirent -à payer lesdites imposicions; la ville de Paris et viscontés offrirent -six cens glaives, trois cens archiers et mil brigans. Et fu ordené que -tous ceux qui là estoient s'en retournaissent en leur villes, pour ce -que il ne vouloient aucune chose ottroier sans parler à leur villes, et -qu'il envoiassent leur responses dedens le lundi après la Trinité. Et -depuis envoièrent pluseurs villes leur response: mais pour ce que le -plat païs estoit tout gasté par les ennemis anglois et navarrois, et -aussi par les garnisons des forteresces françoises, lesdites bonnes -villes ne porent acomplir le nombre de douze mil glaives qui luy avoient -esté accordés de la Langue d'oc. - - - - -CXII. - -Coment un traictié fu fait entre le régent et le roy de Navarre. - - -Audit moys, le régent ala à Meleun: et là se tint et fist faire le -moustier du Lis fort[162], et y establi une bastide contre ses ennemis -qui tenoient le chastel et l'isle de Meleun et la partie de ladite ville -devers Bière; et l'avoient tenue depuis l'entrée du moys précédent. Et y -estoit tousjours la royne Blanche et Jehanne, sa seur, seurs audit roy -de Navarre. Et ledit régent et ses gens tenoient l'autre partie de -ladite ville qui est devers Brie. - - [162] _Fort_. C'est-à-dire il fortifia le monastère du Lys. - -Et pendant ce que ledit régent estoit à Meleun, aucuns de ses gens -traictièrent de paix avec aucuns des gens du roy de Navarre, à Rosny et -à Veteil[163]. Et finablement furent à accort que ledit régent rendroit -audit roy de Navarre toutes les forteresces que il tenoit de luy, et -outre paieroit encore douze mille livrées de terre et six cens mil escus -de Jehan, à paier chascun an cinquante mille jusques à douze ans. Et par -ce ledit roy demourroit ami bienvueillant et alié du roy de France et -dudit régent, et de nouvel feroit homage audit régent. Lequel traictié -fu rapporté audit régent à Meleun. Et pour ce se parti le mercredi -darrenier jour de juillet ensuivant, après disner, et s'en ala par yaue -à Paris toute jour et la nuit ensuivant et arriva à Paris le jeudi bien -matin, premier jour d'aoust. Et celuy jour fist assambler à heure de -relevée, en la chambre des comptes, pluseurs de son conseil, le prévost -des marchans de Paris et aucuns autres bourgois de ladite ville. Et là -ledit régent fist narracion dudit traictié que il ne vouloit avoir passé -sans avoir eu leur advis et délibéracion. Si fu ordené que il y auroit -plus des gens de Paris. Et pour ce fu dit que l'en retourneroit le -vendredi matin, secont jour dudit moys d'aoust; et ainsi fu fait, et fu -l'assemblée en la chambre de parlement. Et là ledit régent répéta ledit -traictié, et fu dit que l'en retourneroit l'endemain, samedi tiers jour -dudit moys, pour dire chascun ce que il ly en sambleroit. - - [163] _Rosny_ et _Vétheuil_ sont dans les environs de Mantes, - aujourd'hui département de Seine-et-Oise. - -Auquel samedi retournèrent en ladite chambre de parlement, et là fu -conseillié audit régent que il féist accort audit roy de Navarre, en luy -baillant ce que dessus est dit. Si retourna à Mante et à Meulent le -seigneur de Vignay qui ces choses traictoit pour ledit régent avec -aucuns autres, par devers Friquet de Fricamp, le seigneur de Luce, et -monseigneur Regnault de Braquemont qui ces choses traictoient pour le -roy de Navarre. Lesquels vindrent à Paris parler audit régent, et leur -ala à l'encontre Jehan Culdoe, lors prévost des marchans, acompaignié de -Jehan Maillart et de aucuns autres de Paris jusques à Saint-Denis, afin, -si comme l'en disoit, que on ne féist villenie à Paris aux dessusdis -chevaliers du roy de Navarre. Et les conduist ledit prévost et sa -compaignie jusques au Louvre, par devers ledit régent, lequel régent -fist moult grant chière auxdis Friquet, seigneur de Luce et de -Braquemont, jasoit ce que eussent esté des plus principaux conseilliers -dudit roy et encore estoient; et les fist mangier à sa table, et leur -fist livrer chambre au Louvre. Et furent par pluseurs journées avec luy. -Et après retourna ledit Braquemont par devers le roy qui estoit à Mante, -si comme l'en disoit, et les deux autres demourèrent à Paris. - -Item, le samedi dix-septiesme jour du moys d'aoust, ledit régent parti -de Paris, et ala à St-Denis au disner, et au giste à Pontoise, là où le -roy de Navarre devoit aler pour parler à luy et pour parfaire le -traictié. - - - - -CXIII. - -Des hostages qui furent envoiés à Meulent avant que le roy de Navarre -osast venir à Pontoise par devers ledit régent. - - -Le lundi ensuivant, dix-neuviesme jour dudit moys d'aoust, après disner, -ledit régent issi hors de Pontoise pour aler au devant du roy de -Navarre, et mena ledit régent avec luy moult de gens d'armes, et -chevaucha en alant vers Meulent environ une lieue. - -Et lors vit ledit roy qui estoit issu dudit Meulent, et venoit devers -ledit régent; et avoit avec luy environ cent hommes d'armes; et si en y -avoit bien autant des gens ledit régent que il avoit envoiés contre -ledit roy. Et si en avoit aucuns que ledit régent avoit envoiés pour -convoier certains hostages lesquels monseigneur ledit régent avoit -envoiés à Meulent, pour ce que ledit roy n'osoit né vouloit aler à -Pontoise, sé il n'avoit hostages. Et furent hostages le duc de Bourbon, -monseigneur Loys de Harecourt, le sire de Morency[164], le sire de -Saint-Venant, monseigneur Guillaume Martel, le Baudrin de la Heuse et -aucuns autres chevaliers, le prévost des marchans et deux bourgois de -Paris. Mais ledit roy ramena avec luy ledit prévost et bourgois de -Paris, quant il ala par devers ledit régent, et les autres demourèrent à -Meulent. - - [164] _Morency_. La maison de Montmorency est souvent ainsi désignée - dans les anciens monumens. - -Et quant ledit roy vit ledit régent sus les champs, il renvoia sa gent à -Meulent, et ne retint avec luy que quarante chevaux ou environ. Si -s'approchièrent l'un de l'autre, et avoient chascun le chapperon -avalé[165], hors de la teste. Et quant il furent près l'un de l'autre, -si se entresaluèrent, et retournèrent ensemble à Pontoise à l'anuitier. -Et furent les torches alumées à l'entrée de la ville. Et mena ledit -régent avec luy descendre ledit roy au chastel auquel le régent estoit -hébergié; et livra-l'en audit roy chambre dessous la chambre dudit -régent, et ce soir souppèrent ensemble. - - [165] _Avalé_. Descendu. - -Et l'endemain, jour de mardi, fu le conseil des deux assemblé pour -traictier de l'assiete des douze mille livrées de terre que ledit régent -devoit baillier audit roy. Et réquéroit audit régent et son conseil -ledit roy et son conseil que on luy baillast pour ladite terre, les -viscontés de Faloise, de Baieux, d'Auge et de Vire. Et de ce ne furent -pas à acort les gens du conseil dudit régent. Pour ce alèrent devers -ledit régent, et luy distrent les requestes des gens dudit roy, et les -offres qui leur avoient esté faites par les gens dudit régent. Et sembla -audit régent que on le seurquéroit[166] de la partie dudit roy. Et pour -ce envoia le conte d'Estampes par devers ledit roy et luy manda que sé -il ne prenoit les offres qui luy avoient esté faites de par luy, -lesquelles estoient bonnes et honnorables et raisonnables, que il -n'auroit paix né acort avec luy, mais le feroit mettre seurement là où -il l'avoit pris, et après féist chascun le mieux que il pourroit. -Laquelle chose ledit roy ne voulut accorder; et cuida-l'en que le -traictié fust tout rompu. - - [166] _Surquéroit_. Demandoit trop de choses exorbitantes. - _Surenchérissoit_. - - - - -CXIV. - -Du bel langage que le roy de Navarre dist au conseil de monseigneur le -régent. - - -L'endemain, jour de mercredi vint-et-uniesme jour du moys d'aoust, ledit -roy manda un pou avant heure de disner le conseil dudit régent pour aler -parler à luy en sa chambre, et leur dist que il vouloit estre bon ami du -roy et dudit régent et du royaume de France; car il véoit bien, si comme -il disoit, que le royaume de France estoit sur le point d'estre -destruit; et luy, qui estoit si prochain de par père et de par mère, ne -le povoit né vouloit souffrir. Et pour ce, ne vouloit avoir terre né -argent, fors seulement la terre que il avoit par devant; ains le vouloit -emploier à faire tout le bien que il pourroit pour le royaume. Et il -pensoit que l'en luy déserviroit sé il faisoit bien. Et dist, en oultre, -que il vouloit ces choses dire devant le peuple. - -Et ces choses ainsi dites au conseil dudit régent, ledit conseil s'en -retourna devers le régent, et luy dit ces choses dont ledit régent moult -s'esjoy, et aussi communément ceux qui l'oïrent, car par avant l'en -tenoit que tout le traictié estoit rompu. Et disoient pluseurs que Dieu -avoit inspiré ledit roy, sé il disoit en bonne entencion ce que il -disoit. Et lors fu ordenné que on feroit venir des gens de ladite ville -de Pontoise en la sale du chastel, et le roy diroit les choses dessus -dites. Et ainsi fu fait celuy jour. Et leur dit le roy de Navarre ce qui -dessus est dit; et, oultre, que il délivreroit toutes les forteresces -qui avoient esté prises depuis que il avoit esté ennemi du roy de France -et du régent, par ses gens ou par ses aliés. Et assez tost après s'en -partirent les Anglois qui estoient à Poissy, de Chaumont-en-Vouquessin, -à Jouy, à la Ville-au-Tertre[167], et à Latainville. Dont pluseurs -disoient que le roy de Navarre feroit bien besongne, et que, par ladite -paix, moult de bien vendroit au royaume. Et les autres disoient que le -roy de Navarre faisoit tout ce que il faisoit par cautèle et par malice, -pour décevoir ledit régent et le peuple, et que il ne feroit jà bien de -sa vie. - - [167] _La Ville-au-Tertre_. Aujourd'hui _la Villetertre_, près de - Chaumont en Vexin.--Latainville, et non pas _La Chanville_, comme - dit Villaret. C'est un village encore plus rapproché de Chaumont que - _la Villetertre_. - - - - -CXV. - -Coment monseigneur le régent parla bien en parlement pour le roy de -Navarre, et de la response que fist maistre Jehan des Mares contre -pluseurs traitres. - - -Le samedi, vint-quatriesme jour du moys d'aoust, ledit régent s'en -retourna de Pontoise à Paris, et ledit roy s'en ala à Meulent. Et -deurent estre à Paris ensemble, le dimenche premier jour de septembre -ensuivant, pour ordener du fait de la guerre; pour ce que l'en disoit -que le navire du roy anglois estoit tout prest, et que celuy roy devoit -passer brievement à grant ost pour venir en France. Et jasoit ce que -ledit régent eust jà partout envoié lettres au royaume, contenant le -traictié de la paix de luy et du roy de Navarre, par lesquelles il se -pénoit, tant comme il povoit, de recommander ledit roy et de le mettre -en la grace du peuple, toutesvoies ne le vouloit-il ou n'osa faire venir -à Paris, jusques à ce que il eust parlé au peuple sur ce. Et pour ce -fist une grande assemblée en la chambre de parlement, et là récita au -peuple le traictié dudit roy, et leur dist de sa bouche qu'il ne vouloit -point faire venir ledit roy de Navarre à Paris sé ce n'estoit de leur -bon gré, et que il ne vouldroit point que l'en féist né déist audit roy -né à ses gens aucunes choses qui leur déust déplaire. - -Et lors, un advocat de parlement appellé maistre Jehan des Mares, pour -et au nom du prévost des marchans et de ladite ville, respondi en -substance que le peuple de Paris estoit joieux et lie de la bonne paix -dessusdite, et leur plaisoit bien que il féist venir à Paris ledit roy -toutesfois que il luy plairoit: mais les bonnes gens de Paris -supplioient audit régent que il ne voulsist souffrir que aucuns -traistres venissent à Paris que ledit maistre Jehan nomma lors. Et dist -au régent que sé il venoient à Paris, que il tenoit fermement que le -peuple ne les y pourroit souffrir. Et estoient ceux dont les noms -s'ensuivent: maistre Robert le Coq évesque de Laon, maistre Michiel -Casse chancelier de l'églyse de Noyon, Jehan de Sainte-Aude, Pierre de -la Courtneuve, Vincent du Valrichier, Pierre des Barres, Gieffroi le -Flament du porche St-Jaques et aucuns autres. - -Lequel régent respondi que ce n'estoit point son entencion né sa volenté -que lesdis traistres venissent à Paris; et jasoit ce que ledit roy luy -eust fait requeste pour les dessus nommés, afin que il leur pardonnast -tout, toutesvoies ne luy avoit-il voulu accorder né pensoit à faire. - - - - -CXVI. - -De l'outrageus subside que les gens du roy de Navarre prenoient sur -toutes marchandises qui avaloient le pont de Meleun. - - -Le dimenche, premier jour de septembre l'an mil trois cens -cinquante-neuf dessusdit, ledit régent ala à Saint-Denis à l'encontre du -roy de Navarre qui y devoit estre et qui y fu; et, le soir de celuy -jour, vindrent à Paris au giste, et le mena ledit régent au Louvre avec -luy descendre, et furent ensemble toute celle semaine, et le festoia et -honnora ledit régent moult grandement; et fist ledit régent pluseurs -graces et dons à pluseurs des gens dudit roy qui avoient esté traitres -du roy de France et du régent, son fils. Et avoient les gens dudit roy -de Navarre grant asséis[168] et grant voix par devers ledit régent, dont -pluseurs bonnes personnes qui bien et loyaument avoient servi ledit -régent en avoient grant desplaisir. Et la semaine ensuivant se parti -ledit roy de Paris, et s'en ala à Meleun pour mettre hors, si comme l'en -disoit, pluseurs Navarrois qui encore y estoient, dont il ne fist rien. -Et levoit-l'en de toutes marchandises qui passoient l'arche du pont de -Meleun trop grant subside; c'est assavoir: de chascun tonnel de vin, six -escus d'or; de chascun muy de grain, deux escus; de vint-cinq molles de -busches, un escu; d'une couple de foing, huit escus; d'un millier de -costerès, un escu; et des autres choses à la value; et disoit-l'en que -c'estoit pour paier les Navarrois qui avoient demouré au chastel et en -la ville de Meleun, qui s'estoit tenue de la partie du roy de Navarre: -dont moult de gens estoient merveilliez, car il convenoit[169] que ceux -qui avoient esté ennemis des François et qui les avoient pilliés, robés -et tués fussent paiés de leur gages, du temps qu'il avoient esté ennemis -du chastel et de la chevance des François. Et quant le roy de Navarre ot -esté à Meleun avec ses seurs, la royne Blanche et Jehanne, par quatre -fois ou par cinq, il s'en parti et y laissa encore les Navarrois. Et si -ne délivra pas Creil qui estoit tenu des Anglois, et toutesvoies -avoit-il promis à la délivrer, mais que l'en luy baillast six mille -royaux, desquels la ville de Paris fist finance. Mais il ne furent pas -bailliés audit roy pour ce que on ne véoit pas que la délivrance de -Creil fust bien preste; car un Anglois en estoit capitain, lequel on -appelloit monseigneur Jehan de Foudrigay, lequel ne le vouloit pas -rendre sans plus grant finance que de six mille royaux. - - [168] _Grant asséis_. Grande influence, haute position. - - [169] _Il convenoit_. Il étoit décidé, consenti, accordé. - - - - -CXVII. - -Coment monseigneur le régent ala à Rouen; et d'une incidence. - - -Le huitiesme jour du mois de septembre, parti de Paris ledit régent pour -aler à Rouen; et ala à Saint-Denis où il demoura deux jours; et après à -Pontoise et à Vernon, et entra en la ville de Rouen, le dix-huitiesme -jour dudit mois. - -_Incidence_. En cest an, furent les moys de juillet, d'aoust et le -commencement de septembre tant pluvieus que la plus grant partie des -grains furent tous germés ès champs, pource que on ne les povoit mener à -ville. Et disoit l'en que, tant pour celle cause comme pour les -pilleries que ceux des garnisons françoises faisoient, il seroit moult -grant chierté de blé. Et dès lors enchieri forment; car le sextier de -fourment valoit à Paris, à la Saint-Rémy, quatre livres parisis et plus, -et une queue de vin vermeil de Bourgoigne valoit plus de cinquante -livres parisis; mais la monnoie estoit foible, car un escu valoit bien -quarante-huit sous parisis, et assez tost après valut cinquante-deux -sous parisis. - - - - -CXVIII. - -De la revenue du régent à Paris et des nopces Jehan, conte de Harecourt; -et coment le captau de Buef prist la ville de Clermont. - - -Le lundi septiesme jour d'octobre ensuivant, retourna ledit régent de -Rouen à Paris; et entra le lundi devant soleil levant à Paris, -accompagnié de seize hommes de cheval ou environ; et avoit chevauchié -toute la nuit, car le dimenche précédent il avoit souppé à Vernon bien -tart et de là s'en vint toute nuit à Paris. - -Item, le lundi quatorziesme jour d'octobre, Jehan, conte de Harrecourt, -fils du conte de Harrecourt qui avoit eu la teste coppée à Rouen, si -comme dessus est devisé, espousa Catherine, seur du duc de Bourbon et -fille du duc qui avoit esté mort en la bataille de Poitiers, là où le -roy Jehan avoit esté pris, et seur aussi de la duchesse de Normendie, de -la royne d'Espaigne et de la contesse de Savoie. Et furent les nopces au -Louvre près de Paris; et y furent présens ledit régent et le roy de -Navarre. - -Item, le mardi douziesme jour de novembre ensuivant, fu la tour du pont -Sainte-Maxence prise par certains Anglois que le capitain de la tour -tenoit prisonniers dedens ladite tour. - -Item, le lundi ensuivant dix-huitiesme jour dudit moys de novembre, l'an -mil trois cent cinquante-neuf dessus dit, devant le point du jour, fu -eschiellé le chastel de Clermont en Beauvoisin et la ville prise par un -gascoin de la partie du roy anglois, appelé le cateau de Buef[170], -lequel estoit venu de Mante par devers le roy de Navarre, son cousin et -ami très espécial, sous sauf-conduit dudit régent, lequel sauf-conduit -avoit esté donné audit cateau par ledit régent, à la requeste et prière -dudit roy de Navarre. Et le sauf-conduit durant, il prist lesdis chastel -et ville de Clermont. - - [170] _Le cateau de Buef_. Captal de Buch. Jean de Grailly, captal de - _Busch_ ou de _Buch_, petit pays du Bordelois. Le château de _Cap_ - ou tête de _Busch_ donnoit à celui qui le possédoit le titre de - _captal_. On a écrit ce nom de _Busch_ de bien des façons, mais les - meilleures leçons des _Chroniques de Saint-Denis_ le donnent, ici, - comme nous l'avons préféré; et deux vers de la chanson de geste de - _Bertrand Du Guesclin_ justifient cette orthographe: - - Car je croi, sé Dieu plaist et je puis esploitier, - Que du catal de Buef mengerai un quartier, - Né je ne pense à nuit autre char mengier. - - Du père de Jean de Grailly descendent en ligne directe féminine les - rois de France de la maison de Bourbon. - - - - -CXIX. - -Coment le roy d'Angleterre et ses fils, à tout leur effort, vindrent -devant Rains; et de la mort Martin Pisdoe, bourgois de Paris. - - -En celuy mois de novembre, le roy d'Angleterre, le prince de Galles son -ainsné fils et autres de ses fils, le duc de Lenclastre et toute la -puissance d'Angleterre, passèrent la mer et arrivèrent à Calais; et -chevauchièrent par l'Artois et par le Vermandois droit vers Rains, et -misrent le siège devant ladite ville de Rains, d'une part et d'autre de -la rivière de Veele. Et fu le roy d'Angleterre logié à Saint-Baale, à -quatre lieues de Rains[171] ou environ. Le prince de Galles, son ainsné -fils, estoit logié à Ville-Dommange, à deux lieues de Rains; le conte de -Richemont et celuy de Norentonne[172] à St-Thierri, à deux lieues de -Rains; le duc de Lenclastre à Brimont, assez près de Rains; le mareschal -d'Angleterre et monseigneur Jehan de Biauchamps estoient à -Brétigny[173], à une lieue de Rains. Et chevauchoient les gens dessus -nommés chascun jour tout environ Rains, par telle manière que à peine -povoit aucun de pié ou de cheval entrer dedens la ville né issir. - - [171] _A quatre lieues de Rains_. L'abbaye de Saint-Basle est à trois - lieues de Reims au-dessus du bourg de Verzy. Ses ruines sont encore - respectables à l'entrée de la forêt de Reims. - - [172] _Norentonne_ pour _Northampton_. - - [173] _Brétigny_. Ou plutôt _Betheny_. - -Item, le samedi darrenier jour de novembre, jour de la saint Andrieu, -ledit régent publia, en la chambre de parlement, certaines ordenances -que il avoit faites celle sepmaine en son conseil, sur la rescription -des officiers royaux, lesquels il jura, en sa personne, la main mise sur -le livre; et aussi les fist jurer à ses officiers qui présens estoient. - -Item, le lundi, pénultième jour du moys de décembre ensuivant, un -bourgois de Paris appelé Martin Pisdoe fu décapité ès halles de Paris, -sur un eschaffaut. Et après ot coppés les deux bras et les deux cuisses; -et fu la teste mise sur le pillori des halles; et chascun desdis membres -fu pendu hors des quatre portes principales de Paris, chascun membre à -une potence de fust, qui pour celle cause fu faite. Et fu ledit bourgois -ensi exécuté pource que il avoit traictié avec aucuns familiers et -officiers du roy de Navarre, de traïr le roy de France, la ville de -Paris et ledit régent. Et devoient entrer à Paris gens d'armes par -diverses portes, et eux herbergier en divers lieux. Et aucuns d'eux -devoient aler au Louvre, où devoit estre ledit régent, plus fors que -ledit régent. Et là devoient tuer tous ceux que il voulsissent, et après -courir toute la ville et prendre les places par la ville, afin que les -gens de ladite ville ne se peussent assembler. Et fu ceste chose sceue -et révélée par un autre bourgois appelé Denisot le Paumier, à qui ledit -Martin avoit la chose descouverte, afin que il fust de l'aliance dessus -dite. - - - - -CXX. - -Coment le roy d'Angleterre se parti de devant Rains sans rien faire, et -de la prise de pluseurs chevaliers françois estant en une bastide devant -Tournelles. - -ANNÉE 1360 - - -Le dimanche onziesme jour de janvier, environ mienuit, le roy -d'Angleterre et tout son ost après ce qu'il ot demouré devant Rains par -quarante jours, se desloga et s'en parti sans ce que il eust donné -assaut né donnast à ladite ville; et s'en ala droit vers Chaalons. Et -passa par devant sans arrester et sans y donner assaut. Et passèrent la -rivière de Marne au-dessus de ladite ville, et chevauchièrent par la -Champaigne et passèrent la rivière d'Aube et celle de Seine, à Mery et à -Pons[174]. Et passa l'ost du duc de Lenclastre par devant Sens sans y -donner assaut. Et le roy d'Angleterre et ses enfans s'en alèrent par -devers Cerisiers et par devers Brinon l'Archevesque; et alèrent par -devant Aucerre vers Rougemont. Et demoura le roy une pièce en une ville -que on appelle Guillon. Et là alèrent à luy ceux du duchié de Bourgoigne -et firent pactis avec luy et luy donnèrent deux cent mille flourins afin -que il ne féist dommage audit duchié. Et si luy accordèrent que il eust -des vivres dudit duchié pour son argent[175]. Et ce fait, ledit roy se -parti et s'en ala vers Nevers[176] et passa la rivière de Yonne à -Collanges-sur-Yonne. Et envoyèrent ceux de la contée de Nevers par -devers luy, et raençonnèrent toute la contée et la baronnie de -Donzi-au-Pré. Et lors se mist à chemin à s'en venir par le Gastinois -droit vers Paris, et vint le prince de Galles par devers Moret en -Gastinois, droit à une forteresce qui lors estoit angloise, appelée les -Tournelles[177], devant laquelle forteresce pluseurs de ceux de France -avoient fait une bastide et se y estoient mis à siège. Et jasoit ce que -il sceussent bien la venue dudit prince, il ne s'en partirent pas. Si se -mist ledit prince devant ladite bastide et la fist assaillir; et -finablement dedens trois ou quatre jours après, lesdis François qui -estoient dedens ladite bastide, pource que il n'avoient que boire né que -mangier, se rendirent audit prince. Et là furent pris messire Haguenier -seigneur de Bouville, le seigneur d'Aigreville, messire Jehan des Bares, -messire Guillaume du Plessie et messire Jehan Braque, tous chevaliers, -et pluseurs autres, jusques au nombre de quarante combattans ou environ. - - [174] _Mery_ et _Pons_ sont bâties toutes deux sur la Seine, mais Pons - est tout près du confluent de l'_Aube_.--_Cerisiers_ est à quatre - lieues au-dessus de Sens, à la droite de l'Yonne, et _Brinon_ est - entre _Cerisiers_ et _Auxerre_.--L'_Abbaye de Rougemont_ est près de - Montbar. Le village de _Guillon_ est plus rapproché d'_Avallon_. - - [175] Ce traité, si peu honorable pour les conseillers du jeune duc de - Bourgogne, est transcrit dans le nouveau Rymer, tome III, p. 473, - sous la date du 10 mars 1360. - - [176] _Vers Nevers_. C'est-à-dire qu'il fit mine de vouloir passer - dans le Nevernois.--_Coullange-sur-Yonne_ est au-dessous de Clamecy; - _Donzy_ est au-dessus. - - [177] _Les Tournelles_. Ce doit être _Dormelles_, près de Moret. - -Item, le lundi devant Pasques flouries, l'an mil trois cent -cinquante-neuf, vingt-troisiesme jour de mars, fu la monnoie publiée à -Paris, à deux deniers pour le denier blanc, qui par avant valoit deux -sous parisis; et le royal d'or, que l'en mettoit par avant pour quatorze -sous parisis, à trente-deux sous parisis. Et valoit lors le sextier de -bon fourment quarante-huit livres parisis ou environ de ladite foible -monnoie. - -Item, le mardi avant Pasques les grans, darrenier jour de mars, le roy -d'Angleterre se loga en l'ostel de Chantelou[178], entre Mont-Lehery et -Chatres, et tous ses enfans et tout son ost ès villes d'environ, jusques -près de Corbueil et jusques à Longjumel. Et fu prise journée de -traictier de paix, par le moyen frère Symon de Langres, maistre de -l'ordre des Jacobins, légat de par le pape en France pour celle cause, -qui jà par pluseurs fois avoit esté par devers ledit roy d'Angleterre et -aussi par devers ledit régent. Et assemblèrent lesdis traicteurs le -vendredi bénoît, troisiesme jour du moys d'avril ensuivant, en la -Maladerie de Longjumel; et là furent pour ledit régent le seigneur de -Fiennes, lors connestable de France; messire Jehan le Maingre, dit -Bouciquaut, lors mareschal de France; le seigneur de Garancières; le -seigneur de Vignay, du pays de Vienne[179]; messire Symon de Bucy et -messire Guichart d'Angle, chevaliers, et aucuns clercs conseillers et -secrétaires. Et pour ledit roy d'Angleterre furent le duc de Lanclastre, -le conte de Norentonne, le conte de Warvhic; messire Jehan de Chandos, -tous anglois, messire Gautier de Mauny Hanuyer. Et tantost se -départirent sans faire aucun traictié. - - [178] _Chantelou_. On retrouve ce petit castel sur la carte de - Cassini. - - [179] _Du pays de Vienne_. Il est nommé _Aymar de la Tour_ dans le - traité de Bréquigny. - - - - -CXXI. - -Coment le roy d'Angleterre vint près de Paris, luy et son ost, et -fu-l'en assemblé pour traictier, mais l'en ne pout lors accorder. - - -L'an de grace mil trois cent soixante, le mardi après Pasques les grans, -qui fu le septiesme jour d'avril, ledit roy d'Angleterre et tout son ost -deslogièrent et s'approchièrent de Paris et se logièrent icelluy jour, -c'est assavoir ledit roy à Chastellon près Mont-Rouge, et les autres à -Jcy, à Vanves, à Vaugirart, à Gentilly, à Quaichant et ès autres villes -environ. Et celuy jour s'en monstrèrent pluseurs en bataille devant -Paris, mais pour ce ne issi aucun de ladite ville. - -Item, le vendredi ensuivant, dixiesme jour dudit mois d'avril, -retournèrent aucuns des dessus nommés pour ledit régent, pour traictier -par l'amonestement de l'abbé de Clugny qui tantost estoit venu de par le -pape, pour traictier entre les parties. Et assemblèrent les traicteurs -en une maladerie appelée la Banlieue[180], qui est outre la tombe Ysore. -Et y furent pour ledit Anglois les autres dessus nommés. Et tantost se -partirent aussi sans aucun traictié faire, si comme il avoient fait par -avant. - - [180] _La Banlieue_. Peut-être _Bagneux_. _La Tombe Ysore_, située - dans l'endroit même où l'on a pratiqué de notre temps l'entrée des - catacombes, étoit autrefois un _tumulus_ où les traditions poétiques - vouloient qu'eût été enseveli le géant _Isoré_, tué devant Paris par - le fameux _Guillaume d'Orange_. C'est dans ce combat singulier que - le héros de tant de _Chansons de geste_ avoit perdu la plus grande - partie de son nez. Et voyez le sort des traditions poétiques! Plus - tard, vers le quinzième siècle, on crut que le surnom de Guillaume - _au Court-nez_ étoit dû au cor ou cornet dont il se servoit en guise - de _cri de guerre_. Les barons qui se prétendoient sortis de son - illustre sang prirent donc pour blason un _cor de chasse_, que leurs - descendans de la maison d'_Orange_ gardent encore en mémoire de - Guillaume d'Orange _au Cornet_. - - - - -CXXII. - -Coment l'en rassembla à Brétigny pour traictier. Et sont après les noms -de ceux qui furent commis tant d'une part comme d'autre. - - -Le dimenche jour de Quasimodo, douziesme jour dudit mois d'avril l'an -dessus dit, le roy d'Angleterre et tout son ost se deslogièrent des -villages d'entour Paris au matin et en vindrent pluseurs batailles assez -près de Saint-Marcel, en faisant semblant que il attendissent que l'en -issist de Paris pour les combattre: mais rien n'en fu fait, jasoit ce -que en Paris eust grant foison de gens d'armes nobles et autres avec -ceux de ladite ville. Mais les portes et les murs furent bien garnis de -gens d'armes et de ceux de ladite ville de la partie d'oultre Petit -pont; et n'estoit pas la ville effréée. Et quant lesdis Anglois orent -demouré sur les champs jusques environ heure de tierce, il s'en -partirent et s'en alèrent après leur charios et leur autres batailles -qui s'en aloient devant le chemin vers Chartres. Et boutèrent les feux, -dès le samedi précédent, en grant foison des villes entour Paris de ce -costé. Et alèrent jusques vers Bonneval et vers Chasteaudun[181]. Et -firent assez sentir tant par l'abbé de Cligny, légat du pape en France -pour traitier de paix, comme par autres, que il entendroient volentiers -audit traictié de paix, sé ledit régent vouloit envoyer par devers eux. -Et pour ce, par délibération du conseil, ledit régent envoya à Chartres -pluseurs de son conseil, entre lesquels estoient messire Jehan de -Dormans evesque de Beauvais et chancelier de Normendie[182], messire -Jehan de Meleun conte de Tancarville, lequel estoit encore prisonnier de -la bataille de Poitiers aux Anglois, là où le roy de France avoit esté -pris; messire Jehan le Maingre, dit Boucicaut, mareschal de France, le -seigneur de Montmorency, le seigneur de Vinay, messire Jehan de Groslée, -messire Symon de Bucy premier président de parlement, maistre Estienne -de Paris chanoine, maistre Pierre de la Charité chantre de l'églyse -Nostre-Dame de Paris, messire Jehan d'Augerau doien de Chartres, maistre -Guillaume de Dormans et maistre Jehan des Mares advocat en parlement, -Jehan Maillart bourgois de Paris et aucuns autres. Et partirent de Paris -le lundi après la saint Marc, vingt-septiesme jour du mois d'avril. - - [181] _Bonneval et Chasteaudun_. A douze lieues au-delà de Chartres. - - [182] _Normendie_. C'est-à-dire _du duc de Normendie_. Avant le XVIe - siècle on n'entendoit rien autre chose, par les mots _trésorier de - France_ ou _maréchal de France_, que les _trésoriers ou les - maréchaux du roi de France_. - -A celuy jour furent à Chartres et trespassèrent oultre, en alant vers -ledit roy d'Angleterre. Et envoièrent par devers luy et son conseil, -pour savoir où il assembleroient pour traictier. Auxquels de la partie -de France fu fait assavoir que il retournassent vers Chartres et que -ledit roy anglois traiteroit vers là. Et ainsi le firent les François et -s'en retournèrent vers Chartres. Et le roy d'Angleterre s'en ala logier -à une lieue près ou environ en un lieu appelé Sours[183]. Et prisrent -place pour assembler à un lieu qui a nom Brétigny, à une lieue de -Chartres ou environ. - - [183] _Sours_. Aujourd'hui bourg considérable à deux lieues de - Chartres. Brétigny, qu'on trouve encore sur la carte de Cassini, est - un hameau qui paroît en dépendre. La plupart des manuscrits, même - celui de Charles V, portent _Dours_. J'ai préféré le nº 9652. - -Item, le vendredi premier jour de mai, l'an dessus dit, assemblèrent -audit lieu de Brétigny les dessus dis de la partie de France et les gens -dudit roy anglois; entre lesquels furent le duc de Lencastre, le conte -de Norentonne, le conte de Varvich, le conte de Surfort, monseigneur -Regnault de Cobehan, messire Barthélemy de Broueys, messire Gautier de -Mauny, tous chevaliers, et pluseurs autres jusques au nombre de -vingt-deux personnes. Et toute la sepmaine continuèrent le traictié, -tant que par le plaisir de Dieu et de la glorieuse vierge Marie, le -vendredi ensuivant huitiesme jour du mois de mai, il féirent accort de -paix par la manière qui s'en suit. - - - - -CXXIII. - -Cy est la teneur d'une des lettres monseigneur le régent, de l'adveu des -traicteurs de paix de la partie du roy de France et de luy. - - -«Charles, ainsné fils du roy de France, régent le royaume, duc de -Normendie, dauphin de Viennois, à tous ceux qui ces lettres verront -salut. Nous vous faisons savoir que tous les débas et descors -quelconques meus et demenés entre monseigneur le roy de France et nous, -d'une part, et le roy d'Angleterre d'autre part, pour le bien de paix -est accordé le huitiesme jour de mai, l'an mil trois cent soixante, à -Brétigny, en la manière qui s'en suit: - -»Premièrement, que le roy d'Angleterre, avecque ce que il tient en -Guienne et en Gascoigne, aura pour luy», (et cætera, si comme ès -articles ci-dessous est contenu.) »Toutes lesquelles choses si dessoubs -escriptes et chascune d'icelles faites et accordées et ordonnées en la -présence de révérent père en Dieu, nostre très chier et feal chancelier -Jehan, par la grace de Dieu, esleu de Beauvais; nos amés et féaux -conseillers maistre Estienne de Paris chanoine, Pierre de la Charité -chantre de l'églyse de Paris, Jehan d'Augerau doien de Chartres, messire -Jehan le Maingre, dit Boucicaut, mareschal de France, Charles sire de -Montmorency, Aymart de la Tour sire de Vinay, Jehan de Grolée, Regnault -de Gouillons, Pierre d'Omont, Symon de Bucy, maistre Guillaume des -Dormans, Jehan des Mares, Jehan Maillart bourgois de Paris, maistre Macé -Guery, Nichole de Veres, nos clers, secretaires, commis et députés de -par nous sur ce, avec les commis et députés de par le roy d'Angleterre, -ci-dessous nommés, c'est assavoir: Messire Henry duc de Lenclastre, -Guillaume conte de Norentonne, Thomas conte de Warvich, Rauf conte de -Stafort, Williame conte de Saleberys, messire Gautier sire de Mauny, -messire Regnault de Cobehan, messire Jehan de Beauchamp, messire Guy de -Brienne[184], Franc de Hale, Jehan captau de Buef, Barthélemy de -Brouéis[185], Guillaume de Granson, Jehan Chandos, Noel Loreng, Richard -la Vache, Mile de Stapelancon[186], chevaliers, monseigneur Jehan de -Winewic, chancelier dudit roy d'Angleterre; maistre Henry de -Assliton[187], maistre Guillaume de Ludgeburc, maistre Jehan Branquete, -Adam Hiltenet Willame de Tupinon[188]; l'an et le jour, au lieu dessus -dit, à l'onneur de la benoite Trinité, Père, Fils et saint Esprit; de la -benoite glorieuse vierge Marie, et pour la révérence de nostre saint -père le pape Innocent VI, lequel, quant il estoit cardinal en sa -personne, et puis sa promotion, par révérens pères en Dieu les cardinaux -de Boulogne et de Pierregort, nos cousins, et d'Urgel, qui furent de par -luy envoiés en France et en Angleterre, qui en faire ceste paix ont -adjousté et mis très grant et bonne diligence; et de nos bien amés frère -Andrieu de la Roche abbé de Clugny, et messire Hue de Genevre[189] -seigneur d'Auton, messages derrenièrement envoiés par devers nous sur -ce, de par nostre dit saint père, qui ont diligemment sur ce travaillié -et traictié; et receus les sermens desdis procureurs et autres dessus -nommés en tesmoignant chascune d'icelles ès noms que dessus, nous -acceptons, accordons, agréons, approuvons et confermons de nostre -certaine science, et le voulons avoir en vigueur et fermeté, si et par -telle manière que sé nous les eussions traictiés, parlés, accordés, -jurés et promis en nostre propre personne.» - - [184] _De Brienne_. Le nouveau Rymer écrit _Brian_. (T. III, p. 493.) - - [185] _Broueys_. Rymer: _Burgoshe_ et _Burgash_. - - [186] _Stapelancon_. Rymer: _Stapelton_. - - [187] _Assliton_. Rymer: _Ashton_.--_Ludgeburc_ pour _Lougteburg_. - - [188] _Tupinon_. Rymer: _Tyrringham_.--La fin de cet instrument, à - compter de là jusqu'au chapitre suivant, n'a pas été connue des - éditeurs de Rymer. - - [189] _Genevre_. La bulle d'Innocent VI, en date du 4 mars précédent, - le nomme «de _Gebenna_, dominum de Hauton»; et non pas d'_Autun_, - comme le P. Daniel. (T. V, p. 509.) - - - - -CXXIV. - -Cy commence toute l'ordenance du traictié entre les deux roys de France -et d'Angleterre. - - -«Edouart[190], fils au noble roy de France et d'Angleterre, prince de -Galles, duc de Cornouaille et conte de Cestre, à tous ceux qui ces -présentes lettres verront salut. Nous vous faisons assavoir que de tous -les débas et descors quelconques, meus et démenés entre nostre très -chier et redoubté seigneur et père, roy de France et d'Angleterre, d'une -part, et nos cousins le roy et son ainsné fils régent le royaume de -France, et pour tous ce qu'affiert d'autre part, pour bien de paix est -accordé, le huitiesme jour de may, l'an de grace mil trois cens -soixante, à Brétigny delès Chartres, par la manière qui s'ensuit: - - [190] _Edouart fils, etc._ Pourquoi le traité n'est-il pas fait au nom - du roi lui-même qui se trouvoit présent? Sans doute parce qu'il ne - croyoit pas de sa dignité de traiter avec le fils du roi, ou - peut-être pour ne pas donner une force trop insolente au titre de - _roi de France et d'Angleterre_, qu'il osoit bien encore y prendre. - -»_Le premier article_. Premièrement, que le roy d'Angleterre, avec ce -qu'il tient en Gascoigne et en Guyenne, aura pour luy et pour ses hoirs, -perpétuellement à tous jours, toutes les choses qui s'ensuivent à tenir -par la manière que le roy de France ou son fils ou aucuns de ses -antécesseurs roys de France les tindrent, c'est assavoir ce que en -souveraineté en souveraineté, ce que en demaine en demaine; et pour le -temps et manière cy-dessoubs desclairiés, la cité, le chastel et la -conté de Poitiers et toute la terre et le païs de Poitou, ensamble le -fief de Touars et la terre de Belleville; la cité et chastel de Saintes -et toute la terre et le pays de Saintonge, par deçà et par delà la -Charente; la cité et le chastel d'Agen et la terre et le païs d'Agenois; -le chastel et la cité et toute la conté de Pierregort et la terre et le -païs de Piereguys; la cité et le chastel de Limoges et la terre et le -païs de Limousin; la cité et le chastel de Caours et la terre et le païs -de Caoursin; la cité, le chastel et la terre de Tarbe; la terre, le païs -et la conté de Bigorre; la conté, la terre et le païs de Gaure; la cité -et le païs d'Angoulesme; la contée et la terre et tout le païs -d'Angolemois; la cité, le païs et le chastel de Rodès; la contrée et le -païs de Rouergue. Et sé il y a aucuns seigneurs, comme le conte de Fois, -le conte d'Armignac, le conte de Lille, le conte de Pierregort, le -visconte de Limoges ou autres qui tiennent aucunes rentes dedens les -mettes[191] desdis lieux, il feront hommage audit roy d'Angleterre et -tous autres services, et devoir deus à cause de leur terres et lieux, en -la manière qu'il ont fait au temps passé. - - [191] _Mettes_. Limites. - -»_Le secont article_. Item, aura le roy d'Angleterre tout ce que le roy -de France ou aucuns des roys d'Angleterre anciennement tindrent en la -ville de Monstruel-sur-la-Mer et les appartenances. - -»_Le tiers article_. Item, aura le roy d'Angleterre toute la conté de -Pontieu entièrement, sauf et excepté que sé aucunes choses ont esté -aliénées, par les roys d'Angleterre qui ont esté pour le temps, de -ladite conté et appartenances et à autres personnes que roys de France, -le roy de France ne sera pas tenu de les rendre au roy d'Angleterre. Et -sé lesdites aliénations ont esté faites aux roys de France qui ont esté -pour le temps, sans autre moyen[192], et le roy de France les tiengne à -présent en sa main, il les laissera au roy d'Angleterre entérinement, -excepté que sé les roys de France les ont eus par eschange pour autres -terres, le roy d'Angleterre délivrera au roy de France ce que l'en en a -eu par eschange, ou il luy laissera les choses ainsi aliénées. Mais sé -les roys d'Angleterre qui ont esté pour le temps en avoient aliéné ou -transporté aucunes choses en autres personnes que ès roys de France, et -depuis soient venus ès mains au roy de France, ou aussi par -partage[193], le roy de France ne sera pas tenu de les rendre. Aussi, sé -les choses dessus dites doivent hommage, le roy de France les baillera à -autres qui en feront hommage au roy d'Angleterre; et sé il ne doivent -hommage, le roy de France baillera un tenant qui luy en fera le devoir, -dedens un an prochain après ce qu'il sera parti de Calais. - - [192] _Sans autre moyen_. Sans intermédiaire. - - [193] _Partage_. Le msc. de Charles V porte: _Portage_. - -»_Le quatriesme article_. Item, le roy d'Angleterre aura la ville et le -chastel de Calais, le chastel, la ville et seigneurie de Merq, les -villes, chastiaux et seigneurie de Sangate, Couloigne, Hammes, Wales et -Oye, avec les terres, bois, marois, rivières, rentes, seigneuries, -avoisons[194] d'églyse, et toutes autres appartenances et lieux -entregisans dedens les mettes et bonnes qui s'ensuivent; c'est assavoir -de Calais jusques au fil de la rivière, par devant Gravelines, et aussi -par le fil de meisme la rivière tout entour l'engle. Et aussi par la -rivière qui va par delà Poil; et aussi par meisme la rivière qui chiet -au grant lac de Guynes jusques au Fretin, et d'ilec par delà valée en -tour la montaigne de [195], en encloant meisme la montaigne; et -aussi jusques à la mer, avec Sangate et toutes ses appartenances. - - [194] _Avoisons_. Et non pas _maisons_, comme portent la plupart des - manuscrits et les imprimés. C'étoit le droit au titre d'_avoué_ - d'une église, attaché à certains fiefs. - - [195] Le nom de la montagne n'a pas été rempli dans le manuscrit de - Charles V. Le nouveau Rymer porte: _Calbully_. - -»_Le cinquiesme article_. Item, le roy d'Angleterre aura le chastel, la -ville et tout enterinement la conté de Guynes, avec toutes les terres, -villes, chastiaux, forteresces, lieux, hommages, seigneuries, bois, -forès, droitures d'icelles, aussi enterinement comme le conte de Guynes -derrenier mort la tint au temps de sa mort. Et obéiront les églyses et -les bonnes gens estans dedens les limitacions de ladite conté de Guynes, -de Calais et de Merq et des autres lieux dessusdis au roy d'Angleterre, -ainsi comme il obéissoient au roy de France et au conte de Guynes qui fu -pour le temps. Toutes lesquelles choses de Merq et de Calais, contenues -en ce présent article et en l'article prochain précédent, le roy -d'Angleterre tenra en demaine, excepté les héritages des églyses, qui -demourront auxdites églyses enterinement, quelque part qu'il soient -assis; et aussi excepté les héritages des autres gens du pays de Merq et -de Calais, assis hors de la ville de Calais, jusques à la valeur de cent -livres de terre par an de la monnoie courante au pays et au dessoubs. -Lesquiex héritages leur demourront jusques à la valeur dessusdite et -au-dessoubs. Mais les habitacions et héritages assis en ladite ville de -Calais, avec leur appartenances demourront en demaine au roy -d'Angleterre, pour en ordener à sa volenté; et aussi demourront aux -habitans en la conté, ville et terre de Guynes tous leur demaines -entièrement; et y revenront pleinement, sauf ce qui est dit des -confrontations, mettes et bonnes, en l'article prochain précédent. - -»_Le sixiesme article_. Item, est accordé que le roy d'Angleterre et ses -hoirs auront et tendront toutes les isles et pays dessus nommés -ensemble, avecques les autres villes, lesquelles le roy d'Angleterre -tient à présent. - -»_Le septiesme article_. Item, acordé que ledit roy de France et son -ainsné fils le régent, pour eux et pour tous leur hoirs et successeurs, -au plus tost que l'en pourra, sans fraude et sans mal engin, et au plus -tart dedens la Saint-Michiel venant en un an, rendront, bailleront et -délivreront audit roy d'Angleterre et à tous ses hoirs et successeurs, -et transporteront en eux toutes les honneurs, hommages, obédiances, -ligéances, vassaulx, fiés, services, recognoissances, droitures mer et -mixtes[196], impère, et toutes manières de jurisdicions haultes et -basses, ressors et sauvegardes, avoisons et patronages d'églyse, et -toutes manières de seigneuries et souverainetés, et tout le droit qu'il -avoient ou povoient avoir, appartenoient, appartiennent ou puent -appartenir par quelconque cause ou tiltre ou couleur de droit, à eux, -aux roys et à la couronne de France, pour cause de contés, cités, -chastiaux, villes, terres, pays et isles et lieux avant nommés, et de -toutes leur appartenances et appendances, quelque part que il soient, et -chascune d'icelles sans y rien retenir à eux, à leurs hoirs né -successeurs, aux roys né à la couronne de France. Et aussi manderont le -roy et son ainsné fils, par leur lettres patentes à tous arcevesques, -evesques et autres prélas de sainte églyse, et aussi aux contes, -viscontes, barons, nobles, citoyens et autres quelconques de cités, -terres, pays, isles et lieux avant nommés, qu'il obéissent au roy -d'Angleterre et à ses hoirs, et à leur certain commandement, en la -manière qu'il ont obéy aux roys et à la couronne de France; et par -meismes les lettres leur quitteront et absouldront, au mieux qu'il se -pourra faire, de tous hommages, fois, seremens, obligacions, subjecions -et promesses fais par aucuns d'eux aux roys et à la couronne de France -en quelconques manières. - - [196] _Mer et mixtes_. Pures et mélangées. - -»_Le huitiesme article_[197]. Item, accordé est que ledit roy -d'Angleterre aura les contés, cités, chastiaux, terres et isles et lieux -avant nommés avecques toutes leur appartenances et appendances quelque -part que il soient, à tenir à luy et à ses hoirs, héréditablement et -perpétuelment, en demaine ce que les roys de France y tenoient en -demaine, et aussi en fiés, service, souveraineté ou ressort, ce que les -roys de France y avoient par telle manière; sauf tant comme dit est par -dessus, en l'article de Calais et Merq. Et sé des cités, chastiaux, -contés, terres, pays, isles et lieux avant nommés, souverainetés, droit -mer et mixte, impere, jurisdicions et prouffis quelconques que tenoient -aucuns roys d'Angleterre illec, et en leur appartenances et appendances -quelconques, aucunes aliénacions, donacions, obligacions, ou charges ont -esté faites par aucuns des roys de France qui ont esté depuis quarante -ans en çà, par quelque cause ou fortune que ce soit, toutes teles -donations, aliénacions, obligacions et charges, sont et seront, dès -ores, du tout rappellées, quassées et annullées, et toutes choses ainsi -données, alliénées ou chargiées, seront réalment et de fait rendues et -bailliées audit roy d'Angleterre et à ses députés, espécialement en -meisme entiereté comme il furent au roy d'Angleterre depuis soixante-dix -ans en çà, au plus tost que l'en pourra sans mal engin, et au plus tart -dedens la saint Michiel prochaine venant en un an; à tenir au roy -d'Angleterre, à tous ses hoirs et successeurs, perpétuellement par la -manière que dessus est dit, excepté ce que dit est, par dessus, en -l'article de Pontieu qui demourra en sa force; et sauf et excepté toutes -les choses données et aliénées aux églyses, qui leur demourront -paisiblement en tous les païs et lieux ci-dessus et dessoubs nommés; si -que les personnes desdites églyses prient diligemment pour lesdis roys -comme pour leur fondeurs, sans quoi leur conscience seront chargiées. - - [197] Les éditions précédentes et plusieurs manuscrits ont omis de - publier ou transcrire les articles 8, 9, 10, 11 et 12. - -_Le neuviesme article_. »Item, est accordé que le roy d'Angleterre, -toutes les contés, cités, chastiaux et païs dessus nommés qui -anciennement n'ont esté des roys d'Angleterre aura et tendra en l'estat -et ainsi comme le roy de France ou son fils les tiennent à présent. - -_Le dixiesme article_. »Item, accordé est que sé, dedens les mettes -desdis païs qui furent anciennement des roys d'Angleterre, avoit aucunes -choses qui autreffois n'eussent esté des roys d'Angleterre, dont le roy -de France estoit en possession le jour de la bataille de Poitiers, qui -fut le dix-neuviesme jour de septembre l'an mil trois cent -cinquante-six, elles seront et demourront au roy d'Angleterre et à ses -hoirs, par la manière que dessus est dit. - -_Le onziesme article_. »Item, accordé est par le roy de France et son -ainsné fils le régent, pour eux et pour leur hoirs et pour tous les roys -de France et leur successeurs et à tousjours, que au plus tost qu'il se -pourra faire sans mal engin, et au plus tart dedens la saint Michiel -venant en un an, rendront et bailleront au roy d'Angleterre tous les -honneurs, régalités, obédiences, homaiges, ligeances, vassaux, fiés, -services, recognoissances, seremens, droitures, mer et mixte, impere, et -toutes autres manières de juridicions haultes et basses, ressors, -sauvegardes, seigneuries et souverainetés qui appartenoient, -appartiennent ou povent en aucune manière appartenir aux roys et à la -couronne de France, ou à aucune autre personne à cause du roy et de la -coronne de France, en quelque temps, ès cités, contées, chastiaux, -terres, païs, isles et lieux dessus nommés, ou en aucun d'iceux et en -leur appartenances quelconques, ou ès personnes, vassaux, subgiés -quelconques d'iceux, soient princes, dus, contes, vicontes, arcevesques, -evesques et autres prélas d'églyse, barons, nobles et autres -quelconques, sans rien à eux, leur hoirs et successeurs, ou à la coronne -de France ou autres que soit, retenir ou réserver en iceux; par quoy né -leur hoirs ou autres roys de France, ou autre que ce soit, à cause du -roy ou de la coronne de France, aucune chose y pourroit chalengier[198] -ou demander au temps avenir sur le roy d'Angleterre ou successeurs, ou -sur aucun des vassaux et subgiés avant dis, pour cause des païs et lieux -avant nommés, ainsi que tous les avant nommés personnes et leur hoirs et -successeurs perpétuelment seront hommes liges et subgiés du roy -d'Angleterre et à tous ses hoirs et ses successeurs; et que ledit roy -d'Angleterre et ses hoirs et successeurs, toutes les personnes, contées, -terres, païs, isles, chastiaux et lieux avant nommés, et toutes leur -appartenances et appendences tendront, auront et à eux demourront -plainement, franchement et perpétuelment en leur franchises, -souverainetés et seigneuries et obéissances, ligeances et subjections, -comme les roys de France avoient et tenoient en aucun temps passé; et -que le roy d'Angleterre, ses hoirs et successeurs auront et tendront -perpétuelment tout le païs avant nommé, avec leur appartenances, -appendances et les autres choses avant nommées en toutes franchises et -libertés perpétuelles, comme seigneur souverain et liège et comme voisin -au roy et au royaume de France; sans y recognoistre souverain ou faire -aucune obédiance, hommage, ressort, subjecion; et sans faire en aucun -temps avenir aucuns services ou recognoissances aux roys né à la -couronne de France des cités, contées, chastiaux, terres, païs, isles, -lieux et personnes avant nommés ou pour aucunes d'icelles. - - [198] _Chalengier_. Réclamer. - -_Roubriche_. Cet article douziesme qui s'en suit et le précédent article -furent ostés du traictié qui fut corrigié depuis à Calais, quant les -deux roys y furent; et fu fait et accordé sur ces deux articles, ce qui -est contenu en une lettre dont la copie est escripte en ce livre -ci-après au feuillet ............ là où il est traictié des choses -faites l'an mil trois cent soixante-huit, tantost après le quatriesme -jour de juillet, après ce qui est escript des appellacions faites par le -conte d'Armignac et pluseurs autres: et là sera trouvée transcrite -ladite lettre qui se commence: Edouart, etc., signée en marge à tel -signe +. - -_Le douziesme article_. »Item, est accordé que le roy de France et son -ainsné fils renonceront expressément auxdis ressors et souverainetés et -à tout le droit qu'il ont et povent avoir en toutes les choses qui par -ce présent traictié doivent appartenir au roy d'Angleterre; et -semblablement le roy d'Angleterre et son fils renonceront expressément à -toutes les choses qui, par ce présent traictié, ne doivent être -bailliées né demourer audit roy d'Angleterre, et à toutes les demandes -qu'il faisoient au roy de France, et par espécial au nom et au droit de -la couronne de France, à l'ommage, souveraineté et demaine du duchié de -Normendie et du duchié de Touraine, des contées d'Anjou, du Maine, et à -la souveraineté et hommage du duchié de Bretaigne, et à la souveraineté -et hommage de la conté et païs de Flandres, et à toutes autres demandes -que le roy d'Angleterre faisoit ou faire pourroit au roy de France pour -quelconque cause que ce soit; oultre ce et excepté qui par ce présent -traictié doit demourer et estre baillié audit roy d'Angleterre et à ses -hoirs; et transporteront, cesseront et délaisseront, l'un roy à l'autre -perpétuellement, tout le droit que chascun d'eux avoit en toutes les -choses qui, par ce présent traictié, doivent demourer ou estre baillées -à chacun d'eux, et du temps et lieu où et quant lesdites renonciacions -se feront, parleront et ordeneront les deux roys à Calais ensemble. - -_Le treiziesme article_. »Item, est accordé, afin que ce présent -traictié puisse estre plus briefvement accompli, que le roy d'Angleterre -fera amener le roy de France à Calais dedens trois sepmaines après la -Nativité saint Jehan-Baptiste prochaine venant, cessant tout juste -empeschement, aux despens du roy d'Angleterre, hors les frais de l'ostel -du roy de France. - -_Le quatorziesme article_. »Item, est accordé que le roy de France -paiera au roy d'Angleterre trois millions d'escus d'or, dont les deux -valent un noble de la monnoie d'Angleterre: et en seront paiés audit roy -d'Angleterre ou à ses députés six cent mil escus à Calais, dedens quatre -moys, à compter depuis que le roy de France sera venu à Calais; et -dedens l'an dès-lors prochain ensuivant, en seront paiés quatre cent mil -escus, tels comme dessus est dit, en la cité de Londres en Angleterre; -et dès lors, chascun an prochain ensuivant, quatre cent mille escus tels -comme devant, en ladite cité, jusques à tant que lesdis trois millions -seront paiés. - -_Le quinziesme article_. »Item, est accordé que par paiant lesdis six -cent mille escus à Calais, et par baillant les ostages ci-dessous nommés -et délivrés au roy d'Angleterre dedens les quatre moys, à compter depuis -que le roy de France sera venu à Calais comme dit est, la ville et les -forteresces de la Rochelle et les chastiaux, forteresces et villes de la -conté de Guynes, avecques toutes les appartenances et dépendances, la -personne dudit roy de France sera toute délivre de prison, et pourra -partir franchement de Calais et venir en son païs sans aucun -empeschement. Mais il ne se pourra armer né ses gens contre le roy -d'Angleterre, jusques à tant qu'il ait accompli ce qu'il est tenu de -faire par ce présent traictié. Et sont ostages, tant prisonniers pris à -la bataille de Poitiers comme autres qui demourront pour le roy de -France, ceux qui s'ensuivent, c'est assavoir: Monseigneur Loys, conte -d'Anjou; monseigneur Jehan, conte de Poitiers, fils du roy de France; le -duc d'Orléans, frère dudit roy. Et de quarante compris audit nombre, -seize des prisonniers qui furent pris à Poitiers, en la compaignie du -roy de France, et le duc de Bourbon, le conte de Blois ou son frère le -conte d'Alençon, ou monseigneur Pierre d'Alençon son frère, le conte de -Saint-Pol, le conte de Harecourt, le conte de Porcien, le conte de -Valentinois, le conte de Braine, le conte de Vaudemont, le conte de -Forès, le viconte de Biaumont, le sire de Coucy, le conte de -Fiennes[199], le sire de Préaux, le sire de Saint-Venant, le sire de -Garenchières, le dauphin d'Auvergne, le sire de Hangest, le sire de -Montmorency, monseigneur Guillaume de Craon, messire Loys de Harecourt, -monseigneur Jehan de Ligny. - - [199] _Le conte de Fiennes_. Variantes: _Le sire de Fieules_. (Msc. - 8395.)--Rymer: _Fienles_. - -»Et les noms des prisonniers sont tels: Monseigneur Phelippe de France, -le conte d'Eu, le conte de Longueville, le conte de Pontieu, le conte de -Tancarville, le conte de Joigny, le conte de Sancerre, le conte de -Dampmartin, le conte de Vantadour, le conte de Salebruche, le conte -d'Aucerre, le conte de Vandosme, le sire de Craon, le sire de Derval, le -mareschal d'Odeneham, le sire d'Aubigny. - -_Le seiziesme article_. »Item, est ordené que les dessus dis seize -prisons qui venront demourer en ostage pour le roy de France, comme dit -est, seront parmi ce délivrés de leur prison sans paier aucune raençon, -pour le temps passé, s'il n'ont esté à accort de certaine raençon par -convenances faites par avant le tiers jour de may darrenier passé. Et sé -aucun d'eux est hors d'Angleterre et ne se rend à Calais en ostage -dedens le premier moys après lesdites quatre sepmaines de la saint -Jehan, cessant juste empeschement, il ne sera pas quitte de sa prison, -mais sera contraint par le roy de France à retourner en Angleterre comme -prisonnier ou paier la paine par luy promise, et encorue, par deffaut de -son retour. - -_Le dix-septiesme article_. »Item, est accordé que, en lieu desdis -ostages qui ne vendront à Calais ou qui mourront ou se despartiront sans -congié hors du povoir du roy d'Angleterre, le roy de France sera tenu -d'en baillier d'autres de semblable estat au plus près que il pourra -estre fait dedens quatre moys prochains, après ce que le baillif -d'Amiens ou le prévost de Saint-Omer en sera sur ce, par lettres du roy -d'Angleterre certifiés; et pourra le roy de France, à son partir de -Calais, amener en sa compaignie dix des ostages tels comme les deux roys -accorderont; et suffira que des quarante dessusdis en demeure jusques au -nombre de trente en ostage. - -_Le dix-huitiesme article_. »Item, est accordé que le roy de France, -trois mois après ce qu'il sera parti de Calais, rendra à Calais quatre -personnes de Paris et deux personnes de chascune des villes dont les -noms suivent; c'est assavoir: St-Omer, Arras, Amiens, Beauvais, Lisle, -Douay, Tournay, Rains, Chaalons, Troies, Chartres, Thoulouse, Lyons, -Compiègne, Rouen, Caen, Tours, Bourges, les plus suffisans desdites -villes pour l'accomplissement du présent traictié. - -_Le dix-neuviesme article_. »Item, accordé est que le roy de France sera -amené d'Angleterre à Calais et demourra à Calais par quatre moys après -sa venue; mais il ne paiera rien pour le premier moys pour cause de sa -garde. Et pour chascun des autres moys ensuivant que il demourra à -Calais, par deffaulte de luy ou de ses gens, il paiera pour ses gardes -dix mille royaux, tels comme ils cuerent à présent en France avant son -partir de Calais, et ainsi au feur du temps qu'il y demourra. - -_Le vintiesme article_[200]. »Item, est accordé que au plus tost que -faire se pourra dedens l'an prochain, après ce que le roy de France sera -parti de Calais, monseigneur Jehan, conte de Montfort, aura la conté de -Montfort, avec toutes ses appartenances, en faisant l'omaige lige au roy -de France et devoir et service en tous cas tels comme bons et loyaux -vassaux lige doit faire à son seigneur à cause de ladite contée: ainsi -luy seront rendus ses autres héritages qui ne sont mie de la duchié de -Bretaigne, en faisant homaige ou autres devoirs que appartiendra. Et -s'il veult aucune chose demander en aucuns des héritages qui sont de -ladicte duchié hors du pays de Bretaigne, bonne et briève raison luy -sera faite par la court de France. - - [200] Les deux articles suivans n'ont pas été imprimés dans les - éditions précédentes. - -_Le vint-et-uniesme article_. »Item, sur la question du demaine de la -duchié de Bretaigne qui est entre ledit Jehan de Montfort d'une part et -monseigneur Charles de Blois d'autre part, accordé est que les deux -roys, appelés par devant eulx ou leur députés les parties principaus de -Blois et de Montfort, par eulx et par leur députés, spécialement -s'enformeront du droit des parties et s'efforceront de mettre les -parties à accort sur tout ce qui est en débat entre eux, au plus tost -qu'il pourront. Et au cas que lesdis roys par eulx et par leur députés -ne les pourront accorder dedens un an prochain après ce que le roy de -France sera arrivé à Calais, les amis d'une partie et d'autre -s'enformeront diligemment du droit des parties et par la manière que -dessus est. Et s'efforceront de mettre les parties à accort au mieulx -que faire se pourra au plus tost qu'il pourront. Et s'il ne les pevent -mettre à accort dedens demy an, aoust prochaine ensuivant, il -rapporteront auxdis deux roys ou à leur députés tout ce qu'il en auront -trouvé sur le droit desdites parties et sur quoy le débat demourra entre -lesdites parties. Et les deux roys par eulx et par leur députés, -espécialement au plus tost qu'il pourront, mettront lesdites parties à -accort, ou diront leur final avis sur le droit d'une partie et d'autre. -Et ce sera exécuté par les deux roys. Et au cas qu'il ne le pourront -faire dedens demy an de lors prochain ensuivant aoust, les deux parties -principales de Blois et de Montfort feront ce que mieux leur semblera, -et les amis d'une part et d'autre aideront quelque part qu'il leur -plaira, sans empeschement desdis roys pour la cause dessus dite. Et sé -ainsi n'estoit que l'une partie ne voulsist comparoir souffisamment par -devers les deux roys ou leur dis députés au temps qui luy sera establi, -et aussi au cas que lesdis roys ou leur députés auroient ordené ou -déclaré que lesdites parties fussent à accort ou qu'il auroient dit leur -avis pour le droit d'une partie; et aucuns desdites parties ne se -vouldroient accorder à ce né obéir à ladite déclaration, adont lesdis -roys seront encontre luy de tout leur povoir, et en ayde de l'autre qui -se vouldroit accorder et obéir. Mais en nul cas les deux roys, par leur -propres personnes né par autres, ne pourront faire né entreprendre -guerre l'un à l'autre pour la cause dessus dite. Et tousjours demourra -la souveraineté et l'hommaige de la duchié au roy de France. - -_Le vint-deuxiesme article_. »Item, que toutes les terres, pays, villes, -chasteaux et autres lieux bailliés auxdis roys seront en tels libertés -et franchises comme elles sont à présent, et seront confermés par lesdis -roys ou par leur successeurs, et par chascun d'eux toutes les fois qu'il -en seront sur ce deuement requis, et sé contraires n'estoient à ce -présent accort. - -_Le vint-troisiesme_. »Item, que ledit roy de France rendra et fera -rendre et restablir de fait à monseigneur Phelippe de Navarre et à tous -adhérens, en appert, au plus tost que l'en pourra sans mal engin, et au -plus tart dedens un an prochain après que le roy de France sera parti de -Calais, toutes les villes, chasteaux, forteresses, seigneuries, drois, -rentes, prouffis, juridicions et lieux quelconques que ledit monseigneur -Phelippe, tant pour cause de ly comme pour cause de sa femme ou ses dis -adhérens tindrent ou doivent tenir au royaume de France; et ne leur fera -jamais ledit roy reproche, damaige né empeschement pour aucune cause -faite avant ses oevres, et leur pardonra toutes offenses et mesprisons -du temps passé pour cause de la guerre, et sur ce auront ses lettres -bonnes et souffisans. Et que ledit monseigneur Phelippe et ses devant -dis adhérens retournent en son homaige et luy facent les devoirs et luy -soient bons et loyaux vassaux. - -_Le vint-quatriesme_[201]. »Item, est accordé que le roy d'Angleterre -pourra donner, ceste fois tant seulement, à cui il luy plaira en -héritage, toutes les terres et héritages qui furent de monseigneur -Godefroy de Harecourt, à tenir du duc de Normendie ou autres seigneurs -de qui elles doivent estre tenues par raison, parmy les hommaiges et -services anciennement accoustumés. - - [201] Cet article n'a pas été imprimé dans les éditions précédentes. - -_Le vint-cinquiesme_. »Item, il est ordené que nul homme né pays qui ait -esté en l'obéissance d'une partie, et venra par cest accort à -l'obéissance de l'autre partie, ne soit empeschié pour chose faicte en -temps passé. - -_Le vint-sixiesme_. »Item, est accordé que les terres des bannis de -l'une partie et de l'autre, et aussi des églyses de l'un royaume et de -l'autre, et que tous ceux qui sont deshérités ou ostés de leur terres ou -héritages, ou chargiés d'aucune pension, taille ou ordenance, ou -autrement grevés en quelque manière que ce soit pour cause de ceste -guerre, soient restitués entièrement en mesmes le droit et possession -qu'il eurent devant la guerre commenciée; et que toutes manières de -forfaitures, trespas et mesprises faits par eulx ou aucun d'eulx en -moien temps soient du tout pardonnés. Et que ces choses soient faites au -plus tost que l'en pourra bonnement, et au plus tart dedens un an -prochain, après que le roy sera parti de Calais. Excepté ce qui est dit -en l'article de Calais et de Merq, et des autres lieux nommés audit -article, excepté aussi le viconte de Fronssac et monseigneur Jehan de -Galart, lesquels ne seront point compris en cest article; mais -demourront leur biens et héritaiges en l'état qu'il estoient par avant -ce présent traictié. - -_Le vint-septiesme_[202]. »Item, est accordé que le roy de France -délivrera au roy d'Angleterre au plus tost qu'il pourra bonnement et -devra, et au plus tart dedens la feste saint Michiel prouchaine venant -en un an après son départir de Calais, toutes les cités, villes, pays et -autres lieux dessus nommés, qui, par ce présent traictié doivent estre -bailliés au roy d'Angleterre. - - [202] Cet article est encore passé dans les précédentes éditions. - -_Le vint-huitiesme_. »Item, est ordené qu'en baillant au roy -d'Angleterre ou autres pour luy par espécial députés, les villes et -forteresses et toute la conté de Pontieu, les villes et forteresses et -toute la conté de Montfort, la conté et le chastel de Xaintes; les -chasteaux, villes et forteresses et tout ce que le roy tient en demaine -au pays de Xantonge, deçà et delà la Charente, le chastel et la cité -d'Angolesme, et les chasteaux, forteresses et villes que le roy de -France tient en domaine au pays d'Angolesmois, avecques lettres et -mandemens des délaissemens des fois et homaiges, le roy d'Angleterre, à -ses propres coux et frais, délivrera toutes les forteresses prises et -occupées par luy, par ses subgiés, adhérens et aliés, ès pays de France, -de Tourraine, d'Anjou, du Maine, de Berry, d'Auvergne, de Bourgoigne et -de Champaigne, de Picardie et de Normendie et de toutes les autres -parties et lieux du royaume de France, excepté celles du duchié de -Bretaigne et des terres et pays qui, par cest présent traictié, doivent -appartenir et demourer au roy d'Angleterre. - -_Le vint-neuviesme_. »Item, est accordé que le roy de France fera -baillier et délivrer au roy d'Angleterre ou à ses hoirs ou députés, -toutes les villes, chasteaux, forteresses et autres terres, pays et -lieux avant nommés, avecques leur appartenances, aux propres coux et -frais dudit roy de France; et aussi que s'il avoit aucuns rebelles ou -désobéissans de rendre, baillier ou restituer au roy d'Angleterre -aucunes cités, villes, chasteaux, pays, lieux ou forteresses qui, par ce -présent traictié, luy doivent appartenir, le roy de France sera tenu de -les faire délivrer audit roy d'Angleterre à ses despens; et -semblablement le roy d'Angleterre fera délivrer à ses despens les -forteresses qui, par ce présent traictié, doivent appartenir au roy de -France. Et seront tenus lesdis roys et leur gens à eulx entre aidier -quant à ce, sé requis en sont, aux gaiges de la partie qui le requerra, -qui seront d'un flourin de Florence pour chevalier, et demy flourin pour -escuier, et pour les autres au fuer. Et du seurplus des doubles gaiges, -est accordé que sé lesdis gaiges sont trop petis en regard au marchié de -vivres au pays, il en sera en l'ordenance de quatre chevaliers pour ce -esleus, c'est assavoir deux d'une partie et deux d'autre. - -_Le trentiesme_. »Item, est accordé que tous les arcevesques et evesques -et autres prélas de sainte églyse, à cause de leur temporalité, seront -subgiés de celuy des deux roys soubs qui il tendront leur temporalité. -Et sé il ont temporalité soubs tous les deux roys, il seront subgiés de -chacun des deux roys, pour la temporalité qu'il tendront soubs chascun -d'iceuls. - -_Le trente-uniesme_. »Item, est accordé que bonnes aliances, amitiés et -confédérations seront faites entre les deux roys de France et -d'Angleterre et leur royaumes, en gardant l'oneur et la conscience de -l'un roy et de l'autre, nonobstant quelconques confédérations qu'il -aient deçà et delà avec quelconques personnes, soient d'Escoce, de -Flandre ou d'autre pays quelconques. - -_Le trente-deuxiesme_. »Item, est accordé que le roy de France et son -ainsné fils le régent, pour eulx et pour leur hoirs de France si avant -qu'il pourra estre fait, se delairont et départiront du tout des -aliances qu'il ont avecques les Escos, et promettront si avant que faire -se pourra que jamais eulx né leur hoirs roys de France, qui pour le -temps seront, ne donront né feront au roy né au royaume d'Escoce né aux -subgiés d'iceluy présens et avenir, confort, ayde né faveur contre ledit -roy d'Angleterre, né contre ses hoirs et successeurs, né contre ses -subgiés en quelque manière; et qu'il ne feront autres aliances avecques -lesdis Escos en aucun temps avenir, né contre les roys et royaume -d'Angleterre. Et semblablement, si avant que faire se pourra, le roy -d'Angleterre et son ainsné fils se délairont et départiront du tout des -aliances qu'ils ont avecques les Flamens; et promettront que eulx né -leur hoirs, né les roys d'Angleterre qui pour le temps seront, ne -donront né feront aux Flamens présens ou avenir, ayde, confort né faveur -contre le roy de France, ses hoirs et successeurs, né contre son royaume -né contre ses subgiés en quelque manière, et qu'il ne feront autres -aliances avec les Flamens en aucun temps avenir contre les roys et -royaume de France. - -_Le trente-troisiesme_[203]. »Item, est accordé que les collacions et -provisions faites d'une part et d'autre des bénéfices vacans tant comme -la guerre a duré, tiengnent et soient valables, et que les fruis, issues -et revenues, recettes et levées de quelconques bénéfices et autres -choses temporeles quelconques èsdis royaumes de France et d'Angleterre, -par une partie et par l'autre durant lesdites guerres, soient quittes -d'une partie et d'autre. - - [203] Omis dans les précédentes éditions. - -_Le trente-quatriesme_. »Item, que les roys soient tenus de faire -confermer toutes les choses dessus dites par nostre Saint Père le Pape; -et seront baillées par seremens, sentences et censures de court de Rome -et tous autres lieux, en la plus fort manière que faire se pourra; et -seront empetrée dispensacion, absolutions et lettres de la court de -Rome, touchant l'accomplissement et la perfection de ce présent -traictié, et seront bailliées aux parties au plus tart dedens trois moys -après ce que le roy sera arrivé à Calais. - -_Le trente-cinquiesme_. »Item, que tous les subgiés desdis roys qui -voudront estudier ès études et universités des royaumes de France et -d'Angleterre jouiront des privilèges et libertés desdites études et -universités tout ainsi comme il povoient faire avant ces présentes -guerres et comme il font à présent. - -_Le trente-sixiesme_. »Item, afin que les choses dessus dites, -traictiées et parlées soient plus fermes, estables et valables, seront -faites et données les seurtés qui s'ensuivent; c'est assavoir: lettres -scellées des seaulx desdis roys et desdis ainsnés fils d'iceulx, les -meilleurs qu'il pourront faire et ordener par les conseilliers desdis -roys; et jureront lesdis roys et leur enfans ainsnés et autres enfans, -et aussi les autres des lignages desdis seigneurs et autres grans des -royaumes, jusques au nombre de vint de chascune partie, qu'il tendront -et aideront à tenir pour tant comme à chascun d'eulx touche lesdites -choses traictiées et accordées, et acompliront sans jamais venir au -contraire et sans fraude et sans mal engin, et sans faire nul -empeschement. Et sé il y avoit aucun dudit royaume de France ou du -royaume d'Angleterre qui fussent rebelles ou ne voulsissent accorder les -choses dessus dites, lesdis roys feront tout leur povoir de corps et de -biens et d'amis de mettre lesdis rebelles en vraie obéissance, selon la -forme et teneur dudit traictié. Et avecques ce se soubmettront lesdis -roys et leur hoirs et royaumes à la cohercion de Nostre Saint-Père le -Pape, afin qu'il puisse contraindre par sentence, censures d'églyses et -autres voies deues celuy qui sera rebelle, selon ce qu'il sera de -raison. Et parmi les seurtés et fermetés dessus dites, renonceront -lesdis roys et leur hoirs, par foy et par sermens, à toute guerre et à -tout procès de fait. Et sé par désobéissance, rébellion ou puissance de -aucuns subgiés du royaume de France ou autre juste cause, le roy de -France ou ses hoirs ne povoient acomplir toutes les choses dessusdites, -le roy d'Angleterre, ses hoirs ou aucuns pour eulx ne feront ou devront -faire guerre contre ledit roy de France, ses hoirs né son royaume; mais -tous ensemble se efforceront de mettre lesdis rebelles à vraie -obéissance et de acomplir les choses dessusdites. Et aussi sé aucuns du -royaume et obéissans du roy d'Angleterre ne vouloient rendre les -chasteaux, villes ou forteresses qu'il tiennent au royaume de France, et -obéir au traictié ci-dessus dit, ou pour juste cause ne povoit accomplir -ce qu'il doit faire par ce présent traictié, li roys[204] de France né -ses hoirs ou aucun pour eulx ne feront point de guerre au roy -d'Angleterre né à son royaume; mais tous deux ensemble feront leur -povoir de recouvrer les chasteaux, villes, forteresses dessus dites, que -toute obéissance et acomplissement soit faite ès traitié dessusdit; et -seront aussi faites et données d'une part et d'autre, selon la nature du -fait, toutes manières de fermetés et seurtés que l'en pourra et saura -deviser tant par le pape, le collège de la court de Rome comme -autrement, pour tenir et garder perpétuelment la paix et toutes les -choses dessus accordées. - - [204] _Li roys_. Dans cette pièce importante que nous donnons ici - telle que l'offre le manuscrit de Charles V, on voit que les formes - anciennes de la langue sont fréquemment conservées: _Li roys_ pour - _le roy_. - -_Le trente-septiesme_[205]. »Item, est accordé que par ce présent -traictié et accort, tous autres accors, traictiés ou prolocucions, -s'aucuns en y a fais ou pourparlés au temps passé, sont nuls et de nulle -valeur et du tout mis au néant et ne s'en pourront jamais aydier les -parties né faire aucun reprouche l'un contre l'autre pour cause d'iceulx -traictiés ou accors, sé aucuns en y avoit comme dit est. - - [205] Omis dans les éditions imprimées, ainsi que le trente-neuvième - article. - -_Le trente-huitiesme_. »Item, quant ce présent traictié sera approuvé, -juré et confermé par les deux roys à Calais, quant il y seront en leur -personnes, et depuis que le roy de France sera parti de Calais et sera -en son pouvoir, dedens un mois prochain ensuivant ledit département, -ledit roy de France en fera lettres confirmatoires et autres nécessaires -ouvertes, et les envoiera et délivrera à Calais audit roy d'Angleterre -ou à ses députés audit lieu. Et aussi ledit roy d'Angleterre, en prenant -lesdites lettres confirmatoires, en baillera lettres confirmatoires -pareilles à celles dudit roy de France. - -_Le trente-neuviesme_. »Item, est accordé que nul des roys ne procurera -né fera procurer par luy né par autres que aucunes nouveletés ou griefs -se facent par l'églyse de Rome ou par autres de sainte églyse, -quelconques il soient, contre ce présent traictié, sur aucun desdis -roys, leur coadjuteurs, adhérens ou aliés quels que il soient, né sur -leur terres, né leur subgiés pour achoison de la guerre ou pour autre -cause, né pour services que lesdis coadjuteurs ou aliés aient fais -auxdis roys ou aucun d'iceulx; et sé nostre dit Saint Père ou autres le -vouloient faire, les deux roys le destourberoient selon ce qu'il -pourront sans mal engin. - -_Le quarantiesme_. »Item, des hostaiges qui seront bailliés au roy -d'Angleterre à Calais, de la manière du temps de leur département, les -deux roys en ordeneront à Calais. - - * * * * * - -»[206]Toutes lesquelles choses dessus escriptes et chascune d'icelles -furent faites, ordenées et accordées de l'auctorité nostre dit seigneur -le roy et du nostre[207], par nos amés cousins le duc de Lenclastre, -Wyllaume conte de Norentonne, Thomas de Beauchamp conte de Warwhic, Rauf -conte de Stafort, Wyllaume conte de Salebury, messire Gautier, sire de -Mauny, messire Jehan de Beauchamp, messire Guy de Bryenne, messire Jehan -de Greily, captau de Buef, messire Jehan Chandos, messire Wyllaume de -Grenson, chevaliers, Jehan de Wynelvic, trésorier, monseigneur Jehan de -Wynelvic, chancellier nostre seigneur le roy; maistre Henry de Haston; -Guillaume de Lughteburgh docteur en loys, et maistre Jehan de -Branquette, chanoine de Londres, tous présens et jurés, de tenir et -faire tenir et garder les choses dessus dites. Et aussi présens, et -jurés par messire Regnauld de Cobehan, nos procureurs et messaiges à ce -especialment commis et députés de par nous; et promis, jurés et accordés -et ordenés de par nostre cousin le régent, par les honorables et -puissans seigneurs et messaiges et procureurs dudit régent, Jehan par la -grace de Dieu esleu de Beauvais pair de France, maistre Estienne de -Paris chanoine, et Pierre de La Charité, chantre de l'églyse de Paris, -Jehan d'Augeraut, doyen de Chartres, messire Jehan Le Maingre dit -Bouciquaut mareschal de France, Charles sire de Montmorency, Aimart de -La Tour sire de Vinay, Jehan de Groslée, Regnaud de Goullons, Pierre -d'Oomont, Symon de Bucy chevaliers, maistre Guillaume de Dormans, Jehan -des Mares et Jehan Maillart, bourgois de Paris procureur, et aussi -maistre Robert Porte, evesque dit d'Avranches, messire Raoul de -Resneval, monseigneur Artaud de Beausemblant, maistre Macé Gueri et -maistre Nicole de Veyres, secrétaires nostre dit cousin et pluseurs -autres. Toutes lesquelles choses et chascune d'elles ès noms que dessus, -nous, prince de Galles, acceptons, accordons, aggréons, approuvons et -confermons de nostre certaine science et les voulons avoir en vigour et -fermeté, si et par tele manière comme sé nous les eussions traictiées, -parlées, accordées, jurées et promises en nostre propre personne, à -l'onneur de la benoite Trinité, le Père, le Fils et le saint Esperit, et -de la glorieuse Vierge Marie; pour la révérence de nostre Saint-Père le -Pape Innocent VI, lequel, quant il estoit cardinal en sa personne, et, -puis la promocion, pour révérens pères en Dieu les cardinaux de -Bouloigne et de Pierregort et de Urgel, qui furent de par luy envoiés en -France et en Angleterre, qui en faire ceste pais ont adjousté et mis -très grant et bonne diligence, et de nos bien amés frère Andry de La -Roche abbé de Clugny, et messire Hugues de Geneuve, chevalier, seigneur -d'Ausson, messaigiés derreniers envoiés sur ce de par nostre dit Saint -Père le Pape, et ont sur ce diligemment travaillié, traictié et receus -les seremens desdis procureurs. En tesmoing desquelles choses, à cestes -nos lectres nous avons fait mettre nostre privé séel. Donné à Louviers -en Normendie, le seiziesme jour de may, l'an de grace dessus dit. - - [206] Le reste de cette charte et les autres pièces qui la suivent ne - sont pas dans Rymer. - - [207] _Du nostre_. Il semble qu'il faudroit: _Et de la nostre_. - -»Je Jehan Branquette, clerc du diocèse de Nosibio, notaire publique de -l'auctorité du pape et de l'empereur, pour ce que je fus présent le -huitiesme jour de may, l'an de grace dessus dit et huitiesme du -pontificat de nostre Saint-Père le Pape Innocent VI, quant les choses -avant dites et chascune d'icelles furent parlées, traictiées et -accordées par la manière et forme que dessus est compris entre les -parties, seigneurs, procureurs et tesmoins avant nommés, je les vy et oï -ainsi faire accorder et expédier; par le commandement et volenté -desdites parties, à ces présentes lettres contenans lesdis traictiés et -accors j'ay mis mon signe publique, avec le signe maistre Nicoles de -Veyres, notaire, en tesmoin de toutes les choses devant dites. - -»Et je Nicoles de Veyres, clerc du diocèse de Sens, notaire publique de -l'auctorité du pape, pour ce que je fus présent le huitiesme jour de may -l'an de grace dessus dit, et huitiesme du pontificat de nostre -Saint-Père le Pape Innocent VI, quant les choses avant dites et chascune -d'icelles furent parlées, traictiées et accordées par la manière et -forme que dessus est compris, entre les parties, seigneurs et procureurs -et tesmoins avant nommés; je le vis et oï ainsi faire, accorder et -expédier par le commandement et volenté desdites parties; à ces -présentes lettres contenant lesdis traictiés et accors je ay mis mon -signe publique, Jehan de Branquette, et Nicoles de Veyres, notaires -publiques. En tesmoin de toutes les choses devant dites. - - - - -CXXV. - -Une lettre coment monseigneur le régent conferma le traictié accordé à -Brétigny. - - -»Charles, ainsné fils du roy de France, régent le royaume, duc de -Normendie et daulphin de Viennois, à tous ceulx qui ces présentes -lettres verront, salut. Savoir faisons que nous avons veu par escript et -leu de mot à mot le traictié de bonne paix et accort final, traictié et -fait pour mon seigneur et pour nous et le royaume de France, pour nos -adhérens, aliés, amis et aidans, par nos amés et feaulx conseilliers de -monseigneur et les nostres, et messaiges et procureurs espécialment de -nostre partie establis et aians à ce faire plain pouvoir et mandement -spécial de nous. C'est assavoir: Monseigneur Jehan esleu de Beauvais, -pair de France, nostre chancellier; maistre Estienne de Paris chanoine; -Pierre de La Charité, chantre de l'églyse de Paris; et Jehan d'Augeraut -doyen de Chartres; monseigneur Jehan Le Maingre dit Bouciquaut, -mareschal de France; monseigneur Charles, sire de Montmorency; -monseigneur Aymart de La Tour, sire de Vinay; monseigneur Jehan de -Groslée; monseigneur Regnaut de Goullons; monseigneur Symon de Bucy et -monseigneur Pierre d'Oomont, chevaliers; maistre Guillaume de Dormans; -Jehan des Mares et Jehan Maillart, bourgois de Paris d'une part, et -certains autres procureurs et messaiges de nostre cousin le prince de -Galles, fils ainsné du roy d'Angleterre nostre cousin, ayant à ce povoir -et mandement espécial de par luy et autres gens et traicteurs pour -lesdis roy d'Angleterre et prince de Galles, pour leur adhérens, aliés, -aidans et amis d'autre part: lequel traictié et accort nous avons eu et -avons ferme et agréable, et avons juré sur sains évangiles touchiés de -nostre main, devant le saint corps de Nostre-Seigneur Jhésus-Crist -sacré, l'autre main dréciée envers luy, ledit accort tenir et garder de -nostre partie, et faire tenir et garder à nostre povoir sans mal engin à -tousjours. En tesmoin de laquelle chose nous avons fait mettre à ces -présentes lettres nostre seel de secret, en l'absence du grant. Donné à -Paris le dixiesme jour de may mil trois cent soixante. - - - - -CXXVI. - -Une autre lettre du prince de Galles confermant semblablement le -traictié dessusdit. - - -»Edouard, fils ainsné à noble roy de France et d'Angleterre, prince de -Galles, duc de Cournouaille et conte de Cestre, à tous ceulx qui ces -présentes lettres verront, salut. Savoir faisons que nous avons veu par -escript le traictié de bonne paix et accort final traictié et fait pour -nostre très redoubté seigneur et père le roy et nous, et pour les -subgiés, amis, aliés, aidans et adhérens de nostre dit seigneur et les -nostres, par les traicteurs à ce députés de par nostre dit seigneur et -de par nous; et ayant à ce faire plain povoir d'une part; et nostre -cousin le régent le royaume de France, pour luy et pour son père et pour -leur subgiés, aliés, amis, aidans et adhérens, par leur traicteurs, -procureurs et messagiés, ayant à ce faire souffisant povoir d'autre -part; lequel traictié et accort nous avons ferme et agréable; et avons -juré sur sains évangiles touchiés de nostre main, devant le saint corps -de Nostre-Seigneur Jhésus-Crist sacré, l'autre main destre envers luy, -ledit accort tenir et garder à nostre povoir, sans mal engin à -tousjours. En tesmoin de laquelle chose nous avons fait mettre nostre -privé séel à ces présentes lettres. Donné à Louviers, en Normendie, le -seiziesme jour de may de l'an de grace mil trois cent soixante. - - - - -CXXVII. - -Les lettres de monseigneur le régent contenant l'ordonnance des trièves. - - -»Charles, ainsné fils du roy de France, régent le royaume, duc de -Normendie et daulphin de Viennois; à tous ceux qui ces lettres verront -salut. Savoir faisons que comme entre nos amés et feaulx, l'esleu de -Beauvais nostre chancelier; messire Charles, sire de Montmorency; -messire Jehan Le Maingre dit Bouciquaut, mareschal de France; messire -Aymart de la Tour, sire de Vinay; messire Raoul de Resneval, messire -Symon de Bucy, chevaliers; maistre Estienne Paris[208] et Pierre de la -Charité, nos conseilliers, et avecques pluseurs autres chevaliers, clers -et saiges de nostre conseil, nos procureurs et messaiges espéciaux à ce -faire de par nous, pour monseigneur et pour nous espécialment establis; -et ayant povoir de par nous, de faire traictier, accorder, promettre et -jurer en l'ame de nous et pour monseigneur et pour nous, bonne paix et -accort et bonne trièves et loyaux d'une part; et monseigneur Regnault de -Cobehan, monseigneur Barthelemy de Brouéiz; monseigneur Franc de Hale, -Banerés; Mile de Stapelenton; monseigneur Richart la Vache et Noel -Loreng, chevaliers, procureurs et messaiges espéciaux de monseigneur -Edouart, fils ainsné du roy d'Angleterre, espécialment à ce establis et -ayans semblable povoir, et avec eux pluseurs autres chevaliers, clers et -saiges du conseil du roy d'Angleterre d'autre part. Sur tous les descors -et articles pour lesquels estoient guerres qui longuement ont duré entre -les deux roys, leur royaumes dessus dis et nous; les aliés, aydans et -amis d'une part et d'autre, ait esté traictié bonne paix et accort final -à toujours durans au plaisir de Dieu, contenant pluseurs articles, -lesquels ne povent estre acomplis en brief temps; et pour ce convient -que cependant bonnes trièves et loyaux soient prises, accordées, tenues -et gardées d'une part et d'autre, tant de leur royaumes que dehors leur -royaumes. Et nous pour honneur et révérence de nostre saint Père le -Pape, qui pour ce a envoié devers nous ses espéciaux messaigiés; c'est -assavoir l'abbé de Clugny, messire Hugue de Genevre et le maistre de -l'ordre des frères Prescheurs, qui sur ce nous ont requis à grant -instance, au nom de monseigneur et de nous pour luy et pour nous, ses -subgiés, aliés, amis et aydans, et pour les nostres; avons accordé et -octroyé, accordons et octroyons audit roy d'Angleterre, à ses subgiés, -aliés, aydans et amis, bonne trièves et loyaux, du date de ces lettres -jusques au jour de la Saint-Michiel prochain venant, et d'iceluy jour -jusques à la Saint-Michiel qui sera l'an mil trois cent soixante un, et -tout le jour de ladite feste jusques au soleil couchié; et accordons, -voulons et octroyons, ès noms de monseigneur et de et pour tous les -dessus dis de notre partie que lesdites trièves soient tenues et -gardées; et les promettons en bonne foy, sans fraude et sans mal engin, -ès noms devant dis, tenir et faire tenir fermement par tout le pouvoir -de monseigneur et le nostre, parmy lesquelles tous les subgiés d'une -part et d'autre, de l'un royaume et de l'autre pourront franchement sans -contredit aler et venir paisiblement de l'un royaume à l'autre, et -marchans marchander et faire tous contras de bonne foy, sans blasme et -sans reprouche, tout en la manière que l'en povoit et souloit faire en -temps de bonne et ferme paix, et que sé oncques guerres n'eussent esté -entre lesdis roys, nous et les royaumes. Et ne pourront ou devront -lesdis roys ou leur subgiés, aliés ou aydans durant lesdites trièves, -prendre ou embler, escheler, ou autrement occuper ou empescher en -quelque manière aucune ville, chastel, forteresse ou autre lieu; mais -cesseront toutes roberies, pilleries, prises de personnes, arsures, -ravissemens, prises, marques et autres prises, et tous autres maléfices -par terre et par mer. Et sé aucune chose estoit faite ou actemptée de la -partie de monseigneur ou la nostre ou d'aucun ou par aucun du povoir -monseigneur et du nostre contre ce que dessus est dit ou contre lesdites -trièves, monseigneur et nous le ferons réparer et mettre au premier et -deu estat sans délay, si tost que nous ou nos députés en seront requis, -et ferons rendre et restablir ce qui seroit robé, pris, ravi ou pillié, -ou l'estimacion d'icelles choses sé elles n'estoient transmuées; et pour -aucun des fais ou actemptas dessus dis, sé aucuns y a, venoient ou fais -estoient, ne seroient ou pourroient estre dites enfraintes ou brisiées -lesdites trièves, né guerre pour ce estre suscitée; mais seront réparés -et mis au premier et deu estat, comme dessus est dit, et les malfaiteurs -en seront pugnis deuement. Mais ceux qui seroient ignorans desdites -trièves et auroient juste cause de ladite ignorance, ne seroient pas -pugnis sé ils faisoient ou avoient fait contre lesdites trièves. -Lesquelles trièves tenir et garder et faire loyalment tenir et garder, -et les actemptas, comme dit est, réparer et mettre au premier et deu -estat, nous avons fait promettre et jurer en l'ame de nous par nos dis -procureurs et messaigiés traicteurs de ladite paix à ce faire -espécialment establis; et pour plus diligemment les faire tenir et -garder comme dit est, et pour faire droiture de prisons et de toutes -complaintes qui pevent ou pourroient avenir au temps des trièves et pour -les actemptas réparer, nous avons député et commis, députons et -commettons conservateurs desdites trièves ledit monseigneur Jehan Le -Maingre mareschal de France; messire Gauthier de Lor; messire Raoul de -Resneval; messires Saquet de Blaru, Regnault de Goullons et monseigneur -Gauthier d'Angles, tous chevaliers et chascun d'eux, auxquels nous, de -par monseigneur et de par nous, mandons et commettons par ces présentes -lettres que diligemment et loyalment tiengnent et gardent, et fassent -tenir et garder fermement lesdites trièves par le temps dessus dit et -fassent droitures tant de prisons non gardans leur convenances, que en -autre cas appartenant à faire en temps de trièves aux conservateurs -d'icelles. Et n'est mie notre entente que sé les gens de l'ost dudit roy -d'Angleterre prennent vitailles, aumailles[209], bestes, vin, char ou -autres choses pour la nécessité de leur vivre ou de leur chevaux en s'en -alant hors du royaume de France en Angleterre de ci à un mois, que ils -en soient ou aucuns d'eux repris ou approuchiés, mais que il ne fassent -autre prise, arsure, occupacion de forteresses, ravissemens de femmes ou -autres maléfices que prendre pour leur vivre durant ledit mois tant -seulement. - - [208] _Paris_. Variante: _De Paris_. - - [209] _Aumailles_. Troupeaux. - -»Item, pour ce que aucunes garnisons des gens du roy d'Angleterre -demourroient par aucun temps en aucunes forteresses ou chasteaux en -France ou ailleurs au royaume de France, nous voulons et accordons que -il puissent lever telles raençons, et en telle manière comme eux les ont -levées et tenues avant ces euvres pour leur vivre et pour la garde des -dis chasteaux et forteresses sans icelles croistre, tant comme il -demourront ès lieux dessus dis, et que il puissent franchement achater -et emporter vitailles et les aient à fuer et à raison ainsi comme les -autres gens des lieux et des païs environ les achèteront, sans fraude et -sans malice, mes qu'ils ne preignent né pillent n'emblent forteresses ou -fassent autres maléfices. Sur toutes lesquelles choses et leur -dépendences et appartenances, nous voulons et mandons que tous les -justiciers, subgiés et féaulx de monseigneur et de nous, et requérons -tous autres que il obéissent, et entendent auxdis conservateurs, -baillis, capitaines et autres dessus dis et à leur députés et à chacun -d'eux. En tesmoing de laquelle chose, nous avons fait mettre nostre seel -à ces présentes. Donné à Chartres, le septiesme jour de may, l'an de -grace mil trois cens soixante[210].» - - [210] Cette lettre et les deux suivantes auroient été plus - régulièrement placées avant le traité de Brétigny, dont elles - devoient préparer la conclusion. - - - - -CXXVIII. - -Du mandement que monseigneur le régent fist, pour faire crier et publier -les trèves. - - -«Charles, ainsné fils du roy de France régent le royaume, duc de -Normendie et daulphin de Viennois; à tous justiciers, capitaines et à -tous les subgiés féaulx et obéissans de monseigneur et de nous qui ces -lettres verront salut. Savoir faisons que entre monseigneur et nous pour -nous et pour nos subgiés, adhérens et aliés, aydans et amis d'une part: -et nostre cousin le roy d'Angleterre et les siens d'autre part; sont -prises et accordées bonnes trièves et loyaux, jusques à la Saint-Michiel -prochaine venant, et d'iceluy jour jusques à un an ensuivant, qui sera -le jour de la Saint-Michiel, l'an mil trois cens soixante et un pour -l'accomplissement et exécucion de bonne paix final et perpétuel, entre -monseigneur et nous et nostre dit cousin, les subgiés, adhérens, aliés, -aydans et amis dessus dis. Pour quoy nous vous mandons et commandons -estroitement et à chascun de vous que lesdites trièves fassiez crier et -publier partout, et icelles tenir et garder fermement, comme en temps de -bonne paix, sans rien faire ou souffrir estre fait au contraire. Donné à -Bretigny-lès-Chartres, le septiesme jour de may l'an de grace mil trois -cens soixante.» - - - - -CXXIX. - -Et s'ensuit la teneur des lettres que le prince de Galles donna en la -ville de Tours, contenans la forme des trèves dessus dites. - - -«Edouard, ainsné fils au noble roy de France et d'Angleterre, prince de -Galles, duc de Cornouaille et conte de Cestre, à tous ceux qui ces -lettres verront salut. Savoir faisons que comme entre nos amés -conseilliers, monseigneur Regnault de Cobehan, Berthelemy de Broueys et -Franc de Hale, banerés; Mile de Stapelenton, Richart la Vache et Noel -Loreng, chevaliers, nos procureurs et messaigiers espéciaulx establis à -ce et ayans povoir de faire traictier, accorder, promettre et jurer en -nostre ame et en l'ame de nostre très-redoubté seigneur et père le roy, -et pour luy et pour nous, bonne paix et accort et bonnes trièves et -loyaux d'une part: et les honorables hommes l'esleu de Beauvais; -Charles, sire de Montmorency; monseigneur Jehan le Maingre, dit -Bouciquaut, mareschal de France; monseigneur Aymart de La Tour, sire de -Vinay; monseigneur Raoul de Resneval; monseigneur Symon de Bucy, -chevaliers; maistres Estienne de Paris et Pierre de la Charité, -messaiges et conseilliers de nostre cousin le régent le royaume de -France, espécialment députés à ce faire pour luy et pour nostre cousin -le roy, son père, et ayans semblable povoir; et avecques eux pluseurs -autres chevaliers, clers et saiges du conseil de nostre dit cousin le -régent d'autre part, sur tous les descors et articles pour lesquels -estoient guerres qui lonc-temps ont duré entre les deux roys, les -royaumes dessus dis et nous, les aliés et aydans et amis, d'une part et -d'autre ait esté traictié de bonne paix et accort final à toujours durer -au plaisir de Dieu, contenans pluseurs articles lesquels ne pevent mie -estre acomplis en brief temps; et pour ce convient que cependant bonnes -trièves et loyaux soient prises, accordées, tenues et gardées d'une part -et d'autre, tant dedens les royaumes que dehors les royaumes: nous pour -honneur et révérence du Saint-Père le Pape, qui pour ce a envoié devers -nous ses espéciaulx messaiges; c'est à savoir, l'abbé de Clugny; -monseigneur Hugues de Genevre et le maistre de l'ordre des -Frères-Prescheurs, qui, sur ce, nous ont requis à grant instance; au nom -de monseigneur et de nous, pour luy et pour nous, et pour ses subgiés, -aliés, aydans et amis, et pour les nostres, avons accordé et encore -accordons et octroyons à nostre cousin de France et à ses subgiés, -aliés, aydans et amis, bonnes trièves et loyaux, de la date de ces -lettres jusques au jour de la Saint-Michiel prochaine venant; et -d'iceluy jour jusques à la Saint-Michiel qui sera l'an mil trois cens -soixante-un, et tout le jour de ladite feste, jusques à soleil couchié. -Et accordons, voulons et octroyons, ès noms de monseigneur et de nous, -pour et ès noms devant dis tenir et faire tenir fermement, par tout le -pouvoir de monseigneur et le nostre, parmy lesquelles tous les subgiés -d'une part et d'autre et de l'un royaume et de l'autre pourront -franchement et sans contredit aler et venir paisiblement de l'un royaume -et de l'autre, et marchans marchander et faire tous contracts de bonne -foy sans blasme et sans reproche, tout en la manière que l'en povoit et -souloit faire en temps de bonne et ferme paix, et que sé oncques guerre -n'eust esté entre lesdis roys, nous et les royaumes. Et ne pourront né -devront les dis roys ou leurs subgiés, aliés ou aydans durans lesdites -trièves prendre ou embler, escheler ou autrement occuper ou empeschier -en quelque manière aucune ville, chastel, forteresse ou autre lieu; mais -cesseront toutes roberies, pilleries, prises de prisons, arsures, -ravissemens, prises et représailles, marques et contreprises et tous -autres maléfices par terre et par mer; et sé aucune chose estoit fait ou -actempté de la partie de monseigneur ou de la nostre, ou d'aucun ou par -aucun du povoir de monseigneur ou du nostre contre ce que dessus est dit -ou contre lesdites trièves, monseigneur et nous le ferons réparer et -mettre au premier et deu estat sans delay, si tost comme nous ou nos -députés en seront requis; et ferons rendre et restablir ce qui sera -robé, pris, ravi ou pillié, ou l'estimation d'icelles choses sé elles -n'estoient trouvées; et sé aucun des fais ou actemptas dessus dis y -avenoient ou fait estoient, ne seroient ou pourroient estre dites -enfraintes ou brisées lesdites trièves, né guerre pour ce estre -suscitée; mais seront réparés et mis au premier et deu estat, comme -dessus est dit; et les malfaiteurs en seront pugnis sé ils faisoient ou -auroient fait aucune chose contre lesdites trièves. Lesquelles trièves -tenir et garder et faire loyalment tenir et garder, et les actemptas, -comme dit est, réparer et faire réparer et mettre au premier et deu -estat, nous avons fait promettre et jurer en l'ame de nous, par nos dis -procureurs et messaigiés traicteurs de ladite paix à ce faire et -espécialment establis. Et pour plus diligemment les faire tenir et -garder, comme dit est, et pour faire droiture des prisons, et tous -complaignans qui pevent ou pourroient avenir en temps de trièves et pour -les actemptas réparer, nous avons député et commis, députons et -commettons conservateurs desdites trièves, nobles et puissans hommes -monseigneur Thomas de Beauchamp, conte de Warvich et mareschal de nostre -dit seigneur et père; Thomas de Hollande, seigneur de Warch; Jehan de -Greyli, captau de Buef; le gardien de Bretaigne et le capitain de -Calays, qui seront pour nostre dit seigneur et père pour le temps, et -Eustace d'Aubréchicourt tous chevaliers et chascun d'eux; et néanmoins -les capitaines et connestables des lieux et païs où les cas advenront et -chascun d'eux auxquels nous mandons de par nostre dit seigneur le roy, -et commettons par ces présentes lettres que diligemment et loyalment -tiengnent et gardent et fassent tenir et garder fermement lesdites -trièves par le temps dessus dit, et fassent droitures tant de prisons -non gardans leur convenances, comme en autres cas appartenans à faire, -en temps de trièves, aux conservateurs d'icelles: et n'est mie nostre -entente que sé les gens de l'ost nostre seigneur le roy et les nostres -prennent vitailles, aumailles, vin, char, bestes ou autres choses pour -la nécessité de leur vivre et de leur chevaux, alans hors du royaume de -France en Angleterre de ci à un mois, que nous né eux, né aucun d'eux -soient repris, reprouchiés né domagiés; mais que nous né eux ne fassions -autre arsure, occupacion de forteresse, ravissemens de femmes ou autres -maléfices, que de prendre pour les vivres de nous et d'eux, durant ledit -mois tant seulement; et pour ce que aucunes garnisons des gens de nostre -dit seigneur le roy demourront par aucun temps en aucunes forteresses ou -chasteaux en France, et ailleurs ou royaume de France, nous voulons et -accordons de par nostre dit seigneur le roy et de par nous, qu'il -puissent lever telles raençons et en telle manière comme il ont levé -avant ces trièves, pour leur vivres et pour la garde desdis chasteaux et -forteresses, sans icelles croistre, tant comme il demourront ès lieux -dessus dis, et que il puissent franchement achater et emporter vitaille -et les ayent à fuer raisonnable ainsi comme les autres gens desdis lieux -et des païs environ achèteront, sans fraude et sans malice, mais qu'il -ne preignent, pillent ou emblent forteresses ou fassent autres -maléfices. Sur toutes lesquelles choses et leurs dépendances et -appartenances, nous voulons et mandons à tous les subgiés et féaulx de -nostre dit seigneur, requérons tous autres qu'il obéissent et entendent -auxdis conservateurs, capitains, connestables dessus dis et à leur -députés et à chascun d'eux. En tesmoing de laquelle chose, nous avons -fait mettre nostre scel à ces présentes lettres. Donné à Sours, devant -Chartres, le septiesme jour de may, l'an du règne de nostre dit seigneur -et père de France vint premier, et d'Angleterre, trente et quart.» - - - - -CXXX. - -Coment le roy d'Angleterre et le prince de Galles envoièrent six -chevaliers à Paris pour veoir faire à monseigneur le régent le sairement -de tenir ferme et stable le traictié de paix. - - -Le samedi ensuivant, neuviesme jour dudit moys, aucuns de ceux de la -partie de France retournèrent à Paris et amenèrent six chevaliers -anglois pour veoir ledit régent faire ce qui ensuit: et pour celle cause -les y avoient envoiés ledit roy anglois et le prince de Galles, son -ainsné fils. Item, le dimenche matin ensuivant, dixiesme jour dudit -moys, ledit régent, qui lors estoit à Paris en l'hostel à l'Arcevesque -de Sens aux Barrés[211], et son conseil assemblé, le prévost des -marchans et pluseurs bourgois de ladite ville, en la présence desquels -ledit régent fist réciter, par maistre Jehan des Mares, tout ledit -traictié, lequel fu aggréable audit régent. Et pour ce que entre les -autres choses dudit traictié estoit accordé que ledit régent devoit oïr -la messe, et après le _Agnus Dei_ il devoit aler à l'autel, et l'une des -mains sur le corps de Jhésus-Crist sacré, sans y toucher, et l'autre -main mise sur le Messel, devoit jurer que ledit traictié il tindroit et -acompliroit, feroit tenir et acomplir de tout son povoir, fu chantée une -messe basse du Saint-Esprit, par Guillaume de Meleun, arcevesque de -Sens; et quant elle fu dite jusques au point dessus dit, ledit régent -issi de son oratoire et ala à l'autel, et en la présence des six -chevaliers anglois dessus dis, qui pour veoir ledit sairement faire y -avoient esté envoiés par lesdis roy et prince, et de grant foison de -gens qui là estoient, fist ledit sairement par la manière devant dite, -en lisant une cédule en laquelle estoient les paroles que il devoit -dire, escriptes forméement[212]. Et par semblable manière le devoit -faire le prince de Galles, et devoit, ledit régent, envoier six -chevaliers, trois banerés et trois bacheliers, si comme les Anglois -avoient fait, pour veoir le prince de Galles faire ledit sairement, et -les deux roys de France et d'Angleterre le devoient faire pareillement -quant il seroient ensemble. Et tantost que ledit sairement fu fait par -ledit régent, ladite paix fu criée par un sergent d'armes aux fenestres -de la chambre dudit régent, sur la cour dudit hostel de l'arcevesque de -Sens. Et quant ladite messe fu chantée, ledit régent ala à Nostre-Dame -de Paris luy rendre grace de ladite paix, là où l'en chanta _Te Deum_ et -sonna les cloches moult solempnelment. - - [211] _Aux Barrés_. Ainsi l'hôtel de Sens étoit bâti sur l'emplacement - de la maison des Carmes dits les _frères Barrés_. Charles V le - réunit à l'hôtel Saint-Pol. Il reste encore de beaux vestiges de cet - hôtel de Sens. - - [212] _Forméement_. En lettres de forme. Ce mot, dont on a souvent - cherché le sens, désignoit sans doute les beaux caractères - d'_expédition solemnelle_. - - - - -CXXXI. - -Coment le prince de Galles fist à Louviers le sairement pareil à celui -que le régent avoit fait à Paris. - - -L'endemain, jour de lundi onziesme jour dudit moys de may, ledit régent -monstra auxdis Anglois les saintes reliques, en la chapelle royal à -Paris, et donna à disner auxdis Anglois, et à chascun un bel cheval; et -après se partirent de Paris pour aler pardevers ledit roy d'Angleterre -et pardevers ledit prince; et envoia ledit régent, avecques lesdis -Anglois, six chevaliers, trois banerés et trois bacheliers de la partie -de France, pour veoir faire ledit sairement audit prince par la manière -que avoit fait ledit régent. Lequel prince fist ledit sairement en la -présence desdis chevaliers et d'un des secrétaires dudit régent, par la -manière que l'avoit fait ledit régent, en l'église de Nostre-Dame de -Louviers, l'endemain de l'Ascencion Nostre Seigneur, jour de vendredi et -quinziesme jour dudit moys de mai, l'an mil trois cens soixante dessus -dit. - -Item, le mardi ensuivant, dix-neuviesme dudit moys, ledit roy et ses -enfans entrèrent en mer, à Honefleu, pour aler en Angleterre quérir le -roy de France, et la plus grande partie de l'ost desdis anglois -passèrent la rivière de Saine, au Pont de l'Arche, là où ledit régent -avoit mandé que l'on les feist passer; et s'en alèrent droit à Calais -sans meffaire au païs, fors que de prendre vivres; et demoura en France, -pour les Anglois, le conte de Warvich, mareschal d'Angleterre, pour -faire tenir de leur partie les trièves qui avoient esté prises par ledit -traictié, jusques à la feste Saint-Michiel, l'an mil trois cens -soixante-un, et pour cependant mettre ledit traictié de paix à exécucion -d'une partie et d'autre. Et furent lesdites trièves publiées par tout le -royaume; mais elles furent mal tenues en pluseurs lieux, par espécial -des Anglois; car pluseurs se mistrent à estre espieurs de chemins, et -par manière de volerie faisoient pis que il ne faisoient en temps de -guerre; car il tuoient les gens que il trouvoient par les chemins et -roboient tout. - - - - -CXXXII. - -Coment le roy de France vint d'Angleterre à Calais, et de l'emprumpt -pour le premier paiement de la raençon du roy. - - -Le dimenche, quatorziesme jour du moys de juing ensuivant, le roy de -France donna à disner au roy d'Angleterre en la Tour de Londres, et -firent moult grand semblant d'amour l'un à l'autre, et jurèrent par leur -fois baillées l'un à l'autre que il tendroient véritablement et -loyalment la paix dessus dite, par la manière que traictiée avoit esté. -Item, le mercredi, huitiesme jour du moys de juillet ensuivant, à matin, -arriva le roy de France à Calays, lequel y devoit estre, par le -traictié, dedens trois semaines après la nativité Saint-Jehan-Baptiste; -et le dimenche ensuivant, douziesme jour dudit mois, ledit régent parti -de Paris pour aler à St-Omer, pour faire acomplir ce que il pourroit -dudit traictié, afin que le roy de France, son père, feust délivré. Et -en ce temps fut ordené que l'en leveroit à Paris et en la viconté cent -mile royaux d'or par emprumpt que l'en feroit de toutes personnes -d'églyse, nobles et autres qui auroient puissance de prester; pour ce -que ladite ville de Paris avoit accordé à paier pour le premier paiement -de la raençon du roy, quatre-vint mile royaux d'or pour ladite ville et -viconté. Item, le vendredi, jour de feste Saint-Denis, neuviesme jour du -moys d'octobre ensuivant, ledit roy d'Angleterre arriva à Calais. Item, -le dimenche ensuivant, onziesme jour dudit moys, le roy de France qui -estoit encore au chastel de Calais, ala veoir ledit roy d'Angleterre, en -l'hostel où il estoit herbergié en ladite ville de Calais; car encore -n'avoient-il veu l'un l'autre depuis que ledit Anglois estoit entré en -ladite ville, fors quant ledit Anglois estoit descendu de la Nef; car là -luy estoit alé ledit roy de France à l'encontre, et s'entrefirent très -bonne chière, et pria le roy de France au roy d'Angleterre que il et ses -enfans dinassent l'endemain audit chastel avecques luy, lequel Anglois -s'i accorda. Et celuy dimenche traicta ledit roy de France la paix dudit -roy d'Angleterre et du conte de Flandres. Et l'endemain, jour de lundi, -douziesme jour dudit mois d'octobre, ledit roy d'Angleterre disna -avecques le roy de France audit chastel de Calais. Et séit à la table -premier le roy d'Angleterre, le roy de France secont, le prince de -Galles le tiers et le duc de Lanclastre le quart et le derrenier. Et -ainsi, comme il disnoient, le conte de Flandres entra à Calais et ala -droit au chastel, et fist la revérence en soy agenoillant devant le roy -de France, et après salua le roy d'Angleterre, sans agenoillier, et luy -fist le roy de France très bonne chière. Et après disner, deux des -enfans du roy d'Angleterre partirent de Calais, et deux des enfans du -roy de France les conduirent droit à Bouloigne, à l'encontre desquels -ala environ demie lieue le duc de Normendie, qui estoit en ladite ville -de Bouloigne, et les mena en ladite ville. - - - - -CXXXIII. - -Coment monseigneur le régent ala de Bouloigne à Calais pour veoir son -père le roy de France et des sairemens des deux roys, et de la paix du -roy de Navarre, et comment le roy de France se parti de Calais. - - -L'endemain, jour de mardy, treiziesme jour dudit moys, le duc de -Normendie parti de Bouloigne et ala à Calais, et disna ce mardy avecques -le roy d'Angleterre: et aussi fist le roy de France. Et les deux enfans -du roy d'Angleterre demourèrent à Bouloigne, et deux des enfans du roy -de France pour les compaignier. Item, l'endemain jour de mercredi, -quatorziesme jour dudit moys d'octobre, après ce que le dit duc ot disné -avecques son père le roy de France, il se parti de Calais et s'en ala au -giste de Bouloigne, et les deux enfans du roy d'Angleterre s'en -retournèrent à Calais; et furent les choses si ordenées, que le dit duc -de Normendie, quant il retournoit de Calais à Bouloigne, et les deux -enfans du roy d'Angleterre, quant il retournoient de Bouloigne à Calais, -s'entre rencontrèrent ainsi comme en my-voie. - -Item, en cette semaine le Begue de Villaines prist par escheler le -chastel de Pacy et la femme et les filles de monseigneur Pierre de -Saquenville qui estoient dedens. Item, le samedi vint-quatriesme jour -dudit moys d'octobre, l'an mil trois cent soixante dessusdit, les dis -roys de France et d'Angleterre jurèrent à Calais ensemble sur le corps -Jhesu-Crist et sur les saintes évangiles, tenir perpétuelement la paix -faite entre eulx sans enfreindre; et oïrent les deux roys messe ensemble -en deux oratoires, et ne alèrent point à l'offrande, pour ce que l'un ne -vouloit aler avant l'autre: mais l'en porta la Paix au roy de France -premièrement, lequel ne la voult prendre et issy de son oratoire et la -porta au roy d'Angleterre, lequel ne la voult prendre, et baisièrent -l'un roy l'autre sans prendre autre Paix. Et celuy jour fu faicte la -paix du roy de France d'une part, et du roy de Navarre et messire -Phelippe de Navarre son frère d'autre part; jasoit ce que le dit roy de -Navarre ne feust pas lors présent à Calais à faire ladite paix. Mais -ledit messire Phelippe y estoit, qui se fist fort pour son dit frère et -jura la dicte paix, et le duc d'Orléans, frère du roy de France, la jura -pour le roy son frère. Item, l'endemain le dymenche vingt-cinquiesme -jour du dit moys d'octobre, ledit roy de France Jehan fu à plain délivre -de sa dicte prison, et se parti à matin de Calais et s'en ala à -Bouloigne, et le convoia ledit roy d'Angleterre environ une lieue, et -après s'en retourna à Calais. Et le prince de Galles, ainsné fils du roy -d'Angleterre, ala avecques le roy de France jusques à Bouloigne. Item, -l'endemain jour de lundi vint-sixiesme jour dudit moys, le duc de -Normendie, ainsné fils du roy de France et ledit prince de Galles -jurèrent de rechief tenir ladite paix sans enfraindre; et aussi fist le -conte d'Estampes et aucuns autres grans seigneurs qui là estoient. Et -celuy lundy après disner, se parti ledit prince de Bouloigne et s'en -retourna à Calais. Et ainsi appert que ledit roi de France Jehan fu -prisonnier dudit roy d'Angleterre quatre ans, et tant comme il a, du -dix-neufviesme jour de septembre, à quel jour ledit roy fut pris comme -dessus est dit, jusques au vint-cinquième jour d'octobre que il fu -délivre. - - - - -CXXXIV. - -Les noms de ceulx qui demourèrent hostages en Angleterre pour le roy de -France. - - -Le jeudi ensuivant, vint-neufviesme jour du mois d'octobre, ledit roy de -France se parti de Bouloigne et ala à Saint-Omer, et aucuns de son -conseil qui estoient demourez à Calais pour parfaire les lectres et les -autres choses qui estoient à parfaire, s'en partirent le vendredi -ensuivant trentième jour dudit moys et alèrent à Saint-Omer, là où ledit -roy de France estoit. Et est à savoir que dès le samedi précédent -vint-quatriesme jour dudit mois d'octobre, après ce que ladite paix ot -esté jurée des deux roys, comme dessus est dit, ledit roy d'Angleterre -laissa le nom de roy de France et se appella roy d'Angleterre, seigneur -d'Irlande et d'Aquitaine: mais il ne renonça pas encore audit royaume de -France, et aussi ne renonça pas le roy de France aux ressors et -souverainetés des terres que il bailloit au dit roy d'Angleterre né à -l'homaige; mais il seurséoit du nom de roy de France et y devoit -renoncier quand certaines terres luy seroient délivrées, qui luy -devoient estre bailliées par ledit traictié. Item, le samedi ensuivant, -veille de la feste de Toussains derrenier dudit mois d'octobre, à matin -devant le jour, ledit roy d'Angleterre se parti de Calais et entra en -mer pour aler en Angleterre, et les hostaiges que le roy de France luy -avoit bailliés avecques luy; c'est assavoir: Monseigneur Loys et -monseigneur Jehan enfans dudit roy de France, lesquels ledit roy leur -père avoit fais ducs de nouvel; c'est assavoir monseigneur Loys, qui -estoit son second fils duc d'Anjou et du Maine qui par avant en estoit -conte; et ledit monseigneur Jehan duc d'Auvergne et de Berry, qui par -avant avoit esté conte de Poitiers, laquelle conté devoit estre bailliée -au roy d'Angleterre par le traictié, si comme dessus est dit. Après les -dessus dis monseigneur Loys et monseigneur Jehan, fils du roy de France, -furent hostages monseigneur Phelippe duc d'Orliens, frère germain dudit -roy de France; monseigneur Loys duc de Bourbon; monseigneur Pierre -d'Alençon et monseigneur Jehan frère du conte d'Estampes, tous des -Fleurs de lis; Guy, frère du conte de Bloys; le conte de Saint-Pol; le -seigneur de Montmorenci; le seigneur de Hangest; le seigneur de -Saint-Venant; le seigneur d'Andrezel; le conte de Braine en Laonnoys; le -seigneur de Coucy; le conte de Harecourt; le conte de Grantpré; le -seigneur de la Roche-Guyon; le seigneur d'Estouteville. - -Item, le dimenche ensuivant, jour de la feste de Toussains, premier jour -du moys de novembre l'an mil trois cent soixante dessusdit, ledit roy de -France à sa messe fist chevalier un escuier d'Artoys appelé Jean -d'Ainville, qui avoit demouré avecques luy en Angleterre, et esté -maistre de son hostel tant comme le dit roy y avoit demouré. Et ce jour -entrèrent en la foy du roy quatre chevaliers de la partie du roy -d'Angleterre; c'est assavoir: monseigneur Rogier de Beauchamp; -monseigneur Guy de Briene; monseigneur Regnault de Cobehan, tous -Anglois, et monseigneur Gauthier de Mauny, Hennuyer, pour certaine rente -que ledit roy de France leur promist[213]. Et ledit samedi, -vint-quatriesme jour d'octobre, le duc de Lenclastre, monseigneur -Phelippe de Navarre et monseigneur Jehan de Montfort, qui avoit esté -fils du conte de Montfort qui s'en ala en Angleterre pour le débat du -duchié de Bretaigne, estoient entrés en la foy dudit roy de France, et -luy avoient fait homaige pour les terres que il tenoient en France avant -les guerres desdis roys; lesquelles terres leur furent toutes rendues -par ledit traictié. - - [213] Froissart, qui ne désigne pas les chevaliers, éclaircit ce - passage: «Les deux rois,» dit-il, «qui par l'ordonnance de la paix - s'appeloient frères, donnèrent à quatre chevaliers chascun de son - costé la somme de huit mil francs de revenue par an, c'est à - entendre à chascun deux mil.» (Liv. I, part. II, ch. 143.) - - - - -CXXXV. - -Comment l'en fist les joustes à Saint-Omer, et de la venue du roy de -France à Saint-Denys, et du roy de Navarre qui vint par devers luy. - - -Le mardi et le mercredi ensuivans, troisiesme et quatriesme jours dudit -moys de novembre, furent faites moult belles joustes à Saint-Omer, pour -l'oneur du roy de France qui là estoit. Et lors avoit grand foison -d'Anglois et autres ès pays de Brie et de Champaigne, qui gastoient tout -le pays, tuoient et raençonnoient gens et faisoient du pis qu'il -povoient; dont aucuns se appelloient la grant compaignie[214]. Lesquels -après ce que il orent sceu que ledit roy de France estoit délivre de sa -prison, se partirent dudit pays de Brie et s'en allèrent en Champaigne, -là où il tenoient pluseurs forteresses. Et ledit roy de France, après -ladite feste de Saint-Omer, s'en ala à Hesdin, là où il demoura par -aucun temps, et là fist ordenances des gens de son hostel et de la -Chambre des comptes, et par lesdites ordenances ne demoura ès requestes -de l'ostel que trois clers et trois lays; et furent les clers: maistre -Estienne de Paris, maistre Guy du Saint-Sépulcre et maistre Jaques -Leriche[215]; et les lays furent: monseigneur Jehan Hanière, monseigneur -Fauviau de Vaudencourt et monseigneur Gile de Soocourt, chevaliers. Et -en la Chambre des comptes, trois clers et trois lays, c'est assavoir, -clers: messire Jehan Laigle, maistre Oudart Levrier et messire Legier de -la Charmoye; lays: monseigneur Jehan de Charny chevalier, Jacques de -Pacy et Guillaume Staise. Et depuis s'en vint le roy par Amiens, par -Noyon et par Compiegne et par Senlis. Et le vendredi, onzième jour de -décembre ensuivant, entra le roy au giste à Saint-Denis en France. Item, -l'endemain jour de samedi, douziesme jour dudit moys, le roy de Navarre, -qui encore n'avoit vu le roy de France depuis sa prise, vint à -Saint-Denys à matin et ramena avecques luy certains hostaiges que le roy -de France avoit envoiés à Mante, afin que le roy de France venist -pardevers luy, quar autrement ne se estoit volu accorder d'y venir. Mais -en monstrant qu'il se fioit ès promesses du roy, il ramena lesdis -hostaiges, et là fu parlé que il féist homaige au roy. Mais ledit de -Navarre ne le voult, en disant que il n'avoit oncques forfait l'omaige -que autrefois luy avoit fait; et finalement après pluseurs parler, ledit -de Navarre vint devant le roy de France, devant le grant autel de -Saint-Denys, et luy fist la révérence assez humblement; et après jura -sur le corps Jhésu-Crist sacré que tenoit l'abbé de Saint-Denys, revestu -des vestemens ès quels il avoit dite la messe, que dès lors en avant il -seroit bon et loyal fils et subgié dudit roy de France; et ledit roy de -France jura après pareillement que il luy seroit bon père et bon -seigneur; et après jurèrent le duc de Normendie et monseigneur Phelippe -duc de Touraine, son frère. Et si jura lors aussi ledit roy de Navarre -que il tendroit et feroit tenir à son pouvoir la paix traictiée entre -les roys de France et d'Angleterre; et après l'enmena le roy de France -par la main disner avecques luy: et après disner, prist congié du roy de -France et s'en parti. Item, le jeudi douziesme jour de novembre, l'an -mil trois cent soixante dessus dit, furent enterrées les deux filles du -duc de Normendie à Saint-Anthoine près de Paris, et fu présent ledit duc -à l'enterrage, moult courroucié qui plus n'avoit d'enfans. Item, le -samedi dessusdit, douziesme jour de décembre, fut criée et publiée à -Paris la forte monnoie, c'est assavoir un franc d'or que l'en fist lors -nouveaux pour seize sols parisis; un royal pour treize sols quatre -deniers parisis, et blans neufs fins qui furent lors fais pour douze -deniers parisis, _etc_. - - [214] _La grant compaignie_. Et non pas _les grandes compagnies_, - comme on dit aujourd'hui. Tous les historiens distinguent _la grande - compagnie_ des autres bandes que l'on eut tant de peine à faire - disparoître au XIVe siècle. Le continuateur de Nangis dit: «Anno - eodem (1360) surrexerunt filii Belial et viri iniqui, videlicet - multi guerratores de diversis nationibus, non habentes titulum - aliquem neque causam aliquos invadendi, nisi proprio motu seu - nequitiâ affectatâ sub spe depredandi, et vocabatur _Magna - Societas_. Qui quidem scelerati adunantes se in magnâ copiâ valdè, - accesserunt in armis propè Avinionem, volentes debellare dominum - nostrum summum pontificem, etc.» - - La chronique inédite du nº 530 Suppl. Franç., s'accorde avec celles - de St-Denis pour accuser surtout de ces désordres les Anglois - indisciplinés. «Le roy d'Engleterre devoit faire vuidier les - forteresces à ses despens, et néanmoins pluseurs Englois - descoururent sur le royaume de France en pluseurs routes. Et - estoient d'iceux qui desdites forteresces estoient partis et se - tenoient par manière de compagnie. Et pluseurs s'en alèrent en - Bretagne à Jehan de Montfort. Et s'en assembla une grant route qui - s'en ala vers Avignon, et prisrent le pont Saint-Esperit, etc., - etc.» (Fº 79, vº.) - - [215] _Jaques Leriche_. Variante: _Jaques de la Roche_. - - - - -CXXXVI. - -Coment le roy de France entra à Paris. Et de pluseurs incidences. - -ANNÉE 1361 - - -Le dimenche treiziesme jour dudit moys de décembre ala le roy de France -à Paris et y fu reçu moult honorablement, et furent les rues et le grand -pont par où il passa encourtinées, et fu une fontaine oultre la porte -Saint-Denis qui rendoit vin aussi habondamment comme sé ce feust eaue, -et portoit-l'en sur le roy un paile d'or à quatre lances. Et ala le roy -droit à Nostre-Dame faire son oroison et puis retourna descendre au -Palais. Et luy firent ceulx de Paris un bel présent de vaisselle qui -pesoit environ mil marcs d'argent. - -Item, le jour des Innocens, fu pris le Pont du Saint-Esprit et la ville -par ceulx de la Grant compaignie, qui s'estoient partis de France. Item, -le treiziesme jour de janvier ensuivant, comença celuy an le parlement. -Et par avant avoit eu présidens à Paris par un an ou environ, qui -avoient autel povoir comme parlement. - -Item, le jeudi vint-huitiesme jour dudit moys de janvier, furent pris, -du commandement des réformateurs qui lors avoient été establis -nouvellement, monseigneur Nicolas Braque, Almaury Braque son frère, -Jehan de Brunetout, Hugues Bernier, Jehan Poillevillain, Jaques -Lempereur, Gauchier de Vannes, Jehan Arrode. Et furent eslargis le -huitiesme jour ensuivant. Item, en iceluy moys fu faite l'ordenance de -faire retourner les Juifs en France. - -_Incidence_. L'an de grace mil trois cent soixante-un, le mardi après la -Penthecouste, qui estoit le dix-neufviesme[216] jour de may, gelèrent -les vignes en pluseurs contrées entour Paris, et jà en estoient pluseurs -fleuries. Item, le jeudi premier jour de juillet ensuivant, fu au -marchié de Meaulx devant le roy une bataille emprise de volenté, entre -messire Fouquaut d'Archiac appelant, et messire Maingot Maubert -deffendant, et fist moult grant chaut celuy jour. Et avint que ledit -Fouquaut descendi de dessus son cheval, pource que ledit cheval estoit -un peu desrayé, et moult longuement fu à pié au champ, et tousjours se -mectoit en peine de requérir son adversaire qui estoit à cheval, jusques -à ce que il fu si travaillié que il n'en povoit plus; et de fois à -autres se asséoit sur une chaiere qui estoit au bout des lices, et -cuidoient ceux qui le véoient qu'il deust estre desconfit, car il avoit -moult travaillié à pié et si estoit lors malade d'un assès[217] de -quartaine. Mais du grant chaut qui estoit, ledit Maingot qui tousjours -estoit demouré à cheval fu en tel point que il perdit toute puissance, -par telle manière que il se laissa pendre sur son arson devant, et feust -cheu qui l'eust laissié longuement; mais quant son dit adversaire le vit -en tel estat, il ala vers luy à très-grant peine, et le prist, ainsi -pendant comme il estoit par le col, et le tira à terre, et fist son -povoir de le tuer, mais l'en disoit qu'il estoit jà mort. Toutes voies, -ledit Fouquaut fu si grevé que il convint que ses amis, par le congié du -roy, l'emportassent en son hostel, et ledit Maingot demoura mort en la -place, et depuis en fu porté par ses amis, du congié du roy, et enterré -le soir secrètement[218]; et ledit Fouquaut fut en bon point tantost que -il ot un peu reposé. - - [216] _Le dix-neufviesme_. Ce doit être pour le _dix-huitiesme_, qui - tomboit un mardi cette année-là. - - [217] _Assès_. Accès. - - [218] _Secrètement_. C'est-à-dire sans le secours de l'église. - -Item, celuy jeudi premier jour de juillet, fu la cité de Satalie[219] -prise par les crestiens; c'est assavoir par le roy de Chypre[220] et les -frères de l'hospital de Saint-Jehan-de-Jérusalem, et plusieurs autres -tant du royaume de France comme d'ailleurs. Et toute cette saison le roy -se tint à Paris et environ. Et en pluseurs pays du royaume de France -furent pluseurs et diverses compaignies de gens de diverses nacions, et -domagièrent moult le royaume ès parties où il furent. - - [219] _Satalie_. L'ancienne Attalie, dans la Caramanie. Une chose - curieuse, c'est l'omission de cet événement dans l'_Histoire des - Chevaliers de Malte_ de Vertot, et dans l'_Histoire des Croisades_ - de M. Michaud. - - [220] _Le roy de Chypre_. Pierre de Lusignan. - -_Incidence_. Item, le vint-uniesme jour du moys de novembre ensuivant, -mourut à Rouvre près de Dijon, Phelippe, duc et conte de Bourgoigne, -conte d'Artois, d'Auvergne et de Bouloigne, de l'aage de treize ans ou -environ, auquel succéda au duchié le roy de France; et ès contés -d'Artois et de Bourgoigne, la mère au conte de Flandres; et ès contés -d'Auvergne et de Bouloigne, monseigneur Jehan de Bouloigne, oncle de sa -mère. Et se parti le roy de Paris pour aler prendre la possession dudit -duchié, le dimenche cinquiesme jour de décembre ensuivant, et ala au -bois de Vinciennes au giste. - -Item, en l'an mil trois cent soixante-un dessusdit, sixiesme jour -d'avril devant Pasques, se combati le conte de Tanquarville pour le roy, -et pluseurs autres chevaliers et escuiers, contre aucunes parties des -compaignies qui lors estoient au royaume de France, à Brinois[221], près -de Lyon sur le Rosne. Et y furent pris ledit conte de Tanquarville, -monseigneur Jacques de Bourbon conte de la Marche, qui tantost après -mourut pour les plaies qu'il ot en ladite bataille[222]; le conte de -Sallebruche, le conte de Joigny et pluseurs autres, et le conte de -Forest mourut en la place. - - [221] _Brinois_. Aujourd'hui _Brignais_, petite ville à deux lieues de - Lyon. - - [222] M. Michelet a fait à cette occasion une belle réflexion: «Cette - mort de Jacques de Bourbon fut glorieuse: le premier titre des - Capets est la mort de Robert-le-Fort à Brisserte; celui des - Bourbons, la mort de Jacques à Brignais. Tous deux tués en défendant - le royaume contre les brigands.» (Tome III, page 438.) - -Item, le mercredi après Pasques et le jeudi ensuivant, vintiesme et -vint-uniesme jour dudit moys d'avril, l'an mil trois cent soixante-deux, -et furent Pasques le dix-septiesme jour dudit moys, gelèrent les vignes -par toute France, Biauvoisin, Orlenois, Laonnois, Bourgoigne, et en la -rivière de Marne, par telle manière que ceste année ne crut point de vin -èsdis pays né ès pays voisins; et communelment l'en ne trouvast pas en -cent arpens une queue de vin, et fist-l'en le plus verjus de ce qui crut -ceste année. Mais les vignes gietèrent assés bois, et n'estoit homme qui -oncques eut veu si grant faute de vin comme il fu celuy an. - - - - -CXXXVII. - -Coment le roy de France ala à Avignon, et de la mort le pape Innocent, -et de l'éleccion du pape Urbain dit Grimouart. - -ANNÉE 1362 - - -L'an de grace mil trois cent soixante-deux, au moys d'aoust, le roy de -France Jehan se parti de Paris pour aler à Avignon visiter le pape -Innocent qui lors vivoit. Et en celuy an mesme, le lundi douziesme jour -de septembre, mourut ledit pape Innocent. Et le jeudi vint-deuxiesme -jour dudit moys environ nonne, entrèrent les cardinaulx en conclave pour -eslire pape, et estoient les présens vint cardinaulx. Et le jeudi -vint-septiesme jour d'octobre, veille de saint Symon et saint Jude, l'an -mil trois cent soixante-deux dessusdit, pour ce qu'il ne porent estre à -accort de l'un d'eulx, esleurent en pape l'abbé de Marseille, appellé -messire Guillaume Grimouart, qui par avant avoit esté abbé de -Saint-Germain d'Aucerre, et estoit né de la sénéchaucié de Beaucaire. Et -pour ce qu'il n'estoit pas lors à Avignon, il celèrent l'éleccion et luy -signefièrent que tantost il alast à Avignon. Et le dimenche ensuivant, -trentiesme jour dudit moys au soir, il entra assés secrètement en ladite -ville et ala droit descendre en l'ostel du pape, et y fust celle nuit -sans ce qu'il véist aucuns desdis cardinaulx qui encore laiens estoient. -Et le lundi veille de Toussains, luy disrent lesdis cardinaulx son -éleccion, laquelle il ot agréable, et celuy jour fu publiée et fu appelé -Urbain le Quint, et le sixiesme jour de novembre ensuivant fu consacré. -Item, ledit roy Jehan, qui par avant estoit parti pour aler visiter le -pape Innocent, si comme dessus est dit, entra en Avignon le dimenche -devant la sainte Katherine, vintiesme jour du moys de novembre -ensuivant, et le reçut ledit pape Urbain honorablement en consistoire et -le detint avec luy à disner. Item, le lundi cinquiesme jour du moys de -décembre ensuivant, fu la bataille du conte de Foix et de ses gens -contre le conte d'Armignac et les siens à Lille[223] près de Thoulouse. -Et ot ledit conte de Foix victoire, et y furent pris ledit conte -d'Armignac, les contes de Comminges et de Montleshun; le seigneur de -Lebret et ses deux frères; le seigneur de Tarride[224] et pluseurs -autres. Item, le mardi ensuivant, sixiesme jour dudit mois de décembre, -fu la bataille de messire Amanion de Pomiers appelant, et de messire -Fouque[225] d'Archiac deffendant, en la présence dudit roy de France, à -Villeneuve près d'Avignon, et fu fait l'accort au champ, parce que ledit -roy prist le descort sur luy. - - [223] _Lille_. Sans doute _Lisle-Jourdain_. Suivant M. Gaucheraud, - historien élégant et fidèle de Gaston-Phoebus, comte de Foix, la - bataille se donna à _Launac_, à deux lieues de _Lille-Jourdain_. - - [224] _Tarride_. Et mieux _Terride_.--_Montleshun_. Peut-être - _Montesquiou_. - - [225] _Fouque_. Ou _Fouquaut_. - -Item, le vendredi benoist ensuivant, ledit pape Urbain prescha à Avignon -le passage général d'oultre-mer, et en fist et ordena chief et capitain -ledit roy de France Jehan qui présent estoit, et luy bailla la croix et -au roy de Chypre et à pluseurs autres qui là estoient; et si fist et -ordena le cardinal de Pierregort légat pour ledit passage. - - - - -CXXXVIII. - -Coment le roy de France Jehan retourna de France en Angleterre de sa -franche volenté, et coment il y fu receu honorablement des Anglois, et -coment une maladie le prist dont il mourut. - -ANNÉE 1363 - - -L'an de grace mil trois cent soixante-trois, le mardi au soir troisiesme -jour de janvier, le roy de France entra en mer à Bouloigne pour aler en -Angleterre traictier avec le roy d'Angleterre de la délivrance de son -frère Phelippe, duc d'Orléans, de son fils Jehan, duc de Berry, et de -pluseurs autres ducs, contes et bannerets qui là estoient hostaiges pour -ledit roy de France, et qui y estoient demourés depuis la délivrance -dudit roy Jehan de France[226]. Et arriva ledit roy de France à Douvre -l'endemain jour de jeudi et y demoura trois ou quatre jours; et depuis -se parti et ala à Londres et entra en la ville le dimenche, quatorziesme -jour dudit moys de janvier, et alèrent à l'encontre de luy grant nombre -de notables personnes de ladite ville de Londres, jusques au nombre de -mille chevaux ou de plus, vestus de robes pareilles par mestiers; et -alèrent jusques à un hostel dudit roy d'Angleterre appellé Helthan, à -deux lieues près de ladite ville de Londres, auquel hostel ledit roy de -France avoit disné celuy jour avecques le roy d'Angleterre et la royne; -et envoièrent lesdites personnes de Londres ledit roy de France jusques -à ladite ville, et par icelle jusques à un hostel appelé Savoie, auquel -il fu logié. Et assez tost après ordenèrent lesdis roys de France et -d'Angleterre certaines personnes de leur conseils pour traictier sur les -choses pour lesquelles ledit roy de France estoit alé en Angleterre. Et -à l'entrée du moys de mars ensuivant prist une maladie audit roy de -France pour occasion de laquelle les traictiés qui furent apointiés -entre lesdis conseils et lesquels estoient nécessaires estre accordés -par lesdis roys, en présence l'un de l'autre, furent assoupés[227]. Et -fu malade ledit roy de France de ladite maladie jusques au lundi au soir -environ mienuit, huitiesme jour du moys d'avril, l'an mil trois cent -soixante-quatre après Pasques: car Pasques furent celuy an le -vint-quatriesme jour de mars, en laquelle nuit il trespassa de ce -siècle. Et luy succéda au royaume de France Charles, son ainsné fils, -lors duc de Normendie, daulphin de Viennois[228]. - - [226] Tel fut le véritable motif du voyage de Jean en Angleterre. Je - ne vois pas même sur quels fondemens nos historiens modernes - établissent que le roi se proposoit de retourner en captivité. Qu'y - a-t-il de surprenant dans cette course d'un prince inquiet et - inconstant? Il revenoit d'Avignon, il voulut aller à Londres: les - motifs de voyage ne lui manquèrent pas, comme ils ne lui auroient - pas manqué s'il eût voulu visiter l'empereur ou le roi d'Espagne. Le - mot du continuateur de Nangis _causa joci_, ne peut signifier que: - _pour se divertir, pour son plaisir_, et ne peut entraîner l'idée - d'un amour ridicule et peu probable à l'âge du roi de France. - - [227] _Assoupés_. Négligés, oubliés, assoupis. - - [228] Ici devroit s'arrêter la chronique du roi Jehan, mais tous les - manuscrits y joignent les trois chapitres suivans qui touchent au - règne de son successeur, mais qui se rapportent à des évènemens - antérieurs au sacre. - - - - -CXXXIX. - -En quel temps messire Bertran du Guesclin prist la ville de Mante et -celle de Meullent et pluseurs de Paris. - -ANNÉE 1364 - - -L'an de grace mil trois cent soixante-quatre dessus dit, celuy huitiesme -jour d'avril, monseigneur Bertran du Guesclin[229], chevalier -breton-Galot qui estoit ès parties de Normendie capitain, de par ledit -duc de Normendie, prist la ville de Mante, qui lors estoit au roy de -Navarre. Et assés tost après fu la ville de Meullent prise et toute la -forteresce par les gens dudit duc de Normendie, laquelle ville aussi -estoit audit roy de Navarre, et furent pris pluseurs de la ville de -Paris et autres qui tenoient la partie dudit roy de Navarre contre -lesdis roy de France et duc de Normendie leur drois seigneurs. Et pour -ce en furent aucuns exécutés et décapités à Paris comme traictres. - - [229] _Du Guesclin_. Ce nom est écrit régulièrement ainsi dans nos - chroniques.--_Breton-Galot_. De la _Bretagne non bretonnante_. - - - - -CXL. - -Coment le corps du roy Jehan fu apporté en France en l'abbaye de -Saint-Anthoine lès Paris, et de son obsèque et enterrement à -Saint-Denis. - - -Le mercredi premier jour de mai, l'an mil trois cent soixante-quatre -dessusdit, le corps dudit roy Jehan qui avoit esté trespassé à Londres, -comme dit est, fu apporté à Saint-Anthoine près de Paris, au soir, et y -demoura le jeudi, le vendredi et le samedi ensuivant, pour appareillier -et mettre à point le corps et les autres choses nécessaires pour -l'obsèque. Et le dimenche, cinquiesme jour dudit moys de may après -disner, fu ledit corps apporté de ladite abbaye de Saint-Anthoine en -l'églyse de Nostre-Dame de Paris, acompaignié de processions de toutes -les églyses de Paris, et de trois de ses fils, c'est assavoir: Charles, -duc de Normendie, qui estoit ainsné; Loys, duc d'Anjou, qui estoit le -secont; et Phelippe, duc de Touraine, qui estoit le plus jeune de tous -ses fils. Et aussi y fu le roy de Chypre: et Jehan, duc de Berry, qui -estoit le tiers en aage, estoit encore en Angleterre. Et portèrent le -corps dudit roy les gens de son parlement[230], si comme acoustumé avoit -esté des autres roys, pour ce que il représentent la personne au fait de -justice qui est le principal membre de sa couronne, et par lequel il -règne et a seigneurie. Item, le lundi matin ensuivant, sixiesme jour -dudit moys de may, fu la messe chantée sollempnelment en ladite églyse -de Nostre-Dame de Paris, et tantost après la messe fu le corps mis à -chemin pour porter à Saint-Denis en France, par la manière qu'il avoit -esté apporté de Saint-Anthoine. Et alèrent après à pié ses trois fils, -Charles, Louis et Phelippe, et aussi ledit roy de Chypre jusques à -Saint-Ladre, au-dehors de Paris; et là montèrent à cheval les trois -frères dessusdis et ledit roy de Chypre, et alèrent tousjours à cheval -après le corps jusques à l'entrée de la ville de Saint-Denys, et lors -descendirent et alèrent à pié après par ladite ville jusques à l'églyse. -Et le mardi ensuivant, septiesme jour dudit moys de may, fu fait -l'obsèque dudit roy en ladite églyse de Saint-Denis, et fu le corps -enterré au bout du grant autel, à la senestre partie. Et tantost après -la messe, le roy Charles, son ainsné fils, ala au préau du cloistre de -ladite églyse, et là, appuyé à un figuier estant audit préau, reçeut -pluseurs homaiges des pers et grands barons, et après ala disner et -demoura à Saint-Denis ledit jour et l'endemain. Item, le jeudi -ensuivant, neuviesme jour dudit moys de may, parti ledit roy Charles de -Saint-Denis pour aler à son sacre à Reims, lequel devoit estre le jour -de la Trinité ensuivant. - - [230] Cette phrase semble accuser dans l'historien de Charles V, un - membre du parlement. La rédaction lui appartiendroit à partir du - traité de Brétigny. - - - - -CXLI. - -De la prise du captal[231] par messire Bertran du Guesclin, chevalier. - - [231] _Captal_. Le changement d'orthographe de ce nom est une nouvelle - preuve du changement de rédaction, depuis le premier retour du roi - Jean. - - -Le jeudi seiziesme jour dudit moys de may, monseigneur Bertran du -Guesclin, qui lors estoit pour ledit roy de France ès parties de -Normendie, se combati devant Cocherel, près de la Croix Saint-Lieffroy, -contre le captal de Buech, lors lieutenant du roy de Navarre èsdites -parties; et fu ledit captal desconfi et pris, et la plus grant partie de -sa gent mors ou pris. Et pour avoir ledit captal, le roy de France donna -audit messire Bertran, duquel ledit captal estoit prison, la conté de -Longueville la Giffart, laquelle avoit esté audit roy de Navarre. Mais -le roy de France l'avoit fait prendre et mettre en sa main, pource que -ledit roy de Navarre s'estoit rendu son ennemi: et par ce ledit messire -Bertran laissa ledit captal au roy de France, lequel il fist mener en -prison au marchié de Meaulx. - - -_Ci fenissent les fais du bon roy Jehan._ - - - - -CY COMENCENT LES GESTES - -DU ROY CHARLES - -CINQUIESME - -DU NOM. - - - - -I. - -Coment Charles, ainsné fils du roy Jehan, qui trespassa en Angleterre, -fu sacré et enoint a roy de France en l'églyse de Reims, et aussi fu la -royne sa femme[232]. - - [232] Dans les plus anciennes leçons, la vie de Charles V n'est pas - séparée de celle du roi Jean; mais pour suivre la méthode la plus - naturelle, nous avons, dans cette circonstance, préféré le système - des autres manuscrits et des précédentes éditions. - - -L'an de grace mil trois cent soixante-quatre, le dimenche jour de la -Trinité, qui fu le dix-neuviesme jour du moys de may, furent ledit roy -Charles et madame Jehanne de Bourbon, sa femme, sacrés à Reims par -monseigneur Jehan de Craon, lors arcevesque dudit lieu. Et furent audit -sacre les evesques de Laon, de Beauvais, lors chancelier de France; de -Langres et de Noyon, pers de France; et pluseurs autres prélas qui -n'estoient pas pers: et barons Loys duc d'Anjou, et Phelippe duc de -Touraine, et la contesse de Flandres, contesse d'Artois, pers de France; -le roy de Chypre, le duc de Bréban, frère de l'empereur et oncle dudit -roy de France; le duc de Lorraine, le duc de Bar et pluseurs autres -barons qui n'estoient pas pers. Item, le mardi vint-huitiesme jour dudit -moys de may, lesdis roy et royne de France, qui retournoient de leur -sacre, entrèrent à Paris, c'est assavoir ledit roy environ heure de -midy; et ala droit à Nostre-Dame et de là retourna au Palais; et environ -nonne, la royne entra à Paris et ala droit au palais. Et avecques la -royne estoient à cheval la duchesse d'Orléans, femme de Phelippe duc -d'Orléans, oncle dudit roy; la duchesse d'Anjou, femme dudit Loys duc -d'Anjou, et Madame Marie, suer d'iceluy roy, laquelle n'avoit oncques -esté mariée, et depuis fu femme du duc de Bar. Et menoit ladite royne, -par le frain du cheval, monseigneur de Touraine qui aloit de pié, lequel -monseigneur de Touraine estoit frère dudit roy. Et monseigneur le conte -de Eu semblablement menoit madame d'Orléans; monseigneur d'Estampes -menoit madame d'Anjou, et monseigneur Loys de Chalon et le seigneur de -Beaugieu menèrent ladite madame Marie. Et fist-l'en celuy jour grant -disner au palais, là où furent tous les prélas qui estoient à Paris. Et -après disner qui fu environ nonne, ot grant jouste en la court du palais -et l'endemain aussi, et à tous les deux jours jousta le roy de Chypre et -pluseurs autres ducs, contes et barons. Item, le vendredi, derrenier -jour dudit moys de mai, l'an mil trois cens soixante-quatre dessus dit, -ledit roy Charles octroia à monseigneur Phelippe, son plus jeune frère, -la duchié de Bourgoigne, laquelle avoit esté requise par avant au roy -Jehan, et l'en reçut celuy jour en sa foy et en son homaige. Et iceluy -monseigneur Phelippe laissa au roy, son frère, la duchié de Touraine, -que le roy Jehan, son père, luy avoit donnée l'an mil trois cent -soixante. - - - - -II. - -De la mort de Charles de Blois et desconfiture de ses gens, par -monseigneur Jehan de Montfort. - - -Le dimenche, jour de la Saint-Michiel mil trois cens soixante-quatre -dessus dit, combatirent devant le chastel d'Auroy[233], près de la cité -de Nantes, monseigneur Charles de Blois, lors duc de Bretaigne de -l'éritage de sa femme, d'une part; et monseigneur Jehan de Montfort, -d'autre part. Et avoit ledit monseigneur Charles, en sa compaignie, -grant foison de François et de Bretons, qui avoient tenu et tenoient la -partie du roy de France. Et ledit monseigneur Jehan de Montfort avoit -Anglois et autres Bretons, qui avoient tenu la partie du roy -d'Angleterre. Et fu ledit monseigneur Charles mort en ladite bataille, -et ceux qui en sa compaignie estoient furent desconfis, la plus grant -partie mors ou pris. Et depuis ladite bataille, ledit monseigneur Jehan -de Montfort ne trouva audit païs de Bretaigne qui luy résistast ou féist -aucune guerre. Jasoit ce que la duchesse, femme dudit monseigneur -Charles, et duquel costé ladite duchié luy estoit escheue par la mort du -duc Jehan, feust demourée en vie et estoit au païs. - - [233] _Auroy_. Aujourd'hui _Auray_, petite ville du département du - Morbihan. - - - - -III. - -Du traictié qui fu entre monseigneur Jehan de Montfort et la duchesse, -pour la duchié de Bretaigne. - -ANNÉE 1365 - - -L'an mil trois cens soixante-cinq, le douziesme jour du moys d'avril, -monseigneur Jehan de Craon, lors arcevesque de Reims, et monseigneur -Jehan le Maingre, dit Bouciquaut, lors mareschal de France, lesquels le -roy de France Charles avoit envoiés audit païs de Bretaigne, pour -traictier entre ladite duchesse et ledit monseigneur Jehan de Montfort, -féirent et traictièrent accort entre lesdites parties par la manière qui -s'ensuit. C'est assavoir que ladite duchié de Bretaigne, duquel vint ans -par avant ou environ, la possession et l'estat avoit esté adjugié par le -roy Phelippe et par arrest audit monseigneur Charles de Blois, à cause -de sadite femme, demourroit en héritage perpétuel audit monseigneur -Jehan de Montfort; et ladite duchesse auroit pour luy et pour ses hoirs -la conté de Pantevre[234], qui avoit esté propre héritaige de -monseigneur Guy de Bretaigne, son père. Et si devoit avoir par ledit -traictié la viconté de Limoges[235]. Et jà soit que ladite duchesse ne -se consentist point en sa personne, mais seulement le sire de Beaumanoir -et aucuns autres qu'elle avoit institué procureurs pour traictier, -néantmoins fu tantost et sans délai la possession dudit duchié, et les -villes, chasteaux et forteresses d'iceluy bailliées et délivrées -réalment et de fait audit monseigneur Jehan de Montfort, dont moult de -gens s'esmerveillièrent; car ledit duchié avoit esté délivré par avant à -ladite duchesse, comme dessus est dit, contre le père dudit monseigneur -Jehan de Montfort. - - [234] _Pantevre_. Penthièvre. - - [235] La chronique inédite, qui met de côté la vicomté de Limoges, - ajoute ici: _La terre d'Avaugour_. - -Item, en celuy an, au moys de juing, fu fait et passé un accort du roy -de France d'une part, et du roy de Navarre d'autre, de la guerre qu'il -avoient commenciée, et pour laquelle ledit roy de France avoit fait -prendre Mante et Meullent et la conté de Longueville. Par lequel accort -le captal de Buech, qui de ladite guerre avoit esté pris comme dessus -est dit, fu du tout délivre; et par ledit accort devoient demourer -perpétuelment au roy de France lesdites villes de Mante et de Meullent -et ladite contée de Longueville, laquelle ledit roy de France avoit jà -donnée à messire Bertran du Guesclin, pour la raençon dudit captal, -lequel avoit esté prison dudit messire Bertran si comme dessus est dit. -Et le roy de Navarre devoit avoir la ville et la baronnie de -Montpellier, et pour ce, fu paix criée et publiée entre lesdis roys. - - - - -IV. - -Coment messire Bertran du Guesclin mena hors de France pluseurs gens -d'armes et pristrent la ville de Burgs en Espaigne. - - -En celuy temps, assez tost après, ledit monseigneur Bertran du Guesclin -traicta avecques pluseurs gens de compaignie, Anglois, Gascoings, -Bretons, Normans et d'autres nacions qui estoient au royaume de France -et y tenoient pluseurs forteresses, aucunes dès le temps de la guerre du -roy d'Angleterre, et les autres qui avoient esté occupées par lesdites -compaignies depuis la paix faite entre les roys de France et -d'Angleterre; et moult avoient domaigié et domaigoient chascun jour -ledit royaume de France. Et fist et pourchacia tant ledit messire -Bertran que il laissièrent toutes les forteresses que il tenoient, et si -accordèrent et promistrent que il iroient avecques luy contre les -Sarrazins. Et pour celle cause, le pape Urbain fist grant ayde audit -messire Bertran tant de florins que il luy bailla comme de deux dixmes -que il luy octroia. Et partirent assez tost après ledit messire Bertran -et pluseurs desdites compaignies, et alèrent au royaume d'Arragon, en -l'aide dudit roy d'Arragon contre le roy de Castelle. Et assez tost -après, entrèrent audit royaume de Castelle, et sans aucune résistence -chevauchièrent par ledit royaume, et pristrent villes, cités, chasteaux -et forteresses, sans ce que le roy Pierre de Castelle, qui lors en -estoit roy, y méist aucune résistance. Et toutesvoies estoit ledit roy -Pierre tenu un des plus puissans roys des Chrétiens, tant de puissance -de gens comme de grans trésors; car il avoit esté et estoit moult crueux -et moult doubté tant de ses subgiés comme d'autres; et pour ce, avoit -assemblé grans trésors, tant des aydes qu'il avoit eues de ses subgiés -comme des conquestes et finances qu'il avoit eues des roys de Garnade et -de Bellemarine[236], lesquels il avoit subjugués et mis en son -obéissance, et par espécial avoit tant fait que le roy de Garnade, qui -estoit Sarrasin, estoit son homme et tenoit son royaume de luy; et -néantmoins, il ne résistoit point à ceux qui ainsi comme dit est, -conquéroient son pays. Et tant chevauchièrent par ledit païs de Castelle -que il furent la semaine péneuse l'an mil trois cens soixante-cinq -dessus dit, devant la cité de Burgs, de laquelle se estoit tantost parti -ledit roy Pierre que il avoit oïes les nouvelles de la venue desdites -gens d'armes, et s'en estoit alé vers Tolète si comme l'en disoit. Et -tantost se rendirent les habitans de ladite ville de Burgs à ceux de -ladite compaignie desquels les noms s'ensuivent: Monseigneur le conte de -la Marche, appellé monseigneur Jaques de Bourbon; Henry d'Espaigne, -conte de Tristemare, lequel estoit frère de père non légitime dudit roy -Pierre de Castelle, et avoit iceluy Henry esté banni et exillié dudit -royaume de Castelle; et à son titre[237] aloient tous avecques luy, -messire Bertran Du Guesclin dont dessus est faite mencion; monseigneur -Arnoul d'Odenehan, mareschal de France; monseigneur Hue de Carvele[238], -Anglois; monseigneur Maurice de Trésiguidy, et pluseurs autres François, -Bretons, Normans, Anglois, Gascoings, Arragonnoys et autres de pluseurs -nations jusques au nombre de dix mil hommes d'armes de fait ou de plus, -si comme l'en disoit; lesquels entrèrent en ladite ville de Burgs et y -tuèrent aucuns Juifs et Sarrasins, mais il ne meffirent point aux corps -des Crestiens. - - [236] _Bellemarine_. C'est-à-dire, comme nous l'avons précédemment - expliqué sous l'année 1340, le souverain de Maroc, de la dynastie - des _Benmerini_. - - [237] _A son titre_. Sous son obéissance apparente. - - [238] _Carvele_. La chronique inédite du nº 530, qui le fait figurer à - la bataille d'Auray, le nomme _Cameley_, et Froissart _Caureley_. - - - - -V. - -Du coronement de Henry, roi d'Espaigne, et des messaiges que Jehan de -Montfort envoia au roy de France et de la mort de messire Arnault de -Cervole, dit Arceprestre. - -ANNÉE 1366 - - -L'an de grace mil trois cens soixante-six, le jour de Pasques, qui -furent le cinquième jour d'avril, fu en ladite ville de Burgs coroné en -roy de Castelle ledit Henry, frère dudit roy Pierre, de l'accort et -consentement des autres seigneurs et capitaines desdites gens d'armes. -Et après son coronement, il donna audit monseigneur Bertran la conté de -Tristemare que il tenoit avant que il feust exillié du païs et le fist -duc tant de Tristemare comme de la terre d'Esture[239]. - - [239] _Estures_. Asturies. - -Item, environ ledit temps de Pasques, l'an dessus dit, monseigneur de -Montfort, lors duc de Bretaigne, par le traictié que avoit fait -l'arcevesque de Reims dont dessus est faite mencion, envoia à Paris -devant le roy de France Charles, messaiges, c'est à savoir le seigneur -de Cliçon, Breton, et monseigneur Guillaume le Latimier, Anglois, afin -que le roy voulsist confermer ledit traictié fait par ledit arcevesque, -et aussi que le roy lui prorogast le temps que autrefois luy avoit donné -pour venir faire son homaige audit roy de France. Et fu accordé auxdis -messaiges que il aroient confermaison dudit traictié et si orent en une -chartre. Mais elle leur fu bailliée close et promistrent qu'elle ne -seroit ouverte jusques à ce que ledit duc feust venu devers le roy faire -son homaige tant dudit duchié comme de la conté de Montfort et des -autres terres qu'il devoit tenir du roy. Et luy fu donné terme ès -personnes desdis de Cliçon et Latimier ses procureurs, jusques à la -Saint-Michiel ensuivant, pour venir faire son dit homaige devers le roy. - -Item, en celuy an, environ la Trinité, messire Arnault de Cervole, dit -l'Arceprestre, chevalier, qui tenoit grans compaignies au royaume de -France, fu mis à mort par ceux desdites compaignies qui estoient avec -lui, dont moult de gens furent joyeux et liés; car il avoit esté au roy -et encore estoit son homme[240] de pluseurs grans et notables villes, -chasteaux, terres et forteresses que il tenoit de l'éritage de la dame -de Chasteauvillain, sa femme et de ses enfans; et aussi de l'éritage du -seigneur de Leuroux, après la mort duquel ledit Arceprestre avoit -espousé sa femme; et après la mort de ladite femme il n'avoit voulu -rendre lesdites terres et forteresses aux héritiers auxquels elles -appartenoient; jà soit ce que à aucuns d'iceux partie en eust esté -adjugiée par arrest de parlement. Et encore avecques tout ce il et ses -dites gens gastoyent tout le pays où il aloient, roboient, tuoient et -prenoient à raençon toutes gens, et si luy avoit le roy par pluseurs -fois fait baillier pluseurs et grans sommes de florins, et le pape aussi -pour faire vidier lesdites compaignies hors dudit royaume; et par -plusieurs fois l'avoit promis et juré et si n'en avoit rien fait. Si ne -fu pas merveilles sé l'en fu liés de sa mort. Et néantmoins tousjours -demouroient lesdites compaignies au royaume, et y faisoient tous les -maux que ennemis pevent faire, et y en avoit presque en toutes les -parties du royaume excepté le païs de Picardie. Et aucune fois prenoient -des forteresses et puis les rendoient par grans sommes de florins que -l'en leur donnoit, et tantost en prenoient des autres, et ainsi -l'avoient tousjours fait depuis l'an mil trois cens soixante-un, que il -commencièrent à domaigier ainsi ledit royaume de France par manière de -compaignies, et faisoient encore, nonobstant que le pape Urbain eust -données sentences d'escomeniement contre tous ceux qui faisoient telles -compaignies et contre leur aidans et confortans. - - [240] _Car il avoit esté_, etc. N'y auroit-il pas une faute ici, et ne - liroit-on pas mieux: «Car il avoit osté au roy et encore ostoit son - homage...» - - - - -VI. - -De la naissance de madame Jehanne, fille du roy de France, et de la -victoire du roy Henry, et de la fuite du roy Pierre d'Espaigne. - - -Le dimenche septiesme jour de juing, entre tierce et midi, l'an mil -trois cens soixante-six dessus dit, la royne de France, appellée -Jehanne, fille du duc de Bourbon qui avoit esté mort en la bataille de -Poitiers, et femme du roy Charles qui lors estoit, ot une fille au bois -de Vincennes, laquelle fu baptisiée en la chapelle dudit bois de -Vincennes, le jeudi ensuivant onziesme jour dudit moys, et fu appellée -Jehanne; et fu parein monseigneur Jehan, duc de Berry et d'Auvergne, -frère dudit roy, et marraines les roynes Jehanne d'Évreux, qui avoit -esté femme du roy Charles qui fu mort l'an mil trois cens vingt-sept, et -Blanche de Navarre, qui avoit esté femme du roy Phelippe, qui mourut -l'an mil trois cens cinquante en la ville de Nogent-le-Roy, et -Marguerite, contesse d'Artois, mère du conte des Flandres Loys. Et si y -furent grant foison de prélas qui estoient à Paris. - -Item, environ la nativité Saint-Jehan-Baptiste audit an mil trois cens -soixante-six, vindrent nouvelles en France que ledit roy Henry de -Castelle avoit conquesté tout le royaume de Castelle et toute la terre -que avoit tenue le roy Pierre dudit royaume, et que iceluy roy Pierre -s'en estoit foui l'en ne savoit quel part et avoit laissié tout son -pays, lequel pays estoit tout en l'obéissance dudit roy Henry; et ce fu -chose tenue à moult grant merveille. Car ledit roy Pierre estoit tenu -avant que lesdites compaignies entrassent en son païs le plus puissant -roy des Crestiens, de terres, de subgiés et de grans trésors, et -toutesvoies avoit esté tout son païs conquesté en moins de trois moys -sans ce qu'il y eust nuls qui y méist aucune résistance; et si estoit -ledit roy Pierre tenu le plus hardi et le plus cruel roy des Crestiens. -Si disoit-l'en communelment que ces choses là estoient avenues par -vengence de Dieu; car il avoit fait moult de maux et avoit gouverné par -tyrannie, si n'estoit point amé de ses subgiés. Et entre ses autres -mauvais fais il avoit mauvaisememt fait murdrir sa femme espousée, très -bonne et très loyal créature, laquelle avoit esté fille du duc de -Bourbon, qui mourut en la bataille de Poitiers là où le roy Jehan fu -pris, et estoit seur de la royne de France qui lors estoit. Et pour ce -que il savoit bien que ses subgiés le héoient, il ne se osa combattre, -si perdi tout et s'en ala, si comme aucuns disoient lors, en terre de -Sarrasins. Les autres disoient qu'il estoit alé vers le roy d'Angleterre -et vers le prince de Galles et d'Aquitaine, fils dudit roy d'Angleterre, -pour avoir aide et secours. Et assez tost après sot-l'en certainement en -France que ledit roy Pierre estoit avecques le prince en Gascoigne et -fist aliances avecques luy, et donna audit prince grant foison d'or et -de riches joyaux, et pour ce, le prince luy promist que il luy aideroit -à recouvrer son pays, et fist iceluy prince grant semonce de gens -d'armes pour mener en Castelle, avecques ledit roy Pierre, et par -plusieurs fois les contremanda. - - - - -VII. - -De l'omaige que Jehan de Montfort fist au roy de France du duchié de -Bretaigne, et coment la femme dudit Charles y renonça. - - -L'an dessus dit mil trois cens soixante-six, au mois de décembre, c'est -assavoir le treiziesme jour, messire Jehan de Montfort, lors duc de -Bretaigne, par le traictié dont dessus est faite mencion, fist l'omaige -lige à Paris au roy de France Charles, du duchié de Bretaigne et de -toutes les autres terres que il tenoit au royaume de France. Et se parti -du roy en bonne grace et amour que l'un avoit à l'autre, si comme il -sembloit; et si luy fist le roy de beaux dons de joyaux et de chevaux. -Et en celuy mesme temps la duchesse, femme du duc mort en la bataille -dessus dite, ractefia, en sa personne, audit duc de Bretaigne, en la -présence du roy et de son conseil, le traictié fait par le sire de -Beaumanoir et les autres, ses procureurs dessus escrips, en renonçant -audit duchié par la manière dont il avoit esté traictié, et requérant au -roy que ainsi le confermast et prononçast en force et vertu d'arrest. Et -ainsi fu fait et prononcié en la présence du roy et des deux parties, -par messire Jehan de Dormans, lors evesque de Beauvais et chancelier de -France. Item, le lundi, sixiesme jour dudit moys de décembre, madame -Jehanne, fille dudit roy de France Charles, mourut à Paris en la -Conciergerie, ostel du roy[241], lequel ostel est près de Saint-Pol. Et -le mardi ensuivant fu enterrée en l'églyse Saint-Denis, en France. - - [241] _En la conciergerie, ostel du roy_. Les éditions précédentes, - qui pourtant deviennent à compter de ce règne moins grossièrement - inexactes, portent seulement ici: _En l'ostel du roy_. - -Item, au moys de février ensuivant, l'an mil trois cens soixante-six -dessus dit, furent apportées nouvelles à Paris pardevers le roy de -France Charles, que un sien chambellan, appellé messire Jehan de La -Rivière, lequel estoit alé oultre-mer environ la nativité Saint-Jehan -précédent, estoit trespassé de ce siècle à Fomagosce[242] au royaume de -Chypre, environ la feste de Toussains précédent; de laquelle mort le roy -fut moult dolent, car il l'amoit moult. Et fu le corps enterré en la -ville de Coste, en laquelle l'en dit que Sainte-Katherine fu née, et -pour ce, luy fist faire ses obsèques moult solennels et notables en -l'églyse Sainte-Katherine-du-Val-des-Écoliers, à Paris, le mercredi -dix-septiesme jour dudit mois de février, les vigiles et le jeudi -ensuivant la messe; et y fu ledit roy présent et tous les prélas et -officiers du roy estant à Paris. Et en celuy mesme moys de février -furent apportées nouvelles en France que le cinquiesme jour du mois de -décembre précédent, le roy de Chypre et pluseurs crestiens en sa -compaignie, avoient pour la seconde fois prise la cité d'Alexandrie et -la tenoient; car l'autre fois que ledit roy de Chypre l'avoit prise l'an -précédent, il l'avoit tantost laissiée, pour ce que il n'avoit pas assez -gens pour la tenir. Et toutes voies ne fu ce pas vrai, car jà soit ce -que ledit roy de Chypre féist moult grant armée et que avecques luy -feussent grant quantité de crestiens de diverses nations, il ne se -traist plus vers ladite ville d'Alexandrie, mais fu fait un traictié -entre luy et le soudan, par lequel il orent une longue triève par -certaine somme de florins que ledit soudan en donna audit roy de Chypre, -si comme l'en disoit. - - [242] _Fomagosce_. Famagouste. - -Item, en ce dit moys de février mil trois cens soixante-six dessus dit, -le prince de Galles qui, si comme l'en disoit, avoit receu grant somme -de florins dudit roy Pierre de Castelle pour luy aidier, passa par le -royaume de Navarre, accompagnié de grand nombre de gens d'armes, -archiers et autres gens de pié, par traictié que il fist avecques ledit -roy de Navarre, pour aler en Castelle contre ledit roy Henry. Et -toutesvoies cuidoit ledit Henry que iceluy roy de Navarre feust alié -avecques luy, et pour cela avoit donné grant somme de florins. Mais pour -ce que ledit prince luy en donna aussi, il se consenti que ledit prince -passast par son pays, et ainsi le fist et ledit roy Pierre avecques luy, -et entra en Castelle; dont le roy de Navarre acquist grant blasme et -déshonneur. - - - - -VIII. - -Coment le roy de Navarre se fist prendre par cautelle. - -ANNÉE 1367 - - -Item, le treiziesme jour du mois de mars ensuivant, un chevalier breton, -appellé monseigneur Olivier de Mauny, prist ledit roy de Navarre assez -près de Tudelle et l'enmena prisonnier au royaume d'Arragon, et se fist -ledit roy de Navarre prendre par fraude, afin, si comme l'en disoit, que -il ne passast avec ledit prince en Castelle. Et assez tost après, -pluseurs Anglois et autres des gens dudit prince qui estoient passés en -Castelle avec lui au royaume d'Arragon, pour ce que le roy d'Arragon -estoit alié dudit roy Henry, assez tost après que il y furent entrés, -les Arragonnois leur coururent sus et les desconfirent, et y fu mort un -chevalier anglois, appelé messire Guillaume de Feleton, et pluseurs -autres jusques au nombre de cinq cens et plus. - - - - -IX. - -De la prise messire Bertrand du Guesclin et de pluseurs autres par les -Anglois, etc. - - -En celuy an mil trois cent soixante-six, le samedi troisiesme jour du -moys d'avril devant Pasques, et fu la veille du dimenche que l'on chante -_Judica_, lesdis prince et roy Henry et leur bataille, se rencontrèrent -assez près de St-Dominge[243] et se combattirent, et là fu ledit roy -Henry desconfit et s'en parti de la bataille, et la plus grand partie -des Castellains avecques luy. Et là furent pris messire Bertran du -Guesclin; monseigneur Arnoul d'Odenehan, maréchal de France; Le Begue de -Villaines et aucuns autres François et Bretons et aussi aucuns autres -Arragonnois. Et assez tost après se traistrent lesdis prince et roy -Pierre vers Burgs, et par traictié se rendirent ceux de dedens et se -mistrent en l'obéissance dudit roy Pierre. Item, en celuy temps, ledit -roy de Navarre qui avoit esté pris, comme dit est, par monseigneur -Olivier de Mauny, fu délivré, et il bailla par ficcion, son fils en -ostaige et trois chevaliers. - - [243] _Saint-Dominge_. Cette bataille a pris encore le nom tantôt de - _Nadera_, ou _Najara_, et tantôt de _Navarette_. Ce dernier a - prévalu. - - - - -X. - -Coment le pape Urbain entra en mer pour aler à Rome; et de la dissencion -de ceux de Viterbe contre ses gens, et de la bataille qui y fu. - - -L'an de grace mil trois cent soixante-sept, le derrenier jour d'avril, -dont Pasques furent le dix-huitiesme jour dudit moys, pape Urbain parti -d'Avignon pour aler à Rome, au très-grant desplaisir de tous les -cardinaux; et en demourèrent cinq qui n'alèrent pas lors avecques luy, -mais il ne leur laissa né donna aucune puissance. Et ala à Marseille -pour là entrer en mer, et y trouva pluseurs galies de Venise, de Gennes, -de Secile et autres moult honorablement aournées de gens et paremens. Et -entra sa personne en celle de Venise et ala droit à Viterbe, là où il -demoura et tint sa cour environ quatre moys; et par le temps que il -estoit en la dite ville de Viterbe, c'est assavoir le [244] l'an -mil trois cent soixante-sept dessus dit, se mut une rumeur entre aucuns -habitans d'icelle ville et aucuns familiers de cardinaux pour ce, si -comme l'en disoit, que iceux familiers lavoient leur mains en la -fontaine de la dicte ville. Et fu telle ladite rumeur que ceux de ladite -ville s'armèrent et coururent sus aux cardinaux et à leur gens, et -convint que aucuns desdis cardinaux se rendissent et laissassent le -chappel rouge à aucuns desdis habitans pour leur sauver la vie. Et si -allèrent devant le chastel de ladite ville au quel estoit le pape, mais -il ne purent entrer. Et pour ce, le pape manda gens d'armes, et dedens -trois jours en ot en ladite ville si largement, que le pape ot la -seigneurie et puissance de fait; si en fist prendre pluseurs et procéda -à la pugnicion dudit fait, et en furent pluseurs mis à mort. - - [244] Cet endroit est ainsi laissé en blanc dans le manuscrit de - Charles V; dans les autres, et dans les éditions précédentes, la - date n'est pas même indiquée. - -Item, au mois d'aoust ensuivant, l'an dessusdit, le prince de Galles qui -estoit alé en Castelle, et le duc de Lencastre, son frère, qui pou orent -exploitié fors seulement du fait de la bataille dont dessus est faite -mencion au chapitre précédent, s'en retournèrent à Bordeaux et -laissèrent ledit roy Pierre en Castelle, lequel n'avoit pas fait son -devoir vers ledit prince. Car jasoit que iceluy prince feust là alé pour -aidier audit Pierre et pour le remettre au pays dont il avoit esté -chascié, il se parti après la bataille en laquelle ledit prince et ses -gens avoient eu victoire; et ne le vit puis ledit prince si comme l'en -disoit, et demoura ledit Pierre en moult grant debte devers le prince -pour cause de gaiges des gens d'armes que iceluy prince avoit menés -avecques luy. Et tantost que le roy Henry, qui estoit venu au royaume de -France après ce qu'il ot esté desconfi, comme dit est dessus, avoit -demouré au pays de Carcassoys[245] et sa femme et pou de gens avecques -luy, sot que ledit prince s'estoit parti de Castelle et les compaignies -que il avoit menées avecques luy; et aussi quant iceluy Henry ot sceu -que la plus grant partie des gens dudit royaume de Castelle le -recevroient volentiers sé il y aloit, il se mist en chemin pour y aler -et prist le chemin par les montaignes de Forez: et jasoit ce que il eust -pluseurs empeschemens, il entra audit pays de Castelle, le -vint-septiesme jour du mois de septembre mil trois cens soixante-sept -dessus dit: et premièrement en la cité de Calehorre, et de là ala à -Burgs; et fu receu audit pays de Castelle de toutes gens moult -honnorablement, et luy fist-l'en toute obéissance comme à seigneur; et -ainsi ledit royaume de Castelle fu gaignié par Henry, et recouvré par -Pierre, et regaignié par Henry, tout en un an et demi ou environ. Et -depuis demourèrent les dictes compaignies, en Guyenne au païs dudit -prince, jusques au moys de décembre ensuivant, que elles entrèrent en -Auvergne et en Berry. Et en l'entrée du moys de février ensuivant, -passèrent la rivière de Loire vers Marcigny-les-Nonnains[246], les uns à -gué les autres sur un pont, et demourèrent en Maconnois par aucun temps. -Et depuis entrèrent au duchié de Bourgoigne et le passèrent moult -hastivement, car il trouvoient pou de vivres, pour ce que l'en avoit -fait retraire tout ès forteresses, lesquelles estoient très-bien gardées -par la bonne ordenance que messire Phelippe fils du roy de France Jehan, -et frère du roy Charles lors duc de Bourgoigne, y avoit mise, tant de -gens d'armes comme autrement. Et ne demourèrent audit pays de Bourgoigne -que six ou sept jours, sans y prendre aucun fort; et alèrent en -Aucerrois et pristrent les moustiers de Cravent et de Vermanton, là où -il trouvèrent grant foison vivres et autres biens; et il leur estoit -bien mestier, car la plus grant partie avoit esté sans mengier pain -longuement, et estoient sans soulers. Et quant il furent rafreschis, il -se divisèrent et passèrent aucuns la rivière de Yonne à Cravent, et -entrèrent en Gastinois environ huit cens hommes d'armes anglois, mais il -étoient bien dix mille personnes ou plus; et les autres alèrent vers -Troyes, qui estoient trop plus grant nombre, car il estoient plus de -quatre mille combatans et de vint mille pillars et femmes; et passèrent -la rivière de Saine vers Saint-Sepulcre[247] et à Mery. Et après la -rivière d'Aube, et alèrent vers Esparnay et assaillirent l'église de -ladite ville d'Esparnay qui estoit fort, en laquelle estoient retrais -les gens de la ville; et pour ce qu'il ne la porent avoir par assault il -la minèrent: et ceux qui estoient dedens sentirent que l'on minoit -ladite église, il contreminèrent, et en cuidant ardoir la mine des -ennemis, il ardirent leur contremine. Et convint que il se retraisissent -en une tour. Et après parlementèrent auxdites compaignies et -raençonèrent[248] leur corps et la ville d'ardoir parmy deux mil -frans[249] que il leur baillièrent. Et demourèrent aucuns desdites -compaignies en ladite ville d'Esparnay, et les autres passèrent oultre -en diverses routes[250], les uns à Fimes, les autres à Coincy-l'Abbaie, -et les autres à Ay[251]; et assaillirent le moustier d'Ay qui estoit -fort, auquel estoient les gens de ladite ville, et auquel moustier se -boutèrent environ vint hommes d'armes pour secourir les bonnes gens qui -estoient dedens. Et pour ce que lesdites compaignies virent que il ne -pouvoient avoir ledit moustier par assault, il le minèrent et -demourèrent longuement devant. Et cependant le roy faisoit toujours son -mandement de gens pour les combatre; et ceux qui avoient passé la -rivière de Yonne à Cravent quant il orent esté bien avant au Gastinois -la repassèrent à Pons-sur-Yonne, et alèrent passer Saine à -Nogent-sur-Saine, et se traistrent vers les autres à Esparnay. - - [245] _Carcassoys_. Ou _Carcassez_, le territoire de Carcassonne. - - [246] _Marsigny-les-Nonnains_. A peu de distance de Semur. - - [247] _Saint-Sépulcre_. Peut-être _Saint-Sulpice_, entre Mery et - Troyes. - - [248] _Raençonèrent_. Rachetèrent. - - [249] _Deux mil frans_. Environ cinquante mille francs d'aujourd'hui. - - [250] _En diverses routes_. Dans les précédentes éditions, au lieu de - ces mots, il y a: _Adimeosdun_. Et plus bas, au lieu de _Fismes_, - elles ont mis _à fleuves_. Au lieu de _Coincy_, _Coucy_. - - [251] _Coincy_, à deux lieues de Château-Thierry.--Tous les - gastronomes connoissent la position du bourg d'_Aï_, entre la petite - ville d'Avenay et celle d'Epernay.--On chercheroit vainement dans - nos historiens modernes les précieux détails que nous trouvons ici. - La raison en est simple: Froissart ne les donne pas. - - - - -XI. - -Coment monseigneur Lyonnel, fils du roy d'Angleterre, vint à Paris, et -de l'onneur que le roy de France et les barons luy firent. - -ANNÉE 1368 - - -L'an de grace mil trois cent soixante-huit, le dimenche jour de -Quasimodo seiziesme jour d'avril, Pasques furent celuy an le neuviesme -jour dudit mois, messire Lyonnel, duc de Clarence, second fils du roy -d'Angleterre, entra à Paris et venoit d'Angleterre; et aloit à Milan -espouser la fille messire Galiache, l'un des seigneurs de Milan; et -alèrent jusques à Saint-Denys en France encontre ledit Lyonnel -monseigneur Jehan, duc de Berry, et messire Phelippe, duc de Bourgoigne, -frères germains du roy de France. Et le menèrent descendre droit au -Louvre où ledit roy estoit, et laiens fu receu dudit roy moult -honnorablement. Et ot laiens sa chambre moult bien parée et aournée; et -disna celuy jour et souppa au chastel du Louvre avecques le roy de -France, qui aussi y estoit lors logié. Et l'endemain jour de lundi, -ledit Lyonnel disna avecques la royne en l'ostel du roy près de -Saint-Pol, là où elle estoit logiée, et y fist-l'en très grant feste. Et -après disner, quant l'en ot dancié et joué, ledit Lyonnel et lesdis deux -frères du roy qui tousjours le compaignoient, s'en retournèrent audit -Louvre devers le roy et souppèrent avecques luy, et tousjours coucha -ledit Lyonnel au Louvre. Et le mardi ensuivant, dix-huitiesme jour du -moys d'avril dessus dit, lesdis ducs de Berry et de Bourgoigne donnèrent -à disner et à soupper audit Lyonnel et à ses chevaliers et autres gens -qui y vouldrent estre, en l'ostel d'Artois à Paris; et alèrent au gesir -au Louvre. Et le mercredi ensuivant, ledit Lyonnel disna et souppa -avecques le roy et luy fist le roy moult de grans dons et à ses gens -aussi, qui valoient, si comme l'en estimoit, vint mille florins et plus. - -Item, le jeudi ensuivant, ledit Lyonnel se parti de Paris, et le fist le -roy convoier par le conte de Tanquarville jusques à Sens, et par autres -chevaliers jusques hors du royaume. - -Et assez tost après, ceux qui estoient dedens le moustier d'Ay se -rendirent et furent pris à raençon; car il n'avoient plus de vivres -dedens ledit moustier. Et demourèrent lesdites compaignies au -Meucien[252] en divers logeys. C'est assavoir à Lisy, à Acy, à -Fontaines-les-Nonnains et environ, jusques au vendredi douziesme jour de -may, l'an mil trois cens soixante-huit dessusdit; lequel jour se -deslogièrent et s'en alèrent vers Chaalons, vers Vitry en Pertois et en -celle marche; et y firent moult de maux comme d'ardoir maisons, tuer -gens, efforcier femmes et pluseurs autres maux. Et en celle marche -demourèrent jusques environ le commencement du moys de juing, et -parla-l'en à eux par pluseurs fois, afin que il partisissent du royaume; -mais il demandoient si grandes sommes de florins, c'est assavoir au -moins quatorze cens mil frans d'or, que l'en n'y voult point entendre -pour le roy, et partout celuy temps avoit le roy grant nombre de gens -d'armes en pluseurs bonnes villes, comme Sens, Troyes et Chaalons, -Provins et autres, èsquelles villes lesdites gens d'armes faisoient tant -de excès et de maux que ce estoit pitié. - - [252] _Au Meucien_. En _Multien_, pays de la Brie. _Lisy-sur-Ourq_, à - trois lieues de Meaux. _Acy-en-Multien_, à sept lieues de Senlis. - -Item, le vendredi neuviesme jour de juing mil trois cent soixante-huit -dessusdit, lesdites compaignies qui s'estoient deslogiées de devant -Vitry passèrent par assez près de Troyes et se alèrent logier vers -Marigny[253] et au pays environ. Et lors estoit à Troyes le duc de -Bourgoigne, mais il n'avoit pas gens pour combattre à eux: et s'en -alèrent passer la rivière d'Yonne vers Aucerre, et alèrent vers -Chastillon-sur-Louen, devant Montargis et par tout le Gastinois, droit -vers Estampes. Mais il séjournèrent tant en Gastinois que il fu avant le -quatriesme jour de juillet que il feussent environ Estampes; et -boutèrent les feux en pluseurs lieux et villes en leur chemin. Et pource -que l'en disoit communelment que il venoient devant Paris, le roy manda -gens d'armes à Paris. Et en celuy an meisme, la derrenière sepmaine de -juin, le roy fist deux mareschaux nouveaux, c'est assavoir: Messire Loys -de Sancerre et messire Mouton de Blainville. Car le mareschal Bouciquaut -estoit mort, et messire Arnoul d'Odenehan avoit renoncié à l'office, et -le roy luy avoit baillié l'oriflame. Et environ quinze jours devant, le -roy avoit fait amiral de la mer messire François de Perilleux et en -avoit osté le Baudrin de la Heuse. - - [253] _Marigny_. Entre Troyes et Nogent-sur-Seine. - -Item, le mardi quart jour de juillet, lesdites compaignies se logièrent -à Estampes et à Estrichi[254]. Et y demourèrent jusques au dimenche -ensuivant, neuviesme jour dudit moys, que se deslogièrent les Gascoins -qui, si comme l'en disoit, se deffioient des Anglois et les Anglois -d'eux; et s'en alèrent à Baugency-sur-Loire, et les Anglois alèrent en -Normendie et pristrent la ville de Vire: et y entrèrent de jour comme -tous hommes de ville, armés dessous leur grosses robes, premièrement -environ quarante ou soixante; et quant il orent gaaigné la porte, leur -grosses routes vindrent après, mais il ne pristrent pas le chastel; car -pluseurs de la dite ville se retraistrent dedens, qui bien le -deffendirent et gardèrent; et aussi fu-il assez tost après raffreschi de -gens d'armes. Et environ quinze jours après, une partie desdis Anglois -de compaignie, environ quatre cens ou cinq cens, s'en alèrent en Anjou -et pristrent la ville de Chasteau-Gontier par la manière qu'il avoient -prise Vire. Et lesdis Gascoins se tindrent bien trois sepmaines ou un -moys en ladite ville de Baugency; et pluseurs fois ala le seigneur de -Lebret de par le roy de France par devers eux pour traictier, comme il -vidassent le royaume de France; et en espérance de certain traictié -pourparlé et non passé entre eux, lesdis Gascoins passèrent la rivière -de Loire par devers la Sauloigne; et crut tant la rivière, assez tost -après, que il ne la porent rappasser sans pont; et ainsi demourèrent une -pièce, en attendant la response dudit traictié que le seigneur de Lebret -avoit porté devers le roy. - - [254] _Estrichi_. Ou _Estrechy_. - - - - -XII. - -Des appellacions que le conte d'Armignac et autres nobles firent contre -le prince de Galles en France. - - -Environ celuy temps, le conte d'Armignac, le seigneur de Lebret, le -conte de Pierregort et pluseurs autres barons et nobles du duchié de -Guyenne, appelèrent du prince de Galles, duc de Guyenne, pour pluseurs -griefs que il leur avoit fais; et se traistrent devers le roy de France -afin que il receust leur appellacions et donnast ajournement en cas -d'appel. Et sur ce, ot ledit roy grant délibéracion; et par le conseil -que il ot, il leur octroia lesdis ajournemens, car il n'avoit encore -faites aucunes renonciations aux ressors et souverainetés des terres par -luy bailliées audit roy d'Angleterre; jasoit ce que les termes feussent -passés dedens lesquels devoient estre faites lesdites renonciations. Car -le roy d'Angleterre avoit esté refusant et délayant de faire aucunes -renonciations que il devoit faire; lesquelles se devoient faire lors et -par la manière que contenu est ès lettres desquelles la teneur est -cy-après encorporée. Et toutesvoies, jusques à ce que lesdites -renonciations feussent faites, lesdis ressors et souverainetés -demouroient au roy de France par la manière que il les avoit avant ledit -traictié; mais il devoit surseoir de en user jusques à certain temps, si -comme ès dites lettres est contenu, desquelles la teneur ensuit[255]: - - [255] Voyez plus haut l'article XII du traité de Brétigny. - - - - -XIII. - -Ci s'ensuit le contenu des lettres des renonciations que le roy -d'Angleterre et le prince son fils devoient faire des terres qu'il -tenoient ci nommées. - - -«Edouart, par la grace de Dieu, roy d'Angleterre, seigneur d'Irlande et -d'Acquitaine, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. -Comme pour les discencions, débas et descors meus et espérés[256] à -mouvoir entre nous et notre très cher frère le roy de France, certains -traicteurs et procureurs de nous et de nostre très chier ainsné fils -Edouard, prince de Galles, ayant à ce souffisant pouvoir et auctorité -pour nous et pour luy et nostre royaume d'une part; et certains autres -traicteurs et procureurs de nostre dit frère et de nostre très chier -neveu Charles, duc de Normendie et daulphin de Viennois, fils ainsné de -nostre dit frère de France, ayant povoir et auctorité de son dit père en -ceste partie, pour son père et pour luy, se feussent assemblés à -Brétigny près de Chartres: auquel lieu fu parlé, traictié et accordé -final paix; et accordé, le huitiesme jour de mai derrenièrement passé, -des traicteurs et procureurs de l'une et de l'autre partie, sur les -discencions, débas, guerres et descors devant dis; lesquels traictié et -paix les procureurs de nous et de nostre dit fils, pour nous et pour -luy, jurèrent aux sains évangiles tenir et garder, et après cela -jurèrent nos dis fils et neveu au nom que dessus; et depuis, nous et -nostre dit frère l'avons confermé et juré solempnelment: parmy lequel -accort, entre les autres choses, nostre frère et son fils devant dit -sont tenus et ont promis bailler, délivrer et délaissier à nous, nos -hoirs et successeurs à tousjours, les cités, contés, villes, chasteaux, -forteresces, terres, revenues et autres choses qui s'ensuivent, avec ce -que nous tenons en Guyenne et en Gascoigne; à tenir et posséder -perpétuelment à nous et à nos hoirs et successeurs ce que en demaine en -demaine, et ce que en fié en fié, et par le temps et manière ci-après -esclaircis: la cité, le chastel et la conté de Poitiers, et toute la -terre et le pays de Poitou, ensemble le fieu de Thouart et la terre de -Belleville; la cité et le chastel de Xaintes, et toute la terre et le -pays de Xaintonge par deçà et par delà la Charente, avecques la ville, -chastel et forteresce de La Rochelle, et leur appartenances et -appendances; la conté, le chastel d'Agen et la terre et le pays -d'Agenois; la cité, le chastel et toute la conté de Pierregort, et la -terre et le pays de Pierreguis; la cité et le chastel de Lymoges et la -terre et le pays de Lymosin; la cité et le chastel de Caours et la terre -et le pays de Caoursin; la cité, le chastel et le pays de Tarbe et la -terre et le pays et la conté de Bigorre; la conté, la terre et le pays -de Gaure; la conté et le chastel d'Angoulesme et la conté et la terre et -le pays d'Angoulesmois; la cité et le chastel de Rodés et la terre et le -pays de Rouergue. Et s'il y a aucuns seigneurs, comme le conte de Foix, -le conte d'Armignac, le conte de Lille, le conte de Pierregort, le conte -de Lymoges ou autres qui tiennent aucunes terres ou lieux dedens les -mettes desdis lieux, il en feront homaige à nous et tous autres services -et devoirs deus à cause de leur terres et lieux, en la manière qu'il les -ont fais au temps passé: et tout ce que nous ou aucuns des roys -d'Angleterre anciennement tindrent en la ville de Monstereul sur la mer -et ès appartenances:--toute la conté de Pontieu tout entièrement, sauf -et excepté que sé aucunes choses ont esté aliénées par les roys -d'Angleterre qui ont esté pour le temps, de ladite conté et -appartenances, et à autres personnes qui aux roys de France estoient -tenus, nostre dit frère né ses successeurs ne seront pas tenus de les -rendre à nous; et sé lesdites aliénacions ont esté faites aux roys de -France qui ont esté par le temps sans aucun moyen, et nostre dit frère -le tiengne à présent en sa main, il les laissera à nous entièrement, -excepté que sé les roys de France les ont eu par eschange ou autres -terres, nous délivrerons ce que l'on a eu par eschange, ou nous -laisserons à nostre dit frère les choses ainsi aliénées; mais sé les -roys d'Angleterre qui ont esté par le temps en avoient aliéné ou -transporté aucunes choses en autres personnes que ès roys de France, et -depuis il soient venus ès mains de nostre dit frère, ou par partage, -nostre dit frère ne sera pas tenu de les rendre. Et aussi sé les choses -dessusdites doivent homaige, nostre dit frère les baillera à autres qui -en feront omaige à nous, et s'il ne doivent omaige, il nous baillera un -tenant qui nous en fera le devoir dedens un an prochain après ce que -nostre dit frère sera parti de Calais,--le chastel et la ville de -Calais, le chastel, la ville et seigneurie de Merque, les villes, -chasteaux et seigneuries de Sangate, Coulongne, Hammes, Wale et Oye -avecques leur bois, marés, rivières, seigneuries, advoisons d'églyse et -toutes autres appartenances et lieux entregisans dedens les mettes et -bondes qui s'ensuivent: C'est assavoir deçà Calais jusques au fil de la -rivière pardevant Gravelingues, et aussi par le fil de mesme la rivière -tout entour l'angle, et aussi par la rivière qui va par delà poil et par -meisme la rivière qui chiet au grant lay de Guynes jusques à Fretin et -d'ilec par la valée entour la montaigne Calculi, encloant meisme la -montaigne; et aussi jusques à la mer, avec Sangate et toutes les -appartenances; le chastel et la ville et tout entièrement la conté de -Guynes avecques toutes les terres, villes, chasteaux, forteresces, -lieux, homes, homaiges, bois, forès, droitures d'icelles, aussi -entièrement comme le conte de Guynes, derrain mort, les tint au temps -qu'il ala de vie à trespassement;--et obéiront les églyses et les bonnes -gens estant dedens les limitations dudit conté de Guynes, de Calais et -de Merque et des autres lieux dessusdis, à nous ainsi comme il -obéissoient à nostre dit frère et au conte de Guynes qui fu pour le -temps. Toutes lesquelles choses comprises en ce présent article et en -l'article prochain précédent de Merque et de Calais, nous tendrons en -demaine, excepté les héritages des églyses qui demourront auxdites -églyses entièrement, quelque part qu'il soient assises; et aussi excepté -les héritages des autres gens du païs de Merque et de Calais, assis hors -de la ville de Calais, jusques à la value de cent livres de terre par an -de la monnoie courant au païs et au-dessoubs; lesquels héritages leur -demourront jusques à la value dessusdite et au-dessoubs; mais les -habitacions et héritages assis en ladite ville de Calais, avecques leur -appartenances, demourront en demaine à nous pour ordener à nostre -volenté; et aussi demourront aux habitans en la terre, ville et conté de -Guynes, toutes leur demaines entièrement et revendront plainement, sauf -ce que est dit par avant des confrontations, mettes et bondes dessus -dites en l'article de Calais, et toutes les isles adjacens aux villes, -païs et lieux avant nommés, ensemble avecques toutes les autres isles, -lesquelles nous tenrons au temps dudit traictié. Et eust esté pourparlé -que nostre dit frère et son ainsné fils renonçassent aux ressors et -souverainnetés et à tout droit qu'il pourroient avoir en toutes les -choses dessusdites, et que nous les tenissions, comme voisin, sans -ressort et souveraineté de nostre dit frère audit royaume de France, et -que tout le droit que nostre dit frère avoit ès choses dessus dites, il -nous cédast et transportast perpétuelment et à tousjours; et aussi eust -esté pourparlé que semblablement nous et nostre dit fils renoncissons -expressément à toutes les choses qui ne doivent estre bailliées ou -délivrées à nous par ledit traictié, et par espécial au nom et au droit -de la couronne et du royaume de France, à omaige, souveraineté et -demaine du duchié de Normendie, du duchié de Touraine, des contés -d'Anjou et du Maine, et souveraineté et omaige du duchié de Bretaigne, à -la souveraineté et omaige du conté et païs de Flandres, et à toutes -autres demandes que nous faisons et faire pourrions pour quelque cause -que ce soit, excepté les choses dessus dites qui doivent demourer et -estre baillées à nous et à nos hoirs, et que nous leur transportassions, -cessissons et délaisissions tous les droits que nous pourrions avoir en -toutes les choses qui à nous (ne) doivent estre bailliées.--Sur -lesquelles choses, après pluseurs altercacions eues sur ce, et par -espécial pource que lesdites renonciacions ne se font pas de présent, -avons finablement accordé avec nostre dit frère par la manière qui -s'ensuit: c'est assavoir que nous et nostre dit ainsné fils renoncerons, -et ferons et avons promis à faire les renonciations, transpors, cessions -et délaissemens dessusdis, quant et si tost que nostre dit frère aura -baillié à nous ou à nos gens espécialment de par nous députés, la cité -et le chastel de Poitiers et toute la terre et le païs du Poitou, -ensemble le fié de Thouart et la terre de Belleville; la cité et le -chastel d'Agen et toute la terre et le païs d'Agenois; la cité et le -chastel de Pierregort et toute la terre et le païs de Pierreguis; la -cité et le chastel de Caours et toute la terre et le païs de Caoursin; -la cité et le chastel de Lymoges et toute la terre et le païs de -Lymosin; et toute la conté de Gaure. Lesquelles choses nostre dit frère -nous a promis à baillier ou à nos espéciaux députés dedens la feste de -la Nativité Saint-Jehan-Baptiste sé il peut; et tantost après ce, devant -certaines personnes que nostre dit frère députera, nous et notre dit -ainsné fils ferons en nostre royaume ycelles renonciations, transpors, -cessions et délaissemens par foy et sairement, solempnelment, et -d'icelles ferons bonnes lettres ouvertes, scellées de nostre grant seel, -par la manière et forme comprise en nos autres lettres sur ce faites et -que compris est audit traictié, lesquelles nous envoierons à la feste de -l'Assomption Nostre-Dame prochain ensuivant, en l'églyse des Augustins à -Bruges; et les ferons baillier à ceux que nostre dit frère y envoiera -lors pour les recevoir. Et sé dedens ladite feste saint Jehan-Baptiste, -nostre dit frère ne povoit baillier les cités, chasteaux, villes, -terres, païs, isles et lieux dessus prochainement nommés, il les doit -baillier dedens la feste de Toussains prochaine venant en un an; et -icelles bailliées, ferons nous et nostre dit fils lesdites -renonciations, transpors, cessions et délaissemens pardevant les gens -qui seront députés par nostre dit frère, comme dit est, et en ferons -lettres telles et par la manière dessusdite, et les ferons baillier à -ses gens au jour de la feste saint Andrieu lors ensuivant, en ladite -églyse des Augustins, à Bruges, par la manière dessus dite. Et aussi -nous a promis nostre dit frère que il et son ainsné fils renonceront et -feront semblables, lors et par la manière dessus dite, les -renonciations, transpors, cessions et délaissemens accordés par ledit -traictié à faire de sa partie, si comme dessus est dit; et envoiera ses -lettres patentes scellées de son grant seel auxdis lieux et termes pour -les baillier aux gens qui de par nous y seront députés, semblablement -comme dit est. Et aussi nous a promis et accordé nostre dit frère que -luy et ses hoirs cesseront, jusques aux termes desdites renonciations -dessus esclaircies, de user de souverainnetés et ressors en toutes les -cités, contés, chasteaux, villes, terres, païs, isles et lieux que nous -tenions au temps dudit traictié, lesquelles nous doivent demourer par -ledit traictié, et ès autres qui, à cause desdites renonciations et -dudit traictié, nous seront bailliées et doivent demourer à nous et nos -hoirs, sans ce que nostre dit frère ou ses hoirs ou autres à cause de la -couronne de France, jusques aux termes dessus esclaircis et iceux -durans, puissent user d'aucuns services ou souverainneté, né demander -subjecion sur nous, nos hoirs, nos subgiés d'icelles présens et avenir, -né querelles ou appeaux en leur court recevoir, né rescrire icelles, né -de jusridicion aucune user à cause des cités, contés, chasteaux, villes, -terres, païs, isles et lieux prochains nommés. Et nous a aussi accordé -nostre dit frère que nous né nos hoirs, né aucuns de nos subgiés, à -cause desdites cités, chasteaux, villes, terres, païs, isles et lieux -prochains avant dis, comme dit est, soient tenus né obligiés de le -recognoistre nostre souverain, né de faire aucune subjeccion, service né -devoir à luy né à ses hoirs né à la couronne de France, jusques aux -termes des renonciations devant dites. Et aussi accordons et promettons -à nostre dit frère que nous et nos hoirs cesserons de nous appeller et -porter roys de France par lettres né autrement jusques aux termes dessus -nommés, et iceux durans. Et combien que ès articles dudit accort et -traictié de la paix en ces présentes lettres, ou autres dépendans desdis -articles ou de ces présentes ou d'autres quelconques, que elles soient -ou feussent, aucunes paroles ou fait aucun que nous ou nostre dit frère -déissions ou féissions qui sentissent translacion ou renonciations -taisibles ou expresses des ressors ou souverainnetés[257], est -l'intencion de nous et de nostre dit frère que les avant dis -souverainnetés et ressors que nostre dit frère se dit avoir ès dites -terres qui nous seront bailliées, comme dit est, demourront en l'estat -auquel elles sont à présent. Mais toutesvoies que il cessera de en user -et de demander subjeccion par la manière dessus dite, jusques aux termes -dessus esclaircis. Et aussi voulons et accordons à nostre dit frère que, -après ce qu'il aura baillié lesdites cités, contés, chasteaux, villes, -terres, païs, isles et lieux qu'il nous doit baillier parmy sa -délivrance et renonciacions dessusdites; et lesdites renonciations, -transpors et cessions qui sont à faire de sa partie, pour luy et pour -son ainsné fils, faites et envoiées auxdis jour et lieu à Bruges, -lesdites lettres bailliées aux députés de par nous, que la renonciacion, -transport, cession et délaissement à faire de nostre partie soient -tenues pour faites; et par habondant, nous renonçons dès lors par exprès -au nom et au droit de la couronne du royaume de France, et à toutes les -choses que nous devons renoncier par force dudit traictié, si avant -comme proffitter pourra à nostre dit frère et à ses hoirs. Et voulons et -accordons que, par ces présentes, ledit traictié de paix et accort fait -entre nous et nostre dit frère, les subgiés, aliés et adhérens d'une -partie et d'autre, ne soit, quant aux autres choses contenues en iceluy, -empiré ou affebli en aucune manière; mais voulons et nous plaist qu'il -soient et demeurent en leur plaine force et vertu. Toutes lesquelles -choses en ces présentes lettres escriptes, nous, roy d'Angleterre -dessusdit, voulons, octroyons et promettons loyalment et en bonne foy et -par nostre sairement fait sur le corps Dieu ès sains évangiles, tenir, -garder, entériner et accomplir sans fraude et sans mal engin de nostre -partie; et à ce et pour ce faire, obligons à nostre dit frère de France, -nous, nos hoirs et tous nos biens présens et avenir, en quelque lieu -qu'il soient, renonçant par nostre dite foy et sairement à toutes -exceptions de fraude, décevance, de crois pris et à prendre et à -empétrer, dispensacion de pape ou d'autre au contraire; laquelle sé -empétrée estoit, nous voulons estre nulle et de nulle valeur, et que -nous ne nous en puissions aidier, et aux drois disans que royaume ne -pourra estre devisé, et général renonciacion non valoir fors en certaine -manière, et à tout ce que nous pourrions proposer au contraire, en -jugement ou dehors. En tesmoin desquelles choses, nous avons fait mettre -nostre grant séel à ces présentes. Donné à nostre ville de Calais sous -nostre grant séel, le vint-quatriesme jour d'octobre, l'an de grace mil -trois cent soixante.» - - [256] _Espérés_. C'est-à-dire: _conjecturés_, présumés. - - [257] Dans plusieurs manuscrits, on voit écrit à la marge, de la main - courante: _Nota: Des ressors et souverainetés._ - - - - -XIV. - -Coment le roy ala à Tournay pour parler au conte de Flandres du mariage -de sa fille et de Phelippe de Bourgoigne, frère dudit roy; et de huit -cardinaux que le pape fist. - - -En l'entrée du mois de septembre ensuivant, le roy parti de Paris pour -aler à Tournay, là où il avoit mandé le conte de Flandres, le duc de -Breban et le conte de Haynaut, en espérance de parfaire le mariage de -messire Phelippe, duc de Bourgoigne, frère dudit roy, et de Marguerite -fille dudit conte de Flandres, laquelle avoit par avant esté mariée à -messire Phelippe duc de Bourgoigne, derrenier trespassé. Mais ledit -conte de Flandres ne fu point à Tournay à la journée que le roy avoit -entencion que il y feust, et se envoia excuser pour cause de maladie: et -pour ce s'en retourna le roy à Paris sans autre chose faire dudit -mariage. Mais madame Marguerite, contesse d'Artois et mère dudit conte -de Flandres, qui estoit alée à Tournay pour celle cause, et qui moult -vouloit et desiroit ledit mariage estre fait, ala par devers son dit -fils à Malines, en poursuivant toujours la perfection et accomplissement -dudit mariage. Item, le vendredi vint-deuxiesme jour du mois de -septembre dessusdit, mil trois cent soixante-huit, le pape Urbain qui -estoit à Monflacon[258] fist huit cardinaux; c'est assavoir: le -patriarche de Jérusalem, le patriarche d'Alexandrie, l'arcevesque de -Cantorbire, anglois, l'arcevesque de Naples, messire Jehan de Dormans, -evesque de Beauvais et chancelier de France, né de Dormans[259] sur la -rivière de Marne; monseigneur Estienne de Paris, evesque de Paris, né de -Vitry auprès Paris sur la rivière de Saine, l'evesque de Castres et le -prieur de Saint-Pierre de Rome. Et en vindrent les nouvelles certaines à -Paris et les lettres de pluseurs cardinaux, le sixiesme jour du mois -d'octobre ensuivant. Item, en la fin dudit mois de septembre, les -Anglois de compaignie, qui estoient en la ville de[260] Chasteau de -Vire, s'en partirent, pour certaine somme de florins que l'en leur -donna, et s'en alèrent à Chasteau-Gontier par devers leur compaignons -qui là estoient, et pristrent pluseurs forteresces environ, pour ce -qu'il ne povoient tous estre logiés en ladite ville de Chasteau-Gontier. - - [258] _Montflacon_. Montefiascone. - - [259] _Né de Dormans_. Son tombeau est encore dans l'église de la - petite ville de Dormans, entre Épernay et Château-Thierry. - - [260] _De_. Peut-être faudroit-il lire: _Et_... Les éditions imprimées - portent: _Au chastel de la ville_. - -Item, en celui temps lesdis Gascoins de compaignie, qui avoient passé la -rivière de Loire, comme dit est, alèrent en Touraine, et grant foison de -gens d'armes du royaume de France, tant aux gaiges du roy comme sans -gaiges alèrent après, en espérance de les combattre, jusques à une ville -que l'en appelle Faye-les-Vigneuses[261], en laquelle se estoient -retrais lesdis Gascoins; et se tindrent lesdites gens d'armes devant -ladite ville par aucuns jours, cuidans que iceux Gascoins deussent issir -de ladite ville pour combattre: mais riens n'en firent, et pour ce se -retraistrent lesdites gens d'armes de France en la ville de Lodun, et -assez tost après se départirent, et lesdis Gascoins demourèrent en -ladite ville de Faye. - - [261] Aujourd'hui _Faye-la-Vineuse_, bourg du département - d'Indre-et-Loire, à six lieues de Chinon. - -Item, le jeudi vint-troisiesme jour du moys de novembre ensuivant, -aucuns chevaliers et escuiers de la duchié de Bourgoigne, jusques au -nombre de cinquante combatans ou environ, se combattirent à gens de -compaignie qui estoient partis de la forteresce de Lez en Beaujeulais, -et avoient chevauchié par la duchié de Bourgoigne jusques à Crevant, et -s'en retournoient par la conté de Nevers; et les dessusdis de Bourgoigne -les suivirent jusques à une ville appellée Semelay[262], et là se -combattirent à eux et les desconfirent. Et furent desdis des compaignies -mors jusques au nombre de onze ou de douze, et environ quarante pris, et -les autres s'enfouirent; et si furent rescous grant foison de -prisonniers que lesdis des compaignies avoient pris. - - [262] _Semelay_. Aujourd'hui village du département de la Nièvre, à - sept lieues de Château-Chinon. - - - - -XV. - -De la Nativité de Charles, premier fils de Charles-le-Quint, roy de -France. - - -Le dimenche tiers jour du mois de décembre, l'an mil trois cent -soixante-huit dessusdit, premier jour de l'Avent Nostre-Seigneur, en la -tierce heure après mienuit, la royne Jehanne, femme du roy Charles lors -roy de France, ot son premier fils en l'ostel de emprès Saint-Pol de -Paris; et estoit la lune au signe de la Vierge en la seconde face dudit -signe, et avoit la lune vint-trois jours. Duquel enfantement ledit roy -et tout le peuple de France orent très grant joie, et non pas sans -cause; car onques ledit roy n'avoit eu aucun enfant masle. Et en rendi -ledit roy graces à Dieu et à la vierge Marie. Et celui jour ala à -Nostre-Dame de Paris, et fist chanter devant l'image de Nostre-Dame, à -l'entrée du cuer, une belle messe de Nostre-Dame; et l'endemain, au jour -de lundi, ala à Saint-Denis en France en pélerinage, et fist donner aux -ordres de Paris grant foison de florins jusques au nombre de trois mille -florins et de plus. - -Item, celuy jour de dimenche, messire Aymeri de Margnac, nouvel evesque -de Paris, entra à Paris et fu apporté de Ste-Geneviève à Nostre-Dame, si -comme il est acoustumé: et luy fist le roy sa feste et donna à disner au -Louvre audit evesque et à tous ceux qui le acompaignièrent. - - - - -XVI. - -De la solempnité du baptisement de Charles, fils du roy Charles le quint -de ce nom. - - -Le mercredi ensuivant, sixiesme jour de décembre, l'an mil trois cent -soixante-huit dessusdit, ledit fils du roy fu crestienné en l'églyse de -Saint-Pol de Paris, environ heure de prime, par la manière qui ensuit. -Et dès le jour de devant furent faites lices de mairien[263] en la rue, -devant ladite églyse et aussi dedens ladite églyse environ les fons, -pour mieux garder qu'il n'y eut trop presse de gens. - - [263] _Lices de mairien_. Enceintes en bois. - -Premièrement: devant ledit enfant ot deux cens varlès qui portoient deux -cens torches, qui tous demourèrent en ladite rue, tenant lesdites -torches ardans excepté seulement vint-six qui entrèrent dedens ledit -moustier. Et après estoit messire Hue de Chasteillon, seigneur de -Dampierre, maistre des arbalestiers, qui portoit un cierge en sa main, -et le conte de Tanquarville si portoit une couppe en laquelle estoit le -sel, et avoit une touaille en son col dont ledit sel estoit couvert. Et -après estoit la royne Jehanne d'Evreux qui portoit ledit enfant sur ses -bras; et monseigneur Charles, seigneur de Montmorenci, et monseigneur -Charles, conte de Dampmartin, estoit d'encoste luy; et ainsi issirent -dudit hostel du roy de Saint-Pol, par la porte qui est au plus près de -ladite églyse. Et tantost après ledit enfant, estoient le duc d'Orliens, -oncle du roy, le duc de Berry, le duc de Bourbon, frère de la royne, et -pluseurs autres grans seigneurs et dames; la royne Jehanne, la duchesse -d'Orliens sa fille, la contesse de Harecourt et la dame de Lebret, suers -de la royne, lesquelles estoient bien parées en couronnes et en joyaux: -et après pluseurs autres dames et damoiselles bien parées et bien -aournées[264]. Et ainsi fu apporté ledit enfant jusques à la grant porte -de ladite églyse de Saint-Pol, à laquelle porte estoient, qui -attendoient ledit enfant, le cardinal de Beauvais, chancelier de France, -qui ledit enfant crestienna; et le cardinal de Paris en sa chappe de -drap sans autres aournemens, et les arcevesques de Lyon et de Sens, et -les evesques d'Evreux, de Coustances, de Troyes, d'Arras, de Meaux, de -Beauvais, de Noyon et de Paris; et les abbés de St-Denis, de -Saint-Germain-des-Prés, de Sainte-Geneviève, de Saint-Victor, de -Saint-Magloire, tous en mitres et en crosses et tous furent au -crestiennement. Et le tint sur les fons ledit seigneur de Montmorency, -et fu appellé Charles, pour lesdis seigneur de Montmorency et conte de -Dampmartin, qui ce meisme nom avoient. Et après fu reporté ledit enfant -audit hostel de Saint-Pol par le cimetière de ladite églyse et par un -huys par lequel l'on entroit audit hostel, pour la presse qui estoit -devant ladite églyse[265]. Et celuy jour, fist le roy faire une -donnée[266] en la couture Ste-Katherine, de huit parisis à chascune -personne qui voult aler à ladite donnée, et y ot si grant presse que -pluseurs femmes furent mortes en ladite presse. Item, celuy mercredi -après vespres, ledit cardinal de Paris partist de ladite ville pour aler -à Rome devers le pape, et prist congié du roy au Louvre; et le -convoièrent jusques hors de Paris les ducs de Berry et de Bourgoigne, -frères dudit roy, et aussi fist le cardinal de Beauvais et pluseurs -autres prélas qui estoient en ladite ville de Paris; et s'en ala au -giste à Charenton. Item, le vendredi, jour de la Purificacion -Nostre-Dame, audit an mil trois cent soixante-huit, messire Guillaume de -Meleun, lors arcevesque de Sens par bulle du pape à luy sur ce envoiée, -présenta et bailla audit cardinal de Beauvais, chancelier de France, le -chappel rouge au chastel du Louvre emprès Paris, en la présence du roy -Charles, après la messe, emprès l'autel de la chappelle dudit chastel. - - [264] Le tableau de cette procession, fort exact du moins pour les - premiers personnages jusqu'au comte de Dammartin inclusivement, se - reconnoît dans une miniature du manuscrit de Charles V, fº 446, vº. - Montfaucon n'a pas connu ce précieux volume, comme j'ai eu déjà - l'occasion de le remarquer sous le règne du roi Jean. - - [265] Aujourd'hui l'on ne prendroit pas un détour aussi déplaisant, et - nos sergens de ville feroient bonne raison de cette presse. - - [266] _Une donnée_. Un don. - -Item, le dimenche ensuivant, quatriesme jour du mois de février l'an -dessus dit, la royne releva de sa gésine de son dit fils, auquel le roy -avoit donné le nom de Daulphin de Viennois; et pour ce estoit appellé -monseigneur le daulphin. Et eut grant feste auxdites relevailles à -disner et après disner de dancier et d'autres esbatemens. - -Item, en celuy temps, en divers jours, se rendirent aux gens du roy de -France pluseurs villes et forteresces du duchié de Guyenne, qui par -avant estoient subgiés du roy d'Angleterre; et aderèrent aux -appellacions que avoient faites le conte d'Armignac, le conte de -Pierregort, le seigneur de Lebret et pluseurs autres du pays de Guyenne -contre le prince de Galles, ainsné fils du roy d'Angleterre et duc de -Guyenne. Et en ce temps ledit prince accoucha malade d'une moult grave -maladie et devint ydropite. Et pour les causes devant dites, le roy -d'Angleterre envoia des Anglois de son pays et un sien autre fils -appellé monseigneur Hémon[267] au pays de Guyenne. Car pour occasion -desdites appellacions, se ensivit guerre entre lesdis roy et ses enfans -contre lesdis appellans. - - [267] _Hemon_. Edmond. - - - - -XVII. - -De la desconfiture de la bataille du roy Pierre d'Espaigne, et coment il -mourust. - - -En l'an dessus dit mil trois cent soixante-huit, le quatorziesme jour du -mois de mars, le roy Henry et le roy Pierre de Castelle, desquels -chascun tenoit grant partie du royaume de Castelle, se combattirent -assez près de Sebille[268] la Grant, et estoient avec ledit Henry -pluseurs François et Bretons tenant la partie du roy de France; et -avecques ledit Pierre estoient pluseurs Castellains et Sarrasins. Et fu -iceluy Pierre desconfit et très grant foison de ses gens mors. Et il -s'enfoui en un chastel qui estoit assez près du lieu de bataille, et fu -suivi par le roy et par ses gens qui se mistrent entour le chastel. Et -iceluy Pierre, cuidant eschapper, traicta à aucuns de ceux de la partie -de Henry qui estoient hors dudit chastel, lesquels le revelèrent audit -Henry. Et fu iceluy Henry à l'encontre dudit Pierre ou ses gens pour -luy, et pristrent ledit Pierre au partir dudit chastel, et luy fist -ledit Henry couper la teste le vint-deuxiesme jour dudit mois. Si -fu-l'en lié en France de ceste aventure, car ledit Henry avoit tousjours -tenu et encore tenoit la partie de France, et le roy Pierre estoit alié -aux Anglois: toutesvoies estoient frères lesdis Henry et Pierre; mais -Pierre estoit légitime et Henry non, si comme l'en disoit. Et demoura le -royaume tout enterin[269] audit Henry, et certainement moult de gens -tenoient que ce fust avenu audit Pierre pour ce qu'il estoit très -mauvais homme et avoit murdri mauvaisement et traytreusement sa bonne -femme espousée, fille du duc de Bourbon et seur de la royne de France. - - [268] _Sebille_. Séville. - - [269] _Enterin_. Entier. - - - - -XVIII. - -De la confirmacion du mariage de messire Phelippe duc de Bourgoigne et -de la fille au conte de Flandres, et coment Abbeville en Pontieu et -pluseurs autres villes se rendirent au roy de France. - -ANNÉE 1369 - - -L'an de grace mil trois cens soixante-neuf, le samedi après Pasques, qui -fu le septiesme jour d'avril, car Pasques furent celui an le premier -jour d'avril, le mariage qui longuement avoit esté traictié de messire -Phelippe, frère du roy de France Charles, et duc de Bourgoigne, et de -Marguerite fille de messire Loys conte de Flandres, fu passé et accordé -par certaine manière et condicion dont mencion sera faite ci-après, -après ce que la cronique fera mencion de la solempnisacion dudit mariage -en sainte église. - -Item, le dimenche vint-neuviesme jour dudit moys d'avril l'an dessus -dit, la ville d'Abbeville en Pontieu se rendi aux gens du roy de France; -c'est assavoir à messire Hue de Chastillon, maistre des arbalestiers -dudit roy, pour et au nom dudit roy, comme à leur souverain seigneur. Et -celuy jour se rendi la ville de Rue[270]. Et celle sepmaine se rendirent -pareillement toutes les villes, chasteaux et forteresses de la conté de -Pontieu que le roy d'Angleterre tenoit, par telle manière que ledit roy -de France ot par ses gens la possession de ladite conté en dix jours -après ce que ladite ville d'Abbeville se fu rendue; excepté une -forteresse appellée Noyelle[271], laquelle n'estoit pas du demaine de -ladite conté, mais en estoit tenue en fief; et le demaine estoit à la -contesse d'Aubemarle, à laquelle contesse les gens du roy d'Angleterre -l'avoient ostée: et la tindrent messire Nicole Stauroure et autres -Anglois qui estoient dedens. Et les causes pour lesquelles le roy de -France fist prendre ladite conté et les autres terres assises en Guyenne -qui se mistrent en l'obéissance du roy de France, et par avant estoient -au roy d'Angleterre, seront ci-après escriptes. - - [270] _Rue_. Petite ville de Picardie, à six lieues d'Abbeville. - - [271] _Noyelle_. Aujourd'hui Noyelles-sur-Mer, bourg du département de - la Somme, à quatre lieues d'Abbeville. - -Item, le second jour de mai, l'an dessus dit, se présentèrent en -parlement contre Edouart prince de Galles et duc de Guyenne, le conte -d'Armignac, messire Jean d'Armignac, le seigneur de Lebret, et pluseurs -autres nobles, consuls, consulas et communautés du duchié de Guyenne, -lesquels avoient appellé dudit duc de Guyenne. - - - - -XIX. - -Du parlement que le roy tint pour le fait des appellacions, et dont -mencion est faite. - - -Le mercredi neuviesme[272] jour dudit moys de mai, veille de l'Ascencion -l'an dessus dit, le roy de France Charles fu en la chambre de parlement, -en la manière que le roy de France y a acoustumé de estre, et la royne -Jehanne assise d'encoste le roy, et le cardinal de Beauvais chancelier -de France au-dessus, au lieu auquel siet le premier président. Et de ce -renc séoient les arcevesques de Rains, de Sens et de Tours, et pluseurs -evesques jusques au nombre de quinze; et pluseurs abbés et autres gens -d'église envoiés à celle convocacion séoient ès bas bans et par terre. -Et au renc où séoient les lays de parlement, séoient les ducs d'Orléans -et de Bourgoigne, le conte d'Alençon, le conte d'Eu et le conte -d'Etampes, tous des Fleurs de lis, et pluseurs autres nobles; et aussi -avoit en ladite chambre gens des bonnes villes envoyés en ladite -assemblée, et d'autres si grant nombre que toute la chambre estoit -pleine. Et là fist dire et exposer le roy par ledit cardinal, et après -par messire Guillaume de Dormans, frère dudit cardinal, coment il avoit -esté requis par lesdis appellans du duchié de Guyenne, de recevoir leur -appelacions dont dessus est faite mencion, et coment il avoit esté -conseillié de les recevoir, et que il ne les povoit né devoit refuser, -et pour ce les avoit reçues, et donné ajournement aux appellans contre -ledit prince; coment, pour celle cause et pour autres, le roy -d'Angleterre avoit envoié par devers le roy de France, et coment le roy -de France avoit envoié en Angleterre les contes de Tanquarville et de -Salebruche, messire Guillaume de Dormans et le doyen de Paris. Et fist -dire le roy par ledit messire Guillaume de Dormans les responses que il -avoit faites audit roy d'Angleterre sur ses dites requestes, et aussi -les requestes que il luy avoient faites pour le roy de France, et la -response que avoit fait sur tout le conseil du roy d'Angleterre, tout en -la forme et manière que escript sera ci-après. Et fu dit par la bouche -du roy à tous que sé il véoient que il eust fait chose que il ne deust, -que il le déissent et il corrigeroit ce que il avoit fait[273], car il -n'y avoit faite chose que bien ne se peust adrecier sé deffaut ou trop -avoit fait; et fu di à tous, tant par le roy comme par ledit cardinal, -que chascun y pensast et que le vendredi ensuivant refeussent bien matin -en ladite chambre pour dire leur avis sur ce. - - [272] _Le mercredi neuviesme_. Et non pas le _mardi vint-uniesme_, - avec les éditions précédentes et plusieurs manuscrits. Cette - année-là, le vingt-un mai tomboit un lundi, et le neuf étoit bien un - mercredi, comme le porte la leçon de Charles V. - - [273] Voilà un exemple remarquable de _l'absolutisme_ de notre - ancienne monarchie. - -Item, le jeudi ensuivant, jour de l'Ascension à relevée, le roy, la -royne Jehanne et grant nombre des conseilliers du roy, tous les prélas -et les nobles refurent assemblés en ladite chambre de parlement, et dist -le roy et fist dire par le cardinal et par messire Guillaume de Dormans -son frère, les causes pour lesquelles il avoit receu les appeaux fais du -prince et de ses officiers, par lesdis conte d'Armignac, seigneur de -Lebret et leur adhérens. Et dist lors le roy que il vouloit avoir leur -conseil et avis, se il avoit en aucune chose failli ou erré: lesquels -tous d'un accort, chascun par sa bouche, respondirent que le roy avoit -raisonnablement fait ce que il avoit fait, et ne le devoit né povoit -reffuser, et que sé le roy d'Angleterre faisoit guerre pour celle cause, -induement la feroit et sans raison. Item, le vendredi matin ensuivant, -onziesme jour dudit moys de mai, le roy, ladite royne, les prélas, les -nobles, les bonnes villes refurent assemblés en ladite chambre de -parlement, et furent tous d'accort par la manière que avoient esté les -autres le jour précédent à relevée; et après furent leues les responses -qui avoient esté avisées à faire au roy d'Angleterre sur la bille[274] -ou cédule qui avoit esté bailliée ès gens du roy de France en -Angleterre, lesquelles responses furent approuvées de tous ceux de -ladite assemblée. Et si fu ordené que le roy les envoieroit en -Angleterre au conseil du roy d'Angletere, et ainsi fu fait. - - [274] _Bille_. Et non _bulle_, comme les éditions précédentes. C'est - encore aujourd'hui le mot anglois _bill_. - - * * * * * - -Cy après s'ensuyvent les escriptures qui furent leues devant le roy, et -premièrement la bille ou cédule qui fu apportée d'Angleterre. C'est la -teneur de la bille ou cédule bailliée par le roi d'Angleterre ou son -conseil aus messages derrenièrement envoiés en Angleterre par le roy de -France, et est ladite bille ou cédule signée de maistre Jehan de -Brankette, secrétaire dudit roy d'Angleterre. - - - - -XX. - -La teneur de la lettre du roy d'Angleterre. - - -«A la révérence nostre Seigneur, et pour bonne paix garder, nourrir et -maintenir à perpétuité, entre le roy d'Angleterre, son royaume, ses -terres et subgiés, et pour espargnier effusion de sanc crestien, et -aussi pour bien de tout le commun peuple; si est avis au conseil le roy -d'Angleterre que toutes les demandes, contencions, débas et questions -meus et demenés par entre les deux roys et autres à cause de eux, puis -la paix derrenièrement faite, se mettront en ordenance et bon -appointement d'estre finablement bien appaisiés, et ladite paix bien -tenue et gardée par entre eux à tousjours, parmi l'acomplissement des -choses dessoubs escriptes. Et premièrement que là où les messages de -France, pour appaisier tous les débas de la terre de Belleville et de -toutes autres terres contencieuses entre les deux roys, ont offert au -roy d'Angleterre la commune paix[275] de Rouergue, le chastel de la -Roche-sur-Yon, la conté de la Marche et la terre du conte d'Estampes en -Aquitaine; voirs est que ladite commune de Rouergue, par mandement du -roy de France a esté bailliée et livrée au roy d'Angleterre par la paix, -et ainsi le tient-il et possède à présent; si semble audit conseil que -elle lui devra demourer à perpétuité sans y estre mis aucun -empeschement; et semble aussi que ledit chastel de la Roche-sur-Yon qui -est notoirement assis dedens la terre et le pays de Poitou, lui devra -aussi demourer par ladite paix. Et quant à la conté de la Marche et la -terre d'Estampes, le roy d'Angleterre ou son conseil n'ont aucune -cognoissance de la value; mais le roy envoiera pour s'en informer, et sé -lesdites terres soient de si convenable value que il pourront auques -recompenser ladite terre de Belleville, selon l'intencion du traictié de -la paix, le conseil pense bien que le roy se tiendra assez près de les -recevoir, au cas que la terre de Belleville ne se pourra rendre en -aucune manière en propre substance. Et supposé que ladite conté de La -Marche et les terres d'Estampes ne soient notablement de ladite value, -si pense tous dis le conseil du roy que le roy de France y ordenera -d'autres terres, en ce cas, dont le roy d'Angleterre se tendra content -de ladite terre de Belleville, en accomplissant quant à ce le traictié -de la paix, et aussi les autres terres et lieux qui restent encore à -baillier et délivrer au pays d'Aquitaine soient bailliées ou suffisant -recompensation pour ycelles, dont le roy se pourra tenir content. Et -quant aux hommaiges et fiefs de Cayeux, Huppi, Vergies, Araines et -autres qui restent encore à baillier en Pontieu, et aussi la ville de -Monstereul sur la mer, et oultre ce, l'angle qui est, par exprès, -compris dedens les mettes et landes de Calais et de Merk, semble audit -conseil que toutes lesdites choses tant évidemment appartiennent au roy, -et dont il a bonne et clère cognoissance selon le fait et l'intencion de -la paix susdite, que il ne les devra par nulle voie laissier. Et oultre -ce, ledit conseil s'en est parfondement pourpensé parmerveillant[276] -très entièrement comment le roy de France a receu ou voulu recevoir les -appeaux du conte d'Armignac, du sire de Lebret et de leur adhérens et -complis, actendu qu'il estoit et est tenu et obligié par ladite paix -d'avoir baillié et délivré audit roy d'Angleterre ou à ses députés, -toutes les terres comprises ès lettres avecques la clause: _c'est -assavoir_; et, icelles délivrées et baillées, tantost avoir renoncié -expressement aux ressors et souverainetés; et cependant avoir sursis de -user de souveraineté et de ressort ès terres dessus dites, et de -recevoir aucunes appellacions et de rescrire à icelles, si comme ces -choses et autres sont assez clèrement comprises ès lectres devant dites. -Si à partant sursis le roy de France, tant que en ença, de user desdites -souverainetés et ressors; et est tout vray que le conte d'Armignac et le -sire de Lebret et tous les autres vassaux et subgiés des seigneuries et -terres en Aquitaine en ont fait hommaige lige au roy d'Angleterre, comme -à seigneur souverain et lige, et encontre toutes les personnes qui -pourront vivre et mourir; et depuis il ont fait aussi hommaige au -prince, retenu et réservé par exprès la souveraineté et le ressort au -roy d'Angleterre. Dont par lesdites causes et autres raisonnables, -semble au conseil le roy d'Angleterre, que considéré la forme de ladite -paix que tant estoit honorable et proffitable au royaume de France et à -toute crestienté, que la réception desdites appellacions n'a mie esté -bien faite né passée si ordencement né à si bonne affeccion et amour -comme il devoit avoir esté fait de raison, parmy le fait et entencion de -la paix et les aliances affermées entre eux. Ains semblent estre moult -préjudiciables et contraires à l'honneur et à l'estat du roy et de son -fils le prince et de toute la maison d'Angleterre, et pourra estre -évident matière de rébellion des subgiés, et aussi donner très-grant -occasion d'enfraindre la paix, sé bon remède n'y soit mis sur ce plus -hastivement. Et comme le roy d'Angleterre s'en est tousdis depuis la -paix déporté de soy appeller ou porter roy de France par lectres ou -autrement, par mesme la manière, le roy de France s'en déust avoir -déporté de user de souveraineté et ressort avant touchiés. Néantmoins au -cas que le roy de France vueille amiablement reparer et redrecier lesdis -actemptas et remettre lesdis appellans arrière en la vraie obéissance -dudit roy d'Angleterre, et faire expressément les renonciations et -délaissement des souverainetés et ressort accordés à faire de sa partie, -et en envoie ses lectres au roy d'Angleterre par fourme de ladite paix, -laquelle chose si est proprement la substance et effet de ladite paix, -et sans laquelle elle ne se pourra aucunement tenir; adonques pense bien -ledit conseil que le roy d'Angleterre fera les renonciacions à faire de -sa partie, et sur ce envoiera ses lectres au roy de France en quanque il -est tenu à faire, selon la forme de la paix dessus dite.» - - [275] La plupart des manuscrits portent la commune et pays de - Rouergue; mais on doit préférer la leçon de Charles V et celle du - manuscrit de Jean, duc de Berry, nº 8302. - - [276] _Parmerveillant_. S'esmerveillant fort. - -(C'est la response que fait le roy de France en son conseil aux poins et -articles contenus en la bille ou cédule dessus escripte.--Premièrement à -ce qui est contenu au commencement de ladite cédule que à la révérence -de Dieu, la paix autrefois faite entre les roys pourroit prendre et -recevoir bon appointement sé les choses que ledit roy d'Angleterre -requiert par ladite cédule lui estoient faites et accomplies et que par -ce pourroit estre eschevée très-grant effusion de sanc crestien et bonne -paix gardée entre lesdis roys.) - -«Que le roy de France a toujours voulu et encore veult tenir et garder -ladite paix, né onques ne fist né fera le contraire, au cas que le roy -d'Angleterre la tendra de sa partie; et ce a bien apparu au roy -d'Angleterre pour ce qui luy a esté dit et offert derrenièrement par -lesdis messages du roy de France, et encore pourra apparoir clerement à -tout homme, par ce qui sera touchié brièvement ci-après. Et semble que -le roy d'Angleterre et son conseil, sauve leur grace, ne veulent pas que -ladite paix reçoive bon appointement; car les choses qu'il requièrent -sont desraisonnables, et en la plus grant partie contre le traictié de -la paix. Et n'est tenu le roy de France de les faire par raison né par -ladite paix; et, selon raison, qui veult aucune chose il doit prendre et -eslire moiens et causes raisonnables pour y venir et pour avoir et -obtenir raisonnablement ce qu'il requiert, autrement on puet dire et -tenir par raison qu'il ne la veult pas; et à la vérité ledit roy de -France eust plus chier que le roy d'Angleterre offrist et requerist -telles choses et si raisonnables comme il déust faire pour la paix.» - -(Item, à ce qui est contenu au premier article de ladite cédulle, -faisant mencion de la terre de Belleville et autres contencieuses, et -des offres faites par le roy de France pour icelles terres -contencieuses.) - -«Qu'il est vérité que le roy de France par sesdis messages fist offrir -audit roy d'Angleterre, pour le debat de la terre de Belleville et pour -toutes autres contencieuses, tant de Picardie comme d'ailleurs dont -ledit roy d'Angleterre faisoit ou povoit faire demande à cause du -traictié de la paix, et pour la délivrance de tous les hostaiges nobles, -la revenue de la commune paix de Rouergue, de laquelle le roy de France -fait demande; de la ville et le chastel de la Roche-sur-Yon, la conté de -La Marche, et la terre que monseigneur d'Estampes a en Poitou, à cause -de madame sa femme; lesquelles choses sont très-nobles et de très-grant -valeur: et ceste offre faisoit le roy de France, pour avoir paix audit -roy d'Angleterre, et pour oster toutes matières de débas et de -questions; car le roy de France n'i estoit né est en riens tenus, -ainçois tient et tout son conseil que ledit roy d'Angleterre n'a cause -né raison de faire les demandes qu'il fait de la terre de Belleville et -autres contencieuses. Et a tousjours offert le roy de France que le pape -et l'église de Rome, à qui les parties se sont soubmises de tout -l'accomplissement de la paix par foy et sairement, cognoisse et -détermine du débat desdites terres contencieuses, veu ledit traictié et -oyes les parties sommièrement et de plain. Ou sé le roy d'Angleterre -veult que les commissions soient renouvelées aux commissaires autrefois -esleus des parties, sur le débat desdites terres ou à autres, encore -plaist-il au roy de France; nonobstant que le roy d'Angleterre, ses -commissaires et procureurs aient esté négligens de procéder, et que par -leur négligence le roy de France en peust et deust avoir grant proffit, -et auroit plus chier le roy que la vérité fu sceue de son fait et de ses -deffenses et qu'il en fust jugié, que ce que le roy d'Angleterre preist -lesdites terres offertes pour lesdites terres contencieuses: lesquelles -offres le roy d'Angleterre et son conseil ont toutes reffusées, et dient -qu'il sont bien informés et acertenés qu'il ont bon droit et qu'il n'en -prendront aucuns juges; et ainsi veulent estre juges en leur cause, -laquelle chose est contre toute raison.» - -(Et quant à ce que le roy d'Angleterre ou son conseil dient audit -article qu'il tient ladite commune paix de Rouergue et en a possession, -et luy a esté bailliée par le traictié de la paix.) - -«Que ledit roy d'Angleterre tient de fait ladite commune paix de -Rouergue soubs umbre du pays de Rouergue qui luy a esté baillié, jasoit -ce que icelle commune paix ne luy doive appartenir. Et pour ce en fait -le roy de France demande, et en veult estre jugié comme dessus; et -pareillement, de la Roche-sur-Yon dit le roy de France que elle ne doit -pas appartenir au roy d'Angleterre, et en veult estre jugié comme -dessus.» - -(Et quant à ce que dit le roy d'Angleterre ou son conseil audit article, -qu'il s'informera de la valeur de ladite terre de Belleville, et la -prendra, et s'il y a à parfaire, il tient que le roy de France y -parfera.) - -«Que ladite conté de La Marche et les terres dudit conté d'Estampes -n'ont pas été offertes pour ladite terre de Belleville, mais pour toutes -les terres contencieuses, et la délivrance des hostaiges nobles, avec -ladite commune paix de la Roche-sur-Yon, et pour paix avoir, comme dit -est. Car lesdites terres de La Marche et d'Estampes sont plus nobles et -valent plus que ne fait ladite terre de Belleville. Et si tient le roy -de France qu'il a bailliée ladite terre de Belleville, ainsi comme faire -le deust par la paix, et en veult estre jugié comme dit est; et -touteffois avoit fait offrir pour ladite terre de Belleville, la conté -de La Marche pour paix avoir, et ledit roy d'Angleterre ne l'a pas voulu -faire.» - -(Et quant à ce que contenu est audit article que le roy de France baille -audit roy d'Angleterre les autres terres et lieux qui restent encore à -baillier au pays d'Aquitaine ou souffisant recompensacion pour iceux, -dont ledit roy d'Angleterre soit content.) - -«Que le roy de France tient que il a baillié audit roy d'Angleterre tout -ce que baillier luy doit en demaine au pays d'Aquitaine par le traictié -de la paix; et s'il y avoit quelque chose à baillier, il a tousjours -offert à faire; mais ledit roy d'Angleterre et le prince son fils -occupent et s'efforcent de occuper pluseurs lieux, terres et seigneuries -qui ne leur doivent point appartenir par ladite paix. Sur quoy le roy de -France a tousjours offert que bonnes personnes soient esleues des -parties qui en sachent la vérité, et le roy de France en fera et tendra -tout ce qui sera trouvé qu'il en devra faire; ou que le pape et l'église -de Rome en cognoissent comme dessus.» - -(Item, quant au second article de ladite bille ou cédule faisant mencion -des hommaiges et fiefs de Cayeux, Huppi, Vergies et autres qui restent -encore à baillier en Pontieu, Monstereul sur la mer et la terre de -l'angle, lesquelles choses ledit roy d'Angleterre dit à luy appartenir -si évidemment par ladite paix qu'il ne s'en doit en aucune manière -délaissier.) - -«Que des choses dessus dites a ledit roy d'Angleterre fait demande au -roy de France, et aussi a le roy de France de pluseurs autres choses -fait demande audit roy d'Angleterre par devant certains commissaires -esleus des parties. Et ont les commissaires esleus de la partie du roy -de France et son procureur comparu à toutes les journées et offert à -procéder. Mais par la négligence et deffaut des commissaires esleus -dudit roy d'Angleterre a esté le temps de ladite commission expiré et -failli, et touteffois ont les messages du roy de France envoiés -derrenièrement en Angleterre, requis et offert au roy d'Angleterre et à -son conseil que ladite commission fust renouvelée, nonobstant leur -négligence, aux premiers commissaires ou à autres; ou que le pape et -l'église de Rome en cogneussent, considéré la submission dessus dite. -Lesquelles choses ledit roy d'Angleterre et son conseil ont reffusées, -en disant qu'ils n'en prendront aucun juge, et qu'il sont bien acertenés -de leur droit, laquelle chose appert évidemment inique et contre raison -de leur partie, et puet apparoir clèrement à tout homme que le roy de -France leur a offert toute raison.» - -(Item, quant au tiers et derrenier article de ladite bille ou cédule, -auquel est contenu que le conseil au roy d'Angleterre a parfondément -pourpensé en merveillant très-entièrement comment le roy de France a -receu ou voulu recevoir les appeaux du conte d'Armignac, de sire de -Lebret et de leur adhérens, considéré que par le traictié de la paix, il -devoit baillier au roy d'Angleterre certaines terres, et, après ce -renoncier aus souverainetés et ressors, et cependant devoit surseoir de -user de souveraineté et de ressort, et de recevoir aucunes appellacions, -et partant en a le roy de France sursis de user jusques à présent.) - -«Que le roy d'Angleterre et son conseil ne se doivent point merveillier -de ce que le roy de France a receu les appellacions dessus dites; car -par le traictié de la paix, le roy Jehan, dont Dieu ait l'ame, avoit -promis de surseoir à user desdites souverainetés et ressors jusques à -certain temps; c'est assavoir jusques à la saint Andrieu qui fu l'an -soixante-un, si comme par le traictié de ladite paix puet apparoir, et -par espécial en une lettre en laquelle est contenue la clause: _c'est -assavoir_. Et ne pouvoit reffuser lesdites appellacions, veues les -sommacions et requestes d'iceux appellans, qu'il ne leur fausist de -justice et qu'il ne péchast mortelment, veu ledit traictié de paix. Et -ainsi l'a trouvé le roy de France en tout son conseil, eue sur ce meure -délibération par pluseurs fois, si comme les messages du roy de France -l'ont plus plainement dit audit roy d'Angleterre et à son conseil, de -bouche. Et sé le roy de France s'est déporté par aucun temps de user -desdites souverainetés, depuis le temps dessus dit qu'il le povoit -faire, de tant il a fait plus grant courtoisie au roy d'Angleterre. Né -il n'avoit pas esté autrefois sommé d'autres appellans par la manière -qu'il a esté à ceste fois par ledit conte d'Armignac et autres -appellans; et pour bien de paix l'a dissimulé par aucun temps et tant -comme il a peu bonnement; jasoit ce que faire le peust, comme dit est -dessus.» - -(Et quant à ce que contenu est audit article que ledit conte d'Armignac, -le sire de Lebret et autres subgiés d'Aquitaine, ont fait hommaige lige -au roy d'Angleterre comme à seigneur souverain et lige contre toute -personne qui puisse venir et morir. Et au prince ont fait hommaige, -sauve et réservé la souveraineté au roy d'Angleterre.) - -«Que le conte d'Armignac et le sire de Lebret, sauve la grace des -proposans, ne le dient pas ainsi. Ainsois ont dit au roy que en faisant -hommaige au prince, il distrent expressément que il le luy faisoient -selon ce que la teneur du traictié l'en portoit, et réservé à eux leur -privilèges, franchises et libertés anciennes si avant et par la manière -que leur prédécesseurs les avoient eus et en avoient joï ès temps -passés. Et ce est trop bien à présumer, car ès lettres et mandement que -le roy de France fist aux subgiés de Guyenne de faire obéissance au roy -d'Angleterre estoient par exprès retenues et réservées les souverainetés -et ressors au roy de France, si comme par l'inspeccion desdis mandemens -puet apparoir; et sé ladite réservation n'y feust, si y estoit-elle -entendue de raison, puisque le roy de France ne transportoit pas exprès -icelles souverainetés; et sé ledit conte d'Armignac ou autre l'avoit -fait autrement, si ne vaudroit-il né ne se pourroit soustenir, né le roy -d'Angleterre ne les poroit recevoir par la manière qu'il maintient, que -ce ne fust contre le traictié de la paix; et aussi ne faisoit le prince. -Et en ce faisant ont clerement et notoirement entrepris sur la -souveraineté du roy de France, et si ont-il en pluseurs autres manières, -car par ledit traictié de la paix en la clause: _C'est assavoir_, -lesdites souverainetés et ressors demeurent au roy de France en tel -estat comme elles estoient au temps du traictié de la paix, sans ce que -elles puissent estre dictes ou réputées transportées au roy d'Angleterre -par lettres quelconques comprises audit traictié, ou autres données ou à -donner par dit né par fait quelconques, sé le roy de France n'y renonce -expressément; laquelle chose il ne fist oncques; ainsois requiert ledit -roy d'Angleterre et son conseil par ladite bille que le roy de France -fasse lesdites renonciacions.» - -(Et quant à ce que contenu est audit tiers article, qu'il semble au -conseil dudit roy d'Angleterre que la réception desdites appellacions -n'a pas esté bien faite né ordenéement, né en gardant la paix et amour -telle comme elle doit estre par ledit traictié et par les aliances -faites entre les deux roys.) - -«Que, sauve la grace des proposans, ladite réception d'appellacions a -bien et duement esté faite, né le roy de France ne le povoit né devoit -refuser, comme dit est dessus; et en ce n'a rien fait contre la paix, -mais selon la forme et teneur d'icelle.» - -(Et quant à ce que contenu est audit article que ladite réception -d'appellacions est faite en grant injure et vitupère de la maison -d'Angleterre et pourra estre occasion de grant rébellion des subgiés et -aussi d'enfraindre ladite paix, se remède n'y est mis briefment.) - -«Que, en ce faisant, le roy de France n'a fait né voulu faire aucune -injure au roy d'Angleterre né à autres. Car les choses qui sont faites -deuement par justice et selon raison et exécucion de droit ne peuvent -causer injure né deshonneur. Et aussi ladite réception d'appellacions ne -donne aucune occasion de rebellion aux subgiés; ainsois donne occasion -d'obéissance. Car appellacion est remède et bénéfice de droit, et pour -garder les subgiés d'oppression et pour oster toute voie de fait. Et -aussi le roy de France, en ce faisant, n'a donné aucune occasion -d'enfraindre la paix parce que dit est, né par ce né autrement n'en -voudroit donner cause né occasion.» - -(Et quant à ce que contenu est audit article que le roy d'Angleterre -s'est bien desporté de soi appeler et porter pour roy de France, et que -aussi bien se peust estre desporté le roy de France de recevoir lesdites -appellacions.) - -«Que ces deux choses sont trop despareilles; car soy appeler et nommer -roy de France regarde la volenté et intérest seulement dudit roy -d'Angleterre, mais recevoir les appellacions ou non ne regarde mie -seulement l'intérest du souverain; ainsois regarde principalement -l'intérest des subgiés appelans, afin qu'il soient pourveus contre les -oppressions des seigneurs demainiers, et pourveu à la requeste et -instance des appelans. Et comme astraint à faire justice a receu le roy -de France lesdites appellacions, donné rescript à icelles, et fait ce -que seigneur souverain puet et doit faire en tel cas par justice et par -raison, et n'a en rien usé par voie de fait.» - -(Et quant à ce que contenu est en la fin dudit article que sé le roy -veult réparer les attemptas et remettre les appelans en l'obéissance -dudit roy d'Angleterre et faire les renonciations qui sont à faire de sa -partie et ycelles envoie au roy d'Angleterre par ses lettres ouvertes, -le conseil du roy d'Angleterre pense que le roy d'Angleterre fera celles -que faire devra par le traictié de la paix.) - -«Que, sauve la grace des proposans, l'offre des conclusions dessusdites -n'est pas raisonnable par pluseurs raisons: La première, car le roy de -France n'a fait aucuns attemptas contre ladite paix en recevant lesdites -appellacions; ainsois a fait ce qu'il povoit et devoit faire pour ladite -paix: et aussi par ladite appellacion, les appelans sont exemps dudit -roy d'Angleterre et du prince son fils et demeurent en l'obéissance du -roy de France; et ainsi il n'est tenu de les remettre en l'obéissance du -roy d'Angleterre ou du prince, s'il n'estoit premièrement cogneu des -appellacions et qu'il feust dit et jugié que il eussent mal appelé, au -quel cas le roy de France feroit ce qu'il devroit, ainsi comme il l'a -accoustumé de faire en cas semblable. La seconde raison: car le roy de -France, par le traictié de la paix, n'est tenu de renoncier premièrement -né avant que le roy d'Angleterre; né premièrement ne doit pas envoier -ses lettres: ainsois il y a certaine forme autre qu'il n'est contenu en -l'offre du roy d'Angleterre dessus esclaircie. La tierce raison: que le -roy d'Angleterre n'offre pas à faire les renonciations qui sont à faire -de sa partie, supposé que le roy de France les féist de sa partie; -ainsois dit le conseil du roy d'Angleterre qu'il pense que le roy -d'Angleterre les feroit, laquelle chose ne souffist pas, considéré la -forme du traictié de la paix. La quarte raison: car le roy d'Angleterre -n'offre pas à envoier les personnes devant lesquelles le roy de France -devroit faire lesdites renonciations; et aussi ne requiert pas que le -roy de France luy envoie personnes devant lesquelles il les fera, -lesquelles choses il convenist par le traictié de paix. La quinte -raison: car le roy d'Angleterre par ladite bille ou cédulle veult que le -roy de France luy délivre certaines terres, lesquelles, par le traictié -de la paix, ne regardent en rien le fait des renonciations, si comme -Monstereul sur la mer, les quatre homaiges dessusdis, la terre de -l'angle et pluseurs autres, lesquelles ledit roy d'Angleterre veult -avoir pour ce qu'il dit qu'il y a droit et qu'il en est bien enformé; et -le roy de France dit que elles ne doivent point appartenir au roy -d'Angleterre par le traictié de la paix: et n'en veult point estre juge -en sa cause, ainsois en veult estre jugié par le pape et l'églyse de -Rome, à qui les parties se sont soubmises, ou par commissaires esleus ou -à eslire des parties, ainsi comme autrefois a esté fait. La sixte -raison: car le roy d'Angleterre, par ladite bille ou cédulle, veult que -le roy de France luy baille lesdites terres et luy face formelment et -clerement tout ce qu'il requiert; et il offre en général à faire au roy -de France ce que faire devra, laquelle chose cherroit en cognoissance de -cause, et est obscure et incertaine; car aux requestes du roy de France -n'a fait né voulu faire le roy d'Angleterre né son conseil aucune -particulière né certaine response, jasoit ce que pluseurs fois luy ait -esté requis. Parquoy puet apparoir clerement et très évidemment que les -responses, offres, conclusions et autres choses contenues en ladite -bille ou cédulle, sauve la grace des opposans, ne sont mie -raisonnablement baillées ou proposées, espécialment par la forme et -manière comprise en ladite bille ou cédulle. Et quant le roy -d'Angleterre et son conseil vouldront requérir ou offrir aucunes choses -raisonnables et selon la forme de la paix; et aussi feront et vouldront -faire de leur partie ce qu'il doivent faire sur les requestes que le roy -de France leur a fait faire par ses dis messages envoiés darrenièrement -en Angleterre, tant sur le fait du widement des compaignies et sur les -dommaiges qu'il ont fait au royaume de France, comme sur les autres -choses touchant le traictié de la paix, le roy de France fera très -volentiers ce que faire devra de sa partie. - -»Item, dit le roy de France et son conseil, afin qu'il appère à tout -homme que tout ce qu'il a fait a esté fait bien et duement, et par voie -de justice, et sans faire aucune chose contre la paix; que, par le -traictié de la paix et par ce que dit est dessus appert évidemment que -les souverainetés et ressors des terres bailliées par la paix au roy -d'Angleterre en demaine et aussi de celles qui lui doivent demourer par -la paix appartiennent et demeurent au roy de France en tel estat comme -elles estoient au temps de ladite paix, puisqu'il n'y a renoncié. Et -ainsi le dit clèrement la clause: _c'est assavoir_. Et aussi est-il -certain et appert par ladite bille ou cédulle et par la confession du -roy d'Angleterre et de son conseil que le roy de France n'y a point -renoncié. Et par icelle bille ou cédulle il requièrent que le roy de -France face les renonciations auxdites souverainetés et ressors, ce que -il ne requéissent pas sé il y eust renoncié, et par conséquent en povoit -et puet user, passé le terme de ladite surséance qui duroit jusques à -ladite feste St-Andrieu, l'an soixante-un. - -»Item, que, ce nonobstant, le roy d'Angleterre et le prince son fils, -ont entrepris et actempté contre icelles souverainetés et ressors en -plusieurs manières, et se sont efforciés d'icelles approprier et -attribuer à eux, et icelles dénier et empeschier au roy de France auquel -seul et pour le tout elles appartenoient et appartiennent comme est dit -dessus. Premièrement le roy d'Angleterre et son gouverneur-général de -Pontieu, qui est pardessus tous les officiers de Pontieu et lequel le -roy d'Angleterre ne peut désavouer, a ordené et publié audit Pontieu que -tous ceux qui appelleroient du séneschal de Pontieu audit gouverneur -comme à siège souverain et derrain, duquel l'en ne puist partir sé non -par proposition d'erreurs comme on fait en parlement, et après ladite -ordenance a donné pluseurs ajournemens pardevant luy et ceux qui -avecques luy seroient aux appellans des sentences au jugement dudit -séneschal; duquel séneschal de tout temps on doit et est accoutumé -d'appeller au baillif d'Amiens sans moien[277]: et ce ont fait ledit -gouverneur, le trésorier de Pontieu et autres officiers dudit Pontieu, -de l'autorité et volenté dudit roy d'Angleterre et de son conseil -d'Angleterre, né autrement ne l'eussent osé faire né si grant chose -entreprendre. Et aussi est venu à la connoissance dudit roy d'Angleterre -et de son conseil, et l'ont souffert et consenti expressément ou -taisiblement; et aussi ne puet ledit gouverneur estre désavoué comme dit -est selon raison, la coustume, et usaige et commune observance de la -court souveraine, espécialment en fait de justice et en ce qui puet -cheoir en administration et gouvernement de païs. - - [277] _Sans moyen_. Sans intermédiaire. - -»Item, que lesdis gouverneur et trésorier de Pontieu, considérans qu'il -ne povoient par raison né devoient entreprendre ledit ressort, -s'efforcièrent d'enduire les subgiés de Pontieu à ce qu'il voulsissent -requérir que ledit ressort leur feust baillié comme souverain et final, -sans plus ressortir au roy de France né à sa court de parlement; et -firent assembler à Abbeville, en l'églyse de Saint-Pierre, les gens -d'églyse, les nobles et les bonnes villes de Pontieu, et leur -baillièrent ou firent baillier une requeste ou supplicacion contenant -que lesdis subgiés requéroient et supplioient avoir ledit ressort par -devers ledit gouverneur; et avoit en icelle supplicacion pluseurs queues -pour y mettre les seaux desdites gens d'églyse, nobles et bonnes villes, -et leur requéroit-on que ainsi le voulsissent faire: mais lesdis -subgiés, comme bien avisés et conseilliés, respondirent d'un commun -assentiment qu'il n'en requéroient riens et qu'il ne savoient pas que le -roy de France eust renoncié à ses souverainetés et ressors, né qu'il les -eust transportés au roy d'Angleterre; et que sur ce, ledit roy -d'Angleterre et son conseil féissent ce que bon leur sembleroit. Et -d'icelle supplicacion sera bien monstrée la copie sé mestier est; et -estoit icelle supplicacion getée et ordenée par le conseil du roy -d'Angleterre, et contenoit, contre vérité, que le roy de France n'avoit -audit pays de Pontieu aucune souveraineté, et que la seigneurie d'iceluy -païs estoit toute séparée du royaume de France. - -»Item, que, ce nonobstant, ledit gouverneur ordena ledit ressort, iceluy -fist publier, et en a usé et donné pluseurs ajournemens en cause -d'appel, comme dit est dessus, et en entreprenant lesdites souverainetés -et en eux efforçant d'icelles attribuer à eux, contre raison, et contre -la teneur de ladite paix. - -»Item, que ledit roy d'Angleterre, lesdis gouverneur et trésorier ont -requis et fait requérir à pluseurs nobles et subgiés dudit Pontieu qu'il -feissent seremens d'estre avec le roy d'Angleterre contre toutes -personnes qui pevent vivre et mourir, le roy de France ou autres. Et en -y a pluseurs qui l'ont fait ainsi par doubtance, si comme l'en dit, et à -ceux qui ne le voulurent faire en saisissent leur terres et leur fiefs, -et tient-on communelment que Ringois[278] d'Abbeville a esté mort pour -ce qu'il ne voult faire ledit serement contre le roy de France; et fu -mené en Angleterre, et après ce qu'il a esté longuement prisonnier -détenu, sans lui vouloir ouvrir voie de droit né à ses amis qui le -poursuivoient, on l'a fait saillir des dunes du chastel de Douvre en la -mer. - - [278] _Ringois_. Variante: _Aingois_. - -»Item, que par icelle meisme manière l'a fait et s'est efforcié de faire -ledit roy d'Angleterre et aussi le prince son fils, au païs de Guyenne, -en prenant leur homaiges; et ainsi le confessent-il et est contenu en -ladite bille du conte d'Armignac et du sire de Lebret, qu'il ont fait -leur homaige au roy d'Angleterre comme seigneur souverain; et que ainsi -l'ont reçu le roy d'Angleterre et le prince son fils. - -»Item, que ledit roy d'Angleterre et le prince son fils, tant en Pontieu -comme en Guyenne, ont occupé et occupent de fait la seigneurie et -connoissance des causes touchant les églyses cathédraux et autres -églyses de fondation royale, de ce que icelles églyses tiennent soubs -eux; et toutesvoies icelles églyses sont de la souveraineté et ressort -du roy de France seul et pour le tout, né oncques n'y renonça comme dit -est dessus. Et supposé que le roy ait mandé par ses lettres à aucunes -villes, seigneurs ou païs qu'il obéissent au roy d'Angleterre par la -manière qu'il ont fait au temps aux roys de France, c'est à entendre -comme à seigneur en demaine, et selon la forme de la paix laquelle est -contenue par exprès en la clause: _c'est à savoir_, que les -souverainetés et ressors des païs bailliés en demaine au roy -d'Angleterre au royaume de France, demeurent au roy de France en l'état -que elles estoient au temps de la paix, sans ce que elles puissent estre -dites ou transportées au roy d'Angleterre par lettres contenues au -traictié de la paix, né autres données ou à donner par dit, par fait né -autrement par quelconque manière que ce soit, jusques à ce que le roy de -France y ait renoncié expressément et bailliées ses lettres ouvertes au -roy d'Angleterre; laquelle chose il ne fist oncques. - -»Item, que ledit prince a pris ou fait prendre et mettre en prison -maistre Bernart Palot et monseigneur Jehan de Chaponnal, commis ou -députés, de par le roy de France ou de par son séneschal à Toulouse, à -présenter audit prince les lettres du roy de France; par lesquelles -ledit prince estoit adjourné, en cause d'appel, pardevant le roy ou sa -court de parlement à Paris, à l'instance et requeste dudit conte -d'Armignac; et les a détenus prisonniers pour lonc-temps, et encore -détient en très grand contempt et mesprisement du roy et de sa -souveraineté[279], et en actemptant et entreprenant contre icelles -souverainetés. - - [279] Le manuscrit de Charles V porte sur la marge, à côté de ces - mots: No. _Que il les fist morir_.--Bernard Palot étoit un docteur, - juge du roi à Toulouse, comme on le verra vers la fin de l'année - 1377. - -»Item, que ledit prince, au contempt de ladite appellacion, fait guerre -ouverte contre ledit conte d'Armignac et ses adhérens, et procède contre -ledit conte et contre iceux par voie de guerre et de fait le plus -efforcément qu'il puet; et font mourir et mettre à mort tous les -appellans qu'il trouvent et leur adhérens. Et en ce faisant n'est pas -doute qu'il fait guerre contre le roy de France, considéré que lesdis -apellans, par ladite appellacion et durant icelle, sont exemps dudit -prince et sont en l'obéissance, sauve-garde et proteccion du roy; et ne -leur puet ledit prince meffaire qu'il ne mefface au roi de France et à -sa souveraineté. - -»Item, que le roy d'Angleterre, en la guerre entreprise et rebellion -dessus dite, soustient et a soustenu, conforté et aidié ledit prince son -fils, et luy a envoié et envoie tous les jours gens d'armes et archiers -pour faire guerre auxdis appellans, et par conséquent ne puet désavouer -le fait dudit prince son fils. - -»Item, que le roy d'Angleterre et le prince son fils ont pris à leur -soldées et gaiges pluseurs gens de compaignies, ennemis du roy et du -royaume de France, pour faire guerre contre lesdis appellans, en aidant -et confortant iceux et en les receptant en leur terres et seigneuries. -Laquelle chose il ne pevent faire par les aliances des deux roys, et une -partie desdites compaignies font demourer au royaume de France à -Chastel-Gontier et ailleurs, pour iceluy royaume grever et domaigier. - -»Item, que en ce faisant monstrent-il clèrement que il ont lesdites -compaignies soustenues, aidiées et confortées au temps passé, et que -elles sont et ont bien esté en leur commandement, et qu'il avoient bien -la puissance de les empeschier à entrer au royaume de France et de les -faire widier et mettre hors s'il leur eust pleu; ainsi comme tenus y -estoient par lesdites aliances. - -»Item, qu'il n'est pas doubte que en ce faisant, il ont fait contre les -bulles et les procès du pape, et en encourant les peines et sentences -contenues en icelles, puisqu'il se aident et se sont aidiés desdites -compaignies et icelles confortées et aidiées contre le royaume de -France, et aussi puisque ils les povoient retraire dudit royaume et il -ne l'ont fait, et par spécial leur subgiés nés de leur terres et -seigneuries. Et ainsi sont par lesdites bulles et procès tous leur -subgiés et vassaux quittes et absous de tous homaiges et seremens -èsquiels il leur estoient tenus et astrains, et puet le roy de France -assigner et mettre en sa main toutes les terres, seigneuries qu'il -tiennent en demaine au royaume de France. - -»Item, que darrenièrement ont les gens du roy d'Angleterre chevauchié en -Pontieu par manière de guerre, et bouté feux en la maison du seigneur de -Chastillon, et fait pluseurs autres choses par voie de fait et de guerre -contre droit et les seremens devant fais. - -»Item, que en ce faisant, il appert clèrement que lesdis roy -d'Angleterre et prince ont commencié à procéder contre le roy de France -par voie de guerre et de fait, en venant et en enfraignant icelle; et en -pluseurs autres manières ont entrepris sur le roy de France et sur son -royaume et contre ses souverainetés, lesquelles choses et explois -seroient trop lonc à reciter. Et par les rebellions, désobéissances, -actemptas, mesprisemens et abus dessus dis, ont tant meffait lesdis roy -d'Angleterre et prince envers le roy de France et sa souveraineté, qu'il -puet et luy loit[280] par raison et par bonne justice assigner et mettre -en sa main tous les demaines que lesdis roy d'Angleterre et prince ont -au royaume de France, tant en païs coustumier comme en païs de droit -escript. Et s'il y a aucuns subgiés ou autres habitans ou demourans en -iceux demaines, le roy leur puet requérir que il obéissent à luy et à -ses gens en ce faisant, et il y sont tenus d'obéir comme à leur seigneur -souverain. Et s'il y a aucuns subgiés ou autres qui en ce fassent -désobéissance ou rebellion, le roy de France les puet, sans offence de -justice, faire par sa puissance et par main armée venir à obéissance, et -faire tant que la force soit sienne; et en ce, ne peut-on dire ou noter -voie de guerre ou de fait, mais que droite et bonne justice; né par ce -on ne puet dire que le roy ait commencié guerre né fait contre la paix -en aucune manière. - - [280] _Luy loit_. Lui est loisible. - -»Item, que pour les causes dessus dites et à la conservacion de ses -souverainetés et en usant d'icelle, a le roy de France assigné et mis en -sa main comme seigneur souverain aucunes villes et lieux qui estoient du -demaine du roy d'Angleterre: et où il a trouvé obéissance, il y a mis -gens de par luy, pour icelles villes et lieux tenir et garder en sa -main; et où il a trouvé désobéissance, il les y contraint par sa -puissance et par la manière qui luy loit à faire. Et ainsi le peut-il -faire et continuer, s'il lui plaist, par tous les autres lieux et -demaines que lesdis roy d'Angleterre et prince ont au royaume de France, -et en la souveraineté d'icelui. - -»Et par ce que dit est dessus, puet apparoir clèrement à tout homme que -tout ce que le roy de France a fait tant en Pontieu comme en Guyenne sur -les demaines que le roy d'Angleterre y tenoit, il l'a fait par voie de -justice et de raison, et ainsi comme il luy loisoit à faire comme à -seigneur souverain; et n'a en rien procédé par voie de guerre né de -fait; et que le roy d'Angleterre et le prince son fils ont procédé -desraisonnablement et par voie de fait, et commencié la guerre contre le -roy de France et ses subgiés, et en venant par pluseurs fois et par -pluseurs manières contre le traictié de la paix. - -»Et pour ce que plus clèrement appère l'entendement des choses dessus -dites, et pour monstrer les justificacions du roy de France en ces -choses, s'ensuivent ci-après aucunes requestes que le roy de France luy -deut faire par le traictié de la paix, et lesquelles les messaiges du -roy de France dessus dis ont faites audit roy d'Angleterre; mais iceluy -roy d'Angleterre né son conseil n'y ont fait né voulu faire response. - -_La première_. »Comme audit traictié entre les autres choses est contenu -au vint-septiesme et au vint-huitiesme articles et sur ce faites lettres -des deux roys, que le roy d'Angleterre est tenu de faire widier et -délivrer, à ses propres coux et frais, toutes les forteresses prises et -occupées par luy, par ses subgiés, adhérens ou aliés au royaume de -France, en quelque partie que ce soit, excepté celles du duchié de -Bretaigne et des païs et terres qui doivent appartenir et demourer audit -roy d'Angleterre, et le devoit avoir fait dedens la Chandeleur qui fu -l'an mil trois cens soixante; et en icelles lettres sont nommées par -exprès lesdites forteresses occupées audit royaume ou grant partie -d'icelles. Item, que ledit roy d'Angleterre ne fit widier né délivrer -lesdites forteresses dedens ledit terme de la Chandeleur. Item, que -celles qui furent widiées après ladite Chandeleur, ou grant partie -d'icelles, ne l'ont point esté par ledit roy d'Angleterre né à ses frais -né despens, comme faire le devoit; ainsois l'ont été aux frais et -despens du roy et de ses subgiés et des païs où lesdites forteresses -étoient assises. Item, que aucunes des forteresses ne furent oncques -délivrées, ainsois ont toujours esté occupées et encores sont par ledit -roy d'Angleterre ou par ses subgiés ou aliés, c'est assavoir la -Roche-de-Pesay[281]; et toutesvoies ladite Roche-de-Pesay est par exprès -nommée audit traictié entre les forteresses qui devoient être widiées et -délivrées au païs de Tourraine. Item, par la faute dudit widement, ceux -qui demourèrent ès dites forteresses pour ledit roy d'Angleterre ont -pillié, gasté et destruit le païs pour le temps qu'il y ont esté, et -aussi durement où pou s'en failloit comme il faisoient durant la guerre, -levé nouvelles raençons et fait tout le mal qu'il povoient. Item, que -par ce a convenu que les païs où lesdites forteresses estoient aient -acheté lesdis fors[282] à grans sommes de deniers, pour ce que le roy -d'Angleterre ne les faisoit pas widier, nonobstant qu'il en feust -pluseurs fois sommé et requis; et jà soit ce que le roy de France eust -fait de sa partie ce que faire devoit pour ledit widement: et seront -bailliées, toutesvoies que besoin sera, par déclaration, les forteresses -rachetées aux despens du roy et du pays. Item, que en ces choses le roy -et ses subgiés ont esté domaigiés jusques à très grans sommes aussi -comme inestimables, à déclarer quant temps sera, et desquelles choses le -roy doit estre desdommaigié par le roy d'Angleterre.» - - [281] _La Roche de Pesay_. Aujourd'hui _Laroche-Posay_, sur les - limites de la Touraine et du Poitou. - - [282] _Fors_. Forteresses. - -_La seconde_. »Comme entre les deux roys par ledit traictié de la paix, -soient faites et passées alliance contre toutes personnes, excepté le -pape et le saint-siège de Rome et l'empereur qui est à présent, pour -eux, leur enfans, leur hoirs et successeurs, leur royaumes, terres et -subgiés quelconques; et entre les autres choses soit contenu en icelles -alliances, que le roy d'Angleterre ne soufferra aucun de ses subgiés né -autres quelconques aler né entrer au royaume de France, né en autre -terre du roy, ses enfans, hoirs ou successeurs, pour y faire guerre, -domaige ou offense aucune, à gaige, à service d'autrui né autrement, par -quelconque manière ou cause que ce soit; ainsois les empeschera ou -destourbera de tout son pouvoir, et les ennemis ou malveillans du roy au -royaume de France ne receptera en son royaume ou aucunes de ses terres, -né aide ou confort ne leur fera; et sé aucun de ses subgiés faisoient le -contraire, ou aussi une guerre villaine ou domaige au roy ou au royaume -de France, par ses successeurs ou subgiés il les pourroit ou feroit -pugnir si grandement qu'il seroit example à tous autres; et de tout son -pouvoir feroit réparer et adressier tous les domages, actemptas ou -entreprises fais à l'encontre; et sé il faisoit, procuroit ou souffroit -sciemment le contraire estre fait, il vouloit encourir les peines -contenues ès-dites alliances. - -»Item, qu'il n'est pas doubte que par lesdites alliances le roy -d'Angleterre estoit et est tenu et obligié à destourber et empeschier de -tout son povoir et procurer et faire diligence par deffenses, -inhibicions et de toutes autres manières qu'il poroit, que aucun de ses -subgiés n'entrast au royaume de France pour y faire guerre ou domaige -par manière de compaignies à service ou gaiges d'autruy, ou autrement -par quelconque cause que ce soit; et aussi il estoit et est obligié s'il -faisoit le contraire de faire réparer et adressier les seurprises ou -actemptas fais par ses subgiés, laquelle chose il devoit faire en les -contraingnant à widier le royaume de France, et faisant redressier les -domaiges qu'il avoient fais: autrement les actemptas ne seroient pas -adressiés né réparés. - -»Item, que selon lesdites alliances puisque le roy d'Angleterre estoit -tenu de destourber et empeschier que ses subgiés n'entrassent au royaume -de France pour y faire guerre, par semblable voie et par plus forte il -estoit tenu, s'il y entroient ou faisoient guerre, de les faire widier -et retraire dudit royaume. - -»Item, que par exprès il est retenu ès-dites alliances, comme dit est -dessus, que ledit roy d'Angleterre ne soufferra point le contraire -sciemment; lesquelles paroles emportent que sé il le scet et vient à sa -connoissance, qu'il les fera widier et les empeschera de tout son -pouvoir, autrement il se soufferroit sciemment et seroit contre lesdites -alliances et promesses. - -»Item, que par lesdites alliances, ledit roy d'Angleterre est tenu à -trois choses: premièrement de non souffrir les subgiés faire guerre ou -domaige au royaume de France; secondement il est tenu de les destourber -ou empeschier; et tiercement il est tenu sé il font le contraire de -réparer et adressier leur entreprise et actemptas, et par conséquent de -les faire widier du royaume de France, comme dit est dessus, soit qu'il -soient entrés par manière de compaignies à service ou gaiges d'autrui, -ou autrement: et aussi doit rendre et restablir ou faire rendre et -restablir tous les domaiges que le roy, son royaume et ses subgiés ont -eu et soustenu pour celle cause, et aussi ne les doit récepter, né à -iceux prester conseil, confort ou aide en aucune manière. - -»Item, que par lesdites alliances, ledit roy d'Angleterre est obligié de -faire les choses dessus dites de tout son povoir, lesquelles paroles -sont à entendre civilement et raisonnablement et de tel povoir que le -roy d'Angleterre a sur ses subgiés; c'est assavoir, qu'il leur doit -mander et commander qu'il wident le royaume, et sé ils n'obéissent à ses -commandemens il les y doit contraindre par sa puissance et main armée et -ce emportent les paroles: _de tout son povoir_, lesquelles sont à -entendre _cum effectu_. - -»Item, que, ce nonobstant, les subgiés du roy d'Angleterre et du prince, -tant d'Angleterre comme de Guyenne, ont esté au royaume de France, tant -par manière de compaignies comme autrement, et y ont fait guerre et tous -les domaiges, excès et maléfices que l'en pourroit dire né desclairer, -et ont esté pour la grant partie du temps depuis le traictié de la paix, -et encores y sont à présent et ont esté dès la derrenière venue par -l'espace d'un an continuellement et plus, sans en partir; tous ou la -plus grant partie subgiés et des terres et de l'obéissance dudit roy -d'Angleterre et du prince son fils; et y ont fait et y font de jour en -jour domaiges et excès irréparables et aussi comme inestimables[283], et -grant partie des pillages portés, réceptés et vendus en Guyenne. - - [283] La fin de cet alinéa et le suivant ont été omis dans les - éditions précédentes. - -»Item, que il est venu à la connoissance dudit roy d'Angleterre, que -lesdites compaignies estoient au royaume, et l'en a le roy de France, -par pluseurs fois, sommé et requis qu'il les voulsist faire widier et -partir du royaume de France et faire reparer les domaiges et actemptas -que fais avoient; laquelle chose le roy d'Angleterre et le prince n'ont -pas fait, jà soit ce que faire le peussent et deussent selon le traictié -de la paix. - -»Item, que supposé que ledit roy d'Angleterre leur ait fait faire aucuns -commandemens de bouche de widier le royaume, ce ne doit pas souffire; -car puisqu'il n'obéissent à ses commandemens, il les doit contraindre de -fait, autrement il ne faisoit pas bien son devoir né son povoir. - -»Item, que ledit roy d'Angleterre, tant pour lesdites alliances comme -par une lettre appellée _exécutoire_ passée à Calais, doit punir les -dessus dis, ses subgiés, qui feront guerre ou domaige audit royaume de -France pour quelconque cause que ce soit comme traistres, et en la -manière qu'il est acoustumé à faire en crime de lèse majesté s'il les -puet appréhender, ou bannir de son royaume s'il sont absens, et leur -biens ou terres confisquer, sans iceux jamais récepter en son royaume, -s'il ne se partent du royaume de France, dedens un mois après ce que il -en auront esté sommés et requis par aucun des gens dudit roy -d'Angleterre ou autre personne publique; de quoi rien n'a esté fais, -ainsois sont et viennent pluseurs d'iceux par le royaume d'Angleterre et -par Guyenne, et aussi joyssent de leurs biens paisiblement. - -»Item, que pour les choses dessus dites et occasion d'icelles, le roy de -France a esté domaigié irréparablement et ses subgiés jusques à sommes -ainsi comme inestimables, et desquelles choses le roy de France doit -estre desdomaigié par le roy d'Angleterre et lesquelles choses seront -bien esclaircies et montrées. - -»Item, et avecques ce, fasse le roy d'Angleterre royalment et de fait -widier les gens des compaignies qui sont au royaume de France, -spécialment ceux qui sont de ses terres et seigneuries et du prince son -fils; et que de ce fasse tout son povoir par la manière que contenu est -èsdites alliances. Et plaise au roy d'Angleterre dire aux messaiges du -roy de France à cette fois ce qui l'en plaira faire; car le roy de -France tient que le roy d'Angleterre y est tenu par le traictié de la -paix et par lesdites alliances.» - -_La tierce_. »Que comme esdites aliances, entre les autres choses soit -convenu que sé aucun des deux roys requiert l'autre en son ayde, celui -qui ainsi sera requis aidera le requérant et luy donra tout le bon -conseil qu'il pourra aux despens du requérant: et il soit ainsi que -ledit roy de France ait fait requérir le roy d'Angleterre par ses -messaiges qui y furent derrenièrement qu'il voulsist mander et commander -à ses subgiés que sé le roy de France les requéroit de luy servir contre -les compaignies à ses despens qu'il luy aidassent, et que aussi voulsist -mander au prince son fils que il commandast à ses subgiés de Guienne; et -mesmement[284] qu'il y en avoit aucuns qui estoient ses hommes et le -devoient servir contre autres personnes que contre le roy d'Angleterre -ou ses enfans. Laquelle requeste fu plainement reffusée auxdis messaiges -du roy, soubs couleur que le conseil dudit roy d'Angleterre disoit que -le roy d'Angleterre avoit à faire de gens d'armes ou doubtoit d'en avoir -à faire prochainement, et aussi disoit-il du prince. Sur quoy leur fu -requis que il baillassent lesdis mandemens à leur subgiés de servir le -roy à ses despens, comme dit est, au cas que ledit roy d'Angleterre ou -le prince ne les manderoient ou embesogneroient pour fait de guerre qui -leur survenist; laquelle chose leur fu encore refusée. Et toutesvoies -ledit roy d'Angleterre né aussi ledit prince n'avoient né depuis -n'eurent aucune guerre pour laquelle il embesognassent ceux que le roy -de France requéroit à avoir en son service à ses despens. - - [284] _Mesmement que_. Avec d'autant plus de raison que. - -»Item, que, pour ce, en y a eu pluseurs de la duchié de Guyenne qui -n'ont osé venir au service du roy, et aucuns qui y sont venus n'y -vindrent pas si tost que le roy en eust besoin; et en ce a esté le roy -et ses subgiés grandement domagié et irréparablement. - -»Item, que les gens du roy nostre sire estant devant Faye-la-Vigneuse où -lesdites compaignies estoient, en entencion d'icelles compaignies -combattre, le séneschal de Poitou, où autres gens ou officiers du prince -firent commandement de par le prince à pluseurs seigneurs qui tiennent -aucunes terres du prince, que il se partissent de d'avec les autres gens -du roy nostre sire, et que, sur quanque il se pouvoient meffaire envers -ledit prince, ne feussent avec les gens du roy nostre sire né -mefféissent auxdites compaignies. - -_La quarte_. »Que comme pluseurs gens de compaignies des terres et -seigneuries du roy d'Angleterre et du prince fussent au royaume de -France et iceluy gastassent et pillassent en faisant tous les maux et -domaiges que l'en sauroit réciter, et pour résister à leur male volenté -et iceux faire partir et widier le royaume de France où il estoient, les -séneschaux de Thoulouse et de Carcassonne et autres officiers, vassaux -et subgiés du roy de France, se fussent assemblés au lieu de Lisledieu -au pouvoir du roy nostre sire, les gens et subgiés du prince -confortèrent et aidièrent les dessusdis des compaignies par tele manière -que les gens de la partie du roy de France furent desconfis, mors et -pris, et lesdis séneschaux et pluseurs barons, vassaux et subgiés du roy -menés et détenus prisonniers au povoir du prince et raençonnés, et les -biens et pillages receus et receptés, et depuis furent mis les prisons à -grans et excessives raençons; et en ce a esté le roy de France et ses -subgiés très grandement domagié. - -»Item, que de réparer et adrécier les choses dessusdites fu le prince -sommé et requis de par le roy de France et de par monseigneur le duc -d'Anjou, et furent envoiés messages, lesquels firent lesdites requestes -et baillèrent par escript audit prince ou à son chancelier pour luy et -de son commandement. - -»Item, que jasoit ce que le prince leur fist respondre qu'il estoit -courroucié des domaiges qui estoient fais au royaume de France, et que -il, quant il seroit retourné d'Espaigne, en feroit son adrecement, -toutesvoies rien n'en fu fait en effet, si comme ces choses peuvent -apparoir clerement par instrument publique fait et donné sus lesdites -requestes et responses; et a faillu que les officiers et subgiés du roy -ou grant partie d'eux se raençonnassent très excessivement, et plus que -faire ne deussent en guerre ouverte, et soustenissent pluseurs autres -domaiges; et doivent lesdis dommages estre restitués et réparés comme -fais contre les alliances et traictié de la paix faite entre les deux -roys. - -»Item, et oultre les choses dessusdites, nouvellement est advenu que -Gursomile[285] et autres capitaines desdites compaignies sont venus au -royaume d'Angleterre à Londres et ailleurs, et là ont demouré et esté -réceptés par pluseurs journées et y ont été rafreschis de chevaux, -hernois, gens d'armes et archiers qu'il en ont menés et de toutes autres -choses qu'il ont voulu avoir, et que plus est, dient aucuns qu'il ont -esté au propre hostel du roy d'Angleterre receus et festoiés. - - [285] _Gursomile_. Variante: _Garsonailles_. - -_La quinte_. »Que comme par le traictié de la paix il soit dit, c'est -assavoir au neuviesme article, que sé aucunes terres sont bailliées au -roy d'Angleterre par le traictié de la paix, lesquelles ne furent -autrefois des roys d'Angleterre, il les aura en l'estat que il estoient -au temps dudit traictié; et il soit ainsi que au temps de la paix et par -avant, la royne Blanche tenoit paisiblement et prenoit par sa main la -revenue de la commune paix de Rouergue au prix de dix mil livrées de -terre ou rente ou environ; et le prince ou ses subgiés pour luy -détiennent et occupent de fait ladite commune paix de Rouergue, et ont -levée par pluseurs années, né délivrer ne la veulent; et toutesvoies la -séneschaucie né la terre de Rouergue n'avoient onques esté au roy -d'Angleterre avant ladite paix; si soit ladite commune paix mise au -délivre avec les arrérages qui en ont esté levé pour huit ans ou -environ, qui montent pour chascun an dix mil livres ou environ. - -_La sixiesme_. »Que comme par ledit traictié de la paix les -souverainetés et ressors du roy nostre sire lui doivent demourer -entièrement sans ce que le roy d'Angleterre en puisse ou doie user en -aucune manière; et il soit ainsi que le roy d'Angleterre et le prince -son fils se sont efforciés et encore s'efforcent en pluseurs manières de -user desdites souverainetés et ressors, si comme en Pontieu où il ont -nouvellement ordené un siège d'appellacions pardevant le gouverneur de -Pontieu, pour cognoistre des appellacions qui se feront du séneschal de -Pontieu; duquel séneschal l'en doit appeller sans moien au gouverneur du -baillif d'Amiens et de là en Parlement à Paris, et ainsi il a esté fait -de tous temps. - -»Item, que le roy d'Angleterre, ses gens ou officiers pour luy, ont -ordené en ladite conté de Pontieu, que quiconques appellera dudit -séneschal, qu'il appelle audit gouverneur de Pontieu comme siège -souverain et final; et de fait ont donné ajournemens et rescrips en -cause d'appel pardevant ledit gouverneur de Pontieu, en usurpant et -entreprenant lesdites souverainetés et ressors. - -»Item, cognoissent et s'efforcent de cognoistre des causes touchans les -églyses cathédraux et autres églyses de fondacion royal, laquelle chose -nul ne puet faire que le seigneur souverain tant seulement; et -généralment s'efforcent de tout leur povoir de entreprendre à user -desdites souverainetés et ressors, tant en Guyenne en donnant -ajournemens en cause d'appel que autrement, jasoit ce que faire ne le -pevent né ne doivent: ainsois en puet user le roy de France seul et pour -le tout comme dit est. - -»Item, que veues et considérées les choses dessusdites, lesquelles sont -venues de nouvel à la cognoissance du roy de France, il appert que le -roy d'Angleterre et le prince doivent cesser de user desdites -souverainetés et ressors, et que tout ce que fait en ont doit estre -rappelé et mis au néant. - -_La septiesme_. »Que comme ledit roy d'Angleterre et le prince son fils, -soubs umbre et couleur dudit traictié de la paix, aient occupé et de -fait détiennent et occupent pluseurs villes, chasteaux, terres et lieux, -lesquels, par ledit traictié, ne leur doivent estre bailliés, né à eux -appartenir né demourer; et aussi aient lesdis roys d'Angleterre et -prince, par eux, leur gens et officiers, fait et exercé pluseurs explois -de seigneurie et de justice en pluseurs lieux où il ne le povoient faire -né devoient; ainsois en appartient la justice et seigneurie au roy de -France ou à ses vassaux et subgiés, lesquelles occupacions et explois -seront déclarés sé besoin est. Si se doivent lesdis roy d'Angleterre et -prince cessier et délaissier desdites occupacions et explois, et tout ce -qu'il ont fait doit estre rappelé du tout et mis au néant; et avec ce -rendre et restituer tout ce qu'il en ont pris, levé ou emporté par eux, -leur gens ou officiers. - -_La huitiesme_. »Que comme le roy de France ait fait et accompli tout ce -à quoy il estoit tenu par le traictié pour avoir la quinte partie des -hostaiges nobles qui sont en Angleterre, que ladite quinte partie luy -soit délivrée; et pour ce demande ceux dont les noms s'ensuivent: c'est -assavoir le conte de Harecourt, le seigneur de Montmorency, le conte de -Porcien et le sire de Roye.--Par le roy en son conseil ou assemblée -tenue à Paris le onziesme jour du mois de may, l'an mil trois cent -soixante-neuf[286].» - - [286] Le manuscrit de Charles V porte en marge l'observation suivante: - _No: Que pour l'ocasion des choses dessusdites recommença guerre - entre les deux roys de France et d'Angleterre._ - - - - -XXI. - -Le mariage de monseigneur de Bourgoigne et de madame Marguerite, fille -du conte de Flandres. - - -L'an mil trois cent soixante-neuf dessusdit, le dix-neuviesme jour du -mois de juing, le mariage de monseigneur Phelippe, frère du roy de -France et duc de Bourgoigne, et de Marguerite, fille de messire Loys -conte de Flandres, fu fait et célébré en l'abbaye de Saint-Bavon de Gand -par l'evesque de Tournay: et ot en ladite abbaye ce jour moult belle et -notable feste. Et l'endemain, jour de mercredi, ledit duc de Bourgoigne -donna à disner à toutes gens qui y vouldrent disner en l'abbaye de -St-Père de Gand, en laquelle il estoit logié et en laquelle il estoit -descendu le lundi précédent environ disner. Et jousta-l'en et fist-l'en -moult belle feste le mardi, mercredi et jeudi; et y furent le duc de -Breban oncle dudit duc de Bourgoigne, et la duchesse de Breban, qui -estoit tante de ladite Marguerite, duchesse de Bourgoigne; et aussi -avoit icelle Marguerite esté par avant femme du duc Phelippe de -Bourgoigne, qui avoit esté trespassé l'an mil trois cent soixante-un, et -ainsi fu duchesse de Bourgoigne deux fois. Et par le traictié de ce -derrain mariage fait le dix-neuviesme jour de juin, comme dit est, les -villes de Lille, de Douay et d'Orchies, avec les chastiaux et -chastellenies et toutes les appartenances, furent bailliées audit conte -lors de Flandres, par certaines manières et condicions, si comme par le -traictié puet apparoir, dont la teneur ensuit: - - - - -XXII. - -Le traictié du mariage. - - -«Traictié et accordé est par nous Pierre, evesque d'Aucerre, Gauchier, -seigneur de Chasteillon, et maistre Arnaud de Corbie, au nom et pour le -roy nostre sire, qui estions envoiés de par lui pour traictier du -mariage de monseigneur le duc de Bourgoigne et madame Marguerite, fille -monseigneur de Flandres, duchesse de Bourgoigne, par vertu de certaine -commission et povoir à nous sur ce baillié de par le roy, d'une part; et -le conseil monseigneur le conte de Flandres, au nom et pour ledit conte, -d'autre, en la manière qui s'ensuit. Premièrement pour sanctifier et -faire raison à monseigneur de Flandres, tant de dix mil livrées de terre -à héritaige qu'il demandoit au roy nostre sire par lettres du roy Jehan -de bonne mémoire, son père darrenièrement trespassé que Dieu absoille, -et par les siennes sur ce faites, et des arrérages d'icelles pour -pluseurs années, comme de cent mil deniers d'or à l'escu, pour la -récompensacion de sa monnoie de Clamecy, et pour le paiement de certaine -quantité de gens d'armes tenues par lonc-temps à Gravelinghes; nous, au -nom du roy, pour faire raison audit monseigneur de Flandres de ladite -demande, et pour le roy en acquitter vers luy, avons accordé que le roy -donera et baillera, pour lesdites dix mil livrées de terre, en héritaige -perpétuel, audit monseigneur de Flandres et à ses hoirs et successeurs, -contes ou contesses de Flandres, les villes, chasteaux, chastellenies de -Lille, de Douai et d'Orchies, et toutes leur appartenances, baillies, -patronaiges, nobletés et appendances quelconques, que les prédécesseurs -dudit monseigneur de Flandres, contes de Flandres, tenoient au temps que -elles furent transportées ès prédécesseurs du roy, par la manière et -condicions qui s'ensuivent: c'est assavoir que au cas que ledit -monseigneur de Flandres n'aroit hoir masle de son corps en loyal -mariage, lesdites villes, chasteaux et chastellenies appartenans et -appendans quelconques, seront héritaige de madame la duchesse de -Bourgoigne, sa fille, de ses hoirs masles procréés du corps dudit -monseigneur le duc de Bourgoigne, et aussi des hoirs masles procréés et -descendans en droite ligne et en loyal mariage de leurs dis hoirs -masles; et que au cas que ledit monseigneur de Flandres, en loyal -mariage n'auroit hoir masle, né ladite madame la duchesse de Bourgoigne -sa fille aussi n'auroit hoir masle procréé du corps dudit monseigneur le -duc de Bourgoigne comme dessus est dit, et que ladite ligne en -descendant des hoirs masles dudit monseigneur de Flandres et de ladite -madame de Bourgoigne procréés dudit monseigneur de Bourgoigne, comme dit -est, faudroit; par quoy en aucun temps avenir la conté de Flandres -eschéist à fille ou à autres hoirs masles et femelles: le roy et ses -successeurs roys de France pourront en ce cas ravoir lesdites villes, -chasteaux, chastellenies, appartenances et appendances, en baillant dix -mil livrées de terres à héritaige par monnoie de Flandres courant -le sixiesme jour du mois de novembre l'an mil trois cens -cinquante-cinq,--c'est assavoir, le marc d'argent au marc de Troyes pour -cent dix-huit sols parisis,--aux hoirs de monseigneur de Flandres, -contes ou contesses de Flandres, assises en franc demaine bien et -souffisaument; c'est assavoir, les cinq mil livrées de terre dedens le -royaume de France, entre la rivière de Somme et Flandres en descendant -jusques à la mer; et les autres cinq mil livrées de terre près des -contés de Nevers ou de Rethel. Et au cas qu'il plaira au conte ou -contesse de Flandres qui sera au temps du rachat, il aura pour les dis -cinq mil livrées de terre dessus dis, qui se trouvent à seoir près des -contés de Nevers ou de Rethel, comme dit est, argent. C'est assavoir -pour le denier de rente, quinze deniers paiés à une fois monnoie de -France[287], ou vint deniers paiés tout à une fois de ladite monnoie de -Flandres, lequel qu'il plaira mieux au conte ou contesse de Flandres, -qui sera au temps dudit rachat; lequel rachat, sé ledit duc de -Bourgoigne aloit de vie à trespassement, sans laissier hoir masle -procréé de son corps et du corps de ladite duchesse, que Dieu ne veille, -le roy né ses successeurs ne pourroient ce faire durant la vie de ladite -duchesse de Bourgoigne, tant qu'elle se tendra de remarier, ou sé elle -se marie de la volenté et assentement du roy nostre sire ou de ses -successeurs roys de France; et tenront les successeurs dudit conte de -Flandres, contes ou contesses de Flandres les cinq mil livrées de terre -qui seront assises entre la rivière de Somme, la conté de Flandres et la -mer, comme dessus est dit, en un homaige avec la conté de Flandres, et -en partie aussi noblement comme ladite conté de Flandres est et doit -estre tenue de la couronne de France. Et avec ce, il tenront les autres -cinq mil livrées de terre, qui seront assises, comme dit est, près -desdis contés de Nevers ou de Rethel, à une foy et à un homaige à par -luy aussi noblement comme celle desdites contés dont elles seront plus -près assises est tenue de la couronne de France. Et lesdites villes, -chasteaux, chastellenies de Lille, de Douai et d'Orchies, et toutes les -appartenances et appendances d'icelles tenront ledit monseigneur de -Flandres, ses hoirs masles, ladite duchesse de Bourgoigne, sa fille, ses -hoirs masles, leur hoirs et successeurs contes et contesses de Flandres -en un homaige et en pairie avec la conté de Flandres, et aussi noblement -que ledit monseigneur de Flandres tient et doit tenir ladite conté de -Flandres; réservé au roy et à sesdis successeurs roys de France, le fié, -ressort et souveraineté desdites villes, chasteaux, chastellenies de -Lille, de Douay et d'Orchies, et des appartenances et dépendances -d'icelles, et les drois royaux que les prédécesseurs du roy y avoient au -temps que elles estoient ès mains des contes de Flandres, prédécesseurs -dudit monseigneur de Flandres; et aussi réservé au roy et à sesdis -successeurs, roys de France, le rachat desdites villes, chasteaux, -chastellenies, appartenances et appendances, au cas et par la manière et -condicions dessusdis. Et ne seront tenus les hoirs dudit monseigneur de -Flandres, contes ou contesses de Flandres, de baillier et rendre iceux -chasteaux, villes, chastellenies, appartenances et appendances ès mains -du roy ou de ses successeurs, roys de France, jusques à ce que lesdites -dix mil livrées de terre parisis, monnoie de Flandres dessusdite, leur -seront assises plainement en franc demaine et délivrées par la manière -dessus déclarée, et qu'il en aient la paisible possession, réalment et -de fait. Lesquelles villes, chasteaux, chastellenies, appartenances et -appendances quelconques de Lille, de Douay et d'Orchies, le roy et ses -successeurs, roys de France, seront tenus de deschargier de toutes -charges et assignacions faites sur icelles, à héritaige, à vie, à terme -ou autrement, et puis que elles furent bailliées à sesdis prédécesseurs -roys de France; et en prendra le roy nostre sire dès maintenant la -charge sur luy et en acquittera et sera garant audit monseigneur de -Flandres, ses hoirs et successeurs, vers tous ceux qui aucune chose luy -en pourroient ou vouldroient demander; sauf que sé aucunes rentes en -sont aliénées en héritaige à églyse, depuis ledit temps, le roy sera -tenu de en faire recompensacion audit monseigneur de Flandres en autre -terre assise bien et souffisamment, entre la rivière de Somme et ladite -conté de Flandres en franc demaine, près desdites villes, chasteaux, -chastellenies, appartenances et appendances quelconques, tout en un -hommaige avec ladite conté de Flandres; ou le roy paiera audit -monseigneur de Flandres pour mil livrées de terre par an, sé tant y a, -vingt mil florins d'or frans de France pour une fois; et sé plus ou -moins y a, à l'avenant. Laquelle assiete ou paiement le roy fera -parfaite et accomplie, comme dit est, audit monseigneur de Flandres -dedens le jour de la feste saint Remy, en octobre prochain à venir au -plus tart; et de ce asseurera bien et souffisamment ledit monseigneur de -Flandres par bons plaiges et souffisans, agréables audit conte et qui -s'en feront débteurs principaux avant le mariage. Et pour ce que depuis -que lesdites villes, chasteaux, chastellenies, appartenances et -dépendances vindrent ès mains de sesdis prédécesseurs roys de France, -iceux prédécesseurs ont acquis le chastel et la terre de l'Escluse, -emprès Douay, qui meuvent et sont d'ancienneté du fié et du ressort du -chastel de Douay, le roy vouldra, promettra et consentira que ledit -conte de Flandres et ses hoirs, par la manière dessusdite, en aient -hommaige d'un homme héritier de la terre, et tout autel droit, ressort -et souveraineté sur lesdis chastel et terre de l'Escluse, comme ses -prédécesseurs, contes de Flandres y avoient, quant lesdites villes, -chasteaux, chastellenies, appartenances et appendances de ville de Douay -et d'Orchies estoient en leur mains, nonobstant que les prédécesseurs du -roy aient acquis le demaine. Et sera tenu ledit conte de Flandres de -faire derechief homaige au roy de la conté de Flandres et desdites -villes, chasteaux, chastellenies de Lille, de Douay et d'Orchies, et des -appartenances et appendances d'icelles adjointes à icelle conté, à tenir -en un hommaige et en partie, comme dit est, en la manière que -derrenièrement il fist hommaige au roy de la conté de Flandres. Et si -asseurera ledit monseigneur de Flandres le roy, et obligera luy, ses -hoirs et successeurs quelque part qu'il soient audit royaume, de rendre -et baillier au roy et ses successeurs, roys de France, lesdis chasteaux, -villes, chastellenies, appartenances et appendances de Lille, de Douay -et d'Orchies, au cas que les condicions dessusdites avenroient, que Dieu -ne veuille, et que on les racheteroit par la manière dessusdite. Et -quant à ce, soumettra ledit conte soy, sesdis hoirs et successeurs et -lesdis biens et terres de luy et d'eux à la juridicion et contrainte du -roy et de ses successeurs, roys de France et de sa court, par lesquelles -lesdis hoirs et successeurs seront contrains à ce et non autrement, -ledit rachat premièrement fait par la manière que dessus est dit; et les -hoirs et successeurs dudit conte de Flandres aians premièrement, -royalment et de fait la possession paisible de ladite récompensacion -deuement faite et sans fraude. Et par espécial, vouldra ledit -monseigneur de Flandres, sé ses hoirs estoient défaillans de rendre et -baillier lesdites villes, chasteaux, chastellenies, appartenances et -appendances de Lille, de Douay et d'Orchies et des appendances -quelconques, que adont le roy et ses successeurs roys de France -puissent, s'il leur plaisoit, saisir et arrester toutes leur terres -dessusdites, et contraindre les hoirs dudit conte par toutes voies -raisonnables, par sa jusridicion temporelle et non autrement, afin que -lesdites villes, chasteaux, chastellenies, appartenances et dépendances -dessusdites luy feussent rendues. Et icelles rendues, le roy sera tenu -de tantost oster et mettre au nient les arrests et saisines et tous -empeschemens mis aux terres, biens et possessions dessusdites sans nul -contredit, et en baillera ledit conte ses lettres. Et en oultre, -baillera le roy audit conte de Flandres pour pluseurs grans sommes -d'argent en quoy il est tenu à luy, pour les demandes dessusdites, deux -cens mil deniers d'or francs de France, desquels le roy luy paiera cent -mil francs huit jours avant ledit mariage; et les autres cent mil francs -luy fera le roy paier et délivrer en sa ville de Bruges, dedens deux ans -après ledit mariage fait, à quatre termes et par quatre fois; c'est -assavoir: vint-cinq mil francs en la fin de demy an après ledit mariage, -et après, de demy an en demy an à chascun terme vint-cinq mil: et de ce -luy donra le roy ses lettres obligatoires et bons plaigemens et -souffisans agréables audit conte de Flandres, qui de ce s'obligeront -bien et souffisamment par lettres, en leur propres et privés noms et -chascun pour le tout envers ledit conte de Flandres, s'aucune deffaute -avoit au paiement desdis cent mil francs aux termes dessus déclarés; et -de ce donront bonnes lettres et souffisans, teles qui souffisent audit -monseigneur de Flandres; et par baillant royalment et de fait audit -conte de Flandres lesdites villes, chasteaux, chastellenies, -appartenances et appendances et la possession paisible d'icelles comme -dessus est dit, le roy et ses successeurs roys de France et autres pour -ce obligiés, sont et seront quictes envers luy et ses hoirs et -successeurs des dix mil livrées de terre dessusdites. Et aussi par luy -paiant, comme dit est, les deux cens mil francs, sera le roy quicte -envers luy et sesdis successeurs de tous les arrérages d'icelles dix mil -livres de rente et des dessusdis cent mil escus pour les gens d'armes -qu'il tient à Gravelinghes et pour le reste de sa dite monnoie de -Clamecy. Et sera tenu ledit monseigneur de Flandres rendre au roy toutes -lettres qu'il a sur ces choses du roy Jehan, père du roy à présent, et -de luy ou d'autres pour ce obligiés; et dès maintenant veult que elles -soient nulles, et jamais n'en pourront ledit conte né ses successeurs -aucune chose demander au roy né à ses successeurs ou autres pour ce -obligiés, comme dit est. Et avec ce promettra le roy audit monseigneur -de Flandres que la possession desdites villes, chasteaux, chastellenies, -appartenances et appendances quelconques de Lille, Douay et d'Orchies, -il luy fera baillier et délivrer royalment et de fait, et luy paier -plainement les premiers cent mil francs dessusdis, avant que le mariage -se fasse en sainte églyse. Et iceluy mariage fait en sainte églyse, -comme dit est, ladite duchesse de Bourgoigne demourra au pays de -Flandres par un an après ledit mariage fait, ou par tant de temps -d'iceluy an comme il plaira audit monseigneur de Flandres; et voudra et -consentira le roy pour luy, ses hoirs et successeurs, roys de France, -que toutes lettres et munimens que il a ou puet avoir ou autres de par -luy dudit monseigneur de Flandres ou de ses prédécesseurs audit pays de -Flandres, touchans, en quelque manière que ce puisse être, le transport -fait par ledit conte ou ses prédécesseurs aux prédécesseurs du roy, -desdis chasteaux, villes et chastellenies de Lille, de Douay, d'Orchies, -et des appartenances et appendances d'iceux quelconques, soient nulles -et de nulle valeur, et dès maintenant les annullera et cassera et -cognoistra et vouldra estre de nul effet, force ou vertu, soubs -quelconque teneur que elles soient en tant comme elles puent ou pourront -estre au temps avenir contraires ou préjudiciables aux choses -dessusdites ou aucunes d'icelles; et que d'icelle le roy né ses -successeurs, né autres pour luy né pour sesdis hoirs et successeurs, ne -se pourra aidier par quelque manière que ce soit à l'encontre desdites -choses ou d'aucunes d'icelles. Toutes lesquelles choses dessusdites et -chascunes d'icelles, en la manière que dessus elles sont déclarées de -point en point, eue sur ce meure délibération avec pluseurs de son sang -et autres de son conseil, le roy promettra pour luy et sesdis -successeurs, et aussi pour ledit duc de Bourgoigne son frère, dont il se -fera fort, en bonne foy, en loyauté et parole de roy, tenir, garder et -accomplir de point en point sans enfraindre; et que il né sesdis hoirs -et successeurs, né aussi son dit frère le duc de Bourgoigne ne venront -par eux né par autres, en aucun temps à venir à l'encontre; et à ce -s'obligera et sesdis hoirs et successeurs roys de France, loyaument et -en bonne foy, sans fraude, nonobstant que lesdis chasteaux, villes et -chastellenies de Lille, de Douay et d'Orchies, et les appartenances et -appendances quelconques d'icelles feussent appliqués au demaine de la -couronne de France; et en et d'iceluy demaine aient esté et demouré par -lonc temps, quelconques révocacions généraux ou espéciaux que le roy ou -ses prédécesseurs aient fait, et que il ou ses dis hoirs et ses -successeurs facent ou puissent faire au temps à venir par droit royal ou -autrement des dons ou aliénacions fais ou à faire du demaine de ladite -coronne de France, quelconques autres dons ou graces fais audit conte de -Flandres ou sesdis prédécesseurs par les prédécesseurs dudit roy de -France ou par luy-meisme; que iceux autres dons ou graces ne soient -spécifiés ou esclaircis ès lettres qu'il en donra; et quelconques -constitutions, édis, ordenances, coustumes, style ou usages de la court -de France ou autres choses quelconques à ce contraires. Lesquels -révocacions, constitucions, édis, ordenances, coustumes, styles ou -usages et toutes autres choses, en tant comme il sont ou pourroient -estre contraires ou préjudiciables aux choses dessusdites ou à aucunes -d'icelles, le roy cassera, rappellera et mettra du tout au nient, pour -luy, ses hoirs et successeurs par la teneur de ces lettres. Et pour les -choses dessusdites faire et accomplir audit monseigneur de Flandres par -la manière dessus déclarée, et pour baillier toutes lettres et seurtés à -ce appartenans, d'un costé et d'autre, seront les gens du roy à Lille, -au dimenche prochain avant la Penthecouste prochaine venir. Et toutes -ces dites choses parfaites entièrement audit monseigneur de Flandres, il -veut et consent dès maintenant en ce cas le mariage des dessusdis -monseigneur le duc de Bourgoigne et de madite dame la duchesse de -Bourgoigne sa fille; et que dès lors en avant, on procède à la -solempnisation dudit mariage, à tel jour qu'il plaira au roy et le plus -brief qu'il pourra se faire bonnement. En tesmoin de ce, nous Pierre, -evesque d'Aucerre, Gauthier, seigneur de Chasteillon, et Arnault de -Corbie, pour la partie du roy, pour lequel nous nous faisons fors; et -nous Henry de Bevre, chastellain de Diquemme; Bauduins, sire de Praet, -et Roland, sire de Poukes, conseilliers monseigneur de Flandres pour sa -partie, et pour lequel nous nous faisons fors, et qu'il promettra pour -luy et pour madite dame de Bourgoigne, sa fille, de tenir et acomplir -toutes les choses dessusdites et chascunes d'icelles, en tant comme -elles touchent à eux et à chascun d'eux, avons plaqués nos seaux à ce -présent traictié, lequel fu fait à Gand le jeudi douziesme jour du mois -d'avril après Pasques, l'an de grace mil trois cens soixante-neuf.» - - [287] C'étoit par conséquent un intérêt à six pour cent. Il me semble - que dans l'opinion la plus répandue, l'intérêt de l'argent passoit - pour être alors bien plus considérable.--Tout ce traité est - méconnaissable dans les éditions précédentes. - - - - -XXIII. - -Coment le duc de Lenclastre vint à Calais pour guerroier France; et -coment le duc de Bourgoingne et les François alèrent à Tourneham. - - -Le dimanche, quinziesme[288] jour de juillet, l'an mil trois cens -soixante-neuf dessus dit, le roy parti de Paris et ala au giste à -Saint-Denis pour aler à Rouen, et de là à Herefleu, pour veoir le navire -que il avoit fait assembler pour faire passer en Angleterre: et avoit le -roy ordené que monseigneur le duc de Bourgoigne, son frère, y passeroit, -et avecques luy de bonnes gens d'armes, pour faire guerre au roy -d'Angleterre en son pays, qui l'avoit commenciée. Mais assez tost après, -le duc de Lenclastre, fils dudit roy d'Angleterre, passa à Calais et -grant quantité de gens d'armes et de archiers avecques luy, et -chevauchèrent jusques à Thérouenne et jusques à Aire et boutèrent les -feux par le païs où il passèrent; et pour celle cause, le roy de France -qui estoit ès parties de Normendie, fu conseillié de envoier son dit -frère le duc de Bourgoingne et les gens d'armes qui estoient devers luy -ès parties où estoit ledit duc de Lenclastre. Si se traist ledit duc de -Bourgoingne celle part, et approuchièrent les François des Anglois si -près, que le vint-troisiesme jour du mois d'aoust ensuivant, ledit duc -de Bourgoingne et sa compaignie se logièrent sur la montaigne de -Tourneham, près d'Ardre; et les Anglois furent logiés entre Guynes et -Ardre, à une petite lieue des François; et chascun jour y avoit des -escarmuches. Et finablement, à l'entrée du mois de septembre, furent -esleus de chascune des deux parties six chevaliers pour eslire une place -en laquelle il se combattroient, et tousjours estoit le roy environ -Rouen, et en celuy temps, le roy de Navarre qui longuement avoit demouré -en Navarre, vint, par la mer, en Constantin, et envoia monseigneur -Legier d'Orgesis et Guerart Mausergent devers le Roy de France, et luy -fist savoir que il vendroit devers luy sé il luy plaisoit; mais il avoit -à luy faire aucunes requestes, lesquelles il diroit volentiers à aucuns -du conseil du roy, sé il luy en vouloit aucuns envoier. Et pour ce, y -envoia le roy le conte de Sarebruche, le doyen de Paris et maistre -Pierre Blanchet. Et en ce temps le siège se leva que avoient mis devant -Saint-Sauveur-le-Viconte le sire de Craon, le sire de Laval, le sire de -Cliçon, et pluseurs autres chevaliers et écuiers de la partie du roy de -France, pour ce que ledit Saint-Sauveur se tenoit pour messire Jehan de -Chandos, Anglois, et que au chastel dudit Saint-Sauveur se estoient mis -et retrais pluseurs gens de compaignie jusques au nombre de mil -combattans ou de plus. Et la cause pourquoy se leva ledit siège, fu, si -comme l'en disoit, pour ce que ledit sire de Cliçon s'en ala et enmena -ses gens. Si ne demourèrent pas les autres si fors que il peussent tenir -le siège. De laquelle chose le roy fu trop dolent, et manda au seigneur -de Craon et aux autres qu'il retournassent audit siège. - - [288] _Quinziesme_. Et non pas _vint-cinquiesme_, comme les éditions - précédentes et beaucoup de manuscrits. Cette année-là, le 25 tomboit - un mercredi. - - - - -XXIV. - -Coment l'ost de Tourneham desloga, et de la prise de messire Hue de -Chastillon, et le chastellain de Beauvais et pluseurs autres. - - -Le mercredi, deuxiesme jour de septembre ensuivant, de nuit, ledit duc -de Bourgoingne qui, dès le vint-troisiesme jour d'aoust précédent, avoit -esté logié sur le mont de Tourneham, près d'Ardre, devant le duc de -Lenclastre, se desloga et tout son ost et s'en ala à Hesdin, dont moult -de gens furent courrouciés, qui avoient espérance que il deust combattre -audit duc de Lenclastre; et en furent, tant ledit duc comme les autres -François qui estoient en sa compaignie, moult blasmés de toutes gens; -car les François estoient meilleurs gens que les Anglois, et si estoient -en forte place et avoient assez vivres. Et assez tost après le duc de -Lenclastre et ses gens se délogièrent et chevauchièrent vers le païs de -Caux et passèrent la rivière de Somme à la Blanquetaque, et alèrent -jusques à Harfleu, en propos d'ardoir le navire du roy de France qui là -estoit; et ardirent en la conté de Eu grant foison du païs par où il -passèrent. Et lors n'avoient esté encore ceux du païs de Caux domaigiés -des guerres, comme les autres parties du royaume avoient esté. Si ne -porent lesdis Anglois aucune chose meffaire à Harfleu né audit navire, -et s'en retournèrent par la conté de Pontieu; et au-dehors d'Abbeville -prindrent monseigneur Hue de Chasteillon, maistre des arbalestriers, le -chastellain de Beauvais et aucuns autres chevaliers, escuiers et -bourgois de ladite ville qui estoient issus hors, et les emmenèrent à -Calais. - - - - -XXV. - -De la venue de la duchesse de Bourgoingne à Paris. - - -Item, le mercredi vint-deuxiesme[289] jour de novembre mil trois cens -soixante-neuf dessus dit, la duchesse de Bourgoingne, dont parlé est -ci-dessus, entra à Paris, qui venoit de Flandres, et alèrent contre luy -tous les prélas qui lors estoient à Paris, le cardinal de Beauvais, les -nobles et grant nombre de bourgois de Paris, par le commendement du roy, -et descendi en l'ostel du roy à St-Paul, là où elle fut reçue très -honnorablement du roy et de la royne. Item, en celuy temps, le roy de -France ordena de envoier gens en Angleterre, par le païs de Galles, et -les y devoient conduire deux Galais, l'un appellé Yvain de Gales et -l'autre Jaques Win, autrement le Poursivant d'amours, lesquels se -disoient estre ennemis du roy d'Angleterre; et deurent estre à Harfleu -le sixiesme jour de décembre mil trois cens soixante-neuf dessus dit, -pour entrer tantost en mer; car le premier voyage que le roy avoit -empris de faire par son frère le duc de Bourgoingne avoit esté -roupt[290] par la chevauchiée qui fu faite à Tourneham, dont dessus est -faite mencion. - - [289] _Vint-deuxiesme_. Ou plutôt _vint-et-uniesme_. - - [290] _Roupt_. Rompu. - - - - -XXVI. - -De l'ordenance des finances faite pour soutenir le fait des guerres. - - -En celuy temps, le roy fist convocacion des gens d'églyse, des nobles et -des bonnes villes de son royaume, pour estre à Paris le septiesme jour -de décembre mil trois cens soixante-neuf dessus dit; et leur fist -exposer le fait de la guerre, à laquelle il ne povoit gouverner sans -avoir finance de son peuple, et leur requist aide pour faire sa dite -guerre. Et après pluseurs assemblées fu accordé que le roy aroit pour -l'estat soustenir de luy, de la royne et de monseigneur le dauphin, son -fils, l'imposicion de douze deniers pour livre et la gabelle du sel; et -si lèveroit-l'en pour la guerre un fouage de quatre francs pour chascun -feu en ville fermée; et en plat pays un franc et demi partout, le fort -portant le foible. Et oultre, l'en paieroit pour chascune queue de vin -que l'en vendroit en gros le treiziesme denier, si comme l'en avoit fait -depuis la délivrance du roy Jehan; et si paieroit-l'en le quatriesme -denier du vin que l'en vendroit à broche. Et à Paris, l'en paieroit pour -chascune queue de vin françois que l'en mettroit en la ville douze sols -parisis, du vin de Bourgoigne vint-quatre sols parisis, et pour chascune -queue de vin de Beaune et de St-Poursain trente-deux sols parisis; et -pour chascune vente en gros ou en broche, tant comme dit est de chascun -desdis vins. Et quant il seront vendus en gros le acheteur paieroit, et -sé il estoit vendu en broche le vendeur paieroit. Item, en celuy mois de -décembre les dessusdis Galays qui estoient entrés en mer, dont dessus -est faite mencion, retournèrent sans faire aucun exploit dedens dix -jours ou douze après ce que il y furent entrés, et se excusèrent de leur -retour sur fortune de mer qu'il avoient eue si comme il disoient; et si -cousta ce voyage au roy plus de cent mile francs. - - - - -XXVII. - -Coment Montpellier fu baillié au roy de France par eschange. - -ANNÉE 1370 - - -Item, au mois de janvier ensuivant et en celuy de février, furent -envoiés messaiges du roy de France au roy de Navarre qui estoit à -Chierbourc, et du roy de Navarre au roy de France, pour traictier -d'accort pour cause de Mantes et de Meullent que le roy de France tenoit -et qui par avant avoient esté audit roy de Navarre; et avoient esté -prises par les gens du roy, si comme dessus est faite mencion. Et pour -celle cause, furent pluseurs fois à Paris les roynes Jehanne et Blanche, -tante et seur dudit roy de Navarre; et finablement fu le traictié mis à -fin, le vint-uniesme jour du moys de mars mil trois cens soixante-neuf -dessus dit. Par lequel traictié ledit roy de Navarre dot avoir -Montpellier et toute la baronnie et une grant somme d'argent; et dot -venir devers le roy pour luy faire homaige de toutes les terres que il -tenoit de luy. Et envoia le roy de France à Chierbourc pardevers ledit -roi de Navarre pour traictier avec luy de la somme, pour ce que il ne -vouloit venir devers ledit roy de France sé il n'avoit hostaiges. Sé fu -accordé que le duc de Berry, frère du roy de France, iroit à Evreux pour -hostaige, et ledit roy de Navarre viendroit devers le roy de France pour -faire sondit homaige; mais le roy de Navarre avoit toujours ses -messaiges en Angleterre, pour traictier avecques le roy d'Angleterre; si -delaoit tousjours sa venue devers le roy de France. Et ainsi delaia -tousjours jusques environ la Magdalène ensuivant que le roy de France -envoia derechief pardevers luy le conte de Sarebruche, qui autrefois y -avoit esté. Et par tout le temps dessus dit depuis que la guerre estoit -commenciée entre les roys de France et d'Angleterre guerroièrent par -espécial au duchié de Guyenne, et recouvra le roy de France pluseurs -villes et chasteaux. - -_Incidence_.--Item, le vint-deuxiesme jour d'avril mil trois cens -soixante-dix, fu assise la première pierre de la Bastide-St-Anthoine de -Paris par Hugues Aubriot, lors prévost de Paris, qui la fist faire des -deniers que le roy donna à la ville de Paris. Item, le mardi, seiziesme -jour du moys de juillet mil trois cens soixante-dix dessus dit, à Paris -devant le roy de France, en son hostel à Saint-Paul, fu fiancée madame -Jehanne de France, fille du roy Phelippe qui trespassa l'an mil trois -cens cinquante, et de la royne Blanche qui encore vivoit, à deux -chevaliers de Arragon, procureurs et au nom de Jehan, ainsné fils du roy -d'Arragon, duc de Gironne; et avoient lesdis chevaliers demouré moult -longuement à Paris pour celle cause, en poursuivant le traictié dudit -mariage. - - - - -XXVIII. - -Des dommages que les Anglois firent au royaume de France et entour -Paris. - - -Item, en la fin du moys de juillet ensuivant, messire Robert Canole, -messire Thomas de Granson, anglois, et en leur compaignie jusques au -nombre de seize cens hommes d'armes ou environ et de deux mille cinq -cens archiers, partirent de Calais pour le roy d'Angleterre et -chevauchièrent vers Saint-Omer et de là à Arras et ardirent grant -quantité des forsbours d'Arras et des blés qui estoient aux champs sur -le pié; et après alèrent devant Noyon par le Vermendoys et ardirent -grant quantité de maisons. Mais il n'ardoient point ce que l'en vouloit -raençonner[291], et après passèrent les rivières d'Oise et d'Aisne[292] -(et alèrent devant Reims; et après passèrent la rivière de Marne, vers -Dormans, et alèrent jusques vers Troyes), et passèrent les rivières -d'Aube et de Saine en alant à Saint-Florentin, et de là alèrent passer -la rivière d'Yonne, vers Joigny, en ardant tousjours le païs (qui ne se -vouloit raençonner. Et après passèrent par le Gastinois et descendirent -par Chasteau-Landon, par Nemox[293] et par le païs) jusques à Corbueil -et à Essonne. Et le dimenche, vint-deuxiesme jour de septembre[294] mil -trois cens soixante-dix dessus dit, logièrent environ Mons et Ablon[295] -et le païs environ. Item, le mardi ensuivant, vint-quatriesme[296] jour -dudit moys, furent en bataille entre Ville-Juye et Paris. Et à Paris -avoit bien douze cens hommes d'armes autres que de la ville aux gaiges -du roy: et y ot celle journée des escarmouches devant Saint-Marcel et y -perdirent lesdis Anglois environ six ou huit de leur gens. Et celle -journée, lesdis Anglois mistrent le feu en grant foison de villes emprès -Paris (comme Ville-Juye, Gentilly, Cachant, Arcueil et en l'ostel de -Vincestre[297]), et fu conseillié au roy, pour le mieux, que il ne -fussent pas lors combatus. Et celuy soir se alèrent lesdis Anglois -logier à Anthoigny et environ, et le mercredi ensuivant se deslogièrent -et se partirent pour aler vers Normendie, et après retournèrent dedens -quatre jours; et alèrent à Estampes, à Milly, et par la Beausse et -Gastinois, faisans tousjours fais que ennemis doivent faire. - - [291] _Raençonner_. Racheter. - - [292] Les parenthèses indiquent les phrases passées dans les éditions - précédentes. - - [293] _Nemox_. Nemours. - - [294] _De septembre_. Et non pas _ensuivant_, comme dans les éditions - précédentes. - - [295] _Mons et Ablon_. Tout près de Villeneuve-Saint-Georges. - - [296] _Vint-quatriesme_. Et non pas _vint-troisiesme_, comme dans les - éditions précédentes. - - [297] _Vincestre_. Bicêtre. - -_Incidence_.--Item, en celuy moys de septembre mil trois cens -soixante-dix, pape Urbain qui estoit ès parties de Rome s'en parti, et -se mist en mer en galies que le roy de France luy avoit envoiées par -l'abbé de Fescamp et par un chevalier de France, appellé messire Jehan -de Chambly dit le Haze. Et arriva à Marseille le dix-septiesme jour -dudit moys de septembre, et assez tost après ala à Avignon. Et ainsi -demoura au voyage que il avoit fait à Rome par trois ans quatre mois et -dix-sept jours. - - - - -XXIX. - -Coment monseigneur Bertran du Guesclin fu fait connestable de France. - - -Item, le mercredi second jour du mois d'octobre ensuivant, le roy de -France fist connestable de France, vacant par la résinacion que avoit -fait dudit office monseigneur Moreau de Fiennes qui par avant l'avoit -esté, un chevalier breton, appellé messire Bertran du Guesclin, pour la -vaillance dudit chevalier: car il estoit de mendre lignage que autre -connestable qui par avant eust esté; mais, par sa vaillance, il avoit -acquises pluseurs grans terres et seigneuries: c'est assavoir, en -France, la conté de Longueville que le roy de France luy avoit donnée; -et en Castelle, le roy Henry de Castelle luy avoit donné plus de dix -mille livrées de terres. Et assez tost après ala en Anjou, où estoient -les devant dis Canole et Granson qui avoient enforcié Vas, Rully[298] et -autres lieux, et en combatti et desconfit en une route environ six cens: -et y fu pris ledit messire Thomas de Granson. Et après, ala ledit -messire Bertran à Vas et le prist par assaut et y furent mors et pris -environ trois cens Anglois, et tantost ala à Rully; mais ceux qui le -tenoient s'en estoient partis tantost que il avoient sceu la prise de -Vas, mais ledit connestable les suivit jusques à Versurre[299] et là ès -forsbours les combatti et desconfit, et y furent bien trois cens mors et -pris; et prist la ville et après la laissa. - - [298] _Vas_. Aujourd'hui _Vaas_, à plusieurs lieues de - _Pontvalain_, le seul endroit dont parle Froissart dans cette - circonstance.--Robert Canolle, suivant la chronique inédite du - manuscrit 530, «avoit laissié pluseurs de ses gens en la forteresse - de _Vas_, qui séoit sur la rivière du Loir, et à _Rilly_ - (aujourd'hui _Ruillé_) et au _Louroux_, lesquels il avoient de - nouvel emperées.» (Fº 101.) - - [299] _Versurre_. Variante: _Bersurre_. - - - - -XXX. - -De la mort du pape Urbain, et de l'élection du pape Grégoire XI. - - -Item, le jeudi dix-neuviesme jour de décembre, environ heure de midi mil -trois cens soixante-dix dessus dit, le pape Urbain qui nouvellement -estoit desparti de Rome, trespassa de ce siècle en ladite ville -d'Avignon. Et le dimenche, vint-neuviesme[300] jour dudit moys, -entrèrent les cardinaux en conclave pour eslire pape. Et le lundi, -trentiesme jour dudit mois de décembre, eslirent, ainsi comme par la -voie du Saint-Esperit, messire Pierre Rogier, nommé le cardinal de -Biaufort; car il estoit fils du conte de Biaufort en Valée, et estoit -neveu du pape Clément VI, qui l'avoit fait cardinal; et estoit -cardinal-diacre de l'aage de quarante ans ou environ: lequel contredit -une pièce et ne vouloit accepter ladite éleccion. Finablement l'accepta -et fu nommé Grégoire XI, et fu coroné aux Jacobins d'Avignon, le -dimenche veille de la Passion ensuivant. Et messire Loys, duc d'Anjou, -frère du roy de France, le mena des Jacobins jusques au Palais tout à -pié et tenoit le cheval du pape par le frain. Item, par toute celle -année furent des batailles pluseurs en divers lieux entre les François -et les Anglois, et orent les François pluseurs victoires et furent -presque tous ceux qui avoient esté devant Paris le temps d'esté -précédent avecques messire Robert Canole, mors et pris par les François -et ceux de leur partie, au païs du Maine, d'Anjou et de Bretaigne. - - [300] _Vint-neuviesme_. Et non pas _dix-neuviesme_, comme dans les - éditions précédentes. - - - - -XXXI. - -De la nativité de madame Marie, fille du roy de France Charles-le-Quint, -et de son baptisement. - - -Le jeudi, vint-septiesme jour de février ensuivant mil trois cens -soixante-dix dessus dit, trois heures après mienuit et avoit la lune -douze jours, fu née à Paris en l'ostel du roy emprès Saint-Pol, madame -Marie, fille dudit roy Charles et de ladite dame royne Jehanne de -Bourbon. Et fu l'endemain baptisée ès fons de l'églyse de Saint-Pol, et -furent marraines madame Jehanne de France, fille du roy Phelippe qui -avoit esté mort l'an mil trois cens cinquante, et la dame de Lebret, -seur de ladite royne; et monseigneur le daulphin, ainsné fils du roy et -frère de ladite Marie, fu parrain. - - - - -XXXII. - -De la mort madame Jehanne de Évreux, jadis royne de France et Navarre, -et de son enterrement. - - -Le mardi, quart jour du moys de mars ensuivant mil trois cens -soixante-dix dessus dit, mourut à Braye-Conte-Robert dame de bonne -mémoire madame Jehanne d'Évreux, royne de France et de Navarre, qui -avoit esté femme du roy Charles de France et de Navarre qui estoit -trespassé l'an mil trois cens vint-sept. Et fu apportée à -Saint-Anthoine, près de Paris, le samedi ensuivant huitiesme jour dudit -moys. Et l'endemain, jour de dimenche, fu apportée sur un lit à -descouvert fors d'un délié cuevrechief qu'elle avoit sur le visage, à -Nostre-Dame-de-Paris, à heure de vespres. Et estoient les gens de -Parlement qui tenoient le poile autour, et le prévost des marchans et -les eschevins portoient un poile d'or sur six lances au-dessus du corps; -et le roy aloit après le corps, dès sa maison de Saint-Pol dont il issi -par l'uys de la conciergerie dudit hostel, quant le corps passoit, -jusques à Nostre-Dame-de-Paris: et là furent dites vigiles de mors le -roy présent. Et l'endemain, jour de lundi, fu la messe chantée de -_Requiem_ en ladite églyse par l'evesque de Paris. Et tantost après -ladite messe, le roy ala disner en l'ostel dudit evesque, et assez tost -après disner fu porté ledit corps au lonc de la ville de Paris, par la -manière que il avoit esté le jour précédent, le roy alant à pié aprés, -jusqu'à la Bastide St-Denis; et là monta à cheval, et convoia ledit -corps jusques à Saint-Denis là où son obsèque fu fait l'endemain jour de -mardi. Et par l'ordonnance de ladite royne, n'ot pour luminaire, en -ladite églyse de Paris, que douze cierges, chascun de six livres de cire -et autant à Saint-Denis, et douze torches pour convoier le corps de lieu -en autre. Et le mercredi ensuivant, le roy luy fist faire son service en -ladite églyse Saint-Denis à ses despens, et lors y ot très grant et -notable luminaire. Et le jeudi ensuivant, quatorziesme jour dudit moys -de mars, fu son cuer enterré aux frères Meneurs de Paris emprès le cuer -de son mari le roy Charles. - -Item, le mercredi, dix-neuviesme jour dudit moys, furent les entrailles -enterrées à Maubuisson, près de Pontoise, emprès celles de sondit mari; -le roy présent, comme par avant avoit esté. - - - - -XXXIII. - -Coment le roy de France envoia hostaiges au roy de Navarre, avant que il -voulsist venir pardevers luy à Vernon. - - -Quant le roy ot fait parfaire à Maubuisson le service de ladite royne -Jehanne, il se parti de là pour aler à Vernon, là où le roy de Navarre -devoit venir à luy si comme par avant avoit esté traictié par moult -lonc-temps. Car le roy de France avoit, par pluseurs fois, envoié -messaiges notables pardevers ledit roy de Navarre tant à Chierbourc -comme à Évreux, et ledit roy de Navarre avoit envoié de ses gens -pardevers le roy de France, et avoit ce traictié duré près de deux ans. -Et finablement, le jour de la Nostre-Dame en mars, l'an mil trois cens -soixante-dix dessus dit, et fu le jour de mardi, pour la conclusion -dudit traictié, messire Bertran du Guesclin, connestable de France, -parti à matin de Vernon où le roy estoit, pour mener certains hostaiges -que le roy de Navarre devoit avoir, avant que il partist d'Évreux; et -avoit ledit connestable environ trois cens hommes d'armes avecques luy. -Et furent lesdis hostaiges: messires Guillaume de Meleun, arcevesque de -Sens, l'evesque de Laon, le seigneur de Montmorency, le conte de -Porcien, le seigneur de Garencières, messire Guillaume de Dormans, le -seigneur de Blainville mareschal de France, le sire de Blany, messire -Jehan de Chastillon, Robert fils du conte de Saint-Pol, monseigneur -Jehan de Vienne, messire Claudin de Harenvillier, chevaliers, et huit -bourgois, quatre de Paris et quatre de Rouen. Lequel connestable mena -tous les hostaiges dessus nommés à Évreux, lesquels ledit roy de Navarre -receut honorablement, et tous les fist logier au chastel. Et après -disner se parti en la compaignie dudit connestable, et fu environ soleil -couchant à Vernon, et ala descendre au chastel auquel estoit le roy de -France en un jardin, et là ala ledit roy de Navarre, et estoit le conte -d'Estampes, son cousin germain, en sa compaignie. Et tantost que il vit -le roy de France, il s'inclina et mist le genou près de terre, et après -approcha plus près du roy, et lors se agenouilla, et le roy passa deux -pas avant et le prist par le bras, en luy disant que bien fust-il venu: -mais il ne le baisa point. Et tantost l'en apporta torches, vin et -espices; et quant il orent pris espices et beu, le roy de France le -prist par la main et alèrent ensemble en la chambre du roy, en laquelle -la table estoit mise pour soupper. Mais pour ce que ledit roy de Navarre -ne souppoit point, il se retraist en la chambre qui estoit ordenée pour -luy, et ledit conte d'Estampes en sa compaignie. Et quant le roy ot -souppé, ils se traisrent en sa chambre vers luy; si furent lors les deux -roys moult longuement ensemble, seul à seul, et en parlant se agenouilla -ledit roy de Navarre pluseurs fois, et ne savoient les regardans -pourquoy. Et l'endemain, jour de mercredi, le jeudi et vendredi -ensuivant, furent ensemble, mangièrent et burent et feirent tous leur -parlemens seul à seul. Et le samedi ensuivant, vint-neuviesme jour dudit -mois de mars, au matin, ledit roy de Navarre fist homaige lige audit roy -de France de toutes les terres qu'il tenoit au royaume de France et luy -promist porter foy, loyauté et obéissance envers tous et contre tous qui -pevent vivre et mourir, lequel homaige il n'avoit encore fait depuis que -ledit roy de France avoit esté roy. Si en furent moult de bonnes gens -liés et joyeux; car l'en doubtoit moult et avoit-l'en longuement doubté -que ledit roy de Navarre ne se feist ennemi du roy de France; mais lors -il se monstrèrent très bons amis. Et celuy samedi se parti ledit roy de -Navarre de Vernon, et s'en ala à Évreux; et ledit connestable le -convoia, si comme il avoit fait au venir devers le roy et ramena ledit -connestable lesdis hostaiges. - - - - -XXXIV. - -Coment le cardinal de Cantorbire fu envoié de par le pape en Angleterre, -pour traictier de la paix d'entre les roys de France et d'Angleterre, et -de la paix du roy de Navarre et du duc d'Anjou. - -ANNÉE 1371 - - -En celuy temps, le pape Grégoire envoia cardinaux légas pardevers le roy -de France et d'Angleterre, pour traictier de paix entre eux; c'est -assavoir: un cardinal anglois appelé le cardinal de Cantorbire, et un -François appellé le cardinal de Biauvais, lequel estoit chancellier de -France. Et luy envoia le pape sa commission et son pouvoir en France, et -celuy de Cantorbire se partit d'Avignon où le pape estoit et ala celuy -de Biauvais qui estoit à Paris encontre celuy de Cantorbire, jusques à -Melun là où il demourèrent trois ou quatre jours; et puis vindrent -ensemble à Paris et parlèrent au roy et luy distrent pourquoy le pape -les envoioit pardevers lesdis roys. Et requirent au roy de France qu'il -se voulsist consentir à bonne paix. Lequel, eue délibéracion avec son -conseil, fist respondre que bonne paix vouldroit-il avoir, et sur ce, -sans autre chose faire né plus procéder, après ce que ledit cardinal de -Cantorbire ot demouré à Paris par aucuns jours et disné avec le roy, il -se parti de Paris et s'en ala vers Calais; et le conduisit tousjours, -par le royaume de France, un chevalier appellé le Haze de Chambly, et le -cardinal de Biauvais demoura à Paris. - -Item, la veille de Penthecouste ensuivant, vint-quatriesme jour du moys -de mai mil trois cens septante-un, ledit roy de Navarre vint à Paris -devers le roy de France qui luy fist très grand chière; et fu le jour de -ladite Penthecouste vestu de robe pareille au roy de France et ot housse -comme le roy avoit. Et fist le roy la paix dudit roy de Navarre et du -duc d'Anjou frère du roy, car il n'estoient pas bien amis; et demoura -ledit roy de Navarre avec le roy toute la semaine, et fu moult festoié -tant du roy comme de la royne. - -Item, le mercredi vint-huitiesme jour de mai dessus dit, environ soleil -levant, et avoit la lune quatorze jours, madame Marguerite, fille du -conte de Flandres et femme de messire Phelippe, fils du roy Jehan de -France et frère du roy Charles qui lors régnoit, et duc de Bourgoigne, -ot un fils, en la ville de Dijon, qui fu appellé Jehan; et fu baptisé le -jeudi, jour du Saint-Sacrement, cinquiesme jour du moys de juin. Et le -tint sur fons, messire Jehan duc de Berri, frère dudit duc de -Bourgoigne, et messire Jean Rogier, evesque de Carpentras, que le pape -Grégoire y avoit envoié pour tenir sur fons ledit enfant pour luy; et -messire Charles d'Alençon, arcevesque de Lyon le crestienna, et madame -Marguerite, contesse d'Artois, ayole de ladite duchesse de Bourgoigne, -fu marraine. - - - - -XXXV. - -Coment le duc de Breban fu desconfit, et le duc de Guerle mort; et du -trespassement de madame Jehanne de France, fille du roy de France -Phelippe. - - -Le vendredi, vint-deuxiesme jour du moys d'aoust mil trois cens -septante-un dessus dit, fu la bataille entre le duc de Breban et ceux -qui avecques luy estoient d'une part, et les ducs de Julliers et de -Guerle et les leur d'autre part. Et fu ledit duc de Breban desconfit et -pris, et le conte de Saint-Pol, qui avecques estoit, fu mors; et moult -d'autres de celle partie mors et pris; et de l'autre partie, fu mors le -duc de Guerle et pluseurs autres. - -Item, le mardi seiziesme jour du moys de septembre ensuivant, environ -heure de nonne, trespassa, à Besiers, madame Jehanne de France, qui -avoit esté fille du roy Phelippe de France, laquelle l'en menoit en -Arragon, pour estre mariée à l'ainsné fils du roy d'Arragon; duquel et -de elle le mariage avoit esté longuement traictié à Paris, et l'avoit -fiancée par procureur à Paris, si comme dessus est escript. Et fu mise -le mercredi ensuivant en dépost en l'églyse cathédrale de ladite ville -de Besiers, et le jeudi ensuivant y fu son service fait. - -Item, le samedi vint-uniesme jour de février mil trois cens septante-un -dessus dit, messire Jehan de Dormans, cardinal nommé de Biauvais pour ce -qu'il avoit esté evesque de Biauvais, lors chancellier de France, rendi -au roy les seaulx de France, et laissa l'office de chancellerie; et, par -notable élection, fist le roy chancellier messire Guillaume de Dormans, -chevalier, frère germain dudit cardinal de Biauvais. Et ainsi fu ledit -cardinal de Biauvais chancellier de France depuis que il avoit esté fait -cardinal trois ans et quatre mois; quar il avoit esté cardinal le -vint-deuxiesme jour de septembre mil trois cens soixante-huit, et avoit -toujours esté chancellier depuis. - - - - -XXXVI. - -De la nativité de monseigneur Loys, second fils du roy de France, et de -son baptisement. - - -Le samedi, treiziesme jour de mars ensuivant, environ deux heures après -minuit, et avoit la lune neuf jours, à Paris en l'ostel du Roy emprès -Saint-Pol, fu né messire Loys, second fils du roy Charles, et fu baptisé -ès fons dudit moustier de Saint-Pol, à très grant compaignie et -solempnité, par messire Jean de Craon, lors arcevesque de Reims, le -lundi ensuivant, environ midi; et fu parrain, messire Loys, conte -d'Estampes; et madame d'Alençon, commère dudit conte, fu marraine. - -Item, par celle saison, en pluseurs parties du païs de Guienne ot des -besoignes entre les gens du roy de France et ceux du roy d'Angleterre. -Et perdirent moult ceux du roy d'Angleterre, tant de leur gens comme de -leur pays, et par espécial en Limosin. Car tout le païs de Limosin fu -françois, et la ville de Limoges aussi, dedens le premier jour de -juillet ensuivant. - - - - -XXXVII. - -Coment l'abit et les livres des Turelupins furent ars en Grève et les -Turelupins condamnés. - -ANNÉE 1372 - - -Le dimenche, quart jour dudit mois de juillet mil trois cens -septante-deux, furent, en Grève à Paris, la secte, le abit et les livres -des Turelupins, autrement només la compaignie de povreté, condempnés de -hérésie par messire Mile de Dormans, lors evesque d'Angiers et vicaire -de l'evesque de Paris et par l'inquisiteur des hérites. Et ce jour en -furent deux condempnés: un homme qui estoit mort en la prison de -l'evesque de Paris durant son procès, par l'espace de quinze jours ou -environ avant ladite condempnacion; et une femme appellée Péronne de -Aubenton, autrement de Paris. Et ce dimenche furent ars audit lieu de -Grève l'abit et les livres, et l'endemain, jour de lundi, furent ars en -la place aux Pourceaux à Paris, ladite Péronne et ledit mort qui -tousjours, depuis sa mort, avoit esté gardé en un tonnel plein de chaux. - - - - -XXXVIII. - -Des nefs anglesches que François gaignièrent, et coment la ville de -Poitiers se rendi françoise. - - -En celuy moys de juillet, le roy envoia en Poitou monseigneur Bertran du -Guesclin, connestable de France, lequel y prist pluseurs forteresses; et -aussi la navire du roy de Castelle vint devant La Rochelle, et -d'aventure rencontrèrent sur la mer environ trente-six nefs du roy -d'Angleterre; et se combattirent devant ladite ville de La Rochelle, et -furent les Anglois desconfis et y furent pris le conte de Pennebroc, -messire Guichart d'Angle et pluseurs autres que le roy anglois envoioit -au païs pour le conforter, et gaignèrent moult grant finance les -Espaignols avecques les prisonniers, dont il orent plus de huit vins; et -grant foison ot des mors desdis Anglois. Et assez tost après monseigneur -le duc de Berri, frère du roy de France, et ledit connestable en sa -compaignie, alèrent devant Poitiers et se rendi la ville à eux comme à -messaiges du roy de France; et se mistrent les habitans en l'obéissance -dudit roy de France, et tantost assaillirent le chastel et le pristrent, -et les Anglois qui estoient dedens. - -Item, assez tost après, le captal de Busch, qui estoit lieutenant du roy -d'Angleterre ès païs de Poitou et de Saintonge, se combatti à aucuns des -gens du roy de France devant une ville appelée Soubise, et fu ledit -captal desconfit et pris et pluseurs de sa compaignie. Si demourèrent -les Anglois moult foibles sur le païs, et les gens du roy de France y -estoient fors. Si y estoient le duc de Berri et le duc de Bourgoigne, -frères du roy de France, et y eut foisons de gens d'armes avecques. Si -chevauchièrent le païs et pristrent moult de villes et forteresses. Et -vindrent le lundi, sixiesme jour de septembre l'an mil trois cens -septante-deux dessus dit, devant La Rochelle et orent traictiés -ensemble, et par avant aussi y en avoit eu. Et le mercredi ensuivant, -huitiesme jour dudit moys, se mistrent ceux de ladite ville de la -Rochelle en l'obéissance du roy de France, et entrèrent lesdis seigneurs -de France dedens ladite ville à très grant joie de ceux de ladite ville. -Et en iceluy moys de septembre se rendirent ceux de Angoulesme, ceux de -Saintes, ceux de Saint-Jehan d'Angeli et pluseurs autres bonnes villes -et forteresses. - - - - -XXXIX. - -Coment ceux de Thouars et de Poitou se rendirent françois à messeigneurs -les ducs de Berri et de Bourgoigne, et du siège qui fu devant Brest, -l'an mil trois cens septante-trois. - -ANNÉE 1373 - - -Le jour de la Saint-André ensuivant, les ducs de Berri et de Bourgoigne, -ledit connestable et grant foison de gens d'armes jusques au nombre de -trois mil et plus, furent devant la ville de Thouars, qui encore se -tenoit pour le roy d'Angleterre. Et attendirent lesdis ducs et -connestable tout le jour devant ladite ville; car traictié avoit esté -par avant entre les gens du roy de France d'une part, et les nobles du -païs de Poitou qui encore tenoient la part du roy anglois, d'autre, que -sé les François estoient ledit jour de la Saint-André plus fors devant -ladite ville de Thouars que les Anglois, que tous les Poitevins se -mettroient en l'obéissance du roy de France. Et devant ladite ville de -Thouars ne vint aucun ledit jour de Saint-André pour ledit roy anglois, -et ainsi furent les François plus fors. Si se rendirent tous ceux de -Poitou, nobles et autres, en l'obéissance du roy de France, excepté -trois forteresses; c'est assavoir: Mortaigne, Lusignan et Gensay[301], -et firent tous les nobles homaige au duc de Berry à qui le roy de France -avoit donné la conté de Poitiers à héritage, et le païs de Saintonge à -vie tant seulement; mais le roy retint La Rochelle. Et celle saison, le -roy de France envoia pluseurs fois messaiges grans et notables par -devers le duc de Bretaigne, que l'en sentoit moult favorable aux -Anglois, et le fist le roy par pluseurs fois requérir que il féist son -devoir vers luy, si comme tenu y estoit comme vassal et homme lige du -roy et pair de France, et que il ne voulsist souffrir les Anglois entrer -en son païs de Bretaigne, né les conforter en aucune manière: lequel duc -respondoit toujours que ainsi le feroit. Et finablement dedens Pasques -ensuivant qui furent mil trois cens septante-trois, ledit duc manda -grant foison Anglois, et les fist venir en Bretaigne, dont tous ceux -dudit païs, nobles et autres, furent moult courroucés, et distrent audit -duc que il ne seroient jà Anglois; car le roy de France estoit leur -seigneur souverain; et requistrent audit duc que il méist hors de son -païs lesdis Anglois. Et pour ce que il ne le voult faire, mais se -esforçoit de mettre lesdis Anglois ès villes et forteresses dudit païs, -en mettant hors d'icelles les Bretons, et de fait en aucunes ainsi le -fist; pour ce, envoièrent devers le roy, leur seigneur souverain, afin -que il y méist remède. Et pour ce, le roy y envoia sondit connestable, -le seigneur de Cliçon et autres; et quant ledit duc senti leur venue, il -se parti du pays et ala en Angleterre. Si chevaucha ledit connestable -par le païs de Bretaigne et se rendirent à luy, pour le roy de France, -nobles, bonnes villes, gens d'églyse et tout le païs, tant de Bretaigne -galot comme bretonnant, dedens le jour de la Saint-Jehan-Baptiste -ensuivant, excepté seulement Brest, Auroy et Derval, et se mist ledit -connestable à siège devant Brest; et les seigneurs de Laval et de Cliçon -devant Derval. Et ledit siège de Brest tenu par aucun temps, les Anglois -qui estoient dedens firent un tel traictié que sé les Anglois n'estoient -plus fors que les François, devant ledit lieu de Brest en la place -commune, le sixiesme jour du moys d'aoust ensuivant il rendroient le -chastel; et de ce baillièrent douze hostaiges, desquels ledit -connestable eslargi les six sur leur foy: et se redevoient rendre audit -connestable huit jours devant ladite journée dudit sixiesme jour -d'aoust, lesquels ne retournèrent point: à laquelle journée dudit -sixiesme jour ledit connestable fu, et ot bien trois mil hommes d'armes -avecques luy; et jà soit que il y eut grant foison d'Anglois, il ne se -osèrent combattre audit connestable, et si ne rendirent pas ledit lieu -de Brest et laissièrent leur six hostaiges qui estoient demourés audit -connestable. - - [301] _Gensay_. Je crois que c'est aujourd'hui _Janzé_, à six lieues - de Rennes. - - - - -XL. - -De la naissance de madame Isabel, fille du roy, et comment le duc de -Lenclastre vint en France. - - -Item, le samedi vint-troisiesme jour de juillet, mil trois cens -septante-trois dessus dit, environ heure de midi, en l'ostel du roy -emprès Saint-Pol à Paris, fu née madame Isabel, fille dudit roy Charles -et de ladite royne Jehanne de Bourbon, et estoit la lune de quatre -jours. Et l'endemain, jour de dimenche, après disner, fu baptisée en -ladite églyse de Saint-Pol, par messire Jehan de Dormans, cardinal; et -fu parrain monseigneur le daulphin, ainsné fils desdis roy et royne; et -madame Marguerite, contesse de Flandres et d'Artois, et madame Isabel, -duchesse de Bourbone mère de ladite royne, furent marraines. - -Item, en celuy moys de juillet, Jehan, duc de Lenclastre, fils du roy -d'Angleterre, et Jehan, conte de Montfort, celuy qui avoit esté duc de -Bretaigne et qui alors se monstra bien manifestement ennemi du roy et du -royaume, vindrent d'Angleterre à Calais, accompagniés de grant foison de -gens d'armes et de archiers. Et après ce que il orent demouré par aucun -temps à Calais et sur la Marche, il se mistrent à chevauchier droit à -Hesdin et y demourèrent dedens le port par aucuns jours sans assaillir -la ville né le chastel; et après à Dorlens sans l'assaillir, et après à -Beauquesne[302] et de là vers Corbie. Et passèrent la rivière de Somme -et chevauchièrent à Roie en Vermendois et demourèrent en la ville sept -jours, et ne porent prendre l'églyse qui estoit fort: si ardirent la -ville et alèrent en Laonnois et à Vesly-sur-Aisne; et moult ardirent de -villes et aussi perdirent moult de leur gens: car en toutes places où -les François qui les chevauchoient en trouvoient aucuns desroutés de -leur batailles, il les desconfisoient, sans ce que les François y -perdissent aucune chose, et si gaignièrent grant foison sur les Anglois; -et par espécial le vendredi, neuviesme jour de septembre à matin, -messire Jehan de Vienne et sa compaignie en trouvèrent près de -Ouchie[303], cinquante lances et vint archiers anglois, lesquels furent -tous desconfis. Et là furent pris dix chevaliers de grant estat et -vint-quatre escuiers, et tousjours chevauchièrent lesdis Anglois tant -qu'il passèrent les rivières d'Oise, d'Aisne, de Marne et d'Aube, et -chevauchièrent par la Champaigne et par la conté de Braine, droit vers -Gié[304], et passèrent la rivière de Saine, et chevauchièrent droit à la -rivière de Loire vers Martigny-les-Nonnains, et passèrent ladite rivière -de Loire, et tousjours furent chevauchiés par le duc de Bourgoigne et -autres gens du roy de France, et si près tenus que il avoient peu de -vivres et ne pristrent aucune forteresse notable, et perdirent moult de -leur gens et la plus grant partie de leur chevaux. Et depuis, passèrent -lesdis Anglois la rivière de Cher et s'en alèrent à Bordeaux, mais il -perdirent moult de leur gens, et estoient en tel estat qu'il y avoit -plus de trois cens chevaliers à pié qui avoient laissiées leur armeures, -les uns jetées en rivière, les autres les avoient despéciées pour ce que -il ne les povoient porter, et afin que les François ne s'en peussent -aidier; et jà soit ce que ladite chevauchiée leur feust moult honorable, -elle leur fu moult domageuse. - - [302] _Beauquesne_. Aujourd'hui bourg du département de la Somme, à - deux lieues de _Doullens_. - - [303] _Ouchie_. La plupart des manuscrits et des éditions précédentes - portent _Orchies_. Mais, d'après les indices itinéraires précédens, - je crois que le manuscrit de Charles V est plus exact. - _Oulchy-le-Château_ est aujourd'hui bourg à cinq lieues de Soissons. - - [304] _Gié_. Ou _Gyé_, village sur la Seine, près de Châteauvillain. - -Item, le tiers jour de novembre ensuivant, mourut à Evreux madame -Jehanne, seur du roy de France, et femme du roy de Navarre. - -Item, le septiesme jour dudit moys de novembre, mourut à Avignon messire -Estienne de Paris, cardinal dit de Paris. Item, audit mois de novembre, -qui fu le lundi septiesme jour mil trois cens septante-trois devant dit, -mourut à Paris messire Jehan de Dormans, cardinal de Biauvais, qui moult -longuement avoit esté chancelier de France, et fu enterré aux Chartreux -de Paris. - - - - -XLI. - -Coment Jehan de Montfort vint de Bordeaux en Bretaigne, et se mist au -fort de Auroy. - - -En l'entrée du moys de février ensuivant, messire Jehan de Montfort, qui -avoit esté duc de Bretaigne et avoit chevauchié avecques le duc de -Lenclastre, par la manière que dessus est escript, vint par mer de -Bordeaux en Bretaigne, là où avoit encore trois forteresses qui se -tenoient pour luy; c'est assavoir: Derval, Brest et Auroy, en laquelle -il vint descendre premièrement. Et là estoit sa femme, et amena des gens -anglois avec luy. Et quant il y fu, il manda pluseurs de ceux de -Bretaigne, gens d'églyse, nobles et autres pour aler audit lieu d'Auroy -parler à luy; et le roy de France qui oï nouvelles de ce envoia des gens -audit païs de Bretaigne pour le conforter[305], et jà y estoient le -connestable de France et le seigneur de Cliçon pour le roy. - - [305] _Le conforter_. Sans doute pour fortifier son parti contre celui - des Anglois et du duc de Bretagne. - -_Incidence des grandes rivières_. Item, en celuy an mil trois cens -septante-trois dessusdit, ès mois de janvier et de février, furent en -France, par espécial ès rivières de Saine, de Marne, de Yonne, d'Oise et -de Loire, la plus très grant inondacion d'yaues que l'homme qui vesquist -lors eust onques veues; et durèrent plus de deux mois. Et à Paris -aloit-l'en par bastiaux par la rue Saint-Denis oultre la porte, et de la -porte Saint-Anthoine jusques à Saint-Anthoine, et de la porte -Saint-Honoré jusques au Rolle et à Nully. Et si estoit l'yaue jusques -près des planchers des pons de Paris; et entroit dedens la chapelle -basse du palais, et toutes les maisons basses du palais estoient plaines -d'yaue, et communelment les caves et celiers de Paris du costé devers -grant pont. Et atachoit-l'en les bastiaux à la Croix-Hémon, qui est -au-dessus de la place Maubert. - -Item, au mois d'avril ensuivant, mil trois cens septante-quatre, et -furent Pasques le secont jour d'iceluy mois, le duc de Lenclastre qui -estoit à Bordiaux s'en parti par mer et ala en Angleterre à tout tant -pou de gens qui luy estoient demourés; et disoit-l'en que son père et le -prince de Galles son frère ne luy avoient pas fait bonne chière, pour ce -que il avoit si petitement exploitié en la chevauchiée que il avoit -faite; jà fust ce que elle eust esté la plus grant qui oncques eust esté -faite en France par lesdis Anglois. Toutesvoies il avoit moult perdu de -gens et de chevaux; car il et sa route en avoient bien trait -d'Angleterre trente mil chevaux et plus, et il n'en porent pas mettre à -Bordiaux six mil, et bien avoit perdu le tiers de ses gens et plus. - - - - -XLII. - -Coment la ville et chastel de La Rochelle furent prises. - -ANNÉE 1374 - - -Le jour de Penthecouste, qui fu le vint-uniesme jour de may l'an -dessusdit, les trièves qui avoient esté prises par le connestable de -France d'une part; et le sire d'Aubeterre, le chanoine de Robesart et -autres pour les Anglois d'autre part, faillirent. Et le vint-uniesme -jour d'aoust mil trois cens septante-quatre dessusdit, la ville de La -Riolle[306] fu rendue au duc d'Anjou, frère du roy de France, lequel -estoit à siège devant ladite ville. Mais le chastel d'icelle ville ne -luy fu pas lors rendu, et demoura ledit duc devant ledit chastel jusques -au vint-huitiesme jour dudit mois d'aoust; et lors fu fait un traictié -entre luy et ceux qui tenoient ledit chastel pour le roy d'Angleterre, -que sé ledit roy d'Angleterre ou l'un de ses fils n'estoient devant -ledit chastel le huitiesme jour du mois de septembre ensuivant, si fors -que il peussent lever le siège dudit duc d'Anjou, il rendroient le -chastel audit duc. Si attendi iceluy duc jusques audit huitiesme jour de -septembre, auquel jour né dedens iceluy ne comparut aucun pour ledit roy -d'Angleterre; si fu lors ledit chastel rendu au duc d'Anjou pour le roy -de France, et ainsi ot la ville et le chastel. - - [306] _La Riolle_. Le titre de ce chapitre porte bien _La Rochelle_, - et les autres manuscrits aussi bien que les imprimés écrivent encore - ici _La Rochelle_; mais la leçon de Charles V porte _La Riolle_, et - si l'on fait attention que les _rubriques_ ou titres de chapitre - sont toujours dans les manuscrits mis par un autre scribe, après - l'exécution du volume, on avouera que la leçon que nous avons - préférée est effectivement préférable. En effet, dans le chapitre - XXXVIII, nous avons vu que _La Rochelle_ étoit déjà redevenue - françoise. - - - - -XLIII. - -De l'assemblée qui fu à Bruges pour traictier de la paix entre les deux -roys. - - -En celuy an mil trois cens septante-quatre dessusdit, furent envoiés de -par le pape l'arcevesque de Ravenne et l'evesque de Carpentras, pour -traictier de paix entre lesdis roys. Et en celuy an en karesme -assemblèrent à Bruges devant lesdis messages du pape les gens desdis -roys; c'est assavoir: pour le roy de France, le duc de Bourgoigne son -frère, l'evesque d'Amiens et pluseurs autres clers et chevaliers; et -pour le roy d'Angleterre, le duc de Lenclastre son fils, l'evesque de -Londres et pluseurs autres clers et chevaliers. Et quant il orent esté -par aucun temps en ladite ville de Bruges, aucuns de ceux du conseil du -roy de France retournèrent à Paris pour luy rapporter aucunes choses -parlées par les parties à Bruges sur lesdis traictiés. Et entre les -autres choses rapportèrent que lesdis Anglois requerroient à grant -instance avoir les ressors et souverainetés des terres que il devroient -avoir par ledit traictié. Si assembla le roy de France grant conseil, -tant des seigneurs de son sanc, comme prélas, nobles, clers, maistres en -théologie et en décrés, et grant nombre d'autres sages qui, tous d'un -accort après ce que tout leur ot esté dit et exposé, distrent au roy -qu'il ne povoit né devoit laissier aucune chose de ses ressors et -souverainetés; et sé il le faisoit, ce seroit contre son serement et son -honneur, et au détriment de son ame pour pluseurs causes et raisons que -il luy distrent lors. Et ainsi fu respondu à ses gens qui estoient venus -de Bruges par devers luy. - - - - -XLIV. - -De la loi que le roy Charles-Quint ordena sur l'aagement des ainsnés -fils des roys de France, et fu publiée en parlement de Paris. - -ANNÉE 1375 - - -[307]L'an de grace mil trois cens septante-cinq, le vint-uniesme jour de -may, fu la loy que le roy Charles, lors roy de France, avoit faite sur -l'aagement de son ainsné fils et des autres ainsnés fils des roys de -France qui seroient à venir, publiée au parlement du roy à Paris en sa -présence séant et tenant son parlement; en la présence de monseigneur -Charles, son ainsné fils, daulphin de Viennois, et monseigneur Loys, duc -d'Anjou, frère dudit roy, et de grant nombre d'autres seigneurs de son -sanc, prélas et autres gens d'églyse, l'université de Paris et pluseurs -autres sages et notables, tant clers comme lais. Et est la loy telle, -c'est assavoir: que l'ainsné fils du roy de France qui ores estoit et -ceux qui pour le temps à venir seroient, tantost que il atteindroient le -quatorziesme an de leur aage, pourroient recevoir leur sacre et -coronement et leur homaiges, et faire tous autres fais qui à roy de -France aagé appartiennent. - - [307] On va voir ici dès la première phrase l'indication d'une - nouvelle rédaction. Je remarquerai d'ailleurs que dans la leçon de - Charles V que nous suivons de préférence, la dernière table des - chapitres, placée en tête de la vie du roi Jean, s'arrête à - l'indication de celui-ci. La suite n'a pas été _récapitulée_, et si - l'observation que j'ai faite tout à l'heure sur les rubriques est - judicieuse, il faut en conclure que le manuscrit de Charles V fut - achevé long-temps après. Mais du point où nous sommes arrivés - jusqu'à la fin, les chroniques furent-elles rédigées en une seule - fois? Je ne le pense pas. Charles V, qui souhaitoit de montrer à - l'empereur dans la grande histoire nationale la relation exacte de - la réception qu'on lui avoit faite, laissa dans son exemplaire une - lacune de plusieurs pages entre le chapitre XLIII et le récit du - voyage de l'empereur. Ce fut plus tard que fut comblée cette lacune, - mais certainement avant la mort de Charles V. - -Item, le premier jour du mois de juing l'an dessusdit, la ville et -chastel de Coignac furent rendus des Anglois à monseigneur Bertran du -Guesclin, lors connestable de France, qui une pièce avoit esté à siège -devant pour le roy de France; par un tel traictié comme dessus est dit -du chastel de La Riole. - -Item, le tiers jour de juillet ensuivant, la ville et le chastel de -St-Sauveur, en Constantin, que avoit tenu asségiée pour le roy de France -messire Jehan de Vienne, amiral de France, et lesquels ville et chastel -avoient esté tenus par ceux de la partie du roy d'Angleterre par -l'espace de plus de vint ans, furent rendus aux gens du roy de France -par un tel traictié comme avoient esté rendus le chastel de La Riole et -Coignac, dont dessus est faite mencion. - -Item, en ce temps retournèrent de Bruges le duc de Bourgoigne et les -conseilliers du roy de France, qui là estoient alés pour les traictiés -d'entre les deux roys, et pou orent exploitié, fors de avoir et accorder -trièves jusques au premier jour d'avril ensuivant: et ainsi furent -lesdis traictiés continués jusques à la feste de Toussains ensuivant. A -laquelle feste de Toussains retournèrent auxdis traictiés pour le roy de -France messire Loys, duc d'Anjou, et messire Phelippe, duc de -Bourgoigne, frères du roy de France, et pluseurs autres du conseil du -roy, et alèrent à Saint-Omer. Et pour le roy d'Angleterre, alèrent à -Bruges messire Jehan de Lenclastre et messire Hémon conte de Cantebruge, -fils du roy d'Angleterre, et pluseurs autres de son conseil. Et par le -moien desdis messages du pape, c'est assavoir: de l'arcevesque de -Ravenne et de l'arcevesque de Rouen, qui par avant avoit esté evesque de -Carpentras, furent d'accort lesdis traicteurs, tant d'une part comme -d'autre, de eux assembler à Bruges comme par avant avoient fait ceux qui -y avoient esté. Si alèrent lesdis frères du roy de France et ses autres -gens qui estoient à Saint-Omer, à Bruges, et y entrèrent le samedi après -Noël l'an dessusdit, et en ladite ville de Bruges demourèrent jusques -environ Pasques ensuivant, et finablement s'en partirent sans traictié -de paix final, mais il proroguèrent les trièves, et depuis aussi furent -proroguées jusques au premier jour du mois d'avril mil trois cens -septante-six, et Pasques furent le sixiesme jour dudit mois que l'en dit -mil trois cens septante-sept. Et envoia assez tost après le roy de -France ses messages à Bouloigne pour traictier, et les messages du roy -d'Angleterre furent à Calais, et furent lesdites trièves proroguées de -terme en terme, jusques à la Nativité Saint-Jean-Baptiste ensuivant, qui -fu mil trois cens septante-sept dessusdit. Et aloient les deux -arcevesques, messages du pape, de Bouloigne à Calais et de Calais à -Bouloigne, en traictant entre les parties. Et finablement, jà feust ce -que le roy de France feust par tous les lieux où il avoit guerre entre -lesdis roys plus fort que les Anglois, que aussi, par la volenté de -messeigneurs et la bonne diligence dudit roy de France, tout son fait se -portast bien, et que en toutes choses il feust à son avantage et eust en -ce temps moult grant navire sur la mer, tant de galées dont il avoit -trente-cinq sur mer, comme de grant foison de barges, tout ledit navire -garni de bonnes gens d'armes et de bons arbalestiers; toutesvoies, pour -l'amour de Dieu et le bien de paix, pour l'onneur et révérence du pape -et de l'églyse, et pour compassion du peuple, il fist faire moult grans -offres, par ses gens, aux gens dudit roy d'Angleterre, tant de grans -terres et seigneuries que de monnoie, réservé tousjours à lui son -homaige, son ressort et sa souveraineté ès terres que ledit roy -d'Angleterre avoit au royaume de France, tant en celles que lors il -occupoit de fait, comme en celles que le roy de France luy bailleroit -par le traictié. Lesquelles gens dudit roy d'Angleterre ne acceptèrent -né refusèrent lesdites offres, mais distrent que il rapporteroient ces -choses par devers le roy d'Angleterre leur seigneur, et dedens le -premier jour du moys d'aoust ensuivant, ou au plus tart dedens le jour -de mi-aoust, il ou autres, pour le roy d'Angleterre, en feroient -response en la ville de Bruges à ceux que le roy de France envoieroit -pour cette cause. Et se partirent de Calais la veille de la Saint-Jehan -et s'en alèrent en Angleterre: et les gens du roy de France s'en -retournèrent à leur seigneur à Paris, et faillirent toutes trièves le -jour de celle de Saint-Jehan. Et la veille d'icelle Saint-Jehan, mourut -ledit roy d'Angleterre Edouard, lequel avoit longuement vescu et esté -roy d'Angleterre environ cinquante deux ans. - - - - -XLV. - -Coment Richart, fils du prince de Galles, fu fait roy d'Angleterre, ses -oncles vivans. - -ANNÉE 1377 - - -Après, en celuy an mil trois cens septante-sept dessus dit, le seiziesme -jour de juillet ensuivant, Richart, fils de feu Edouard prince de -Galles, qui avoit esté ainsné fils du roy d'Angleterre et avoit esté -mort avant ledit roy d'Angleterre, son père, et estoit de onze ans -d'aage ou environ, fu couronné en roy d'Angleterre, en représentant la -personne du prince son père. Et toutesvoies avoit laissié ledit roy -d'Angleterre trois fils; c'est assavoir: messire Jehan duc de -Lenclastre, messire Hémon duc de Cantebruge, et messire Thomas dont -moult gens avoient merveille: car la mère dudit roy Richart avoit esté -mariée première fois au conte de Salebery, et avoit esté six ans en sa -compaignie; et depuis elle maintint que un chevalier d'Angleterre, -appellé messire Thomas de Hollande, l'avoit fiancée avant ledit conte de -Salebery, et l'avoit cogneue charnelment; et pour ce ledit conte la -laissa, et ledit chevalier l'espousa avec lequel elle fu longuement et -en ot pluseurs enfans. Et après la mort dudit feu Thomas de Hollande, -ledit prince de Galles, ainsné fils dudit roy d'Angleterre, espousa -cette dame, vivant ledit conte de Salebery son premier mari; et de ce -mariage nasqui ledit Richart, qui fu fait roy d'Angleterre, comme dessus -est dit, vivant encore ledit conte de Salebery. - - - - -XLVI. - -Du grant effort de gens d'armes que le roy de France avoit sur les -champs en cinq parties devisées. - - -Au moys de juillet ensuivant, le duc d'Anjou, frère du roy de France, et -le connestable de France alèrent en Guyenne pour ledit roy de France, -bien accompaigniés de gens d'armes et arbalestiers; et si ot grant -navire sur mer auquel avoit trente-cinq galées, et grant foison de -barges et autres vaisseaux, lequel navire estoit fourni de gens d'armes -et arbalestiers en grant nombre. Et avecques ce, en celle saison, tenoit -le roy de France, en la frontière de Picardie, contre les Anglois qui -estoient à Calais, à Guynes, à Ardre et ès autres forteresses qui se -tenoient pour le roy d'Angleterre, grant foison de gens d'armes et -arbalestiers. Et oultre ce, avoit pour ledit roy de France siège devant -deux chastiaux qui se tenoient encore en Bretaigne pour messire Jehan de -Montfort; c'est assavoir: Brest et Auroy, et par tous les lieux dessus -dis les gens du roy tenoient les champs. Et avecques ce, le duc de -Berri, frère dudit roy de France, et le duc de Bourbon avecques luy -estoient à siège devant une forteresse, en Auvergne, appellée Carlat, -que gens de compaignie qui se tenoient de la partie des Anglois avoient -occupée. Et ainsi le roy de France avoit telle puissance en cinq -parties, que ses ennemis estoient partout les plus foibles. Et en -vérité, de nulle mémoire d'homme n'avoit ce esté veu, né que le roy eust -fait si grant fait et noble dont ci-après sera faite mencion. Et -premièrement par ledit duc d'Anjou et ceux de sa compaignie en -Pierregort, et autre part en Guyenne, furent prises grant nombre de -forteresses, si comme ci-après est déclairié. Premièrement, au mois -d'aoust, le tiers ou quart jour, se mist sur les champs ledit -monseigneur le duc, en la duchié de Guyenne ès parties de Pierregort, en -sa compaignie monseigneur Bertran du Guesclin, connestable de France; -monseigneur Loys de Sancerre, mareschal; le seigneur de Coucy; le -seigneur de Montfort; le seigneur de Montauban; le sire de Rey; messire -Guy de Rochefort; monseigneur Olivier de Mauny; le sire de Monsteroys; -le seigneur d'Asse; Le Besgue de Vilaines; Ivain de Gales; le sire de -Chasteau-Giron[308]; le sire de Bueil; messire Pierre de Villiers grant -maistre d'ostel du roy, et pluseurs autres seigneurs, jusques au nombre -de seize cens hommes d'armes et cinq cens arbalestiers. Et se vint -logier à Nantion[309]; et d'ilec se parti pour venir devant un lieu -appellé les Bernardières que tenoient les Anglois; lesquels quant il -sceurent sa venue se partirent dudit lieu et y boutèrent le feu. Et puis -vint devant un chastel dudit pays de Pierregort, appellé Condac[310], -que tenoient les Anglois, et l'assist et y fu environ quatre jours. Et -puis luy fu rendu, lequel chastel monseigneur le duc fist abattre pour -ce que les seigneurs dudit chastel avoient esté traistres, et estoient -coustumiers de rober et pillier les païs voisins. (Et d'ilec, vint -devant un autre fort chastel appellé Bordailles, et mist le siège devant -et y fu environ six jours au siège, et puis luy fu rendu)[311]. Et vint -à luy monseigneur Jehan de Bueil, lors séneschal de Beaucaire, qui pour -ledit monseigneur le duc estoit demouré capitaine ès parties de -Rouergue, de Quercin, d'Agenois, Bigorne, Basadois, et amena des gens -que monseigneur d'Anjou luy avoit bailliés en gouvernement cinq cens -hommes d'armes et deux cens arbalestiers. Et d'ilec se parti monseigneur -d'Anjou aux gens[312] qu'il avoit par avant et ceux que Bueil luy avoit -amenés, et vint devant Bergerac et assist ladite ville. Et pour icelle -endomaigier et pour plus tost prendre, envoia monseigneur le duc ledit -monseigneur Jehan de Bueil à la Riole, avec quatre cens hommes d'armes, -pour amener les truyes et autres engins qui y estoient. Et monseigneur -Thomas de Feleton, séneschal de Bordeaux, qui sceut que ledit Bueil -estoit là alé, assembla tous les seigneurs de Gascoigne et autres que il -peust assembler jusques au nombre de sept cens combattans, et se mist -entre la Riole et Bergerac pour rencontrer ledit Bueil et ses gens; et y -en vindrent nouvelles audit monseigneur d'Anjou, qui tantost manda -messire Pierre de Bueil, son mareschal, et luy dist qu'il préist trois -ou quatre cens hommes d'armes et ses gens et alast à l'encontre de son -frère pour le conforter. Si y ala et mena trois cens cinquante hommes -d'armes, et estoient audit nombre messire Pierre de Bueil dessusdit, le -Besgue-de-Villaines, Yvain de Galles, messire Gieffroy Fevrier, -mareschal du connestable de France, messire Pierre de Mornay, mareschal -de monseigneur Loys de Sancerre mareschal de France; Thibaut du Pont, -Juel Rolant et pluseurs autres notables chevaliers et escuiers, et se -partirent de Bergerac le premier jour de septembre. Et celuy jour, près -de la ville d'Aymet, trouvèrent les gens et coureux de monseigneur -d'Anjou[313] les coureux dudit séneschal de Bordeaux, et furent pris -aussi comme tous les coureux françois. Et incontinent qu'il se sceurent -les uns près des autres il chevauchièrent d'une part et d'autre, si -s'entr'encontrèrent ainsi comme à un quart de lieue d'Aymet, et -descendirent à pié d'une part et d'autre, et se combattirent moult fort; -et par la grace de Dieu furent desconfis les Anglois, et furent ilec -pris ledit séneschal de Bordeaux, les seigneurs de Lagoran[314], de -Mussidan, de Duras, le sire de Rosan et pluseurs autres; et y ot -pluseurs des Anglois mors et noyés en une rivière qui près estoit, -appellée le Drot. Et l'endemain se rendi ladite ville de Bergerac audit -monseigneur d'Anjou qui y avoit esté à siège quinze jours; et ainsi vint -ladite ville en l'obéissance du roy de France. Et après ladite -besoingne, messire Jehan de Bueil en amenant les engins chevaucha devant -la ville d'Aymet qui se rendi, et ainsi fist la ville de Sauvetat. - - [308] Les éditions imprimées portent _Chasteau-Cheron_. C'est par des - erreurs de ce genre que les meilleures familles de France ont tant - de peine à retrouver dans nos historiens les titres de leur ancienne - illustration. - - [309] _Nantion_. Ce doit être la petite ville de _Nontron_ dans le - Périgord, à dix lieues de Périgueux. - - [310] _Condac_. Aujourd'hui village du département de la Charente, à - demi-lieue de _Ruffec_. - - [311] Ce qui est entre parenthèses a été omis dans les éditions - précédentes.--_Bourdeille_, au-dessous de _Nontron_. - - [312] _Aux gens_. Avec les gens. - - [313] _Coureux_. Pour _Coureurs_. Dans le bon usage de l'ancienne - langue françoise, on ne prononçoit pas les _r_ finales dans les noms - ni dans les verbes. _Courri_, _allé_, _porteu_, _coureu_, etc. - - [314] _Lagoran_. Ou _Langouiran_, petite ville près de Castres. - - - - -XLVII. - -Coment monseigneur le duc d'Anjou prist en Guienne pluseurs chasteaux et -forteresses dont les noms s'ensuivent. - - -En celuy temps, monseigneur le duc d'Anjou estant devant Bergerac, -monseigneur Berducat de Lebret vint à l'obéissance du roy avecques -aucunes forteresces qu'il tenoit. Et de Bergerac se parti ledit -monseigneur d'Anjou et ala devant Sainte-Foy, une grosse ville sur la -rivière de Dourdogne; et loga une nuit devant, et l'endemain se rendi, -et puis ala devant Chasteillon[315] une grosse ville et chastel, assise -sur la rivière de Dourdogne; et mist le siège devant, et y fu par douze -jours, ses truyes et ses engins fist drécier et gietter, et après ce -qu'il orent domaigié la ville et le chastel, il se rendirent. Et ilec -estant en son siège, envoia chevauchier ledit monseigneur d'Anjou ses -gens devant une grande ville appelée Craon[316], laquelle se rendi. Et -aussi envoia chevauchier monseigneur d'Anjou avec ses gens le sire de -Coucy et le mareschal de Sancerre devant la Bourne et Saint-Million, et -y ot de grans escarmouches. Et estant au siège devant Chasteillon, -firent serment audit monseigneur d'Anjou, les seigneurs de Lagoran, -Mussidan, Duras et de Rosan de estre desoremais bons et loyaus François, -combien que assez tost après ne demoura guères que les seigneurs de -Duras et de Rosan se parjurèrent et se tournèrent devers les Anglois, et -s'en alèrent à Bordeaux. Après la prise de Chasteillon s'en ala logier -monseigneur d'Anjou devant un chastel qui estoit de Lagoran, et -l'endemain vint devant Sauveterre, en entencion de l'assaillir, laquelle -se rendi et vint à l'obéissance du roy. Celuy jour, vint logier à un -quart de lieue d'une grosse ville appellée Montsegur, laquelle se rendi -l'endemain et vint à l'obéissance du roy. Et l'endemain se vint logier -devant Cauderot[317] qui se rendi à luy; d'ilec, vint devant -Saint-Macaire et y mist le siège, et fist drécier huit truyes et deux -engins; mais dedans quatre jours se rendi la ville à luy, et la ville -rendue, il fist drécier lesdis engins devant le chastel de -Saint-Macaire, qui se rendi tantost après. Et ilec estant au siège, se -rendi la ville de Langon. Et durant ledit siège, envoia chevauchier -ledit duc d'Anjou aucuns de ses gens qui pristrent le chastel d'Andorte -par assault; et aussi ala chevauchier, du commandement de monseigneur -d'Anjou, messire Olivier de Mauny[318] devant Lenduras et le prist. - - [315] _Chasteillon_. Aujourd'hui _Castillon_, au-dessous de - _Saint-Emillion_ et de _Libourne_, que notre scribe va écrire _La - Bourne_ et _Saint-Milion_. - - [316] _Craon_. Ou plutôt _Creon_, dans le pays _Entre deux mers_. - - [317] _Cauderot_. Au-dessus de _Saint-Macaire_, sur la Garonne. - - [318] _Mauny_. Variante: _Cliçon_. Ce doit être une faute de la - plupart des manuscrits. Olivier de Clisson étoit alors en Bretagne. - - - - -XLVIII. - -Coment pluseurs villes et chasteaux et forteresses se rendirent à -monseigneur le duc d'Anjou. - - -Ledit monseigneur d'Anjou estant au siège devant Saint-Macaire, se -vindrent rendre et mettre en l'obéissance du roy les seigneurs de Bedos, -monseigneur Avisant de Caumont; le sire du Chastel-d'Andorte, les enfans -de Saincte Aoys[319], eux, leur villes, chasteaux et forteresses dont il -avoient grant nombre. Et ledit monseigneur d'Anjou, estant au siège -dudit lieu de Saint-Macaire, luy vindrent nouvelles que les seigneurs de -Duras et de Rosan s'estoient tournés Anglois. Et tantost comme il le -sceut, combien qu'il eust ordené de mettre siège devant Cardillac, -voiant la mauvaistié des dessus dis, il ala devant Duras le jour -Saint-Denis, et incontinent qu'il y fust venu, il fist asségier la ville -qui celuy jour ne fu pas assaillie, mais l'endemain il ordena à la faire -assaillir. Lors les gens de la ville doubtans l'assault la rendirent. Et -puis assist le siège devant le chastel de ladite ville que moult estoit -fort, et fist drécier ses truyes et ses engins et canons, qui moult -endomagièrent ledit chastel, et en la fin luy fu rendu; et y fu trois -sepmaines au siège. Et après ledit chastel ainsi rendu pour la saison -d'hiver qui estoit venue et aussi pour ce que tous les chevaux se -mouroient, ledit duc départi ses gens par establies pour la saison de -hiver. Durant cette saison conquist, tant par force comme autrement, et -mist en l'obéissance du roy ledit monseigneur d'Anjou moult d'autres -grosses et bonnes villes comme Blaive, Mussidan et pluseurs autres -forteresses que tenoient les seigneurs de Lagoran et Mussidan; si que en -celle saison conquesta jusques au nombre de six vint et quatorze que -villes que chasteaux et autres grosses forteresces et notables. - - [319] _Saincte-Aoys_. Variante: _Sainte-Assise_. - - - - -XLIX. - -Coment ceux qui tenoient le chastel d'Auroy se rendirent à l'obéissance -du roy de France, par le sire de Cliçon. - - -En celle meisme saison, c'est assavoir le jour de la mi-aoust ensuivant, -ceux qui estoient au chastel d'Auroy en Bretaigne, devant lequel le sire -de Cliçon estoit à siège, le rendirent audit seigneur de Cliçon pour le -roy de France, et s'en alèrent en Angleterre. Et ainsi demoura toute la -duchié de Bretaigne au roy de France, excepté seulement le chastel de -Brest, devant lequel avoit bastides pour le roy de France, afin que ceux -dudit chastel ne peussent saillir hors. - -En celuy meismes temps, le navire du roy de France qui estoit sur la mer -fut en Angleterre; et prinstrent ceux qui estoient dedens la ville de la -Rie bonne ville et grosse, et puis l'ardirent et la laissièrent. Et en -celuy temps, envoia le roy le duc de Bourgoigne, son frère, le sire de -Cliçon et pluseurs autres en la frontière de Calais avec ceux qui devant -y estoient; et le quatriesme jour de septembre, ledit duc et sa -compaignie alèrent devant la ville de Ardre qui, le septiesme jour dudit -moys, fut rendue audit duc pour le roy. Et ledit jour fu pris d'assault -le chastel de Banelinguen, et la forteresce de la Planque, rendue audit -duc pour le roy, et depuis aussi fu pris le chastel d'Andric. Et après -se parti ledit duc et sa compaignie du païs de Picardie, car il n'y -povoient plus besoingnier pour le temps qui fu trop pluvieux, mais il -establirent gens d'armes et arbalestiers, pour garder lesdites -forteresces qu'il avoient prises. Et toutesvoies les Anglois ne -retournèrent point à Bruges à la mi-aoust mil trois cens septante-sept, -pour faire les responses sur les offres qui leur avoient esté faites à -Bouloigne, ainsi comme il avoient promis, si comme il fu dit par -devant[320]. - - [320] En cet endroit, dans le manuscrit de Charles V, nº 8395, un - feuillet presqu'entièrement blanc sépare ce qui précède de ce qui - suit, et la main du calligraphe change. C'est que, comme je l'ai dit - plus haut, la rédaction du voyage de l'empereur fut faite dans le - temps même de son séjour en France. Il est probable que les - chapitres précédens ne furent faits que plus tard, et ne furent - transcrits qu'après le récit du voyage dans notre exemplaire, que - nous regardons comme le modèle de toutes les autres leçons. Ces - dernières l'ont à compter d'ici grandement défiguré, comme nous le - remarquerons. - - - - -L. - -Coment Charles, empereur de Rome, escript au roy que il vouloit venir en -France. - - -En celuy temps mil trois cens septante-sept, escript au roy l'empereur -de Rome Charles, le quatriesme de ce nom, par lettres escriptes de sa -main, et par deux messages par luy envoiés, l'un assés tost après -l'autre, qu'il estoit ordené pour venir en France veoir le roy et faire -certain pèlerinage où il avoit sa dévocion, de quoy le roy fu moult -liés. Et pour ce que par lesdites lettres, il ne mandoit pas le temps de -son venir né par quel part il entendoit à entrer au royaume, luy renvoia -le roy de ses chevaucheurs pour luy en rapporter la certainneté; -lesquels luy rapportèrent que à l'entrée d'Alemaigne, en la duchiée de -Luxembourg, il avoient trouvé le roy des Romains, fils dudit empereur jà -venu audit lieu de Luxembourg, et estoit venu à petite compaignie en -habit mesconnu, luy et ses gens estimés entour quarante chevaux. Et -quant le roy fu de ce acertené, il se pensa que l'empereur ne feroit pas -longue demeure après la venue de son fils que il avoit envoié devant. Si -envoia hastivement à Rains et jusques à la ville de Mouson entrée de son -royaume, et par où ledit empereur devoit venir en celles parties, les -contes de Sarebruche et de Braine, ses conseilliers; le sire de La -Rivière, son premier chambellan, et messire Pierre de Chevreuse, maistre -de son hostel, en leur compaignie, et autres de ses serviteurs, pour -aler à l'encontre dudit empereur, et le recevoir honorablement à -l'entrée du royaume. Et demourèrent lesdites gens du roy audit lieu de -Mouson bien quinze jours; auquel temps il n'orent nulles nouvelles dudit -empereur, combien qu'il envoiassent audit lieu de Lucembourg, devers son -fils, pour en savoir la certaineté, lequel semblablement leur fist -savoir que nulle certaineté n'en savoit. Pour lesquelles choses le roy -les remanda. Et assez tost après leur retour, vint un messaige de -l'empereur au roy, et luy apporta lettres escriptes de sa main, -èsquelles il se excusoit de sa demeure, pour certaines guerres qui -estoient en aucunes parties d'Allemaigne, lesquelles il avoit desjà en -partie et vouloit du tout mettre en paix, avant son département, et luy -faisoit savoir que sans nulle faulte, il seroit huit jours devant Noël à -Paris; et que pour certaines causes et pour tenir plus brief et meilleur -chemin, il avoit changié son propos de venir par Lucembourg, mais il -venroit par Brebant, Hénau et Cambray; et pour ce manda son fils estant -à Lucembourg venir en Breban à luy, lequel le duc de Breban, son frère -et la duchesse sa femme, avecques les bonnes gens du païs receurent -moult honorablement. Et là, devoit venir à luy le conte de Flandres, -lequel se parti de Gand pour cette cause, à tout quarante chevaliers en -sa compaignie pour venir à Bruxelles; et là furent pris les hostels pour -luy. Mais quant il fu près de là, il s'escusa pour maladie qui luy -survint. Pour ce, se envoia excuser par le chastelain de Diquemme et -autres de ses gens, et s'en retourna en son païs sans veoir l'empereur. -De là se parti ledit empereur et vint en Haynau, où il cuidoit trouver -le duc Aubert, gouverneur de Haynau, lequel il avoit là mandé; mais -ledit duc estoit alé en Hollande, et pour ce n'y vint point; et -toutesvoies ala ledit empereur au Quesnoy où ses enfans estoient, et là -demoura un jour et vit lesdis enfans. - - - - -LI. - -Coment le roy de France envoia honnorables messaiges en la cité de -Cambray, pour aler à l'encontre de l'empereur qui y devoit venir et le -acompaignèrent très-honnorablement jusques dedens ladite ville, en -laquelle il fu receu joieusement à processions; et des paroles que -l'empereur dit aux gens que le roy luy avoit envoiés. - - -En celuy temps, avoit le roy envoié ses messages à Cambray devers ledit -empereur; c'est assavoir, le seigneur de Coucy, les contes de Sarebruche -et de Braine, le seigneur de La Rivière, Jehan Lemercier: et en leur -compaignie avoit grant foison de chevaliers et d'escuiers en bonnes -estoffes, vestus des livrées desdis seigneurs, et estoient bien trois -cens chevaux. Et furent le mardi devant Noël, vint-deuxiesme jour de -décembre, à Cambray un matin, et alèrent à l'encontre de l'empereur bien -une lieue hors de Cambray ainsi acompaigniés, pour luy encontrer et -accompaignier de par le roy ainsi honnorablement comme dessus est dit; -en luy disant que le roy le saluoit et avoit grant joie de sa venue et -grant désir de luy veoir. Si les reçut moult gracieusement et en mercia -moult le roy et eux de ce qu'il y estoient venus, en leur disant que mès -qu'il fust venu à la ville, il parleroit à eux plus plainement. Et dont -vint ledit empereur et approcha ladite ville de Cambray, et vinrent -au-devant de luy l'evesque et les bourgois à bien deux cens chevaux et -plus; et le commun et arbalestiers de la ville estoient à l'entrée de la -ville rengiés sans paremens, d'une part et d'autre en assez belle -ordenance. Et l'empereur vint chevauchant sur un roncin gris, et vestu -d'un mantel et chapperon de drap gris fourré de martres, et son fils, le -roy des Romains, encoste luy chevauchant aussi avant comme luy; et ainsi -chevauchièrent jusques bien avant en ladite ville, et là encontrèrent -l'evesque et les collèges à procession[321]. Si descendirent l'empereur -et son fils et ainsi alèrent à pié jusques à l'églyse. Et après ce qu'il -ot fait son oraison, il s'en ala en l'ostel de l'evesque, lequel estoit -bien honnestement paré en sales et en chambres, et luy fist ledit -evesque ses despens tant comme il fu à la ville. Et après disner envoya -querre les gens du roy dessus escrips et leur dist publiquement et -devant chascun que combien que il eust sa dévocion à monsieur Saint-Mor, -venoit-il principalement pour veoir le roy, la royne et leur enfans, que -il désiroit plus à veoir que créature du monde; et que après ce que il -l'auroit veu et parlé à luy, et qu'il luy auroit baillié son fils, le -roy des Romains, pour estre tout sien, lequel il luy amenoit, quant Dieu -le voudroit après prendre il prenroit la mort en bon gré, car il auroit -acompli l'un de ses plus grans désirs. Et combien que lesdites gens du -roy eussent sceu qu'il avoit entencion de estre à Noël à Saint-Quentin, -il firent tant que il demoura audit lieu de Cambray, qui est sa ville et -sa cité, en laquelle il povoit faire ses magnificences et estas -impériaux; et que au royaume de France n'eust point souffert le roy que -ainsi en eust aucunement usé. Et pour ce que de coustume l'empereur dist -la septiesme leçon à matines, revestu de ses habits et enseignes -impériaux, il fu avisé, par les gens du roy, que au royaume ne le -porroit-il faire, né souffert ne luy seroit. Si se consenti de bonne -volenté de demourer audit Cambray pour faire son ordenance acoustumée en -son empire. - - [321] Cette procession est figurée dans le msc. de Charles V, fº 467, - vº. Le costume de l'évêque est assez curieux. - - - - -LII. - -Les noms des villes par où l'empereur passa depuis Cambray jusques à -Senlis, et des nobles hommes qui lui furent à l'encontre. - - -L'endemain se party de Cambray ledit empereur, et vint au giste en une -abbaye du royaume que l'on appelle le Mont St-Martin[322], et y disna le -jour, et puis vint au giste à Saint-Quentin. Auquel lieu de -Saint-Quentin les gens et officiers du roy, bourgois et habitans de -ladite ville, vindrent à cheval à l'encontre de luy et le reçurent -honorablement, en lui disant que bien fust-il venu en la ville du roy; -et luy firent grans présens de char, de poissons, de vins, de pains, de -foins, d'avaine et de cires. Et est assavoir que en ladite ville et -semblablement par toutes les autres villes où il a esté, tant en venant -à Paris comme en son retour, il n'a esté receu en quelconque églyse à -procession né cloches sonnans, né fait aucun signe de quelconque -dominacion ou seigneurie; si comme au roy ou à ceux qui ont la cause de -luy appartiegne à estre fait en tout le royaume de France. Audit -St-Quentin demoura ledit empereur un jour, et vint à Han au giste où les -gens du roy qui au-devant estoient allés toujours le compaingnièrent; et -vindrent les gens de ladite ville de Han au-devant de luy, et lui firent -la révérence si comme avoient fais ceux de Saint-Quentin; et de là se -parti l'endemain après boire et vint au giste à Noyon. Et au devant de -luy vindrent à cheval l'evesque, chappitre et bourgois de ladite ville -en grant et belle compaignie, et luy firent la révérence, en disant les -paroles telles comme ceux de Saint-Quentin luy avoient dites, en disant -que bien fust-il venu en la ville du roy; et lui firent les présens -comme dessus est dit. Et demoura en ladite ville deux jours, et visita -l'abbaye de Saint-Eloy et le corps saint. - - [322] _Le Mont Saint-Martin_. Aujourd'hui village sur la route et à - mi-chemin de _Cambray_ à _Saint-Quentin_. - -Et le jeudi trente-et-uniesme et derrenier jour de décembre, se parti -d'ilec après boire et vint au giste à Compiègne; et au-devant de luy -vindrent à une lieue de la ville les gens de ladite ville, en belle -ordenance et bonne compaingnie bien jusques à deux cens chevaux. Et -assez tost après vint, de par le roy, à l'encontre dudit empereur, le -duc de Bourbon, frère de la royne de France, le conte d'Eu, cousin -germain du roy, les evesques de Beauvais et de Paris, et pluseurs autres -notables chevaliers et seigneurs en leur compaingnie, jusques au nombre -de trois cens chevaliers et plus, vestus des robes dudit duc, lesquelles -étoient de blanc et bleu mi-parti. Et luy dit le duc de Bourbon que le -roy le saluoit et estoit bien lie de sa venue et que très-volontiers le -verroit, et que là les avoit envoyés le roy pour le compaingnier. Et -l'empereur venu en ladite ville et descendu en son hostel, le duc de -Bourbon pria les seigneurs et chevaliers de l'ostel de l'empereur de -venir souper avecques luy en son hostel, lesquels y alèrent; et -l'empereur, pour luy faire plus avant plaisir, luy envoya son fils le -roy des Romains, en luy mandant que sé il feust en point qu'il se peust -aidier, car de nouvel au partir de Noyon lui estoit prise sa goute dont -il estoit si empeschié qu'il ne pouvoit aler, que luy en sa personne -fust alé souper avecques luy. Et ledit duc de Bourbon festoya ledit roy -et tous les autres, et donna à souper très grandement et largement, et y -assembla et fist estre les dames qui estoient en la ville et environ. Et -l'endemain, qui fu le vendredi premier jour de janvier, après ce qu'il -ot disné à Compiègne, il vint en un curre, pour ce qu'il ne pooit -chevauchier, à heure de vespres à Senlis: et au-devant de luy alèrent le -baillif de ladite ville et les officiers du roy, et en leur compaingnie -les gens de la ville, jusques au nombre de cent chevaux, en lui faisant -la révérence et en luy disant qu'il fust le bien venu en la ville du -roy. - - - - -LIII. - -Comment messeigneurs les ducs de Berry et de Bourgoigne, frères du roy -de France, acompaingniés de pluseurs nobles chevaliers, alèrent au -devant de l'empereur pour luy acompaingnier à entrer en la cité de -Senlis, et coment lesdis chevaliers et escuiers estoient noblement -vestus d'une couleur. - -ANNÉE 1378 - - -Tantost après un petit d'espace, à une lieue de ladite ville au plus, -vindrent à l'encontre dudit empereur de par le roy de France, -messeigneurs ses frères, les ducs de Berry et de Bourgoigne, le conte de -Harecourt, l'archevesque de Sens et l'evesque de Laon, et estoient -lesdis seigneurs accompaingniés de chevaliers et d'escuiers vestus tous -d'une robe, c'est assavoir: les chevaliers partis de veluyau noir et -gris; les escuiers, de soie pareil de couleur, et estoient bien cinq -cens chevaux en leur compaingnie. Et dit le duc de Berry à l'empereur, -de par le roy, que le roy le saluoit et avoit grant desir de le veoir, -et les envoioit au devant de luy pour luy honnorer et accompaingnier à -leur povoir, dont il mercia le roy et eux très grandement. Et quant il -fu descendu à son hostel, jusques où il le convoièrent, il s'en -retournèrent à leur hostels afin que il ne le grevassent, car il estoit -moult malade et travaillié; et les gens de la ville firent tels présens -comme dessus est dit des autres villes. - - - - -LIV. - -Coment l'empereur vint de Senlis à Louvres, et l'y envoya le roy un -curre et une littière noblement attelés, et de là vint à Saint-Denis en -France. - - -Le samedi ensuivant, qui fu second jour de janvier, se parti de Senlis -ledit empereur après boire, et vint au giste à Louvre, et vint à -l'encontre de luy le duc de Bar que le roy y envoya, qui de nouveau -depuis le département les frères du roy estoit venu vers luy; et furent -avec luy aucuns contes, banerés, chevaliers et escuiers, et là combien -que ce soit ville plate, luy furent fais aussi grans et aussi -honnorables présens comme ès villes dessus dites. Et l'endemain, qui fu -dimanche troisiesme jour de janvier, se parti de Louvres après boire. Et -pour ce que le roy avoit entendu qu'il estoit moult agrevé de la goute -et ne pouvoit chevauchier et le charrier luy faisoit grevance, il luy -envoya toute nuit, la nuit de samedi, un des curres de son corps -noblement appareillié et de chevaux blans atelé, et la littière de son -ainsné fils le daulphin de Vienne noblement appareilliée et attelée de -deux mules et de deux coursiers pour venir dedens plus aisiement. De -quoy ledit empereur fu moult lie, et en mercia moult le roy en son -absence en recevant ledit curre et laditte littière des messages du roy; -et puis vint en ladite littière jusque à la ville de Saint-Denis bien -acompaingnié de cent hommes à cheval des gens de ladite ville. Et assez -tost après luy vindrent au dehors de ladite ville les arcevesques de -Rains et de Rouen et de Sens; les evesques de Laon, de Beauvais, de -Paris, de Noyon, de Baieux, de Lisieux, de Meaux, d'Evreux, de -Thérouenne et de Condon; et l'abbé de Saint-Waast d'Arras, tous du -conseil le roy, et luy firent la révérence, en disant que il fust le -bien venu, et que le roy les avoit là envoiés pour le honnorer et le -acompaingnier. Et luy venu à Saint-Denis, il fist descendre sa littière -et porter icelle à bras, car pour sa maladie de goute dessus dite, il ne -povoit aler à pié. Et pour ce, en icelle se fist porter en l'églyse -Saint-Denis, devant le grant autel saint Loys où il fist son oroison -dévotement. Et ainsi de là fu porté dedens ladite littière jusques en sa -chambre, et là luy furent présentés, de par l'abbé, de grans poissons, -de connins, de buefs, de moutons, de volaille et d'avoine, et habondance -du vin, tant comme luy et ses gens en porent despendre. Et pareillement -luy firent les gens de la ville de très grans présens; et après ce que -il se fu une grant pièce reposé, il se dementa de veoir les reliques de -léans, et se fist porter au trésor en une chaière et là vit les -reliques, les couronnes, joyaux, et s'y tint très longuement en y -prenant très grant plaisir, si comme il sembloit à sa chière, par le -rapport de ceux qui près de luy estoient. Et après ce qu'il fu reporté -en sa chambre, lesdis frères du roy et aucuns des prélas qui estoient -demourés prisrent congié de luy, et revindrent devers le roy à Paris, et -il demoura tout le jour en ladite abbaye. - - - - -LV. - -Coment l'empereur après ce qu'il ot veu les reliques Saint-Denis, tant -ou trésor comme ailleurs, et visité les sépultures que il requist à -veoir, se parti de Saint-Denis pour venir à Paris. - - -Le lundi ensuivant, quatriesme jour du mois de janvier, se leva -l'empereur bien matin, pour ce que celuy jour il devoit venir à Paris; -si se fist porter en l'églyse de monseigneur saint Denis et devant les -corps sains, et là fist ses dévocions, et se fist porter entour les -chaces, et baisa les reliques, le chief, le clou et la couronne, et puis -demanda à veoir les sépultures des roys, et par espécial du roy Charles -et de la royne Jehanne sa femme, du roy Phelippe et de la royne Jehanne -de Bourgoigne sa femme; car il disoit que en leur hostel avoit esté -norry en sa jeunesse et que moult de biens lui avoient fais. Et aussi -volt-il veoir la sépulture du roy Jehan, et fist assembler l'abbé et le -couvent et leur requist très affectueusement que il voulsistent Dieu -prier pour ses bons seigneurs et dames qui gisoient là. Après se parti -de l'église, et vint en sa chambre où il avoit esté par devant, et là -vint de par le roy, c'est assavoir messires Bureau de la Rivière, son -premier chambellan, et Colart de Tanques, escuier de son corps, et -vinrent en la court devant les fenestres de sa chambre, et luy -présentèrent, de par le roy, un bel destrier ensellé des armes de France -bien et richement, et pareillement un bel coursier; et autant et autels -en présentèrent à son fils le roy des Romains. De quoy il mercia le roy -grandement, et dit qu'il monteroit et entreroit dessus à Paris, combien -que il luy fust bien grief pour cause de sa maladie: et pour ce les -envoya devant à La Chappelle Saint-Denis, et jusques là se fist porter -en la littière de la royne, qui pour ce luy avoit esté envoiée -très-richement et noblement attelée et appareilliée. Et après ce qu'il -ot beu, il se party de Saint-Denis en la littière, comme dit est; et -entre Saint-Denis et La Chappelle, vindrent à l'encontre de luy le -prévost de Paris et le chevalier du guet, avecques très grant quantité -de leur gens à cheval, vestus d'unes robes, et aussi y estoit le prévost -des marchands, et les eschevins de la ville de Paris, et des bourgois -bien montés et vestus de robes mi-parties de blanc et de violet: et -estoient bien en nombre, en ladite place, de dix-huit cens à deux mile -hommes, de quoy lesdis prévost et chevaliers, les eschevins et grant -quantité de autres bourgois estoient montés sur beaux destriers et -coursiers très noblement, et se misrent rengiés aux champs, selon le -chemin, en très belle ordenance. - - - - -LVI. - -Coment les prévos de Paris et des marchans et Chevalier du guet se -despartirent d'avec le commun qui estoient rengiés sur les champs, et -alèrent au devant de l'empereur pour luy faire révérence. - - -Lors se départirent d'avec les autres le prévost de Paris, le prévost -des marchans et le Chevalier du guet, et se approchièrent de l'empereur, -et porta le prévost de Paris les paroles en disant: «Très excellent -prince, nous les officiers du roy à Paris, le prévost des marchans et -les bourgois de la bonne ville, vous venons faire la révérence et nous -offrir à faire vostre bon plaisir, car ainsi le veult le roy nostre -seigneur, et le nous a commandé.» Et l'empereur en mercia le roy et eux -moult gracieusement. Et lors lesdis prévos et échevins avec les bourgois -vindrent ensemble jusques à Paris, et estoient bien en la compaingnie -tant des officiers du roy comme des gens de la ville de Paris, quatre -mille chevaux et plus. Et ainsi acompaingnié vint ledit empereur à la -Chappelle Saint-Denis, et là se fist descendre de la littière de la -royne en un hostel, et fu mis à cheval sur le destrier que le roy luy -avoit envoié à Saint-Denis, lequel estoit morel[323]; et semblablement -monta le roy des Romains sur celui que le roy luy avoit envoié, lequel -estoit pareillement morel. Et appenséement le roy de France les leur -donna de celuy poil qui est plus loing et opposite du blanc, pour ce que -ès coustumes de l'empire, les empereurs ont acoustumé d'entrer ès bonnes -villes de leur empire et qui sont de leur seigneurie, sur cheval blanc, -et ne vouloit pas le roy que en son royaume il le feist ainsi, affin -qu'il n'y peust estre noté aucun signe de dominacion[324]. - - [323] _Morel_. Noir. On voit cette cavalcade dans le manuscrit de - Charles V, fº 470, rº. - - [324] Villaret a eu grand tort de traiter de petitesses ridicules - toutes ces précautions cérémonieuses du roi de France. Dans les - idées admises à la cour impériale et souvent même à celle de Rome, - tous les rois chrétiens relevoient de l'empereur. Or, l'indépendance - de la couronne de France ne permettoit pas de tolérer de pareilles - prétentions. - - - - -LVII. - -Coment le roy de France se parti de son palais pour aler à l'encontre de -l'empereur son oncle. - - -En celuy mesme jour et heure, se parti le roy de France de son palais, -monté sur un grant palefroy blanc, richement ensellé tout aux armes de -France. Et estoit le roy vestu d'une cote hardie[325] d'escarlate -vermeille et d'un mantel à fons de cuve fourré. Et avoit en sa teste un -chappel à bec de la guise ancienne, brodé et couvert de perles très -richement. Et en sa compaingnie estoient quatre ducs, c'est assavoir: de -Berry, de Bourgoigne, de Bourbon et de Bar; et les contes d'Eu, de -Bouloigne, de Coucy, de Sarebruche, de Tancarville, de Sancerre, de -Dampmartin, de Porcien, de Grantpré, de Siaume et de Braine; et pluseurs -autres grans seigneurs, banerés et autres chevaliers sans nombre et -estimacion, et d'autres grans gentilshommes; et si estoient des prélas -tous ceux dessus escrips, qui alèrent au dehors de la porte Saint-Denis -au devant de l'empereur, et estoient tous en chappes romaines par -l'ordenance et commandement du roy; et estoient grandement montés, et -accompagnés de leurs chappelains et autres gens chascuns de leur robes. -Et les seigneurs et princes dessus dis estoient montés sur grans chevaux -moiens, plus haus que coursiers et grandement acompaingniés de -chevaliers et d'escuiers, chascun des livrées de leur seigneurs. Et -aussi avoit le roy ses officiers de tous estas, en très grant quantité, -vestus chascun office d'unes robes; c'est assavoir: chambellans, de deux -paires de robes les unes de veluyau et les autres de deux escarlates -parties; les maistres d'ostel, de deux veluyaux inde et tenné; et les -chevaliers d'onneur, de veluyau vermeil; les escuiers du corps et -d'escuierie, de camocas bleu; les huissiers d'armes, de deux camocas -partis de bleu et rouge; les officiers, panetiers, eschansons, varlès -tranchans, vestus de deux satanins pallés de blanc et tenné; et -pareillement estoient les officiers du daulphin de Vienne, ainsné fils -du roy; et les queus et escuiers de cuisine vestus de houpellandes de -soie et aumuces fourrées, à boutons de perles pardessus; les varlès de -chambre cinquante-deux, tous vestus d'unes robes d'un roié gris blanc -contre noir; les someliers vestus d'un roié gris blanc contre un drap -noir. Les sergens d'armes, de cinquante à soixante, vestus d'unes robes -de drap bleu et noir. Les someliers, d'un roié brun contre un vermeil; -et ainsi de tous les autres officiers, chascune office séparément d'unes -robes. Et mist le roy à partir de la cour du palais, pour la multitude -des gens à cheval qui y estoient, plus de demi-heure à issir hors. Et -chevaucha parmi la ville en grant multitude de gens, droit le chemin de -Saint-Denis, en passant par la porte et bastide de Saint-Denis. Et -estoit l'ordenance des gens du roy si bien faite, que peu y avoit de -presse au regart de la multitude de gens qui là estoient. Et devant -aloient tous les chevaliers et escuiers, les arbalestriers de cheval et -sergens d'armes. Et devant le roy estoit le mareschal de Blainville et -escuiers de son corps, qui avoient deux espées à escharpe et les -chappeaux de paremens. Et, sans moien[326], estoit devant luy le fils du -roy de Navarre et les contes de Harcourt et de Tancarville, et par -derrière ses huissiers d'armes. Et après, les quatre ducs dessus dis, et -pluseurs autres contes et barons, et les prélas dessus nommés par -ordenance venoient après, deux et deux. - - [325] _Cote hardie_. Dans la miniature que nous avons mentionnée tout - à l'heure, cette cote hardie paroît être un vêtement serré sous le - manteau. - - [326] _Sans moien_. Sans intermédiaire. - - - - -LVIII. - -Coment le roy de France et l'empereur avec son fils, le roy des Romains, -s'entrencontrèrent entre La Chappelle et le Moulin à vent, et de la -révérence que il firent l'un à l'autre à l'assemblée. - - -Après ceux, aloient les arcevesques premiers, et les evesques après; et -après venoient les grans chevaux et palefrois du roy très richement -ensellés, et les varlès les menoient en destre, montés sur autres -roncins, vestus tous d'unes robes, et si avoient paremens de France en -escharpe, en la manière acoustumée. Et le palefrenier du roy estoit -devant les escuiers de corps, monté sur un grant coursier, et avoit le -parement du roy, lequel estoit de veluyau et de brodeure; les fleurs de -lis pourfilées de perles en escharpe autour le col, ainsi comme il est -acoustumé de porter. Et avec les sergens d'armes du roy estoient devant -les deux trompettes du roy, à trompes d'argent et penonceaux de brodeure -qui trompoient aucune fois, pour faire les gens avancier de chevauchier. -Et ainsi chevaucha le roy de son palais jusques en mi-voie du Moulin à -vent et de La Chappelle, que il s'entrencontrèrent luy et l'empereur; et -fu grant pièce avant que il pussent venir l'un à l'autre, pour la presse -des gens qui y estoient. En laquelle encontre ledit empereur osta sa -barrette et son chapperon, et aussi le roy; et ne se volt le roy trop -approchier de l'empereur, pour ce que son cheval ne fraiast à ses jambes -où il avoit la goute; mais prisrent les mains l'un de l'autre et -s'entresaluèrent, en disant le roy à l'empereur que très bien fust-il -venu et que il avoit eu grant désir de le veoir. Et passa outre le roy -pour saluer le roy des Romains en la manière qu'il avoit fait -l'empereur; et puis retourna devers l'empereur et le fist mettre à -dextre de luy, combien que l'empereur s'en excusast très-longuement et -ne le vouloit faire; et fist mettre à senestre emprès luy le roy des -Romains. Et ainsi chevaucha le roy au milieu de l'empereur et de son -fils tout le chemin, et tout au lonc de la ville de Paris jusques à son -palais, par l'ordenance et en la manière qui s'ensuit: - - - - -LIX. - -De la noble ordenance qui estoit quant le roy et l'empereur et son fils -entrèrent à Paris. - - -Premièrement, fu par le roy ordené que les gens de la ville, pour ce -qu'il estoient en trop grant quantité, demourassent aux champs sans -entrer en la ville, jusques à tant que l'empereur, le roy et toutes leur -gens fussent entrés et passés en la ville, et ainsi fu fait. Et aussi -avoit le roy fait crier le jour devant, que nul ne fust tant hardi -d'occuper le chemin de la grant rue en venant au palais de gens né de -charroi, né ne se boujassent des places où il s'estoient mis pour veoir -l'empereur, le roy et le roy des Romains passer. - -Et de fait furent mis sergens, pour garder au bout des rues qui viennent -sur le chemin de la grant rue, qui gardoient et deffendoient le peuple -de passer. Et lors descendirent à pié trente des sergens d'armes, et -prisrent le travers de la rue, alant devant les escuiers du corps du roy -leur maces en leur poings, et leur espées garnies d'argent en -escharpe[327]. Et pour ce que l'empereur avoit fait assavoir au roy, dès -ce qu'il vint à Saint-Denis, que à son venir à Paris il ne vouloit avoir -nul de ses gens auprès de luy, mais se mettoit en la garde et -gouvernement du roy et de ses gens tels comme il les luy voudroit -baillier, et prioit très fort le roy que il les luy voulsist tels -baillier que bien le gardassent de presse; et aussi qu'il pleust au roy -ordener aucunes gens qui menassent ses gens devant au palais tous -ensemble, laquelle chose le roy fist; et les fist mener les premiers et -conduire par le seigneur de Coucy, le conte de Sarebruche et le conte de -Braine, qui continuelment avoient esté avec l'empereur puis qu'il estoit -entré au royaume. Et pour la garde du corps de l'empereur ordena le roy -six de ses chambellans et quatre de ses huissiers d'armes; c'est -assavoir: le seigneur de la Rivière, messire Charles de Poitiers, -messire Guillaume des Bordes, messire Hutin de Vermelles, messire Jehan -de Barguettes et le Barrois; et autant en ordena le roy pour son corps: -et au roy des Romains, quatre et deux huissiers d'armes, lesquels tous -chambellans, chevaliers et huissiers d'armes descendirent aussi à pié, -et se ordenèrent en la garde qui commise leur estoit en belle et bonne -ordenance. - - [327] Voyez la curieuse représentation de ces écuyers du corps du roi, - dans la deuxième miniature du fº 470 rº, manuscrit de Charles V. - - - - -LX. - -De l'ordenance des nobles barons, chevaliers, prélas, escuiers et gens -de Paris, qui chevauchoient après les trois princes dessus dis[328]. - - [328] Les quatre précieux chapitres suivans n'ont jamais été imprimés - et ne se retrouvent que dans le manuscrit de Charles V et dans ceux - des _Continuateurs de Nangis_. Les éditions imprimées et les autres - manuscrits portent: «Et du surplus je me tais, pour ce que trop - longue chose seroit à escrire; et mesmement à ce que en pluseurs - lieux en sera trouvé escript. Et bien viens au disner que le roy luy - donna au palais dont l'assiette fu telle.» Par ces mots _en pluseurs - lieux_ il semble que l'on ait voulu désigner l'_Histoire de Charles - V_ faite plus de vingt ans après le meilleur texte de nos - _Chroniques_ par Christine de Pisan. Mais cet historien a beaucoup - abrégé elle-même les précieux détails dans lesquels l'historiographe - étoit entré. - - -Item, après les gens de l'empereur qui estoient les premiers entrans en -la ville, estoient les chevaliers et escuiers du royaume de France, qui -estoient bien huit cens chevaliers sans les escuiers dont on ne sait le -compte, et estoient noblement vestus et parés et très-bien montés, si -que c'estoit noble et merveilleuse chose à veoir. Après estoient le -chancelier de France et les conseillers du roy lays. Et après estoient -d'un front, à pié, les portiers et varlès de porte, leur verges en leur -mains et vestus d'unes robes. Et après estoit à cheval le prévost de -Paris, et après le prévost pluseurs contes et barons. Et après estoit le -maréchal de Blainville. Et après ledit mareschal estoient les escuiers -du corps et escuierie du roy comme dessus est escript. Et au plus près -de l'empereur, du roy et du roy des Romains, estoient un renc de -chevalliers à pié, chascun un baston en son poing; et les chambellans et -gardes sus escrips entour l'empereur, le roy et le roy des Romains, -estoient tellement que nul n'en povoit approuchier né les empresser. Et -derrière les chevaux de l'empereur, du roy et du roy des Romains, -estoient les huissiers d'armes tous rengiés à pié, qui aussi avoient des -bastons en leurs poins. Et venoient après les frères du roy, le duc de -Berry et de Bourgoigne, et entre eux deux, au milieu, estoit le duc de -Breban, frère de l'empereur et oncle du roy; et après, le duc de -Sassoigne, esliseur de l'empire, le duc de Bourbon, le duc de Bar, et -des autres ducs allemans un appellé le duc Henry, le duc de Bousselau et -le duc de Trappo. Et derrière lesdis ducs estoient vint chevaliers et -escuiers à pié, qui sont pour la garde du corps du roy, et vint-cinq -arbalestriers tous armés couvertement, les espées en une main et bastons -ès autres, lesquels se tenoient fors et serrés ensemble pour garder de -foule et de presse l'empereur, le roy et le roy des Romains, et les ducs -dessus dis qui venoient derrière eux, de la foule et multitude des gens -qui venoient après à cheval. Et après venoient tous les prélas dessus -escris, et après, les chevaux de parement du roy et tout le remenant de -la multitude de chevaux et gens. Et tout derrière venoient le prévost -des marchans, le chevalier du guet et les sergens, avec les gens de la -ville de Paris. Et ainsi et par telle ordenance chevauchoient -l'empereur, le roy et le roy des Romains, par tele manière qu'il ne -fussent pressés né arrestés. Mais en brief temps et pou d'espace, -vindrent très légièrement et briefment jusques au palais, dont plusieurs -gens furent moult merveilliés, qui autrefois n'avoient veue tele né si -bonne ordenance de tele multitude, si pou de desroy né de presse. Et -aussi furent faites à la porte du palais certaines barrières, et à -l'entrée des merceries et de la grande sale aussi, et mis et ordenés -sergens d'armes et autres sergens pour icelles garder estroitement, et -telement furent gardées que l'empereur, le roy et le roy des Romains et -des autres grans seigneurs qui y entrèrent, n'estoient pas plus de -quarante[329] chevaux; et avoit esté ordené que à la venue ou entrée -dudit palais, nul ne s'arrestast devant ladite porte, mais passast -oultre chacun à cheval et s'espandissent parmi les rues foraines, afin -de y avoir moins de presse. Et ainsi vindrent au perron de marbre -environ trois heures après midi. Et pour ce que l'empereur ne se povoit -pas aisément soustenir pour sa dite maladie, mais le convenoit porter -entre bras, le roy luy avoit fait appareillier par un sien secrétaire -qui lors estoit concierge de son palais, nommé maistre Phelipe Ogier, en -la cour soubs ledit perron, une chaiere couverte de drap d'or et le fist -asseoir dedens. - - [329] _Quarante_. Suivant Christine de Pisan: _Cent_. - - - - -LXI. - -Comment le roy de France vint à l'empereur emprès le perron où il estoit -assis et le salua et le baisa, et puis baisa le roy des Romains, et de -l'assiette du soupper de celuy jour. - - -Si comme l'empereur se séoit et reposoit en la chaière dessus dite, le -roy vint à luy et luy dist qu'il fust le très bien venu en son palais, -et que onques prince n'y avoit veu plus volentiers; et lors le baisa, et -l'empereur osta tout son chaperon et l'en mercia très humblement; et -aussi salua le roy son fils le roy des Romains et le baisa. Et lors fist -le roy lever l'empereur par ses chevaliers et porter en sa chaière -contremont les degrés, et aloit le roy d'un costé des degrés et menoit -le roy des Romains à sa main sénestre; et ainsi ala le roy coste à coste -de l'empereur, jusques à la chambre qu'il luy avoit faite appareillier; -c'est assavoir en la chambre faicte de bois d'Irlande qui est coste la -chambre vert, et regarde d'une part sur les jardins du palais et d'autre -part à la Sainte-Chappelle; et toutes les autres chambres derrière -laissa pour l'empereur; et pour son fils le roy des Romains laissa et -fist ordener les chambres de dessous où se souloient retraire les roynes -de France; et prist et se loga le roy ès haultes chambres à -galathas[330], que fist faire le roy Jehan son père. Et après ce que -l'empereur se fu un petit reposé, le roy l'ala veoir en sa chambre; et -sitost que le roy approucha de luy, il osta tout arrière jus son -chaperon, et dist que il le venoit veoir et luy monstrer sa coiffe que -encore n'avoit pas veue[331]; et l'empereur osta son chapeau et tantost -se recouvrirent le roy et luy, et s'assistrent en deux chaières l'une -emprès l'autre. Et là, le roy luy dist les paroles qui ensuyvent: «Beaux -oncles, sachiez que j'ay si grant joie de vostre venue comme plus puis, -et vous pri que vous tenez que en ce que j'ay vous avez comme au vostre, -et plus avant ne vous scay offrir.» A quoy l'empereur osta arrière son -chaperon et le roy aussi, et respondit ledit empereur ces paroles: -«Monseigneur, je vous merci des honneurs et biens que vous me faites, et -je vous offre et vueil que vous soyés certain que moy et mon fils que je -vous ai ci amené; et tous mes autres enfans et quanque j'ay, sommes -vostres et le poez prendre comme le vostre.» Auxquelles paroles pluseurs -gens estoient qui orent grant plaisir et joie de cestes grans amitiés et -bonnes volentés. Et ainsi se départi le roy. Et pour la maladie dudit -empereur qui estoit très-griève, considéré que il avoit eu fièvre -avecques et estoit moult travaillié dudit chemin, le roy le fist soupper -en sa chambre; et il mena soupper avecques luy le roy des Romains et les -ducs, seigneurs et chevaliers qui estoient venus avec luy, et y ot très -grant soupper et très grant presse de gens d'estat, et fu l'assiète tele -que il ensuit: L'evesque de Paris, premier; le roy, et puis le roy des -Romains; le duc de Berry, le duc de Breban, le duc de Bourgoigne, le duc -de Bourbon et le duc de Bar; et pour ce que deux autres ducs n'estoient -pas chevaliers, mengièrent à l'autre table, et leur tint compaignie -messire Pierre fils du roy de Navarre, le conte d'Eu et pluseurs autres -seigneurs. Et est assavoir que la grande sale du palais, la chambre de -parlement, la sale sur l'eau, la chambre vert, les autres chambres -notables du palais, la Sainte-Chappelle, la chapelle d'emprès la chambre -vert estoient partout très-richement parées et ordenées, tant au palais -comme au chastel du Louvre, à Saint-Pol, au bois de Vinciennes, et à -l'ostel de Beauté-sur-Marne, èsquels lieux le roy mena, tint et festoia -partout l'empereur. Et ainsi se passa la journée dudit lundi, entrée de -l'empereur à Paris. Et après vin et espices données après souper, se -retraistrent le roy, et le roy des Romains et les autres seigneurs -chascun en sa chambre. - - [330] _A galathas_. Christine: _Et Galathas_. Je pense qu'il faut - entendre par là les longues galeries dans lesquelles sont encore - aujourd'hui conservées les archives du parlement. Ce passage curieux - nous apprend ce que les historiens de Paris semblent avoir ignoré, - que le roi Jean avoit fait exécuter de grands travaux dans le - Palais. Le nom de _Galathas_ n'avoit jusqu'à présent été relevé que - dans un édit de la chambre des comptes. «_Galatha_. Edictum anni - 1358: In camerâ compotorum superiùs _ad Galathas, ubi erant Domini - de Montemorenciaco_, etc. Locus hodiè incognitus in Camerâ - computorum.» (_Nouv. Ducange._) Le texte de nos chroniques permet de - mieux déterminer l'endroit appelé _Galathas_ dans le Palais. - - [331] «Et en le saluant osta tout jus son chaperon. Dont il pesa à - l'empereur qui recouvrir le voult. Et il dist que il luy monstroit - sa coiffe que encores n'avoit veue. Car est assavoir que ès - anciennes guises, les rois portoient déliées coiffes soubs les - chapperons.» (Christine de Pisan.) - - - - -LXII. - -Des présens que ceux de la bonne ville de Paris firent à l'empereur et à -son fils le roy des Romains. - - -Le mardi ensuivant, qui fu le quint jour de janvier, le prévost des -marchans et les eschevins de Paris, à heure que l'empereur disnoit en sa -chambre, entrèrent devers luy et luy présentèrent de par la ville, une -nef[332] pesant neuf vins et dix mars d'argent, dorée et très-richement -ouvrée, et deux grans flascons dorés et esmailliés du prix de septante -mars d'argent. Et à son fils présentèrent une fontaine d'argent dorée et -richement ouvrée du pois de quatre-vint trèze mars, avec deux grans pos -d'argent dorés très richement ouvrés de trente mars pesans. Et ce dit -jour, le roy ne vit point l'empereur pour ce qu'il avoit esté malade et -mal dormi la nuit, et ot jà mengié et se vouloit couchier dormir à -relevée, avant que le roy eust ouï son service et messe à note, comme de -coustume est. Mais ledit empereur envoia devers le roy luy prier moult -affectueusement que il luy pleust qu'il peust à luy parler ce jour -privéement, pour luy dire aucunes besoignes dont il avoit à parler à -luy; et voult et requist que le chancelier de France y feust présent -avecques le roy. Et menga le roy ce jour en sale à grant foison de gens; -et y furent le duc de Sassoigne, qui le soir devant n'avoit pas souppé -avecques le roy, l'evesque de Brusseberg, le chancelier de l'empereur, -et tous ou la plus grant partie des princes, seigneurs et gens de -l'ostel de l'empereur; et le roy des Romains n'y manga pas, pour ce que -le roy le laissa tenir compaignie à l'empereur son père. Et après ce que -le roy ot disné et se fu retrait en sa chambre, il ala à bien pou de -gens et secrètement devers l'empereur, ainsi que il l'avoit prié et y -mena son chancellier; et l'empereur et le roy assis en deux chaières, -l'un d'encoste l'autre, firent widier tout, excepté le chancellier de -France que il retindrent et appelèrent. Et longuement parla l'empereur -au roy, et tant furent bien ensemble comme l'espace de trois heures, et -sur la fin de leur partir fu appellé le chancellier de l'empereur. Des -paroles né des besoignes dont il parlèrent ne scet-on riens. Et aux -vespres dudit mardi, qui fut veille de la Tiphaine, ala le roy icelles -oïr en la Sainte-Chappelle, et à sa main sénestre menoit le roy des -Romains; et y estoient deux oratoires, tendus l'un à destre près des -chaières, et l'autre à sénestre près du revestiaire; et en celuy à -destre étoit le roy, et en celui à sénestre le roy des Romains; et fist -le service l'arcevesque de Rains, et fu la Sainte-Chappelle si noblement -aournée et l'autel si richement et grandement garni de joyaux d'églyse -et de reliques, et tellement enluminée que c'estoit belle et -merveilleuse chose à veoir. Et avoit si grant multitude de gens d'estat -aus vespres, que à paines povoient-il estre en la Sainte-Chappelle. Et -au soupper dudit mardi, qui fu la veille des Roys, fu le grant palais -moult noblement paré et ordené, et tant de plas pendus par icelle, et -tant de torches et estandars attachiés parmy la sale en moult de places, -avecques grant multitude de varlés vestus d'un drap, tenans grant foison -de torches, que on véoit aussi clair par nuit en ladite sale comme on -feroit par jour; et y soupa le roy, le roy des Romains, les prélas et -princes qui ensuivent, en la forme et manière que l'assiete fu. C'est -assavoir: que premier fu assis au grant days de la table de marbre -l'evesque de Paris, l'evesque de Brusseberc, conseillier de l'empereur, -l'arcevesque de Rains, le roy, le roy des Romains; les ducs de Berry, de -Breban, de Bourgoigne, de Saissoigne, de Bourbon; le duc Henry et le duc -de Bar, et les autres ducs et princes sistrent à l'autre days qui estoit -entre la table de marbre et l'uis de parlement. Et fu le souper lonc et -servi de grant foison de mès qui trop longue chose seroit à recorder. Et -à ladite sale furent audit soupper, par le raport des héraux, tant du -royaume de France comme d'estranges, de huit cens à mil chevaliers, et -grant multitude d'autres gens d'estat en très grant presse, combien que -le service feust fait très honnestement et sans desroy, et tost et bien -délivrés et servis tous ceux qui mengièrent audit palais, aussi bien les -basses et lointaines tables, comme les hautes et plus prochaines. Et -après souper s'en ala le roy et le roy des Romains en la chambre de -parlement, en leur compaignie les prélas, princes, seigneurs et -chevaliers dessus escrips, tant comme il en y pot entrer. Et furent là -les menesterels de bas instrumens, et y jouèrent en la manière -acoustumée; et estoit ladite chambre noblement parée toute à fleurs de -lis et grandement alumée, et avoit deux chaières aus deux costés du lit -à parer, hautement mises, et sur chascune d'icelles un ciel de brodeure -à fleurs de lis. Et au prendre vin et espices le duc de Berry servi -d'espices le roy, et le duc de Bourgoigne servi du vin, et après se -retrahi le roy par derrières en sa chambre, et envoia le roy des Romains -par la sale, en la compaignie de ses frères, les ducs dessus nommés et -plusieurs autres seigneurs et chevaliers. Et ainsi fu parfaite la -journée dudit mardi, qui fu cinquiesme jour de janvier. - - [332] La _Nef_ étoit le morceau principal de la vaisselle chez les - grands seigneurs et surtout chez nos rois. La _nef d'or_ étoit - encore un meuble d'étiquette à la cour de Louis XVIII. J'ignore si - elle orne toujours la table du roi. - - - - -LXIII. - -Comment le roy monstra à l'empereur les reliques de la Sainte-Chappelle -de son palais. - - -Le mercredi ensuivant, sixiesme jour de janvier et jour de la Thiphaine, -l'empereur fist prier au roy qu'il luy pleust celui jour montrer les -saintes reliques, et que celuy jour avoit dévocion de les veoir et soy -faire apporter, et estre à la messe et disner au palais avecques le roy. -Si se levèrent le roy et l'empereur bien matin, et fist le roy garder -les portes du palais plus estroitement que devant par chevaliers et -escuiers de son hostel, pour ce que le jour devant les sergens d'armes -et sergens de Chastellet y avoient trop laissié passer de gens; et si -bien furent gardées que nul n'y entra que chevaliers et escuiers ou -autres gens d'estat. Par quoy l'empereur et le roy alèrent paisiblement -et sans trop grant presse en ladite chappelle: et pour ce que l'empereur -voult en toutes manières monter en hault devant ladite chasse et veoir -les saintes reliques, et la montée soit greveuse et estroite, il n'y pot -estre porté dans sa chaière, mais se fist tirer par les bras et jambes -contre mont la vix[333], et pareillement ravaler à très grant paine et -travail et grevance de son corps, pour la grant devocion qu'il avoit à -veoir de près lesdites saintes reliques. Et quant il fu amont et le roy -ot ouverte la sainte chasse, ledit empereur osta son chapeau et joint -les mains, et comme en larmes fist là son oroison longuement en très -grant dévocion, et puis se fist soustenir et apporter baisier les -saintes reliques; et l'y monstra et devisa le roy toutes les pièces qui -sont en ladite chasse. Et après ce que les princes qui avecques luy -estoient orent baisié, le roy tourna ladite chasse devers la chappelle, -et laissa à garder icelle les evesques de Beauvais et de Paris, revestus -en pontifical de mictres et de crosses. Et quant l'empereur fu raporté -aval, il ne voult pas estre mis en l'oratoire que le roy luy avoit fait -appareillier, mais volt estre en la chaière où le trésorier de ladite -chappelle a coustume à seoir, pour mieux et plus longuement veoir -lesdites saintes reliques, et estre mieux à l'opposite du tronc de -ladite chasse. Et là luy appareilla-l'en son siège d'un drap d'or bien -et honestement, et le roy se mist en son oratoire qui estoit près de -l'uis du vestiaire. Mais pour ce que l'empereur n'avoit nulles -courtines, fist le roy rebrassier les siennes, et au commencement de la -messe envoia le roy, par l'arcevesque de Rains, l'eaue benoite à -l'empereur premiers que à luy et aussi le texte de l'Évangile, combien -que l'empereur le refusast fort. Mais de fait le voult ainsi faire le -roy pour luy honnorer, pour ce qu'il estoit venu luy veoir en son -royaume et estoit en son hostel. Et quant ce vint à l'offrande, le roy -avoit fait appareillier trois paires des offrandes, d'or, d'encens et de -mirre, pour offrir pour luy et pour l'empereur ainsi qu'il est -acoustumé. Et fist demander le roy à l'empereur s'il offreroit point, -lequel s'en excusa en disant qu'il ne povoit aler né soy agenoillier né -aucune chose tenir pour la goute, et qu'il pleust au roy offrir et faire -selon son acoustumance; si fu l'offrande du roy tèle qui s'ensuit: Trois -chevaliers, ses chambellans, tenoient hautement trois bèles coupes -dorées et esmaillées; en l'une estoit l'or, en l'autre l'encens, et en -la tierce le myrre, et alèrent tous trois par ordre, comme l'offrande -doit estre bailliée, devant le roy et le roy après, qui -s'agenoillièrent, et il s'agenoilla devant l'arcevesque, et la première -offrande qui fu de l'or, luy bailla celuy qui la tenoit et il l'offri et -baisa la main. La seconde, qui est de l'encens, bailla le secont -chevalier qui la tenoit au premier, et il la bailla au roy, et il -l'offri en baisant la main de l'arcevesque. La tierce, qui est de myrre, -bailla le troisième chevalier qui la tenoit au deuxiesme, et le -deuxiesme au premier, et le premier la bailla au roy, et en baisant la -main dudit arcevesque tierce fois l'offri. Ainsi parfist son offrande -dévotement et honorablement. Pour ce qu'il estoit tart n'ot point de -sermon à ladite messe; et à la paix donner, deux paix furent -appareilliées que le diacre et soudiacre portèrent l'une à l'empereur, -l'autre au roy, et aussitost l'un comme l'autre les baisièrent. La messe -finée, le roy monta à la sainte chasse et fist baisier des princes et -gens de l'empereur qui encore n'y avoient point esté. Et pour ce que la -chose fu longue, se retray l'empereur en un retrait d'encoste ladite -Sainte-Chappelle, où gisent les clers maregliers et gardes d'icelle, -lequel retrait le roy avoit fait bien et honorablement appareillier pour -reposer l'empereur. Et quant la chasse fu close, le roy s'en ala par la -chappelle en sa chambre. Et lors envoia le roy vers l'empereur audit -retrait de la Sainte-Chappelle en sa chambre, son ainsné fils le -daulphin de Viennois, que il avoit envoyé quérir en son hostel de -Saint-Pol et fait venir au palais pour veoir l'empereur, et -l'acompaignèrent les frères du roy les ducs de Berry et de Bourgoigne, -le duc de Bourbon frère de la royne, le duc de Bar; et pluseurs autres -seigneurs et chevaliers de grant estat y avoit aussi grant foison. Et -quant l'empereur sceut que ledit dauphin venoit pardevers luy, il se -fist lever de sa chaière et osta son chaperon et l'acola et baisa, et le -daulphin s'inclina devant luy sans agenouiller. Et tantost après -descendi le roy de sa chambre, et vint querre l'empereur pour aler -mengier en la grant sale du palais: et portoit-l'en l'empereur en une -chaière, et le roy estoit coste luy et tenoit le roy des Romains son -fils à sa sénestre main, et devant portoit-l'en le daulphin sus cols de -chevaliers acompaigné de seigneurs et chevaliers bien grandement. Et -ainsi alèrent sans grant presse par les merceries et par la grant sale -du palais jusques au hault days de la table de marbre, et fu l'ordenance -et l'assiete tèle comme il s'ensuit, et comme il est figuré en -l'ystoire[334] ci-après pourtraite et imaginée. - - [333] _La vix_. L'escalier. - - [334] _L'Ystoire_. La figure. En effet, le manuscrit de Charles V - offre ici, (page 473, vº), une belle miniature représentant d'une - manière fort curieuse le dîner dont on va lire avec intérêt la - description. - - - - -LXIV. - -Le disner qui fu en la grant sale du palais, et de l'ordenance. - - -Premièrement sist l'arcevesque de Rains, après séoit l'empereur, après -séoit le roy ainsi comme au milieu du front de la sale; après le roy de -France séoit le roy des Romains, et avoit autant de distance du roy des -Romains à luy comme du roy à l'empereur; et avoient l'empereur, le roy -et le roy des Romains, chascun séparément, un ciel de drap d'or bordé de -veluiau aux armes de France, et par dessus ces trois en avoit un très -grant qui continuoit le lonc de la table et tout derrière eux pendoit, -et tous les piliers et fenestrages derrière la table, houssés de drap -d'or très richement et le days aussi. Après le roy des Romains séoient -trois evesques bien loin de luy jusques à la fin de la table, l'evesque -de Brusseberc, l'evesque de Paris et l'evesque de Beauvais. En l'autre -days qui estoit entre la table de marbre et parlement, séoient -premièrement le duc de Sassoigne, le daulphin de Viennois ainsné fils du -roy, et après séoient les ducs de Berry, de Breban, de Bourgoigne, le -fils du roy de Navarre, le duc de Bar, le duc Henry; et en la fin de la -table le chancellier de l'empereur qui n'estoit pas evesque; et ne -séoient pas les ducs de Bourbon, le conte d'Eu, le seigneur de Coucy et -le conte de Harecourt, mais estoient entour ledit daulphin tous en piés -pour luy tenir compaignie et garder de presse. Les autres ducs et -princes mangoient aux autres days par belle et bonne ordenance. Sur le -days où mangoit ledit daulphin avoit un ciel pallé de veluiau et de drap -d'or, et puis un autre par dessus qui couvroit tout le lonc de la table, -et aussi estoit couvert le days de mesmes. Et est assavoir que la sale -du grant palais estoit continuée et parée de tapis de hault liche[335] à -ymages tout autour si bien ordenés et si à point mis que les roys qui -sont de pierre tout autour n'estoient point occupiés né empeschiés de -veoir. Et y avoit en ladite sale cinq days, à compter celuy de la table -de marbre; et trois dressouers à vin très richement parés et garnis de -vaisselle d'or et de grans flacons d'argent esmailliés. Le secont qui -estoit emprès le siège des requestes, estoit tout couvert de pos, -flacons et autre vaisselle dorée tant qu'il y en povoit. Et le tiers qui -estoit bien avant au milieu de la sale soubs une des arches, estoit, -tant qu'il en povoit dessus, garni de vaisselle d'argent blanche, à -servir communelment la sale. Et estoient le grant days et le secont et -lesdis dressouers avironnés, garnis et deffendus de bonnes barrières, -coulisses et palis tout autour, et bien aguisiés pardessus, et n'y -povoit-on entrer que par certains pas qui estoient gardés et deffendus -par chevaliers à ce ordenés. Et manga bien en ladite sale, par le -rapport que en firent les héraux, huit cens chevaliers sans les autres -gens. Et combien que le roy eust ordené quatre assiettes[336] de -quarante paires de mès, toutesvoies, pour la grevance de l'empereur qui -trop longuement eust sis à table, en fist le roy oster une assiette, et -n'en servi-l'en que de trois qui furent de trente paires de mès, sans -les deux entremès[337] qui furent tels qui s'ensuit: - - [335] _De hault liche_. Ou _de haute lisse_. - - [336] _Assiettes_. Services. - - [337] _Entremès_. Voilà bien le premier sens de ce mot. Divertissement - donné pendant l'intervalle des services. Nous allons voir une _mise - en scène_ du XIVe siècle, telle qu'on la chercheroit vainement - ailleurs; car le seul manuscrit de Charles V contient ce qui suit. - Les autres, au lieu de la description des entremets, se contentent - de dire: «Et n'en servit-on que trois qui font trente-huit mès sans - les deux entremès et les dons et présens qui furent fais audit - empereur, au roy des Romains et à ses gens.» (V. l'éd. d'A. Verard, - bien plus fautive encore en cet endroit, t. III, fº 37.) - -L'ystoire et l'ordenance fu coment Godefroy de Buillon conquist la -sainte cité de Jhérusalem. Et fist le roy faire à propos ceste histoire, -que[338] il luy sembloit que devant plus grans en la christienneté ne -povoit-on ramentevoir né donner exemple de plus notable fait, né à gens -qui mieux peussent, deussent et feussent tenus telle chose faire et -entreprendre au service de Dieu. Et pour mieux figurer la besoigne et -plus plainement la cognoistre fu fait ce qui s'ensuit: Au bout de la -salle du palais, qui estoit entreclos telement que on n'en povoit rien -veoir par dehors, avoit une nef bien façonnée, à forme d'une nave de mer -garnie de voilles et de mast, chastel devant et derrière, et de tous -autres habillemens et ordenances qui appartiennent à nef pour aler sur -mer; et estoit si[339] joliement painte et abilliée, et très richement -et plaisamment. Et dedens estoit garnie de gens, par semblance armés -bien joliement, et estoient leur cotes d'armes, leur escus et bannières -des armes de Jhérusalem que Godefroy de Buillon portoit[340]; et jusques -à douze estoient, comme dit est, armés des armes des notables -chevetaines qui furent à ladite conqueste de Jhérusalem avec ledit -Godefroy. Et estoit au devant, sur le bout de ladite nef, Pierre -l'Ermite, en l'ordenance et manière et au plus près qu'il se povoit -faire, selon ce que l'ystoire raconte. Et fu ladite nef mise hors[341] à -gens qui couvertement estoient dedens; et fu menée très légièrement par -le costé senestre dudit palais, et si légièrement tournée que il -sembloit que ce fust une nef flotant sur l'eau; et ainsi fu amenée -jusques au grant days audit costé de l'autre part, qui fu le destre -costé de ladite sale. Et après ce[342], fu mis hors de la place -d'encoste où ladite nef estoit partie, un entremès fait à la façon et -semblance de la cité de Jhérusalem, et y estoit le temple bien -contrefait selon l'espace, et là avoit une tour haulte assise delès le -temple, ainsi comme les Sarrasins ont de coustume où il crient leur loy. -Là avoit un vestu en habit de Sarrasin très proprement, et qui, en -langue arabique, crioit la loy en la manière que font les Sarrasins; et -estoit ladite tour si haute que celuy qui estoit dessus joignoit bien -près des trefs de ladite sale. Et le bas, tout entour de ladite cité où -il avoit forme de créneaux et de murs et de tours, estoit garni de -Sarrasins armés à leur manière et banières et penons, et ordenés à -combattre pour deffendre la cité. Ainsi fu amené à force de gens qui -estoient dedens si couvers que on ne les povoit veoir, jusques devant -ledit grant days à la destre partie. Et lors se mistrent les deux -entremès l'un contre l'autre et descendirent ceux de la nef, et par -belle et bonne ordenance vindrent donner assaut à ladite cité et -longuement l'assaillirent, et y ot bon esbatement de ceux qui montoient -à assaut à eschelles. Finablement montèrent dessus ceux de la nef et -conquistrent ladite cité et getoient hors ceux qui estoient en habit de -Sarrasins, en mettant sus les bannières de Godefroy et des autres. Et -mieux et plus proprement fu fait et veu que en escript ne se puet -mettre. Et quant l'esbatement fu parfait, lesdis entremès furent remenés -tous entiers en leur place première. - - [338] _Que_. Parce que. - - [339] _Si_. Ainsi. - - [340] _Portoit_. Elles sont figurées dans l'_ystoire_: D'argent à la - croix d'or accompagnée de trente-deux croisettes d'or. - - [341] _Mise hors_. Mise en mouvement. - - [342] _Après ce_. C'est-à-dire après la première décoration, le - premier acte ou tableau. - -Après ce, fu le disner finé, et osta-l'en les nappes et donna-l'en l'eau -à l'empereur et au roy, et lavèrent ensemble aussitost l'un comme -l'autre, et le roy des Romains lava un peu après. Et pour ce que la -foule estoit très grande et la multitude, combien que devant le days où -estoit l'empereur et le roy n'en y ot gaires, pour les bonnes gardes qui -estoient aux barrières, ordena le roy, à la prière de l'empereur, que à -leur sièges à ladite table où il avoient disné fussent apportées les -espices et le vin, pour ce que, à l'entrée de parlement, l'empereur eust -esté trop foulé et grevé pour sa maladie. Si fu ainsi fait, et fu -apporté le daulphin sus la table en estant[343], à deux piés entre et -devant l'empereur et le roy, et le tenoit le duc de Bourbon. Et servi -d'espices l'empereur, par le commandement du roy, son frère le duc de -Berry; et le duc de Bourgoigne servi pareillement le roy, et prierent -moult l'empereur et le roy l'un l'autre de prendre espices; et -finablement pristrent ensemble aussitost l'un comme l'autre, et -semblablement furent au boire, et le duc de Breban servit de vin -l'empereur son frère, et le duc de Bourbon donna à boire au roy. Et un -pou après, prist le roy des Romains les espices et le vin, et luy donna -le conte d'Eu des espices et un de ses chevaliers le vin. Après ce que -vin et espices furent données, l'empereur fu mis hors de la table et -remis en une chaière. Et pour ce que si grant presse n'eust, se -partirent d'ensemble le roy et luy, et fu porté l'empereur par le milieu -de la grande sale, par la porte des merceries par les grandes alées, -droit en sa chambre. Et après luy envoia le roy ses dis frères et -pluseurs autres seigneurs pour luy convoier, et le roy s'en ala et mena -avec luy à sa main le roy des Romains, et se mist en la chambre de -parlement, où il parla et tint grant pièce compaignie audit roy, ducs et -princes de l'empire, l'evesque et le chancelier qui estoient venus -avecques l'empereur et pluseurs autres seigneurs et chevaliers qui -estoient en la chambre, tant qu'il y en povoit tenir. Et après se -retraist le roy et le roy des Romains par derrière la chambre de -parlement, et par les grans alées s'en alèrent chascun en sa chambre, et -estoit tart quant ces choses furent faites. Et avant que les derreniers -eussent mengié, qui furent bien autant que les premiers, il fu près de -nuyt. Si ne menga pas le roy au souper ceste nuyt en sale, mais assez -privéement en la chambre devant sa chambre, et l'empereur et son fils -soupèrent aussi en leur chambres. Toutesvoies ot le roy à souper la plus -grant partie des seigneurs de son royaume qui lors estoient à Paris. -Après souper se partist le roy et prist ses frères avecques luy et pou -d'autres gens, et ala secrètement véoir l'empereur en sa chambre et se -sistrent en deux chaières, l'un coste l'autre, et se esbatoient et -parloient de bon mos une pièce. Et puis se parti le roy et s'en ala en -sa chambre, et là vint à luy et le convoia le roy des Romains, et prist -vin et espices avecques le roy, et puis s'en retourna et les frères du -roy le convoièrent. Ainsi se retraist chascun pour aler couchier. Si fu -ainsi parfaite la journée du mercredi, jour de la Thiphaine. - - [343] _En estant_. Debout. - - - - -LXV. - -Coment l'empereur et le roy se partirent du palais et se mistrent dedens -un très bel batel et riche, pour estre menés par eaue jusques au chastel -du Louvre[344]. - - [344] Au lieu des treize chapitres qui vont suivre, les éditions - précédentes et tous les manuscrits, à l'exception de celui de - Charles V, portent l'alinéa suivant: - - «Coment furent festoyés lesdis empereur et son fils au bois de - Vincennes et à Beaulté-sus-Marne; et coment au départir le roy luy - fist monstrer ses belles couronnes par Gillet Mallet son varlet de - chambre. Et coment le roy donna des relicques et _amaux_ à - l'empereur, et aussi l'empereur en donna au roy; et baisèrent l'un - l'autre au départir: mais je m'en tais pour la prolixité. Et aussi - fist l'empereur à son fils le roy des Rommains promettre par la foy - et serment de son corps que tous les jours qu'il vivroit feroit - obéissance au roy de France, et qu'il vivroit et mourroit avec luy - contre tous et envers tous, et aux enfans du roy pareillement. Et - fist l'empereur pluseurs dons à monseigneur le daulphin, ainsné fils - du roy de France, dont il luy bailla ses lettres scellées des seaulx - d'or, par lesquelles il le faisoit son lieutenant au royaume - _d'Arbre_ et vicaire-général la vie durant dudit daulphin - inrénoncablement. Et luy donna le chasteau de Pompet et Chameaulx en - Daulphiné; et le roy le fist convoyer jusques à Mouson à ses - despens.» - - -Le jeudi ensuivant, qui fu le septiesme jour de janvier, ordena le roy à -aler au Louvre et y mener avecques luy l'empereur. Si but l'empereur à -matin avant qu'il partisist. Et le roy ne disna jusques à ce qu'il fu au -Louvre. Et fist aporter l'empereur à la pointe du palais, et là estoit -appareillié un grant batel, fait et ordené à manière de une maison où -sont sale et deux chambres tout à cheminées et pluseurs autres retrais -et nécessaires, et estoit ledit batel paré et richement aourné; et ès -chambres avoit lis et ciels tendus et toutes autres ordenances comme en -une maison appartient; dont l'empereur et ses gens, quant il furent -dedens et l'orent veu, s'en donnèrent grant merveille et y prenoient -très grant plaisance. Ainsi arrivèrent au Louvre, et fu apporté ledit -empereur en sa chaière, et le roy estoit coste luy jusques à ce qu'il fu -dedens ledit chastel, et luy monstra et fist monstrer au dehors et -dedens le nouvel édifice qu'il y avoit fait, dont l'empereur par -semblant prenoit très grant plaisir. Et le loga le roy en ses chambres -très richement parées et ordenées, et le roy se loga à l'autre bout ès -chambres qui sont pour son ainsné fils le daulphin de Viennois; et -dessoubs fist logier le roy des Romains ès chambres de la royne, qui -semblablement estoient bien ordenées et parées. Et généralment par tout -ledit chastel, tant en sales, en chambres, en chapelles, estoit tretout -si paré et ordené que rien n'y faloit, combien que des paremens du -palais aucune chose n'y eust. Et pour ce que autre fois ne soit dit, -pour plus brief parler, fu fait pareillement en tous les hostels du roy -où fu l'empereur; c'est assavoir à Saint-Pol, au bois de Vincennes et à -son hostel de Beauté. Celuy jour, disna le roy en la sale du Louvre et -tous les chevaliers et escuiers qui y vouldrent venir, et furent servis -très grandement et largement. - - - - -LXVI. - -Coment l'université de Paris vint devers l'empereur pour luy faire -révérence, et des gens du conseil que le roy fist assembler pour parler -à eux. - - -Après disner, assembla le roy son conseil en sa chambre. Et en celle -heure vint devers l'empereur l'université de Paris par l'ordenance et -commandement du roy, et estoient de chascune faculté douze, excepté les -Arciens[345] qui estoient vint-quatre, et estoient honnorablement en -leur chappes et habis. Et ainsi vindrent faire la révérence à l'empereur -en leur manière acoustumée et fist la collacion notablement et -légalment, maistre Jehan de La Chaleur, maistre en théologie et -chancellier de Nostre-Dame de Paris; et en icelle collacion recommanda -moult la personne de l'empereur, ses nobles fais et vertus et sa -dignité, et aussi recommanda moult et ramena notablement l'estat et -honneur du roy et du royaume de France, en loant et approuvant à -l'empereur sa venue devers le roy; et finablement recommanda -l'université bien et sagement comme à tel cas appartient. A quoy -l'empereur respondi de sa bouche en latin, en les merciant des -honnorables paroles que dites luy avoient, disant que trois choses -l'avoient amené au royaume, la dévocion qu'il avoit à veoir les saintes -reliques et aucuns autres pélerinages où il avoit sa dévocion, et par -espécial la grant affeccion qu'il avoit à veoir le roy et parler à luy. -Et en ce temps estoit le roy à son conseil en sa chambre, où estoient -ses frères et grant foison de prélas de son conseil et autres chevaliers -en assez grant nombre; et leur demanda et mist en termes sé il leur -sembloit que bon feust que à l'empereur son oncle, qui tant d'amour et -fiance luy avoit monstré comme de venir en son royaume et par devers -luy, il féist monstrer ou monstreroit le fait et la justice du bon droit -que il a contre ses ennemis d'Angleterre, et le grant tort qu'il ont -tenu à ses prédécesseurs et à luy par lonc temps, le devoir en quoy il -s'estoit mis d'entrer en tout bon traictié de paix. Et les offres[346] -qu'il en a faites à deux fins: l'une, pour ce qu'il scet que ses ennemis -manifestent en Allemaigne et ailleurs le contraire de la vérité, en eux -justifiant; par quoy l'empereur et princes et son conseil qui avecques -luy estoient, oï et veu ce que le roy leur en diroit et feroit veoir par -lettres et les traictiés de paix faites et les aliances sur ce, il -peussent cognoistre et vraiment respondre et soustenir sur ce la vérité -contre ceux qui se sont efforciés, efforcent ou efforceront de parler ou -de manifester ou publier le contraire. L'autre raison qui à ce esmouvoit -le roy, estoit pour avoir le conseil et avis de l'empereur, après ce -qu'il aroit oï et veu le devoir en quoy le roy s'estoit mis et les -offres qu'il avoit faites pour paix avoir, si luy sembloit qu'il déust -souffire, ou que plus avant le roy en déust faire. Auxquelles demandes -et termes, tous d'un accort et sans contradiccion conseillièrent au roy -que ainsi le féist. Si ordena son dit conseil et pluseurs autres -l'endemain estre assemblés, et aussi fist savoir à l'empereur que à -celle heure luy et son fils, les princes, prélas et autres gens de son -conseil qui en sa compaignie estoient venus, feussent audit lieu du -Louvre à ladite heure pour oïr ce que le roy luy voudroit dire et -monstrer; et fu le vendredi huitiesme jour de janvier. Et celuy jour au -matin vint veoir le roy l'empereur privéement, et luy apporta et donna -un bel coffret de jaspre garni d'or et de pierreries, d'une espine de la -sainte couronne et d'un des os de saint Martin, et depuis luy donna de -saint Denis, car moult fort en désiroit à avoir, et en avoit requis le -roy. Et cedit jour après disner, le roy et l'empereur vindrent ensemble -à la chambre à parer du Louvre, et y estoient le roy des Romains et ceux -qui ensuivent de la part de l'empereur; l'evesque de Brusseberc son -chancellier et deux autres clers notables; les ducs de Bréban et de -Sassoigne, et les trois autres ducs dessus nommés, le hault maistre de -son hostel et son grant chambellan, le seigneur de Coldis et pluseurs -autres seigneurs, contes, barons et chevaliers, jusques au nombre de -cinquante personnes et plus. Et de la part du roy en y avoit bien autant -et plus, et y estoient les principaux et plus notables dont les noms -s'ensuivent, c'est assavoir: les ducs de Berry, de Bourgoigne, de -Bourbon, de Bar; le seigneur de Coucy; les contes de Harecourt, de -Tanquarville, de Sarebruche, de Braine; monseigneur Jacques de Bourbon; -le mareschal de France de Blainville; le seigneur de Rayneval; messire -Phelibert de l'Espinace, monseigneur Thomas de Vaudenay, monseigneur -Arnault de Corbie, chevaliers, et pluseurs autres. Et des gens du -conseil du roy y estoit son chancellier, l'arcevesque de Rains, les -evesques de Laon, de Paris, de Biauvais, de Baieux; l'abbé de -Saint-Wast, et d'autres clers et lais du conseil du roy, tant de -parlement que autres. Et estoient l'empereur et le roy et le roy des -Romains en trois chaières couvertes de drap d'or, et les autres assis à -doubles fourmes, en manière de siège de conseil. Et prist le roy à -parler et monstrer les fais et besoignes dessus escriptes par longue -espace de deux heures et plus; et prist sa matière des premiers temps du -royaume de France, et après, de la conqueste de Gascoigne que fist saint -Charlemaine quant il le conquist et convertist à la foy crestienne que -ledit païs fu soubmis à la subjeccion du royaume de France; et sans -interrupcion ou contradiccion a tousjours depuis esté et ceux qui en ont -tenus les demaines: espécialment les ducs de Guyenne, tant roys -d'Angleterre comme autres, en ont tousjours fait hommaige lige et -recognoissance aux roys de France, comme à leur droit seigneur à qui est -le fief. Et sé ce n'a esté depuis le temps Edouart d'Angleterre -derrenier mort, n'y fu mise oncques aucune contradiccion; et mal à point -le fist, puisqu'il eust fait hommaige au roy Phelippe, aïeul du roy, -lequel hommaige il fist à Amiens et le recognut son seigneur et roy de -France: et depuis ledit hommaige fait, luy revenu en Angleterre par -l'espace d'assez lonc temps, rateffia, par ses lettres scellées de son -grant scel, et approuva ledit hommaige avoir esté lige, plus fort et -plus avant que par paroles n'avoit esté fait audit roy Phelippe, comme -plus à plain appert par les lettres sur ce faites desquelles furent -monstrés des originaux scellés audit empereur, avec toutes autres -chartres plus anciennes de ses prédécesseurs les roys d'Angleterre, -faites à saint Loys, et de son temps la recognoissance des hommaiges de -Gascoigne, Bordeaux, Bayonne et les isles qui sont endroit Normendie; et -èsdites lettres est expressément contenu coment les roys d'Angleterre -ont expressément renoncié à toutes les terres de Normendie, d'Anjou, du -Maine, de Tourraine et de Poitiers, sé aucun en y avoient, comme plus -plainement est contenu èsdites lettres, lesquelles furent monstrées -audit empereur. Et aussi monstra le traictié de la paix, et coment son -père et luy l'avoient moult chier achetée, et coment par les Anglois -elle fu mal gardée, en le déclairant particulièrement: tant par la faute -de rendre les forteresces occupées que il devoient rendre au leur, comme -par les hostages qu'il raençonnèrent contre le contenu au traictié; -comme par les compaignies que continuelment il tindrent au royaume de -France; comme par usurper et user des droits de souveraineté qui -appartiennent au roy desquels il ne devoient point user; comme de -conforter le roy de Navarre lors ennemi du royaume, ses adhérens et -confortans, de leur gens, subgiés et aliés tant Anglois comme Gascoins, -et leur donner passages, vivres et confort contre la teneur des aliances -faites, jurées et passées et par sairemens fais si fors comme il se -peuvent faire entre crestiens. Lesquelles aliances furent aussi -monstrées et leues audit empereur en françois et latin, afin que chascun -les peust mieux entendre. Et en oultre, le prince de Galles fist tant -d'outrages et d'extorcions au païs et gens de Gascoigne, qui encore -estoient demourés soubs la souveraineté et ressort du roy, né oncques -renonciation n'en fu né n'a esté faite, comme le roy le fist monstrer -par la lettre du traictié où est la clause qui se commence: _C'est -assavoir_, etc. Et monstra aussi le roy coment le conte d'Armignac, le -seigneur de Lebret et pluseurs autres barons et bonnes villes avoient -appelé du prince à luy, et vindrent en leur personnes requérir -ajournement et rescript en cause d'appel, et coment le roy y mist -longuement et fist grant difficulté avant que faire le voulsist; et par -le conseil sur ce pris de pluseurs notables, avecques ceux de son -conseil; eues aussi les opinions de pluseurs estudes de droit de -Bouloigne la crasse, de Montpellier, de Thoulouse et d'Orliens, et des -plus notables clers de la court de Rome, que refuser ne le povoit; et -coment par voie ordenée de justice le roy le fist, et non pas par -puissance d'armes. Et fu ordené un docteur juge du roy à Thoulouse -appelé maistre Bernart Palot et un chevalier appelé monseigneur Jehan de -Chaponnal, qui portèrent audit prince les lettres du roy, les -inhibicions et ajournemens, et par le sauf-conduit du séneschal dudit -prince vindrent près dudit prince, lequel les fist prendre et murtrir -mauvaisement contre Dieu et justice, et en offense du roy et du royaume -de France. Et aussi monstra le roy audit empereur coment, nonobstant -lesdites offenses ainsi faites, il envoia audit roy Edouart, contes, -chevaliers et clers pour le sommer et requérir de par luy de radrescier -et faire radrescier les choses ainsi par son fils et ses subgiés -mauvaisement faites; et désiroit le roy que par voie amiable remède se y -méist et non pas par guerre; à quoy response raisonnable né d'aucune -bonne espérance ne fu au roy de France donnée. Et de fait avoit desjà -encommencié la guerre ledit prince en Gascoigne contre les appellans; et -aussi avoient fait en Pontieu les gens dudit roy d'Angleterre et -chevauchié en la terre du roy. Pourquoy, par nécessité et par le conseil -de son royaume pour ce assemblé en son parlement, entreprist à deffendre -sa bonne justice contre ses ennemis. - - [345] _Arciens_. Les professeurs dans les facultés ès-arts. - - [346] _Les offres_. La proposition qu'il fait à son conseil d'exposer - tout cela à l'empereur. - -Après ce que le roy ot monstré l'occasion de la guerre et bien enfourmé -par les responses et lettres scellées l'empereur et son conseil, il luy -dist et monstra les devoirs qu'il avoit fais, pour avoir bon traictié à -ses adversaires; et aussi finablement luy monstra les offres que sur ce -il avoit faites, et conclust ses paroles ès deux fins dessus escriptes -de manifester les drois du roy contre les paroles mençongières des -Anglois et non y ajouster foi, et aussi de donner le conseil sur -escript. Et aussi luy toucha assez brief les graces et bonnes fortunes -que Nostre-Seigneur luy avoit données en sa guerre, pour ce que il pensa -que ledit empereur en seroit bien lie; et toutes ces choses et pluseurs -autres touchans ces matières, qui trop longues seroient à escripre, dist -le roy si sagement et ordenéement, que tous furent merveilliés de si -belle mémoire et bonne manière de parler. De quoy l'empereur et tous -ceux qui le sceurent entendre monstrèrent semblant de en avoir très -grant plaisir; et en briefves paroles l'empereur dist en alemant à ses -gens qui présens estoient et qui n'entendoient pas françois, ce que le -roy luy avoit dit, et leur exposa les lettres que sur ce avoit oï lire; -et fist response au roy telle comme il s'ensuit: c'est assavoir qu'il -dist que très-bien avoit entendu ce que le roy avoit dit très sagement, -et veu et bien cogneu tant par ses lettres comme autrement, sa bonne -querelle et justice, et que partout le manifesteroit et feroit savoir; -et que sé les Anglois se esforçoient en Alemaigne de publier le -contraire comme autrefois avoient fait, il deffendroit et soustendroit -le droit du roy, si comme il avoit veu et bien cogneu; et mesmement -qu'il savoit bien que le roy d'Angleterre avoit fait l'omage lige au roy -de France à Amiens, car il avoit esté présent quant il le fist. Et quant -au conseil donner, dist que considéré le bon droit du roy et le grant -tort de ses ennemis, l'avantage qu'il avoit en la guerre sur eulx et les -aliés du roy que il nomma les roys de Castelle, de Portugal et d'Escoce, -il ne luy eust donné conseil né encore ne donnoit de tant offrir à ses -ennemis. Et luy sembloit que trop en avoit fait, sé pour l'amour de Dieu -seulement ne l'avoit fait; mesmement qu'il savoit bien la coustume des -Anglois estre tele, que quant il se véoient ou voient à leur dessoubs, -il requièrent et veulent avoir volentiers paix; mais sé il voient après -leur avantage, il ne la tiennent point, comme maintes fois a-l'en veu -que ainsi l'ont fait au royaume de France. Et dont se parti le roy de -luy, et s'en tourna à sa chambre. - - - - -LXVII. - -Coment l'empereur fist rassembler le conseil du roy et ses gens pour oïr -l'endemain les offres que il vouloit faire au roy en leur présence. - - -Le samedi ensuivant, qui fu le neuviesme jour dudit mois, se advisa -l'empereur que à la response qu'il avoit faite au roy ne s'estoit pas -assez offert au conseil qu'il lui avoit donné. Si fist savoir au roy que -après disner féist assembler ceux de son conseil qui par avant y avoient -esté, et pareillement feroit savoir à ceux de son conseil que il y -feussent, et ainsi fu fait. Et en la manière du jour précédent furent, -et encore y ot plus de gens que au vendredi devant n'avoit eu, et -commença l'empereur à dire si haut que tous le povoient bien oïr qu'il -se vouloit excuser de ce que plus largement n'avoit offert au roy à la -response qu'il lui avoit faite; si vouloit que tous scéussent et que à -tous fust révelé et magnifesté par tout que luy et son fils le roy des -Romains que pour celle cause il avoit amené avecques luy, tous ses -autres enfans, ses aliés, subgiés et bienvueillans il vouloit et offroit -au roy estre tous siens, contre toutes personnes, à soutenir et garder -son bien et honneur de son royaume et de ses enfans et de ses frères; et -luy bailla un rolle où estoient desclarés et nommés ses aliés desquels -il se faisoit fort; de quoy le roy le mercia moult gracieusement. Et -ainsi se départirent. - - - - -LXVIII. - -Coment l'empereur ala trouver la royne en l'ostel de Saint-Pol. - - -Le dimenche ensuivant, qui fu le dixiesme jour du moys de janvier, se -partirent l'empereur et le roy ensemble, après ce que l'empereur ot -disné, et fu apporté l'empereur jusques sur l'eaue au quay endroit le -Louvre, où estoit le batel dont dessus est faite mencion; et en iceluy -vindrent contremont la rivière l'empereur, le roy et le roy des Romains -par dessoubs le grant pont droit à Saint-Pol; auquel hostel de Saint-Pol -estoit la royne et les enfans du roy. Et quant il furent audit hostel -jusques au milieu de la court, le daulphin, ainsné fils du roy et -monseigneur Loys, comte de Valois, enfans du roy, se agenouillèrent -contre le roy et après alèrent saluer l'empereur en sa chaière où on le -portoit et les baisa et osta son chapeau. Et puis furent portés devant -nos dis seigneurs, et le roy et le roy des Romains alèrent devant à la -grant chambre, et montèrent par la vis: et l'empereur fu aporté après en -sa chaière, et quant il fu en haut, il voult aler veoir la royne; et -ensemble y alèrent l'empereur, le roy et le roy des Romains; et y avoit -grant foule et grant presse de seigneurs, chevaliers et gens d'estat, et -tellement que à paines povoit-on passer aux huis. Toutesvoies, vindrent -ens jusques à la vieille chambre de la royne, laquelle est près et -encoste de la sale où est l'ystoire de Theseus. Et là estoit la royne au -devant du roy et de l'empereur, laquelle avoit un très-riche cercle sur -sa teste, et estoit notablement acompaigniée de grans dames, telles -comme il s'ensuit: premièrement y estoit la contesse d'Artois; la -duchesse d'Orléans, fille du roy de France; la duchesse de Bourbon, mère -de la royne; la nièce du roy, fille de son frère le duc de Berri; la -fille du seigneur de Coucy, la dame de Préaux, et pluseurs autres -contesses et dames, femmes de grans seigneurs et de banerés et d'autres -dames et damoiselles en très-grant quantité qui trop longue seroit à -escripre. Et quant l'empereur vit la royne, il se fist mettre jus de sa -chaière, et osta son chaperon; et la royne le salua et baisa, et puis fu -aporté plus avant en ladite chambre devant le lit, et la royne estoit -encoste luy et le roy devant qui tenoit le roy des Romains que la royne -salua et baisa aussi; et l'empereur et le roy des Romains baisièrent -toutes les dames qui estoient léans du lignage de France. Et lors -demanda moult de fois l'empereur la duchesse de Bourbon, mère de la -royne, laquelle estoit à un des bous de ladite chambre, hors de la -presse; et fu amenée à l'empereur. Et quant il furent près l'un de -l'autre, l'empereur commença si fort à plourer et ladite duchesse aussi -que c'estoit piteuse chose à regarder; et les causes si estoient pour la -mémoire qu'il avoit eu de ce que la seur de ladite duchesse avoit esté -sa première femme, et aussi que ladite duchesse avoit esté compaigne et -nourrie avec la duchesse de Normendie, seur de l'empereur et mère du -roy: et onques en celle place ne porent parler ensemble; mais pria -l'empereur que après disner il la peust veoir et parler à elle plus -secrètement, et ainsi fu fait. De là, partirent l'empereur, le roy et le -roy des Romains et prist congié de la royne, et fu aporté ledit empereur -en la chambre du daulphin de Viennois, ainsné fils du roy, laquelle -chambre estoit richement appareilliée pour lui, et aussi estoit tout -l'hostel comme dessus est dit; et le roy ala disner en la sale dudit -hostel nommée la sale de Sens, et y mena le roy des Romains et toutes -les gens de l'empereur, avec grant foison de chevaliers tant qu'il en y -povoit. Et endementres que l'on disna, l'empereur s'estoit fait mettre -dormir, et après le disner du roy, et vin et espices données, le roy se -retraist en sa chambre, et fist retraire le roy des Romains en la -chambre de monseigneur Loys, son fils, conte de Valois; lequel roy des -Romains voult aler veoir les lyons, et en sa compaignie y furent les -frères du roy: et quant l'empereur fu esveillié, la devant dite duchesse -de Bourbon fu menée devers l'empereur, et parlèrent longuement ensemble. -Et assez tost après le roy y envoia la royne par les Galetas, et ses -enfans le daulphin de Viennois et le comte de Valois, de quoy l'empereur -fu moult lie, et fu la royne longuement assise encoste luy, et parlèrent -moult longuement ensemble. Et luy donna la royne un beau reliquaire -d'or, grant et notable, garni du fust de la vraie croix et -très-richement garni de pierrerie; et le daulphin luy donna deux -très-beaux brachés[347], à beles laisses et coliers de soie ferrés à -fleurs de lis d'or; desquelles choses l'empereur fist moult grant -semblant de joie, et y prist très grant plaisir, et en mercia la royne -et ledit daulphin. Et pour ce qu'il estoit sus le vespre et que -l'empereur et le roy devoient aler au bois de Vincennes, le roy vint en -la chambre de l'empereur pour le faire partir, pour ce qu'il estoit -ordené que il devoient aler ensemble; et lors prist congié la royne de -l'empereur et lesdis enfans du roy, et se retrairent en la chambre -d'emprès. Et lors vint le roy des Romains devers la royne, et prist -congié d'elle, et elle luy donna un très bel et riche fermail d'or, -garni de pierrerie. Et tantost se partirent et alèrent devant monter à -cheval le roy et le roy des Romains, et l'en monta l'empereur en la -litière de la royne, et ainsi s'en alèrent tout droit au bois. Et quant -il arrivèrent au bois, pour ce qu'il estoit tart, vindrent grant foison -de torches au devant d'eux; et fist le roy porter et logier l'empereur -en sa belle tour, en la chambre où il meismes gist; et se logea le roy -en la chambre qui se nomme la chambre aux dains qui est ès braies; et -fist logier son fils le roy des Romains en la chambre de son ainsné fils -le daulphin de Viennois, et soupa le roy en la sale luy et ses gens; car -pou y avoit d'estranges, pour ce que chascun s'estoit retrait à Paris. - - [347] _Brachés_. Levriers. - - - - -LXIX. - -Coment l'empereur autour de la chambre où il estoit pour veoir le -circuite du chastel du bois de Vincennes se fist porter, et des Heures -que le roy luy donna. - - -Le lundi ensuivant, qui fu le onziesme jour de janvier, se fist porter -ledit empereur tout autour de la chambre dessus dite, pour veoir par les -fenestres le circuite du chastel, pour ce qu'il n'y povoit aler. Et le -roy envoia son fils le roy des Romains au parc, acompaignié de ses -frères dessus dis, pour chacier aux dains et comme pour y prendre leur -esbatement. Celle matinée ne vit point le roy l'empereur, pour ce que à -matin avoit oï sa messe et disné, et vouloit dormir avant que le roy -eust oïes ses messes, si comme il a de coustume et de ordenance. Mais -après disner l'ala veoir, car ledit empereur avoit jà dormi; si furent -grant pièce ensemble en bonnes paroles et esbatemens, et pria l'empereur -au roy qu'il luy voulsist donner une de ses Heures[348], et il y -prieroit Dieu pour luy; et le roy luy en envoia deux, une grant et une -petite, et luy manda que il préist lesquelles qu'il vouldroit ou toutes -deux s'il luy plaisoit: lequel les receut toutes deux et en mercia le -roy. - - [348] _Heures_. Livres d'heures. - - - - -LXX. - -Coment l'empereur fist promettre au roy des Romains, son fils, par la -foy du corps bailliée en la main du roy de France, que il ameroit et -serviroit devant tous les princes du monde ledit roy de France et ses -enfans, et puis ala au plus haut de la tour, pour veoir les étages -d'icelle. - - -Endementres que le roy estoit avec l'empereur en sa chambre, le roy des -Romains vint: et sitost que l'empereur le vit, il l'apela et le prist -par la main, et luy fist promettre par sa foy en la main du roy que il -l'ameroit et serviroit tant comme il vivroit, devant tous les princes du -monde, et les enfans du roy aussi: de quoy le roy le mercia et sot bon -gré. Et puis retourna le roy en sa chambre; et celuy jour fist monstrer -au roy des Romains et aux autres princes et chevaliers, la tour, les -estages, garnisons et abillemens d'icelle, et furent jusques au haut; -lesquels la tenoient à la plus belle et merveilleuse chose que onquesmés -eussent veue. Et ot ledit roy des Romains des arbalestes du roy. Et -celle journée, n'y ot plus chose qui fasse à escrire. - - - - -LXXI. - -Coment l'empereur se parti du bois de Vincennes pour aler à Saint-Mor, -et des présens que l'abbé du lieu luy fist. - - -Le mardi ensuivant, douziesme jour de janvier, se parti l'empereur bien -matin du bois, et estoit en la litière du daulphin. Et ala en son -pèlerinage à Saint-Mor-des-Fossés, et ne voult que les frères du roy y -alassent avecques luy, et aussi n'y ala pas le roy pour ce qu'il avoit à -besoignier. De la manière coment il fu receu à Saint-Mor vous dirons: - -Le roy manda et commanda à l'abbé que il le receussent à procession, à -l'entrée de leur moustier, comme pèlerin: et ainsi le firent. Et est -assavoir que ledit empereur y oï messe à note que l'abbé chanta, et -offri cent frans. Et les présens que l'abbé luy fist qui estoient de -poissons, de buefs, de moutons, de vin, de pain et autres choses, laissa -au couvent de léans. Et après la messe ala disner l'empereur en une -chambre de ladite église, laquelle le roy luy avoit bien fait tendre et -parer, et aussi une sale encoste. Et tousjours depuis son entrée de -Paris fu et a esté aux despens du roy et servi en toutes choses des gens -et officiers du roy de toutes offices. Après ce qu'il ot disné et dormi, -il fu mis en sa litière et aporté à Beauté-sur-Marne où le roy l'avoit -attendu; mais pour ce que le roy vit qu'il demouroit trop et estoit -tart, il s'en retourna au bois. Et audit hostel de Beauté fu l'empereur -très bien logié, et tout l'hostel très richement paré et servi, comme -dit est, très habondamment et à ses heures et plaisirs, tellement que -audit hostel il amenda de sa maladie notablement et se mist à aler et -visita tout l'hostel haut et bas, à pou de aide, et disoit à ceux qui -avec luy estoient, que onques mès en sa vie n'avoit veue plus belle -place né plus délitable lieu que il avoit léans. Et chascun jour après -disner, s'en aloit le roy veoir une fois et estoient grant pièce -ensemble, et aucune fois se mettoient ensemble en une chambre tous -seuls, où il parloient de leur besoigne secrètement. Et tousjours s'en -aloit le roy soupper et gesir au bois et y disner aussi, et ainsi se -continua jusques au département de l'empereur, qui fu le samedi, -seiziesme jour dudit mois de janvier. Et le jeudi devant, quatorziesme -jour dudit mois, fist faire le roy les dons à l'empereur et à ses gens, -ainsi qu'il ensuit: et pour ce que l'empereur s'estoit dementé par -pluseurs fois de veoir la couronne que le roy a faite faire, qu'il avoit -oï dire qui estoit très belle et riche, le roy la luy envoia, pour -veoir, à Beauté, et luy porta Giles Malet et Hennequin, son orfèvre; -lequel la vist très-volentiers, et la tint et regarda moult longuement -par tout en y prenant grant plaisir. Et quant il l'ot regardée à sa -volenté, il dist que on la reméist en sauf et que, somme toute, il -n'avoit onques veu tant de si noble né si riche pierrerie ensemble. Et -le mercredi devant, qui estoit le treiziesme jour de janvier, avoit fait -savoir le roy à l'empereur, que le jeudi dessus dit, féist venir ses -gens à Beauté. Et senti bien secrètement l'empereur par le seigneur de -La Rivière et ledit Giles Malet que c'estoit pour leur faire dons, -combien que l'empereur s'excusast fort, en disant qu'il ne vouloit pas -que le roy luy donnast rien né à ses gens. Toutesvoies, pour acomplir la -volenté du roy, les manda querre audit jour. Si envoia le roy celuy -jeudi après disner ses frères, les ducs de Berri et de Bourgoigne et le -duc de Bourbon, le seigneur de la Rivière et autres, ses chambellans et -varlès de chambre, qui portèrent les joyaux qui furent de par le roy -donnés et présentés à l'empereur et à son fils et à leurs gens; et -firent les présens de par le roy à l'empereur, en sa chambre, lesdis -ducs, et aussi le firent à sondit fils, en la présence de l'empereur, et -furent les dons de l'empereur, tels comme il s'ensuit après. - - - - -LXXII. - -Des riches dons que le roy de France donna à l'empereur et à son fils et -fist présenter. - - -En présentant les choses ci devisées, dist ledit duc de Berri à -l'empereur que le roy le saluoit et luy envoioit de ses joyaux, tels que -on savoit faire à Paris[349]. C'est assavoir: une coupe d'or de grant -pris, garnie de pierrerie au pié et au couvercle, et estoit toute très -finement esmailliée de l'espere du ciel où estoit figuré le zodiaque, -les signes, les planètes et estoilles fixes et leur images. Et aussi luy -présenta deux grans flacons d'or très noblement ouvrés, où estoient -figurés en images enlevés[350], comment saint Jacques monstroit à saint -Charlemaine le chemin en Espaigne par révélacion; et la façon d'un -chascun desdis flacons estoit en manière de coquille. Si luy dist ledit -duc de Berri que pour ce qu'il estoit pèlerin luy envoioit le roy des -coquilles; et encore luy présenta un très bel grant hanap d'or, assis -sur un trépié garni de pierrerie, et aussi un gobelet et aiguière d'or -garni aussi de pierrerie, esmaillié très noblement. - - [349] Ces derniers mots sont principalement curieux. - - [350] _Enlevés_. Variante de Christine de Pisan, msc. 211, Suppl. - franç., _eslevés_. Je préfère la leçon de Charles V; _enlevés_ pour - _relevés_, ou _en relief_. - -Item, luy présenta deux pos d'or, ouvrés à testes de lyons. Et à son -fils furent présentés un grant gobelet d'or et aiguière de mesmes, deux -grans pos d'or, où estoient os fretelés[351], saphirs et perles; et -oultre ce, luy fu présenté une très riche sainture d'or, tout au lonc -garnie très richement de pierrerie, laquelle valoit bien de six à huit -mil francs d'or, de quoy l'empereur mercia grandement le roy, et aussi -fist son fils. Et après vint l'empereur en l'alée devant sa chambre, où -tous ses princes, evesque, chancellier, chevaliers et autres gens qui -estoient venus avecques estoient, et vit les dons que on leur fesoit et -y estoit présent, lesquels furent grans et honorables, comme plus à -plain peut apparoir en un rolle sur ce fait, auquel il sont plainement -et particulièrement déclairiés; mais l'en s'en passe ci endroit pour -cause de briefté[352]. Et bien sembla à tous et ainsi luy monstrèrent -que il se tenoient grandement satisfais et contens du roy. - - [351] _Fretelés_. Dentelés, découpés. - - [352] «Après ensuivant, à tous les princes fu présenté vaisselle d'or - et d'argent si largement et à si très grant quantité que tous - s'esmerveilloient. Et tant qu'il n'y ot si petit officier de quelque - estat qu'il fussent qui de par le roy ne receussent présent, mais - quoy et quels, se passe la cronique pour cause de briefté.» - (Christine de Pisan, _les faits du roy Charles V_, 3e partie, chap. - XLV.) On voit clairement par là que le seul guide de Christine est, - dans tout le récit du voyage de l'empereur, les _Chroniques de - Saint-Denis_, qu'elle a copié mot à mot quand elle ne l'a pas très - abrégé. L'on a donc eu tort de louer Christine d'une exactitude dont - elle auroit dû pour le moins avouer plus nettement la source. - - - - -LXXIII. - -Coment l'empereur, au retour de Saint-Mor à Beauté, mercia le roy des -riches présens qu'il avoit envoiés à luy et à son fils le roy des -Romains et à leur gens. - - -Le vendredi ensuivant, quinziesme jour dudit mois de janvier qui estoit -le jour de la feste Saint-Mor, ala l'empereur à Saint-Mor en pèlerinage, -et chanta l'evesque de Paris, _Pontificalibus_, la messe devant luy. Et -combien que son disner feust prest de par le roy en ladite abbaye pour -luy, voult-il revenir disner à Beauté. Et après disner, le roy vint le -veoir, et moult fort mercia le roy des dons qu'il avoit fais à luy et à -son fils, le roy des Romains et à ses gens, en luy disant que trop en -avoit fait. Et après ce, l'empereur et le roy se retraisrent en une -garde-robe, emprès sa chambre, et firent tout widier et parlèrent -longuement ensemble jusques bien sus le tart. Et lors se parti le roy, -et l'empereur le convoia jusques au dehors de ladite chambre et s'en -vint au giste au bois. Le samedi, seiziesme jour de janvier, disna le -roy plus matin qu'il n'avoit acoustumé, et l'empereur encore plus matin, -et après dormi l'empereur. Et le roy se parti de son chastel du bois, -acompaignié de grant foison de seigneurs prélas et chevaliers pour -convoier l'empereur, car ainsi le voult-il faire: et vint si à point à -l'hostel de Beauté-sur-Marne, que l'empereur estoit levé et prest de -partir et soy mettre à chemin. - - - - -LXXIV. - -Des aneaux que le roy et l'empereur s'entredonnèrent, et coment -l'empereur et le roy pristrent congié l'un de l'autre amiablement et -piteusement, et de ceux qui convoièrent ledit empereur. - - -Quant le roy fu en la chambre dudit empereur qui l'attendoit, l'empereur -vint à luy et prist en son doigt et luy donna un anel où il avoit un -ruby, et un autre anel où il avoit un diamant, et les donna au roy par -belles paroles en très grant amistié. Et le roy tantost prist un très -riche diamant gros qu'il avoit en son doigt, et le donna par pareille -manière à l'empereur. Et là devant tous s'entreacolèrent et baisièrent -et se partirent tantost et vindrent ensemble en la court, le roy pour -monter à cheval, et l'empereur dans sa litière, laquelle le roy luy -avoit donnée atelée de trois très beaux mulés, et ainsi alla l'empereur, -et chevaucha le roy encoste luy et grant multitude de gens hors dudit -hostel aux champs, jusques près l'hostel de Plaisance[353]: et avecques -le roy et en sa compaignie estoient les princes dessus dis, excepté le -duc de Bar qui le jour devant estoit parti par le congié du roy; et les -prélas tous ceux qui par avant y avoient esté, et d'abondant -l'arcevesque de Ravenne y estoit qui de nouvel y estoit venu. Le prévost -de Paris, le Chevalier du guet, le prévost des marchans et les échevins -et les gens de la ville estoient devant aux champs qui estoient venus -pour convoier l'empereur; et chevauchièrent devant, et assez près de la -maison de Plaisance pristrent l'empereur et le roy congié d'ensemble. Et -plus tost s'en fu retourné le roy sé il eust voulu croire l'empereur qui -souvent luy disoit et fesoit dire que il s'en retournast; et au prendre -congié l'empereur et le roy plourèrent si que les gens l'apercevoient -bien, et à grant paine porent parler ensemble, mais il s'entrepristrent -par les mains et ainsi se départirent. Et le roy s'en retourna au bois, -et les ducs de Berri, de Bourgoigne et de Bourbon se en alèrent avec -l'empereur, et le roy des Romains retourna et convoia une pièce le roy, -et puis prist congié de luy, et aussi firent les princes et ducs qui en -la compaignie de l'empereur estoient venus. Avec l'empereur alèrent -lesdis frères du roy et le menèrent à Laigny-sur-Marne, où il ala au -giste; et l'endemain aussi alèrent avec luy à Meaux, et aux deux villes -dessus dites fu honorablement receu et fait présens, comme ès autres -villes dessus escriptes luy fu fait à son venir. Et celuy dimenche, -dix-septiesme jour dudit mois, qu'il fu à Meaux, se parti de l'hostel de -l'evesque où il estoit logié et vint au marchié de Meaux soupper luy et -son fils et de ses princes, avecques les ducs de Berri et de Bourgoigne, -frères du roy, en leur hostel, où il fu grandement, prestement et -honorablement receu et servi, luy et toutes ses gens, combien que pou -d'espace eussent eu les frères du roy à savoir sa venue. - - [353] _Plaisance_. Tout près de Vincennes. - - - - -LXXV. - -Coment l'empereur se partist de Meaux, et pristrent de luy congié les -frères du roy qui l'avoient convoié eux et pluseurs autres seigneurs. - - -Le lundi ensuivant, se parti de Meaux ledit empereur et son fils le roy -des Romains, et les convoièrent lesdis frères du roy bien une lieue -au-delà de la ville; et pristrent congié de luy et s'en revindrent -devers le roy. Et n'est pas à oublier que l'empereur de son propre -mouvement, en la faveur du roy et de son fils ainsné le daulphin, ordena -et fist son lieutenant et vicaire-général au royaume d'Arle ledit -daulphin, et voult que ce feust à la vie dudit daulphin inrévocablement. -Et sur ce fist ses lettres scellées en or en si grant et plain povoir -comme faire se peust, et come autrefois n'a esté acoustumé. Et -semblablement le fist son lieutenant et général-vicaire par unes autres -lettres scellées semblablement et à pareil povoir audit daulphin, fiefs -et arrière fiefs et tenement quelconques sans riens excepter; et luy -baillia et donna le chastel de Pouppet[354] sus Vienne, et une autre -maison en ladite ville appellée Chavaux. Et aussi l'aagea et suppléa -toutes choses qui par deffaut d'aage povoient donner empeschement audit -daulphin pour ses graces et gouvernement obtenir. Et pour ces choses -faire et autres au plaisir et proffit du roy et de ses enfans, laissa -son chancellier à Paris, trois ou quatre jours après son département, -pour en délivrer et séeller les lettres. - - [354] _Pouppet_. Variante du msc. 9622, _Pompet-sur-Vienne_, - c'est-à-dire sans doute au-dessus de _Vienne_, comme l'indique la - ligne suivante. Christine de Pisan écrit _Pompet en Vienne et un - aultre lieu appellé Cheneaulx_. Il s'agit ici du fameux château de - Vienne _Pompeiacum_, aujourd'hui _Pipet_. - - - - -LXXVI. - -Les chemins que l'empereur fist en alant hors du royaume de France. - - -Après s'ensuit le chemin que l'empereur tint en son retour par -l'ordonnance du roy jusques hors de son royaume. Au partir de la cité de -Meaux vint au giste à Gandelus, et là ot présens comme ès autres villes. -De là fu le mardy dix-neuviesme jour de janvier à Chastel-Tierry, où le -roy fist le lieu qui est sien bien appareillier et ordener pour sa -venue; et là fu gouverné par ses officiers en sales, en chambres et en -toutes choses, comme en tous les autres hostels du roy a esté. Et -estoient en sa compaignie, de par le roy, le seigneur de Coucy, les -contes de Sarebruche et de Braine; le seigneur de La Rivière et Jehan -Lemercier, lesquels tous ou la plus grant partie l'acompaignèrent et -conduirent jusques hors du royaume, et fu son chemin de Chastel-Thierry -à Reims, de Reims à Mouson, sans les gistes d'entre deux. Et en chascuns -lieux a eu présens, aussi bien ès plates villes comme ès cités, et -partout honorablement et grandement receu et festoié, comme il fut à son -venir. Et est assavoir que toute la despense que luy et ses gens ont -faite à Paris en hostelleries, le roy a tout fait paier et deffraier; et -semblablement tous les dons qui valent bien deffraiment, puis qu'il -entra au royaume jusques il en a esté hors, combien que au nom des -villes a esté fait, a esté tout au frais et despense du roy. - - - - -LXXVII. - -Des lettres de l'empereur que son chancellier bailla au daulphin, -contenans les choses dessus dites. - - -Alors quant le roy fu retourné à Paris, le chancellier de l'empereur -aporta au daulphin qui estoit devers le roy et lui présenta les lettres -séellées des graces que l'empereur luy avoit faites, de quoy il mercia -l'empereur. Et envoia après ledit chancellier en son hostel un bel hanap -d'argent très bien doré pesant vingt mars, et dedens avoit mil francs -d'or comptés que ledit daulphin luy donna pour la peine qu'il avoit eue -de sa besoigne. - - - - -LXXVIII. - -Comment la royne de France enfanta une fille en l'ostel de Saint-Pol à -Paris, laquelle fu nommée Catherine. - - -Le jeudi quart jour de février ensuivant mil trois cens septante-sept -dessus dit, la royne de France ot une fille en l'ostel du roy, emprès -Saint-Pol à Paris; et l'endemain, jour de vendredi, fu baptisée en -ladite églyse de Saint-Pol, par messire Aymeri de Maignac, evesque de -Paris. Et fu parrain le prieur de Sainte-Catherine du Val-des-Écoliers -de Paris, et marraine une damoiselle qui aidoit à dire les heures à -ladite royne appellée damoiselle Catherine de Villiers. Et fu ce fait -par dévocion que ladite royne avoit à madame Sainte-Catherine, et fu -ladite fille appellée Catherine. - - - - -LXXIX. - -Du trespassement de madame Jehanne de Bourbon, royne de France, et de -son noble appareil. - - -Le samedi ensuivant, sixième jour dudit mois de février, environ dix -heures après midi, ladite royne trespassa de ce siècle audit hostel de -Saint-Pol, dont le roy fu moult troublé et longuement; et si furent -moult d'autres bonnes personnes: car il s'entreaimoient tant comme -loiaux mariés peuvent amer l'un l'autre. Si fu gardée audit hostel, pour -ce que l'ordenance de son enterrement peust estre faite convenablement, -jusques au dimenche quatorziesme jour ensuivant. Et cependant chascun -jour à matin l'en chantoit messes audit hostel, et après disner vigiles -de mors. Auquel jour de dimenche après disner, le corps fu porté -notablement sur un beau lit noblement aourné et couvert de biaux draps -d'or sur le blanc, et un biau poille d'or vermeil sur quatre lances que -le prévost des marchans de Paris et les eschevins portoient. Et les -seigneurs de parlement estoient environ le lit où le corps gisoit, et -tenoient le poille qui estoit sur le lit, tout autour, si comme il est -acoustumé à faire aux roys et roynes de France. Et sur le visage de -ladite royne avoit un cuevre chef si délié que tout plainement on véoit -le visage parmy, et avoit en sa main dextre un petit baston d'or ouvré -par dessus en la façon d'une rose, et en l'autre main avoit un ceptre, -et estoient en la compaignie tous les collèges et les ordres de Paris -mendians, et tous les gens notables qui estoient lors à Paris, prélas et -autres, et quatre cens torches devant, chascune de six livres. Et après -le corps aloient à pié le duc de Bourbon, frère de ladite royne, et -pluseurs autres du lignage du roy, tous vestus de noir. - - - - -LXXX. - -Coment le corps de la royne fu porté à Nostre-Dame de Paris et -l'endemain à Saint-Denis en France à grant honneur. - - -[355]Ainsi fu portée jusques à l'églyse Nostre-Dame de Paris, et là fu -mis le corps au cuer d'icelle églyse, dessoubs une moult notable -chapelle de bois couverte de cierges; et autour de la nef de ladite -églyse avoit quatre cent torches du pois de celles qui avoient esté -portées à convoier le corps, et environ le corps avoit tousjours, tant à -porter le corps comme en l'églyse, treize grosses torches que portoient -treize varlès de chambre du roy. Et tantost furent vespres et vigilles -de mors commenciées, et fist le service en ladite églyse de Paris -l'evesque de Paris; et tous les autres prélas, tant arcevesques comme -evesques et abbés, furent revestus avecques leur mitres et leur crosses, -et estoient seize prélas, dont les evesques de Laon et de Beauvais -tenoient cuer. Et furent toutes les leçons et vigiles dites par prélas, -et là estoit présent monseigneur Phelippe d'Alençon, patriarche de -Jhérusalem et arcevesque d'Aux, lequel n'estoit pas revêtu en habit -pontifical, mais estoit en chappe romaine avec les autres seigneurs du -lignaige du roy: et furent tant à convoier le corps que à vigiles la -royne Blanche, la contesse d'Artois et la duchesse d'Orliens, et aussi -la niepce du roy, fille du duc de Berry et femme de Amé de Savoie, fils -du conte de Savoie, et pluseurs autres dames et demoiselles, tant de -l'ostel de ladite royne trespassée que autres. - - [355] Le msc. de Charles V reproduit ici d'une manière intéressante ce - convoi funèbre dans une grande miniature. - -Le lundi ensuivant, quinziesme jour dudit mois environ prime, fu moult -solempnellement la messe dite en l'église de Paris par ledit evesque de -Paris, présens ceux qui avoient esté à vigiles. Et tantost que la messe -fu dicte, le corps fu levé et mis à chemin pour porter à Saint-Denis, -par la manière qu'il avoit esté aporté en ladite églyse de Paris, -accompagnié de ceux qui y avoient esté le dimenche. Et y avoit quatre -cent torches nouvelles, car les autres quatre cens qui avoient esté -portées à Nostre-Dame y demourèrent et tout l'autre luminaire, et aussi -y ot treize grosses torches nouvelles que treize varlès de chambre du -roy portèrent, lesquelles quatre cent treize torches furent portées avec -le corps jusques à Saint-Denis. Et après le corps alèrent tousjours à -pié lesdis duc de Bourbon, le patriarche et autres seigneurs du lignaige -du roy, et moult grant compaignie tant des officiers du roy comme -d'autres. Et encontre le corps vindrent à procession l'abbé et les -religieux de Saint-Denis dessoubs jusques oultre la place du Lendit. Et -quant le corps fu au cuer de l'églyse de Saint-Denis une belle chapelle -de bois, l'en commença le service de mors, et y furent prélas revestus -en la manière qu'il avoient esté en l'églyse de Paris, et les deux -evesques de Laon et de Beauvais qui tenoient cuer, et l'arcevesque de -Rains faisoit le service. Et là avoit moult grant luminaire sur ladite -chapelle et environ le cuer de l'églyse, de grant quantité de cierges -comme de quatre cens torches toutes nouvelles et treize grosses torches -que les treize varlès de chambre tenoient environ le corps; et furent -auxdites vigiles tous les seigneurs et dames dont dessus est faicte -mencion. - - - - -LXXXI. - -Coment le corps de la royne fu enterré à Saint-Denis et son cuer aux -Cordeliers de Paris. - - -Le mardi ensuivant, seiziesme jour dudit mois de février, fu la messe -dite à Saint-Denis par l'arcevesque de Rains, et fu diacre et dist -l'évangile l'evesque de Noyon, et l'evesque de Lisieux fu sous-diacre et -dist l'épistre. Et furent tant arcevesques comme evesques et abbés -dix-neuf crosses. Et après la messe dite, le corps fu enterré en une -chapelle de ladite églyse de Saint-Denis qui est au costé destre du -grant autel, près de la porte par laquelle l'en entre au cloistre, -emprès les degrés par lesquels on monte aux corps sains, laquelle -chapelle ledit roy Charles avoit fondée. Le mercredi ensuivant -dix-septiesme jour dudit mois, après disner, furent vigiles dites en -l'églyse des frères Meneurs, à Paris, et là furent la royne Blanche, la -contesse d'Artois, la duchesse d'Orliens et pluseurs autres grans dames, -et aussi les prélas qui avoient esté à Saint-Denis; le duc de Bourbon, -monseigneur Phelippe d'Alençon, patriarche de Jhérusalem, et grant -foison d'autres grans seigneurs. Le jeudi au matin ensuivant fu la messe -dite, et après la messe fu le cuer de la royne enterré devant le grant -autel de l'églyse desdis frères Meneurs, à la destre partie. - - - - -LXXXII. - -Coment les entrailles de ladite royne furent enterrées solempnelment en -l'églyse des Célestins. - - -Le vendredi ensuivant, après disner, furent tous les seigneurs et dames -dessusdis aux Célestins de Paris, et là, en l'églyse, furent dites -vigiles. Et le samedi ensuivant la messe et après la messe furent les -entrailles enterrées devant le grant autel de ladite églyse; et tant -auxdis frères Meneurs quant le cuer fu enterré comme aux Célestins, à la -messe et aux vigiles ot très-grant luminaire, tant de torches comme de -cierges alumés sur chascune des chapelles de bois estant au milieu du -cuer, tant de l'une desdites églyses comme de l'autre, et moult beaux -draps d'or sur les sépultures, tant dudit cuer comme des entrailles. Et -à chascun desdis trois enterrages qui furent fais, furent donnés à -toutes personnes qui y vouldrent aler, à chascune personne à chascune -fois quatre deniers parisis de bonne monnoie courant lors. - - - - -LXXXIII. - -Du trespassement de madame Ysabel, fille du roy, et de son enterrement. - - -Le mardi ensuivant, qui fu le vint-troisiesme jour dudit mois de -février, en l'ostel du roy emprès Saint-Pol à Paris, trespassa madame -Ysabel, fille desdis roy et royne. Et le jeudi ensuivant fu enterrée en -l'églyse de Saint-Denis, en la chapelle où la royne voit esté enterrée. - - - - -LXXXIV. - -Coment les messaigiers commis à traictier de la paix du roy de France et -de celuy d'Angleterre recommencièrent. - - -En iceluy mois de février, se remistrent sus les traictiés entre les -roys de France et d'Angleterre, par le moien des deux arcevesques de -Rouen et de Ravenne, messaiges du pape; et envoièrent lesdis roys leur -messaiges à Bruges pour traictier de la paix entre lesdis roys. - - - - -LXXXV. - -Du trespassement du pape Grégoire XI, et de la fouldre qui chéi. - - -Le samedi au soir, vint-septiesme jour du mois de mars ensuivant, pape -Grégoire qui estoit alé à Rome, si comme dessus est escript, trespassa -de ce siècle en ladite cité de Rome au palais Saint-Pierre. Et le mardi, -sixiesme jour du mois d'avril ensuivant mil trois cent septante-sept -avant Pasques, car Pasques ensuivant furent le dix-huitiesme jour -d'avril, au conclave qui estoit ordené par les cardinaux pour faire -l'éleccion de l'autre pape et auquel il devoient entrer l'endemain, chéi -la fouldre et rompi et despéça deux des loges ordenés pour deux des -cardinaux. Et l'endemain, jour de mercredi septiesme jour dudit mois, -entrèrent les cardinaux qui lors estoient à Rome audit conclave, et en -celuy temps en avoit encore six à Avignon qui point n'estoient alés à -Rome avec ledit pape. Et par ce que dessus est dit, puet apparoir que -ledit pape Grégoire qui, si comme dessus est escript, fu esleu en pape -le trentiesme jour de décembre mil trois cent septante, ne régna pape -que sept ans, et tant comme il a du trentiesme jour de décembre au -vint-septiesme jour de mars. - - - - -LXXXVI. - -Coment, par la grace de Dieu, furent révélées au roy de France pluseurs -traïsons contre luy machinées à faire par le roy de Navarre. - - -L'an dessusdit mil trois cent septante-sept, au mois de mars, furent -envoiées lettres au roy de France par aucuns grans seigneurs, esquelles -estoit contenu que le roy de Navarre avoit conceu et machiné de faire -empoisonner ledit roy de France; et que un appelé Jaquet de Rue, -chambellan dudit roy de Navarre, lequel ledit roy de Navarre envoioit -lors en France en la compaignie de messire Charles de Navarre, son -ainsné fils, savoit ces choses et pluseurs autres mauvaistiés conceues -par ledit roy de Navarre contre ledit roy de France. Et pour celle cause -ledit roy de France fist prendre ledit Jaquet de Rue et emprisonner par -ceux qui le pristrent. Et par iceux qui le pristrent fu trouvé en un des -coffres dudit Jaquet un petit roole de mémoires dont ci-après sera faite -mencion; et après fu ledit Jaquet examiné par le commandement du roy de -France, lequel confessa ce que ci-après suit: - - - - -LXXXVII. - -Ci-après s'ensuit la confession Jaquet de Rue, chambellan du roy de -Navarre. - - -[356]Jaquet de Rue, escuier-chambellan du roy de Navarre, pris du -commandement du roy de France, et amené prisonnier à Corbueil par Jehan -de Rosay, huissier d'armes, et par Guillaume de Rosay, escuier d'escurie -du roy nostre sire, frères, le vint-cinquiesme jour de mars mil trois -cent septante-sept, a dit et confessé de sa pure volenté, sans -contrainte, présens monseigneur le chancelier de France, le sire de La -Rivière, messire Nicolas Braque, messire Estienne de la Granche, -président en parlement; messire Pierre de Bournaseau et maistre Jehan -Pastourel, conseilliers du roy nostre sire; le prévost de Paris et Jehan -de Vaudetar; que les mémoires contenus en une cédule qui a esté trouvée -en un de ses coffres sont vrais, lesquels mémoires le roy de Navarre luy -fist baillier par Guillaume Planterose, son trésorier, né de la conté de -Longueville en Caux, pour les faire mettre à exécucion en la manière qui -s'ensuit: - - [356] Ce grand et important chapitre est inédit. Dans les éditions - précédentes et dans la plupart des manuscrits, il a été retranché. - Dans le beau manuscrit de la _Continuation de Nangis_, nº 8298-3, on - a lié le commencement de la confession de Jaques de Rue à la fin de - celle de Pierre du Tertre, et l'on a supprimé l'intermédiaire. - Christine de Pisan, après avoir raconté cet événement d'une manière - fort concise, ajoute: «Qui plus en voudra savoir, trouver le pourra - assés près de la fin où les chroniques de France traittent dudit roy - Charles, après le trespassement de la royne.» (Liv. III, chap. 51.) - -C'est assavoir «que par le conseil de maistre Pierre du Tertre, de -Ferrando d'Ayens, de messire Michel Sanches, capitaine d'Avranches, du -prieur de Pampelune, de Gomins Lorens et dudit Jaquet, l'en envoie ledit -Gomins Lorens et Jehan Dupré, clerc dudit maistre Pierre, en Angleterre -le plus tost que l'en pourra, pour faire les choses qui s'ensuivent: - -»Premièrement, que l'en renvoie les traictiés qui furent commenciés -entre le roy d'Angleterre et le roy de Navarre, au temps que ledit roy -de Navarre fu en Angleterre, avant qu'il venist devers le roy à Vernon, -lesquels ledit maistre Pierre du Tertre a pardevers luy; et que l'en en -preingne, par son conseil, ce qui sera bon pour traictier de nouvel. Et -scet bien, ledit Jaquet, que par la teneur desdis traictiés, le roy de -Navarre devoit faire guerre en chief de luy et de ses forteresses et de -son païs contre le roy de France. Et pour ce, le roy d'Angleterre -accordoit faire baillier audit roy de Navarre Lymoges et Lymosin et les -chasteaux du Melle, de Chiset et de Chivray, que le duc d'Orliens tint -en Poitou, et un grant somme d'argent pour une fois, ne se recorde pas -quelle. Et le roy de Navarre devoit baillier audit roy d'Angleterre pour -seurté, à tenir pour trois ans, quatre de ses forteresses; c'est -assavoir Nogent-le-Rotrou, Nonancourt et deux autres, ne se remembre pas -lesquelles, et devoient être mises en la main du conte de Salesbury. -Mais avant que le traictié feust parfait, le chancelier du prince et -monseigneur Regnaut Sauvage empeschièrent le traictié, pour ce que ledit -prince ne vouloit pas que l'en luy baillast lesdis païs et forteresses -qui estoient siennes. - -»Item, que l'en traicte les meilleurs aliances que l'en pourra avec le -roy d'Angleterre contre le roy de France: et que l'en traicte par -lesdites aliances le mariage de l'une des filles du roy de Navarre et du -roy d'Angleterre, et le mariage du fils de Lencastre et de l'une des -filles dudit roy de Navarre, ou du conte de Mortaing et de l'héritière -du duchié de Lencastre. - -»Item, que l'en traicte que les terres de Bayonne, de Soble et de -Labourt, soient baillées audit roy de Navarre siennes à héritage, et -qu'il soit lieutenant et garde de Bordeaux et d'Aix et des parties -d'environ, pour et au nom du roy d'Angleterre; et qu'il facent guerre, -l'un pour l'autre, contre le roy de France; et que, pour ce, soit ledit -roy d'Angleterre tenu de baillier audit roy de Navarre certaine somme de -gens d'armes et d'argent la plus grant que l'en pourra et tout ce que -ses gens en pourront traire; et que nuls desdis roys ne puisse sans -l'autre faire paix audit roy de France. Et combien que ledit roy de -Navarre fist demander audit roy d'Angleterre comme dit est, toutesvoies -estoit l'entencion dudit roy de Navarre que, au cas que le roy -d'Angleterre ne la luy vouldroit baillier, que ce nonobstant l'en -procédast avant ès dites aliances. - -»Item, que l'en accorde de baillier audit roy d'Angleterre, pour tenir -ces choses fermes et pour seurtés, les chasteaux et villes de -Nogent-le-Roy, d'Anet, d'Ivry et de Nonancourt. - -»Item, que l'en traicte aliances entre le duc de Lencastre et ledit roy -de Navarre pour le fait contre le roy d'Espaigne, et que, par ledit -traictié, ledit duc de Lencastre soit tenu de envoier au roy de Navarre -certaine quantité de gens d'armes, le plus que l'en pourra avoir.» - -Et le trentiesme jour de mars ensuivant, en Chastellet à Paris; présens -monseigneur le chancelier; lesdis messire Nicolas Braque, messire -Estienne, messire Pierre, maistre Jehan Pastorel et le prévost de Paris -et Giles Malet, dist ledit Jaquet que en ce caresme a quatre ans, en la -fin de la chevauchiée que le duc de Lencastre fist par le royaume de -France auquel temps se devoient conduire certains traictiés de paix -d'entre le roy d'Espaigne et ledit roy de Navarre, iceluy roy de Navarre -vint devers ledit duc de Lencastre et luy requist entre les autres -choses que il luy voulsist aidier à ce que il ne luy convenist pas -prendre si deshonnorable traictié comme il avoit avecques ledit roy de -Castelle, et que au moins luy voulsist aidier d'un nombre de ses gens, -et il paieroit les gaiges et prendroit l'aventure de luy faire guerre. -Et en ce temps ledit roy de Navarre fist parler de aliances et amistiés -avoir avec Pierre Menric Adelentado de Castelle, pour estre avecques luy -contre ledit roy d'Espaigne au cas qu'il y eust guerre; et dit que à un -jour en celuy temps ledit Pierre Jehan Perisdillo et Jehan Sanchis, -capitaine de Trevignon, escuiers et familliers dudit prince et autres -jusques au nombre de six de sa partie, et feu Radigo et ledit Jaquet, -Mahiet de Quoquerel, Sancho Lopès et autres deux personnes de la partie -du roy de Navarre, furent ensemble sur les champs, entre le Grouing et -Vienne, pour accorder lesdites aliances; et là ledit Pierre accorda -estre de la partie du roy de Navarre contre le roy de Castelle, mais que -il feust puissant de luy faire guerre. Et accorda baillier au roy de -Navarre en ce cas son lieu de Trevignon, et le Grouing que il gardoit -pour le roy de Castelle. Et le roy de Navarre luy promist donner -certains terres et lieux en son royaume de Navarre, et à deux frères -qu'il avoit lors autres héritages ou rentes. Mais pour ce que ledit duc -de Lencastre n'ayda point au roy de Navarre, ce qu'il avoient accordé -d'une partie et d'autre ne se mist point à effet; et depuis a ledit roy -de Navarre donné rente audit Pierre Menric et à ses deux escuiers; c'est -assavoir audit Pierre cinq cens florins de rente et à chacun desdis -escuiers cent florins; de laquelle rente il ont été et sont encore bien -paiés. Et pour ce, pense ledit Jaquet, sé ledit roy de Navarre avoit -guerre audit roy de Castelle, que ledit messire Pierre y seroit de sa -partie de tout son povoir; mais que ledit roy de Navarre eust grant -povoir et grant effort. - -»Item, que l'en advise ledit maistre Pierre de tenir au long le plus -qu'il pourra et par bonne manière les traictiés du roy de France et du -roy de Navarre; soit par laissier les drois royaulx par eschanges de -terre ou vendicion de Montpellier, et par autres voies qui meilleurs les -saura trouver, afin que le roy de Navarre peust avoir meilleur loisir de -faire son traictié et ses aliances avec le roy d'Angleterre et que le -roy de France ne s'en apparceust[357]. - - [357] Le manuscrit de Charles V porte ici: _Nota_. - -»Item, que messire Charles de Navarre, si tost qu'il sera en France, au -plus tost que faire se pourra et par bonne manière, face que il ait -Nogent en sa main et y mette gens de qui il se pourra aidier au besoin, -et ès autres forteresses par semblable manière où il verra qu'il sera à -faire par le conseil de ses gens. - -»Item, que l'en advise par bonne manière de vendre Montpellier, quant -l'en sera à accort des aliances dudit roy de Navarre et du roy -d'Angleterre pour faire guerre audit roy de France, avant que ladite -guerre soit ouverte et non autrement: et le vouloit ainsi ledit roy de -Navarre, pour ce qu'il ne l'eust pu tenir en temps de guerre. - -»Item, que l'en face retourner en Navarre le conte de Mortaing le plus -tost que l'en pourra». Et tient ledit Jaquet que c'est pour ce que ledit -roy de Navarre ne vouldroit pas que ses deux fils feussent ensemble par -deçà. «Et aussi que l'en renvoie devers le roy de Navarre ledit Jaquet -le plus tost que l'en pourra avec toutes nouvelles, c'est assavoir de ce -qui auroit esté fait des choses contenues en ladite cédule et des autres -choses sé elles entrevenoient. - -»Item, que on die audit maistre Pierre que il extraie desdis traictiés -pieça commenciés entre le roy de Navarre et le roy d'Angleterre, les -articles qui bons lui sembleront, et seront envoiés en Navarre, afin -d'estre plus aisiés, sé les messages du roy d'Angleterre y aloient. - -»Item, que l'en advise[358], au cas que l'on auroit la guerre avecques -le roy de France, de prendre trois ou quatre forteresses sur les -ennemis; c'est assavoir sur le roy de France et sur ses subgiés, avant -qu'il se donnent garde de celles qu'il peussent avoir plus tost prises, -feust sur la rivière de Saine ou ailleurs.» Et dit ledit Jaquet que tous -les mémoires dessus dis nomma le roy de Navarre de sa bouche à Guillaume -Planterose son trésorier, qui les escript de sa propre main, présent -ledit Jaquet, et se charga ledit Jaquet de les apporter par deça pour en -parler audit maistre Pierre et aux autres dessus nommés au premier -article, et les faire mettre à exécucion: et les sceurent bien Ferrando -d'Ayens et Guiot d'Arcies, et non autres. - - [358] _Nota_. (Msc. de Charles V.) - -[359]Dit oultre et confesse ledit Jaquet que le roy de Navarre n'aime -point le roy de France, né n'ot onques bonne amour à luy, quelques -belles paroles qu'il lui ait dictes né quelque bel semblant qu'il lui -ait fait; mais a tousjours tendu par toutes les manières qu'il a peu à -lui faire grief et dommage, et sé il povoit et véoit sa keue reluire il -mectroit volentiers peine à sa destrucion. - - [359] _Nota_. (Id.) - -Dit avecques que environ a huit ans, le roy de Navarre prist et retint -avecques luy un phisicien qui demouroit à l'Estoille en Navarre, bel -homme et jeune et très-grant clerc et subtil appellé maistre Angel[360], -né du pays de Chypre, et luy fist moult de biens et luy parla entre les -autres choses de empoisonner le roy de France, en disant que ce estoit -l'omme du monde que il haioit plus; et luy dist que sé il le povoit -faire, il luy en seroit bien tenus et luy recompenseroit bien. Et tant -fist que ledit phisicien luy octroya de le faire; et devoit estre fait -par boire ou par mangier; et devoit venir ledit phisicien en France pour -ce exécuter, et pensoit ledit roy de Navarre que le roy de France préist -plaisir en luy, pour ce qu'il parloit bel latin et estoit moult -argumentatif, et que, par ce, eust entrée souvent devers luy, par quoy -eust oportunité de faire son fait. Et ledit roy de Navarre qui avoit -grant désir à ce que la besoigne s'avançast le pressa moult du faire. Et -quant ledit phisicien se vist ainsi pressié si qu'il convenoit qu'il le -féist ou se partisist de sa compaignie, il s'en ala et s'en parti, né -onques puis ne fu devers luy, et a bien sept ans ou environ qu'il s'en -parti: et tenoit-l'en en Navarre que il estoit noié en la mer. Et ce -scet ledit Jaquet, parce que ledit roy de Navarre mesme le lui dist. Et -dit aussi ledit Jaquet que ledit roy de Navarre est encore en volenté et -propos de faire empoisonner le roy de France, et a ordené et disposé le -faire par un sien varlet de chambre qui souloit estre de sa paneterie, -et est appellé Drouet de la Paneterie et est de Beauvoisin, et a un sien -cousin qui sert le roy en sa cuisine ou en la fructerie; lequel Drouet -le roy de Navarre doit envoier pardevers messire Charles son fils, soubs -ombre d'autres besoignes; mais pour cette besoigne se doit traire devers -ledit Jaquet dedens Pasques prochaines ou la quinzaine ensuyvant. Et -après doit venir son dit cousin, et par l'acointance d'iceluy cousin -doit repairier en l'ostel du roy, et par ainsi doit procéder à mettre à -exécucion son fait, et se doit faire par mengier; et a faite les poisons -une juive qui demeure en Navarre. Et a espérance ledit Drouet que son -dit cousin soit de son aide en ce fait. Et ces choses scet ledit Jaquet -parce que le roy de Navarre mesme les luy dist, environ quinze jours -après que monseigneur Charles son fils se fu naguères parti de luy; car -ledit Jaquet demoura tant devers luy après le partir des autres: et -aussi les luy dist ledit Jaquet[361], et est un peu grosset sans barbe -de l'aage d'environ vingt-huit ans ou trente. - - [360] _Nota_. (Id.) - - [361] _Jaquet_. Il doit y avoir ici faute du copiste. Lisez _Drouet_, - comme dans le manuscrit de la _Continuation de Nangis_, nº 9622 (fº - 204, vº). - -Dit oultre que pour ce que le roy de Navarre senti que feu Guerart -Malsergent, qui estoit son bailly d'Evreux, avoit acointance au roy -nostre sire et qu'il estoit son bienvueillant, il ordena et manda à -maistre Pierre du Tertre que il le féist mourir, et vouloit que il -mourut ès ténèbres devant Pasques. Mais pour ce que l'en failli à le -tuer en ténèbres, ledit maistre Pierre, si comme il oï dire, le fist -murdrir ès feries de Paques ensuivant, à l'entrée d'une nuit en pleine -rue, et fu fait, environ a six ans; ainsi l'a oï dire ledit Jaquet et le -tenir communelment. - -Dit avec ce, que passés sont sept ans ou environ, avant que le roy de -Navarre venist devers le roy de France à Vernon, iceluy roy de Navarre -cuida faire prendre Meullen par devers le costé de Chartain, et fu -ordené de mettre cinquante hommes d'armes Navarrois en embusche assez -près de la porte pour y entrer tantost que la porte se ouverroit: et en -estoient capitaines Bernadon d'Espelot et un autre Navarrois. Et aussi -fu ordené de mettre en une autre place assez près d'ilec, deux cens -hommes d'armes dont Saint-Julien estoit capitaine, pour venir conforter -les autres cinquante dessus dis quant il seroient entrés dedens, et pour -tout avitaillier le lieu, si que il le peussent tenir contre le roy; -mais celle journée, la porte de celle partie ne se ouvri pas, et ainsi -fu ladite emprise de nul effet, et le scet parce qu'il fu au conseil de -ces choses. - -[362]Dit oultre que, environ Noel derrenièrement passé ot trois ans, -monseigneur Phelippe d'Alençon, qui fu arcevesque de Rouen, envoia -devers ledit roy de Navarre, et lui fist savoir que volentiers -s'alieroit avecques luy contre le roy de France. Et lors ledit roy de -Navarre renvoia devers ledit arcevesque Sancho Lopez et ledit Jaquet, -pour savoir et lui rapporter plus clerement de son entencion et volenté. -Et dit que ledit arcevesque leur dist que volentiers s'alieroit avecques -luy par la manière que dit est; et que combien qu'il fust clerc, si se -armeroit-il volontiers en sa personne et se mettroit si avant en ladite -guerre comme chevalier qui y feust, et disoit qu'il se faisoit fort du -conte de Perche son frère qu'il seroit de cette aliance; et aussi se -faisoit fort qu'il auroit tous les chasteaux de madame sa mère à son -plaisir, mais de monseigneur d'Alençon né du conte d'Estampes ne se -faisoit-il mie fort; et dit que le traictié se reprist par deux fois, -mais lesdites alliances ne se firent pas, pource que le roy de Navarre -le véoit trop foible, et pour ce n'en tint compte. - - [362] _Nota_. (Msc. de Charles V.) - -Dit oultre ledit Jaquet que environ a sept ans que ledit roy de Navarre -vint en Bretaigne, et vint par Cliçon où estoit le sire de Cliçon, et -luy fist ledit sire de Cliçon très-bonne chière et très-grande, et le y -receupt moult honnorablement: et d'ilec vinrent à Nantes, et ilecque -ledit roy de Navarre dist audit duc qui fu, qu'il ameroit mieux mourir -que de souffrir telle vilenie comme le sire de Cliçon luy faisoit, car -il amoit la duchesse sa femme, et la luy avoit veue baisier par derrière -une courtine[363]; si comme il oï dire, et la commune renommée estoit -telle. - - [363] _Courtine_. Tapisserie, principalement de celles qui font - l'office de _portières_. - -Et aussi a-il oï dire que ledit duc qui fu, machina dès lors en la mort -dudit sire de Cliçon; et depuis à un jour que ledit duc qui fu et le -sire de Cliçon et le viconte de Rohan furent à Vannes, iceluy duc qui fu -fist armer gens de son hostel Anglois, jusques au nombre de trente ou -environ, pour mettre à mort ledit sire de Cliçon; et si comme il dançoit -en un jardin, présent ledit duc qui fu, où il devoit estre mis à mort, -ledit sire de Cliçon en fu advisé, et pour ce que lesdis Anglois ne -firent pas appertement leur fait, il s'en parti franc et délivre. - -Dit avecques ce, que aussi tost après ce que la bataille fu à Cocherel, -ledit roy de Navarre promist à feu monseigneur Seguin de Badesol mile -livrées de terre pour faire guerre au roy de France et à son royaume; et -pour ce que ledit messire Seguin luy demanda que lesdites mile livrées -de terre luy feussent assises en certains lieux en Navarre, c'est -assavoir: à Falses, à Peralte et à Lerin, et l'empressoit fors, le roy -de Navarre, en disant que ledit messire Seguin luy demandoit le plus bel -de sa chevance, dist audit Jaquet qu'il failloit qu'il s'en délivrast. -Et puis parla à Guillemin Petit, lors son varlet de chambre qui demeure -à présent à Evreux[364], et luy dist en la présence dudit Jaquet que il -convenoit que il l'empoisonnast. Et à un souper en la propre sale dudit -roy de Navarre à Falses, iceluy messire Seguin qui y estoit assis à la -table, du sceu et du consentement dudit Jaquet, fist le roy de Navarre -empoisonner en coings ou en poires sucrées, ne scet lequel, par -Guillemin Petit; et mourut ledit Seguin dedens six jours après ou -environ, et ne scet quelles furent les poisons fors que il pense que ce -fu réagal[365]. - - [364] _Nota_. (Msc. de Charles V.) - - [365] _Réagal_. Arsenic rouge. Je lis dans le _Grand Dictionnaire_ de - P. Marquis, Lyon 1609: «_Riagas_. Espèce de poison que aucuns - nomment _Reagal_ ou _Reagas_. Arsenicum, que l'Espagnol dit - _Reiagar_.» - -Dit aussi qu'il demoura avecques le roy de Navarre par quinze jours ou -environ après ce que messire Charles son fils se fu naguères parti de -luy. Et en ce temps vint d'Angleterre par devers ledit roy de Navarre, -Garsie Arnault de Salies qui luy dist que la princesse et tout le -conseil d'Angleterre avoient grant désir que le mariage se feist du roy -d'Angleterre son fils et de l'une des filles dudit roy de Navarre, et -que en ce estoient tous fermes; et que combien que l'empereur eust -essayé de faire mariage dudit roy d'Angleterre et de sa fille, il ne s'y -estoient voulu consentir, et disoient que mieux amoient qu'il fust marié -à celle de Navarre, car c'estoit plus noblement et en plus hault -lignage; et oultre, que au fort il auroit le mariage pour néant et ne -cousteroit rien au roy de Navarre, mais que il feust alié aux Anglois. -Et quant ledit Jaquet se parti dudit roy de Navarre, pour venir devers -ledit messire Charles, iceluy roy de Navarre luy dist que il déist ce -que ledit Garsie luy avoit rapporté audit messire Charles, à l'evesque -d'Acx, à Ferrando, à messire Guy de Gauville, à Remiro Darilhano, et aux -autres du conseil dudit messire Charles; et ceste charge luy faisoit -ledit roy de Navarre, afin que la chose s'avançast, sé le mariage leur -sembloit bon. Et quant il fu venu devers eux, il leur dist ainsi: et -ledit messire Charles dist lors que il luy sembloit que le mariage -estoit bon et luy plaisoit bien, et ainsi furent pluseurs des autres, -mais l'evesque en baissa la teste et n'en dist mot. Et lors dist -Ferrando: «Or regardez comment cet evesque a les besoignes de -monseigneur bien à cuer que ainsi se taist.» Dist oultre que le roy de -Navarre a très grant désir à ce que les alliances dessus dictes d'entre -luy et le roy d'Angleterre soient hastivement faites, et pour ce a -ordené que les messages qui devoient aler en Angleterre y voisent -tantost, et que l'entencion du roy de Navarre est de venir en France en -sa personne, et ne scet ledit Jaquet sé il vendra par mer ou par terre; -mais bien scet que sé il vient par mer il montera à Bayonne au navire -d'Angleterre sé il y vient, et vendra le plus fort que il pourra. Et sé -il vient par terre, il viendra ainsi comme soubs un maistre, en habit -mescogneu, et entent à faire guerre au roy, de luy et de ses subgiés et -aliés, le plus efforciement que il pourra, et recevoir les Anglois en -ses chasteaux et forteresses pour luy faire guerre. Et dit que ainsi -estoit-il proposé avant que il partist; mais ledit Jaquet pense que il -muera son propos quant il saura nouvelles de sa prise, et qu'il fera -avancier les alliances et son armée pour grever le roy et le royaume au -plus tost qu'il pourra; car il dira et pensera en son cuer que le roy de -France sache de son fait par la prise dudit Jaquet autant comme il -feroit par lui-mesme sé il estoit pris. - -Dit avecques ce ledit Jaquet que les messages que monseigneur d'Anjou -envoia naguères par devers le roy de Castille, passèrent par Navarre et -présentèrent au roy de Navarre une lectre que monseigneur d'Anjou luy -envoioit par lesquelles luy prioit que tous mantalens et toutes choses -du temps passé fussent oubliées, et que ledit roy de Navarre voulsist -estre son ami; car il vouloit estre le sien, et qu'il se voulsist -entremectre de l'acort faire sur le débat entre luy et le roy d'Arragon, -et qu'il estoit l'homme qu'il en chargeroit plus volontiers. Et après -ce, vint devers le roy de Navarre un docteur qui estoit desdis messages -et qui moult vouloit parler audit roy de Navarre; et luy présenta ledit -docteur une autre lectre bien aimable et par monseigneur d'Anjou -escripte de sa main; et luy dist que il voulsist estre ami de -monseigneur, et il seroit le sien et se voulsist chargier de son fait. -Et après ce que ledit docteur s'en fu parti, ledit roy de Navarre dist -ces choses audit Jaquet, et luy dist oultre que il savoit bien que ce -n'estoient que paroles pour luy decevoir, et luy vouloit baillier du -tour du baston[366], car il savoit bien qu'il estoit l'homme du monde -que monseigneur d'Anjou haioit plus; et que puisqu'il vouloit feindre -estre son ami, il se feindroit aussi et luy donroit un tour de baston -comme il luy vouloit baillier: car il se chargeroit de son fait, et -soubs umbre et couleur de faire la besoigne de monseigneur d'Anjou, il -feroit son traictié avecques le roy d'Arragon; et entendoit par les -paroles dudit roy de Navarre que c'estoit pour faire aliances contre le -roy d'Espaigne. - - [366] _Du tour du baston_. Ici, l'expression a le sens de notre _tour - de vieille guerre_ ou _croc-en-jambe_, et je crois cette vieille - acception plus naturelle que celle qui a prévalu. Le Dictionnaire de - Trévoux a donc eu bien tort de l'expliquer: «_Tour de bâton_, ou _de - bas-ton_, adresses particulières qu'ont des gens d'une profession - pour tromper ceux à qui ils ont à faire.» C'est tout simplement une - expression proverbiale empruntée à l'ancienne _eschermie_, lutte ou - _escrime_ au bâton. - -«Et je Jaquet de Rue dessus nommé, confesse et jure sur les saintes -évangiles de Dieu par moi touchées, et sur le péril de la damnapcion de -l'ame de moi, que les choses dessus escriptes en ces trois rooles de -parchemin, lesquelles, après ce que je les ai confessées sans force et -sans contrainte, ont esté ainsi escriptes, et m'ont esté lues par -pluseurs journées et par pluseurs intervales, et je meisme les ay lues, -sont vraies par la manière que dessus sont escriptes. Et en tesmoing de -ce j'ay ce escript de ma main, le premier jour d'avril l'an mil trois -cens septante-sept, avant Pasques. - -Jaquet de Rue.» - - - - -LXXXVIII. - -Coment messire Charles, ainsné fils du roy de Navarre, vint à -sauf-conduit à Senlis, pour veoir le roy de France son oncle. - - -En ce temps, c'est assavoir au karesme mil trois cens septante-sept, -messire Charles, ainsné fils du roy de Navarre, qui de nouvel estoit -venu de Navarre en France et estoit en Normendie, envoia devers le roy -et luy fist savoir qu'il venroit volentiers pardevers luy pour le veoir -et luy faire la révérence, mais qu'il pleust au roy de luy envoier un -sauf-conduit, tant pour luy comme pour ceux qui seroient en sa -compaignie, laquelle chose le roy luy ottroia et ainsi le fist. Et vint -ledit messire Charles à Senlis là où le roy estoit, et amena en sa -compaignie messire Jean Bauffe evesque d'Aics, le prieur de Pampelune, -messire Ligier d'Orgetin, messire Baudoin de Baulo, Ferrando Dayens, et -pluseurs autres tant chevaliers comme escuiers. Et après ce que ledit -messire Charles ot esté avecques le roy pour aucun temps, il luy fist -requeste de la délivrance dudit Jaquet de Rue, lequel estoit parti de -Navarre en la compaignie d'iceluy messire Charles, et avoit esté pris -comme dessus est escript et jà avoit fait la confession dessus escripte. -Auquel messire Charles, après aucunes paroles, le roy fist dire et -montrer par aucuns de ses conseilliers, les deffautes, mauvaistiés et -trahisons que ledit roy de Navarre avoit faites, pactées et machinées -tant contre le roy Jehan comme contre le roy Charles son fils regnant à -présent. Et depuis, le roy, en sa présence et de pluseurs de son lignage -et autres de son conseil, fist ces choses dire audit messire Charles en -la présence de ceulx qui estoient venus en sa compaignie, et leur fist -dire la confession que avoit faite ledit Jaquet de Rue, et que -l'entencion du roy estoit d'avoir les forteresses qui de par ledit roy -de Navarre estoient tenues en Normendie, et que gens y fussent mis de -par le roy qui loyalement les garderoient à la seurté du roy et du -royaume. Et pour ce que là estoient présens pluseurs, et la plus grant -partie en la compaignie dudit messire Charles, de ceux qui avoient le -garde des dites forteresses, le roy ordena et requist que ledit messire -Charles premièrement, et les capitaines des dites forteresses qui là -estoient présens, jurassent sur les saintes évangiles de Dieu et par les -fois de leur corps, que tantost et sans délai il délivreroient et -feroient délivrer par ceux qui dedens estoient lesdites forteresses, et -chascune d'icelles au duc de Bourgoigne frère du roy, lequel le roy -envoieroit en Normendie pour celle cause, tantost que ledit duc ou ses -messages seroient devant lesdites forteresses. Et pour ce que ledit -Ferrando d'Ayens avoit la plus grant partie de toutes lesdites -forteresses en son gouvernement et en sa puissance, et ledit messire -Charles doubtoit, si comme il dist lors à aucuns du conseil du roy, que -ledit Ferrando quant il seroit hors de la présence du roy, ne -accomplisist pas né enterinast ce qu'il avoit promis et juré en la -présence du roy, de rendre lesdites forteresses, pour ce requist à -aucuns du conseil du roy, et aussi le fist sentir au roy que la main fu -mise audit Ferrando, et qu'il fust arresté prisonnier jusques à ce qu'il -eust rendu lesdites forteresses, comme promis et juré l'avoit. Et fu -ledit Ferrando baillié en garde à aucuns des officiers du roy, pour -mener avecques ledit duc de Bourgoigne en Normendie, afin qu'il luy fist -rendre lesdites forteresses. Et assez tost après parti le duc de -Bourgoigne, bien accompaignié tant des gens du roy comme des siens, pour -aler en Normendie exécuter ce que dit est. Et ala en sa personne devant -pluseurs desdites forteresses, garni de povoir du roy souffisant de -requérir et prendre lesdites forteresses pour le roy et de par luy, tant -par luy comme par ses députés; et trouva désobéissance en toutes ou en -la plus grande partie d'icelles. Et toutes voies estoit ledit messire -Charles en sa compaignie; mais nonobstant toute désobéissance, ledit duc -de Bourgoigne, le connestable de France et les autres qui estoient au -païs de Normendie de par le roy pour celle cause, firent tant, par force -et par assaut comme autrement, que en la saison de l'esté ensuivant qui -fu mil trois cens septante-huit, il orent la possession et la seigneurie -de toutes les forteresses qui avoient esté dudit roy de Navarre, excepté -de la ville et chastel de Cherbourc. Et entre les autres fu rendu le -chastel de Breteuil, où estoient messire Pierre de Navarre et madame -Bonne sa suer, lesquels furent envoiés devers le roy, et il les receust -et gouverna comme son nepveu et sa niepce. Et aussi en une belle tour -qui estoit à Bernay, tenue lors de par ledit roy de Navarre, fu pris un -sien secrétaire appellé maistre Pierre du Tertre, lequel savoit les -secrès d'iceluy roy de Navarre aussi avant comme aucun autre, lequel fu -amené en chastellet à Paris en prison, et fu examiné sans force et sans -contrainte. Et par son serement déposa et confessa les choses ci-après -escriptes; et si furent trouvées en la tour, en un coffre qui estoit -dudit maistre Pierre, pluseurs lettres et escriptures par lesquelles la -confession dudit maistre Pierre, ci-après escripte, apparoit estre bien -véritable. - - - - -LXXXIX. - -Ci-après s'ensuit la confession de maistre Pierre du Tertre, secrétaire -et conseillier du roy de Navarre. - - -Maistre Pierre du Tertre, secrétaire et conseillier du roy de Navarre, -capitaine et garde de la tour de Bernay pour ledit roy de Navarre, pris -illec et amené prisonnier au Temple, à Paris, a dit et confessé de sa -pure et loial volenté sans contrainte, le mercredi vintiesme jour de mai -mil trois cens septante-huit, en la présence de pluseurs notables -personnes tant du sanc du roy nostre sire comme de son conseil, pluseurs -choses et mauvaistiés contenues et escriptes en six peaux de parchemin -colées ensemble; et entre les autres choses pour ce que ce seroit trop -grant prolucité de tout escripre, dit: Qu'il a servi le roy de Navarre -et luy a fait serement de le servir loyaument en tout ce qu'il luy -commettroit. Dit aussi que environ la feste Saint-Andrieu ot un an il -fist audit roy de Navarre hommaige lige du fief de Cathelon[367], assis -en la viconté de Pont-Audemer, et promist le servir envers tous et -contre tous, sans excepter le roy nostre sire né autre, jasoit ce que -iceluy maistre Pierre du Tertre fust né du royaume de France[368]. - - [367] _Cathelon_. Village à quatre lieues de Pont-Audemer. - - [368] Villaret dit qu'_une seule_ chronique indique l'origine - _françoise_ de Pierre du Tertre. Cette chronique seroit conservée - sous le nº 10297. Tous les exemplaires de la chronique de - Saint-Denis le disent aussi nettement que l'autorité alléguée par - Villaret. - -Dist aussi que ledit roy de Navarre l'envoia pieça en Angleterre, et en -sa compaignie messire Jean de Tilly, chirurgien, et Sancho Lopès, -huissier d'armes du roy de Navarre, avecque souffisant povoir de -traictier et accorder aliances pour ledit roy de Navarre avecques le roy -d'Angleterre, contre le roy de France et son royaume; et avecques les -dessus nommés les traicta et accorda si comme plus à plain est contenu -en sa dite confession tout au lonc. - -Dist oultre, que Guiot d'Arcy, chambellan de messire Charles de Navarre, -vint naguères en France et luy apporta et bailla, de par le roy de -Navarre, unes lettres de créance, laquelle créance Jaquet de Rue luy -devoit dire, et cuide bien ledit maistre Pierre que c'estoit sur le fait -des aliances que le roy de Navarre entendoit présentement à faire avec -le roy d'Angleterre. Et dit ledit maistre Pierre que sé par ledit roy de -Navarre luy eust esté dit et commandé de extraire des traictiés et -aliances pieça faites dont dessus est faite mencion aucuns articles pour -traictier de nouvel avecques ledit roy d'Angleterre, il les eust extrais -et bailliés, sé lesdis Jaquet et Guyot le luy eussent commandé de par -ledit roy de Navarre. - -Dist avecques ce, que quant il oï que messire Charles de Navarre aloit -sur le païs de Normendie en la compaignie du duc de Bourgoigne et du -connestable de France, il prist trois ou quatre charpentiers, un maçon -et un canonnier et les mist dans la tour de Bernay pour ordener, garder -et deffendre ladite tour contre tous ceux qui y vendroient pour y porter -dommaige, et à cette fin les y tint. Et aussi y reçut le capitaine de -Moulins et aucuns autres Navarois, qui avoient laissié le fort, pour ce -qu'il leur sembloit qu'il n'estoit pas tenable contre les gens qui -venoient de par le roy de France: et dit que à ce le movoient et -contraingnoient le serrement et hommaige qu'il avoit fait audit roy de -Navarre. - -Dist oultre, qu'il envoia à pluseurs capitaines des forteresces qui se -tenoient pour ledit roy de Navarre en Normendie lettres closes dont la -teneur s'ensuit: «Chiers et bons amis, j'ai eu lettres d'un mien ami qui -tient forteresse de monseigneur, ès quelles a contenu que le duc de -Bourgoigne et le duc de Bourbon gouvernent monseigneur à leur volenté, -et le mainent à grant foison de gens d'armes devant Bretueil et y -doivent estre aujourd'hui, et après vont au Pont-Audemer, à Mortaing, à -Gauray et à Cherbourg, lesquels il pensent avoir de fait par ledit -monseigneur. Et ce m'a-il escript afin de avoir advis de faire response -sur ce, et pour ce luy escris que tout considéré, m'est avis qu'il n'a -en nos adversaires fors que voie de fait très-mauvais et très-cruel, -contre lequel fait nul ne puet donner conseil né faire response qui -puisse oster né appaisier ce qu'il ont dedens leur cuer: et pour ce -convient esvertuer et soy aidier comme pour deffendre sa vie, son -honneur et l'éritage de son seigneur que l'en veult avoir et soustraire -par males et estranges manières; et je ne doubte point que Dieu n'aide à -ceux qui ainsi le feront. Et quant est de ce que l'en a à faire avecques -tels gens qui vont par les lieux de monseigneur, j'ai veu autrefois le -cas, et qui eust rendu les forteresses de monseigneur, tous les siens -estoient mors entièrement et perpétuelment. Si ne voy autre seurté à nos -vies que de bien garder ce que l'en tient, et vault plus et assez -bataille que la mort, et durer le plus que l'en pourra; et entretant -aucun bon reconfort nous vendra par droite sentence et ordenance de -Dieu. Et pleust à nostre sire que tous nos amis fussent bien advisés de -tenir une meismes voie et une meismes response. Mais pour passer le -temps avecques cette dure gent, je diroie que l'en leur devroit dire que -par commandement de monseigneur le père, l'en a tenu et tient ses -forteresses pour luy en l'obéissance et service du roy et contre ses -ennemis, si comme il est apparu de fait par ce que l'en fist contre les -Anglois de Saint-Sauveur, et que l'en fait chascun jour ailleurs, et -tousjours est-l'en en telle volonté de en faire et obéir à la bonne -ordenance de monseigneur de Beaumont ainsné fils, _et cetera_, luy franc -et délivre en sa personne et en ses gens qui luy sont baillés pour le -conseiller; et aussi lui aiant pouvoir de monseigneur son père, duquel -il convient qu'il appère; car encore ne s'est-il point porté comme -lieutenant né n'a esté sur les terres de monseigneur son père comme -chascun scet. Et si convendroit nécessairement avoir lettres de -descharge de monseigneur le père, escriptes de sa main et séellées de -son grant séel, ou autrement l'en seroit faux et parjure, si comme il -meismes porte par lettres qu'il a de chascun capitaine; par lesquelles -condicions l'en puet dire que l'en est prest de faire le commandement de -monseigneur de Beaumont. Ou l'en pourroit dire, après ce que l'en auroit -monstré ces condicions qui valent excusacions, que ainsi comme feront -Evreux, Breteuil, le Pont-Audemer, Gauray, Mortaing et Cherbourg tous -ensemble d'un accort, l'en est prest à faire; et autre response ne sçay -penser de présent: meismement que de ceux qui monseigneur deussent -aviser je n'ai eu nouvelles quelconques, dont je suis bien esmerveillié -comment d'ailleurs je aye ce que je puis sentir de nouvel: et en vérité -je croy qu'il leur a esté deffendu sur grans paines et seremens. Si -povés avoir avis que vous povez faire, et sé je vous puis faire aucun -bon reconfort, je le ferai de bon cuer.--Nostre sire soit garde de vous. -Escript ce lundi. Le tout vostre. P. Du Tertre.» - -Dist aussi que sé le roy de France et le roy de Navarre eussent esté en -bataille l'un contre l'autre sur les champs, il se fust mis et tenu de -la partie dudit roy de Navarre contre le roy de France. Dist oultre, que -depuis le temps de sa jeunesse, et a bien vint-six ans, il a servi le -roy de Navarre et exercé ses besoignes, et seroit aussi comme impossible -de tout recorder; mais à parler généralement ledit roy de Navarre a fait -et perpétré pluseurs maux contre le roy et royaume de France, tant du -temps du roy Jehan que Dieu absoille, comme du temps du roy, nostre sire -qui à présent est, par lequel temps ledit Pierre a tenu et nourri la -partie dudit roy de Navarre. - -Dist encores que depuis le traictié fait l'an mil trois cens septante, à -Vernon, entre le roy de France et le roy de Navarre, ledit Pierre a sceu -de certain, par la bouche dudit roy de Navarre, que icelui de Navarre ne -pourroit jamais aimer le roy de France, et que sé il trouvoit son point -né temps convenable, il luy porteroit volontiers dommages. Et pluseurs -autres fais grans et détestables confessa ledit Pierre du Tertre, qui -trop lons seroient à escripre. - - - - -XC. - -Coment maistre Pierre du Tertre et Jaquet de Rue furent condempnés en -parlement à estre traynés du palais jusques ès Halles, et là avoir les -testes coupées et les quatre membres; et coment le roy fist abattre -pluseurs chasteaux et forteresces. - - -Après laquelle confession faite dudit maistre Pierre du Tertre, le roy -qui bien vouloit que chascun sceut la bonne justice et les mauvaistiés -et traysons faites et machinées et pourparlées contre luy par ledit roy -de Navarre, ordena que en la chambre de parlement, assemblés grant -multitude de gens, prélas, princes, barons, chevaliers, conseilliers, -advocas, procureurs et autres gens, fussent à un certain jour amenés, à -l'eure que l'en a acoustumé de seoir en parlement, lesdis Jaquet de Rue -et maistre Pierre du Tertre, et que là, par leurs seremens fais -solennelment, fussent interrogués sur les choses contenues en leur -confessions, et ainsi fu fait. Et leur furent leues leur confessions de -mot à mot, par la manière que dessus sont escriptes, lesquels après la -lecture desdites confessions, chascun après la lecture de la confession -qu'il avoit faite, eulx conjurés des plus grans sermens que on leur pot -faire faire, confessèrent lesdites confessions estre vraies, et dirent -qu'il les avoient par pluseurs fois oï lire autrefois, et dirent que en -la manière qu'il estoit escript il l'avoient confessé, sans force et -sans contrainte aucune; et que les choses contenues en leur dépositions -estoient vraies, et ainsi le prenoient sur le péril de leur ames, car il -savoient bien qu'il estoient dignes de mort, sé le roy ne leur faisoit -grace et miséricorde. Et en plus seur tesmoignage de ce, chascun escript -de sa main en la fin de sa confession l'affirmacion dessus dit. - -Et ces choses rapportées au roy, il voult que raison et justice leur -fust faite. Si furent condempnés par le jugement de parlement à estre -trainés du palais jusques ès halles, et là sur un échauffaut avoir les -testes coupées et chascun les quatre membres, lesquels quatre membres de -chascun d'eux furent pendus à huit potences au-dehors de quatre portes -de Paris, et les testes ès halles, et le demourant au gibet. - -Item, après ce que lesdites forteresces furent mises et rendues en la -main du roy, les unes par force et les autres par traictié, le roy fu -conseillié par pluseurs sages que il féist abattre lesdites forteresces, -car elles avoient esté tenues contre luy qui estoit souverain seigneur; -et par le moien et seurté d'icelles, pluseurs maux, dommaiges, -inconvéniens et traïsons avoient esté faites par ceux qui lesdites -forteresces tenoient contre le roy, seigneur souverain desdites -forteresces et son royaume: et ainsi estoit grant péril de les laissier -en estat, pour doubte qu'elles ne retournassent en la main dudit roy de -Navarre qui tant de maux et traïsons avoit faites sur la seurté desdites -forteresces, lesquelles par pluseurs autres fois avoient esté rendues -audit roy de Navarre, par les paix et reconciliacions qu'il avoit faites -au roy Jehan, père du roy nostre sire, et au roy; dont depuis icelles -recouvrées en avoit esté désobéissant et porté dommaige au roy et au -royaume. Si fist le roy, tant pour celles causes comme pour autres -justes et raisonnables, abattre les chasteaux de Breteuil, d'Orbec, de -Beaumont-le-Rogier, de Pacy, d'Annet, et les clostures des villes, et -aussi la tour et chastel de Nogent-le-Roy; les chasteaux d'Évreux, de -Pont-Audemer, de Mortaing, de Gauray et aucuns autres en Constentin; -mais le chastel et ville de Cherbourg demourèrent entiers ès mains de -ceux qui les gardoient pour le roy de Navarre qui ne les vouldrent -rendre né délivrer, lesquels mandèrent et firent venir avecques eux -pluseurs Anglois pour eux aider à garder lesdites forteresces; lesquels -Anglois pridrent la possession dudit chastel, et en boutèrent hors les -Navarrois; et ledit Ferrando d'Ayens, qui estoit capitain dudit chastel -de par ledit roy de Navarre et estoit prisonnier, comme dit est, fu -envoié au chastel de Caen prisonnier, pour ce qu'il ne rendoit pas -lesdites forteresces, si comme promis et juré l'avoit. - - - - -XCI. - -Des nouvelles qui vindrent à Paris et en France que les cardinaux qui -estoient à Rome, avoient esleu en pape un appellé Berthélemi, pour le -temps arcevesque de Bar[369]. - - [369] _Bar_. Bari. - - -Environ le moys de may mil trois cens septante-huit, vindrent nouvelles -à Paris et en France que les cardinaux qui estoient à Rome avoient esleu -en pape un appellé Berthélemi, pour le temps arcevesque de Bar. Et -tantost après eust le roy aucunes particulières lettres des cardinaux -qui secrètement luy escripvoient qu'il ne donnast foy à chose qui eust -été faite en cette nominacion, et que briefment le certifieroient plus à -plain de la vérité; né aussi ne donnast response à messaiges qui par -ledit Berthélemi luy venissent. Et assez tost vindrent à Paris devers le -roy un chevalier et un escuier envoiés devers le roy de par iceluy -Berthélemi qui, si comme il disoient, se appeloit pape Urbain; et après -ce qu'il orent poursuy le roy et demouré par aucuns jours à Paris, et -qu'il orent parlé au roy pluseurs fois, cuidans tousjours que le roy -deust tenir celle élection et rescrire audit esleu ou nommé comme pape, -respondi un jour auxdis chevalier et escuier qui le poursuivoient -d'avoir response, que il n'avoit encore eu aucunes certaines nouvelles -de cette éleccion, et si avoit tant de bons amis cardinaux, dont les -pluseurs avoient esté serviteurs des prédécesseurs roys de France et de -luy, et encore en y avoit pluseurs qui estoient à luy et de sa pension, -que il tenoit fermement que sé aucune éleccion de pape eust esté faite, -il la luy eussent signifiée; et pour ce, estoit son entencion de encore -attendre jusques à tant que il eust autre certificacion, avant que plus -avant il procédast en ce fait. - - - - -XCII. - -Coment les cardinaux envoièrent messaiges au roy de France, c'est -assavoir l'evesque de Famagouste et un maistre en théologie de l'ordre -des frères Prescheurs, maistre du Saint-Palais. - - -Item, au moys d'aoust mil trois cens septante-huit, furent envoiés au -roy de par les cardinaux certains messaiges, c'est assavoir l'evesque de -Famagouste, et maistre Nicole de Saint-Saturnin, jacobin, maistre en -théologie du Saint-Palais; lesquels apportèrent au roy lettres closes et -ouvertes, séellées des seaux du collège des cardinaux, affermans et -certifians ledit Berthélemi non estre pape; mais avoit esté faite la -nominacion par force et impression violente. Et sur ce requeroient au -roy que il voulsist oïr et croire les dessus dis de ce que par eux luy -diroient. Et pour les oïr et avoir délibéracion sur ce pourquoy il -venoient devers luy, le roy manda pluseurs prélas, arcevesques et -evesques de son royaume, et autres bons clers tant ès Universités de -Paris, d'Orléans et d'Angiers, comme d'autre part là où l'en les pot -savoir, et les fist assembler à Paris, le samedi, onziesme jour de -septembre, l'an dessus dit, en une grant chambre ou sale qui est sur la -rivière au Palais. Et en la présence desdis prélas et clers, le roy oï -lesdis evesque et maistre du Saint-Palais, lesquels tant par la bouche -de l'un comme de l'autre, dirent la manière comment ledit arcevesque de -Bar avoit esté nommé pape par paour, violence et tumulte des Romains, et -que lesdis cardinaux estoient déterminés à non le tenir pour pape. Si -conclurent que pour ce signifier au roy il estoient envoyés devers luy, -et ainsi luy signifioient. Et requisrent au roy qu'il voulsist adhérer à -la déterminacion desdis cardinaux, et qu'il leur voulsist donner -conseil, confort et aide en ce fait. Si voult le roy, après ce qu'il ot -oï ces choses, que les sages clers, prélas et autres qui estoient en -grant nombre, tant maistres en théologie et en decrés, docteurs en loys -et autres maistres en autres sciences, eussent délibéracion ensemble en -son absence pour savoir que il avoit à faire et à respondre sur ce. -Lesquels par pluseurs journées furent assemblés et orent délibéracion, -et finablement furent d'accort de conseiller au roy que il féist faire -response auxdis messaiges des cardinaux en la manière que s'ensuit sé il -luy plaisoit; et premièrement à la significacion que lesdis messaiges -luy avoient faite de l'entencion des cardinaux, que le roy avoit -bénignement oï ce que par eux luy avoit esté exposé. Et quant aux -requestes qu'il avoient faites tant de adhérer à la déterminacion des -cardinaux comme de leur donner conseil, confort et aide, le roy povoit -faire respondre qu'il n'estoit pas encore conseillié de consentir ou de -nier ladite adhésion, et qu'il en vouloit encore plus avant estre -informé, car la matière estoit moult haulte et périlleuse et doubteuse. -Et quant à l'aide, il sembloit que le roy povoit respondre que, au moys -d'aoust précédent, il avoit aidié les cardinaux d'une grant finance, et -mandé aux gens d'armes nés de son royaume qui estoient et sont oultre -les mons que il donnent confort et aide auxdis cardinaux; et ce a-il -fait et mandé pour pourveoir à la seurté des personnes des cardinaux, de -leur familliers et de leur biens, et afin de les mettre hors des périls -où il sont, et à nulle autre fin. Et sé l'aide faite par le roy aux fins -dessus dites ne souffist, encore est-il prest de les aidier et conforter -quant point sera. Laquelle consultacion par manière de response le roy -fist faire aux messages des cardinaux. - - - - -XCIII. - -Coment le roy ot lettres que les cardinaux s'estoient partis de Rome. - - -Assez tost après furent apportées au roy aucunes lettres, par lesquelles -étoit escript au roy que les cardinaux, après ladite nominacion ou -esleccion dudit Berthélemi, arcevesque de Bar, le plus tost qu'il -avoient peu se estoient issus de Rome, et par scrupules de leur -consciences, n'avoient depuis fait audit Berthélemi obéissance né -révérence aucune. Et après, tous ensemble, Italiens et Oultremontains, -excepté le cardinal de Saint-Pierre qui estoit malade, contredirent le -fait, et fu escript et signé de leur main et scellé de leur sceaux; et -depuis, estudièrent aucuns desdis cardinaux, très-solemnels docteurs, -commis à ce par espécial et très grant diligence, pour savoir, considéré -le fait accordé, sé ledit Berthélemi, par l'esleccion faite de luy ou -par les fais ensuivis après icelle, avoit aucun droit en la papalité. Et -appelèrent avec eulx les commissaires et tous les autres cardinaux -oultremontains, tous les autres prélas, maistres en théologie, docteurs -en droit canon et en droit civil auxquels il porent parler, et les -enfourmèrent du fait, lesquels concordablement en conclusion -déterminèrent que ledit Berthélemi n'estoit point pape; ainçois tenoit -par tyrannie et occupacion le saint siège. Après ce, il firent leur -publicacion solemnellement selon ce que à eux appartenoit et qu'il le -povoient et devoient faire de droit. Et ces choses ainsi faites, lesdis -cardinaux firent savoir aux autres cardinaux estans lors à Avignon, qui -estoient six en nombre; lesquels enformés des choses dessus dites par -les lettres du collège, le consentirent, loèrent et approuvèrent de tout -en tout, et les firent publier en Avignon solemnelment, et deffendre que -l'en obéist audit Berthélemi comme à pape: excepté le cardinal de -Pampelune qui encores y voult délibérer; mais depuis se consenti-il avec -les autres[370]. - - [370] On trouve en cet endroit dans la plupart des manuscrits la - longue protestation latine des cardinaux réunis à Agnani contre - l'élection qu'ils avoient précédemment faite à Rome du pape Urbain. - Je n'ai pas cru devoir reproduire cette pièce analysée avec - exactitude dans l'_Histoire ecclésiastique_ de Fleury, liv. XCVII, - paragraphe 53. Elle est d'ailleurs uniquement du ressort de - l'histoire ecclésiastique. - - - - -XCIV. - -Coment les cardinaux se transportèrent de Anagnie à Fondes et de -l'esleccion du pape Clément. - - -Item depuis lesdis cardinaux se transportèrent en la cité de Fondes, et -là, tous assemblés tant Ytaliens comme autres, le nueviesme jour de -septembre mil trois cent septante-huit, pour procéder à l'esleccion du -vrai pape, eslurent canoniquement et concordablement en pape, sans -débat, difficulté ou contradicion aucune, un cardinal appellé -monseigneur Robert de Genève, qui portoit le titre de cardinal, c'est -assavoir _Basilicæ duodecim apostolorum presbiter cardinalis_. Et fu -appellé pape Clément, et fu couronné et consacré le derrenier jour -d'octobre veille de la Toussains ensuivant. Lequel se consenti à ladite -esleccion, et aussi firent la royne de Naples et tous les grans -seigneurs du païs; mais les Romains tindrent tousjours ledit Berthélemi -pour pape. Et ces choses furent signefiées au roy de France, tant par -ledit pape Clément comme par les cardinaux, en le requérant et priant -qu'il se voulsist adhérer à ladite esleccion et tenir ledit pape Clément -pour vrai pape; et ot avis et délibéracion le roy sur ce. Et afin que -par bon conseil et seur il fist ce qu'il en devoit faire, il manda et -fist venir devant luy au bois de Vincennes, le mardi seiziesme jour de -novembre mil trois cent septante-huit, pluseurs prélas tant arcevesques -que evesques et autres sages clers, comme abbés, maistres en théologie, -docteurs en décrès et en lois, et pluseurs autres sages de son conseil, -tant chevaliers comme autres; lesquels, tous d'un accort et -singulièrement après leur serement fait aux saintes evangiles de Dieu, -dirent et conseillèrent au roy qu'il se déclarast et déterminast pour la -partie dudit pape Clément, et qu'il le tenist pour vrai pape. Et dirent -oultre au roy que veues les choses dont dessus est faite mencion, et -icelles considérées deuement, il le devoit ainsi faire, comme pour -donner bon exemple à tous autres crestiens. Si se déclara lors le roy, -par la manière que conseillié luy avoit esté et que dessus est dit. Et -ces choses fist signefier et publier par son royaume, tant à prélas et -églyses cathédraulx comme à autres. - - - - -XCV. - -Coment le roy, par le conseil de pluseurs sages, fist signefier à -pluseurs princes crestiens, lesquels il tenoit pour ses amis et bien -vueillans, que il s'estoit délibéré pour la partie du pape Clément. - - -Après ladite déclaration faite, le roy ot avis et délibéracion, par le -conseil de pluseurs sages, que il segnifieroit ces choses aux princes -crestiens que il tenoit pour ses amis et bien vueillans, et ainsi le -fist. Et envoia messages notables, prélas, barons et autres chevaliers -et clers, les uns en Alemaigne, les autres en Hongrie, les autres en -Ytalie et autres en pluseurs autres pays, pour segnifier coment il se -estoit déclaré pour la partie dudit pape Clément, et pour leur dire et -monstrer les causes et raisons qui l'avoient meu à ce faire, et pour -leur requérir que pour l'onneur de Dieu et de sainte églyse il -voulsissent ainsi faire, afin que toute crestienneté fust soubs un -pasteur et un vicaire de Jésus-Christ, ainsi comme elle devoit estre. Et -oultre leur faisoit le roy savoir que s'il y avoit aucun prince ou autre -qui féist aucun doubte en ce fait pour cause de l'esleccion ou -nominacion dudit Berthélemi, que il voulsissent oïr les messages que le -roy leur envoioit, lesquels estoient instruis souffisamment et informés -de la vérité du fait. Et si trouvèrent lesdis messages du roy, en aucuns -lieux, gens instruis autrement que de la vérité, et soustenans le fait -dudit Berthélemi, et par espécial ès parties d'Alemaigne. Et jasoit ce -que le roy de Hongrie eust par avant segnifié et escrit au roy de France -que telle partie comme il tendroit ledit roy de Hongrie tendroit, toutes -voies, les messages que le roy de France envoia devers ledit roy de -Hongrie pour ceste cause trouvèrent que il estoit plus enclin à la -partie dudit Berthélemi que à la partie dudit pape Clément. Et aussi les -Flamens, jasoit ce que il fussent et soient du royaume de France, -respondirent que jusques à ce qu'il fussent plus plainement enformés, ne -tendroient ledit pape Clément pour pape. - - - - -XCVI. - -Coment ledit Berthélemi, qui se nommoit pape Urbain, fist vint-neuf -cardinaux dont les noms s'ensuivent. - - -Item, en celuy temps, c'est assavoir le vintiesme jour de septembre -dessusdit, ledit Berthélemi, qui se nommoit pape Urbain, fist vint-neuf -cardinaux dont les noms s'ensuivent: Messire Phelippe d'Alençon, -patriarche de Jérusalem et administrateur de l'archevesché d'Aux; -l'evesque de Londres en Angleterre; l'arcevesque de Ravenne de -Padue[371]; l'evesque de Sisteron; l'evesque d'Averse, Ursin; messire -Agapit de la Columpne; messire Estienne de la Columpne; l'evesque de -Perouse; l'evesque de Bouloigne-la-Grasse; l'arcevesque de Strigonn en -Hongrie; maistre Mesquin[372] de Naples; messire Galeot de Petramale; -l'arcevesque de Pise; l'arcevesque de Corphou; l'evesque de Tulle; le -général des Frères meneurs; l'evesque de Michie; frère Abaillen; -l'arcevesque de Salerne; l'evesque de Verseil; l'evesque de Theate; le -patriarche de Grado; l'arcevesque de Prague en Boesme; messire Gentil de -Sanguce; le général des Augustins; l'evesque de Valence en Espaigne; -l'evesque de Reatine; et l'evesque qu'il nommoit de Mirepois, qui estoit -evesque d'Ostun, lequel ne l'accepta pas et non firent pluseurs des -autres. Et puis ledit pape Clément fist ledit evesque d'Ostun cardinal, -lequel l'accepta. Et en vérité, c'estoit l'un des bons clers que l'on -seust en crestienté, lequel avoit fait grant diligence de savoir et -enquérir coment ledit Berthélemi avoit esté esleu; et quant il avoit -sceu la vérité, il avoit refusé le chapel rouge de luy. Et puis le prist -dudit pape Clément comme dessus est dit. Si estoit grant approbacion du -fait dudit pape Clément, considéré la grant clergie et la suffisance -dudit cardinal. - - [371] Giles de Prates, d'abord évêque de Padoue, puis de - Ravenne.--L'évêque de Sisteron étoit Renoul de Monteruc, neveu du - cardinal de Pampelune. - - [372] _Mesquin_. Nicolas Meschino, frère Prêcheur, inquisiteur dans le - royaume de Naples.--_Galeot de Petramale_ ou Galiot de Tarlat de - Pietramala. - -_Incidence_. Item, en celle saison, le grant maistre de Rodes -accompaignié de grant quantité de gens d'armes entra au païs de Romanie, -et là, par les Grecs et les Turs qui estoient ensemble, fu desconfis et -pris, et toutes ses gens mors ou pris devant un chastel appellé -Latre[373]. - - [373] _Latre_. Var. _Sarete_. Ferdinand d'Heredia fut pris sous les - murs de Corinthe et ne voulut pas que pour le racheter les - chevaliers de Rhodes rendissent la ville de Patras qu'il avoit - conquise. Il aima mieux demeurer trois ans captif, jusqu'à ce que sa - famille le rachetât. (Voy. les _Monumens des grands Maîtres_, par le - vicomte François de Villeneuve-Bargemont, aujourd'hui marquis de - Trans.) - - - - -XCVII. - -De la mort Charles, empereur de Rome et roy de Boesme. - - -Item, la vigile de la saint André mil trois cent septante-huit -dessusdit, Charles, empereur de Rome et roy de Boesme, trespassa de ce -siècle; lequel avoit pardevant pourchacié et procuré par devers les -esliseurs de l'empire que son fils fust empereur après sa mort. Et -lonc-temps avant sa dite mort s'appelloit son dit fils roy des Romains. -Et après la mort de son père tendit à avoir le droit de l'empire. Et -tenoient aucuns que pour ce que ledit Berthélemi intrus au pape luy -avoit promis de le faire et couronner empereur, il le tenoit pour pape -et s'estoit adhéré avecques luy. - - - - -XCVIII. - -Coment monseigneur Jehan de Montfort, qui se tenoit duc de Bretaigne, fu -privé en parlement de toutes les terres qu'il tenoit au royaume de -France. - - -Item, en ce temps, pour ce que le roy qui savoit et aussi tous ceux de -son royaume, coment messire Jehan de Montfort, qui se tenoit duc de -Bretaigne et qui en avoit fait foy et hommage au roy comme à son lige -seigneur naturel et souverain, s'estoit porté et encore portoit -mauvaisement et desloyalement envers le roy, en faisant guerre -notoirement contre le roy et son royaume, et avoit chevauchié armé -contre le royaume de France en la compaignie du duc de Lencastre et -autres ennemis du roy, en faisant guerre, boutant feu, tuant hommes, -femmes et tous autres fais de guerre, avoit conforté et aidié les -Anglois et autres ennemis du roy de toute sa puissance, et avoit au roy -renvoié son hommage, tant de la duchié de Bretaigne que des autres -terres qu'il tenoit au royaume, fu conseilié de faire appeler ledit -Jehan de Montfort pardevant luy, en sa court, pour respondre au -procureur du roy, sur tout ce que ledit procureur du roy vouldroit -proposer contre luy à toutes fins. Et pour ce, donna à son dit procureur -ajournemens souffisans et convenables, par lesquels ledit messire Jehan -fu ajourné à comparoir personelment pardevant le roy en sa dite cour -garnie de pers et d'autre conseil souffisamment, au samedi quatriesme -jour de décembre mil trois cent septante-huit dessusdit, pour respondre -audit procureur à toutes fins sur les cas dessusdis et sur autres -déclarés ès ajournemens. A laquelle journée de samedi ledit de Montfort -ne vint né comparut, né autre pour luy, souffisamment appellé si comme -accoustumé est. Et jasoit ce que le procureur du roy requéist avoir -deffaut contre ledit Jehan de Montfort, et que le roy ou sa court peust -avoir ottroyé à son procureur ledit deffaut s'il luy pleust, toutes -voies, il voult que la besoigne surséit en estat, sans y procéder -jusques au jeudi ensuivant neuviesme jour dudit mois. Auquel jeudi le -roy fu en la chambre de son parlement séant en jugement, la court garnie -de pers, et pour ce que tous les pers n'y estoient mie présens, jasoit -ce qu'il eussent esté tous ajournés et mandés par le roy pour ceste -cause et s'excusoient par leur lettres ouvertes, lesdites lettres furent -leues en la présence de tous. Et après fu oï le procureur du roy, en -tout ce qu'il voult demander et requérir contre ledit de Montfort. Et -premièrement, afin d'avoir deffaut; et après qu'il fust dist et déclaré -iceluy de Montfort estre encheu en crime de lèse-majesté et avoir commis -félonnie envers le roy; et pour ce estre privé de tous drois, honneurs, -noblesses et dignités tant de pairie comme autres; et tous ses biens, -fiés, terres, possessions et seigneuries estans au royaume de France, -tant en la duchié de Bretaigne comme autres, estre confisqués. Et -néantmoins le procureur, en tant comme besoin estoit, requéroit que par -le roy et sa court ledit de Montfort fust privé des choses dessusdites. -Et oultre, qu'il fust déclaré par le roy et sa court que ledit de -Montfort avoit forfait le corps envers le roy; et ainsi fust dit par le -jugement du roy et de sa court. - - - - -XCIX. - -Coment le cardinal de Limoges vint à Paris de par le pape Clément, pour -signifier, monstrer et déclarer tout ce qui avoit esté fait de la -nominacion de Berthélemi dont dessus est faite mention; et aussi de -l'esleccion du pape Clément. - - -Item, en quaresme ensuivant, le cardinal de Limoges vint à Paris, envoié -de par le pape Clément, tant comme messaige, pour signifier, monstrer et -déclarer tout ce qui avoit esté fait de la nominacion de Berthélemi dont -dessus est faite mencion; et aussi de l'esleccion du pape Clément. -Lequel le roy receut à grant honneur et révérence pour l'honneur de -l'église, et aussi pour ce que le roy l'amoit. Et après ce qu'il ot dit -au roy les causes de sa légacion, le roy luy assigna certaine journée en -son chastel du Louvre, pour le oïr publiquement de tout ce qu'il -vouldroit dire. A laquelle journée fu le roy en la grant chambre du -Louvre emprès la sale, assis en sa chaere, et ledit cardinal en une -autre d'encoste luy; et là furent présens pluseurs princes, prélas, -barons, maistres en théologie et docteurs en autres sciences, tant de -l'Université de Paris comme autres; en la présence desquels ledit -cardinal de Limoges relata tout ce qui avoit esté fait à Rome, et la -nominacion en pape qui avoit esté faite dudit Berthélemi, et coment et -par quelle manière et tout le procès, en la manière que contenu est en -la déclaracion dessus escripte. Et tout ce qui estoit contenu en ladite -déclaracion afferma et maintint estre vray, en sa conscience, et sur le -péril de l'ame de luy; et savoit ces choses estre vraies, car il avoit -esté présent et veu et sceu toutes lesdites choses contenues en ladite -déclaracion. Par laquelle affirmacion, s'il y avoit aucun qui eust aucun -scrupule de conscience au contraire, il doit avoir sa conscience toute -appaisiée; car il n'est pas vraisemblable que un homme de telle autorité -et de telle science tesmoignié d'estre preud'homme de tous ceux qui le -cognoissent, se fust voulu dampner, pour amour né pour haine d'homme -vivant. - - - - -C. - -Coment le roy manda à Paris pluseurs barons de Bretaigne, pour leur dire -les choses dont ci-après est faite mencion. - -ANNÉE 1379 - - -Assez tost après Pasques, qui furent l'an mil trois cens septante-neuf, -vindrent à Paris le seigneur de Laval, monseigneur Bertran du Guesclin, -connestable de France; le seigneur de Cliçon et le viconte de Rohan, -lesquels le roy avoit mandés et fait venir à Paris pour leur dire les -choses dont ci-après sera faite mencion. C'est assavoir que une journée -au Palais-Royal, en la chambre vert, furent les dessus nommés devant le -roy, lequel avoit pluseurs seigneurs de son conseil en sa compaignie: et -là le roy de sa bouche relata aux dessus nommés de Bretaigne, coment, -après l'accort fait entre la duchesse de Bretaigne, femme du duc -Charles, et messire Jehan de Montfort, ledit messire Jehan de Monfort -luy avoit fait hommaige lige; et coment depuis il avoit traictié ledit -de Montfort doulcement et courtoisement; et par espécial après ce que -ledit de Montfort ot fait requérir au roy, par ses messaiges, que il luy -féist délivrer certaines terres que le conte de Flandres tenoit, -lesquelles il disoit à luy appartenir: et en vérité, jasoit ce que -lesdites terres ne vaulsissent oultre quatre ou cinq mile livres de -terre, le roy, après pluseurs messaiges à luy envoiés tant dudit de -Montfort de vers le roy comme du roy devers ledit de Montfort, le roy -cuidant le tenir en bonne et vraie subjeccion et obéissance comme tenu y -estoit, luy fist offrir de le acquitter envers la duchesse de Bretaigne -qui fu femme du duc Charles, de dix mile livrées de terre que ledit de -Montfort estoit tenu de luy baillier, par le traictié de paix fait entre -ladite duchesse et ledit de Montfort; mais nonobstant ce, et que le roy -par pluseurs fois envoiast pardevers luy messaiges grans et notables, -prélas, barons et autres, ledit de Montfort fist venir en Bretaigne -grant foison d'Anglois ennemis du roy. Et pour celle cause, le roy y -envoia ses frères, les ducs de Berry et de Bourgoigne, pour faire widier -lesdis Anglois de sa seigneurie, par force et puissance d'armes. Et -quant il furent audit païs de Bretaigne, ledit de Montfort leur promist -que il feroit widier lesdis Anglois dudit païs de Bretaigne, ce qu'il ne -fist pas. Mais fist guerre au païs par la puissance desdis Anglois, et -mist siège devant pluseurs villes, pour ce qu'il ne vouloient recevoir -les Anglois dedens lesdites villes; et pour avoir finance, leva fouages -et pluseurs autres subsides, à la grant desplaisance des prélas, nobles -et bonnes villes du païs, lesquels envoièrent devers le roy, afin qu'il -voulsist mettre remède en toutes ces choses, et de ce, luy supplièrent -moult affectueusement. Et pour celle cause le roy y envoia son -connestable et grant foison de gens d'armes, lesquels, par force et -puissance, firent widier lesdis Anglois du païs, et s'en ala ledit de -Montfort avecques eux en Angleterre; et les gens du roy qui estoient au -païs de Bretaigne trouvèrent bonne obéissance en pluseurs villes et -chasteaux, et ceux qui se tindrent par aucun temps rebelles furent mis -par force et par puissance, en obéissance, tant que finablement, tout le -païs de Bretaigne, cités, villes et chasteaux, furent en l'obéissance du -roy, et tenus pour luy et de par luy, excepté seulement le chastel de -Brest, auquel ledit de Montfort fist venir Anglois qui tousjours le -tindrent en rebellion contre le roy. Et ledit de Montfort, qui estoit en -Angleterre, se tint pour ennemi du roy, et admena audit lieu de Brest le -conte de Cantebruge, fils du roy d'Angleterre et grant foison de gens -d'armes anglois, cuidant recouvrer le païs et gaaigner par force -d'armes; mais les gens du roy qui y estoient et ceux du païs avecques -eux, gardèrent le païs par telle manière que ledit de Montfort et ceux -qui estoient venus avecques luy, s'en retournèrent avecques luy en -Angleterre, sans point faire de leur profit. Et aussi avoit ledit de -Montfort chevauchié par le royaume de France, en la compaignie du duc de -Lencastre, et fait tout fait de guerre comme dessus est dit. Et jasoit -ce que les rebellions, désobéissances et traïsons dudit de Montfort -fussent si notoires partout le royaume de France, tant en Bretaigne -comme ailleurs, que aucun de bon entendement ne les povoit né devoit -ignorer, et que le roy comme pour fait notoire et permanant peust sans -autre procès avoir appliqué et confisqué à luy et mis en son demaine la -duchié de Bretaigne et toutes les autres terres que ledit de Montfort -tenoit au royaume de France, toutesvoies y avoit voulu procéder plus -meurement, et avoit fait adjourner ledit de Montfort solemnelment, pour -comparoir en personne devant luy en sa court de parlement, et pour -respondre à son procureur sur les choses dessus dites, au samedi, -quatriesme jour de décembre, l'an mil trois cens septante-huit dessus -dit. A laquelle journée il n'estoit venu né comparu; si avoit le roy et -sa court fait son jugement par la manière que dessus est dit, et pour -exécuter son jugement et son arrest entendoit tantost envoier certaines -personnes notables pour prendre royaument et de fait de par luy la -possession et saisine de toutes les cités, villes et forteresces du -païs; lesquels il nomma lors. C'est assavoir le duc de Bourbon; le conte -de Sancerre, mareschal de France; messire Jean de Vienne, admiral de -France; messire Bureau de La Rivière, son premier chambellan, et -pluseurs autres chevaliers et gens du conseil en leur compaignie, les -uns d'une part et les autres d'autre. Si requist lors le roy aux dessus -nommés seigneurs de Laval, de Cliçon, connestable, et de Rohan, que les -villes, chasteaux et forteresces que il tenoient et gardoient de par le -roy, qui estoient du demaine de la duchié de Bretaigne, il rendissent, -baillassent et délivrassent aux seigneurs que le roy envoioit par delà; -lesquels les establiroient et ordeneroient à la seurté tant du roy comme -du païs. Lesquels respondirent que ainsi le feroient: mais à plus grant -seurté, le roy voult qu'il le jurassent. Si le jurèrent sur les saintes -évangiles de Dieu et sur la vraye croix[374]. Et ainsi se partirent du -roy lesdis Bretons. Et cuida le roy véritablement que ses gens que il -devoit envoier au païs de Bretaigne y trouvaissent plaine obéissance, -ainsi comme lesdis Bretons estoient tenus de faire. Si leur accorda le -roy lors confirmacion de tous leur privilèges, libertés et franchises et -pluseurs autres requestes que il féirent tant pour le païs de Bretaigne -comme pour aucuns singuliers; et en furent les lettres faites et -scellées par la manière que il l'avoient requis. - - [374] Ici s'arrête la transcription du manuscrit de Charles V, n. - 8395, qui, jusqu'à présent, étoit notre principal guide. Mais, - depuis les derniers chapitres du voyage de l'empereur, il n'étoit - pas plus rigoureusement correct que les autres. Nous nous réglons - maintenant de préférence sur le volume coté n. 8302. Il avoit - appartenu à Jean, duc de Berry, frère de Charles V. - - - - -CI. - -De la venue des cardinaux d'Aigrefueil et de Poitiers à Paris. - - -En celle saison, après Pasques l'an mil trois cent soixante-dix-neuf, -vindrent à Paris les cardinaux d'Aigrefueil et de Poitiers, lesquels le -pape Clément, qui un petit devant, estoit venu en Avignon, envoyoit en -legacion, c'est assavoir le cardinal d'Aigrefueil en Allemaigne et celuy -de Poitiers en Angleterre, pour monstrer, dire et déclairier le fait de -la nomination en pape dudit Berthélemi, et de l'esleccion du pape -Clément; lesquels deux cardinaux avoient esté présens à tout ce qui -avoit esté fait. Lesquels le roy receut honnorablement en son chastel du -Louvre, ainsi comme il avoit acoustumé à faire et par pluseurs fois les -oï sur la matière devant dite. Et le mercredi quatriesme jour de may -l'an mil trois cent soixante et dix-neuf, fu présenté par le cardinal de -Limoges au cardinal d'Ostun, dont devant est faite mencion, le chapel -rouge, en la présence du roy et des autres cardinaux d'Aigrefueil et de -Poitiers; et disnèrent ce jour avec le roy audit chastel du Louvre. Et -le samedi ensuivant, septiesme jour de mai dessusdis, furent lesdis -cardinaux au bois de Vincennes par devers le roy qui lors y estoit, et -parlèrent à luy sur la matière dessusdite. Et le roy, si comme il avoit -accoustumé, leur fist faire responses justes et raisonnables. Assés tost -après se partirent de Paris cuidans accomplir leur legacions. Et alèrent -le cardinal d'Aigrefueil à Mez et celuy de Poitiers à Tournay, et là -demourèrent longuement en cuidant tousjours avoir saufs-conduis des rois -des Romains et d'Angleterre pour aler en leur pays; mais il ne les -porent avoir. - -Au mois d'aoust ensuivant, commença une grant mortalité à Paris et -environ. Et se parti le roy et ala à Montargis en celle saison. Et aussi -se partirent de Paris la plus grant partie des conseilliers du roy et -autres, pour cause de ladite mortalité. - - - - -CII. - -Coment le viconte de Rohan et pluseurs autres nobles du païs de -Bretaigne remandèrent messire Jehan de Montfort qui estoit en -Angleterre. - - -En celuy temps, le viconte de Rohan et pluseurs autres nobles et autres -du païs de Bretaigne remandèrent messire Jehan en Angleterre, pour le -faire venir en Bretaigne. Et pristrent et occupèrent de fait pluseurs -forteresses qui estoient tenues de par le roy, en venant contre leur -foy, loyauté et seremens; et par espécial, ledit viconte de Rohan, qui -solempnelment avoit juré en la présence du roy et de son conseil à -Paris, comme dessus est dit. Si envoya le roy, tantost que il fust à sa -cognoissance, sur les marches de Bretaigne le duc d'Anjou son frère, -accompaignié de grant foison de gens d'armes. Et aussi estoient sur -lesdites marches pour le roy le connestable d'un costé et le sire de -Cliçon d'un autre. Et tantost que ledit duc d'Anjou fu sur lesdites -marches, ledit viconte de Rohan et les autres qui tenoient la partie -dudit Montfort commencièrent à traictier avec le duc d'Anjou et les gens -du roy. Et ce faisoient-il, si comme pluseurs cuidoient, en attendant la -venue dudit Montfort qui encore n'estoit venu en Bretaigne. Et tantost -pot assez bien apparoir; car celuy traictié ne vint à nulle bonne -conclusion; et par delais fu mené et par continuacion tant que ledit -Montfort fu venu au païs de Bretaigne. Et furent des journées prises -grant foison depuis sa venue, tant au païs de Bretaigne comme ailleurs. -Et de toute celle saison ne fu accordé aucun appointement, jasoit ce que -le roy leur voulsist faire de grace plus que il n'avoient deservi. - - - - -CIII. - -De la rébellion des Flamens. - - -Au mois d'octobre ensuivant, l'an mil trois cent soixante-dix-neuf -dessusdit, s'esmurent les Flamens contre le conte de Flandres en la -ville de Gand par aucuns excès que les gens et serviteurs dudit conte y -avoient fait et faisoient de jour en jour, si comme l'en disoit. Et -tuèrent à Gand le baillif du conte et fu tout le païs d'un accort, -excepté aucuns singuliers qui se trairent devers le conte, et aussi -aucunes villes comme Audenarde et Terremonde où il misrent siège. Et -après ce qu'il orent tué ledit baillif, il alèrent en un chastel emprès -Gand qui estoit dudit conte, appellé Andringhem, et y boutèrent le feu -et l'ardirent. Et puis alèrent à Ypre où il avoit aucuns gentilshomes et -qui se tenoient de la partie du conte, et autres alèrent mettre siège -devant Alos et ainsi tindrent trois sièges tout à une fois. Et quant le -duc de Bourgoigne sceut ces choses, qui avoit espousée la fille dudit -conte de Flandres, il se traist vers les marches de Flandres, et -premièrement ala à Tournay et fist sentir à ceux qui estoient devant -Audenarde qu'il parleroit volentiers à eux: lesquels luy accordèrent -d'envoyer à l'encontre de luy en certaine place, c'est assavoir entre -Tournay et Audenarde. Et ainsi le firent, et par pluseurs journées -assemblèrent avec le duc de Bourgoigne tant que finablement fu traictié -fait et accordé en telle manière: premièrement que le conte de Flandres, -pour Dieu, à la requeste dudit duc de Bourgoigne, pardonneroit aux -Flamens tout ce qu'il avoient meffait contre luy. Item, que ledit conte -leur devoit faire réséeller tous les privilèges en la manière qu'il fist -quant il entra en Flandres, et qu'il leur promist à les tenir selon leur -anciennes coustumes. Item, que sé aucunes lettres ont esté faites ou -données depuis le temps dessusdit contre les privilèges desdis Flamens, -ledit conte les leur doit rendre et doivent être adnichilées. Item, les -Alemans qui ont esté avec ledit conte en ceste guerre doivent jurer que -jamais ne mefferont à ceux du païs de Flandres. Item, que tous les -bourgois et manans du païs qui en sont partis et ne sont alés avec les -communes du païs, et aussi ceux du conseil dudit conte venront audit -païs et leur fera-l'en loy; et au cas que l'en les trouvera coupables, -l'en leur fera amender par l'ordenance de vint-cinq hommes esleus en -trois bonnes villes de Flandres. Item, que ces vint-cinq hommes -dessusdis qui seront pris et esleus en trois bonnes villes feront -franques vérités, d'an en an par tout le païs de Flandres; et ce dont -seront d'accort sera jugié et tenu et mis à exécucion par ledit conte de -Flandres. Item, lesdis Flamens requéroient et vouloient que la partie -d'Audenarde par devers la ville de Gand et certaine quantité des murs -d'un costé et d'autre fussent abattus et démolis jusques au rez de -terre. Après aucuns traictiés se misrent de cest article en l'ordenance -dudit duc de Bourgoigne, et de douze bourgois des trois bonnes villes, -c'est assavoir de chascune quatre; et doivent avoir prononcié leur dit -dedans quinze jours après le premier dimenche des Avens mil trois cent -soixante-dix-neuf dessusdit. Item, le prévost de Bruges, principal -conseiller dudit conte de Flandres, doit estre hors du conseil et païs -de Flandres à tousjours. Lequel traictié fu passé et accordé par ledit -conte, et lettres faites et scellées soubs son séel. - -En l'an dessusdit et en l'yver ensuivant, furent les rivières de Saine -et de Marne, d'Yonne et d'Oise moult grans. - - - - -CIV. - -De la rébellion de Montpellier. - - -Le mardi vint-cinquiesme jour du mois d'octobre en celuy an, les -habitans de Montpellier, par une commotion universal, misrent à mort en -la ville de Montpellier messire Guillaume Pointel chevalier, chancelier -du duc d'Anjou, frère du roy et lieutenant en toute Langue d'oc; messire -Guy de Lesterie, seneschal de Rouergue; maistre Arnoult de Lar, -gouverneur de Montpellier; maistre Jacques de la Chaynne, secrétaire -dudit duc; maistre Jehan Perdiguier, gouverneur des finances dudit duc, -et pluseurs autres officiers tant du roy comme du duc d'Anjou, jusques -au nombre de quatre-vins personnes ou de plus. Et après ce que il orent -mis à mort les dessusdis, il les giettèrent en pluseurs puis de ladite -ville. Et ce firent, pour ce que lesdis conseilleurs leur avoient requis -aide au nom dudit duc d'Anjou pour le fait de la guerre de Langue d'oc. -Dont ledit duc d'Anjou fu moult troublé, et non sans cause. - -Le mercredi, vintiesme jour dudit mois, l'an dessusdit, à Montargis, en -la présence du roy, furent faites les fiançailles de madame Yolant, -nièce du roy et fille du duc de Bar, qui avoit espousée la suer du roy; -et la fiança un chevalier, procureur du duc de Gironne, ainsné fils du -roy d'Arragon. En ce temps se reprisrent les traictiés entre les roys de -France et d'Angleterre; et envoya le roy ses messages solennels pour -lesdis traictiés ès marches de Picardie, tant à Bouloigne comme à -Saint-Omer. Mais en ce temps ne fut aucune chose faite. - -Item, en ce temps, le conte de Saint-Pol, qui longuement avoit esté -prisonnier en Angleterre, vint en Flandres et fut le roy suffisamment -informé qu'il avoit traictié avec les Anglois de leur bailler et mettre -ès mains toutes les forteresses que il avoit au royaume de France. Et -pour ceste cause fist le roy prendre et saisir toutes lesdites -forteresses et y fist mettre gens de France de par luy, et aucunes en -bailla en garde et gouvernement à Jehan de Ligny, frère dudit conte de -Saint-Pol. Et quant ledit conte de Saint-Pol vit que son fait étoit -rompu, et qu'il ne povoit aux Anglois tenir ce que il avoit promis, il -s'en retourna en Angleterre et espousa la suer du roy d'Angleterre. - -En celle année dessusdite, les Anglois misrent une armée sur la mer pour -passer en Bretaigne, si comme l'en disoit; et fu environ la Conception -Nostre-Dame. Et quant il furent sur la mer, il orent telle fortune que -pluseurs d'eux périllèrent; et disoit-l'en que il en avoit eu de -périllés jusques au nombre de six cent hommes d'armes ou plus. Et les -autres retournèrent en Angleterre. - -Et environ Noël ensuivant, en la présence du roy et de pluseurs autres, -se déclara le duc de Breban pour la partie du pape Clément VII. En celle -année crut peu de vin en Aucerrois et sur la rivière d'Yonne. - - - - -CV. - -La sentence contre ceux de Montpellier. - - -Le vendredi vint-cinquiesme jour de janvier, l'an mil trois cent -soixante-dix-neuf devant dit, environ heure de tierce, entra le duc -d'Anjou à Montpellier pour prendre vengeance du vilain fait qui avoit -esté fait en ladite ville des officiers du roy et des siens dont dessus -est faite mencion. Et en sa compaignie avoit grant foison de gens -d'armes et arbalestiers, et y fu receu par la manière qui ensuit: - -Premièrement, vindrent au-devant de luy tous les officiers du roy estans -lors en ladite ville. Secondement, le cardinal d'Albanie qui là estoit. -Tiercement, tous les collèges et religieux de ladite ville, tant de -chanoines comme de moines, de mendians et de encloses. Quartement, -l'estude de droit civil, de canon et de médecine. Et estoient tous à -procession, des deux parties du chemin par où ledit duc devoit passer; -et tous à genoulx crioient à haulte voix: _Miséricorde pour le peuple de -Montpellier!_ Après estoient grant quantité d'enfans de ladite ville de -l'aage de quatorze ans et au dessoubs, criant aussi _miséricorde!_ Après -estoient les consuls, ès robes de la ville, sans manteaulx, sans -chapperons et sans ceintures, et grant quantité du peuple, chascun ayant -une corde environ le col, requérans à genoulx miséricorde, et -apportèrent les clés des portes et le batel de la cloche de la ville, -dont l'en avoit fait le touquesin[375]; lesquelles clés et batel ledit -duc fist prendre par le séneschal de Beaucaire qui estoit présent. Et -lors descendi à pié ledit cardinal d'Albanie et requist pour eux -miséricorde avec tout le peuple; et ès forbours de ladite ville estoient -toutes les femmes d'icelle ville, en simples habis, requérans aussi -très-humblement miséricorde. Et quant ledit duc fut entré en ladite -ville, il destitua tous les officiers d'icelle et la maison du consulat, -l'églyse de Saint-Germain que fist faire pape Urbain, et les portaux -d'icelle ville fist garnir de gens d'armes, et les armeures des gens de -ladite ville que l'en pot trouver fist apporter par devers luy. - - [375] _Touquesin_. Variante du msc. du duc de Berry nº 8302, - _Tacquehan_, et de même plus bas. - -Le vint-quatriesme jour dudit mois, ledit duc d'Anjou estant sur un -eschaffaut que l'en avoit fait moult notable en une place de ladite -ville, afin que le peuple véist mieux ce qui y seroit fait, fu donnée -sentence par ledit duc contre l'université, consuls et singuliers de -ladite ville de Montpellier, par la manière que ci-après s'ensuit: c'est -assavoir l'université à perdre consuls, consulat, maison et arches -communes, séel et cloches et toutes autres juridicions; et envers le roy -et ledit duc d'Anjou en six cens mil francs d'or et ès despens que ledit -duc d'Anjou avoit fais pour ceste cause. Et quant aux singuliers, six -cens des plus coupables, à morir, c'est assavoir deux cens à coper les -testes, deux cens pendus et deux cens ars; leur enfans infames et en -perpétuel servitude et leur biens confisquiés et la moitié des biens de -tous les habitans d'icelle ville, deux portaux de la ville et six tours -et les murs qui sont entre les portaux à abattre et les fossés d'entre -deux emplir: tous les harnois et armeures de ladite ville à estre arses. -Que les consuls et plus notables de celle ville trairoient les morts qui -en la rumeur avoient esté occis des puis où il les avoient gietés, et -que ladite université fonderoit une églyse ou chapelle où il auroit six -chappelleries, chascune de quarante livres de rente. Et en icelle églyse -seroit mise la cloche de quoy fu sonné le touquesin en ladite rumeur. Et -en oultre fu condampnée ladite université à la restitution des biens des -mors et l'intérêt de partie. Et tantost ladite sentence prononciée se -desvestirent les consuls publiquement des robes de consulat, sans -mantel, cote né chapperon, et rendirent audit duc le séel de ladite -ville. Toutes voies il s'escrioient et requéroient avec le peuple très -humblement _miséricorde!_ Et lors, ledit cardinal d'Albanie et aucuns -autres prélas envoiés de par le pape et de par le collège des cardinaux -prièrent ledit duc moult affectueusement qu'il eust pitié de ce peuple, -et que il ne voulsist procéder à aucune exécucion, jusques à ce qu'il -eust oï parler ledit cardinal. Si luy assigna jour ledit duc à -l'endemain en celle meisme place pour le oïr, auquel jour et lieu ledit -cardinal, et collèges, et religieux et religieuses de ladite ville, -l'université et très-grant nombre de femmes et de petits enfans qui tous -crioient miséricorde pour le peuple, ledit cardinal dit moult de belles -paroles audit duc et fist faire une collation par un frère Jacobin tous -tendant à fin de miséricorde. Si fist lors ledit duc modéracion de -sentence et rémission desdis six cens mil francs, et que les portaus et -les murs dessusdis ne seroient mie abattus. Et leur rendi leur consulat, -maison, séel, juridicion fors que l'office du baillif et tous les autres -qui sont sous luy demourèrent en l'ordenance du roy. Et quant à -l'exécucion des six cens condempnés, fu dit que tous ceux qui avoient -esté cause de la commocion et qui avoient mis mains aux mors seroient -avec leur bien en l'ordenance du roy. Et ainsi remist la moitié des -biens des autres de la ville; et les chappellenies furent ramenées à -trois, et les armeures et artillerie d'icelle ville furent mises en la -main du roy pour faire sa volenté. Et si fu dit que il paieroient les -despens que ledit duc avoient fais en ceste besoigne, lesquels furent -depuis ordenés à six vint mil francs par ledit duc. - -_Incidence_. En ce temps, le lundi vint-quatriesme jour de février l'an -dessusdit, au bois de Vincennes, fist le duc de Juillers hommage lige au -roy, et se déclara lors pour le pape Clément VII. - -Par tout ce temps, le cardinal de Poitiers qui estoit venu par deça pour -aler en Angleterre, et aussi le cardinal d'Aigrefueil qui estoit envoyé -en Allemaigne par le pape Clément se tinrent sur les marches de -Tournesis et de Cambresis; c'est assavoir ledit cardinal de Poitiers à -Tournay et à Cambray et ledit cardinal d'Aigrefueil à Metz, pour ce -qu'il ne povoient avoir sauf-conduis pour passer oultre. - - - - -CVI. - -De la mort monseigneur Bertran Du Guesclin, connestable de France. - -ANNÉE 1380 - - -Assés tost après Pasques qui furent l'an mil trois cens quatre-vins, et -furent Pasques celle année le quinziesme jour de mars, vindrent messages -de par les communes de Languedoc à Paris par devers le roy et luy -exposèrent et supplièrent que il voulsist envoyer un capitaine de par -luy audit païs pour le garder et deffendre tant contre les ennemis comme -contre les compaignies qui sur iceluy païs estoient. Et pour ce que tous -aydes avoient esté abattus sur ledit païs, il ottroièrent ayde de trois -francs pour chascun feu pour un an, imposicion de douze deniers pour -livre de toutes denrées excepté le sel, sur lequel il ottroièrent la -double gabelle qui autrefois avoit couru au païs. Et parmi ce, leur -ottroia le roy capitaine au païs messire Bertran du Guesclin qui lors -estoit connestable de France. Lequel parti pour y aler au mois de juin -ensuivant. Et en alant, s'arresta sur un chastel en la seneschauciée de -Beaucaire, appellé le Chastel-Neuf-de-Randon, lequel estoit occupé par -les ennemis du roy et du royaume. Et tant destreigni ledit connestable -ceux qui estoient dedens, tant par engins comme par assaus qu'il -estoient sur le point de rendre ledit chastel. Mais par la volenté de -Nostre-Seigneur, ledit connestable fu malade environ huit jours au siège -devant ledit chastel, et trespassa de cest siècle le vendredi treiziesme -jour de juillet, qui fu grant dommage au roy et au royaume de France. -Car c'estoit un bon chevalier et qui moult de biens avoit fait au -royaume de France, et plus que chevalier qui lors vesquist. Et -l'endemain, ceux qui estoient audit chastel le rendirent aux gens dudit -connestable[376]. - - [376] Le msc. du Suppl. franç., nº 6, l'un des plus beaux sous le - rapport des miniatures qu'on ait jamais exécuté au XVe siècle, - représente Bertrand du Guesclin exposé sur un lit de parade dans sa - tente. Des guerriers viennent déposer sur ses genoux les clés de - Châteauneuf. Cette miniature justifie le récit généralement admis - d'après lequel les assiégés auroient témoigné de leur vénération - pour le grand guerrier, en remettant à sa dépouille mortelle les - clés d'une ville qu'il n'avoit pas réduite. - - - - -CVII. - -De la chevauchie d'Anglois en France. - - -Audit mois de juillet l'an dessusdit, passèrent la mer d'Angleterre à -Calais messire Thomas, fils du roy d'Angleterre, et pluseurs autres -Anglois jusques au nombre de sept ou de huit mil combattans, et -chevauchièrent au royaume de France et passèrent la rivière de Somme -environ Clari et après alèrent vers Soissons et passèrent la rivière -d'Oise et de Aisne, et aussi la rivière de Marne au dessoubs de -Chaalons, et celle d'Aube à Plancy. Et alèrent devant Troies et puis -s'en alèrent logier entre Villeneuve-le-Roy et Sens, et là passèrent la -rivière d'Yonne. Et partout boutoient les feux ès villes qui ne se -raençonnoient. Et jasoit ce que le roy eust mis sus trois cens hommes -d'armes pour les chevauchier, toutes voies furent-il pou domagiés. Et -prisrent pluseurs personnes des gens qui les suivoient tant chevaliers -comme escuiers. Et puis chevauchièrent par le Gastinois et par la -Beausse, et droit vers Bonneval et de là au pays de Bretaigne là où -messire Jehan de Montfort les reçut. - -En celle saison, au mois de juillet ensuivant, furent parlés pluseurs -traictiés entre les gens du roy d'une part et ledit messire Jehan de -Montfort et les Bretons d'autre part, aucune fois par le moyen du conte -de Flandres et autrefois par le moyen du sire de Cliçon. Et jasoit ce -que pluseurs appointemens y feussent pris, toutes voies n'y fu aucune -conclusion prise jusques au temps dont mencion sera faite. - - - - -CVIII. - -Du conte de Flandres et des Flamens. - - -En la fin du mois d'aoust et fu le vint-huitiesme jour l'an mil trois -cens quatre-vins devant dit, ceux de Gand, d'Ypres et de Courtray et de -pluseurs autres villes du païs de Flandres partirent de la ville d'Ypres -environ heure de nonnes pour aler à Diquemme et cuidoient avoir la -ville. Et lors le conte de Flandres, ceux de Bruges et ceux du Franc -environ cent hommes d'armes qui estoient en ladite ville de Diquemme, -qui sceurent la venue de ceux de Gand, de Ypres et de Courtray, se -rengièrent au-dehors de ladite ville. Si coururent sur ceux de Gand, de -Ypres et de Courtray, et les desconfirent et gaaignièrent environ deux -cens charrios que les dessusdis de Gand, d'Ypres et de Courtray avoient, -et en tuèrent pluseurs et les autres s'enfuirent à Ypres bien jusques au -nombre de dix mile. Et le conte de Flandres et sa compaignie s'ala -logier devant ladite ville d'Ypres environ heure de complies en -poursuivant sa victoire, et environ mienuit ledit conte de Flandres se -mist dedens ladite ville d'Ypres par le consentement de ceux qui -estoient en ladite ville, de la partie dudit conte. Et ceux de Gand et -les autres ennemis dudit conte s'enfuirent et alèrent vers Courtray. Et -ledit conte demoura maistre de toute la ville d'Ypres pour faire toute -sa volenté. Et fist faire pluseurs exécucions tant de coupper testes -comme autrement. Et l'endemain, quant ceux de Gand et les autres qui -s'en estoient fuis, comme dessus est dit, furent entrés en Courtray, -ceux de la ville les prièrent de demourer avec eux pour les aidier. Mais -après qu'il orent demouré une heure, ceux de Gand tuèrent leur capitaine -et s'enfuirent et tous les autres des autres villes avecques eulx, et se -sauva qui se pot sauver. Et celuy jour meisme, messire Sohier de Gand -chevalier vint à Courtray accompaignié de pluseurs jeunes gens de ladite -ville, et fist apporter sur le marchié la bannière dudit conte de -Flandres, en disant que quiconques vouroit estre contre ledit conte le -déist, et que il tenoit ladite ville de par le conte et la tenroit à son -povoir. - -Tantost après ces choses, ledit conte accompaignié de pluseurs hommes -d'armes du païs de Flandres, de Bruges, d'Ypres, de Courtray et de -pluseurs autres villes dudit païs jusques au nombre de bien soixante mil -armés, si comme l'en disoit, vint mettre siège devant Gand. - - - - -CIX. - -Du trespassement du roy Charles-le-Quint fils du roy Jehan. - - -Le dimanche, seiziesme jour du mois de septembre l'an mil trois cent -quatre-vins dessusdit, à heure de midi, trespassa en son hostel de -Beauté-sur-Marne le roy de France Charles dit cinquiesme. Et le lundi -ensuivant fu apporté au point du jour le corps à Saint-Antoine emprès -Paris. Et là, en attendant ses frères les ducs d'Anjou, de Berry et -Bourgoigne, demoura jusques au lundi ensuivant vint-quatriesme jour -dudit mois, auquel jour il fu apporté à Nostre-Dame de Paris à telle -solempnité comme l'en a acoustumé à porter les roys de France. Et sesdis -frères aloient après le corps à pié: mais sur le chemin St-Antoine et la -porte ot grant noise et débat entre les escoliers de l'université de -Paris et Hugues Aubriot, lors prévost de Paris, et les sergens de -Chastellet; et s'entreprisrent forment pluseurs des escoliers et -sergens. Et y ot d'iceux escoliers pluseurs menés en Chastellet et après -rendus à l'université. Et ses deux fils, c'est assavoir Charles qui fu -roy après luy et Loys conte de Valois, estoient à Meleun. Et fu -conseillé qu'il ne partissent point de là jusques à l'enteraige du -corps, tant pour ce que il estoient jeunes et peussent avoir esté -blesciés en la presse, comme pour la mortalité qui encore estoit à Paris -et environ. Et furent ledit lundi les vigiles dites en ladite églyse de -Nostre-Dame de Paris; et le mardi ensuivant la messe. Et tantost après -fu apporté à Saint-Denis en la chapelle que il avoit fondée, en laquelle -estoit jà enterré le corps de la royne sa femme. Et après fu le cuer -porté en l'églyse cathédral à Rouen, en laquelle il fu enterré à telle -solempnité comme il appartient. Et depuis, les entrailles furent -enterrées en l'églyse de Maubuisson emprès la sépulture de sa mère, si -comme il avoit ordené. - - - - -CX. - -Du commencement[377] du roy Charles sixiesme. - - [377] _Commencement_. Variante: _Couronnement_. - - -Pour ce que le roy Charles devant dit avoit fait certaine loy par -laquelle il avoit ordené que son ainsné fils et les autres ainsnés des -roys qui seroient pour le temps advenir, tantost que il aroient atains -le quatorziesme an de leur aage préissent leur sacre, couronnement et -gouvernement du royaume de France et receussent leur hommages; laquelle -loy fu publiée le vint-uniesme jour de may l'an mil trois cent -soixante-quinze, en plain parlement à Paris, en la présence du roy et de -pluseurs personnes notables et seigneurs du sanc royal et autres, si -comme devant est escript. Et aussi avoit ordenancé que jusqu'à ce que -son dit ainsné fils fust venu à cest aage, monseigneur Loys, duc -d'Anjou, frère du roy premier après luy, aroit le gouvernement dudit -royaume, en certaine forme et manière contenue en ladite ordenance; et -messire Phelippe, duc de Bourgoigne, le plus jeune des frères du roy, et -messire Loys, duc de Bourbon, frère de la royne trespassée, aroient la -garde, tuicion et gouvernement de Charles, ainsné fils du roy et de ses -autres enfans, jusques à ce que ledit ainsné fils eust ataint le -quatorziesme an de son aage. Et pour le nourrissement et autres -nécessités dudit ainsné fils et des frères et soeurs, avoit le roy -ordené que le duc de Bourgoigne et le duc de Bourbon aroient pour le -gouvernement tous les prouffis, revenus et esmolumens tant ordinaires -comme extraordinaires de la duchié de Normendie, des bailliages de -Senlis et de Meleun, de la ville et visconté de Paris; excepté le -Palais-Royal et toutes les chambres de parlement, des enquestes et des -requestes, et des coffres du trésor; lesquels, par ladite ordenance que -le roy avoit faite, demouroient soubs le gouvernement dudit duc d'Anjou -avec tout le demourant du royaume de France. Et pour ce que lesdis ducs -d'Anjou d'une part, de Bourgoigne et de Bourbon d'autre part, n'estoient -pas bien d'accord sur ladite ordenance, par le conseil et délibéracion -de pluseurs sages du royaume de France esleus et ordenés par lesdis ducs -fu advisé, pour tenir lesdis ducs en unité et par conséquent tout le -royaume de France, qu'il estoit expédient que le roy qui encores n'avoit -accompli son douziesme an si fust sacré et couronné, receust ses -hommages et fust tout le royaume gouverné par luy et en son nom. Lequel -advis fu rapporté aux dis ducs, lesquels le consentirent et l'orent -agréable. - - - - -CXI. - -Coment le roy Charles six fu couronné. - - -L'an de grace mil trois cent quatre-vins devant dit, fu ledit roy -Charles nommé sixiesme couronné à Rains, le dimanche quatriesme jour de -novembre, en la fin de son douziesme an. Et le dimanche ensuivant, -onziesme jour dudit mois, il retourna et entra à Paris à grant -solempnité si comme il appartenoit. Et fu la ville encourtinée, et -furent joustes faites au palais, le lundi et le mardi, des chevaliers et -escuiers qui y estoient. - -Le mercredi ensuivant quatorziesme jour dudit mois de novembre, les gens -d'églyse, nobles et des bonnes villes qui avoient esté mandés à Paris de -par le roy furent assemblés au palais en la chambre de parlement. Et là, -en la présence du roy, de ses quatre oncles ducs d'Anjou, de Berry, de -Bourgoigne et de Bourbon, et de pluseurs autres de son sanc, fu proposé -par l'evesque de Beauvais, lors chancelier de France, coment le roy -avoit nécessité d'avoir aide de son peuple, tant pour sa guerre comme -pour son estat maintenir; et leur fu requis que sur ce il eussent advis -et respondissent tant qu'il deust estre agréable au roy. - -Et le jeudi ensuivant, par un esmouvement d'aucuns de Paris qui alèrent -au palais, là où le roy et lesdis ducs estoient, pour ce requérir, -furent abattus tous ces aydes qui avoient cours au païs et au royaume -pour le fait des guerres. - -Audit mois de novembre, le conte de Flandres, qui estoit à siège devant -Gand, leva le siège et s'en ala demourer à Bruges. - - - - -CXII. - -Coment les juifs furent pilliés. - - -Le jour de jeudi qui fu quinziesme jour dudit mois, pluseurs nobles et -populaires alèrent en la juierie de Paris et rompirent les huis desdis -juifs et leur huches, et prisrent tous leur biens, tant lettres[378] -comme autres choses. Et aussi furent pris pluseurs corps des juifs et -leur femmes et enfans, et les amenoit chascun là où bon luy sembloit. -Toutes voies, par l'ordenance du roy et de ses oncles, fu crié par Paris -que tous ceux qui avoient aucune chose desdis juifs, fust corps ou -biens, le rapportassent pardevers le prévost de Paris. Si furent le -corps desdis juifs ramenés en Chastellet de Paris et aucuns autres des -biens; mais ce fu pou. - - [378] _Lettres_. Billets à ordre et lettres de change. - -En ce temps, furent continués les traictiés qui avoient esté commenciés -dès le vivant du roy et de Jehan de Montfort. Et fu conclu sur iceux la -seconde semaine de janvier. Et tousjours durant le temps dessusdit, -messire Thomas, fils du roy d'Angleterre, et les Anglois qui avecques -luy avoient passé au royaume de France et par iceluy avoient chevauchié -demourèrent tousjours audit païs de Bretaigne, et se tindrent longuement -à siège devant Nantes qui se tenoit pour le roy de France. Mais -finablement il s'en partirent sans y aucune chose prouffiter, et y -mourut grant foison de leur gens et de leur chevaux. Et s'en alèrent -aucuns et en menèrent grant foison de malades[379] en Angleterre, et les -autres demourèrent encore audit païs de Bretaigne[380]. - - [379] _Malades_. Au lieu de ce mot et des suivans, les éditions - imprimées portent: _Prisonniers_; et plusieurs manuscrits: _Biens_. - J'ai préféré la leçon des manuscrits qui, ayant commencé par le - texte des chroniques de Nangis, ont fondu leurs continuations dans - celui des _Chroniques de Saint-Denis_. - - [380] C'est à ce point que s'arrêtent véritablement les _Chroniques de - Saint-Denis_. Cependant, comme les continuations de Nangis dont je - viens de parler ajoutent ici quelque chose que l'on ne retrouve pas - dans les chroniques imprimées de Charles VI, on me saura gré de - clore comme elles le récit de nos chroniques par les pages suivantes - qui m'ont paru précieuses (Voy. msc. 9622 et 8298-3). - -Item, audit an mil trois cent quatre-vint, messire Hugues Aubriot -chevalier, lors prévost de Paris, fu cité et appellé pardevant l'evesque -de Paris et pardevant un Jacobin appellé frère Jaques de Morey, lors -inquisiteur sur les hérétiques, au lundi vint-uniesme jour du mois de -janvier l'an dessusdit. Et pour ce que ledit prévost ne comparut à -ladite journée devant les dessus nommés, fu tenu pour contumax: et pour -ladite contumace excommenié, dénoncié et publié par toutes les églyses -de Paris chascun jour à la messe et à vespres. Et pour ce que ledit -prévost doubtoit la vilenie que l'en luy faisoit chascun jour par la -manière dessusdite, il comparut pardevant ledit evesque et inquisiteur, -le premier jour de février après ensuivant. Et fu détenu prisonnier ès -prisons dudit evesque de Paris et mis en procès; et fu absols de -l'excommeniement dessus dit, et son absolucion publiée par la manière -que l'excommeniement avoit esté. Si fu proposé contre luy (par le -procureur de l'université de Paris qui se fist partie contre luy[381]), -qu'il avoit dites pluseurs paroles contre nostre foy. Entre lesquelles -il devoit avoir dit à un sergent lequel n'estoit pas venu à son -mandement sitost que enchargié luy avoit esté, et ledit prévost l'en -reprenoit, lequel sergent se excusa en disant qu'il estoit demouré en -l'églyse pour veoir Dieu: «Ribault, scès-tu pas bien que j'ay plus grant -puissance de toy nuire que Dieu n'a de toy aidier?» Aussi devoit avoir -dit aultre fois ledit prévost à un homme qui disoit qu'il véissent Dieu -de la messe que chantoit lors un evesque de Constances appellé messire -Sevestre de la Cervelle[382], qu'il n'attendroit jà pour celle cause, et -que Dieu ne se laisseroit point manier par un tel homme comme estoit -ledit evesque. Oultre fu proposé contre ledit prévost qu'il avoit -délivré de Chastellet de son auctorité un prisonnier mis au Chastellet à -la requeste dudit inquisiteur pour fait de hérésie. Oultre, fu encore -proposé contre luy que après ce que les juifs de Paris orent esté -dénonciés par la manière que dessus est dit, le vint-cinquiesme jour de -novembre précédent, pluseurs petis enfans desdis juifs furent pris par -pluseurs chrestiens lesquels les fist chrestienner; et ledit prévost -contraignit lesdis chrestiens à luy rendre lesdis enfans[383]. Et après -ce qu'il luy orent ainsi esté rendus, les rendi à leur pères et à leur -mères juifs. Et pluseurs autres choses furent proposées contre ledit -prévost; auxquelles il respondi par sa bouche. Et se fist procès contre -luy. Et luy tousjours demourant prévost de Paris, demoura en prison -fermée en la cour dudit evesque jusques au vendredi dix-septiesme jour -de may mil trois cens quatre-vint-et-un. A laquelle journée fu ledit -prévost mis sur un eschaffaut qui pour celle cause avoit esté fait -emprès l'Hostel-Dieu de Paris, devant le parvis Nostre-Dame. Sur lequel -eschaffaut furent assis lesdis evesque et inquisiteur et pluseurs -autres. Et là prescha ledit evesque, et furent leus lesdis articles et -pluseurs autres devant grant peuple qui là estoit assemblé pour ceste -cause. Et là rappela ledit prévost tout ce qu'il avoit fait et dit. Si -luy fu par ledit evesque enjoint pénitence de demourer perpétuelment en -prison. Et pour celle cause fu mené chiés ledit evesque et mis en la -tour en prison fermée. Et jusques alors demoura tousjours prévost de -Paris, nonobstant qu'il fust tousjours en prison fermée chiés ledit -evesque comme dessus est dit: mais tantost celle journée passée en fu -ordené un aultre. - - [381] Les mots de parenthèse ne sont pas dans le manuscrit 9622. - - [382] _Sevestre de la Cervelle_. Mort en septembre 1386. La _Gallia - Christiana_ qui nous donne cette date, tome XI, p. 887, ne dit rien - de la mauvaise réputation de ce prélat. - - [383] Ce dernier crime ou plutôt ce grand acte de courage n'étoit pas - le véritable motif de la haine que tant de gens portoient à Hugues - Aubriot. Il expioit sa sévérité à l'égard des suppôts de - l'Université. - -[384]Item, en celuy temps, le traictié qui avoit esté commencié dès le -vivant du roy Charles pour le fait de messire Jehan de Montfort fu remis -sus et fait et parfait; par lequel traictié la duchié de Bretaigne luy -fu rendue, lequel avoit esté déclairé par arrest prononcié en la -présence du roy et des pairs confisqué et acquis au roy. Et furent -envoyés de par le roy certains commissaires en Bretaigne, pour luy faire -baillier et délivrer les forteresses qui estoient tenues de par le roy. -Et pour ce que par ledit traictié et aussi par raison ledit duc de -Bretaigne devoit faire hommage au roy tant de la duchié de Bretaigne -comme de la conté de Montfort, iceluy duc pour celle cause ala à -Compiègne là où le roy estoit, et là en la présence des ducs d'Anjou, de -Bourgoigne et de Bourbon, oncles du roy et de pluseurs autres grans -seigneurs le vint-septiesme jour de septembre mil trois cent quatre-vint -et un, fist hommage au roy des duchié de Bretaigne et conté de Montfort. - - [384] La première phrase de cet alinéa a été reproduite dans le texte - authentique qui précède. - -Item, en celle saison fu ordené le duc de Berry lieutenant pour le roy -en Languedoc. Et jasoit ce que ce fust au desplaisir des communes du -païs et aussi du conte de Foix, toutes voies y ala-il et trouva grans -désobéissances en pluseurs villes du Languedoc, et par espécial à -Narbonne, à Nismes, à Besiers et aussi à Thoulouse. Et furent sur le -point de combattre ensemble, luy et le conte de Foix. Mais certain -traictié fu fait entre eux par lequel la bataille demoura. Et pour -ladite désobéissance que ledit duc de Berry avoit trouvée au païs, fu -advisé et conseillié qu'il estoit bon que le roy y alast en personne -pour réformer et mettre à point le païs. Toutes voies, pour les -empeschemens qui survindrent en France, il n'y ala point à celle fois. - -Item, en ce temps, le duc d'Anjou qui autrefois avoit eu nouvelles que -la royne Jehanne de Naples, laquelle n'avoit aucuns enfans, le vouloit -adopter en fils et faire son héritier tant du royaume de Naples comme de -la conté de Provence, et ot encores nouvelles pour le temps, et vindrent -par devers luy certains messaiges de par elle pour celle cause: et, pour -ce, en ot pluseurs conseulx et délibéracions, tant en la présence du roy -comme en son absence; et finablement, luy fu conseillié tant par les -seigneurs de son sanc comme par tous les saiges qui furent en son -conseil qu'il entreprist le voyage, à aler par devers ladite royne si -comme elle luy avoit fait assavoir. Si commença lors à faire son -ordenance pour y aler. Mais assés tost après, luy vindrent nouvelles -certaines que messire Charles de Duras, aultrement nommé messire Charles -de la Paix, nepveu de ladite royne de Naples, estoit venu au royaume de -Naples, et avoit eu grant confort de ceux du païs et par espécial de -ceux de ladite ville de Naples. Et avoit prinse ladite royne et -emprisonnée, et aussi avoit prins en une bataille le mary de ladite -royne appellé messire Othes de Breswigh[385]; et s'estoit ledit messire -Charles fait couronner en roy dudit royaume de Naples du consentement et -volonté de Berthelemi qui se portoit pour pape à Rome et se nommoit -Urbain. Et pour ces nouvelles, ledit duc d'Anjou rompit l'entreprise -qu'il avoit faite d'aler au païs. Et assés tost après, pape Clément qui -estoit en Avignon envoya certains messages solempnels par devers ledit -duc d'Anjou qui estoit avec le roy en France, et luy fist requérir par -sesdis messaiges coment il voulsist remettre sus son voyage et -l'entreprendre, et il luy feroit grant aide. Si eust ledit duc d'Anjou -advis et délibéracion avec le roy, avec les seigneurs de son sanc qui -estoient à la cour et avec pluseurs sages tant prélas comme autres sur -ce qu'il avoit à faire de ce que le pape luy avoit mandé[386]. - - [385] _Breswigh_. Brunswick. - - [386] Le manuscrit 9622 conclut par les mots: _Et finablement_ qui - devoient être les premiers d'une autre phrase. Terminons de notre - côté cette édition par une chanson assez curieuse renfermée dans un - manuscrit du Fonds latin, coté nº 4641.-B, fº 150; elle est relative - au jugement de Hugues Aubriot. C'est l'une de ces pièces anciennes - dans lesquelles chaque stance finit par un proverbe. - - * * * * * - -Cy s'ensuit un dit rimé qui fu fait pour un prévost de Paris nommé -Hugues Aubriot, lequel ot moult de fortunes en la fin de ses jours. Et -de chascun article[387] escrit est au derrain un vers qui fait un -notable. - - [387] _Article_. Couplet.--_Notable_. Proverbe. - - Hugue Aubriot bien me recors - Quant fus prévost premièrement, - Que j'oïs à cris et à cors - Dire de ton avenement: - «Bien viengne par qui haultement - »Dès or justice regnera, - »_Or est venu qui l'aimera!_» - - Lors les drois garder tu juras - Du roy et d'université, - Et puis après asséuras - Maintenir ceux de la cité. - Or n'as pas tenu vérité; - Car chascun de toy se démente. - _Trop tost se vente qui aulx plante._ - - Ce fu très bon commencement: - Sé amés éusses prudence, - Ne t'y tenis pas longuement - Par ta fole oultrecuidance - Qui ores te met en balance - De fenir ta vie à grant honte. - _Cil prent mal coup qui trop hault monte._ - - Quant en hault degré te véis - De tout te voulus entremettre, - Et trop d'ordenances féis - Sur femmes[388] et gens saichans lettres, - Pour ce, en prison t'ont fait metre - Come raison les y contraint. - _Qui trop embrasse pou estraint._ - - [388] Sous la date de 1367, Aubriot avoit rendu de sévères ordonnances - contre les prostituées. Il les avoit proscrites de la plupart des - rues de Paris. - - Tant com le grant Charle a vescu - Tu t'es porté trop fièrement, - En tous cas estoit ton escu, - Or va maintenant aultrement; - Car par ton fol desvoiement - Aucun ne t'aime né ne prise. - _Tant va le pot à l'eau qu'il brise._ - - Par Paris aler tu souloies - Sur mule et frison d'Allemaigne; - Gras coursiers, gros roussins avoies - Et tes sergens à la douzaine; - Or n'y a nul qui ne se paine - Toy grever festes et dimenches: - _Bon fait bas voler pour les branches._ - - Tu souloies emprisonner - Les gens, or es emprisonnés; - Riens ne vouloies pardonner; - Ne sçay sé riens t'iert pardonnés. - De rigueur fus abandonnés - Contre chascun plus qu'à sa coulpe. - _Bien dois avoir d'autel pain soupe._ - - Je vis ta chambre bien parée - De riches dras moult noblement, - Et ta maison bien painturée - Et hault et bas communelment; - Mais tu es logiés autrement - Et as petite compaignie: - _Hélas! au dessoubs est qui prie._ - - Courouciés es de tes oiseaux - Qu'oïr ne pues chanter, en caige; - Mais bien pues faire les appeaulx - Pour chanter en ton géolaige; - Tu as perdu ton poil volaige - Par trop estre à vent et à pluie, - Et dist-l'en: _Beau chanter ennuye._ - - Je ne voy par nulle manière - Coment tu puisses eschapper; - Car cil qui puissance a plenière - Mieulx ne t'en pourroit destrapper. - Bien a esté fait toy happer - Pour justicier et mettre en cendre, - _En la fin fault-il rendre ou pendre._ - - Tu t'es mellés en toute guise, - Par ton barat particulier, - De descort mettre par l'églyse - Encontre le bras séculier. - En mauvaistié es singulier - De ton ventre nuls biens n'en vist, - _Tant gratte chievre que mal gist._ - - A Petit-Pont as ordené - Faire un chastelet fort et rude; - Et aux chartres les as donné - Les noms des rues de l'Estude[389]; - Tu y seras mis, bien le cuide; - Car chascun dist que bien avient, - _Tant crie-l'en Noël qu'il vient._ - - [389] _Aux chartres_. Aux prisons. Aubriot appeloit les prisons dans - lesquelles il renfermoit les écoliers condamnés le _Clos Bruneau_ et - la _rue du Fouarre_, du nom de deux fameux endroits du pays - latin.--On reconnoît ici dans le poète les rancunes d'un écolier de - l'université. - - Tu as fais mains faus jugemens - Par ta pure forsennerye, - Et si as mené proprement, - Tout ton temps, de Néron la vie, - Cressus es qui ne s'umilie - Que fortune jus abatti: - _Medium tene beati._ - - Tu te plains de faulse heresie - Qui est en toy très grant diffame; - Tu es maistre de sodomie, - Si com dient homes et femmes; - Tu as dampné de ceulx les ames - Que tu as aux Juifs rendus: - _Dignes es d'être ars ou pendus._ - - Et quant aucun te disoit: «Sire, - »De raison faites le contraire,» - Tu respondoies par grant ire: - «Or voe, or voe, laissiez-me faire; - »Laissiez crier qui vouldra braire.» - Plus n'en vouloies escouter: - Mais _seure chose est tout doubter._ - - Tu as fait le moine voler - Par force de tes grans richesses; - Mais riens n'y vaut le flaioler - Ne te fie point en promesses; - Pour toy aidier ne t'esléesses, - Savoir faut de toy n'auront cure: - _Tant vault amour come argent dure._ - - Bien l'a fait Turquain parcevoir - Ton bon amy espécial; - Par or as cuidié decevoir - Et parvetir l'official, - Mais le vaillant juge et loyal - L'a mis en prison sans poursuite. - _Selon seigneur magnie duite._[390] - - [390] Tel maître, tel valet. - - Je croy bien tu as ainsy fait - A tieulx qui n'en font pas semblant, - Afin d'anéantir ton fait; - Mais il n'en parlent qu'en tremblant, - Et aucunes fois en emblant. - _Car tel cuide abaissier sa honte - Ou vengier, il acroist et monte._ - - Avise sé de l'aultrui bien - As pensé, de le bientost rendre; - A ceux ne donnes pas tes biens - Qui cy ne te pevent deffendre; - Tes fais sont de si grant esclandre - Ne sçay coment il en ira. - _Mal acquis, mal départira._ - - Quant tu aloies par les rues, - Ne sçay sé t'en es advisés, - Chascun en disoit, neis tes drues[391]: - «Bien doit estre cil desprisiés.» - Si es-tu ore et pou prisiés. - Et disoient aucuns souvent: - _Petite pluye abat grant vent._ - - [391] _Neis tes drues_. Même tes maîtresses. - - Laisses maisons, femmes, nepveus, - Et soies pour t'ame esveilliés, - De rendre à Dieu graces et veus; - Mieulx ne pues estre conseilliés. - Je tien ton corps pour essilliés, - Car chascun le dit, bien y pert[392]: - _Qui trestout convoite tout pert._ - - [392] _Y pert_. Y paroît. - - Je ne te veuil plus faire plait, - Aubriot, à Dieu te commant; - De tes folies me desplait, - Or en ira ne sçay coment. - L'en feroit bien un grant romant - De tes fais, mais cy je m'afin: - _De bonne vie bonne fin.[393]_ - - [393] Hugues Aubriot fut délivré l'année suivante par les Parisiens, - au milieu d'une émeute. - - -FIN DES GRANDES CHRONIQUES DE FRANCE. - - - - -CONCLUSION DE L'ÉDITEUR. - - -Ici s'arrêtent les grandes Chroniques de France dites de Saint-Denis. -Aucun manuscrit ancien ne joint au texte pour ainsi dire sacramentel que -l'on vient de lire l'histoire des règnes de Louis XI, de Charles VII ou -même de Charles VI. D'ailleurs, les récits de Juvénal des Ursins, de -Jean Chartier et de l'auteur anonyme de la Chronique Scandaleuse, vingt -fois réimprimés, se trouvent dans toutes les bonnes bibliothèques; et -les moyens d'exécution dont nous pouvions disposer ne nous permettoient -pas de reproduire trois ouvrages que d'autres patiens érudits avoient -déjà fait connoître. - -Mais pour compléter l'édition des _Grandes Chroniques de Saint-Denis_, -il faudroit encore, et nous le sentons parfaitement, ajouter plusieurs -dissertations et la Table raisonnée des matières et des noms de lieux et -de personnes. Un bon _Index_ est le cachet d'une bonne édition, et si -notre librairie moderne se plaint tant du discrédit de ses publications, -on peut trouver la cause de ce fâcheux résultat dans le dédain qu'elle -professe généralement pour toutes les _Tables de matières_. Obligés -aujourd'hui, pour des raisons qui ne sauroient intéresser nos lecteurs, -d'achever notre édition et de nous en tenir au texte complet des -_Chroniques de Saint-Denis_, nous n'en prenons pas moins l'engagement de -donner bientôt, dans un volume supplémentaire, notre Table raisonnée et -plusieurs dissertations sur la rédaction des chroniques et sur -l'autorité de leur témoignage. Avant de publier cet appendice, nous -espérons de la Critique littéraire des avis dont il nous sera permis de -profiter. Heureux si nous n'avons pas alors à relever un trop grand -nombre de ces inexactitudes dont l'attention la plus ardente et la plus -scrupuleuse ne préserve pas toujours! - -Un autre devoir encore plus rigoureux, c'est l'hommage de nos dernières -lignes au nom de celui dont on n'a fait que rendre la pensée et seconder -les intentions en imprimant cet ouvrage. Quand les _Chroniques de -Saint-Denis_ auront été plus fréquemment consultées, on ne comprendra -pas comment il s'étoit écoulé tant de temps avant que l'on songeât à les -publier d'une façon convenable, intelligible. Monsieur le vicomte -d'Yzarn-Freissinet a senti le premier qu'en essayant de combler cette -grande lacune historique, il rendroit service aux bonnes études et -feroit acte d'un véritable patriotisme. C'est à lui que j'ai dû le -bonheur de consacrer quatre années à cette édition et d'avoir été -délivré des obligations dispendieuses auxquelles elle soumettoit -l'éditeur. Je ne doute pas que tous les amis de notre histoire nationale -ne s'associent à la juste reconnoissance que j'ai vouée à M. de -Freissinet, pour avoir fait exécuter un travail dont le gouvernement -françois auroit dû prévenir depuis long-temps la pensée, et dont alors -il auroit pu facilement charger un éditeur plus habile. On devine la -récompense que tous deux nous nous sommes promise à une époque si -défavorable aux publications sérieuses: en sacrifiant, l'homme du monde -son argent et l'homme de lettres son temps, pour remettre en lumière -celui de tous les monumens de notre histoire qui nous sembloit le plus -recommandable; nous craignons seulement d'avoir eu trop bonne opinion de -ces mémorables _Chroniques de Saint-Denis_, et de nous être trompés sur -leur importance avec tous les contemporains de saint Louis, de Charles V -et de Charles VII. C'est à ceux qui les étudieront qu'il appartiendra de -décider si nous avons eu tort de craindre. - -Voici maintenant la liste de tous les manuscrits que nous avons -consultés ou dont nous avons eu quelque connoissance. Cette description, -comme on le pense bien, ne sera pas approfondie: mais ceux qui plus tard -auront l'occasion de voir d'autres leçons des mêmes chroniques pourront -néanmoins juger, d'après elle, de l'importance particulière de chacune -de ces leçons. J'examine d'abord les volumes signalés par La Curne de -Sainte-Palaye dans la fameuse Dissertation sur les Chroniques de -Saint-Denis qu'il lut à l'Académie des Belles-Lettres le 15 avril 1738. -Je décris à la suite les leçons qu'il n'avoit pas vues et dont je me -suis également servi. - - -MANUSCRITS INDIQUÉS PAR SAINTE-PALAYE. - -BIBLIOTHÈQUE DU ROI. - -Nº 8298 ^2. - -Un volume in-folio maximo, vélin, 2 colonnes, petites miniatures; -écriture de plus en plus élégante et correcte jusqu'à la fin; XVe -siècle. Relié en maroquin rouge aux armes de Colbert sur les plats. - -Il provient de la bibliothèque de Colbert. Les premiers feuillets ont -été enlevés jusqu'à la fin du treizième chapitre du premier livre (Voyez -notre édition): «Si se souffry atant quant Tholome ot ce compte et fixe. -Le messaige Thierry qui bien et sagement ot entendu lexemple Tholome -retourna a son seigneur tout luy compta par ordre ce quil ot oi compter -quant Thierry entendi ceste exemple il demoura ne ne voult mie obeir au -commandement lempereur en petit de temps apres les princes ditalie le -firent roy et seigneur du pays ainsi fu sauve Thierry par son bon amy.» - -Miniatures en façon de camayeu assez curieuses: texte définitif que nous -avons suivi.--Le passage relatif à l'amour de Thibaut pour Blanche (Vie -de Saint-Louis, chap. XVII) forme ici le chapitre XV très abrégé. En -somme, c'est l'un des manuscrits dont les variantes ont le plus -d'importance. Pour les derniers mots, il donne la bonne leçon: «Et y -mourut grant foison de leurs gens et de leurs chevaux.» - - -Nº 8298 ^4. - -Un volume in-folio maximo, vélin, 2 col., petites miniatures; bonne -écriture du XVe siècle. Relié en maroquin rouge, aux armes de Colbert -sur les plats; provenant de la bibliothèque de Colbert. - -«Cil qui ceste euvre commence a tous ceulx qui ceste histoire liront -salut en nostre Seigneur pour que pluseurs grans se doubtoient de la -genealogie des roys de France de quel original lignee il sont descendus -emprist ceste euvre a faire par le commandement de cel homme que il ne -pot ne ne dut refuser mais pour ce que sa lecture et la simplesce de son -engin, etc.» - -Le passage de Thibaut est au chapitre XVII, et d'une façon régulière. -_Gate brule_ pour _Gaces Brulés_. Les derniers mots sont: «Et sen -alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens.» - -Transcription assez incorrecte. - - -Nº 8299. - -Un vol. in-folio maximo, vélin, deux colonnes, première partie du XIVe -siècle; relié en maroquin citron; provenant de l'ancienne bibliothèque -de Michel Letellier, archevêque de Reims. - -Rédaction du temps de Philippe de Valois. Elle s'arrête avec la fin du -règne de Philippe-le-Long en 1321, mais elle ne donne la rédaction -définitive que jusqu'à la mort de Philippe-Auguste. A la fin du règne de -Saint-Louis, j'ai cité les variantes les plus importantes de cette leçon -dans laquelle on chercheroit vainement le passage relatif aux amours de -Thibaut. - -Début: «Ci commence le prologue des croniques de tous les roys de France -crestiens et sarasins et toz leur fais.--Cils qui ceste oeuvre commence. -A tous ceulx qui ceste histoire liront: salut en nostre Seigneur. - -»Pour ce que pluseurs gens doubtoient de la genealogie des roys de -France de quel original et de quel lignee il sont descendu emprist-il -ceste oeuvre a faire par le commandement de tel homme que il ne pot ne -ne dut refuser en nule maniere. - -»Mais pour ce que sa letreure et simplesse de son enging ne souffist mie -a traitier de oeuvre de si haute hystoire, etc.» - -Fin du règne de Philippe-le-Long: «Et y fu occis li quens de Herefort. -Et li quens de Lancloistre pris et pluseurs autres contes et barons. Li -quens de Lancloistre ot copee la teste par jugement et tuit li autre -pendu. Si que li roys n'avoit plus guerre fors que aus escos.» - -On lit à la fin: «Ce livre fist faire le conte Daulphin frere au conte -Camus (?).» - - -Nºs 8299 ^2, 8299 ^3. - -Deux volumes in-folio, vélin, lignes longues; commencement du XVe -siècle; provenant de la bibliothèque d'Etienne Baluze. - -Rédaction définitive. Plusieurs cahiers de cet exemplaire ont été -enlevés, et entre autres tous ceux qui comprenoient les deux derniers -livres de la vie de Charlemagne et la première partie de celle de -Louis-le-Débonnaire. Le deuxième volume s'arrête au 22e chapitre du -livre II du règne de Philippe-Auguste. - -Début: «Cil qui ceste oeuvre commença, a tous ceulx qui ceste histoire -liront salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens se doubtoient -de la genealogie des roys de France, de quel original et de quel lignie -il sont descendus. Emprist ceste euvre a faire par le commandement de -tel homme que il ne pot ne ne dut refuser. Mais pour ce que sa lettreure -et la simplete de son engin ne souffist mie a traitier de euvre si -haulte hystoire, etc.» - -Fin: «Tant dura lassault le paleteiz et le lanceiz des engins que XV -jours apres furent les murs fraiz et craventes et le chastel pris. Mais -au prendre ot grant pongneiz et fort la furent pris XXXVI chevaliers -sans le nombre des sergens et des arbalestiers a ce siege furent mort -quatre chevaliers.» - - -Nº 8300 ^3 ^3. - -Un volume in-folio, vélin, à deux colonnes; fin du XVe siècle; relié en -maroquin rouge, aux armes de France sur les plats, provenant de -l'ancienne bibliothèque de Colbert. Les écus qui entourent la miniature -placée au commencement annoncent que le volume a été exécuté pour la -librairie du roi de France. - -Cette leçon est celle que nous voyons plusieurs fois désignée dans les -anciens catalogues sous le nom de _Chroniques abrégées_. Tout en suivant -en général la substance des _Chroniques de Saint-Denis_, elle en -supprime une partie, et quelquefois elle étend le récit ou le modifie. -C'est ainsi que pour le douzième siècle et le treizième, elle emprunte -beaucoup de circonstances nouvelles au précieux monument historique -publié dernièrement par mon frère, Louis Paris, bibliothécaire de la -ville de Reims, sous le nom de _Chronique de Reims_. Il sera donc -nécessaire de jeter les yeux sur les _Chroniques abrégées_ quand on -voudra comparer tous les témoignages du même fait. - -Pour le passage relatif à l'amour de Thibaut, les _Chroniques abrégées_ -qui l'ont admis ont même ajouté les lignes de la _Chronique de Reims_ -contre lesquelles s'est tant élevé La Ravaillière dans son édition des -Chansons du roi de Navarre. Les voici: «Le conte envoya des plus grans -hommes de son conseil pour requérir paix et amour. Quant la royne -Blanche le sceut, si manda le roy de Navarre qu'il venist parler à elle -et elle luy feroit sa paix. Et il y vint sans aucun délai. Et ainsi -comme il entra en la salle a Paris, il fu appareillié qui le fery d'un -fromage en faisselle, par le conseil au conte d'Artois qui onques ne -l'ayma. Et le roy de Navarre s'en ala tous embrouez devant la royne, et -lui dist que ainsi avoit esté atornez en son conduit. Quant la royne le -vit si lui en pesa et commanda que cils fust pris qui ce avoit fait, -etc.» - -Je pense que les _Chroniques abrégées_ ont été rédigées avant la fin du -règne de Charles V; on les aura poursuivies à mesure de la continuation -de l'ouvrage original. - -Début: «Cy commancent les croniques des rois de France.--A tous ceulx -qui ces présentes croniques ou histoires liront ou orront. Pourra -apparoir la genealogie des roys de France. De quel lignee ils sont -descenduz selon les croniques de l'abbaye monseigneur Saint-Denis en -France. Si peut chascun savoir que ceste chose est moult honnorable et -proufitable pour congnoistre aux roys et aux princes qui ont terres a -gouverner, etc.» - -Fin: «Et sen alerent aucuns et en emmenerent grant foison de biens.» - - -Nº 8301. - -Un volume in-folio, vélin, à deux colonnes, jolies miniatures; milieu du -XVe siècle; relié en maroquin rouge, aux armes de France. - -Bel et bon exemplaire de la rédaction définitive.--_Gatebrulle_, dans le -chapitre du comte de Champagne. - -Début: «Celui qui ceste euvre commence. A tous ceulx qui ceste histoire -liront. Salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs grans se -doubtoient de la genealogie des roys de France, de quel original et de -quelle lignie ilz sont descendus emprist ceste euvre a faire par le -commandement de tel homme que il ne pot ne ne dut refuser. Mais pour ce -que la lecture et sa simplesce de son engin ne souffist mie a traitier -de oeuvre de si haulte histoire, etc.» - -Fin: «Et y mourut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx et sen -alerent aucuns et emmenerent grant foison de.» - - -Nº 8303. - -Un volume in-folio, vélin, à deux colonnes, très-jolies miniatures, -vignettes et initiales; écriture du milieu du XVe siècle; relié en veau -fauve. - -Les écus peints dans les vignettes sont tantôt celui de France, tantôt -celui d'une famille que je n'ai pu reconnoître. Il est d'argent à -l'hermine, fouine ou belette de sable, accompagnée de trois couronnes de -sinople, 2 et 1. - -Ce volume contient une seconde leçon des _Chroniques abrégées_, en tout -semblable à celle du n. 8300 ^3. ^3. que nous avons décrite. - - -Nº 8303 ^5. - -Un volume in-fol. maximo, vélin, trois colonnes, très-nombreuses -miniatures; XVe siècle; relié en maroquin rouge, aux armes et au chiffre -de J. Auguste de Thou sur les plats. Provenant de l'ancienne -bibliothèque de Colbert. - -Il est surprenant que l'immortel de Thou, auquel ce volume a appartenu -et qui l'a fait magnifiquement relier, ait laissé subsister sur le dos -de la reliure le titre erroné de _Hist. de la guerre saincte_. - -Ce bel exemplaire ne contient que la première partie de la rédaction -définitive, jusqu'à la mort de Philippe-Auguste. Le reste, jusqu'à celle -de Philippe-le-Hardi, est emprunté à Guillaume de Nangis, et à ses -continuations. Le chapitre des amours du comte de Champagne ne s'y -trouve pas. - -Début: «Cyl qui ceste oevre commence a tous ceulx qui ceste ystoire -liront salut a noustre Seigneur. Pour ce que pluseurs doubtoient de la -geneologie des roys de France de quel original et de quel lignee ils -sont descendus emprist-il ceste oeuvre a faire par le commandement de -tel home que il ne pot ny ne dut refuser. Mais pour ce que sa lectreure -et la simplese de son engin ne souffit mie a traitier de oevre de si -haulte ystoire.» - -Fin: «Pour ceste chose furent mehues pluseurs questions a Paris entre -les maistres de theologie savoir mon si le roy povoit donner ne octroier -le cuer de son pere sans la dispensacion du souverain evesque. Ci fault -listoire du bon roy Phelippe-le-Hardi.» - - -Nºs 8304, 8305. - -Deux volumes in-folio, papier, deux colonnes; fin du XVe siècle; reliés -en maroquin rouge, aux armes du France sur les plats. - -Cette leçon est fort mauvaise. Le copiste était un fripon qui s'est -contenté de mettre de l'exactitude dans la transcription des têtes de -chapitre, se réservant d'en abréger scandaleusement la substance. On -voit qu'il avoit sous les yeux un exemplaire de la rédaction définitive -et qu'il ne l'a tronquée que pour rendre sa besogne plus facile. Le -récit est continué d'après Juvénal des Ursins jusqu'à l'année 1458. En -finissant, il a bien voulu nous faire connoitre son nom dans les lignes -suivantes: «Ces chroniques ont esté escriptes de la main de Nahei -Reituag (Jehan Gautier) pour maistre Jehan Blondeau, praticien, en la -court de parlement. Et contiennent deux voulumes, lequel Blondeau les -vendra à qui vouldra bailler argent content paix et accord, ainsi que en -tel cas appartient.» - - -Nºs 8305 ^2, 8305 ^4. - -Deux volumes in-folio, vélin, deux colonnes, miniatures, vignettes et -initiales; écriture du commencement du XVe siècle; reliés en maroquin -rouge, aux armes de Colbert sur les plats. Provenant de l'ancienne bibl. -de Colbert. - -Cet exemplaire offre le texte définitif. Il est d'une bonne écriture et -d'une assez rigoureuse correction. Il ne contient pas le dernier -chapitre du pillage de la Juiverie. - -Début: «Cil qui ceste oeuvre commence a toux ceulx qui ceste histoire -liront salut en Nostre-Seigneur pour ce que plusieurs gens se doubtoient -de la genealogie des roys de France de quel original et de quel lignie -ils sont descendus emprist cette oeuvre afaire par le commandement de -tel homme que il ne le pot ne ne deut reffuser mais pour ce que sa -lecture et la simplesce de son engin ne souffist pas atraittier de une -si haulte histoire...» - -Fin: «Fut advise pour tenir lesdis ducs en unite, et par censequent le -royaume de France, qu'il estoit expedient que le roy qui encore ne avoit -accompli son .XII. an si feust sacrez et couronnez et receust ses -hommages, et feust tout le royaume gouverne par ly et en son nom lequel -advis fut raporte aux dis ducs lesquielx le consentirent et orent -agreable.» - -Le chapitre du comte de Navarre s'y trouve avec le nom de _Gratebrule_. - - -Nº 8305 ^5 ^5. - -Je n'ai pu consulter pendant le cours de mon travail ce volume dont -Sainte-Palaye a recommandé l'exactitude et la bonne transcription. -L'illustre M. Daunou s'en servoit alors pour établir la partie du texte -des _Chroniques de Saint-Denis_ qui correspond aux règnes de saint Louis -et de Philippe-le-Hardi. Cette partie doit être imprimée dans le XXe -volume des _historiens de France_, actuellement sous presse. On sait que -les Académiciens chargés de continuer ce grand ouvrage sont MM. Daunou -et Naudet. - - -Nºs 8306, 8307, 8308, 8309, 8310. - -Cinq volumes in-folio, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes et -initiales; écrits au milieu du XVe siècle; reliés en maroquin rouge, aux -armes de Béthune sur les plats. Provenant de l'ancienne bibliothèque de -Béthune. - -Cet exemplaire est d'une belle écriture; mais la transcription en est -peu correcte. Le copiste se soucioit peu de reproduire tous les membres -de chaque phrase et de lire ce qu'il copioit. - -Début: «Cil qui ceste euvre commence a tous ceuls qui ceste hystoire -liront salut en Nostre-Seigneur. Pour ce que plusieurs gens se -doubtoient de la genealogie des roys de France de quel original et de -quel lignie ils sont descendus emprist ceste euvre a faire par le -commandement de tel homme qu'il ne le pot ne ne dut refuser. Mais pour -ce que sa lectreure et sa simplesce de son engin ne souffist mi a -traictier de euvre si haulte hystoire, etc.» - -Fin: «Et y morut grant foison de leurs gens et de leurs chevaux. Et sen -alerent aucuns et emmenerent grant foison de.» - -Le chapitre des amours de Thibaut s'y trouve avec le nom de -_Gastebrule_. - - -Nº 8311. - -Sainte-Palaye s'est trompé quand il a vu dans ce manuscrit une leçon des -_Chroniques de Saint-Denis_. C'est un volume dépareillé d'un traité -adressé au duc Charles-le-Téméraire, et renfermant des exemples de -magnanimité. - - -FONDS DE SAINT-GERMAIN. - -Nº 87. (Anc. nºs 142 et 143.) - -Deux volumes in-folio, papier, à deux colonnes; fin du XVe siècle; -reliés en veau sur bois. - -Cet exemplaire est assez peu correct et ne poursuit la transcription -définitive que jusqu'à la mort de Philippe-Auguste. Le règne de chacun -des autres rois est raconté d'une manière très-sommaire et d'ailleurs -entièrement étrangère au texte des _Chroniques de Saint-Denis_. Ce point -d'arrêt, le même que dans le nº 8299, justifie la conjecture que nous -avons émise plusieurs fois sur les différens rédacteurs de l'ouvrage -entier. Sous le règne de Philippe-le-Hardi fut achevée la première -partie jusqu'à Philippe-Auguste: la continuation, qui embrassoit les -règnes de Louis VIII, saint Louis, Philippe III, Philippe IV, Louis X, -Philippe-le-Long, Charles-le-Bel et Philippe de Valois, n'a pas été -connue ou du moins reproduite dans les volumes que nous mentionnons. - -Début: «Cy commancent les Croniques de France faites et extraictes du -propre original. Lequel est en leglise de monseigneur Saint-Denis de -France lez Paris. Et premier sensuit le prologue. - -»Celluy qui ceste oeuvre commence a tous ceulx qui ceste ystoire liront -salut a nostre Seigneur. Pource que pluseurs gens debveroient desirer de -savoir de la genealogie et de quel original et de quelle lignee sont -yssus les roys de France enprint il ceste oeuvre a faire par le -commandement de tel homme qui ne peut ne ne deust refuser. Mais pour ce -que sa lectreure et la simplete de son engin ne suffist pas a traictier -donneur de si haulte ystoire, etc.» - -Fin de la vie de Philippe-Auguste: «Si establit XX moines prestres en -labbaie de Saint-Denis en France par dessus le nombre qui devant y -estoit qui sont tenus a chanter pour lame de luy mort fut en l'an de -lincarnacion de Notre Seigneur Jhesucrist M. CC. XXIII, de son eage -LVIII et de son regne XLIII.» - - -Nº 91. (Anc. nº 151.) - -Sainte-Palaye n'auroit pas dû citer ce volume parmi les textes des -_Chroniques de Saint-Denis_. Le récit ne commence que long-temps après -le point où elles se sont arrêtées, c'est-à-dire à la vie de Charles -VII. Il est vrai que Sainte-Palaye confond avec nos chroniques le -travail de Juvenal des Ursins, celui de Jean Chartier et même celui de -l'auteur de la _Chronique Scandaleuse_. Mais Sainte-Palaye s'est trompé. - - -Nº 963. (Anc. nº 1462.) - -Le même savant a recommandé vivement la correction et la beauté de cette -leçon. Je n'ai pu la consulter, M. Daunou l'ayant entre les mains dans -l'intention de s'en servir pour établir le texte de la vie de saint -Louis et de celle de Philippe-le-Hardi. - - -Nº 965. (Anc. nº 1464.) - -Un volume in-4º, papier entremêlé de vélin; commencement du XVe siècle; -relié en basane blanche sur bois. - -Cet exemplaire, qui avoit appartenu à Pierre Pithou, présente un fort -bon texte. Il est malheureusement très-incomplet, puisque le volume -commence avec les derniers mots du douzième chapitre du 2e livre de -Philippe-Auguste. - -Début: - -«cuer et les occistrent en fuiant. - -»Le XIII, comment le roy chaca le roy Richart qui avoit assis arches et -comment il vint a lui et lui fist hommaige de la duchie de Normendie. - -»En lan de lincarnacion mil C. IIIIXXV ou mois de juillet rompi le roy -Richart les trieves que il avoit au roy Phelippe. Si fut lors la guerre -recommencee de nouvel.» - -Fin: «Et y morut grant foison de leurs gens et de leurs chevaux, et sen -alerent aucuns et emmenerent grant foison de prisonniers.» - - -AUTRES MANUSCRITS CONSULTÉS POUR LE TEXTE DE CETTE ÉDITION. - -Nº 6746 ^A. - -Un volume in-fol. maximo, vélin, à deux colonnes, miniatures et -initiales; commencement du XVe siècle; relié en maroquin rouge, aux -armes de France sur les plats. - -J'ai décrit amplement ce volume dans le tome 1er des _Manuscrits -François de la Bibliothèque du Roi_. Je dois me contenter ici de dire -que la transcription est digne pour son exactitude de la beauté de -l'exécution. Le texte ne donne pas le dernier chapitre du pillage des -Juifs. Au chapitre du comte de Champagne, il porte la leçon de -_Gatelbrule_. Plusieurs feuillets ont été enlevés, entre autres celui -qui contenoit la fin du règne de Philippe de Valois. - -Début: «Cil qui ceste oeuvre commence a tous ceulx qui ceste histoire -liront salut en nostre Seigneur pour ce que pluseurs grans se doubtoient -de la genealogie des roys de France de quel original et de quelle lignee -ilz sont descendus emprist ceste euvre a faire par le commandement de -cel homme que il ne pot ne ne dut reffuser. Mais pource que sa lecture -et la simplesce de son engin ne souffist mie a traittier de si haulte -histoire...» - -Fin: «Si feust sacrez et couronnez et receut ses hommages et feust tout -le royaume gouvernez par lui et en son nom lequel advis fu rapporte aux -diz ducs lesquelz le consentirent et orent agreable.» - - -Nº 8300. - -Un volume in-folio, vélin, deux colonnes, petites miniatures en façon de -camayeu; XVe siècle; relié en maroquin rouge, aux armes de France sur -les plats. - -Bonne leçon du texte définitif. Les amours de Thibaut s'y trouvent -correctement, avec le nom de _Gatesbrulés_. - -Début: «Cil qui ceste oeuvre commence a tous ceulx qui cette hystoire -liront salut en nostre Seigneur pour ce que pluseurs gens se doubtoient -de la genealogie des roys de France de quel original et de quelle lignie -ilz sont descendus emprinst ceste oevre a faire par le commandement de -tel homme que il ne pot ne ne deubt refuser. Mais pour ce que sa lecture -et sa simplece de son engin ne souffist mie de traitier de oeuvre de si -haulte hystoire, etc.» - -Fin: «Et sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de leurs biens.» - - -Nº 8302. - -Un volume in-folio magno, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes -et initiales; fin du XIVe siècle; relié en maroquin citron, aux armes de -France sur les plats. - -Exemplaire dont j'ai fréquemment cité les variantes sous la désignation -de _Manuscrit du duc de Berry_. En effet, il porte à la fin la signature -de Jean, duc de Berry, prince qui devra sa renommée à la passion qu'il -montra toute sa vie pour les beaux livres et pour les objets d'art de -tous les genres. Ce volume étoit digne de figurer parmi les meilleurs de -la librairie du frère de Charles V, soit pour la perfection de la -calligraphie, soit pour l'intelligente exactitude de la transcription. -Après le manuscrit de Charles V, nº 8395, c'est, à mon avis, le meilleur -guide que l'on pourroit suivre. - -Début: «Ce sont les Croniques de France selon ce quelles sont composees -en leglise Saint-Denis en France. - -«Cilz qui ceste oeuvre commence a tous ceulx qui ceste histoire liront -salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens doubtoient de la -genealogie des rois de France de quel original et de quel lignie ilz -sont descendus emprist il ceste oeuvre a faire par le commandement de -tel homme que il ne pot ne ne dubt refuser. Mais pour ce que sa -lettreure et la simplesce de son engin ne souffist pas a traitier de -oeuvre de si haulte histoire, etc.» - -Au chapitre des amours du comte de Champagne, il porte la leçon commune -_Gatebrule_. - -Fin: «Et y morut grant foison de leur gens et de leurs chevaulx. Et sen -alerent aucuns et en menerent grant foison de biens.» - - -Anc. fonds, nº 8395. - -Un volume in-folio parvo, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes -et initiales; fin du XIVe siècle; relié, sous le règne de Louis XIV, en -maroquin rouge, aux armes de France sur les plats, aux fleurs-de-lys -sans nombre sur le dos et sur les marges. - -Cet exemplaire, sans aucune espèce de contredit, offre de toutes les -leçons la plus belle, la plus complète, la plus rigoureusement correcte. -Exécuté pour la plus grande partie sous les yeux de Charles V, par son -plus habile calligraphe, Jean du Trévoux, et destiné à faire autorité -dans toutes les circonstances, augmenté d'un assez grand nombre de -pièces officielles et de quelques notes marginales dans lesquelles on -peut reconnoître l'écriture du sage roi lui-même, il est malaisé de -comprendre comment il a jusqu'à présent échappé à l'attention d'ailleurs -si scrupuleuse de tous les illustres critiques qui se sont occupés de -l'ancienne langue françoise, de l'ancienne histoire de France et en -particulier du monument capital de cette Histoire, les _Chroniques de -Saint-Denis_. Dans la Bibliothèque du roi où sans doute on le conserve -depuis le règne de Charles VI, il semble avoir toujours occupé l'une des -places les plus apparentes; le relieur du XVIIe siècle a écrit en beaux -caractères sur le dos: _Chroniques de Saint-Denis jusque à Charles V_: -mais tout cela n'avoit pu jusqu'à présent le garantir de l'oubli le plus -complet. - -C'est principalement sur cette précieuse leçon que j'ai établi le texte -de mon édition: c'est elle que j'ai d'abord fait exactement transcrire -et dans laquelle je n'ai guères changé que les mots obscurs ou vieillis -que d'autres leçons me présentoient plus intelligibles ou plus corrects. -J'ai fréquemment cité dans mes notes ses variantes les plus heureuses, -sans négliger de tenir compte des différences plausibles que je -remarquois dans les autres leçons. Et maintenant, si l'on prend de ces -éloges une occasion de me blâmer de n'avoir pas rigoureusement suivi la -lettre du Msc. 8395, à l'exclusion de tous les autres, je répondrai que -nul manuscrit, tel excellent qu'il soit, n'est exempt de lacunes, de -légères bévues, d'erreurs palpables. Quand on a le malheur de n'avoir -qu'une leçon d'un texte ancien, il faut bien le livrer à l'impression -avec toutes les fautes de cette leçon, sauf à tenter dans les notes des -corrections plus ou moins vraisemblables; mais en présence de quarante -leçons des _Chroniques de Saint-Denis_, à la suite de trois éditions -gothiques, devois-je préférer le travail le plus facile, c'est-à-dire la -reproduction rigoureuse d'un seul texte? Je ne le crois pas: j'ai cru -mieux faire en établissant ma leçon sur la base constante d'une ancienne -transcription, mais en préférant toujours le sens qui me paroissoit le -mieux autorisé. - -Le manuscrit 8395 comprend 493 feuillets écrits, et de plus un grand -nombre de feuillets rayés laissés en blanc, sur lesquels on n'auroit pas -manqué de transcrire l'histoire du règne de Charles VI, si cette -histoire eût pu continuer les _Chroniques de Saint-Denis_. Mais le -second copiste (car le volume révèle deux calligraphes) n'a pas même -inséré la fin du règne de Charles V, soit qu'elle ne fût pas encore -rédigée, soit plutôt parce que le temps d'achever sa copie lui aura -manqué. Il s'est arrêté vers la fin du centième chapitre. - -Autrefois, le volume dut en former deux: le premier comprenant toutes -les chroniques jusqu'à la mort de Louis VIII; le second s'arrêtant au -point du règne de Charles V que nous venons d'indiquer. Ce qui prouve -cette division primitive, c'est d'abord deux feuilles de garde placées -immédiatement avant le règne de saint Louis, puis la grande miniature -qui précède également le premier prologue et les premières lignes du -règne de saint Louis. Un mot sur ces deux ornemens capitaux: le premier -représente le sacre d'un jeune prince, suivant toutes les probabilités -Charles VI. Il a été joint à notre volume quand il s'est agi de le -relier, car le demi-feuillet qui le représente est collé comme _carton_, -au premier feuillet suivant; ajoutons que le style remarquable de cette -miniature diffère beaucoup de celui de toutes les autres. - -Le frontispice du second tome contraste moins, il faut l'avouer, avec le -style des miniatures suivantes; mais le point d'écriture de la table -commencée sur le verso de ce frontispice, accuse évidemment sinon une -autre main du moins une transcription postérieure. C'est donc également -un _carton_, et c'est, pour l'écriture, le premier que j'aie remarqué -dans le volume. - -Le deuxième carton, quant à l'écriture, comprend les feuillets 290, 291 -et 292. Charles V le fit faire pour substituer au texte des leçons -précédentes «La teneur de la charte de renonciation au duché de -Normendie faite par le roi d'Angleterre.» Dans la miniature placée en -tête de cette charte, on voit le roi d'Angleterre fléchissant le genou -devant saint Louis, et je ne puis m'empêcher de croire que Charles V -tenoit beaucoup au sujet de cette miniature. - -Le troisième carton est au fº 353; il a été fait pour substituer au -récit des leçons ordinaires une autre exposé plus incontestable des -droits de Philippe de Valois. J'ai donné dans les additions au règne de -ce prince la variante de ces précédentes leçons, et l'on y verra la -cause de l'importance que Charles V attachoit ici à un changement de -rédaction. - -J'ai parlé du quatrième carton, comprenant les fºs 357 et 358, dans la -première note du septième chapitre de Philippe de Valois. J'ajouterai à -ce que j'en ai dit qu'il offre deux miniatures, toutes deux représentant -le roi d'Angleterre à genoux devant le roi de France debout. - -Avec le fº 385, s'arrête la première transcription qui est certainement -de Henry du Trévoux: les comparaisons que j'ai pu faire d'autres -manuscrits signés par cet habile calligraphe ne permettent pas d'en -douter. Il se pourroit que les folios suivans eussent encore été remplis -par lui, mais alors il auroit fait ce travail quelques années plus tard -et quand sa main avoit perdu quelque chose de sa fermeté, de son -élégance. Au folio 388 finit la vie de Philippe de Valois avec le mot -_Amen_; mot remarquable qui peut servir à prouver que les _Chroniques de -Saint-Denis_ s'arrêtèrent long-temps avec le règne de ce prince. Une -seconde induction peut être fournie par le changement d'écriture, à -compter du folio 386 de notre manuscrit. Si les trois feuillets suivans -ne sont plus de la main ancienne d'Henry de Trévoux, on peut croire que -celui-ci avoit mis à la fin de cette vie de Philippe de Valois quelques -rubriques qui ne convenoient plus à la continuation; en conséquence on -aura remplacé le cahier de huit feuillets qui contenoit la fin de sa -transcription, par un nouveau cahier que l'on termina par la table et -les premiers chapitres du règne du roi Jean. Et si l'on en veut une -preuve avérée, c'est une lacune qui se trouve dans la dernière colonne -du dernier feuillet de ce cahier (fº 393), lacune qui annonce que le -nouveau scribe n'a pu retomber juste, comme dans la transcription -précédente, avec le texte du cahier suivant. Ainsi, de cette nouvelle -écriture avant la fin du règne de Philippe de Valois, on ne conclura pas -que cette fin est l'oeuvre d'une rédaction moins ancienne; cette -nouvelle rédaction commencera toujours avec le roi Jean. - -C'est dans les dissertations sur les _Chroniques de Saint-Denis_, qu'il -conviendra de faire la part qui revient à chacun des rédacteurs. Il doit -suffire ici de remarquer que la table placée en tête du règne de Jean se -poursuit jusqu'à l'indication du 44e chapitre du règne de Charles V. La -matière de cette table appartient donc à un seul et même écrivain; puis, -à compter de là, tout donne à croire que les chapitres furent rédigés à -mesure des événemens. - -Il me reste à dire un mot de la bande tricolore qui entoure chacune des -nombreuses miniatures de ce volume. Elle a déjà donné grande matière à -conjectures; j'ai moi-même exprimé dans l'_Histoire des Manuscrits -François_ la surprise que j'éprouvois en la voyant dans un si grand -nombre de volumes exécutés pour Charles V. Je pense aujourd'hui que -c'est uniquement l'effet arbitraire du goût d'un enlumineur curieux de -mieux faire ressortir l'éclat de ses couleurs. J'appuie cette opinion -sur l'examen d'un grand nombre de manuscrits dans lesquels on reconnoît -l'écu du chancelier Pierre d'Orgemont. Or, cet écu, certainement dessiné -et colorié par l'enlumineur de Charles V, est toujours entouré de la -même auréole tricolore: ce que l'artiste auroit évité, si l'on avoit -attaché quelque sens à ce cadre. Du reste, on ne peut nier que cet -artifice ne donne plus d'éclat aux sujets enluminés. - - -Nº 8396. - -Un volume in-folio mediocri, vélin, à deux colonnes, miniatures; XIVe -siècle; relié en veau fauve. - -Bonne leçon de la première partie des chroniques, s'arrêtant à la mort -de Philippe-Auguste. - -Début: «Cil qui ceste euvre commence. A tous ceulx qui ceste histoire -liront salut en Nostre-Seigneur Jhesu-Crist. Pour ce que pluseurs gens -doubtoient de la genealogie des roys de France de quel original et de -quelle lignie ils sont descendus emprist il ceste euvre a faire pour le -commandement de tel homme que il ne pot ne ne dot reffuser. Mais pour ce -que sa lettreure et la simplece de son engin ne souffist pas a traittier -d'euvre de si haulte histoire, etc.» - -Fin: «Mort fu en lan de lincarnacion nostre Seigneur M. CC. XXIII de son -aage LVIII, et de son regne XLIII.» - - -Nºs 9615 ^2, 9615 ^3, 9615 ^4. - -Trois volumes in-4º, papier, à lignes longues; fin du XVe siècle; reliés -en veau fauve, et provenant de l'ancienne bibliothèque du président du -Mesmes. - -Exemplaire complet et d'une transcription fort incorrecte. Le premier -volume s'arrête avec Louis-le-Débonnaire; le second à Philippe-le-Bel, -et le dernier avec le texte que nous avons suivi. Le chapitre des amours -du comte Thibaud porte au lieu de _Gaces Brulé_ le nom ridicule de -_Jobelibride_. - -Début: «Le proesme de lauteur qui translate les Croniques de France de -latin en françois. - -»Celui qui ceste oeuvre commence a tous ceulx qui ceste histoire liront -salut a nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs grans se doubtoient de la -genealogie des roys de France, de quel originel et de quelle lignie ilz -sont descendus, emprist ceste oeuvre a faire par le commandement de tel -homme que il ne pot ne ne dot refuser; mais pource que sa lecture et sa -simplesce de son engin ne souffist mie a traictier de oeuvre de si -haulte histoire.» - -Fin: «Et y mourut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx, et -sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de prinsonniers.» - - -Nº 9615 ^5. - -Un volume in-4º, papier, lignes longues; fin du XVe siècle; -demi-reliure, au chiffre de Louis-Philippe sur le dos; provenant de -l'ancienne bibliothèque de Baluze. - -Premier volume d'un exemplaire incomplet. Le récit est poursuivi jusqu'à -la fin du règne de Loys-le-jeune. - -Début: «Cy commance le prologue des Croniques de France. Cil qui ceste -oeuvre commance. A tous ceulx qui ceste histoire lyront salut en nostre -Seigneur. Pour ce que plusieurs grans se doubtoient de la genealogie des -roys de France, de quel original et de quelle lignée ilz sont descendus, -emprist ceste oeuvre a faire par le commandement de celuy homme que il -ne put ne ne dut refuser. Mais pour ce que sa lecture et la simplesce de -son engin ne souffist mie a traictier oeuvre de si haulte histoire, -etc.» - -Fin: «De cestui Phelipe désormais parlera lystoire. Et si nentrelaissera -pas lystoire a parler du pere jusques a ce point quil trespassa de ce -siecle. Car puis que lenfant Phelipe fu ne regna il longuement...» - - -Nºs 9615 ^7 ^7, 9615 ^8 ^8. - -Deux volumes in-4º, papier vélin; XVe siècle; relié en basane blanche; -provenant de la bibliothèque de Colbert. - -Cet exemplaire d'une bonne transcription est incomplet. Il faudroit un -troisième volume, le deuxième ne poursuivant le récit que jusqu'au -quatorzième chapitre de la vie de Charles-le-Bel. Il porte au chapitre -du comte de Navarre le nom: _Gastebrule_. - -Début: (Le prologue manque.) «Le premier chappitre parle comment les -François sont descendus de Troie la grant. - -»Quatre cens et quatre ans avant que Romme fust fondee regna Priant en -Troie la grant. Il envoya Paris laisne de ses filz en Grece pour ravir -la royne Helaine la femme au roy Menelaux, pour soy vengier dune honte -que les Greux lui avoient faitte. Les Grigois etc.» - -Fin: «Mais nostre sire qui mue les cuers des hommes si comme il veult et -en qui puissance sont non pas seulement les roys mais les royaumes et -toutes choses...» - - -Nº 9625 ^2. - -Un volume in-4º, papier, à lignes longues; fin du XVe siècle; relié en -veau racine; provenant de l'ancienne bibliothèque de Baluze. - -Ce manuscrit est l'avant-dernier volume d'un exemplaire dépareillé. Il -commence au milieu de la vie de saint Louis et s'arrête après la mort du -roi Jean. Il est transcrit avec beaucoup de négligence. - -Début: (Voy. chap. LXXIII de _Saint Loys_ dans notre édition.) «Coment -le roy amanda lestat de son royaume. Apres ce que le roy fut retournes -en France il se contint devotement envers nostre sire et fut droicturier -a ses subgies. Si regarda que cestoit bonne chose damender lestat de son -royaume, etc.» - -Fin: (Voyez dans notre édition la fin du roi _Jean_.) «Mais le roy de -France avoit en sa main pour ce que le roy de Navarre sestoit rendu son -ennemi. Et par ce le dit messire Bertran laissa ledit captal au roy de -France lequel le fist mener en prison ou marchie de Meaulx.» - - -Nº 9628. - -Un volume in-4º, papier, à lignes longues; XVe siècle; demi-reliure. - -Premier volume d'un exemplaire dépareillé. Il finit avec l'histoire de -Charlemagne. Transcription très-incorrecte. - -Début: «Celluy qui ceste oeuvre commence. A tous ceulx qui ceste ystoire -lyront. Salut en nostre Seigneur. Pour ce que pleusieurs gens devroyent -desirer de savoir de la genealogie et de quel original et de quelle -lignie sont yssus les roys de France en prist il ceste oeuvre a faire -par le commandement de tel homme quil ne peut ne ne dust reffuser. Mais -pour ce que la lecteure et la simplesse de son engin ne souffit pas a -tractier donneur de si hault ystoire, etc.» - -Fin: «Et ceulx qui des paiens le garderont et deffendront desserviront -la joye de paradis par les merites monseigneur saint-Jacque. A laquelle -nous doint tous parvenir par la priere monseigneur saint Jaque. Le roy -de paradis qui vit et regne en Trinité parfaite. Par tous les siècles -des siècles. Amen.» - -Cet exemplaire a été transcrit en 1460 par Pierre de Taise, qui a mis à -la fin sa signature. - - -Nº 9629. - -Un volume in-4º, papier, à lignes longues; XVe siècle; relié en maroquin -rouge, aux armes de France sur les plats. - -Volume dépareillé et dépourvu de toute autorité, en raison de la date -récente de la transcription. Il commence au règne de Charlemagne et se -termine avec celui de Henri I. - - -Nº 9630. - -Un volume in-4º, papier, lignes longues; XVe siècle; couvert en -parchemin. - -Ce manuscrit renferme une chronique toute différente de celle de -Saint-Denis. Il auroit même une grande importance si la bibliothèque du -roy ne possédoit pas du même récit deux autres manuscrits plus anciens, -savoir le nº 98. ^22, Supplément françois, et 530 du même fonds que j'ai -souvent eu l'occasion de citer, pour les règnes de Jean et de Charles V. -Mais le nº 9630 est particulièrement recommandable pour le récit du -voyage de l'empereur Charles IV en France. Il en donne tous les détails -moins correctement, il est vrai, mais aussi longuement que le beau -manuscrit 8395. A la suite est également la déposition de Jacques de -Rue, mais fort écourtée. Le volume se termine par un morceau étranger à -nos chroniques: «l'Avis baillié par l'Université de Paris au roy sur le -débat des papes.» - - -Nº 9649, 9650, 9651, 9652, 9653. - -Cinq volumes in-4º, papier, à lignes longues; fin du XVe siècle; reliés -en maroquin rouge, aux armes de Béthune sur les plats. - -Cet exemplaire ne contient que la seconde partie des _Chroniques de -Saint-Denis_, à partir du règne de Saint-Louis. C'est la rédaction -définitive: mais comme le relieur de la bibliothèque de Philippe de -Béthune, au lieu de tracer sur le dos le titre général de _Chroniques de -Saint-Denis_, s'est contenté, pour chaque volume, d'un titre spécial; au -premier: _Les fais du bon roy Saint-Louys_; au second: _Les Chroniques -de Philippe-le-Bel_; au troisième: _Histoire des roys Philippe-le-Bel, -Charles-le-Bel et Philippe de Valois_; au quatrième: _Les fais du roy -Jean et du roy Philippe de Valois_; au cinquième enfin: _Les Chroniques -des roys Charles V et de Madame_; il en est résulté chez le père Daniel, -Villaret, M. de Sismondi et quelques autres, une erreur qui fait peu -d'honneur à la critique de ces arrangeurs d'histoire. Ils ont cru que -chacun des quatre derniers volumes contenoit une relation des -successeurs de saint Louis, différente de celle des _Chroniques de -Saint-Denis_; et très-fréquemment il leur est arrivé de citer en marge -ou en notes comme deux autorités parfaitement distinctes les _Chroniques -de Saint-Denis_ imprimées, et la vie manuscrite de Philippe de Valois, -manuscrit 9651:--Les _Chroniques de Saint-Denis_ imprimées et l'histoire -inédite du roi Jean conservée dans le manuscrit 9652, etc. La vérité, -c'est que ces volumes n'offrent que le texte consacré des _Chroniques de -Saint-Denis_. Seulement la transcription en est fort inexacte. - -Début: «Cy commencent les fais et la vie du bon roy saint Loys.--Nous -devons avoir en mémoire les fais et les contenances de nos devanciers et -nous devons remirer ces anciennes escriptures qui parlent des preudes -hommes et de leurs vies. Si comme fut monseigneur saint Loys qui se -contint si honnestement en son royaume, etc. - -Fin: «Et y morut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx. Et -s'en alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens.» - -Cette fin est au fol. 77. Les dix-sept derniers feuillets qui suivent -contiennent: «Ung petit traittié ou quel est contenue et recitée -l'occasion ou couleur par laquelle feu le roy Edouart dAngleterre se -disoit avoir droit a la couronne de France.» - - -FONDS DE NOTRE-DAME. - -Nº 134. - -Un volume in-folio parvo, vélin, à deux colonnes; XVe siècle; relié en -veau fauve. - -Premier volume d'un exemplaire dépareillé et assez négligemment -transcrit. Le récit se poursuit jusqu'à la mort de Philippe de Valois. -Au chapitre du comte de Champagne, on lit _Gastebrulles_. - -Début: _Ce sont les grans Croniques de France_. - -«Cil qui ceste oevre commence a tous ceulx qui ceste hystoire liront -salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens doubtoient de la -genealogie des roys de France de quel original et de quelle lignie il -sont descenduz emprist-il ceste oevre a faire par le commandement de tel -home que il nen pout ne ne dut refuser. Mez pource que sa lettreure et -sa simplece de son engin ne soufist pas a tretier de oevre de si haute -hystoyre...» - -Fin: «Si puet on veoir par fait comment le bon roy Phelipe fu vray -catholique et non pas seulement pour lez .II. causez dessous escriptes -mais pour pluseurs autres pourcoy nostre Seigneur voult quil eust painne -et tribulacion en ce monde afin quil peust avec luy regner -perdurablement apres sa mort.» - - -FONDS DE SORBONNE. - -Nº 423. - -Un volume in-folio mediocri, papier, à deux colonnes; fin du XVe siècle; -relié en maroquin rouge, aux armes du cardinal de Richelieu sur les -plats. - -C'est le premier volume d'un exemplaire dépareillé. Il ne conduit le -récit que jusqu'au milieu du quinzième chapitre de la vie de -_Loys-le-Gros_. - -Début: «Cils qui ceste oeuvre commenca a touls cheulx quy ceste histore -liront salut en nostre Seigneur pour che que pluiseurs gens se -doubtoient de la genealogie des rois de Franche de quel original et de -quelle lignie il sont descendus emprist ceste oeuvre a faire par le -commandement de tel homme que il ne peust ou deubst refuser. Mais pour -che que la lecture et la simplaiche de son enghin ne souffist mie a -traitier oeuvre de si hault histore.» - -Fin: «Et lautre menu peuple qui alloiens aux appostres en pelerinage et -les fesoit aller a son pie et encliner aussi comme sil feust droit -apostre. Et quant y aloient ains pris...» - - -Nºs 425 et 426. - -Deux volumes in-folio maximo, vélin, à deux colonnes, miniatures, -vignettes et initiales; commencement du XVe siècle; reliés en veau -fauve. - -Très-bel exemplaire de la rédaction définitive. Le chapitre du comte de -Champagne porte le nom: _Gatebrule_. - -Début: «Cy commencent les grans croniques et les fais de tous les roys -qui ont regne en France. Cy commence la genealogie des deux qui -regnerent avant quil y eust oncques roy en France et puis apres des roys -ensuivent qui apres eux ont regne. - -»Cil qui ceste euvre commence, a tous ceulx qui ceste histoire liront -salut en nostre Seigneur. Pour ce que plusieurs grans se doubtoient de -la genealogie des roys de France quel original et de quel lignie il sont -descendus emprist ceste euvre a faire par le commandement de cel homme -que il ne pot ne ne dut refuser; mais pour ce sa lecture et la simplesce -de son engin ne souffist mie a traitier de unne si haulte histoire...» - -Fin: «Et y morut grant foison de leur gent et de leur chevaux et sen -alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens.» - - -Nº 430. - -Un volume in-4º, papier, à deux colonnes; fin du XVe siècle; relié en -maroquin rouge, aux armes du cardinal de Richelieu sur les plats. - -Troisième et dernier volume d'un exemplaire dépareillé. Il commence au -règne de Philippe de Valois, et suit la leçon curieuse que j'ai donnée -en variante à la fin de ce règne. - -Début: «Apres la mort du roy Charles qui bel estoit appelez lequel avoit -lessie la royne Jehanne sa femme grosse furent assemblez les barons et -les nobles hommes du pais a traitier du gouvernement du royaulme. Car -comme la royne feust grosse et on ne savoit quel enfant elle devroit -avoir il ny avoit cellui qui osast a lui appliquer le nom de roy -bonnement ne usurper...» - -Fin. «Et y morut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx, et sen -alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens.» - - -Nº 1005. - -Un volume in-fol. parvo, vélin, lig. long.; fin du XVe siècle; relié en -parchemin vert. - -Dernier volume d'un bel exemplaire dépareillé. Il commence à Philippe de -Valois, et continue le récit bien au-delà de la mort de Charles V; -d'après Juvenal des Ursins et Jean Chartier. - -Début: «Apres la mort du roy Charles qui bel estoit appelle lequel avoit -laissie la royne grosse, furent assemblez les barons et les nobles a -traictier du gouvernement du royaume.» - -Fin (au fol. 182): «Et y mourut grant foison de leurs gens et de leurs -chevaulx et sen allerent aulcuns et emmenerent grant foison de -prisonniers.» - - -FONDS DES GRANDS AUGUSTINS. - -Nº 79. - -Un volume in-4º, papier, lignes longues; commencement du XVe siècle; -couvert en vieille peau blanche. - -Premier volume d'un exemplaire dépareillé qui avoit appartenu à Pithou. -La transcription en est belle et assez correcte. Le premier feuillet a -été arraché, et le récit n'est poursuivi que jusqu'à la fin du douzième -chapitre du deuxième livre de Philippe-Auguste. - -Début: (Vers la fin du prologue.) «La soustint et garantist comme sa -propre partie qui pour introduire en la foy lui fut livree. La seconde -raison si peut estre telle que la fontaine de Clergie par qui sainte -eglise est soustenue et enluminee flourist a Paris...» - -Fin: «Et les villains que le roy avoit exauciez qui pas ne savoient lus -darmes ne navoient pas hardement de combattre tournerent en fuitte leurs -ennemis qui les virent fouir prinstrent...» - - -FONDS DU DUC DE LA VALLIERE. - -Nº 33. (Anc. nº 5017.) - -Un volume in-folio, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes et -initiales; fin du XIVe siècle; relié en maroquin rouge. - -Ce manuscrit d'après lequel on a gravé le frontispice de notre édition -in-fol. a été parfaitement décrit par M. Van Praet, dans le 3e volume du -_Catalogue des livres de M. le duc de la Valliere_. Il est d'une -admirable exécution, mais la pureté de son texte n'est pas comparable à -l'élégance des ornemens et à la netteté de la calligraphie. Il a cela de -remarquable qu'à la fin de Philippe de Valois, fol. 422 vº, il porte: -_Ci fénissent les Croniques de France_. Nouvelle preuve de ce que j'ai -déjà avancé sur le changement de rédaction à compter du règne de son -successeur. - -Au chapitre du comte de Champagne, il porte la leçon de _Gatebrulle_. - -Début: «Ci commencent les Croniques de France et premierement le -prologue. - -»Cil qui cest euvre commence a tous ceulx qui ceste hystoire liront -salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens doubtoient de la -genealogie des roys de France de quel original et de quelle lignie il -sont descendus emprist il celle euvre a faire par le commandement de tel -homme que il nen pot ne ne dut refuser. Mais pour ce que sa lectrure et -la simplesce de son engin ne souffist pas a traitier de euvre de si -haulte hystoire, etc.» - -Fin: «Et y mourut grant foyson de leurs gens et de leurs chevaulx. Et -sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens.» - -Au dessus du dernier feuillet la rubrique porte: «Du roy Charles VI qui -a present regne. Dieu lui doint honneur et bone vie.» - - -FONDS DU SUPPLÉMENT FRANÇOIS. - -Nº 6. - -Un volume in-folio maximo, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes -et initiales; fin du XVe siècle; relié en veau marbré, à l'aigle -françoise sur les plats. - -Exemplaire dont les miniatures doivent être mises au nombre des plus -belles que l'on ait jamais exécutées. M. le comte Auguste de Bastard, si -excellent juge, y reconnoît la main de Jean Fouquet, peintre de Louis -XI. Le mérite des ornemens a porté malheur à la première feuille du -manuscrit qui a été enlevée avant l'entrée du volume dans la -Bibliothèque du roi. Quant au texte, je ne l'ai pas trouvé plus pur que -celui des manuscrits les plus ordinaires. La date peu ancienne de -l'exécution m'a d'ailleurs rarement permis de donner la préférence aux -variantes que j'y remarquois. Au chapitre du comte de Champagne il porte -le nom: _Gaste Brule_. - -Le premier feuillet conservé commence avec les dernières lignes du -prologue: «Que longuement y soient maintenus a la louenge et a la gloire -de son nom qui vit et regne par tous les siecles des siecles. -Amen.»--«Premier. Comment François sont descendus des Troyens de Troye -la grante, etc.» - -Fin: «Et y mourut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx, et -s'en alèrent aucuns et emmenèrent grant foison de biens.» - - -Nº 7. - -Deux volumes in-folio, vélin, à deux colonnes; XVe siècle; reliés en -veau marbré, à l'aigle françoise sur les plats. - -Exemplaire horriblement mutilé. Tous les ornemens en ont été coupés. -D'après une note attachée dans le premier volume, on voit que le célèbre -antiquaire d'Agincourt l'avoit présenté au mois d'avril 1774 au prince -de Soubise: la révolution françoise en fit la propriété de la nation. -Mais si d'Agincourt attachoit à son présent quelque prix, c'étoit sans -doute en raison des miniatures qui l'ornoient. Les auroit-il lui-même -arrachées avant de se défaire des volumes? On aura grand' peine à le -croire; et certes tel qu'il est aujourd'hui, le présent n'étoit plus -digne d'un personnage tel que le prince de Soubise. La mutilation aura -donc plutôt eu lieu dans l'intervalle écoulé entre la saisie des objets -trouvés à l'hôtel de Soubise et le dépôt de ce volume dans la -bibliothèque nationale. - -La transcription commence par une table générale de toutes les -chroniques. Puis à la suite de cette table: - -«Cy commence le prologue de lauteur qui a translate les Croniques de -France. - -»Cils qui ceste euvre commence. A tous ceulx qui ceste histoire liront -salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs se doubtoient de la -genealogie des Roys de France duquel original et de quelle lignee ilz -sont descendus emprist ceste euvre a faire par le commandement de tel -homme quil ne povoit ne ne devoit refuser. Mais pour ce que sa lecture -et la simplesce de son engin ne souffisoit mie a traictier dune si -haulte histoire, etc.» - -Fin: «Et y morut grant foison de leur gens et de leur chevaux, et sen -alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens.» - -Le chapitre du comte de Champagne donne la leçon de _Gatebrule_. - - -Nº 218. - -Un volume in-4º maximo, vélin, à deux colonnes, miniatures et initiales; -première partie du XIVe siècle; relié en maroquin rouge. - -Cette leçon est, après celle de Sainte-Geneviève, la plus ancienne que -je connoisse. Elle poursuit le récit historique jusqu'à l'année 1330, -mais il faut distinguer dans la composition générale deux parties: la -première s'arrête à la mort de Philippe-Auguste et présente le texte -définitif des _Chroniques de Saint-Denis_; la seconde n'offre plus que -des matériaux historiques empruntés surtout aux continuateurs de Nangis, -matériaux employés plus tard avec réflexion par le rédacteur définitif -des _Chroniques de Saint-Denis_, et qu'après lui j'ai pu souvent -consulter avec fruit pour compléter ou éclaircir le récit. La solution -de continuité que l'on trouve ici après la mort de Philippe-Auguste est -d'ailleurs une nouvelle preuve du grand espace de temps écoulé entre la -rédaction de ce dernier règne et celui du règne de saint Louis. Il est -en effet vraisemblable qu'en l'année 1318, époque de la transcription de -presque tout ce volume, la vie de saint Louis n'étoit pas encore -rédigée, telle qu'elle a été faite pour les _Chroniques de Saint-Denis_. -Mais comme cette question doit être approfondie dans une dissertation -spéciale, il nous suffira de remarquer ici que le nº 218 est en général -transcrit avec le plus grand soin, et qu'il offre même pour le récit -antérieur à Louis VIII un grand nombre de variantes dont j'ai fait mon -profit. Les premières lignes du volume sont une longue rubrique que nous -allons transcrire: - -«Ci commencent les Croniques des roys de France, depuis le temps des -premiers roys qui y furent jusques au temps du roy Phelippe qui fu fils -Phelippe le Biaux et frere le roy Looys. Lesquelles Pierres Honnorez du -Neufchastel en Normendie fist escrire et ordener en la maniere que elles -sont selonc l'ordenance des Croniques de Saint-Denis a mestre Thommas de -Maubeuge, demorant en rue Nostre-Dame-de-Paris. Lan de grace Nostre -Seingneur mil CCC et XVIII. Et contiennent trois generacions. Dont la -premiere si est du roy Merove comment que il y eust bien autres roys -devant lui. La seconde du roy Pepin. La tierce de Hue Capet. Et pour ce -que trop fort chose seroit a trouver briefment les hystoires et les -autres choses qui y sont contenues cest livre est ordene selonc les -trois generacions par nombre. Et qui voudra lire ci apres il sera -enseingnie et avisie de trover par le nombre ce que il demandera qui ou -livre sera contenu.» - -Suit alors la table jusqu'aux premières années de _Phelippe-le-Biau_, -fol. 127 du Manuscrit. A partir de là, les feuillets ne sont plus -nombrés en rouge par le scribe primitif. Cependant comme le point -d'écriture ne change pas dans les pages suivantes, il est à croire que -le même scribe aura poursuivi la transcription jusqu'au feuillet 148 Rº, -c'est-à-dire jusqu'à la fin de l'année 1316. Les derniers mots de -l'ancienne écriture répondent dans notre édition au 4e alinéa du -huitième et dernier chapitre de Louis Hutin. Les voici: - -«Et en y cest an aussi el mois de septembre Robert dArtois fiex Phelippe -dArtois qui fu fiex Robert le conte dArtois. Qui morut a Courteray en -Flandres. Entra a tout grant et noble chevalerie de chevaliers ensemble -alies en la cyte dArras. A li usurpant et prenant aussi comme par -violence la conte dArtois ou prejudice de la contesse dArtois fille le -dessus dit Robert conte dArtois.» - -Le reste, jusqu'au folio 161 et dernier, est d'une écriture postérieure -à la rubrique du commencement. Le récit se poursuit ainsi jusqu'à -l'année 1329, et le dernier alinéa se rapporte au neuvième chapitre de -Phelippe de Valois dans notre édition. Le voici: - -«En cel temps et un enffant à Pauponne en leveschie de Paris dentour -.VII. ans et dirent pluseurs simples gens que come par miracle il -garissoit de diverses maladies et disoit aus malades mangies des pocs en -non de sante ou metes. 1. pou feluiel sus vostre mal et par ce faire -disoient les simples gens que il garissoient. Dont assez tost levesque -de Paris envoia querre icel enffant et son pere et sot par verite que ce -nestoit que simplesce et ignorance et que du fait quant a miracles riens -ni avoit. Et ainssin renvoia lenffant et deffendi par son eveschie que -nuls ja plus nalast en tel esperance de garir. Et ainssi celle folle -renommee de cel enffant cessa.» - - -Nº 632 ^19. - -Un volume in-4º, papier, à lignes longues; XVe siècle; relié en vélin -blanc. - -Volume dépareillé contenant le texte des Chroniques abrégées. Il -commence au règne de Philippe-le-Bel et se termine avec le premier -chapitre du règne de Charles VI. - - -Nº 1541 ^A et B. - -Deux volumes in-folio, vélin, à deux colonnes et miniatures; XVe siècle; -reliés en maroquin. - -Cet exemplaire de la leçon définitive n'a pas été terminé. La copie -s'arrête à la fin du chapitre XXe de Charles V, année 1369. Le scribe a -montré beaucoup d'intelligence dans cette transcription dont je me suis -fréquemment servi. Elle offre la variante précieuse que j'ai placée dans -les _Addenda_, à la fin de la vie de Philippe de Valois. Le chapitre du -comte de Champagne donne le nom: _Gastebrulles_. - -Début: «Cil qui cest euvre commence a tous ceulx qui ceste hystoire -liront salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens se doubtoient -de la genealogie des roys de France de quel original et de quelle lignie -ilz sont descendus emprist ceste euvre a faire par le commendement de -tel homme qui ne le pot ne deut refuser. Mais pour ce que sa lettreure -et sa simplesce de son engin ne suffist mie a traitier de euvre si -haulte hystoire, etc.» - -Fin: «Item, que veues et considerees les choses dessus dictes lesquelles -sont venues a la cognoissance du roy de France. Et nouvellement il nous -appert que le roy dAngleterre et le prince ne doivent user desdictes -souverainetes et ressors. Et que tout ce que fait en ont doit estre -rappelle et mis au neant. La VIIe...» - - -BIBLIOTHÈQUE DE SAINTE-GENEVIÈVE. Msc. coté L. F. 2. - -Un volume in-folio parvo, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes -et initiales; fin du XIIIe siècle; relié en veau fauve. - -Cette précieuse leçon est d'une écriture extrêmement belle. Le récit de -nos chroniques est poursuivi jusqu'à la mort de Philippe-Auguste. C'est -à ce point là que le volume s'arrêtoit originairement, comme la preuve -doit s'en tirer des célèbres vers de présentation transcrits à la suite -d'une feuille de garde qui sépare le règne de Philippe II de la vie de -saint Louis. Comme je l'ai dit à la fin de la vie de Philippe-Auguste, -le volume fut exécuté pour Philippe-le-Hardi, et l'abbé de Saint-Denis -chargea de ce grand travail l'un de ses moines. Dans la miniature -curieuse placée au-dessus des vers de présentation, le moine agenouillé -offre le livre au roi, et l'abbé de Saint-Denis étendant la main gauche -sur la tête du moine s'exprime ainsi: - - Phelippes rois de France qui tant es renommes, - Je te rens le romans qui des rois est romes; - Tant a cil travaillie qui Primas est nommez - Que il est Dieu merciz parfaiz et consumez, etc. - -La vie de saint Louis, ajoutée au volume primitif, doit avoir été -transcrite vers le milieu du XIVe siècle. Tandis que le surnom de -_saint_ donné partout à Louis IX prouve déjà que cette transcription est -postérieure à l'année 1298, le caractère des initiales, surtout celui de -la première, me décideroit à la rejeter au règne du roi Jean, quand même -certaines modifications palpables de l'ancienne orthographe françoise ne -justifieroient pas cette conjecture. Ainsi l'on trouve partout _le -conte_ au lieu du nominatif du XIIIe siècle et de la première moitié du -XIVe _li quens_. Quoi qu'il en soit, cette vie de saint Louis n'en a pas -moins été le modèle exactement suivi par Henry du Trevoux, copiste du -manuscrit de Charles V; et ce volume lui a seul permis, dans le chapitre -des amours de Thibaud, d'écrire correctement le nom de _Gace Brulé_. - -Je ne fais donc pas difficulté de le regarder comme le plus ancien -manuscrit des Chroniques françoises proprement dites de Saint-Denis. Et -qu'il ait été mis entre les mains de Henry du Trevoux, c'est ce qu'il me -sera facile de démontrer par les observations suivantes: - -1º La reproduction du manuscrit de sainte Geneviève est exacte dans le -nº 8395, partout où quelque mot tracé légèrement à la marge du volume -modèle n'a pas averti Henry du Trévoux de changer quelque chose à la -première transcription. Ainsi au folio 158 rº, Primas avoit réuni les -deux chapitres 7 et 8 du IVe livre de Charlemagne; mais le reviseur de -son travail a écrit à la marge, au point où devoit finir le 7e chapitre: -_Ca_m. VIII. Et Henry du Trévoux de se soumettre à cette indication et -de remettre en place la rubrique du VIIIe chapitre. (Voy. fº 125 vº.) -Une autre omission analogue est indiquée dans le texte de Primas, au fº -187 vº, et réparée par Henry du Trévoux au fº 148 rº. - -Bien plus: au fº 202 rº de Primas, l'index offre treize chapitres; mais -cette distribution est embarrassée, parce que, entre le septième, où -s'arrête la vie de _Louis-le-Baube_, et le huitième, l'incidence de -l'histoire des Normands devient l'occasion de quatre rubriques -distinctes de ces treize chapitres. En cet endroit le préparateur a donc -écrit: «Henry ne faites ci pas de capitres usque ad signum--car ces -capitres ne servent ci de rien.» Henry du Trévoux n'a donc en -conséquence énoncé avant la vie de _Louis-le-Baube_ que sept chapitres -(fº 160 rº). - -Au fº 209 rº de Primas, on lit à la marge d'une miniature: «Henry ne -laissies ci point dhystoire.» En effet dans le passage correspondant du -manuscrit 8395, fº 165 rº, on ne trouve qu'une petite initiale à la -place de la miniature ou _histoire_ du modèle. - -Tous ceux qui ont feuilleté des manuscrits anciens à miniatures ont pu -souvent remarquer, à l'extrémité des marges extérieures, des piqûres -d'épingle ou d'aiguille en nombre égal à celui des lignes de l'écriture. -Le volume de Primas va nous apprendre l'usage de ces piqûres. A la marge -du fol. 211 vº, je lis: «Faut .I. ystoire de .VI. poins.» Et dans le -travail de Henry du Trévoux l'endroit correspondant est rempli par une -grande initiale carrée de la longueur de six points ou lignes.--Au fol. -219 rº de Primas, on recommande _deux vignettes de huit poins_; et dans -la copie de Henry, deux vignettes carrées occupent l'espace de huit -lignes dans l'endroit indiqué.--Au fol. 156 vº de Primas, je trouve -écrit à la marge: _Hystr. double XXVI lignes_. Au fol. correspondant du -numéro 8395, on a mis une _histoire_ ou miniature double tenant la place -de vingt-six des lignes de la copie. - -Je dois encore remarquer que ce volume présenté à Philippe-le-Hardi -étoit encore la propriété de Charles V, comme l'atteste la signature de -ce grand roi, tracée à la fin du volume. Ainsi pour exécuter la leçon du -nº 8395, Henry du Trévoux n'aura pas eu besoin de quitter la librairie -royale du Louvre. - - -FIN. - - - - -NOTE DU TRANSCRIPTEUR - -On a représenté _entre signes soulignés_ les caractères italiques. Les -petits caractères en exposant dans les références des manuscrits sont -précédés du signe ^. - -*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES GRANDES CHRONIQUES DE FRANCE -(6/6) *** - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the -United States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. 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Hart was the originator of the Project -Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of -volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. 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You may copy it, give it away or re-use it under the terms -of the Project Gutenberg License included with this eBook or online -at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. 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PAULIN PARIS,</b><br /> -<span class="small">De l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres.</span></p> - -<p class="c small">TOME SIXIÈME.</p> - - -<p class="c gap"><b class="large">PARIS.</b><br /> -TECHENER, LIBRAIRE,<br /> -12, <span class="xsmall">PLACE DU LOUVRE</span>.</p> - -<p class="c">1838.</p> - -<div class="break"></div> - -<p class="c top6em">PARIS. — IMPRIMERIE DE BÉTHUNE ET PLON,<br /> -36, rue de Vaugirard.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">CY COMENCENT LES FAIS DU -BON ROY JEHAN.</h2> - - - - -<h3>I.</h3> - -<p class="section">Du couronnement du roy Jehan, des chevaliers qu'il fist et de -la mort monseigneur Raoul conte d'Eu et de Guynes, lors -Connestable de France.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1350</div> - -<p><a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>Après le trespassement du roy Phelippe de Vallois régna -pour luy Jehan, son ainsné fils ; et fu couronné en l'église -de Rains, le dimenche vint-sixiesme jour de septembre, -l'an de grace mil trois cent cinquante. Et aussi à celluy jour -fu couronnée la royne Jehanne, femme dudit roy Jehan. Et -après ce couronnement, fist le roy pluseurs chevaliers nouveaux, -c'est assavoir : Charles, son ainsné fils, dauphin de -Vienne ; Loys, son secont fils ; le conte d'Alençon<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a> ; le conte -d'Estampes ; monseigneur Jehan d'Artois ; monseigneur -Phelippe, duc d'Orléans, frère dudit roy Jehan ; monseigneur -d'Artois ; le duc de Bourgoigne, fils de la devant -dite royne Jehanne de son premier mari, c'est assavoir -de monseigneur Phelippe de Bourgoigne ; le conte de -Dampmartin et pluseurs autres.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> A partir d'ici jusque vers 1356, les anciennes éditions de Froissart -ne font guère que reproduire le texte de nos chroniques. C'est l'un -des endroits sinon les plus agréables du moins les plus véridiques de -ce fameux historien. M. Buchon, dans ses éditions, a remplacé cette lacune -par un texte dont la plus grande partie semble effectivement plus -conforme au style de Froissart.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> <i>Le conte d'Alençon</i>. Charles III<sup>e</sup> du nom, et non pas <i>Louis</i>, fils du -roi, comme le dit Villaret. — <i>Le conte d'Estampes</i>. Louis d'Evreux, tige -des comtes d'Eu. — <i>Monseigneur Jehan d'Artois</i>, surnommé <i>Sans Terre</i>, -fils du fameux Robert. <i>Le conte de Dampmartin</i>, Charles.</p> -</div> -<p>Les choses ainsi faites, le roy se parti de la dite ville de -Rains le lundi au soir, et s'en retourna à Paris par Laon, -par Soissons et par Senlis. Et entrèrent lesdis roy et -royne à Paris à très belle feste, le dimenche dix-septiesme -jour du mois d'octobre ensuivant, après vespres, et dura -la feste toute la sepmaine. Et puis demoura le roy à Paris, -à Neelle<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a> et au palais, jusques à la saint Martin d'yver ensuivant, -et fist l'ordenance de son parlement<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>. Et quant le -roy entra en Paris, au retour de son joyeux avènement, la -ville de Paris et grant pont<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a> estoient encourtinés de divers -draps ; et toutes manières de gens de mestier estoient vestus -chascun mestier d'unes robes pareilles ; et les bourgois de la -dite ville d'unes autres robes pareilles<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a> ; et les Lombars qui -en la dite ville demouroient furent vestus tous d'unes robes -parties de deux tartares de soye<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>, et avoient chascun sur -sa teste chappiaux haus agus et mi-partis de meismes leur -robes ; et tous les uns après les autres, les uns à cheval et -les autres à pié, alèrent au devant du roy qui entra à Paris -à grant joye ; et jouoit-l'en devant luy de moult de divers -instrumens<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> <i>A Neelle</i>. Sans doute à l'Hôtel de Nesle, situé sur la rive gauche -de la Seine, en face du Louvre.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> A l'avènement de chaque roi, tous les officiers judiciaires avoient -besoin d'une nouvelle investiture, autrement ils étoient <i>désappointés</i> : expression -que nous avions laissée vieillir avant de la reprendre des Anglois, -dans une acception moins exacte.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> <i>Grand Pont</i>. Le Pont aux Changeurs.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> <i>D'unes autres robes</i>. On voit ici suffisamment la distinction des <i>gens -de métier</i>, ou ouvriers, et des <i>bourgeois</i>. M. Guizot dira-t-il encore que -c'est lui et ses amis qui ont inventé la <i>classe moyenne</i>?</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> <i>Tartares de soie</i>. Les <i>tartares</i> étoient de longues robes dont le tissu -semble avoir été généralement de bourre de laine ou de soie. (Voy. les -citations de Ducange au mot <i lang="la" xml:lang="la">tartarius</i>.) Peut-être, de là, le mot moderne -de <i>tartans</i>, châles de bourre de laine.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> Cette entrée est représentée dans une miniature charmante de l'admirable -manuscrit de nos Chroniques, n<sup>o</sup> 6 Supplément françois.</p> -</div> -<p>Le mardi qui fu le seiziesme jour de novembre ensuivant, -l'an devant dit, Raoul, conte d'Eu et de Guynes<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>, lors -connestable de France, qui nouvellement estoit venu d'Angleterre -de sa prison, en laquelle il avoit esté depuis l'an -quarante et six qu'il avoit esté pris à Caen ; fors tant que il -avoit esté eslargi par pluseurs fois pour venir en France, -fu prins en l'ostel de Neelle à Paris là où le roy estoit, par le -prévost de Paris du commandement du roy. Et audit ostel -de Neelle fu tenu prisonnier jusqu'au jeudi ensuivant, dix-huitiesme -jour dudit mois de novembre. Et là, à heure de -matines dont le vendredi ajourna<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>, en la prison où il estoit -fu décapité, présent le duc de Bourbon<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>, le conte -d'Armagnac, le conte de Montfort, monseigneur Jehan de -Bouloigne, le seigneur de Revel et pluseurs autres chevaliers -et autres qui, du commandement du roy, estoient là ; lequel -roy estoit au palais. Et fu ledit connestable descapité -pour très grans et mauvaises traïsons que il avoit faites et -commises contre ledit roy Jehan ; lesquelles traïsons il -confessa en la présence du duc d'Athènes<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a> et de pluseurs -autres de son lignage. Et fu enterré le corps aux Augustins -de Paris, hors du moustier, du commandement du roy, -pour l'honneur des amis dudit connestable.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> <i>Guynes</i>. Et non pas <i>Guyenne</i>, comme le dit Villaret. Raoul étoit de -la maison de Brienne.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> <i>Dont le vendredi ajourna</i>. C'est-à-dire : à l'heure où le jour commençoit -à poindre.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> <i>Bourbon</i>. Variantes <i>Bourgoigne</i>. Je suis de préférence la leçon de -Charles V, msc. 8395 ; et d'autant plus volontiers, à compter d'ici, que la -transcription en est d'une main plus récente et que suivant toutes les apparences -elle a été revue attentivement par Charles V lui-même.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> <i>Duc d'Athènes</i>. Gauthier de Brienne.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>II.</h3> - -<p class="section">Coment le roy Jehan fist connestable monseigneur Charles -d'Espaigne, et de pluseurs incidences.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1351</div> - -<p>Au mois de janvier après ensuivant, Charles d'Espaigne -à qui ledit roy avoit donné la conté d'Angoulesme, fu fait -par icelluy roy connestable de France<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>. Item, le premier -jour d'avril après ensuivant, se combati monseigneur Guy -de Neelle, mareschal de France, en Xaintonge à pluseurs -Anglois et Gascoins, et fu ledit mareschal et sa compaignie -desconfis ; et y furent pris ledit mareschal, monseigneur -Guillaume, son frère, monseigneur Arnoul d'Odeneham et -pluseurs autres. Item, le jour de Pasques flouries qui furent -le dixiesme jour d'avril l'an mil trois cent cinquante, fu présenté -à Giles Rigaut de Roicy, qui avoit esté abbé de Saint-Denis -en France et de nouvel avoit esté fait cardinal, le -chappel rouge, au palais à Paris, en la présence dudit -roy, par les évesques de Laon et de Paris, et par mandement -du pape fait à eux par bulle ; ce qui n'avoit pas -acoustumé à estre fait autrefois<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a> ; mais ce fut par la -prière dudit roy. Item, au mois de septembre mil trois -cent cinquante un, fu recouvrée des François la ville de -Saint-Jehan-d'Angéli, que les Anglois avoient tenue -cinq ans ou environ ; et fu rendue par les gens du roy anglois -sans bataille aucune pour ce qu'il n'avoient nuls -vivres. En celuy an fu la plus grande chierté de toutes -choses que homme qui lors vesquist eust oncques veu au -royaume de France, et, par espécial, de grains : car un setier -de forment valut à Paris, par aucun temps en ladite -année, huit livres parisis ; un setier d'avoine soixante sous -parisis ; un setier de pois huit livres parisis, et les autres -grains à la value. Et en celuy an fu fait le mariage de -monseigneur Charles d'Espaigne, lors connestable de -France à qui ledit roy Jehan avoit donné la conté d'Angoulesme, -et de la fille monseigneur Charles de Blois, duc -de Bretaigne.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> Il en exerçoit les fonctions depuis plusieurs années sous le nom du -comte d'Eu, prisonnier en Angleterre. Charles étoit fils du célèbre Ferdinand -de la Cerda et, par sa grand-mère, arrière petit-fils de saint Louis.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> Auparavant, les cardinaux étoient obligés d'aller trouver le pape -pour recevoir de ses mains les insignes de leur nouvelle dignité. Il y -avoit précisément un siècle que les cardinaux partageoient avec les légats -l'honneur de porter le chapeau rouge ; sans doute parce qu'à compter -du concile de Lyon en 1246, on les considéra comme <i>légats</i> par le fait -même de leur titre de prêtres cardinaux.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>III.</h3> - -<p class="section">Coment la ville et le chastel de Guynes furent pris des Anglois -par traïson, le jour que le roy Jehan faisoit à Saint-Ouyn -la feste de l'Estoille<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> Le msc. de Charles V ajoute ici : <i>Laquelle feste est cy-après pourtraite -et ymaginé.</i> En effet, dans une curieuse miniature on voit les chevaliers -de l'Étoile habillés d'une blanche tunique serrée par une ceinture -dorée, puis d'un riche manteau fourré de ceux qu'on appeloit d'<i>hermine -angoulé</i>. Le roi sur son trône porte le même costume, et comme eux une -grande étoile semblable aux <i>plaques</i> de nos grands dignitaires, au côté -gauche de la poitrine. Au-dessous de ce premier tableau est celui du dîner -des chevaliers de l'Étoile.</p> -</div> - -<p>En celuy an mil trois cent cinquante un dessus dit, au -mois d'octobre, fu publiée la confrairie de la noble maison -de Saint-Ouyn près de Paris, par ledit roy Jehan ; et portoient -ceux qui en estoient chascun une estoille en son chaperon -par devant ou en son mantel. Durant ceste feste de -l'estoille, fu prise par traïson des Anglois la ville et le chastel -de Guynes : car bonnes trièves estoient jurées entre les roys -de France et d'Angleterre ; et pour ce, en celle seurté, estoit -venu veoir ladite feste le sire de Banelinguehem, capitaine -et garde dudit lieu<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a>. Et durant ce, les Anglois traictièrent -avecques un de ceux à qui la garde dudit chastel -estoit bailliée, nommé Guillaume de Biauconroy ; et par -traïson, sans ce que deffense y fust mise, y entrèrent. De -laquelle prise le peuple s'esmerveilla trop, disant que -vérité, loyauté né foy n'estoit ès Anglois. Et pour ce fu -pris ledit Guillaume qui, pour la traïson ainsi faite par luy -à la requeste desdis Anglois, fu descapité et pendu comme -raison estoit.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> Le roi l'avoit sans doute mandé lui-même pour recevoir les insignes -du nouvel ordre. Le nombre des chevaliers fut dès le premier jour -porté à cinq cents. C'était trop peut-être ; mais il en survécut un bien -petit nombre à la déroute de Poitiers. — <i>Biauconroy</i>. Var. : <i>Biaucony</i>, -<i>Beaucerny</i>. (Voyez les curieux statuts de l'ordre de l'Étoile dans Villaret, -vol. <small>II</small>, p. 38 et suivant.)</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>IV.</h3> - -<p class="section">Coment le duc de Lenclastre et le duc de Bresvic vindrent à -Paris pour eux combatre devant le roy Jehan, mais le roy -prist le fait en sa main.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1352</div> - -<p>En l'an mil trois cent cinquante deux, la vigile Notre-Dame -mi-aoust, se combati monseigneur Guy de Neelle, seigneur -d'Aufemont, lors mareschal de France en Bretaigne, -contre les Anglois ; et fu ledit mareschal occis en la bataille, -et avec luy le sire de Briquebec, le chastelain de Beauvais -et pluseurs autres nobles tant du pays de Bretaigne comme -d'autres marches du royaume de France. En celuy an, le -mardi quatriesme jour de décembre, se dut combatre à -Paris un duc d'Allemaigne appelé le duc de Bresvic<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a> contre -le duc de Lenclastre, pour paroles<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a> que ledit duc de Lenclastre -devoit avoir dites dudit duc de Bresvic, dont il l'appela -en la court de France. Et vindrent ledit jour les deux -ducs dessus nommés en champ tous armés, pour combatre -en unes lices qui, pour ce, furent faites au Pré-aux-Clercs : -l'Allemant demandeur, et l'Anglois deffendeur. Et jasoit ce -que ledit Anglois feust anemi du roy de France, et que, -par sauf-conduit, il feust venu soy combatre pour garder -son honneur, touteffois, ne souffrist pas le roy que il se -combatissent ; mais depuis que il orent fait les seremens et -que il furent montés à cheval pour assembler, les glaives ès -poings, le roy prist la besoigne sur luy et les mist à accort. -En cel an mil trois cent cinquante deux le jeudi sixiesme -jour de décembre, mourut pape Clément VI à Avignon, -lequel estoit en le onziesme an de son pontificat. Le mardi -ensuivant dix-huitiesme jour de décembre, fu esleu en -pape, environ heure de tierce, un cardinal lymosin que -l'en appelloit par son titre le cardinal d'Ostie ; mais pour -ce que il avoit esté évesque de Clermont, on l'appelloit -plus communément le cardinal de Clermont ; et fu appellé -Innocent : et par son propre nom estoit appellé monseigneur -Estienne Aubert.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> <i>Bresvic</i>. Brunswick.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> Voici la première fois que je trouve une proposition de duel faite à -l'occasion de mauvaises paroles.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>V.</h3> - -<p class="section">De la mort monseigneur Charles d'Espaigne, connestable de -France.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1353</div> - -<p>L'an de grace mil trois cens cinquante trois, le huitiesme -jour de janvier, monseigneur Charles, roy de Navarre et conte -de Evreux, fist tuer en la ville de Laigle, en Normendie, en -une hostellerie, monseigneur Charles d'Espagne, lors connestable -de France. Et fu ledit connestable tué en son lit, -assez tost après le point du jour, par pluseurs gens d'armes -que le roy de Navarre y envoia ; lequel roy demoura en une -granche au dehors de ladite ville de Laigle, jusques à tant que -ceux qui firent ledit fait retournèrent par devers luy. Et en -sa compaignie estoient, si comme l'en dist, monseigneur Phelippe -de Navarre, son frère, monseigneur Jehan, conte de -Harecourt, monseigneur Loys de Harecourt son frère, monseigneur -Godefroy de Harecourt leur oncle, et pluseurs autres -chevaliers et autres gens, tant de Normendie comme -Navarrois et autres. Et après, se retraist ledit roy de Navarre -et sa compaignie en la cité d'Evreux dont il estoit -conte, et là se garny et enforça ; et aveques luy se alièrent -pluseurs nobles, par espécial de Normendie, c'est assavoir : -les dessus nommés de Harecourt, le seigneur de Hembuye, -monseigneur Jehan Malet seigneur de Graville, monseigneur -Amaury de Meulent et pluseurs autres. Et assez tost -après, se transporta ledit roy de Navarre en la ville de -Mante, qui jà par avant avoit envoié lettres closes en pluseurs -des bonnes villes du royaume de France et aussi au -grant conseil du roy, par lesquelles il escripvoit que il avoit -fait mettre à mort ledit connestable pour pluseurs grans -mesfais que ledit connestable li avoit fais ; et envoia le conte -de Namur par devers le roy de France à Paris. Et depuis, -le roy de France envoia en ladite ville de Mante, par devers -ledit roy de Navarre, pluseurs grans hommes, c'est assavoir : -Monseigneur Guy de Bouloigne cardinal, monseigneur -Robert le Coq évesque de Laon, le duc de Bourbon, -le conte de Vendosme et pluseurs autres, lesquels traictièrent -avec ledit roy de Navarre et son conseil. Car combien que -ledit roy de Navarre si eust fait mettre à mort ledit connestable, -comme dessus est dit, il ne luy souffisoit pas que ledit -roy de France, de qui il avoit espousée la fille, luy pardonnast -ledit mesfait ; mais faisoit pluseurs requestes au roy son -seigneur, tant que l'en cuidoit bien que, entre les deux -roys dessus dis, déust avoir grant guerre ; car ledit roy de -Navarre avoit fait grans aliances et grans semonces en diverses -régions ; et si garnissoit et enforçoit ses villes et ses -chastiaux. Finablement, après pluseurs traitiés fu fait -accort entre les deux roys dessus dis par certaines manières -dont aucuns des poins s'ensuivent. C'est assavoir : -Que ledit roy de France bailleroit audit roy de Navarre -trente-huit mil livres de terre à tournois, tant pour cause de -certaine rente que ledit roy de Navarre prenoit sur le trésor -du roy à Paris, comme pour autres titres que ledit roy de -France luy devoit asseoir par certains traitiés fais lonc-tems -avant entre les prédécesseurs desdis deux roys pour cause -de la conté de Champaigne, et tout aussi pour cause du -mariage dudit roy de Navarre qui avoit espousé la fille -dudit roy de France ; pour lequel mariage luy avoit esté -promise certaine quantité de terre ; c'est assavoir : douze -mil livres à tournois. Pour lesquelles trente-huit mil livres -de terre devant dites, il voult avoir la conté de Biaumont-le-Rogier, -la terre de Breteuil en Normendie, les terres de -Conches et d'Orbec, la visconté du Pont-Audemer et le -baillage de Constentin. Lesquelles choses luy furent accordées -par ledit roy de France : ja fust ce que la conté de Biaumont -et les terres de Breteuil, d'Orbec et de Conches fussent -à monseigneur Phelippe, frère du roy de France, qui -estoit duc d'Orléans ; auquel duc le roy, son frère, bailla -autres terres en récompensacion de ce. Outre ce, convint -accorder audit roy de Navarre, pour avoir paix, que les -devant dis Harecourt et tous les autres aliés entreroient -en sa foy, sé il leur plaisoit, de toutes leur terres, quelque -part qu'elles fussent au royaume de France, et en auroit -ledit roy de Navarre les hommages, sé il vouloient, autrement -non.</p> - -<p>Oultre ce, luy fu accordé qu'il tendroit toutes lesdites -terres, avec celles que il tenoit par avant en parrie. Et pourroit -tenir eschequier, deux fois l'an, sé il vouloit, aussi noblement -comme le duc de Normendie. Encore luy fu accordé -que le roy de France pardonroit à tous ceux qui avoient -esté à mettre à mort ledit connestable, la mort d'iceluy. Et -ainsi le fist, et promist par son serement que jamais pour -achoison de ce, ne leur feroit ou feroit faire vilenie ou dommage. -Et aveques toutes ces choses, ot encore ledit roy de -Navarre une grant somme d'escus d'or dudit roy de France ; -et avant ce que ledit roy de Navarre voulsist venir par devers -le roy de France, il convint que l'en luy envoiast le -conte d'Anjou, second fils du roy de France, par manière -d'ostage. Et après ce, vint à Paris à grant foison de gens -d'armes<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> Quoi qu'on en ait dit, cet accommodement du roi Jean et de Charles-le-Mauvais -étoit conseillé par une saine et bonne politique. On ne pouvoit -sitôt oublier les suites de la défection de Robert d'Artois et de Geoffroi -d'Harcourt. Déjà, si l'on s'en rapporte à Froissart, la flotte angloise étoit -en mer, et la nouvelle de la réconciliation des deux princes lui fit rebrousser -chemin.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>VI.</h3> - -<p class="section">Coment le roy de France pardonna au roy de Navarre la mort -de monseigneur Charles d'Espaigne, connestable de France.</p> - - -<p>Le mardi, quatriesme jour du moys de mars audit an mil -trois cens cinquante trois, vint ledit roy de Navarre en parlement -à Paris, pour la mort dudit connestable, si comme -dit est, environ heure de prime ; et descendi au palais, et -puis vint en la chambre de parlement en laquelle estoit le -roy en siège, et pluseurs de ses pers de France avec les gens -de parlement et pluseurs autres de son conseil ; et si y estoit -le cardinal de Bouloigne. Et, en la présence de tous, parla -ledit roy de Navarre au roy que il luy voulsist pardonner -le fait dudit connestable, car il avoit eue bonne cause et -juste de avoir fait ce que il avoit fait, laquelle il estoit -prest de dire au roy, lors ou autre fois, si comme il disoit. -Et oultre dit encore et jura qu'il ne l'avoit point fait en -contempt du roy né de son office, et que il ne seroit de -rien si courroucié comme d'estre en l'indignacion du roy. -Et ce fait, monseigneur Jaques de Bourbon, connestable de -France, par le commandement du roy mist la main au<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a> roy -de Navarre, et puis si le fist-l'en traire arrière. Et assez -tost après, la royne Jehanne, ante, et la royne Blanche, -suer dudit roy de Navarre, laquelle royne Jehanne avoit -esté femme du roy Charles dernièrement trespassé, vindrent -en la présence du roy et luy firent la réverence en eux -inclinant devant luy. Et à donc, monseigneur Regnault de -Trie, dit Patroullart, se agenouilla devant le roy et luy dist -teles parolles en substance : « Mon très redoubté seigneur, -véés-ci mesdames la royne Jehanne et la royne Blanche -qui ont entendu que monseigneur de Navarre est en -vostre male grace, dont elles sont fortement courouciées ; -et pour ce sont venues devers vous : et vous supplient -que vous luy vueillez pardonner vostre mal talent ; et, sé -Dieu plaist, il se portera si bien par devers vous que -vous et tout le peuple de France vous en tendrez bien -contens. »</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> <i>Mist la main au</i>. Porta la main sur le.</p> -</div> -<p>Les dites paroles dites, lesdis connestable et mareschaus -alèrent querre ledit roy de Navarre et le firent venir -devant le roy, lequel se mist entre les deux roynes, et -à donc ledit cardinal dit en substance les paroles qui s'ensuivent :</p> - -<p>« Monseigneur de Navarre, nul ne se doit esmerveiller -sé monseigneur le roy s'est tenu à mal content de vous, -pour le fait qui est advenu, lequel il ne convient jà que je -die, car vous l'avez par vos lettres si publié et autrement -que chacun le scet. Et vous estes tant tenu à luy que vous -ne le déussiez jamais avoir fait. Vous estes de son sanc, si -prochain comme chascun scet ; vous estes son homme et -son per, et si avez espousée madame sa fille, et de tant -avez-vous plus mespris. Toutefois pour l'amour de mesdames -les roynes qui cy sont qui moult affectueusement -l'en ont prié, et aussi pour ce que il tient que vous l'avez -fait par petit conseil, il le vous pardonne de bon cuer -et bonne volenté. »</p> - -<p>Et lors lesdites roynes et ledit roy de Navarre qui mist -le genoul à terre en mercièrent le roy. Et encore dist le -cardinal que aucun du lignage du roy ne se avanturast -d'ores en avant de faire tels fais comme le roy de Navarre -avoit fait : car vraiement sé il advenoit et fust le fils du roy -qui le féist du plus petit officier que il eust, si en feroit-il -justice. Et ce fait et dit, le roy se leva et la court se -départi.</p> - -<p>Item, le vendredi devant la my caresme après ensuivant, -vint-et-uniesme jour du moys de mars, un chevalier baneret -des Basses-Marches, appellé monseigneur Regnaut de -Pressigny, seigneur de Marant près de la Rochelle, fu -trainé et puis pendu au gibet de Paris, par le jugement de -parlement et de pluseurs du grant conseil du roy.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>VII.</h3> - -<p class="section">De la réconciliation de ceux de Harecourt pour la mort dudit -connestable.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1354</div> - -<p>L'an mil trois cens cinquante quatre, environ le moys -d'aoust, se réconcilièrent au roy de France lesdis conte de -Harecourt et monseigneur Loys, son frère ; et luy durent -moult révéler de choses, si comme l'en disoit, et par espécial -luy durent révéler tout le traitié de la mort dudit monseigneur -Charles d'Espaigne, jadis connestable de France, et -par qui ce avoit esté. Assez tost après, c'est assavoir au moys -de septembre, se parti de Paris ledit cardinal de Bouloigne -et s'en ala à Avignon, et disoit l'en communement que il -n'estoit pas en la grace du roy ; jà soit ce que par avant, -par l'espace d'un an que il avoit demouré en France, il eust -esté tous jours avecques le roy si privé comme homme povoit -estre d'autres.</p> - -<p>En celuy temps se départi monseigneur Robert de Lorris -chambellanc du roy, et se absenta, tant hors dudit royaume -de France comme autre part ; et disoit l'en communément -que sé il ne fust absenté, il eust eu villenie et dommage -du corps ; car le roy estoit couroucié et moult esmeu -contre luy ; mais la cause estoit tenue si secrette que pou -de gens le sceurent. Toutefois disoit-l'en que il devoit avoir -sceu la mort dudit connestable avant que il fust mis à -mort, et que il devoit avoir révélé audit roy de Navarre aucuns -consaus secrès du roy, et que toutes ces choses furent -révélées au roy par les devant dis conte de Harecourt et -monseigneur Loys, son frère.</p> - -<p>Item, assez tost après, c'est assavoir environ le moys de -novembre, l'an dessus dit, le roy de Navarre se parti de -Normendie et s'en ala latitant<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a> en divers lieux, jusques à -Avignon.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> <i>Latitant</i>. En cachette, <i lang="la" xml:lang="la">incognito</i>.</p> -</div> -<p>En ce moys partirent de Paris l'arcevesque de Rouen -chancelier de France, le duc de Bourbon et pluseurs autres, -pour aler à Avignon ; et aussi partirent le duc de Lenclastre -et pluseurs autres Anglois, pour traitier de paix entre les -roys de France et d'Angleterre, devant le pape.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>VIII.</h3> - -<p class="section">De la rébellion des Navarrois contre le roy de France, et de la -revenue de monseigneur Robert de Lorris.</p> - - -<p>En l'an dessus dit, audit moys de novembre, se parti le -roy de Paris et ala en Normendie jusques à Caen, et fist -prendre et mettre toutes les terres du roy de Navarre en sa -main, et instituer officiers de par luy, et mettre garde ès -chastiaux du roy de Navarre, excepté en six ; c'est assavoir : -Evreux, Pont-Audemer, Cherebourc, Gavray<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>, Avranche -et Mortaing ; lesquels ne luy furent pas rendus ; car il avoit -dedens Navarrois qui respondirent à ceux que le roy -y avoit envoyés que il ne rendroient les forteresces fors au -roy de Navarre, leur seigneur, qui les leur avoit baillées en -garde.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> <i>Gavray</i>. Aujourd'hui bourg et chef-lieu de canton du département -de la Manche.</p> -</div> -<p>Item, au moys de janvier ensuivant, vint à Paris monseigneur -Robert de Lorris, par sauf conduit que il ot du -roy et demoura bien quinze jours après, avant que il eust -né temps né lieu de parler au roy. En la parfin y parla-il ; -mais il s'en retourna à Avignon par l'ordonnance du roy et -de son conseil, pour estre au traictié avec les gens du roy. -Et assez tost après, c'est assavoir la fin de février audit an, -vindrent nouvelles que les trièves qui avoient esté prises -entre les deux roys, jusques en avril ensuivant, estoient -aloingnées par le pape, jusques à la nativité de saint Jehan-Baptiste -après ensuivant ; pour ce que ledit pape n'avoit -peu trouvé voie de paix à laquelle les traicteurs qui estoient -à Avignon, tant pour l'un comme pour l'autre roy, se voulsissent -consentir. Et envoia le pape messages par devers -lesdis roys, sur une autre voie de traictié que celle qui avoit -esté pourparlée autrefois entre lesdis traicteurs.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>IX.</h3> - -<p class="section">De la prise de la ville de Nantes en Bretaigne par les Anglois, -et coment le chastel et tout fu recouvré.</p> - - -<p>En l'an dessus dit mil trois cens cinquante quatre, au moys -de janvier, le roy fist faire florins de fin or appellés florins -à l'aignel, pour ce que en la pille avoit un aignel, et estoient -de cinquante deux au marc<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>. Et en donnoit le roy, lors -que il furent fais, quarante-huit pour un marc de fin or ; et -deffendi-l'en le cours de tous autres florins.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> Le marc d'or étant alors de soixante livres, le <i>mouton</i>, comme les -appelle Leblanc, ou plutôt, suivant notre chronique, le <i>florin à l'agnel</i>, -valoit vingt-quatre ou vingt-cinq sols.</p> -</div> -<p>En celuy an, audit moys de janvier, vint à Paris monseigneur -Gautier de Lor, chevalier, comme messager dudit -roy de Navarre par devers le roy de France, et parla à luy ; -et finablement s'en retourna au moys de février par -devers le roy de Navarre, et emporta lettres de sauf conduit -pour ledit roy de Navarre, jusques emmy avril ensuivant.</p> - -<p>Item, en celuy an, le soir de karesme prenant qui fu le -dix-septiesme jour de février, vindrent pluseurs Anglois -près de la ville de Nantes en Bretaigne ; et en entra par -eschielles environ cinquante-deux dedens le chastel, et le -pristrent. Mais monseigneur Guy de Rochefort, chevalier, -qui en estoit capitaine et estoit en ladite ville hors du -chastel, fist tant par assaut et effort qu'il le recouvra en -la nuit meisme. Et furent tous les cinquante-deux Anglois -que mors que pris.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>X.</h3> - -<p class="section">Coment le roy envoia monseigneur le dauphin en Normendie, -et du parlement que les Navarrois firent sur les François.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1355</div> - -<p>L'an mil trois cent cinquante-cinq à Pasques, le roy Jehan -envoia en Normendie Charles, son ainsné fils, dauphin -de Vienne, son lieutenant, et y demoura tout l'esté. Et -luy octroyèrent les gens dudit pays de Normendie deux -mil hommes d'armes pour trois mois. Et environ au mois -d'aoust ensuivant, audit an cinquante-cinquiesme, ledit roy -de Navarre vint de Navarre et descendi au chastel de Cherebourc -en Constentin, environ deux mil hommes, que -uns que autres, avec luy ; et furent pluseurs traictiés avec -les gens du roy de France duquel ledit roy de Navarre -avoit espousé la fille : et lesdis roys de Navarre et de France -envoièrent par pluseurs fois de leur gens l'un desdis roys -par devers l'autre, et cuida-l'en, telle fois fu vers la fin du -mois d'aoust, que il deussent avoir grant guerre l'un -contre l'autre.</p> - -<p>Et les gens du roy de Navarre qui estoient ès chastiaux -d'Evreux et de Pont-Audemer en faisoient bien semblant, -car il tenoient et gardoient lesdis chastiaux moult diligemment -et pilloient le païs environ comme ennemis.</p> - -<p>Et vindrent aucuns au chastel de Conches<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a> qui estoit -en la main du roy, et le pristrent et garnirent de vivres -et de gens. Et pluseurs autres choses firent les gens dudit -roy de Navarre contre le roy de France et contre sa gent. -Et finablement, fu fait accort entre eux. Et ala ledit roy -de Navarre devers ledit dauphin où il estoit au chastel du -Vau-de-Rueil<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a>, et y estoit environ le dix-septiesme ou le -dix-huitiesme jour de septembre ensuivant ; et de là monseigneur -le dauphin le mena à Paris devers le roy. Et le -vint-quatriesme jour du mois dessus dit qui fu au lundi, -vindrent à Paris devers le roy au chastel du Louvre. Et là, -en la présence de moult grant quantité de gens et des -roynes Jehanne, ante, et Blanche, suer dudit roy de Navarre, -fist-il audit roy de France la révérence et s'excusa de ce -que il s'estoit parti du royaume de France. Et, avec ce, -dist que aucuns luy avoient rapporté que aucuns l'avoient -blasmé devers le roy : si requist le roy que il luy voulsist -nommer ceux qui ce avoient fait ; et après jura moult forment -que il n'avoit oncques fait choses après la mort du -connestable contre le roy que loiaux ne peust et deust faire. -Et néanmoins, requist au roy que il luy voulsist tout -pardonner et le voulsist tenir en sa grace ; et luy promist -que il luy seroit bons et loyaux comme fils doit estre à père -et comme vassal à son seigneur. Et puis le roy luy fist -dire par le duc d'Athènes que il luy pardonnoit tout de bon -cuer.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> <i>Conches</i>. Petite ville de Normandie à quatre lieues d'Evreux.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> <i>Vau-de-Rueil</i>. Vaudreuil, ou Notre-Dame du Vaudreuil ; aujourd'hui -bourg du département de l'Eure, à deux lieues de Louviers.</p> -</div> -<p>Item, en celuy an mil trois cent cinquante-cinq, ala le -prince de Galles, ainsné fils du roy d'Angleterre, en Gascoigne, -au mois d'octobre ; et chevaucha près de Toulouse -et puis passa la rivière de Garonne, et alla à Carcassonne -et ardi le bourc ; mais il ne peust mal faire à la cité, car -elle fu deffendue ; et de là ala à Narbonne, ardant et -pillant le païs.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XI.</h3> - -<p class="section">Coment le roy de France manda à celuy d'Angleterre coment -il se vouloit combattre à luy, corps contre corps ou force contre -force.</p> - - -<p>En celuy an cinquante-cinq, descendi le roy d'Angleterre à -Calais en la fin du mois d'octobre, et chevaucha jusques à -Hesdin ; et rompi le parc et ardi les maisons qui estoient -audit parc ; mais il n'entra point au chastel né en la ville. -Et le roy de France, qui avoit fait le mandement à Amiens, -tantost que il ot oï de la venue dudit roy anglois et estoit -en ladite ville d'Amiens, se parti et les gens qui estoient -avec luy pour aler contre ledit roy anglois. Mais il ne l'osa -atendre et s'en retourna à Calais tantost qu'il ot oï nouvelles -que le roy de France s'en aloit vers luy en ardant et pillant -le païs par où il passoit. Si ala ledit roy de France après luy -jusques à Saint-Omer, et luy manda par le mareschal -d'Odenehan<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a> et par pluseurs autres chevaliers que il se -combattroit sé il vouloit corps contre corps ou pouvoir contre -pouvoir. Mais ledit roy anglois refusa la bataille et s'en -repassa par mer sans plus faire en celle fois, et le roy de -France s'en revint à Paris.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> <i>D'Odenehan</i>. Arnoul d'Andrehan, suivant Froissart, capitaine du château -d'Ardres. Mais toutes les autres relations contemporaines écrivent le -nom de ce brave guerrier comme nos chroniques.</p> -</div> -<p>Item, en ce meisme an cinquante-cinq au mois de novembre, -le prince de Galles, après ce qu'il ot couru le païs de -Bourdeaux jusques près de Toulouse et de là jusques à Narbonne, -et ars et gasté le païs tout environ, il s'en retourna -à Bourdeaux à tout le pillage et grant foison de prisonniers, -sans qu'il trouvast qui luy donnast de rien à faire. Et toutes -voies estoient audit païs pour le roy de France le conte -d'Armagnac lieutenant du roy en Languedoc pour le temps ; -le conte de Foys, monseigneur Jacques de Bourbon conte -de Pontieu ; et aussi y estoit monseigneur Jehan de Clermont -mareschal de France, à plus grant compaignie la -moitié, si comme l'en disoit, que n'estoit ledit prince de -Galles. Si en parla-on bien forment contre aucuns des -dessus dis nommés qui là estoient ou devoient estre pour -le roy de France.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XII.</h3> - -<p class="section">De l'assemblée que le roy fist faire en parlement des nobles, du -clergié et des bonnes villes, pour ordener aydes à soustenir -le fait de la guerre.</p> - - -<p>En ce meisme an, à la saint Andrieu, furent assemblés à -Paris, par le mandement du roy, les prélas, les chapitres, -les barons et les villes du royaume de France ; et leur fist -le roy exposer en sa présence l'estat des guerres, le mercredi -après la saint Andrieu, en la chambre du parlement, -par maistre Pierre de la Forest, lors arcevesque de Rouen -et chancelier de France. Et leur requist ledit chancelier, -pour le roy, que il eussent avis ensemble quelle aide il -pourroient faire au roy, qui feust suffisant pour faire les -frais de la guerre. Et pour ce que il avoit entendu que les -sougiés du royaume se tenoient forment à grevés par la mutacion -des monnoies, il offri à faire forte monnoie et durable, -mais que on luy féist aide qui fust souffisant à soustenir la -guerre. Lesquels respondirent c'est assavoir : le clergié, -par la bouche de maistre Jehan de Craon, lors arcevesque -de Rains ; les nobles, par la bouche du duc d'Athènes ; et -les bonnes villes, par Estienne Marcel, lors prévost des marchans -à Paris, que il estoient tous prests de vivre et -de mourir avec le roy, et de mettre corps et avoir en son -service ; et délibéracion requistrent de parler ensemble, -laquelle leur fu ottroiée.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XIII.</h3> - -<p class="section">Coment le roy de France donna à monseigneur Charles, son -ainsné fils, la duchié de Normendie et luy<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a> en fist -hommage.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> <i>Luy</i>. Charles. — Il est à remarquer qu'à compter de ce don, le -nom de <i>duc de Normandie</i> fut affecté au prince, de préférence à celui de -<i>Dauphin</i>.</p> -</div> - -<p>En ce meisme an, le lundi vigile de la Conception Notre-Dame, -donna le roy la duchié de Normendie à monseigneur -Charles, son ainsné fils, dauphin de Vienne et conte de -Poitiers ; et l'endemain, jour de mardi et feste de la Conception -devant dicte, luy en fist ledit monseigneur Charles -hommage, en l'hostel maistre Martin de Mello, chanoine -de Paris, au cloistre Notre-Dame.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XIV.</h3> - -<p class="section">Coment les gens des trois estas, présent le roy, respondirent par -délibéracion que il feroient<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a> continuelment, chascun an, -trente mille hommes d'armes, et de l'ordonnance qui fu faite -et avisée pour trouver le paiement à les paier.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> <i>Que il feroient</i>. C'est-à-dire qu'ils leveroient et équiperoient à leurs -frais.</p> -</div> - -<p>Après la devant dite délibération eue des trois estas dessus -dis<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a>, il respondirent au roy, en la dite chambre de -parlement, par la bouche des dessus nommés, que il luy -feroient trente mille hommes chascun an à leur frais et -despens, dont le roy les fist mercier. Et pour avoir la finance -pour paier lesdis trente mille hommes d'armes, laquelle fu -estimée à cinquante cent mil livres<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a> par les trois estas -dessus dis, ordenèrent que on lèveroit sur toutes gens, de -tel estat que il fussent, gens d'églyse, nobles ou autres, imposicion -de huit deniers par livre sur toutes denrées ; et -gabelle de sel courroit par tout le royaume de France. -Mais pour ce que on ne pouvoit lors savoir sé lesdites -imposicions et gabelle souffiroient, il fu alors ordené que -les trois estas dessus dis retourneroient à Paris le premier -de mars, pour veoir l'estat des dites imposicions et gabelle, -et sur ce ordener ou de autre ayde faire pour avoir lesdites -cinquante cent mil livres, ou de laissier courir lesdites -imposicions et gabelle. Auquel premier jour de mars les -dessus dis trois estas retournèrent à Paris, excepté pluseurs -grosses villes de Picardie, les nobles et pluseurs autres grosses -villes de Normendie. Et virent ceux qui y estoient l'estat -desdites imposicions et gabelles ; et tant pour ce qu'elles -ne souffisoient à avoir lesdites cinquante cent mil livres, -comme pour ce que pluseurs du royaume ne se vouloient -accorder que lesdites imposicions et gabelles courussent -en leur pays et ès villes où il demouroient, ordenèrent -nouvel subside sus chascune personne en la manière qui -s'ensuit. C'est assavoir que tout homme et personne, fust -du sanc du roy et de son lignage ou autre, clerc ou lai, -religieux ou religieuse, exempt ou non exempt, hospitalier, -chef d'églyse ou autres, eussent revenus ou rentes, -office ou administration quelconques ; monoiers et autres, -de quelque estat qu'il soient, et auctorité ou privilège -usassent ou eussent usé au temps passé ; femmes vefves -ou celles qui faisoient chief, enfans mariés ou non mariés -qui eussent aucune chose de par eux, fussent en garde, bail, -tutelle, cure, mainburnie<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a> ou administration quelconques ; -qui auroit vaillant cent livres de revenue et au dessous, -fust à vie ou à héritage, en gaiges à cause d'office, en -pensions à vie ou à volenté, feroit ayde et subside pour -le fait des guerres de quatre livres. Et de quarente livres -de revenue et au dessus quarente sols ; de dix livres de revenue -et au dessus, vint sols ; et au dessous de dix livres, -soient enfans en mainburnie, au-dessus de quinze ans, -laboureurs et ouvriers gaignans qui n'eussent autre chose -que de leur labourage, feroient ayde de dix sols. Et sé il -avoient autre chose du leur, il feroient ayde comme les -autres serviteurs, mercenaires ou aloués qui ne vivoient -que de leur services ; et qui gaaignast cent sols<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a> par an ou -plus, feroit-il semblable aide et subside de dix sols ; à -prendre les sommes dessus dites à parisis au païs de parisis, -et à tournois au païs de tournois. Et sé lesdis serviteurs -ne gaignoient cent sols ou au dessus, il ne paieroient -rien, sé il n'eussent aucuns biens équipolens ; auquel cas -il aideroient comme dessus est dit. Et aussi n'aideroient -de riens mendiens ou moines cloistrés, sans office et administracion, -né enfans en mainburnie sous l'aage de quinze -ans qui n'auroient aucune chose comme devant est dit ; né -nonnains qui vivent de revenue au dessus de quarante livres, -né aussi femmes mariées, pour ce que leur maris -aidoient ; et estoit et seroit compté ce qu'elles avoient de -par elles avec ce que leur maris avoient. Et quant aux clercs -et gens d'églyse, abbés, prieurs, chanoines, curés et autres -comme dessus qui avoient vaillant au dessus de cent livres -en revenue, fussent bénéfices en sainte églyse, en patremoine, -ou l'un avec l'autre, jusques à cinq mille livres, -les dessus dis feroient ayde de quatre livres pour les premiers -cent livres, et pour chascun autre cent livres, jusques -auxdites cinq mille livres, quarante sols, et ne feroient -de riens ayde au dessus desdites cinq mille livres, né aussi -de leur meubles ; et les revenues de leur bénéfices seroient -prisiées et estimées selonc le taux du dixiesme, né ne s'en -pourroient franchir né exempter par quelconques privilèges, -né qu'il féissent<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a> de leur dixiesme quant les dixiesmes -estoient ottroiés.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> <i>Des trois estas</i>. Dans une petite miniature du msc. de Charles V, on -voit ici le roi sur son trône, entouré des trois états. Le clergé en chape -épiscopale, la noblesse en manteau rouge, les villes en robe brune.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> Cinq millions. La plupart des manuscrits portent <i>cinquante mil livres</i>. -Mais celui de Charles V, si parfaitement correct pour ce règne et le suivant, -doit faire préférer notre leçon qui d'ailleurs donne le seul sens -vraisemblable. Villaret prétend que l'expression n'étoit pas alors usitée ; -il se trompe, c'est celle de <i>cinq millions</i> qui ne l'étoit pas. Remarquons -aussi que Villaret, auteur du reste fort recommandable, cite la <i>chronique -du roi Jean</i> comme un ouvrage différent des <i>Grandes Chroniques de -France</i>. Cette erreur vient de ce que nous conservons à la Bibliothèque du -roi, sous les n<sup>os</sup> 9649 à 9653, un exemplaire des Chroniques de Saint-Denis -reliées en cinq volumes. Le quatrième de ces volumes porte sur le dos : -<i>Chronique du roi Jean</i>, mais on y reconnoît le texte que nous publions -ici. Levesque a commis la même bévue, dans son livre de <i>La France sous -les cinq premiers Valois</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> <i>Mainburnie</i>. Synonyme de <i>tutelle</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> <i>Cent sols</i>. Le terme moyen du salaire des ouvriers, outre leur nourriture, -non pas à Paris mais dans les provinces, est aujourd'hui de <i>cent -francs</i> ; le sol du quatorzième siècle représente donc assez exactement -<i>un franc</i> de notre temps. Ainsi pour apprécier l'impôt qu'on venoit d'établir, -on ne sera pas très-éloigné de la vérité en disant que les possesseurs -d'un revenu de 1600 à 4000 francs furent tenus de payer une aide -de quatre-vingts francs ; ceux qui avoient quatre cents à seize cents francs -furent taxés à quarante francs. Enfin on exigea vingt francs de ceux dont -les appointemens, gages ou revenus n'atteignoient pas l'humble chiffre -de 400 francs. D'après ce calcul, les cinq millions demandés correspondroient -à une levée de cent millions pour nous.</p> - -<p>M. Michelet, après une évaluation fort arbitraire de ce qu'on demanda -à chaque ordre de citoyens, ajoute l'une de ces réflexions si brèves, si -sententieuses et souvent si injustes : <i>Plus on avoit et moins l'on payoit.</i> Il -oublie que les citoyens riches (bourgeois ou nobles), indépendamment de -la taxe, payoient encore de leur personne. Dans les trente mille hommes -d'armes qu'on alloit lever n'étoient pas compris sans doute les chevaliers, -les nobles, les bourgeois capables de représenter eux-mêmes autant d'hommes -d'armes. N'étoit-ce pas alors le cas de dire : <i>Plus on avoit et plus l'on -payoit</i>, ou bien de ne rien dire du tout? (Voyez M. Michelet, Histoire -de France, tome <small>III</small>, p. 366.)</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> <i>Né qu'il féissent</i>. Non autrement qu'ils n'eussent fait…</p> -</div> -<p>Et quant aux nobles et gens des bonnes villes qui avoient -vaillant au dessus de cent livres de revenue, lesdis nobles -feroient aide, jusques à cinq mille livres de revenue et néant -oultre, pour chascun cent livres, quarante sols oultre les -quatre livres pour les premiers cent livres. Et les gens des -bonnes villes par semblable manière, jusques à mille livres -de revenue tant seulement<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a>. Et quant aux meubles des -nobles qui n'avoient pas cent livres de revenue, l'en estimeroit -les meubles qu'il auroient, jusques à la value de mil -livres et non plus. Et des gens non nobles qui n'avoient pas -quatre cens livres de revenue, l'en estimeroit leur meubles -jusques à la value de quatre mille livres, c'est assavoir, -pour cent livres de meubles, dix livres de revenue ; et de -tant feroient-il ayde par la manière dessus devisée. Et sé il -advenoit que aucun noble n'eust vaillant en revenue tant -seulement jusques à cent livres, né en meuble purement -jusques à mil livres, ou que aucun noble ne eust seulement -en revenue quatre cens livres, né en meuble purement -quatre mil livres, et il eust partie en revenue et -partie en meuble, l'en estimeroit et regarderoit la revenue -et son meuble ensemble, jusques à la somme de mil livres -quant aux nobles, et de quatre mil livres quant aux -non nobles. Et non plus.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> Il n'est pas aisé de comprendre cette différence à l'avantage de -la bourgeoisie qui ne devra payer que l'impôt des premiers 20,000 francs -de revenu, tandis que les nobles seront tenus à un paiement proportionnel -jusqu'à cent mille francs. Au reste le nombre des bourgeois possesseurs -de pareils revenus ne devoit pas être considérable : chacun -d'eux avoit alors les plus grandes facilités pour prendre rang parmi les -hommes d'armes ; et de là à la noblesse, il n'y avoit qu'une génération.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XV.</h3> - -<p class="section">De la rebellion du menu peuple de la cité d'Arras contre les -gros.</p> - - -<p>Après avint, le samedi sixiesme jour de mars l'an mil -trois cens cinquante-cinq dessus dit, que une dissencion -s'esmut en la ville d'Arras des menus contre les gros ; tant -que ledit jour les menus tuèrent dix-sept des plus notables -de la ville. Et le lundi ensuivant en tuèrent autres -quatre et pluseurs en bannirent qui n'estoient pas en -la dite ville. Et ainsi demourèrent lesdis menus seigneurs -et maistres d'icelle ville<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> Froissart dit que cette émeute de la commune contre les riches fut -excitée par le nouvel impôt sur le sel ordonné par les trois états. Suivant -lui, le nombre des morts n'auroit été que de quatorze.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XVI.</h3> - -<p class="section">Coment le roy de Navarre fu pris au chastel de Rouen, et de la -mort d'aucuns chevaliers de Normendie qui estoient rebelles -au roy de France.</p> - - -<p>En ce temps, le mardi sixiesme jour d'avril ensuivant -qui fu le mardi après la my-karesme, le roy de France se -parti au matin, avant le jour, de Maneville<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>, tout armé, -accompaignié d'environ cent hommes d'armes, entre lesquels -estoient le conte d'Anjou son fils, le duc d'Orléans -son frère, monseigneur Jehan d'Artois conte de Eu, monseigneur -Charles son frère, cousin germain du roy, le conte -de Tancarville, monseigneur Arnoul d'Odenehan mareschal -du roy, et pluseurs autres jusques au nombre dessus dit. Et -vint droit au chastel de Rouen par l'uys de derrière, sans -entrer en la ville. Et trouva en la salle, assis au disner, -monseigneur Charles son ainsné fils, duc de Normendie, -Charles roy de Navarre, Jehan conte de Harecourt, les -seigneurs de Preaux, de Graville<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a> et de Clere, monseigneur -Loys et monseigneur Guillaume de Harecourt, frères dudit -conte, monseigneur Friquet-de-Fricamp, le seigneur de -Tournebu, monseigneur Maubue de Mainesmares, tous -chevaliers, Colinet Doublet et Jehan de Bantalu, escuiers, -et aucuns autres.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> <i>Maneville</i>. Sans doute <i>Saint-Pierre-de-Manneville</i>, à trois lieues de -Rouen.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> <i>De Graville</i>. Jean Malet, sire de Graville. M. Buchon, dans ses notes -sur Froissart (liv. <small>I</small>, part. <small>II</small>, ch. 20), s'est trompé quand il a cru devoir -corriger ce nom bien connu en celui de <i>Guerarville</i>.</p> -</div> -<p>La cause fu que, depuis leur réconciliacion faite par le roy -de France de la mort du devant dit connestable, ledit roy -de Navarre avoit machiné pluseurs choses au dommage, -déshonneur et mal du roy et de monseigneur son ainsné -fils, et de tout le royaume de France. Et aussi le conte de -Harecourt avoit dit au chastel de Vau-de-Rueil où estoit -faite assemblée pour ottroier estre faite au roy ayde pour la -guerre en la duchié de Normendie, pluseurs injurieuses et -orgueilleuses paroles contre le roy, en destourbant de son -pouvoir celle ayde estre accordée et mise à exécution ; -combien que ledit ainsné fils du roy, duc de Normendie, -et ledit roy de Navarre l'eussent accordé au roy de France.</p> - -<p>Et pour ces causes, fist le roy les dessus nommés mettre -en prison en diverses chambres audit chastel ; et tantost ala -disner le roy de France. Et quant il ot disné luy et tretous -ses enfans, son frère et ses deux cousins d'Artois, et pluseurs -des autres qui estoient venus avec luy, montèrent à cheval et -alèrent en un champ derrière ledit chastel, appellé le champ -du pardon. Et là furent menés en charrète, par le commandement -du roy, lesdis conte de Harecourt, le seigneur de -Graville, monseigneur Maubué et Colinet Doublet ; et là -leur furent ledit jour les testes coupées, et puis furent tous -nus trainés jusques au gibet de Rouen ; et là furent pendus -et leur têtes mises sur eux, sur le gibet. Et fu ledit roy de -France présent et aussi lesdis enfans et son frère, à coupper -les testes et non pas au pendre. Et ce jour et l'endemain, -jour de mercredi, délivra le roy pluseurs des autres qui -avoient esté pris. Et finablement ne demoura que trois -prisonniers ; c'est assavoir ledit roy de Navarre, ledit -Friquet-de-Fricamp, et ledit Bantalu, lesquels furent -menés à part. C'est assavoir ledit roy de Navarre au -Louvre, et les deux autres en Chastelet. Et depuis fu ledit -roy de Navarre mené en Chastelet, et luy furent bailliés -aucuns du conseil du roy pour luy garder. Et pour -ce, monseigneur Phelippe de Navarre, son frère, fist garnir -de gens et de vivres pluseurs des chastiaux que ledit roy -de Navarre tenoit en Normendie. Et jasoit que ledit roy de -France mandast audit monseigneur Phelippe que il luy -rendist lesdis chastiaux ; toute voie ne le voult-il faire. -Mais assemblèrent luy et monseigneur Godefroy de Harecourt, -oncle dudit conte de Harecourt, pluseurs ennemis -du roy de France et les firent venir au pays de Constentin, -lequel pays il tindrent contre ledit roy de France et ses -gens.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XVII.</h3> - -<p class="section">Coment monseigneur Arnoul d'Odenehan ala à Arras et mist la -ville en l'obéissance du roy de France.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1356</div> - -<p>L'an de grace mil trois cens cinquante-six, le vint-septiesme -jour du moys d'avril et fu le mercredi après -Pasques qui furent le vint-quatriesme jour du moys dessus -dit, monseigneur Arnoul d'Odenehan, mareschal de -France, ala en la ville d'Arras ; et là, sagement et sans effroy -de gens d'armes, fist prendre pluseurs, jusques au nombre -de cent et plus, de ceux qui avoient mis ladite ville en -rébellion et avoient murdri pluseurs des bourgeois de ladite -ville dont dessus est faite mencion. Et l'endemain, jour -de jeudi, fist ledit mareschal coupper les testes à vint des -dessus dis qu'il avoit fait prendre, au marchié de ladite ville, -et les autres fist prisonniers tenir en prison fermée, jusques -à tant que le roy ou luy eussent ordené autrement -d'eux. Et pour ce, fu ladite ville mise en la vraie obéissance -du roy. Et demourèrent les bonnes gens paisiblement en -icelle, si comme il faisoient par avant ladite rébellion.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XVIII.</h3> - -<p class="section">Du siège que le roy de France fist devant Breteuil, lequel -chastel fu rendu. Et coment il poursuivi le duc de Lenclastre -qui tousjours fuioit devant luy. Et de la prise de pluseurs -chevaliers de France par ledit prince de Galles.</p> - - -<p>En ce meisme an cinquante-six, en la fin du moys de -juing, descendi le duc de Lenclastre en Constantin, et se -assembla avec monseigneur Phelippe de Navarre qui -s'estoit rendu ennemi du roy de France, pour cause de -la prise du roy de Navarre, son frère, qui encore estoit -en prison. Et avec eux estoit monseigneur Godefroy -de Harecourt, oncle dudit conte de Harecourt qui -avoit eu la teste couppée à Rouen. Et se mistrent à -chevauchier, et estoient environ quatre mille combattans. -Et chevauchièrent à Lisieux, au Bec, au Pont-Audemer. -Et refreschirent le chastel qui avoit esté assegié par l'espace -de huit ou de neuf sepmaines. Mais monseigneur -Robert de Hotetot<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a>, lors maistre des arbalestriers, qui -avoit tenu le siège devant ledit chastel, et en sa compaignie -pluseurs nobles et autres, se partirent du siège -quant il sorent la venue desdis ducs, monseigneur Phelippe -et monseigneur Godefroy ; et laissièrent les engins et l'artillerie -qu'il avoient. Et ceux dudit chastel prindrent tout et -mistrent dedens ledit chastel. Et après chevauchièrent lesdis -ducs et monseigneur et leur compaignie jusques à Breteuil<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>, -en pillant et robant les villes et le pays par où il passoient, -et rafreschirent le chastel par où il passèrent, c'est -assavoir Breteuil. Et pour ce qu'il trouvèrent que la cité et -le chastel d'Evreux avoit esté de nouvel rendu aux gens -du roy, qui longuement avoit esté asségié devant, et avoit -esté ladite cité arse et l'églyse cathédrale aussi, et pillée et -robée tant par les Navarrois qui rendirent ledit chastel -lequel fu rendu par composition, comme par aucuns des -gens du roy qui estoient au siège ; lesdis duc, monseigneur -Phelippe et leur compaignie alèrent à Vernueil au -Perche<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a> et pristrent la ville et le chastel, et pillièrent -et robèrent tout, et ardirent partie de ladite ville. Et -le roy de France qui avoit fait la semonce tantost qu'il -avoit oï nouvelles du duc de Lenclastre, aloit après, à moult -grant et bele compaignie de gens d'armes et de gens de pié ; -et le suivi jusques à Condé<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>, en alant vers ladite ville de -Verneuil là où il les cuidoit trouver. Et quant il fu audit -Condé il oï nouvelles que ledit duc et messire Phelippe s'estoient -partis celuy jour de ladicte ville de Verneuil, et s'en -aloient vers la ville de l'Aigle. Si les suivi le roy jusqu'à -Tuebuef<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a> à deux lieues ou environ de ladicte ville de -l'Aigle ; et là fu dit au roy que il ne les pourroit acconsuivre, -car il y avoit grant forest où il se bouteroient sans ce -que on les peust avoir. Et pour ce, s'en retourna son ost -et vint devant un chastel que on appelle Tillières que on -disoit estre en la main des Navarrois ; et le prist le roy et y -mist gardes.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> <i>Hotetot</i>, ou <i>Hondetot</i>. Aujourd'hui : <i>Houdetot</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> <i>Breteuil</i>. Aujourd'hui petite ville du département de l'Eure, sur les -bords de l'Iton.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> <i>Au Perche</i>. Ou plutôt <i>en Timerais</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> <i>Condé</i>. Aujourd'hui <i>Condé-sur-Iton</i>, bourg du département de l'Eure, -près de <i>Breteuil</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a> <i>Tuebeuf</i>. Entre <i>Laigle</i> et <i>Mortagne</i>. Aujourd'hui village du département -de l'Orne. — Pour le château de <i>Tillières</i>, bâti par Richard II de -Normandie, nous en avons déjà parlé ailleurs.</p> -</div> -<p>Et après ala devant ledit chastel de Breteuil auquel avoit -gens de par le roy de Navarre. Mais pour ce que il ne vouldrent -rendre le chastel, le roy et tout son ost y mistrent le -siège et y demourèrent huit sepmaines. Et finablement fu -rendu au roy ledit chastel par composicion, et s'en alèrent -ceux qui estoient dedens là où il vouldrent, et emportèrent -leur biens. Et de là se parti le roy et s'en ala à Chartres et fit -la semonce pour aler contre le prince de Galles, ainsné fils -du roy d'Angleterre, qui s'estoit parti de Bourdeaux et -estoit venu en Berry en robant, pillant et ardant le pays par -où il passoit. Et par semblable manière, s'en vint<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a> devers -la rivière de Loire et passa par la ville de Rumorentin, -et là prist pluseurs chevaliers et autres qui estoient -dedans, entre lesquels furent pris le seigneur de Craon et -Bouciquaut. Et après chevaucha ledit prince droit vers -Tours. Et le roy de France ala après pour le rencontrer. -Et quant le prince sceut que le roy luy aloit à l'encontre, il -s'en retourna vers Poitiers ; et jà soit ce que ledit roy n'eust -encore que un pou de gent, toutefois suivoit-il ledit prince -le plus tost que il povoit pour soy combatre à luy. Et avint -que le samedi, dix-septiesme jour du moys de septembre, -l'an dessus dit, le roy bien accompaignié fu près dudit -prince et de son ost, à deux lieues ou environ.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> <i>S'en vint</i>. Il s'agit du prince de Galles, et non plus du roi Jehan.</p> -</div> -<p>Et iceluy samedi, le conte de Sancerre, le conte de Joigny, -le seigneur de Chastillon-sur-Marne, souverain maistre de -l'ostel du roy, et pluseurs autres armés chevaliers et escuiers -qui aloient après le roy, trouvèrent pluseurs des gens -dudit prince en leur chemin auxquels il se combattirent : -et furent lesdis contes et seigneur de Chastillon pris et pluseurs -de ceux qui estoient en leur compaignie.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XIX.</h3> - -<p class="section">De la bataille qui fu devant Poitiers et de la prise du roy de -France qui plus vassalment<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a> s'y porta que nul autre.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> <i>Vassalment</i>. Chevaleureusement. Le mot <i>Vassal</i> n'avoit pas autrefois -d'autres sens que celui de <i>Chevalier</i> : il n'emportoit avec lui aucune -idée de dépendance.</p> -</div> - -<p>Le lundi ensuivant dix-neuviesme jour dudit moys de -septembre, l'an cinquante-six dessus dit, entre prime et -tierce ou environ, l'ost du roy de France fu logié devant l'ost -dudit prince, à moins du quart d'une lieue. Et vint le cardinal -de Pierregort qui avoit esté envoié en France par le -Saint-Père, pour traitier de la pais entre lesdis roys de -France et d'Angleterre ; lequel cardinal ala pluseurs fois de -l'un ost à l'autre, pour savoir sé il pourroit trouver aucun bon -traictié ; mais il ne pot. Et pour ce s'en ala à Poitiers qui -estoit à deux petites lieues du lieu où ledit roy de France -et son ost estoient d'une part et ledit prince et son ost d'autre -part, lequel lieu estoit assez près d'un chastel de l'évesque -de Poitiers, appellé Chauvigny<a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a>. Et estoit l'ost dudit -prince logié en un fort pays de haies et de buissons. Et -néantmoins le duc d'Athènes, lors connestable de France, -monseigneur Arnoul d'Odenehan et monseigneur Jehan de -Clermont lors mareschal, et leur batailles coururent sus à -l'ost dudit prince d'une part, et monseigneur le duc de -Normendie, ainsné fils du roy de France, qui avoit une -bataille, le duc d'Orléans, frère du roy, qui en avoit une -autre, et ledit roy qui avoit la tierce, s'approchièrent de l'ost -dudit prince. Mais il estoient en si forte place que il ne porent -entrer en eux, et pluseurs desdites batailles de la -partie du roy de France, tant chevaliers comme escuiers, -s'enfuirent vilainement et honteusement. Et dient aucuns -que pour ce fu l'ost dudit roy de France desconfit, et les -autres dient que la cause de la desconfiture fu pour ce que -on ne povoit entrer auxdis Anglois ; car il s'estoient mis -en trop forte place, et leur archiers traioient si dru que les -gens du roy de France ne povoient demourer en leur trait.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> <i>Chauvigny</i>. Sur la Vienne.</p> -</div> -<p>Finablement, la place demoura audit prince de Galles et -à ses gens, jasoit ce que le roy de France eust autant de -gens comme ledit prince. Et là furent mors, de la partie du -roy de France : le duc de Bourbonnois, le duc d'Athènes -connestable, ledit monseigneur Jehan de Clermont mareschal, -monseigneur Geoffroy de Charny qui portoit l'oriflambe, -monseigneur Regnaut Chauveau évesque de -Chaalons, et pluseurs autres jusques au nombre de huit -cens ou environ. En ladite bataille furent pris ledit roy de -France qui si vassaument se porta comme chevalier peust -faire, monseigneur Phelippe son ainsné fils, monseigneur -Jaques de Bourbon conte de Pontieu et frère du devant dit -duc de Bourbonnois, monseigneur Jehan d'Artois conte de -Eu, monseigneur Charles son frère conte de Longueville-la-Giffart, -cousins germains dudit roy de France, monseigneur -Jehan de Meleun conte de Tancarville, monseigneur -Jehan de Meleun son ainsné fils, monseigneur Guillaume -de Meleun arcevesque de Sens, et Simon de Meleun frère -dudit conte ; le conte de Ventadour, le conte de Dampmartin, -le conte de Vendosme, le conte de Vaudemont, le -conte de Salebruche, le conte de Nasso, et ledit mareschal -d'Odenehan et pluseurs autres, tant chevaliers comme autres, -jusques au nombre de dix-sept cens ou environ ; et -bien y ot tant de mors comme de pris, tant de ceux qui sont -nommés comme autres, cinquante-deux chevaliers bannerès. -Et de ladite besoigne l'en fist retraire le duc de Normendie -ainsné fils du roy, le duc d'Anjou et le conte de -Poitiers ses frères, et le duc d'Orléans, frère dudit roy. Et -pou d'autres dux ou contes en eschapa qui ne fussent mors -ou pris. Et après, s'en retournèrent à Paris lesdis duc de -Normendie, conte de Poitiers et duc d'Orléans, et ledit conte -d'Anjou demoura en son pays pour le garder. Et entra -ledit duc de Normendie à Paris le juedi vint-neuviesme -jour dudit moys de septembre, et fist une convocation de -tous les trois estas du royaume de France, c'est assavoir : -des gens d'églyse, des nobles et de ceux des bonnes villes, -pour estre à Paris le quinziesme jour du moys d'octobre -ensuivant. Et ledit prince de Galles enmena à Bourdeaux -ledit roy de France et tous ses autres gros prisonniers, -excepté ledit conte de Eu qui fu recreu<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a> sur sa foy, jusques -à la Toussains ensuivant pour ce que il estoit blecié. -Et autres prisonniers, tant chevaliers comme autres qui -n'estoient pas de moult grant auctorité, furent mis à raençon -et recreus sur leur foy pour aler pourchacier leur raençons.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> <i>Recreu</i>. Racheté.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XX.</h3> - -<p class="section">Coment monseigneur Charles duc de Normendie et ainsné fils -du roy de France, après ce que il fu revenu de la bataille -de Poitiers, fist assembler les gens des trois estas pour -ordener hastivement de la délivrance du roy son père. Et furent -les gens du conseil du roy séparés du conseil de ceux des -trois estas, qui furent esleus cinquante pour tous.</p> - - -<p>En ce meisme an, le quinziesme jour dudit moys d'octobre -qui fu en un jour de samedi, vindrent à Paris pluseurs -gens d'églyse et nobles et gens de bonnes villes de la langue -d'oil. Et le lundi ensuivant furent tous assemblés en la -chambre du parlement par le commandement de monseigneur -le duc de Normendie qui fu là présent, et en la présence -duquel monseigneur Pierre de la Forest, arcevesque -de Rouen et chancelier de France, exposa à ceux des -trois estas dont dessus est faite mencion, la prise du roy, -et coment il s'estoit vassaument combatu de sa propre -main, et nonobstant ce avoit esté pris par grant infortune. -Et leur monstra ledit chancelier coment chascun devoit -mettre grant paine à la délivrance dudit roy. Et après leur -requist, de par monseigneur le duc, conseil coment le -roy pourroit estre recouvré, et aussi de gouverner les guerres -et aides à ce faire.</p> - -<p>Lesquels des trois estas, c'est assavoir les gens d'églyse -par la bouche de monseigneur de Craon, arcevesque de -Rains, les nobles par la bouche de monseigneur Phelippe, -duc d'Orléans et frère germain du roy, et les gens des -bonnes villes par la bouche d'Estienne Marcel, bourgois -de Paris et lors prévost des marchans, respondirent que -il vouloient faire tout ce qu'il pourroient aux fins dessus -dites, et requistrent délay pour eux assembler et parler -ensemble sur ces choses ; lequel fu donné. Et furent mis et -ordenés, par ledit monseigneur de Normendie, pluseurs du -conseil du roy pour aler au conseil des dessus dis trois estas. -Et quant il y orent esté par deux jours, on leur fist sentir -et dire que lesdites gens des trois estas ne besoigneroient -point sur les choses dessus dites, tant que les gens du conseil -du roy feussent avec eux. Et, pour ce, se déportèrent -lesdites gens du conseil du roy de plus aler aux assemblées -des trois estas qui estoient chascun jour faites en l'ostel des -frères Meneurs, à Paris. Et continuèrent quinze jours ou -environ, tant que il ennuioit à pluseurs de ce que lesdis -trois estas attendoient si longuement à faire leur responses -sur les choses dessus dites. Toutefois, après que lesdis -trois estas orent conseillié et assemblé par plus de quinze -jours, et esleu de chascun des trois estas aucuns auxquels -les autres avoient donné pouvoir de ordener ce que bon leur -sembleroit pour le prouffit du royaume ; iceux esleus qui -estoient cinquante ou environ de tous les trois estas dessus -dis, firent sentir audit monseigneur le duc de Normendie -qu'il parleroient volentiers à luy secrètement. Et pour ce ala -ledit duc luy sixiesme seulement auxdis frères Meneurs -par devant lesdis esleus, lesquels luy distrent que il avoient -esté ensemble, par pluseurs journées, et avoient tant fait -que il estoient tous à un accort. Si requistrent audit monseigneur -le duc qu'il voulsist tenir secret ce que il luy -diroient qui estoit pour le sauvement du royaume, lequel -monseigneur le duc respondi qu'il n'en jureroit jà ; et pour -ce ne laissièrent pas à dire les choses qui s'ensuivent.</p> - -<p>Premièrement il luy distrent que le roy avoit esté mal -gouverné au temps passé : et tout avoit esté par ceux qui -l'avoient conseillié, par lesquels le roy avoit fait tout ce que -il avoit fait, dont le royaume estoit gasté et en péril d'estre -tout destruit et perdu. Si luy requistrent que il voulsist priver -les officiers du roy que il luy nommeroient lors de -tous offices, et que il les féist prendre et emprisonner, et -prendre tous leur biens ; et que dès lors il tenist tous les -biens dessus dis pour confisqués. Et pour ce que monseigneur -Pierre de la Forest, lors arcevesque de Rouen et -chancelier de France, qui estoit l'un des officiers contre -lesquels il faisoient lesdites requestes, estoit personne -d'églyse, si que monseigneur le duc n'avoit aucune connoissance -sur luy<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a>, si requistrent que il voulsist escripre au -pape de sa propre main, et supplier que il luy donnast commissaires -tels comme lesdis esleus des trois estas nommeroient, -lesquels commissaires eussent puissance de punir -ledit arcevesque des cas que lesdis esleus bailleroient -contre ledit arcevesque et contre les autres officiers de -qui les noms s'ensuivent : Messire Simon de Bucy, chevalier -du grant conseil du roy et premier président en parlement ; -messire Robert de Lorris qui avoit esté premier chambellan -du roy Jehan ; messire Nicolas Braque, chevalier et maistre -d'ostel du roy, et par avant avoit esté son trésorier et -après maistre de ses comptes ; Enguerran du Petit-Celier, -bourgois de Paris et trésorier de France ; Jehan Poillevilain, -bourgois de Paris, souverain maistre des monnoies et maistre -des comptes du roy ; et Jehan Chauveau de Chartres, -trésorier des guerres. Et requistrent lesdis esleus que commissaires -feussent donnés tels que il nommeroient et procéderoient -contre lesdis officiers, sur les cas que lesdis esleus -bailleroient. Et sé lesdis officiers estoient trouvés coupables, -si feussent punis ; et sé il feussent trouvés innocens, si -vouloient que il perdissent tous leur dis biens et demourassent -perpétuelment sans office royal<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> <i>Connoissance</i>, etc. C'est-à-dire, ne pouvoit en rien connoître de son -cas.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> On voit que la <i>justice du peuple</i> étoit à peu près la même au <small>XIV</small><sup>e</sup> -siècle et à la fin du <small>XVIII</small><sup>e</sup>. La chronique conservée dans le manuscrit du -Supplément françois, n<sup>o</sup> 530, ajoute au nom de ces magistrats ceux de -<i>Jaques La Vache</i> et de <i>Pierre de Mainville</i>. (f<sup>o</sup> 60, v<sup>o</sup>.)</p> -</div> -<p>Item, requistrent audit monseigneur le duc que il voulsist -délivrer le roy de Navarre, lequel avoit esté emprisoné -par le roy, père dudit monseigneur le duc, si comme dessus -est dit ; en luy disant que depuis que ledit roy de Navarre -avoit esté emprisonné, nul bien n'estoit venu au roy né au -royaume, pour le péchié de la prise dudit roy de Navarre.</p> - -<p>Item, requistrent encore audit monseigneur le duc que -il se voulsist gouverner du tout par certains conseilliers -que il luy bailleroient de tous les trois estas ; c'est assavoir -quatre prélas, douze chevaliers et douze bourgois : lesquels -conseilliers auroient puissance de tout faire et ordener au -royaume, ainsi comme le roy, tant de mettre et oster officiers, -comme de autres choses ; et pluseurs autres requestes -luy firent grosses et pesans.</p> - -<p>Si leur respondi ledit monseigneur le duc que de ces choses -il auroit volentiers avis et délibéracion avec son conseil : -mais toutes voies il vouloit bien savoir quelle ayde lesdis trois -estas luy vouloient faire. Lesquels esleus luy respondirent -que il vouloient ordener entre eux que les gens d'églyse -paieroient un dixiesme et demi pour un an, mais que de ce -il eussent congié du pape. Les nobles paieroient dixiesme et -demi de leur revenues. Et les gens de bonnes villes feroient, -pour cent feux, un homme armé. Et disoient lesdis esleus -que ladite ayde estoit merveilleusement grant et qu'elle -pouvoit bien monter à trente mille hommes armés. Et pour -sur ce avoir avis et de toutes les choses dessus dites, monseigneur -le duc se départi de eux, et l'endemain après disner -devoit leur en respondre. Et pour ce assembla ledit monseigneur -le duc au chastel du Louvre pluseurs de son -lignage et autres chevaliers, et ot avis et délibéracion sur -les choses dessus dites ; et pluseurs fois tant audit jour de -l'endemain comme en deux ou trois jours ensuivans, envoia -ledit monseigneur le duc aux frères Meneurs<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a> devers lesdis -esleus, pluseurs de ceux de son lignage, pour les requérir -de traictier avec eux, coment il se voulsissent déporter d'aucunes -des requestes que eux luy avoient faites, par espécial -de trois dont dessus est faite mencion ; en leur monstrant -que lesdites requestes touchoient le roy, son père, de si -près que il ne les oseroit faire né acomplir sans le congié -exprès de son père.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> Le couvent des <i>Cordeliers</i> ou <i>Frères Mineurs</i> comprenoit une grande -partie de la <i>rue</i> et de l'<i>école de médecine</i>. Le réfectoire qui servoit en -1792 de réunion au <i>club des Cordeliers</i> existe encore.</p> -</div> -<p>Finablement, pour ce que lesdis esleus ne se vouldrent -déporter desdites requestes né d'aucune d'icelles, pluseurs -de ceux du lignage de monseigneur le duc et autres chevaliers -qui avoient esté à son conseil sur lesdites choses, -furent d'accort et conseillièrent à monseigneur le duc que -il acomplist lesdites requestes, pour ce que autrement il ne -pouvoit avoir aide des trois estas, sans laquelle ayde il ne -pouvoit faire né gouverner la guerre. Et pour ce, fu journée -assignée auxdis trois estas, à leur requeste, pour oïr tout ce -qu'il vouldroient dire publiquement, en la chambre du parlement -à un jour de lundi matin veille de Toussains. Mais -ledit monseigneur le duc qui moult estoit forment courroucié -et troublé pour cause de dites requestes qui luy -avoient esté faites à part et secrètement, si comme dessus -est dit, et lesquelles on luy vouloit faire publiquement en -la chambre de parlement, considérant que lesdites requestes -il ne povoit acomplir sans courroucier forment le roy, son -père, et sans luy faire offense notable, manda et fist aler -par devers luy aucuns autres de ses conseilliers, lesquels il -n'avoit point appellés aux choses dessus dites ; et leur exposa, -de sa bouche, les requestes que lesdis trois estas luy -avoient faites, et aussi l'aide que il luy offroient, et voult que -ses conseilliers en déissent leur avis. Lesquels, en la présence -de pluseurs des autres qui autrefois y avoient esté, luy -monstrèrent coment il ne devoit faire né acomplir lesdites -requestes dessus exprimées. Et aussi luy monstrèrent coment -l'aide que l'en luy offroit n'estoit pas souffisante pour -fournir sa guerre. Et jasoit ce que, par les esleus, eust esté -dit audit monseigneur le duc que ladite aide povoit faire -et fournir trente mille hommes armés, c'est assavoir, pour -chascun homme demi florin à l'escu<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a> pour jour, lesdis -conseilliers monstrèrent audit monseigneur le duc que ladite -aide ne povoit monter que huit ou neuf mille hommes -armés, par pluseurs fais et raisons auxquelles s'accordèrent -pluseurs autres qui estoient au conseil dudit duc, -qui bien estoient jusques au nombre de trente et plus. Et -jasoit ce que la plus grant partie d'iceux eust par avant esté -d'accort que ledit monseigneur le duc acomplist lesdites -requestes et luy eussent conseillé, toutesvoies se revindrent-il -lors, et furent tous d'un accort qu'il ne le féist pas.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a> <i>Demi florin à l'escu</i>. En octobre 1356, le florin d'or valoit 20 sols, -par conséquent le demi-florin auroit été de 10 sols, correspondant à 10 -francs d'aujourd'hui. Cette paie d'un homme d'armes, c'est-à-dire de deux -cavaliers, paroîtroit énorme si l'on ne devoit pas y comprendre les frais du -premier <i>adoubement</i>.</p> -</div> -<p>Mais pour ce que moult grant peuple estoit assemblé en -ladite chambre de parlement en laquelle lesdites requestes -devoient tantost estre faites audit monseigneur le duc, par -la bouche de maistre Robert le Coq, lors evesque de Laon, -le dit monseigneur le duc ot conseil coment il pourroit -faire départir ledit peuple ; et, par le conseil que il ot, il -envoia quérir en ladite chambre de parlement pour venir -devers luy en la pointe du palais où il estoit, aucuns de -ceux des trois estas, et par espécial de ceux qui principalement -gouvernoient les autres et conseilloient à faire lesdites -requestes. Et là vindrent par devers luy maistre -Raymon Saquet, arcevesque de Lyon ; monseigneur Jehan -de Craon, arcevesque de Rains, et ledit maistre Robert le -Coq, evesque de Laon, pour les gens d'églyse. Pour les nobles -y furent monseigneur Waleran de Lucembourc, monseigneur -Jehan de Conflans, mareschal de Champaigne, et -monseigneur Jehan de Péquigny, lors gouverneur d'Artois. -Et pour les bonnes villes, y furent Estienne Marcel, prévost -des marchans de Paris ; Charles Toussac, eschevin, et -pluseurs autres de pluseurs autres bonnes villes. Et là, leur -dit et exposa ledit monseigneur le duc aucunes nouvelles -que il avoit oïes, tant du roy son père comme de son oncle -l'empereur, et leur demanda sé il leur sembloit que il -feust bon que lesdites requestes et response qui luy devoient -estre faites de par les trois estas, et pour lesquelles faire et -oïr le peuple estoit assemblé en ladite chambre de parlement, -fussent délayées jusqu'à une autre journée pour les causes -et raisons qu'il leur dist lors. Et furent d'accort tous ceux -qui là estoient présens, tant du conseil dudit monseigneur -le duc comme des envoiés desdis trois estas, que lesdites -requestes et responses fussent différées jusques au juesdi -ensuivant. Jasoit ce que on apperceust que aucuns desdis -envoiés eussent mieux voulu que la besoigne n'eust point -esté différée. Et toutes voies furent-il d'accort, par leur -opinions, au délay. Et ainsi se départirent et retournèrent -en ladite chambre de parlement, et le duc d'Orléans et -pluseurs autres avec eux. Et parla ledit duc d'Orléans au -peuple qui estoit assemblé en la chambre de parlement, et -leur dit que monseigneur le duc de Normendie ne pourroit -lors oïr les requestes et responses que on luy devoit faire -pour certaines nouvelles que il avoit oïes tant du roy, son -père, que de son oncle l'empereur, desquelles il leur fist -aucunes dire en publique. Et pour ce se départi ladite -assemblée de la dicte chambre de parlement, et s'en alèrent -aucuns en leur pays.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXI.</h3> - -<p class="section">De l'ordenance que ceux de la Langue d'oc firent pour l'amour -et rédemption du roy de France.</p> - - -<p>En ce meisme an au moys d'octobre, les trois estas de la -Langue d'oc se assemblèrent en la ville de Thoulouse, par -l'auctorité du conte d'Armagnac, lieutenant du roy au -pays, pour traictier ensemble à faire aide convenable pour -la délivrance du roy. Et là firent pluseurs ordenances par -l'autorité dessus dite. Premièrement que il feroient cinq -mil hommes d'armes, chascun à deux chevaux, et auroit -chascun homme d'armes demi florin à l'escu pour jour. Et -feroient mil sergens armés à cheval, deux mil arbalestiers -et deux mil pavasiers<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>, tous à cheval, et auroient -chascun desdis sergens, arbalestiers et pavaisiers, huit florins -à l'escu<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a> pour chascun moys, et feroient ladite aide -pour un an. Et si ordenèrent que tous les dessus dis seroient -paiés par ceux et en la manière que lesdis estas ordeneroient, -ou les esleus par iceux. Et oultre ce, ordenèrent que -homme né femme dudit pays de Langue d'oc ne porteroit -par ledit an, sé le roy n'estoit avant délivré, or né argent -né perles, né vair né gris, robes né chapperons découppés né -autres cointises quelconques ; et que aucuns menesterieus -jugleurs ne joueroient de leur mestiers. Et encores ordenèrent -certaine monnoie, c'est assavoir trente-deuxiesme, -laquelle il firent faire et monnoier ès monnoies<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a> du roy -dudit pays par l'autorité dudit conte, jasoit ce que au -pays de Langue d'oc courust lors autre monnoie, c'est assavoir -monnoie soixantiesme. Et pour avoir confermacion -de toutes les choses dessus dites envoièrent à Paris devers -monseigneur le duc de Normendie, ainsné fils du roy et son -lieutenant-général, trois personnes, c'est assavoir de chascun -des trois estas une ; et leur furent confermées par ledit -monseigneur le duc toutes les choses dessus dites.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> <i>Pavasiers</i>. Garnis de <i>pavas</i> ou <i>pavois</i>, petit bouclier rond.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> <i>Huit florins à l'escu</i>. C'est-à-dire environ cent soixante francs ; la -moitié de la solde d'un homme d'armes.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a> <i>Es monnoies</i>. Aux hôtels des monnoies.</p> -</div> -<p><i>Incidence</i>. En celuy temps, c'est assavoir l'an cinquante-six, -jour de la saint Luc, dix-huitiesme jour du moys d'octobre -dessus dit, fu mouvement de terre si grant, que pluseurs -villes et chastiaux en fondirent en terre, et par espécial ès -païs de Lorraine et d'Alemaigne.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXII.</h3> - -<p class="section">Coment monseigneur le duc de Normendie, tant de son bon entendement -naturel comme par bonne délibéracion de son conseil, -fist despartir les gens des trois estas et leur fist dire que -chascun d'eux s'en repairast en son lieu.</p> - - -<p>Le mercredi ensuivant qui fu l'endemain de la feste de -Toussains, ledit monseigneur le duc manda au Louvre pluseurs -du conseil du roy et du sien, et aucuns de ceux des -trois estas dont dessus est faite mencion ; et ot délibéracion -assavoir sé il estoit bon que ceux des trois estas qui estoient -à Paris s'en allassent chascun en son pays sans plus faire -quant alors, pour aucunes causes qu'il leur dist. Et luy fu -conseillié pour la plus grant partie de tous ceux qui furent -audit conseil que ainsi le féist. Et pour ce, dit à ceux qui -estoient présens desdis trois estas que ainsi le féissent, et -leur pria que il déissent de par luy aux autres qui estoient -à Paris que chascun s'en allast en son lieu. Et leur dist que -il les remanderoit, mais que il eust oï certains messagiers, -chevaliers qui venoient de devers le roy, son père, qui luy -aportoient certaines nouvelles de par luy ; et aussi que il -eust esté devers l'empereur, son oncle, par devers lequel il -entendoit aler briefment.</p> - -<p>Dont pluseurs desdis estas qui avoient entencion de gouverner -le royaume par les requestes que il avoient faites -audit monseigneur le duc, furent moult dolens ; et bien -leur fu avis que toutes ces choses avoient esté faites par ledit -monseigneur le duc, pour départir ladite assemblée -desdis trois estas qui estoient à Paris : et, en vérité, ainsi -estoit-il.</p> - -<p>Et pour ce, l'endemain qui fu jour de juesdi, pluseurs -desdis trois estas qui estoient encore à Paris, monseigneur -le duc estant à Montlehéri là où il ala celuy jour au matin, -s'assemblèrent au chapitre desdis frères Meneurs. Et là -ledit evesque de Laon publia en la présence de ceux qui y -vouldrent venir coment monseigneur le duc leur avoit -requis conseil et aide, et coment, pour ce faire, il avoient -esté assemblés par pluseurs fois et par maintes journées, et -près pour ladite response faire, laquelle monseigneur le duc -n'avoit voulu oïr. Et leur dit que chascun d'eux préist copie -des choses qui avoient esté ordenées par lesdis esleus, et -l'emportast en son pays. Lesquelles choses firent pluseurs -desdis trois estas qui estoient à ladite assemblée. Et jà soit -ce que, par pluseurs fois, ledit monseigneur le duc parlast -audit prévost des marchans et par pluseurs journées, et -aussi aux eschevins de Paris en eux requerrant que il -luy voulsissent faire aide à soustenir la guerre, si ne s'y -vouldrent accorder né consentir, s'il ne faisoit assembler -lesdis trois estas, laquelle chose il n'ot pas conseil de faire. -Et pour ce, il ordena que on envoieroit certains des conseilliers -du roy par les bailliages du royaume, pour requérir -ladite aide aux bonnes villes.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXIII.</h3> - -<p class="section">Coment monseigneur Robert de Clermont desconfit en Normendie -les gens monseigneur Phelippe de Navarre, et y fu -occis monseigneur Godefroy de Harecourt.</p> - - -<p>Après les choses dessus dites, au moys de novembre -ensuivant, avint que monseigneur Robert de Clermont, -lieutenant de monseigneur le duc de Normendie au pays -de Normendie, se combatti contre les gens monseigneur -Phelippe de Navarre, qui estoient au pays de Constentin, avec -lesquels estoit monseigneur Godefroy de Harecourt qui -s'estoit rendu ennemi du roy de France tantost qu'il oï les -nouvelles de son nepveu le conte de Harecourt que le roy -avoit fait décapiter à Rouen le karesme précédent, lorsque -le roy de France prist le roy de Navarre, comme dessus est -dit plus à plain. Et fu ledit monseigneur Godefroy desconfit -et occis en ladite bataille, et ceux de sa compaignie. Et de -huit cens hommes qui estoient des gens d'armes dudit monseigneur -Phelippe avec ledit monseigneur Godefroy, n'en -eschappa nul ou peu qui ne fussent mors ou pris.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXIV.</h3> - -<p class="section">Coment le chastel de Pont-Audemer que les Navarrois tenoient -fu rendu aux gens du roy de France.</p> - - -<p>Le dimanche quatriesme jour du moys de décembre ensuivant, -ceux qui estoient au chastel de Pont-Audemer<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>, au -bailliage de Rouen, qui ledit chastel avoient tenu, comme -ennemis du roy de France, au nom dudit roy de Navarre -et de monseigneur Phelippe, son frère, et avoient pillé, -robé et gasté tout le pays d'environ, rendirent le chastel -par composicion aux gens du roy de France et de son fils -monseigneur le duc de Normendie, qui avoient esté au -siège devant ledit chastel depuis le moys de juillet précédent ; -et s'en alèrent, par ladite composicion, là où il vouldrent, -à tout leur biens et leur prisonniers qu'il avoient dedens -ledit chastel. Et si leur donna l'en encore six mille florins -à l'escu<a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a>, pour rendre ledit chastel.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> C'étoit un corps d'Allemands qui, d'abord à la solde du brave Baudrain -de la Heuze, avoient, en son absence, livré la ville à Jean de Couloigne, -Navarrois. (Chr. msc., n<sup>o</sup> 530, S. Fr.)</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a> <i>Six mille florins à l'escu</i>. Environ cent vingt mille francs d'aujourd'hui.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXV.</h3> - -<p class="section">Coment monseigneur le duc de Normendie, ainsné fils du roy de -France, ala devers l'empereur, son oncle.</p> - - -<p>Le lundy cinquiesme jour dudict moys de décembre, -parti monseigneur le duc de Normendie de Paris pour aler -à Mès par devers monseigneur Charles de Boesme, empereur -de Rome, oncle dudit monseigneur le duc, pour parler -à luy et avoir conseil de luy, tant sur le gouvernement -du royaume de France et de la prise du roy son père, comme -de pluseurs autres choses ; et laissa à Paris son lieutenant, -son frère ainsné après luy, monseigneur Loys, conte d'Anjou.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXVI.</h3> - -<p class="section">Coment le prévost des marchans, avec pluseurs habitans de la -ville de Paris, alèrent par pluseurs fois par devers monseigneur -d'Anjou, pour faire cesser la nouvelle monnoie qui -couroit pour le temps.</p> - - -<p>Le samedi ensuivant, dixiesme jour de décembre, fu -publiée à Paris la nouvelle monnoie qui avoit esté faite par -l'ordenance dudit monseigneur le duc de Normendie, et par -son conseil ; c'est assavoir : deniers blans de six sous huit -deniers de taille, et de quatre deniers d'aloy, appellée -monnoie quarante-huitiesme ; et avoit chascun denier cours -pour douze deniers tournois. Et autres blans deniers, qui par -avant couroient pour huit deniers tournois la pièce, furent -rabaissiés à trois tournois ; et le mouton d'or fu mis à trente -sous tournois. Desquelles choses le commun de Paris fu -moult esmeu, et par espécial pour cause de ladite nouvelle -monnoie ; car ceux qui gouvernoient la ville ne vouloient -souffrir ledit monseigneur le duc avoir finances, sans lettre -de gaaignier<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a>. Et, pour celle cause, le prévost des marchans -et pluseurs des habitans de ladite ville de Paris alèrent au -Louvre le lundi ensuivant, douziesme jour dudit moys, par -devers ledit conte d'Anjou qui estoit demouré lieutenant de -monseigneur le duc de Normendie qui estoit alé par devers -l'empereur son oncle, si comme dessus est dit. Et luy -requistrent que il voulsist faire cesser ladite monnoie en luy -disant que il ne souffriroient point qu'elle courust ; et de -fait empeschièrent ledit cours, et ne souffrirent que aucun -la préist ou méist.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a> <i>Sans lettre de gaaignier</i>. Ainsi portent les meilleures leçons ; mais -quelques manuscrits remplacent ces mots assez obscurs par ceux-ci : <i>Sans -leur congié</i> ou <i>sans leur dangier</i>. Ce qui s'entendroit mieux. J'ai dû -cependant préférer les textes authentiques.</p> -</div> -<p>Si leur fist dire ledit conte que il auroit avis à son conseil -sur ladite requeste, et l'endemain, au jour de mardi, -leur respondroit. Auquel mardi retournèrent audit Louvre -lesdis prévost des marchans et habitans, en plus grant nombre -quatre fois que il n'avoient fait la journée devant ; -mais pour ce que ledit conte n'avoit pas encore eu plenière -délibéracion sur ladite requeste, il leur fist dire et prier -que il attendissent jusques à l'endemain, jour de mercredi ; -et lors tournaissent devers luy, et il respondroit tant que -il leur devroit suffire.</p> - -<p>Auquel mercredi retournèrent ledit prévost et habitans -par devers ledit conte d'Anjou en trop plus grant nombre -que par avant, et leur fist accorder que l'en cesseroit de faire -ladite monnoie jusques à tant que ledit conte d'Anjou sauroit -la volenté dudit duc de Normendie, son frère, par -devers lequel il pensoit tantost envoier pour celle cause, et -escripre la requeste des dessus dis de Paris.</p> - -<p>Et ainsi se départirent et ne courut puis ladite nouvelle -monnoie. Et aussi ne furent point gardées les ordenances -faites sur les cours des autres monnoies ; mais furent prises -et mises si comme par avant estoient.</p> - -<p>Item, le samedi vingt-quatriesme jour dudit moys de -décembre, qui fu la vigille de Noël, mil trois cens cinquante-six -dessus dis, le pape prononça six cardinaux -nouveaux, desquels fu l'un dessus nommé monseigneur -Pierre de la Forest, arcevesque de Rouen et chancelier de -France.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXVII.</h3> - -<p class="section">De la revenue de monseigneur le duc de Normendie de devers -l'empereur, son oncle.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1357</div> - -<p>Le samedi, quatorziesme jour de janvier ensuivant, -ledit monseigneur le duc de Normendie, ainsné fils du roy -de France, retourna à Paris de devers son oncle l'empereur, -devers lequel il avoit esté en ladite ville de Mès, et -entra en ladite ville de Paris ledit samedi, environ heure -de vespres. Et en sa compaignie estoit ledit chancelier, nouvel -cardinal. Et leur alèrent à l'encontre jusques oultre saint -Anthoine le prévost des marchans et grant foison des bourgois -de ladite ville de Paris. Et pour la révérence dudit -cardinal nouvel, pluseurs des ordres et collèges de ladite -ville luy alèrent à l'encontre à procession jusques au dehors -de Paris.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXVIII.</h3> - -<p class="section">Coment monseigneur le duc de Normendie, par droit ennuy<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a> et -pour paix avoir, acorda au prévost des marchans et ses -aliés pluseurs requestes que il luy firent sans raison injustement.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a> <i>Ennuy</i>. Quelques manuscrits portent <i>enuy</i> qu'on pourroit aussi -bien lire <i>envy</i> et interpréter : « Malgré le droit. »</p> -</div> - -<p>Le juesdi ensuivant, dix-neuviesme jour du moys de -janvier, ledit monseigneur le duc de Normendie envoia par -devers ledit prévost des marchans aucuns de ses conseilliers, -c'est assavoir : monseigneur Guillaume de Meleun, arcevesque -de Sens, le conte de Roussi, le seigneur de Revel, -monseigneur Robert de Lorris et autres, lesquels distrent -audit prévost des marchans que il se voulsist traire à -Saint-Germain l'Aucerrois ; car il luy avoient à dire aucunes -choses de par monseigneur le duc de Normendie. Lequel -prévost y ala, environ heure de disner, à compaignie de grant -foison de gens de ladite ville de Paris armés à descouvert. Et -là, les conseilliers de monseigneur le duc requistrent audit -prévost des marchans que il voulsist cesser et faire cesser les -gens de ladite ville de l'empeschement que il avoient fait et -mis au cours de la nouvelle monnoie devant dite ; lesquels -prévost et autres gens respondirent que riens n'en feroient, -et qu'il ne souffriroient point que ladite monnoie courust. -Et outre, furent si esmeus par toute ladite ville que il fisrent -cesser tous menestereux<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a> d'ouvrer : et fist commander -ledit prévost par toute la ville que chascun s'armast ; -et ot-on grant doubte que aucune chose ne fust faite -contre les officiers du roy ou aucuns d'iceux ; et pour celle -cause ledit duc ot délibéracion avec aucuns de son conseil ; -et l'endemain, jour de vendredi vintiesme jour dudit -moys de janvier, ala monseigneur le duc du Louvre au -palais, bien matin, et aussi y alèrent le prévost des -marchans et pluseurs d'iceulx de ladite ville de Paris.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a> <i>D'ouvrer</i>. De chanter ou jouer des instrumens.</p> -</div> -<p>Et en la chambre de parlement parla ledit monseigneur -le duc de sa bouche à eux, et leur dist que il ne se tenoit pas -mal content de eux, et leur pardonnoit tout ce qui avoit -esté fait par eux : et oultre leur accordoit que les gens des -trois estas s'assemblassent quant il vouldroient. Et aussi -leur dist que il déboutoit et mettroit hors de son conseil les -officiers du roy que les gens des trois estas luy avoient autrefois -nommés ; et outre leur dist que il les feroit prendre -sé il les povoit trouver, et s'en tendroit si saisi que, quant -le roy seroit retourné, il en pourroit faire bonne justice.</p> - -<p>Et avec ce leur dist que jà soit ce que le droit de faire -monnoie et de la muer appartenoit au roy pour cause de -l'héritage de la couronne de France, toutesvoies vouloit-il, -pour cause de leur faire plaisir, que ladite nouvelle monnoie -ne eust point de cours ; mais vouloit que quant les gens -des trois estas seroient assemblés il ordonnassent avec -aucuns des gens dudit monseigneur le duc qu'il ordeneroit -à ce, certaine monnoie telle que seroit agréable et prouffitable -au peuple. Desquelles choses ledit prévost des marchans -requist lettres. Lesquelles ledit monseigneur le duc -luy ottroia et furent toutes commandées à un notaire. Et -aussi convenoit que ledit monseigneur le duc, pour refraindre -la fureur dudit prévost des marchans et des autres de -Paris, le féist et accordast contre sa voulenté, constraint de -grans parolles, luy sachant que ce estoit contre raison. Mais -pour ladite promesse touchant lesdis officiers, pluseurs -d'iceux se absentèrent. Et ledit chancelier qui avoit esté fait -nouvel cardinal, si comme dessus est dit, ne se monstra plus -par Paris. Et jasoit ce que, par l'ordenance du roy, ledit -chancelier et monseigneur Simon de Bucy deussent aler à -Bourdeaux pour les traictiés de paix qui y devoient estre -entre les gens desdis roys de France et d'Angleterre, néantmoins -requisrent ledit prévost des marchans et autres qui le -suivoient audit monseigneur le duc que il ne souffrist pas -que ledit chancelier et monseigneur Simon de Bucy alaissent -auxdis traictiés ; et pour ce donna ledit monseigneur le -duc lettres par lesquelles il rappelloit la légacion dudit -monseigneur Simon mais non pas du chancelier, pour ce -que il convenoit, si comme l'en disoit, que il allast rendre -au roy ses sceaux.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXIX.</h3> - -<p class="section">De ceux chiés lesquels l'en envoia sergens en garnison, et coment -les gens des trois estas furent mandés pour rassembler à -Paris.</p> - - -<p>Le mercredi ensuivant, vingt-cinquiesme jour dudit moys -de janvier, ledit monseigneur le duc, à la requeste desdis -prévost des marchans et autres, envoia sergens en garnison -ès maisons monseigneur Simon de Bucy, de monseigneur -Nicolas Bracque, maistre d'ostel du roy qui longuement s'estoit -meslé de ses finances, et ès maisons de Enguerran du -Petit-Celier, trésorier de France, et de Jehan Poillevilain, -maistre de la chambre des comptes et souverain maistre des -monnoies. Et fist-l'en inventoire des biens que on y trouva. -Et si furent mandés les gens des trois estas de par monseigneur -le duc pour estre à Paris assemblés le dimenche, cinquiesme -jour de février ensuivant.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXX.</h3> - -<p class="section">Coment les gens des trois estas furent rassemblés.</p> - - -<p>Audit moys de janvier, monseigneur Phelippe de Navarre -chevaucha de Constentin jusques à Chartres, et de -là à Bonneval, et s'en retourna audit pays de Constentin -en gastant les pays par lesquels il passa ; et toutesvoies -disoit-l'en qu'il n'avoit pas plus de huit cens hommes ou -environ. Item, le dimenche dessus dit, cinquiesme jour de -février, se assemblèrent à Paris pluseurs evesques et autres -gens d'églyse, nobles et pluseurs gens de bonnes villes du -royaume de France. Et par pluseurs journées furent assemblés -en ladite ville en l'ostel des Cordeliers, et là firent pluseurs -ordenances.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXXI.</h3> - -<p class="section">Coment maistre Robert le Coq, evesque de Laon, prescha en parlement, -de par les gens des trois estas, coment les officiers du -roy devoient estre privés de leur offices.</p> - - -<p>Le vendredi, troisiesme jour du moys de mars ensuivant, -furent assemblés au palais royal, en la chambre de parlement, -en la présence de monseigneur le duc de Normendie, -du conte d'Anjou et du conte de Poitiers, ses frères, -et de pluseurs autres nobles, gens d'églyse et gens de bonnes -villes, jusques à tel nombre que toute ladite chambre en -estoit plaine. Et prescha messire Robert le Coq, evesque -de Laon, et dist que le roy et le royaume avoient esté, au -temps passé, mal gouvernés, dont moult de meschiefs -estoient advenus tant audit royaume comme aux habitans -d'iceluy, tant en mutacions de monnoies comme par prises, -et aussi par mal administrer et gouverner les deniers que -le roy avoit eus du peuple, dont moult grandes sommes -avoient esté données par pluseurs fois à pluseurs qui mal -desservi l'avoient.</p> - -<p>Et toutes ces choses avoient esté faites, si comme disoit -l'evesque, par le conseil des dessus nommés chancelier, -et autres qui avoient gouverné le roy au temps passé. -Dist lors encore ledit evesque que le peuple ne povoit plus -souffrir ces choses ; et, pour ce, avoient délibéré ensemble -que les dessus nommés officiers et autres que il -nommeroit lors, — tant que sur le tout il furent vint-deux -dont les noms suivent : maistre Pierre de la Forest, lors -cardinal et chancelier de France ; monseigneur Simon de -Bucy ; maistre Jehan Chalemart ; maistre Pierre d'Orgemont, -président en parlement ; monseigneur Nicolas Bracque -et Jehan Poillevilain, maistres de la chambre des -comptes et souverains maistres des monnoies ; Enguéran du -Petit-Célier et Bernart Fremaut, trésoriers de France ; Jehan -Chauveau et Jacques Lempereur, trésoriers des guerres ; -maistre Estienne de Paris, maistre Pierre de la Charité et -maistre Ancel Choquart, maistres des requestes de l'ostel du -roy ; monseigneur Robert de Lorris, chambellan du roy ; -monseigneur Jehan Taupin, de la chambre des enquestes ; -Geoffroy le Masurier, eschançon dudit monseigneur le duc -de Normendie, le Borgne de Beausse, maistre d'Escurie dudit -monseigneur le duc ; l'abbé de Faloise, président en la -chambre des enquestes ; maistre Robert de Preaux, notaire -du roy ; maistre Regnault d'Acy, avocat du roy en parlement ; -Jehan d'Auceurre, maistre de la chambre des comptes ; -Jehan de Behaigne, varlet dudit monseigneur le duc, — seroient -privés de tous offices royaux perpétuelment, dont -il y avoit aucuns présidens en parlement, aucuns maistres -des requestes en l'ostel du roy, aucuns maistres de la chambre -des comptes et aucuns autres officiers de l'ostel dudit monseigneur -le duc, si comme dessus est dit. Et requist ledit -evesque audit monseigneur le duc que dès lors il voulsist -priver les vint-deux dessus nommés comme dit est ; et -toutesvoies n'avoient il esté appellés né oïs en aucune manière ; -et si n'avoient pluseurs de iceux et la plus grant -partie esté accusés d'aucune chose, né contre iceux dit né -proposé aucune villenie ; et si estoient pluseurs d'iceux officiers -à Paris, lesquels l'en povoit chascun jour veoir et -avoir qui aucune chose leur voulsist dire ou demander.</p> - -<p>Item, requist encore ledit evesque que tous les officiers -du royaume de France fussent suspendus, et que certains -réformateurs feussent donnés, lesquels seroient nommés -par les trois estas qui auroient la cognoissance de tout ce -que l'en vouldroit demander auxdis officiers et contre iceux -dire et proposer. Item, requist encore ledit evesque que -bonne monnoie courust telle que lesdis trois estas ordeneroient, -et pluseurs autres requestes fist.</p> - -<p>Lors, un chevalier appelé monseigneur Jehan de Pequigny, -pour et au nom des nobles, advoua ledit evesque ; et un -avocat d'Abbeville appelé Nicholas le Chauceteur l'advoua -au nom des bonnes villes ; et aussi fist Estienne Marcel, -prévost des marchans de Paris. Et offrirent, au nom des trois -estas dessus dis, audit monseigneur le duc trente mille -hommes d'armes, lesquels il paieroient par leur mains et -par ceux qu'il y ordeneroient. Et pour avoir la finance à ce -faire, il avoient ordené certain subside, c'est assavoir : Que -les gens d'églyse paieroient dixiesme et demy de toutes revenues, -les nobles aussi dixiesme et demy, c'est assavoir de -cent livres de terre quinze livres. Et les gens des bonnes -villes feroient de cent feus un homme d'armes, c'est assavoir -demi-escu de gaige pour chascun jour. Mais pour ce que il ne -savoient pas encore combien ladite finance pourroit monter, -né sé elle souffiroit à paier les trente mille hommes d'armes -dessus dis, il requistrent que il peussent rassembler à la -quinzaine de Pasques ensuivant ; et entre deux, il feroient -savoir combien ladite finance pourroit monter. Et sé il -trouvoient à ladite quinzaine que ladite finance ne souffisist, -il la croistroient. Et aussi il requistrent que depuis ladite -quinzaine, il peussent rassembler deux fois, quant bon leur -sembleroit, jusques au quinziesme jour du moys de février -ensuivant. Lequel duc de Normendie leur octroia toutes -leur requestes, tant les dessus escriptes comme les autres, -et par ce tindrent que les vint-deux officiers dont dessus -est faite mencion estoient privés, et demoureroient les -autres officiers souspendus par telle manière que, en ladite -ville de Paris, l'en ne tint point de jusridicion jusques au -lundi ensuivant que le prévost fu restitué en son office. Et -du parlement fust ordené par ceux du grant conseil qui -avoient esté esleus par les dessus dis trois estas le vendredi -ensuivant, et en ostèrent pluseurs de ceux qui en estoient -par avant, tant que sur le tout il n'y en laissièrent que -en présidens que en autres que seize ou environ. Et de la -chambre des comptes ostèrent tous les maistres qui y estoient, -tant clers comme lais, qui estoient quinze en nombre, -et y en mistrent quatre tous nouveaux, deux chevaliers -et deux lais.</p> - -<p>Mais quant il y orent esté un jour, il alèrent par devers le -grant conseil et leur distrent qu'il convenoit que l'en y méist -de ceux qui autrefois y avoient esté, pour leur monstrer le -fait de ladite chambre ; et pour ce y mist l'en par provision -quatre des anciens, avec les quatre nouveaux dessus dis.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXXII.</h3> - -<p class="section">Du traictié et des trièves qui furent prises à Bourdeaux entre -le roy de France et le prince de Gales.</p> - - -<p>Le samedi, dix-huitiesme jour dudit moys de mars, fu -traictiée paix à Bourdeaux, entre le roy de France qui -encore y estoit prisonnier et le prince de Gales.</p> - -<p>La manière dudit traictié fu tenue secrète pour ce que en -icelle estoit réservée la volenté du roy d'Angleterre. Mais -pour aucunes choses qui à ce les murent, il pristrent trièves -générales de Pasques ensuivant jusques à deux ans. Et -envoia ledit prince les prisonniers qu'il avoit en France, et -ordena d'emmener le roy de France en Angleterre pour -parfaire ledit traictié.</p> - -<p>Item, le dimenche vint-sixiesme jour dudit moys de -mars, fu la monnoie publiée à Paris, par l'ordenance des -gens des trois estas, c'est assavoir : un mouton d'or courant -pour vingt-quatre sous parisis, et demi-moutons qui lors -furent fais nouviaux pour douze sous parisis ; deniers blans -à la couronne pour dix deniers tournois : et les autres -monnoies qui lors furent faites.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXXIII.</h3> - -<p class="section">Des lettres qui furent apportées à Paris de par le roy de France, -lesquelles furent publiées en faisant deffense que les trois -estas ne s'assemblassent à la journée dessus dicte.</p> - - -<p>Le mercredi après Pasques flories qui fu le quint jour -du moys d'avril, furent criées et publiées par Paris, par -lettres ouvertes et mandement du roy, les trièves dont est -dessus faite mencion. Et aussi fu crié et publié que le roy ne -vouloit pas que l'en paiast le subside qui avoit esté ordené -par lesdis trois estas, dont est faite mencion ; et aussi il ne -vouloit pas que les trois estas se rassemblassent à la journée -par eux ordenée à la quinzaine de Pasques né à autres, dont -le peuple de Paris fu moult esmeu, par espécial contre -l'arcevesque de Sens, contre le conte d'Eu cousin germain -du roy, et contre le conte de Tancarville, qui les lettres -du roy ès quelles les choses dessus dites estoient contenues -avoient apportées de Bourdeaux, et auxquels le roy avoit -enchargié de les faire publier avec pluseurs autres choses -que l'en leur avoit commises et chargiées à faire.</p> - -<p>Et disoit la plus grant partie du peuple de Paris que -c'estoit fausseté et traïson de publier que lesdictes trièves -fussent données né accordées ; et de empescher ladite assemblée -des trois estas né à lever ledit subside. Et par la commocion -et desroy qui fu lors en ladite ville, il convint que -ledit arcevesque et conte s'en alassent assez hastivement ; -lesquels se absentèrent. Et pour ce que aucuns disoient -qu'il estoient moult dolens de la vilenie qui leur avoit esté -faite, et que pour ce il assembloient gens d'armes et avoient -entencion et volenté de gréver aucuns de ceux de Paris, -l'en fist garder soigneusement ladite ville, tant de jour -comme de nuit ; et n'y avoit de la partie devers Grant-Pont -que trois portes ouvertes de jour ; et de nuit elles estoient -closes toutes.</p> - -<p>Item, le samedi ensuivant, la veille de Pasques les grans, -qui fu le huitiesme jour d'avril, fu crié et publié par Paris -que l'en leveroit ledict subside et que les trois estas se rassembleroient -à ladicte quinzaine de Pasques, nonobstant -ledit cri qui avoit esté le mercredi précédent. Et ordena -ledit duc de Normendie que l'en féist ledit cri, par le conseil -ou contrainte des dessus dis trois estas, c'est assavoir : -dudit evesque de Laon qui estoit principal gouverneur desdis -trois estas, du prévost des marchans et de aucuns -autres.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXXIV.</h3> - -<p class="section">En quel temps le roy de France arriva en Angleterre.</p> - - -<p>L'an de grace mil trois cens cinquante-sept, le mardi -après Pasques, qui fu le onziesme jour du moys d'avril, -fist le devantdit prince de Gales ledit roy de France entrer -en mer à Bourdeaux, pour le mener en Angleterre ; et y arrivèrent -le quatriesme jour de may ensuivant. Et fu ledit -roy mené à Londres et y entra le vint-quatriesme du moys -de may. Et avint que, en alant et chevauchant, le roy d'Angleterre -encontra le roy de France aux champs, auquel -ledit roy d'Angleterre fist moult grant honneur et révérence, -et parla à luy moult longuement. Et après passa oultre en -son chemin. Et le roy de France et le prince de Gales s'en -alèrent à Londres là où le roy de France fu tenu prisonnier -si largement comme il vouloit ; car il avoit ses gens, tels -et tant comme il vouloit ; et aloit chacier et esbatre toutes -fois qu'il luy plaisoit, et estoit en un moult bel ostel, -dehors ladite ville de Londres, appellée Savoie, et estoit -au duc de Lenclastre.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXXV.</h3> - -<p class="section">Coment le roy d'Angleterre manda au duc de Lenclastre qu'il -laissast à faire siège de devant Rennes en Bretaigne.</p> - - -<p>A la nativité saint Jehan-Baptiste ensuivant, les cardinaux -de Pierregort, de Urgel et de Rouen, l'arcevesque de -Sens et pluseurs autres passèrent la mer et alèrent à Londres -par devers le roy de France pour parfaire le traictié -entre les deux roys, et y demourèrent longuement. Et par -pluseurs fois dit-l'en en France que le traictié estoit rompu. -Et pendans lesdits traictiés, le duc de Lenclastre qui avoit esté -à siège devant la ville de Rennes par l'espace de huit ou neuf -moys et estoient ceux dedens la ville à très grant meschief -pour ce qu'il avoient pou de vivres, se leva, luy et tout son -siège, par le mandement du roy d'Angleterre son seigneur. -Mais l'en donna audit duc soixante mille escus d'or pour ses -frais<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a> Environ douze cent mille francs d'aujourd'hui.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXXVI.</h3> - -<p class="section">Coment la puissance inique des trois estas déclina et vint à -néant.</p> - - -<p>Environ la Magdaleine ensuivant, les ordenés par les -trois estas, tant du grant conseil des généraux sur le fait -du subside comme les réformateurs, commencièrent à -décliner et leur puissance à apeticier. Car la finance que il -avoient promise ne fu pas si grande de plus de dix pars -et les laissièrent les nobles, et ne vouldrent point paier -né les gens d'églyse aussi. Et aussi pluseurs des bonnes -villes qui cognurent et apperceurent l'iniquité du fait desdis -gouverneurs principaux qui estoient dix ou douze ou -environ, se déportèrent de leur fait et ne vouldrent paier.</p> - -<p>Et l'arcevesque de Rains qui par avant avoit esté l'un -des plus grands maistres fit tant que il fu principal au -conseil de monseigneur le duc. Et furent presque tous ceux -qui avoient esté mis hors de leur offices remis en leur -estas, excepté les nommés vint-deux, jasoit ce que aucuns -d'iceux n'en laissassent onques leur estas.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXXVII.</h3> - -<p class="section">De la deffense que monseigneur le duc de Normendie fist au -prévost des marchans et à autres qui usurpoient la puissance -de gouverner le royaume de France.</p> - - -<p>Après avint, environ la my-aoust, que monseigneur le -duc de Normendie dist au prévost des marchans, à Charles -Toussac<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a>, à Jehan de l'Isle et à Gille Marcel qui estoient -principaux gouverneurs de la ville de Paris, que il vouloit, -dès or en avant, gouverner et ne vouloit plus avoir curateurs ; -et leur deffendit qu'il ne se meslassent plus du gouvernement -du royaume que il avoient entrepris par telle -manière que on obéissoit plus à eux que à monseigneur le -duc. Et dès lors chevaucha ledit monseigneur le duc de -Normendie par aucunes des bonnes villes et leur fist requeste, -en sa personne, de avoir aide d'eux comme de -autres choses. Et du fait de sa monnoie leur parla, lequel -luy avoit esté empeschié si comme dessus est dit, dont les -dessus dis gouverneurs des trois estas furent moult dolens. -Et s'en ala ledit evesque de Laon en son eveschié, car il -véoit bien que il avoit tout honny.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a> <i>Toussac</i>. Et non pas <i>Consac</i>, comme l'écrivent tous nos historiens -modernes.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXXVIII.</h3> - -<p class="section">De la chandelle que ceux de Paris offrirent à Notre-Dame de -Paris, et de la réconciliation de ceux de ladite ville par devers -monseigneur le duc, et coment il fu si près mené que il se -consenti de rassembler les trois estas.</p> - - -<p>La vigile de ladite my-aoust, l'an dessus dit mil trois -cens cinquante-sept, offrirent ceux de Paris à Nostre-Dame -une chandelle qui avoit la longueur du tour de ladite ville -de Paris, si comme l'en disoit, pour ardoir jour et nuit -sans cesse<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a> Le don de cette immense bougie roulée fut souvent renouvelé, et -vers le <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle il étoit annuel. Enfin, on le remplaça par celui de la -lampe d'argent qui brûloit nuit et jour devant l'autel de la Vierge. Villaret -se trompe quand il dit que l'occasion de cette offrande fut la réconciliation -des bourgeois avec le dauphin. La chronologie s'y oppose. M. Michelet, -après le récit du pillage des Navarrois, ajoute : « L'effroi étoit -tel à Paris, que les bourgeois avoient offert à Notre-Dame une bougie -qui avoit, disoit-on, la longueur du tour de la ville. » Ce motif est -encore plus puérilement imaginé, et le véritable c'étoit l'usage de faire un -don à l'église de Paris, la veille de l'Assomption.</p> -</div> -<p>Item, environ la saint Remy ensuivant, se réconcilièrent -ceux de Paris par devers monseigneur le duc de Normendie -et firent tant que il retourna en ladite ville en -laquelle il n'avoit esté de lonc-temps. Et luy distrent que il -luy feroient très grant chevance, et ne luy requeroient riens -contre aucuns de ses officiers, né aussi la délivrance du roy -de Navarre, laquelle il luy avoient requise par pluseurs -foys. Et luy supplièrent que il voulsist que vint ou trente -villes se assemblassent à Paris ; laquelle chose ledit monseigneur -le duc leur ottroia. Et furent mandées pluseurs villes -de par luy ; c'est assavoir, jusques au nombre de soixante-dix -ou environ, jasoit ce que il ne luy en eussent requis -que vint ou trente. Et quant il furent assemblés à Paris, -il ne firent aucune chose, mais alèrent devers ledit monseigneur -le duc et luy distrent que il ne povoient besongnier -né riens faire, sé tous lesdis trois estas n'estoient rassemblés ; -et luy requistrent les dessus dis de Paris que il les -voulsist mander, laquelle chose il leur ottroia. Et envoia -ces lettres aux gens d'églyse, aux nobles et aux bonnes villes, -et les manda. Et aussi envoia ledit prévost des marchans ses -lettres aux dessus dis, avec les lettres dudit monseigneur -le duc. Et fu la journée de assembler à Paris lesdis trois -estas, an mardi après la feste de Toussains ensuivant qui fu -le septiesme jour de novembre, l'an dessus dit. Et pendant -ladite journée, fu ledit monseigneur le duc si mené que il -n'avoit denier de chevance, pourquoy il convenoit que il -féist tout ce que les dessus dis de Paris vouloient ; et convint -que il mandast, à leur requeste, ledit evesque de Laon qui -estoit en son éveschié, lequel, par fiction, fist dangier<a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a> -de retourner, et néantmoins il vint tantost.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a> <i>Dangier</i>. Difficulté.</p> -</div> -<p>Item, cedit mardi, après la feste de Toussains, se assemblèrent -à Paris aucunes gens d'églyse, nobles et autres -envoiés des bonnes villes ; et moins que autrefois n'en estoit -venu aux autres assemblées. Et assemblèrent aux Cordeliers -par pluseurs journées, et firent tant que le parlement qui -avoit esté ordené à seoir l'endemain de la saint Martin, par -ledit monseigneur le duc et son conseil, et jà avoit esté -mandé par les baillages, fu continué quant aux plaidoieries -jusques au secont jour de janvier ; et depuis, par leur ordenance, -fu continué jusques à l'endemain de la Chandeleur.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXXIX.</h3> - -<p class="section">De la délivrance du roy de Navarre par un chevalier ennemi et -traitre du roy de France, et coment il convint que monseigneur -le duc de Normendie envoiast au roy de Navarre un très fort -et seur sauf-conduit pour venir à Paris.</p> - - -<p>Le mercredi huitiesme jour du moys de novembre ensuivant, -avant le point du jour du jeudi ensuivant, le roy de -Navarre qui estoit en prison au chastel de Alleux en Cambresis<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a>, -fu délivré par un chevalier en qui le roy de -France se fioit, appellé monseigneur Jehan de Pequigny, -lors gouverneur, de par le roy de France, au pays d'Artois : -lequel, comme faux traitre, sans le consentement, sceu et -volenté dudit roy de France, son seigneur, qui ledit roy -de Navarre faisoit tenir en prison, au grant péril et préjudice -du roy et du royaume ainsi faussement le délivra. -Car il ala, et gens d'armes avec luy, jusques au nombre -de trente ou environ, et estoient bourgois presque tous ; -et vint audit chastel de nuit et fit tant, par eschieles et autrement, -que luy et sa compaignie entrèrent audit chastel -qui estoit très mal gardé, sans ce que ceux qui estoient -dedens le sceussent, si comme l'en disoit. Mais il ne firent -point de mal à ceux qui estoient audit chastel. De là vint le -roy de Navarre et ceux qui l'avoient délivré à Amiens, -desquels une grant partie estoit de ladite ville, et là demoura -par aucuns jours. Et fist délivrer tous les prisonniers -tant de la court, de l'églyse, comme de la court laye. -Et cependant fu traictié entre monseigneur le duc de Normendie -qui estoit à Paris, par aucuns des amis du roy de -Navarre, c'est assavoir par la royne Blanche sa suer, et par -la royne Jehanne sa tante, qui pour ce estoient venues en -ladite ville de Paris, et par autres, de envoier sauf-conduit -audit roy de Navarre et à tous ceux qui seroient en sa -compaignie. Et convint que ledit monseigneur le duc passast -tel sauf-conduit, comme les amis dudit roy de Navarre -vouldrent deviser, c'est assavoir que pour quelconque chose -faite ou à faire, l'en ne le peust arrêter né ceux qui seroient -en sa compaignie, et si en porroit amener à Paris tant et -tels comme il vourroit, armés ou autrement. Et lors, au -conseil dudit monseigneur le duc estoit principal et souverain -maistre ledit evesque de Laon qui les choses dessus -dites avoit toute préparées et faites par la puissance et -ayde du devant dit prévost des marchans et de dix ou de -douze de la ville de Paris. Si n'estoit pas merveille sé ledit -monseigneur le duc estoit conseillié à faire tout ce qui estoit -bon au roy de Navarre. Lequel sauf-conduit fu porté à -Amiens par un clerc appellé Mahy de Pequigny, frère dudit -monseigneur Jehan de Pequigny, et par un échevin de -Paris appellé Charles Toussac. Ce fait, pluseurs des bonnes -villes qui estoient venues à Paris à ladite assemblée des -trois estas, par espécial des parties de Champaigne et de -Bourgoigne, se partirent de Paris sans prendre congié, quant -il sceurent que le roy de Navarre devoit venir à Paris ; -pour ce que il se doubtoient que l'en ne leur voulsist faire -avouer la délivrance du roy de Navarre.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a> <i>Alleux</i>. Ou <i>Arleux-en-Palluel</i>. L'ancienne façon d'écrire le nom de -ce bourg, situé à quatre lieues de Cambray, est confirmée par le titre du -joli fabliau publié par M. Francisque Michel : <i>Le Meunier d'Alleux</i>.</p> -</div> -<p>Item, le mercredi, veille de saint Andrieu ensuivant, près -de l'anuitier, entra ledit roy de Navarre à Paris, avec moult -grant compaignie de gens armés. Et estoient avec luy monseigneur -Jehan de Meulent, evesque de Paris, et moult -grant nombre de ceux de Paris, dont il y avoit bien deux -cens hommes d'armes et plus qui estoient alés à l'encontre -dudit roy jusques à Saint-Denis en France ; et ala ledit roy -de Navarre descendre en l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XL.</h3> - -<p class="section">De la prédication par parolles couvertes que ledit roy de Navarre -fist au Pré aux clercs à pluseurs gens de la ville de -Paris à la fin à quoy il tendoit.</p> - - -<p>L'endemain, jour de la saint Andrieu, environ heure de -prime, le roy de Navarre qui avoit fait assavoir par ladite -ville de Paris, en pluseurs lieux, que il vouloit parler aux -gens de ladite ville, fu en un eschafaut sur les murs de ladite -abbaïe de Saint-Germain-des-Prés, par devers le Pré-aux-Clercs ; -lequel eschafaut estoit fait pour le roy de France, -pour veoir les gaiges de batailles que l'en faisoit aucunes -fois en unes lices qui estoient audit pré, joingnant aux murs -de Saint-Germain. Es quelles lices estoient venus moult de -gens par le mandement que ledit roy de Navarre et ledit -prévost des marchans avoient fait à pluseurs quarteniers et -cinquanteniers de ladite ville. Et en la présence de dix mille -personnes dist moult de choses, en démonstrant que il -avoit esté pris sans cause et détenu en prison par dix-neuf -moys : et contre pluseurs des gens et officiers du roy dist -pluseurs choses. Et jasoit ce que contre le roy né contre le -duc il ne déist riens appertement, toutevoies dist-il assez de -choses deshonnestes et villaines par parolles couvertes. -Moult longuement sermona et tant que l'en avoit disné -par Paris, quant il cessa. Et fu tout son sermon de justifier -son fait, et de dampner sa prise. Et le pareil sermon avoit -fait à Amiens<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a> Il est, je pense, assez inutile de rappeler que tout ce récit des -règnes de Jean et de Charles V révèlent à chaque phrase la pensée de -Charles V lui-même. Et cela donne à la dernière partie des <i>Chroniques -de Saint-Denis</i> une importance que ne pourra jamais surpasser aucun -autre monument historique.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XLI.</h3> - -<p class="section">De la response que l'evesque de Laon rendit pour monseigneur -le duc sans en demander son plaisir.</p> - - -<p>A l'endemain qui fu vendredi et premier jour de décembre, -alèrent au palais, par devers monseigneur le duc de -Normendie, ledit prévost des marchans, maistre Robert de -Corbie et aucuns autres de ladite ville de Paris. Et requistrent -audit monseigneur le duc de par les bonnes villes, si -comme il disoient, que il voulsist faire raison et justice audit -roy de Navarre. Et lors ledit evesque de Laon qui principal -estoit audit conseil de monseigneur le duc, si comme dessus -est dit, et par lequel ledit roy et prévost des marchans et -leur partie faisoient ce que il faisoient, respondi, pour -monseigneur le duc sans luy en demander son plaisir, que -ledit duc feroit audit roy de Navarre, non pas seulement -raison et justice, mais toute grace et toute courtoisie et tout -ce que bon frère doit faire à autre. Et certes c'estoit bien -trompé quant celui qui estoit maistre et gouverneur dudit -roy de Navarre et de ceux de sa partie, estoit maistre et -principal au conseil de monseigneur le duc, c'est assavoir -ledit evesque de Laon ; et n'y avoit lors homme au conseil -dudit monseigneur le duc qui luy osast contredire.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XLII.</h3> - -<p class="section">Coment monseigneur le duc, par le conseil que il ot et aussi par -sa benignité, ala premièrement devers le roy de Navarre, en -l'ostel de la royne Jehanne.</p> - - -<p>Le samedi ensuivant, ledit monseigneur le duc assembla -de ceux de son conseil tant et tel comme ledit evesque -voult ; et furent exposées les requestes que faisoit ledit -roy de Navarre, et fut dist que chascun y pensast. Et l'endemain -jour de dimenche, tiers jour dudit moys de décembre, -retournaissent au conseil.</p> - -<p>Iceluy jour de samedi, après diner, ledit duc ala en -l'ostel de ladite royne Jehanne, par le conseil qui luy fu -donné, pour parler audit roy de Navarre qui encore n'avoit -esté par devers luy né parlé à luy. Et assez tost après que -ledit monseigneur le duc fu venu audit ostel, ledit roy de -Navarre y ala à grant compaignie de gens d'armes ; et toutesvoies -monseigneur le duc y estoit alé à assez petite compaignie, -sans aucunes armes. Et quant ledit roy de Navarre -entra en la chambre où estoit ladite royne et ledit duc, lesdis -duc et roy s'entre saluèrent assez mortement. Toutesvoies -convint-il que les sergens d'armes qui estoient alés avec ledit -duc audit ostel, et gardoient l'huys de la chambre où il -estoit, se partissent, ou l'en leur eust fait villenie. Et demourèrent -les gens dudit roy de Navarre en la garde -dudit huys, comme maistres et souverains que il se tenoient ; -et là parlèrent assez ensemble, et pou après se départirent.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XLIII.</h3> - -<p class="section">Coment il fu conseillié à monseigneur le duc par l'evesque de -Laon et par le prévost des marchans que il accordast toutes les -requestes du roy de Navarre.</p> - - -<p>Le dimanche ensuivant, troisiesme jour de décembre, -furent devant monseigneur le duc au conseil pluseurs conseilliers -tels comme ledit evesque ordena. Et furent répétées -les requestes que ledit roy de Navarre faisoit ; et toutesvoies, -pour oïr tout ce que il vouldroit requérir avoit esté -ordené certains conseilliers dudit monseigneur le duc, desquels -la plus grant partie estoient audit roy de Navarre. -Mais ainsi l'avoit ordené ledit evesque, afin que tout quanque -ledit roy requerroit luy fust octroié par ledit monseigneur -le duc qui, par contrainte, ne povoit refuser chose -que iceluy evesque voulsist. Lesquels conseilliers estoient -audit conseil. Et pour ce encore que il y eust plus des -amis dudit roy de Navarre, et que les requestes que il faisoit -ne peussent estre empeschiées par aucuns preudes hommes -qui estoient audit conseil, ledit evesque malicieusement -fist et ordena que ledit prévost des marchans, maistre Robert -de Corbie, Jehan de l'Isle et aucuns autres de leur -aliance alèrent heurter à l'huys de la chambre où ledit -monseigneur le duc et le conseil estoit pour ordener desdites -requestes ; et feingnirent que il voulsissent parler -audit monseigneur le duc d'autre chose ; et toutesvoies -ne distrent-il aucune chose fors tant que il distrent audit -monseigneur le duc que les gens envoiés de par les bonnes -villes estoient à accort et s'en vouloient aler, mais que -il eussent faite leur response. Si requéroient ledit monseigneur -le duc que il féist savoir à tous les nobles qui estoient -à Paris que il feussent l'endemain aux Cordeliers, pour eux -accorder avec les bonnes villes. Lequel duc respondit que -il le feroit volentiers.</p> - -<p>Ce fait, ledit monseigneur le duc, par le conseil dudit -evesque, fist demourer au conseil lesdis prévost des marchans -et sa compaignie. Et lors, fist demande à chascun -d'iceux qui estoient au conseil, sur lesdites requestes. Et finablement -fu conseillié à monseigneur le duc que il accordast -audit roy de Navarre les choses qui ensuivent ; et si fu dit -par ledit prévost des marchans en disant son opinion : -« Sire, faites amiablement au roy de Navarre ce que il vous -requiert, car il convient qu'il soit fait ainsi. » Comme sé il -voulsist dire : il en sera fait, veuillez ou non.</p> - -<p>Si fu lors ordené : Que le roy de Navarre auroit toute -la terre qu'il tenoit quant il fu pris, et tous les meubles qui -estoient sous ladite terre.</p> - -<p>Item, toutes les forteresses que il tenoit lors que dessus est -dit, qui depuis avoient esté prises par le roy de France et -ses gens ; et tous les biens qui estoient ès dites forteresses.</p> - -<p>Item, fu ordené que ledit monseigneur le duc pardonneroit -audit roy de Navarre et à tous ses adhérens tout ce -que il avoient meffait au roy et au royaume de France.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XLIV.</h3> - -<p class="section">Autres ordenances, coment les dessus dis décapités et pendus à -Rouen fussent despendus et enterrés ; et les biens rendus à -leur hoirs.</p> - - -<p>Encores fu ordené que le conte de Harecourt, le seigneur -de Graville, monseigneur Maubué-de-Mainesmares, chevaliers, -et Colinet Doublet, escuier, lesquels le roy de France -avoit fait descapiter à Rouen, en sa présence, et puis traisner -et pendre au gibet de Rouen, lorsque le roy de Navarre fu -pris, seroient despendus publiquement et rendus à leur -amis, pour enterrer en terre benoicte ; et toutes leur terres -qui estoient confisquées rendues à leur enfans ou héritiers. -Et pour ce que ledit roy de Navarre requéroit pour ses -injures, dommaiges et intérêts grant somme de florins ou -terre en lieu desdis florins ; et disoit-l'en à part, jasoit ce -que il ne feust pas dit clèrement, que il pensoit à en -avoir ou la duchié de Normendie ou la conté de Champaigne ; -il fu ordené que l'en traiteroit avec luy de continuer -ceste requeste jusques à un autre jour. Et finablement luy -furent accordées toutes les choses dessus dites, et en ot -lettres dudit duc telles comme les gens dudit roy les vouldrent -faire. Et pour ce que l'assemblée des trois estas estoit -continuée jusques au vintiesme jour de Noël ensuivant, car -il n'avoient pas esté d'acort, et si s'en estoient alés pluseurs -sans prendre congié quant il orent sceu la délivrance dudit -roy, si comme dessus est dit, accordé fu que les roys et duc -rassembleroient au vintiesme jour de Noël dessus dit, pour -traitier des choses dessus dites ; et cependant ledit monseigneur -le duc envoieroit certaine personne notable en Normendie -pour exécuter royaument et de fait audit roy les -choses à luy accordées ; et y fu ordené monseigneur Almaury -de Meullant, chevalier baneret.</p> - -<p>Et, par trois ou quatre jours après, compaignièrent lesdis -duc et roy l'un l'autre, et furent par ledit temps souvent -ensemble, et mengièrent ensemble pluseurs fois en l'ostel -de la royne Jehanne, en l'ostel dudit evesque de Laon et -au palais ; et tousjours estoit ledit evesque avec eux, et -moult bonne chière s'entrefaisoient. Et ensemble, moult -secrètement, visitèrent les saintes reliques en la chappelle -du palais. Et fist ledit roy délivrer tous les prisonniers qui -estoient ès prisons de Paris, tant ès prisons de l'églyse -comme ès prisons des seigneurs lais ; néis ceux qui estoient -en oubliète, condamnés au pain et à l'yaue, furent délivrés.</p> - -<p>Après ces choses, vindrent certaines nouvelles à Paris que -le traictié entre les roys de France et d'Angleterre estoit tenu -parfait, et qu'il estoient à accort ; et disoit l'en communément -que ledit roy de France seroit tantost en France.</p> - -<p>Item, le mercredi jour de la sainte Luce, se parti le roy -de Navarre de Paris un pou avant prime ; et avoit, en sa -compaignie grant foison de gens d'armes, et s'en ala à -Mante.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XLV.</h3> - -<p class="section">Coment les capitaines des chastiaux de Normendie qui estoient -tenus contre le roy de France vindrent à Mante par devers le -roy de Navarre, lequel les reçut moult liement.</p> - - -<p>En ce temps vindrent à Villepereur<a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a>, à Trappes et au -pays d'environ pluseurs gens d'armes, par diverses flottes, -dont les uns estoient Anglois et les autres estoient à monseigneur -Phelippe de Navarre, si comme l'en disoit ; et ne -savoit-on à Paris qui estoit capitaine desdites gens d'armes<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a>. -Et coururent tout le pays jusques près de Paris, à -quatre ou cinq lieues ; pillièrent et robèrent dix ou douze -lieues de pays et gastèrent et prisrent Maule sur Mandre<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a> -et l'enforcièrent et pluseurs autres forteresses, sans ce que -aucun y féist résistance en aucune manière. Et jasoit ce -que ceux de Paris y envoiassent monseigneur Pierre de Villiers, -lors chevalier du guet, et aucuns autres tant de Paris -que de la visconté, toutesvoies ne se mistrent-il point en -poine de rebouter les ennemis : et vuidèrent les bonnes -gens tout le pays, et amenèrent tous leur biens à Paris. -Aucuns disoient que lesdis ennemis estoient huit cent hommes -d'armes ; autres disoient qu'il estoient mil ou douze -cens.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a> <i>Villepereur</i> (<span lang="la" xml:lang="la">Villa-pyrorum</span>). Aujourd'hui <i>Villepreux</i>, bourg à deux -lieues de Versailles. — <i>Trappes</i> est un village à peu de distance.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a> Suivant Froissart, c'étoit un Gallois nommé <i>Ruffin</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a> <i>Maule sur Mandre</i>. Aujourd'hui bourg du département de Seine-et-Oise, -à cinq lieues de Versailles.</p> -</div> -<p>Item, le jour de Noël ensuivant, furent les capitaines des -chastiaux et forteresces de Normendie tenus par les ennemis -du roy de France, à Mante<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a>, avec le roy de Navarre, et -disnèrent avec luy ; et disoit l'en que il avoient fait ensemble -grans aliances.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a> <i>A Mantes</i>. C'est-à-dire : Les capitaines des châteaux… furent à -Mantes.</p> -</div> -<p>Et en ce temps, le duc de Normendie fist grans semonces -de gens d'armes, pour estre à Paris et ès villages -environ audit vint-deuxiesme jour ; et disoit l'en que -c'estoit pour rebouter lesdis ennemis qui estoient entour -Paris. Mais pluseurs, et par espécial ceux de Paris cuidoient -que ce fu pour eux grever que ledit monseigneur le duc -féist ladite semonce, et par pluseurs fois luy en parlèrent : -mais il respondoit tousjours que c'estoit pour ladite cause. -Néantmoins ceux de Paris se doubtoient forment, et ordenèrent -que aucuns hommes armés ne entreroient à Paris sé -il n'estoient cogneus, et firent garder par gens armés les -entrées de Paris. Et toutesvoies ledit evesque de Laon par -lequel lesdis de Paris se conseilloient et gouvernoient principalement -et qui tout estoit au roy de Navarre, estoit principal -conseillier dudit duc ; et estoit tout fait par luy et par -son ordenance. Moult de gens estoient esbahis, et disoit-l'en -que il estoit la besague<a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a> qui fiert des deux bous. Et vraiement -l'en disoit que ledit evesque faisoit savoir audit roy -tout ce qui estoit fait au conseil de monseigneur le duc. Et -le roy de Navarre qui savoit que le duc faisoit ladite -semonce la faisoit aussi la plus grant que il povoit, et vraiement -les gens de Paris et du pays environ estoient forment -esbahis, car il se doubtoient que entre les deux seigneurs -eust descort par lequel le pays feust gasté et destruit. Car -ceux qui gardoient les chastiaux de Breteuil et d'Evreux, de -Pont-Audemer et de Pacy, ne les vouloient rendre au roy -de Navarre sans mandement du roy de France. Et pour ce -disoit ledit roy de Navarre que on ne luy avoit pas tenu les -convenances que ledit monseigneur le duc luy avoit faites -de rendre les chastiaux, et estoit son entencion de pourchacier -son droit ; si comme l'en disoit.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69"><span class="label">[69]</span></a> <i>Besague</i>. Hache à deux tranchans. <i lang="la" xml:lang="la">Bisacuta</i>.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XLVI.</h3> - -<p class="section">Des chapperons partis que ceux de Paris pristrent ; et coment le -roy de Navarre alla à Rouen.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1358</div> - -<p>La première semaine de janvier ensuivant, ceux de Paris -ordenèrent qu'il auroient tous chapperons partis de rouge et -de pers<a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">[70]</a> ; et fu commandé par les ostels, de par le prévost -des marchans, que on préist tels chapperons. Et tousjours -estoient les ennemis entour Paris, qui pilloient tout et -prenoient toutes les bonnes gens et faisoient raençonner les -villes et ceux que il povoient tenir.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70"><span class="label">[70]</span></a> <i>Pers</i>. Bleu.</p> -</div> -<p>Item, le lundi huitiesme jour de janvier dessus dit, entra -ledit roy de Navarre à Rouen, à moult grant compaignie -de gens armés et non armés, tant de ladite ville qui estoient -alés encontre luy comme autres que il avoit amenés avec luy. -Et cedit jour ardirent les ennemis un moult bel ostel que -monseigneur le duc de Normendie avoit au dessoubs de -Rouen, à trois lieues, appellé Couronne<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">[71]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71"><span class="label">[71]</span></a> <i>Couronne</i>. Aujourd'hui <i>le Grand Couronne</i>, village situé sur la rive -gauche de la Seine, et chef-lieu de canton du département de la Seine-Inférieure.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XLVII.</h3> - -<p class="section">Coment le roy de Navarre fist despendre les dessus dis décapités -à Rouen, et les fist enterrer solempnellement.</p> - - -<p>Le mercredi ensuivant, dixiesme jour du moys de janvier, -le roy de Navarre envoia, au matin, au gibet de Rouen, -pour despendre et ensevelir les corps des trois dessus dis -que le roy de France avoit fait descapiter en sa présence, -lorsque le roy de Navarre fu pris. Auquel gibet ne fu rien -trouvé du conte de Harecourt, car lonc-temps avant il -avoit esté osté ; mais l'en ne savoit par qui, combien que l'en -supposoit que ce eussent fait ses parens. Et là furent ensevelis -par trois rendues<a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a> de la Magdaleine de Rouen le corps -du seigneur de Graville, de monseigneur Maubué de Mainesmares, -et de Colinet Doublet, qui encore avoient esté audit -gibet sans les testes ; et furent mis en trois coffres, tels -comme on a accoustumé de faire pour mors. Et il y ot un autre -coffre wit<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a> pour représentacion dudit conte de Harecourt : -lesquels coffres furent mis en trois chars<a id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a> à dames -qui là avoient esté amenés pour celle cause. Et fu le coffre qui -faisoit la représentacion dudit conte en l'un desdis chars, -le seigneur de Graville en l'autre, et les deux autres coffres -en l'autre char. Et ledit jour, environ heure de tierce, ledit -roy de Navarre à cheval et très grant foison de peuple avec -luy à cheval et à pié, partirent de Rouen et alèrent au -gibet dessus dit ; et là ot cent varlés qui portoient cent grans -torches ; et avoit chascun varlet un escusson des armes dudit -roy de Navarre. Et fist ledit roy charier lesdis coffres jusques -à un lieu près de Rouen appellé le Champ du pardon -auquel lesdis corps avoient esté descapités en la place : -au plus près que l'en pout de là où il avoient esté descapités -furent lesdis chars arrestés ; et là furent chantées -moult sollempnellement vigilles des mors, par grant foison -de gens de pluseurs religions qui estoient là alés pour celle -cause ; et cela fait, lesdis chars furent mis au chemin : c'est -assavoir, celui où estoient les deux coffres devant ; et après -ledit char avoit deux escuiers armés des armes dudit Maubué -et Colinet, montés sur leur chevaux, et leur amis après. Et -après, estoit le char auquel estoit le corps dudit seigneur -de Graville ; et après avoit deux hommes à cheval qui portoient -deux bannières de ses armes, et deux autres sur deux -chevaux armés, l'un pour guerre et l'autre pour tournoy, -et après estoient les amis dudit seigneur. Et après estoit le -char auquel estoit la représentacion dudit conte de Harecourt -et deux varlés et deux hommes armés, le roy de -Navarre et les amis du conte. Et ainsi furent charriés -jusques à la porte derrière le chastel de Rouen, c'est -assavoir jusques au lieu où il avoient esté mis dedens les -charretes quant on les mena exécuter. Et là furent arrestés -et furent mis hors lesdis coffres desdis chars, et les pristrent -chevaliers et escuiers si comme on a acoustumé à -porter corps. Et les portèrent jusques à Notre-Dame de -Rouen en l'églyse cathédrale. Et ledit roy de Navarre et -merveilleusement grant peuple aloient après à pié ; et fu -moult tart quant il furent en ladite églyse. Et là furent mis -en une chappelle couverte de cierges qui avoient bien -vint-sept piés de lonc. Et en chascun des pilliers de ladite -église avoit une grant pièce de cendal atachiée, dedens laquelle -avoit quatre escus petits des armes dessus nommées.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72"><span class="label">[72]</span></a> <i>Rendues</i>. Religieuses.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73"><span class="label">[73]</span></a> <i>Wit</i>. Vide.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_74" href="#FNanchor_74"><span class="label">[74]</span></a> <i>Chars</i>. Variante : <i>Chairs</i>.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XLVIII.</h3> - -<p class="section">Du sermon que le roy de Navarre fist à ceux de Rouen en nommant -martirs ceux qui estoient descapités.</p> - - -<p>L'endemain, jour de jeudi onziesme jour dudit moys -de janvier, le roy de Navarre fu au matin, en une fenestre -sur la porte de Saint-Oyen de Rouen ; et là parla à grant -foison de gens qui estoient alés en la place qui estoit devant -pour oïr ledit roy qui avoit fait savoir que il vouloit -parler à eux ; et leur dit en substance autel comme il avoit -dit à Paris. Et pluseurs fois nomma les quatre corps dessus -dis martirs. Et après ala à ladite églyse de Notre-Dame, -là où fu dite la messe des mors moult solempnellement par -l'evesque d'Avranches, et puis furent mis lesdis coffres en -despost au charnier de ladite églyse de Notre-Dame<a id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a>. Et -celuy jour au disner, fist le roy de Navarre seoir à sa table -un marchant de vin de petit estat, pour le temps maire de -ladite ville de Rouen.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_75" href="#FNanchor_75"><span class="label">[75]</span></a> Je ne sais si l'on voit encore à Notre-Dame de Rouen, comme -avant la révolution, le heaume de ces quatre chevaliers appendus dans -la chapelle des Innocens ou de St-Romain.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XLIX.</h3> - -<p class="section">Coment monseigneur le duc de Normendie en asseurant ceux -de Paris leur dist, en plaines halles, qu'il vouloit vivre et -mourir avec eux, et que les gens d'armes qu'il faisoit venir -estoient pour le bien de ceux du royaume : et, par la deffaute -de ceux qui avoient le gouvernement, il convenoit que il-meismes -méist paine à rebouter les ennemis.</p> - - -<p>Ce meisme jeudi, onziesme jour dudit moys de janvier -mil trois cens cinquante-sept, monseigneur le duc de Normendie -qui longuement avoit demouré à Paris et ne pouvoit -avoir chevance, car ceux de Paris avoient tout le gouvernement, -fu conseillié que il parlast au commun de Paris. -Si fist savoir, celuy jour bien matin, que il iroit ès halles -pour parler au commun. Et quant l'evesque de Laon et le -prévost des marchans le sceurent, il le cuidèrent empeschier, -et distrent à monseigneur le duc que il se vouloit mettre en -grant péril de soy mettre devant le peuple. Néantmoins, -ledit monseigneur le duc ne les crut point, mais ala, environ -heure de tierce, ès dites halles, à cheval, luy sixiesme -ou huitiesme ou environ. Et dist à grant foison de peuple -qui là estoit que il avoit entencion de mourir et de vivre -avec eux, et que il ne créussent aucuns qui avoient dit et -publié que il faisoit venir des gens d'armes pour les piller -et gaster : car il ne l'avoit oncques pensé. Mais il faisoit -venir lesdites gens d'armes pour aidier à deffendre et -garantir le peuple de France qui moult avoit à souffrir, car -les ennemis estoient moult espandus parmy le royaume de -France, et ceux qui avoient pris le gouvernement n'y mettoient -nul remède. Si estoit son entencion, ce disoit, de -gouverner dès lors en avant, et de rebouter les ennemis de -France ; et n'eust pas tant attendu ledit duc sé il eust eu le -gouvernement et la finance. Et oultre, dit lors que toute la -finance qui avoit esté levée ou royaume de France, depuis -que les trois estas avoient eu le gouvernement, il n'en avoit -né denier né maille ; mais bien pensoit que ceux qui l'avoient -receue si en rendroient bon compte. Et furent les parolles -dudit duc moult agréables au peuple ; et se tenoit la plus -grant partie par devers luy<a id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_76" href="#FNanchor_76"><span class="label">[76]</span></a> <i>Et se tenoit, etc.</i> C'est-à-dire : Et le plus grand nombre favorisoit -plutôt son parti que celui des meneurs des Trois-Etats.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>L.</h3> - -<p class="section">De l'assemblée que le prévost des marchans fist faire à Saint-Jaques-de-l'Ospital, -pour la doubte que il avoit que le peuple -de Paris ne se tenist du tout avec monseigneur le duc ; et des -parolles que dit Charles Toussac, eschevin.</p> - - -<p>L'endemain, jour de vendredi douziesme jour dudit -moys de janvier, le prévost des marchans et ses aliés considérans -et voyans que le peuple estoit à faire le plaisir et la -volenté de monseigneur le duc, leur seigneur ; doubtans par -aventure que ledit peuple ne s'esméust contre eux, firent -assembler à Saint-Jaques-de-l'Ospital<a id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">[77]</a> grant foison de gens, -et par espécial ceux qui estoient de leur partie. Et quant -ledit duc sceut ladite assemblée, il parti tantost du palais -et ala audit Ospital, et en sa compagnie estoit ledit evesque -de Laon et pluseurs autres. Et quant il fu là, il fist -parler son chancellier à tous ceux qui là estoient, et leur -fist dire une partie de ce qu'il avoit dit le jour précédent ès -halles. Et oultre, pour ce que pluseurs publioient que ledit -duc ne tenoit pas au roy de Navarre les convenances que il -luy avoit promises, et ledit duc ne povoit faire son devoir de -rebouter ses ennemis qui dommageoient et gastoient tout -environ Paris, Chartres et le pays environ ; iceluy duc fist -dire que il avoit bien tenu audit roy de Navarre ce qu'il -avoit promis en tant comme il povoit ; mais aucuns d'iceux -auxquels le roy son père avoit baillié à garder aucuns chastiaux -dudit roy de Navarre ne les vouloient rendre, il n'en -povoit mais ; mais il en avoit fait tout son povoir et encore -estoit prest du faire.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_77" href="#FNanchor_77"><span class="label">[77]</span></a> <i>Saint-Jaques de l'Ospital</i>. Église située à l'extrémité des rues <i>Mauconseil</i> -et <i>Saint-Denis</i>. Transformée depuis la révolution de 1792 en magasin, -elle fut abattue en 1822.</p> -</div> -<p>Et après ce que ledit chancellier ot parlé, Charles Toussac -se leva et voult parler ; mais il y ot si grant noise que il -ne pout estre oï. Si se parti lors monseigneur le duc et sa -compaignie, fors l'evesque de Laon qui demoura avec ledit -prévost des marchans. Et assez tost après que ledit duc fu -parti, ledit Charles recommença, et lors fu oï. Si dist moult -de choses, et par espécial contre les officiers du roy. Et dist -que il y avoit tant de mauvaises herbes que les bonnes ne -povoient fructifier né amender ; et dit moult de choses couvertement -contre le duc. Et après, quant il ot parlé, un -advocat appellé Jehan de Sainte-Aude, qui par les trois -estas avoit esté fait un des généraux gouverneurs des subsides -ottroyés par les trois estas, parla et dit que le prévost -des marchans né les autres des trois estas n'avoient pas -emboursé l'argent que on avoit receu des subsides. Et autel -avoit dit ledit prévost des marchans. Et nomma ledit -Jehan pluseurs chevaliers qui en avoient eu par le mandement -dudit duc, si comme disoit ledit Jehan, jusques -à la somme de quarante ou de cinquante mille moutons -lesquels avoient esté mal emploiés, si comme ses parolles le -notoient et donnoient à entendre. Et là fu encore dit par -ledit Charles Toussac que ledit prévost des marchans étoit -preud'homme et avoit fait ce que il avoit fait, pour le bien -et le sauvement et le proufit de tout le peuple. Et dist que -sur ledit prévost régnoit haine, et que il le savoit bien. Et -que sé ledit prévost des marchans cuidoit que ceux qui -là estoient présens et les autres de Paris ne le voulsissent -porter né soustenir, il querroit son sauvement là où il le -pourroit trouver. Et là aucuns qui estoient de leur aliance -crièrent, disans que il le porteroient et soustenroient contre -tous.</p> - -<p>Item, le samedi ensuivant, treisiesme jour dudit moys -de janvier, monseigneur le duc manda pluseurs des maistres -de Paris au palais là où il estoit, et parla à eux moult -amiablement et leur requist que il luy voulsissent estre -bons subgiés, et il leur seroit bon seigneur. Lesquels luy -respondirent que il vivroient et mourroient avec luy, et que -il avoit trop attendu à prendre le gouvernement.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LI.</h3> - -<p class="section">D'une faible monnoie que les gens des trois estas ordenèrent à -Paris.</p> - - -<p>Le huitiesme jour d'après Noël l'an dessus dit, fu l'assemblée -à Paris des bonnes villes ; mais il n'y ot aucuns nobles, et -pou y ot des gens d'églyse. Et tous les jours assembloient et si -ne povoient estre à accort. Et toutesvoies il demourèrent à -Paris jusques au vint-quatriesme ou vint-cinquiesme jour de -janvier. Et ordenèrent que il retourneroient le dimenche -devant karesme prenant, onziesme jour du moys de février -ensuivant. Et pour provision ordenèrent que on feroit nouvelle -monnoie plus foible que celle qui autrefois avoit esté -faite par eux, et que monseigneur le duc y auroit plus de -proufit : c'est assavoir le quint denier, et les autres quatre seroient -pour la guerre. Et ainsi fu fait ; et valut le mouton -trente sols parisis.</p> - -<p>Et les deux roynes Jehanne et Blanche traictoient à Paris -de l'accort mettre entre monseigneur le duc qui là estoit, et -le roy de Navarre qui estoit à Mante ; mais ledit roy avoit -de ses gens à Paris monseigneur Jehan de Piquegny et -autres. Et tousjours venoient à Paris gens de diverses marches, -souldoiers, tant que monseigneur le duc ot bien -dedens Paris deux mille hommes d'armes, lesquels demouroient -à Paris sans riens faire né porter aucun proufit ; et -toutesvoies les ennemis estoient sur le pays en pluseurs lieux -et pilloient et roboient tout, et furent jusques à Saint-Cloust.</p> - -<p><i>Incidence</i>. — Le mardi, seiziesme jour dudit moys de -janvier, espousa monseigneur Loys, conte d'Estampes, -madame Jehanne d'Eu, fille jadis de Raoul conte d'Eu -et connestable de France, et suer à l'autre conte d'Eu et de -Guynes et aussi connestable de France qui ot la teste couppée -à Neele, à Paris. Laquelle madame Jehanne avoit esté -femme de monseigneur Gautier, duc d'Athènes et conte de -Brene en Champaigne et connestable de France, qui -avoit esté tué en la bataille de Poitiers où le roy Jehan fu -pris.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LII.</h3> - -<p class="section">De la prise d'Estampes.</p> - - -<p>Celuy mardi meisme, les ennemis d'entour Paris et Chartres -pristrent Estampes et la pillèrent, et y pristrent grant -foison de prisonniers que il menèrent en pluseurs forteresces -que il tenoient en Chartrain et en Beausse.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LIII.</h3> - -<p class="section">De la mort Jehan Baillet, trésorier de monsieur le duc de Normendie. -Et coment Perin Marc fu justicié, pendu et puis despendu -et enterré en l'églyse Saint-Merry.</p> - - -<p>Le mercredi vint-quatriesme jour dudit moys de janvier, -après disner, Jehan Baillet, trésorier de monseigneur -le duc de Normendie et moult acointé de luy, fu tué à -Paris d'un vallet changeur appellé Perrin Marc<a id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">[78]</a> qui le féri -d'un coutel au dessoubs de l'espaule par derrière, en la -rue nueve Saint-Merry. Et après s'enfuy ledit Perrin audit -moustier de Saint-Merry. Et le soir bien tart, ledit duc qui -moult estoit courroucié de la mort de son dit trésorier envoia -audit moustier de Saint-Merry monseigneur Robert de -Clermont<a id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">[79]</a> son mareschal, Jehan de Chalon, fils de monseigneur -Jehan de Chalon, seigneur d'Arlay, Guillaume -Staise, lors prévost de Paris et grant foison de gens d'armes, -lesquels brisièrent les huis dudit moustier et en mistrent -hors à force ledit Perrin Marc. Et l'endemain matin jour -de jeudi, ledit Perrin fu traisné au chastelet au lieu où il -avoit fait le coup, et là ot le poing couppé et puis fu mené -au gibet de Paris, et là pendu.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_78" href="#FNanchor_78"><span class="label">[78]</span></a> <i>Perrin Marc</i>. Villani, copiste souvent infidèle de nos <i>Chroniques</i>, -ajoute ici que <i>Macé</i> se plaignoit de n'avoir pas reçu le prix de deux chevaux -achetés par les gens de l'écurie du dauphin. « Le trésorier, » dit -sur cela M. Michelet, « refusoit de payer, sans doute sous prétexte du -droit de prise. » Je suis surpris de voir une pareille conjecture sous -la plume de M. Michelet, qui auroit dû la laisser à Dulaure ou à M. Sismondi. -Il ne peut ignorer que ce <i>droit de prise</i>, dont on a fait tant de -bruit, n'étoit que celui d'emprunter pour un très court espace de temps -les objets de première nécessité que ne pouvoient emporter avec eux dans -leurs tournées les grands officiers de la couronne. C'étoient des matelas, de -la vaisselle et des fourrages. Mais jamais il n'arrivoit aux emprunteurs -de prétendre à la propriété de ces objets. Et si les citoyens ne devoient -pas les refuser, on ne pouvoit se dispenser de leur tenir compte -de ceux qu'on ne leur restituoit pas. Au reste, il est fort douteux que Perrin -Marc et non pas Macé, <i>valet changeur</i>, ait eu personnellement à réclamer -quelque chose du trésorier Jean Baillet.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_79" href="#FNanchor_79"><span class="label">[79]</span></a> La plupart des manuscrits et les éditions gothiques omettent ce -nom ; et Villaret transporte au jeune Jean de Chalon le titre de <i>maréchal -de Champaigne</i>, tandis que Lévesque fait de Jean de Clermont le -<i>maréchal de Normandie</i>. La vérité, c'est que Jean de Clermont fut nommé -maréchal de France par le duc de Normandie depuis la captivité de son -père. L'erreur vient de ce que les chroniqueurs contemporains l'ont souvent -désigné comme <i>maréchal de monseigneur le duc de Normandie</i>.</p> -</div> -<p>Mais l'evesque de Paris fist tant que ledit Perrin fu despendu -le samedi ensuivant et fu ramené audit moustier de -Saint-Merry et restabli ; et là à très grant sollempnité fu enterré -le jour que les obsèques dudit Jehan Baillet furent faites ; -auxquelles fu présent monseigneur le duc de Normendie. -Et à celles dudit Perrin fu le prévost des marchans, et grant -foison des bourgois de Paris.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LIV.</h3> - -<p class="section">Des messagiers du roy de France envoiés à monseigneur le duc -son fils ainsné, à Paris.</p> - - -<p>Le samedi vint-septiesme jour du moys de janvier, les -messages du roy qui estoient venus d'Angleterre, c'est -assavoir l'evesque de Therouenne chancellier de France, -le conte de Vendosme, le seigneur de Derval, le sire -d'Aubigny, monseigneur Jehan de Saintré chevalier et -messire Jehan de Champeaux clerc, firent leur rapport -au duc de Normendie, en la présence de pluseurs -de son conseil, evesques, chevaliers et autres, sur le traictié -de l'accort fait en Angleterre, entre les roys de France et -d'Angleterre. Lequel traictié moult plut audit duc et à ses -conseilliers, si comme il disoient.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LV.</h3> - -<p class="section">De la response que monseigneur le duc de Normendie fist au -message du roy de Navarre.</p> - - -<p>Après celuy samedi huit jours ou environ, messire -Jehan de Piquegny vint à Paris de par le roy de Navarre -qui estoit à Mante, et fist ledit messire Jehan pluseurs -requestes à monseigneur le duc, de par ledit roy de Navarre, -en la présence des roynes Jehanne et Blanche et de pluseurs -du conseil dudit duc. C'est assavoir que monseigneur -le duc tenist les convenances audit roy de Navarre que il -luy avoit, lesquelles il ne<a id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">[80]</a> esclaircissoit point ; et que il -féist rendre audit roy ses forteresces et quarante mille -florins à l'escu que l'en luy avoit promis l'autre fois qu'il -avoit esté à Paris, et aussi aucuns joyaux qui avoient esté -pris du sien, lors qu'il fu emprisonné.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_80" href="#FNanchor_80"><span class="label">[80]</span></a> <i>Lesquelles il ne</i>. Que ledit Picquegny ne précisoit pas.</p> -</div> -<p>Et lors monseigneur le duc se mist à un genouil devant -les dites roynes, lesquelles le firent lever tantost et raseoir -emprès elles. Et respondi audit monseigneur Jehan que il -avoit bien audit roy de Navarre tenues les convenances -que il ly avoit, et que sé aucun à qui il fust tenu de respondre -vouloit dire le contraire il diroit que celui mentiroit. -Mais ledit monseigneur Jehan n'estoit pas homme à -qui monseigneur le duc en déust respondre. Et toutes voies -disoit-il encore que sé aucun vouloit maintenir que il -n'eust tenu audit roy de Navarre lesdites convenances, il -avoit des chevaliers qui bien s'en combattroient, sé mestier -estoit. Et pluseurs autres parolles dist lors monseigneur le -duc. Et lors fu dit par l'evesque de Laon que monseigneur -le duc auroit plus grant advis sur lesdites requestes, et en -respondroit tant que il souffiroit ; et ainsi se départirent.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LVI.</h3> - -<p class="section">Coment l'université de Paris, par le prévost des marchans, alèrent -par devers monseigneur le duc pour faire accorder les -demandes au roy de Navarre.</p> - - -<p>Celle sepmaine, l'université de Paris<a id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">[81]</a>, le clergié, le prévost -des marchans et ses compaignons, alèrent par devers -monseigneur le duc, au palais, et là fu dit audit duc, par -frère Simon de Langres, maistre de l'ordre des Jacobins, -que tous les dessus nommés avoient esté ensemble au conseil, -et avoient délibéré que le roy de Navarre feroit faire -audit duc toutes ses demandes à une fois ; et que tantost -que il les auroit faites, ledit duc feroit rendre audit roy -de Navarre toutes ses forteresces : et après l'en regarderoit -sur toutes les requestes dudit roy, et luy passeroit l'en tout -ce que l'en devroit. Et pour ce que ledit maistre ne disoit -plus, un moine de Saint-Denis en France, maistre en théologie -et prieur d'Essonne<a id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">[82]</a>, dit audit maistre que il -n'avoit pas tout dit. Si dist lors ledit prieur à monseigneur -le duc, que encore avoient-il délibéré que sé il ou le roy -de Navarre estoient refusans de tenir et accomplir leur -délibération, il seroient tous contre celuy qui en seroit refusant -et prescheroient contre luy<a id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">[83]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_81" href="#FNanchor_81"><span class="label">[81]</span></a> Du Boullay, dans son <i>Histoire de l'Université</i>, et tous nos historiens -assurent, je ne sais sur quel garant, que l'Université refusa toujours -de porter le chaperon mi-parti ; mais tous, à l'exception de M. Michelet, -omettent de mentionner la visite faite par l'Université au dauphin, qui s'en -seroit bien passé.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_82" href="#FNanchor_82"><span class="label">[82]</span></a> <i>Essonne</i>. Près de Corbeil.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_83" href="#FNanchor_83"><span class="label">[83]</span></a> Il suffiroit de ces dernières phrases pour prouver que notre chronique -n'est plus rédigée par un moine de Saint-Denis.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LVII.</h3> - -<p class="section">Autre ordenance par aucuns des gens des trois estas.</p> - - -<p>Le dimenche devant karesme prenant, onziesme jour -de février, se rassemblèrent à Paris pluseurs des bonnes -villes et du clergié, mais il n'y vint nul noble. Et par pluseurs -journées se assemblèrent, si comme il avoient accoustumé. -Et finablement ordenèrent que les gens d'églyse -paieroient demy-dixiesme pour le temps advenir, pour un -an. Et ceulx qui n'avoient aucune chose paiée pour l'an -passé paieroient aussi avecques l'autre année demy-dixiesme. -Et les villes fermées feroient de soixante-quinze -feus<a id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">[84]</a> un homme armé ou dix sous parisis pour jour ; et le -plat païs feroit de cent feus un homme armé.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_84" href="#FNanchor_84"><span class="label">[84]</span></a> <i>Soixante-quinze</i>. Et non pas <i>soixante-cinq</i>, comme le portent les -éditions gothiques et les historiens modernes.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LVIII.</h3> - -<p class="section">Coment le prévost des marchans et ses aliés alèrent au palais en -la chambre de monseigneur le duc de Normendie ; et là, présent -luy, tuèrent les deux mareschaux de Clermont et de -Champaigne, après ce que il orent tué maistre Regnaut d'Acy, -advocat en parlement.</p> - - -<p>Le jeudi vint-deuxiesme jour du moys de février, l'an -mil trois cens cinquante-sept à matin, et fu le secont -jeudi de karesme, ledit prévost des marchans fist assembler -à St-Eloy près du Palais<a id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">[85]</a> tous les mestiers de Paris -armés, et tant que on estimoit qu'il estoient bien trois mil -tous armés. Et environ heure de tierce, un advocat de -parlement appellé maistre Regnaut d'Acy, en alant du -palais en sa maison qui estoit près de Saint-Landry<a id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">[86]</a>, fu -tué près du moustier de la Magdaleine<a id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">[87]</a>, en l'ostel d'un -patissier là où il se bouta quant il vit que l'on le vouloit -tuer ; et ot tant et de telles plaies que tantost il mourut -sans parler. Et tantost après, ledit prévost et pluseurs en -sa compaignie montèrent en la chambre de monseigneur le -duc au palais sur les merceries<a id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">[88]</a>, et là trouvèrent ledit duc -auquel ledit prévost dist telles parolles en substance : « Sire, -ne vous esbahissez de choses que vous véez, car il est -ordené et convient que il soit fait. » Et si tost que ces -parolles furent dites, aucuns de la compaignie du prévost -des marchans coururent sur monseigneur Jehan de Conflans, -mareschal de Champaigne, et le tuèrent joignant du -lit de monseigneur le duc et en sa présence. Et aucuns autres -de la compaignie dudit prévost coururent sur monseigneur -Robert de Clermont, mareschal dudit duc de Normendie, -lequel se retray en une autre chambre de retrait -dudit monseigneur le duc, mais il le suivirent et là le -tuèrent. Et monseigneur le duc qui moult estoit effraié de -ce que il véoit, pria ledit prévost des marchans que il le -voulsist sauver, car tous ses officiers qui lors estoient en -la chambre s'enfouirent et le laissièrent. Et adont, ledit -prévost luy dit : « Sire, vous n'avez garde. » Et luy bailla -ledit prévost son chapperon qui estoit des chapperons de -la ville parti de rouge et de pers, le pers à destre ; et prist -le chapperon dudit monseigneur le duc qui estoit de brunette<a id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">[89]</a> -noire à un orfrois d'or, et le porta tout celuy jour, -et monseigneur le duc porta celuy dudit prévost<a id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">[90]</a>. Tantost -après, aucuns de la compaignie dudit prévost prisrent -les corps des deux chevaliers et les trainèrent moult -inhumainement par devant monseigneur le duc jusques en -la court du palais devant le perron de marbre ; et là demourèrent -tous estendus et descouvers en la vue de ceux qui les -vouloient veoir, jusques après disner bien tart ; et n'estoit -nul homme qui les osast oster.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_85" href="#FNanchor_85"><span class="label">[85]</span></a> Sur l'emplacement actuel de la rue de Saint-Eloy.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_86" href="#FNanchor_86"><span class="label">[86]</span></a> <i>Saint-Landry</i>. Cette église étoit à l'entrée actuelle de la rue de -Saint-Landry, sur le quai de la Cité.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_87" href="#FNanchor_87"><span class="label">[87]</span></a> <i>La Magdaleine</i>. L'église de la Magdeleine-en-la-Cité étoit sur l'emplacement -de la maison n<sup>o</sup> 5 de la rue actuelle <i>de la Juiverie</i>. On a conservé -l'ancien nom au passage qui divise cette maison.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_88" href="#FNanchor_88"><span class="label">[88]</span></a> <i>Sur les merceries</i>. Ces derniers mots ne sont que dans le manuscrit -de Charles V.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_89" href="#FNanchor_89"><span class="label">[89]</span></a> <i>Brunette</i>. Etoffe fine et très-recherchée. — <i>Orfrois</i>, bordure, frange -d'or ou d'argent.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_90" href="#FNanchor_90"><span class="label">[90]</span></a> Quel frappant rapport avec la journée du 20 juin 1792!</p> -</div> -<p>Et ledit prévost des marchans et ses compaignons alèrent -en leur maison en Grève que l'en appeloit la maison de la -ville. Et là ledit prévost estant aux fenestres de ladite maison, -sur la place de Grève, parla à moult grant nombre de -gens armés qui estoient en ladite place et leur dist que -le fait qui avoit esté fait ce avoit esté pour le bien commun -du royaume de France, et que ceux qui avoient esté -tués estoient faux, mauvais et traitres. Et requist ledit -prévost au peuple qui là estoit, que en ce le voulsissent -porter et soustenir, car il avoit fait ce faire pour le bien -du royaume, si comme il disoit. Et lors, pluseurs crièrent -à haute voix que il advouoient le fait, et que il vouloient -vivre et morir avec ledit prévost des marchans.</p> - -<p>Et tantost après, ledit prévost des marchans retourna au -palais et tant de gens d'armes avec luy que toute la court en -estoit plaine. Et monta en la chambre où monseigneur le -duc estoit qui moult estoit dolent et esbahi de ce qui estoit -advenu. Et encore estoient les corps desdis chevaliers devant -ledit perron de marbre, et le povoit ledit duc véoir des fenestres -de sa chambre. Et quant ledit prévost fu en ladite chambre, -et pluseurs armés de sa compaignie avec luy, il dit -audit monseigneur le duc que il ne se méist point à mesaise -de ce qui estoit advenu, car il avoit esté fait de la volenté -du peuple, et pour eschiéver greigneurs périls ; et ceux -qui avoient esté mors avoient esté faux, mauvais et traitres. -Et requist ledit prévost à monseigneur le duc, de par -ledit peuple, que il voulsist ratifier ledit fait et estre tout -un avec eux. Et que sé mestier avoient d'aucun pardon -pour cause dudit fait, que le duc leur voulsist à tous pardonner. -Lequel duc octroia audit prévost les choses dessus -dites, et luy pria que ceux de Paris voulsissent estre ses bons -amis et il seroit le leur. Et pour celle cause, ledit prévost -envoia audit duc deux draps, l'un de pers et l'autre de -rouge, pour ce que ledit duc féist faire des chapperons pour -luy et pour ses gens tout comme ceux de Paris les portoient, -c'est assavoir, parti de pers et de rouge, le pers à destre. Et -ainsi le fist ledit monseigneur le duc et portoit tel chapperon -comme dit est, et ses gens aussi, et ceux du parlement -et des autres chambres du palais et tous autres officiers -communément estans à Paris<a id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">[91]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_91" href="#FNanchor_91"><span class="label">[91]</span></a> Au milieu de circonstances aussi critiques, pense-t-on que le dauphin -auroit pu garantir sa vie, si la <i>liberté de la presse</i> eût existé comme -sous le règne de Louis XVI? Cette question seroit digne d'être mise au -concours par l'<i>Académie des Sciences morales et politiques</i>. En comparant -le résultat des deux crises, on est tenté de rejeter sur Louis XVI toutes -les fautes : cependant les <i>concessions</i> qui firent la perte de ce vertueux -Prince avoient fait le salut de Charles V.</p> -</div> -<p>Et celuy jour de jeudi, environ vespres, ledit prévost -commanda que on levast lesdis corps des deux chevaliers -dessus dis qui encore estoient en ladite court du palais, et -que l'en les portast à Ste-Katherine-du-Val-des-Escoliers. -Et jà estoit levé le corps de maistre Regnaut d'Acy, et avoit -esté porté en son ostel par ses gens, car il avoit esté tué -près de son ostel. Mais toutesvoies fu-il longuement là où il -avoit esté tué en la vue de chascun, avant que il eust esté levé.</p> - -<p>Si furent les deux corps dessus dis mis par povres varlès -en une charrete, et menés à descouvert dedens ladite charrete -par lesdis povres varlès qui ladite charrete trainoient -sans chevaux au lonc de la ville, jusques audit lieu de Ste-Katherine-du-Val-des-Escoliers ; -et par lesdis varlès furent -descendus en la court, et puis emmenèrent lesdis varlès ladite -charrete et laissièrent là les deux corps. Et emportèrent -lesdis varlès le mantel de l'un des chevaliers pour leur salaire -de les avoir amenés jusques là. Et pour ce que les religieux -de Sainte-Katherine n'osoient enterrer lesdis corps, aucuns -d'eux alèrent vers ledit prévost pour savoir que il vouloit -que lesdis religieux féissent desdis corps? Lequel prévost -respondi auxdis religieux que il luy plaisoit que il en féist -ce que monseigneur le duc vouldroit. Et après alèrent vers -monseigneur le duc, lequel leur dist que il les féissent -enterrer secrètement sans solemnité. Mais assez tost après -fu deffendu auxdis religieux, de par l'evesque de Paris, que -il n'enterrassent point le corps de monseigneur Robert de -Clermont en terre benoite, car ledit evesque le tenoit pour -excomménié, pour ce que il avoit esté à oster et traire hors -du moustier de Saint-Merry Perin Marc, qui avoit tué -Jehan Baillet, si comme dessus est dit. Si en fu ordené -secrètement par lesdis religieux tant de l'un comme de -l'autre. Et ledit maitre Regnaut d'Acy fu le soir enterré -secrètement au moustier de Saint-Landry, de quelle paroisse -il estoit.</p> - -<p>Et celuy jeudi au soir, bien tart, fu ledit prévost des -marchans en l'ostel de la royne Jehanne, et là parla à luy -moult longuement. Et disoit-l'en que entre les autres choses -que il luy dist, il luy requit que elle féist venir le roy -de Navarre à Paris.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LIX.</h3> - -<p class="section">De l'assemblée que le prévost des marchans fist aux Augustins -et des paroles que maistre Robert de Corbie dist.</p> - - -<p>L'endemain, jour de vendredi vint-troisiesme jour dudit -moys de février, ledit prévost des marchans fist assembler -au matin aux Augustins grant nombre de ceux de Paris -desquels pluseurs estoient armés. Et manda à ceux qui -avoient esté envoiés de par les bonnes villes qui encores -estoient à Paris que il alassent là, desquels pluseurs y -alèrent. Et là, maistre Robert de Corbie dist que le prévost -des marchans avoit fait faire le fait qui avoit esté -fait le jour précédent pour le bien et pour le proufit -du royaume, et que il estoient quatre qui empeschoient -tous les bons consaux devers monseigneur le duc, et -par eux avoit esté empeschiée la délivrance du roy -de France, si comme disoit ledit maistre Robert. Et dist -que sur la délivrance du roy avoient esté assemblés l'université, -le clergié et la ville de Paris qui tous estoient et -avoient esté d'accort et en une oppinion. Et depuis soixante-quatre -personnes du conseil monseigneur le duc qui sur ce -meismes avoient esté assemblées avoient esté de une oppinion, -et les quatre dessus dis empeschièrent tout. Mais il -ne dist point qui estoient ces quatre, et si ne dist oncques -sur quoi ce conseil avoit esté, en espécial, né aucun cas particulier -né espécial pour lequel il eussent mis à mort les -trois dessus nommés. Et toutesvoies requist ledit maistre -Robert les envoiés des bonnes villes, pour ledit prévost -et les autres qui avoient fait ledit fait, que il voulsissent -ratifier ce qui avoit esté fait et eux tenir en bonne union -avec ceux de Paris ; laquelle union avoit esté promise et -jurée en pluseurs assemblées par avant, si comme disoit -ledit maistre Robert.</p> - -<p>Et jà fust ce que pluseurs de ceux des bonnes villes sceussent -bien que seure chose n'estoit pas de ratifier ledit fait, -toutesvoies dirent par doubte tous ceux qui en ladite assemblée -estoient, que il créoient que ce avoit esté fait à bonne -cause et juste, et le ratiffioient, dont pluseurs de Paris qui -là estoient les en mercièrent.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LX.</h3> - -<p class="section">Coment le prévost des marchans vint à monseigneur le duc en -parlement, et luy requist que il voulsist tenir les ordenances -que les trois estas avoient establies l'année devant.</p> - - -<p>Le samedi ensuivant, vint-quatriesme jour dudit moys, -fu monseigneur le duc en la chambre de parlement, et avec -luy aucuns de son conseil qui luy estoient demourés. Et là -alèrent à luy ledit prévost et pluseurs autres avec luy, tant -armés comme non armés, et requistrent à monseigneur le duc -que il féist tenir et garder, sans enfraindre, toutes les ordenances -lesquelles avoient esté faites par les trois estas l'an -précédent, et que il les laissast gouverner si comme autrefois -avoit esté fait ; et que il voulsist debouter aucuns qui encore -estoient en son conseil ; et pour ce que le peuple se -tenoit trop mal content de moult de choses qui estoient -faites au conseil de monseigneur le duc contre ledit peuple, -il voulsist mettre en son grand conseil trois ou quatre bourgois -que l'en luy nommeroit. Toutes lesquelles choses monseigneur -le duc leur octroia.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXI.</h3> - -<p class="section">De la revenue du roy de Navarre à Paris ; et du mandement -que le roy de France fist au duc de Normendie, son ainsné -fils.</p> - - -<p>Le lundi ensuivant, vint-sixiesme jour dudit moys de -février, entra le roy de Navarre à Paris, à moult grant -compaignie de gens d'armes, tant de ceux qu'il avoit amenés -comme de ceux de Paris qui estoient alés contre luy ; -et ala descendre ledit roy en l'ostel de Neelle qui lors estoit -au duc de Normendie. Et celuy jour, le prévost des -marchans ala devers luy et luy pria et dist que il voulsist -faire justes requestes audit monseigneur le duc, et que il -voulsist porter et soustenir le fait que il avoient fait à Paris -des trois qui avoient esté occis. Lequel roy leur octroia tout. -Et toute celle sepmaine, les deux roynes veves Jehanne -et Blanche, le prévost des marchans, l'evesque de Laon -et ses compaignons traictièrent l'accort entre le duc et -le roy, lequel fu fait dedens dix ou douze jours après. -Mais pou de gens sceurent lors la manière. Toutesvoies donna -lors ledit duc audit roy l'ostel de Neelle. Et furent si bien -ensemble que chascun jour il disnoient l'un avec l'autre, et -faisoient moult grant semblant de eux entr'aimer. Et après, -environ le dixiesme ou douxiesme jour de mars, le roy de -France manda à monseigneur le duc de Normendie que il -envoiast en Angleterre deux prélas, et quatre chevaliers, -car il estoit moult seul si comme il mandoit. Et aussi -manda que il luy envoiast deux bons notaires pour ordener -les lettres du traictié d'accort entre luy et le roy d'Angleterre. -Et tousjours estoient ceux de Paris ainsi comme -esmeus, et se armoient et assambloient souvent ; pour laquelle -chose pluseurs officiers du roy de France et du duc -se absentèrent<a id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">[92]</a> tant prélas comme autres. Et depuis en -retourna pluseurs à Paris, pour la seurté que il orent dudit -prévost des marchans qui disoit que l'en ne leur vouloit -mal.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_92" href="#FNanchor_92"><span class="label">[92]</span></a> <i>Se absentèrent</i>. Le reste du chapitre est inédit et ne se trouve que -dans le manuscrit de Charles V.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXII.</h3> - -<p class="section">Des lettres que le prévost des marchans envoia aux bonnes villes -pour les faire alier et prendre chapperons partis de meisme -ceux de Paris.</p> - - -<p>En ce temps furent faites ordenances sur tous officiers. -Et l'évesque de Therouenne, lors chancellier de France, -qui nouvellement estoit venu d'Angleterre, n'avoit point -apporté les seaux du roy, mais les avoit laissiés en Angleterre -par l'ordenance du roy et de son conseil. Lequel chancelier -bien apperceut que l'en vouloit user d'autres seaux -que de celuy de Chastellet duquel l'en usoit en l'absence du -grant. Et aussi pour pluseurs autres causes se parti de Paris, -et s'en ala en son pays d'Alvergne<a id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">[93]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_93" href="#FNanchor_93"><span class="label">[93]</span></a> <i>D'Alvergne</i>. Ce prélat recommandable étoit en effet de la maison -de Montaigu en Auvergne, et se nommoit Gilles Aycelin.</p> -</div> -<p>En ce temps, assez tost après l'occision des trois dessus -nommés, le prévost des marchans et les eschevins envoièrent -lettres closes par les bonnes villes du royaume, par -lesquelles il leur faisoient savoir le fait qu'il avoient fait, et -leur requéroient que il se voulsissent tenir en vraie union -avec eux et que il voulsissent prendre de leur chapperons -partis de pers et de rouge, si comme avoient fait le duc de -Normendie et pluseurs autres du sanc de France, si comme -ès dites lettres estoit contenu. Et, en vérité, ledit monseigneur -le duc, le roy de Navarre, le duc d'Orléans frère dudit -roy de France, et le conte d'Estampes, qui tous estoient des -fleurs de lis<a id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">[94]</a>, portoient lesdis chapperons. Dont pluseurs -ne renvoièrent oncques responses desdites lettres, et autres -rescriprent sans autre aliance faire et sans prendre desdis -chapperons ; et autres prisrent desdis chapperons.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_94" href="#FNanchor_94"><span class="label">[94]</span></a> <i>Des fleurs de lys</i>. Belle et ancienne manière de désigner les parens -du roi, les princes du sang.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXIII.</h3> - -<p class="section">De la response que ceux qui tenoient les forteresces féirent à -ceux que le roy d'Angleterre leur envoia.</p> - - -<p>En ce temps envoia le roy d'Angleterre deux chevaliers -anglois en France pour faire issir des forteresces tous ceux<a id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">[95]</a> -qui aucunes en avoit prises depuis les trièves données à -Bourdiaux entre le roy de France et le prince de Galles. -Dont pluseurs et presque tous, tant en Chartain comme en -Normendie, qui avoient prises lesdites forteresces respondirent -que il n'estoient point au roy d'Angleterre, né les -dites forteresces ne tenoient de par luy ; et dirent aucuns que -il estoient au roy de Navarre et les autres disrent que il -trouveroient bien qui les avoueroit. Et ne issirent point, -mais coururent, pillèrent et robèrent le pays. Et furent -aucuns de la garnison d'Esparnon, le lundi douziesme jour -du moys de mars, en la ville de Chastres soubs Mont-Lehery -environ ; et pillèrent tout et emmenèrent moult de prisonniers -à Mont-Lehery et n'estoient pas plus de six vint ou -environ : et si ne trouvèrent qui empeschement leur féist. -Et toutesvoies estoit l'accort fait entre ledit duc et le roy -de Navarre, par telle manière que il estoient le plus du -temps ensemble, et avoient esté par plus de huit jours ensemble -par avant. Et avoit ledit duc accordé que ledit roy, -en partie de paiement de ce que il devoit avoir par ledit -accort, auroit la conté de Bigorre, et la jugerie de Rivière<a id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">[96]</a> -et la conté de Mascon et autres terres au païs, jusques à -dix mil livres mesurées de terre. Et si fu accordé à la royne -Blanche, sœur dudit roy, que elle auroit Moret en Acquitaine -de ce que l'en luy devoit pour son douaire. Item, en -tout ce temps donnoit ledit roy de Navarre saufs-conduis à -Paris, contenant ceste forme<a id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">[97]</a> :</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_95" href="#FNanchor_95"><span class="label">[95]</span></a> <i>Tous ceux</i>. Tous ceux qui sous prétexte d'ordres émanés du roi -d'Angleterre avoient pris possession de places que la conclusion des trêves -empêchoit de croire en danger.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_96" href="#FNanchor_96"><span class="label">[96]</span></a> <i>La Jugerie</i>. Variante : <i>Viguerie</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_97" href="#FNanchor_97"><span class="label">[97]</span></a> Cette dernière phrase est inédite.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXIV.</h3> - -<p class="section">Cy après s'ensuit la teneur des saufs conduis que le roy de Navarre -donnoit en la ville de Paris.</p> - - -<p>« Charles, par la grace de Dieu, roy de Navarre et conte -d'Evreux, à tous ceux qui ces lettres verront salut. Savoir -faisons que nous avons donné et donnons par la teneur -de ces présentes à nos amés et féaux chevaliers Jehan de -Neuf-Chastel et le seigneur de Raon<a id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">[98]</a>, et à leur compaignie -jusques au nombre de trente personnes à cheval, -seur et sauf conduit du jour de la date de ces présentes -jusques à la feste de Penthecouste prochaine venant, pour -aler, venir cependant, et demourer sé mestier est par tous -les lieux du royaume de France. Si donnons en mandement -à tous capitaines, chastelains, gardes de païs, villes -et passages et destrois dudit royaume, et à chascun d'eux ; et -prions tous autres que lesdis chevaliers et leur compagnie, -jusques au nombre dessus dit, fassent et laissent jouir et -user de nostre présent sauf conduit, sans leur faire né -souffrir estre fait aucun empeschement en corps, en chevaux, -en harnois né en aucuns de leur biens. Donné à -Paris le douziesme jour du moys de mars, l'an de grace -mil trois cens cinquante-sept. » Et estoient ainsi signées : -« Par le roy. P. du Tertre. » — Et obéissoit-l'en plus auxdis -saufs conduis que on ne faisoit à ceux de monseigneur -le duc.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_98" href="#FNanchor_98"><span class="label">[98]</span></a> Les meilleures leçons écrivent ainsi ce nom. Variantes : <i>Rouen</i> et -<i>Craon</i>.</p> -</div> -<p>Item, le mardi treiziesme jour du moys de mars l'an -dessus dit, se parti de Paris ledit roy de Navarre et s'en ala -à Mante, et monseigneur le duc demoura à Paris.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXV.</h3> - -<p class="section">Coment monseigneur le duc prist nom de régent par titre de -lettres, à très bonne cause.</p> - - -<p>Le mercredi quatorziesme jour du moys de mars fu publié -à Paris que monseigneur le duc qui par avant s'estoit -appellé lieutenant du roy, depuis sa prise, s'appelleroit dès -là en avant régent du royaume. Et fu son titre tel : <i lang="la" xml:lang="la">Karolus -primogenitus regis Francorum regnum regens, etc.</i> Et jasoit -ce que par avant l'en eust tousjours escript au nom du roy, -en parlement et en toutes lettres de justice, il fu deffendu -celuy jour que plus on n'y escrisist. Et fu baillié le titre -tel comme dessus est dit en cédulles aux notaires et aux -escrivains du palais : et fu le nom du roy tout estaint. Et ne -scella-on plus du scel de chastellet, mais du scel dudit duc -en cire jaune. Et portoit le scel maistre Jehan de Dormans, -qui estoit chancelier dudit régent. Et furent mis au -conseil dudit régent, le prévost des marchans, maistre Robert -de Corbie, Charles Toussac et Jehan de l'Isle, maistres -et principaux, après ledit evesque de Laon qui tout gouvernoit.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXVI.</h3> - -<p class="section">De la mort de Phelipot de Repenti, escuier.</p> - - -<p>Le samedi au soir, dix-septiesme jour du moys de mars, -fu pris à Saint-Cloust, près de Paris, un escuier françois -appellé Phelipot de Repenti<a id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">[99]</a>, et fu amené à Paris. Et le -lundi matin ensuivant, dix-neuviesme jour dudit moys -sus dit, ledit Phelippot eut la teste couppée ès halles de -Paris, et puis fu pendu au gibet ; pour ce qu'il confessa que il -estoit de la compaignie de pluseurs qui avoient empris de -prendre ledit duc de Normendie, régent du royaume, à -Saint-Oyen, en l'ostel de la Noble maison, là où il estoit alé -trois jours ou quatre devant. Mais pluseurs disoient que ce -n'estoit point pour mal, mais estoit pour le mettre hors de -la puissance et des mains de ceux de Paris<a id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">[100]</a>. Et assez tost -après, un chevalier appellé le Bègue de Villaines qui moult -estoit ami dudit monseigneur Robert de Clermont qui avoit -esté tué à Paris, se rendit ennemi de ceux de ladite ville de -Paris.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_99" href="#FNanchor_99"><span class="label">[99]</span></a> <i>Repenti</i>. Villaret ajoute : <i>ou de Renti</i> ; je ne sais sur quel fondement.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_100" href="#FNanchor_100"><span class="label">[100]</span></a> Ce témoignage justifie complètement la loyauté du malheureux -Philippe de Repenti.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXVII.</h3> - -<p class="section">Coment le régent ala à Senlis et à Compiègne.</p> - - -<p>Le jour de Pasques fleuries, vint-cinquiesme jour du -moys de mars, ledit régent fu à Senlis, là où luy et le roy -de Navarre avoient mandé par leur lettres tous les nobles -de Picardie et de Beauvoisin. Mais ledit roy n'y ala point, -et s'envoia excuser par monseigneur Jehan de Piquegny -pour causes de deux bosses que il avoit ès aines, si comme -le dit monseigneur Jehan disoit. Mais à ladite journée ala -pou desdis nobles.</p> - -<p>Si se parti ledit régent et s'en ala à Compiegne. Et environ -Pasques les grans, qui furent le premier jour d'avril, l'an -mil trois cens cinquante-huit, le confesseur du roy de France -et un sien secrétaire appellé maistre Yvon vindrent de -Angleterre par devers ledit régent, mais la cause ne fu pas -sceue communelment.</p> - -<p>Item, le jeudi absolu, furent les ennemis à Corbueil -et y pillèrent et prisrent des prisonniers, et s'en partirent -tantost.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXVIII.</h3> - -<p class="section">Coment le conte de Brene<a id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">[101]</a> respondi au régent pour ceux de -Champaigne. Et coment le chastel de Monsterel-au-fort-d'Yonne -fu rendu audit régent lequel y jut une nuit et de là -se parti et ala en la cité de Meaux.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_101" href="#FNanchor_101"><span class="label">[101]</span></a> <i>Brene</i>. Brienne.</p> -</div> - -<p>L'an de grace mil trois cens cinquante huit, le lundi après -Quasimodo, neuviesme jour du moys d'avril, ledit régent -qui avoit mandé par ses lettres les gens d'églyse, les nobles -et les bonnes villes de Champaigne pour estre à Provins -ledit jour de Quasimodo, entra en ladite ville de Provins. -Et jasoit ce que le roy de Navarre eust escript par ses lettres -closes aux dessusdis de Champaigne, que il seroit à -la journée, toutesvoies n'y fu-il point ; mais maistre -Robert de Corbie et monseigneur Pierre de Rosny, archidiacre -de Brie en l'églyse de Paris, envoiés là de par la ville -de Paris, furent à ladite journée.</p> - -<p>Le mardi ensuivant dixiesme jour dudit moys, avant -disner, ledit régent parla en sa personne aux dessusdis -de Champaigne, et leur dit que le royaume de France estoit -à très grant meschief, et avoit moult à faire, si comme il -savoient. Si leur pria et requist que il y méissent tout le -bon remède que il pourroient, tant par conseil comme par -aide, et aussi leur pria que il fussent tout un. Car sé division -estoit au peuple de France, il estoit en grant péril, si -comme il disoit. Et outre leur dist que sé aucunes choses -avoient esté faites qui semblassent estre moult merveilleuses<a id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">[102]</a>, -que, par aventure, quant il auroient oï ceux qui -lesdites choses avoient faictes, il en seroient apaisiés. Et -ce leur disoit ledit régent, si comme l'en cuidoit, pour ceux -qui avoient esté tués à Paris. Car après ce que il ot dites -les parolles dessusdites, il dist telles parolles : « Véez-cy -maistre Robert de Corbie et l'archediacre de Paris qui -vous diront aucunes choses de par les bonnes gens de -Paris. »</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_102" href="#FNanchor_102"><span class="label">[102]</span></a> <i>Merveilleuses</i>. Cet adjectif avoit autrefois l'acception de <i>sinistre</i>, -<i>inconvenant</i>, <i>insolite</i>. Il n'étoit pas, comme aujourd'hui, synonyme de -<i>miraculeux</i> et sembloit plutôt venir de <i lang="la" xml:lang="la">male volens</i>. Dans <i>Garin le Loherain</i>, -Fromont refusant d'aller à la rencontre des Sarrasins :</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">« Et respont Begues : — <i>Merveilles</i> avés dit. »</div> -</div> - -<p>Plus loin, Begues cherchant à prouver que les Sarrasins s'enfuiront à -l'approche des chrétiens, Fromont répond :</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">« Voir, » dist Fromont. « <i>Merveilles</i> avés dit.</div> -<div class="verse">» Volez ocire la gent au roy Pepin. »</div> -</div> - -<p>Il y a cinquante exemples qui confirment ceux-ci.</p> -</div> -<p>Et lors ledit maistre Robert parla et dist à ceux de Champaigne -qui là estoient que ceux de Paris les amoient et -avoient amés, et vouloient estre tout un avec eux. Et -prioient aux dessusdis de Champaigne que il voulsissent estre -tout un avec ceux de Paris, et ne se voulsissent merveillier -sé aucunes choses avoient esté faictes à Paris ; car quant il -sauroient les causes, et auroient oï ceux qui ces choses -avoient conseilliées, il en seroient tous apaisiés, si comme -disoit ledit maistre Robert, et pluseurs autres choses.</p> - -<p>Si requisrent les dessusdis de Champaigne audit régent -que il voulsist que il peussent parler ensemble ; laquele -chose il leur octroia. Si se traisrent à part et parlèrent ensemble. -Et assez tost firent savoir au régent que il estoient -près de luy faire response. Si ala ledit régent, le duc d'Orléans -son oncle, le conte d'Estampes et pluseurs autres en -un jardin, là où les dessusdis de Champaigne estoient ; et là -monseigneur Simon de Roucy conte de Brene en Laonnois, -respondi pour les Champenois et dist audit régent que il -estoient près de luy conseillier de luy aidier et faire tout -ce, pour luy, que bons et loyaux subgiès doivent faire pour -seigneur. Mais pour ce que les plus grans et plus puissans -de Champaigne n'estoient pas là, si comme disoit ledit -conte, il requist audit régent que il leur donnast une autre -journée pour eux assembler à Vertus en Champaigne ; et -bien luy dist ledit conte que lesdis Champenois ne iroient -plus à Paris. Laquelle requeste le régent leur ottroia : et fu -ladite journée assignée au dimenche vint-nueviesme jour -du moys d'avril. Et après dist ledit conte que audit maistre -Robert de Corbie ne respondroient-il point, car à luy n'avoient-il -que respondre. Et si demanda ledit conte audit -régent de par les Champenois sé il savoit aucun mal au -mareschal de Champaigne qui avoit esté tué à Paris, né -villenie aucune pour laquelle on le deust avoir mis à mort? -Et bien dit le conte que de monseigneur Robert de Clermont -ne demandoit-il rien, car il s'en attendoit<a id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">[103]</a> à -ceux de son pays, et bien créoit que il en feroient leur -devoir. Lequel régent leur respondi que il tenoit et créoit -fermement que ledit mareschal de Champaigne et ledit -messire Robert de Clermont l'avoient servi et conseillié -bien et loyaument, et n'avoit oncques sceu le contraire. Et -lors ledit conte de Brene dist audit régent : « Monseigneur, -Nous Champenois qui cy sommes vous mercions de ce que -vous nous avez dit ; et nous attendons que vous fassiez -bonne justice de ceux qui nostre ami ont mis à mort sans -cause. » Et ce fait et dit, ledit régent ala disner et tous -les Champenois qui vouldrent aler avec ly, car il en avoient -esté tous semons.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_103" href="#FNanchor_103"><span class="label">[103]</span></a> <i>Il s'en attendoit</i>. Il s'en rapportoit.</p> -</div> -<p>Et le mercredi ensuivant, onziesme jour dudit moys -d'avril, ledit régent se parti de Provins et s'en ala en -l'abbaye de Pruilly<a id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">[104]</a>, et de là à Monsterel-au-fort-d'Yonne. -Et ala devant le chastel lequel gardoit, de par -la royne Blanche, un chevalier appellé monseigneur Taupin -du Plessie, lequel Taupin estoit sur la porte dudit chastel -tout armé, la teste au bacinet, quant ledit régent ala devant. -Et lors, ledit régent luy commanda que il ouvrist la porte -du chastel. Lequel Taupin ly respondi : « Mon redoubté -seigneur, pour Dieu ne me veuilliez déshonnourer : madame -la royne Blanche m'a baillié ce chastel à garder, -et m'a fait jurer que je ne le rendroie à personne du -monde, fors au roy<a id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">[105]</a> et à elle. Je vous supplie que il vous -plaise à envoier par devers elle, et je cuide qu'elle me -mandera tantost que je le vous rende. »</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_104" href="#FNanchor_104"><span class="label">[104]</span></a> <i>Pruilly</i>. La cinquième fille de Cîteaux. Entre <i>Provins</i> et <i>Montereau-Fault-Yonne</i>, -comme on écrit aujourd'hui.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_105" href="#FNanchor_105"><span class="label">[105]</span></a> <i>Au roy</i>. Sans doute celui de Navarre.</p> -</div> -<p>Auquel Taupin ledit régent commanda de rechief deux -fois ou trois que il luy ouvrist ledit chastel. Et lors ledit -Taupin luy respondit : « Mon redoubté seigneur, je ne tendray -pas ce chastel contre vous ; mais pour Dieu vueilliez-moi -garder mon honneur. » Si descendi à la porte et -l'ouvri ; et ledit régent et ses gens y entrèrent, et y coucha -une nuit et le prist en sa main, et establi à le garder de -par ly ledit Taupin, et li fist faire serement nouvel. Et -se parti dudit chastel et s'en ala à Meaux, là où demouroit -lors madame la duchesse, sa femme, et là où il avoit -envoié de Provins le conte de Joigny et environ soixante -hommes d'armes en sa compaignie, pour ce que l'en ly -avoit dit que ceux de Paris avoient entencion de prendre et -garnir de par eulx le marchié de Meaux. Et y estoit entré -ledit conte deux jours devant. Dont le maire et aucuns de -ladite ville furent moult courrouciés, et en parla ledit -maire moult haultement audit conte de Joigny, qui s'estoit -mis audit marchié et le tenoit. Et luy dist ledit maire que -sé il cuidast qu'il voulsist avoir pris ledit marchié que il -ne feust pas entré en ladite ville de Meaux. Et quant ledit -régent fu en ladite ville de Meaux, ledit conte luy dist ce -que ledit maire luy avoit dit. Lequel maire fu mandé devant -ledit régent, et luy furent récitées les parolles que il avoit -dictes, et les luy fist-l'en amender, et fu réservée la tauxation -et l'amende.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXIX.</h3> - -<p class="section">De l'artillerie que ceux de Paris pristrent au Louvre, et la firent -porter en l'ostel de la ville.</p> - - -<p>Le mercredi, dix-huitiesme jour dudit moys d'avril, se -parti ledit régent de la ville de Meaux pour aller à Compiegne -à une journée<a id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">[106]</a> qu'il avoit mise aux Vermendisiens -qui y devoient estre. Et luy apporta-on, celuy jour, -nouvelles que ceux de Paris avoient pris grant quantité -d'artillerie que on avoit mis au Louvre et chargiée, pour -mener en certains lieux où ledit régent avoit ordené que -fust menée ; et l'avoient ceux de Paris fait mener en la -maison de la ville, en Grève. Et si avoient encore les dessusdis -de Paris envoié audit régent unes bien merveilleuses -lettres closes. Et un pou avant, il avoient mis gens d'armes -de par eux audit chastel du Louvre. Et en ce temps et par -avant, depuis que ledit régent s'estoit parti de Paris repairoient -pou ou nuls gentils hommes en ladite ville de Paris, -dont ceux de ladite ville estoient moult dolens. Et tenoient -pluseurs que les gentils hommes leur vouloient mal<a id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">[107]</a>. Et -fu une grande division au royaume de France. Car pluseurs -villes, et la plus grant partie, se tenoient devers le régent -leur droit seigneur ; et autres se tenoient devers Paris.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_106" href="#FNanchor_106"><span class="label">[106]</span></a> <i>Une journée</i>. Un ajournement, rendez-vous.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_107" href="#FNanchor_107"><span class="label">[107]</span></a> Ce fut l'<i>émigration</i> du temps. Dans les jours de déchaînement populaire, -il faut ou se joindre à la bête féroce, ou se préparer un abri -contre elle ; et dans cette alternative, il n'y a guère à recueillir que des -regrets ou de la honte.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXX.</h3> - -<p class="section">Du descort de ceux d'Amiens les uns contre les autres, et coment -les ennemis qui tenoient Esparnon pillièrent Chastiau-Landon.</p> - - -<p>Le jeudi ensuivant, dix-neuviesme jour du moys d'avril, -ledit régent fu à Compiegne, et y demoura une pièce. Et -là luy furent aportées nouvelles que en la ville d'Amiens -avoit très grant descort entre ceux de la ville. Si s'esmeut -pour y aler, et ala jusques à Corbie. Là oï nouvelles pour -lesquelles il n'ala point oultre.</p> - -<p>En celuy jour furent les ennemis qui demouroient à -Esparnon, à Chastiau-Landon et l'endemain à Chésoy<a id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">[108]</a>. -Et y pillièrent et pristrent prisonniers tant que l'en disoit -que il y avoient bien gaingnié cinquante mil moutons d'or -et plus. Et s'en retournèrent sans aucun empeschement à -Esparnon, à tout leur pillerie et leur prisons.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_108" href="#FNanchor_108"><span class="label">[108]</span></a> <i>Chesoy</i>. Sans doute <i>Cheroy</i>, entre <i>Sens</i> et <i>Château-Landon</i>.</p> -</div> -<p><i>Incidence</i>. Le lundy jour de saint Georges, vingt-troisiesme -jour dudit moys d'avril, fist le roy d'Angleterre une -moult solemnel feste à Windesores, là où le roy de France -estoit en prison ; et y alèrent pluseurs grans seigneurs -d'Alemaigne, de Henault et de Breban.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXI.</h3> - -<p class="section">De l'ordenance qui fu faite en Champaigne sur le fait des aides -pour la guerre.</p> - - -<p>Le dimenche vint-neuviesme jour du moys d'avril, -furent les Champenois assamblés à Vertus. Mais ledit -régent n'y fu pas, car il estoit encore au voyage que il avoit -fait vers Amiens. Et pour ce y envoia monseigneur Symon -de Roucy, conte de Brene, lequel fist autelles requestes -aux Champenois, de par ledit régent, comme ledit régent -leur avoit fait à Provins. Si furent ensamble par deux jours -et furent d'accort que il feroient, ès bonnes villes de -soixante-dix feus, un homme d'armes : et au plat pays, personnes -franches de cent feus, un homme d'armes : et de -personnes serves et de fors mariages et de mortes mains de -deux cens feus, un homme d'armes. Les gens d'église, un -dixiesme : les nobles de cent livres de rente cent souls : et, -outre ce, sé aucuns bourgois tenoient aucun fief, il en -paieroient comme les nobles, avec ce que il paieroient des -feus. Et toute celle aide il lèveroient par leur mains et -despendroient en gens d'armes par leur mains, sé n'estoit -le dixiesme que le régent auroit pour sa despense. Et envoièrent -audit régent ceste ordenance.</p> - -<p>Item, le mardi premier jour de may ensuivant, devoient -toutes les bonnes villes rassembler à Paris, par l'ordenance -que il avoient faictes à la dernière assemblée qui y avoit -esté ; mais ledit régent manda que ladite assemblée se féist -à Compiegne, le vendredi ensuivant, quatriesme jour du -moys de may, et ainsi se fist. Dont ceux de Paris furent -moult courrouciés ; mais la plus grant partie de toutes les -autres villes en avoient grant joie. Et en ladite ville de -Compiegne fu accordé par tous, tant de gens d'églyse -comme de nobles et des bonnes villes, un pareil subside -à celuy qui avoit esté accordé à Vertus par les Champenois.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXII.</h3> - -<p class="section">Coment monseigneur le régent et le roy de Navarre parlementèrent -ensamble, le roy de Navarre pour ceux de Paris ; et -coment le roy de Navarre vint à Paris ; et luy firent ceux de -Paris grant joie et grant honneur et en eussent volentiers -fait leur capitain et leur gouverneur.</p> - - -<p>Le mercredi, secont jour du moys de may, le roy de -Navarre qui estoit logié à Mello<a id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">[109]</a>, et ledit régent duc -de Normendie qui estoit logié à Clermont en Beauvoisin, -furent en mi-marchié desdites villes, au lieu que l'en -dit Domage-Lieu<a id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">[110]</a> pour parlementer ; et avoient chascun -grant foison de gens d'armes. Et là parla ledit -roy audit régent pour ceux de Paris, afin que iceluy régent -voulsist accorder à eux. Et ledit régent dist audit roy -que il aimoit ladite ville de Paris, et que il savoit bien que -en celle ville avoit de bonnes gens, mais aucuns qui y estoient -luy avoient fait grans villenies pluseurs et desplaisirs, -comme de tuer ses gens en sa présence, de prendre son -chastel du Louvre et son artillerie, et pluseurs autres grans -despis luy avoient fais. Si n'avoit pas entencion de entrer à -Paris jusques à ce que ces choses li fussent adreciées. Et -requist audit roy que il fust avec luy et luy aidast à les -adrecier.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_109" href="#FNanchor_109"><span class="label">[109]</span></a> <i>Mello</i>. Ou <i>Merlou</i>, à quatre lieues de Senlis.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_110" href="#FNanchor_110"><span class="label">[110]</span></a> Cette dernière indication n'est pas dans le manuscrit de Charles -V, et je n'ai pas retrouvé sur les cartes ce nom de <i>Domage-Lieu</i>, -que donnent les autres leçons.</p> -</div> -<p>L'endemain, jour de jeudi, rassemblèrent audit lieu et -parlèrent ensemble comme le jour précédent. Et après se -parti ledit roy et s'en ala à Paris où il entra le vendredi -ensuivant, quatriesme jour dudit moys de mai, à moult -grant compaignie, tant de ses gens comme de ceux de Paris -qui estoient alés encontre luy. En laquelle ville il fu moult -honnoré et seigneuri par l'espace de dix ou douze jours -que il y demoura ; et volentiers en eussent fait leur capitain -aucuns de ceux de Paris ou leur seigneur, comme faux -et mauvais que il estoient.</p> - -<p>Item en celuy temps, l'evesque de Laon qui estoit en -l'assemblée à Compiegne, fu en péril d'estre tué par pluseurs -nobles hommes qui là estoient avec ledit régent. Et -convint que il s'en partist celéement ; et ala à Saint-Denis -en France. Et manda à ceux de Paris que on le alast querir. -Si envoièrent ceux de Paris et aussi le roy de Navarre qui -là estoit, grant quantité de gens d'armes quérir ledit evesque -à Saint-Denis ; et vindrent en sa compaignie jusques à -Paris. Si fu dit audit régent de pluseurs nobles et autres -que ledit evesque estoit faux et mauvais ; et vérité estoit : -car par luy estoient avenus tous les maux au royaume de -France. Et luy requistrent que il ne fust plus à son conseil.</p> - -<p>Item, en celuy temps, Jehan de Meudon, chastelain de -Evreux pour le roy de France, bouta le feu en ladite ville -de Evreux et fu toute arse, dont le roy de Navarre fu moult -courroucié.</p> - -<p>Item, le dimenche treiziesme<a id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">[111]</a> jour du moys de may, -partirent les ennemis qui estoient à Esparnon dudit lieu, -et chevaulchièrent de rechief en Gatinois. Et ardirent toute -la ville de Nemours, et moult dommagièrent pluseurs autres -villes au pays, comme Grés<a id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">[112]</a> et autres villes, dont moult -de gens estoient merveilliés ; car ce pays estoit en douaire à -la royne Blanche, suer audit roy de Navarre. Et monseigneur -James Pipes, capitain d'Esparnon, s'appeloit lieutenant -au roy de Navarre en ses saufs conduis et en ses -autres fais, et si estoit souvent avec le roy de Navarre, si -comme l'en disoit<a id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor">[113]</a>. Et s'en retournèrent les ennemis -trois ou quatre jours après, sans ce que aucun leur féist -empeschement.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_111" href="#FNanchor_111"><span class="label">[111]</span></a> <i>Treiziesme</i>. Et non pas <i>quatriesme</i> comme portent les autres manuscrits -et les éditions précédentes. Le 4 may tomboit un vendredy, cette -année-là.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_112" href="#FNanchor_112"><span class="label">[112]</span></a> <i>Grés</i> ou <i>Grez</i>. Aujourd'hui village entre Nemours et Fontainebleau.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_113" href="#FNanchor_113"><span class="label">[113]</span></a> Cette liaison du roy de Navarre avec le partisan James Pipes n'étoit -peut-être pas bien prouvée ; mais tout porte à croire, surtout les sauf-conduits -rapportés plus haut, que Charles-le-Mauvais avoit promis aux -pillards de ne marcher ni faire marcher contre eux. Le dauphin, de son -côté, privé d'argent par les Etats qui percevoient toutes les taxes, ne pouvoit -réunir dix hommes d'armes, avant les assemblées de Compiègne et de -Vertus. Les malheurs publics permettoient donc aux émissaires du Navarrois -de calomnier le fils du roi, d'insinuer l'idée de transporter la -couronne de France sur une tête plus puissante, etc., etc. — Il y a quelque -rapport entre les <i>accapareurs</i> de 1790 et les pillards de 1358.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXIII.</h3> - -<p class="section">Des lettres qui furent aportées d'Angleterre.</p> - - -<p>Le mardi, quinziesme jour du moys de may, furent aportées -à Paris pluseurs lettres closes envoiées d'Angleterre, -de pluseurs grans seigneurs de France et d'autres, par lesquelles -on escripvoit que la paix avoit esté faite entre les -roys de France et d'Angleterre le huitiesme jour dudit -moys, et que lesdis roys avoient mangié ensemble et s'estoient -entrebaisiés. Laquelle chose les uns ne créoient point, -les uns pour ce que il ne voulsissent pas, les autres pour ce -que par pluseurs fois avoit ainsi esté mandé et tousjours -les Anglois y avoient mis empeschement ; et les autres qui -en estoient forment joieux le créoient.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXIV.</h3> - -<p class="section">Du commencement et première assemblée de la mauvaise -Jaquerie de Beauvoisin.</p> - - -<p>Le lundi, vint-huitiesme jour dudit moys de may, s'esmurent -pluseurs menues gens de Beauvoisin des villes de -Saint-Leu de Serens, de Nointel, de Cramoisi<a id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">[114]</a> et d'environ, -et se assemblèrent par mouvement mauvais. Et coururent -sur pluseurs gentils hommes qui estoient en ladite -ville de Saint-Leu et en tuèrent neuf : quatre chevaliers -et cinq escuiers. Et ce fait, meus de mauvais esprit, alèrent -par le pays de Beauvoisin, et chascun jour croissoient en -nombre, et tuoient tous gentils hommes et gentils femmes -qu'il trouvoient, et pluseurs enfans tuoient-il. Et abattoient -ou ardoient toutes maisons de gentils hommes qu'il trouvoient, -fussent forteresces ou autres maisons. Et firent un -capitaine que on appelloit Guillaume Cale<a id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor">[115]</a>. Et alèrent -à Compiègne, mais ceux de la ville ne les y laissièrent -entrer. Et depuis il alèrent à Senlis, et firent tant que ceux -de ladite ville alèrent en leur compaignie. Et abattirent -toutes les forteresces du pays, Armenonville, Tiers et une -partie du chastel de Beaumont-sur-Oyse. Et s'enfouy la -duchesse d'Orléans qui estoit dedens, et s'en ala à Paris.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_114" href="#FNanchor_114"><span class="label">[114]</span></a> <i>Nointel</i>, <i>Saint-Leu</i> et <i>Cramoisi</i> sont aujourd'hui trois villages : le -premier au-dessus de Beaumont-sur-Oise ; le second sur la même rivière, -à cinq lieues au-dessous ; le troisième entre Mello et Saint-Leu. -Quant à <i>Serens</i>, ce doit être le surnom du village de Saint-Leu, et il -faut le reconnoître dans le <i lang="la" xml:lang="la">Sanctum-Lupum de Cherunto</i> du Continuateur -de Nangis. La carte de Desnos (<i>Généralité de Paris</i>) écrit : <i>Saint-Leu -Desservant</i>. <i>Tiers</i> et <i>Ermenonville</i>, que les paysans abattirent, sont -des villages situés aux deux extrémités de la forêt d'Ermenonville, à -quatre ou cinq lieues de Saint-Leu. La chronique inédite du Msc. 530 dit -également que « la première esmeute des paysans contre les nobles fu -commenciée dans la première sepmaine du moys de juing. » (F<sup>o</sup> 69, V<sup>o</sup>.)</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_115" href="#FNanchor_115"><span class="label">[115]</span></a> <i>Guillaume Cale</i>. « <span lang="la" xml:lang="la">Capitaneum quemdam de villâ quæ <i>Mello</i> dicitur, -rusticum magis astutum ordinarunt, scilicet <i>Guillermum</i> dictum <i>Karle</i>.</span> » -(Continuateur de G. de Nangis.) La Jaquerie, l'un des épisodes de la -déplorable année 1358, offre les plus grands rapports avec les bandes -qui, presque de nos jours, crioient : <i>Guerre aux Châteaux, Paix aux -Chaumières.</i></p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXV.</h3> - -<p class="section">De la mort du maistre du pont de Paris et du maistre charpentier -du roy, par les gouverneurs de Paris.</p> - - -<p>Le mardi vint-neuviesme jour dudit moys, le prévost des -marchans et les autres gouverneurs de Paris firent couper -les testes et après escarteler les corps, en Grève à Paris, au -maistre du pont de Paris, appellé Jehan Peret, et au maistre -charpentier du roy, appellé Henry Metret, à tort et -sans cause ; pour ce, si comme il disoient, que il devoient -avoir traictié avec aucuns dudit duc de Normendie, ainsné -fils du roy de France et régent le royaume, de mettre gens -d'armes dedens ladite ville de Paris pour ledit régent. -Et firent pendre les quartiers desdis maistres aux entrées -de ladite ville de Paris. Et je qui ceci escris vi<a id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor">[116]</a> que -quant le bourel, appellé lors Raoulet, voult coupper la teste -au premier maistre, c'est assavoir audit Peret, il chaï et -fu tourmenté d'une cruelle passion tant que il rendoit -escume par sa bouche ; dont pluseurs de Paris disoient que -ce estoit miracle, et que il déplaisoit à Dieu de ce que on -les faisoit mourir sans cause. Et lors un advocat du Chastelet, -appellé maistre Jehan Godart, lequel estoit aux fenestres -de l'ostel de la ville, en la place de Grève, dist haultement -oïant le peuple qui là estoit : « Bonnes gens, ne vous -vueilliez esmerveillier sé Raoulet est ainsi chéu de -mauvaise maladie, car il en est entechié<a id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">[117]</a>, et en chiet -souvent. »</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_116" href="#FNanchor_116"><span class="label">[116]</span></a> <i>Et je qui ceci escris</i>. Ces mots ne sont que dans le manuscrit de -Charles V : les autres avec les éditions gothiques portent : « <i>Et virent -pluseurs.</i> » Notre texte doit être le véritable et prouve que le Chroniqueur -étoit à Paris dans ce temps-là, sans doute assez mal à son aise, en raison -de ses sentimens de loyauté. — Les éditions précédentes ne nomment pas -<i>Peret</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_117" href="#FNanchor_117"><span class="label">[117]</span></a> <i>Entechié</i>. Affecté.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXVI.</h3> - -<p class="section">De la cruauté de ceulx de Beauvoisin ; et coment le régent se parti -de Meaux pour aler à Sens.</p> - - -<p>En ce temps multiplièrent moult ces gens de Beauvoisin. -Et se resmuèrent et assemblèrent pluseurs autres en -diverses flotes en la terre de Morency, et abatirent et ardirent -toutes les maisons et chastiaux du seigneur de Morency -et des autres gentils hommes du pays. Et aussi se firent -autres assemblées de tels gens en Mucien<a id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">[118]</a> et en autres -lieux environ. Et en ces assemblées avoit gens de labour -le plus, et si y avoit de riches hommes, bourgois et autres ; -et tous gentils hommes que il povoient trouver il -tuoient, et si faisoient-il gentils femmes et pluseurs enfans ; -qui parestoit trop grant forsennerie.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_118" href="#FNanchor_118"><span class="label">[118]</span></a> <i>Mucien</i> ou <i>Mulcien</i>. « <span lang="la" xml:lang="la">Pagus Melcianus.</span> » C'est la partie de Brie -renfermée entre <i>Crepy</i> et <i>Crécy</i>. Elle comprend Meaux, May-en-Mulcien, -Rosoy-en-Mulcien, etc. (Voy. M. <i>Guérard</i>, Provinces et Pays de la France, -dans l'<i>Annuaire de la Société de l'Histoire de France</i>, année 1837.)</p> -</div> -<p>En ce temps, ledit régent qui estoit au marchié de Meaux -que il avoit fait enforcier et faisoit de jour en jour, s'en -parti et ala au chastel de Monstereil au fort d'Yonne ; et -assez tost après s'en parti et ala en la cité de Sens, en laquelle -il entra le samedi neuviesme jour de juing ensuivant, -à matin. Et fu receu en ladite cité par les gens -d'icelle moult honnorablement si comme il le devoient -faire, comme à leur droit seigneur après le roy de France -son père. Et toutesvoies, avoit lors pou de villes, cités ou -autres en la Langue d'oyl qui ne fussent meues contre les -gentils hommes, tant en faveur de ceux de Paris qui trop -les haoient, comme pour le mouvement du peuple. Et -néantmoins fu-il receu en ladite ville de Sens à grant -paix et honorablement. Et fist ledit régent en ladite ville -grant mandement de gens d'armes.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXVII.</h3> - -<p class="section">Coment ceux de Paris furent desconfis à Meaux ; et de la mort -du maire de la ville appellé Jehan Soulas.</p> - - -<p>Celuy samedi meisme, qui estoit le neuviesme jour de -juing, l'an mil trois cens cinquante-huit, pluseurs qui -estoient partis de la ville de Paris, jusques au nombre -de trois cens ou environ, desquels gens estoit capitain un -appellé Pierre Gille espicier de Paris, et environ cinq -cens qui s'estoient assemblés à Cilly en Mucien<a id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">[119]</a>, desquels -estoit capitain un appellé Jehan Vaillant prévost des -monnoies du roy, alèrent à Meaux. Et jasoit ce que Jehan -Soulas, lors maire de Meaux, et pluseurs autres de ladite -ville eussent juré audit régent que il luy seroient bons et -loyaux et ne souffreroient aucune chose estre faite contre -luy né contre son honneur, néantmoins il firent ouvrir les -portes de ladite cité auxdis de Paris et de Cilly, et firent -mettre les tables et les nappes parmy les rues, le pain, le -vin et les viandes sus ; et burent et mangièrent sé il vouldrent -et se resfraichirent. Et après se mirent en bataille, en -alant droit vers le marchié de ladite ville de Meaux auquel -estoit la duchesse de Normendie et sa fille, et la seur dudit -régent, appellée madame Ysabel de France qui puis fu -femme du fils du seigneur de Milan et fu contesse de Vertus -que le roy Jehan, son père, luy donna à son mariage. Et -avec eux estoit le conte de Foys, le seigneur de Hangest et -pluseurs autres gentils hommes que ledit régent y avoit -laissiés pour garder ladite duchesse sa femme, sa fille, sa -seur et ledit marchié.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_119" href="#FNanchor_119"><span class="label">[119]</span></a> <i>Cilly</i> ou <i>Silly</i>. Aujourd'hui hameau à quatre lieues au-delà de -Dammartin, près de la route de Soissons.</p> -</div> -<p>Si issirent dudit marchié lesdits conte de Foys, le seigneur -de Hangest et aucuns autres, jusques au nombre de vint-cinq -hommes d'armes ou environ, et alèrent contre les -dessusdis Pierre Gille et sa compaignie ; et se combattirent -à eux. Et là fu tué un chevalier dudit marchié appellé -monseigneur Loys de Chambly, d'un vireton près de l'euil. -Finablement ceux dudit marchié eurent victoire. Et furent -ceux de Paris, de Cilly et pluseurs de la cité de Meaux qui -s'estoient mis avec eux, desconfis. Et pour ce, ceux dudit -marchié mirent le feu en ladite cité et ardirent aucunes -maisons<a id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor">[120]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_120" href="#FNanchor_120"><span class="label">[120]</span></a> Le manuscrit de Charles V donne ici, dans une miniature, la représentation -du combat. Le <i>marché</i> de Meaux est une forteresse dont on -distingue trois tours, surmontées chacune d'un petit pennon blanc. Le -drapeau blanc étoit donc, dès le règne du roi Jean, celui de la monarchie -françoise ; je ne crois pas qu'on l'ait encore remarqué dans un monument -aussi ancien. Au reste, il se pourroit que les couleurs <i>bleu et rouge</i> du -parti populaire eussent été la première cause de l'adoption d'une troisième -couleur, le <i>blanc</i>, pour signe de ralliement des royalistes.</p> -</div> -<p>Et depuis furent informés que pluseurs de ladite cité -avoient esté armés contre eux et les avoient voulu trahir, -et pour ce ceux dudit marchié pillièrent et ardirent partie -de ladite cité. Mais la grant églyse ne fu pas arse né aussi -aucunes maisons des chanoines : mais toutesvoies fu -tout pris ; et aussi fu le chastel qui estoit au roy ars ; et -dura ledit feu tant en ladite ville comme audit chastel -plus de quinze jours. Et pristrent ceux dudit marchié Jehan -Soulas, le maire de ladite ville de Meaux, et pluseurs autres -hommes et femmes, et les tindrent prisons audit -marchié. Et depuis fit-l'en mourir ledit maire, si comme -droit estoit.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXVIII.</h3> - -<p class="section">De la mort Guillaume Cale par le roy de Navarre ; et coment -ledit roy ala de Beauvoisin à Saint-Ouyn, pour parler au -prévost des marchans.</p> - - -<p>En celuy temps chevaulcha le roy de Navarre en Beauvoisin, -et mist à mort pluseurs de ceux des communes ; et -par espécial fist coupper la teste dudit Guillaume Cale à -Clermont en Beauvoisin. Et pour ce que ceux de Paris luy -mandèrent que il alast vers eux à Paris, il se traist à Saint-Ouyn, -en l'ostel du roy appellé la Noble-Maison. Et là ala le -prévost des marchans parlementer audit roy. Et le jeudi, -quatorziesme jour dudit moys de juing, ala ledit roy de -Navarre à Paris. Et contre luy alèrent pluseurs de ladite -ville de Paris pour luy accompagnier jusques là où il descendi, -c'est assavoir à Saint-Germain-des-Prés.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXIX.</h3> - -<p class="section">Du preschement que le roy de Navarre fist en l'ostel de la ville, -et coment par l'énortement de ses aliés fu fait capitain de -Paris : dont pluseurs de ladite ville furent courrouciés.</p> - - -<p>Le vendredi, quinziesme jour de juing, ledit roy de Navarre -vint en la maison de la ville et prescha. Et entre les -autres choses dist que il amoit moult le royaume de France -et il y estoit moult bien tenu, si comme il disoit ; car il estoit -des Fleurs de lis de tous costés, et eust esté sa mère roy -de France sé elle eust esté homme ; car elle avoit esté seule -fille du roy de France. Et si luy avoient les bonnes villes du -royaume, par espécial celle de Paris, fait très grans biens -et haus honneurs, lesquels il taisoit ; et pour ce estoit-il -prest de vivre et de mourir avecques eulx.</p> - -<p>Et aussi prescha Charles Toussac et dist que le royaume -de France estoit en petit point et avoit mal esté gouverné, -et encore estoit ; si estoit mestier que il y féissent un capitain -qui mieux les gouverneroit et luy sembloit que meilleur -ne povoient-il avoir du roy de Navarre.</p> - -<p>Et à ce mot furent pluseurs forgiés et ordenés à ce, qui -crièrent : <i>Navarre! Navarre!</i> tous à une voix ainsi comme -sé il voulsissent dire : Nous voulons le roy de Navarre. Et -toutesvoies, la plus grant partie de trop de ceulx qui là -estoient se teurent et furent courrouciés dudit cry ; mais il -ne l'osèrent contredire.</p> - -<p>Si fu lors esleu ledit roy en capitain de la ville de Paris ; -et luy fu dit, de par le prévost des marchands de Paris, -que ceux de Paris escriproient à toutes bonnes villes du -royaume, afin que chascun se consentist à faire ledit roy -capitain universal par tout le royaume de France.</p> - -<p>Et lors, leur fist ledit roy serment de les garder et gouverner -bien et loyalement, et de vivre et morir avec eulx -contre tous, sans aucun excepter ; et leur dist : « Biaux seigneurs, -ce royaume est moult malade, et y est la maladie -moult enracinée ; et, pour ce, ne puet-il estre si tost gary : -si ne vous vueilliés pas mouvoir contre moy sé je ne -apaise si tost les besoingnes, car il y faut trait et labour. »</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXX.</h3> - -<p class="section">Coment ledit régent s'en ala de Sens à Provins, à Chasteau-Tierry -et à Gandelus ; et du nombre des Jaques tués par -gentilshommes.</p> - - -<p>Celui vendredi meismes, ledit régent qui toute celle sepmaine -avoit demouré à Sens, s'en parti et s'en ala à Provins, -et d'illec vers Chasteau-Tierry et vers Gandelus<a id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor">[121]</a> -où l'en disoit qu'il avoit grande assemblée de ces communes -que l'en appelloit Jaques-Bonhomme ; et tousjours luy -venoient gentilshommes de tous pays. Et la royne Jehanne -estoit à Paris, laquelle mettoit grande diligence de -faire aucun traictié entre ledit régent, par devers lequel -elle envoioit souvent, et ceulx de Paris. Et pour ce se parti -ladite royne de Paris le samedi vingt-troisiesme jour de -juing pour aler par devers ledit régent qui estoit environ -Meaulx, en attendant les gens d'armes qui luy venoient.</p> - -<p>Et tousjours ardoient les gentilshommes aucunes maisons -que il trouvoient à ceulx de Paris, sé il n'estoient officiers -du roy ou dudit régent ; et prenoient et emportoient -tous les biens meubles que il trouvoient et estoient auxdis -habitans ; et ne se osoit homme qui alast par pays, avoer -de Paris<a id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor">[122]</a>. Et aussi tuoient les gentilshommes tous ceux -que il povoient trouver qui avoient esté de la compagnie -des Jaques, c'est-à-dire des communes qui avoient tué les -gentilshommes, leur femmes et leur enfans, et abattues -maisons ; et tant que on tenoit certainement que l'en en -avoit bien tué dedens le jour de la saint Jean-Baptiste vint -mil et plus.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_121" href="#FNanchor_121"><span class="label">[121]</span></a> <i>Gandelus</i>. Aujourd'hui bourg du département de l'Aisne, à quatre -lieues de <i>Château-Thierry</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_122" href="#FNanchor_122"><span class="label">[122]</span></a> C'est que ces <i>Marseillais</i> du <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle avoient été bien réellement -soulevés par les anarchistes de Paris. Je demande la permission -de citer à l'appui de cette opinion la précieuse chronique manuscrite -conservée sous le n<sup>o</sup> 530, Supplément françois. A l'occasion de l'expédition -du roi de Navarre contre les Jacques, on y lit : « En ce temps -assembla le roy de Navarre grans gens et ala vers Clermont-en-Beauvoisis, -et en tuèrent plus de huit cens et fist copper la teste à leur -cappitaine <i>qui se vouloit tenir pour roy</i> ; et dient aucuns que les Jacques -s'attendoient que le roy de Navarre leur deust aidier, pour l'aliance -que il avoit au prévost des marchans, par lequel prévost la Jaquerie -s'esmeut, si comme on dit. En ce temps alèrent ceux de Paris » — (non -pas les Navarrois) « à Ermenonville, et assaillirent le chastel et le prindrent -d'assaut. Là estoit de Lorris, qui avoit l'ordre de chevalerie ; mais -par paour il regnia gentillesse et jura que il amoit mieulx les bourgois -et le commun de Paris que les nobles ; et par ce fu sauvé et sa femme -et ses enfans. Mais ses biens furent tous robés et prins qui dedens le -chastel estoient. Lors repairèrent icelles gens à Paris. » Notre chronique -a dit plus haut qu'Ermenonville avoit été pris par les <i>Jaques</i>. Parisiens -ou Jaques, c'étoit tout un.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXXI.</h3> - -<p class="section">Coment les gentilshommes de Bourgoigne laissièrent le roy de -Navarre.</p> - - -<p>Le vendredi vingt-deuxiesme jour dudit mois de juing, -le roy de Navarre parti de Paris et avecques luy pluseurs -de ladite ville et pluseurs de ses gens. Et estoient environ -six cens glaives, et alèrent à Gonesse où pluseurs autres des -villes de la visconté de Paris les attendoient. Et deux jours -ou trois devant, pluseurs des gentilshommes qui avoient -esté avec ledit roy de Navarre une partie de la saison et -encore estoient, espécialement ceulx du pays de Bourgoigne, -prisrent congié dudit roy de Navarre, quant il virent que -il avoit accepté la capitainerie de ceus de Paris, en disant -que il ne seroient point contre ledit régent né contre les -gentilshommes ; et s'en partirent et s'en alèrent en leur -pays. Et ledit roy et sa compaignie s'en alèrent vers Senlis.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXXII.</h3> - -<p class="section">Coment ledit régent et son ost logièrent près de Paris, en telle -manière que nul n'osoit issir né entrer en ladite ville de -celle part où il estoit.</p> - - -<p>Monseigneur le régent qui avoit esté vers Chasteau-Tierry, -vers la Ferté-Milon et au pays environ pour despécier -pluseurs assemblées des Jaques qui là estoient, après -ce que les nobles qui estoient avec ledit régent orent mis à -mort pluseurs Jaques, ars et gasté tout le pays entre la -rivière de Marne et de Seine, s'en retourna en alant vers -Paris, et se logia à Chielle-Sainte-Bautheut<a id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">[123]</a>, la derrenière -sepmaine de juing, c'est assavoir le mardi vingt-troisiesme -jour dudit moys.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_123" href="#FNanchor_123"><span class="label">[123]</span></a> <i>Bautheut</i>. Bathilde.</p> -</div> -<p>Et la royne Jehanne fu à Laigny, qui moult se penoit de -traictier entre ledit régent et ceulx de Paris. Et lors n'y -pout aucun traictié estre trouvé : car ceulx de Paris se -tenoient fiers et haus contre ledit régent leur seigneur. Et -pour ce, luy et son ost se deslogièrent de Chielle et se logièrent -environ le bois de Vincennes, environ le pont de Charenton -et environ Conflans, le vendredy vint-neuviesme -jour dudit moys de juing. Et tenoit-l'en que en l'ost dudit -régent avoit bien trente mil chevaux. Si fu tout le pays -gasté jusques à huit ou dix lieues, et communément les -villes arses.</p> - -<p>Et ledit roy de Navarre s'en retourna et entra en la ville -de Saint-Denis, lequel roy estoit alié avec ceulx de Paris -contre ledit régent leur droit seigneur. Et si avoit en la -compaignie dudit roy grant foison ennemis du roy et du -royaume de France, Anglois et autres que ledit roy de Navarre -avoit fait venir des garnisons anglesches, d'Esparnon -et d'autre part. En la ville de Saint-Denis se tint le roy -de Navarre. Et ledit régent et son ost estoient logiés ès lieux -dessus dis, et estoit le corps dudit régent logié en l'ostel du -Séjour, ès Quarrières<a id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor">[124]</a>. Et n'osoit homme issir de Paris -de celle part né entrer aussi ; mais par pluseurs fois en -issoit l'en en bataille ; mais tousjours perdoient plus qu'il -ne gaignoient et en y ot pluseurs mors.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_124" href="#FNanchor_124"><span class="label">[124]</span></a> <i>Quarrières</i>. Les Carrières sont un petit village dépendant de la -commune de Charenton. Quant à l'<i>ostel du Séjour</i>, c'est aujourd'hui la -maison de plaisance ou de refuge de M. l'archevêque de Paris.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXXIII.</h3> - -<p class="section">Coment le régent et le roy de Navarre assemblèrent en un pavillon -qui fu tendu sur une motte, entre Saint-Anthoine -et le bois, pour accorder un traictié que la royne Jehanne -avoit basti ; et du serment que ledit roy fist sur <i lang="la" xml:lang="la">Corpus Domini</i> -que l'evesque de Lisieux avoit célébré, en entencion que -ledit régent et ledit roy le usassent pour plus fermement tenir -leur seremens ; mais ledit roy de Navarre refusa à user le -premier.</p> - - -<p>Le dimenche huitiesme jour de juillet ensuivant, assemblèrent -lesdis régent et roy de Navarre en un pavillon qui, -pour ce, fu tendu près de Saint-Anthoine, en un lieu que l'en -dit le Moulin-à-Vent, pour accorder ensemble certain traictié -que la royne Jehanne avoit pourparlé. Si estoient les batailles -dudit régent toutes ordenées aux champs en quatre -batailles, où l'en estimoit bien douze mil hommes d'armes -et plus. Et les gens du roy de Navarre furent en bataille -ordenés sur une petite montaigne près de Monstruel et de -Charonne, et n'estoient pas plus de huit cens combattans, -si comme l'en les estimoit. Et, pour ce que il estoient si -petit nombre ne approchièrent point ledit pavillon né -les batailles audit régent.</p> - -<p>Si parlementèrent ledit régent et ses gens et le roy de -Navarre et ses gens, en la présence de ladite royne. Si furent -à acort par la manière qui s'ensuit, c'est assavoir : pour -toutes les choses que ledit roy pourroit demander audit -régent pour quelconques causes que ce fust, luy bailleroit -dix mil livres de terre<a id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor">[125]</a> et quatre cens mil florins à l'escu, -lesquels seroient bailliés audit roy par la manière qui s'ensuit. -C'est assavoir la première année cent mil, et chascun -an ensuivant cinquante mil, jusques à fin de paie ; et si -seroient lesdis quatre cens mil florins pris sur les aydes -que le peuple feroit pour cause des guerres, sans ce que -ledit régent en fust autrement tenu né obligé. Et pour ce, ledit -roy de Navarre devoit estre avec ledit régent contre tous -excepté le roy de France ; et afin que ledit régent et le roy -de Navarre tenissent sans enfraindre toutes les choses dessus -dites, l'evesque de Lisieux, qui présent estoit, chanta une -messe audit pavillon, environ heure de nonne, et consacra -deux personnes<a id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">[126]</a>, en espérance que de l'une fust fait deux -parties et usées par lesdis régent et roy. Et quant la messe -fu chantée, lesdis régent et roy jurèrent, sur le corps-Dieu -sacré que ledit evesque tenoit entre ses mains, que il teindroient -et acompliroient sans enfraindre tout ce que chascun -avoit promis, présens à ce dus, contes et barons tant come en -povoit au devant dit pavillon, environ heure de nonnes. -Et après ledit evesque brisa l'oiste, et en voult faire user à -chascun desdis régent et roy ; mais ledit roy dit que il n'estoit -pas jeun<a id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor">[127]</a> ; et pour ce ledit régent n'en prist point -aussi, jasoit ce que il se feust ordené pour le recevoir. Si usa -tout ledit evesque. Et, par ce, ledit roy devoit aler à Paris -pour les faire mettre en l'obéissance dudit régent. Et ainsi -se départirent ; et s'en ala ledit régent aux Quarrières et -ledit roy à Saint-Denis.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_125" href="#FNanchor_125"><span class="label">[125]</span></a> <i>Dix mil livres de terre</i>. C'est-à-dire lui assigneroit la propriété de -terres évaluées à dix mille livres.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_126" href="#FNanchor_126"><span class="label">[126]</span></a> <i>Personnes</i>. Deux <i>oistes</i> ou hosties, deux <i lang="la" xml:lang="la">Corpus Domini</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_127" href="#FNanchor_127"><span class="label">[127]</span></a> <i>Jeun</i>. « <span lang="la" xml:lang="la">Jejunus.</span> » A jeun.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXXIV.</h3> - -<p class="section">Coment, après les dessusdis sermens, les gens au roy de Navarre -coururent sus aux gens du régent.</p> - - -<p>Le mardi ensuivant dixiesme jour du moys de juillet, -le roy de Navarre ala à Paris ; et cuidoit ledit régent que -ledit roy deust aler devers luy, celuy jour, porter la response -de ceux de Paris : mais il n'y ala point, ainçois demoura -tout ce jour. Et l'endemain, le onziesme jour dudit moys, il -mist en ladite ville de Paris les Anglois que il avoit avecques -luy. Et disoit-l'en en l'ost dudit régent que ceux de Paris -avoient dit audit roy que il avoit fait sa paix sans eux et que -il ne leur en challoit, car il se passeroient bien de li<a id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">[128]</a>. Et -pour ce fist nouvelles alliances, si comme l'en disoit, avec -eux ; et bien y parut de fait, car il ne retourna point devers -ledit régent ; mais<a id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">[129]</a>, luy estant dedens ladite ville de Paris, -pluseurs en issirent armés, par espécial de ceux que il y -avoit menés.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_128" href="#FNanchor_128"><span class="label">[128]</span></a> Cette dernière circonstance précieuse est éclaircie par le continuateur -de Nangis, qui place le fait après la destruction <i>prétendue</i> du pont -de bateaux dont il sera question tout à l'heure : « <span lang="la" xml:lang="la">Alterâ autem vice -contigit quod <i>nobiles</i> cum duce in armis partes illas ubi pons fuerat, -ut dicitur, propè pontem de Charenton accesserunt, ut regem Navarræ -cum Parisiensibus expugnarent, contrà quos rex Navarræ, capitaneus -parisiensis, cum suis armatus aggressus est, et veniens ad ipsos locutus -est multis sermonibus eis sine pugnâ, et deindè reversus est Parisius. -Quod videntes Parisienses, suspicati sunt contrà ipsum, quod, quia nobilis -erat, cum aliis conspirasset aliqua Parisiensibus secreta forsitan -vel nocua. Propter quod dictum regem cum suis spreverunt, et ipsum -ab illo officio removerunt.</span> »</p> - -<p class="attr">(Spicileg., t. <small>III</small>, p. 118.)</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_129" href="#FNanchor_129"><span class="label">[129]</span></a> <i>Mais</i>, etc. Cette dernière phrase est inédite, et ne se trouve complète -que dans le manuscrit de Charles V.</p> -</div> -<p>Et assaillirent ledit mercredi, onziesme jour dudit moys, -aucuns de l'ost dudit régent qui se deslogoient de la -Granche-aux-Merciers pour eux approchier dudit régent. -Et pour ce, crya-l'en en l'ost alarme, et s'arma l'ost, et -courut-l'en jusques à la bastide des fossés, et là ot grant -escarmuche, et y demoura-l'en jusques près de la nuit : et y -perdirent ceux de Paris plus que les autres.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXXV.</h3> - -<p class="section">Coment le roy de Navarre mist sus au régent qu'il avoit enfraint -le traictié, et du pont de bateaux qui fu fait sur Saine.</p> - - -<p>Le jeudi douziesme jour du moys de juillet, le roy de -Navarre s'en retourna à Saint-Denis, et laissa les Anglois à -Paris. Et ledit régent envoia par devers ledit roy pour savoir -quelle volenté il avoit, et luy fist requérir que il venist avec -luy, car il luy avoit promis que il luy ayderoit contre tous. -Lequel roy respondi que ledit régent et sa gent avoient -enfraint le traictié et les convenances que il avoient, -car il avoient assaillis ceux de Paris le jour précédent, si -comme disoit ledit roy, tant comme il traictoit avecques eux ; -jasoit ce, en vérité, que ceux de Paris eussent commencié l'escarmuche. -Mais ledit roy disoit ces choses pour ce qu'il ne -povoit avoir fait à Paris ce qu'il avoit promis au traictié -dudit régent et de luy ; car il avoit promis de tant faire que -ceux de Paris paieroient six cens mil escus de Phelippe pour -le premier paiement de la raençon du roy, mais que ledit -régent leur reméist toute paine criminelle. Et ceux de Paris -respondirent quant il en parla, que il n'en paieroient jà -denier. Et pour ce, mettoit sus ledit roy audit régent que il -avoit enfraint ledit traictié, jasoit ce que ceux qui là estoient -savoient bien le contraire. Si cuida-l'en bien que tous -traictiés fussent rompus, dont moult de gens avoient grant -joie.</p> - -<p>Et mist-l'en<a id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">[130]</a> grant paine à achever un pont que l'en -avoit encommencié sur bateaux pour passer la rivière de -Saine, lequel fu achevé ledit jeudi. Et tantost, pluseurs de -l'ost passèrent ledit pont et ardirent Vitery et pluseurs -autres villes oultre la rivière de Saine, et y pilla-l'en tout -ce que l'en y trouva.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_130" href="#FNanchor_130"><span class="label">[130]</span></a> <i>Mist-l'en</i>. Les gens du régent, ou comme dit simplement le continuateur -de Nangis : <i lang="la" xml:lang="la">Nobiles</i>. « <span lang="la" xml:lang="la">Nobiles super Secanam pontem fecerant -inter Parisius et Corbelium, per quod transibant ad ambas partes fluminis.</span> » -Le pont fut établi bien au-dessous de Corbeil, et dans la presqu'île -formée par le confluent de la Seine et de la Marne, en face de -Vitry. Le continuateur ajoute que les nobles eurent le dessous dans l'engagement -dont le chapitre suivant va nous entretenir ; et que le pont fut -détruit. Le fait peut rester douteux.</p> -</div> -<p>Et ladite royne Jehanne aloit souvent par devers les uns -et par devers les autres pour renouveler ledit traictié. Toutesvoies -parloient pluseurs moult vilainement contre ledit -roy de Navarre qui si solempnellement avoit juré et ne tenoit -chose que il eust promis.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXXVI.</h3> - -<p class="section">Coment monseigneur le duc de Normendie, ainsné fils du roy -de France, lors régent le royaume, reboutèrent, luy et ses -gens, ceux de Paris de dessus le pont qu'il avoit fait -faire sur Saine ; et de pluseurs escarmuches faictes environ -Saint-Anthoine de ceux de Paris contre les gens dudit régent ; -et du traictié qui fu fait pour faire la paix entre le régent et -ceux de Paris.</p> - - -<p>Le samedi ensuivant quatorziesme jour de juillet, environ -heure de disner, ledit régent estant en sa chambre, -en son conseil, pluseurs de la ville de Paris, dont la plus -grant partie estoient d'Anglois qui estoient issus par devers -Saint-Marcel, chevaulchièrent jusques devant ledit pont -que ledit régent avoit fait faire, lequel pont estoit sur la -rivière de Saine, devant l'ostel des Quarrières où estoit logié -ledit régent. Et tantost que il furent devant ledit pont, il descendirent -à pié, et en entra aucuns dedens ladite rivière -pour aller sur ledit pont où il n'avoit point de garde. Mais -l'en ne povoit monter sus ledit pont sé l'en n'entroit en -l'yaue jusques au nombril, pour ce qu'il avoit faute au bout -du pont par devers Vitery ; et y mettoient les gens dudit -régent une bachière toutes les fois que il vouloient passer : et -quant il en avoient fait, ladite bachière estoit ostée du bout du -pont. Et estoit mise contre ledit pont au dessus, ainsi comme -au milieu. Et lors estoit en celuy estat ; et pour ce convint que -les dis de Paris entrassent en l'yaue pour monter sur ledit -pont. Si crya-l'en alarme moult forment ; et fu moult l'ost -estourmie, car les autres estoient venus à couvert et soudainement. -Si alèrent pluseurs, les uns armés et les autres -désarmés, pour deffendre ledit pont. Et jà avoient pluseurs -des dessus dis de Paris oultre la moitié du pont. Et là se -combatirent les gens dudit régent et reboutèrent leur ennemis -qui estoient sur ledit pont, et y ala ledit régent en sa -personne : et y furent pluseurs des gens dudit régent navrés -de trait. Et si y fu pris son mareschal que on appelloit -monseigneur Rigaut de Fontaines. Et aussi y ot des autres -navrés et pris. Toutesvoies furent-il reculés et mis tous -hors dessur ledit pont par les gens dudit régent et s'en -retournèrent vers Paris. Et pour ce que l'en crioit alarme -vers Paris, au cousté devers Saint-Anthoine, et disoit-l'en que -ceux de Paris estoient issus de celle part, les gens d'armes se -trairent vers là, et sur les champs furent les batailles rangiés. -Et y ot des escarmuches toute jour jusques à la nuit, et y -perdirent ceux de Paris plus que il ne gaignièrent. Toutesvoies, -ceux qui issirent de Paris, tant d'un cousté de Paris -comme d'autre, estoient le plus Anglois. Et durant ces choses, -la royne Jehanne ala devers ledit régent pour renouer -ledit traictié, et quant elle s'en parti pour aler à St-Denis, -encore estoient les batailles sur les champs. Si traictièrent -toute celle sepmaine jusques au jeudi ensuivant dix-neuviesme -jour dudit moys de juillet. Et celluy jour, ladite -royne Jehanne, le roy de Navarre, l'arcevesque de Lyon -qui là avoit esté envoié de par le pape, l'evesque de Paris, le -prieur de Saint-Martin-des-Champs, Jehan Belot eschevin -de Paris, Colin le Flamant, et autres de Paris alèrent environ -tierce au bout dudit pont que ledit régent avoit fait -faire de la partie devers Vitery, et avoient des gens d'armes -et des archiers avecques eux. Et ledit régent y ala à -petite compaignie tout désarmé ; et parlementèrent ensemble -en l'un des bateaux dudit pont ; et finablement furent à -accort, par telle manière que ceux de Paris prieroient ledit -régent que il leur voulsist remettre son mautalent, et pardonner -tout ce que il avoient fait ; et il se mettroient en -sa merci, par telle condicion qu'il en ordenneroit, par le -conseil de la royne Jehanne, du roy de Navarre, du duc -d'Orléans et du conte d'Estampes, concordablement et non -aultrement. Et avec ce demourroient en leur vertu tous -accors, toutes convenances et toutes aliances que ceux de -Paris avoient avecques ledit roy de Navarre avecques bonnes -villes et avecques tous autres. Et ledit régent devoit -faire ouvrir tous passages de rivières et autres, afin que toutes -denrées et marchandises pussent passer et estre portées -à Paris. Et pour parfaire les choses contenues audit traictié, -fu journée prise au mardi ensuivant, pour estre à Laigny-sur-Marne ; -et là devoient estre ledit régent et son conseil -d'une part, et ceux qui seroient ordenés pour Paris d'autre -part, et lesdis royne, roy, duc d'Orléans et conte d'Estampes, -par le conseil desquels ledit régent en devoit ordener. Et -ce fait, fu publié en l'ost que il avoit bonne paix entre ledit -régent et ceux de Paris. Et pour ce se deslogièrent les gens -de monseigneur le duc et s'en partirent pluseurs celuy jour.</p> - -<p>Et l'endemain, jour de vendredi, vingtiesme jour dudit -mois, pluseurs alèrent vers Paris pour besoignes que il -avoient à faire lesquels on n'y voult laissier entrer. Mais -leur demanda-l'en à qui il estoient ; et quant il respondirent -que il estoient au duc, ceux de Paris leur disrent : « Alés à -vostre duc. » Et y entra Mathé Guete<a id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor">[131]</a>, trésorier de France, -lequel fu en grant péril d'estre tué ; et finablement en fu -mis hors quant il ot esté mené en la maison de la ville en -Grève, et à Saint-Eloy devant le prévost des marchands et -les gouverneurs.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_131" href="#FNanchor_131"><span class="label">[131]</span></a> <i>Mathé Guete</i>. Sans doute celui qui, dans le préambule du traité de -Brétigny, sera nommé <i>Macy Guery</i>.</p> -</div> -<p>Et après ce que ledit accort fu fait par la manière que -dessus est dit, les dessus dis de Paris, en haine de monseigneur -ledit régent, prisrent et saisirent pluseurs maisons -et biens meubles de pluseurs officiers qui avoient esté -avec ledit régent audit ost.</p> - -<p>Et ledit régent s'en ala celui jour de vendredi au Val-la-Comtesse, -et la plus grant partie de son ost s'en parti.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXXVII.</h3> - -<p class="section">Coment ceulx de Paris se esmeurent contre les Anglois que le -roy de Navarre avoit fait venir en ladite ville ; et en tuèrent -partie et les autres emprisonnèrent au Louvre. Et de la mort -de ceulx de Paris vers Saint-Cloust.</p> - - -<p>Le samedi ensuivant, veille de la Magdalène, fu la journée<a id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor">[132]</a> -ensuivant qui avoit esté mise à Laigny-sur-Marne -remise à Corbeil. Et celuy samedi, après disner, s'esmeut à -Paris un grant descort entre ceulx de la ville et pluseurs -Anglois qu'il avoient fait venir en ladite ville contre ledit -régent leur seigneur, pour ce que l'en disoit que aucuns -autres Anglois qui estoient à Saint-Denis et à Saint-Cloust -pilloient le pays. Si s'esmeut le commun de ladite ville de -Paris, et courut sur lesdis Anglois qui estoient en ladite -ville de Paris, et en tuèrent vint-quatre ou environ et -en prisrent quarante-sept des plus notables, en l'ostel de -Neelle auquel il avoient disné avec le roy de Navarre. Et plus -de quatre cens autres en divers ostieux de ladite ville, -lesquels il mistrent tous en prison au Louvre. De laquelle -chose le roy de Navarre fu moult courroucié, si comme -l'en disoit ; et aussi furent le prévost des marchans et autres -gouverneurs de ladite ville. Et, pour ce, l'endemain, jour -de dimenche et de la Magdalène, vingt-deuxiesme jour -dudit moys de juillet, le roy de Navarre, l'evesque de -Laon, le prévost des marchans et pluseurs autres gouverneurs -de ladite ville de Paris furent en la maison de ladite -ville, environ heure de midi, et y ot moult de peuple -assemblé en ladite maison, tous armés devant en la place -de Grève. Auquel peuple ledit roy parla et leur dist qu'il -avoient mal fait d'avoir tué lesdis Anglois, car il les avoit -fait venir en son conduit<a id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor">[133]</a> pour servir ceulx de la ville de -Paris. Et tantost pluseurs d'iceux crièrent qu'il vouloient -que tous les Anglois fussent tués, et vouloient aler à -Saint-Denis mettre à mort ceux qui y estoient, qui pilloient -tout le pays. Et disrent audit roy et au prévost des -marchans que il alassent avec eux, en disant que il avoient -esté bien paiés de leur gages et soudées, et néanmoins -il pilloient tout le pays. Et jasoit ce que ledit roy et -prévost féissent tout leur povoir de refraindre ledit peuple, -il ne le povoient faire, mais convint que il leur accordassent -à aler avec eux. Mais avant que on partist de Paris, il fu -près de vespres. Dont pluseurs présumèrent que ledit roy -fist attendre le partir, afin que lesdis Anglois ne feussent -sourpris et despourveus. Et environ heure de vespres -partirent de Paris, les uns par la porte Saint-Honoré, -le roy de Navarre, le prévost des marchans et toute leur -route par la porte Saint-Denis et alèrent vers le Moulin -à vent. Et estimoit-on que il estoient, tant d'une part -comme d'autre, environ seize cens hommes de cheval et huit -mille de pié. Et furent lesdis roy de Navarre, le prévost -des marchans et toute leur route bien l'espace de demie -heure largement, sans eux mouvoir au champ qui est de -l'autre partie dudit moulin à vent par devers Montmartre. -Et de leur route furent envoiés trois glaives qui chevauchièrent -par emprès Montmartre. Lesquels, sans ce qu'il -feussent après veus, chevauchièrent en alant tout droit -vers le bois de St-Cloust, auquel bois lesdis Anglois estoient -en une embusche. Et au-dehors dudit bois par devers Paris -en avoit environ quarante ou cinquante. Si cuidèrent -ceux de Paris que il n'en y eust plus ; et alèrent vers lesdis -Anglois. Et quant il furent près, les Anglois qui estoient -audit bois issirent hors, et tantost ceux de Paris se misrent -à fouir et les Anglois au chacier. Si tuèrent lesdis Anglois -grant foison des dessus dis de Paris, par espécial de ceux -de pié qui estoient issus par la porte St-Honoré ; et tenoit-l'en -communément qu'il y avoit de mors bien six cens ou -plus, et furent presque tous gens de pié. Et ledit roy de -Navarre qui véoit ces choses ne se parti pas de là, mais -laissa tuer les dessusdis de Paris sans leur faire aucune -aide né secours. Et après ce que lesdis de Paris furent desconfis -et tués comme dit est, ledit roy de Navarre s'en ala à -Saint-Denis, et ledit prévost des marchans et sa compaignie -s'en retournèrent à Paris. Et furent, quant il rentrèrent à -Paris, forment huiés et blasmés de ce qu'il avoient ainsi -les bonnes gens de Paris laissié mettre à mort sans les -secourir. Et dès lors commencièrent ceux de Paris forment -à murmurer, et faisoient forment garder les quarante-sept -prisonniers anglois qui estoient au Louvre par le commun -de Paris ; et volentiers les eust le commun de Paris mis à -mort ; mais le prévost des marchans et les autres gouverneurs -de Paris ne le povoient souffrir.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_132" href="#FNanchor_132"><span class="label">[132]</span></a> <i>La journée</i>. L'ajournement.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_133" href="#FNanchor_133"><span class="label">[133]</span></a> <i>En son conduit</i>. Sous sa sauve-garde.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXXVIII.</h3> - -<p class="section">Coment le prévost des marchans et ses aliés délivrèrent les prisonniers -du Louvre.</p> - - -<p>Le vendredi vingt-septiesme jour dudit mois de juillet, -le prévost des marchans et pluseurs autres jusques au nombre -de huit vint ou deux cens hommes armés et pluseurs -archiers alèrent au Louvre ; et, de fait, contre la -volenté dudit peuple et commun de Paris, délivrèrent lesdis -Anglois prisonniers et les misrent hors de Paris par la -porte Saint-Honoré. Et en les conduisant de la ville dehors, -aucuns de ceux qui estoient avec ledit prévost crioient -et demandoient sé il i avoit aucun qui voulsist aucune chose -dire contre la délivrance desdis Anglois ; et avoient leur arcs -tous tendus pour les délivrer de tous empeschemens, sé -aucuns les voulsist mettre en ladite délivrance ; mais il n'y -ot personne qui osast parler né faire semblant ; jasoit ce qu'il -en fussent moult douloureusement courrouciés en ladite -ville de Paris.</p> - -<p>Si s'en alèrent les Anglois à Saint-Denis avec le roy de -Navarre, qui tousjours y estoit demouré depuis le dimenche -précédent ; car il n'osoit pas seurement retourner à Paris, si -comme l'en disoit, tant pour cause de ce que il n'avoit point -aidié à ceux de Paris le dimenche précédent, lorsque les -Anglois les avoient tués, comme pour la délivrance des Anglois -du Louvre, laquelle avoit esté faite à la requeste dudit -roy de Navarre, si comme l'en disoit et voir estoit. Si en -estoit le peuple de Paris forment esmeu en cuer contre ledit -prévost des marchans et contre les autres gouverneurs ; mais -il n'y avoit homme qui osast commencier la riote. Toutesvoies -Dieu, qui tout voit, qui vouloit ladite ville sauver, -ordena par la manière qui s'ensuit.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXXIX.</h3> - -<p class="section">De la mort du prévost des marchans et de pluseurs autres ses -aliés.</p> - - -<p>Le mardi darrenier jour du moys de juillet, le prévost -des marchans et pluseurs autres avec luy, tous armés, alèrent -disner à la bastide Saint-Denis. Et commanda ledit -prévost à ceux qui gardoient ladite bastide que il baillaissent -les clefs à Joseran de Mascon, qui estoit trésorier du -roy de Navarre. Lesquels gardes desdites clefs disrent que -il n'en bailleroient nulles. Dont le prévost fu moult courroucié, -et se mut riote à ladite bastide entre ledit prévost -et ceux qui gardoient lesdites clefs, tant que un bourgois -appellé Jehan Maillart, garde de l'un des quartiers de la -ville, de la partie de vers la bastide, oï nouvelles dudit débat, -et pour ce se traist vers ledit prévost et luy dist que -l'en ne bailleroit point les clefs audit Joseran. Et, pour ce, -eust pluseurs grosses parolles entre ledit prévost et ledit -Joseran d'une part, et ledit Jehan Maillart d'autre part. Si -monta ledit Jehan Maillart à cheval, et prist une bannière -du roy de France et commença à hault crier : « <i>Montjoie -Saint-Denis au roy et au duc!</i> » tant que chascun qui le -véoit aloit après et crioit à haulte voix ledit cri. Et -aussi fist le prévost et sa compaignie. Et s'en alèrent vers -la bastide Saint-Anthoine. Et ledit Jehan Maillart demoura -vers les halles. Et un chevalier appelé Pepin des Essars -qui rien ne savoit de ce que ledit Jehan Maillart avoit fait, -prist assez tost après une autre bannière de France, et -crioit semblablement comme Jehan Maillart : « <i>Montjoie -Saint-Denis!</i> » Et durant ces choses, ledit prévost vint à -la bastide Saint-Anthoine, et tenoit deux boistes où avoit -lettres lesquelles le roy de Navarre luy avoit envoyées, si -comme l'en disoit. Si requistrent ceux qui estoient à ladite -bastide que il leur monstrast lesdites lettres. Et s'esmut riote -à ladite bastide, tant que aucuns qui là estoient coururent -sus à Phelippe Giffart qui estoit avec ledit prévost, lequel -se deffendi forment, car il estoit fort armé et le bacinet -en la teste ; et toutesvoies fu-il tué. Et après fu tué ledit prévost -et un autre de sa compaignie appelé Simon Le Paonnier : -et tantost furent despoilliés et estendus tous nus sur -les quarriaux en la voie. Et ce fait, le peuple s'esmut pour -aler quérir des autres et pour en faire autel ; et leur -dist-on que, en l'ostel de Hocaus, à l'enseigne de l'Ours, près -de la porte Baudoier, estoit entré Jehan de l'Isle le jeune. -Si y entrèrent grant foison de gens et y trouvèrent ledit -Jehan de l'Isle et Gille Marcel, clerc de la marchandise de -Paris, lesquels il misrent à mort. Et tantost furent despoilliés -comme les autres et trainés tous nus sur les quarreaux -devant ledit ostel et là furent laissiés. Et tantost se parti -ledit peuple et s'esmut à aler querre des autres. Et ce -jour, à la bastide Saint-Martin, fu tué Jehan Poret-le-Jeune. -Et furent les cinq corps dessus nommés trainés -en la court de Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers, et -là furent mis et estendus tous nus en ladite court, en la -veue de tous, si comme il avoient fait mettre les mareschaux, -celui de Clermont et celui de Champaigne : dont -pluseurs tenoient que c'estoit ordenance de Dieu, quar il -estoient mort de telle mort comme il avoient fait morir lesdis -mareschaux.</p> - -<p>Item, celui mardi, furent pris et mis au Chastellet de -Paris, Charles Toussac eschevin de Paris, et Joseran de -Mascon trésorier du roy de Navarre. Et le peuple qui les -menoit crioit haultement le dessus dit cri, et avoit chascun -dudit peuple l'espée nue au poing.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XC.</h3> - -<p class="section">De la venue du régent à Paris, et de la mort Charles Toussac -et de Joseran de Mascon.</p> - - -<p>Le jeudi, secont jour d'aoust au soir, ala le duc de Normendie, -régent le royaume, à Paris où il fu receu à très -grant joie du peuple de ladite ville. Et celui jour, avant que -ledit régent entrast à Paris, furent lesdis Charles Toussac<a id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor">[134]</a> -et ledit Joseran trainés du Chastellet jusques en -Grève, et là furent décapités. Et longuement après demourèrent -en la place sur les quarreaux, et après en la rivière -furent gietés.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_134" href="#FNanchor_134"><span class="label">[134]</span></a> <i>Charles Toussac</i>. La veuve de ce méchant échevin ne conserva -pas longue rancune au parti qui avoit mis à mort son mari. Cinq -mois après, elle se remaria à Pierre de Dormans, échanson du régent -et neveu du célèbre chancelier Jean de Dormans. En considération -de ce futur mariage, le dauphin consentit à rendre à Marguerite tous les -biens confisqués sur son premier mari Toussac, comme on le voit par une -déclaration datée du 7 janvier 1358-59 transcrite dans le <i>Recueil Msc. -du Trésor des Chartes</i>, tome 26.</p> - -<p>Quant au récit de la mort du prévôt des marchans, on a souvent essayé -d'en changer le caractère et d'en modifier les circonstances. Dans ce -but, on s'est appuyé de l'autorité des <i>Chroniques de Saint-Denis</i>. Un illustre -membre de l'Académie des Belles-Lettres, feu M. Dacier, a surtout -voulu prouver que Maillart n'avoit joué, dans la journée du 31 juillet, -qu'un rôle secondaire, et que tout l'honneur devoit en revenir à Pepin -des Essarts. (Voyez les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et -Belles-Lettres, volume 43, page 563 et suivantes. Voyez aussi les notes -des pages 383 et 384, dans la deuxième édition du Froissart donnée par -M. Buchon.)</p> - -<p>Ce n'est point ici le lieu de rejeter l'opinion de M. Dacier au rang des -paradoxes dont se fait trop souvent un jeu l'imagination des érudits : l'un -de mes amis, M. Léon de La Cabane, s'est chargé de ce soin dans une -dissertation qui sera publiée peut-être avant ce volume. Mais je ne puis -m'empêcher de remarquer : 1<sup>o</sup> que le continuateur de Nangis, dont on -a invoqué le silence, atteste que le coup mortel fut porté à Marcel par -l'un des gardiens des portes : « <span lang="la" xml:lang="la">Adfuit unus ex dictis custodientibus, qui -elevans cum magno impetu gladium vel hastam percussit validè præpositum -mercatorum et eum crudeliter interfecit.</span> » Or, Pepin des Essarts -n'étoit pas un gardien des portes, mais bien Jean Maillart. — 2<sup>o</sup> Que sur -deux leçons de Froissart, l'une accordant l'honneur de la journée à -Maillart, l'autre le transportant sur la tête de Pepin des Essarts, cette -dernière est le moins fréquemment reproduite dans les manuscrits, et -peut seule être le fait d'une infidélité réfléchie. — 3<sup>o</sup> Qu'une autre chronique -inédite et jusqu'à présent non consultée, raconte le fait de manière -à justifier le récit du continuateur de Nangis et celui du texte de Froissart -le plus généralement transcrit dans les manuscrits anciens. On me -pardonnera, sans doute, de rapporter ce nouveau témoignage qui bat -complètement en ruine le sentiment de M. Dacier, de M. Michelet et de -plusieurs autres. Après avoir raconté l'accord fait secrètement par Marcel -avec le roi de Navarre, le chroniqueur ajoute :</p> - -<p>« Le prévost des marchans et ses aliés avoient fait leur atrait et ne -voulurent que on veillast en celle nuit aux portes né aux murs. Mais à -Paris avoit un bourgois nommé Jehan Maillart qui estoit garde, par le -gré du commun, d'un quartier de la ville qui estoit ordenée par quatre -cappitaines. Cil Jehan ne voult mie que cil qui estoient ordenés en son -quartier pour veillier, laissassent leur garde. Dont Phelippe Giffars et -autres qui estoient aliés à la trahison le blasmèrent et voulurent avoir -les clefs de la porte, et retraire ses gens et leur garde laissier. Lors ce -Jehan Maillart s'apperceut bien de trahison et manda Pepin des Essars -et pluseurs autres bourgois et les fist armer et pluseurs autres, et fist -drécier une bannière de France, et crioit cil et sa gent : <i>Montjoie au -riche roy et au duc son fils le régent!</i> Si assembla avecques eulx grant -foison du peuple de Paris en armes et alèrent véir aux portes et les forteresces. -Et avint que vers la porte Saint-Anthoine il trouvèrent ledit -prévost des marchans et autres de ses aliés qui par couverture crioient : -<i>Montjoie au riche roy et au duc son fils le régent!</i> si comme les autres. -Adonc Jehan Maillart requist au prévost des marchans et pardevant le -peuple que il montrast les lettres que le régent leur avoit envoiées ; -mais il ne les monstroit mie volentiers, pource que le mandement luy -estoit contraire, et se cuidoit excuser par paroles. Mais ly pluseurs -conceurent la trahison. Et là fu assailli du commun et fu occis… »</p> - -<p>Pepin des Essarts fut-il invité par Maillart à prendre les armes, ou les -prit-il avant de rien savoir des dispositions de Maillart? Voilà toute la -question. Quant à celui qui délivra la France de la tyrannie de Marcel, la -comparaison de tous les témoignages contemporains doit nous le faire -reconnoître dans Jehan Maillart plutôt que dans Pepin des Essarts. Les -<i>Chroniques de Saint-Denis</i>, qui allèguent pour ou contre ce dernier une -sorte d'<i>alibi</i>, le font, à mon avis, non pour frustrer Maillart de la gloire -qui devoit lui revenir, car elles lui laissent d'ailleurs le premier et le -principal honneur de la journée, mais sans doute pour répondre au vœu -et aux dénégations que Maillart exprimoit lui-même. Compère de Marcel -comme Froissart nous l'a appris, et long-temps son ami, Maillart se -reprochoit sans doute d'avoir commis, en débarrassant la France d'un -scélérat, ce que l'opinion religieuse de son siècle regardoit comme un véritable -parricide. Il peut donc avoir usé lui-même de la haute influence -qu'il conserva toujours sur le régent-roi et sur ses concitoyens, pour obscurcir -l'éclat d'une action qui l'exposoit à de rudes récriminations jusque -dans le sein de sa famille. Ainsi l'allégation de nos chroniques, qui plusieurs -fois citeront encore honorablement Jean Maillart, ne peut -affaiblir la conviction qui résulte du triple récit du continuateur de -Nangis, partisan des opinions populaires, de notre chroniqueur anonyme, -narrateur impartial, et de Froissart lui même, ce courtisan des chevaliers, -dans la première de ses deux rédactions suivie par Jean de Wavrin -dans son <i>Histoire d'Angleterre</i>, et par Jean Lefevre, dans ses <i>Grandes Histoires -du Haynaut</i>.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XCI.</h3> - -<p class="section">Coment le régent fu deffié de par le roy de Navarre.</p> - - -<p>Le vendredi tiers jour du mois d'aoust, fu le régent deffié -de par le roy de Navarre. Et celui jour fu pris Pierre Gille. -Et aussi fu maistre Thomas de Ladit, chancelier dudit roy -de Navarre, qui estoit en habit de moine.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XCII.</h3> - -<p class="section">De la mort de pluseurs traitres du roy et du régent ; et des -parolles que ledit régent dist à ceux de Paris.</p> - - -<p>Le samedi ensuivant, quart jour dudit moys d'aoust, -ledit Pierre Gille et un chevalier qui estoit chastelain du -Louvre, et estoit né d'Orléans de assez petit lieu, de gens -de mestier<a id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">[135]</a>, et estoit appelé monseigneur Gille Caillart, -furent trainés du Chastellet jusques ès halles, et là orent -les testes coppées. Mais ledit chevalier eust avant la -langue coppée, pour pluseurs mauvaises paroles qu'il avoit -dictes du roy de France et du régent son fils. Et après, les -corps furent giettés à la rivière. Et après, la semaine ensuivant, -furent descapités ensemble, en un jour, Jehan Prévost -et Pierre Leblont ; et en un autre jour deux avocas, -l'un de parlement appelé maistre Pierre de Puiseux, et -l'autre de Chastellet appelé maistre Jehan Godart. Et furent -tous giettés en la rivière ; et un appelé Bonvoisin fu mis en -oubliette<a id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor">[136]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_135" href="#FNanchor_135"><span class="label">[135]</span></a> Ce passage, comme une foule d'autres, prouve bien qu'on n'exigeoit -pas des preuves de noblesse de tous ceux qu'on élevoit au rang de -chevalier.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_136" href="#FNanchor_136"><span class="label">[136]</span></a> <i>En oubliette</i>. En prison perpétuelle.</p> -</div> -<p>Celui jour de samedi, quatriesme jour dudit mois d'aoust, -parla ledit régent audit peuple de Paris, en la maison de la -ville ; et leur dist la grant traïson qui avoit esté traictiée par -les dessus dis mors et de l'evesque de Laon et de pluseurs -autres qui encore vivoient ; c'est assavoir de faire ledit roy -de Navarre roy de France, et de mettre les Anglois et -Navarrois en Paris, celui jour que le prévost des marchans -fu tué. Et devoient mettre à mort tous ceux qui se tenoient -de la partie du roy et son fils, et jà avoient esté pluseurs -maisons de Paris signées à divers seings<a id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">[137]</a> ; dont moult de -gens estoient forment esbahis en ladite ville.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_137" href="#FNanchor_137"><span class="label">[137]</span></a> <i>A divers seings</i>. Le continuateur de Nangis, si favorable aux Parisiens, -dit la même chose : « <span lang="la" xml:lang="la">Ipse rex Navarræ cum suis omnibus urbem -Parisiensem citius subintraret et homines sibi contrarios tales et tales -quorum ostia signata reperiret, trucidaret.</span> » (Spicileg., t. <small>III</small>, f<sup>o</sup> 120.)</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XCIII.</h3> - -<p class="section">Coment les Anglois tindrent partie de la ville de Meleun.</p> - - -<p>Celui samedi, pluseurs Anglois et Navarrois alèrent à -Meleun : et les reçut la royne Blanche qui estoit au chastel -dedens ledit chastel. Si occupèrent l'isle de Meleun et toute -la partie qui est devers Biere<a id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">[138]</a>. Et l'autre partie qui est -devers la Brie se tint contre eulx, tant que le régent y envoia -des gens d'armes et des brigans ; et ainsi fu celle partie -françoise : et le chastel et tout le demourant furent Anglois -et Navarrois qui estoient tout un ; et firent moult de maulx -et de dommages au pays par devers le Gastinois ; et ardirent -toutes les maisons de l'abbaye du Lis, environ la Nostre-Dame -de mi-aoust.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_138" href="#FNanchor_138"><span class="label">[138]</span></a> <i>Biere</i>. Le petit pays de <i>Biere</i> comprenoit la rive droite de la Seine, -dans le territoire de Melun ; c'est-à-dire Fontainebleau et les environs. -La Brie est de l'autre côté de la Seine.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XCIV.</h3> - -<p class="section">Coment aucuns de Picardie furent desconfis des Anglois et -Navarrois qui tenoient le chastel de Mauconseil<a id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">[139]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_139" href="#FNanchor_139"><span class="label">[139]</span></a> <i>Mauconseil</i>. Ce nom ne se retrouve plus sur les cartes. Le continuateur -de Nangis nous apprend qu'il étoit situé près de Noyon. — La -chronique inédite (n<sup>o</sup> 530, Sup. fr.) nomme le capitaine des François et -Flamands <i>Pierre de Flavy</i>, chevalier ; et celui des Navarrois <i>Le Bascon de -Mareil</i>. — Froissart dit, à propos de la prise de Mauconseil, que « ces trois -forteresses (Creil, La Harelle et Mauconseil) firent tant de destourbiers -au royaume de France, que depuis en avant cent ans ne furent réparés -né restaurés. » Il eût fallu imprimer <i>qui</i> au lieu de <i>que</i>, avec les manuscrits. -Mais comment Froissart, mort vers 1400, peut-il parler de ce qui -se voyoit un siècle après l'année 1358? Je soupçonne la une faute des nouvelles -éditions.</p> -</div> - -<p>Le jeudi vingt-troisiesme jour du moys d'aoust, pluseurs -des communes de Tournay et de autres villes de Picardie -qui estoient à siège devant un chastel de l'evesque -de Noyon avec pluseurs nobles du pays, pource que les -Anglois et Navarrois l'avoient pris et se tenoient dedens, -furent desconfis par pluseurs de la partie des Anglois et -Navarrois, desquels estoit capitaine monseigneur Jehan de -Piquegny et monseigneur Robert son frère, lesquels se -estoient rendus ennemis du roy de France, de son fils et de -son royaume, avec ledit roy de Navarre. Et s'enfouirent -lesdites communes ; et les gentilshommes furent pris, jusques -au nombre de cent vingt ou environ. Et y fu pris ledit -evesque de Noyon et fu mené à Creil, dont ledit monseigneur -Robert s'appeloit capitain<a id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor">[140]</a>, depuis que ladite ville -avoit esté prise des Anglois.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_140" href="#FNanchor_140"><span class="label">[140]</span></a> <i>S'appeloit capitain</i>. Plus loin, nos chroniques nomment, comme -Froissart, le capitaine de Creil <i>messire Jehan de Foudrigai</i>. (Voyez chapitre -<a href="#ch-cxvi"><small>CXVI</small></a>.)</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XCV.</h3> - -<p class="section">Coment Paris estoit lors avironnée de forteresces angloises.</p> - - -<p>En ce temps, en diverses contrées prisrent lesdis Anglois -et Navarrois pluseurs forteresces environ Paris, c'est assavoir -Rays, Poissy et pluseurs autres ; et chevauchoient souvent -jusques à demi-lieue de Paris de celui costé. Et ceux de -Creil chevauchoient souvent jusques à Gonesse et ès villes -environ, et prenoient prisonniers et emmenoient chevaulx, -et rençonnoient villes et aucunes ardoient ; et si ne y résistoit-l'en -point, mais s'enfuioit chascun devant eux.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XCVI.</h3> - -<p class="section">Coment le roy de Navarre ala à Meleun et ardi Chatres-soubs-Mont-Lehery.</p> - - -<p>La première sepmaine de septembre, environ heure de -tierce, le roy de Navarre chevaucha bien à deux mil combattans, -si comme l'en disoit ; et ala à Meleun rafraichir ses -gens et veoir ses seurs, la royne Blanche et une autre appelée -Jehanne, lesquelles estoient dedens le chastel. Et en son -chemin ardi pluseurs villes comme Chatres-soubs-Mont-Lehery -et autres.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XCVII.</h3> - -<p class="section">De la mort maistre Thomas de Ladit, chancelier du roy de -Navarre.</p> - - -<p>Le mercredi douziesme jour dudit mois de septembre, -environ heure de tierce, maistre Thomas de Ladit, chancelier -du roy de Navarre, qui avoit tousjours esté en prison depuis -le quatriesme jour d'aoust qu'il avoit esté pris, si comme -dessus est dit, fu rendu aux gens de l'evesque de Paris, par -vertu de certaines bulles du pape. Et fu ledit chancelier -mis sur un huis et levé sur les épaules de deux hommes -qui le portoient, pour ce que il estoit ès fers, par les deux -jambes ; et en telle manière parti du palais où il avoit esté en -prison. Mais avant qu'il fu le giet d'une pierre, loin de la -porte de la cour du palais, pluseurs compaignons de Paris -luy coururent sus et le gietèrent contre terre et le tuèrent ; -et tantost fu despoillié tout nu, et demoura longuement en -tel estat sus les quarreaux, au milieu du ruissel de la pluie -qui courroit au travers de son corps ; et environ vespres, -il fu trainé jusques à la rivière et gieté dedens.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XCVIII.</h3> - -<p class="section">De la mort d'aucuns traistres, et coment Anglois et Navarrois -avoient lors toutes les rivières venans à Paris.</p> - - -<p>Le dimenche seiziesme jour du mois de septembre, monseigneur -Jehan de Piquegny, accompaignié de grant foison -de gens d'armes, ala à Amiens, et par la traïson d'aucuns de -ceux de la ville entra ès forsbours et les ardi et pilla. -Et fu ladite cité en aventure d'estre prise. Toutesvoies, par la -volenté de Dieu et la résistance des bons de ladite ville et du -conte de Saint-Pol qui hastivement vint au secours, ledit -monseigneur Jehan et sa compaignie furent reboutés. Et -depuis furent pris aucuns des bourgois de la ville qui -avoient esté consentans de rendre ladite ville audit monseigneur -Jehan de Piquegny pour le roy de Navarre, par ceux -de ladite ville ; et en orent les testes coppées Jaques de -Saint-Fucien<a id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor">[141]</a> et quatre autres bourgois de celle ville. -Et depuis firent lesdis Anglois et Navarrois pluseurs chevauchiées -en diverses parties du royaume de France ; par -espécial ceux qui tenoient Creil chevauchièrent en Mucien<a id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor">[142]</a>, -à Dampmartin, à Gonesse et ès villes environ, et -prisrent tout ce que il trouvèrent.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_141" href="#FNanchor_141"><span class="label">[141]</span></a> Notre chronique inédite met le maire de la ville, Fremyn de Coquerel, -au nombre de ceux qui furent punis de mort.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_142" href="#FNanchor_142"><span class="label">[142]</span></a> <i>Mucien</i>. Dans la Brie.</p> -</div> -<p>Au mois d'octobre ensuivant, chevauchièrent tout le pays -de Mucien et prisrent une petite forteresce à deux lieues -de Meaulx appelée Oissery<a id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor">[143]</a>, et tantost l'enforcièrent et -raençonnèrent le pays. Et pour avoir la rivière de Marne, -il alèrent à la Ferté-soubs-Juerre, et prisrent une isle en -laquelle il avoit une bonne tour, et tantost l'enforcièrent. -Et ainsi eurent toutes les rivières qui venoient à Paris, c'est -assavoir la rivière de Seine à Meleun, celle de Marne à la -Ferté-soubs-Juerre, et au-dessous de Paris, Mante et Meulent -et Poissi ; la rivière d'Oise, à Creil. Et ainsi estoit Paris -asségié, et si estoit Rouen et Beauvais, par les forteresces que -il tenoient environ, car il estoient seigneurs de tout le -Beauvoisin. Si ne povoit-l'en mener vins à Arras, à Tournay, -à Lille né ès autres villes de Picardie. Et ainsi estoient -lesdites villes asségiées quant à ce.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_143" href="#FNanchor_143"><span class="label">[143]</span></a> <i>Oissery</i>. Aujourd'hui bourg du département de Seine-et-Marne. -On compte trois lieues de Meaux à Oissery.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XCIX.</h3> - -<p class="section">Des forteresces que Robin Canole prist en Orlenois.</p> - - -<p>Audit mois d'octobre, Robin Canole, capitain de pluseurs -forteresces angloises en Bretaigne et en Normendie, chevaucha -en Orlenois et prist Chastel-Neuf sur Loyre<a id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor">[144]</a>, et -tantost après Chastillon-sur-Louen ; et après chevaucha -plus hault alant en Aucerrois et en la Puysaie, et prist une -forteresce appelée Malicorne ; mais les gens du pays s'assemblèrent -et alèrent devant ladite forteresce. Et un chevalier -appelé messire Arnault de Cervolle, surnommé l'archeprestre, -qui venoit au mandement dudit régent accompagnié -de grant nombre de gens d'armes, se mist avec lesdites -gens du pays devant ladite forteresce de Malicorne. Mais -il s'en partirent honteusement sans prendre ladite forteresce.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_144" href="#FNanchor_144"><span class="label">[144]</span></a> <i>Chastel-Neuf-sur-Loyre</i>. « <span lang="la" xml:lang="la">Domum pulchram et solemnem</span>, » dit le -continuateur de Nangis. Aujourd'hui bourg du département du Loiret, à -cinq lieues d'Orléans. — <i>Chastillon-sur-Louen</i> ou <i>Loing</i>, aujourd'hui petite -ville du même département, à cinq lieues de Montargis. Son ancien -château existe encore. — <i>La Puisaie</i> est un petit pays sur la frontière du -Gâtinois et du Nivernois. — <i>Malicorne</i>, aujourd'hui petit village du département -de l'Yonne, à sept lieues de Joigny.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>C.</h3> - -<p class="section">De la forteresce de Amblainviller.</p> - - -<p>Audit mois d'octobre l'an mil trois cens cinquante-huit -dessus dit, aucuns se partirent des garnisons angloises qui -estoient entour Paris, et laissièrent leur forteresces garnies, -et alèrent prendre une forte maison à trois lieues de Paris, -en un lieu appelé Amblainviller<a id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">[145]</a>. Et ceux de Paris -envoièrent devant ladite maison des gens d'armes et des -brigans<a id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor">[146]</a> par pluseurs fois ; mais il n'y firent chose qui -vaulsist, et en la fin ceux de Paris achetèrent la forteresce -dessus dite aux Anglois et la firent abattre.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_145" href="#FNanchor_145"><span class="label">[145]</span></a> <i>Amblainviller</i>. Peut-être <i>Aubervillers</i>, aujourd'hui village à une lieue -de Saint-Denis.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_146" href="#FNanchor_146"><span class="label">[146]</span></a> <i>Brigans</i>. On donnoit en général ce nom aux compagnies franches -qui ne reconnoissoient le commandement d'aucun chevalier banneret.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CI.</h3> - -<p class="section">Les noms de pluseurs bourgois de Paris que le régent fist -emprisonner.</p> - - -<p>Le jeudi vint-cinquiesme jour du mois d'octobre, -pluseurs des habitans de Paris desquels les noms s'ensuivent -furent pris et emprisonnés ; c'est assavoir : Jehan Giffart -le boisteux, Nicholas Poret<a id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor">[147]</a>, Jehan Moret, Girart Moret, -Estienne de la Fontaine argentier du roy, Pierre Basselin, -Jaques de Mante, Jehan de La Tour, Hélie Jourdain, Colin -le Flament, Jaques le Flament maistre de la chambre des -comptes, Hannequin le Flament, Jehan Gosselin, Jehan -Restable, Arnault Roussel, Jaques du Castel, Jaques le Flament -trésorier des guerres, Guillaume Lefèvre, Regnault -de la Chambre, Pasquet le Flament et Alain de Saint-Benoit, -lequel Alain fu l'endemain délivré.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_147" href="#FNanchor_147"><span class="label">[147]</span></a> <i>Poret</i>. Variante : <i>Le Petit</i>. (Msc. 8302.) Sans doute le frère de Jehan -Porret le jeune, tué avec Marcel.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CII.</h3> - -<p class="section">De la requeste qui fu faite à monseigneur le régent sur la délivrance -des dessus nommés.</p> - - -<p>Le lundi ensuivant vingt-nueviesme jour du moys -d'octobre, pluseurs des mestiers de Paris, au pourchas de -amis des dessus nommés prisonniers, alèrent en la maison -de la ville et firent grant clamour de leur amis qui avoient -esté pris, en disant que autel pourroit-on faire de tous les -autres de Paris. Et faisoient sentir, par leur paroles, que ce -avoit esté fait par vengeance de ce qui avoit esté fait au -temps passé par ceux de Paris ; en disant que l'en les prendroit -ainsi les uns après les autres ; et tout, pour esmouvoir -le peuple. Et portoit la parolle un clerc de Paris appelé -maistre Jehan Blondel, lequel requist au prévost des marchans -qui lors estoit appelé Jehan Culdoe, et pluseurs autres -qui là estoient, qu'il alassent par devers le régent qui -estoit au Louvre, pour lui requérir que il féist tantost délivrer -les dessus emprisonnés, ou que il déist les causes pour -lesquelles il les avoit fait emprisonner. Et ainsi le firent -contre la voulenté du prevost des marchans et firent audit -régent lesdites requestes ; lequel respondi que il iroit l'endemain -à la maison de la ville, et là feroit dire les causes -pour lesquelles il les avoit fait emprisonner ; et quant il les -auroient oïes, sé il vouloient que il les délivrast il les -délivreroit. Et ainsi se despartirent.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CIII.</h3> - -<p class="section">Coment les dessus nommés furent accusés et tesmoigniés traistres -devant ledit régent ; mais, pource que il ne pot estre prouvé -par pluseurs, il furent délivrés.</p> - - -<p>L'endemain jour de mardi, trentiesme jour du moys -dessus dit, pluseurs des bons et loyaux subgiés dudit régent -qui bien sceurent que leur dit seigneur devoit aler à ladite -maison pour la cause dessus dite, et qui doubtèrent que les -amis ou aliés desdis prisonniers ne alaissent en ladite maison -fors que pour constraindre leur dit seigneur de faire aucune -chose contre sa voulenté, s'armèrent et furent en ladite -maison et en la place de Grève, si fors que il ne devoient -doubter les autres. Et là vint ledit régent qui monta sur les -degrés de la croix de Grève, et dist au peuple que il avoit -esté informé que les dessusdis emprisonnés estoient traitres -et aliés au roy de Navarre. Et là, un jeune homme de -Paris appelé Jehan d'Amiens, et avoit espousé la fille de -l'un des dessusdis emprisonnés appelé Jehan Restable, lequel -Jehan d'Amiens avoit esté par devers le roy de Navarre -pour pourchacier la délivrance d'un sien ami prisonnier -dudit roy, dist que il savoit bien les choses dites par ledit -régent estre vraies. Pour lesquelles choses ceux qui par -avant avoient moult arrogamment demandé et requis la -délivrance des dessusdis prisonniers, n'osèrent plus parler. -Mais ledit maistre Jehan Blondel requist audit régent pardon -de ce que il en avoit dit et fait, lequel régent le pardonna -audit Jehan et aux autres qui en avoient parlé. Et -s'en parti ledit régent. Si ordena certains commissaires pour -savoir la vérité des choses qui luy avoient esté dites -contre les dessus dis prisonniers. Mais les choses estoient -si secrètes et si obscures que l'en ne trouva lors aucune -chose encontre eux. Et pour ce en furent quatorze délivrés -le jour de la saint Clément ensuivant, vint-troisiesme<a id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">[148]</a> -jour de novembre. Et assez tost après tous les autres.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_148" href="#FNanchor_148"><span class="label">[148]</span></a> <i>Vint-troisiesme</i>. Et non pas <i>dix-huitiesme</i>, comme les précédentes -éditions. — Villaret a faussé l'histoire dans cet endroit, quand il a dit -que « le régent voulant gagner les cœurs par sa douceur, après avoir fait -instruire le procès des <i>coupables</i>, leur pardonna. » Il paroît que le -régent n'eut à renvoyer que des innocens.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CIV.</h3> - -<p class="section">Des cardinaux qui vindrent à Paris pour traictier de paix entre -le régent de France et le roy de Navarre.</p> - - -<p>Le jeudi treiziesme jour de décembre, entrèrent à Paris -les cardinaux de Pierregort et d'Urgel, pour traictier de paix -entre le régent et le roy de Navarre. Et depuis alèrent à -Meulent par devers ledit roy ; et depuis à Meleun par devers -la royne Blanche sa suer, et partout ne firent riens. Et s'en -alèrent à Avignon. Et en alant, ledit cardinal de Pierregort -fu pillié et robé de grant avoir ; mais depuis luy fu tout -rendu, si comme l'en disoit. — Item, le premier jour de -janvier, pluseurs de la ville d'Amiens qui avoient traï ladite -ville furent décapités<a id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor">[149]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_149" href="#FNanchor_149"><span class="label">[149]</span></a> Cette dernière phrase ne se trouve que dans le manuscrit de -Charles V.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CV.</h3> - -<p class="section">Coment Laigny-sur-Marne fu pilliée et gastée.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1359</div> - -<p>Le mardi après l'apparicion<a id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor">[150]</a>, huitiesme jour du moys -de janvier l'an mil trois cens cinquante-huit, les Anglois et -Navarrois qui tenoient la Ferté-soubs-Juerre alèrent à -Laigny-sus-Marne et pillièrent la ville et y prisrent des bonnes -gens. Et depuis alèrent en la ville grant nombre de -brigans qui estoient venus de Milan, qui gastèrent ladite -ville par telle manière que tous les habitans s'en partirent ; -et demoura toute gastée.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_150" href="#FNanchor_150"><span class="label">[150]</span></a> <i>L'Apparicion</i>. L'Épiphanie.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CVI.</h3> - -<p class="section">Coment les Anglois furent desconfis devant Troies.</p> - - -<p>Le samedi ensuivant, douziesme jour dudit moys, les -Anglois et Navarrois qui tenoient une maison de l'évesque -de Troies appellée Ais-en-Ote<a id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor">[151]</a>, alèrent devant Troies, et -estoient environ quatre cens. Si issirent de Troies le conte -de Vaudemont et ceux de ladite ville et desconfirent lesdis -Anglois et en y ot environ six vint mors et autant de pris, -et pour ceste cause, les autres qui eschappèrent ardirent -ladite maison de Ais et s'en partirent. Et aussi furent autres -qui tenoient une autre forteresce appellée Champlost<a id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor">[152]</a>, -entre la rivière de Saine et d'Yonne, et alèrent tous à Regennes -près d'Aucerre ; et par ce, le chemin qui avoit esté -empeschié de Sens à Troies fu délivre.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_151" href="#FNanchor_151"><span class="label">[151]</span></a> <i>Ais-en-Ote</i>. Aujourd'hui <i>Aix-en-Othe</i> ou <i>Aixote</i>, bourg du département -de l'Aube, à huit lieues de Troyes.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_152" href="#FNanchor_152"><span class="label">[152]</span></a> <i>Champlost</i>. Bourg du département de l'Yonne, à six lieues de Joigny. — <i>Regennes</i> -est un hameau sur la route d'Auxerre à Joigny.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CVII.</h3> - -<p class="section">Coment la cité d'Aucerre fu prise et mise à raençon des Anglois.</p> - - -<p>Le jour des Brandons ensuivant, dixiesme jour de mars -avant le point du jour, pluseurs des garnisons angloisches -qui s'estoient assemblés à Regennes, près d'Aucerre à -deux lieues, partirent dudit lieu de Regennes et alèrent à -Aucerre et y trouvèrent petite ou nulle garde. Si eschiellèrent -ladite ville par devers la porte de Gligny ; et entrèrent -lesdis Anglois dedens par dessus les murs, et pristrent la -ville, la cité et le chastel avant soleil levant. Et jasoit ce -que eust grant foison de gens habitans en ladite ville et -en eust deux mille ou plus de bien armés, néantmoins y -trouvèrent lesdis Anglois petite résistance<a id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor">[153]</a>. Et à la prise -de ladite ville, furent fais chevaliers deux Anglois : l'un appellé -Robin Canole et l'autre Thomelin Fouque, lesquels -estoient capitains de grant foison d'Anglois. Et si y estoient -deux chevaliers anglois dont l'un estoit appellé messire Jehan -d'Arton et l'autre messire Nichole Tamore. Au chastel -de laquelle ville fu pris monseigneur Guillaume de Chalons -fils du conte d'Aucerre, et sa femme et pluseurs -autres. Et de ladite ville et cité eschappèrent pou d'hommes -ou femmes qui ne fussent pris par lesdis Anglois. -Toutesvoies en mistrent-il pou à mort, mais pristrent -tous à raençon et pillièrent la ville par tele manière que -il n'y ot riens mucié que il ne trouvassent, feust en terre, -en murs ou autre part. Et toutesvoies disoit-l'en que il -n'estoient pas plus de mil, que de maistres que de varlès. -Et disoient pluseurs, tant de ladite ville comme des Anglois, -que il y avoient bien trouvé de biens qui valoient cinq cens -mil moutons d'or ; et les raençons des personnes singulières -qui valoient trop grossement. Et quant lesdis Anglois -se virent tous seigneurs de ladite ville, et l'eurent pillié, -et mis à point leur prisonniers, environ huit jours après -ladite ville prise il parlèrent à aucuns des plus notables -habitans, et leur distrent que il en ardroient toute la ville, -ou que il en ardroient la plus grant partie et enforceroient -aucuns lieux qui y estoient, et les tendroient ; et ceux qui -demourroient en ce qui ne seroit ars promestroient aux Anglois -bonne obéissance, ou lesdis habitans raençonneroient<a id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor">[154]</a> -ladite ville. Si fu traictié par pluseurs journées -entre lesdis Anglois et ceux de ladite ville. Et finablement -furent à tel accort, c'est assavoir que lesdis Anglois auroient -pour la raençon de ladite ville quarante mil moutons, et -quarante mil perles du pris de dix mil moutons, et -si emporteroient tous les biens que il avoient trouvés en -ladite ville, sé il vouloient, exceptés les joiaux de l'églyse -Saint-Germain, lesquels ils prendroient pour gaige seulement, -jusques à tant que il fussent paiés de la raençon dessus -dite. Mais ceux de ladite ville s'obligeroient à ceux de ladite -églyse Saint-Germain de racheter desdis Anglois -lesdis joiaux dedens la nativité saint Jehan-Baptiste après -ensuivant, ou de paier perpétuellement auxdis religieux de -Saint-Germain, chascun an trois mil florins de rente ; et -si feroient lesdis Anglois abattre des murs de la ville tant -comme il leur plairoit, et ardoir les portes. Lesquelles -choses furent accordées par ceux qui traictoient pour ladite -ville. Et pour ce allèrent aucuns d'iceux par devers le régent -pour avoir son consentement sur ce. Et cependant lesdis -Anglois firent abattre partie des murs et les créneaux, et -emplir les fossés de ladite ville des pierres desdis murs, et -ardoir les portes.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_153" href="#FNanchor_153"><span class="label">[153]</span></a> La chronique inédite du msc. 530 dit : « En ce temps, Phelippe de -Navarre et Robert Canolle prindrent la cité d'Aucerre, par aucuns des -bourgois de la cité qui la leur rendirent par trahison. » (F<sup>o</sup> 75, R<sup>o</sup>.)</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_154" href="#FNanchor_154"><span class="label">[154]</span></a> <i>Raençonneroient</i>. Rachèteroient.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CVIII.</h3> - -<p class="section">De la prise de messire James Pipes, anglois, et de pluseurs -autres ses compaignons.</p> - - -<p>Le jeudi, quatorziesme jour de mars ensuivant, messire -James Pipes<a id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor">[155]</a>, messire Othe de Hollande, anglois, et environ -seize ou dix-huit personnes notables de leur compaignie, -qui estoient partis d'Evreux de la compaignie du roy -de Navarre et de monseigneur Phelippe son frère, furent -pris par les compaignons de la garnison d'une forte maison -qui est au seigneur de Garanchières<a id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor">[156]</a> appellée Grant-Seuvre.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_155" href="#FNanchor_155"><span class="label">[155]</span></a> <i>James Pipes</i>. Froissart fait agir et parler vaillamment James Pipes -à trois mois de là au prétendu siège de Melun.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_156" href="#FNanchor_156"><span class="label">[156]</span></a> <i>Garenchières</i>. <i>Garencières</i> est aujourd'hui un village du département -de l'Eure, à deux lieues d'Evreux. <i>Grant-Seuvres</i>, aujourd'hui <i>Grosœuvre</i>, -est un bourg du même département, à peu de distance de <i>Garencières</i>. — Notre -chronique inédite touche à cet événement sans doute, quand elle -dit que : « le sire d'Ivery, Phelippe Malvoisin et pluseurs autres bons -chevaliers et escuiers du pays devers la rivière d'Eure, firent pluseurs -belles besongnes, et en trois places ruèrent jus en pou de temps leur -ennemis. » (Msc. 530, f<sup>o</sup> 71, r<sup>o</sup>.)</p> -</div> -<p><i>Incidence</i>. Item, samedi, trentiesme jour du moys de -mars, et fu le samedi devant <i lang="la" xml:lang="la">Lætare Jerusalem</i>, fu trouvée -une grant quantité de monnoie noire de divers coings ; et -en y avoit environ une baignouère pleine, sur un pilier de -la petite Maison-Dieu de Sens, laquele l'en abatoit, pour -ce que elle estoit trop près des murs de ladite cité de Sens. -Et dedens deux ou trois jours après, monseigneur Jehan de -Chalon, seigneur d'Arlay, lors lieutenant dudit régent ès parties -de Champaigne et du bailliage de ladite ville de Sens, -ala à Sens pour avoir ladite monnoie, et de fait la prist et -l'en fist porter à Troie.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CIX.</h3> - -<p class="section">Coment aucuns de ceux d'Aucerre furent destourbés en alant -de Paris à Aucerre.</p> - - -<p>Tout le moys ensuivant, les Anglois qui avoient pris ladite -ville d'Aucerre demourèrent en ycelle, en attendant ceux -qui estoient alés pour ladite ville à Paris par devers le -régent, pour ladite finance, lesquels ne retournèrent point -que deux ou trois exceptés qui en retournant furent -desrobés, entre Joigny et Aucerre, d'une grande finance -que il aportoient, par Bourguignons ; desquels Bourguignons -l'un estoit appellé messire Symon de Saint-Aubin, -chevalier, et l'autre Huguenin de Binant, escuier, et pluseurs -autres.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CX.</h3> - -<p class="section">D'une assemblée que monseigneur le régent fist faire au palais -des gens de Paris, pour oïr prononcier les demandes du roy -d'Angleterre.</p> - - -<p>L'an de grace mil trois cens cinquante-neuf, fu prise la -ville d'Aubigny-sur-Nierre<a id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor">[157]</a>, par escheler, comme avoit -esté Aucerre dont dessus est faite mencion.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_157" href="#FNanchor_157"><span class="label">[157]</span></a> <i>Aubigny-sur-Nierre</i>. Et non pas <i>Dabigne-sur-Mettre</i>, comme dans les -précédentes éditions. C'est une ville de l'ancien Berry, aujourd'hui département -du Cher. Elle est située sur la <i>Nere</i>, à neuf lieues de Sancerre.</p> -</div> -<p>Item, le jeudi secont jour de may ensuivant, fu arse la -ville de Chastillon-sur-Loaing, par messire Robert Canole -qui retournoit d'Aucerre à Chastel Nuef sur Loyre, -et en raportoit sa part de la pille d'Aucerre. Quar le mardi -précédent, derrenier jour d'avril, lesdis Anglois avoient -laissié ladite ville d'Aucerre, et s'en estoient alés en leur -forteresces, à tout leur pille ; et en avoient mené grant nombre -de hommes, de femmes et de petits enfans de l'aage de -dix ans ou environ, et avoient arses les portes et abatu -grant foison des murs de la ville. Et néantmoins y aloient -depuis lesdis Anglois souvent quérir des vivres qui y estoient -demourés ; par espécial ceux de Regennes.</p> - -<p>Item, le dimenche dix-neuviesme jour de may ensuivant, -fu faite une convocation à Paris de gens d'églyse, de -nobles et de bonnes villes, par lettres de monseigneur -le régent, pour oïr un certain traictié de paix qui avoit -esté pourparlé en Angleterre entre le roy de France et -celuy d'Angleterre. Lequel traictié avoit esté aporté par -devers ledit régent, par monseigneur Guillaume de Meleun, -archevesque de Sens, par le conte de Tanquarville frère -dudit archevesque, par le conte de Dampmartin, et par messire -Arnoul d'Odeneham, mareschal de France, tous prisonniers -des Anglois. A laquelle journée vint pou de gens, tant -pour ce que l'en ne fist pas assez tost assavoir ladite convocacion, -comme pour ce que les chemins estoient empeschiés -des Anglois et Navarrois qui tenoient forteresces en toutes -les parties par lesquelles l'en povoit aler à Paris ; et aussi -pour cause des pilleurs qui tenoient forteresces françoises -qui ne faisoient gaires mieux que les Anglois. Et en estoit -tout le royaume semé, par telle manière que on ne povoit -aler par le païs. Lesdis Anglois et Navarrois tenoient -le chastel de Meleun, l'isle et toute la ville du costé devers -Bière ; et la partie devers Brie estoit françoise. Item, il tenoient -la Ferté-soubs-Juerre, Oysseri, Nogent-l'Artaut, -et bien cinq ou six forteresces sur la rivière de Marne ; -en Brie il tenoient Becoisel et la Houssoie<a id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor">[158]</a>. En Mucien -il tenoient Juilly, Creil et pluseurs autres sur la rivière -d'Oyse : sur Saine en devalant, Poissy, Meullent, -Mante, Rais ; et plus de cent autres en diverses parties, tant -en Picardie comme ailleurs.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_158" href="#FNanchor_158"><span class="label">[158]</span></a> <i>La Houssoye</i> ou <i>La Houssaye</i>. Aujourd'hui village du département -de Seine-et-Marne, à cinq lieues de Coulommiers. — Je n'ai pas retrouvé -<i>Becoisel</i>, que le msc. 9,652 écrit <i>Le Trisel</i>.</p> -</div> -<p>Laquelle journée du dix-neuviesme jour fu continuée de -jour en jour en attendant plus de gens, jusques au samedi -ensuivant, vint-cinquiesme jour dudit moys. Auquel samedi -ledit régent fu au palais sur le perron de marbre en la -court ; et là, en présence de tout le peuple, fist lire -ledit traictié par maistre Guillaume des Dormans, advocat -du roy en parlement, par lequel traictié apparoit que le roy -d'Angleterre vouloit avoir la duchié de Normendie, la duchié -de Guienne, la cité et le chastel de Saintes, toute la dyocèse -et païs ; la cité d'Agen, la cité de Tarbe, la cité de Pierregort, -la cité de Limoges, la cité de Caours et toutes les -diocèses et païs, la conté de Bigorre, la conté de Poitiers, la -conté d'Anjou et du Maine, la cité et chastel de Tours et -toute la diocèse et païs de Touraine, la conté de Bouloigne, -la conté de Guines, la conté de Pontieu, la ville de Monstrueil-sur-Mer -et toute la chastellerie, la ville de Calais et -toute la terre de Merq<a id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor">[159]</a> en toute justice et seigneurie, ressort -et souveraineté, sans ce que, des terres dessus dites -le roy d'Angleterre fust en aucune manière subgiet au roy -de France présent né à ses successeurs roys de France, -mais seulement voisin. Et oultre vouloit avoir ledit roy -d'Angleterre l'homage, ressort et souveraineté de la duchié -de Bretaigne, perpétuellement, si comme les autres terres -dessus dites.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_159" href="#FNanchor_159"><span class="label">[159]</span></a> <i>Merq</i>. Ce nom de pays, peut-être le même que <i>Marquenterre</i>, en -Ponthieu, a été oublié dans l'estimable <i>Indication des Provinces et pays -de la France</i>, publiée dans l'<i>Annuaire de l'Histoire de France, année 1837</i>.</p> -</div> -<p>Et oultre vouloit avoir quatre millions d'escus de Phelippe, -avec toutes les autres terres que il tenoit au royaume -de France, par tel condicion que le roy de France devoit -faire récompensacion de autres terres à tous ceux qui -avoient aucunes choses sur lesdites terres, par aliénation -faite par les roys de France ou par ceux qui ont eu cause<a id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor">[160]</a> -d'eux, depuis que lesdites terres et pays vindrent et furent -aux roys de France.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_160" href="#FNanchor_160"><span class="label">[160]</span></a> <i>Qui ont eu cause</i>. Qui prétendoient à des droits transmis par eux.</p> -</div> -<p>Et encore requéroit ledit Anglois avoir la possession -des villes et chastiaux de Rouen, de Caen, de Vernon, du -Pont-de-l'Arche, du Goulet<a id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor">[161]</a>, de Gisors, de Moliniaux, -d'Arques, de Gaillart, de Vire, de Boulongne, de Monstrueil-sur-la-Mer, -de la Rochelle ; cent mille livres d'Esterlins et -dix seigneurs pour ostages dedens le premier jour d'aoust -ensuivant. Et ce fait, il devoit mettre le roy de France -en son royaume, en son povoir ; toutesvoies tousjours loyal -prisonnier jusque à ce que toutes les choses dessusdites fussent -acomplies. Lequel traictié fu moult déplaisant à tout le -peuple de France. Et après ce qu'il orent eu délibéracion, -il respondirent audit régent que ledit traictié n'estoit passable -né faisable : et pour ce ordennèrent à faire bonne -guerre aux Anglois.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_161" href="#FNanchor_161"><span class="label">[161]</span></a> <i>Le Goulet</i>. Place forte dont il reste à peine des vestiges. — <i>Moliniaux</i> -ou Moulineaux, aujourd'hui village à trois lieues de Caen. — <i>Arques</i>, -petite ville de Normandie, près de Dieppe.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXI.</h3> - -<p class="section">Coment les officiers du roy furent rappellés par le régent, et de -l'aide que l'en offri pour la guerre.</p> - - -<p>Le mardi vint-huitiesme jour du moys de may, ledit régent -prononça par sa bouche que, à tort et sans cause raisonnable, -il avoit privé de ses offices les vint-deux personnes -qui avoient esté privées par l'ordonance des trois estas, l'an -cinquante-sept ; et qu'il les avoit tousjours trouvés bons et -loyaux ; mais l'evesque de Laon et les tirans traitres qui -avoient empris le gouvernement le firent faire par contraincte, -si comme il dit lors. Et les restitua en leur estas -et renommées.</p> - -<p>Item, le dimenche secont jour de juing ensuivant, fu -accordé au régent que les nobles le serviroient un moys à -leur despens, chascun selon son estat, sans compter aler né -venir. Et avec ce paieroient les imposicions qui seroient ordenées -par les bonnes villes. Les gens d'églyse offrirent à payer -lesdites imposicions ; la ville de Paris et viscontés offrirent -six cens glaives, trois cens archiers et mil brigans. Et fu -ordené que tous ceux qui là estoient s'en retournaissent en -leur villes, pour ce que il ne vouloient aucune chose ottroier -sans parler à leur villes, et qu'il envoiassent leur responses -dedens le lundi après la Trinité. Et depuis envoièrent pluseurs -villes leur response : mais pour ce que le plat païs -estoit tout gasté par les ennemis anglois et navarrois, et -aussi par les garnisons des forteresces françoises, lesdites -bonnes villes ne porent acomplir le nombre de douze -mil glaives qui luy avoient esté accordés de la Langue d'oc.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXII.</h3> - -<p class="section">Coment un traictié fu fait entre le régent et le roy de Navarre.</p> - - -<p>Audit moys, le régent ala à Meleun : et là se tint et fist -faire le moustier du Lis fort<a id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor">[162]</a>, et y establi une bastide contre -ses ennemis qui tenoient le chastel et l'isle de Meleun et la -partie de ladite ville devers Bière ; et l'avoient tenue depuis -l'entrée du moys précédent. Et y estoit tousjours la royne -Blanche et Jehanne, sa seur, seurs audit roy de Navarre. -Et ledit régent et ses gens tenoient l'autre partie de ladite -ville qui est devers Brie.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_162" href="#FNanchor_162"><span class="label">[162]</span></a> <i>Fort</i>. C'est-à-dire il fortifia le monastère du Lys.</p> -</div> -<p>Et pendant ce que ledit régent estoit à Meleun, aucuns -de ses gens traictièrent de paix avec aucuns des gens du roy -de Navarre, à Rosny et à Veteil<a id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor">[163]</a>. Et finablement furent à accort -que ledit régent rendroit audit roy de Navarre toutes les -forteresces que il tenoit de luy, et outre paieroit encore -douze mille livrées de terre et six cens mil escus de Jehan, à -paier chascun an cinquante mille jusques à douze ans. -Et par ce ledit roy demourroit ami bienvueillant et alié du -roy de France et dudit régent, et de nouvel feroit homage -audit régent. Lequel traictié fu rapporté audit régent à Meleun. -Et pour ce se parti le mercredi darrenier jour de juillet -ensuivant, après disner, et s'en ala par yaue à Paris -toute jour et la nuit ensuivant et arriva à Paris le jeudi -bien matin, premier jour d'aoust. Et celuy jour fist assambler -à heure de relevée, en la chambre des comptes, pluseurs -de son conseil, le prévost des marchans de Paris et -aucuns autres bourgois de ladite ville. Et là ledit régent fist -narracion dudit traictié que il ne vouloit avoir passé sans -avoir eu leur advis et délibéracion. Si fu ordené que il y -auroit plus des gens de Paris. Et pour ce fu dit que l'en retourneroit -le vendredi matin, secont jour dudit moys -d'aoust ; et ainsi fu fait, et fu l'assemblée en la chambre de -parlement. Et là ledit régent répéta ledit traictié, et fu dit -que l'en retourneroit l'endemain, samedi tiers jour dudit -moys, pour dire chascun ce que il ly en sambleroit.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_163" href="#FNanchor_163"><span class="label">[163]</span></a> <i>Rosny</i> et <i>Vétheuil</i> sont dans les environs de Mantes, aujourd'hui -département de Seine-et-Oise.</p> -</div> -<p>Auquel samedi retournèrent en ladite chambre de parlement, -et là fu conseillié audit régent que il féist accort audit -roy de Navarre, en luy baillant ce que dessus est dit. Si -retourna à Mante et à Meulent le seigneur de Vignay qui ces -choses traictoit pour ledit régent avec aucuns autres, par -devers Friquet de Fricamp, le seigneur de Luce, et monseigneur -Regnault de Braquemont qui ces choses traictoient -pour le roy de Navarre. Lesquels vindrent à Paris parler audit -régent, et leur ala à l'encontre Jehan Culdoe, lors prévost -des marchans, acompaignié de Jehan Maillart et de aucuns -autres de Paris jusques à Saint-Denis, afin, si comme l'en -disoit, que on ne féist villenie à Paris aux dessusdis chevaliers -du roy de Navarre. Et les conduist ledit prévost et sa -compaignie jusques au Louvre, par devers ledit régent, -lequel régent fist moult grant chière auxdis Friquet, seigneur -de Luce et de Braquemont, jasoit ce que eussent esté des -plus principaux conseilliers dudit roy et encore estoient ; et -les fist mangier à sa table, et leur fist livrer chambre au -Louvre. Et furent par pluseurs journées avec luy. Et après -retourna ledit Braquemont par devers le roy qui estoit à -Mante, si comme l'en disoit, et les deux autres demourèrent -à Paris.</p> - -<p>Item, le samedi dix-septiesme jour du moys d'aoust, -ledit régent parti de Paris, et ala à St-Denis au disner, et au -giste à Pontoise, là où le roy de Navarre devoit aler pour -parler à luy et pour parfaire le traictié.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXIII.</h3> - -<p class="section">Des hostages qui furent envoiés à Meulent avant que le roy de -Navarre osast venir à Pontoise par devers ledit régent.</p> - - -<p>Le lundi ensuivant, dix-neuviesme jour dudit moys -d'aoust, après disner, ledit régent issi hors de Pontoise -pour aler au devant du roy de Navarre, et mena ledit régent -avec luy moult de gens d'armes, et chevaucha en alant -vers Meulent environ une lieue.</p> - -<p>Et lors vit ledit roy qui estoit issu dudit Meulent, et -venoit devers ledit régent ; et avoit avec luy environ cent -hommes d'armes ; et si en y avoit bien autant des gens ledit -régent que il avoit envoiés contre ledit roy. Et si en avoit -aucuns que ledit régent avoit envoiés pour convoier certains -hostages lesquels monseigneur ledit régent avoit envoiés à -Meulent, pour ce que ledit roy n'osoit né vouloit aler à Pontoise, -sé il n'avoit hostages. Et furent hostages le duc de -Bourbon, monseigneur Loys de Harecourt, le sire de Morency<a id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor">[164]</a>, -le sire de Saint-Venant, monseigneur Guillaume -Martel, le Baudrin de la Heuse et aucuns autres chevaliers, -le prévost des marchans et deux bourgois de Paris. Mais -ledit roy ramena avec luy ledit prévost et bourgois de Paris, -quant il ala par devers ledit régent, et les autres demourèrent -à Meulent.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_164" href="#FNanchor_164"><span class="label">[164]</span></a> <i>Morency</i>. La maison de Montmorency est souvent ainsi désignée -dans les anciens monumens.</p> -</div> -<p>Et quant ledit roy vit ledit régent sus les champs, il renvoia -sa gent à Meulent, et ne retint avec luy que quarante -chevaux ou environ. Si s'approchièrent l'un de l'autre, et -avoient chascun le chapperon avalé<a id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor">[165]</a>, hors de la teste. Et -quant il furent près l'un de l'autre, si se entresaluèrent, et -retournèrent ensemble à Pontoise à l'anuitier. Et furent -les torches alumées à l'entrée de la ville. Et mena ledit -régent avec luy descendre ledit roy au chastel auquel -le régent estoit hébergié ; et livra-l'en audit roy chambre -dessous la chambre dudit régent, et ce soir souppèrent ensemble.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_165" href="#FNanchor_165"><span class="label">[165]</span></a> <i>Avalé</i>. Descendu.</p> -</div> -<p>Et l'endemain, jour de mardi, fu le conseil des deux -assemblé pour traictier de l'assiete des douze mille livrées -de terre que ledit régent devoit baillier audit roy. Et réquéroit -audit régent et son conseil ledit roy et son conseil -que on luy baillast pour ladite terre, les viscontés de -Faloise, de Baieux, d'Auge et de Vire. Et de ce ne furent -pas à acort les gens du conseil dudit régent. Pour ce alèrent -devers ledit régent, et luy distrent les requestes des gens -dudit roy, et les offres qui leur avoient esté faites par les gens -dudit régent. Et sembla audit régent que on le seurquéroit<a id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor">[166]</a> -de la partie dudit roy. Et pour ce envoia le conte d'Estampes -par devers ledit roy et luy manda que sé il ne prenoit -les offres qui luy avoient esté faites de par luy, lesquelles -estoient bonnes et honnorables et raisonnables, que il n'auroit -paix né acort avec luy, mais le feroit mettre seurement -là où il l'avoit pris, et après féist chascun le mieux que il -pourroit. Laquelle chose ledit roy ne voulut accorder ; et -cuida-l'en que le traictié fust tout rompu.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_166" href="#FNanchor_166"><span class="label">[166]</span></a> <i>Surquéroit</i>. Demandoit trop de choses exorbitantes. <i>Surenchérissoit</i>.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXIV.</h3> - -<p class="section">Du bel langage que le roy de Navarre dist au conseil de monseigneur -le régent.</p> - - -<p>L'endemain, jour de mercredi vint-et-uniesme jour du -moys d'aoust, ledit roy manda un pou avant heure de disner -le conseil dudit régent pour aler parler à luy en sa -chambre, et leur dist que il vouloit estre bon ami du roy et -dudit régent et du royaume de France ; car il véoit bien, si -comme il disoit, que le royaume de France estoit sur le point -d'estre destruit ; et luy, qui estoit si prochain de par père -et de par mère, ne le povoit né vouloit souffrir. Et pour ce, -ne vouloit avoir terre né argent, fors seulement la terre que -il avoit par devant ; ains le vouloit emploier à faire tout -le bien que il pourroit pour le royaume. Et il pensoit que -l'en luy déserviroit sé il faisoit bien. Et dist, en oultre, que -il vouloit ces choses dire devant le peuple.</p> - -<p>Et ces choses ainsi dites au conseil dudit régent, ledit -conseil s'en retourna devers le régent, et luy dit ces -choses dont ledit régent moult s'esjoy, et aussi communément -ceux qui l'oïrent, car par avant l'en tenoit que tout -le traictié estoit rompu. Et disoient pluseurs que Dieu avoit -inspiré ledit roy, sé il disoit en bonne entencion ce que il -disoit. Et lors fu ordenné que on feroit venir des gens de -ladite ville de Pontoise en la sale du chastel, et le roy diroit -les choses dessus dites. Et ainsi fu fait celuy jour. Et leur -dit le roy de Navarre ce qui dessus est dit ; et, oultre, -que il délivreroit toutes les forteresces qui avoient esté -prises depuis que il avoit esté ennemi du roy de France -et du régent, par ses gens ou par ses aliés. Et assez tost -après s'en partirent les Anglois qui estoient à Poissy, de -Chaumont-en-Vouquessin, à Jouy, à la Ville-au-Tertre<a id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor">[167]</a>, -et à Latainville. Dont pluseurs disoient que le roy de Navarre -feroit bien besongne, et que, par ladite paix, moult -de bien vendroit au royaume. Et les autres disoient que -le roy de Navarre faisoit tout ce que il faisoit par cautèle -et par malice, pour décevoir ledit régent et le peuple, et -que il ne feroit jà bien de sa vie.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_167" href="#FNanchor_167"><span class="label">[167]</span></a> <i>La Ville-au-Tertre</i>. Aujourd'hui <i>la Villetertre</i>, près de Chaumont en -Vexin. — Latainville, et non pas <i>La Chanville</i>, comme dit Villaret. C'est -un village encore plus rapproché de Chaumont que <i>la Villetertre</i>.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXV.</h3> - -<p class="section">Coment monseigneur le régent parla bien en parlement pour le -roy de Navarre, et de la response que fist maistre Jehan -des Mares contre pluseurs traitres.</p> - - -<p>Le samedi, vint-quatriesme jour du moys d'aoust, ledit -régent s'en retourna de Pontoise à Paris, et ledit roy s'en -ala à Meulent. Et deurent estre à Paris ensemble, le dimenche -premier jour de septembre ensuivant, pour ordener -du fait de la guerre ; pour ce que l'en disoit que le navire -du roy anglois estoit tout prest, et que celuy roy devoit -passer brievement à grant ost pour venir en France. -Et jasoit ce que ledit régent eust jà partout envoié lettres -au royaume, contenant le traictié de la paix de -luy et du roy de Navarre, par lesquelles il se pénoit, -tant comme il povoit, de recommander ledit roy et de le -mettre en la grace du peuple, toutesvoies ne le vouloit-il -ou n'osa faire venir à Paris, jusques à ce que il eust parlé -au peuple sur ce. Et pour ce fist une grande assemblée en -la chambre de parlement, et là récita au peuple le traictié -dudit roy, et leur dist de sa bouche qu'il ne vouloit -point faire venir ledit roy de Navarre à Paris sé ce n'estoit -de leur bon gré, et que il ne vouldroit point que l'en féist -né déist audit roy né à ses gens aucunes choses qui leur -déust déplaire.</p> - -<p>Et lors, un advocat de parlement appellé maistre Jehan -des Mares, pour et au nom du prévost des marchans et de -ladite ville, respondi en substance que le peuple de Paris -estoit joieux et lie de la bonne paix dessusdite, et leur -plaisoit bien que il féist venir à Paris ledit roy toutesfois -que il luy plairoit : mais les bonnes gens de Paris supplioient -audit régent que il ne voulsist souffrir que aucuns -traistres venissent à Paris que ledit maistre Jehan nomma -lors. Et dist au régent que sé il venoient à Paris, que il -tenoit fermement que le peuple ne les y pourroit souffrir. -Et estoient ceux dont les noms s'ensuivent : maistre Robert -le Coq évesque de Laon, maistre Michiel Casse chancelier -de l'églyse de Noyon, Jehan de Sainte-Aude, Pierre de la -Courtneuve, Vincent du Valrichier, Pierre des Barres, -Gieffroi le Flament du porche St-Jaques et aucuns autres.</p> - -<p>Lequel régent respondi que ce n'estoit point son entencion -né sa volenté que lesdis traistres venissent à Paris ; et -jasoit ce que ledit roy luy eust fait requeste pour les dessus -nommés, afin que il leur pardonnast tout, toutesvoies ne -luy avoit-il voulu accorder né pensoit à faire.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3 id="ch-cxvi">CXVI.</h3> - -<p class="section">De l'outrageus subside que les gens du roy de Navarre prenoient -sur toutes marchandises qui avaloient le pont de Meleun.</p> - - -<p>Le dimenche, premier jour de septembre l'an mil trois -cens cinquante-neuf dessusdit, ledit régent ala à Saint-Denis -à l'encontre du roy de Navarre qui y devoit estre et qui y -fu ; et, le soir de celuy jour, vindrent à Paris au giste, et -le mena ledit régent au Louvre avec luy descendre, et furent -ensemble toute celle semaine, et le festoia et honnora -ledit régent moult grandement ; et fist ledit régent pluseurs -graces et dons à pluseurs des gens dudit roy qui avoient -esté traitres du roy de France et du régent, son fils. Et -avoient les gens dudit roy de Navarre grant asséis<a id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor">[168]</a> et grant -voix par devers ledit régent, dont pluseurs bonnes personnes -qui bien et loyaument avoient servi ledit régent en avoient -grant desplaisir. Et la semaine ensuivant se parti ledit -roy de Paris, et s'en ala à Meleun pour mettre hors, -si comme l'en disoit, pluseurs Navarrois qui encore y -estoient, dont il ne fist rien. Et levoit-l'en de toutes marchandises -qui passoient l'arche du pont de Meleun trop -grant subside ; c'est assavoir : de chascun tonnel de vin, -six escus d'or ; de chascun muy de grain, deux escus ; -de vint-cinq molles de busches, un escu ; d'une couple -de foing, huit escus ; d'un millier de costerès, un escu ; et -des autres choses à la value ; et disoit-l'en que c'estoit -pour paier les Navarrois qui avoient demouré au chastel -et en la ville de Meleun, qui s'estoit tenue de la partie du -roy de Navarre : dont moult de gens estoient merveilliez, -car il convenoit<a id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor">[169]</a> que ceux qui avoient esté ennemis -des François et qui les avoient pilliés, robés et tués fussent -paiés de leur gages, du temps qu'il avoient esté ennemis -du chastel et de la chevance des François. Et quant -le roy de Navarre ot esté à Meleun avec ses seurs, la royne -Blanche et Jehanne, par quatre fois ou par cinq, il s'en parti -et y laissa encore les Navarrois. Et si ne délivra pas Creil -qui estoit tenu des Anglois, et toutesvoies avoit-il promis -à la délivrer, mais que l'en luy baillast six mille royaux, -desquels la ville de Paris fist finance. Mais il ne furent pas -bailliés audit roy pour ce que on ne véoit pas que la délivrance -de Creil fust bien preste ; car un Anglois en estoit -capitain, lequel on appelloit monseigneur Jehan de Foudrigay, -lequel ne le vouloit pas rendre sans plus grant -finance que de six mille royaux.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_168" href="#FNanchor_168"><span class="label">[168]</span></a> <i>Grant asséis</i>. Grande influence, haute position.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_169" href="#FNanchor_169"><span class="label">[169]</span></a> <i>Il convenoit</i>. Il étoit décidé, consenti, accordé.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXVII.</h3> - -<p class="section">Coment monseigneur le régent ala à Rouen ; et d'une incidence.</p> - - -<p>Le huitiesme jour du mois de septembre, parti de Paris -ledit régent pour aler à Rouen ; et ala à Saint-Denis où il -demoura deux jours ; et après à Pontoise et à Vernon, et -entra en la ville de Rouen, le dix-huitiesme jour dudit -mois.</p> - -<p><i>Incidence</i>. En cest an, furent les moys de juillet, d'aoust -et le commencement de septembre tant pluvieus que la -plus grant partie des grains furent tous germés ès champs, -pource que on ne les povoit mener à ville. Et disoit l'en -que, tant pour celle cause comme pour les pilleries que -ceux des garnisons françoises faisoient, il seroit moult -grant chierté de blé. Et dès lors enchieri forment ; car le -sextier de fourment valoit à Paris, à la Saint-Rémy, quatre -livres parisis et plus, et une queue de vin vermeil de Bourgoigne -valoit plus de cinquante livres parisis ; mais la -monnoie estoit foible, car un escu valoit bien quarante-huit -sous parisis, et assez tost après valut cinquante-deux -sous parisis.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXVIII.</h3> - -<p class="section">De la revenue du régent à Paris et des nopces Jehan, conte de -Harecourt ; et coment le captau de Buef prist la ville de -Clermont.</p> - - -<p>Le lundi septiesme jour d'octobre ensuivant, retourna -ledit régent de Rouen à Paris ; et entra le lundi devant soleil -levant à Paris, accompagnié de seize hommes de cheval ou -environ ; et avoit chevauchié toute la nuit, car le dimenche -précédent il avoit souppé à Vernon bien tart et de là s'en -vint toute nuit à Paris.</p> - -<p>Item, le lundi quatorziesme jour d'octobre, Jehan, conte -de Harrecourt, fils du conte de Harrecourt qui avoit eu la -teste coppée à Rouen, si comme dessus est devisé, espousa -Catherine, seur du duc de Bourbon et fille du duc qui -avoit esté mort en la bataille de Poitiers, là où le roy Jehan -avoit esté pris, et seur aussi de la duchesse de Normendie, -de la royne d'Espaigne et de la contesse de Savoie. Et furent -les nopces au Louvre près de Paris ; et y furent présens -ledit régent et le roy de Navarre.</p> - -<p>Item, le mardi douziesme jour de novembre ensuivant, -fu la tour du pont Sainte-Maxence prise par certains Anglois -que le capitain de la tour tenoit prisonniers dedens -ladite tour.</p> - -<p>Item, le lundi ensuivant dix-huitiesme jour dudit moys -de novembre, l'an mil trois cent cinquante-neuf dessus dit, -devant le point du jour, fu eschiellé le chastel de Clermont -en Beauvoisin et la ville prise par un gascoin de la partie -du roy anglois, appelé le cateau de Buef<a id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor">[170]</a>, lequel estoit -venu de Mante par devers le roy de Navarre, son cousin et -ami très espécial, sous sauf-conduit dudit régent, lequel -sauf-conduit avoit esté donné audit cateau par ledit régent, -à la requeste et prière dudit roy de Navarre. Et le sauf-conduit -durant, il prist lesdis chastel et ville de Clermont.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_170" href="#FNanchor_170"><span class="label">[170]</span></a> <i>Le cateau de Buef</i>. Captal de Buch. Jean de Grailly, captal de <i>Busch</i> -ou de <i>Buch</i>, petit pays du Bordelois. Le château de <i>Cap</i> ou tête de -<i>Busch</i> donnoit à celui qui le possédoit le titre de <i>captal</i>. On a écrit ce -nom de <i>Busch</i> de bien des façons, mais les meilleures leçons des <i>Chroniques -de Saint-Denis</i> le donnent, ici, comme nous l'avons préféré ; et deux -vers de la chanson de geste de <i>Bertrand Du Guesclin</i> justifient cette -orthographe :</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Car je croi, sé Dieu plaist et je puis esploitier,</div> -<div class="verse">Que du catal de Buef mengerai un quartier,</div> -<div class="verse">Né je ne pense à nuit autre char mengier.</div> -</div> - -<p>Du père de Jean de Grailly descendent en ligne directe féminine -les rois de France de la maison de Bourbon.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXIX.</h3> - -<p class="section">Coment le roy d'Angleterre et ses fils, à tout leur effort, -vindrent devant Rains ; et de la mort Martin Pisdoe, bourgois -de Paris.</p> - - -<p>En celuy mois de novembre, le roy d'Angleterre, le -prince de Galles son ainsné fils et autres de ses fils, le duc -de Lenclastre et toute la puissance d'Angleterre, passèrent -la mer et arrivèrent à Calais ; et chevauchièrent par l'Artois -et par le Vermandois droit vers Rains, et misrent le siège -devant ladite ville de Rains, d'une part et d'autre de la rivière -de Veele. Et fu le roy d'Angleterre logié à Saint-Baale, -à quatre lieues de Rains<a id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor">[171]</a> ou environ. Le prince -de Galles, son ainsné fils, estoit logié à Ville-Dommange, à -deux lieues de Rains ; le conte de Richemont et celuy de -Norentonne<a id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor">[172]</a> à St-Thierri, à deux lieues de Rains ; le duc -de Lenclastre à Brimont, assez près de Rains ; le mareschal -d'Angleterre et monseigneur Jehan de Biauchamps estoient -à Brétigny<a id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor">[173]</a>, à une lieue de Rains. Et chevauchoient les -gens dessus nommés chascun jour tout environ Rains, par -telle manière que à peine povoit aucun de pié ou de cheval -entrer dedens la ville né issir.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_171" href="#FNanchor_171"><span class="label">[171]</span></a> <i>A quatre lieues de Rains</i>. L'abbaye de Saint-Basle est à trois lieues -de Reims au-dessus du bourg de Verzy. Ses ruines sont encore respectables -à l'entrée de la forêt de Reims.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_172" href="#FNanchor_172"><span class="label">[172]</span></a> <i>Norentonne</i> pour <i>Northampton</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_173" href="#FNanchor_173"><span class="label">[173]</span></a> <i>Brétigny</i>. Ou plutôt <i>Betheny</i>.</p> -</div> -<p>Item, le samedi darrenier jour de novembre, jour de la -saint Andrieu, ledit régent publia, en la chambre de parlement, -certaines ordenances que il avoit faites celle sepmaine -en son conseil, sur la rescription des officiers royaux, -lesquels il jura, en sa personne, la main mise sur le livre ; -et aussi les fist jurer à ses officiers qui présens estoient.</p> - -<p>Item, le lundi, pénultième jour du moys de décembre -ensuivant, un bourgois de Paris appelé Martin Pisdoe -fu décapité ès halles de Paris, sur un eschaffaut. Et après -ot coppés les deux bras et les deux cuisses ; et fu la teste -mise sur le pillori des halles ; et chascun desdis membres -fu pendu hors des quatre portes principales de Paris, chascun -membre à une potence de fust, qui pour celle cause fu -faite. Et fu ledit bourgois ensi exécuté pource que il avoit -traictié avec aucuns familiers et officiers du roy de Navarre, -de traïr le roy de France, la ville de Paris et ledit régent. -Et devoient entrer à Paris gens d'armes par diverses portes, -et eux herbergier en divers lieux. Et aucuns d'eux devoient -aler au Louvre, où devoit estre ledit régent, plus -fors que ledit régent. Et là devoient tuer tous ceux que il -voulsissent, et après courir toute la ville et prendre les places -par la ville, afin que les gens de ladite ville ne se peussent -assembler. Et fu ceste chose sceue et révélée par un autre -bourgois appelé Denisot le Paumier, à qui ledit Martin avoit -la chose descouverte, afin que il fust de l'aliance dessus -dite.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXX.</h3> - -<p class="section">Coment le roy d'Angleterre se parti de devant Rains sans rien -faire, et de la prise de pluseurs chevaliers françois estant en -une bastide devant Tournelles.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1360</div> - -<p>Le dimanche onziesme jour de janvier, environ mienuit, -le roy d'Angleterre et tout son ost après ce qu'il ot demouré -devant Rains par quarante jours, se desloga et s'en parti -sans ce que il eust donné assaut né donnast à ladite ville ; -et s'en ala droit vers Chaalons. Et passa par devant sans arrester -et sans y donner assaut. Et passèrent la rivière de -Marne au-dessus de ladite ville, et chevauchièrent par la -Champaigne et passèrent la rivière d'Aube et celle de Seine, -à Mery et à Pons<a id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor">[174]</a>. Et passa l'ost du duc de Lenclastre -par devant Sens sans y donner assaut. Et le roy d'Angleterre -et ses enfans s'en alèrent par devers Cerisiers et par -devers Brinon l'Archevesque ; et alèrent par devant Aucerre -vers Rougemont. Et demoura le roy une pièce en une -ville que on appelle Guillon. Et là alèrent à luy ceux du -duchié de Bourgoigne et firent pactis avec luy et luy donnèrent -deux cent mille flourins afin que il ne féist dommage -audit duchié. Et si luy accordèrent que il eust des vivres -dudit duchié pour son argent<a id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor">[175]</a>. Et ce fait, ledit roy se -parti et s'en ala vers Nevers<a id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor">[176]</a> et passa la rivière de Yonne à -Collanges-sur-Yonne. Et envoyèrent ceux de la contée de -Nevers par devers luy, et raençonnèrent toute la contée et -la baronnie de Donzi-au-Pré. Et lors se mist à chemin à -s'en venir par le Gastinois droit vers Paris, et vint le prince -de Galles par devers Moret en Gastinois, droit à une forteresce -qui lors estoit angloise, appelée les Tournelles<a id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor">[177]</a>, -devant laquelle forteresce pluseurs de ceux de France -avoient fait une bastide et se y estoient mis à siège. Et -jasoit ce que il sceussent bien la venue dudit prince, il -ne s'en partirent pas. Si se mist ledit prince devant ladite -bastide et la fist assaillir ; et finablement dedens trois -ou quatre jours après, lesdis François qui estoient dedens -ladite bastide, pource que il n'avoient que boire né -que mangier, se rendirent audit prince. Et là furent pris messire -Haguenier seigneur de Bouville, le seigneur d'Aigreville, -messire Jehan des Bares, messire Guillaume du -Plessie et messire Jehan Braque, tous chevaliers, et pluseurs -autres, jusques au nombre de quarante combattans -ou environ.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_174" href="#FNanchor_174"><span class="label">[174]</span></a> <i>Mery</i> et <i>Pons</i> sont bâties toutes deux sur la Seine, mais Pons est -tout près du confluent de l'<i>Aube</i>. — <i>Cerisiers</i> est à quatre lieues au-dessus -de Sens, à la droite de l'Yonne, et <i>Brinon</i> est entre <i>Cerisiers</i> et <i>Auxerre</i>. — L'<i>Abbaye -de Rougemont</i> est près de Montbar. Le village de <i>Guillon</i> -est plus rapproché d'<i>Avallon</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_175" href="#FNanchor_175"><span class="label">[175]</span></a> Ce traité, si peu honorable pour les conseillers du jeune duc de -Bourgogne, est transcrit dans le nouveau Rymer, tome <small>III</small>, p. 473, sous la -date du 10 mars 1360.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_176" href="#FNanchor_176"><span class="label">[176]</span></a> <i>Vers Nevers</i>. C'est-à-dire qu'il fit mine de vouloir passer dans le -Nevernois. — <i>Coullange-sur-Yonne</i> est au-dessous de Clamecy ; <i>Donzy</i> -est au-dessus.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_177" href="#FNanchor_177"><span class="label">[177]</span></a> <i>Les Tournelles</i>. Ce doit être <i>Dormelles</i>, près de Moret.</p> -</div> -<p>Item, le lundi devant Pasques flouries, l'an mil trois -cent cinquante-neuf, vingt-troisiesme jour de mars, fu la -monnoie publiée à Paris, à deux deniers pour le denier -blanc, qui par avant valoit deux sous parisis ; et le royal -d'or, que l'en mettoit par avant pour quatorze sous parisis, -à trente-deux sous parisis. Et valoit lors le sextier -de bon fourment quarante-huit livres parisis ou environ -de ladite foible monnoie.</p> - -<p>Item, le mardi avant Pasques les grans, darrenier jour -de mars, le roy d'Angleterre se loga en l'ostel de Chantelou<a id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor">[178]</a>, -entre Mont-Lehery et Chatres, et tous ses enfans -et tout son ost ès villes d'environ, jusques près de Corbueil -et jusques à Longjumel. Et fu prise journée de -traictier de paix, par le moyen frère Symon de Langres, -maistre de l'ordre des Jacobins, légat de par le pape en -France pour celle cause, qui jà par pluseurs fois avoit esté -par devers ledit roy d'Angleterre et aussi par devers ledit -régent. Et assemblèrent lesdis traicteurs le vendredi bénoît, -troisiesme jour du moys d'avril ensuivant, en la Maladerie -de Longjumel ; et là furent pour ledit régent le seigneur de -Fiennes, lors connestable de France ; messire Jehan le -Maingre, dit Bouciquaut, lors mareschal de France ; le seigneur -de Garancières ; le seigneur de Vignay, du pays de -Vienne<a id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor">[179]</a> ; messire Symon de Bucy et messire Guichart -d'Angle, chevaliers, et aucuns clercs conseillers et secrétaires. -Et pour ledit roy d'Angleterre furent le duc de Lanclastre, -le conte de Norentonne, le conte de Warvhic ; messire -Jehan de Chandos, tous anglois, messire Gautier de Mauny -Hanuyer. Et tantost se départirent sans faire aucun traictié.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_178" href="#FNanchor_178"><span class="label">[178]</span></a> <i>Chantelou</i>. On retrouve ce petit castel sur la carte de Cassini.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_179" href="#FNanchor_179"><span class="label">[179]</span></a> <i>Du pays de Vienne</i>. Il est nommé <i>Aymar de la Tour</i> dans le traité -de Bréquigny.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXXI.</h3> - -<p class="section">Coment le roy d'Angleterre vint près de Paris, luy et son ost, -et fu-l'en assemblé pour traictier, mais l'en ne pout lors -accorder.</p> - - -<p>L'an de grace mil trois cent soixante, le mardi après -Pasques les grans, qui fu le septiesme jour d'avril, ledit -roy d'Angleterre et tout son ost deslogièrent et s'approchièrent -de Paris et se logièrent icelluy jour, c'est assavoir -ledit roy à Chastellon près Mont-Rouge, et les autres à -Jcy, à Vanves, à Vaugirart, à Gentilly, à Quaichant et ès -autres villes environ. Et celuy jour s'en monstrèrent pluseurs -en bataille devant Paris, mais pour ce ne issi aucun -de ladite ville.</p> - -<p>Item, le vendredi ensuivant, dixiesme jour dudit mois -d'avril, retournèrent aucuns des dessus nommés pour ledit -régent, pour traictier par l'amonestement de l'abbé de Clugny -qui tantost estoit venu de par le pape, pour traictier -entre les parties. Et assemblèrent les traicteurs en une maladerie -appelée la Banlieue<a id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor">[180]</a>, qui est outre la tombe Ysore. -Et y furent pour ledit Anglois les autres dessus nommés. Et -tantost se partirent aussi sans aucun traictié faire, si -comme il avoient fait par avant.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_180" href="#FNanchor_180"><span class="label">[180]</span></a> <i>La Banlieue</i>. Peut-être <i>Bagneux</i>. <i>La Tombe Ysore</i>, située dans l'endroit -même où l'on a pratiqué de notre temps l'entrée des catacombes, -étoit autrefois un <i>tumulus</i> où les traditions poétiques vouloient qu'eût été -enseveli le géant <i>Isoré</i>, tué devant Paris par le fameux <i>Guillaume d'Orange</i>. -C'est dans ce combat singulier que le héros de tant de <i>Chansons de geste</i> -avoit perdu la plus grande partie de son nez. Et voyez le sort des traditions -poétiques! Plus tard, vers le quinzième siècle, on crut que le -surnom de Guillaume <i>au Court-nez</i> étoit dû au cor ou cornet dont il se -servoit en guise de <i>cri de guerre</i>. Les barons qui se prétendoient sortis de -son illustre sang prirent donc pour blason un <i>cor de chasse</i>, que leurs -descendans de la maison d'<i>Orange</i> gardent encore en mémoire de Guillaume -d'Orange <i>au Cornet</i>.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXXII.</h3> - -<p class="section">Coment l'en rassembla à Brétigny pour traictier. Et sont après -les noms de ceux qui furent commis tant d'une part comme -d'autre.</p> - - -<p>Le dimenche jour de Quasimodo, douziesme jour dudit -mois d'avril l'an dessus dit, le roy d'Angleterre et tout -son ost se deslogièrent des villages d'entour Paris au matin -et en vindrent pluseurs batailles assez près de Saint-Marcel, -en faisant semblant que il attendissent que l'en issist de -Paris pour les combattre : mais rien n'en fu fait, jasoit ce -que en Paris eust grant foison de gens d'armes nobles et -autres avec ceux de ladite ville. Mais les portes et les murs -furent bien garnis de gens d'armes et de ceux de ladite ville -de la partie d'oultre Petit pont ; et n'estoit pas la ville effréée. -Et quant lesdis Anglois orent demouré sur les champs -jusques environ heure de tierce, il s'en partirent et s'en -alèrent après leur charios et leur autres batailles qui s'en -aloient devant le chemin vers Chartres. Et boutèrent les -feux, dès le samedi précédent, en grant foison des villes -entour Paris de ce costé. Et alèrent jusques vers Bonneval -et vers Chasteaudun<a id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor">[181]</a>. Et firent assez sentir tant par l'abbé -de Cligny, légat du pape en France pour traitier de paix, -comme par autres, que il entendroient volentiers audit traictié -de paix, sé ledit régent vouloit envoyer par devers eux. -Et pour ce, par délibération du conseil, ledit régent envoya -à Chartres pluseurs de son conseil, entre lesquels estoient -messire Jehan de Dormans evesque de Beauvais et chancelier -de Normendie<a id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor">[182]</a>, messire Jehan de Meleun conte de -Tancarville, lequel estoit encore prisonnier de la bataille -de Poitiers aux Anglois, là où le roy de France avoit esté -pris ; messire Jehan le Maingre, dit Boucicaut, mareschal de -France, le seigneur de Montmorency, le seigneur de Vinay, -messire Jehan de Groslée, messire Symon de Bucy premier -président de parlement, maistre Estienne de Paris chanoine, -maistre Pierre de la Charité chantre de l'églyse -Nostre-Dame de Paris, messire Jehan d'Augerau doien -de Chartres, maistre Guillaume de Dormans et maistre Jehan -des Mares advocat en parlement, Jehan Maillart bourgois -de Paris et aucuns autres. Et partirent de Paris le lundi -après la saint Marc, vingt-septiesme jour du mois d'avril.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_181" href="#FNanchor_181"><span class="label">[181]</span></a> <i>Bonneval et Chasteaudun</i>. A douze lieues au-delà de Chartres.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_182" href="#FNanchor_182"><span class="label">[182]</span></a> <i>Normendie</i>. C'est-à-dire <i>du duc de Normendie</i>. Avant le <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle -on n'entendoit rien autre chose, par les mots <i>trésorier de France</i> ou <i>maréchal -de France</i>, que les <i>trésoriers ou les maréchaux du roi de France</i>.</p> -</div> -<p>A celuy jour furent à Chartres et trespassèrent oultre, -en alant vers ledit roy d'Angleterre. Et envoièrent par devers -luy et son conseil, pour savoir où il assembleroient -pour traictier. Auxquels de la partie de France fu fait assavoir -que il retournassent vers Chartres et que ledit roy anglois -traiteroit vers là. Et ainsi le firent les François et s'en -retournèrent vers Chartres. Et le roy d'Angleterre s'en ala -logier à une lieue près ou environ en un lieu appelé -Sours<a id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor">[183]</a>. Et prisrent place pour assembler à un lieu qui -a nom Brétigny, à une lieue de Chartres ou environ.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_183" href="#FNanchor_183"><span class="label">[183]</span></a> <i>Sours</i>. Aujourd'hui bourg considérable à deux lieues de Chartres. -Brétigny, qu'on trouve encore sur la carte de Cassini, est un hameau qui -paroît en dépendre. La plupart des manuscrits, même celui de Charles V, -portent <i>Dours</i>. J'ai préféré le n<sup>o</sup> 9652.</p> -</div> -<p>Item, le vendredi premier jour de mai, l'an dessus dit, -assemblèrent audit lieu de Brétigny les dessus dis de la -partie de France et les gens dudit roy anglois ; entre lesquels -furent le duc de Lencastre, le conte de Norentonne, -le conte de Varvich, le conte de Surfort, monseigneur -Regnault de Cobehan, messire Barthélemy de Broueys, -messire Gautier de Mauny, tous chevaliers, et pluseurs -autres jusques au nombre de vingt-deux personnes. Et toute -la sepmaine continuèrent le traictié, tant que par le plaisir -de Dieu et de la glorieuse vierge Marie, le vendredi ensuivant -huitiesme jour du mois de mai, il féirent accort de -paix par la manière qui s'en suit.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXXIII.</h3> - -<p class="section">Cy est la teneur d'une des lettres monseigneur le régent, de l'adveu -des traicteurs de paix de la partie du roy de France et -de luy.</p> - - -<p>« Charles, ainsné fils du roy de France, régent le royaume, -duc de Normendie, dauphin de Viennois, à tous ceux -qui ces lettres verront salut. Nous vous faisons savoir que -tous les débas et descors quelconques meus et demenés -entre monseigneur le roy de France et nous, d'une part, -et le roy d'Angleterre d'autre part, pour le bien de paix -est accordé le huitiesme jour de mai, l'an mil trois cent -soixante, à Brétigny, en la manière qui s'en suit :</p> - -<p>» Premièrement, que le roy d'Angleterre, avecque ce -que il tient en Guienne et en Gascoigne, aura pour luy », -(et cætera, si comme ès articles ci-dessous est contenu.) -»Toutes lesquelles choses si dessoubs escriptes et chascune -d'icelles faites et accordées et ordonnées en la présence -de révérent père en Dieu, nostre très chier et feal chancelier -Jehan, par la grace de Dieu, esleu de Beauvais ; -nos amés et féaux conseillers maistre Estienne de Paris -chanoine, Pierre de la Charité chantre de l'églyse de -Paris, Jehan d'Augerau doien de Chartres, messire Jehan -le Maingre, dit Boucicaut, mareschal de France, Charles -sire de Montmorency, Aymart de la Tour sire de Vinay, -Jehan de Grolée, Regnault de Gouillons, Pierre d'Omont, -Symon de Bucy, maistre Guillaume des Dormans, Jehan -des Mares, Jehan Maillart bourgois de Paris, maistre -Macé Guery, Nichole de Veres, nos clers, secretaires, -commis et députés de par nous sur ce, avec les commis -et députés de par le roy d'Angleterre, ci-dessous nommés, -c'est assavoir : Messire Henry duc de Lenclastre, -Guillaume conte de Norentonne, Thomas conte de Warvich, -Rauf conte de Stafort, Williame conte de Saleberys, -messire Gautier sire de Mauny, messire Regnault de Cobehan, -messire Jehan de Beauchamp, messire Guy de -Brienne<a id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor">[184]</a>, Franc de Hale, Jehan captau de Buef, Barthélemy -de Brouéis<a id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor">[185]</a>, Guillaume de Granson, Jehan Chandos, -Noel Loreng, Richard la Vache, Mile de Stapelancon<a id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor">[186]</a>, -chevaliers, monseigneur Jehan de Winewic, -chancelier dudit roy d'Angleterre ; maistre Henry de -Assliton<a id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor">[187]</a>, maistre Guillaume de Ludgeburc, maistre -Jehan Branquete, Adam Hiltenet Willame de Tupinon<a id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor">[188]</a> ; -l'an et le jour, au lieu dessus dit, à l'onneur de la -benoite Trinité, Père, Fils et saint Esprit ; de la benoite -glorieuse vierge Marie, et pour la révérence de nostre -saint père le pape Innocent VI, lequel, quant il estoit cardinal -en sa personne, et puis sa promotion, par révérens -pères en Dieu les cardinaux de Boulogne et de Pierregort, -nos cousins, et d'Urgel, qui furent de par luy envoiés -en France et en Angleterre, qui en faire ceste paix -ont adjousté et mis très grant et bonne diligence ; et de -nos bien amés frère Andrieu de la Roche abbé de Clugny, -et messire Hue de Genevre<a id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor">[189]</a> seigneur d'Auton, messages -derrenièrement envoiés par devers nous sur ce, de par -nostre dit saint père, qui ont diligemment sur ce travaillié -et traictié ; et receus les sermens desdis procureurs -et autres dessus nommés en tesmoignant chascune d'icelles -ès noms que dessus, nous acceptons, accordons, -agréons, approuvons et confermons de nostre certaine -science, et le voulons avoir en vigueur et fermeté, si et -par telle manière que sé nous les eussions traictiés, parlés, -accordés, jurés et promis en nostre propre personne. »</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_184" href="#FNanchor_184"><span class="label">[184]</span></a> <i>De Brienne</i>. Le nouveau Rymer écrit <i>Brian</i>. (T. <small>III</small>, p. 493.)</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_185" href="#FNanchor_185"><span class="label">[185]</span></a> <i>Broueys</i>. Rymer : <i>Burgoshe</i> et <i>Burgash</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_186" href="#FNanchor_186"><span class="label">[186]</span></a> <i>Stapelancon</i>. Rymer : <i>Stapelton</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_187" href="#FNanchor_187"><span class="label">[187]</span></a> <i>Assliton</i>. Rymer : <i>Ashton</i>. — <i>Ludgeburc</i> pour <i>Lougteburg</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_188" href="#FNanchor_188"><span class="label">[188]</span></a> <i>Tupinon</i>. Rymer : <i>Tyrringham</i>. — La fin de cet instrument, à -compter de là jusqu'au chapitre suivant, n'a pas été connue des éditeurs -de Rymer.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_189" href="#FNanchor_189"><span class="label">[189]</span></a> <i>Genevre</i>. La bulle d'Innocent VI, en date du 4 mars précédent, le -nomme « <span lang="la" xml:lang="la">de <i>Gebenna</i>, dominum de Hauton</span> » ; et non pas d'<i>Autun</i>, comme -le P. Daniel. (T. <small>V</small>, p. 509.)</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXXIV.</h3> - -<p class="section">Cy commence toute l'ordenance du traictié entre les deux roys -de France et d'Angleterre.</p> - - -<p>« Edouart<a id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor">[190]</a>, fils au noble roy de France et d'Angleterre, -prince de Galles, duc de Cornouaille et conte de Cestre, à -tous ceux qui ces présentes lettres verront salut. Nous -vous faisons assavoir que de tous les débas et descors -quelconques, meus et démenés entre nostre très chier et -redoubté seigneur et père, roy de France et d'Angleterre, -d'une part, et nos cousins le roy et son ainsné fils régent -le royaume de France, et pour tous ce qu'affiert d'autre -part, pour bien de paix est accordé, le huitiesme jour de -may, l'an de grace mil trois cens soixante, à Brétigny delès -Chartres, par la manière qui s'ensuit :</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_190" href="#FNanchor_190"><span class="label">[190]</span></a> <i>Edouart fils, etc.</i> Pourquoi le traité n'est-il pas fait au nom du roi -lui-même qui se trouvoit présent? Sans doute parce qu'il ne croyoit pas -de sa dignité de traiter avec le fils du roi, ou peut-être pour ne pas -donner une force trop insolente au titre de <i>roi de France et d'Angleterre</i>, -qu'il osoit bien encore y prendre.</p> -</div> -<p>» <i>Le premier article</i>. Premièrement, que le roy d'Angleterre, -avec ce qu'il tient en Gascoigne et en Guyenne, aura -pour luy et pour ses hoirs, perpétuellement à tous jours, -toutes les choses qui s'ensuivent à tenir par la manière -que le roy de France ou son fils ou aucuns de ses -antécesseurs roys de France les tindrent, c'est assavoir -ce que en souveraineté en souveraineté, ce que en -demaine en demaine ; et pour le temps et manière -cy-dessoubs desclairiés, la cité, le chastel et la conté -de Poitiers et toute la terre et le païs de Poitou, ensamble -le fief de Touars et la terre de Belleville ; la cité -et chastel de Saintes et toute la terre et le pays de Saintonge, -par deçà et par delà la Charente ; la cité et le chastel -d'Agen et la terre et le païs d'Agenois ; le chastel et la -cité et toute la conté de Pierregort et la terre et le païs de -Piereguys ; la cité et le chastel de Limoges et la terre et le -païs de Limousin ; la cité et le chastel de Caours et la terre -et le païs de Caoursin ; la cité, le chastel et la terre de -Tarbe ; la terre, le païs et la conté de Bigorre ; la conté, -la terre et le païs de Gaure ; la cité et le païs d'Angoulesme ; -la contée et la terre et tout le païs d'Angolemois ; -la cité, le païs et le chastel de Rodès ; la contrée et le païs -de Rouergue. Et sé il y a aucuns seigneurs, comme le -conte de Fois, le conte d'Armignac, le conte de Lille, le -conte de Pierregort, le visconte de Limoges ou autres -qui tiennent aucunes rentes dedens les mettes<a id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor">[191]</a> desdis -lieux, il feront hommage audit roy d'Angleterre et tous -autres services, et devoir deus à cause de leur terres et -lieux, en la manière qu'il ont fait au temps passé.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_191" href="#FNanchor_191"><span class="label">[191]</span></a> <i>Mettes</i>. Limites.</p> -</div> -<p>» <i>Le secont article</i>. Item, aura le roy d'Angleterre tout ce -que le roy de France ou aucuns des roys d'Angleterre -anciennement tindrent en la ville de Monstruel-sur-la-Mer -et les appartenances.</p> - -<p>» <i>Le tiers article</i>. Item, aura le roy d'Angleterre toute la -conté de Pontieu entièrement, sauf et excepté que sé -aucunes choses ont esté aliénées, par les roys d'Angleterre -qui ont esté pour le temps, de ladite conté et appartenances -et à autres personnes que roys de France, le roy de -France ne sera pas tenu de les rendre au roy d'Angleterre. -Et sé lesdites aliénations ont esté faites aux roys de France -qui ont esté pour le temps, sans autre moyen<a id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor">[192]</a>, et le roy -de France les tiengne à présent en sa main, il les laissera -au roy d'Angleterre entérinement, excepté que sé les roys -de France les ont eus par eschange pour autres terres, le roy -d'Angleterre délivrera au roy de France ce que l'en en a eu -par eschange, ou il luy laissera les choses ainsi aliénées. -Mais sé les roys d'Angleterre qui ont esté pour le temps -en avoient aliéné ou transporté aucunes choses en autres -personnes que ès roys de France, et depuis soient venus -ès mains au roy de France, ou aussi par partage<a id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor">[193]</a>, le -roy de France ne sera pas tenu de les rendre. Aussi, sé les -choses dessus dites doivent hommage, le roy de France -les baillera à autres qui en feront hommage au roy d'Angleterre ; -et sé il ne doivent hommage, le roy de France -baillera un tenant qui luy en fera le devoir, dedens un -an prochain après ce qu'il sera parti de Calais.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_192" href="#FNanchor_192"><span class="label">[192]</span></a> <i>Sans autre moyen</i>. Sans intermédiaire.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_193" href="#FNanchor_193"><span class="label">[193]</span></a> <i>Partage</i>. Le msc. de Charles V porte : <i>Portage</i>.</p> -</div> -<p>» <i>Le quatriesme article</i>. Item, le roy d'Angleterre aura la -ville et le chastel de Calais, le chastel, la ville et seigneurie -de Merq, les villes, chastiaux et seigneurie de -Sangate, Couloigne, Hammes, Wales et Oye, avec les -terres, bois, marois, rivières, rentes, seigneuries, avoisons<a id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor">[194]</a> -d'églyse, et toutes autres appartenances et lieux -entregisans dedens les mettes et bonnes qui s'ensuivent ; -c'est assavoir de Calais jusques au fil de la rivière, par devant -Gravelines, et aussi par le fil de meisme la rivière -tout entour l'engle. Et aussi par la rivière qui va par delà -Poil ; et aussi par meisme la rivière qui chiet au grant -lac de Guynes jusques au Fretin, et d'ilec par delà valée -en tour la montaigne de <a id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor">[195]</a>, en encloant -meisme la montaigne ; et aussi jusques à la mer, avec -Sangate et toutes ses appartenances.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_194" href="#FNanchor_194"><span class="label">[194]</span></a> <i>Avoisons</i>. Et non pas <i>maisons</i>, comme portent la plupart des manuscrits -et les imprimés. C'étoit le droit au titre d'<i>avoué</i> d'une église, -attaché à certains fiefs.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_195" href="#FNanchor_195"><span class="label">[195]</span></a> Le nom de la montagne n'a pas été rempli dans le manuscrit de -Charles V. Le nouveau Rymer porte : <i>Calbully</i>.</p> -</div> -<p>» <i>Le cinquiesme article</i>. Item, le roy d'Angleterre aura le -chastel, la ville et tout enterinement la conté de Guynes, -avec toutes les terres, villes, chastiaux, forteresces, -lieux, hommages, seigneuries, bois, forès, droitures d'icelles, -aussi enterinement comme le conte de Guynes -derrenier mort la tint au temps de sa mort. Et obéiront les -églyses et les bonnes gens estans dedens les limitacions -de ladite conté de Guynes, de Calais et de Merq et des -autres lieux dessusdis au roy d'Angleterre, ainsi comme -il obéissoient au roy de France et au conte de Guynes -qui fu pour le temps. Toutes lesquelles choses de Merq -et de Calais, contenues en ce présent article et en l'article -prochain précédent, le roy d'Angleterre tenra en -demaine, excepté les héritages des églyses, qui demourront -auxdites églyses enterinement, quelque part -qu'il soient assis ; et aussi excepté les héritages des autres -gens du pays de Merq et de Calais, assis hors de la ville -de Calais, jusques à la valeur de cent livres de terre par -an de la monnoie courante au pays et au dessoubs. Lesquiex -héritages leur demourront jusques à la valeur dessusdite -et au-dessoubs. Mais les habitacions et héritages -assis en ladite ville de Calais, avec leur appartenances -demourront en demaine au roy d'Angleterre, pour en -ordener à sa volenté ; et aussi demourront aux habitans -en la conté, ville et terre de Guynes tous leur demaines -entièrement ; et y revenront pleinement, sauf ce qui est -dit des confrontations, mettes et bonnes, en l'article prochain -précédent.</p> - -<p>» <i>Le sixiesme article</i>. Item, est accordé que le roy d'Angleterre -et ses hoirs auront et tendront toutes les isles et -pays dessus nommés ensemble, avecques les autres villes, -lesquelles le roy d'Angleterre tient à présent.</p> - -<p>» <i>Le septiesme article</i>. Item, acordé que ledit roy de -France et son ainsné fils le régent, pour eux et pour tous -leur hoirs et successeurs, au plus tost que l'en pourra, sans -fraude et sans mal engin, et au plus tart dedens la Saint-Michiel -venant en un an, rendront, bailleront et délivreront -audit roy d'Angleterre et à tous ses hoirs et -successeurs, et transporteront en eux toutes les honneurs, -hommages, obédiances, ligéances, vassaulx, fiés, services, -recognoissances, droitures mer et mixtes<a id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor">[196]</a>, impère, et -toutes manières de jurisdicions haultes et basses, ressors -et sauvegardes, avoisons et patronages d'églyse, et toutes -manières de seigneuries et souverainetés, et tout le droit -qu'il avoient ou povoient avoir, appartenoient, appartiennent -ou puent appartenir par quelconque cause ou -tiltre ou couleur de droit, à eux, aux roys et à la couronne -de France, pour cause de contés, cités, chastiaux, -villes, terres, pays et isles et lieux avant nommés, et de -toutes leur appartenances et appendances, quelque part -que il soient, et chascune d'icelles sans y rien retenir à -eux, à leurs hoirs né successeurs, aux roys né à la couronne -de France. Et aussi manderont le roy et son ainsné -fils, par leur lettres patentes à tous arcevesques, evesques -et autres prélas de sainte églyse, et aussi aux contes, -viscontes, barons, nobles, citoyens et autres quelconques -de cités, terres, pays, isles et lieux avant nommés, qu'il -obéissent au roy d'Angleterre et à ses hoirs, et à leur certain -commandement, en la manière qu'il ont obéy aux -roys et à la couronne de France ; et par meismes les -lettres leur quitteront et absouldront, au mieux qu'il -se pourra faire, de tous hommages, fois, seremens, obligacions, -subjecions et promesses fais par aucuns d'eux -aux roys et à la couronne de France en quelconques manières.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_196" href="#FNanchor_196"><span class="label">[196]</span></a> <i>Mer et mixtes</i>. Pures et mélangées.</p> -</div> -<p>» <i>Le huitiesme article</i><a id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor">[197]</a>. Item, accordé est que ledit roy -d'Angleterre aura les contés, cités, chastiaux, terres et -isles et lieux avant nommés avecques toutes leur appartenances -et appendances quelque part que il soient, à tenir -à luy et à ses hoirs, héréditablement et perpétuelment, -en demaine ce que les roys de France y tenoient en -demaine, et aussi en fiés, service, souveraineté ou ressort, -ce que les roys de France y avoient par telle manière ; -sauf tant comme dit est par dessus, en l'article de Calais -et Merq. Et sé des cités, chastiaux, contés, terres, pays, -isles et lieux avant nommés, souverainetés, droit mer -et mixte, impere, jurisdicions et prouffis quelconques -que tenoient aucuns roys d'Angleterre illec, et en leur -appartenances et appendances quelconques, aucunes -aliénacions, donacions, obligacions, ou charges ont esté -faites par aucuns des roys de France qui ont esté depuis -quarante ans en çà, par quelque cause ou fortune que -ce soit, toutes teles donations, aliénacions, obligacions et -charges, sont et seront, dès ores, du tout rappellées, -quassées et annullées, et toutes choses ainsi données, alliénées -ou chargiées, seront réalment et de fait rendues -et bailliées audit roy d'Angleterre et à ses députés, -espécialement en meisme entiereté comme il furent -au roy d'Angleterre depuis soixante-dix ans en çà, au -plus tost que l'en pourra sans mal engin, et au plus tart dedens -la saint Michiel prochaine venant en un an ; à tenir -au roy d'Angleterre, à tous ses hoirs et successeurs, perpétuellement -par la manière que dessus est dit, excepté -ce que dit est, par dessus, en l'article de Pontieu qui -demourra en sa force ; et sauf et excepté toutes les choses -données et aliénées aux églyses, qui leur demourront paisiblement -en tous les païs et lieux ci-dessus et dessoubs -nommés ; si que les personnes desdites églyses prient -diligemment pour lesdis roys comme pour leur fondeurs, -sans quoi leur conscience seront chargiées.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_197" href="#FNanchor_197"><span class="label">[197]</span></a> Les éditions précédentes et plusieurs manuscrits ont omis de publier -ou transcrire les articles 8, 9, 10, 11 et 12.</p> -</div> -<p><i>Le neuviesme article</i>. » Item, est accordé que le roy d'Angleterre, -toutes les contés, cités, chastiaux et païs -dessus nommés qui anciennement n'ont esté des roys -d'Angleterre aura et tendra en l'estat et ainsi comme le -roy de France ou son fils les tiennent à présent.</p> - -<p><i>Le dixiesme article</i>. » Item, accordé est que sé, dedens -les mettes desdis païs qui furent anciennement des roys -d'Angleterre, avoit aucunes choses qui autreffois n'eussent -esté des roys d'Angleterre, dont le roy de France estoit en -possession le jour de la bataille de Poitiers, qui fut le -dix-neuviesme jour de septembre l'an mil trois cent cinquante-six, -elles seront et demourront au roy d'Angleterre -et à ses hoirs, par la manière que dessus est dit.</p> - -<p><i>Le onziesme article</i>. » Item, accordé est par le roy de -France et son ainsné fils le régent, pour eux et pour -leur hoirs et pour tous les roys de France et leur successeurs -et à tousjours, que au plus tost qu'il se pourra faire -sans mal engin, et au plus tart dedens la saint Michiel -venant en un an, rendront et bailleront au roy d'Angleterre -tous les honneurs, régalités, obédiences, homaiges, -ligeances, vassaux, fiés, services, recognoissances, seremens, -droitures, mer et mixte, impere, et toutes autres -manières de juridicions haultes et basses, ressors, sauvegardes, -seigneuries et souverainetés qui appartenoient, -appartiennent ou povent en aucune manière appartenir -aux roys et à la couronne de France, ou à aucune autre -personne à cause du roy et de la coronne de France, en -quelque temps, ès cités, contées, chastiaux, terres, païs, -isles et lieux dessus nommés, ou en aucun d'iceux et -en leur appartenances quelconques, ou ès personnes, vassaux, -subgiés quelconques d'iceux, soient princes, dus, -contes, vicontes, arcevesques, evesques et autres prélas -d'églyse, barons, nobles et autres quelconques, sans rien -à eux, leur hoirs et successeurs, ou à la coronne de -France ou autres que soit, retenir ou réserver en iceux ; -par quoy né leur hoirs ou autres roys de France, ou -autre que ce soit, à cause du roy ou de la coronne de -France, aucune chose y pourroit chalengier<a id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor">[198]</a> ou demander -au temps avenir sur le roy d'Angleterre ou -successeurs, ou sur aucun des vassaux et subgiés avant -dis, pour cause des païs et lieux avant nommés, ainsi que -tous les avant nommés personnes et leur hoirs et successeurs -perpétuelment seront hommes liges et subgiés du -roy d'Angleterre et à tous ses hoirs et ses successeurs ; et -que ledit roy d'Angleterre et ses hoirs et successeurs, toutes -les personnes, contées, terres, païs, isles, chastiaux et -lieux avant nommés, et toutes leur appartenances et appendences -tendront, auront et à eux demourront plainement, -franchement et perpétuelment en leur franchises, souverainetés -et seigneuries et obéissances, ligeances et subjections, -comme les roys de France avoient et tenoient en -aucun temps passé ; et que le roy d'Angleterre, ses hoirs -et successeurs auront et tendront perpétuelment tout le -païs avant nommé, avec leur appartenances, appendances -et les autres choses avant nommées en toutes franchises et -libertés perpétuelles, comme seigneur souverain et liège -et comme voisin au roy et au royaume de France ; sans y -recognoistre souverain ou faire aucune obédiance, hommage, -ressort, subjecion ; et sans faire en aucun temps -avenir aucuns services ou recognoissances aux roys né à la -couronne de France des cités, contées, chastiaux, terres, -païs, isles, lieux et personnes avant nommés ou pour -aucunes d'icelles.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_198" href="#FNanchor_198"><span class="label">[198]</span></a> <i>Chalengier</i>. Réclamer.</p> -</div> -<p><i>Roubriche</i>. Cet article douziesme qui s'en suit et le précédent -article furent ostés du traictié qui fut corrigié depuis -à Calais, quant les deux roys y furent ; et fu fait et accordé -sur ces deux articles, ce qui est contenu en une lettre dont -la copie est escripte en ce livre ci-après au feuillet ………… -là où il est traictié des choses faites l'an mil trois -cent soixante-huit, tantost après le quatriesme jour de -juillet, après ce qui est escript des appellacions faites par le -conte d'Armignac et pluseurs autres : et là sera trouvée -transcrite ladite lettre qui se commence : Edouart, etc., -signée en marge à tel signe ✠.</p> - -<p id="article-12"><i>Le douziesme article</i>. » Item, est accordé que le roy de -France et son ainsné fils renonceront expressément auxdis -ressors et souverainetés et à tout le droit qu'il ont et povent -avoir en toutes les choses qui par ce présent traictié -doivent appartenir au roy d'Angleterre ; et semblablement -le roy d'Angleterre et son fils renonceront expressément -à toutes les choses qui, par ce présent traictié, ne doivent -être bailliées né demourer audit roy d'Angleterre, et à -toutes les demandes qu'il faisoient au roy de France, et -par espécial au nom et au droit de la couronne de France, -à l'ommage, souveraineté et demaine du duchié de Normendie -et du duchié de Touraine, des contées d'Anjou, -du Maine, et à la souveraineté et hommage du duchié de -Bretaigne, et à la souveraineté et hommage de la conté -et païs de Flandres, et à toutes autres demandes que le -roy d'Angleterre faisoit ou faire pourroit au roy de France -pour quelconque cause que ce soit ; oultre ce et excepté -qui par ce présent traictié doit demourer et estre baillié -audit roy d'Angleterre et à ses hoirs ; et transporteront, -cesseront et délaisseront, l'un roy à l'autre perpétuellement, -tout le droit que chascun d'eux avoit en toutes -les choses qui, par ce présent traictié, doivent demourer -ou estre baillées à chacun d'eux, et du temps et lieu où -et quant lesdites renonciacions se feront, parleront et -ordeneront les deux roys à Calais ensemble.</p> - -<p><i>Le treiziesme article</i>. » Item, est accordé, afin que ce présent -traictié puisse estre plus briefvement accompli, que le -roy d'Angleterre fera amener le roy de France à Calais -dedens trois sepmaines après la Nativité saint Jehan-Baptiste -prochaine venant, cessant tout juste empeschement, -aux despens du roy d'Angleterre, hors les frais de -l'ostel du roy de France.</p> - -<p><i>Le quatorziesme article</i>. » Item, est accordé que le roy de -France paiera au roy d'Angleterre trois millions d'escus -d'or, dont les deux valent un noble de la monnoie d'Angleterre : -et en seront paiés audit roy d'Angleterre ou à ses -députés six cent mil escus à Calais, dedens quatre moys, à -compter depuis que le roy de France sera venu à Calais ; -et dedens l'an dès-lors prochain ensuivant, en seront paiés -quatre cent mil escus, tels comme dessus est dit, en la -cité de Londres en Angleterre ; et dès lors, chascun an -prochain ensuivant, quatre cent mille escus tels comme -devant, en ladite cité, jusques à tant que lesdis trois -millions seront paiés.</p> - -<p><i>Le quinziesme article</i>. » Item, est accordé que par paiant -lesdis six cent mille escus à Calais, et par baillant les ostages -ci-dessous nommés et délivrés au roy d'Angleterre -dedens les quatre moys, à compter depuis que le roy de -France sera venu à Calais comme dit est, la ville et les -forteresces de la Rochelle et les chastiaux, forteresces et -villes de la conté de Guynes, avecques toutes les appartenances -et dépendances, la personne dudit roy de France -sera toute délivre de prison, et pourra partir franchement -de Calais et venir en son païs sans aucun empeschement. -Mais il ne se pourra armer né ses gens contre le roy d'Angleterre, -jusques à tant qu'il ait accompli ce qu'il est -tenu de faire par ce présent traictié. Et sont ostages, tant -prisonniers pris à la bataille de Poitiers comme autres qui -demourront pour le roy de France, ceux qui s'ensuivent, -c'est assavoir : Monseigneur Loys, conte d'Anjou ; monseigneur -Jehan, conte de Poitiers, fils du roy de France ; -le duc d'Orléans, frère dudit roy. Et de quarante compris -audit nombre, seize des prisonniers qui furent pris à -Poitiers, en la compaignie du roy de France, et le duc -de Bourbon, le conte de Blois ou son frère le conte -d'Alençon, ou monseigneur Pierre d'Alençon son frère, -le conte de Saint-Pol, le conte de Harecourt, le conte -de Porcien, le conte de Valentinois, le conte de Braine, -le conte de Vaudemont, le conte de Forès, le viconte de -Biaumont, le sire de Coucy, le conte de Fiennes<a id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor">[199]</a>, le -sire de Préaux, le sire de Saint-Venant, le sire de Garenchières, -le dauphin d'Auvergne, le sire de Hangest, le -sire de Montmorency, monseigneur Guillaume de Craon, -messire Loys de Harecourt, monseigneur Jehan de Ligny.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_199" href="#FNanchor_199"><span class="label">[199]</span></a> <i>Le conte de Fiennes</i>. Variantes : <i>Le sire de Fieules</i>. (Msc. 8395.) — Rymer : -<i>Fienles</i>.</p> -</div> -<p>» Et les noms des prisonniers sont tels : Monseigneur -Phelippe de France, le conte d'Eu, le conte de Longueville, -le conte de Pontieu, le conte de Tancarville, le -conte de Joigny, le conte de Sancerre, le conte de Dampmartin, -le conte de Vantadour, le conte de Salebruche, le -conte d'Aucerre, le conte de Vandosme, le sire de Craon, -le sire de Derval, le mareschal d'Odeneham, le sire d'Aubigny.</p> - -<p><i>Le seiziesme article</i>. » Item, est ordené que les dessus -dis seize prisons qui venront demourer en ostage pour -le roy de France, comme dit est, seront parmi ce délivrés -de leur prison sans paier aucune raençon, pour le temps -passé, s'il n'ont esté à accort de certaine raençon par -convenances faites par avant le tiers jour de may darrenier -passé. Et sé aucun d'eux est hors d'Angleterre et -ne se rend à Calais en ostage dedens le premier moys -après lesdites quatre sepmaines de la saint Jehan, cessant -juste empeschement, il ne sera pas quitte de sa prison, -mais sera contraint par le roy de France à retourner -en Angleterre comme prisonnier ou paier la paine par -luy promise, et encorue, par deffaut de son retour.</p> - -<p><i>Le dix-septiesme article</i>. » Item, est accordé que, en lieu -desdis ostages qui ne vendront à Calais ou qui mourront -ou se despartiront sans congié hors du povoir du roy d'Angleterre, -le roy de France sera tenu d'en baillier d'autres -de semblable estat au plus près que il pourra estre -fait dedens quatre moys prochains, après ce que le -baillif d'Amiens ou le prévost de Saint-Omer en sera sur -ce, par lettres du roy d'Angleterre certifiés ; et pourra le -roy de France, à son partir de Calais, amener en sa compaignie -dix des ostages tels comme les deux roys accorderont ; -et suffira que des quarante dessusdis en demeure -jusques au nombre de trente en ostage.</p> - -<p><i>Le dix-huitiesme article</i>. » Item, est accordé que le roy -de France, trois mois après ce qu'il sera parti de Calais, -rendra à Calais quatre personnes de Paris et deux personnes -de chascune des villes dont les noms suivent ; c'est -assavoir : St-Omer, Arras, Amiens, Beauvais, Lisle, -Douay, Tournay, Rains, Chaalons, Troies, Chartres, -Thoulouse, Lyons, Compiègne, Rouen, Caen, Tours, -Bourges, les plus suffisans desdites villes pour l'accomplissement -du présent traictié.</p> - -<p><i>Le dix-neuviesme article</i>. » Item, accordé est que le roy -de France sera amené d'Angleterre à Calais et demourra -à Calais par quatre moys après sa venue ; mais il ne paiera -rien pour le premier moys pour cause de sa garde. Et pour -chascun des autres moys ensuivant que il demourra à -Calais, par deffaulte de luy ou de ses gens, il paiera pour -ses gardes dix mille royaux, tels comme ils cuerent à présent -en France avant son partir de Calais, et ainsi au feur -du temps qu'il y demourra.</p> - -<p><i>Le vintiesme article</i><a id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor">[200]</a>. » Item, est accordé que au plus tost -que faire se pourra dedens l'an prochain, après ce que le -roy de France sera parti de Calais, monseigneur Jehan, -conte de Montfort, aura la conté de Montfort, avec toutes -ses appartenances, en faisant l'omaige lige au roy de -France et devoir et service en tous cas tels comme bons -et loyaux vassaux lige doit faire à son seigneur à cause de -ladite contée : ainsi luy seront rendus ses autres héritages -qui ne sont mie de la duchié de Bretaigne, en faisant homaige -ou autres devoirs que appartiendra. Et s'il veult -aucune chose demander en aucuns des héritages qui sont -de ladicte duchié hors du pays de Bretaigne, bonne et -briève raison luy sera faite par la court de France.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_200" href="#FNanchor_200"><span class="label">[200]</span></a> Les deux articles suivans n'ont pas été imprimés dans les éditions -précédentes.</p> -</div> -<p><i>Le vint-et-uniesme article</i>. » Item, sur la question du demaine -de la duchié de Bretaigne qui est entre ledit Jehan -de Montfort d'une part et monseigneur Charles de Blois -d'autre part, accordé est que les deux roys, appelés par -devant eulx ou leur députés les parties principaus de -Blois et de Montfort, par eulx et par leur députés, spécialement -s'enformeront du droit des parties et s'efforceront -de mettre les parties à accort sur tout ce qui est en -débat entre eux, au plus tost qu'il pourront. Et au cas -que lesdis roys par eulx et par leur députés ne les pourront -accorder dedens un an prochain après ce que le roy -de France sera arrivé à Calais, les amis d'une partie et -d'autre s'enformeront diligemment du droit des parties -et par la manière que dessus est. Et s'efforceront de mettre -les parties à accort au mieulx que faire se pourra au plus -tost qu'il pourront. Et s'il ne les pevent mettre à accort -dedens demy an, aoust prochaine ensuivant, il rapporteront -auxdis deux roys ou à leur députés tout ce qu'il en -auront trouvé sur le droit desdites parties et sur quoy le -débat demourra entre lesdites parties. Et les deux roys -par eulx et par leur députés, espécialement au plus tost -qu'il pourront, mettront lesdites parties à accort, ou diront -leur final avis sur le droit d'une partie et d'autre. Et ce sera -exécuté par les deux roys. Et au cas qu'il ne le pourront -faire dedens demy an de lors prochain ensuivant aoust, -les deux parties principales de Blois et de Montfort feront -ce que mieux leur semblera, et les amis d'une part et -d'autre aideront quelque part qu'il leur plaira, sans empeschement -desdis roys pour la cause dessus dite. Et sé ainsi -n'estoit que l'une partie ne voulsist comparoir souffisamment -par devers les deux roys ou leur dis députés au -temps qui luy sera establi, et aussi au cas que lesdis roys -ou leur députés auroient ordené ou déclaré que lesdites -parties fussent à accort ou qu'il auroient dit leur avis pour -le droit d'une partie ; et aucuns desdites parties ne se -vouldroient accorder à ce né obéir à ladite déclaration, -adont lesdis roys seront encontre luy de tout leur povoir, -et en ayde de l'autre qui se vouldroit accorder et obéir. -Mais en nul cas les deux roys, par leur propres personnes -né par autres, ne pourront faire né entreprendre guerre -l'un à l'autre pour la cause dessus dite. Et tousjours -demourra la souveraineté et l'hommaige de la duchié au -roy de France.</p> - -<p><i>Le vint-deuxiesme article</i>. » Item, que toutes les terres, -pays, villes, chasteaux et autres lieux bailliés auxdis roys -seront en tels libertés et franchises comme elles sont à présent, -et seront confermés par lesdis roys ou par leur successeurs, -et par chascun d'eux toutes les fois qu'il en seront -sur ce deuement requis, et sé contraires n'estoient à -ce présent accort.</p> - -<p><i>Le vint-troisiesme</i>. » Item, que ledit roy de France rendra -et fera rendre et restablir de fait à monseigneur Phelippe -de Navarre et à tous adhérens, en appert, au plus tost -que l'en pourra sans mal engin, et au plus tart dedens -un an prochain après que le roy de France sera parti de -Calais, toutes les villes, chasteaux, forteresses, seigneuries, -drois, rentes, prouffis, juridicions et lieux quelconques -que ledit monseigneur Phelippe, tant pour cause de ly -comme pour cause de sa femme ou ses dis adhérens tindrent -ou doivent tenir au royaume de France ; et ne leur -fera jamais ledit roy reproche, damaige né empeschement -pour aucune cause faite avant ses œvres, et leur -pardonra toutes offenses et mesprisons du temps passé -pour cause de la guerre, et sur ce auront ses lettres bonnes -et souffisans. Et que ledit monseigneur Phelippe et ses -devant dis adhérens retournent en son homaige et luy -facent les devoirs et luy soient bons et loyaux vassaux.</p> - -<p><i>Le vint-quatriesme</i><a id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor">[201]</a>. » Item, est accordé que le roy d'Angleterre -pourra donner, ceste fois tant seulement, à cui -il luy plaira en héritage, toutes les terres et héritages qui -furent de monseigneur Godefroy de Harecourt, à tenir du -duc de Normendie ou autres seigneurs de qui elles doivent -estre tenues par raison, parmy les hommaiges et services -anciennement accoustumés.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_201" href="#FNanchor_201"><span class="label">[201]</span></a> Cet article n'a pas été imprimé dans les éditions précédentes.</p> -</div> -<p><i>Le vint-cinquiesme</i>. » Item, il est ordené que nul homme -né pays qui ait esté en l'obéissance d'une partie, et venra -par cest accort à l'obéissance de l'autre partie, ne soit empeschié -pour chose faicte en temps passé.</p> - -<p><i>Le vint-sixiesme</i>. » Item, est accordé que les terres des -bannis de l'une partie et de l'autre, et aussi des églyses -de l'un royaume et de l'autre, et que tous ceux qui sont -deshérités ou ostés de leur terres ou héritages, ou chargiés -d'aucune pension, taille ou ordenance, ou autrement -grevés en quelque manière que ce soit pour cause de ceste -guerre, soient restitués entièrement en mesmes le droit et -possession qu'il eurent devant la guerre commenciée ; -et que toutes manières de forfaitures, trespas et mesprises -faits par eulx ou aucun d'eulx en moien temps soient du -tout pardonnés. Et que ces choses soient faites au plus -tost que l'en pourra bonnement, et au plus tart dedens -un an prochain, après que le roy sera parti de Calais. Excepté -ce qui est dit en l'article de Calais et de Merq, et des -autres lieux nommés audit article, excepté aussi le viconte -de Fronssac et monseigneur Jehan de Galart, lesquels ne -seront point compris en cest article ; mais demourront -leur biens et héritaiges en l'état qu'il estoient par avant -ce présent traictié.</p> - -<p><i>Le vint-septiesme</i><a id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor">[202]</a>. » Item, est accordé que le roy de -France délivrera au roy d'Angleterre au plus tost qu'il -pourra bonnement et devra, et au plus tart dedens la feste -saint Michiel prouchaine venant en un an après son départir -de Calais, toutes les cités, villes, pays et autres -lieux dessus nommés, qui, par ce présent traictié doivent -estre bailliés au roy d'Angleterre.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_202" href="#FNanchor_202"><span class="label">[202]</span></a> Cet article est encore passé dans les précédentes éditions.</p> -</div> -<p><i>Le vint-huitiesme</i>. » Item, est ordené qu'en baillant au -roy d'Angleterre ou autres pour luy par espécial députés, -les villes et forteresses et toute la conté de Pontieu, les -villes et forteresses et toute la conté de Montfort, la conté -et le chastel de Xaintes ; les chasteaux, villes et forteresses -et tout ce que le roy tient en demaine au pays de -Xantonge, deçà et delà la Charente, le chastel et la cité -d'Angolesme, et les chasteaux, forteresses et villes que le -roy de France tient en domaine au pays d'Angolesmois, -avecques lettres et mandemens des délaissemens des fois -et homaiges, le roy d'Angleterre, à ses propres coux et -frais, délivrera toutes les forteresses prises et occupées -par luy, par ses subgiés, adhérens et aliés, ès pays de -France, de Tourraine, d'Anjou, du Maine, de Berry, -d'Auvergne, de Bourgoigne et de Champaigne, de Picardie -et de Normendie et de toutes les autres parties et -lieux du royaume de France, excepté celles du duchié de -Bretaigne et des terres et pays qui, par cest présent -traictié, doivent appartenir et demourer au roy d'Angleterre.</p> - -<p><i>Le vint-neuviesme</i>. » Item, est accordé que le roy de -France fera baillier et délivrer au roy d'Angleterre ou -à ses hoirs ou députés, toutes les villes, chasteaux, forteresses -et autres terres, pays et lieux avant nommés, -avecques leur appartenances, aux propres coux et frais -dudit roy de France ; et aussi que s'il avoit aucuns rebelles -ou désobéissans de rendre, baillier ou restituer au -roy d'Angleterre aucunes cités, villes, chasteaux, pays, -lieux ou forteresses qui, par ce présent traictié, luy doivent -appartenir, le roy de France sera tenu de les faire -délivrer audit roy d'Angleterre à ses despens ; et semblablement -le roy d'Angleterre fera délivrer à ses despens -les forteresses qui, par ce présent traictié, doivent appartenir -au roy de France. Et seront tenus lesdis roys et leur -gens à eulx entre aidier quant à ce, sé requis en sont, -aux gaiges de la partie qui le requerra, qui seront d'un -flourin de Florence pour chevalier, et demy flourin pour -escuier, et pour les autres au fuer. Et du seurplus des -doubles gaiges, est accordé que sé lesdis gaiges sont trop -petis en regard au marchié de vivres au pays, il en sera -en l'ordenance de quatre chevaliers pour ce esleus, c'est -assavoir deux d'une partie et deux d'autre.</p> - -<p><i>Le trentiesme</i>. » Item, est accordé que tous les arcevesques -et evesques et autres prélas de sainte églyse, à cause de -leur temporalité, seront subgiés de celuy des deux roys -soubs qui il tendront leur temporalité. Et sé il ont temporalité -soubs tous les deux roys, il seront subgiés de -chacun des deux roys, pour la temporalité qu'il tendront -soubs chascun d'iceuls.</p> - -<p><i>Le trente-uniesme</i>. » Item, est accordé que bonnes aliances, -amitiés et confédérations seront faites entre les deux -roys de France et d'Angleterre et leur royaumes, en -gardant l'oneur et la conscience de l'un roy et de l'autre, -nonobstant quelconques confédérations qu'il aient deçà -et delà avec quelconques personnes, soient d'Escoce, de -Flandre ou d'autre pays quelconques.</p> - -<p><i>Le trente-deuxiesme</i>. » Item, est accordé que le roy de -France et son ainsné fils le régent, pour eulx et pour -leur hoirs de France si avant qu'il pourra estre fait, se -delairont et départiront du tout des aliances qu'il ont -avecques les Escos, et promettront si avant que faire se -pourra que jamais eulx né leur hoirs roys de France, qui -pour le temps seront, ne donront né feront au roy né au -royaume d'Escoce né aux subgiés d'iceluy présens et avenir, -confort, ayde né faveur contre ledit roy d'Angleterre, -né contre ses hoirs et successeurs, né contre ses -subgiés en quelque manière ; et qu'il ne feront autres -aliances avecques lesdis Escos en aucun temps avenir, -né contre les roys et royaume d'Angleterre. Et semblablement, -si avant que faire se pourra, le roy d'Angleterre -et son ainsné fils se délairont et départiront du tout des -aliances qu'ils ont avecques les Flamens ; et promettront -que eulx né leur hoirs, né les roys d'Angleterre qui pour -le temps seront, ne donront né feront aux Flamens présens -ou avenir, ayde, confort né faveur contre le roy de -France, ses hoirs et successeurs, né contre son royaume -né contre ses subgiés en quelque manière, et qu'il ne -feront autres aliances avec les Flamens en aucun temps -avenir contre les roys et royaume de France.</p> - -<p><i>Le trente-troisiesme</i><a id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor">[203]</a>. » Item, est accordé que les collacions -et provisions faites d'une part et d'autre des bénéfices -vacans tant comme la guerre a duré, tiengnent et -soient valables, et que les fruis, issues et revenues, recettes -et levées de quelconques bénéfices et autres choses -temporeles quelconques èsdis royaumes de France et -d'Angleterre, par une partie et par l'autre durant lesdites -guerres, soient quittes d'une partie et d'autre.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_203" href="#FNanchor_203"><span class="label">[203]</span></a> Omis dans les précédentes éditions.</p> -</div> -<p><i>Le trente-quatriesme</i>. » Item, que les roys soient tenus de -faire confermer toutes les choses dessus dites par nostre -Saint Père le Pape ; et seront baillées par seremens, sentences -et censures de court de Rome et tous autres lieux, -en la plus fort manière que faire se pourra ; et seront empetrée -dispensacion, absolutions et lettres de la court de -Rome, touchant l'accomplissement et la perfection de ce -présent traictié, et seront bailliées aux parties au plus tart -dedens trois moys après ce que le roy sera arrivé à Calais.</p> - -<p><i>Le trente-cinquiesme</i>. » Item, que tous les subgiés desdis -roys qui voudront estudier ès études et universités des -royaumes de France et d'Angleterre jouiront des privilèges -et libertés desdites études et universités tout ainsi -comme il povoient faire avant ces présentes guerres et -comme il font à présent.</p> - -<p><i>Le trente-sixiesme</i>. » Item, afin que les choses dessus dites, -traictiées et parlées soient plus fermes, estables et -valables, seront faites et données les seurtés qui s'ensuivent ; -c'est assavoir : lettres scellées des seaulx desdis -roys et desdis ainsnés fils d'iceulx, les meilleurs qu'il -pourront faire et ordener par les conseilliers desdis roys ; -et jureront lesdis roys et leur enfans ainsnés et autres -enfans, et aussi les autres des lignages desdis seigneurs -et autres grans des royaumes, jusques au nombre de vint -de chascune partie, qu'il tendront et aideront à tenir pour -tant comme à chascun d'eulx touche lesdites choses traictiées -et accordées, et acompliront sans jamais venir au -contraire et sans fraude et sans mal engin, et sans faire nul -empeschement. Et sé il y avoit aucun dudit royaume de -France ou du royaume d'Angleterre qui fussent rebelles -ou ne voulsissent accorder les choses dessus dites, lesdis -roys feront tout leur povoir de corps et de biens et d'amis -de mettre lesdis rebelles en vraie obéissance, selon la -forme et teneur dudit traictié. Et avecques ce se soubmettront -lesdis roys et leur hoirs et royaumes à la cohercion -de Nostre Saint-Père le Pape, afin qu'il puisse -contraindre par sentence, censures d'églyses et autres voies -deues celuy qui sera rebelle, selon ce qu'il sera de raison. -Et parmi les seurtés et fermetés dessus dites, renonceront -lesdis roys et leur hoirs, par foy et par sermens, à toute -guerre et à tout procès de fait. Et sé par désobéissance, -rébellion ou puissance de aucuns subgiés du royaume de -France ou autre juste cause, le roy de France ou ses -hoirs ne povoient acomplir toutes les choses dessusdites, -le roy d'Angleterre, ses hoirs ou aucuns pour eulx ne feront -ou devront faire guerre contre ledit roy de France, -ses hoirs né son royaume ; mais tous ensemble se efforceront -de mettre lesdis rebelles à vraie obéissance et de -acomplir les choses dessusdites. Et aussi sé aucuns du -royaume et obéissans du roy d'Angleterre ne vouloient -rendre les chasteaux, villes ou forteresses qu'il tiennent -au royaume de France, et obéir au traictié ci-dessus dit, -ou pour juste cause ne povoit accomplir ce qu'il doit faire -par ce présent traictié, li roys<a id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor">[204]</a> de France né ses hoirs -ou aucun pour eulx ne feront point de guerre au roy -d'Angleterre né à son royaume ; mais tous deux ensemble -feront leur povoir de recouvrer les chasteaux, villes, -forteresses dessus dites, que toute obéissance et acomplissement -soit faite ès traitié dessusdit ; et seront aussi faites -et données d'une part et d'autre, selon la nature du fait, -toutes manières de fermetés et seurtés que l'en pourra -et saura deviser tant par le pape, le collège de la court de -Rome comme autrement, pour tenir et garder perpétuelment -la paix et toutes les choses dessus accordées.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_204" href="#FNanchor_204"><span class="label">[204]</span></a> <i>Li roys</i>. Dans cette pièce importante que nous donnons ici telle -que l'offre le manuscrit de Charles V, on voit que les formes anciennes de -la langue sont fréquemment conservées : <i>Li roys</i> pour <i>le roy</i>.</p> -</div> -<p><i>Le trente-septiesme</i><a id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor">[205]</a>. » Item, est accordé que par ce -présent traictié et accort, tous autres accors, traictiés ou -prolocucions, s'aucuns en y a fais ou pourparlés au temps -passé, sont nuls et de nulle valeur et du tout mis au -néant et ne s'en pourront jamais aydier les parties né -faire aucun reprouche l'un contre l'autre pour cause d'iceulx -traictiés ou accors, sé aucuns en y avoit comme -dit est.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_205" href="#FNanchor_205"><span class="label">[205]</span></a> Omis dans les éditions imprimées, ainsi que le trente-neuvième -article.</p> -</div> -<p><i>Le trente-huitiesme</i>. » Item, quant ce présent traictié sera -approuvé, juré et confermé par les deux roys à Calais, -quant il y seront en leur personnes, et depuis que le roy -de France sera parti de Calais et sera en son pouvoir, -dedens un mois prochain ensuivant ledit département, -ledit roy de France en fera lettres confirmatoires et autres -nécessaires ouvertes, et les envoiera et délivrera à Calais -audit roy d'Angleterre ou à ses députés audit lieu. Et -aussi ledit roy d'Angleterre, en prenant lesdites lettres -confirmatoires, en baillera lettres confirmatoires pareilles -à celles dudit roy de France.</p> - -<p><i>Le trente-neuviesme</i>. » Item, est accordé que nul des roys -ne procurera né fera procurer par luy né par autres que -aucunes nouveletés ou griefs se facent par l'églyse de -Rome ou par autres de sainte églyse, quelconques il -soient, contre ce présent traictié, sur aucun desdis roys, -leur coadjuteurs, adhérens ou aliés quels que il soient, -né sur leur terres, né leur subgiés pour achoison de la -guerre ou pour autre cause, né pour services que lesdis -coadjuteurs ou aliés aient fais auxdis roys ou aucun d'iceulx ; -et sé nostre dit Saint Père ou autres le vouloient -faire, les deux roys le destourberoient selon ce qu'il pourront -sans mal engin.</p> - -<p><i>Le quarantiesme</i>. » Item, des hostaiges qui seront bailliés -au roy d'Angleterre à Calais, de la manière du temps de -leur département, les deux roys en ordeneront à Calais.</p> - -<hr /> - - -<p>» <a id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor">[206]</a>Toutes lesquelles choses dessus escriptes et chascune -d'icelles furent faites, ordenées et accordées de l'auctorité -nostre dit seigneur le roy et du nostre<a id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor">[207]</a>, par nos amés -cousins le duc de Lenclastre, Wyllaume conte de Norentonne, -Thomas de Beauchamp conte de Warwhic, Rauf -conte de Stafort, Wyllaume conte de Salebury, messire -Gautier, sire de Mauny, messire Jehan de Beauchamp, -messire Guy de Bryenne, messire Jehan de Greily, captau -de Buef, messire Jehan Chandos, messire Wyllaume de -Grenson, chevaliers, Jehan de Wynelvic, trésorier, monseigneur -Jehan de Wynelvic, chancellier nostre seigneur le -roy ; maistre Henry de Haston ; Guillaume de Lughteburgh -docteur en loys, et maistre Jehan de Branquette, chanoine -de Londres, tous présens et jurés, de tenir et faire tenir et -garder les choses dessus dites. Et aussi présens, et jurés par -messire Regnauld de Cobehan, nos procureurs et messaiges -à ce especialment commis et députés de par nous ; et -promis, jurés et accordés et ordenés de par nostre cousin -le régent, par les honorables et puissans seigneurs et messaiges -et procureurs dudit régent, Jehan par la grace de -Dieu esleu de Beauvais pair de France, maistre Estienne -de Paris chanoine, et Pierre de La Charité, chantre -de l'églyse de Paris, Jehan d'Augeraut, doyen de Chartres, -messire Jehan Le Maingre dit Bouciquaut mareschal -de France, Charles sire de Montmorency, Aimart de -La Tour sire de Vinay, Jehan de Groslée, Regnaud de -Goullons, Pierre d'Oomont, Symon de Bucy chevaliers, -maistre Guillaume de Dormans, Jehan des Mares et Jehan -Maillart, bourgois de Paris procureur, et aussi maistre -Robert Porte, evesque dit d'Avranches, messire Raoul de -Resneval, monseigneur Artaud de Beausemblant, maistre -Macé Gueri et maistre Nicole de Veyres, secrétaires nostre -dit cousin et pluseurs autres. Toutes lesquelles choses -et chascune d'elles ès noms que dessus, nous, prince de -Galles, acceptons, accordons, aggréons, approuvons et -confermons de nostre certaine science et les voulons avoir -en vigour et fermeté, si et par tele manière comme sé -nous les eussions traictiées, parlées, accordées, jurées et -promises en nostre propre personne, à l'onneur de la benoite -Trinité, le Père, le Fils et le saint Esperit, et de la -glorieuse Vierge Marie ; pour la révérence de nostre Saint-Père -le Pape Innocent VI, lequel, quant il estoit cardinal -en sa personne, et, puis la promocion, pour révérens pères -en Dieu les cardinaux de Bouloigne et de Pierregort et de -Urgel, qui furent de par luy envoiés en France et en -Angleterre, qui en faire ceste pais ont adjousté et mis -très grant et bonne diligence, et de nos bien amés frère -Andry de La Roche abbé de Clugny, et messire Hugues -de Geneuve, chevalier, seigneur d'Ausson, messaigiés -derreniers envoiés sur ce de par nostre dit Saint Père le -Pape, et ont sur ce diligemment travaillié, traictié et -receus les seremens desdis procureurs. En tesmoing desquelles -choses, à cestes nos lectres nous avons fait mettre -nostre privé séel. Donné à Louviers en Normendie, le -seiziesme jour de may, l'an de grace dessus dit.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_206" href="#FNanchor_206"><span class="label">[206]</span></a> Le reste de cette charte et les autres pièces qui la suivent ne sont -pas dans Rymer.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_207" href="#FNanchor_207"><span class="label">[207]</span></a> <i>Du nostre</i>. Il semble qu'il faudroit : <i>Et de la nostre</i>.</p> -</div> -<p>» Je Jehan Branquette, clerc du diocèse de Nosibio, notaire -publique de l'auctorité du pape et de l'empereur, pour -ce que je fus présent le huitiesme jour de may, l'an de -grace dessus dit et huitiesme du pontificat de nostre -Saint-Père le Pape Innocent VI, quant les choses avant -dites et chascune d'icelles furent parlées, traictiées et -accordées par la manière et forme que dessus est compris -entre les parties, seigneurs, procureurs et tesmoins avant -nommés, je les vy et oï ainsi faire accorder et expédier ; -par le commandement et volenté desdites parties, à ces -présentes lettres contenans lesdis traictiés et accors j'ay mis -mon signe publique, avec le signe maistre Nicoles de Veyres, -notaire, en tesmoin de toutes les choses devant dites.</p> - -<p>» Et je Nicoles de Veyres, clerc du diocèse de Sens, notaire -publique de l'auctorité du pape, pour ce que je fus -présent le huitiesme jour de may l'an de grace dessus dit, -et huitiesme du pontificat de nostre Saint-Père le Pape -Innocent VI, quant les choses avant dites et chascune -d'icelles furent parlées, traictiées et accordées par la -manière et forme que dessus est compris, entre les parties, -seigneurs et procureurs et tesmoins avant nommés ; -je le vis et oï ainsi faire, accorder et expédier par le commandement -et volenté desdites parties ; à ces présentes -lettres contenant lesdis traictiés et accors je ay mis mon -signe publique, Jehan de Branquette, et Nicoles de Veyres, -notaires publiques. En tesmoin de toutes les choses -devant dites.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXXV.</h3> - -<p class="section">Une lettre coment monseigneur le régent conferma le traictié -accordé à Brétigny.</p> - - -<p>» Charles, ainsné fils du roy de France, régent le royaume, -duc de Normendie et daulphin de Viennois, à tous ceulx -qui ces présentes lettres verront, salut. Savoir faisons -que nous avons veu par escript et leu de mot à mot le -traictié de bonne paix et accort final, traictié et fait pour -mon seigneur et pour nous et le royaume de France, pour -nos adhérens, aliés, amis et aidans, par nos amés et feaulx -conseilliers de monseigneur et les nostres, et messaiges et -procureurs espécialment de nostre partie establis et aians -à ce faire plain pouvoir et mandement spécial de nous. -C'est assavoir : Monseigneur Jehan esleu de Beauvais, -pair de France, nostre chancellier ; maistre Estienne de -Paris chanoine ; Pierre de La Charité, chantre de l'églyse -de Paris ; et Jehan d'Augeraut doyen de Chartres ; monseigneur -Jehan Le Maingre dit Bouciquaut, mareschal de -France ; monseigneur Charles, sire de Montmorency ; -monseigneur Aymart de La Tour, sire de Vinay ; monseigneur -Jehan de Groslée ; monseigneur Regnaut de -Goullons ; monseigneur Symon de Bucy et monseigneur -Pierre d'Oomont, chevaliers ; maistre Guillaume de Dormans ; -Jehan des Mares et Jehan Maillart, bourgois de -Paris d'une part, et certains autres procureurs et messaiges -de nostre cousin le prince de Galles, fils ainsné du -roy d'Angleterre nostre cousin, ayant à ce povoir et mandement -espécial de par luy et autres gens et traicteurs -pour lesdis roy d'Angleterre et prince de Galles, pour leur -adhérens, aliés, aidans et amis d'autre part : lequel traictié -et accort nous avons eu et avons ferme et agréable, et -avons juré sur sains évangiles touchiés de nostre main, -devant le saint corps de Nostre-Seigneur Jhésus-Crist sacré, -l'autre main dréciée envers luy, ledit accort tenir et -garder de nostre partie, et faire tenir et garder à nostre -povoir sans mal engin à tousjours. En tesmoin de laquelle -chose nous avons fait mettre à ces présentes lettres nostre -seel de secret, en l'absence du grant. Donné à Paris le -dixiesme jour de may mil trois cent soixante.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXXVI.</h3> - -<p class="section">Une autre lettre du prince de Galles confermant semblablement -le traictié dessusdit.</p> - - -<p>» Edouard, fils ainsné à noble roy de France et d'Angleterre, -prince de Galles, duc de Cournouaille et conte -de Cestre, à tous ceulx qui ces présentes lettres verront, -salut. Savoir faisons que nous avons veu par escript le -traictié de bonne paix et accort final traictié et fait pour -nostre très redoubté seigneur et père le roy et nous, et -pour les subgiés, amis, aliés, aidans et adhérens de nostre -dit seigneur et les nostres, par les traicteurs à ce députés -de par nostre dit seigneur et de par nous ; et ayant à ce -faire plain povoir d'une part ; et nostre cousin le régent -le royaume de France, pour luy et pour son père et pour -leur subgiés, aliés, amis, aidans et adhérens, par leur -traicteurs, procureurs et messagiés, ayant à ce faire souffisant -povoir d'autre part ; lequel traictié et accort nous -avons ferme et agréable ; et avons juré sur sains évangiles -touchiés de nostre main, devant le saint corps de Nostre-Seigneur -Jhésus-Crist sacré, l'autre main destre envers -luy, ledit accort tenir et garder à nostre povoir, sans mal -engin à tousjours. En tesmoin de laquelle chose nous -avons fait mettre nostre privé séel à ces présentes lettres. -Donné à Louviers, en Normendie, le seiziesme jour de -may de l'an de grace mil trois cent soixante.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXXVII.</h3> - -<p class="section">Les lettres de monseigneur le régent contenant l'ordonnance des -trièves.</p> - - -<p>» Charles, ainsné fils du roy de France, régent le -royaume, duc de Normendie et daulphin de Viennois ; -à tous ceux qui ces lettres verront salut. Savoir faisons -que comme entre nos amés et feaulx, l'esleu de Beauvais -nostre chancelier ; messire Charles, sire de Montmorency ; -messire Jehan Le Maingre dit Bouciquaut, mareschal de -France ; messire Aymart de la Tour, sire de Vinay ; -messire Raoul de Resneval, messire Symon de Bucy, chevaliers ; -maistre Estienne Paris<a id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor">[208]</a> et Pierre de la Charité, -nos conseilliers, et avecques pluseurs autres chevaliers, -clers et saiges de nostre conseil, nos procureurs et messaiges -espéciaux à ce faire de par nous, pour monseigneur -et pour nous espécialment establis ; et ayant povoir de -par nous, de faire traictier, accorder, promettre et jurer -en l'ame de nous et pour monseigneur et pour nous, -bonne paix et accort et bonne trièves et loyaux d'une part ; -et monseigneur Regnault de Cobehan, monseigneur Barthelemy -de Brouéiz ; monseigneur Franc de Hale, Banerés ; -Mile de Stapelenton ; monseigneur Richart la Vache -et Noel Loreng, chevaliers, procureurs et messaiges espéciaux -de monseigneur Edouart, fils ainsné du roy d'Angleterre, -espécialment à ce establis et ayans semblable -povoir, et avec eux pluseurs autres chevaliers, clers et -saiges du conseil du roy d'Angleterre d'autre part. Sur tous -les descors et articles pour lesquels estoient guerres qui -longuement ont duré entre les deux roys, leur royaumes -dessus dis et nous ; les aliés, aydans et amis d'une part et -d'autre, ait esté traictié bonne paix et accort final à toujours -durans au plaisir de Dieu, contenant pluseurs articles, -lesquels ne povent estre acomplis en brief temps ; -et pour ce convient que cependant bonnes trièves et loyaux -soient prises, accordées, tenues et gardées d'une part et -d'autre, tant de leur royaumes que dehors leur royaumes. -Et nous pour honneur et révérence de nostre saint Père -le Pape, qui pour ce a envoié devers nous ses espéciaux -messaigiés ; c'est assavoir l'abbé de Clugny, messire Hugue -de Genevre et le maistre de l'ordre des frères Prescheurs, -qui sur ce nous ont requis à grant instance, au nom -de monseigneur et de nous pour luy et pour nous, ses -subgiés, aliés, amis et aydans, et pour les nostres ; avons -accordé et octroyé, accordons et octroyons audit roy d'Angleterre, -à ses subgiés, aliés, aydans et amis, bonne trièves -et loyaux, du date de ces lettres jusques au jour de la -Saint-Michiel prochain venant, et d'iceluy jour jusques à -la Saint-Michiel qui sera l'an mil trois cent soixante un, -et tout le jour de ladite feste jusques au soleil couchié ; -et accordons, voulons et octroyons, ès noms de monseigneur -et de et pour tous les dessus dis de notre partie -que lesdites trièves soient tenues et gardées ; et les promettons -en bonne foy, sans fraude et sans mal engin, ès noms -devant dis, tenir et faire tenir fermement par tout le -pouvoir de monseigneur et le nostre, parmy lesquelles -tous les subgiés d'une part et d'autre, de l'un royaume et -de l'autre pourront franchement sans contredit aler et -venir paisiblement de l'un royaume à l'autre, et marchans -marchander et faire tous contras de bonne foy, sans -blasme et sans reprouche, tout en la manière que l'en -povoit et souloit faire en temps de bonne et ferme paix, -et que sé oncques guerres n'eussent esté entre lesdis roys, -nous et les royaumes. Et ne pourront ou devront lesdis -roys ou leur subgiés, aliés ou aydans durant lesdites trièves, -prendre ou embler, escheler, ou autrement occuper -ou empescher en quelque manière aucune ville, chastel, -forteresse ou autre lieu ; mais cesseront toutes roberies, -pilleries, prises de personnes, arsures, ravissemens, -prises, marques et autres prises, et tous autres maléfices -par terre et par mer. Et sé aucune chose estoit faite ou -actemptée de la partie de monseigneur ou la nostre ou -d'aucun ou par aucun du povoir monseigneur et du nostre -contre ce que dessus est dit ou contre lesdites trièves, -monseigneur et nous le ferons réparer et mettre au premier -et deu estat sans délay, si tost que nous ou nos députés -en seront requis, et ferons rendre et restablir ce qui -seroit robé, pris, ravi ou pillié, ou l'estimacion d'icelles -choses sé elles n'estoient transmuées ; et pour aucun des -fais ou actemptas dessus dis, sé aucuns y a, venoient ou -fais estoient, ne seroient ou pourroient estre dites enfraintes -ou brisiées lesdites trièves, né guerre pour ce estre -suscitée ; mais seront réparés et mis au premier et deu -estat, comme dessus est dit, et les malfaiteurs en seront -pugnis deuement. Mais ceux qui seroient ignorans desdites -trièves et auroient juste cause de ladite ignorance, -ne seroient pas pugnis sé ils faisoient ou avoient fait contre -lesdites trièves. Lesquelles trièves tenir et garder et faire -loyalment tenir et garder, et les actemptas, comme dit -est, réparer et mettre au premier et deu estat, nous -avons fait promettre et jurer en l'ame de nous par nos dis -procureurs et messaigiés traicteurs de ladite paix à ce faire -espécialment establis ; et pour plus diligemment les faire -tenir et garder comme dit est, et pour faire droiture de -prisons et de toutes complaintes qui pevent ou pourroient -avenir au temps des trièves et pour les actemptas réparer, -nous avons député et commis, députons et commettons -conservateurs desdites trièves ledit monseigneur Jehan Le -Maingre mareschal de France ; messire Gauthier de Lor ; -messire Raoul de Resneval ; messires Saquet de Blaru, -Regnault de Goullons et monseigneur Gauthier d'Angles, -tous chevaliers et chascun d'eux, auxquels nous, de -par monseigneur et de par nous, mandons et commettons -par ces présentes lettres que diligemment et loyalment -tiengnent et gardent, et fassent tenir et garder fermement -lesdites trièves par le temps dessus dit et fassent droitures -tant de prisons non gardans leur convenances, que en -autre cas appartenant à faire en temps de trièves aux -conservateurs d'icelles. Et n'est mie notre entente que sé -les gens de l'ost dudit roy d'Angleterre prennent vitailles, -aumailles<a id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor">[209]</a>, bestes, vin, char ou autres choses pour la -nécessité de leur vivre ou de leur chevaux en s'en alant -hors du royaume de France en Angleterre de ci à un mois, -que ils en soient ou aucuns d'eux repris ou approuchiés, -mais que il ne fassent autre prise, arsure, occupacion de -forteresses, ravissemens de femmes ou autres maléfices -que prendre pour leur vivre durant ledit mois tant seulement.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_208" href="#FNanchor_208"><span class="label">[208]</span></a> <i>Paris</i>. Variante : <i>De Paris</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_209" href="#FNanchor_209"><span class="label">[209]</span></a> <i>Aumailles</i>. Troupeaux.</p> -</div> -<p>» Item, pour ce que aucunes garnisons des gens du roy -d'Angleterre demourroient par aucun temps en aucunes -forteresses ou chasteaux en France ou ailleurs au royaume -de France, nous voulons et accordons que il puissent -lever telles raençons, et en telle manière comme eux les -ont levées et tenues avant ces euvres pour leur vivre et -pour la garde des dis chasteaux et forteresses sans icelles -croistre, tant comme il demourront ès lieux dessus dis, -et que il puissent franchement achater et emporter vitailles -et les aient à fuer et à raison ainsi comme les -autres gens des lieux et des païs environ les achèteront, -sans fraude et sans malice, mes qu'ils ne preignent né -pillent n'emblent forteresses ou fassent autres maléfices. -Sur toutes lesquelles choses et leur dépendences et appartenances, -nous voulons et mandons que tous les justiciers, -subgiés et féaulx de monseigneur et de nous, et -requérons tous autres que il obéissent, et entendent auxdis -conservateurs, baillis, capitaines et autres dessus dis -et à leur députés et à chacun d'eux. En tesmoing de -laquelle chose, nous avons fait mettre nostre seel à ces -présentes. Donné à Chartres, le septiesme jour de may, -l'an de grace mil trois cens soixante<a id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor">[210]</a>. »</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_210" href="#FNanchor_210"><span class="label">[210]</span></a> Cette lettre et les deux suivantes auroient été plus régulièrement -placées avant le traité de Brétigny, dont elles devoient préparer la conclusion.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXXVIII.</h3> - -<p class="section">Du mandement que monseigneur le régent fist, pour faire -crier et publier les trèves.</p> - - -<p>« Charles, ainsné fils du roy de France régent le royaume, -duc de Normendie et daulphin de Viennois ; à tous justiciers, -capitaines et à tous les subgiés féaulx et obéissans -de monseigneur et de nous qui ces lettres verront salut. -Savoir faisons que entre monseigneur et nous pour -nous et pour nos subgiés, adhérens et aliés, aydans et -amis d'une part : et nostre cousin le roy d'Angleterre et -les siens d'autre part ; sont prises et accordées bonnes -trièves et loyaux, jusques à la Saint-Michiel prochaine -venant, et d'iceluy jour jusques à un an ensuivant, qui -sera le jour de la Saint-Michiel, l'an mil trois cens soixante -et un pour l'accomplissement et exécucion de bonne paix -final et perpétuel, entre monseigneur et nous et nostre dit -cousin, les subgiés, adhérens, aliés, aydans et amis dessus -dis. Pour quoy nous vous mandons et commandons -estroitement et à chascun de vous que lesdites trièves fassiez -crier et publier partout, et icelles tenir et garder fermement, -comme en temps de bonne paix, sans rien faire -ou souffrir estre fait au contraire. Donné à Bretigny-lès-Chartres, -le septiesme jour de may l'an de grace mil -trois cens soixante. »</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXXIX.</h3> - -<p class="section">Et s'ensuit la teneur des lettres que le prince de Galles donna -en la ville de Tours, contenans la forme des trèves dessus -dites.</p> - - -<p>« Edouard, ainsné fils au noble roy de France et d'Angleterre, -prince de Galles, duc de Cornouaille et conte de -Cestre, à tous ceux qui ces lettres verront salut. Savoir -faisons que comme entre nos amés conseilliers, monseigneur -Regnault de Cobehan, Berthelemy de Broueys et -Franc de Hale, banerés ; Mile de Stapelenton, Richart -la Vache et Noel Loreng, chevaliers, nos procureurs et -messaigiers espéciaulx establis à ce et ayans povoir de -faire traictier, accorder, promettre et jurer en nostre ame -et en l'ame de nostre très-redoubté seigneur et père le -roy, et pour luy et pour nous, bonne paix et accort et -bonnes trièves et loyaux d'une part : et les honorables -hommes l'esleu de Beauvais ; Charles, sire de Montmorency ; -monseigneur Jehan le Maingre, dit Bouciquaut, -mareschal de France ; monseigneur Aymart de La Tour, -sire de Vinay ; monseigneur Raoul de Resneval ; monseigneur -Symon de Bucy, chevaliers ; maistres Estienne -de Paris et Pierre de la Charité, messaiges et conseilliers -de nostre cousin le régent le royaume de France, espécialment -députés à ce faire pour luy et pour nostre cousin -le roy, son père, et ayans semblable povoir ; et avecques -eux pluseurs autres chevaliers, clers et saiges du conseil -de nostre dit cousin le régent d'autre part, sur tous les -descors et articles pour lesquels estoient guerres qui lonc-temps -ont duré entre les deux roys, les royaumes dessus -dis et nous, les aliés et aydans et amis, d'une part et -d'autre ait esté traictié de bonne paix et accort final à -toujours durer au plaisir de Dieu, contenans pluseurs -articles lesquels ne pevent mie estre acomplis en brief -temps ; et pour ce convient que cependant bonnes trièves -et loyaux soient prises, accordées, tenues et gardées -d'une part et d'autre, tant dedens les royaumes que dehors -les royaumes : nous pour honneur et révérence du -Saint-Père le Pape, qui pour ce a envoié devers nous ses -espéciaulx messaiges ; c'est à savoir, l'abbé de Clugny ; -monseigneur Hugues de Genevre et le maistre de l'ordre -des Frères-Prescheurs, qui, sur ce, nous ont requis à -grant instance ; au nom de monseigneur et de nous, pour -luy et pour nous, et pour ses subgiés, aliés, aydans et amis, -et pour les nostres, avons accordé et encore accordons et -octroyons à nostre cousin de France et à ses subgiés, aliés, -aydans et amis, bonnes trièves et loyaux, de la date de -ces lettres jusques au jour de la Saint-Michiel prochaine -venant ; et d'iceluy jour jusques à la Saint-Michiel qui -sera l'an mil trois cens soixante-un, et tout le jour de -ladite feste, jusques à soleil couchié. Et accordons, voulons -et octroyons, ès noms de monseigneur et de nous, -pour et ès noms devant dis tenir et faire tenir fermement, -par tout le pouvoir de monseigneur et le nostre, parmy -lesquelles tous les subgiés d'une part et d'autre et de -l'un royaume et de l'autre pourront franchement et sans -contredit aler et venir paisiblement de l'un royaume et -de l'autre, et marchans marchander et faire tous contracts -de bonne foy sans blasme et sans reproche, tout en -la manière que l'en povoit et souloit faire en temps de -bonne et ferme paix, et que sé oncques guerre n'eust esté -entre lesdis roys, nous et les royaumes. Et ne pourront -né devront les dis roys ou leurs subgiés, aliés ou aydans -durans lesdites trièves prendre ou embler, escheler ou autrement -occuper ou empeschier en quelque manière -aucune ville, chastel, forteresse ou autre lieu ; mais cesseront -toutes roberies, pilleries, prises de prisons, arsures, -ravissemens, prises et représailles, marques et contreprises -et tous autres maléfices par terre et par mer ; et -sé aucune chose estoit fait ou actempté de la partie de -monseigneur ou de la nostre, ou d'aucun ou par aucun du -povoir de monseigneur ou du nostre contre ce que dessus -est dit ou contre lesdites trièves, monseigneur et nous le -ferons réparer et mettre au premier et deu estat sans -delay, si tost comme nous ou nos députés en seront requis ; -et ferons rendre et restablir ce qui sera robé, pris, ravi -ou pillié, ou l'estimation d'icelles choses sé elles n'estoient -trouvées ; et sé aucun des fais ou actemptas dessus dis -y avenoient ou fait estoient, ne seroient ou pourroient -estre dites enfraintes ou brisées lesdites trièves, né guerre -pour ce estre suscitée ; mais seront réparés et mis au premier -et deu estat, comme dessus est dit ; et les malfaiteurs -en seront pugnis sé ils faisoient ou auroient fait aucune -chose contre lesdites trièves. Lesquelles trièves tenir -et garder et faire loyalment tenir et garder, et les actemptas, -comme dit est, réparer et faire réparer et mettre au -premier et deu estat, nous avons fait promettre et jurer -en l'ame de nous, par nos dis procureurs et messaigiés -traicteurs de ladite paix à ce faire et espécialment establis. -Et pour plus diligemment les faire tenir et garder, -comme dit est, et pour faire droiture des prisons, et tous -complaignans qui pevent ou pourroient avenir en temps -de trièves et pour les actemptas réparer, nous avons député -et commis, députons et commettons conservateurs -desdites trièves, nobles et puissans hommes monseigneur -Thomas de Beauchamp, conte de Warvich et mareschal -de nostre dit seigneur et père ; Thomas de Hollande, -seigneur de Warch ; Jehan de Greyli, captau de Buef ; -le gardien de Bretaigne et le capitain de Calays, qui seront -pour nostre dit seigneur et père pour le temps, et -Eustace d'Aubréchicourt tous chevaliers et chascun d'eux ; -et néanmoins les capitaines et connestables des lieux et -païs où les cas advenront et chascun d'eux auxquels -nous mandons de par nostre dit seigneur le roy, et commettons -par ces présentes lettres que diligemment et -loyalment tiengnent et gardent et fassent tenir et garder -fermement lesdites trièves par le temps dessus dit, et -fassent droitures tant de prisons non gardans leur convenances, -comme en autres cas appartenans à faire, en -temps de trièves, aux conservateurs d'icelles : et n'est mie -nostre entente que sé les gens de l'ost nostre seigneur le -roy et les nostres prennent vitailles, aumailles, vin, -char, bestes ou autres choses pour la nécessité de leur -vivre et de leur chevaux, alans hors du royaume de -France en Angleterre de ci à un mois, que nous né eux, -né aucun d'eux soient repris, reprouchiés né domagiés ; -mais que nous né eux ne fassions autre arsure, occupacion -de forteresse, ravissemens de femmes ou autres maléfices, -que de prendre pour les vivres de nous et d'eux, -durant ledit mois tant seulement ; et pour ce que aucunes -garnisons des gens de nostre dit seigneur le roy demourront -par aucun temps en aucunes forteresses ou chasteaux -en France, et ailleurs ou royaume de France, nous -voulons et accordons de par nostre dit seigneur le roy et -de par nous, qu'il puissent lever telles raençons et en -telle manière comme il ont levé avant ces trièves, pour -leur vivres et pour la garde desdis chasteaux et forteresses, -sans icelles croistre, tant comme il demourront -ès lieux dessus dis, et que il puissent franchement achater -et emporter vitaille et les ayent à fuer raisonnable -ainsi comme les autres gens desdis lieux et des païs environ -achèteront, sans fraude et sans malice, mais qu'il -ne preignent, pillent ou emblent forteresses ou fassent -autres maléfices. Sur toutes lesquelles choses et leurs dépendances -et appartenances, nous voulons et mandons à -tous les subgiés et féaulx de nostre dit seigneur, requérons -tous autres qu'il obéissent et entendent auxdis conservateurs, -capitains, connestables dessus dis et à leur -députés et à chascun d'eux. En tesmoing de laquelle chose, -nous avons fait mettre nostre scel à ces présentes lettres. -Donné à Sours, devant Chartres, le septiesme jour de -may, l'an du règne de nostre dit seigneur et père de -France vint premier, et d'Angleterre, trente et quart. »</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXXX.</h3> - -<p class="section">Coment le roy d'Angleterre et le prince de Galles envoièrent six -chevaliers à Paris pour veoir faire à monseigneur le régent le -sairement de tenir ferme et stable le traictié de paix.</p> - - -<p>Le samedi ensuivant, neuviesme jour dudit moys, aucuns -de ceux de la partie de France retournèrent à Paris -et amenèrent six chevaliers anglois pour veoir ledit régent -faire ce qui ensuit : et pour celle cause les y avoient envoiés -ledit roy anglois et le prince de Galles, son ainsné -fils. Item, le dimenche matin ensuivant, dixiesme jour -dudit moys, ledit régent, qui lors estoit à Paris en l'hostel -à l'Arcevesque de Sens aux Barrés<a id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor">[211]</a>, et son conseil assemblé, -le prévost des marchans et pluseurs bourgois de ladite -ville, en la présence desquels ledit régent fist réciter, par -maistre Jehan des Mares, tout ledit traictié, lequel fu -aggréable audit régent. Et pour ce que entre les autres -choses dudit traictié estoit accordé que ledit régent devoit -oïr la messe, et après le <i lang="la" xml:lang="la">Agnus Dei</i> il devoit aler à l'autel, -et l'une des mains sur le corps de Jhésus-Crist sacré, sans y -toucher, et l'autre main mise sur le Messel, devoit jurer -que ledit traictié il tindroit et acompliroit, feroit tenir -et acomplir de tout son povoir, fu chantée une messe -basse du Saint-Esprit, par Guillaume de Meleun, arcevesque -de Sens ; et quant elle fu dite jusques au point -dessus dit, ledit régent issi de son oratoire et ala à l'autel, -et en la présence des six chevaliers anglois dessus dis, qui -pour veoir ledit sairement faire y avoient esté envoiés -par lesdis roy et prince, et de grant foison de gens qui là -estoient, fist ledit sairement par la manière devant dite, en -lisant une cédule en laquelle estoient les paroles que il devoit -dire, escriptes forméement<a id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor">[212]</a>. Et par semblable manière -le devoit faire le prince de Galles, et devoit, ledit régent, -envoier six chevaliers, trois banerés et trois bacheliers, -si comme les Anglois avoient fait, pour veoir le prince de -Galles faire ledit sairement, et les deux roys de France et -d'Angleterre le devoient faire pareillement quant il seroient -ensemble. Et tantost que ledit sairement fu fait -par ledit régent, ladite paix fu criée par un sergent d'armes -aux fenestres de la chambre dudit régent, sur la cour -dudit hostel de l'arcevesque de Sens. Et quant ladite -messe fu chantée, ledit régent ala à Nostre-Dame de -Paris luy rendre grace de ladite paix, là où l'en chanta -<i lang="la" xml:lang="la">Te Deum</i> et sonna les cloches moult solempnelment.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_211" href="#FNanchor_211"><span class="label">[211]</span></a> <i>Aux Barrés</i>. Ainsi l'hôtel de Sens étoit bâti sur l'emplacement de -la maison des Carmes dits les <i>frères Barrés</i>. Charles V le réunit à l'hôtel -Saint-Pol. Il reste encore de beaux vestiges de cet hôtel de Sens.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_212" href="#FNanchor_212"><span class="label">[212]</span></a> <i>Forméement</i>. En lettres de forme. Ce mot, dont on a souvent cherché -le sens, désignoit sans doute les beaux caractères d'<i>expédition solemnelle</i>.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXXXI.</h3> - -<p class="section">Coment le prince de Galles fist à Louviers le sairement pareil à -celui que le régent avoit fait à Paris.</p> - - -<p>L'endemain, jour de lundi onziesme jour dudit moys -de may, ledit régent monstra auxdis Anglois les saintes -reliques, en la chapelle royal à Paris, et donna à disner -auxdis Anglois, et à chascun un bel cheval ; et après se partirent -de Paris pour aler pardevers ledit roy d'Angleterre -et pardevers ledit prince ; et envoia ledit régent, avecques -lesdis Anglois, six chevaliers, trois banerés et trois bacheliers -de la partie de France, pour veoir faire ledit sairement -audit prince par la manière que avoit fait ledit régent. -Lequel prince fist ledit sairement en la présence desdis -chevaliers et d'un des secrétaires dudit régent, par la -manière que l'avoit fait ledit régent, en l'église de Nostre-Dame -de Louviers, l'endemain de l'Ascencion Nostre -Seigneur, jour de vendredi et quinziesme jour dudit -moys de mai, l'an mil trois cens soixante dessus dit.</p> - -<p>Item, le mardi ensuivant, dix-neuviesme dudit moys, -ledit roy et ses enfans entrèrent en mer, à Honefleu, pour -aler en Angleterre quérir le roy de France, et la plus -grande partie de l'ost desdis anglois passèrent la rivière -de Saine, au Pont de l'Arche, là où ledit régent avoit -mandé que l'on les feist passer ; et s'en alèrent droit à -Calais sans meffaire au païs, fors que de prendre vivres ; -et demoura en France, pour les Anglois, le conte de Warvich, -mareschal d'Angleterre, pour faire tenir de leur -partie les trièves qui avoient esté prises par ledit traictié, -jusques à la feste Saint-Michiel, l'an mil trois cens soixante-un, -et pour cependant mettre ledit traictié de paix à exécucion -d'une partie et d'autre. Et furent lesdites trièves publiées -par tout le royaume ; mais elles furent mal tenues en -pluseurs lieux, par espécial des Anglois ; car pluseurs se -mistrent à estre espieurs de chemins, et par manière de -volerie faisoient pis que il ne faisoient en temps de guerre ; -car il tuoient les gens que il trouvoient par les chemins -et roboient tout.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXXXII.</h3> - -<p class="section">Coment le roy de France vint d'Angleterre à Calais, et de -l'emprumpt pour le premier paiement de la raençon du roy.</p> - - -<p>Le dimenche, quatorziesme jour du moys de juing ensuivant, -le roy de France donna à disner au roy d'Angleterre -en la Tour de Londres, et firent moult grand semblant -d'amour l'un à l'autre, et jurèrent par leur fois baillées -l'un à l'autre que il tendroient véritablement et -loyalment la paix dessus dite, par la manière que traictiée -avoit esté. Item, le mercredi, huitiesme jour du moys de -juillet ensuivant, à matin, arriva le roy de France à Calays, -lequel y devoit estre, par le traictié, dedens trois semaines -après la nativité Saint-Jehan-Baptiste ; et le dimenche ensuivant, -douziesme jour dudit mois, ledit régent parti de -Paris pour aler à St-Omer, pour faire acomplir ce que il -pourroit dudit traictié, afin que le roy de France, son père, -feust délivré. Et en ce temps fut ordené que l'en leveroit à -Paris et en la viconté cent mile royaux d'or par emprumpt -que l'en feroit de toutes personnes d'églyse, nobles et -autres qui auroient puissance de prester ; pour ce que ladite -ville de Paris avoit accordé à paier pour le premier paiement -de la raençon du roy, quatre-vint mile royaux d'or -pour ladite ville et viconté. Item, le vendredi, jour de feste -Saint-Denis, neuviesme jour du moys d'octobre ensuivant, -ledit roy d'Angleterre arriva à Calais. Item, le dimenche -ensuivant, onziesme jour dudit moys, le roy de France -qui estoit encore au chastel de Calais, ala veoir ledit roy -d'Angleterre, en l'hostel où il estoit herbergié en ladite -ville de Calais ; car encore n'avoient-il veu l'un l'autre depuis -que ledit Anglois estoit entré en ladite ville, fors quant -ledit Anglois estoit descendu de la Nef ; car là luy estoit alé -ledit roy de France à l'encontre, et s'entrefirent très bonne -chière, et pria le roy de France au roy d'Angleterre que -il et ses enfans dinassent l'endemain audit chastel avecques -luy, lequel Anglois s'i accorda. Et celuy dimenche traicta -ledit roy de France la paix dudit roy d'Angleterre et du -conte de Flandres. Et l'endemain, jour de lundi, douziesme -jour dudit mois d'octobre, ledit roy d'Angleterre disna -avecques le roy de France audit chastel de Calais. Et séit à -la table premier le roy d'Angleterre, le roy de France secont, -le prince de Galles le tiers et le duc de Lanclastre le quart -et le derrenier. Et ainsi, comme il disnoient, le conte de -Flandres entra à Calais et ala droit au chastel, et fist la -revérence en soy agenoillant devant le roy de France, et -après salua le roy d'Angleterre, sans agenoillier, et luy fist -le roy de France très bonne chière. Et après disner, deux -des enfans du roy d'Angleterre partirent de Calais, et deux -des enfans du roy de France les conduirent droit à Bouloigne, -à l'encontre desquels ala environ demie lieue le duc -de Normendie, qui estoit en ladite ville de Bouloigne, et -les mena en ladite ville.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXXXIII.</h3> - -<p class="section">Coment monseigneur le régent ala de Bouloigne à Calais pour -veoir son père le roy de France et des sairemens des deux -roys, et de la paix du roy de Navarre, et comment le roy -de France se parti de Calais.</p> - - -<p>L'endemain, jour de mardy, treiziesme jour dudit -moys, le duc de Normendie parti de Bouloigne et ala à -Calais, et disna ce mardy avecques le roy d'Angleterre : et -aussi fist le roy de France. Et les deux enfans du roy -d'Angleterre demourèrent à Bouloigne, et deux des enfans -du roy de France pour les compaignier. Item, l'endemain -jour de mercredi, quatorziesme jour dudit moys d'octobre, -après ce que le dit duc ot disné avecques son père le -roy de France, il se parti de Calais et s'en ala au giste de -Bouloigne, et les deux enfans du roy d'Angleterre s'en retournèrent -à Calais ; et furent les choses si ordenées, que le -dit duc de Normendie, quant il retournoit de Calais à Bouloigne, -et les deux enfans du roy d'Angleterre, quant il retournoient -de Bouloigne à Calais, s'entre rencontrèrent -ainsi comme en my-voie.</p> - -<p>Item, en cette semaine le Begue de Villaines prist par -escheler le chastel de Pacy et la femme et les filles de monseigneur -Pierre de Saquenville qui estoient dedens. Item, le -samedi vint-quatriesme jour dudit moys d'octobre, l'an mil -trois cent soixante dessusdit, les dis roys de France et d'Angleterre -jurèrent à Calais ensemble sur le corps Jhesu-Crist -et sur les saintes évangiles, tenir perpétuelement la paix -faite entre eulx sans enfreindre ; et oïrent les deux roys messe -ensemble en deux oratoires, et ne alèrent point à l'offrande, -pour ce que l'un ne vouloit aler avant l'autre : mais l'en -porta la Paix au roy de France premièrement, lequel ne la -voult prendre et issy de son oratoire et la porta au roy d'Angleterre, -lequel ne la voult prendre, et baisièrent l'un roy -l'autre sans prendre autre Paix. Et celuy jour fu faicte la -paix du roy de France d'une part, et du roy de Navarre et -messire Phelippe de Navarre son frère d'autre part ; jasoit -ce que le dit roy de Navarre ne feust pas lors présent à Calais -à faire ladite paix. Mais ledit messire Phelippe y estoit, -qui se fist fort pour son dit frère et jura la dicte paix, et le -duc d'Orléans, frère du roy de France, la jura pour le roy -son frère. Item, l'endemain le dymenche vingt-cinquiesme -jour du dit moys d'octobre, ledit roy de France Jehan fu -à plain délivre de sa dicte prison, et se parti à matin de Calais -et s'en ala à Bouloigne, et le convoia ledit roy d'Angleterre -environ une lieue, et après s'en retourna à Calais. Et -le prince de Galles, ainsné fils du roy d'Angleterre, ala avecques -le roy de France jusques à Bouloigne. Item, l'endemain -jour de lundi vint-sixiesme jour dudit moys, le duc de Normendie, -ainsné fils du roy de France et ledit prince de Galles -jurèrent de rechief tenir ladite paix sans enfraindre ; et aussi -fist le conte d'Estampes et aucuns autres grans seigneurs -qui là estoient. Et celuy lundy après disner, se parti ledit -prince de Bouloigne et s'en retourna à Calais. Et ainsi appert -que ledit roi de France Jehan fu prisonnier dudit roy -d'Angleterre quatre ans, et tant comme il a, du dix-neufviesme -jour de septembre, à quel jour ledit roy fut pris -comme dessus est dit, jusques au vint-cinquième jour -d'octobre que il fu délivre.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXXXIV.</h3> - -<p class="section">Les noms de ceulx qui demourèrent hostages en Angleterre -pour le roy de France.</p> - - -<p>Le jeudi ensuivant, vint-neufviesme jour du mois d'octobre, -ledit roy de France se parti de Bouloigne et ala à -Saint-Omer, et aucuns de son conseil qui estoient demourez -à Calais pour parfaire les lectres et les autres choses qui -estoient à parfaire, s'en partirent le vendredi ensuivant -trentième jour dudit moys et alèrent à Saint-Omer, là où -ledit roy de France estoit. Et est à savoir que dès le samedi -précédent vint-quatriesme jour dudit mois d'octobre, après -ce que ladite paix ot esté jurée des deux roys, comme dessus -est dit, ledit roy d'Angleterre laissa le nom de roy de -France et se appella roy d'Angleterre, seigneur d'Irlande -et d'Aquitaine : mais il ne renonça pas encore audit -royaume de France, et aussi ne renonça pas le roy de -France aux ressors et souverainetés des terres que il bailloit -au dit roy d'Angleterre né à l'homaige ; mais il seurséoit du -nom de roy de France et y devoit renoncier quand certaines -terres luy seroient délivrées, qui luy devoient estre bailliées -par ledit traictié. Item, le samedi ensuivant, veille de la -feste de Toussains derrenier dudit mois d'octobre, à matin -devant le jour, ledit roy d'Angleterre se parti de Calais et -entra en mer pour aler en Angleterre, et les hostaiges que -le roy de France luy avoit bailliés avecques luy ; c'est assavoir : -Monseigneur Loys et monseigneur Jehan enfans dudit roy -de France, lesquels ledit roy leur père avoit fais ducs de -nouvel ; c'est assavoir monseigneur Loys, qui estoit son second -fils duc d'Anjou et du Maine qui par avant en estoit -conte ; et ledit monseigneur Jehan duc d'Auvergne et de -Berry, qui par avant avoit esté conte de Poitiers, laquelle -conté devoit estre bailliée au roy d'Angleterre par le -traictié, si comme dessus est dit. Après les dessus dis monseigneur -Loys et monseigneur Jehan, fils du roy de France, -furent hostages monseigneur Phelippe duc d'Orliens, frère -germain dudit roy de France ; monseigneur Loys duc de -Bourbon ; monseigneur Pierre d'Alençon et monseigneur -Jehan frère du conte d'Estampes, tous des Fleurs de lis ; -Guy, frère du conte de Bloys ; le conte de Saint-Pol ; le -seigneur de Montmorenci ; le seigneur de Hangest ; le seigneur -de Saint-Venant ; le seigneur d'Andrezel ; le conte -de Braine en Laonnoys ; le seigneur de Coucy ; le conte de -Harecourt ; le conte de Grantpré ; le seigneur de la Roche-Guyon ; -le seigneur d'Estouteville.</p> - -<p>Item, le dimenche ensuivant, jour de la feste de Toussains, -premier jour du moys de novembre l'an mil trois -cent soixante dessusdit, ledit roy de France à sa messe fist -chevalier un escuier d'Artoys appelé Jean d'Ainville, qui -avoit demouré avecques luy en Angleterre, et esté maistre -de son hostel tant comme le dit roy y avoit demouré. Et ce -jour entrèrent en la foy du roy quatre chevaliers de la -partie du roy d'Angleterre ; c'est assavoir : monseigneur -Rogier de Beauchamp ; monseigneur Guy de Briene ; monseigneur -Regnault de Cobehan, tous Anglois, et monseigneur -Gauthier de Mauny, Hennuyer, pour certaine rente que -ledit roy de France leur promist<a id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor">[213]</a>. Et ledit samedi, vint-quatriesme -jour d'octobre, le duc de Lenclastre, monseigneur -Phelippe de Navarre et monseigneur Jehan de Montfort, -qui avoit esté fils du conte de Montfort qui s'en ala -en Angleterre pour le débat du duchié de Bretaigne, estoient -entrés en la foy dudit roy de France, et luy avoient fait homaige -pour les terres que il tenoient en France avant les -guerres desdis roys ; lesquelles terres leur furent toutes -rendues par ledit traictié.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_213" href="#FNanchor_213"><span class="label">[213]</span></a> Froissart, qui ne désigne pas les chevaliers, éclaircit ce passage : -« Les deux rois, » dit-il, « qui par l'ordonnance de la paix s'appeloient -frères, donnèrent à quatre chevaliers chascun de son costé la somme de -huit mil francs de revenue par an, c'est à entendre à chascun deux mil. » -(Liv. <small>I</small>, part. <small>II</small>, ch. 143.)</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXXXV.</h3> - -<p class="section">Comment l'en fist les joustes à Saint-Omer, et de la venue du -roy de France à Saint-Denys, et du roy de Navarre qui -vint par devers luy.</p> - - -<p>Le mardi et le mercredi ensuivans, troisiesme et quatriesme -jours dudit moys de novembre, furent faites moult -belles joustes à Saint-Omer, pour l'oneur du roy de France -qui là estoit. Et lors avoit grand foison d'Anglois et autres -ès pays de Brie et de Champaigne, qui gastoient tout le -pays, tuoient et raençonnoient gens et faisoient du pis qu'il -povoient ; dont aucuns se appelloient la grant compaignie<a id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor">[214]</a>. -Lesquels après ce que il orent sceu que ledit roy de France -estoit délivre de sa prison, se partirent dudit pays de Brie -et s'en allèrent en Champaigne, là où il tenoient pluseurs -forteresses. Et ledit roy de France, après ladite feste de -Saint-Omer, s'en ala à Hesdin, là où il demoura par aucun -temps, et là fist ordenances des gens de son hostel et de la -Chambre des comptes, et par lesdites ordenances ne demoura -ès requestes de l'ostel que trois clers et trois lays ; et -furent les clers : maistre Estienne de Paris, maistre Guy du -Saint-Sépulcre et maistre Jaques Leriche<a id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor">[215]</a> ; et les lays furent : -monseigneur Jehan Hanière, monseigneur Fauviau -de Vaudencourt et monseigneur Gile de Soocourt, chevaliers. -Et en la Chambre des comptes, trois clers et trois lays, -c'est assavoir, clers : messire Jehan Laigle, maistre Oudart -Levrier et messire Legier de la Charmoye ; lays : monseigneur -Jehan de Charny chevalier, Jacques de Pacy et -Guillaume Staise. Et depuis s'en vint le roy par Amiens, -par Noyon et par Compiegne et par Senlis. Et le vendredi, -onzième jour de décembre ensuivant, entra le roy au giste -à Saint-Denis en France. Item, l'endemain jour de samedi, -douziesme jour dudit moys, le roy de Navarre, qui encore -n'avoit vu le roy de France depuis sa prise, vint à Saint-Denys -à matin et ramena avecques luy certains hostaiges -que le roy de France avoit envoiés à Mante, afin que le -roy de France venist pardevers luy, quar autrement ne se -estoit volu accorder d'y venir. Mais en monstrant qu'il se -fioit ès promesses du roy, il ramena lesdis hostaiges, et là fu -parlé que il féist homaige au roy. Mais ledit de Navarre -ne le voult, en disant que il n'avoit oncques forfait l'omaige -que autrefois luy avoit fait ; et finalement après pluseurs -parler, ledit de Navarre vint devant le roy de France, -devant le grant autel de Saint-Denys, et luy fist la révérence -assez humblement ; et après jura sur le corps Jhésu-Crist sacré -que tenoit l'abbé de Saint-Denys, revestu des vestemens -ès quels il avoit dite la messe, que dès lors en avant il seroit -bon et loyal fils et subgié dudit roy de France ; et ledit -roy de France jura après pareillement que il luy seroit bon -père et bon seigneur ; et après jurèrent le duc de Normendie -et monseigneur Phelippe duc de Touraine, son frère. Et si -jura lors aussi ledit roy de Navarre que il tendroit et feroit -tenir à son pouvoir la paix traictiée entre les roys de France -et d'Angleterre ; et après l'enmena le roy de France par la -main disner avecques luy : et après disner, prist congié du -roy de France et s'en parti. Item, le jeudi douziesme jour -de novembre, l'an mil trois cent soixante dessus dit, furent -enterrées les deux filles du duc de Normendie à Saint-Anthoine -près de Paris, et fu présent ledit duc à l'enterrage, -moult courroucié qui plus n'avoit d'enfans. Item, le samedi -dessusdit, douziesme jour de décembre, fut criée et publiée -à Paris la forte monnoie, c'est assavoir un franc d'or que -l'en fist lors nouveaux pour seize sols parisis ; un royal pour -treize sols quatre deniers parisis, et blans neufs fins qui furent -lors fais pour douze deniers parisis, <i>etc</i>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_214" href="#FNanchor_214"><span class="label">[214]</span></a> <i>La grant compaignie</i>. Et non pas <i>les grandes compagnies</i>, comme on -dit aujourd'hui. Tous les historiens distinguent <i>la grande compagnie</i> des -autres bandes que l'on eut tant de peine à faire disparoître au <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle. -Le continuateur de Nangis dit : « <span lang="la" xml:lang="la">Anno eodem (1360) surrexerunt filii -Belial et viri iniqui, videlicet multi guerratores de diversis nationibus, -non habentes titulum aliquem neque causam aliquos invadendi, nisi -proprio motu seu nequitiâ affectatâ sub spe depredandi, et vocabatur -<i>Magna Societas</i>. Qui quidem scelerati adunantes se in magnâ copiâ -valdè, accesserunt in armis propè Avinionem, volentes debellare dominum -nostrum summum pontificem, etc.</span> »</p> - -<p>La chronique inédite du n<sup>o</sup> 530 Suppl. Franç., s'accorde avec celles de -St-Denis pour accuser surtout de ces désordres les Anglois indisciplinés. -« Le roy d'Engleterre devoit faire vuidier les forteresces à ses despens, -et néanmoins pluseurs Englois descoururent sur le royaume de France -en pluseurs routes. Et estoient d'iceux qui desdites forteresces estoient -partis et se tenoient par manière de compagnie. Et pluseurs s'en alèrent -en Bretagne à Jehan de Montfort. Et s'en assembla une grant route -qui s'en ala vers Avignon, et prisrent le pont Saint-Esperit, etc., etc. » -(F<sup>o</sup> 79, v<sup>o</sup>.)</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_215" href="#FNanchor_215"><span class="label">[215]</span></a> <i>Jaques Leriche</i>. Variante : <i>Jaques de la Roche</i>.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXXXVI.</h3> - -<p class="section">Coment le roy de France entra à Paris. Et de pluseurs -incidences.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1361</div> - -<p>Le dimenche treiziesme jour dudit moys de décembre -ala le roy de France à Paris et y fu reçu moult honorablement, -et furent les rues et le grand pont par où il passa encourtinées, -et fu une fontaine oultre la porte Saint-Denis -qui rendoit vin aussi habondamment comme sé ce feust -eaue, et portoit-l'en sur le roy un paile d'or à quatre lances. -Et ala le roy droit à Nostre-Dame faire son oroison et puis -retourna descendre au Palais. Et luy firent ceulx de Paris -un bel présent de vaisselle qui pesoit environ mil marcs -d'argent.</p> - -<p>Item, le jour des Innocens, fu pris le Pont du Saint-Esprit -et la ville par ceulx de la Grant compaignie, qui -s'estoient partis de France. Item, le treiziesme jour de -janvier ensuivant, comença celuy an le parlement. Et par -avant avoit eu présidens à Paris par un an ou environ, qui -avoient autel povoir comme parlement.</p> - -<p>Item, le jeudi vint-huitiesme jour dudit moys de janvier, -furent pris, du commandement des réformateurs qui lors -avoient été establis nouvellement, monseigneur Nicolas -Braque, Almaury Braque son frère, Jehan de Brunetout, -Hugues Bernier, Jehan Poillevillain, Jaques Lempereur, -Gauchier de Vannes, Jehan Arrode. Et furent eslargis le -huitiesme jour ensuivant. Item, en iceluy moys fu faite -l'ordenance de faire retourner les Juifs en France.</p> - -<p><i>Incidence</i>. L'an de grace mil trois cent soixante-un, le -mardi après la Penthecouste, qui estoit le dix-neufviesme<a id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor">[216]</a> -jour de may, gelèrent les vignes en pluseurs contrées entour -Paris, et jà en estoient pluseurs fleuries. Item, le jeudi -premier jour de juillet ensuivant, fu au marchié de Meaulx -devant le roy une bataille emprise de volenté, entre messire -Fouquaut d'Archiac appelant, et messire Maingot Maubert -deffendant, et fist moult grant chaut celuy jour. Et avint -que ledit Fouquaut descendi de dessus son cheval, pource -que ledit cheval estoit un peu desrayé, et moult longuement -fu à pié au champ, et tousjours se mectoit en peine de -requérir son adversaire qui estoit à cheval, jusques à ce que -il fu si travaillié que il n'en povoit plus ; et de fois à autres -se asséoit sur une chaiere qui estoit au bout des lices, et -cuidoient ceux qui le véoient qu'il deust estre desconfit, car -il avoit moult travaillié à pié et si estoit lors malade d'un -assès<a id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor">[217]</a> de quartaine. Mais du grant chaut qui estoit, ledit -Maingot qui tousjours estoit demouré à cheval fu en tel -point que il perdit toute puissance, par telle manière que -il se laissa pendre sur son arson devant, et feust cheu qui -l'eust laissié longuement ; mais quant son dit adversaire le -vit en tel estat, il ala vers luy à très-grant peine, et le prist, -ainsi pendant comme il estoit par le col, et le tira à terre, -et fist son povoir de le tuer, mais l'en disoit qu'il estoit jà -mort. Toutes voies, ledit Fouquaut fu si grevé que il convint -que ses amis, par le congié du roy, l'emportassent en -son hostel, et ledit Maingot demoura mort en la place, et -depuis en fu porté par ses amis, du congié du roy, et enterré -le soir secrètement<a id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor">[218]</a> ; et ledit Fouquaut fut en bon -point tantost que il ot un peu reposé.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_216" href="#FNanchor_216"><span class="label">[216]</span></a> <i>Le dix-neufviesme</i>. Ce doit être pour le <i>dix-huitiesme</i>, qui tomboit -un mardi cette année-là.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_217" href="#FNanchor_217"><span class="label">[217]</span></a> <i>Assès</i>. Accès.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_218" href="#FNanchor_218"><span class="label">[218]</span></a> <i>Secrètement</i>. C'est-à-dire sans le secours de l'église.</p> -</div> -<p>Item, celuy jeudi premier jour de juillet, fu la cité de -Satalie<a id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor">[219]</a> prise par les crestiens ; c'est assavoir par le roy -de Chypre<a id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor">[220]</a> et les frères de l'hospital de Saint-Jehan-de-Jérusalem, -et plusieurs autres tant du royaume de France -comme d'ailleurs. Et toute cette saison le roy se tint à Paris -et environ. Et en pluseurs pays du royaume de France -furent pluseurs et diverses compaignies de gens de diverses -nacions, et domagièrent moult le royaume ès parties où il -furent.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_219" href="#FNanchor_219"><span class="label">[219]</span></a> <i>Satalie</i>. L'ancienne Attalie, dans la Caramanie. Une chose curieuse, -c'est l'omission de cet événement dans l'<i>Histoire des Chevaliers de Malte</i> -de Vertot, et dans l'<i>Histoire des Croisades</i> de M. Michaud.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_220" href="#FNanchor_220"><span class="label">[220]</span></a> <i>Le roy de Chypre</i>. Pierre de Lusignan.</p> -</div> -<p><i>Incidence</i>. Item, le vint-uniesme jour du moys de novembre -ensuivant, mourut à Rouvre près de Dijon, Phelippe, -duc et conte de Bourgoigne, conte d'Artois, d'Auvergne et -de Bouloigne, de l'aage de treize ans ou environ, auquel -succéda au duchié le roy de France ; et ès contés d'Artois -et de Bourgoigne, la mère au conte de Flandres ; et ès contés -d'Auvergne et de Bouloigne, monseigneur Jehan de Bouloigne, -oncle de sa mère. Et se parti le roy de Paris pour -aler prendre la possession dudit duchié, le dimenche cinquiesme -jour de décembre ensuivant, et ala au bois de Vinciennes -au giste.</p> - -<p>Item, en l'an mil trois cent soixante-un dessusdit, -sixiesme jour d'avril devant Pasques, se combati le -conte de Tanquarville pour le roy, et pluseurs autres -chevaliers et escuiers, contre aucunes parties des compaignies -qui lors estoient au royaume de France, à Brinois<a id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor">[221]</a>, -près de Lyon sur le Rosne. Et y furent pris ledit conte de -Tanquarville, monseigneur Jacques de Bourbon conte de -la Marche, qui tantost après mourut pour les plaies qu'il ot -en ladite bataille<a id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor">[222]</a> ; le conte de Sallebruche, le conte de -Joigny et pluseurs autres, et le conte de Forest mourut en -la place.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_221" href="#FNanchor_221"><span class="label">[221]</span></a> <i>Brinois</i>. Aujourd'hui <i>Brignais</i>, petite ville à deux lieues de Lyon.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_222" href="#FNanchor_222"><span class="label">[222]</span></a> M. Michelet a fait à cette occasion une belle réflexion : « Cette -mort de Jacques de Bourbon fut glorieuse : le premier titre des Capets -est la mort de Robert-le-Fort à Brisserte ; celui des Bourbons, la -mort de Jacques à Brignais. Tous deux tués en défendant le royaume -contre les brigands. » (Tome <small>III</small>, page 438.)</p> -</div> -<p>Item, le mercredi après Pasques et le jeudi ensuivant, -vintiesme et vint-uniesme jour dudit moys d'avril, l'an mil -trois cent soixante-deux, et furent Pasques le dix-septiesme -jour dudit moys, gelèrent les vignes par toute France, -Biauvoisin, Orlenois, Laonnois, Bourgoigne, et en la rivière -de Marne, par telle manière que ceste année ne crut point -de vin èsdis pays né ès pays voisins ; et communelment l'en -ne trouvast pas en cent arpens une queue de vin, et fist-l'en -le plus verjus de ce qui crut ceste année. Mais les vignes -gietèrent assés bois, et n'estoit homme qui oncques eut veu -si grant faute de vin comme il fu celuy an.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXXXVII.</h3> - -<p class="section">Coment le roy de France ala à Avignon, et de la mort le pape -Innocent, et de l'éleccion du pape Urbain dit Grimouart.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1362</div> - -<p>L'an de grace mil trois cent soixante-deux, au moys -d'aoust, le roy de France Jehan se parti de Paris pour aler à -Avignon visiter le pape Innocent qui lors vivoit. Et en -celuy an mesme, le lundi douziesme jour de septembre, -mourut ledit pape Innocent. Et le jeudi vint-deuxiesme -jour dudit moys environ nonne, entrèrent les cardinaulx en -conclave pour eslire pape, et estoient les présens vint cardinaulx. -Et le jeudi vint-septiesme jour d'octobre, veille de -saint Symon et saint Jude, l'an mil trois cent soixante-deux -dessusdit, pour ce qu'il ne porent estre à accort de l'un -d'eulx, esleurent en pape l'abbé de Marseille, appellé messire -Guillaume Grimouart, qui par avant avoit esté abbé -de Saint-Germain d'Aucerre, et estoit né de la sénéchaucié -de Beaucaire. Et pour ce qu'il n'estoit pas lors à Avignon, -il celèrent l'éleccion et luy signefièrent que tantost il alast -à Avignon. Et le dimenche ensuivant, trentiesme jour dudit -moys au soir, il entra assés secrètement en ladite ville et -ala droit descendre en l'ostel du pape, et y fust celle nuit -sans ce qu'il véist aucuns desdis cardinaulx qui encore -laiens estoient. Et le lundi veille de Toussains, luy disrent -lesdis cardinaulx son éleccion, laquelle il ot agréable, et -celuy jour fu publiée et fu appelé Urbain le Quint, et le -sixiesme jour de novembre ensuivant fu consacré. Item, -ledit roy Jehan, qui par avant estoit parti pour aler visiter -le pape Innocent, si comme dessus est dit, entra en Avignon -le dimenche devant la sainte Katherine, vintiesme jour du -moys de novembre ensuivant, et le reçut ledit pape Urbain -honorablement en consistoire et le detint avec luy à disner. -Item, le lundi cinquiesme jour du moys de décembre ensuivant, -fu la bataille du conte de Foix et de ses gens contre -le conte d'Armignac et les siens à Lille<a id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor">[223]</a> près de Thoulouse. -Et ot ledit conte de Foix victoire, et y furent pris ledit conte -d'Armignac, les contes de Comminges et de Montleshun ; -le seigneur de Lebret et ses deux frères ; le seigneur de -Tarride<a id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor">[224]</a> et pluseurs autres. Item, le mardi ensuivant, -sixiesme jour dudit mois de décembre, fu la bataille de -messire Amanion de Pomiers appelant, et de messire Fouque<a id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor">[225]</a> -d'Archiac deffendant, en la présence dudit roy de -France, à Villeneuve près d'Avignon, et fu fait l'accort au -champ, parce que ledit roy prist le descort sur luy.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_223" href="#FNanchor_223"><span class="label">[223]</span></a> <i>Lille</i>. Sans doute <i>Lisle-Jourdain</i>. Suivant M. Gaucheraud, historien -élégant et fidèle de Gaston-Phœbus, comte de Foix, la bataille se donna -à <i>Launac</i>, à deux lieues de <i>Lille-Jourdain</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_224" href="#FNanchor_224"><span class="label">[224]</span></a> <i>Tarride</i>. Et mieux <i>Terride</i>. — <i>Montleshun</i>. Peut-être <i>Montesquiou</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_225" href="#FNanchor_225"><span class="label">[225]</span></a> <i>Fouque</i>. Ou <i>Fouquaut</i>.</p> -</div> -<p>Item, le vendredi benoist ensuivant, ledit pape Urbain -prescha à Avignon le passage général d'oultre-mer, et en -fist et ordena chief et capitain ledit roy de France Jehan -qui présent estoit, et luy bailla la croix et au roy de Chypre -et à pluseurs autres qui là estoient ; et si fist et ordena le -cardinal de Pierregort légat pour ledit passage.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXXXVIII.</h3> - -<p class="section">Coment le roy de France Jehan retourna de France en Angleterre -de sa franche volenté, et coment il y fu receu honorablement -des Anglois, et coment une maladie le prist dont il -mourut.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1363</div> - -<p>L'an de grace mil trois cent soixante-trois, le mardi au soir -troisiesme jour de janvier, le roy de France entra en mer à -Bouloigne pour aler en Angleterre traictier avec le roy -d'Angleterre de la délivrance de son frère Phelippe, duc -d'Orléans, de son fils Jehan, duc de Berry, et de pluseurs -autres ducs, contes et bannerets qui là estoient hostaiges -pour ledit roy de France, et qui y estoient demourés depuis -la délivrance dudit roy Jehan de France<a id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor">[226]</a>. Et arriva ledit -roy de France à Douvre l'endemain jour de jeudi et y demoura -trois ou quatre jours ; et depuis se parti et ala à -Londres et entra en la ville le dimenche, quatorziesme -jour dudit moys de janvier, et alèrent à l'encontre de luy -grant nombre de notables personnes de ladite ville de Londres, -jusques au nombre de mille chevaux ou de plus, -vestus de robes pareilles par mestiers ; et alèrent jusques -à un hostel dudit roy d'Angleterre appellé Helthan, à deux -lieues près de ladite ville de Londres, auquel hostel ledit -roy de France avoit disné celuy jour avecques le roy d'Angleterre -et la royne ; et envoièrent lesdites personnes de -Londres ledit roy de France jusques à ladite ville, et par -icelle jusques à un hostel appelé Savoie, auquel il fu logié. -Et assez tost après ordenèrent lesdis roys de France et d'Angleterre -certaines personnes de leur conseils pour traictier -sur les choses pour lesquelles ledit roy de France estoit alé -en Angleterre. Et à l'entrée du moys de mars ensuivant -prist une maladie audit roy de France pour occasion de -laquelle les traictiés qui furent apointiés entre lesdis conseils -et lesquels estoient nécessaires estre accordés par lesdis -roys, en présence l'un de l'autre, furent assoupés<a id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor">[227]</a>. Et fu -malade ledit roy de France de ladite maladie jusques au -lundi au soir environ mienuit, huitiesme jour du moys -d'avril, l'an mil trois cent soixante-quatre après Pasques : -car Pasques furent celuy an le vint-quatriesme jour de -mars, en laquelle nuit il trespassa de ce siècle. Et luy succéda -au royaume de France Charles, son ainsné fils, lors -duc de Normendie, daulphin de Viennois<a id="FNanchor_228" href="#Footnote_228" class="fnanchor">[228]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_226" href="#FNanchor_226"><span class="label">[226]</span></a> Tel fut le véritable motif du voyage de Jean en Angleterre. Je ne -vois pas même sur quels fondemens nos historiens modernes établissent -que le roi se proposoit de retourner en captivité. Qu'y a-t-il de surprenant -dans cette course d'un prince inquiet et inconstant? Il revenoit -d'Avignon, il voulut aller à Londres : les motifs de voyage ne lui manquèrent -pas, comme ils ne lui auroient pas manqué s'il eût voulu visiter -l'empereur ou le roi d'Espagne. Le mot du continuateur de Nangis <i lang="la" xml:lang="la">causa -joci</i>, ne peut signifier que : <i>pour se divertir, pour son plaisir</i>, et ne peut -entraîner l'idée d'un amour ridicule et peu probable à l'âge du roi de -France.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_227" href="#FNanchor_227"><span class="label">[227]</span></a> <i>Assoupés</i>. Négligés, oubliés, assoupis.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_228" href="#FNanchor_228"><span class="label">[228]</span></a> Ici devroit s'arrêter la chronique du roi Jehan, mais tous les manuscrits -y joignent les trois chapitres suivans qui touchent au règne de -son successeur, mais qui se rapportent à des évènemens antérieurs au -sacre.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXXXIX.</h3> - -<p class="section">En quel temps messire Bertran du Guesclin prist la ville de -Mante et celle de Meullent et pluseurs de Paris.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1364</div> - -<p>L'an de grace mil trois cent soixante-quatre dessus dit, -celuy huitiesme jour d'avril, monseigneur Bertran du -Guesclin<a id="FNanchor_229" href="#Footnote_229" class="fnanchor">[229]</a>, chevalier breton-Galot qui estoit ès parties de -Normendie capitain, de par ledit duc de Normendie, prist -la ville de Mante, qui lors estoit au roy de Navarre. Et -assés tost après fu la ville de Meullent prise et toute la -forteresce par les gens dudit duc de Normendie, laquelle -ville aussi estoit audit roy de Navarre, et furent pris pluseurs -de la ville de Paris et autres qui tenoient la partie -dudit roy de Navarre contre lesdis roy de France et duc -de Normendie leur drois seigneurs. Et pour ce en furent -aucuns exécutés et décapités à Paris comme traictres.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_229" href="#FNanchor_229"><span class="label">[229]</span></a> <i>Du Guesclin</i>. Ce nom est écrit régulièrement ainsi dans nos chroniques. — <i>Breton-Galot</i>. -De la <i>Bretagne non bretonnante</i>.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXL.</h3> - -<p class="section">Coment le corps du roy Jehan fu apporté en France en l'abbaye -de Saint-Anthoine lès Paris, et de son obsèque et enterrement -à Saint-Denis.</p> - - -<p>Le mercredi premier jour de mai, l'an mil trois cent -soixante-quatre dessusdit, le corps dudit roy Jehan qui -avoit esté trespassé à Londres, comme dit est, fu apporté -à Saint-Anthoine près de Paris, au soir, et y demoura le -jeudi, le vendredi et le samedi ensuivant, pour appareillier -et mettre à point le corps et les autres choses nécessaires -pour l'obsèque. Et le dimenche, cinquiesme jour dudit -moys de may après disner, fu ledit corps apporté de ladite -abbaye de Saint-Anthoine en l'églyse de Nostre-Dame de -Paris, acompaignié de processions de toutes les églyses de -Paris, et de trois de ses fils, c'est assavoir : Charles, duc de -Normendie, qui estoit ainsné ; Loys, duc d'Anjou, qui -estoit le secont ; et Phelippe, duc de Touraine, qui estoit -le plus jeune de tous ses fils. Et aussi y fu le roy de Chypre : -et Jehan, duc de Berry, qui estoit le tiers en aage, estoit -encore en Angleterre. Et portèrent le corps dudit roy les -gens de son parlement<a id="FNanchor_230" href="#Footnote_230" class="fnanchor">[230]</a>, si comme acoustumé avoit esté des -autres roys, pour ce que il représentent la personne au fait de -justice qui est le principal membre de sa couronne, et par lequel -il règne et a seigneurie. Item, le lundi matin ensuivant, -sixiesme jour dudit moys de may, fu la messe chantée sollempnelment -en ladite églyse de Nostre-Dame de Paris, -et tantost après la messe fu le corps mis à chemin pour porter -à Saint-Denis en France, par la manière qu'il avoit -esté apporté de Saint-Anthoine. Et alèrent après à pié ses -trois fils, Charles, Louis et Phelippe, et aussi ledit roy de -Chypre jusques à Saint-Ladre, au-dehors de Paris ; et là -montèrent à cheval les trois frères dessusdis et ledit roy de -Chypre, et alèrent tousjours à cheval après le corps jusques -à l'entrée de la ville de Saint-Denys, et lors descendirent -et alèrent à pié après par ladite ville jusques à l'églyse. Et -le mardi ensuivant, septiesme jour dudit moys de may, fu -fait l'obsèque dudit roy en ladite églyse de Saint-Denis, et -fu le corps enterré au bout du grant autel, à la senestre -partie. Et tantost après la messe, le roy Charles, son ainsné -fils, ala au préau du cloistre de ladite églyse, et là, appuyé -à un figuier estant audit préau, reçeut pluseurs homaiges -des pers et grands barons, et après ala disner et demoura -à Saint-Denis ledit jour et l'endemain. Item, le jeudi ensuivant, -neuviesme jour dudit moys de may, parti ledit -roy Charles de Saint-Denis pour aler à son sacre à Reims, -lequel devoit estre le jour de la Trinité ensuivant.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_230" href="#FNanchor_230"><span class="label">[230]</span></a> Cette phrase semble accuser dans l'historien de Charles V, un -membre du parlement. La rédaction lui appartiendroit à partir du traité -de Brétigny.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXLI.</h3> - -<p class="section">De la prise du captal<a id="FNanchor_231" href="#Footnote_231" class="fnanchor">[231]</a> par messire Bertran du Guesclin, -chevalier.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_231" href="#FNanchor_231"><span class="label">[231]</span></a> <i>Captal</i>. Le changement d'orthographe de ce nom est une nouvelle -preuve du changement de rédaction, depuis le premier retour du roi -Jean.</p> -</div> - -<p>Le jeudi seiziesme jour dudit moys de may, monseigneur -Bertran du Guesclin, qui lors estoit pour ledit roy de -France ès parties de Normendie, se combati devant Cocherel, -près de la Croix Saint-Lieffroy, contre le captal de -Buech, lors lieutenant du roy de Navarre èsdites parties ; -et fu ledit captal desconfi et pris, et la plus grant partie de -sa gent mors ou pris. Et pour avoir ledit captal, le roy de -France donna audit messire Bertran, duquel ledit captal -estoit prison, la conté de Longueville la Giffart, laquelle -avoit esté audit roy de Navarre. Mais le roy de France l'avoit -fait prendre et mettre en sa main, pource que ledit roy -de Navarre s'estoit rendu son ennemi : et par ce ledit messire -Bertran laissa ledit captal au roy de France, lequel il fist -mener en prison au marchié de Meaulx.</p> - - -<p class="c gap"><i>Ci fenissent les fais du bon roy Jehan.</i></p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">CY COMENCENT LES GESTES<br /> -DU ROY CHARLES<br /> -CINQUIESME<br /> -DU NOM.</h2> - - - - -<h3>I.</h3> - -<p class="section">Coment Charles, ainsné fils du roy Jehan, qui trespassa en Angleterre, -fu sacré et enoint a roy de France en l'églyse de -Reims, et aussi fu la royne sa femme<a id="FNanchor_232" href="#Footnote_232" class="fnanchor">[232]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_232" href="#FNanchor_232"><span class="label">[232]</span></a> Dans les plus anciennes leçons, la vie de Charles V n'est pas séparée -de celle du roi Jean ; mais pour suivre la méthode la plus naturelle, -nous avons, dans cette circonstance, préféré le système des autres manuscrits -et des précédentes éditions.</p> -</div> - -<p>L'an de grace mil trois cent soixante-quatre, le dimenche -jour de la Trinité, qui fu le dix-neuviesme jour du -moys de may, furent ledit roy Charles et madame Jehanne -de Bourbon, sa femme, sacrés à Reims par monseigneur -Jehan de Craon, lors arcevesque dudit lieu. Et furent audit -sacre les evesques de Laon, de Beauvais, lors chancelier de -France ; de Langres et de Noyon, pers de France ; et pluseurs -autres prélas qui n'estoient pas pers : et barons Loys -duc d'Anjou, et Phelippe duc de Touraine, et la contesse -de Flandres, contesse d'Artois, pers de France ; le roy de -Chypre, le duc de Bréban, frère de l'empereur et oncle -dudit roy de France ; le duc de Lorraine, le duc de Bar et -pluseurs autres barons qui n'estoient pas pers. Item, le -mardi vint-huitiesme jour dudit moys de may, lesdis roy -et royne de France, qui retournoient de leur sacre, entrèrent -à Paris, c'est assavoir ledit roy environ heure de midy ; -et ala droit à Nostre-Dame et de là retourna au Palais ; et -environ nonne, la royne entra à Paris et ala droit au palais. -Et avecques la royne estoient à cheval la duchesse d'Orléans, -femme de Phelippe duc d'Orléans, oncle dudit roy ; la duchesse -d'Anjou, femme dudit Loys duc d'Anjou, et Madame -Marie, suer d'iceluy roy, laquelle n'avoit oncques esté mariée, -et depuis fu femme du duc de Bar. Et menoit ladite royne, -par le frain du cheval, monseigneur de Touraine qui aloit -de pié, lequel monseigneur de Touraine estoit frère dudit -roy. Et monseigneur le conte de Eu semblablement menoit -madame d'Orléans ; monseigneur d'Estampes menoit madame -d'Anjou, et monseigneur Loys de Chalon et le seigneur -de Beaugieu menèrent ladite madame Marie. Et fist-l'en -celuy jour grant disner au palais, là où furent tous les -prélas qui estoient à Paris. Et après disner qui fu environ -nonne, ot grant jouste en la court du palais et l'endemain -aussi, et à tous les deux jours jousta le roy de Chypre et -pluseurs autres ducs, contes et barons. Item, le vendredi, -derrenier jour dudit moys de mai, l'an mil trois cens -soixante-quatre dessus dit, ledit roy Charles octroia à monseigneur -Phelippe, son plus jeune frère, la duchié de Bourgoigne, -laquelle avoit esté requise par avant au roy Jehan, -et l'en reçut celuy jour en sa foy et en son homaige. Et -iceluy monseigneur Phelippe laissa au roy, son frère, la -duchié de Touraine, que le roy Jehan, son père, luy avoit -donnée l'an mil trois cent soixante.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>II.</h3> - -<p class="section">De la mort de Charles de Blois et desconfiture de ses gens, -par monseigneur Jehan de Montfort.</p> - - -<p>Le dimenche, jour de la Saint-Michiel mil trois cens -soixante-quatre dessus dit, combatirent devant le chastel -d'Auroy<a id="FNanchor_233" href="#Footnote_233" class="fnanchor">[233]</a>, près de la cité de Nantes, monseigneur Charles -de Blois, lors duc de Bretaigne de l'éritage de sa femme, -d'une part ; et monseigneur Jehan de Montfort, d'autre -part. Et avoit ledit monseigneur Charles, en sa compaignie, -grant foison de François et de Bretons, qui avoient tenu et -tenoient la partie du roy de France. Et ledit monseigneur -Jehan de Montfort avoit Anglois et autres Bretons, qui -avoient tenu la partie du roy d'Angleterre. Et fu ledit monseigneur -Charles mort en ladite bataille, et ceux qui en sa -compaignie estoient furent desconfis, la plus grant partie -mors ou pris. Et depuis ladite bataille, ledit monseigneur -Jehan de Montfort ne trouva audit païs de Bretaigne qui -luy résistast ou féist aucune guerre. Jasoit ce que la duchesse, -femme dudit monseigneur Charles, et duquel costé -ladite duchié luy estoit escheue par la mort du duc Jehan, -feust demourée en vie et estoit au païs.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_233" href="#FNanchor_233"><span class="label">[233]</span></a> <i>Auroy</i>. Aujourd'hui <i>Auray</i>, petite ville du département du Morbihan.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>III.</h3> - -<p class="section">Du traictié qui fu entre monseigneur Jehan de Montfort et la -duchesse, pour la duchié de Bretaigne.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1365</div> - -<p>L'an mil trois cens soixante-cinq, le douziesme jour du -moys d'avril, monseigneur Jehan de Craon, lors arcevesque -de Reims, et monseigneur Jehan le Maingre, dit Bouciquaut, -lors mareschal de France, lesquels le roy de France -Charles avoit envoiés audit païs de Bretaigne, pour traictier -entre ladite duchesse et ledit monseigneur Jehan de Montfort, -féirent et traictièrent accort entre lesdites parties par -la manière qui s'ensuit. C'est assavoir que ladite duchié de -Bretaigne, duquel vint ans par avant ou environ, la possession -et l'estat avoit esté adjugié par le roy Phelippe et par -arrest audit monseigneur Charles de Blois, à cause de sadite -femme, demourroit en héritage perpétuel audit monseigneur -Jehan de Montfort ; et ladite duchesse auroit pour luy et -pour ses hoirs la conté de Pantevre<a id="FNanchor_234" href="#Footnote_234" class="fnanchor">[234]</a>, qui avoit esté propre -héritaige de monseigneur Guy de Bretaigne, son père. Et si -devoit avoir par ledit traictié la viconté de Limoges<a id="FNanchor_235" href="#Footnote_235" class="fnanchor">[235]</a>. -Et jà soit que ladite duchesse ne se consentist point en sa -personne, mais seulement le sire de Beaumanoir et aucuns -autres qu'elle avoit institué procureurs pour traictier, -néantmoins fu tantost et sans délai la possession dudit duchié, -et les villes, chasteaux et forteresses d'iceluy bailliées -et délivrées réalment et de fait audit monseigneur Jehan de -Montfort, dont moult de gens s'esmerveillièrent ; car ledit -duchié avoit esté délivré par avant à ladite duchesse, -comme dessus est dit, contre le père dudit monseigneur -Jehan de Montfort.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_234" href="#FNanchor_234"><span class="label">[234]</span></a> <i>Pantevre</i>. Penthièvre.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_235" href="#FNanchor_235"><span class="label">[235]</span></a> La chronique inédite, qui met de côté la vicomté de Limoges, -ajoute ici : <i>La terre d'Avaugour</i>.</p> -</div> -<p>Item, en celuy an, au moys de juing, fu fait et passé un -accort du roy de France d'une part, et du roy de Navarre -d'autre, de la guerre qu'il avoient commenciée, et pour laquelle -ledit roy de France avoit fait prendre Mante et -Meullent et la conté de Longueville. Par lequel accort le -captal de Buech, qui de ladite guerre avoit esté pris comme -dessus est dit, fu du tout délivre ; et par ledit accort devoient -demourer perpétuelment au roy de France lesdites -villes de Mante et de Meullent et ladite contée de Longueville, -laquelle ledit roy de France avoit jà donnée à messire -Bertran du Guesclin, pour la raençon dudit captal, lequel -avoit esté prison dudit messire Bertran si comme dessus -est dit. Et le roy de Navarre devoit avoir la ville et la baronnie -de Montpellier, et pour ce, fu paix criée et publiée entre -lesdis roys.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>IV.</h3> - -<p class="section">Coment messire Bertran du Guesclin mena hors de France -pluseurs gens d'armes et pristrent la ville de Burgs en -Espaigne.</p> - - -<p>En celuy temps, assez tost après, ledit monseigneur Bertran -du Guesclin traicta avecques pluseurs gens de compaignie, -Anglois, Gascoings, Bretons, Normans et d'autres -nacions qui estoient au royaume de France et y tenoient -pluseurs forteresses, aucunes dès le temps de la guerre du -roy d'Angleterre, et les autres qui avoient esté occupées -par lesdites compaignies depuis la paix faite entre les roys -de France et d'Angleterre ; et moult avoient domaigié et -domaigoient chascun jour ledit royaume de France. Et fist -et pourchacia tant ledit messire Bertran que il laissièrent -toutes les forteresses que il tenoient, et si accordèrent et -promistrent que il iroient avecques luy contre les Sarrazins. -Et pour celle cause, le pape Urbain fist grant ayde audit -messire Bertran tant de florins que il luy bailla comme de -deux dixmes que il luy octroia. Et partirent assez tost -après ledit messire Bertran et pluseurs desdites compaignies, -et alèrent au royaume d'Arragon, en l'aide dudit roy -d'Arragon contre le roy de Castelle. Et assez tost après, entrèrent -audit royaume de Castelle, et sans aucune résistence -chevauchièrent par ledit royaume, et pristrent villes, cités, -chasteaux et forteresses, sans ce que le roy Pierre de Castelle, -qui lors en estoit roy, y méist aucune résistance. Et -toutesvoies estoit ledit roy Pierre tenu un des plus puissans -roys des Chrétiens, tant de puissance de gens comme de -grans trésors ; car il avoit esté et estoit moult crueux et moult -doubté tant de ses subgiés comme d'autres ; et pour ce, -avoit assemblé grans trésors, tant des aydes qu'il avoit -eues de ses subgiés comme des conquestes et finances qu'il -avoit eues des roys de Garnade et de Bellemarine<a id="FNanchor_236" href="#Footnote_236" class="fnanchor">[236]</a>, lesquels -il avoit subjugués et mis en son obéissance, et par espécial -avoit tant fait que le roy de Garnade, qui estoit Sarrasin, -estoit son homme et tenoit son royaume de luy ; et néantmoins, -il ne résistoit point à ceux qui ainsi comme dit est, -conquéroient son pays. Et tant chevauchièrent par ledit -païs de Castelle que il furent la semaine péneuse l'an mil -trois cens soixante-cinq dessus dit, devant la cité de Burgs, -de laquelle se estoit tantost parti ledit roy Pierre que il -avoit oïes les nouvelles de la venue desdites gens d'armes, -et s'en estoit alé vers Tolète si comme l'en disoit. Et tantost -se rendirent les habitans de ladite ville de Burgs à ceux de -ladite compaignie desquels les noms s'ensuivent : Monseigneur -le conte de la Marche, appellé monseigneur Jaques -de Bourbon ; Henry d'Espaigne, conte de Tristemare, lequel -estoit frère de père non légitime dudit roy Pierre de -Castelle, et avoit iceluy Henry esté banni et exillié dudit -royaume de Castelle ; et à son titre<a id="FNanchor_237" href="#Footnote_237" class="fnanchor">[237]</a> aloient tous avecques -luy, messire Bertran Du Guesclin dont dessus est faite mencion ; -monseigneur Arnoul d'Odenehan, mareschal de France ; -monseigneur Hue de Carvele<a id="FNanchor_238" href="#Footnote_238" class="fnanchor">[238]</a>, Anglois ; monseigneur Maurice -de Trésiguidy, et pluseurs autres François, Bretons, -Normans, Anglois, Gascoings, Arragonnoys et autres de -pluseurs nations jusques au nombre de dix mil hommes -d'armes de fait ou de plus, si comme l'en disoit ; lesquels -entrèrent en ladite ville de Burgs et y tuèrent aucuns Juifs -et Sarrasins, mais il ne meffirent point aux corps des Crestiens.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_236" href="#FNanchor_236"><span class="label">[236]</span></a> <i>Bellemarine</i>. C'est-à-dire, comme nous l'avons précédemment expliqué -sous l'année 1340, le souverain de Maroc, de la dynastie des <i>Benmerini</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_237" href="#FNanchor_237"><span class="label">[237]</span></a> <i>A son titre</i>. Sous son obéissance apparente.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_238" href="#FNanchor_238"><span class="label">[238]</span></a> <i>Carvele</i>. La chronique inédite du n<sup>o</sup> 530, qui le fait figurer à la -bataille d'Auray, le nomme <i>Cameley</i>, et Froissart <i>Caureley</i>.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>V.</h3> - -<p class="section">Du coronement de Henry, roi d'Espaigne, et des messaiges -que Jehan de Montfort envoia au roy de France et de la mort -de messire Arnault de Cervole, dit Arceprestre.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1366</div> - -<p>L'an de grace mil trois cens soixante-six, le jour de -Pasques, qui furent le cinquième jour d'avril, fu en ladite -ville de Burgs coroné en roy de Castelle ledit Henry, frère -dudit roy Pierre, de l'accort et consentement des autres -seigneurs et capitaines desdites gens d'armes. Et après son -coronement, il donna audit monseigneur Bertran la conté -de Tristemare que il tenoit avant que il feust exillié du -païs et le fist duc tant de Tristemare comme de la terre d'Esture<a id="FNanchor_239" href="#Footnote_239" class="fnanchor">[239]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_239" href="#FNanchor_239"><span class="label">[239]</span></a> <i>Estures</i>. Asturies.</p> -</div> -<p>Item, environ ledit temps de Pasques, l'an dessus dit, -monseigneur de Montfort, lors duc de Bretaigne, par le -traictié que avoit fait l'arcevesque de Reims dont dessus est -faite mencion, envoia à Paris devant le roy de France Charles, -messaiges, c'est à savoir le seigneur de Cliçon, Breton, -et monseigneur Guillaume le Latimier, Anglois, afin que -le roy voulsist confermer ledit traictié fait par ledit arcevesque, -et aussi que le roy lui prorogast le temps que autrefois -luy avoit donné pour venir faire son homaige audit -roy de France. Et fu accordé auxdis messaiges que il aroient -confermaison dudit traictié et si orent en une chartre. Mais -elle leur fu bailliée close et promistrent qu'elle ne seroit -ouverte jusques à ce que ledit duc feust venu devers le -roy faire son homaige tant dudit duchié comme de la conté -de Montfort et des autres terres qu'il devoit tenir du -roy. Et luy fu donné terme ès personnes desdis de Cliçon et -Latimier ses procureurs, jusques à la Saint-Michiel ensuivant, -pour venir faire son dit homaige devers le roy.</p> - -<p>Item, en celuy an, environ la Trinité, messire Arnault de -Cervole, dit l'Arceprestre, chevalier, qui tenoit grans compaignies -au royaume de France, fu mis à mort par ceux desdites -compaignies qui estoient avec lui, dont moult de gens furent -joyeux et liés ; car il avoit esté au roy et encore estoit son -homme<a id="FNanchor_240" href="#Footnote_240" class="fnanchor">[240]</a> de pluseurs grans et notables villes, chasteaux, -terres et forteresses que il tenoit de l'éritage de la dame de -Chasteauvillain, sa femme et de ses enfans ; et aussi de l'éritage -du seigneur de Leuroux, après la mort duquel ledit -Arceprestre avoit espousé sa femme ; et après la mort de -ladite femme il n'avoit voulu rendre lesdites terres et forteresses -aux héritiers auxquels elles appartenoient ; jà soit -ce que à aucuns d'iceux partie en eust esté adjugiée par -arrest de parlement. Et encore avecques tout ce il et ses -dites gens gastoyent tout le pays où il aloient, roboient, -tuoient et prenoient à raençon toutes gens, et si luy avoit -le roy par pluseurs fois fait baillier pluseurs et grans sommes -de florins, et le pape aussi pour faire vidier lesdites -compaignies hors dudit royaume ; et par plusieurs fois l'avoit -promis et juré et si n'en avoit rien fait. Si ne fu pas merveilles -sé l'en fu liés de sa mort. Et néantmoins tousjours -demouroient lesdites compaignies au royaume, et y faisoient -tous les maux que ennemis pevent faire, et y en avoit -presque en toutes les parties du royaume excepté le païs de -Picardie. Et aucune fois prenoient des forteresses et puis -les rendoient par grans sommes de florins que l'en leur donnoit, -et tantost en prenoient des autres, et ainsi l'avoient -tousjours fait depuis l'an mil trois cens soixante-un, que -il commencièrent à domaigier ainsi ledit royaume de -France par manière de compaignies, et faisoient encore, -nonobstant que le pape Urbain eust données sentences -d'escomeniement contre tous ceux qui faisoient telles compaignies -et contre leur aidans et confortans.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_240" href="#FNanchor_240"><span class="label">[240]</span></a> <i>Car il avoit esté</i>, etc. N'y auroit-il pas une faute ici, et ne liroit-on -pas mieux : « Car il avoit osté au roy et encore ostoit son homage… »</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>VI.</h3> - -<p class="section">De la naissance de madame Jehanne, fille du roy de France, et -de la victoire du roy Henry, et de la fuite du roy Pierre -d'Espaigne.</p> - - -<p>Le dimenche septiesme jour de juing, entre tierce et -midi, l'an mil trois cens soixante-six dessus dit, la royne -de France, appellée Jehanne, fille du duc de Bourbon qui -avoit esté mort en la bataille de Poitiers, et femme du roy -Charles qui lors estoit, ot une fille au bois de Vincennes, -laquelle fu baptisiée en la chapelle dudit bois de Vincennes, -le jeudi ensuivant onziesme jour dudit moys, et fu appellée -Jehanne ; et fu parein monseigneur Jehan, duc de Berry et -d'Auvergne, frère dudit roy, et marraines les roynes Jehanne -d'Évreux, qui avoit esté femme du roy Charles qui fu mort -l'an mil trois cens vingt-sept, et Blanche de Navarre, qui -avoit esté femme du roy Phelippe, qui mourut l'an mil -trois cens cinquante en la ville de Nogent-le-Roy, et Marguerite, -contesse d'Artois, mère du conte des Flandres Loys. -Et si y furent grant foison de prélas qui estoient à Paris.</p> - -<p>Item, environ la nativité Saint-Jehan-Baptiste audit -an mil trois cens soixante-six, vindrent nouvelles en -France que ledit roy Henry de Castelle avoit conquesté tout -le royaume de Castelle et toute la terre que avoit tenue le -roy Pierre dudit royaume, et que iceluy roy Pierre s'en -estoit foui l'en ne savoit quel part et avoit laissié tout son -pays, lequel pays estoit tout en l'obéissance dudit roy -Henry ; et ce fu chose tenue à moult grant merveille. Car -ledit roy Pierre estoit tenu avant que lesdites compaignies -entrassent en son païs le plus puissant roy des Crestiens, de -terres, de subgiés et de grans trésors, et toutesvoies avoit -esté tout son païs conquesté en moins de trois moys sans -ce qu'il y eust nuls qui y méist aucune résistance ; et si -estoit ledit roy Pierre tenu le plus hardi et le plus cruel -roy des Crestiens. Si disoit-l'en communelment que ces -choses là estoient avenues par vengence de Dieu ; car il avoit -fait moult de maux et avoit gouverné par tyrannie, si n'estoit -point amé de ses subgiés. Et entre ses autres mauvais -fais il avoit mauvaisememt fait murdrir sa femme espousée, -très bonne et très loyal créature, laquelle avoit esté fille du -duc de Bourbon, qui mourut en la bataille de Poitiers là -où le roy Jehan fu pris, et estoit seur de la royne de France -qui lors estoit. Et pour ce que il savoit bien que ses subgiés -le héoient, il ne se osa combattre, si perdi tout et s'en ala, -si comme aucuns disoient lors, en terre de Sarrasins. Les -autres disoient qu'il estoit alé vers le roy d'Angleterre et -vers le prince de Galles et d'Aquitaine, fils dudit roy d'Angleterre, -pour avoir aide et secours. Et assez tost après -sot-l'en certainement en France que ledit roy Pierre estoit -avecques le prince en Gascoigne et fist aliances avecques luy, -et donna audit prince grant foison d'or et de riches joyaux, -et pour ce, le prince luy promist que il luy aideroit à -recouvrer son pays, et fist iceluy prince grant semonce de -gens d'armes pour mener en Castelle, avecques ledit roy -Pierre, et par plusieurs fois les contremanda.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>VII.</h3> - -<p class="section">De l'omaige que Jehan de Montfort fist au roy de France du -duchié de Bretaigne, et coment la femme dudit Charles y -renonça.</p> - - -<p>L'an dessus dit mil trois cens soixante-six, au mois de -décembre, c'est assavoir le treiziesme jour, messire Jehan -de Montfort, lors duc de Bretaigne, par le traictié dont -dessus est faite mencion, fist l'omaige lige à Paris au roy -de France Charles, du duchié de Bretaigne et de toutes -les autres terres que il tenoit au royaume de France. Et se -parti du roy en bonne grace et amour que l'un avoit à -l'autre, si comme il sembloit ; et si luy fist le roy de beaux -dons de joyaux et de chevaux. Et en celuy mesme temps -la duchesse, femme du duc mort en la bataille dessus dite, -ractefia, en sa personne, audit duc de Bretaigne, en la présence -du roy et de son conseil, le traictié fait par le sire de -Beaumanoir et les autres, ses procureurs dessus escrips, -en renonçant audit duchié par la manière dont il avoit -esté traictié, et requérant au roy que ainsi le confermast -et prononçast en force et vertu d'arrest. Et ainsi fu fait et -prononcié en la présence du roy et des deux parties, par -messire Jehan de Dormans, lors evesque de Beauvais et -chancelier de France. Item, le lundi, sixiesme jour dudit -moys de décembre, madame Jehanne, fille dudit roy de -France Charles, mourut à Paris en la Conciergerie, ostel -du roy<a id="FNanchor_241" href="#Footnote_241" class="fnanchor">[241]</a>, lequel ostel est près de Saint-Pol. Et le mardi -ensuivant fu enterrée en l'églyse Saint-Denis, en France.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_241" href="#FNanchor_241"><span class="label">[241]</span></a> <i>En la conciergerie, ostel du roy</i>. Les éditions précédentes, qui pourtant -deviennent à compter de ce règne moins grossièrement inexactes, -portent seulement ici : <i>En l'ostel du roy</i>.</p> -</div> -<p>Item, au moys de février ensuivant, l'an mil trois -cens soixante-six dessus dit, furent apportées nouvelles à -Paris pardevers le roy de France Charles, que un sien chambellan, -appellé messire Jehan de La Rivière, lequel estoit -alé oultre-mer environ la nativité Saint-Jehan précédent, -estoit trespassé de ce siècle à Fomagosce<a id="FNanchor_242" href="#Footnote_242" class="fnanchor">[242]</a> au royaume de -Chypre, environ la feste de Toussains précédent ; de laquelle -mort le roy fut moult dolent, car il l'amoit moult. Et fu le -corps enterré en la ville de Coste, en laquelle l'en dit que -Sainte-Katherine fu née, et pour ce, luy fist faire ses obsèques -moult solennels et notables en l'églyse Sainte-Katherine-du-Val-des-Écoliers, -à Paris, le mercredi dix-septiesme -jour dudit mois de février, les vigiles et le jeudi ensuivant -la messe ; et y fu ledit roy présent et tous les prélas et officiers -du roy estant à Paris. Et en celuy mesme moys de -février furent apportées nouvelles en France que le cinquiesme -jour du mois de décembre précédent, le roy de -Chypre et pluseurs crestiens en sa compaignie, avoient pour -la seconde fois prise la cité d'Alexandrie et la tenoient ; car -l'autre fois que ledit roy de Chypre l'avoit prise l'an précédent, -il l'avoit tantost laissiée, pour ce que il n'avoit pas -assez gens pour la tenir. Et toutes voies ne fu ce pas vrai, -car jà soit ce que ledit roy de Chypre féist moult grant -armée et que avecques luy feussent grant quantité de -crestiens de diverses nations, il ne se traist plus vers ladite -ville d'Alexandrie, mais fu fait un traictié entre luy et le -soudan, par lequel il orent une longue triève par certaine -somme de florins que ledit soudan en donna audit -roy de Chypre, si comme l'en disoit.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_242" href="#FNanchor_242"><span class="label">[242]</span></a> <i>Fomagosce</i>. Famagouste.</p> -</div> -<p>Item, en ce dit moys de février mil trois cens soixante-six -dessus dit, le prince de Galles qui, si comme l'en -disoit, avoit receu grant somme de florins dudit roy -Pierre de Castelle pour luy aidier, passa par le royaume -de Navarre, accompagnié de grand nombre de gens d'armes, -archiers et autres gens de pié, par traictié que il fist avecques -ledit roy de Navarre, pour aler en Castelle contre ledit -roy Henry. Et toutesvoies cuidoit ledit Henry que iceluy -roy de Navarre feust alié avecques luy, et pour cela -avoit donné grant somme de florins. Mais pour ce que ledit -prince luy en donna aussi, il se consenti que ledit prince -passast par son pays, et ainsi le fist et ledit roy Pierre avecques -luy, et entra en Castelle ; dont le roy de Navarre acquist -grant blasme et déshonneur.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>VIII.</h3> - -<p class="section">Coment le roy de Navarre se fist prendre par cautelle.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1367</div> - -<p>Item, le treiziesme jour du mois de mars ensuivant, un -chevalier breton, appellé monseigneur Olivier de Mauny, -prist ledit roy de Navarre assez près de Tudelle et l'enmena -prisonnier au royaume d'Arragon, et se fist ledit roy de -Navarre prendre par fraude, afin, si comme l'en disoit, -que il ne passast avec ledit prince en Castelle. Et assez tost -après, pluseurs Anglois et autres des gens dudit prince qui -estoient passés en Castelle avec lui au royaume d'Arragon, -pour ce que le roy d'Arragon estoit alié dudit roy Henry, -assez tost après que il y furent entrés, les Arragonnois -leur coururent sus et les desconfirent, et y fu mort un chevalier -anglois, appelé messire Guillaume de Feleton, et pluseurs -autres jusques au nombre de cinq cens et plus.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>IX.</h3> - -<p class="section">De la prise messire Bertrand du Guesclin et de pluseurs -autres par les Anglois, etc.</p> - - -<p>En celuy an mil trois cent soixante-six, le samedi troisiesme -jour du moys d'avril devant Pasques, et fu la veille -du dimenche que l'on chante <i lang="la" xml:lang="la">Judica</i>, lesdis prince et roy -Henry et leur bataille, se rencontrèrent assez près de -St-Dominge<a id="FNanchor_243" href="#Footnote_243" class="fnanchor">[243]</a> et se combattirent, et là fu ledit roy Henry -desconfit et s'en parti de la bataille, et la plus grand partie -des Castellains avecques luy. Et là furent pris messire -Bertran du Guesclin ; monseigneur Arnoul d'Odenehan, -maréchal de France ; Le Begue de Villaines et aucuns autres -François et Bretons et aussi aucuns autres Arragonnois. -Et assez tost après se traistrent lesdis prince et roy Pierre -vers Burgs, et par traictié se rendirent ceux de dedens et se -mistrent en l'obéissance dudit roy Pierre. Item, en celuy -temps, ledit roy de Navarre qui avoit esté pris, comme dit -est, par monseigneur Olivier de Mauny, fu délivré, et il -bailla par ficcion, son fils en ostaige et trois chevaliers.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_243" href="#FNanchor_243"><span class="label">[243]</span></a> <i>Saint-Dominge</i>. Cette bataille a pris encore le nom tantôt de <i>Nadera</i>, -ou <i>Najara</i>, et tantôt de <i>Navarette</i>. Ce dernier a prévalu.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>X.</h3> - -<p class="section">Coment le pape Urbain entra en mer pour aler à Rome ; et -de la dissencion de ceux de Viterbe contre ses gens, et de -la bataille qui y fu.</p> - - -<p>L'an de grace mil trois cent soixante-sept, le derrenier -jour d'avril, dont Pasques furent le dix-huitiesme jour -dudit moys, pape Urbain parti d'Avignon pour aler à Rome, -au très-grant desplaisir de tous les cardinaux ; et en demourèrent -cinq qui n'alèrent pas lors avecques luy, mais il ne -leur laissa né donna aucune puissance. Et ala à Marseille -pour là entrer en mer, et y trouva pluseurs galies de -Venise, de Gennes, de Secile et autres moult honorablement -aournées de gens et paremens. Et entra sa personne en -celle de Venise et ala droit à Viterbe, là où il demoura et -tint sa cour environ quatre moys ; et par le temps que -il estoit en la dite ville de Viterbe, c'est assavoir le - <a id="FNanchor_244" href="#Footnote_244" class="fnanchor">[244]</a> l'an mil trois cent soixante-sept -dessus dit, se mut une rumeur entre aucuns habitans -d'icelle ville et aucuns familiers de cardinaux pour ce, -si comme l'en disoit, que iceux familiers lavoient leur -mains en la fontaine de la dicte ville. Et fu telle ladite rumeur -que ceux de ladite ville s'armèrent et coururent sus -aux cardinaux et à leur gens, et convint que aucuns desdis -cardinaux se rendissent et laissassent le chappel rouge à -aucuns desdis habitans pour leur sauver la vie. Et si allèrent -devant le chastel de ladite ville au quel estoit le pape, -mais il ne purent entrer. Et pour ce, le pape manda gens -d'armes, et dedens trois jours en ot en ladite ville si largement, -que le pape ot la seigneurie et puissance de fait ; -si en fist prendre pluseurs et procéda à la pugnicion dudit -fait, et en furent pluseurs mis à mort.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_244" href="#FNanchor_244"><span class="label">[244]</span></a> Cet endroit est ainsi laissé en blanc dans le manuscrit de Charles V ; -dans les autres, et dans les éditions précédentes, la date n'est pas même -indiquée.</p> -</div> -<p>Item, au mois d'aoust ensuivant, l'an dessusdit, le prince -de Galles qui estoit alé en Castelle, et le duc de Lencastre, -son frère, qui pou orent exploitié fors seulement du fait de la -bataille dont dessus est faite mencion au chapitre précédent, -s'en retournèrent à Bordeaux et laissèrent ledit roy Pierre en -Castelle, lequel n'avoit pas fait son devoir vers ledit prince. -Car jasoit que iceluy prince feust là alé pour aidier audit -Pierre et pour le remettre au pays dont il avoit esté chascié, -il se parti après la bataille en laquelle ledit prince et ses -gens avoient eu victoire ; et ne le vit puis ledit prince si -comme l'en disoit, et demoura ledit Pierre en moult grant -debte devers le prince pour cause de gaiges des gens d'armes -que iceluy prince avoit menés avecques luy. Et tantost que -le roy Henry, qui estoit venu au royaume de France après -ce qu'il ot esté desconfi, comme dit est dessus, avoit demouré -au pays de Carcassoys<a id="FNanchor_245" href="#Footnote_245" class="fnanchor">[245]</a> et sa femme et pou de gens -avecques luy, sot que ledit prince s'estoit parti de Castelle -et les compaignies que il avoit menées avecques luy ; et aussi -quant iceluy Henry ot sceu que la plus grant partie des gens -dudit royaume de Castelle le recevroient volentiers sé il y -aloit, il se mist en chemin pour y aler et prist le chemin par -les montaignes de Forez : et jasoit ce que il eust pluseurs -empeschemens, il entra audit pays de Castelle, le vint-septiesme -jour du mois de septembre mil trois cens soixante-sept -dessus dit : et premièrement en la cité de Calehorre, et de -là ala à Burgs ; et fu receu audit pays de Castelle de toutes -gens moult honnorablement, et luy fist-l'en toute obéissance -comme à seigneur ; et ainsi ledit royaume de Castelle fu -gaignié par Henry, et recouvré par Pierre, et regaignié par -Henry, tout en un an et demi ou environ. Et depuis demourèrent -les dictes compaignies, en Guyenne au païs dudit -prince, jusques au moys de décembre ensuivant, que elles -entrèrent en Auvergne et en Berry. Et en l'entrée du moys -de février ensuivant, passèrent la rivière de Loire vers Marcigny-les-Nonnains<a id="FNanchor_246" href="#Footnote_246" class="fnanchor">[246]</a>, -les uns à gué les autres sur un pont, -et demourèrent en Maconnois par aucun temps. Et depuis -entrèrent au duchié de Bourgoigne et le passèrent moult -hastivement, car il trouvoient pou de vivres, pour ce que l'en -avoit fait retraire tout ès forteresses, lesquelles estoient -très-bien gardées par la bonne ordenance que messire -Phelippe fils du roy de France Jehan, et frère du roy -Charles lors duc de Bourgoigne, y avoit mise, tant de gens -d'armes comme autrement. Et ne demourèrent audit pays -de Bourgoigne que six ou sept jours, sans y prendre aucun -fort ; et alèrent en Aucerrois et pristrent les moustiers de -Cravent et de Vermanton, là où il trouvèrent grant foison -vivres et autres biens ; et il leur estoit bien mestier, car la -plus grant partie avoit esté sans mengier pain longuement, -et estoient sans soulers. Et quant il furent rafreschis, -il se divisèrent et passèrent aucuns la rivière de Yonne -à Cravent, et entrèrent en Gastinois environ huit cens hommes -d'armes anglois, mais il étoient bien dix mille personnes -ou plus ; et les autres alèrent vers Troyes, qui estoient trop -plus grant nombre, car il estoient plus de quatre mille -combatans et de vint mille pillars et femmes ; et passèrent -la rivière de Saine vers Saint-Sepulcre<a id="FNanchor_247" href="#Footnote_247" class="fnanchor">[247]</a> et à Mery. Et après -la rivière d'Aube, et alèrent vers Esparnay et assaillirent -l'église de ladite ville d'Esparnay qui estoit fort, en laquelle -estoient retrais les gens de la ville ; et pour ce qu'il ne la -porent avoir par assault il la minèrent : et ceux qui estoient -dedens sentirent que l'on minoit ladite église, il contreminèrent, -et en cuidant ardoir la mine des ennemis, il ardirent -leur contremine. Et convint que il se retraisissent en -une tour. Et après parlementèrent auxdites compaignies et -raençonèrent<a id="FNanchor_248" href="#Footnote_248" class="fnanchor">[248]</a> leur corps et la ville d'ardoir parmy deux -mil frans<a id="FNanchor_249" href="#Footnote_249" class="fnanchor">[249]</a> que il leur baillièrent. Et demourèrent aucuns -desdites compaignies en ladite ville d'Esparnay, et les autres -passèrent oultre en diverses routes<a id="FNanchor_250" href="#Footnote_250" class="fnanchor">[250]</a>, les uns à Fimes, les -autres à Coincy-l'Abbaie, et les autres à Ay<a id="FNanchor_251" href="#Footnote_251" class="fnanchor">[251]</a> ; et assaillirent -le moustier d'Ay qui estoit fort, auquel estoient les gens de -ladite ville, et auquel moustier se boutèrent environ vint -hommes d'armes pour secourir les bonnes gens qui estoient -dedens. Et pour ce que lesdites compaignies virent que il -ne pouvoient avoir ledit moustier par assault, il le minèrent -et demourèrent longuement devant. Et cependant le -roy faisoit toujours son mandement de gens pour les combatre ; -et ceux qui avoient passé la rivière de Yonne à Cravent -quant il orent esté bien avant au Gastinois la repassèrent -à Pons-sur-Yonne, et alèrent passer Saine à Nogent-sur-Saine, -et se traistrent vers les autres à Esparnay.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_245" href="#FNanchor_245"><span class="label">[245]</span></a> <i>Carcassoys</i>. Ou <i>Carcassez</i>, le territoire de Carcassonne.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_246" href="#FNanchor_246"><span class="label">[246]</span></a> <i>Marsigny-les-Nonnains</i>. A peu de distance de Semur.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_247" href="#FNanchor_247"><span class="label">[247]</span></a> <i>Saint-Sépulcre</i>. Peut-être <i>Saint-Sulpice</i>, entre Mery et Troyes.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_248" href="#FNanchor_248"><span class="label">[248]</span></a> <i>Raençonèrent</i>. Rachetèrent.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_249" href="#FNanchor_249"><span class="label">[249]</span></a> <i>Deux mil frans</i>. Environ cinquante mille francs d'aujourd'hui.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_250" href="#FNanchor_250"><span class="label">[250]</span></a> <i>En diverses routes</i>. Dans les précédentes éditions, au lieu de ces -mots, il y a : <i>Adimeosdun</i>. Et plus bas, au lieu de <i>Fismes</i>, elles ont mis <i>à -fleuves</i>. Au lieu de <i>Coincy</i>, <i>Coucy</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_251" href="#FNanchor_251"><span class="label">[251]</span></a> <i>Coincy</i>, à deux lieues de Château-Thierry. — Tous les gastronomes -connoissent la position du bourg d'<i>Aï</i>, entre la petite ville d'Avenay et -celle d'Epernay. — On chercheroit vainement dans nos historiens modernes -les précieux détails que nous trouvons ici. La raison en est simple : -Froissart ne les donne pas.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XI.</h3> - -<p class="section">Coment monseigneur Lyonnel, fils du roy d'Angleterre, vint à -Paris, et de l'onneur que le roy de France et les barons luy -firent.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1368</div> - -<p>L'an de grace mil trois cent soixante-huit, le dimenche -jour de Quasimodo seiziesme jour d'avril, Pasques furent -celuy an le neuviesme jour dudit mois, messire Lyonnel, -duc de Clarence, second fils du roy d'Angleterre, entra à -Paris et venoit d'Angleterre ; et aloit à Milan espouser la -fille messire Galiache, l'un des seigneurs de Milan ; et -alèrent jusques à Saint-Denys en France encontre ledit -Lyonnel monseigneur Jehan, duc de Berry, et messire -Phelippe, duc de Bourgoigne, frères germains du roy de -France. Et le menèrent descendre droit au Louvre où ledit -roy estoit, et laiens fu receu dudit roy moult honnorablement. -Et ot laiens sa chambre moult bien parée et aournée ; -et disna celuy jour et souppa au chastel du Louvre avecques -le roy de France, qui aussi y estoit lors logié. Et l'endemain -jour de lundi, ledit Lyonnel disna avecques la royne -en l'ostel du roy près de Saint-Pol, là où elle estoit logiée, -et y fist-l'en très grant feste. Et après disner, quant l'en ot -dancié et joué, ledit Lyonnel et lesdis deux frères du roy -qui tousjours le compaignoient, s'en retournèrent audit -Louvre devers le roy et souppèrent avecques luy, et tousjours -coucha ledit Lyonnel au Louvre. Et le mardi ensuivant, -dix-huitiesme jour du moys d'avril dessus dit, lesdis -ducs de Berry et de Bourgoigne donnèrent à disner et à -soupper audit Lyonnel et à ses chevaliers et autres gens qui -y vouldrent estre, en l'ostel d'Artois à Paris ; et alèrent au -gesir au Louvre. Et le mercredi ensuivant, ledit Lyonnel -disna et souppa avecques le roy et luy fist le roy moult de -grans dons et à ses gens aussi, qui valoient, si comme l'en -estimoit, vint mille florins et plus.</p> - -<p>Item, le jeudi ensuivant, ledit Lyonnel se parti de Paris, -et le fist le roy convoier par le conte de Tanquarville jusques -à Sens, et par autres chevaliers jusques hors du -royaume.</p> - -<p>Et assez tost après, ceux qui estoient dedens le moustier -d'Ay se rendirent et furent pris à raençon ; car il n'avoient -plus de vivres dedens ledit moustier. Et demourèrent -lesdites compaignies au Meucien<a id="FNanchor_252" href="#Footnote_252" class="fnanchor">[252]</a> en divers logeys. -C'est assavoir à Lisy, à Acy, à Fontaines-les-Nonnains et -environ, jusques au vendredi douziesme jour de may, l'an -mil trois cens soixante-huit dessusdit ; lequel jour se deslogièrent -et s'en alèrent vers Chaalons, vers Vitry en Pertois -et en celle marche ; et y firent moult de maux comme -d'ardoir maisons, tuer gens, efforcier femmes et pluseurs -autres maux. Et en celle marche demourèrent jusques environ -le commencement du moys de juing, et parla-l'en à -eux par pluseurs fois, afin que il partisissent du royaume ; -mais il demandoient si grandes sommes de florins, c'est -assavoir au moins quatorze cens mil frans d'or, que l'en -n'y voult point entendre pour le roy, et partout celuy temps -avoit le roy grant nombre de gens d'armes en pluseurs -bonnes villes, comme Sens, Troyes et Chaalons, Provins -et autres, èsquelles villes lesdites gens d'armes faisoient -tant de excès et de maux que ce estoit pitié.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_252" href="#FNanchor_252"><span class="label">[252]</span></a> <i>Au Meucien</i>. En <i>Multien</i>, pays de la Brie. <i>Lisy-sur-Ourq</i>, à trois -lieues de Meaux. <i>Acy-en-Multien</i>, à sept lieues de Senlis.</p> -</div> -<p>Item, le vendredi neuviesme jour de juing mil trois cent -soixante-huit dessusdit, lesdites compaignies qui s'estoient -deslogiées de devant Vitry passèrent par assez près de Troyes -et se alèrent logier vers Marigny<a id="FNanchor_253" href="#Footnote_253" class="fnanchor">[253]</a> et au pays environ. Et -lors estoit à Troyes le duc de Bourgoigne, mais il n'avoit pas -gens pour combattre à eux : et s'en alèrent passer la rivière -d'Yonne vers Aucerre, et alèrent vers Chastillon-sur-Louen, -devant Montargis et par tout le Gastinois, droit vers Estampes. -Mais il séjournèrent tant en Gastinois que il fu avant -le quatriesme jour de juillet que il feussent environ Estampes ; -et boutèrent les feux en pluseurs lieux et villes en -leur chemin. Et pource que l'en disoit communelment que -il venoient devant Paris, le roy manda gens d'armes à Paris. -Et en celuy an meisme, la derrenière sepmaine de juin, -le roy fist deux mareschaux nouveaux, c'est assavoir : -Messire Loys de Sancerre et messire Mouton de Blainville. -Car le mareschal Bouciquaut estoit mort, et messire Arnoul -d'Odenehan avoit renoncié à l'office, et le roy luy avoit -baillié l'oriflame. Et environ quinze jours devant, le roy -avoit fait amiral de la mer messire François de Perilleux -et en avoit osté le Baudrin de la Heuse.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_253" href="#FNanchor_253"><span class="label">[253]</span></a> <i>Marigny</i>. Entre Troyes et Nogent-sur-Seine.</p> -</div> -<p>Item, le mardi quart jour de juillet, lesdites compaignies -se logièrent à Estampes et à Estrichi<a id="FNanchor_254" href="#Footnote_254" class="fnanchor">[254]</a>. Et y demourèrent -jusques au dimenche ensuivant, neuviesme jour -dudit moys, que se deslogièrent les Gascoins qui, si comme -l'en disoit, se deffioient des Anglois et les Anglois d'eux ; et -s'en alèrent à Baugency-sur-Loire, et les Anglois alèrent en -Normendie et pristrent la ville de Vire : et y entrèrent de -jour comme tous hommes de ville, armés dessous leur grosses -robes, premièrement environ quarante ou soixante ; et -quant il orent gaaigné la porte, leur grosses routes vindrent -après, mais il ne pristrent pas le chastel ; car pluseurs de la -dite ville se retraistrent dedens, qui bien le deffendirent et -gardèrent ; et aussi fu-il assez tost après raffreschi de gens -d'armes. Et environ quinze jours après, une partie desdis -Anglois de compaignie, environ quatre cens ou cinq cens, -s'en alèrent en Anjou et pristrent la ville de Chasteau-Gontier -par la manière qu'il avoient prise Vire. Et lesdis -Gascoins se tindrent bien trois sepmaines ou un moys en -ladite ville de Baugency ; et pluseurs fois ala le seigneur de -Lebret de par le roy de France par devers eux pour traictier, -comme il vidassent le royaume de France ; et en espérance -de certain traictié pourparlé et non passé entre eux, lesdis -Gascoins passèrent la rivière de Loire par devers la Sauloigne ; -et crut tant la rivière, assez tost après, que il ne la -porent rappasser sans pont ; et ainsi demourèrent une -pièce, en attendant la response dudit traictié que le seigneur -de Lebret avoit porté devers le roy.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_254" href="#FNanchor_254"><span class="label">[254]</span></a> <i>Estrichi</i>. Ou <i>Estrechy</i>.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XII.</h3> - -<p class="section">Des appellacions que le conte d'Armignac et autres nobles -firent contre le prince de Galles en France.</p> - - -<p>Environ celuy temps, le conte d'Armignac, le seigneur -de Lebret, le conte de Pierregort et pluseurs autres barons -et nobles du duchié de Guyenne, appelèrent du prince de -Galles, duc de Guyenne, pour pluseurs griefs que il leur -avoit fais ; et se traistrent devers le roy de France afin que -il receust leur appellacions et donnast ajournement en cas -d'appel. Et sur ce, ot ledit roy grant délibéracion ; et par le -conseil que il ot, il leur octroia lesdis ajournemens, car il -n'avoit encore faites aucunes renonciations aux ressors -et souverainetés des terres par luy bailliées audit roy d'Angleterre ; -jasoit ce que les termes feussent passés dedens -lesquels devoient estre faites lesdites renonciations. Car le -roy d'Angleterre avoit esté refusant et délayant de faire -aucunes renonciations que il devoit faire ; lesquelles se -devoient faire lors et par la manière que contenu est ès -lettres desquelles la teneur est cy-après encorporée. Et -toutesvoies, jusques à ce que lesdites renonciations feussent -faites, lesdis ressors et souverainetés demouroient au roy -de France par la manière que il les avoit avant ledit traictié ; -mais il devoit surseoir de en user jusques à certain -temps, si comme ès dites lettres est contenu, desquelles la -teneur ensuit<a id="FNanchor_255" href="#Footnote_255" class="fnanchor">[255]</a> :</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_255" href="#FNanchor_255"><span class="label">[255]</span></a> Voyez plus haut l'<a href="#article-12">article XII</a> du traité de Brétigny.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XIII.</h3> - -<p class="section">Ci s'ensuit le contenu des lettres des renonciations que le roy -d'Angleterre et le prince son fils devoient faire des terres -qu'il tenoient ci nommées.</p> - - -<p>« Edouart, par la grace de Dieu, roy d'Angleterre, seigneur -d'Irlande et d'Acquitaine, à tous ceux qui ces -présentes lettres verront, salut. Comme pour les discencions, -débas et descors meus et espérés<a id="FNanchor_256" href="#Footnote_256" class="fnanchor">[256]</a> à mouvoir entre -nous et notre très cher frère le roy de France, certains -traicteurs et procureurs de nous et de nostre très chier -ainsné fils Edouard, prince de Galles, ayant à ce souffisant -pouvoir et auctorité pour nous et pour luy et -nostre royaume d'une part ; et certains autres traicteurs -et procureurs de nostre dit frère et de nostre très chier -neveu Charles, duc de Normendie et daulphin de Viennois, -fils ainsné de nostre dit frère de France, ayant -povoir et auctorité de son dit père en ceste partie, pour -son père et pour luy, se feussent assemblés à Brétigny -près de Chartres : auquel lieu fu parlé, traictié et accordé -final paix ; et accordé, le huitiesme jour de mai derrenièrement -passé, des traicteurs et procureurs de l'une et de -l'autre partie, sur les discencions, débas, guerres et descors -devant dis ; lesquels traictié et paix les procureurs -de nous et de nostre dit fils, pour nous et pour luy, jurèrent -aux sains évangiles tenir et garder, et après cela jurèrent -nos dis fils et neveu au nom que dessus ; et depuis, -nous et nostre dit frère l'avons confermé et juré solempnelment : -parmy lequel accort, entre les autres choses, -nostre frère et son fils devant dit sont tenus et ont promis -bailler, délivrer et délaissier à nous, nos hoirs et successeurs -à tousjours, les cités, contés, villes, chasteaux, forteresces, -terres, revenues et autres choses qui s'ensuivent, -avec ce que nous tenons en Guyenne et en Gascoigne ; -à tenir et posséder perpétuelment à nous et à nos hoirs -et successeurs ce que en demaine en demaine, et ce que en -fié en fié, et par le temps et manière ci-après esclaircis : -la cité, le chastel et la conté de Poitiers, et toute la terre -et le pays de Poitou, ensemble le fieu de Thouart et la -terre de Belleville ; la cité et le chastel de Xaintes, et -toute la terre et le pays de Xaintonge par deçà et par delà -la Charente, avecques la ville, chastel et forteresce de -La Rochelle, et leur appartenances et appendances ; la -conté, le chastel d'Agen et la terre et le pays d'Agenois ; -la cité, le chastel et toute la conté de Pierregort, et la -terre et le pays de Pierreguis ; la cité et le chastel de -Lymoges et la terre et le pays de Lymosin ; la cité et le -chastel de Caours et la terre et le pays de Caoursin ; la -cité, le chastel et le pays de Tarbe et la terre et le pays -et la conté de Bigorre ; la conté, la terre et le pays de -Gaure ; la conté et le chastel d'Angoulesme et la conté et -la terre et le pays d'Angoulesmois ; la cité et le chastel -de Rodés et la terre et le pays de Rouergue. Et s'il y a -aucuns seigneurs, comme le conte de Foix, le conte d'Armignac, -le conte de Lille, le conte de Pierregort, le -conte de Lymoges ou autres qui tiennent aucunes terres -ou lieux dedens les mettes desdis lieux, il en feront -homaige à nous et tous autres services et devoirs deus à -cause de leur terres et lieux, en la manière qu'il les ont -fais au temps passé : et tout ce que nous ou aucuns des -roys d'Angleterre anciennement tindrent en la ville de -Monstereul sur la mer et ès appartenances : — toute la conté -de Pontieu tout entièrement, sauf et excepté que sé aucunes -choses ont esté aliénées par les roys d'Angleterre qui -ont esté pour le temps, de ladite conté et appartenances, -et à autres personnes qui aux roys de France estoient -tenus, nostre dit frère né ses successeurs ne seront pas -tenus de les rendre à nous ; et sé lesdites aliénacions ont -esté faites aux roys de France qui ont esté par le temps sans -aucun moyen, et nostre dit frère le tiengne à présent en sa -main, il les laissera à nous entièrement, excepté que sé les -roys de France les ont eu par eschange ou autres terres, -nous délivrerons ce que l'on a eu par eschange, ou nous -laisserons à nostre dit frère les choses ainsi aliénées ; mais -sé les roys d'Angleterre qui ont esté par le temps en avoient -aliéné ou transporté aucunes choses en autres personnes -que ès roys de France, et depuis il soient venus ès mains -de nostre dit frère, ou par partage, nostre dit frère ne sera -pas tenu de les rendre. Et aussi sé les choses dessusdites -doivent homaige, nostre dit frère les baillera à autres qui -en feront omaige à nous, et s'il ne doivent omaige, il -nous baillera un tenant qui nous en fera le devoir dedens -un an prochain après ce que nostre dit frère sera parti -de Calais, — le chastel et la ville de Calais, le chastel, la -ville et seigneurie de Merque, les villes, chasteaux et seigneuries -de Sangate, Coulongne, Hammes, Wale et Oye -avecques leur bois, marés, rivières, seigneuries, advoisons -d'églyse et toutes autres appartenances et lieux -entregisans dedens les mettes et bondes qui s'ensuivent : -C'est assavoir deçà Calais jusques au fil de la rivière pardevant -Gravelingues, et aussi par le fil de mesme la -rivière tout entour l'angle, et aussi par la rivière qui va -par delà poil et par meisme la rivière qui chiet au grant -lay de Guynes jusques à Fretin et d'ilec par la valée entour -la montaigne Calculi, encloant meisme la montaigne ; -et aussi jusques à la mer, avec Sangate et toutes les -appartenances ; le chastel et la ville et tout entièrement la -conté de Guynes avecques toutes les terres, villes, chasteaux, -forteresces, lieux, homes, homaiges, bois, forès, -droitures d'icelles, aussi entièrement comme le conte -de Guynes, derrain mort, les tint au temps qu'il ala de -vie à trespassement ; — et obéiront les églyses et les bonnes -gens estant dedens les limitations dudit conté de Guynes, -de Calais et de Merque et des autres lieux dessusdis, à -nous ainsi comme il obéissoient à nostre dit frère et au -conte de Guynes qui fu pour le temps. Toutes lesquelles -choses comprises en ce présent article et en l'article prochain -précédent de Merque et de Calais, nous tendrons en -demaine, excepté les héritages des églyses qui demourront -auxdites églyses entièrement, quelque part qu'il -soient assises ; et aussi excepté les héritages des autres -gens du païs de Merque et de Calais, assis hors de la ville -de Calais, jusques à la value de cent livres de terre par an -de la monnoie courant au païs et au-dessoubs ; lesquels -héritages leur demourront jusques à la value dessusdite -et au-dessoubs ; mais les habitacions et héritages assis en -ladite ville de Calais, avecques leur appartenances, demourront -en demaine à nous pour ordener à nostre volenté ; -et aussi demourront aux habitans en la terre, ville -et conté de Guynes, toutes leur demaines entièrement et -revendront plainement, sauf ce que est dit par avant des -confrontations, mettes et bondes dessus dites en l'article -de Calais, et toutes les isles adjacens aux villes, païs et -lieux avant nommés, ensemble avecques toutes les autres -isles, lesquelles nous tenrons au temps dudit traictié. Et -eust esté pourparlé que nostre dit frère et son ainsné fils -renonçassent aux ressors et souverainnetés et à tout droit -qu'il pourroient avoir en toutes les choses dessusdites, et -que nous les tenissions, comme voisin, sans ressort et souveraineté -de nostre dit frère audit royaume de France, -et que tout le droit que nostre dit frère avoit ès choses -dessus dites, il nous cédast et transportast perpétuelment -et à tousjours ; et aussi eust esté pourparlé que -semblablement nous et nostre dit fils renoncissons expressément -à toutes les choses qui ne doivent estre bailliées -ou délivrées à nous par ledit traictié, et par espécial -au nom et au droit de la couronne et du royaume de -France, à omaige, souveraineté et demaine du duchié de -Normendie, du duchié de Touraine, des contés d'Anjou -et du Maine, et souveraineté et omaige du duchié de -Bretaigne, à la souveraineté et omaige du conté et païs -de Flandres, et à toutes autres demandes que nous faisons -et faire pourrions pour quelque cause que ce soit, excepté -les choses dessus dites qui doivent demourer et estre -baillées à nous et à nos hoirs, et que nous leur transportassions, -cessissons et délaisissions tous les droits que nous -pourrions avoir en toutes les choses qui à nous (ne) doivent -estre bailliées. — Sur lesquelles choses, après pluseurs -altercacions eues sur ce, et par espécial pource que lesdites -renonciacions ne se font pas de présent, avons finablement -accordé avec nostre dit frère par la manière qui s'ensuit : -c'est assavoir que nous et nostre dit ainsné fils renoncerons, -et ferons et avons promis à faire les renonciations, -transpors, cessions et délaissemens dessusdis, quant et -si tost que nostre dit frère aura baillié à nous ou à nos -gens espécialment de par nous députés, la cité et le chastel -de Poitiers et toute la terre et le païs du Poitou, -ensemble le fié de Thouart et la terre de Belleville ; la -cité et le chastel d'Agen et toute la terre et le païs d'Agenois ; -la cité et le chastel de Pierregort et toute la terre -et le païs de Pierreguis ; la cité et le chastel de Caours et -toute la terre et le païs de Caoursin ; la cité et le chastel -de Lymoges et toute la terre et le païs de Lymosin ; et -toute la conté de Gaure. Lesquelles choses nostre dit frère -nous a promis à baillier ou à nos espéciaux députés dedens -la feste de la Nativité Saint-Jehan-Baptiste sé il peut ; -et tantost après ce, devant certaines personnes que nostre -dit frère députera, nous et notre dit ainsné fils ferons -en nostre royaume ycelles renonciations, transpors, cessions -et délaissemens par foy et sairement, solempnelment, -et d'icelles ferons bonnes lettres ouvertes, scellées de nostre -grant seel, par la manière et forme comprise en nos autres -lettres sur ce faites et que compris est audit traictié, lesquelles -nous envoierons à la feste de l'Assomption Nostre-Dame -prochain ensuivant, en l'églyse des Augustins à -Bruges ; et les ferons baillier à ceux que nostre dit frère -y envoiera lors pour les recevoir. Et sé dedens ladite feste -saint Jehan-Baptiste, nostre dit frère ne povoit baillier -les cités, chasteaux, villes, terres, païs, isles et lieux -dessus prochainement nommés, il les doit baillier dedens -la feste de Toussains prochaine venant en un an ; et -icelles bailliées, ferons nous et nostre dit fils lesdites -renonciations, transpors, cessions et délaissemens pardevant -les gens qui seront députés par nostre dit frère, -comme dit est, et en ferons lettres telles et par la manière -dessusdite, et les ferons baillier à ses gens au jour de la -feste saint Andrieu lors ensuivant, en ladite églyse des -Augustins, à Bruges, par la manière dessus dite. Et aussi -nous a promis nostre dit frère que il et son ainsné fils -renonceront et feront semblables, lors et par la manière -dessus dite, les renonciations, transpors, cessions -et délaissemens accordés par ledit traictié à faire de sa -partie, si comme dessus est dit ; et envoiera ses lettres -patentes scellées de son grant seel auxdis lieux et termes -pour les baillier aux gens qui de par nous y seront députés, -semblablement comme dit est. Et aussi nous a promis -et accordé nostre dit frère que luy et ses hoirs cesseront, -jusques aux termes desdites renonciations dessus esclaircies, -de user de souverainnetés et ressors en toutes les -cités, contés, chasteaux, villes, terres, païs, isles et lieux -que nous tenions au temps dudit traictié, lesquelles nous -doivent demourer par ledit traictié, et ès autres qui, à -cause desdites renonciations et dudit traictié, nous seront -bailliées et doivent demourer à nous et nos hoirs, sans -ce que nostre dit frère ou ses hoirs ou autres à cause de -la couronne de France, jusques aux termes dessus esclaircis -et iceux durans, puissent user d'aucuns services ou -souverainneté, né demander subjecion sur nous, nos hoirs, -nos subgiés d'icelles présens et avenir, né querelles ou -appeaux en leur court recevoir, né rescrire icelles, né de -jusridicion aucune user à cause des cités, contés, chasteaux, -villes, terres, païs, isles et lieux prochains nommés. Et -nous a aussi accordé nostre dit frère que nous né nos -hoirs, né aucuns de nos subgiés, à cause desdites cités, -chasteaux, villes, terres, païs, isles et lieux prochains -avant dis, comme dit est, soient tenus né obligiés de le -recognoistre nostre souverain, né de faire aucune subjeccion, -service né devoir à luy né à ses hoirs né à la couronne -de France, jusques aux termes des renonciations -devant dites. Et aussi accordons et promettons à nostre -dit frère que nous et nos hoirs cesserons de nous appeller -et porter roys de France par lettres né autrement jusques -aux termes dessus nommés, et iceux durans. Et combien -que ès articles dudit accort et traictié de la paix en ces -présentes lettres, ou autres dépendans desdis articles ou -de ces présentes ou d'autres quelconques, que elles soient -ou feussent, aucunes paroles ou fait aucun que nous ou -nostre dit frère déissions ou féissions qui sentissent translacion -ou renonciations taisibles ou expresses des ressors -ou souverainnetés<a id="FNanchor_257" href="#Footnote_257" class="fnanchor">[257]</a>, est l'intencion de nous et de nostre -dit frère que les avant dis souverainnetés et ressors que -nostre dit frère se dit avoir ès dites terres qui nous seront -bailliées, comme dit est, demourront en l'estat auquel -elles sont à présent. Mais toutesvoies que il cessera de -en user et de demander subjeccion par la manière dessus -dite, jusques aux termes dessus esclaircis. Et aussi -voulons et accordons à nostre dit frère que, après ce -qu'il aura baillié lesdites cités, contés, chasteaux, villes, -terres, païs, isles et lieux qu'il nous doit baillier -parmy sa délivrance et renonciacions dessusdites ; et -lesdites renonciations, transpors et cessions qui sont à -faire de sa partie, pour luy et pour son ainsné fils, -faites et envoiées auxdis jour et lieu à Bruges, lesdites -lettres bailliées aux députés de par nous, que la renonciacion, -transport, cession et délaissement à faire de nostre -partie soient tenues pour faites ; et par habondant, nous -renonçons dès lors par exprès au nom et au droit de la -couronne du royaume de France, et à toutes les choses -que nous devons renoncier par force dudit traictié, si -avant comme proffitter pourra à nostre dit frère et à ses -hoirs. Et voulons et accordons que, par ces présentes, -ledit traictié de paix et accort fait entre nous et nostre -dit frère, les subgiés, aliés et adhérens d'une partie et -d'autre, ne soit, quant aux autres choses contenues en -iceluy, empiré ou affebli en aucune manière ; mais voulons -et nous plaist qu'il soient et demeurent en leur -plaine force et vertu. Toutes lesquelles choses en ces -présentes lettres escriptes, nous, roy d'Angleterre dessusdit, -voulons, octroyons et promettons loyalment et en -bonne foy et par nostre sairement fait sur le corps Dieu -ès sains évangiles, tenir, garder, entériner et accomplir -sans fraude et sans mal engin de nostre partie ; et à ce -et pour ce faire, obligons à nostre dit frère de France, -nous, nos hoirs et tous nos biens présens et avenir, en -quelque lieu qu'il soient, renonçant par nostre dite foy et -sairement à toutes exceptions de fraude, décevance, de -crois pris et à prendre et à empétrer, dispensacion de -pape ou d'autre au contraire ; laquelle sé empétrée estoit, -nous voulons estre nulle et de nulle valeur, et que nous ne -nous en puissions aidier, et aux drois disans que royaume -ne pourra estre devisé, et général renonciacion non valoir -fors en certaine manière, et à tout ce que nous pourrions -proposer au contraire, en jugement ou dehors. En -tesmoin desquelles choses, nous avons fait mettre nostre -grant séel à ces présentes. Donné à nostre ville de Calais -sous nostre grant séel, le vint-quatriesme jour d'octobre, -l'an de grace mil trois cent soixante. »</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_256" href="#FNanchor_256"><span class="label">[256]</span></a> <i>Espérés</i>. C'est-à-dire : <i>conjecturés</i>, présumés.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_257" href="#FNanchor_257"><span class="label">[257]</span></a> Dans plusieurs manuscrits, on voit écrit à la marge, de la main courante : -<i>Nota : Des ressors et souverainetés.</i></p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XIV.</h3> - -<p class="section">Coment le roy ala à Tournay pour parler au conte de Flandres -du mariage de sa fille et de Phelippe de Bourgoigne, frère -dudit roy ; et de huit cardinaux que le pape fist.</p> - - -<p>En l'entrée du mois de septembre ensuivant, le roy -parti de Paris pour aler à Tournay, là où il avoit mandé -le conte de Flandres, le duc de Breban et le conte de Haynaut, -en espérance de parfaire le mariage de messire Phelippe, -duc de Bourgoigne, frère dudit roy, et de Marguerite -fille dudit conte de Flandres, laquelle avoit par avant esté -mariée à messire Phelippe duc de Bourgoigne, derrenier -trespassé. Mais ledit conte de Flandres ne fu point à Tournay -à la journée que le roy avoit entencion que il y feust, et -se envoia excuser pour cause de maladie : et pour ce s'en -retourna le roy à Paris sans autre chose faire dudit mariage. -Mais madame Marguerite, contesse d'Artois et mère dudit -conte de Flandres, qui estoit alée à Tournay pour celle -cause, et qui moult vouloit et desiroit ledit mariage estre -fait, ala par devers son dit fils à Malines, en poursuivant -toujours la perfection et accomplissement dudit mariage. -Item, le vendredi vint-deuxiesme jour du mois de septembre -dessusdit, mil trois cent soixante-huit, le pape Urbain -qui estoit à Monflacon<a id="FNanchor_258" href="#Footnote_258" class="fnanchor">[258]</a> fist huit cardinaux ; c'est assavoir : -le patriarche de Jérusalem, le patriarche d'Alexandrie, -l'arcevesque de Cantorbire, anglois, l'arcevesque de Naples, -messire Jehan de Dormans, evesque de Beauvais et chancelier -de France, né de Dormans<a id="FNanchor_259" href="#Footnote_259" class="fnanchor">[259]</a> sur la rivière de Marne ; -monseigneur Estienne de Paris, evesque de Paris, né de -Vitry auprès Paris sur la rivière de Saine, l'evesque de -Castres et le prieur de Saint-Pierre de Rome. Et en vindrent -les nouvelles certaines à Paris et les lettres de pluseurs cardinaux, -le sixiesme jour du mois d'octobre ensuivant. -Item, en la fin dudit mois de septembre, les Anglois de -compaignie, qui estoient en la ville de<a id="FNanchor_260" href="#Footnote_260" class="fnanchor">[260]</a> Chasteau de Vire, -s'en partirent, pour certaine somme de florins que l'en leur -donna, et s'en alèrent à Chasteau-Gontier par devers leur -compaignons qui là estoient, et pristrent pluseurs forteresces -environ, pour ce qu'il ne povoient tous estre logiés -en ladite ville de Chasteau-Gontier.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_258" href="#FNanchor_258"><span class="label">[258]</span></a> <i>Montflacon</i>. Montefiascone.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_259" href="#FNanchor_259"><span class="label">[259]</span></a> <i>Né de Dormans</i>. Son tombeau est encore dans l'église de la petite -ville de Dormans, entre Épernay et Château-Thierry.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_260" href="#FNanchor_260"><span class="label">[260]</span></a> <i>De</i>. Peut-être faudroit-il lire : <i>Et</i>… Les éditions imprimées portent : -<i>Au chastel de la ville</i>.</p> -</div> -<p>Item, en celui temps lesdis Gascoins de compaignie, -qui avoient passé la rivière de Loire, comme dit est, -alèrent en Touraine, et grant foison de gens d'armes -du royaume de France, tant aux gaiges du roy comme -sans gaiges alèrent après, en espérance de les combattre, -jusques à une ville que l'en appelle Faye-les-Vigneuses<a id="FNanchor_261" href="#Footnote_261" class="fnanchor">[261]</a>, -en laquelle se estoient retrais lesdis Gascoins ; et se tindrent -lesdites gens d'armes devant ladite ville par aucuns -jours, cuidans que iceux Gascoins deussent issir de ladite -ville pour combattre : mais riens n'en firent, et pour ce se -retraistrent lesdites gens d'armes de France en la ville de -Lodun, et assez tost après se départirent, et lesdis Gascoins -demourèrent en ladite ville de Faye.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_261" href="#FNanchor_261"><span class="label">[261]</span></a> Aujourd'hui <i>Faye-la-Vineuse</i>, bourg du département d'Indre-et-Loire, -à six lieues de Chinon.</p> -</div> -<p>Item, le jeudi vint-troisiesme jour du moys de novembre -ensuivant, aucuns chevaliers et escuiers de la duchié de -Bourgoigne, jusques au nombre de cinquante combatans ou -environ, se combattirent à gens de compaignie qui estoient -partis de la forteresce de Lez en Beaujeulais, et avoient chevauchié -par la duchié de Bourgoigne jusques à Crevant, -et s'en retournoient par la conté de Nevers ; et les dessusdis -de Bourgoigne les suivirent jusques à une ville appellée -Semelay<a id="FNanchor_262" href="#Footnote_262" class="fnanchor">[262]</a>, et là se combattirent à eux et les desconfirent. -Et furent desdis des compaignies mors jusques au nombre -de onze ou de douze, et environ quarante pris, et les autres -s'enfouirent ; et si furent rescous grant foison de prisonniers -que lesdis des compaignies avoient pris.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_262" href="#FNanchor_262"><span class="label">[262]</span></a> <i>Semelay</i>. Aujourd'hui village du département de la Nièvre, à sept -lieues de Château-Chinon.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XV.</h3> - -<p class="section">De la Nativité de Charles, premier fils de Charles-le-Quint, -roy de France.</p> - - -<p>Le dimenche tiers jour du mois de décembre, l'an mil -trois cent soixante-huit dessusdit, premier jour de l'Avent -Nostre-Seigneur, en la tierce heure après mienuit, la royne -Jehanne, femme du roy Charles lors roy de France, ot son -premier fils en l'ostel de emprès Saint-Pol de Paris ; et -estoit la lune au signe de la Vierge en la seconde face dudit -signe, et avoit la lune vint-trois jours. Duquel enfantement -ledit roy et tout le peuple de France orent très grant joie, -et non pas sans cause ; car onques ledit roy n'avoit eu aucun -enfant masle. Et en rendi ledit roy graces à Dieu et à la -vierge Marie. Et celui jour ala à Nostre-Dame de Paris, et -fist chanter devant l'image de Nostre-Dame, à l'entrée du -cuer, une belle messe de Nostre-Dame ; et l'endemain, au -jour de lundi, ala à Saint-Denis en France en pélerinage, -et fist donner aux ordres de Paris grant foison de florins -jusques au nombre de trois mille florins et de plus.</p> - -<p>Item, celuy jour de dimenche, messire Aymeri de Margnac, -nouvel evesque de Paris, entra à Paris et fu apporté de -Ste-Geneviève à Nostre-Dame, si comme il est acoustumé : -et luy fist le roy sa feste et donna à disner au Louvre audit -evesque et à tous ceux qui le acompaignièrent.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XVI.</h3> - -<p class="section">De la solempnité du baptisement de Charles, fils du roy -Charles le quint de ce nom.</p> - - -<p>Le mercredi ensuivant, sixiesme jour de décembre, l'an -mil trois cent soixante-huit dessusdit, ledit fils du roy fu -crestienné en l'églyse de Saint-Pol de Paris, environ heure -de prime, par la manière qui ensuit. Et dès le jour de devant -furent faites lices de mairien<a id="FNanchor_263" href="#Footnote_263" class="fnanchor">[263]</a> en la rue, devant ladite -églyse et aussi dedens ladite églyse environ les fons, pour -mieux garder qu'il n'y eut trop presse de gens.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_263" href="#FNanchor_263"><span class="label">[263]</span></a> <i>Lices de mairien</i>. Enceintes en bois.</p> -</div> -<p>Premièrement : devant ledit enfant ot deux cens varlès -qui portoient deux cens torches, qui tous demourèrent en -ladite rue, tenant lesdites torches ardans excepté seulement -vint-six qui entrèrent dedens ledit moustier. Et après estoit -messire Hue de Chasteillon, seigneur de Dampierre, maistre -des arbalestiers, qui portoit un cierge en sa main, et le -conte de Tanquarville si portoit une couppe en laquelle -estoit le sel, et avoit une touaille en son col dont ledit sel -estoit couvert. Et après estoit la royne Jehanne d'Evreux -qui portoit ledit enfant sur ses bras ; et monseigneur Charles, -seigneur de Montmorenci, et monseigneur Charles, -conte de Dampmartin, estoit d'encoste luy ; et ainsi issirent -dudit hostel du roy de Saint-Pol, par la porte qui est au -plus près de ladite églyse. Et tantost après ledit enfant, -estoient le duc d'Orliens, oncle du roy, le duc de Berry, -le duc de Bourbon, frère de la royne, et pluseurs autres -grans seigneurs et dames ; la royne Jehanne, la duchesse -d'Orliens sa fille, la contesse de Harecourt et la -dame de Lebret, suers de la royne, lesquelles estoient -bien parées en couronnes et en joyaux : et après pluseurs -autres dames et damoiselles bien parées et bien aournées<a id="FNanchor_264" href="#Footnote_264" class="fnanchor">[264]</a>. -Et ainsi fu apporté ledit enfant jusques à la grant -porte de ladite églyse de Saint-Pol, à laquelle porte estoient, -qui attendoient ledit enfant, le cardinal de Beauvais, -chancelier de France, qui ledit enfant crestienna ; et le cardinal -de Paris en sa chappe de drap sans autres aournemens, -et les arcevesques de Lyon et de Sens, et les evesques d'Evreux, -de Coustances, de Troyes, d'Arras, de Meaux, de -Beauvais, de Noyon et de Paris ; et les abbés de St-Denis, -de Saint-Germain-des-Prés, de Sainte-Geneviève, de Saint-Victor, -de Saint-Magloire, tous en mitres et en crosses et -tous furent au crestiennement. Et le tint sur les fons ledit -seigneur de Montmorency, et fu appellé Charles, pour lesdis -seigneur de Montmorency et conte de Dampmartin, qui ce -meisme nom avoient. Et après fu reporté ledit enfant audit -hostel de Saint-Pol par le cimetière de ladite églyse et par -un huys par lequel l'on entroit audit hostel, pour la presse -qui estoit devant ladite églyse<a id="FNanchor_265" href="#Footnote_265" class="fnanchor">[265]</a>. Et celuy jour, fist le roy -faire une donnée<a id="FNanchor_266" href="#Footnote_266" class="fnanchor">[266]</a> en la couture Ste-Katherine, de huit -parisis à chascune personne qui voult aler à ladite donnée, -et y ot si grant presse que pluseurs femmes furent mortes en -ladite presse. Item, celuy mercredi après vespres, ledit cardinal -de Paris partist de ladite ville pour aler à Rome devers -le pape, et prist congié du roy au Louvre ; et le convoièrent -jusques hors de Paris les ducs de Berry et de Bourgoigne, -frères dudit roy, et aussi fist le cardinal de Beauvais et pluseurs -autres prélas qui estoient en ladite ville de Paris ; et -s'en ala au giste à Charenton. Item, le vendredi, jour de -la Purificacion Nostre-Dame, audit an mil trois cent -soixante-huit, messire Guillaume de Meleun, lors arcevesque -de Sens par bulle du pape à luy sur ce envoiée, présenta -et bailla audit cardinal de Beauvais, chancelier de France, -le chappel rouge au chastel du Louvre emprès Paris, en -la présence du roy Charles, après la messe, emprès l'autel -de la chappelle dudit chastel.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_264" href="#FNanchor_264"><span class="label">[264]</span></a> Le tableau de cette procession, fort exact du moins pour les premiers -personnages jusqu'au comte de Dammartin inclusivement, se -reconnoît dans une miniature du manuscrit de Charles V, f<sup>o</sup> 446, v<sup>o</sup>. -Montfaucon n'a pas connu ce précieux volume, comme j'ai eu déjà l'occasion -de le remarquer sous le règne du roi Jean.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_265" href="#FNanchor_265"><span class="label">[265]</span></a> Aujourd'hui l'on ne prendroit pas un détour aussi déplaisant, et -nos sergens de ville feroient bonne raison de cette presse.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_266" href="#FNanchor_266"><span class="label">[266]</span></a> <i>Une donnée</i>. Un don.</p> -</div> -<p>Item, le dimenche ensuivant, quatriesme jour du mois -de février l'an dessus dit, la royne releva de sa gésine de -son dit fils, auquel le roy avoit donné le nom de Daulphin -de Viennois ; et pour ce estoit appellé monseigneur le daulphin. -Et eut grant feste auxdites relevailles à disner et -après disner de dancier et d'autres esbatemens.</p> - -<p>Item, en celuy temps, en divers jours, se rendirent aux -gens du roy de France pluseurs villes et forteresces du -duchié de Guyenne, qui par avant estoient subgiés du roy -d'Angleterre ; et aderèrent aux appellacions que avoient -faites le conte d'Armignac, le conte de Pierregort, le seigneur -de Lebret et pluseurs autres du pays de Guyenne -contre le prince de Galles, ainsné fils du roy d'Angleterre -et duc de Guyenne. Et en ce temps ledit prince accoucha -malade d'une moult grave maladie et devint ydropite. Et -pour les causes devant dites, le roy d'Angleterre envoia des -Anglois de son pays et un sien autre fils appellé monseigneur -Hémon<a id="FNanchor_267" href="#Footnote_267" class="fnanchor">[267]</a> au pays de Guyenne. Car pour occasion -desdites appellacions, se ensivit guerre entre lesdis roy et -ses enfans contre lesdis appellans.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_267" href="#FNanchor_267"><span class="label">[267]</span></a> <i>Hemon</i>. Edmond.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XVII.</h3> - -<p class="section">De la desconfiture de la bataille du roy Pierre d'Espaigne, et -coment il mourust.</p> - - -<p>En l'an dessus dit mil trois cent soixante-huit, le quatorziesme -jour du mois de mars, le roy Henry et le roy -Pierre de Castelle, desquels chascun tenoit grant partie du -royaume de Castelle, se combattirent assez près de Sebille<a id="FNanchor_268" href="#Footnote_268" class="fnanchor">[268]</a> -la Grant, et estoient avec ledit Henry pluseurs François et -Bretons tenant la partie du roy de France ; et avecques ledit -Pierre estoient pluseurs Castellains et Sarrasins. Et fu iceluy -Pierre desconfit et très grant foison de ses gens mors. Et il -s'enfoui en un chastel qui estoit assez près du lieu de bataille, -et fu suivi par le roy et par ses gens qui se mistrent -entour le chastel. Et iceluy Pierre, cuidant eschapper, traicta -à aucuns de ceux de la partie de Henry qui estoient hors -dudit chastel, lesquels le revelèrent audit Henry. Et fu -iceluy Henry à l'encontre dudit Pierre ou ses gens pour luy, -et pristrent ledit Pierre au partir dudit chastel, et luy fist -ledit Henry couper la teste le vint-deuxiesme jour dudit -mois. Si fu-l'en lié en France de ceste aventure, car ledit -Henry avoit tousjours tenu et encore tenoit la partie de -France, et le roy Pierre estoit alié aux Anglois : toutesvoies -estoient frères lesdis Henry et Pierre ; mais Pierre estoit -légitime et Henry non, si comme l'en disoit. Et demoura -le royaume tout enterin<a id="FNanchor_269" href="#Footnote_269" class="fnanchor">[269]</a> audit Henry, et certainement -moult de gens tenoient que ce fust avenu audit Pierre pour -ce qu'il estoit très mauvais homme et avoit murdri mauvaisement -et traytreusement sa bonne femme espousée, -fille du duc de Bourbon et seur de la royne de France.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_268" href="#FNanchor_268"><span class="label">[268]</span></a> <i>Sebille</i>. Séville.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_269" href="#FNanchor_269"><span class="label">[269]</span></a> <i>Enterin</i>. Entier.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XVIII.</h3> - -<p class="section">De la confirmacion du mariage de messire Phelippe duc de -Bourgoigne et de la fille au conte de Flandres, et coment -Abbeville en Pontieu et pluseurs autres villes se rendirent -au roy de France.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1369</div> - -<p>L'an de grace mil trois cens soixante-neuf, le samedi -après Pasques, qui fu le septiesme jour d'avril, car Pasques -furent celui an le premier jour d'avril, le mariage qui -longuement avoit esté traictié de messire Phelippe, frère -du roy de France Charles, et duc de Bourgoigne, et de -Marguerite fille de messire Loys conte de Flandres, fu -passé et accordé par certaine manière et condicion dont -mencion sera faite ci-après, après ce que la cronique fera -mencion de la solempnisacion dudit mariage en sainte -église.</p> - -<p>Item, le dimenche vint-neuviesme jour dudit moys -d'avril l'an dessus dit, la ville d'Abbeville en Pontieu se -rendi aux gens du roy de France ; c'est assavoir à messire -Hue de Chastillon, maistre des arbalestiers dudit roy, -pour et au nom dudit roy, comme à leur souverain seigneur. -Et celuy jour se rendi la ville de Rue<a id="FNanchor_270" href="#Footnote_270" class="fnanchor">[270]</a>. Et celle sepmaine -se rendirent pareillement toutes les villes, chasteaux -et forteresses de la conté de Pontieu que le roy d'Angleterre -tenoit, par telle manière que ledit roy de France ot par ses -gens la possession de ladite conté en dix jours après ce que -ladite ville d'Abbeville se fu rendue ; excepté une forteresse -appellée Noyelle<a id="FNanchor_271" href="#Footnote_271" class="fnanchor">[271]</a>, laquelle n'estoit pas du demaine de ladite -conté, mais en estoit tenue en fief ; et le demaine estoit -à la contesse d'Aubemarle, à laquelle contesse les gens du -roy d'Angleterre l'avoient ostée : et la tindrent messire Nicole -Stauroure et autres Anglois qui estoient dedens. Et les -causes pour lesquelles le roy de France fist prendre ladite -conté et les autres terres assises en Guyenne qui se mistrent -en l'obéissance du roy de France, et par avant estoient au -roy d'Angleterre, seront ci-après escriptes.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_270" href="#FNanchor_270"><span class="label">[270]</span></a> <i>Rue</i>. Petite ville de Picardie, à six lieues d'Abbeville.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_271" href="#FNanchor_271"><span class="label">[271]</span></a> <i>Noyelle</i>. Aujourd'hui Noyelles-sur-Mer, bourg du département de -la Somme, à quatre lieues d'Abbeville.</p> -</div> -<p>Item, le second jour de mai, l'an dessus dit, se présentèrent -en parlement contre Edouart prince de Galles et duc -de Guyenne, le conte d'Armignac, messire Jean d'Armignac, -le seigneur de Lebret, et pluseurs autres nobles, consuls, -consulas et communautés du duchié de Guyenne, lesquels -avoient appellé dudit duc de Guyenne.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XIX.</h3> - -<p class="section">Du parlement que le roy tint pour le fait des appellacions, et -dont mencion est faite.</p> - - -<p>Le mercredi neuviesme<a id="FNanchor_272" href="#Footnote_272" class="fnanchor">[272]</a> jour dudit moys de mai, veille -de l'Ascencion l'an dessus dit, le roy de France Charles fu -en la chambre de parlement, en la manière que le roy de -France y a acoustumé de estre, et la royne Jehanne assise d'encoste -le roy, et le cardinal de Beauvais chancelier de France -au-dessus, au lieu auquel siet le premier président. Et de -ce renc séoient les arcevesques de Rains, de Sens et de -Tours, et pluseurs evesques jusques au nombre de quinze ; -et pluseurs abbés et autres gens d'église envoiés à celle convocacion -séoient ès bas bans et par terre. Et au renc où -séoient les lays de parlement, séoient les ducs d'Orléans et de -Bourgoigne, le conte d'Alençon, le conte d'Eu et le conte -d'Etampes, tous des Fleurs de lis, et pluseurs autres nobles ; -et aussi avoit en ladite chambre gens des bonnes villes envoyés -en ladite assemblée, et d'autres si grant nombre que -toute la chambre estoit pleine. Et là fist dire et exposer le roy -par ledit cardinal, et après par messire Guillaume de Dormans, -frère dudit cardinal, coment il avoit esté requis par -lesdis appellans du duchié de Guyenne, de recevoir leur -appelacions dont dessus est faite mencion, et coment il avoit -esté conseillié de les recevoir, et que il ne les povoit né devoit -refuser, et pour ce les avoit reçues, et donné ajournement -aux appellans contre ledit prince ; coment, pour celle -cause et pour autres, le roy d'Angleterre avoit envoié par -devers le roy de France, et coment le roy de France avoit -envoié en Angleterre les contes de Tanquarville et de Salebruche, -messire Guillaume de Dormans et le doyen de Paris. -Et fist dire le roy par ledit messire Guillaume de Dormans -les responses que il avoit faites audit roy d'Angleterre sur -ses dites requestes, et aussi les requestes que il luy avoient -faites pour le roy de France, et la response que avoit fait -sur tout le conseil du roy d'Angleterre, tout en la forme -et manière que escript sera ci-après. Et fu dit par la bouche -du roy à tous que sé il véoient que il eust fait chose que il -ne deust, que il le déissent et il corrigeroit ce que il avoit -fait<a id="FNanchor_273" href="#Footnote_273" class="fnanchor">[273]</a>, car il n'y avoit faite chose que bien ne se peust -adrecier sé deffaut ou trop avoit fait ; et fu di à tous, tant -par le roy comme par ledit cardinal, que chascun y pensast -et que le vendredi ensuivant refeussent bien matin en ladite -chambre pour dire leur avis sur ce.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_272" href="#FNanchor_272"><span class="label">[272]</span></a> <i>Le mercredi neuviesme</i>. Et non pas le <i>mardi vint-uniesme</i>, avec les -éditions précédentes et plusieurs manuscrits. Cette année-là, le vingt-un -mai tomboit un lundi, et le neuf étoit bien un mercredi, comme le porte -la leçon de Charles V.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_273" href="#FNanchor_273"><span class="label">[273]</span></a> Voilà un exemple remarquable de <i>l'absolutisme</i> de notre ancienne -monarchie.</p> -</div> -<p>Item, le jeudi ensuivant, jour de l'Ascension à relevée, -le roy, la royne Jehanne et grant nombre des conseilliers -du roy, tous les prélas et les nobles refurent assemblés en -ladite chambre de parlement, et dist le roy et fist dire par -le cardinal et par messire Guillaume de Dormans son frère, -les causes pour lesquelles il avoit receu les appeaux fais du -prince et de ses officiers, par lesdis conte d'Armignac, seigneur -de Lebret et leur adhérens. Et dist lors le roy que il -vouloit avoir leur conseil et avis, se il avoit en aucune chose -failli ou erré : lesquels tous d'un accort, chascun par sa bouche, -respondirent que le roy avoit raisonnablement fait ce -que il avoit fait, et ne le devoit né povoit reffuser, et que -sé le roy d'Angleterre faisoit guerre pour celle cause, induement -la feroit et sans raison. Item, le vendredi matin ensuivant, -onziesme jour dudit moys de mai, le roy, ladite -royne, les prélas, les nobles, les bonnes villes refurent assemblés -en ladite chambre de parlement, et furent tous -d'accort par la manière que avoient esté les autres le jour -précédent à relevée ; et après furent leues les responses qui -avoient esté avisées à faire au roy d'Angleterre sur la bille<a id="FNanchor_274" href="#Footnote_274" class="fnanchor">[274]</a> -ou cédule qui avoit esté bailliée ès gens du roy de France en -Angleterre, lesquelles responses furent approuvées de tous -ceux de ladite assemblée. Et si fu ordené que le roy les -envoieroit en Angleterre au conseil du roy d'Angletere, et -ainsi fu fait.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_274" href="#FNanchor_274"><span class="label">[274]</span></a> <i>Bille</i>. Et non <i>bulle</i>, comme les éditions précédentes. C'est encore -aujourd'hui le mot anglois <i lang="en" xml:lang="en">bill</i>.</p> -</div> -<hr /> - - -<p>Cy après s'ensuyvent les escriptures qui furent -leues devant le roy, et premièrement la bille ou -cédule qui fu apportée d'Angleterre. C'est la teneur -de la bille ou cédule bailliée par le roi d'Angleterre -ou son conseil aus messages derrenièrement envoiés -en Angleterre par le roy de France, et est -ladite bille ou cédule signée de maistre Jehan de -Brankette, secrétaire dudit roy d'Angleterre.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XX.</h3> - -<p class="section">La teneur de la lettre du roy d'Angleterre.</p> - - -<p>« A la révérence nostre Seigneur, et pour bonne paix garder, -nourrir et maintenir à perpétuité, entre le roy d'Angleterre, -son royaume, ses terres et subgiés, et pour espargnier -effusion de sanc crestien, et aussi pour bien de tout le -commun peuple ; si est avis au conseil le roy d'Angleterre -que toutes les demandes, contencions, débas et questions -meus et demenés par entre les deux roys et autres à cause -de eux, puis la paix derrenièrement faite, se mettront en -ordenance et bon appointement d'estre finablement bien -appaisiés, et ladite paix bien tenue et gardée par entre eux -à tousjours, parmi l'acomplissement des choses dessoubs -escriptes. Et premièrement que là où les messages de France, -pour appaisier tous les débas de la terre de Belleville et de -toutes autres terres contencieuses entre les deux roys, ont -offert au roy d'Angleterre la commune paix<a id="FNanchor_275" href="#Footnote_275" class="fnanchor">[275]</a> de Rouergue, -le chastel de la Roche-sur-Yon, la conté de la Marche et la -terre du conte d'Estampes en Aquitaine ; voirs est que -ladite commune de Rouergue, par mandement du roy -de France a esté bailliée et livrée au roy d'Angleterre par -la paix, et ainsi le tient-il et possède à présent ; si semble -audit conseil que elle lui devra demourer à perpétuité sans -y estre mis aucun empeschement ; et semble aussi que ledit -chastel de la Roche-sur-Yon qui est notoirement assis dedens -la terre et le pays de Poitou, lui devra aussi demourer -par ladite paix. Et quant à la conté de la Marche et la -terre d'Estampes, le roy d'Angleterre ou son conseil n'ont -aucune cognoissance de la value ; mais le roy envoiera pour -s'en informer, et sé lesdites terres soient de si convenable -value que il pourront auques recompenser ladite terre de -Belleville, selon l'intencion du traictié de la paix, le conseil -pense bien que le roy se tiendra assez près de les recevoir, -au cas que la terre de Belleville ne se pourra rendre en aucune -manière en propre substance. Et supposé que ladite -conté de La Marche et les terres d'Estampes ne soient notablement -de ladite value, si pense tous dis le conseil du -roy que le roy de France y ordenera d'autres terres, en ce -cas, dont le roy d'Angleterre se tendra content de ladite terre -de Belleville, en accomplissant quant à ce le traictié de la -paix, et aussi les autres terres et lieux qui restent encore à -baillier et délivrer au pays d'Aquitaine soient bailliées ou -suffisant recompensation pour ycelles, dont le roy se pourra -tenir content. Et quant aux hommaiges et fiefs de Cayeux, -Huppi, Vergies, Araines et autres qui restent encore à -baillier en Pontieu, et aussi la ville de Monstereul sur la -mer, et oultre ce, l'angle qui est, par exprès, compris dedens -les mettes et landes de Calais et de Merk, semble audit -conseil que toutes lesdites choses tant évidemment appartiennent -au roy, et dont il a bonne et clère cognoissance -selon le fait et l'intencion de la paix susdite, que il ne les -devra par nulle voie laissier. Et oultre ce, ledit conseil s'en -est parfondement pourpensé parmerveillant<a id="FNanchor_276" href="#Footnote_276" class="fnanchor">[276]</a> très entièrement -comment le roy de France a receu ou voulu recevoir -les appeaux du conte d'Armignac, du sire de Lebret et de -leur adhérens et complis, actendu qu'il estoit et est tenu -et obligié par ladite paix d'avoir baillié et délivré audit roy -d'Angleterre ou à ses députés, toutes les terres comprises ès -lettres avecques la clause : <i>c'est assavoir</i> ; et, icelles délivrées -et baillées, tantost avoir renoncié expressement aux ressors -et souverainetés ; et cependant avoir sursis de user de souveraineté -et de ressort ès terres dessus dites, et de recevoir -aucunes appellacions et de rescrire à icelles, si comme ces -choses et autres sont assez clèrement comprises ès lectres -devant dites. Si à partant sursis le roy de France, tant que -en ença, de user desdites souverainetés et ressors ; et est tout -vray que le conte d'Armignac et le sire de Lebret et tous -les autres vassaux et subgiés des seigneuries et terres en -Aquitaine en ont fait hommaige lige au roy d'Angleterre, -comme à seigneur souverain et lige, et encontre toutes les -personnes qui pourront vivre et mourir ; et depuis il ont -fait aussi hommaige au prince, retenu et réservé par exprès -la souveraineté et le ressort au roy d'Angleterre. Dont -par lesdites causes et autres raisonnables, semble au conseil -le roy d'Angleterre, que considéré la forme de ladite paix -que tant estoit honorable et proffitable au royaume de -France et à toute crestienté, que la réception desdites appellacions -n'a mie esté bien faite né passée si ordencement -né à si bonne affeccion et amour comme il devoit avoir esté -fait de raison, parmy le fait et entencion de la paix et les -aliances affermées entre eux. Ains semblent estre moult -préjudiciables et contraires à l'honneur et à l'estat du roy et -de son fils le prince et de toute la maison d'Angleterre, et -pourra estre évident matière de rébellion des subgiés, et -aussi donner très-grant occasion d'enfraindre la paix, sé bon -remède n'y soit mis sur ce plus hastivement. Et comme le -roy d'Angleterre s'en est tousdis depuis la paix déporté -de soy appeller ou porter roy de France par lectres ou autrement, -par mesme la manière, le roy de France s'en -déust avoir déporté de user de souveraineté et ressort avant -touchiés. Néantmoins au cas que le roy de France vueille -amiablement reparer et redrecier lesdis actemptas et remettre -lesdis appellans arrière en la vraie obéissance dudit -roy d'Angleterre, et faire expressément les renonciations -et délaissement des souverainetés et ressort accordés à -faire de sa partie, et en envoie ses lectres au roy d'Angleterre -par fourme de ladite paix, laquelle chose si est proprement -la substance et effet de ladite paix, et sans laquelle -elle ne se pourra aucunement tenir ; adonques pense bien -ledit conseil que le roy d'Angleterre fera les renonciacions -à faire de sa partie, et sur ce envoiera ses lectres au roy de -France en quanque il est tenu à faire, selon la forme de la -paix dessus dite. »</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_275" href="#FNanchor_275"><span class="label">[275]</span></a> La plupart des manuscrits portent la commune et pays de Rouergue ; -mais on doit préférer la leçon de Charles V et celle du manuscrit -de Jean, duc de Berry, n<sup>o</sup> 8302.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_276" href="#FNanchor_276"><span class="label">[276]</span></a> <i>Parmerveillant</i>. S'esmerveillant fort.</p> -</div> -<p>(C'est la response que fait le roy de France en son conseil -aux poins et articles contenus en la bille ou cédule dessus -escripte. — Premièrement à ce qui est contenu au commencement -de ladite cédule que à la révérence de Dieu, la -paix autrefois faite entre les roys pourroit prendre et recevoir -bon appointement sé les choses que ledit roy d'Angleterre -requiert par ladite cédule lui estoient faites et accomplies -et que par ce pourroit estre eschevée très-grant effusion -de sanc crestien et bonne paix gardée entre lesdis -roys.)</p> - -<p>« Que le roy de France a toujours voulu et encore veult -tenir et garder ladite paix, né onques ne fist né fera le contraire, -au cas que le roy d'Angleterre la tendra de sa partie ; -et ce a bien apparu au roy d'Angleterre pour ce qui luy a -esté dit et offert derrenièrement par lesdis messages du roy -de France, et encore pourra apparoir clerement à tout -homme, par ce qui sera touchié brièvement ci-après. Et -semble que le roy d'Angleterre et son conseil, sauve leur -grace, ne veulent pas que ladite paix reçoive bon appointement ; -car les choses qu'il requièrent sont desraisonnables, -et en la plus grant partie contre le traictié de la paix. Et -n'est tenu le roy de France de les faire par raison né par -ladite paix ; et, selon raison, qui veult aucune chose il doit -prendre et eslire moiens et causes raisonnables pour y venir -et pour avoir et obtenir raisonnablement ce qu'il requiert, -autrement on puet dire et tenir par raison qu'il ne la veult -pas ; et à la vérité ledit roy de France eust plus chier que le -roy d'Angleterre offrist et requerist telles choses et si raisonnables -comme il déust faire pour la paix. »</p> - -<p>(Item, à ce qui est contenu au premier article de ladite -cédulle, faisant mencion de la terre de Belleville et autres -contencieuses, et des offres faites par le roy de France pour -icelles terres contencieuses.)</p> - -<p>« Qu'il est vérité que le roy de France par sesdis messages -fist offrir audit roy d'Angleterre, pour le debat de la -terre de Belleville et pour toutes autres contencieuses, tant -de Picardie comme d'ailleurs dont ledit roy d'Angleterre -faisoit ou povoit faire demande à cause du traictié de la -paix, et pour la délivrance de tous les hostaiges nobles, la -revenue de la commune paix de Rouergue, de laquelle le roy -de France fait demande ; de la ville et le chastel de la Roche-sur-Yon, -la conté de La Marche, et la terre que monseigneur -d'Estampes a en Poitou, à cause de madame sa -femme ; lesquelles choses sont très-nobles et de très-grant -valeur : et ceste offre faisoit le roy de France, pour avoir -paix audit roy d'Angleterre, et pour oster toutes matières -de débas et de questions ; car le roy de France n'i estoit né -est en riens tenus, ainçois tient et tout son conseil que ledit -roy d'Angleterre n'a cause né raison de faire les demandes -qu'il fait de la terre de Belleville et autres contencieuses. Et -a tousjours offert le roy de France que le pape et l'église de -Rome, à qui les parties se sont soubmises de tout l'accomplissement -de la paix par foy et sairement, cognoisse et détermine -du débat desdites terres contencieuses, veu ledit -traictié et oyes les parties sommièrement et de plain. Ou sé -le roy d'Angleterre veult que les commissions soient renouvelées -aux commissaires autrefois esleus des parties, sur -le débat desdites terres ou à autres, encore plaist-il au roy -de France ; nonobstant que le roy d'Angleterre, ses commissaires -et procureurs aient esté négligens de procéder, et que -par leur négligence le roy de France en peust et deust avoir -grant proffit, et auroit plus chier le roy que la vérité fu sceue -de son fait et de ses deffenses et qu'il en fust jugié, que ce -que le roy d'Angleterre preist lesdites terres offertes pour -lesdites terres contencieuses : lesquelles offres le roy d'Angleterre -et son conseil ont toutes reffusées, et dient qu'il -sont bien informés et acertenés qu'il ont bon droit et qu'il -n'en prendront aucuns juges ; et ainsi veulent estre juges -en leur cause, laquelle chose est contre toute raison. »</p> - -<p>(Et quant à ce que le roy d'Angleterre ou son conseil -dient audit article qu'il tient ladite commune paix de -Rouergue et en a possession, et luy a esté bailliée par le -traictié de la paix.)</p> - -<p>« Que ledit roy d'Angleterre tient de fait ladite commune -paix de Rouergue soubs umbre du pays de Rouergue qui -luy a esté baillié, jasoit ce que icelle commune paix ne luy -doive appartenir. Et pour ce en fait le roy de France demande, -et en veult estre jugié comme dessus ; et pareillement, -de la Roche-sur-Yon dit le roy de France que elle -ne doit pas appartenir au roy d'Angleterre, et en veult estre -jugié comme dessus. »</p> - -<p>(Et quant à ce que dit le roy d'Angleterre ou son conseil -audit article, qu'il s'informera de la valeur de ladite terre -de Belleville, et la prendra, et s'il y a à parfaire, il tient -que le roy de France y parfera.)</p> - -<p>« Que ladite conté de La Marche et les terres dudit -conté d'Estampes n'ont pas été offertes pour ladite terre -de Belleville, mais pour toutes les terres contencieuses, et la -délivrance des hostaiges nobles, avec ladite commune paix -de la Roche-sur-Yon, et pour paix avoir, comme dit est. Car -lesdites terres de La Marche et d'Estampes sont plus nobles -et valent plus que ne fait ladite terre de Belleville. Et si -tient le roy de France qu'il a bailliée ladite terre de Belleville, -ainsi comme faire le deust par la paix, et en veult -estre jugié comme dit est ; et touteffois avoit fait offrir pour -ladite terre de Belleville, la conté de La Marche pour paix -avoir, et ledit roy d'Angleterre ne l'a pas voulu faire. »</p> - -<p>(Et quant à ce que contenu est audit article que le roy de -France baille audit roy d'Angleterre les autres terres et -lieux qui restent encore à baillier au pays d'Aquitaine ou -souffisant recompensacion pour iceux, dont ledit roy d'Angleterre -soit content.)</p> - -<p>« Que le roy de France tient que il a baillié audit roy -d'Angleterre tout ce que baillier luy doit en demaine au -pays d'Aquitaine par le traictié de la paix ; et s'il y avoit -quelque chose à baillier, il a tousjours offert à faire ; mais -ledit roy d'Angleterre et le prince son fils occupent et s'efforcent -de occuper pluseurs lieux, terres et seigneuries qui -ne leur doivent point appartenir par ladite paix. Sur quoy -le roy de France a tousjours offert que bonnes personnes -soient esleues des parties qui en sachent la vérité, et le roy -de France en fera et tendra tout ce qui sera trouvé qu'il en -devra faire ; ou que le pape et l'église de Rome en cognoissent -comme dessus. »</p> - -<p>(Item, quant au second article de ladite bille ou cédule -faisant mencion des hommaiges et fiefs de Cayeux, Huppi, -Vergies et autres qui restent encore à baillier en Pontieu, -Monstereul sur la mer et la terre de l'angle, lesquelles -choses ledit roy d'Angleterre dit à luy appartenir si évidemment -par ladite paix qu'il ne s'en doit en aucune manière -délaissier.)</p> - -<p>« Que des choses dessus dites a ledit roy d'Angleterre -fait demande au roy de France, et aussi a le roy de France -de pluseurs autres choses fait demande audit roy d'Angleterre -par devant certains commissaires esleus des parties. -Et ont les commissaires esleus de la partie du roy de France -et son procureur comparu à toutes les journées et offert à -procéder. Mais par la négligence et deffaut des commissaires -esleus dudit roy d'Angleterre a esté le temps de ladite -commission expiré et failli, et touteffois ont les messages -du roy de France envoiés derrenièrement en Angleterre, -requis et offert au roy d'Angleterre et à son conseil que -ladite commission fust renouvelée, nonobstant leur négligence, -aux premiers commissaires ou à autres ; ou que le -pape et l'église de Rome en cogneussent, considéré la submission -dessus dite. Lesquelles choses ledit roy d'Angleterre -et son conseil ont reffusées, en disant qu'ils n'en prendront -aucun juge, et qu'il sont bien acertenés de leur droit, laquelle -chose appert évidemment inique et contre raison -de leur partie, et puet apparoir clèrement à tout homme -que le roy de France leur a offert toute raison. »</p> - -<p>(Item, quant au tiers et derrenier article de ladite bille ou -cédule, auquel est contenu que le conseil au roy d'Angleterre -a parfondément pourpensé en merveillant très-entièrement -comment le roy de France a receu ou voulu recevoir -les appeaux du conte d'Armignac, de sire de Lebret et de -leur adhérens, considéré que par le traictié de la paix, il -devoit baillier au roy d'Angleterre certaines terres, et, après -ce renoncier aus souverainetés et ressors, et cependant -devoit surseoir de user de souveraineté et de ressort, et de -recevoir aucunes appellacions, et partant en a le roy de -France sursis de user jusques à présent.)</p> - -<p>« Que le roy d'Angleterre et son conseil ne se doivent -point merveillier de ce que le roy de France a receu les -appellacions dessus dites ; car par le traictié de la paix, le -roy Jehan, dont Dieu ait l'ame, avoit promis de surseoir à -user desdites souverainetés et ressors jusques à certain -temps ; c'est assavoir jusques à la saint Andrieu qui fu l'an -soixante-un, si comme par le traictié de ladite paix puet -apparoir, et par espécial en une lettre en laquelle est contenue -la clause : <i>c'est assavoir</i>. Et ne pouvoit reffuser lesdites -appellacions, veues les sommacions et requestes -d'iceux appellans, qu'il ne leur fausist de justice et qu'il ne -péchast mortelment, veu ledit traictié de paix. Et ainsi l'a -trouvé le roy de France en tout son conseil, eue sur ce -meure délibération par pluseurs fois, si comme les messages -du roy de France l'ont plus plainement dit audit roy -d'Angleterre et à son conseil, de bouche. Et sé le roy de -France s'est déporté par aucun temps de user desdites -souverainetés, depuis le temps dessus dit qu'il le povoit -faire, de tant il a fait plus grant courtoisie au roy d'Angleterre. -Né il n'avoit pas esté autrefois sommé d'autres -appellans par la manière qu'il a esté à ceste fois par ledit -conte d'Armignac et autres appellans ; et pour bien de paix -l'a dissimulé par aucun temps et tant comme il a peu bonnement ; -jasoit ce que faire le peust, comme dit est dessus. »</p> - -<p>(Et quant à ce que contenu est audit article que ledit -conte d'Armignac, le sire de Lebret et autres subgiés d'Aquitaine, -ont fait hommaige lige au roy d'Angleterre comme -à seigneur souverain et lige contre toute personne qui puisse -venir et morir. Et au prince ont fait hommaige, sauve et -réservé la souveraineté au roy d'Angleterre.)</p> - -<p>« Que le conte d'Armignac et le sire de Lebret, sauve la -grace des proposans, ne le dient pas ainsi. Ainsois ont dit au -roy que en faisant hommaige au prince, il distrent expressément -que il le luy faisoient selon ce que la teneur du traictié -l'en portoit, et réservé à eux leur privilèges, franchises et -libertés anciennes si avant et par la manière que leur prédécesseurs -les avoient eus et en avoient joï ès temps passés. -Et ce est trop bien à présumer, car ès lettres et mandement -que le roy de France fist aux subgiés de Guyenne de faire -obéissance au roy d'Angleterre estoient par exprès retenues et -réservées les souverainetés et ressors au roy de France, si -comme par l'inspeccion desdis mandemens puet apparoir ; -et sé ladite réservation n'y feust, si y estoit-elle entendue -de raison, puisque le roy de France ne transportoit pas -exprès icelles souverainetés ; et sé ledit conte d'Armignac -ou autre l'avoit fait autrement, si ne vaudroit-il né ne se -pourroit soustenir, né le roy d'Angleterre ne les poroit -recevoir par la manière qu'il maintient, que ce ne fust contre -le traictié de la paix ; et aussi ne faisoit le prince. Et -en ce faisant ont clerement et notoirement entrepris sur la -souveraineté du roy de France, et si ont-il en pluseurs -autres manières, car par ledit traictié de la paix en la -clause : <i>C'est assavoir</i>, lesdites souverainetés et ressors demeurent -au roy de France en tel estat comme elles estoient -au temps du traictié de la paix, sans ce que elles puissent -estre dictes ou réputées transportées au roy d'Angleterre -par lettres quelconques comprises audit traictié, ou autres -données ou à donner par dit né par fait quelconques, sé le -roy de France n'y renonce expressément ; laquelle chose il -ne fist oncques ; ainsois requiert ledit roy d'Angleterre et -son conseil par ladite bille que le roy de France fasse lesdites -renonciacions. »</p> - -<p>(Et quant à ce que contenu est audit tiers article, qu'il -semble au conseil dudit roy d'Angleterre que la réception -desdites appellacions n'a pas esté bien faite né ordenéement, -né en gardant la paix et amour telle comme elle doit estre -par ledit traictié et par les aliances faites entre les deux -roys.)</p> - -<p>« Que, sauve la grace des proposans, ladite réception -d'appellacions a bien et duement esté faite, né le roy de -France ne le povoit né devoit refuser, comme dit est dessus ; -et en ce n'a rien fait contre la paix, mais selon la forme et -teneur d'icelle. »</p> - -<p>(Et quant à ce que contenu est audit article que ladite -réception d'appellacions est faite en grant injure et vitupère -de la maison d'Angleterre et pourra estre occasion de grant -rébellion des subgiés et aussi d'enfraindre ladite paix, se -remède n'y est mis briefment.)</p> - -<p>« Que, en ce faisant, le roy de France n'a fait né voulu -faire aucune injure au roy d'Angleterre né à autres. Car les -choses qui sont faites deuement par justice et selon raison -et exécucion de droit ne peuvent causer injure né deshonneur. -Et aussi ladite réception d'appellacions ne donne -aucune occasion de rebellion aux subgiés ; ainsois donne -occasion d'obéissance. Car appellacion est remède et bénéfice -de droit, et pour garder les subgiés d'oppression et -pour oster toute voie de fait. Et aussi le roy de France, en -ce faisant, n'a donné aucune occasion d'enfraindre la paix -parce que dit est, né par ce né autrement n'en voudroit -donner cause né occasion. »</p> - -<p>(Et quant à ce que contenu est audit article que le roy -d'Angleterre s'est bien desporté de soi appeler et porter -pour roy de France, et que aussi bien se peust estre desporté -le roy de France de recevoir lesdites appellacions.)</p> - -<p>« Que ces deux choses sont trop despareilles ; car soy -appeler et nommer roy de France regarde la volenté et intérest -seulement dudit roy d'Angleterre, mais recevoir les -appellacions ou non ne regarde mie seulement l'intérest du -souverain ; ainsois regarde principalement l'intérest des -subgiés appelans, afin qu'il soient pourveus contre les oppressions -des seigneurs demainiers, et pourveu à la requeste -et instance des appelans. Et comme astraint à faire justice -a receu le roy de France lesdites appellacions, donné rescript -à icelles, et fait ce que seigneur souverain puet et doit -faire en tel cas par justice et par raison, et n'a en rien usé -par voie de fait. »</p> - -<p>(Et quant à ce que contenu est en la fin dudit article que -sé le roy veult réparer les attemptas et remettre les appelans -en l'obéissance dudit roy d'Angleterre et faire les renonciations -qui sont à faire de sa partie et ycelles envoie au -roy d'Angleterre par ses lettres ouvertes, le conseil du roy -d'Angleterre pense que le roy d'Angleterre fera celles que -faire devra par le traictié de la paix.)</p> - -<p>« Que, sauve la grace des proposans, l'offre des conclusions -dessusdites n'est pas raisonnable par pluseurs raisons : -La première, car le roy de France n'a fait aucuns attemptas -contre ladite paix en recevant lesdites appellacions ; ainsois -a fait ce qu'il povoit et devoit faire pour ladite paix : et -aussi par ladite appellacion, les appelans sont exemps dudit -roy d'Angleterre et du prince son fils et demeurent en l'obéissance -du roy de France ; et ainsi il n'est tenu de les -remettre en l'obéissance du roy d'Angleterre ou du prince, -s'il n'estoit premièrement cogneu des appellacions et qu'il -feust dit et jugié que il eussent mal appelé, au quel cas le -roy de France feroit ce qu'il devroit, ainsi comme il l'a -accoustumé de faire en cas semblable. La seconde raison : -car le roy de France, par le traictié de la paix, n'est tenu de -renoncier premièrement né avant que le roy d'Angleterre ; né -premièrement ne doit pas envoier ses lettres : ainsois il y a -certaine forme autre qu'il n'est contenu en l'offre du roy -d'Angleterre dessus esclaircie. La tierce raison : que le roy -d'Angleterre n'offre pas à faire les renonciations qui sont à -faire de sa partie, supposé que le roy de France les féist de sa -partie ; ainsois dit le conseil du roy d'Angleterre qu'il pense -que le roy d'Angleterre les feroit, laquelle chose ne souffist -pas, considéré la forme du traictié de la paix. La quarte -raison : car le roy d'Angleterre n'offre pas à envoier les personnes -devant lesquelles le roy de France devroit faire lesdites -renonciations ; et aussi ne requiert pas que le roy de -France luy envoie personnes devant lesquelles il les fera, -lesquelles choses il convenist par le traictié de paix. La -quinte raison : car le roy d'Angleterre par ladite bille ou -cédulle veult que le roy de France luy délivre certaines -terres, lesquelles, par le traictié de la paix, ne regardent en -rien le fait des renonciations, si comme Monstereul sur la -mer, les quatre homaiges dessusdis, la terre de l'angle et -pluseurs autres, lesquelles ledit roy d'Angleterre veult -avoir pour ce qu'il dit qu'il y a droit et qu'il en est bien -enformé ; et le roy de France dit que elles ne doivent point -appartenir au roy d'Angleterre par le traictié de la paix : -et n'en veult point estre juge en sa cause, ainsois en veult -estre jugié par le pape et l'églyse de Rome, à qui les parties -se sont soubmises, ou par commissaires esleus ou à eslire des -parties, ainsi comme autrefois a esté fait. La sixte raison : car -le roy d'Angleterre, par ladite bille ou cédulle, veult que le -roy de France luy baille lesdites terres et luy face formelment -et clerement tout ce qu'il requiert ; et il offre en général -à faire au roy de France ce que faire devra, laquelle chose -cherroit en cognoissance de cause, et est obscure et incertaine ; -car aux requestes du roy de France n'a fait né voulu -faire le roy d'Angleterre né son conseil aucune particulière -né certaine response, jasoit ce que pluseurs fois luy ait esté -requis. Parquoy puet apparoir clerement et très évidemment -que les responses, offres, conclusions et autres choses -contenues en ladite bille ou cédulle, sauve la grace des opposans, -ne sont mie raisonnablement baillées ou proposées, -espécialment par la forme et manière comprise en ladite -bille ou cédulle. Et quant le roy d'Angleterre et son conseil -vouldront requérir ou offrir aucunes choses raisonnables -et selon la forme de la paix ; et aussi feront et vouldront -faire de leur partie ce qu'il doivent faire sur les requestes -que le roy de France leur a fait faire par ses dis messages -envoiés darrenièrement en Angleterre, tant sur le fait du -widement des compaignies et sur les dommaiges qu'il ont -fait au royaume de France, comme sur les autres choses -touchant le traictié de la paix, le roy de France fera très -volentiers ce que faire devra de sa partie.</p> - -<p>» Item, dit le roy de France et son conseil, afin qu'il -appère à tout homme que tout ce qu'il a fait a esté fait -bien et duement, et par voie de justice, et sans faire aucune -chose contre la paix ; que, par le traictié de la paix et par ce -que dit est dessus appert évidemment que les souverainetés et -ressors des terres bailliées par la paix au roy d'Angleterre -en demaine et aussi de celles qui lui doivent demourer par -la paix appartiennent et demeurent au roy de France en -tel estat comme elles estoient au temps de ladite paix, puisqu'il -n'y a renoncié. Et ainsi le dit clèrement la clause : -<i>c'est assavoir</i>. Et aussi est-il certain et appert par ladite -bille ou cédulle et par la confession du roy d'Angleterre et -de son conseil que le roy de France n'y a point renoncié. -Et par icelle bille ou cédulle il requièrent que le roy de -France face les renonciations auxdites souverainetés et -ressors, ce que il ne requéissent pas sé il y eust renoncié, -et par conséquent en povoit et puet user, passé le terme de -ladite surséance qui duroit jusques à ladite feste St-Andrieu, -l'an soixante-un.</p> - -<p>» Item, que, ce nonobstant, le roy d'Angleterre et le prince -son fils, ont entrepris et actempté contre icelles souverainetés -et ressors en plusieurs manières, et se sont efforciés -d'icelles approprier et attribuer à eux, et icelles dénier et -empeschier au roy de France auquel seul et pour le tout -elles appartenoient et appartiennent comme est dit dessus. -Premièrement le roy d'Angleterre et son gouverneur-général -de Pontieu, qui est pardessus tous les officiers de Pontieu -et lequel le roy d'Angleterre ne peut désavouer, a -ordené et publié audit Pontieu que tous ceux qui appelleroient -du séneschal de Pontieu audit gouverneur comme -à siège souverain et derrain, duquel l'en ne puist partir sé -non par proposition d'erreurs comme on fait en parlement, -et après ladite ordenance a donné pluseurs ajournemens -pardevant luy et ceux qui avecques luy seroient aux appellans -des sentences au jugement dudit séneschal ; duquel séneschal -de tout temps on doit et est accoutumé d'appeller -au baillif d'Amiens sans moien<a id="FNanchor_277" href="#Footnote_277" class="fnanchor">[277]</a> : et ce ont fait ledit gouverneur, -le trésorier de Pontieu et autres officiers dudit Pontieu, -de l'autorité et volenté dudit roy d'Angleterre et de son -conseil d'Angleterre, né autrement ne l'eussent osé faire né -si grant chose entreprendre. Et aussi est venu à la connoissance -dudit roy d'Angleterre et de son conseil, et l'ont -souffert et consenti expressément ou taisiblement ; et aussi -ne puet ledit gouverneur estre désavoué comme dit est -selon raison, la coustume, et usaige et commune observance -de la court souveraine, espécialment en fait de justice et en -ce qui puet cheoir en administration et gouvernement de -païs.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_277" href="#FNanchor_277"><span class="label">[277]</span></a> <i>Sans moyen</i>. Sans intermédiaire.</p> -</div> -<p>» Item, que lesdis gouverneur et trésorier de Pontieu, -considérans qu'il ne povoient par raison né devoient entreprendre -ledit ressort, s'efforcièrent d'enduire les subgiés de -Pontieu à ce qu'il voulsissent requérir que ledit ressort leur -feust baillié comme souverain et final, sans plus ressortir -au roy de France né à sa court de parlement ; et firent -assembler à Abbeville, en l'églyse de Saint-Pierre, les gens -d'églyse, les nobles et les bonnes villes de Pontieu, et leur -baillièrent ou firent baillier une requeste ou supplicacion -contenant que lesdis subgiés requéroient et supplioient -avoir ledit ressort par devers ledit gouverneur ; et avoit en -icelle supplicacion pluseurs queues pour y mettre les -seaux desdites gens d'églyse, nobles et bonnes villes, et leur -requéroit-on que ainsi le voulsissent faire : mais lesdis subgiés, -comme bien avisés et conseilliés, respondirent d'un -commun assentiment qu'il n'en requéroient riens et qu'il -ne savoient pas que le roy de France eust renoncié à ses -souverainetés et ressors, né qu'il les eust transportés au roy -d'Angleterre ; et que sur ce, ledit roy d'Angleterre et son -conseil féissent ce que bon leur sembleroit. Et d'icelle supplicacion -sera bien monstrée la copie sé mestier est ; et -estoit icelle supplicacion getée et ordenée par le conseil du -roy d'Angleterre, et contenoit, contre vérité, que le roy -de France n'avoit audit pays de Pontieu aucune souveraineté, -et que la seigneurie d'iceluy païs estoit toute séparée -du royaume de France.</p> - -<p>» Item, que, ce nonobstant, ledit gouverneur ordena ledit -ressort, iceluy fist publier, et en a usé et donné pluseurs -ajournemens en cause d'appel, comme dit est dessus, et en -entreprenant lesdites souverainetés et en eux efforçant -d'icelles attribuer à eux, contre raison, et contre la teneur de -ladite paix.</p> - -<p>» Item, que ledit roy d'Angleterre, lesdis gouverneur et -trésorier ont requis et fait requérir à pluseurs nobles et -subgiés dudit Pontieu qu'il feissent seremens d'estre avec -le roy d'Angleterre contre toutes personnes qui pevent vivre -et mourir, le roy de France ou autres. Et en y a pluseurs -qui l'ont fait ainsi par doubtance, si comme l'en dit, et à -ceux qui ne le voulurent faire en saisissent leur terres et -leur fiefs, et tient-on communelment que Ringois<a id="FNanchor_278" href="#Footnote_278" class="fnanchor">[278]</a> d'Abbeville -a esté mort pour ce qu'il ne voult faire ledit serement -contre le roy de France ; et fu mené en Angleterre, et après -ce qu'il a esté longuement prisonnier détenu, sans lui vouloir -ouvrir voie de droit né à ses amis qui le poursuivoient, -on l'a fait saillir des dunes du chastel de Douvre en la mer.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_278" href="#FNanchor_278"><span class="label">[278]</span></a> <i>Ringois</i>. Variante : <i>Aingois</i>.</p> -</div> -<p>» Item, que par icelle meisme manière l'a fait et s'est -efforcié de faire ledit roy d'Angleterre et aussi le prince -son fils, au païs de Guyenne, en prenant leur homaiges ; et -ainsi le confessent-il et est contenu en ladite bille du -conte d'Armignac et du sire de Lebret, qu'il ont fait leur -homaige au roy d'Angleterre comme seigneur souverain ; et -que ainsi l'ont reçu le roy d'Angleterre et le prince son fils.</p> - -<p>» Item, que ledit roy d'Angleterre et le prince son fils, -tant en Pontieu comme en Guyenne, ont occupé et occupent -de fait la seigneurie et connoissance des causes touchant les -églyses cathédraux et autres églyses de fondation royale, de -ce que icelles églyses tiennent soubs eux ; et toutesvoies icelles -églyses sont de la souveraineté et ressort du roy de -France seul et pour le tout, né oncques n'y renonça comme -dit est dessus. Et supposé que le roy ait mandé par ses lettres -à aucunes villes, seigneurs ou païs qu'il obéissent au -roy d'Angleterre par la manière qu'il ont fait au temps aux -roys de France, c'est à entendre comme à seigneur en demaine, -et selon la forme de la paix laquelle est contenue par -exprès en la clause : <i>c'est à savoir</i>, que les souverainetés et -ressors des païs bailliés en demaine au roy d'Angleterre au -royaume de France, demeurent au roy de France en l'état -que elles estoient au temps de la paix, sans ce que elles -puissent estre dites ou transportées au roy d'Angleterre par -lettres contenues au traictié de la paix, né autres données -ou à donner par dit, par fait né autrement par quelconque -manière que ce soit, jusques à ce que le roy de France y ait -renoncié expressément et bailliées ses lettres ouvertes au -roy d'Angleterre ; laquelle chose il ne fist oncques.</p> - -<p>» Item, que ledit prince a pris ou fait prendre et mettre -en prison maistre Bernart Palot et monseigneur Jehan de -Chaponnal, commis ou députés, de par le roy de France ou -de par son séneschal à Toulouse, à présenter audit prince -les lettres du roy de France ; par lesquelles ledit prince -estoit adjourné, en cause d'appel, pardevant le roy ou sa -court de parlement à Paris, à l'instance et requeste dudit -conte d'Armignac ; et les a détenus prisonniers pour lonc-temps, -et encore détient en très grand contempt et mesprisement -du roy et de sa souveraineté<a id="FNanchor_279" href="#Footnote_279" class="fnanchor">[279]</a>, et en actemptant -et entreprenant contre icelles souverainetés.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_279" href="#FNanchor_279"><span class="label">[279]</span></a> Le manuscrit de Charles V porte sur la marge, à côté de ces mots : -No. <i>Que il les fist morir</i>. — Bernard Palot étoit un docteur, juge du roi -à Toulouse, comme on le verra vers la fin de l'année 1377.</p> -</div> -<p>» Item, que ledit prince, au contempt de ladite appellacion, -fait guerre ouverte contre ledit conte d'Armignac et ses -adhérens, et procède contre ledit conte et contre iceux par -voie de guerre et de fait le plus efforcément qu'il puet ; et -font mourir et mettre à mort tous les appellans qu'il trouvent -et leur adhérens. Et en ce faisant n'est pas doute qu'il -fait guerre contre le roy de France, considéré que lesdis -apellans, par ladite appellacion et durant icelle, sont exemps -dudit prince et sont en l'obéissance, sauve-garde et proteccion -du roy ; et ne leur puet ledit prince meffaire qu'il ne -mefface au roi de France et à sa souveraineté.</p> - -<p>» Item, que le roy d'Angleterre, en la guerre entreprise -et rebellion dessus dite, soustient et a soustenu, conforté et -aidié ledit prince son fils, et luy a envoié et envoie tous les -jours gens d'armes et archiers pour faire guerre auxdis -appellans, et par conséquent ne puet désavouer le fait dudit -prince son fils.</p> - -<p>» Item, que le roy d'Angleterre et le prince son fils ont -pris à leur soldées et gaiges pluseurs gens de compaignies, -ennemis du roy et du royaume de France, pour faire guerre -contre lesdis appellans, en aidant et confortant iceux et en -les receptant en leur terres et seigneuries. Laquelle chose -il ne pevent faire par les aliances des deux roys, et une -partie desdites compaignies font demourer au royaume de -France à Chastel-Gontier et ailleurs, pour iceluy royaume -grever et domaigier.</p> - -<p>» Item, que en ce faisant monstrent-il clèrement que il -ont lesdites compaignies soustenues, aidiées et confortées -au temps passé, et que elles sont et ont bien esté en leur -commandement, et qu'il avoient bien la puissance de les -empeschier à entrer au royaume de France et de les faire -widier et mettre hors s'il leur eust pleu ; ainsi comme tenus -y estoient par lesdites aliances.</p> - -<p>» Item, qu'il n'est pas doubte que en ce faisant, il ont -fait contre les bulles et les procès du pape, et en encourant -les peines et sentences contenues en icelles, puisqu'il se -aident et se sont aidiés desdites compaignies et icelles confortées -et aidiées contre le royaume de France, et aussi puisque -ils les povoient retraire dudit royaume et il ne l'ont fait, -et par spécial leur subgiés nés de leur terres et seigneuries. -Et ainsi sont par lesdites bulles et procès tous leur subgiés -et vassaux quittes et absous de tous homaiges et seremens -èsquiels il leur estoient tenus et astrains, et puet le roy de -France assigner et mettre en sa main toutes les terres, -seigneuries qu'il tiennent en demaine au royaume de -France.</p> - -<p>» Item, que darrenièrement ont les gens du roy d'Angleterre -chevauchié en Pontieu par manière de guerre, et bouté -feux en la maison du seigneur de Chastillon, et fait pluseurs -autres choses par voie de fait et de guerre contre droit et les -seremens devant fais.</p> - -<p>» Item, que en ce faisant, il appert clèrement que lesdis -roy d'Angleterre et prince ont commencié à procéder contre -le roy de France par voie de guerre et de fait, en venant et -en enfraignant icelle ; et en pluseurs autres manières ont -entrepris sur le roy de France et sur son royaume et contre -ses souverainetés, lesquelles choses et explois seroient trop -lonc à reciter. Et par les rebellions, désobéissances, actemptas, -mesprisemens et abus dessus dis, ont tant meffait lesdis -roy d'Angleterre et prince envers le roy de France et sa souveraineté, -qu'il puet et luy loit<a id="FNanchor_280" href="#Footnote_280" class="fnanchor">[280]</a> par raison et par bonne -justice assigner et mettre en sa main tous les demaines que -lesdis roy d'Angleterre et prince ont au royaume de France, -tant en païs coustumier comme en païs de droit escript. -Et s'il y a aucuns subgiés ou autres habitans ou demourans -en iceux demaines, le roy leur puet requérir que il obéissent -à luy et à ses gens en ce faisant, et il y sont tenus d'obéir -comme à leur seigneur souverain. Et s'il y a aucuns subgiés -ou autres qui en ce fassent désobéissance ou rebellion, le -roy de France les puet, sans offence de justice, faire par sa -puissance et par main armée venir à obéissance, et faire -tant que la force soit sienne ; et en ce, ne peut-on dire ou -noter voie de guerre ou de fait, mais que droite et bonne -justice ; né par ce on ne puet dire que le roy ait commencié -guerre né fait contre la paix en aucune manière.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_280" href="#FNanchor_280"><span class="label">[280]</span></a> <i>Luy loit</i>. Lui est loisible.</p> -</div> -<p>» Item, que pour les causes dessus dites et à la conservacion -de ses souverainetés et en usant d'icelle, a le roy de -France assigné et mis en sa main comme seigneur souverain -aucunes villes et lieux qui estoient du demaine du roy -d'Angleterre : et où il a trouvé obéissance, il y a mis gens -de par luy, pour icelles villes et lieux tenir et garder en sa -main ; et où il a trouvé désobéissance, il les y contraint par -sa puissance et par la manière qui luy loit à faire. Et ainsi -le peut-il faire et continuer, s'il lui plaist, par tous les autres -lieux et demaines que lesdis roy d'Angleterre et prince -ont au royaume de France, et en la souveraineté d'icelui.</p> - -<p>» Et par ce que dit est dessus, puet apparoir clèrement à -tout homme que tout ce que le roy de France a fait tant en -Pontieu comme en Guyenne sur les demaines que le roy -d'Angleterre y tenoit, il l'a fait par voie de justice et de raison, -et ainsi comme il luy loisoit à faire comme à seigneur -souverain ; et n'a en rien procédé par voie de guerre né de -fait ; et que le roy d'Angleterre et le prince son fils ont -procédé desraisonnablement et par voie de fait, et commencié -la guerre contre le roy de France et ses subgiés, et -en venant par pluseurs fois et par pluseurs manières contre -le traictié de la paix.</p> - -<p>» Et pour ce que plus clèrement appère l'entendement -des choses dessus dites, et pour monstrer les justificacions -du roy de France en ces choses, s'ensuivent ci-après aucunes -requestes que le roy de France luy deut faire par le traictié -de la paix, et lesquelles les messaiges du roy de France -dessus dis ont faites audit roy d'Angleterre ; mais iceluy roy -d'Angleterre né son conseil n'y ont fait né voulu faire -response.</p> - -<p><i>La première</i>. » Comme audit traictié entre les autres -choses est contenu au vint-septiesme et au vint-huitiesme articles -et sur ce faites lettres des deux roys, que le roy -d'Angleterre est tenu de faire widier et délivrer, à ses propres -coux et frais, toutes les forteresses prises et occupées -par luy, par ses subgiés, adhérens ou aliés au royaume de -France, en quelque partie que ce soit, excepté celles du -duchié de Bretaigne et des païs et terres qui doivent -appartenir et demourer audit roy d'Angleterre, et le devoit -avoir fait dedens la Chandeleur qui fu l'an mil trois cens -soixante ; et en icelles lettres sont nommées par exprès lesdites -forteresses occupées audit royaume ou grant partie -d'icelles. Item, que ledit roy d'Angleterre ne fit widier né -délivrer lesdites forteresses dedens ledit terme de la Chandeleur. -Item, que celles qui furent widiées après ladite -Chandeleur, ou grant partie d'icelles, ne l'ont point esté -par ledit roy d'Angleterre né à ses frais né despens, comme -faire le devoit ; ainsois l'ont été aux frais et despens du roy -et de ses subgiés et des païs où lesdites forteresses étoient -assises. Item, que aucunes des forteresses ne furent oncques -délivrées, ainsois ont toujours esté occupées et encores sont -par ledit roy d'Angleterre ou par ses subgiés ou aliés, c'est -assavoir la Roche-de-Pesay<a id="FNanchor_281" href="#Footnote_281" class="fnanchor">[281]</a> ; et toutesvoies ladite Roche-de-Pesay -est par exprès nommée audit traictié entre les -forteresses qui devoient être widiées et délivrées au païs de -Tourraine. Item, par la faute dudit widement, ceux qui -demourèrent ès dites forteresses pour ledit roy d'Angleterre -ont pillié, gasté et destruit le païs pour le temps qu'il y -ont esté, et aussi durement où pou s'en failloit comme -il faisoient durant la guerre, levé nouvelles raençons et fait -tout le mal qu'il povoient. Item, que par ce a convenu que -les païs où lesdites forteresses estoient aient acheté lesdis -fors<a id="FNanchor_282" href="#Footnote_282" class="fnanchor">[282]</a> à grans sommes de deniers, pour ce que le roy d'Angleterre -ne les faisoit pas widier, nonobstant qu'il en feust -pluseurs fois sommé et requis ; et jà soit ce que le roy de -France eust fait de sa partie ce que faire devoit pour ledit -widement : et seront bailliées, toutesvoies que besoin sera, -par déclaration, les forteresses rachetées aux despens du -roy et du pays. Item, que en ces choses le roy et ses subgiés -ont esté domaigiés jusques à très grans sommes aussi comme -inestimables, à déclarer quant temps sera, et desquelles -choses le roy doit estre desdommaigié par le roy d'Angleterre. »</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_281" href="#FNanchor_281"><span class="label">[281]</span></a> <i>La Roche de Pesay</i>. Aujourd'hui <i>Laroche-Posay</i>, sur les limites de -la Touraine et du Poitou.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_282" href="#FNanchor_282"><span class="label">[282]</span></a> <i>Fors</i>. Forteresses.</p> -</div> -<p><i>La seconde</i>. » Comme entre les deux roys par ledit traictié -de la paix, soient faites et passées alliance contre toutes personnes, -excepté le pape et le saint-siège de Rome et l'empereur -qui est à présent, pour eux, leur enfans, leur hoirs et -successeurs, leur royaumes, terres et subgiés quelconques ; -et entre les autres choses soit contenu en icelles alliances, -que le roy d'Angleterre ne soufferra aucun de ses subgiés -né autres quelconques aler né entrer au royaume de France, -né en autre terre du roy, ses enfans, hoirs ou successeurs, -pour y faire guerre, domaige ou offense aucune, à gaige, à -service d'autrui né autrement, par quelconque manière ou -cause que ce soit ; ainsois les empeschera ou destourbera -de tout son pouvoir, et les ennemis ou malveillans du roy -au royaume de France ne receptera en son royaume ou -aucunes de ses terres, né aide ou confort ne leur fera ; et sé -aucun de ses subgiés faisoient le contraire, ou aussi une -guerre villaine ou domaige au roy ou au royaume de France, -par ses successeurs ou subgiés il les pourroit ou feroit -pugnir si grandement qu'il seroit example à tous autres ; -et de tout son pouvoir feroit réparer et adressier tous les -domages, actemptas ou entreprises fais à l'encontre ; et sé il -faisoit, procuroit ou souffroit sciemment le contraire estre -fait, il vouloit encourir les peines contenues ès-dites alliances.</p> - -<p>» Item, qu'il n'est pas doubte que par lesdites alliances -le roy d'Angleterre estoit et est tenu et obligié à destourber -et empeschier de tout son povoir et procurer et faire diligence -par deffenses, inhibicions et de toutes autres manières -qu'il poroit, que aucun de ses subgiés n'entrast au royaume -de France pour y faire guerre ou domaige par manière de -compaignies à service ou gaiges d'autruy, ou autrement par -quelconque cause que ce soit ; et aussi il estoit et est obligié -s'il faisoit le contraire de faire réparer et adressier les -seurprises ou actemptas fais par ses subgiés, laquelle chose -il devoit faire en les contraingnant à widier le royaume -de France, et faisant redressier les domaiges qu'il avoient -fais : autrement les actemptas ne seroient pas adressiés né -réparés.</p> - -<p>» Item, que selon lesdites alliances puisque le roy d'Angleterre -estoit tenu de destourber et empeschier que ses -subgiés n'entrassent au royaume de France pour y faire -guerre, par semblable voie et par plus forte il estoit tenu, -s'il y entroient ou faisoient guerre, de les faire widier et -retraire dudit royaume.</p> - -<p>» Item, que par exprès il est retenu ès-dites alliances, -comme dit est dessus, que ledit roy d'Angleterre ne soufferra -point le contraire sciemment ; lesquelles paroles emportent -que sé il le scet et vient à sa connoissance, qu'il les -fera widier et les empeschera de tout son pouvoir, autrement -il se soufferroit sciemment et seroit contre lesdites -alliances et promesses.</p> - -<p>» Item, que par lesdites alliances, ledit roy d'Angleterre -est tenu à trois choses : premièrement de non souffrir les -subgiés faire guerre ou domaige au royaume de France ; -secondement il est tenu de les destourber ou empeschier ; -et tiercement il est tenu sé il font le contraire de réparer et -adressier leur entreprise et actemptas, et par conséquent de -les faire widier du royaume de France, comme dit est -dessus, soit qu'il soient entrés par manière de compaignies -à service ou gaiges d'autrui, ou autrement : et aussi doit -rendre et restablir ou faire rendre et restablir tous les -domaiges que le roy, son royaume et ses subgiés ont eu et -soustenu pour celle cause, et aussi ne les doit récepter, -né à iceux prester conseil, confort ou aide en aucune manière.</p> - -<p>» Item, que par lesdites alliances, ledit roy d'Angleterre -est obligié de faire les choses dessus dites de tout son povoir, -lesquelles paroles sont à entendre civilement et raisonnablement -et de tel povoir que le roy d'Angleterre a sur ses -subgiés ; c'est assavoir, qu'il leur doit mander et commander -qu'il wident le royaume, et sé ils n'obéissent à ses -commandemens il les y doit contraindre par sa puissance -et main armée et ce emportent les paroles : <i>de tout son -povoir</i>, lesquelles sont à entendre <i lang="la" xml:lang="la">cum effectu</i>.</p> - -<p>» Item, que, ce nonobstant, les subgiés du roy d'Angleterre -et du prince, tant d'Angleterre comme de Guyenne, -ont esté au royaume de France, tant par manière de compaignies -comme autrement, et y ont fait guerre et tous les -domaiges, excès et maléfices que l'en pourroit dire né -desclairer, et ont esté pour la grant partie du temps depuis -le traictié de la paix, et encores y sont à présent et ont esté -dès la derrenière venue par l'espace d'un an continuellement -et plus, sans en partir ; tous ou la plus grant partie -subgiés et des terres et de l'obéissance dudit roy d'Angleterre -et du prince son fils ; et y ont fait et y font de jour en -jour domaiges et excès irréparables et aussi comme inestimables<a id="FNanchor_283" href="#Footnote_283" class="fnanchor">[283]</a>, -et grant partie des pillages portés, réceptés et -vendus en Guyenne.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_283" href="#FNanchor_283"><span class="label">[283]</span></a> La fin de cet alinéa et le suivant ont été omis dans les éditions précédentes.</p> -</div> -<p>» Item, que il est venu à la connoissance dudit roy -d'Angleterre, que lesdites compaignies estoient au royaume, -et l'en a le roy de France, par pluseurs fois, sommé et -requis qu'il les voulsist faire widier et partir du royaume -de France et faire reparer les domaiges et actemptas que -fais avoient ; laquelle chose le roy d'Angleterre et le prince -n'ont pas fait, jà soit ce que faire le peussent et deussent -selon le traictié de la paix.</p> - -<p>» Item, que supposé que ledit roy d'Angleterre leur ait -fait faire aucuns commandemens de bouche de widier le -royaume, ce ne doit pas souffire ; car puisqu'il n'obéissent -à ses commandemens, il les doit contraindre de fait, autrement -il ne faisoit pas bien son devoir né son povoir.</p> - -<p>» Item, que ledit roy d'Angleterre, tant pour lesdites -alliances comme par une lettre appellée <i>exécutoire</i> passée à -Calais, doit punir les dessus dis, ses subgiés, qui feront -guerre ou domaige audit royaume de France pour quelconque -cause que ce soit comme traistres, et en la manière -qu'il est acoustumé à faire en crime de lèse majesté s'il les -puet appréhender, ou bannir de son royaume s'il sont -absens, et leur biens ou terres confisquer, sans iceux jamais -récepter en son royaume, s'il ne se partent du royaume de -France, dedens un mois après ce que il en auront esté -sommés et requis par aucun des gens dudit roy d'Angleterre -ou autre personne publique ; de quoi rien n'a esté -fais, ainsois sont et viennent pluseurs d'iceux par le -royaume d'Angleterre et par Guyenne, et aussi joyssent de -leurs biens paisiblement.</p> - -<p>» Item, que pour les choses dessus dites et occasion -d'icelles, le roy de France a esté domaigié irréparablement -et ses subgiés jusques à sommes ainsi comme inestimables, -et desquelles choses le roy de France doit estre desdomaigié -par le roy d'Angleterre et lesquelles choses seront bien -esclaircies et montrées.</p> - -<p>» Item, et avecques ce, fasse le roy d'Angleterre royalment -et de fait widier les gens des compaignies qui sont au -royaume de France, spécialment ceux qui sont de ses terres -et seigneuries et du prince son fils ; et que de ce fasse tout -son povoir par la manière que contenu est èsdites alliances. -Et plaise au roy d'Angleterre dire aux messaiges du roy de -France à cette fois ce qui l'en plaira faire ; car le roy de -France tient que le roy d'Angleterre y est tenu par le traictié -de la paix et par lesdites alliances. »</p> - -<p><i>La tierce</i>. » Que comme esdites aliances, entre les autres -choses soit convenu que sé aucun des deux roys requiert -l'autre en son ayde, celui qui ainsi sera requis aidera le -requérant et luy donra tout le bon conseil qu'il pourra aux -despens du requérant : et il soit ainsi que ledit roy de -France ait fait requérir le roy d'Angleterre par ses messaiges -qui y furent derrenièrement qu'il voulsist mander et -commander à ses subgiés que sé le roy de France les requéroit -de luy servir contre les compaignies à ses despens qu'il -luy aidassent, et que aussi voulsist mander au prince son -fils que il commandast à ses subgiés de Guienne ; et mesmement<a id="FNanchor_284" href="#Footnote_284" class="fnanchor">[284]</a> -qu'il y en avoit aucuns qui estoient ses hommes -et le devoient servir contre autres personnes que contre le -roy d'Angleterre ou ses enfans. Laquelle requeste fu plainement -reffusée auxdis messaiges du roy, soubs couleur que -le conseil dudit roy d'Angleterre disoit que le roy d'Angleterre -avoit à faire de gens d'armes ou doubtoit d'en avoir à -faire prochainement, et aussi disoit-il du prince. Sur quoy -leur fu requis que il baillassent lesdis mandemens à leur -subgiés de servir le roy à ses despens, comme dit est, au cas -que ledit roy d'Angleterre ou le prince ne les manderoient -ou embesogneroient pour fait de guerre qui leur survenist ; -laquelle chose leur fu encore refusée. Et toutesvoies ledit -roy d'Angleterre né aussi ledit prince n'avoient né depuis -n'eurent aucune guerre pour laquelle il embesognassent -ceux que le roy de France requéroit à avoir en son service -à ses despens.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_284" href="#FNanchor_284"><span class="label">[284]</span></a> <i>Mesmement que</i>. Avec d'autant plus de raison que.</p> -</div> -<p>» Item, que, pour ce, en y a eu pluseurs de la duchié de -Guyenne qui n'ont osé venir au service du roy, et aucuns -qui y sont venus n'y vindrent pas si tost que le roy en eust -besoin ; et en ce a esté le roy et ses subgiés grandement -domagié et irréparablement.</p> - -<p>» Item, que les gens du roy nostre sire estant devant Faye-la-Vigneuse -où lesdites compaignies estoient, en entencion -d'icelles compaignies combattre, le séneschal de Poitou, où -autres gens ou officiers du prince firent commandement de -par le prince à pluseurs seigneurs qui tiennent aucunes -terres du prince, que il se partissent de d'avec les autres -gens du roy nostre sire, et que, sur quanque il se pouvoient -meffaire envers ledit prince, ne feussent avec les gens du -roy nostre sire né mefféissent auxdites compaignies.</p> - -<p><i>La quarte</i>. » Que comme pluseurs gens de compaignies des -terres et seigneuries du roy d'Angleterre et du prince fussent -au royaume de France et iceluy gastassent et pillassent -en faisant tous les maux et domaiges que l'en sauroit réciter, -et pour résister à leur male volenté et iceux faire partir et -widier le royaume de France où il estoient, les séneschaux -de Thoulouse et de Carcassonne et autres officiers, vassaux -et subgiés du roy de France, se fussent assemblés au lieu -de Lisledieu au pouvoir du roy nostre sire, les gens et subgiés -du prince confortèrent et aidièrent les dessusdis des -compaignies par tele manière que les gens de la partie du -roy de France furent desconfis, mors et pris, et lesdis séneschaux -et pluseurs barons, vassaux et subgiés du roy menés -et détenus prisonniers au povoir du prince et raençonnés, -et les biens et pillages receus et receptés, et depuis furent -mis les prisons à grans et excessives raençons ; et en ce -a esté le roy de France et ses subgiés très grandement -domagié.</p> - -<p>» Item, que de réparer et adrécier les choses dessusdites -fu le prince sommé et requis de par le roy de France et de -par monseigneur le duc d'Anjou, et furent envoiés messages, -lesquels firent lesdites requestes et baillèrent par -escript audit prince ou à son chancelier pour luy et de son -commandement.</p> - -<p>» Item, que jasoit ce que le prince leur fist respondre -qu'il estoit courroucié des domaiges qui estoient fais au -royaume de France, et que il, quant il seroit retourné d'Espaigne, -en feroit son adrecement, toutesvoies rien n'en fu -fait en effet, si comme ces choses peuvent apparoir clerement -par instrument publique fait et donné sus lesdites -requestes et responses ; et a faillu que les officiers et subgiés -du roy ou grant partie d'eux se raençonnassent très excessivement, -et plus que faire ne deussent en guerre ouverte, et -soustenissent pluseurs autres domaiges ; et doivent lesdis -dommages estre restitués et réparés comme fais contre les -alliances et traictié de la paix faite entre les deux roys.</p> - -<p>» Item, et oultre les choses dessusdites, nouvellement -est advenu que Gursomile<a id="FNanchor_285" href="#Footnote_285" class="fnanchor">[285]</a> et autres capitaines desdites -compaignies sont venus au royaume d'Angleterre à Londres -et ailleurs, et là ont demouré et esté réceptés par pluseurs -journées et y ont été rafreschis de chevaux, hernois, -gens d'armes et archiers qu'il en ont menés et de toutes -autres choses qu'il ont voulu avoir, et que plus est, dient -aucuns qu'il ont esté au propre hostel du roy d'Angleterre -receus et festoiés.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_285" href="#FNanchor_285"><span class="label">[285]</span></a> <i>Gursomile</i>. Variante : <i>Garsonailles</i>.</p> -</div> -<p><i>La quinte</i>. » Que comme par le traictié de la paix il soit -dit, c'est assavoir au neuviesme article, que sé aucunes -terres sont bailliées au roy d'Angleterre par le traictié de la -paix, lesquelles ne furent autrefois des roys d'Angleterre, -il les aura en l'estat que il estoient au temps dudit traictié ; -et il soit ainsi que au temps de la paix et par avant, la royne -Blanche tenoit paisiblement et prenoit par sa main la -revenue de la commune paix de Rouergue au prix de dix -mil livrées de terre ou rente ou environ ; et le prince ou -ses subgiés pour luy détiennent et occupent de fait ladite -commune paix de Rouergue, et ont levée par pluseurs -années, né délivrer ne la veulent ; et toutesvoies la séneschaucie -né la terre de Rouergue n'avoient onques esté au -roy d'Angleterre avant ladite paix ; si soit ladite commune -paix mise au délivre avec les arrérages qui en ont esté levé -pour huit ans ou environ, qui montent pour chascun an -dix mil livres ou environ.</p> - -<p><i>La sixiesme</i>. » Que comme par ledit traictié de la paix -les souverainetés et ressors du roy nostre sire lui doivent -demourer entièrement sans ce que le roy d'Angleterre en -puisse ou doie user en aucune manière ; et il soit ainsi -que le roy d'Angleterre et le prince son fils se sont efforciés -et encore s'efforcent en pluseurs manières de user desdites -souverainetés et ressors, si comme en Pontieu où il -ont nouvellement ordené un siège d'appellacions pardevant -le gouverneur de Pontieu, pour cognoistre des appellacions -qui se feront du séneschal de Pontieu ; duquel séneschal -l'en doit appeller sans moien au gouverneur du baillif d'Amiens -et de là en Parlement à Paris, et ainsi il a esté fait -de tous temps.</p> - -<p>» Item, que le roy d'Angleterre, ses gens ou officiers pour -luy, ont ordené en ladite conté de Pontieu, que quiconques -appellera dudit séneschal, qu'il appelle audit gouverneur -de Pontieu comme siège souverain et final ; et de fait ont -donné ajournemens et rescrips en cause d'appel pardevant -ledit gouverneur de Pontieu, en usurpant et entreprenant -lesdites souverainetés et ressors.</p> - -<p>» Item, cognoissent et s'efforcent de cognoistre des causes -touchans les églyses cathédraux et autres églyses de fondacion -royal, laquelle chose nul ne puet faire que le seigneur -souverain tant seulement ; et généralment s'efforcent -de tout leur povoir de entreprendre à user desdites souverainetés -et ressors, tant en Guyenne en donnant ajournemens -en cause d'appel que autrement, jasoit ce que -faire ne le pevent né ne doivent : ainsois en puet user le -roy de France seul et pour le tout comme dit est.</p> - -<p>» Item, que veues et considérées les choses dessusdites, -lesquelles sont venues de nouvel à la cognoissance du roy -de France, il appert que le roy d'Angleterre et le prince -doivent cesser de user desdites souverainetés et ressors, et -que tout ce que fait en ont doit estre rappelé et mis au -néant.</p> - -<p><i>La septiesme</i>. » Que comme ledit roy d'Angleterre et le -prince son fils, soubs umbre et couleur dudit traictié de la -paix, aient occupé et de fait détiennent et occupent pluseurs -villes, chasteaux, terres et lieux, lesquels, par ledit -traictié, ne leur doivent estre bailliés, né à eux appartenir -né demourer ; et aussi aient lesdis roys d'Angleterre et prince, -par eux, leur gens et officiers, fait et exercé pluseurs explois -de seigneurie et de justice en pluseurs lieux où il ne le -povoient faire né devoient ; ainsois en appartient la justice -et seigneurie au roy de France ou à ses vassaux et subgiés, -lesquelles occupacions et explois seront déclarés sé besoin -est. Si se doivent lesdis roy d'Angleterre et prince cessier -et délaissier desdites occupacions et explois, et tout ce -qu'il ont fait doit estre rappelé du tout et mis au néant ; -et avec ce rendre et restituer tout ce qu'il en ont pris, levé -ou emporté par eux, leur gens ou officiers.</p> - -<p><i>La huitiesme</i>. » Que comme le roy de France ait fait et -accompli tout ce à quoy il estoit tenu par le traictié pour -avoir la quinte partie des hostaiges nobles qui sont en -Angleterre, que ladite quinte partie luy soit délivrée ; et -pour ce demande ceux dont les noms s'ensuivent : c'est -assavoir le conte de Harecourt, le seigneur de Montmorency, -le conte de Porcien et le sire de Roye. — Par le roy -en son conseil ou assemblée tenue à Paris le onziesme jour -du mois de may, l'an mil trois cent soixante-neuf<a id="FNanchor_286" href="#Footnote_286" class="fnanchor">[286]</a>. »</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_286" href="#FNanchor_286"><span class="label">[286]</span></a> Le manuscrit de Charles V porte en marge l'observation suivante : -<i>No : Que pour l'ocasion des choses dessusdites recommença guerre entre les -deux roys de France et d'Angleterre.</i></p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXI.</h3> - -<p class="section">Le mariage de monseigneur de Bourgoigne et de madame -Marguerite, fille du conte de Flandres.</p> - - -<p>L'an mil trois cent soixante-neuf dessusdit, le dix-neuviesme -jour du mois de juing, le mariage de monseigneur -Phelippe, frère du roy de France et duc de Bourgoigne, et -de Marguerite, fille de messire Loys conte de Flandres, fu -fait et célébré en l'abbaye de Saint-Bavon de Gand par -l'evesque de Tournay : et ot en ladite abbaye ce jour moult -belle et notable feste. Et l'endemain, jour de mercredi, -ledit duc de Bourgoigne donna à disner à toutes gens qui -y vouldrent disner en l'abbaye de St-Père de Gand, en laquelle -il estoit logié et en laquelle il estoit descendu le lundi -précédent environ disner. Et jousta-l'en et fist-l'en moult -belle feste le mardi, mercredi et jeudi ; et y furent le duc -de Breban oncle dudit duc de Bourgoigne, et la duchesse -de Breban, qui estoit tante de ladite Marguerite, duchesse -de Bourgoigne ; et aussi avoit icelle Marguerite esté par -avant femme du duc Phelippe de Bourgoigne, qui avoit -esté trespassé l'an mil trois cent soixante-un, et ainsi fu -duchesse de Bourgoigne deux fois. Et par le traictié de ce -derrain mariage fait le dix-neuviesme jour de juin, comme -dit est, les villes de Lille, de Douay et d'Orchies, avec les -chastiaux et chastellenies et toutes les appartenances, furent -bailliées audit conte lors de Flandres, par certaines manières -et condicions, si comme par le traictié puet apparoir, -dont la teneur ensuit :</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXII.</h3> - -<p class="section">Le traictié du mariage.</p> - - -<p>« Traictié et accordé est par nous Pierre, evesque -d'Aucerre, Gauchier, seigneur de Chasteillon, et maistre -Arnaud de Corbie, au nom et pour le roy nostre sire, qui -estions envoiés de par lui pour traictier du mariage de monseigneur -le duc de Bourgoigne et madame Marguerite, -fille monseigneur de Flandres, duchesse de Bourgoigne, -par vertu de certaine commission et povoir à nous sur ce -baillié de par le roy, d'une part ; et le conseil monseigneur -le conte de Flandres, au nom et pour ledit conte, d'autre, -en la manière qui s'ensuit. Premièrement pour sanctifier et -faire raison à monseigneur de Flandres, tant de dix mil -livrées de terre à héritaige qu'il demandoit au roy nostre sire -par lettres du roy Jehan de bonne mémoire, son père darrenièrement -trespassé que Dieu absoille, et par les siennes -sur ce faites, et des arrérages d'icelles pour pluseurs années, -comme de cent mil deniers d'or à l'escu, pour la récompensacion -de sa monnoie de Clamecy, et pour le paiement de -certaine quantité de gens d'armes tenues par lonc-temps à -Gravelinghes ; nous, au nom du roy, pour faire raison audit -monseigneur de Flandres de ladite demande, et pour le -roy en acquitter vers luy, avons accordé que le roy donera -et baillera, pour lesdites dix mil livrées de terre, en héritaige -perpétuel, audit monseigneur de Flandres et à ses hoirs -et successeurs, contes ou contesses de Flandres, les villes, -chasteaux, chastellenies de Lille, de Douai et d'Orchies, et -toutes leur appartenances, baillies, patronaiges, nobletés -et appendances quelconques, que les prédécesseurs dudit -monseigneur de Flandres, contes de Flandres, tenoient au -temps que elles furent transportées ès prédécesseurs du roy, -par la manière et condicions qui s'ensuivent : c'est assavoir -que au cas que ledit monseigneur de Flandres n'aroit hoir -masle de son corps en loyal mariage, lesdites villes, chasteaux -et chastellenies appartenans et appendans quelconques, -seront héritaige de madame la duchesse de Bourgoigne, -sa fille, de ses hoirs masles procréés du corps dudit -monseigneur le duc de Bourgoigne, et aussi des hoirs -masles procréés et descendans en droite ligne et en loyal -mariage de leurs dis hoirs masles ; et que au cas que ledit -monseigneur de Flandres, en loyal mariage n'auroit hoir -masle, né ladite madame la duchesse de Bourgoigne sa fille -aussi n'auroit hoir masle procréé du corps dudit monseigneur -le duc de Bourgoigne comme dessus est dit, et que ladite ligne -en descendant des hoirs masles dudit monseigneur de Flandres -et de ladite madame de Bourgoigne procréés dudit monseigneur -de Bourgoigne, comme dit est, faudroit ; par quoy -en aucun temps avenir la conté de Flandres eschéist à fille ou -à autres hoirs masles et femelles : le roy et ses successeurs -roys de France pourront en ce cas ravoir lesdites villes, chasteaux, -chastellenies, appartenances et appendances, en baillant -dix mil livrées de terres à héritaige par monnoie de -Flandres courant le sixiesme jour du mois de novembre l'an -mil trois cens cinquante-cinq, — c'est assavoir, le marc d'argent -au marc de Troyes pour cent dix-huit sols parisis, — aux -hoirs de monseigneur de Flandres, contes ou contesses de -Flandres, assises en franc demaine bien et souffisaument ; -c'est assavoir, les cinq mil livrées de terre dedens le royaume -de France, entre la rivière de Somme et Flandres en descendant -jusques à la mer ; et les autres cinq mil livrées de -terre près des contés de Nevers ou de Rethel. Et au cas -qu'il plaira au conte ou contesse de Flandres qui sera au -temps du rachat, il aura pour les dis cinq mil livrées de -terre dessus dis, qui se trouvent à seoir près des contés de -Nevers ou de Rethel, comme dit est, argent. C'est assavoir -pour le denier de rente, quinze deniers paiés à une fois -monnoie de France<a id="FNanchor_287" href="#Footnote_287" class="fnanchor">[287]</a>, ou vint deniers paiés tout à une fois -de ladite monnoie de Flandres, lequel qu'il plaira mieux -au conte ou contesse de Flandres, qui sera au temps dudit -rachat ; lequel rachat, sé ledit duc de Bourgoigne aloit de -vie à trespassement, sans laissier hoir masle procréé de son -corps et du corps de ladite duchesse, que Dieu ne veille, le -roy né ses successeurs ne pourroient ce faire durant la vie de -ladite duchesse de Bourgoigne, tant qu'elle se tendra de remarier, -ou sé elle se marie de la volenté et assentement du roy -nostre sire ou de ses successeurs roys de France ; et tenront -les successeurs dudit conte de Flandres, contes ou contesses -de Flandres les cinq mil livrées de terre qui seront assises -entre la rivière de Somme, la conté de Flandres et la mer, -comme dessus est dit, en un homaige avec la conté de Flandres, -et en partie aussi noblement comme ladite conté de -Flandres est et doit estre tenue de la couronne de France. -Et avec ce, il tenront les autres cinq mil livrées de terre, -qui seront assises, comme dit est, près desdis contés de -Nevers ou de Rethel, à une foy et à un homaige à par luy -aussi noblement comme celle desdites contés dont elles -seront plus près assises est tenue de la couronne de France. -Et lesdites villes, chasteaux, chastellenies de Lille, de -Douai et d'Orchies, et toutes les appartenances et appendances -d'icelles tenront ledit monseigneur de Flandres, ses -hoirs masles, ladite duchesse de Bourgoigne, sa fille, ses -hoirs masles, leur hoirs et successeurs contes et contesses -de Flandres en un homaige et en pairie avec la conté de -Flandres, et aussi noblement que ledit monseigneur de -Flandres tient et doit tenir ladite conté de Flandres ; réservé -au roy et à sesdis successeurs roys de France, le fié, ressort -et souveraineté desdites villes, chasteaux, chastellenies de -Lille, de Douay et d'Orchies, et des appartenances et dépendances -d'icelles, et les drois royaux que les prédécesseurs -du roy y avoient au temps que elles estoient ès mains des -contes de Flandres, prédécesseurs dudit monseigneur de -Flandres ; et aussi réservé au roy et à sesdis successeurs, -roys de France, le rachat desdites villes, chasteaux, chastellenies, -appartenances et appendances, au cas et par la -manière et condicions dessusdis. Et ne seront tenus les -hoirs dudit monseigneur de Flandres, contes ou contesses -de Flandres, de baillier et rendre iceux chasteaux, villes, -chastellenies, appartenances et appendances ès mains du -roy ou de ses successeurs, roys de France, jusques à ce que -lesdites dix mil livrées de terre parisis, monnoie de Flandres -dessusdite, leur seront assises plainement en franc demaine -et délivrées par la manière dessus déclarée, et qu'il en -aient la paisible possession, réalment et de fait. Lesquelles -villes, chasteaux, chastellenies, appartenances et appendances -quelconques de Lille, de Douay et d'Orchies, le roy et -ses successeurs, roys de France, seront tenus de deschargier -de toutes charges et assignacions faites sur icelles, à héritaige, -à vie, à terme ou autrement, et puis que elles furent -bailliées à sesdis prédécesseurs roys de France ; et en prendra -le roy nostre sire dès maintenant la charge sur luy et en -acquittera et sera garant audit monseigneur de Flandres, -ses hoirs et successeurs, vers tous ceux qui aucune chose -luy en pourroient ou vouldroient demander ; sauf que sé -aucunes rentes en sont aliénées en héritaige à églyse, depuis -ledit temps, le roy sera tenu de en faire recompensacion -audit monseigneur de Flandres en autre terre assise bien -et souffisamment, entre la rivière de Somme et ladite conté -de Flandres en franc demaine, près desdites villes, chasteaux, -chastellenies, appartenances et appendances quelconques, -tout en un hommaige avec ladite conté de Flandres ; -ou le roy paiera audit monseigneur de Flandres pour -mil livrées de terre par an, sé tant y a, vingt mil florins -d'or frans de France pour une fois ; et sé plus ou moins y a, -à l'avenant. Laquelle assiete ou paiement le roy fera parfaite -et accomplie, comme dit est, audit monseigneur de Flandres -dedens le jour de la feste saint Remy, en octobre prochain -à venir au plus tart ; et de ce asseurera bien et souffisamment -ledit monseigneur de Flandres par bons plaiges -et souffisans, agréables audit conte et qui s'en feront débteurs -principaux avant le mariage. Et pour ce que depuis -que lesdites villes, chasteaux, chastellenies, appartenances -et dépendances vindrent ès mains de sesdis prédécesseurs -roys de France, iceux prédécesseurs ont acquis le chastel -et la terre de l'Escluse, emprès Douay, qui meuvent et sont -d'ancienneté du fié et du ressort du chastel de Douay, le -roy vouldra, promettra et consentira que ledit conte de -Flandres et ses hoirs, par la manière dessusdite, en aient -hommaige d'un homme héritier de la terre, et tout autel -droit, ressort et souveraineté sur lesdis chastel et terre de -l'Escluse, comme ses prédécesseurs, contes de Flandres y -avoient, quant lesdites villes, chasteaux, chastellenies, -appartenances et appendances de ville de Douay et d'Orchies -estoient en leur mains, nonobstant que les prédécesseurs -du roy aient acquis le demaine. Et sera tenu ledit -conte de Flandres de faire derechief homaige au roy de la -conté de Flandres et desdites villes, chasteaux, chastellenies -de Lille, de Douay et d'Orchies, et des appartenances -et appendances d'icelles adjointes à icelle conté, à tenir en -un hommaige et en partie, comme dit est, en la manière -que derrenièrement il fist hommaige au roy de la conté de -Flandres. Et si asseurera ledit monseigneur de Flandres le -roy, et obligera luy, ses hoirs et successeurs quelque part -qu'il soient audit royaume, de rendre et baillier au roy et ses -successeurs, roys de France, lesdis chasteaux, villes, chastellenies, -appartenances et appendances de Lille, de Douay -et d'Orchies, au cas que les condicions dessusdites avenroient, -que Dieu ne veuille, et que on les racheteroit par la -manière dessusdite. Et quant à ce, soumettra ledit conte -soy, sesdis hoirs et successeurs et lesdis biens et terres de -luy et d'eux à la juridicion et contrainte du roy et de ses -successeurs, roys de France et de sa court, par lesquelles -lesdis hoirs et successeurs seront contrains à ce et non autrement, -ledit rachat premièrement fait par la manière que -dessus est dit ; et les hoirs et successeurs dudit conte de -Flandres aians premièrement, royalment et de fait la possession -paisible de ladite récompensacion deuement faite -et sans fraude. Et par espécial, vouldra ledit monseigneur -de Flandres, sé ses hoirs estoient défaillans de rendre et -baillier lesdites villes, chasteaux, chastellenies, appartenances -et appendances de Lille, de Douay et d'Orchies -et des appendances quelconques, que adont le roy et -ses successeurs roys de France puissent, s'il leur plaisoit, -saisir et arrester toutes leur terres dessusdites, et -contraindre les hoirs dudit conte par toutes voies raisonnables, -par sa jusridicion temporelle et non autrement, -afin que lesdites villes, chasteaux, chastellenies, appartenances -et dépendances dessusdites luy feussent rendues. -Et icelles rendues, le roy sera tenu de tantost oster et -mettre au nient les arrests et saisines et tous empeschemens -mis aux terres, biens et possessions dessusdites sans -nul contredit, et en baillera ledit conte ses lettres. Et en -oultre, baillera le roy audit conte de Flandres pour pluseurs -grans sommes d'argent en quoy il est tenu à luy, pour -les demandes dessusdites, deux cens mil deniers d'or francs -de France, desquels le roy luy paiera cent mil francs huit -jours avant ledit mariage ; et les autres cent mil francs luy -fera le roy paier et délivrer en sa ville de Bruges, dedens -deux ans après ledit mariage fait, à quatre termes et par -quatre fois ; c'est assavoir : vint-cinq mil francs en la fin -de demy an après ledit mariage, et après, de demy an en -demy an à chascun terme vint-cinq mil : et de ce luy donra -le roy ses lettres obligatoires et bons plaigemens et souffisans -agréables audit conte de Flandres, qui de ce s'obligeront -bien et souffisamment par lettres, en leur propres et -privés noms et chascun pour le tout envers ledit conte de -Flandres, s'aucune deffaute avoit au paiement desdis cent -mil francs aux termes dessus déclarés ; et de ce donront -bonnes lettres et souffisans, teles qui souffisent audit monseigneur -de Flandres ; et par baillant royalment et de fait -audit conte de Flandres lesdites villes, chasteaux, chastellenies, -appartenances et appendances et la possession paisible -d'icelles comme dessus est dit, le roy et ses successeurs -roys de France et autres pour ce obligiés, sont et seront -quictes envers luy et ses hoirs et successeurs des dix mil -livrées de terre dessusdites. Et aussi par luy paiant, comme -dit est, les deux cens mil francs, sera le roy quicte envers -luy et sesdis successeurs de tous les arrérages d'icelles dix -mil livres de rente et des dessusdis cent mil escus pour les -gens d'armes qu'il tient à Gravelinghes et pour le reste de sa -dite monnoie de Clamecy. Et sera tenu ledit monseigneur -de Flandres rendre au roy toutes lettres qu'il a sur ces -choses du roy Jehan, père du roy à présent, et de luy ou -d'autres pour ce obligiés ; et dès maintenant veult que elles -soient nulles, et jamais n'en pourront ledit conte né ses successeurs -aucune chose demander au roy né à ses successeurs -ou autres pour ce obligiés, comme dit est. Et avec ce promettra -le roy audit monseigneur de Flandres que la possession -desdites villes, chasteaux, chastellenies, appartenances -et appendances quelconques de Lille, Douay et d'Orchies, -il luy fera baillier et délivrer royalment et de fait, et luy -paier plainement les premiers cent mil francs dessusdis, -avant que le mariage se fasse en sainte églyse. Et iceluy -mariage fait en sainte églyse, comme dit est, ladite duchesse -de Bourgoigne demourra au pays de Flandres par un an -après ledit mariage fait, ou par tant de temps d'iceluy an -comme il plaira audit monseigneur de Flandres ; et voudra -et consentira le roy pour luy, ses hoirs et successeurs, roys -de France, que toutes lettres et munimens que il a ou -puet avoir ou autres de par luy dudit monseigneur de -Flandres ou de ses prédécesseurs audit pays de Flandres, -touchans, en quelque manière que ce puisse être, le transport -fait par ledit conte ou ses prédécesseurs aux prédécesseurs -du roy, desdis chasteaux, villes et chastellenies de -Lille, de Douay, d'Orchies, et des appartenances et appendances -d'iceux quelconques, soient nulles et de nulle valeur, -et dès maintenant les annullera et cassera et cognoistra et -vouldra estre de nul effet, force ou vertu, soubs quelconque -teneur que elles soient en tant comme elles puent ou pourront -estre au temps avenir contraires ou préjudiciables aux -choses dessusdites ou aucunes d'icelles ; et que d'icelle le -roy né ses successeurs, né autres pour luy né pour sesdis -hoirs et successeurs, ne se pourra aidier par quelque manière -que ce soit à l'encontre desdites choses ou d'aucunes -d'icelles. Toutes lesquelles choses dessusdites et chascunes -d'icelles, en la manière que dessus elles sont déclarées de -point en point, eue sur ce meure délibération avec pluseurs -de son sang et autres de son conseil, le roy promettra pour -luy et sesdis successeurs, et aussi pour ledit duc de Bourgoigne -son frère, dont il se fera fort, en bonne foy, en -loyauté et parole de roy, tenir, garder et accomplir de -point en point sans enfraindre ; et que il né sesdis hoirs et -successeurs, né aussi son dit frère le duc de Bourgoigne ne -venront par eux né par autres, en aucun temps à venir à -l'encontre ; et à ce s'obligera et sesdis hoirs et successeurs -roys de France, loyaument et en bonne foy, sans fraude, -nonobstant que lesdis chasteaux, villes et chastellenies de -Lille, de Douay et d'Orchies, et les appartenances et appendances -quelconques d'icelles feussent appliqués au demaine -de la couronne de France ; et en et d'iceluy demaine aient -esté et demouré par lonc temps, quelconques révocacions -généraux ou espéciaux que le roy ou ses prédécesseurs aient -fait, et que il ou ses dis hoirs et ses successeurs facent ou -puissent faire au temps à venir par droit royal ou autrement -des dons ou aliénacions fais ou à faire du demaine de ladite -coronne de France, quelconques autres dons ou graces fais -audit conte de Flandres ou sesdis prédécesseurs par les prédécesseurs -dudit roy de France ou par luy-meisme ; que -iceux autres dons ou graces ne soient spécifiés ou esclaircis -ès lettres qu'il en donra ; et quelconques constitutions, -édis, ordenances, coustumes, style ou usages de la court de -France ou autres choses quelconques à ce contraires. Lesquels -révocacions, constitucions, édis, ordenances, coustumes, -styles ou usages et toutes autres choses, en tant comme -il sont ou pourroient estre contraires ou préjudiciables aux -choses dessusdites ou à aucunes d'icelles, le roy cassera, -rappellera et mettra du tout au nient, pour luy, ses hoirs -et successeurs par la teneur de ces lettres. Et pour les choses -dessusdites faire et accomplir audit monseigneur de -Flandres par la manière dessus déclarée, et pour baillier -toutes lettres et seurtés à ce appartenans, d'un costé et -d'autre, seront les gens du roy à Lille, au dimenche prochain -avant la Penthecouste prochaine venir. Et toutes ces dites -choses parfaites entièrement audit monseigneur de Flandres, -il veut et consent dès maintenant en ce cas le mariage -des dessusdis monseigneur le duc de Bourgoigne et de -madite dame la duchesse de Bourgoigne sa fille ; et que dès -lors en avant, on procède à la solempnisation dudit mariage, -à tel jour qu'il plaira au roy et le plus brief qu'il pourra se -faire bonnement. En tesmoin de ce, nous Pierre, evesque -d'Aucerre, Gauthier, seigneur de Chasteillon, et Arnault -de Corbie, pour la partie du roy, pour lequel nous nous faisons -fors ; et nous Henry de Bevre, chastellain de Diquemme ; -Bauduins, sire de Praet, et Roland, sire de Poukes, conseilliers -monseigneur de Flandres pour sa partie, et pour -lequel nous nous faisons fors, et qu'il promettra pour luy et -pour madite dame de Bourgoigne, sa fille, de tenir et -acomplir toutes les choses dessusdites et chascunes d'icelles, -en tant comme elles touchent à eux et à chascun -d'eux, avons plaqués nos seaux à ce présent traictié, lequel -fu fait à Gand le jeudi douziesme jour du mois d'avril après -Pasques, l'an de grace mil trois cens soixante-neuf. »</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_287" href="#FNanchor_287"><span class="label">[287]</span></a> C'étoit par conséquent un intérêt à six pour cent. Il me semble -que dans l'opinion la plus répandue, l'intérêt de l'argent passoit pour être -alors bien plus considérable. — Tout ce traité est méconnaissable dans les -éditions précédentes.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXIII.</h3> - -<p class="section">Coment le duc de Lenclastre vint à Calais pour guerroier -France ; et coment le duc de Bourgoingne et les François -alèrent à Tourneham.</p> - - -<p>Le dimanche, quinziesme<a id="FNanchor_288" href="#Footnote_288" class="fnanchor">[288]</a> jour de juillet, l'an mil trois -cens soixante-neuf dessus dit, le roy parti de Paris et ala -au giste à Saint-Denis pour aler à Rouen, et de là à -Herefleu, pour veoir le navire que il avoit fait assembler -pour faire passer en Angleterre : et avoit le roy ordené que -monseigneur le duc de Bourgoigne, son frère, y passeroit, et -avecques luy de bonnes gens d'armes, pour faire guerre au -roy d'Angleterre en son pays, qui l'avoit commenciée. Mais -assez tost après, le duc de Lenclastre, fils dudit roy d'Angleterre, -passa à Calais et grant quantité de gens d'armes et -de archiers avecques luy, et chevauchèrent jusques à Thérouenne -et jusques à Aire et boutèrent les feux par le païs -où il passèrent ; et pour celle cause, le roy de France qui -estoit ès parties de Normendie, fu conseillié de envoier son -dit frère le duc de Bourgoingne et les gens d'armes qui -estoient devers luy ès parties où estoit ledit duc de Lenclastre. -Si se traist ledit duc de Bourgoingne celle part, et -approuchièrent les François des Anglois si près, que le vint-troisiesme -jour du mois d'aoust ensuivant, ledit duc de -Bourgoingne et sa compaignie se logièrent sur la montaigne de -Tourneham, près d'Ardre ; et les Anglois furent logiés entre -Guynes et Ardre, à une petite lieue des François ; et chascun -jour y avoit des escarmuches. Et finablement, à l'entrée du -mois de septembre, furent esleus de chascune des deux -parties six chevaliers pour eslire une place en laquelle il -se combattroient, et tousjours estoit le roy environ Rouen, -et en celuy temps, le roy de Navarre qui longuement avoit -demouré en Navarre, vint, par la mer, en Constantin, et -envoia monseigneur Legier d'Orgesis et Guerart Mausergent -devers le Roy de France, et luy fist savoir que il vendroit -devers luy sé il luy plaisoit ; mais il avoit à luy faire -aucunes requestes, lesquelles il diroit volentiers à aucuns du -conseil du roy, sé il luy en vouloit aucuns envoier. Et pour -ce, y envoia le roy le conte de Sarebruche, le doyen de Paris -et maistre Pierre Blanchet. Et en ce temps le siège se leva -que avoient mis devant Saint-Sauveur-le-Viconte le sire -de Craon, le sire de Laval, le sire de Cliçon, et pluseurs -autres chevaliers et écuiers de la partie du roy de France, -pour ce que ledit Saint-Sauveur se tenoit pour messire Jehan -de Chandos, Anglois, et que au chastel dudit Saint-Sauveur -se estoient mis et retrais pluseurs gens de compaignie -jusques au nombre de mil combattans ou de plus. Et la -cause pourquoy se leva ledit siège, fu, si comme l'en disoit, -pour ce que ledit sire de Cliçon s'en ala et enmena ses gens. -Si ne demourèrent pas les autres si fors que il peussent -tenir le siège. De laquelle chose le roy fu trop dolent, et -manda au seigneur de Craon et aux autres qu'il retournassent -audit siège.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_288" href="#FNanchor_288"><span class="label">[288]</span></a> <i>Quinziesme</i>. Et non pas <i>vint-cinquiesme</i>, comme les éditions précédentes -et beaucoup de manuscrits. Cette année-là, le 25 tomboit un mercredi.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXIV.</h3> - -<p class="section">Coment l'ost de Tourneham desloga, et de la prise de messire -Hue de Chastillon, et le chastellain de Beauvais et pluseurs -autres.</p> - - -<p>Le mercredi, deuxiesme jour de septembre ensuivant, de -nuit, ledit duc de Bourgoingne qui, dès le vint-troisiesme -jour d'aoust précédent, avoit esté logié sur le mont de Tourneham, -près d'Ardre, devant le duc de Lenclastre, se desloga -et tout son ost et s'en ala à Hesdin, dont moult de gens -furent courrouciés, qui avoient espérance que il deust -combattre audit duc de Lenclastre ; et en furent, tant ledit -duc comme les autres François qui estoient en sa compaignie, -moult blasmés de toutes gens ; car les François estoient -meilleurs gens que les Anglois, et si estoient en forte place -et avoient assez vivres. Et assez tost après le duc de Lenclastre -et ses gens se délogièrent et chevauchièrent vers le -païs de Caux et passèrent la rivière de Somme à la Blanquetaque, -et alèrent jusques à Harfleu, en propos d'ardoir le -navire du roy de France qui là estoit ; et ardirent en la -conté de Eu grant foison du païs par où il passèrent. Et -lors n'avoient esté encore ceux du païs de Caux domaigiés -des guerres, comme les autres parties du royaume avoient -esté. Si ne porent lesdis Anglois aucune chose meffaire à -Harfleu né audit navire, et s'en retournèrent par la conté -de Pontieu ; et au-dehors d'Abbeville prindrent monseigneur -Hue de Chasteillon, maistre des arbalestriers, le chastellain -de Beauvais et aucuns autres chevaliers, escuiers et bourgois -de ladite ville qui estoient issus hors, et les emmenèrent -à Calais.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXV.</h3> - -<p class="section">De la venue de la duchesse de Bourgoingne à Paris.</p> - - -<p>Item, le mercredi vint-deuxiesme<a id="FNanchor_289" href="#Footnote_289" class="fnanchor">[289]</a> jour de novembre -mil trois cens soixante-neuf dessus dit, la duchesse de Bourgoingne, -dont parlé est ci-dessus, entra à Paris, qui venoit -de Flandres, et alèrent contre luy tous les prélas qui lors -estoient à Paris, le cardinal de Beauvais, les nobles et grant -nombre de bourgois de Paris, par le commendement du roy, -et descendi en l'ostel du roy à St-Paul, là où elle fut reçue -très honnorablement du roy et de la royne. Item, en celuy -temps, le roy de France ordena de envoier gens en Angleterre, -par le païs de Galles, et les y devoient conduire deux -Galais, l'un appellé Yvain de Gales et l'autre Jaques Win, -autrement le Poursivant d'amours, lesquels se disoient estre -ennemis du roy d'Angleterre ; et deurent estre à Harfleu le -sixiesme jour de décembre mil trois cens soixante-neuf -dessus dit, pour entrer tantost en mer ; car le premier -voyage que le roy avoit empris de faire par son frère le -duc de Bourgoingne avoit esté roupt<a id="FNanchor_290" href="#Footnote_290" class="fnanchor">[290]</a> par la chevauchiée -qui fu faite à Tourneham, dont dessus est faite mencion.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_289" href="#FNanchor_289"><span class="label">[289]</span></a> <i>Vint-deuxiesme</i>. Ou plutôt <i>vint-et-uniesme</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_290" href="#FNanchor_290"><span class="label">[290]</span></a> <i>Roupt</i>. Rompu.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXVI.</h3> - -<p class="section">De l'ordenance des finances faite pour soutenir le fait des -guerres.</p> - - -<p>En celuy temps, le roy fist convocacion des gens d'églyse, -des nobles et des bonnes villes de son royaume, pour estre à -Paris le septiesme jour de décembre mil trois cens soixante-neuf -dessus dit ; et leur fist exposer le fait de la guerre, à -laquelle il ne povoit gouverner sans avoir finance de son -peuple, et leur requist aide pour faire sa dite guerre. Et -après pluseurs assemblées fu accordé que le roy aroit pour -l'estat soustenir de luy, de la royne et de monseigneur le -dauphin, son fils, l'imposicion de douze deniers pour livre -et la gabelle du sel ; et si lèveroit-l'en pour la guerre un -fouage de quatre francs pour chascun feu en ville fermée ; -et en plat pays un franc et demi partout, le fort portant le -foible. Et oultre, l'en paieroit pour chascune queue de vin -que l'en vendroit en gros le treiziesme denier, si comme l'en -avoit fait depuis la délivrance du roy Jehan ; et si paieroit-l'en -le quatriesme denier du vin que l'en vendroit à broche. -Et à Paris, l'en paieroit pour chascune queue de vin françois -que l'en mettroit en la ville douze sols parisis, du vin de -Bourgoigne vint-quatre sols parisis, et pour chascune queue -de vin de Beaune et de St-Poursain trente-deux sols parisis ; -et pour chascune vente en gros ou en broche, tant comme -dit est de chascun desdis vins. Et quant il seront vendus en -gros le acheteur paieroit, et sé il estoit vendu en broche le -vendeur paieroit. Item, en celuy mois de décembre les dessusdis -Galays qui estoient entrés en mer, dont dessus est -faite mencion, retournèrent sans faire aucun exploit dedens -dix jours ou douze après ce que il y furent entrés, et se -excusèrent de leur retour sur fortune de mer qu'il avoient -eue si comme il disoient ; et si cousta ce voyage au roy plus -de cent mile francs.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXVII.</h3> - -<p class="section">Coment Montpellier fu baillié au roy de France par eschange.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1370</div> - -<p>Item, au mois de janvier ensuivant et en celuy de février, -furent envoiés messaiges du roy de France au roy de Navarre -qui estoit à Chierbourc, et du roy de Navarre au roy -de France, pour traictier d'accort pour cause de Mantes -et de Meullent que le roy de France tenoit et qui par avant -avoient esté audit roy de Navarre ; et avoient esté prises par -les gens du roy, si comme dessus est faite mencion. Et pour -celle cause, furent pluseurs fois à Paris les roynes Jehanne -et Blanche, tante et seur dudit roy de Navarre ; et finablement -fu le traictié mis à fin, le vint-uniesme jour du moys -de mars mil trois cens soixante-neuf dessus dit. Par lequel -traictié ledit roy de Navarre dot avoir Montpellier et toute -la baronnie et une grant somme d'argent ; et dot venir -devers le roy pour luy faire homaige de toutes les terres -que il tenoit de luy. Et envoia le roy de France à Chierbourc -pardevers ledit roi de Navarre pour traictier avec luy de la -somme, pour ce que il ne vouloit venir devers ledit roy de -France sé il n'avoit hostaiges. Sé fu accordé que le duc de -Berry, frère du roy de France, iroit à Evreux pour hostaige, -et ledit roy de Navarre viendroit devers le roy de France -pour faire sondit homaige ; mais le roy de Navarre avoit -toujours ses messaiges en Angleterre, pour traictier avecques -le roy d'Angleterre ; si delaoit tousjours sa venue devers -le roy de France. Et ainsi delaia tousjours jusques environ -la Magdalène ensuivant que le roy de France envoia -derechief pardevers luy le conte de Sarebruche, qui autrefois -y avoit esté. Et par tout le temps dessus dit depuis que -la guerre estoit commenciée entre les roys de France et -d'Angleterre guerroièrent par espécial au duchié de -Guyenne, et recouvra le roy de France pluseurs villes et -chasteaux.</p> - -<p><i>Incidence</i>. — Item, le vint-deuxiesme jour d'avril mil -trois cens soixante-dix, fu assise la première pierre de la -Bastide-St-Anthoine de Paris par Hugues Aubriot, lors -prévost de Paris, qui la fist faire des deniers que le roy -donna à la ville de Paris. Item, le mardi, seiziesme jour du -moys de juillet mil trois cens soixante-dix dessus dit, à -Paris devant le roy de France, en son hostel à Saint-Paul, -fu fiancée madame Jehanne de France, fille du roy Phelippe -qui trespassa l'an mil trois cens cinquante, et de la -royne Blanche qui encore vivoit, à deux chevaliers de -Arragon, procureurs et au nom de Jehan, ainsné fils du -roy d'Arragon, duc de Gironne ; et avoient lesdis chevaliers -demouré moult longuement à Paris pour celle cause, en -poursuivant le traictié dudit mariage.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXVIII.</h3> - -<p class="section">Des dommages que les Anglois firent au royaume de France -et entour Paris.</p> - - -<p>Item, en la fin du moys de juillet ensuivant, messire -Robert Canole, messire Thomas de Granson, anglois, et en -leur compaignie jusques au nombre de seize cens hommes -d'armes ou environ et de deux mille cinq cens archiers, -partirent de Calais pour le roy d'Angleterre et chevauchièrent -vers Saint-Omer et de là à Arras et ardirent grant -quantité des forsbours d'Arras et des blés qui estoient aux -champs sur le pié ; et après alèrent devant Noyon par le -Vermendoys et ardirent grant quantité de maisons. Mais -il n'ardoient point ce que l'en vouloit raençonner<a id="FNanchor_291" href="#Footnote_291" class="fnanchor">[291]</a>, et -après passèrent les rivières d'Oise et d'Aisne<a id="FNanchor_292" href="#Footnote_292" class="fnanchor">[292]</a> (et alèrent -devant Reims ; et après passèrent la rivière de Marne, vers -Dormans, et alèrent jusques vers Troyes), et passèrent les -rivières d'Aube et de Saine en alant à Saint-Florentin, et -de là alèrent passer la rivière d'Yonne, vers Joigny, en -ardant tousjours le païs (qui ne se vouloit raençonner. Et -après passèrent par le Gastinois et descendirent par Chasteau-Landon, -par Nemox<a id="FNanchor_293" href="#Footnote_293" class="fnanchor">[293]</a> et par le païs) jusques à Corbueil -et à Essonne. Et le dimenche, vint-deuxiesme jour de septembre<a id="FNanchor_294" href="#Footnote_294" class="fnanchor">[294]</a> -mil trois cens soixante-dix dessus dit, logièrent -environ Mons et Ablon<a id="FNanchor_295" href="#Footnote_295" class="fnanchor">[295]</a> et le païs environ. Item, le -mardi ensuivant, vint-quatriesme<a id="FNanchor_296" href="#Footnote_296" class="fnanchor">[296]</a> jour dudit moys, -furent en bataille entre Ville-Juye et Paris. Et à Paris avoit -bien douze cens hommes d'armes autres que de la ville aux -gaiges du roy : et y ot celle journée des escarmouches devant -Saint-Marcel et y perdirent lesdis Anglois environ six -ou huit de leur gens. Et celle journée, lesdis Anglois mistrent -le feu en grant foison de villes emprès Paris (comme -Ville-Juye, Gentilly, Cachant, Arcueil et en l'ostel de -Vincestre<a id="FNanchor_297" href="#Footnote_297" class="fnanchor">[297]</a>), et fu conseillié au roy, pour le mieux, que -il ne fussent pas lors combatus. Et celuy soir se alèrent lesdis -Anglois logier à Anthoigny et environ, et le mercredi -ensuivant se deslogièrent et se partirent pour aler vers -Normendie, et après retournèrent dedens quatre jours ; et -alèrent à Estampes, à Milly, et par la Beausse et Gastinois, -faisans tousjours fais que ennemis doivent faire.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_291" href="#FNanchor_291"><span class="label">[291]</span></a> <i>Raençonner</i>. Racheter.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_292" href="#FNanchor_292"><span class="label">[292]</span></a> Les parenthèses indiquent les phrases passées dans les éditions -précédentes.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_293" href="#FNanchor_293"><span class="label">[293]</span></a> <i>Nemox</i>. Nemours.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_294" href="#FNanchor_294"><span class="label">[294]</span></a> <i>De septembre</i>. Et non pas <i>ensuivant</i>, comme dans les éditions précédentes.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_295" href="#FNanchor_295"><span class="label">[295]</span></a> <i>Mons et Ablon</i>. Tout près de Villeneuve-Saint-Georges.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_296" href="#FNanchor_296"><span class="label">[296]</span></a> <i>Vint-quatriesme</i>. Et non pas <i>vint-troisiesme</i>, comme dans les éditions -précédentes.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_297" href="#FNanchor_297"><span class="label">[297]</span></a> <i>Vincestre</i>. Bicêtre.</p> -</div> -<p><i>Incidence</i>. — Item, en celuy moys de septembre mil trois -cens soixante-dix, pape Urbain qui estoit ès parties de -Rome s'en parti, et se mist en mer en galies que le roy de -France luy avoit envoiées par l'abbé de Fescamp et par un -chevalier de France, appellé messire Jehan de Chambly -dit le Haze. Et arriva à Marseille le dix-septiesme jour dudit -moys de septembre, et assez tost après ala à Avignon. -Et ainsi demoura au voyage que il avoit fait à Rome par -trois ans quatre mois et dix-sept jours.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXIX.</h3> - -<p class="section">Coment monseigneur Bertran du Guesclin fu fait connestable -de France.</p> - - -<p>Item, le mercredi second jour du mois d'octobre ensuivant, -le roy de France fist connestable de France, vacant -par la résinacion que avoit fait dudit office monseigneur -Moreau de Fiennes qui par avant l'avoit esté, un chevalier -breton, appellé messire Bertran du Guesclin, pour la vaillance -dudit chevalier : car il estoit de mendre lignage que -autre connestable qui par avant eust esté ; mais, par sa -vaillance, il avoit acquises pluseurs grans terres et seigneuries : -c'est assavoir, en France, la conté de Longueville que -le roy de France luy avoit donnée ; et en Castelle, le roy -Henry de Castelle luy avoit donné plus de dix mille livrées -de terres. Et assez tost après ala en Anjou, où estoient les -devant dis Canole et Granson qui avoient enforcié Vas, -Rully<a id="FNanchor_298" href="#Footnote_298" class="fnanchor">[298]</a> et autres lieux, et en combatti et desconfit en une -route environ six cens : et y fu pris ledit messire Thomas -de Granson. Et après, ala ledit messire Bertran à Vas et le -prist par assaut et y furent mors et pris environ trois cens -Anglois, et tantost ala à Rully ; mais ceux qui le tenoient -s'en estoient partis tantost que il avoient sceu la prise de -Vas, mais ledit connestable les suivit jusques à Versurre<a id="FNanchor_299" href="#Footnote_299" class="fnanchor">[299]</a> -et là ès forsbours les combatti et desconfit, et y furent bien -trois cens mors et pris ; et prist la ville et après la laissa.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_298" href="#FNanchor_298"><span class="label">[298]</span></a> <i>Vas</i>. Aujourd'hui <i>Vaas</i>, à plusieurs lieues de <i>Pontvalain</i>, le seul -endroit dont parle Froissart dans cette circonstance. — Robert Canolle, -suivant la chronique inédite du manuscrit 530, « avoit laissié pluseurs de -ses gens en la forteresse de <i>Vas</i>, qui séoit sur la rivière du Loir, et à -<i>Rilly</i> (aujourd'hui <i>Ruillé</i>) et au <i>Louroux</i>, lesquels il avoient de nouvel -emperées. » (F<sup>o</sup> 101.)</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_299" href="#FNanchor_299"><span class="label">[299]</span></a> <i>Versurre</i>. Variante : <i>Bersurre</i>.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXX.</h3> - -<p class="section">De la mort du pape Urbain, et de l'élection du pape -Grégoire XI.</p> - - -<p>Item, le jeudi dix-neuviesme jour de décembre, environ -heure de midi mil trois cens soixante-dix dessus dit, -le pape Urbain qui nouvellement estoit desparti de -Rome, trespassa de ce siècle en ladite ville d'Avignon. Et -le dimenche, vint-neuviesme<a id="FNanchor_300" href="#Footnote_300" class="fnanchor">[300]</a> jour dudit moys, entrèrent -les cardinaux en conclave pour eslire pape. Et le lundi, -trentiesme jour dudit mois de décembre, eslirent, ainsi -comme par la voie du Saint-Esperit, messire Pierre Rogier, -nommé le cardinal de Biaufort ; car il estoit fils du -conte de Biaufort en Valée, et estoit neveu du pape Clément -VI, qui l'avoit fait cardinal ; et estoit cardinal-diacre -de l'aage de quarante ans ou environ : lequel contredit une -pièce et ne vouloit accepter ladite éleccion. Finablement l'accepta -et fu nommé Grégoire XI, et fu coroné aux Jacobins -d'Avignon, le dimenche veille de la Passion ensuivant. Et -messire Loys, duc d'Anjou, frère du roy de France, le -mena des Jacobins jusques au Palais tout à pié et tenoit le -cheval du pape par le frain. Item, par toute celle année -furent des batailles pluseurs en divers lieux entre les François -et les Anglois, et orent les François pluseurs victoires -et furent presque tous ceux qui avoient esté devant Paris -le temps d'esté précédent avecques messire Robert Canole, -mors et pris par les François et ceux de leur partie, au -païs du Maine, d'Anjou et de Bretaigne.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_300" href="#FNanchor_300"><span class="label">[300]</span></a> <i>Vint-neuviesme</i>. Et non pas <i>dix-neuviesme</i>, comme dans les éditions -précédentes.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXXI.</h3> - -<p class="section">De la nativité de madame Marie, fille du roy de France -Charles-le-Quint, et de son baptisement.</p> - - -<p>Le jeudi, vint-septiesme jour de février ensuivant mil -trois cens soixante-dix dessus dit, trois heures après -mienuit et avoit la lune douze jours, fu née à Paris en -l'ostel du roy emprès Saint-Pol, madame Marie, fille -dudit roy Charles et de ladite dame royne Jehanne de -Bourbon. Et fu l'endemain baptisée ès fons de l'églyse de -Saint-Pol, et furent marraines madame Jehanne de France, -fille du roy Phelippe qui avoit esté mort l'an mil trois -cens cinquante, et la dame de Lebret, seur de ladite royne ; -et monseigneur le daulphin, ainsné fils du roy et frère de -ladite Marie, fu parrain.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXXII.</h3> - -<p class="section">De la mort madame Jehanne de Évreux, jadis royne de -France et Navarre, et de son enterrement.</p> - - -<p>Le mardi, quart jour du moys de mars ensuivant mil -trois cens soixante-dix dessus dit, mourut à Braye-Conte-Robert -dame de bonne mémoire madame Jehanne d'Évreux, -royne de France et de Navarre, qui avoit esté femme -du roy Charles de France et de Navarre qui estoit trespassé -l'an mil trois cens vint-sept. Et fu apportée à Saint-Anthoine, -près de Paris, le samedi ensuivant huitiesme jour -dudit moys. Et l'endemain, jour de dimenche, fu apportée -sur un lit à descouvert fors d'un délié cuevrechief qu'elle -avoit sur le visage, à Nostre-Dame-de-Paris, à heure de -vespres. Et estoient les gens de Parlement qui tenoient le -poile autour, et le prévost des marchans et les eschevins -portoient un poile d'or sur six lances au-dessus du corps ; -et le roy aloit après le corps, dès sa maison de Saint-Pol -dont il issi par l'uys de la conciergerie dudit hostel, quant -le corps passoit, jusques à Nostre-Dame-de-Paris : et là -furent dites vigiles de mors le roy présent. Et l'endemain, -jour de lundi, fu la messe chantée de <i lang="la" xml:lang="la">Requiem</i> en ladite -églyse par l'evesque de Paris. Et tantost après ladite messe, -le roy ala disner en l'ostel dudit evesque, et assez tost après -disner fu porté ledit corps au lonc de la ville de Paris, par -la manière que il avoit esté le jour précédent, le roy alant à -pié aprés, jusqu'à la Bastide St-Denis ; et là monta à cheval, -et convoia ledit corps jusques à Saint-Denis là où son obsèque -fu fait l'endemain jour de mardi. Et par l'ordonnance -de ladite royne, n'ot pour luminaire, en ladite églyse de -Paris, que douze cierges, chascun de six livres de cire et -autant à Saint-Denis, et douze torches pour convoier le -corps de lieu en autre. Et le mercredi ensuivant, le roy luy -fist faire son service en ladite églyse Saint-Denis à ses despens, -et lors y ot très grant et notable luminaire. Et le jeudi -ensuivant, quatorziesme jour dudit moys de mars, fu son -cuer enterré aux frères Meneurs de Paris emprès le cuer de -son mari le roy Charles.</p> - -<p>Item, le mercredi, dix-neuviesme jour dudit moys, -furent les entrailles enterrées à Maubuisson, près de Pontoise, -emprès celles de sondit mari ; le roy présent, comme -par avant avoit esté.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXXIII.</h3> - -<p class="section">Coment le roy de France envoia hostaiges au roy de Navarre, -avant que il voulsist venir pardevers luy à Vernon.</p> - - -<p>Quant le roy ot fait parfaire à Maubuisson le service de -ladite royne Jehanne, il se parti de là pour aler à Vernon, -là où le roy de Navarre devoit venir à luy si comme par -avant avoit esté traictié par moult lonc-temps. Car le roy de -France avoit, par pluseurs fois, envoié messaiges notables -pardevers ledit roy de Navarre tant à Chierbourc comme à -Évreux, et ledit roy de Navarre avoit envoié de ses gens -pardevers le roy de France, et avoit ce traictié duré près de -deux ans. Et finablement, le jour de la Nostre-Dame en -mars, l'an mil trois cens soixante-dix dessus dit, et fu le jour -de mardi, pour la conclusion dudit traictié, messire Bertran -du Guesclin, connestable de France, parti à matin de -Vernon où le roy estoit, pour mener certains hostaiges que -le roy de Navarre devoit avoir, avant que il partist -d'Évreux ; et avoit ledit connestable environ trois cens -hommes d'armes avecques luy. Et furent lesdis hostaiges : -messires Guillaume de Meleun, arcevesque de Sens, l'evesque -de Laon, le seigneur de Montmorency, le conte de -Porcien, le seigneur de Garencières, messire Guillaume de -Dormans, le seigneur de Blainville mareschal de France, -le sire de Blany, messire Jehan de Chastillon, Robert fils -du conte de Saint-Pol, monseigneur Jehan de Vienne, messire -Claudin de Harenvillier, chevaliers, et huit bourgois, -quatre de Paris et quatre de Rouen. Lequel connestable -mena tous les hostaiges dessus nommés à Évreux, lesquels -ledit roy de Navarre receut honorablement, et tous les fist -logier au chastel. Et après disner se parti en la compaignie -dudit connestable, et fu environ soleil couchant à Vernon, -et ala descendre au chastel auquel estoit le roy de France en -un jardin, et là ala ledit roy de Navarre, et estoit le conte -d'Estampes, son cousin germain, en sa compaignie. Et tantost -que il vit le roy de France, il s'inclina et mist le genou -près de terre, et après approcha plus près du roy, et lors se -agenouilla, et le roy passa deux pas avant et le prist par le -bras, en luy disant que bien fust-il venu : mais il ne le -baisa point. Et tantost l'en apporta torches, vin et espices ; -et quant il orent pris espices et beu, le roy de France le -prist par la main et alèrent ensemble en la chambre du -roy, en laquelle la table estoit mise pour soupper. Mais -pour ce que ledit roy de Navarre ne souppoit point, il se -retraist en la chambre qui estoit ordenée pour luy, et ledit -conte d'Estampes en sa compaignie. Et quant le roy ot -souppé, ils se traisrent en sa chambre vers luy ; si furent -lors les deux roys moult longuement ensemble, seul à seul, -et en parlant se agenouilla ledit roy de Navarre pluseurs -fois, et ne savoient les regardans pourquoy. Et l'endemain, -jour de mercredi, le jeudi et vendredi ensuivant, furent -ensemble, mangièrent et burent et feirent tous leur parlemens -seul à seul. Et le samedi ensuivant, vint-neuviesme -jour dudit mois de mars, au matin, ledit roy de Navarre -fist homaige lige audit roy de France de toutes les terres -qu'il tenoit au royaume de France et luy promist porter -foy, loyauté et obéissance envers tous et contre tous qui -pevent vivre et mourir, lequel homaige il n'avoit encore -fait depuis que ledit roy de France avoit esté roy. Si en -furent moult de bonnes gens liés et joyeux ; car l'en doubtoit -moult et avoit-l'en longuement doubté que ledit roy de -Navarre ne se feist ennemi du roy de France ; mais lors il se -monstrèrent très bons amis. Et celuy samedi se parti ledit -roy de Navarre de Vernon, et s'en ala à Évreux ; et ledit -connestable le convoia, si comme il avoit fait au venir devers -le roy et ramena ledit connestable lesdis hostaiges.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXXIV.</h3> - -<p class="section">Coment le cardinal de Cantorbire fu envoié de par le pape en -Angleterre, pour traictier de la paix d'entre les roys de -France et d'Angleterre, et de la paix du roy de Navarre et -du duc d'Anjou.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1371</div> - -<p>En celuy temps, le pape Grégoire envoia cardinaux légas -pardevers le roy de France et d'Angleterre, pour traictier de -paix entre eux ; c'est assavoir : un cardinal anglois appelé -le cardinal de Cantorbire, et un François appellé le cardinal -de Biauvais, lequel estoit chancellier de France. Et luy -envoia le pape sa commission et son pouvoir en France, et -celuy de Cantorbire se partit d'Avignon où le pape estoit et -ala celuy de Biauvais qui estoit à Paris encontre celuy de -Cantorbire, jusques à Melun là où il demourèrent trois ou -quatre jours ; et puis vindrent ensemble à Paris et parlèrent -au roy et luy distrent pourquoy le pape les envoioit pardevers -lesdis roys. Et requirent au roy de France qu'il se -voulsist consentir à bonne paix. Lequel, eue délibéracion -avec son conseil, fist respondre que bonne paix vouldroit-il -avoir, et sur ce, sans autre chose faire né plus procéder, -après ce que ledit cardinal de Cantorbire ot demouré à -Paris par aucuns jours et disné avec le roy, il se parti de -Paris et s'en ala vers Calais ; et le conduisit tousjours, par -le royaume de France, un chevalier appellé le Haze de -Chambly, et le cardinal de Biauvais demoura à Paris.</p> - -<p>Item, la veille de Penthecouste ensuivant, vint-quatriesme -jour du moys de mai mil trois cens septante-un, -ledit roy de Navarre vint à Paris devers le roy de France -qui luy fist très grand chière ; et fu le jour de ladite Penthecouste -vestu de robe pareille au roy de France et ot -housse comme le roy avoit. Et fist le roy la paix dudit -roy de Navarre et du duc d'Anjou frère du roy, car il n'estoient -pas bien amis ; et demoura ledit roy de Navarre avec -le roy toute la semaine, et fu moult festoié tant du roy -comme de la royne.</p> - -<p>Item, le mercredi vint-huitiesme jour de mai dessus -dit, environ soleil levant, et avoit la lune quatorze jours, -madame Marguerite, fille du conte de Flandres et femme -de messire Phelippe, fils du roy Jehan de France et frère -du roy Charles qui lors régnoit, et duc de Bourgoigne, ot -un fils, en la ville de Dijon, qui fu appellé Jehan ; et fu -baptisé le jeudi, jour du Saint-Sacrement, cinquiesme jour -du moys de juin. Et le tint sur fons, messire Jehan duc -de Berri, frère dudit duc de Bourgoigne, et messire Jean -Rogier, evesque de Carpentras, que le pape Grégoire y avoit -envoié pour tenir sur fons ledit enfant pour luy ; et messire -Charles d'Alençon, arcevesque de Lyon le crestienna, -et madame Marguerite, contesse d'Artois, ayole de ladite -duchesse de Bourgoigne, fu marraine.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXXV.</h3> - -<p class="section">Coment le duc de Breban fu desconfit, et le duc de Guerle -mort ; et du trespassement de madame Jehanne de France, -fille du roy de France Phelippe.</p> - - -<p>Le vendredi, vint-deuxiesme jour du moys d'aoust mil -trois cens septante-un dessus dit, fu la bataille entre le duc -de Breban et ceux qui avecques luy estoient d'une part, et -les ducs de Julliers et de Guerle et les leur d'autre part. Et -fu ledit duc de Breban desconfit et pris, et le conte de -Saint-Pol, qui avecques estoit, fu mors ; et moult d'autres -de celle partie mors et pris ; et de l'autre partie, fu mors -le duc de Guerle et pluseurs autres.</p> - -<p>Item, le mardi seiziesme jour du moys de septembre -ensuivant, environ heure de nonne, trespassa, à Besiers, -madame Jehanne de France, qui avoit esté fille du roy -Phelippe de France, laquelle l'en menoit en Arragon, pour -estre mariée à l'ainsné fils du roy d'Arragon ; duquel et de -elle le mariage avoit esté longuement traictié à Paris, et -l'avoit fiancée par procureur à Paris, si comme dessus est -escript. Et fu mise le mercredi ensuivant en dépost en -l'églyse cathédrale de ladite ville de Besiers, et le jeudi ensuivant -y fu son service fait.</p> - -<p>Item, le samedi vint-uniesme jour de février mil trois -cens septante-un dessus dit, messire Jehan de Dormans, -cardinal nommé de Biauvais pour ce qu'il avoit esté -evesque de Biauvais, lors chancellier de France, rendi au -roy les seaulx de France, et laissa l'office de chancellerie ; -et, par notable élection, fist le roy chancellier messire -Guillaume de Dormans, chevalier, frère germain dudit -cardinal de Biauvais. Et ainsi fu ledit cardinal de Biauvais -chancellier de France depuis que il avoit esté fait cardinal -trois ans et quatre mois ; quar il avoit esté cardinal le vint-deuxiesme -jour de septembre mil trois cens soixante-huit, -et avoit toujours esté chancellier depuis.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXXVI.</h3> - -<p class="section">De la nativité de monseigneur Loys, second fils du roy de -France, et de son baptisement.</p> - - -<p>Le samedi, treiziesme jour de mars ensuivant, environ -deux heures après minuit, et avoit la lune neuf jours, à -Paris en l'ostel du Roy emprès Saint-Pol, fu né messire -Loys, second fils du roy Charles, et fu baptisé ès fons dudit -moustier de Saint-Pol, à très grant compaignie et solempnité, -par messire Jean de Craon, lors arcevesque de Reims, -le lundi ensuivant, environ midi ; et fu parrain, messire -Loys, conte d'Estampes ; et madame d'Alençon, commère -dudit conte, fu marraine.</p> - -<p>Item, par celle saison, en pluseurs parties du païs de -Guienne ot des besoignes entre les gens du roy de France -et ceux du roy d'Angleterre. Et perdirent moult ceux du -roy d'Angleterre, tant de leur gens comme de leur pays, et -par espécial en Limosin. Car tout le païs de Limosin fu -françois, et la ville de Limoges aussi, dedens le premier jour -de juillet ensuivant.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXXVII.</h3> - -<p class="section">Coment l'abit et les livres des Turelupins furent ars en Grève -et les Turelupins condamnés.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1372</div> - -<p>Le dimenche, quart jour dudit mois de juillet mil trois -cens septante-deux, furent, en Grève à Paris, la secte, le -abit et les livres des Turelupins, autrement només la compaignie -de povreté, condempnés de hérésie par messire -Mile de Dormans, lors evesque d'Angiers et vicaire de -l'evesque de Paris et par l'inquisiteur des hérites. Et ce -jour en furent deux condempnés : un homme qui estoit -mort en la prison de l'evesque de Paris durant son procès, -par l'espace de quinze jours ou environ avant ladite condempnacion ; -et une femme appellée Péronne de Aubenton, -autrement de Paris. Et ce dimenche furent ars audit lieu de -Grève l'abit et les livres, et l'endemain, jour de lundi, -furent ars en la place aux Pourceaux à Paris, ladite Péronne -et ledit mort qui tousjours, depuis sa mort, avoit esté gardé -en un tonnel plein de chaux.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3 id="ch-xxxviii">XXXVIII.</h3> - -<p class="section">Des nefs anglesches que François gaignièrent, et coment la -ville de Poitiers se rendi françoise.</p> - - -<p>En celuy moys de juillet, le roy envoia en Poitou monseigneur -Bertran du Guesclin, connestable de France, lequel -y prist pluseurs forteresses ; et aussi la navire du roy -de Castelle vint devant La Rochelle, et d'aventure rencontrèrent -sur la mer environ trente-six nefs du roy d'Angleterre ; -et se combattirent devant ladite ville de La Rochelle, -et furent les Anglois desconfis et y furent pris le -conte de Pennebroc, messire Guichart d'Angle et pluseurs -autres que le roy anglois envoioit au païs pour le conforter, -et gaignèrent moult grant finance les Espaignols avecques -les prisonniers, dont il orent plus de huit vins ; et grant -foison ot des mors desdis Anglois. Et assez tost après monseigneur -le duc de Berri, frère du roy de France, et ledit -connestable en sa compaignie, alèrent devant Poitiers et se -rendi la ville à eux comme à messaiges du roy de France ; et -se mistrent les habitans en l'obéissance dudit roy de France, -et tantost assaillirent le chastel et le pristrent, et les Anglois -qui estoient dedens.</p> - -<p>Item, assez tost après, le captal de Busch, qui estoit lieutenant -du roy d'Angleterre ès païs de Poitou et de Saintonge, -se combatti à aucuns des gens du roy de France devant une -ville appelée Soubise, et fu ledit captal desconfit et pris et -pluseurs de sa compaignie. Si demourèrent les Anglois moult -foibles sur le païs, et les gens du roy de France y estoient fors. -Si y estoient le duc de Berri et le duc de Bourgoigne, frères -du roy de France, et y eut foisons de gens d'armes avecques. -Si chevauchièrent le païs et pristrent moult de villes et forteresses. -Et vindrent le lundi, sixiesme jour de septembre -l'an mil trois cens septante-deux dessus dit, devant La Rochelle -et orent traictiés ensemble, et par avant aussi y en -avoit eu. Et le mercredi ensuivant, huitiesme jour dudit -moys, se mistrent ceux de ladite ville de la Rochelle en -l'obéissance du roy de France, et entrèrent lesdis seigneurs -de France dedens ladite ville à très grant joie de ceux de -ladite ville. Et en iceluy moys de septembre se rendirent -ceux de Angoulesme, ceux de Saintes, ceux de Saint-Jehan -d'Angeli et pluseurs autres bonnes villes et forteresses.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XXXIX.</h3> - -<p class="section">Coment ceux de Thouars et de Poitou se rendirent françois à -messeigneurs les ducs de Berri et de Bourgoigne, et du siège -qui fu devant Brest, l'an mil trois cens septante-trois.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1373</div> - -<p>Le jour de la Saint-André ensuivant, les ducs de Berri et -de Bourgoigne, ledit connestable et grant foison de gens -d'armes jusques au nombre de trois mil et plus, furent devant -la ville de Thouars, qui encore se tenoit pour le roy -d'Angleterre. Et attendirent lesdis ducs et connestable tout -le jour devant ladite ville ; car traictié avoit esté par avant -entre les gens du roy de France d'une part, et les nobles du -païs de Poitou qui encore tenoient la part du roy anglois, -d'autre, que sé les François estoient ledit jour de la Saint-André -plus fors devant ladite ville de Thouars que les Anglois, -que tous les Poitevins se mettroient en l'obéissance -du roy de France. Et devant ladite ville de Thouars ne vint -aucun ledit jour de Saint-André pour ledit roy anglois, et -ainsi furent les François plus fors. Si se rendirent tous ceux -de Poitou, nobles et autres, en l'obéissance du roy de -France, excepté trois forteresses ; c'est assavoir : Mortaigne, -Lusignan et Gensay<a id="FNanchor_301" href="#Footnote_301" class="fnanchor">[301]</a>, et firent tous les nobles homaige au -duc de Berry à qui le roy de France avoit donné la conté -de Poitiers à héritage, et le païs de Saintonge à vie tant -seulement ; mais le roy retint La Rochelle. Et celle saison, -le roy de France envoia pluseurs fois messaiges grans et -notables par devers le duc de Bretaigne, que l'en sentoit -moult favorable aux Anglois, et le fist le roy par pluseurs -fois requérir que il féist son devoir vers luy, si comme tenu -y estoit comme vassal et homme lige du roy et pair de -France, et que il ne voulsist souffrir les Anglois entrer en -son païs de Bretaigne, né les conforter en aucune manière : -lequel duc respondoit toujours que ainsi le feroit. Et finablement -dedens Pasques ensuivant qui furent mil trois -cens septante-trois, ledit duc manda grant foison Anglois, -et les fist venir en Bretaigne, dont tous ceux dudit païs, -nobles et autres, furent moult courroucés, et distrent -audit duc que il ne seroient jà Anglois ; car le roy de -France estoit leur seigneur souverain ; et requistrent audit -duc que il méist hors de son païs lesdis Anglois. Et pour ce -que il ne le voult faire, mais se esforçoit de mettre lesdis -Anglois ès villes et forteresses dudit païs, en mettant hors -d'icelles les Bretons, et de fait en aucunes ainsi le fist ; pour -ce, envoièrent devers le roy, leur seigneur souverain, afin -que il y méist remède. Et pour ce, le roy y envoia sondit -connestable, le seigneur de Cliçon et autres ; et quant ledit -duc senti leur venue, il se parti du pays et ala en Angleterre. -Si chevaucha ledit connestable par le païs de Bretaigne et -se rendirent à luy, pour le roy de France, nobles, bonnes -villes, gens d'églyse et tout le païs, tant de Bretaigne galot -comme bretonnant, dedens le jour de la Saint-Jehan-Baptiste -ensuivant, excepté seulement Brest, Auroy et Derval, -et se mist ledit connestable à siège devant Brest ; et les -seigneurs de Laval et de Cliçon devant Derval. Et ledit -siège de Brest tenu par aucun temps, les Anglois qui -estoient dedens firent un tel traictié que sé les Anglois n'estoient -plus fors que les François, devant ledit lieu de Brest -en la place commune, le sixiesme jour du moys d'aoust ensuivant -il rendroient le chastel ; et de ce baillièrent douze -hostaiges, desquels ledit connestable eslargi les six sur -leur foy : et se redevoient rendre audit connestable huit -jours devant ladite journée dudit sixiesme jour d'aoust, -lesquels ne retournèrent point : à laquelle journée dudit -sixiesme jour ledit connestable fu, et ot bien trois mil -hommes d'armes avecques luy ; et jà soit que il y eut grant -foison d'Anglois, il ne se osèrent combattre audit connestable, -et si ne rendirent pas ledit lieu de Brest et laissièrent -leur six hostaiges qui estoient demourés audit connestable.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_301" href="#FNanchor_301"><span class="label">[301]</span></a> <i>Gensay</i>. Je crois que c'est aujourd'hui <i>Janzé</i>, à six lieues de Rennes.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XL.</h3> - -<p class="section">De la naissance de madame Isabel, fille du roy, et comment le -duc de Lenclastre vint en France.</p> - - -<p>Item, le samedi vint-troisiesme jour de juillet, mil -trois cens septante-trois dessus dit, environ heure de midi, -en l'ostel du roy emprès Saint-Pol à Paris, fu née madame -Isabel, fille dudit roy Charles et de ladite royne Jehanne -de Bourbon, et estoit la lune de quatre jours. Et l'endemain, -jour de dimenche, après disner, fu baptisée en ladite -églyse de Saint-Pol, par messire Jehan de Dormans, -cardinal ; et fu parrain monseigneur le daulphin, ainsné fils -desdis roy et royne ; et madame Marguerite, contesse de -Flandres et d'Artois, et madame Isabel, duchesse de Bourbone -mère de ladite royne, furent marraines.</p> - -<p>Item, en celuy moys de juillet, Jehan, duc de Lenclastre, -fils du roy d'Angleterre, et Jehan, conte de Montfort, celuy -qui avoit esté duc de Bretaigne et qui alors se monstra bien -manifestement ennemi du roy et du royaume, vindrent -d'Angleterre à Calais, accompagniés de grant foison de gens -d'armes et de archiers. Et après ce que il orent demouré par -aucun temps à Calais et sur la Marche, il se mistrent à chevauchier -droit à Hesdin et y demourèrent dedens le port par -aucuns jours sans assaillir la ville né le chastel ; et après à -Dorlens sans l'assaillir, et après à Beauquesne<a id="FNanchor_302" href="#Footnote_302" class="fnanchor">[302]</a> et de là vers -Corbie. Et passèrent la rivière de Somme et chevauchièrent à -Roie en Vermendois et demourèrent en la ville sept jours, et -ne porent prendre l'églyse qui estoit fort : si ardirent la ville -et alèrent en Laonnois et à Vesly-sur-Aisne ; et moult -ardirent de villes et aussi perdirent moult de leur gens : car -en toutes places où les François qui les chevauchoient en -trouvoient aucuns desroutés de leur batailles, il les desconfisoient, -sans ce que les François y perdissent aucune chose, -et si gaignièrent grant foison sur les Anglois ; et par espécial -le vendredi, neuviesme jour de septembre à matin, messire -Jehan de Vienne et sa compaignie en trouvèrent près de -Ouchie<a id="FNanchor_303" href="#Footnote_303" class="fnanchor">[303]</a>, cinquante lances et vint archiers anglois, lesquels -furent tous desconfis. Et là furent pris dix chevaliers de -grant estat et vint-quatre escuiers, et tousjours chevauchièrent -lesdis Anglois tant qu'il passèrent les rivières -d'Oise, d'Aisne, de Marne et d'Aube, et chevauchièrent -par la Champaigne et par la conté de Braine, droit vers -Gié<a id="FNanchor_304" href="#Footnote_304" class="fnanchor">[304]</a>, et passèrent la rivière de Saine, et chevauchièrent -droit à la rivière de Loire vers Martigny-les-Nonnains, -et passèrent ladite rivière de Loire, et tousjours -furent chevauchiés par le duc de Bourgoigne et autres -gens du roy de France, et si près tenus que il avoient peu -de vivres et ne pristrent aucune forteresse notable, et perdirent -moult de leur gens et la plus grant partie de leur -chevaux. Et depuis, passèrent lesdis Anglois la rivière de -Cher et s'en alèrent à Bordeaux, mais il perdirent moult de -leur gens, et estoient en tel estat qu'il y avoit plus de trois -cens chevaliers à pié qui avoient laissiées leur armeures, les -uns jetées en rivière, les autres les avoient despéciées pour ce -que il ne les povoient porter, et afin que les François ne -s'en peussent aidier ; et jà soit ce que ladite chevauchiée -leur feust moult honorable, elle leur fu moult domageuse.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_302" href="#FNanchor_302"><span class="label">[302]</span></a> <i>Beauquesne</i>. Aujourd'hui bourg du département de la Somme, à -deux lieues de <i>Doullens</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_303" href="#FNanchor_303"><span class="label">[303]</span></a> <i>Ouchie</i>. La plupart des manuscrits et des éditions précédentes portent -<i>Orchies</i>. Mais, d'après les indices itinéraires précédens, je crois que -le manuscrit de Charles V est plus exact. <i>Oulchy-le-Château</i> est aujourd'hui -bourg à cinq lieues de Soissons.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_304" href="#FNanchor_304"><span class="label">[304]</span></a> <i>Gié</i>. Ou <i>Gyé</i>, village sur la Seine, près de Châteauvillain.</p> -</div> -<p>Item, le tiers jour de novembre ensuivant, mourut à -Evreux madame Jehanne, seur du roy de France, et -femme du roy de Navarre.</p> - -<p>Item, le septiesme jour dudit moys de novembre, mourut -à Avignon messire Estienne de Paris, cardinal dit de -Paris. Item, audit mois de novembre, qui fu le lundi septiesme -jour mil trois cens septante-trois devant dit, mourut -à Paris messire Jehan de Dormans, cardinal de Biauvais, -qui moult longuement avoit esté chancelier de France, et -fu enterré aux Chartreux de Paris.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XLI.</h3> - -<p class="section">Coment Jehan de Montfort vint de Bordeaux en Bretaigne, et -se mist au fort de Auroy.</p> - - -<p>En l'entrée du moys de février ensuivant, messire Jehan -de Montfort, qui avoit esté duc de Bretaigne et avoit chevauchié -avecques le duc de Lenclastre, par la manière que dessus -est escript, vint par mer de Bordeaux en Bretaigne, là où -avoit encore trois forteresses qui se tenoient pour luy ; c'est -assavoir : Derval, Brest et Auroy, en laquelle il vint -descendre premièrement. Et là estoit sa femme, et amena -des gens anglois avec luy. Et quant il y fu, il manda pluseurs -de ceux de Bretaigne, gens d'églyse, nobles et autres -pour aler audit lieu d'Auroy parler à luy ; et le roy de -France qui oï nouvelles de ce envoia des gens audit païs -de Bretaigne pour le conforter<a id="FNanchor_305" href="#Footnote_305" class="fnanchor">[305]</a>, et jà y estoient le connestable -de France et le seigneur de Cliçon pour le roy.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_305" href="#FNanchor_305"><span class="label">[305]</span></a> <i>Le conforter</i>. Sans doute pour fortifier son parti contre celui des -Anglois et du duc de Bretagne.</p> -</div> -<p><i>Incidence des grandes rivières</i>. Item, en celuy an mil trois -cens septante-trois dessusdit, ès mois de janvier et de février, -furent en France, par espécial ès rivières de Saine, -de Marne, de Yonne, d'Oise et de Loire, la plus très grant -inondacion d'yaues que l'homme qui vesquist lors eust onques -veues ; et durèrent plus de deux mois. Et à Paris aloit-l'en -par bastiaux par la rue Saint-Denis oultre la porte, et -de la porte Saint-Anthoine jusques à Saint-Anthoine, et de -la porte Saint-Honoré jusques au Rolle et à Nully. Et si -estoit l'yaue jusques près des planchers des pons de Paris ; et -entroit dedens la chapelle basse du palais, et toutes les maisons -basses du palais estoient plaines d'yaue, et communelment -les caves et celiers de Paris du costé devers grant -pont. Et atachoit-l'en les bastiaux à la Croix-Hémon, qui -est au-dessus de la place Maubert.</p> - -<p>Item, au mois d'avril ensuivant, mil trois cens septante-quatre, -et furent Pasques le secont jour d'iceluy mois, le -duc de Lenclastre qui estoit à Bordiaux s'en parti par mer -et ala en Angleterre à tout tant pou de gens qui luy estoient -demourés ; et disoit-l'en que son père et le prince de Galles -son frère ne luy avoient pas fait bonne chière, pour ce -que il avoit si petitement exploitié en la chevauchiée que -il avoit faite ; jà fust ce que elle eust esté la plus grant qui -oncques eust esté faite en France par lesdis Anglois. Toutesvoies -il avoit moult perdu de gens et de chevaux ; car il et -sa route en avoient bien trait d'Angleterre trente mil chevaux -et plus, et il n'en porent pas mettre à Bordiaux six -mil, et bien avoit perdu le tiers de ses gens et plus.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XLII.</h3> - -<p class="section">Coment la ville et chastel de La Rochelle furent prises.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1374</div> - -<p>Le jour de Penthecouste, qui fu le vint-uniesme jour de -may l'an dessusdit, les trièves qui avoient esté prises par le -connestable de France d'une part ; et le sire d'Aubeterre, -le chanoine de Robesart et autres pour les Anglois d'autre -part, faillirent. Et le vint-uniesme jour d'aoust mil trois -cens septante-quatre dessusdit, la ville de La Riolle<a id="FNanchor_306" href="#Footnote_306" class="fnanchor">[306]</a> fu -rendue au duc d'Anjou, frère du roy de France, lequel estoit -à siège devant ladite ville. Mais le chastel d'icelle ville ne -luy fu pas lors rendu, et demoura ledit duc devant ledit -chastel jusques au vint-huitiesme jour dudit mois d'aoust ; -et lors fu fait un traictié entre luy et ceux qui tenoient ledit -chastel pour le roy d'Angleterre, que sé ledit roy d'Angleterre -ou l'un de ses fils n'estoient devant ledit chastel -le huitiesme jour du mois de septembre ensuivant, si fors -que il peussent lever le siège dudit duc d'Anjou, il rendroient -le chastel audit duc. Si attendi iceluy duc jusques -audit huitiesme jour de septembre, auquel jour né dedens -iceluy ne comparut aucun pour ledit roy d'Angleterre ; si -fu lors ledit chastel rendu au duc d'Anjou pour le roy de -France, et ainsi ot la ville et le chastel.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_306" href="#FNanchor_306"><span class="label">[306]</span></a> <i>La Riolle</i>. Le titre de ce chapitre porte bien <i>La Rochelle</i>, et les -autres manuscrits aussi bien que les imprimés écrivent encore ici <i>La -Rochelle</i> ; mais la leçon de Charles V porte <i>La Riolle</i>, et si l'on fait attention -que les <i>rubriques</i> ou titres de chapitre sont toujours dans les manuscrits -mis par un autre scribe, après l'exécution du volume, on avouera -que la leçon que nous avons préférée est effectivement préférable. En -effet, dans le chapitre <a href="#ch-xxxviii"><small>XXXVIII</small></a>, nous avons vu que <i>La Rochelle</i> étoit déjà -redevenue françoise.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XLIII.</h3> - -<p class="section">De l'assemblée qui fu à Bruges pour traictier de la paix entre -les deux roys.</p> - - -<p>En celuy an mil trois cens septante-quatre dessusdit, -furent envoiés de par le pape l'arcevesque de Ravenne et -l'evesque de Carpentras, pour traictier de paix entre lesdis -roys. Et en celuy an en karesme assemblèrent à Bruges -devant lesdis messages du pape les gens desdis roys ; c'est -assavoir : pour le roy de France, le duc de Bourgoigne son -frère, l'evesque d'Amiens et pluseurs autres clers et chevaliers ; -et pour le roy d'Angleterre, le duc de Lenclastre son -fils, l'evesque de Londres et pluseurs autres clers et chevaliers. -Et quant il orent esté par aucun temps en ladite ville -de Bruges, aucuns de ceux du conseil du roy de France -retournèrent à Paris pour luy rapporter aucunes choses -parlées par les parties à Bruges sur lesdis traictiés. Et entre -les autres choses rapportèrent que lesdis Anglois requerroient -à grant instance avoir les ressors et souverainetés -des terres que il devroient avoir par ledit traictié. Si assembla -le roy de France grant conseil, tant des seigneurs de -son sanc, comme prélas, nobles, clers, maistres en théologie -et en décrés, et grant nombre d'autres sages qui, tous d'un -accort après ce que tout leur ot esté dit et exposé, distrent -au roy qu'il ne povoit né devoit laissier aucune chose de -ses ressors et souverainetés ; et sé il le faisoit, ce seroit contre -son serement et son honneur, et au détriment de son -ame pour pluseurs causes et raisons que il luy distrent -lors. Et ainsi fu respondu à ses gens qui estoient venus de -Bruges par devers luy.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XLIV.</h3> - -<p class="section">De la loi que le roy Charles-Quint ordena sur l'aagement des -ainsnés fils des roys de France, et fu publiée en parlement de -Paris.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1375</div> - -<p><a id="FNanchor_307" href="#Footnote_307" class="fnanchor">[307]</a>L'an de grace mil trois cens septante-cinq, le vint-uniesme -jour de may, fu la loy que le roy Charles, lors roy de -France, avoit faite sur l'aagement de son ainsné fils et des autres -ainsnés fils des roys de France qui seroient à venir, publiée -au parlement du roy à Paris en sa présence séant et -tenant son parlement ; en la présence de monseigneur Charles, -son ainsné fils, daulphin de Viennois, et monseigneur -Loys, duc d'Anjou, frère dudit roy, et de grant nombre -d'autres seigneurs de son sanc, prélas et autres gens d'églyse, -l'université de Paris et pluseurs autres sages et notables, tant -clers comme lais. Et est la loy telle, c'est assavoir : que -l'ainsné fils du roy de France qui ores estoit et ceux qui pour -le temps à venir seroient, tantost que il atteindroient le -quatorziesme an de leur aage, pourroient recevoir leur sacre -et coronement et leur homaiges, et faire tous autres fais -qui à roy de France aagé appartiennent.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_307" href="#FNanchor_307"><span class="label">[307]</span></a> On va voir ici dès la première phrase l'indication d'une nouvelle -rédaction. Je remarquerai d'ailleurs que dans la leçon de Charles V que -nous suivons de préférence, la dernière table des chapitres, placée en tête -de la vie du roi Jean, s'arrête à l'indication de celui-ci. La suite n'a pas été -<i>récapitulée</i>, et si l'observation que j'ai faite tout à l'heure sur les rubriques -est judicieuse, il faut en conclure que le manuscrit de Charles V fut -achevé long-temps après. Mais du point où nous sommes arrivés jusqu'à -la fin, les chroniques furent-elles rédigées en une seule fois? Je ne le -pense pas. Charles V, qui souhaitoit de montrer à l'empereur dans la -grande histoire nationale la relation exacte de la réception qu'on lui -avoit faite, laissa dans son exemplaire une lacune de plusieurs pages entre -le chapitre <small>XLIII</small> et le récit du voyage de l'empereur. Ce fut plus tard que -fut comblée cette lacune, mais certainement avant la mort de Charles V.</p> -</div> -<p>Item, le premier jour du mois de juing l'an dessusdit, la -ville et chastel de Coignac furent rendus des Anglois à monseigneur -Bertran du Guesclin, lors connestable de France, -qui une pièce avoit esté à siège devant pour le roy de France ; -par un tel traictié comme dessus est dit du chastel de La -Riole.</p> - -<p>Item, le tiers jour de juillet ensuivant, la ville et le chastel -de St-Sauveur, en Constantin, que avoit tenu asségiée -pour le roy de France messire Jehan de Vienne, amiral de -France, et lesquels ville et chastel avoient esté tenus par -ceux de la partie du roy d'Angleterre par l'espace de plus -de vint ans, furent rendus aux gens du roy de France par -un tel traictié comme avoient esté rendus le chastel de La -Riole et Coignac, dont dessus est faite mencion.</p> - -<p>Item, en ce temps retournèrent de Bruges le duc de -Bourgoigne et les conseilliers du roy de France, qui là estoient -alés pour les traictiés d'entre les deux roys, et pou -orent exploitié, fors de avoir et accorder trièves jusques au -premier jour d'avril ensuivant : et ainsi furent lesdis traictiés -continués jusques à la feste de Toussains ensuivant. A -laquelle feste de Toussains retournèrent auxdis traictiés -pour le roy de France messire Loys, duc d'Anjou, et messire -Phelippe, duc de Bourgoigne, frères du roy de France, et -pluseurs autres du conseil du roy, et alèrent à Saint-Omer. -Et pour le roy d'Angleterre, alèrent à Bruges messire Jehan -de Lenclastre et messire Hémon conte de Cantebruge, fils -du roy d'Angleterre, et pluseurs autres de son conseil. Et -par le moien desdis messages du pape, c'est assavoir : de -l'arcevesque de Ravenne et de l'arcevesque de Rouen, qui -par avant avoit esté evesque de Carpentras, furent d'accort -lesdis traicteurs, tant d'une part comme d'autre, de eux -assembler à Bruges comme par avant avoient fait ceux qui -y avoient esté. Si alèrent lesdis frères du roy de France et -ses autres gens qui estoient à Saint-Omer, à Bruges, et y -entrèrent le samedi après Noël l'an dessusdit, et en ladite -ville de Bruges demourèrent jusques environ Pasques ensuivant, -et finablement s'en partirent sans traictié de paix -final, mais il proroguèrent les trièves, et depuis aussi furent -proroguées jusques au premier jour du mois d'avril mil trois -cens septante-six, et Pasques furent le sixiesme jour dudit -mois que l'en dit mil trois cens septante-sept. Et envoia -assez tost après le roy de France ses messages à Bouloigne -pour traictier, et les messages du roy d'Angleterre furent -à Calais, et furent lesdites trièves proroguées de terme en -terme, jusques à la Nativité Saint-Jean-Baptiste ensuivant, -qui fu mil trois cens septante-sept dessusdit. Et aloient les -deux arcevesques, messages du pape, de Bouloigne à Calais -et de Calais à Bouloigne, en traictant entre les parties. Et -finablement, jà feust ce que le roy de France feust par -tous les lieux où il avoit guerre entre lesdis roys plus fort -que les Anglois, que aussi, par la volenté de messeigneurs -et la bonne diligence dudit roy de France, tout son fait se -portast bien, et que en toutes choses il feust à son avantage -et eust en ce temps moult grant navire sur la mer, -tant de galées dont il avoit trente-cinq sur mer, comme de -grant foison de barges, tout ledit navire garni de bonnes -gens d'armes et de bons arbalestiers ; toutesvoies, pour -l'amour de Dieu et le bien de paix, pour l'onneur et révérence -du pape et de l'églyse, et pour compassion du peuple, -il fist faire moult grans offres, par ses gens, aux gens -dudit roy d'Angleterre, tant de grans terres et seigneuries -que de monnoie, réservé tousjours à lui son homaige, son -ressort et sa souveraineté ès terres que ledit roy d'Angleterre -avoit au royaume de France, tant en celles que lors il occupoit -de fait, comme en celles que le roy de France luy -bailleroit par le traictié. Lesquelles gens dudit roy d'Angleterre -ne acceptèrent né refusèrent lesdites offres, mais -distrent que il rapporteroient ces choses par devers le roy -d'Angleterre leur seigneur, et dedens le premier jour du -moys d'aoust ensuivant, ou au plus tart dedens le jour de -mi-aoust, il ou autres, pour le roy d'Angleterre, en feroient -response en la ville de Bruges à ceux que le roy de France -envoieroit pour cette cause. Et se partirent de Calais la veille -de la Saint-Jehan et s'en alèrent en Angleterre : et les gens -du roy de France s'en retournèrent à leur seigneur à -Paris, et faillirent toutes trièves le jour de celle de Saint-Jehan. -Et la veille d'icelle Saint-Jehan, mourut ledit roy -d'Angleterre Edouard, lequel avoit longuement vescu et -esté roy d'Angleterre environ cinquante deux ans.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XLV.</h3> - -<p class="section">Coment Richart, fils du prince de Galles, fu fait roy d'Angleterre, -ses oncles vivans.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1377</div> - -<p>Après, en celuy an mil trois cens septante-sept dessus -dit, le seiziesme jour de juillet ensuivant, Richart, fils de -feu Edouard prince de Galles, qui avoit esté ainsné fils du -roy d'Angleterre et avoit esté mort avant ledit roy d'Angleterre, -son père, et estoit de onze ans d'aage ou environ, fu -couronné en roy d'Angleterre, en représentant la personne -du prince son père. Et toutesvoies avoit laissié ledit roy -d'Angleterre trois fils ; c'est assavoir : messire Jehan duc -de Lenclastre, messire Hémon duc de Cantebruge, et messire -Thomas dont moult gens avoient merveille : car la mère -dudit roy Richart avoit esté mariée première fois au conte -de Salebery, et avoit esté six ans en sa compaignie ; et depuis -elle maintint que un chevalier d'Angleterre, appellé -messire Thomas de Hollande, l'avoit fiancée avant ledit -conte de Salebery, et l'avoit cogneue charnelment ; et pour -ce ledit conte la laissa, et ledit chevalier l'espousa avec -lequel elle fu longuement et en ot pluseurs enfans. Et après -la mort dudit feu Thomas de Hollande, ledit prince de -Galles, ainsné fils dudit roy d'Angleterre, espousa cette -dame, vivant ledit conte de Salebery son premier mari ; et -de ce mariage nasqui ledit Richart, qui fu fait roy d'Angleterre, -comme dessus est dit, vivant encore ledit conte -de Salebery.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XLVI.</h3> - -<p class="section">Du grant effort de gens d'armes que le roy de France avoit -sur les champs en cinq parties devisées.</p> - - -<p>Au moys de juillet ensuivant, le duc d'Anjou, frère du -roy de France, et le connestable de France alèrent en -Guyenne pour ledit roy de France, bien accompaigniés -de gens d'armes et arbalestiers ; et si ot grant navire sur -mer auquel avoit trente-cinq galées, et grant foison de -barges et autres vaisseaux, lequel navire estoit fourni de -gens d'armes et arbalestiers en grant nombre. Et avecques -ce, en celle saison, tenoit le roy de France, en la frontière -de Picardie, contre les Anglois qui estoient à Calais, à -Guynes, à Ardre et ès autres forteresses qui se tenoient pour -le roy d'Angleterre, grant foison de gens d'armes et arbalestiers. -Et oultre ce, avoit pour ledit roy de France siège -devant deux chastiaux qui se tenoient encore en Bretaigne -pour messire Jehan de Montfort ; c'est assavoir : Brest et -Auroy, et par tous les lieux dessus dis les gens du roy -tenoient les champs. Et avecques ce, le duc de Berri, frère -dudit roy de France, et le duc de Bourbon avecques luy -estoient à siège devant une forteresse, en Auvergne, appellée -Carlat, que gens de compaignie qui se tenoient de la -partie des Anglois avoient occupée. Et ainsi le roy de -France avoit telle puissance en cinq parties, que ses ennemis -estoient partout les plus foibles. Et en vérité, de nulle -mémoire d'homme n'avoit ce esté veu, né que le roy eust -fait si grant fait et noble dont ci-après sera faite mencion. -Et premièrement par ledit duc d'Anjou et ceux de sa compaignie -en Pierregort, et autre part en Guyenne, furent -prises grant nombre de forteresses, si comme ci-après est -déclairié. Premièrement, au mois d'aoust, le tiers ou quart -jour, se mist sur les champs ledit monseigneur le duc, en -la duchié de Guyenne ès parties de Pierregort, en sa compaignie -monseigneur Bertran du Guesclin, connestable de -France ; monseigneur Loys de Sancerre, mareschal ; le -seigneur de Coucy ; le seigneur de Montfort ; le seigneur de -Montauban ; le sire de Rey ; messire Guy de Rochefort ; -monseigneur Olivier de Mauny ; le sire de Monsteroys ; le -seigneur d'Asse ; Le Besgue de Vilaines ; Ivain de Gales ; le -sire de Chasteau-Giron<a id="FNanchor_308" href="#Footnote_308" class="fnanchor">[308]</a> ; le sire de Bueil ; messire Pierre -de Villiers grant maistre d'ostel du roy, et pluseurs autres -seigneurs, jusques au nombre de seize cens hommes d'armes -et cinq cens arbalestiers. Et se vint logier à Nantion<a id="FNanchor_309" href="#Footnote_309" class="fnanchor">[309]</a> ; et -d'ilec se parti pour venir devant un lieu appellé les Bernardières -que tenoient les Anglois ; lesquels quant il sceurent -sa venue se partirent dudit lieu et y boutèrent le feu. Et -puis vint devant un chastel dudit pays de Pierregort, appellé -Condac<a id="FNanchor_310" href="#Footnote_310" class="fnanchor">[310]</a>, que tenoient les Anglois, et l'assist et y fu -environ quatre jours. Et puis luy fu rendu, lequel chastel -monseigneur le duc fist abattre pour ce que les seigneurs -dudit chastel avoient esté traistres, et estoient coustumiers -de rober et pillier les païs voisins. (Et d'ilec, vint devant -un autre fort chastel appellé Bordailles, et mist le siège -devant et y fu environ six jours au siège, et puis luy fu -rendu)<a id="FNanchor_311" href="#Footnote_311" class="fnanchor">[311]</a>. Et vint à luy monseigneur Jehan de Bueil, lors -séneschal de Beaucaire, qui pour ledit monseigneur le duc -estoit demouré capitaine ès parties de Rouergue, de Quercin, -d'Agenois, Bigorne, Basadois, et amena des gens que -monseigneur d'Anjou luy avoit bailliés en gouvernement -cinq cens hommes d'armes et deux cens arbalestiers. Et -d'ilec se parti monseigneur d'Anjou aux gens<a id="FNanchor_312" href="#Footnote_312" class="fnanchor">[312]</a> qu'il avoit -par avant et ceux que Bueil luy avoit amenés, et vint devant -Bergerac et assist ladite ville. Et pour icelle endomaigier et -pour plus tost prendre, envoia monseigneur le duc ledit -monseigneur Jehan de Bueil à la Riole, avec quatre cens -hommes d'armes, pour amener les truyes et autres engins -qui y estoient. Et monseigneur Thomas de Feleton, séneschal -de Bordeaux, qui sceut que ledit Bueil estoit là alé, -assembla tous les seigneurs de Gascoigne et autres que il -peust assembler jusques au nombre de sept cens combattans, -et se mist entre la Riole et Bergerac pour rencontrer ledit -Bueil et ses gens ; et y en vindrent nouvelles audit monseigneur -d'Anjou, qui tantost manda messire Pierre de -Bueil, son mareschal, et luy dist qu'il préist trois ou quatre -cens hommes d'armes et ses gens et alast à l'encontre de -son frère pour le conforter. Si y ala et mena trois cens -cinquante hommes d'armes, et estoient audit nombre -messire Pierre de Bueil dessusdit, le Besgue-de-Villaines, -Yvain de Galles, messire Gieffroy Fevrier, mareschal du -connestable de France, messire Pierre de Mornay, mareschal -de monseigneur Loys de Sancerre mareschal de France ; -Thibaut du Pont, Juel Rolant et pluseurs autres notables -chevaliers et escuiers, et se partirent de Bergerac le premier -jour de septembre. Et celuy jour, près de la ville d'Aymet, -trouvèrent les gens et coureux de monseigneur d'Anjou<a id="FNanchor_313" href="#Footnote_313" class="fnanchor">[313]</a> -les coureux dudit séneschal de Bordeaux, et furent pris -aussi comme tous les coureux françois. Et incontinent qu'il -se sceurent les uns près des autres il chevauchièrent d'une -part et d'autre, si s'entr'encontrèrent ainsi comme à un -quart de lieue d'Aymet, et descendirent à pié d'une part -et d'autre, et se combattirent moult fort ; et par la grace de -Dieu furent desconfis les Anglois, et furent ilec pris ledit -séneschal de Bordeaux, les seigneurs de Lagoran<a id="FNanchor_314" href="#Footnote_314" class="fnanchor">[314]</a>, de -Mussidan, de Duras, le sire de Rosan et pluseurs autres ; et -y ot pluseurs des Anglois mors et noyés en une rivière qui -près estoit, appellée le Drot. Et l'endemain se rendi ladite -ville de Bergerac audit monseigneur d'Anjou qui y avoit -esté à siège quinze jours ; et ainsi vint ladite ville en l'obéissance -du roy de France. Et après ladite besoingne, messire -Jehan de Bueil en amenant les engins chevaucha devant -la ville d'Aymet qui se rendi, et ainsi fist la ville de -Sauvetat.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_308" href="#FNanchor_308"><span class="label">[308]</span></a> Les éditions imprimées portent <i>Chasteau-Cheron</i>. C'est par des erreurs -de ce genre que les meilleures familles de France ont tant de peine -à retrouver dans nos historiens les titres de leur ancienne illustration.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_309" href="#FNanchor_309"><span class="label">[309]</span></a> <i>Nantion</i>. Ce doit être la petite ville de <i>Nontron</i> dans le Périgord, -à dix lieues de Périgueux.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_310" href="#FNanchor_310"><span class="label">[310]</span></a> <i>Condac</i>. Aujourd'hui village du département de la Charente, à -demi-lieue de <i>Ruffec</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_311" href="#FNanchor_311"><span class="label">[311]</span></a> Ce qui est entre parenthèses a été omis dans les éditions précédentes. — <i>Bourdeille</i>, -au-dessous de <i>Nontron</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_312" href="#FNanchor_312"><span class="label">[312]</span></a> <i>Aux gens</i>. Avec les gens.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_313" href="#FNanchor_313"><span class="label">[313]</span></a> <i>Coureux</i>. Pour <i>Coureurs</i>. Dans le bon usage de l'ancienne langue -françoise, on ne prononçoit pas les <i>r</i> finales dans les noms ni dans les -verbes. <i>Courri</i>, <i>allé</i>, <i>porteu</i>, <i>coureu</i>, etc.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_314" href="#FNanchor_314"><span class="label">[314]</span></a> <i>Lagoran</i>. Ou <i>Langouiran</i>, petite ville près de Castres.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XLVII.</h3> - -<p class="section">Coment monseigneur le duc d'Anjou prist en Guienne pluseurs -chasteaux et forteresses dont les noms s'ensuivent.</p> - - -<p>En celuy temps, monseigneur le duc d'Anjou estant devant -Bergerac, monseigneur Berducat de Lebret vint à l'obéissance -du roy avecques aucunes forteresces qu'il tenoit. -Et de Bergerac se parti ledit monseigneur d'Anjou et ala -devant Sainte-Foy, une grosse ville sur la rivière de -Dourdogne ; et loga une nuit devant, et l'endemain se rendi, -et puis ala devant Chasteillon<a id="FNanchor_315" href="#Footnote_315" class="fnanchor">[315]</a> une grosse ville et chastel, -assise sur la rivière de Dourdogne ; et mist le siège devant, -et y fu par douze jours, ses truyes et ses engins fist drécier et -gietter, et après ce qu'il orent domaigié la ville et le chastel, -il se rendirent. Et ilec estant en son siège, envoia chevauchier -ledit monseigneur d'Anjou ses gens devant une grande -ville appelée Craon<a id="FNanchor_316" href="#Footnote_316" class="fnanchor">[316]</a>, laquelle se rendi. Et aussi envoia -chevauchier monseigneur d'Anjou avec ses gens le sire de -Coucy et le mareschal de Sancerre devant la Bourne et -Saint-Million, et y ot de grans escarmouches. Et estant au -siège devant Chasteillon, firent serment audit monseigneur -d'Anjou, les seigneurs de Lagoran, Mussidan, Duras et de -Rosan de estre desoremais bons et loyaus François, combien -que assez tost après ne demoura guères que les seigneurs -de Duras et de Rosan se parjurèrent et se tournèrent devers -les Anglois, et s'en alèrent à Bordeaux. Après la prise -de Chasteillon s'en ala logier monseigneur d'Anjou devant -un chastel qui estoit de Lagoran, et l'endemain vint devant -Sauveterre, en entencion de l'assaillir, laquelle se rendi et -vint à l'obéissance du roy. Celuy jour, vint logier à un quart -de lieue d'une grosse ville appellée Montsegur, laquelle se -rendi l'endemain et vint à l'obéissance du roy. Et l'endemain -se vint logier devant Cauderot<a id="FNanchor_317" href="#Footnote_317" class="fnanchor">[317]</a> qui se rendi à -luy ; d'ilec, vint devant Saint-Macaire et y mist le siège, -et fist drécier huit truyes et deux engins ; mais dedans -quatre jours se rendi la ville à luy, et la ville rendue, il fist -drécier lesdis engins devant le chastel de Saint-Macaire, -qui se rendi tantost après. Et ilec estant au siège, se rendi -la ville de Langon. Et durant ledit siège, envoia chevauchier -ledit duc d'Anjou aucuns de ses gens qui pristrent le -chastel d'Andorte par assault ; et aussi ala chevauchier, du -commandement de monseigneur d'Anjou, messire Olivier -de Mauny<a id="FNanchor_318" href="#Footnote_318" class="fnanchor">[318]</a> devant Lenduras et le prist.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_315" href="#FNanchor_315"><span class="label">[315]</span></a> <i>Chasteillon</i>. Aujourd'hui <i>Castillon</i>, au-dessous de <i>Saint-Emillion</i> et -de <i>Libourne</i>, que notre scribe va écrire <i>La Bourne</i> et <i>Saint-Milion</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_316" href="#FNanchor_316"><span class="label">[316]</span></a> <i>Craon</i>. Ou plutôt <i>Creon</i>, dans le pays <i>Entre deux mers</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_317" href="#FNanchor_317"><span class="label">[317]</span></a> <i>Cauderot</i>. Au-dessus de <i>Saint-Macaire</i>, sur la Garonne.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_318" href="#FNanchor_318"><span class="label">[318]</span></a> <i>Mauny</i>. Variante : <i>Cliçon</i>. Ce doit être une faute de la plupart des -manuscrits. Olivier de Clisson étoit alors en Bretagne.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XLVIII.</h3> - -<p class="section">Coment pluseurs villes et chasteaux et forteresses se rendirent -à monseigneur le duc d'Anjou.</p> - - -<p>Ledit monseigneur d'Anjou estant au siège devant Saint-Macaire, -se vindrent rendre et mettre en l'obéissance du roy -les seigneurs de Bedos, monseigneur Avisant de Caumont ; -le sire du Chastel-d'Andorte, les enfans de Saincte Aoys<a id="FNanchor_319" href="#Footnote_319" class="fnanchor">[319]</a>, -eux, leur villes, chasteaux et forteresses dont il avoient -grant nombre. Et ledit monseigneur d'Anjou, estant au -siège dudit lieu de Saint-Macaire, luy vindrent nouvelles -que les seigneurs de Duras et de Rosan s'estoient tournés -Anglois. Et tantost comme il le sceut, combien qu'il eust -ordené de mettre siège devant Cardillac, voiant la mauvaistié -des dessus dis, il ala devant Duras le jour Saint-Denis, -et incontinent qu'il y fust venu, il fist asségier la -ville qui celuy jour ne fu pas assaillie, mais l'endemain il -ordena à la faire assaillir. Lors les gens de la ville doubtans -l'assault la rendirent. Et puis assist le siège devant le -chastel de ladite ville que moult estoit fort, et fist drécier -ses truyes et ses engins et canons, qui moult endomagièrent -ledit chastel, et en la fin luy fu rendu ; et y fu trois sepmaines -au siège. Et après ledit chastel ainsi rendu pour la -saison d'hiver qui estoit venue et aussi pour ce que tous -les chevaux se mouroient, ledit duc départi ses gens par -establies pour la saison de hiver. Durant cette saison conquist, -tant par force comme autrement, et mist en l'obéissance -du roy ledit monseigneur d'Anjou moult d'autres -grosses et bonnes villes comme Blaive, Mussidan et pluseurs -autres forteresses que tenoient les seigneurs de Lagoran -et Mussidan ; si que en celle saison conquesta jusques -au nombre de six vint et quatorze que villes que chasteaux -et autres grosses forteresces et notables.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_319" href="#FNanchor_319"><span class="label">[319]</span></a> <i>Saincte-Aoys</i>. Variante : <i>Sainte-Assise</i>.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XLIX.</h3> - -<p class="section">Coment ceux qui tenoient le chastel d'Auroy se rendirent à -l'obéissance du roy de France, par le sire de Cliçon.</p> - - -<p>En celle meisme saison, c'est assavoir le jour de la -mi-aoust ensuivant, ceux qui estoient au chastel d'Auroy -en Bretaigne, devant lequel le sire de Cliçon estoit à siège, -le rendirent audit seigneur de Cliçon pour le roy de France, -et s'en alèrent en Angleterre. Et ainsi demoura toute la -duchié de Bretaigne au roy de France, excepté seulement le -chastel de Brest, devant lequel avoit bastides pour le roy -de France, afin que ceux dudit chastel ne peussent saillir -hors.</p> - -<p>En celuy meismes temps, le navire du roy de France -qui estoit sur la mer fut en Angleterre ; et prinstrent ceux -qui estoient dedens la ville de la Rie bonne ville et grosse, -et puis l'ardirent et la laissièrent. Et en celuy temps, envoia -le roy le duc de Bourgoigne, son frère, le sire de Cliçon et -pluseurs autres en la frontière de Calais avec ceux qui devant -y estoient ; et le quatriesme jour de septembre, ledit -duc et sa compaignie alèrent devant la ville de Ardre qui, -le septiesme jour dudit moys, fut rendue audit duc pour -le roy. Et ledit jour fu pris d'assault le chastel de Banelinguen, -et la forteresce de la Planque, rendue audit duc -pour le roy, et depuis aussi fu pris le chastel d'Andric. -Et après se parti ledit duc et sa compaignie du païs -de Picardie, car il n'y povoient plus besoingnier pour le -temps qui fu trop pluvieux, mais il establirent gens -d'armes et arbalestiers, pour garder lesdites forteresces -qu'il avoient prises. Et toutesvoies les Anglois ne retournèrent -point à Bruges à la mi-aoust mil trois cens septante-sept, -pour faire les responses sur les offres qui leur avoient -esté faites à Bouloigne, ainsi comme il avoient promis, si -comme il fu dit par devant<a id="FNanchor_320" href="#Footnote_320" class="fnanchor">[320]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_320" href="#FNanchor_320"><span class="label">[320]</span></a> En cet endroit, dans le manuscrit de Charles V, n<sup>o</sup> 8395, un feuillet -presqu'entièrement blanc sépare ce qui précède de ce qui suit, et la main -du calligraphe change. C'est que, comme je l'ai dit plus haut, la rédaction -du voyage de l'empereur fut faite dans le temps même de son séjour -en France. Il est probable que les chapitres précédens ne furent faits -que plus tard, et ne furent transcrits qu'après le récit du voyage dans -notre exemplaire, que nous regardons comme le modèle de toutes les -autres leçons. Ces dernières l'ont à compter d'ici grandement défiguré, -comme nous le remarquerons.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>L.</h3> - -<p class="section">Coment Charles, empereur de Rome, escript au roy que il -vouloit venir en France.</p> - - -<p>En celuy temps mil trois cens septante-sept, escript au -roy l'empereur de Rome Charles, le quatriesme de ce nom, -par lettres escriptes de sa main, et par deux messages par -luy envoiés, l'un assés tost après l'autre, qu'il estoit ordené -pour venir en France veoir le roy et faire certain pèlerinage -où il avoit sa dévocion, de quoy le roy fu moult liés. Et -pour ce que par lesdites lettres, il ne mandoit pas le temps -de son venir né par quel part il entendoit à entrer au -royaume, luy renvoia le roy de ses chevaucheurs pour luy -en rapporter la certainneté ; lesquels luy rapportèrent que -à l'entrée d'Alemaigne, en la duchiée de Luxembourg, -il avoient trouvé le roy des Romains, fils dudit empereur -jà venu audit lieu de Luxembourg, et estoit venu à petite -compaignie en habit mesconnu, luy et ses gens estimés -entour quarante chevaux. Et quant le roy fu de ce acertené, -il se pensa que l'empereur ne feroit pas longue demeure -après la venue de son fils que il avoit envoié devant. Si -envoia hastivement à Rains et jusques à la ville de Mouson -entrée de son royaume, et par où ledit empereur devoit -venir en celles parties, les contes de Sarebruche et de -Braine, ses conseilliers ; le sire de La Rivière, son premier -chambellan, et messire Pierre de Chevreuse, maistre de -son hostel, en leur compaignie, et autres de ses serviteurs, -pour aler à l'encontre dudit empereur, et le recevoir honorablement -à l'entrée du royaume. Et demourèrent lesdites -gens du roy audit lieu de Mouson bien quinze jours ; auquel -temps il n'orent nulles nouvelles dudit empereur, -combien qu'il envoiassent audit lieu de Lucembourg, devers -son fils, pour en savoir la certaineté, lequel semblablement -leur fist savoir que nulle certaineté n'en savoit. Pour lesquelles -choses le roy les remanda. Et assez tost après leur -retour, vint un messaige de l'empereur au roy, et luy apporta -lettres escriptes de sa main, èsquelles il se excusoit -de sa demeure, pour certaines guerres qui estoient en aucunes -parties d'Allemaigne, lesquelles il avoit desjà en -partie et vouloit du tout mettre en paix, avant son département, -et luy faisoit savoir que sans nulle faulte, il seroit -huit jours devant Noël à Paris ; et que pour certaines causes -et pour tenir plus brief et meilleur chemin, il avoit changié -son propos de venir par Lucembourg, mais il venroit -par Brebant, Hénau et Cambray ; et pour ce manda son fils -estant à Lucembourg venir en Breban à luy, lequel le duc de -Breban, son frère et la duchesse sa femme, avecques les bonnes -gens du païs receurent moult honorablement. Et là, -devoit venir à luy le conte de Flandres, lequel se parti de -Gand pour cette cause, à tout quarante chevaliers en sa -compaignie pour venir à Bruxelles ; et là furent pris les -hostels pour luy. Mais quant il fu près de là, il s'escusa -pour maladie qui luy survint. Pour ce, se envoia excuser -par le chastelain de Diquemme et autres de ses gens, et s'en -retourna en son païs sans veoir l'empereur. De là se parti -ledit empereur et vint en Haynau, où il cuidoit trouver le -duc Aubert, gouverneur de Haynau, lequel il avoit là -mandé ; mais ledit duc estoit alé en Hollande, et pour ce -n'y vint point ; et toutesvoies ala ledit empereur au Quesnoy -où ses enfans estoient, et là demoura un jour et vit -lesdis enfans.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LI.</h3> - -<p class="section">Coment le roy de France envoia honnorables messaiges en la -cité de Cambray, pour aler à l'encontre de l'empereur qui y -devoit venir et le acompaignèrent très-honnorablement jusques -dedens ladite ville, en laquelle il fu receu joieusement à processions ; -et des paroles que l'empereur dit aux gens que le roy -luy avoit envoiés.</p> - - -<p>En celuy temps, avoit le roy envoié ses messages à Cambray -devers ledit empereur ; c'est assavoir, le seigneur de -Coucy, les contes de Sarebruche et de Braine, le seigneur de -La Rivière, Jehan Lemercier : et en leur compaignie avoit -grant foison de chevaliers et d'escuiers en bonnes estoffes, -vestus des livrées desdis seigneurs, et estoient bien trois -cens chevaux. Et furent le mardi devant Noël, vint-deuxiesme -jour de décembre, à Cambray un matin, et -alèrent à l'encontre de l'empereur bien une lieue hors de -Cambray ainsi acompaigniés, pour luy encontrer et accompaignier -de par le roy ainsi honnorablement comme dessus -est dit ; en luy disant que le roy le saluoit et avoit grant joie -de sa venue et grant désir de luy veoir. Si les reçut moult -gracieusement et en mercia moult le roy et eux de ce qu'il -y estoient venus, en leur disant que mès qu'il fust venu -à la ville, il parleroit à eux plus plainement. Et dont vint -ledit empereur et approcha ladite ville de Cambray, et vinrent -au-devant de luy l'evesque et les bourgois à bien deux -cens chevaux et plus ; et le commun et arbalestiers de la -ville estoient à l'entrée de la ville rengiés sans paremens, -d'une part et d'autre en assez belle ordenance. Et l'empereur -vint chevauchant sur un roncin gris, et vestu d'un mantel -et chapperon de drap gris fourré de martres, et son fils, -le roy des Romains, encoste luy chevauchant aussi avant -comme luy ; et ainsi chevauchièrent jusques bien avant en -ladite ville, et là encontrèrent l'evesque et les collèges à -procession<a id="FNanchor_321" href="#Footnote_321" class="fnanchor">[321]</a>. Si descendirent l'empereur et son fils et ainsi -alèrent à pié jusques à l'églyse. Et après ce qu'il ot fait son -oraison, il s'en ala en l'ostel de l'evesque, lequel estoit bien -honnestement paré en sales et en chambres, et luy fist -ledit evesque ses despens tant comme il fu à la ville. Et -après disner envoya querre les gens du roy dessus escrips -et leur dist publiquement et devant chascun que combien -que il eust sa dévocion à monsieur Saint-Mor, venoit-il -principalement pour veoir le roy, la royne et leur enfans, -que il désiroit plus à veoir que créature du monde ; et -que après ce que il l'auroit veu et parlé à luy, et qu'il luy -auroit baillié son fils, le roy des Romains, pour estre tout -sien, lequel il luy amenoit, quant Dieu le voudroit après -prendre il prenroit la mort en bon gré, car il auroit acompli -l'un de ses plus grans désirs. Et combien que lesdites gens -du roy eussent sceu qu'il avoit entencion de estre à Noël à -Saint-Quentin, il firent tant que il demoura audit lieu de -Cambray, qui est sa ville et sa cité, en laquelle il povoit -faire ses magnificences et estas impériaux ; et que au -royaume de France n'eust point souffert le roy que ainsi en -eust aucunement usé. Et pour ce que de coustume l'empereur -dist la septiesme leçon à matines, revestu de ses -habits et enseignes impériaux, il fu avisé, par les gens du -roy, que au royaume ne le porroit-il faire, né souffert ne -luy seroit. Si se consenti de bonne volenté de demourer -audit Cambray pour faire son ordenance acoustumée en -son empire.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_321" href="#FNanchor_321"><span class="label">[321]</span></a> Cette procession est figurée dans le msc. de Charles V, f<sup>o</sup> 467, v<sup>o</sup>. -Le costume de l'évêque est assez curieux.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LII.</h3> - -<p class="section">Les noms des villes par où l'empereur passa depuis Cambray -jusques à Senlis, et des nobles hommes qui lui furent à l'encontre.</p> - - -<p>L'endemain se party de Cambray ledit empereur, et vint -au giste en une abbaye du royaume que l'on appelle le -Mont St-Martin<a id="FNanchor_322" href="#Footnote_322" class="fnanchor">[322]</a>, et y disna le jour, et puis vint au giste -à Saint-Quentin. Auquel lieu de Saint-Quentin les gens et -officiers du roy, bourgois et habitans de ladite ville, vindrent -à cheval à l'encontre de luy et le reçurent honorablement, -en lui disant que bien fust-il venu en la ville du roy ; -et luy firent grans présens de char, de poissons, de vins, de -pains, de foins, d'avaine et de cires. Et est assavoir que en -ladite ville et semblablement par toutes les autres villes où -il a esté, tant en venant à Paris comme en son retour, il n'a -esté receu en quelconque églyse à procession né cloches -sonnans, né fait aucun signe de quelconque dominacion -ou seigneurie ; si comme au roy ou à ceux qui ont la cause de -luy appartiegne à estre fait en tout le royaume de France. -Audit St-Quentin demoura ledit empereur un jour, et vint -à Han au giste où les gens du roy qui au-devant estoient allés -toujours le compaingnièrent ; et vindrent les gens de ladite -ville de Han au-devant de luy, et lui firent la révérence si -comme avoient fais ceux de Saint-Quentin ; et de là se parti -l'endemain après boire et vint au giste à Noyon. Et au devant -de luy vindrent à cheval l'evesque, chappitre et bourgois -de ladite ville en grant et belle compaignie, et luy firent la -révérence, en disant les paroles telles comme ceux de Saint-Quentin -luy avoient dites, en disant que bien fust-il venu -en la ville du roy ; et lui firent les présens comme dessus est -dit. Et demoura en ladite ville deux jours, et visita l'abbaye -de Saint-Eloy et le corps saint.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_322" href="#FNanchor_322"><span class="label">[322]</span></a> <i>Le Mont Saint-Martin</i>. Aujourd'hui village sur la route et à mi-chemin -de <i>Cambray</i> à <i>Saint-Quentin</i>.</p> -</div> -<p>Et le jeudi trente-et-uniesme et derrenier jour de décembre, -se parti d'ilec après boire et vint au giste à Compiègne ; -et au-devant de luy vindrent à une lieue de la ville les gens -de ladite ville, en belle ordenance et bonne compaingnie bien -jusques à deux cens chevaux. Et assez tost après vint, de par -le roy, à l'encontre dudit empereur, le duc de Bourbon, frère -de la royne de France, le conte d'Eu, cousin germain du roy, -les evesques de Beauvais et de Paris, et pluseurs autres notables -chevaliers et seigneurs en leur compaingnie, jusques -au nombre de trois cens chevaliers et plus, vestus des robes -dudit duc, lesquelles étoient de blanc et bleu mi-parti. -Et luy dit le duc de Bourbon que le roy le saluoit et estoit -bien lie de sa venue et que très-volontiers le verroit, et -que là les avoit envoyés le roy pour le compaingnier. Et -l'empereur venu en ladite ville et descendu en son hostel, -le duc de Bourbon pria les seigneurs et chevaliers de l'ostel -de l'empereur de venir souper avecques luy en son hostel, -lesquels y alèrent ; et l'empereur, pour luy faire plus avant -plaisir, luy envoya son fils le roy des Romains, en luy mandant -que sé il feust en point qu'il se peust aidier, car de -nouvel au partir de Noyon lui estoit prise sa goute dont il -estoit si empeschié qu'il ne pouvoit aler, que luy en sa -personne fust alé souper avecques luy. Et ledit duc de -Bourbon festoya ledit roy et tous les autres, et donna à souper -très grandement et largement, et y assembla et fist estre -les dames qui estoient en la ville et environ. Et l'endemain, -qui fu le vendredi premier jour de janvier, après ce qu'il -ot disné à Compiègne, il vint en un curre, pour ce qu'il -ne pooit chevauchier, à heure de vespres à Senlis : et au-devant -de luy alèrent le baillif de ladite ville et les officiers -du roy, et en leur compaingnie les gens de la ville, jusques -au nombre de cent chevaux, en lui faisant la révérence et -en luy disant qu'il fust le bien venu en la ville du roy.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LIII.</h3> - -<p class="section">Comment messeigneurs les ducs de Berry et de Bourgoigne, -frères du roy de France, acompaingniés de pluseurs nobles -chevaliers, alèrent au devant de l'empereur pour luy acompaingnier -à entrer en la cité de Senlis, et coment lesdis -chevaliers et escuiers estoient noblement vestus d'une couleur.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1378</div> - -<p>Tantost après un petit d'espace, à une lieue de ladite -ville au plus, vindrent à l'encontre dudit empereur de par -le roy de France, messeigneurs ses frères, les ducs de Berry -et de Bourgoigne, le conte de Harecourt, l'archevesque de -Sens et l'evesque de Laon, et estoient lesdis seigneurs accompaingniés -de chevaliers et d'escuiers vestus tous d'une robe, -c'est assavoir : les chevaliers partis de veluyau noir et -gris ; les escuiers, de soie pareil de couleur, et estoient bien -cinq cens chevaux en leur compaingnie. Et dit le duc de -Berry à l'empereur, de par le roy, que le roy le saluoit et -avoit grant desir de le veoir, et les envoioit au devant de -luy pour luy honnorer et accompaingnier à leur povoir, -dont il mercia le roy et eux très grandement. Et quant il fu -descendu à son hostel, jusques où il le convoièrent, il -s'en retournèrent à leur hostels afin que il ne le grevassent, -car il estoit moult malade et travaillié ; et les gens de -la ville firent tels présens comme dessus est dit des autres -villes.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LIV.</h3> - -<p class="section">Coment l'empereur vint de Senlis à Louvres, et l'y envoya le -roy un curre et une littière noblement attelés, et de là vint à -Saint-Denis en France.</p> - - -<p>Le samedi ensuivant, qui fu second jour de janvier, se -parti de Senlis ledit empereur après boire, et vint au giste -à Louvre, et vint à l'encontre de luy le duc de Bar que le -roy y envoya, qui de nouveau depuis le département les -frères du roy estoit venu vers luy ; et furent avec luy aucuns -contes, banerés, chevaliers et escuiers, et là combien -que ce soit ville plate, luy furent fais aussi grans et aussi -honnorables présens comme ès villes dessus dites. Et l'endemain, -qui fu dimanche troisiesme jour de janvier, se parti -de Louvres après boire. Et pour ce que le roy avoit entendu -qu'il estoit moult agrevé de la goute et ne pouvoit chevauchier -et le charrier luy faisoit grevance, il luy envoya -toute nuit, la nuit de samedi, un des curres de son corps noblement -appareillié et de chevaux blans atelé, et la littière -de son ainsné fils le daulphin de Vienne noblement appareilliée -et attelée de deux mules et de deux coursiers pour -venir dedens plus aisiement. De quoy ledit empereur fu -moult lie, et en mercia moult le roy en son absence en -recevant ledit curre et laditte littière des messages du roy ; -et puis vint en ladite littière jusque à la ville de Saint-Denis -bien acompaingnié de cent hommes à cheval des gens de -ladite ville. Et assez tost après luy vindrent au dehors de -ladite ville les arcevesques de Rains et de Rouen et de -Sens ; les evesques de Laon, de Beauvais, de Paris, de -Noyon, de Baieux, de Lisieux, de Meaux, d'Evreux, de -Thérouenne et de Condon ; et l'abbé de Saint-Waast d'Arras, -tous du conseil le roy, et luy firent la révérence, en -disant que il fust le bien venu, et que le roy les avoit là -envoiés pour le honnorer et le acompaingnier. Et luy venu -à Saint-Denis, il fist descendre sa littière et porter icelle à -bras, car pour sa maladie de goute dessus dite, il ne povoit -aler à pié. Et pour ce, en icelle se fist porter en l'églyse -Saint-Denis, devant le grant autel saint Loys où il fist son -oroison dévotement. Et ainsi de là fu porté dedens ladite -littière jusques en sa chambre, et là luy furent présentés, de -par l'abbé, de grans poissons, de connins, de buefs, de -moutons, de volaille et d'avoine, et habondance du vin, -tant comme luy et ses gens en porent despendre. Et pareillement -luy firent les gens de la ville de très grans présens ; -et après ce que il se fu une grant pièce reposé, il se dementa -de veoir les reliques de léans, et se fist porter au trésor -en une chaière et là vit les reliques, les couronnes, -joyaux, et s'y tint très longuement en y prenant très grant -plaisir, si comme il sembloit à sa chière, par le rapport de -ceux qui près de luy estoient. Et après ce qu'il fu reporté -en sa chambre, lesdis frères du roy et aucuns des prélas qui -estoient demourés prisrent congié de luy, et revindrent devers -le roy à Paris, et il demoura tout le jour en ladite -abbaye.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LV.</h3> - -<p class="section">Coment l'empereur après ce qu'il ot veu les reliques Saint-Denis, -tant ou trésor comme ailleurs, et visité les sépultures -que il requist à veoir, se parti de Saint-Denis pour venir -à Paris.</p> - - -<p>Le lundi ensuivant, quatriesme jour du mois de janvier, -se leva l'empereur bien matin, pour ce que celuy jour il -devoit venir à Paris ; si se fist porter en l'églyse de monseigneur -saint Denis et devant les corps sains, et là fist ses -dévocions, et se fist porter entour les chaces, et baisa les -reliques, le chief, le clou et la couronne, et puis demanda à -veoir les sépultures des roys, et par espécial du roy Charles -et de la royne Jehanne sa femme, du roy Phelippe et de la -royne Jehanne de Bourgoigne sa femme ; car il disoit que en -leur hostel avoit esté norry en sa jeunesse et que moult de -biens lui avoient fais. Et aussi volt-il veoir la sépulture du -roy Jehan, et fist assembler l'abbé et le couvent et leur requist -très affectueusement que il voulsistent Dieu prier pour -ses bons seigneurs et dames qui gisoient là. Après se parti de -l'église, et vint en sa chambre où il avoit esté par devant, -et là vint de par le roy, c'est assavoir messires Bureau de -la Rivière, son premier chambellan, et Colart de Tanques, -escuier de son corps, et vinrent en la court devant les fenestres -de sa chambre, et luy présentèrent, de par le roy, un -bel destrier ensellé des armes de France bien et richement, -et pareillement un bel coursier ; et autant et autels en présentèrent -à son fils le roy des Romains. De quoy il mercia -le roy grandement, et dit qu'il monteroit et entreroit dessus -à Paris, combien que il luy fust bien grief pour cause de -sa maladie : et pour ce les envoya devant à La Chappelle -Saint-Denis, et jusques là se fist porter en la littière de la -royne, qui pour ce luy avoit esté envoiée très-richement et -noblement attelée et appareilliée. Et après ce qu'il ot beu, -il se party de Saint-Denis en la littière, comme dit est ; et -entre Saint-Denis et La Chappelle, vindrent à l'encontre -de luy le prévost de Paris et le chevalier du guet, avecques -très grant quantité de leur gens à cheval, vestus d'unes -robes, et aussi y estoit le prévost des marchands, et les eschevins -de la ville de Paris, et des bourgois bien montés et -vestus de robes mi-parties de blanc et de violet : et estoient -bien en nombre, en ladite place, de dix-huit cens à deux -mile hommes, de quoy lesdis prévost et chevaliers, les -eschevins et grant quantité de autres bourgois estoient -montés sur beaux destriers et coursiers très noblement, et -se misrent rengiés aux champs, selon le chemin, en très -belle ordenance.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LVI.</h3> - -<p class="section">Coment les prévos de Paris et des marchans et Chevalier du -guet se despartirent d'avec le commun qui estoient rengiés sur -les champs, et alèrent au devant de l'empereur pour luy faire -révérence.</p> - - -<p>Lors se départirent d'avec les autres le prévost de Paris, -le prévost des marchans et le Chevalier du guet, et se approchièrent -de l'empereur, et porta le prévost de Paris les -paroles en disant : « Très excellent prince, nous les officiers -du roy à Paris, le prévost des marchans et les bourgois -de la bonne ville, vous venons faire la révérence et -nous offrir à faire vostre bon plaisir, car ainsi le veult le -roy nostre seigneur, et le nous a commandé. » Et l'empereur -en mercia le roy et eux moult gracieusement. Et lors -lesdis prévos et échevins avec les bourgois vindrent ensemble -jusques à Paris, et estoient bien en la compaingnie -tant des officiers du roy comme des gens de la ville de Paris, -quatre mille chevaux et plus. Et ainsi acompaingnié vint -ledit empereur à la Chappelle Saint-Denis, et là se fist descendre -de la littière de la royne en un hostel, et fu mis à -cheval sur le destrier que le roy luy avoit envoié à Saint-Denis, -lequel estoit morel<a id="FNanchor_323" href="#Footnote_323" class="fnanchor">[323]</a> ; et semblablement monta le -roy des Romains sur celui que le roy luy avoit envoié, lequel -estoit pareillement morel. Et appenséement le roy de -France les leur donna de celuy poil qui est plus loing et -opposite du blanc, pour ce que ès coustumes de l'empire, les -empereurs ont acoustumé d'entrer ès bonnes villes de leur -empire et qui sont de leur seigneurie, sur cheval blanc, -et ne vouloit pas le roy que en son royaume il le feist -ainsi, affin qu'il n'y peust estre noté aucun signe de dominacion<a id="FNanchor_324" href="#Footnote_324" class="fnanchor">[324]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_323" href="#FNanchor_323"><span class="label">[323]</span></a> <i>Morel</i>. Noir. On voit cette cavalcade dans le manuscrit de Charles V, -f<sup>o</sup> 470, r<sup>o</sup>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_324" href="#FNanchor_324"><span class="label">[324]</span></a> Villaret a eu grand tort de traiter de petitesses ridicules toutes ces -précautions cérémonieuses du roi de France. Dans les idées admises à -la cour impériale et souvent même à celle de Rome, tous les rois -chrétiens relevoient de l'empereur. Or, l'indépendance de la couronne -de France ne permettoit pas de tolérer de pareilles prétentions.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LVII.</h3> - -<p class="section">Coment le roy de France se parti de son palais pour aler à -l'encontre de l'empereur son oncle.</p> - - -<p>En celuy mesme jour et heure, se parti le roy de France -de son palais, monté sur un grant palefroy blanc, richement -ensellé tout aux armes de France. Et estoit le roy vestu -d'une cote hardie<a id="FNanchor_325" href="#Footnote_325" class="fnanchor">[325]</a> d'escarlate vermeille et d'un mantel -à fons de cuve fourré. Et avoit en sa teste un chappel à bec -de la guise ancienne, brodé et couvert de perles très richement. -Et en sa compaingnie estoient quatre ducs, c'est assavoir : -de Berry, de Bourgoigne, de Bourbon et de Bar ; et -les contes d'Eu, de Bouloigne, de Coucy, de Sarebruche, -de Tancarville, de Sancerre, de Dampmartin, de Porcien, de -Grantpré, de Siaume et de Braine ; et pluseurs autres grans -seigneurs, banerés et autres chevaliers sans nombre et estimacion, -et d'autres grans gentilshommes ; et si estoient des -prélas tous ceux dessus escrips, qui alèrent au dehors de la -porte Saint-Denis au devant de l'empereur, et estoient tous -en chappes romaines par l'ordenance et commandement du -roy ; et estoient grandement montés, et accompagnés de -leurs chappelains et autres gens chascuns de leur robes. Et -les seigneurs et princes dessus dis estoient montés sur -grans chevaux moiens, plus haus que coursiers et grandement -acompaingniés de chevaliers et d'escuiers, chascun -des livrées de leur seigneurs. Et aussi avoit le roy ses officiers -de tous estas, en très grant quantité, vestus chascun -office d'unes robes ; c'est assavoir : chambellans, de deux -paires de robes les unes de veluyau et les autres de deux -escarlates parties ; les maistres d'ostel, de deux veluyaux -inde et tenné ; et les chevaliers d'onneur, de veluyau vermeil ; -les escuiers du corps et d'escuierie, de camocas bleu ; -les huissiers d'armes, de deux camocas partis de bleu et -rouge ; les officiers, panetiers, eschansons, varlès tranchans, -vestus de deux satanins pallés de blanc et tenné ; et pareillement -estoient les officiers du daulphin de Vienne, ainsné -fils du roy ; et les queus et escuiers de cuisine vestus de -houpellandes de soie et aumuces fourrées, à boutons de -perles pardessus ; les varlès de chambre cinquante-deux, -tous vestus d'unes robes d'un roié gris blanc contre noir ; -les someliers vestus d'un roié gris blanc contre un drap -noir. Les sergens d'armes, de cinquante à soixante, vestus -d'unes robes de drap bleu et noir. Les someliers, d'un -roié brun contre un vermeil ; et ainsi de tous les autres -officiers, chascune office séparément d'unes robes. Et -mist le roy à partir de la cour du palais, pour la multitude -des gens à cheval qui y estoient, plus de demi-heure -à issir hors. Et chevaucha parmi la ville en grant -multitude de gens, droit le chemin de Saint-Denis, en -passant par la porte et bastide de Saint-Denis. Et estoit l'ordenance -des gens du roy si bien faite, que peu y avoit de -presse au regart de la multitude de gens qui là estoient. Et -devant aloient tous les chevaliers et escuiers, les arbalestriers -de cheval et sergens d'armes. Et devant le roy -estoit le mareschal de Blainville et escuiers de son corps, -qui avoient deux espées à escharpe et les chappeaux de paremens. -Et, sans moien<a id="FNanchor_326" href="#Footnote_326" class="fnanchor">[326]</a>, estoit devant luy le fils du roy de -Navarre et les contes de Harcourt et de Tancarville, et par -derrière ses huissiers d'armes. Et après, les quatre ducs dessus -dis, et pluseurs autres contes et barons, et les prélas -dessus nommés par ordenance venoient après, deux et -deux.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_325" href="#FNanchor_325"><span class="label">[325]</span></a> <i>Cote hardie</i>. Dans la miniature que nous avons mentionnée tout à -l'heure, cette cote hardie paroît être un vêtement serré sous le manteau.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_326" href="#FNanchor_326"><span class="label">[326]</span></a> <i>Sans moien</i>. Sans intermédiaire.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LVIII.</h3> - -<p class="section">Coment le roy de France et l'empereur avec son fils, le roy des -Romains, s'entrencontrèrent entre La Chappelle et le Moulin à -vent, et de la révérence que il firent l'un à l'autre à l'assemblée.</p> - - -<p>Après ceux, aloient les arcevesques premiers, et les evesques -après ; et après venoient les grans chevaux et palefrois -du roy très richement ensellés, et les varlès les menoient -en destre, montés sur autres roncins, vestus tous d'unes -robes, et si avoient paremens de France en escharpe, en la -manière acoustumée. Et le palefrenier du roy estoit devant -les escuiers de corps, monté sur un grant coursier, -et avoit le parement du roy, lequel estoit de veluyau et -de brodeure ; les fleurs de lis pourfilées de perles en escharpe -autour le col, ainsi comme il est acoustumé de porter. Et -avec les sergens d'armes du roy estoient devant les deux -trompettes du roy, à trompes d'argent et penonceaux de -brodeure qui trompoient aucune fois, pour faire les gens -avancier de chevauchier. Et ainsi chevaucha le roy de son -palais jusques en mi-voie du Moulin à vent et de La Chappelle, -que il s'entrencontrèrent luy et l'empereur ; et fu grant -pièce avant que il pussent venir l'un à l'autre, pour la presse -des gens qui y estoient. En laquelle encontre ledit empereur -osta sa barrette et son chapperon, et aussi le roy ; et ne se -volt le roy trop approchier de l'empereur, pour ce que son -cheval ne fraiast à ses jambes où il avoit la goute ; mais prisrent -les mains l'un de l'autre et s'entresaluèrent, en disant -le roy à l'empereur que très bien fust-il venu et que il avoit -eu grant désir de le veoir. Et passa outre le roy pour saluer -le roy des Romains en la manière qu'il avoit fait l'empereur ; -et puis retourna devers l'empereur et le fist mettre à dextre -de luy, combien que l'empereur s'en excusast très-longuement -et ne le vouloit faire ; et fist mettre à senestre emprès -luy le roy des Romains. Et ainsi chevaucha le roy au -milieu de l'empereur et de son fils tout le chemin, et tout -au lonc de la ville de Paris jusques à son palais, par l'ordenance -et en la manière qui s'ensuit :</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LIX.</h3> - -<p class="section">De la noble ordenance qui estoit quant le roy et l'empereur et -son fils entrèrent à Paris.</p> - - -<p>Premièrement, fu par le roy ordené que les gens de la -ville, pour ce qu'il estoient en trop grant quantité, demourassent -aux champs sans entrer en la ville, jusques -à tant que l'empereur, le roy et toutes leur gens fussent -entrés et passés en la ville, et ainsi fu fait. Et aussi avoit le -roy fait crier le jour devant, que nul ne fust tant hardi d'occuper -le chemin de la grant rue en venant au palais de -gens né de charroi, né ne se boujassent des places où il s'estoient -mis pour veoir l'empereur, le roy et le roy des Romains -passer.</p> - -<p>Et de fait furent mis sergens, pour garder au bout des rues -qui viennent sur le chemin de la grant rue, qui gardoient -et deffendoient le peuple de passer. Et lors descendirent à -pié trente des sergens d'armes, et prisrent le travers de -la rue, alant devant les escuiers du corps du roy leur -maces en leur poings, et leur espées garnies d'argent en -escharpe<a id="FNanchor_327" href="#Footnote_327" class="fnanchor">[327]</a>. Et pour ce que l'empereur avoit fait assavoir -au roy, dès ce qu'il vint à Saint-Denis, que à son venir -à Paris il ne vouloit avoir nul de ses gens auprès de luy, -mais se mettoit en la garde et gouvernement du roy et -de ses gens tels comme il les luy voudroit baillier, et -prioit très fort le roy que il les luy voulsist tels baillier -que bien le gardassent de presse ; et aussi qu'il pleust au -roy ordener aucunes gens qui menassent ses gens devant -au palais tous ensemble, laquelle chose le roy fist ; et les -fist mener les premiers et conduire par le seigneur de -Coucy, le conte de Sarebruche et le conte de Braine, qui -continuelment avoient esté avec l'empereur puis qu'il estoit -entré au royaume. Et pour la garde du corps de l'empereur -ordena le roy six de ses chambellans et quatre de ses huissiers -d'armes ; c'est assavoir : le seigneur de la Rivière, -messire Charles de Poitiers, messire Guillaume des Bordes, -messire Hutin de Vermelles, messire Jehan de Barguettes -et le Barrois ; et autant en ordena le roy pour son corps : -et au roy des Romains, quatre et deux huissiers d'armes, -lesquels tous chambellans, chevaliers et huissiers d'armes -descendirent aussi à pié, et se ordenèrent en la garde qui -commise leur estoit en belle et bonne ordenance.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_327" href="#FNanchor_327"><span class="label">[327]</span></a> Voyez la curieuse représentation de ces écuyers du corps du roi, -dans la deuxième miniature du f<sup>o</sup> 470 r<sup>o</sup>, manuscrit de Charles V.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LX.</h3> - -<p class="section">De l'ordenance des nobles barons, chevaliers, prélas, escuiers -et gens de Paris, qui chevauchoient après les trois princes -dessus dis<a id="FNanchor_328" href="#Footnote_328" class="fnanchor">[328]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_328" href="#FNanchor_328"><span class="label">[328]</span></a> Les quatre précieux chapitres suivans n'ont jamais été imprimés et -ne se retrouvent que dans le manuscrit de Charles V et dans ceux des -<i>Continuateurs de Nangis</i>. Les éditions imprimées et les autres manuscrits -portent : « Et du surplus je me tais, pour ce que trop longue chose seroit -à escrire ; et mesmement à ce que en pluseurs lieux en sera trouvé -escript. Et bien viens au disner que le roy luy donna au palais dont -l'assiette fu telle. » Par ces mots <i>en pluseurs lieux</i> il semble que l'on -ait voulu désigner l'<i>Histoire de Charles V</i> faite plus de vingt ans après le -meilleur texte de nos <i>Chroniques</i> par Christine de Pisan. Mais cet historien -a beaucoup abrégé elle-même les précieux détails dans lesquels l'historiographe -étoit entré.</p> -</div> - -<p>Item, après les gens de l'empereur qui estoient les premiers -entrans en la ville, estoient les chevaliers et escuiers -du royaume de France, qui estoient bien huit cens chevaliers -sans les escuiers dont on ne sait le compte, et estoient -noblement vestus et parés et très-bien montés, si que c'estoit -noble et merveilleuse chose à veoir. Après estoient le -chancelier de France et les conseillers du roy lays. Et après -estoient d'un front, à pié, les portiers et varlès de porte, -leur verges en leur mains et vestus d'unes robes. Et après -estoit à cheval le prévost de Paris, et après le prévost pluseurs -contes et barons. Et après estoit le maréchal de Blainville. -Et après ledit mareschal estoient les escuiers du corps -et escuierie du roy comme dessus est escript. Et au plus près -de l'empereur, du roy et du roy des Romains, estoient un -renc de chevalliers à pié, chascun un baston en son poing ; et -les chambellans et gardes sus escrips entour l'empereur, le -roy et le roy des Romains, estoient tellement que nul n'en -povoit approuchier né les empresser. Et derrière les chevaux -de l'empereur, du roy et du roy des Romains, estoient -les huissiers d'armes tous rengiés à pié, qui aussi avoient -des bastons en leurs poins. Et venoient après les frères du -roy, le duc de Berry et de Bourgoigne, et entre eux deux, -au milieu, estoit le duc de Breban, frère de l'empereur et -oncle du roy ; et après, le duc de Sassoigne, esliseur de -l'empire, le duc de Bourbon, le duc de Bar, et des autres -ducs allemans un appellé le duc Henry, le duc de Bousselau -et le duc de Trappo. Et derrière lesdis ducs estoient -vint chevaliers et escuiers à pié, qui sont pour la garde du -corps du roy, et vint-cinq arbalestriers tous armés couvertement, -les espées en une main et bastons ès autres, -lesquels se tenoient fors et serrés ensemble pour garder de -foule et de presse l'empereur, le roy et le roy des Romains, -et les ducs dessus dis qui venoient derrière eux, de la foule -et multitude des gens qui venoient après à cheval. Et après -venoient tous les prélas dessus escris, et après, les chevaux -de parement du roy et tout le remenant de la multitude de -chevaux et gens. Et tout derrière venoient le prévost des -marchans, le chevalier du guet et les sergens, avec les gens -de la ville de Paris. Et ainsi et par telle ordenance chevauchoient -l'empereur, le roy et le roy des Romains, par -tele manière qu'il ne fussent pressés né arrestés. Mais en -brief temps et pou d'espace, vindrent très légièrement et -briefment jusques au palais, dont plusieurs gens furent -moult merveilliés, qui autrefois n'avoient veue tele né si -bonne ordenance de tele multitude, si pou de desroy né de -presse. Et aussi furent faites à la porte du palais certaines -barrières, et à l'entrée des merceries et de la grande sale -aussi, et mis et ordenés sergens d'armes et autres sergens -pour icelles garder estroitement, et telement furent gardées -que l'empereur, le roy et le roy des Romains et des autres -grans seigneurs qui y entrèrent, n'estoient pas plus de quarante<a id="FNanchor_329" href="#Footnote_329" class="fnanchor">[329]</a> -chevaux ; et avoit esté ordené que à la venue ou -entrée dudit palais, nul ne s'arrestast devant ladite porte, -mais passast oultre chacun à cheval et s'espandissent parmi -les rues foraines, afin de y avoir moins de presse. Et ainsi -vindrent au perron de marbre environ trois heures après -midi. Et pour ce que l'empereur ne se povoit pas aisément -soustenir pour sa dite maladie, mais le convenoit porter entre -bras, le roy luy avoit fait appareillier par un sien secrétaire -qui lors estoit concierge de son palais, nommé maistre -Phelipe Ogier, en la cour soubs ledit perron, une chaiere -couverte de drap d'or et le fist asseoir dedens.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_329" href="#FNanchor_329"><span class="label">[329]</span></a> <i>Quarante</i>. Suivant Christine de Pisan : <i>Cent</i>.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXI.</h3> - -<p class="section">Comment le roy de France vint à l'empereur emprès le perron -où il estoit assis et le salua et le baisa, et puis baisa le roy des -Romains, et de l'assiette du soupper de celuy jour.</p> - - -<p>Si comme l'empereur se séoit et reposoit en la chaière -dessus dite, le roy vint à luy et luy dist qu'il fust le très -bien venu en son palais, et que onques prince n'y avoit -veu plus volentiers ; et lors le baisa, et l'empereur osta tout -son chaperon et l'en mercia très humblement ; et aussi salua -le roy son fils le roy des Romains et le baisa. Et lors fist -le roy lever l'empereur par ses chevaliers et porter en sa -chaière contremont les degrés, et aloit le roy d'un costé des -degrés et menoit le roy des Romains à sa main sénestre ; et -ainsi ala le roy coste à coste de l'empereur, jusques à la -chambre qu'il luy avoit faite appareillier ; c'est assavoir en -la chambre faicte de bois d'Irlande qui est coste la chambre -vert, et regarde d'une part sur les jardins du palais et d'autre -part à la Sainte-Chappelle ; et toutes les autres chambres -derrière laissa pour l'empereur ; et pour son fils le roy des -Romains laissa et fist ordener les chambres de dessous où -se souloient retraire les roynes de France ; et prist et se loga -le roy ès haultes chambres à galathas<a id="FNanchor_330" href="#Footnote_330" class="fnanchor">[330]</a>, que fist faire le roy -Jehan son père. Et après ce que l'empereur se fu un petit -reposé, le roy l'ala veoir en sa chambre ; et sitost que le roy -approucha de luy, il osta tout arrière jus son chaperon, et -dist que il le venoit veoir et luy monstrer sa coiffe que encore -n'avoit pas veue<a id="FNanchor_331" href="#Footnote_331" class="fnanchor">[331]</a> ; et l'empereur osta son chapeau et -tantost se recouvrirent le roy et luy, et s'assistrent en deux -chaières l'une emprès l'autre. Et là, le roy luy dist les paroles -qui ensuyvent : « Beaux oncles, sachiez que j'ay si -grant joie de vostre venue comme plus puis, et vous pri -que vous tenez que en ce que j'ay vous avez comme au -vostre, et plus avant ne vous scay offrir. » A quoy l'empereur -osta arrière son chaperon et le roy aussi, et respondit -ledit empereur ces paroles : « Monseigneur, je vous -merci des honneurs et biens que vous me faites, et je vous -offre et vueil que vous soyés certain que moy et mon fils -que je vous ai ci amené ; et tous mes autres enfans et -quanque j'ay, sommes vostres et le poez prendre comme -le vostre. » Auxquelles paroles pluseurs gens estoient qui -orent grant plaisir et joie de cestes grans amitiés et bonnes -volentés. Et ainsi se départi le roy. Et pour la maladie dudit -empereur qui estoit très-griève, considéré que il avoit eu -fièvre avecques et estoit moult travaillié dudit chemin, le -roy le fist soupper en sa chambre ; et il mena soupper avecques -luy le roy des Romains et les ducs, seigneurs et chevaliers -qui estoient venus avec luy, et y ot très grant soupper -et très grant presse de gens d'estat, et fu l'assiète tele que -il ensuit : L'evesque de Paris, premier ; le roy, et puis le roy -des Romains ; le duc de Berry, le duc de Breban, le duc de -Bourgoigne, le duc de Bourbon et le duc de Bar ; et pour ce -que deux autres ducs n'estoient pas chevaliers, mengièrent -à l'autre table, et leur tint compaignie messire Pierre fils du -roy de Navarre, le conte d'Eu et pluseurs autres seigneurs. -Et est assavoir que la grande sale du palais, la chambre de -parlement, la sale sur l'eau, la chambre vert, les autres -chambres notables du palais, la Sainte-Chappelle, la chapelle -d'emprès la chambre vert estoient partout très-richement -parées et ordenées, tant au palais comme au -chastel du Louvre, à Saint-Pol, au bois de Vinciennes, -et à l'ostel de Beauté-sur-Marne, èsquels lieux le roy -mena, tint et festoia partout l'empereur. Et ainsi se passa -la journée dudit lundi, entrée de l'empereur à Paris. Et -après vin et espices données après souper, se retraistrent le -roy, et le roy des Romains et les autres seigneurs chascun -en sa chambre.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_330" href="#FNanchor_330"><span class="label">[330]</span></a> <i>A galathas</i>. Christine : <i>Et Galathas</i>. Je pense qu'il faut entendre -par là les longues galeries dans lesquelles sont encore aujourd'hui conservées -les archives du parlement. Ce passage curieux nous apprend ce que -les historiens de Paris semblent avoir ignoré, que le roi Jean avoit fait -exécuter de grands travaux dans le Palais. Le nom de <i>Galathas</i> n'avoit -jusqu'à présent été relevé que dans un édit de la chambre des comptes. -« <span lang="la" xml:lang="la"><i>Galatha</i>. Edictum anni 1358 : In camerâ compotorum superiùs <i>ad Galathas, -ubi erant Domini de Montemorenciaco</i>, etc. Locus hodiè incognitus -in Camerâ computorum</span>. » (<i>Nouv. Ducange.</i>) Le texte de nos chroniques -permet de mieux déterminer l'endroit appelé <i>Galathas</i> dans le Palais.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_331" href="#FNanchor_331"><span class="label">[331]</span></a> « Et en le saluant osta tout jus son chaperon. Dont il pesa à l'empereur -qui recouvrir le voult. Et il dist que il luy monstroit sa coiffe -que encores n'avoit veue. Car est assavoir que ès anciennes guises, les -rois portoient déliées coiffes soubs les chapperons. » (Christine de -Pisan.)</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXII.</h3> - -<p class="section">Des présens que ceux de la bonne ville de Paris firent à l'empereur -et à son fils le roy des Romains.</p> - - -<p>Le mardi ensuivant, qui fu le quint jour de janvier, le -prévost des marchans et les eschevins de Paris, à heure que -l'empereur disnoit en sa chambre, entrèrent devers luy et -luy présentèrent de par la ville, une nef<a id="FNanchor_332" href="#Footnote_332" class="fnanchor">[332]</a> pesant neuf vins et -dix mars d'argent, dorée et très-richement ouvrée, et deux -grans flascons dorés et esmailliés du prix de septante mars -d'argent. Et à son fils présentèrent une fontaine d'argent -dorée et richement ouvrée du pois de quatre-vint trèze -mars, avec deux grans pos d'argent dorés très richement -ouvrés de trente mars pesans. Et ce dit jour, le roy ne vit -point l'empereur pour ce qu'il avoit esté malade et mal -dormi la nuit, et ot jà mengié et se vouloit couchier dormir -à relevée, avant que le roy eust ouï son service et messe à -note, comme de coustume est. Mais ledit empereur envoia -devers le roy luy prier moult affectueusement que il luy -pleust qu'il peust à luy parler ce jour privéement, pour luy -dire aucunes besoignes dont il avoit à parler à luy ; et voult -et requist que le chancelier de France y feust présent avecques -le roy. Et menga le roy ce jour en sale à grant foison -de gens ; et y furent le duc de Sassoigne, qui le soir devant -n'avoit pas souppé avecques le roy, l'evesque de Brusseberg, -le chancelier de l'empereur, et tous ou la plus grant partie -des princes, seigneurs et gens de l'ostel de l'empereur ; et le -roy des Romains n'y manga pas, pour ce que le roy le laissa -tenir compaignie à l'empereur son père. Et après ce que le -roy ot disné et se fu retrait en sa chambre, il ala à bien pou -de gens et secrètement devers l'empereur, ainsi que il l'avoit -prié et y mena son chancellier ; et l'empereur et le roy -assis en deux chaières, l'un d'encoste l'autre, firent widier -tout, excepté le chancellier de France que il retindrent et -appelèrent. Et longuement parla l'empereur au roy, et tant -furent bien ensemble comme l'espace de trois heures, et -sur la fin de leur partir fu appellé le chancellier de l'empereur. -Des paroles né des besoignes dont il parlèrent ne -scet-on riens. Et aux vespres dudit mardi, qui fut veille de -la Tiphaine, ala le roy icelles oïr en la Sainte-Chappelle, et -à sa main sénestre menoit le roy des Romains ; et y estoient -deux oratoires, tendus l'un à destre près des chaières, et -l'autre à sénestre près du revestiaire ; et en celuy à destre -étoit le roy, et en celui à sénestre le roy des Romains ; et fist -le service l'arcevesque de Rains, et fu la Sainte-Chappelle si -noblement aournée et l'autel si richement et grandement -garni de joyaux d'églyse et de reliques, et tellement enluminée -que c'estoit belle et merveilleuse chose à veoir. Et avoit -si grant multitude de gens d'estat aus vespres, que à paines -povoient-il estre en la Sainte-Chappelle. Et au soupper dudit -mardi, qui fu la veille des Roys, fu le grant palais moult -noblement paré et ordené, et tant de plas pendus par icelle, -et tant de torches et estandars attachiés parmy la sale en -moult de places, avecques grant multitude de varlés vestus -d'un drap, tenans grant foison de torches, que on véoit -aussi clair par nuit en ladite sale comme on feroit par jour ; -et y soupa le roy, le roy des Romains, les prélas et princes -qui ensuivent, en la forme et manière que l'assiete fu. C'est -assavoir : que premier fu assis au grant days de la table de -marbre l'evesque de Paris, l'evesque de Brusseberc, conseillier -de l'empereur, l'arcevesque de Rains, le roy, le roy des -Romains ; les ducs de Berry, de Breban, de Bourgoigne, de -Saissoigne, de Bourbon ; le duc Henry et le duc de Bar, et -les autres ducs et princes sistrent à l'autre days qui estoit -entre la table de marbre et l'uis de parlement. Et fu le souper -lonc et servi de grant foison de mès qui trop longue -chose seroit à recorder. Et à ladite sale furent audit soupper, -par le raport des héraux, tant du royaume de France -comme d'estranges, de huit cens à mil chevaliers, et grant -multitude d'autres gens d'estat en très grant presse, combien -que le service feust fait très honnestement et sans -desroy, et tost et bien délivrés et servis tous ceux qui mengièrent -audit palais, aussi bien les basses et lointaines tables, -comme les hautes et plus prochaines. Et après souper -s'en ala le roy et le roy des Romains en la chambre de parlement, -en leur compaignie les prélas, princes, seigneurs et -chevaliers dessus escrips, tant comme il en y pot entrer. Et -furent là les menesterels de bas instrumens, et y jouèrent en -la manière acoustumée ; et estoit ladite chambre noblement -parée toute à fleurs de lis et grandement alumée, et avoit -deux chaières aus deux costés du lit à parer, hautement -mises, et sur chascune d'icelles un ciel de brodeure à fleurs -de lis. Et au prendre vin et espices le duc de Berry servi -d'espices le roy, et le duc de Bourgoigne servi du vin, et -après se retrahi le roy par derrières en sa chambre, et -envoia le roy des Romains par la sale, en la compaignie de -ses frères, les ducs dessus nommés et plusieurs autres seigneurs -et chevaliers. Et ainsi fu parfaite la journée dudit -mardi, qui fu cinquiesme jour de janvier.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_332" href="#FNanchor_332"><span class="label">[332]</span></a> La <i>Nef</i> étoit le morceau principal de la vaisselle chez les grands -seigneurs et surtout chez nos rois. La <i>nef d'or</i> étoit encore un meuble d'étiquette -à la cour de Louis XVIII. J'ignore si elle orne toujours la table du -roi.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXIII.</h3> - -<p class="section">Comment le roy monstra à l'empereur les reliques de la Sainte-Chappelle -de son palais.</p> - - -<p>Le mercredi ensuivant, sixiesme jour de janvier et jour -de la Thiphaine, l'empereur fist prier au roy qu'il luy -pleust celui jour montrer les saintes reliques, et que celuy -jour avoit dévocion de les veoir et soy faire apporter, -et estre à la messe et disner au palais avecques le roy. Si se -levèrent le roy et l'empereur bien matin, et fist le roy garder -les portes du palais plus estroitement que devant par -chevaliers et escuiers de son hostel, pour ce que le jour devant -les sergens d'armes et sergens de Chastellet y avoient -trop laissié passer de gens ; et si bien furent gardées que -nul n'y entra que chevaliers et escuiers ou autres gens d'estat. -Par quoy l'empereur et le roy alèrent paisiblement et -sans trop grant presse en ladite chappelle : et pour ce que -l'empereur voult en toutes manières monter en hault devant -ladite chasse et veoir les saintes reliques, et la montée -soit greveuse et estroite, il n'y pot estre porté dans sa -chaière, mais se fist tirer par les bras et jambes contre mont -la vix<a id="FNanchor_333" href="#Footnote_333" class="fnanchor">[333]</a>, et pareillement ravaler à très grant paine et travail -et grevance de son corps, pour la grant devocion qu'il avoit -à veoir de près lesdites saintes reliques. Et quant il fu amont -et le roy ot ouverte la sainte chasse, ledit empereur osta son -chapeau et joint les mains, et comme en larmes fist là son -oroison longuement en très grant dévocion, et puis se fist -soustenir et apporter baisier les saintes reliques ; et l'y -monstra et devisa le roy toutes les pièces qui sont en ladite -chasse. Et après ce que les princes qui avecques luy estoient -orent baisié, le roy tourna ladite chasse devers la chappelle, -et laissa à garder icelle les evesques de Beauvais et de Paris, -revestus en pontifical de mictres et de crosses. Et quant -l'empereur fu raporté aval, il ne voult pas estre mis en l'oratoire -que le roy luy avoit fait appareillier, mais volt estre -en la chaière où le trésorier de ladite chappelle a coustume -à seoir, pour mieux et plus longuement veoir lesdites saintes -reliques, et estre mieux à l'opposite du tronc de ladite -chasse. Et là luy appareilla-l'en son siège d'un drap d'or -bien et honestement, et le roy se mist en son oratoire qui -estoit près de l'uis du vestiaire. Mais pour ce que l'empereur -n'avoit nulles courtines, fist le roy rebrassier les siennes, -et au commencement de la messe envoia le roy, par l'arcevesque -de Rains, l'eaue benoite à l'empereur premiers que -à luy et aussi le texte de l'Évangile, combien que l'empereur -le refusast fort. Mais de fait le voult ainsi faire le roy -pour luy honnorer, pour ce qu'il estoit venu luy veoir en -son royaume et estoit en son hostel. Et quant ce vint à l'offrande, -le roy avoit fait appareillier trois paires des offrandes, -d'or, d'encens et de mirre, pour offrir pour luy et pour -l'empereur ainsi qu'il est acoustumé. Et fist demander le -roy à l'empereur s'il offreroit point, lequel s'en excusa en -disant qu'il ne povoit aler né soy agenoillier né aucune -chose tenir pour la goute, et qu'il pleust au roy offrir et -faire selon son acoustumance ; si fu l'offrande du roy tèle -qui s'ensuit : Trois chevaliers, ses chambellans, tenoient -hautement trois bèles coupes dorées et esmaillées ; en l'une -estoit l'or, en l'autre l'encens, et en la tierce le myrre, -et alèrent tous trois par ordre, comme l'offrande doit estre -bailliée, devant le roy et le roy après, qui s'agenoillièrent, -et il s'agenoilla devant l'arcevesque, et la première offrande -qui fu de l'or, luy bailla celuy qui la tenoit et il l'offri et -baisa la main. La seconde, qui est de l'encens, bailla le secont -chevalier qui la tenoit au premier, et il la bailla au -roy, et il l'offri en baisant la main de l'arcevesque. La tierce, -qui est de myrre, bailla le troisième chevalier qui la tenoit -au deuxiesme, et le deuxiesme au premier, et le premier la -bailla au roy, et en baisant la main dudit arcevesque tierce -fois l'offri. Ainsi parfist son offrande dévotement et honorablement. -Pour ce qu'il estoit tart n'ot point de sermon à -ladite messe ; et à la paix donner, deux paix furent appareilliées -que le diacre et soudiacre portèrent l'une à l'empereur, -l'autre au roy, et aussitost l'un comme l'autre les baisièrent. -La messe finée, le roy monta à la sainte chasse et -fist baisier des princes et gens de l'empereur qui encore n'y -avoient point esté. Et pour ce que la chose fu longue, se retray -l'empereur en un retrait d'encoste ladite Sainte-Chappelle, -où gisent les clers maregliers et gardes d'icelle, lequel -retrait le roy avoit fait bien et honorablement appareillier -pour reposer l'empereur. Et quant la chasse fu close, le roy -s'en ala par la chappelle en sa chambre. Et lors envoia le -roy vers l'empereur audit retrait de la Sainte-Chappelle en -sa chambre, son ainsné fils le daulphin de Viennois, que il -avoit envoyé quérir en son hostel de Saint-Pol et fait venir -au palais pour veoir l'empereur, et l'acompaignèrent les -frères du roy les ducs de Berry et de Bourgoigne, le duc -de Bourbon frère de la royne, le duc de Bar ; et pluseurs autres -seigneurs et chevaliers de grant estat y avoit aussi grant -foison. Et quant l'empereur sceut que ledit dauphin venoit -pardevers luy, il se fist lever de sa chaière et osta son chaperon -et l'acola et baisa, et le daulphin s'inclina devant luy -sans agenouiller. Et tantost après descendi le roy de sa -chambre, et vint querre l'empereur pour aler mengier en la -grant sale du palais : et portoit-l'en l'empereur en une -chaière, et le roy estoit coste luy et tenoit le roy des Romains -son fils à sa sénestre main, et devant portoit-l'en le -daulphin sus cols de chevaliers acompaigné de seigneurs -et chevaliers bien grandement. Et ainsi alèrent sans grant -presse par les merceries et par la grant sale du palais jusques -au hault days de la table de marbre, et fu l'ordenance -et l'assiete tèle comme il s'ensuit, et comme il est figuré en -l'ystoire<a id="FNanchor_334" href="#Footnote_334" class="fnanchor">[334]</a> ci-après pourtraite et imaginée.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_333" href="#FNanchor_333"><span class="label">[333]</span></a> <i>La vix</i>. L'escalier.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_334" href="#FNanchor_334"><span class="label">[334]</span></a> <i>L'Ystoire</i>. La figure. En effet, le manuscrit de Charles V offre ici, -(page 473, v<sup>o</sup>), une belle miniature représentant d'une manière fort curieuse -le dîner dont on va lire avec intérêt la description.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXIV.</h3> - -<p class="section">Le disner qui fu en la grant sale du palais, et de l'ordenance.</p> - - -<p>Premièrement sist l'arcevesque de Rains, après séoit -l'empereur, après séoit le roy ainsi comme au milieu du front -de la sale ; après le roy de France séoit le roy des Romains, -et avoit autant de distance du roy des Romains à luy comme -du roy à l'empereur ; et avoient l'empereur, le roy et le roy -des Romains, chascun séparément, un ciel de drap d'or -bordé de veluiau aux armes de France, et par dessus ces -trois en avoit un très grant qui continuoit le lonc de la table -et tout derrière eux pendoit, et tous les piliers et fenestrages -derrière la table, houssés de drap d'or très richement et le -days aussi. Après le roy des Romains séoient trois evesques -bien loin de luy jusques à la fin de la table, l'evesque de -Brusseberc, l'evesque de Paris et l'evesque de Beauvais. En -l'autre days qui estoit entre la table de marbre et parlement, -séoient premièrement le duc de Sassoigne, le daulphin -de Viennois ainsné fils du roy, et après séoient les ducs de -Berry, de Breban, de Bourgoigne, le fils du roy de Navarre, -le duc de Bar, le duc Henry ; et en la fin de la table le chancellier -de l'empereur qui n'estoit pas evesque ; et ne séoient -pas les ducs de Bourbon, le conte d'Eu, le seigneur de -Coucy et le conte de Harecourt, mais estoient entour ledit -daulphin tous en piés pour luy tenir compaignie et garder -de presse. Les autres ducs et princes mangoient aux autres -days par belle et bonne ordenance. Sur le days où mangoit -ledit daulphin avoit un ciel pallé de veluiau et de drap -d'or, et puis un autre par dessus qui couvroit tout le lonc -de la table, et aussi estoit couvert le days de mesmes. Et est -assavoir que la sale du grant palais estoit continuée et parée -de tapis de hault liche<a id="FNanchor_335" href="#Footnote_335" class="fnanchor">[335]</a> à ymages tout autour si bien ordenés -et si à point mis que les roys qui sont de pierre tout autour -n'estoient point occupiés né empeschiés de veoir. Et y -avoit en ladite sale cinq days, à compter celuy de la table -de marbre ; et trois dressouers à vin très richement parés et -garnis de vaisselle d'or et de grans flacons d'argent esmailliés. -Le secont qui estoit emprès le siège des requestes, -estoit tout couvert de pos, flacons et autre vaisselle dorée -tant qu'il y en povoit. Et le tiers qui estoit bien avant -au milieu de la sale soubs une des arches, estoit, tant -qu'il en povoit dessus, garni de vaisselle d'argent blanche, -à servir communelment la sale. Et estoient le grant days et -le secont et lesdis dressouers avironnés, garnis et deffendus -de bonnes barrières, coulisses et palis tout autour, et bien -aguisiés pardessus, et n'y povoit-on entrer que par certains -pas qui estoient gardés et deffendus par chevaliers à ce -ordenés. Et manga bien en ladite sale, par le rapport que -en firent les héraux, huit cens chevaliers sans les autres -gens. Et combien que le roy eust ordené quatre assiettes<a id="FNanchor_336" href="#Footnote_336" class="fnanchor">[336]</a> -de quarante paires de mès, toutesvoies, pour la grevance de -l'empereur qui trop longuement eust sis à table, en fist -le roy oster une assiette, et n'en servi-l'en que de trois qui -furent de trente paires de mès, sans les deux entremès<a id="FNanchor_337" href="#Footnote_337" class="fnanchor">[337]</a> -qui furent tels qui s'ensuit :</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_335" href="#FNanchor_335"><span class="label">[335]</span></a> <i>De hault liche</i>. Ou <i>de haute lisse</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_336" href="#FNanchor_336"><span class="label">[336]</span></a> <i>Assiettes</i>. Services.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_337" href="#FNanchor_337"><span class="label">[337]</span></a> <i>Entremès</i>. Voilà bien le premier sens de ce mot. Divertissement -donné pendant l'intervalle des services. Nous allons voir une <i>mise en -scène</i> du <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle, telle qu'on la chercheroit vainement ailleurs ; car le -seul manuscrit de Charles V contient ce qui suit. Les autres, au lieu de la -description des entremets, se contentent de dire : « Et n'en servit-on que -trois qui font trente-huit mès sans les deux entremès et les dons et présens -qui furent fais audit empereur, au roy des Romains et à ses gens. » -(V. l'éd. d'A. Verard, bien plus fautive encore en cet endroit, t. <small>III</small>, f<sup>o</sup> 37.)</p> -</div> -<p>L'ystoire et l'ordenance fu coment Godefroy de Buillon -conquist la sainte cité de Jhérusalem. Et fist le roy -faire à propos ceste histoire, que<a id="FNanchor_338" href="#Footnote_338" class="fnanchor">[338]</a> il luy sembloit que -devant plus grans en la christienneté ne povoit-on ramentevoir -né donner exemple de plus notable fait, né à gens -qui mieux peussent, deussent et feussent tenus telle chose -faire et entreprendre au service de Dieu. Et pour mieux -figurer la besoigne et plus plainement la cognoistre fu fait -ce qui s'ensuit : Au bout de la salle du palais, qui estoit -entreclos telement que on n'en povoit rien veoir par dehors, -avoit une nef bien façonnée, à forme d'une nave de mer -garnie de voilles et de mast, chastel devant et derrière, et -de tous autres habillemens et ordenances qui appartiennent -à nef pour aler sur mer ; et estoit si<a id="FNanchor_339" href="#Footnote_339" class="fnanchor">[339]</a> joliement painte et -abilliée, et très richement et plaisamment. Et dedens estoit -garnie de gens, par semblance armés bien joliement, et estoient -leur cotes d'armes, leur escus et bannières des -armes de Jhérusalem que Godefroy de Buillon portoit<a id="FNanchor_340" href="#Footnote_340" class="fnanchor">[340]</a> ; et -jusques à douze estoient, comme dit est, armés des armes -des notables chevetaines qui furent à ladite conqueste de -Jhérusalem avec ledit Godefroy. Et estoit au devant, sur le -bout de ladite nef, Pierre l'Ermite, en l'ordenance et manière -et au plus près qu'il se povoit faire, selon ce que -l'ystoire raconte. Et fu ladite nef mise hors<a id="FNanchor_341" href="#Footnote_341" class="fnanchor">[341]</a> à gens qui -couvertement estoient dedens ; et fu menée très légièrement -par le costé senestre dudit palais, et si légièrement tournée -que il sembloit que ce fust une nef flotant sur l'eau ; et -ainsi fu amenée jusques au grant days audit costé de l'autre -part, qui fu le destre costé de ladite sale. Et après ce<a id="FNanchor_342" href="#Footnote_342" class="fnanchor">[342]</a>, -fu mis hors de la place d'encoste où ladite nef estoit partie, -un entremès fait à la façon et semblance de la cité de Jhérusalem, -et y estoit le temple bien contrefait selon l'espace, -et là avoit une tour haulte assise delès le temple, ainsi -comme les Sarrasins ont de coustume où il crient leur loy. -Là avoit un vestu en habit de Sarrasin très proprement, -et qui, en langue arabique, crioit la loy en la manière -que font les Sarrasins ; et estoit ladite tour si haute -que celuy qui estoit dessus joignoit bien près des trefs de -ladite sale. Et le bas, tout entour de ladite cité où il avoit -forme de créneaux et de murs et de tours, estoit garni de -Sarrasins armés à leur manière et banières et penons, et -ordenés à combattre pour deffendre la cité. Ainsi fu amené -à force de gens qui estoient dedens si couvers que on ne -les povoit veoir, jusques devant ledit grant days à la destre -partie. Et lors se mistrent les deux entremès l'un contre -l'autre et descendirent ceux de la nef, et par belle et bonne -ordenance vindrent donner assaut à ladite cité et longuement -l'assaillirent, et y ot bon esbatement de ceux qui -montoient à assaut à eschelles. Finablement montèrent dessus -ceux de la nef et conquistrent ladite cité et getoient -hors ceux qui estoient en habit de Sarrasins, en mettant -sus les bannières de Godefroy et des autres. Et mieux et -plus proprement fu fait et veu que en escript ne se puet -mettre. Et quant l'esbatement fu parfait, lesdis entremès -furent remenés tous entiers en leur place première.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_338" href="#FNanchor_338"><span class="label">[338]</span></a> <i>Que</i>. Parce que.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_339" href="#FNanchor_339"><span class="label">[339]</span></a> <i>Si</i>. Ainsi.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_340" href="#FNanchor_340"><span class="label">[340]</span></a> <i>Portoit</i>. Elles sont figurées dans l'<i>ystoire</i> : D'argent à la croix d'or -accompagnée de trente-deux croisettes d'or.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_341" href="#FNanchor_341"><span class="label">[341]</span></a> <i>Mise hors</i>. Mise en mouvement.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_342" href="#FNanchor_342"><span class="label">[342]</span></a> <i>Après ce</i>. C'est-à-dire après la première décoration, le premier -acte ou tableau.</p> -</div> -<p>Après ce, fu le disner finé, et osta-l'en les nappes et donna-l'en -l'eau à l'empereur et au roy, et lavèrent ensemble aussitost -l'un comme l'autre, et le roy des Romains lava un peu -après. Et pour ce que la foule estoit très grande et la multitude, -combien que devant le days où estoit l'empereur et -le roy n'en y ot gaires, pour les bonnes gardes qui estoient -aux barrières, ordena le roy, à la prière de l'empereur, que -à leur sièges à ladite table où il avoient disné fussent apportées -les espices et le vin, pour ce que, à l'entrée de -parlement, l'empereur eust esté trop foulé et grevé pour -sa maladie. Si fu ainsi fait, et fu apporté le daulphin sus -la table en estant<a id="FNanchor_343" href="#Footnote_343" class="fnanchor">[343]</a>, à deux piés entre et devant l'empereur -et le roy, et le tenoit le duc de Bourbon. Et servi d'espices -l'empereur, par le commandement du roy, son frère le duc -de Berry ; et le duc de Bourgoigne servi pareillement le roy, -et prierent moult l'empereur et le roy l'un l'autre de prendre -espices ; et finablement pristrent ensemble aussitost -l'un comme l'autre, et semblablement furent au boire, et -le duc de Breban servit de vin l'empereur son frère, et le -duc de Bourbon donna à boire au roy. Et un pou après, -prist le roy des Romains les espices et le vin, et luy donna -le conte d'Eu des espices et un de ses chevaliers le vin. Après -ce que vin et espices furent données, l'empereur fu mis hors -de la table et remis en une chaière. Et pour ce que si grant -presse n'eust, se partirent d'ensemble le roy et luy, et fu -porté l'empereur par le milieu de la grande sale, par la -porte des merceries par les grandes alées, droit en sa chambre. -Et après luy envoia le roy ses dis frères et pluseurs -autres seigneurs pour luy convoier, et le roy s'en ala et -mena avec luy à sa main le roy des Romains, et se mist -en la chambre de parlement, où il parla et tint grant pièce -compaignie audit roy, ducs et princes de l'empire, l'evesque -et le chancelier qui estoient venus avecques l'empereur et -pluseurs autres seigneurs et chevaliers qui estoient en la -chambre, tant qu'il y en povoit tenir. Et après se retraist -le roy et le roy des Romains par derrière la chambre de parlement, -et par les grans alées s'en alèrent chascun en sa -chambre, et estoit tart quant ces choses furent faites. Et -avant que les derreniers eussent mengié, qui furent bien -autant que les premiers, il fu près de nuyt. Si ne menga -pas le roy au souper ceste nuyt en sale, mais assez privéement -en la chambre devant sa chambre, et l'empereur et -son fils soupèrent aussi en leur chambres. Toutesvoies ot le -roy à souper la plus grant partie des seigneurs de son -royaume qui lors estoient à Paris. Après souper se partist -le roy et prist ses frères avecques luy et pou d'autres gens, -et ala secrètement véoir l'empereur en sa chambre et se -sistrent en deux chaières, l'un coste l'autre, et se esbatoient -et parloient de bon mos une pièce. Et puis se parti le roy -et s'en ala en sa chambre, et là vint à luy et le convoia le -roy des Romains, et prist vin et espices avecques le roy, et -puis s'en retourna et les frères du roy le convoièrent. Ainsi -se retraist chascun pour aler couchier. Si fu ainsi parfaite -la journée du mercredi, jour de la Thiphaine.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_343" href="#FNanchor_343"><span class="label">[343]</span></a> <i>En estant</i>. Debout.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXV.</h3> - -<p class="section">Coment l'empereur et le roy se partirent du palais et se mistrent -dedens un très bel batel et riche, pour estre menés par -eaue jusques au chastel du Louvre<a id="FNanchor_344" href="#Footnote_344" class="fnanchor">[344]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_344" href="#FNanchor_344"><span class="label">[344]</span></a> Au lieu des treize chapitres qui vont suivre, les éditions précédentes -et tous les manuscrits, à l'exception de celui de Charles V, portent l'alinéa -suivant :</p> - -<p>« Coment furent festoyés lesdis empereur et son fils au bois de Vincennes -et à Beaulté-sus-Marne ; et coment au départir le roy luy fist monstrer -ses belles couronnes par Gillet Mallet son varlet de chambre. Et -coment le roy donna des relicques et <i>amaux</i> à l'empereur, et aussi -l'empereur en donna au roy ; et baisèrent l'un l'autre au départir : mais -je m'en tais pour la prolixité. Et aussi fist l'empereur à son fils le roy -des Rommains promettre par la foy et serment de son corps que tous -les jours qu'il vivroit feroit obéissance au roy de France, et qu'il vivroit -et mourroit avec luy contre tous et envers tous, et aux enfans du roy -pareillement. Et fist l'empereur pluseurs dons à monseigneur le daulphin, -ainsné fils du roy de France, dont il luy bailla ses lettres scellées -des seaulx d'or, par lesquelles il le faisoit son lieutenant au royaume -<i>d'Arbre</i> et vicaire-général la vie durant dudit daulphin inrénoncablement. -Et luy donna le chasteau de Pompet et Chameaulx en Daulphiné ; et -le roy le fist convoyer jusques à Mouson à ses despens. »</p> -</div> - -<p>Le jeudi ensuivant, qui fu le septiesme jour de janvier, -ordena le roy à aler au Louvre et y mener avecques luy -l'empereur. Si but l'empereur à matin avant qu'il partisist. -Et le roy ne disna jusques à ce qu'il fu au Louvre. Et fist -aporter l'empereur à la pointe du palais, et là estoit appareillié -un grant batel, fait et ordené à manière de une maison -où sont sale et deux chambres tout à cheminées et -pluseurs autres retrais et nécessaires, et estoit ledit batel -paré et richement aourné ; et ès chambres avoit lis et ciels -tendus et toutes autres ordenances comme en une maison -appartient ; dont l'empereur et ses gens, quant il furent -dedens et l'orent veu, s'en donnèrent grant merveille et y -prenoient très grant plaisance. Ainsi arrivèrent au Louvre, et -fu apporté ledit empereur en sa chaière, et le roy estoit -coste luy jusques à ce qu'il fu dedens ledit chastel, et luy -monstra et fist monstrer au dehors et dedens le nouvel -édifice qu'il y avoit fait, dont l'empereur par semblant -prenoit très grant plaisir. Et le loga le roy en ses chambres -très richement parées et ordenées, et le roy se loga à l'autre -bout ès chambres qui sont pour son ainsné fils le daulphin -de Viennois ; et dessoubs fist logier le roy des Romains ès -chambres de la royne, qui semblablement estoient bien -ordenées et parées. Et généralment par tout ledit chastel, -tant en sales, en chambres, en chapelles, estoit tretout si -paré et ordené que rien n'y faloit, combien que des paremens -du palais aucune chose n'y eust. Et pour ce que -autre fois ne soit dit, pour plus brief parler, fu fait pareillement -en tous les hostels du roy où fu l'empereur ; c'est -assavoir à Saint-Pol, au bois de Vincennes et à son hostel -de Beauté. Celuy jour, disna le roy en la sale du Louvre et -tous les chevaliers et escuiers qui y vouldrent venir, et furent -servis très grandement et largement.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXVI.</h3> - -<p class="section">Coment l'université de Paris vint devers l'empereur pour luy -faire révérence, et des gens du conseil que le roy fist assembler -pour parler à eux.</p> - - -<p>Après disner, assembla le roy son conseil en sa chambre. -Et en celle heure vint devers l'empereur l'université de -Paris par l'ordenance et commandement du roy, et estoient -de chascune faculté douze, excepté les Arciens<a id="FNanchor_345" href="#Footnote_345" class="fnanchor">[345]</a> qui estoient -vint-quatre, et estoient honnorablement en leur chappes -et habis. Et ainsi vindrent faire la révérence à l'empereur -en leur manière acoustumée et fist la collacion notablement -et légalment, maistre Jehan de La Chaleur, maistre -en théologie et chancellier de Nostre-Dame de Paris ; et en -icelle collacion recommanda moult la personne de l'empereur, -ses nobles fais et vertus et sa dignité, et aussi recommanda -moult et ramena notablement l'estat et honneur du -roy et du royaume de France, en loant et approuvant à -l'empereur sa venue devers le roy ; et finablement recommanda -l'université bien et sagement comme à tel cas appartient. -A quoy l'empereur respondi de sa bouche en latin, en -les merciant des honnorables paroles que dites luy avoient, -disant que trois choses l'avoient amené au royaume, la -dévocion qu'il avoit à veoir les saintes reliques et aucuns autres -pélerinages où il avoit sa dévocion, et par espécial la -grant affeccion qu'il avoit à veoir le roy et parler à luy. -Et en ce temps estoit le roy à son conseil en sa chambre, -où estoient ses frères et grant foison de prélas de son conseil -et autres chevaliers en assez grant nombre ; et leur demanda -et mist en termes sé il leur sembloit que bon feust que à -l'empereur son oncle, qui tant d'amour et fiance luy avoit -monstré comme de venir en son royaume et par devers luy, il -féist monstrer ou monstreroit le fait et la justice du bon droit -que il a contre ses ennemis d'Angleterre, et le grant tort qu'il -ont tenu à ses prédécesseurs et à luy par lonc temps, le devoir -en quoy il s'estoit mis d'entrer en tout bon traictié de -paix. Et les offres<a id="FNanchor_346" href="#Footnote_346" class="fnanchor">[346]</a> qu'il en a faites à deux fins : l'une, pour -ce qu'il scet que ses ennemis manifestent en Allemaigne -et ailleurs le contraire de la vérité, en eux justifiant ; par -quoy l'empereur et princes et son conseil qui avecques luy -estoient, oï et veu ce que le roy leur en diroit et feroit veoir -par lettres et les traictiés de paix faites et les aliances sur ce, -il peussent cognoistre et vraiment respondre et soustenir -sur ce la vérité contre ceux qui se sont efforciés, efforcent -ou efforceront de parler ou de manifester ou publier le contraire. -L'autre raison qui à ce esmouvoit le roy, estoit pour -avoir le conseil et avis de l'empereur, après ce qu'il aroit oï -et veu le devoir en quoy le roy s'estoit mis et les offres qu'il -avoit faites pour paix avoir, si luy sembloit qu'il déust souffire, -ou que plus avant le roy en déust faire. Auxquelles -demandes et termes, tous d'un accort et sans contradiccion -conseillièrent au roy que ainsi le féist. Si ordena son dit -conseil et pluseurs autres l'endemain estre assemblés, et -aussi fist savoir à l'empereur que à celle heure luy et son -fils, les princes, prélas et autres gens de son conseil qui en -sa compaignie estoient venus, feussent audit lieu du Louvre -à ladite heure pour oïr ce que le roy luy voudroit dire -et monstrer ; et fu le vendredi huitiesme jour de janvier. Et -celuy jour au matin vint veoir le roy l'empereur privéement, -et luy apporta et donna un bel coffret de jaspre garni -d'or et de pierreries, d'une espine de la sainte couronne et -d'un des os de saint Martin, et depuis luy donna de saint -Denis, car moult fort en désiroit à avoir, et en avoit requis -le roy. Et cedit jour après disner, le roy et l'empereur vindrent -ensemble à la chambre à parer du Louvre, et y estoient -le roy des Romains et ceux qui ensuivent de la part -de l'empereur ; l'evesque de Brusseberc son chancellier et -deux autres clers notables ; les ducs de Bréban et de Sassoigne, -et les trois autres ducs dessus nommés, le hault -maistre de son hostel et son grant chambellan, le seigneur -de Coldis et pluseurs autres seigneurs, contes, barons et -chevaliers, jusques au nombre de cinquante personnes et -plus. Et de la part du roy en y avoit bien autant et plus, et -y estoient les principaux et plus notables dont les noms -s'ensuivent, c'est assavoir : les ducs de Berry, de Bourgoigne, -de Bourbon, de Bar ; le seigneur de Coucy ; les contes -de Harecourt, de Tanquarville, de Sarebruche, de Braine ; -monseigneur Jacques de Bourbon ; le mareschal de France -de Blainville ; le seigneur de Rayneval ; messire Phelibert de -l'Espinace, monseigneur Thomas de Vaudenay, monseigneur -Arnault de Corbie, chevaliers, et pluseurs autres. Et des -gens du conseil du roy y estoit son chancellier, l'arcevesque -de Rains, les evesques de Laon, de Paris, de Biauvais, de -Baieux ; l'abbé de Saint-Wast, et d'autres clers et lais du -conseil du roy, tant de parlement que autres. Et estoient -l'empereur et le roy et le roy des Romains en trois chaières -couvertes de drap d'or, et les autres assis à doubles fourmes, -en manière de siège de conseil. Et prist le roy à parler -et monstrer les fais et besoignes dessus escriptes par longue -espace de deux heures et plus ; et prist sa matière des -premiers temps du royaume de France, et après, de la conqueste -de Gascoigne que fist saint Charlemaine quant il le -conquist et convertist à la foy crestienne que ledit païs fu -soubmis à la subjeccion du royaume de France ; et sans -interrupcion ou contradiccion a tousjours depuis esté et ceux -qui en ont tenus les demaines : espécialment les ducs de -Guyenne, tant roys d'Angleterre comme autres, en ont -tousjours fait hommaige lige et recognoissance aux roys -de France, comme à leur droit seigneur à qui est le fief. Et -sé ce n'a esté depuis le temps Edouart d'Angleterre derrenier -mort, n'y fu mise oncques aucune contradiccion ; et -mal à point le fist, puisqu'il eust fait hommaige au roy -Phelippe, aïeul du roy, lequel hommaige il fist à Amiens -et le recognut son seigneur et roy de France : et depuis -ledit hommaige fait, luy revenu en Angleterre par l'espace -d'assez lonc temps, rateffia, par ses lettres scellées de son -grant scel, et approuva ledit hommaige avoir esté lige, plus -fort et plus avant que par paroles n'avoit esté fait audit -roy Phelippe, comme plus à plain appert par les lettres sur -ce faites desquelles furent monstrés des originaux scellés -audit empereur, avec toutes autres chartres plus anciennes -de ses prédécesseurs les roys d'Angleterre, faites à saint Loys, -et de son temps la recognoissance des hommaiges de Gascoigne, -Bordeaux, Bayonne et les isles qui sont endroit -Normendie ; et èsdites lettres est expressément contenu -coment les roys d'Angleterre ont expressément renoncié à -toutes les terres de Normendie, d'Anjou, du Maine, de -Tourraine et de Poitiers, sé aucun en y avoient, comme -plus plainement est contenu èsdites lettres, lesquelles furent -monstrées audit empereur. Et aussi monstra le traictié de -la paix, et coment son père et luy l'avoient moult chier -achetée, et coment par les Anglois elle fu mal gardée, en le -déclairant particulièrement : tant par la faute de rendre les -forteresces occupées que il devoient rendre au leur, comme -par les hostages qu'il raençonnèrent contre le contenu au -traictié ; comme par les compaignies que continuelment -il tindrent au royaume de France ; comme par usurper et -user des droits de souveraineté qui appartiennent au roy -desquels il ne devoient point user ; comme de conforter le -roy de Navarre lors ennemi du royaume, ses adhérens et -confortans, de leur gens, subgiés et aliés tant Anglois -comme Gascoins, et leur donner passages, vivres et confort -contre la teneur des aliances faites, jurées et passées et par -sairemens fais si fors comme il se peuvent faire entre crestiens. -Lesquelles aliances furent aussi monstrées et leues -audit empereur en françois et latin, afin que chascun les -peust mieux entendre. Et en oultre, le prince de Galles -fist tant d'outrages et d'extorcions au païs et gens de Gascoigne, -qui encore estoient demourés soubs la souveraineté -et ressort du roy, né oncques renonciation n'en fu né n'a -esté faite, comme le roy le fist monstrer par la lettre du -traictié où est la clause qui se commence : <i>C'est assavoir</i>, -etc. Et monstra aussi le roy coment le conte d'Armignac, -le seigneur de Lebret et pluseurs autres barons et bonnes -villes avoient appelé du prince à luy, et vindrent en leur -personnes requérir ajournement et rescript en cause d'appel, -et coment le roy y mist longuement et fist grant difficulté -avant que faire le voulsist ; et par le conseil sur ce -pris de pluseurs notables, avecques ceux de son conseil ; -eues aussi les opinions de pluseurs estudes de droit de -Bouloigne la crasse, de Montpellier, de Thoulouse et d'Orliens, -et des plus notables clers de la court de Rome, que -refuser ne le povoit ; et coment par voie ordenée de justice -le roy le fist, et non pas par puissance d'armes. Et fu ordené -un docteur juge du roy à Thoulouse appelé maistre -Bernart Palot et un chevalier appelé monseigneur Jehan de -Chaponnal, qui portèrent audit prince les lettres du roy, -les inhibicions et ajournemens, et par le sauf-conduit du -séneschal dudit prince vindrent près dudit prince, lequel -les fist prendre et murtrir mauvaisement contre Dieu et -justice, et en offense du roy et du royaume de France. Et -aussi monstra le roy audit empereur coment, nonobstant -lesdites offenses ainsi faites, il envoia audit roy Edouart, -contes, chevaliers et clers pour le sommer et requérir de -par luy de radrescier et faire radrescier les choses ainsi par -son fils et ses subgiés mauvaisement faites ; et désiroit le -roy que par voie amiable remède se y méist et non pas par -guerre ; à quoy response raisonnable né d'aucune bonne -espérance ne fu au roy de France donnée. Et de fait avoit -desjà encommencié la guerre ledit prince en Gascoigne -contre les appellans ; et aussi avoient fait en Pontieu les -gens dudit roy d'Angleterre et chevauchié en la terre du -roy. Pourquoy, par nécessité et par le conseil de son -royaume pour ce assemblé en son parlement, entreprist à -deffendre sa bonne justice contre ses ennemis.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_345" href="#FNanchor_345"><span class="label">[345]</span></a> <i>Arciens</i>. Les professeurs dans les facultés ès-arts.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_346" href="#FNanchor_346"><span class="label">[346]</span></a> <i>Les offres</i>. La proposition qu'il fait à son conseil d'exposer tout cela -à l'empereur.</p> -</div> -<p>Après ce que le roy ot monstré l'occasion de la guerre et -bien enfourmé par les responses et lettres scellées l'empereur -et son conseil, il luy dist et monstra les devoirs qu'il avoit -fais, pour avoir bon traictié à ses adversaires ; et aussi finablement -luy monstra les offres que sur ce il avoit faites, et conclust -ses paroles ès deux fins dessus escriptes de manifester les -drois du roy contre les paroles mençongières des Anglois et -non y ajouster foi, et aussi de donner le conseil sur escript. -Et aussi luy toucha assez brief les graces et bonnes fortunes -que Nostre-Seigneur luy avoit données en sa guerre, pour -ce que il pensa que ledit empereur en seroit bien lie ; et -toutes ces choses et pluseurs autres touchans ces matières, -qui trop longues seroient à escripre, dist le roy si sagement -et ordenéement, que tous furent merveilliés de si belle -mémoire et bonne manière de parler. De quoy l'empereur -et tous ceux qui le sceurent entendre monstrèrent semblant -de en avoir très grant plaisir ; et en briefves paroles l'empereur -dist en alemant à ses gens qui présens estoient et -qui n'entendoient pas françois, ce que le roy luy avoit dit, -et leur exposa les lettres que sur ce avoit oï lire ; et fist -response au roy telle comme il s'ensuit : c'est assavoir qu'il -dist que très-bien avoit entendu ce que le roy avoit dit -très sagement, et veu et bien cogneu tant par ses lettres -comme autrement, sa bonne querelle et justice, et que partout -le manifesteroit et feroit savoir ; et que sé les Anglois -se esforçoient en Alemaigne de publier le contraire comme -autrefois avoient fait, il deffendroit et soustendroit le droit -du roy, si comme il avoit veu et bien cogneu ; et mesmement -qu'il savoit bien que le roy d'Angleterre avoit fait -l'omage lige au roy de France à Amiens, car il avoit esté -présent quant il le fist. Et quant au conseil donner, dist -que considéré le bon droit du roy et le grant tort de ses -ennemis, l'avantage qu'il avoit en la guerre sur eulx et les -aliés du roy que il nomma les roys de Castelle, de Portugal -et d'Escoce, il ne luy eust donné conseil né encore ne -donnoit de tant offrir à ses ennemis. Et luy sembloit -que trop en avoit fait, sé pour l'amour de Dieu seulement -ne l'avoit fait ; mesmement qu'il savoit bien la coustume -des Anglois estre tele, que quant il se véoient ou voient -à leur dessoubs, il requièrent et veulent avoir volentiers -paix ; mais sé il voient après leur avantage, il ne la tiennent -point, comme maintes fois a-l'en veu que ainsi l'ont fait au -royaume de France. Et dont se parti le roy de luy, et s'en -tourna à sa chambre.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXVII.</h3> - -<p class="section">Coment l'empereur fist rassembler le conseil du roy et ses gens -pour oïr l'endemain les offres que il vouloit faire au roy en -leur présence.</p> - - -<p>Le samedi ensuivant, qui fu le neuviesme jour dudit -mois, se advisa l'empereur que à la response qu'il avoit -faite au roy ne s'estoit pas assez offert au conseil qu'il lui -avoit donné. Si fist savoir au roy que après disner féist -assembler ceux de son conseil qui par avant y avoient esté, -et pareillement feroit savoir à ceux de son conseil que -il y feussent, et ainsi fu fait. Et en la manière du jour précédent -furent, et encore y ot plus de gens que au vendredi -devant n'avoit eu, et commença l'empereur à dire si haut -que tous le povoient bien oïr qu'il se vouloit excuser de ce -que plus largement n'avoit offert au roy à la response qu'il -lui avoit faite ; si vouloit que tous scéussent et que à tous -fust révelé et magnifesté par tout que luy et son fils le roy -des Romains que pour celle cause il avoit amené avecques -luy, tous ses autres enfans, ses aliés, subgiés et bienvueillans -il vouloit et offroit au roy estre tous siens, contre -toutes personnes, à soutenir et garder son bien et honneur -de son royaume et de ses enfans et de ses frères ; et luy bailla -un rolle où estoient desclarés et nommés ses aliés desquels -il se faisoit fort ; de quoy le roy le mercia moult gracieusement. -Et ainsi se départirent.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXVIII.</h3> - -<p class="section">Coment l'empereur ala trouver la royne en l'ostel de Saint-Pol.</p> - - -<p>Le dimenche ensuivant, qui fu le dixiesme jour du moys -de janvier, se partirent l'empereur et le roy ensemble, après -ce que l'empereur ot disné, et fu apporté l'empereur jusques -sur l'eaue au quay endroit le Louvre, où estoit le batel -dont dessus est faite mencion ; et en iceluy vindrent contremont -la rivière l'empereur, le roy et le roy des Romains -par dessoubs le grant pont droit à Saint-Pol ; auquel hostel -de Saint-Pol estoit la royne et les enfans du roy. Et quant -il furent audit hostel jusques au milieu de la court, le -daulphin, ainsné fils du roy et monseigneur Loys, comte -de Valois, enfans du roy, se agenouillèrent contre le roy -et après alèrent saluer l'empereur en sa chaière où on le -portoit et les baisa et osta son chapeau. Et puis furent portés -devant nos dis seigneurs, et le roy et le roy des Romains -alèrent devant à la grant chambre, et montèrent par la vis : -et l'empereur fu aporté après en sa chaière, et quant il fu -en haut, il voult aler veoir la royne ; et ensemble y alèrent -l'empereur, le roy et le roy des Romains ; et y avoit grant -foule et grant presse de seigneurs, chevaliers et gens d'estat, -et tellement que à paines povoit-on passer aux huis. Toutesvoies, -vindrent ens jusques à la vieille chambre de la -royne, laquelle est près et encoste de la sale où est l'ystoire -de Theseus. Et là estoit la royne au devant du roy et de -l'empereur, laquelle avoit un très-riche cercle sur sa teste, -et estoit notablement acompaigniée de grans dames, telles -comme il s'ensuit : premièrement y estoit la contesse d'Artois ; -la duchesse d'Orléans, fille du roy de France ; la duchesse -de Bourbon, mère de la royne ; la nièce du roy, fille -de son frère le duc de Berri ; la fille du seigneur de Coucy, -la dame de Préaux, et pluseurs autres contesses et dames, -femmes de grans seigneurs et de banerés et d'autres dames -et damoiselles en très-grant quantité qui trop longue seroit -à escripre. Et quant l'empereur vit la royne, il se fist mettre -jus de sa chaière, et osta son chaperon ; et la royne le -salua et baisa, et puis fu aporté plus avant en ladite -chambre devant le lit, et la royne estoit encoste luy et le -roy devant qui tenoit le roy des Romains que la royne -salua et baisa aussi ; et l'empereur et le roy des Romains -baisièrent toutes les dames qui estoient léans du lignage de -France. Et lors demanda moult de fois l'empereur la duchesse -de Bourbon, mère de la royne, laquelle estoit à un des -bous de ladite chambre, hors de la presse ; et fu amenée à -l'empereur. Et quant il furent près l'un de l'autre, l'empereur -commença si fort à plourer et ladite duchesse aussi -que c'estoit piteuse chose à regarder ; et les causes si estoient -pour la mémoire qu'il avoit eu de ce que la seur de ladite -duchesse avoit esté sa première femme, et aussi que ladite -duchesse avoit esté compaigne et nourrie avec la duchesse -de Normendie, seur de l'empereur et mère du roy : et -onques en celle place ne porent parler ensemble ; mais pria -l'empereur que après disner il la peust veoir et parler à -elle plus secrètement, et ainsi fu fait. De là, partirent l'empereur, -le roy et le roy des Romains et prist congié de la -royne, et fu aporté ledit empereur en la chambre du daulphin -de Viennois, ainsné fils du roy, laquelle chambre estoit -richement appareilliée pour lui, et aussi estoit tout l'hostel -comme dessus est dit ; et le roy ala disner en la sale dudit -hostel nommée la sale de Sens, et y mena le roy des Romains -et toutes les gens de l'empereur, avec grant foison de -chevaliers tant qu'il en y povoit. Et endementres que l'on -disna, l'empereur s'estoit fait mettre dormir, et après le -disner du roy, et vin et espices données, le roy se retraist en -sa chambre, et fist retraire le roy des Romains en la chambre -de monseigneur Loys, son fils, conte de Valois ; lequel -roy des Romains voult aler veoir les lyons, et en sa compaignie -y furent les frères du roy : et quant l'empereur fu -esveillié, la devant dite duchesse de Bourbon fu menée -devers l'empereur, et parlèrent longuement ensemble. Et -assez tost après le roy y envoia la royne par les Galetas, et -ses enfans le daulphin de Viennois et le comte de Valois, -de quoy l'empereur fu moult lie, et fu la royne longuement -assise encoste luy, et parlèrent moult longuement ensemble. -Et luy donna la royne un beau reliquaire d'or, -grant et notable, garni du fust de la vraie croix et très-richement -garni de pierrerie ; et le daulphin luy donna -deux très-beaux brachés<a id="FNanchor_347" href="#Footnote_347" class="fnanchor">[347]</a>, à beles laisses et coliers de soie -ferrés à fleurs de lis d'or ; desquelles choses l'empereur fist -moult grant semblant de joie, et y prist très grant plaisir, -et en mercia la royne et ledit daulphin. Et pour ce qu'il -estoit sus le vespre et que l'empereur et le roy devoient -aler au bois de Vincennes, le roy vint en la chambre de -l'empereur pour le faire partir, pour ce qu'il estoit ordené -que il devoient aler ensemble ; et lors prist congié la royne -de l'empereur et lesdis enfans du roy, et se retrairent en la -chambre d'emprès. Et lors vint le roy des Romains devers -la royne, et prist congié d'elle, et elle luy donna un très bel -et riche fermail d'or, garni de pierrerie. Et tantost se partirent -et alèrent devant monter à cheval le roy et le roy -des Romains, et l'en monta l'empereur en la litière de la -royne, et ainsi s'en alèrent tout droit au bois. Et quant il -arrivèrent au bois, pour ce qu'il estoit tart, vindrent grant -foison de torches au devant d'eux ; et fist le roy porter et -logier l'empereur en sa belle tour, en la chambre où il -meismes gist ; et se logea le roy en la chambre qui se nomme -la chambre aux dains qui est ès braies ; et fist logier son fils -le roy des Romains en la chambre de son ainsné fils le -daulphin de Viennois, et soupa le roy en la sale luy et ses -gens ; car pou y avoit d'estranges, pour ce que chascun -s'estoit retrait à Paris.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_347" href="#FNanchor_347"><span class="label">[347]</span></a> <i>Brachés</i>. Levriers.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXIX.</h3> - -<p class="section">Coment l'empereur autour de la chambre où il estoit pour veoir -le circuite du chastel du bois de Vincennes se fist porter, et -des Heures que le roy luy donna.</p> - - -<p>Le lundi ensuivant, qui fu le onziesme jour de janvier, -se fist porter ledit empereur tout autour de la chambre -dessus dite, pour veoir par les fenestres le circuite du chastel, -pour ce qu'il n'y povoit aler. Et le roy envoia son fils le roy -des Romains au parc, acompaignié de ses frères dessus dis, -pour chacier aux dains et comme pour y prendre leur -esbatement. Celle matinée ne vit point le roy l'empereur, -pour ce que à matin avoit oï sa messe et disné, et vouloit -dormir avant que le roy eust oïes ses messes, si comme il a -de coustume et de ordenance. Mais après disner l'ala veoir, -car ledit empereur avoit jà dormi ; si furent grant pièce -ensemble en bonnes paroles et esbatemens, et pria l'empereur -au roy qu'il luy voulsist donner une de ses Heures<a id="FNanchor_348" href="#Footnote_348" class="fnanchor">[348]</a>, et -il y prieroit Dieu pour luy ; et le roy luy en envoia deux, -une grant et une petite, et luy manda que il préist lesquelles -qu'il vouldroit ou toutes deux s'il luy plaisoit : -lequel les receut toutes deux et en mercia le roy.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_348" href="#FNanchor_348"><span class="label">[348]</span></a> <i>Heures</i>. Livres d'heures.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXX.</h3> - -<p class="section">Coment l'empereur fist promettre au roy des Romains, son fils, -par la foy du corps bailliée en la main du roy de France, -que il ameroit et serviroit devant tous les princes du monde -ledit roy de France et ses enfans, et puis ala au plus haut -de la tour, pour veoir les étages d'icelle.</p> - - -<p>Endementres que le roy estoit avec l'empereur en sa -chambre, le roy des Romains vint : et sitost que l'empereur -le vit, il l'apela et le prist par la main, et luy fist promettre -par sa foy en la main du roy que il l'ameroit et serviroit -tant comme il vivroit, devant tous les princes du monde, -et les enfans du roy aussi : de quoy le roy le mercia et sot -bon gré. Et puis retourna le roy en sa chambre ; et celuy -jour fist monstrer au roy des Romains et aux autres princes -et chevaliers, la tour, les estages, garnisons et abillemens -d'icelle, et furent jusques au haut ; lesquels la tenoient à la -plus belle et merveilleuse chose que onquesmés eussent -veue. Et ot ledit roy des Romains des arbalestes du roy. Et -celle journée, n'y ot plus chose qui fasse à escrire.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXI.</h3> - -<p class="section">Coment l'empereur se parti du bois de Vincennes pour aler à -Saint-Mor, et des présens que l'abbé du lieu luy fist.</p> - - -<p>Le mardi ensuivant, douziesme jour de janvier, se parti -l'empereur bien matin du bois, et estoit en la litière du -daulphin. Et ala en son pèlerinage à Saint-Mor-des-Fossés, -et ne voult que les frères du roy y alassent avecques luy, et -aussi n'y ala pas le roy pour ce qu'il avoit à besoignier. -De la manière coment il fu receu à Saint-Mor vous -dirons :</p> - -<p>Le roy manda et commanda à l'abbé que il le receussent -à procession, à l'entrée de leur moustier, comme pèlerin : et -ainsi le firent. Et est assavoir que ledit empereur y oï messe -à note que l'abbé chanta, et offri cent frans. Et les présens -que l'abbé luy fist qui estoient de poissons, de buefs, de -moutons, de vin, de pain et autres choses, laissa au -couvent de léans. Et après la messe ala disner l'empereur -en une chambre de ladite église, laquelle le roy -luy avoit bien fait tendre et parer, et aussi une sale encoste. -Et tousjours depuis son entrée de Paris fu et a esté -aux despens du roy et servi en toutes choses des gens et officiers -du roy de toutes offices. Après ce qu'il ot disné et -dormi, il fu mis en sa litière et aporté à Beauté-sur-Marne -où le roy l'avoit attendu ; mais pour ce que le roy vit qu'il -demouroit trop et estoit tart, il s'en retourna au bois. Et audit -hostel de Beauté fu l'empereur très bien logié, et tout -l'hostel très richement paré et servi, comme dit est, très -habondamment et à ses heures et plaisirs, tellement que -audit hostel il amenda de sa maladie notablement et se mist -à aler et visita tout l'hostel haut et bas, à pou de aide, et -disoit à ceux qui avec luy estoient, que onques mès en sa vie -n'avoit veue plus belle place né plus délitable lieu que il -avoit léans. Et chascun jour après disner, s'en aloit le roy -veoir une fois et estoient grant pièce ensemble, et aucune -fois se mettoient ensemble en une chambre tous seuls, où -il parloient de leur besoigne secrètement. Et tousjours s'en -aloit le roy soupper et gesir au bois et y disner aussi, et -ainsi se continua jusques au département de l'empereur, qui -fu le samedi, seiziesme jour dudit mois de janvier. Et le -jeudi devant, quatorziesme jour dudit mois, fist faire le -roy les dons à l'empereur et à ses gens, ainsi qu'il ensuit : -et pour ce que l'empereur s'estoit dementé par pluseurs -fois de veoir la couronne que le roy a faite faire, qu'il avoit -oï dire qui estoit très belle et riche, le roy la luy envoia, -pour veoir, à Beauté, et luy porta Giles Malet et Hennequin, -son orfèvre ; lequel la vist très-volentiers, et la tint et regarda -moult longuement par tout en y prenant grant plaisir. -Et quant il l'ot regardée à sa volenté, il dist que on la reméist -en sauf et que, somme toute, il n'avoit onques veu -tant de si noble né si riche pierrerie ensemble. Et le mercredi -devant, qui estoit le treiziesme jour de janvier, avoit -fait savoir le roy à l'empereur, que le jeudi dessus dit, féist -venir ses gens à Beauté. Et senti bien secrètement l'empereur -par le seigneur de La Rivière et ledit Giles Malet que -c'estoit pour leur faire dons, combien que l'empereur -s'excusast fort, en disant qu'il ne vouloit pas que le roy luy -donnast rien né à ses gens. Toutesvoies, pour acomplir la -volenté du roy, les manda querre audit jour. Si envoia le -roy celuy jeudi après disner ses frères, les ducs de Berri et -de Bourgoigne et le duc de Bourbon, le seigneur de la Rivière -et autres, ses chambellans et varlès de chambre, qui -portèrent les joyaux qui furent de par le roy donnés et -présentés à l'empereur et à son fils et à leurs gens ; et firent -les présens de par le roy à l'empereur, en sa chambre, lesdis -ducs, et aussi le firent à sondit fils, en la présence de l'empereur, -et furent les dons de l'empereur, tels comme il s'ensuit -après.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXII.</h3> - -<p class="section">Des riches dons que le roy de France donna à l'empereur et à -son fils et fist présenter.</p> - - -<p>En présentant les choses ci devisées, dist ledit duc de -Berri à l'empereur que le roy le saluoit et luy envoioit de -ses joyaux, tels que on savoit faire à Paris<a id="FNanchor_349" href="#Footnote_349" class="fnanchor">[349]</a>. C'est assavoir : -une coupe d'or de grant pris, garnie de pierrerie au pié et -au couvercle, et estoit toute très finement esmailliée de -l'espere du ciel où estoit figuré le zodiaque, les signes, les -planètes et estoilles fixes et leur images. Et aussi luy présenta -deux grans flacons d'or très noblement ouvrés, où estoient -figurés en images enlevés<a id="FNanchor_350" href="#Footnote_350" class="fnanchor">[350]</a>, comment saint Jacques -monstroit à saint Charlemaine le chemin en Espaigne par -révélacion ; et la façon d'un chascun desdis flacons estoit en -manière de coquille. Si luy dist ledit duc de Berri que pour -ce qu'il estoit pèlerin luy envoioit le roy des coquilles ; et -encore luy présenta un très bel grant hanap d'or, assis sur -un trépié garni de pierrerie, et aussi un gobelet et aiguière -d'or garni aussi de pierrerie, esmaillié très noblement.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_349" href="#FNanchor_349"><span class="label">[349]</span></a> Ces derniers mots sont principalement curieux.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_350" href="#FNanchor_350"><span class="label">[350]</span></a> <i>Enlevés</i>. Variante de Christine de Pisan, msc. 211, Suppl. franç., -<i>eslevés</i>. Je préfère la leçon de Charles V ; <i>enlevés</i> pour <i>relevés</i>, ou <i>en -relief</i>.</p> -</div> -<p>Item, luy présenta deux pos d'or, ouvrés à testes de -lyons. Et à son fils furent présentés un grant gobelet d'or -et aiguière de mesmes, deux grans pos d'or, où estoient os -fretelés<a id="FNanchor_351" href="#Footnote_351" class="fnanchor">[351]</a>, saphirs et perles ; et oultre ce, luy fu présenté une -très riche sainture d'or, tout au lonc garnie très richement -de pierrerie, laquelle valoit bien de six à huit mil francs -d'or, de quoy l'empereur mercia grandement le roy, et -aussi fist son fils. Et après vint l'empereur en l'alée devant -sa chambre, où tous ses princes, evesque, chancellier, chevaliers -et autres gens qui estoient venus avecques estoient, -et vit les dons que on leur fesoit et y estoit présent, lesquels -furent grans et honorables, comme plus à plain peut -apparoir en un rolle sur ce fait, auquel il sont plainement -et particulièrement déclairiés ; mais l'en s'en passe ci endroit -pour cause de briefté<a id="FNanchor_352" href="#Footnote_352" class="fnanchor">[352]</a>. Et bien sembla à tous et ainsi luy -monstrèrent que il se tenoient grandement satisfais et -contens du roy.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_351" href="#FNanchor_351"><span class="label">[351]</span></a> <i>Fretelés</i>. Dentelés, découpés.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_352" href="#FNanchor_352"><span class="label">[352]</span></a> « Après ensuivant, à tous les princes fu présenté vaisselle d'or et -d'argent si largement et à si très grant quantité que tous s'esmerveilloient. -Et tant qu'il n'y ot si petit officier de quelque estat qu'il fussent -qui de par le roy ne receussent présent, mais quoy et quels, se -passe la cronique pour cause de briefté. » (Christine de Pisan, <i>les faits -du roy Charles V</i>, 3<sup>e</sup> partie, chap. <small>XLV</small>.) On voit clairement par là que le -seul guide de Christine est, dans tout le récit du voyage de l'empereur, les -<i>Chroniques de Saint-Denis</i>, qu'elle a copié mot à mot quand elle ne l'a -pas très abrégé. L'on a donc eu tort de louer Christine d'une exactitude -dont elle auroit dû pour le moins avouer plus nettement la source.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXIII.</h3> - -<p class="section">Coment l'empereur, au retour de Saint-Mor à Beauté, mercia -le roy des riches présens qu'il avoit envoiés à luy et à son fils -le roy des Romains et à leur gens.</p> - - -<p>Le vendredi ensuivant, quinziesme jour dudit mois de -janvier qui estoit le jour de la feste Saint-Mor, ala l'empereur -à Saint-Mor en pèlerinage, et chanta l'evesque de -Paris, <i lang="la" xml:lang="la">Pontificalibus</i>, la messe devant luy. Et combien que -son disner feust prest de par le roy en ladite abbaye pour -luy, voult-il revenir disner à Beauté. Et après disner, le roy -vint le veoir, et moult fort mercia le roy des dons qu'il -avoit fais à luy et à son fils, le roy des Romains et à ses gens, -en luy disant que trop en avoit fait. Et après ce, l'empereur -et le roy se retraisrent en une garde-robe, emprès sa chambre, -et firent tout widier et parlèrent longuement ensemble -jusques bien sus le tart. Et lors se parti le roy, et l'empereur -le convoia jusques au dehors de ladite chambre et s'en vint -au giste au bois. Le samedi, seiziesme jour de janvier, disna -le roy plus matin qu'il n'avoit acoustumé, et l'empereur -encore plus matin, et après dormi l'empereur. Et le roy se -parti de son chastel du bois, acompaignié de grant foison de -seigneurs prélas et chevaliers pour convoier l'empereur, -car ainsi le voult-il faire : et vint si à point à l'hostel de -Beauté-sur-Marne, que l'empereur estoit levé et prest de -partir et soy mettre à chemin.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXIV.</h3> - -<p class="section">Des aneaux que le roy et l'empereur s'entredonnèrent, et coment -l'empereur et le roy pristrent congié l'un de l'autre amiablement -et piteusement, et de ceux qui convoièrent ledit empereur.</p> - - -<p>Quant le roy fu en la chambre dudit empereur qui l'attendoit, -l'empereur vint à luy et prist en son doigt et luy -donna un anel où il avoit un ruby, et un autre anel où il -avoit un diamant, et les donna au roy par belles paroles en -très grant amistié. Et le roy tantost prist un très riche -diamant gros qu'il avoit en son doigt, et le donna par pareille -manière à l'empereur. Et là devant tous s'entreacolèrent -et baisièrent et se partirent tantost et vindrent ensemble -en la court, le roy pour monter à cheval, et l'empereur -dans sa litière, laquelle le roy luy avoit donnée atelée -de trois très beaux mulés, et ainsi alla l'empereur, et chevaucha -le roy encoste luy et grant multitude de gens hors -dudit hostel aux champs, jusques près l'hostel de Plaisance<a id="FNanchor_353" href="#Footnote_353" class="fnanchor">[353]</a> : -et avecques le roy et en sa compaignie estoient -les princes dessus dis, excepté le duc de Bar qui le jour devant -estoit parti par le congié du roy ; et les prélas tous -ceux qui par avant y avoient esté, et d'abondant l'arcevesque -de Ravenne y estoit qui de nouvel y estoit venu. -Le prévost de Paris, le Chevalier du guet, le prévost des -marchans et les échevins et les gens de la ville estoient -devant aux champs qui estoient venus pour convoier l'empereur ; -et chevauchièrent devant, et assez près de la maison -de Plaisance pristrent l'empereur et le roy congié d'ensemble. -Et plus tost s'en fu retourné le roy sé il eust voulu -croire l'empereur qui souvent luy disoit et fesoit dire que -il s'en retournast ; et au prendre congié l'empereur et le -roy plourèrent si que les gens l'apercevoient bien, et à -grant paine porent parler ensemble, mais il s'entrepristrent -par les mains et ainsi se départirent. Et le roy s'en retourna -au bois, et les ducs de Berri, de Bourgoigne et de Bourbon -se en alèrent avec l'empereur, et le roy des Romains retourna -et convoia une pièce le roy, et puis prist congié de -luy, et aussi firent les princes et ducs qui en la compaignie -de l'empereur estoient venus. Avec l'empereur alèrent lesdis -frères du roy et le menèrent à Laigny-sur-Marne, où il -ala au giste ; et l'endemain aussi alèrent avec luy à Meaux, -et aux deux villes dessus dites fu honorablement receu et -fait présens, comme ès autres villes dessus escriptes luy fu -fait à son venir. Et celuy dimenche, dix-septiesme jour dudit -mois, qu'il fu à Meaux, se parti de l'hostel de l'evesque -où il estoit logié et vint au marchié de Meaux soupper luy -et son fils et de ses princes, avecques les ducs de Berri et de -Bourgoigne, frères du roy, en leur hostel, où il fu grandement, -prestement et honorablement receu et servi, luy et -toutes ses gens, combien que pou d'espace eussent eu les -frères du roy à savoir sa venue.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_353" href="#FNanchor_353"><span class="label">[353]</span></a> <i>Plaisance</i>. Tout près de Vincennes.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXV.</h3> - -<p class="section">Coment l'empereur se partist de Meaux, et pristrent de luy -congié les frères du roy qui l'avoient convoié eux et pluseurs -autres seigneurs.</p> - - -<p>Le lundi ensuivant, se parti de Meaux ledit empereur et -son fils le roy des Romains, et les convoièrent lesdis frères -du roy bien une lieue au-delà de la ville ; et pristrent congié -de luy et s'en revindrent devers le roy. Et n'est pas à -oublier que l'empereur de son propre mouvement, en la -faveur du roy et de son fils ainsné le daulphin, ordena et -fist son lieutenant et vicaire-général au royaume d'Arle ledit -daulphin, et voult que ce feust à la vie dudit daulphin inrévocablement. -Et sur ce fist ses lettres scellées en or en si -grant et plain povoir comme faire se peust, et come autrefois -n'a esté acoustumé. Et semblablement le fist son lieutenant -et général-vicaire par unes autres lettres scellées semblablement -et à pareil povoir audit daulphin, fiefs et arrière fiefs -et tenement quelconques sans riens excepter ; et luy baillia -et donna le chastel de Pouppet<a id="FNanchor_354" href="#Footnote_354" class="fnanchor">[354]</a> sus Vienne, et une autre -maison en ladite ville appellée Chavaux. Et aussi l'aagea et -suppléa toutes choses qui par deffaut d'aage povoient -donner empeschement audit daulphin pour ses graces et -gouvernement obtenir. Et pour ces choses faire et autres au -plaisir et proffit du roy et de ses enfans, laissa son chancellier -à Paris, trois ou quatre jours après son département, -pour en délivrer et séeller les lettres.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_354" href="#FNanchor_354"><span class="label">[354]</span></a> <i>Pouppet</i>. Variante du msc. 9622, <i>Pompet-sur-Vienne</i>, c'est-à-dire -sans doute au-dessus de <i>Vienne</i>, comme l'indique la ligne suivante. Christine -de Pisan écrit <i>Pompet en Vienne et un aultre lieu appellé Cheneaulx</i>. Il -s'agit ici du fameux château de Vienne <i lang="la" xml:lang="la">Pompeiacum</i>, aujourd'hui <i>Pipet</i>.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXVI.</h3> - -<p class="section">Les chemins que l'empereur fist en alant hors du royaume de -France.</p> - - -<p>Après s'ensuit le chemin que l'empereur tint en son retour -par l'ordonnance du roy jusques hors de son royaume. -Au partir de la cité de Meaux vint au giste à Gandelus, et -là ot présens comme ès autres villes. De là fu le mardy dix-neuviesme -jour de janvier à Chastel-Tierry, où le roy fist -le lieu qui est sien bien appareillier et ordener pour sa -venue ; et là fu gouverné par ses officiers en sales, en chambres -et en toutes choses, comme en tous les autres hostels -du roy a esté. Et estoient en sa compaignie, de par le roy, -le seigneur de Coucy, les contes de Sarebruche et de Braine ; -le seigneur de La Rivière et Jehan Lemercier, lesquels -tous ou la plus grant partie l'acompaignèrent et conduirent -jusques hors du royaume, et fu son chemin de Chastel-Thierry -à Reims, de Reims à Mouson, sans les gistes d'entre -deux. Et en chascuns lieux a eu présens, aussi bien ès plates -villes comme ès cités, et partout honorablement et grandement -receu et festoié, comme il fut à son venir. Et est -assavoir que toute la despense que luy et ses gens ont faite -à Paris en hostelleries, le roy a tout fait paier et deffraier ; -et semblablement tous les dons qui valent bien deffraiment, -puis qu'il entra au royaume jusques il en a esté hors, combien -que au nom des villes a esté fait, a esté tout au frais -et despense du roy.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXVII.</h3> - -<p class="section">Des lettres de l'empereur que son chancellier bailla au daulphin, -contenans les choses dessus dites.</p> - - -<p>Alors quant le roy fu retourné à Paris, le chancellier de -l'empereur aporta au daulphin qui estoit devers le roy et -lui présenta les lettres séellées des graces que l'empereur -luy avoit faites, de quoy il mercia l'empereur. Et envoia -après ledit chancellier en son hostel un bel hanap d'argent -très bien doré pesant vingt mars, et dedens avoit mil -francs d'or comptés que ledit daulphin luy donna pour la -peine qu'il avoit eue de sa besoigne.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXVIII.</h3> - -<p class="section">Comment la royne de France enfanta une fille en l'ostel de -Saint-Pol à Paris, laquelle fu nommée Catherine.</p> - - -<p>Le jeudi quart jour de février ensuivant mil trois cens -septante-sept dessus dit, la royne de France ot une fille en -l'ostel du roy, emprès Saint-Pol à Paris ; et l'endemain, jour -de vendredi, fu baptisée en ladite églyse de Saint-Pol, par -messire Aymeri de Maignac, evesque de Paris. Et fu -parrain le prieur de Sainte-Catherine du Val-des-Écoliers -de Paris, et marraine une damoiselle qui aidoit à dire les -heures à ladite royne appellée damoiselle Catherine de -Villiers. Et fu ce fait par dévocion que ladite royne avoit à -madame Sainte-Catherine, et fu ladite fille appellée Catherine.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXIX.</h3> - -<p class="section">Du trespassement de madame Jehanne de Bourbon, royne de -France, et de son noble appareil.</p> - - -<p>Le samedi ensuivant, sixième jour dudit mois de février, -environ dix heures après midi, ladite royne trespassa de ce -siècle audit hostel de Saint-Pol, dont le roy fu moult troublé -et longuement ; et si furent moult d'autres bonnes personnes : -car il s'entreaimoient tant comme loiaux mariés -peuvent amer l'un l'autre. Si fu gardée audit hostel, pour -ce que l'ordenance de son enterrement peust estre faite -convenablement, jusques au dimenche quatorziesme jour -ensuivant. Et cependant chascun jour à matin l'en chantoit -messes audit hostel, et après disner vigiles de mors. Auquel -jour de dimenche après disner, le corps fu porté notablement -sur un beau lit noblement aourné et couvert de biaux -draps d'or sur le blanc, et un biau poille d'or vermeil sur -quatre lances que le prévost des marchans de Paris et les -eschevins portoient. Et les seigneurs de parlement estoient -environ le lit où le corps gisoit, et tenoient le poille qui -estoit sur le lit, tout autour, si comme il est acoustumé à -faire aux roys et roynes de France. Et sur le visage de ladite -royne avoit un cuevre chef si délié que tout plainement on -véoit le visage parmy, et avoit en sa main dextre un petit -baston d'or ouvré par dessus en la façon d'une rose, et en -l'autre main avoit un ceptre, et estoient en la compaignie -tous les collèges et les ordres de Paris mendians, et tous les -gens notables qui estoient lors à Paris, prélas et autres, et -quatre cens torches devant, chascune de six livres. Et après -le corps aloient à pié le duc de Bourbon, frère de ladite -royne, et pluseurs autres du lignage du roy, tous vestus de -noir.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXX.</h3> - -<p class="section">Coment le corps de la royne fu porté à Nostre-Dame de Paris -et l'endemain à Saint-Denis en France à grant honneur.</p> - - -<p><a id="FNanchor_355" href="#Footnote_355" class="fnanchor">[355]</a>Ainsi fu portée jusques à l'églyse Nostre-Dame de Paris, -et là fu mis le corps au cuer d'icelle églyse, dessoubs une -moult notable chapelle de bois couverte de cierges ; et -autour de la nef de ladite églyse avoit quatre cent torches -du pois de celles qui avoient esté portées à convoier le -corps, et environ le corps avoit tousjours, tant à porter -le corps comme en l'églyse, treize grosses torches que portoient -treize varlès de chambre du roy. Et tantost furent -vespres et vigilles de mors commenciées, et fist le service -en ladite églyse de Paris l'evesque de Paris ; et tous les -autres prélas, tant arcevesques comme evesques et abbés, -furent revestus avecques leur mitres et leur crosses, et -estoient seize prélas, dont les evesques de Laon et de Beauvais -tenoient cuer. Et furent toutes les leçons et vigiles dites -par prélas, et là estoit présent monseigneur Phelippe d'Alençon, -patriarche de Jhérusalem et arcevesque d'Aux, -lequel n'estoit pas revêtu en habit pontifical, mais estoit -en chappe romaine avec les autres seigneurs du lignaige -du roy : et furent tant à convoier le corps que à vigiles la -royne Blanche, la contesse d'Artois et la duchesse d'Orliens, -et aussi la niepce du roy, fille du duc de Berry et femme -de Amé de Savoie, fils du conte de Savoie, et pluseurs autres -dames et demoiselles, tant de l'ostel de ladite royne trespassée -que autres.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_355" href="#FNanchor_355"><span class="label">[355]</span></a> Le msc. de Charles V reproduit ici d'une manière intéressante ce -convoi funèbre dans une grande miniature.</p> -</div> -<p>Le lundi ensuivant, quinziesme jour dudit mois environ -prime, fu moult solempnellement la messe dite en -l'église de Paris par ledit evesque de Paris, présens ceux -qui avoient esté à vigiles. Et tantost que la messe fu dicte, -le corps fu levé et mis à chemin pour porter à Saint-Denis, -par la manière qu'il avoit esté aporté en ladite églyse de -Paris, accompagnié de ceux qui y avoient esté le dimenche. -Et y avoit quatre cent torches nouvelles, car les autres -quatre cens qui avoient esté portées à Nostre-Dame y -demourèrent et tout l'autre luminaire, et aussi y ot treize -grosses torches nouvelles que treize varlès de chambre du -roy portèrent, lesquelles quatre cent treize torches furent -portées avec le corps jusques à Saint-Denis. Et après le corps -alèrent tousjours à pié lesdis duc de Bourbon, le patriarche -et autres seigneurs du lignaige du roy, et moult grant -compaignie tant des officiers du roy comme d'autres. Et -encontre le corps vindrent à procession l'abbé et les religieux -de Saint-Denis dessoubs jusques oultre la place du -Lendit. Et quant le corps fu au cuer de l'églyse de Saint-Denis -une belle chapelle de bois, l'en commença le service -de mors, et y furent prélas revestus en la manière qu'il -avoient esté en l'églyse de Paris, et les deux evesques de -Laon et de Beauvais qui tenoient cuer, et l'arcevesque de -Rains faisoit le service. Et là avoit moult grant luminaire -sur ladite chapelle et environ le cuer de l'églyse, de grant -quantité de cierges comme de quatre cens torches toutes -nouvelles et treize grosses torches que les treize varlès de -chambre tenoient environ le corps ; et furent auxdites vigiles -tous les seigneurs et dames dont dessus est faicte mencion.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXXI.</h3> - -<p class="section">Coment le corps de la royne fu enterré à Saint-Denis et son -cuer aux Cordeliers de Paris.</p> - - -<p>Le mardi ensuivant, seiziesme jour dudit mois de février, -fu la messe dite à Saint-Denis par l'arcevesque de Rains, -et fu diacre et dist l'évangile l'evesque de Noyon, et l'evesque -de Lisieux fu sous-diacre et dist l'épistre. Et furent -tant arcevesques comme evesques et abbés dix-neuf crosses. -Et après la messe dite, le corps fu enterré en une chapelle -de ladite églyse de Saint-Denis qui est au costé destre du -grant autel, près de la porte par laquelle l'en entre au -cloistre, emprès les degrés par lesquels on monte aux corps -sains, laquelle chapelle ledit roy Charles avoit fondée. Le -mercredi ensuivant dix-septiesme jour dudit mois, après -disner, furent vigiles dites en l'églyse des frères Meneurs, -à Paris, et là furent la royne Blanche, la contesse d'Artois, -la duchesse d'Orliens et pluseurs autres grans dames, et -aussi les prélas qui avoient esté à Saint-Denis ; le duc de -Bourbon, monseigneur Phelippe d'Alençon, patriarche de -Jhérusalem, et grant foison d'autres grans seigneurs. Le -jeudi au matin ensuivant fu la messe dite, et après la messe -fu le cuer de la royne enterré devant le grant autel de -l'églyse desdis frères Meneurs, à la destre partie.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXXII.</h3> - -<p class="section">Coment les entrailles de ladite royne furent enterrées solempnelment -en l'églyse des Célestins.</p> - - -<p>Le vendredi ensuivant, après disner, furent tous les seigneurs -et dames dessusdis aux Célestins de Paris, et là, en -l'églyse, furent dites vigiles. Et le samedi ensuivant la messe -et après la messe furent les entrailles enterrées devant le -grant autel de ladite églyse ; et tant auxdis frères Meneurs -quant le cuer fu enterré comme aux Célestins, à la messe -et aux vigiles ot très-grant luminaire, tant de torches -comme de cierges alumés sur chascune des chapelles de -bois estant au milieu du cuer, tant de l'une desdites églyses -comme de l'autre, et moult beaux draps d'or sur les -sépultures, tant dudit cuer comme des entrailles. Et à -chascun desdis trois enterrages qui furent fais, furent donnés -à toutes personnes qui y vouldrent aler, à chascune -personne à chascune fois quatre deniers parisis de bonne -monnoie courant lors.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXXIII.</h3> - -<p class="section">Du trespassement de madame Ysabel, fille du roy, et de son -enterrement.</p> - - -<p>Le mardi ensuivant, qui fu le vint-troisiesme jour dudit -mois de février, en l'ostel du roy emprès Saint-Pol à Paris, -trespassa madame Ysabel, fille desdis roy et royne. Et le -jeudi ensuivant fu enterrée en l'églyse de Saint-Denis, en -la chapelle où la royne voit esté enterrée.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXXIV.</h3> - -<p class="section">Coment les messaigiers commis à traictier de la paix du roy de -France et de celuy d'Angleterre recommencièrent.</p> - - -<p>En iceluy mois de février, se remistrent sus les traictiés -entre les roys de France et d'Angleterre, par le moien des -deux arcevesques de Rouen et de Ravenne, messaiges du -pape ; et envoièrent lesdis roys leur messaiges à Bruges -pour traictier de la paix entre lesdis roys.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXXV.</h3> - -<p class="section">Du trespassement du pape Grégoire XI, et de la fouldre -qui chéi.</p> - - -<p>Le samedi au soir, vint-septiesme jour du mois de mars -ensuivant, pape Grégoire qui estoit alé à Rome, si comme -dessus est escript, trespassa de ce siècle en ladite cité de -Rome au palais Saint-Pierre. Et le mardi, sixiesme jour du -mois d'avril ensuivant mil trois cent septante-sept avant -Pasques, car Pasques ensuivant furent le dix-huitiesme -jour d'avril, au conclave qui estoit ordené par les cardinaux -pour faire l'éleccion de l'autre pape et auquel il -devoient entrer l'endemain, chéi la fouldre et rompi et despéça -deux des loges ordenés pour deux des cardinaux. Et -l'endemain, jour de mercredi septiesme jour dudit mois, -entrèrent les cardinaux qui lors estoient à Rome audit -conclave, et en celuy temps en avoit encore six à Avignon qui -point n'estoient alés à Rome avec ledit pape. Et par ce -que dessus est dit, puet apparoir que ledit pape Grégoire -qui, si comme dessus est escript, fu esleu en pape le trentiesme -jour de décembre mil trois cent septante, ne régna -pape que sept ans, et tant comme il a du trentiesme jour -de décembre au vint-septiesme jour de mars.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXXVI.</h3> - -<p class="section">Coment, par la grace de Dieu, furent révélées au roy de France -pluseurs traïsons contre luy machinées à faire par le roy de -Navarre.</p> - - -<p>L'an dessusdit mil trois cent septante-sept, au mois de -mars, furent envoiées lettres au roy de France par aucuns -grans seigneurs, esquelles estoit contenu que le roy de -Navarre avoit conceu et machiné de faire empoisonner ledit -roy de France ; et que un appelé Jaquet de Rue, chambellan -dudit roy de Navarre, lequel ledit roy de Navarre -envoioit lors en France en la compaignie de messire Charles -de Navarre, son ainsné fils, savoit ces choses et pluseurs -autres mauvaistiés conceues par ledit roy de Navarre contre -ledit roy de France. Et pour celle cause ledit roy de -France fist prendre ledit Jaquet de Rue et emprisonner par -ceux qui le pristrent. Et par iceux qui le pristrent fu trouvé -en un des coffres dudit Jaquet un petit roole de mémoires -dont ci-après sera faite mencion ; et après fu ledit Jaquet -examiné par le commandement du roy de France, lequel -confessa ce que ci-après suit :</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXXVII.</h3> - -<p class="section">Ci-après s'ensuit la confession Jaquet de Rue, chambellan du -roy de Navarre.</p> - - -<p><a id="FNanchor_356" href="#Footnote_356" class="fnanchor">[356]</a>Jaquet de Rue, escuier-chambellan du roy de Navarre, -pris du commandement du roy de France, et amené -prisonnier à Corbueil par Jehan de Rosay, huissier d'armes, -et par Guillaume de Rosay, escuier d'escurie du roy nostre -sire, frères, le vint-cinquiesme jour de mars mil trois cent -septante-sept, a dit et confessé de sa pure volenté, sans contrainte, -présens monseigneur le chancelier de France, le -sire de La Rivière, messire Nicolas Braque, messire Estienne -de la Granche, président en parlement ; messire -Pierre de Bournaseau et maistre Jehan Pastourel, conseilliers -du roy nostre sire ; le prévost de Paris et Jehan de -Vaudetar ; que les mémoires contenus en une cédule qui -a esté trouvée en un de ses coffres sont vrais, lesquels mémoires -le roy de Navarre luy fist baillier par Guillaume -Planterose, son trésorier, né de la conté de Longueville en -Caux, pour les faire mettre à exécucion en la manière qui -s'ensuit :</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_356" href="#FNanchor_356"><span class="label">[356]</span></a> Ce grand et important chapitre est inédit. Dans les éditions précédentes -et dans la plupart des manuscrits, il a été retranché. Dans le beau -manuscrit de la <i>Continuation de Nangis</i>, n<sup>o</sup> 8298-3, on a lié le commencement -de la confession de Jaques de Rue à la fin de celle de Pierre du -Tertre, et l'on a supprimé l'intermédiaire. Christine de Pisan, après -avoir raconté cet événement d'une manière fort concise, ajoute : « Qui -plus en voudra savoir, trouver le pourra assés près de la fin où les -chroniques de France traittent dudit roy Charles, après le trespassement -de la royne. » (Liv. <small>III</small>, chap. 51.)</p> -</div> -<p>C'est assavoir « que par le conseil de maistre Pierre du -Tertre, de Ferrando d'Ayens, de messire Michel Sanches, -capitaine d'Avranches, du prieur de Pampelune, de Gomins -Lorens et dudit Jaquet, l'en envoie ledit Gomins Lorens et -Jehan Dupré, clerc dudit maistre Pierre, en Angleterre le -plus tost que l'en pourra, pour faire les choses qui s'ensuivent :</p> - -<p>» Premièrement, que l'en renvoie les traictiés qui furent -commenciés entre le roy d'Angleterre et le roy de Navarre, -au temps que ledit roy de Navarre fu en Angleterre, avant -qu'il venist devers le roy à Vernon, lesquels ledit maistre -Pierre du Tertre a pardevers luy ; et que l'en en preingne, -par son conseil, ce qui sera bon pour traictier de nouvel. -Et scet bien, ledit Jaquet, que par la teneur desdis traictiés, -le roy de Navarre devoit faire guerre en chief de luy et de -ses forteresses et de son païs contre le roy de France. Et pour -ce, le roy d'Angleterre accordoit faire baillier audit roy de -Navarre Lymoges et Lymosin et les chasteaux du Melle, -de Chiset et de Chivray, que le duc d'Orliens tint en Poitou, -et un grant somme d'argent pour une fois, ne se recorde -pas quelle. Et le roy de Navarre devoit baillier audit roy -d'Angleterre pour seurté, à tenir pour trois ans, quatre de -ses forteresses ; c'est assavoir Nogent-le-Rotrou, Nonancourt -et deux autres, ne se remembre pas lesquelles, et -devoient être mises en la main du conte de Salesbury. Mais -avant que le traictié feust parfait, le chancelier du prince -et monseigneur Regnaut Sauvage empeschièrent le traictié, -pour ce que ledit prince ne vouloit pas que l'en luy baillast -lesdis païs et forteresses qui estoient siennes.</p> - -<p>» Item, que l'en traicte les meilleurs aliances que l'en -pourra avec le roy d'Angleterre contre le roy de France : et -que l'en traicte par lesdites aliances le mariage de l'une -des filles du roy de Navarre et du roy d'Angleterre, et le -mariage du fils de Lencastre et de l'une des filles dudit roy -de Navarre, ou du conte de Mortaing et de l'héritière du -duchié de Lencastre.</p> - -<p>» Item, que l'en traicte que les terres de Bayonne, de -Soble et de Labourt, soient baillées audit roy de Navarre -siennes à héritage, et qu'il soit lieutenant et garde de Bordeaux -et d'Aix et des parties d'environ, pour et au nom du -roy d'Angleterre ; et qu'il facent guerre, l'un pour l'autre, -contre le roy de France ; et que, pour ce, soit ledit roy -d'Angleterre tenu de baillier audit roy de Navarre certaine -somme de gens d'armes et d'argent la plus grant que l'en -pourra et tout ce que ses gens en pourront traire ; et que -nuls desdis roys ne puisse sans l'autre faire paix audit roy -de France. Et combien que ledit roy de Navarre fist demander -audit roy d'Angleterre comme dit est, toutesvoies estoit -l'entencion dudit roy de Navarre que, au cas que le roy -d'Angleterre ne la luy vouldroit baillier, que ce nonobstant -l'en procédast avant ès dites aliances.</p> - -<p>» Item, que l'en accorde de baillier audit roy d'Angleterre, -pour tenir ces choses fermes et pour seurtés, les chasteaux -et villes de Nogent-le-Roy, d'Anet, d'Ivry et de Nonancourt.</p> - -<p>» Item, que l'en traicte aliances entre le duc de Lencastre -et ledit roy de Navarre pour le fait contre le roy d'Espaigne, -et que, par ledit traictié, ledit duc de Lencastre soit tenu -de envoier au roy de Navarre certaine quantité de gens -d'armes, le plus que l'en pourra avoir. »</p> - -<p>Et le trentiesme jour de mars ensuivant, en Chastellet à -Paris ; présens monseigneur le chancelier ; lesdis messire -Nicolas Braque, messire Estienne, messire Pierre, maistre -Jehan Pastorel et le prévost de Paris et Giles Malet, dist -ledit Jaquet que en ce caresme a quatre ans, en la fin de -la chevauchiée que le duc de Lencastre fist par le royaume -de France auquel temps se devoient conduire certains -traictiés de paix d'entre le roy d'Espaigne et ledit roy de -Navarre, iceluy roy de Navarre vint devers ledit duc de -Lencastre et luy requist entre les autres choses que il luy -voulsist aidier à ce que il ne luy convenist pas prendre si -deshonnorable traictié comme il avoit avecques ledit roy -de Castelle, et que au moins luy voulsist aidier d'un nombre -de ses gens, et il paieroit les gaiges et prendroit l'aventure -de luy faire guerre. Et en ce temps ledit roy de -Navarre fist parler de aliances et amistiés avoir avec Pierre -Menric Adelentado de Castelle, pour estre avecques luy -contre ledit roy d'Espaigne au cas qu'il y eust guerre ; et -dit que à un jour en celuy temps ledit Pierre Jehan Perisdillo -et Jehan Sanchis, capitaine de Trevignon, escuiers et -familliers dudit prince et autres jusques au nombre de six -de sa partie, et feu Radigo et ledit Jaquet, Mahiet de -Quoquerel, Sancho Lopès et autres deux personnes de la -partie du roy de Navarre, furent ensemble sur les champs, -entre le Grouing et Vienne, pour accorder lesdites aliances ; -et là ledit Pierre accorda estre de la partie du roy de Navarre -contre le roy de Castelle, mais que il feust puissant -de luy faire guerre. Et accorda baillier au roy de Navarre -en ce cas son lieu de Trevignon, et le Grouing que il gardoit -pour le roy de Castelle. Et le roy de Navarre luy promist -donner certains terres et lieux en son royaume de Navarre, -et à deux frères qu'il avoit lors autres héritages ou rentes. -Mais pour ce que ledit duc de Lencastre n'ayda point -au roy de Navarre, ce qu'il avoient accordé d'une partie et -d'autre ne se mist point à effet ; et depuis a ledit roy de -Navarre donné rente audit Pierre Menric et à ses deux -escuiers ; c'est assavoir audit Pierre cinq cens florins de -rente et à chacun desdis escuiers cent florins ; de laquelle -rente il ont été et sont encore bien paiés. Et pour ce, pense -ledit Jaquet, sé ledit roy de Navarre avoit guerre audit roy -de Castelle, que ledit messire Pierre y seroit de sa partie -de tout son povoir ; mais que ledit roy de Navarre eust -grant povoir et grant effort.</p> - -<p>» Item, que l'en advise ledit maistre Pierre de tenir au -long le plus qu'il pourra et par bonne manière les traictiés -du roy de France et du roy de Navarre ; soit par laissier -les drois royaulx par eschanges de terre ou vendicion de -Montpellier, et par autres voies qui meilleurs les saura trouver, -afin que le roy de Navarre peust avoir meilleur loisir -de faire son traictié et ses aliances avec le roy d'Angleterre -et que le roy de France ne s'en apparceust<a id="FNanchor_357" href="#Footnote_357" class="fnanchor">[357]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_357" href="#FNanchor_357"><span class="label">[357]</span></a> Le manuscrit de Charles V porte ici : <i>Nota</i>.</p> -</div> -<p>» Item, que messire Charles de Navarre, si tost qu'il sera -en France, au plus tost que faire se pourra et par bonne -manière, face que il ait Nogent en sa main et y mette -gens de qui il se pourra aidier au besoin, et ès autres forteresses -par semblable manière où il verra qu'il sera à faire -par le conseil de ses gens.</p> - -<p>» Item, que l'en advise par bonne manière de vendre -Montpellier, quant l'en sera à accort des aliances dudit roy -de Navarre et du roy d'Angleterre pour faire guerre audit -roy de France, avant que ladite guerre soit ouverte et non -autrement : et le vouloit ainsi ledit roy de Navarre, pour -ce qu'il ne l'eust pu tenir en temps de guerre.</p> - -<p>» Item, que l'en face retourner en Navarre le conte de -Mortaing le plus tost que l'en pourra ». Et tient ledit Jaquet -que c'est pour ce que ledit roy de Navarre ne vouldroit -pas que ses deux fils feussent ensemble par deçà. « Et aussi -que l'en renvoie devers le roy de Navarre ledit Jaquet le -plus tost que l'en pourra avec toutes nouvelles, c'est assavoir -de ce qui auroit esté fait des choses contenues en ladite -cédule et des autres choses sé elles entrevenoient.</p> - -<p>» Item, que on die audit maistre Pierre que il extraie -desdis traictiés pieça commenciés entre le roy de Navarre -et le roy d'Angleterre, les articles qui bons lui sembleront, -et seront envoiés en Navarre, afin d'estre plus aisiés, sé les -messages du roy d'Angleterre y aloient.</p> - -<p>» Item, que l'en advise<a id="FNanchor_358" href="#Footnote_358" class="fnanchor">[358]</a>, au cas que l'on auroit la guerre -avecques le roy de France, de prendre trois ou quatre forteresses -sur les ennemis ; c'est assavoir sur le roy de France -et sur ses subgiés, avant qu'il se donnent garde de celles -qu'il peussent avoir plus tost prises, feust sur la rivière de -Saine ou ailleurs. » Et dit ledit Jaquet que tous les mémoires -dessus dis nomma le roy de Navarre de sa bouche à Guillaume -Planterose son trésorier, qui les escript de sa propre -main, présent ledit Jaquet, et se charga ledit Jaquet de les -apporter par deça pour en parler audit maistre Pierre et aux -autres dessus nommés au premier article, et les faire mettre -à exécucion : et les sceurent bien Ferrando d'Ayens et -Guiot d'Arcies, et non autres.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_358" href="#FNanchor_358"><span class="label">[358]</span></a> <i>Nota</i>. (Msc. de Charles V.)</p> -</div> -<p><a id="FNanchor_359" href="#Footnote_359" class="fnanchor">[359]</a>Dit oultre et confesse ledit Jaquet que le roy de Navarre -n'aime point le roy de France, né n'ot onques bonne -amour à luy, quelques belles paroles qu'il lui ait dictes -né quelque bel semblant qu'il lui ait fait ; mais a tousjours -tendu par toutes les manières qu'il a peu à lui faire grief et -dommage, et sé il povoit et véoit sa keue reluire il mectroit -volentiers peine à sa destrucion.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_359" href="#FNanchor_359"><span class="label">[359]</span></a> <i>Nota</i>. (Id.)</p> -</div> -<p>Dit avecques que environ a huit ans, le roy de Navarre -prist et retint avecques luy un phisicien qui demouroit à -l'Estoille en Navarre, bel homme et jeune et très-grant clerc -et subtil appellé maistre Angel<a id="FNanchor_360" href="#Footnote_360" class="fnanchor">[360]</a>, né du pays de Chypre, et -luy fist moult de biens et luy parla entre les autres choses de -empoisonner le roy de France, en disant que ce estoit l'omme -du monde que il haioit plus ; et luy dist que sé il le povoit -faire, il luy en seroit bien tenus et luy recompenseroit bien. -Et tant fist que ledit phisicien luy octroya de le faire ; et devoit -estre fait par boire ou par mangier ; et devoit venir -ledit phisicien en France pour ce exécuter, et pensoit ledit -roy de Navarre que le roy de France préist plaisir en luy, -pour ce qu'il parloit bel latin et estoit moult argumentatif, -et que, par ce, eust entrée souvent devers luy, par quoy eust -oportunité de faire son fait. Et ledit roy de Navarre qui -avoit grant désir à ce que la besoigne s'avançast le pressa -moult du faire. Et quant ledit phisicien se vist ainsi pressié -si qu'il convenoit qu'il le féist ou se partisist de sa compaignie, -il s'en ala et s'en parti, né onques puis ne fu devers -luy, et a bien sept ans ou environ qu'il s'en parti : et tenoit-l'en -en Navarre que il estoit noié en la mer. Et ce scet ledit -Jaquet, parce que ledit roy de Navarre mesme le lui dist. -Et dit aussi ledit Jaquet que ledit roy de Navarre est encore -en volenté et propos de faire empoisonner le roy de -France, et a ordené et disposé le faire par un sien varlet de -chambre qui souloit estre de sa paneterie, et est appellé -Drouet de la Paneterie et est de Beauvoisin, et a un sien -cousin qui sert le roy en sa cuisine ou en la fructerie ; lequel -Drouet le roy de Navarre doit envoier pardevers messire -Charles son fils, soubs ombre d'autres besoignes ; mais pour -cette besoigne se doit traire devers ledit Jaquet dedens -Pasques prochaines ou la quinzaine ensuyvant. Et après -doit venir son dit cousin, et par l'acointance d'iceluy cousin -doit repairier en l'ostel du roy, et par ainsi doit procéder -à mettre à exécucion son fait, et se doit faire par mengier ; -et a faite les poisons une juive qui demeure en Navarre. -Et a espérance ledit Drouet que son dit cousin soit -de son aide en ce fait. Et ces choses scet ledit Jaquet parce -que le roy de Navarre mesme les luy dist, environ quinze -jours après que monseigneur Charles son fils se fu naguères -parti de luy ; car ledit Jaquet demoura tant devers luy -après le partir des autres : et aussi les luy dist ledit Jaquet<a id="FNanchor_361" href="#Footnote_361" class="fnanchor">[361]</a>, -et est un peu grosset sans barbe de l'aage d'environ vingt-huit -ans ou trente.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_360" href="#FNanchor_360"><span class="label">[360]</span></a> <i>Nota</i>. (Id.)</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_361" href="#FNanchor_361"><span class="label">[361]</span></a> <i>Jaquet</i>. Il doit y avoir ici faute du copiste. Lisez <i>Drouet</i>, comme -dans le manuscrit de la <i>Continuation de Nangis</i>, n<sup>o</sup> 9622 (f<sup>o</sup> 204, v<sup>o</sup>).</p> -</div> -<p>Dit oultre que pour ce que le roy de Navarre senti que -feu Guerart Malsergent, qui estoit son bailly d'Evreux, avoit -acointance au roy nostre sire et qu'il estoit son bienvueillant, -il ordena et manda à maistre Pierre du Tertre que il -le féist mourir, et vouloit que il mourut ès ténèbres devant -Pasques. Mais pour ce que l'en failli à le tuer en ténèbres, -ledit maistre Pierre, si comme il oï dire, le fist murdrir -ès feries de Paques ensuivant, à l'entrée d'une nuit en -pleine rue, et fu fait, environ a six ans ; ainsi l'a oï dire -ledit Jaquet et le tenir communelment.</p> - -<p>Dit avec ce, que passés sont sept ans ou environ, avant que -le roy de Navarre venist devers le roy de France à Vernon, -iceluy roy de Navarre cuida faire prendre Meullen par -devers le costé de Chartain, et fu ordené de mettre cinquante -hommes d'armes Navarrois en embusche assez près -de la porte pour y entrer tantost que la porte se ouverroit : -et en estoient capitaines Bernadon d'Espelot et un autre -Navarrois. Et aussi fu ordené de mettre en une autre place -assez près d'ilec, deux cens hommes d'armes dont Saint-Julien -estoit capitaine, pour venir conforter les autres cinquante -dessus dis quant il seroient entrés dedens, et pour -tout avitaillier le lieu, si que il le peussent tenir contre le -roy ; mais celle journée, la porte de celle partie ne se ouvri -pas, et ainsi fu ladite emprise de nul effet, et le scet parce -qu'il fu au conseil de ces choses.</p> - -<p><a id="FNanchor_362" href="#Footnote_362" class="fnanchor">[362]</a>Dit oultre que, environ Noel derrenièrement passé -ot trois ans, monseigneur Phelippe d'Alençon, qui fu -arcevesque de Rouen, envoia devers ledit roy de Navarre, -et lui fist savoir que volentiers s'alieroit avecques -luy contre le roy de France. Et lors ledit roy de Navarre -renvoia devers ledit arcevesque Sancho Lopez et ledit -Jaquet, pour savoir et lui rapporter plus clerement de -son entencion et volenté. Et dit que ledit arcevesque leur -dist que volentiers s'alieroit avecques luy par la manière -que dit est ; et que combien qu'il fust clerc, si se armeroit-il -volontiers en sa personne et se mettroit si avant en ladite -guerre comme chevalier qui y feust, et disoit qu'il se faisoit -fort du conte de Perche son frère qu'il seroit de cette -aliance ; et aussi se faisoit fort qu'il auroit tous les chasteaux -de madame sa mère à son plaisir, mais de monseigneur -d'Alençon né du conte d'Estampes ne se faisoit-il mie fort ; -et dit que le traictié se reprist par deux fois, mais lesdites -alliances ne se firent pas, pource que le roy de Navarre le -véoit trop foible, et pour ce n'en tint compte.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_362" href="#FNanchor_362"><span class="label">[362]</span></a> <i>Nota</i>. (Msc. de Charles V.)</p> -</div> -<p>Dit oultre ledit Jaquet que environ a sept ans que ledit -roy de Navarre vint en Bretaigne, et vint par Cliçon où -estoit le sire de Cliçon, et luy fist ledit sire de Cliçon très-bonne -chière et très-grande, et le y receupt moult honnorablement : -et d'ilec vinrent à Nantes, et ilecque ledit roy -de Navarre dist audit duc qui fu, qu'il ameroit mieux -mourir que de souffrir telle vilenie comme le sire de Cliçon -luy faisoit, car il amoit la duchesse sa femme, et la luy avoit -veue baisier par derrière une courtine<a id="FNanchor_363" href="#Footnote_363" class="fnanchor">[363]</a> ; si comme il oï -dire, et la commune renommée estoit telle.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_363" href="#FNanchor_363"><span class="label">[363]</span></a> <i>Courtine</i>. Tapisserie, principalement de celles qui font l'office de -<i>portières</i>.</p> -</div> -<p>Et aussi a-il oï dire que ledit duc qui fu, machina dès -lors en la mort dudit sire de Cliçon ; et depuis à un jour -que ledit duc qui fu et le sire de Cliçon et le viconte de -Rohan furent à Vannes, iceluy duc qui fu fist armer gens -de son hostel Anglois, jusques au nombre de trente ou -environ, pour mettre à mort ledit sire de Cliçon ; et si -comme il dançoit en un jardin, présent ledit duc qui fu, où -il devoit estre mis à mort, ledit sire de Cliçon en fu advisé, -et pour ce que lesdis Anglois ne firent pas appertement leur -fait, il s'en parti franc et délivre.</p> - -<p>Dit avecques ce, que aussi tost après ce que la bataille fu à -Cocherel, ledit roy de Navarre promist à feu monseigneur Seguin -de Badesol mile livrées de terre pour faire guerre au roy -de France et à son royaume ; et pour ce que ledit messire Seguin -luy demanda que lesdites mile livrées de terre luy -feussent assises en certains lieux en Navarre, c'est assavoir : -à Falses, à Peralte et à Lerin, et l'empressoit fors, le roy de -Navarre, en disant que ledit messire Seguin luy demandoit -le plus bel de sa chevance, dist audit Jaquet qu'il failloit -qu'il s'en délivrast. Et puis parla à Guillemin Petit, lors son -varlet de chambre qui demeure à présent à Evreux<a id="FNanchor_364" href="#Footnote_364" class="fnanchor">[364]</a>, et luy -dist en la présence dudit Jaquet que il convenoit que il -l'empoisonnast. Et à un souper en la propre sale dudit roy -de Navarre à Falses, iceluy messire Seguin qui y estoit assis -à la table, du sceu et du consentement dudit Jaquet, fist -le roy de Navarre empoisonner en coings ou en poires sucrées, -ne scet lequel, par Guillemin Petit ; et mourut ledit -Seguin dedens six jours après ou environ, et ne scet quelles -furent les poisons fors que il pense que ce fu réagal<a id="FNanchor_365" href="#Footnote_365" class="fnanchor">[365]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_364" href="#FNanchor_364"><span class="label">[364]</span></a> <i>Nota</i>. (Msc. de Charles V.)</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_365" href="#FNanchor_365"><span class="label">[365]</span></a> <i>Réagal</i>. Arsenic rouge. Je lis dans le <i>Grand Dictionnaire</i> de P. Marquis, -Lyon 1609 : « <i>Riagas</i>. Espèce de poison que aucuns nomment <i>Reagal</i> -ou <i>Reagas</i>. <span lang="la" xml:lang="la">Arsenicum</span>, que l'Espagnol dit <i lang="es" xml:lang="es">Reiagar</i>. »</p> -</div> -<p>Dit aussi qu'il demoura avecques le roy de Navarre par -quinze jours ou environ après ce que messire Charles son -fils se fu naguères parti de luy. Et en ce temps vint d'Angleterre -par devers ledit roy de Navarre, Garsie Arnault de -Salies qui luy dist que la princesse et tout le conseil d'Angleterre -avoient grant désir que le mariage se feist du roy -d'Angleterre son fils et de l'une des filles dudit roy de Navarre, -et que en ce estoient tous fermes ; et que combien -que l'empereur eust essayé de faire mariage dudit roy -d'Angleterre et de sa fille, il ne s'y estoient voulu consentir, -et disoient que mieux amoient qu'il fust marié à celle de -Navarre, car c'estoit plus noblement et en plus hault lignage ; -et oultre, que au fort il auroit le mariage pour néant -et ne cousteroit rien au roy de Navarre, mais que il feust -alié aux Anglois. Et quant ledit Jaquet se parti dudit roy -de Navarre, pour venir devers ledit messire Charles, iceluy -roy de Navarre luy dist que il déist ce que ledit Garsie luy -avoit rapporté audit messire Charles, à l'evesque d'Acx, à -Ferrando, à messire Guy de Gauville, à Remiro Darilhano, -et aux autres du conseil dudit messire Charles ; et ceste -charge luy faisoit ledit roy de Navarre, afin que la chose -s'avançast, sé le mariage leur sembloit bon. Et quant il fu -venu devers eux, il leur dist ainsi : et ledit messire Charles -dist lors que il luy sembloit que le mariage estoit bon et luy -plaisoit bien, et ainsi furent pluseurs des autres, mais l'evesque -en baissa la teste et n'en dist mot. Et lors dist Ferrando : -« Or regardez comment cet evesque a les besoignes de -monseigneur bien à cuer que ainsi se taist. » Dist oultre que -le roy de Navarre a très grant désir à ce que les alliances -dessus dictes d'entre luy et le roy d'Angleterre soient hastivement -faites, et pour ce a ordené que les messages qui -devoient aler en Angleterre y voisent tantost, et que l'entencion -du roy de Navarre est de venir en France en sa personne, -et ne scet ledit Jaquet sé il vendra par mer ou par -terre ; mais bien scet que sé il vient par mer il montera à -Bayonne au navire d'Angleterre sé il y vient, et vendra le -plus fort que il pourra. Et sé il vient par terre, il viendra -ainsi comme soubs un maistre, en habit mescogneu, et entent -à faire guerre au roy, de luy et de ses subgiés et aliés, -le plus efforciement que il pourra, et recevoir les Anglois en -ses chasteaux et forteresses pour luy faire guerre. Et dit -que ainsi estoit-il proposé avant que il partist ; mais ledit -Jaquet pense que il muera son propos quant il saura nouvelles -de sa prise, et qu'il fera avancier les alliances et son -armée pour grever le roy et le royaume au plus tost qu'il -pourra ; car il dira et pensera en son cuer que le roy de -France sache de son fait par la prise dudit Jaquet autant -comme il feroit par lui-mesme sé il estoit pris.</p> - -<p>Dit avecques ce ledit Jaquet que les messages que monseigneur -d'Anjou envoia naguères par devers le roy de Castille, -passèrent par Navarre et présentèrent au roy de Navarre une -lectre que monseigneur d'Anjou luy envoioit par lesquelles -luy prioit que tous mantalens et toutes choses du temps -passé fussent oubliées, et que ledit roy de Navarre voulsist -estre son ami ; car il vouloit estre le sien, et qu'il se voulsist -entremectre de l'acort faire sur le débat entre luy et le roy -d'Arragon, et qu'il estoit l'homme qu'il en chargeroit plus -volontiers. Et après ce, vint devers le roy de Navarre un -docteur qui estoit desdis messages et qui moult vouloit parler -audit roy de Navarre ; et luy présenta ledit docteur une -autre lectre bien aimable et par monseigneur d'Anjou escripte -de sa main ; et luy dist que il voulsist estre ami de -monseigneur, et il seroit le sien et se voulsist chargier de -son fait. Et après ce que ledit docteur s'en fu parti, ledit -roy de Navarre dist ces choses audit Jaquet, et luy dist -oultre que il savoit bien que ce n'estoient que paroles pour -luy decevoir, et luy vouloit baillier du tour du baston<a id="FNanchor_366" href="#Footnote_366" class="fnanchor">[366]</a>, -car il savoit bien qu'il estoit l'homme du monde que monseigneur -d'Anjou haioit plus ; et que puisqu'il vouloit feindre -estre son ami, il se feindroit aussi et luy donroit un -tour de baston comme il luy vouloit baillier : car il se chargeroit -de son fait, et soubs umbre et couleur de faire la besoigne -de monseigneur d'Anjou, il feroit son traictié avecques -le roy d'Arragon ; et entendoit par les paroles dudit -roy de Navarre que c'estoit pour faire aliances contre le roy -d'Espaigne.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_366" href="#FNanchor_366"><span class="label">[366]</span></a> <i>Du tour du baston</i>. Ici, l'expression a le sens de notre <i>tour de vieille -guerre</i> ou <i>croc-en-jambe</i>, et je crois cette vieille acception plus naturelle que -celle qui a prévalu. Le Dictionnaire de Trévoux a donc eu bien tort de -l'expliquer : « <i>Tour de bâton</i>, ou <i>de bas-ton</i>, adresses particulières qu'ont -des gens d'une profession pour tromper ceux à qui ils ont à faire. » -C'est tout simplement une expression proverbiale empruntée à l'ancienne -<i>eschermie</i>, lutte ou <i>escrime</i> au bâton.</p> -</div> -<p>« Et je Jaquet de Rue dessus nommé, confesse et jure sur -les saintes évangiles de Dieu par moi touchées, et sur le -péril de la damnapcion de l'ame de moi, que les choses -dessus escriptes en ces trois rooles de parchemin, lesquelles, -après ce que je les ai confessées sans force et sans -contrainte, ont esté ainsi escriptes, et m'ont esté lues par -pluseurs journées et par pluseurs intervales, et je meisme les -ay lues, sont vraies par la manière que dessus sont escriptes. -Et en tesmoing de ce j'ay ce escript de ma main, le premier -jour d'avril l'an mil trois cens septante-sept, avant Pasques.</p> - -<p class="sign">Jaquet de Rue. »</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXXVIII.</h3> - -<p class="section">Coment messire Charles, ainsné fils du roy de Navarre, vint -à sauf-conduit à Senlis, pour veoir le roy de France son -oncle.</p> - - -<p>En ce temps, c'est assavoir au karesme mil trois cens -septante-sept, messire Charles, ainsné fils du roy de Navarre, -qui de nouvel estoit venu de Navarre en France et -estoit en Normendie, envoia devers le roy et luy fist savoir -qu'il venroit volentiers pardevers luy pour le veoir et luy -faire la révérence, mais qu'il pleust au roy de luy envoier -un sauf-conduit, tant pour luy comme pour ceux qui seroient -en sa compaignie, laquelle chose le roy luy ottroia et -ainsi le fist. Et vint ledit messire Charles à Senlis là où le -roy estoit, et amena en sa compaignie messire Jean Bauffe -evesque d'Aics, le prieur de Pampelune, messire Ligier -d'Orgetin, messire Baudoin de Baulo, Ferrando Dayens, et -pluseurs autres tant chevaliers comme escuiers. Et après -ce que ledit messire Charles ot esté avecques le roy pour -aucun temps, il luy fist requeste de la délivrance dudit -Jaquet de Rue, lequel estoit parti de Navarre en la compaignie -d'iceluy messire Charles, et avoit esté pris comme -dessus est escript et jà avoit fait la confession dessus escripte. -Auquel messire Charles, après aucunes paroles, le roy fist -dire et montrer par aucuns de ses conseilliers, les deffautes, -mauvaistiés et trahisons que ledit roy de Navarre avoit -faites, pactées et machinées tant contre le roy Jehan comme -contre le roy Charles son fils regnant à présent. Et depuis, -le roy, en sa présence et de pluseurs de son lignage et autres -de son conseil, fist ces choses dire audit messire Charles -en la présence de ceulx qui estoient venus en sa compaignie, -et leur fist dire la confession que avoit faite ledit Jaquet -de Rue, et que l'entencion du roy estoit d'avoir les -forteresses qui de par ledit roy de Navarre estoient tenues -en Normendie, et que gens y fussent mis de par le roy qui -loyalement les garderoient à la seurté du roy et du royaume. -Et pour ce que là estoient présens pluseurs, et la plus grant -partie en la compaignie dudit messire Charles, de ceux qui -avoient le garde des dites forteresses, le roy ordena et requist -que ledit messire Charles premièrement, et les capitaines -des dites forteresses qui là estoient présens, jurassent -sur les saintes évangiles de Dieu et par les fois de leur -corps, que tantost et sans délai il délivreroient et feroient -délivrer par ceux qui dedens estoient lesdites forteresses, et -chascune d'icelles au duc de Bourgoigne frère du roy, lequel -le roy envoieroit en Normendie pour celle cause, tantost -que ledit duc ou ses messages seroient devant lesdites -forteresses. Et pour ce que ledit Ferrando d'Ayens avoit la -plus grant partie de toutes lesdites forteresses en son gouvernement -et en sa puissance, et ledit messire Charles doubtoit, -si comme il dist lors à aucuns du conseil du roy, que -ledit Ferrando quant il seroit hors de la présence du roy, -ne accomplisist pas né enterinast ce qu'il avoit promis et -juré en la présence du roy, de rendre lesdites forteresses, -pour ce requist à aucuns du conseil du roy, et aussi le fist -sentir au roy que la main fu mise audit Ferrando, et qu'il -fust arresté prisonnier jusques à ce qu'il eust rendu lesdites -forteresses, comme promis et juré l'avoit. Et fu ledit Ferrando -baillié en garde à aucuns des officiers du roy, pour -mener avecques ledit duc de Bourgoigne en Normendie, -afin qu'il luy fist rendre lesdites forteresses. Et assez tost -après parti le duc de Bourgoigne, bien accompaignié tant -des gens du roy comme des siens, pour aler en Normendie -exécuter ce que dit est. Et ala en sa personne devant pluseurs -desdites forteresses, garni de povoir du roy souffisant -de requérir et prendre lesdites forteresses pour le roy et -de par luy, tant par luy comme par ses députés ; et trouva -désobéissance en toutes ou en la plus grande partie d'icelles. -Et toutes voies estoit ledit messire Charles en sa compaignie ; -mais nonobstant toute désobéissance, ledit duc de Bourgoigne, -le connestable de France et les autres qui estoient au -païs de Normendie de par le roy pour celle cause, firent tant, -par force et par assaut comme autrement, que en la saison -de l'esté ensuivant qui fu mil trois cens septante-huit, il -orent la possession et la seigneurie de toutes les forteresses -qui avoient esté dudit roy de Navarre, excepté de la ville et -chastel de Cherbourc. Et entre les autres fu rendu le chastel -de Breteuil, où estoient messire Pierre de Navarre et -madame Bonne sa suer, lesquels furent envoiés devers le -roy, et il les receust et gouverna comme son nepveu et sa -niepce. Et aussi en une belle tour qui estoit à Bernay, tenue -lors de par ledit roy de Navarre, fu pris un sien secrétaire -appellé maistre Pierre du Tertre, lequel savoit les secrès d'iceluy -roy de Navarre aussi avant comme aucun autre, lequel -fu amené en chastellet à Paris en prison, et fu examiné -sans force et sans contrainte. Et par son serement déposa et -confessa les choses ci-après escriptes ; et si furent trouvées -en la tour, en un coffre qui estoit dudit maistre Pierre, -pluseurs lettres et escriptures par lesquelles la confession -dudit maistre Pierre, ci-après escripte, apparoit estre bien -véritable.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>LXXXIX.</h3> - -<p class="section">Ci-après s'ensuit la confession de maistre Pierre du Tertre, -secrétaire et conseillier du roy de Navarre.</p> - - -<p>Maistre Pierre du Tertre, secrétaire et conseillier du roy -de Navarre, capitaine et garde de la tour de Bernay pour -ledit roy de Navarre, pris illec et amené prisonnier au -Temple, à Paris, a dit et confessé de sa pure et loial -volenté sans contrainte, le mercredi vintiesme jour de -mai mil trois cens septante-huit, en la présence de pluseurs -notables personnes tant du sanc du roy nostre sire comme -de son conseil, pluseurs choses et mauvaistiés contenues et -escriptes en six peaux de parchemin colées ensemble ; et entre -les autres choses pour ce que ce seroit trop grant prolucité -de tout escripre, dit : Qu'il a servi le roy de Navarre et luy a -fait serement de le servir loyaument en tout ce qu'il luy -commettroit. Dit aussi que environ la feste Saint-Andrieu -ot un an il fist audit roy de Navarre hommaige lige du fief -de Cathelon<a id="FNanchor_367" href="#Footnote_367" class="fnanchor">[367]</a>, assis en la viconté de Pont-Audemer, et promist -le servir envers tous et contre tous, sans excepter le roy -nostre sire né autre, jasoit ce que iceluy maistre Pierre du -Tertre fust né du royaume de France<a id="FNanchor_368" href="#Footnote_368" class="fnanchor">[368]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_367" href="#FNanchor_367"><span class="label">[367]</span></a> <i>Cathelon</i>. Village à quatre lieues de Pont-Audemer.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_368" href="#FNanchor_368"><span class="label">[368]</span></a> Villaret dit qu'<i>une seule</i> chronique indique l'origine <i>françoise</i> de -Pierre du Tertre. Cette chronique seroit conservée sous le n<sup>o</sup> 10297. -Tous les exemplaires de la chronique de Saint-Denis le disent aussi nettement -que l'autorité alléguée par Villaret.</p> -</div> -<p>Dist aussi que ledit roy de Navarre l'envoia pieça en Angleterre, -et en sa compaignie messire Jean de Tilly, chirurgien, -et Sancho Lopès, huissier d'armes du roy de Navarre, -avecque souffisant povoir de traictier et accorder aliances -pour ledit roy de Navarre avecques le roy d'Angleterre, -contre le roy de France et son royaume ; et avecques les -dessus nommés les traicta et accorda si comme plus à plain -est contenu en sa dite confession tout au lonc.</p> - -<p>Dist oultre, que Guiot d'Arcy, chambellan de messire -Charles de Navarre, vint naguères en France et luy apporta -et bailla, de par le roy de Navarre, unes lettres de -créance, laquelle créance Jaquet de Rue luy devoit dire, -et cuide bien ledit maistre Pierre que c'estoit sur le fait -des aliances que le roy de Navarre entendoit présentement -à faire avec le roy d'Angleterre. Et dit ledit maistre Pierre -que sé par ledit roy de Navarre luy eust esté dit et commandé -de extraire des traictiés et aliances pieça faites -dont dessus est faite mencion aucuns articles pour traictier -de nouvel avecques ledit roy d'Angleterre, il les eust extrais -et bailliés, sé lesdis Jaquet et Guyot le luy eussent commandé -de par ledit roy de Navarre.</p> - -<p>Dist avecques ce, que quant il oï que messire Charles de -Navarre aloit sur le païs de Normendie en la compaignie du -duc de Bourgoigne et du connestable de France, il prist trois -ou quatre charpentiers, un maçon et un canonnier et les mist -dans la tour de Bernay pour ordener, garder et deffendre ladite -tour contre tous ceux qui y vendroient pour y porter -dommaige, et à cette fin les y tint. Et aussi y reçut le capitaine -de Moulins et aucuns autres Navarois, qui avoient -laissié le fort, pour ce qu'il leur sembloit qu'il n'estoit pas -tenable contre les gens qui venoient de par le roy de France : -et dit que à ce le movoient et contraingnoient le serrement -et hommaige qu'il avoit fait audit roy de Navarre.</p> - -<p>Dist oultre, qu'il envoia à pluseurs capitaines des forteresces -qui se tenoient pour ledit roy de Navarre en Normendie -lettres closes dont la teneur s'ensuit : « Chiers et -bons amis, j'ai eu lettres d'un mien ami qui tient forteresse -de monseigneur, ès quelles a contenu que le duc de Bourgoigne -et le duc de Bourbon gouvernent monseigneur à -leur volenté, et le mainent à grant foison de gens d'armes -devant Bretueil et y doivent estre aujourd'hui, et après -vont au Pont-Audemer, à Mortaing, à Gauray et à Cherbourg, -lesquels il pensent avoir de fait par ledit monseigneur. -Et ce m'a-il escript afin de avoir advis de faire response -sur ce, et pour ce luy escris que tout considéré, m'est -avis qu'il n'a en nos adversaires fors que voie de fait -très-mauvais et très-cruel, contre lequel fait nul ne puet -donner conseil né faire response qui puisse oster né appaisier -ce qu'il ont dedens leur cuer : et pour ce convient -esvertuer et soy aidier comme pour deffendre sa -vie, son honneur et l'éritage de son seigneur que l'en -veult avoir et soustraire par males et estranges manières ; -et je ne doubte point que Dieu n'aide à ceux qui ainsi le -feront. Et quant est de ce que l'en a à faire avecques tels -gens qui vont par les lieux de monseigneur, j'ai veu autrefois -le cas, et qui eust rendu les forteresses de monseigneur, -tous les siens estoient mors entièrement et perpétuelment. -Si ne voy autre seurté à nos vies que de bien -garder ce que l'en tient, et vault plus et assez bataille que -la mort, et durer le plus que l'en pourra ; et entretant -aucun bon reconfort nous vendra par droite sentence et -ordenance de Dieu. Et pleust à nostre sire que tous nos amis -fussent bien advisés de tenir une meismes voie et une -meismes response. Mais pour passer le temps avecques -cette dure gent, je diroie que l'en leur devroit dire que par -commandement de monseigneur le père, l'en a tenu et tient -ses forteresses pour luy en l'obéissance et service du roy et -contre ses ennemis, si comme il est apparu de fait par -ce que l'en fist contre les Anglois de Saint-Sauveur, et -que l'en fait chascun jour ailleurs, et tousjours est-l'en en -telle volonté de en faire et obéir à la bonne ordenance -de monseigneur de Beaumont ainsné fils, <i lang="la" xml:lang="la">et cetera</i>, luy -franc et délivre en sa personne et en ses gens qui luy sont -baillés pour le conseiller ; et aussi lui aiant pouvoir de -monseigneur son père, duquel il convient qu'il appère ; -car encore ne s'est-il point porté comme lieutenant né n'a -esté sur les terres de monseigneur son père comme chascun -scet. Et si convendroit nécessairement avoir lettres de -descharge de monseigneur le père, escriptes de sa main et -séellées de son grant séel, ou autrement l'en seroit faux et -parjure, si comme il meismes porte par lettres qu'il a de -chascun capitaine ; par lesquelles condicions l'en puet dire -que l'en est prest de faire le commandement de monseigneur -de Beaumont. Ou l'en pourroit dire, après ce que l'en auroit -monstré ces condicions qui valent excusacions, que ainsi -comme feront Evreux, Breteuil, le Pont-Audemer, Gauray, -Mortaing et Cherbourg tous ensemble d'un accort, -l'en est prest à faire ; et autre response ne sçay penser de -présent : meismement que de ceux qui monseigneur deussent -aviser je n'ai eu nouvelles quelconques, dont je suis -bien esmerveillié comment d'ailleurs je aye ce que je -puis sentir de nouvel : et en vérité je croy qu'il leur a -esté deffendu sur grans paines et seremens. Si povés avoir -avis que vous povez faire, et sé je vous puis faire aucun -bon reconfort, je le ferai de bon cuer. — Nostre sire -soit garde de vous. Escript ce lundi. Le tout vostre. P. Du -Tertre. »</p> - -<p>Dist aussi que sé le roy de France et le roy de Navarre -eussent esté en bataille l'un contre l'autre sur les champs, -il se fust mis et tenu de la partie dudit roy de Navarre -contre le roy de France. Dist oultre, que depuis le temps de -sa jeunesse, et a bien vint-six ans, il a servi le roy de Navarre -et exercé ses besoignes, et seroit aussi comme impossible -de tout recorder ; mais à parler généralement ledit -roy de Navarre a fait et perpétré pluseurs maux contre le -roy et royaume de France, tant du temps du roy Jehan que -Dieu absoille, comme du temps du roy, nostre sire qui à -présent est, par lequel temps ledit Pierre a tenu et nourri -la partie dudit roy de Navarre.</p> - -<p>Dist encores que depuis le traictié fait l'an mil trois cens -septante, à Vernon, entre le roy de France et le roy de Navarre, -ledit Pierre a sceu de certain, par la bouche dudit -roy de Navarre, que icelui de Navarre ne pourroit jamais -aimer le roy de France, et que sé il trouvoit son point né -temps convenable, il luy porteroit volontiers dommages. Et -pluseurs autres fais grans et détestables confessa ledit -Pierre du Tertre, qui trop lons seroient à escripre.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XC.</h3> - -<p class="section">Coment maistre Pierre du Tertre et Jaquet de Rue furent -condempnés en parlement à estre traynés du palais jusques -ès Halles, et là avoir les testes coupées et les quatre membres ; -et coment le roy fist abattre pluseurs chasteaux et forteresces.</p> - - -<p>Après laquelle confession faite dudit maistre Pierre du -Tertre, le roy qui bien vouloit que chascun sceut la bonne -justice et les mauvaistiés et traysons faites et machinées et -pourparlées contre luy par ledit roy de Navarre, ordena que -en la chambre de parlement, assemblés grant multitude de -gens, prélas, princes, barons, chevaliers, conseilliers, advocas, -procureurs et autres gens, fussent à un certain jour -amenés, à l'eure que l'en a acoustumé de seoir en parlement, -lesdis Jaquet de Rue et maistre Pierre du Tertre, et que -là, par leurs seremens fais solennelment, fussent interrogués -sur les choses contenues en leur confessions, et ainsi -fu fait. Et leur furent leues leur confessions de mot à mot, -par la manière que dessus sont escriptes, lesquels après la -lecture desdites confessions, chascun après la lecture de la -confession qu'il avoit faite, eulx conjurés des plus grans sermens -que on leur pot faire faire, confessèrent lesdites confessions -estre vraies, et dirent qu'il les avoient par pluseurs -fois oï lire autrefois, et dirent que en la manière qu'il -estoit escript il l'avoient confessé, sans force et sans -contrainte aucune ; et que les choses contenues en leur -dépositions estoient vraies, et ainsi le prenoient sur le péril -de leur ames, car il savoient bien qu'il estoient dignes de -mort, sé le roy ne leur faisoit grace et miséricorde. Et en -plus seur tesmoignage de ce, chascun escript de sa main en -la fin de sa confession l'affirmacion dessus dit.</p> - -<p>Et ces choses rapportées au roy, il voult que raison et -justice leur fust faite. Si furent condempnés par le jugement -de parlement à estre trainés du palais jusques ès halles, -et là sur un échauffaut avoir les testes coupées et chascun les -quatre membres, lesquels quatre membres de chascun d'eux -furent pendus à huit potences au-dehors de quatre portes -de Paris, et les testes ès halles, et le demourant au gibet.</p> - -<p>Item, après ce que lesdites forteresces furent mises et -rendues en la main du roy, les unes par force et les autres -par traictié, le roy fu conseillié par pluseurs sages que il -féist abattre lesdites forteresces, car elles avoient esté tenues -contre luy qui estoit souverain seigneur ; et par le moien -et seurté d'icelles, pluseurs maux, dommaiges, inconvéniens -et traïsons avoient esté faites par ceux qui lesdites -forteresces tenoient contre le roy, seigneur souverain desdites -forteresces et son royaume : et ainsi estoit grant péril -de les laissier en estat, pour doubte qu'elles ne retournassent -en la main dudit roy de Navarre qui tant de maux et -traïsons avoit faites sur la seurté desdites forteresces, lesquelles -par pluseurs autres fois avoient esté rendues audit -roy de Navarre, par les paix et reconciliacions qu'il avoit -faites au roy Jehan, père du roy nostre sire, et au roy ; dont -depuis icelles recouvrées en avoit esté désobéissant et porté -dommaige au roy et au royaume. Si fist le roy, tant pour -celles causes comme pour autres justes et raisonnables, -abattre les chasteaux de Breteuil, d'Orbec, de Beaumont-le-Rogier, -de Pacy, d'Annet, et les clostures des villes, et -aussi la tour et chastel de Nogent-le-Roy ; les chasteaux -d'Évreux, de Pont-Audemer, de Mortaing, de Gauray et -aucuns autres en Constentin ; mais le chastel et ville de -Cherbourg demourèrent entiers ès mains de ceux qui les -gardoient pour le roy de Navarre qui ne les vouldrent -rendre né délivrer, lesquels mandèrent et firent venir avecques -eux pluseurs Anglois pour eux aider à garder lesdites -forteresces ; lesquels Anglois pridrent la possession dudit -chastel, et en boutèrent hors les Navarrois ; et ledit Ferrando -d'Ayens, qui estoit capitain dudit chastel de par ledit -roy de Navarre et estoit prisonnier, comme dit est, fu envoié -au chastel de Caen prisonnier, pour ce qu'il ne rendoit -pas lesdites forteresces, si comme promis et juré -l'avoit.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XCI.</h3> - -<p class="section">Des nouvelles qui vindrent à Paris et en France que les cardinaux -qui estoient à Rome, avoient esleu en pape un appellé -Berthélemi, pour le temps arcevesque de Bar<a id="FNanchor_369" href="#Footnote_369" class="fnanchor">[369]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_369" href="#FNanchor_369"><span class="label">[369]</span></a> <i>Bar</i>. Bari.</p> -</div> - -<p>Environ le moys de may mil trois cens septante-huit, -vindrent nouvelles à Paris et en France que les cardinaux -qui estoient à Rome avoient esleu en pape un appellé Berthélemi, -pour le temps arcevesque de Bar. Et tantost après -eust le roy aucunes particulières lettres des cardinaux qui -secrètement luy escripvoient qu'il ne donnast foy à chose -qui eust été faite en cette nominacion, et que briefment le -certifieroient plus à plain de la vérité ; né aussi ne donnast -response à messaiges qui par ledit Berthélemi luy venissent. -Et assez tost vindrent à Paris devers le roy un chevalier -et un escuier envoiés devers le roy de par iceluy Berthélemi -qui, si comme il disoient, se appeloit pape Urbain ; -et après ce qu'il orent poursuy le roy et demouré -par aucuns jours à Paris, et qu'il orent parlé au roy pluseurs -fois, cuidans tousjours que le roy deust tenir celle élection -et rescrire audit esleu ou nommé comme pape, respondi un -jour auxdis chevalier et escuier qui le poursuivoient d'avoir -response, que il n'avoit encore eu aucunes certaines nouvelles -de cette éleccion, et si avoit tant de bons amis cardinaux, -dont les pluseurs avoient esté serviteurs des prédécesseurs -roys de France et de luy, et encore en y avoit pluseurs -qui estoient à luy et de sa pension, que il tenoit fermement -que sé aucune éleccion de pape eust esté faite, il -la luy eussent signifiée ; et pour ce, estoit son entencion de -encore attendre jusques à tant que il eust autre certificacion, -avant que plus avant il procédast en ce fait.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XCII.</h3> - -<p class="section">Coment les cardinaux envoièrent messaiges au roy de France, -c'est assavoir l'evesque de Famagouste et un maistre en théologie -de l'ordre des frères Prescheurs, maistre du Saint-Palais.</p> - - -<p>Item, au moys d'aoust mil trois cens septante-huit, furent -envoiés au roy de par les cardinaux certains messaiges, -c'est assavoir l'evesque de Famagouste, et maistre Nicole -de Saint-Saturnin, jacobin, maistre en théologie du Saint-Palais ; -lesquels apportèrent au roy lettres closes et ouvertes, -séellées des seaux du collège des cardinaux, affermans et certifians -ledit Berthélemi non estre pape ; mais avoit esté faite -la nominacion par force et impression violente. Et sur ce requeroient -au roy que il voulsist oïr et croire les dessus dis -de ce que par eux luy diroient. Et pour les oïr et avoir délibéracion -sur ce pourquoy il venoient devers luy, le roy -manda pluseurs prélas, arcevesques et evesques de son -royaume, et autres bons clers tant ès Universités de Paris, -d'Orléans et d'Angiers, comme d'autre part là où l'en les -pot savoir, et les fist assembler à Paris, le samedi, onziesme -jour de septembre, l'an dessus dit, en une grant chambre -ou sale qui est sur la rivière au Palais. Et en la présence -desdis prélas et clers, le roy oï lesdis evesque et maistre -du Saint-Palais, lesquels tant par la bouche de l'un comme -de l'autre, dirent la manière comment ledit arcevesque de -Bar avoit esté nommé pape par paour, violence et tumulte -des Romains, et que lesdis cardinaux estoient déterminés à -non le tenir pour pape. Si conclurent que pour ce signifier -au roy il estoient envoyés devers luy, et ainsi luy signifioient. -Et requisrent au roy qu'il voulsist adhérer à la déterminacion -desdis cardinaux, et qu'il leur voulsist donner conseil, -confort et aide en ce fait. Si voult le roy, après ce qu'il ot -oï ces choses, que les sages clers, prélas et autres qui estoient -en grant nombre, tant maistres en théologie et en decrés, -docteurs en loys et autres maistres en autres sciences, eussent -délibéracion ensemble en son absence pour savoir que il avoit -à faire et à respondre sur ce. Lesquels par pluseurs journées -furent assemblés et orent délibéracion, et finablement -furent d'accort de conseiller au roy que il féist faire response -auxdis messaiges des cardinaux en la manière que -s'ensuit sé il luy plaisoit ; et premièrement à la significacion -que lesdis messaiges luy avoient faite de l'entencion -des cardinaux, que le roy avoit bénignement oï ce que par -eux luy avoit esté exposé. Et quant aux requestes qu'il -avoient faites tant de adhérer à la déterminacion des cardinaux -comme de leur donner conseil, confort et aide, le -roy povoit faire respondre qu'il n'estoit pas encore conseillié -de consentir ou de nier ladite adhésion, et qu'il en vouloit -encore plus avant estre informé, car la matière estoit -moult haulte et périlleuse et doubteuse. Et quant à l'aide, il -sembloit que le roy povoit respondre que, au moys d'aoust -précédent, il avoit aidié les cardinaux d'une grant finance, et -mandé aux gens d'armes nés de son royaume qui estoient et -sont oultre les mons que il donnent confort et aide auxdis cardinaux ; -et ce a-il fait et mandé pour pourveoir à la seurté des -personnes des cardinaux, de leur familliers et de leur biens, -et afin de les mettre hors des périls où il sont, et à nulle -autre fin. Et sé l'aide faite par le roy aux fins dessus dites -ne souffist, encore est-il prest de les aidier et conforter -quant point sera. Laquelle consultacion par manière de -response le roy fist faire aux messages des cardinaux.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XCIII.</h3> - -<p class="section">Coment le roy ot lettres que les cardinaux s'estoient partis de -Rome.</p> - - -<p>Assez tost après furent apportées au roy aucunes lettres, -par lesquelles étoit escript au roy que les cardinaux, après -ladite nominacion ou esleccion dudit Berthélemi, arcevesque -de Bar, le plus tost qu'il avoient peu se estoient -issus de Rome, et par scrupules de leur consciences, n'avoient -depuis fait audit Berthélemi obéissance né révérence -aucune. Et après, tous ensemble, Italiens et Oultremontains, -excepté le cardinal de Saint-Pierre qui estoit malade, -contredirent le fait, et fu escript et signé de leur main et -scellé de leur sceaux ; et depuis, estudièrent aucuns desdis -cardinaux, très-solemnels docteurs, commis à ce par espécial -et très grant diligence, pour savoir, considéré le fait accordé, -sé ledit Berthélemi, par l'esleccion faite de luy ou par les -fais ensuivis après icelle, avoit aucun droit en la papalité. -Et appelèrent avec eulx les commissaires et tous les -autres cardinaux oultremontains, tous les autres prélas, -maistres en théologie, docteurs en droit canon et en droit -civil auxquels il porent parler, et les enfourmèrent du fait, -lesquels concordablement en conclusion déterminèrent que -ledit Berthélemi n'estoit point pape ; ainçois tenoit par tyrannie -et occupacion le saint siège. Après ce, il firent leur publicacion -solemnellement selon ce que à eux appartenoit et -qu'il le povoient et devoient faire de droit. Et ces choses ainsi -faites, lesdis cardinaux firent savoir aux autres cardinaux -estans lors à Avignon, qui estoient six en nombre ; lesquels -enformés des choses dessus dites par les lettres du collège, -le consentirent, loèrent et approuvèrent de tout en -tout, et les firent publier en Avignon solemnelment, et -deffendre que l'en obéist audit Berthélemi comme à pape : -excepté le cardinal de Pampelune qui encores y voult délibérer ; -mais depuis se consenti-il avec les autres<a id="FNanchor_370" href="#Footnote_370" class="fnanchor">[370]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_370" href="#FNanchor_370"><span class="label">[370]</span></a> On trouve en cet endroit dans la plupart des manuscrits la longue -protestation latine des cardinaux réunis à Agnani contre l'élection qu'ils -avoient précédemment faite à Rome du pape Urbain. Je n'ai pas cru devoir -reproduire cette pièce analysée avec exactitude dans l'<i>Histoire -ecclésiastique</i> de Fleury, liv. <small>XCVII</small>, paragraphe 53. Elle est d'ailleurs uniquement -du ressort de l'histoire ecclésiastique.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XCIV.</h3> - -<p class="section">Coment les cardinaux se transportèrent de Anagnie à Fondes -et de l'esleccion du pape Clément.</p> - - -<p>Item depuis lesdis cardinaux se transportèrent en la cité -de Fondes, et là, tous assemblés tant Ytaliens comme autres, -le nueviesme jour de septembre mil trois cent septante-huit, -pour procéder à l'esleccion du vrai pape, eslurent canoniquement -et concordablement en pape, sans débat, difficulté ou -contradicion aucune, un cardinal appellé monseigneur Robert -de Genève, qui portoit le titre de cardinal, c'est assavoir -<i lang="la" xml:lang="la">Basilicæ duodecim apostolorum presbiter cardinalis</i>. Et fu appellé -pape Clément, et fu couronné et consacré le derrenier jour -d'octobre veille de la Toussains ensuivant. Lequel se consenti -à ladite esleccion, et aussi firent la royne de Naples et tous -les grans seigneurs du païs ; mais les Romains tindrent tousjours -ledit Berthélemi pour pape. Et ces choses furent signefiées -au roy de France, tant par ledit pape Clément comme -par les cardinaux, en le requérant et priant qu'il se voulsist -adhérer à ladite esleccion et tenir ledit pape Clément pour -vrai pape ; et ot avis et délibéracion le roy sur ce. Et afin -que par bon conseil et seur il fist ce qu'il en devoit faire, -il manda et fist venir devant luy au bois de Vincennes, le -mardi seiziesme jour de novembre mil trois cent septante-huit, -pluseurs prélas tant arcevesques que evesques et autres -sages clers, comme abbés, maistres en théologie, -docteurs en décrès et en lois, et pluseurs autres sages de -son conseil, tant chevaliers comme autres ; lesquels, tous -d'un accort et singulièrement après leur serement fait aux -saintes evangiles de Dieu, dirent et conseillèrent au roy -qu'il se déclarast et déterminast pour la partie dudit pape -Clément, et qu'il le tenist pour vrai pape. Et dirent oultre -au roy que veues les choses dont dessus est faite mencion, -et icelles considérées deuement, il le devoit ainsi faire, -comme pour donner bon exemple à tous autres crestiens. -Si se déclara lors le roy, par la manière que conseillié luy -avoit esté et que dessus est dit. Et ces choses fist signefier -et publier par son royaume, tant à prélas et églyses cathédraulx -comme à autres.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XCV.</h3> - -<p class="section">Coment le roy, par le conseil de pluseurs sages, fist signefier à -pluseurs princes crestiens, lesquels il tenoit pour ses amis et -bien vueillans, que il s'estoit délibéré pour la partie du pape -Clément.</p> - - -<p>Après ladite déclaration faite, le roy ot avis et délibéracion, -par le conseil de pluseurs sages, que il segnifieroit ces -choses aux princes crestiens que il tenoit pour ses amis et -bien vueillans, et ainsi le fist. Et envoia messages notables, -prélas, barons et autres chevaliers et clers, les uns en Alemaigne, -les autres en Hongrie, les autres en Ytalie et autres en -pluseurs autres pays, pour segnifier coment il se estoit déclaré -pour la partie dudit pape Clément, et pour leur dire et -monstrer les causes et raisons qui l'avoient meu à ce faire, -et pour leur requérir que pour l'onneur de Dieu et de -sainte églyse il voulsissent ainsi faire, afin que toute crestienneté -fust soubs un pasteur et un vicaire de Jésus-Christ, -ainsi comme elle devoit estre. Et oultre leur faisoit le roy -savoir que s'il y avoit aucun prince ou autre qui féist aucun -doubte en ce fait pour cause de l'esleccion ou nominacion -dudit Berthélemi, que il voulsissent oïr les messages que le -roy leur envoioit, lesquels estoient instruis souffisamment -et informés de la vérité du fait. Et si trouvèrent lesdis -messages du roy, en aucuns lieux, gens instruis autrement -que de la vérité, et soustenans le fait dudit Berthélemi, et -par espécial ès parties d'Alemaigne. Et jasoit ce que le roy -de Hongrie eust par avant segnifié et escrit au roy de France -que telle partie comme il tendroit ledit roy de Hongrie tendroit, -toutes voies, les messages que le roy de France -envoia devers ledit roy de Hongrie pour ceste cause trouvèrent -que il estoit plus enclin à la partie dudit Berthélemi -que à la partie dudit pape Clément. Et aussi les Flamens, -jasoit ce que il fussent et soient du royaume de France, -respondirent que jusques à ce qu'il fussent plus plainement -enformés, ne tendroient ledit pape Clément pour pape.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XCVI.</h3> - -<p class="section">Coment ledit Berthélemi, qui se nommoit pape Urbain, fist -vint-neuf cardinaux dont les noms s'ensuivent.</p> - - -<p>Item, en celuy temps, c'est assavoir le vintiesme jour de -septembre dessusdit, ledit Berthélemi, qui se nommoit -pape Urbain, fist vint-neuf cardinaux dont les noms s'ensuivent : -Messire Phelippe d'Alençon, patriarche de Jérusalem -et administrateur de l'archevesché d'Aux ; l'evesque -de Londres en Angleterre ; l'arcevesque de Ravenne de Padue<a id="FNanchor_371" href="#Footnote_371" class="fnanchor">[371]</a> ; -l'evesque de Sisteron ; l'evesque d'Averse, Ursin ; -messire Agapit de la Columpne ; messire Estienne de la Columpne ; -l'evesque de Perouse ; l'evesque de Bouloigne-la-Grasse ; -l'arcevesque de Strigonn en Hongrie ; maistre Mesquin<a id="FNanchor_372" href="#Footnote_372" class="fnanchor">[372]</a> -de Naples ; messire Galeot de Petramale ; l'arcevesque -de Pise ; l'arcevesque de Corphou ; l'evesque de Tulle ; le général -des Frères meneurs ; l'evesque de Michie ; frère Abaillen ; -l'arcevesque de Salerne ; l'evesque de Verseil ; l'evesque -de Theate ; le patriarche de Grado ; l'arcevesque de Prague -en Boesme ; messire Gentil de Sanguce ; le général des Augustins ; -l'evesque de Valence en Espaigne ; l'evesque de Reatine ; -et l'evesque qu'il nommoit de Mirepois, qui estoit -evesque d'Ostun, lequel ne l'accepta pas et non firent pluseurs -des autres. Et puis ledit pape Clément fist ledit evesque -d'Ostun cardinal, lequel l'accepta. Et en vérité, c'estoit -l'un des bons clers que l'on seust en crestienté, lequel avoit -fait grant diligence de savoir et enquérir coment ledit Berthélemi -avoit esté esleu ; et quant il avoit sceu la vérité, il -avoit refusé le chapel rouge de luy. Et puis le prist dudit -pape Clément comme dessus est dit. Si estoit grant approbacion -du fait dudit pape Clément, considéré la grant clergie -et la suffisance dudit cardinal.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_371" href="#FNanchor_371"><span class="label">[371]</span></a> Giles de Prates, d'abord évêque de Padoue, puis de Ravenne. — L'évêque -de Sisteron étoit Renoul de Monteruc, neveu du cardinal de -Pampelune.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_372" href="#FNanchor_372"><span class="label">[372]</span></a> <i>Mesquin</i>. Nicolas Meschino, frère Prêcheur, inquisiteur dans le -royaume de Naples. — <i>Galeot de Petramale</i> ou Galiot de Tarlat de Pietramala.</p> -</div> -<p><i>Incidence</i>. Item, en celle saison, le grant maistre de Rodes -accompaignié de grant quantité de gens d'armes entra au -païs de Romanie, et là, par les Grecs et les Turs qui estoient -ensemble, fu desconfis et pris, et toutes ses gens mors -ou pris devant un chastel appellé Latre<a id="FNanchor_373" href="#Footnote_373" class="fnanchor">[373]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_373" href="#FNanchor_373"><span class="label">[373]</span></a> <i>Latre</i>. Var. <i>Sarete</i>. Ferdinand d'Heredia fut pris sous les murs de -Corinthe et ne voulut pas que pour le racheter les chevaliers de Rhodes -rendissent la ville de Patras qu'il avoit conquise. Il aima mieux demeurer -trois ans captif, jusqu'à ce que sa famille le rachetât. (Voy. les <i>Monumens -des grands Maîtres</i>, par le vicomte François de Villeneuve-Bargemont, -aujourd'hui marquis de Trans.)</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>XCVII.</h3> - -<p class="section">De la mort Charles, empereur de Rome et roy de Boesme.</p> - - -<p>Item, la vigile de la saint André mil trois cent septante-huit -dessusdit, Charles, empereur de Rome et roy de -Boesme, trespassa de ce siècle ; lequel avoit pardevant pourchacié -et procuré par devers les esliseurs de l'empire -que son fils fust empereur après sa mort. Et lonc-temps -avant sa dite mort s'appelloit son dit fils roy des Romains. -Et après la mort de son père tendit à avoir le droit de l'empire. -Et tenoient aucuns que pour ce que ledit Berthélemi -intrus au pape luy avoit promis de le faire et couronner empereur, -il le tenoit pour pape et s'estoit adhéré avecques luy.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XCVIII.</h3> - -<p class="section">Coment monseigneur Jehan de Montfort, qui se tenoit duc de -Bretaigne, fu privé en parlement de toutes les terres qu'il -tenoit au royaume de France.</p> - - -<p>Item, en ce temps, pour ce que le roy qui savoit et aussi -tous ceux de son royaume, coment messire Jehan de Montfort, -qui se tenoit duc de Bretaigne et qui en avoit fait foy -et hommage au roy comme à son lige seigneur naturel et -souverain, s'estoit porté et encore portoit mauvaisement et -desloyalement envers le roy, en faisant guerre notoirement -contre le roy et son royaume, et avoit chevauchié armé -contre le royaume de France en la compaignie du duc de -Lencastre et autres ennemis du roy, en faisant guerre, boutant -feu, tuant hommes, femmes et tous autres fais de -guerre, avoit conforté et aidié les Anglois et autres ennemis -du roy de toute sa puissance, et avoit au roy renvoié son -hommage, tant de la duchié de Bretaigne que des autres -terres qu'il tenoit au royaume, fu conseilié de faire appeler -ledit Jehan de Montfort pardevant luy, en sa court, pour -respondre au procureur du roy, sur tout ce que ledit procureur -du roy vouldroit proposer contre luy à toutes fins. Et -pour ce, donna à son dit procureur ajournemens souffisans -et convenables, par lesquels ledit messire Jehan fu ajourné -à comparoir personelment pardevant le roy en sa dite -cour garnie de pers et d'autre conseil souffisamment, au -samedi quatriesme jour de décembre mil trois cent septante-huit -dessusdit, pour respondre audit procureur à toutes -fins sur les cas dessusdis et sur autres déclarés ès ajournemens. -A laquelle journée de samedi ledit de Montfort ne -vint né comparut, né autre pour luy, souffisamment appellé -si comme accoustumé est. Et jasoit ce que le procureur -du roy requéist avoir deffaut contre ledit Jehan de -Montfort, et que le roy ou sa court peust avoir ottroyé à -son procureur ledit deffaut s'il luy pleust, toutes voies, il -voult que la besoigne surséit en estat, sans y procéder jusques -au jeudi ensuivant neuviesme jour dudit mois. Auquel -jeudi le roy fu en la chambre de son parlement séant en -jugement, la court garnie de pers, et pour ce que tous les -pers n'y estoient mie présens, jasoit ce qu'il eussent esté -tous ajournés et mandés par le roy pour ceste cause et s'excusoient -par leur lettres ouvertes, lesdites lettres furent -leues en la présence de tous. Et après fu oï le procureur du -roy, en tout ce qu'il voult demander et requérir contre -ledit de Montfort. Et premièrement, afin d'avoir deffaut ; -et après qu'il fust dist et déclaré iceluy de Montfort estre -encheu en crime de lèse-majesté et avoir commis félonnie -envers le roy ; et pour ce estre privé de tous drois, honneurs, -noblesses et dignités tant de pairie comme autres ; -et tous ses biens, fiés, terres, possessions et seigneuries -estans au royaume de France, tant en la duchié de Bretaigne -comme autres, estre confisqués. Et néantmoins le procureur, -en tant comme besoin estoit, requéroit que par -le roy et sa court ledit de Montfort fust privé des choses -dessusdites. Et oultre, qu'il fust déclaré par le roy et sa -court que ledit de Montfort avoit forfait le corps envers le -roy ; et ainsi fust dit par le jugement du roy et de sa court.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>XCIX.</h3> - -<p class="section">Coment le cardinal de Limoges vint à Paris de par le pape -Clément, pour signifier, monstrer et déclarer tout ce qui -avoit esté fait de la nominacion de Berthélemi dont dessus -est faite mention ; et aussi de l'esleccion du pape Clément.</p> - - -<p>Item, en quaresme ensuivant, le cardinal de Limoges -vint à Paris, envoié de par le pape Clément, tant comme -messaige, pour signifier, monstrer et déclarer tout ce -qui avoit esté fait de la nominacion de Berthélemi dont -dessus est faite mencion ; et aussi de l'esleccion du pape -Clément. Lequel le roy receut à grant honneur et révérence -pour l'honneur de l'église, et aussi pour ce que le roy -l'amoit. Et après ce qu'il ot dit au roy les causes de sa légacion, -le roy luy assigna certaine journée en son chastel du -Louvre, pour le oïr publiquement de tout ce qu'il vouldroit -dire. A laquelle journée fu le roy en la grant chambre du -Louvre emprès la sale, assis en sa chaere, et ledit cardinal -en une autre d'encoste luy ; et là furent présens pluseurs -princes, prélas, barons, maistres en théologie et docteurs -en autres sciences, tant de l'Université de Paris comme -autres ; en la présence desquels ledit cardinal de Limoges -relata tout ce qui avoit esté fait à Rome, et la nominacion en -pape qui avoit esté faite dudit Berthélemi, et coment et par -quelle manière et tout le procès, en la manière que contenu -est en la déclaracion dessus escripte. Et tout ce qui estoit -contenu en ladite déclaracion afferma et maintint estre -vray, en sa conscience, et sur le péril de l'ame de luy ; et -savoit ces choses estre vraies, car il avoit esté présent et -veu et sceu toutes lesdites choses contenues en ladite déclaracion. -Par laquelle affirmacion, s'il y avoit aucun qui -eust aucun scrupule de conscience au contraire, il doit -avoir sa conscience toute appaisiée ; car il n'est pas vraisemblable -que un homme de telle autorité et de telle science -tesmoignié d'estre preud'homme de tous ceux qui le cognoissent, -se fust voulu dampner, pour amour né pour haine -d'homme vivant.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>C.</h3> - -<p class="section">Coment le roy manda à Paris pluseurs barons de Bretaigne, -pour leur dire les choses dont ci-après est faite mencion.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1379</div> - -<p>Assez tost après Pasques, qui furent l'an mil trois cens -septante-neuf, vindrent à Paris le seigneur de Laval, monseigneur -Bertran du Guesclin, connestable de France ; le -seigneur de Cliçon et le viconte de Rohan, lesquels le roy -avoit mandés et fait venir à Paris pour leur dire les choses -dont ci-après sera faite mencion. C'est assavoir que une journée -au Palais-Royal, en la chambre vert, furent les dessus -nommés devant le roy, lequel avoit pluseurs seigneurs de son -conseil en sa compaignie : et là le roy de sa bouche relata aux -dessus nommés de Bretaigne, coment, après l'accort fait entre -la duchesse de Bretaigne, femme du duc Charles, et messire -Jehan de Montfort, ledit messire Jehan de Monfort luy avoit -fait hommaige lige ; et coment depuis il avoit traictié ledit -de Montfort doulcement et courtoisement ; et par espécial -après ce que ledit de Montfort ot fait requérir au roy, par -ses messaiges, que il luy féist délivrer certaines terres que le -conte de Flandres tenoit, lesquelles il disoit à luy appartenir : -et en vérité, jasoit ce que lesdites terres ne vaulsissent -oultre quatre ou cinq mile livres de terre, le roy, après pluseurs -messaiges à luy envoiés tant dudit de Montfort de vers le -roy comme du roy devers ledit de Montfort, le roy cuidant -le tenir en bonne et vraie subjeccion et obéissance comme -tenu y estoit, luy fist offrir de le acquitter envers la duchesse -de Bretaigne qui fu femme du duc Charles, de dix -mile livrées de terre que ledit de Montfort estoit tenu de -luy baillier, par le traictié de paix fait entre ladite duchesse -et ledit de Montfort ; mais nonobstant ce, et que le roy par -pluseurs fois envoiast pardevers luy messaiges grans et -notables, prélas, barons et autres, ledit de Montfort fist -venir en Bretaigne grant foison d'Anglois ennemis du roy. -Et pour celle cause, le roy y envoia ses frères, les ducs de -Berry et de Bourgoigne, pour faire widier lesdis Anglois -de sa seigneurie, par force et puissance d'armes. Et quant -il furent audit païs de Bretaigne, ledit de Montfort leur -promist que il feroit widier lesdis Anglois dudit païs de -Bretaigne, ce qu'il ne fist pas. Mais fist guerre au païs par -la puissance desdis Anglois, et mist siège devant pluseurs -villes, pour ce qu'il ne vouloient recevoir les Anglois dedens -lesdites villes ; et pour avoir finance, leva fouages et -pluseurs autres subsides, à la grant desplaisance des prélas, -nobles et bonnes villes du païs, lesquels envoièrent -devers le roy, afin qu'il voulsist mettre remède en toutes -ces choses, et de ce, luy supplièrent moult affectueusement. -Et pour celle cause le roy y envoia son connestable et grant -foison de gens d'armes, lesquels, par force et puissance, -firent widier lesdis Anglois du païs, et s'en ala ledit de -Montfort avecques eux en Angleterre ; et les gens du roy -qui estoient au païs de Bretaigne trouvèrent bonne obéissance -en pluseurs villes et chasteaux, et ceux qui se tindrent -par aucun temps rebelles furent mis par force et par puissance, -en obéissance, tant que finablement, tout le païs de -Bretaigne, cités, villes et chasteaux, furent en l'obéissance -du roy, et tenus pour luy et de par luy, excepté seulement -le chastel de Brest, auquel ledit de Montfort fist venir -Anglois qui tousjours le tindrent en rebellion contre le roy. -Et ledit de Montfort, qui estoit en Angleterre, se tint pour -ennemi du roy, et admena audit lieu de Brest le conte de -Cantebruge, fils du roy d'Angleterre et grant foison de gens -d'armes anglois, cuidant recouvrer le païs et gaaigner par -force d'armes ; mais les gens du roy qui y estoient et ceux -du païs avecques eux, gardèrent le païs par telle manière -que ledit de Montfort et ceux qui estoient venus avecques -luy, s'en retournèrent avecques luy en Angleterre, sans -point faire de leur profit. Et aussi avoit ledit de Montfort -chevauchié par le royaume de France, en la compaignie du -duc de Lencastre, et fait tout fait de guerre comme dessus -est dit. Et jasoit ce que les rebellions, désobéissances et -traïsons dudit de Montfort fussent si notoires partout le -royaume de France, tant en Bretaigne comme ailleurs, que -aucun de bon entendement ne les povoit né devoit ignorer, -et que le roy comme pour fait notoire et permanant peust -sans autre procès avoir appliqué et confisqué à luy et mis -en son demaine la duchié de Bretaigne et toutes les autres -terres que ledit de Montfort tenoit au royaume de France, -toutesvoies y avoit voulu procéder plus meurement, et avoit -fait adjourner ledit de Montfort solemnelment, pour comparoir -en personne devant luy en sa court de parlement, et -pour respondre à son procureur sur les choses dessus dites, -au samedi, quatriesme jour de décembre, l'an mil trois -cens septante-huit dessus dit. A laquelle journée il n'estoit -venu né comparu ; si avoit le roy et sa court fait son jugement -par la manière que dessus est dit, et pour exécuter -son jugement et son arrest entendoit tantost envoier certaines -personnes notables pour prendre royaument et de -fait de par luy la possession et saisine de toutes les cités, -villes et forteresces du païs ; lesquels il nomma lors. C'est -assavoir le duc de Bourbon ; le conte de Sancerre, mareschal -de France ; messire Jean de Vienne, admiral de -France ; messire Bureau de La Rivière, son premier chambellan, -et pluseurs autres chevaliers et gens du conseil en -leur compaignie, les uns d'une part et les autres d'autre. Si -requist lors le roy aux dessus nommés seigneurs de Laval, de -Cliçon, connestable, et de Rohan, que les villes, chasteaux -et forteresces que il tenoient et gardoient de par le roy, qui -estoient du demaine de la duchié de Bretaigne, il rendissent, -baillassent et délivrassent aux seigneurs que le roy -envoioit par delà ; lesquels les establiroient et ordeneroient -à la seurté tant du roy comme du païs. Lesquels respondirent -que ainsi le feroient : mais à plus grant seurté, le -roy voult qu'il le jurassent. Si le jurèrent sur les saintes évangiles -de Dieu et sur la vraye croix<a id="FNanchor_374" href="#Footnote_374" class="fnanchor">[374]</a>. Et ainsi se partirent -du roy lesdis Bretons. Et cuida le roy véritablement que -ses gens que il devoit envoier au païs de Bretaigne y trouvaissent -plaine obéissance, ainsi comme lesdis Bretons -estoient tenus de faire. Si leur accorda le roy lors confirmacion -de tous leur privilèges, libertés et franchises et pluseurs -autres requestes que il féirent tant pour le païs de -Bretaigne comme pour aucuns singuliers ; et en furent les -lettres faites et scellées par la manière que il l'avoient -requis.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_374" href="#FNanchor_374"><span class="label">[374]</span></a> Ici s'arrête la transcription du manuscrit de Charles V, n. 8395, qui, -jusqu'à présent, étoit notre principal guide. Mais, depuis les derniers -chapitres du voyage de l'empereur, il n'étoit pas plus rigoureusement -correct que les autres. Nous nous réglons maintenant de préférence sur -le volume coté n. 8302. Il avoit appartenu à Jean, duc de Berry, frère de -Charles V.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CI.</h3> - -<p class="section">De la venue des cardinaux d'Aigrefueil et de Poitiers à Paris.</p> - - -<p>En celle saison, après Pasques l'an mil trois cent soixante-dix-neuf, -vindrent à Paris les cardinaux d'Aigrefueil et de -Poitiers, lesquels le pape Clément, qui un petit devant, -estoit venu en Avignon, envoyoit en legacion, c'est assavoir -le cardinal d'Aigrefueil en Allemaigne et celuy de Poitiers -en Angleterre, pour monstrer, dire et déclairier le fait de -la nomination en pape dudit Berthélemi, et de l'esleccion -du pape Clément ; lesquels deux cardinaux avoient esté -présens à tout ce qui avoit esté fait. Lesquels le roy -receut honnorablement en son chastel du Louvre, ainsi -comme il avoit acoustumé à faire et par pluseurs fois les -oï sur la matière devant dite. Et le mercredi quatriesme -jour de may l'an mil trois cent soixante et dix-neuf, fu -présenté par le cardinal de Limoges au cardinal d'Ostun, -dont devant est faite mencion, le chapel rouge, en la présence -du roy et des autres cardinaux d'Aigrefueil et de -Poitiers ; et disnèrent ce jour avec le roy audit chastel du -Louvre. Et le samedi ensuivant, septiesme jour de mai -dessusdis, furent lesdis cardinaux au bois de Vincennes par -devers le roy qui lors y estoit, et parlèrent à luy sur la matière -dessusdite. Et le roy, si comme il avoit accoustumé, -leur fist faire responses justes et raisonnables. Assés tost -après se partirent de Paris cuidans accomplir leur legacions. -Et alèrent le cardinal d'Aigrefueil à Mez et celuy de Poitiers -à Tournay, et là demourèrent longuement en cuidant -tousjours avoir saufs-conduis des rois des Romains et d'Angleterre -pour aler en leur pays ; mais il ne les porent avoir.</p> - -<p>Au mois d'aoust ensuivant, commença une grant mortalité -à Paris et environ. Et se parti le roy et ala à Montargis -en celle saison. Et aussi se partirent de Paris la plus grant -partie des conseilliers du roy et autres, pour cause de ladite -mortalité.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CII.</h3> - -<p class="section">Coment le viconte de Rohan et pluseurs autres nobles du païs -de Bretaigne remandèrent messire Jehan de Montfort qui -estoit en Angleterre.</p> - - -<p>En celuy temps, le viconte de Rohan et pluseurs autres -nobles et autres du païs de Bretaigne remandèrent messire -Jehan en Angleterre, pour le faire venir en Bretaigne. Et -pristrent et occupèrent de fait pluseurs forteresses qui estoient -tenues de par le roy, en venant contre leur foy, -loyauté et seremens ; et par espécial, ledit viconte de Rohan, -qui solempnelment avoit juré en la présence du roy et -de son conseil à Paris, comme dessus est dit. Si envoya le -roy, tantost que il fust à sa cognoissance, sur les marches de -Bretaigne le duc d'Anjou son frère, accompaignié de grant -foison de gens d'armes. Et aussi estoient sur lesdites marches -pour le roy le connestable d'un costé et le sire de -Cliçon d'un autre. Et tantost que ledit duc d'Anjou fu sur -lesdites marches, ledit viconte de Rohan et les autres qui -tenoient la partie dudit Montfort commencièrent à traictier -avec le duc d'Anjou et les gens du roy. Et ce faisoient-il, si -comme pluseurs cuidoient, en attendant la venue dudit -Montfort qui encore n'estoit venu en Bretaigne. Et tantost -pot assez bien apparoir ; car celuy traictié ne vint à nulle -bonne conclusion ; et par delais fu mené et par continuacion -tant que ledit Montfort fu venu au païs de Bretaigne. -Et furent des journées prises grant foison depuis sa venue, -tant au païs de Bretaigne comme ailleurs. Et de toute celle -saison ne fu accordé aucun appointement, jasoit ce que le -roy leur voulsist faire de grace plus que il n'avoient deservi.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CIII.</h3> - -<p class="section">De la rébellion des Flamens.</p> - - -<p>Au mois d'octobre ensuivant, l'an mil trois cent soixante-dix-neuf -dessusdit, s'esmurent les Flamens contre le conte -de Flandres en la ville de Gand par aucuns excès que les -gens et serviteurs dudit conte y avoient fait et faisoient de -jour en jour, si comme l'en disoit. Et tuèrent à Gand le -baillif du conte et fu tout le païs d'un accort, excepté aucuns -singuliers qui se trairent devers le conte, et aussi aucunes -villes comme Audenarde et Terremonde où il misrent -siège. Et après ce qu'il orent tué ledit baillif, il alèrent -en un chastel emprès Gand qui estoit dudit conte, appellé -Andringhem, et y boutèrent le feu et l'ardirent. Et puis alèrent -à Ypre où il avoit aucuns gentilshomes et qui se tenoient -de la partie du conte, et autres alèrent mettre siège devant -Alos et ainsi tindrent trois sièges tout à une fois. Et quant -le duc de Bourgoigne sceut ces choses, qui avoit espousée la -fille dudit conte de Flandres, il se traist vers les marches de -Flandres, et premièrement ala à Tournay et fist sentir à -ceux qui estoient devant Audenarde qu'il parleroit volentiers -à eux : lesquels luy accordèrent d'envoyer à l'encontre -de luy en certaine place, c'est assavoir entre Tournay et Audenarde. -Et ainsi le firent, et par pluseurs journées assemblèrent -avec le duc de Bourgoigne tant que finablement fu -traictié fait et accordé en telle manière : premièrement que -le conte de Flandres, pour Dieu, à la requeste dudit duc -de Bourgoigne, pardonneroit aux Flamens tout ce qu'il -avoient meffait contre luy. Item, que ledit conte leur devoit -faire réséeller tous les privilèges en la manière qu'il fist -quant il entra en Flandres, et qu'il leur promist à les tenir -selon leur anciennes coustumes. Item, que sé aucunes lettres -ont esté faites ou données depuis le temps dessusdit -contre les privilèges desdis Flamens, ledit conte les leur -doit rendre et doivent être adnichilées. Item, les Alemans -qui ont esté avec ledit conte en ceste guerre doivent jurer -que jamais ne mefferont à ceux du païs de Flandres. Item, -que tous les bourgois et manans du païs qui en sont partis -et ne sont alés avec les communes du païs, et aussi ceux -du conseil dudit conte venront audit païs et leur fera-l'en -loy ; et au cas que l'en les trouvera coupables, l'en leur fera -amender par l'ordenance de vint-cinq hommes esleus en -trois bonnes villes de Flandres. Item, que ces vint-cinq -hommes dessusdis qui seront pris et esleus en trois bonnes -villes feront franques vérités, d'an en an par tout le païs de -Flandres ; et ce dont seront d'accort sera jugié et tenu et mis à -exécucion par ledit conte de Flandres. Item, lesdis Flamens -requéroient et vouloient que la partie d'Audenarde par -devers la ville de Gand et certaine quantité des murs d'un -costé et d'autre fussent abattus et démolis jusques au rez -de terre. Après aucuns traictiés se misrent de cest article en -l'ordenance dudit duc de Bourgoigne, et de douze bourgois -des trois bonnes villes, c'est assavoir de chascune quatre ; et -doivent avoir prononcié leur dit dedans quinze jours après -le premier dimenche des Avens mil trois cent soixante-dix-neuf -dessusdit. Item, le prévost de Bruges, principal conseiller -dudit conte de Flandres, doit estre hors du conseil et -païs de Flandres à tousjours. Lequel traictié fu passé et -accordé par ledit conte, et lettres faites et scellées soubs -son séel.</p> - -<p>En l'an dessusdit et en l'yver ensuivant, furent les -rivières de Saine et de Marne, d'Yonne et d'Oise moult -grans.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CIV.</h3> - -<p class="section">De la rébellion de Montpellier.</p> - - -<p>Le mardi vint-cinquiesme jour du mois d'octobre en -celuy an, les habitans de Montpellier, par une commotion -universal, misrent à mort en la ville de Montpellier messire -Guillaume Pointel chevalier, chancelier du duc d'Anjou, -frère du roy et lieutenant en toute Langue d'oc ; messire -Guy de Lesterie, seneschal de Rouergue ; maistre Arnoult -de Lar, gouverneur de Montpellier ; maistre Jacques de la -Chaynne, secrétaire dudit duc ; maistre Jehan Perdiguier, -gouverneur des finances dudit duc, et pluseurs autres officiers -tant du roy comme du duc d'Anjou, jusques au nombre -de quatre-vins personnes ou de plus. Et après ce que -il orent mis à mort les dessusdis, il les giettèrent en pluseurs -puis de ladite ville. Et ce firent, pour ce que lesdis conseilleurs -leur avoient requis aide au nom dudit duc d'Anjou -pour le fait de la guerre de Langue d'oc. Dont ledit duc -d'Anjou fu moult troublé, et non sans cause.</p> - -<p>Le mercredi, vintiesme jour dudit mois, l'an dessusdit, -à Montargis, en la présence du roy, furent faites les fiançailles -de madame Yolant, nièce du roy et fille du duc de -Bar, qui avoit espousée la suer du roy ; et la fiança un -chevalier, procureur du duc de Gironne, ainsné fils du roy -d'Arragon. En ce temps se reprisrent les traictiés entre les -roys de France et d'Angleterre ; et envoya le roy ses messages -solennels pour lesdis traictiés ès marches de Picardie, -tant à Bouloigne comme à Saint-Omer. Mais en ce temps ne -fut aucune chose faite.</p> - -<p>Item, en ce temps, le conte de Saint-Pol, qui longuement -avoit esté prisonnier en Angleterre, vint en Flandres -et fut le roy suffisamment informé qu'il avoit traictié avec -les Anglois de leur bailler et mettre ès mains toutes les forteresses -que il avoit au royaume de France. Et pour ceste -cause fist le roy prendre et saisir toutes lesdites forteresses -et y fist mettre gens de France de par luy, et aucunes en -bailla en garde et gouvernement à Jehan de Ligny, frère -dudit conte de Saint-Pol. Et quant ledit conte de Saint-Pol -vit que son fait étoit rompu, et qu'il ne povoit aux Anglois -tenir ce que il avoit promis, il s'en retourna en Angleterre -et espousa la suer du roy d'Angleterre.</p> - -<p>En celle année dessusdite, les Anglois misrent une armée -sur la mer pour passer en Bretaigne, si comme l'en disoit ; -et fu environ la Conception Nostre-Dame. Et quant il furent -sur la mer, il orent telle fortune que pluseurs d'eux -périllèrent ; et disoit-l'en que il en avoit eu de périllés -jusques au nombre de six cent hommes d'armes ou plus. Et -les autres retournèrent en Angleterre.</p> - -<p>Et environ Noël ensuivant, en la présence du roy et de -pluseurs autres, se déclara le duc de Breban pour la partie -du pape Clément VII. En celle année crut peu de vin en -Aucerrois et sur la rivière d'Yonne.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CV.</h3> - -<p class="section">La sentence contre ceux de Montpellier.</p> - - -<p>Le vendredi vint-cinquiesme jour de janvier, l'an mil -trois cent soixante-dix-neuf devant dit, environ heure de -tierce, entra le duc d'Anjou à Montpellier pour prendre -vengeance du vilain fait qui avoit esté fait en ladite ville -des officiers du roy et des siens dont dessus est faite mencion. -Et en sa compaignie avoit grant foison de gens d'armes -et arbalestiers, et y fu receu par la manière qui ensuit :</p> - -<p>Premièrement, vindrent au-devant de luy tous les officiers -du roy estans lors en ladite ville. Secondement, le -cardinal d'Albanie qui là estoit. Tiercement, tous les collèges -et religieux de ladite ville, tant de chanoines comme -de moines, de mendians et de encloses. Quartement, l'estude -de droit civil, de canon et de médecine. Et estoient -tous à procession, des deux parties du chemin par où ledit -duc devoit passer ; et tous à genoulx crioient à haulte voix : -<i>Miséricorde pour le peuple de Montpellier!</i> Après estoient -grant quantité d'enfans de ladite ville de l'aage de quatorze -ans et au dessoubs, criant aussi <i>miséricorde!</i> Après estoient -les consuls, ès robes de la ville, sans manteaulx, sans chapperons -et sans ceintures, et grant quantité du peuple, chascun -ayant une corde environ le col, requérans à genoulx -miséricorde, et apportèrent les clés des portes et le batel -de la cloche de la ville, dont l'en avoit fait le touquesin<a id="FNanchor_375" href="#Footnote_375" class="fnanchor">[375]</a> ; -lesquelles clés et batel ledit duc fist prendre par le séneschal -de Beaucaire qui estoit présent. Et lors descendi à pié -ledit cardinal d'Albanie et requist pour eux miséricorde -avec tout le peuple ; et ès forbours de ladite ville estoient -toutes les femmes d'icelle ville, en simples habis, requérans -aussi très-humblement miséricorde. Et quant ledit duc fut -entré en ladite ville, il destitua tous les officiers d'icelle et -la maison du consulat, l'églyse de Saint-Germain que fist -faire pape Urbain, et les portaux d'icelle ville fist garnir de -gens d'armes, et les armeures des gens de ladite ville que -l'en pot trouver fist apporter par devers luy.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_375" href="#FNanchor_375"><span class="label">[375]</span></a> <i>Touquesin</i>. Variante du msc. du duc de Berry n<sup>o</sup> 8302, <i>Tacquehan</i>, -et de même plus bas.</p> -</div> -<p>Le vint-quatriesme jour dudit mois, ledit duc d'Anjou -estant sur un eschaffaut que l'en avoit fait moult notable -en une place de ladite ville, afin que le peuple véist mieux -ce qui y seroit fait, fu donnée sentence par ledit duc contre -l'université, consuls et singuliers de ladite ville de Montpellier, -par la manière que ci-après s'ensuit : c'est assavoir -l'université à perdre consuls, consulat, maison et arches -communes, séel et cloches et toutes autres juridicions ; et -envers le roy et ledit duc d'Anjou en six cens mil francs -d'or et ès despens que ledit duc d'Anjou avoit fais pour -ceste cause. Et quant aux singuliers, six cens des plus coupables, -à morir, c'est assavoir deux cens à coper les testes, -deux cens pendus et deux cens ars ; leur enfans infames et -en perpétuel servitude et leur biens confisquiés et la moitié -des biens de tous les habitans d'icelle ville, deux portaux -de la ville et six tours et les murs qui sont entre les portaux -à abattre et les fossés d'entre deux emplir : tous les -harnois et armeures de ladite ville à estre arses. Que les -consuls et plus notables de celle ville trairoient les morts -qui en la rumeur avoient esté occis des puis où il les avoient -gietés, et que ladite université fonderoit une églyse ou chapelle -où il auroit six chappelleries, chascune de quarante -livres de rente. Et en icelle églyse seroit mise la cloche de -quoy fu sonné le touquesin en ladite rumeur. Et en oultre fu -condampnée ladite université à la restitution des biens des -mors et l'intérêt de partie. Et tantost ladite sentence prononciée -se desvestirent les consuls publiquement des robes -de consulat, sans mantel, cote né chapperon, et rendirent -audit duc le séel de ladite ville. Toutes voies il s'escrioient -et requéroient avec le peuple très humblement <i>miséricorde!</i> -Et lors, ledit cardinal d'Albanie et aucuns autres prélas envoiés -de par le pape et de par le collège des cardinaux prièrent -ledit duc moult affectueusement qu'il eust pitié de ce -peuple, et que il ne voulsist procéder à aucune exécucion, -jusques à ce qu'il eust oï parler ledit cardinal. Si luy -assigna jour ledit duc à l'endemain en celle meisme place -pour le oïr, auquel jour et lieu ledit cardinal, et collèges, -et religieux et religieuses de ladite ville, l'université et très-grant -nombre de femmes et de petits enfans qui tous -crioient miséricorde pour le peuple, ledit cardinal dit moult -de belles paroles audit duc et fist faire une collation par un -frère Jacobin tous tendant à fin de miséricorde. Si fist lors -ledit duc modéracion de sentence et rémission desdis six -cens mil francs, et que les portaus et les murs dessusdis ne -seroient mie abattus. Et leur rendi leur consulat, maison, -séel, juridicion fors que l'office du baillif et tous les autres -qui sont sous luy demourèrent en l'ordenance du roy. Et -quant à l'exécucion des six cens condempnés, fu dit que -tous ceux qui avoient esté cause de la commocion et qui -avoient mis mains aux mors seroient avec leur bien en l'ordenance -du roy. Et ainsi remist la moitié des biens des -autres de la ville ; et les chappellenies furent ramenées à -trois, et les armeures et artillerie d'icelle ville furent mises -en la main du roy pour faire sa volenté. Et si fu dit que il -paieroient les despens que ledit duc avoient fais en ceste -besoigne, lesquels furent depuis ordenés à six vint mil -francs par ledit duc.</p> - -<p><i>Incidence</i>. En ce temps, le lundi vint-quatriesme jour de -février l'an dessusdit, au bois de Vincennes, fist le duc de -Juillers hommage lige au roy, et se déclara lors pour le -pape Clément VII.</p> - -<p>Par tout ce temps, le cardinal de Poitiers qui estoit venu -par deça pour aler en Angleterre, et aussi le cardinal d'Aigrefueil -qui estoit envoyé en Allemaigne par le pape Clément -se tinrent sur les marches de Tournesis et de Cambresis ; -c'est assavoir ledit cardinal de Poitiers à Tournay et à Cambray -et ledit cardinal d'Aigrefueil à Metz, pour ce qu'il ne -povoient avoir sauf-conduis pour passer oultre.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CVI.</h3> - -<p class="section">De la mort monseigneur Bertran Du Guesclin, connestable -de France.</p> - -<div class="sidenote">ANNÉE 1380</div> - -<p>Assés tost après Pasques qui furent l'an mil trois cens -quatre-vins, et furent Pasques celle année le quinziesme -jour de mars, vindrent messages de par les communes -de Languedoc à Paris par devers le roy et luy exposèrent et -supplièrent que il voulsist envoyer un capitaine de par luy -audit païs pour le garder et deffendre tant contre les ennemis -comme contre les compaignies qui sur iceluy païs -estoient. Et pour ce que tous aydes avoient esté abattus sur -ledit païs, il ottroièrent ayde de trois francs pour chascun -feu pour un an, imposicion de douze deniers pour livre de -toutes denrées excepté le sel, sur lequel il ottroièrent la -double gabelle qui autrefois avoit couru au païs. Et parmi ce, -leur ottroia le roy capitaine au païs messire Bertran du Guesclin -qui lors estoit connestable de France. Lequel parti pour -y aler au mois de juin ensuivant. Et en alant, s'arresta sur -un chastel en la seneschauciée de Beaucaire, appellé le -Chastel-Neuf-de-Randon, lequel estoit occupé par les -ennemis du roy et du royaume. Et tant destreigni ledit -connestable ceux qui estoient dedens, tant par engins -comme par assaus qu'il estoient sur le point de rendre ledit -chastel. Mais par la volenté de Nostre-Seigneur, ledit connestable -fu malade environ huit jours au siège devant ledit -chastel, et trespassa de cest siècle le vendredi treiziesme -jour de juillet, qui fu grant dommage au roy et au royaume -de France. Car c'estoit un bon chevalier et qui moult de -biens avoit fait au royaume de France, et plus que chevalier -qui lors vesquist. Et l'endemain, ceux qui estoient -audit chastel le rendirent aux gens dudit connestable<a id="FNanchor_376" href="#Footnote_376" class="fnanchor">[376]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_376" href="#FNanchor_376"><span class="label">[376]</span></a> Le msc. du Suppl. franç., n<sup>o</sup> 6, l'un des plus beaux sous le rapport -des miniatures qu'on ait jamais exécuté au <small>XV</small><sup>e</sup> siècle, représente Bertrand -du Guesclin exposé sur un lit de parade dans sa tente. Des guerriers -viennent déposer sur ses genoux les clés de Châteauneuf. Cette miniature -justifie le récit généralement admis d'après lequel les assiégés auroient -témoigné de leur vénération pour le grand guerrier, en remettant à sa -dépouille mortelle les clés d'une ville qu'il n'avoit pas réduite.</p> -</div> -<div class="dummy"></div> - -<h3>CVII.</h3> - -<p class="section">De la chevauchie d'Anglois en France.</p> - - -<p>Audit mois de juillet l'an dessusdit, passèrent la mer -d'Angleterre à Calais messire Thomas, fils du roy d'Angleterre, -et pluseurs autres Anglois jusques au nombre de sept -ou de huit mil combattans, et chevauchièrent au royaume de -France et passèrent la rivière de Somme environ Clari et -après alèrent vers Soissons et passèrent la rivière d'Oise et -de Aisne, et aussi la rivière de Marne au dessoubs de Chaalons, -et celle d'Aube à Plancy. Et alèrent devant Troies et -puis s'en alèrent logier entre Villeneuve-le-Roy et Sens, et -là passèrent la rivière d'Yonne. Et partout boutoient les -feux ès villes qui ne se raençonnoient. Et jasoit ce que le -roy eust mis sus trois cens hommes d'armes pour les chevauchier, -toutes voies furent-il pou domagiés. Et prisrent pluseurs -personnes des gens qui les suivoient tant chevaliers -comme escuiers. Et puis chevauchièrent par le Gastinois et -par la Beausse, et droit vers Bonneval et de là au pays de -Bretaigne là où messire Jehan de Montfort les reçut.</p> - -<p>En celle saison, au mois de juillet ensuivant, furent parlés -pluseurs traictiés entre les gens du roy d'une part et ledit messire -Jehan de Montfort et les Bretons d'autre part, aucune -fois par le moyen du conte de Flandres et autrefois par le -moyen du sire de Cliçon. Et jasoit ce que pluseurs appointemens -y feussent pris, toutes voies n'y fu aucune conclusion -prise jusques au temps dont mencion sera faite.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CVIII.</h3> - -<p class="section">Du conte de Flandres et des Flamens.</p> - - -<p>En la fin du mois d'aoust et fu le vint-huitiesme jour -l'an mil trois cens quatre-vins devant dit, ceux de Gand, -d'Ypres et de Courtray et de pluseurs autres villes du païs -de Flandres partirent de la ville d'Ypres environ heure de -nonnes pour aler à Diquemme et cuidoient avoir la ville. -Et lors le conte de Flandres, ceux de Bruges et ceux du -Franc environ cent hommes d'armes qui estoient en ladite -ville de Diquemme, qui sceurent la venue de ceux de -Gand, de Ypres et de Courtray, se rengièrent au-dehors de -ladite ville. Si coururent sur ceux de Gand, de Ypres et de -Courtray, et les desconfirent et gaaignièrent environ deux -cens charrios que les dessusdis de Gand, d'Ypres et de Courtray -avoient, et en tuèrent pluseurs et les autres s'enfuirent -à Ypres bien jusques au nombre de dix mile. Et le conte de -Flandres et sa compaignie s'ala logier devant ladite ville -d'Ypres environ heure de complies en poursuivant sa victoire, -et environ mienuit ledit conte de Flandres se mist -dedens ladite ville d'Ypres par le consentement de ceux qui -estoient en ladite ville, de la partie dudit conte. Et ceux de -Gand et les autres ennemis dudit conte s'enfuirent et alèrent -vers Courtray. Et ledit conte demoura maistre de -toute la ville d'Ypres pour faire toute sa volenté. Et fist -faire pluseurs exécucions tant de coupper testes comme -autrement. Et l'endemain, quant ceux de Gand et les autres -qui s'en estoient fuis, comme dessus est dit, furent entrés -en Courtray, ceux de la ville les prièrent de demourer -avec eux pour les aidier. Mais après qu'il orent demouré -une heure, ceux de Gand tuèrent leur capitaine et s'enfuirent -et tous les autres des autres villes avecques eulx, et -se sauva qui se pot sauver. Et celuy jour meisme, messire -Sohier de Gand chevalier vint à Courtray accompaignié de -pluseurs jeunes gens de ladite ville, et fist apporter sur le -marchié la bannière dudit conte de Flandres, en disant que -quiconques vouroit estre contre ledit conte le déist, et que -il tenoit ladite ville de par le conte et la tenroit à son povoir.</p> - -<p>Tantost après ces choses, ledit conte accompaignié de -pluseurs hommes d'armes du païs de Flandres, de Bruges, -d'Ypres, de Courtray et de pluseurs autres villes dudit païs -jusques au nombre de bien soixante mil armés, si comme -l'en disoit, vint mettre siège devant Gand.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CIX.</h3> - -<p class="section">Du trespassement du roy Charles-le-Quint fils du roy Jehan.</p> - - -<p>Le dimanche, seiziesme jour du mois de septembre l'an -mil trois cent quatre-vins dessusdit, à heure de midi, trespassa -en son hostel de Beauté-sur-Marne le roy de France -Charles dit cinquiesme. Et le lundi ensuivant fu apporté au -point du jour le corps à Saint-Antoine emprès Paris. Et là, -en attendant ses frères les ducs d'Anjou, de Berry et Bourgoigne, -demoura jusques au lundi ensuivant vint-quatriesme -jour dudit mois, auquel jour il fu apporté à Nostre-Dame de -Paris à telle solempnité comme l'en a acoustumé à porter -les roys de France. Et sesdis frères aloient après le corps à -pié : mais sur le chemin St-Antoine et la porte ot grant noise -et débat entre les escoliers de l'université de Paris et Hugues -Aubriot, lors prévost de Paris, et les sergens de Chastellet ; -et s'entreprisrent forment pluseurs des escoliers et sergens. -Et y ot d'iceux escoliers pluseurs menés en Chastellet et -après rendus à l'université. Et ses deux fils, c'est assavoir -Charles qui fu roy après luy et Loys conte de Valois, estoient -à Meleun. Et fu conseillé qu'il ne partissent point de là -jusques à l'enteraige du corps, tant pour ce que il estoient -jeunes et peussent avoir esté blesciés en la presse, comme -pour la mortalité qui encore estoit à Paris et environ. Et -furent ledit lundi les vigiles dites en ladite églyse de -Nostre-Dame de Paris ; et le mardi ensuivant la messe. Et -tantost après fu apporté à Saint-Denis en la chapelle que il -avoit fondée, en laquelle estoit jà enterré le corps de la -royne sa femme. Et après fu le cuer porté en l'églyse cathédral -à Rouen, en laquelle il fu enterré à telle solempnité -comme il appartient. Et depuis, les entrailles furent enterrées -en l'églyse de Maubuisson emprès la sépulture de sa -mère, si comme il avoit ordené.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CX.</h3> - -<p class="section">Du commencement<a id="FNanchor_377" href="#Footnote_377" class="fnanchor">[377]</a> du roy Charles sixiesme.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_377" href="#FNanchor_377"><span class="label">[377]</span></a> <i>Commencement</i>. Variante : <i>Couronnement</i>.</p> -</div> - -<p>Pour ce que le roy Charles devant dit avoit fait certaine -loy par laquelle il avoit ordené que son ainsné fils et les -autres ainsnés des roys qui seroient pour le temps advenir, -tantost que il aroient atains le quatorziesme an de leur aage -préissent leur sacre, couronnement et gouvernement du -royaume de France et receussent leur hommages ; laquelle -loy fu publiée le vint-uniesme jour de may l'an mil trois -cent soixante-quinze, en plain parlement à Paris, en la présence -du roy et de pluseurs personnes notables et seigneurs -du sanc royal et autres, si comme devant est escript. Et -aussi avoit ordenancé que jusqu'à ce que son dit ainsné fils -fust venu à cest aage, monseigneur Loys, duc d'Anjou, -frère du roy premier après luy, aroit le gouvernement dudit -royaume, en certaine forme et manière contenue en ladite -ordenance ; et messire Phelippe, duc de Bourgoigne, le -plus jeune des frères du roy, et messire Loys, duc de Bourbon, -frère de la royne trespassée, aroient la garde, tuicion -et gouvernement de Charles, ainsné fils du roy et de ses -autres enfans, jusques à ce que ledit ainsné fils eust ataint -le quatorziesme an de son aage. Et pour le nourrissement -et autres nécessités dudit ainsné fils et des frères et sœurs, -avoit le roy ordené que le duc de Bourgoigne et le duc de -Bourbon aroient pour le gouvernement tous les prouffis, -revenus et esmolumens tant ordinaires comme extraordinaires -de la duchié de Normendie, des bailliages de Senlis -et de Meleun, de la ville et visconté de Paris ; excepté le -Palais-Royal et toutes les chambres de parlement, des enquestes -et des requestes, et des coffres du trésor ; lesquels, -par ladite ordenance que le roy avoit faite, demouroient -soubs le gouvernement dudit duc d'Anjou avec tout le -demourant du royaume de France. Et pour ce que lesdis -ducs d'Anjou d'une part, de Bourgoigne et de Bourbon -d'autre part, n'estoient pas bien d'accord sur ladite ordenance, -par le conseil et délibéracion de pluseurs sages du -royaume de France esleus et ordenés par lesdis ducs fu -advisé, pour tenir lesdis ducs en unité et par conséquent -tout le royaume de France, qu'il estoit expédient que le -roy qui encores n'avoit accompli son douziesme an si fust -sacré et couronné, receust ses hommages et fust tout le -royaume gouverné par luy et en son nom. Lequel advis fu -rapporté aux dis ducs, lesquels le consentirent et l'orent -agréable.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXI.</h3> - -<p class="section">Coment le roy Charles six fu couronné.</p> - - -<p>L'an de grace mil trois cent quatre-vins devant dit, fu -ledit roy Charles nommé sixiesme couronné à Rains, le -dimanche quatriesme jour de novembre, en la fin de son -douziesme an. Et le dimanche ensuivant, onziesme jour -dudit mois, il retourna et entra à Paris à grant solempnité -si comme il appartenoit. Et fu la ville encourtinée, et furent -joustes faites au palais, le lundi et le mardi, des chevaliers -et escuiers qui y estoient.</p> - -<p>Le mercredi ensuivant quatorziesme jour dudit mois de -novembre, les gens d'églyse, nobles et des bonnes villes qui -avoient esté mandés à Paris de par le roy furent assemblés -au palais en la chambre de parlement. Et là, en la présence -du roy, de ses quatre oncles ducs d'Anjou, de Berry, de -Bourgoigne et de Bourbon, et de pluseurs autres de son -sanc, fu proposé par l'evesque de Beauvais, lors chancelier -de France, coment le roy avoit nécessité d'avoir aide de -son peuple, tant pour sa guerre comme pour son estat maintenir ; -et leur fu requis que sur ce il eussent advis et respondissent -tant qu'il deust estre agréable au roy.</p> - -<p>Et le jeudi ensuivant, par un esmouvement d'aucuns de -Paris qui alèrent au palais, là où le roy et lesdis ducs estoient, -pour ce requérir, furent abattus tous ces aydes qui avoient -cours au païs et au royaume pour le fait des guerres.</p> - -<p>Audit mois de novembre, le conte de Flandres, qui estoit -à siège devant Gand, leva le siège et s'en ala demourer à -Bruges.</p> - -<div class="dummy"></div> - -<h3>CXII.</h3> - -<p class="section">Coment les juifs furent pilliés.</p> - - -<p>Le jour de jeudi qui fu quinziesme jour dudit mois, pluseurs -nobles et populaires alèrent en la juierie de Paris et -rompirent les huis desdis juifs et leur huches, et prisrent -tous leur biens, tant lettres<a id="FNanchor_378" href="#Footnote_378" class="fnanchor">[378]</a> comme autres choses. Et -aussi furent pris pluseurs corps des juifs et leur femmes et -enfans, et les amenoit chascun là où bon luy sembloit. -Toutes voies, par l'ordenance du roy et de ses oncles, fu -crié par Paris que tous ceux qui avoient aucune chose desdis -juifs, fust corps ou biens, le rapportassent pardevers le -prévost de Paris. Si furent le corps desdis juifs ramenés -en Chastellet de Paris et aucuns autres des biens ; mais -ce fu pou.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_378" href="#FNanchor_378"><span class="label">[378]</span></a> <i>Lettres</i>. Billets à ordre et lettres de change.</p> -</div> -<p>En ce temps, furent continués les traictiés qui avoient -esté commenciés dès le vivant du roy et de Jehan de Montfort. -Et fu conclu sur iceux la seconde semaine de janvier. -Et tousjours durant le temps dessusdit, messire Thomas, -fils du roy d'Angleterre, et les Anglois qui avecques luy -avoient passé au royaume de France et par iceluy avoient -chevauchié demourèrent tousjours audit païs de Bretaigne, -et se tindrent longuement à siège devant Nantes qui se tenoit -pour le roy de France. Mais finablement il s'en partirent -sans y aucune chose prouffiter, et y mourut grant -foison de leur gens et de leur chevaux. Et s'en alèrent aucuns -et en menèrent grant foison de malades<a id="FNanchor_379" href="#Footnote_379" class="fnanchor">[379]</a> en Angleterre, -et les autres demourèrent encore audit païs de -Bretaigne<a id="FNanchor_380" href="#Footnote_380" class="fnanchor">[380]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_379" href="#FNanchor_379"><span class="label">[379]</span></a> <i>Malades</i>. Au lieu de ce mot et des suivans, les éditions imprimées -portent : <i>Prisonniers</i> ; et plusieurs manuscrits : <i>Biens</i>. J'ai préféré la leçon -des manuscrits qui, ayant commencé par le texte des chroniques de -Nangis, ont fondu leurs continuations dans celui des <i>Chroniques de Saint-Denis</i>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_380" href="#FNanchor_380"><span class="label">[380]</span></a> C'est à ce point que s'arrêtent véritablement les <i>Chroniques de Saint-Denis</i>. -Cependant, comme les continuations de Nangis dont je viens de parler -ajoutent ici quelque chose que l'on ne retrouve pas dans les chroniques -imprimées de Charles VI, on me saura gré de clore comme elles le récit -de nos chroniques par les pages suivantes qui m'ont paru précieuses -(Voy. msc. 9622 et 8298-3).</p> -</div> -<p>Item, audit an mil trois cent quatre-vint, messire Hugues -Aubriot chevalier, lors prévost de Paris, fu cité et appellé -pardevant l'evesque de Paris et pardevant un Jacobin appellé -frère Jaques de Morey, lors inquisiteur sur les hérétiques, -au lundi vint-uniesme jour du mois de janvier l'an -dessusdit. Et pour ce que ledit prévost ne comparut à ladite -journée devant les dessus nommés, fu tenu pour contumax : -et pour ladite contumace excommenié, dénoncié et publié -par toutes les églyses de Paris chascun jour à la messe et à -vespres. Et pour ce que ledit prévost doubtoit la vilenie -que l'en luy faisoit chascun jour par la manière dessusdite, -il comparut pardevant ledit evesque et inquisiteur, le premier -jour de février après ensuivant. Et fu détenu prisonnier -ès prisons dudit evesque de Paris et mis en procès ; et -fu absols de l'excommeniement dessus dit, et son absolucion -publiée par la manière que l'excommeniement avoit esté. -Si fu proposé contre luy (par le procureur de l'université de -Paris qui se fist partie contre luy<a id="FNanchor_381" href="#Footnote_381" class="fnanchor">[381]</a>), qu'il avoit dites pluseurs -paroles contre nostre foy. Entre lesquelles il devoit -avoir dit à un sergent lequel n'estoit pas venu à son mandement -sitost que enchargié luy avoit esté, et ledit prévost -l'en reprenoit, lequel sergent se excusa en disant qu'il -estoit demouré en l'églyse pour veoir Dieu : « Ribault, -scès-tu pas bien que j'ay plus grant puissance de toy nuire -que Dieu n'a de toy aidier? » Aussi devoit avoir dit -aultre fois ledit prévost à un homme qui disoit qu'il véissent -Dieu de la messe que chantoit lors un evesque de -Constances appellé messire Sevestre de la Cervelle<a id="FNanchor_382" href="#Footnote_382" class="fnanchor">[382]</a>, qu'il -n'attendroit jà pour celle cause, et que Dieu ne se laisseroit -point manier par un tel homme comme estoit ledit evesque. -Oultre fu proposé contre ledit prévost qu'il avoit -délivré de Chastellet de son auctorité un prisonnier mis au -Chastellet à la requeste dudit inquisiteur pour fait de hérésie. -Oultre, fu encore proposé contre luy que après ce que -les juifs de Paris orent esté dénonciés par la manière que -dessus est dit, le vint-cinquiesme jour de novembre précédent, -pluseurs petis enfans desdis juifs furent pris par pluseurs -chrestiens lesquels les fist chrestienner ; et ledit prévost -contraignit lesdis chrestiens à luy rendre lesdis -enfans<a id="FNanchor_383" href="#Footnote_383" class="fnanchor">[383]</a>. Et après ce qu'il luy orent ainsi esté rendus, les -rendi à leur pères et à leur mères juifs. Et pluseurs autres -choses furent proposées contre ledit prévost ; auxquelles il -respondi par sa bouche. Et se fist procès contre luy. Et luy -tousjours demourant prévost de Paris, demoura en prison -fermée en la cour dudit evesque jusques au vendredi dix-septiesme -jour de may mil trois cens quatre-vint-et-un. A -laquelle journée fu ledit prévost mis sur un eschaffaut qui -pour celle cause avoit esté fait emprès l'Hostel-Dieu de -Paris, devant le parvis Nostre-Dame. Sur lequel eschaffaut -furent assis lesdis evesque et inquisiteur et pluseurs autres. -Et là prescha ledit evesque, et furent leus lesdis articles et -pluseurs autres devant grant peuple qui là estoit assemblé -pour ceste cause. Et là rappela ledit prévost tout ce qu'il -avoit fait et dit. Si luy fu par ledit evesque enjoint pénitence -de demourer perpétuelment en prison. Et pour celle -cause fu mené chiés ledit evesque et mis en la tour en prison -fermée. Et jusques alors demoura tousjours prévost de -Paris, nonobstant qu'il fust tousjours en prison fermée chiés -ledit evesque comme dessus est dit : mais tantost celle -journée passée en fu ordené un aultre.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_381" href="#FNanchor_381"><span class="label">[381]</span></a> Les mots de parenthèse ne sont pas dans le manuscrit 9622.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_382" href="#FNanchor_382"><span class="label">[382]</span></a> <i>Sevestre de la Cervelle</i>. Mort en septembre 1386. La <i lang="la" xml:lang="la">Gallia Christiana</i> -qui nous donne cette date, tome <small>XI</small>, p. 887, ne dit rien de la mauvaise -réputation de ce prélat.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_383" href="#FNanchor_383"><span class="label">[383]</span></a> Ce dernier crime ou plutôt ce grand acte de courage n'étoit pas -le véritable motif de la haine que tant de gens portoient à Hugues Aubriot. -Il expioit sa sévérité à l'égard des suppôts de l'Université.</p> -</div> -<p><a id="FNanchor_384" href="#Footnote_384" class="fnanchor">[384]</a>Item, en celuy temps, le traictié qui avoit esté commencié -dès le vivant du roy Charles pour le fait de messire -Jehan de Montfort fu remis sus et fait et parfait ; par lequel -traictié la duchié de Bretaigne luy fu rendue, lequel avoit -esté déclairé par arrest prononcié en la présence du roy et -des pairs confisqué et acquis au roy. Et furent envoyés de -par le roy certains commissaires en Bretaigne, pour luy -faire baillier et délivrer les forteresses qui estoient tenues -de par le roy. Et pour ce que par ledit traictié et aussi par -raison ledit duc de Bretaigne devoit faire hommage au roy -tant de la duchié de Bretaigne comme de la conté de Montfort, -iceluy duc pour celle cause ala à Compiègne là où le -roy estoit, et là en la présence des ducs d'Anjou, de Bourgoigne -et de Bourbon, oncles du roy et de pluseurs autres -grans seigneurs le vint-septiesme jour de septembre mil -trois cent quatre-vint et un, fist hommage au roy des -duchié de Bretaigne et conté de Montfort.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_384" href="#FNanchor_384"><span class="label">[384]</span></a> La première phrase de cet alinéa a été reproduite dans le texte -authentique qui précède.</p> -</div> -<p>Item, en celle saison fu ordené le duc de Berry lieutenant -pour le roy en Languedoc. Et jasoit ce que ce fust au -desplaisir des communes du païs et aussi du conte de Foix, -toutes voies y ala-il et trouva grans désobéissances en pluseurs -villes du Languedoc, et par espécial à Narbonne, à -Nismes, à Besiers et aussi à Thoulouse. Et furent sur le -point de combattre ensemble, luy et le conte de Foix. Mais -certain traictié fu fait entre eux par lequel la bataille demoura. -Et pour ladite désobéissance que ledit duc de -Berry avoit trouvée au païs, fu advisé et conseillié qu'il -estoit bon que le roy y alast en personne pour réformer et -mettre à point le païs. Toutes voies, pour les empeschemens -qui survindrent en France, il n'y ala point à celle fois.</p> - -<p>Item, en ce temps, le duc d'Anjou qui autrefois avoit eu -nouvelles que la royne Jehanne de Naples, laquelle n'avoit -aucuns enfans, le vouloit adopter en fils et faire son héritier -tant du royaume de Naples comme de la conté de Provence, -et ot encores nouvelles pour le temps, et vindrent par -devers luy certains messaiges de par elle pour celle cause : -et, pour ce, en ot pluseurs conseulx et délibéracions, tant -en la présence du roy comme en son absence ; et finablement, -luy fu conseillié tant par les seigneurs de son sanc -comme par tous les saiges qui furent en son conseil qu'il -entreprist le voyage, à aler par devers ladite royne si -comme elle luy avoit fait assavoir. Si commença lors à faire -son ordenance pour y aler. Mais assés tost après, luy vindrent -nouvelles certaines que messire Charles de Duras, -aultrement nommé messire Charles de la Paix, nepveu de -ladite royne de Naples, estoit venu au royaume de Naples, -et avoit eu grant confort de ceux du païs et par espécial de -ceux de ladite ville de Naples. Et avoit prinse ladite royne -et emprisonnée, et aussi avoit prins en une bataille le mary -de ladite royne appellé messire Othes de Breswigh<a id="FNanchor_385" href="#Footnote_385" class="fnanchor">[385]</a> ; et -s'estoit ledit messire Charles fait couronner en roy dudit -royaume de Naples du consentement et volonté de Berthelemi -qui se portoit pour pape à Rome et se nommoit -Urbain. Et pour ces nouvelles, ledit duc d'Anjou rompit -l'entreprise qu'il avoit faite d'aler au païs. Et assés tost -après, pape Clément qui estoit en Avignon envoya certains -messages solempnels par devers ledit duc d'Anjou qui estoit -avec le roy en France, et luy fist requérir par sesdis messaiges -coment il voulsist remettre sus son voyage et l'entreprendre, -et il luy feroit grant aide. Si eust ledit duc d'Anjou -advis et délibéracion avec le roy, avec les seigneurs de son -sanc qui estoient à la cour et avec pluseurs sages tant prélas -comme autres sur ce qu'il avoit à faire de ce que le pape -luy avoit mandé<a id="FNanchor_386" href="#Footnote_386" class="fnanchor">[386]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_385" href="#FNanchor_385"><span class="label">[385]</span></a> <i>Breswigh</i>. Brunswick.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_386" href="#FNanchor_386"><span class="label">[386]</span></a> Le manuscrit 9622 conclut par les mots : <i>Et finablement</i> qui devoient -être les premiers d'une autre phrase. Terminons de notre côté cette -édition par une chanson assez curieuse renfermée dans un manuscrit du -Fonds latin, coté n<sup>o</sup> 4641.-B, f<sup>o</sup> 150 ; elle est relative au jugement de -Hugues Aubriot. C'est l'une de ces pièces anciennes dans lesquelles chaque -stance finit par un proverbe.</p> -</div> -<hr /> - - -<p class="section">Cy s'ensuit un dit rimé qui fu fait pour un prévost de Paris nommé Hugues -Aubriot, lequel ot moult de fortunes en la fin de ses jours. Et de chascun -article<a id="FNanchor_387" href="#Footnote_387" class="fnanchor">[387]</a> escrit est au derrain un vers qui fait un notable.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_387" href="#FNanchor_387"><span class="label">[387]</span></a> <i>Article</i>. Couplet. — <i>Notable</i>. Proverbe.</p> -</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Hugue Aubriot bien me recors</div> -<div class="verse">Quant fus prévost premièrement,</div> -<div class="verse">Que j'oïs à cris et à cors</div> -<div class="verse">Dire de ton avenement :</div> -<div class="verse">« Bien viengne par qui haultement</div> -<div class="verse">» Dès or justice regnera,</div> -<div class="verse">» <i>Or est venu qui l'aimera!</i> »</div> - -<div class="verse stanza">Lors les drois garder tu juras</div> -<div class="verse">Du roy et d'université,</div> -<div class="verse">Et puis après asséuras</div> -<div class="verse">Maintenir ceux de la cité.</div> -<div class="verse">Or n'as pas tenu vérité ;</div> -<div class="verse">Car chascun de toy se démente.</div> -<div class="verse"><i>Trop tost se vente qui aulx plante.</i></div> - -<div class="verse stanza">Ce fu très bon commencement :</div> -<div class="verse">Sé amés éusses prudence,</div> -<div class="verse">Ne t'y tenis pas longuement</div> -<div class="verse">Par ta fole oultrecuidance</div> -<div class="verse">Qui ores te met en balance</div> -<div class="verse">De fenir ta vie à grant honte.</div> -<div class="verse"><i>Cil prent mal coup qui trop hault monte.</i></div> - -<div class="verse stanza">Quant en hault degré te véis</div> -<div class="verse">De tout te voulus entremettre,</div> -<div class="verse">Et trop d'ordenances féis</div> -<div class="verse">Sur femmes<a id="FNanchor_388" href="#Footnote_388" class="fnanchor">[388]</a> et gens saichans lettres,</div> -<div class="verse">Pour ce, en prison t'ont fait metre</div> -<div class="verse">Come raison les y contraint.</div> -<div class="verse"><i>Qui trop embrasse pou estraint.</i></div> -</div> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_388" href="#FNanchor_388"><span class="label">[388]</span></a> Sous la date de 1367, Aubriot avoit rendu de sévères ordonnances contre les prostituées. -Il les avoit proscrites de la plupart des rues de Paris.</p> -</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tant com le grant Charle a vescu</div> -<div class="verse">Tu t'es porté trop fièrement,</div> -<div class="verse">En tous cas estoit ton escu,</div> -<div class="verse">Or va maintenant aultrement ;</div> -<div class="verse">Car par ton fol desvoiement</div> -<div class="verse">Aucun ne t'aime né ne prise.</div> -<div class="verse"><i>Tant va le pot à l'eau qu'il brise.</i></div> - -<div class="verse stanza">Par Paris aler tu souloies</div> -<div class="verse">Sur mule et frison d'Allemaigne ;</div> -<div class="verse">Gras coursiers, gros roussins avoies</div> -<div class="verse">Et tes sergens à la douzaine ;</div> -<div class="verse">Or n'y a nul qui ne se paine</div> -<div class="verse">Toy grever festes et dimenches :</div> -<div class="verse"><i>Bon fait bas voler pour les branches.</i></div> - -<div class="verse stanza">Tu souloies emprisonner</div> -<div class="verse">Les gens, or es emprisonnés ;</div> -<div class="verse">Riens ne vouloies pardonner ;</div> -<div class="verse">Ne sçay sé riens t'iert pardonnés.</div> -<div class="verse">De rigueur fus abandonnés</div> -<div class="verse">Contre chascun plus qu'à sa coulpe.</div> -<div class="verse"><i>Bien dois avoir d'autel pain soupe.</i></div> - -<div class="verse stanza">Je vis ta chambre bien parée</div> -<div class="verse">De riches dras moult noblement,</div> -<div class="verse">Et ta maison bien painturée</div> -<div class="verse">Et hault et bas communelment ;</div> -<div class="verse">Mais tu es logiés autrement</div> -<div class="verse">Et as petite compaignie :</div> -<div class="verse"><i>Hélas! au dessoubs est qui prie.</i></div> - -<div class="verse stanza">Courouciés es de tes oiseaux</div> -<div class="verse">Qu'oïr ne pues chanter, en caige ;</div> -<div class="verse">Mais bien pues faire les appeaulx</div> -<div class="verse">Pour chanter en ton géolaige ;</div> -<div class="verse">Tu as perdu ton poil volaige</div> -<div class="verse">Par trop estre à vent et à pluie,</div> -<div class="verse">Et dist-l'en : <i>Beau chanter ennuye.</i></div> - -<div class="verse stanza">Je ne voy par nulle manière</div> -<div class="verse">Coment tu puisses eschapper ;</div> -<div class="verse">Car cil qui puissance a plenière</div> -<div class="verse">Mieulx ne t'en pourroit destrapper.</div> -<div class="verse">Bien a esté fait toy happer</div> -<div class="verse">Pour justicier et mettre en cendre,</div> -<div class="verse"><i>En la fin fault-il rendre ou pendre.</i></div> - -<div class="verse stanza">Tu t'es mellés en toute guise,</div> -<div class="verse">Par ton barat particulier,</div> -<div class="verse">De descort mettre par l'églyse</div> -<div class="verse">Encontre le bras séculier.</div> -<div class="verse">En mauvaistié es singulier</div> -<div class="verse">De ton ventre nuls biens n'en vist,</div> -<div class="verse"><i>Tant gratte chievre que mal gist.</i></div> - -<div class="verse stanza">A Petit-Pont as ordené</div> -<div class="verse">Faire un chastelet fort et rude ;</div> -<div class="verse">Et aux chartres les as donné</div> -<div class="verse">Les noms des rues de l'Estude<a id="FNanchor_389" href="#Footnote_389" class="fnanchor">[389]</a> ;</div> -<div class="verse">Tu y seras mis, bien le cuide ;</div> -<div class="verse">Car chascun dist que bien avient,</div> -<div class="verse"><i>Tant crie-l'en Noël qu'il vient.</i></div> -</div> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_389" href="#FNanchor_389"><span class="label">[389]</span></a> <i>Aux chartres</i>. Aux prisons. Aubriot appeloit les prisons dans lesquelles il renfermoit les -écoliers condamnés le <i>Clos Bruneau</i> et la <i>rue du Fouarre</i>, du nom de deux fameux endroits du -pays latin. — On reconnoît ici dans le poète les rancunes d'un écolier de l'université.</p> -</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu as fais mains faus jugemens</div> -<div class="verse">Par ta pure forsennerye,</div> -<div class="verse">Et si as mené proprement,</div> -<div class="verse">Tout ton temps, de Néron la vie,</div> -<div class="verse">Cressus es qui ne s'umilie</div> -<div class="verse">Que fortune jus abatti :</div> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Medium tene beati.</i></div> - -<div class="verse stanza">Tu te plains de faulse heresie</div> -<div class="verse">Qui est en toy très grant diffame ;</div> -<div class="verse">Tu es maistre de sodomie,</div> -<div class="verse">Si com dient homes et femmes ;</div> -<div class="verse">Tu as dampné de ceulx les ames</div> -<div class="verse">Que tu as aux Juifs rendus :</div> -<div class="verse"><i>Dignes es d'être ars ou pendus.</i></div> - -<div class="verse stanza">Et quant aucun te disoit : « Sire,</div> -<div class="verse">» De raison faites le contraire, »</div> -<div class="verse">Tu respondoies par grant ire :</div> -<div class="verse">« Or voe, or voe, laissiez-me faire ;</div> -<div class="verse">» Laissiez crier qui vouldra braire. »</div> -<div class="verse">Plus n'en vouloies escouter :</div> -<div class="verse">Mais <i>seure chose est tout doubter.</i></div> - -<div class="verse stanza">Tu as fait le moine voler</div> -<div class="verse">Par force de tes grans richesses ;</div> -<div class="verse">Mais riens n'y vaut le flaioler</div> -<div class="verse">Ne te fie point en promesses ;</div> -<div class="verse">Pour toy aidier ne t'esléesses,</div> -<div class="verse">Savoir faut de toy n'auront cure :</div> -<div class="verse"><i>Tant vault amour come argent dure.</i></div> - -<div class="verse stanza">Bien l'a fait Turquain parcevoir</div> -<div class="verse">Ton bon amy espécial ;</div> -<div class="verse">Par or as cuidié decevoir</div> -<div class="verse">Et parvetir l'official,</div> -<div class="verse">Mais le vaillant juge et loyal</div> -<div class="verse">L'a mis en prison sans poursuite.</div> -<div class="verse"><i>Selon seigneur magnie duite.</i><a id="FNanchor_390" href="#Footnote_390" class="fnanchor">[390]</a></div> -</div> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_390" href="#FNanchor_390"><span class="label">[390]</span></a> Tel maître, tel valet.</p> -</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je croy bien tu as ainsy fait</div> -<div class="verse">A tieulx qui n'en font pas semblant,</div> -<div class="verse">Afin d'anéantir ton fait ;</div> -<div class="verse">Mais il n'en parlent qu'en tremblant,</div> -<div class="verse">Et aucunes fois en emblant.</div> -<div class="verse"><i>Car tel cuide abaissier sa honte</i></div> -<div class="verse"><i>Ou vengier, il acroist et monte.</i></div> - -<div class="verse stanza">Avise sé de l'aultrui bien</div> -<div class="verse">As pensé, de le bientost rendre ;</div> -<div class="verse">A ceux ne donnes pas tes biens</div> -<div class="verse">Qui cy ne te pevent deffendre ;</div> -<div class="verse">Tes fais sont de si grant esclandre</div> -<div class="verse">Ne sçay coment il en ira.</div> -<div class="verse"><i>Mal acquis, mal départira.</i></div> - -<div class="verse stanza">Quant tu aloies par les rues,</div> -<div class="verse">Ne sçay sé t'en es advisés,</div> -<div class="verse">Chascun en disoit, neis tes drues<a id="FNanchor_391" href="#Footnote_391" class="fnanchor">[391]</a> :</div> -<div class="verse">« Bien doit estre cil desprisiés. »</div> -<div class="verse">Si es-tu ore et pou prisiés.</div> -<div class="verse">Et disoient aucuns souvent :</div> -<div class="verse"><i>Petite pluye abat grant vent.</i></div> -</div> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_391" href="#FNanchor_391"><span class="label">[391]</span></a> <i>Neis tes drues</i>. Même tes maîtresses.</p> -</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Laisses maisons, femmes, nepveus,</div> -<div class="verse">Et soies pour t'ame esveilliés,</div> -<div class="verse">De rendre à Dieu graces et veus ;</div> -<div class="verse">Mieulx ne pues estre conseilliés.</div> -<div class="verse">Je tien ton corps pour essilliés,</div> -<div class="verse">Car chascun le dit, bien y pert<a id="FNanchor_392" href="#Footnote_392" class="fnanchor">[392]</a> :</div> -<div class="verse"><i>Qui trestout convoite tout pert.</i></div> -</div> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_392" href="#FNanchor_392"><span class="label">[392]</span></a> <i>Y pert</i>. Y paroît.</p> -</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je ne te veuil plus faire plait,</div> -<div class="verse">Aubriot, à Dieu te commant ;</div> -<div class="verse">De tes folies me desplait,</div> -<div class="verse">Or en ira ne sçay coment.</div> -<div class="verse">L'en feroit bien un grant romant</div> -<div class="verse">De tes fais, mais cy je m'afin :</div> -<div class="verse"><i>De bonne vie bonne fin.<a id="FNanchor_393" href="#Footnote_393" class="fnanchor">[393]</a></i></div> -</div> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_393" href="#FNanchor_393"><span class="label">[393]</span></a> Hugues Aubriot fut délivré l'année suivante par les Parisiens, au milieu d'une émeute.</p> -</div> - -<p class="c gap small">FIN DES GRANDES CHRONIQUES DE FRANCE.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">CONCLUSION DE L'ÉDITEUR.</h2> - - -<p>Ici s'arrêtent les grandes Chroniques de France dites de -Saint-Denis. Aucun manuscrit ancien ne joint au texte -pour ainsi dire sacramentel que l'on vient de lire l'histoire -des règnes de Louis XI, de Charles VII ou même de -Charles VI. D'ailleurs, les récits de Juvénal des Ursins, de -Jean Chartier et de l'auteur anonyme de la Chronique -Scandaleuse, vingt fois réimprimés, se trouvent dans toutes -les bonnes bibliothèques ; et les moyens d'exécution -dont nous pouvions disposer ne nous permettoient pas de -reproduire trois ouvrages que d'autres patiens érudits avoient -déjà fait connoître.</p> - -<p>Mais pour compléter l'édition des <i>Grandes Chroniques de -Saint-Denis</i>, il faudroit encore, et nous le sentons parfaitement, -ajouter plusieurs dissertations et la Table raisonnée -des matières et des noms de lieux et de personnes. Un bon -<i>Index</i> est le cachet d'une bonne édition, et si notre librairie -moderne se plaint tant du discrédit de ses publications, -on peut trouver la cause de ce fâcheux résultat dans le dédain -qu'elle professe généralement pour toutes les <i>Tables -de matières</i>. Obligés aujourd'hui, pour des raisons qui ne -sauroient intéresser nos lecteurs, d'achever notre édition -et de nous en tenir au texte complet des <i>Chroniques de Saint-Denis</i>, -nous n'en prenons pas moins l'engagement de donner -bientôt, dans un volume supplémentaire, notre Table -raisonnée et plusieurs dissertations sur la rédaction des -chroniques et sur l'autorité de leur témoignage. Avant de -publier cet appendice, nous espérons de la Critique littéraire -des avis dont il nous sera permis de profiter. Heureux -si nous n'avons pas alors à relever un trop grand nombre -de ces inexactitudes dont l'attention la plus ardente et la -plus scrupuleuse ne préserve pas toujours!</p> - -<p>Un autre devoir encore plus rigoureux, c'est l'hommage -de nos dernières lignes au nom de celui dont on n'a fait que -rendre la pensée et seconder les intentions en imprimant cet -ouvrage. Quand les <i>Chroniques de Saint-Denis</i> auront été -plus fréquemment consultées, on ne comprendra pas comment -il s'étoit écoulé tant de temps avant que l'on songeât -à les publier d'une façon convenable, intelligible. Monsieur -le vicomte d'Yzarn-Freissinet a senti le premier qu'en essayant -de combler cette grande lacune historique, il rendroit -service aux bonnes études et feroit acte d'un véritable -patriotisme. C'est à lui que j'ai dû le bonheur de consacrer -quatre années à cette édition et d'avoir été délivré des -obligations dispendieuses auxquelles elle soumettoit l'éditeur. -Je ne doute pas que tous les amis de notre histoire -nationale ne s'associent à la juste reconnoissance que j'ai -vouée à M. de Freissinet, pour avoir fait exécuter un travail -dont le gouvernement françois auroit dû prévenir depuis -long-temps la pensée, et dont alors il auroit pu facilement -charger un éditeur plus habile. On devine la récompense -que tous deux nous nous sommes promise à une époque -si défavorable aux publications sérieuses : en sacrifiant, -l'homme du monde son argent et l'homme de lettres son -temps, pour remettre en lumière celui de tous les monumens -de notre histoire qui nous sembloit le plus recommandable ; -nous craignons seulement d'avoir eu trop bonne opinion de -ces mémorables <i>Chroniques de Saint-Denis</i>, et de nous être -trompés sur leur importance avec tous les contemporains de -saint Louis, de Charles V et de Charles VII. C'est à ceux qui -les étudieront qu'il appartiendra de décider si nous avons -eu tort de craindre.</p> - -<p>Voici maintenant la liste de tous les manuscrits que nous -avons consultés ou dont nous avons eu quelque connoissance. -Cette description, comme on le pense bien, ne sera -pas approfondie : mais ceux qui plus tard auront l'occasion -de voir d'autres leçons des mêmes chroniques pourront -néanmoins juger, d'après elle, de l'importance particulière -de chacune de ces leçons. J'examine d'abord les volumes signalés -par La Curne de Sainte-Palaye dans la fameuse Dissertation -sur les Chroniques de Saint-Denis qu'il lut à -l'Académie des Belles-Lettres le 15 avril 1738. Je décris à -la suite les leçons qu'il n'avoit pas vues et dont je me suis -également servi.</p> - - -<p class="c">MANUSCRITS INDIQUÉS PAR SAINTE-PALAYE.</p> - -<p class="c small">BIBLIOTHÈQUE DU ROI.</p> - -<p class="c">N<sup>o</sup> 8298 <sup>2</sup>.</p> - -<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio maximo</span>, vélin, 2 colonnes, petites miniatures ; écriture -de plus en plus élégante et correcte jusqu'à la fin ; XV<sup>e</sup> siècle. Relié -en maroquin rouge aux armes de Colbert sur les plats.</p> - -<p>Il provient de la bibliothèque de Colbert. Les premiers feuillets ont -été enlevés jusqu'à la fin du treizième chapitre du premier livre (Voyez -notre édition) : « Si se souffry atant quant Tholome ot ce compte et -fixe. Le messaige Thierry qui bien et sagement ot entendu lexemple -Tholome retourna a son seigneur tout luy compta par ordre ce quil -ot oi compter quant Thierry entendi ceste exemple il demoura ne -ne voult mie obeir au commandement lempereur en petit de temps -apres les princes ditalie le firent roy et seigneur du pays ainsi fu -sauve Thierry par son bon amy. »</p> - -<p>Miniatures en façon de camayeu assez curieuses : texte définitif -que nous avons suivi. — Le passage relatif à l'amour de Thibaut pour -Blanche (Vie de Saint-Louis, chap. <small>XVII</small>) forme ici le chapitre <small>XV</small> -très abrégé. En somme, c'est l'un des manuscrits dont les variantes -ont le plus d'importance. Pour les derniers mots, il donne la bonne -leçon : « Et y mourut grant foison de leurs gens et de leurs chevaux. »</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 8298 <sup>4</sup>.</p> - -<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio maximo</span>, vélin, 2 col., petites miniatures ; bonne -écriture du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle. Relié en maroquin rouge, aux armes de Colbert -sur les plats ; provenant de la bibliothèque de Colbert.</p> - -<p>« Cil qui ceste euvre commence a tous ceulx qui ceste histoire -liront salut en nostre Seigneur pour que pluseurs grans se doubtoient -de la genealogie des roys de France de quel original lignee il -sont descendus emprist ceste euvre a faire par le commandement -de cel homme que il ne pot ne ne dut refuser mais pour ce que sa -lecture et la simplesce de son engin, etc. »</p> - -<p>Le passage de Thibaut est au chapitre <small>XVII</small>, et d'une façon régulière. -<i>Gate brule</i> pour <i>Gaces Brulés</i>. Les derniers mots sont : « Et sen -alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens. »</p> - -<p>Transcription assez incorrecte.</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 8299.</p> - -<p>Un vol. <span lang="la" xml:lang="la">in-folio maximo</span>, vélin, deux colonnes, première partie du <small>XIV</small><sup>e</sup> -siècle ; relié en maroquin citron ; provenant de l'ancienne bibliothèque -de Michel Letellier, archevêque de Reims.</p> - -<p>Rédaction du temps de Philippe de Valois. Elle s'arrête avec la fin -du règne de Philippe-le-Long en 1321, mais elle ne donne la rédaction -définitive que jusqu'à la mort de Philippe-Auguste. A la fin du -règne de Saint-Louis, j'ai cité les variantes les plus importantes de -cette leçon dans laquelle on chercheroit vainement le passage relatif -aux amours de Thibaut.</p> - -<p>Début : « Ci commence le prologue des croniques de tous les roys -de France crestiens et sarasins et toz leur fais. — Cils qui ceste -œuvre commence. A tous ceulx qui ceste histoire liront : salut en -nostre Seigneur.</p> - -<p>» Pour ce que pluseurs gens doubtoient de la genealogie des roys de -France de quel original et de quel lignee il sont descendu emprist-il -ceste œuvre a faire par le commandement de tel homme que il ne -pot ne ne dut refuser en nule maniere.</p> - -<p>» Mais pour ce que sa letreure et simplesse de son enging ne souffist -mie a traitier de œuvre de si haute hystoire, etc. »</p> - -<p>Fin du règne de Philippe-le-Long : « Et y fu occis li quens de Herefort. -Et li quens de Lancloistre pris et pluseurs autres contes et -barons. Li quens de Lancloistre ot copee la teste par jugement et -tuit li autre pendu. Si que li roys n'avoit plus guerre fors que aus -escos. »</p> - -<p>On lit à la fin : « Ce livre fist faire le conte Daulphin frere au conte -Camus (?). »</p> - - -<p class="c">N<sup>os</sup> 8299 <sup>2</sup>, 8299 <sup>3</sup>.</p> - -<p>Deux volumes <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, vélin, lignes longues ; commencement du <small>XV</small><sup>e</sup> -siècle ; provenant de la bibliothèque d'Etienne Baluze.</p> - -<p>Rédaction définitive. Plusieurs cahiers de cet exemplaire ont été enlevés, -et entre autres tous ceux qui comprenoient les deux derniers -livres de la vie de Charlemagne et la première partie de celle de -Louis-le-Débonnaire. Le deuxième volume s'arrête au 22<sup>e</sup> chapitre du -livre <small>II</small> du règne de Philippe-Auguste.</p> - -<p>Début : « Cil qui ceste œuvre commença, a tous ceulx qui ceste -histoire liront salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens -se doubtoient de la genealogie des roys de France, de quel original -et de quel lignie il sont descendus. Emprist ceste euvre a faire par -le commandement de tel homme que il ne pot ne ne dut refuser. -Mais pour ce que sa lettreure et la simplete de son engin ne souffist -mie a traitier de euvre si haulte hystoire, etc. »</p> - -<p>Fin : « Tant dura lassault le paleteiz et le lanceiz des engins que -<small>XV</small> jours apres furent les murs fraiz et craventes et le chastel pris. -Mais au prendre ot grant pongneiz et fort la furent pris <small>XXXVI</small> -chevaliers sans le nombre des sergens et des arbalestiers a ce siege -furent mort quatre chevaliers. »</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 8300 <sup>3</sup> <sup>3</sup>.</p> - -<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, vélin, à deux colonnes ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en -maroquin rouge, aux armes de France sur les plats, provenant de l'ancienne -bibliothèque de Colbert. Les écus qui entourent la miniature -placée au commencement annoncent que le volume a été exécuté pour la -librairie du roi de France.</p> - -<p>Cette leçon est celle que nous voyons plusieurs fois désignée dans -les anciens catalogues sous le nom de <i>Chroniques abrégées</i>. Tout en -suivant en général la substance des <i>Chroniques de Saint-Denis</i>, elle -en supprime une partie, et quelquefois elle étend le récit ou le modifie. -C'est ainsi que pour le douzième siècle et le treizième, elle emprunte -beaucoup de circonstances nouvelles au précieux monument historique -publié dernièrement par mon frère, Louis Paris, bibliothécaire -de la ville de Reims, sous le nom de <i>Chronique de Reims</i>. Il sera -donc nécessaire de jeter les yeux sur les <i>Chroniques abrégées</i> quand -on voudra comparer tous les témoignages du même fait.</p> - -<p>Pour le passage relatif à l'amour de Thibaut, les <i>Chroniques abrégées</i> -qui l'ont admis ont même ajouté les lignes de la <i>Chronique de -Reims</i> contre lesquelles s'est tant élevé La Ravaillière dans son -édition des Chansons du roi de Navarre. Les voici : « Le conte envoya -des plus grans hommes de son conseil pour requérir paix et amour. -Quant la royne Blanche le sceut, si manda le roy de Navarre qu'il -venist parler à elle et elle luy feroit sa paix. Et il y vint sans aucun -délai. Et ainsi comme il entra en la salle a Paris, il fu appareillié -qui le fery d'un fromage en faisselle, par le conseil au conte d'Artois -qui onques ne l'ayma. Et le roy de Navarre s'en ala tous embrouez -devant la royne, et lui dist que ainsi avoit esté atornez en -son conduit. Quant la royne le vit si lui en pesa et commanda que -cils fust pris qui ce avoit fait, etc. »</p> - -<p>Je pense que les <i>Chroniques abrégées</i> ont été rédigées avant la fin -du règne de Charles V ; on les aura poursuivies à mesure de la continuation -de l'ouvrage original.</p> - -<p>Début : « Cy commancent les croniques des rois de France. — A -tous ceulx qui ces présentes croniques ou histoires liront ou orront. -Pourra apparoir la genealogie des roys de France. De quel lignee ils -sont descenduz selon les croniques de l'abbaye monseigneur Saint-Denis -en France. Si peut chascun savoir que ceste chose est moult -honnorable et proufitable pour congnoistre aux roys et aux princes -qui ont terres a gouverner, etc. »</p> - -<p>Fin : « Et sen alerent aucuns et en emmenerent grant foison de -biens. »</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 8301.</p> - -<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, vélin, à deux colonnes, jolies miniatures ; milieu -du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en maroquin rouge, aux armes de France.</p> - -<p>Bel et bon exemplaire de la rédaction définitive. — <i>Gatebrulle</i>, dans -le chapitre du comte de Champagne.</p> - -<p>Début : « Celui qui ceste euvre commence. A tous ceulx qui ceste -histoire liront. Salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs -grans se doubtoient de la genealogie des roys de France, de quel -original et de quelle lignie ilz sont descendus emprist ceste euvre a -faire par le commandement de tel homme que il ne pot ne ne dut -refuser. Mais pour ce que la lecture et sa simplesce de son engin ne -souffist mie a traitier de œuvre de si haulte histoire, etc. »</p> - -<p>Fin : « Et y mourut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx -et sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de. »</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 8303.</p> - -<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, vélin, à deux colonnes, très-jolies miniatures, vignettes -et initiales ; écriture du milieu du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en veau -fauve.</p> - -<p>Les écus peints dans les vignettes sont tantôt celui de France, tantôt -celui d'une famille que je n'ai pu reconnoître. Il est d'argent à -l'hermine, fouine ou belette de sable, accompagnée de trois couronnes -de sinople, 2 et 1.</p> - -<p>Ce volume contient une seconde leçon des <i>Chroniques abrégées</i>, en -tout semblable à celle du n. 8300 <sup>3.</sup> <sup>3.</sup> que nous avons décrite.</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 8303 <sup>5</sup>.</p> - -<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-fol. maximo</span>, vélin, trois colonnes, très-nombreuses -miniatures ; <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en maroquin rouge, aux armes et au -chiffre de J. Auguste de Thou sur les plats. Provenant de l'ancienne -bibliothèque de Colbert.</p> - -<p>Il est surprenant que l'immortel de Thou, auquel ce volume a appartenu -et qui l'a fait magnifiquement relier, ait laissé subsister sur le -dos de la reliure le titre erroné de <i>Hist. de la guerre saincte</i>.</p> - -<p>Ce bel exemplaire ne contient que la première partie de la rédaction -définitive, jusqu'à la mort de Philippe-Auguste. Le reste, jusqu'à celle -de Philippe-le-Hardi, est emprunté à Guillaume de Nangis, et à ses -continuations. Le chapitre des amours du comte de Champagne ne s'y -trouve pas.</p> - -<p>Début : « Cyl qui ceste œvre commence a tous ceulx qui ceste -ystoire liront salut a noustre Seigneur. Pour ce que pluseurs doubtoient -de la geneologie des roys de France de quel original et de -quel lignee ils sont descendus emprist-il ceste œuvre a faire par le -commandement de tel home que il ne pot ny ne dut refuser. Mais -pour ce que sa lectreure et la simplese de son engin ne souffit mie a -traitier de œvre de si haulte ystoire. »</p> - -<p>Fin : « Pour ceste chose furent mehues pluseurs questions a Paris -entre les maistres de theologie savoir mon si le roy povoit donner ne -octroier le cuer de son pere sans la dispensacion du souverain -evesque. Ci fault listoire du bon roy Phelippe-le-Hardi. »</p> - - -<p class="c">N<sup>os</sup> 8304, 8305.</p> - -<p>Deux volumes <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, papier, deux colonnes ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; reliés -en maroquin rouge, aux armes du France sur les plats.</p> - -<p>Cette leçon est fort mauvaise. Le copiste était un fripon qui s'est -contenté de mettre de l'exactitude dans la transcription des têtes de -chapitre, se réservant d'en abréger scandaleusement la substance. On -voit qu'il avoit sous les yeux un exemplaire de la rédaction définitive -et qu'il ne l'a tronquée que pour rendre sa besogne plus facile. Le récit -est continué d'après Juvénal des Ursins jusqu'à l'année 1458. En -finissant, il a bien voulu nous faire connoitre son nom dans les lignes -suivantes : « Ces chroniques ont esté escriptes de la main de Nahei -Reituag (Jehan Gautier) pour maistre Jehan Blondeau, praticien, -en la court de parlement. Et contiennent deux voulumes, lequel -Blondeau les vendra à qui vouldra bailler argent content paix et -accord, ainsi que en tel cas appartient. »</p> - - -<p class="c">N<sup>os</sup> 8305 <sup>2</sup>, 8305 <sup>4</sup>.</p> - -<p>Deux volumes <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, vélin, deux colonnes, miniatures, vignettes et -initiales ; écriture du commencement du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; reliés en maroquin -rouge, aux armes de Colbert sur les plats. Provenant de l'ancienne bibl. -de Colbert.</p> - -<p>Cet exemplaire offre le texte définitif. Il est d'une bonne écriture -et d'une assez rigoureuse correction. Il ne contient pas le dernier -chapitre du pillage de la Juiverie.</p> - -<p>Début : « Cil qui ceste œuvre commence a toux ceulx qui ceste histoire -liront salut en Nostre-Seigneur pour ce que plusieurs gens -se doubtoient de la genealogie des roys de France de quel original -et de quel lignie ils sont descendus emprist cette œuvre afaire par -le commandement de tel homme que il ne le pot ne ne deut reffuser -mais pour ce que sa lecture et la simplesce de son engin ne -souffist pas atraittier de une si haulte histoire… »</p> - -<p>Fin : « Fut advise pour tenir lesdis ducs en unite, et par censequent -le royaume de France, qu'il estoit expedient que le roy qui -encore ne avoit accompli son .<small>XII</small>. an si feust sacrez et couronnez -et receust ses hommages, et feust tout le royaume gouverne par -ly et en son nom lequel advis fut raporte aux dis ducs lesquielx -le consentirent et orent agreable. »</p> - -<p>Le chapitre du comte de Navarre s'y trouve avec le nom de <i>Gratebrule</i>.</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 8305 <sup>5</sup> <sup>5</sup>.</p> - -<p>Je n'ai pu consulter pendant le cours de mon travail ce volume -dont Sainte-Palaye a recommandé l'exactitude et la bonne transcription. -L'illustre M. Daunou s'en servoit alors pour établir la partie -du texte des <i>Chroniques de Saint-Denis</i> qui correspond aux règnes de -saint Louis et de Philippe-le-Hardi. Cette partie doit être imprimée -dans le <small>XX</small><sup>e</sup> volume des <i>historiens de France</i>, actuellement sous presse. -On sait que les Académiciens chargés de continuer ce grand ouvrage -sont MM. Daunou et Naudet.</p> - - -<p class="c">N<sup>os</sup> 8306, 8307, 8308, 8309, 8310.</p> - -<p>Cinq volumes <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes et -initiales ; écrits au milieu du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; reliés en maroquin rouge, aux -armes de Béthune sur les plats. Provenant de l'ancienne bibliothèque de -Béthune.</p> - -<p>Cet exemplaire est d'une belle écriture ; mais la transcription en -est peu correcte. Le copiste se soucioit peu de reproduire tous les -membres de chaque phrase et de lire ce qu'il copioit.</p> - -<p>Début : « Cil qui ceste euvre commence a tous ceuls qui ceste hystoire -liront salut en Nostre-Seigneur. Pour ce que plusieurs gens -se doubtoient de la genealogie des roys de France de quel original et -de quel lignie ils sont descendus emprist ceste euvre a faire par le -commandement de tel homme qu'il ne le pot ne ne dut refuser. -Mais pour ce que sa lectreure et sa simplesce de son engin ne souffist -mi a traictier de euvre si haulte hystoire, etc. »</p> - -<p>Fin : « Et y morut grant foison de leurs gens et de leurs chevaux. -Et sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de. »</p> - -<p>Le chapitre des amours de Thibaut s'y trouve avec le nom de <i>Gastebrule</i>.</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 8311.</p> - -<p>Sainte-Palaye s'est trompé quand il a vu dans ce manuscrit une leçon -des <i>Chroniques de Saint-Denis</i>. C'est un volume dépareillé d'un traité -adressé au duc Charles-le-Téméraire, et renfermant des exemples de -magnanimité.</p> - - -<p class="c">FONDS DE SAINT-GERMAIN.</p> - -<p class="c">N<sup>o</sup> 87. (Anc. n<sup>os</sup> 142 et 143.)</p> - -<p>Deux volumes <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, papier, à deux colonnes ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; reliés -en veau sur bois.</p> - -<p>Cet exemplaire est assez peu correct et ne poursuit la transcription -définitive que jusqu'à la mort de Philippe-Auguste. Le règne de chacun -des autres rois est raconté d'une manière très-sommaire et d'ailleurs -entièrement étrangère au texte des <i>Chroniques de Saint-Denis</i>. -Ce point d'arrêt, le même que dans le n<sup>o</sup> 8299, justifie la conjecture -que nous avons émise plusieurs fois sur les différens rédacteurs de -l'ouvrage entier. Sous le règne de Philippe-le-Hardi fut achevée la -première partie jusqu'à Philippe-Auguste : la continuation, qui embrassoit -les règnes de Louis VIII, saint Louis, Philippe III, Philippe -IV, Louis X, Philippe-le-Long, Charles-le-Bel et Philippe de -Valois, n'a pas été connue ou du moins reproduite dans les volumes -que nous mentionnons.</p> - -<p>Début : « Cy commancent les Croniques de France faites et extraictes -du propre original. Lequel est en leglise de monseigneur -Saint-Denis de France lez Paris. Et premier sensuit le prologue.</p> - -<p>» Celluy qui ceste œuvre commence a tous ceulx qui ceste ystoire -liront salut a nostre Seigneur. Pource que pluseurs gens debveroient -desirer de savoir de la genealogie et de quel original et de -quelle lignee sont yssus les roys de France enprint il ceste œuvre a -faire par le commandement de tel homme qui ne peut ne ne deust -refuser. Mais pour ce que sa lectreure et la simplete de son engin -ne suffist pas a traictier donneur de si haulte ystoire, etc. »</p> - -<p>Fin de la vie de Philippe-Auguste : « Si establit <small>XX</small> moines prestres -en labbaie de Saint-Denis en France par dessus le nombre qui devant -y estoit qui sont tenus a chanter pour lame de luy mort fut en l'an -de lincarnacion de Notre Seigneur Jhesucrist <small>M. CC. XXIII</small>, de son -eage <small>LVIII</small> et de son regne <small>XLIII</small>. »</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 91. (Anc. n<sup>o</sup> 151.)</p> - -<p>Sainte-Palaye n'auroit pas dû citer ce volume parmi les textes des -<i>Chroniques de Saint-Denis</i>. Le récit ne commence que long-temps -après le point où elles se sont arrêtées, c'est-à-dire à la vie de Charles -VII. Il est vrai que Sainte-Palaye confond avec nos chroniques le -travail de Juvenal des Ursins, celui de Jean Chartier et même celui -de l'auteur de la <i>Chronique Scandaleuse</i>. Mais Sainte-Palaye s'est -trompé.</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 963. (Anc. n<sup>o</sup> 1462.)</p> - -<p>Le même savant a recommandé vivement la correction et la beauté de -cette leçon. Je n'ai pu la consulter, M. Daunou l'ayant entre les mains -dans l'intention de s'en servir pour établir le texte de la vie de saint -Louis et de celle de Philippe-le-Hardi.</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 965. (Anc. n<sup>o</sup> 1464.)</p> - -<p>Un volume in-4<sup>o</sup>, papier entremêlé de vélin ; commencement du <small>XV</small><sup>e</sup> -siècle ; relié en basane blanche sur bois.</p> - -<p>Cet exemplaire, qui avoit appartenu à Pierre Pithou, présente un -fort bon texte. Il est malheureusement très-incomplet, puisque le -volume commence avec les derniers mots du douzième chapitre du -2<sup>e</sup> livre de Philippe-Auguste.</p> - -<p>Début :</p> - -<p>« cuer et les occistrent en fuiant.</p> - -<p>» Le <small>XIII</small>, comment le roy chaca le roy Richart qui avoit assis -arches et comment il vint a lui et lui fist hommaige de la duchie de -Normendie.</p> - -<p>» En lan de lincarnacion mil <small>C. IIIIXXV</small> ou mois de juillet rompi le -roy Richart les trieves que il avoit au roy Phelippe. Si fut lors la -guerre recommencee de nouvel. »</p> - -<p>Fin : « Et y morut grant foison de leurs gens et de leurs chevaux, et -sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de prisonniers. »</p> - - -<p class="c">AUTRES MANUSCRITS CONSULTÉS POUR LE TEXTE DE CETTE ÉDITION.</p> - -<p class="c">N<sup>o</sup> 6746 <sup>A</sup>.</p> - -<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-fol. maximo</span>, vélin, à deux colonnes, miniatures et initiales ; -commencement du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en maroquin rouge, aux armes -de France sur les plats.</p> - -<p>J'ai décrit amplement ce volume dans le tome 1<sup>er</sup> des <i>Manuscrits -François de la Bibliothèque du Roi</i>. Je dois me contenter ici de dire -que la transcription est digne pour son exactitude de la beauté de l'exécution. -Le texte ne donne pas le dernier chapitre du pillage des Juifs. -Au chapitre du comte de Champagne, il porte la leçon de <i>Gatelbrule</i>. -Plusieurs feuillets ont été enlevés, entre autres celui qui contenoit la -fin du règne de Philippe de Valois.</p> - -<p>Début : « Cil qui ceste œuvre commence a tous ceulx qui ceste -histoire liront salut en nostre Seigneur pour ce que pluseurs grans -se doubtoient de la genealogie des roys de France de quel original -et de quelle lignee ilz sont descendus emprist ceste euvre a faire par le -commandement de cel homme que il ne pot ne ne dut reffuser. Mais -pource que sa lecture et la simplesce de son engin ne souffist mie a -traittier de si haulte histoire… »</p> - -<p>Fin : « Si feust sacrez et couronnez et receut ses hommages et -feust tout le royaume gouvernez par lui et en son nom lequel advis -fu rapporte aux diz ducs lesquelz le consentirent et orent agreable. »</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 8300.</p> - -<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, vélin, deux colonnes, petites miniatures en façon -de camayeu ; <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en maroquin rouge, aux armes de France -sur les plats.</p> - -<p>Bonne leçon du texte définitif. Les amours de Thibaut s'y trouvent -correctement, avec le nom de <i>Gatesbrulés</i>.</p> - -<p>Début : « Cil qui ceste œuvre commence a tous ceulx qui cette hystoire -liront salut en nostre Seigneur pour ce que pluseurs gens se -doubtoient de la genealogie des roys de France de quel original et de -quelle lignie ilz sont descendus emprinst ceste œvre a faire par le -commandement de tel homme que il ne pot ne ne deubt refuser. -Mais pour ce que sa lecture et sa simplece de son engin ne souffist -mie de traitier de œuvre de si haulte hystoire, etc. »</p> - -<p>Fin : « Et sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de leurs -biens. »</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 8302.</p> - -<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio magno</span>, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes -et initiales ; fin du <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en maroquin citron, aux armes de -France sur les plats.</p> - -<p>Exemplaire dont j'ai fréquemment cité les variantes sous la désignation -de <i>Manuscrit du duc de Berry</i>. En effet, il porte à la fin la signature -de Jean, duc de Berry, prince qui devra sa renommée à la passion -qu'il montra toute sa vie pour les beaux livres et pour les objets d'art de -tous les genres. Ce volume étoit digne de figurer parmi les meilleurs de la -librairie du frère de Charles V, soit pour la perfection de la calligraphie, -soit pour l'intelligente exactitude de la transcription. Après le -manuscrit de Charles V, n<sup>o</sup> 8395, c'est, à mon avis, le meilleur guide -que l'on pourroit suivre.</p> - -<p>Début : « Ce sont les Croniques de France selon ce quelles sont -composees en leglise Saint-Denis en France.</p> - -<p>« Cilz qui ceste œuvre commence a tous ceulx qui ceste histoire -liront salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens doubtoient -de la genealogie des rois de France de quel original et de -quel lignie ilz sont descendus emprist il ceste œuvre a faire par le -commandement de tel homme que il ne pot ne ne dubt refuser. -Mais pour ce que sa lettreure et la simplesce de son engin ne souffist -pas a traitier de œuvre de si haulte histoire, etc. »</p> - -<p>Au chapitre des amours du comte de Champagne, il porte la leçon -commune <i>Gatebrule</i>.</p> - -<p>Fin : « Et y morut grant foison de leur gens et de leurs chevaulx. -Et sen alerent aucuns et en menerent grant foison de -biens. »</p> - - -<p class="c">Anc. fonds, n<sup>o</sup> 8395.</p> - -<p>Un volume in-folio parvo, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes -et initiales ; fin du <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle ; relié, sous le règne de Louis XIV, en -maroquin rouge, aux armes de France sur les plats, aux fleurs-de-lys -sans nombre sur le dos et sur les marges.</p> - -<p>Cet exemplaire, sans aucune espèce de contredit, offre de toutes les -leçons la plus belle, la plus complète, la plus rigoureusement correcte. -Exécuté pour la plus grande partie sous les yeux de Charles V, par -son plus habile calligraphe, Jean du Trévoux, et destiné à faire autorité -dans toutes les circonstances, augmenté d'un assez grand nombre -de pièces officielles et de quelques notes marginales dans lesquelles on -peut reconnoître l'écriture du sage roi lui-même, il est malaisé de comprendre -comment il a jusqu'à présent échappé à l'attention d'ailleurs -si scrupuleuse de tous les illustres critiques qui se sont occupés de l'ancienne -langue françoise, de l'ancienne histoire de France et en particulier -du monument capital de cette Histoire, les <i>Chroniques de Saint-Denis</i>. -Dans la Bibliothèque du roi où sans doute on le conserve depuis -le règne de Charles VI, il semble avoir toujours occupé l'une des places -les plus apparentes ; le relieur du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle a écrit en beaux caractères -sur le dos : <i>Chroniques de Saint-Denis jusque à Charles V</i> : mais -tout cela n'avoit pu jusqu'à présent le garantir de l'oubli le plus complet.</p> - -<p>C'est principalement sur cette précieuse leçon que j'ai établi le texte de -mon édition : c'est elle que j'ai d'abord fait exactement transcrire et dans -laquelle je n'ai guères changé que les mots obscurs ou vieillis que d'autres -leçons me présentoient plus intelligibles ou plus corrects. J'ai -fréquemment cité dans mes notes ses variantes les plus heureuses, -sans négliger de tenir compte des différences plausibles que je remarquois -dans les autres leçons. Et maintenant, si l'on prend de ces éloges -une occasion de me blâmer de n'avoir pas rigoureusement suivi la lettre du -Msc. 8395, à l'exclusion de tous les autres, je répondrai que nul manuscrit, -tel excellent qu'il soit, n'est exempt de lacunes, de légères bévues, -d'erreurs palpables. Quand on a le malheur de n'avoir qu'une leçon -d'un texte ancien, il faut bien le livrer à l'impression avec toutes les -fautes de cette leçon, sauf à tenter dans les notes des corrections plus -ou moins vraisemblables ; mais en présence de quarante leçons des <i>Chroniques -de Saint-Denis</i>, à la suite de trois éditions gothiques, devois-je -préférer le travail le plus facile, c'est-à-dire la reproduction rigoureuse -d'un seul texte? Je ne le crois pas : j'ai cru mieux faire en établissant -ma leçon sur la base constante d'une ancienne transcription, mais en -préférant toujours le sens qui me paroissoit le mieux autorisé.</p> - -<p>Le manuscrit 8395 comprend 493 feuillets écrits, et de plus un grand -nombre de feuillets rayés laissés en blanc, sur lesquels on n'auroit pas -manqué de transcrire l'histoire du règne de Charles VI, si cette histoire -eût pu continuer les <i>Chroniques de Saint-Denis</i>. Mais le second -copiste (car le volume révèle deux calligraphes) n'a pas même inséré -la fin du règne de Charles V, soit qu'elle ne fût pas encore rédigée, -soit plutôt parce que le temps d'achever sa copie lui aura manqué. -Il s'est arrêté vers la fin du centième chapitre.</p> - -<p>Autrefois, le volume dut en former deux : le premier comprenant -toutes les chroniques jusqu'à la mort de Louis VIII ; le second -s'arrêtant au point du règne de Charles V que nous venons d'indiquer. -Ce qui prouve cette division primitive, c'est d'abord deux feuilles de -garde placées immédiatement avant le règne de saint Louis, puis la -grande miniature qui précède également le premier prologue et -les premières lignes du règne de saint Louis. Un mot sur ces deux -ornemens capitaux : le premier représente le sacre d'un jeune prince, -suivant toutes les probabilités Charles VI. Il a été joint à notre volume -quand il s'est agi de le relier, car le demi-feuillet qui le représente -est collé comme <i>carton</i>, au premier feuillet suivant ; ajoutons que -le style remarquable de cette miniature diffère beaucoup de celui de -toutes les autres.</p> - -<p>Le frontispice du second tome contraste moins, il faut l'avouer, avec -le style des miniatures suivantes ; mais le point d'écriture de la table -commencée sur le verso de ce frontispice, accuse évidemment sinon -une autre main du moins une transcription postérieure. C'est donc -également un <i>carton</i>, et c'est, pour l'écriture, le premier que j'aie remarqué -dans le volume.</p> - -<p>Le deuxième carton, quant à l'écriture, comprend les feuillets 290, -291 et 292. Charles V le fit faire pour substituer au texte des leçons -précédentes « La teneur de la charte de renonciation au duché de Normendie -faite par le roi d'Angleterre. » Dans la miniature placée en -tête de cette charte, on voit le roi d'Angleterre fléchissant le genou -devant saint Louis, et je ne puis m'empêcher de croire que Charles V -tenoit beaucoup au sujet de cette miniature.</p> - -<p>Le troisième carton est au f<sup>o</sup> 353 ; il a été fait pour substituer au -récit des leçons ordinaires une autre exposé plus incontestable des -droits de Philippe de Valois. J'ai donné dans les additions au règne -de ce prince la variante de ces précédentes leçons, et l'on y verra la -cause de l'importance que Charles V attachoit ici à un changement -de rédaction.</p> - -<p>J'ai parlé du quatrième carton, comprenant les f<sup>os</sup> 357 et 358, dans -la première note du septième chapitre de Philippe de Valois. J'ajouterai -à ce que j'en ai dit qu'il offre deux miniatures, toutes deux -représentant le roi d'Angleterre à genoux devant le roi de France debout.</p> - -<p>Avec le f<sup>o</sup> 385, s'arrête la première transcription qui est certainement -de Henry du Trévoux : les comparaisons que j'ai pu faire d'autres -manuscrits signés par cet habile calligraphe ne permettent pas -d'en douter. Il se pourroit que les folios suivans eussent encore été -remplis par lui, mais alors il auroit fait ce travail quelques années -plus tard et quand sa main avoit perdu quelque chose de sa fermeté, -de son élégance. Au folio 388 finit la vie de Philippe de Valois -avec le mot <i>Amen</i> ; mot remarquable qui peut servir à prouver que les -<i>Chroniques de Saint-Denis</i> s'arrêtèrent long-temps avec le règne de ce -prince. Une seconde induction peut être fournie par le changement -d'écriture, à compter du folio 386 de notre manuscrit. Si les trois feuillets -suivans ne sont plus de la main ancienne d'Henry de Trévoux, on -peut croire que celui-ci avoit mis à la fin de cette vie de Philippe de -Valois quelques rubriques qui ne convenoient plus à la continuation ; -en conséquence on aura remplacé le cahier de huit feuillets -qui contenoit la fin de sa transcription, par un nouveau cahier que -l'on termina par la table et les premiers chapitres du règne du roi -Jean. Et si l'on en veut une preuve avérée, c'est une lacune qui se -trouve dans la dernière colonne du dernier feuillet de ce cahier -(f<sup>o</sup> 393), lacune qui annonce que le nouveau scribe n'a pu retomber -juste, comme dans la transcription précédente, avec le texte du cahier -suivant. Ainsi, de cette nouvelle écriture avant la fin du règne de Philippe -de Valois, on ne conclura pas que cette fin est l'œuvre d'une rédaction -moins ancienne ; cette nouvelle rédaction commencera toujours -avec le roi Jean.</p> - -<p>C'est dans les dissertations sur les <i>Chroniques de Saint-Denis</i>, qu'il -conviendra de faire la part qui revient à chacun des rédacteurs. Il -doit suffire ici de remarquer que la table placée en tête du règne de -Jean se poursuit jusqu'à l'indication du 44<sup>e</sup> chapitre du règne de -Charles V. La matière de cette table appartient donc à un seul et -même écrivain ; puis, à compter de là, tout donne à croire que les chapitres -furent rédigés à mesure des événemens.</p> - -<p>Il me reste à dire un mot de la bande tricolore qui entoure -chacune des nombreuses miniatures de ce volume. Elle a déjà donné -grande matière à conjectures ; j'ai moi-même exprimé dans l'<i>Histoire -des Manuscrits François</i> la surprise que j'éprouvois en la voyant dans -un si grand nombre de volumes exécutés pour Charles V. Je pense -aujourd'hui que c'est uniquement l'effet arbitraire du goût d'un enlumineur -curieux de mieux faire ressortir l'éclat de ses couleurs. -J'appuie cette opinion sur l'examen d'un grand nombre de manuscrits -dans lesquels on reconnoît l'écu du chancelier Pierre d'Orgemont. Or, -cet écu, certainement dessiné et colorié par l'enlumineur de Charles -V, est toujours entouré de la même auréole tricolore : ce que l'artiste -auroit évité, si l'on avoit attaché quelque sens à ce cadre. Du -reste, on ne peut nier que cet artifice ne donne plus d'éclat aux sujets -enluminés.</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 8396.</p> - -<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio mediocri</span>, vélin, à deux colonnes, miniatures ; <small>XIV</small><sup>e</sup> -siècle ; relié en veau fauve.</p> - -<p>Bonne leçon de la première partie des chroniques, s'arrêtant à la -mort de Philippe-Auguste.</p> - -<p>Début : « Cil qui ceste euvre commence. A tous ceulx qui ceste histoire -liront salut en Nostre-Seigneur Jhesu-Crist. Pour ce que -pluseurs gens doubtoient de la genealogie des roys de France de -quel original et de quelle lignie ils sont descendus emprist il ceste -euvre a faire pour le commandement de tel homme que il ne pot ne -ne dot reffuser. Mais pour ce que sa lettreure et la simplece de son -engin ne souffist pas a traittier d'euvre de si haulte histoire, etc. »</p> - -<p>Fin : « Mort fu en lan de lincarnacion nostre Seigneur <small>M. CC. XXIII</small> -de son aage <small>LVIII</small>, et de son regne <small>XLIII</small>. »</p> - - -<p class="c">N<sup>os</sup> 9615 <sup>2</sup>, 9615 <sup>3</sup>, 9615 <sup>4</sup>.</p> - -<p>Trois volumes in-4<sup>o</sup>, papier, à lignes longues ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; reliés -en veau fauve, et provenant de l'ancienne bibliothèque du président du -Mesmes.</p> - -<p>Exemplaire complet et d'une transcription fort incorrecte. Le premier -volume s'arrête avec Louis-le-Débonnaire ; le second à Philippe-le-Bel, -et le dernier avec le texte que nous avons suivi. Le chapitre -des amours du comte Thibaud porte au lieu de <i>Gaces Brulé</i> le nom ridicule -de <i>Jobelibride</i>.</p> - -<p>Début : « Le proesme de lauteur qui translate les Croniques de -France de latin en françois.</p> - -<p>» Celui qui ceste œuvre commence a tous ceulx qui ceste histoire -liront salut a nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs grans se doubtoient -de la genealogie des roys de France, de quel originel et de -quelle lignie ilz sont descendus, emprist ceste œuvre a faire par le -commandement de tel homme que il ne pot ne ne dot refuser ; mais -pource que sa lecture et sa simplesce de son engin ne souffist mie a -traictier de œuvre de si haulte histoire. »</p> - -<p>Fin : « Et y mourut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx, -et sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de prinsonniers. »</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 9615 <sup>5</sup>.</p> - -<p>Un volume in-4<sup>o</sup>, papier, lignes longues ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; demi-reliure, -au chiffre de Louis-Philippe sur le dos ; provenant de l'ancienne bibliothèque -de Baluze.</p> - -<p>Premier volume d'un exemplaire incomplet. Le récit est poursuivi -jusqu'à la fin du règne de Loys-le-jeune.</p> - -<p>Début : « Cy commance le prologue des Croniques de France. Cil -qui ceste œuvre commance. A tous ceulx qui ceste histoire lyront -salut en nostre Seigneur. Pour ce que plusieurs grans se doubtoient -de la genealogie des roys de France, de quel original et de quelle -lignée ilz sont descendus, emprist ceste œuvre a faire par le commandement -de celuy homme que il ne put ne ne dut refuser. Mais -pour ce que sa lecture et la simplesce de son engin ne souffist mie -a traictier œuvre de si haulte histoire, etc. »</p> - -<p>Fin : « De cestui Phelipe désormais parlera lystoire. Et si nentrelaissera -pas lystoire a parler du pere jusques a ce point quil trespassa -de ce siecle. Car puis que lenfant Phelipe fu ne regna il longuement… »</p> - - -<p class="c">N<sup>os</sup> 9615 <sup>7</sup> <sup>7</sup>, 9615 <sup>8</sup> <sup>8</sup>.</p> - -<p>Deux volumes in-4<sup>o</sup>, papier vélin ; <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en basane blanche ; -provenant de la bibliothèque de Colbert.</p> - -<p>Cet exemplaire d'une bonne transcription est incomplet. Il faudroit -un troisième volume, le deuxième ne poursuivant le récit que jusqu'au -quatorzième chapitre de la vie de Charles-le-Bel. Il porte au chapitre -du comte de Navarre le nom : <i>Gastebrule</i>.</p> - -<p>Début : (Le prologue manque.) « Le premier chappitre parle -comment les François sont descendus de Troie la grant.</p> - -<p>» Quatre cens et quatre ans avant que Romme fust fondee regna -Priant en Troie la grant. Il envoya Paris laisne de ses filz en Grece -pour ravir la royne Helaine la femme au roy Menelaux, pour soy -vengier dune honte que les Greux lui avoient faitte. Les Grigois -etc. »</p> - -<p>Fin : « Mais nostre sire qui mue les cuers des hommes si comme -il veult et en qui puissance sont non pas seulement les roys mais -les royaumes et toutes choses… »</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 9625 <sup>2</sup>.</p> - -<p>Un volume in-4<sup>o</sup>, papier, à lignes longues ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en -veau racine ; provenant de l'ancienne bibliothèque de Baluze.</p> - -<p>Ce manuscrit est l'avant-dernier volume d'un exemplaire dépareillé. -Il commence au milieu de la vie de saint Louis et s'arrête après la -mort du roi Jean. Il est transcrit avec beaucoup de négligence.</p> - -<p>Début : (Voy. chap. <small>LXXIII</small> de <i>Saint Loys</i> dans notre édition.) -« Coment le roy amanda lestat de son royaume. Apres ce que le roy -fut retournes en France il se contint devotement envers nostre sire -et fut droicturier a ses subgies. Si regarda que cestoit bonne chose -damender lestat de son royaume, etc. »</p> - -<p>Fin : (Voyez dans notre édition la fin du roi <i>Jean</i>.) « Mais le roy -de France avoit en sa main pour ce que le roy de Navarre sestoit -rendu son ennemi. Et par ce le dit messire Bertran laissa ledit captal -au roy de France lequel le fist mener en prison ou marchie de -Meaulx. »</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 9628.</p> - -<p>Un volume in-4<sup>o</sup>, papier, à lignes longues ; <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; demi-reliure.</p> - -<p>Premier volume d'un exemplaire dépareillé. Il finit avec l'histoire de -Charlemagne. Transcription très-incorrecte.</p> - -<p>Début : « Celluy qui ceste œuvre commence. A tous ceulx qui ceste -ystoire lyront. Salut en nostre Seigneur. Pour ce que pleusieurs gens -devroyent desirer de savoir de la genealogie et de quel original et de -quelle lignie sont yssus les roys de France en prist il ceste œuvre a -faire par le commandement de tel homme quil ne peut ne ne dust -reffuser. Mais pour ce que la lecteure et la simplesse de son engin ne -souffit pas a tractier donneur de si hault ystoire, etc. »</p> - -<p>Fin : « Et ceulx qui des paiens le garderont et deffendront desserviront -la joye de paradis par les merites monseigneur saint-Jacque. -A laquelle nous doint tous parvenir par la priere monseigneur saint -Jaque. Le roy de paradis qui vit et regne en Trinité parfaite. Par -tous les siècles des siècles. Amen. »</p> - -<p>Cet exemplaire a été transcrit en 1460 par Pierre de Taise, qui a -mis à la fin sa signature.</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 9629.</p> - -<p>Un volume in-4<sup>o</sup>, papier, à lignes longues ; <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en maroquin -rouge, aux armes de France sur les plats.</p> - -<p>Volume dépareillé et dépourvu de toute autorité, en raison de la -date récente de la transcription. Il commence au règne de Charlemagne -et se termine avec celui de Henri I.</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 9630.</p> - -<p>Un volume in-4<sup>o</sup>, papier, lignes longues ; <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; couvert en parchemin.</p> - -<p>Ce manuscrit renferme une chronique toute différente de celle -de Saint-Denis. Il auroit même une grande importance si la bibliothèque -du roy ne possédoit pas du même récit deux autres manuscrits -plus anciens, savoir le n<sup>o</sup> 98. <sup>22</sup>, Supplément françois, et 530 -du même fonds que j'ai souvent eu l'occasion de citer, pour les règnes -de Jean et de Charles V. Mais le n<sup>o</sup> 9630 est particulièrement recommandable -pour le récit du voyage de l'empereur Charles IV en France. -Il en donne tous les détails moins correctement, il est vrai, mais -aussi longuement que le beau manuscrit 8395. A la suite est également -la déposition de Jacques de Rue, mais fort écourtée. Le volume -se termine par un morceau étranger à nos chroniques : « l'Avis -baillié par l'Université de Paris au roy sur le débat des papes. »</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 9649, 9650, 9651, 9652, 9653.</p> - -<p>Cinq volumes in-4<sup>o</sup>, papier, à lignes longues ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; reliés -en maroquin rouge, aux armes de Béthune sur les plats.</p> - -<p>Cet exemplaire ne contient que la seconde partie des <i>Chroniques de -Saint-Denis</i>, à partir du règne de Saint-Louis. C'est la rédaction définitive : -mais comme le relieur de la bibliothèque de Philippe de -Béthune, au lieu de tracer sur le dos le titre général de <i>Chroniques -de Saint-Denis</i>, s'est contenté, pour chaque volume, d'un titre spécial ; -au premier : <i>Les fais du bon roy Saint-Louys</i> ; au second : -<i>Les Chroniques de Philippe-le-Bel</i> ; au troisième : <i>Histoire des roys Philippe-le-Bel, -Charles-le-Bel et Philippe de Valois</i> ; au quatrième : <i>Les -fais du roy Jean et du roy Philippe de Valois</i> ; au cinquième enfin : <i>Les -Chroniques des roys Charles V et de Madame</i> ; il en est résulté chez -le père Daniel, Villaret, M. de Sismondi et quelques autres, une erreur -qui fait peu d'honneur à la critique de ces arrangeurs d'histoire. Ils -ont cru que chacun des quatre derniers volumes contenoit une relation -des successeurs de saint Louis, différente de celle des <i>Chroniques de -Saint-Denis</i> ; et très-fréquemment il leur est arrivé de citer en marge -ou en notes comme deux autorités parfaitement distinctes les <i>Chroniques -de Saint-Denis</i> imprimées, et la vie manuscrite de Philippe de -Valois, manuscrit 9651 : — Les <i>Chroniques de Saint-Denis</i> imprimées et -l'histoire inédite du roi Jean conservée dans le manuscrit 9652, etc. -La vérité, c'est que ces volumes n'offrent que le texte consacré des -<i>Chroniques de Saint-Denis</i>. Seulement la transcription en est fort -inexacte.</p> - -<p>Début : « Cy commencent les fais et la vie du bon roy saint Loys. — Nous -devons avoir en mémoire les fais et les contenances de nos -devanciers et nous devons remirer ces anciennes escriptures qui -parlent des preudes hommes et de leurs vies. Si comme fut -monseigneur saint Loys qui se contint si honnestement en son -royaume, etc.</p> - -<p>Fin : « Et y morut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx. -Et s'en alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens. »</p> - -<p>Cette fin est au fol. 77. Les dix-sept derniers feuillets qui suivent contiennent : -« Ung petit traittié ou quel est contenue et recitée l'occasion -ou couleur par laquelle feu le roy Edouart dAngleterre se disoit -avoir droit a la couronne de France. »</p> - - -<p class="c">FONDS DE NOTRE-DAME.</p> - -<p class="c">N<sup>o</sup> 134.</p> - -<p>Un volume in-folio parvo, vélin, à deux colonnes ; <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en -veau fauve.</p> - -<p>Premier volume d'un exemplaire dépareillé et assez négligemment -transcrit. Le récit se poursuit jusqu'à la mort de Philippe de Valois. -Au chapitre du comte de Champagne, on lit <i>Gastebrulles</i>.</p> - -<p>Début : <i>Ce sont les grans Croniques de France</i>.</p> - -<p>« Cil qui ceste œvre commence a tous ceulx qui ceste hystoire -liront salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens doubtoient -de la genealogie des roys de France de quel original et de -quelle lignie il sont descenduz emprist-il ceste œvre a faire par le -commandement de tel home que il nen pout ne ne dut refuser. -Mez pource que sa lettreure et sa simplece de son engin ne soufist -pas a tretier de œvre de si haute hystoyre… »</p> - -<p>Fin : « Si puet on veoir par fait comment le bon roy Phelipe fu -vray catholique et non pas seulement pour lez .II. causez dessous -escriptes mais pour pluseurs autres pourcoy nostre Seigneur voult -quil eust painne et tribulacion en ce monde afin quil peust avec luy -regner perdurablement apres sa mort. »</p> - - -<p class="c">FONDS DE SORBONNE.</p> - -<p class="c">N<sup>o</sup> 423.</p> - -<p>Un volume in-folio mediocri, papier, à deux colonnes ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> -siècle ; relié en maroquin rouge, aux armes du cardinal de Richelieu sur -les plats.</p> - -<p>C'est le premier volume d'un exemplaire dépareillé. Il ne conduit le -récit que jusqu'au milieu du quinzième chapitre de la vie de <i>Loys-le-Gros</i>.</p> - -<p>Début : « Cils qui ceste œuvre commenca a touls cheulx quy ceste -histore liront salut en nostre Seigneur pour che que pluiseurs gens -se doubtoient de la genealogie des rois de Franche de quel original et -de quelle lignie il sont descendus emprist ceste œuvre a faire par le -commandement de tel homme que il ne peust ou deubst refuser. Mais -pour che que la lecture et la simplaiche de son enghin ne souffist -mie a traitier œuvre de si hault histore. »</p> - -<p>Fin : « Et lautre menu peuple qui alloiens aux appostres en pelerinage -et les fesoit aller a son pie et encliner aussi comme sil feust -droit apostre. Et quant y aloient ains pris… »</p> - - -<p class="c">N<sup>os</sup> 425 et 426.</p> - -<p>Deux volumes in-folio maximo, vélin, à deux colonnes, miniatures, -vignettes et initiales ; commencement du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; reliés en veau -fauve.</p> - -<p>Très-bel exemplaire de la rédaction définitive. Le chapitre du comte -de Champagne porte le nom : <i>Gatebrule</i>.</p> - -<p>Début : « Cy commencent les grans croniques et les fais de tous les -roys qui ont regne en France. Cy commence la genealogie des deux -qui regnerent avant quil y eust oncques roy en France et puis apres -des roys ensuivent qui apres eux ont regne.</p> - -<p>» Cil qui ceste euvre commence, a tous ceulx qui ceste histoire -liront salut en nostre Seigneur. Pour ce que plusieurs grans se doubtoient -de la genealogie des roys de France quel original et de quel -lignie il sont descendus emprist ceste euvre a faire par le commandement -de cel homme que il ne pot ne ne dut refuser ; mais pour ce -sa lecture et la simplesce de son engin ne souffist mie a traitier de -unne si haulte histoire… »</p> - -<p>Fin : « Et y morut grant foison de leur gent et de leur chevaux et -sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens. »</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 430.</p> - -<p>Un volume in-4<sup>o</sup>, papier, à deux colonnes ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en -maroquin rouge, aux armes du cardinal de Richelieu sur les plats.</p> - -<p>Troisième et dernier volume d'un exemplaire dépareillé. Il commence -au règne de Philippe de Valois, et suit la leçon curieuse que j'ai -donnée en variante à la fin de ce règne.</p> - -<p>Début : « Apres la mort du roy Charles qui bel estoit appelez lequel -avoit lessie la royne Jehanne sa femme grosse furent assemblez les -barons et les nobles hommes du pais a traitier du gouvernement du -royaulme. Car comme la royne feust grosse et on ne savoit quel enfant -elle devroit avoir il ny avoit cellui qui osast a lui appliquer le -nom de roy bonnement ne usurper… »</p> - -<p>Fin. « Et y morut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx, -et sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens. »</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 1005.</p> - -<p>Un volume in-fol. parvo, vélin, lig. long. ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en -parchemin vert.</p> - -<p>Dernier volume d'un bel exemplaire dépareillé. Il commence à Philippe -de Valois, et continue le récit bien au-delà de la mort de Charles -V ; d'après Juvenal des Ursins et Jean Chartier.</p> - -<p>Début : « Apres la mort du roy Charles qui bel estoit appelle lequel -avoit laissie la royne grosse, furent assemblez les barons et les nobles -a traictier du gouvernement du royaume. »</p> - -<p>Fin (au fol. 182) : « Et y mourut grant foison de leurs gens et de -leurs chevaulx et sen allerent aulcuns et emmenerent grant foison -de prisonniers. »</p> - - -<p class="c">FONDS DES GRANDS AUGUSTINS.</p> - -<p class="c">N<sup>o</sup> 79.</p> - -<p>Un volume in-4<sup>o</sup>, papier, lignes longues ; commencement du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; -couvert en vieille peau blanche.</p> - -<p>Premier volume d'un exemplaire dépareillé qui avoit appartenu à -Pithou. La transcription en est belle et assez correcte. Le premier feuillet -a été arraché, et le récit n'est poursuivi que jusqu'à la fin du douzième -chapitre du deuxième livre de Philippe-Auguste.</p> - -<p>Début : (Vers la fin du prologue.) « La soustint et garantist comme -sa propre partie qui pour introduire en la foy lui fut livree. La seconde -raison si peut estre telle que la fontaine de Clergie par qui -sainte eglise est soustenue et enluminee flourist a Paris… »</p> - -<p>Fin : « Et les villains que le roy avoit exauciez qui pas ne savoient -lus darmes ne navoient pas hardement de combattre tournerent en -fuitte leurs ennemis qui les virent fouir prinstrent… »</p> - - -<p class="c">FONDS DU DUC DE LA VALLIERE.</p> - -<p class="c">N<sup>o</sup> 33. (Anc. n<sup>o</sup> 5017.)</p> - -<p>Un volume in-folio, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes et -initiales ; fin du <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en maroquin rouge.</p> - -<p>Ce manuscrit d'après lequel on a gravé le frontispice de notre -édition in-fol. a été parfaitement décrit par M. Van Praet, dans le 3<sup>e</sup> -volume du <i>Catalogue des livres de M. le duc de la Valliere</i>. Il est d'une -admirable exécution, mais la pureté de son texte n'est pas comparable -à l'élégance des ornemens et à la netteté de la calligraphie. Il a cela -de remarquable qu'à la fin de Philippe de Valois, fol. 422 v<sup>o</sup>, il -porte : <i>Ci fénissent les Croniques de France</i>. Nouvelle preuve de ce -que j'ai déjà avancé sur le changement de rédaction à compter du règne -de son successeur.</p> - -<p>Au chapitre du comte de Champagne, il porte la leçon de <i>Gatebrulle</i>.</p> - -<p>Début : « Ci commencent les Croniques de France et premierement -le prologue.</p> - -<p>» Cil qui cest euvre commence a tous ceulx qui ceste hystoire liront -salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens doubtoient de -la genealogie des roys de France de quel original et de quelle -lignie il sont descendus emprist il celle euvre a faire par le commandement -de tel homme que il nen pot ne ne dut refuser. Mais -pour ce que sa lectrure et la simplesce de son engin ne souffist pas a -traitier de euvre de si haulte hystoire, etc. »</p> - -<p>Fin : « Et y mourut grant foyson de leurs gens et de leurs chevaulx. -Et sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens. »</p> - -<p>Au dessus du dernier feuillet la rubrique porte : « Du roy Charles -VI qui a present regne. Dieu lui doint honneur et bone vie. »</p> - - -<p class="c">FONDS DU SUPPLÉMENT FRANÇOIS.</p> - -<p class="c">N<sup>o</sup> 6.</p> - -<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio maximo</span>, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes -et initiales ; fin du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en veau marbré, à l'aigle -françoise sur les plats.</p> - -<p>Exemplaire dont les miniatures doivent être mises au nombre des -plus belles que l'on ait jamais exécutées. M. le comte Auguste de Bastard, -si excellent juge, y reconnoît la main de Jean Fouquet, peintre de -Louis XI. Le mérite des ornemens a porté malheur à la première -feuille du manuscrit qui a été enlevée avant l'entrée du volume dans -la Bibliothèque du roi. Quant au texte, je ne l'ai pas trouvé plus pur -que celui des manuscrits les plus ordinaires. La date peu ancienne de -l'exécution m'a d'ailleurs rarement permis de donner la préférence -aux variantes que j'y remarquois. Au chapitre du comte de Champagne -il porte le nom : <i>Gaste Brule</i>.</p> - -<p>Le premier feuillet conservé commence avec les dernières lignes du -prologue : « Que longuement y soient maintenus a la louenge et a la -gloire de son nom qui vit et regne par tous les siecles des siecles. -Amen. » — « Premier. Comment François sont descendus des -Troyens de Troye la grante, etc. »</p> - -<p>Fin : « Et y mourut grant foison de leurs gens et de leurs chevaulx, -et s'en alèrent aucuns et emmenèrent grant foison de biens. »</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 7.</p> - -<p>Deux volumes <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, vélin, à deux colonnes ; <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; reliés en -veau marbré, à l'aigle françoise sur les plats.</p> - -<p>Exemplaire horriblement mutilé. Tous les ornemens en ont été -coupés. D'après une note attachée dans le premier volume, on -voit que le célèbre antiquaire d'Agincourt l'avoit présenté au mois -d'avril 1774 au prince de Soubise : la révolution françoise en fit la -propriété de la nation. Mais si d'Agincourt attachoit à son présent -quelque prix, c'étoit sans doute en raison des miniatures qui l'ornoient. -Les auroit-il lui-même arrachées avant de se défaire des -volumes? On aura grand' peine à le croire ; et certes tel qu'il est aujourd'hui, -le présent n'étoit plus digne d'un personnage tel que le prince -de Soubise. La mutilation aura donc plutôt eu lieu dans l'intervalle écoulé -entre la saisie des objets trouvés à l'hôtel de Soubise et le dépôt de -ce volume dans la bibliothèque nationale.</p> - -<p>La transcription commence par une table générale de toutes les -chroniques. Puis à la suite de cette table :</p> - -<p>« Cy commence le prologue de lauteur qui a translate les Croniques -de France.</p> - -<p>» Cils qui ceste euvre commence. A tous ceulx qui ceste histoire -liront salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs se doubtoient -de la genealogie des Roys de France duquel original et de quelle -lignee ilz sont descendus emprist ceste euvre a faire par le commandement -de tel homme quil ne povoit ne ne devoit refuser. Mais -pour ce que sa lecture et la simplesce de son engin ne souffisoit mie -a traictier dune si haulte histoire, etc. »</p> - -<p>Fin : « Et y morut grant foison de leur gens et de leur chevaux, et -sen alerent aucuns et emmenerent grant foison de biens. »</p> - -<p>Le chapitre du comte de Champagne donne la leçon de <i>Gatebrule</i>.</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 218.</p> - -<p>Un volume in-4<sup>o</sup> <span lang="la" xml:lang="la">maximo</span>, vélin, à deux colonnes, miniatures et initiales ; -première partie du <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en maroquin rouge.</p> - -<p>Cette leçon est, après celle de Sainte-Geneviève, la plus ancienne -que je connoisse. Elle poursuit le récit historique jusqu'à l'année 1330, -mais il faut distinguer dans la composition générale deux parties : la -première s'arrête à la mort de Philippe-Auguste et présente le texte -définitif des <i>Chroniques de Saint-Denis</i> ; la seconde n'offre plus que -des matériaux historiques empruntés surtout aux continuateurs de -Nangis, matériaux employés plus tard avec réflexion par le rédacteur -définitif des <i>Chroniques de Saint-Denis</i>, et qu'après lui j'ai pu souvent -consulter avec fruit pour compléter ou éclaircir le récit. La solution -de continuité que l'on trouve ici après la mort de Philippe-Auguste -est d'ailleurs une nouvelle preuve du grand espace de temps -écoulé entre la rédaction de ce dernier règne et celui du règne de -saint Louis. Il est en effet vraisemblable qu'en l'année 1318, époque -de la transcription de presque tout ce volume, la vie de saint Louis -n'étoit pas encore rédigée, telle qu'elle a été faite pour les <i>Chroniques -de Saint-Denis</i>. Mais comme cette question doit être approfondie dans -une dissertation spéciale, il nous suffira de remarquer ici que le n<sup>o</sup> 218 -est en général transcrit avec le plus grand soin, et qu'il offre même -pour le récit antérieur à Louis VIII un grand nombre de variantes -dont j'ai fait mon profit. Les premières lignes du volume sont une -longue rubrique que nous allons transcrire :</p> - -<p>« Ci commencent les Croniques des roys de France, depuis le temps -des premiers roys qui y furent jusques au temps du roy Phelippe qui -fu fils Phelippe le Biaux et frere le roy Looys. Lesquelles Pierres -Honnorez du Neufchastel en Normendie fist escrire et ordener en la -maniere que elles sont selonc l'ordenance des Croniques de Saint-Denis -a mestre Thommas de Maubeuge, demorant en rue Nostre-Dame-de-Paris. -Lan de grace Nostre Seingneur mil <small>CCC</small> et <small>XVIII</small>. -Et contiennent trois generacions. Dont la premiere si est du roy -Merove comment que il y eust bien autres roys devant lui. La -seconde du roy Pepin. La tierce de Hue Capet. Et pour ce que -trop fort chose seroit a trouver briefment les hystoires et les autres -choses qui y sont contenues cest livre est ordene selonc les trois -generacions par nombre. Et qui voudra lire ci apres il sera enseingnie -et avisie de trover par le nombre ce que il demandera qui ou -livre sera contenu. »</p> - -<p>Suit alors la table jusqu'aux premières années de <i>Phelippe-le-Biau</i>, -fol. 127 du Manuscrit. A partir de là, les feuillets ne sont plus nombrés -en rouge par le scribe primitif. Cependant comme le point d'écriture -ne change pas dans les pages suivantes, il est à croire que le -même scribe aura poursuivi la transcription jusqu'au feuillet 148 R<sup>o</sup>, -c'est-à-dire jusqu'à la fin de l'année 1316. Les derniers mots de l'ancienne -écriture répondent dans notre édition au 4<sup>e</sup> alinéa du huitième -et dernier chapitre de Louis Hutin. Les voici :</p> - -<p>« Et en y cest an aussi el mois de septembre Robert dArtois fiex -Phelippe dArtois qui fu fiex Robert le conte dArtois. Qui morut -a Courteray en Flandres. Entra a tout grant et noble chevalerie de -chevaliers ensemble alies en la cyte dArras. A li usurpant et prenant -aussi comme par violence la conte dArtois ou prejudice de la -contesse dArtois fille le dessus dit Robert conte dArtois. »</p> - -<p>Le reste, jusqu'au folio 161 et dernier, est d'une écriture postérieure -à la rubrique du commencement. Le récit se poursuit ainsi jusqu'à -l'année 1329, et le dernier alinéa se rapporte au neuvième chapitre de -Phelippe de Valois dans notre édition. Le voici :</p> - -<p>« En cel temps et un enffant à Pauponne en leveschie de Paris -dentour .<small>VII</small>. ans et dirent pluseurs simples gens que come par miracle -il garissoit de diverses maladies et disoit aus malades mangies -des pocs en non de sante ou metes. 1. pou feluiel sus vostre mal et -par ce faire disoient les simples gens que il garissoient. Dont assez -tost levesque de Paris envoia querre icel enffant et son pere et sot -par verite que ce nestoit que simplesce et ignorance et que du fait -quant a miracles riens ni avoit. Et ainssin renvoia lenffant et deffendi -par son eveschie que nuls ja plus nalast en tel esperance de -garir. Et ainssi celle folle renommee de cel enffant cessa. »</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 632 <sup>19</sup>.</p> - -<p>Un volume in-4<sup>o</sup>, papier, à lignes longues ; <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; relié en vélin -blanc.</p> - -<p>Volume dépareillé contenant le texte des Chroniques abrégées. Il -commence au règne de Philippe-le-Bel et se termine avec le premier -chapitre du règne de Charles VI.</p> - - -<p class="c">N<sup>o</sup> 1541 <sup>A et B</sup>.</p> - -<p>Deux volumes <span lang="la" xml:lang="la">in-folio</span>, vélin, à deux colonnes et miniatures ; <small>XV</small><sup>e</sup> -siècle ; reliés en maroquin.</p> - -<p>Cet exemplaire de la leçon définitive n'a pas été terminé. La copie -s'arrête à la fin du chapitre <small>XX</small><sup>e</sup> de Charles V, année 1369. Le scribe -a montré beaucoup d'intelligence dans cette transcription dont je me -suis fréquemment servi. Elle offre la variante précieuse que j'ai placée -dans les <i lang="la" xml:lang="la">Addenda</i>, à la fin de la vie de Philippe de Valois. Le chapitre -du comte de Champagne donne le nom : <i>Gastebrulles</i>.</p> - -<p>Début : « Cil qui cest euvre commence a tous ceulx qui ceste hystoire -liront salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens se doubtoient -de la genealogie des roys de France de quel original et de -quelle lignie ilz sont descendus emprist ceste euvre a faire par le -commendement de tel homme qui ne le pot ne deut refuser. Mais -pour ce que sa lettreure et sa simplesce de son engin ne suffist mie -a traitier de euvre si haulte hystoire, etc. »</p> - -<p>Fin : « Item, que veues et considerees les choses dessus dictes lesquelles -sont venues a la cognoissance du roy de France. Et nouvellement -il nous appert que le roy dAngleterre et le prince ne doivent -user desdictes souverainetes et ressors. Et que tout ce que fait en -ont doit estre rappelle et mis au neant. La <small>VII</small><sup>e</sup>… »</p> - - -<p class="c">BIBLIOTHÈQUE DE SAINTE-GENEVIÈVE. Msc. coté L. F. 2.</p> - -<p>Un volume <span lang="la" xml:lang="la">in-folio parvo</span>, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes -et initiales ; fin du <small>XIII</small><sup>e</sup> siècle ; relié en veau fauve.</p> - -<p>Cette précieuse leçon est d'une écriture extrêmement belle. Le récit -de nos chroniques est poursuivi jusqu'à la mort de Philippe-Auguste. -C'est à ce point là que le volume s'arrêtoit originairement, -comme la preuve doit s'en tirer des célèbres vers de présentation transcrits -à la suite d'une feuille de garde qui sépare le règne de Philippe II -de la vie de saint Louis. Comme je l'ai dit à la fin de la vie de Philippe-Auguste, -le volume fut exécuté pour Philippe-le-Hardi, et l'abbé de -Saint-Denis chargea de ce grand travail l'un de ses moines. Dans la miniature -curieuse placée au-dessus des vers de présentation, le moine -agenouillé offre le livre au roi, et l'abbé de Saint-Denis étendant la -main gauche sur la tête du moine s'exprime ainsi :</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Phelippes rois de France qui tant es renommes,</div> -<div class="verse">Je te rens le romans qui des rois est romes ;</div> -<div class="verse">Tant a cil travaillie qui Primas est nommez</div> -<div class="verse">Que il est Dieu merciz parfaiz et consumez, etc.</div> -</div> - -<p>La vie de saint Louis, ajoutée au volume primitif, doit avoir -été transcrite vers le milieu du <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle. Tandis que le surnom -de <i>saint</i> donné partout à Louis IX prouve déjà que cette transcription -est postérieure à l'année 1298, le caractère des initiales, -surtout celui de la première, me décideroit à la rejeter au règne du -roi Jean, quand même certaines modifications palpables de l'ancienne -orthographe françoise ne justifieroient pas cette conjecture. Ainsi l'on -trouve partout <i>le conte</i> au lieu du nominatif du <small>XIII</small><sup>e</sup> siècle et de la première -moitié du <small>XIV</small><sup>e</sup> <i>li quens</i>. Quoi qu'il en soit, cette vie de saint -Louis n'en a pas moins été le modèle exactement suivi par Henry du -Trevoux, copiste du manuscrit de Charles V ; et ce volume lui a seul -permis, dans le chapitre des amours de Thibaud, d'écrire correctement -le nom de <i>Gace Brulé</i>.</p> - -<p>Je ne fais donc pas difficulté de le regarder comme le plus ancien -manuscrit des Chroniques françoises proprement dites de Saint-Denis. -Et qu'il ait été mis entre les mains de Henry du Trevoux, c'est ce qu'il -me sera facile de démontrer par les observations suivantes :</p> - -<p>1<sup>o</sup> La reproduction du manuscrit de sainte Geneviève est exacte -dans le n<sup>o</sup> 8395, partout où quelque mot tracé légèrement à la marge -du volume modèle n'a pas averti Henry du Trévoux de changer quelque -chose à la première transcription. Ainsi au folio 158 r<sup>o</sup>, Primas -avoit réuni les deux chapitres 7 et 8 du IV<sup>e</sup> livre de Charlemagne ; mais -le reviseur de son travail a écrit à la marge, au point où devoit finir -le 7<sup>e</sup> chapitre : <i>Ca</i><sup>m</sup>. VIII. Et Henry du Trévoux de se soumettre à -cette indication et de remettre en place la rubrique du VIII<sup>e</sup> chapitre. -(Voy. f<sup>o</sup> 125 v<sup>o</sup>.) Une autre omission analogue est indiquée dans le -texte de Primas, au f<sup>o</sup> 187 v<sup>o</sup>, et réparée par Henry du Trévoux au -f<sup>o</sup> 148 r<sup>o</sup>.</p> - -<p>Bien plus : au f<sup>o</sup> 202 r<sup>o</sup> de Primas, l'index offre treize chapitres ; -mais cette distribution est embarrassée, parce que, entre le septième, -où s'arrête la vie de <i>Louis-le-Baube</i>, et le huitième, l'incidence de -l'histoire des Normands devient l'occasion de quatre rubriques distinctes -de ces treize chapitres. En cet endroit le préparateur a donc écrit : -« Henry ne faites ci pas de capitres <span lang="la" xml:lang="la">usque ad signum</span> — car ces capitres -ne servent ci de rien. » Henry du Trévoux n'a donc en conséquence -énoncé avant la vie de <i>Louis-le-Baube</i> que sept chapitres -(f<sup>o</sup> 160 r<sup>o</sup>).</p> - -<p>Au f<sup>o</sup> 209 r<sup>o</sup> de Primas, on lit à la marge d'une miniature : « Henry -ne laissies ci point dhystoire. » En effet dans le passage correspondant -du manuscrit 8395, f<sup>o</sup> 165 r<sup>o</sup>, on ne trouve qu'une petite initiale -à la place de la miniature ou <i>histoire</i> du modèle.</p> - -<p>Tous ceux qui ont feuilleté des manuscrits anciens à miniatures ont -pu souvent remarquer, à l'extrémité des marges extérieures, des piqûres -d'épingle ou d'aiguille en nombre égal à celui des lignes de l'écriture. -Le volume de Primas va nous apprendre l'usage de ces piqûres. -A la marge du fol. 211 v<sup>o</sup>, je lis : « Faut .<small>I</small>. ystoire de .<small>VI</small>. poins. » Et -dans le travail de Henry du Trévoux l'endroit correspondant est -rempli par une grande initiale carrée de la longueur de six points ou -lignes. — Au fol. 219 r<sup>o</sup> de Primas, on recommande <i>deux vignettes de -huit poins</i> ; et dans la copie de Henry, deux vignettes carrées occupent -l'espace de huit lignes dans l'endroit indiqué. — Au fol. 156 v<sup>o</sup> de -Primas, je trouve écrit à la marge : <i>Hystr. double</i> <small>XXVI</small> <i>lignes</i>. Au fol. -correspondant du numéro 8395, on a mis une <i>histoire</i> ou miniature -double tenant la place de vingt-six des lignes de la copie.</p> - -<p>Je dois encore remarquer que ce volume présenté à Philippe-le-Hardi -étoit encore la propriété de Charles V, comme l'atteste la signature -de ce grand roi, tracée à la fin du volume. Ainsi pour exécuter -la leçon du n<sup>o</sup> 8395, Henry du Trévoux n'aura pas eu besoin de quitter -la librairie royale du Louvre.</p> - - -<p class="c gap">FIN.</p> - - - -<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES GRANDES CHRONIQUES DE FRANCE (6/6) ***</div> -<div style='text-align:left'> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Updated editions will replace the previous one—the old editions will -be renamed. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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Redistribution is subject to the trademark -license, especially commercial redistribution. -</div> - -<div style='margin:0.83em 0; font-size:1.1em; text-align:center'>START: FULL LICENSE<br /> -<span style='font-size:smaller'>THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE<br /> -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK</span> -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -To protect the Project Gutenberg™ mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase “Project -Gutenberg”), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg™ License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg™ electronic works -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.A. 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