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If you are not located in the United States, you'll -have to check the laws of the country where you are located before using -this ebook. - - - -Title: En Virginie - Épisode de la guerre de sécession, précédé d'une étude sur - l'esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et - suivi d'une bibliographie raisonnée des principaux ouvrages - français et anglais sur la flagellation - -Author: Jean de Villiot - -Release Date: December 23, 2019 [EBook #61008] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK EN VIRGINIE *** - - - - -Produced by the Online Distributed Proofreading Team at -http://www.pgdp.net (This book was produced from scanned -images of public domain material from the Google Books -project.) - - - - - - - - - - - JEAN DE VILLIOT - - EN VIRGINIE - - ÉPISODE DE LA GUERRE DE SÉCESSION - - PRÉCÉDÉ D'UNE ÉTUDE - SUR - L'ESCLAVAGE ET LES PUNITIONS CORPORELLES - EN AMÉRIQUE - - ET SUIVI D'UNE - BIBLIOGRAPHIE RAISONNÉE - DES PRINCIPAUX OUVRAGES FRANÇAIS ET ANGLAIS SUR LA FLAGELLATION - - PARIS - CHARLES CARRINGTON, ÉDITEUR - 13, FAUBOURG MONTMARTRE, 13 - - 1901 - - - - -A NOS LECTEURS - - -«_La vérité, l'âpre vérité_,» s'est écrié Danton. Nous aussi, nous -voulons la vérité, toute la vérité. Dussent quelques-uns en être -froissés, nous la voulons surtout sur des sujets historiques qui nous -paraissent avoir été le point de départ, sinon le motif, de la -révolution qui s'est accomplie dans nos moeurs au cours de ce siècle. -Nous ne vivons que par le souvenir, et, seule, l'Histoire peut évoquer à -nouveau les heures qu'elle a vécues. Nous entreprenons donc ce livre -avec la ferme conviction de faire oeuvre utile en dévoilant des faits -certainement ignorés de la masse du Public, faits qui nous semblent -intéressants puisqu'ils sont intimement liés aux événements qui marquent -l'évolution de notre civilisation moderne. - -Il n'est pas absolument indispensable, quand on traite des matières -quelque peu délicates et spéciales, de tomber dans la crudité, comme -aussi il est possible de ne pas donner un tour de phrase pornographique -à des relations qui ne se rapportent qu'à des faits matériels, à des -choses arrivées et qui, par conséquent, ne peuvent être que naturelles, -car tout ce qui se passe sous le ciel ne peut être d'une autre essence. -Un sentiment littéraire de mauvais aloi, une tartuferie affectée, sont -mille fois plus méprisables et plus pernicieux que la bonne franchise et -la liberté d'expression quand elles n'ont d'autre but que de mettre à -nu, combattre, _flageller_, les vices des hommes. - -Nous déclarerons d'abord franchement que la présente étude n'est pas -écrite pour les enfants, _grands ou petits_, qui n'y verraient, ou -plutôt ne voudraient y voir qu'un appel à une excitation malsaine, but -duquel nous nous éloignerons sensiblement. Peut-être quelques-uns de nos -lecteurs persisteront-ils quand même à trouver le mal là où il n'existe -pas; mais entre ceux-ci et nous, nous placerons le bon proverbe: - - _De gustibus et coloribus non disputandum._ - -A ces lecteurs nous recommanderons encore--et ils feront sagement de -suivre notre conseil--de fermer vite ce livre, de le jeter loin, sans -achever de le lire afin que leurs chastes pensées ne soient ainsi -nullement troublées par cette lecture. Nous avons la prétention d'écrire -pour les admirateurs du vrai, de la Nature, et rien n'est plus beau que -la Nature, dans toute sa splendeur nue, quelquefois aussi dans toute sa -hideur. Nous la décrivons telle qu'elle est, dépouillée de tous les -voiles dont la pudibonderie exagérée se plaît de la recouvrir. - - * - - * * - -On aurait tort de s'imaginer que l'usage des verges a été de tout temps -un apanage des sectes religieuses ou autres et bon nombre de -littérateurs ont, dans leurs oeuvres, largement usé de la flagellation -et s'en sont fait un sujet pour contenter une certaine catégorie de -lecteurs... malades. - -Nous le répétons,--et nous ne saurions trop le redire--nous n'avons -nullement l'intention de mettre sous les yeux de personnes vicieuses, -des scènes plus ou moins impudiques; contre de pareilles peintures -s'élèverait à bon droit la morale publique. - -Ce genre de littérature est, d'ailleurs, réprouvé des honnêtes gens, et -c'est pour ceux-là seuls que nous écrivons, et comme c'est aux lecteurs -intelligents que nous nous adressons, nous voudrions que _les autres_ se -rassurent dans le cas où leur esprit maladif ne pourrait approuver un -ouvrage qui, ne répondant pas à leurs goûts, ne saurait être, par cela -même, un remède à leur état d'âme. Qu'ils le critiquent donc, en -poussant leur cri de protestation au nom de la morale outragée. Nous -serons entièrement satisfaits de leur feinte indignation. - -C'est surtout d'Outre-Manche que nous arrive la fausse pudibonderie. Il -existe en effet, quelque part, à Londres, une société dite de _Vigilance -Nationale_ (?) laquelle s'érige en juge de nos actions, de nos moeurs, -de nos livres. Cette société, qui se figure que son action a moralisé -complètement les moeurs britanniques, opère maintenant chez nous, -couvrant de sa surveillance, comme d'une égide, la pudique vertu -d'Albion menacée par nos écrits. - -Cependant, John Bull avoue parfois qu'il peut être un pécheur; mais, -alors, il explique l'accusation qu'il porte contre lui-même, en faisant -remarquer avec hypocrisie, qu'il n'est pas loin d'être aussi mauvais que -d'autres... - -Les moeurs anglaises sont curieuses. Leur isolement, leurs habitudes -monacales exaltent les passions en les concentrant. Un reste de -puritanisme les aggrave. - -Là, règne cette dangereuse maxime qu'une austérité rigoureuse est la -seule sauvegarde de la vertu. Le mot le plus innocent effraye; le geste -le plus naturel devient un attentat. Les sentiments, ainsi réprimés, ou -s'étouffent ou éclatent d'une manière terrible. Tout pour le vice ou -tout pour la vertu, point de milieu; les caractères se complaisent dans -l'extrême, et l'on voit naître des pruderies outrées et des monstres de -licence; il y a des dévotes qui craignent de prononcer le mot _shirt_ -(chemise) et des femmes hardies, montrant dans l'accomplissement de la -faute suprême la plus douce sérénité. - -La société de _Vigilance Nationale_ n'a rien à faire avec notre livre. -La pruderie légendaire de nos voisins doit nous préserver de ses -démarches; aussi, est-ce avec peine que nous avons vu le Parquet -français donner suite à des dénonciations venues d'Outre-Manche. Si la -justice française--dont le rôle est de se prononcer moins sur la forme -que sur le fond de tout ouvrage incriminé--continue à prêter une oreille -attentive et complaisante aux dénonciations hypocrites des puritains -anglais, nous verrons bientôt ceux-ci s'abattre sur les étalages de nos -librairies. - -Ils en supprimeront tout ce qui ne leur conviendra pas,--à moins que ce -ne soit pour emporter et lire, quand ils seront seuls, bien seuls, ces -pages défendues qu'ils sont les premiers à honnir... en public... - -Et quand on songe aux livres qu'ils trouvent immoraux, on frémit à la -pensée d'être bientôt obligé de se passer de lire autre chose que la -Bible. - -La Bible! Ah! messieurs, entendons-nous! Voilà un livre qui vous est -cher et qui nous appartient aussi bien qu'à vous, mais nous avons pris -la précaution de l'expurger, et si la lecture en est ennuyeuse, du moins -ne présente-t-elle aucun danger, tandis que telle que vous l'avez -traduite, nous n'en permettrions la lecture à nos enfants que lorsqu'ils -pourraient justifier de leurs quarante-cinq ans! - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -C'est ici que se place une admirable page de la préface de la _Chanson -des Gueux_[1]: - - [1] Jean Richepin. _La Chanson des Gueux_. Édition définitive, Paris, - M. Dreyfous, 1881. - - La gauloiserie, les choses désignées par leur nom, la bonne franquette - d'un style en manches de chemises, la gueulée populacière des termes - propres n'ont jamais dépravé personne. Cela n'offre pas plus de - dangers que le nu de la peinture et de la statuaire, lequel ne paraît - sale qu'aux chercheurs de saletés. - - Ce qui trouble l'imagination, ce qui éveille les curiosités malsaines, - ce qui peut corrompre, ce n'est pas le marbre, c'est la feuille de - vigne qu'on lui met, cette feuille de vigne qui raccroche les regards, - cette feuille de vigne qui rend honteux et obscène ce que la nature a - fait sacré. - - Mon livre n'a pas de feuille de vigne et je m'en flatte. Tel quel, - avec ses violences, ses impudeurs, son cynisme, il me paraît autrement - moral que certains ouvrages, approuvés cependant par le bon goût, - patronnés même par la vertu bourgeoise, mais où le libertinage passe - sa tête de serpent tentateur entre les périodes fleuries, où l'odeur - mondaine du lubin se marie à des relents de marée, où la poudre de riz - qu'on vous jette aux yeux a le montant pimenté du diablotin, romans - d'une corruption raffinée, d'une pourriture élégante, qui cachent des - moxas vésicants sous leur style tempéré, aux fadeurs de cataplasme. La - voilà, la littérature immorale! C'est cette _belle et honnête dame_, - fardée, maquillée, avec un livre de messe à la main, et dans ce livre - des photographies obscènes, baissant les yeux pour les mieux faire en - coulisse, serrant pudiquement les jambes pour jouer plus allègrement - de la croupe, et portant au coin de la lèvre, en guise de mouche, une - mouche cantharide. Mais, morbleu! ce n'est pas la mienne, cette - littérature! - - La mienne est une brave et gaillarde fille, qui parle gras, je - l'avoue, et qui gueule même, échevelée, un peu ivre, haute en couleur, - dépoitraillée au grand air, salissant ses cottes hardies et ses pieds - délurés dans la glu noire de la boue des faubourgs ou dans l'or chaud - des fumiers paysans, avec des jurons souvent, des hoquets parfois, des - refrains d'argot, des gaietés de femme du peuple, et tout cela pour le - plaisir de chanter, de rire, de vivre, sans arrière-pensée de luxure, - non comme une mijaurée libidineuse qui laisse voir un bout de peau - afin d'attiser les désirs d'un vieillard ou d'un galopin, mais bien - comme une belle et robuste créature, qui n'a pas peur de montrer au - soleil ses tétons gonflés de sève et son ventre auguste où resplendit - déjà l'orgueil des maternités futures. - - Par la nudité chaste, par la gloire de la nature, si cela est immoral, - eh bien! alors, vive l'immoralité! Vire cette immoralité superbe et - saine, que j'ai l'honneur de pratiquer après tant de génies devant qui - l'humanité s'agenouille, après tous les auteurs anciens, après nos - vieux maîtres français, après le roi Salomon lui-même, qui ne mâchait - guère sa façon de dire, et dont le _Cantique des Cantiques_, si - admirable, lui vaudrait aujourd'hui un jugement à huis-clos. - - * - - * * - -Que pourrions-nous ajouter à ce qui précède? - -Nous tenions simplement à mettre le public d'amateurs et de -bibliophiles, auquel nous nous adressons exclusivement, en garde contre -les menées d'un petit nombre de faux apôtres qui ont la prétention--et -peut-être la conviction--de nous empêcher d'exposer un sujet délicat, -comme s'il n'était pas possible de le faire sans tomber dans -l'obscénité. - - * - - * * - -Nous ferons précéder notre récit d'une explication destinée à éclairer -le lecteur sur les pratiques en usage dans la flagellation des esclaves -en Amérique, avant l'époque où se passe notre action. - -Ce sujet nous a semblé intéressant au plus haut point, c'est pourquoi -nous n'hésitons pas à publier ces pages. - -JEAN DE VILLIOT. - - - - -L'ESCLAVAGE ET LES PUNITIONS CORPORELLES EN AMÉRIQUE AVANT LA GUERRE DE -SÉCESSION - - -L'histoire de l'esclavage et la traite des noirs, tels qu'ils ont existé -autrefois, tels qu'ils se dissimulent aujourd'hui, est encore à faire et -cette plaie, que l'Humanité porte au flanc depuis l'enfance du Monde, ne -peut se fermer sans avoir été sondée. - -Le document contient des détails souvent monstrueux, parfois horribles, -toujours répugnants, sur les pratiques révoltantes auxquelles se -livraient les maîtres à l'égard de la race réprouvée et maudite. - -Reportons-nous tout d'abord à l'histoire de l'esclavage en Amérique, où -il était établi péremptoirement que ce système--l'esclavage--ne pouvait -être maintenu que par la force brutale; cette déclaration ne put que -gagner en autorité, les propriétaires d'esclaves ayant _légalement_ le -droit de leur infliger des peines corporelles. Une loi, établie en 1740, -tout à l'avantage des maîtres d'esclaves, disait que «dans le cas où une -personne, _volontairement_ (ce qui est fort discutable) couperait la -langue, éborgnerait, ou priverait d'un membre un esclave, en un mot, lui -infligerait une punition cruelle _autre qu'en le fouettant ou le -frappant_ avec un fouet, une lanière de cuir, une gaule ou une badine, -ou en le mettant aux fers ou en prison, ladite personne devra payer, -pour chaque délit de cette sorte, une amende de cent livres sterling -(2.500 francs).» - -D'autre part, on lisait dans le code civil de la Louisiane: - -«L'esclave est entièrement soumis à la volonté de son maître, qui peut -le corriger et le châtier, mais non avec trop de rigueur, de façon à ne -pas le mutiler, l'estropier, ou l'exposer à perdre la vie.» - -En résumé, le droit pour le maître de battre son esclave comme il -l'entendait et de lui infliger des punitions corporelles autant que son -bon plaisir le lui commandait, mais sans le mutiler ou le tuer, ce droit -était parfaitement établi par la loi des États esclavagistes du Sud; et, -dans au moins deux États, le maître était expressément autorisé à se -servir d'un fouet ou d'une lanière de cuir comme instruments de -supplice. - -Parfois, un esclave était flagellé jusqu'à ce que la mort s'en suivit, -et ces cas n'étaient malheureusement pas rares. Un nommé Simon Souther -fut traduit devant les Assises d'octobre 1850, dans le comté de Hanover -(État de Massachusetts), pour meurtre d'un esclave; reconnu coupable, il -fut condamné à cinq ans de détention. A cette occasion, le juge Field -fit au jury le récit de la punition infligée à l'esclave: - -Le nègre avait été attaché à un arbre et fouetté avec des baguettes -flexibles. Lorsque Souther était las de frapper, il se faisait remplacer -par un nègre qui continuait la flagellation avec des tiges de bois -mince. Le malheureux esclave avait été frappé également avec la dernière -cruauté par une négresse aux ordres du maître, puis horriblement brûlé -sur diverses parties du corps. Il fut ensuite inondé d'eau chaude dans -laquelle on avait fait tremper des piments rouges. Attaché à un poteau -de lit, les pieds étroitement serrés dans une brèche, le nègre poussait -d'affreux hurlements. Souther n'en continua pas moins à accabler le -pauvre martyr, sur le corps duquel il se ruait et frappait des poings et -des pieds. Cette dernière phase de la punition fut continuée et répétée -jusqu'à ce que l'esclave mourut. - -Le planteur féroce fit appel de la condamnation qui le frappait si -justement et si peu, mais la Cour suprême confirma la sentence, -estimant, dans ses conclusions, que le prévenu aurait dû être simplement -pendu pour homicide volontaire. - -Dans un autre cas qui fut jugé à Washington même l'année suivante, le -colonel James Castleman fut poursuivi pour avoir fouetté un esclave -jusqu'à la mort. Il n'en fut pas moins acquitté. Ce colonel fit ensuite -rédiger et publier par son avocat, une brochure dans laquelle il -défendait sa réputation. On y lisait que deux de ses esclaves, surpris -en état de vol, furent immédiatement punis pour ce méfait. Le premier, -nommé Lewis, fut fustigé au moyen d'une large courroie de cuir. Il avait -été sévèrement puni, mais le colonel estimait que la rigueur du -châtiment n'excédait pas l'importance du vol commis par l'esclave. Il -admettait cependant que son compagnon avait été plus cruellement châtié -et que si Lewis était mort, il n'y avait de la faute de personne: Lewis, -en effet, après avoir subi la première partie de sa peine, avait été -attaché au moyen d'une chaîne à une poutre, et suspendu par le cou. Il y -avait juste assez de longueur de chaîne pour lui permettre seulement de -se tenir debout et droit; s'il s'appuyait d'un côté ou d'un autre, s'il -se courbait, le carcan devait l'étrangler. C'est du reste ce qui se -produisit. - -A l'occasion des _Procès libérateurs_, qui eurent lieu à Boston en 1851, -un policeman, cité comme témoin, affirmait qu'il était de son devoir -d'agent de police d'appréhender toute personne de couleur, qu'il -trouvait dans les rues après une certaine heure. Tout délinquant était -mis au poste, et le lendemain matin, comparaissait devant un magistrat -qui le condamnait invariablement à recevoir _trente-neuf coups de -fouet_. Les policemen touchaient un salaire supplémentaire: un -demi-dollar (2 fr. 50) pour l'exécution de cette punition. Des hommes, -des femmes, des enfants furent fouettés ainsi fréquemment par la police, -et ce à la demande formelle de leurs maîtres eux-mêmes. - -Weld, dans son _Slavery as it is_ (L'Esclavage tel qu'il est) publié en -1839, raconte le fait suivant qui indique comment étaient traités les -esclaves qui s'évadaient: - -«Une belle mulâtresse d'une vingtaine d'années, à l'esprit indépendant -et qui ne pouvait supporter la dégradation de l'esclavage, s'était à -différentes reprises, enfuie de chez son maître; pour ce crime elle -avait été envoyée au _Workhouse_ (maison des pauvres) de Charleston, -pour y être fouettée par le gardien. L'exécution eut lieu avec un tel -raffinement de cruauté que sur le dos de la malheureuse pendaient de -sanglants lambeaux de peau; il n'eût pas été possible de placer la -largeur d'un doigt entre les très nombreuses plaies qui y saignaient. -Mais l'amour de la liberté s'était développé chez cette femme; elle -oublia la torture et la fuite qui en avait été la cause, et elle réussit -à s'évader de nouveau sans qu'on pût jamais la retrouver.» - -Pour démontrer la _nécessité_ des punitions corporelles, Olmsted nous -fournit l'anecdote suivante: «Une dame de New York, allant passer -l'hiver dans un des États du Sud, avait loué les services d'une esclave, -qui, un jour, refusa catégoriquement de faire certain petit travail -domestique qui lui était commandé. A de douces remontrances: «Vous ne -pouvez m'y forcer, répondait-elle, et je ne veux pas faire ce que vous -me demandez là; je ne crains nullement que vous me fouettiez.» La -domestique parlait avec raison; la dame ne pouvait pas la fouetter, et, -d'un coeur plus sensible que ses congénères, ne voulait point appeler un -homme pour faire cette besogne, ou envoyer sa domestique à un poste de -police pour y être fouettée, comme il était d'usage dans les États du -Sud. - -Pour ne pas laisser de marques sur le dos des esclaves, et ne pas -abaisser leur valeur marchande (!), on avait substitué, en _Virginie_, -aux instruments habituels de punition, la _courroie élastique_ et la -_palette scientifique_. Par le vieux système, la lanière de cuir coupait -et lacérait d'une façon si déplorable la peau, que la valeur des -esclaves s'en trouvait singulièrement diminuée lorsqu'ils devaient être -vendus sur un marché; aussi l'usage de la courroie était-il un immense -progrès dans l'art de fouetter les nègres. On assure qu'avec cet -instrument, il était possible de flageller un homme jusqu'à le mettre à -deux doigts de la mort, et cependant, sa peau ne portant nulle trace de -violences, il en sortait sans dommage apparent. - -La palette est une large et mince férule de bois, dans laquelle sont -percés un grand nombre de petits trous; lorsqu'un coup est porté avec -cet instrument, ces trous, par suite du mouvement précipité et de -l'épuisement partiel de l'air qui s'y produit, agissent comme de -véritables ventouses, et on assurait que l'application continuelle de -cet instrument produisait absolument les mêmes résultats que ceux de la -lanière de cuir. - -L'enrôlement des nègres dans les armées fédérales pendant la guerre de -Sécession a montré jusqu'à quel point terrible les esclaves avaient été -soumis à la flagellation. M. de Pass, chirurgien d'un régiment de -Michigan, cantonné dans le Tennessee, dit que sur 600 recrues nègres -qu'il avait eu à examiner, une sur cinq portait des marques de -fustigations sévères, et la plupart montraient de nombreuses cicatrices -qu'on n'aurait pu couvrir avec deux doigts. Il avait même rencontré -jusqu'à mille stigmates provenant de flagellations excessives, et plus -de la moitié des hommes qui se présentaient durent être rejetés pour -incapacité physique, causée par les coups reçus, et par des morsures de -chiens, visibles sur leurs mollets et leurs cuisses. M. Westley -Richards, autre chirurgien, dit que sur 700 nègres qu'il avait examinés, -la moitié au moins de ces esclaves portait les marques de fustigations -cruelles et de mauvais traitements divers: quelques-uns avaient reçu des -coups de couteau, d'autres portaient des traces de brûlures; d'autres -enfin avaient eu les membres brisés à coups de matraque. - -La flagellation des esclaves se pratiquait parfois de la façon suivante: -le coupable était étendu la face contre terre, ses bras et ses jambes -attachés à des pitons ou à des anneaux, et, son immobilité ainsi bien -assurée, il était fouetté jusqu'à la dernière limite. - -Une torture encore plus raffinée consistait à ensevelir le malheureux -dans un trou juste suffisant pour contenir son corps, de fixer une porte -mobile, ou trappe au-dessus de sa tête, et de l'y laisser de trois -semaines à un mois--si, bien entendu, il ne succombait pas avant -l'expiration du terme. - - * - - * * - -Les coutumes des races aborigènes de l'Amérique sont peu connues, et il -nous serait impossible de dire d'une façon bien affirmative, que la -flagellation ou les punitions corporelles faisaient partie du système -judiciaire des Peaux-Rouges. Nous reviendrons donc aux premiers colons, -ceux surtout qui s'établirent au Nord, emportant de chez eux la ferme -croyance que le fouet était un réformateur efficace pour le maintien de -la bonne moralité. En eux était également ancrée cette intolérance -religieuse, dont ils cherchaient vainement à s'affranchir et qui était -précisément l'une des principales causes de leur immigration. - -Le poteau d'exécution restait en permanence--il existe d'ailleurs encore -dans certaines provinces des États-Unis--et ce furent surtout les -Quakers[2] qui goûtèrent les premiers les bienfaits de la flagellation. -Les chefs et les prédicateurs de cette secte furent longtemps -persécutés. A Boston, en 1657, une femme nommée Mary Clark, accusée de -prêcher cette doctrine, fut condamnée à recevoir vingt coups d'un fouet -formé de grosses cordes à noeud et manié à deux mains par le bourreau. -Puis l'infortunée expia encore, par une année de prison, le crime -d'avoir exprimé librement son opinion. Deux prédicateurs, Christopher -Holder et John Copeland furent chassés de leur ville natale après avoir -été fouettés, et d'autres personnes punies également pour avoir montré -quelque sympathie à l'égard de ces deux proscrits. Quelque temps après, -une femme nommée Gardner fut arrêtée à Weymouth, et dirigée sur Boston -où elle et sa servante furent publiquement fouettées avec un _chat à -neuf queues_. - - [2] _Quakers_: sectaires en Angleterre et en Amérique. Ils se - reconnaissent au tutoiement. - -C'est alors que la loi, dont le texte suit, fut promulguée contre les -Quakers: - -«Quiconque introduira un quaker dans l'enceinte de cette juridiction -(l'État où la loi était en vigueur), sera mis à l'amende de cent livres -sterling (2.500 francs) au profit du pays, et maintenu en prison -jusqu'au paiement intégral de la somme. - -«Quiconque hébergera un quaker, sachant qu'il l'est, sera mis à l'amende -de 40 schellings (50 francs) pour chaque heure durant laquelle le quaker -aura été hébergé ou caché, et maintenu en prison jusqu'au paiement -intégral de ladite amende. - -«Tout quaker venant en ce pays sera soumis à cette loi et puni en -conséquence, savoir: A la première infraction, si c'est un homme, il lui -sera coupé une oreille, puis il sera astreint aux travaux forcés pendant -un laps de temps. A la seconde infraction, il lui sera coupé l'autre -oreille, et si c'est une femme, elle sera sévèrement fouettée avant son -envoi dans une maison de correction et condamnée aux travaux forcés. - -«A la troisième infraction, l'accusé, homme ou femme, aura la langue -percée d'un fer rouge et sera maintenu définitivement en maison de -correction.» - -Sous le régime d'une aussi douce loi, les quakers devaient disparaître -rapidement. Du moins le pensait-on, et le gouverneur de Plymouth (aux -États-Unis) disait «qu'en son âme et conscience, les quakers étaient -gens qui méritaient d'être exterminés, eux, leurs femmes et leurs -enfants, sans la moindre pitié». - -Les colons Hollandais suivirent bientôt l'exemple de leurs voisins les -puritains. Un nommé Robert Hodshone, accusé d'avoir tenu une réunion -religieuse à Hamstead, fut attaché à l'arrière d'une charrette en -compagnie de _deux femmes qui lui avaient donné l'hospitalité_, et -traîné de la sorte jusqu'à New-York. Là, il fut mis dans l'obligation de -payer une amende de 600 guilders (1.260 francs environ) et, ne le -pouvant pas, fut condamné à _travailler à la brouette_ (terme employé -pour les condamnés), sous la surveillance d'un nègre qui avait ordre de -le flageller avec des cordes selon son bon plaisir. Le gardien -s'acquitta si bien de sa tâche que le malheureux fut bientôt dans -l'impossibilité matérielle de faire le moindre travail. Pour ce, mis à -nu jusqu'à la ceinture, _il fut fouetté tous les deux jours_, jusqu'à ce -qu'il en mourut. - -Les quakers n'en continuaient pas moins à prospérer, à tel point que des -mesures plus rigoureuses encore furent prises à leur égard. Un nommé -William Robinson fut condamné, à Boston, à subir le fouet, et banni -ensuite de la ville, avec défense, sous peine de mort, d'y remettre les -pieds. Le malheureux, attaché à l'affût d'un canon, reçut trente coups -de fouet. - -En 1662, un nommé Josiah Southick, dont les parents avaient été chassés -de Boston, retourna dans cette ville. Arrêté immédiatement et attaché -demi-nu à une charrette, il fut traîné dans les rues de Boston et -fouetté sur tout le parcours, puis reçut la même punition à Rocksbury et -le lendemain à Dedham, après quoi on le relâcha. Le fouet qui servit à -cette exécution, manié à deux mains par le bourreau, était formé de -cordes de boyaux, séchées puis nouées, et fixées à un long manche. La -souffrance endurée par le patient fut vraiment terrible. - -A Dover (New England), trois femmes, Anne Coleman, Mary Tomkins et Alice -Ambrose furent condamnées à la peine du fouet. C'est un curieux document -que l'arrêt de prise de corps qui fut lancé contre elles, après la -sentence. Le voici: - - «Les constables de Dover, Hampton, Salisbury, Newbury, Rowley, - Ipswich, Wenham, Lynn, Boston, Roxbury, Dedham, sont requis, au nom du - Roi, de s'emparer des Quakeresses (ici les trois noms suivaient), de - les attacher à une charrette, et les conduisant à travers leurs villes - respectives, de les fouetter sur leurs dos nus, avec un maximum de dix - coups par ville; et de les conduire ainsi de commune en commune - jusqu'à ce que les condamnées soient hors de cette juridiction, et les - constables sus-désignés sont responsables de la bonne exécution de - cette sentence. - - Fait à Dover, par moi, Richard Malden, ce 22 décembre 1662. - -Le sinistre cortège commença par une froide journée de décembre, et les -trois malheureuses subirent leur peine stoïquement, excitant sur leur -passage la pitié de quelques-uns de leurs doctrinaires. Ces derniers -furent immédiatement mis au pilori. - -Douces moeurs!... - -L'une de ces trois femmes, Anne Coleman, fut de nouveau flagellée à -Salem, avec quatre de ses amies. L'instrument employé alors était le -_chat à neuf queues_. - -Un nommé Wharton, ayant eu l'imprudence d'aller visiter les victimes -dans leur prison, il fut décrété à son égard l'arrêt suivant: - - «Aux Constables de Boston, de Charlestown, de Malden, de Lynn. - - «Vous êtes requis respectivement. - - «D'appréhender en sa propre demeure Edward Wharton, convaincu de - vagabondage. Le constable de Boston devra lui appliquer trente coups - de fouet sur le corps mis préalablement à nu. - - «De le faire passer de commune en commune jusqu'à Salem, qu'il prétend - être son lieu de résidence, en le fustigeant comme ordonné. - - «La présente vous servira de mandat. - - «Boston, le 30 juin 1664.» - -Nous citerons encore un cas. C'est celui d'Anne Needham, qui, -appartenant à la secte des quakers, fut mise à l'amende à Boston. -N'ayant pu payer cette amende, cette femme fut fustigée cruellement et -subit courageusement sa peine sans pousser un seul cri. - - * - - * * - -Un journal de 1774 raconte de plaisante façon une histoire de -flagellation qui trouve ici sa place: - -Quelques quarante années auparavant, alors que bon nombre de naïfs -avaient à se repentir de leur affiliation à une secte biblique -rigoureusement interdite, le capitaine Saint-Léo, commandant d'un navire -de guerre, était appréhendé _pour s'être promené un dimanche_; et ce -fait, considéré à cette époque comme un crime, appelait sur la tête du -coupable un châtiment exemplaire. - -Le coupable fut donc tout d'abord condamné à une forte amende par le -juge de paix. Et comme le capitaine, surpris et indigné, se refusait à -payer, excipant judicieusement de son ignorance des lois, on s'empara de -sa personne. Il fut solidement attaché par la tête et par les pieds à un -pilori dressé sur la place publique où les bonnes gens du pays vinrent -pieusement lui donner des conseils sur l'observation du dimanche et lui -rappeler les inconvénients qui pouvaient résulter d'une promenade à -l'heure des offices. - -Remis en liberté, le capitaine Saint-Léo reconnut l'incorrection de sa -conduite et, publiquement, exprima des regrets; il déclara que, -désormais, il était bien décidé à mener une vie pieuse et exempte de -reproches. Les saintes personnes, ravies de cette soudaine conversion, -l'invitèrent à souper. Le capitaine, décidément bien converti, suivait -assidûment les offices religieux. Avant de reprendre la mer, Saint-Léo -voulut rendre la politesse qui lui avait été faite; il invita donc une -grande partie des sommités de la ville, y compris les prêtres et le juge -à un repas à bord de son navire, prêt à mettre à la voile. Un excellent -dîner fut, en effet, servi; on vida de nombreux flacons, et la gaîté, -quelque peu excitée par de copieuses et franches libations, battait son -plein, lorsque, brusquement, une bande de matelots fit irruption dans la -cabine du capitaine; ceux-ci se saisirent des convives et, malgré leurs -protestations, les pieux invités furent traînés sur le pont, où, -solidement attachés, ils reçurent des mains de l'équipage, armées de -verges, une magistrale correction, cependant que le capitaine les -exhortait au calme, les assurant que la mortification de la chair -aidait, après un plantureux repas, à sauver l'âme compromise par la -gaieté. - -Après quoi, les invités encore ficelés, furent jetés dans leur -embarcation, et abandonnés en cet état sur le rivage alors que le navire -mettait immédiatement à la voile. - - * - - * * - -Le pilori et le poteau ont été et sont encore d'un usage fréquent dans -certaines parties des États-Unis. Dans l'État de Delaware, par exemple, -il existait, il y a peu de temps, trois poteaux à fouetter: un à Dover, -un autre à Georgetown et le troisième à Newcastle. Dans le pays, ce -moyen pénal est considéré comme souverainement efficace pour la -répression des crimes de peu d'importance. - -A Newcastle, le pilori consiste en un très lourd poteau, haut d'environ -douze pieds; à mi-hauteur se trouve une plate-forme: à peu près à quatre -pieds (1m,22) au-dessus de cette plate-forme, est fixée une traverse -percée de trois trous: un pour la tête et le cou du patient, les deux -autres pour les mains et les poignets. La punition est infligée par le -shérif avec le _chat à neuf queues_, mais ce magistrat s'acquitte -généralement très mal de cette besogne, qu'il considère à juste titre -comme dégradante pour sa dignité. - -Les noirs supportaient beaucoup mieux que les blancs les tortures de la -flagellation. Ces derniers étaient surtout plus affectés de l'infamie -attachée à cette punition, que de la douleur pourtant si violente -qu'elle occasionnait. - -Il y a quelques années seulement, un cas de torture par la flagellation -fut le sujet de toutes les conversations. _Une jeune fille de dix-sept -ans_, élève dans une école publique de Cambridge (État de de -Massachusetts), ayant commis le crime de chuchoter pendant un cours, fut -condamnée par son institutrice _à être fouettée_. L'enfant, que -révoltait un légitime sentiment de pudeur, résista avec tant de force, -qu'on dut requérir le _directeur et deux de ses aides_. Ces trois hommes -se saisirent de l'élève, et tandis que deux d'entre eux lui maintenaient -les bras et les jambes, le directeur la frappait de vingt coups d'une -forte lanière de cuir. Cette punition avait été infligée selon -l'ancienne coutume, c'est-à-dire devant toute l'école. L'affaire fut -cependant portée devant les tribunaux, mais le personnel de l'école en -fut quitte pour une légère admonestation. Néanmoins, quelques mois -après, l'affaire ayant eu quelque retentissement, les punitions -disciplinaires de cette nature furent abolies dans toutes les écoles des -États-Unis. - - * - - * * - -La flagellation domestique, que l'on nomme _spanking_, est en usage un -peu partout, aux États-Unis, principalement en ce qui concerne les -enfants. Au temps où les puritains régnaient en maîtres, dans ce -pays--ça n'a d'ailleurs pas beaucoup changé--la flagellation était la -punition ordinaire infligée aux enfants des deux sexes, et, en certains -districts, ils devaient s'y soumettre jusqu'à ce qu'ils eussent atteint -l'âge du mariage! - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet que nous venons de -résumer, et il serait intéressant de faire connaître à fond les -_coutumes flagellatrices_, si nous pouvons nous exprimer ainsi, qui -régnèrent et qui règnent encore au Nouveau-Monde. Peut-être un jour -donnerons-nous à nos lecteurs, s'ils veulent bien nous suivre sur ce -terrain, de plus amples détails sur ces coutumes barbares. Mais, pour -les besoins du présent livre, nous avons tenu à faire rapidement -l'historique de ces moeurs étranges, historique nécessaire que nous -présentons comme la préface de l'histoire dont nous nous sommes inspiré -pour notre livre. - -Le récit que nous reproduisons est rigoureusement exact quant aux faits, -sinon quant aux détails. Il éclairera d'un jour nouveau, du moins -l'espérons-nous, les pratiques monstrueuses en usage chez les -esclavagistes qui torturaient non seulement par nécessité de répression, -mais aussi par dilettantisme, par passion et besoin de cruauté: -_Flagellandi tam dira Cupido!_ - - - - -EN VIRGINIE - -ÉPISODE DE LA GUERRE DE SÉCESSION - - - - -PROLOGUE - - -Pendant l'été de 1866, peu après la signature du traité de paix qui -termina la guerre de Sécession, j'habitais New-York, de retour d'une -expédition de chasse et de pêche en Nouvelle-Écosse, attendant le -paquebot qui devait me ramener à Liverpool. - -J'avais alors trente ans à peine, j'étais robuste, bien portant; encore -avais-je une taille qui pouvait passer pour avantageuse: près de six -pieds! Mon esprit aventureux et ma curiosité à l'endroit de ce qui -m'était inconnu me poussèrent, durant mon séjour à New-York, à parcourir -la cité en tous sens, explorant de préférence les plus vilains quartiers -de la capitale du Nouveau Monde. Au cours de mes pérégrinations je fis -des études de moeurs assez curieuses; j'ai conservé soigneusement des -notes qui, peut-être un jour, formeront la relation complète de mes -aventures. Cependant, à titre d'essai, je détache cette page du livre de -ma vie. - -Un après-midi, vers cinq heures, j'étais entré à Central Park afin de -m'y reposer un peu en fumant un cigare. Nous étions en pleine canicule; -le soleil déclinait vers l'ouest, éclatant encore de toute sa lumineuse -splendeur dans un ciel d'un bleu cru. Oisif, je regardais indifféremment -les promeneurs, lorsque mon attention fut attirée vers une jeune femme -assise sur le banc près duquel je flânais; elle était absorbée dans la -lecture d'un livre qui paraissait l'intéresser vivement. Elle pouvait -avoir vingt-cinq ans; son visage, d'un ovale régulier, était charmant, -et de sa physionomie se dégageait un caractère de douceur infinie. Ses -cheveux châtain clair--suivant la mode de la coiffure féminine à cette -époque--étaient relevés sur sa tête en un lourd chignon. Sa robe, très -simple, quoique de coupe élégante, ses fines bottines et son maintien -sérieux, tout en cette jeune femme indiquait une personne du meilleur -monde. Je la regardais d'abord à la dérobée; puis la fixais obstinément, -comme si j'eusse voulu exercer sur cette belle étrangère un regard -fascinateur. Un instant après, en effet, elle eut intuitivement -conscience de cette force magnétique; car, levant enfin les yeux, elle -m'examina des pieds à la tête; satisfaite sans doute d'une petite -perquisition qui paraissait n'avoir rien de désobligeant pour moi, elle -me sourit aimablement et me fit un signe discret. C'était évidemment une -invitation à venir m'asseoir auprès d'elle. J'avoue que j'en fus tout -d'abord on ne peut plus surpris: je ne croyais certes pas avoir affaire -à une demi-mondaine. - -Une conversation avec une jolie femme ne m'a jamais déplu; c'est -pourquoi j'acceptai sans façon la place que m'offrait à côté d'elle la -jolie lectrice dont le corsage exhalait des parfums capiteux et -singulièrement troublants. - -D'un petit air dégagé elle amorça la conversation. Mon inconnue parlait -correctement, d'une voix très harmonieuse, à laquelle son accent -américain ajoutait un charme infini. - -Je la regardais encore. Elle était vraiment adorable: ses longs yeux -bleus, son visage un peu pâle, le mignon retroussis de son nez et sa -petite bouche joliment meublée de deux rangées de petites dents nacrées, -tout cela m'attirait étrangement; elle avait une loquacité de fauvette, -babillant gentiment sur toutes choses, en employant des expressions -gamines qui m'amusaient fort. Je pris alors la grande résolution non -seulement de la reconduire jusqu'à sa porte, mais Dieu et mon -porte-monnaie aidant, de me faire offrir une hospitalité toute -écossaise. Après quelques instants d'une causerie devenue plus -familière, je l'invitai à dîner, ce qui parut la charmer, car elle -accepta incontinent, sans se faire prier. - -Nous nous installâmes dans un restaurant où je commandai un dîner au -Champagne. La soirée s'acheva au théâtre et, la pièce terminée, je hélai -un «hack» (voiture de place) et je reconduisis chez elle ma conquête, -qui, en route, m'apprit qu'elle s'appelait Dolly. - -La maison qu'habitait Dolly était d'élégante apparence; la porte nous -fut ouverte par une quarteronne coquettement habillée qui nous -introduisit dans un salon. Cette pièce, d'aspect honnête, était meublée -avec un goût exquis; le parquet était jonché d'épais tapis d'Orient; des -tentures de velours cramoisi pendaient aux portes; tout était d'un -confortable parfait. - -Dolly m'invita à m'asseoir dans un large fauteuil, et, me priant de -l'excuser, se retira dans la pièce voisine qui, ainsi que je fus à même -de le savoir plus tard, était sa chambre à coucher. Elle revint au bout -d'un instant drapée d'un grand peignoir blanc orné de rubans bleus. Elle -était chaussée de jolies sandales; maintenant ses cheveux flottaient sur -ses épaules et tombaient jusqu'aux reins. - -Elle ne portait sous son peignoir--ainsi que je le vis ensuite--qu'une -fine chemise garnie de dentelles et des bas de soie rose, attachés très -haut au-dessus du genou par une jarretière de satin rouge. Sous ce -vêtement d'intérieur, ma conquête était, au surplus, d'une esthétique -qui eût fait rêver Michel-Ange lui-même: sa taille aux courbes -accentuées s'élançait hardiment des hanches copieuses et souples et sa -peau douce comme un velours, fine comme un satin, frissonnait au moindre -baiser de l'air. - -Le cerveau troublé par cette apparition, en proie à une fièvre inconnue -dont je n'avais encore jamais ressenti les atteintes, fou d'amour, je me -précipitai dans sa chambre... - -Le lendemain matin, je m'éveillai vers huit heures et demie; ma compagne -dormait; ses cheveux épars sur l'oreiller semblaient la nimber de -vapeurs. Elle me parut encore plus belle, plus ravissante que la veille; -sous la clarté des lumières elle était ainsi adorable. Sa peau gardait -une matité incomparable qui semblait lui donner le sommeil; ses seins -fermes et blancs comme des dômes neigeux s'agitaient doucement sous -l'action de la respiration tranquille. - -Cependant elle se réveilla. Ce fut pour moi une joie, comme ce me fut un -embarras. Ébloui, je ne savais que lui dire et comme le sujet de la -guerre était encore à l'état d'actualité, je lui demandai banalement -qui, des Nordistes ou des Sudistes, avaient ses sympathies. - -Elle vit mon trouble et ma gaucherie, et répondit: - ---Je suis Nordiste, toutes mes sympathies vont donc à mes compatriotes -et je suis profondément heureuse que les Sudistes aient été battus, -l'esclavage aboli. C'était une atrocité et une honte pour notre pays. - ---Mais, lui dis-je, si je m'en rapporte à ce que j'ai entendu dire, il -est infiniment probable que les nègres étaient plus heureux avant la -guerre, quoique esclaves, qu'ils ne le sont maintenant en tant que -citoyens libres. - ---Oui, mais ils sont _libres_, et c'est là un grand point. Peu à peu, -les choses s'arrangeront. - ---On m'a affirmé que les esclaves étaient généralement bien traités par -leurs maîtres. - ---Cela peut être exact, mais ils ne jouissaient d'aucune sécurité; du -jour au lendemain, vendus à des maîtres étrangers, le mari était séparé -de la femme, la mère de l'enfant; de plus, beaucoup de propriétaires -traitaient ces malheureux avec la plus grande brutalité, les accablant -de travail, les nourrissant plus mal que des chiens. Les filles et les -femmes, mistis ou quarteronnes, ne pouvaient rester vertueuses, obligées -qu'elles étaient de se plier au désir du maître, et si, par hasard, -elles avaient la force de résister, elles étaient fouettées jusqu'au -sang. - ---Vous m'étonnez... J'avais bien entendu dire que ces pratiques barbares -s'exerçaient contre des hommes, mais à l'égard des femmes... - ---... Je ne me trompe pas, croyez-moi. Je connais à fond ce sujet; j'ai -vécu longtemps moi-même dans un État esclavagiste avant la guerre; aussi -ai-je pu étudier la question de très près. - ---Les femmes étaient-elles souvent fouettées? - ---Je ne pense pas qu'il y ait eu une seule plantation où elles ne -fussent punies de cette façon. Naturellement il y avait des maîtres plus -mauvais que d'autres, mais ce qui, en tout cas, rendait la punition plus -pénible, c'est qu'elle était toujours infligée par des hommes, et -souvent devant une réunion d'hommes. - ---Sur quelles parties du corps fouettait-on les femmes, demandais-je -vivement intéressé, et avec quel instrument était infligé ce châtiment? - ---C'était presque toujours le derrière qui avait à supporter les coups. -Quant aux instruments affectés à cet usage, les plus répandus étaient la -baguette de noisetier, la courroie et la batte. - ---La batte? - ---Oui, c'est un instrument de bois rond et plat, attaché à un long -manche. On l'emploie toujours pour frapper sur le derrière. Chaque coup -froisse les chairs, boursoufle la peau d'une large ampoule, mais le sang -ne coule pas. La baguette au contraire cingle comme une cravache et, -pour peu qu'elle soit appliquée rudement, elle incise la peau et le sang -jaillit. Il y avait encore un terrible instrument, qu'on appelait -communément _la peau-de-vache_, mais on ne l'employait que sur les -hommes. - ---Vous êtes, en vérité, très au courant des différents supplices; mais -par quel hasard vous trouviez-vous dans un état esclavagiste? - ---J'aidais à tenir une _station souterraine_; mais savez-vous ce que -l'on entendait par là? - -Et comme je répondais négativement elle reprit: - ---Une station souterraine était une maison dans laquelle les -abolitionistes hospitalisaient les nègres marrons. Il y avait plusieurs -de ces établissements dans le Sud et les déserteurs étaient envoyés -d'une station à l'autre jusqu'à ce qu'ils fussent parvenus dans un État -libre. C'était très dangereux, car l'aide donnée à un nègre marron était -considérée comme une grave infraction aux lois des pays du Sud. Tout -homme ou femme surpris dans l'accomplissement de cette oeuvre -d'affranchissement était certain d'avoir à subir une très longue période -d'incarcération dans les prisons de l'État, avec, en surcroît, les -travaux forcés. De plus, la majeure partie du public s'élevait _contre_ -les abolitionistes, non seulement les propriétaires d'esclaves, mais, -chose incroyable, les blancs qui ne possédaient pas un seul -nègre se déclaraient esclavagistes. Il arrivait souvent que les -anti-esclavagistes étaient pris et lynchés. On leur faisait subir mille -tortures. Il y en eut que l'on enduisit de goudron et de plumes, -d'autres que l'on mit tout nus à cheval sur un rail suspendu... - ---Avez-vous eu à subir de pareilles épreuves dans votre station? - ---Certes, j'ai eu beaucoup à souffrir, et ce qui m'est arrivé là-bas a -changé entièrement le cours de ma vie; mon séjour dans le Sud a fait de -moi ce que je suis... une prostituée, ajouta-t-elle tristement. Oh! les -Sudistes, comme je les hais! les bêtes féroces! reprit-elle avec une -colère rageuse. - -Cette exclamation, qui me parut être l'expression de douleurs morales -longtemps accumulées, me fit comprendre que ma petite amie devait être -l'héroïne d'une histoire intéressante. Ma curiosité se trouvait piquée -au vif. - -Je repris: - ---Je serais bien heureux d'apprendre ce qui vous est arrivé dans le Sud, -ma belle amie. - -Après un moment d'hésitation, elle se décida à me répondre: - ---Je n'ai jamais raconté mon histoire à personne; vous me paraissez -cependant d'un naturel affectueux. Je consentirai à vous narrer les -épisodes de ma vie extraordinaire, si vous voulez bien me faire le -plaisir de dîner ce soir avec moi, sans cérémonie aucune. - -J'acceptai cette invitation avec un empressement d'autant plus vif que, -très amoureux encore, j'entrevoyais avec chagrin la fin probable de mon -aventure galante. - -En ce moment on frappa à la porte, et la quarteronne entra, très -proprement et presque élégamment vêtue. Elle apportait du thé et des -tartines grillées qu'elle plaça à côté du lit. - ---Mary, lui dit Dolly, donnez-moi un peignoir. Puis, se tournant vers -moi, elle me dit: - ---Mary a été esclave pendant vingt-cinq ans, et si cela vous intéresse, -vous pouvez la questionner sur sa vie passée, elle vous répondra -franchement; d'ailleurs elle n'est pas timide... N'est-ce pas, Mary? - -La quarteronne, une grosse bonne femme, sourit largement, montrant une -rangée de dents à rendre jalouse une jeune pouliche. - ---Non, Miss Dolly, répondit-elle, mo pas timide. - -J'étais également tout disposé à questionner Mary. - -Je lui demandai. - ---Dites-moi, quel âge avez-vous, et de quel État venez-vous? - ---Mo qu'avé tente années--me répondit-elle dans un charabia nègre -presque incompréhensible,--et mo qu'a été élevée su plantation à vieux -Massa Bascombes dans État Alabama. Là s'y trouvait avec mo 150 mouns; -dans maison là, mais gagné douze servantes. Mo-même femme de chambre, -ajouta-t-elle avec orgueil. - ---Votre maître était-il bon pour vous? hasardai-je. - ---Mon maît, assez bon Moun, baillé nous bon à manger et li pas demander -tavail top gand, mais li sévé, et li fait baillé nous dans son -plantation et son case, bon coup de fouets. - ---Avez-vous été souvent fouettée, Mary? - -Mary me regarda avec un air stupéfait, tant la question lui paraissait -extraordinaire. - ---Mo qu'a été fouettée bien souvent--dit-elle en gardant son air -étonné--mo qu'a vieux sept ans quand mo kimbé première fessade, et mo -fini quand mo kimbé vingt-cinq ans une semaine même quand Président -baillé liberté à tous nègres. - ---Comment avez-vous été fouettée? - ---Quand mo pitit fille, mo recevée fessée, et quand mo vini grand fille -li baillé mo fessade avec courroie ou baguette bois, mo aussi gagné -fessade su mo derrière même tout nu, avec batté, ça qu'a fait mo -beaucoup grand mal. - ---Qui est-ce qui fouettait les femmes? - ---Un capataz, mais, massa li aussi qu'a donné fessée à moun dans chambre -même gardée pour ça, femme li qu'a fouettée attachée par terre su banc, -jupon li livé et li gagné fessade su derrière même tout nu. - ---Les fessées étaient-elles sévèrement données? - ---Oh! fouetté la qu'a baillé nous grand mal, nous qu'a crié beaucoup -fort, même chose lapin, et fouettée li qu'a duré jusqu'à sang sorti. - -Dolly nous interrompit. - ---Quand la peau avait été coupée par une fustigation trop vive, -dit-elle, les marques ne disparaissaient jamais entièrement. Mary en -porte encore les marques à l'heure qu'il est. - -Et je m'assurais _de visu_ de la véracité des dires de Dolly. - -Je remarquais sur le dos et le postérieur de Mary que la peau était -zébrée de longues lignes blanches, profondes, produites par la baguette. - -La quarteronne semblait éprouver un certain plaisir à exposer ses -charmes, et elle serait sans doute restée longtemps encore dans cette -position si sa maîtresse ne l'avait invitée à laisser tomber ses jupons. -Elle quitta alors la pièce en souriant, très satisfaite. - ---Eh bien! me dit Dolly, vous avez vu les tatouages qui ornent la peau -de ma domestique. De plus, elle a été séduite ou, pour mieux dire, prise -de force par le fils aîné de son maître; elle n'avait alors que quinze -ans. Elle passa ensuite par les caprices des deux plus jeunes, ce qui ne -l'empêcha d'ailleurs nullement de recevoir le fouet pour la moindre -peccadille. Parfois, m'a-t-elle raconté, elle était dans l'obligation de -coucher avec un de ses maîtres et, encore toute saignante de coups, de -se plier à toutes ses fantaisies. J'ai à mon service, comme cuisinière, -une femme noire de trente-cinq ans environ. Elle vient de la Caroline du -Sud. Son corps est encore plus atrocement déchiré que celui de Mary. - -Dolly but une gorgée de thé et continua: - ---Ne croyez-vous pas maintenant que l'abolition de l'esclavage est une -bonne chose? - -Je répondis affirmativement. - -Nous n'échangeâmes que peu de paroles pendant la fin du déjeuner. - -Je m'habillai promptement et quittai Dolly, lui rappelant notre entrevue -du soir et sa promesse de me raconter les aventures de sa vie. Je passai -une journée agitée, brûlant d'entendre Dolly me raconter des aventures, -que je soupçonnais palpitantes et pleines d'intérêt. - -L'aiguille du temps tournait trop lentement à mon gré. Enfin, elle -marqua sept heures, et j'accourus, on plutôt je courus chez ma nouvelle -maîtresse. Elle me reçut avec affabilité, et, après avoir soupé -sommairement, tant était grande mon impatience, j'allumai un cigare et -m'installai commodément et j'attendis le récit promis. Comme il devait -être très long, je résolus d'exercer mes talents sténographiques. -L'occasion me parut, d'ailleurs, excellente. - -Donc, ce qui suit est l'exacte reproduction des paroles de Dolly. Je les -ai reproduites sans y rien ajouter, sans nul commentaire. C'est, en -vérité, une confession que je livre au Public. A lui d'en tirer telle -instructive moralité qu'il lui plaira. - - - - -I - -L'ENFANCE DE DOLLY - - -Pour l'intelligence de mon récit, permettez-moi de vous donner d'abord -quelques détails sur mes jeunes ans. - -Je m'appelle Dolly Morton, et je viens d'avoir trente ans. Je suis née à -Philadelphie où mon père était employé de banque. J'étais fille unique, -et ma mère, étant morte alors que j'avais à peine deux ans, je n'ai -gardé aucun souvenir de celle qui devait guider mes premiers pas dans la -vie. - -Nous étions sans fortune, et quoique mon père n'eût que de faibles -appointements, je reçus néanmoins une éducation soignée; il avait -l'espérance que je pourrais plus tard vivre en donnant des leçons. - -Puisque je parle de mon père, je crois nécessaire de vous dire quel -était son caractère: c'était un homme froid et réservé, n'ayant jamais -eu pour moi la moindre tendresse; je ne reçus de lui aucune marque -d'affection paternelle. Peut-être m'aimait-il? C'est probable, quoiqu'il -ne le laissât jamais paraître. J'étais fouettée sévèrement pour la -moindre incartade et ces punitions honteuses ont laissé gravée dans mon -souvenir une impression pénible que je ne me rappelle jamais qu'avec -douleur. Après ces corrections j'allais, sanglotant, trouver la vieille -servante qui m'avait élevée. Elle me plaignait, me soignait, et tout -était fini, jusqu'à ce qu'une autre faute me faisait retomber sous le -courroux paternel. - -Mon père, d'un caractère peu communicatif, détestait la société. Aussi -avais-je peu d'amies. C'est là une faute. Que peut devenir une jeune -fille, d'un caractère expansif, partageant son temps entre la lecture et -les distractions futiles. Aliments insuffisants pour un esprit vif et -imaginaire? Pauvre isolée dans un milieu désert, l'enfant s'étiole, -semblable à ces fleurs abandonnées qu'on n'arrose jamais. Je possédais -heureusement une bonne santé, un caractère gai, et j'aimais -passionnément la lecture. C'était pour moi une grande consolation, et, -quoique parfois triste, je n'étais pas en vérité trop malheureuse. - -Quand j'atteignis dix-huit ans, cette existence monotone commença à me -peser singulièrement et je tentais de prendre quelque liberté. Ceci ne -me réussit nullement; mon père, sans s'inquiéter autrement de -l'indécence qu'il y avait à fouetter une jeune fille de mon âge, me -donna le fouet, promettant d'user couramment de ce moyen de punition -jusqu'à ce que j'eusse atteint l'âge de vingt ans. Vous pouvez juger de -l'effet produit par la perspective du fouet! Était-ce bien un père qui -parlait? Quoi! je me voyais dans l'expectative d'une humiliante -correction jusqu'à l'âge de raison, peut-être jusqu'à mon mariage! - -Je dus m'incliner; j'étais très romanesque, je rêvais d'amour du matin -au soir, mais l'idée de résister à l'auteur de mes jours ne se serait -jamais présentée à mon esprit, et j'acceptais les fessées avec toute la -philosophie possible. - -Cette vie changea brusquement; mon père fut enlevé en quelques jours par -une pneumonie et je me vis seule au monde. Tout d'abord, je fus -abasourdie, mais je ne ressentis pas un bien vif chagrin; je n'avais -jamais éprouvé pour lui qu'une amitié modérée. Ses manières brusques -surtout m'affligeaient et étaient cause de mon peu d'affection. - -Je n'en étais pas moins seule... bien seule, abandonnée dans un milieu -indifférent, sans expérience de la vie, sans défense contre ses -embûches; comment ne suis-je pas tombée dans les pièges tendus par le -vice, dans les bas-fonds de la débauche, poussée par la misère, la -misère, cette pourvoyeuse qui guette et manque rarement sa proie? C'est -ce que je ne saurais dire. La destinée me réservait ses coups pour -l'avenir. - -Mon père mourait, ne laissant que des dettes et la meute sinistre des -créanciers commença à gronder. J'étais sans ressources pécuniaires; il -fallut donc me résoudre à faire argent de tout, et je vendis de mon -mobilier ce qui avait quelque valeur. Ce fut, bien entendu, pour régler -les créanciers aux aguets, si bien qu'il ne me resta pas un rouge liard. - -Je ne savais où coucher, et ma bonne dut m'offrir une hospitalité qui, -pour être généreuse, n'en était pas moins momentanée, c'est-à-dire -jusqu'au jour où, rencontrant par bonheur une dame que j'avais un peu -connue autrefois, je lui narrai ma détresse. Elle en fut vivement -touchée et me recueillit dans sa demeure. - -Miss Ruth Dean--c'était le nom de ma bienfaitrice--était quakeresse. -Agée de trente ans, vierge sans aucun doute, elle possédait un coeur -d'une extrême sensiblerie. Sa bourse était sans cesse ouverte à -l'infortune et se vidait généreusement pour les oeuvres -philanthropiques. - -Sans être jolie, elle était agréable, grande et mince, un corps délicat, -de grands yeux d'une douceur extrême, des cheveux noirs, peignés en -bandeaux, donnaient à son visage une expression de douce quiétude et de -sérénité et on y lisait toute la mansuétude d'une âme généreuse. -Cependant, douée d'une indomptable énergie, elle supportait sans se -plaindre d'accablantes fatigues. - -Elle fut pour moi la meilleure des amies, me traita comme une compagne, -me fit manger à sa table. Enfin, elle mit une jolie chambre à ma -disposition. - -Miss Dean avait des correspondants dans toute l'Amérique, et c'est alors -que l'instruction que j'avais reçue me fut d'une grande utilité: Miss -Dean, en effet, fit de moi son secrétaire, me donnant de petits -appointements et tous les vêtements dont j'avais besoin, y compris le -linge de corps. - -Peu à peu, elle devint pour moi une véritable soeur; elle me trouvait -jolie et me le disait; rien n'était trop beau pour satisfaire mes -désirs; elle me donnait des jupons et des chemises garnies de dentelles, -alors qu'elle revêtait de simples dessous de toile grossière, et une -éternelle robe gris perle, toute droite et unie. Ces petits détails me -sont chers; ils me rappellent l'époque heureuse de ma vie. Jamais je ne -goûtai de bonheur plus grand qu'en ce temps d'existence paisible. - -Il est évident qu'une aussi douce personne, au coeur si généreux, ne -pouvait aimer l'esclavage. - -Miss Dean faisait partie de la ligue abolitioniste et fournissait des -fonds aux personnes chargées des _stations_; elle-même recevait assez -souvent des esclaves marrons, ce qu'elle pouvait faire, du reste, -ouvertement et sans danger, la Pensylvanie étant un état libre. - -Deux ans s'écoulèrent. J'avais beaucoup d'amies, et quoique Miss Dean, -en tant que quakeresse, n'aimât les bals ni le théâtre, elle donnait -néanmoins de petites soirées; il va sans dire que j'y étais adulée et -fêtée et que ma jeune beauté y attirait beaucoup d'adorateurs. Cette -existence me plaisait à merveille. Mais ce n'était que le prélude, le -tableau enchanteur qui précéda le terrible drame qui allait briser ma -carrière. - - - - -II - -UNE «STATION SOUTERRAINE» - - -Les relations entre le Nord et le Sud étaient déjà très tendues lorsque -survint la mort de John Brown, le grand abolitioniste. C'était une -grande perte pour les amis de la liberté. Miss Dean en fut -particulièrement touchée; elle connaissait intimement ce grand homme, et -l'applaudissait hautement d'avoir poussé les esclaves à l'émancipation. -Tout acte en faveur des malheureux noirs était bon et bien fait à son -avis, et elle déclarait qu'elle n'hésiterait pas une seconde à imiter -John Brown si l'occasion s'en présentait. - -De l'intention à l'action il n'y avait que peu de distance pour Miss -Dean: elle résolut de diriger une _station souterraine_. Elle me fit -part de son projet: - ---Il y a longtemps que j'aurais dû commencer à aider ces malheureux -noirs, me dit-elle. Je suis certaine de diriger la _station_ mieux qu'un -homme; les _rôdeurs_ se méfient facilement d'hommes habitant seuls, mais -ne supposent nullement qu'une femme ait le courage de faire ce dangereux -métier. En vivant tranquillement et en prenant toutes les précautions -nécessaires, je ne pourrais être inquiétée. - -J'étais moi-même une fervente abolitioniste et l'enthousiasme -communicatif de Miss Dean m'enflamma à mon tour. La douleur d'autrui m'a -toujours peinée et j'étais décidée à tout risquer pour aider mon amie -dans son noble projet. Je lui fis part de ma décision. Elle refusa -d'abord de m'écouter, disant que c'était une folie, me faisant envisager -les risques d'une telle entreprise et le long emprisonnement que nous -aurions à subir si nous venions à être découvertes. - ---Non pas, ajouta-t-elle, que j'aie peur de la prison, mais vous, Dolly, -vous seriez trop malheureuse. Vous êtes jeune, sensible et peu habituée -à souffrir; vous ne pourriez supporter et la mauvaise nourriture et les -durs travaux qu'on vous infligerait. De plus, on m'a raconté que dans le -Sud, on coupait les cheveux des femmes captives. Non, ma chérie, -vraiment, je ne puis vous emmener; si un malheur quelconque vous -arrivait, je ne me le pardonnerais jamais. - ---Eh! répondis-je, le travail ne m'effraie pas, et mes cheveux ne sont -pas si beaux que les vôtres. Je puis donc bien courir les mêmes risques -que vous. Ne pensez pas que je veuille vous abandonner au moment du -danger. Je veux le partager avec vous, et, bon gré mal gré, vous -m'emmènerez, m'écriai-je en l'embrassant câlinement. - -Certes, ma fidélité la touchait vivement, mais elle n'était pas encore -convaincue. - -Enfin j'insistai avec tant de force qu'elle finit par m'accepter comme -collaboratrice. Elle écrivit immédiatement à quelques «amis[3]» en les -priant de lui faire savoir dans quelle partie du Sud une nouvelle -«station» pourrait rendre le plus de services. - - [3] Des quakers. - -Les réponses ne se firent pas attendre, et, après avoir discuté le pour -et le contre de tous les endroits proposés, notre choix s'arrêta sur une -maison située au centre de la Virginie, près de la petite ville de -Hampton, sur la rivière James, à environ 25 milles de Richmond, la -capitale de l'État. - -Miss Dean donna immédiatement des ordres afin de louer et préparer la -maison pour deux dames qui, pour des raisons de santé, désiraient passer -quelque temps en Virginie. - -Nous commençâmes nos préparatifs, et mon amie décida de n'emmener qu'une -seule domestique. Marthe--c'était son nom--quakeresse comme sa -maîtresse, était depuis longtemps à son service. Elle n'ignorait pas le -but de notre déplacement, et n'hésitait pas à courir les risques de la -prison ou de l'expéditive loi de Lynch. - -Par mesure de prudence, nous avions laissé ignorer à tous nos amis -l'emplacement exact de notre résidence, nous contentant de répondre aux -nombreuses questions qui nous étaient adressées que nous allions faire -une excursion dans le Sud. - -Quinze jours plus tard, nos préparatifs étant achevés, nous nous -mettions en route, et, après un séjour de deux jours à Richmond, nous -arrivions à notre nouvelle installation. - -Tout était en bon ordre et paraissait confortable dans notre nouvelle -demeure. La maison, très isolée, située au bout d'une longue avenue, se -cachait dans les terres à un quart de mille de la route. Il y avait cinq -grandes pièces et une cuisine; derrière la maison un jardin, rempli de -fleurs et d'arbustes, donnait une agréable fraîcheur. Une barrière -entourait toute la propriété. - -L'aménagement des diverses chambres fut de suite commencé, et Marthe -prépara le thé et le servit dans la salle à manger. C'était une grande -pièce, basse de plafond, et recevant le jour par deux grandes fenêtres -garnies de fleurs. L'ameublement en était original: des objets -absolument modernes et des meubles lourds et antiques s'y trouvaient -entremêlés. Néanmoins, l'ensemble produisait un agréable effet. Notre -lunch terminé, Miss Dean écrivit aux «amis», qui dirigeaient les -stations nord et sud, amis avec lesquels nous allions entrer en -communication, «que nous pourrions désormais leur être utiles pour -faciliter l'évasion des esclaves». - -Les plus prochaines stations se trouvaient, au Sud, à trente milles et -celle du Nord à vingt-cinq milles. - -La correspondance terminée, et comme nous avions grand besoin de repos, -nous nous couchâmes. - -Le lendemain matin, je me réveillai fraîche et parfaitement disposée, et -comme Miss Dean dormait encore, je m'habillai sans bruit et me glissai -jusqu'à la porte, dans le but d'explorer les environs. - -Au dehors, la végétation était ravissante, et à chaque pas je rencontrai -des arbres et des fleurs qui m'étaient inconnus. - -Pendant plus d'une heure, j'allai ainsi à l'aventure, sans rencontrer un -seul blanc, quoique je visse beaucoup de noirs travaillant dans les -champs. Ces braves gens, s'apercevant de la présence d'une étrangère, me -regardaient avec de grands yeux surpris, comme des boeufs qui regardent -passer un convoi. - -Je rentrai enfin. Miss Dean m'attendait pour le déjeuner, que Marthe -apporta immédiatement. J'y fis grand honneur, la promenade m'ayant mise -en appétit. - -Nous fûmes bientôt complètement installées, et, insouciantes du danger, -toutes nos précautions ayant été prises, nous semblait-il, aucun mauvais -pressentiment ne venait troubler notre quiétude. - -La nouvelle vie que j'allais mener m'amusait déjà beaucoup; nous avions -fait de nombreuses provisions et caché des matelas et couvertures dans -une petite cabane attenante à la maison, dans le cas où un fugitif -arriverait de la «station» située au Nord de la nôtre. - - - - -III - -UNE ÉVASION - - -Notre maison était fort bien située pour la mission que nous avions à -remplir, notre plus proche voisin demeurant à trois milles, et la petite -ville de Hampton étant à peu près à la même distance. - -La température était très élevée, mais je m'y habituai parfaitement et, -tous les jours, je faisais de longues promenades dans la campagne, vêtue -d'une robe légère et d'un chapeau de paille; les nègres eurent vite fait -de me connaître, et, s'apercevant de l'intérêt que je leur portais, ils -m'offraient de nombreux présents, entre autres de beaux morceaux -d'opossum et de coon, animaux à chair délicate dont les esclaves étaient -très friands. - -Souventes fois je me promenai dans les plantations et dans le quartier -des esclaves, mais je prenais grand soin à faire ces visites -secrètement, car si les propriétaires d'esclaves ou même les blancs des -environs s'en étaient aperçus, nos desseins eussent bien vite été -découverts. - -Trois mois passèrent ainsi tranquillement. Nous recevions en moyenne -deux ou trois esclaves fugitifs par semaine. Ils arrivaient généralement -à la nuit tombante; nous leur faisions prendre un repas réconfortant et -leur donnions un abri dans la cabane. Munis de provisions, ils -repartaient le lendemain au soir pour une autre station, se dissimulant -soigneusement dans les sentiers ou le long des plantations. - -Parfois, trop fatiguées pour continuer leur route, les femmes restaient -jusqu'à ce qu'elles fussent en état de partir. - -Parmi ces nègres marrons, les uns arrivaient bien vêtus et sans avoir -trop souffert, mais d'autres, le plus grand nombre, étaient dans un état -horrible. Beaucoup de femmes avaient des enfants sur les bras, -quelques-unes venant de la Floride, après une marche pénible et -dangereuse. - -Presque tous ces évadés portaient des traces récentes de coups de fouet, -et certains le stigmate de leur propriétaire imprimé au fer rouge. -J'ouvre ici une parenthèse pour vous donner une idée de la misère de ces -pauvres diables. - -Un soir, nous étions, Miss Dean et moi, tranquillement installées à lire -et à discuter sur le sujet de notre lecture; depuis près d'une semaine, -nous n'avions eu personne à secourir et mon amie disait justement: «Je -me demande si un de ces malheureux viendra, ce soir, nous demander -l'hospitalité», quand nous entendîmes heurter à la porte. - -Je courus ouvrir. Une femme entra en chancelant et vint tomber évanouie -à mes pieds. J'appelai à mon aide Miss Dean et Marthe et nous -transportâmes la malheureuse sur un canapé. - -C'était une fort jolie fille, très claire de peau; ses cheveux bruns -flottaient sur ses épaules, car elle ne portait pas de madras. Elle -pouvait avoir seize ans; ses seins étaient déjà très développés.--Les -femmes de couleur entrent très jeunes en état de nubilité. Elle n'avait -jamais travaillé dans les plantations, car ses mains étaient fines et -blanches et ses vêtements d'une certaine recherche étaient seulement -déchirés et souillés. Elle était chaussée de gros souliers qui, ainsi -que ses bas, étaient recouverts de boue. Elle revint promptement à elle -et ses grands yeux hagards nous regardèrent avec une expression de -douleur et de crainte. Elle but avidement un grand bol de bouillon et -dévora la viande qu'on lui servit. La pauvre femme n'avait rien mangé -depuis vingt-quatre heures! Au lieu de l'envoyer dans la cabane, je fis -monter cette pauvre fille dans une chambre inoccupée où se trouvait un -lit, et je la priai de se déshabiller. Elle me regarda timidement, puis -après un moment d'hésitation, enleva sa robe et ses jupons--elle n'avait -pas de pantalon. Je vis alors que sa chemise était remplie de taches de -sang. Je compris que la malheureuse avait été fouettée récemment, et, -doucement, je la décidai à me raconter son histoire. - -Elle appartenait à un planteur, un homme marié et père de famille, qui -demeurait à 25 milles de là. Son maître, la trouvant à son goût, lui -ordonna un jour de se trouver dans son cabinet de toilette, à une -certaine heure. Elle était vierge et, comme elle savait ce qui -l'attendait, elle _osa_ se soustraire à l'ordre donné. Le lendemain, on -lui donnait une note à remettre au majordome, qui, l'emmenant à la salle -d'exécution, lui apprit qu'elle allait être fouettée pour désobéissance. -Couchée sur un chevalet, les membres attachés et son jupon relevé, le -capataz la fouetta sans pitié, jusqu'à ce que le sang ruisselât. Puis on -la releva en la menaçant du même supplice si elle ne se pliait pas aux -exigences du maître. Courageusement, et plutôt que de sacrifier sa -virginité, elle se sauva à travers bois, jusqu'à ce qu'elle eût atteint -notre maison. - -Nous la cachâmes pendant une semaine et, un autre captif nous étant -arrivé, ils partirent tous deux, de compagnie, réconfortés par nos -secours et munis de provisions. - -Ces cruautés ne dépassent-elles pas en horreur tout ce que l'imagination -peut concevoir de plus horrible. Honte à jamais sur ces barbares qui, au -nom de la civilisation jetaient le sang des noirs à la face de -l'humanité. - -Combien d'autres anecdotes ne pourrais-je encore vous raconter, si je ne -craignais d'assombrir davantage mon récit. Ces actes d'inouïe -sauvagerie, presque incroyables, se renouvelaient journellement et se -pratiqueraient peut-être encore si l'attitude ferme d'un petit nombre -d'hommes qui se dévouèrent à cette cause, n'avait mis un frein à ces -actes qui déshonorent la civilisation. - -Mon histoire et celle de mon amie furent étroitement liées à cette -époque de mon existence. Reprenons cette histoire. - - - - -IV - -UN BEAU CAVALIER - - -Nous continuions notre vie calme, mais si Miss Dean était toujours -pleine d'empressement et d'enthousiasme dans l'accomplissement de son -oeuvre charitable, je trouvais, quant à moi, cette existence un peu -monotone. L'isolement commençait à me peser. J'aurais voulu une compagne -avec laquelle j'aurais pu rire et causer gaîment, car Miss Dean, quoique -toujours bonne et charmante, était d'un caractère enclin à la -mélancolie; j'eusse souhaité qu'une personne moins triste partageât mes -heures de jeune fille. - -Ma première bravoure était maintenant tombée, et, parfois, des idées -noires me hantaient. L'idée d'être arrêtée, d'avoir les cheveux coupés -ras et d'être emprisonnée me terrifiait. Je n'avais pourtant aucune -raison de m'alarmer: nous étions bien connues dans les environs, tous -les blancs à qui nous avions affaire étaient très polis avec nous, et -aucun d'eux ne soupçonnait que deux femmes seules eussent osé se -sacrifier au point de risquer leur liberté en se mettant ainsi hors la -loi. Ce cas, d'ailleurs, ne s'était jamais produit. - -Chose étrange! nous étions environnées d'individus sans aveux, et qui, -certes, ne se recommandaient pas par leurs scrupules ou leur honnêteté. -Aucun d'eux ne possédait l'argent suffisant pour acheter un esclave, et -pourtant la traite des noirs n'avait pas de plus ardents défenseurs. - -J'avais l'habitude de me promener chaque jour dans la campagne, et je -souhaitais ardemment de trouver quelqu'un à qui parler. Enfin mes voeux -furent exaucés. - -Une après-midi, je marchais lentement, en proie à je ne sais quels -pensers tristes, lorsqu'au coin d'une route, je me trouvais face à face -avec un petit troupeau que précédait un taureau. Celui-ci, en me voyant, -baissa la tête, gratta la terre du sabot, et poussa un mugissement -féroce. Il est probable que si j'étais restée immobile, l'animal aurait -continué sa route; mais, prise d'une frayeur incompréhensible je me mis -à courir de toutes mes forces en poussant un cri de terreur. La bête se -mit aussitôt à ma poursuite. J'allais être atteinte et tuée sans nul -doute, quand un cavalier, qui se trouvait là et qui avait entendu mes -appels, sauta une haie qui nous séparait et, piquant droit à l'animal, -le détourna de sa course en le frappant de sa lourde cravache. - -C'était un jeune homme; il mit pied à terre et vint à moi; j'étais -immobile et je tremblais au point que je me serais affaissée, lorsque -s'élançant, il me soutint en portant à mes lèvres une gourde pleine -d'une liqueur réconfortante. - ---Remettez-vous, dit-il, le danger est passé. - -Je le remerciai chaleureusement. C'était un bel homme, grand, très brun, -portant une forte moustache; il pouvait avoir trente-cinq ans. Sa -physionomie était très agréable, bien que je ne sais quoi d'énergique en -tempérât la douceur. - -Il attacha son cheval à un arbre, et s'asseyant auprès de moi, commença -à me parler de façon alerte et légère. Je me trouvai vite à mon aise -avec lui, si bien que quelques minutes après, je bavardais gaiement, -heureuse d'avoir enfin trouvé un compagnon aimable auquel j'étais -attachée par la reconnaissance. Il me dit s'appeler Randolph, -célibataire, et possesseur d'une grande plantation peu éloignée de notre -maison. Je savais cela déjà et connaissais quelques-uns de ses esclaves, -mais je me gardai bien de lui faire cette confidence. En apprenant mon -nom, il se mit à sourire: - ---J'ai entendu parler de vous et de Miss Dean, dit-il, et j'étais -persuadé que mes locataires--car votre maison m'appartient--étaient deux -vieilles filles laides et désagréables. - -Je ne pus m'empêcher de sourire à mon tour. - ---Miss Dean est un peu plus âgée que moi, répondis-je, mais elle n'est -ni laide ni désagréable; elle est au contraire tout à fait charmante. -Quant à moi, je suis... son secrétaire. - ---Vous pourriez ajouter que vous êtes tout à fait charmante et que vous -voyez en moi un homme enchanté d'avoir fait votre connaissance. - -Je rougis, mais au fond, j'étais heureuse du compliment. Les jeunes gens -avec lesquels je m'étais trouvée à Philadelphie étaient tous des Quakers -plutôt austères, et peu habitués au langage doré qui tourne la tête aux -femmes. - -Le jeune homme continua, toujours sur le ton le plus galant: - ---Vous devez trouver la vie bien triste toutes seules ici, sans voisins. -Voulez-vous me permettre d'aller vous rendre visite un jour ou l'autre? -Vous êtes sans doute chez vous le soir? - -J'eus un soubresaut violent. Lui à la maison! c'était le loup dans la -bergerie; nos pieuses manoeuvres seraient vite découvertes! - -Avec un calme apparent, je lui répondis qu'il m'était absolument -impossible de prendre sur moi d'accéder à son désir; Miss Dean, il ne -devait pas l'ignorer, était une quakeresse et par cela même d'un -commerce assez difficile. J'ajoutais qu'elle ne voulait que moi -pour la distraire et que des visites--fussent-elles de simple -politesse--pourraient la mécontenter. Ce disant, je me levai, voulant à -tout prix éviter de nouvelles questions, questions que je prévoyais -embarrassantes. - ---S'il en est ainsi, répliqua-t-il, je ne m'imposerai pas à Miss Dean, -mais me permettez-vous d'insister pour vous revoir? Voulez-vous que je -sois ici, demain, à trois heures? - -Il n'y avait aucun danger à accepter ce rendez-vous; de plus, si je le -lui refusais, il était capable de venir à la maison. J'étais jeune, -insouciante, et ignorante du danger qui pouvait résulter de telles -entrevues. Je promis donc d'être exacte, et lui dis au revoir. - -Il pressa un moment ma main, me dit: «A demain», puis, sautant en selle, -il partit au galop. - -Je le suivis des yeux, me sentant pleine de reconnaissance pour l'homme -qui peut-être m'avait sauvée de la mort. Alors je repris lentement, -comme j'étais venue, le chemin de l'habitation, roulant dans ma tête -mille projets divers. J'étais heureuse de cette petite aventure qui, -pour un instant, jetait dans la monotonie de ma vie une lueur de gaieté. - -Je trouvai Miss Dean occupée à faire des chemises pour les nègres. - ---Vous êtes fraîche comme une rose, ce soir, me dit-elle, qu'est-ce qui -vous a donné ces belles couleurs? - -Je lui racontai en riant que j'avais été poursuivie par un taureau, mais -je me gardai bien de parler du grand danger que j'avais couru, ni de M. -Randolph; mon amie, dont les principes étaient irréductibles à l'égard -des hommes, ne m'eût jamais permis de revoir M. Randolph. Puis, -j'enlevai mon chapeau et nous nous mîmes à table. - -Le lendemain, à l'heure dite, je trouvai Randolph au rendez-vous; il -avait l'air très heureux en me saluant, et me prit les deux mains, me -contemplant un instant avec un regard extatique. - -Une femme s'aperçoit toujours du charme qu'elle inspire. Aussi était-il -difficile que je me méprisse sur les sentiments de M. Randolph. Après -quelques mots aimables, il m'offrit son bras et nous allâmes nous -asseoir dans un petit coin de verdure au bord d'un lac. - -Il me questionna sur ma vie passée et mes espérances. Je lui confiai que -j'étais orpheline, et lui donnai des détails sur les fonctions que je -remplissais auprès de Miss Dean, sans toutefois lui faire connaître les -raisons qui nous engageaient à vivre en Virginie. - -Les manières de M. Randolph étaient correctes, et nous restâmes ensemble -pendant plus d'une heure sans qu'il se fût permis la moindre privauté. -En me quittant, il me fit promettre de revenir trois jours après. - -Je fus exacte au rendez-vous, puis, peu à peu, l'habitude vint de nous -voir tous les jours. Certes, je ne ressentais pour lui aucun amour -véritable, mais je me plaisais en sa compagnie. Il avait beaucoup -voyagé, connaissait bien l'Europe, et ses récits étaient toujours variés -et pleins d'intérêt. - -Cependant, je crus m'apercevoir qu'il était cruel et qu'il n'avait sur -les femmes qu'une opinion de négrier. Il entendait l'amour au point de -vue de la suprématie du maître. C'est tout au plus s'il considérait les -femmes blanches un peu supérieures à ses nègres. - -Malgré cela, il me fascinait, je ne pouvais lui refuser un rendez-vous. -Toujours très poli avec moi, je m'apercevais néanmoins de la -condescendance qu'il me témoignait. Il était immensément riche, faisait -partie de l'aristocratie du Sud, et était membre de «P. F. V.» -c'est-à-dire appartenait aux premières familles de Virginie, tandis que -je n'étais que la fille d'un employé de banque mort dans la misère. En -un mot il avait l'air de me considérer comme lui étant tout à fait -inférieure par la naissance comme par le sexe. - -Peut-être cet homme avait-il raison... - - - - -V - -TENTATIVE INFRUCTUEUSE - - -Peu à peu, sans m'expliquer pourquoi, je me pris à avoir un peu plus -d'affection pour Randolph, et soit que je m'habituasse à ses manières, -soit que je lui fusse reconnaissante de n'avoir jamais porté sur moi le -dédaigneux jugement qu'il portait sur les femmes en général, je sentais -qu'une détente se produisait en mon coeur. Je lui savais gré de sa -politesse et de la galanterie pleine de réserve dont il usait à mon -égard. Il me prêtait des livres, des poésies que je dissimulais pour que -miss Dean ne les vît pas, et souvent, étendus sur la mousse, il me -lisait d'une voix qu'il savait rendre harmonieuse des passages de Byron -ou de Shelley. - -Une après-midi, par une chaleur torride, nous étions installés dans -notre coin favori à l'ombre des arbres, au bord de l'eau. Il me lisait -un poème d'amour avec une voix chaude et si vibrante qu'à chacun des -vers passionnés, je sentais des flammes me monter au visage, et, dans ma -poitrine, mon coeur battre avec violence. - -Une douce langueur me pénétrait toute, et je fermais les yeux, comme si -j'eusse voulu prolonger par le sommeil le doux rêve que je rêvais. - -Il cessa de lire. Tout était calme. - -Un oiseau moqueur s'envola en poussant un cri strident; j'éprouvais un -bien-être indicible. - -Je sentis soudain son bras se glisser autour de ma taille, et ses lèvres -se poser sur les miennes; un frisson me parcourut toute, mais je ne fis -aucun mouvement pour me dérober. Le baiser figé sur mes lèvres semblait -m'avoir hypnotisée. - -Me pressant tendrement contre lui, il couvrit mon visage et mon cou de -baisers, murmurant qu'il m'aimait, et me donnant les plus doux noms. - -Ah! s'entendre dire: «Je vous aime!» comme ces mots sonnent agréablement -à l'oreille d'une femme quand elle les entend pour la première fois. - -Combien sommes-nous qui résistons au fluide enchanteur qui nous pénètre? - -Cette longue chanson d'amour qu'est notre vie, nous voudrions toujours -la vivre, y revenir sans cesse, même quand elle nous a trompées. - -Pauvres naïves que nous sommes! Et combien Randolph avait raison de ne -prendre nul ménagement à l'égard de la naïve jeune fille qui se livrait -tout entière, imprudemment, presque inconsciemment; elle ne voyait pas, -la pauvre créature, dans l'illusion d'un rêve doré, surgir le mensonge -et le désenchantement. - -La réalité brutale n'apparaissait pas encore au bord du précipice où -sombre la vertu. - -Cependant mon immobilité l'enhardit. Je sentis sa main glisser lentement -sous mes jupes. - -Le charme était rompu! Je frémis sous l'attouchement infâme de cet -homme, et essayai de me dresser pour m'enfuir. Vains efforts! Il m'avait -saisie rudement et me maintenait couchée sur le sol malgré mes prières, -malgré mes larmes. - -Je tentai un suprême effort. Peine perdue, il se jeta sur moi, me -renversa et, hagard, une lueur de folie immonde éclairant ses yeux -sombres, il arrachait mes vêtements. Cependant je résistais de toutes -mes forces; j'essayais mes dents sur sa face et mes ongles sur ses yeux. -J'étouffais sous le poids de son corps et sentais mes forces décroître. -Mais j'étais vigoureuse, et je combattis vaillamment pour la défense de -ma virginité. J'appelais à l'aide en poussant en même temps de grands -cris que sa main étouffait. La lutte fut longue; mes membres étaient -brisés et comme il continuait à peser de tout son poids sur ma poitrine, -je râlais épuisée, haletante, à bout de souffle; les yeux hagards, en -proie à une indicible épouvante, j'étais envahie de dégoût et voyais -venir l'instant fatal où toute résistance serait vaine, lorsque soudain, -craignant sans doute qu'attiré par mes cris quelqu'un ne survînt, il -lâcha prise et se releva. Je me redressai d'un bond, éperdue, sanglotant -et sans voix; je lui crachais au visage. Mes vêtements étaient déchirés -et souillés, mes cheveux défaits inondaient mes épaules. J'allais -m'enfuir, quand il me saisit par le bras, et, me regardant dans les -yeux, avec un sourire cruel de négrier, il me dit: - ---Petite folle, pourquoi me résistes-tu? - ---Laissez-moi, misérable! Comment osez-vous me regarder en face après -votre action infâme. Vous êtes un lâche, monsieur Randolph! J'informerai -la justice et demanderai votre arrestation. - -Il éclata de rire: - ---Ma petite fille, dit-il d'un ton hautain et méprisant, vous vous -trompez étrangement. Vous ne donnerez aucune suite à votre projet de -dénonciation quand vous aurez entendu ce que je vais vous dire. - -Je fis un brusque mouvement pour dégager mon bras de son étreinte, mais -il me serra plus fort, et continua: - ---Toute lutte est inutile; j'en ai fini avec vous pour aujourd'hui, et -dans un moment vous serez libre; mais auparavant écoutez-moi. Ne croyez -pas que j'ignore ce que vous faites ici avec Miss Dean. Vous dirigez une -_station souterraine_. Je m'en étais douté dès le premier jour, et je -vous ai surveillées. Pour plusieurs raisons que vous devinerez sans -peine, je ne vous ai pas dénoncées, mais vous êtes toutes deux en mon -pouvoir, et s'il me plaît de vous envoyer en prison, je n'ai qu'un mot à -dire. Comprenez-vous, maintenant! - -J'étais épouvantée. Nous étions entièrement à la merci de cet homme; -terrifiée, je ne trouvais rien à lui répondre. Changeant de ton, il -continua: - ---Mais je n'ai nulle envie de vous dénoncer. Je veux continuer à être -votre ami. Je vous aime, et tout à l'heure quand je vous ai embrassée et -que vous vous y êtes prêtée avec tant de complaisance, j'ai cru voir -dans votre calme encourageant la défaite de votre vertu. J'ai été -brutal, il est vrai; je vous en demande sincèrement pardon. Mais je veux -que vous m'apparteniez. Laissez Miss Dean, et venez vivre avec moi; vous -aurez tout ce qu'une femme peut désirer; je vous assurerai mille dollars -par an, votre vie durant; de plus, je vous jure de laisser Miss Dean -continuer tranquillement son manège et de ne la troubler en quoi que ce -soit. - -Si j'avais pu prévoir l'avenir, j'aurais accepté cette offre, mais -pleine de rage et de honte, je m'écriai: - ---Non, misérable lâche, je ne quitterai pas Miss Dean, vous pouvez nous -dénoncer si vous le voulez. Je préfère la prison à votre contact. -Retirez-vous, partez, misérable! Votre vue me devient odieuse! - ---Très bien, mademoiselle Morton, qu'il soit fait selon vos désirs, mais -il est à croire que, lors de notre prochaine rencontre, vous regretterez -d'avoir repoussé mes offres. - -Puis il pivota sur ses talons et me laissa seule. - - - - -VI - -APRÈS LA LUTTE - - -A peine eut-il disparu que je remis un peu d'ordre dans ma coiffure et -dans mes vêtements; l'esprit plein encore d'un trouble extrême, je -courus vers la maison. - -Je pus rentrer heureusement dans ma chambre sans être aperçue de Miss -Dean ni de Marthe. - -Vivement je me déshabillai; ma robe était en loques. Le matin, quand je -l'avais mise, elle était blanche et immaculée, elle était maintenant -toute verte dans le dos. Les cordons de mes jupons étaient brisés et mes -dessous en charpie. Mes cuisses étaient marbrées de taches noires et -bleues causées par la pression des doigts de la brute, et j'étais -horriblement courbaturée. - -Mes vêtements remplacés, je me jetai sur le lit, et cachant mon visage -dans mon oreiller, je me mis à pleurer abondamment. Je ne pouvais me -pardonner d'avoir eu confiance en Randolph. - -J'aurais dû surtout me méfier de lui, depuis que j'avais surpris le peu -de cas qu'il faisait des femmes, et j'étais plus honteuse encore qu'il -m'eût prise pour une de ces filles qui livrent leur corps au premier -venu. - -Le souvenir de ses menaces me revint à l'esprit; j'étais certaine qu'il -les mettrait à exécution, et je sentais qu'il était de mon devoir de -prévenir Miss Dean; je n'en eus cependant pas le courage; il eût fallu -lui avouer ma honte, et cet aveu était au-dessus de mes forces. - -En imagination, je nous voyais déjà, Miss Dean et moi, vêtues de -vêtements grossiers, travaillant du matin au soir avec du pain noir pour -toute nourriture. - -On frappa tout à coup à la porte. - -C'était Marthe qui annonçait le dîner. Miss Dean remarqua immédiatement -mes traits décomposés, mon trouble, mes yeux rouges, et, très inquiète -me demanda ce que j'avais. Je mis le tout sur le compte d'un mal de -tête, ce qui était vrai; l'excellente femme me fit coucher sur le sofa, -me baigna la tête avec de l'eau de Cologne et me fit mettre au lit. - -Malheureusement, je ne pus dormir; je rêvai continuellement d'un être -formidable qui luttait avec moi, et qui réussissait à me ravir ma -virginité. - -Je me levai le jour à peine éclos, me demandant anxieusement où nous -serions dans vingt-quatre heures, m'attendant absolument à voir se -réaliser les menaces de Randolph. - -Le jour passa lentement, à chaque instant il me semblait entendre les -pas des gens de police, et je surveillai avec angoisse la grande avenue -qui conduisait à la maison. - -Le soir vint enfin, sans que rien d'extraordinaire se soit passé. Vers -neuf heures, un esclave marron vint nous demander l'hospitalité, et, en -soignant la pauvre créature, j'oubliais mes propres peines. - -Plusieurs jours passèrent ainsi, en des alternatives de crainte et de -quiétude. - -Je commençais à retrouver un peu d'assurance, mais j'avais grande envie -de fuir; je demandai un jour à Miss Dean si elle ne pensait pas avoir -assez fait pour la cause de l'émancipation et si elle ne retournerait -pas bientôt chez elle. - -Elle ne voulut pas entendre parler d'une semblable chose. Elle se -rendait très utile, disait-elle, et, au moins pour quelque temps encore, -elle voulait rester dans la station. - -Quinze jours passèrent encore, et j'étais tout à fait rassurée. Je -pensais que Randolph ne se souvenait plus de son acte de lâcheté. - -Je ne l'avais pas revu depuis la fameuse scène à laquelle je ne pouvais -penser sans honte. Je devais, hélas! me retrouver avec lui, dans une -circonstance sinon moins terrible que la dernière, du moins très -pénible. - - - - -VII - -LA LOI DE LYNCH - - -Une après-midi, Miss Dean et moi étions assises sous la vérandah. Mon -amie confectionnait des chemises pour les esclaves, tandis que -j'arrangeais un chapeau; ce faisant, je fredonnais une chanson nègre -intitulée: _Ramenez-moi vers ma vieille Virginie_. Il était au moins -bizarre que je chantasse ces couplets, moi qui, précisément, aurais -voulu me voir à mille lieues de ce maudit pays, et qui, certes, n'aurais -jamais demandé à y revenir. Tout à coup, nous entendîmes le pas de -plusieurs chevaux, mêlé à des voix d'hommes, et en regardant dans -l'avenue, je vis, les uns à pied, les autres à cheval, une vingtaine -d'individus paraissant se diriger vers la maison. Nous ne savions ce que -ces gens pouvaient nous vouloir, aucun blanc ne se présentant jamais -chez nous. Arrivés à notre porte, ils attachèrent leurs chevaux à la -grille, et vinrent se placer autour de nous. Leurs regards durs et la -façon dont ces hommes nous regardaient me terrifiaient. Ils m'étaient -tous inconnus et leurs vêtements grossiers, leurs longues barbes, leurs -chemises de coton, trahissaient clairement des coureurs des bois. Je -voyais bien que leurs intentions n'étaient rien moins que pacifiques, -mais j'ignorais absolument ce qu'ils pouvaient nous vouloir. Enfin, l'un -d'eux, un peu mieux vêtu que les autres, et qui pouvait avoir une -quarantaine d'années,--et que je sus après être un chef de bande, du nom -de Jack Stevens, s'approcha de Miss Dean, et lui dit: - ---Allons, levez-vous toutes deux. Mes amis et moi avons quelque chose à -vous communiquer. - -Soumises, ainsi qu'il convient à des femmes demi-mortes de peur, nous -nous levâmes, et Miss Dean, qui s'était ressaisie demanda sans -hésitation: - ---De quel droit envahissez-vous ma maison aussi brutalement? - -L'homme se prit à rire dédaigneusement: - ---Vous n'en savez rien? ricana-t-il. Eh! vous m'étonnez, car vous êtes -loin d'être aussi innocente que vous le paraissez. - -Il poussa un énergique juron, et continua: - ---Nous avons appris que vous dirigez une station souterraine, et depuis -que vous êtes ici, bon nombre d'esclaves se sont évadés par votre -entremise. Écoutez bien, et tachez de comprendre: nous autres, Sudistes, -ne voulons sous aucun prétexte que les Nordistes anti-esclavagistes -viennent fourrer leur nez dans nos affaires, et s'emploient à prêcher la -révolte parmi nos esclaves. Quand nous avons la chance d'attraper -quelqu'un de vos semblables, nous lui faisons amèrement regretter de -s'être occupé des nègres, et maintenant que nous vous tenons, nous -allons vous juger, selon la loi de Lynch. Les hommes qui m'accompagnent -constitueront le jury. - ---Eh bien, les amis, dit Stevens se tournant vers ses compagnons, est-ce -ainsi qu'il fallait parler? - ---Bravo, bravo, Jack, très bien! approuvèrent quelques-uns. - -Je tombai sur ma chaise absolument anéantie. J'avais entendu raconter -mille cruautés perpétrées sous l'égide de la loi de Lynch. - -Miss Dean était toujours très calme: - ---Si vous avez quelque chose à nous reprocher, dit-elle, vous n'avez -dans aucun cas le droit de faire justice vous-mêmes; vous devez prévenir -la police et les autorités de votre État. - -Un murmure de voix furieuses interrompit mon amie: - ---Nous avons le droit d'agir comme bon nous semble. La loi de Lynch est -faite pour vous et vos pareils; taisez-vous! Allons, Jack, assez causé, -et au travail! - ---C'est bien, mes enfants, il nous importait de trouver les oiseaux au -nid; maintenant, sortons un instant afin de statuer sur le sort des -prisonnières; nous savons qu'elles sont coupables et le seul point à -fixer est le châtiment qu'elles auront à subir. - -Nous restâmes seules et les hommes, dehors, s'entretinrent avec -animation. Malheureusement, ils étaient trop éloignés pour que nous -pussions saisir leurs paroles. J'étais affaissée sur ma chaise, -absolument morte de peur: - ---Oh! Miss Dean, que vont-ils nous faire? - ---Je n'en sais rien, ma chérie, répondit-elle en me prenant la main; -pour moi, je ne m'en inquiète guère, mais je suis terriblement désolée -de vous avoir entraînée dans ce guêpier. - -Je restai près de mon amie... elle me serrait les mains, les caressant -affectueusement. Les lyncheurs revinrent enfin; ils avaient discuté avec -animation, ayant eu, semblait-il, beaucoup de peine à se mettre -d'accord. - -Enfin, Stevens s'avança vers nous d'un air à la fois solennel et -grotesque. - ---La cour, dit-il avec emphase, a statué sur votre cas et voici ce -qu'elle a décidé: Vous êtes condamnées toutes deux à être fouettées avec -une baguette de coudrier. Vous serez ensuite mises à cheval sur le -coupant d'une palissade, et ensuite il vous sera enjoint d'avoir à -quitter l'État de Virginie dans les quarante-huit heures. Ce laps de -temps passé, si on vous retrouve ici, vous aurez de nouveau affaire à -nous. - -En entendant cette horrible sentence, mon sang se glaça dans mes veines. -Je voulus me lever; mes jambes me refusèrent tout service, et je -retombai sur mon siège. - ---Oh! vous ne nous fouetterez pas, m'écriai-je; certainement vous ne -voulez pas nous torturer ainsi! Ayez pitié de nous, je vous en prie... -ayez pitié de nous. - -Mais il n'y avait pas la moindre trace de sensiblerie sur la figure de -ces brutes, et l'un d'eux s'écria: - ---Misérable petite Nordiste, si j'étais libre de mes actions, je vous -enduirais de goudron et de plumes et je vous mettrais à cheval sur la -palissade pendant deux heures. On verrait la tête que vous y feriez. - -Cette grossière plaisanterie les fit éclater de rire et je retombai sur -ma chaise en sanglotant encore plus fort. - -Miss Dean, elle, ne donnait pas le moindre signe d'émotion; elle était -extrêmement pâle, mais ses yeux brillaient d'une lueur étrange et dit en -s'adressant au chef de la bande: - ---J'avais toujours entendu dire, et j'étais persuadée que les Sudistes -étaient chevaleresques et cléments envers les femmes, je regrette de -m'être trompée. - ---Il n'y a pas ici à être chevaleresque: vous agissez comme des hommes; -ne vous en prenez qu'à vous-mêmes si nous vous traitons en hommes. - ---C'est bien. Il faut que vous sachiez tous ici que je suis la seule -coupable. Cette jeune fille, qui est mon secrétaire, n'est pour rien en -tout ceci. Vous devez donc l'acquitter. - ---Jamais! réclamèrent quelques voix. - ---Taisez-vous, s'écria Stevens, et laissez-moi parler. - -Et se tournant vers nous, il ajouta: - ---Nous savons parfaitement que vous êtes la directrice de ce bureau de -soi-disant bienfaisance; mais comme cette fille vous aidait dans cette -besogne, elle doit être punie; cependant, elle sera fouettée moins -sévèrement que vous... Est-ce juste, amis, demanda-t-il à ses féroces -acolytes. - ---Parfaitement, parfaitement, soyons moins sévères envers l'enfant que -vis-à-vis du vieux chimpanzé. - -L'un d'eux s'écria: - ---Mais où donc est la servante. N'aurait-elle pas besoin d'une petite -correction? Une petite promenade sur le grillage ne pourrait, il me -semble, que lui être salutaire. - ---Évidemment, approuva le chef. Que deux d'entre vous courent à sa -recherche, et que les autres s'occupent de trouver des baguettes. - -Les hommes s'assirent en attendant; ils plaisantaient grossièrement et, -à chacune de leurs remarques, le rouge me montait au visage. Miss Dean, -toujours calme et tranquille, ne paraissait pas entendre les ignominies -de ces sauvages. Ceux qui étaient partis à la recherche de Marthe -revinrent au bout d'un instant: - ---La _souillon_ est partie, dirent-ils; elle s'est sans doute défilée -dans les bois. - ---Bah! dit Stevens, nous avons les deux patronnes, et il est probable -que lorsque nous en aurons fini avec elles, elles regretteront amèrement -de s'être occupées d'abolitionisme. - ---Vous avez raison, Jack, crièrent les hommes; nous leur ferons maudire -le jour où elles se sont installées en Virginie... Et maintenant, à -l'ouvrage. - ---A l'ouvrage, répliqua Stevens. Bill, allez chercher l'échelle qui est -sous le hangar; Peter et Sam, vos baguettes sont-elles prêtes? Ah! ah! -ces dames ont sans doute souvent été cueillir et croquer la noisette, -mais je doute qu'elles aient jamais reçu des coups de baguette d'hickory -sur leur petit derrière. - -Les hommes riaient bruyamment, et je recommençais à trembler. - -Quand donc ce supplice allait-il prendre fin? - - - - -VIII - -L'EXÉCUTION D'UNE SENTENCE - - -L'échelle apportée fut appuyée contre la vérandah. Stevens se plaça de -côté tenant une badine à la main. Les hommes formèrent le cercle et leur -chef s'écria d'une voix forte: - ---Amenez les prisonnières! - -On nous traîna en nous poussant par les épaules pour recevoir cette -cruelle et ignoble punition. Je me tenais debout avec peine; Miss Dean -marchait au martyre droite et fière. Un sourire de dédaigneux mépris -errait sur ses lèvres pâles. - -Stevens prit la parole: - ---Comme c'est vous la patronne, vous aurez l'honneur d'être fouettée la -première. Attachez-la, mes amis. - -Deux hommes la saisirent, la couchèrent sur l'échelle et lui faisant de -force étendre les bras, lui attachèrent les poignets aux barreaux, puis -firent de même pour les chevilles. La malheureuse n'opposait qu'une -résistance instinctive, elle ne fit entendre aucune protestation, mais -lorsqu'elle fut bien attachée, elle tourna la tête vers Stevens: - ---Ne pourriez-vous pas me fouetter sans enlever mes vêtements? -demanda-t-elle ingénument. - ---Impossible, la belle; on vous a condamnée à être fouettée sur la peau, -et vous subirez le châtiment ainsi que c'est convenu. - -Ses jupons et sa chemise furent relevés et attachés au-dessus de sa -taille; Miss Dean ne portait pas le pantalon ordinaire, mais une longue -paire de culottes blanches attachées par des rubans autour des -chevilles. - -A cette vue, ce fut une explosion de joie et de rires ironiques. - ---Le diable m'emporte, s'écria Stevens, profondément étonné. Elle a des -pantalons! je n'avais jamais vu une femme ainsi attifée. Enfin, -enlevez-moi ça! - ---Je vous en prie, supplia Miss Dean, laissez-moi mon vêtement. Il ne me -protégera pas beaucoup contre vos coups... Ne me mettez pas nue devant -tous!... - -On ne lui répondit même pas. Un des hommes s'avança, et déboutonna le -vêtement, la laissant nue et toute frissonnante de la taille aux -jarrets. La pauvre femme rougit, puis pâlit affreusement; enfin elle -baissa la tête sur sa poitrine et ferma les yeux... Comme je vous l'ai -déjà dit, Miss Dean était très maigre; ses hanches étaient étroites, ses -jambes et ses cuisses sveltes, mais bien modelées. Sa peau, très fine et -très blanche, laissait apparaître le réseau des veines. - -Les hommes, groupés autour de l'échelle, observaient cyniquement cette -scène, leurs yeux reflétant de lueurs lubriques. - -Stevens leva alors la baguette, la fit siffler autour de la tête et la -laissa retomber rapidement, frappant d'un premier coup terrible le corps -de la malheureuse. Le bois claqua comme un fouet, et la chair frissonna -sous l'aiguillon de la douleur. - -Miss Dean n'avait pas fait un mouvement. - -Stevens continua de frapper; chaque coup tombait au-dessous du -précédent, et la peau était maintenant toute zébrée. Le corps de la -suppliciée s'agitait en soubresauts convulsifs: ses dents claquaient. La -terrible baguette continuait son horrible office. J'aurais voulu crier, -j'étais stupéfaite du courage de mon amie. Chaque coup me faisait -bondir; les raies rouges se multipliaient. Le sang commençait à sourdre -et à couler le long des cuisses; elle tournait la tête chaque fois, ses -yeux horrifiés suivaient le bras de l'homme. Enfin la brute cessa de -frapper et jeta la baguette dont le bout était tout déchiqueté. Puis, se -baissant, il examina attentivement les marques de la correction. - -La surface entière de la peau était rouge et barrée de marques livides -qui s'entre-croisaient en tous sens; le sang coulait abondamment et -contrastait avec la blancheur immaculée des cuisses. - -Cinquante coups au moins avaient été donnés. - ---Là! dit Stevens, je suppose qu'elle en a assez. Je l'ai peu ménagée -comme vous pouvez vous en rendre compte. Il est probable qu'elle ne -pourra s'asseoir aisément de quelques jours, et je doute fort que les -marques disparaissent jamais. - -Les vêtements de la victime furent alors baissés, ses pieds et ses mains -déliés. Elle restait debout se tordant en proie à la plus affreuse -douleur, et apparemment indifférente à tout ce qui l'entourait; elle -sanglotait et d'abondantes larmes s'échappaient de ses yeux voilés par -la terreur. - -Un peu remise, elle releva son pantalon qui traînait à terre, et, toute -rougissante du regard des hommes, encore fixé sur elle, elle le rattacha -péniblement autour de sa taille. Deux des bourreaux, la saisissant sous -les bras, la conduisirent à la vérandah, où elle s'étendit de tout son -long sur un canapé, incapable du moindre mouvement. - -Je vous laisse a penser l'état d'épouvante en lequel j'étais. Les -paroles brutales de ces hommes me faisaient rougir; je me sentais prise -de fureurs soudaines contre ces barbares et, aussi, prête à leur -adresser toutes les supplications. J'étais envahie de pitié pour ma -malheureuse compagne et terrifiée par la perspective du châtiment qui -m'était réservé. Je n'ai jamais pu supporter la moindre douleur -physique. - -Stevens ramassa la baguette neuve, et, s'adressant à ses hommes: - ---Maintenant, dit-il, nous allons opérer sur ce tendron; amenez-la, mes -amis. - -A ces mots, voyant qu'il n'y avait personne derrière moi, je résolus de -fuir, et pris mes jambes à mon cou. J'aurais mieux fait de rester -tranquille, je n'avais pas fait trois mètres qu'une main me saisissait -au cou et, avec la rapidité de l'éclair, je me trouvais solidement -attachée à l'échelle. - -Stevens me déshabilla lui-même lentement. Mes jupes et ma chemise furent -roulées sous mes bras et quand il arriva au pantalon, il s'arrêta. Je -portais le pantalon ordinaire, très large de jambe et fendu au milieu. - ---Regardez, dit-il, elle a aussi des pantalons, mais ils sont faits -autrement et recouverts de dentelles. - -Puis, sur une remarque fort grossière à propos de la fente, les hommes -s'esclaffèrent tandis que je pleurais à chaudes larmes. - -Il fit tomber mon dernier vêtement et je sentis sur ma chair nue le -frôlement caressant de la brise. - -J'étais anéantie par la honte. Je sentais peser sur moi le regard et une -indicible angoisse me poignait la gorge; ce n'était là, hélas, que le -préambule de l'horrible supplice auquel j'allais être soumise. - -Stevens prit la parole de nouveau: - ---Nous allons sans plus tarder procéder à l'exécution. Je propose de lui -infliger douze coups bien cinglés sans cependant faire sortir le sang. -Souvenez-vous qu'elle n'a joué dans cette affaire qu'un rôle de -comparse. - -Tous, cependant, n'étaient pas du même avis; quelques-uns réclamaient -pour moi un châtiment équivalent à celui enduré par ma maîtresse. - -Dans mon malheur, ce me fut un soulagement d'apprendre que je n'aurais -pas à subir un traitement aussi cruel que Miss Dean. Un des hommes cria -au tortionnaire: - ---Faites attention, et tapez dur, Jack; faites-la un peu sauter. - -Le lâche, j'eusse voulu savoir ce lâche tortionnaire, tourmenteur de -femmes, en proie aux flammes infernales. - ---N'ayez nulle crainte, mon garçon, répondit Stevens, je sais comment on -se sert d'une baguette; elle va recevoir douze coups qui vont -transformer son derrière en drapeau américain rayé rouge et blanc. -Lorsqu'elle sortira de mes mains, elle ne demandera pas son reste, et -sera plutôt gênée pour marcher. Pourtant, je n'en ferai pas sortir une -goutte de sang; je vous le répète, je sais ce que c'est que de fouetter; -j'ai été majordome durant cinq années en Géorgie. - -Pendant tout ce discours, j'étais restée honteuse de ma nudité, et, -machinalement, je me serrais aussi fort que possible contre l'échelle. - -Le premier coup tomba enfin; ce fut horrible; la douleur était encore -plus atroce que je ne me l'étais imaginée. La respiration me manqua, et, -pendant quelques secondes, je restai suffoquée. Alors, je me mis -littéralement à hurler. Il continua de frapper lentement, plaçant chaque -coup au-dessous du précédent et la baguette, en retombant, me donnait la -sensation d'un fer rouge appliqué sur mes chairs. - -Je me tordais de plus en plus, criant de toutes mes forces, faisant des -bonds désordonnés, autant que mes liens me le permettaient, tout en -suppliant le bourreau de cesser. J'avais oublié mon état de nudité, et -la seule sensation que j'éprouvais était une douleur plus cuisante que -si elle eût été provoquée par des brûlures. - -Quand les douze coups m'eurent été donnés, j'étais à demi évanouie. - -On me laissa suspendue par les poignets, et les hommes m'entourant, se -mirent à m'examiner. Le sentiment de la pudeur me revint peu à peu, et -je suppliai ces cruels justiciers de me laisser prendre un vêtement. - -Ils restèrent sourds à ma prière, occupés qu'ils étaient d'écouter la -péroraison de Stevens. - ---Voyez, mes amis, disait celui-ci, avec quelle régularité les coups ont -été frappés. Voilà ce qu'on appelle une bonne correction. Mais cette -fille n'a aucune énergie. La première noiraude venue aurait supporté le -double de coups sans se plaindre. Parlez-moi de sa compagne, voilà au -moins une femme courageuse. - -Puis, me remettant mes effets, il me conduisit à la vérandah où Miss -Dean, toujours étendue sur le canapé, pleurait doucement de honte et de -douleur... - - - - -IX - -JACK STEVENS - - -La conduite de ces batteurs d'estrade à l'égard de deux femmes dont -l'une était jeune, belle et, en tous points désirable, peut paraître -singulière. Comment leur nature brutale ne fut-elle pas surexcitée par -le capiteux spectacle de ma resplendissante nudité? - -Ce n'est pas qu'à la perspective angoissante de la torture je préférasse -l'ignominie qui devait résulter de la défaite de ma vertu, mais, au plus -profond de moi, j'espérais néanmoins que la vue de mes jeunes charmes, -avivant les instincts de concupiscence de ces brutes, serait un prétexte -à querelle. - -Quoique naïve encore, malgré la leçon que m'avaient donnée les infâmes -entreprises de Randolph, je savais que l'exhibition de mon corps pouvait -réveiller les ignobles appétits de ces hommes grossiers et frustes; -j'espérais, dis-je, qu'ils se seraient disputés ma possession, et qu'à -la faveur d'une rixe j'aurais pu m'enfuir. - -Hélas! je ne savais pas qu'ils fussent les suppôts de Randolph lui-même, -et payés largement par celui-ci pour l'exécution d'un ordre barbare. - -Chez ces hommes, la cupidité, cette fois, avait parlé plus haut que -l'instinct bestial. - -Du reste, les coureurs des bois n'agissaient pas toujours ainsi quand -l'appât du gain ne commandait pas à leurs actions, et ce même Stevens -échappa longtemps aux recherches de la justice pour un crime -d'assassinat précédé de viol, perpétré en des circonstances -particulièrement atroces. - -Le récit du crime monstrueux me fut fait, plus tard, par une vieille -mulâtresse, esclave de Randolph père, laquelle l'avait elle-même entendu -raconter par le menu des détails. - -Je crois devoir placer digressivement ici le récit de cette femme: - -Malgré le surmenage dont étaient accablés les esclaves, malgré le -surcroît de travail exigé de chacune d'elles, Randolph père n'arrivait -pas à satisfaire aux demandes des marchands de coton; aussi était-il -urgent que son troupeau humain augmentât en nombre. - -Le planteur acheta donc sur le marché de Richmond trois noirs parmi -lesquels était une mulâtresse d'une trentaine d'années nommée Maria de -Granier. - -(En certaines parties de l'Amérique du Sud, les esclaves nés dans la -plantation, avaient leur prénom suivi du nom de leur maître.) - -Cette femme qui, autrefois, avait été très jolie, se trouvait, au moment -de son exposition au marché, dans un état lamentable: prise sous un -éboulement alors qu'elle se livrait à des travaux de terrassement, elle -en fut tirée à demi morte et pour toujours infirme, incapable d'exécuter -désormais les rudes travaux auxquels elle avait été soumise. - -Maria de Granier, marchandise avariée, fut cédée à bas prix. Mais ce qui -engagea Randolph père à faire cette acquisition, c'est que, malgré son -terrible accident, l'esclave allait bientôt être mère. Il comptait sans -doute que la jeune infirme pourrait suffire à de menus travaux et que -l'enfant dont elle était enceinte augmenterait le nombre de ses esclaves -et lui rendrait un jour quelques services. - -Pour abominable qu'il fût, ce calcul n'en était pas moins exact: - -La mulâtresse grosse des oeuvres d'un blanc, donna le jour à une -ravissante petite fille qu'elle appela Rosa. Et, pendant quatorze ans, -l'enfant grandit, entourée de soins par les femmes qui, afin de cacher -ses fautes enfantines, risquaient souvent d'être fouaillées; adorée des -pauvres noirs qui enduraient stoïquement la bastonnade quand le -majordome les surprenait aidant l'enfant dans son travail. - -Cependant Rosa était devenue une ravissante créature aux traits fins et -réguliers, aux dents blanches, aux longs yeux noirs; des formes -incomparables se révélaient déjà sous son ignominieux vêtement -d'esclave, et ses bras nus à la peau veloutée, apparaissaient à peine -teintés de ce bistre qui décèle le sang mêlé. - -La vue de Rosa avait inspiré à Georges Randolph qui, à cette époque, -venait d'avoir dix-huit ans, une passion violente. Il la poursuivait de -ses prévenantes assiduités et n'attendait qu'une occasion propice pour -faire subir à cette enfant le sort qui attendait toutes les jeunes -esclaves. - -Mais, par une sorte de prescience du danger dont elle se sentait -menacée, Rosa, qui s'était aperçue de la nature des sentiments de -Georges, fuyait l'occasion, aussi n'acceptait-elle les gâteries et les -caresses du jeune homme qu'en la présence des noirs, devant lesquels, -malgré l'impunité dont il se savait couvert, le jeune homme n'eût point -osé perpétrer un attentat. - -Enfin, un jour que Rosa, seule, portait un faix de coton dans un hangar -servant de magasin et bâti à la lisière d'un bois, Georges, en l'absence -du majordome qu'il avait éloigné sous un prétexte spécieux, se jeta sur -l'enfant, la couvrit de baisers et, dans un violent accès d'érotisme, -lui commanda de se coucher. - -Rosa, se dégageant adroitement de l'étreinte, n'obtempéra point à -l'ordre et s'enfuit dans la forêt où Randolph furieux la poursuivit -longtemps. - -L'enfant avait franchi des haies, des futaies, des halliers, et pris, en -courant, des sentiers qui lui étaient inconnus; tant et si bien -qu'épuisée, haletante, elle se laissa tomber au milieu d'une sente où, -morte de fatigue, elle s'endormit... - -La nuit tombait. Bientôt, les fanes mortes et les branches sèches qui -jonchaient le sentier crièrent sous les pas d'une troupe d'hommes. Ce -bruit, succédant tout à coup au calme profond de la forêt, réveilla -l'enfant. Elle se souvint et elle eut peur. Mais rassurée à la pensée -que ce bruit de pas pouvait provenir de la marche de noirs qui la -cherchaient dans la forêt, elle se dressa et appela. Au même instant -elle sentit sur sa peau nue la fraîche caresse des brises courant sous -les bois. - -Dans sa fuite folle ses vêtements s'étaient défaits; ils étaient tombés -un à un et, maintenant, elle se sentait honteuse d'être nue. Il lui -semblait que l'ombre avait des curiosités malsaines. - -L'enfant avait appelé. Des voix d'hommes lui répondirent. Étaient-ce les -noirs? - -Non! c'était Stevens escorté de deux compagnons portant guêtres de cuir -aux jambes et carabine à l'épaule. - ---Par les tripes du Shériff! dit-il en apercevant l'enfant, voilà une -créature qui n'a pas peur des refroidissements. - -Et, s'approchant: - ---Par la mort bleue! Elle est digne d'être hospitalisée, de force ou de -gré, en la somptueuse demeure de Jack Stevens... Le diable que nous -adorons a eu, sans doute, pitié de notre continence forcée; c'est -pourquoi il nous offre aujourd'hui un morceau de choix. - -Rosa comprit l'effroyable signification de ces paroles. Elle fit un -mouvement de retraite. - -Stevens épaula sa carabine: - ---Halte, la belle! cria-t-il. Bien que myope le jour, je suis nyctalope -la nuit, et sais diriger sur le but un lingot de plomb. Allons! pas tant -de façons et suis-nous. - -Cernée maintenant par les trois hommes, l'enfant sentit que toute -résistance devenait impossible. Rouge de confusion, angoissée de -terreur, elle joignit les mains: - ---Soyez bons, messieurs, soyez cléments... ayez pitié! Je ne suis qu'une -enfant... Une pauvre petite esclave qui n'a pas encore quinze ans!... - -Les yeux des trois hommes étincelèrent: - ---Pas quinze ans!--s'exclama Stevens dont l'autorité paraissait régler -les actions et les paroles de ses compagnons--Pas quinze ans! Mais -alors, c'est une friandise... un fruit mûr à point, dans lequel personne -n'a encore mis les dents!... Par le nombril de Jacob! Vous y goûterez, -camarades... après moi! - -Tout espoir s'évanouissait, mais le courage revenait à l'enfant: - ---Eh bien! dit-elle, tuez-moi! Je ne vous suivrai pas! - -Et Rosa, croisant sur sa poitrine ses mains tremblantes, s'accroupit -dans l'herbe froide que mouillait déjà la rosée des nuits. - - - - -X - -ABOMINABLE FORFAIT - - -Entre les rudes mains des batteurs d'estrade, Rosa s'était inutilement -débattue, en vain avait-elle de nouveau supplié, imploré. Ils l'avaient -immobilisée au moyen d'un lasso, emportée à travers bois et, comme ses -supplications et ses prières étaient inutiles elle avait pris le parti -de pousser des cris, espérant ainsi être entendue. - -Certes, elle n'ignorait pas la nature de la correction qui l'attendait à -la plantation pour prix de son escapade, mais, quoique n'ayant encore -jamais été fouettée, elle préférait néanmoins ce supplice qu'elle savait -pourtant cruel au sort que lui réservaient les bandits. - -Ceux-ci, inquiets, bien qu'ils fissent diligence afin de se soustraire -eux-mêmes aux recherches dont Rosa devait être en ce moment l'objet, -inquiets des cris de l'enfant qui pouvaient attirer les noirs de leur -côté, résolurent de la bâillonner. - -Stevens tira de son sac de cuir un lambeau de cotonnade et en fit un -tampon qu'il enfonça profondément dans la bouche de sa victime. - -Et c'est ainsi que le groupe des ravisseurs arriva dans la hutte de Jack -Stevens. - -C'était une cabane en planches, toiturée de branches entrelacées tombant -jusqu'au sol et dont les fissures étaient bouchées par de lourdes mottes -de gazon; cachée en d'épaisses frondaisons, tapie au milieu d'arbres -croissant sur le roc, cette hutte était d'aspect sinistre. Il n'y avait -que Jack Stevens et ses deux compagnons qui connussent l'existence de ce -repaire. C'est là, qu'après de lointaines expéditions, ils venaient -cacher le produit de leurs brigandages. - -Stevens, qui portait l'enfant, la déposa doucement sur le lit et enleva -le bâillon qui l'étouffait. Puis, un de ces hommes tira de sa veste en -peau de buffle un briquet d'acier et alluma une chénevotte, tandis que -son camarade préparait le quinquet. - -Une lueur fauve éclaira la cabane et les provisions sorties des sacs, -furent placées sur une large planche posée au ras du sol. - ---Ce n'est peut-être pas d'une extrême élégance, dit Stevens, qui, -depuis que la lampe était allumée, brûlait de regards le corps de Rosa, -mais c'est tout de même commode; on est chez soi! James, ajouta-t-il en -clignant de l'oeil, il est indispensable d'assaisonner avec force -gingembre et piment notre tranche de venaison; quant à toi, Pèpe, dit-il -en s'adressant à l'autre, tu rempliras d'hydromel les gobelets. - -Quand la table fut mise, Stevens dit à l'enfant: - ---Si le coeur vous en dit, mademoiselle, il y en aura assez pour vous. - -Rosa ne répondit rien. Des sanglots étouffés lui poignaient la gorge. -Elle avait trouvé une vieille veste de cuir dont elle cherchait à se -couvrir. Stevens s'en aperçut. - ---Bas le masque! cria-t-il. Cette parure, pour somptueuse qu'elle soit, -est indigne de votre beauté! - -Il se leva, lui arracha l'oripeau dont elle couvrait éperdument ses -seins et revint s'asseoir en ricanant. - -Tant que dura le repas, celui que Stevens avait appelé James ne quitta -pas des yeux le corps merveilleux de Rosa. Son regard paraissait -détailler complaisamment des charmes dont la possession lui était -assurée et si, parfois, ce regard se portait sur son chef, c'était -chargé de jalousie et d'envie. La douleur seyait, d'ailleurs, à la -beauté de l'enfant et on eût dit que la hutte était chaude de son corps, -parfumée du capiteux relent de sa virginité éplorée. - -L'homme qu'on appelait Pèpe, buvait gobelet sur gobelet. A la fin du -repas, le cerveau envahi par les épaisses fumées de l'ivresse, il alla -s'étendre sur un lit de feuilles et s'endormit à demi, sans toutefois -rien perdre de la scène qui allait se passer. - -Les propos échangés entre Stevens et James furent banaux quand ils ne -furent pas grossiers. Chacun d'eux avait visiblement une même -préoccupation. L'un et l'autre se devinaient. - -Mais Stevens, maître absolu, avait su courber James sous une discipline -à laquelle il eût été dangereux de résister et, souvent, il arrivait -qu'après une expédition, Stevens gardait pour lui seul le butin, -laissant ainsi à ses deux compagnons la consolation de se partager la -gloire. - ---Tu n'aurais peut-être pas le toupet de vouloir _commencer_?--dit enfin -Stevens. - ---Qui sait!--répondit tranquillement James en caressant le manche de sa -redoutable navaja. La fille m'appartient comme à toi et, équitablement, -c'est-à-dire pour la première fois, il pourrait se faire que nous -partagions la capture. Si nous tirions au sort à qui commencera? - ---J'ai gagné d'avance, répondit Stevens, qui, se dressant sur les -genoux, mit sous le nez de James un revolver de gros calibre. Jette-moi -ça ou je tire! - -James sortit hâtivement la navaja de sa ceinture et la lança dans la -hutte. Stevens alla ramasser l'arme et la mit dans la poche de sa veste: - ---Maintenant, dit-il, le mariage va s'accomplir avec toutes les -formalités en usage dans le pays de cet ivrogne de Pèpe, qui prétend -être catholique. Toi, James, tu seras à la fois mon témoin et celui de -la mariée; et si Pèpe n'était pas présentement ivre comme un porc, il -nous dirait la messe avec distribution de bénédiction nuptiale. Je ne -demande qu'une heure, après quoi je me démettrai de mes fonctions -d'époux en ta faveur, James! Être trompé par sa femme une heure après -son mariage, il n'y a qu'ici qu'on voit ces choses-là! - -Un gros rire dont chaque éclat secouait Rosa d'un frisson d'épouvante, -éclairait la face bestiale de Stevens. - -Puis, il s'avança vers l'enfant qui sanglotait et, sans dire un mot, la -face horriblement congestionnée par la luxure, il la couvrait de -baisers. Rosa sentait sourdre sous sa peau délicate le sang chaud dont -les afflux lui montaient au cerveau, son coeur se brisait sous les -immondes caresses de la brute; elle sentait sur ses lèvres passer le -souffle bruyant du monstre, et, entre les assauts répétés qui la -faisaient mourir, elle éprouvait une horrible sensation: il lui semblait -qu'une bête énorme l'enlaçait et posait sur ses seins des tentacules -tièdes et visqueuses. - -Les sens surchauffés par cet ignoble spectacle, James, écumant, les yeux -flamboyants, attendait la fin, il attendait... son tour. - -Stevens n'en finissait pas! - -Tout à coup, la claie qui fermait la cabane s'ouvrit bruyamment et une -bande de noirs, mis sur la trace de Rosa par les vêtements qu'elle avait -perdus en s'enfuyant, envahit le repaire. - -En présence du danger, les deux bandits se ressaisirent. Ils -bousculèrent les nègres, prirent leurs fusils et, comme la porte était -gardée, Stevens, d'un coup d'épaule, fit sauter une des planches qui -formaient le mur de la hutte; puis, par cette ouverture, il s'enfuit -avec James. - -Quand le majordome s'approcha de Rosa, celle-ci ne fit pas un mouvement. - -Alors cet homme prit le fouet avec lequel il fustigeait les esclaves et -la lanière redoutée frappa le corps de l'enfant qui resta immobile. Rosa -était morte. - -On resta longtemps sans nouvelles des coureurs des bois. Pèpe, -l'ivrogne, eut seul à répondre du crime devant la justice, mais comme il -n'avait joué dans le drame qu'un rôle secondaire, il fut acquitté. Plus -tard, on apprit que James avait été tué à Richmond au cours d'une rixe. -Quant à Stevens, personne ne connut jamais les circonstances à la suite -desquelles il obtint l'impunité; on ne sut jamais pourquoi il rentra -dans les bonnes grâces de Randolph. - - - - -XI - -LES SUITES D'UNE FLAGELLATION - - -Je reprends ma confession: - -Mon supplice terminé, Miss Dean m'avait appelée auprès d'elle. - ---Ma pauvre enfant, dit-elle, comme j'ai souffert pour vous!... Vos cris -me perçaient le coeur. Oh! les monstres de vous avoir si cruellement -fouettée. - -Elle paraissait avoir oublié sa propre peine et l'ignominie de son -châtiment pour ne plus penser qu'à moi. - ---Ils m'ont fouettée bien moins cruellement que vous, répondis-je; je -n'ai reçu que douze coups, et le sang n'a pas coulé. - -Je l'embrassai et je m'appuyai doucement contre elle. - ---Nous n'avons pas encore fini de souffrir, reprit Miss Dean. Vous -souvenez-vous que cet homme a dit qu'il nous attacherait sur la -balustrade pendant deux heures? - -Je me souvins alors de la menace, mais sans y attacher grande -importance; certes, ce serait peu confortable et probablement même fort -douloureux d'être ainsi assise pendant aussi longtemps, sur un espace -très étroit et dans l'état où nous sommes, pensais-je; mais j'étais loin -de m'attendre à la torture que nous allions éprouver. - -Mon illusion ne fut pas de longue durée, car quelques instants après nos -bourreaux vinrent nous chercher, et nous portèrent sur la palissade -entourant la maison. Cette barrière, haute d'environ cinq pieds, était -faite de piquets de bois taillés en coins. Stevens nous dit avec un -sourire cruel: - ---Nous allons maintenant passer à un autre genre d'exercice. Deux heures -de repos, avec ces piquets comme sièges, donneront à vos personnes le -temps de se remettre de leurs fouettées. D'ailleurs, pour vous empêcher -de tomber, nous vous attacherons. Préparez-les, vous autres. - -Je fus épouvantée en me sentant saisir par deux hommes tandis qu'un -troisième me relevait mes jupes et m'arrachait mon pantalon. Miss Dean -subissait le même sort. Nos vêtements étaient attachés de telle sorte -que le bas de notre corps était exposé nu aux regards de ces misérables. - -Ils se mirent à plaisanter, se questionnant l'un l'autre sur notre -virginité probable, faisant des comparaisons entre nos deux corps, et -devisant sur notre aspect général. - -Une longue corde fixa solidement nos bras le long de notre corps, puis -ils nous soulevèrent et nous fûmes placées à _califourchon_, face à -face, sur le haut de la barrière. Nous reposions sur l'extrémité des -pointes de cette balustrade. De chaque côté des piquets avaient été -plantés, où furent solidement attachées nos chevilles, puis nos jupes -furent baissées. - -Stevens nous regarda alors en souriant d'un air narquois. - -Maintenant que vous êtes bien en selle, nous allons vous quitter; dans -deux heures, un de nos amis viendra vous aider à mettre pied à terre. Il -est très probable que vous serez fort endolories, et aurez renoncé à -jamais à vos théories anti-esclavagistes. - -Puis tous s'éloignèrent en riant avec des plaisanteries si horribles que -malgré nos souffrances nous en rougissions encore. - -La nuit tombait. Le soleil avait disparu lentement à l'horizon. Un -profond silence régnait. La douleur, légère quand on nous avait assises -sur les piquets, commençait à devenir intolérable. Tout d'abord, j'avais -espéré que Marthe viendrait nous délivrer. Ce fut en vain. Notre maison -était trop isolée pour conserver un seul instant l'espoir d'être -délivrées par un passant. - -Nous ne parlions pas, nos souffrances étant trop cuisantes; de violents -sanglots nous secouaient, ajoutant aux souffrances endurées par cette -position affreuse. - -La douleur devint si aiguë qu'il me sembla que tous mes nerfs allaient -éclater. Je me tordais convulsivement sans autre résultat que de faire -pénétrer les piquets plus avant. Folle de douleur, je me mis à crier et -même à jurer. Miss Dean pleurait silencieusement; sa figure convulsée -révélait seule l'intensité de sa souffrance, mais aucun cri ne sortait -de ses lèvres. Je commençais à désespérer quand, oh! bonheur, je vis un -homme pénétrer dans l'avenue. Mon coeur bondit de joie... nous allions -être délivrées!... Je redoublai mes cris, suppliant l'homme d'accourir à -notre aide, mais il n'avait pas l'air de s'en émouvoir. Enfin, il -approcha et ne fut bientôt qu'à quelques pas de nous. - -Je reconnus Randolph... - - - - -XII - -L'ENLÈVEMENT - - -S'il était un être que je craignais de rencontrer, c'était bien -Randolph! Mais à ce moment terriblement critique, je ne vous cacherai -pas que j'étais heureuse de le revoir. Je l'implorai d'une voix -entrecoupée de pleurs. - ---Descendez-moi, oh! sauvez-moi? - -Il s'approcha, un sourire moqueur aux lèvres. - ---Oh! Randolph, je vous en supplie, délivrez-nous, vite, vite!... - -Il resta impassible. - ---Eh bien, Miss Ruth Dean, et vous, Miss Dolly Morton, vous voyez ce -qu'il en coûte de secourir et protéger les esclaves évadés; et -n'avez-vous pas deviné que c'est grâce à mes indications que ce supplice -vous a été infligé. J'ai fait connaître vos agissements aux lyncheurs, -et ils vous ont punies de la bonne façon. Je vous avais dit, Dolly, que -nous nous reverrions. Invisible j'ai assisté à votre jugement et à -l'exécution de la sentence. Je dois même avouer que vous avez poussé des -hurlements qui n'avaient rien d'humain mais auxquels j'ai été fort -insensible. - -Il s'arrêta pour rire à son aise et un sentiment d'épouvante me saisit. -Cet homme, non seulement ne s'était pas contenté de nous livrer aux -lyncheurs, il venait encore railler nos souffrances. - -Miss Dean m'interpella: - ---Connaissez-vous cet homme? - -Il répondit pour moi: - ---Oh! oui, elle me connaît; nous étions même très bons amis autrefois, -mais nous nous sommes disputés un jour, et elle m'a donné mon congé. Pas -vrai, Dolly? - -Je haïssais cet être sans coeur, mais la douleur avait tué en moi tout -autre sentiment. - ---Oui, oui, c'est vrai, mais pour l'amour de Dieu taisez-vous et -délivrez-nous. - -Il sourit, mais ne fit pas un mouvement. - ---Oh! m'écriai-je à moitié folle; comment pouvez-vous rester à regarder -deux malheureuses femmes qui souffrent le martyre. Vous n'avez donc pas -de coeur, pas de pitié? - ---Je ne suis pas un bienfaiteur de l'humanité moi!--répondit-il -ironiquement--et je n'ai que très peu de tendresse pour les -abolitionistes qui viennent débaucher mes esclaves; mais cependant, je -consens à faire en votre faveur exception. Si vous consentez à me -suivre, je vous aiderai à descendre. - -En entendant cette offre cynique, Miss Dean terrifiée me cria: - ---Oh! Dolly, n'écoutez pas cet homme; c'est un lâche... il profite de -vos souffrances pour abuser de vous... mais ne l'écoutez pas, ma chérie, -et supportez vos douleurs bravement. Je souffre autant, si ce n'est plus -que vous, mais jamais je n'accepterai de telles conditions, plutôt la -mort. - -Randolph éclata de rire. - ---Je n'ai nullement l'intention de vous offrir quoi que ce soit de -semblable, Miss Dean. Vous pouvez rester assise deux heures et plus sur -cette barrière sans que je m'interpose. Ce que j'ai pu voir de vos -charmes n'a rien de bien tentant. Plate comme une limande et longue -comme une perche, voilà ce que vous êtes; or, j'aime une petite femme -potelée comme Dolly. - ---Brute! lâche! s'écria Miss Ruth au comble de l'exaspération. - -Après tout elle était femme, et il lui était désagréable d'entendre -ainsi parler de ses charmes. - ---Maintenant Dolly, vous m'avez entendu; voulez-vous me suivre ce soir? - -La façon grossière dont il me fit cette question me choqua. Aussi -rassemblant le peu de courage qui me restait, je lui répondis. - ---Non, non, laissez-moi, je n'irai pas avec vous. - -Toutefois je manquais visiblement d'assurance en parlant ainsi. - ---Très bien, fit-il; vous avez encore près d'une heure à rester dans -cette position, et il est probable qu'au bout de ce temps, vous serez -terriblement endolorie. La perspective vous en sourit-elle? - -Je me mis à pleurer de nouveau, à le supplier encore de me délivrer sans -conditions; mais sans prêter la moindre attention à mes prières il -alluma un cigare et alla s'appuyer à la barrière en nous regardant d'un -air indifférent, pendant que nous nous tordions en d'indicibles -souffrances. - -Je résistai encore quelques minutes; enfin, exaspérée, à bout de forces, -sentant qu'il me serait impossible de supporter davantage cette torture -je criai à Randolph: - ---Descendez-moi... je ferai tout ce que vous voudrez. - ---Dolly, ma chérie, s'écria Miss Dean, je vous en prie, ne brisez pas -votre vie; vos souffrances seront bientôt finies; encore un peu de -courage; faites comme moi, je préférerais mourir que de céder à cet -homme. - -Elle était de l'étoffe dont sont faits les martyrs. - ---Êtes-vous tout à fait décidée, dit Randolph en posant sa main sur le -noeud de la corde. - ---Oui, oui, dépêchez-vous! - ---Oh! Dolly, ma pauvre petite, comme je vous plains, dit Miss Dean d'un -ton navré. Vous ne savez pas ce que l'avenir vous réserve. - -Puis elle baissa la tête et se reprit à pleurer. - -En un clin d'oeil, Randolph avait dénoué les cordes, et, m'enlevant dans -ses bras, me porta à la vérandah, où il me fit asseoir dans un fauteuil. -J'éprouvais à demeurer ainsi, un bien-être délicieux après les -intolérables tortures que j'avais eu à subir. Il alla me chercher un -verre d'eau que je bus avidement; j'avais la bouche sèche; de plus, -l'excès de la douleur m'avait donné la fièvre. - -Quand je fus un peu remise, je suppliai Randolph de délivrer Miss Dean. -Mais, furieux après la pauvre femme, il refusa tout d'abord. Enfin je le -priai avec une telle ardeur qu'il se laissa fléchir et me promit de la -délivrer avant de quitter la maison. - ---Maintenant, Dolly, je vais aller chercher le _buggy_. Il est au bout -de l'avenue, je ne serai donc pas long; restez tranquillement assise, et -surtout n'essayez pas de vous sauver; les lyncheurs sont aux environs, -et si vous retombiez dans leurs mains, il pourrait vous en cuire. - -L'idée de me sauver était bien loin de moi; mes membres étaient si -endoloris que je n'avais même plus conscience de l'endroit où je me -trouvais. Je m'étendis tout de mon long sur le canapé, heureuse de moins -souffrir. - -Randolph reparut bientôt; il attacha son cheval et s'approcha en disant: - ---Allons, Dolly, j'enverrai prendre vos affaires demain. Pour cette -nuit, mes femmes vous procureront le nécessaire. Pouvez-vous marcher -jusqu'à la voiture, ou voulez-vous que je vous porte. - -J'essayais de marcher, mais mes jambes se dérobaient sous moi. Il -m'enleva dans ses bras, me porta jusqu'au _buggy_ et m'enveloppa de -couvertures. Se dirigeant ensuite vers Miss Ruth, il défit les cordes -qui l'attachaient, sans s'inquiéter davantage de la malheureuse. Ma -pauvre amie descendit péniblement de son terrible perchoir, en me disant -d'un ton suppliant: - ---Dolly, n'allez pas avec cet homme, ma chérie, vous ne savez pas ce que -vous faites; il vous a arraché votre promesse au moment où la douleur -vous affolait; vous n'êtes donc pas forcée de vous y conformer, restez -avec moi, petite. - -Ma lâcheté me fit répondre en tremblant: - ---Je ne le puis; je suis en son pouvoir. - ---Oui ma fille, dit Randolph, vous êtes à ma merci, et si vous essayez -de vous dérober, vous ne tarderez pas à vous retrouver à cheval sur la -palissade. Puis se tournant vers Miss Dean, il lui dit d'un ton rude: - ---Quant à vous, vieille folle, souvenez-vous de la menace des lyncheurs; -si dans les quarante-huit heures, vous n'avez pas disparu du pays, vous -verrez à qui vous aurez affaire. - -Puis il prit place à côté de moi et cingla son cheval qui partit au -grand trot. - - - - -XIII - -DANS L'ATTENTE DU SACRIFICE - - -Tant qu'il me fut possible d'apercevoir la bonne Miss Dean, je lui -envoyai des baisers; puis lorsqu'un tournant de la route l'eut dérobée à -mes yeux, je me pris à pleurer amèrement. J'avais perdu la seule amie -que j'eusse vraiment aimée. - -Le cheval était un bon trotteur et les trois milles qui nous séparaient -de l'habitation de Randolph furent rapidement franchis. Nous arrivâmes -devant une grille de fer que deux nègres ouvrirent pour nous laisser -pénétrer dans une avenue ombragée de beaux arbres. La voiture s'arrêta -enfin devant le perron d'une élégante maison précédée d'une large -terrasse en pente douce et d'une immense pelouse très soignée au milieu -de laquelle bruissait une fontaine. - -Plusieurs nègres se précipitèrent au-devant de nous, et pendant que deux -d'entre eux s'emparaient du cheval, les autres ouvraient la porte de la -maison. - -Randolph m'enleva dans ses bras, puis, traversant un grand hall très -luxueux, me déposa dans une chambre meublée avec goût. - ---Là, Dolly, me dit-il, vous êtes maintenant chez vous, à l'abri des -lyncheurs. - -Il sonna. Une quarteronne répondit aussitôt à son appel. C'était une -grande belle femme, coquettement vêtue d'une robe de coton à ramages; -elle portait des manchettes et un col très blancs; un bonnet, remplaçant -le traditionnel madras, emprisonnait ses cheveux. - -Elle me regarda attentivement sans cependant exprimer la moindre -surprise. - ---Dinah, lui dit son maître, cette dame vient d'être victime d'un assez -grave accident. Portez-la dans la chambre rose, et soignez-la avec zèle. -Vous m'avez compris? - ---Oui, maître. - -Puis, s'adressant à moi: - ---Je vais aller dîner, ajouta-t-il, mais Dinah aura le plus grand soin -de vous; je crois que ce que vous avez de mieux à faire est de vous -coucher. Ne craignez rien, vous ne serez nullement troublée cette nuit. - -Je compris la signification de ces dernières paroles, mais je ne -répondis pas, encore trop étourdie. La rapidité avec laquelle ces -tragiques événements s'étaient déroulés m'avaient à demi troublé la -raison. Dinah vint à moi et m'enlevant dans ses bras robustes, comme -elle eût soulevé un enfant, me porta après avoir monté un immense -escalier, dans une chambre à coucher, très élégamment meublée, puis elle -m'étendit doucement sur le lit. - -Elle ferma la porte, et revenant près de moi, me regarda avec douceur: - ---Mo qu'a connaît qui vous êtes, dit-elle. Vous qu'étiez bonnes -Mam'zelles même, qu'aidez pauv' négros marrons à gagner libertés. Tous -négs connaît bien vous-mêmes, dans plantation, mais n'a pas et' neg' -dénoncé vous. Mo savé que Lynchers fotté vous joud'hui. Quoiqu'a fait à -vous? Vous fotté et assir su baton pointu? Vous dire à mo, ça qu'o -miçants fait à vous, mo bien aimer vous pour ça qu'a fait a negs -marrons. - -La sympathie de cette esclave me toucha vivement et je lui racontai en -détail toutes nos souffrances. - -Elle quitta aussitôt la chambre et revint portant un bassin plein d'eau -tiède. - ---Là, tit' coeur, mo qu'a bien soigné vous. - -Après m'avoir déshabillée, elle m'épongea, et frotta légèrement les -ecchymoses douloureuses. - ---Ça, bon pour coups, dit-elle. - -Sa compresse m'apportait en effet un grand soulagement. - -Tout en bavardant elle pansa soigneusement mes blessures, s'interrompant -pour maugréer les lyncheurs qu'elle appelait de tous les noms maudits. -Une constatation bizarre que je fis, c'est le profond mépris que -professent les nègres à l'égard des blancs qui ne possèdent pas -d'esclaves, de même que le respect mêlé de crainte envers les -propriétaires de nègres, respect qui grandissait avec le nombre -d'esclaves. - -J'ajouterai également que Dinah ne sut jamais que c'était à son maître -que nous devions les coups reçus si honteusement. - -Dinah ayant fini de me soigner, s'en fut à la commode et ouvrit un -tiroir qui, à mon grand étonnement, était plein de linge de corps d'une -extrême finesse; elle m'enleva ma chemise et me passa une robe de nuit, -après quoi elle me fit mettre au lit. - -Elle sortit et revint peu après avec un plateau chargé de différents -plats et d'une bouteille de champagne. - -Elle plaça une petite table à la tête de mon lit et y mit tout ce -qu'elle venait d'apporter. - -Peu habituée à boire d'alcool, je demandai à Dinah une tasse de thé -qu'elle me prépara immédiatement. J'étais encore très faible. Je mangeai -néanmoins de très bon appétit et ce léger repas me réconforta un peu. -J'avais momentanément presque oublié le passé, et ne me sentais pas le -courage de penser au présent, à l'avenir moins encore. - -Pendant le repas, Dinah me parla librement, mais toujours avec respect. - -Je lui demandai quelques détails sur son existence: - -Née dans la plantation même, elle s'y était mariée et y avait toujours -vécu. Son mari était mort, la laissant sans enfants, et elle ajouta avec -orgueil qu'elle était gouvernante de la maison et avait vingt femmes -sous ses ordres. - -Enfin elle se retira. - -Mon lit était large et moelleux; j'étais horriblement fatiguée, et, -cette grande lassitude aidant, je m'endormis d'un profond sommeil... - -La pendule de Saxe marquait huit heures lorsque je m'éveillai le -lendemain; tout d'abord, je fus étrangement surprise du lieu où je me -trouvais, puis, peu à peu, la foule des événements se précisèrent en mon -esprit malade: la honteuse exposition des parties les plus secrètes de -mon corps, la terrible fouettée, et la chevauchée sur la barrière: je -frissonnais en pensant à Randolph, et à la promesse que je lui avais -faite. Il pouvait venir d'un instant à l'autre. Peut-être épiait-il déjà -mon réveil, caché là à quelques pas de moi; le rouge de la honte me -rendit cramoisie; je sautai vivement hors du lit pour fermer la porte à -clé... il n'y avait pas de clé! - -Et quand j'eusse pu m'enfermer, à quoi bon pareille précaution? Un jour -ou l'autre, il faudrait bien me résigner au sacrifice inévitable. - -Toute frissonnante, je me remis au lit, avec la crainte de voir entrer -Randolph d'un moment à l'autre. Quand viendrait-il?... Peut-être dans la -journée, ou dans la nuit? Me cachant sous mes couvertures, je m'efforçai -de dormir. Impossible: toujours je voyais la face de Randolph essayant -de me sourire, ce qui me semblait l'affreuse grimace d'un satyre en -furie. - -Vers neuf heures, Dinah entra portant un plateau avec du thé et une -lettre de Randolph: il me disait avoir été appelé à Richmond pour une -affaire importante, et peut-être, ajoutait-il, y serait-il retenu cinq -ou six jours. Il avait fait prendre mes malles, et me disait de -commander à Woodlands où je me trouvais, en maîtresse absolue. - -Heureuse de ce répit inattendu, je bus mon thé et me recouchai. - -Une jeune quarteronne venait d'entrer, portant un grand bassin qu'elle -remplit d'eau froide, puis après avoir étalé tous les objets de toilette -qui pouvaient m'être utiles, elle quitta la chambre. - -Je pris mon bain et, tout en me séchant, je me regardais dans une grande -psyché; les marques de la flagellation avaient considérablement diminué, -mais mes chairs étaient toujours sensibles au toucher. J'étais encore -toute meurtrie entre les jambes, la barrière avait coupé mes chairs. Des -larmes de rage jaillirent de mes yeux quand je vis les traces du honteux -traitement que j'avais eu à subir. - -Dinah revint et m'aida à m'habiller et à me peigner, puis me conduisit -dans une chambre très confortable où deux jolies quarteronnes me -servirent à déjeuner en me regardant curieusement de leurs grands yeux -de gazelles. Ce repas terminé, Dinah vint m'annoncer que mes malles -étaient arrivées. - - - - -XIV - -FLEURS FANÉES - - -En déballant rapidement mes malles, ma pensée se reportait tout entière -vers Miss Dean. Dinah m'avait prévenue du départ de mon amie et de -Marthe, pour le Nord. - -Combien j'aurais donné pour pouvoir les suivre! L'idée de m'évader me -traversa l'esprit et je résolus de faire tout mon possible pour -l'exécuter. - -Combien Miss Dean serait heureuse de me voir revenir à elle aussi pure -que je l'avais quittée. - -Et voilà qu'en ouvrant ma dernière malle, je trouvai un bouquet de -fleurs rares que nous avions cueillies ensemble et que j'avais -conservées, quoiqu'il commençât à se faner. Oh! ces fleurs, comme j'y -tenais. Je les effleurai de mes lèvres, et mon âme tout entière -s'envolait vers Miss Dean. Toute ma vie mon remords sera d'avoir -lâchement abandonné ma bienfaitrice. Si j'avais pu prévoir la suite!... -Mais bien peu font leur existence, et nous toutes, femmes, sommes -poussées par cette force inexplicable qui nous dirige vers l'inconnu. La -douleur avait été pour beaucoup dans ma résolution, mais je dois -l'avouer, je cédai plutôt que je ne fus contrainte à suivre cet homme -que, cependant, j'exécrais. Ainsi est fait notre caractère. - -Je m'habillai complètement, me coiffai soigneusement et sortis de -l'appartement. Dans le hall qui précédait la principale porte -extérieure, je rencontrai Dinah à qui je déclarai mon intention de faire -un tour dans la propriété. - -Alors, avec des larmes dans la voix, Dinah me dit qu'elle devait -m'accompagner partout, sans me laisser m'éloigner de l'habitation. - -Mon projet d'évasion s'écroulait. Dans un mouvement de rage, je lançai -mon bouquet de fleurs fanées par-dessus la barrière--infranchissable -pour moi. - ---Va! m'écriai-je, que le vent emporte ma dernière espérance. Miss Dean, -nous sommes à jamais séparées. Puisse la brise te porter mes regrets et -un peu de l'amour que je ne cesserai jamais d'avoir pour toi. - -Puis, étendue sur une banquette, je me pris à sangloter. - -Peu à peu, je me calmai, et Dinah, dans l'espoir de me distraire, me -proposa de me faire visiter la maison. - -J'acceptai son offre et nous nous promenâmes dans toute l'habitation. Je -fus surprise du luxe qui s'étalait partout. Il y avait une vingtaine de -chambres, toutes admirablement meublées, chacune dans un style -différent. Je parcourus successivement plusieurs boudoirs, de vastes -fumoirs, une merveilleuse salle de billard, et une grande bibliothèque -remplie de livres de toutes sortes; deux corridors et deux larges -escaliers donnaient accès dans toutes ces pièces. - -Ainsi que me l'avait dit Dinah, elle avait sous ses ordres vingt -servantes, toutes portant le même costume: une robe de coton à ramages, -un tablier blanc, un col, des manchettes et sur la tête un élégant -bonnet. Les filles affectées aux cuisines étaient des noires ou des -mulâtresses, mais toutes les femmes de chambre étaient quarteronnes ou -mistis; elles pouvaient avoir de dix-huit à vingt-cinq ans; toutes -étaient fort jolies et deux mistis surtout étaient réellement belles. -Plusieurs enfants couraient dans les appartements, mais je n'aperçus pas -un seul homme. - -J'allai ensuite me promener seule dans les jardins qui étaient -entièrement entourés de grilles de fer; la seule entrée était la grande -avenue par laquelle j'étais arrivée, la veille avec Randolph. J'errai à -l'aventure pendant longtemps, mais je remarquai toutefois que les nègres -employés au jardinage ne me quittaient pas des yeux, et surveillaient -mes moindres mouvements. Je voulus m'assurer que j'étais vraiment -prisonnière et je m'avançai vers la grille que j'essayai d'ouvrir. Deux -noirs s'approchèrent immédiatement et l'un d'eux me dit: - ---Ou pas poué allé. Nous qu'a gagné ordre de Massa pas laissé ou sorti. - -Je retournai tristement dans ma chambre que j'examinai soigneusement -pour la première fois. Elle était ravissante, tendue de rose et de -blanc. De larges fenêtres ouvraient sur un jardin. L'ameublement très -soigné et intime, ressemblait quelque peu à celui d'un boudoir. De très -larges fauteuils et une table carrée la garnissaient principalement. - -Roulant un fauteuil près de la fenêtre, et m'y allongeant, je -m'abandonnai à mes pensées. - -Que Randolph était donc cruel de nous avoir livrées aux lyncheurs et de -m'avoir arraché mon consentement par des souffrances horribles. - -Oh! pourquoi n'avais-je pas eu le courage de supporter bravement, comme -Miss Dean, les tourments que ces brutes nous avaient infligés. En -quelques heures, j'eusse été sur la route de Richmond. Je comparai ma -position avec celle de mon amie; elle était bien tranquille maintenant; -dans deux jours, elle serait en sûreté à Philadelphie, tandis que je -resterai à Woodlands, prisonnière d'un monstre qui me prendrait comme -jouet de toutes ses fantaisies. - -La matinée s'écoula ainsi, et vers une heure, Dinah vint m'annoncer que -le lunch était prêt. - -Après m'être légèrement restaurée, je rentrai dans la bibliothèque et je -cherchai dans la lecture l'oubli momentané de ma triste situation. A -sept heures, je fus appelée pour le dîner, un dîner meilleur et mieux -servi que ceux auxquels j'étais accoutumée, Miss Dean vivant très -simplement. Deux quarteronnes, Lucie et Kate servaient à table, et -Dinah, toujours majestueuse, faisait le service. - -Je fis un très bon repas; j'avais réellement faim, et comme j'étais bien -portante, mon appétit, malgré tout ce que j'avais eu à subir, ne perdait -pas ses droits. - -J'allai ensuite m'étendre sur un canapé, dans un petit salon attenant à -la salle à manger. Les lampes en furent allumées, les rideaux tirés, et -je m'installai très confortablement pour lire. La soirée me parut -longue, et je me décidai enfin à me coucher. Dinah me déshabilla et je -me glissai entre les draps. Je ne tardai pas à dormir d'un profond -sommeil. - -Mon esprit versatile et léger--j'étais si jeune!--ne me rappelait plus -ma triste situation, et c'est après des rêves enchanteurs que je -m'éveillai, le lendemain, fraîche et disposée, comme s'il ne s'était -rien produit dans le cours démon existence... - - - - -XV - -LA FIN D'UN RÊVE - - -Quatre jours s'écoulèrent, tranquilles, monotones. - -J'oubliais presque Randolph, lorsqu'un matin Dinah, en m'apportant mon -déjeuner me dit avoir reçu une lettre de son maître; il annonçait son -retour pour le soir, et lui recommandait de préparer un très bon dîner. -Je me dressai, regardant fixement Dinah. J'étais terrifiée de savoir si -proche le moment redouté. Eh quoi, déjà! Je m'accoutumais à la nouvelle -vie que je menais, et c'était pour moi un coup terrible que je -pressentais, tel le bras qui vous secoue pendant votre sommeil et -interrompt un beau rêve. - -C'était maintenant la réalité, l'heure fatale et maudite qui approchait, -l'heure où il faudra me donner tout entière à l'homme que je haïssais le -plus au monde, n'éprouvant pour lui qu'une répulsion qui me semblait en -ce moment ne jamais vouloir s'atténuer. - -Je me levai et m'habillai machinalement; il me fut impossible de -déjeuner, et toute la journée j'errai mélancoliquement d'une chambre à -l'autre, la tête pleine de pensées tristes. - -J'étais déjà épouvantée par les événements que j'entrevoyais. - -Maintenant, je n'avais plus d'espoir d'échapper au satyre qui guettait, -depuis trop longtemps, sa malheureuse proie. - -Vers cinq heures, j'étais assise dans ma chambre, lorsque Dinah entra, -suivie d'une quarteronne qui portait un tub. Elle le plaça au milieu de -la pièce, le remplit d'eau chaude, puis elle sortit, me laissant seule -avec Dinah. J'avais déjà pris mon bain, et je me demandais pourquoi -cette fille me rapportait le tub rempli d'eau chaude; je n'avais pas -l'habitude de prendre de bains chauds, et j'en fis la remarque à Dinah. - ---Mo, mamzel, me répondit-elle, mo savé vou même faitement propre, Maît' -dans lette, ma dé mo baillé à vous bain pafumé; si mo pas complir, li -baillé mé fessée. - -Je rougis d'indignation, et j'étais profondément humiliée. On purifiait -la victime et on la parfumait avant le sacrifice. Dinah n'y pouvait -rien; elle avait reçu des ordres auxquels elle ne pouvait que se -conformer. Je lui permis donc de me laver. - -Elle parut rassurée et se mit immédiatement à parfumer le bain. Elle y -versa le contenu d'une petite fiole, puis un paquet de poudre blanche -qui fleurait délicieusement la rose, après quoi, elle remua l'eau -jusqu'à ce que la poudre fût complètement dissoute. - -J'appris par la suite que cette préparation était en usage dans les -harems d'Orient et donnait à la peau un velouté exquis. - -Lorsque tout fut prêt, elle me déshabilla et me passa l'éponge sur tout -le corps, vantant en même temps l'harmonie de mes formes et la blancheur -de ma peau. - -Puis elle me sécha avec des serviettes très douces et me massa de la -tête aux pieds, froissant légèrement la chair entre ses doigts. Mon -corps devenait extrêmement souple, et ma peau devenait d'un blanc -laiteux immaculé. - -Dinah m'habilla ensuite, portant ses plus grands soins aux linges de -dessous. Elle me passa une chemise garnie de guipures et de rubans bleus -et blancs, puis un pantalon avec des dentelles roses. Une paire de bas -de soie blanche me fut attachée au-dessus du genou avec d'élégantes -jarretières de satin bleu, ornées de boucles d'argent. - -Lorsque j'eus aux pieds mes plus fins souliers, elle me fit mettre mon -corset qu'elle sangla fortement et, finalement, me passa une délicieuse -robe blanche. Elle m'avait fait une coiffure très haute qui me seyait à -merveille. Ces préparatifs achevés, elle recula de quelques pas et, -satisfaite sans doute de son examen, elle s'écria: - ---Vous très belle, li Massa li content y baillé moi compliments. - -Dinah savait très bien dans quel but elle m'avait ainsi parée, mais elle -ne comprenait pas pourquoi j'étais si émue. - -Elle n'était pas vertueuse, et comme toutes ou presque toutes les femmes -de couleur, elle était de moeurs faciles et d'idées peu austères. De -plus, je crois qu'elle m'estimait heureuse d'avoir attiré l'attention du -maître, qui était à ses yeux un très important personnage. - -Ces apprêts terminés, elle me fit descendre dans le salon, pour attendre -l'arrivée de Randolph. - -Je m'installai dans la grande pièce, brillamment illuminée pour cette -circonstance et, à peu près résignée à mon sort, j'attendis le coeur -gros l'homme qui allait me ravir ma virginité. - - - - -XVI - -AMANT ET MAITRESSE - - -J'étais assise dans le salon, prêtant l'oreille au moindre bruit. Si -j'avais éprouvé à l'égard de Randolph le moindre sentiment de tendresse, -ma peine eût été moins amère, mais je le haïssais cordialement. - -J'entendis bientôt le roulement d'une voiture qui s'arrêtait devant la -terrasse, puis une porte qui s'ouvrait. Mon coeur commença à battre -violemment, mais mon énervement ne ressemblait en rien à celui d'une -jeune fille qui attend son amant. Quelle singulière position était la -mienne; j'étais partagée entre la crainte de revoir Randolph et le désir -d'en finir au plus tôt. - -Enfin il entra. Il était en costume de soirée. Venant à moi, il me prit -les mains et m'embrassa sur les lèvres. Je frémis de tout mon être; il -me regardait longuement et attentivement, pendant que, les yeux baissés -et toute rougissante, j'attendais qu'il m'adressât la parole. - ---Vous êtes tout simplement ravissante, Dolly, dit-il après un long -silence. Votre robe vous sied à ravir, mais à l'avenir, il faudra mettre -une toilette décolletée pour le dîner. - -Il me considérait déjà comme sa propriété. - ---Je n'en ai pas, murmurai-je en manière d'excuse sans oser lever les -yeux. - ---Vous en aurez bientôt plusieurs, reprit-il en souriant. Maintenant, -dites-moi, avez-vous été bien soignée durant mon absence? Dinah a-t-elle -bien veillé sur vous et les domestiques ont-ils été respectueux? - -Je n'avais certes pas eu à me plaindre, et, sans les tristes idées que -j'avais en tête, j'aurais pu me trouver très heureuse. Je lui répondis -donc que Dinah avait été très bonne et que les domestiques s'étaient -montrés envers moi attentifs et pleins de déférence. - ---C'est heureux pour eux, et, s'il en avait été autrement, il leur en -eût cuit, depuis Dinah jusqu'à la dernière des filles de cuisine. - -Ses paroles me révoltèrent un peu. Il me semblait qu'il eût pu éviter de -faire allusion à des corrections dont je ressentais encore légèrement la -douleur. - -Il m'adressa encore quelques questions sans importance et une des femmes -vint annoncer que le dîner était servi. - -La table était couverte de fleurs, le linge et la verrerie étaient d'une -grande richesse. - -Sur le grand buffet d'acajou brillait la lourde argenterie qui -appartenait à la famille des Randolph depuis plusieurs générations. -C'était la première fois depuis mon arrivée que l'on servait le dîner -dans la vaisselle plate. - -Randolph parlait gaîment, mangeant de bon appétit et sablant le -champagne avec une aisance sans égale. Je ne touchais que du bout des -lèvres aux nombreux mets servis et ne répondais que par monosyllabes. - -Randolph, dans l'espoir de m'animer, essaya de me faire boire une coupe -de champagne, mais le vin me monta à la tête et ne fit que m'étourdir au -lieu de m'exciter. - -Il n'insista plus pour m'en faire boire. Le repas terminé, nous passâmes -au salon et Randolph alluma un cigare. - -Il avait appris à Richmond que Miss Dean était arrivée saine et sauve à -Philadelphie, et il ajouta en riant bruyamment: - ---Je ne pense pas que l'élégante quakeresse recommencera de sitôt à -diriger une _station souterraine_. Par Dieu, elle a reçu une terrible -fouettée; j'imagine qu'elle en portera toujours les marques; Quant à -vous, Dolly, vous n'aurez pas de cicatrices, votre peau n'ayant pas été -coupée. - -Vers dix heures, il se leva, et, me prenant par la taille, essaya de -m'entraîner. Je fis un dernier appel à sa pitié: - ---Je vous en supplie, monsieur Randolph, épargnez-moi, lui dis-je en -joignant les mains. - -Sa figure changea brusquement et ses traits prirent une expression de -colère qui m'effraya. - ---Dolly, me répondit-il durement, n'insistez pas; vous savez ce que vous -m'avez promis, et je suppose que c'est une affaire terminée. - ---Oh! je vous en prie, rendez-moi ma parole. Vous savez bien que j'étais -à demi folle de douleur lorsque je vous ai promis ce que vous me -demandiez. Soyez généreux et laissez-moi partir... - ---Écoutez, m'interrompit-il brusquement, tout ce que vous pourrez me -dire est inutile. Vous êtes en mon pouvoir, à ma discrétion, et, certes, -je ne vous rendrai pas votre parole. Si vous ne consentez pas à me -suivre de plein gré, j'emploierai la force. M'avez-vous bien compris? - -Ma dernière chance de salut s'évanouissait et ses menaces -m'épouvantaient. Toute résistance devenait inutile et la soumission -était obligatoire. C'est en sanglotant et baissant la tête que je -murmurai: - ---Je suis prête à vous suivre. - -Oh! combien ces mots me coûtèrent. Randolph me prit le bras et me -conduisit à ma chambre sans ajouter une parole. - - - - -XVII - -NUIT D'ÉPREUVE - - -Randolph avait fermé la porte, et, se tournant vers moi, me dit: - ---Voyez-vous, belle Dolly, je suis très heureux que vous soyez revenue à -de bons sentiments. J'eusse été très fâché d'employer la violence à -votre égard. - -Me faisant tenir debout devant la glace, il défit vivement les boutons -de mon corsage et les cordons de ma jupe, puis en un clin d'oeil, fit -sauter mon corset. Il défit ensuite mes jupons et mes pantalons et -m'enleva mes bas. Je me trouvais donc complètement déshabillée devant -lui, n'ayant que ma chemise sur le corps, et, je l'avoue, malgré ce -dernier vêtement, je me sentais rougir de honte. Quelle angoissante -position pour une femme qui était encore une jeune fille! et je savais -bien que les femmes, dans tous les temps et dans tous les pays du monde, -qui ont passé par ces épreuves n'en étaient pas mortes. - -Puis, soudain, comme si le dernier voile qui me restait et me couvrait -mal, l'eût impatienté, il me l'enleva et je me trouvai complètement nue -devant cet homme. Je fermai les yeux, mais les larmes perlèrent sous mes -paupières et coulèrent lentement sur mes joues. Cependant Randolph ne -cessait de parler. - ---Comme vous êtes belle et bien faite, murmurait-il. Combien vos formes -sont élégantes et pures! - -Une autre femme eût peut-être été heureuse de ces compliments, mais -j'étais trop honteuse et ne prêtais que peu d'attention à ces paroles; -je désirais ardemment la fin de ce supplice. - -Enfin, Randolph m'avait étendue sur le lit. Me serrant dans ses bras, il -m'étouffait de baisers... - -Je ne me soucie pas de savoir comment les autres femmes se sont tirées -d'affaire en cette pareille circonstance. Pour moi, je la trouvai si -bestiale et douloureuse que, dans ma naïveté, je me crus victime d'un -abominable attentat. Je ne ressentis pas la plus fugitive sensation -voluptueuse. Rien que de la douleur. - -Toutes les femmes ont passé par là; je le sais et aucune pourtant ne -s'en est plainte: la preuve en est qu'elles y retournent. - -Néanmoins, je n'éprouvai que du dégoût et mon aversion pour Randolph ne -fit que d'augmenter. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Je me réveillai le lendemain matin, courbaturée. Randolph, lui, donnait -toujours profondément. - -J'étais triste et découragée, et mes pensées n'étaient pas précisément -gaies. - -Après avoir longuement réfléchi sur mon affreuse situation, je crus que -le mieux était de rester à Woodlands, pour quelque temps du moins, et de -faire contre fortune bon coeur. Je résolus donc de tirer le meilleur -parti de la situation. - -J'en étais là de mes réflexions, lorsqu'on frappa à la porte: c'était -Suzanne, l'une des femmes de chambre, qui apportait le thé. Elle plaça -son plateau sur une table près du lit; elle me regardait sans la moindre -expression d'étonnement ou de curiosité, mais je me sentis toute -honteuse de me trouver couchée avec un homme en présence de cette fille, -et je rougis malgré moi. - -Elle mit un peu d'ordre dans ma chambre, ramassant mes vêtements que -Randolph avait jetés à la volée par toute la pièce. Puis elle prépara le -bain et se retira. - -Je me levai, puis une fois habillée, je descendis dans le jardin, afin -de m'asseoir dans un coin solitaire où je pusse réfléchir à mon aise. - -Après tout ce que j'avais eu à subir, j'étais heureuse de me retrouver -un instant seule; la sérénité du ciel, l'air frais du matin, le doux -arôme des fleurs et le clair soleil qui montait à l'horizon, eurent pour -effet de calmer un peu la surexcitation de mes nerfs. Je me sentais -toute alanguie et je restai étendue à l'ombre jusqu'à l'heure du -déjeuner. - -Après le repas, Randolph s'éloigna et Dinah entra, m'apportant un panier -de clés, en me demandant respectueusement mes ordres pour la journée. Je -remarquai qu'elle ne m'appelait plus Mamzelle, mais Maîtresse. - -Comme je n'avais nullement l'intention de me donner la peine de -surveiller la gestion d'une maison aussi importante que Woodlands, je -priai Dinah de garder les clés et de continuer à diriger tout comme -auparavant. - -Elle parut très heureuse de ma résolution, et, reprenant fièrement son -panier, elle partit toute joyeuse. - -Je passai l'après-midi sur un divan à lire tranquillement et je ne revis -Randolph qu'au dîner. - -Mon appétit était revenu; je fis honneur aux excellentes choses qu'on -nous servit et je bus une ou deux coupes de Champagne. Je trouvai, cette -fois, ce vin délicieux; il ne tarda pas à agir et me monta même -légèrement à la tête. - -A onze heures, nous nous mîmes au lit et cette nuit se passa plus -agréablement que la précédente. - - - - -XVIII - -PASSE-TEMPS AGRÉABLES - - -Plusieurs semaines s'écoulèrent. J'étais confortablement installée à -Woodlands, et je commençais à me faire à ma nouvelle vie, m'efforçant -même de chasser toute préoccupation d'avenir. - -Randolph avait pris, pour mon service, la meilleure couturière de -Richmond, et, grâce à ses soins empressés, ma garde-robe était au -complet. J'avais quantités de toilettes de ville et de soirée, du linge -très fin orné de dentelles de prix. - -Il m'avait aussi fait faire un costume d'amazone et me donnait des -leçons d'équitation. - -Randolph, très généreux, m'avait offert de nombreux bijoux; c'était, -d'ailleurs, un parfait gentleman possédant une brillante instruction. -Malheureusement un libertinage invétéré gâtait ses bonnes qualités; -j'eusse voulu mon amant plus sage. - -Toutes les femmes de sa plantation lui étaient passées par les mains. Il -n'avait néanmoins aucun égard pour elles; elles étaient ses esclaves et, -pour la moindre faute commise, il les faisait fouetter ou les fouettait -lui-même sans pitié. - -Il en était de même avec moi, corrections exceptées, bien entendu. Il me -répétait souvent que j'étais jolie, et ne se lassait pas de me -contempler. Il ne m'aimait pas, il m'admirait. J'étais obligée de me -plier à toutes les fantaisies que son cerveau surexcité lui commandait, -d'agréer toutes ses fantaisies lubriques. - -Son grand amusement était de me varier mes costumes. Il me prenait en -robe de soie, robe de ville ou de soirée, dans toutes les positions qui -lui traversaient l'esprit. - -Du jour de mon entrée dans la maison, il délaissa complètement les -servantes pour s'occuper exclusivement de moi. Au fond j'aurais préféré -qu'il me laissât un peu plus tranquille. - -Peu à peu, cependant, je finis par m'habituer à lui et à l'appeler par -son prénom, Georges. Il était toujours très doux avec moi, quoique -parfois de très mauvaise humeur. - -A cause de son incorrigible libertinage, Randolph, bien qu'appartenant -comme je vous l'ai dit, à l'aristocratie de la Virginie, n'était pas -invité dans la société. Aussi il ne venait jamais de dames à Woodlands -et, quand il recevait, il n'y avait que des hommes à table. Je -m'asseyais alors en face de lui à la place d'honneur. A l'occasion de -ces fêtes, toutes les femmes de la maison étaient vêtues de noir, avec -le col et les manchettes blanches, et de jolis bonnets sur la tête. - -Malgré toute la licence accordée à ses invités, aucun d'eux ne me manqua -jamais de respect, personne n'essaya de prendre la moindre privauté. -Tous me traitaient comme la dame de la maison et, comme on savait que -Randolph était très violent et tirait admirablement au pistolet, arme -dont il était d'ailleurs constamment prêt à se servir, aucun d'eux ne se -serait jamais avisé de me parler trop familièrement. - -Le temps pourtant s'écoulait sans événements notables; j'étais toujours -très bien portante, et ne m'ennuyais pas. J'avais quantité de livres à -ma disposition: je montais à cheval tous les jours, tantôt seule, tantôt -avec mon amant. Souvent même, nous faisions de longues promenades en -voiture. - -De temps à autre, nous allions passer quelques jours à Richmond; c'était -là pour moi de vraies parties de plaisir. - -Nous descendions dans le meilleur hôtel et nous allions tous les soirs -au théâtre ou dans un café concert quelconque. Je n'avais jamais été au -spectacle avant de vivre avec Randolph, et je fus prise d'une grande -envie de me faire actrice. - -Je m'en ouvris à Georges que la singularité de mon désir égaya beaucoup, -mais il me déclara qu'il ne voulait plus entendre parler de cela. - -Lorsque nous étions à Woodlands, je me promenais toute la journée dans -la plantation qui, très importante, comprenait plus de deux cents -nègres, tous employés à la culture du coton. - -Randolph était assez bon pour eux; il les nourrissait bien et n'exigeait -qu'un travail proportionné à leurs forces; en revanche il ne leur -pardonnait pas la moindre faute: aussi la courroie, la baguette et la -batte ne chômaient-elles guère. - -Les esclaves étaient répartis en trois quartiers. Le premier était -réservé aux couples mariés, le second aux hommes seuls et le troisième -aux filles. - -Mais, aussitôt le travail terminé, ils se réunissaient pour danser et -chanter en s'accompagnant de tambourins. Naturellement, les registres de -naissance que Randolph tenait soigneusement, accusaient une notable et -continuelle augmentation dans la population. - -A la maison, la discipline était toujours maintenue par Dinah, et, quand -une fille faisait mal son service ou lui manquait de respect, elle était -impitoyablement menée à Randolph qui ne tardait pas à lui faire -regretter un moment de négligence. Souvent j'entendais les cris des -coupables, mais jamais je n'assistais à l'exécution d'une punition. - -Je crois vous avoir dit que j'avais pour femme de chambre une misti du -nom de Rosa. Cette fille avait été avant mon arrivée la favorite de -Randolph qui l'avait complètement délaissée depuis mon installation. -Rosa en conçut un vif ressentiment à mon égard. - -Elle manifesta les premiers jours sa jalousie en faisant très mal son -service et en affectant pour moi des airs impertinents. Je savais que si -je me plaignais à Randolph le châtiment serait sévère et je résolus de -patienter. - -Rosa était très belle fille; âgée d'environ vingt ans, elle était -grande, à peine plus foncée de peau qu'une brune des pays chauds. Son -corps était bien proportionné; ses mains fines n'avaient jamais été -déformées par un travail pénible et ses cheveux non crêpés lui tombaient -plus bas que les reins. Sa voix était mélodieuse, mais un peu traînante, -et elle se servait du langage petit nègre en parlant. - -Un matin qu'elle m'aidait à ma toilette, sa mauvaise humeur éclata: elle -se mit à me brosser les cheveux si rudement que je lui en fis -l'observation, mais sans y prendre garde, elle les tira plus violemment -encore en disant: - ---Ça pas occupation moi-même, brossé bourré vous-même. Vous béqué eré -que paque tine la peau blanche, vous êtes belle bitin, vous femme, pas -meilleur comme mo, vous pas femme à Massa, y vous qui tini coucé toutes -les nuits avec lui-même. - -Rouge de colère, je lui ordonnai de quitter la chambre, ce qu'elle fit -en ricanant. - -Les larmes me vinrent aux yeux et j'eus conscience de mon abaissement. -Il était dur après tant de malheur de s'entendre parler de la sorte par -une esclave. Mais, après tout, elle avait dit la vérité: je ne valais -pas mieux qu'elle. - -J'achevai de m'habiller seule, et je descendis. Randolph remarqua mes -yeux rouges. - ---Qu'avez-vous, Dolly? me demanda-t-il. - ---Oh! rien; Rosa a été un peu impertinente avec moi. - -Ma réponse ne le satisfaisant point, il insista et je lui racontai toute -la scène, intercédant pour Rosa qui, ajoutai-je, avait toujours été très -polie avec moi. - ---Je lui parlerai tout à l'heure, dit Georges, et il continua -tranquillement de déjeuner. - - - - -XIX - -AMOUR ET BASTONNADE - - -J'avais oublié la scène qui s'était passée et, le repas fini, je passai -dans la bibliothèque afin de lire les journaux pendant que Randolph -fumait un cigare. - -Au bout d'un instant il sonna. Une des femmes, nommée Jane, répondit à -son appel. - ---Allez me chercher Rosa et Dinah, lui dit son maître, et revenez avec -elles; j'ai besoin de vous trois ici. - -Elles arrivèrent ensemble quelques minutes après. - -Georges se leva de son siège et, se tournant vers Rosa qui paraissait -épouvantée, il s'écria: - ---Ah! vous voilà, insolente; comment osez-vous parler sur un ton -semblable à votre maîtresse? Chienne que vous êtes! Croyez-vous que -c'est parce que j'ai eu des bontés pour vous, que je vous laisserai -insulter une dame blanche. C'est ce que nous allons voir. - -Terrifiée, Rosa pâlit, autant que le permettait son teint bronzé; elle -éclata en sanglots et, se tournant vers son maître, s'écria en joignant -les mains: - ---Lagué mo, lagué mo, Massa, pas fotté moin, mo qu'a mandé pardon; puis, -se tournant vers moi, elle me lança un regard suppliant. - -Je ne voulais pas que cette malheureuse fût fouettée; aussi -intercédai-je vivement en sa faveur auprès de Randolph. Mais il ne se -laissa pas fléchir. - ---_Enlevez-la_, dit-il en se tournant vers Dinah. - -Celle-ci, s'avançant vers Rosa, la saisit par les poignets, et, faisant -demi-tour, l'enleva sur ses épaules larges en se penchant fortement en -avant. Les pieds de la coupable quittèrent le sol, et elle se trouva -courbée en deux sur le dos de Dinah. - -Je ne tenais pas à voir le supplice et je me dirigeai vers la porte. - ---Restez ici, je le veux, dit impérieusement Randolph. Levez les jupons, -Jane, ordonna-t-il, et faites attention de bien les tenir hors de la -portée de la badine. - -Ainsi fut fait. Rosa avait la peau très lisse; ses jambes bien moulées, -dans des bas de coton blanc très propres, elle portait comme jarretières -des noeuds de rubans bleus, et était chaussée de jolis souliers. -Randolph alla chercher une badine dans un cabinet voisin, puis revint en -disant: - ---Je vais maintenant vous apprendre le respect dû à vos maîtres; il y a -longtemps que vous n'avez été fouaillée, mais je vais vous remuer le -sang convenablement. - -Rosa n'avait pas soufflé mot pendant ces préparatifs, mais à présent, -elle tournait la tête vers son maître, et l'implorant: - ---Oh! Massa, vous qu'a pas baillé fotté, fot a Rosa même. - -Il commença de fouetter la malheureuse, frappant lentement et posément. -La fille frémissait, jetant les jambes en l'air pour essayer d'échapper -au terrible contact de la badine, puis elle se mit à crier et à supplier -son bourreau. - ---Oh! Massa, Massa, plus baillé flonflon, Massa qu'a baille top fot, oh! -ché doudou qu'assez! - -Le coudrier continuait à strier ses chairs, lui arrachant de longs cris. -Sa peau était très fine pour une femme de couleur; elle devait sentir -cruellement la douleur. - -Randolph s'arrêta enfin. La coupable fut remise sur pieds, sanglotant. - ---Là, Rosa, lui dit son maître. Vous n'avez pas à vous plaindre; je n'ai -pas été sévère aujourd'hui, mais faites attention à vos paroles, car si -j'apprends de vous la moindre impertinence, vous ne vous en tirerez pas -aussi légèrement. - -Rosa, toujours pleurant, quitta la chambre avec les deux femmes. - -Nous restâmes tous deux seuls. - ---Je crois, me dit Randolph, que maintenant vous n'aurez plus à vous -plaindre d'elle, mais si elle recommençait faites-le-moi savoir. - ---Oh! Georges, répondis-je, comment avez-vous pu fouetter ainsi cette -malheureuse, surtout après avoir eu des relations avec elle; elle est -jolie, et c'est mal à vous. - -Il se mit à rire. - ---Oui, vous avez raison, je l'ai _eue_ souvent et je l'aurai encore si -l'envie m'en prend, mais je ne l'en fouetterai pas moins si elle se -conduit mal et si elle en a besoin. Ce n'est qu'une négresse, malgré sa -peau claire, et vous, incorruptible abolitioniste, ne savez ni ne voulez -comprendre le peu de cas que nous faisons de nos esclaves. Leur corps -nous appartient, et nous sommes libres d'en faire ce que bon nous -semble. Pour mon compte, je fais plus de cas de mes chevaux et de mes -chiens que de mes nègres. - -Je croyais connaître Randolph, mais cette dernière remarque m'indigna. -Je m'abstins pourtant de toute observation. - -Lorsque je montai m'habiller pour dîner, je trouvai Rosa dans ma -chambre; elle paraissait très humble et très soumise. J'eus pitié -d'elle, car je savais combien les coups de badine étaient douloureux. - ---Je regrette que vous ayez été battue, Rosa, lui dis-je; le fouet vous -a-t-il fait très mal? - ---Oh, que oui, maîtresse, l'a qu'a fessée, qu'a fait gand mal a mo. Li -maît jamais qu'a baillé me fessade si fot, Dinah qu'a mo bandé tant coum -gaisse à possuc. Ma ça qu'a faire toujours gand mal. - -Elle m'aida à m'habiller, et depuis ce jour, je n'eus plus jamais lieu -de me plaindre d'elle. - - - - -XX - -HEURES DE DÉSOEUVREMENT - - -Trois nouveaux mois passèrent; je vis bien des choses curieuses, mais je -ne veux pas allonger mon récit, ou plutôt ma confession. - -Randolph donnait toujours à ses amis des dîners ou parties amusantes et -parfois fort libres. N'eut-il pas l'idée, un jour qu'il avait dix -convives, de vouloir les faire servir par dix esclaves nues! Cette -fantaisie m'épouvanta. - ---Oh! Georges, m'écriai-je, vous ne ferez pas une chose pareille? Ce -serait trop honteux. - ---Mais si, certainement, répondit-il en riant; comment, Dolly, vous -rougissez; je croyais pourtant bien que vous étiez guérie de votre -timidité. - ---Mais votre idée est absolument insensée. Si vous voulez agir ainsi, au -moins, ne m'obligez pas à rester à votre table; ma position entre dix -hommes environnés de femmes nues serait trop horrible! - -Hélas! il me fallut consentir à cette lubrique fantaisie d'un cerveau -que je commençais à considérer comme malade. - -Le repas eut lieu, ainsi que l'avait voulu Randolph, et, mourant de -honte, je me retirai dans ma chambre, pour ne pas voir ce qui allait -inévitablement se passer. - -Quelques jours après cette scène, Randolph m'annonça qu'il était dans -l'obligation de partir à Charlestown pour affaires et ordonna à Dinah de -lui préparer sa valise. Avant de s'éloigner, il me fit plusieurs -recommandations et me donna le contrôle de toute la maison, en -m'exonérant cependant de la surveillance de la plantation: je devais -également laisser les majordomes absolument maîtres du travail. - -Il ajouta que si l'une des femmes commettait quelque faute, je pourrais, -avec l'aide de Dinah, la fouetter moi-même, ou, si je le préférais, -l'envoyer à un des surveillants avec une note spécifiant quel instrument -devait être employé pour la correction: la baguette, courroie, ou batte. - -Je lui promis de faire tout ce qu'il me disait, mais, à part moi, je -comptais bien ne pas fouetter ou faire fouetter une seule femme sous -quelque prétexte que ce fût. Certes, il est bon parfois de fustiger -doucement un enfant, mais l'idée de frapper rudement une femme me -répugne profondément. - -Randolph parti, je me sentais heureuse d'être libre d'agir à ma guise, -sans avoir à subir les ordres d'un maître, car Randolph était moins mon -amant que mon maître. - -Le temps passa tranquillement. Dinah était très attentive et les femmes -se conduisaient parfaitement. Je passais mes journées à lire et à monter -à cheval. Randolph m'en avait donné un très doux, car j'étais toujours -fort nerveuse. - -Nous étions à l'époque de la récolte du coton. Cet ouvrage était fait -par des femmes qui étaient obligées, sous peine de punition, d'en -récolter un certain poids par jour. Elles se réunissaient à la fin de la -journée et un surveillant, un carnet à la main, pesait leurs paniers. Si -le poids était insuffisant, la femme était fouettée avec la courroie qui -produisait une forte douleur sans abîmer la peau. - -J'ai entendu dire à un surveillant qu'on pouvait fouetter une négresse -pendant une demi-heure avec la courroie, sans en tirer une goutte de -sang. - -Nous avions alors soixante-dix femmes employées à ramasser le coton, et -tous les soirs, quatre ou cinq recevaient la fouettée. Cette coutume -n'était pas particulière à notre habitation, mais tous les planteurs de -la Virginie agissaient ainsi. Les majordomes surveillant les travaux des -champs étaient chargés du soin de punir les négresses, et toutes les -plus jolies travailleuses leur passaient entre les mains; ils n'en -avaient pas plus de pitié pour cela; leurs attributions comprenant les -fustigations, c'est presque machinalement qu'ils les exerçaient. - - - - -XXI - -EXISTENCE TRANQUILLE - - -Cependant, je continuais à mener une existence que l'absence de Randolph -rendait fort calme. - -Peu à après son départ, je reçus une lettre de Georges m'annonçant que -ses affaires n'étaient pas terminées, et qu'il comptait rester encore -quelques semaines à Charlestown. La nouvelle ne m'émut guère. Je -n'aimais pas mon amant et j'étais heureuse d'avoir un peu de -tranquillité. - -Le même jour, après le déjeuner, j'étais dans la bibliothèque, quand -Dinah entra, l'air fort contrarié; elle me raconta que, depuis le départ -du maître, Emma, une fille de cuisine, faisait très mal sa besogne, et -restait insensible à toutes les observations. Puis Dinah me demanda si -je voulais la fouetter moi-même. - ---Non, répondis-je, je ne puis faire cela. - ---Lors, vous ça ka la mandé a majordome. - ---Non, pas davantage. - -Dinah me regarda très surprise. Elle ne pouvait comprendre pourquoi je -ne voulais ni battre la fille ni l'envoyer au majordome. - ---Oh! maîtresse, dit-elle, mo ka faire? si vous ka pas baillé fouetté a -canaille négesse la, toutes autes bouguesses dans maisons tant comme, li -van mal corresponde a mo même, y moi ka pas pouvoi tini ordre, dans -habitation. - -Je ne pus m'empêcher de rire en entendant la façon méprisante avec -laquelle Dinah parlait des drôlesses noires. Esclave elle-même et -passible du fouet pour la moindre faute commise, elle avait une haute -idée de sa propre importance et de sa position de femme de charge de -Woodlands. - ---Attendez le retour du maître, lui dis-je, alors vous vous plaindrez -d'Emma et vous la punirez. - -Dinah était fort mécontente et me fit observer que si je ne voulais pas -fouetter la femme avec une badine, je pouvais le faire sur mes genoux -avec une pantoufle. Mais je lui refusai cette dernière satisfaction, et -elle partit furieuse en grommelant contre mon indulgence pour «catin -négesse». - -Une semaine se passa. Une belle après-midi, j'étais partie avec un -livre, m'installer dans un endroit paisible des jardins, auprès d'un -joli lac couvert de nénuphars et environné de bosquets. Sur la berge -était construite une petite maison toute chargée de plantes grimpantes, -et meublée de chaises longues en osier, et d'une petite table ronde. - -En approchant, j'entendis des éclats de rire, et j'aperçus deux galopins -fort occupés à jeter des pierres à quelque chose qui remuait dans l'eau. - -C'était le frère et la soeur, enfants d'une splendide mulâtresse appelée -Marguerite, employée comme fille de cuisine. Les deux enfants étant -quarterons, le père était évidemment un blanc. Le garçon avait une -douzaine d'années, et la petite un ou deux ans de plus. Comme il leur -était interdit de venir dans ce jardin, je supposais qu'ils -s'enfuiraient à mon approche, mais, absorbés par leur jeu ils ne -m'aperçurent pas. - -En avançant encore, je m'aperçus que leur but était un pauvre petit chat -qui luttait désespérément pour regagner le rivage, et que les petits -sauvages repoussaient impitoyablement. - -J'aime beaucoup les animaux, et particulièrement les chats; ce spectacle -me rendit furieuse. Je courus au bord de l'eau et saisis la pauvre bête -que je couchai au soleil, espérant qu'elle reviendrait à la vie, mais -les pierres des petites brutes l'avaient cruellement blessée et elle -resta étendue sans vie sur l'herbe. - -J'entrai dans une grande colère et, saisissant les deux drôles, je les -renversai tour à tour sur mes genoux et les fustigeai un peu fort. Puis, -satisfaite, je m'installai confortablement et je lus le roman que -j'avais apporté avec moi. Après le dîner, le soir, Dinah vint me -demander divers renseignements, et j'en profitai pour la prier de me -dire ce qu'elle connaissait de la vie de Randolph. - -Elle parlait longuement, prenant plaisir à s'écouter elle-même; son -récit était semé de remarques que je ne crois pas utile de reproduire; -aussi ne vous en donnerai-je qu'un résumé. - -Dinah était exactement du même âge que Randolph, étant née le même jour -que lui, trente-cinq ans auparavant. Sa mère avait été la nourrice de -Georges, et les deux enfants, élevés ensemble, étaient une vraie paire -d'amis. Mais sitôt que Randolph fut en âge de comprendre la différence -qui les séparait, il devint autoritaire, et la rouait de coups quand -elle ne se pliait pas à ses caprices. A dix-huit ans, il lui ravit sa -virginité, puis alla passer trois ans en Europe. - -A vingt-cinq ans, Dinah épousa un quarteron, et, depuis cette époque, -Randolph ne l'avait plus approchée. Ce dernier venait d'atteindre sa -trentième année lorsque son père et sa mère moururent à peu de temps -l'un de l'autre; il devint alors propriétaire de Woodlands. A cette -époque, Dinah était veuve et première femme de chambre; elle fut élevée -à la dignité de femme de charge par Randolph qui lui conféra une -certaine autorité sur les autres esclaves, ce qui ne l'empêchait pas de -la fouetter quand elle avait le malheur de lui déplaire, quoique cela ne -fût pas arrivé depuis plus de deux ans. - -Je congédiai Dinah et me mis au lit. Le lendemain, à mon réveil, je -reçus une lettre de Randolph. - - - - -XXII - -RETOUR DE RANDOLPH - - -Georges m'annonçait son retour pour le lendemain soir, et me -recommandait de lui faire préparer un bon dîner à l'heure habituelle. - -Le jour de son arrivée, vers deux heures, je fis seller mon cheval et -partis me promener. Aidée de Rosa, j'avais mis une jolie amazone, et -m'étais coiffée d'un grand feutre gris comme en portent les cowboys, ce -qui m'allait à ravir. Je rentrai vers cinq heures. Le groom m'attendait -sur le perron, et m'annonça que son maître était arrivé depuis plus -d'une demi-heure. Épouvantée, j'entrai en courant au salon. - ---Oh! Georges, lui dis-je, je suis vraiment peinée de ne pas avoir été -là pour vous recevoir, mais je ne pouvais penser que vous arriveriez -avant six heures. - -Je croyais le trouver furieux, mais il était au contraire de bonne -humeur. Il se leva, vint à moi, et répondit en m'embrassant: - ---Cela importe peu, ma petite chérie, je suis seul fautif. - -Je fus surprise de ces manières affectueuses auxquelles je n'étais pas -accoutumée, manières presque tendres et qui contrastaient singulièrement -avec l'humeur habituelle de mon amant. - -Nous descendîmes à la salle à manger, et nous fîmes honneur au repas -qui, d'ailleurs, était excellent. - -Randolph me questionna sur la conduite des femmes; je lui dis sans -hésitation que je n'avais eu qu'à me louer d'elles durant son absence. - -Après le dîner, une fois installés au salon, Randolph me fit part de ses -craintes sur la situation présente. Les rapports entre Nord et Sud -étaient très tendus. Georges, naturellement, Sudiste convaincu, avait -voué une haine invétérée à ses adversaires qu'il agonisait d'injures. -J'étais Yankee, et, comme telle, j'espérais en mon âme sur l'entière -victoire de mes compatriotes; je me gardais cependant d'exprimer tout -haut mon opinion; Randolph, selon son habitude, m'eût violemment imposé -silence. - -Le lendemain, nous fîmes en buggy une longue promenade, qui nous -conduisit jusqu'à l'habitation où j'avais vécu si heureuse avec Miss -Dean. - -Les souvenirs se pressaient en foule dans mon esprit. - ---Oh! partons, dis-je à Georges qui s'aperçut de mon émotion. Mais le -cruel ne fit que rire bruyamment de ce qu'il appelait ma «sensiblerie -mouillée»,--mouillée! parce que mon émotion se traduisait en larmes -silencieuses!--et nous reprîmes lentement le chemin de Woodlands. - -Les jours succédaient aux jours, dans un morne désoeuvrement. La -continuité du calme dans cette ruche monotone pesait lourdement sur mes -esprits; il me semblait que je souffrais de ma tranquillité. Depuis le -retour de Randolph, tout allait pourtant pour le mieux et aucune femme -n'avait encore eu ses jupons relevés--pour recevoir le fouet, s'entend, -car--pour le reste... L'amour existe dans tous les pays. - -Cette quiétude ne pouvait durer. Un petit accident arrivé dans la -récolte--accident peu important, du reste, eut le don de mettre Randolph -dans une violente colère. - -J'étais dans la bibliothèque, étendue négligemment sur une chaise -longue, chaussée d'espadrilles légères, Randolph entra brusquement, les -yeux chargés d'éclairs. Il mordillait rageusement sa moustache, et, ne -trouvant personne sur qui passer la colère qui grondait sourdement en -lui, il m'adressa violemment la parole. - ---Drôlesse! vous savez que ces espadrilles me déplaisent. Eh quoi! -avez-vous l'intention maintenant de vous affubler plus mal qu'une -chienne d'esclave... - ---Mais... - ---Taisez-vous, ou je vous gifle. - -Alors, un peu calmé, il m'annonça qu'il avait un rendez-vous très -important avec un planteur des environs. Il appela Dinah qui accourut -aussitôt, et lui commanda de faire seller son cheval, puis alla -s'habiller. - -Au bout d'une demi-heure, il rentrait, en costume de route. Le groom -n'avait pas encore fait son apparition et Randolph se mit à arpenter -rageusement la pièce en consultant sa montre à chaque minute. Il jurait -de faire attacher et fouetter le groom jusqu'au sang, s'il manquait son -rendez-vous et finalement sonna encore Dinah. - ---Je parie que la garce a oublié de prévenir le groom, grommela-t-il -entre ses dents. - -Dinah parut, calme. - ---Avez-vous commandé mon cheval? - -La femme se mit à trembler, affreusement pâle. - ---No, Massa, mo ka oublié. - -Il bondit de fureur. - ---C'est ainsi; c'est bien, je vous réponds que cela ne vous arrivera -plus. - -Et bondissant sur la pauvre Dinah, il la renversa, d'un tour de main lui -releva ses jupes, et commença à la frapper furieusement, s'excitant, -tapant de plus en plus fort sur la chair qui frémissait sous le cruel -contact de ses gros poings. - -Enfin il la repoussa violemment, en jurant. - ---Oh! Georges, lui dis-je. Comment avez-vous pu battre cette fille? - -Il me regarda durement: - ---Je vous serais reconnaissant de vous mêler de ce qui vous regarde. Je -fais ce qu'il me plaît de mes esclaves. - -Il s'animait en parlant. - ---Dieu me damne, jura-t-il, jamais personne ne s'est permis semblable -remarque, et j'ai bien envie de vous fouetter comme cette femme. - -Il l'aurait fait. Mon sang se glaça dans mes veines. - ---Je vous demande pardon, fis-je d'une voix étranglée... Je suis désolée -que ma prière ait pu vous contrarier. - ---C'est bien. Mais sachez que je déteste les observations. - -Enfin, il quitta la salle. Je poussai un soupir de soulagement en le -voyant disparaître dans l'avenue, au grand trot de son cheval. - -La nouvelle de la punition de Dinah s'était vivement répandue par toute -la maison. Comme elle était femme de charge, et obligée de rapporter à -son maître toutes les fautes commises par ses gens, elle n'était pas -très aimée des noirs. - -Je fis venir Dinah auprès de moi. Je fus surprise de la trouver plus -fraîche que jamais, ses cheveux bien en ordre sous un bonnet blanc, un -tablier, un col et des manchettes très propres. Sa figure avait son -habituelle expression de placidité mais ses yeux étaient un peu rouges. - ---Je vous plains, ma pauvre Dinah, lui dis-je, votre maître vous a -battue bien sévèrement. - -Quoiqu'un peu surprise de la sympathie que je lui témoignais, elle parut -néanmoins s'en montrer reconnaissante, et me remercia, en disant: - ---Mo ka tini bocoup fouettée dans ma vie, mais mo jamais croire que -Massa baillé à mo fessée tan coin pitit fille. Mo l'a pas reçu chose -comme ça depuis mo tini treize ans. Mo ha reçu deux fois la batte mais -la main de Massa être quasi dure comme batte. - -Dinah avait parlé sans émotion: elle ne trouvait pas étrange qu'une -femme de son âge fût fouettée d'une manière aussi cruelle, et elle ne -paraissait pas en garder rancune à son maître. Elle était son esclave: -son corps était sa propriété: il était par conséquent libre de faire -d'elle ce que bon lui semblait. Et l'état d'âme de Dinah était semblable -à celui de tous les noirs, pauvres gens subissant de gaîté de coeur la -pire des dégradations, résignés à souffrir comme des bêtes sous le -bâton, sans aucune velléité de révolte. - -Je m'habillai pour dîner et, en entrant dans la salle à manger, j'y -trouvai Randolph déjà installé. - -Il avait manqué son rendez-vous. Je m'attendais donc à le trouver de -fort méchante humeur, mais, à ma grande surprise, il se montra fort doux -et aimant, la nuit qui suivit surtout. - -Quel étrange caractère que celui de cet homme?... - - - - -XXIII - -NORD CONTRE SUD - - -Je vais franchir une période de quatre mois. Pendant ce temps, les -événements s'étaient aggravés: les États esclavagistes, séparés du Nord, -avaient élu un Président du Sud, Jeff Davis, et s'étaient brusquement -emparés du fort Sum; la guerre enfin était commencée. - -Malgré le mauvais état des affaires, le travail continuait à la -plantation, mais tout y allait assez mal. Les noirs, informés de ce qui -se passait à l'extérieur, donnaient fréquemment des signes -d'insubordination; Randolph et ses surveillants se promenaient -continuellement, armés de revolvers. Les punitions étaient encore plus -nombreuses et plus terribles que par le passé et grâce à ce surcroît de -sévérité, la discipline était quand même maintenue. - -Dans la maison, à de rares exceptions près, les femmes devenaient -difficiles à conduire, mais de ce côté non plus, Randolph ne supportait -pas la moindre faute. Aussi Dinah, aidée d'une esclave nommée Milly, -devait-elle constamment infliger de terribles fustigations. Le sang -coulait parfois. - -Puis, subitement, les affaires subirent un arrêt. Les greniers et -magasins pleins de coton ne se vidaient plus. Comme les revenus de -Randolph consistaient surtout dans la vente du coton, il se trouva -brusquement avec peu d'argent liquide, et malgré sa douloureuse -détresse, il espérait fermement que le Sud sortirait victorieux de la -lutte. - -Quant à moi, est-il besoin de le répéter, toutes mes sympathies allaient -aux Nordistes. Je me gardais bien, naturellement, de faire part de mes -espérances à Georges, qui, très violent, m'eût peut-être tuée en -apprenant ce qui se passait en mon âme. - -Randolph quittait rarement la plantation et ne recevait plus personne. -Ses amis étaient d'ailleurs, tous enrôlés dans les rangs des -combattants. Entre temps, il avait été élu membre de Congrès de la -Confédération du Sud. Contraint de demeurer à Woodlands, Georges -commença à m'apprécier davantage et me traita un peu moins en machine à -plaisir. - -Avec ses esclaves, il était de plus en plus strict; depuis le -commencement de la guerre, plusieurs noirs s'étaient évadés et Randolph -avait offert deux cents dollars pour la capture de chaque déserteur, -mais ce fut inutilement, heureusement pour les fugitifs. Ces pertes de -bétail humain le tracassaient beaucoup: ces noirs valaient chacun de -quinze cents à deux mille dollars. Jusqu'alors aucune des femmes n'avait -tenté de s'échapper, lorsqu'un matin, Dinah vint nous prévenir qu'une -esclave appelée Sophie, sortie la veille au soir, n'avait pas reparu. - -Sophie était une belle mulâtresse de vingt-six ans, qui pouvait valoir -dix-huit cents dollars. Randolph envoya immédiatement son signalement de -tous côtés, promettant une forte récompense à qui la ramènerait à -Woodlands ou la ferait incarcérer dans une prison de l'État. L'effet ne -s'en fit pas attendre. Un soir vers cinq heures, deux hommes arrivèrent, -ramenant la mulâtresse dans une voiture; ils l'avaient retrouvée dans le -quartier des esclaves d'une habitation située à vingt-cinq milles de -Woodlands. - -La femme, dont les poignets étaient ligotés, n'avait évidemment pas -souffert depuis son départ; sa robe était propre; elle paraissait -seulement épouvantée, n'ignorant pas ce qui l'attendait. - -Randolph était très heureux d'avoir retrouvé son esclave. Le lendemain, -à déjeuner, il me dit qu'il avait décidé d'infliger à Sophie un -châtiment exemplaire; elle serait fouettée avec la _batte_, dans le -hall, devant toutes les femmes réunies. - -Puis il sortit faire tout préparer pour l'exécution. Vingt minutes -après, il rentrait, me disant: - ---Tout est prêt en bas; vous n'avez jamais vu appliquer la batte; si -vous voulez, vous pouvez descendre, ça vous amusera. - -Certes, il était triste de voir fouetter une femme, mais je m'y étais -quelque peu habituée, et ma curiosité avivée par la promesse d'un -spectacle que je n'avais jamais vu, je suivis Georges. - -Dans le milieu de la pièce, était installé un long bloc de bois, large -d'environ deux pieds, et supporté par quatre piquets munis de courroies. -Sur le plancher, à côté, était la batte: c'était une espèce de battoir -semblable à celui des laveuses, mais n'ayant qu'un demi-centimètre à -peine d'épaisseur, et monté sur un manche de deux pieds et demi de long; -c'était là l'instrument le plus redouté, car après son application, la -peau restait endolorie beaucoup plus longtemps qu'avec la courroie ou la -baguette. - -Toutes les femmes de la maison étaient présentes. Dinah, seule, se -tenait près du bloc. Aidée de Milly, elles s'emparèrent de la coupable. - ---Oh! massa, criait celle-ci, étendant les bras en sanglotant, vous pas -baillé batte à ma, baillé ma fessade avec courroie ou baguette, mais pas -baillé batte... - ---Étendez-la, commanda Randolph. - -En un instant, elle fut solidement ligotée sur le chevalet, et ses jupes -relevées. - -Randolph prit la batte, et se plaçant à la gauche de la coupable, lui -dit: - ---Maintenant, chienne, je vais recouvrer sur votre peau les quatre cents -dollars que m'a coûtés votre évasion. - -Puis il leva la batte aussi haut qu'il le put. Dans l'attente du coup, -la femme avait frissonné, serrant les jambes. L'instrument retomba, -claquant comme un coup de fouet, sur la partie supérieure de la fesse -gauche. Sophie remua convulsivement, et poussa un long cri de douleur. -Une large marque rouge était apparue sur la peau. Le second coup tomba à -gauche et fut suivi d'un nouveau cri et d'une nouvelle marque. - -Georges continua de frapper rudement, visant alternativement à droite et -à gauche un endroit nouveau. Le supplice prit fin. Le châtiment avait -été terrible; Randolph jeta la batte et ordonna à Dinah de délivrer la -femme qui, sitôt détachée, roula à terre en proie à la plus affreuse -douleur. - -Je remarquai que les femmes présentes, habituées à la vue de semblables -corrections, n'étaient nullement émues par cette scène de sauvagerie. - -Les semaines s'écoulaient sans grand changement dans notre existence. La -guerre battait son plein et les troupes nordistes approchaient; les -fédéraux étaient entrés en Virginie et n'étaient plus qu'à peu de -distance de Woodlands. - -Puis eut lieu la bataille de Bull-Run, perdue par les Nordistes. Quand -la nouvelle de la victoire des confédérés nous parvint, Randolph ne me -cacha pas sa joie. J'étais désolée de cette défaite, mais je ne tardais -pas à reprendre courage, dans l'attente d'autres victoires de mes -compatriotes. - - - - -XXIV - -GUERRE ET AMOUR - - -Peu après la bataille de Bull-Run, Randolph fut convoqué à Richmond pour -assister à un Congrès tenu par les chefs des confédérés. Comme son -absence devait être de longue durée, il me donna des instructions -détaillées au sujet des travaux à faire exécuter, et m'ordonna de lui -écrire deux fois par semaine. - -Dès le jour du départ de Randolph, je décidai qu'autant que possible, on -ne fouetterait plus sur la plantation; ces ordres, qui ne concernaient -que les femmes, surprirent les majordomes, mais je crois qu'ils s'y -conformèrent. - -Au dehors, la guerre faisait rage et les troupes des fédérés se -concentraient déjà autour de Richmond; beaucoup de plantations voisines -étaient occupées militairement par les Nordistes et je m'attendais d'un -moment à l'autre à voir mes compatriotes, les _garçons en bleu_, comme -on les appelait, faire leur apparition chez nous. - -Ils arrivèrent enfin! - -Une après-midi, j'étais à ma fenêtre, lorsque j'aperçus une bande de -soldats, conduite par un jeune officier, et suivie d'une voiture -régimentaire. Ils firent une pause devant la terrasse, disposèrent leurs -armes en faisceaux et se mirent à décharger leur voiture qui contenait -des objets de campement et des vivres. Mon coeur battait violemment, et -je m'assis sur un sofa en attendant le dénouement de la perquisition qui -ne devait pas manquer d'avoir lieu. - -Quelques instants après, en effet, Dinah annonça l'officier, qui dit, en -me saluant de la façon la plus courtoise: - ---Madame, j'ai reçu l'ordre d'occuper cette plantation, mais je vous -promets de ne rien détruire, ni d'arrêter le travail. Je logerai mes -hommes dans le quartier des esclaves, mais je vous prierai de me faire -donner une chambre dans la maison. - ---Je suis heureuse de vous voir, monsieur, répondis-je en souriant. Je -suis née dans le Nord et toutes mes sympathies sont pour vous. Prenez un -siège, et je vais donner des ordres pour qu'une chambre confortable vous -soit préparée. - -Il s'assit, l'air très surpris. Cet officier, grand et blond, pouvait -avoir vingt-sept ans; son visage plein de distinction décelait la -franchise; il avait une longue moustache blonde et portait élégamment -l'uniforme simple des officiers du Nord. - -An bout d'un instant, la conversation avait pris entre nous un caractère -de cordiale familiarité. Il me dit se nommer Franklin et être capitaine. -De plus, il était né en Pensylvanie, ainsi que moi. Cette découverte -nous réjouit; aussi notre causerie, jusqu'à l'heure du repas ne -languit-elle pas un seul instant. - -Je mis pour le dîner une de mes plus jolies toilettes, et je descendis -dans la salle à manger y attendre le capitaine Franklin. - -Me saluant avec une respectueuse aisance, il me remercia tout d'abord -d'avoir bien voulu lui réserver un appartement dont l'aménagement le -ravissait. Il avait quitté son uniforme et portait maintenant un -vêtement civil, sous lequel il paraissait fort élégant. - -Nous nous mimes à table, et je m'aperçus, non sans en éprouver une -intime satisfaction, qu'il faisait grand honneur aux plats fins et plus -encore aux vieux vins de Woodlands. En riant il me disait sa joie -d'avoir pu utiliser de façon si inespérée son billet de logement. La -conversation était fort agréable et pleine de charme. - -Le dîner terminé, il me pria de l'excuser; il avait, disait-il, à -s'occuper de son service. - -Je montai à ma chambre et écrivis à Randolph pour le mettre au courant -de la situation; j'avais été prévenue qu'il se trouvait non loin de là. - -La réponse ne se fit pas attendre. Il me disait qu'il préférait ne pas -revenir à Woodlands où il ne pourrait assister impassible à -l'envahissement de sa propriété. Il m'annonçait que sitôt qu'il aurait -loué une maison, à Richmond, il m'enverrait chercher. - -Cependant, le capitaine Franklin était toujours plein d'égards pour moi, -et me traitait avec la plus extrême déférence. - -Je m'étais vite aperçue de l'impression que je lui causais, et à -certains signes qui n'échappent jamais à une femme, je surpris -facilement qu'il éprouvait plus que de la sympathie pour moi. De mon -côté, le capitaine me plaisait beaucoup; ses manières galantes et polies -m'avaient à peu près conquise, si bien que l'amour, amour que je n'avais -jusque-là ressenti pour personne, avait envahi mon coeur. - -Je pressentais le danger de cette passion et, anxieuse, je me demandais -s'il la partageait. J'avais une envie folle de sentir se poser ses -lèvres sur mes lèvres et entendre de lui ces mots tendres qui tous -pénètrent l'âme tant et si bien que mon amour qui grandissait chaque -jour me fit brusquer les événements. - -Le capitaine m'ayant dit un soir que son parfum préféré était celui de -la violette, je ne manquai d'en saturer ma toilette et d'en vaporiser -mon corps et mes dessous. - -C'est ainsi que, dans un ajustement coquet aux mille détails féminins, -je fis mon entrée dans la salle. - -Franklin, que je n'avais pas vu depuis le matin, s'y trouvait déjà. Il -me tendit la main, et sans m'en rendre compte je lui abandonnai la -mienne plus longtemps qu'il n'était décent. - -Pendant le dîner, il fut très gai, riant, causant aimablement, puis nous -passâmes au salon. Jusque-là, le capitaine n'avait pas dépassé les -bornes de la plus stricte courtoisie. Il fallait donc que ce fût moi qui -devinsse entreprenante. - -Sous prétexte de m'aider à dévider un écheveau de laine, je le fis -placer à coté de moi, et je m'assis sur un tabouret à ses pieds, de -façon que son regard plongeât dans mon corset par la large échancrure de -mon corsage. - -Puis, prétextant soudain un subit et violent mal de tête, je me levai en -chancelant. Il s'élança pour me soutenir, me portant sur le canapé. D'un -coup de genou savamment combiné, j'avais fait remonter mes jupons. - -Franklin vit ma jambe, et, cette fois, n'y tint plus. Il m'enlaça dans -une étreinte à m'étouffer, et me mit sur les lèvres un baiser passionné -en murmurant: «Je vous aime!...» Je ne me défendais nullement; bien au -contraire. Je lui rendis son baiser et... vous devinez le reste de -l'aventure. - -Je lui racontai mon odyssée et, en détails, les moyens horribles -employés par Randolph pour me forcer à habiter Woodlands. Il fut ému par -mon histoire, et, lorsque je l'eus terminée, il m'embrassa tendrement en -me disant: - ---Je suis sans grande fortune et ne puis, par conséquent, vous offrir le -luxe que vous avez ici, mais je vous apporte mon amour et ma volonté et -pour une âme aimante comme la vôtre, je pense que cela peut suffire. - ---Oh! je vous suivrai avec bonheur partout où vous serez, vous qui êtes -mon premier et seul amour, mais êtes-vous bien certain de m'aimer -toujours? - ---Pouvez-vous en douter, cruelle? - -Et après un long baiser aussitôt suivi d'une autre manifestation -d'amour, nous nous séparâmes jusqu'au lendemain. - - - - -XXV - -LES BUSHWHACKERS - - -Nous étions trop heureux pour que notre bonheur fût durable! - -Un jour le capitaine Franklin reçut l'ordre de partir avec son -détachement: il devait rejoindre le gros de l'armée. - -Notre séparation fut cruelle et je me pris à maudire la fortune, jalouse -du moment de bonheur qu'elle avait accordé à mon âme. - -Franklin s'éloigna, après m'avoir fait promettre de lui écrire. - -Je me mis à la fenêtre, les yeux pleins de larmes, pour voir disparaître -à la tête de son détachement le seul homme que j'aie jamais aimé d'amour -véritable. - -Arrivé au bout de l'avenue, il se retourna, me salua du sabre, puis -disparut. Je ne devais plus le revoir: l'année suivante il fut tué à la -bataille de Cedar Mountain. - -Cependant quinze jours s'étaient écoulés. Randolph ne revenait pas. -J'étais très inquiète: les esclaves donnèrent fréquemment de visibles -signes d'insubordination et j'écrivis à Georges de venir ou de m'appeler -auprès de lui, quoiqu'il en coûtât à mon coeur de reprendre la vie -commune d'autrefois. - -Dans sa réponse il me disait d'aller le rejoindre à Richmond où il avait -loué une superbe maison. - -Je fis faire immédiatement mes malles, et commandai de préparer la -voiture qui devait me transporter avec mes bagages. - -Le vieux cocher, Jim, parut un peu effrayé de ma décision, m'apprenant -que, depuis le commencement de la guerre, les chemins étaient infestés -par les détrousseurs de grande route, des Bushwhackers et qu'il était -peu prudent de voyager avec des valeurs sur soi. Il finit par me -conseiller de laisser mes bijoux à la garde de Dinah, et jugeant bon -l'avis du vieux nègre je rouvris mes malles pour en sortir mes bijoux, -que j'enfermai dans un coffre-fort dissimulé dans la muraille de la -chambre de Randolph. - -A quatre heures, le buggy, attelé de deux bons chevaux, s'arrêta devant -le perron et, mes malles chargées, je commençai mon voyage. - -L'après-midi était splendide. - -Très légèrement vêtue, je ne souffrais nullement de la chaleur. Je -passai les rênes à Jim et m'abandonnai à mes pensées. La route était -superbe, et une légère brise nous caressait agréablement. Certes, je -n'étais pas enchantée de revoir Randolph, mais j'espérais m'amuser à -Richmond, du moins mieux qu'à Woodlands. - -Comme nous étions arrivés en haut d'une longue côte, et que Jim avait -mis ses chevaux au pas, pour les laisser souffler un peu, je le fis -causer et lui dit que bientôt peut-être il serait un homme _libre_. Il -hocha la tête, m'affirmant qu'il était bien beau de vivre à sa guise, -mais qu'il était absolument incapable de gagner sa vie et que presque -tous les esclaves pensaient comme lui. - -Nous en étions là de notre conversation quand soudain quatre hommes à -l'aspect peu rassurant sortirent des bois et, braquant d'énormes -revolvers dans notre direction, nous crièrent: - ---Lâchez les rênes et levez les mains en l'air. - ---Par Dieu, maîtresse, les Bushwhackers, me souffla Jim à mi-voix, puis -il leva les mains, pendant que, glacée d'épouvante, je me cachais en -criant. - -Deux des bandits s'approchèrent et, avec force jurons, nous intimèrent -l'ordre de descendre. Toute résistance était impossible et, -immédiatement, malgré nos terreurs, il nous fallut obtempérer à l'ordre; -les bandits s'assurèrent tout d'abord que nous n'étions pas en état de -fuir; alors les Bushwhackers remirent leurs revolvers à la ceinture et -se mirent à l'ouvrage: les traits de la voiture furent enlevés et l'un -des hommes, montant sur un cheval et tenant l'autre par la bride, -s'éloigna au grand trot. - -Les trois détrousseurs qui restaient jetèrent sans façon mes malles à -terre, et les ayant brisées, commencèrent à fouiller parmi les étoffes -et les robes. - -Ils furent vivement désappointés de n'y trouver ni bijoux ni argent et -l'un d'eux, s'approchant de moi, m'ordonna rudement de lui donner ma -bourse. Il n'y trouva que cinq dollars; il se mit à jurer furieusement. -Puis se tournant vers Jim: - ---Vous, vieux négro, filez rapidement sans tourner la tête. C'est -compris, n'est-ce pas? - ---Non Massa, répondit Jim, mo ka pas quitté maîtesse. - -L'homme tira son revolver et l'appliqua sur la tempe du vieux nègre. - ---Allons, au trot, ou je vous casse la tête... - -Jim n'avait pas fait un mouvement, et de ses grands yeux tranquilles il -continuait de fixer l'homme. - -Je crus comprendre que les bandits voulaient me garder pour me rançonner -et je lui dis: - ---Vous pouvez partir, Jim; allez mon ami, vous ne sauriez m'être utile -maintenant. - ---Oh! maitesse, mo ka pas l'aimé laissé vous seule com yon becqué, mo ka -couri Woodlands. - -Puis il s'en alla lentement, tournant la tête de temps à autre. - -Le chef vint à moi: - ---Il est déjà tard, dit-il, aussi nous allons vous donner l'hospitalité -pour la nuit. Demain matin vous trouverez probablement une voiture qui -vous conduira à Richmond. - -Puis, me saisissant le bras, il me fit prendre un petit sentier à -travers bois. Nous marchâmes pendant un mille environ, et arrivâmes à -une petite cabane de bois, grossièrement construite. - -Une lampe fut allumée, et je vis avec terreur le lieu dans lequel je -devais passer la nuit. - -Les murs étaient faits de tronçons d'arbres, le toit de brindilles et de -branchages; le mobilier se composait de quatre lits faits en feuillée et -recouverts de peaux de bêtes; une planche servait de table. - -Au milieu de la cabane, un feu de bois se consumait lentement; l'un des -hommes y jeta une bûche, et, détachant une poêle qui pendait au mur, y -fit frire quelques tranches de lard qu'il plaça sur la table avec un -morceau de pain noir et une bouteille de whiskey. - -Puis tous trois se mirent à manger, m'invitant à en faire autant. - -Naturellement, je m'en abstins et rejetai dédaigneusement l'offre. - -Alors, l'un d'eux prit la parole: - ---Nous avons été très désappointés en ne trouvant rien dans vos malles, -ma belle enfant. Comme nous n'avons pas l'habitude de travailler pour -rien, il faut que d'une façon ou d'une autre nous soyons payés. - ---Oh! m'écriai-je vivement, si l'un de vous veut m'accompagner à -Richmond demain, mon mari, M. Randolph, vous donnera la somme que vous -fixerez. - ---Non, il est inutile que vous nous fassiez une proposition semblable. -Et comme nous n'avons pu tirer d'argent de vous, nous allons nous payer -sur votre personne!... - - - - -XXVI - -NUIT HORRIBLE - - -Je vous laisse à penser l'état dans lequel m'avait mise cette -déclaration: - ---Oh! implorais-je, vous ne m'infligerez pas pareil traitement; -croyez-moi, je vous enverrai tout l'argent que vous voudrez; mais -laissez-moi partir, ajoutai-je en sanglotant. Ils se prirent à rire -bruyamment: - ---Vos larmes sont superflues, la belle; nous n'en agirons pas -différemment pour cela, dit celui qui paraissait le plus âgé des trois; -puis se tournant vers ses sombres compagnons: - ---Allez, camarades, déshabillez la donzelle, et attachez-la. - -Et malgré mes cris et ma résistance, je me trouvai en un instant nue et -ligottée aux quatre coins d'un lit. - -Ils commencèrent à m'examiner, admirant à haute voix ma peau et la -finesse de mes formes, surenchérissant sur des particularité que j'eusse -voulu cacher et se décidèrent enfin à commencer leur monstrueuse -besogne. - -Ils tirèrent au sort ma possession; mais, hélas! je n'en devais pas -moins subir les assauts répétés de chacun d'eux; tous les trois me -violèrent... - -Je ne puis vous raconter les horreurs que j'ai supportées. J'étais à -moitié morte de dégoût; une sueur froide ruisselait sur mon front; et -j'étais toute meurtrie, leur façon d'aimer étant faite de brutalité -immonde et de rudesse infâme. - -Ils délièrent enfin mes membres: les courroies avaient laissé des -marques rouges sur ma peau brûlée de leurs monstrueuses caresses. - -Je m'habillai péniblement, et m'étendis sur le lit grossier cherchant un -peu d'oubli dans le sommeil. Mais quoique physiquement et moralement -éreintée, je ne pus fermer l'oeil. - -Je n'oublierai jamais les tortures de cette épouvantable nuit. J'avais -une peur affreuse que ces individus voulussent me garder avec eux. - -Le jour vint pourtant, et les rayons du soleil levant glissèrent par les -trous des claies qui fermaient la cabane. - -Cependant les hommes s'éveillèrent et préparèrent du café. Inconsciente, -j'en bus avidement un gobelet, ce qui me rafraîchit un peu. - -Puis ils m'annoncèrent qu'ils allaient me rendre ma liberté. L'un d'eux, -me prenant le bras et me poussant hors de la cabane, me conduisit alors -jusqu'à la route après m'avoir fait faire mille détours. Puis, il -disparut dans les fourrés des bois. Je m'étais assise au revers du -chemin ne sachant au juste ce que je devais faire, quand une voiture -parut. Je m'avançai vers le conducteur qui voulut bien me conduire -jusqu'à Richmond. - -Arrivé devant la maison de Randolph, le brave homme arrêta son cheval et -m'aida à descendre. - -Je frappai à la porte; une jolie femme de chambre vint m'ouvrir et me -considéra avec étonnement, comme hésitant. Mais, quand je lui eus dit -qui j'étais, elle me conduisit près de Randolph. - ---Oh! Dolly, s'exclama Georges, comme vous voilà faite!--Je devais en -effet avoir une mine affreuse. - ---D'où venez-vous? le vous attendais à huit heures, hier soir. Où est -Jim? Où est la voiture? - -Cet accueil inattendu acheva de me déconcerter: - ---Eh! ne m'accablez pas avec vos questions; il y a près de vingt-quatre -heures que je n'ai mangé et je suis malade de faim, de fatigues et -d'épouvante. J'ai besoin de secours, je parlerai ensuite. - -Stupéfait, il obéit. J'étais réellement affamée, et je fis un bon repas -et bus deux grands verres de vin. - -Puis, me sentant remise, je m'assis dans un fauteuil et fis à Randolph -le récit de mes aventures, mais sans parler des outrages dont je venais -d'être victime. - -Je ne sais s'il se douta que je lui cachais quelque chose, mais il ne me -posa pas de questions allusives. Il paraissait seulement très contrarié -de la perte de ses deux beaux chevaux: - ---Dieu damne les brutes, dit-il, je n'aurais pas donné ces deux bêtes -pour huit cents dollars! quant à votre garde-robe, elle peut être -facilement remontée. Je vais aller prévenir la police par acquit de -conscience, mais sans grand espoir; par ces temps de bouleversement et -de guerre on n'est jamais sûr. - -Enfin, n'y tenant plus, brisée de fatigues, je me couchai et m'endormis, -malgré les exhortations de Randolph, qu'une continence forcée avait mis -en appétit... - - - - -XXVII - -LA PROSTITUÉE - - -Je me levai tard le lendemain matin, et partis faire différentes -courses. Randolph tenait à ce que je fusse toujours bien mise. Très -généreux sous ce rapport il ne négligeait rien. - -En quelques jours, ma garde-robe fut remplacée. - -Georges était allé chercher mes bijoux à Woodlands. - -La plantation était dans un état affreux; les esclaves refusaient de -travailler, malgré Dinah et les surveillants qui ne pouvaient maintenant -les y contraindre. - -A Richmond, la vie était triste. Les nombreux échecs des Sudistes -avaient semé le deuil partout. Randolph se décida à quitter Richmond et -il fut convenu que nous partirions pour New York. Cette nouvelle -m'enchanta, et c'est avec ravissement que je m'installai avec lui dans -le meilleur hôtel de la ville. - -Pendant quelque temps, je fus relativement heureuse. - -J'avais de très belles toilettes, Georges m'emmenait fréquemment au -spectacle et devenait très aimable pour moi. - -Les semaines s'écoulaient rapidement et, par un inexplicable et subit -revirement, je remarquai que Randolph devint subitement froid et réservé -à mon égard. Il rentrait tous les jours fort tard: je compris qu'il -était peut-être l'amant d'autres femmes. Un jour, il m'entraîna dans sa -chambre: - ---J'ai résolu, me dit-il, d'aller en Europe avec plusieurs amis; en un -mot, Dolly, l'heure de la séparation a sonné. Mais il n'y a pas de votre -faute; je n'ai jamais eu à me plaindre de vous; en conséquence, je vais -acheter pour vous une petite maison et la meublerai convenablement. Vous -recevrez une bonne somme pour commencer. Vous êtes jeune, jolie et -intelligente, je suis certain que vous réussirez à New York. - -C'était une façon un peu brutale de me signifier mon congé, mais en -somme, il ne m'abandonnait pas sans ressources. - -Je me mis à songer; mon avenir ne m'apparut pas sous des couleurs très -brillantes, mais il fallait que je me courbasse sous la loi -d'inéluctables circonstances. - -Le lendemain donc, après de nombreuses recherches, Randolph acheta, à -mon intention, une petite maison qui fut immédiatement meublée avec -quelque goût. Puis, en m'y installant, il me donna mille dollars. Je -pris deux domestiques noires et devins dès lors propriétaire. - -Une après-midi, Randolph me rendit visite et m'aborda en ces termes: - ---Vous savez, Dolly, que j'adore fouetter une femme; il est peu probable -qu'à l'avenir je puisse me payer cette agréable fantaisie en Europe; -aussi faut-il que vous me permettiez de vous laisser fustiger -sérieusement avant mon départ. - -Cette étrange proposition ne me souriait guère, mais je n'eus pas la -force de lui refuser; j'acceptai donc, lui recommandant toutefois de ne -pas me frapper trop fort si je lui passais cette dernière fantaisie. - -Prenant un mouchoir, il m'attacha les mains, malgré ma défense. Puis, -s'asseyant sur une chaise et me renversant sur ses genoux, il me traita -ainsi qu'une petite fille, malgré mes pleurs et mes supplications. - ---Là, Dolly, maintenant tout est fini entre nous; vous avez reçu de moi -la dernière fessée. - -Puis il m'embrassa une dernière fois, me dit adieu, et tranquillement -sortit de ma maison. - -Il partit pour l'Europe dès le lendemain et depuis, je ne l'ai plus -revu. Je sais pourtant aujourd'hui qu'il est revenu et qu'il habite -Woodlands. - - * - - * * - -Au bout de peu de temps, mes ressources diminuèrent rapidement. Malgré -toute ma volonté et la lutte intérieure qui se livrait entre ma -conscience et la nécessité, il fallut me résoudre à me laisser pousser -vers la chute finale. - -J'étais jolie, et bientôt j'eus un grand nombre d'adorateurs. - -Je haïssais cependant mon horrible profession et certes, je puis -affirmer que je ne m'y suis jamais faite. A deux reprises déjà, j'ai été -demandée en mariage, mais je me suis jurée de n'épouser que quelqu'un -que j'aimerai réellement. Peut-être un jour mes voeux seront-ils -exaucés. - -L'an dernier, je suis allée passer quelques jours à Philadelphie où j'ai -eu des nouvelles de Miss Dean. Elle est toujours aussi bonne -qu'autrefois et continue à être très charitable. Je crois que ses -aventures en Virginie sont ignorées. J'aurais bien voulu revoir ma douce -amie, mais ma présente condition me le défendait. C'est pour moi un -grand chagrin. - -Maintenant, mon histoire est finie et vous savez pourquoi je hais les -Sudistes. - -Ils sont la cause de tous mes malheurs et de ma chute dans le vice. Sans -eux, je n'eusse pas été martyrisée par les Lyncheurs, et je n'aurais pas -été obligée de me livrer à Randolph. Trois bandits ne m'auraient pas -violée et enfin, malheur de moi! je ne serais pas - - UNE PROSTITUÉE - - - - -NOTE - - -Ici s'arrête le récit que m'a fait Dolly Morton. - -Tant que je demeurai à New York, je la revis; j'avais pitié de son -infortune. Le jour de mon départ, je lui donnai mon adresse, lui disant -que je serais heureux d'avoir parfois de ses nouvelles. Je crois que la -pauvre fille m'aimait un peu: le jour où elle me dit adieu, des larmes -coulèrent de ses doux yeux. - -Six mois plus tard, je l'avais à peu près oubliée--ainsi sommes-nous -faits--lorsque je reçus d'elle une lettre m'annonçant son mariage avec -un homme un peu plus âgé qu'elle et qui avait un commerce très -florissant. - -Elle l'aimait vraiment et l'avenir s'annonçait heureux. - -J'en fus satisfait pour elle. C'était ma foi, une brave créature et, -quoiqu'un peu faible de caractère, je suis persuadé qu'elle a dû être -une excellente femme de ménage fidèle à l'homme qui l'avait tirée de -l'abîme. - -Depuis, je n'ai plus entendu parler d'elle je souhaite de tout coeur que -cette pauvre femme ait maintenant l'existence heureuse. Elle a souffert -beaucoup sans l'avoir mérité et la vie lui doit bien la compensation de -quelques jours heureux. - - * - - * * - -Dans le manuscrit écrit sous la dictée de Dolly Morton, se trouvaient -beaucoup de passages que les besoins d'une publication m'ont obligés de -supprimer. Ces quelques lignes non parues n'ajoutaient rien, d'ailleurs, -à la lamentable odyssée de cette femme et j'ai cru bien faire en la -livrant ainsi expurgée au public. - - -FIN - - - - -_Supplément à_ «EN VIRGINIE» - - - BIBLIOGRAPHIE DES PRINCIPAUX OUVRAGES - PARUS - SUR LA FLAGELLATION - EN LANGUES FRANÇAISE ET ANGLAISE - AVEC UN COMPTE RENDU ANALYTIQUE DE LEUR CONTENU - PAR - JEAN DE VILLIOT - - - - -BIBLIOGRAPHIE DE LA FLAGELLATION - - -Parmi les sujets dont on s'est le plus occupé, littérairement parlant, -la flagellation se place aux premiers rangs. Il existe en effet une -littérature spéciale et relativement très complète sur les pratiques -flagellatrices dans presque toutes les langues européennes, à commencer -par le latin. - -Mais c'est incontestablement l'Angleterre qui tient la tête en cette -matière. D'innombrables ouvrages ont été écrits sur la flagellation sous -toutes formes et cette littérature a acquis un développement qui -pourrait, à juste titre, nous paraître étrange, à nous autres Français. - -Sous le pseudonyme de _Pisanus Fraxi_, un Anglais fort instruit et très -riche, consacra son existence et sa fortune à mener à bonne fin la -publication de trois recueils extrêmement curieux et intéressants, -intitulés _Index librorum prohibitorum_, _Centuria librorum -absconditorum_ et _Catena Librorum Tacendorum_, tous trois imprimés avec -luxe et à petit nombre et _privately_, c'est-à-dire non destinés au -commerce. Dans ces recueils, Pisanus Fraxi fait mention de la presque -totalité des livres curieux et étranges parus depuis l'antiquité, -consacrant à chacun une description minutieuse au point de vue matériel -et un aperçu approximatif en ce qui concerne le contenu. - -On y parle longuement de la flagellation. Un très grand nombre -d'ouvrages anglais y sont consacrés et nous avons cru utile et -nécessaire de donner à notre tour à nos lecteurs un aperçu des livres -les plus curieux parus sur l'intéressant sujet qui fait l'objet de notre -étude. - - - - -Voici d'abord: =L'Esprit de la Flagellation=, ou _Mémoires de Mistress -Hinton, qui dirigea une école pendant de longues années à Kensington_, -auxquels on a maintenant ajouté des anecdotes, par une dame très adonnée -à la discipline au moyen de verges de bouleau; les modistes fouetteuses; -la marâtre sévère, et la maîtresse d'école complaisante, avec des -figures analogues. Londres, imprimé et publié par Mary Wilson, Wardour -Street[4]. - - [4] =The Spirit of Flagellation=; or, The Memoirs of Mrs. Hinton, who - kept a school many years at Kensington. To which is now added, - Anecdotes, by a Lady much addicted to _Birch Discipline_. _The - Whipping Milliners_; _The Severe Stepmother_; And _The Complaisant - Schoolmistress_. Avec des figures analogues. London: Printed and - published by Mary Wilson, Wardour Street. - -Dans un avis qu'elle publie à la page 41, Mary Wilson nous informe que -l'ouvrage a été publié le 1er mai 1852, le volume ne porte cependant pas -de date. - - -D'après les dires de l'éditeur, l'édition originale de l'_Esprit de la -Flagellation_ semble avoir paru vers l'année 1790. Le format primitif -in-8º fut transformé dans l'édition nouvelle en in-12 pour plus de -commodité «étant donné, dit la dame sus-nommée, que ce format s'adapte -plus facilement à nos poches rétrécies d'aujourd'hui». - -De nombreuses anecdotes fournies par un amateur de fustigations, ainsi -qu'une série de gravures vinrent augmenter l'ouvrage original. - -Dans un avis qui précède une réédition de l'_Exposition des flagellants -femelles_[5], Thérèse Berkley[6] nous informe que l'_Esprit de la -Flagellation_ fut réimprimé par Miss Wilson en l'année 1827. - - [5] _Index Librorum Prohibitorum_, p. 243. - - [6] Voir _Index Librorum Prohibitorum_ à l'article: Mary Wilson et - Theresa Berkley. - -Malheureusement, on ne peut guère tabler sur ces affirmations relatives -aux dates pour ces sortes d'ouvrages. Il paraît établi que l'_Esprit de -la Flagellation_ a eu trois éditions différentes: 1º en 1827, George -Cannon avec 6 gravures, 2º E. Dyer en 1852 (?) avec six lithographies -pliantes et 3º vers 1870, avec six lithographies non pliantes. - -Les anecdotes qui remplissent 81 pages du genre le plus lascif sont -certainement dues à une personne extrêmement triviale; les -illustrations, quoique très médiocres, valent encore mieux que le texte. -Les trois appendices de l'ouvrage ont par la suite été publiés à nouveau -séparément. - -Cet ouvrage a eu récemment un certain nombre de réimpressions vulgaires, -sans gravures. - - -Un autre volume de la même valeur littéraire et du même genre, porte -pour titre: - - - - -=Éléments d'intuition= et =Modes de Punition=. En lettres par _Mlle -Dubouleau, célèbre institutrice particulière parisienne à Miss -Smart-Bum, gouvernante d'une pension de jeunes demoiselles à..._ Avec -développement de quelques secrets de Tuteurs pour rire, qui ont trouvé -leurs délices dans l'administration des Verges de Bouleau à leurs élèves -femelles. Embellie de très jolies illustrations, 1794[7]. - - [7] =Elements of Tuition=, and Modes of Punishment. In Letters from - Mademoiselle Dubouleau, A celebrated Parisian Tutoress, to Miss - Smart-Bum, Governess of a young Ladies' Boarding School at... With - some secrets developed of mock Tutors, who have taken a delight in - administering Birch Discipline to their Female Pupils. Embellisbed - with Most Beautiful Prints 1794. - - -Les cinq lettres qui forment ce volume ne sont qu'une suite de lieux -communs sur la flagellation, une série d'anecdotes racontées en langage -des plus libertins laissant en maints endroits à désirer au point de vue -grammatical. La lettre introductrice, qui constitue en quelque sorte la -préface est ce qu'il y a de mieux dans le livre, sans que toutefois elle -brille par l'originalité. Il y a dans une des lettres, celle adressée -par une certaine Lady Flaybum, une répétition absolue de l'une des -autres narrations de l'ouvrage. - - - - -=Manon la Fouetteuse=[8], ou la _Quintessence de la Verge de Bouleau_. -Traduit du français par Rébecca-Birch. Ex-enseignante au pensionnat de -jeunes dames de Mistress Busby, Londres. Imprimé pour la société du -Vice. - - [8] Manon la Fouetteuse; or, the Quintessence of Birch Discipline. - Translated from the French by Rebecca Birch, Late Teacher at Mrs. - Bushby's Young Ladies' Boarding School. London: Printed for the - Society of Vice. - -Un volume in-8º de 96 pages, contenant 8 lithographies fort mal -dessinées. Publié par Dugdale en 1860, mais la première édition remonte -à 1805 ou 1810. - - -Comme les ouvrages précédents, _Manon la Fouetteuse_ est un ouvrage -lourd, au style ampoulé et prétentieux, formé d'anecdotes sur la -flagellation dont aucune ne possède un cachet d'élégance ou d'esprit. -C'est en somme le compte rendu de la carrière de Mlle Dubouleau «qui -tient maintenant en Amérique un pensionnat pour jeunes filles». Cette -demoiselle confia son manuscrit à son amie Rébecca Birch qui le -traduisit pour l'édification de ses propres amis. A vrai dire, on est en -droit de douter que l'on se trouve en présence d'une traduction. - - - - -Dans =Le Bouquet de Verges=, ou _Anecdotes curieuses et originales de -dames amateurs de flagellation au moyen de Verges de Bouleau, Avec de -riches illustrations, Publié pour l'amusement et le bénéfice des dames -ayant sous leur tutelle des jeunes dames et messieurs revêches, bêtes, -libertins, menteurs et paresseux, Boston: imprimé pour George Fichier, -Prix: deux guinée_[9]; on trouve 8 lithographies obscènes, de mauvais -coloris et très mal exécutées. - - [9] The Birchen Bouquet; or Curious and Original Anecdotes of Ladies - fond of administering the Birch Discipline. With Rich Engravings. - Published for the Amusement as well as for the Benefit of those - Ladies who have under their Tuition sulky, stupid, wanton, lying, or - idle Young Ladies and Gentlemen. Boston. Printed for George Tickler, - Price: Two Guineas. - - -Ce livre, publié une première fois vers 1770 ou 1790 fut réimprimé en -1826 puis en 1881. Enfin récemment. - -Comme dans =Les Éléments d'intuition=, les scènes de flagellation -réunies dans le _Bouquet de verges_ ne sont qu'une compilation de faits -qui n'ont aucune valeur littéraire. L'on est même en droit de se -demander pourquoi cet ouvrage a été si souvent réédité. - - - - -=L'École du Couvent=, ou _Précoces expériences d'un jeune flagellant, -par Rosa Bellinda Coote, Londres, Édition privée_, M.DCCCLXXIX[10], est -un récit divisé en 5 chapitres. Une lettre introductive signée Rosa -Bellinda Coote et datée du 10 janvier 1825, nous informe que «les -curieux faits suivants ont été portés à ma connaissance et confiés à ma -discrétion par une jeune comtesse de ma connaissance». Une allusion y -est faite aux propres mémoires de l'auteur, auxquels l'_École du -Couvent_ peut bien n'être qu'un appendice. Les deux contes sont l'oeuvre -de l'éditeur. - - [10] The Convent School, or Early Experiences of a Young Flagellant, - by Rosa Bellinda Coote, London. Privately Printed. M.DCCCLXXIX. - -Lucile, l'héroïne, est maltraitée dès son enfance. A la mort de sa mère, -étant encore toute enfant, son père la flagelle avec la dernière -violence pour exciter ses passions et se mettre dans un état plus propre -à goûter les plaisirs que la gouvernante de Lucile ne semble pas trop -lui refuser. Quelques temps après elle est envoyée à Bruxelles dans une -école congréganiste, où la supérieure la fouette sans pitié pour son bon -plaisir. Mais elle réussit à s'évader de ce couvent; elle va se réfugier -à l'hôtel d'Angleterre où l'on aurait refusé de la recevoir, n'aurait -été l'intervention d'un gentilhomme anglais Lord Dunwich, qui se trouva -être un ami intime du comte d'Ellington auquel elle était fiancée. - -Le mariage s'accomplit; mais bientôt le mari la néglige pour ses chevaux -et la conséquence en est que la jeune femme se laisse aller dans les -bras de Lord Dunwich. L'époux apprend la chose et, déguisé en prêtre, il -réussit à surprendre la confession de l'infidèle. Il convient de dire -qu'ils étaient tous deux catholiques romains. On lui impose une -pénitence et elle est renfermée dans une pièce attenante à l'église. -Lord Ellington, toujours revêtu d'habits sacerdotaux et aidé d'un autre -moine la flagelle avec la dernière violence et la soumet à toutes sortes -d'horreurs et de traitements barbares. Après avoir accompli ces -abominations, le mari outragé se retire et revient peu après habillé en -homme du monde et la jeune femme le reconnut de suite. Alors le -gentilhomme s'écrie: «Femme! ma vengeance est accomplie; vous ne me -trahirez plus. J'ai égalisé les choses en dégradant, humiliant et -torturant mon épouse adultère. Vous ne me reverrez jamais. Tel a été mon -moyen de divorcer d'avec une chienne adultère!» Son amant, Lord Dunwich -accueille à bras ouvert Lucille, provoque ensuite le mari cruel et lui -tire une balle en plein coeur. Le couple amoureux prend la fuite et Lord -Dunwich se noie quelque temps après dans le Rhin. - -«Depuis cette époque, dit l'héroïne, vous savez que je me suis consolée -en m'abandonnant sans aucune retenue à toutes sortes de manies érotiques -et plus particulièrement en m'adonnant à la flagellation de sorte que, -chère Rosa, je me sens m'en aller tout doucement, quoique à peine âgée -de vingt-cinq ans...» - - -Le livre n'est en somme pas mal écrit, quoique dans ses différentes -parties il ne soit guère attrayant; au contraire, on peut dire que les -nombreuses scènes de flagellation agrémentées de tortures plutôt -dégoûtantes sont au plus haut point fastidieuses et révoltantes. - - - - -=Conférence expérimentale=, par le colonel Spanker, sur les plaisirs -excitants et voluptueux qui dérivent du fait de mater et d'humilier une -belle et modeste jeune dame; telle qu'il l'a faite dans la salle de -réunion de la Société des Flagellants Aristocratiques de Mayfair. -Londres, Édition Privée. A. D. 1837[11]. - - [11] =Experimental Lecture.= By Colonel Spanker, on The exciting and - voluptuous pleasures to be derived from crushing and humiliating the - spirit of a beautiful and modest young lady; as delivered by him in - the Assembly Room of the Society of Aristocratic Flagellants, - Mayfair. London. Privately Printed, 1836. - - -Cet ouvrage qui comporte deux volumes, quoique une troisième partie a dû -être projetée sans cependant être mise à exécution--l'on trouve en effet -à la dernière page du deuxième volume la mention: _fin_ de la IIe -partie, puis plus bas quelques lignes qui font assister au mariage de -l'héroïne, suivies de la mention: FINIS?--est orné de 11 planches -coloriées passablement obscènes, d'une exécution rudimentaire et faite -par quatre artistes différents. - -A été réimprimé récemment. - - -Voici d'ailleurs un compte rendu analytique de cette conférence «faite -pour une classe spéciale de flagellants qui trouvent leurs délices dans -la torture poussée à l'excès: - -«La conférence expérimentale, comme son titre le dénote, traite de -l'état d'extase qui résulte, à ce que l'on prétend, de la jouissance que -l'on peut puiser dans la cruauté physiquement et moralement parlant. - -«Un excès de volupté peut uniquement être produit par deux causes: -premièrement par le fait de nous imaginer que l'objet de nos désirs se -rapproche de notre idéal de beauté ou d'autre part, quand nous voyons -cette personne éprouvant les sensations les plus violentes possibles. -Aucun sentiment n'est aussi vif que la douleur; son effet est véritable -et certain. Elle ne trompe jamais comme la comédie de plaisirs -éternellement jouée par les femmes et rarement éprouvée en réalité. -Celui qui peut produire sur une femme les plus violentes impressions, -celui qui peut le mieux troubler et agiter la constitution féminine -jusqu'au paroxysme réussit à se procurer à lui-même la plus forte dose -de plaisir sensuel.» - -Ces remarques contiennent la quintessence de toute la philosophie que -l'on trouve à satiété dans les volumes renommés du Marquis de Sade, où -ce dernier, dans ses rêves exaltés d'orgies sanglantes, de phlébotomies, -de vivisection et de tortures de toutes espèces, accompagnés de -blasphèmes, ajoute tant d'importance à l'humiliation morale des victimes -qu'il met en jeu. Ce à quoi il tend particulièrement, c'est la -jouissance physique causée par la torture raffinée à laquelle ses -victimes doivent être soumises et qui se résolvent finalement par leur -mort. - -Dans ce petit ouvrage, nos flagellants réussissent à réduire leurs -expérimentations aux moeurs actuelles; elles comprennent une série très -longue de tourments qui sont volontairement infligés à une seule -victime, une jeune dame très sensible et d'une éducation supérieure. - -Dans _Justine_ et _Juliette_, le nombre d'individus prenant part aux -orgies et aux meurtres perpétrés exclut toute possibilité de réalité, -tandis qu'ici, tout le procédé est si méthodiquement et si exactement -développé, que nous sommes presque portés à croire ou à supposer que -tout est basé sur des faits réels, étant donné que l'histoire est si -documentairement portée à la connaissance du lecteur. - -Faut-il pour cela que nous soyons portés à croire que nous coudoyons -journellement des hommes qui puisent une secrète jouissance dans -l'action de torturer, des femmes faibles et confiantes et qu'en ce -faisant ils puissent arriver à mettre en fonction leurs organes génitaux -et jouir?... - -L'expérience nous a appris qu'il en était malheureusement ainsi et nous -pourrions citer plusieurs cas tout à fait récents où des jeunes filles -ont été attachées à des échelles, liées sur des canapés et brutalement -flagellées, soit avec des verges de bouleau, soit avec le plat de la -main, la boucle d'une courroie ou même encore avec un trousseau de -clefs! Quelques-unes d'entre elles ont été préalablement averties -qu'elles seraient battues «jusqu'à ce que le sang viendra» et on s'était -mis d'accord sur la compensation pécuniaire qu'elles recevraient pour -prix de leur complaisante soumission. D'autres, au moyen de cajoleries, -ont été décidées à se prêter à la petite mise en scène, après qu'on leur -eut fait accroire qu'il ne s'agissait en somme que d'une plaisanterie et -pour mieux dire, d'une fumisterie. Mais une fois livrées sans moyen de -défense, pieds et poings liés, entre les mains du flagellateur libertin, -elles peuvent crier grâce! Ces lâches s'efforcent de produire le plus de -souffrances, le plus de douleurs possibles et plus ils maltraitent leur -malheureuse victime, plus leur jouissance est grande. Ils ressemblent, -dans ces moments d'expansion libertine, à de véritable démons, hurlant -de joie et de plaisir presque autant que leur souffre-douleur, de peine. -Et cependant, ces mêmes individus, une fois leur rage érotique passée, -entourent des soins les plus tendres, les plus attentifs, leur victime, -lui témoignant la plus grande amabilité. Boutonnant leur redingote, ils -redeviennent ce qu'ils étaient auparavant, c'est-à-dire de galants et -aimables gentilshommes, car gentilshommes ils le sont tous de naissance, -ceux qui sont possédés de cette terrible manie. - -Si de pareils procédés sont, en toute conscience, une chose révoltante, -que faut-il penser de ceux qui, non contents de mater, d'anéantir le -corps, dérivent encore une jouissance plus grande de l'écrasement, de -l'annihilation de l'esprit chez leurs victimes? - -D'après l'horrible théorie du colonel Spanker, nous devons supposer que -l'on ne saurait éprouver de véritable jouissance en fustigeant le -postérieur calleux d'une fille de rencontre que ses parents ont -habituée, dès sa jeunesse, aux plus rudes corrections, mais que cela -provoque de réelles jouissances en exposant aux coups la tendre et -délicate nudité d'une jeune dame sensitive, à l'éducation supérieure et -à l'esprit élevé. - -Dans le but de mettre en pratique ce plan diabolique, le colonel loue -une maison à Mayfair et y fonde la _Société des Flagellants -aristocratiques_ qui comprend au moins une demi-douzaine des plus belles -et plus _fashionables_ jeunes dames du jour. - -Nous voyons ainsi que l'auteur considère que les femmes aussi ne -dédaignent pas de se délecter des souffrances infligées à un membre de -leur propre sexe. Nos viragos «au sang bleu» sont lassées des victimes -vulgaires et consentantes, qui se soumettent aux tortures dans un but de -lucre... En conséquence Spanker découvre «une jeune dame connue de la -plupart d'entre eux, Mlle Julia Ponsonby, une adorable blonde de -dix-sept ans, dont la mère, une veuve, forcée d'aller pour quelque temps -à l'étranger, cherche une dame honorable à laquelle elle puisse confier -son enfant, pendant la durée de son absence.» La dame honorable et comme -il faut qui prend charge de la demoiselle n'est autre qu'une procureuse -de la société et miss Julia se trouve bientôt prisonnière dans la maison -de Mayfair, dont la serre a été transformée en salle de conférences et -où l'on a placé, an milieu de massifs de plantes en pleine floraison, de -fontaines et d'autres ornements luxueux, l'_appareil_ «quelque chose -comme une paire de larges marches d'escalier, en acajou massif» et -auquel on attache les victimes lorsqu'on les soumet à la torture. Le -colonel fait son apparition sur la scène et, après avoir abreuvé de -toutes sortes de vilenies la jeune femme, qui le traite avec le mépris -qu'il mérite, il commence par lui administrer une volée de claques -retentissantes sur son derrière nu, puis se laisse aller à d'autres -«horribles libertés» et finalement l'envoie se coucher. - -Le lendemain matin il la réveille, armé d'une verge, et, en dépit de sa -honte et de sa terreur, assiste à sa toilette, qu'il accompagne de coups -bien appliqués avec le bouleau. Quand elle est à moitié habillée, il la -force à grimper sur une échelle, en tenant ouverts ses propres -pantalons, tandis que des cinglements de l'impitoyable badine la forcent -à l'obéissance. Son bourreau l'oblige enfin à se placer contre un mur la -tête à terre et les pieds en l'air, puis il la laisse. - -On la revêt alors d'un élégant costume de bal, et après l'avoir fustigée -sur les épaules nues avec une cravache de dame, on la présente à -l'assemblée des flagellants réunis dans la serre dans l'attente du -spectacle à venir. Il y a là six dames masquées en dominos et quatre -messieurs affublés de fausses barbes. - -Alors le colonel fait un exposé de ses idées et de ses théories, -appuyant ses dires de vigoureuses cinglées, que miss Julia est forcée de -supporter; le conférencier dévoile tout le secret des délicieuses -sensations et des jouissances que procure la flagellation et ce, d'une -façon bien plus étendue que jamais... - -La jeune fille, après ces préliminaires, est livrée aux indécentes -caresses de toute la société: la petite cravache est de nouveau mise à -contribution et, tandis qu'on la déshabille avec une lenteur étudiée, on -accompagne chaque phase de l'opération de nouvelles tortures, de plus en -plus raffinées. On la pique avec une épingle, on la pince et on la force -à raconter des épisodes érotiques de sa vie au pensionnat. Miss -Debrette, l'une des dames de la société est ensuite placée sur le -chevalet et miss Julia est contrainte de fouetter la jeune dame qui -semble y trouver un plaisir extrême, quoiqu'elle soit maltraitée au -point d'en être couverte de sang. Puis on se livre à d'autres indécences -inouïes, pour prouver «que le flagellant tout autant que le flagellé -éprouve de voluptueuses jouissances.» - -Ensuite commence ce que le colonel, avec un sourire sarcastique appelle -_la flagellation pour tout de bon_! - -Miss Julia est attachée à une échelle avec le dos tourné vers les -échelons. - -C'est ici que se termine la première partie de l'ouvrage. - -La deuxième partie commence par la description très en détail de -l'opération à laquelle volontairement miss Debrette s'est soumise. L'un -des messieurs lui succède et, après que les deux eurent cyniquement fait -part de leurs impressions personnelles aux autres membres de la société, -le supplice de Julia recommence: on la fouette au moyen d'une brassée -d'orties en pleine sève. La position de la jeune femme sur l'échelle -peut donner une idée de la trivialité de la description qui est faite de -la scène qui s'ensuit. - -Après l'avoir changée de position et lui avoir fait tourner le dos à -l'assistance inaccessible à tout sentiment de pitié, le colonel relate -quelques autres épisodes de l'application de la torture aux victimes de -la lubricité humaine, après quoi on soumet la pauvre enfant à une -fustigation accélérée au moyen d'une espèce de lanière de cuir, jusqu'à -lui faire presque perdre les sens. Les lubriques acteurs de cette scène -révoltante se mettent à jouer à saute-mouton par dessus le dos -ensanglanté de l'infortunée et, après cette diversion dans leur -dégoûtante orgie, le colonel les régale d'une nouvelle histoire ayant -pour sujet les tortures infligées à une femme mariée, durant sa première -nuit de noces. - -Mais ce n'est là qu'un entr'acte: la représentation continue et, c'est -le tour d'une courroie garnie de fines pointes d'acier, de démontrer ses -vertus sur le corps nu et déchiqueté de miss Julia que l'on a placée -sens dessus dessous, la tête en bas et les jambes en l'air, le long de -l'échelle. - -Puis une mêlée générale s'engage, qu'il est absolument impossible de -décrire; les participants à cette orgie se laissent aller à tous les -excès, avec toute la lascivité et le voluptueux excitement que toute -cette cruauté est sensée avoir déchaînés et--tout naturellement,--cela -au détriment de la pauvre Julia. De nouveau la pauvrette est soumise à -une flagellation impitoyable au moyen d'une lourde cravache et -finalement--en guise de couronnement de son martyre,--on lui inflige la -plus cruelle, la plus abominable des tortures morales: elle est -brutalement violée avec tout le raffinement de détails qui, d'ordinaire, -peuvent accompagner une telle opération. - -Nous pouvons affirmer sans crainte que ce livre est l'ouvrage le plus -froidement cruel, le plus cyniquement indécent qu'il nous ait été donné -de lire; il est unique en son genre dans la langue anglaise. On semble -revivre le rêve sauvage ou plutôt le cauchemar d'un vieux satyre -vicieux, vanné, positivement usé et dont l'épiderme tanné jusqu'à -l'insensibilité par des flagellations quotidiennes a été saisie d'une -folie de passions étranges pour la flagellation bestiale. - -Il va sans dire que le compte rendu qui précède ne donne que les grandes -lignes de l'ouvrage, car nous avons soigneusement évité de copier le -moindre détail, dont la minutie est d'un érotisme trop accentué pour se -retrouver sous notre plume. Les plus impudiques descriptions y sont -faites et toutes les phases de cette lente agonie de la pauvre fille, le -moindre mouvement, la plus petite contraction et le moindre -tressaillement sont notés, et commentés. La beauté de Julia est l'objet -d'une analyse et de remarques d'une crudité inouïe et rien n'est négligé -pour prouver que seul un Néron ou un marquis de Sade peuvent réellement -éprouver quelque plaisir sensuel. - -Nous pouvons puiser quelque consolation dans le fait que ce livre est -trop délibérément horrible pour être dangereux, car ce mélange de -débauches lubriques, d'extravagances sadiques, d'usages d'abattoir -froidement, cyniquement mis en oeuvre ne peut être que le produit d'une -imagination surchauffée et surexcitée par des idées obscènes et -lascives. Le livre est bien écrit et l'auteur s'est évidemment donné -beaucoup de peine pour mettre bien en relief les moindres détails, comme -s'il avait voulu convaincre le lecteur de la réalité absolue de ce -système répugnant qu'il expose avec tant d'ampleur. - - - - -=Curiosités en flagellation.= _Une série d'incidents et de faits -compilés par un flagellant amateur et publiés en cinq volumes. Vol. I. -Londres 1875_[12]. - - [12] Curiosities of Flagellation. A series of Incidents and Facts - collected by an amateur Flagellant and published in five volumes. - Volume I. London 1875. - -Malgré l'annonce de cinq volumes, il n'en parut à l'origine qu'un seul, -qui fut réédité en 1879-1880, avec addition d'un volume supplémentaire. -Ces deux volumes pris séparément contiennent chacun un récit: le vol. I. -est réservé à _The Jeweller's Housekeeper_, en français, _La Gouvernante -du Joaillier_; le vol. II. contient _Mrs North's School_ ou l'_école de -Mme North_. Chacun de ces volumes est illustré de cinq gravures -exécutées avec très peu de soin; elles sont coloriées et de nature -quelque peu obscène. L'ouvrage est publié par l'auteur lui-même. - -_La Gouvernante du Joaillier_ est un récit qui a pour but d'exposer la -flagellation comme une pratique aphrodisiaque, comme un moyen d'arriver -à un but déterminé et non pas comme le but lui-même que l'on se propose -d'atteindre, contrairement à la tendance des livres publiés au début du -siècle. - -L'auteur cependant nous semble pousser les choses un peu trop loin quand -il cherche à nous persuader que les victimes éprouvent malgré tout une -sensation agréable et voluptueuse, après une flagellation impitoyable -accompagnée d'autres pratiques inhumaines, même quand ils sont sur le -point de succomber à leurs tortures, et que ces sensations augmentent -d'intensité quand le supplice a cessé, ce qui les fait se soumettre par -la suite docilement à ces pratiques et les incite même à désirer -vivement d'y être soumises encore, d'être fouettées de verges, avec des -cravaches et d'avoir leur peau cinglée jusqu'à ce que le sang découle en -profusion des cicatrices béantes, et tout cela pour assouvir les -instincts voluptueux qui accompagnent et suivent leur agonie. - -Nous ne doutons pas que la fustigation sur les postérieurs soit -suffisante pour provoquer une circulation anormale du sang dans cet -endroit et dans les parties adjacentes et que par cela même elle ne -stimule les facultés procréatrices chez certaines natures -exceptionnellement douées. Mais nous ne pouvons admettre, en aucune -façon, qu'un individu de l'un ou de l'autre sexe, surtout s'il est sain -de corps et de constitution normale, puisse se soumettre volontairement -aux tortures décrites dans le volume. - -La famille dans laquelle se passent les aventures relatées et dont, au -dire de l'auteur, «beaucoup sont basées sur des faits», se compose de M. -Warren, un bijoutier des environs de Saint-Paul[13] «réputé imbu de -principes religieux»; de Sarah sa gouvernante; de «deux filles _de par_ -sa femme». Miss Annie âgée de seize ans et Miss Alice, de quatorze ans, -deux des plus belles filles du quartier de Highgate où leur père a son -domicile particulier et «maître» Willy, un gamin de onze ans, fils du -joaillier «de par Sarah». - - [13] Saint Paul, la cathédrale de Londres qui donne au quartier son - nom. Elle est située dans la cité. - -Suivant les instructions du joaillier, la gouvernante invente des -histoires contre les enfants, afin de fournir à ce père modèle des -prétextes pour flageller impitoyablement ses enfants, le garçon comme -les filles, le soir, quand il retourne de la Cité. Après s'être adonné -avec frénésie à ce passe-temps excitant, il calme ses ardeurs dans les -bras de Sarah; ou bien encore, les deux amants se flagellent -mutuellement pour prolonger leurs accès de volupté. En dépit des -histoires inventées contre elles par Sarah et des corrections brutales -qui en sont la conséquence, les deux jeunes filles, aussi bien Annie -qu'Alice se prennent d'un réel attachement pour Sarah et en arrivent -même à désirer d'être soumises à une bonne fustigation,--ce que nous -trouvons foncièrement anormal. - -Nous ne croyons ni utile, ni nécessaire, de faire une description -détaillée de ces flagellations, qui d'ailleurs se ressemblent toutes; -elles ont ceci de particulier qu'elles sont décrites d'un style bien -meilleur que celui que l'on est habitué à trouver dans les livres de -cette nature. Le récit se termine d'une façon quelque peu abrupte; l'on -voit bien que l'auteur se proposait d'y donner une suite, car vers la -fin Sarah promet de montrer à ses jeunes amis «quelques petits -instruments de plaisir; mais la chose doit être remise à un autre -moment». - -Voici l'analyse du IIe volume qui contient l'histoire de l'école de -mistress North. - -Le volume se compose de cinq lettres passablement longues qui traitent -toutes de l'influence de la verge de bouleau sur les organes sexuels. -Point n'est besoin de faire ressortir que le sujet est, d'un bout à -l'autre, traité avec une désinvolture extrême et que le langage employé -est d'une franchise outrée. L'auteur décrit dans leurs moindres détails -les scènes de fustigation et les conséquences qui en résultent, sans -rien cacher. - -Dans la première lettre, sir Charles dit qu'il a à ses gages une dame, -miss Whippington qui dirige un pensionnat pour les jeunes filles de -l'aristocratie. Elle flagelle ses élèves pour le plaisir de son riche -protecteur, après avoir arrangé pour lui une cachette d'où il peut, tout -à son aise, suivre les contorsions et jouir de la confusion et de la -honte de ses belles et rougissantes victimes. Lady Flora Bumby, une -jeune fille gracile, à l'air doux, d'une délicate beauté, blonde, âgée -de quatorze ans environ est mise en scène, avec accompagnement de -détails minutieux sur sa contenance, sur sa toilette intime, ses -dentelles et les charmes qu'ils cachent aux regards profanes. C'est -ensuite le tour de miss Mason, une belle brune de seize ans, aux yeux -fulgurants, aux joues de pourpre: elle est gentiment apprêtée et -délicatement cinglée de longues marques rouges. Ceci produit aussi bien -chez le bourreau que chez sa victime le même effet érotique; mais nous, -pour notre part, nous sommes en droit de supposer que cette idée existe -seulement dans l'imagination des écrivains lascifs, quand ils forcent -leurs effets. Néanmoins nous pouvons nous hasarder à dire qu'une femme -encline à l'hystérie peut être soumise à bien des tourments par un amant -préféré sans en ressentir toujours de la douleur, surtout si ce dernier -réussit à faire naître chez elle un excitement voluptueux, alors qu'il -lui inflige des mauvais traitements corporels. Malgré cela ces créatures -ne sont que des exceptions: elles sont toutes anémiques et esclaves de -leur système nerveux; elles se contredisent souvent. Elles sont -menteuses, ont des visions et des accès d'insomnie. Elles s'adonnent à -la boisson et souvent la morphinomanie ou l'abus du chloral les conduit -droit à la maison de fous ou dans la tombe. Il n'y a pas de femme bien -développée, en bonne santé, avec un sang pur et abondant circulant dans -ses veines, qui puisse éprouver du plaisir à être battue; et avec bien -plus de raison, il n'y a pas d'homme dans ces conditions qui peut puiser -la moindre jouissance dans le fait d'être fustigé. Les flagellateurs du -sexe fort sont généralement des êtres absolument usés et dépravés et il -en est de même des femmes de cette catégorie; à moins qu'ils ne soient -des exceptions, c'est-à-dire des êtres dominés par des passions -anormales. - -Pour revenir à notre sujet après cette digression qui, nous l'espérons, -n'est pas tout à fait déplacée, voici, après miss Mason, une autre élève -qui tombe sous la férule de la douce institutrice. Cette fois on nous -présente une _boulotte_, assez courte de stature, aux cheveux roux, avec -de grands yeux d'un brun sombre: elle répond au nom de miss Howard et -n'a atteint que son dix-septième printemps. Pour commencer, on l'expose -dans toute la gloriole de sa captivante nudité. C'est couchée à -plat-ventre qu'elle subit son châtiment jusqu'à ce qu'elle ait perdu -connaissance. Ici se termine ce petit délassement et sir Charles, arrivé -au paroxysme de l'excitation, est confortablement soigné par miss W..., -l'institutrice, qui pendant plus de deux heures se prête à ses -extravagances libidineuses et assouvit sa soif de luxure, faisant -revivre de temps à autre ses forces déclinantes, au moyen de quelques -douzaines de coups de verge bien appliqués, tandis que dans leur -chambre, miss Mason et Lady Flora se laissent aller sans aucune retenue -aux incitations d'une idylle amoureuse d'un genre nettement lesbien. - -Dans la première lettre, Wildish raconte quelques autres épisodes de -flagellation. Une épouse corrige son ivrogne de mari au moyen d'une -cravache et cet exercice produit chez elle un tel excitement qu'elle se -réconforte dans les bras d'un amant qui a suivi toute la scène à travers -le trou de la serrure. Nous avons ensuite le mariage d'un Lord -Coachington qui, âgé de trente ans à peine et cependant déjà usé jusqu'à -la moelle des os, épouse une jeune veuve très riche. Mais il ne réussit -pas à remplir ses devoirs conjugaux malgré les ingénieux artifices mis -en oeuvre par la jeune femme,--artifices décrits avec une lascivité -extrême et que notre plume se refuse à transcrire. Alors, il offre de -placer sur la tête de sa femme 250.000 francs, pour qu'elle consente à -se laisser attacher au moyen de cordons de soie et à recevoir de lui une -fessée en règle sur son postérieur, avec des verges de bouleau. Elle -consent et le noble Lord se met à la besogne, en dépit des pleurs et des -grincements de dents de la jeune épouse, qui se tord de douleur et -regrette, un peu tardivement, de s'être prêtée à cette fantaisie -maniaque. Le résultat de cette opération ne se fit pas attendre et se -traduisit au bout de neuf mois par la naissance de jumeaux: deux -filles!... - -Dans cette même lettre, on nous conte l'aventure d'un certain M. -Robinson atteint, lui, d'une flagellomanie aiguë. Il offre cinq mille -livres sterling, soit 125.000 francs à un jeune garçon, pour qu'il lui -soit permis de le fouetter à coeur joie et à satiété. Mais, ayant par la -suite acquis la certitude que le bel adolescent n'était autre qu'une -jeune fille déguisée, il la remet aux mains de ses quatre valets de pied -et il s'ensuit une orgie qui défie toute description. La lettre se -termine par une communication de Miss Whippington qui s'étend -complaisamment sur les détails d'une fustigation infligée par elle à -Mlle Lucie Saint-Clair, l'une de ses élèves. - -La troisième lettre fait l'objet, de la part de Mistress North, d'une -communication comportant une copie très exacte du journal de feu Lord -P..., un fervent disciple et propagateur de la flagellation avec des -verges. Ce mémoire est suffisamment nouveau et curieux, même pour les -initiés aux pratiques flagellatoires et libertines, qui sans doute ne -trouveront généralement dans ces livres, que très peu de choses qui ne -leur soient connues de longue date. Il raconte les amours d'une -gouvernante robuste qui s'amuse à flageller un frère et une soeur -confiés à ses soins. Elle éprouve des spasmes voluptueux en administrant -ces corrections qui, en fin de compte, la portent à faire partager son -lit par son élève mâle, auquel elle frappe avec ivresse le derrière et -les parties adjacentes, non sans le couvrir simultanément de caresses -lascives. Ce couple si étrangement assorti se livre ensuite à une -distraction d'un genre particulier, que ce Faublas en herbe appelle -jouer «à la vache et au veau». Nous voulons passer rapidement sur les -aimables leçons données an gamin, et glisser sur la matière, car il nous -est franchement impossible de suivre et d'étudier les progrès de cette -corruption inculquée à des enfants d'un âge relativement peu avancé. - -Les amours, ou plutôt les passions de cette gouvernante -_nymphomaniaque_, sont continuées dans la cinquième lettre, qui termine -le livre, dont voici la conclusion, d'une ironie vraiment cynique: «Cher -Sir Charles, je pense qu'en voilà assez du journal de Lord P..., le -restant est trop sale pour que je puisse le transcrire.» - -Vraiment! Mais alors, qu'est-ce que cela peut bien être! - -Dans la quatrième lettre, Sir Charles relate l'histoire d'un de ses amis -qui possédait plusieurs grands singes auxquels il avait enseigné de se -flageller réciproquement, dans le but de faire naître chez eux une -excitation des sens. Si--comme on est en droit de le supposer--cette -histoire n'est pas vraie, elle n'en a pas moins le mérite de la -nouveauté et ouvre un nouveau champ d'études aux Buffon de l'avenir. - -Une fois de plus on nous sert dans cette lettre la description de trois -jeunes demoiselles, qui, toutes frémissantes, sont attachées au chevalet -et flagellées avec la dernière violence, au grand amusement d'un ancien -Lord-Chancelier, M. S..., qui paie pour suivre la cérémonie à travers un -petit trou, après quoi il est soulagé par la maîtresse de pension. - -Ce petit ouvrage est évidemment original, aussi original que peut l'être -un livre de ce genre, si l'on considère que c'est toujours la même -rengaine et qu'il est assez difficile d'apporter dans le traitement de -ce sujet des variations continuelles et pas banales. - -Nous ne doutons pas que ceux qui sacrifient au vice de la flagellation, -se délecteront à la lecture de ces cinq lettres et même en demanderont -encore. Le style est entraînant et tout nous porte à croire que -l'ouvrage est de la même plume que la _Conférence Expérimentale_. -L'analogie du style dans ces deux ouvrages saute parfois aux yeux: on y -retrouve en certains endroits les mêmes phrases interminables. La partie -la mieux écrite est incontestablement celle dans laquelle sont décrites -les prouesses de la gouvernante et qui nous montre combien il est -dangereux de confier sans aucune retenue de jeunes enfants à des -servantes. Le grand scandale de Bordeaux[14] nous fournit un exemple de -pareille négligence de la part de parents; d'autre part on peut trouver -de nombreux autres cas dans le livre du Dr Tardieu[15]. En somme, il y a -de bons enseignements à tirer de partout, même d'un livre franchement -érotique. - - [14] Affaire du Grand Scandale de Bordeaux. Pellerin, 1881. 8 vol. - - [15] Étude Médico-Légale sur les attentats aux moeurs par Ambroise - Tardieu, Paris, J.-B. Baillère et fils, 1873, in-8º, avec gravures. - -Nous nous sommes plus longuement étendu sur ce dernier ouvrage, parce -qu'il nous est présenté comme une première oeuvre de l'auteur et nous -croyons que le lecteur nous excusera facilement. - - - - -=La quintessence de la discipline an moyen de verges de bouleau. Suite -du Roman de la Castigation.= _Illustré de quatre superbes planches -coloriées. Édition privée. Londres 1870_[16]. - - [16] The Quintessence of Birch Discipline. A sequence to the _Romance - of Chastisement_. Illustrated by four beautifully coloured plates. - Privately printed. London, 1870. - - -Les quatre superbes planches coloriées ne sont que d'obscènes -caricatures d'une exécution des plus rudimentaires. L'auteur et -l'éditeur sont la même personne, quoique le _Roman de la Castigation_ -ait une autre personne pour auteur. Les sept dernières pages du volume -sont occupées par un récit intitulé: _Lettre d'un Page Boy[17] à sa mère -habitant la campagne_. - - [17] Page-boy, petit commissionnaire, garçon de courses, chasseur. - -Dans le livre sus-mentionné, une certaine Mme Martinet, dans une lettre -qu'elle adresse à l'une de ses amies, nous offre le récit de la façon -dont elle passe ses vacances à _Aspen Lodge_, près de Scarborough, la -résidence de «mon vieux protecteur, Sir Frédéric Flaybum, qui, vous ne -l'ignorez pas, trouva nécessaire d'installer et de mettre en vogue mon -pensionnat aristocratique et pour lequel j'ai aménagé de secrets points -d'observation pour son usage, dans les grandes occasions». - -Au moyen d'un prêt de deux cents livres sterling (5.000 francs), Sir -Frédéric a su décider la veuve d'un officier de l'armée des Indes, à loi -confier ses deux jeunes filles, «en lui donnant carte blanche à tous les -points de vue, avec la seule restriction que l'exercice de son autorité -_paternelle_ (_sic_) n'ait pas d'effets dangereux et ne laissât pas de -traces défigurantes sur ses enfants». - -A l'arrivée de Mme Martinet à Aspen Lodge, Anette et Miriam s'y trouvent -déjà. Le lendemain, elle et son protecteur se mettent à les fouetter -toutes deux, prenant pour prétexte une plainte non motivée d'ailleurs et -absolument inventée par Sir Frédéric. Quand l'opération, qui n'était -d'ailleurs accompagnée d'aucune pratique particulière et cruelle, fut -terminée, on annonce M. Handcock et Miss Vaseline, deux amis de vieille -date de Sir Frédéric. La jeune dame, «une délicieuse blonde, de taille -élancée mais exquisément moulée, avec des lèvres de corail, des dents de -perles et de ces grands yeux langoureux gris bleus, qui caractérisent si -bien un tempérament sensuel», entoure de ses bras potelés le cou de Sir -Frédéric, qu'elle embrasse avec une ferveur amoureuse qui ne laisse pas -que de surprendre l'honorable institutrice. - -Il s'ensuit une scène de la plus haute suggestivité, agrémentée de -flagellation mutuelle et d'autres provocations plus ou moins efficaces: -«Cette scène, dit textuellement Mme Martinet dans sa lettre, dura pas -mal de temps et nous remplit, nous, les dames, d'une délicieuse ivresse, -les messieurs étant trop vannés pour se laisser aller à trop -d'excitement.» - -Dans la lettre d'un _Page-Boy_, le jeune Fred raconte comment, en -regardant par le trou de la serrure, il surprend ses maîtresses, les -dames Switchers, en train de satisfaire aux goûts dépravés de -l'honorable M. Freecock, en le flagellant et en assouvissant d'autre -manière encore ses lubriques appétits. Mais le gamin est surpris à son -poste d'observation et,--laissons-le parler lui-même,--«en un clin -d'oeil ils m'eurent lié par les poignets au chevalet; mes pantalons -furent descendus en moins de temps qu'il ne faut pour le dire et ils se -mirent à me tanner le derrière avec frénésie au moyen d'une formidable -verge de bouleau». - - -Le style de ce volume peut être placé au même rang que celui des trois -ouvrages précédemment décrits. Mais ce livre a au moins un avantage, -celui de n'être pas, dans son ensemble, farci de détails dont la crudité -et la cruauté provoquent d'ordinaire un si profond dégoût. - - - - -=Les mystères de la «Villa de la Verveine» ou miss Bellasis flagellée -pour avoir volé=, par Etonensis. Prix: Quatre guinées, Londres. _Édition -privée._ MDCCCLXXXII[18]. - - [18] The Mysteries of Verbena House, or Miss Bellasis Birched for - Thieving. By Etonensis, Price Four Guineas. London. Privately - Printed. MDCCCLXXXII. - - -Ce volume est dû à deux auteurs différents; orné de quatre planches -coloriées, il n'a été tiré qu'à 150 exemplaires. - - -Après avoir pataugé au milieu de tant d'ouvrages lourds, insipides, -sinon absolument répugnants, sur la flagellation, c'est avec un réel -plaisir que l'on tombe finalement sur un volume écrit avec tact et avec -art, que l'on peut lire sans appréhension. - -Dans cet ouvrage on nous trace un tableau très fidèle et très minutieux -de ce qu'est un pensionnat fashionable pour demoiselles à Brighton, à -notre époque, et le récit roule principalement sur les punitions -corporelles infligées aux aimables pensionnaires de la maison. - -Deux pièces d'or sont dérobées à une élève créole et miss Bellasis est -convaincue d'avoir commis le larcin. Ce qui aggravait sa faute, c'est -qu'elle avait caché le fruit de son vol dans la boîte à ouvrage de l'une -des plus jeunes élèves. La perquisition générale à laquelle on se livre -à la suite de la découverte du larcin, donne lieu à de singulières -découvertes: chez une miss Hazeltine on découvre une bouteille -d'eau-de-vie de genièvre, tandis que l'on trouve dans le pupitre de Mlle -Hatherton un livre obscène. Les deux délinquantes, tout comme l'héroïne -principale de l'histoire sont destinées à être fouettées. Mais la -propriétaire de l'établissement, miss Sinclair, qui jusqu'alors avait -été opposée aux châtiments corporels, croit utile de consulter -préalablement le révérend Arthur Calvedon, aumônier du pensionnat. En -attendant qu'il se rende à l'appel qui lui est adressé, une espèce de -conseil de guerre est tenu et les gouvernantes françaises et allemandes -sont admises à émettre leurs avis respectifs sur la castigation des -jeunes filles. Le discours de l'institutrice française est reproduit en -français qui serait évidemment irréprochable, s'il n'était défiguré par -d'innombrables coquilles d'imprimeur. Mais le révérend arrive: il -commence à faire un exposé très étendu de ses expériences au collège -d'Éton et cela donne lieu à une dissertation très compliquée sur les -différents modes de flagellation. Arthur--comme on a pris l'habitude -d'appeler tout simplement le conseiller spirituel de l'école--brûle -d'envie de demander l'autorisation d'assister à la fustigation de Mlle -Bellasis; mais il n'ose et est obligé de se retirer sans avoir vu -l'accomplissement de son secret désir; il promet toutefois de revenir -après l'opération. - -Le lendemain matin, la voleuse est conduite dans la grande salle -d'études, par la sous-directrice et la gérante. Après une vive -résistance de sa part, elle est dépouillée de ses vêtements, liée sur un -pupitre et publiquement fouettée en présence de toutes ses camarades et -des domestiques. - -La description de la flagellation, qui suit alors, n'est pas du même -auteur; le style est distinctement différent. L'allure légère et -agréable du début de l'ouvrage se transforme à partir de la page 97 en -une narration plus sérieuse, d'un style plus châtié et plus sobre -surtout. Jusqu'alors les mots obscènes avaient été employés sans -restriction, sans ménagements, sans scrupules: l'auteur appelle tout par -les noms propres. - -Le caractère de miss Sinclair est du coup transformé du tout au tout. - -Mais procédons dans notre analyse. La fustigation de miss Bellasis est -décrite avec une ampleur bien exagérée, car elle ne nous apprend rien de -bien nouveau. Tout de suite après, nous trouvons une scène passionnelle -entre le révérend Arthur et miss Sinclair que la fustigation de son -élève, sur le postérieur de laquelle elle a usé trois verges, a mis dans -un état de surexcitation sensuelle indescriptible. - -Le jour suivant, miss Sinclair, devenue la maîtresse d'Arthur, punit -sévèrement les demoiselles Hatherton et Hazeltine, en particulier, chez -elle, c'est-à-dire qu'elle inflige aux deux jeunes filles toutes sortes -de tourments, d'abord avec une cravache, puis avec une brosse à cheveux, -tandis que le révérend admirateur regarde à travers un trou dans la -cloison. Le volume se termine d'une façon abrupte par quelques lignes -d'encouragement pour les flagellants des deux sexes. - -En somme, ce livre est, comme nous l'avons dit déjà, le seul qui ait -quelque mérite et qui semble se baser non sur des inventions mais sur -des faits réels et vécus. - - - - -=Exposition de flagellants femelles=, dans le monde modeste et -incontinent, prouvant par des faits indubitables qu'un certain nombre de -dames trouvent un secret plaisir à fouetter leurs propres enfants et -ceux commis à leur charge et que leur passion pour exercer et ressentir -le plaisir d'une verge de bouleau appliquée par des sujets de leur choix -de l'un et de l'autre sexe est du tout au tout aussi prédominant que -celui que leur procure le commerce avec les hommes. Publié maintenant -pour la première fois d'après des anecdotes authentiques, françaises et -anglaises, trouvées dans le boudoir d'une dame. Embellie de six belles -planches in-quarto, supérieur à n'importe quoi de ce genre qui ait -jamais été publié. Londres. Imprimé pour G. Peacock, nº 66, -Drury-Lane[19]. - - [19] =Exhibition of Female Flagellants=, in the Modest and Incontinent - World. Proving from Indubitable Facts that a number of Ladies take a - Secret Pleasure in whipping their own, and other Children committed - (_sic_) to their care, and that their Passion for exercising and - feeling the Pleasure of a Birch-Rod, upon Objects of their Choice of - both Sexes, is to the full as predominant as that of Mankind. Now - first published, from authentic Anecdotes, French and English, found - in a Lady's Cabinet. Embellished with six beautiful Quarto Prints, - superior to any thing of the kind ever Published. London. Printed - for G. Peacock, nº 66. Drury Lane. - -Une jolie vignette ovale orne cet ouvrage. Elle représente Cupidon -attaché à un arbre tandis qu'une jeune fille assise prépare une verge de -bouleau pour le châtier. - -Au point de vue littéraire ce livre ne vaut absolument rien. L'auteur -traite son sujet d'une façon par trop exclusive et part de ce principe -que la flagellation en elle-même constitue la jouissance, tandis qu'en -réalité l'on ne peut considérer cette pratique que comme un moyen -d'arriver au but que l'on se propose, c'est-à-dire la jouissance -sensuelle. En lui-même le châtiment corporel que l'on s'impose ne peut -certainement avoir rien que de désagréable. Ce n'est pas la flagellation -qui termine l'opération, puisqu'elle est suivie d'autres actes qui -produisent les effets définitifs désirés et provoqués. D'autre part, les -verges sont exclusivement placées dans les mains des femmes, comme si -les hommes ne sauraient éprouver au moins tout autant de plaisir à -fouetter des jeunes filles qu'à être fouettés par elles. - -Dans l'_Exposition des flagellants femelles_ cette théorie uniforme est -adoptée d'un bout à l'autre; on nous y enseigne que dans la flagellation -il faut un certain art, du tact, et de la délicatesse. - -Voici à titre de document, la traduction d'un passage qui s'y rapporte: -«Saches donc, fille nigaude (dit Flirtilla), qu'il y a une certaine -façon de manier ce sceptre de félicité, dans laquelle peu de femmes ont -la main heureuse; ce n'est pas le geste passionné et violent d'une -vulgaire femelle qui peut charmer, mais les manières délibérées et -élégantes d'une femme de sang et du monde, qui déploie en toutes ses -actions cette dignité qui se retrouve même dans le jeu de son éventail, -qui souvent sert à faire de si profondes blessures. Quelle différence -entre le vulgaire et le mondain, le distingué, précisément en cette -matière! Quelle différence entre la vue d'une femme vulgaire qui, -provoquée par ses enfants, les saisit comme un tigre ferait d'un agneau, -expose brutalement leur derrière et les corrige avec le plat de la main -ou avec une verge ressemblant beaucoup plus à un manche à balai qu'à un -gentil faisceau de verges, élégamment nouées ensemble tandis qu'une mère -bien-née, froidement et méthodiquement sermonnera son enfant ou son -pupille et, quand elle se sera rendu compte qu'il est dans son tort et -qu'il mérite une punition, ordonne à l'incorrigible miss de lui apporter -les verges, de se mettre à genoux et de demander à mains jointes une -bonne fouettée; puis, cette cérémonie préliminaire accomplie, elle lui -ordonnera de se coucher en travers de ses genoux ou bien la fera monter -sur le dos de la bonne, et puis, avec les plus jolies manières que l'on -puisse imaginer enlèvera tout ce qui empêchera le libre accès du -derrière frémissant de la petite demoiselle, qui pendant tout le temps, -tout en larmes et avec des promesses et des suppliques les plus tendres -implore sa chère maman ou sa gouvernante de lui pardonner; et à tout -cela la belle exécutrice prêtera oreille charmée, découvrant cependant -avec un sentiment délicieux les gentilles et aimables rotondités si -blanches, qu'en quelques minutes elle fera passer au rose le plus sombre -au moyen d'une verge maniée avec savoir-faire et élégance!» - - -Il existe d'ailleurs encore deux autres éditions de cet ouvrage, savoir: - -=The Exhibition of Female Flagellants.= Suus cuique mos. London. Printed -at the Expense of Theresa Berkley, for the Benefit of Mary Wilson, by -John Sudbury, 252, High Holborn. - -L'autre Édition est celle de genre bien connu de Hollywell Street. - - - - -=Le Chérubin= ou Gardien de l'Innocence féminine. Exposant les Artifices -des Pensionnats loués[20], des Diseurs de Bonne Aventure, des Modistes -corrompues et des soi-disant Femmes du monde. Londres, imprimé pour W. -Locke, nº 12 Red Lion Street, Holborn. 1792[21]. - - [20] Loué est pris ici dans le sens de loyer; c'est-à-dire, - Pensionnats pris en location par de vieux messieurs. - - [21] =The Cherub=; or Guardian of Female Innocence. Exposing the Arts - of Boarding Schools; Hired Fortune-Tellers; Corrupt Milliners; and - Apparent Ladies of Fashion, London: Printed for W. Docke. nº 12 Red - Lion Street, Holborn. 1792. - -Ce livre qui a été réimprimé à plusieurs reprises a pour objet, comme -son titre compliqué l'indique assez clairement, de mettre à nu chacune -de ces catégories de vice. De nombreuses anecdotes se suivent. En voici -une qui a trait à la location des Pensionnats de demoiselles par de -vieux libertins, qui trouvent plaisir à voir fouetter les jeunes élèves. - -«Un vieux Crésus libertin de Broad Street, dont les richesses étaient -aussi considérables que les instincts dépravés, a entretenu depuis -quelques années une espèce de trafic sensuel avec les directrices de -deux pensionnats; l'un situé aux environs de Hackney et l'autre dans la -Banlieue de Stratford. Toutes les semaines il versait à ces Dames des -sommes importantes, rien que pour pouvoir goûter des jouissances -visuelles qu'un homme ordinaire aurait trouvé plutôt répugnantes -qu'agréables. - -Le gentleman en question fait des visites régulières et à tour de rôle -chez chacune de ces accommodantes matrones. - -Voici comment le spectacle se déroule: - -Toutes les fautes commises, les dérogations au règlement etc., sont -soigneusement enregistrées pendant les quatre ou cinq jours qui -précèdent la visite du Crésus; le jour de sa venue est fixé pour -l'exécution de toutes les punitions infligées aux élèves. Après avoir -fait entrer le vieux birbe dans un petit cabinet adjoignant la salle et -dans la porte duquel sont aménagés des trous d'observation, les élèves -sont appelées l'une après l'autre, mises à nu, étendues sur un établi -_ad hoc_ et fouettées sur leurs postérieurs en proportion de la gravité -de leurs fautes. Dans la situation où elles se trouvent les jeunes -filles ne peuvent pas se douter un instant qu'elles sont vues de tout -autre personne que leur directrice. Et quand le vieux jouisseur, après -avoir suivi, au moyen d'une lorgnette toutes les phases et les progrès -de la flagellation en est arrivé au _summum bonum_ de sa passion il sort -de son rôle passif et se transforme à son tour en exécuteur... Son désir -assouvi il se retire comme un homme de bonne composition qu'il est, -parfaitement heureux et placide. - - -L'ouvrage est orné d'un frontispice suggestif par Isaac Cruikshank. - - - - -=Part the second. The female flagellants in the Beau-Monde and the -Demi-monde=; proving from indubitable facts that the secret Pleasure of -Whipping their own children and those of others, and that the Delights -of the Birch Rod are as powerful in the female as in the masculine part -of humanity. Now first published from the Manuscript of a Lady, and from -original correspondance addressed to the Editor of the first Part. With -highly coloured Engravings. Two Guineas[22]. Est une continuation du -volume mentionné plus avant, sous le titre d'_Exposition des flagellants -féminins_. - - [22] =Deuxième Partie. Les Flagellants femelles dans la Beau Monde et - dans le Demi-Monde=; prouvant par des faits indubitables que le - secret plaisir de fouetter leurs propres enfants et ceux des autres - et que les Délices de la Verge de Bouleau sont aussi puissants dans - la partie féminine que dans la partie masculine de l'humanité. - Publie maintenant pour la première fois le manuscrit d'une Dame et - la Correspondance originale adressée au rédacteur de la première - partie. Avec des illustrations coloriées de haut ton. Deux guinées. - - - - -=Conférences Fashionables=, organisées et tenues avec la discipline de -verges de bouleau, par les suivantes et nombreuses belles dames, qui ont -rempli à l'approbation générale les rôles de mère, marâtre, gouvernante, -femme de chambre, ménagère, gérante de maison, etc., etc. - - Mad. R-nson. - Lady G-r. - Mad. M-h-n. - Mad. B-n-ll. - Feue Miss Kennedy. - Kit. Frédérick. - Lady W-ley. - Mad. R-pe. - Mad. B-lli. - Charlotte Hayes. - Mad. Rudd. - Miss C-t. - Mad. H-nter. - Mad. Miller. - Mad. Price. - Miss C-ver-ng. - Clara Hay-d. - La mère Birch. - Mad. Arm-d. - Mad. Coxe. - Mad. L-w-ce. - Mad. Hugues. - Miss Scott. - Miss Villers. - Kitty Fisher. - Mad. Austin. - Lucy Cooper. - Sally Harris. - Mad. Booker. - Charlotte Spencer. - Mad. Corbyn. - Mad. Judge. - Mad. Far-ar. - Signora Frasi. - Signora G-lli. - Fanny Murray. - Fanny Herbert. - Miss Faulkner. - Mad. Woff-gton. - Nancy-Parsons. - Signora Z-lli. - Mad. Badd-ly. - Mad. Bridgeman. - Mad. Baker. - Mad. Lessingham. - Mad. Watson. - Mad. Dal-ple. - Lady L-n-er. - Signora S-i. - Killy Tut-a-dash. - Mad. Car-. - Mad. Bulky. - La comtesse de Medina. - Miss Olliver. - Miss Goldsmith. - Mad. Wil-n. - Miss Ray. - -Avec les observations préliminaires sur les plaisirs de la verge de -bouleau, administrée par la jolie main d'une dame favorite. Embellie -d'une jolie gravure, d'une demi-feuille, représentant une marâtre -fouettant son fils. - - Les philosophes qui ont étudié la nature - Et tous nos saints pères jurent - Qu'une verge est le meilleur fortifiant, - Une verge appliquée sur le derrière[23]. - -Voir _la danse de Mme Birchini_. - - [23] - - Philosophers who've studied Nature, - And all our holy Fathers swear, - A Rod's the best invigorator, - A Rod applied upon the Rear. - - _C'est un aussi grand provocateur que les cantharides ou le jus de - vipères, parce que cela irrite le sang et donne une nouvelle vigueur - aux esprits assoupis._ - - (_Le Jésuite lascif_, un Opéra.) - - -Quatrième édition, avec de nombreuses adjonctions. Londres. Imprimé pour -G. Peacock, nº 66, Drury Lane[24]. - - [24] =Fashionable Lectures=, etc... The fourth Edition. With - considerable additions. London. Printed for G. Peacock, nº 66 Drury - Lane. - -Cet ouvrage est incontestablement le plus curieux, le plus original et -très probablement le premier publié de la série. On aurait pu -l'intituler: _Le Drame de la flagellation_; toute l'action se déroule en -dialogues et monologues. - - -A ce sujet, nous croyons intéressant de reproduire la teneur d'un -passage qui termine l'ouvrage: _Le Sublime de la Flagellation_. - -Très peu de temps après la publication des _Conférences Fashionables_ à -Paris la carte suivante fut remise par les libraires à tous les -acheteurs de l'ouvrage. - - CARTE - - ADRESSÉE A MESSIEURS LES FLAGELLANTS - -«Tous les acheteurs des _Conférences_ qui seraient curieux de juger par -eux-mêmes de l'effet qu'elles produisent quand elles sont bien -développées, peuvent être adressés à une dame très accomplie au point de -vue physique comme au point de vue de l'intellect, et qui, si on sait -lui faire un compliment approprié[25], est prête à développer n'importe -laquelle de ces conférences avec toute l'énergie et l'éloquence de son -talent oratoire et son action, heureusement en corrélation. - - [25] Un bel euphémisme! - -«Cette dame a une maison à elle et sa salle de conférence est meublée de -verges, de chats à neuf queues, et de quelques-uns des meilleurs -ouvrages sur la flagellation. La dame a également dans sa maison une -femme robuste, capable de prendre un homme sur ses épaules, quand il lui -prend l'envie d'être traité comme un écolier; et en outre, elle, aussi -bien que sa bonne, sont prêtes de jouer un rôle passif dans l'usage des -verges, quand de temps à autre on le lui demandera. Prix de la première -conférence: un louis,--chaque lecture suivante un demi-louis et 2 fr. 50 -pour la bonne si elle sert de chevalet dans la circonstance. - -«N. B. Les messieurs seuls, qui éprouvent du plaisir à jouer le rôle -d'écoliers, seront servis par la maîtresse et la servante, à toute -heure, avant qu'ils se lèvent, le matin, dans leurs propres domiciles, -où se jouera admirablement bien le délicieux divertissement d'être sorti -du lit, bousculé, puis fouetté, pour n'avoir pas voulu se rendre à -l'école.» - - - - -=La Danse de Mme Birchini=, une histoire moderne, considérablement -augmentée avec des anecdotes originales recueillies dans les cercles -fashionables. Publié maintenant pour la première fois par Lady Termagant -Flaybum. - - «_De tomber aux pieds d'une maîtresse impérieuse, d'obéir à ses - ordres, d'avoir à lui demander pardon, furent pour moi les plus doux - plaisirs._» - - (_Les confessions de J.-J. Rousseau_, vol. I.) - - «_C'est un excitateur aussi puissant que les cantharides ou que le jus - de vipère, parce que cela irrite le sang et redonne une vigueur - nouvelle aux esprits assoupis._» - - (_Le Jésuite lascif_; un opéra.) - - -Neuvième édition, avec de belles planches. Londres. Imprimé pour Georges -Peacock, et vendu Drury Lane, nº 66[26]. - - [26] =Madame Birchini's Dance.= A Modern Tale. With Considerable - additions, and Original Anecdotes collected in the Fashionable - Circles. Now first published by Lady Termagant Flaybum. - - The Ninth Edition, with beautiful Prints. London: Printed for George - Peacock, and sold at nº 66 Drury Lane. - - -C'est un livre éminemment curieux. La première édition originale a dû -être publiée contemporainement avec les _Révélations de Lady -Bumtickler_. Ces anecdotes originales sont en prose et ne diffèrent pas -grandement de ce qui nous a été présenté dans l'_exposition de -flagellants femelles_ mais la _Danse de Mme Birchini_ est en vers, -parfois bien terre à terre, mais empreints, en certains endroits, d'une -belle vigueur et d'une ardeur remarquable. - -C'est, en somme, l'histoire d'un jeune noble qui, devenu impotent à la -suite d'excès de tout genre, se livre aux soins habiles de Mme Birchini -qui réussit, grâce à ses procédés spéciaux, à lui rendre son ancienne -vigueur et à le mettre à même de remplir ses devoirs conjugaux après -l'accomplissement desquels sa jeune épouse soupirait désespérément. - - - - -=Le joyeux ordre de Sainte-Brigitte.= Souvenirs personnels de l'usage de -la verge par Marguerite Anson York. - - -Imprimé pour les amis de l'auteur, MDCCCLVII[27]. - - [27] =The Merry Order of St Bridget=, Personal Recollections of the - Use of the Rod by Margaret Anson; York: Printed for the Author's - Friends, MDCCCLVII. - -On attribue ce livre au même auteur qui a écrit pour Hotten _The History -of the Rod_ (l'Histoire de la verge). Il se compose de douze épîtres -écrites par miss Anson à une de ses amies; la première lettre est datée -de 1868, tandis que sur l'ouvrage le frontispice porte la date erronée -de 1857. - - -Un certain nombre de dames, assemblées dans un château en France, -pendant le second Empire, créent, pour passe-temps, _le Joyeux Ordre de -Sainte-Brigitte_, une société ayant pour but l'application mutuelle des -verges, une pratique à laquelle elles sont toutes adonnées. - -Marguerite Anson est la soubrette de l'une de ces dames et elle est -admise à faire partie de la société en qualité d'aide. La description de -sa propre installation donnera une idée des rites de l'ordre. - -Mais laissons-la avant tout admirer son costume: «Une chemise de toile -fine, garnie de Valenciennes avec des entre-deux de rubans. Un jupon -moelleux en flanelle blanche garnie de soie en bordure dans le bas; un -autre en cachemire blanc, très fin avec un ruché dans le bas, garni de -velours bleu de ciel. J'avais en fait de corset l'un de ceux de ma -maîtresse, tout brodé; et par-dessus le tout, un magnifique peignoir -bleu, avec des ruchés blancs; pas de jupes ni de pantalons et rien aux -pieds, qu'une paire de mules bleues garnies de rosettes blanches très -mignonnes.» - -Ainsi accoutrée, Marguerite est placée dans une petite chambre contiguë -à la grande salle où le _Joyeux Ordre_ tenait ses assises: elle a les -yeux bandés. - -«Il me semble que j'attendis longtemps, mais je crois que ce ne fut que -quelques minutes au bout desquelles quelqu'un entra dans la chambre: - ---Enlevez votre manteau! me dit une voix que je reconnus pour celle de -Mistress D..., une dame anglaise, belle, grosse et grasse, de quarante -ans environ, pleine de vie et de malice, qui avait été une des -promotrices de l'affaire. - ---Maintenant, suivez-moi! - -La porte de la salle fut ouverte et l'on m'introduisit. Puis la porte se -referma et fut verrouillée et j'entendis autour de moi des rires -étouffés. - -Alors une voix partant du fond de la salle s'exclama: «Silence, -mesdames, s'il vous plaît!» - -Trois coups secs furent frappés sur une table et la même voix demanda: - ---Qui vient ici?... - -J'avais été stylée par Mistress B... et je répondis, conformément à ses -instructions: - ---Une candidate pour une place dans le _Joyeux Ordre de -Sainte-Brigitte_. - ---Êtes-vous prête à servir l'ordre du mieux que vous pourrez et d'aider, -comme le demande votre maîtresse, dans l'accomplissement des cérémonies -de l'ordre? - ---Je le suis! - ---Est-ce que vous vous engagez à ne jamais souffler mot de ce que vous -verrez, entendrez ou ferez dans cette chambre, sous peine de perdre -votre place sans certificat? - ---Oui! Je m'y engage! - ---Connaissez-vous le but du _Joyeux Ordre_? - ---Oui! - ---Dites-le nous! - -Selon mes instructions je répondis. - ---La salutaire et agréable discipline au moyen de verges appliquées -réciproquement par ses membres au cours de ses séances. - ---Avez-vous jamais été fouettée? - ---Oui! - ---Promettez-vous de vous soumettre à telle flagellation que le _Joyeux -Ordre_ vous imposera, sans vous rebeller ou sans murmurer? - ---Oui! - ---Préparez-la! - -«J'entendis de nouveau des rires étouffés dès que cet ordre fut donné et -je pus me rendre compte que mistress D... était secouée d'un rire -intérieur, tandis qu'elle exécutait sa consigne, et qu'elle m'enleva mon -peignoir. Elle épingla mes jupons et ma chemise sur mes épaules et -alors, ma chère, je savais ce qui allait venir. Quelqu'un d'autre se -saisit de l'une de mes mains tandis que mistress D... me tenait l'autre -en attendant un nouveau commandement. - ---Avancez! - -«Ils me firent faire quelques pas en avant et au même instant un -formidable coup de verge tomba sur ma hanche, puis sur l'autre et ainsi -de suite jusqu'à ce que j'eus atteint le bout de la salle. Je pleurai et -me débattis; mais tout fut en vain; mes guides me maintenaient -solidement et, lorsqu'elles me lâchèrent, je ne pouvais plus que -sangloter et haleter. - -Alors un nouveau commandement se fit entendre: - ---A genoux! - -Je m'agenouillai devant l'ottomane du centre de la pièce. Les dames -maintinrent mes bras par-dessus ce meuble et lady C... quitta son -fauteuil, s'avança vers moi et me fouetta jusqu'à ce que je ne sus plus -guère où je me trouvais. Alors elles m'aidèrent à me lever et la dame -dit: - ---Mesdames de l'_Ordre de Sainte-Brigitte_, recevez-vous Marguerite -Anson en qualité de membre et de servante jurée, pour faire tout ce que -vous demanderez? - ---Oui! répondirent en choeur celles qui ne riaient pas. - ---Laissez-la voir! fut le commandement qui retentit alors et, à ces -mots, l'une des dames fit retomber mes vêtements et une autre m'enleva -mon bandeau des yeux. J'étais tellement secouée et abrutie par la -flagellation que pendant un certain temps, je pus à peine y voir. -Mistress D... me prit par le bras et me ramena à l'extrémité de la -pièce. Je me remis peu à peu et alors, en regardant autour de moi, je -fus témoin d'un spectacle que n'aurait certainement jamais rêvé ce -journaliste dont je mentionnais l'entrefilet dans ma dernière lettre. - -«Chacune des dames tenait en main un faisceau de verges souples et -solides et nouées avec des rubans correspondant à la couleur de leurs -vêtements. - -Sur l'ottomane où j'avais subi ma dernière fustigation étaient déposées -deux autres verges. - ---Marguerite Anson! Approchez! me dit Mme C... de nouveau. J'avançai -timidement, appréhendant une nouvelle fessée... - ---Agenouillez-vous! - -Je m'agenouillai et elle me fit cadeau d'une verge en m'informant que -j'étais maintenant une servante du _Joyeux Ordre de Sainte-Brigitte_, -que j'étais autorisée à prendre part à leurs cérémonies et que j'étais -tenue de faire tout ce que l'on me demanderait. - -Puis on m'enjoignit d'aller me placer à l'extrémité de la salle, et de -m'apprêter à faire à celle dont le tour était venu, absolument la même -chose qui m'avait été faite à moi. - -Il saute aux yeux qu'une répétition d'une flagellation de ce genre entre -femmes ne peut que devenir insipide à la longue, car elles ne varient -que fort peu. Pour faire diversion, l'auteur intercale dans son récit -des réminiscences évoquées par les dames présentes, au cours desquelles -l'élément masculin est mis en scène. - -Une anecdote surtout est impayable: c'est l'histoire d'un monsieur qui, -se faisant passer pour un inspecteur scolaire du gouvernement, fait une -tournée d'inspection dans tous les pensionnats de jeunes filles où les -plus belles d'entre les élèves sont fouettées en sa présence. - -L'auteur adopte la thèse, d'après laquelle une certaine délicatesse et -du _savoir-faire_ sont des qualités essentiellement requises en -flagellation. - -«Il y a, dit-il, une grande différence entre les différents modes -d'administrer les verges. Il n'y a aucune jouissance à puiser dans le -maniement des verges ou dans la réception des coups, quand la chose est -pratiquée de la même manière qu'emploierait une femme vulgaire dans un -accès de colère. Mais, quand la verge est maniée par une dame du monde, -élégante, avec dignité et grâce dans le maintien et dans l'attitude, le -fait de pratiquer la flagellation et de la subir deviennent également -une source de réel plaisir[28].» - - [28] Cette phrase est incontestablement plagiée. Elle se trouve dans - «_L'Exposition des Flagellants Féminins_». - -L'extrait suivant de _History of the Rod_ (l'histoire de la verge) a -quelque analogie avec le récit de Marguerite Anson, qui précède. - -C'est pour cela que nous croyons utile de le reproduire ici, à titre de -document bibliographique. - -«Une vieille nouvelle française, que nous avons parcourue en passant, le -long des quais de la Seine à Paris, donnait une description très vivante -d'une espèce de club romantique de flagellation qui existait à Paris peu -de temps avant la Terreur. Les dames qui faisaient partie de cette -association se fouettaient réciproquement avec une élégance pleine de -charmes! Une sorte de procès précédait chaque correction et, quand une -dame était reconnue coupable elle était immédiatement déshabillée et -fouettée par ses compagnes. S'il faut en croire les affirmations -contenues dans ce livre qui avait pour titre le _Château de Tours_, un -grand nombre de dames du plus grand monde étaient affiliées à cette -société et recevaient de leurs compagnes des châtiments personnels. - -Ces nobles dames étaient également décrites dans ce livre comme -instigatrices et créatrices des nouvelles modes; elles donnaient le ton. -A en juger par les descriptions de ces modes, faites dans le livre en -question, quelques-unes ne devaient pas différer beaucoup de celles -adoptées jadis par notre bonne aïeule, la mère Ève!» - - - - -=Les Mystères de la flagellation=[29] ou un _Récit des Cérémonies -secrètes de la Société des flagellants_. La sainte pratique des Verges. -Saint-François flagellé par le Diable. Comment on domine ses passions -par l'art de la flagellation. Avec beaucoup d'Anecdotes curieuses sur la -Prédominance de ce Passe-temps particulier chez toutes les nations et à -toutes les époques, soit sauvages ou civilisées (_sic_). - - [29] =Mysteries of Flagellation= or A History of the Secret Ceremonies - of the Society of Flagellants. The Saintly Practice of the Birch. - Saint Francis whipped by the Devil. How to subdue the Passions by - the art of Flogging! With many Curious Anecdotes of the Prevalence - of this Peculiar Pastime in all Nations and Epochs, whether Savage - or Civilized. Printed by C. Brown, 44 Wych Street, Strand. Price 2d. - - -Imprimé par C. Brown, 44 Wych Street, Strand. Prix: 2d.[30]. - - [30] 2d. vingt centimes. Sur la couverture, en tête se trouve répétée, - en toute lettrée cette fois, la mention: «Price Two pence». - -Cette publication--8 pages--qui date de 1863, avait été provoquée par -l'arrestation d'une dame Potter, pour avoir fouetté une jeune fille -contre sa volonté. - - -En comparaison avec son genre, cette brochure n'est pas mal écrite. Elle -nous donne un aperçu de ce qu'étaient certains établissements de Londres -et notamment le _White House_ (maison Blanche), la _Den of Mother -Cummings_ (Repaire de la Mère Cummings), l'_Élysée de Brydges Street_, -etc. - -Voici d'ailleurs le résumé de l'affaire Potier. Elle est intéressante: - -«A cette époque (en juillet 1863), sur la demande de la _Société de -Protection des Femmes_, une perquisition fut opérée dans l'_Académie_, -alors très en vogue, de Sarah Potter, alias Stewart, dans la Wardour -Street[31] et une rare collection d'accessoires et d'instruments de -flagellation fut saisie et transportée au palais de justice de -Westminster. C'est alors seulement que le grand public apprit que des -jeunes filles étaient débauchées dans l'_École de flagellation_ de la -femme Stewart, pour être soumises à la fustigation de la part de jeunes -et de vieux amateurs de ce sport particulier, au grand profit de cette -honnête dame. Les spécimens les plus curieux de son stock d'instruments -servant à son industrie consistaient en une échelle pliante, avec des -entraves, des verges de bouleau, des balais de chiendent et -d'accessoires secrets à l'usage des hommes et des femmes. - - [31] Ce fait n'est pas tout à fait exact, en ce sens que la - perquisition eut lieu au nº 3 de Albion Terrace, Kings Road à - Chelsea, où cette dame habitait après avoir déménagé de Wardour - Street. - -Sa méthode de procéder dans sa petite industrie était la suivante. Elle -attirait des jeunes filles, les nourrissait, les logeait et les -habillait et en retour elles étaient obligées de se prêter aux caprices -des protecteurs de cette pension de famille d'un nouveau genre. - -Elles étaient fouettées de différentes façons. Quelquefois on les fixait -à l'échelle: d'autres fois elles étaient pourchassées à coups de fouet -par la chambre; parfois on les couchait sur le lit. On avait recours à -toutes les variations et à tous les raffinements qu'une imagination -pervertie pouvait inventer, pour varier dans la mesure du possible les -orgies, en retour desquelles la maîtresse de maison touchait des sommes -variant entre 5 et 15 livres sterling. Les bénéfices que la Stewart -tirait de cette _école_ lui permettaient de tenir des valets et une -maison de campagne, au grand scandale de la communauté.» - -Ce récit est évidemment exagéré. On ne pourrait admettre que la jeune -fille fût flagellée contre sa volonté, car elle avait pour habitude de -fouetter des messieurs et de se soumettre elle-même à l'opération quand -elle était payée en conséquence. Il est un fait certain, c'est qu'elle -retourna chez Mme Potter dès que celle-ci fut relâchée de prison et -habita avec elle pendant longtemps à Howland Street. - -Mistress Sarah Potter, alias Stewart fut une matrone d'une certaine -importance qui, à un moment donné réalisa de grosses sommes. Au cours de -sa carrière accidentée elle changea très souvent de domicile. - -Sous ses auspices, les flagellations étaient appliquées presque -exclusivement aux messieurs quoique de temps en temps il arrivait que -des jeunes filles y étaient soumises. Elle avait pour spécialité de -procurer de très jeunes filles avec les parents desquelles elle prenait -préalablement des arrangements pour éviter dans la suite des -désagréments éventuels. Elle habillait ces enfants de costumes -suggestifs et leur enseignait des tours variés, pour amuser ses clients. - - - - -=Le Roman de la Castigation=; ou les Révélations de miss Darcy. - - _«Un récit étrange mais plus que vrai.» - «Les pantalons tombent, la peau délicate apparaît - «Aussi claire que la fourrure de la plus blanche hermine.»_ - -Shenstone. - -Illustré de gravures coloriées. Londres: imprimé pour les libraires[32]. - - [32] =The Romance of Chastisement=, or The Revelation of Miss Darcy. - - «A Strange but o'er true tale.» - «Down drop the drawers, appears the dainty skin - «Fair as the furry coat of whitest ermeline.» - - (Shenstone.) - - Illustrated with coloured Drawings; London: Printed for the - Booksellers. - -Belinda Darcy rend visite à son amie Dora Forester, qui l'initie aux -plaisants mystères de la flagellation et lui révèle ce qui se passe à la -_Villa Belvédère_, une maison de délassement où l'on fait un usage très -étendu de la verge. - - -Le livre contient en outre quelques scènes diverses, telle que la -description d'une pénitence dans un couvent, et une scène de -flagellation domestique, etc. - -Au point de vue littéraire, cet ouvrage a quelque mérite et on peut le -lire avec intérêt. - - - - -=Le Roman de la Castigation= ou Révélations de l'école et de la chambre -à coucher. Par un expert. - - _«Experto crede.» - «Qui, brandissant une verge se met carrément - «A défaire ses pantalons--elle tremble d'effroi-- - «Ils tombent, la peau délicate apparaît - «Claire comme la fourrure de la plus blanche hermine.»_ - -(_La maîtresse d'école_, par Shenstone, 1870[33].) - - [33] =The Romance of Chastisement=; or Revelations of the School and - Bedroom. By an Expert. - - «Experto Crede.» - «Who brandishing the rod, doth straight begin - To loose her pants--she trembles with affright-- - Adown they drop, appears the dainty skin, - Fair as the furry coat of whitest ermeline!» - - (_The Schoolmistress_ by Shenstone, 1870.) - -Ce livre roule principalement sur la Castigation de jeunes filles et -l'auteur semble y trouver un réel plaisir. Il croit qu'une femme opérant -sur elle-même ou sur quelqu'un de son propre sexe éprouve dans la même -mesure du plaisir. - -Dans l'exposé de ses théories l'auteur cherche à démontrer que celui qui -reçoit les coups en éprouve également de la jouissance et ce, presque au -même degré que celui qui inflige la correction. - -Un seul passage est vraiment nouveau et pittoresque, dans lequel -l'auteur affirme l'existence de derrières qui rougissent de honte, tout -comme le visage. - -Il cite à l'appui un cas particulier. - -L'auteur de cet ouvrage avait un manuscrit qui n'a pas été publié et qui -se trouve actuellement en possession d'un bibliophile de Londres. Il -comprend les contes suivants: «LES VACANCES DE RICHARD», «UN PLONGEON -DANS L'ATLANTIQUE», «LE CHÂTEAU DE CARA» et «L'HISTOIRE DE SAM[34].» Il -y a encore huit morceaux en prose et en vers soit: «LES LEÇONS -D'ALLEMAND», «DEVAIT-IL LE FAIRE?», «RÉCITS DE L'ÉCOLE», «LE FOUR DE LA -RECONNAISSANCE, ou RÉMINISCENCES RIVALES», «RÉMINISCENCES DE FÉLIX -Easyman Esq.»--y compris «_Autobiographie_» et «_Barnania_», «l'Eton -d'Antan» (comprenant l'_Histoire de Kitty_ et l'_Histoire d'Esther_) -etc., etc. Puis un supplément au ROMAN DE LA CASTIGATION[35]. - - [34] =Harry's Holidays. A Dip in the Atlantic; Castle Cara; Sam's - Story.= - - [35] «=The German Lessons=», «=Did he ought to do it?=», «=Tales out - of School=», «=The Reckoning Day or Rival Recollections=», - «=Reminiscences of Felix Easyman Esq.=», «=Eton of Old=» etc., etc. - - - - -=La Sublimité de la flagellation=, en lettres de Mme Termagant Flaybum, -de _Birch-Grove_, à lady Harriet Tickletail, de Bumfiddle-Hall. Dans -lequel sont présentés le magnifique conte de la =Coquette châtie= -(_sic_) en français et en anglais et =Le Brosseur de derrières du -pensionnat= ou les Détresses de Laure. Orné d'une superbe planche. - - _De voir sa majestueuse figure - Vous ferait trémousser avec plus de vigueur! - La fulgurance éclatante de chaque oeil - Soulèverait votre âme jusqu'à l'extase! - Ses fesses au-dessus de ses hanches éclatent - En rapides palpitations à chaque coup! - Avec vigueur sur le derrière joufflu - Elle enseigne aux garçons récalcitrants qui est maître à la maison._ - -(_La danse de Mme Birchini._) - - Longtemps tourmenté, sans savoir exactement par quoi, je dévorais d'un - oeil ardent, chaque belle femme; mon imagination les rappelait sans - cesse à ma mémoire, uniquement pour les dompter à ma façon et les - transformer en autant de demoiselles Lambercier. - - (J.-J. Rousseau, _Confessions_, vol. I.) - -Londres. Imprimé pour George Peacock.[36] - - [36] =Sublime of Flagellation=; In Letters from Lady Termagant - Flaybum, of Birch-Grove, to Lady Harriet Tickletail, of - Bumfiddle-Hall. In which are introduced The Beautiful Tale of =La - Coquette Chatie= (_sic_), in French and English, and =The - Boarding-School Bumbrusher=; or the Distresses of Laura. Decorated - with a superb Print. - - To look at her Majestic figure, - Would make you caper with more vigour! - The lightening flashing from each eye - Would lift your soul to extasy! - Her bubbies o'er their bounddry broke, - Quick palpitating at each Stroke! - With Vigor o'er the bouncing bum - She'd tell ungovern'd boys who rul'd at home! - - (_Madame Birchini's Dance._) - - Long tormented, without knowing by what, I devoured with an ardent - eye every fine woman; my imagination recalled them incessantly to - my memory, solely to submit them to my manner, and transform them - into so many Miss Lamberciers. - - (Rousseau, _Confessions_, vol I.) - - London: Printed for George Peacock. - - -Ce volume contient quelques anecdotes piquantes, mais au demeurant, il -peut être placé au même rang que les ouvrages médiocres de ce genre. Il -présente cependant une nouveauté en ce sens que l'honneur y est mêlé. -Une jeune danseuse, amante d'un riche lord, ne veut pas répondre à -l'amour du fils de ce dernier, qu'elle a des scrupules de trahir, mais -elle assouvit la passion du jeune homme qui l'idolâtre, en lui -distribuant généreusement force coups de cravache, ce dont l'amoureux -paraît ravi. - - - - -=Vénus Maîtresse d'école=; ou Sports du bouleau. Par R. Birch, -traducteur des _=Mémoires de Manon=_. - - -Imprimé pour Philosemus, embelli d'une jolie planche. Prix: 10s. -6d.[37]. - - [37] =Venus School Mistress=; or Birchen Sports. By R. Birch, - Translater of Manon's Memoirs. Printed for Philosemus. Embellished - with a Beautiful Print. Price 10s. 6d. - -Cet ouvrage fut réimprimé à plusieurs reprises. C'est une oeuvre très -mal écrite qui relate les aventures de miss Birch, la fille d'une femme -qui dirigeait un externat et qui ne laissait jamais passer une occasion -de fesser ses élèves. Miss Birch y prend goût et en fin de compte monte -à son tour une école avec une de ses amies. «Et maintenant, dit-elle, -nous vivons ensemble et fouettons, comme deux petits diables aussi bien -les petits garnements que les grands.» Les aventures relatées dans ce -volume sont très terre à terre, à l'exception peut-être de quelques -passages. - -Un détail à noter: une deuxième page--faux titre--d'une édition -réimprimée vers 1830 par Carmon, porte la désignation suivante: - - «=Aphrodite flagellatrix=: _Sive Ludi Betulani De gustibus non est - disputandum. Romæ Apud Plagossum Orbilium, In viam flagrorum sub signo - flagelli 1790_[38].» - - [38] =Vénus Flagellatrice.= - - Il ne faut pas discuter sur les goûts. A Rome: Chez Plagosus - Orbilius. Dans la rue des Flagrants, à l'Enseigne des Verges. 1790. - - - - -=La Favorite de Vénus=; ou Secrets de mon Mémorandum: expliqué dans la -vie d'une Dévote du Plaisir. Par THÉRÉSA BERKLEY. - -«Ciels! Quelle sensation! Comment puis-je décrire les plaisirs de la -verge!--Son contact magique est si enivrant--si enchanteur--si--...» - -Illustré avec de belles illustrations. Londres: Imprimé et publié par J. -Sudbury, 252, High-Holborn[39]. - - [39] =The Favorite of Venus=; or, Secrets of my Note Book: Explained - in the Life of a Votary of Pleasure. By Theresa Berkley. - - «Heavens! what a sensation! how can I describe the pleasures of the - Rod!--its magic touch is so enthralling--so enchanting--so... - - Illustrated with Fine Engravings. London: Printed and Published by - J. Sudbury, 252 High-Holborn. - -Ce livre traite des amours d'un garçon livreur qui va porter aux clients -les marchandises achetées dans la boutique de son père. Mais comme cette -clientèle se compose presque uniquement de femmes entretenues et de -prostituées, les épisodes sont d'une nature quelque peu triviale et -l'ouvrage en lui-même est très terre-à-terre, sans grande valeur -littéraire. - - - - -=Les Camarades d'École=; ou Guide des Jeunes Filles en Amour, En une -série de lettres. Y compris quelques anecdotes-curieuses sur la -Flagellation. Auxquelles on a ajouté, la singulière et divertissante -Histoire de la Vie et de la Mort d'un Godemiche, enrichie de fines -gravures. Première partie. Londres; imprimé par John Johnes, -Whitefriars[40]. - - [40] =The School-Fellows=; or, Young Ladies' Guide to Love. In a - Series of Letters. Including Some Curious Anecdotes of Flagellation. - To which is added, The Singular and Diverting History of The Life - and Death of a Godemiche. Enriched with Fine Engravings. Part the - First. London; Printed by John Jones, Whitefriars. - -En neuf lettres Cécile et Émilie rappellent l'une à l'autre les moments -qu'elles ont passés ensemble à l'école et retracent les aventures -amoureuses qu'elles ont eues depuis leur séparation. Ces lettres roulent -principalement sur la masturbation et la flagellation. Le style est très -pauvre, les expressions triviales et le sujet dépourvu d'intérêt. - - - - -=La Nuit de noces=; ou BATAILLES DE VÉNUS, UNE RÉVÉLATION VOLUPTUEUSE, -FORMANT LA Vie Intéressante d'une courtisane de qualité, forcée par le -besoin à Prostituer son Corps pour de l'Or; elle est prise en garde par -différentes Personnes Riches et Pieuses et devient fameuse par ses -méthodes Artistiques et Licencieuses de ranimer les instincts animals, -de faire renaître l'énergie décroissante avec l'âge, et pour rendre à la -Torche qui s'éteint une nouvelle Lumière. Dans cet ouvrage on trouvera -quelques curieuses ANECDOTES SUR LA FLAGELLATION et sur d'autres -succédanés pratiqués en cette science méritoire sur les Vieux et les -Jeunes. Le tout formant la narration (sic) la plus intéressante -d'intrigues et de débauche qui ait jamais été offerte au public!!![41] - - [41] =The Wedding Night=; OR, BATTLES OF VENUS, A VOLUPTUOUS - DISCLOSURE, BEING THE _Interesting Life of a Courtezan of quality, - compelled by necessity to Prostitute her Person for Gold_, etc., - etc... _In this Work will be found some_ CURIOUS ANECDOTES OF - FLAGELLATION _and of other strange succedaneums practiced in the - meretricious science upon old and young._ etc., etc. Illustrated - with curious Engravings. J. Turner, 50 Holywell street. Price 3s. - 6d. - - «Avec quels délices n'entends-je point tes transports, ô Amour - «Tant de douceur ravit mon oreille aux écoutes; - «Avec toi je veux parcourir cette plaine délicieuse - «Et tu devras céder à mes tendres étreintes!!! - -Illustré de curieuses gravures. J. Turner, 50 Holywell Street. Prix 3s. -6d. - - -Le titre de cet ouvrage n'a absolument rien de commun avec son contenu. -Il n'est pas question du tout d'une nuit de noces, pas même en passant. -Le livre n'est nullement obscène. Il retrace la vie d'une jeune fille de -tempérament ardent que les instincts sensuels, les revers de ses parents -et d'autres circonstances jettent dans les bras d'un homme de position -qui l'entretient, mais qu'elle ne parvient pas à aimer. Elle change -d'amant, mais ne trouve le bonheur qu'auprès d'un jeune homme pauvre -qui, mourant bientôt, la laisse de nouveau seule. - -Elle mène une existence aventureuse, fait le trottoir, et parvient, au -moyen de ses économies, à monter une _maison hospitalière_, où les vieux -messieurs trouvent tout ce qu'il leur faut. Ayant amassé un magot, elle -se retire à la campagne où elle mène la vie d'une veuve d'officier -colonial, finit par se marier avec un gentilhomme campagnard qui la -trompe et s'enfuit en Jamaïque avec la jeune servante. L'épouse trompée -se voue au bien et ferme les yeux de son mari repentant auquel elle a -pardonné à son retour. - - - - -=The Cabinet of Fancy=, or Bon Ton of the Day; A Whimsical, Comical, -Friendly, Agreeable Composition; Intended to please All, and offend -None; suitable to amuse Morning, Noon, and Night, Writte (sic) and -compiled by Timothy Fiekle Pitcher. - - _With songs and strange extravagancies - She tries to tickle all your fancies._ - -London, printed for J. Mc. Lean, Lhips Alley, Wellelsse Square; F. -Sudbury, Nº 16 Tooby Street Borough; and Sold by all the Booksellers in -Town and Country. - - - - -THE CHARM, THE NIGHT SCHOOL, THE BEAUTIFUL JEWESS and THE BUTCHER'S -DAUGHTER. All Rights reserved. - -Brussels 1874. Hartcupp et Cie, 8 fr. - -(_Le Charme_, _l'École de Nuit_, _La Belle Juive_, _la Fille du -Boucher_.) - -Tous Droits réservés, in-12. A Bruxelles chez Hartcupp et Cie. 1874. 8 -fr. - - - - -=Jupes troussées=, par E. D. Auteur de la _Comtesse de Lesbos_. Londres, -1899, 1 vol. in-12. - -Voici 180 pages superbement érotiques. Un avant-propos donne au -lecteur--qui doit s'armer de patience... et de courage pour avaler le -récit entier--toutes explications sur le but poursuivi dans cette -publication. - -«Un bibliophile français de mes amis--y est-il dit--chercheur érudit et -infatigable, a réuni une collection d'anecdotes sur la flagellation à -diverses époques, collection que nous avons à notre disposition, jointe -à ses souvenirs personnels. Nous donnons ici une partie de ses -souvenirs, et à la suite quelques extraits de sa collection, pour ne pas -grossir démesurément le volume.» - -Qui s'en plaindrait? Personne. Le lecteur, puisqu'il y a lecteurs pour -ce genre de littérature, ne verrait aucun inconvénient à quelques pages -de plus. D'autre part, le chercheur, qui voit là matière à -dissertation--voire à philosophie--ne demande qu'à recueillir le plus -possible. D'ailleurs la préface de _Jupes troussées_ nous fait espérer -une suite. Voyez plutôt: - -«Si la présente publication obtient auprès de nos lecteurs le succès que -nous sommes en droit d'en espérer, je m'empresserai de publier la suite -de la collection, qui pour ma part, m'a vivement intéressé, par le -charme du récit, et par le piquant des descriptions des jolies scènes -qui s'y déroulent, et qu'on sent prises sur le vif. C'est comme le -panorama de la discipline, de la fin du siècle dernier à nos jours.» - -Que voilà belles promesses. Et allez donc. Dix chapitres s'offrent au -lecteur qui peut y puiser maints enseignements, peut-être aussi -répulsion et dégoût! - -Et maintenant, voulez-vous quelques extraits de ce livre? En voici le -prologue, l'entrée en matière, le frontispice en quelque sorte. - -«Comment je devins professeur d'anglais, dans le pensionnat que -dirigeait Mme Tannecuir»--pourquoi toujours ces noms appropriés au -sujet?--«dans une des plus grandes villes de France, cela importe peu à -ce récit. Il suffit de savoir qu'un mois après mon installation dans -l'établissement, j'avais acquis un autre titre auprès de la maîtresse, -qui était devenue doublement la mienne. Après un siège assez court et -bien mené, la place s'était rendue à discrétion.» - -Voilà qui promet. Cependant le style est doux, tout doux, trop doux pour -ce genre d'ouvrage, mais n'ayez crainte, dès la seconde page l'auteur se -rattrape. Un portrait de ladite directrice «fouillé jusqu'aux moindres -détails»; une description du pensionnat, et les verges entrent en danse. - -Des verges, encore des verges, toujours des verges! C'est tantôt une -méchante écolière, qui a battu une de ses petites compagnes, qui est -conduite dans la salle de discipline. «C'est une mignonne petite blonde -de treize ans, déjà grassouillette, deux yeux très tendres, figure -douce. Elle rougit, tremble de honte. On l'assoit sur les genoux de la -directrice, et flic, flac,» etc., etc., cliché connu. - -Et d'une. - -Autre scène: - -Cette fois «c'est Eliane de P. qui a un caractère indomptable; toutes -les réprimandes qu'on lui adresse sont sans effet sur elle. Et la voilà -qui crache à la figure d'une sous-maîtresse. - -Eliane est une superbe créature, beauté troublante, dix-huit ans, -svelte, bien cambrée, beaux dessous, belles chairs... Toute la lyre, -quoi. - -Et de nouveau voilà un postérieur qui rougit, car Mme Tannecuir a pris -sur une table une longue verge souple et élastique, et l'applique sur le -beau postérieur, d'abord sans trop de sévérité, rosant à peine le satin, -pour préparer la peau à un plus rude châtiment. Quand la croupe a pris -une teinte plus colorée, réchauffée par les légères atteintes, Mme -Tannecuir, jugeant que la préparation est ainsi suffisante, accentue la -force de ses coups, qui rougissent la surface cinglée. - -Et de deux. - -Vous croyez que c'est terminé. Patience, il n'y a encore que deux -chapitres de passés. - -Une fustigation par chapitre ce n'est point trop. Il est vrai qu'ils -sont singulièrement allongés par les scènes intimes qui se passent entre -la directrice et le professeur d'anglais. Vous savez, la flagellation, -c'est un puissant aphrodisiaque... Demandez plutôt à Mme Tannecuir, ou -non lisez les chapitres suivants. Vous y trouverez que le professeur -d'anglais ne peut suffire à éteindre les feux de cette extraordinaire -directrice qui s'adresse à des personnes de son sexe. - -En tout bien, tout honneur; c'est sans témoins: malheureusement, ce -satané professeur d'anglais qui est partout et voit tout, s'aperçoit -d'un spectacle charmant qui se passe tout près de sa cachette, et est -assez peu galant pour troubler ces... ces... comment dirai-je... ces... -débats. - -Et voilà une scène du plus haut érotisme qui termine l'histoire. - -Déjà? Oui, et il y en a dix chapitres! - -Il est vrai que je ne vous ai pas donné tous les détails des corrections -infligées à Mlle Héloïse de R..., «un joli tendron de dix-sept ans aux -cheveux blond cendré, aux doux yeux de gazelle, dont la candeur -angélique ne laissait pas soupçonner que la mignonne était la plus -indisciplinée des pensionnaires», ni à Rosine de B..., «une belle brune, -au teint lilial, de seize ans, la taille parfaite, entre les deux, -développée pour son âge»; des charmes! des charmes mystérieux! ni à «la -tendre Victoire, blondinette de treize ans qui va recevoir une fessée -pour la guérir de sa paresse habituelle», ni à la blonde sous-maîtresse -elle-même, «qui prend un grand plaisir à voir donner le fouet». - -Je ne vous ai pas parlé non plus de ce qui se passait pendant ces -corrections où l'on bandait les yeux aux victimes pendant que le -professeur d'anglais et Mme Tannecuir... mais j'allais en dire trop -long. Lisez l'ouvrage, il en vaut la peine. - -D'ailleurs, cette très véridique histoire est suivie de =La discipline -au Couvent=, _à l'abbaye de Thétien_ 1780-1788. «Extraits des mémoires -du R.-P. Chapelain--je copie exactement--de l'abbaye de Thétien, copiés -textuellement sur les souvenirs écrits de sa main, trouvés dans son -secrétaire après sa mort. - -Et ainsi commencent ces extraits: - -«Deux tendres novices embéguinées depuis six mois, soeur Véronique et -soeur Gudule, la première, une mignonne blonde de dix-neuf ans, la -seconde, une belle brune de vingt ans, ont fait un accroc à leur robe -d'innocence.» - -Figurez-vous qu'on les a trouvées dans la même couche, égrenant un -chapelet qui n'était pas leur chapelet habituel. - -Et pour punir un crime à ce point atroce, voilà la mère abbesse--la -sainte femme!--qui fouette vigoureusement les deux coupables, sous les -yeux ébahis et fort satisfaits du Père Prieur. - -Flic, Flac, et flic et flac, et voilà quatre chapitres sur le même -sujet. - -Inutile de dire qu'on fouette d'abord une soeur Radogune, «une superbe -professe de trente ans--bigre!--plantureuse brune, aux rondeurs -opulentes,» ou bien c'est «une tendre novice, qui s'offre toute rouge de -honte, avec un délicieux corps de vierge blonde, grassouillette, dodue, -aimablement (?) potelée», et encore Hélène de Belvèlize, une mignonne -petite blonde potelée, qui a eu dix-sept ans aux dernières cerises, -toute ronde, replète, bien garnie partout; une belle chevelure blonde -encadre son front virginal--(encore! elle aussi)--tordue ordinairement -en deux longues tresses, dont les pointes nouées d'une faveur bleue, lui -battent les... jambes; mais les tresses sont défaites et les cheveux -épars sur les épaules tombent dans le dos: deux grands yeux bleus -limpides et languissants, fendus comme une longue amande, sont ombragés -par des franges dorées de cils longs et soyeux, surmontés d'épais -sourcils plus foncés, qui se rejoignent au-dessus d'un nez pur et -délicat, dont les ailes transparentes palpitent, au-dessus d'une toute -petite bouche, fendue dans une cerise». - - * * * * * - -Clic, clac, et clic et clac. - -Et soeur Sévère, et soeur Hache-Cuir (!) s'en donnent _à coeur que -veux-tu_. - - * * * * * - -Voici venir «Yolande de Beaupertuis, une superbe fille, à qui on -donnerait plutôt dix-huit ans que seize sous une opulente chevelure -noire, un teint mat de la blancheur des lis, fait ressortir ses épais -sourcils d'ébène, et les longs cils soyeux, qui descendent sur deux -grands yeux noirs veloutés mais hautains dont l'éclat n'est pas fait -pour atténuer l'orgueil qu'elle porte dans ses traits. - -Une petite bouche aux lèvres ronges, sensuelles complète cette belle -figure de Diane chasseresse.» - -Et en route pour cent coups de martinets administrés sous la compétente -direction du Père Prieur, qui moralise à sa façon. - -Un point, c'est tout. - -Suivent deux pièces de vers, intitulées _La discipline au couvent_ -(1830). - -Et l'auteur avoue _modestement_ que ces deux pièces, extraites des -souvenirs rimés de l'aumônier de couvent des Lorettes de L. vers 1830, -sont tout simplement le chef-d'oeuvre du genre. - -Jugez-en un peu par ces extraits: - - Dans l'oratoire on vient de traîner Lise, - Beau tendron de quinze ans, que le fouet va punir - D'un gros péché de gourmandise - Deux nonnains s'en viennent tenir - La belle qui résiste, - Tandis que soeur Agnès, qu'assiste, - La plantureuse soeur Tourment, - La trousse pour le châtiment. - -Ouf! Et d'un. Point ne se termine là ce chef-d'oeuvre. Oyez encore: - - Pendant que gémit la pauvre fille, - Redoublant d'ardeur, la nonnain - La fustige et la catéchise: - «Flic, flac, eh bien, est-ce aussi bon, - «Que le péché de gourmandise - «Qui vous valut cette fessée, ô Lise? - «Flic, flac, et ceci donc? - «C'est encore meilleur, je l'espère - «Tantôt notre bon père, - «En guise de bonjour, - «Vous dira deux mots à son tour - «Flic, flac, ah! vous sentez la chose!» - -Flic, flac, ô poésie, voilà de tes coups! - -Voici la fin de la première poésie: - - Je l'entraîne dans ma cellule, - Et là dans l'ombre et le secret, - Je confesse à loisir la chaude pénitente, - Encore toute palpitante... - Mais là-dessus soyons discret. - -Soyons discret! Après dix pages de versification érotique! Dieu grand, -il était temps! - -Enfin le volume se termine par _une séance au Club des Flagellants_, -traduction d'une lettre écrite par un certain John Seller qui a assisté, -déguisé en femme à cette séance. - -Peu intéressante cette lettre. - -Beaucoup d'obscénités. Pas le moindre effort littéraire. - -Je n'en parlerai donc pas. - - - - -=Les Callipyges ou Les Délices de la Verge=, par E. D. Paris. Aux dépens -de la Compagnie, 1892, 2 volumes. - -C'est là le compte rendu de conférences qui auraient été faites aux -séances d'un comité formé de dix charmantes femmes, aux formes -opulentes, qui s'étaient donné le titre bien approprié de «Callipyges». - -L'ouvrage est donc divisé en chapitres différents pour chaque -conférence. Nous les passerons rapidement en revue. - -Voici d'abord une _Conférence sur l'Utilité et l'Agrément de la verge_. -La conférencière parle des _causes_ qui font donner le fouet dans les -pensionnats, puis du _but_ poursuivi en cela. Ici nous citons: le -passage en vaut la peine. - -«Pour nous, et pour vous aussi, mesdames, qui m'avez fait l'honneur de -me demander mon avis franc et sincère, il y a un double but, que résume -admirablement ce proverbe latin: _utile dulci_, mêler l'utile à -l'agréable.» - -On n'est pas plus franc, en effet. - -Après le _but_, voilà les _moyens_: ils sont nombreux, et... accompagnés -d'exemples. - -Passons. Suit une _conférence sur le pantalon_, «ce recéleur charmant -des plus riches et des plus aimables trésors». - -Hum! hum! - -Mrs Flog va nous dire ce qu'elle pense de _la Pudeur et de la -Confusion_. Voilà qui, placé dans une telle bouche, promet d'être -intéressant. Elle commence ainsi: - -«Un des plus séduisants attraits de la flagellation, c'est sans -contredit la confusion qui empourpre les joues d'une pudique jeune -fille, à la seule pensée qu'elle va montrer son postérieur nu.» - -Celte confusion n'a rien qui nous étonne, mais que ce soit là un attrait -séduisant?... - -A l'appui de ces dires, Mrs Flog organise une conférence -_expérimentale_, tenue chez elle, et soyez certains que les expériences -sont poussées dans leurs détails les plus extrêmes. La cruauté et la -luxure s'y sont donné rendez-vous; mais en somme, ce n'est qu'un roman. - -La fin du premier volume contient quelques observations du plus haut -intérêt, mais comme elles sont enjolivées (?) de scènes plus ou moins... -odieuses, nous regrettons de ne pouvoir citer que les titres des -chapitres, savoir: - -Conférence expérimentale, tenue chez Mrs Flog. - -Five O'Clock chez Lady Fine (conférence anecdotique). - -Conférence sur les diverses manières de fouetter. - -Conférence anecdotique chez Lady Richbut. - -Enfin: Conférence expérimentale tenue chez Mrs S. Tear, et nous passons -au second volume. - -En voici les principaux chapitres: - -Sur les pratiques voluptueuses pendant la flagellation. - -Sur la sévérité dans le châtiment. - -Sur la discipline dans la famille. - -Sur la discipline entre amies. - -Le tout semé d'anecdotes et de conférences expérimentales. - -Il est fâcheux que l'auteur de ce volume ne l'ait pas écrit en termes -pins modérés et plus... littéraires. L'ouvrage y eût gagné. - -Que ne soigne-t-on pas davantage l'impression. Nous relevons dans notre -lecture une moyenne de trois ou quatre fautes par page! - - - - -=Mémoires d'une procureuse anglaise=, faisant suite à l'ouvrage -FILLETTES ET GENTLEMEN. Paris. A la librairie de Cupidon, 1891. - -Un affreux petit ouvrage, où les fautes abondent; mal imprimé. Quelques -scènes de flagellation sans importance, où, seule, la note érotique est -cherchée. - - - - -=Étude sur la flagellation= A TRAVERS LE MONDE, AUX POINTS DE VUE -HISTORIQUE, MÉDICAL, RELIGIEUX, DOMESTIQUE ET CONJUGAL, AVEC UN EXPOSÉ -DOCUMENTAIRE DE LA FLAGELLATION DANS LES ÉCOLES ANGLAISES ET LES PRISONS -MILITAIRES. - -_Dissertation documentée basée en partie sur les principaux ouvrages de -la littérature anglaise en matière de flagellation et contenant un grand -nombre de faits absolument inédits avec de nombreuses annotations et des -commentaires originaux._ Paris, 1899, 1 vol. in-8º tiré à 500 -exemplaires sur papier de Hollande. - - - - -=Préface à «l'étude sur la flagellation».= En publiant cette étude, nous -avons voulu franchement rompre en visière avec un préjugé suranné qui -veut que certains sujets d'une nature parfois--mais pas -toujours--scabreuse soient systématiquement exclus de la discussion. LA -FLAGELLATION, dont l'origine remonte aux époques les plus éloignées est -un de ces thèmes que l'on s'est plu à classer dans la catégorie des -_questions délicates_ que l'on ne doit aborder qu'avec la plus extrême -réserve. Notre but n'est pas d'imprimer aux idées de nos lecteurs une -direction bien déterminée dans un sens ou dans un autre; de porter aux -nues, grâce à une surexcitation pernicieuse des sens, cette antique -institution qui, de nos jours, quoi qu'on en dise, n'en subsiste pas -moins sous une forme identique au fond mais modifiée dans les détails de -son exécution; nous nous bornons à soumettre au public un exposé aussi -complet que possible, un recueil très consciencieux de toutes les -théories émises sur ce sujet, une collection de faits s'y rattachant, -sans commentaires, tels qu'ils nous sont transmis par d'antiques -chroniques et de plus récentes études. A nos lecteurs d'en tirer la -conclusion qui leur plaira. Déviant cependant du point de vue -essentiellement documentaire auquel nous nous plaçons en ce qui concerne -strictement la publication de cet ouvrage, nous croyons tout de même -pouvoir émettre un avis tout à fait personnel, qui peut se résumer en -quelques mots: «La flagellation n'est, en somme, qu'un moyen comme un -autre de provoquer une surexcitation des sens, que l'on a employé de -tous temps plutôt dans ce but réel que dans un autre et qui a constitué, -comme il le constitue encore aujourd'hui, un moyen détourné de faire -naître chez les _émoussés_ des désirs et des jouissances qui doivent -fatalement amener un assouvissement d'appétits charnels. Le fanatisme -religieux, les pénitences ascétiques et tous les autres prétextes qui -ont servi de couverture à cette pratique n'ont dû avoir cependant qu'un -résultat unique qu'il conviendrait plutôt de considérer et d'analyser au -point de vue médical.» - -Ce recueil, qui contient un certain nombre de faits et de relations -entièrement inédits, intéressera certainement le lecteur à quelque -classe qu'il appartienne: la lecture de cette étude produira sur lui, -selon son tempérament ou ses principes, des impressions bien diverses: -il pourra y puiser de l'étonnement; il pourra aussi s'en délecter, comme -également il n'y trouvera peut-être qu'une amusante distraction, -peut-être même éprouvera-t-il un certain dégoût. Mais ce dernier cas se -produirait-il, que nous ne saurions nous en plaindre, parce que nous -aurions au moins réussi à faire prendre par ce lecteur-là, en légitime -horreur cette manie qui n'a pu éclore et n'éclôt encore qu'en des -cerveaux maladifs. - -Nous n'éprouvons aucun embarras pour déclarer ici franchement que nous -considérons la flagellation comme une des passions vicieuses inhérentes -au genre humain. A ce titre, nous croyons le sujet digne d'attirer toute -notre attention, et nous sommes persuadés que son analyse et sa -discussion s'imposent. Au grand public de s'ériger en juge de nos -efforts, qui ne s'appuient certainement pas sur une pudibonderie -déplacée. Nous pouvons, en effet, avec une légère variante, faire nôtre, -en la circonstance, un adage latin: «_Castigat scribendo mores._» - -En présence des lois de la nature, lois que certainement l'homme n'a pas -inspirées, nos préjugés surannés, nos vertus hypocrites s'évanouissent -comme fumée: la réalité, la vérité nous apparaît nue, entièrement nue, -et quand nous cherchons à la travestir nous commettons tout simplement -un crime de lèse-nature: ce n'est plus la vérité, ce n'est plus la -réalité dès qu'on l'affuble des oripeaux de nos conventions stupides qui -permettent bien de penser en toute liberté de conscience, mais -n'admettent pas que cette liberté se traduise franchement et sans -ambages, nous mettant ainsi dans l'obligation de vivre en un perpétuel -mensonge à l'égard de nous-mêmes. - -On nous a enseigné que le mariage, c'est-à-dire l'accouplement des deux -sexes en vue de perpétuer la race humaine, tel qu'il nous est imposé par -les lois, est le seul et unique système de copulation logique et -légitime, l'idéal de l'hyménée, et que tous les autres systèmes, -c'est-à-dire les rapports sexuels basés sur des principes différents, -sont illicites et criminels et comportent forcément la damnation. - -Cette théorie est identique à celles qui règlent toutes les religions: -elle est trop consolante, trop idéale, pour répondre à la réalité des -faits, car elle implique la bonté excessive et la vertu, ainsi que -l'abnégation à toute épreuve chez les deux sexes. - -Malheureusement l'homme, tout comme la femme, et cette dernière -peut-être à un bien plus haut degré, sont dominés, subjugués par des -passions qui ne sauraient obéir aux lois humaines, parce qu'elles -subissent l'impulsion de la nature, souveraine maîtresse en ces sortes -de choses. - -Et ce sont précisément ces passions qui font naître en nous ces manies -baroques, ces extravagances voluptueuses qui provoquent, de la part de -notre pudibonderie de convention, les hauts cris que l'on pousse quand, -par hasard, il se trouve quelqu'un qui s'attaque à la matière et -entreprend de la disséquer et de l'analyser au point de vue -psychologique. - -De toutes les passions, la luxure est précisément celle qui s'impose le -plus tyranniquement au genre humain: La flagellation,--et c'est un fait -indéniablement établi,--est un des agents les plus actifs de cette -luxure innée, à laquelle la chasteté la plus stricte n'échappe que très -rarement. - -L'homme a de tous temps cherché et trouvé dans la souffrance et dans -l'influction de douleurs corporelles une âpre jouissance; il n'a pas -seulement puisé d'étranges sensations dans son propre martyre, mais il a -aussi joui d'étrange, de cynique, et, disons-le, de révoltante façon des -tortures infligées à son semblable. - -Dans les _Chants de Maldoror_ (Paris et Bruxelles, «chez tous les -libraires,» 1874, in-18) nous cueillons ce passage qui le dit bien: - -«... _Tu auras fait le mal à un être humain et tu seras aimé du même -être: c'est le bonheur le plus grand que l'on puisse concevoir._» - -Il serait oiseux, dans cette préface, de refaire en abrégé l'historique -de la Flagellation qui se développe avec toute l'ampleur que comporte le -sujet dans le volume que nous présentons à nos lecteurs. - -Notre rôle se borne ici à expliquer le but que nous poursuivons en -publiant cet ouvrage. Nous voulons propager, dans la mesure du possible, -la connaissance approfondie d'une passion humaine qui se présente sous -des aspects tellement divers et revêt des formes si variées qu'elle -offre un champ d'études très vaste. On pourra puiser dans notre _Étude -sur la Flagellation_ maints enseignements, en tirer maintes moralités et -se faire une idée exacte des différentes anomalies de la nature humaine -dans ses vices, au point de vue des jouissances toutes charnelles, qui -n'empiètent en rien sur le domaine intellectuel et moral. On ne saurait -en effet, taxer l'âme de tares qui n'affectent que la vile enveloppe -humaine, le corps, et constituent, tout aussi bien que d'autres défauts -constitutionnels, des aberrations physiques, c'est-à-dire un état -maladif latent, dont, en somme, elles procèdent. - - * * * * * - -Cet ouvrage était accompagné de sept eaux-fortes représentant des scènes -de flagellation. - -Ces illustrations, d'un caractère artistique indéniable, ont été -=poursuivies et détruites par le Parquet=, sur la dénonciation et à la -requête d'une Société anglaise. Toute la presse parisienne a été unanime -à flétrir ces poursuites. Nous donnons quelques extraits des principaux -journaux qui se sont élevés avec indignation contre les procédés -employés en cette occurrence: - - -Du _Radical_, 7 juillet 1899, sous le titre: =Les dessins de la -Flagellation.= - - La neuvième chambre correctionnelle a condamné hier, à 200 francs - d'amende, pour outrage aux bonnes moeurs, M. Carrington, éditeur, à - raison de divers dessins qui accompagnent l'_Histoire de la - flagellation à travers les âges_, ouvrage publié par sa maison. - - C'était Me Albert Meurgé qui assistait le prévenu. Il a fait - remarquer, non sans ironie, que ce fut la plainte d'une Société - anglaise, la «National Vigilance Association» qui mit en mouvement le - parquet français. Et il a ajouté, aux rires de l'auditoire, que ce qui - avait offensé cette vertueuse Société, c'était une publication - antérieure de M. Carrington, _les Dessous de la pudibonderie - anglaise_, où l'hypocrisie de ces messieurs d'Outre-Manche se peut - voir à nu. - - -Des _Droits de l'Homme_, 7 juillet 1899, sous le titre: =Pudibonderie -anglo-française.= - - M. Carrington, éditeur à Paris, a publié un ouvrage intitulé - l'_Histoire de la flagellation_ au point de vue médical, historique et - religieux. - - A la suite d'une dénonciation d'une société de puritains anglais la - «National Vigilance Association», le parquet a trouvé que les gravures - de l'_Histoire de la flagellation_ étaient obscènes et M. Carrington a - comparu devant la neuvième chambre du tribunal correctionnel. - - Me Meurgé assiste le prévenu. - - C'est bien ce qu'on peut appeler l'internationalisme de la répression, - le parquet parisien s'étant mis à la remorque d'une société anglaise. - - M. Carrington avait publié récemment un livre intitulé _les Dessous de - la pudibonderie anglaise_. Cette publication ne doit pas être - étrangère aux représailles de la présente poursuite. - - Malgré les efforts de Me Meurgé, M. Carrington a été condamné à 200 - cents francs d'amende. - - -Du _Petit Bleu_, 6 juillet 1899, sous le titre: =Pudeur Anglaise=: - - M. Carrington, a publié en France un ouvrage qui a pour titre: _la - Flagellation à travers l'histoire_. M. Carrington a raconté les - fustigations légendaires dont certains personnages historiques furent - les héros ou les victimes: telle, la rivale de la duchesse du Barry, - flagellée sur l'ordre de la favorite par «quatre robustes - chambrières»; tel le chevalier de Boufflers à qui une épigramme - irrévérencieuse valut une correction de même nature. - - M. Carrington a fait suivre ses récits de certaines eaux-fortes, dans - le goût des dessins du XVIIIe siècle, ayant un caractère artistique - incontestable, mais ayant aussi, paraît-il, un caractère obscène. - - Qui s'en est plaint? Personne en France. Mais notre «Ligue contre la - licence des rues» a été mise en mouvement par une société analogue - qui, vigilante et inexorable, fait bonne garde autour de la pudique - Albion. - - M. Carrington ayant vendu des exemplaires de son livre en Angleterre, - la «National Vigilance Association», ayant son siège à Londres, a - demandé à M. le sénateur Bérenger de faire poursuivre la répression de - l'outrage aux bonnes moeurs commis par l'auteur. - - Le président de la ligne française a transmis la plainte au parquet - qui a déféré M. Carrington au tribunal correctionnel. - - M. le substitut Rambaud, avec cette largeur d'idées et cette finesse - d'esprit qu'on lui connaît, a soutenu la prévention avec austérité - mais sans passion. - - Me Meurgé a défendu le prévenu, qui déclarait que ses compatriotes - avaient voulu se venger de la publication qu'il a faite d'un livre - intitulé _la Pudibonderie anglaise_. - - M. Carrington a été condamné à 200 francs d'amende. - - La tribunal a ordonné, en outre, la destruction des objets saisis. - - Pauvres eaux-fortes galantes! - - -De l'_Intransigeant_, 8 juillet 1899, sous le titre: =La flagellation en -correctionnelle=: - - Fichtre! on ne s'est pas ennuyé, hier, à la neuvième chambre - correctionnelle! - - M. Carrington, éditeur à Paris, a publié un ouvrage intitulé: - «l'_Histoire de la flagellation aux points de vue médical, historique - et religieux_. - - Or, ledit ouvrage est illustré de nombreuses planches, lesquelles on - le devine ne manquent pas d'un certain... intérêt. - - Tant et si bien que la pudeur anglaise s'est émue, mais émue au point - que la «National Vigilance Association» a fait un appel désespéré à la - pudeur française, en la personne de son père et vigilant gardien, M. - Bérenger; et c'est ainsi que M. Carrington se trouve assis en police - correctionnelle en compagnie de ses bouquins. - - Voilà-t-il pas Me Meurgé qui, dans sa malice, s'avise de vouloir - prouver que, chaque jour, le parquet laisse en vente de pires - horreurs! Et alors non, je ne peux pas vous dire tout ce qui défila - devant les yeux du tribunal! - - Ah! sapristi, c'est un joyeux métier que celui de juges!... - - Mais, enfin, les fautes des uns n'innocentent pas les autres, et M. - Carrington n'en a pas moins attrapé 200 cents francs d'amende. - - Allez donc faire de l'art, après ça!... - - -Du _Rappel_, 8 juillet 1899, sous le titre: =une Morale d'exportation=. - - C'est de nos voisins qu'il s'agit. - - Nous avons la bonne fortune de posséder une Société qui nous sauve, - paraît-il, de la pluie de feu qui détruisait les villes maudites. _Ils - en ont une en Angleterre!_ et terrible! auprès de laquelle notre - «Bérengère» paraît toute de mansuétude et de tolérance. De très hauts - personnages composent le comité de cette _National Vigilance - Association_ dont Sa Grâce le duc de Westminster est le président. - - Nationale, dit le titre. C'est Internationale qu'il faut lire. - - Notre ami Blondeau vous a conté hier le procès fait à un éditeur de - Paris, M. Carrington, sur la plainte de cette Société. - - L'éditeur a été condamné; il s'agissait d'une publication en langue - française. Il est étrange que le parquet ait cru devoir poursuivre sur - la plainte d'une association étrangère. - - La Vigilance Association a donc des attributions plus étendues que la - nôtre, tellement étendues que son action s'exerce surtout, vous vous - en doutez un peu, contre les productions littéraires du continent: - _Sapho_ de Daudet; les nouvelles de Maupassant; les romans de Zola; - _la Vie de Bohême_ de Murger, etc., ont encouru ses foudres et la - justice anglaise a poursuivi et condamné les traducteurs et les - éditeurs de ces ouvrages. - - Faut-il ajouter à cette liste Boccace et Rabelais et la Reine de - Navarre? Ceux-là aussi furent proscrits. - - Ne rions pas! La Vigilance Association a fait des victimes. Un éditeur - estimé de l'autre côté du détroit, M. Vizetelly, dont le catalogue - semblait le livre d'or de nos gloires tant il avait pris à coeur de - répandre les noms des meilleurs écrivains français, cet éditeur, - dis-je, un vieillard de soixante-dix-huit ans poursuivi à la requête - des _Vigilants_ pour avoir traduit et publié l'_Assommoir_ d'Émile - Zola, fut condamné à dix-huit mois de hard-labour. Il mourut en - prison. - - Mais, direz-vous, ces poursuites témoignent d'un état morbide de la - pensée: toutefois, comme elles sont dirigées contre les traductions en - langue anglaise et des éditions faites en Angleterre, nous perdons - tout droit de protester, du moins dans une certaine mesure. Cela est - évident, mais puisque les pères la pudeur de Londres viennent chez - nous, cela devient plus grave. - - Qu'a donc publié d'horrible M. Carrington? Une _Étude sur la - Flagellation au point de vue historique et médical_, livre tiré sur - grand papier, à petit nombre, pour des souscripteurs, et accompagné de - gravures représentant des scènes historiques de flagellation. Dans ces - gravures, sans qu'il soit possible d'y découvrir la moindre pensée - obscène, les personnages fouettés sont représentés vêtus, n'ayant de - découvert que la partie du corps flagellée. - - Le délicieux Willette, dans un numéro récent du _Courrier Français_ ne - représentait-il pas plus crûment encore et sans que personne pût - songer à s'en offenser une scène de ce genre: une horrible scène de - flagellation d'une jeune fille... en pays de langue anglaise? - - Dans sa spirituelle plaidoirie, Me Meurgé, a fait bonne justice des - allégations du parquet. Il a d'ailleurs découvert le véritable mobile - non des poursuites engagées mais de la plainte: M. Carrington, sujet - anglais, a publié dernièrement _les Dessous de la Pudibonderie - anglaise_. Tout s'explique! L'accès de pudicité est une petite - vengeance. - - Malheureusement pour la Vigilance Association, il ne s'agissait pas - dans l'espèce d'une officine pornographique, mais d'une librairie - d'art et de sciences, de l'éditeur des traductions anglaises du - _Cabinet secret de l'Histoire_ du docteur Cabanès (également - poursuivies) d'un ouvrage de Tarnowsky, professeur de l'Académie - impériale de Russie, l'un des plus célèbres psychologues de notre - temps et d'autres livres luxueux et précieux. - - Je m'empresse d'ajouter que de courageux et nobles esprits n'ont, en - Angleterre même, jamais cessé de lutter contre les agissements de - cette pudibonde Société, et j'ai sous les yeux l'admirable plaidoyer - que rédigea pour Vizetelly, Robert Buchanan, l'un des maîtres de la - littérature anglaise. - - Et pour qu'on sache bien à quels esprits nous avons affaire, citons ce - dernier trait. Il montrera leur discernement, leur science et leur - goût et leur aptitude à mettre sur le même plan quelques ordures - indiscutablement ordures et d'admirables oeuvres. - - Richard Burton, le célèbre voyageur anglais et le merveilleux - traducteur des _Mille et une Nuits_, le premier Européen qui, après - Burckhardt, put pénétrer jusqu'à la Mecque, avait recueilli au cours - de ses voyages incessants à travers toute l'Asie, un nombre - considérable de manuscrits précieux, uniques. Ces manuscrits orientaux - formaient une collection que les savants auxquels il fut donné de les - parcourir déclaraient inestimable. Ils étaient destinés à jeter un - nouveau jour sur une foule de questions littéraires, scientifiques et - historiques et des experts consultés les avaient estimés, pour leur - seule valeur artistique, à la somme de vingt-cinq mille francs! Ce - dernier détail, peu important en soi, a cependant quelque intérêt. - - Or,--je n'invente pas, je cite--dans son IIe rapport (1896) la - National Vigilance Association annonçait à ses membres qu'elle avait - reçu des mains de la veuve de Richard Burton cette collection - précieuse _et qu'elle l'avait détruite_. - - Ami John Bull! Vous qui lisez si bien la Bible, consultez un peu - l'évangile et, si la paille française vous ennuie, songez à la poutre - britannique. - -La place nous manque pour donner les extraits de tous les journaux qui -se sont occupés de cette affaire. - -Nous citerons encore: - -Le _Temps_, le _Journal_, le _Journal du Peuple_, la _Presse_, le _XIXe -siècle_, la _Petite République_ et nombre de journaux anglais: _Daily -Telegraph_, _Daily Chronicle_, _Daily Messenger_, _Reynolds Newspaper_, -etc. etc., etc. - - - - -=Mémoires d'une danseuse russe=, par E. D., auteur de _Défilé de fesses -nues_. Paris, sous les galeries du Palais-Royal, 1892, 3 _volumes -in-18º_ (Une édition possède des gravures). - -L'ouvrage est divisé en trois parties: - -1º Mon enfance chez un boyard; - -2º Chez la modiste à Moscou; - -3º A l'académie impériale de Danse. - -Voici quelques extraits de l'avant-propos: - -«Je liai connaissance à Paris, pendant l'Exposition de 78, avec une -danseuse russe, qui faisait partie d'un corps de ballet en -représentation dans un théâtre du Trocadéro. Mariska--c'est le nom que -nous donnerons à la danseuse qui l'a pris pour signer ses -mémoires--avait trente-huit ans sonnés, et n'en paraissait pas plus de -trente, malgré les nombreuses tribulations par lesquelles elle était -passée dans le cours de son existence. - -«L'ampleur de ses formes postérieures m'intriguait, au dernier point, -par le développement qui bombait d'une façon exagérée les jupes -repoussées. J'avais, chaque fois que je la rencontrais, une question sur -le bout de la langue, mais je n'étais pas encore assez familier avec la -ballerine, pour m'informer de la cause d'une pareille envergure, que -j'attribuais aux exercices physiques, auxquels devaient se livrer dès -leur enfance les élèves de Terpsichore. - -«Je tournais autour de la belle Slave, lorgnant d'un oeil d'envie le -superbe ballonnement, tenté de palper l'étoffe comme par hasard, mais -j'osais à peine l'effleurer, craignant des rebuffades, bien que Mariska -parût m'encourager de l'oeil. - -«Un soir, j'eus l'occasion de tâter l'étoffe soyeuse, qui couvrait la -somptueuse mappemonde. Nous allions souper au cabaret, deux de mes amis -et moi, avec la danseuse, en cabinet particulier. Je montai derrière -elle les degrés qui conduisaient au salon du premier; j'en profitai pour -prendre dans mes mains la mesure de la circonférence, qui me parut d'un -volume remarquable, sans qu'elle s'en montrât le moins du monde -offusquée. - -«Pendant le souper, arrosé de Champagne frappé, nous la plaisantions sur -ce que nous appelions sa difformité. Elle avait un sourire goguenard, -comme si elle méditait quelque farce épicée, dont on la disait -coutumière dans les soupers où on l'invitait. - -«Quand la table fut desservie, elle avait une pointe d'ivresse. Elle -avait vidé coup sur coup quatre ou cinq coupes de Champagne, comme pour -se donner du coeur. Elle sauta sur la table, s'agenouilla, nous tournant -le dos, et sans crier gare! elle se troussa lestement, s'exhibant des -genoux à la ceinture. - -«Nous crûmes à ce geste qu'elle avait gardé son maillot. Nous fûmes bien -vite détrompés le plus agréablement du monde. Elle était nue des genoux -aux hanches... - -«... Nous étions un peu surpris du sans-gêne et du sans-façon avec -lequel la danseuse nous exhibait ainsi toutes ses nudités dans la plus -riche indécence. - -«--Eh bien, criait-elle, mon postérieur est-il difforme, mes seigneurs? - -«Ah! non, il n'était pas difforme. Certain aimable chroniqueur qui les -aime amples, larges, opulents, serait tombé en extase devant cette -merveille de croupe rebondie. - -«Les jupes étaient retombées, la danseuse avait repris sa place sur sa -chaise qu'elle garnissait de telle débordante façon, qu'ici encore elle -eût fait tomber à genoux le chroniqueur fasciné. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -«Elle nous demanda si nous désirions connaître la cause du développement -anormal de ses fesses. - -«Elle nous raconta, avec le bagout d'une véritable Parisienne, -entretenant sa verve par des coupes de champagne qu'elle vidait de temps -en temps, qu'elle était née, qu'elle avait passé son enfance, son -adolescence et une partie de sa jeunesse dans le servage. - -«Elle avait souffert physiquement et moralement dans les diverses -conditions où elle avait passé son existence, fouettée à tout propos -chez le boyard, par la gouvernante, les maîtres et les enfants, chez la -modiste où on l'avait mise en apprentissage par la maîtresse et par les -clients qui venaient se plaindre; à l'Académie impériale de Danse, où la -chorégraphie s'enseigne le fouet en main. Et rien n'aide au -développement des fesses comme la flagellation continue. On ne lui avait -pas ménagé les corrections depuis son enfance...» - - * * * * * - -La première partie de l'ouvrage est consacrée à l'enfance de Mariska -chez un riche boyard. Là, la malheureuse se voit dans l'obligation de -passer par toutes les fantaisies des maîtres, des enfants et des -invités. - -Les verges et le knout tiennent une place honorable dans ce premier -volume, où il n'est guère question que de flagellations diverses, -infligées aux esclaves. - - * * * * * - -«La boïarine--c'est Mariska qui parle--décida qu'on me mettrait en -apprentissage chez une grande modiste de Moscou, Mme K... pour y -apprendre la confection des vêtements de femmes. Ma nouvelle maîtresse -avait tous droits sur moi. On lui avait recommandé de ne pas négliger -les coups, pour me faire entrer le métier par derrière. C'était le seul -moyen de m'encourager à bien faire.» - - * * * * * - -Et, dans cette seconde partie, des «Mémoires d'une danseuse russe», nous -voyons se dérouler des scènes d'atelier, parfois fort intéressantes et -non dépourvues d'une note documentaire. Mariska était non seulement -fouettée par sa maîtresse, mais elle recevait encore de nombreuses -fouaillées de clientes et clients mécontents. - -Enfin, le troisième et dernier volume contient les tribulations de -Mariska à l'Académie impériale de Danse. - -Nous regrettons que le texte vraiment trop épicé ne nous permette de -citer quelques passages. - - - - -=Utilité de la flagellation=, DANS LES PLAISIRS DE L'AMOUR ET DU -MARIAGE, traduit du latin de J.-H. MEIBOMIUS. - - -Avant de parler de cet ouvrage par lui-même, nous donnerons quelques -notes bibliographiques. - - -La première édition parut à Leyde (Lugdunum Batav.) en 1629. Elle ne -contient que le seul traité. - -Viennent ensuite les éditions suivantes: - -2º _Leyde_ (Lugd. Batav.), sans date, petit in-12º de 48 pages. - -3º _Lubecæ, editio secunda_, 1639, petit in-12, 48 pages. Nombreuses -fautes. - -4º _Lugd. Batav., ex off. Elz._, 1643, in-4º de 48 pages. - -5º _Londres_, 1795, in-32, dont il a été fait à _Paris_, sous la date de -1757, une contrefaçon erronée. - -6º _Londres_, 1770, in-32. - -Ces cinq dernières éditions, de même que la première, ne renferment que -le traité de Meibomius. - -En 1669, Thomas Bartholin en donna à _Hafnia_ (Copenhague) une édition -latine in-8º, augmentée: 1º de sa Lettre à Henri Meibomius fils; 2º de -la Réponse de celui-ci; 3º d'une petite dissertation académique -intitulée: _De renum officio in re venerea_, de Joachim OElhaf, médecin -à Dantzick; et 4º d'une «_dissertatiuncula_» d'Olaüs Worm, médecin à -Copenhague. - -Cette édition ainsi augmentée fut rééditée à _Francfort_, 1669, in-8º; -puis en 1670, à _Francfort_ également, in-12º (ou petit in-8º) de 144 -pages. Quoique mal imprimée, sur d'assez mauvais papier, cette édition -est recherchée, comme très complète. - -Mercier donna une nouvelle édition latine d'après le texte des éditions -de Francfort; _Parisiis_, 1792, petit in-12. - -La traduction française de Meibomius avec les additions de Thomas -Bartholin et la lettre de Meibomius _le jeune_, est attribuée à Claude -Mercier de Compiègne, l'éditeur. Elle parut sous les titres suivants: - -1º _De l'utilité de la flagellation dans les plaisirs du mariage et dans -la médecine, et dans les fonctions des lombes et des reins. Ouvrages -_curieux_, traduit du latin de Meibomius, orné de gravures en -taille-douce, et enrichi de notes historiques et critiques, auxquelles -on a joint le texte latin. Paris, chez Jac. Gironard, 1792._ - -Petit in-12 (in-18 Cazin) de 168 pages. Frontispice et figure par -Texier. Pas de faux titre. Certains exemplaires sans nom d'éditeur avec -la simple rubrique. _Paris_, 1792. - -2º _De l'utilité de la flagellation dans la médecine et dans les -plaisirs du mariage et des fonctions des lombes et des reins. Ouvrage -_singulier_, traduit du latin de J.-H. Meibomius, etc., enrichi de notes -historiques et critiques. Paris, C. Mercier, 1759._ - -Petit in-12, 156 pages. Un joli frontispice non signé. - -3º _De la flagellation dans la médecine et dans les plaisirs de l'amour; -ouvrage singulier, traduit du latin de J.-H. Meibomius; nouvelle -édition, revue, corrigée et augmentée du joli poème de l'_Amour -fouetté_, A Paris, chez Mercier, éditeur du Furet littéraire, rue -d'Angivilliers, nº 151, an VIII_ (1800). - -In-12 (in-18 Cazin); 148 pages dont 4 de titre et faux titre, et 3 pages -d'annonces. Même frontispice que l'édition précédente. Sur le faux -titre, on lit: _Éloge de la Flagellation_. L'_Amour fouetté_ est de -Fuzelier. Cette édition fut corrigée par l'abbé Mercier de Saint-Léger. - -4º _De l'utilité de la flagellation dans la médecine et dans les -plaisirs du mariage, et des fonctions des lombes et des reins; ouvrage -singulier, traduit du latin de J.-H. Meibomius; enrichi de notes, d'une -introduction et d'un index. Londres_ (Besançon, Metoyer aîné), 1801. - -In-8º de 100 pages, édition très soignée, conforme (comme texte) à -l'édition de l'an VIII. - -Édition moderne (_la dernière parue_): _Utilité de la Flagellation dans -les plaisirs de l'Amour et du Mariage, traduit du latin de J.-H. -Meibomius. Nouvelle édition, augmentée de notes historiques, critiques -et bibliographiques, suivie de la Bastonnade et de la Flagellation -pénale, par J.-D. Languinais. A Amsterdam, Aug. Brancart. -Libraire-Éditeur_, 1891. - -In-12º de 200 pages. Pap. vergé, bien imprimé. - -«Voici enfin, mon cher Cassius, le petit traité que je vous ai promis -dans une orgie bachique. - -«Vous vous convaincrez en le lisant, que l'usage de la flagellation -n'est pas aussi extraordinaire qu'il le paraît au premier coup d'oeil. - -«... Je vous ai dit que les coups et la flagellation servaient -quelquefois à la guérison de plusieurs maladies. Je vais vous démontrer -que l'expérience a confirmé la bonté de ce remède, en m'appuyant sur -l'autorité des médecins qui l'ont enseigné et pratiqué.» - -Ainsi commence Meibomius. Et, ce thème posé, il le développe tout au -long. C'est la partie qui traite de la Flagellation _dans la médecine_. -Puis suit _la flagellation en amour_. - -A la suite de ce traité, nous lisons[42] une étude intitulée: DE LA -FLAGELLATION, PAR THOMAS BARTHOLIN (_Observations extraites de la lettre -de Thomas Bartholin à Henri Meibomius fils_), dissertation curieuse et -intéressante. - - [42] Nous parlons de l'édition marquée _Amsterdam_, 1891, édition dont - nous nous occupons exclusivement. - -Puis DE LA FLAGELLATION, PAR HENRI MEIBOMIUS FILS, sous forme d'un -extrait _de la réponse_ de H. Meibomius fils à Th. Bartholin. - -Enfin l'ouvrage se termine par LA BASTONNADE ET LA FLAGELLATION PÉNALES, -étude en dix chapitres, dont la conclusion se termine, à propos des -dépravés qui tentent de restaurer l'antique usage de la bastonnade par -ces mots pleins de bons sens: - -«Le moderne qui veut rétablir les anciens usages se prépare de grands -malheurs.» - - - - -=Mémoires de Miss Ophélia Cox.=--_Traduit pour la première fois de -l'anglais par les soins de la société des Bibliophiles Cosmopolites._ -Londres, imprimerie de la Société cosmopolite, 1892. - -Un volume in-16, 216 pages, imprimé sur papier vergé à 500 exemplaires. - -L'éditeur s'exprime ainsi dans la préface: - -«L'auteur du livre que nous présentons au public, prévient son lecteur -vers la fin de l'ouvrage, que son livre est vrai de tous points. - -«Cette assertation est exacte. Nous connaissons miss Ophélia. - -«Nous avons surtout été décidés à publier cet opuscule par la peinture -réelle et vibrante des scènes qui se passent, à Londres, dans -l'intérieur des maisons de rendez-vous. - -«On trouve dans ces scènes un singulier mélange de respectabilité et de -sadisme qui est un des traits les plus curieux du caractère anglais.» - -L'ensemble de l'ouvrage traite surtout des dessous d'une maison de -rendez-vous de Londres. - -La verge y tient un grand rôle--le plus important. - -Nous ne savons pas si les scènes qui y sont décrites se passent -réellement à Londres: elles dépassent en cruauté et en sadisme tout ce -que l'on peut imaginer de plus horrible. - -Ouvrage bien imprimé, dans un style soigné. Les descriptions y sont -poussées jusqu'à l'extrême. - - - - -JEAN DE VILLIOT.--=Curiosités et Anecdotes sur la flagellation.=--Sur la -Flagellation et les Punitions corporelles; le Knout; la Flagellation en -Russie; après le Bal; la Cour Martiale de miss Fanny Hayward; la -Détention féminine en Sibérie; la Flagellation pénale; un Remède pour la -Kleptomanie dans la Société Anglaise; les Étrangleurs; les Larrons et le -Bâton; la Flagellation dans l'Art; le Marquis de Sade et Rose Keller; -Sarah Bernardt et son Fouet; la Flagellation dans les Cours royales; -psychologie du Fouet; les Punitions dans l'Armée anglaise; la -Flagellation en Orient.--Paris, librairie des Bibliophiles (Ch. -Carrington). Tirage privé à 500 exemplaires, 1900. - -Un volume in-8º carré de 436-xx pages. Imprimé à 750 exemplaires sur -papier vergé de Hollande et 20 exemplaires sur papier du Japon. - -_Extrait de l'introduction._--Les pages que l'on va lire ne sont pas -écrites évidemment... pour les petites filles, dont on coupe le pain en -tartines... - -«Les petites filles! les petites filles! Mon Dieu! n'y a-t-il pas des -écrivains qui se dévouent par vocation ou par nécessité à composer des -historiettes sans dard et sans venin? Est-ce qu'il n'y a pas des auteurs -pour enfants et même des auteurs pour dames[43]?» - - [43] Charles Asselineau. - -Donc ces pages sont seulement pour le philosophe. Il y trouvera matière -à méditation, soit à propos de cet attrait qu'exerce sur un si grand -nombre d'hommes la peine du fouet infligée à leurs semblables, combien -il faut peu de chose pour démuseler le fauve qui sommeille au fond du -coeur de tous; soit qu'il cherche à démêler par quelle aberration des -sens cette même flagellation ranime la volupté aussi bien chez les -bourreaux blasés que chez les victimes impuissantes. - -L'aberration, en effet, est à son comble quand le plaisir n'est excité -que par la vue de la douleur ou quand la douleur ressentie aboutit au -plaisir. Ce dernier sentiment même, bien que diamétralement opposé au -premier, témoigne lui aussi d'une perversion singulière. L'origine, -toutefois, en est plus mystérieuse. Deux classes distinctes d'hommes -recherchent en effet dans la douleur une excitation au plaisir: le -mystique et le débauché. Mais le plaisir que chacun d'eux recherche est, -en son essence, trop différent pour que la question ne soit pas par cela -même éminemment complexe. - - ... _La sainteté - Ainsi que dans la pourpre un délicat se vautre - Dans les clous et le crin cherchant la volupté_ - -et l'impuissant ou le blasé flagellant ses reins appauvris pour ranimer -une ardeur qui n'y fut jamais ou qui s'y éteignit par l'abus, demandent -au même instrument de supplice des sensations totalement différentes. - -Tous deux relèvent peut-être de la psychopathie, mais chacun réclame une -étude spéciale. - -Si le sadisme et le masochisme ont, sous ces plumes expertes, vu leurs -arcanes abominables savamment dévoilés, il reste un travail non moins -intéressant à tenter sur le goût de la souffrance chez les mystiques de -toute race et de tous credo. Ce travail constituerait un chapitre et non -l'un des moindres, d'un traité de l'_Érotologie mystique_, traité qui -reste à faire et qui devrait tenter la verve érudite d'un poète. - -La flagellation considérée comme châtiment ou comme adjuvant de luxure, -donnée ou soufferte, est évidemment un sujet capable d'attirer et de -fixer l'attention. - -Dans l'un et dans l'autre cas, elle doit sa vogue dont témoigne -l'histoire des moeurs chez tous les peuples, à l'humiliation profonde -endurée par le patient, humiliation d'où provient, quand elle joue le -rôle d'un aphrodisiaque, la volupté du masochiste humilié et savourant -sa souffrance. - -Donnée sur les épaules ou sur le dos, elle ne peut exciter que cette -sensation et pourquoi la flagellation pénale est le plus souvent -appliquée de cette façon, sauf dans la famille où les parents s'ils -n'ont en but qu'une correction régulière et sans arrière-pensée, -l'appliquent sur les fesses de leur progéniture. - -Elle l'est presque toujours de cette façon quand on l'applique ou qu'on -la reçoit comme aphrodisiaque externe, et c'est là incontestablement un -des rites les plus en faveur auprès des dévots de la Vénus Callipyge. La -vue des trésors impudiquement étalés ajoute au plaisir de ce noir -orgueil jouissant de la douleur du patient ou de la patiente, et comme -Vénus n'est pas la seule à posséder ces trésors, peut-être faut-il voir -dans ce fait l'explication de l'appétit malsain des fessées sur la chair -nue que bien des pédagogues ressentent maladivement. - -Il n'est pas besoin d'insister sur l'humiliation que ressent le patient -sous les cuisants baisers des verges ou du fouet. Cette torture était -celle que les Romains infligeaient à leurs esclaves et, comme pour -abaisser jusqu'à ce degré,--le dernier pour eux--ils l'infligeaient -également aux Vestales qui, dans leur veille sacrée devant le feu de -Vesta l'avaient laissé s'éteindre. Cela ne le rallumait pas. Il n'en est -pas de même, paraît-il, de ce feu que des vestales à rebours savent -raviver dans les reins flagellés de ces vieux qui veulent redevenir -jeunes ou de ces jeunes qui sont déjà vieux. - - - - -UNDER THE SJAMBOK. A TALE OF THE TRANSVAAL, by George Hansby Russell. -London, John Murray, 1899, in-8º, 348 pages[44]. - - [44] Sous le _Sjambok_. Conte du Transvaal, par George Hansby Russell. - Londres, 1899. Prix 6 shellings (7 fr. 50). - -D'abord qu'est le _Sjambok_? C'est un énorme fouet dont se servent les -Boers pour conduire leurs bestiaux. On le fabrique généralement avec la -peau du rhinocéros. S'il était destiné seulement aux animaux, tout -serait pour le mieux, mais plus d'un indigène du pays des Boers a senti -sur ses épaules la caresse cinglante du _Sjambok_. - -A vrai dire, il y a de cela une ou deux générations. - -Les effets de ce terrible instrument équivalent à ceux du -_Chat-à-neuf-queues_ employé dans les prisons anglaises, et beaucoup de -Cafres ont succombé sous les coups de ce fouet. - -L'ouvrage dont je m'occupe actuellement n'a aucun caractère érotique ou -même léger. C'est, en réalité, une étude physiologique des moeurs des -Boers; mais, je le répète, je crois qu'il serait préférable de reporter -de semblables coutumes à quelques générations en arrière. L'auteur, très -chauvin--pour ne pas dire davantage--donne de telles descriptions qu'on -se croirait en plein état sauvage. Au fond, l'ouvrage n'offre que peu -d'intérêt. Je le mentionne seulement parce que le fouet y joue un rôle -prépondérant. - -L'intrigue est simple: - -Richard Hanson, un vieux camarade de George Leigh, le héros du livre, -recommande à celui-ci de s'occuper de sa fille qui se trouve au moment -de sa mort, dans le Sud Afrique. - -Voilà George Leigh, parti à la recherche de miss Hanson. D'où récits -d'aventures plus ou moins fantastiques, certainement peu véridiques, si -peu même à mon avis, que je ne crois pas utile de donner des extraits de -ce roman. - - - - -=Scarlet and Steel.= SOME MODERN MILITARY EPISODES, by E. Livingston -Prescott. London, 1897, in-8º, 362 pages[45]. - - [45] Écarlate[46] et Acier. Épisodes de la vie militaire actuelle, par - E. L. Prescott. - - [46] Allusion aux jaquettes rouges des soldats anglais. - -Un hasard m'a appris que ce magistral ouvrage a été écrit par une femme. -A la fois bien documentées et d'un style clair et impressionnant, ces -pages laissent sur l'esprit un indéfinissable sentiment de tristesse. - -C'est vraiment avec plaisir que j'ai lu ces pages émouvantes, -aujourd'hui où les oeuvres malsaines ou nulles s'entassent, où chaque -auteur semble apporter son tribut à l'inutilité. - -Chaque page de ce passionnant roman--car n'en doutez pas, profanes, il -est des romans passionnants--chaque page est pleine d'action, de -mouvement, de vie. Point de mauvaise sentimentalité. L'auteur a -recherché avec soin ses documents avant de les placer dans son livre et, -chose curieuse dans ce genre d'ouvrages, rien n'a été négligé. Les -renseignements ont certainement été pris à bonne source. - -En 1879, parut la loi anglaise sur les règlements et la discipline dans -l'armée. Cette loi barbare en plus d'un point, comprend LES PUNITIONS -CORPORELLES à infliger aux soldats dans les prisons militaires. Et ce -livre répond à un besoin. Il fallait lutter contre cette discipline -atroce qui fait appliquer le fouet à des hommes. - -Ami John Bull, tant que tu traiteras tes soldats en enfants auxquels on -donne la fessée, tu seras déshonoré devant le monde civilisé[47]. - - [47] Dans l'_Étude sur la flagellation aux points de vue historique et - médical_, se trouvent de longs extraits de _Scarlet and Steel_. Les - personnes qui ne pourraient pas lire l'original dont il n'existe - malheureusement pas de traduction française, trouveront dans - l'_Étude sur la flagellation_, la traduction des principaux passages - sur le sujet qui nous occupe. - - - - -=The Story of the Australian Bushrangers=, by Geo. E. Boxall. London, -1899, in-8º, 392 pages[48]. - - [48] _Histoire des Batteurs de buissons australiens_, par G.-E. - Boxall. N'a pas été traduit en français. - -Il semble presque impossible de se faire aujourd'hui la moindre idée de -l'importance des _Bushrangers_[49], au commencement du siècle. Il est -infiniment probable que l'Australie, las Tasmanie, voire la -Nouvelle-Zélande ont été peuplées au début par les forçats exportés -d'Angleterre, d'autant plus qu'à ce moment, il fallait vraiment peu de -chose pour transformer un honnête homme en forçat. Sous l'égide féroce -des rois Georges d'Angleterre, le moindre crime voyait son auteur finir -sur la potence et pour les délits insignifiants, on envoyait les -délinquants peupler les plaines de _Botany Bay_. - - [49] Le mot _Bushranger_ est difficilement traduisible en français. - C'est l'équivalent de coureur ou batteur de buissons. Dans le cas - qui nous occupe, il s'agit des évadés des bagnes australiens qui, - postés sur la lisière des bois et des forêts, arrêtaient et - dévalisaient les voyageurs qui s'attardaient dans ces parages. - -L'ouvrage en question s'occupe donc en grande partie des forçats évadés. -Dans les descriptions du bagne, l'auteur est arrivé au dernier degré de -la férocité dans l'application des peines corporelles. Et j'ai tout lieu -de croire que rien n'est exagéré. - -Je vais maintenant m'efforcer de résumer quelques parties de ce livre. - -Les punitions des forçats atteignaient le plus haut point de sauvagerie. - -La moindre peccadille était punie de fort douce façon, à coups d'un -instrument appelé _Chat-de-voleurs_, et auprès duquel le -_Chat-à-neuf-queues_ n'est que jeu d'enfant. - -L'auteur de l'ouvrage que je cite est d'avis que l'emploi de cet -instrument était plutôt nuisible, tant au physique qu'au moral. - -Chose curieuse: les soldats gardiens des forçats étaient soumis à une -discipline plus sévère encore et l'on vit des malheureux commettant -délibérément les plus grosses fautes pour changer leur sort en celui de -forçats! Si ces derniers montraient une conduite empreinte à l'égard des -supérieurs d'obséquiosité et de bassesses, ils voyaient leur sort -s'adoucir considérablement; si, par malheur, les prisonniers essayaient -de montrer de l'indépendance--indépendance forcément relative--il n'y -avait pas de répit pour eux jusqu'à la mort qui avait souvent lieu sur -l'échafaud. - -Je trouve, en continuant ma lecture, de curieuses anecdotes: c'est ainsi -qu'il habitait à Sydney--actuellement l'une des plus belles villes de -l'Australie--deux _flagellateurs_, véritables _artistes_ (?) en leur -genre. Ils _travaillaient_ toujours ensemble, l'un de la main droite, -l'autre de la gauche, et se disaient capables de fouetter cruellement un -homme sans lui soutirer la moindre goutte de sang. Le dos des malheureux -suppliciés avait l'aspect d'une véritable pomme soufflée, tout parsemé -qu'il était de boursouflures qui restaient sensibles et faisaient -endurer aux patients une douleur beaucoup plus longue que celle produite -par la coupure de la peau. - -Ordinairement les bourreaux entamaient les chairs: il se trouvait à -Sydney tout autour du champ d'exécution situé dans Barrack Square, un -sol saturé de sang humain. - -Une curieuse anecdote racontée par l'auteur: Un individu fouetté par les -deux _flagellateurs_ dont j'ai parlé quitta le lieu d'exécution, le -sourire aux lèvres, remettant sur ses épaules horriblement tuméfiées sa -flanelle de forçat d'un geste de défi, se vantant que les bourreaux -étaient incapables de lui arracher le moindre soupir. - -Un autre prisonnier, flagellé avec la plus grande force sur les reins, -s'époumonnait en vain à crier: «Plus haut, plus haut.» Le bourreau -continuait froidement son oeuvre. Le malheureux, une fois débarrassé de -ses liens, saute sur l'exécuteur et le couche à terre d'un coup de -poing. Aussitôt saisi, il dut subir, dans le triste état où il se -trouvait, une punition équivalente à la première. - -Parfois, un prisonnier reconnu innocent était nonobstant fouetté: Un -malheureux forçat fut condamné à recevoir 50 coups du _chat_. Au moment -de l'exécution de la sentence une circonstance imprévue prouve sa -parfaite innocence. - ---Qu'importe, dit le juge de Launceston, chargé de faire exécuter la -punition; qu'il soit puni d'abord et je lui ferai grâce une autre fois. - -Les prisonniers étaient astreints à saluer en se découvrant tous les -_officiels_ de la colonie. A ce sujet, l'auteur raconte le cas de ces -forçats qui, en janvier 1839, exécutant une construction à Woolloomollô -Bay, sur la propriété de Sir Maurice O'Connell, blessèrent grièvement -leur contremaître en lâchant, pour saluer leur maître, une énorme pierre -qu'ils transportaient. - -Le capitaine O'Connell décréta de ce fait que les ouvriers employés chez -lui ne seraient plus astreints à saluer pendant le travail. Ce qui -n'empêche qu'un beau jour le Préfet de police de Sydney fasse fustiger -un nommé Joseph Todd qui, chargé d'un lourd fardeau, était dans -l'impossibilité absolue de saluer ledit chef de police (le colonel -Wilson[50]). - - [50] Voici comment l'auteur raconte cette anecdote: - - «... Le colonel Wilson passait là, accompagné de sa fille. Les - forçats continuèrent leur tâche, ne prêtant nulle attention au - Préfet de police, quand celui-ci s'écria d'une voix furieuse: «Otez - vos chapeaux!» Quelques-uns s'exécutèrent, mais l'un d'eux, nommé - Joseph Todd, chargé d'un lourd fardeau, ne broncha pas sous l'ordre. - «Otez votre chapeau, canaille!» reprit le colonel. «Je suis autorisé - à ne pas le faire,» répondit Todd. Le Préfet se répandit en - grossières injures. Enfin, n'y tenant plus: «Qu'on l'arrête,» - cria-t-il, et aussitôt accoururent un sergent et quelques hommes. - Todd opposait une vive résistance. Il n'en fut pas moins saisi et - fustigé cruellement. Le jugement portait que Todd avait commis une - grave infraction en refusant de se livrer aux soldats qui venaient - l'arrêter, refus qui n'était acceptable que pour un homme libre!» - -Joseph Todd, qui reçut pour ce fait 50 coups du _chat_ était arrêté la -semaine suivante pour une incartade légère et condamné de nouveau à -recevoir 30 coups du _chat-à-neuf-queues_. - -L'ouvrage est composé surtout d'anecdotes dans ce genre et, vu la -modicité de son prix (7 fr. 50) nous le recommandons au lecteur. - - - - -CURIOUS EPISODES OF PRIVATE HISTORY.--=The Court Martial on Miss Fanny -Hayward= BY AN EX-INFANTRY-CAPTAIN[51]. Paris, Librairie des -Bibliophiles, 1899; 1 volume in-8º carré. 70 pages. Imprimé sur papier -de Hollande. - - [51] Épisodes Curieuses de l'Histoire Privée.--La Cour martiale pour - Miss Fanny Hayward, par un ex-Capitaine d'Infanterie. Paris, 1899. - - -Voici un très curieux conte: Une courtisane, miss Fanny Hayward, accusée -d'avoir volé une montre dans la chambre d'un officier, est traduite par -les amis de ce dernier devant une cour martiale improvisée et condammée -à recevoir un certain nombre de coups de fouets. On lui donne le choix -entre cette punition honteuse et une dénonciation à la police. L'accusée -choisit la fustigation et la scène s'accomplit à la grande joie des -officiers et des petites dames invitées à la fête (?) - -Telle est toute l'intrigue. Ce conte a été traduit en français et se -trouve tout au long dans l'ouvrage _Curiosités et Anecdotes sur la -flagellation_, dont j'ai parlé précédemment. - -L'auteur de cette histoire affirme qu'elle est vraie en tous points et -que seuls les noms de lieux et de personnes ont été changés, pour les -besoins d'une publication. - - - - -_Curious Sidelights of social History._ HOW WOMEN ARE FLOGGED IN RUSSIAN -PRISONS. Narrative of a Visit to a Convent Prison in Siberia by AN -ENGLISH DOCTOR. Paris, Librairie des Bibliophiles, 1899. Un volume -in-8º, 48 pages[52]. - - [52] Curieux aperçus de l'Histoire sociale: Comment les femmes sont - fouettées dans les prisons russes. Narration d'une visite faite dans - une prison de femmes en Sibérie, par un docteur anglais. 1 plaquette - in-8º carré, 48 pages. - - -C'est la copie d'une lettre écrite par un jeune docteur anglais, -voyageant en Sibérie, à un ami intime habitant Londres. Cette lettre est -datée: Tomsk, Western Siberia, 24th July 1880. - -Cette lettre est authentique. Si le docteur n'a pas été témoin des -scènes qu'il décrit, il est certain qu'il a puisé ses renseignements à -bonne source. - -L'éditeur de ce volume a écrit une très intéressante préface. - -Cette lettre traduite en français se trouve également tout au long dans -l'ouvrage: «_Curiosités et anecdotes sur la flagellation._» - - - - -DÉFILÉ DE FESSES NUES.--RECUEIL DE LETTRES ÉROTIQUES, PAR E. D. AUTEUR -DE MES ÉTAPES AMOUREUSES. _Paris. Chez la petite Lollote. Galeries du -Palais-Royal_, 1891. Petit in-16, VI-210 pages. - - -Ce volume vient de m'être communiqué par un bibliophile de mes amis. Le -titre indique ce qu'est le livre: un recueil de lettres _érotiques_. -Pour cela, oui. Quant à la petite Lollote, c'est vainement que j'ai -cherché son adresse au Palais-Royal. - -Au dos du faux titre de ce livre, se trouve une liste d'ouvrages faits -par le même auteur (E. D.), savoir: _Le marbre animé_, _Mes Amours avec -Victoire_, _La Comtesse de Lesbos ou la Nouvelle Gamiani_, _Lèvres de -Velours_, _L'Odyssée d'un Pantalon_, _Les Callipyges, ou les délices de -la Verge_, _Jupes Troussées_, _Étapes Amoureuses_, _Défilé de Fesses -nues_, _Odor di Femina_, _Exploits d'un Galant précoce_. - -Voilà une belle liste, aux titres suggestifs, et si l'on songe au peu -d'années que M. E. D. a mis à faire tous ces volumes, je frémis à l'idée -de ce qu'il m'aurait fallu analyser de livres, si M. E. D. ne s'était -pas arrêté. - -Cet ouvrage me paraît, sinon traduit de l'Anglais, du moins écrit par un -étranger. J'ai d'ailleurs remarqué que les ouvrages signés E. D. -présentent des différences de styles assez considérables. Dans tous les -cas, le style en est pauvre: la note cherchée et poussée à l'excès est -uniquement celle de l'obscénité. - -Il m'est impossible de donner ici des extraits in extenso. Les adoucir -serait leur enlever le seul mérite qu'ils ont. - -Voici cependant l'_Avant-Propos_: - - Ce recueil contient un choix de lettres sur des sujets très piquants, - prises dans la collection d'un bibliophile anglais, qui a bien voulu - me les communiquer. J'ai traduit les unes, copié le texte des autres, - en déguisant les noms des lieux et des personnages. - - Je crois cette publication destinée à un grand succès. Rien de plus - émoustillant que ces récits alertes, qui chatouillent le lecteur et la - lectrice par la verve salace qui les distingue des ouvrages parus dans - ce genre jusqu'à ce jour, sans en excepter les piquants souvenirs de - M. Martinett, que je viens de savourer. Puis la variété des récits - écrites par des plumes différentes, ajoute un grand charme à l'intérêt - déjà considérable de cet ouvrage sans rival. C'est un chef-d'oeuvre - qui complète la collection des érotiques. Je suis d'autant plus à - l'aise pour en parler ainsi, sans qu'on puisse me taxer de - forfanterie, que je ne suis ici que le fidèle traducteur, ou le - modeste copiste. - - A vous, charmantes lectrices, je dédie ce nouveau chatouilleur, bien - digne d'éclipser tous ces aînés: car quoi de plus séduisant en ce - monde, que le défilé sous nos yeux émerveillés de ces ravissants - objets, désignés par le titre un peu gros de cet ouvrage, gracieux - ornement, suspendu dans l'espace, que vous balancez dans un - déhanchement voluptueux, riche, somptueux, opulent, l'orgueil d'un - sexe adorable, le plus lorgné de ses appas, devant lequel le genre - humain, hommes et femmes, tombe à genoux, pour lui adresser ses - fervents hommages. - -Après un tel panégyrique de cet ornement suspendu dans l'espace (?!) -tirons le rideau. - - - - -RANDIANA, OR EXCITABLE TALES, contient des détails poussés jusque dans -leurs plus infimes parties. L'auteur ne cherche pas à déguiser sa -pensée. J'ignore absolument quel peut être cet auteur, mais c'est -certainement un homme du monde, et du meilleur. - -L'ouvrage se compose de vingt-quatre chapitres, écrits avec beaucoup de -verve, dans un très pur anglais. Ce n'est certainement pas une -traduction, les scènes se passant d'ailleurs en grande partie à Londres. -Il y a cinq chapitres sur les vingt-quatre, que je dois signaler -spécialement, attendu qu'ils se rapportent à notre sujet. - -Dans le chapitre V, on trouve un abrégé de l'histoire de la flagellation -et dans le chapitre VI, on entre dans le vif de la question, avec -l'histoire de deux ecclésiastiques qui ont persuadé à une jeune femme de -laisser expérimenter sur son corps les bienfaits de la flagellation. - -Ce volume, publié vers 1880 à Londres (?) est devenu presque -introuvable. Il a été réimprimé en 1897 à Paris, en une charmante -édition tirée, sur papier de Hollande, à 200 exemplaires numérotés à la -presse. Le titre de cette édition porte: _Social Studies of the -Century._ RANDIANA, OR EXCITABLE TALES. Paris, _Société de Bibliophiles_ -for the Delectation of the Amorous and the instruction of the amateur in -the Year of the excitement of the sexes, MDCCCXCVIII. - -Pisanus Fraxi, l'éminent bibliographe fait, sur ce volume, les remarques -suivantes: - - Chacun des vingt-quatre chapitres de cet intéressant ouvrage, contient - une petite affaire d'amour, brièvement et habilement racontée, et dont - l'auteur est le héros. - - Aucune de ces aventures ne dépasse le domaine des choses possibles: - elles peuvent même fort bien--exagération mise à part--arriver à tout - homme du monde possédant, en sus de l'amabilité, une bourse bien - garnie. Néanmoins, l'auteur me permettra d'être sceptique quand il - affirme: - - «Je suis homme à ne pas farder la vérité, mais aussi à ne raconter que - ce qui est, et si extraordinaire que puissent paraître quelques-uns de - mes racontars à ceux qui n'ont jamais passé par de semblables - habitudes, elles n'en sont pas moins exactes. La lecture de cet exposé - fera, je crois, grandir le zèle avec lequel il sera lu.» - - J'hésite vraiment à porter croyance--ajoute Pisanus Fraxi--aux effets - magiques du baume Pinero, ni à l'emploi sans danger d'un semblable - aphrodisiaque dans de semblables scènes d'orgie et de flagellation - pratiquées par le père Pierre de Sainte-Marthe des Anges, de South - Kensington, ni à l'aventure audacieuse avec la vertueuse Mme Leveson. - - L'improbabilité même de ces scènes peut être sans doute considérée par - quelques-uns des lecteurs comme une marque d'originalité et le volume - sera certainement salué comme joyeuse arrivée par tous les philosophes - de la même école que l'auteur. - - - - -THÉODORE DE BANVILLE.--CONTES HÉROÏQUES. Paris, 1884. - - -Je ne classe pas cet ouvrage parmi ceux écrits exclusivement sur la -flagellation. Théodore de Banville n'était pas coutumier de tels livres. -N'empêche que le premier des contes, _La Borgnesse_, se terminait par un -sujet de flagellation qui vient apporter là sa note sombre. - -Christmant, amant d'une femme de monde quelconque, est surpris par le -mari. Mais la maîtresse a le temps de s'échapper et serait bientôt hors -d'atteinte si le modèle du peintre, Léo, n'avait, d'un signe -imperceptible, indiqué au mari outragé la porte par laquelle avait -disparu la fugitive. - - «Cependant ce clin d'oeil de trahison jeté par Léo, Christmant l'avait - vu, lui aussi, et surpris au vol. Alors il saisit un fouet accroché à - la muraille entre deux bébés japonais, et de toutes ses forces en - cingla le visage du modèle. L'oeil blessé horriblement sortit de son - orbite, et les joues et la bouche déchirés ne furent plus qu'une - plaie. Et furieuse, hurlant, toute sanglante, de longs filets de sang - coulant sur sa gorge nue, tordant ses bras, la grande Léo eut encore - un air de défi, et de son oeil unique regardant Léopold Christmant - avec l'expression d'une haine farouche: - - --«Tant pis! je vous aimais! dit-elle.» - -Dans le même ouvrage, un autre des contes _La Bonne_ nous donne une -scène différente. Il serait téméraire de ma part d'essayer d'analyser -Banville. Je cite donc: - - «En voyant la colère qui brillait dans les yeux de la grande femme, - les visiteurs voulurent s'interposer mais les écartant d'un geste - terrible, elle saisit Audren, et l'ayant mis sur son bras, comme - lorsqu'il était enfant, le déculotta et lui donna le fouet. Le vicomte - de Larmor hurlait de douleur; mais toujours Annan Goën le frappait de - toutes ses forces, et acharnée à le châtier, elle ensanglantait sa - main vengeresse dans la chair déchirée et meurtrie de ce mauvais - gentilhomme.» - - - - -RARE TRACTS ON FLAGELLATION.--Voici sept opuscules qu'il serait de -coupable négligence d'omettre dans cette bibliographie. - - -Un érudit nommé Henry Thomas Buckle, né en Angleterre de parents -fortunés, et mort à l'âge de trente-trois ans a laissé un certain nom -dans la littérature anglaise. C'est l'auteur de l'_Histoire de la -civilisation en Angleterre_ (3 volumes) oeuvre monumentale, restée -inachevée par la mort de l'auteur, ouvrage renommé pour la clarté du -style et la profonde philosophie qui s'en dégage. Parmi les sujets qui -attirèrent l'attention de ce chercheur, vient s'ajouter celui qui se -rapporte aux punitions corporelles. Du moins, on le dit, et je vois là -l'explication de la réunion de son nom. Voici en effet le titre général -des sept opuscules: - -=Rare Tracts=: REPRINTED FROM THE ORIGINAL EDITIONS COLLECTED BY THE -LATE HENRY THOMAS BUCKLE, author of «_A History of Civilization in -England_» autrement dit: Traités rares sur la flagellation, réimprimés -sur les éditions originales, réunis par feu Henry Thomas Buckle auteur -de l'«Histoire de la civilisation en Angleterre». - -On prétend que Thomas Buckle avait prêté ces opuscules en 1872, à un -éditeur de Londres, nommé J. C. Hotten, qui les a publiés dans sa -Bibliothèque dite du _Progrès social_, d'après les éditions originales -collectionnées par Thomas Buckle. L'éditeur de l'édition originale, en -1777 était G. Peacock, et il est probable que Buckle se serait servi de -ces opuscules pour un chapitre curieux et intéressant de son ouvrage sur -la civilisation. - -Les sept volumes de la réimpression sont très rares et valent de 250 à -300 francs. Ils sont formés en partie de révélations sur certaines dames -du _grand monde_ anglais, dames qui s'adonnaient beaucoup au sport tout -particulier de la flagellation. Les noms sont peu déguisés. - -Entre autres documents, on trouve un opéra-comique représenté sur une -scène privée ainsi que des conférences _fashionables_ qui, paraît-il, -ont été faites avec accompagnement d'expériences pratiques! Ces volumes -éclairent d'un jour nouveau les pratiques en usage au siècle dernier en -Angleterre. - -Voici les titres complets des sept volumes: - -1. Exhibition of Female Flagellants in the Modest and Incontinent World. - -2. Part Second of the Exhibition of Female Flagellants in the Modest and -Incontinent World. - -3. Lady B--r's Revels. A Comic Opera, as Performed at a Private Theatre -with unbounded Applause. - -4. A Treatise of the Use of Flogging in Venereal Affairs. Also of the -Office of the Loins and Reins. By Meibomius. - -5. Madame Birchini's Dance. A Modern Tale, with Original Anecdotes -collected in Fashionable Circles. By Lady Termagant F--m. - -6. Sublime of Flagellation: in Letters from Lady Termagant F--m to Lady -Harriet T--l. - -7. Fashionable Lectures; Composed and Delivered with Birch Discipline, -by the Following Beautiful Ladies. - -London, printed by G. Peacock, 1777[53]. - - [53] 1. Exposition des Flagellants femelles dans le monde modeste et - incontinent. - - 2. Seconde partie de l'Exposition des Flagellants femelles dans le - monde modeste et incontinent. - - 3. Les orgies de Lady B--r's--Opéra-comique, comme exécuté sur un - Théâtre privé, avec applaudissements sans frein. - - 4. Traité de l'usage de la verge dans les plaisirs vénériens, et - dans l'office des reins et des lombes, par Meibomius. (Voyez plus - haut: Meibomius, De l'utilité de la flagellation.) - - 5. La danse de Mme Birchini. Conte moderne, avec Anecdotes - originales recueillies dans des _fashionables_ Cercles, par Lady - Termagant F--m. - - 6. La majesté de la flagellation: en lettres de Lady Termagant F--m - à Lady Harriet T--l. - - 7. Lectures _fashionables_; composées et prononcées avec la - discipline du fouet, par les magnifiques dames suivantes. Londres, - imprimé par G. Peacock, 1777. - - - - -LASHED INTO LUST. A CAPRICE OF A FLAGELLATION. Paris, 1899[54]. - - [54] La luxure dans le fouet. Caprice d'un flagellateur. 1 volume - petit in-8º. Deux éditions dont l'une sur papier de Hollande. - -Voici maintenant un ouvrage absolument moderne et qui démontre par son -existence même, que l'étrange goût de la flagellation n'est pas encore -éteint. - -Voici le problème que l'auteur anonyme (nous le connaissons -personnellement, et c'est un gentleman distingué, ce qui prouve le peu -de bonne foi qui préside à l'établissement de ces ouvrages) cherche à -résoudre: comment domestiquer et réduire à la soumission une courtisane -à la langue acérée qui pense que chaque homme représente sur terre un -imbécile, plus qu'un naïf. - -L'auteur a résolu ce problème avec beaucoup d'habileté. Ce volume n'a -jamais été publié en français quoique l'original ait été écrit dans -cette langue. Les acheteurs de cet ouvrage, s'ils supposent acquérir un -bréviaire de piété, doivent être tristement déçus: l'auteur a choisi ses -héroïnes et leur a assigné un rang hiérarchique dans la haute prêtrise -de la galanterie. - -Les actrices de ce petit drame sont des parvenues, de naissance et -origines diverses. - -L'assemblée à la _Villa du Nid d'Amour_ est suffisamment hétéroclite: -nous y trouvons la fille du faubourg, coudoyant la femme pervertie du -commerçant honnête, à laquelle fait vis-à-vis la dame _raisonnable_ et -d'âge presque mûr qui donne de _sages_ conseils à la jeune fille de -bonne famille «folle de son corps», enfin toute l'assemblée s'incline -devant la hautaine courtisane à la mode qui tout à l'heure criera, -suppliera sous les cuisantes morsures de la verge. La principale scène -de flagellation a lieu sur un yacht, en pleine Méditerranée. Ce yacht -est commandé par un anglais de goûts bizarres, nommé Sir Ralph. A bord -une nièce de ce dernier, une jeune femme d'admirable beauté du nom de -miss Violet Stafford, maîtresse de Sir Ralph, et la courtisane dont j'ai -parlé, formaient l'élément féminin qui devait entrer en scène. - -Le premier sujet d'une castigation fut miss Violet, qui pour une -peccadille commise un mois auparavant, fut fouettée sans pitié. La -courtisane française avait assisté avec grande surprise à la punition de -sa jeune amie anglaise, et même essayé de dissuader les bourreaux de -leur action infâme. Aussi, je laisse à penser l'indignation qu'elle -ressentit lorsque son amant l'informa tranquillement que son tour était -venu. Je cite son propre récit que l'auteur lui fait raconter à des -amies: - - «Je crus qu'il plaisantait et je me mis à rire. Mais lui se tenant - debout, le fouet à la main me dit placidement: - - «Allons, Nini, déshabillez-vous, la belle! - - Comme je le regardais, hébétée, pétrifiée d'étonnement, il reprit - criant presque: - - «Allons... fais vite,» et au même instant son fouet s'abattait - cinglant mes épaules. - - «Je poussai un cri de douleur et de rage, et bondis comme une tigresse - pour lui arracher le fouet: deux coups rapides me firent battre en - retraite. - - «Nous étions restés seuls. Je courus vers la porte; elle était fermée - en dehors. - - «Assassin! misérable lâche!» m'écriai-je éperdument; à chacune de mes - exclamations, le fouet retombait sur mes épaules. - - «Sir Ralph, d'une voix calme, me disait: - - «Prends garde à la figure. Je ne voudrais pas te blesser.» Puis, il - continuait, par saccades: «sois raisonnable... déshabille-toi, ou... - j'emploie la force--Osez donc, misérable! criai-je de nouveau.» - -Et la scène se continue entre amant et maîtresse jusqu'à l'intrusion de -nouveaux témoins qui vont prêter appui à l'orgie sanguinaire qui va se -dérouler. - -Les détails qui accompagnent les descriptions m'empêchent de les citer. - -C'est, je crois, le livre le plus érotique qu'il m'ait été donné de lire -en anglais. - - - - -=Théâtre des cruautés des hérétiques au XVIe siècle.=--Reproduction du -texte et des gravures de l'édition française de 1558. Publié sans doute -à Londres, 96 pages. - - - - -=Prison Characters= DRAWN FROM LIFE WITH SUGGESTIONS FOR PRISON -GOVERNMENT. FEMALE LIFE IN PRISON BY F. W. ROBINSON[55]. - - [55] Caractères de la prison (en Angleterre); basé sur la vie, avec - conseils au gouvernement des prisons. Vie des femmes en prison, par - F. W. Robinson. - -Deux illustrations, deux volumes, 736 pages. - - - - -=Les duels par la flagellation.=--Je viens de passer rapidement en revue -les principaux ouvrages, où des auteurs talentueux ou nuls se sont -efforcés de nous raconter par «des scènes vécues» (?) disaient-ils -presque tous, que la flagellation fut, est, et sera toujours à l'ordre -du jour, qu'elle fait partie intégrante de notre vie. Je suis loin de -les approuver, considérant plutôt les malheureux adonnés à cette -pratique comme des malades, et rien de plus. Cependant, il est des -circonstances où le fouet ou le bâton ont joué un rôle prépondérant. Je -me souviens avoir lu dans les journaux américains, il y a quelques -semaines à peine, que deux habitants du pays, qui s'étaient voués une -haine mortelle, dont la jalousie était la base (cherchez la femme) ont -trouvé un ingénieux moyen de mettre fin au conflit qui les séparait. -Attachés tous deux solidement à deux arbres vis-à-vis, n'ayant que la -main droite de libre, et cette main armée d'un gourdin, ils se sont -administrés réciproquement une telle volée de coups, qu'il est plus que -probable qu'ils ont trouvé dans la mort l'unité qu'ils n'avaient pu -avoir de leur vivant. Voilà un duel, qui, je crois, ne sera pas goûté de -sitôt dans la vieille Europe. Mais en Amérique... - - * - - * * - -Le _Journal illustré_, dans son numéro du 4 mars 1900 donne en première -page une gravure représentant un duel au fouet entre deux charretiers, -duel qui se termina tragiquement, l'un des deux combattants ayant eu -l'oeil crevé. - -Voici les faits tels que les a relatés _le Petit Journal_: - - «Deux charretiers, Georges Falga et Emmanuel Ricci, âgés vingt-trois - ans et vingt-six ans, vivaient en paix... lorsqu'à La - Garenne-Colombes, où ils demeurent, ils firent la connaissance d'une - fort jolie fille dont ils s'éprirent éperdument et que tous deux - désiraient épouser. Falga, plus heureux que son rival, ayant obtenu, - avec le consentement du père, celui de la jeune personne qui ne - voulait pas de Ricci parce qu'il est Italien, s'empressa de faire part - à ce dernier du résultat de sa démarche. - - Furieux d'être ainsi évincé, l'Italien jura de se venger. - - Hier matin, vers six heures, comme les deux rivaux, avant de se rendre - à leur travail, prenaient leur repas dans un débit de la Garenne, une - violente discussion s'éleva entre eux, à propos du prochain mariage de - Falga, et de grossières invectives furent échangées. Ils allaient en - venir aux mains, lorsque d'autres charretiers, témoins de la scène, - s'interposèrent et proposèrent aux deux hommes d'aller vider leur - querelle dans un duel en champ clos. - - L'arme choisie serait le fouet dont chacun d'eux était armé. Les - conditions de ce singulier duel réglées, Falga et Ricci, suivis de - leurs témoins allèrent se placer dans un terrain situé à quelque - distance du débit. - - Mis en face l'un de l'autre, chacun tenant son arme, les combattants, - qui, au préalable s'étaient dévêtus jusqu'à la ceinture, attendirent - le signal et se mirent immédiatement à se cingler consciencieusement - le visage et le torse de terribles coups de fouet. - - D'énormes zébrures, laissant échapper le sang, ne tardèrent pas à - apparaître sur la peau des deux adversaires, qui redoublant d'ardeur, - se frappaient comme des sourds. Le combat durait depuis quelques - minutes, lorsque tout à coup, Ricci poussa un cri terrible et - chancela. Le fouet de son rival venait de lui atteindre l'oeil.» - - - - -=Les corrections conjugales et les littérateurs, anciens et -modernes.=--Cette grave question: Doit-on ou ne doit-on pas battre sa -femme? a fait couler des flots d'encre à pas mal de littérateurs. - - -Il est bien un vieux proverbe qui dit «qu'il est permis de battre sa -femme, mais qu'il ne faut pas l'assommer», et comme il est -universellement reconnu que les proverbes sont la sagesse des nations, -nous devons prendre celui-là en bonne part. - -«Battre sa femme, dit M. Esquiros, est un usage fort ancien dans le -monde et notamment en France... Toutes les sociétés commencent, comme -l'humanité, par l'état sauvage, lequel entraîne toujours l'emploi -aveugle de la force. De vieilles cérémonies religieuses consacraient -même cet usage en plusieurs provinces; le droit en était accordé au mari -comme une franchise.» - - * - - * * - -En Angleterre, écrit M. Larcher, la loi qui permettait au mari de battre -sa femme _gratuitement_ a subsisté jusqu'en 1660. - -Depuis ce temps, moyennant une faible amende, tout mari anglais peut -infliger de rudes corrections à sa femme. - -A notre époque, dans ce pays, il ne se passe pas une semaine, pas un -jour même, sans qu'une feuille publique, soit de Londres, soit de la -province, n'annonce qu'un mari a horriblement maltraité sa femme. Ces -actes de brutalité conjugale sont depuis longtemps si communs en -Angleterre, que le public n'y donne plus aucune attention; ils passent -en quelque sorte inaperçus. On se dit: «Ce n'est rien, c'est un homme -qui a corrigé sa femme,» tout aussi simplement qu'on se dirait: «Ce -n'est rien, c'est un homme qui a battu son chien.» Il est même à -supposer que les chiens, s'ils subissaient les mauvais traitements que -subissent un grand nombre de femmes, trouveraient plutôt des défenseurs -que ces dernières... Dès l'instant que de tels actes de barbarie ne -soulèvent plus l'indignation publique, le devoir des législateurs serait -d'aviser au moyen d'y mettre un terme... Est-ce au mari, au mariage ou à -la femme qu'il faut s'en prendre? Que l'on cherche et l'on trouvera. - - * - - * * - -Une bonne correction, dit Salomon, vaut mieux aux femmes qu'un collier -de perles. - - * - - * * - -Tilly fait la remarque que les femmes résistent souvent aux plus nobles -procédés, et sont presque toujours subjuguées par le charme des plus -mauvais traitements. - - * - - * * - -Le _Petit Bleu_ du 15 mars 1900, publiait l'entrefilet suivant: - - =Battu et ridiculisé.=--MONTLUÇON.--Il existe à Montluçon une vieille - et originale coutume locale qui veut que tout mari qui se laisse - battre par sa femme soit promené par la ville la tête coiffée d'un - bonnet de coton, une quenouille en main en guise de sceptre et monté à - l'envers sur un âne. - - Cette pratique quelque peu comique est toujours en vigueur. Aussi, - avant-hier soir, vers six heures, à la sortie des usines, plus de - trois mille personnes se trouvaient-elles sur le pont Saint-Pierre et - aux abords pour voir passer un cortège de mari battu. - - Le patient était un ouvrier d'usine, à qui sa femme avait donné une - maîtresse gifle à la suite d'une querelle conjugale, et à qui ses - camarades d'atelier appliquaient la peine encourue en pareil cas, - suivant le rite usité. - - Le malheureux, cavalcadant à l'envers sur un âne de marinier, le chef - ceint d'un casque à mèche et portant dans le dos une pancarte - infamante, où étaient écrits ces mots: «Battu par sa femme et - content,» fut promené par toute la ville, essuyant les lazzis les plus - sanglants d'une foule sans pitié. - - * - - * * - -Bien d'autres auteurs ont agité cette question, mais les citer tous -m'écarterait sensiblement de mon programme. - - * - - * * - - - - -=A l'ombre.=--Traduit pour la première fois de l'Anglais pour la Société -des Bibliophiles, 1 volume, in-18º papier vergé. (Édité à 10 francs.) - - -Dans son prospectus, l'éditeur de cet ouvrage dit: - -«Il est assez délicat de donner une idée du livre, vu sa nature -ultra-légère. Contentons-nous de dire que ceux que ne choquent pas les -robes qui se retroussent et les cotillons qui découvrent ce qu'ils -devraient cacher, ceux-là, disons-le, trouveront leur compte dans ce -volume singulièrement pimenté. Est-il besoin d'ajouter que l'application -de la verge et de la main sur d'affriolantes rondeurs y joue un rôle -prépondérant; c'est un des traits caractéristiques de cette sorte de -littérature, et, dans cet ouvrage, c'est pour ainsi dire à chaque page -que se manifeste ce goût étrange dont tant d'ouvrages sérieux ont -affirmé et commenté l'existence.» - - - - -=Les Loups de Paris=, par JULES LERMINA[56].--Ce n'est pas sous un titre -semblable que l'amateur d'ouvrages sur la flagellation, penserait -trouver une terrible scène de fustigation. Le hasard--qui fait parfois -bien les choses au profit des bibliomanes--m'a fait rencontrer ce livre -qui, à première vue, semble être un roman-feuilleton fort banal. En le -feuilletant, j'y ai trouvé quelques études intéressantes, où le document -n'est pas dédaigné, mais l'auteur, obéissant aux lois inexorables de la -compréhension populaire, a dû mettre sa tâche à la hauteur de Mme -Pipelet qui s'en est donnée à coeur joie: des massacres, cambriolages, -vols avec effractions, assassinats: «O ma chère! c'est palpitant.» - - [56] Grand in-8º, avec un frontispice en couleurs (grande - chromolithographie pliante). - -Arrivons au passage qui nous intéresse. Il s'agit d'une tentative -d'évasion dans un bagne. Le forçat coupable est condamné à recevoir -cinquante coups de bâton. Je cite textuellement: - - On entraîna le coupable. Entraîner n'est pas le mot propre, car il - suppose résistance. Et il se laissait faire, comme s'il n'eût été - qu'une masse inerte... - - Les forçats avaient été convoqués, selon l'usage, pour assister au - châtiment, à l'expiation... - - L'évadé fut dépouillé jusqu'à la ceinture... - - Un condamné à vie s'avança tenant en main l'instrument du supplice. En - cette année-là, on faisait l'essai d'un fouet d'importation anglaise, - le _cat-o-nine tails_, touffe de neuf lanières, garnies de petites - balles de plomb. - - L'exécuteur fit siffler dans l'air le cuir, qui rendit un bruit sec - comme un coup de feu. - - Le condamné resta immobile, les poignets appuyés sur le billot de - bois. - - Il faut dire que chaque coup du _cat-o-nine tails_, était compté pour - dix coups ordinaires. C'était donc cinq rasades seulement, terme - consacré, que le patient devait recevoir. - - Un!... Son dos se marbra de bleu et de rouge. - - Il ne remua pas. - - Deux! Il y eut du sang. - - Même immobilité. - - --Diable! fit un des assistants, voilà une forte nature. Qui se serait - attendu à cela? Ordinairement, on tombe au troisième. - - Bah! ce sera pour le quatrième. - - Mais le troisième tomba net sur les épaules l'homme... - - Le quatrième enleva quelques lambeaux de chair... - - L'autorité n'en revenait pas. Ce fouet britannique ne remplissait pas - les conditions du programme... - - --Cinq! - - C'est fait. Le condamné se redressa. Il y avait là un baquet rempli - d'eau dans laquelle on avait fait dissoudre quelques kilos de sel - marin. - - --Vous permettez? demanda-t-il. - - Et sans attendre la réponse, il plongea dans l'eau la toile grossière - qui servait d'éponge, et le liquide ruissela sur ses épaules... - - Il ne frémissait même pas. Et cependant, à voir la chair écrasée, la - douleur devait être atroce... - - Mais lui, sachant que, sa peine subie, il rentrait dans les rangs, à - sa place, alla se mettre dans le groupe des forçats, endossant la - casaque dont on l'avait dépouillé... - - --C'est une mystification, dit un surveillant. - - De fait, ils étaient tous consternés. - - --Il y a un autre condamné, fit un garde-chiourme. On pourrait - essayer. - - --Soit... - - La condamnation était moins grave. Vingt coups, ce qui se résolvait en - deux coups de fouet de nouvelle invention... - - --C'est l'exécuteur qui a le poignet trop mou, objecta quelqu'un. - - Celui qui venait de recevoir les cinq coups dit, mettant le bonnet à - la main: - - --J'offre de frapper le patient. - - --Tu n'auras pas la force. - - --Essayez. - - --Soit. - - Le forçat qui avait encouru la peine, pour quelque peccadille - d'insubordination, était un énorme colosse dont les épaules, le torse, - le _râble_ semblaient taillés en plein bronze... - - Il se posa, arrogant, défiant du regard le poignet fin et sans doute - faible de cet exécuteur de hasard. - - --Bonne affaire! murmura-t-il. Si celui-là me démolit... - - Il n'acheva pas. - - On entendit un cri, un râle. - - L'homme était par terre, crispant ses ongles au sol. - - Un seul coup du _cat-o-nine tails_ l'avait abattu. - - Le médecin s'approcha... Une sorte de gloussement sortait de sa - poitrine, tandis qu'une écume rougeâtre souillait ses lèvres. - - --Il ne résisterait pas au second coup, dit le médecin. Bien heureux - s'il réchappe de cette première alerte... - - C'était fait. - - Les gardes-chiourmes appelèrent les hommes à la grande fatigue. - - - - -=La flagellation dans la gravure, la caricature, en politique.=--Là -aussi, la flagellation a joué un rôle important. Mais cette partie -demande une étude spéciale. Je ne citerai donc que quelques exemples. - -Qui ne se rappelle le numéro publié par le _Le Rire_, entièrement -illustré par le dessinateur Willette? Une des gravures, la plus amusante -peut-être, représente un intérieur britannique, et, cependant que le -père lit la _Bible_, la mère éponge le postérieur d'une fillette. -Légende: _En Angleterre, les petites filles sont bien gentilles, mais -trop souvent fouettées._ - - * - - * * - -Au moment où j'écris ces lignes, _La Caricature_, journal satyrique -donne en première page un dessin représentant la reine Victoria, -flagellée vigoureusement par le Président Krüger. Cette caricature, -considérée à juste titre comme outrageante, a eu un immense -retentissement de l'autre côté du détroit. - - - - -Dans son numéro du 30 avril 1800, _Le Courrier français_ donne un -merveilleux dessin de Willette à propos du rétablissement de la -flagellation en Virginie. La légende du dessin porte: - - «Les journaux publient une dépêche de New-York annonçant que - l'Assemblée législative de l'État de Virginie a voté une loi - permettant d'appliquer les châtiments corporels en public. - - «La première à qui cette loi a été appliquée est une jeune fille de - dix-huit ans qui a été fouettée sur la place publique de Manassas, - parce qu'elle avait des relations immorales avec un clergyman.» - - Sans commentaires. - - - - -Une petite brochure vient de paraître, sous le titre. =Les Crimes des -couvents=[57], qui contient des détails si révoltants sur des faits qui -se sont passés dernièrement, d'une telle férocité que le sujet mérite -d'être étudié à fond. - - [57] B. GUINAUDEAU.--LES CRIMES DES COUVENTS.--L'exploitation des - Orphelins. Paris, 1889. 1 brochure de 72 pages, 50 centimes. - -Je réserverai donc cette étude pour un autre ouvrage, car ici, la place -me fait défaut. - - - - -=Traité du fouet, et de ses effets sur le physique de l'amour, ou -aphrodisiaque externe.=--Ouvrage médico-philosophique, suivi d'une -dissertation sur les moyens d'exciter aux plaisirs de l'amour, par D... -(Doppet) médecin, 1788, 1 vol. in-18 de 108 pages, plus 18 feuillets -préliminaires. - - -Le _Traité du fouet_ est une imitation plagiaire du traité de Meibomius, -dont j'ai déjà parlé. Ici tout est libertinage et satire grossière. Le -lecteur n'y apprendrait rien d'utile; en revanche, il y peut trouver les -moyens de ruiner sa santé, car l'ouvrage contient une pharmacopée très -étendue des plus actifs aphrodisiaques, réduits en électuaires formulés, -suivie d'une liste raisonnée des plantes analogues à la vertu de ses -récipés. - -J'ai sous les yeux une réimpression de ce volume qui porte: Londres, -1891. Cette édition est précédée d'une _notice bibliographique_ dont je -cite quelques passages intéressants: - - L'auteur du _Traité du fouet_ est François-Amédée Doppet, médecin, - littérateur et général français, d'origine savoisienne, né a Chambéry - en mars 1753, et mort à Aix (Savoie) vers l'an 1800. Sauf Quérard, - _France litt._ et la _Biogr. génér._ de Hoefer qui donnent - l'énumération exacte de ses nombreux ouvrages, il n'est guère - brièvement cité par les autres biographes, que pour l'ouvrage qui nous - occupe. - - La première édition a pour titre: _Aphrodisiaque externe_, ou _Traité - du fouet et de ses effets sur le physique de l'amour, ouvrage - médico-philosophique suivi d'une dissertation sur tous les moyens - capables d'exciter aux plaisirs de l'amour, par D***_, sans lieu - d'impression (Genève) 1788, in-18 (disent Brunet, Graesse et le comte - d'I***), in-16 (disent Barbier, Quérard et Hoefer) de 158 pages. - - Il est à remarquer que tous les biographes indiquent _Genève_ comme - lieu d'impression, tandis que la _Bibliographie_ du comte d'I***, - seule, indique _Paris_. - - La _Bibliographie des ouvrages relatifs à l'amour, aux femmes_, etc. - Turin et San Remo, 1871-1873, en annonçant, au _Traité du fouet_, une - figure-frontispice, qui n'a jamais existé que dans l'imagination un - peu vagabonde des éditeurs, ajoute que le _Médecin de l'amour_ paru à - _Paphos_ (Paris) en 1787, in-8º, est un essai du même ouvrage. C'est - une profonde erreur. Le _Médecin de l'amour_, est tout simplement une - véritable histoire médico-romanesque n'ayant aucun point de - ressemblance avec le _Traité du fouet_. - - * - - * * - - Il se rencontre aussi des exemplaires de cette édition originale - portant un titre ainsi libellé: _Traité du fouet_, ou _Aphrodisiaque - externe_, etc. A Paris, chez les marchands de nouveautés. - - Une réimpression à très petit nombre a eu lieu à Paris ou à Lille, au - commencement de ce siècle (1820 à 1825). Cette édition contient 108 - pages, la table comprise; elle porte sur le titre, pour épigraphe, un - passage latin, tiré de l'ouvrage de Meibomius. Elle est bien imprimée, - son bon papier ordinaire collé, d'une teinte légèrement bleuâtre. - - * - - * * - - Il est à remarquer que la seconde partie de cet ouvrage, intitulée: - _Dissertation sur tout les moyens capables d'exciter aux plaisirs de - l'amour_, ne fait point partie essentielle du _Traité du fouet_. C'est - plutôt une pharmacopée aphrodisiaque très curieuse. - - Aussi cette partie a-t-elle été détachée de l'ouvrage et reproduite - avec des annotations, depuis peu, à l'étranger. - - On y a même joint un frontispice très épicé, dont l'allégorie, aussi - frappante qu'ingénieuse, rappelle d'une façon toute gaillarde, le - souvenir des _Fleurs animées_ de Granville. - - - - -=Histoire des Flagellans=, où l'on fait voir le bon et le mauvais usage -des Flagellations parmi les chrétiens, par des preuves tirées de -l'Écriture sainte, etc., traduit du latin de M. L'ABBÉ BOILEAU, docteur -de Sorbonne (par l'abbé Granet), Amsterdam, chez Henri Sauzet, 1732 (1 -vol. in-12). - - -_Diverses éditions en latin, français et anglais._ - ---Tout est vraiment digne d'attention dans ce livre, publié vers la fin -de l'année 1700, par l'abbé Boileau, frère du célèbre Despréaux. Cet -excellent écrit que l'abbé Irailh, a eu le grand tort d'appeler un livre -saintement obscène traduit en français dès 1701, puis en 1732 par l'abbé -Granet, l'éditeur des oeuvres du savant de Launoy, n'excita pas moins, -quand il paru une grande rumeur parmi les moines, les théologiens et -surtout chez les jésuites, soit à cause des opinions jansénistes -imputées à l'auteur, soit par une suite de cette déplorable prédilection -que les jésuites ont toujours eue pour la _discipline d'en bas_. Le père -du Cerceau et l'infatigable controversiste Jean-Baptiste Thiers, curé de -Vibraye, s'emportèrent cruellement contre l'abbé Boileau. De leur côté -les moines et les moinesses firent grand bruit. Mais de réfutation -concluante, il n'en parut aucune. - -L'abbé Boileau poursuit, en dix chapitres, la flagellation, spécialement -la flagellation volontaire, depuis son origine jusqu'à son époque, sous -toutes ses formes et ses prétextes, comme une indigne coutume née du -paganisme et de l'esprit de libertinage. - -Ne fait-il pas beau voir le père Girard donnant la discipline à la belle -Cadière, pour commencement de satisfaction, et cela, parce que liberté -pareille a été prise, sans encombre de chasteté, par saint Edmond, -Bernardin de Sienne, et par le capucin Mathieu d'Avignon? - -A en juger par la nature humaine, qui est la même partout, la -flagellation du christianisme n'a pas eu d'avantages sur celle des -lupercables, et dans le nombre des dévotes fouettées, nous avons dû -avoir autant de femmes compromises que les Romains. - - - - -HECTOR FRANCE dans «=Le Péché de soeur Cunégonde=» (Paris s. d. In-4º -illustré) nous donne une très amusante scène de pénitence religieuse. Je -cite textuellement: - - «Cependant, ce n'était pas de l'_Ave Maria_ dont s'occupait une - religieuse, car en passant devant une porte sur laquelle était écrit - le nom de _soeur Sainte-Irène_, on entendit le bruit de ce que - Rabelais nomme une _Cinglade_, mais une cinglade timide et molle, - précédée et suivie de petits gémissements. - - --Restez là, dit monseigneur à la petite fille en s'arrêtant et - frappant trois coups. Peut-on entrer? ajouta-il. - - --Je me meurtris aux épines de la mortification, répondit une voix - plaintive. - - --Quelle mortification? - - --Je me flagelle. - - --Eh! ma soeur, dit le directeur en poussant la porte qu'il referma - sur lui, c'est sur la chair qu'il faut frapper, ma soeur, la chair! la - misérable chair! Avez-vous le cordon de _Jésus-Marie-Joseph_? - - --Oui, monseigneur, le voici. - - --Allons, plus haut, retroussez votre tunique de lin! - - Et presque aussitôt la petite fille, terrifiée, entendit les - cinglements de la corde devenir plus stridents, et à chaque coup - s'accentuer les plaintes. - - --Invoquez le nom de Jésus, dit le prélat et les épines de la - mortification se changeront pour vous en feuilles de rose. - - --Oh! doux Jésus! dit la soeur. - - --Les morsures de la flagellation se tourneront en suaves blandices. - - --Oh! doux Jésus! - - --Les souffrances du martyre en jubilation. - - --Oh! doux Jésus! - - --Les angoisses de l'agonie se transformeront en céleste béatitude. - - --Oh! doux Jésus! Grâce, monseigneur! vous frappez trop fort. - - --«Alors Ponce Pilate, après avoir fait fouetter Jésus, le livra aux - Juifs pour être crucifié.» C'est en mémoire de cet acte que notre - sainte patronne Élisabeth de Hongrie livrait sa chair à la - flagellation et la sainte ne se plaignait pas de la violence du pieux - Conrad. Elle disait à chaque coup: «Plus fort, très cher père Conrad, - plus fort!» Aussi elle est assise à la droite du Père. - - --Plus fort, monseigneur! Frappez sur ma misérable chair. Oh! doux - Jésus! Aïe! Aïe! - - --Le sol est durci sous la lourde pression de vos péchés, il faut - frapper, ma fille, pour pouvoir enfoncer la racine de vertu. - - --Oh! doux Jésus! Quelles délices! oh! doux Jésus! monseigneur! Oui... - enfoncez... la... racine... de... vertu... Oh! Joies du Paradis! - - --Vous avez gagné 643 jours d'indulgence plénière, agenouillez-vous, - priez et réjouissez-vous. - - --«Réjouissons-nous! J'ai vu la rosée tombée du ciel, j'ai vu la - chaste nuée d'où le juste est sorti, j'ai vu le désiré, j'ai vu le - rejeton de David, j'ai vu le fils de la Vierge, j'ai vu le Messie, - j'ai vu Emmanuel, j'ai vu Jéhovah, notre juste, c'est en mon Jésus! Il - va bientôt venir. Oh! Joies du Paradis!» - - --_Amen!_ Le voici, ma soeur! - - --Jésus! Marie! Joseph! - - --Courbez plus bas la tête, ma fille. - - --Ah! doux Jésus! L'esprit saint est en moi! Et la petite fille, qui - écoutait toute tremblante, n'entendit plus que des soupirs étouffés. - Sans doute la soeur Sainte-Irène, touchée par l'onction intérieure de - la grâce, demeurait plongée dans la contemplation des perfections - infinies et noyée dans une amoureuse union avec le fils du Père - éternel... ou avec son ministre, Mgr de Ratiski... Mystère[58]!... - - [58] Une curieuse gravure illustre ce passage. - - - - -HECTOR FRANCE.--=La pudique Albion. Les nuits de Londres.= 1 vol. in-18º -jésus, 332 pp. (Paris, 1885). - - -Dans ce volume, page 203 commence un chapitre intitulé _Filles fessées_. -Comme ce chapitre occupe 13 pages, je ne puis le citer en entier, -quoiqu'il en vaille la peine. Voici quelques-uns des passages les plus -pittoresques: - - * - - * * - - «Traversant un matin un corridor pour se rendre à sa classe, il (La - Cecilia, professeur de français à cette époque) entendit des - supplications suivies d'un bruit ressemblant a ce que nos pères - appelaient une _cinglade_, et nous, une forte fessée. Or, comme les - plus jeunes élèves de l'école n'avaient pas moins de douze ans, le - châtiment lui parut si extraordinaire en raison de la pudibonderie - anglaise qu'il prit avec toutes sortes de précautions, des - informations sur la nature de ce bruit insolite, près de la - sous-maîtresse assistant à son cours. - - --Oh! répondit-elle en rougissant un peu, c'est une petite fessée - (_little whipping_) qu'on a infligée à cette mauvaise tête de miss - O'Brien. - - Miss O'Brien était précisément une des plus grandes élèves, superbe - Irlandaise de dix-sept ans mais qui en paraissait vingt, tant la - nature avait pour elle été prodigue. - - --Vous ne voulez pas dire, répliqua La Cecilia stupéfait, qu'on a - donné le fouet à cette grande fille? - - --Parfaitement, «le fouet», comme vous l'appelez; c'est l'usage de la - maison. - - * - - * * - -Voici une lettre reproduite dans ce livre; elle est d'un gentleman nommé -G. Ferguson: - - «Quant à l'abominable pratique de fouetter les jeunes filles dans les - écoles, écrit-il, je veux vous relater ce qui vient d'arriver dans une - pension du nord de Londres à une jeune personne dont je suis le - tuteur. Elle a dix-huit ans et y fut envoyée pour terminer sa dernière - année d'éducation. Un soir, une des plus jeunes du pensionnat, - fillette de douze ans, ayant été fort désobéissante, la maîtresse - ordonna à ma pupille de fouetter, en sa présence, la petite dont elle - retroussa aussitôt, elle-même, les jupons. L'autre naturellement, - stupéfiée de cet ordre, refusa nettement de l'exécuter. Alors, la - maîtresse, après avoir fessé très sévèrement la fillette, conduisit ma - pupille dans la classe où sept ou huit autres de ses compagnes - travaillaient, leur disant qu'elle allait faire un exemple. Elle - ordonna à la jeune fille d'ôter sa robe et son pantalon, la menaçant, - si elle n'obéissait pas, d'envoyer chercher le maître d'allemand pour - la déshabiller. Affolée, elle céda et fut contrainte de se tenir - devant ses camarades dans la plus humiliante et la plus indécente des - attitudes, la moitié de ses effets enlevée et l'autre moitié - retroussée jusque sur ses épaules, tandis que la maîtresse la frappait - avec une verge de bouleau jusqu'à ce que le sang ruisselât sur ses - cuisses; alors seulement elle s'arrêta et l'envoya au lit.» - - * - - * * - -Je détache ce passage de la lettre d'une dame: - - «L'âge où le fouet agit le plus efficacement sur les jeunes personnes - varie entre quinze et dix-huit ans. C'est l'époque où les passions - fermentent, prennent de la force, et il faut user d'un traitement - radical. Pour les filles plus jeunes, quelques coups de baguettes bien - appliqués sur le gras des jambes ou des bras produit d'ordinaire - l'effet désiré. Naturellement il n'est pas possible d'établir une - règle quant au nombre des coups. Tout dépend des tempéraments et des - caractères. Deux filles recevant le fouet ne se conduisent pas toutes - deux de la même façon sous la douleur; les unes ont la chair plus - sensible que les autres, mais en général, un coup par année est ce - qu'il y a de plus équitable et de plus logique. Ainsi douze coups pour - une fillette de douze ans. Une de trois lustres en recevra quinze et - ainsi de suite.» - -«A cette théorie si simplement exposée», dit Hector France, «je -n'ajouterai pas un mot. Tout commentaire serait superflu». - - - - -MAURICE ALHOY.--=Les Bagnes; Histoire, types, moeurs, -mystères.=--_Édition illustrée._ Paris, 1845. Un volume grand in-8º de -480 pages. - -Très intéressant ouvrage qui contient un long chapitre sur la bastonnade -et les punitions corporelles au bagne. Je cite les passages qui m'ont -semblé les plus intéressants au point de vue du document. - - * - - * * - - De nos jours dans les bagnes, l'office de l'exécuteur existe encore; - mais ses fonctions se réduisent presque toujours à appliquer la - bastonnade, châtiment qui résume là, à quelque exception près, presque - toute la collection des peines... Le forçat voleur, faussaire, faux - monnayeur, vit sous la tutelle de la loi, qui semble morte pour lui - comme il est mort pour elle, et il peut commettre impunément tous les - crimes contre la propriété, il ne court risque que de se voir étendu - sur une souche qu'on nomme _banc de justice_, et frappé par un bras - vigoureux d'un nombre de coups de gercette ou corde goudronnée, qui - varie de dix à cent; et à moins que le condamné ne joue du couteau - contre son gardien, qu'il ne l'étouffe dans ses bras ou qu'il ne le - jette dans les flots, il rachètera tous les crimes par la - flagellation. - - * - - * * - - Il y eut à Rochefort un forçat surnommé Jean le Bourreau, qui - accomplissait ses fonctions avec un appétit carnassier qui s'exaltait - tellement quand le sang venait à saillir, qu'il fallait mettre près de - lui plusieurs agents afin qu'il ne prolongeât pas le supplice du - patient au delà des limites fixées par le jugement. Cet homme était - d'une haute stature, et quoique bancal, sa force était prodigieuse. - Les cicatrices d'un coup de couteau dans la main et plusieurs autres - blessures dont les stigmates tatouaient ses membres, témoignaient de - la haine profonde qu'il inspirait. Les liens de la parenté ou de - l'intimité n'avaient aucune puissance sur la nature de cet homme; on - le voyait vers le soir attendre l'heure de la rentrée des condamnés, - comme le fauve qui guette un troupeau dans lequel il lui faut une - proie. Un jour on lui livra pour la correction son propre neveu, - forçat comme lui; et celui-ci fut si vigoureusement châtié par son - inflexible oncle, qu'il faillit perdre la vie. - - J'ai vu à l'hôpital le forçat Pitrou, qui avait passé par les mains de - Jean le Bourreau jusqu'à vingt-cinq fois; il était impossible de - regarder sans horreur le corps de ce condamné: de la nuque au talon on - eût dit un spécimen de ces grandes figures d'écorchés qui servent aux - études anatomiques. - - La bastonnade produit un effet qui varie suivant la nature du - condamné. Tel forçat n'éprouve, en la subissant, que la douleur - physique, tel autre en ressent un ébranlement moral qui le rend plus - indomptable ou le frappe d'atonie. Le fameux Pontis de Sainte-Hélène - reçut les coups de corde sans rien perdre de cette dignité qui - imposait même aux plus cyniques de la chiourme. Il subit ce châtiment - sans se plaindre, et dit qu'il ressemblait au Christ innocent et - flagellé. L'abbé Molitor, victime d'une cabale formée par ses - compagnons de chaîne, subit la bastonnade et oublia plus vite la - douleur que l'humiliation... M. le Dr Lauvergne cite un forçat, - voleur, incorrigible qui, chaque jour avant le ramas, venait régler - avec le commissaire la balance de ses larcins et de sa bastonnade. - - * - - * * - - EXTRAIT DU CODE PÉNAL DES CHIOURMES - - Sera puni de la bastonnade: - - Le forçat qui aura limé ses fers ou employé un moyen quelconque pour - s'évader; - - Le forçat sur lequel il sera trouvé des objets de travestissement; - - Le forçat qui volera une valeur au-dessous de 5 francs; - - Le forçat qui s'enivrera; - - Le forçat qui jouera des jeux de hasard; - - Le forçat qui fumera dans le port ou dans sa localité; - - Le forçat qui vendra ou dégradera ses effets; - - Le forçat qui écrira sans permission; - - Le forçat sur lequel il sera trouvé une somme au-dessus de 10 francs; - - Le forçat qui battra son camarade; - - Le forçat qui refusera de travailler ou commettra un acte - d'insubordination. - - - - -=A la campagne= (traduction de _Country retirement_) ou comment employer -agréablement les loisirs de la vie de château, traduit pour la première -fois de l'anglais pour la société des Bibliophiles cosmopolites. - -1 volume in-18, papier vergé (publié à 10 francs). - - -Cet ouvrage, fort libre, écrit avec beaucoup de chaleur, est une suite -de scènes lubriques où la flagellation joue le rôle principal. - -Ces tableaux sont curieux par leur originalité, mais franchement -obscènes. - - * - - * * - - - - -QUELQUES OUVRAGES ALLEMANDS - -SUR LA FLAGELLATION - -Depuis quelques années, un certain intérêt s'est manifesté outre-Rhin, -sur les sujets touchant la flagellation et les punitions corporelles. - -Aussi, pour bien compléter cette bibliographie, je crois bon de donner -un résumé des principaux ouvrages allemands en la matière. - - - - -_Die Körperstrafen bei allen Völkern_ von den ältesten Zeiten bis auf -die Gegenwart. CULTURGESCHICHTLICHE STUDIEN VON DR. RICHARD WREDE. Mit -118 Illustrationen und 1 Tafel. Gross 8º. 480 Seiten[59]. - - [59] _Les punitions corporelles chez tout les peuples_--depuis les - temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Étude morale très - documentée de M. le Dr Richard Wrede avec 118 illustrations et 1 - tableau, volume in-8º, 480 pages. - - -Cet ouvrage est très documenté et très étendu dans ses détails. Il -traite des persécutions des chrétiens et des fustigations employées à -leur égard, puis il s'occupe des sectes des _flagellants_ et de -l'_inquisition_. Suit une description des droits de justice au moyen -âge, du rôle joué par le bâton et le fouet dans l'armée et la flotte, et -des punitions corporelles dans les nations slaves. Les punitions à -l'école et l'emploi de la fustigation au point de vue sexuel et anormal -sont traitées sous les titres généraux de Masochisme, Sadisme et -Massage. L'ouvrage contient quelques illustrations intéressantes. - - - - -=Stock und Peitsche= IM XIX. JAHRHUNDERT. _Ihre Anwendung und ihr -Missbrauch im Dienste des modernen Straf und Erziehungswesens._ Von D. -Hansen[60]. - - [60] _Bâton et fouet au XIXe siècle,--leurs applications et leurs abus - au système des punitions corporelles et de l'éducation_, par D. - Hansen, 2 volumes. - - -Deux volumes qui, comme l'indique le titre, traitent du bâton et du -fouet au point de vue de la discipline morale. Le second volume est -réservé à l'emploi de ces deux instruments dans les différents pays, -ainsi que de leur application dans les maladies sexuelles. Très -intéressant ouvrage. La façon de traiter est très moderne. - - - - -=Der Flagellantismus und die Flagellanten.= EINE GESCHICHTE DER RUTE IN -ALLEN LÄNDERN von Wm. M. Cooper. In das Deutsche übertragen von Hans -Dohrn[61]. - - [61] _La flagellation et les flagellants.--Une histoire du bâton dans - tout les pays_, par Wm. M. Cooper, traduite en allemand par Hans - Dohrn. - - -Un volume de 196 pages. Quelques curieuses illustrations, mais point -libres. Ce volume paraît être une traduction littérale de l'ouvrage -anglais «_History of the Rod_», dont j'ai déjà parlé plus haut. - - - - -=Das Deutsche Zuchthaus.= Ein Beitrag zur Geschichte seiner Entstehung, -Einrichtung und der darin geltenden _Disciplinar-Strafen_. Nebst einem -Anhang: «Hausordnung des Zuchthauses zu Waldheim» von Cäsar Krause. Mit -1 Abbildung (Der Willkomm)[62]. - - [62] _La maison de correction allemande._--Une contribution à - l'histoire de son origine, établissement, et de la punition - disciplinaire qui sont appliquées,--avec un - appendice.--Réglementation sur la direction de la maison - correctionnelle de Waldheim, par César Krause, avec frontispice. - - -Brochure traitant des punitions corporelles dans les prisons allemandes. -Plus la lutte pour l'existence devient difficile, plus les punitions à -infliger aux criminels devient importante et l'un des éléments -primordiaux de cette question est l'application des peines corporelles. - -Qu'est au juste une maison de correction allemande? Quels en sont le but -et la direction? Comment y applique-t-on les punitions corporelles? Quel -sentiment domine le règlement des punitions appliquées? C'est à ces -questions complexes que répond cette brochure. Comme l'auteur l'indique -dans sa préface, ceci n'est qu'un essai pour tirer de l'obscurité un -sujet qui n'a pas reçu jusqu'ici l'attention qu'il méritait. La présente -petite brochure comble une lacune dans ce genre de littérature. -L'ouvrage contient une illustration représentant la correction infligée -à un malheureux qui, presque nu, est entouré d'une foule curieuse où -_les femmes dominent_ avides de sensations mauvaises. Le prisonnier, -couché sur un chevalet, est fortement maintenu. - - - - -=Die Geheimnisse der Inquisition.= Von M. Féréal. _Grosse Ausgabe mit -Illustrationen._ Ein starker Band. (600 Seiten.) Bestes Werk über die -Gräuel der Inquisition in Spanien.[63] - - [63] _Les secrets de l'Inquisition_, par M. Féréal, grande édition - avec illustrations (600 pages). Ouvrage sur la cruauté de - l'Inquisition en Espagne (voir pour le contenu très détaillé, - l'édition française de cet ouvrage bien connu). - -Eine Orgie von Mönchen. Der Günstling des Inquisitors. Die Leidenschaft -des Inquisitors. Wieder Joseph. Die Aebtissin der Carmeliterianer. Das -Amulet des Gross-Inquisitors. Die Marterkammer. Die Kerker der -Inquisition. Ein grosses Fest in Sevilla. Die Gnadenkammer. Tortur des -Wassers. Die Busskammer. Der Lampenball. Eine Verschwörung. Das -Autodafé. Ein Märtyrer, etc. - - -Ce volume qui traite des secrets de l'Inquisition est certainement -traduit de l'ouvrage français bien connu de M. Féréal. Il ne manque pas -d'intérêt, si l'on s'en rapporte aux titres des chapitres. L'inquisition -a été si souvent traitée dans la littérature française, qu'il serait -superflu de donner un compte rendu des tortures décrites dans ce volume -de 600 pages. Nombreuses illustrations. - - - - -=Die Strafen der Chinesen.= NACH DEM ENGLISCHEN von H. Dohrn. Mit 21 -Abbildungen in Kunstdruck und 1 Titelbilde[64]. - - [64] _Les punitions des Chinois._ Traduit de l'anglais, par H. - Dohrn.--Avec 21 illustrations artistiques et frontispice. - - -Traite des punitions dans le peuple chinois, où la bastonnade joue un -rôle important. Traduit de l'anglais. - - - - -=Grausamkeit und Verbrechen= IM SEXUELLEN LEBEN. Von Russalkow 2. -Auflage. 80 Seiten[65]. - - [65] _La cruauté et le crime dans la vie sexuelle_, par Russalkow, 2e - édition, 80 pages. - - -Voici un titre mystérieux qui, certes, promet de ne pas manquer -d'intérêt. _La cruauté et le crime dans la vie sexuelle_ en disent long. -Cet ouvrage qui en est à sa seconde édition et a comme suite le volume -suivant: - - - - -=Ueber Schmerzzufügen.= PRÜGELKUREN.--MASSAGE.--SCHLÄGE ALS WEIHE.--HANG -ZUR GRAUSAMKEIT, von Gutzeit[66]. - - [66] _L'accoutumance à la douleur.--La guérison par le bâton.--Le - massage.--Les coups comme consécration.--La pendaison comme - cruauté_, par Gutzeit. - - - - -=Das Prügeln in der Schule.= EINE GEFAHR FUR BILDUNG UND SITTLICHKEIT, -von Gutzeit[67]. - - [67] _Le bâton à l'école: un danger pour l'éducation et la - civilisation_, par Gutzeit. - - -Trop d'instituteurs, surtout dans les écoles villageoises, se -complaisent à casser maintes baguettes sur le dos des enfants qui leur -sont confiés. Une façon comme une autre de faire entrer les sciences! Ce -volume est dirigé _contre_ cette odieuse pratique. Dans l'intérêt de -l'enfance, nous aimerions voir cet ouvrage traduit en français et -répandu parmi les éducateurs de nos enfants. - - - - -=Der Gebrauch der Alten= IHRE GELIEBTE ZU SCHLAGEN. Aus dem -Französischen, mit Anmerkungen. Stuttgart 1856.--80. S.[68] - - [68] _L'usage des anciens de battre leurs fiancées._--Traduit du - français avec annotations. - - -Le titre de cet ouvrage fait sourire... Battre sa fiancée! Voilà une -coutume qui, je crois, aurait de la peine à s'acclimater en France. -Quoique parfois, après le mariage, cette coutume donne trop d'exemples, -je ne crois pas qu'elle serait acceptée avant le mariage. Ce volume est -traduit du français; mais je n'en connais pas l'original. - - - - -=Flagellum salutis=, ODER HEILUNG DURCH SCHLÄGE, von Paullini, nach der -Ausgabe von 1698. Stuttgart, 1847.--350 Seiten[69]. - - [69] _Le salut par la flagellation_, par Paullini, d'après l'édition - de 1698. 350 pages. - -Ouvrage de religion mystique, traduit du latin. - - - - -=Kudejar=, EINE HISTORISCHE CHRONIK AUS DER ZEIT IWANS DES -SCHRECKLICHEN, von Kastomarow[70].--347 Seiten. - - [70] KUDEJAR. _Chronique historique du temps d'Ivan le Terrible_, par - Kastomarow. - - -Que de mystères dans cette Russie du Nord! Que de cruautés sont cachées -dans les profondeurs de ce pays! Ce présent volume voit son action se -dérouler sous le règne d'Ivan dit _le Terrible_. Je ne crois pas qu'il -en existe une traduction française. Pour les lecteurs de romans -palpitants, cette chronique historique de 359 pages vient à point. - - - - -=Lenchen im Zuchthause.= Schilderung des Strafverfahrens -(Flagellantismus) in einem Süddeutschen Zuchthause vor 1848.--Ein -Beitrag zur Sittengeschichte, von =W. Reinhard=. Hamburg, 1890[71]. - - [71] _Hélène en prison._--Description des systèmes de punitions - corporelles dans une maison pénitentiaire de femmes, située dans - l'Allemagne du Sud, avant 1848. Aperçu de l'histoire des moeurs. - - -Cet ouvrage paraît des plus sérieux. Le lecteur en quête de scènes -érotiques pour ranimer ses sens malades ne trouvera rien de semblable -dans ce livre. - -Parmi tous les ouvrages sur la flagellation des femmes--et ils sont -légion--je crois que c'est le seul qui soit réellement vrai. Poursuivi -en Allemagne au moment de sa publication, ce volume est devenu très -rare, et c'est à l'érudit libraire de Dresde, M. D... qui s'occupe -exclusivement de livres allemands sur ce sujet, que je dois la -communication de l'exemplaire que je possède. Le plan de l'ouvrage est -peu compliqué et ce n'est pas là son moindre mérite. Hélène, l'héroïne -de l'ouvrage, une jeune femme d'assez bonne éducation et employée comme -domestique, est accusée d'avoir volé, arrêtée, condamnée et envoyée dans -une maison de correction. Pendant toute sa détention, elle entretient -une correspondance suivie avec son fiancé, établi à ce moment dans un -autre pays, et écrit également à une de ses anciennes amies. Dans ces -lettres, elle décrit tout au long ses souffrances dans la maison de -correction, ainsi que les scènes de flagellation dont elle est parfois -le témoin involontaire. Comme je l'ai fait observer, l'auteur ne -s'attache nullement à faire ressortir les diverses sensations plus ou -moins voluptueuses qui accompagnent ordinairement ces pratiques. La -jeune héroïne, certainement ignorante à ce sujet, raconte naïvement que -les nobles dames du voisinage de la prison ne manquaient jamais une -occasion de venir voir fouetter les hommes ou les jeunes garçons envoyés -dans cette maison pour y recevoir leur peine! - -A l'arrivée à la prison, les condamnées étaient préalablement soumises à -la visite du chirurgien, puis fouettées. Le passage où la jeune -domestique raconte son arrivée dans cet endroit infâme est certes un des -plus intéressants de tout le volume. La place me manquant, je ne puis en -citer malheureusement que quelques lignes[72]. - - [72] Je ne traduis pas littéralement. Je me contente de citer à peu - près pour la compréhension de lecteur français. - -Hélène, arrivant en voiture à la maison de détention, écrit: - -«En descendant, je m'imaginais que quelqu'un avait prononcé ces mots: - -«Ah! Ah! voilà un morceau délicat pour «la bienvenue»[73]. - - [73] La correction infligée à l'arrivée dans la prison s'appelait _la - bienvenue_. - -«Le cocher, qu'un gros rire soulevait approuvait de la tête. On me -conduisit alors dans un petit bureau situé au rez-de-chaussée, où -bientôt entra un homme qu'on me dit être le chirurgien de -l'établissement. - -«Hélas! c'était la conséquence obligatoire de mon entrée dans cette -maison, et je devais me courber sous la loi d'inéluctable circonstance, -mais, quoique je reconnaisse maintenant que je devais passer par là, je -trouve qu'il n'en est pas moins honteux et dégradant de se plier à de -telles exigences. - -«Cependant sans avoir prononcé un seul mot, le chirurgien s'était -approché de moi, et m'examinait minutieusement. Épargnez-moi l'exposé de -mes sentiments pendant que cet homme me regardait: j'en mourrais de -honte. - -«--Elle est parfaitement saine, dit-il enfin, intacte et vigoureuse; -emmenez-la. - -«On me conduisit dans une autre pièce, à coté, où un commis inscrivit -sur un registre mon état civil, et... mon crime! oui, mon crime! -Pourtant, malheureuse que j'étais, je ne pouvais m'imaginer que j'étais -une criminelle. Devant la loi, oui; devant ma conscience, jamais! Et -c'est là une cruauté nouvelle ajoutée à ma torture.» - -L'ouvrage se continue dans un sens approximatif, toujours bien -documenté. Il vaut la peine d'être lu[74]. - - [74] Il vient de paraître cette année même une édition anglaise de cet - ouvrage. Elle est due à l'éditeur du présent volume. Souhaitons - qu'une édition française suivra bientôt. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - - - -=Von der Nützlichkeit der Geisselhiebe in medizinischer und physischer -Beziehung.= AUS DEM LATEINISCHEN ÜBERSETZT VON J. H. MEIBOMIUS. -(_Seltene Uebersetzung von Meibomius, de usu flagrorum in re medica et -venerea._) ZWEI THEILE. _Das Geisseln und seine Einwirkung._ EINE -MEDIZIN-PHILOSOPH. ABHANDLUNG. AUS DEM FRANZÖSISCHEN, in-8º, -_Stuttgart_, 1847. - -Traduction allemande du traité de Meibomius, dont j'ai déjà parlé. - - - - -=Indecent Whipping=, being accounts by numerous persons of their -experiences of indecent punishments inflicted in Schools and elsewhere. -Reprinted from «Town Talk» by desire. London, 1885[75]. - - [75] Fustigations indécentes, étant le récit fait par de nombreuses - personnes de leurs expériences personnelles sur les fustigations - indécentes infligées dans les écoles et ailleurs. Réimprimé d'après - le «Town Talk», sur le désir qui en fut exprimé. Londres, 1885. - -(Plaquette grand in-8º de 32 pages.) - - -Très intéressant volume. Édité au prix modeste de 1 fr. 25, on ne le -trouve guère aujourd'hui qu'en le payant 10 ou 12 fois ce prix. C'est -une série de lettres et d'histoires évidemment très véridiques qui ont -paru sur le journal «Town Talk» qui, à ce moment, s'attira à Londres un -mouvement de curiosité au moins aussi vif que celui provoqué par la -«Pall Mall Gazette», au moment de ses révélations faites par ces vieux -messieurs qui violaient de toutes jeunes fillettes, attirées par des -proxénètes. - -Les flagellations racontées dans cette brochure avaient été infligées en -grande part à des jeunes filles d'un âge déjà respectable, soit chez -elles, soit dans les écoles. L'éditeur, dans une très brève préface -s'excuse d'avoir édité ces lettres, ajoutant que c'est dans le désir de -voir la fustigation indécente effacée dans les maisons d'éducation. - -Je crois que l'espoir d'une bonne vente n'était pas absolument étranger -à cette publication. Les journaux anglais contiennent assez souvent de -semblables histoires parfois très scabreuses, pour qu'il soit inutile de -s'excuser de les avoir publiées. Que voulez-vous? c'est une partie de la -nourriture intellectuelle des jeunes miss! - - - - -CONCLUSION - - -Un point d'arrêt. La place me manque et le lecteur me demande de quitter -momentanément la plume. Je m'incline. - -De tout cet amas de littérature spéciale, de toutes ces élucubrations -qu'enfantèrent cerveaux sains et cervelles folles, que devons-nous -conclure? J'ai parcouru dans tous les sens ce vaste labyrinthe, et, non -sans m'être parfois égaré en route, je me retrouve à mon point de -départ, observant toutefois que le trajet accompli m'a montré force -beaux chemins, recoins ignorés, mystères non approfondis. Aussi vais-je -m'efforcer de résumer en quelques lignes l'impression subie en route. - - * - - * * - -Avant tout, je dois encore signaler au lecteur qu'à l'heure même où -j'écris ces lignes, de nouveaux ouvrages sur la flagellation sont mis en -vente. D'autre part, j'ai fait dans la présente bibliographie de -nombreuses omissions, souvent volontaires. C'est ainsi que j'ai -intentionnellement mis de coté les oeuvres du trop fameux marquis de -Sade. - -Je puis citer parmi les ouvrages anglais oubliés: _The Yellow Room_, -_Lady Gay Spanker_, _The Lustful Turk_, etc. J'y reviendrai d'ailleurs. - - * - - * * - -Maintenant quelle utile moralité pouvons-nous déduire de cette -bibliographie? Je crois que sa lecture attentive permet d'affirmer à -nouveau ce que je n'ai cessé de répéter à propos de ce genre tout -spécial d'ouvrages, qu'au fond de la nature humaine sommeille ce besoin -de destruction, qui rend l'homme comparable à l'animal, avec cette -différence toutefois, que celui-ci met bien moins de raffinement que -celui-là et de cruauté dans l'assouvissement de ses passions. Quelle en -est exactement la cause? Je crois que les sentiments comprimés, loin de -s'étouffer tendent au contraire à éclater avec beaucoup plus de -violences, et chaque siècle et chaque pays produit ses Néron, ses Sade, -ou ses... Oscar Wilde. - -Le crime passionnel a de tout temps vivement préoccupé l'opinion -publique, et provoqué l'attention des savants. Les cas isolés qui se -sont déroulés en notre pays, depuis Sade jusqu'à Vacher, ne sont que la -reproduction en petit, la répétition, l'imitation sanglante d'un petit -nombre, contemplateur, parfois admirateur des forfaits des peuples. Et -encore ces faits sont-ils le plus souvent considérés comme des -_incidents_ qui passent sans laisser trace dans l'existence universelle. - -Peut-être quelques-uns de nos lecteurs ont-ils lu les admirables -articles que publia Vigné d'Octon dans un grand journal parisien. Ils se -rattachaient exclusivement à la _colonisation_, à l'apport de _notre_ -civilisation chez les peuples qui n'en veulent pas. Et toujours, il en -sera ainsi, tant qu'un petit nombre d'hommes, s'arrogera le droit -d'imposer à des races inférieures leurs lois, leurs moeurs, leurs -croyances. - -Après les conquêtes, les luttes entre les races soeurs, le faible a dû -de tous temps céder au plus fort, et l'un des plus grands -capitaines--sinon bandits--que l'Europe ait possédé n'a pas craint de -posséder cette phrase odieuse: _La force prime le droit._ Autrefois, les -races aborigènes de l'Amérique, hier la Pologne, aujourd'hui d'autres -peuples disputent héroïquement, aux envahisseurs doublés d'oppresseurs -habillés en civilisés leurs territoires, leurs biens. Demain, les -nations s'entredévoreront. - -Sang, amour, massacre! ces trois mots semblant liés par un lien -indissoluble régneront encore longtemps sur l'esprit des hommes. Folie -sadique ou folie des grandeurs, meurtres érotiques ou viols en temps de -guerre, même recommencement sinistre de l'humanité qui croît en grandeur -mais aussi en épouvante. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Pourquoi ai-je été amené à parler de la flagellation? J'ai cru que -c'était là le seul moyen capable de montrer combien il faut peu de chose -pour réveiller le monstre qui sommeille en nous. - -La luxure est certainement le mal qui fait le plus de ravages dans -l'humanité. Or la luxure est bien rarement indépendante de la cruauté -et, pour exercer cette dernière, la flagellation semble venir comme -corollaire indispensable, complétant merveilleusement cet instinct du -mal, et, qu'elle soit donnée ou soufferte, elle ne fait pas moins partie -intégrante du sadisme. Parcourez les nombreux thèmes émis sur la -matière. Lisez sans vous interrompre ces pages où chaque auteur s'est -efforcé de dépasser son prédécesseur en horreur, et comparez à ces -ordures--incontestablement ordures--les nombreuses études sérieuses -publiées à ce sujet par des plumes autorisées. La différence est minime. -Dans la première catégorie de ces ouvrages, une note domine: l'érotisme, -mais enfanté par le cerveau quelque peu en délire d'un auteur qui -rarement a du talent. Dans la seconde catégorie, les sujets étudiés--je -parle des sujets humains--sont tous possédés de la manie érotique -poussée à son extrême limite. Ce sont des _fous_. - -Je n'ai nullement la prétention d'avoir mis sous les yeux des -bibliophiles une liste très complète des ouvrages parus sur la -flagellation. Mon intention a été plus modeste! J'ai voulu seulement -montrer que ce grave sujet a des bases inébranlables dans la religion, -les moeurs, depuis les temps les plus éloignés et qu'aujourd'hui, il ne -le cède en rien pour sa vigueur. Et pour prouver cela, que faire, sinon -s'appuyer sur l'immuable littérature. Aussi, je me promets bien de -reprendre le sujet plus à fond un de ces jours et de donner une -bibliographie plus complète et surtout plus ordonnée que la présente. -J'ai voulu me contenter d'une esquisse, d'un léger aperçu des ouvrages -sur la flagellation parus en français ou en d'autres langues, mais non -pousser cette étude à fond. - -Pour que tant et tant d'auteurs divers s'en soient occupés, il faut que -cette passion tienne une assez large place dans nos moeurs, qu'elle s'y -soit implantée d'une façon indéracinable. - -Mais, me direz-vous, la presque totalité de ce genre de littérature est -composée d'ouvrages anglais ou traduits de l'anglais! - -C'est vrai et c'est bien là-bas que fleurit cette pratique, si, -toutefois, on doit s'en rapporter à la quantité de volumes élaborés sur -la matière. - -A toi la palme, John Bull, car en France, tout se termine par des -chansons. Oyez plutôt: - - -TAPEZ, MESSIEURS[76]! - - [76] Extrait du _Nouvelliste des concerts_ (25 janvier 1900). - -CHANSONNETTE - -_Paroles de_ P.-L. FLERS. _Musique de_ S. BOUSSAGOL-RAITER. - - -I - - Les hommes qui sont amoureux, - Prétendent qu'ils sont malheureux, - Que la femme est un être affreux, - Quell' plaisant'rie; - Je leur dirai, sans les fâcher, - Qu'ils ne savent pas l'attacher - Il faut quelquefois la moucher, - Pour qu'ell' sourie! - C'est une crème assurément. - Mais pour qu'elle prenn' solid'ment - Il faut la fouetter simplement; - La pauv' chérie. - -REFRAIN - - Tapez, tapez, - Messieurs, faut taper sur ces dames - Voulez-vous être aimés des femmes - Tapez, tapez, - Qu'elle soit volcan ou statue - La femme adore être battue. - -II - - Ça vous renverse et vous abat, - Pourtant n'en soyez pas baba, - Car la femme, lorsqu'on la bat, - Est très heureuse. - C'est un être adorant les coups. - Quand elle en a reçu beaucoup, - En vous passant les bras au cou, - Très langoureuse, - Elle vous aime et vous dit tu, - Et, que ce soit vice ou vertu, - Vous revient comme un chien battu, - Très amoureuse. - -_Au refrain._ - -III - - Il faut doser selon le cas. - Flanquer la pile sans fracas, - Avec un jonc, un en-tout-cas, - Même une chaise; - Mais frapper délicatement, - Le coup doit paraître charmant, - Presqu'une caresse vraiment, - Non un malaise. - Il faut battre sans éreinter. - C'est une affaire de doigté, - C'est comme pour ne pas rater - La mayonnaise. - -_Au refrain._ - -IV - - Pour les Durand, ou les Dubois, - Dont les épous's sont comm' du bois, - Et qu'cett' froideur met aux abois, - C'est une aubaine - Quand leurs femm's les appell'ront daim. - Sans discuter, d'un air badin, - Ils n'auront qu'à prendr' leur gourdin - Et sans mitaine - Puis après cett' conversation, - Quand vient la réconciliation, - Ils auront d'la satisfaction, - J'en suis certaine. - -_Au refrain._ - - -FIN DE LA BIBLIOGRAPHIE - - -ÉVREUX, IMPRIMERIE DE CHARLES HÉRISSEY - - - - -LA FLAGELLATION A TRAVERS LE MONDE - -DÉJÀ PARU DANS CETTE COLLECTION: - - -=ÉTUDE SUR LA FLAGELLATION= - -=Aux Points de Vue Médical, Domestique et Conjugal= - -Dissertation documentée, basée en partie sur les principaux ouvrages de -la littérature anglaise en matière de flagellation et contenant un grand -nombre de faits absolument inédits, avec de nombreuses annotations et -des commentaires originaux. - -_Un volume in-8º carré de 500 pages, imprimé sur papier vergé_ - -=PRIX: 30 francs.= - - -CURIOSITÉS & ANECDOTES - -_Sur la Flagellation et les Punitions corporelles_ - -CONTENANT: La Cour Martiale de Miss Hayward, la Flagellation en Russie, -les Larrons et le bâton, le Marquis de Sade, les punitions dans l'armée -anglaise, etc., etc., etc. - -=Bel ouvrage in-8º carré, soigneusement imprimé, 420 pages.= - -Prix du volume imprimé sur vergé de Hollande: =40 fr.= - - -_=Les Mystères de la Maison de la Verveine=_ - -OU - -MISS BELLASIS FOUETTÉE POUR VOL - -=(Tableau de l'Éducation des Jeunes Anglaises)= - -Un volume in-8º carré, imprimé à 500 exemplaires, sur papier vergé de -Hollande, avec illustrations dans le texte. - -=PRIX: 20= francs. - - -ÉVREUX. IMPRIMERIE DE CHARLES HÉRISSEY - - - -[Note sur la transcription électronique - -On a représenté entre soulignés les _italiques_ et entre signes "égale" -les =passages en gras=.] - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of En Virginie, by Jean de Villiot - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK EN VIRGINIE *** - -***** This file should be named 61008-8.txt or 61008-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/6/1/0/0/61008/ - -Produced by the Online Distributed Proofreading Team at -http://www.pgdp.net (This book was produced from scanned -images of public domain material from the Google Books -project.) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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You may copy it, give it away or re-use it under the terms -of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll -have to check the laws of the country where you are located before using -this ebook. - - - -Title: En Virginie - Épisode de la guerre de sécession, précédé d'une étude sur - l'esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et - suivi d'une bibliographie raisonnée des principaux ouvrages - français et anglais sur la flagellation - -Author: Jean de Villiot - -Release Date: December 23, 2019 [EBook #61008] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK EN VIRGINIE *** - - - - -Produced by the Online Distributed Proofreading Team at -http://www.pgdp.net (This book was produced from scanned -images of public domain material from the Google Books -project.) - - - - - - -</pre> - -<p class="c large">JEAN DE VILLIOT</p> - -<h1>EN VIRGINIE</h1> - -<p class="c large">ÉPISODE DE LA GUERRE DE SÉCESSION</p> - -<p class="c"><span class="small">PRÉCÉDÉ D'UNE ÉTUDE</span><br /> -<span class="xsmall">SUR</span><br /> -L'ESCLAVAGE ET LES PUNITIONS CORPORELLES<br /> -<span class="small">EN AMÉRIQUE</span></p> - -<p class="c"><span class="xsmall">ET SUIVI D'UNE</span><br /> -BIBLIOGRAPHIE RAISONNÉE<br /> -<span class="small">DES PRINCIPAUX OUVRAGES FRANÇAIS ET ANGLAIS SUR LA FLAGELLATION</span></p> - -<p class="c gap"><span class="large">PARIS</span><br /> -CHARLES CARRINGTON, ÉDITEUR<br /> -13, <span class="xsmall">FAUBOURG MONTMARTRE</span>, 13</p> - -<p class="c">1901</p> - -<div class="break"></div> -<div class="c"><img src="images/bandeau1.png" alt="" /></div> -<h2 class="nobreak top2em">A NOS LECTEURS</h2> - - -<p>«<i>La vérité, l'âpre vérité</i>,» s'est écrié Danton. -Nous aussi, nous voulons la vérité, toute la vérité. -Dussent quelques-uns en être froissés, nous la -voulons surtout sur des sujets historiques qui nous -paraissent avoir été le point de départ, sinon le -motif, de la révolution qui s'est accomplie dans -nos mœurs au cours de ce siècle. Nous ne vivons -que par le souvenir, et, seule, l'Histoire peut évoquer -à nouveau les heures qu'elle a vécues. Nous -entreprenons donc ce livre avec la ferme conviction -de faire œuvre utile en dévoilant des faits certainement -ignorés de la masse du Public, faits qui nous -semblent intéressants puisqu'ils sont intimement -liés aux événements qui marquent l'évolution de -notre civilisation moderne.</p> - -<p>Il n'est pas absolument indispensable, quand on -traite des matières quelque peu délicates et spéciales, -de tomber dans la crudité, comme aussi il -est possible de ne pas donner un tour de phrase -pornographique à des relations qui ne se rapportent -qu'à des faits matériels, à des choses arrivées et qui, -par conséquent, ne peuvent être que naturelles, -car tout ce qui se passe sous le ciel ne peut être -d'une autre essence. Un sentiment littéraire de -mauvais aloi, une tartuferie affectée, sont mille fois -plus méprisables et plus pernicieux que la bonne -franchise et la liberté d'expression quand elles n'ont -d'autre but que de mettre à nu, combattre, <i>flageller</i>, -les vices des hommes.</p> - -<p>Nous déclarerons d'abord franchement que la -présente étude n'est pas écrite pour les enfants, -<i>grands ou petits</i>, qui n'y verraient, ou plutôt ne -voudraient y voir qu'un appel à une excitation -malsaine, but duquel nous nous éloignerons sensiblement. -Peut-être quelques-uns de nos lecteurs -persisteront-ils quand même à trouver le mal là où -il n'existe pas; mais entre ceux-ci et nous, nous -placerons le bon proverbe:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">De gustibus et coloribus non disputandum.</i></div> -</div> - -<p>A ces lecteurs nous recommanderons encore—et -ils feront sagement de suivre notre conseil—de -fermer vite ce livre, de le jeter loin, sans achever -de le lire afin que leurs chastes pensées ne soient -ainsi nullement troublées par cette lecture. Nous -avons la prétention d'écrire pour les admirateurs du -vrai, de la Nature, et rien n'est plus beau que la -Nature, dans toute sa splendeur nue, quelquefois -aussi dans toute sa hideur. Nous la décrivons telle -qu'elle est, dépouillée de tous les voiles dont la -pudibonderie exagérée se plaît de la recouvrir.</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>On aurait tort de s'imaginer que l'usage des -verges a été de tout temps un apanage des sectes -religieuses ou autres et bon nombre de littérateurs -ont, dans leurs œuvres, largement usé de la flagellation -et s'en sont fait un sujet pour contenter une -certaine catégorie de lecteurs… malades.</p> - -<p>Nous le répétons,—et nous ne saurions trop le -redire—nous n'avons nullement l'intention de -mettre sous les yeux de personnes vicieuses, des -scènes plus ou moins impudiques; contre de pareilles -peintures s'élèverait à bon droit la morale -publique.</p> - -<p>Ce genre de littérature est, d'ailleurs, réprouvé -des honnêtes gens, et c'est pour ceux-là seuls que -nous écrivons, et comme c'est aux lecteurs intelligents -que nous nous adressons, nous voudrions que -<i>les autres</i> se rassurent dans le cas où leur esprit -maladif ne pourrait approuver un ouvrage qui, ne -répondant pas à leurs goûts, ne saurait être, par -cela même, un remède à leur état d'âme. Qu'ils le -critiquent donc, en poussant leur cri de protestation -au nom de la morale outragée. Nous serons entièrement -satisfaits de leur feinte indignation.</p> - -<p>C'est surtout d'Outre-Manche que nous arrive la -fausse pudibonderie. Il existe en effet, quelque part, -à Londres, une société dite de <i>Vigilance Nationale</i> (?) -laquelle s'érige en juge de nos actions, de nos -mœurs, de nos livres. Cette société, qui se figure -que son action a moralisé complètement les mœurs -britanniques, opère maintenant chez nous, couvrant -de sa surveillance, comme d'une égide, la pudique -vertu d'Albion menacée par nos écrits.</p> - -<p>Cependant, John Bull avoue parfois qu'il peut -être un pécheur; mais, alors, il explique l'accusation -qu'il porte contre lui-même, en faisant remarquer -avec hypocrisie, qu'il n'est pas loin d'être aussi -mauvais que d'autres…</p> - -<p>Les mœurs anglaises sont curieuses. Leur isolement, -leurs habitudes monacales exaltent les passions -en les concentrant. Un reste de puritanisme -les aggrave.</p> - -<p>Là, règne cette dangereuse maxime qu'une austérité -rigoureuse est la seule sauvegarde de la vertu. -Le mot le plus innocent effraye; le geste le plus -naturel devient un attentat. Les sentiments, ainsi -réprimés, ou s'étouffent ou éclatent d'une manière -terrible. Tout pour le vice ou tout pour la vertu, -point de milieu; les caractères se complaisent dans -l'extrême, et l'on voit naître des pruderies outrées -et des monstres de licence; il y a des dévotes qui -craignent de prononcer le mot <i lang="en" xml:lang="en">shirt</i> (chemise) et -des femmes hardies, montrant dans l'accomplissement -de la faute suprême la plus douce sérénité.</p> - -<p>La société de <i>Vigilance Nationale</i> n'a rien à -faire avec notre livre. La pruderie légendaire de nos -voisins doit nous préserver de ses démarches; aussi, -est-ce avec peine que nous avons vu le Parquet -français donner suite à des dénonciations venues -d'Outre-Manche. Si la justice française—dont le -rôle est de se prononcer moins sur la forme que sur -le fond de tout ouvrage incriminé—continue à prêter -une oreille attentive et complaisante aux dénonciations -hypocrites des puritains anglais, nous verrons -bientôt ceux-ci s'abattre sur les étalages de nos -librairies.</p> - -<p>Ils en supprimeront tout ce qui ne leur conviendra -pas,—à moins que ce ne soit pour emporter -et lire, quand ils seront seuls, bien seuls, ces pages -défendues qu'ils sont les premiers à honnir… en -public…</p> - -<p>Et quand on songe aux livres qu'ils trouvent immoraux, -on frémit à la pensée d'être bientôt obligé de -se passer de lire autre chose que la Bible.</p> - -<p>La Bible! Ah! messieurs, entendons-nous! Voilà un -livre qui vous est cher et qui nous appartient aussi -bien qu'à vous, mais nous avons pris la précaution -de l'expurger, et si la lecture en est ennuyeuse, -du moins ne présente-t-elle aucun danger, tandis -que telle que vous l'avez traduite, nous n'en permettrions -la lecture à nos enfants que lorsqu'ils -pourraient justifier de leurs quarante-cinq ans!</p> - -<div class="dots"><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">.</span></div> -<p>C'est ici que se place une admirable page de la -préface de la <i>Chanson des Gueux</i><a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>:</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> Jean Richepin. <i>La Chanson des Gueux</i>. Édition définitive, -Paris, M. Dreyfous, 1881.</p> -</div> -<blockquote> -<p>La gauloiserie, les choses désignées par leur nom, la -bonne franquette d'un style en manches de chemises, la -gueulée populacière des termes propres n'ont jamais dépravé -personne. Cela n'offre pas plus de dangers que le nu -de la peinture et de la statuaire, lequel ne paraît sale qu'aux -chercheurs de saletés.</p> - -<p>Ce qui trouble l'imagination, ce qui éveille les curiosités -malsaines, ce qui peut corrompre, ce n'est pas le marbre, -c'est la feuille de vigne qu'on lui met, cette feuille de -vigne qui raccroche les regards, cette feuille de vigne qui -rend honteux et obscène ce que la nature a fait sacré.</p> - -<p>Mon livre n'a pas de feuille de vigne et je m'en flatte. Tel -quel, avec ses violences, ses impudeurs, son cynisme, il me -paraît autrement moral que certains ouvrages, approuvés -cependant par le bon goût, patronnés même par la vertu -bourgeoise, mais où le libertinage passe sa tête de serpent -tentateur entre les périodes fleuries, où l'odeur mondaine -du lubin se marie à des relents de marée, où la poudre de -riz qu'on vous jette aux yeux a le montant pimenté du diablotin, -romans d'une corruption raffinée, d'une pourriture -élégante, qui cachent des moxas vésicants sous leur style -tempéré, aux fadeurs de cataplasme. La voilà, la littérature -immorale! C'est cette <i>belle et honnête dame</i>, fardée, maquillée, -avec un livre de messe à la main, et dans ce livre -des photographies obscènes, baissant les yeux pour les -mieux faire en coulisse, serrant pudiquement les jambes -pour jouer plus allègrement de la croupe, et portant au coin -de la lèvre, en guise de mouche, une mouche cantharide. -Mais, morbleu! ce n'est pas la mienne, cette littérature!</p> - -<p>La mienne est une brave et gaillarde fille, qui parle gras, -je l'avoue, et qui gueule même, échevelée, un peu ivre, -haute en couleur, dépoitraillée au grand air, salissant ses -cottes hardies et ses pieds délurés dans la glu noire de la -boue des faubourgs ou dans l'or chaud des fumiers paysans, -avec des jurons souvent, des hoquets parfois, des -refrains d'argot, des gaietés de femme du peuple, et tout -cela pour le plaisir de chanter, de rire, de vivre, sans -arrière-pensée de luxure, non comme une mijaurée libidineuse -qui laisse voir un bout de peau afin d'attiser les -désirs d'un vieillard ou d'un galopin, mais bien comme une -belle et robuste créature, qui n'a pas peur de montrer au -soleil ses tétons gonflés de sève et son ventre auguste où -resplendit déjà l'orgueil des maternités futures.</p> - -<p>Par la nudité chaste, par la gloire de la nature, si cela -est immoral, eh bien! alors, vive l'immoralité! Vire cette -immoralité superbe et saine, que j'ai l'honneur de pratiquer -après tant de génies devant qui l'humanité s'agenouille, -après tous les auteurs anciens, après nos vieux maîtres -français, après le roi Salomon lui-même, qui ne mâchait -guère sa façon de dire, et dont le <i>Cantique des Cantiques</i>, si -admirable, lui vaudrait aujourd'hui un jugement à huis-clos.</p> -</blockquote> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>Que pourrions-nous ajouter à ce qui précède?</p> - -<p>Nous tenions simplement à mettre le public d'amateurs -et de bibliophiles, auquel nous nous adressons -exclusivement, en garde contre les menées d'un petit -nombre de faux apôtres qui ont la prétention—et -peut-être la conviction—de nous empêcher d'exposer -un sujet délicat, comme s'il n'était pas possible -de le faire sans tomber dans l'obscénité.</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>Nous ferons précéder notre récit d'une explication -destinée à éclairer le lecteur sur les pratiques en -usage dans la flagellation des esclaves en Amérique, -avant l'époque où se passe notre action.</p> - -<p>Ce sujet nous a semblé intéressant au plus haut -point, c'est pourquoi nous n'hésitons pas à publier -ces pages.</p> - -<div class="sign"><span class="sc">Jean de Villiot.</span></div> -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/bandeau2.png" alt="" /></div> -<h2 class="nobreak top2em">L'ESCLAVAGE -ET LES PUNITIONS CORPORELLES EN AMÉRIQUE -AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION</h2> - - -<p>L'histoire de l'esclavage et la traite des noirs, tels -qu'ils ont existé autrefois, tels qu'ils se dissimulent -aujourd'hui, est encore à faire et cette plaie, que -l'Humanité porte au flanc depuis l'enfance du Monde, -ne peut se fermer sans avoir été sondée.</p> - -<p>Le document contient des détails souvent monstrueux, -parfois horribles, toujours répugnants, sur -les pratiques révoltantes auxquelles se livraient les -maîtres à l'égard de la race réprouvée et maudite.</p> - -<p>Reportons-nous tout d'abord à l'histoire de l'esclavage -en Amérique, où il était établi péremptoirement -que ce système—l'esclavage—ne pouvait -être maintenu que par la force brutale; cette déclaration -ne put que gagner en autorité, les propriétaires -d'esclaves ayant <i>légalement</i> le droit de leur infliger -des peines corporelles. Une loi, établie en 1740, tout -à l'avantage des maîtres d'esclaves, disait que «dans -le cas où une personne, <i>volontairement</i> (ce qui est -fort discutable) couperait la langue, éborgnerait, ou -priverait d'un membre un esclave, en un mot, lui -infligerait une punition cruelle <i>autre qu'en le fouettant -ou le frappant</i> avec un fouet, une lanière de -cuir, une gaule ou une badine, ou en le mettant aux -fers ou en prison, ladite personne devra payer, pour -chaque délit de cette sorte, une amende de cent -livres sterling (2.500 francs).»</p> - -<p>D'autre part, on lisait dans le code civil de la -Louisiane:</p> - -<p>«L'esclave est entièrement soumis à la volonté -de son maître, qui peut le corriger et le châtier, -mais non avec trop de rigueur, de façon à ne pas le -mutiler, l'estropier, ou l'exposer à perdre la vie.»</p> - -<p>En résumé, le droit pour le maître de battre son -esclave comme il l'entendait et de lui infliger des -punitions corporelles autant que son bon plaisir le -lui commandait, mais sans le mutiler ou le tuer, ce -droit était parfaitement établi par la loi des États -esclavagistes du Sud; et, dans au moins deux États, -le maître était expressément autorisé à se servir d'un -fouet ou d'une lanière de cuir comme instruments de -supplice.</p> - -<p>Parfois, un esclave était flagellé jusqu'à ce que -la mort s'en suivit, et ces cas n'étaient malheureusement -pas rares. Un nommé Simon Souther fut traduit -devant les Assises d'octobre 1850, dans le comté -de Hanover (État de Massachusetts), pour meurtre -d'un esclave; reconnu coupable, il fut condamné -à cinq ans de détention. A cette occasion, le juge -Field fit au jury le récit de la punition infligée à -l'esclave:</p> - -<p>Le nègre avait été attaché à un arbre et fouetté -avec des baguettes flexibles. Lorsque Souther était -las de frapper, il se faisait remplacer par un nègre -qui continuait la flagellation avec des tiges de bois -mince. Le malheureux esclave avait été frappé également -avec la dernière cruauté par une négresse aux -ordres du maître, puis horriblement brûlé sur -diverses parties du corps. Il fut ensuite inondé d'eau -chaude dans laquelle on avait fait tremper des -piments rouges. Attaché à un poteau de lit, les pieds -étroitement serrés dans une brèche, le nègre poussait -d'affreux hurlements. Souther n'en continua pas -moins à accabler le pauvre martyr, sur le corps -duquel il se ruait et frappait des poings et des pieds. -Cette dernière phase de la punition fut continuée -et répétée jusqu'à ce que l'esclave mourut.</p> - -<p>Le planteur féroce fit appel de la condamnation -qui le frappait si justement et si peu, mais la Cour -suprême confirma la sentence, estimant, dans ses -conclusions, que le prévenu aurait dû être simplement -pendu pour homicide volontaire.</p> - -<p>Dans un autre cas qui fut jugé à Washington même -l'année suivante, le colonel James Castleman fut -poursuivi pour avoir fouetté un esclave jusqu'à la -mort. Il n'en fut pas moins acquitté. Ce colonel fit -ensuite rédiger et publier par son avocat, une brochure -dans laquelle il défendait sa réputation. On y -lisait que deux de ses esclaves, surpris en état de -vol, furent immédiatement punis pour ce méfait. -Le premier, nommé Lewis, fut fustigé au moyen -d'une large courroie de cuir. Il avait été sévèrement -puni, mais le colonel estimait que la rigueur du -châtiment n'excédait pas l'importance du vol commis -par l'esclave. Il admettait cependant que son -compagnon avait été plus cruellement châtié et que -si Lewis était mort, il n'y avait de la faute de personne: -Lewis, en effet, après avoir subi la première -partie de sa peine, avait été attaché au moyen d'une -chaîne à une poutre, et suspendu par le cou. Il y -avait juste assez de longueur de chaîne pour lui permettre -seulement de se tenir debout et droit; s'il -s'appuyait d'un côté ou d'un autre, s'il se courbait, -le carcan devait l'étrangler. C'est du reste ce qui se -produisit.</p> - -<p>A l'occasion des <i>Procès libérateurs</i>, qui eurent -lieu à Boston en 1851, un policeman, cité -comme témoin, affirmait qu'il était de son devoir -d'agent de police d'appréhender toute personne de -couleur, qu'il trouvait dans les rues après une certaine -heure. Tout délinquant était mis au poste, et -le lendemain matin, comparaissait devant un magistrat -qui le condamnait invariablement à recevoir -<i>trente-neuf coups de fouet</i>. Les policemen touchaient -un salaire supplémentaire: un demi-dollar -(2 fr. 50) pour l'exécution de cette punition. Des -hommes, des femmes, des enfants furent fouettés -ainsi fréquemment par la police, et ce à la demande -formelle de leurs maîtres eux-mêmes.</p> - -<p>Weld, dans son <i lang="en" xml:lang="en">Slavery as it is</i> (L'Esclavage -tel qu'il est) publié en 1839, raconte le fait suivant -qui indique comment étaient traités les esclaves qui -s'évadaient:</p> - -<p>«Une belle mulâtresse d'une vingtaine d'années, à -l'esprit indépendant et qui ne pouvait supporter la -dégradation de l'esclavage, s'était à différentes reprises, -enfuie de chez son maître; pour ce crime -elle avait été envoyée au <i lang="en" xml:lang="en">Workhouse</i> (maison des -pauvres) de Charleston, pour y être fouettée par le -gardien. L'exécution eut lieu avec un tel raffinement -de cruauté que sur le dos de la malheureuse pendaient -de sanglants lambeaux de peau; il n'eût pas -été possible de placer la largeur d'un doigt entre -les très nombreuses plaies qui y saignaient. Mais -l'amour de la liberté s'était développé chez cette -femme; elle oublia la torture et la fuite qui en avait -été la cause, et elle réussit à s'évader de nouveau -sans qu'on pût jamais la retrouver.»</p> - -<p>Pour démontrer la <i>nécessité</i> des punitions corporelles, -Olmsted nous fournit l'anecdote suivante: -«Une dame de New York, allant passer l'hiver dans -un des États du Sud, avait loué les services d'une -esclave, qui, un jour, refusa catégoriquement de -faire certain petit travail domestique qui lui était -commandé. A de douces remontrances: «Vous ne -pouvez m'y forcer, répondait-elle, et je ne veux -pas faire ce que vous me demandez là; je ne crains -nullement que vous me fouettiez.» La domestique -parlait avec raison; la dame ne pouvait pas la -fouetter, et, d'un cœur plus sensible que ses congénères, -ne voulait point appeler un homme pour -faire cette besogne, ou envoyer sa domestique à un -poste de police pour y être fouettée, comme il était -d'usage dans les États du Sud.</p> - -<p>Pour ne pas laisser de marques sur le dos des -esclaves, et ne pas abaisser leur valeur marchande (!), -on avait substitué, en <i>Virginie</i>, aux instruments -habituels de punition, la <i>courroie élastique</i> et la -<i>palette scientifique</i>. Par le vieux système, la lanière -de cuir coupait et lacérait d'une façon si déplorable -la peau, que la valeur des esclaves s'en trouvait -singulièrement diminuée lorsqu'ils devaient être -vendus sur un marché; aussi l'usage de la courroie -était-il un immense progrès dans l'art de fouetter -les nègres. On assure qu'avec cet instrument, il -était possible de flageller un homme jusqu'à le -mettre à deux doigts de la mort, et cependant, sa -peau ne portant nulle trace de violences, il en sortait -sans dommage apparent.</p> - -<p>La palette est une large et mince férule de bois, -dans laquelle sont percés un grand nombre de petits -trous; lorsqu'un coup est porté avec cet instrument, -ces trous, par suite du mouvement précipité et -de l'épuisement partiel de l'air qui s'y produit, agissent -comme de véritables ventouses, et on assurait -que l'application continuelle de cet instrument produisait -absolument les mêmes résultats que ceux de la -lanière de cuir.</p> - -<p>L'enrôlement des nègres dans les armées fédérales -pendant la guerre de Sécession a montré jusqu'à -quel point terrible les esclaves avaient été soumis -à la flagellation. M. de Pass, chirurgien d'un -régiment de Michigan, cantonné dans le Tennessee, -dit que sur 600 recrues nègres qu'il avait eu à -examiner, une sur cinq portait des marques de fustigations -sévères, et la plupart montraient de nombreuses -cicatrices qu'on n'aurait pu couvrir avec -deux doigts. Il avait même rencontré jusqu'à mille -stigmates provenant de flagellations excessives, et -plus de la moitié des hommes qui se présentaient -durent être rejetés pour incapacité physique, causée -par les coups reçus, et par des morsures de chiens, -visibles sur leurs mollets et leurs cuisses. M. Westley -Richards, autre chirurgien, dit que sur 700 nègres -qu'il avait examinés, la moitié au moins de ces -esclaves portait les marques de fustigations cruelles -et de mauvais traitements divers: quelques-uns -avaient reçu des coups de couteau, d'autres portaient -des traces de brûlures; d'autres enfin avaient -eu les membres brisés à coups de matraque.</p> - -<p>La flagellation des esclaves se pratiquait parfois -de la façon suivante: le coupable était étendu la -face contre terre, ses bras et ses jambes attachés à -des pitons ou à des anneaux, et, son immobilité -ainsi bien assurée, il était fouetté jusqu'à la dernière -limite.</p> - -<p>Une torture encore plus raffinée consistait à ensevelir -le malheureux dans un trou juste suffisant pour -contenir son corps, de fixer une porte mobile, ou -trappe au-dessus de sa tête, et de l'y laisser de trois -semaines à un mois—si, bien entendu, il ne succombait -pas avant l'expiration du terme.</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>Les coutumes des races aborigènes de l'Amérique -sont peu connues, et il nous serait impossible -de dire d'une façon bien affirmative, que la flagellation -ou les punitions corporelles faisaient partie du -système judiciaire des Peaux-Rouges. Nous reviendrons -donc aux premiers colons, ceux surtout qui -s'établirent au Nord, emportant de chez eux la ferme -croyance que le fouet était un réformateur efficace -pour le maintien de la bonne moralité. En eux était -également ancrée cette intolérance religieuse, dont -ils cherchaient vainement à s'affranchir et qui était -précisément l'une des principales causes de leur -immigration.</p> - -<p>Le poteau d'exécution restait en permanence—il -existe d'ailleurs encore dans certaines provinces -des États-Unis—et ce furent surtout les Quakers<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a> -qui goûtèrent les premiers les bienfaits de la flagellation. -Les chefs et les prédicateurs de cette secte -furent longtemps persécutés. A Boston, en 1657, -une femme nommée Mary Clark, accusée de prêcher -cette doctrine, fut condamnée à recevoir vingt -coups d'un fouet formé de grosses cordes à nœud et -manié à deux mains par le bourreau. Puis l'infortunée -expia encore, par une année de prison, le crime -d'avoir exprimé librement son opinion. Deux prédicateurs, -Christopher Holder et John Copeland furent -chassés de leur ville natale après avoir été fouettés, -et d'autres personnes punies également pour avoir -montré quelque sympathie à l'égard de ces deux -proscrits. Quelque temps après, une femme nommée -Gardner fut arrêtée à Weymouth, et dirigée sur Boston -où elle et sa servante furent publiquement -fouettées avec un <i>chat à neuf queues</i>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> <i>Quakers</i>: sectaires en Angleterre et en Amérique. Ils se -reconnaissent au tutoiement.</p> -</div> -<p>C'est alors que la loi, dont le texte suit, fut promulguée -contre les Quakers:</p> - -<p>«Quiconque introduira un quaker dans l'enceinte -de cette juridiction (l'État où la loi était en vigueur), -sera mis à l'amende de cent livres sterling (2.500 -francs) au profit du pays, et maintenu en prison -jusqu'au paiement intégral de la somme.</p> - -<p>«Quiconque hébergera un quaker, sachant qu'il -l'est, sera mis à l'amende de 40 schellings (50 francs) -pour chaque heure durant laquelle le quaker aura -été hébergé ou caché, et maintenu en prison jusqu'au -paiement intégral de ladite amende.</p> - -<p>«Tout quaker venant en ce pays sera soumis à -cette loi et puni en conséquence, savoir: A la première -infraction, si c'est un homme, il lui sera -coupé une oreille, puis il sera astreint aux travaux -forcés pendant un laps de temps. A la seconde -infraction, il lui sera coupé l'autre oreille, et si c'est -une femme, elle sera sévèrement fouettée avant -son envoi dans une maison de correction et condamnée -aux travaux forcés.</p> - -<p>«A la troisième infraction, l'accusé, homme ou -femme, aura la langue percée d'un fer rouge et -sera maintenu définitivement en maison de correction.»</p> - -<p>Sous le régime d'une aussi douce loi, les quakers -devaient disparaître rapidement. Du moins le -pensait-on, et le gouverneur de Plymouth (aux -États-Unis) disait «qu'en son âme et conscience, -les quakers étaient gens qui méritaient d'être exterminés, -eux, leurs femmes et leurs enfants, sans la -moindre pitié».</p> - -<p>Les colons Hollandais suivirent bientôt l'exemple -de leurs voisins les puritains. Un nommé Robert -Hodshone, accusé d'avoir tenu une réunion religieuse -à Hamstead, fut attaché à l'arrière d'une charrette -en compagnie de <i>deux femmes qui lui avaient donné -l'hospitalité</i>, et traîné de la sorte jusqu'à New-York. -Là, il fut mis dans l'obligation de payer une amende -de 600 guilders (1.260 francs environ) et, ne le pouvant -pas, fut condamné à <i>travailler à la brouette</i> -(terme employé pour les condamnés), sous la surveillance -d'un nègre qui avait ordre de le flageller -avec des cordes selon son bon plaisir. Le gardien -s'acquitta si bien de sa tâche que le malheureux fut -bientôt dans l'impossibilité matérielle de faire le -moindre travail. Pour ce, mis à nu jusqu'à la ceinture, -<i>il fut fouetté tous les deux jours</i>, jusqu'à ce -qu'il en mourut.</p> - -<p>Les quakers n'en continuaient pas moins à prospérer, -à tel point que des mesures plus rigoureuses -encore furent prises à leur égard. Un nommé William -Robinson fut condamné, à Boston, à subir le -fouet, et banni ensuite de la ville, avec défense, sous -peine de mort, d'y remettre les pieds. Le malheureux, -attaché à l'affût d'un canon, reçut trente coups -de fouet.</p> - -<p>En 1662, un nommé Josiah Southick, dont les -parents avaient été chassés de Boston, retourna dans -cette ville. Arrêté immédiatement et attaché demi-nu -à une charrette, il fut traîné dans les rues de Boston -et fouetté sur tout le parcours, puis reçut la même -punition à Rocksbury et le lendemain à Dedham, -après quoi on le relâcha. Le fouet qui servit à cette -exécution, manié à deux mains par le bourreau, était -formé de cordes de boyaux, séchées puis nouées, et -fixées à un long manche. La souffrance endurée par -le patient fut vraiment terrible.</p> - -<p>A Dover (New England), trois femmes, Anne Coleman, -Mary Tomkins et Alice Ambrose furent condamnées -à la peine du fouet. C'est un curieux document -que l'arrêt de prise de corps qui fut lancé -contre elles, après la sentence. Le voici:</p> - -<blockquote> -<p>«Les constables de Dover, Hampton, Salisbury, Newbury, -Rowley, Ipswich, Wenham, Lynn, Boston, Roxbury, -Dedham, sont requis, au nom du Roi, de s'emparer des -Quakeresses (ici les trois noms suivaient), de les attacher -à une charrette, et les conduisant à travers leurs villes respectives, -de les fouetter sur leurs dos nus, avec un maximum -de dix coups par ville; et de les conduire ainsi de -commune en commune jusqu'à ce que les condamnées -soient hors de cette juridiction, et les constables sus-désignés -sont responsables de la bonne exécution de cette sentence.</p> - -<p>Fait à Dover, par moi, Richard Malden, ce 22 décembre -1662.</p> -</blockquote> - -<p>Le sinistre cortège commença par une froide -journée de décembre, et les trois malheureuses -subirent leur peine stoïquement, excitant sur leur -passage la pitié de quelques-uns de leurs doctrinaires. -Ces derniers furent immédiatement mis au pilori.</p> - -<p>Douces mœurs!…</p> - -<p>L'une de ces trois femmes, Anne Coleman, fut -de nouveau flagellée à Salem, avec quatre de ses -amies. L'instrument employé alors était le <i>chat à -neuf queues</i>.</p> - -<p>Un nommé Wharton, ayant eu l'imprudence -d'aller visiter les victimes dans leur prison, il fut -décrété à son égard l'arrêt suivant:</p> - -<blockquote> -<p>«Aux Constables de Boston, de Charlestown, de Malden, -de Lynn.</p> - -<p>«Vous êtes requis respectivement.</p> - -<p>«D'appréhender en sa propre demeure Edward Wharton, -convaincu de vagabondage. Le constable de Boston -devra lui appliquer trente coups de fouet sur le corps mis -préalablement à nu.</p> - -<p>«De le faire passer de commune en commune jusqu'à -Salem, qu'il prétend être son lieu de résidence, en le fustigeant -comme ordonné.</p> - -<p>«La présente vous servira de mandat.</p> - -<div class="sign">«Boston, le 30 juin 1664.»</div></blockquote> - -<p>Nous citerons encore un cas. C'est celui d'Anne -Needham, qui, appartenant à la secte des quakers, -fut mise à l'amende à Boston. N'ayant pu payer cette -amende, cette femme fut fustigée cruellement et -subit courageusement sa peine sans pousser un seul -cri.</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>Un journal de 1774 raconte de plaisante façon -une histoire de flagellation qui trouve ici sa place:</p> - -<p>Quelques quarante années auparavant, alors que -bon nombre de naïfs avaient à se repentir de leur -affiliation à une secte biblique rigoureusement interdite, -le capitaine Saint-Léo, commandant d'un navire -de guerre, était appréhendé <i>pour s'être promené -un dimanche</i>; et ce fait, considéré à cette époque -comme un crime, appelait sur la tête du coupable -un châtiment exemplaire.</p> - -<p>Le coupable fut donc tout d'abord condamné à -une forte amende par le juge de paix. Et comme le -capitaine, surpris et indigné, se refusait à payer, -excipant judicieusement de son ignorance des lois, -on s'empara de sa personne. Il fut solidement attaché -par la tête et par les pieds à un pilori dressé sur -la place publique où les bonnes gens du pays vinrent -pieusement lui donner des conseils sur l'observation -du dimanche et lui rappeler les inconvénients -qui pouvaient résulter d'une promenade à l'heure -des offices.</p> - -<p>Remis en liberté, le capitaine Saint-Léo reconnut -l'incorrection de sa conduite et, publiquement, -exprima des regrets; il déclara que, désormais, il -était bien décidé à mener une vie pieuse et exempte -de reproches. Les saintes personnes, ravies de cette -soudaine conversion, l'invitèrent à souper. Le capitaine, -décidément bien converti, suivait assidûment -les offices religieux. Avant de reprendre la mer, -Saint-Léo voulut rendre la politesse qui lui avait été -faite; il invita donc une grande partie des sommités -de la ville, y compris les prêtres et le juge à un -repas à bord de son navire, prêt à mettre à la voile. -Un excellent dîner fut, en effet, servi; on vida de -nombreux flacons, et la gaîté, quelque peu excitée -par de copieuses et franches libations, battait son -plein, lorsque, brusquement, une bande de matelots -fit irruption dans la cabine du capitaine; ceux-ci se -saisirent des convives et, malgré leurs protestations, -les pieux invités furent traînés sur le pont, où, solidement -attachés, ils reçurent des mains de l'équipage, -armées de verges, une magistrale correction, -cependant que le capitaine les exhortait au calme, -les assurant que la mortification de la chair aidait, -après un plantureux repas, à sauver l'âme compromise -par la gaieté.</p> - -<p>Après quoi, les invités encore ficelés, furent jetés -dans leur embarcation, et abandonnés en cet état sur -le rivage alors que le navire mettait immédiatement -à la voile.</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>Le pilori et le poteau ont été et sont encore d'un -usage fréquent dans certaines parties des États-Unis. -Dans l'État de Delaware, par exemple, il existait, il -y a peu de temps, trois poteaux à fouetter: un à -Dover, un autre à Georgetown et le troisième à -Newcastle. Dans le pays, ce moyen pénal est considéré -comme souverainement efficace pour la répression -des crimes de peu d'importance.</p> - -<p>A Newcastle, le pilori consiste en un très lourd -poteau, haut d'environ douze pieds; à mi-hauteur -se trouve une plate-forme: à peu près à quatre -pieds (1<sup>m</sup>,22) au-dessus de cette plate-forme, est -fixée une traverse percée de trois trous: un pour la -tête et le cou du patient, les deux autres pour les -mains et les poignets. La punition est infligée par -le shérif avec le <i>chat à neuf queues</i>, mais ce magistrat -s'acquitte généralement très mal de cette besogne, -qu'il considère à juste titre comme dégradante -pour sa dignité.</p> - -<p>Les noirs supportaient beaucoup mieux que les -blancs les tortures de la flagellation. Ces derniers -étaient surtout plus affectés de l'infamie attachée à -cette punition, que de la douleur pourtant si violente -qu'elle occasionnait.</p> - -<p>Il y a quelques années seulement, un cas de torture -par la flagellation fut le sujet de toutes les conversations. -<i>Une jeune fille de dix-sept ans</i>, élève -dans une école publique de Cambridge (État de -de Massachusetts), ayant commis le crime de chuchoter -pendant un cours, fut condamnée par son -institutrice <i>à être fouettée</i>. L'enfant, que révoltait un -légitime sentiment de pudeur, résista avec tant de -force, qu'on dut requérir le <i>directeur et deux de ses -aides</i>. Ces trois hommes se saisirent de l'élève, et -tandis que deux d'entre eux lui maintenaient les -bras et les jambes, le directeur la frappait de vingt -coups d'une forte lanière de cuir. Cette punition -avait été infligée selon l'ancienne coutume, c'est-à-dire -devant toute l'école. L'affaire fut cependant -portée devant les tribunaux, mais le personnel de -l'école en fut quitte pour une légère admonestation. -Néanmoins, quelques mois après, l'affaire ayant eu -quelque retentissement, les punitions disciplinaires -de cette nature furent abolies dans toutes les écoles -des États-Unis.</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>La flagellation domestique, que l'on nomme <i lang="en" xml:lang="en">spanking</i>, -est en usage un peu partout, aux États-Unis, -principalement en ce qui concerne les enfants. Au -temps où les puritains régnaient en maîtres, dans -ce pays—ça n'a d'ailleurs pas beaucoup changé—la -flagellation était la punition ordinaire infligée -aux enfants des deux sexes, et, en certains districts, -ils devaient s'y soumettre jusqu'à ce qu'ils eussent -atteint l'âge du mariage!</p> - -<div class="dots"><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">.</span></div> -<p>Il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet -que nous venons de résumer, et il serait intéressant -de faire connaître à fond les <i>coutumes flagellatrices</i>, -si nous pouvons nous exprimer ainsi, qui régnèrent -et qui règnent encore au Nouveau-Monde. Peut-être -un jour donnerons-nous à nos lecteurs, s'ils veulent -bien nous suivre sur ce terrain, de plus amples -détails sur ces coutumes barbares. Mais, pour les -besoins du présent livre, nous avons tenu à faire -rapidement l'historique de ces mœurs étranges, historique -nécessaire que nous présentons comme la -préface de l'histoire dont nous nous sommes inspiré -pour notre livre.</p> - -<p>Le récit que nous reproduisons est rigoureusement -exact quant aux faits, sinon quant aux détails. -Il éclairera d'un jour nouveau, du moins l'espérons-nous, -les pratiques monstrueuses en usage chez les -esclavagistes qui torturaient non seulement par -nécessité de répression, mais aussi par dilettantisme, -par passion et besoin de cruauté: <i lang="la" xml:lang="la">Flagellandi tam -dira Cupido!</i></p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">EN VIRGINIE<br /> -ÉPISODE DE LA GUERRE DE SÉCESSION</h2> - -<div class="break"></div> -<div class="c"><img src="images/illu1.png" alt="" /></div> -<h3>PROLOGUE</h3> - - -<p>Pendant l'été de 1866, peu après la signature du -traité de paix qui termina la guerre de Sécession, -j'habitais New-York, de retour d'une expédition de -chasse et de pêche en Nouvelle-Écosse, attendant -le paquebot qui devait me ramener à Liverpool.</p> - -<p>J'avais alors trente ans à peine, j'étais robuste, -bien portant; encore avais-je une taille qui pouvait -passer pour avantageuse: près de six pieds! -Mon esprit aventureux et ma curiosité à l'endroit de -ce qui m'était inconnu me poussèrent, durant mon -séjour à New-York, à parcourir la cité en tous sens, -explorant de préférence les plus vilains quartiers de la -capitale du Nouveau Monde. Au cours de mes pérégrinations -je fis des études de mœurs assez curieuses; -j'ai conservé soigneusement des notes qui, peut-être -un jour, formeront la relation complète de mes aventures. -Cependant, à titre d'essai, je détache cette -page du livre de ma vie.</p> - -<p>Un après-midi, vers cinq heures, j'étais entré à -Central Park afin de m'y reposer un peu en fumant -un cigare. Nous étions en pleine canicule; le soleil -déclinait vers l'ouest, éclatant encore de toute sa -lumineuse splendeur dans un ciel d'un bleu cru. -Oisif, je regardais indifféremment les promeneurs, -lorsque mon attention fut attirée vers une jeune -femme assise sur le banc près duquel je flânais; elle -était absorbée dans la lecture d'un livre qui paraissait -l'intéresser vivement. Elle pouvait avoir vingt-cinq -ans; son visage, d'un ovale régulier, était charmant, -et de sa physionomie se dégageait un caractère -de douceur infinie. Ses cheveux châtain clair—suivant -la mode de la coiffure féminine à cette -époque—étaient relevés sur sa tête en un lourd -chignon. Sa robe, très simple, quoique de coupe -élégante, ses fines bottines et son maintien sérieux, -tout en cette jeune femme indiquait une personne du -meilleur monde. Je la regardais d'abord à la dérobée; -puis la fixais obstinément, comme si j'eusse voulu -exercer sur cette belle étrangère un regard fascinateur. -Un instant après, en effet, elle eut intuitivement -conscience de cette force magnétique; car, -levant enfin les yeux, elle m'examina des pieds à la -tête; satisfaite sans doute d'une petite perquisition -qui paraissait n'avoir rien de désobligeant pour -moi, elle me sourit aimablement et me fit un signe -discret. C'était évidemment une invitation à venir -m'asseoir auprès d'elle. J'avoue que j'en fus tout -d'abord on ne peut plus surpris: je ne croyais -certes pas avoir affaire à une demi-mondaine.</p> - -<p>Une conversation avec une jolie femme ne m'a -jamais déplu; c'est pourquoi j'acceptai sans façon la -place que m'offrait à côté d'elle la jolie lectrice dont -le corsage exhalait des parfums capiteux et singulièrement -troublants.</p> - -<p>D'un petit air dégagé elle amorça la conversation. -Mon inconnue parlait correctement, d'une voix -très harmonieuse, à laquelle son accent américain -ajoutait un charme infini.</p> - -<p>Je la regardais encore. Elle était vraiment adorable: -ses longs yeux bleus, son visage un peu -pâle, le mignon retroussis de son nez et sa petite -bouche joliment meublée de deux rangées de petites -dents nacrées, tout cela m'attirait étrangement; -elle avait une loquacité de fauvette, babillant gentiment -sur toutes choses, en employant des expressions -gamines qui m'amusaient fort. Je pris alors la grande -résolution non seulement de la reconduire jusqu'à -sa porte, mais Dieu et mon porte-monnaie aidant, de -me faire offrir une hospitalité toute écossaise. Après -quelques instants d'une causerie devenue plus familière, -je l'invitai à dîner, ce qui parut la charmer, -car elle accepta incontinent, sans se faire prier.</p> - -<p>Nous nous installâmes dans un restaurant où je -commandai un dîner au Champagne. La soirée -s'acheva au théâtre et, la pièce terminée, je hélai -un «hack» (voiture de place) et je reconduisis chez -elle ma conquête, qui, en route, m'apprit qu'elle -s'appelait Dolly.</p> - -<p>La maison qu'habitait Dolly était d'élégante apparence; -la porte nous fut ouverte par une quarteronne -coquettement habillée qui nous introduisit dans un -salon. Cette pièce, d'aspect honnête, était meublée -avec un goût exquis; le parquet était jonché d'épais -tapis d'Orient; des tentures de velours cramoisi -pendaient aux portes; tout était d'un confortable -parfait.</p> - -<p>Dolly m'invita à m'asseoir dans un large fauteuil, -et, me priant de l'excuser, se retira dans la pièce -voisine qui, ainsi que je fus à même de le savoir -plus tard, était sa chambre à coucher. Elle revint au -bout d'un instant drapée d'un grand peignoir blanc -orné de rubans bleus. Elle était chaussée de jolies -sandales; maintenant ses cheveux flottaient sur ses -épaules et tombaient jusqu'aux reins.</p> - -<p>Elle ne portait sous son peignoir—ainsi que je -le vis ensuite—qu'une fine chemise garnie de dentelles -et des bas de soie rose, attachés très haut au-dessus -du genou par une jarretière de satin rouge. -Sous ce vêtement d'intérieur, ma conquête était, au -surplus, d'une esthétique qui eût fait rêver Michel-Ange -lui-même: sa taille aux courbes accentuées -s'élançait hardiment des hanches copieuses et souples -et sa peau douce comme un velours, fine comme un -satin, frissonnait au moindre baiser de l'air.</p> - -<p>Le cerveau troublé par cette apparition, en proie -à une fièvre inconnue dont je n'avais encore jamais -ressenti les atteintes, fou d'amour, je me précipitai -dans sa chambre…</p> - -<p>Le lendemain matin, je m'éveillai vers huit heures -et demie; ma compagne dormait; ses cheveux épars -sur l'oreiller semblaient la nimber de vapeurs. Elle -me parut encore plus belle, plus ravissante que la -veille; sous la clarté des lumières elle était ainsi adorable. -Sa peau gardait une matité incomparable qui -semblait lui donner le sommeil; ses seins fermes -et blancs comme des dômes neigeux s'agitaient doucement -sous l'action de la respiration tranquille.</p> - -<p>Cependant elle se réveilla. Ce fut pour moi une -joie, comme ce me fut un embarras. Ébloui, je ne -savais que lui dire et comme le sujet de la guerre -était encore à l'état d'actualité, je lui demandai -banalement qui, des Nordistes ou des Sudistes, -avaient ses sympathies.</p> - -<p>Elle vit mon trouble et ma gaucherie, et répondit:</p> - -<p>—Je suis Nordiste, toutes mes sympathies vont -donc à mes compatriotes et je suis profondément -heureuse que les Sudistes aient été battus, l'esclavage -aboli. C'était une atrocité et une honte pour -notre pays.</p> - -<p>—Mais, lui dis-je, si je m'en rapporte à ce que -j'ai entendu dire, il est infiniment probable que les -nègres étaient plus heureux avant la guerre, -quoique esclaves, qu'ils ne le sont maintenant en -tant que citoyens libres.</p> - -<p>—Oui, mais ils sont <i>libres</i>, et c'est là un grand -point. Peu à peu, les choses s'arrangeront.</p> - -<p>—On m'a affirmé que les esclaves étaient généralement -bien traités par leurs maîtres.</p> - -<p>—Cela peut être exact, mais ils ne jouissaient -d'aucune sécurité; du jour au lendemain, vendus à -des maîtres étrangers, le mari était séparé de la -femme, la mère de l'enfant; de plus, beaucoup de -propriétaires traitaient ces malheureux avec la plus -grande brutalité, les accablant de travail, les nourrissant -plus mal que des chiens. Les filles et les -femmes, mistis ou quarteronnes, ne pouvaient -rester vertueuses, obligées qu'elles étaient de se -plier au désir du maître, et si, par hasard, elles -avaient la force de résister, elles étaient fouettées -jusqu'au sang.</p> - -<p>—Vous m'étonnez… J'avais bien entendu dire -que ces pratiques barbares s'exerçaient contre des -hommes, mais à l'égard des femmes…</p> - -<p>—… Je ne me trompe pas, croyez-moi. Je connais -à fond ce sujet; j'ai vécu longtemps moi-même -dans un État esclavagiste avant la guerre; -aussi ai-je pu étudier la question de très près.</p> - -<p>—Les femmes étaient-elles souvent fouettées?</p> - -<p>—Je ne pense pas qu'il y ait eu une seule plantation -où elles ne fussent punies de cette façon. -Naturellement il y avait des maîtres plus mauvais -que d'autres, mais ce qui, en tout cas, rendait la -punition plus pénible, c'est qu'elle était toujours -infligée par des hommes, et souvent devant une -réunion d'hommes.</p> - -<p>—Sur quelles parties du corps fouettait-on les -femmes, demandais-je vivement intéressé, et avec -quel instrument était infligé ce châtiment?</p> - -<p>—C'était presque toujours le derrière qui avait à -supporter les coups. Quant aux instruments affectés -à cet usage, les plus répandus étaient la baguette -de noisetier, la courroie et la batte.</p> - -<p>—La batte?</p> - -<p>—Oui, c'est un instrument de bois rond et plat, -attaché à un long manche. On l'emploie toujours -pour frapper sur le derrière. Chaque coup froisse -les chairs, boursoufle la peau d'une large ampoule, -mais le sang ne coule pas. La baguette au contraire -cingle comme une cravache et, pour peu qu'elle soit -appliquée rudement, elle incise la peau et le sang -jaillit. Il y avait encore un terrible instrument, qu'on -appelait communément <i>la peau-de-vache</i>, mais on -ne l'employait que sur les hommes.</p> - -<p>—Vous êtes, en vérité, très au courant des différents -supplices; mais par quel hasard vous trouviez-vous -dans un état esclavagiste?</p> - -<p>—J'aidais à tenir une <i>station souterraine</i>; mais -savez-vous ce que l'on entendait par là?</p> - -<p>Et comme je répondais négativement elle reprit:</p> - -<p>—Une station souterraine était une maison dans -laquelle les abolitionistes hospitalisaient les nègres -marrons. Il y avait plusieurs de ces établissements -dans le Sud et les déserteurs étaient envoyés d'une -station à l'autre jusqu'à ce qu'ils fussent parvenus -dans un État libre. C'était très dangereux, car l'aide -donnée à un nègre marron était considérée comme -une grave infraction aux lois des pays du Sud. -Tout homme ou femme surpris dans l'accomplissement -de cette œuvre d'affranchissement était certain -d'avoir à subir une très longue période d'incarcération -dans les prisons de l'État, avec, en surcroît, -les travaux forcés. De plus, la majeure partie du -public s'élevait <i>contre</i> les abolitionistes, non seulement -les propriétaires d'esclaves, mais, chose -incroyable, les blancs qui ne possédaient pas un -seul nègre se déclaraient esclavagistes. Il arrivait -souvent que les anti-esclavagistes étaient pris et -lynchés. On leur faisait subir mille tortures. Il y -en eut que l'on enduisit de goudron et de plumes, -d'autres que l'on mit tout nus à cheval sur un rail -suspendu…</p> - -<p>—Avez-vous eu à subir de pareilles épreuves -dans votre station?</p> - -<p>—Certes, j'ai eu beaucoup à souffrir, et ce qui -m'est arrivé là-bas a changé entièrement le cours de -ma vie; mon séjour dans le Sud a fait de moi ce -que je suis… une prostituée, ajouta-t-elle tristement. -Oh! les Sudistes, comme je les hais! les -bêtes féroces! reprit-elle avec une colère rageuse.</p> - -<p>Cette exclamation, qui me parut être l'expression -de douleurs morales longtemps accumulées, me fit -comprendre que ma petite amie devait être l'héroïne -d'une histoire intéressante. Ma curiosité se trouvait -piquée au vif.</p> - -<p>Je repris:</p> - -<p>—Je serais bien heureux d'apprendre ce qui -vous est arrivé dans le Sud, ma belle amie.</p> - -<p>Après un moment d'hésitation, elle se décida à -me répondre:</p> - -<p>—Je n'ai jamais raconté mon histoire à personne; -vous me paraissez cependant d'un naturel affectueux. -Je consentirai à vous narrer les épisodes de ma vie -extraordinaire, si vous voulez bien me faire le plaisir -de dîner ce soir avec moi, sans cérémonie aucune.</p> - -<p>J'acceptai cette invitation avec un empressement -d'autant plus vif que, très amoureux encore, j'entrevoyais -avec chagrin la fin probable de mon aventure -galante.</p> - -<p>En ce moment on frappa à la porte, et la quarteronne -entra, très proprement et presque élégamment -vêtue. Elle apportait du thé et des tartines grillées -qu'elle plaça à côté du lit.</p> - -<p>—Mary, lui dit Dolly, donnez-moi un peignoir. -Puis, se tournant vers moi, elle me dit:</p> - -<p>—Mary a été esclave pendant vingt-cinq ans, -et si cela vous intéresse, vous pouvez la questionner -sur sa vie passée, elle vous répondra franchement; -d'ailleurs elle n'est pas timide… N'est-ce pas, Mary?</p> - -<p>La quarteronne, une grosse bonne femme, sourit -largement, montrant une rangée de dents à rendre -jalouse une jeune pouliche.</p> - -<p>—Non, Miss Dolly, répondit-elle, mo pas timide.</p> - -<p>J'étais également tout disposé à questionner Mary.</p> - -<p>Je lui demandai.</p> - -<p>—Dites-moi, quel âge avez-vous, et de quel -État venez-vous?</p> - -<p>—Mo qu'avé tente années—me répondit-elle -dans un charabia nègre presque incompréhensible,—et -mo qu'a été élevée su plantation à vieux Massa -Bascombes dans État Alabama. Là s'y trouvait avec -mo 150 mouns; dans maison là, mais gagné douze -servantes. Mo-même femme de chambre, ajouta-t-elle -avec orgueil.</p> - -<p>—Votre maître était-il bon pour vous? hasardai-je.</p> - -<p>—Mon maît, assez bon Moun, baillé nous bon à -manger et li pas demander tavail top gand, mais li -sévé, et li fait baillé nous dans son plantation et -son case, bon coup de fouets.</p> - -<p>—Avez-vous été souvent fouettée, Mary?</p> - -<p>Mary me regarda avec un air stupéfait, tant la -question lui paraissait extraordinaire.</p> - -<p>—Mo qu'a été fouettée bien souvent—dit-elle -en gardant son air étonné—mo qu'a vieux sept -ans quand mo kimbé première fessade, et mo fini -quand mo kimbé vingt-cinq ans une semaine même -quand Président baillé liberté à tous nègres.</p> - -<p>—Comment avez-vous été fouettée?</p> - -<p>—Quand mo pitit fille, mo recevée fessée, et -quand mo vini grand fille li baillé mo fessade avec -courroie ou baguette bois, mo aussi gagné fessade -su mo derrière même tout nu, avec batté, ça qu'a -fait mo beaucoup grand mal.</p> - -<p>—Qui est-ce qui fouettait les femmes?</p> - -<p>—Un capataz, mais, massa li aussi qu'a donné -fessée à moun dans chambre même gardée pour ça, -femme li qu'a fouettée attachée par terre su banc, -jupon li livé et li gagné fessade su derrière même -tout nu.</p> - -<p>—Les fessées étaient-elles sévèrement données?</p> - -<p>—Oh! fouetté la qu'a baillé nous grand mal, -nous qu'a crié beaucoup fort, même chose lapin, et -fouettée li qu'a duré jusqu'à sang sorti.</p> - -<p>Dolly nous interrompit.</p> - -<p>—Quand la peau avait été coupée par une fustigation -trop vive, dit-elle, les marques ne disparaissaient -jamais entièrement. Mary en porte encore -les marques à l'heure qu'il est.</p> - -<p>Et je m'assurais <i>de visu</i> de la véracité des dires -de Dolly.</p> - -<p>Je remarquais sur le dos et le postérieur de Mary -que la peau était zébrée de longues lignes blanches, -profondes, produites par la baguette.</p> - -<p>La quarteronne semblait éprouver un certain plaisir -à exposer ses charmes, et elle serait sans doute -restée longtemps encore dans cette position si sa maîtresse -ne l'avait invitée à laisser tomber ses jupons. -Elle quitta alors la pièce en souriant, très satisfaite.</p> - -<p>—Eh bien! me dit Dolly, vous avez vu les tatouages -qui ornent la peau de ma domestique. De plus, elle -a été séduite ou, pour mieux dire, prise de force par -le fils aîné de son maître; elle n'avait alors que -quinze ans. Elle passa ensuite par les caprices des -deux plus jeunes, ce qui ne l'empêcha d'ailleurs -nullement de recevoir le fouet pour la moindre -peccadille. Parfois, m'a-t-elle raconté, elle était dans -l'obligation de coucher avec un de ses maîtres et, -encore toute saignante de coups, de se plier à toutes -ses fantaisies. J'ai à mon service, comme cuisinière, -une femme noire de trente-cinq ans environ. Elle -vient de la Caroline du Sud. Son corps est encore -plus atrocement déchiré que celui de Mary.</p> - -<p>Dolly but une gorgée de thé et continua:</p> - -<p>—Ne croyez-vous pas maintenant que l'abolition -de l'esclavage est une bonne chose?</p> - -<p>Je répondis affirmativement.</p> - -<p>Nous n'échangeâmes que peu de paroles pendant -la fin du déjeuner.</p> - -<p>Je m'habillai promptement et quittai Dolly, lui -rappelant notre entrevue du soir et sa promesse de -me raconter les aventures de sa vie. Je passai une -journée agitée, brûlant d'entendre Dolly me raconter -des aventures, que je soupçonnais palpitantes et -pleines d'intérêt.</p> - -<p>L'aiguille du temps tournait trop lentement à -mon gré. Enfin, elle marqua sept heures, et j'accourus, -on plutôt je courus chez ma nouvelle maîtresse. -Elle me reçut avec affabilité, et, après avoir soupé -sommairement, tant était grande mon impatience, -j'allumai un cigare et m'installai commodément et -j'attendis le récit promis. Comme il devait être très -long, je résolus d'exercer mes talents sténographiques. -L'occasion me parut, d'ailleurs, excellente.</p> - -<p>Donc, ce qui suit est l'exacte reproduction des -paroles de Dolly. Je les ai reproduites sans y rien -ajouter, sans nul commentaire. C'est, en vérité, une -confession que je livre au Public. A lui d'en tirer -telle instructive moralité qu'il lui plaira.</p> - -<div class="c"><img src="images/illu2.png" alt="" /></div> -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu3.png" alt="" /></div> -<h3>I<br /> -L'ENFANCE DE DOLLY</h3> - - -<p>Pour l'intelligence de mon récit, permettez-moi -de vous donner d'abord quelques détails sur mes -jeunes ans.</p> - -<p>Je m'appelle Dolly Morton, et je viens d'avoir -trente ans. Je suis née à Philadelphie où mon -père était employé de banque. J'étais fille unique, -et ma mère, étant morte alors que j'avais à peine -deux ans, je n'ai gardé aucun souvenir de celle qui -devait guider mes premiers pas dans la vie.</p> - -<p>Nous étions sans fortune, et quoique mon père -n'eût que de faibles appointements, je reçus néanmoins -une éducation soignée; il avait l'espérance que -je pourrais plus tard vivre en donnant des leçons.</p> - -<p>Puisque je parle de mon père, je crois nécessaire -de vous dire quel était son caractère: c'était -un homme froid et réservé, n'ayant jamais eu pour -moi la moindre tendresse; je ne reçus de lui aucune -marque d'affection paternelle. Peut-être m'aimait-il? -C'est probable, quoiqu'il ne le laissât jamais paraître. -J'étais fouettée sévèrement pour la moindre incartade -et ces punitions honteuses ont laissé gravée -dans mon souvenir une impression pénible que je -ne me rappelle jamais qu'avec douleur. Après ces -corrections j'allais, sanglotant, trouver la vieille servante -qui m'avait élevée. Elle me plaignait, me soignait, -et tout était fini, jusqu'à ce qu'une autre faute -me faisait retomber sous le courroux paternel.</p> - -<p>Mon père, d'un caractère peu communicatif, détestait -la société. Aussi avais-je peu d'amies. C'est là -une faute. Que peut devenir une jeune fille, d'un -caractère expansif, partageant son temps entre la -lecture et les distractions futiles. Aliments insuffisants -pour un esprit vif et imaginaire? Pauvre isolée -dans un milieu désert, l'enfant s'étiole, semblable -à ces fleurs abandonnées qu'on n'arrose jamais. Je -possédais heureusement une bonne santé, un caractère -gai, et j'aimais passionnément la lecture. C'était -pour moi une grande consolation, et, quoique parfois -triste, je n'étais pas en vérité trop malheureuse.</p> - -<p>Quand j'atteignis dix-huit ans, cette existence -monotone commença à me peser singulièrement et -je tentais de prendre quelque liberté. Ceci ne me -réussit nullement; mon père, sans s'inquiéter autrement -de l'indécence qu'il y avait à fouetter une jeune -fille de mon âge, me donna le fouet, promettant -d'user couramment de ce moyen de punition jusqu'à -ce que j'eusse atteint l'âge de vingt ans. Vous -pouvez juger de l'effet produit par la perspective du -fouet! Était-ce bien un père qui parlait? Quoi! je -me voyais dans l'expectative d'une humiliante correction -jusqu'à l'âge de raison, peut-être jusqu'à -mon mariage!</p> - -<p>Je dus m'incliner; j'étais très romanesque, je -rêvais d'amour du matin au soir, mais l'idée de -résister à l'auteur de mes jours ne se serait jamais -présentée à mon esprit, et j'acceptais les fessées -avec toute la philosophie possible.</p> - -<p>Cette vie changea brusquement; mon père fut -enlevé en quelques jours par une pneumonie et je me -vis seule au monde. Tout d'abord, je fus abasourdie, -mais je ne ressentis pas un bien vif chagrin; je -n'avais jamais éprouvé pour lui qu'une amitié modérée. -Ses manières brusques surtout m'affligeaient et -étaient cause de mon peu d'affection.</p> - -<p>Je n'en étais pas moins seule… bien seule, abandonnée -dans un milieu indifférent, sans expérience -de la vie, sans défense contre ses embûches; comment -ne suis-je pas tombée dans les pièges tendus -par le vice, dans les bas-fonds de la débauche, poussée -par la misère, la misère, cette pourvoyeuse qui -guette et manque rarement sa proie? C'est ce que -je ne saurais dire. La destinée me réservait ses -coups pour l'avenir.</p> - -<p>Mon père mourait, ne laissant que des dettes -et la meute sinistre des créanciers commença à -gronder. J'étais sans ressources pécuniaires; il fallut -donc me résoudre à faire argent de tout, et je vendis -de mon mobilier ce qui avait quelque valeur. Ce fut, -bien entendu, pour régler les créanciers aux aguets, -si bien qu'il ne me resta pas un rouge liard.</p> - -<p>Je ne savais où coucher, et ma bonne dut m'offrir -une hospitalité qui, pour être généreuse, n'en était -pas moins momentanée, c'est-à-dire jusqu'au jour où, -rencontrant par bonheur une dame que j'avais un peu -connue autrefois, je lui narrai ma détresse. Elle en -fut vivement touchée et me recueillit dans sa demeure.</p> - -<p>Miss Ruth Dean—c'était le nom de ma bienfaitrice—était -quakeresse. Agée de trente ans, -vierge sans aucun doute, elle possédait un cœur -d'une extrême sensiblerie. Sa bourse était sans -cesse ouverte à l'infortune et se vidait généreusement -pour les œuvres philanthropiques.</p> - -<p>Sans être jolie, elle était agréable, grande et -mince, un corps délicat, de grands yeux d'une douceur -extrême, des cheveux noirs, peignés en bandeaux, -donnaient à son visage une expression de -douce quiétude et de sérénité et on y lisait toute -la mansuétude d'une âme généreuse. Cependant, -douée d'une indomptable énergie, elle supportait -sans se plaindre d'accablantes fatigues.</p> - -<p>Elle fut pour moi la meilleure des amies, me traita -comme une compagne, me fit manger à sa table. -Enfin, elle mit une jolie chambre à ma disposition.</p> - -<p>Miss Dean avait des correspondants dans toute -l'Amérique, et c'est alors que l'instruction que -j'avais reçue me fut d'une grande utilité: Miss Dean, -en effet, fit de moi son secrétaire, me donnant de -petits appointements et tous les vêtements dont -j'avais besoin, y compris le linge de corps.</p> - -<p>Peu à peu, elle devint pour moi une véritable -sœur; elle me trouvait jolie et me le disait; rien -n'était trop beau pour satisfaire mes désirs; elle me -donnait des jupons et des chemises garnies de dentelles, -alors qu'elle revêtait de simples dessous de -toile grossière, et une éternelle robe gris perle, -toute droite et unie. Ces petits détails me sont -chers; ils me rappellent l'époque heureuse de ma -vie. Jamais je ne goûtai de bonheur plus grand qu'en -ce temps d'existence paisible.</p> - -<p>Il est évident qu'une aussi douce personne, au -cœur si généreux, ne pouvait aimer l'esclavage.</p> - -<p>Miss Dean faisait partie de la ligue abolitioniste -et fournissait des fonds aux personnes chargées des -<i>stations</i>; elle-même recevait assez souvent des -esclaves marrons, ce qu'elle pouvait faire, du reste, -ouvertement et sans danger, la Pensylvanie étant -un état libre.</p> - -<p>Deux ans s'écoulèrent. J'avais beaucoup d'amies, -et quoique Miss Dean, en tant que quakeresse, n'aimât -les bals ni le théâtre, elle donnait néanmoins -de petites soirées; il va sans dire que j'y étais adulée -et fêtée et que ma jeune beauté y attirait beaucoup -d'adorateurs. Cette existence me plaisait à -merveille. Mais ce n'était que le prélude, le tableau -enchanteur qui précéda le terrible drame qui allait -briser ma carrière.</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu4.png" alt="" /></div> -<h3>II<br /> -UNE «STATION SOUTERRAINE»</h3> - - -<p>Les relations entre le Nord et le Sud étaient -déjà très tendues lorsque survint la mort de John -Brown, le grand abolitioniste. C'était une grande -perte pour les amis de la liberté. Miss Dean en fut -particulièrement touchée; elle connaissait intimement -ce grand homme, et l'applaudissait hautement -d'avoir poussé les esclaves à l'émancipation. Tout -acte en faveur des malheureux noirs était bon et -bien fait à son avis, et elle déclarait qu'elle n'hésiterait -pas une seconde à imiter John Brown si l'occasion -s'en présentait.</p> - -<p>De l'intention à l'action il n'y avait que peu de -distance pour Miss Dean: elle résolut de diriger une -<i>station souterraine</i>. Elle me fit part de son projet:</p> - -<p>—Il y a longtemps que j'aurais dû commencer -à aider ces malheureux noirs, me dit-elle. Je suis -certaine de diriger la <i>station</i> mieux qu'un homme; -les <i>rôdeurs</i> se méfient facilement d'hommes habitant -seuls, mais ne supposent nullement qu'une -femme ait le courage de faire ce dangereux métier. -En vivant tranquillement et en prenant toutes les précautions -nécessaires, je ne pourrais être inquiétée.</p> - -<p>J'étais moi-même une fervente abolitioniste et -l'enthousiasme communicatif de Miss Dean m'enflamma -à mon tour. La douleur d'autrui m'a toujours -peinée et j'étais décidée à tout risquer pour -aider mon amie dans son noble projet. Je lui fis -part de ma décision. Elle refusa d'abord de m'écouter, -disant que c'était une folie, me faisant envisager -les risques d'une telle entreprise et le long -emprisonnement que nous aurions à subir si nous -venions à être découvertes.</p> - -<p>—Non pas, ajouta-t-elle, que j'aie peur de la prison, -mais vous, Dolly, vous seriez trop malheureuse. -Vous êtes jeune, sensible et peu habituée à souffrir; -vous ne pourriez supporter et la mauvaise nourriture -et les durs travaux qu'on vous infligerait. De -plus, on m'a raconté que dans le Sud, on coupait -les cheveux des femmes captives. Non, ma chérie, -vraiment, je ne puis vous emmener; si un malheur -quelconque vous arrivait, je ne me le pardonnerais -jamais.</p> - -<p>—Eh! répondis-je, le travail ne m'effraie pas, et -mes cheveux ne sont pas si beaux que les vôtres. -Je puis donc bien courir les mêmes risques que -vous. Ne pensez pas que je veuille vous abandonner -au moment du danger. Je veux le partager avec -vous, et, bon gré mal gré, vous m'emmènerez, -m'écriai-je en l'embrassant câlinement.</p> - -<p>Certes, ma fidélité la touchait vivement, mais elle -n'était pas encore convaincue.</p> - -<p>Enfin j'insistai avec tant de force qu'elle finit -par m'accepter comme collaboratrice. Elle écrivit -immédiatement à quelques «amis<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>» en les priant -de lui faire savoir dans quelle partie du Sud une -nouvelle «station» pourrait rendre le plus de services.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> Des quakers.</p> -</div> -<p>Les réponses ne se firent pas attendre, et, après -avoir discuté le pour et le contre de tous les endroits -proposés, notre choix s'arrêta sur une maison située -au centre de la Virginie, près de la petite ville de -Hampton, sur la rivière James, à environ 25 milles -de Richmond, la capitale de l'État.</p> - -<p>Miss Dean donna immédiatement des ordres afin -de louer et préparer la maison pour deux dames qui, -pour des raisons de santé, désiraient passer quelque -temps en Virginie.</p> - -<p>Nous commençâmes nos préparatifs, et mon amie -décida de n'emmener qu'une seule domestique. -Marthe—c'était son nom—quakeresse comme -sa maîtresse, était depuis longtemps à son service. -Elle n'ignorait pas le but de notre déplacement, et -n'hésitait pas à courir les risques de la prison ou de -l'expéditive loi de Lynch.</p> - -<p>Par mesure de prudence, nous avions laissé ignorer -à tous nos amis l'emplacement exact de notre -résidence, nous contentant de répondre aux nombreuses -questions qui nous étaient adressées que -nous allions faire une excursion dans le Sud.</p> - -<p>Quinze jours plus tard, nos préparatifs étant achevés, -nous nous mettions en route, et, après un -séjour de deux jours à Richmond, nous arrivions à -notre nouvelle installation.</p> - -<p>Tout était en bon ordre et paraissait confortable -dans notre nouvelle demeure. La maison, très isolée, -située au bout d'une longue avenue, se cachait dans -les terres à un quart de mille de la route. Il y avait -cinq grandes pièces et une cuisine; derrière la maison -un jardin, rempli de fleurs et d'arbustes, donnait -une agréable fraîcheur. Une barrière entourait toute -la propriété.</p> - -<p>L'aménagement des diverses chambres fut de -suite commencé, et Marthe prépara le thé et le servit -dans la salle à manger. C'était une grande pièce, -basse de plafond, et recevant le jour par deux grandes -fenêtres garnies de fleurs. L'ameublement en était -original: des objets absolument modernes et des -meubles lourds et antiques s'y trouvaient entremêlés. -Néanmoins, l'ensemble produisait un agréable effet. -Notre lunch terminé, Miss Dean écrivit aux «amis», -qui dirigeaient les stations nord et sud, amis avec -lesquels nous allions entrer en communication, -«que nous pourrions désormais leur être utiles pour -faciliter l'évasion des esclaves».</p> - -<p>Les plus prochaines stations se trouvaient, au Sud, -à trente milles et celle du Nord à vingt-cinq milles.</p> - -<p>La correspondance terminée, et comme nous -avions grand besoin de repos, nous nous couchâmes.</p> - -<p>Le lendemain matin, je me réveillai fraîche et -parfaitement disposée, et comme Miss Dean dormait -encore, je m'habillai sans bruit et me glissai jusqu'à -la porte, dans le but d'explorer les environs.</p> - -<p>Au dehors, la végétation était ravissante, et à -chaque pas je rencontrai des arbres et des fleurs qui -m'étaient inconnus.</p> - -<p>Pendant plus d'une heure, j'allai ainsi à l'aventure, -sans rencontrer un seul blanc, quoique je visse -beaucoup de noirs travaillant dans les champs. Ces -braves gens, s'apercevant de la présence d'une étrangère, -me regardaient avec de grands yeux surpris, -comme des bœufs qui regardent passer un convoi.</p> - -<p>Je rentrai enfin. Miss Dean m'attendait pour le -déjeuner, que Marthe apporta immédiatement. J'y fis -grand honneur, la promenade m'ayant mise en -appétit.</p> - -<p>Nous fûmes bientôt complètement installées, et, -insouciantes du danger, toutes nos précautions ayant -été prises, nous semblait-il, aucun mauvais pressentiment -ne venait troubler notre quiétude.</p> - -<p>La nouvelle vie que j'allais mener m'amusait déjà -beaucoup; nous avions fait de nombreuses provisions -et caché des matelas et couvertures dans une -petite cabane attenante à la maison, dans le cas où -un fugitif arriverait de la «station» située au Nord -de la nôtre.</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu5.png" alt="" /></div> -<h3>III<br /> -UNE ÉVASION</h3> - - -<p>Notre maison était fort bien située pour la mission -que nous avions à remplir, notre plus proche voisin -demeurant à trois milles, et la petite ville de Hampton -étant à peu près à la même distance.</p> - -<p>La température était très élevée, mais je m'y -habituai parfaitement et, tous les jours, je faisais de -longues promenades dans la campagne, vêtue d'une -robe légère et d'un chapeau de paille; les nègres -eurent vite fait de me connaître, et, s'apercevant de -l'intérêt que je leur portais, ils m'offraient de nombreux -présents, entre autres de beaux morceaux -d'opossum et de coon, animaux à chair délicate dont -les esclaves étaient très friands.</p> - -<p>Souventes fois je me promenai dans les plantations -et dans le quartier des esclaves, mais je prenais -grand soin à faire ces visites secrètement, car si les -propriétaires d'esclaves ou même les blancs des -environs s'en étaient aperçus, nos desseins eussent -bien vite été découverts.</p> - -<p>Trois mois passèrent ainsi tranquillement. Nous -recevions en moyenne deux ou trois esclaves fugitifs -par semaine. Ils arrivaient généralement à la nuit -tombante; nous leur faisions prendre un repas réconfortant -et leur donnions un abri dans la cabane. Munis -de provisions, ils repartaient le lendemain au -soir pour une autre station, se dissimulant soigneusement -dans les sentiers ou le long des plantations.</p> - -<p>Parfois, trop fatiguées pour continuer leur route, -les femmes restaient jusqu'à ce qu'elles fussent en -état de partir.</p> - -<p>Parmi ces nègres marrons, les uns arrivaient bien -vêtus et sans avoir trop souffert, mais d'autres, le -plus grand nombre, étaient dans un état horrible. -Beaucoup de femmes avaient des enfants sur les bras, -quelques-unes venant de la Floride, après une -marche pénible et dangereuse.</p> - -<p>Presque tous ces évadés portaient des traces récentes -de coups de fouet, et certains le stigmate de -leur propriétaire imprimé au fer rouge. J'ouvre ici -une parenthèse pour vous donner une idée de la -misère de ces pauvres diables.</p> - -<p>Un soir, nous étions, Miss Dean et moi, tranquillement -installées à lire et à discuter sur le sujet de -notre lecture; depuis près d'une semaine, nous -n'avions eu personne à secourir et mon amie disait -justement: «Je me demande si un de ces malheureux -viendra, ce soir, nous demander l'hospitalité», -quand nous entendîmes heurter à la porte.</p> - -<p>Je courus ouvrir. Une femme entra en chancelant -et vint tomber évanouie à mes pieds. J'appelai à -mon aide Miss Dean et Marthe et nous transportâmes -la malheureuse sur un canapé.</p> - -<p>C'était une fort jolie fille, très claire de peau; -ses cheveux bruns flottaient sur ses épaules, car -elle ne portait pas de madras. Elle pouvait avoir -seize ans; ses seins étaient déjà très développés.—Les -femmes de couleur entrent très jeunes en état -de nubilité. Elle n'avait jamais travaillé dans les -plantations, car ses mains étaient fines et blanches -et ses vêtements d'une certaine recherche étaient -seulement déchirés et souillés. Elle était chaussée -de gros souliers qui, ainsi que ses bas, étaient -recouverts de boue. Elle revint promptement à elle -et ses grands yeux hagards nous regardèrent avec -une expression de douleur et de crainte. Elle but -avidement un grand bol de bouillon et dévora la -viande qu'on lui servit. La pauvre femme n'avait -rien mangé depuis vingt-quatre heures! Au lieu de -l'envoyer dans la cabane, je fis monter cette pauvre -fille dans une chambre inoccupée où se trouvait un -lit, et je la priai de se déshabiller. Elle me regarda -timidement, puis après un moment d'hésitation, -enleva sa robe et ses jupons—elle n'avait pas de -pantalon. Je vis alors que sa chemise était remplie -de taches de sang. Je compris que la malheureuse -avait été fouettée récemment, et, doucement, je la -décidai à me raconter son histoire.</p> - -<p>Elle appartenait à un planteur, un homme marié -et père de famille, qui demeurait à 25 milles de -là. Son maître, la trouvant à son goût, lui ordonna un -jour de se trouver dans son cabinet de toilette, à -une certaine heure. Elle était vierge et, comme elle -savait ce qui l'attendait, elle <i>osa</i> se soustraire à -l'ordre donné. Le lendemain, on lui donnait une note -à remettre au majordome, qui, l'emmenant à la salle -d'exécution, lui apprit qu'elle allait être fouettée -pour désobéissance. Couchée sur un chevalet, les -membres attachés et son jupon relevé, le capataz la -fouetta sans pitié, jusqu'à ce que le sang ruisselât. -Puis on la releva en la menaçant du même supplice -si elle ne se pliait pas aux exigences du maître. -Courageusement, et plutôt que de sacrifier sa virginité, -elle se sauva à travers bois, jusqu'à ce qu'elle -eût atteint notre maison.</p> - -<p>Nous la cachâmes pendant une semaine et, un -autre captif nous étant arrivé, ils partirent tous deux, -de compagnie, réconfortés par nos secours et munis -de provisions.</p> - -<p>Ces cruautés ne dépassent-elles pas en horreur -tout ce que l'imagination peut concevoir de plus -horrible. Honte à jamais sur ces barbares qui, au -nom de la civilisation jetaient le sang des noirs à la -face de l'humanité.</p> - -<p>Combien d'autres anecdotes ne pourrais-je encore -vous raconter, si je ne craignais d'assombrir davantage -mon récit. Ces actes d'inouïe sauvagerie, -presque incroyables, se renouvelaient journellement -et se pratiqueraient peut-être encore si l'attitude -ferme d'un petit nombre d'hommes qui se dévouèrent -à cette cause, n'avait mis un frein à ces actes -qui déshonorent la civilisation.</p> - -<p>Mon histoire et celle de mon amie furent étroitement -liées à cette époque de mon existence. Reprenons -cette histoire.</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu6.png" alt="" /></div> -<h3>IV<br /> -UN BEAU CAVALIER</h3> - - -<p>Nous continuions notre vie calme, mais si -Miss Dean était toujours pleine d'empressement et -d'enthousiasme dans l'accomplissement de son œuvre -charitable, je trouvais, quant à moi, cette existence -un peu monotone. L'isolement commençait à me -peser. J'aurais voulu une compagne avec laquelle -j'aurais pu rire et causer gaîment, car Miss Dean, -quoique toujours bonne et charmante, était d'un -caractère enclin à la mélancolie; j'eusse souhaité -qu'une personne moins triste partageât mes heures -de jeune fille.</p> - -<p>Ma première bravoure était maintenant tombée, -et, parfois, des idées noires me hantaient. L'idée -d'être arrêtée, d'avoir les cheveux coupés ras et -d'être emprisonnée me terrifiait. Je n'avais pourtant -aucune raison de m'alarmer: nous étions bien connues -dans les environs, tous les blancs à qui nous -avions affaire étaient très polis avec nous, et aucun -d'eux ne soupçonnait que deux femmes seules -eussent osé se sacrifier au point de risquer leur -liberté en se mettant ainsi hors la loi. Ce cas, -d'ailleurs, ne s'était jamais produit.</p> - -<p>Chose étrange! nous étions environnées d'individus -sans aveux, et qui, certes, ne se recommandaient -pas par leurs scrupules ou leur honnêteté. -Aucun d'eux ne possédait l'argent suffisant pour -acheter un esclave, et pourtant la traite des noirs -n'avait pas de plus ardents défenseurs.</p> - -<p>J'avais l'habitude de me promener chaque jour -dans la campagne, et je souhaitais ardemment de -trouver quelqu'un à qui parler. Enfin mes vœux -furent exaucés.</p> - -<p>Une après-midi, je marchais lentement, en proie à -je ne sais quels pensers tristes, lorsqu'au coin d'une -route, je me trouvais face à face avec un petit -troupeau que précédait un taureau. Celui-ci, en me -voyant, baissa la tête, gratta la terre du sabot, et -poussa un mugissement féroce. Il est probable que -si j'étais restée immobile, l'animal aurait continué -sa route; mais, prise d'une frayeur incompréhensible -je me mis à courir de toutes mes forces en -poussant un cri de terreur. La bête se mit aussitôt -à ma poursuite. J'allais être atteinte et tuée -sans nul doute, quand un cavalier, qui se trouvait -là et qui avait entendu mes appels, sauta une haie -qui nous séparait et, piquant droit à l'animal, le -détourna de sa course en le frappant de sa lourde -cravache.</p> - -<p>C'était un jeune homme; il mit pied à terre et vint -à moi; j'étais immobile et je tremblais au point que -je me serais affaissée, lorsque s'élançant, il me soutint -en portant à mes lèvres une gourde pleine d'une -liqueur réconfortante.</p> - -<p>—Remettez-vous, dit-il, le danger est passé.</p> - -<p>Je le remerciai chaleureusement. C'était un bel -homme, grand, très brun, portant une forte moustache; -il pouvait avoir trente-cinq ans. Sa physionomie -était très agréable, bien que je ne sais quoi -d'énergique en tempérât la douceur.</p> - -<p>Il attacha son cheval à un arbre, et s'asseyant -auprès de moi, commença à me parler de façon -alerte et légère. Je me trouvai vite à mon aise avec -lui, si bien que quelques minutes après, je bavardais -gaiement, heureuse d'avoir enfin trouvé un -compagnon aimable auquel j'étais attachée par la -reconnaissance. Il me dit s'appeler Randolph, -célibataire, et possesseur d'une grande plantation -peu éloignée de notre maison. Je savais cela déjà -et connaissais quelques-uns de ses esclaves, mais -je me gardai bien de lui faire cette confidence. En -apprenant mon nom, il se mit à sourire:</p> - -<p>—J'ai entendu parler de vous et de Miss Dean, -dit-il, et j'étais persuadé que mes locataires—car -votre maison m'appartient—étaient deux -vieilles filles laides et désagréables.</p> - -<p>Je ne pus m'empêcher de sourire à mon tour.</p> - -<p>—Miss Dean est un peu plus âgée que moi, répondis-je, -mais elle n'est ni laide ni désagréable; -elle est au contraire tout à fait charmante. Quant à -moi, je suis… son secrétaire.</p> - -<p>—Vous pourriez ajouter que vous êtes tout à fait -charmante et que vous voyez en moi un homme -enchanté d'avoir fait votre connaissance.</p> - -<p>Je rougis, mais au fond, j'étais heureuse du compliment. -Les jeunes gens avec lesquels je m'étais -trouvée à Philadelphie étaient tous des Quakers -plutôt austères, et peu habitués au langage doré -qui tourne la tête aux femmes.</p> - -<p>Le jeune homme continua, toujours sur le ton le -plus galant:</p> - -<p>—Vous devez trouver la vie bien triste toutes -seules ici, sans voisins. Voulez-vous me permettre -d'aller vous rendre visite un jour ou l'autre? Vous -êtes sans doute chez vous le soir?</p> - -<p>J'eus un soubresaut violent. Lui à la maison! -c'était le loup dans la bergerie; nos pieuses manœuvres -seraient vite découvertes!</p> - -<p>Avec un calme apparent, je lui répondis qu'il -m'était absolument impossible de prendre sur moi -d'accéder à son désir; Miss Dean, il ne devait pas -l'ignorer, était une quakeresse et par cela même -d'un commerce assez difficile. J'ajoutais qu'elle ne -voulait que moi pour la distraire et que des visites—fussent-elles -de simple politesse—pourraient -la mécontenter. Ce disant, je me levai, voulant à -tout prix éviter de nouvelles questions, questions -que je prévoyais embarrassantes.</p> - -<p>—S'il en est ainsi, répliqua-t-il, je ne m'imposerai -pas à Miss Dean, mais me permettez-vous -d'insister pour vous revoir? Voulez-vous que je -sois ici, demain, à trois heures?</p> - -<p>Il n'y avait aucun danger à accepter ce rendez-vous; -de plus, si je le lui refusais, il était capable -de venir à la maison. J'étais jeune, insouciante, et -ignorante du danger qui pouvait résulter de telles -entrevues. Je promis donc d'être exacte, et lui dis -au revoir.</p> - -<p>Il pressa un moment ma main, me dit: «A demain», -puis, sautant en selle, il partit au galop.</p> - -<p>Je le suivis des yeux, me sentant pleine de reconnaissance -pour l'homme qui peut-être m'avait sauvée -de la mort. Alors je repris lentement, comme j'étais -venue, le chemin de l'habitation, roulant dans ma -tête mille projets divers. J'étais heureuse de cette -petite aventure qui, pour un instant, jetait dans la -monotonie de ma vie une lueur de gaieté.</p> - -<p>Je trouvai Miss Dean occupée à faire des chemises -pour les nègres.</p> - -<p>—Vous êtes fraîche comme une rose, ce soir, -me dit-elle, qu'est-ce qui vous a donné ces belles -couleurs?</p> - -<p>Je lui racontai en riant que j'avais été poursuivie -par un taureau, mais je me gardai bien de parler -du grand danger que j'avais couru, ni de M. Randolph; -mon amie, dont les principes étaient irréductibles -à l'égard des hommes, ne m'eût jamais -permis de revoir M. Randolph. Puis, j'enlevai mon -chapeau et nous nous mîmes à table.</p> - -<p>Le lendemain, à l'heure dite, je trouvai Randolph -au rendez-vous; il avait l'air très heureux en me -saluant, et me prit les deux mains, me contemplant -un instant avec un regard extatique.</p> - -<p>Une femme s'aperçoit toujours du charme qu'elle -inspire. Aussi était-il difficile que je me méprisse -sur les sentiments de M. Randolph. Après quelques -mots aimables, il m'offrit son bras et nous allâmes -nous asseoir dans un petit coin de verdure au bord -d'un lac.</p> - -<p>Il me questionna sur ma vie passée et mes espérances. -Je lui confiai que j'étais orpheline, et lui -donnai des détails sur les fonctions que je remplissais -auprès de Miss Dean, sans toutefois lui faire -connaître les raisons qui nous engageaient à vivre -en Virginie.</p> - -<p>Les manières de M. Randolph étaient correctes, -et nous restâmes ensemble pendant plus d'une -heure sans qu'il se fût permis la moindre privauté. -En me quittant, il me fit promettre de revenir trois -jours après.</p> - -<p>Je fus exacte au rendez-vous, puis, peu à peu, -l'habitude vint de nous voir tous les jours. Certes, -je ne ressentais pour lui aucun amour véritable, -mais je me plaisais en sa compagnie. Il avait beaucoup -voyagé, connaissait bien l'Europe, et ses -récits étaient toujours variés et pleins d'intérêt.</p> - -<p>Cependant, je crus m'apercevoir qu'il était cruel -et qu'il n'avait sur les femmes qu'une opinion de -négrier. Il entendait l'amour au point de vue de la -suprématie du maître. C'est tout au plus s'il considérait -les femmes blanches un peu supérieures à -ses nègres.</p> - -<p>Malgré cela, il me fascinait, je ne pouvais lui -refuser un rendez-vous. Toujours très poli avec -moi, je m'apercevais néanmoins de la condescendance -qu'il me témoignait. Il était immensément -riche, faisait partie de l'aristocratie du Sud, et était -membre de «P. F. V.» c'est-à-dire appartenait -aux premières familles de Virginie, tandis que je -n'étais que la fille d'un employé de banque mort -dans la misère. En un mot il avait l'air de me considérer -comme lui étant tout à fait inférieure par la -naissance comme par le sexe.</p> - -<p>Peut-être cet homme avait-il raison…</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu7.png" alt="" /></div> -<h3>V<br /> -TENTATIVE INFRUCTUEUSE</h3> - - -<p>Peu à peu, sans m'expliquer pourquoi, je me pris -à avoir un peu plus d'affection pour Randolph, et soit -que je m'habituasse à ses manières, soit que je lui -fusse reconnaissante de n'avoir jamais porté sur -moi le dédaigneux jugement qu'il portait sur les -femmes en général, je sentais qu'une détente se -produisait en mon cœur. Je lui savais gré de sa politesse -et de la galanterie pleine de réserve dont il -usait à mon égard. Il me prêtait des livres, des poésies -que je dissimulais pour que miss Dean ne les vît -pas, et souvent, étendus sur la mousse, il me lisait -d'une voix qu'il savait rendre harmonieuse des passages -de Byron ou de Shelley.</p> - -<p>Une après-midi, par une chaleur torride, nous étions -installés dans notre coin favori à l'ombre des arbres, -au bord de l'eau. Il me lisait un poème d'amour -avec une voix chaude et si vibrante qu'à chacun des -vers passionnés, je sentais des flammes me monter -au visage, et, dans ma poitrine, mon cœur battre -avec violence.</p> - -<p>Une douce langueur me pénétrait toute, et je fermais -les yeux, comme si j'eusse voulu prolonger par -le sommeil le doux rêve que je rêvais.</p> - -<p>Il cessa de lire. Tout était calme.</p> - -<p>Un oiseau moqueur s'envola en poussant un cri -strident; j'éprouvais un bien-être indicible.</p> - -<p>Je sentis soudain son bras se glisser autour de ma -taille, et ses lèvres se poser sur les miennes; un -frisson me parcourut toute, mais je ne fis aucun -mouvement pour me dérober. Le baiser figé sur mes -lèvres semblait m'avoir hypnotisée.</p> - -<p>Me pressant tendrement contre lui, il couvrit -mon visage et mon cou de baisers, murmurant -qu'il m'aimait, et me donnant les plus doux noms.</p> - -<p>Ah! s'entendre dire: «Je vous aime!» comme -ces mots sonnent agréablement à l'oreille d'une -femme quand elle les entend pour la première fois.</p> - -<p>Combien sommes-nous qui résistons au fluide -enchanteur qui nous pénètre?</p> - -<p>Cette longue chanson d'amour qu'est notre vie, -nous voudrions toujours la vivre, y revenir sans cesse, -même quand elle nous a trompées.</p> - -<p>Pauvres naïves que nous sommes! Et combien -Randolph avait raison de ne prendre nul ménagement -à l'égard de la naïve jeune fille qui se livrait -tout entière, imprudemment, presque inconsciemment; -elle ne voyait pas, la pauvre créature, dans -l'illusion d'un rêve doré, surgir le mensonge et le -désenchantement.</p> - -<p>La réalité brutale n'apparaissait pas encore au -bord du précipice où sombre la vertu.</p> - -<p>Cependant mon immobilité l'enhardit. Je sentis sa -main glisser lentement sous mes jupes.</p> - -<p>Le charme était rompu! Je frémis sous l'attouchement -infâme de cet homme, et essayai de me -dresser pour m'enfuir. Vains efforts! Il m'avait -saisie rudement et me maintenait couchée sur le sol -malgré mes prières, malgré mes larmes.</p> - -<p>Je tentai un suprême effort. Peine perdue, il se jeta -sur moi, me renversa et, hagard, une lueur de folie -immonde éclairant ses yeux sombres, il arrachait mes -vêtements. Cependant je résistais de toutes mes -forces; j'essayais mes dents sur sa face et mes ongles -sur ses yeux. J'étouffais sous le poids de son corps -et sentais mes forces décroître. Mais j'étais vigoureuse, -et je combattis vaillamment pour la défense de -ma virginité. J'appelais à l'aide en poussant en même -temps de grands cris que sa main étouffait. La lutte -fut longue; mes membres étaient brisés et comme il -continuait à peser de tout son poids sur ma poitrine, -je râlais épuisée, haletante, à bout de souffle; les -yeux hagards, en proie à une indicible épouvante, -j'étais envahie de dégoût et voyais venir l'instant -fatal où toute résistance serait vaine, lorsque soudain, -craignant sans doute qu'attiré par mes cris quelqu'un -ne survînt, il lâcha prise et se releva. Je me redressai -d'un bond, éperdue, sanglotant et sans voix; je lui -crachais au visage. Mes vêtements étaient déchirés et -souillés, mes cheveux défaits inondaient mes épaules. -J'allais m'enfuir, quand il me saisit par le bras, et, -me regardant dans les yeux, avec un sourire cruel -de négrier, il me dit:</p> - -<p>—Petite folle, pourquoi me résistes-tu?</p> - -<p>—Laissez-moi, misérable! Comment osez-vous -me regarder en face après votre action infâme. Vous -êtes un lâche, monsieur Randolph! J'informerai la -justice et demanderai votre arrestation.</p> - -<p>Il éclata de rire:</p> - -<p>—Ma petite fille, dit-il d'un ton hautain et méprisant, -vous vous trompez étrangement. Vous ne donnerez -aucune suite à votre projet de dénonciation -quand vous aurez entendu ce que je vais vous dire.</p> - -<p>Je fis un brusque mouvement pour dégager mon -bras de son étreinte, mais il me serra plus fort, et -continua:</p> - -<p>—Toute lutte est inutile; j'en ai fini avec vous -pour aujourd'hui, et dans un moment vous serez -libre; mais auparavant écoutez-moi. Ne croyez pas -que j'ignore ce que vous faites ici avec Miss Dean. -Vous dirigez une <i>station souterraine</i>. Je m'en étais -douté dès le premier jour, et je vous ai surveillées. -Pour plusieurs raisons que vous devinerez sans peine, -je ne vous ai pas dénoncées, mais vous êtes toutes -deux en mon pouvoir, et s'il me plaît de vous envoyer -en prison, je n'ai qu'un mot à dire. Comprenez-vous, -maintenant!</p> - -<p>J'étais épouvantée. Nous étions entièrement à -la merci de cet homme; terrifiée, je ne trouvais -rien à lui répondre. Changeant de ton, il continua:</p> - -<p>—Mais je n'ai nulle envie de vous dénoncer. Je -veux continuer à être votre ami. Je vous aime, et tout -à l'heure quand je vous ai embrassée et que vous -vous y êtes prêtée avec tant de complaisance, j'ai cru -voir dans votre calme encourageant la défaite de votre -vertu. J'ai été brutal, il est vrai; je vous en demande -sincèrement pardon. Mais je veux que vous m'apparteniez. -Laissez Miss Dean, et venez vivre avec moi; -vous aurez tout ce qu'une femme peut désirer; je -vous assurerai mille dollars par an, votre vie durant; -de plus, je vous jure de laisser Miss Dean continuer -tranquillement son manège et de ne la troubler en -quoi que ce soit.</p> - -<p>Si j'avais pu prévoir l'avenir, j'aurais accepté cette -offre, mais pleine de rage et de honte, je m'écriai:</p> - -<p>—Non, misérable lâche, je ne quitterai pas Miss -Dean, vous pouvez nous dénoncer si vous le voulez. -Je préfère la prison à votre contact. Retirez-vous, -partez, misérable! Votre vue me devient odieuse!</p> - -<p>—Très bien, mademoiselle Morton, qu'il soit fait -selon vos désirs, mais il est à croire que, lors de -notre prochaine rencontre, vous regretterez d'avoir -repoussé mes offres.</p> - -<p>Puis il pivota sur ses talons et me laissa seule.</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu3.png" alt="" /></div> -<h3>VI<br /> -APRÈS LA LUTTE</h3> - - -<p>A peine eut-il disparu que je remis un peu -d'ordre dans ma coiffure et dans mes vêtements; -l'esprit plein encore d'un trouble extrême, je courus -vers la maison.</p> - -<p>Je pus rentrer heureusement dans ma chambre -sans être aperçue de Miss Dean ni de Marthe.</p> - -<p>Vivement je me déshabillai; ma robe était en -loques. Le matin, quand je l'avais mise, elle était -blanche et immaculée, elle était maintenant toute -verte dans le dos. Les cordons de mes jupons étaient -brisés et mes dessous en charpie. Mes cuisses étaient -marbrées de taches noires et bleues causées par la -pression des doigts de la brute, et j'étais horriblement -courbaturée.</p> - -<p>Mes vêtements remplacés, je me jetai sur le lit, -et cachant mon visage dans mon oreiller, je me -mis à pleurer abondamment. Je ne pouvais me pardonner -d'avoir eu confiance en Randolph.</p> - -<p>J'aurais dû surtout me méfier de lui, depuis que -j'avais surpris le peu de cas qu'il faisait des femmes, -et j'étais plus honteuse encore qu'il m'eût prise pour -une de ces filles qui livrent leur corps au premier -venu.</p> - -<p>Le souvenir de ses menaces me revint à l'esprit; -j'étais certaine qu'il les mettrait à exécution, et je -sentais qu'il était de mon devoir de prévenir Miss -Dean; je n'en eus cependant pas le courage; il eût -fallu lui avouer ma honte, et cet aveu était au-dessus -de mes forces.</p> - -<p>En imagination, je nous voyais déjà, Miss Dean et -moi, vêtues de vêtements grossiers, travaillant du -matin au soir avec du pain noir pour toute nourriture.</p> - -<p>On frappa tout à coup à la porte.</p> - -<p>C'était Marthe qui annonçait le dîner. Miss Dean -remarqua immédiatement mes traits décomposés, -mon trouble, mes yeux rouges, et, très inquiète me -demanda ce que j'avais. Je mis le tout sur le compte -d'un mal de tête, ce qui était vrai; l'excellente -femme me fit coucher sur le sofa, me baigna la tête -avec de l'eau de Cologne et me fit mettre au lit.</p> - -<p>Malheureusement, je ne pus dormir; je rêvai -continuellement d'un être formidable qui luttait avec -moi, et qui réussissait à me ravir ma virginité.</p> - -<p>Je me levai le jour à peine éclos, me demandant -anxieusement où nous serions dans vingt-quatre -heures, m'attendant absolument à voir se réaliser -les menaces de Randolph.</p> - -<p>Le jour passa lentement, à chaque instant il me -semblait entendre les pas des gens de police, et je -surveillai avec angoisse la grande avenue qui conduisait -à la maison.</p> - -<p>Le soir vint enfin, sans que rien d'extraordinaire -se soit passé. Vers neuf heures, un esclave -marron vint nous demander l'hospitalité, et, en -soignant la pauvre créature, j'oubliais mes propres -peines.</p> - -<p>Plusieurs jours passèrent ainsi, en des alternatives -de crainte et de quiétude.</p> - -<p>Je commençais à retrouver un peu d'assurance, -mais j'avais grande envie de fuir; je demandai un -jour à Miss Dean si elle ne pensait pas avoir assez -fait pour la cause de l'émancipation et si elle ne -retournerait pas bientôt chez elle.</p> - -<p>Elle ne voulut pas entendre parler d'une semblable -chose. Elle se rendait très utile, disait-elle, -et, au moins pour quelque temps encore, elle voulait -rester dans la station.</p> - -<p>Quinze jours passèrent encore, et j'étais tout à -fait rassurée. Je pensais que Randolph ne se souvenait -plus de son acte de lâcheté.</p> - -<p>Je ne l'avais pas revu depuis la fameuse scène à -laquelle je ne pouvais penser sans honte. Je devais, -hélas! me retrouver avec lui, dans une circonstance -sinon moins terrible que la dernière, du moins très -pénible.</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu8.png" alt="" /></div> -<h3>VII<br /> -LA LOI DE LYNCH</h3> - - -<p>Une après-midi, Miss Dean et moi étions assises -sous la vérandah. Mon amie confectionnait des chemises -pour les esclaves, tandis que j'arrangeais un -chapeau; ce faisant, je fredonnais une chanson -nègre intitulée: <i>Ramenez-moi vers ma vieille Virginie</i>. -Il était au moins bizarre que je chantasse ces -couplets, moi qui, précisément, aurais voulu me -voir à mille lieues de ce maudit pays, et qui, certes, -n'aurais jamais demandé à y revenir. Tout à coup, -nous entendîmes le pas de plusieurs chevaux, mêlé -à des voix d'hommes, et en regardant dans l'avenue, -je vis, les uns à pied, les autres à cheval, une vingtaine -d'individus paraissant se diriger vers la maison. -Nous ne savions ce que ces gens pouvaient nous -vouloir, aucun blanc ne se présentant jamais chez -nous. Arrivés à notre porte, ils attachèrent leurs chevaux -à la grille, et vinrent se placer autour de nous. -Leurs regards durs et la façon dont ces hommes -nous regardaient me terrifiaient. Ils m'étaient tous -inconnus et leurs vêtements grossiers, leurs longues -barbes, leurs chemises de coton, trahissaient clairement -des coureurs des bois. Je voyais bien que -leurs intentions n'étaient rien moins que pacifiques, -mais j'ignorais absolument ce qu'ils pouvaient nous -vouloir. Enfin, l'un d'eux, un peu mieux vêtu que -les autres, et qui pouvait avoir une quarantaine -d'années,—et que je sus après être un chef de -bande, du nom de Jack Stevens, s'approcha de -Miss Dean, et lui dit:</p> - -<p>—Allons, levez-vous toutes deux. Mes amis et -moi avons quelque chose à vous communiquer.</p> - -<p>Soumises, ainsi qu'il convient à des femmes demi-mortes -de peur, nous nous levâmes, et Miss Dean, -qui s'était ressaisie demanda sans hésitation:</p> - -<p>—De quel droit envahissez-vous ma maison aussi -brutalement?</p> - -<p>L'homme se prit à rire dédaigneusement:</p> - -<p>—Vous n'en savez rien? ricana-t-il. Eh! vous -m'étonnez, car vous êtes loin d'être aussi innocente -que vous le paraissez.</p> - -<p>Il poussa un énergique juron, et continua:</p> - -<p>—Nous avons appris que vous dirigez une -station souterraine, et depuis que vous êtes ici, -bon nombre d'esclaves se sont évadés par votre -entremise. Écoutez bien, et tachez de comprendre: -nous autres, Sudistes, ne voulons sous aucun prétexte -que les Nordistes anti-esclavagistes viennent -fourrer leur nez dans nos affaires, et s'emploient -à prêcher la révolte parmi nos esclaves. Quand -nous avons la chance d'attraper quelqu'un de vos -semblables, nous lui faisons amèrement regretter -de s'être occupé des nègres, et maintenant que -nous vous tenons, nous allons vous juger, selon la -loi de Lynch. Les hommes qui m'accompagnent -constitueront le jury.</p> - -<p>—Eh bien, les amis, dit Stevens se tournant vers -ses compagnons, est-ce ainsi qu'il fallait parler?</p> - -<p>—Bravo, bravo, Jack, très bien! approuvèrent -quelques-uns.</p> - -<p>Je tombai sur ma chaise absolument anéantie. -J'avais entendu raconter mille cruautés perpétrées -sous l'égide de la loi de Lynch.</p> - -<p>Miss Dean était toujours très calme:</p> - -<p>—Si vous avez quelque chose à nous reprocher, -dit-elle, vous n'avez dans aucun cas le droit de -faire justice vous-mêmes; vous devez prévenir la -police et les autorités de votre État.</p> - -<p>Un murmure de voix furieuses interrompit mon -amie:</p> - -<p>—Nous avons le droit d'agir comme bon nous -semble. La loi de Lynch est faite pour vous et vos -pareils; taisez-vous! Allons, Jack, assez causé, et -au travail!</p> - -<p>—C'est bien, mes enfants, il nous importait de -trouver les oiseaux au nid; maintenant, sortons -un instant afin de statuer sur le sort des prisonnières; -nous savons qu'elles sont coupables et le -seul point à fixer est le châtiment qu'elles auront à -subir.</p> - -<p>Nous restâmes seules et les hommes, dehors, -s'entretinrent avec animation. Malheureusement, ils -étaient trop éloignés pour que nous pussions saisir -leurs paroles. J'étais affaissée sur ma chaise, absolument -morte de peur:</p> - -<p>—Oh! Miss Dean, que vont-ils nous faire?</p> - -<p>—Je n'en sais rien, ma chérie, répondit-elle en -me prenant la main; pour moi, je ne m'en inquiète -guère, mais je suis terriblement désolée de vous -avoir entraînée dans ce guêpier.</p> - -<p>Je restai près de mon amie… elle me serrait les -mains, les caressant affectueusement. Les lyncheurs -revinrent enfin; ils avaient discuté avec animation, -ayant eu, semblait-il, beaucoup de peine à -se mettre d'accord.</p> - -<p>Enfin, Stevens s'avança vers nous d'un air à la -fois solennel et grotesque.</p> - -<p>—La cour, dit-il avec emphase, a statué sur votre -cas et voici ce qu'elle a décidé: Vous êtes condamnées -toutes deux à être fouettées avec une baguette -de coudrier. Vous serez ensuite mises à cheval sur -le coupant d'une palissade, et ensuite il vous sera -enjoint d'avoir à quitter l'État de Virginie dans les -quarante-huit heures. Ce laps de temps passé, si on -vous retrouve ici, vous aurez de nouveau affaire à -nous.</p> - -<p>En entendant cette horrible sentence, mon sang -se glaça dans mes veines. Je voulus me lever; mes -jambes me refusèrent tout service, et je retombai -sur mon siège.</p> - -<p>—Oh! vous ne nous fouetterez pas, m'écriai-je; -certainement vous ne voulez pas nous torturer ainsi! -Ayez pitié de nous, je vous en prie… ayez pitié de -nous.</p> - -<p>Mais il n'y avait pas la moindre trace de sensiblerie -sur la figure de ces brutes, et l'un d'eux s'écria:</p> - -<p>—Misérable petite Nordiste, si j'étais libre de -mes actions, je vous enduirais de goudron et de -plumes et je vous mettrais à cheval sur la palissade -pendant deux heures. On verrait la tête que vous y -feriez.</p> - -<p>Cette grossière plaisanterie les fit éclater de rire -et je retombai sur ma chaise en sanglotant encore -plus fort.</p> - -<p>Miss Dean, elle, ne donnait pas le moindre signe -d'émotion; elle était extrêmement pâle, mais ses -yeux brillaient d'une lueur étrange et dit en s'adressant -au chef de la bande:</p> - -<p>—J'avais toujours entendu dire, et j'étais persuadée -que les Sudistes étaient chevaleresques et -cléments envers les femmes, je regrette de m'être -trompée.</p> - -<p>—Il n'y a pas ici à être chevaleresque: vous -agissez comme des hommes; ne vous en prenez -qu'à vous-mêmes si nous vous traitons en hommes.</p> - -<p>—C'est bien. Il faut que vous sachiez tous ici que -je suis la seule coupable. Cette jeune fille, qui est -mon secrétaire, n'est pour rien en tout ceci. Vous -devez donc l'acquitter.</p> - -<p>—Jamais! réclamèrent quelques voix.</p> - -<p>—Taisez-vous, s'écria Stevens, et laissez-moi -parler.</p> - -<p>Et se tournant vers nous, il ajouta:</p> - -<p>—Nous savons parfaitement que vous êtes la -directrice de ce bureau de soi-disant bienfaisance; -mais comme cette fille vous aidait dans cette -besogne, elle doit être punie; cependant, elle sera -fouettée moins sévèrement que vous… Est-ce juste, -amis, demanda-t-il à ses féroces acolytes.</p> - -<p>—Parfaitement, parfaitement, soyons moins sévères -envers l'enfant que vis-à-vis du vieux chimpanzé.</p> - -<p>L'un d'eux s'écria:</p> - -<p>—Mais où donc est la servante. N'aurait-elle pas -besoin d'une petite correction? Une petite promenade -sur le grillage ne pourrait, il me semble, -que lui être salutaire.</p> - -<p>—Évidemment, approuva le chef. Que deux -d'entre vous courent à sa recherche, et que les autres -s'occupent de trouver des baguettes.</p> - -<p>Les hommes s'assirent en attendant; ils plaisantaient -grossièrement et, à chacune de leurs -remarques, le rouge me montait au visage. Miss -Dean, toujours calme et tranquille, ne paraissait pas -entendre les ignominies de ces sauvages. Ceux qui -étaient partis à la recherche de Marthe revinrent au -bout d'un instant:</p> - -<p>—La <i>souillon</i> est partie, dirent-ils; elle s'est -sans doute défilée dans les bois.</p> - -<p>—Bah! dit Stevens, nous avons les deux -patronnes, et il est probable que lorsque nous en -aurons fini avec elles, elles regretteront amèrement -de s'être occupées d'abolitionisme.</p> - -<p>—Vous avez raison, Jack, crièrent les hommes; -nous leur ferons maudire le jour où elles se sont -installées en Virginie… Et maintenant, à l'ouvrage.</p> - -<p>—A l'ouvrage, répliqua Stevens. Bill, allez chercher -l'échelle qui est sous le hangar; Peter et Sam, -vos baguettes sont-elles prêtes? Ah! ah! ces dames -ont sans doute souvent été cueillir et croquer la noisette, -mais je doute qu'elles aient jamais reçu des -coups de baguette d'hickory sur leur petit derrière.</p> - -<p>Les hommes riaient bruyamment, et je recommençais -à trembler.</p> - -<p>Quand donc ce supplice allait-il prendre fin?</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu4.png" alt="" /></div> -<h3>VIII<br /> -L'EXÉCUTION D'UNE SENTENCE</h3> - - -<p>L'échelle apportée fut appuyée contre la vérandah. -Stevens se plaça de côté tenant une badine à la -main. Les hommes formèrent le cercle et leur chef -s'écria d'une voix forte:</p> - -<p>—Amenez les prisonnières!</p> - -<p>On nous traîna en nous poussant par les épaules -pour recevoir cette cruelle et ignoble punition. Je -me tenais debout avec peine; Miss Dean marchait -au martyre droite et fière. Un sourire de dédaigneux -mépris errait sur ses lèvres pâles.</p> - -<p>Stevens prit la parole:</p> - -<p>—Comme c'est vous la patronne, vous aurez -l'honneur d'être fouettée la première. Attachez-la, -mes amis.</p> - -<p>Deux hommes la saisirent, la couchèrent sur -l'échelle et lui faisant de force étendre les bras, lui -attachèrent les poignets aux barreaux, puis firent de -même pour les chevilles. La malheureuse n'opposait -qu'une résistance instinctive, elle ne fit entendre -aucune protestation, mais lorsqu'elle fut bien attachée, -elle tourna la tête vers Stevens:</p> - -<p>—Ne pourriez-vous pas me fouetter sans enlever -mes vêtements? demanda-t-elle ingénument.</p> - -<p>—Impossible, la belle; on vous a condamnée à -être fouettée sur la peau, et vous subirez le châtiment -ainsi que c'est convenu.</p> - -<p>Ses jupons et sa chemise furent relevés et attachés -au-dessus de sa taille; Miss Dean ne portait pas -le pantalon ordinaire, mais une longue paire de -culottes blanches attachées par des rubans autour -des chevilles.</p> - -<p>A cette vue, ce fut une explosion de joie et de rires -ironiques.</p> - -<p>—Le diable m'emporte, s'écria Stevens, profondément -étonné. Elle a des pantalons! je n'avais jamais -vu une femme ainsi attifée. Enfin, enlevez-moi ça!</p> - -<p>—Je vous en prie, supplia Miss Dean, laissez-moi -mon vêtement. Il ne me protégera pas beaucoup -contre vos coups… Ne me mettez pas nue devant -tous!…</p> - -<p>On ne lui répondit même pas. Un des hommes s'avança, -et déboutonna le vêtement, la laissant nue et -toute frissonnante de la taille aux jarrets. La pauvre -femme rougit, puis pâlit affreusement; enfin elle baissa -la tête sur sa poitrine et ferma les yeux… Comme je -vous l'ai déjà dit, Miss Dean était très maigre; ses -hanches étaient étroites, ses jambes et ses cuisses -sveltes, mais bien modelées. Sa peau, très fine et -très blanche, laissait apparaître le réseau des veines.</p> - -<p>Les hommes, groupés autour de l'échelle, observaient -cyniquement cette scène, leurs yeux reflétant -de lueurs lubriques.</p> - -<p>Stevens leva alors la baguette, la fit siffler autour -de la tête et la laissa retomber rapidement, frappant -d'un premier coup terrible le corps de la malheureuse. -Le bois claqua comme un fouet, et la chair frissonna -sous l'aiguillon de la douleur.</p> - -<p>Miss Dean n'avait pas fait un mouvement.</p> - -<p>Stevens continua de frapper; chaque coup tombait -au-dessous du précédent, et la peau était maintenant -toute zébrée. Le corps de la suppliciée s'agitait -en soubresauts convulsifs: ses dents claquaient. -La terrible baguette continuait son horrible office. -J'aurais voulu crier, j'étais stupéfaite du courage de -mon amie. Chaque coup me faisait bondir; les raies -rouges se multipliaient. Le sang commençait à -sourdre et à couler le long des cuisses; elle tournait -la tête chaque fois, ses yeux horrifiés suivaient -le bras de l'homme. Enfin la brute cessa de frapper -et jeta la baguette dont le bout était tout déchiqueté. -Puis, se baissant, il examina attentivement les -marques de la correction.</p> - -<p>La surface entière de la peau était rouge et barrée -de marques livides qui s'entre-croisaient en tous -sens; le sang coulait abondamment et contrastait -avec la blancheur immaculée des cuisses.</p> - -<p>Cinquante coups au moins avaient été donnés.</p> - -<p>—Là! dit Stevens, je suppose qu'elle en a assez. -Je l'ai peu ménagée comme vous pouvez vous en -rendre compte. Il est probable qu'elle ne pourra -s'asseoir aisément de quelques jours, et je doute fort -que les marques disparaissent jamais.</p> - -<p>Les vêtements de la victime furent alors baissés, -ses pieds et ses mains déliés. Elle restait debout -se tordant en proie à la plus affreuse douleur, et -apparemment indifférente à tout ce qui l'entourait; -elle sanglotait et d'abondantes larmes s'échappaient -de ses yeux voilés par la terreur.</p> - -<p>Un peu remise, elle releva son pantalon qui traînait -à terre, et, toute rougissante du regard des -hommes, encore fixé sur elle, elle le rattacha péniblement -autour de sa taille. Deux des bourreaux, la -saisissant sous les bras, la conduisirent à la vérandah, -où elle s'étendit de tout son long sur un canapé, -incapable du moindre mouvement.</p> - -<p>Je vous laisse a penser l'état d'épouvante en -lequel j'étais. Les paroles brutales de ces hommes -me faisaient rougir; je me sentais prise de fureurs -soudaines contre ces barbares et, aussi, prête à leur -adresser toutes les supplications. J'étais envahie de -pitié pour ma malheureuse compagne et terrifiée -par la perspective du châtiment qui m'était réservé. -Je n'ai jamais pu supporter la moindre douleur physique.</p> - -<p>Stevens ramassa la baguette neuve, et, s'adressant -à ses hommes:</p> - -<p>—Maintenant, dit-il, nous allons opérer sur ce -tendron; amenez-la, mes amis.</p> - -<p>A ces mots, voyant qu'il n'y avait personne derrière -moi, je résolus de fuir, et pris mes jambes à -mon cou. J'aurais mieux fait de rester tranquille, je -n'avais pas fait trois mètres qu'une main me saisissait -au cou et, avec la rapidité de l'éclair, je me trouvais -solidement attachée à l'échelle.</p> - -<p>Stevens me déshabilla lui-même lentement. Mes -jupes et ma chemise furent roulées sous mes bras et -quand il arriva au pantalon, il s'arrêta. Je portais le -pantalon ordinaire, très large de jambe et fendu au -milieu.</p> - -<p>—Regardez, dit-il, elle a aussi des pantalons, mais -ils sont faits autrement et recouverts de dentelles.</p> - -<p>Puis, sur une remarque fort grossière à propos de -la fente, les hommes s'esclaffèrent tandis que je -pleurais à chaudes larmes.</p> - -<p>Il fit tomber mon dernier vêtement et je sentis -sur ma chair nue le frôlement caressant de la brise.</p> - -<p>J'étais anéantie par la honte. Je sentais peser sur -moi le regard et une indicible angoisse me poignait -la gorge; ce n'était là, hélas, que le préambule de -l'horrible supplice auquel j'allais être soumise.</p> - -<p>Stevens prit la parole de nouveau:</p> - -<p>—Nous allons sans plus tarder procéder à l'exécution. -Je propose de lui infliger douze coups bien -cinglés sans cependant faire sortir le sang. Souvenez-vous -qu'elle n'a joué dans cette affaire qu'un rôle de -comparse.</p> - -<p>Tous, cependant, n'étaient pas du même avis; -quelques-uns réclamaient pour moi un châtiment -équivalent à celui enduré par ma maîtresse.</p> - -<p>Dans mon malheur, ce me fut un soulagement -d'apprendre que je n'aurais pas à subir un traitement -aussi cruel que Miss Dean. Un des hommes cria au -tortionnaire:</p> - -<p>—Faites attention, et tapez dur, Jack; faites-la -un peu sauter.</p> - -<p>Le lâche, j'eusse voulu savoir ce lâche tortionnaire, -tourmenteur de femmes, en proie aux flammes infernales.</p> - -<p>—N'ayez nulle crainte, mon garçon, répondit Stevens, -je sais comment on se sert d'une baguette; -elle va recevoir douze coups qui vont transformer -son derrière en drapeau américain rayé rouge et -blanc. Lorsqu'elle sortira de mes mains, elle ne demandera -pas son reste, et sera plutôt gênée pour -marcher. Pourtant, je n'en ferai pas sortir une goutte -de sang; je vous le répète, je sais ce que c'est que -de fouetter; j'ai été majordome durant cinq années -en Géorgie.</p> - -<p>Pendant tout ce discours, j'étais restée honteuse -de ma nudité, et, machinalement, je me serrais aussi -fort que possible contre l'échelle.</p> - -<p>Le premier coup tomba enfin; ce fut horrible; la -douleur était encore plus atroce que je ne me l'étais -imaginée. La respiration me manqua, et, pendant -quelques secondes, je restai suffoquée. Alors, je me -mis littéralement à hurler. Il continua de frapper -lentement, plaçant chaque coup au-dessous du précédent -et la baguette, en retombant, me donnait la -sensation d'un fer rouge appliqué sur mes chairs.</p> - -<p>Je me tordais de plus en plus, criant de toutes -mes forces, faisant des bonds désordonnés, autant -que mes liens me le permettaient, tout en suppliant -le bourreau de cesser. J'avais oublié mon état de -nudité, et la seule sensation que j'éprouvais était -une douleur plus cuisante que si elle eût été provoquée -par des brûlures.</p> - -<p>Quand les douze coups m'eurent été donnés, -j'étais à demi évanouie.</p> - -<p>On me laissa suspendue par les poignets, et les -hommes m'entourant, se mirent à m'examiner. Le -sentiment de la pudeur me revint peu à peu, et je -suppliai ces cruels justiciers de me laisser prendre -un vêtement.</p> - -<p>Ils restèrent sourds à ma prière, occupés qu'ils -étaient d'écouter la péroraison de Stevens.</p> - -<p>—Voyez, mes amis, disait celui-ci, avec quelle -régularité les coups ont été frappés. Voilà ce qu'on -appelle une bonne correction. Mais cette fille n'a -aucune énergie. La première noiraude venue aurait -supporté le double de coups sans se plaindre. Parlez-moi -de sa compagne, voilà au moins une femme -courageuse.</p> - -<p>Puis, me remettant mes effets, il me conduisit à la -vérandah où Miss Dean, toujours étendue sur le -canapé, pleurait doucement de honte et de douleur…</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu9.png" alt="" /></div> -<h3>IX<br /> -JACK STEVENS</h3> - - -<p>La conduite de ces batteurs d'estrade à l'égard de -deux femmes dont l'une était jeune, belle et, en tous -points désirable, peut paraître singulière. Comment -leur nature brutale ne fut-elle pas surexcitée par le -capiteux spectacle de ma resplendissante nudité?</p> - -<p>Ce n'est pas qu'à la perspective angoissante de la -torture je préférasse l'ignominie qui devait résulter -de la défaite de ma vertu, mais, au plus profond de -moi, j'espérais néanmoins que la vue de mes jeunes -charmes, avivant les instincts de concupiscence de -ces brutes, serait un prétexte à querelle.</p> - -<p>Quoique naïve encore, malgré la leçon que -m'avaient donnée les infâmes entreprises de Randolph, -je savais que l'exhibition de mon corps pouvait -réveiller les ignobles appétits de ces hommes -grossiers et frustes; j'espérais, dis-je, qu'ils se -seraient disputés ma possession, et qu'à la faveur -d'une rixe j'aurais pu m'enfuir.</p> - -<p>Hélas! je ne savais pas qu'ils fussent les suppôts -de Randolph lui-même, et payés largement par celui-ci -pour l'exécution d'un ordre barbare.</p> - -<p>Chez ces hommes, la cupidité, cette fois, avait -parlé plus haut que l'instinct bestial.</p> - -<p>Du reste, les coureurs des bois n'agissaient pas -toujours ainsi quand l'appât du gain ne commandait -pas à leurs actions, et ce même Stevens échappa longtemps -aux recherches de la justice pour un crime -d'assassinat précédé de viol, perpétré en des circonstances -particulièrement atroces.</p> - -<p>Le récit du crime monstrueux me fut fait, plus -tard, par une vieille mulâtresse, esclave de Randolph -père, laquelle l'avait elle-même entendu raconter -par le menu des détails.</p> - -<p>Je crois devoir placer digressivement ici le récit -de cette femme:</p> - -<p>Malgré le surmenage dont étaient accablés les -esclaves, malgré le surcroît de travail exigé de -chacune d'elles, Randolph père n'arrivait pas à satisfaire -aux demandes des marchands de coton; aussi -était-il urgent que son troupeau humain augmentât -en nombre.</p> - -<p>Le planteur acheta donc sur le marché de Richmond -trois noirs parmi lesquels était une mulâtresse d'une -trentaine d'années nommée Maria de Granier.</p> - -<p>(En certaines parties de l'Amérique du Sud, les -esclaves nés dans la plantation, avaient leur prénom -suivi du nom de leur maître.)</p> - -<p>Cette femme qui, autrefois, avait été très jolie, -se trouvait, au moment de son exposition au marché, -dans un état lamentable: prise sous un éboulement -alors qu'elle se livrait à des travaux de terrassement, -elle en fut tirée à demi morte et pour toujours -infirme, incapable d'exécuter désormais les rudes -travaux auxquels elle avait été soumise.</p> - -<p>Maria de Granier, marchandise avariée, fut cédée -à bas prix. Mais ce qui engagea Randolph père à -faire cette acquisition, c'est que, malgré son terrible -accident, l'esclave allait bientôt être mère. Il comptait -sans doute que la jeune infirme pourrait suffire à -de menus travaux et que l'enfant dont elle était -enceinte augmenterait le nombre de ses esclaves -et lui rendrait un jour quelques services.</p> - -<p>Pour abominable qu'il fût, ce calcul n'en était -pas moins exact:</p> - -<p>La mulâtresse grosse des œuvres d'un blanc, donna -le jour à une ravissante petite fille qu'elle appela -Rosa. Et, pendant quatorze ans, l'enfant grandit, -entourée de soins par les femmes qui, afin de cacher -ses fautes enfantines, risquaient souvent d'être -fouaillées; adorée des pauvres noirs qui enduraient -stoïquement la bastonnade quand le majordome les -surprenait aidant l'enfant dans son travail.</p> - -<p>Cependant Rosa était devenue une ravissante -créature aux traits fins et réguliers, aux dents -blanches, aux longs yeux noirs; des formes incomparables -se révélaient déjà sous son ignominieux -vêtement d'esclave, et ses bras nus à la peau veloutée, -apparaissaient à peine teintés de ce bistre qui -décèle le sang mêlé.</p> - -<p>La vue de Rosa avait inspiré à Georges Randolph -qui, à cette époque, venait d'avoir dix-huit ans, -une passion violente. Il la poursuivait de ses prévenantes -assiduités et n'attendait qu'une occasion -propice pour faire subir à cette enfant le sort -qui attendait toutes les jeunes esclaves.</p> - -<p>Mais, par une sorte de prescience du danger dont -elle se sentait menacée, Rosa, qui s'était aperçue -de la nature des sentiments de Georges, fuyait -l'occasion, aussi n'acceptait-elle les gâteries et les -caresses du jeune homme qu'en la présence des noirs, -devant lesquels, malgré l'impunité dont il se savait -couvert, le jeune homme n'eût point osé perpétrer -un attentat.</p> - -<p>Enfin, un jour que Rosa, seule, portait un faix -de coton dans un hangar servant de magasin et -bâti à la lisière d'un bois, Georges, en l'absence du -majordome qu'il avait éloigné sous un prétexte -spécieux, se jeta sur l'enfant, la couvrit de baisers -et, dans un violent accès d'érotisme, lui commanda -de se coucher.</p> - -<p>Rosa, se dégageant adroitement de l'étreinte, -n'obtempéra point à l'ordre et s'enfuit dans la forêt -où Randolph furieux la poursuivit longtemps.</p> - -<p>L'enfant avait franchi des haies, des futaies, des -halliers, et pris, en courant, des sentiers qui lui -étaient inconnus; tant et si bien qu'épuisée, haletante, -elle se laissa tomber au milieu d'une sente -où, morte de fatigue, elle s'endormit…</p> - -<p>La nuit tombait. Bientôt, les fanes mortes et les -branches sèches qui jonchaient le sentier crièrent -sous les pas d'une troupe d'hommes. Ce bruit, -succédant tout à coup au calme profond de la forêt, -réveilla l'enfant. Elle se souvint et elle eut peur. -Mais rassurée à la pensée que ce bruit de pas -pouvait provenir de la marche de noirs qui la -cherchaient dans la forêt, elle se dressa et appela. -Au même instant elle sentit sur sa peau nue la -fraîche caresse des brises courant sous les bois.</p> - -<p>Dans sa fuite folle ses vêtements s'étaient défaits; -ils étaient tombés un à un et, maintenant, elle se -sentait honteuse d'être nue. Il lui semblait que -l'ombre avait des curiosités malsaines.</p> - -<p>L'enfant avait appelé. Des voix d'hommes lui -répondirent. Étaient-ce les noirs?</p> - -<p>Non! c'était Stevens escorté de deux compagnons -portant guêtres de cuir aux jambes et carabine à -l'épaule.</p> - -<p>—Par les tripes du Shériff! dit-il en apercevant -l'enfant, voilà une créature qui n'a pas -peur des refroidissements.</p> - -<p>Et, s'approchant:</p> - -<p>—Par la mort bleue! Elle est digne d'être hospitalisée, -de force ou de gré, en la somptueuse -demeure de Jack Stevens… Le diable que nous -adorons a eu, sans doute, pitié de notre continence -forcée; c'est pourquoi il nous offre aujourd'hui un -morceau de choix.</p> - -<p>Rosa comprit l'effroyable signification de ces -paroles. Elle fit un mouvement de retraite.</p> - -<p>Stevens épaula sa carabine:</p> - -<p>—Halte, la belle! cria-t-il. Bien que myope -le jour, je suis nyctalope la nuit, et sais diriger sur -le but un lingot de plomb. Allons! pas tant de façons -et suis-nous.</p> - -<p>Cernée maintenant par les trois hommes, l'enfant -sentit que toute résistance devenait impossible. -Rouge de confusion, angoissée de terreur, elle -joignit les mains:</p> - -<p>—Soyez bons, messieurs, soyez cléments… ayez -pitié! Je ne suis qu'une enfant… Une pauvre petite -esclave qui n'a pas encore quinze ans!…</p> - -<p>Les yeux des trois hommes étincelèrent:</p> - -<p>—Pas quinze ans!—s'exclama Stevens dont -l'autorité paraissait régler les actions et les paroles -de ses compagnons—Pas quinze ans! Mais alors, -c'est une friandise… un fruit mûr à point, dans -lequel personne n'a encore mis les dents!… Par le -nombril de Jacob! Vous y goûterez, camarades… -après moi!</p> - -<p>Tout espoir s'évanouissait, mais le courage revenait -à l'enfant:</p> - -<p>—Eh bien! dit-elle, tuez-moi! Je ne vous -suivrai pas!</p> - -<p>Et Rosa, croisant sur sa poitrine ses mains tremblantes, -s'accroupit dans l'herbe froide que mouillait -déjà la rosée des nuits.</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu10.png" alt="" /></div> -<h3>X<br /> -ABOMINABLE FORFAIT</h3> - - -<p>Entre les rudes mains des batteurs d'estrade, Rosa -s'était inutilement débattue, en vain avait-elle de -nouveau supplié, imploré. Ils l'avaient immobilisée -au moyen d'un lasso, emportée à travers bois et, -comme ses supplications et ses prières étaient inutiles -elle avait pris le parti de pousser des cris, -espérant ainsi être entendue.</p> - -<p>Certes, elle n'ignorait pas la nature de la correction -qui l'attendait à la plantation pour prix de son -escapade, mais, quoique n'ayant encore jamais été -fouettée, elle préférait néanmoins ce supplice qu'elle -savait pourtant cruel au sort que lui réservaient les -bandits.</p> - -<p>Ceux-ci, inquiets, bien qu'ils fissent diligence afin -de se soustraire eux-mêmes aux recherches dont -Rosa devait être en ce moment l'objet, inquiets des -cris de l'enfant qui pouvaient attirer les noirs de -leur côté, résolurent de la bâillonner.</p> - -<p>Stevens tira de son sac de cuir un lambeau de -cotonnade et en fit un tampon qu'il enfonça profondément -dans la bouche de sa victime.</p> - -<p>Et c'est ainsi que le groupe des ravisseurs arriva -dans la hutte de Jack Stevens.</p> - -<p>C'était une cabane en planches, toiturée de branches -entrelacées tombant jusqu'au sol et dont les -fissures étaient bouchées par de lourdes mottes de -gazon; cachée en d'épaisses frondaisons, tapie au -milieu d'arbres croissant sur le roc, cette hutte était -d'aspect sinistre. Il n'y avait que Jack Stevens et ses -deux compagnons qui connussent l'existence de ce -repaire. C'est là, qu'après de lointaines expéditions, -ils venaient cacher le produit de leurs brigandages.</p> - -<p>Stevens, qui portait l'enfant, la déposa doucement -sur le lit et enleva le bâillon qui l'étouffait. Puis, -un de ces hommes tira de sa veste en peau de buffle -un briquet d'acier et alluma une chénevotte, tandis -que son camarade préparait le quinquet.</p> - -<p>Une lueur fauve éclaira la cabane et les provisions -sorties des sacs, furent placées sur une large planche -posée au ras du sol.</p> - -<p>—Ce n'est peut-être pas d'une extrême élégance, -dit Stevens, qui, depuis que la lampe était -allumée, brûlait de regards le corps de Rosa, mais -c'est tout de même commode; on est chez soi! -James, ajouta-t-il en clignant de l'œil, il est indispensable -d'assaisonner avec force gingembre et -piment notre tranche de venaison; quant à toi, Pèpe, -dit-il en s'adressant à l'autre, tu rempliras d'hydromel -les gobelets.</p> - -<p>Quand la table fut mise, Stevens dit à l'enfant:</p> - -<p>—Si le cœur vous en dit, mademoiselle, il y en -aura assez pour vous.</p> - -<p>Rosa ne répondit rien. Des sanglots étouffés lui -poignaient la gorge. Elle avait trouvé une vieille -veste de cuir dont elle cherchait à se couvrir. Stevens -s'en aperçut.</p> - -<p>—Bas le masque! cria-t-il. Cette parure, pour -somptueuse qu'elle soit, est indigne de votre beauté!</p> - -<p>Il se leva, lui arracha l'oripeau dont elle couvrait -éperdument ses seins et revint s'asseoir en ricanant.</p> - -<p>Tant que dura le repas, celui que Stevens avait -appelé James ne quitta pas des yeux le corps merveilleux -de Rosa. Son regard paraissait détailler complaisamment -des charmes dont la possession lui était -assurée et si, parfois, ce regard se portait sur son -chef, c'était chargé de jalousie et d'envie. La douleur -seyait, d'ailleurs, à la beauté de l'enfant et on eût dit -que la hutte était chaude de son corps, parfumée du -capiteux relent de sa virginité éplorée.</p> - -<p>L'homme qu'on appelait Pèpe, buvait gobelet sur -gobelet. A la fin du repas, le cerveau envahi par les -épaisses fumées de l'ivresse, il alla s'étendre sur un -lit de feuilles et s'endormit à demi, sans toutefois -rien perdre de la scène qui allait se passer.</p> - -<p>Les propos échangés entre Stevens et James furent -banaux quand ils ne furent pas grossiers. Chacun -d'eux avait visiblement une même préoccupation. -L'un et l'autre se devinaient.</p> - -<p>Mais Stevens, maître absolu, avait su courber -James sous une discipline à laquelle il eût été dangereux -de résister et, souvent, il arrivait qu'après -une expédition, Stevens gardait pour lui seul le -butin, laissant ainsi à ses deux compagnons la consolation -de se partager la gloire.</p> - -<p>—Tu n'aurais peut-être pas le toupet de vouloir -<i>commencer</i>?—dit enfin Stevens.</p> - -<p>—Qui sait!—répondit tranquillement James en -caressant le manche de sa redoutable navaja. La -fille m'appartient comme à toi et, équitablement, c'est-à-dire -pour la première fois, il pourrait se faire que -nous partagions la capture. Si nous tirions au sort à -qui commencera?</p> - -<p>—J'ai gagné d'avance, répondit Stevens, qui, se -dressant sur les genoux, mit sous le nez de James -un revolver de gros calibre. Jette-moi ça ou je tire!</p> - -<p>James sortit hâtivement la navaja de sa ceinture -et la lança dans la hutte. Stevens alla ramasser -l'arme et la mit dans la poche de sa veste:</p> - -<p>—Maintenant, dit-il, le mariage va s'accomplir -avec toutes les formalités en usage dans le pays de -cet ivrogne de Pèpe, qui prétend être catholique. -Toi, James, tu seras à la fois mon témoin et celui de -la mariée; et si Pèpe n'était pas présentement ivre -comme un porc, il nous dirait la messe avec distribution -de bénédiction nuptiale. Je ne demande qu'une -heure, après quoi je me démettrai de mes fonctions -d'époux en ta faveur, James! Être trompé par sa -femme une heure après son mariage, il n'y a qu'ici -qu'on voit ces choses-là!</p> - -<p>Un gros rire dont chaque éclat secouait Rosa d'un -frisson d'épouvante, éclairait la face bestiale de -Stevens.</p> - -<p>Puis, il s'avança vers l'enfant qui sanglotait et, -sans dire un mot, la face horriblement congestionnée -par la luxure, il la couvrait de baisers. Rosa sentait -sourdre sous sa peau délicate le sang chaud dont -les afflux lui montaient au cerveau, son cœur se brisait -sous les immondes caresses de la brute; elle -sentait sur ses lèvres passer le souffle bruyant du -monstre, et, entre les assauts répétés qui la faisaient -mourir, elle éprouvait une horrible sensation: il lui -semblait qu'une bête énorme l'enlaçait et posait sur -ses seins des tentacules tièdes et visqueuses.</p> - -<p>Les sens surchauffés par cet ignoble spectacle, -James, écumant, les yeux flamboyants, attendait la -fin, il attendait… son tour.</p> - -<p>Stevens n'en finissait pas!</p> - -<p>Tout à coup, la claie qui fermait la cabane s'ouvrit -bruyamment et une bande de noirs, mis sur la trace -de Rosa par les vêtements qu'elle avait perdus en -s'enfuyant, envahit le repaire.</p> - -<p>En présence du danger, les deux bandits se ressaisirent. -Ils bousculèrent les nègres, prirent leurs -fusils et, comme la porte était gardée, Stevens, d'un -coup d'épaule, fit sauter une des planches qui formaient -le mur de la hutte; puis, par cette ouverture, -il s'enfuit avec James.</p> - -<p>Quand le majordome s'approcha de Rosa, celle-ci -ne fit pas un mouvement.</p> - -<p>Alors cet homme prit le fouet avec lequel il fustigeait -les esclaves et la lanière redoutée frappa le -corps de l'enfant qui resta immobile. Rosa était -morte.</p> - -<p>On resta longtemps sans nouvelles des coureurs -des bois. Pèpe, l'ivrogne, eut seul à répondre du -crime devant la justice, mais comme il n'avait joué -dans le drame qu'un rôle secondaire, il fut acquitté. -Plus tard, on apprit que James avait été tué à Richmond -au cours d'une rixe. Quant à Stevens, personne -ne connut jamais les circonstances à la suite -desquelles il obtint l'impunité; on ne sut jamais pourquoi -il rentra dans les bonnes grâces de Randolph.</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu11.png" alt="" /></div> -<h3>XI<br /> -LES SUITES D'UNE FLAGELLATION</h3> - - -<p>Je reprends ma confession:</p> - -<p>Mon supplice terminé, Miss Dean m'avait appelée -auprès d'elle.</p> - -<p>—Ma pauvre enfant, dit-elle, comme j'ai souffert -pour vous!… Vos cris me perçaient le cœur. Oh! -les monstres de vous avoir si cruellement fouettée.</p> - -<p>Elle paraissait avoir oublié sa propre peine et -l'ignominie de son châtiment pour ne plus penser -qu'à moi.</p> - -<p>—Ils m'ont fouettée bien moins cruellement que -vous, répondis-je; je n'ai reçu que douze coups, -et le sang n'a pas coulé.</p> - -<p>Je l'embrassai et je m'appuyai doucement contre -elle.</p> - -<p>—Nous n'avons pas encore fini de souffrir, reprit -Miss Dean. Vous souvenez-vous que cet homme a -dit qu'il nous attacherait sur la balustrade pendant -deux heures?</p> - -<p>Je me souvins alors de la menace, mais sans y -attacher grande importance; certes, ce serait peu -confortable et probablement même fort douloureux -d'être ainsi assise pendant aussi longtemps, sur un -espace très étroit et dans l'état où nous sommes, -pensais-je; mais j'étais loin de m'attendre à la -torture que nous allions éprouver.</p> - -<p>Mon illusion ne fut pas de longue durée, car -quelques instants après nos bourreaux vinrent nous -chercher, et nous portèrent sur la palissade entourant -la maison. Cette barrière, haute d'environ cinq -pieds, était faite de piquets de bois taillés en coins. -Stevens nous dit avec un sourire cruel:</p> - -<p>—Nous allons maintenant passer à un autre -genre d'exercice. Deux heures de repos, avec ces -piquets comme sièges, donneront à vos personnes -le temps de se remettre de leurs fouettées. D'ailleurs, -pour vous empêcher de tomber, nous vous attacherons. -Préparez-les, vous autres.</p> - -<p>Je fus épouvantée en me sentant saisir par deux -hommes tandis qu'un troisième me relevait mes -jupes et m'arrachait mon pantalon. Miss Dean subissait -le même sort. Nos vêtements étaient attachés -de telle sorte que le bas de notre corps était exposé -nu aux regards de ces misérables.</p> - -<p>Ils se mirent à plaisanter, se questionnant l'un -l'autre sur notre virginité probable, faisant des comparaisons -entre nos deux corps, et devisant sur -notre aspect général.</p> - -<p>Une longue corde fixa solidement nos bras le -long de notre corps, puis ils nous soulevèrent et nous -fûmes placées à <i>califourchon</i>, face à face, sur le -haut de la barrière. Nous reposions sur l'extrémité -des pointes de cette balustrade. De chaque côté des -piquets avaient été plantés, où furent solidement -attachées nos chevilles, puis nos jupes furent -baissées.</p> - -<p>Stevens nous regarda alors en souriant d'un air -narquois.</p> - -<p>Maintenant que vous êtes bien en selle, nous allons -vous quitter; dans deux heures, un de nos amis -viendra vous aider à mettre pied à terre. Il est très -probable que vous serez fort endolories, et aurez -renoncé à jamais à vos théories anti-esclavagistes.</p> - -<p>Puis tous s'éloignèrent en riant avec des plaisanteries -si horribles que malgré nos souffrances nous -en rougissions encore.</p> - -<p>La nuit tombait. Le soleil avait disparu lentement -à l'horizon. Un profond silence régnait. La douleur, -légère quand on nous avait assises sur les piquets, -commençait à devenir intolérable. Tout d'abord, -j'avais espéré que Marthe viendrait nous délivrer. -Ce fut en vain. Notre maison était trop isolée pour -conserver un seul instant l'espoir d'être délivrées -par un passant.</p> - -<p>Nous ne parlions pas, nos souffrances étant trop -cuisantes; de violents sanglots nous secouaient, -ajoutant aux souffrances endurées par cette position -affreuse.</p> - -<p>La douleur devint si aiguë qu'il me sembla que -tous mes nerfs allaient éclater. Je me tordais convulsivement -sans autre résultat que de faire pénétrer -les piquets plus avant. Folle de douleur, je me mis -à crier et même à jurer. Miss Dean pleurait silencieusement; -sa figure convulsée révélait seule -l'intensité de sa souffrance, mais aucun cri ne -sortait de ses lèvres. Je commençais à désespérer -quand, oh! bonheur, je vis un homme pénétrer -dans l'avenue. Mon cœur bondit de joie… nous -allions être délivrées!… Je redoublai mes cris, -suppliant l'homme d'accourir à notre aide, mais il -n'avait pas l'air de s'en émouvoir. Enfin, il approcha -et ne fut bientôt qu'à quelques pas de nous.</p> - -<p>Je reconnus Randolph…</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu6.png" alt="" /></div> -<h3>XII<br /> -L'ENLÈVEMENT</h3> - - -<p>S'il était un être que je craignais de rencontrer, -c'était bien Randolph! Mais à ce moment terriblement -critique, je ne vous cacherai pas que j'étais -heureuse de le revoir. Je l'implorai d'une voix entrecoupée -de pleurs.</p> - -<p>—Descendez-moi, oh! sauvez-moi?</p> - -<p>Il s'approcha, un sourire moqueur aux lèvres.</p> - -<p>—Oh! Randolph, je vous en supplie, délivrez-nous, -vite, vite!…</p> - -<p>Il resta impassible.</p> - -<p>—Eh bien, Miss Ruth Dean, et vous, Miss Dolly -Morton, vous voyez ce qu'il en coûte de secourir et -protéger les esclaves évadés; et n'avez-vous pas -deviné que c'est grâce à mes indications que ce supplice -vous a été infligé. J'ai fait connaître vos agissements -aux lyncheurs, et ils vous ont punies de la -bonne façon. Je vous avais dit, Dolly, que nous nous -reverrions. Invisible j'ai assisté à votre jugement et -à l'exécution de la sentence. Je dois même avouer -que vous avez poussé des hurlements qui n'avaient -rien d'humain mais auxquels j'ai été fort insensible.</p> - -<p>Il s'arrêta pour rire à son aise et un sentiment -d'épouvante me saisit. Cet homme, non seulement -ne s'était pas contenté de nous livrer aux lyncheurs, -il venait encore railler nos souffrances.</p> - -<p>Miss Dean m'interpella:</p> - -<p>—Connaissez-vous cet homme?</p> - -<p>Il répondit pour moi:</p> - -<p>—Oh! oui, elle me connaît; nous étions même -très bons amis autrefois, mais nous nous sommes -disputés un jour, et elle m'a donné mon congé. -Pas vrai, Dolly?</p> - -<p>Je haïssais cet être sans cœur, mais la douleur -avait tué en moi tout autre sentiment.</p> - -<p>—Oui, oui, c'est vrai, mais pour l'amour de Dieu -taisez-vous et délivrez-nous.</p> - -<p>Il sourit, mais ne fit pas un mouvement.</p> - -<p>—Oh! m'écriai-je à moitié folle; comment pouvez-vous -rester à regarder deux malheureuses femmes -qui souffrent le martyre. Vous n'avez donc pas de -cœur, pas de pitié?</p> - -<p>—Je ne suis pas un bienfaiteur de l'humanité -moi!—répondit-il ironiquement—et je n'ai que -très peu de tendresse pour les abolitionistes qui -viennent débaucher mes esclaves; mais cependant, -je consens à faire en votre faveur exception. Si -vous consentez à me suivre, je vous aiderai à descendre.</p> - -<p>En entendant cette offre cynique, Miss Dean terrifiée -me cria:</p> - -<p>—Oh! Dolly, n'écoutez pas cet homme; c'est un -lâche… il profite de vos souffrances pour abuser de -vous… mais ne l'écoutez pas, ma chérie, et supportez -vos douleurs bravement. Je souffre autant, si ce -n'est plus que vous, mais jamais je n'accepterai de -telles conditions, plutôt la mort.</p> - -<p>Randolph éclata de rire.</p> - -<p>—Je n'ai nullement l'intention de vous offrir quoi -que ce soit de semblable, Miss Dean. Vous pouvez -rester assise deux heures et plus sur cette barrière -sans que je m'interpose. Ce que j'ai pu voir de vos -charmes n'a rien de bien tentant. Plate comme une -limande et longue comme une perche, voilà ce que -vous êtes; or, j'aime une petite femme potelée comme -Dolly.</p> - -<p>—Brute! lâche! s'écria Miss Ruth au comble de -l'exaspération.</p> - -<p>Après tout elle était femme, et il lui était désagréable -d'entendre ainsi parler de ses charmes.</p> - -<p>—Maintenant Dolly, vous m'avez entendu; voulez-vous -me suivre ce soir?</p> - -<p>La façon grossière dont il me fit cette question me -choqua. Aussi rassemblant le peu de courage qui -me restait, je lui répondis.</p> - -<p>—Non, non, laissez-moi, je n'irai pas avec -vous.</p> - -<p>Toutefois je manquais visiblement d'assurance en -parlant ainsi.</p> - -<p>—Très bien, fit-il; vous avez encore près d'une -heure à rester dans cette position, et il est probable -qu'au bout de ce temps, vous serez terriblement -endolorie. La perspective vous en sourit-elle?</p> - -<p>Je me mis à pleurer de nouveau, à le supplier -encore de me délivrer sans conditions; mais sans -prêter la moindre attention à mes prières il alluma -un cigare et alla s'appuyer à la barrière en nous -regardant d'un air indifférent, pendant que nous nous -tordions en d'indicibles souffrances.</p> - -<p>Je résistai encore quelques minutes; enfin, exaspérée, -à bout de forces, sentant qu'il me serait -impossible de supporter davantage cette torture -je criai à Randolph:</p> - -<p>—Descendez-moi… je ferai tout ce que vous voudrez.</p> - -<p>—Dolly, ma chérie, s'écria Miss Dean, je vous -en prie, ne brisez pas votre vie; vos souffrances -seront bientôt finies; encore un peu de courage; -faites comme moi, je préférerais mourir que de -céder à cet homme.</p> - -<p>Elle était de l'étoffe dont sont faits les martyrs.</p> - -<p>—Êtes-vous tout à fait décidée, dit Randolph en -posant sa main sur le nœud de la corde.</p> - -<p>—Oui, oui, dépêchez-vous!</p> - -<p>—Oh! Dolly, ma pauvre petite, comme je vous -plains, dit Miss Dean d'un ton navré. Vous ne savez -pas ce que l'avenir vous réserve.</p> - -<p>Puis elle baissa la tête et se reprit à pleurer.</p> - -<p>En un clin d'œil, Randolph avait dénoué les cordes, -et, m'enlevant dans ses bras, me porta à la vérandah, -où il me fit asseoir dans un fauteuil. J'éprouvais -à demeurer ainsi, un bien-être délicieux après les -intolérables tortures que j'avais eu à subir. Il alla -me chercher un verre d'eau que je bus avidement; -j'avais la bouche sèche; de plus, l'excès de la douleur -m'avait donné la fièvre.</p> - -<p>Quand je fus un peu remise, je suppliai Randolph -de délivrer Miss Dean. Mais, furieux après la pauvre -femme, il refusa tout d'abord. Enfin je le priai avec -une telle ardeur qu'il se laissa fléchir et me promit -de la délivrer avant de quitter la maison.</p> - -<p>—Maintenant, Dolly, je vais aller chercher le -<i lang="en" xml:lang="en">buggy</i>. Il est au bout de l'avenue, je ne serai donc -pas long; restez tranquillement assise, et surtout -n'essayez pas de vous sauver; les lyncheurs sont -aux environs, et si vous retombiez dans leurs mains, -il pourrait vous en cuire.</p> - -<p>L'idée de me sauver était bien loin de moi; mes -membres étaient si endoloris que je n'avais même -plus conscience de l'endroit où je me trouvais. Je -m'étendis tout de mon long sur le canapé, heureuse -de moins souffrir.</p> - -<p>Randolph reparut bientôt; il attacha son cheval et -s'approcha en disant:</p> - -<p>—Allons, Dolly, j'enverrai prendre vos affaires -demain. Pour cette nuit, mes femmes vous procureront -le nécessaire. Pouvez-vous marcher jusqu'à -la voiture, ou voulez-vous que je vous porte.</p> - -<p>J'essayais de marcher, mais mes jambes se dérobaient -sous moi. Il m'enleva dans ses bras, me porta -jusqu'au <i lang="en" xml:lang="en">buggy</i> et m'enveloppa de couvertures. Se -dirigeant ensuite vers Miss Ruth, il défit les cordes -qui l'attachaient, sans s'inquiéter davantage de la -malheureuse. Ma pauvre amie descendit péniblement -de son terrible perchoir, en me disant d'un ton -suppliant:</p> - -<p>—Dolly, n'allez pas avec cet homme, ma chérie, -vous ne savez pas ce que vous faites; il vous a -arraché votre promesse au moment où la douleur -vous affolait; vous n'êtes donc pas forcée de vous -y conformer, restez avec moi, petite.</p> - -<p>Ma lâcheté me fit répondre en tremblant:</p> - -<p>—Je ne le puis; je suis en son pouvoir.</p> - -<p>—Oui ma fille, dit Randolph, vous êtes à ma -merci, et si vous essayez de vous dérober, vous ne -tarderez pas à vous retrouver à cheval sur la palissade. -Puis se tournant vers Miss Dean, il lui dit -d'un ton rude:</p> - -<p>—Quant à vous, vieille folle, souvenez-vous de -la menace des lyncheurs; si dans les quarante-huit -heures, vous n'avez pas disparu du pays, vous verrez -à qui vous aurez affaire.</p> - -<p>Puis il prit place à côté de moi et cingla son -cheval qui partit au grand trot.</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu8.png" alt="" /></div> -<h3>XIII<br /> -DANS L'ATTENTE DU SACRIFICE</h3> - - -<p>Tant qu'il me fut possible d'apercevoir la bonne -Miss Dean, je lui envoyai des baisers; puis lorsqu'un -tournant de la route l'eut dérobée à mes yeux, je -me pris à pleurer amèrement. J'avais perdu la seule -amie que j'eusse vraiment aimée.</p> - -<p>Le cheval était un bon trotteur et les trois milles -qui nous séparaient de l'habitation de Randolph -furent rapidement franchis. Nous arrivâmes devant -une grille de fer que deux nègres ouvrirent pour -nous laisser pénétrer dans une avenue ombragée de -beaux arbres. La voiture s'arrêta enfin devant le -perron d'une élégante maison précédée d'une large -terrasse en pente douce et d'une immense pelouse -très soignée au milieu de laquelle bruissait une fontaine.</p> - -<p>Plusieurs nègres se précipitèrent au-devant de -nous, et pendant que deux d'entre eux s'emparaient -du cheval, les autres ouvraient la porte de la maison.</p> - -<p>Randolph m'enleva dans ses bras, puis, traversant -un grand hall très luxueux, me déposa dans -une chambre meublée avec goût.</p> - -<p>—Là, Dolly, me dit-il, vous êtes maintenant -chez vous, à l'abri des lyncheurs.</p> - -<p>Il sonna. Une quarteronne répondit aussitôt à son -appel. C'était une grande belle femme, coquettement -vêtue d'une robe de coton à ramages; elle portait -des manchettes et un col très blancs; un bonnet, -remplaçant le traditionnel madras, emprisonnait ses -cheveux.</p> - -<p>Elle me regarda attentivement sans cependant -exprimer la moindre surprise.</p> - -<p>—Dinah, lui dit son maître, cette dame vient -d'être victime d'un assez grave accident. Portez-la -dans la chambre rose, et soignez-la avec zèle. Vous -m'avez compris?</p> - -<p>—Oui, maître.</p> - -<p>Puis, s'adressant à moi:</p> - -<p>—Je vais aller dîner, ajouta-t-il, mais Dinah aura -le plus grand soin de vous; je crois que ce que vous -avez de mieux à faire est de vous coucher. Ne craignez -rien, vous ne serez nullement troublée cette -nuit.</p> - -<p>Je compris la signification de ces dernières paroles, -mais je ne répondis pas, encore trop étourdie. -La rapidité avec laquelle ces tragiques événements -s'étaient déroulés m'avaient à demi troublé la raison. -Dinah vint à moi et m'enlevant dans ses bras -robustes, comme elle eût soulevé un enfant, me -porta après avoir monté un immense escalier, dans -une chambre à coucher, très élégamment meublée, -puis elle m'étendit doucement sur le lit.</p> - -<p>Elle ferma la porte, et revenant près de moi, me -regarda avec douceur:</p> - -<p>—Mo qu'a connaît qui vous êtes, dit-elle. Vous -qu'étiez bonnes Mam'zelles même, qu'aidez pauv' -négros marrons à gagner libertés. Tous négs connaît -bien vous-mêmes, dans plantation, mais n'a pas -et' neg' dénoncé vous. Mo savé que Lynchers fotté -vous joud'hui. Quoiqu'a fait à vous? Vous fotté et -assir su baton pointu? Vous dire à mo, ça qu'o -miçants fait à vous, mo bien aimer vous pour ça -qu'a fait a negs marrons.</p> - -<p>La sympathie de cette esclave me toucha vivement -et je lui racontai en détail toutes nos souffrances.</p> - -<p>Elle quitta aussitôt la chambre et revint portant -un bassin plein d'eau tiède.</p> - -<p>—Là, tit' cœur, mo qu'a bien soigné vous.</p> - -<p>Après m'avoir déshabillée, elle m'épongea, et -frotta légèrement les ecchymoses douloureuses.</p> - -<p>—Ça, bon pour coups, dit-elle.</p> - -<p>Sa compresse m'apportait en effet un grand soulagement.</p> - -<p>Tout en bavardant elle pansa soigneusement mes -blessures, s'interrompant pour maugréer les lyncheurs -qu'elle appelait de tous les noms maudits. -Une constatation bizarre que je fis, c'est le profond -mépris que professent les nègres à l'égard des blancs -qui ne possèdent pas d'esclaves, de même que le -respect mêlé de crainte envers les propriétaires de -nègres, respect qui grandissait avec le nombre d'esclaves.</p> - -<p>J'ajouterai également que Dinah ne sut jamais que -c'était à son maître que nous devions les coups -reçus si honteusement.</p> - -<p>Dinah ayant fini de me soigner, s'en fut à la commode -et ouvrit un tiroir qui, à mon grand étonnement, -était plein de linge de corps d'une extrême -finesse; elle m'enleva ma chemise et me passa une -robe de nuit, après quoi elle me fit mettre au lit.</p> - -<p>Elle sortit et revint peu après avec un plateau -chargé de différents plats et d'une bouteille de champagne.</p> - -<p>Elle plaça une petite table à la tête de mon lit et -y mit tout ce qu'elle venait d'apporter.</p> - -<p>Peu habituée à boire d'alcool, je demandai à -Dinah une tasse de thé qu'elle me prépara immédiatement. -J'étais encore très faible. Je mangeai néanmoins -de très bon appétit et ce léger repas me -réconforta un peu. J'avais momentanément presque -oublié le passé, et ne me sentais pas le courage de -penser au présent, à l'avenir moins encore.</p> - -<p>Pendant le repas, Dinah me parla librement, mais -toujours avec respect.</p> - -<p>Je lui demandai quelques détails sur son existence:</p> - -<p>Née dans la plantation même, elle s'y était mariée -et y avait toujours vécu. Son mari était mort, la -laissant sans enfants, et elle ajouta avec orgueil -qu'elle était gouvernante de la maison et avait vingt -femmes sous ses ordres.</p> - -<p>Enfin elle se retira.</p> - -<p>Mon lit était large et moelleux; j'étais horriblement -fatiguée, et, cette grande lassitude aidant, je -m'endormis d'un profond sommeil…</p> - -<p>La pendule de Saxe marquait huit heures lorsque -je m'éveillai le lendemain; tout d'abord, je fus -étrangement surprise du lieu où je me trouvais, -puis, peu à peu, la foule des événements se précisèrent -en mon esprit malade: la honteuse exposition -des parties les plus secrètes de mon corps, la -terrible fouettée, et la chevauchée sur la barrière: -je frissonnais en pensant à Randolph, et à la promesse -que je lui avais faite. Il pouvait venir d'un -instant à l'autre. Peut-être épiait-il déjà mon réveil, -caché là à quelques pas de moi; le rouge de la -honte me rendit cramoisie; je sautai vivement hors -du lit pour fermer la porte à clé… il n'y avait pas de -clé!</p> - -<p>Et quand j'eusse pu m'enfermer, à quoi bon -pareille précaution? Un jour ou l'autre, il faudrait -bien me résigner au sacrifice inévitable.</p> - -<p>Toute frissonnante, je me remis au lit, avec la -crainte de voir entrer Randolph d'un moment à -l'autre. Quand viendrait-il?… Peut-être dans la -journée, ou dans la nuit? Me cachant sous mes couvertures, -je m'efforçai de dormir. Impossible: toujours -je voyais la face de Randolph essayant de me -sourire, ce qui me semblait l'affreuse grimace d'un -satyre en furie.</p> - -<p>Vers neuf heures, Dinah entra portant un plateau -avec du thé et une lettre de Randolph: il me disait -avoir été appelé à Richmond pour une affaire importante, -et peut-être, ajoutait-il, y serait-il retenu cinq -ou six jours. Il avait fait prendre mes malles, et me -disait de commander à Woodlands où je me trouvais, -en maîtresse absolue.</p> - -<p>Heureuse de ce répit inattendu, je bus mon thé -et me recouchai.</p> - -<p>Une jeune quarteronne venait d'entrer, portant un -grand bassin qu'elle remplit d'eau froide, puis après -avoir étalé tous les objets de toilette qui pouvaient -m'être utiles, elle quitta la chambre.</p> - -<p>Je pris mon bain et, tout en me séchant, je me -regardais dans une grande psyché; les marques de -la flagellation avaient considérablement diminué, -mais mes chairs étaient toujours sensibles au toucher. -J'étais encore toute meurtrie entre les jambes, -la barrière avait coupé mes chairs. Des larmes de -rage jaillirent de mes yeux quand je vis les traces -du honteux traitement que j'avais eu à subir.</p> - -<p>Dinah revint et m'aida à m'habiller et à me peigner, -puis me conduisit dans une chambre très confortable -où deux jolies quarteronnes me servirent à -déjeuner en me regardant curieusement de leurs -grands yeux de gazelles. Ce repas terminé, Dinah -vint m'annoncer que mes malles étaient arrivées.</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu1.png" alt="" /></div> -<h3>XIV<br /> -FLEURS FANÉES</h3> - - -<p>En déballant rapidement mes malles, ma pensée -se reportait tout entière vers Miss Dean. Dinah -m'avait prévenue du départ de mon amie et de -Marthe, pour le Nord.</p> - -<p>Combien j'aurais donné pour pouvoir les suivre! -L'idée de m'évader me traversa l'esprit et je résolus -de faire tout mon possible pour l'exécuter.</p> - -<p>Combien Miss Dean serait heureuse de me voir -revenir à elle aussi pure que je l'avais quittée.</p> - -<p>Et voilà qu'en ouvrant ma dernière malle, je -trouvai un bouquet de fleurs rares que nous avions -cueillies ensemble et que j'avais conservées, quoiqu'il -commençât à se faner. Oh! ces fleurs, comme -j'y tenais. Je les effleurai de mes lèvres, et mon âme -tout entière s'envolait vers Miss Dean. Toute ma vie -mon remords sera d'avoir lâchement abandonné ma -bienfaitrice. Si j'avais pu prévoir la suite!… Mais -bien peu font leur existence, et nous toutes, femmes, -sommes poussées par cette force inexplicable qui -nous dirige vers l'inconnu. La douleur avait été -pour beaucoup dans ma résolution, mais je dois -l'avouer, je cédai plutôt que je ne fus contrainte à -suivre cet homme que, cependant, j'exécrais. Ainsi -est fait notre caractère.</p> - -<p>Je m'habillai complètement, me coiffai soigneusement -et sortis de l'appartement. Dans le hall qui -précédait la principale porte extérieure, je rencontrai -Dinah à qui je déclarai mon intention de faire -un tour dans la propriété.</p> - -<p>Alors, avec des larmes dans la voix, Dinah me -dit qu'elle devait m'accompagner partout, sans me -laisser m'éloigner de l'habitation.</p> - -<p>Mon projet d'évasion s'écroulait. Dans un mouvement -de rage, je lançai mon bouquet de fleurs -fanées par-dessus la barrière—infranchissable -pour moi.</p> - -<p>—Va! m'écriai-je, que le vent emporte ma dernière -espérance. Miss Dean, nous sommes à jamais -séparées. Puisse la brise te porter mes regrets et -un peu de l'amour que je ne cesserai jamais d'avoir -pour toi.</p> - -<p>Puis, étendue sur une banquette, je me pris à -sangloter.</p> - -<p>Peu à peu, je me calmai, et Dinah, dans l'espoir -de me distraire, me proposa de me faire visiter la -maison.</p> - -<p>J'acceptai son offre et nous nous promenâmes -dans toute l'habitation. Je fus surprise du luxe qui -s'étalait partout. Il y avait une vingtaine de chambres, -toutes admirablement meublées, chacune dans -un style différent. Je parcourus successivement plusieurs -boudoirs, de vastes fumoirs, une merveilleuse -salle de billard, et une grande bibliothèque -remplie de livres de toutes sortes; deux corridors et -deux larges escaliers donnaient accès dans toutes -ces pièces.</p> - -<p>Ainsi que me l'avait dit Dinah, elle avait sous -ses ordres vingt servantes, toutes portant le même -costume: une robe de coton à ramages, un tablier -blanc, un col, des manchettes et sur la tête un élégant -bonnet. Les filles affectées aux cuisines étaient -des noires ou des mulâtresses, mais toutes les -femmes de chambre étaient quarteronnes ou mistis; -elles pouvaient avoir de dix-huit à vingt-cinq ans; -toutes étaient fort jolies et deux mistis surtout -étaient réellement belles. Plusieurs enfants couraient -dans les appartements, mais je n'aperçus pas -un seul homme.</p> - -<p>J'allai ensuite me promener seule dans les jardins -qui étaient entièrement entourés de grilles de fer; -la seule entrée était la grande avenue par laquelle -j'étais arrivée, la veille avec Randolph. J'errai à -l'aventure pendant longtemps, mais je remarquai -toutefois que les nègres employés au jardinage ne -me quittaient pas des yeux, et surveillaient mes -moindres mouvements. Je voulus m'assurer que -j'étais vraiment prisonnière et je m'avançai vers -la grille que j'essayai d'ouvrir. Deux noirs s'approchèrent -immédiatement et l'un d'eux me dit:</p> - -<p>—Ou pas poué allé. Nous qu'a gagné ordre de -Massa pas laissé ou sorti.</p> - -<p>Je retournai tristement dans ma chambre que -j'examinai soigneusement pour la première fois. -Elle était ravissante, tendue de rose et de blanc. -De larges fenêtres ouvraient sur un jardin. L'ameublement -très soigné et intime, ressemblait quelque -peu à celui d'un boudoir. De très larges fauteuils -et une table carrée la garnissaient principalement.</p> - -<p>Roulant un fauteuil près de la fenêtre, et m'y -allongeant, je m'abandonnai à mes pensées.</p> - -<p>Que Randolph était donc cruel de nous avoir -livrées aux lyncheurs et de m'avoir arraché mon -consentement par des souffrances horribles.</p> - -<p>Oh! pourquoi n'avais-je pas eu le courage de -supporter bravement, comme Miss Dean, les tourments -que ces brutes nous avaient infligés. En -quelques heures, j'eusse été sur la route de Richmond. -Je comparai ma position avec celle de mon -amie; elle était bien tranquille maintenant; dans -deux jours, elle serait en sûreté à Philadelphie, -tandis que je resterai à Woodlands, prisonnière d'un -monstre qui me prendrait comme jouet de toutes -ses fantaisies.</p> - -<p>La matinée s'écoula ainsi, et vers une heure, -Dinah vint m'annoncer que le lunch était prêt.</p> - -<p>Après m'être légèrement restaurée, je rentrai -dans la bibliothèque et je cherchai dans la lecture -l'oubli momentané de ma triste situation. A sept -heures, je fus appelée pour le dîner, un dîner meilleur -et mieux servi que ceux auxquels j'étais accoutumée, -Miss Dean vivant très simplement. Deux -quarteronnes, Lucie et Kate servaient à table, et -Dinah, toujours majestueuse, faisait le service.</p> - -<p>Je fis un très bon repas; j'avais réellement faim, -et comme j'étais bien portante, mon appétit, malgré -tout ce que j'avais eu à subir, ne perdait pas ses -droits.</p> - -<p>J'allai ensuite m'étendre sur un canapé, dans un -petit salon attenant à la salle à manger. Les lampes -en furent allumées, les rideaux tirés, et je m'installai -très confortablement pour lire. La soirée me -parut longue, et je me décidai enfin à me coucher. -Dinah me déshabilla et je me glissai entre les -draps. Je ne tardai pas à dormir d'un profond sommeil.</p> - -<p>Mon esprit versatile et léger—j'étais si jeune!—ne -me rappelait plus ma triste situation, et c'est -après des rêves enchanteurs que je m'éveillai, le -lendemain, fraîche et disposée, comme s'il ne s'était -rien produit dans le cours démon existence…</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu6.png" alt="" /></div> -<h3>XV<br /> -LA FIN D'UN RÊVE</h3> - - -<p>Quatre jours s'écoulèrent, tranquilles, monotones.</p> - -<p>J'oubliais presque Randolph, lorsqu'un matin -Dinah, en m'apportant mon déjeuner me dit avoir -reçu une lettre de son maître; il annonçait son retour -pour le soir, et lui recommandait de préparer un très -bon dîner. Je me dressai, regardant fixement Dinah. -J'étais terrifiée de savoir si proche le moment redouté. -Eh quoi, déjà! Je m'accoutumais à la nouvelle vie -que je menais, et c'était pour moi un coup terrible -que je pressentais, tel le bras qui vous secoue pendant -votre sommeil et interrompt un beau rêve.</p> - -<p>C'était maintenant la réalité, l'heure fatale et maudite -qui approchait, l'heure où il faudra me donner -tout entière à l'homme que je haïssais le plus au -monde, n'éprouvant pour lui qu'une répulsion qui -me semblait en ce moment ne jamais vouloir s'atténuer.</p> - -<p>Je me levai et m'habillai machinalement; il me -fut impossible de déjeuner, et toute la journée j'errai -mélancoliquement d'une chambre à l'autre, la tête -pleine de pensées tristes.</p> - -<p>J'étais déjà épouvantée par les événements que -j'entrevoyais.</p> - -<p>Maintenant, je n'avais plus d'espoir d'échapper -au satyre qui guettait, depuis trop longtemps, sa -malheureuse proie.</p> - -<p>Vers cinq heures, j'étais assise dans ma chambre, -lorsque Dinah entra, suivie d'une quarteronne qui -portait un tub. Elle le plaça au milieu de la pièce, le -remplit d'eau chaude, puis elle sortit, me laissant -seule avec Dinah. J'avais déjà pris mon bain, et je -me demandais pourquoi cette fille me rapportait le -tub rempli d'eau chaude; je n'avais pas l'habitude -de prendre de bains chauds, et j'en fis la remarque -à Dinah.</p> - -<p>—Mo, mamzel, me répondit-elle, mo savé vou -même faitement propre, Maît' dans lette, ma dé mo -baillé à vous bain pafumé; si mo pas complir, li -baillé mé fessée.</p> - -<p>Je rougis d'indignation, et j'étais profondément -humiliée. On purifiait la victime et on la parfumait -avant le sacrifice. Dinah n'y pouvait rien; elle avait -reçu des ordres auxquels elle ne pouvait que se -conformer. Je lui permis donc de me laver.</p> - -<p>Elle parut rassurée et se mit immédiatement à parfumer -le bain. Elle y versa le contenu d'une petite -fiole, puis un paquet de poudre blanche qui fleurait -délicieusement la rose, après quoi, elle remua l'eau -jusqu'à ce que la poudre fût complètement dissoute.</p> - -<p>J'appris par la suite que cette préparation était -en usage dans les harems d'Orient et donnait à la -peau un velouté exquis.</p> - -<p>Lorsque tout fut prêt, elle me déshabilla et me -passa l'éponge sur tout le corps, vantant en même -temps l'harmonie de mes formes et la blancheur de -ma peau.</p> - -<p>Puis elle me sécha avec des serviettes très douces -et me massa de la tête aux pieds, froissant légèrement -la chair entre ses doigts. Mon corps devenait -extrêmement souple, et ma peau devenait d'un blanc -laiteux immaculé.</p> - -<p>Dinah m'habilla ensuite, portant ses plus grands -soins aux linges de dessous. Elle me passa une -chemise garnie de guipures et de rubans bleus et -blancs, puis un pantalon avec des dentelles roses. -Une paire de bas de soie blanche me fut attachée -au-dessus du genou avec d'élégantes jarretières de -satin bleu, ornées de boucles d'argent.</p> - -<p>Lorsque j'eus aux pieds mes plus fins souliers, -elle me fit mettre mon corset qu'elle sangla fortement -et, finalement, me passa une délicieuse robe blanche. -Elle m'avait fait une coiffure très haute qui me seyait -à merveille. Ces préparatifs achevés, elle recula de -quelques pas et, satisfaite sans doute de son examen, -elle s'écria:</p> - -<p>—Vous très belle, li Massa li content y baillé -moi compliments.</p> - -<p>Dinah savait très bien dans quel but elle m'avait -ainsi parée, mais elle ne comprenait pas pourquoi -j'étais si émue.</p> - -<p>Elle n'était pas vertueuse, et comme toutes ou -presque toutes les femmes de couleur, elle était de -mœurs faciles et d'idées peu austères. De plus, je -crois qu'elle m'estimait heureuse d'avoir attiré l'attention -du maître, qui était à ses yeux un très important -personnage.</p> - -<p>Ces apprêts terminés, elle me fit descendre dans -le salon, pour attendre l'arrivée de Randolph.</p> - -<p>Je m'installai dans la grande pièce, brillamment -illuminée pour cette circonstance et, à peu près résignée -à mon sort, j'attendis le cœur gros l'homme qui -allait me ravir ma virginité.</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu12.png" alt="" /></div> -<h3>XVI<br /> -AMANT ET MAITRESSE</h3> - - -<p>J'étais assise dans le salon, prêtant l'oreille au -moindre bruit. Si j'avais éprouvé à l'égard de Randolph -le moindre sentiment de tendresse, ma peine -eût été moins amère, mais je le haïssais cordialement.</p> - -<p>J'entendis bientôt le roulement d'une voiture qui -s'arrêtait devant la terrasse, puis une porte qui -s'ouvrait. Mon cœur commença à battre violemment, -mais mon énervement ne ressemblait en rien à -celui d'une jeune fille qui attend son amant. Quelle -singulière position était la mienne; j'étais partagée -entre la crainte de revoir Randolph et le désir d'en -finir au plus tôt.</p> - -<p>Enfin il entra. Il était en costume de soirée. Venant -à moi, il me prit les mains et m'embrassa sur les -lèvres. Je frémis de tout mon être; il me regardait -longuement et attentivement, pendant que, les yeux -baissés et toute rougissante, j'attendais qu'il m'adressât -la parole.</p> - -<p>—Vous êtes tout simplement ravissante, Dolly, -dit-il après un long silence. Votre robe vous sied à -ravir, mais à l'avenir, il faudra mettre une toilette -décolletée pour le dîner.</p> - -<p>Il me considérait déjà comme sa propriété.</p> - -<p>—Je n'en ai pas, murmurai-je en manière d'excuse -sans oser lever les yeux.</p> - -<p>—Vous en aurez bientôt plusieurs, reprit-il en -souriant. Maintenant, dites-moi, avez-vous été bien -soignée durant mon absence? Dinah a-t-elle bien -veillé sur vous et les domestiques ont-ils été respectueux?</p> - -<p>Je n'avais certes pas eu à me plaindre, et, sans -les tristes idées que j'avais en tête, j'aurais pu me -trouver très heureuse. Je lui répondis donc que Dinah -avait été très bonne et que les domestiques s'étaient -montrés envers moi attentifs et pleins de déférence.</p> - -<p>—C'est heureux pour eux, et, s'il en avait été -autrement, il leur en eût cuit, depuis Dinah jusqu'à -la dernière des filles de cuisine.</p> - -<p>Ses paroles me révoltèrent un peu. Il me semblait -qu'il eût pu éviter de faire allusion à des corrections -dont je ressentais encore légèrement la douleur.</p> - -<p>Il m'adressa encore quelques questions sans -importance et une des femmes vint annoncer que -le dîner était servi.</p> - -<p>La table était couverte de fleurs, le linge et la -verrerie étaient d'une grande richesse.</p> - -<p>Sur le grand buffet d'acajou brillait la lourde -argenterie qui appartenait à la famille des Randolph -depuis plusieurs générations. C'était la première -fois depuis mon arrivée que l'on servait le dîner -dans la vaisselle plate.</p> - -<p>Randolph parlait gaîment, mangeant de bon appétit -et sablant le champagne avec une aisance sans -égale. Je ne touchais que du bout des lèvres aux -nombreux mets servis et ne répondais que par -monosyllabes.</p> - -<p>Randolph, dans l'espoir de m'animer, essaya de -me faire boire une coupe de champagne, mais le vin -me monta à la tête et ne fit que m'étourdir au lieu -de m'exciter.</p> - -<p>Il n'insista plus pour m'en faire boire. Le repas -terminé, nous passâmes au salon et Randolph alluma -un cigare.</p> - -<p>Il avait appris à Richmond que Miss Dean était -arrivée saine et sauve à Philadelphie, et il ajouta en -riant bruyamment:</p> - -<p>—Je ne pense pas que l'élégante quakeresse -recommencera de sitôt à diriger une <i>station souterraine</i>. -Par Dieu, elle a reçu une terrible fouettée; -j'imagine qu'elle en portera toujours les marques; -Quant à vous, Dolly, vous n'aurez pas de cicatrices, -votre peau n'ayant pas été coupée.</p> - -<p>Vers dix heures, il se leva, et, me prenant par la -taille, essaya de m'entraîner. Je fis un dernier appel -à sa pitié:</p> - -<p>—Je vous en supplie, monsieur Randolph, épargnez-moi, -lui dis-je en joignant les mains.</p> - -<p>Sa figure changea brusquement et ses traits prirent -une expression de colère qui m'effraya.</p> - -<p>—Dolly, me répondit-il durement, n'insistez pas; -vous savez ce que vous m'avez promis, et je suppose -que c'est une affaire terminée.</p> - -<p>—Oh! je vous en prie, rendez-moi ma parole. -Vous savez bien que j'étais à demi folle de douleur -lorsque je vous ai promis ce que vous me -demandiez. Soyez généreux et laissez-moi partir…</p> - -<p>—Écoutez, m'interrompit-il brusquement, tout ce -que vous pourrez me dire est inutile. Vous êtes en -mon pouvoir, à ma discrétion, et, certes, je ne vous -rendrai pas votre parole. Si vous ne consentez pas à -me suivre de plein gré, j'emploierai la force. M'avez-vous -bien compris?</p> - -<p>Ma dernière chance de salut s'évanouissait et ses -menaces m'épouvantaient. Toute résistance devenait -inutile et la soumission était obligatoire. C'est en -sanglotant et baissant la tête que je murmurai:</p> - -<p>—Je suis prête à vous suivre.</p> - -<p>Oh! combien ces mots me coûtèrent. Randolph -me prit le bras et me conduisit à ma chambre sans -ajouter une parole.</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu9.png" alt="" /></div> -<h3>XVII<br /> -NUIT D'ÉPREUVE</h3> - - -<p>Randolph avait fermé la porte, et, se tournant -vers moi, me dit:</p> - -<p>—Voyez-vous, belle Dolly, je suis très heureux -que vous soyez revenue à de bons sentiments. -J'eusse été très fâché d'employer la violence à votre -égard.</p> - -<p>Me faisant tenir debout devant la glace, il défit -vivement les boutons de mon corsage et les cordons -de ma jupe, puis en un clin d'œil, fit sauter mon -corset. Il défit ensuite mes jupons et mes pantalons -et m'enleva mes bas. Je me trouvais donc complètement -déshabillée devant lui, n'ayant que ma -chemise sur le corps, et, je l'avoue, malgré ce dernier -vêtement, je me sentais rougir de honte. Quelle -angoissante position pour une femme qui était -encore une jeune fille! et je savais bien que les -femmes, dans tous les temps et dans tous les pays -du monde, qui ont passé par ces épreuves n'en -étaient pas mortes.</p> - -<p>Puis, soudain, comme si le dernier voile qui me -restait et me couvrait mal, l'eût impatienté, il me -l'enleva et je me trouvai complètement nue devant -cet homme. Je fermai les yeux, mais les larmes -perlèrent sous mes paupières et coulèrent lentement -sur mes joues. Cependant Randolph ne cessait de -parler.</p> - -<p>—Comme vous êtes belle et bien faite, murmurait-il. -Combien vos formes sont élégantes et pures!</p> - -<p>Une autre femme eût peut-être été heureuse de -ces compliments, mais j'étais trop honteuse et ne -prêtais que peu d'attention à ces paroles; je désirais -ardemment la fin de ce supplice.</p> - -<p>Enfin, Randolph m'avait étendue sur le lit. Me -serrant dans ses bras, il m'étouffait de baisers…</p> - -<p>Je ne me soucie pas de savoir comment les autres -femmes se sont tirées d'affaire en cette pareille circonstance. -Pour moi, je la trouvai si bestiale et -douloureuse que, dans ma naïveté, je me crus -victime d'un abominable attentat. Je ne ressentis -pas la plus fugitive sensation voluptueuse. Rien -que de la douleur.</p> - -<p>Toutes les femmes ont passé par là; je le sais et -aucune pourtant ne s'en est plainte: la preuve en -est qu'elles y retournent.</p> - -<p>Néanmoins, je n'éprouvai que du dégoût et mon -aversion pour Randolph ne fit que d'augmenter.</p> - -<div class="dots"><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">.</span></div> -<p>Je me réveillai le lendemain matin, courbaturée. -Randolph, lui, donnait toujours profondément.</p> - -<p>J'étais triste et découragée, et mes pensées -n'étaient pas précisément gaies.</p> - -<p>Après avoir longuement réfléchi sur mon affreuse -situation, je crus que le mieux était de rester à -Woodlands, pour quelque temps du moins, et de -faire contre fortune bon cœur. Je résolus donc de -tirer le meilleur parti de la situation.</p> - -<p>J'en étais là de mes réflexions, lorsqu'on frappa -à la porte: c'était Suzanne, l'une des femmes de -chambre, qui apportait le thé. Elle plaça son plateau -sur une table près du lit; elle me regardait -sans la moindre expression d'étonnement ou de -curiosité, mais je me sentis toute honteuse de me -trouver couchée avec un homme en présence de -cette fille, et je rougis malgré moi.</p> - -<p>Elle mit un peu d'ordre dans ma chambre, ramassant -mes vêtements que Randolph avait jetés à la -volée par toute la pièce. Puis elle prépara le bain -et se retira.</p> - -<p>Je me levai, puis une fois habillée, je descendis -dans le jardin, afin de m'asseoir dans un coin -solitaire où je pusse réfléchir à mon aise.</p> - -<p>Après tout ce que j'avais eu à subir, j'étais heureuse -de me retrouver un instant seule; la sérénité -du ciel, l'air frais du matin, le doux arôme des fleurs -et le clair soleil qui montait à l'horizon, eurent -pour effet de calmer un peu la surexcitation de mes -nerfs. Je me sentais toute alanguie et je restai -étendue à l'ombre jusqu'à l'heure du déjeuner.</p> - -<p>Après le repas, Randolph s'éloigna et Dinah -entra, m'apportant un panier de clés, en me -demandant respectueusement mes ordres pour la -journée. Je remarquai qu'elle ne m'appelait plus -Mamzelle, mais Maîtresse.</p> - -<p>Comme je n'avais nullement l'intention de me -donner la peine de surveiller la gestion d'une maison -aussi importante que Woodlands, je priai Dinah de -garder les clés et de continuer à diriger tout comme -auparavant.</p> - -<p>Elle parut très heureuse de ma résolution, et, -reprenant fièrement son panier, elle partit toute -joyeuse.</p> - -<p>Je passai l'après-midi sur un divan à lire tranquillement -et je ne revis Randolph qu'au dîner.</p> - -<p>Mon appétit était revenu; je fis honneur aux -excellentes choses qu'on nous servit et je bus une -ou deux coupes de Champagne. Je trouvai, cette -fois, ce vin délicieux; il ne tarda pas à agir et me -monta même légèrement à la tête.</p> - -<p>A onze heures, nous nous mîmes au lit et cette -nuit se passa plus agréablement que la précédente.</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu8.png" alt="" /></div> -<h3>XVIII<br /> -PASSE-TEMPS AGRÉABLES</h3> - - -<p>Plusieurs semaines s'écoulèrent. J'étais confortablement -installée à Woodlands, et je commençais -à me faire à ma nouvelle vie, m'efforçant même de -chasser toute préoccupation d'avenir.</p> - -<p>Randolph avait pris, pour mon service, la meilleure -couturière de Richmond, et, grâce à ses soins -empressés, ma garde-robe était au complet. J'avais -quantités de toilettes de ville et de soirée, du linge -très fin orné de dentelles de prix.</p> - -<p>Il m'avait aussi fait faire un costume d'amazone -et me donnait des leçons d'équitation.</p> - -<p>Randolph, très généreux, m'avait offert de nombreux -bijoux; c'était, d'ailleurs, un parfait gentleman -possédant une brillante instruction. Malheureusement -un libertinage invétéré gâtait ses bonnes -qualités; j'eusse voulu mon amant plus sage.</p> - -<p>Toutes les femmes de sa plantation lui étaient -passées par les mains. Il n'avait néanmoins aucun -égard pour elles; elles étaient ses esclaves et, pour -la moindre faute commise, il les faisait fouetter ou -les fouettait lui-même sans pitié.</p> - -<p>Il en était de même avec moi, corrections exceptées, -bien entendu. Il me répétait souvent que j'étais -jolie, et ne se lassait pas de me contempler. Il ne -m'aimait pas, il m'admirait. J'étais obligée de me -plier à toutes les fantaisies que son cerveau surexcité -lui commandait, d'agréer toutes ses fantaisies -lubriques.</p> - -<p>Son grand amusement était de me varier mes -costumes. Il me prenait en robe de soie, robe de -ville ou de soirée, dans toutes les positions qui lui -traversaient l'esprit.</p> - -<p>Du jour de mon entrée dans la maison, il délaissa -complètement les servantes pour s'occuper exclusivement -de moi. Au fond j'aurais préféré qu'il me -laissât un peu plus tranquille.</p> - -<p>Peu à peu, cependant, je finis par m'habituer à -lui et à l'appeler par son prénom, Georges. Il était -toujours très doux avec moi, quoique parfois de -très mauvaise humeur.</p> - -<p>A cause de son incorrigible libertinage, Randolph, -bien qu'appartenant comme je vous l'ai dit, à -l'aristocratie de la Virginie, n'était pas invité dans -la société. Aussi il ne venait jamais de dames à -Woodlands et, quand il recevait, il n'y avait que des -hommes à table. Je m'asseyais alors en face de lui à -la place d'honneur. A l'occasion de ces fêtes, toutes -les femmes de la maison étaient vêtues de noir, -avec le col et les manchettes blanches, et de jolis -bonnets sur la tête.</p> - -<p>Malgré toute la licence accordée à ses invités, -aucun d'eux ne me manqua jamais de respect, -personne n'essaya de prendre la moindre privauté. -Tous me traitaient comme la dame de la maison et, -comme on savait que Randolph était très violent et -tirait admirablement au pistolet, arme dont il était -d'ailleurs constamment prêt à se servir, aucun d'eux -ne se serait jamais avisé de me parler trop familièrement.</p> - -<p>Le temps pourtant s'écoulait sans événements -notables; j'étais toujours très bien portante, et ne -m'ennuyais pas. J'avais quantité de livres à ma -disposition: je montais à cheval tous les jours, -tantôt seule, tantôt avec mon amant. Souvent -même, nous faisions de longues promenades en -voiture.</p> - -<p>De temps à autre, nous allions passer quelques -jours à Richmond; c'était là pour moi de vraies -parties de plaisir.</p> - -<p>Nous descendions dans le meilleur hôtel et nous -allions tous les soirs au théâtre ou dans un café -concert quelconque. Je n'avais jamais été au spectacle -avant de vivre avec Randolph, et je fus prise -d'une grande envie de me faire actrice.</p> - -<p>Je m'en ouvris à Georges que la singularité de -mon désir égaya beaucoup, mais il me déclara qu'il -ne voulait plus entendre parler de cela.</p> - -<p>Lorsque nous étions à Woodlands, je me promenais -toute la journée dans la plantation qui, très -importante, comprenait plus de deux cents nègres, -tous employés à la culture du coton.</p> - -<p>Randolph était assez bon pour eux; il les nourrissait -bien et n'exigeait qu'un travail proportionné à -leurs forces; en revanche il ne leur pardonnait pas -la moindre faute: aussi la courroie, la baguette et la -batte ne chômaient-elles guère.</p> - -<p>Les esclaves étaient répartis en trois quartiers. -Le premier était réservé aux couples mariés, le -second aux hommes seuls et le troisième aux filles.</p> - -<p>Mais, aussitôt le travail terminé, ils se réunissaient -pour danser et chanter en s'accompagnant de tambourins. -Naturellement, les registres de naissance -que Randolph tenait soigneusement, accusaient une -notable et continuelle augmentation dans la population.</p> - -<p>A la maison, la discipline était toujours maintenue -par Dinah, et, quand une fille faisait mal son service -ou lui manquait de respect, elle était impitoyablement -menée à Randolph qui ne tardait pas à lui -faire regretter un moment de négligence. Souvent -j'entendais les cris des coupables, mais jamais je -n'assistais à l'exécution d'une punition.</p> - -<p>Je crois vous avoir dit que j'avais pour femme de -chambre une misti du nom de Rosa. Cette fille -avait été avant mon arrivée la favorite de Randolph -qui l'avait complètement délaissée depuis mon installation. -Rosa en conçut un vif ressentiment à mon -égard.</p> - -<p>Elle manifesta les premiers jours sa jalousie en -faisant très mal son service et en affectant pour -moi des airs impertinents. Je savais que si je me -plaignais à Randolph le châtiment serait sévère et -je résolus de patienter.</p> - -<p>Rosa était très belle fille; âgée d'environ vingt -ans, elle était grande, à peine plus foncée de peau -qu'une brune des pays chauds. Son corps était bien -proportionné; ses mains fines n'avaient jamais été -déformées par un travail pénible et ses cheveux non -crêpés lui tombaient plus bas que les reins. Sa voix -était mélodieuse, mais un peu traînante, et elle se -servait du langage petit nègre en parlant.</p> - -<p>Un matin qu'elle m'aidait à ma toilette, sa mauvaise -humeur éclata: elle se mit à me brosser les -cheveux si rudement que je lui en fis l'observation, -mais sans y prendre garde, elle les tira plus violemment -encore en disant:</p> - -<p>—Ça pas occupation moi-même, brossé bourré -vous-même. Vous béqué eré que paque tine la peau -blanche, vous êtes belle bitin, vous femme, pas -meilleur comme mo, vous pas femme à Massa, y -vous qui tini coucé toutes les nuits avec lui-même.</p> - -<p>Rouge de colère, je lui ordonnai de quitter la -chambre, ce qu'elle fit en ricanant.</p> - -<p>Les larmes me vinrent aux yeux et j'eus conscience -de mon abaissement. Il était dur après tant de -malheur de s'entendre parler de la sorte par une esclave. -Mais, après tout, elle avait dit la vérité: je ne -valais pas mieux qu'elle.</p> - -<p>J'achevai de m'habiller seule, et je descendis. -Randolph remarqua mes yeux rouges.</p> - -<p>—Qu'avez-vous, Dolly? me demanda-t-il.</p> - -<p>—Oh! rien; Rosa a été un peu impertinente avec -moi.</p> - -<p>Ma réponse ne le satisfaisant point, il insista et -je lui racontai toute la scène, intercédant pour Rosa -qui, ajoutai-je, avait toujours été très polie avec -moi.</p> - -<p>—Je lui parlerai tout à l'heure, dit Georges, et -il continua tranquillement de déjeuner.</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu1.png" alt="" /></div> -<h3>XIX<br /> -AMOUR ET BASTONNADE</h3> - - -<p>J'avais oublié la scène qui s'était passée et, le -repas fini, je passai dans la bibliothèque afin de lire -les journaux pendant que Randolph fumait un cigare.</p> - -<p>Au bout d'un instant il sonna. Une des femmes, -nommée Jane, répondit à son appel.</p> - -<p>—Allez me chercher Rosa et Dinah, lui dit son -maître, et revenez avec elles; j'ai besoin de vous -trois ici.</p> - -<p>Elles arrivèrent ensemble quelques minutes après.</p> - -<p>Georges se leva de son siège et, se tournant vers -Rosa qui paraissait épouvantée, il s'écria:</p> - -<p>—Ah! vous voilà, insolente; comment osez-vous -parler sur un ton semblable à votre maîtresse? -Chienne que vous êtes! Croyez-vous que c'est parce -que j'ai eu des bontés pour vous, que je vous laisserai -insulter une dame blanche. C'est ce que nous -allons voir.</p> - -<p>Terrifiée, Rosa pâlit, autant que le permettait son -teint bronzé; elle éclata en sanglots et, se tournant -vers son maître, s'écria en joignant les mains:</p> - -<p>—Lagué mo, lagué mo, Massa, pas fotté moin, -mo qu'a mandé pardon; puis, se tournant vers moi, -elle me lança un regard suppliant.</p> - -<p>Je ne voulais pas que cette malheureuse fût -fouettée; aussi intercédai-je vivement en sa faveur -auprès de Randolph. Mais il ne se laissa pas fléchir.</p> - -<p>—<i>Enlevez-la</i>, dit-il en se tournant vers Dinah.</p> - -<p>Celle-ci, s'avançant vers Rosa, la saisit par les -poignets, et, faisant demi-tour, l'enleva sur ses -épaules larges en se penchant fortement en avant. -Les pieds de la coupable quittèrent le sol, et elle se -trouva courbée en deux sur le dos de Dinah.</p> - -<p>Je ne tenais pas à voir le supplice et je me dirigeai -vers la porte.</p> - -<p>—Restez ici, je le veux, dit impérieusement Randolph. -Levez les jupons, Jane, ordonna-t-il, et faites -attention de bien les tenir hors de la portée de la -badine.</p> - -<p>Ainsi fut fait. Rosa avait la peau très lisse; ses -jambes bien moulées, dans des bas de coton blanc -très propres, elle portait comme jarretières des -nœuds de rubans bleus, et était chaussée de jolis -souliers. Randolph alla chercher une badine dans -un cabinet voisin, puis revint en disant:</p> - -<p>—Je vais maintenant vous apprendre le respect -dû à vos maîtres; il y a longtemps que vous n'avez -été fouaillée, mais je vais vous remuer le sang convenablement.</p> - -<p>Rosa n'avait pas soufflé mot pendant ces préparatifs, -mais à présent, elle tournait la tête vers son -maître, et l'implorant:</p> - -<p>—Oh! Massa, vous qu'a pas baillé fotté, fot a -Rosa même.</p> - -<p>Il commença de fouetter la malheureuse, frappant -lentement et posément. La fille frémissait, -jetant les jambes en l'air pour essayer d'échapper -au terrible contact de la badine, puis elle se mit à -crier et à supplier son bourreau.</p> - -<p>—Oh! Massa, Massa, plus baillé flonflon, Massa -qu'a baille top fot, oh! ché doudou qu'assez!</p> - -<p>Le coudrier continuait à strier ses chairs, lui arrachant -de longs cris. Sa peau était très fine pour une -femme de couleur; elle devait sentir cruellement la -douleur.</p> - -<p>Randolph s'arrêta enfin. La coupable fut remise -sur pieds, sanglotant.</p> - -<p>—Là, Rosa, lui dit son maître. Vous n'avez pas -à vous plaindre; je n'ai pas été sévère aujourd'hui, -mais faites attention à vos paroles, car si j'apprends -de vous la moindre impertinence, vous ne vous en -tirerez pas aussi légèrement.</p> - -<p>Rosa, toujours pleurant, quitta la chambre avec -les deux femmes.</p> - -<p>Nous restâmes tous deux seuls.</p> - -<p>—Je crois, me dit Randolph, que maintenant -vous n'aurez plus à vous plaindre d'elle, mais si -elle recommençait faites-le-moi savoir.</p> - -<p>—Oh! Georges, répondis-je, comment avez-vous -pu fouetter ainsi cette malheureuse, surtout après -avoir eu des relations avec elle; elle est jolie, et -c'est mal à vous.</p> - -<p>Il se mit à rire.</p> - -<p>—Oui, vous avez raison, je l'ai <i>eue</i> souvent et -je l'aurai encore si l'envie m'en prend, mais je ne -l'en fouetterai pas moins si elle se conduit mal et -si elle en a besoin. Ce n'est qu'une négresse, -malgré sa peau claire, et vous, incorruptible abolitioniste, -ne savez ni ne voulez comprendre le peu -de cas que nous faisons de nos esclaves. Leur corps -nous appartient, et nous sommes libres d'en faire ce -que bon nous semble. Pour mon compte, je fais -plus de cas de mes chevaux et de mes chiens que -de mes nègres.</p> - -<p>Je croyais connaître Randolph, mais cette dernière -remarque m'indigna. Je m'abstins pourtant de toute -observation.</p> - -<p>Lorsque je montai m'habiller pour dîner, je trouvai -Rosa dans ma chambre; elle paraissait très -humble et très soumise. J'eus pitié d'elle, car je -savais combien les coups de badine étaient douloureux.</p> - -<p>—Je regrette que vous ayez été battue, Rosa, -lui dis-je; le fouet vous a-t-il fait très mal?</p> - -<p>—Oh, que oui, maîtresse, l'a qu'a fessée, qu'a -fait gand mal a mo. Li maît jamais qu'a baillé me -fessade si fot, Dinah qu'a mo bandé tant coum -gaisse à possuc. Ma ça qu'a faire toujours gand -mal.</p> - -<p>Elle m'aida à m'habiller, et depuis ce jour, je -n'eus plus jamais lieu de me plaindre d'elle.</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu5.png" alt="" /></div> -<h3>XX<br /> -HEURES DE DÉSŒUVREMENT</h3> - - -<p>Trois nouveaux mois passèrent; je vis bien des -choses curieuses, mais je ne veux pas allonger mon -récit, ou plutôt ma confession.</p> - -<p>Randolph donnait toujours à ses amis des dîners -ou parties amusantes et parfois fort libres. N'eut-il -pas l'idée, un jour qu'il avait dix convives, de vouloir -les faire servir par dix esclaves nues! Cette fantaisie -m'épouvanta.</p> - -<p>—Oh! Georges, m'écriai-je, vous ne ferez pas -une chose pareille? Ce serait trop honteux.</p> - -<p>—Mais si, certainement, répondit-il en riant; -comment, Dolly, vous rougissez; je croyais pourtant -bien que vous étiez guérie de votre timidité.</p> - -<p>—Mais votre idée est absolument insensée. Si -vous voulez agir ainsi, au moins, ne m'obligez pas à -rester à votre table; ma position entre dix hommes -environnés de femmes nues serait trop horrible!</p> - -<p>Hélas! il me fallut consentir à cette lubrique fantaisie -d'un cerveau que je commençais à considérer -comme malade.</p> - -<p>Le repas eut lieu, ainsi que l'avait voulu Randolph, -et, mourant de honte, je me retirai dans ma -chambre, pour ne pas voir ce qui allait inévitablement -se passer.</p> - -<p>Quelques jours après cette scène, Randolph m'annonça -qu'il était dans l'obligation de partir à Charlestown -pour affaires et ordonna à Dinah de lui -préparer sa valise. Avant de s'éloigner, il me fit plusieurs -recommandations et me donna le contrôle de -toute la maison, en m'exonérant cependant de la surveillance -de la plantation: je devais également laisser -les majordomes absolument maîtres du travail.</p> - -<p>Il ajouta que si l'une des femmes commettait -quelque faute, je pourrais, avec l'aide de Dinah, la -fouetter moi-même, ou, si je le préférais, l'envoyer -à un des surveillants avec une note spécifiant quel -instrument devait être employé pour la correction: -la baguette, courroie, ou batte.</p> - -<p>Je lui promis de faire tout ce qu'il me disait, mais, -à part moi, je comptais bien ne pas fouetter ou -faire fouetter une seule femme sous quelque prétexte -que ce fût. Certes, il est bon parfois de fustiger -doucement un enfant, mais l'idée de frapper rudement -une femme me répugne profondément.</p> - -<p>Randolph parti, je me sentais heureuse d'être -libre d'agir à ma guise, sans avoir à subir les ordres -d'un maître, car Randolph était moins mon amant -que mon maître.</p> - -<p>Le temps passa tranquillement. Dinah était très -attentive et les femmes se conduisaient parfaitement. -Je passais mes journées à lire et à monter à cheval. -Randolph m'en avait donné un très doux, car j'étais -toujours fort nerveuse.</p> - -<p>Nous étions à l'époque de la récolte du coton. -Cet ouvrage était fait par des femmes qui étaient -obligées, sous peine de punition, d'en récolter un -certain poids par jour. Elles se réunissaient à la fin -de la journée et un surveillant, un carnet à la main, -pesait leurs paniers. Si le poids était insuffisant, la -femme était fouettée avec la courroie qui produisait -une forte douleur sans abîmer la peau.</p> - -<p>J'ai entendu dire à un surveillant qu'on pouvait -fouetter une négresse pendant une demi-heure avec -la courroie, sans en tirer une goutte de sang.</p> - -<p>Nous avions alors soixante-dix femmes employées -à ramasser le coton, et tous les soirs, quatre ou -cinq recevaient la fouettée. Cette coutume n'était pas -particulière à notre habitation, mais tous les planteurs -de la Virginie agissaient ainsi. Les majordomes -surveillant les travaux des champs étaient -chargés du soin de punir les négresses, et toutes les -plus jolies travailleuses leur passaient entre les -mains; ils n'en avaient pas plus de pitié pour cela; -leurs attributions comprenant les fustigations, c'est -presque machinalement qu'ils les exerçaient.</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu3.png" alt="" /></div> -<h3>XXI<br /> -EXISTENCE TRANQUILLE</h3> - - -<p>Cependant, je continuais à mener une existence -que l'absence de Randolph rendait fort calme.</p> - -<p>Peu à après son départ, je reçus une lettre de -Georges m'annonçant que ses affaires n'étaient pas -terminées, et qu'il comptait rester encore quelques -semaines à Charlestown. La nouvelle ne m'émut -guère. Je n'aimais pas mon amant et j'étais heureuse -d'avoir un peu de tranquillité.</p> - -<p>Le même jour, après le déjeuner, j'étais dans la -bibliothèque, quand Dinah entra, l'air fort contrarié; -elle me raconta que, depuis le départ du maître, -Emma, une fille de cuisine, faisait très mal sa -besogne, et restait insensible à toutes les observations. -Puis Dinah me demanda si je voulais la fouetter -moi-même.</p> - -<p>—Non, répondis-je, je ne puis faire cela.</p> - -<p>—Lors, vous ça ka la mandé a majordome.</p> - -<p>—Non, pas davantage.</p> - -<p>Dinah me regarda très surprise. Elle ne pouvait -comprendre pourquoi je ne voulais ni battre la fille -ni l'envoyer au majordome.</p> - -<p>—Oh! maîtresse, dit-elle, mo ka faire? si vous -ka pas baillé fouetté a canaille négesse la, toutes -autes bouguesses dans maisons tant comme, li van -mal corresponde a mo même, y moi ka pas pouvoi -tini ordre, dans habitation.</p> - -<p>Je ne pus m'empêcher de rire en entendant la -façon méprisante avec laquelle Dinah parlait des -drôlesses noires. Esclave elle-même et passible du -fouet pour la moindre faute commise, elle avait une -haute idée de sa propre importance et de sa position -de femme de charge de Woodlands.</p> - -<p>—Attendez le retour du maître, lui dis-je, alors -vous vous plaindrez d'Emma et vous la punirez.</p> - -<p>Dinah était fort mécontente et me fit observer que -si je ne voulais pas fouetter la femme avec une -badine, je pouvais le faire sur mes genoux avec une -pantoufle. Mais je lui refusai cette dernière satisfaction, -et elle partit furieuse en grommelant contre -mon indulgence pour «catin négesse».</p> - -<p>Une semaine se passa. Une belle après-midi, j'étais -partie avec un livre, m'installer dans un endroit -paisible des jardins, auprès d'un joli lac couvert de -nénuphars et environné de bosquets. Sur la berge -était construite une petite maison toute chargée de -plantes grimpantes, et meublée de chaises longues -en osier, et d'une petite table ronde.</p> - -<p>En approchant, j'entendis des éclats de rire, et -j'aperçus deux galopins fort occupés à jeter des -pierres à quelque chose qui remuait dans l'eau.</p> - -<p>C'était le frère et la sœur, enfants d'une splendide -mulâtresse appelée Marguerite, employée comme -fille de cuisine. Les deux enfants étant quarterons, -le père était évidemment un blanc. Le garçon avait -une douzaine d'années, et la petite un ou deux ans -de plus. Comme il leur était interdit de venir dans -ce jardin, je supposais qu'ils s'enfuiraient à mon -approche, mais, absorbés par leur jeu ils ne m'aperçurent -pas.</p> - -<p>En avançant encore, je m'aperçus que leur but -était un pauvre petit chat qui luttait désespérément -pour regagner le rivage, et que les petits sauvages -repoussaient impitoyablement.</p> - -<p>J'aime beaucoup les animaux, et particulièrement -les chats; ce spectacle me rendit furieuse. Je courus -au bord de l'eau et saisis la pauvre bête que je -couchai au soleil, espérant qu'elle reviendrait à la -vie, mais les pierres des petites brutes l'avaient -cruellement blessée et elle resta étendue sans vie -sur l'herbe.</p> - -<p>J'entrai dans une grande colère et, saisissant les -deux drôles, je les renversai tour à tour sur mes -genoux et les fustigeai un peu fort. Puis, satisfaite, je -m'installai confortablement et je lus le roman que -j'avais apporté avec moi. Après le dîner, le soir, -Dinah vint me demander divers renseignements, et -j'en profitai pour la prier de me dire ce qu'elle connaissait -de la vie de Randolph.</p> - -<p>Elle parlait longuement, prenant plaisir à s'écouter -elle-même; son récit était semé de remarques que je -ne crois pas utile de reproduire; aussi ne vous en -donnerai-je qu'un résumé.</p> - -<p>Dinah était exactement du même âge que Randolph, -étant née le même jour que lui, trente-cinq ans auparavant. -Sa mère avait été la nourrice de Georges, -et les deux enfants, élevés ensemble, étaient une -vraie paire d'amis. Mais sitôt que Randolph fut en -âge de comprendre la différence qui les séparait, il -devint autoritaire, et la rouait de coups quand elle -ne se pliait pas à ses caprices. A dix-huit ans, il lui -ravit sa virginité, puis alla passer trois ans en -Europe.</p> - -<p>A vingt-cinq ans, Dinah épousa un quarteron, et, -depuis cette époque, Randolph ne l'avait plus approchée. -Ce dernier venait d'atteindre sa trentième -année lorsque son père et sa mère moururent à peu -de temps l'un de l'autre; il devint alors propriétaire -de Woodlands. A cette époque, Dinah était -veuve et première femme de chambre; elle fut -élevée à la dignité de femme de charge par Randolph -qui lui conféra une certaine autorité sur les autres -esclaves, ce qui ne l'empêchait pas de la fouetter -quand elle avait le malheur de lui déplaire, quoique -cela ne fût pas arrivé depuis plus de deux ans.</p> - -<p>Je congédiai Dinah et me mis au lit. Le lendemain, -à mon réveil, je reçus une lettre de Randolph.</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu11.png" alt="" /></div> -<h3>XXII<br /> -RETOUR DE RANDOLPH</h3> - - -<p>Georges m'annonçait son retour pour le lendemain -soir, et me recommandait de lui faire préparer un -bon dîner à l'heure habituelle.</p> - -<p>Le jour de son arrivée, vers deux heures, je fis -seller mon cheval et partis me promener. Aidée de -Rosa, j'avais mis une jolie amazone, et m'étais -coiffée d'un grand feutre gris comme en portent -les cowboys, ce qui m'allait à ravir. Je rentrai vers -cinq heures. Le groom m'attendait sur le perron, et -m'annonça que son maître était arrivé depuis plus -d'une demi-heure. Épouvantée, j'entrai en courant -au salon.</p> - -<p>—Oh! Georges, lui dis-je, je suis vraiment peinée -de ne pas avoir été là pour vous recevoir, mais je -ne pouvais penser que vous arriveriez avant six -heures.</p> - -<p>Je croyais le trouver furieux, mais il était au contraire -de bonne humeur. Il se leva, vint à moi, et -répondit en m'embrassant:</p> - -<p>—Cela importe peu, ma petite chérie, je suis seul -fautif.</p> - -<p>Je fus surprise de ces manières affectueuses auxquelles -je n'étais pas accoutumée, manières presque -tendres et qui contrastaient singulièrement avec -l'humeur habituelle de mon amant.</p> - -<p>Nous descendîmes à la salle à manger, et nous -fîmes honneur au repas qui, d'ailleurs, était excellent.</p> - -<p>Randolph me questionna sur la conduite des -femmes; je lui dis sans hésitation que je n'avais eu -qu'à me louer d'elles durant son absence.</p> - -<p>Après le dîner, une fois installés au salon, Randolph -me fit part de ses craintes sur la situation -présente. Les rapports entre Nord et Sud étaient très -tendus. Georges, naturellement, Sudiste convaincu, -avait voué une haine invétérée à ses adversaires -qu'il agonisait d'injures. J'étais Yankee, et, comme -telle, j'espérais en mon âme sur l'entière victoire de -mes compatriotes; je me gardais cependant d'exprimer -tout haut mon opinion; Randolph, selon son -habitude, m'eût violemment imposé silence.</p> - -<p>Le lendemain, nous fîmes en buggy une longue -promenade, qui nous conduisit jusqu'à l'habitation -où j'avais vécu si heureuse avec Miss Dean.</p> - -<p>Les souvenirs se pressaient en foule dans mon -esprit.</p> - -<p>—Oh! partons, dis-je à Georges qui s'aperçut de -mon émotion. Mais le cruel ne fit que rire bruyamment -de ce qu'il appelait ma «sensiblerie mouillée»,—mouillée! -parce que mon émotion se traduisait en -larmes silencieuses!—et nous reprîmes lentement -le chemin de Woodlands.</p> - -<p>Les jours succédaient aux jours, dans un morne -désœuvrement. La continuité du calme dans cette -ruche monotone pesait lourdement sur mes esprits; il -me semblait que je souffrais de ma tranquillité. Depuis -le retour de Randolph, tout allait pourtant pour le -mieux et aucune femme n'avait encore eu ses jupons -relevés—pour recevoir le fouet, s'entend, car—pour -le reste… L'amour existe dans tous les pays.</p> - -<p>Cette quiétude ne pouvait durer. Un petit accident -arrivé dans la récolte—accident peu important, -du reste, eut le don de mettre Randolph dans une -violente colère.</p> - -<p>J'étais dans la bibliothèque, étendue négligemment -sur une chaise longue, chaussée d'espadrilles -légères, Randolph entra brusquement, les yeux -chargés d'éclairs. Il mordillait rageusement sa -moustache, et, ne trouvant personne sur qui passer -la colère qui grondait sourdement en lui, il m'adressa -violemment la parole.</p> - -<p>—Drôlesse! vous savez que ces espadrilles me -déplaisent. Eh quoi! avez-vous l'intention maintenant -de vous affubler plus mal qu'une chienne d'esclave…</p> - -<p>—Mais…</p> - -<p>—Taisez-vous, ou je vous gifle.</p> - -<p>Alors, un peu calmé, il m'annonça qu'il avait un -rendez-vous très important avec un planteur des -environs. Il appela Dinah qui accourut aussitôt, et -lui commanda de faire seller son cheval, puis alla -s'habiller.</p> - -<p>Au bout d'une demi-heure, il rentrait, en costume -de route. Le groom n'avait pas encore fait son -apparition et Randolph se mit à arpenter rageusement -la pièce en consultant sa montre à chaque -minute. Il jurait de faire attacher et fouetter le -groom jusqu'au sang, s'il manquait son rendez-vous -et finalement sonna encore Dinah.</p> - -<p>—Je parie que la garce a oublié de prévenir le -groom, grommela-t-il entre ses dents.</p> - -<p>Dinah parut, calme.</p> - -<p>—Avez-vous commandé mon cheval?</p> - -<p>La femme se mit à trembler, affreusement pâle.</p> - -<p>—No, Massa, mo ka oublié.</p> - -<p>Il bondit de fureur.</p> - -<p>—C'est ainsi; c'est bien, je vous réponds que -cela ne vous arrivera plus.</p> - -<p>Et bondissant sur la pauvre Dinah, il la renversa, -d'un tour de main lui releva ses jupes, et commença -à la frapper furieusement, s'excitant, tapant de plus -en plus fort sur la chair qui frémissait sous le cruel -contact de ses gros poings.</p> - -<p>Enfin il la repoussa violemment, en jurant.</p> - -<p>—Oh! Georges, lui dis-je. Comment avez-vous -pu battre cette fille?</p> - -<p>Il me regarda durement:</p> - -<p>—Je vous serais reconnaissant de vous mêler de -ce qui vous regarde. Je fais ce qu'il me plaît de mes -esclaves.</p> - -<p>Il s'animait en parlant.</p> - -<p>—Dieu me damne, jura-t-il, jamais personne ne -s'est permis semblable remarque, et j'ai bien envie -de vous fouetter comme cette femme.</p> - -<p>Il l'aurait fait. Mon sang se glaça dans mes veines.</p> - -<p>—Je vous demande pardon, fis-je d'une voix -étranglée… Je suis désolée que ma prière ait pu -vous contrarier.</p> - -<p>—C'est bien. Mais sachez que je déteste les -observations.</p> - -<p>Enfin, il quitta la salle. Je poussai un soupir de -soulagement en le voyant disparaître dans l'avenue, -au grand trot de son cheval.</p> - -<p>La nouvelle de la punition de Dinah s'était vivement -répandue par toute la maison. Comme elle -était femme de charge, et obligée de rapporter à -son maître toutes les fautes commises par ses gens, -elle n'était pas très aimée des noirs.</p> - -<p>Je fis venir Dinah auprès de moi. Je fus surprise -de la trouver plus fraîche que jamais, ses cheveux -bien en ordre sous un bonnet blanc, un tablier, un -col et des manchettes très propres. Sa figure avait -son habituelle expression de placidité mais ses yeux -étaient un peu rouges.</p> - -<p>—Je vous plains, ma pauvre Dinah, lui dis-je, -votre maître vous a battue bien sévèrement.</p> - -<p>Quoiqu'un peu surprise de la sympathie que je -lui témoignais, elle parut néanmoins s'en montrer -reconnaissante, et me remercia, en disant:</p> - -<p>—Mo ka tini bocoup fouettée dans ma vie, mais -mo jamais croire que Massa baillé à mo fessée tan coin -pitit fille. Mo l'a pas reçu chose comme ça depuis -mo tini treize ans. Mo ha reçu deux fois la batte -mais la main de Massa être quasi dure comme batte.</p> - -<p>Dinah avait parlé sans émotion: elle ne trouvait -pas étrange qu'une femme de son âge fût fouettée -d'une manière aussi cruelle, et elle ne paraissait -pas en garder rancune à son maître. Elle était son -esclave: son corps était sa propriété: il était par -conséquent libre de faire d'elle ce que bon lui -semblait. Et l'état d'âme de Dinah était semblable -à celui de tous les noirs, pauvres gens subissant de -gaîté de cœur la pire des dégradations, résignés à -souffrir comme des bêtes sous le bâton, sans aucune -velléité de révolte.</p> - -<p>Je m'habillai pour dîner et, en entrant dans la -salle à manger, j'y trouvai Randolph déjà installé.</p> - -<p>Il avait manqué son rendez-vous. Je m'attendais -donc à le trouver de fort méchante humeur, mais, à -ma grande surprise, il se montra fort doux et aimant, -la nuit qui suivit surtout.</p> - -<p>Quel étrange caractère que celui de cet homme?…</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu4.png" alt="" /></div> -<h3>XXIII<br /> -NORD CONTRE SUD</h3> - - -<p>Je vais franchir une période de quatre mois. -Pendant ce temps, les événements s'étaient aggravés: -les États esclavagistes, séparés du Nord, avaient -élu un Président du Sud, Jeff Davis, et s'étaient -brusquement emparés du fort Sum; la guerre enfin -était commencée.</p> - -<p>Malgré le mauvais état des affaires, le travail -continuait à la plantation, mais tout y allait assez -mal. Les noirs, informés de ce qui se passait à l'extérieur, -donnaient fréquemment des signes d'insubordination; -Randolph et ses surveillants se promenaient -continuellement, armés de revolvers. Les -punitions étaient encore plus nombreuses et plus -terribles que par le passé et grâce à ce surcroît de -sévérité, la discipline était quand même maintenue.</p> - -<p>Dans la maison, à de rares exceptions près, les -femmes devenaient difficiles à conduire, mais de -ce côté non plus, Randolph ne supportait pas la -moindre faute. Aussi Dinah, aidée d'une esclave -nommée Milly, devait-elle constamment infliger de -terribles fustigations. Le sang coulait parfois.</p> - -<p>Puis, subitement, les affaires subirent un arrêt. -Les greniers et magasins pleins de coton ne se -vidaient plus. Comme les revenus de Randolph -consistaient surtout dans la vente du coton, il se -trouva brusquement avec peu d'argent liquide, et -malgré sa douloureuse détresse, il espérait fermement -que le Sud sortirait victorieux de la lutte.</p> - -<p>Quant à moi, est-il besoin de le répéter, toutes -mes sympathies allaient aux Nordistes. Je me gardais -bien, naturellement, de faire part de mes espérances -à Georges, qui, très violent, m'eût peut-être tuée en -apprenant ce qui se passait en mon âme.</p> - -<p>Randolph quittait rarement la plantation et ne -recevait plus personne. Ses amis étaient d'ailleurs, -tous enrôlés dans les rangs des combattants. Entre -temps, il avait été élu membre de Congrès de la Confédération -du Sud. Contraint de demeurer à Woodlands, -Georges commença à m'apprécier davantage -et me traita un peu moins en machine à plaisir.</p> - -<p>Avec ses esclaves, il était de plus en plus strict; -depuis le commencement de la guerre, plusieurs -noirs s'étaient évadés et Randolph avait offert deux -cents dollars pour la capture de chaque déserteur, -mais ce fut inutilement, heureusement pour les -fugitifs. Ces pertes de bétail humain le tracassaient -beaucoup: ces noirs valaient chacun de -quinze cents à deux mille dollars. Jusqu'alors -aucune des femmes n'avait tenté de s'échapper, -lorsqu'un matin, Dinah vint nous prévenir qu'une -esclave appelée Sophie, sortie la veille au soir, -n'avait pas reparu.</p> - -<p>Sophie était une belle mulâtresse de vingt-six -ans, qui pouvait valoir dix-huit cents dollars. Randolph -envoya immédiatement son signalement de -tous côtés, promettant une forte récompense à qui la -ramènerait à Woodlands ou la ferait incarcérer dans -une prison de l'État. L'effet ne s'en fit pas attendre. -Un soir vers cinq heures, deux hommes arrivèrent, -ramenant la mulâtresse dans une voiture; ils -l'avaient retrouvée dans le quartier des esclaves -d'une habitation située à vingt-cinq milles de Woodlands.</p> - -<p>La femme, dont les poignets étaient ligotés, -n'avait évidemment pas souffert depuis son départ; -sa robe était propre; elle paraissait seulement épouvantée, -n'ignorant pas ce qui l'attendait.</p> - -<p>Randolph était très heureux d'avoir retrouvé son -esclave. Le lendemain, à déjeuner, il me dit qu'il -avait décidé d'infliger à Sophie un châtiment exemplaire; -elle serait fouettée avec la <i>batte</i>, dans le -hall, devant toutes les femmes réunies.</p> - -<p>Puis il sortit faire tout préparer pour l'exécution. -Vingt minutes après, il rentrait, me disant:</p> - -<p>—Tout est prêt en bas; vous n'avez jamais vu -appliquer la batte; si vous voulez, vous pouvez descendre, -ça vous amusera.</p> - -<p>Certes, il était triste de voir fouetter une femme, -mais je m'y étais quelque peu habituée, et ma curiosité -avivée par la promesse d'un spectacle que je -n'avais jamais vu, je suivis Georges.</p> - -<p>Dans le milieu de la pièce, était installé un long -bloc de bois, large d'environ deux pieds, et supporté -par quatre piquets munis de courroies. Sur le -plancher, à côté, était la batte: c'était une espèce -de battoir semblable à celui des laveuses, mais -n'ayant qu'un demi-centimètre à peine d'épaisseur, -et monté sur un manche de deux pieds et demi de -long; c'était là l'instrument le plus redouté, car -après son application, la peau restait endolorie -beaucoup plus longtemps qu'avec la courroie ou -la baguette.</p> - -<p>Toutes les femmes de la maison étaient présentes. -Dinah, seule, se tenait près du bloc. Aidée de Milly, -elles s'emparèrent de la coupable.</p> - -<p>—Oh! massa, criait celle-ci, étendant les bras en -sanglotant, vous pas baillé batte à ma, baillé ma -fessade avec courroie ou baguette, mais pas baillé -batte…</p> - -<p>—Étendez-la, commanda Randolph.</p> - -<p>En un instant, elle fut solidement ligotée sur le -chevalet, et ses jupes relevées.</p> - -<p>Randolph prit la batte, et se plaçant à la gauche -de la coupable, lui dit:</p> - -<p>—Maintenant, chienne, je vais recouvrer sur votre -peau les quatre cents dollars que m'a coûtés votre -évasion.</p> - -<p>Puis il leva la batte aussi haut qu'il le put. Dans -l'attente du coup, la femme avait frissonné, serrant -les jambes. L'instrument retomba, claquant comme -un coup de fouet, sur la partie supérieure de la -fesse gauche. Sophie remua convulsivement, et -poussa un long cri de douleur. Une large marque -rouge était apparue sur la peau. Le second coup -tomba à gauche et fut suivi d'un nouveau cri et -d'une nouvelle marque.</p> - -<p>Georges continua de frapper rudement, visant -alternativement à droite et à gauche un endroit nouveau. -Le supplice prit fin. Le châtiment avait été terrible; -Randolph jeta la batte et ordonna à Dinah de -délivrer la femme qui, sitôt détachée, roula à terre -en proie à la plus affreuse douleur.</p> - -<p>Je remarquai que les femmes présentes, habituées -à la vue de semblables corrections, n'étaient -nullement émues par cette scène de sauvagerie.</p> - -<p>Les semaines s'écoulaient sans grand changement -dans notre existence. La guerre battait son -plein et les troupes nordistes approchaient; les -fédéraux étaient entrés en Virginie et n'étaient plus -qu'à peu de distance de Woodlands.</p> - -<p>Puis eut lieu la bataille de Bull-Run, perdue par -les Nordistes. Quand la nouvelle de la victoire des -confédérés nous parvint, Randolph ne me cacha -pas sa joie. J'étais désolée de cette défaite, mais je -ne tardais pas à reprendre courage, dans l'attente -d'autres victoires de mes compatriotes.</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu7.png" alt="" /></div> -<h3>XXIV<br /> -GUERRE ET AMOUR</h3> - - -<p>Peu après la bataille de Bull-Run, Randolph fut -convoqué à Richmond pour assister à un Congrès -tenu par les chefs des confédérés. Comme son -absence devait être de longue durée, il me donna -des instructions détaillées au sujet des travaux à -faire exécuter, et m'ordonna de lui écrire deux fois -par semaine.</p> - -<p>Dès le jour du départ de Randolph, je décidai -qu'autant que possible, on ne fouetterait plus sur la -plantation; ces ordres, qui ne concernaient que les -femmes, surprirent les majordomes, mais je crois -qu'ils s'y conformèrent.</p> - -<p>Au dehors, la guerre faisait rage et les troupes -des fédérés se concentraient déjà autour de Richmond; -beaucoup de plantations voisines étaient occupées -militairement par les Nordistes et je m'attendais -d'un moment à l'autre à voir mes compatriotes, -les <i>garçons en bleu</i>, comme on les appelait, -faire leur apparition chez nous.</p> - -<p>Ils arrivèrent enfin!</p> - -<p>Une après-midi, j'étais à ma fenêtre, lorsque -j'aperçus une bande de soldats, conduite par un -jeune officier, et suivie d'une voiture régimentaire. -Ils firent une pause devant la terrasse, disposèrent -leurs armes en faisceaux et se mirent à décharger -leur voiture qui contenait des objets de campement -et des vivres. Mon cœur battait violemment, et je -m'assis sur un sofa en attendant le dénouement de -la perquisition qui ne devait pas manquer d'avoir -lieu.</p> - -<p>Quelques instants après, en effet, Dinah annonça -l'officier, qui dit, en me saluant de la façon la plus -courtoise:</p> - -<p>—Madame, j'ai reçu l'ordre d'occuper cette plantation, -mais je vous promets de ne rien détruire, -ni d'arrêter le travail. Je logerai mes hommes dans -le quartier des esclaves, mais je vous prierai de me -faire donner une chambre dans la maison.</p> - -<p>—Je suis heureuse de vous voir, monsieur, répondis-je -en souriant. Je suis née dans le Nord et toutes -mes sympathies sont pour vous. Prenez un siège, -et je vais donner des ordres pour qu'une chambre -confortable vous soit préparée.</p> - -<p>Il s'assit, l'air très surpris. Cet officier, grand et -blond, pouvait avoir vingt-sept ans; son visage plein -de distinction décelait la franchise; il avait une -longue moustache blonde et portait élégamment -l'uniforme simple des officiers du Nord.</p> - -<p>An bout d'un instant, la conversation avait pris -entre nous un caractère de cordiale familiarité. Il -me dit se nommer Franklin et être capitaine. De -plus, il était né en Pensylvanie, ainsi que moi. Cette -découverte nous réjouit; aussi notre causerie, jusqu'à -l'heure du repas ne languit-elle pas un seul -instant.</p> - -<p>Je mis pour le dîner une de mes plus jolies toilettes, -et je descendis dans la salle à manger y -attendre le capitaine Franklin.</p> - -<p>Me saluant avec une respectueuse aisance, il me -remercia tout d'abord d'avoir bien voulu lui réserver -un appartement dont l'aménagement le ravissait. Il -avait quitté son uniforme et portait maintenant un -vêtement civil, sous lequel il paraissait fort élégant.</p> - -<p>Nous nous mimes à table, et je m'aperçus, non -sans en éprouver une intime satisfaction, qu'il faisait -grand honneur aux plats fins et plus encore aux vieux -vins de Woodlands. En riant il me disait sa joie -d'avoir pu utiliser de façon si inespérée son billet -de logement. La conversation était fort agréable et -pleine de charme.</p> - -<p>Le dîner terminé, il me pria de l'excuser; il avait, -disait-il, à s'occuper de son service.</p> - -<p>Je montai à ma chambre et écrivis à Randolph -pour le mettre au courant de la situation; j'avais -été prévenue qu'il se trouvait non loin de là.</p> - -<p>La réponse ne se fit pas attendre. Il me disait qu'il -préférait ne pas revenir à Woodlands où il ne pourrait -assister impassible à l'envahissement de sa propriété. -Il m'annonçait que sitôt qu'il aurait loué une -maison, à Richmond, il m'enverrait chercher.</p> - -<p>Cependant, le capitaine Franklin était toujours -plein d'égards pour moi, et me traitait avec la plus -extrême déférence.</p> - -<p>Je m'étais vite aperçue de l'impression que je lui -causais, et à certains signes qui n'échappent jamais -à une femme, je surpris facilement qu'il éprouvait -plus que de la sympathie pour moi. De mon côté, le -capitaine me plaisait beaucoup; ses manières galantes -et polies m'avaient à peu près conquise, si bien que -l'amour, amour que je n'avais jusque-là ressenti pour -personne, avait envahi mon cœur.</p> - -<p>Je pressentais le danger de cette passion et, -anxieuse, je me demandais s'il la partageait. J'avais -une envie folle de sentir se poser ses lèvres sur mes -lèvres et entendre de lui ces mots tendres qui tous -pénètrent l'âme tant et si bien que mon amour qui -grandissait chaque jour me fit brusquer les événements.</p> - -<p>Le capitaine m'ayant dit un soir que son parfum -préféré était celui de la violette, je ne manquai d'en -saturer ma toilette et d'en vaporiser mon corps et -mes dessous.</p> - -<p>C'est ainsi que, dans un ajustement coquet aux mille -détails féminins, je fis mon entrée dans la salle.</p> - -<p>Franklin, que je n'avais pas vu depuis le matin, -s'y trouvait déjà. Il me tendit la main, et sans m'en -rendre compte je lui abandonnai la mienne plus longtemps -qu'il n'était décent.</p> - -<p>Pendant le dîner, il fut très gai, riant, causant -aimablement, puis nous passâmes au salon. Jusque-là, -le capitaine n'avait pas dépassé les bornes de la -plus stricte courtoisie. Il fallait donc que ce fût moi -qui devinsse entreprenante.</p> - -<p>Sous prétexte de m'aider à dévider un écheveau de -laine, je le fis placer à coté de moi, et je m'assis -sur un tabouret à ses pieds, de façon que son regard -plongeât dans mon corset par la large échancrure de -mon corsage.</p> - -<p>Puis, prétextant soudain un subit et violent mal de -tête, je me levai en chancelant. Il s'élança pour me soutenir, -me portant sur le canapé. D'un coup de genou savamment -combiné, j'avais fait remonter mes jupons.</p> - -<p>Franklin vit ma jambe, et, cette fois, n'y tint plus. -Il m'enlaça dans une étreinte à m'étouffer, et me mit -sur les lèvres un baiser passionné en murmurant: -«Je vous aime!…» Je ne me défendais nullement; -bien au contraire. Je lui rendis son baiser et… vous -devinez le reste de l'aventure.</p> - -<p>Je lui racontai mon odyssée et, en détails, les -moyens horribles employés par Randolph pour me -forcer à habiter Woodlands. Il fut ému par mon histoire, -et, lorsque je l'eus terminée, il m'embrassa -tendrement en me disant:</p> - -<p>—Je suis sans grande fortune et ne puis, par conséquent, -vous offrir le luxe que vous avez ici, mais -je vous apporte mon amour et ma volonté et pour -une âme aimante comme la vôtre, je pense que cela -peut suffire.</p> - -<p>—Oh! je vous suivrai avec bonheur partout où -vous serez, vous qui êtes mon premier et seul amour, -mais êtes-vous bien certain de m'aimer toujours?</p> - -<p>—Pouvez-vous en douter, cruelle?</p> - -<p>Et après un long baiser aussitôt suivi d'une autre -manifestation d'amour, nous nous séparâmes jusqu'au -lendemain.</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu3.png" alt="" /></div> -<h3>XXV<br /> -LES BUSHWHACKERS</h3> - - -<p>Nous étions trop heureux pour que notre bonheur -fût durable!</p> - -<p>Un jour le capitaine Franklin reçut l'ordre de partir -avec son détachement: il devait rejoindre le gros -de l'armée.</p> - -<p>Notre séparation fut cruelle et je me pris à maudire -la fortune, jalouse du moment de bonheur qu'elle -avait accordé à mon âme.</p> - -<p>Franklin s'éloigna, après m'avoir fait promettre -de lui écrire.</p> - -<p>Je me mis à la fenêtre, les yeux pleins de larmes, -pour voir disparaître à la tête de son détachement le -seul homme que j'aie jamais aimé d'amour véritable.</p> - -<p>Arrivé au bout de l'avenue, il se retourna, me salua -du sabre, puis disparut. Je ne devais plus le revoir: -l'année suivante il fut tué à la bataille de Cedar Mountain.</p> - -<p>Cependant quinze jours s'étaient écoulés. Randolph -ne revenait pas. J'étais très inquiète: les -esclaves donnèrent fréquemment de visibles signes -d'insubordination et j'écrivis à Georges de venir ou -de m'appeler auprès de lui, quoiqu'il en coûtât à mon -cœur de reprendre la vie commune d'autrefois.</p> - -<p>Dans sa réponse il me disait d'aller le rejoindre -à Richmond où il avait loué une superbe maison.</p> - -<p>Je fis faire immédiatement mes malles, et commandai -de préparer la voiture qui devait me transporter -avec mes bagages.</p> - -<p>Le vieux cocher, Jim, parut un peu effrayé de ma -décision, m'apprenant que, depuis le commencement -de la guerre, les chemins étaient infestés par les -détrousseurs de grande route, des Bushwhackers et -qu'il était peu prudent de voyager avec des valeurs sur -soi. Il finit par me conseiller de laisser mes bijoux à la -garde de Dinah, et jugeant bon l'avis du vieux nègre -je rouvris mes malles pour en sortir mes bijoux, que -j'enfermai dans un coffre-fort dissimulé dans la muraille -de la chambre de Randolph.</p> - -<p>A quatre heures, le buggy, attelé de deux bons -chevaux, s'arrêta devant le perron et, mes malles -chargées, je commençai mon voyage.</p> - -<p>L'après-midi était splendide.</p> - -<p>Très légèrement vêtue, je ne souffrais nullement -de la chaleur. Je passai les rênes à Jim et m'abandonnai -à mes pensées. La route était superbe, et une -légère brise nous caressait agréablement. Certes, je -n'étais pas enchantée de revoir Randolph, mais j'espérais -m'amuser à Richmond, du moins mieux qu'à -Woodlands.</p> - -<p>Comme nous étions arrivés en haut d'une longue -côte, et que Jim avait mis ses chevaux au pas, pour -les laisser souffler un peu, je le fis causer et lui dit -que bientôt peut-être il serait un homme <i>libre</i>. Il hocha -la tête, m'affirmant qu'il était bien beau de vivre -à sa guise, mais qu'il était absolument incapable -de gagner sa vie et que presque tous les esclaves -pensaient comme lui.</p> - -<p>Nous en étions là de notre conversation quand -soudain quatre hommes à l'aspect peu rassurant sortirent -des bois et, braquant d'énormes revolvers -dans notre direction, nous crièrent:</p> - -<p>—Lâchez les rênes et levez les mains en l'air.</p> - -<p>—Par Dieu, maîtresse, les Bushwhackers, me -souffla Jim à mi-voix, puis il leva les mains, pendant -que, glacée d'épouvante, je me cachais en -criant.</p> - -<p>Deux des bandits s'approchèrent et, avec force jurons, -nous intimèrent l'ordre de descendre. Toute résistance -était impossible et, immédiatement, malgré -nos terreurs, il nous fallut obtempérer à l'ordre; les -bandits s'assurèrent tout d'abord que nous n'étions -pas en état de fuir; alors les Bushwhackers remirent -leurs revolvers à la ceinture et se mirent à l'ouvrage: -les traits de la voiture furent enlevés et l'un des -hommes, montant sur un cheval et tenant l'autre -par la bride, s'éloigna au grand trot.</p> - -<p>Les trois détrousseurs qui restaient jetèrent sans -façon mes malles à terre, et les ayant brisées, commencèrent -à fouiller parmi les étoffes et les robes.</p> - -<p>Ils furent vivement désappointés de n'y trouver -ni bijoux ni argent et l'un d'eux, s'approchant de -moi, m'ordonna rudement de lui donner ma bourse. -Il n'y trouva que cinq dollars; il se mit à jurer -furieusement. Puis se tournant vers Jim:</p> - -<p>—Vous, vieux négro, filez rapidement sans tourner -la tête. C'est compris, n'est-ce pas?</p> - -<p>—Non Massa, répondit Jim, mo ka pas quitté -maîtesse.</p> - -<p>L'homme tira son revolver et l'appliqua sur la -tempe du vieux nègre.</p> - -<p>—Allons, au trot, ou je vous casse la tête…</p> - -<p>Jim n'avait pas fait un mouvement, et de ses -grands yeux tranquilles il continuait de fixer -l'homme.</p> - -<p>Je crus comprendre que les bandits voulaient me -garder pour me rançonner et je lui dis:</p> - -<p>—Vous pouvez partir, Jim; allez mon ami, vous -ne sauriez m'être utile maintenant.</p> - -<p>—Oh! maitesse, mo ka pas l'aimé laissé vous -seule com yon becqué, mo ka couri Woodlands.</p> - -<p>Puis il s'en alla lentement, tournant la tête de -temps à autre.</p> - -<p>Le chef vint à moi:</p> - -<p>—Il est déjà tard, dit-il, aussi nous allons vous -donner l'hospitalité pour la nuit. Demain matin vous -trouverez probablement une voiture qui vous conduira -à Richmond.</p> - -<p>Puis, me saisissant le bras, il me fit prendre un -petit sentier à travers bois. Nous marchâmes pendant -un mille environ, et arrivâmes à une petite cabane -de bois, grossièrement construite.</p> - -<p>Une lampe fut allumée, et je vis avec terreur le -lieu dans lequel je devais passer la nuit.</p> - -<p>Les murs étaient faits de tronçons d'arbres, le -toit de brindilles et de branchages; le mobilier se -composait de quatre lits faits en feuillée et recouverts -de peaux de bêtes; une planche servait de -table.</p> - -<p>Au milieu de la cabane, un feu de bois se consumait -lentement; l'un des hommes y jeta une bûche, -et, détachant une poêle qui pendait au mur, y fit frire -quelques tranches de lard qu'il plaça sur la table -avec un morceau de pain noir et une bouteille de -whiskey.</p> - -<p>Puis tous trois se mirent à manger, m'invitant à -en faire autant.</p> - -<p>Naturellement, je m'en abstins et rejetai dédaigneusement -l'offre.</p> - -<p>Alors, l'un d'eux prit la parole:</p> - -<p>—Nous avons été très désappointés en ne trouvant -rien dans vos malles, ma belle enfant. Comme -nous n'avons pas l'habitude de travailler pour rien, il -faut que d'une façon ou d'une autre nous soyons -payés.</p> - -<p>—Oh! m'écriai-je vivement, si l'un de vous veut -m'accompagner à Richmond demain, mon mari, -M. Randolph, vous donnera la somme que vous -fixerez.</p> - -<p>—Non, il est inutile que vous nous fassiez une -proposition semblable. Et comme nous n'avons pu -tirer d'argent de vous, nous allons nous payer sur -votre personne!…</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu4.png" alt="" /></div> -<h3>XXVI<br /> -NUIT HORRIBLE</h3> - - -<p>Je vous laisse à penser l'état dans lequel m'avait -mise cette déclaration:</p> - -<p>—Oh! implorais-je, vous ne m'infligerez pas -pareil traitement; croyez-moi, je vous enverrai tout -l'argent que vous voudrez; mais laissez-moi partir, -ajoutai-je en sanglotant. Ils se prirent à rire bruyamment:</p> - -<p>—Vos larmes sont superflues, la belle; nous n'en -agirons pas différemment pour cela, dit celui qui -paraissait le plus âgé des trois; puis se tournant vers -ses sombres compagnons:</p> - -<p>—Allez, camarades, déshabillez la donzelle, et -attachez-la.</p> - -<p>Et malgré mes cris et ma résistance, je me trouvai -en un instant nue et ligottée aux quatre coins d'un -lit.</p> - -<p>Ils commencèrent à m'examiner, admirant à haute -voix ma peau et la finesse de mes formes, surenchérissant -sur des particularité que j'eusse voulu -cacher et se décidèrent enfin à commencer leur -monstrueuse besogne.</p> - -<p>Ils tirèrent au sort ma possession; mais, hélas! je -n'en devais pas moins subir les assauts répétés de -chacun d'eux; tous les trois me violèrent…</p> - -<p>Je ne puis vous raconter les horreurs que j'ai -supportées. J'étais à moitié morte de dégoût; une -sueur froide ruisselait sur mon front; et j'étais -toute meurtrie, leur façon d'aimer étant faite de -brutalité immonde et de rudesse infâme.</p> - -<p>Ils délièrent enfin mes membres: les courroies -avaient laissé des marques rouges sur ma peau -brûlée de leurs monstrueuses caresses.</p> - -<p>Je m'habillai péniblement, et m'étendis sur le lit -grossier cherchant un peu d'oubli dans le sommeil. -Mais quoique physiquement et moralement éreintée, -je ne pus fermer l'œil.</p> - -<p>Je n'oublierai jamais les tortures de cette épouvantable -nuit. J'avais une peur affreuse que ces -individus voulussent me garder avec eux.</p> - -<p>Le jour vint pourtant, et les rayons du soleil -levant glissèrent par les trous des claies qui fermaient -la cabane.</p> - -<p>Cependant les hommes s'éveillèrent et préparèrent -du café. Inconsciente, j'en bus avidement un -gobelet, ce qui me rafraîchit un peu.</p> - -<p>Puis ils m'annoncèrent qu'ils allaient me rendre -ma liberté. L'un d'eux, me prenant le bras et me -poussant hors de la cabane, me conduisit alors jusqu'à -la route après m'avoir fait faire mille détours. -Puis, il disparut dans les fourrés des bois. Je m'étais -assise au revers du chemin ne sachant au juste ce -que je devais faire, quand une voiture parut. Je -m'avançai vers le conducteur qui voulut bien me -conduire jusqu'à Richmond.</p> - -<p>Arrivé devant la maison de Randolph, le brave -homme arrêta son cheval et m'aida à descendre.</p> - -<p>Je frappai à la porte; une jolie femme de chambre -vint m'ouvrir et me considéra avec étonnement, -comme hésitant. Mais, quand je lui eus dit qui j'étais, -elle me conduisit près de Randolph.</p> - -<p>—Oh! Dolly, s'exclama Georges, comme vous -voilà faite!—Je devais en effet avoir une mine -affreuse.</p> - -<p>—D'où venez-vous? le vous attendais à huit -heures, hier soir. Où est Jim? Où est la voiture?</p> - -<p>Cet accueil inattendu acheva de me déconcerter:</p> - -<p>—Eh! ne m'accablez pas avec vos questions; il -y a près de vingt-quatre heures que je n'ai mangé -et je suis malade de faim, de fatigues et d'épouvante. -J'ai besoin de secours, je parlerai ensuite.</p> - -<p>Stupéfait, il obéit. J'étais réellement affamée, et -je fis un bon repas et bus deux grands verres de -vin.</p> - -<p>Puis, me sentant remise, je m'assis dans un fauteuil -et fis à Randolph le récit de mes aventures, -mais sans parler des outrages dont je venais d'être -victime.</p> - -<p>Je ne sais s'il se douta que je lui cachais quelque -chose, mais il ne me posa pas de questions allusives. -Il paraissait seulement très contrarié de la -perte de ses deux beaux chevaux:</p> - -<p>—Dieu damne les brutes, dit-il, je n'aurais pas -donné ces deux bêtes pour huit cents dollars! quant -à votre garde-robe, elle peut être facilement -remontée. Je vais aller prévenir la police par acquit -de conscience, mais sans grand espoir; par ces -temps de bouleversement et de guerre on n'est -jamais sûr.</p> - -<p>Enfin, n'y tenant plus, brisée de fatigues, je me -couchai et m'endormis, malgré les exhortations -de Randolph, qu'une continence forcée avait mis en -appétit…</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu8.png" alt="" /></div> -<h3>XXVII<br /> -LA PROSTITUÉE</h3> - - -<p>Je me levai tard le lendemain matin, et partis -faire différentes courses. Randolph tenait à ce que -je fusse toujours bien mise. Très généreux sous ce -rapport il ne négligeait rien.</p> - -<p>En quelques jours, ma garde-robe fut remplacée.</p> - -<p>Georges était allé chercher mes bijoux à Woodlands.</p> - -<p>La plantation était dans un état affreux; les -esclaves refusaient de travailler, malgré Dinah et les -surveillants qui ne pouvaient maintenant les y -contraindre.</p> - -<p>A Richmond, la vie était triste. Les nombreux -échecs des Sudistes avaient semé le deuil partout. -Randolph se décida à quitter Richmond et il fut -convenu que nous partirions pour New York. Cette -nouvelle m'enchanta, et c'est avec ravissement que -je m'installai avec lui dans le meilleur hôtel de la -ville.</p> - -<p>Pendant quelque temps, je fus relativement heureuse.</p> - -<p>J'avais de très belles toilettes, Georges m'emmenait -fréquemment au spectacle et devenait très -aimable pour moi.</p> - -<p>Les semaines s'écoulaient rapidement et, par un -inexplicable et subit revirement, je remarquai que -Randolph devint subitement froid et réservé à mon -égard. Il rentrait tous les jours fort tard: je compris -qu'il était peut-être l'amant d'autres femmes. Un -jour, il m'entraîna dans sa chambre:</p> - -<p>—J'ai résolu, me dit-il, d'aller en Europe avec -plusieurs amis; en un mot, Dolly, l'heure de la -séparation a sonné. Mais il n'y a pas de votre faute; -je n'ai jamais eu à me plaindre de vous; en conséquence, -je vais acheter pour vous une petite maison -et la meublerai convenablement. Vous recevrez une -bonne somme pour commencer. Vous êtes jeune, -jolie et intelligente, je suis certain que vous réussirez -à New York.</p> - -<p>C'était une façon un peu brutale de me signifier -mon congé, mais en somme, il ne m'abandonnait -pas sans ressources.</p> - -<p>Je me mis à songer; mon avenir ne m'apparut -pas sous des couleurs très brillantes, mais il fallait -que je me courbasse sous la loi d'inéluctables circonstances.</p> - -<p>Le lendemain donc, après de nombreuses recherches, -Randolph acheta, à mon intention, une -petite maison qui fut immédiatement meublée avec -quelque goût. Puis, en m'y installant, il me donna -mille dollars. Je pris deux domestiques noires et -devins dès lors propriétaire.</p> - -<p>Une après-midi, Randolph me rendit visite et -m'aborda en ces termes:</p> - -<p>—Vous savez, Dolly, que j'adore fouetter une -femme; il est peu probable qu'à l'avenir je puisse -me payer cette agréable fantaisie en Europe; aussi -faut-il que vous me permettiez de vous laisser fustiger -sérieusement avant mon départ.</p> - -<p>Cette étrange proposition ne me souriait guère, -mais je n'eus pas la force de lui refuser; j'acceptai -donc, lui recommandant toutefois de ne pas me -frapper trop fort si je lui passais cette dernière fantaisie.</p> - -<p>Prenant un mouchoir, il m'attacha les mains, malgré -ma défense. Puis, s'asseyant sur une chaise et -me renversant sur ses genoux, il me traita ainsi -qu'une petite fille, malgré mes pleurs et mes supplications.</p> - -<p>—Là, Dolly, maintenant tout est fini entre nous; -vous avez reçu de moi la dernière fessée.</p> - -<p>Puis il m'embrassa une dernière fois, me dit -adieu, et tranquillement sortit de ma maison.</p> - -<p>Il partit pour l'Europe dès le lendemain et depuis, -je ne l'ai plus revu. Je sais pourtant aujourd'hui -qu'il est revenu et qu'il habite Woodlands.</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>Au bout de peu de temps, mes ressources diminuèrent -rapidement. Malgré toute ma volonté et la -lutte intérieure qui se livrait entre ma conscience et -la nécessité, il fallut me résoudre à me laisser -pousser vers la chute finale.</p> - -<p>J'étais jolie, et bientôt j'eus un grand nombre -d'adorateurs.</p> - -<p>Je haïssais cependant mon horrible profession et -certes, je puis affirmer que je ne m'y suis jamais -faite. A deux reprises déjà, j'ai été demandée en -mariage, mais je me suis jurée de n'épouser que -quelqu'un que j'aimerai réellement. Peut-être un -jour mes vœux seront-ils exaucés.</p> - -<p>L'an dernier, je suis allée passer quelques jours -à Philadelphie où j'ai eu des nouvelles de Miss Dean. -Elle est toujours aussi bonne qu'autrefois et continue -à être très charitable. Je crois que ses aventures -en Virginie sont ignorées. J'aurais bien voulu revoir -ma douce amie, mais ma présente condition me le -défendait. C'est pour moi un grand chagrin.</p> - -<p>Maintenant, mon histoire est finie et vous savez -pourquoi je hais les Sudistes.</p> - -<p>Ils sont la cause de tous mes malheurs et de ma -chute dans le vice. Sans eux, je n'eusse pas été -martyrisée par les Lyncheurs, et je n'aurais pas été -obligée de me livrer à Randolph. Trois bandits ne -m'auraient pas violée et enfin, malheur de moi! je -ne serais pas</p> - -<blockquote> -<p class="c small">UNE PROSTITUÉE</p> -</blockquote> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/bandeau3.png" alt="" /></div> -<h3>NOTE</h3> - - -<p>Ici s'arrête le récit que m'a fait Dolly Morton.</p> - -<p>Tant que je demeurai à New York, je la revis; -j'avais pitié de son infortune. Le jour de mon départ, -je lui donnai mon adresse, lui disant que je -serais heureux d'avoir parfois de ses nouvelles. -Je crois que la pauvre fille m'aimait un peu: le -jour où elle me dit adieu, des larmes coulèrent de -ses doux yeux.</p> - -<p>Six mois plus tard, je l'avais à peu près oubliée—ainsi -sommes-nous faits—lorsque je reçus d'elle -une lettre m'annonçant son mariage avec un homme -un peu plus âgé qu'elle et qui avait un commerce -très florissant.</p> - -<p>Elle l'aimait vraiment et l'avenir s'annonçait heureux.</p> - -<p>J'en fus satisfait pour elle. C'était ma foi, une -brave créature et, quoiqu'un peu faible de caractère, -je suis persuadé qu'elle a dû être une excellente -femme de ménage fidèle à l'homme qui l'avait tirée -de l'abîme.</p> - -<p>Depuis, je n'ai plus entendu parler d'elle je -souhaite de tout cœur que cette pauvre femme ait -maintenant l'existence heureuse. Elle a souffert beaucoup -sans l'avoir mérité et la vie lui doit bien la -compensation de quelques jours heureux.</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>Dans le manuscrit écrit sous la dictée de Dolly -Morton, se trouvaient beaucoup de passages que les -besoins d'une publication m'ont obligés de supprimer. -Ces quelques lignes non parues n'ajoutaient -rien, d'ailleurs, à la lamentable odyssée de cette -femme et j'ai cru bien faire en la livrant ainsi -expurgée au public.</p> - - -<p class="c gap small">FIN</p> - -<div class="chapter"></div> - -<p class="c large"><i>Supplément à</i> «<span class="sc">En Virginie</span>»</p> - - -<h2 class="nobreak top2em" title="Bibliographie de la flagellation">BIBLIOGRAPHIE DES PRINCIPAUX OUVRAGES<br /> -<span class="xsmall">PARUS</span><br /> -<span class="large">SUR LA FLAGELLATION</span><br /> -<span class="xsmall">EN LANGUES FRANÇAISE ET ANGLAISE</span><br /> -AVEC UN COMPTE RENDU ANALYTIQUE DE LEUR CONTENU<br /> -<span class="xsmall">PAR</span><br /> -JEAN DE VILLIOT</h2> - -<div class="break"></div> -<div class="c"><img src="images/bandeau4.png" alt="" /></div> -<p class="h2">BIBLIOGRAPHIE DE LA FLAGELLATION</p> - - -<p>Parmi les sujets dont on s'est le plus occupé, littérairement -parlant, la flagellation se place aux premiers -rangs. Il existe en effet une littérature spéciale et relativement -très complète sur les pratiques flagellatrices -dans presque toutes les langues européennes, à commencer -par le latin.</p> - -<p>Mais c'est incontestablement l'Angleterre qui tient -la tête en cette matière. D'innombrables ouvrages ont -été écrits sur la flagellation sous toutes formes et cette -littérature a acquis un développement qui pourrait, -à juste titre, nous paraître étrange, à nous autres Français.</p> - -<p>Sous le pseudonyme de <i>Pisanus Fraxi</i>, un Anglais -fort instruit et très riche, consacra son existence et sa -fortune à mener à bonne fin la publication de trois -recueils extrêmement curieux et intéressants, intitulés -<i lang="la" xml:lang="la">Index librorum prohibitorum</i>, <i lang="la" xml:lang="la">Centuria librorum absconditorum</i> -et <i lang="la" xml:lang="la">Catena Librorum Tacendorum</i>, tous -trois imprimés avec luxe et à petit nombre et <i lang="en" xml:lang="en">privately</i>, -c'est-à-dire non destinés au commerce. Dans ces -recueils, Pisanus Fraxi fait mention de la presque -totalité des livres curieux et étranges parus depuis -l'antiquité, consacrant à chacun une description minutieuse -au point de vue matériel et un aperçu approximatif -en ce qui concerne le contenu.</p> - -<p>On y parle longuement de la flagellation. Un très -grand nombre d'ouvrages anglais y sont consacrés et -nous avons cru utile et nécessaire de donner à notre tour -à nos lecteurs un aperçu des livres les plus curieux parus -sur l'intéressant sujet qui fait l'objet de notre étude.</p> - - - - -<p class="gap">Voici d'abord: <b>L'Esprit de la Flagellation</b>, ou -<i>Mémoires de Mistress Hinton, qui dirigea une école -pendant de longues années à Kensington</i>, auxquels -on a maintenant ajouté des anecdotes, par une dame -très adonnée à la discipline au moyen de verges de -bouleau; les modistes fouetteuses; la marâtre sévère, -et la maîtresse d'école complaisante, avec des figures -analogues. Londres, imprimé et publié par Mary Wilson, -Wardour Street<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en"><b>The Spirit of Flagellation</b>; -or, The Memoirs of Mrs. Hinton, -who kept a school many years at Kensington. To which is -now added, Anecdotes, by a Lady much addicted to <i>Birch Discipline</i>. -<i>The Whipping Milliners</i>; <i>The Severe Stepmother</i>; And -<i>The Complaisant Schoolmistress</i>.</span> Avec des figures analogues. -<span lang="en" xml:lang="en">London: Printed and published by Mary Wilson, Wardour Street.</span></p> -</div> -<p>Dans un avis qu'elle publie à la page 41, Mary Wilson -nous informe que l'ouvrage a été publié le 1<sup>er</sup> mai -1852, le volume ne porte cependant pas de date.</p> - - -<p class="small ugap">D'après les dires de l'éditeur, l'édition originale de -l'<i>Esprit de la Flagellation</i> semble avoir paru vers l'année -1790. Le format primitif in-8<sup>o</sup> fut transformé dans l'édition -nouvelle en in-12 pour plus de commodité «étant donné, -dit la dame sus-nommée, que ce format s'adapte plus facilement -à nos poches rétrécies d'aujourd'hui».</p> - -<p class="small">De nombreuses anecdotes fournies par un amateur de -fustigations, ainsi qu'une série de gravures vinrent augmenter -l'ouvrage original.</p> - -<p class="small">Dans un avis qui précède une réédition de l'<i>Exposition -des flagellants femelles</i><a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>, Thérèse Berkley<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a> nous informe que -l'<i>Esprit de la Flagellation</i> fut réimprimé par Miss Wilson en -l'année 1827.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> <i lang="la" xml:lang="la">Index Librorum Prohibitorum</i>, p. 243.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> Voir <i lang="la" xml:lang="la">Index Librorum Prohibitorum</i> à l'article: Mary Wilson -et Theresa Berkley.</p> -</div> -<p class="small">Malheureusement, on ne peut guère tabler sur ces affirmations -relatives aux dates pour ces sortes d'ouvrages. Il -paraît établi que l'<i>Esprit de la Flagellation</i> a eu trois -éditions différentes: 1<sup>o</sup> en 1827, George Cannon avec 6 gravures, -2<sup>o</sup> E. Dyer en 1852 (?) avec six lithographies pliantes -et 3<sup>o</sup> vers 1870, avec six lithographies non pliantes.</p> - -<p class="small">Les anecdotes qui remplissent 81 pages du genre le plus -lascif sont certainement dues à une personne extrêmement -triviale; les illustrations, quoique très médiocres, valent -encore mieux que le texte. Les trois appendices de l'ouvrage -ont par la suite été publiés à nouveau séparément.</p> - -<p class="small">Cet ouvrage a eu récemment un certain nombre de réimpressions -vulgaires, sans gravures.</p> - - -<p class="ugap">Un autre volume de la même valeur littéraire et du -même genre, porte pour titre:</p> - - - - -<p class="gap"><b>Éléments d'intuition</b> et <b>Modes de Punition</b>. En -lettres par <i>M<sup>lle</sup> Dubouleau, célèbre institutrice particulière -parisienne à Miss Smart-Bum, gouvernante -d'une pension de jeunes demoiselles à…</i> -Avec développement de quelques secrets de Tuteurs -pour rire, qui ont trouvé leurs délices dans l'administration -des Verges de Bouleau à leurs élèves femelles. -Embellie de très jolies illustrations, 1794<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en"><b>Elements of Tuition</b>, and Modes of Punishment. In Letters -from Mademoiselle Dubouleau, A celebrated Parisian Tutoress, -to Miss Smart-Bum, Governess of a young Ladies' Boarding -School at… With some secrets developed of mock Tutors, -who have taken a delight in administering Birch Discipline to -their Female Pupils. Embellisbed with Most Beautiful Prints -1794.</span></p> -</div> - -<p class="small ugap">Les cinq lettres qui forment ce volume ne sont qu'une -suite de lieux communs sur la flagellation, une série d'anecdotes -racontées en langage des plus libertins laissant en -maints endroits à désirer au point de vue grammatical. La -lettre introductrice, qui constitue en quelque sorte la préface -est ce qu'il y a de mieux dans le livre, sans que toutefois -elle brille par l'originalité. Il y a dans une des lettres, -celle adressée par une certaine Lady Flaybum, une répétition -absolue de l'une des autres narrations de l'ouvrage.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Manon la Fouetteuse</b><a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>, ou la <i>Quintessence de la -Verge de Bouleau</i>. Traduit du français par Rébecca-Birch. -Ex-enseignante au pensionnat de jeunes dames -de Mistress Busby, Londres. Imprimé pour la société -du Vice.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> Manon la Fouetteuse; <span lang="en" xml:lang="en">or, the Quintessence of Birch Discipline. -Translated from the French by Rebecca Birch, Late Teacher -at Mrs. Bushby's Young Ladies' Boarding School. London: -Printed for the Society of Vice.</span></p> -</div> -<p>Un volume in-8<sup>o</sup> de 96 pages, contenant 8 lithographies -fort mal dessinées. Publié par Dugdale en -1860, mais la première édition remonte à 1805 ou 1810.</p> - - -<p class="small ugap">Comme les ouvrages précédents, <i>Manon la Fouetteuse</i> est -un ouvrage lourd, au style ampoulé et prétentieux, formé -d'anecdotes sur la flagellation dont aucune ne possède un -cachet d'élégance ou d'esprit. C'est en somme le compte -rendu de la carrière de M<sup>lle</sup> Dubouleau «qui tient maintenant -en Amérique un pensionnat pour jeunes filles». Cette -demoiselle confia son manuscrit à son amie Rébecca Birch -qui le traduisit pour l'édification de ses propres amis. A -vrai dire, on est en droit de douter que l'on se trouve en -présence d'une traduction.</p> - - - - -<p class="gap">Dans <b>Le Bouquet de Verges</b>, ou <i>Anecdotes curieuses -et originales de dames amateurs de flagellation -au moyen de Verges de Bouleau, Avec de -riches illustrations, Publié pour l'amusement et -le bénéfice des dames ayant sous leur tutelle des -jeunes dames et messieurs revêches, bêtes, libertins, -menteurs et paresseux, Boston: imprimé pour -George Fichier, Prix: deux guinée</i><a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>; on trouve 8 lithographies -obscènes, de mauvais coloris et très mal -exécutées.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en">The Birchen Bouquet; or Curious and Original Anecdotes -of Ladies fond of administering the Birch Discipline. With Rich -Engravings. Published for the Amusement as well as for the -Benefit of those Ladies who have under their Tuition sulky, -stupid, wanton, lying, or idle Young Ladies and Gentlemen. -Boston. Printed for George Tickler, Price: Two Guineas.</span></p> -</div> - -<p class="small ugap">Ce livre, publié une première fois vers 1770 ou 1790 -fut réimprimé en 1826 puis en 1881. Enfin récemment.</p> - -<p class="small">Comme dans <b>Les Éléments d'intuition</b>, les scènes de -flagellation réunies dans le <i>Bouquet de verges</i> ne sont -qu'une compilation de faits qui n'ont aucune valeur littéraire. -L'on est même en droit de se demander pourquoi cet -ouvrage a été si souvent réédité.</p> - - - - -<p class="gap"><b>L'École du Couvent</b>, ou <i>Précoces expériences -d'un jeune flagellant, par Rosa Bellinda Coote, -Londres, Édition privée</i>, M.DCCCLXXIX<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>, est un récit -divisé en 5 chapitres. Une lettre introductive signée -Rosa Bellinda Coote et datée du 10 janvier 1825, nous -informe que «les curieux faits suivants ont été portés -à ma connaissance et confiés à ma discrétion par une -jeune comtesse de ma connaissance». Une allusion y -est faite aux propres mémoires de l'auteur, auxquels -l'<i>École du Couvent</i> peut bien n'être qu'un appendice. -Les deux contes sont l'œuvre de l'éditeur.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en">The Convent School, or Early Experiences of a Young Flagellant, -by Rosa Bellinda Coote, London. Privately Printed. -M.DCCCLXXIX.</span></p> -</div> -<p>Lucile, l'héroïne, est maltraitée dès son enfance. A -la mort de sa mère, étant encore toute enfant, son père -la flagelle avec la dernière violence pour exciter ses -passions et se mettre dans un état plus propre à goûter -les plaisirs que la gouvernante de Lucile ne semble pas -trop lui refuser. Quelques temps après elle est envoyée -à Bruxelles dans une école congréganiste, où la supérieure -la fouette sans pitié pour son bon plaisir. Mais -elle réussit à s'évader de ce couvent; elle va se réfugier -à l'hôtel d'Angleterre où l'on aurait refusé de la recevoir, -n'aurait été l'intervention d'un gentilhomme -anglais Lord Dunwich, qui se trouva être un ami -intime du comte d'Ellington auquel elle était fiancée.</p> - -<p>Le mariage s'accomplit; mais bientôt le mari la -néglige pour ses chevaux et la conséquence en est que -la jeune femme se laisse aller dans les bras de Lord -Dunwich. L'époux apprend la chose et, déguisé en -prêtre, il réussit à surprendre la confession de l'infidèle. -Il convient de dire qu'ils étaient tous deux catholiques -romains. On lui impose une pénitence et elle est renfermée -dans une pièce attenante à l'église. Lord Ellington, -toujours revêtu d'habits sacerdotaux et aidé d'un -autre moine la flagelle avec la dernière violence et la -soumet à toutes sortes d'horreurs et de traitements -barbares. Après avoir accompli ces abominations, le -mari outragé se retire et revient peu après habillé en -homme du monde et la jeune femme le reconnut de -suite. Alors le gentilhomme s'écrie: «Femme! ma -vengeance est accomplie; vous ne me trahirez plus. -J'ai égalisé les choses en dégradant, humiliant et torturant -mon épouse adultère. Vous ne me reverrez -jamais. Tel a été mon moyen de divorcer d'avec une -chienne adultère!» Son amant, Lord Dunwich accueille -à bras ouvert Lucille, provoque ensuite le mari -cruel et lui tire une balle en plein cœur. Le couple -amoureux prend la fuite et Lord Dunwich se noie -quelque temps après dans le Rhin.</p> - -<p>«Depuis cette époque, dit l'héroïne, vous savez que -je me suis consolée en m'abandonnant sans aucune -retenue à toutes sortes de manies érotiques et plus -particulièrement en m'adonnant à la flagellation de -sorte que, chère Rosa, je me sens m'en aller tout doucement, -quoique à peine âgée de vingt-cinq ans…»</p> - - -<p class="small ugap">Le livre n'est en somme pas mal écrit, quoique dans ses -différentes parties il ne soit guère attrayant; au contraire, -on peut dire que les nombreuses scènes de flagellation -agrémentées de tortures plutôt dégoûtantes sont au plus -haut point fastidieuses et révoltantes.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Conférence expérimentale</b>, par le colonel Spanker, -sur les plaisirs excitants et voluptueux qui -dérivent du fait de mater et d'humilier une belle et -modeste jeune dame; telle qu'il l'a faite dans la salle -de réunion de la Société des Flagellants Aristocratiques -de Mayfair. Londres, Édition Privée. A. D. 1837<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en"><b>Experimental Lecture.</b> By Colonel Spanker, on The exciting -and voluptuous pleasures to be derived from crushing and -humiliating the spirit of a beautiful and modest young lady; -as delivered by him in the Assembly Room of the Society of -Aristocratic Flagellants, Mayfair. London. Privately Printed, -1836.</span></p> -</div> - -<p class="small ugap">Cet ouvrage qui comporte deux volumes, quoique une -troisième partie a dû être projetée sans cependant être mise -à exécution—l'on trouve en effet à la dernière page du deuxième -volume la mention: <i>fin</i> de la II<sup>e</sup> partie, puis plus bas -quelques lignes qui font assister au mariage de l'héroïne, -suivies de la mention: <span class="sc">Finis?</span>—est orné de 11 planches -coloriées passablement obscènes, d'une exécution rudimentaire -et faite par quatre artistes différents.</p> - -<p class="small">A été réimprimé récemment.</p> - - -<p class="ugap">Voici d'ailleurs un compte rendu analytique de cette -conférence «faite pour une classe spéciale de flagellants -qui trouvent leurs délices dans la torture poussée -à l'excès:</p> - -<p>«La conférence expérimentale, comme son titre le -dénote, traite de l'état d'extase qui résulte, à ce que -l'on prétend, de la jouissance que l'on peut puiser dans -la cruauté physiquement et moralement parlant.</p> - -<p>«Un excès de volupté peut uniquement être produit -par deux causes: premièrement par le fait de nous -imaginer que l'objet de nos désirs se rapproche de notre -idéal de beauté ou d'autre part, quand nous voyons -cette personne éprouvant les sensations les plus violentes -possibles. Aucun sentiment n'est aussi vif que la -douleur; son effet est véritable et certain. Elle ne -trompe jamais comme la comédie de plaisirs éternellement -jouée par les femmes et rarement éprouvée en -réalité. Celui qui peut produire sur une femme les plus -violentes impressions, celui qui peut le mieux troubler -et agiter la constitution féminine jusqu'au paroxysme -réussit à se procurer à lui-même la plus forte dose de -plaisir sensuel.»</p> - -<p>Ces remarques contiennent la quintessence de toute -la philosophie que l'on trouve à satiété dans les -volumes renommés du Marquis de Sade, où ce dernier, -dans ses rêves exaltés d'orgies sanglantes, de phlébotomies, -de vivisection et de tortures de toutes espèces, -accompagnés de blasphèmes, ajoute tant d'importance -à l'humiliation morale des victimes qu'il met en jeu. Ce -à quoi il tend particulièrement, c'est la jouissance physique -causée par la torture raffinée à laquelle ses victimes -doivent être soumises et qui se résolvent finalement -par leur mort.</p> - -<p>Dans ce petit ouvrage, nos flagellants réussissent à -réduire leurs expérimentations aux mœurs actuelles; -elles comprennent une série très longue de tourments -qui sont volontairement infligés à une seule victime, -une jeune dame très sensible et d'une éducation supérieure.</p> - -<p>Dans <i>Justine</i> et <i>Juliette</i>, le nombre d'individus prenant -part aux orgies et aux meurtres perpétrés exclut -toute possibilité de réalité, tandis qu'ici, tout le procédé -est si méthodiquement et si exactement développé, que -nous sommes presque portés à croire ou à supposer que -tout est basé sur des faits réels, étant donné que l'histoire -est si documentairement portée à la connaissance -du lecteur.</p> - -<p>Faut-il pour cela que nous soyons portés à croire que -nous coudoyons journellement des hommes qui puisent -une secrète jouissance dans l'action de torturer, des -femmes faibles et confiantes et qu'en ce faisant ils -puissent arriver à mettre en fonction leurs organes -génitaux et jouir?…</p> - -<p>L'expérience nous a appris qu'il en était malheureusement -ainsi et nous pourrions citer plusieurs cas tout -à fait récents où des jeunes filles ont été attachées à des -échelles, liées sur des canapés et brutalement flagellées, -soit avec des verges de bouleau, soit avec le plat de la -main, la boucle d'une courroie ou même encore avec un -trousseau de clefs! Quelques-unes d'entre elles ont été -préalablement averties qu'elles seraient battues «jusqu'à -ce que le sang viendra» et on s'était mis d'accord -sur la compensation pécuniaire qu'elles recevraient pour -prix de leur complaisante soumission. D'autres, au -moyen de cajoleries, ont été décidées à se prêter à la -petite mise en scène, après qu'on leur eut fait accroire -qu'il ne s'agissait en somme que d'une plaisanterie et -pour mieux dire, d'une fumisterie. Mais une fois livrées -sans moyen de défense, pieds et poings liés, entre les -mains du flagellateur libertin, elles peuvent crier grâce! -Ces lâches s'efforcent de produire le plus de souffrances, -le plus de douleurs possibles et plus ils maltraitent leur -malheureuse victime, plus leur jouissance est grande. -Ils ressemblent, dans ces moments d'expansion libertine, -à de véritable démons, hurlant de joie et de plaisir -presque autant que leur souffre-douleur, de peine. Et -cependant, ces mêmes individus, une fois leur rage -érotique passée, entourent des soins les plus tendres, -les plus attentifs, leur victime, lui témoignant la plus -grande amabilité. Boutonnant leur redingote, ils -redeviennent ce qu'ils étaient auparavant, c'est-à-dire -de galants et aimables gentilshommes, car gentilshommes -ils le sont tous de naissance, ceux qui sont possédés -de cette terrible manie.</p> - -<p>Si de pareils procédés sont, en toute conscience, une -chose révoltante, que faut-il penser de ceux qui, non -contents de mater, d'anéantir le corps, dérivent encore -une jouissance plus grande de l'écrasement, de l'annihilation -de l'esprit chez leurs victimes?</p> - -<p>D'après l'horrible théorie du colonel Spanker, nous -devons supposer que l'on ne saurait éprouver de véritable -jouissance en fustigeant le postérieur calleux -d'une fille de rencontre que ses parents ont habituée, -dès sa jeunesse, aux plus rudes corrections, mais que -cela provoque de réelles jouissances en exposant aux -coups la tendre et délicate nudité d'une jeune dame -sensitive, à l'éducation supérieure et à l'esprit élevé.</p> - -<p>Dans le but de mettre en pratique ce plan diabolique, -le colonel loue une maison à Mayfair et y fonde la -<i>Société des Flagellants aristocratiques</i> qui comprend -au moins une demi-douzaine des plus belles et plus -<i>fashionables</i> jeunes dames du jour.</p> - -<p>Nous voyons ainsi que l'auteur considère que les -femmes aussi ne dédaignent pas de se délecter des -souffrances infligées à un membre de leur propre sexe. -Nos viragos «au sang bleu» sont lassées des victimes -vulgaires et consentantes, qui se soumettent aux tortures -dans un but de lucre… En conséquence Spanker -découvre «une jeune dame connue de la plupart -d'entre eux, M<sup>lle</sup> Julia Ponsonby, une adorable blonde -de dix-sept ans, dont la mère, une veuve, forcée d'aller -pour quelque temps à l'étranger, cherche une dame -honorable à laquelle elle puisse confier son enfant, -pendant la durée de son absence.» La dame honorable -et comme il faut qui prend charge de la demoiselle -n'est autre qu'une procureuse de la société et miss -Julia se trouve bientôt prisonnière dans la maison de -Mayfair, dont la serre a été transformée en salle de -conférences et où l'on a placé, an milieu de massifs de -plantes en pleine floraison, de fontaines et d'autres -ornements luxueux, l'<i>appareil</i> «quelque chose comme -une paire de larges marches d'escalier, en acajou massif» -et auquel on attache les victimes lorsqu'on les -soumet à la torture. Le colonel fait son apparition sur -la scène et, après avoir abreuvé de toutes sortes de -vilenies la jeune femme, qui le traite avec le mépris -qu'il mérite, il commence par lui administrer une -volée de claques retentissantes sur son derrière nu, -puis se laisse aller à d'autres «horribles libertés» et -finalement l'envoie se coucher.</p> - -<p>Le lendemain matin il la réveille, armé d'une verge, -et, en dépit de sa honte et de sa terreur, assiste à sa -toilette, qu'il accompagne de coups bien appliqués -avec le bouleau. Quand elle est à moitié habillée, il la -force à grimper sur une échelle, en tenant ouverts ses -propres pantalons, tandis que des cinglements de l'impitoyable -badine la forcent à l'obéissance. Son bourreau -l'oblige enfin à se placer contre un mur la tête à terre -et les pieds en l'air, puis il la laisse.</p> - -<p>On la revêt alors d'un élégant costume de bal, et -après l'avoir fustigée sur les épaules nues avec une -cravache de dame, on la présente à l'assemblée des -flagellants réunis dans la serre dans l'attente du spectacle -à venir. Il y a là six dames masquées en dominos -et quatre messieurs affublés de fausses barbes.</p> - -<p>Alors le colonel fait un exposé de ses idées et de ses -théories, appuyant ses dires de vigoureuses cinglées, -que miss Julia est forcée de supporter; le conférencier -dévoile tout le secret des délicieuses sensations et des -jouissances que procure la flagellation et ce, d'une -façon bien plus étendue que jamais…</p> - -<p>La jeune fille, après ces préliminaires, est livrée aux -indécentes caresses de toute la société: la petite cravache -est de nouveau mise à contribution et, tandis -qu'on la déshabille avec une lenteur étudiée, on accompagne -chaque phase de l'opération de nouvelles tortures, -de plus en plus raffinées. On la pique avec une -épingle, on la pince et on la force à raconter des épisodes -érotiques de sa vie au pensionnat. Miss Debrette, -l'une des dames de la société est ensuite placée sur le -chevalet et miss Julia est contrainte de fouetter la -jeune dame qui semble y trouver un plaisir extrême, -quoiqu'elle soit maltraitée au point d'en être couverte -de sang. Puis on se livre à d'autres indécences inouïes, -pour prouver «que le flagellant tout autant que le flagellé -éprouve de voluptueuses jouissances.»</p> - -<p>Ensuite commence ce que le colonel, avec un sourire -sarcastique appelle <i>la flagellation pour tout de bon</i>!</p> - -<p>Miss Julia est attachée à une échelle avec le dos -tourné vers les échelons.</p> - -<p>C'est ici que se termine la première partie de l'ouvrage.</p> - -<p>La deuxième partie commence par la description très -en détail de l'opération à laquelle volontairement miss -Debrette s'est soumise. L'un des messieurs lui succède -et, après que les deux eurent cyniquement fait part de -leurs impressions personnelles aux autres membres de -la société, le supplice de Julia recommence: on la -fouette au moyen d'une brassée d'orties en pleine sève. -La position de la jeune femme sur l'échelle peut donner -une idée de la trivialité de la description qui est -faite de la scène qui s'ensuit.</p> - -<p>Après l'avoir changée de position et lui avoir fait -tourner le dos à l'assistance inaccessible à tout sentiment -de pitié, le colonel relate quelques autres épisodes -de l'application de la torture aux victimes de la -lubricité humaine, après quoi on soumet la pauvre -enfant à une fustigation accélérée au moyen d'une -espèce de lanière de cuir, jusqu'à lui faire presque -perdre les sens. Les lubriques acteurs de cette scène -révoltante se mettent à jouer à saute-mouton par dessus -le dos ensanglanté de l'infortunée et, après cette -diversion dans leur dégoûtante orgie, le colonel les -régale d'une nouvelle histoire ayant pour sujet les tortures -infligées à une femme mariée, durant sa première -nuit de noces.</p> - -<p>Mais ce n'est là qu'un entr'acte: la représentation -continue et, c'est le tour d'une courroie garnie de fines -pointes d'acier, de démontrer ses vertus sur le corps -nu et déchiqueté de miss Julia que l'on a placée sens -dessus dessous, la tête en bas et les jambes en l'air, le -long de l'échelle.</p> - -<p>Puis une mêlée générale s'engage, qu'il est absolument -impossible de décrire; les participants à cette -orgie se laissent aller à tous les excès, avec toute la -lascivité et le voluptueux excitement que toute cette -cruauté est sensée avoir déchaînés et—tout naturellement,—cela -au détriment de la pauvre Julia. De nouveau -la pauvrette est soumise à une flagellation impitoyable -au moyen d'une lourde cravache et finalement—en -guise de couronnement de son martyre,—on -lui inflige la plus cruelle, la plus abominable des tortures -morales: elle est brutalement violée avec tout -le raffinement de détails qui, d'ordinaire, peuvent -accompagner une telle opération.</p> - -<p>Nous pouvons affirmer sans crainte que ce livre est -l'ouvrage le plus froidement cruel, le plus cyniquement -indécent qu'il nous ait été donné de lire; il est -unique en son genre dans la langue anglaise. On semble -revivre le rêve sauvage ou plutôt le cauchemar d'un -vieux satyre vicieux, vanné, positivement usé et dont -l'épiderme tanné jusqu'à l'insensibilité par des flagellations -quotidiennes a été saisie d'une folie de passions -étranges pour la flagellation bestiale.</p> - -<p>Il va sans dire que le compte rendu qui précède ne -donne que les grandes lignes de l'ouvrage, car nous -avons soigneusement évité de copier le moindre détail, -dont la minutie est d'un érotisme trop accentué pour -se retrouver sous notre plume. Les plus impudiques -descriptions y sont faites et toutes les phases de cette -lente agonie de la pauvre fille, le moindre mouvement, -la plus petite contraction et le moindre tressaillement -sont notés, et commentés. La beauté de Julia est l'objet -d'une analyse et de remarques d'une crudité inouïe et -rien n'est négligé pour prouver que seul un Néron ou -un marquis de Sade peuvent réellement éprouver -quelque plaisir sensuel.</p> - -<p>Nous pouvons puiser quelque consolation dans le -fait que ce livre est trop délibérément horrible pour -être dangereux, car ce mélange de débauches lubriques, -d'extravagances sadiques, d'usages d'abattoir froidement, -cyniquement mis en œuvre ne peut être que le -produit d'une imagination surchauffée et surexcitée par -des idées obscènes et lascives. Le livre est bien écrit et -l'auteur s'est évidemment donné beaucoup de peine pour -mettre bien en relief les moindres détails, comme s'il -avait voulu convaincre le lecteur de la réalité absolue de -ce système répugnant qu'il expose avec tant d'ampleur.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Curiosités en flagellation.</b> <i>Une série d'incidents -et de faits compilés par un flagellant amateur et -publiés en cinq volumes. Vol. I. Londres 1875</i><a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en">Curiosities of Flagellation. A series of Incidents and Facts -collected by an amateur Flagellant and published in five -volumes. Volume I. London 1875.</span></p> -</div> -<p>Malgré l'annonce de cinq volumes, il n'en parut à -l'origine qu'un seul, qui fut réédité en 1879-1880, avec -addition d'un volume supplémentaire. Ces deux volumes -pris séparément contiennent chacun un récit: le vol. I. -est réservé à <i>The Jeweller's Housekeeper</i>, en français, -<i>La Gouvernante du Joaillier</i>; le vol. II. contient -<i lang="en" xml:lang="en">Mrs North's School</i> ou l'<i>école de M<sup>me</sup> North</i>. Chacun de -ces volumes est illustré de cinq gravures exécutées avec -très peu de soin; elles sont coloriées et de nature -quelque peu obscène. L'ouvrage est publié par l'auteur -lui-même.</p> - -<p><i>La Gouvernante du Joaillier</i> est un récit qui a pour -but d'exposer la flagellation comme une pratique -aphrodisiaque, comme un moyen d'arriver à un but -déterminé et non pas comme le but lui-même que l'on -se propose d'atteindre, contrairement à la tendance des -livres publiés au début du siècle.</p> - -<p>L'auteur cependant nous semble pousser les choses -un peu trop loin quand il cherche à nous persuader que -les victimes éprouvent malgré tout une sensation -agréable et voluptueuse, après une flagellation impitoyable -accompagnée d'autres pratiques inhumaines, -même quand ils sont sur le point de succomber à leurs -tortures, et que ces sensations augmentent d'intensité -quand le supplice a cessé, ce qui les fait se soumettre -par la suite docilement à ces pratiques et les incite -même à désirer vivement d'y être soumises encore, -d'être fouettées de verges, avec des cravaches et d'avoir -leur peau cinglée jusqu'à ce que le sang découle en -profusion des cicatrices béantes, et tout cela pour -assouvir les instincts voluptueux qui accompagnent et -suivent leur agonie.</p> - -<p>Nous ne doutons pas que la fustigation sur les postérieurs -soit suffisante pour provoquer une circulation -anormale du sang dans cet endroit et dans les parties -adjacentes et que par cela même elle ne stimule les -facultés procréatrices chez certaines natures exceptionnellement -douées. Mais nous ne pouvons admettre, en -aucune façon, qu'un individu de l'un ou de l'autre sexe, -surtout s'il est sain de corps et de constitution normale, -puisse se soumettre volontairement aux tortures -décrites dans le volume.</p> - -<p>La famille dans laquelle se passent les aventures -relatées et dont, au dire de l'auteur, «beaucoup sont -basées sur des faits», se compose de M. Warren, un -bijoutier des environs de Saint-Paul<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a> «réputé imbu de -principes religieux»; de Sarah sa gouvernante; de -«deux filles <i>de par</i> sa femme». Miss Annie âgée de -seize ans et Miss Alice, de quatorze ans, deux des plus -belles filles du quartier de Highgate où leur père a son -domicile particulier et «maître» Willy, un gamin de -onze ans, fils du joaillier «de par Sarah».</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> Saint Paul, la cathédrale de Londres qui donne au quartier -son nom. Elle est située dans la cité.</p> -</div> -<p>Suivant les instructions du joaillier, la gouvernante -invente des histoires contre les enfants, afin de fournir -à ce père modèle des prétextes pour flageller impitoyablement -ses enfants, le garçon comme les filles, le soir, -quand il retourne de la Cité. Après s'être adonné avec -frénésie à ce passe-temps excitant, il calme ses ardeurs -dans les bras de Sarah; ou bien encore, les deux amants -se flagellent mutuellement pour prolonger leurs accès -de volupté. En dépit des histoires inventées contre elles -par Sarah et des corrections brutales qui en sont la -conséquence, les deux jeunes filles, aussi bien Annie -qu'Alice se prennent d'un réel attachement pour -Sarah et en arrivent même à désirer d'être soumises à -une bonne fustigation,—ce que nous trouvons foncièrement -anormal.</p> - -<p>Nous ne croyons ni utile, ni nécessaire, de faire une -description détaillée de ces flagellations, qui d'ailleurs -se ressemblent toutes; elles ont ceci de particulier -qu'elles sont décrites d'un style bien meilleur que celui -que l'on est habitué à trouver dans les livres de cette -nature. Le récit se termine d'une façon quelque peu -abrupte; l'on voit bien que l'auteur se proposait d'y -donner une suite, car vers la fin Sarah promet de -montrer à ses jeunes amis «quelques petits instruments -de plaisir; mais la chose doit être remise à un -autre moment».</p> - -<p>Voici l'analyse du II<sup>e</sup> volume qui contient l'histoire -de l'école de mistress North.</p> - -<p>Le volume se compose de cinq lettres passablement -longues qui traitent toutes de l'influence de la verge de -bouleau sur les organes sexuels. Point n'est besoin de -faire ressortir que le sujet est, d'un bout à l'autre, -traité avec une désinvolture extrême et que le langage -employé est d'une franchise outrée. L'auteur décrit -dans leurs moindres détails les scènes de fustigation et -les conséquences qui en résultent, sans rien cacher.</p> - -<p>Dans la première lettre, sir Charles dit qu'il a à ses -gages une dame, miss Whippington qui dirige un pensionnat -pour les jeunes filles de l'aristocratie. Elle flagelle -ses élèves pour le plaisir de son riche protecteur, -après avoir arrangé pour lui une cachette d'où il peut, -tout à son aise, suivre les contorsions et jouir de la -confusion et de la honte de ses belles et rougissantes -victimes. Lady Flora Bumby, une jeune fille gracile, à -l'air doux, d'une délicate beauté, blonde, âgée de quatorze -ans environ est mise en scène, avec accompagnement -de détails minutieux sur sa contenance, sur sa -toilette intime, ses dentelles et les charmes qu'ils -cachent aux regards profanes. C'est ensuite le tour de -miss Mason, une belle brune de seize ans, aux yeux -fulgurants, aux joues de pourpre: elle est gentiment -apprêtée et délicatement cinglée de longues marques -rouges. Ceci produit aussi bien chez le bourreau que -chez sa victime le même effet érotique; mais nous, -pour notre part, nous sommes en droit de supposer -que cette idée existe seulement dans l'imagination des -écrivains lascifs, quand ils forcent leurs effets. Néanmoins -nous pouvons nous hasarder à dire qu'une femme -encline à l'hystérie peut être soumise à bien des tourments -par un amant préféré sans en ressentir toujours -de la douleur, surtout si ce dernier réussit à faire naître -chez elle un excitement voluptueux, alors qu'il lui -inflige des mauvais traitements corporels. Malgré cela -ces créatures ne sont que des exceptions: elles sont -toutes anémiques et esclaves de leur système nerveux; -elles se contredisent souvent. Elles sont menteuses, ont -des visions et des accès d'insomnie. Elles s'adonnent à -la boisson et souvent la morphinomanie ou l'abus du -chloral les conduit droit à la maison de fous ou dans -la tombe. Il n'y a pas de femme bien développée, en -bonne santé, avec un sang pur et abondant circulant -dans ses veines, qui puisse éprouver du plaisir à être -battue; et avec bien plus de raison, il n'y a pas d'homme -dans ces conditions qui peut puiser la moindre jouissance -dans le fait d'être fustigé. Les flagellateurs du -sexe fort sont généralement des êtres absolument usés -et dépravés et il en est de même des femmes de cette -catégorie; à moins qu'ils ne soient des exceptions, -c'est-à-dire des êtres dominés par des passions anormales.</p> - -<p>Pour revenir à notre sujet après cette digression -qui, nous l'espérons, n'est pas tout à fait déplacée, -voici, après miss Mason, une autre élève qui tombe -sous la férule de la douce institutrice. Cette fois on -nous présente une <i>boulotte</i>, assez courte de stature, -aux cheveux roux, avec de grands yeux d'un brun -sombre: elle répond au nom de miss Howard et n'a -atteint que son dix-septième printemps. Pour commencer, -on l'expose dans toute la gloriole de sa captivante -nudité. C'est couchée à plat-ventre qu'elle subit -son châtiment jusqu'à ce qu'elle ait perdu connaissance. -Ici se termine ce petit délassement et sir Charles, arrivé -au paroxysme de l'excitation, est confortablement -soigné par miss W…, l'institutrice, qui pendant plus -de deux heures se prête à ses extravagances libidineuses -et assouvit sa soif de luxure, faisant revivre de -temps à autre ses forces déclinantes, au moyen de -quelques douzaines de coups de verge bien appliqués, -tandis que dans leur chambre, miss Mason et Lady -Flora se laissent aller sans aucune retenue aux incitations -d'une idylle amoureuse d'un genre nettement lesbien.</p> - -<p>Dans la première lettre, Wildish raconte quelques -autres épisodes de flagellation. Une épouse corrige son -ivrogne de mari au moyen d'une cravache et cet exercice -produit chez elle un tel excitement qu'elle se réconforte -dans les bras d'un amant qui a suivi toute la -scène à travers le trou de la serrure. Nous avons ensuite -le mariage d'un Lord Coachington qui, âgé de trente -ans à peine et cependant déjà usé jusqu'à la moelle des -os, épouse une jeune veuve très riche. Mais il ne réussit -pas à remplir ses devoirs conjugaux malgré les ingénieux -artifices mis en œuvre par la jeune femme,—artifices -décrits avec une lascivité extrême et que notre -plume se refuse à transcrire. Alors, il offre de placer -sur la tête de sa femme 250.000 francs, pour qu'elle -consente à se laisser attacher au moyen de cordons de -soie et à recevoir de lui une fessée en règle sur son -postérieur, avec des verges de bouleau. Elle consent et -le noble Lord se met à la besogne, en dépit des pleurs -et des grincements de dents de la jeune épouse, qui se -tord de douleur et regrette, un peu tardivement, de -s'être prêtée à cette fantaisie maniaque. Le résultat -de cette opération ne se fit pas attendre et se traduisit -au bout de neuf mois par la naissance de jumeaux: -deux filles!…</p> - -<p>Dans cette même lettre, on nous conte l'aventure -d'un certain M. Robinson atteint, lui, d'une flagellomanie -aiguë. Il offre cinq mille livres sterling, soit -125.000 francs à un jeune garçon, pour qu'il lui soit -permis de le fouetter à cœur joie et à satiété. Mais, -ayant par la suite acquis la certitude que le bel adolescent -n'était autre qu'une jeune fille déguisée, il la -remet aux mains de ses quatre valets de pied et il s'ensuit -une orgie qui défie toute description. La lettre se -termine par une communication de Miss Whippington -qui s'étend complaisamment sur les détails d'une fustigation -infligée par elle à M<sup>lle</sup> Lucie Saint-Clair, l'une de -ses élèves.</p> - -<p>La troisième lettre fait l'objet, de la part de Mistress -North, d'une communication comportant une copie très -exacte du journal de feu Lord P…, un fervent disciple -et propagateur de la flagellation avec des verges. Ce -mémoire est suffisamment nouveau et curieux, même -pour les initiés aux pratiques flagellatoires et libertines, -qui sans doute ne trouveront généralement dans ces -livres, que très peu de choses qui ne leur soient connues -de longue date. Il raconte les amours d'une gouvernante -robuste qui s'amuse à flageller un frère et une sœur -confiés à ses soins. Elle éprouve des spasmes voluptueux -en administrant ces corrections qui, en fin de -compte, la portent à faire partager son lit par son élève -mâle, auquel elle frappe avec ivresse le derrière et les -parties adjacentes, non sans le couvrir simultanément -de caresses lascives. Ce couple si étrangement assorti -se livre ensuite à une distraction d'un genre particulier, -que ce Faublas en herbe appelle jouer «à la vache -et au veau». Nous voulons passer rapidement sur les -aimables leçons données an gamin, et glisser sur la -matière, car il nous est franchement impossible de suivre -et d'étudier les progrès de cette corruption inculquée à -des enfants d'un âge relativement peu avancé.</p> - -<p>Les amours, ou plutôt les passions de cette gouvernante -<i>nymphomaniaque</i>, sont continuées dans la cinquième -lettre, qui termine le livre, dont voici la conclusion, -d'une ironie vraiment cynique: «Cher Sir -Charles, je pense qu'en voilà assez du journal de Lord -P…, le restant est trop sale pour que je puisse le transcrire.»</p> - -<p>Vraiment! Mais alors, qu'est-ce que cela peut bien -être!</p> - -<p>Dans la quatrième lettre, Sir Charles relate l'histoire -d'un de ses amis qui possédait plusieurs grands singes -auxquels il avait enseigné de se flageller réciproquement, -dans le but de faire naître chez eux une excitation -des sens. Si—comme on est en droit de le supposer—cette -histoire n'est pas vraie, elle n'en a pas -moins le mérite de la nouveauté et ouvre un nouveau -champ d'études aux Buffon de l'avenir.</p> - -<p>Une fois de plus on nous sert dans cette lettre la description -de trois jeunes demoiselles, qui, toutes frémissantes, -sont attachées au chevalet et flagellées avec -la dernière violence, au grand amusement d'un ancien -Lord-Chancelier, M. S…, qui paie pour suivre la cérémonie -à travers un petit trou, après quoi il est soulagé -par la maîtresse de pension.</p> - -<p>Ce petit ouvrage est évidemment original, aussi original -que peut l'être un livre de ce genre, si l'on considère -que c'est toujours la même rengaine et qu'il est -assez difficile d'apporter dans le traitement de ce sujet -des variations continuelles et pas banales.</p> - -<p>Nous ne doutons pas que ceux qui sacrifient au vice -de la flagellation, se délecteront à la lecture de ces -cinq lettres et même en demanderont encore. Le style -est entraînant et tout nous porte à croire que l'ouvrage -est de la même plume que la <i>Conférence Expérimentale</i>. -L'analogie du style dans ces deux ouvrages saute -parfois aux yeux: on y retrouve en certains endroits -les mêmes phrases interminables. La partie la mieux -écrite est incontestablement celle dans laquelle sont -décrites les prouesses de la gouvernante et qui nous -montre combien il est dangereux de confier sans aucune -retenue de jeunes enfants à des servantes. Le grand -scandale de Bordeaux<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a> nous fournit un exemple de -pareille négligence de la part de parents; d'autre part -on peut trouver de nombreux autres cas dans le livre -du D<sup>r</sup> Tardieu<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>. En somme, il y a de bons enseignements -à tirer de partout, même d'un livre franchement -érotique.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> Affaire du Grand Scandale de Bordeaux. Pellerin, 1881. 8 vol.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> Étude Médico-Légale sur les attentats aux mœurs par -Ambroise Tardieu, Paris, J.-B. Baillère et fils, 1873, in-8<sup>o</sup>, avec -gravures.</p> -</div> -<p>Nous nous sommes plus longuement étendu sur ce -dernier ouvrage, parce qu'il nous est présenté comme -une première œuvre de l'auteur et nous croyons que le -lecteur nous excusera facilement.</p> - - - - -<p class="gap"><b>La quintessence de la discipline an moyen de -verges de bouleau. Suite du Roman de la Castigation.</b> -<i>Illustré de quatre superbes planches coloriées. -Édition privée. Londres 1870</i><a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en">The Quintessence of Birch Discipline. A sequence to the -<i>Romance of Chastisement</i>. Illustrated by four beautifully coloured -plates. Privately printed. London, 1870.</span></p> -</div> - -<p class="ugap">Les quatre superbes planches coloriées ne sont que -d'obscènes caricatures d'une exécution des plus rudimentaires. -L'auteur et l'éditeur sont la même personne, -quoique le <i>Roman de la Castigation</i> ait une autre personne -pour auteur. Les sept dernières pages du volume -sont occupées par un récit intitulé: <i>Lettre d'un Page -Boy<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a> à sa mère habitant la campagne</i>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> Page-boy, petit commissionnaire, garçon de courses, chasseur.</p> -</div> -<p>Dans le livre sus-mentionné, une certaine M<sup>me</sup> Martinet, -dans une lettre qu'elle adresse à l'une de ses -amies, nous offre le récit de la façon dont elle passe ses -vacances à <i>Aspen Lodge</i>, près de Scarborough, la résidence -de «mon vieux protecteur, Sir Frédéric Flaybum, -qui, vous ne l'ignorez pas, trouva nécessaire d'installer -et de mettre en vogue mon pensionnat aristocratique -et pour lequel j'ai aménagé de secrets points d'observation -pour son usage, dans les grandes occasions».</p> - -<p>Au moyen d'un prêt de deux cents livres sterling -(5.000 francs), Sir Frédéric a su décider la veuve d'un -officier de l'armée des Indes, à loi confier ses deux -jeunes filles, «en lui donnant carte blanche à tous les -points de vue, avec la seule restriction que l'exercice -de son autorité <i>paternelle</i> (<i>sic</i>) n'ait pas d'effets dangereux -et ne laissât pas de traces défigurantes sur ses -enfants».</p> - -<p>A l'arrivée de M<sup>me</sup> Martinet à Aspen Lodge, Anette -et Miriam s'y trouvent déjà. Le lendemain, elle et son -protecteur se mettent à les fouetter toutes deux, prenant -pour prétexte une plainte non motivée d'ailleurs et -absolument inventée par Sir Frédéric. Quand l'opération, -qui n'était d'ailleurs accompagnée d'aucune pratique -particulière et cruelle, fut terminée, on annonce -M. Handcock et Miss Vaseline, deux amis de vieille date -de Sir Frédéric. La jeune dame, «une délicieuse blonde, -de taille élancée mais exquisément moulée, avec des -lèvres de corail, des dents de perles et de ces grands -yeux langoureux gris bleus, qui caractérisent si bien -un tempérament sensuel», entoure de ses bras potelés -le cou de Sir Frédéric, qu'elle embrasse avec une ferveur -amoureuse qui ne laisse pas que de surprendre -l'honorable institutrice.</p> - -<p>Il s'ensuit une scène de la plus haute suggestivité, -agrémentée de flagellation mutuelle et d'autres provocations -plus ou moins efficaces: «Cette scène, dit textuellement -M<sup>me</sup> Martinet dans sa lettre, dura pas mal de -temps et nous remplit, nous, les dames, d'une délicieuse -ivresse, les messieurs étant trop vannés pour se laisser -aller à trop d'excitement.»</p> - -<p>Dans la lettre d'un <i>Page-Boy</i>, le jeune Fred raconte -comment, en regardant par le trou de la serrure, il -surprend ses maîtresses, les dames Switchers, en train -de satisfaire aux goûts dépravés de l'honorable M. Freecock, -en le flagellant et en assouvissant d'autre manière -encore ses lubriques appétits. Mais le gamin est -surpris à son poste d'observation et,—laissons-le parler -lui-même,—«en un clin d'œil ils m'eurent lié par -les poignets au chevalet; mes pantalons furent descendus -en moins de temps qu'il ne faut pour le dire et ils -se mirent à me tanner le derrière avec frénésie au -moyen d'une formidable verge de bouleau».</p> - - -<p class="small ugap">Le style de ce volume peut être placé au même rang que -celui des trois ouvrages précédemment décrits. Mais ce -livre a au moins un avantage, celui de n'être pas, dans son -ensemble, farci de détails dont la crudité et la cruauté provoquent -d'ordinaire un si profond dégoût.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Les mystères de la «Villa de la Verveine» ou -miss Bellasis flagellée pour avoir volé</b>, par Etonensis. -Prix: Quatre guinées, Londres. <i>Édition privée.</i> -MDCCCLXXXII<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en">The Mysteries of Verbena House, or Miss Bellasis Birched for -Thieving. By Etonensis, Price Four Guineas. London. Privately -Printed. MDCCCLXXXII.</span></p> -</div> - -<p class="small ugap">Ce volume est dû à deux auteurs différents; orné de -quatre planches coloriées, il n'a été tiré qu'à 150 exemplaires.</p> - - -<p class="ugap">Après avoir pataugé au milieu de tant d'ouvrages -lourds, insipides, sinon absolument répugnants, sur la -flagellation, c'est avec un réel plaisir que l'on tombe -finalement sur un volume écrit avec tact et avec art, -que l'on peut lire sans appréhension.</p> - -<p>Dans cet ouvrage on nous trace un tableau très -fidèle et très minutieux de ce qu'est un pensionnat -fashionable pour demoiselles à Brighton, à notre -époque, et le récit roule principalement sur les punitions -corporelles infligées aux aimables pensionnaires -de la maison.</p> - -<p>Deux pièces d'or sont dérobées à une élève créole et -miss Bellasis est convaincue d'avoir commis le larcin. -Ce qui aggravait sa faute, c'est qu'elle avait caché le -fruit de son vol dans la boîte à ouvrage de l'une des -plus jeunes élèves. La perquisition générale à laquelle -on se livre à la suite de la découverte du larcin, donne -lieu à de singulières découvertes: chez une miss Hazeltine -on découvre une bouteille d'eau-de-vie de genièvre, -tandis que l'on trouve dans le pupitre de M<sup>lle</sup> Hatherton -un livre obscène. Les deux délinquantes, tout comme -l'héroïne principale de l'histoire sont destinées à être -fouettées. Mais la propriétaire de l'établissement, miss -Sinclair, qui jusqu'alors avait été opposée aux châtiments -corporels, croit utile de consulter préalablement -le révérend Arthur Calvedon, aumônier du pensionnat. -En attendant qu'il se rende à l'appel qui lui est adressé, -une espèce de conseil de guerre est tenu et les gouvernantes -françaises et allemandes sont admises à émettre -leurs avis respectifs sur la castigation des jeunes filles. -Le discours de l'institutrice française est reproduit en -français qui serait évidemment irréprochable, s'il n'était -défiguré par d'innombrables coquilles d'imprimeur. -Mais le révérend arrive: il commence à faire un exposé -très étendu de ses expériences au collège d'Éton et -cela donne lieu à une dissertation très compliquée sur -les différents modes de flagellation. Arthur—comme -on a pris l'habitude d'appeler tout simplement le conseiller -spirituel de l'école—brûle d'envie de demander -l'autorisation d'assister à la fustigation de M<sup>lle</sup> Bellasis; -mais il n'ose et est obligé de se retirer sans -avoir vu l'accomplissement de son secret désir; il promet -toutefois de revenir après l'opération.</p> - -<p>Le lendemain matin, la voleuse est conduite dans la -grande salle d'études, par la sous-directrice et la -gérante. Après une vive résistance de sa part, elle est -dépouillée de ses vêtements, liée sur un pupitre et -publiquement fouettée en présence de toutes ses camarades -et des domestiques.</p> - -<p>La description de la flagellation, qui suit alors, n'est -pas du même auteur; le style est distinctement différent. -L'allure légère et agréable du début de l'ouvrage -se transforme à partir de la page 97 en une narration -plus sérieuse, d'un style plus châtié et plus sobre surtout. -Jusqu'alors les mots obscènes avaient été employés -sans restriction, sans ménagements, sans scrupules: -l'auteur appelle tout par les noms propres.</p> - -<p>Le caractère de miss Sinclair est du coup transformé -du tout au tout.</p> - -<p>Mais procédons dans notre analyse. La fustigation -de miss Bellasis est décrite avec une ampleur bien exagérée, -car elle ne nous apprend rien de bien nouveau. -Tout de suite après, nous trouvons une scène passionnelle -entre le révérend Arthur et miss Sinclair que la -fustigation de son élève, sur le postérieur de laquelle -elle a usé trois verges, a mis dans un état de surexcitation -sensuelle indescriptible.</p> - -<p>Le jour suivant, miss Sinclair, devenue la maîtresse -d'Arthur, punit sévèrement les demoiselles Hatherton -et Hazeltine, en particulier, chez elle, c'est-à-dire -qu'elle inflige aux deux jeunes filles toutes sortes de -tourments, d'abord avec une cravache, puis avec une -brosse à cheveux, tandis que le révérend admirateur -regarde à travers un trou dans la cloison. Le volume se -termine d'une façon abrupte par quelques lignes d'encouragement -pour les flagellants des deux sexes.</p> - -<p>En somme, ce livre est, comme nous l'avons dit -déjà, le seul qui ait quelque mérite et qui semble se -baser non sur des inventions mais sur des faits réels et -vécus.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Exposition de flagellants femelles</b>, dans le -monde modeste et incontinent, prouvant par des faits -indubitables qu'un certain nombre de dames trouvent -un secret plaisir à fouetter leurs propres enfants et -ceux commis à leur charge et que leur passion pour -exercer et ressentir le plaisir d'une verge de bouleau -appliquée par des sujets de leur choix de l'un et de -l'autre sexe est du tout au tout aussi prédominant que -celui que leur procure le commerce avec les hommes. -Publié maintenant pour la première fois d'après des -anecdotes authentiques, françaises et anglaises, trouvées -dans le boudoir d'une dame. Embellie de six belles -planches in-quarto, supérieur à n'importe quoi de ce -genre qui ait jamais été publié. Londres. Imprimé pour -G. Peacock, n<sup>o</sup> 66, Drury-Lane<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en"><b>Exhibition of Female Flagellants</b>, in the Modest and -Incontinent World. Proving from Indubitable Facts that a -number of Ladies take a Secret Pleasure in whipping their own, -and other Children committed (<i>sic</i>) to their care, and that their -Passion for exercising and feeling the Pleasure of a Birch-Rod, -upon Objects of their Choice of both Sexes, is to the full as predominant -as that of Mankind. Now first published, from authentic -Anecdotes, French and English, found in a Lady's Cabinet. -Embellished with six beautiful Quarto Prints, superior to any -thing of the kind ever Published. London. Printed for G. Peacock, -n<sup>o</sup> 66. Drury Lane.</span></p> -</div> -<p>Une jolie vignette ovale orne cet ouvrage. Elle représente -Cupidon attaché à un arbre tandis qu'une jeune -fille assise prépare une verge de bouleau pour le châtier.</p> - -<p>Au point de vue littéraire ce livre ne vaut absolument -rien. L'auteur traite son sujet d'une façon par trop exclusive -et part de ce principe que la flagellation en elle-même -constitue la jouissance, tandis qu'en réalité l'on -ne peut considérer cette pratique que comme un moyen -d'arriver au but que l'on se propose, c'est-à-dire la -jouissance sensuelle. En lui-même le châtiment corporel -que l'on s'impose ne peut certainement avoir rien -que de désagréable. Ce n'est pas la flagellation qui termine -l'opération, puisqu'elle est suivie d'autres actes -qui produisent les effets définitifs désirés et provoqués. -D'autre part, les verges sont exclusivement placées -dans les mains des femmes, comme si les hommes ne -sauraient éprouver au moins tout autant de plaisir à -fouetter des jeunes filles qu'à être fouettés par elles.</p> - -<p>Dans l'<i>Exposition des flagellants femelles</i> cette théorie -uniforme est adoptée d'un bout à l'autre; on nous y -enseigne que dans la flagellation il faut un certain art, -du tact, et de la délicatesse.</p> - -<p>Voici à titre de document, la traduction d'un passage -qui s'y rapporte: «Saches donc, fille nigaude (dit -Flirtilla), qu'il y a une certaine façon de manier ce -sceptre de félicité, dans laquelle peu de femmes ont la -main heureuse; ce n'est pas le geste passionné et violent -d'une vulgaire femelle qui peut charmer, mais les -manières délibérées et élégantes d'une femme de sang -et du monde, qui déploie en toutes ses actions cette -dignité qui se retrouve même dans le jeu de son éventail, -qui souvent sert à faire de si profondes blessures. -Quelle différence entre le vulgaire et le mondain, le -distingué, précisément en cette matière! Quelle différence -entre la vue d'une femme vulgaire qui, provoquée -par ses enfants, les saisit comme un tigre ferait -d'un agneau, expose brutalement leur derrière et les -corrige avec le plat de la main ou avec une verge ressemblant -beaucoup plus à un manche à balai qu'à un -gentil faisceau de verges, élégamment nouées ensemble -tandis qu'une mère bien-née, froidement et méthodiquement -sermonnera son enfant ou son pupille et, -quand elle se sera rendu compte qu'il est dans son tort -et qu'il mérite une punition, ordonne à l'incorrigible -miss de lui apporter les verges, de se mettre à genoux -et de demander à mains jointes une bonne fouettée; -puis, cette cérémonie préliminaire accomplie, elle lui -ordonnera de se coucher en travers de ses genoux ou bien -la fera monter sur le dos de la bonne, et puis, avec les -plus jolies manières que l'on puisse imaginer enlèvera -tout ce qui empêchera le libre accès du derrière frémissant -de la petite demoiselle, qui pendant tout le temps, -tout en larmes et avec des promesses et des suppliques -les plus tendres implore sa chère maman ou sa gouvernante -de lui pardonner; et à tout cela la belle exécutrice -prêtera oreille charmée, découvrant cependant -avec un sentiment délicieux les gentilles et aimables -rotondités si blanches, qu'en quelques minutes elle fera -passer au rose le plus sombre au moyen d'une verge -maniée avec savoir-faire et élégance!»</p> - - -<p class="small ugap">Il existe d'ailleurs encore deux autres éditions de cet -ouvrage, savoir:</p> - -<p class="small"><b lang="en" xml:lang="en">The Exhibition of Female Flagellants.</b> <span lang="la" xml:lang="la">Suus cuique -mos.</span> <span lang="en" xml:lang="en">London. Printed at the Expense of Theresa Berkley, -for the Benefit of Mary Wilson, by John Sudbury, 252, High -Holborn.</span></p> - -<p class="small">L'autre Édition est celle de genre bien connu de Hollywell -Street.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Le Chérubin</b> ou Gardien de l'Innocence féminine. -Exposant les Artifices des Pensionnats loués<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a>, des -Diseurs de Bonne Aventure, des Modistes corrompues -et des soi-disant Femmes du monde. Londres, imprimé -pour W. Locke, n<sup>o</sup> 12 Red Lion Street, Holborn. 1792<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> Loué est pris ici dans le sens de loyer; c'est-à-dire, Pensionnats -pris en location par de vieux messieurs.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en"><b>The Cherub</b>; or Guardian of Female Innocence. Exposing -the Arts of Boarding Schools; Hired Fortune-Tellers; Corrupt -Milliners; and Apparent Ladies of Fashion, London: Printed for -W. Docke. n<sup>o</sup> 12 Red Lion Street, Holborn. 1792.</span></p> -</div> -<p>Ce livre qui a été réimprimé à plusieurs reprises a -pour objet, comme son titre compliqué l'indique assez -clairement, de mettre à nu chacune de ces catégories -de vice. De nombreuses anecdotes se suivent. En voici -une qui a trait à la location des Pensionnats de demoiselles -par de vieux libertins, qui trouvent plaisir à voir -fouetter les jeunes élèves.</p> - -<p>«Un vieux Crésus libertin de Broad Street, dont les -richesses étaient aussi considérables que les instincts -dépravés, a entretenu depuis quelques années une espèce -de trafic sensuel avec les directrices de deux pensionnats; -l'un situé aux environs de Hackney et l'autre -dans la Banlieue de Stratford. Toutes les semaines il -versait à ces Dames des sommes importantes, rien que -pour pouvoir goûter des jouissances visuelles qu'un -homme ordinaire aurait trouvé plutôt répugnantes -qu'agréables.</p> - -<p>Le gentleman en question fait des visites régulières et -à tour de rôle chez chacune de ces accommodantes matrones.</p> - -<p>Voici comment le spectacle se déroule:</p> - -<p>Toutes les fautes commises, les dérogations au règlement -etc., sont soigneusement enregistrées pendant les -quatre ou cinq jours qui précèdent la visite du Crésus; -le jour de sa venue est fixé pour l'exécution de toutes -les punitions infligées aux élèves. Après avoir fait -entrer le vieux birbe dans un petit cabinet adjoignant -la salle et dans la porte duquel sont aménagés des -trous d'observation, les élèves sont appelées l'une après -l'autre, mises à nu, étendues sur un établi <i>ad hoc</i> et -fouettées sur leurs postérieurs en proportion de la gravité -de leurs fautes. Dans la situation où elles se -trouvent les jeunes filles ne peuvent pas se douter un -instant qu'elles sont vues de tout autre personne que -leur directrice. Et quand le vieux jouisseur, après avoir -suivi, au moyen d'une lorgnette toutes les phases et -les progrès de la flagellation en est arrivé au <i>summum -bonum</i> de sa passion il sort de son rôle passif et se -transforme à son tour en exécuteur… Son désir assouvi -il se retire comme un homme de bonne composition -qu'il est, parfaitement heureux et placide.</p> - - -<p class="small ugap">L'ouvrage est orné d'un frontispice suggestif par Isaac -Cruikshank.</p> - - - - -<p class="gap"><span lang="en" xml:lang="en"><b>Part the second. The female flagellants in the -Beau-Monde and the Demi-monde</b>; proving from -indubitable facts that the secret Pleasure of Whipping -their own children and those of others, and that the -Delights of the Birch Rod are as powerful in the -female as in the masculine part of humanity. Now first -published from the Manuscript of a Lady, and from -original correspondance addressed to the Editor of the -first Part. With highly coloured Engravings. Two -Guineas</span><a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>. Est une continuation du volume mentionné -plus avant, sous le titre d'<i>Exposition des flagellants -féminins</i>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> <b>Deuxième Partie. Les Flagellants femelles dans la -Beau Monde et dans le Demi-Monde</b>; prouvant par des -faits indubitables que le secret plaisir de fouetter leurs propres -enfants et ceux des autres et que les Délices de la Verge -de Bouleau sont aussi puissants dans la partie féminine que -dans la partie masculine de l'humanité. Publie maintenant pour -la première fois le manuscrit d'une Dame et la Correspondance -originale adressée au rédacteur de la première partie. -Avec des illustrations coloriées de haut ton. Deux guinées.</p> -</div> - - - -<p class="gap"><b>Conférences Fashionables</b>, organisées et tenues -avec la discipline de verges de bouleau, par les -suivantes et nombreuses belles dames, qui ont rempli -à l'approbation générale les rôles de mère, marâtre, -gouvernante, femme de chambre, ménagère, gérante -de maison, etc., etc.</p> - -<ul> -<li>Mad. R-nson.</li> -<li>Lady G-r.</li> -<li>Mad. M-h-n.</li> -<li>Mad. B-n-ll.</li> -<li>Feue Miss Kennedy.</li> -<li>Kit. Frédérick.</li> -<li>Lady W-ley.</li> -<li>Mad. R-pe.</li> -<li>Mad. B-lli.</li> -<li>Charlotte Hayes.</li> -<li>Mad. Rudd.</li> -<li>Miss C-t.</li> -<li>Mad. H-nter.</li> -<li>Mad. Miller.</li> -<li>Mad. Price.</li> -<li>Miss C-ver-ng.</li> -<li>Clara Hay-d.</li> -<li>La mère Birch.</li> -<li>Mad. Arm-d.</li> -<li>Mad. Coxe.</li> -<li>Mad. L-w-ce.</li> -<li>Mad. Hugues.</li> -<li>Miss Scott.</li> -<li>Miss Villers.</li> -<li>Kitty Fisher.</li> -<li>Mad. Austin.</li> -<li>Lucy Cooper.</li> -<li>Sally Harris.</li> -<li>Mad. Booker.</li> -<li>Charlotte Spencer.</li> -<li>Mad. Corbyn.</li> -<li>Mad. Judge.</li> -<li>Mad. Far-ar.</li> -<li>Signora Frasi.</li> -<li>Signora G-lli.</li> -<li>Fanny Murray.</li> -<li>Fanny Herbert.</li> -<li>Miss Faulkner.</li> -<li>Mad. Woff-gton.</li> -<li>Nancy-Parsons.</li> -<li>Signora Z-lli.</li> -<li>Mad. Badd-ly.</li> -<li>Mad. Bridgeman.</li> -<li>Mad. Baker.</li> -<li>Mad. Lessingham.</li> -<li>Mad. Watson.</li> -<li>Mad. Dal-ple.</li> -<li>Lady L-n-er.</li> -<li>Signora S-i.</li> -<li>Killy Tut-a-dash.</li> -<li>Mad. Car-.</li> -<li>Mad. Bulky.</li> -<li>La comtesse de Medina.</li> -<li>Miss Olliver.</li> -<li>Miss Goldsmith.</li> -<li>Mad. Wil-n.</li> -<li>Miss Ray.</li> -</ul> -<p>Avec les observations préliminaires sur les plaisirs -de la verge de bouleau, administrée par la jolie main -d'une dame favorite. Embellie d'une jolie gravure, -d'une demi-feuille, représentant une marâtre fouettant -son fils.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Les philosophes qui ont étudié la nature</div> -<div class="verse">Et tous nos saints pères jurent</div> -<div class="verse">Qu'une verge est le meilleur fortifiant,</div> -<div class="verse">Une verge appliquée sur le derrière<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>.</div> -</div> - -<div class="attr">Voir <i>la danse de M<sup>me</sup> Birchini</i>.</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a></p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Philosophers who've studied Nature,</div> -<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">And all our holy Fathers swear,</div> -<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">A Rod's the best invigorator,</div> -<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">A Rod applied upon the Rear.</div> -</div> -</div> -<blockquote> -<p><i>C'est un aussi grand provocateur que les cantharides ou le -jus de vipères, parce que cela irrite le sang et donne une -nouvelle vigueur aux esprits assoupis.</i></p> - -<div class="attr">(<i>Le Jésuite lascif</i>, un Opéra.)</div></blockquote> - - -<p class="small ugap">Quatrième édition, avec de nombreuses adjonctions. -Londres. Imprimé pour G. Peacock, n<sup>o</sup> 66, Drury Lane<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en"><b>Fashionable Lectures</b>, etc… The fourth Edition. With -considerable additions. London. Printed for G. Peacock, n<sup>o</sup> 66 -Drury Lane.</span></p> -</div> -<p class="small">Cet ouvrage est incontestablement le plus curieux, le plus -original et très probablement le premier publié de la série. -On aurait pu l'intituler: <i>Le Drame de la flagellation</i>; toute -l'action se déroule en dialogues et monologues.</p> - - -<p class="ugap">A ce sujet, nous croyons intéressant de reproduire la -teneur d'un passage qui termine l'ouvrage: <i>Le Sublime -de la Flagellation</i>.</p> - -<p>Très peu de temps après la publication des <i>Conférences -Fashionables</i> à Paris la carte suivante fut remise -par les libraires à tous les acheteurs de l'ouvrage.</p> - -<blockquote> -<p class="c">CARTE<br /> -<span class="small">ADRESSÉE A MESSIEURS LES FLAGELLANTS</span></p> -</blockquote> - -<p>«Tous les acheteurs des <i>Conférences</i> qui seraient -curieux de juger par eux-mêmes de l'effet qu'elles produisent -quand elles sont bien développées, peuvent -être adressés à une dame très accomplie au point de -vue physique comme au point de vue de l'intellect, et -qui, si on sait lui faire un compliment approprié<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a>, est -prête à développer n'importe laquelle de ces conférences -avec toute l'énergie et l'éloquence de son talent -oratoire et son action, heureusement en corrélation.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> Un bel euphémisme!</p> -</div> -<p>«Cette dame a une maison à elle et sa salle de conférence -est meublée de verges, de chats à neuf queues, -et de quelques-uns des meilleurs ouvrages sur la flagellation. -La dame a également dans sa maison une -femme robuste, capable de prendre un homme sur ses -épaules, quand il lui prend l'envie d'être traité comme -un écolier; et en outre, elle, aussi bien que sa bonne, -sont prêtes de jouer un rôle passif dans l'usage des -verges, quand de temps à autre on le lui demandera. -Prix de la première conférence: un louis,—chaque -lecture suivante un demi-louis et 2 fr. 50 pour la bonne -si elle sert de chevalet dans la circonstance.</p> - -<p>«N. B. Les messieurs seuls, qui éprouvent du plaisir -à jouer le rôle d'écoliers, seront servis par la maîtresse -et la servante, à toute heure, avant qu'ils se lèvent, le -matin, dans leurs propres domiciles, où se jouera -admirablement bien le délicieux divertissement d'être -sorti du lit, bousculé, puis fouetté, pour n'avoir pas -voulu se rendre à l'école.»</p> - - - - -<p class="gap"><b>La Danse de M<sup>me</sup> Birchini</b>, une histoire moderne, -considérablement augmentée avec des anecdotes -originales recueillies dans les cercles fashionables. -Publié maintenant pour la première fois par -Lady Termagant Flaybum.</p> - -<blockquote> -<p>«<i>De tomber aux pieds d'une maîtresse impérieuse, d'obéir -à ses ordres, d'avoir à lui demander pardon, furent pour moi -les plus doux plaisirs.</i>»</p> - -<div class="attr">(<i>Les confessions de J.-J. Rousseau</i>, vol. I.)</div></blockquote> - -<blockquote> -<p>«<i>C'est un excitateur aussi puissant que les cantharides ou -que le jus de vipère, parce que cela irrite le sang et redonne -une vigueur nouvelle aux esprits assoupis.</i>»</p> - -<div class="attr">(<i>Le Jésuite lascif</i>; un opéra.)</div></blockquote> - - -<p class="small ugap">Neuvième édition, avec de belles planches. Londres. Imprimé -pour Georges Peacock, et vendu Drury Lane, n<sup>o</sup> 66<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en"><b>Madame Birchini's Dance.</b> A Modern Tale. With Considerable -additions, and Original Anecdotes collected in the Fashionable -Circles. Now first published by Lady Termagant Flaybum.</span></p> - -<p><span lang="en" xml:lang="en">The Ninth Edition, with beautiful Prints. London: Printed -for George Peacock, and sold at n<sup>o</sup> 66 Drury Lane.</span></p> -</div> - -<p class="ugap">C'est un livre éminemment curieux. La première -édition originale a dû être publiée contemporainement -avec les <i>Révélations de Lady Bumtickler</i>. Ces anecdotes -originales sont en prose et ne diffèrent pas grandement -de ce qui nous a été présenté dans l'<i>exposition -de flagellants femelles</i> mais la <i>Danse de M<sup>me</sup> Birchini</i> -est en vers, parfois bien terre à terre, mais empreints, -en certains endroits, d'une belle vigueur et d'une ardeur -remarquable.</p> - -<p>C'est, en somme, l'histoire d'un jeune noble qui, -devenu impotent à la suite d'excès de tout genre, se -livre aux soins habiles de M<sup>me</sup> Birchini qui réussit, -grâce à ses procédés spéciaux, à lui rendre son ancienne -vigueur et à le mettre à même de remplir ses devoirs -conjugaux après l'accomplissement desquels sa jeune -épouse soupirait désespérément.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Le joyeux ordre de Sainte-Brigitte.</b> Souvenirs -personnels de l'usage de la verge par Marguerite -Anson York.</p> - - -<p class="small ugap">Imprimé pour les amis de l'auteur, MDCCCLVII<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en"><b>The Merry Order of St Bridget</b>, Personal Recollections -of the Use of the Rod by Margaret Anson; York: Printed for the -Author's Friends, MDCCCLVII.</span></p> -</div> -<p class="small">On attribue ce livre au même auteur qui a écrit pour Hotten -<i>The History of the Rod</i> (l'Histoire de la verge). Il se compose -de douze épîtres écrites par miss Anson à une de ses amies; -la première lettre est datée de 1868, tandis que sur l'ouvrage -le frontispice porte la date erronée de 1857.</p> - - -<p class="ugap">Un certain nombre de dames, assemblées dans un -château en France, pendant le second Empire, créent, -pour passe-temps, <i>le Joyeux Ordre de Sainte-Brigitte</i>, -une société ayant pour but l'application mutuelle des -verges, une pratique à laquelle elles sont toutes adonnées.</p> - -<p>Marguerite Anson est la soubrette de l'une de ces -dames et elle est admise à faire partie de la société en -qualité d'aide. La description de sa propre installation -donnera une idée des rites de l'ordre.</p> - -<p>Mais laissons-la avant tout admirer son costume: -«Une chemise de toile fine, garnie de Valenciennes avec -des entre-deux de rubans. Un jupon moelleux en flanelle -blanche garnie de soie en bordure dans le bas; -un autre en cachemire blanc, très fin avec un ruché -dans le bas, garni de velours bleu de ciel. J'avais en -fait de corset l'un de ceux de ma maîtresse, tout brodé; -et par-dessus le tout, un magnifique peignoir bleu, -avec des ruchés blancs; pas de jupes ni de pantalons -et rien aux pieds, qu'une paire de mules bleues garnies -de rosettes blanches très mignonnes.»</p> - -<p>Ainsi accoutrée, Marguerite est placée dans une petite -chambre contiguë à la grande salle où le <i>Joyeux Ordre</i> -tenait ses assises: elle a les yeux bandés.</p> - -<p>«Il me semble que j'attendis longtemps, mais je -crois que ce ne fut que quelques minutes au bout desquelles -quelqu'un entra dans la chambre:</p> - -<p>—Enlevez votre manteau! me dit une voix que je -reconnus pour celle de Mistress D…, une dame anglaise, -belle, grosse et grasse, de quarante ans environ, -pleine de vie et de malice, qui avait été une des promotrices -de l'affaire.</p> - -<p>—Maintenant, suivez-moi!</p> - -<p>La porte de la salle fut ouverte et l'on m'introduisit. -Puis la porte se referma et fut verrouillée et j'entendis -autour de moi des rires étouffés.</p> - -<p>Alors une voix partant du fond de la salle s'exclama: -«Silence, mesdames, s'il vous plaît!»</p> - -<p>Trois coups secs furent frappés sur une table et la -même voix demanda:</p> - -<p>—Qui vient ici?…</p> - -<p>J'avais été stylée par Mistress B… et je répondis, -conformément à ses instructions:</p> - -<p>—Une candidate pour une place dans le <i>Joyeux -Ordre de Sainte-Brigitte</i>.</p> - -<p>—Êtes-vous prête à servir l'ordre du mieux que vous -pourrez et d'aider, comme le demande votre maîtresse, -dans l'accomplissement des cérémonies de l'ordre?</p> - -<p>—Je le suis!</p> - -<p>—Est-ce que vous vous engagez à ne jamais souffler -mot de ce que vous verrez, entendrez ou ferez dans -cette chambre, sous peine de perdre votre place sans -certificat?</p> - -<p>—Oui! Je m'y engage!</p> - -<p>—Connaissez-vous le but du <i>Joyeux Ordre</i>?</p> - -<p>—Oui!</p> - -<p>—Dites-le nous!</p> - -<p>Selon mes instructions je répondis.</p> - -<p>—La salutaire et agréable discipline au moyen de -verges appliquées réciproquement par ses membres au -cours de ses séances.</p> - -<p>—Avez-vous jamais été fouettée?</p> - -<p>—Oui!</p> - -<p>—Promettez-vous de vous soumettre à telle flagellation -que le <i>Joyeux Ordre</i> vous imposera, sans vous -rebeller ou sans murmurer?</p> - -<p>—Oui!</p> - -<p>—Préparez-la!</p> - -<p>«J'entendis de nouveau des rires étouffés dès que -cet ordre fut donné et je pus me rendre compte que -mistress D… était secouée d'un rire intérieur, tandis -qu'elle exécutait sa consigne, et qu'elle m'enleva mon -peignoir. Elle épingla mes jupons et ma chemise sur -mes épaules et alors, ma chère, je savais ce qui allait -venir. Quelqu'un d'autre se saisit de l'une de mes mains -tandis que mistress D… me tenait l'autre en attendant -un nouveau commandement.</p> - -<p>—Avancez!</p> - -<p>«Ils me firent faire quelques pas en avant et au -même instant un formidable coup de verge tomba sur -ma hanche, puis sur l'autre et ainsi de suite jusqu'à ce -que j'eus atteint le bout de la salle. Je pleurai et me -débattis; mais tout fut en vain; mes guides me maintenaient -solidement et, lorsqu'elles me lâchèrent, je ne -pouvais plus que sangloter et haleter.</p> - -<p>Alors un nouveau commandement se fit entendre:</p> - -<p>—A genoux!</p> - -<p>Je m'agenouillai devant l'ottomane du centre de la -pièce. Les dames maintinrent mes bras par-dessus ce -meuble et lady C… quitta son fauteuil, s'avança vers -moi et me fouetta jusqu'à ce que je ne sus plus guère -où je me trouvais. Alors elles m'aidèrent à me lever et -la dame dit:</p> - -<p>—Mesdames de l'<i>Ordre de Sainte-Brigitte</i>, recevez-vous -Marguerite Anson en qualité de membre et de servante -jurée, pour faire tout ce que vous demanderez?</p> - -<p>—Oui! répondirent en chœur celles qui ne riaient -pas.</p> - -<p>—Laissez-la voir! fut le commandement qui retentit -alors et, à ces mots, l'une des dames fit retomber -mes vêtements et une autre m'enleva mon bandeau -des yeux. J'étais tellement secouée et abrutie par la -flagellation que pendant un certain temps, je pus à -peine y voir. Mistress D… me prit par le bras et me -ramena à l'extrémité de la pièce. Je me remis peu à -peu et alors, en regardant autour de moi, je fus témoin -d'un spectacle que n'aurait certainement jamais rêvé -ce journaliste dont je mentionnais l'entrefilet dans ma -dernière lettre.</p> - -<p>«Chacune des dames tenait en main un faisceau -de verges souples et solides et nouées avec des rubans -correspondant à la couleur de leurs vêtements.</p> - -<p>Sur l'ottomane où j'avais subi ma dernière fustigation -étaient déposées deux autres verges.</p> - -<p>—Marguerite Anson! Approchez! me dit M<sup>me</sup> C… de -nouveau. J'avançai timidement, appréhendant une -nouvelle fessée…</p> - -<p>—Agenouillez-vous!</p> - -<p>Je m'agenouillai et elle me fit cadeau d'une verge -en m'informant que j'étais maintenant une servante du -<i>Joyeux Ordre de Sainte-Brigitte</i>, que j'étais autorisée -à prendre part à leurs cérémonies et que j'étais -tenue de faire tout ce que l'on me demanderait.</p> - -<p>Puis on m'enjoignit d'aller me placer à l'extrémité -de la salle, et de m'apprêter à faire à celle dont le tour -était venu, absolument la même chose qui m'avait été -faite à moi.</p> - -<p>Il saute aux yeux qu'une répétition d'une flagellation -de ce genre entre femmes ne peut que devenir -insipide à la longue, car elles ne varient que fort peu. -Pour faire diversion, l'auteur intercale dans son récit -des réminiscences évoquées par les dames présentes, -au cours desquelles l'élément masculin est mis en scène.</p> - -<p>Une anecdote surtout est impayable: c'est l'histoire -d'un monsieur qui, se faisant passer pour un inspecteur -scolaire du gouvernement, fait une tournée d'inspection -dans tous les pensionnats de jeunes filles où -les plus belles d'entre les élèves sont fouettées en sa -présence.</p> - -<p>L'auteur adopte la thèse, d'après laquelle une certaine -délicatesse et du <i>savoir-faire</i> sont des qualités -essentiellement requises en flagellation.</p> - -<p>«Il y a, dit-il, une grande différence entre les différents -modes d'administrer les verges. Il n'y a aucune -jouissance à puiser dans le maniement des verges ou -dans la réception des coups, quand la chose est pratiquée -de la même manière qu'emploierait une femme -vulgaire dans un accès de colère. Mais, quand la verge -est maniée par une dame du monde, élégante, avec -dignité et grâce dans le maintien et dans l'attitude, le -fait de pratiquer la flagellation et de la subir deviennent -également une source de réel plaisir<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a>.»</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> Cette phrase est incontestablement plagiée. Elle se trouve -dans «<i>L'Exposition des Flagellants Féminins</i>».</p> -</div> -<p>L'extrait suivant de <i lang="en" xml:lang="en">History of the Rod</i> (l'histoire de -la verge) a quelque analogie avec le récit de Marguerite -Anson, qui précède.</p> - -<p>C'est pour cela que nous croyons utile de le reproduire -ici, à titre de document bibliographique.</p> - -<p>«Une vieille nouvelle française, que nous avons -parcourue en passant, le long des quais de la Seine à -Paris, donnait une description très vivante d'une espèce -de club romantique de flagellation qui existait à Paris -peu de temps avant la Terreur. Les dames qui faisaient -partie de cette association se fouettaient réciproquement -avec une élégance pleine de charmes! Une sorte -de procès précédait chaque correction et, quand une -dame était reconnue coupable elle était immédiatement -déshabillée et fouettée par ses compagnes. S'il -faut en croire les affirmations contenues dans ce livre -qui avait pour titre le <i>Château de Tours</i>, un grand -nombre de dames du plus grand monde étaient affiliées -à cette société et recevaient de leurs compagnes des -châtiments personnels.</p> - -<p>Ces nobles dames étaient également décrites dans -ce livre comme instigatrices et créatrices des nouvelles -modes; elles donnaient le ton. A en juger par les descriptions -de ces modes, faites dans le livre en question, -quelques-unes ne devaient pas différer beaucoup de -celles adoptées jadis par notre bonne aïeule, la mère -Ève!»</p> - - - - -<p class="gap"><b>Les Mystères de la flagellation</b><a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a> ou un <i>Récit -des Cérémonies secrètes de la Société des flagellants</i>. -La sainte pratique des Verges. Saint-François flagellé -par le Diable. Comment on domine ses passions par -l'art de la flagellation. Avec beaucoup d'Anecdotes -curieuses sur la Prédominance de ce Passe-temps particulier -chez toutes les nations et à toutes les époques, -soit sauvages ou civilisées (<i>sic</i>).</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en"><b>Mysteries of Flagellation</b> or A History of the Secret -Ceremonies of the Society of Flagellants. The Saintly Practice -of the Birch. Saint Francis whipped by the Devil. How to subdue -the Passions by the art of Flogging! With many Curious Anecdotes -of the Prevalence of this Peculiar Pastime in all Nations -and Epochs, whether Savage or Civilized. Printed by C. Brown, -44 Wych Street, Strand. Price 2d.</span></p> -</div> - -<p class="small ugap">Imprimé par C. Brown, 44 Wych Street, Strand. Prix: 2d.<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> 2d. vingt centimes. Sur la couverture, en tête se trouve -répétée, en toute lettrée cette fois, la mention: «Price Two -pence».</p> -</div> -<p class="small">Cette publication—8 pages—qui date de 1863, avait été -provoquée par l'arrestation d'une dame Potter, pour avoir -fouetté une jeune fille contre sa volonté.</p> - - -<p class="ugap">En comparaison avec son genre, cette brochure n'est -pas mal écrite. Elle nous donne un aperçu de ce -qu'étaient certains établissements de Londres et notamment -le <i lang="en" xml:lang="en">White House</i> (maison Blanche), la <i lang="en" xml:lang="en">Den of -Mother Cummings</i> (Repaire de la Mère Cummings), -l'<i>Élysée de Brydges Street</i>, etc.</p> - -<p>Voici d'ailleurs le résumé de l'affaire Potier. Elle est -intéressante:</p> - -<p>«A cette époque (en juillet 1863), sur la demande -de la <i>Société de Protection des Femmes</i>, une perquisition -fut opérée dans l'<i>Académie</i>, alors très en vogue, -de Sarah Potter, alias Stewart, dans la Wardour -Street<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a> et une rare collection d'accessoires et d'instruments -de flagellation fut saisie et transportée au palais -de justice de Westminster. C'est alors seulement que -le grand public apprit que des jeunes filles étaient -débauchées dans l'<i>École de flagellation</i> de la femme -Stewart, pour être soumises à la fustigation de la part -de jeunes et de vieux amateurs de ce sport particulier, -au grand profit de cette honnête dame. Les spécimens -les plus curieux de son stock d'instruments servant à -son industrie consistaient en une échelle pliante, avec -des entraves, des verges de bouleau, des balais de -chiendent et d'accessoires secrets à l'usage des hommes -et des femmes.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> Ce fait n'est pas tout à fait exact, en ce sens que la perquisition -eut lieu au n<sup>o</sup> 3 de Albion Terrace, Kings Road à Chelsea, -où cette dame habitait après avoir déménagé de Wardour -Street.</p> -</div> -<p>Sa méthode de procéder dans sa petite industrie -était la suivante. Elle attirait des jeunes filles, les -nourrissait, les logeait et les habillait et en retour -elles étaient obligées de se prêter aux caprices des -protecteurs de cette pension de famille d'un nouveau -genre.</p> - -<p>Elles étaient fouettées de différentes façons. Quelquefois -on les fixait à l'échelle: d'autres fois elles étaient -pourchassées à coups de fouet par la chambre; parfois -on les couchait sur le lit. On avait recours à toutes les -variations et à tous les raffinements qu'une imagination -pervertie pouvait inventer, pour varier dans la -mesure du possible les orgies, en retour desquelles la -maîtresse de maison touchait des sommes variant -entre 5 et 15 livres sterling. Les bénéfices que la -Stewart tirait de cette <i>école</i> lui permettaient de tenir -des valets et une maison de campagne, au grand scandale -de la communauté.»</p> - -<p>Ce récit est évidemment exagéré. On ne pourrait -admettre que la jeune fille fût flagellée contre sa -volonté, car elle avait pour habitude de fouetter des -messieurs et de se soumettre elle-même à l'opération -quand elle était payée en conséquence. Il est un fait -certain, c'est qu'elle retourna chez M<sup>me</sup> Potter dès que -celle-ci fut relâchée de prison et habita avec elle pendant -longtemps à Howland Street.</p> - -<p>Mistress Sarah Potter, alias Stewart fut une matrone -d'une certaine importance qui, à un moment donné -réalisa de grosses sommes. Au cours de sa carrière -accidentée elle changea très souvent de domicile.</p> - -<p>Sous ses auspices, les flagellations étaient appliquées -presque exclusivement aux messieurs quoique de temps -en temps il arrivait que des jeunes filles y étaient soumises. -Elle avait pour spécialité de procurer de très -jeunes filles avec les parents desquelles elle prenait -préalablement des arrangements pour éviter dans la -suite des désagréments éventuels. Elle habillait ces -enfants de costumes suggestifs et leur enseignait des -tours variés, pour amuser ses clients.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Le Roman de la Castigation</b>; ou les Révélations -de miss Darcy.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i3"><i>«Un récit étrange mais plus que vrai.»</i></div> -<div class="verse"><i>«Les pantalons tombent, la peau délicate apparaît</i></div> -<div class="verse"><i>«Aussi claire que la fourrure de la plus blanche hermine.»</i></div> -</div> - -<div class="attr">Shenstone.</div> -<p>Illustré de gravures coloriées. Londres: imprimé -pour les libraires<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en"><b>The Romance of Chastisement</b>, or The Revelation of -Miss Darcy.</span></p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i5" lang="en" xml:lang="en">«A Strange but o'er true tale.»</div> -<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">«Down drop the drawers, appears the dainty skin</div> -<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">«Fair as the furry coat of whitest ermeline.»</div> -</div> - -<div class="attr">(Shenstone.)</div> -<p><span lang="en" xml:lang="en">Illustrated with coloured Drawings; London: Printed for the -Booksellers.</span></p> -</div> -<p>Belinda Darcy rend visite à son amie Dora Forester, -qui l'initie aux plaisants mystères de la flagellation et -lui révèle ce qui se passe à la <i>Villa Belvédère</i>, une -maison de délassement où l'on fait un usage très -étendu de la verge.</p> - - -<p class="small ugap">Le livre contient en outre quelques scènes diverses, telle -que la description d'une pénitence dans un couvent, et une -scène de flagellation domestique, etc.</p> - -<p class="small">Au point de vue littéraire, cet ouvrage a quelque mérite et -on peut le lire avec intérêt.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Le Roman de la Castigation</b> ou Révélations de -l'école et de la chambre à coucher. Par un expert.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i3"><i>«Experto crede.»</i></div> -<div class="verse"><i>«Qui, brandissant une verge se met carrément</i></div> -<div class="verse"><i>«A défaire ses pantalons—elle tremble d'effroi—</i></div> -<div class="verse"><i>«Ils tombent, la peau délicate apparaît</i></div> -<div class="verse"><i>«Claire comme la fourrure de la plus blanche hermine.»</i></div> -</div> - -<div class="attr">(<i>La maîtresse d'école</i>, par Shenstone, 1870<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a>.)</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en"><b>The Romance of Chastisement</b>; or Revelations of the -School and Bedroom. By an Expert.</span></p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">«Experto Crede.»</div> -<div class="verse">«Who brandishing the rod, doth straight begin</div> -<div class="verse">To loose her pants—she trembles with affright—</div> -<div class="verse">Adown they drop, appears the dainty skin,</div> -<div class="verse">Fair as the furry coat of whitest ermeline!»</div> -</div> - -<div class="attr">(<i>The Schoolmistress</i> by Shenstone, 1870.)</div></div> -<p>Ce livre roule principalement sur la Castigation de -jeunes filles et l'auteur semble y trouver un réel plaisir. -Il croit qu'une femme opérant sur elle-même ou -sur quelqu'un de son propre sexe éprouve dans la -même mesure du plaisir.</p> - -<p>Dans l'exposé de ses théories l'auteur cherche à -démontrer que celui qui reçoit les coups en éprouve -également de la jouissance et ce, presque au même -degré que celui qui inflige la correction.</p> - -<p>Un seul passage est vraiment nouveau et pittoresque, -dans lequel l'auteur affirme l'existence de derrières qui -rougissent de honte, tout comme le visage.</p> - -<p>Il cite à l'appui un cas particulier.</p> - -<p>L'auteur de cet ouvrage avait un manuscrit qui n'a -pas été publié et qui se trouve actuellement en possession -d'un bibliophile de Londres. Il comprend les -contes suivants: «<span class="sc">Les Vacances de Richard</span>», «<span class="sc">Un -Plongeon dans l'Atlantique</span>», «<span class="sc">Le château de Cara</span>» et -«<span class="sc">L'Histoire de Sam</span><a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a>.» Il y a encore huit morceaux en -prose et en vers soit: «<span class="sc">Les Leçons d'Allemand</span>», «<span class="sc">Devait-il -le faire?</span>», «<span class="sc">Récits de l'École</span>», «<span class="sc">Le four de la -Reconnaissance</span>, ou <span class="sc">Réminiscences rivales</span>», «<span class="sc">Réminiscences -de Félix</span> Easyman Esq.»—y compris «<i>Autobiographie</i>» -et «<i>Barnania</i>», «l'Eton d'Antan» (comprenant -l'<i>Histoire de Kitty</i> et l'<i>Histoire d'Esther</i>) etc., -etc. Puis un supplément au <span class="sc">Roman de la Castigation</span><a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> <b lang="en" xml:lang="en">Harry's Holidays. A Dip in the Atlantic; Castle Cara; -Sam's Story.</b></p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en">«<b>The German Lessons</b>», «<b>Did he ought to do it?</b>», -«<b>Tales out of School</b>», «<b>The Reckoning Day or Rival -Recollections</b>», «<b>Reminiscences of Felix Easyman Esq.</b>», -«<b>Eton of Old</b>» etc., etc.</span></p> -</div> - - - -<p class="gap"><b>La Sublimité de la flagellation</b>, en lettres de -M<sup>me</sup> Termagant Flaybum, de <i>Birch-Grove</i>, à lady -Harriet Tickletail, de Bumfiddle-Hall. Dans lequel sont -présentés le magnifique conte de la <b>Coquette châtie</b> -(<i>sic</i>) en français et en anglais et <b>Le Brosseur de derrières -du pensionnat</b> ou les Détresses de Laure. -Orné d'une superbe planche.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i>De voir sa majestueuse figure</i></div> -<div class="verse"><i>Vous ferait trémousser avec plus de vigueur!</i></div> -<div class="verse"><i>La fulgurance éclatante de chaque œil</i></div> -<div class="verse"><i>Soulèverait votre âme jusqu'à l'extase!</i></div> -<div class="verse"><i>Ses fesses au-dessus de ses hanches éclatent</i></div> -<div class="verse"><i>En rapides palpitations à chaque coup!</i></div> -<div class="verse"><i>Avec vigueur sur le derrière joufflu</i></div> -<div class="verse"><i>Elle enseigne aux garçons récalcitrants qui est maître à la maison.</i></div> -</div> - -<div class="attr">(<i>La danse de M<sup>me</sup> Birchini.</i>)</div> -<blockquote> -<p>Longtemps tourmenté, sans savoir exactement par -quoi, je dévorais d'un œil ardent, chaque belle femme; -mon imagination les rappelait sans cesse à ma mémoire, -uniquement pour les dompter à ma façon et les -transformer en autant de demoiselles Lambercier.</p> - -<div class="attr">(J.-J. Rousseau, <i>Confessions</i>, vol. I.)</div></blockquote> - -<p>Londres. Imprimé pour George Peacock.<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a></p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en"><b>Sublime of Flagellation</b>; In Letters from Lady Termagant -Flaybum, of Birch-Grove, to Lady Harriet Tickletail, of Bumfiddle-Hall. -In which are introduced The Beautiful Tale of</span> <b>La Coquette -Chatie</b> (<i>sic</i>), <span lang="en" xml:lang="en">in French and English, and <b>The Boarding-School -Bumbrusher</b>; or the Distresses of Laura. Decorated -with a superb Print.</span></p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">To look at her Majestic figure,</div> -<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Would make you caper with more vigour!</div> -<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">The lightening flashing from each eye</div> -<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Would lift your soul to extasy!</div> -<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Her bubbies o'er their bounddry broke,</div> -<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Quick palpitating at each Stroke!</div> -<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">With Vigor o'er the bouncing bum</div> -<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">She'd tell ungovern'd boys who rul'd at home!</div> -</div> - -<div class="attr">(<i lang="en" xml:lang="en">Madame Birchini's Dance.</i>)</div> -<blockquote> -<p><span lang="en" xml:lang="en">Long tormented, without knowing by what, I devoured with an -ardent eye every fine woman; my imagination recalled them -incessantly to my memory, solely to submit them to my manner, -and transform them into so many Miss Lamberciers.</span></p> - -<div class="attr">(Rousseau, <i>Confessions</i>, vol I.)</div></blockquote> - -<p><span lang="en" xml:lang="en">London: Printed for George Peacock.</span></p> -</div> - -<p class="small ugap">Ce volume contient quelques anecdotes piquantes, mais au -demeurant, il peut être placé au même rang que les ouvrages -médiocres de ce genre. Il présente cependant une nouveauté -en ce sens que l'honneur y est mêlé. Une jeune danseuse, -amante d'un riche lord, ne veut pas répondre à l'amour du -fils de ce dernier, qu'elle a des scrupules de trahir, mais elle -assouvit la passion du jeune homme qui l'idolâtre, en lui -distribuant généreusement force coups de cravache, ce dont -l'amoureux paraît ravi.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Vénus Maîtresse d'école</b>; ou Sports du bouleau. -Par R. Birch, traducteur des <i><b>Mémoires de Manon</b></i>.</p> - - -<p class="small ugap">Imprimé pour Philosemus, embelli d'une jolie planche. -Prix: 10s. 6d.<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en"><b>Venus School Mistress</b>; or Birchen Sports. By R. Birch, -Translater of Manon's Memoirs. Printed for Philosemus. Embellished -with a Beautiful Print. Price 10s. 6d.</span></p> -</div> -<p class="small">Cet ouvrage fut réimprimé à plusieurs reprises. C'est une -œuvre très mal écrite qui relate les aventures de miss Birch, -la fille d'une femme qui dirigeait un externat et qui ne laissait -jamais passer une occasion de fesser ses élèves. Miss -Birch y prend goût et en fin de compte monte à son tour -une école avec une de ses amies. «Et maintenant, dit-elle, -nous vivons ensemble et fouettons, comme deux petits diables -aussi bien les petits garnements que les grands.» Les aventures -relatées dans ce volume sont très terre à terre, à l'exception -peut-être de quelques passages.</p> - -<p class="small">Un détail à noter: une deuxième page—faux titre—d'une -édition réimprimée vers 1830 par Carmon, porte la -désignation suivante:</p> - -<blockquote> -<p>«<span lang="la" xml:lang="la"><b>Aphrodite flagellatrix</b>: <i>Sive Ludi Betulani De gustibus -non est disputandum. Romæ Apud Plagossum Orbilium, -In viam flagrorum sub signo flagelli 1790</i></span><a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a>.»</p> -</blockquote> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> <b>Vénus Flagellatrice.</b></p> - -<p>Il ne faut pas discuter sur les goûts. A Rome: Chez Plagosus -Orbilius. Dans la rue des Flagrants, à l'Enseigne des Verges. -1790.</p> -</div> - - - -<p class="gap"><b>La Favorite de Vénus</b>; ou Secrets de mon Mémorandum: -expliqué dans la vie d'une Dévote du Plaisir. -Par <span class="sc">Thérésa Berkley</span>.</p> - -<p>«Ciels! Quelle sensation! Comment puis-je décrire -les plaisirs de la verge!—Son contact magique est si -enivrant—si enchanteur—si—…»</p> - -<p>Illustré avec de belles illustrations. Londres: Imprimé -et publié par J. Sudbury, 252, High-Holborn<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en"><b>The Favorite of Venus</b>; or, Secrets of my Note Book: -Explained in the Life of a Votary of Pleasure. By Theresa Berkley.</span></p> - -<p><span lang="en" xml:lang="en">«Heavens! what a sensation! how can I describe the pleasures -of the Rod!—its magic touch is so enthralling—so enchanting—so…</span></p> - -<p><span lang="en" xml:lang="en">Illustrated with Fine Engravings. London: Printed and Published -by J. Sudbury, 252 High-Holborn.</span></p> -</div> -<p>Ce livre traite des amours d'un garçon livreur qui va -porter aux clients les marchandises achetées dans la -boutique de son père. Mais comme cette clientèle se -compose presque uniquement de femmes entretenues -et de prostituées, les épisodes sont d'une nature quelque -peu triviale et l'ouvrage en lui-même est très terre-à-terre, -sans grande valeur littéraire.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Les Camarades d'École</b>; ou Guide des Jeunes Filles -en Amour, En une série de lettres. Y compris quelques -anecdotes-curieuses sur la Flagellation. Auxquelles on -a ajouté, la singulière et divertissante Histoire de la -Vie et de la Mort d'un Godemiche, enrichie de fines gravures. -Première partie. Londres; imprimé par John -Johnes, Whitefriars<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en"><b>The School-Fellows</b>; or, Young Ladies' Guide to Love. In a -Series of Letters. Including Some Curious Anecdotes of Flagellation. -To which is added, The Singular and Diverting History -of The Life and Death of a Godemiche. Enriched with Fine Engravings. -Part the First. London; Printed by John Jones, Whitefriars.</span></p> -</div> -<p>En neuf lettres Cécile et Émilie rappellent l'une à -l'autre les moments qu'elles ont passés ensemble à -l'école et retracent les aventures amoureuses qu'elles -ont eues depuis leur séparation. Ces lettres roulent -principalement sur la masturbation et la flagellation. -Le style est très pauvre, les expressions triviales et le -sujet dépourvu d'intérêt.</p> - - - - -<p class="gap"><b>La Nuit de noces</b>; ou <span class="sc">Batailles de Vénus, une Révélation -voluptueuse, formant la</span> Vie Intéressante d'une -courtisane de qualité, forcée par le besoin à Prostituer -son Corps pour de l'Or; elle est prise en garde par -différentes Personnes Riches et Pieuses et devient -fameuse par ses méthodes Artistiques et Licencieuses de -ranimer les instincts animals, de faire renaître l'énergie -décroissante avec l'âge, et pour rendre à la Torche -qui s'éteint une nouvelle Lumière. Dans cet ouvrage on -trouvera quelques curieuses <span class="sc">Anecdotes sur la Flagellation</span> -et sur d'autres succédanés pratiqués en cette -science méritoire sur les Vieux et les Jeunes. Le tout -formant la narration (sic) la plus intéressante d'intrigues -et de débauche qui ait jamais été offerte au -public!!!<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a></p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> <span lang="en" xml:lang="en"><b>The Wedding Night</b>; <span class="sc">or, Battles of Venus, a Voluptuous -Disclosure, being the</span> <i>Interesting Life of a Courtezan of quality, -compelled by necessity to Prostitute her Person for -Gold</i>, etc., etc… <i>In this Work will be found some</i> -<span class="small">CURIOUS ANECDOTES -OF FLAGELLATION</span> <i>and of other strange succedaneums practiced -in the meretricious science upon old and young.</i> etc., etc. -Illustrated with curious Engravings. J. Turner, 50 Holywell -street. Price 3s. 6d.</span></p> -</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">«Avec quels délices n'entends-je point tes transports, ô Amour</div> -<div class="verse">«Tant de douceur ravit mon oreille aux écoutes;</div> -<div class="verse">«Avec toi je veux parcourir cette plaine délicieuse</div> -<div class="verse">«Et tu devras céder à mes tendres étreintes!!!</div> -</div> - -<p>Illustré de curieuses gravures. J. Turner, 50 Holywell Street. -Prix 3s. 6d.</p> - - -<p class="small ugap">Le titre de cet ouvrage n'a absolument rien de commun -avec son contenu. Il n'est pas question du tout d'une nuit de -noces, pas même en passant. Le livre n'est nullement obscène. -Il retrace la vie d'une jeune fille de tempérament ardent que -les instincts sensuels, les revers de ses parents et d'autres -circonstances jettent dans les bras d'un homme de position -qui l'entretient, mais qu'elle ne parvient pas à aimer. Elle -change d'amant, mais ne trouve le bonheur qu'auprès d'un -jeune homme pauvre qui, mourant bientôt, la laisse de nouveau -seule.</p> - -<p class="small">Elle mène une existence aventureuse, fait le trottoir, et -parvient, au moyen de ses économies, à monter une <i>maison -hospitalière</i>, où les vieux messieurs trouvent tout ce qu'il -leur faut. Ayant amassé un magot, elle se retire à la campagne -où elle mène la vie d'une veuve d'officier colonial, -finit par se marier avec un gentilhomme campagnard qui la -trompe et s'enfuit en Jamaïque avec la jeune servante. -L'épouse trompée se voue au bien et ferme les yeux de son -mari repentant auquel elle a pardonné à son retour.</p> - - - - -<p class="gap"><span lang="en" xml:lang="en"><b>The Cabinet of Fancy</b>, or Bon Ton of the Day; A -Whimsical, Comical, Friendly, Agreeable Composition; -Intended to please All, and offend None; suitable -to amuse Morning, Noon, and Night, Writte (sic) and -compiled by Timothy Fiekle Pitcher.</span></p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="en" xml:lang="en">With songs and strange extravagancies</i></div> -<div class="verse"><i lang="en" xml:lang="en">She tries to tickle all your fancies.</i></div> -</div> - -<p class="small" lang="en" xml:lang="en">London, printed for J. Mc. Lean, Lhips Alley, Wellelsse -Square; F. Sudbury, N<sup>o</sup> 16 Tooby Street Borough; and -Sold by all the Booksellers in Town and Country.</p> - - - - -<p class="gap" lang="en" xml:lang="en"><span class="sc">The Charm</span>, <span class="sc">The Night School</span>, <span class="sc">The Beautiful Jewess</span> -and <span class="sc">The Butcher's Daughter</span>. All Rights reserved.</p> - -<p class="small"><span lang="en" xml:lang="en">Brussels</span> 1874. Hartcupp et C<sup>ie</sup>, 8 fr.</p> - -<p>(<i>Le Charme</i>, <i>l'École de Nuit</i>, <i>La Belle Juive</i>, <i>la Fille -du Boucher</i>.)</p> - -<p class="small">Tous Droits réservés, in-12. A Bruxelles chez Hartcupp -et C<sup>ie</sup>. 1874. 8 fr.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Jupes troussées</b>, par E. D. Auteur de la <i>Comtesse -de Lesbos</i>. Londres, 1899, 1 vol. in-12.</p> - -<p>Voici 180 pages superbement érotiques. Un avant-propos -donne au lecteur—qui doit s'armer de patience… -et de courage pour avaler le récit entier—toutes -explications sur le but poursuivi dans cette publication.</p> - -<p>«Un bibliophile français de mes amis—y est-il -dit—chercheur érudit et infatigable, a réuni une -collection d'anecdotes sur la flagellation à diverses -époques, collection que nous avons à notre disposition, -jointe à ses souvenirs personnels. Nous donnons -ici une partie de ses souvenirs, et à la suite quelques -extraits de sa collection, pour ne pas grossir démesurément -le volume.»</p> - -<p>Qui s'en plaindrait? Personne. Le lecteur, puisqu'il -y a lecteurs pour ce genre de littérature, ne verrait -aucun inconvénient à quelques pages de plus. D'autre -part, le chercheur, qui voit là matière à dissertation—voire -à philosophie—ne demande qu'à recueillir -le plus possible. D'ailleurs la préface de <i>Jupes troussées</i> -nous fait espérer une suite. Voyez plutôt:</p> - -<p>«Si la présente publication obtient auprès de nos -lecteurs le succès que nous sommes en droit d'en -espérer, je m'empresserai de publier la suite de la -collection, qui pour ma part, m'a vivement intéressé, -par le charme du récit, et par le piquant des descriptions -des jolies scènes qui s'y déroulent, et qu'on sent -prises sur le vif. C'est comme le panorama de la discipline, -de la fin du siècle dernier à nos jours.»</p> - -<p>Que voilà belles promesses. Et allez donc. Dix chapitres -s'offrent au lecteur qui peut y puiser maints -enseignements, peut-être aussi répulsion et dégoût!</p> - -<p>Et maintenant, voulez-vous quelques extraits de ce -livre? En voici le prologue, l'entrée en matière, le -frontispice en quelque sorte.</p> - -<p>«Comment je devins professeur d'anglais, dans le -pensionnat que dirigeait M<sup>me</sup> Tannecuir»—pourquoi -toujours ces noms appropriés au sujet?—«dans une -des plus grandes villes de France, cela importe peu à -ce récit. Il suffit de savoir qu'un mois après mon -installation dans l'établissement, j'avais acquis un -autre titre auprès de la maîtresse, qui était devenue -doublement la mienne. Après un siège assez court et -bien mené, la place s'était rendue à discrétion.»</p> - -<p>Voilà qui promet. Cependant le style est doux, tout -doux, trop doux pour ce genre d'ouvrage, mais n'ayez -crainte, dès la seconde page l'auteur se rattrape. Un -portrait de ladite directrice «fouillé jusqu'aux moindres -détails»; une description du pensionnat, et les -verges entrent en danse.</p> - -<p>Des verges, encore des verges, toujours des verges! -C'est tantôt une méchante écolière, qui a battu une de -ses petites compagnes, qui est conduite dans la salle -de discipline. «C'est une mignonne petite blonde de -treize ans, déjà grassouillette, deux yeux très tendres, -figure douce. Elle rougit, tremble de honte. On l'assoit -sur les genoux de la directrice, et flic, flac,» etc., etc., -cliché connu.</p> - -<p>Et d'une.</p> - -<p>Autre scène:</p> - -<p>Cette fois «c'est Eliane de P. qui a un caractère -indomptable; toutes les réprimandes qu'on lui adresse -sont sans effet sur elle. Et la voilà qui crache à la -figure d'une sous-maîtresse.</p> - -<p>Eliane est une superbe créature, beauté troublante, -dix-huit ans, svelte, bien cambrée, beaux dessous, -belles chairs… Toute la lyre, quoi.</p> - -<p>Et de nouveau voilà un postérieur qui rougit, car -M<sup>me</sup> Tannecuir a pris sur une table une longue verge -souple et élastique, et l'applique sur le beau postérieur, -d'abord sans trop de sévérité, rosant à peine le -satin, pour préparer la peau à un plus rude châtiment. -Quand la croupe a pris une teinte plus colorée, réchauffée -par les légères atteintes, M<sup>me</sup> Tannecuir, -jugeant que la préparation est ainsi suffisante, accentue -la force de ses coups, qui rougissent la surface -cinglée.</p> - -<p>Et de deux.</p> - -<p>Vous croyez que c'est terminé. Patience, il n'y a -encore que deux chapitres de passés.</p> - -<p>Une fustigation par chapitre ce n'est point trop. Il -est vrai qu'ils sont singulièrement allongés par les -scènes intimes qui se passent entre la directrice et -le professeur d'anglais. Vous savez, la flagellation, -c'est un puissant aphrodisiaque… Demandez plutôt à -M<sup>me</sup> Tannecuir, ou non lisez les chapitres suivants. -Vous y trouverez que le professeur d'anglais ne peut -suffire à éteindre les feux de cette extraordinaire directrice -qui s'adresse à des personnes de son sexe.</p> - -<p>En tout bien, tout honneur; c'est sans témoins: -malheureusement, ce satané professeur d'anglais qui -est partout et voit tout, s'aperçoit d'un spectacle charmant -qui se passe tout près de sa cachette, et est assez -peu galant pour troubler ces… ces… comment dirai-je… -ces… débats.</p> - -<p>Et voilà une scène du plus haut érotisme qui termine -l'histoire.</p> - -<p>Déjà? Oui, et il y en a dix chapitres!</p> - -<p>Il est vrai que je ne vous ai pas donné tous les détails -des corrections infligées à M<sup>lle</sup> Héloïse de R…, «un -joli tendron de dix-sept ans aux cheveux blond cendré, -aux doux yeux de gazelle, dont la candeur angélique -ne laissait pas soupçonner que la mignonne était la -plus indisciplinée des pensionnaires», ni à Rosine -de B…, «une belle brune, au teint lilial, de seize ans, -la taille parfaite, entre les deux, développée pour son -âge»; des charmes! des charmes mystérieux! ni à -«la tendre Victoire, blondinette de treize ans qui va -recevoir une fessée pour la guérir de sa paresse habituelle», -ni à la blonde sous-maîtresse elle-même, «qui -prend un grand plaisir à voir donner le fouet».</p> - -<p>Je ne vous ai pas parlé non plus de ce qui se passait -pendant ces corrections où l'on bandait les yeux aux -victimes pendant que le professeur d'anglais et M<sup>me</sup> Tannecuir… -mais j'allais en dire trop long. Lisez l'ouvrage, -il en vaut la peine.</p> - -<p>D'ailleurs, cette très véridique histoire est suivie de -<b>La discipline au Couvent</b>, <i>à l'abbaye de Thétien</i> -1780-1788. «Extraits des mémoires du R.-P. Chapelain—je -copie exactement—de l'abbaye de Thétien, -copiés textuellement sur les souvenirs écrits de sa -main, trouvés dans son secrétaire après sa mort.</p> - -<p>Et ainsi commencent ces extraits:</p> - -<p>«Deux tendres novices embéguinées depuis six -mois, sœur Véronique et sœur Gudule, la première, -une mignonne blonde de dix-neuf ans, la seconde, une -belle brune de vingt ans, ont fait un accroc à leur -robe d'innocence.»</p> - -<p>Figurez-vous qu'on les a trouvées dans la même -couche, égrenant un chapelet qui n'était pas leur chapelet -habituel.</p> - -<p>Et pour punir un crime à ce point atroce, voilà la -mère abbesse—la sainte femme!—qui fouette vigoureusement -les deux coupables, sous les yeux ébahis et -fort satisfaits du Père Prieur.</p> - -<p>Flic, Flac, et flic et flac, et voilà quatre chapitres sur -le même sujet.</p> - -<p>Inutile de dire qu'on fouette d'abord une sœur Radogune, -«une superbe professe de trente ans—bigre!—plantureuse -brune, aux rondeurs opulentes,» ou bien -c'est «une tendre novice, qui s'offre toute rouge de -honte, avec un délicieux corps de vierge blonde, grassouillette, -dodue, aimablement (?) potelée», et encore -Hélène de Belvèlize, une mignonne petite blonde potelée, -qui a eu dix-sept ans aux dernières cerises, toute -ronde, replète, bien garnie partout; une belle chevelure -blonde encadre son front virginal—(encore! elle -aussi)—tordue ordinairement en deux longues tresses, -dont les pointes nouées d'une faveur bleue, lui battent -les… jambes; mais les tresses sont défaites et les cheveux -épars sur les épaules tombent dans le dos: deux -grands yeux bleus limpides et languissants, fendus -comme une longue amande, sont ombragés par des -franges dorées de cils longs et soyeux, surmontés d'épais -sourcils plus foncés, qui se rejoignent au-dessus d'un -nez pur et délicat, dont les ailes transparentes palpitent, -au-dessus d'une toute petite bouche, fendue dans une -cerise».</p> - -<hr /> - - -<p>Clic, clac, et clic et clac.</p> - -<p>Et sœur Sévère, et sœur Hache-Cuir (!) s'en donnent -<i>à cœur que veux-tu</i>.</p> - -<hr /> - - -<p>Voici venir «Yolande de Beaupertuis, une superbe -fille, à qui on donnerait plutôt dix-huit ans que seize -sous une opulente chevelure noire, un teint mat de la -blancheur des lis, fait ressortir ses épais sourcils -d'ébène, et les longs cils soyeux, qui descendent sur -deux grands yeux noirs veloutés mais hautains dont -l'éclat n'est pas fait pour atténuer l'orgueil qu'elle -porte dans ses traits.</p> - -<p>Une petite bouche aux lèvres ronges, sensuelles complète -cette belle figure de Diane chasseresse.»</p> - -<p>Et en route pour cent coups de martinets administrés -sous la compétente direction du Père Prieur, qui moralise -à sa façon.</p> - -<p>Un point, c'est tout.</p> - -<p>Suivent deux pièces de vers, intitulées <i>La discipline -au couvent</i> (1830).</p> - -<p>Et l'auteur avoue <i>modestement</i> que ces deux pièces, -extraites des souvenirs rimés de l'aumônier de couvent -des Lorettes de L. vers 1830, sont tout simplement -le chef-d'œuvre du genre.</p> - -<p>Jugez-en un peu par ces extraits:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Dans l'oratoire on vient de traîner Lise,</div> -<div class="verse">Beau tendron de quinze ans, que le fouet va punir</div> -<div class="verse">D'un gros péché de gourmandise</div> -<div class="verse">Deux nonnains s'en viennent tenir</div> -<div class="verse">La belle qui résiste,</div> -<div class="verse">Tandis que sœur Agnès, qu'assiste,</div> -<div class="verse">La plantureuse sœur Tourment,</div> -<div class="verse">La trousse pour le châtiment.</div> -</div> - -<p>Ouf! Et d'un. Point ne se termine là ce chef-d'œuvre. -Oyez encore:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Pendant que gémit la pauvre fille,</div> -<div class="verse">Redoublant d'ardeur, la nonnain</div> -<div class="verse">La fustige et la catéchise:</div> -<div class="verse">«Flic, flac, eh bien, est-ce aussi bon,</div> -<div class="verse">«Que le péché de gourmandise</div> -<div class="verse">«Qui vous valut cette fessée, ô Lise?</div> -<div class="verse">«Flic, flac, et ceci donc?</div> -<div class="verse">«C'est encore meilleur, je l'espère</div> -<div class="verse">«Tantôt notre bon père,</div> -<div class="verse">«En guise de bonjour,</div> -<div class="verse">«Vous dira deux mots à son tour</div> -<div class="verse">«Flic, flac, ah! vous sentez la chose!»</div> -</div> - -<p>Flic, flac, ô poésie, voilà de tes coups!</p> - -<p>Voici la fin de la première poésie:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je l'entraîne dans ma cellule,</div> -<div class="verse">Et là dans l'ombre et le secret,</div> -<div class="verse">Je confesse à loisir la chaude pénitente,</div> -<div class="verse">Encore toute palpitante…</div> -<div class="verse">Mais là-dessus soyons discret.</div> -</div> - -<p>Soyons discret! Après dix pages de versification -érotique! Dieu grand, il était temps!</p> - -<p>Enfin le volume se termine par <i>une séance au Club -des Flagellants</i>, traduction d'une lettre écrite par un -certain John Seller qui a assisté, déguisé en femme à -cette séance.</p> - -<p>Peu intéressante cette lettre.</p> - -<p>Beaucoup d'obscénités. Pas le moindre effort littéraire.</p> - -<p>Je n'en parlerai donc pas.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Les Callipyges ou Les Délices de la Verge</b>, par -E. D. Paris. Aux dépens de la Compagnie, 1892, 2 volumes.</p> - -<p>C'est là le compte rendu de conférences qui auraient -été faites aux séances d'un comité formé de dix charmantes -femmes, aux formes opulentes, qui s'étaient -donné le titre bien approprié de «Callipyges».</p> - -<p>L'ouvrage est donc divisé en chapitres différents -pour chaque conférence. Nous les passerons rapidement -en revue.</p> - -<p>Voici d'abord une <i>Conférence sur l'Utilité et l'Agrément -de la verge</i>. La conférencière parle des <i>causes</i> -qui font donner le fouet dans les pensionnats, puis du -<i>but</i> poursuivi en cela. Ici nous citons: le passage en -vaut la peine.</p> - -<p>«Pour nous, et pour vous aussi, mesdames, qui -m'avez fait l'honneur de me demander mon avis franc -et sincère, il y a un double but, que résume admirablement -ce proverbe latin: <i lang="la" xml:lang="la">utile dulci</i>, mêler l'utile -à l'agréable.»</p> - -<p>On n'est pas plus franc, en effet.</p> - -<p>Après le <i>but</i>, voilà les <i>moyens</i>: ils sont nombreux, -et… accompagnés d'exemples.</p> - -<p>Passons. Suit une <i>conférence sur le pantalon</i>, «ce -recéleur charmant des plus riches et des plus aimables -trésors».</p> - -<p>Hum! hum!</p> - -<p>Mrs Flog va nous dire ce qu'elle pense de <i>la Pudeur -et de la Confusion</i>. Voilà qui, placé dans une telle -bouche, promet d'être intéressant. Elle commence -ainsi:</p> - -<p>«Un des plus séduisants attraits de la flagellation, -c'est sans contredit la confusion qui empourpre les -joues d'une pudique jeune fille, à la seule pensée -qu'elle va montrer son postérieur nu.»</p> - -<p>Celte confusion n'a rien qui nous étonne, mais que -ce soit là un attrait séduisant?…</p> - -<p>A l'appui de ces dires, Mrs Flog organise une conférence -<i>expérimentale</i>, tenue chez elle, et soyez certains -que les expériences sont poussées dans leurs détails -les plus extrêmes. La cruauté et la luxure s'y sont -donné rendez-vous; mais en somme, ce n'est qu'un -roman.</p> - -<p>La fin du premier volume contient quelques observations -du plus haut intérêt, mais comme elles sont -enjolivées (?) de scènes plus ou moins… odieuses, -nous regrettons de ne pouvoir citer que les titres des -chapitres, savoir:</p> - -<p>Conférence expérimentale, tenue chez Mrs Flog.</p> - -<p>Five O'Clock chez Lady Fine (conférence anecdotique).</p> - -<p>Conférence sur les diverses manières de fouetter.</p> - -<p>Conférence anecdotique chez Lady Richbut.</p> - -<p>Enfin: Conférence expérimentale tenue chez Mrs -S. Tear, et nous passons au second volume.</p> - -<p>En voici les principaux chapitres:</p> - -<p>Sur les pratiques voluptueuses pendant la flagellation.</p> - -<p>Sur la sévérité dans le châtiment.</p> - -<p>Sur la discipline dans la famille.</p> - -<p>Sur la discipline entre amies.</p> - -<p>Le tout semé d'anecdotes et de conférences expérimentales.</p> - -<p>Il est fâcheux que l'auteur de ce volume ne l'ait pas -écrit en termes pins modérés et plus… littéraires. -L'ouvrage y eût gagné.</p> - -<p>Que ne soigne-t-on pas davantage l'impression. -Nous relevons dans notre lecture une moyenne de -trois ou quatre fautes par page!</p> - - - - -<p class="gap"><b>Mémoires d'une procureuse anglaise</b>, faisant suite à -l'ouvrage <span class="sc">Fillettes et Gentlemen</span>. Paris. A la librairie de -Cupidon, 1891.</p> - -<p class="small">Un affreux petit ouvrage, où les fautes abondent; mal -imprimé. Quelques scènes de flagellation sans importance, -où, seule, la note érotique est cherchée.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Étude sur la flagellation</b> <span class="small">A TRAVERS LE MONDE, AUX -POINTS DE VUE HISTORIQUE, MÉDICAL, RELIGIEUX, DOMESTIQUE -ET CONJUGAL, AVEC UN EXPOSÉ DOCUMENTAIRE DE LA -FLAGELLATION DANS LES ÉCOLES ANGLAISES ET LES PRISONS -MILITAIRES</span>.</p> - -<p><i>Dissertation documentée basée en partie sur les -principaux ouvrages de la littérature anglaise en -matière de flagellation et contenant un grand nombre -de faits absolument inédits avec de nombreuses annotations -et des commentaires originaux.</i> Paris, 1899, -1 vol. in-8<sup>o</sup> tiré à 500 exemplaires sur papier de Hollande.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Préface à «l'étude sur la flagellation».</b> En -publiant cette étude, nous avons voulu franchement -rompre en visière avec un préjugé suranné qui veut que -certains sujets d'une nature parfois—mais pas toujours—scabreuse -soient systématiquement exclus de la discussion. -<span class="sc">La Flagellation</span>, dont l'origine remonte aux époques -les plus éloignées est un de ces thèmes que l'on s'est -plu à classer dans la catégorie des <i>questions délicates</i> -que l'on ne doit aborder qu'avec la plus extrême réserve. -Notre but n'est pas d'imprimer aux idées de nos lecteurs -une direction bien déterminée dans un sens ou dans -un autre; de porter aux nues, grâce à une surexcitation -pernicieuse des sens, cette antique institution qui, de -nos jours, quoi qu'on en dise, n'en subsiste pas moins -sous une forme identique au fond mais modifiée dans -les détails de son exécution; nous nous bornons à soumettre -au public un exposé aussi complet que possible, -un recueil très consciencieux de toutes les théories -émises sur ce sujet, une collection de faits s'y rattachant, -sans commentaires, tels qu'ils nous sont transmis -par d'antiques chroniques et de plus récentes -études. A nos lecteurs d'en tirer la conclusion qui leur -plaira. Déviant cependant du point de vue essentiellement -documentaire auquel nous nous plaçons en ce -qui concerne strictement la publication de cet ouvrage, -nous croyons tout de même pouvoir émettre un avis -tout à fait personnel, qui peut se résumer en quelques -mots: «La flagellation n'est, en somme, qu'un moyen -comme un autre de provoquer une surexcitation des -sens, que l'on a employé de tous temps plutôt dans ce -but réel que dans un autre et qui a constitué, comme -il le constitue encore aujourd'hui, un moyen détourné -de faire naître chez les <i>émoussés</i> des désirs et des -jouissances qui doivent fatalement amener un assouvissement -d'appétits charnels. Le fanatisme religieux, -les pénitences ascétiques et tous les autres prétextes -qui ont servi de couverture à cette pratique n'ont dû -avoir cependant qu'un résultat unique qu'il conviendrait -plutôt de considérer et d'analyser au point de vue -médical.»</p> - -<p>Ce recueil, qui contient un certain nombre de faits -et de relations entièrement inédits, intéressera certainement -le lecteur à quelque classe qu'il appartienne: -la lecture de cette étude produira sur lui, selon son -tempérament ou ses principes, des impressions bien -diverses: il pourra y puiser de l'étonnement; il pourra -aussi s'en délecter, comme également il n'y trouvera -peut-être qu'une amusante distraction, peut-être même -éprouvera-t-il un certain dégoût. Mais ce dernier cas se -produirait-il, que nous ne saurions nous en plaindre, -parce que nous aurions au moins réussi à faire prendre -par ce lecteur-là, en légitime horreur cette manie qui n'a -pu éclore et n'éclôt encore qu'en des cerveaux maladifs.</p> - -<p>Nous n'éprouvons aucun embarras pour déclarer -ici franchement que nous considérons la flagellation -comme une des passions vicieuses inhérentes au genre -humain. A ce titre, nous croyons le sujet digne d'attirer -toute notre attention, et nous sommes persuadés -que son analyse et sa discussion s'imposent. Au grand -public de s'ériger en juge de nos efforts, qui ne s'appuient -certainement pas sur une pudibonderie déplacée. -Nous pouvons, en effet, avec une légère variante, -faire nôtre, en la circonstance, un adage latin: «<i lang="la" xml:lang="la">Castigat -scribendo mores.</i>»</p> - -<p>En présence des lois de la nature, lois que certainement -l'homme n'a pas inspirées, nos préjugés surannés, -nos vertus hypocrites s'évanouissent comme -fumée: la réalité, la vérité nous apparaît nue, entièrement -nue, et quand nous cherchons à la travestir nous -commettons tout simplement un crime de lèse-nature: -ce n'est plus la vérité, ce n'est plus la réalité dès qu'on -l'affuble des oripeaux de nos conventions stupides qui -permettent bien de penser en toute liberté de conscience, -mais n'admettent pas que cette liberté se traduise -franchement et sans ambages, nous mettant -ainsi dans l'obligation de vivre en un perpétuel mensonge -à l'égard de nous-mêmes.</p> - -<p>On nous a enseigné que le mariage, c'est-à-dire l'accouplement -des deux sexes en vue de perpétuer la race -humaine, tel qu'il nous est imposé par les lois, est le -seul et unique système de copulation logique et légitime, -l'idéal de l'hyménée, et que tous les autres systèmes, -c'est-à-dire les rapports sexuels basés sur des -principes différents, sont illicites et criminels et comportent -forcément la damnation.</p> - -<p>Cette théorie est identique à celles qui règlent toutes -les religions: elle est trop consolante, trop idéale, pour -répondre à la réalité des faits, car elle implique la -bonté excessive et la vertu, ainsi que l'abnégation à -toute épreuve chez les deux sexes.</p> - -<p>Malheureusement l'homme, tout comme la femme, et -cette dernière peut-être à un bien plus haut degré, sont -dominés, subjugués par des passions qui ne sauraient -obéir aux lois humaines, parce qu'elles subissent l'impulsion -de la nature, souveraine maîtresse en ces sortes -de choses.</p> - -<p>Et ce sont précisément ces passions qui font naître -en nous ces manies baroques, ces extravagances voluptueuses -qui provoquent, de la part de notre pudibonderie -de convention, les hauts cris que l'on pousse -quand, par hasard, il se trouve quelqu'un qui s'attaque -à la matière et entreprend de la disséquer et de l'analyser -au point de vue psychologique.</p> - -<p>De toutes les passions, la luxure est précisément -celle qui s'impose le plus tyranniquement au genre -humain: La flagellation,—et c'est un fait indéniablement -établi,—est un des agents les plus actifs de cette -luxure innée, à laquelle la chasteté la plus stricte -n'échappe que très rarement.</p> - -<p>L'homme a de tous temps cherché et trouvé dans la -souffrance et dans l'influction de douleurs corporelles -une âpre jouissance; il n'a pas seulement puisé -d'étranges sensations dans son propre martyre, mais -il a aussi joui d'étrange, de cynique, et, disons-le, de -révoltante façon des tortures infligées à son semblable.</p> - -<p>Dans les <i>Chants de Maldoror</i> (Paris et Bruxelles, -«chez tous les libraires,» 1874, in-18) nous cueillons -ce passage qui le dit bien:</p> - -<p>«… <i>Tu auras fait le mal à un être humain et tu -seras aimé du même être: c'est le bonheur le plus -grand que l'on puisse concevoir.</i>»</p> - -<p>Il serait oiseux, dans cette préface, de refaire en -abrégé l'historique de la Flagellation qui se développe -avec toute l'ampleur que comporte le sujet dans le -volume que nous présentons à nos lecteurs.</p> - -<p>Notre rôle se borne ici à expliquer le but que nous -poursuivons en publiant cet ouvrage. Nous voulons -propager, dans la mesure du possible, la connaissance -approfondie d'une passion humaine qui se présente -sous des aspects tellement divers et revêt des formes -si variées qu'elle offre un champ d'études très vaste. -On pourra puiser dans notre <i>Étude sur la Flagellation</i> -maints enseignements, en tirer maintes moralités et se -faire une idée exacte des différentes anomalies de la -nature humaine dans ses vices, au point de vue des -jouissances toutes charnelles, qui n'empiètent en rien -sur le domaine intellectuel et moral. On ne saurait en -effet, taxer l'âme de tares qui n'affectent que la vile -enveloppe humaine, le corps, et constituent, tout aussi -bien que d'autres défauts constitutionnels, des aberrations -physiques, c'est-à-dire un état maladif latent, -dont, en somme, elles procèdent.</p> - -<hr /> - - -<p>Cet ouvrage était accompagné de sept eaux-fortes -représentant des scènes de flagellation.</p> - -<p>Ces illustrations, d'un caractère artistique indéniable, -ont été <b>poursuivies et détruites par le Parquet</b>, -sur la dénonciation et à la requête d'une Société -anglaise. Toute la presse parisienne a été unanime à -flétrir ces poursuites. Nous donnons quelques extraits -des principaux journaux qui se sont élevés avec indignation -contre les procédés employés en cette occurrence:</p> - - -<p class="gap">Du <i>Radical</i>, 7 juillet 1899, sous le titre: <b>Les dessins -de la Flagellation.</b></p> - -<blockquote> -<p>La neuvième chambre correctionnelle a condamné hier, à -200 francs d'amende, pour outrage aux bonnes mœurs, -M. Carrington, éditeur, à raison de divers dessins qui accompagnent -l'<i>Histoire de la flagellation à travers les âges</i>, ouvrage -publié par sa maison.</p> - -<p class="small">C'était M<sup>e</sup> Albert Meurgé qui assistait le prévenu. Il a fait -remarquer, non sans ironie, que ce fut la plainte d'une -Société anglaise, la «National Vigilance Association» qui -mit en mouvement le parquet français. Et il a ajouté, aux -rires de l'auditoire, que ce qui avait offensé cette vertueuse -Société, c'était une publication antérieure de M. Carrington, -<i>les Dessous de la pudibonderie anglaise</i>, où l'hypocrisie de -ces messieurs d'Outre-Manche se peut voir à nu.</p> -</blockquote> - - -<p class="gap">Des <i>Droits de l'Homme</i>, 7 juillet 1899, sous le titre: -<b>Pudibonderie anglo-française.</b></p> - -<blockquote> -<p>M. Carrington, éditeur à Paris, a publié un ouvrage intitulé -l'<i>Histoire de la flagellation</i> au point de vue médical, -historique et religieux.</p> - -<p>A la suite d'une dénonciation d'une société de puritains -anglais la «National Vigilance Association», le parquet a -trouvé que les gravures de l'<i>Histoire de la flagellation</i> étaient -obscènes et M. Carrington a comparu devant la neuvième -chambre du tribunal correctionnel.</p> - -<p>M<sup>e</sup> Meurgé assiste le prévenu.</p> - -<p>C'est bien ce qu'on peut appeler l'internationalisme de la -répression, le parquet parisien s'étant mis à la remorque -d'une société anglaise.</p> - -<p>M. Carrington avait publié récemment un livre intitulé -<i>les Dessous de la pudibonderie anglaise</i>. Cette publication ne -doit pas être étrangère aux représailles de la présente poursuite.</p> - -<p>Malgré les efforts de M<sup>e</sup> Meurgé, M. Carrington a été condamné -à 200 cents francs d'amende.</p> -</blockquote> - - -<p class="gap">Du <i>Petit Bleu</i>, 6 juillet 1899, sous le titre: <b>Pudeur -Anglaise</b>:</p> - -<blockquote> -<p>M. Carrington, a publié en France un ouvrage qui a pour -titre: <i>la Flagellation à travers l'histoire</i>. M. Carrington a -raconté les fustigations légendaires dont certains personnages -historiques furent les héros ou les victimes: telle, la -rivale de la duchesse du Barry, flagellée sur l'ordre de la -favorite par «quatre robustes chambrières»; tel le chevalier -de Boufflers à qui une épigramme irrévérencieuse valut une -correction de même nature.</p> - -<p>M. Carrington a fait suivre ses récits de certaines eaux-fortes, -dans le goût des dessins du <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, ayant un -caractère artistique incontestable, mais ayant aussi, paraît-il, -un caractère obscène.</p> - -<p>Qui s'en est plaint? Personne en France. Mais notre «Ligue -contre la licence des rues» a été mise en mouvement par -une société analogue qui, vigilante et inexorable, fait bonne -garde autour de la pudique Albion.</p> - -<p>M. Carrington ayant vendu des exemplaires de son livre -en Angleterre, la «National Vigilance Association», ayant -son siège à Londres, a demandé à M. le sénateur Bérenger -de faire poursuivre la répression de l'outrage aux bonnes -mœurs commis par l'auteur.</p> - -<p>Le président de la ligne française a transmis la plainte au -parquet qui a déféré M. Carrington au tribunal correctionnel.</p> - -<p>M. le substitut Rambaud, avec cette largeur d'idées et cette -finesse d'esprit qu'on lui connaît, a soutenu la prévention -avec austérité mais sans passion.</p> - -<p>M<sup>e</sup> Meurgé a défendu le prévenu, qui déclarait que ses -compatriotes avaient voulu se venger de la publication qu'il -a faite d'un livre intitulé <i>la Pudibonderie anglaise</i>.</p> - -<p>M. Carrington a été condamné à 200 francs d'amende.</p> - -<p>La tribunal a ordonné, en outre, la destruction des objets -saisis.</p> - -<p>Pauvres eaux-fortes galantes!</p> -</blockquote> - - -<p class="gap">De l'<i>Intransigeant</i>, 8 juillet 1899, sous le titre: <b>La -flagellation en correctionnelle</b>:</p> - -<blockquote> -<p>Fichtre! on ne s'est pas ennuyé, hier, à la neuvième chambre -correctionnelle!</p> - -<p>M. Carrington, éditeur à Paris, a publié un ouvrage intitulé: -«l'<i>Histoire de la flagellation aux points de vue médical, -historique et religieux</i>.</p> - -<p>Or, ledit ouvrage est illustré de nombreuses planches, -lesquelles on le devine ne manquent pas d'un certain… intérêt.</p> - -<p>Tant et si bien que la pudeur anglaise s'est émue, mais -émue au point que la «National Vigilance Association» a -fait un appel désespéré à la pudeur française, en la personne -de son père et vigilant gardien, M. Bérenger; et c'est ainsi -que M. Carrington se trouve assis en police correctionnelle en -compagnie de ses bouquins.</p> - -<p>Voilà-t-il pas M<sup>e</sup> Meurgé qui, dans sa malice, s'avise de -vouloir prouver que, chaque jour, le parquet laisse en vente -de pires horreurs! Et alors non, je ne peux pas vous dire -tout ce qui défila devant les yeux du tribunal!</p> - -<p>Ah! sapristi, c'est un joyeux métier que celui de juges!…</p> - -<p>Mais, enfin, les fautes des uns n'innocentent pas les autres, -et M. Carrington n'en a pas moins attrapé 200 cents francs -d'amende.</p> - -<p>Allez donc faire de l'art, après ça!…</p> -</blockquote> - - -<p class="gap">Du <i>Rappel</i>, 8 juillet 1899, sous le titre: <b>une Morale -d'exportation</b>.</p> - -<blockquote> -<p>C'est de nos voisins qu'il s'agit.</p> - -<p>Nous avons la bonne fortune de posséder une Société qui -nous sauve, paraît-il, de la pluie de feu qui détruisait les -villes maudites. <i>Ils en ont une en Angleterre!</i> et terrible! auprès -de laquelle notre «Bérengère» paraît toute de mansuétude -et de tolérance. De très hauts personnages composent le -comité de cette <i lang="en" xml:lang="en">National Vigilance Association</i> dont Sa Grâce -le duc de Westminster est le président.</p> - -<p>Nationale, dit le titre. C'est Internationale qu'il faut lire.</p> - -<p>Notre ami Blondeau vous a conté hier le procès fait à un -éditeur de Paris, M. Carrington, sur la plainte de cette -Société.</p> - -<p>L'éditeur a été condamné; il s'agissait d'une publication -en langue française. Il est étrange que le parquet ait cru -devoir poursuivre sur la plainte d'une association étrangère.</p> - -<p>La Vigilance Association a donc des attributions plus étendues -que la nôtre, tellement étendues que son action s'exerce -surtout, vous vous en doutez un peu, contre les productions -littéraires du continent: <i>Sapho</i> de Daudet; les nouvelles de -Maupassant; les romans de Zola; <i>la Vie de Bohême</i> de Murger, -etc., ont encouru ses foudres et la justice anglaise a -poursuivi et condamné les traducteurs et les éditeurs de ces -ouvrages.</p> - -<p>Faut-il ajouter à cette liste Boccace et Rabelais et la Reine -de Navarre? Ceux-là aussi furent proscrits.</p> - -<p>Ne rions pas! La <span lang="en" xml:lang="en">Vigilance Association</span> a fait des victimes. -Un éditeur estimé de l'autre côté du détroit, M. Vizetelly, -dont le catalogue semblait le livre d'or de nos gloires tant -il avait pris à cœur de répandre les noms des meilleurs écrivains -français, cet éditeur, dis-je, un vieillard de soixante-dix-huit -ans poursuivi à la requête des <i>Vigilants</i> pour avoir -traduit et publié l'<i>Assommoir</i> d'Émile Zola, fut condamné à -dix-huit mois de <span lang="en" xml:lang="en">hard-labour</span>. Il mourut en prison.</p> - -<p>Mais, direz-vous, ces poursuites témoignent d'un état morbide -de la pensée: toutefois, comme elles sont dirigées contre -les traductions en langue anglaise et des éditions faites en -Angleterre, nous perdons tout droit de protester, du moins -dans une certaine mesure. Cela est évident, mais puisque les -pères la pudeur de Londres viennent chez nous, cela devient -plus grave.</p> - -<p>Qu'a donc publié d'horrible M. Carrington? Une <i>Étude sur -la Flagellation au point de vue historique et médical</i>, livre -tiré sur grand papier, à petit nombre, pour des souscripteurs, -et accompagné de gravures représentant des scènes -historiques de flagellation. Dans ces gravures, sans qu'il soit -possible d'y découvrir la moindre pensée obscène, les personnages -fouettés sont représentés vêtus, n'ayant de découvert -que la partie du corps flagellée.</p> - -<p>Le délicieux Willette, dans un numéro récent du <i>Courrier -Français</i> ne représentait-il pas plus crûment encore et sans -que personne pût songer à s'en offenser une scène de ce genre: -une horrible scène de flagellation d'une jeune fille… en pays -de langue anglaise?</p> - -<p>Dans sa spirituelle plaidoirie, M<sup>e</sup> Meurgé, a fait bonne -justice des allégations du parquet. Il a d'ailleurs découvert le -véritable mobile non des poursuites engagées mais de la -plainte: M. Carrington, sujet anglais, a publié dernièrement -<i>les Dessous de la Pudibonderie anglaise</i>. Tout s'explique! -L'accès de pudicité est une petite vengeance.</p> - -<p>Malheureusement pour la <span lang="en" xml:lang="en">Vigilance Association</span>, il ne -s'agissait pas dans l'espèce d'une officine pornographique, -mais d'une librairie d'art et de sciences, de l'éditeur des traductions -anglaises du <i>Cabinet secret de l'Histoire</i> du docteur -Cabanès (également poursuivies) d'un ouvrage de Tarnowsky, -professeur de l'Académie impériale de Russie, l'un des plus -célèbres psychologues de notre temps et d'autres livres luxueux -et précieux.</p> - -<p>Je m'empresse d'ajouter que de courageux et nobles esprits -n'ont, en Angleterre même, jamais cessé de lutter contre les -agissements de cette pudibonde Société, et j'ai sous les yeux -l'admirable plaidoyer que rédigea pour Vizetelly, Robert -Buchanan, l'un des maîtres de la littérature anglaise.</p> - -<p>Et pour qu'on sache bien à quels esprits nous avons affaire, -citons ce dernier trait. Il montrera leur discernement, leur -science et leur goût et leur aptitude à mettre sur le même -plan quelques ordures indiscutablement ordures et d'admirables -œuvres.</p> - -<p>Richard Burton, le célèbre voyageur anglais et le merveilleux -traducteur des <i>Mille et une Nuits</i>, le premier Européen -qui, après Burckhardt, put pénétrer jusqu'à la Mecque, avait -recueilli au cours de ses voyages incessants à travers toute -l'Asie, un nombre considérable de manuscrits précieux, uniques. -Ces manuscrits orientaux formaient une collection que -les savants auxquels il fut donné de les parcourir déclaraient -inestimable. Ils étaient destinés à jeter un nouveau jour sur -une foule de questions littéraires, scientifiques et historiques -et des experts consultés les avaient estimés, pour leur seule -valeur artistique, à la somme de vingt-cinq mille francs! Ce -dernier détail, peu important en soi, a cependant quelque -intérêt.</p> - -<p>Or,—je n'invente pas, je cite—dans son II<sup>e</sup> rapport -(1896) la <span lang="en" xml:lang="en">National Vigilance Association</span> annonçait à ses -membres qu'elle avait reçu des mains de la veuve de Richard -Burton cette collection précieuse <i>et qu'elle l'avait détruite</i>.</p> - -<p>Ami John Bull! Vous qui lisez si bien la Bible, consultez -un peu l'évangile et, si la paille française vous ennuie, songez -à la poutre britannique.</p> -</blockquote> - -<p>La place nous manque pour donner les extraits de -tous les journaux qui se sont occupés de cette affaire.</p> - -<p>Nous citerons encore:</p> - -<p>Le <i>Temps</i>, le <i>Journal</i>, le <i>Journal du Peuple</i>, la -<i>Presse</i>, le <i>XIX<sup>e</sup> siècle</i>, la <i>Petite République</i> et nombre -de journaux anglais: <i lang="en" xml:lang="en">Daily Telegraph</i>, <i lang="en" xml:lang="en">Daily Chronicle</i>, -<i lang="en" xml:lang="en">Daily Messenger</i>, <i lang="en" xml:lang="en">Reynolds Newspaper</i>, etc. -etc., etc.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Mémoires d'une danseuse russe</b>, par E. D., -auteur de <i>Défilé de fesses nues</i>. Paris, sous les galeries -du Palais-Royal, 1892, 3 <i>volumes in-18<sup>o</sup></i> (Une édition -possède des gravures).</p> - -<p>L'ouvrage est divisé en trois parties:</p> - -<p>1<sup>o</sup> Mon enfance chez un boyard;</p> - -<p>2<sup>o</sup> Chez la modiste à Moscou;</p> - -<p>3<sup>o</sup> A l'académie impériale de Danse.</p> - -<p>Voici quelques extraits de l'avant-propos:</p> - -<p>«Je liai connaissance à Paris, pendant l'Exposition -de 78, avec une danseuse russe, qui faisait partie d'un -corps de ballet en représentation dans un théâtre du -Trocadéro. Mariska—c'est le nom que nous donnerons -à la danseuse qui l'a pris pour signer ses -mémoires—avait trente-huit ans sonnés, et n'en -paraissait pas plus de trente, malgré les nombreuses -tribulations par lesquelles elle était passée dans le -cours de son existence.</p> - -<p>«L'ampleur de ses formes postérieures m'intriguait, -au dernier point, par le développement qui bombait -d'une façon exagérée les jupes repoussées. J'avais, -chaque fois que je la rencontrais, une question sur le -bout de la langue, mais je n'étais pas encore assez -familier avec la ballerine, pour m'informer de la cause -d'une pareille envergure, que j'attribuais aux exercices -physiques, auxquels devaient se livrer dès leur enfance -les élèves de Terpsichore.</p> - -<p>«Je tournais autour de la belle Slave, lorgnant d'un -œil d'envie le superbe ballonnement, tenté de palper -l'étoffe comme par hasard, mais j'osais à peine -l'effleurer, craignant des rebuffades, bien que Mariska -parût m'encourager de l'œil.</p> - -<p>«Un soir, j'eus l'occasion de tâter l'étoffe soyeuse, -qui couvrait la somptueuse mappemonde. Nous allions -souper au cabaret, deux de mes amis et moi, avec la -danseuse, en cabinet particulier. Je montai derrière -elle les degrés qui conduisaient au salon du premier; -j'en profitai pour prendre dans mes mains la mesure -de la circonférence, qui me parut d'un volume remarquable, -sans qu'elle s'en montrât le moins du monde -offusquée.</p> - -<p>«Pendant le souper, arrosé de Champagne frappé, -nous la plaisantions sur ce que nous appelions sa difformité. -Elle avait un sourire goguenard, comme si elle -méditait quelque farce épicée, dont on la disait coutumière -dans les soupers où on l'invitait.</p> - -<p>«Quand la table fut desservie, elle avait une pointe -d'ivresse. Elle avait vidé coup sur coup quatre ou cinq -coupes de Champagne, comme pour se donner du -cœur. Elle sauta sur la table, s'agenouilla, nous tournant -le dos, et sans crier gare! elle se troussa lestement, -s'exhibant des genoux à la ceinture.</p> - -<p>«Nous crûmes à ce geste qu'elle avait gardé son -maillot. Nous fûmes bien vite détrompés le plus -agréablement du monde. Elle était nue des genoux -aux hanches…</p> - -<p>«… Nous étions un peu surpris du sans-gêne et du -sans-façon avec lequel la danseuse nous exhibait ainsi -toutes ses nudités dans la plus riche indécence.</p> - -<p>«—Eh bien, criait-elle, mon postérieur est-il -difforme, mes seigneurs?</p> - -<p>«Ah! non, il n'était pas difforme. Certain aimable -chroniqueur qui les aime amples, larges, opulents, -serait tombé en extase devant cette merveille de croupe -rebondie.</p> - -<p>«Les jupes étaient retombées, la danseuse avait -repris sa place sur sa chaise qu'elle garnissait de telle -débordante façon, qu'ici encore elle eût fait tomber à -genoux le chroniqueur fasciné.</p> - -<div class="dots"><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">.</span></div> -<p>«Elle nous demanda si nous désirions connaître la -cause du développement anormal de ses fesses.</p> - -<p>«Elle nous raconta, avec le bagout d'une véritable -Parisienne, entretenant sa verve par des coupes de -champagne qu'elle vidait de temps en temps, qu'elle -était née, qu'elle avait passé son enfance, son adolescence -et une partie de sa jeunesse dans le servage.</p> - -<p>«Elle avait souffert physiquement et moralement -dans les diverses conditions où elle avait passé son -existence, fouettée à tout propos chez le boyard, par -la gouvernante, les maîtres et les enfants, chez la -modiste où on l'avait mise en apprentissage par la -maîtresse et par les clients qui venaient se plaindre; -à l'Académie impériale de Danse, où la chorégraphie -s'enseigne le fouet en main. Et rien n'aide au développement -des fesses comme la flagellation continue. On -ne lui avait pas ménagé les corrections depuis son -enfance…»</p> - -<hr /> - - -<p>La première partie de l'ouvrage est consacrée à -l'enfance de Mariska chez un riche boyard. Là, la -malheureuse se voit dans l'obligation de passer par -toutes les fantaisies des maîtres, des enfants et des -invités.</p> - -<p>Les verges et le knout tiennent une place honorable -dans ce premier volume, où il n'est guère question -que de flagellations diverses, infligées aux esclaves.</p> - -<hr /> - - -<p>«La boïarine—c'est Mariska qui parle—décida -qu'on me mettrait en apprentissage chez une grande -modiste de Moscou, M<sup>me</sup> K… pour y apprendre la confection -des vêtements de femmes. Ma nouvelle maîtresse -avait tous droits sur moi. On lui avait recommandé -de ne pas négliger les coups, pour me faire -entrer le métier par derrière. C'était le seul moyen de -m'encourager à bien faire.»</p> - -<hr /> - - -<p>Et, dans cette seconde partie, des «Mémoires d'une -danseuse russe», nous voyons se dérouler des scènes -d'atelier, parfois fort intéressantes et non dépourvues -d'une note documentaire. Mariska était non seulement -fouettée par sa maîtresse, mais elle recevait encore de -nombreuses fouaillées de clientes et clients mécontents.</p> - -<p>Enfin, le troisième et dernier volume contient les tribulations -de Mariska à l'Académie impériale de Danse.</p> - -<p>Nous regrettons que le texte vraiment trop épicé ne -nous permette de citer quelques passages.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Utilité de la flagellation</b>, <span class="small">DANS LES PLAISIRS DE L'AMOUR -ET DU MARIAGE</span>, traduit du latin de <span class="sc">J.-H. Meibomius</span>.</p> - - -<p class="small ugap">Avant de parler de cet ouvrage par lui-même, nous donnerons -quelques notes bibliographiques.</p> - - -<p class="ugap">La première édition parut à Leyde (<span lang="la" xml:lang="la">Lugdunum Batav.</span>) -en 1629. Elle ne contient que le seul traité.</p> - -<p>Viennent ensuite les éditions suivantes:</p> - -<p>2<sup>o</sup> <i>Leyde</i> (<span lang="la" xml:lang="la">Lugd. Batav.</span>), sans date, petit in-12<sup>o</sup> de -48 pages.</p> - -<p>3<sup>o</sup> <i lang="la" xml:lang="la">Lubecæ, editio secunda</i>, 1639, petit in-12, 48 pages. -Nombreuses fautes.</p> - -<p>4<sup>o</sup> <i lang="la" xml:lang="la">Lugd. Batav., ex off. Elz.</i>, 1643, in-4<sup>o</sup> de 48 pages.</p> - -<p>5<sup>o</sup> <i>Londres</i>, 1795, in-32, dont il a été fait à <i>Paris</i>, -sous la date de 1757, une contrefaçon erronée.</p> - -<p>6<sup>o</sup> <i>Londres</i>, 1770, in-32.</p> - -<p>Ces cinq dernières éditions, de même que la première, -ne renferment que le traité de Meibomius.</p> - -<p>En 1669, Thomas Bartholin en donna à <i lang="la" xml:lang="la">Hafnia</i> -(Copenhague) une édition latine in-8<sup>o</sup>, augmentée: -1<sup>o</sup> de sa Lettre à Henri Meibomius fils; 2<sup>o</sup> de la Réponse -de celui-ci; 3<sup>o</sup> d'une petite dissertation académique -intitulée: <i lang="la" xml:lang="la">De renum officio in re venerea</i>, de Joachim -Œlhaf, médecin à Dantzick; et 4<sup>o</sup> d'une «<i lang="la" xml:lang="la">dissertatiuncula</i>» -d'Olaüs Worm, médecin à Copenhague.</p> - -<p>Cette édition ainsi augmentée fut rééditée à <i>Francfort</i>, -1669, in-8<sup>o</sup>; puis en 1670, à <i>Francfort</i> également, -in-12<sup>o</sup> (ou petit in-8<sup>o</sup>) de 144 pages. Quoique mal imprimée, -sur d'assez mauvais papier, cette édition est -recherchée, comme très complète.</p> - -<p>Mercier donna une nouvelle édition latine d'après le -texte des éditions de Francfort; <i lang="la" xml:lang="la">Parisiis</i>, 1792, petit -in-12.</p> - -<p>La traduction française de Meibomius avec les additions -de Thomas Bartholin et la lettre de Meibomius -<i>le jeune</i>, est attribuée à Claude Mercier de Compiègne, -l'éditeur. Elle parut sous les titres suivants:</p> - -<p>1<sup>o</sup> <i>De l'utilité de la flagellation dans les plaisirs du -mariage et dans la médecine, et dans les fonctions -des lombes et des reins. Ouvrages <em>curieux</em>, traduit -du latin de Meibomius, orné de gravures en taille-douce, -et enrichi de notes historiques et critiques, auxquelles -on a joint le texte latin. Paris, chez Jac. -Gironard, 1792.</i></p> - -<p>Petit in-12 (in-18 Cazin) de 168 pages. Frontispice -et figure par Texier. Pas de faux titre. Certains exemplaires -sans nom d'éditeur avec la simple rubrique. -<i>Paris</i>, 1792.</p> - -<p>2<sup>o</sup> <i>De l'utilité de la flagellation dans la médecine -et dans les plaisirs du mariage et des fonctions des -lombes et des reins. Ouvrage <em>singulier</em>, traduit du latin -de J.-H. Meibomius, etc., enrichi de notes historiques -et critiques. Paris, C. Mercier, 1759.</i></p> - -<p>Petit in-12, 156 pages. Un joli frontispice non signé.</p> - -<p>3<sup>o</sup> <i>De la flagellation dans la médecine et dans les -plaisirs de l'amour; ouvrage singulier, traduit du -latin de J.-H. Meibomius; nouvelle édition, revue, -corrigée et augmentée du joli poème de l'</i>Amour fouetté<i>, -A Paris, chez Mercier, éditeur du Furet littéraire, -rue d'Angivilliers, n<sup>o</sup> 151, an VIII</i> (1800).</p> - -<p>In-12 (in-18 Cazin); 148 pages dont 4 de titre et -faux titre, et 3 pages d'annonces. Même frontispice -que l'édition précédente. Sur le faux titre, on lit: -<i>Éloge de la Flagellation</i>. L'<i>Amour fouetté</i> est de Fuzelier. -Cette édition fut corrigée par l'abbé Mercier de -Saint-Léger.</p> - -<p>4<sup>o</sup> <i>De l'utilité de la flagellation dans la médecine -et dans les plaisirs du mariage, et des fonctions des -lombes et des reins; ouvrage singulier, traduit du -latin de J.-H. Meibomius; enrichi de notes, d'une -introduction et d'un index. Londres</i> (Besançon, Metoyer -aîné), 1801.</p> - -<p>In-8<sup>o</sup> de 100 pages, édition très soignée, conforme -(comme texte) à l'édition de l'an VIII.</p> - -<p>Édition moderne (<i>la dernière parue</i>): <i>Utilité de la -Flagellation dans les plaisirs de l'Amour et du Mariage, -traduit du latin de J.-H. Meibomius. Nouvelle -édition, augmentée de notes historiques, critiques et -bibliographiques, suivie de la Bastonnade et de la -Flagellation pénale, par J.-D. Languinais. A Amsterdam, -Aug. Brancart. Libraire-Éditeur</i>, 1891.</p> - -<p>In-12<sup>o</sup> de 200 pages. Pap. vergé, bien imprimé.</p> - -<p>«Voici enfin, mon cher Cassius, le petit traité que -je vous ai promis dans une orgie bachique.</p> - -<p>«Vous vous convaincrez en le lisant, que l'usage de -la flagellation n'est pas aussi extraordinaire qu'il le -paraît au premier coup d'œil.</p> - -<p>«… Je vous ai dit que les coups et la flagellation -servaient quelquefois à la guérison de plusieurs maladies. -Je vais vous démontrer que l'expérience a confirmé -la bonté de ce remède, en m'appuyant sur l'autorité -des médecins qui l'ont enseigné et pratiqué.»</p> - -<p>Ainsi commence Meibomius. Et, ce thème posé, il le -développe tout au long. C'est la partie qui traite de la -Flagellation <i>dans la médecine</i>. Puis suit <i>la flagellation -en amour</i>.</p> - -<p>A la suite de ce traité, nous lisons<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a> une étude intitulée: -<span class="sc">De la Flagellation, par Thomas Bartholin</span> -(<i>Observations extraites de la lettre de Thomas Bartholin -à Henri Meibomius fils</i>), dissertation curieuse et -intéressante.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a> Nous parlons de l'édition marquée <i>Amsterdam</i>, 1891, édition -dont nous nous occupons exclusivement.</p> -</div> -<p>Puis <span class="sc">De la Flagellation, par Henri Meibomius fils</span>, -sous forme d'un extrait <i>de la réponse</i> de H. Meibomius -fils à Th. Bartholin.</p> - -<p>Enfin l'ouvrage se termine par <span class="sc">La Bastonnade et la -flagellation pénales</span>, étude en dix chapitres, dont la -conclusion se termine, à propos des dépravés qui -tentent de restaurer l'antique usage de la bastonnade -par ces mots pleins de bons sens:</p> - -<p>«Le moderne qui veut rétablir les anciens usages -se prépare de grands malheurs.»</p> - - - - -<p class="gap"><b>Mémoires de Miss Ophélia Cox.</b>—<i>Traduit pour -la première fois de l'anglais par les soins de la société -des Bibliophiles Cosmopolites.</i> Londres, imprimerie -de la Société cosmopolite, 1892.</p> - -<p>Un volume in-16, 216 pages, imprimé sur papier vergé -à 500 exemplaires.</p> - -<p>L'éditeur s'exprime ainsi dans la préface:</p> - -<p>«L'auteur du livre que nous présentons au public, -prévient son lecteur vers la fin de l'ouvrage, que son -livre est vrai de tous points.</p> - -<p>«Cette assertation est exacte. Nous connaissons -miss Ophélia.</p> - -<p>«Nous avons surtout été décidés à publier cet opuscule -par la peinture réelle et vibrante des scènes qui -se passent, à Londres, dans l'intérieur des maisons de -rendez-vous.</p> - -<p>«On trouve dans ces scènes un singulier mélange -de respectabilité et de sadisme qui est un des traits les -plus curieux du caractère anglais.»</p> - -<p>L'ensemble de l'ouvrage traite surtout des dessous -d'une maison de rendez-vous de Londres.</p> - -<p>La verge y tient un grand rôle—le plus important.</p> - -<p>Nous ne savons pas si les scènes qui y sont décrites -se passent réellement à Londres: elles dépassent en -cruauté et en sadisme tout ce que l'on peut imaginer -de plus horrible.</p> - -<p>Ouvrage bien imprimé, dans un style soigné. Les -descriptions y sont poussées jusqu'à l'extrême.</p> - - - - -<p class="gap"><span class="sc">Jean de Villiot.</span>—<b>Curiosités et Anecdotes sur -la flagellation.</b>—Sur la Flagellation et les Punitions -corporelles; le Knout; la Flagellation en Russie; -après le Bal; la Cour Martiale de miss Fanny Hayward; -la Détention féminine en Sibérie; la Flagellation -pénale; un Remède pour la Kleptomanie dans -la Société Anglaise; les Étrangleurs; les Larrons et -le Bâton; la Flagellation dans l'Art; le Marquis de -Sade et Rose Keller; Sarah Bernardt et son Fouet; la -Flagellation dans les Cours royales; psychologie du -Fouet; les Punitions dans l'Armée anglaise; la Flagellation -en Orient.—Paris, librairie des Bibliophiles -(Ch. Carrington). Tirage privé à 500 exemplaires, 1900.</p> - -<p>Un volume in-8<sup>o</sup> carré de 436-xx pages. Imprimé -à 750 exemplaires sur papier vergé de Hollande et -20 exemplaires sur papier du Japon.</p> - -<p><i>Extrait de l'introduction.</i>—Les pages que l'on -va lire ne sont pas écrites évidemment… pour les petites -filles, dont on coupe le pain en tartines…</p> - -<p>«Les petites filles! les petites filles! Mon Dieu! n'y -a-t-il pas des écrivains qui se dévouent par vocation ou -par nécessité à composer des historiettes sans dard et -sans venin? Est-ce qu'il n'y a pas des auteurs pour -enfants et même des auteurs pour dames<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a>?»</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> Charles Asselineau.</p> -</div> -<p>Donc ces pages sont seulement pour le philosophe. -Il y trouvera matière à méditation, soit à propos de cet -attrait qu'exerce sur un si grand nombre d'hommes la -peine du fouet infligée à leurs semblables, combien il -faut peu de chose pour démuseler le fauve qui sommeille -au fond du cœur de tous; soit qu'il cherche à -démêler par quelle aberration des sens cette même -flagellation ranime la volupté aussi bien chez les bourreaux -blasés que chez les victimes impuissantes.</p> - -<p>L'aberration, en effet, est à son comble quand le -plaisir n'est excité que par la vue de la douleur ou -quand la douleur ressentie aboutit au plaisir. Ce dernier -sentiment même, bien que diamétralement opposé -au premier, témoigne lui aussi d'une perversion singulière. -L'origine, toutefois, en est plus mystérieuse. Deux -classes distinctes d'hommes recherchent en effet dans -la douleur une excitation au plaisir: le mystique et le -débauché. Mais le plaisir que chacun d'eux recherche -est, en son essence, trop différent pour que la question -ne soit pas par cela même éminemment complexe.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i8">… <i>La sainteté</i></div> -<div class="verse"><i>Ainsi que dans la pourpre un délicat se vautre</i></div> -<div class="verse"><i>Dans les clous et le crin cherchant la volupté</i></div> -</div> - -<p class="noindent">et l'impuissant ou le blasé flagellant ses reins appauvris -pour ranimer une ardeur qui n'y fut jamais ou qui -s'y éteignit par l'abus, demandent au même instrument -de supplice des sensations totalement différentes.</p> - -<p>Tous deux relèvent peut-être de la psychopathie, mais -chacun réclame une étude spéciale.</p> - -<p>Si le sadisme et le masochisme ont, sous ces plumes -expertes, vu leurs arcanes abominables savamment -dévoilés, il reste un travail non moins intéressant à -tenter sur le goût de la souffrance chez les mystiques -de toute race et de tous credo. Ce travail constituerait -un chapitre et non l'un des moindres, d'un traité -de l'<i>Érotologie mystique</i>, traité qui reste à faire et qui -devrait tenter la verve érudite d'un poète.</p> - -<p>La flagellation considérée comme châtiment ou comme -adjuvant de luxure, donnée ou soufferte, est évidemment -un sujet capable d'attirer et de fixer l'attention.</p> - -<p>Dans l'un et dans l'autre cas, elle doit sa vogue dont -témoigne l'histoire des mœurs chez tous les peuples, -à l'humiliation profonde endurée par le patient, humiliation -d'où provient, quand elle joue le rôle d'un -aphrodisiaque, la volupté du masochiste humilié et -savourant sa souffrance.</p> - -<p>Donnée sur les épaules ou sur le dos, elle ne peut -exciter que cette sensation et pourquoi la flagellation -pénale est le plus souvent appliquée de cette façon, -sauf dans la famille où les parents s'ils n'ont en but -qu'une correction régulière et sans arrière-pensée, -l'appliquent sur les fesses de leur progéniture.</p> - -<p>Elle l'est presque toujours de cette façon quand on -l'applique ou qu'on la reçoit comme aphrodisiaque -externe, et c'est là incontestablement un des rites les -plus en faveur auprès des dévots de la Vénus Callipyge. -La vue des trésors impudiquement étalés ajoute au plaisir -de ce noir orgueil jouissant de la douleur du patient -ou de la patiente, et comme Vénus n'est pas la seule à -posséder ces trésors, peut-être faut-il voir dans ce fait -l'explication de l'appétit malsain des fessées sur la -chair nue que bien des pédagogues ressentent maladivement.</p> - -<p>Il n'est pas besoin d'insister sur l'humiliation que -ressent le patient sous les cuisants baisers des verges -ou du fouet. Cette torture était celle que les Romains -infligeaient à leurs esclaves et, comme pour abaisser -jusqu'à ce degré,—le dernier pour eux—ils l'infligeaient -également aux Vestales qui, dans leur veille -sacrée devant le feu de Vesta l'avaient laissé s'éteindre. -Cela ne le rallumait pas. Il n'en est pas de même, -paraît-il, de ce feu que des vestales à rebours savent -raviver dans les reins flagellés de ces vieux qui veulent -redevenir jeunes ou de ces jeunes qui sont déjà vieux.</p> - - - - -<p class="gap"><span class="sc">Under the Sjambok. A Tale of the Transvaal</span>, by -George Hansby Russell. London, John Murray, 1899, -in-8<sup>o</sup>, 348 pages<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> Sous le <i>Sjambok</i>. Conte du Transvaal, par George Hansby -Russell. Londres, 1899. Prix 6 shellings (7 fr. 50).</p> -</div> -<p>D'abord qu'est le <i>Sjambok</i>? C'est un énorme fouet -dont se servent les Boers pour conduire leurs bestiaux. -On le fabrique généralement avec la peau du rhinocéros. -S'il était destiné seulement aux animaux, tout -serait pour le mieux, mais plus d'un indigène du pays -des Boers a senti sur ses épaules la caresse cinglante -du <i>Sjambok</i>.</p> - -<p>A vrai dire, il y a de cela une ou deux générations.</p> - -<p>Les effets de ce terrible instrument équivalent à -ceux du <i>Chat-à-neuf-queues</i> employé dans les prisons -anglaises, et beaucoup de Cafres ont succombé sous -les coups de ce fouet.</p> - -<p>L'ouvrage dont je m'occupe actuellement n'a aucun -caractère érotique ou même léger. C'est, en réalité, -une étude physiologique des mœurs des Boers; mais, -je le répète, je crois qu'il serait préférable de reporter -de semblables coutumes à quelques générations en -arrière. L'auteur, très chauvin—pour ne pas dire -davantage—donne de telles descriptions qu'on se -croirait en plein état sauvage. Au fond, l'ouvrage -n'offre que peu d'intérêt. Je le mentionne seulement -parce que le fouet y joue un rôle prépondérant.</p> - -<p>L'intrigue est simple:</p> - -<p>Richard Hanson, un vieux camarade de George -Leigh, le héros du livre, recommande à celui-ci de -s'occuper de sa fille qui se trouve au moment de sa -mort, dans le Sud Afrique.</p> - -<p>Voilà George Leigh, parti à la recherche de miss -Hanson. D'où récits d'aventures plus ou moins fantastiques, -certainement peu véridiques, si peu même à -mon avis, que je ne crois pas utile de donner des -extraits de ce roman.</p> - - - - -<p class="gap"><span lang="en" xml:lang="en"><b>Scarlet and Steel.</b> <span class="sc">Some modern military episodes</span>, -by E. Livingston Prescott. London</span>, 1897, in-8<sup>o</sup>, 362 -pages<a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> Écarlate<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a> et Acier. Épisodes de la vie militaire actuelle, par -E. L. Prescott.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> Allusion aux jaquettes rouges des soldats anglais.</p> -</div> -<p>Un hasard m'a appris que ce magistral ouvrage a -été écrit par une femme. A la fois bien documentées -et d'un style clair et impressionnant, ces pages laissent -sur l'esprit un indéfinissable sentiment de tristesse.</p> - -<p>C'est vraiment avec plaisir que j'ai lu ces pages -émouvantes, aujourd'hui où les œuvres malsaines ou -nulles s'entassent, où chaque auteur semble apporter -son tribut à l'inutilité.</p> - -<p>Chaque page de ce passionnant roman—car n'en -doutez pas, profanes, il est des romans passionnants—chaque -page est pleine d'action, de mouvement, de -vie. Point de mauvaise sentimentalité. L'auteur a -recherché avec soin ses documents avant de les placer -dans son livre et, chose curieuse dans ce genre d'ouvrages, -rien n'a été négligé. Les renseignements ont -certainement été pris à bonne source.</p> - -<p>En 1879, parut la loi anglaise sur les règlements et -la discipline dans l'armée. Cette loi barbare en plus -d'un point, comprend <span class="small">LES PUNITIONS CORPORELLES</span> à -infliger aux soldats dans les prisons militaires. Et ce -livre répond à un besoin. Il fallait lutter contre cette -discipline atroce qui fait appliquer le fouet à des -hommes.</p> - -<p>Ami John Bull, tant que tu traiteras tes soldats en -enfants auxquels on donne la fessée, tu seras déshonoré -devant le monde civilisé<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> Dans l'<i>Étude sur la flagellation aux points de vue historique -et médical</i>, se trouvent de longs extraits de <i lang="en" xml:lang="en">Scarlet and Steel</i>. -Les personnes qui ne pourraient pas lire l'original dont il n'existe -malheureusement pas de traduction française, trouveront dans -l'<i>Étude sur la flagellation</i>, la traduction des principaux passages -sur le sujet qui nous occupe.</p> -</div> - - - -<p class="gap"><span lang="en" xml:lang="en"><b>The Story of the Australian Bushrangers</b>, by -Geo. E. Boxall. London</span>, 1899, in-8<sup>o</sup>, 392 pages<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> <i>Histoire des Batteurs de buissons australiens</i>, par G.-E. -Boxall. N'a pas été traduit en français.</p> -</div> -<p>Il semble presque impossible de se faire aujourd'hui -la moindre idée de l'importance des <i lang="en" xml:lang="en">Bushrangers</i><a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a>, au -commencement du siècle. Il est infiniment probable -que l'Australie, las Tasmanie, voire la Nouvelle-Zélande -ont été peuplées au début par les forçats exportés d'Angleterre, -d'autant plus qu'à ce moment, il fallait vraiment -peu de chose pour transformer un honnête homme -en forçat. Sous l'égide féroce des rois Georges d'Angleterre, -le moindre crime voyait son auteur finir sur la -potence et pour les délits insignifiants, on envoyait les -délinquants peupler les plaines de <i>Botany Bay</i>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> Le mot <i lang="en" xml:lang="en">Bushranger</i> est difficilement traduisible en français. -C'est l'équivalent de coureur ou batteur de buissons. Dans le cas -qui nous occupe, il s'agit des évadés des bagnes australiens qui, -postés sur la lisière des bois et des forêts, arrêtaient et dévalisaient -les voyageurs qui s'attardaient dans ces parages.</p> -</div> -<p>L'ouvrage en question s'occupe donc en grande -partie des forçats évadés. Dans les descriptions du -bagne, l'auteur est arrivé au dernier degré de la férocité -dans l'application des peines corporelles. Et j'ai -tout lieu de croire que rien n'est exagéré.</p> - -<p>Je vais maintenant m'efforcer de résumer quelques -parties de ce livre.</p> - -<p>Les punitions des forçats atteignaient le plus haut -point de sauvagerie.</p> - -<p>La moindre peccadille était punie de fort douce -façon, à coups d'un instrument appelé <i>Chat-de-voleurs</i>, -et auprès duquel le <i>Chat-à-neuf-queues</i> n'est que jeu -d'enfant.</p> - -<p>L'auteur de l'ouvrage que je cite est d'avis que l'emploi -de cet instrument était plutôt nuisible, tant au -physique qu'au moral.</p> - -<p>Chose curieuse: les soldats gardiens des forçats -étaient soumis à une discipline plus sévère encore et -l'on vit des malheureux commettant délibérément les -plus grosses fautes pour changer leur sort en celui de -forçats! Si ces derniers montraient une conduite empreinte -à l'égard des supérieurs d'obséquiosité et de -bassesses, ils voyaient leur sort s'adoucir considérablement; -si, par malheur, les prisonniers essayaient de -montrer de l'indépendance—indépendance forcément -relative—il n'y avait pas de répit pour eux jusqu'à la -mort qui avait souvent lieu sur l'échafaud.</p> - -<p>Je trouve, en continuant ma lecture, de curieuses -anecdotes: c'est ainsi qu'il habitait à Sydney—actuellement -l'une des plus belles villes de l'Australie—deux -<i>flagellateurs</i>, véritables <i>artistes</i> (?) en leur genre. Ils -<i>travaillaient</i> toujours ensemble, l'un de la main droite, -l'autre de la gauche, et se disaient capables de fouetter -cruellement un homme sans lui soutirer la moindre -goutte de sang. Le dos des malheureux suppliciés -avait l'aspect d'une véritable pomme soufflée, tout -parsemé qu'il était de boursouflures qui restaient sensibles -et faisaient endurer aux patients une douleur -beaucoup plus longue que celle produite par la coupure -de la peau.</p> - -<p>Ordinairement les bourreaux entamaient les chairs: -il se trouvait à Sydney tout autour du champ d'exécution -situé dans Barrack Square, un sol saturé de sang -humain.</p> - -<p>Une curieuse anecdote racontée par l'auteur: Un -individu fouetté par les deux <i>flagellateurs</i> dont j'ai -parlé quitta le lieu d'exécution, le sourire aux lèvres, -remettant sur ses épaules horriblement tuméfiées sa -flanelle de forçat d'un geste de défi, se vantant que les -bourreaux étaient incapables de lui arracher le moindre -soupir.</p> - -<p>Un autre prisonnier, flagellé avec la plus grande -force sur les reins, s'époumonnait en vain à crier: -«Plus haut, plus haut.» Le bourreau continuait froidement -son œuvre. Le malheureux, une fois débarrassé -de ses liens, saute sur l'exécuteur et le couche à terre -d'un coup de poing. Aussitôt saisi, il dut subir, dans le -triste état où il se trouvait, une punition équivalente à -la première.</p> - -<p>Parfois, un prisonnier reconnu innocent était nonobstant -fouetté: Un malheureux forçat fut condamné à -recevoir 50 coups du <i>chat</i>. Au moment de l'exécution -de la sentence une circonstance imprévue prouve sa -parfaite innocence.</p> - -<p>—Qu'importe, dit le juge de Launceston, chargé de -faire exécuter la punition; qu'il soit puni d'abord et je -lui ferai grâce une autre fois.</p> - -<p>Les prisonniers étaient astreints à saluer en se découvrant -tous les <i>officiels</i> de la colonie. A ce sujet, l'auteur -raconte le cas de ces forçats qui, en janvier 1839, -exécutant une construction à Woolloomollô Bay, sur -la propriété de Sir Maurice O'Connell, blessèrent -grièvement leur contremaître en lâchant, pour saluer -leur maître, une énorme pierre qu'ils transportaient.</p> - -<p>Le capitaine O'Connell décréta de ce fait que les -ouvriers employés chez lui ne seraient plus astreints à -saluer pendant le travail. Ce qui n'empêche qu'un -beau jour le Préfet de police de Sydney fasse fustiger -un nommé Joseph Todd qui, chargé d'un lourd fardeau, -était dans l'impossibilité absolue de saluer ledit chef -de police (le colonel Wilson<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a>).</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a> Voici comment l'auteur raconte cette anecdote:</p> - -<p>«… Le colonel Wilson passait là, accompagné de sa fille. Les -forçats continuèrent leur tâche, ne prêtant nulle attention au -Préfet de police, quand celui-ci s'écria d'une voix furieuse: -«Otez vos chapeaux!» Quelques-uns s'exécutèrent, mais l'un -d'eux, nommé Joseph Todd, chargé d'un lourd fardeau, ne broncha -pas sous l'ordre. «Otez votre chapeau, canaille!» reprit le -colonel. «Je suis autorisé à ne pas le faire,» répondit Todd. Le -Préfet se répandit en grossières injures. Enfin, n'y tenant plus: -«Qu'on l'arrête,» cria-t-il, et aussitôt accoururent un sergent et -quelques hommes. Todd opposait une vive résistance. Il n'en fut -pas moins saisi et fustigé cruellement. Le jugement portait que -Todd avait commis une grave infraction en refusant de se livrer -aux soldats qui venaient l'arrêter, refus qui n'était acceptable -que pour un homme libre!»</p> -</div> -<p>Joseph Todd, qui reçut pour ce fait 50 coups du <i>chat</i> -était arrêté la semaine suivante pour une incartade -légère et condamné de nouveau à recevoir 30 coups du -<i>chat-à-neuf-queues</i>.</p> - -<p>L'ouvrage est composé surtout d'anecdotes dans ce -genre et, vu la modicité de son prix (7 fr. 50) nous le -recommandons au lecteur.</p> - - - - -<p class="gap"><span lang="en" xml:lang="en"><span class="sc">Curious episodes of private history.</span>—<b>The Court -Martial on Miss Fanny Hayward</b> <span class="small">BY AN -EX-INFANTRY-CAPTAIN</span></span><a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>. -Paris, Librairie des Bibliophiles, 1899; 1 volume -in-8<sup>o</sup> carré. 70 pages. Imprimé sur papier de -Hollande.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> Épisodes Curieuses de l'Histoire Privée.—La Cour martiale -pour Miss Fanny Hayward, par un ex-Capitaine d'Infanterie. -Paris, 1899.</p> -</div> - -<p class="ugap">Voici un très curieux conte: Une courtisane, miss -Fanny Hayward, accusée d'avoir volé une montre dans -la chambre d'un officier, est traduite par les amis de -ce dernier devant une cour martiale improvisée et condammée -à recevoir un certain nombre de coups de -fouets. On lui donne le choix entre cette punition honteuse -et une dénonciation à la police. L'accusée choisit -la fustigation et la scène s'accomplit à la grande joie -des officiers et des petites dames invitées à la fête (?)</p> - -<p>Telle est toute l'intrigue. Ce conte a été traduit en -français et se trouve tout au long dans l'ouvrage -<i>Curiosités et Anecdotes sur la flagellation</i>, dont j'ai -parlé précédemment.</p> - -<p>L'auteur de cette histoire affirme qu'elle est vraie en -tous points et que seuls les noms de lieux et de personnes -ont été changés, pour les besoins d'une publication.</p> - - - - -<p class="gap"><span lang="en" xml:lang="en"><i>Curious Sidelights of social History.</i> -<span class="small">HOW WOMEN -ARE FLOGGED IN RUSSIAN PRISONS</span>. Narrative of a Visit -to a Convent Prison in Siberia by <span class="small">AN ENGLISH DOCTOR</span>.</span> -Paris, Librairie des Bibliophiles, 1899. Un volume -in-8<sup>o</sup>, 48 pages<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> Curieux aperçus de l'Histoire sociale: Comment les femmes -sont fouettées dans les prisons russes. Narration d'une visite -faite dans une prison de femmes en Sibérie, par un docteur -anglais. 1 plaquette in-8<sup>o</sup> carré, 48 pages.</p> -</div> - -<p class="ugap">C'est la copie d'une lettre écrite par un jeune docteur -anglais, voyageant en Sibérie, à un ami intime -habitant Londres. Cette lettre est datée: <span lang="en" xml:lang="en">Tomsk, Western -Siberia, 24<sup>th</sup> July 1880.</span></p> - -<p>Cette lettre est authentique. Si le docteur n'a pas été -témoin des scènes qu'il décrit, il est certain qu'il a -puisé ses renseignements à bonne source.</p> - -<p>L'éditeur de ce volume a écrit une très intéressante -préface.</p> - -<p>Cette lettre traduite en français se trouve également -tout au long dans l'ouvrage: «<i>Curiosités et anecdotes -sur la flagellation.</i>»</p> - - - - -<p class="gap"><span class="sc">Défilé de fesses nues.—Recueil de lettres érotiques</span>, -<span class="small">PAR E. D. AUTEUR DE MES ÉTAPES AMOUREUSES.</span> <i>Paris. -Chez la petite Lollote. Galeries du Palais-Royal</i>, 1891. -Petit in-16, <small>VI</small>-210 pages.</p> - - -<p class="ugap">Ce volume vient de m'être communiqué par un bibliophile -de mes amis. Le titre indique ce qu'est le livre: -un recueil de lettres <i>érotiques</i>. Pour cela, oui. Quant à -la petite Lollote, c'est vainement que j'ai cherché son -adresse au Palais-Royal.</p> - -<p>Au dos du faux titre de ce livre, se trouve une liste -d'ouvrages faits par le même auteur (E. D.), savoir: -<i>Le marbre animé</i>, <i>Mes Amours avec Victoire</i>, <i>La -Comtesse de Lesbos ou la Nouvelle Gamiani</i>, <i>Lèvres -de Velours</i>, <i>L'Odyssée d'un Pantalon</i>, <i>Les Callipyges, -ou les délices de la Verge</i>, <i>Jupes Troussées</i>, <i>Étapes -Amoureuses</i>, <i>Défilé de Fesses nues</i>, <i>Odor di Femina</i>, -<i>Exploits d'un Galant précoce</i>.</p> - -<p>Voilà une belle liste, aux titres suggestifs, et si l'on -songe au peu d'années que M. E. D. a mis à faire tous -ces volumes, je frémis à l'idée de ce qu'il m'aurait -fallu analyser de livres, si M. E. D. ne s'était pas -arrêté.</p> - -<p>Cet ouvrage me paraît, sinon traduit de l'Anglais, du -moins écrit par un étranger. J'ai d'ailleurs remarqué -que les ouvrages signés E. D. présentent des différences -de styles assez considérables. Dans tous les cas, -le style en est pauvre: la note cherchée et poussée à -l'excès est uniquement celle de l'obscénité.</p> - -<p>Il m'est impossible de donner ici des extraits in extenso. -Les adoucir serait leur enlever le seul mérite -qu'ils ont.</p> - -<p>Voici cependant l'<i>Avant-Propos</i>:</p> - -<blockquote> -<p>Ce recueil contient un choix de lettres sur des sujets très -piquants, prises dans la collection d'un bibliophile anglais, -qui a bien voulu me les communiquer. J'ai traduit les unes, -copié le texte des autres, en déguisant les noms des lieux et -des personnages.</p> - -<p>Je crois cette publication destinée à un grand succès. Rien -de plus émoustillant que ces récits alertes, qui chatouillent le -lecteur et la lectrice par la verve salace qui les distingue des -ouvrages parus dans ce genre jusqu'à ce jour, sans en excepter -les piquants souvenirs de M. Martinett, que je viens de -savourer. Puis la variété des récits écrites par des plumes différentes, -ajoute un grand charme à l'intérêt déjà considérable -de cet ouvrage sans rival. C'est un chef-d'œuvre qui -complète la collection des érotiques. Je suis d'autant plus à -l'aise pour en parler ainsi, sans qu'on puisse me taxer de -forfanterie, que je ne suis ici que le fidèle traducteur, ou le -modeste copiste.</p> - -<p>A vous, charmantes lectrices, je dédie ce nouveau chatouilleur, -bien digne d'éclipser tous ces aînés: car quoi de plus -séduisant en ce monde, que le défilé sous nos yeux émerveillés -de ces ravissants objets, désignés par le titre un peu -gros de cet ouvrage, gracieux ornement, suspendu dans l'espace, -que vous balancez dans un déhanchement voluptueux, -riche, somptueux, opulent, l'orgueil d'un sexe adorable, le -plus lorgné de ses appas, devant lequel le genre humain, -hommes et femmes, tombe à genoux, pour lui adresser ses -fervents hommages.</p> -</blockquote> - -<p>Après un tel panégyrique de cet ornement suspendu -dans l'espace (?!) tirons le rideau.</p> - - - - -<p class="gap"><span class="sc" lang="en" xml:lang="en">Randiana, or Excitable Tales</span>, contient des détails -poussés jusque dans leurs plus infimes parties. L'auteur -ne cherche pas à déguiser sa pensée. J'ignore absolument -quel peut être cet auteur, mais c'est certainement -un homme du monde, et du meilleur.</p> - -<p>L'ouvrage se compose de vingt-quatre chapitres, écrits -avec beaucoup de verve, dans un très pur anglais. Ce -n'est certainement pas une traduction, les scènes se -passant d'ailleurs en grande partie à Londres. Il y a -cinq chapitres sur les vingt-quatre, que je dois signaler -spécialement, attendu qu'ils se rapportent à notre -sujet.</p> - -<p>Dans le chapitre <small>V</small>, on trouve un abrégé de l'histoire -de la flagellation et dans le chapitre <small>VI</small>, on entre dans -le vif de la question, avec l'histoire de deux ecclésiastiques -qui ont persuadé à une jeune femme de laisser -expérimenter sur son corps les bienfaits de la flagellation.</p> - -<p>Ce volume, publié vers 1880 à Londres (?) est devenu -presque introuvable. Il a été réimprimé en 1897 à Paris, -en une charmante édition tirée, sur papier de Hollande, -à 200 exemplaires numérotés à la presse. Le titre de -cette édition porte: <i lang="en" xml:lang="en">Social Studies of the Century.</i> -<span class="sc" lang="en" xml:lang="en">Randiana, or Excitable Tales.</span> Paris, <i>Société de -Bibliophiles</i> <span lang="en" xml:lang="en">for the Delectation of the Amorous and the -instruction of the amateur in the Year of the excitement -of the sexes</span>, MDCCCXCVIII.</p> - -<p>Pisanus Fraxi, l'éminent bibliographe fait, sur ce -volume, les remarques suivantes:</p> - -<blockquote> -<p>Chacun des vingt-quatre chapitres de cet intéressant -ouvrage, contient une petite affaire d'amour, brièvement et -habilement racontée, et dont l'auteur est le héros.</p> - -<p>Aucune de ces aventures ne dépasse le domaine des choses -possibles: elles peuvent même fort bien—exagération mise -à part—arriver à tout homme du monde possédant, en sus -de l'amabilité, une bourse bien garnie. Néanmoins, l'auteur -me permettra d'être sceptique quand il affirme:</p> - -<p>«Je suis homme à ne pas farder la vérité, mais aussi à -ne raconter que ce qui est, et si extraordinaire que puissent -paraître quelques-uns de mes racontars à ceux qui n'ont -jamais passé par de semblables habitudes, elles n'en sont pas -moins exactes. La lecture de cet exposé fera, je crois, grandir -le zèle avec lequel il sera lu.»</p> - -<p>J'hésite vraiment à porter croyance—ajoute Pisanus Fraxi—aux -effets magiques du baume Pinero, ni à l'emploi sans -danger d'un semblable aphrodisiaque dans de semblables -scènes d'orgie et de flagellation pratiquées par le père -Pierre de Sainte-Marthe des Anges, de South Kensington, -ni à l'aventure audacieuse avec la vertueuse M<sup>me</sup> Leveson.</p> - -<p>L'improbabilité même de ces scènes peut être sans doute -considérée par quelques-uns des lecteurs comme une marque -d'originalité et le volume sera certainement salué comme -joyeuse arrivée par tous les philosophes de la même école -que l'auteur.</p> -</blockquote> - - - - -<p class="gap"><span class="sc">Théodore de Banville.</span>—<span class="sc">Contes héroïques.</span> Paris, -1884.</p> - - -<p class="ugap">Je ne classe pas cet ouvrage parmi ceux écrits exclusivement -sur la flagellation. Théodore de Banville n'était -pas coutumier de tels livres. N'empêche que le premier -des contes, <i>La Borgnesse</i>, se terminait par un sujet de -flagellation qui vient apporter là sa note sombre.</p> - -<p>Christmant, amant d'une femme de monde quelconque, -est surpris par le mari. Mais la maîtresse a le temps -de s'échapper et serait bientôt hors d'atteinte si le -modèle du peintre, Léo, n'avait, d'un signe imperceptible, -indiqué au mari outragé la porte par laquelle -avait disparu la fugitive.</p> - -<blockquote> -<p>«Cependant ce clin d'œil de trahison jeté par Léo, Christmant -l'avait vu, lui aussi, et surpris au vol. Alors il saisit un -fouet accroché à la muraille entre deux bébés japonais, et -de toutes ses forces en cingla le visage du modèle. L'œil -blessé horriblement sortit de son orbite, et les joues et la -bouche déchirés ne furent plus qu'une plaie. Et furieuse, -hurlant, toute sanglante, de longs filets de sang coulant sur -sa gorge nue, tordant ses bras, la grande Léo eut encore un -air de défi, et de son œil unique regardant Léopold Christmant -avec l'expression d'une haine farouche:</p> - -<p>—«Tant pis! je vous aimais! dit-elle.»</p> -</blockquote> - -<p>Dans le même ouvrage, un autre des contes <i>La -Bonne</i> nous donne une scène différente. Il serait téméraire -de ma part d'essayer d'analyser Banville. Je cite -donc:</p> - -<blockquote> -<p>«En voyant la colère qui brillait dans les yeux de la -grande femme, les visiteurs voulurent s'interposer mais les -écartant d'un geste terrible, elle saisit Audren, et l'ayant -mis sur son bras, comme lorsqu'il était enfant, le déculotta -et lui donna le fouet. Le vicomte de Larmor hurlait de douleur; -mais toujours Annan Goën le frappait de toutes ses -forces, et acharnée à le châtier, elle ensanglantait sa main -vengeresse dans la chair déchirée et meurtrie de ce mauvais -gentilhomme.»</p> -</blockquote> - - - - -<p class="gap"><span class="sc" lang="en" xml:lang="en">Rare tracts on flagellation.</span>—Voici sept opuscules -qu'il serait de coupable négligence d'omettre dans cette -bibliographie.</p> - - -<p class="ugap">Un érudit nommé Henry Thomas Buckle, né en Angleterre -de parents fortunés, et mort à l'âge de trente-trois -ans a laissé un certain nom dans la littérature anglaise. -C'est l'auteur de l'<i>Histoire de la civilisation en Angleterre</i> -(3 volumes) œuvre monumentale, restée inachevée -par la mort de l'auteur, ouvrage renommé pour -la clarté du style et la profonde philosophie qui s'en -dégage. Parmi les sujets qui attirèrent l'attention de -ce chercheur, vient s'ajouter celui qui se rapporte aux -punitions corporelles. Du moins, on le dit, et je vois -là l'explication de la réunion de son nom. Voici en -effet le titre général des sept opuscules:</p> - -<p><span lang="en" xml:lang="en"><b>Rare Tracts</b>: <span class="sc">Reprinted from the original editions -collected by the late Henry Thomas Buckle</span>, author of -«<i>A History of Civilization in England</i>»</span> autrement -dit: Traités rares sur la flagellation, réimprimés sur -les éditions originales, réunis par feu Henry Thomas -Buckle auteur de l'«Histoire de la civilisation en Angleterre».</p> - -<p>On prétend que Thomas Buckle avait prêté ces -opuscules en 1872, à un éditeur de Londres, nommé -J. C. Hotten, qui les a publiés dans sa Bibliothèque dite -du <i>Progrès social</i>, d'après les éditions originales collectionnées -par Thomas Buckle. L'éditeur de l'édition originale, -en 1777 était G. Peacock, et il est probable que -Buckle se serait servi de ces opuscules pour un chapitre -curieux et intéressant de son ouvrage sur la civilisation.</p> - -<p>Les sept volumes de la réimpression sont très rares et -valent de 250 à 300 francs. Ils sont formés en partie de -révélations sur certaines dames du <i>grand monde</i> -anglais, dames qui s'adonnaient beaucoup au sport -tout particulier de la flagellation. Les noms sont peu -déguisés.</p> - -<p>Entre autres documents, on trouve un opéra-comique -représenté sur une scène privée ainsi que des conférences -<i>fashionables</i> qui, paraît-il, ont été faites avec -accompagnement d'expériences pratiques! Ces volumes -éclairent d'un jour nouveau les pratiques en usage au -siècle dernier en Angleterre.</p> - -<p>Voici les titres complets des sept volumes:</p> - -<p>1. <span lang="en" xml:lang="en">Exhibition of Female Flagellants in the Modest and -Incontinent World.</span></p> - -<p>2. <span lang="en" xml:lang="en">Part Second of the Exhibition of Female Flagellants -in the Modest and Incontinent World.</span></p> - -<p>3. <span lang="en" xml:lang="en">Lady B—r's Revels. A Comic Opera, as Performed -at a Private Theatre with unbounded Applause.</span></p> - -<p>4. <span lang="en" xml:lang="en">A Treatise of the Use of Flogging in Venereal -Affairs. Also of the Office of the Loins and Reins. By -Meibomius.</span></p> - -<p>5. <span lang="en" xml:lang="en">Madame Birchini's Dance. A Modern Tale, with -Original Anecdotes collected in Fashionable Circles. By -Lady Termagant F—m.</span></p> - -<p>6. <span lang="en" xml:lang="en">Sublime of Flagellation: in Letters from Lady -Termagant F—m to Lady Harriet T—l.</span></p> - -<p>7. <span lang="en" xml:lang="en">Fashionable Lectures; Composed and Delivered -with Birch Discipline, by the Following Beautiful -Ladies.</span></p> - -<p><span lang="en" xml:lang="en">London, printed by G. Peacock, 1777</span><a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a> 1. Exposition des Flagellants femelles dans le monde modeste -et incontinent.</p> - -<p>2. Seconde partie de l'Exposition des Flagellants femelles dans -le monde modeste et incontinent.</p> - -<p>3. Les orgies de Lady B—r's—Opéra-comique, comme exécuté -sur un Théâtre privé, avec applaudissements sans frein.</p> - -<p>4. Traité de l'usage de la verge dans les plaisirs vénériens, et -dans l'office des reins et des lombes, par Meibomius. (Voyez -plus haut: Meibomius, De l'utilité de la flagellation.)</p> - -<p>5. La danse de M<sup>me</sup> Birchini. Conte moderne, avec Anecdotes -originales recueillies dans des <i>fashionables</i> Cercles, par Lady -Termagant F—m.</p> - -<p>6. La majesté de la flagellation: en lettres de Lady Termagant -F—m à Lady Harriet T—l.</p> - -<p>7. Lectures <i>fashionables</i>; composées et prononcées avec la discipline -du fouet, par les magnifiques dames suivantes. Londres, -imprimé par G. Peacock, 1777.</p> -</div> - - - -<p class="gap"><span class="sc" lang="en" xml:lang="en">Lashed into lust. A caprice of a flagellation.</span> Paris, -1899<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> La luxure dans le fouet. Caprice d'un flagellateur. 1 volume -petit in-8<sup>o</sup>. Deux éditions dont l'une sur papier de Hollande.</p> -</div> -<p>Voici maintenant un ouvrage absolument moderne -et qui démontre par son existence même, que l'étrange -goût de la flagellation n'est pas encore éteint.</p> - -<p>Voici le problème que l'auteur anonyme (nous le connaissons -personnellement, et c'est un gentleman distingué, -ce qui prouve le peu de bonne foi qui préside à -l'établissement de ces ouvrages) cherche à résoudre: -comment domestiquer et réduire à la soumission une -courtisane à la langue acérée qui pense que chaque -homme représente sur terre un imbécile, plus qu'un -naïf.</p> - -<p>L'auteur a résolu ce problème avec beaucoup d'habileté. -Ce volume n'a jamais été publié en français quoique -l'original ait été écrit dans cette langue. Les acheteurs -de cet ouvrage, s'ils supposent acquérir un bréviaire -de piété, doivent être tristement déçus: l'auteur a -choisi ses héroïnes et leur a assigné un rang hiérarchique -dans la haute prêtrise de la galanterie.</p> - -<p>Les actrices de ce petit drame sont des parvenues, de -naissance et origines diverses.</p> - -<p>L'assemblée à la <i>Villa du Nid d'Amour</i> est suffisamment -hétéroclite: nous y trouvons la fille du faubourg, -coudoyant la femme pervertie du commerçant honnête, -à laquelle fait vis-à-vis la dame <i>raisonnable</i> et d'âge -presque mûr qui donne de <i>sages</i> conseils à la jeune fille -de bonne famille «folle de son corps», enfin toute l'assemblée -s'incline devant la hautaine courtisane à la -mode qui tout à l'heure criera, suppliera sous les cuisantes -morsures de la verge. La principale scène de -flagellation a lieu sur un yacht, en pleine Méditerranée. -Ce yacht est commandé par un anglais de goûts -bizarres, nommé Sir Ralph. A bord une nièce de ce -dernier, une jeune femme d'admirable beauté du nom -de miss Violet Stafford, maîtresse de Sir Ralph, et la -courtisane dont j'ai parlé, formaient l'élément féminin -qui devait entrer en scène.</p> - -<p>Le premier sujet d'une castigation fut miss Violet, qui -pour une peccadille commise un mois auparavant, fut -fouettée sans pitié. La courtisane française avait assisté -avec grande surprise à la punition de sa jeune amie -anglaise, et même essayé de dissuader les bourreaux -de leur action infâme. Aussi, je laisse à penser l'indignation -qu'elle ressentit lorsque son amant l'informa -tranquillement que son tour était venu. Je cite son -propre récit que l'auteur lui fait raconter à des amies:</p> - -<blockquote> -<p>«Je crus qu'il plaisantait et je me mis à rire. Mais lui se -tenant debout, le fouet à la main me dit placidement:</p> - -<p>«Allons, Nini, déshabillez-vous, la belle!</p> - -<p>Comme je le regardais, hébétée, pétrifiée d'étonnement, il -reprit criant presque:</p> - -<p>«Allons… fais vite,» et au même instant son fouet s'abattait -cinglant mes épaules.</p> - -<p>«Je poussai un cri de douleur et de rage, et bondis comme -une tigresse pour lui arracher le fouet: deux coups rapides -me firent battre en retraite.</p> - -<p>«Nous étions restés seuls. Je courus vers la porte; elle -était fermée en dehors.</p> - -<p>«Assassin! misérable lâche!» m'écriai-je éperdument; -à chacune de mes exclamations, le fouet retombait sur mes -épaules.</p> - -<p>«Sir Ralph, d'une voix calme, me disait:</p> - -<p>«Prends garde à la figure. Je ne voudrais pas te blesser.» -Puis, il continuait, par saccades: «sois raisonnable… déshabille-toi, -ou… j'emploie la force—Osez donc, misérable! -criai-je de nouveau.»</p> -</blockquote> - -<p>Et la scène se continue entre amant et maîtresse jusqu'à -l'intrusion de nouveaux témoins qui vont prêter -appui à l'orgie sanguinaire qui va se dérouler.</p> - -<p>Les détails qui accompagnent les descriptions m'empêchent -de les citer.</p> - -<p>C'est, je crois, le livre le plus érotique qu'il m'ait été -donné de lire en anglais.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Théâtre des cruautés des hérétiques au -XVI<sup>e</sup> siècle.</b>—Reproduction du texte et des gravures -de l'édition française de 1558. Publié sans doute à -Londres, 96 pages.</p> - - - - -<p class="gap"><b lang="en" xml:lang="en">Prison Characters</b> <span class="sc" lang="en" xml:lang="en">drawn from life with suggestions -for prison government. Female life in prison by -F. W. Robinson</span><a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a> Caractères de la prison (en Angleterre); basé sur la vie, avec -conseils au gouvernement des prisons. Vie des femmes en prison, -par F. W. Robinson.</p> -</div> -<p>Deux illustrations, deux volumes, 736 pages.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Les duels par la flagellation.</b>—Je viens de -passer rapidement en revue les principaux ouvrages, -où des auteurs talentueux ou nuls se sont efforcés de -nous raconter par «des scènes vécues» (?) disaient-ils -presque tous, que la flagellation fut, est, et sera toujours -à l'ordre du jour, qu'elle fait partie intégrante -de notre vie. Je suis loin de les approuver, considérant -plutôt les malheureux adonnés à cette pratique comme -des malades, et rien de plus. Cependant, il est des -circonstances où le fouet ou le bâton ont joué un rôle -prépondérant. Je me souviens avoir lu dans les journaux -américains, il y a quelques semaines à peine, -que deux habitants du pays, qui s'étaient voués une -haine mortelle, dont la jalousie était la base (cherchez -la femme) ont trouvé un ingénieux moyen de mettre -fin au conflit qui les séparait. Attachés tous deux solidement -à deux arbres vis-à-vis, n'ayant que la main -droite de libre, et cette main armée d'un gourdin, ils -se sont administrés réciproquement une telle volée de -coups, qu'il est plus que probable qu'ils ont trouvé -dans la mort l'unité qu'ils n'avaient pu avoir de leur -vivant. Voilà un duel, qui, je crois, ne sera pas goûté -de sitôt dans la vieille Europe. Mais en Amérique…</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>Le <i>Journal illustré</i>, dans son numéro du 4 mars 1900 -donne en première page une gravure représentant un -duel au fouet entre deux charretiers, duel qui se termina -tragiquement, l'un des deux combattants ayant -eu l'œil crevé.</p> - -<p>Voici les faits tels que les a relatés <i>le Petit Journal</i>:</p> - -<blockquote> -<p>«Deux charretiers, Georges Falga et Emmanuel Ricci, -âgés vingt-trois ans et vingt-six ans, vivaient en paix… -lorsqu'à La Garenne-Colombes, où ils demeurent, ils -firent la connaissance d'une fort jolie fille dont ils -s'éprirent éperdument et que tous deux désiraient -épouser. Falga, plus heureux que son rival, ayant -obtenu, avec le consentement du père, celui de la jeune -personne qui ne voulait pas de Ricci parce qu'il est -Italien, s'empressa de faire part à ce dernier du résultat -de sa démarche.</p> - -<p>Furieux d'être ainsi évincé, l'Italien jura de se venger.</p> - -<p>Hier matin, vers six heures, comme les deux rivaux, -avant de se rendre à leur travail, prenaient leur repas -dans un débit de la Garenne, une violente discussion -s'éleva entre eux, à propos du prochain mariage de -Falga, et de grossières invectives furent échangées. Ils -allaient en venir aux mains, lorsque d'autres charretiers, -témoins de la scène, s'interposèrent et proposèrent -aux deux hommes d'aller vider leur querelle -dans un duel en champ clos.</p> - -<p>L'arme choisie serait le fouet dont chacun d'eux était -armé. Les conditions de ce singulier duel réglées, Falga -et Ricci, suivis de leurs témoins allèrent se placer -dans un terrain situé à quelque distance du débit.</p> - -<p>Mis en face l'un de l'autre, chacun tenant son arme, -les combattants, qui, au préalable s'étaient dévêtus -jusqu'à la ceinture, attendirent le signal et se mirent -immédiatement à se cingler consciencieusement le -visage et le torse de terribles coups de fouet.</p> - -<p>D'énormes zébrures, laissant échapper le sang, ne -tardèrent pas à apparaître sur la peau des deux adversaires, -qui redoublant d'ardeur, se frappaient comme -des sourds. Le combat durait depuis quelques minutes, -lorsque tout à coup, Ricci poussa un cri terrible et -chancela. Le fouet de son rival venait de lui atteindre -l'œil.»</p> -</blockquote> - - - - -<p class="gap"><b>Les corrections conjugales et les littérateurs, -anciens et modernes.</b>—Cette grave question: Doit-on -ou ne doit-on pas battre sa femme? a fait couler -des flots d'encre à pas mal de littérateurs.</p> - - -<p class="ugap">Il est bien un vieux proverbe qui dit «qu'il est permis -de battre sa femme, mais qu'il ne faut pas l'assommer», -et comme il est universellement reconnu que -les proverbes sont la sagesse des nations, nous devons -prendre celui-là en bonne part.</p> - -<p>«Battre sa femme, dit M. Esquiros, est un usage -fort ancien dans le monde et notamment en France… -Toutes les sociétés commencent, comme l'humanité, -par l'état sauvage, lequel entraîne toujours l'emploi -aveugle de la force. De vieilles cérémonies religieuses -consacraient même cet usage en plusieurs provinces; -le droit en était accordé au mari comme une franchise.»</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>En Angleterre, écrit M. Larcher, la loi qui permettait -au mari de battre sa femme <i>gratuitement</i> a subsisté -jusqu'en 1660.</p> - -<p>Depuis ce temps, moyennant une faible amende, -tout mari anglais peut infliger de rudes corrections à -sa femme.</p> - -<p>A notre époque, dans ce pays, il ne se passe pas une -semaine, pas un jour même, sans qu'une feuille publique, -soit de Londres, soit de la province, n'annonce -qu'un mari a horriblement maltraité sa femme. Ces -actes de brutalité conjugale sont depuis longtemps -si communs en Angleterre, que le public n'y donne -plus aucune attention; ils passent en quelque sorte -inaperçus. On se dit: «Ce n'est rien, c'est un homme -qui a corrigé sa femme,» tout aussi simplement qu'on -se dirait: «Ce n'est rien, c'est un homme qui a battu -son chien.» Il est même à supposer que les chiens, -s'ils subissaient les mauvais traitements que subissent -un grand nombre de femmes, trouveraient plutôt des -défenseurs que ces dernières… Dès l'instant que de -tels actes de barbarie ne soulèvent plus l'indignation -publique, le devoir des législateurs serait d'aviser au -moyen d'y mettre un terme… Est-ce au mari, au -mariage ou à la femme qu'il faut s'en prendre? Que l'on -cherche et l'on trouvera.</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>Une bonne correction, dit Salomon, vaut mieux aux -femmes qu'un collier de perles.</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>Tilly fait la remarque que les femmes résistent souvent -aux plus nobles procédés, et sont presque toujours -subjuguées par le charme des plus mauvais traitements.</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>Le <i>Petit Bleu</i> du 15 mars 1900, publiait l'entrefilet -suivant:</p> - -<blockquote> -<p><b>Battu et ridiculisé.</b>—<span class="sc">Montluçon.</span>—Il existe à -Montluçon une vieille et originale coutume locale qui -veut que tout mari qui se laisse battre par sa femme -soit promené par la ville la tête coiffée d'un bonnet de -coton, une quenouille en main en guise de sceptre et -monté à l'envers sur un âne.</p> - -<p>Cette pratique quelque peu comique est toujours en -vigueur. Aussi, avant-hier soir, vers six heures, à la -sortie des usines, plus de trois mille personnes se trouvaient-elles -sur le pont Saint-Pierre et aux abords pour -voir passer un cortège de mari battu.</p> - -<p>Le patient était un ouvrier d'usine, à qui sa femme -avait donné une maîtresse gifle à la suite d'une querelle -conjugale, et à qui ses camarades d'atelier appliquaient -la peine encourue en pareil cas, suivant le rite usité.</p> - -<p>Le malheureux, cavalcadant à l'envers sur un âne de -marinier, le chef ceint d'un casque à mèche et portant -dans le dos une pancarte infamante, où étaient écrits -ces mots: «Battu par sa femme et content,» fut promené -par toute la ville, essuyant les lazzis les plus -sanglants d'une foule sans pitié.</p> -</blockquote> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>Bien d'autres auteurs ont agité cette question, mais -les citer tous m'écarterait sensiblement de mon programme.</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - - - - -<p class="gap"><b>A l'ombre.</b>—Traduit pour la première fois de -l'Anglais pour la Société des Bibliophiles, 1 volume, -in-18<sup>o</sup> papier vergé. (Édité à 10 francs.)</p> - - -<p class="ugap">Dans son prospectus, l'éditeur de cet ouvrage dit:</p> - -<p>«Il est assez délicat de donner une idée du livre, vu -sa nature ultra-légère. Contentons-nous de dire que -ceux que ne choquent pas les robes qui se retroussent -et les cotillons qui découvrent ce qu'ils devraient -cacher, ceux-là, disons-le, trouveront leur compte dans -ce volume singulièrement pimenté. Est-il besoin d'ajouter -que l'application de la verge et de la main sur -d'affriolantes rondeurs y joue un rôle prépondérant; -c'est un des traits caractéristiques de cette sorte de littérature, -et, dans cet ouvrage, c'est pour ainsi dire à chaque -page que se manifeste ce goût étrange dont tant d'ouvrages -sérieux ont affirmé et commenté l'existence.»</p> - - - - -<p class="gap"><b>Les Loups de Paris</b>, par <span class="sc">Jules Lermina</span><a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a>.—Ce n'est -pas sous un titre semblable que l'amateur d'ouvrages -sur la flagellation, penserait trouver une terrible scène -de fustigation. Le hasard—qui fait parfois bien les -choses au profit des bibliomanes—m'a fait rencontrer -ce livre qui, à première vue, semble être un roman-feuilleton -fort banal. En le feuilletant, j'y ai trouvé -quelques études intéressantes, où le document n'est -pas dédaigné, mais l'auteur, obéissant aux lois inexorables -de la compréhension populaire, a dû mettre sa -tâche à la hauteur de M<sup>me</sup> Pipelet qui s'en est donnée à -cœur joie: des massacres, cambriolages, vols avec -effractions, assassinats: «O ma chère! c'est palpitant.»</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a> Grand in-8<sup>o</sup>, avec un frontispice en couleurs (grande chromolithographie -pliante).</p> -</div> -<p>Arrivons au passage qui nous intéresse. Il s'agit d'une -tentative d'évasion dans un bagne. Le forçat coupable -est condamné à recevoir cinquante coups de bâton. Je -cite textuellement:</p> - -<blockquote> -<p>On entraîna le coupable. Entraîner n'est pas le mot propre, -car il suppose résistance. Et il se laissait faire, comme s'il -n'eût été qu'une masse inerte…</p> - -<p>Les forçats avaient été convoqués, selon l'usage, pour -assister au châtiment, à l'expiation…</p> - -<p>L'évadé fut dépouillé jusqu'à la ceinture…</p> - -<p>Un condamné à vie s'avança tenant en main l'instrument -du supplice. En cette année-là, on faisait l'essai d'un fouet -d'importation anglaise, le <i lang="en" xml:lang="en">cat-o-nine tails</i>, touffe de neuf -lanières, garnies de petites balles de plomb.</p> - -<p>L'exécuteur fit siffler dans l'air le cuir, qui rendit un bruit -sec comme un coup de feu.</p> - -<p>Le condamné resta immobile, les poignets appuyés sur le -billot de bois.</p> - -<p>Il faut dire que chaque coup du <i>cat-o-nine tails</i>, était -compté pour dix coups ordinaires. C'était donc cinq rasades -seulement, terme consacré, que le patient devait recevoir.</p> - -<p>Un!… Son dos se marbra de bleu et de rouge.</p> - -<p>Il ne remua pas.</p> - -<p>Deux! Il y eut du sang.</p> - -<p>Même immobilité.</p> - -<p>—Diable! fit un des assistants, voilà une forte nature. -Qui se serait attendu à cela? Ordinairement, on tombe au -troisième.</p> - -<p>Bah! ce sera pour le quatrième.</p> - -<p>Mais le troisième tomba net sur les épaules l'homme…</p> - -<p>Le quatrième enleva quelques lambeaux de chair…</p> - -<p>L'autorité n'en revenait pas. Ce fouet britannique ne remplissait -pas les conditions du programme…</p> - -<p>—Cinq!</p> - -<p>C'est fait. Le condamné se redressa. Il y avait là un baquet -rempli d'eau dans laquelle on avait fait dissoudre quelques -kilos de sel marin.</p> - -<p>—Vous permettez? demanda-t-il.</p> - -<p>Et sans attendre la réponse, il plongea dans l'eau la toile -grossière qui servait d'éponge, et le liquide ruissela sur ses -épaules…</p> - -<p>Il ne frémissait même pas. Et cependant, à voir la chair -écrasée, la douleur devait être atroce…</p> - -<p>Mais lui, sachant que, sa peine subie, il rentrait dans les -rangs, à sa place, alla se mettre dans le groupe des forçats, -endossant la casaque dont on l'avait dépouillé…</p> - -<p>—C'est une mystification, dit un surveillant.</p> - -<p>De fait, ils étaient tous consternés.</p> - -<p>—Il y a un autre condamné, fit un garde-chiourme. -On pourrait essayer.</p> - -<p>—Soit…</p> - -<p>La condamnation était moins grave. Vingt coups, ce qui -se résolvait en deux coups de fouet de nouvelle invention…</p> - -<p>—C'est l'exécuteur qui a le poignet trop mou, objecta -quelqu'un.</p> - -<p>Celui qui venait de recevoir les cinq coups dit, mettant le -bonnet à la main:</p> - -<p>—J'offre de frapper le patient.</p> - -<p>—Tu n'auras pas la force.</p> - -<p>—Essayez.</p> - -<p>—Soit.</p> - -<p>Le forçat qui avait encouru la peine, pour quelque peccadille -d'insubordination, était un énorme colosse dont les -épaules, le torse, le <i>râble</i> semblaient taillés en plein bronze…</p> - -<p>Il se posa, arrogant, défiant du regard le poignet fin et -sans doute faible de cet exécuteur de hasard.</p> - -<p>—Bonne affaire! murmura-t-il. Si celui-là me démolit…</p> - -<p>Il n'acheva pas.</p> - -<p>On entendit un cri, un râle.</p> - -<p>L'homme était par terre, crispant ses ongles au sol.</p> - -<p>Un seul coup du <i lang="en" xml:lang="en">cat-o-nine tails</i> l'avait abattu.</p> - -<p>Le médecin s'approcha… Une sorte de gloussement sortait -de sa poitrine, tandis qu'une écume rougeâtre souillait ses -lèvres.</p> - -<p>—Il ne résisterait pas au second coup, dit le médecin. -Bien heureux s'il réchappe de cette première alerte…</p> - -<p>C'était fait.</p> - -<p>Les gardes-chiourmes appelèrent les hommes à la grande -fatigue.</p> -</blockquote> - - - - -<p class="gap"><b>La flagellation dans la gravure, la caricature, -en politique.</b>—Là aussi, la flagellation a joué un -rôle important. Mais cette partie demande une étude -spéciale. Je ne citerai donc que quelques exemples.</p> - -<p>Qui ne se rappelle le numéro publié par le <i>Le Rire</i>, -entièrement illustré par le dessinateur Willette? Une -des gravures, la plus amusante peut-être, représente un -intérieur britannique, et, cependant que le père lit la -<i>Bible</i>, la mère éponge le postérieur d'une fillette. -Légende: <i>En Angleterre, les petites filles sont bien -gentilles, mais trop souvent fouettées.</i></p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>Au moment où j'écris ces lignes, <i>La Caricature</i>, -journal satyrique donne en première page un dessin -représentant la reine Victoria, flagellée vigoureusement -par le Président Krüger. Cette caricature, considérée à -juste titre comme outrageante, a eu un immense retentissement -de l'autre côté du détroit.</p> - - - - -<p class="gap">Dans son numéro du 30 avril 1800, <i>Le Courrier français</i> -donne un merveilleux dessin de Willette à propos -du rétablissement de la flagellation en Virginie. La -légende du dessin porte:</p> - -<blockquote> -<p>«Les journaux publient une dépêche de New-York annonçant -que l'Assemblée législative de l'État de Virginie a voté -une loi permettant d'appliquer les châtiments corporels en -public.</p> - -<p>«La première à qui cette loi a été appliquée est une jeune -fille de dix-huit ans qui a été fouettée sur la place publique -de Manassas, parce qu'elle avait des relations immorales avec -un clergyman.»</p> - -<p>Sans commentaires.</p> -</blockquote> - - - - -<p class="gap">Une petite brochure vient de paraître, sous le titre. -<b>Les Crimes des couvents</b><a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a>, qui contient des détails si -révoltants sur des faits qui se sont passés dernièrement, -d'une telle férocité que le sujet mérite d'être étudié à -fond.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a> <span class="sc">B. Guinaudeau.</span>—<span class="sc">Les Crimes des couvents.</span>—L'exploitation -des Orphelins. Paris, 1889. 1 brochure de 72 pages, 50 centimes.</p> -</div> -<p>Je réserverai donc cette étude pour un autre ouvrage, -car ici, la place me fait défaut.</p> - - - - -<p class="gap"><b>Traité du fouet, et de ses effets sur le physique -de l'amour, ou aphrodisiaque externe.</b>—Ouvrage -médico-philosophique, suivi d'une dissertation sur les -moyens d'exciter aux plaisirs de l'amour, par D… -(Doppet) médecin, 1788, 1 vol. in-18 de 108 pages, plus -18 feuillets préliminaires.</p> - - -<p class="ugap">Le <i>Traité du fouet</i> est une imitation plagiaire du traité -de Meibomius, dont j'ai déjà parlé. Ici tout est libertinage -et satire grossière. Le lecteur n'y apprendrait rien -d'utile; en revanche, il y peut trouver les moyens de -ruiner sa santé, car l'ouvrage contient une pharmacopée -très étendue des plus actifs aphrodisiaques, -réduits en électuaires formulés, suivie d'une liste raisonnée -des plantes analogues à la vertu de ses récipés.</p> - -<p>J'ai sous les yeux une réimpression de ce volume qui -porte: Londres, 1891. Cette édition est précédée d'une -<i>notice bibliographique</i> dont je cite quelques passages -intéressants:</p> - -<blockquote> -<p>L'auteur du <i>Traité du fouet</i> est François-Amédée Doppet, -médecin, littérateur et général français, d'origine savoisienne, -né a Chambéry en mars 1753, et mort à Aix (Savoie) vers -l'an 1800. Sauf Quérard, <i>France litt.</i> et la <i>Biogr. génér.</i> de -Hœfer qui donnent l'énumération exacte de ses nombreux -ouvrages, il n'est guère brièvement cité par les autres biographes, -que pour l'ouvrage qui nous occupe.</p> - -<p>La première édition a pour titre: <i>Aphrodisiaque externe</i>, -ou <i>Traité du fouet et de ses effets sur le physique de l'amour, -ouvrage médico-philosophique suivi d'une dissertation sur tous -les moyens capables d'exciter aux plaisirs de l'amour, par D***</i>, -sans lieu d'impression (Genève) 1788, in-18 (disent Brunet, -Graesse et le comte d'I***), in-16 (disent Barbier, Quérard -et Hœfer) de 158 pages.</p> - -<p>Il est à remarquer que tous les biographes indiquent -<i>Genève</i> comme lieu d'impression, tandis que la <i>Bibliographie</i> -du comte d'I***, seule, indique <i>Paris</i>.</p> - -<p>La <i>Bibliographie des ouvrages relatifs à l'amour, aux -femmes</i>, etc. Turin et San Remo, 1871-1873, en annonçant, -au <i>Traité du fouet</i>, une figure-frontispice, qui n'a jamais -existé que dans l'imagination un peu vagabonde des éditeurs, -ajoute que le <i>Médecin de l'amour</i> paru à <i>Paphos</i> (Paris) en -1787, in-8<sup>o</sup>, est un essai du même ouvrage. C'est une profonde -erreur. Le <i>Médecin de l'amour</i>, est tout simplement -une véritable histoire médico-romanesque n'ayant aucun -point de ressemblance avec le <i>Traité du fouet</i>.</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>Il se rencontre aussi des exemplaires de cette édition originale -portant un titre ainsi libellé: <i>Traité du fouet</i>, ou -<i>Aphrodisiaque externe</i>, etc. A Paris, chez les marchands de -nouveautés.</p> - -<p>Une réimpression à très petit nombre a eu lieu à Paris ou -à Lille, au commencement de ce siècle (1820 à 1825). Cette -édition contient 108 pages, la table comprise; elle porte sur -le titre, pour épigraphe, un passage latin, tiré de l'ouvrage -de Meibomius. Elle est bien imprimée, son bon papier -ordinaire collé, d'une teinte légèrement bleuâtre.</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>Il est à remarquer que la seconde partie de cet ouvrage, -intitulée: <i>Dissertation sur tout les moyens capables d'exciter -aux plaisirs de l'amour</i>, ne fait point partie essentielle du -<i>Traité du fouet</i>. C'est plutôt une pharmacopée aphrodisiaque -très curieuse.</p> - -<p>Aussi cette partie a-t-elle été détachée de l'ouvrage et -reproduite avec des annotations, depuis peu, à l'étranger.</p> - -<p>On y a même joint un frontispice très épicé, dont l'allégorie, -aussi frappante qu'ingénieuse, rappelle d'une façon -toute gaillarde, le souvenir des <i>Fleurs animées</i> de Granville.</p> -</blockquote> - - - - -<p class="gap"><b>Histoire des Flagellans</b>, où l'on fait voir le bon et -le mauvais usage des Flagellations parmi les chrétiens, -par des preuves tirées de l'Écriture sainte, etc., traduit -du latin de M. <span class="sc">l'Abbé Boileau</span>, docteur de Sorbonne -(par l'abbé Granet), Amsterdam, chez Henri Sauzet, -1732 (1 vol. in-12).</p> - - -<p class="ugap"><i>Diverses éditions en latin, français et anglais.</i></p> - -<p>—Tout est vraiment digne d'attention dans ce livre, -publié vers la fin de l'année 1700, par l'abbé Boileau, -frère du célèbre Despréaux. Cet excellent écrit que -l'abbé Irailh, a eu le grand tort d'appeler un livre saintement -obscène traduit en français dès 1701, puis en -1732 par l'abbé Granet, l'éditeur des œuvres du savant -de Launoy, n'excita pas moins, quand il paru une -grande rumeur parmi les moines, les théologiens et -surtout chez les jésuites, soit à cause des opinions jansénistes -imputées à l'auteur, soit par une suite de cette -déplorable prédilection que les jésuites ont toujours -eue pour la <i>discipline d'en bas</i>. Le père du Cerceau et -l'infatigable controversiste Jean-Baptiste Thiers, curé -de Vibraye, s'emportèrent cruellement contre l'abbé -Boileau. De leur côté les moines et les moinesses firent -grand bruit. Mais de réfutation concluante, il n'en parut -aucune.</p> - -<p>L'abbé Boileau poursuit, en dix chapitres, la flagellation, -spécialement la flagellation volontaire, depuis -son origine jusqu'à son époque, sous toutes ses formes -et ses prétextes, comme une indigne coutume née du -paganisme et de l'esprit de libertinage.</p> - -<p>Ne fait-il pas beau voir le père Girard donnant la -discipline à la belle Cadière, pour commencement de -satisfaction, et cela, parce que liberté pareille a été -prise, sans encombre de chasteté, par saint Edmond, -Bernardin de Sienne, et par le capucin Mathieu d'Avignon?</p> - -<p>A en juger par la nature humaine, qui est la même -partout, la flagellation du christianisme n'a pas eu -d'avantages sur celle des lupercables, et dans le nombre -des dévotes fouettées, nous avons dû avoir autant de -femmes compromises que les Romains.</p> - - - - -<p class="gap"><span class="sc">Hector France</span> dans «<b>Le Péché de sœur Cunégonde</b>» -(Paris s. d. In-4<sup>o</sup> illustré) nous donne une -très amusante scène de pénitence religieuse. Je cite -textuellement:</p> - -<blockquote> -<p>«Cependant, ce n'était pas de l'<i lang="la" xml:lang="la">Ave Maria</i> dont s'occupait -une religieuse, car en passant devant une porte sur laquelle -était écrit le nom de <i>sœur Sainte-Irène</i>, on entendit le bruit -de ce que Rabelais nomme une <i>Cinglade</i>, mais une cinglade -timide et molle, précédée et suivie de petits gémissements.</p> - -<p>—Restez là, dit monseigneur à la petite fille en s'arrêtant -et frappant trois coups. Peut-on entrer? ajouta-il.</p> - -<p>—Je me meurtris aux épines de la mortification, répondit -une voix plaintive.</p> - -<p>—Quelle mortification?</p> - -<p>—Je me flagelle.</p> - -<p>—Eh! ma sœur, dit le directeur en poussant la porte qu'il -referma sur lui, c'est sur la chair qu'il faut frapper, ma -sœur, la chair! la misérable chair! Avez-vous le cordon de -<i>Jésus-Marie-Joseph</i>?</p> - -<p>—Oui, monseigneur, le voici.</p> - -<p>—Allons, plus haut, retroussez votre tunique de lin!</p> - -<p>Et presque aussitôt la petite fille, terrifiée, entendit les -cinglements de la corde devenir plus stridents, et à chaque -coup s'accentuer les plaintes.</p> - -<p>—Invoquez le nom de Jésus, dit le prélat et les épines de -la mortification se changeront pour vous en feuilles de rose.</p> - -<p>—Oh! doux Jésus! dit la sœur.</p> - -<p>—Les morsures de la flagellation se tourneront en suaves -blandices.</p> - -<p>—Oh! doux Jésus!</p> - -<p>—Les souffrances du martyre en jubilation.</p> - -<p>—Oh! doux Jésus!</p> - -<p>—Les angoisses de l'agonie se transformeront en céleste -béatitude.</p> - -<p>—Oh! doux Jésus! Grâce, monseigneur! vous frappez -trop fort.</p> - -<p>—«Alors Ponce Pilate, après avoir fait fouetter Jésus, le -livra aux Juifs pour être crucifié.» C'est en mémoire de cet -acte que notre sainte patronne Élisabeth de Hongrie livrait -sa chair à la flagellation et la sainte ne se plaignait pas de -la violence du pieux Conrad. Elle disait à chaque coup: -«Plus fort, très cher père Conrad, plus fort!» Aussi elle est -assise à la droite du Père.</p> - -<p>—Plus fort, monseigneur! Frappez sur ma misérable chair. -Oh! doux Jésus! Aïe! Aïe!</p> - -<p>—Le sol est durci sous la lourde pression de vos péchés, -il faut frapper, ma fille, pour pouvoir enfoncer la racine de -vertu.</p> - -<p>—Oh! doux Jésus! Quelles délices! oh! doux Jésus! -monseigneur! Oui… enfoncez… la… racine… de… vertu… -Oh! Joies du Paradis!</p> - -<p>—Vous avez gagné 643 jours d'indulgence plénière, agenouillez-vous, -priez et réjouissez-vous.</p> - -<p>—«Réjouissons-nous! J'ai vu la rosée tombée du ciel, -j'ai vu la chaste nuée d'où le juste est sorti, j'ai vu le désiré, -j'ai vu le rejeton de David, j'ai vu le fils de la Vierge, j'ai vu -le Messie, j'ai vu Emmanuel, j'ai vu Jéhovah, notre juste, -c'est en mon Jésus! Il va bientôt venir. Oh! Joies du Paradis!»</p> - -<p>—<i>Amen!</i> Le voici, ma sœur!</p> - -<p>—Jésus! Marie! Joseph!</p> - -<p>—Courbez plus bas la tête, ma fille.</p> - -<p>—Ah! doux Jésus! L'esprit saint est en moi! Et la petite -fille, qui écoutait toute tremblante, n'entendit plus que des -soupirs étouffés. Sans doute la sœur Sainte-Irène, touchée -par l'onction intérieure de la grâce, demeurait plongée dans -la contemplation des perfections infinies et noyée dans une -amoureuse union avec le fils du Père éternel… ou avec son -ministre, M<sup>gr</sup> de Ratiski… Mystère<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a>!…</p> -</blockquote> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a> Une curieuse gravure illustre ce passage.</p> -</div> - - - -<p class="gap"><span class="sc">Hector France.</span>—<b>La pudique Albion. Les nuits -de Londres.</b> 1 vol. in-18<sup>o</sup> jésus, 332 pp. (Paris, 1885).</p> - - -<p class="ugap">Dans ce volume, page 203 commence un chapitre -intitulé <i>Filles fessées</i>. Comme ce chapitre occupe -13 pages, je ne puis le citer en entier, quoiqu'il en -vaille la peine. Voici quelques-uns des passages les -plus pittoresques:</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<blockquote> -<p>«Traversant un matin un corridor pour se rendre à sa -classe, il (La Cecilia, professeur de français à cette époque) -entendit des supplications suivies d'un bruit ressemblant a -ce que nos pères appelaient une <i>cinglade</i>, et nous, une forte -fessée. Or, comme les plus jeunes élèves de l'école n'avaient -pas moins de douze ans, le châtiment lui parut si extraordinaire -en raison de la pudibonderie anglaise qu'il prit avec -toutes sortes de précautions, des informations sur la nature -de ce bruit insolite, près de la sous-maîtresse assistant à son -cours.</p> - -<p>—Oh! répondit-elle en rougissant un peu, c'est une petite -fessée (<i lang="en" xml:lang="en">little whipping</i>) qu'on a infligée à cette mauvaise tête -de miss O'Brien.</p> - -<p>Miss O'Brien était précisément une des plus grandes -élèves, superbe Irlandaise de dix-sept ans mais qui en paraissait -vingt, tant la nature avait pour elle été prodigue.</p> - -<p>—Vous ne voulez pas dire, répliqua La Cecilia stupéfait, -qu'on a donné le fouet à cette grande fille?</p> - -<p>—Parfaitement, «le fouet», comme vous l'appelez; c'est -l'usage de la maison.</p> -</blockquote> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>Voici une lettre reproduite dans ce livre; elle est d'un -gentleman nommé G. Ferguson:</p> - -<blockquote> -<p>«Quant à l'abominable pratique de fouetter les jeunes filles -dans les écoles, écrit-il, je veux vous relater ce qui vient -d'arriver dans une pension du nord de Londres à une jeune -personne dont je suis le tuteur. Elle a dix-huit ans et y fut -envoyée pour terminer sa dernière année d'éducation. Un -soir, une des plus jeunes du pensionnat, fillette de douze ans, -ayant été fort désobéissante, la maîtresse ordonna à ma -pupille de fouetter, en sa présence, la petite dont elle -retroussa aussitôt, elle-même, les jupons. L'autre naturellement, -stupéfiée de cet ordre, refusa nettement de l'exécuter. -Alors, la maîtresse, après avoir fessé très sévèrement la fillette, -conduisit ma pupille dans la classe où sept ou huit autres de -ses compagnes travaillaient, leur disant qu'elle allait faire -un exemple. Elle ordonna à la jeune fille d'ôter sa robe et -son pantalon, la menaçant, si elle n'obéissait pas, d'envoyer -chercher le maître d'allemand pour la déshabiller. Affolée, -elle céda et fut contrainte de se tenir devant ses camarades -dans la plus humiliante et la plus indécente des attitudes, -la moitié de ses effets enlevée et l'autre moitié retroussée -jusque sur ses épaules, tandis que la maîtresse la frappait -avec une verge de bouleau jusqu'à ce que le sang ruisselât -sur ses cuisses; alors seulement elle s'arrêta et l'envoya au -lit.»</p> -</blockquote> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>Je détache ce passage de la lettre d'une dame:</p> - -<blockquote> -<p>«L'âge où le fouet agit le plus efficacement sur les jeunes -personnes varie entre quinze et dix-huit ans. C'est l'époque -où les passions fermentent, prennent de la force, et il faut -user d'un traitement radical. Pour les filles plus jeunes, -quelques coups de baguettes bien appliqués sur le gras des -jambes ou des bras produit d'ordinaire l'effet désiré. Naturellement -il n'est pas possible d'établir une règle quant au -nombre des coups. Tout dépend des tempéraments et des -caractères. Deux filles recevant le fouet ne se conduisent pas -toutes deux de la même façon sous la douleur; les unes ont -la chair plus sensible que les autres, mais en général, un -coup par année est ce qu'il y a de plus équitable et de plus -logique. Ainsi douze coups pour une fillette de douze ans. -Une de trois lustres en recevra quinze et ainsi de suite.»</p> -</blockquote> - -<p>«A cette théorie si simplement exposée», dit Hector -France, «je n'ajouterai pas un mot. Tout commentaire -serait superflu».</p> - - - - -<p class="gap"><span class="sc">Maurice Alhoy.</span>—<b>Les Bagnes; Histoire, types, -mœurs, mystères.</b>—<i>Édition illustrée.</i> Paris, 1845. -Un volume grand in-8<sup>o</sup> de 480 pages.</p> - -<p>Très intéressant ouvrage qui contient un long chapitre -sur la bastonnade et les punitions corporelles au -bagne. Je cite les passages qui m'ont semblé les plus -intéressants au point de vue du document.</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<blockquote> -<p>De nos jours dans les bagnes, l'office de l'exécuteur -existe encore; mais ses fonctions se réduisent presque -toujours à appliquer la bastonnade, châtiment qui -résume là, à quelque exception près, presque toute la -collection des peines… Le forçat voleur, faussaire, -faux monnayeur, vit sous la tutelle de la loi, qui semble -morte pour lui comme il est mort pour elle, et il peut -commettre impunément tous les crimes contre la propriété, -il ne court risque que de se voir étendu sur une -souche qu'on nomme <i>banc de justice</i>, et frappé par -un bras vigoureux d'un nombre de coups de gercette -ou corde goudronnée, qui varie de dix à cent; et à -moins que le condamné ne joue du couteau contre son -gardien, qu'il ne l'étouffe dans ses bras ou qu'il ne le -jette dans les flots, il rachètera tous les crimes par la -flagellation.</p> -</blockquote> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<blockquote> -<p>Il y eut à Rochefort un forçat surnommé Jean le -Bourreau, qui accomplissait ses fonctions avec un -appétit carnassier qui s'exaltait tellement quand le -sang venait à saillir, qu'il fallait mettre près de lui -plusieurs agents afin qu'il ne prolongeât pas le supplice -du patient au delà des limites fixées par le jugement. -Cet homme était d'une haute stature, et quoique -bancal, sa force était prodigieuse. Les cicatrices d'un -coup de couteau dans la main et plusieurs autres blessures -dont les stigmates tatouaient ses membres, témoignaient -de la haine profonde qu'il inspirait. Les liens -de la parenté ou de l'intimité n'avaient aucune puissance -sur la nature de cet homme; on le voyait vers le -soir attendre l'heure de la rentrée des condamnés, -comme le fauve qui guette un troupeau dans lequel il -lui faut une proie. Un jour on lui livra pour la correction -son propre neveu, forçat comme lui; et celui-ci -fut si vigoureusement châtié par son inflexible oncle, -qu'il faillit perdre la vie.</p> - -<p>J'ai vu à l'hôpital le forçat Pitrou, qui avait passé -par les mains de Jean le Bourreau jusqu'à vingt-cinq -fois; il était impossible de regarder sans horreur le -corps de ce condamné: de la nuque au talon on eût dit -un spécimen de ces grandes figures d'écorchés qui servent -aux études anatomiques.</p> - -<p>La bastonnade produit un effet qui varie suivant la -nature du condamné. Tel forçat n'éprouve, en la subissant, -que la douleur physique, tel autre en ressent un -ébranlement moral qui le rend plus indomptable ou le -frappe d'atonie. Le fameux Pontis de Sainte-Hélène -reçut les coups de corde sans rien perdre de cette -dignité qui imposait même aux plus cyniques de la -chiourme. Il subit ce châtiment sans se plaindre, et -dit qu'il ressemblait au Christ innocent et flagellé. -L'abbé Molitor, victime d'une cabale formée par ses -compagnons de chaîne, subit la bastonnade et oublia -plus vite la douleur que l'humiliation… M. le D<sup>r</sup> Lauvergne -cite un forçat, voleur, incorrigible qui, chaque -jour avant le ramas, venait régler avec le commissaire -la balance de ses larcins et de sa bastonnade.</p> -</blockquote> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<blockquote> -<p class="c">EXTRAIT DU CODE PÉNAL DES CHIOURMES</p> - -<p class="c small">Sera puni de la bastonnade:</p> - -<p>Le forçat qui aura limé ses fers ou employé un moyen -quelconque pour s'évader;</p> - -<p>Le forçat sur lequel il sera trouvé des objets de travestissement;</p> - -<p>Le forçat qui volera une valeur au-dessous de -5 francs;</p> - -<p>Le forçat qui s'enivrera;</p> - -<p>Le forçat qui jouera des jeux de hasard;</p> - -<p>Le forçat qui fumera dans le port ou dans sa localité;</p> - -<p>Le forçat qui vendra ou dégradera ses effets;</p> - -<p>Le forçat qui écrira sans permission;</p> - -<p>Le forçat sur lequel il sera trouvé une somme au-dessus -de 10 francs;</p> - -<p>Le forçat qui battra son camarade;</p> - -<p>Le forçat qui refusera de travailler ou commettra un -acte d'insubordination.</p> -</blockquote> - - - - -<p class="gap"><b>A la campagne</b> (traduction de <i lang="en" xml:lang="en">Country retirement</i>) -ou comment employer agréablement les loisirs de la -vie de château, traduit pour la première fois de l'anglais -pour la société des Bibliophiles cosmopolites.</p> - -<p>1 volume in-18, papier vergé (publié à 10 francs).</p> - - -<p class="ugap">Cet ouvrage, fort libre, écrit avec beaucoup de chaleur, -est une suite de scènes lubriques où la flagellation -joue le rôle principal.</p> - -<p>Ces tableaux sont curieux par leur originalité, mais -franchement obscènes.</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - - - - -<p class="gap c">QUELQUES OUVRAGES ALLEMANDS<br /> -<span class="small">SUR LA FLAGELLATION</span></p> - -<p>Depuis quelques années, un certain intérêt s'est -manifesté outre-Rhin, sur les sujets touchant la flagellation -et les punitions corporelles.</p> - -<p>Aussi, pour bien compléter cette bibliographie, je -crois bon de donner un résumé des principaux ouvrages -allemands en la matière.</p> - - - - -<p class="gap"><span lang="de" xml:lang="de"><i>Die Körperstrafen bei allen Völkern</i> von den -ältesten Zeiten bis auf die Gegenwart. <span class="sc">Culturgeschichtliche -Studien von Dr. Richard Wrede.</span> Mit 118 Illustrationen -und 1 Tafel. Gross 8<sup>o</sup>. 480 Seiten</span><a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a> <i>Les punitions corporelles chez tout les peuples</i>—depuis les -temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Étude morale très -documentée de M. le D<sup>r</sup> Richard Wrede avec 118 illustrations -et 1 tableau, volume in-8<sup>o</sup>, 480 pages.</p> -</div> - -<p class="ugap">Cet ouvrage est très documenté et très étendu dans -ses détails. Il traite des persécutions des chrétiens et -des fustigations employées à leur égard, puis il s'occupe -des sectes des <i>flagellants</i> et de l'<i>inquisition</i>. Suit -une description des droits de justice au moyen âge, du -rôle joué par le bâton et le fouet dans l'armée et la -flotte, et des punitions corporelles dans les nations -slaves. Les punitions à l'école et l'emploi de la fustigation -au point de vue sexuel et anormal sont traitées -sous les titres généraux de Masochisme, Sadisme et -Massage. L'ouvrage contient quelques illustrations -intéressantes.</p> - - - - -<p class="gap"><span lang="de" xml:lang="de"><b>Stock und Peitsche</b> <span class="sc">im XIX. Jahrhundert</span>. <i>Ihre -Anwendung und ihr Missbrauch im Dienste des modernen -Straf und Erziehungswesens.</i> Von D. Hansen</span><a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a> <i>Bâton et fouet au <small>XIX</small><sup>e</sup> siècle,—leurs applications et leurs abus -au système des punitions corporelles et de l'éducation</i>, par D. Hansen, -2 volumes.</p> -</div> - -<p class="ugap">Deux volumes qui, comme l'indique le titre, traitent -du bâton et du fouet au point de vue de la discipline -morale. Le second volume est réservé à l'emploi de ces -deux instruments dans les différents pays, ainsi que -de leur application dans les maladies sexuelles. Très -intéressant ouvrage. La façon de traiter est très -moderne.</p> - - - - -<p class="gap" lang="de" xml:lang="de"><b>Der Flagellantismus und die Flagellanten.</b> -<span class="sc">Eine Geschichte der Rute in allen Ländern</span> von Wm. -M. Cooper. In das Deutsche übertragen von Hans -Dohrn<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a> <i>La flagellation et les flagellants.—Une histoire du bâton -dans tout les pays</i>, par Wm. M. Cooper, traduite en allemand -par Hans Dohrn.</p> -</div> - -<p class="ugap">Un volume de 196 pages. Quelques curieuses illustrations, -mais point libres. Ce volume paraît être une -traduction littérale de l'ouvrage anglais «<i lang="en" xml:lang="en">History of -the Rod</i>», dont j'ai déjà parlé plus haut.</p> - - - - -<p class="gap"><span lang="de" xml:lang="de"><b>Das Deutsche Zuchthaus.</b> Ein Beitrag zur Geschichte -seiner Entstehung, Einrichtung und der darin -geltenden <i>Disciplinar-Strafen</i>. Nebst einem Anhang: -«Hausordnung des Zuchthauses zu Waldheim» von -Cäsar Krause. Mit 1 Abbildung (Der Willkomm)</span><a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a> <i>La maison de correction allemande.</i>—Une contribution à -l'histoire de son origine, établissement, et de la punition disciplinaire -qui sont appliquées,—avec un appendice.—Réglementation -sur la direction de la maison correctionnelle de Waldheim, -par César Krause, avec frontispice.</p> -</div> - -<p class="ugap">Brochure traitant des punitions corporelles dans les -prisons allemandes. Plus la lutte pour l'existence -devient difficile, plus les punitions à infliger aux criminels -devient importante et l'un des éléments primordiaux -de cette question est l'application des peines -corporelles.</p> - -<p>Qu'est au juste une maison de correction allemande? -Quels en sont le but et la direction? Comment y -applique-t-on les punitions corporelles? Quel sentiment -domine le règlement des punitions appliquées? C'est à -ces questions complexes que répond cette brochure. -Comme l'auteur l'indique dans sa préface, ceci n'est -qu'un essai pour tirer de l'obscurité un sujet qui n'a -pas reçu jusqu'ici l'attention qu'il méritait. La présente -petite brochure comble une lacune dans ce -genre de littérature. L'ouvrage contient une illustration -représentant la correction infligée à un malheureux -qui, presque nu, est entouré d'une foule curieuse où <i>les -femmes dominent</i> avides de sensations mauvaises. Le -prisonnier, couché sur un chevalet, est fortement -maintenu.</p> - - - - -<p class="gap"><span lang="de" xml:lang="de"><b>Die Geheimnisse der Inquisition.</b> Von M. Féréal. -<i>Grosse Ausgabe mit Illustrationen.</i> Ein starker Band. -(600 Seiten.) Bestes Werk über die Gräuel der Inquisition -in Spanien.<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a></span></p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a> <i>Les secrets de l'Inquisition</i>, par M. Féréal, grande édition avec -illustrations (600 pages). Ouvrage sur la cruauté de l'Inquisition -en Espagne (voir pour le contenu très détaillé, l'édition française -de cet ouvrage bien connu).</p> -</div> -<p lang="de" xml:lang="de">Eine Orgie von Mönchen. Der Günstling des Inquisitors. -Die Leidenschaft des Inquisitors. Wieder Joseph. -Die Aebtissin der Carmeliterianer. Das Amulet des -Gross-Inquisitors. Die Marterkammer. Die Kerker der -Inquisition. Ein grosses Fest in Sevilla. Die Gnadenkammer. -Tortur des Wassers. Die Busskammer. Der -Lampenball. Eine Verschwörung. Das Autodafé. Ein -Märtyrer, etc.</p> - - -<p class="ugap">Ce volume qui traite des secrets de l'Inquisition est -certainement traduit de l'ouvrage français bien connu -de M. Féréal. Il ne manque pas d'intérêt, si l'on s'en -rapporte aux titres des chapitres. L'inquisition a été si -souvent traitée dans la littérature française, qu'il serait -superflu de donner un compte rendu des tortures -décrites dans ce volume de 600 pages. Nombreuses -illustrations.</p> - - - - -<p class="gap"><span lang="de" xml:lang="de"><b>Die Strafen der Chinesen.</b> <span class="sc">Nach dem Englischen</span> -von H. Dohrn. Mit 21 Abbildungen in Kunstdruck und -1 Titelbilde</span><a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a> <i>Les punitions des Chinois.</i> Traduit de l'anglais, par H. Dohrn.—Avec -21 illustrations artistiques et frontispice.</p> -</div> - -<p class="ugap">Traite des punitions dans le peuple chinois, où la -bastonnade joue un rôle important. Traduit de l'anglais.</p> - - - - -<p class="gap"><span lang="de" xml:lang="de"><b>Grausamkeit und Verbrechen</b> <span class="sc">im sexuellen Leben</span>. -Von Russalkow 2. Auflage. 80 Seiten</span><a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a> <i>La cruauté et le crime dans la vie sexuelle</i>, par Russalkow, -2<sup>e</sup> édition, 80 pages.</p> -</div> - -<p class="ugap">Voici un titre mystérieux qui, certes, promet de ne -pas manquer d'intérêt. <i>La cruauté et le crime dans la -vie sexuelle</i> en disent long. Cet ouvrage qui en est à sa -seconde édition et a comme suite le volume suivant:</p> - - - - -<p class="gap" lang="de" xml:lang="de"><b>Ueber Schmerzzufügen.</b> <span class="sc">Prügelkuren.—Massage.—Schläge -als Weihe.—Hang zur Grausamkeit</span>, von -Gutzeit<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a> <i>L'accoutumance à la douleur.—La guérison par le bâton.—Le -massage.—Les coups comme consécration.—La pendaison -comme cruauté</i>, par Gutzeit.</p> -</div> - - - -<p class="gap" lang="de" xml:lang="de"><b>Das Prügeln in der Schule.</b> <span class="sc">Eine Gefahr fur Bildung -und Sittlichkeit</span>, von Gutzeit<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a> <i>Le bâton à l'école: un danger pour l'éducation et la civilisation</i>, -par Gutzeit.</p> -</div> - -<p class="ugap">Trop d'instituteurs, surtout dans les écoles villageoises, -se complaisent à casser maintes baguettes sur -le dos des enfants qui leur sont confiés. Une façon -comme une autre de faire entrer les sciences! Ce -volume est dirigé <i>contre</i> cette odieuse pratique. Dans -l'intérêt de l'enfance, nous aimerions voir cet ouvrage -traduit en français et répandu parmi les éducateurs de -nos enfants.</p> - - - - -<p class="gap" lang="de" xml:lang="de"><b>Der Gebrauch der Alten</b> <span class="sc">ihre Geliebte zu schlagen</span>. -Aus dem Französischen, mit Anmerkungen. Stuttgart -1856.—80. S.<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a></p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a> <i>L'usage des anciens de battre leurs fiancées.</i>—Traduit du -français avec annotations.</p> -</div> - -<p class="ugap">Le titre de cet ouvrage fait sourire… Battre sa fiancée! -Voilà une coutume qui, je crois, aurait de la peine à -s'acclimater en France. Quoique parfois, après le -mariage, cette coutume donne trop d'exemples, je ne -crois pas qu'elle serait acceptée avant le mariage. Ce volume -est traduit du français; mais je n'en connais pas -l'original.</p> - - - - -<p class="gap"><b lang="la" xml:lang="la">Flagellum salutis</b>, <span lang="de" xml:lang="de"><span class="sc">oder Heilung durch Schläge</span>, von -Paullini, nach der Ausgabe von 1698. Stuttgart, 1847.—350 -Seiten</span><a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69"><span class="label">[69]</span></a> <i>Le salut par la flagellation</i>, par Paullini, d'après l'édition de -1698. 350 pages.</p> -</div> -<p>Ouvrage de religion mystique, traduit du latin.</p> - - - - -<p class="gap"><span lang="de" xml:lang="de"><b>Kudejar</b>, <span class="sc">eine historische Chronik aus der Zeit Iwans -des Schrecklichen</span>, von Kastomarow<a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">[70]</a>.—347 Seiten.</span></p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70"><span class="label">[70]</span></a> <span class="sc">Kudejar.</span> <i>Chronique historique du temps d'Ivan le Terrible</i>, -par Kastomarow.</p> -</div> - -<p class="ugap">Que de mystères dans cette Russie du Nord! Que de -cruautés sont cachées dans les profondeurs de ce pays! -Ce présent volume voit son action se dérouler sous le -règne d'Ivan dit <i>le Terrible</i>. Je ne crois pas qu'il -en existe une traduction française. Pour les lecteurs -de romans palpitants, cette chronique historique de -359 pages vient à point.</p> - - - - -<p class="gap"><span lang="de" xml:lang="de"><b>Lenchen im Zuchthause.</b> Schilderung des Strafverfahrens -(Flagellantismus) in einem Süddeutschen Zuchthause -vor 1848.—Ein Beitrag zur Sittengeschichte, von -<b>W. Reinhard</b></span>. Hamburg, 1890<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">[71]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71"><span class="label">[71]</span></a> <i>Hélène en prison.</i>—Description des systèmes de punitions -corporelles dans une maison pénitentiaire de femmes, située dans -l'Allemagne du Sud, avant 1848. Aperçu de l'histoire des mœurs.</p> -</div> - -<p class="ugap">Cet ouvrage paraît des plus sérieux. Le lecteur en -quête de scènes érotiques pour ranimer ses sens malades -ne trouvera rien de semblable dans ce livre.</p> - -<p>Parmi tous les ouvrages sur la flagellation des -femmes—et ils sont légion—je crois que c'est le seul -qui soit réellement vrai. Poursuivi en Allemagne au -moment de sa publication, ce volume est devenu très -rare, et c'est à l'érudit libraire de Dresde, M. D… qui -s'occupe exclusivement de livres allemands sur ce sujet, -que je dois la communication de l'exemplaire que je -possède. Le plan de l'ouvrage est peu compliqué et ce -n'est pas là son moindre mérite. Hélène, l'héroïne de -l'ouvrage, une jeune femme d'assez bonne éducation et -employée comme domestique, est accusée d'avoir volé, -arrêtée, condamnée et envoyée dans une maison de -correction. Pendant toute sa détention, elle entretient -une correspondance suivie avec son fiancé, établi à ce -moment dans un autre pays, et écrit également à une -de ses anciennes amies. Dans ces lettres, elle décrit -tout au long ses souffrances dans la maison de correction, -ainsi que les scènes de flagellation dont elle est -parfois le témoin involontaire. Comme je l'ai fait -observer, l'auteur ne s'attache nullement à faire ressortir -les diverses sensations plus ou moins voluptueuses qui -accompagnent ordinairement ces pratiques. La jeune -héroïne, certainement ignorante à ce sujet, raconte -naïvement que les nobles dames du voisinage de la -prison ne manquaient jamais une occasion de venir -voir fouetter les hommes ou les jeunes garçons envoyés -dans cette maison pour y recevoir leur peine!</p> - -<p>A l'arrivée à la prison, les condamnées étaient préalablement -soumises à la visite du chirurgien, puis -fouettées. Le passage où la jeune domestique raconte -son arrivée dans cet endroit infâme est certes un des -plus intéressants de tout le volume. La place me manquant, -je ne puis en citer malheureusement que quelques -lignes<a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72"><span class="label">[72]</span></a> Je ne traduis pas littéralement. Je me contente de citer à -peu près pour la compréhension de lecteur français.</p> -</div> -<p>Hélène, arrivant en voiture à la maison de détention, -écrit:</p> - -<p>«En descendant, je m'imaginais que quelqu'un avait -prononcé ces mots:</p> - -<p>«Ah! Ah! voilà un morceau délicat pour «la bienvenue»<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73"><span class="label">[73]</span></a> La correction infligée à l'arrivée dans la prison s'appelait <i>la -bienvenue</i>.</p> -</div> -<p>«Le cocher, qu'un gros rire soulevait approuvait -de la tête. On me conduisit alors dans un petit bureau -situé au rez-de-chaussée, où bientôt entra un -homme qu'on me dit être le chirurgien de l'établissement.</p> - -<p>«Hélas! c'était la conséquence obligatoire de mon -entrée dans cette maison, et je devais me courber sous -la loi d'inéluctable circonstance, mais, quoique je reconnaisse -maintenant que je devais passer par là, je trouve -qu'il n'en est pas moins honteux et dégradant de se -plier à de telles exigences.</p> - -<p>«Cependant sans avoir prononcé un seul mot, le chirurgien -s'était approché de moi, et m'examinait minutieusement. -Épargnez-moi l'exposé de mes sentiments -pendant que cet homme me regardait: j'en mourrais -de honte.</p> - -<p>«—Elle est parfaitement saine, dit-il enfin, intacte -et vigoureuse; emmenez-la.</p> - -<p>«On me conduisit dans une autre pièce, à coté, où -un commis inscrivit sur un registre mon état civil, et… -mon crime! oui, mon crime! Pourtant, malheureuse -que j'étais, je ne pouvais m'imaginer que j'étais une -criminelle. Devant la loi, oui; devant ma conscience, -jamais! Et c'est là une cruauté nouvelle ajoutée à ma -torture.»</p> - -<p>L'ouvrage se continue dans un sens approximatif, -toujours bien documenté. Il vaut la peine d'être lu<a id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_74" href="#FNanchor_74"><span class="label">[74]</span></a> Il vient de paraître cette année même une édition anglaise -de cet ouvrage. Elle est due à l'éditeur du présent volume. Souhaitons -qu'une édition française suivra bientôt.</p> -</div> -<div class="dots"><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">.</span></div> - - - -<p class="gap" lang="de" xml:lang="de"><b>Von der Nützlichkeit der Geisselhiebe in medizinischer -und physischer Beziehung.</b> <span class="sc">Aus dem -Lateinischen übersetzt von J. H. Meibomius.</span> (<i>Seltene -Uebersetzung von Meibomius, <span lang="la" xml:lang="la">de usu flagrorum in re -medica et venerea.</span></i>) <span class="sc">Zwei Theile.</span> <i>Das Geisseln und -seine Einwirkung.</i> <span class="sc">Eine medizin-philosoph. Abhandlung.</span> -<span class="sc">Aus dem Französischen</span>, in-8<sup>o</sup>, <i>Stuttgart</i>, 1847.</p> - -<p>Traduction allemande du traité de Meibomius, dont -j'ai déjà parlé.</p> - - - - -<p class="gap" lang="en" xml:lang="en"><b>Indecent Whipping</b>, being accounts by numerous -persons of their experiences of indecent punishments -inflicted in Schools and elsewhere. Reprinted from -«Town Talk» by desire. London, 1885<a id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_75" href="#FNanchor_75"><span class="label">[75]</span></a> Fustigations indécentes, étant le récit fait par de nombreuses -personnes de leurs expériences personnelles sur les fustigations -indécentes infligées dans les écoles et ailleurs. Réimprimé d'après -le «Town Talk», sur le désir qui en fut exprimé. Londres, -1885.</p> -</div> -<p>(Plaquette grand in-8<sup>o</sup> de 32 pages.)</p> - - -<p class="ugap">Très intéressant volume. Édité au prix modeste de -1 fr. 25, on ne le trouve guère aujourd'hui qu'en le -payant 10 ou 12 fois ce prix. C'est une série de lettres -et d'histoires évidemment très véridiques qui ont paru -sur le journal «<span lang="en" xml:lang="en">Town Talk</span>» qui, à ce moment, s'attira -à Londres un mouvement de curiosité au moins aussi -vif que celui provoqué par la «Pall Mall Gazette», au -moment de ses révélations faites par ces vieux messieurs -qui violaient de toutes jeunes fillettes, attirées -par des proxénètes.</p> - -<p>Les flagellations racontées dans cette brochure avaient -été infligées en grande part à des jeunes filles d'un âge -déjà respectable, soit chez elles, soit dans les écoles. -L'éditeur, dans une très brève préface s'excuse d'avoir -édité ces lettres, ajoutant que c'est dans le désir de voir -la fustigation indécente effacée dans les maisons d'éducation.</p> - -<p>Je crois que l'espoir d'une bonne vente n'était pas -absolument étranger à cette publication. Les journaux -anglais contiennent assez souvent de semblables histoires -parfois très scabreuses, pour qu'il soit inutile de -s'excuser de les avoir publiées. Que voulez-vous? c'est -une partie de la nourriture intellectuelle des jeunes -miss!</p> - -<div class="c"><img src="images/illu12.png" alt="" /></div> -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/bandeau4.png" alt="" /></div> -<h3 class="nobreak">CONCLUSION</h3> - - -<p>Un point d'arrêt. La place me manque et le lecteur -me demande de quitter momentanément la plume. Je -m'incline.</p> - -<p>De tout cet amas de littérature spéciale, de toutes -ces élucubrations qu'enfantèrent cerveaux sains et cervelles -folles, que devons-nous conclure? J'ai parcouru -dans tous les sens ce vaste labyrinthe, et, non sans -m'être parfois égaré en route, je me retrouve à mon -point de départ, observant toutefois que le trajet accompli -m'a montré force beaux chemins, recoins ignorés, -mystères non approfondis. Aussi vais-je m'efforcer de -résumer en quelques lignes l'impression subie en route.</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>Avant tout, je dois encore signaler au lecteur qu'à -l'heure même où j'écris ces lignes, de nouveaux ouvrages -sur la flagellation sont mis en vente. D'autre part, j'ai -fait dans la présente bibliographie de nombreuses omissions, -souvent volontaires. C'est ainsi que j'ai intentionnellement -mis de coté les œuvres du trop fameux -marquis de Sade.</p> - -<p>Je puis citer parmi les ouvrages anglais oubliés: -<i lang="en" xml:lang="en">The Yellow Room</i>, <i lang="en" xml:lang="en">Lady Gay Spanker</i>, -<i lang="en" xml:lang="en">The Lustful Turk</i>, etc. J'y reviendrai d'ailleurs.</p> - -<p class="c xsmall">*<br />* *</p> - -<p>Maintenant quelle utile moralité pouvons-nous déduire -de cette bibliographie? Je crois que sa lecture -attentive permet d'affirmer à nouveau ce que je n'ai -cessé de répéter à propos de ce genre tout spécial -d'ouvrages, qu'au fond de la nature humaine sommeille -ce besoin de destruction, qui rend l'homme comparable -à l'animal, avec cette différence toutefois, que celui-ci -met bien moins de raffinement que celui-là et de cruauté -dans l'assouvissement de ses passions. Quelle en est -exactement la cause? Je crois que les sentiments comprimés, -loin de s'étouffer tendent au contraire à éclater -avec beaucoup plus de violences, et chaque siècle et -chaque pays produit ses Néron, ses Sade, ou ses… -Oscar Wilde.</p> - -<p>Le crime passionnel a de tout temps vivement préoccupé -l'opinion publique, et provoqué l'attention des -savants. Les cas isolés qui se sont déroulés en notre -pays, depuis Sade jusqu'à Vacher, ne sont que la reproduction -en petit, la répétition, l'imitation sanglante -d'un petit nombre, contemplateur, parfois admirateur -des forfaits des peuples. Et encore ces faits sont-ils le -plus souvent considérés comme des <i>incidents</i> qui passent -sans laisser trace dans l'existence universelle.</p> - -<p>Peut-être quelques-uns de nos lecteurs ont-ils lu les -admirables articles que publia Vigné d'Octon dans un -grand journal parisien. Ils se rattachaient exclusivement -à la <i>colonisation</i>, à l'apport de <i>notre</i> civilisation -chez les peuples qui n'en veulent pas. Et toujours, il -en sera ainsi, tant qu'un petit nombre d'hommes, -s'arrogera le droit d'imposer à des races inférieures -leurs lois, leurs mœurs, leurs croyances.</p> - -<p>Après les conquêtes, les luttes entre les races sœurs, -le faible a dû de tous temps céder au plus fort, et l'un -des plus grands capitaines—sinon bandits—que -l'Europe ait possédé n'a pas craint de posséder cette -phrase odieuse: <i>La force prime le droit.</i> Autrefois, les -races aborigènes de l'Amérique, hier la Pologne, -aujourd'hui d'autres peuples disputent héroïquement, -aux envahisseurs doublés d'oppresseurs habillés en -civilisés leurs territoires, leurs biens. Demain, les -nations s'entredévoreront.</p> - -<p>Sang, amour, massacre! ces trois mots semblant liés -par un lien indissoluble régneront encore longtemps -sur l'esprit des hommes. Folie sadique ou folie des -grandeurs, meurtres érotiques ou viols en temps de -guerre, même recommencement sinistre de l'humanité -qui croît en grandeur mais aussi en épouvante.</p> - -<div class="dots"><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">. -</span><span class="dot">. </span><span class="dot">. </span><span class="dot">.</span></div> -<p>Pourquoi ai-je été amené à parler de la flagellation? -J'ai cru que c'était là le seul moyen capable de montrer -combien il faut peu de chose pour réveiller le monstre -qui sommeille en nous.</p> - -<p>La luxure est certainement le mal qui fait le plus de -ravages dans l'humanité. Or la luxure est bien rarement -indépendante de la cruauté et, pour exercer cette dernière, -la flagellation semble venir comme corollaire -indispensable, complétant merveilleusement cet instinct -du mal, et, qu'elle soit donnée ou soufferte, elle -ne fait pas moins partie intégrante du sadisme. Parcourez -les nombreux thèmes émis sur la matière. Lisez -sans vous interrompre ces pages où chaque auteur -s'est efforcé de dépasser son prédécesseur en horreur, -et comparez à ces ordures—incontestablement -ordures—les nombreuses études sérieuses publiées à -ce sujet par des plumes autorisées. La différence est -minime. Dans la première catégorie de ces ouvrages, -une note domine: l'érotisme, mais enfanté par le cerveau -quelque peu en délire d'un auteur qui rarement -a du talent. Dans la seconde catégorie, les sujets étudiés—je -parle des sujets humains—sont tous possédés -de la manie érotique poussée à son extrême limite. -Ce sont des <i>fous</i>.</p> - -<p>Je n'ai nullement la prétention d'avoir mis sous les -yeux des bibliophiles une liste très complète des -ouvrages parus sur la flagellation. Mon intention a été -plus modeste! J'ai voulu seulement montrer que ce -grave sujet a des bases inébranlables dans la religion, -les mœurs, depuis les temps les plus éloignés et qu'aujourd'hui, -il ne le cède en rien pour sa vigueur. Et pour -prouver cela, que faire, sinon s'appuyer sur l'immuable -littérature. Aussi, je me promets bien de reprendre le -sujet plus à fond un de ces jours et de donner une -bibliographie plus complète et surtout plus ordonnée -que la présente. J'ai voulu me contenter d'une esquisse, -d'un léger aperçu des ouvrages sur la flagellation parus -en français ou en d'autres langues, mais non pousser -cette étude à fond.</p> - -<p>Pour que tant et tant d'auteurs divers s'en soient -occupés, il faut que cette passion tienne une assez -large place dans nos mœurs, qu'elle s'y soit implantée -d'une façon indéracinable.</p> - -<p>Mais, me direz-vous, la presque totalité de ce genre -de littérature est composée d'ouvrages anglais ou traduits -de l'anglais!</p> - -<p>C'est vrai et c'est bien là-bas que fleurit cette pratique, -si, toutefois, on doit s'en rapporter à la quantité -de volumes élaborés sur la matière.</p> - -<p>A toi la palme, John Bull, car en France, tout se -termine par des chansons. Oyez plutôt:</p> - - -<p class="gap c">TAPEZ, MESSIEURS<a id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a>!</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_76" href="#FNanchor_76"><span class="label">[76]</span></a> Extrait du <i>Nouvelliste des concerts</i> (25 janvier 1900).</p> -</div> -<p class="c small">CHANSONNETTE</p> - -<p class="c"><i>Paroles de</i> <span class="sc">P.-L. Flers</span>. <i>Musique de</i> <span class="sc">S. Boussagol-Raiter</span>.</p> - - -<p class="c">I</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Les hommes qui sont amoureux,</div> -<div class="verse">Prétendent qu'ils sont malheureux,</div> -<div class="verse">Que la femme est un être affreux,</div> -<div class="verse i3">Quell' plaisant'rie;</div> -<div class="verse">Je leur dirai, sans les fâcher,</div> -<div class="verse">Qu'ils ne savent pas l'attacher</div> -<div class="verse">Il faut quelquefois la moucher,</div> -<div class="verse i3">Pour qu'ell' sourie!</div> -<div class="verse">C'est une crème assurément.</div> -<div class="verse">Mais pour qu'elle prenn' solid'ment</div> -<div class="verse">Il faut la fouetter simplement;</div> -<div class="verse i3">La pauv' chérie.</div> -</div> - -<p class="c">REFRAIN</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Tapez, tapez,</div> -<div class="verse">Messieurs, faut taper sur ces dames</div> -<div class="verse">Voulez-vous être aimés des femmes</div> -<div class="verse i3">Tapez, tapez,</div> -<div class="verse">Qu'elle soit volcan ou statue</div> -<div class="verse">La femme adore être battue.</div> -</div> - -<p class="c">II</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Ça vous renverse et vous abat,</div> -<div class="verse">Pourtant n'en soyez pas baba,</div> -<div class="verse">Car la femme, lorsqu'on la bat,</div> -<div class="verse i3">Est très heureuse.</div> -<div class="verse">C'est un être adorant les coups.</div> -<div class="verse">Quand elle en a reçu beaucoup,</div> -<div class="verse">En vous passant les bras au cou,</div> -<div class="verse i3">Très langoureuse,</div> -<div class="verse">Elle vous aime et vous dit tu,</div> -<div class="verse">Et, que ce soit vice ou vertu,</div> -<div class="verse">Vous revient comme un chien battu,</div> -<div class="verse i3">Très amoureuse.</div> -</div> - -<p class="c"><i>Au refrain.</i></p> - -<p class="c">III</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il faut doser selon le cas.</div> -<div class="verse">Flanquer la pile sans fracas,</div> -<div class="verse">Avec un jonc, un en-tout-cas,</div> -<div class="verse i3">Même une chaise;</div> -<div class="verse">Mais frapper délicatement,</div> -<div class="verse">Le coup doit paraître charmant,</div> -<div class="verse">Presqu'une caresse vraiment,</div> -<div class="verse i3">Non un malaise.</div> -<div class="verse">Il faut battre sans éreinter.</div> -<div class="verse">C'est une affaire de doigté,</div> -<div class="verse">C'est comme pour ne pas rater</div> -<div class="verse i3">La mayonnaise.</div> -</div> - -<p class="c"><i>Au refrain.</i></p> - -<p class="c">IV</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Pour les Durand, ou les Dubois,</div> -<div class="verse">Dont les épous's sont comm' du bois,</div> -<div class="verse">Et qu'cett' froideur met aux abois,</div> -<div class="verse i3">C'est une aubaine</div> -<div class="verse">Quand leurs femm's les appell'ront daim.</div> -<div class="verse">Sans discuter, d'un air badin,</div> -<div class="verse">Ils n'auront qu'à prendr' leur gourdin</div> -<div class="verse i3">Et sans mitaine</div> -<div class="verse">Puis après cett' conversation,</div> -<div class="verse">Quand vient la réconciliation,</div> -<div class="verse">Ils auront d'la satisfaction,</div> -<div class="verse i3">J'en suis certaine.</div> -</div> - -<p class="c"><i>Au refrain.</i></p> - - -<p class="c gap">FIN DE LA BIBLIOGRAPHIE</p> - - -<p class="c gap">ÉVREUX, IMPRIMERIE DE CHARLES HÉRISSEY</p> - -<div class="break"></div> - -<p class="c">LA FLAGELLATION A TRAVERS LE MONDE</p> - -<p class="c small">DÉJÀ PARU DANS CETTE COLLECTION:</p> - - -<p class="cnm gap"><b class="xlarge sans-serif">ÉTUDE SUR LA FLAGELLATION</b><br /> -<b>Aux Points de Vue Médical, Domestique et Conjugal</b></p> - -<p class="small">Dissertation documentée, basée en partie sur les principaux ouvrages -de la littérature anglaise en matière de flagellation et contenant un -grand nombre de faits absolument inédits, avec de nombreuses -annotations et des commentaires originaux.</p> - -<p class="cnm"><i class="bold">Un volume in-8<sup>o</sup> carré de 500 pages, imprimé sur papier vergé</i></p> - -<p class="cnm small"><b>PRIX: 30 francs.</b></p> - - -<p class="cnm gap"><span class="xlarge">CURIOSITÉS & ANECDOTES</span><br /> -<i class="bold">Sur la Flagellation et les Punitions corporelles</i></p> - -<p class="small">CONTENANT: La Cour Martiale de Miss Hayward, la Flagellation -en Russie, les Larrons et le bâton, le Marquis de Sade, les punitions -dans l'armée anglaise, etc., etc., etc.</p> - -<p class="cnm"><b>Bel ouvrage in-8<sup>o</sup> carré, soigneusement imprimé, 420 pages.</b></p> - -<p class="cnm small">Prix du volume imprimé sur vergé de Hollande: <b>40 fr.</b></p> - - -<p class="cnm gap"><i class="xlarge sans-serif"><b>Les Mystères -de la Maison de la Verveine</b></i><br /> -<span class="xsmall">OU</span><br /> -<span class="small">MISS BELLASIS FOUETTÉE POUR VOL</span></p> - -<p class="cnm small"><b>(Tableau de l'Éducation des Jeunes Anglaises)</b></p> - -<p class="small">Un volume in-8<sup>o</sup> carré, imprimé à 500 exemplaires, sur papier -vergé de Hollande, avec illustrations dans le texte.</p> - -<p class="cnm small"><b class="sans-serif">PRIX: 20</b> francs.</p> - - -<p class="c gap xsmall">ÉVREUX. IMPRIMERIE DE CHARLES HÉRISSEY</p> - - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of En Virginie, by Jean de Villiot - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK EN VIRGINIE *** - -***** This file should be named 61008-h.htm or 61008-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/6/1/0/0/61008/ - -Produced by the Online Distributed Proofreading Team at -http://www.pgdp.net (This book was produced from scanned -images of public domain material from the Google Books -project.) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at -www.gutenberg.org Section 3. Information about the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the -mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its -volunteers and employees are scattered throughout numerous -locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt -Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to -date contact information can be found at the Foundation's web site and -official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To SEND -DONATIONS or determine the status of compliance for any particular -state visit www.gutenberg.org/donate - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. To -donate, please visit: www.gutenberg.org/donate - -Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works. - -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project -Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of -volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - - - -</pre> - -</body> -</html> diff --git a/old/61008-h/images/bandeau1.png b/old/61008-h/images/bandeau1.png Binary files differdeleted file mode 100644 index 0084c7e..0000000 --- a/old/61008-h/images/bandeau1.png +++ /dev/null diff --git a/old/61008-h/images/bandeau2.png b/old/61008-h/images/bandeau2.png Binary files differdeleted file mode 100644 index a9dae71..0000000 --- a/old/61008-h/images/bandeau2.png +++ /dev/null diff --git a/old/61008-h/images/bandeau3.png b/old/61008-h/images/bandeau3.png Binary files differdeleted file mode 100644 index 4506c58..0000000 --- a/old/61008-h/images/bandeau3.png +++ /dev/null diff --git a/old/61008-h/images/bandeau4.png b/old/61008-h/images/bandeau4.png Binary files differdeleted file mode 100644 index 44d2f54..0000000 --- a/old/61008-h/images/bandeau4.png +++ /dev/null diff --git a/old/61008-h/images/cover.jpg b/old/61008-h/images/cover.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 6a969dc..0000000 --- a/old/61008-h/images/cover.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/61008-h/images/illu1.png b/old/61008-h/images/illu1.png Binary files differdeleted file mode 100644 index 79ad68c..0000000 --- a/old/61008-h/images/illu1.png +++ /dev/null diff --git a/old/61008-h/images/illu10.png b/old/61008-h/images/illu10.png Binary files differdeleted file mode 100644 index 7e54283..0000000 --- a/old/61008-h/images/illu10.png +++ /dev/null diff --git a/old/61008-h/images/illu11.png b/old/61008-h/images/illu11.png Binary files differdeleted file mode 100644 index 62753dd..0000000 --- a/old/61008-h/images/illu11.png +++ /dev/null diff --git a/old/61008-h/images/illu12.png b/old/61008-h/images/illu12.png Binary files differdeleted file mode 100644 index 4c25ffe..0000000 --- a/old/61008-h/images/illu12.png +++ /dev/null diff --git a/old/61008-h/images/illu2.png b/old/61008-h/images/illu2.png Binary files differdeleted file mode 100644 index 814c217..0000000 --- a/old/61008-h/images/illu2.png +++ /dev/null diff --git a/old/61008-h/images/illu3.png b/old/61008-h/images/illu3.png Binary files differdeleted file mode 100644 index def9f85..0000000 --- a/old/61008-h/images/illu3.png +++ /dev/null diff --git a/old/61008-h/images/illu4.png b/old/61008-h/images/illu4.png Binary files differdeleted file mode 100644 index 18c8b97..0000000 --- a/old/61008-h/images/illu4.png +++ /dev/null diff --git a/old/61008-h/images/illu5.png b/old/61008-h/images/illu5.png Binary files differdeleted file mode 100644 index 444f7b5..0000000 --- a/old/61008-h/images/illu5.png +++ /dev/null diff --git a/old/61008-h/images/illu6.png b/old/61008-h/images/illu6.png Binary files differdeleted file mode 100644 index ad44863..0000000 --- a/old/61008-h/images/illu6.png +++ /dev/null diff --git a/old/61008-h/images/illu7.png b/old/61008-h/images/illu7.png Binary files differdeleted file mode 100644 index 818e8c4..0000000 --- a/old/61008-h/images/illu7.png +++ /dev/null diff --git a/old/61008-h/images/illu8.png b/old/61008-h/images/illu8.png Binary files differdeleted file mode 100644 index b7784cb..0000000 --- a/old/61008-h/images/illu8.png +++ /dev/null diff --git a/old/61008-h/images/illu9.png b/old/61008-h/images/illu9.png Binary files differdeleted file mode 100644 index c02a72f..0000000 --- a/old/61008-h/images/illu9.png +++ /dev/null |
