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-The Project Gutenberg EBook of La Danse de Sophocle: Poemes, by Jean Cocteau
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll
-have to check the laws of the country where you are located before using
-this ebook.
-
-
-
-Title: La Danse de Sophocle: Poemes
-
-Author: Jean Cocteau
-
-Release Date: December 6, 2019 [EBook #60863]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA DANSE DE SOPHOCLE: POEMES ***
-
-
-
-
-Produced by Laura Natal Rodrigues at Free Literature (Images
-generously made available by Hathi Trust.)
-
-
-
-
-
-JEAN COCTEAU
-
-LA
-
-DANSE DE SOPHOCLE
-
-POÈMES
-
-Dans sa première jeunesse, Sophocle
-fut choisi par Athènes pour
-danser aux fêtes de Salamine.
-ATHÉNÉE
-
-PARIS
-
-MERCURE DE FRANCE
-
-XXVI, RUE DE CONDÉ, XXVI
-
-
-
-TABLE
-_LA VISITATION_
-
-LES POÈMES DE PARIS
-LE DELIRE MATINAL
-ENTHOUSIASME D'UN MATIN D'AVRIL
-C'EST L'HELLESPONT, LA MER ÉGÉE!
-LE DERNIER CHANT DU PRINCE FRIVOLE
-
-LA FLOTTE ENGUIRLANDÉE
-HYMNE A LA POÉSIE
-LE VOYAGE IMMOBILE
-LA DÉPÊCHE AU JARDIN
-NOËL
-LE FAUNE TROUBLÉ
-LA CORBEILLE D'HÉLIOTROPES
-LE CŒUR ÉTERNEL
-LE PAGE
-LES PAPILLONS
-LE CRÉPUSCULE
-LA PEUR DU SOIR
-L'AUTOMNE ET LE DÉSIR
-THÉOSOPHIE
-LES DEUX LABYRINTHES
-DE MON LIT
-LE SUBLIME CACHOT
-LE DRAPEAU DE VÉRONIQUE
-PIROÜS ET LES SIRÈNES
-À UNE FUGITIVE
-LES VILLES
-
-LA JOIE PANIQUE
-L'ORGUEIL
-LA MÉDITERRANÉE
-LA FAIBLESSE D'ULYSSE
-PRIÈRE DU CAP MARTIN
-LE VISAGE
-LA PALLAS D'HOMÈRE
-APRÈS AVOIR RELU DES NOMS DE L'ILIADE
-
-LE SÉJOUR PRÈS DU LAC
-TROIS POÈMES
-
-LE SOIR
-LE JET D'EAU
-LE COUPLE ET LES PARFUMS
-LA LAMPE ET LES PHALÈNES
-LES SOLITUDES
-LE MONOLOGUE DE L'AMOUR
-
-SUR LE VIERGE PAPIER QUE LA BLANCHEUR DÉFEND
-_LA LIBERTÉ CAPTIVE_
-_L'INSOMNIE AMOUREUSE_
-_LE MIROIR VAINCU_
-_LES RÊVES PROBABLES_
-_LA VRAIE MORT DE NARCISSE_
-_ANTÉNOR A HÉLÈNE OU LES DEUX MANIÈRES_
-_LE SUBTIL JASON AUX CRÉDULES ARGONAUTES_
-_SEPTENTRION_
-_LE BONHEUR INCOMPLET_
-
-LES ARCHERS DE SAINT SÉBASTIEN
-
-LES STANCES DE SEPTEMBRE
-
-_À MON LIVRE_
-
-
-
-
-
-_LA VISITATION_
-
-
-_Cher livre inachevé qui me jaillis du cœur,
-Ton poids fatal, si doux Jamais ne diminue!
-Voici le soir, où l'âme est nue
-De fiévreuse et d'âpre torpeur._
-
-_J'enlace avec amour auprès de la fenêtre
-Les mots impétueux qui te composeront,
-Et devant le beau jardin rond
-Je défaille à te sentir naître._
-
-_Comme un chapeau pointu, l'immobile sapin
-Cache un tronc séculaire et sur l'herbe repose;
-Avant de s'enfuir, chaque chose
-Contre ma poitrine se peint._
-
-_Douce expiration de la pelouse moite,
-Geste perpétuel du pur jet d'eau central...
-Et bientôt le grand ciel astral
-Avec Cassiopée à droite!_
-
-_Ah! lorsque tu descends par mon bras et ma main,
-Mon livre peu à peu libre et fier d'être libre,
-Quel miraculeux équilibre,
-Quelle trêve jusqu'à demain!_
-
-_Lorsque je me réveille et que je vois tes pages
-Sur la table où s'augmente et se tait leur troupeau,
-Je me les déclame tout haut
-Avec quels enfantins tapages!_
-
-_Alexandre, César, Pallas, Persépolis!
-T'en ai-je assez rempli de tous les noms que j'aime,
-Pour t'en illuminer, de même
-Qu'on éblouit un jeune fils!_
-
-_Ô mon livre, ce soir combien je te sens vivre!
-Un fil ténu retient chaque strophe à ma chair;
-Ô mon livre que tu m'es cher,
-Plus que n'est jamais cher un livre_
-
-_Je t'ai chassé de moi comme un immense cri
-Dont l'appel enivré s'épuise et se reforme,
-Et que je veille ou que je dorme
-Ce cri se compose et s'inscrit._
-
-_Or, ce soir y je suis sûr de la bonne parole,
-La grâce autour de moi prend l'aspect d'un laurier,
-Être poète c'est prier,
-La foi m'anime et m'auréole._
-
-_La Visitation frissonne autour de moi,
-La nuit veut supprimer les terrestres limites:
-Elles étaient par trop petites,
-Pour mon incalculable émoi._
-
-_Ô mon Dieu qui ce soir m'envoyez un archange
-Et pardonnez si bien que j'adore les Dieux,
-Les humains Dieux mélodieux
-De l'Adriatique et du Gange;_
-
-_Mon Dieu, ce livre naît, et par vous et pour vous.
-J'ignore la terrestre et folle comédie!...
-C'est à vous que je le dédie
-Et que je l'offre à deux genoux._
-
-
-
-
-LES POÈMES DE PARIS
-
-
-Pensez-vous si Virgile, ou l'aveugle divin,
-Renaissaient aujourd'hui, que leur savante main
-Négligeât de saisir ces fécondes richesses?
-
-ANDRÉ CHÉNIER.
-
-
-
-
-LE DELIRE MATINAL
-
-
-Comme un tapis divin que pétrira ma danse,
-Le jour se déroulant peu à peu sous mes pas,
-Offre à l'élan brutal de ma jeune imprudence
-Tous les dessins secrets que je ne voyais pas.
-
-Sûr du trésor caché dont je suis le seul garde,
-Et sachant que pour vaincre il faut des ennemis,
-Je vois sur ce tapis que ma fierté regarde,
-Des serpents attentifs et des tigres soumis.
-
-Je sais bien que ce jour bénévole ou farouche
-Brûle en me remplissant des cendres du passé,
-Qu'il est le beau fuyard que nul appel ne touche
-Et qui n'écoute pas le cri qu'on a poussé.
-
-Je sais bien qu'il m'emporte et sans que je m'en doute,
-Comme un char sur lequel un vaincu tremble et fuit,
-Et ne regarde, au lieu de contempler la route,
-Que le fond de ce char qui se sauve avec lui!
-
-Mais quel ample plaisir de laisser dans la chambre
-Le fauteuil, les journaux, le livre et l'encrier!
-Pour aller se plonger mollement, membre à membre,
-Dans ce miraculeux matin de Février.
-
-Tout attend le Printemps! tout s'énerve d'attendre!
-Avril s'est insurgé pour paraître plus tôt;
-Et mon visage ému sépare en deux l'air tendre
-Qu'enfonce avec douceur la bondissante auto.
-
-Le froid gardénia qui se pâme à ma veste
-Parfume comme un arbre au centre d'un verger.
-Mon chagrin hivernal s'écroule et me déleste.
-Je ne suis plus qu'un cœur palpitant et léger.
-
-Si quelque Dieu vermeil laissait tomber un aigle,
-Tel un archange obscur, pour s'emparer de moi,
-Mon espoir sans limite et mon désir sans règle
-N'attendraient pas son vol d'un plus superbe émoi.
-
-Je me sens naître un cœur semblable au fauve avide
-Qui tourne et qui bondit, plus fou que courageux.
-Lorsqu'on lui cache encor le cirque intense et vide
-Pour l'horreur du carnage ou pour l'éclat des jeux.
-
-Quel soleil pathétique aussi devait descendre
-Sur le monde éclatant et gai comme un bazar,
-Le jour où sur son socle un buste d'Alexandre
-Fit couler de regret les larmes de César!
-
-Ô chaleur qui descend! O fraîcheur qui s'élève!
-Ce dut être un matin semblable à celui-là,
-Où Lamartine vit, sur le lac de Genève,
-Byron ganté de clair rentrer dans sa villa.
-
-Je me trouve à la fois si fort et si fragile
-Que j'ai peur de mourir à vivre trop d'un coup;
-Et, sans bouger, je suis pareil au faon agile
-Qui court et qui halète et renverse le cou!
-
-Mais si j'ignore encor mes élans et mes doutes,
-Mes espoirs, mes essais, mes larmes et mes cris,
-Je sais que le chaos de ces multiples joutes
-Aura pour y lutter l'arène de Paris.
-
-Je sais que sous le ciel qui lui pose un rond dôme
-Il ne m'est plus besoin de regarder pour voir
-Le bassin lumineux de la place Vendôme,
-Où la gloire palpite en haut d'un jet d'eau noir!
-
-Je sais que sous l'écran des paupières grisées,
-Comme un objet demeure et persiste longtemps,
-Je verrai, les yeux clos, les purs Champs-Élysées,
-Où les arbres ont l'air des soldats du printemps!
-
-Je sais de quel instinct mon amour capte et jauge,
-Vérone si française et seule entre ses murs,
-Le carré rose et gris de la place des Vosges,
-Avec sa galerie et ses porches obscurs.
-
-Invisible miracle au milieu d'une marche,
-Évanouissement par quoi je suis dissous,
-Lorsque je passe auprès de l'Arc à la grande arche,
-Je sais qu'un peu de moi veut bondir par-dessous!
-
-Et tout cela m'émeut d'un si large vertige,
-Ce matin, lorsqu'hier encore il faisait froid,
-Laisse en mon corps, flexible et haut comme une tige,
-Circuler un tel miel de douceur et d'effroi,
-
-Que je suis Phaéton pendant quelques secondes,
-Lorsque vaincu, puni d'un impossible effort,
-Son char désattelé tombant entre les mondes,
-Il semait son cri droit, comme un sillage d'or!
-
-
-
-
-ENTHOUSIASME D'UN MATIN D'AVRIL
-
-
-La ville est un pont de navire
-Avec des agrès de rayons;
-Appareillons, appareillons,
-Vers le grand soir où tout chavire!
-Comme il fait clair! Comme il fait beau!
-Je ne songe plus au tombeau,
-Je désire à chaque boutique,
-Je me sens brave et pathétique,
-Et soudain parce que je vois,
-Chez un fleuriste, une anémone,
-J'entends les appels et les voix
-Des guerriers de Lacédémone,
-Qui marchaient, cette fleur aux dents,
-Au milieu des trilles stridents
-Et des purs soupirs de la flûte,
-Vers la sanglante et sombre lutte!
-Et je songe en voyant un ciel
-D'où pleut un tiède et pâle miel
-Sur ma tête et sur mes épaules,
-Qu'il devait enchanter César,
-Ivre de risque et de hasard,
-Sur le bord d'un marais des Gaules!
-Pourquoi des rails, pourquoi des mers,
-Le voyage aux départs amers,
-Et l'encombrement des valises?
-Un autre ciel? un autre sol?
-Les roses en rond parasol
-Sous lequel Bulbul gonfle un col
-Plein de persanes vocalises?
-Pourquoi la Sicile où l'on doit
-Sentir sur sa tempe le doigt
-De l'adorable Théocrite?
-À cause d'une phrase écrite
-Ou d'une toile de Roussel,
-Pourquoi le vif baiser au sel
-D'un peu de Méditerranée?
-Pourquoi cette peur de l'année?
-J'ai bien le temps! J'ai bien le temps!
-Voici l'incroyable Printemps
-Qui surgit, tournoie et s'étale,
-Et rien de tout ce que j'attends
-Ne vaut la blanche capitale!
-Ô Paris! Paris! cher Paris!
-Je t'adore et je te souris
-Avec mes yeux et ma mémoire,
-Et je ne cesse de te boire
-Dans le cristal de la saison
-Avec tout mon corps qui s'ébroue
-Comme la figure de proue
-Qui boit la ligne d'horizon.
-Partir! Quelle inutile offense
-À cet oiseau qui sur la France
-Glorieusement s'est posé!
-Seul et perdu sur notre sphère
-S'acharner, se mouvoir, oser,
-Pour des lieux où rien ne diffère
-Malgré les fleuves, les détroits,
-Si ce n'est à l'eau d'une source
-De voir, au lieu de la Grande Ourse,
-Miroiter une grande Croix.
-Plus de voyage! Plus de livre!
-Ce matin, vivre me rend ivre,
-Je ne sais plus ce que je crois,
-Et mélange divin, mélange
-Où je vois d'un œil ébloui
-Mercure voler près d'un Ange,
-Pour un culte neuf, inouï!
-Assis les uns contre les autres
-Au fond du translucide éther,
-Je vois Jésus et Jupiter
-Et les dieux avec les Apôtres!
-
-
-
-
-C'EST L'HELLESPONT, LA MER ÉGÉE!
-
-
-C'est l'Hellespont, la mer Égée!
-Une aube sur l'archipel grec.
-Toute la ville est allégée
-D'un parfum d'algue et de varech.
-Tout s'efforce, tout recommence,
-C'est la salutaire démence;
-Le Printemps et la Grèce avec!
-Et ses chars et ses édifices....
-
-Pur matin qui trembles et glisses,
-Dénouant ton obscur lien
-Comme un navire athénien
-Vers de ténébreuses délices,
-Délivre-moi! Brise le scel
-Qui me tient captif et malade!
-Emporte-moi vers l'Iliade,
-Vers le plaisir universel.
-
-Ô promenade! ô clair voyage,
-Où l'on croit respirer le sel
-D'une mythologique plage!
-
-Matin calme, net, balancé,
-Joyeux comme une flotte à l'ancre,
-La cité s'incruste et s'échancre
-Sur ton vaste ciel nuancé
-Où du bleu à du bleu succède;
-Tandis que si haut et si clair,
-
-Un vif aviateur a l'air
-De cingler vers une Andromède.
-Salubre, suave remède!
-Onde qu'on boit en s'y trempant!
-Rire inévitable de Pan
-Joie ardente, immense, panique,
-Où flotte et claque la tunique
-Des pâles nymphes s'échappant!
-Envahisseur que nul n'empêche...
-... Comme un géant filet de pêche
-La tour Eiffel à l'azur pend!
-Et là-bas c'est l'arche fragile,
-Si jeune et si brillante encor
-(Vert trajet d'un sauteur agile),
-Suspendue à huit ailes d'or.
-
-Beau temps d'Ovide et de Virgile,
-Solaire et brusque crescendo
-Sur le tapis, sur le rideau,
-Paix lumineuse qui circule!
-Bouclé, rieur petit Hercule
-Étouffant, à peine au berceau,
-L'hiver qui succombe et bascule,
-
-Mon cœur s'auréole de toi.
-Il est la colombe du toit,
-La dentelle de la fenêtre,
-Le lys des pays merveilleux
-Qui n'existent que par mes yeux,
-Que mon humble regard fait naître,
-Mais où je sens que tu dois être,
-Multiple et seul comme les dieux!
-Plus rien dans le soleil n'hésite,
-Il est stable, énorme, certain,
-Et j'aurai la blonde visite,
-À mon réveil demain matin,
-Immobile au seuil de la chambre,
-De cet archange aux ailes d'ambre,
-Avec un regard enfantin.
-
-C'est vous Paris, ma chère Athènes,
-Ses intarissables fontaines,
-Ses Dieux près du sol et du ciel,
-Ses douces collines lointaines,
-Ses olives, son lait, son miel,
-Ses Pallas debout sur leur socle,
-Et c'est ce matin de Printemps
-Où le jeune et divin Sophocle,
-
-Parmi les cuivres éclatants
-Qu'un soleil oblique illumine,
-Pour les vainqueurs de Salamine
-Jonglait avec ses dix-sept ans!
-
-
-
-
-LE DERNIER CHANT DU PRINCE FRIVOLE
-
-
-L'oisiveté m'emplit d'une aimable fatigue,
-Un beau soir violet et bon comme une figue
-Mélange la nature et l'artificiel...
-Plus de jeux, de nounous ni de têtes frisées,
-Car la lune de Mai sur les Champs-Élysées
-Pose un blanc nymphéa dans le bol bleu du ciel.
-
-Avec l'orgueil sacré des pigeons de Venise,
-Les marronniers pansus que l'heure divinise
-Dorment leur sommeil grave et font la haie au bord;
-Ils versent en rêvant leurs ruisseaux d'odeurs molles,
-Et l'on craint de troubler par le chœur des paroles
-Ce troupeau parfumé qui s'aligne et qui dort.
-
---Une miraculeuse indulgence m'inonde,
-Je voudrais être un peu l'ami de tout le monde,
-Et déployer mes bras autour des beaux corps nus!
-Je berce mille Éros que des regards font naître,
-Et je songe aux pays que je voudrais connaître
-Et que je m'éteindrai sans même avoir connus.
-
-Je préfère ce bar sans fleurs et sans tziganes
-À ces lieux de plaisir aux captieux organes
-Où les femmes d'amour, le menton sur la main,
-Combinant sous le flot d'un cymbalum qui saute
-L'heure de la modiste et l'heure de la faute,
-Songent au clair et vide et banal lendemain.
-
-On y voit mal... le bar pourrait être une auberge,
-Une auto glisse... il rampe une fraîcheur de berge,
-Et l'on dirait que tous ils sont venus s'asseoir
-(Car le soir au milieu comme un grand fleuve coule)
-Chercher, loin des fracas du luxe et de la foule,
-L'oubli du jour actif sur les berges du soir.
-
---Je t'adore, ô Paris, d'un œil visionnaire!
-Sur ton Arc de Triomphe un aigle a fait son aire
-Parce qu'un cerf-volant s'étire au bout d'un fil.
-Et lorsque le soleil qu'un monument confisque
-Va blanchir en Égypte un bleuâtre obélisque
-Son adieu roseau tien change la Seine en Nil!
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
---Là-bas mon parc m'oublie, un jet d'eau s'y fracasse,
-Sur un perchoir d'émail chante un oiseau cocasse,
-Un livre de Hafiz traîne au fond du hamac;
-Le silence est peuplé d'un doux jasmin de Perse,
-Le noir cyprès le troue et le paon blanc le perce,
-Et mon palais sommeille à l'envers dans le lac.
-
---On ratisse le sable autour d'une pelouse...
-La princesse qui doit devenir mon épouse
-Ignore le rimmel et la poudre de riz;
-Et me griffonne un mot que ce soupir termine:
-«Ah! dites-moi pourquoi j'ai si mauvaise mine
-Puisque vous m'écrivez qu'on sait tout à Paris.»
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Bien que je laisse en paix les journaux sous leur bande,
-Je sais qu'on me reveut ce qu'on me redemande,
-La révolution fait place au désarroi!
-Mon peuple est un Pylade et je suis son Oreste!
-Qu'importe! Il m'a chassé î L'exil me plaît, je reste;
-J'ai trop peur de la mort pour vouloir être roi.
-
---Ma joie augmente au lieu que mon regret empire,
-L'avenir pavoisé semble un joyeux empire
-Où j'entre en souriant comme un jeune vainqueur.
-Je ne suis pas de ceux qu'un grand rêve dévaste,
-Le cœur le plus tranquille est le cœur le moins vaste,
-Et je porte une rose à la place du cœur.
-
-Le Printemps verse en moi son superbe malaise,
-Je préfère à mon ample trône une humble chaise,
-Mon parc oriental était un triste enclos!
-L'épouvante et l'ennui me détruisaient l'extase!
-La plus modeste rose a droit au plus beau vase,
-Et Paris est le vase où mon cœur est éclos.
-
-Mes frères de Paris, votre divin royaume
-Rayonne tout autour de la place Vendôme
-Que vous aimez peut-être avec des yeux ingrats,
-À l'heure où vous flânez, silhouettes pareilles,
-Votre chapeau trop large entré jusqu'aux oreilles,
-Votre œillet rouge, et votre canne sous le bras.
-
-Je connaîtrai le mal d'être loin de vos rues;
-Et, prince évocateur des choses disparues,
-Je pleurerai la ville où, les nuits de Printemps,
-Je pouvais, spectateur que le respect fascine,
-Toucher après un bal la maison de Racine,
-Et celle où Bonaparte espérait à vingt ans!
-
-
-
-
-LA FLOTTE ENGUIRLANDÉE
-
-
---La jeunesse est une chose
-charmante; elle part au commencement
-de la vie, couronnée de
-fleurs comme la flotte athénienne
-pour aller conquérir la Sicile et
-les délicieuses campagnes d'Enna.
-
-CHATEAUBRIAND.
-
-
-
-
-HYMNE A LA POÉSIE
-
-
-À l'âge sans désirs, sublime Poésie,
-Déjà je t'attendais!
-Et maintenant mon cœur, avec sa frénésie,
-Palpite sous ton dais.
-
-Ivre de toi, je cours, je titube et je marche
-Sous l'invisible toit,
-Et veux, puisque David dansait autour de l'arche,
-Danser autour de toi!
-
-Lorsque je n'avais pas dans ma chétive gorge,
-Ta musique et tes mots;
-Que j'ignorais encor la cristalline forge
-Où cuisent tes émaux;
-
-Lorsque ta lumineuse et soudaine magie
-Ne m'avait pas encor
-Appris qu'on peut, le soir, pleurer de nostalgie,
-Au choc d'un seul accord!
-
-Que je ne tenais pas l'inépuisable conque
-Où l'on souffle en marchant,
-Et qui fait d'une phrase ou d'un appel quelconque
-Un innombrable chant!
-
-Lorsque je languissais dans ma prison naïve,
-Tel un prince captif,
-Qui regarde un vaisseau balancé sur la rive
-Entre un if et un if...
-
-Sous la lune de Juin qui roule entre les mondes
-Son globe abandonné,
-Alors je me croyais, avec mes mèches blondes,
-Éternellement né.
-
-Je pensais à quelqu'un de vague et de superbe
-Qui viendrait un beau soir,
-Entrant par la fenêtre avec l'odeur de l'herbe,
-Contre mon lit s'asseoir.
-
-À quelqu'un qui serait simple comme un archange
-Et pompeux comme un roi,
-Et dont, malgré ce trouble et nocturne mélange,
-Je n'aurais nul effroi;
-
-C'est alors, Poésie, à travers le doux prisme
-Des larmes de mes yeux,
-Que je te vis surgir sur le char du lyrisme,
-Aux bondissants essieux!
-
-Sur le bouillonnement épanoui des harpes
-Je me sentis élu;
-J'étais enveloppé d'éclatantes écharpes,
-J'avais tout su! tout lu!
-
-Tout vu! tout entendu! L'Histoire et ses tumultes
-M'imprégnait jusqu'aux os,
-Et j'étais brusquement les Dieux de tous les cultes
-Avec tous les Héros!
-
-Je sortais du lotus! Je prêchais sur des plages!
-Je frappais un cheval!
-Et j'étais étouffé par la cendre des âges,
-Jusqu'à m'en trouver mal.
-
-Était-ce un pur poison? Était-ce un vif remède?
-J'étais tout, au hasard!
-Phaéton et Kritchna, saint Jean et Ganymède!
-Bonaparte et César!
-
-C'était toi, Poésie! indispensable et neuve,
-Troublant, envahissant,
-Pour t'apaiser ensuite et te joindre à son fleuve,
-Les sources de mon sang.
-
-... Jusqu'au jour où j'aurai si peur, une peur telle,
-Une si froide peur,
-Que je n'entendrai plus ta présence immortelle
-Affluer à mon cœur!
-
-
-
-
-LE VOYAGE IMMOBILE
-
-
-L'arrosage mouvant sur la pelouse fraîche
-Tourne comme un derviche habillé de cristal.
-Je suis dans l'herbe molle à côté de ma bêche.
-Un nuage échafaude un fort monumental.
-
-Imagination, fille de la paresse,
-Empenne-moi le corps, remplis-moi d'air les os!
-Et... Dans les marronniers qu'aucun vent ne caresse,
-Ah! les secrets divins que chantent les oiseaux!
-
-Voyageur magnifique et toujours immobile
-Je ne veux pas savoir ce que les autres font...
-Je m'envole à Délos consulter la Sybille!
-Et j'enfourche Pégase avec Bellérophon!
-
-Je menais du bétail, un aigle me dérobe;
-Je verse l'hydromel à la place d'Hébé;
-Thétis saute à la mer, je m'accroche à sa robe,
-Et les monstres marins nous regardent tomber!
-
-Que de temples si nets au bord des rouges côtes!
-De déserts ennoblis d'un stérile abandon!
-Je pars pour la Colchyde avec les Argonautes
-Et je fuis le bûcher où va périr Didon.
-
-Quel voyage innombrable au hasard des époques!
-Par la terre et la mer aux inlassables flots,
-Où les dauphins, luisants comme de petits phoques,
-Se poursuivent à l'aube autour des bleus îlots.
-
-Quel auguste départ sans vulgaires fatigues,
-Vers l'hymne initial qu'on n'a jamais ouï,
-Sous un ciel où Phébus est le beau roi prodigue,
-Dispersant tout son or sur son peuple ébloui!
-
-Ô l'ivresse de voir à la même seconde,
-L'enfant Dyonysos bercé dans un pressoir,
-David choisir au sol des silex pour sa fronde,
-Et Pompéï, le soir avant le fameux soir!
-
-Être (y était-on mieux?), être à Lacédémone,
-Et vaincre, et regarder après qu'on est vainqueur,
-Adonis que Vénus transforme en anémone,
-Ariane et le fil enroulé sur son cœur.
-
-Enfin, las de bondir toujours, de date en date,
-D'un vol universel et de plus en plus haut,
-Descendre, après avoir, sur le globe écarlate,
-Vu, par un matin pur, naître Homère à Chio!
-
-
-
-
-LA DÉPÊCHE AU JARDIN
-
-
-Las or est-il à sa dernière danse.
-
-CLÉMENT MAROT.
-
-
-Il fait chaud. Une rose escamote une abeille,
-Comme un pourpre et charmant prestidigateur.
-Le bassin arrondit une fraîche corbeille,
-D'où jaillirait un lys enivré de hauteur.
-
-On pense à des ruisseaux sur des chemins de marbre
-Pour oublier le joug implacable du sol.
-Cet oiseau qui s'échappe a l'air d'un cri de l'arbre.
-Je suffoque, étendu sous un clair parasol.
-
-Tout ronfle, tout grésille; un courbe bambou pêche,
-Les papillons pâmés font d'amoureux paris,
-Et voilà que j'apprends, tout à coup, par dépêche,
-Qu'un ami de mon âge est mort près de Paris.
-
-Mort ce matin! À l'heure où tout aime et se ligue,
-À l'heure où l'arrosoir enivre les pistils,
-À l'heure où pour subir l'offre d'un ciel prodigue
-Il faut courber la tête et rapprocher les cils.
-
-Mort, tandis que j'ouvrais ma joyeuse fenêtre
-Avec des doigts hâtifs et tendrement brutaux,
-Pour écouter frémir, chuchoter et renaître,
-Le doux peuple ingénu des humbles végétaux.
-
-Il est mort! Un danseur manque à la grande danse!
-Et soudain, au milieu de son beau parc d'été,
-Il a senti, malgré la joyeuse abondance,
-Poindre un bourdonnement étrange et sans gaîté.
-
-Son cœur contre sa main frappait comme une balle,
-Et s'arrêtait de battre et reprenait ses heurts,
-Et il crut que l'été, nouvel Héliogabale,
-Étouffait son plaisir sous un excès des fleurs.
-
-Mais, hélas! l'implacable et muette immortelle
-Porte un linceul tissé de célèbres frissons.
-Nous demandons souvent: _Comment est-elle? Est-ce elle?_
-Et quand c'est elle enfin, nous la reconnaissons.
-
-
-
-
-NOËL
-
-
-Pourquoi n'est-il pas né dans un peu d'ombre fraîche,
-Un jour torride et vert,
-L'Enfant dont l'auréole illumina la crèche
-Au centre de l'hiver?
-
-De quel cœur plus penchant, plus enivré de joie,
-Plus fertile et plus neuf,
-Nous eussions adoré son petit corps qui ploie,
-Entre l'âne et le bœuf!
-
-Ô réciproque amour, ô merveilleux échanges!
-Quel sourire entre nous!
-Un ciel d'où neigeraient d'invisibles archanges...
-Des fleurs à nos genoux.
-
-
-
-
-LE FAUNE TROUBLÉ
-
-
-Je suis païen sans doute à la façon d'un faune
-Qui, triste et grelottant par une nuit d'hiver,
-Aurait à Bethléem tout à coup découvert
-Le Sauveur endormi dans de la paille jaune.
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-On chuchote, il fait sombre, un groupe est assemblé,
-Joseph aide à mieux voir un valet des Rois Mages,
-De beaux pâtres naïfs apportent des fromages...
-On ne le chasse pas... et son cœur est troublé.
-
-
-
-
-LA CORBEILLE D'HÉLIOTROPES
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-
-L'indulgence est en moi. Je plains les misanthropes.
-Mon cœur s'emplit d'un sombre miel.
-Ma corbeille d'héliotropes
-Est un brûle-parfums allumé par le ciel.
-
-Ô miracle subtil d'un estival arôme!
-Saurais-je être actif ou méchant
-Lorsque vers le sublime dôme
-Monte le _Te Deum_ d'un innombrable chant?
-
-Le peuple violet bout, s'assemble, grésille,
-Sous le droit soleil de midi.
-Quel vêtement! Quelle résille!
-Quel velours tout autour de mon corps engourdi!
-
-Fermons les yeux; là-bas vers la pleine pelouse
-Bombarde un vif géranium...
-Je navigue avec La Pérouse
-Sur un voilier rempli de vanille et d'opium.
-
-Quel rêve jusqu'à l'heure où le soir va descendre
-Éteignant, étouffant, noyant,
-Les fleurs en feu sous une cendre
-D'héliotropes frais, pâles et tournoyants.
-
-
-
-
-LE CŒUR ÉTERNEL
-
-
-Si nous devons mourir, pourquoi mettre en nos veines
-Le philtre merveilleux du désir immortel?
-Et pourquoi nous avoir munis d'un orgueil tel,
-Si nous sommes vainqueurs après des luttes vaines?
-
-J'ai beau me dire: on meurt, je mourrai, nous mourrons!
-Et même en nous cachant, comme le bel Achille,
-Nous serions aussitôt découverts entre mille
-Pour recevoir le trait qui se cloue à nos fronts!
-
-Je ne peux pas, si fort vibre le chaud vertige,
-Croire qu'un jour pareil, bref et illimité,
-Un âpre et brusque hiver au centre de l'été
-M'annoncera soudain l'incroyable prodige.
-
-Ne plus sentir se fondre et couler sous sa chair
-Une sève et un suc de soleil et de gloire,
-Et n'avoir même pas l'émouvante mémoire
-Du monde abandonné qui nous était si cher!
-
-N'être rien! n'être plus! et, comme avant de naître
-On ne sait pas encor qu'on connaîtra les fleurs,
-Ne plus se rappeler qu'on vient de les connaître
-Et n'avoir même pas l'apaisement des pleurs.
-
-N'être qu'un éphémère et fragile passage
-À travers un rayon enveloppé de nuit
-Et devoir regarder la jeunesse qui fuit
-D'un œil plus attentif, plus secret et plus sage.
-
-J'ai beau me dire: ils sont tous partis avant moi,
-Et même l'invincible et divin Alexandre,
-Tous ils ont eu mon âge et tous ont vu descendre.
-Après leurs clairs émois le ténébreux émoi!
-
-Pour tous l'actif Éros, au fond du carquois vide,
-A conservé le dard imprégné de poison;
-Ils sont morts n'importe où, dehors, à la maison,
-Sur un sol radieux et sous un ciel livide.
-
-Tous! Je crois cependant qu'un miracle se peut,
-Par lequel notre orgueil, qui jamais ne s'étonne,
-Verrait tous les hivers suivre tous les automnes,
-Lui qui devait, hélas, en contempler si peu.
-
-Toujours la nuit et l'aube après le crépuscule!
-Ma fabuleuse foi se mêle à la saison;
-Et, pareil au marin courbé vers l'horizon,
-Ma nef joyeuse avance et l'horizon recule.
-
-Nature, laisse-moi parmi tes cheveux verts,
-Être ton jeune amant jusqu'à la fin du monde;
-Et que mon cœur alors, rejeté par sa fronde,
-Gravite autour de lui comme un rouge univers!
-
-
-
-
-LE PAGE
-
-
-Je n'imagine plus le retour de l'hiver
-Aux couleurs rares et suspectes,
-Je suis dans l'herbe chaude un joyeux Gulliver
-Au milieu d'un peuple d'insectes.
-
-Les nuages, ce sont les chevaux du soleil
-Gonflant leur poitrail et leur croupe;
-Ils se ressemblent tous, mais pas un n'est pareil,
-De leur éblouissante troupe.
-
-Un papillon a l'air, parmi le désarroi
-De ses stations incomplètes,
-D'un petit peintre ailé qui cherche un bon endroit
-Et vole avec ses deux palettes.
-
-Je pense à ce matin où j'écrivais des vers...
-Au titre démon prochain livre...
-Étendu sur le dos je vois l'arbre à l'envers
-Et j'ai l'impression d'être ivre!
-
-Je pense aux lourds rébus que les gens chercheront
-Dans ma simple et jeune pensée!...
-Une branche supporte un beau petit nid rond,
-Ô douce maison balancée!
-
-Alors que je raconte avec un tendre émoi,
-Au hasard, sur la blanche page,
-Ce que dit la nature en se penchant vers moi,
-Comme une reine vers son page.
-
-
-
-
-LES PAPILLONS
-
-
-Grâce au vent imprévu, fantaisiste et adroit,
-Ce candide, pâmé sur le col d'un lys droit,
-Est un nœud de cravate impeccable et mobile!
-Le pavot tortueux tend sa rouge sébille,
-Ce jaune s'y fait choir comme un royal cadeau!
-Celui-là, dont un phlox ne sent pas le fardeau,
-Rapproche étroitement ses deux ailes éteintes...
-Il parti L'une sur l'autre a décalqué ses teintes!
-Cet autre, à plat sur l'herbe a l'air d'être exposé;
-Et ce roux qui sur une rose s'est posé,
-Après une amoureuse et céleste querelle,
-Est un pastel qui rôde autour d'une aquarelle.
-Ce blanc montre, frotté de pollen et d'odeur,
-La preuve des larcins dont il est maraudeur;
-Et grisé, saturé de grappes de glycine,
-Ne sachant pas qu'il porte un nom de médecine,
-Rafraîchit sa paresse avec deux éventails!
-Ces noirs, des pucerons sont les épouvantails;
-Et ce multicolore, au milieu des jacinthes
-Bat l'air chaud pour sécher ses ailes fraîches peintes.
-Et tous pensent: Dansons! Éblouissons! Pillons!
-Nous sommes le troupeau des épars papillons;
-Et tandis que les Dieux sont les auteurs superbes
-Du chef-d'œuvre qui va de la forêt aux herbes,
-L'enfant Éros couché sur le ciel nuageux
-Nous invente et nous jette au hasard de ses jeux!
-De la plus pauvre fleur nous fûmes les rois mages,
-Chargés de poudre d'or, de parfums et d'images;
-Aucune à notre luxe encor ne s'égala!
-Nous mettons tous les jours nos habits de gala;
-Et pour vivre sans crainte au milieu de nos zèles,
-Nous avons de gros yeux dessinés sur les ailes!
-Notre éclat est celui d'un trésor découvert.
-L'homme guette à l'affût avec un filet vert
-Nos vols incohérents, éblouis, peu solides
-Au sortir du cachot obscur des chrysalides;
-Et lorsqu'enfin la nuit, où tout est triste et laid,
-Engouffre les jardins sous un sombre filet
-Et change nos velours en défroques moroses;
-Nous attendons, ayant pour nid le cœur des roses,
-L'aube où nous quitterons ces magiques perchoirs
-En agitant l'adieu de nos petits mouchoirs.
-
-
-
-
-LE CRÉPUSCULE
-
-
-La nuit vient et le jour déjà s'en est allé;
-Il règne comme un roi précaire.
-Une abdication l'avait vite installé,
-Un avènement clôt son ère.
-
-Le grand chœur des grillons a l'air d'être le bruit
-Qu'il fait lorsqu'il tournoie et tombe;
-Le jour blond ruisselait comme un énorme fruit,
-Il descend comme une colombe.
-
-D'un beau nuage rond, immobile coussin,
-Où la lune en montant s'appuie,
-Il fait, sans la rider, choir sur l'eau du bassin
-Une silencieuse pluie.
-
-Rien ne se soumet plus aux défaillantes lois
-De la lumineuse évidence;
-Et des nymphes peut-être, en enlaçant leurs doigts,
-Lui règlent sa tournante danse.
-
-Et dans les chauds jardins où le jour remuait,
-Tous les yeux sont doucement myopes,
-Lorsqu'il laisse à travers les feuillages muets
-Pleuvoir ses lents héliotropes.
-
-
-
-
-LA PEUR DU SOIR
-
-
-Le soir, dans mon jardin entouré de grillages,
-Va se poser comme un pigeon;
-Laissons le beau pays de nos tendres voyages,
-Quittons la chaise longue en jonc.
-
-Je sais trop que le mauve et tournant crépuscule
-Apporte le soir après lui,
-Et que le soir placide où rien ne se bouscule
-N'est que le héraut de la nuit.
-
-Je sais que la maison, la pelouse et l'allée
-Disparaîtront jusqu'à demain,
-Et que le souvenir de leur forme en allée
-Guidera mon pas et ma main.
-
-Je sais que peu à peu s'évanouit ta jupe,
-Ta chemisette et mon complet;
-Et qu'enfin notre cœur ne sera plus la dupe
-De tout ce luxe qui nous plaît.
-
-Le soir apporte ailleurs l'illusion charmante
-Et l'art des voiles inconnus,
-Il sait être le masque et l'écharpe et la mante;
-Prends garde! Il va nous mettre nus.
-
-Nos yeux caressent trop nos corps jeunes et souples,
-Hélas! nous aimons trop nous voir.
-Laissons, il n'est que temps, à de plus tristes couples
-Le clair bonheur qu'il fasse noir.
-
-Saurions-nous le secret si divin de nous taire?
-Dirions-nous ce qu'il ne faut pas?
-Sur le muet sommeil de l'herbe et de la terre
-C'est déjà trop du bruit des pas.
-
-Je me sens si frivole et le soir est si grave;
-Rentrons! Allume tout! J'ai peur!
-Le silence est un mur, le souvenir s'y grave,
-Et le silence est dans mon cœur.
-
-Nous n'avons pas la foi de ces amants illustres!
-Et c'est déjà, sans rêver d'eux,
-Sous le soleil du ciel ou sous celui des lustres
-Si difficile d'être deux!
-
-
-
-
-L'AUTOMNE ET LE DÉSIR
-
-
-Un vieux chêne se penche au-dessus des roseaux;
-Le jardin, doucement, jongle avec ses oiseaux;
-Chaque géranium qui se dresse ou retombe
-Fait aux yeux le fracas d'une petite bombe;
-Le jet d'eau vif a l'air d'une offrande au beau temps.
-Pitié, Dyonysos! Ne viens pas... Je t'entends...
-Je sais l'hymne lascif que ton escorte entonne;
-Mon cœur a vendangé tout le sang de l'automne,
-Et ce sang me rappelle en qui je suis lié,
-La forme de mon corps que j'avais oublié!
-Ne viens pas sur ton char traîné par dix panthères,
-J'ai peur de tes cils roux où dorment des cratères,
-J'ai peur de ton corps souple, impudique et debout,
-Dans lequel un feu clair circule, éclate et bout.
-J'ai peur de ton front bas casqué de molles grappes,
-Des deux cymbales d'or que tu brandis et frappes,
-De tes genoux verdis par l'herbe où tu roulas,
-De tes rires brutaux, de tes sourires las,
-Et de tout ce cortège orgueilleux de te suivre!
-Passe, car j'ai déjà, comme un aegipan ivre,
-Vu dans mon miroir rond que j'ai peine à saisir
-Le visage égaré de l'immortel désir.
-
-
-
-
-THÉOSOPHIE
-
-
-Pourquoi veux-tu, ma sœur, que je m'étonne et tremble
-Parce que sans appel tu viens t'offrir à moi,
-Puisqu'une vaste, grave et décisive loi,
-Sur le livre éternel nous inscrivit ensemble?
-
-Ton visage connu jamais ne m'a quitté,
-Nous sommes morts et nés et morts et pour renaître;
-Mes yeux divers toujours savaient te reconnaître,
-Et je t'entends venir depuis l'antiquité!
-
-
-
-
-LES DEUX LABYRINTHES
-
-
-Ariane éphémère au seuil du labyrinthe,
-Vous m'avez bien tendu votre lèvre et le fil;
-Mais plus que vous, le monstre était neuf et subtil,
-Et j'ai cassé le fil, et je n'ai pas de crainte.
-
-Si, l'oreille attentive et la pelote en main,
-Vous guettez mon retour victorieux et tendre,
-J'ai peur, hélas, j'ai peur de vous laisser attendre,
-Car mon guide inactif traîne sur le chemin.
-
-Vous attendez le soir, et la nuit et l'aurore,
-Et le jour, et le soir, et la nuit et les jours!
-Peut-être bien, ma sœur, attendrez-vous toujours...
-Car je parle de vous avec le Minotaure.
-
-Sous un canal de ciel nous marchons. Il me tend
-Les gâteaux et les fruits dont, dit-il, on l'accable.
-Il raconte sa paix, le monde inextricable,
-Et le monstre immortel qui dans vos yeux m'attend...
-
-
-
-
-DE MON LIT
-
-
-Ô chaleur! insomnie! insupportable toile!
-Je regarde une étoile et j'écoute un crapaud...
-Astre ému, détaché du sidéral troupeau,
-Ce chant limpide et seul vient-il pas de l'étoile?
-
-Je pense à tous les chocs dont je n'ai pas souffert.
-(Ô mon cœur averti, quel sachet de Pandore!)
-L'avenir alterné se dore et se dédore,
-Et j'ai peur de finir et j'aspire à l'Enfer.
-
-Tout plutôt que soudain (_courbe-toi fier Sicambre!_)
-Recevoir ce hideux baptême de Néant,
-Ce droit à devenir l'éternel fainéant,
-Cet échange de Rien contre la douce chambre.
-
-
-
-
-LE SUBLIME CACHOT
-
-
-Il y en a (le croirait-on?) à qui
-la prison devient si chère, qu'ils
-craignent d'en être délivrés!
-ALFRED DE VIGNY
-
-
-Joie intense d'un matin chaud,
-Prodigue et sublime cachot!
-Merci, Destin qui me le donnes!
-D'un néant à l'autre néant,
-Ce ciel, cette eau, ces belladones,
-Ce sourire de doux géant,
-Épanoui sur la nature,
-Cette fraîche et nette peinture.
-
-Que mon œil, chaque nouvel an,
-Porte sur son limpide écran;
-Et même l'hivernale neige!
-Comment peut-on, comment pourrai-je.
-Destin vague et sans horizon,
-Ne pas pleurer cette prison,
-Que ton obscur vouloir abrège?
-
-
-
-
-LE DRAPEAU DE VÉRONIQUE
-
-
-Implacable besoin de créer et d'écrire,
-Laisse-moi le repos auquel j'aspirais tant!
-Le cher repos de voir, de soupirer, de rire,
-D'être un prêtre muet du jardin éclatant!
-
-Vois, j'ai laissé dormir mon travail sur la table,
-Tellement le dehors frappait au store écru,
-Et voilà que ton choc perfide et délectable
-Me fait rasseoir plus tôt que je ne l'avais cru;
-
-Demain je chanterai l'herbe vivante et fine
-D'où l'on voit, l'œil mi-clos, couché sur le côté,
-Le turbulent matin qui ressemble à _Delphine_
-Lorsqu'elle déclamait son «Ode à la beauté».
-
-Je chanterai demain l'approche de l'automne,
-Qui ne peut plus cacher les gestes nus d'Éros;
-Et la fille et le fils que la forte Latone
-Mit au monde, au milieu des lauriers de Délos.
-
-Fais grâce! Tu sais bien de quel vaste délire
-Je me sens défaillir sous les doigts d'Apollon,
-Lorsque je ne suis plus qu'une harpe, une lyre,
-Un docile, un sonore el divin violon!
-
-Tu sais que c'est mon sang que le papier recueille,
-Mon pauvre sang mortel qui coule par mes doigts,
-Et se transforme en encre au contact de la feuille,
-Comme s'il ruisselait pour la dernière fois!
-
-Mon âge à tes assauts offre un appui débile,
-Peut-être que demain je te servirai plus!
-Ne m'abandonne pas, semblable à la Sybille
-Après qu'elle a crié: _Deus! Ecce Deus!_
-
-Tout le jardin d'odeurs et de couleurs s'encombre,
-Et je serai pareil au naïf parasol,
-Qui reçoit du soleil et qui donne de l'ombre
-Pour qu'on repose un peu sur l'implacable sol.
-
-Laisse-moi, fugitif, enfantin, inutile,
-Recevoir sur ma main sans plume et sans crayons,
-Les coups universels de ce poing qui rutile
-Et supporte le monde au bout de ses rayons.
-
-Caron ne peut toujours et d'un prodige unique
---Insecte radieux sous quel divin chapeau!--
-Capturer la nature au lin de Véronique,
-Et l'offrir, et le vendre, et s'en faire un drapeau!
-
-
-
-
-PIROÜS ET LES SIRÈNES
-
-
-ULYSSE
-
-
-Je n'entends rien. Je n'ai plus peur.
-La cire est ferme à mon oreille.
-L'horizon de pourpre se raye...
-Indéfinissable torpeur!
-
-On m'a dit qu'elles sont des hordes,
-Et qu'elles aiment ce climat.
-J'appuie à la fraîcheur du mât
-Mon torse enveloppé de cordes.
-
-Mes rameurs en ont fait autant
-Contre l'harmonieuse attaque.
-Je veux revoir la ronde Ithaque,
-Ithaque où Pénélope attend!
-
-Le vaisseau penche, monte et penche,
-Et remonte et repenche encor;
-Quel peut être le divin cor
-Suspendu sur leur froide hanche?
-
-Il paraît qu'au lieu de genoux
-Elles ont une souple queue,
-Une queue écailleuse et bleue,
-Des yeux tristes levés sur nous.
-
-Au bord des mouvantes vallées
-Sur leurs plages de sable clair,
-On m'a conté qu'elles ont l'air
-De molles vagues déroulées.
-
-Le mouvement universel
-Se répercute et nous balance...
-Oh! regarder avec silence
-Le domaine onduleux du sel.
-
-Rien d'extérieur ne m'arrive,
-Je suis enclos, fixe, engourdi.
-Leurs baisers dont on a tant dit
-Ne valent pas la bonne rive!
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Mais quel est ce jeune marin
-Qui surgit d'un paquet de voiles?
-Et pourquoi libre? Jusqu'aux moelles
-Un malaise nouveau m'étreint.
-
-Piroüs! Je te connais brave,
-Mais tous sont braves sur ma nef
-Et tous captifs! Et moi, le chef,
-Par mon ordre je suis esclave!
-
-Piroüs!... Il ne m'entend pas!
-Des larmes roulent sur sa joue;
-Il se dirige vers la proue,
-D'un exact, d'un terrible pas!
-
-Je veux! Piroüs! Je supplie!
-Toi le plus jeune et le plus beau,
-Détourne tes regards de l'eau,
-De l'eau qui se gonfle et qui plie!
-
-Je comprends! Tu mis nos liens,
-Chanvre qui grince et fer qui sonne;
-Mais il ne resta plus personne
-Pour rouler et nouer les tiens!
-
-Pardonne, Piroüs! Sans doute
-Vers leurs inentendables chants,
-Il va, parmi les mornes champs,
-Se fendre une écumeuse route!
-
-Piroüs...! Au bord du vaisseau
-Il se penche! Proche avalanche...
-Puis à cheval. Comme il se penche!
-Et plus rien après un seul saut.
-
-Plus rien... Si! tout à coup, mirage
-Déformé d'un glauque miroir,
-(La nuit tombe, il fait presque noir)
-La forme de quelqu'un qui nage...
-
-Oh! peu à peu, là-bas, nageant
-Avec des bras naïfs et frêles,
-Le malheureux tiré vers elles
-Par le fil de leur voix d'argent!...
-
-
-
-
-À UNE FUGITIVE
-
-
-Presque toujours l'espoir pendant la libre course
-Se transforme en regret amer.
-Et le fleuve emporté reviendrait à sa source
-S'il n'était pas bu par la mer!
-
-
-
-
-LES VILLES
-
-
-Apporte-moi, voyage, un superbe repos;
-Je meurs d'imaginer tes villes inconnues,
-Sur le courbe univers doucement répandues,
-Comme un silencieux et célèbre troupeau.
-
-Je les porte si fort au pavois de mon rêve
-Que je pourrais toucher leurs arbres et leurs murs:
-Et c'est, dans le soleil de leurs accueils futurs,
-Que mon vague avenir se précise et s'achève.
-
-J'imagine, en marchant sous le ciel de Paris,
-Leurs climats dont le cœur s'accable et se délecte,
-Leur tumulte nouveau, leur âpre dialecte,
-Leur odeur de maïs, de vanille et de riz.
-
-Elles sont là. Ce sont mille terres promises,
-Où notre frais matin entraîne un soir si chaud,
-Que, contre leur terrasse aux balustres de chaux,
-Les gens sont presque nus sous de molles chemises.
-
-L'une a la mer aux flots pliés et dépliés;
-L'autre, le lac épais, torpide et circulaire;
-Une autre encor, le fleuve, et toutes pour me plaire
-Des palais lumineux et de clairs espaliers.
-
-On y cueille des fruits sans craindre de reproches,
-Tellement ce larcin soulage un arbre las;
-Et les nombreux parfums aux tendres entrelacs
-Sont exacts et brouillés comme un concert de cloches.
-
-Ah! dans ce morne hiver où nous nous surmenons,
-Malgré le froid tardif qui s'incruste aux façades,
-Combien je fais crouler ces obstacles maussades,
-Pour rejoindre ces lieux enguirlandés de noms!
-
-... Sur ce fleuve où s'éloigne un vert ricochet d'iles,
-Chateaubriand rêvait d'unir en quelques mots,
-Le singe à masque noir, les flexibles rameaux,
-Le parfum d'algue et d'ambre autour des crocodiles.
-
-C'est près de ce jet d'eau, bel acteur jaillissant
-D'un poème étranger dont le bruit seul me touche,
-Que Saadi lâcha la rose de sa bouche,
-Pour que Ronsard un jour la reçoive en naissant.
-
-Chacune a son autel où le souvenir fume,
-Et brûle un feu divin de respect et d'orgueil,
-Lorsqu'on voudrait baiser les trois marches d'un seuil,
-Ou mordre un peu de terre, ou boire un peu d'écume.
-
-Palos, David, Calem, Bagdad, Louqsor, Alger!
-Mon multiple désir s'élance vers vous toutes,
-Semblable à ces pigeons qui découvrent leurs routes,
-Lorsqu'un secret instinct les aide à voyager.
-
-Je suis votre support, votre cariatide;
-Et, lourd de vos maisons, de vos fruits, de vos fleurs,
-De tout votre sommeil, de toutes vos chaleurs,
-Entassés, réunis sur mon cœur intrépide!
-
-Je pense à l'avenir où, vous voyant soudain,
-Sans que je vous invente, et d'un œil net et large,
-Je me délivrerai de l'accablante charge,
-Demeure par demeure, et jardin par jardin.
-
-
-* * *
-
-
-Je me rappelle un soir dans un parc de Cocagne,
-Un parc italien au décor fabuleux,
-D'où je voyais au loin, entre les cactus bleus,
-Un express noir ourler le bord de la montagne.
-
-Des cèdres de la Chine et des lys de Ceylan
-Rapprochaient leur fatigue humide et contournée
-Et comme un monstre ému, la Méditerranée,
-Ne servait qu'au loisir d'un petit voilier blanc.
-
-Et le ciel à la mer mêlait si bien ses teintes,
-On distinguait si mal la ligne d'horizon,
-Qu'il s'imposait de faire un effort de raison,
-Pour n'y pas voir un ange avec les ailes jointes.
-
-Des roses se pressaient aux crêtes des murs secs
-Comme autour de Priam les compagnes d'Hélène,
-Et laissaient choir en bas leur suppliante haleine
-Vers les durs aloès pareils aux guerriers grecs.
-
-Et moi pâle, épuisé par cette libre serre
-Où rien n'était jailli comme un soupir du sol,
-J'appelais Robinson et Virginie et Paul,
-Et toute mon enfance indigente et sincère!
-
-Et toute mon enfance où, du sable aux genoux,
-Lorsqu'un doigt maternel m'indiquait la Grande Ourse,
-J'ignorais qu'il existe un terme à notre course
-Et des cœurs inconnus toujours en deuil de nous.
-
-
-
-
-LA JOIE PANIQUE
-
-
-Rire inévitable de Pan,
-Joie ardente, immense, panique,
-Où flotte et claque la tunique
-Des pâles nymphes s'échappant...
-
-
-
-
-L'ORGUEIL
-
-
-Orgueil! royal orgueil dont nous nous embrasons,
-Jusqu'à porter nos cœurs plus haut que les maisons,
-Lorsque le tiède avril régénère la ville;
-Bel orgueil, ennemi de la vanité vile,
-Que vous étiez en moi dans l'éclat du matin!
-Le passé palpitant, si proche et si lointain,
-Frémissait à mon dos comme de vastes ailes;
-Tandis que l'avenir rempli de futurs zèles,
-Jaillissement vermeil de vacarme et d'effort,
-Semblait être à ma bouche une trompette d'or!
-
-Grâce à vous, cher orgueil, je portais l'auréole
-Offerte par le Dieu charmant de la parole,
-Qui fait bondir au bout de ses dix bras jumeaux
-Les prismes éternels des innombrables mots!
-Ô suprêmes instants! Ô vibrantes minutes!
-Grâce à vous, j'ai connu les frénétiques luttes
-Où la plume et la feuille et le morne encrier
-Sont les liens des vers que l'on voudrait crier,
-Que l'on voudrait hurler, chanter, soupirer, rire,
-Que leur bousculement nous empêche d'écrire,
-Et qu'il faut, lorsqu'ils sont en nous et qu'on le sent,
-Les laisser ruisseler comme un superbe sang,
-Pour vivre tout le long de la courte journée
-Les feux de la Sybille et la ferveur d'Énée!
-
-Orgueil de se savoir porteur d'un trésor tel
-Qu'on en est à la fois et le prêtre et l'autel;
-Orgueil d'avoir son âge, orgueil de vivre en France,
-Comment vous posséder avec indifférence?
-J'étais enveloppé de votre large vent,
-Je n'étais qu'un bonheur de voler en avant!
-Grâce à vous, sur les pieds de mes désirs rapides,
-Je faisais le parcours du jeune Philippides;
-
-Et m'arrêtais au soir, exténué, vaincu,
-Ivre de ce beau jour que j'avais tant vécu,
-Pour la petite mort du sommeil et du rêve,
-Et pour, après la courte et noire et calme trêve,
-Repartir de nouveau, limpide et palpitant,
-Avec le lourd secret que tout un peuple attend!
-
-J'avais dû, grâce à vous, être dans un autre âge,
-L'enfant Septentrion qui dansait sur la plage
-Et dont on ne sait rien par le trouble passé,
-Sinon qu'il se tua pour avoir trop dansé!...
-Car de l'aube au couchant vous régliez ma danse;
-Au fond de vos replis de corne d'abondance,
-Vous me gardiez les fleurs que nul ne connaît plus!
-Le bruit chantait en moi des siècles révolus,
-Comme l'auguste mer hante un doux coquillage...
-Et j'étais un vaisseau plus clair que son sillage.
-
-Mais hélas! loin du sol dont nous étions partis.
-Quand le monde à la fois trop vaste et trop petit
-Nous était devenu ce que l'arbre est à l'aigle;
-Lorsque hors des saisons, du siècle et de la règle,
-L'orgueil nous emportait sans crainte de retour
-Comme un docile agneau pendu sous un vautour;
-Un Dieu volant aussi d'un vol brutal et tendre
-Était déjà monté plus haut, pour nous attendre!
-Et nous devons alors redescendre avec lui.
-Il tourne, il fonce, il joue, il tire, il pousse, il suit!
-Depuis longtemps ses mains nous préparaient des chaînes
-Et dans le fol espoir de libertés prochaines
-Nous tendons nos poignets, pâles et renversés.
-
-Éros, épargne-nous: l'orgueil était assez!
-
-
-
-
-LA MÉDITERRANÉE
-
-
-Quel soleil! On dirait une cymbale ronde
-Attendant le grand choc d'une cymbale sœur,
-Dont le disque inconnu, soudain, envahisseur,
-Sonnera contre lui l'auguste fin du monde!
-
-Sous le ciel courbe où seul un astre a fait son nid,
-On a l'impression si sublime et si nette
-Que la mer, suspendue au flanc de la planète,
-Brille et tremble à l'envers sur le gouffre infini.
-
-Le tendre vent qui lisse et qui boucle les vagues,
-Agite sur mon front les rameaux de la paix;
-Le sol, pareil aux toits, sous un azur épais,
-Astreint ma frénésie aux somnolences vagues.
-
-Ô Jouvence! Jouvence, où mon cœur est allé
-Se rajeunir d'un mal dont le chagrin me hante;
-J'aime ta solitude humide et scintillante,
-Où le ciel de midi mire un ciel étoilé!
-
-
-
-
-LA FAIBLESSE D'ULYSSE
-
-
-Je pensais: tout s'achève où cette mer commence!
-Quel calme et quel retour à la noble raison,
-D'entendre, du rivage au mur de l'horizon,
-Son bruit chaud répandu comme un divin silence.
-
-De quel œil altéré de rêve universel
-Je verrai le soleil, éblouissant Saint-George,
-Transpercer le matin de la queue à la gorge,
-Ce dragon du corail, de l'éponge et du sel!
-
-Sur un sable marqué des dix-huit pas des Muses,
-Où le flot d'un tel bleu se peint et se repeint,
-Je jugerai, couché sous le dôme d'un pin,
-Le jeu contraire et joint dont l'air et l'eau s'amusent.
-
-Dans l'éternel décor que rien n'a pu changer,
-Des jeunes gens, massifs comme de souples marbres,
-Prendront les balles d'or parmi l'odeur des arbres
-Et se battront avec, au lieu de les manger.
-
-Ivres de jeune audace et de forces marines,
-Sur l'herbe rousse et sèche ils formeront deux camps,
-Et riront dans le soir aux souffles suffocants
-De s'être fait la guerre avec des mandarines!
-
-Un petit faune roux courra prendre son bain,
-Ses sabots claqueront sur le rocher cubique,
-Et j'entendrai dans l'air noble et mythologique
-Son bêlement de chèvre et ses cris de bambin.
-
-Ce sera comme aux jours où l'humide Andromède
-Vit, dans un remous blanc de plume et de métal,
-Sur un cheval ailé de conte oriental,
-Poindre et grandir l'amant qui volait à son aide!
-
-Ce sera comme aux jours où tout était si beau,
-Que les dieux descendaient par les hautes montagnes
-Et d'un geste mortel choisissaient des compagnes
-Avant de les contraindre au secret du tombeau.
-
-Et peut-être qu'un soir je verrai le mystère,
-Ivre d'antique et grave et merveilleuse peur,
-Du sol, jaloux de l'eau, secouant sa torpeur,
-Pour s'ébranler d'un flux et d'un reflux de terre.
-
-Et je pensais: ici tout est pressé, tissé,
-Tassé, rempli; couleur, chaleur, tumulte, arome!
-Je ne trouverai pas la place du fantôme
-Que déjà le voyage avait rapetissé!
-
-Combien j'étais joyeux du passé qui s'efface!
-Quel plaisir de ne plus recevoir comme un coup
-L'image de vos traits si hauts sur votre cou.
-Votre œil qui de profil a l'air d'être de face...
-
-... C'est alors que surgit le chant de votre voix,
-Une impossible voix qui montait sans limite...
-Et je compris soudain les sirènes du mythe,
-Et je connus l'amour pour la première fois.
-
-Comment un soir pareil le trop charnel Ulysse
-Put-il n'avoir rien su, rien vu, rien entendu?
-Ma corde est en lambeaux et ma cire a fondu;
-J'écoute... Et libre enfin, je retourne au supplice!
-
-
-
-
-PRIÈRE DU CAP MARTIN
-
-
-Respectueux salut des pins devant la mer,
-Immense et bleu baquet d'un sublime Mesmer
-Où tout mal se guérit par un brusque miracle;
-Mer sans farouche assaut et sans sourde débâcle;
-Calme où le ciel fait choir sur les compactes eaux,
-Un pur filet tissé de lumineux réseaux,
-Celui qui vous créa se perd dans votre gloire!
-Son règne qui subsiste au fond de ma mémoire
-Se meurt entre vos noms prestigieux et clairs.
-Mon Dieu! apparaissez au centre des éclairs,
-Pour la foi décevante où mon esprit s'efforce;
-Sans cela vous serez, mon Dieu, comme la Corse,
-Dont je sais qu'elle est là, dont toute ma raison
-M'affirme qu'elle est là, présente à l'horizon,
-Sur le tendre versant de la mer ample et ronde,
-Bien que je croie encor que c'est le bout du monde.
-
-
-
-
-LE VISAGE
-
-
-Quand le masque intangible où l'enfance reluit
-S'envolera soudain de mon jeune visage,
-La mer pleine de ciel et le chaud paysage
-Ne seront plus ceux-là que j'aimais avec lui.
-
-Triste de leur beauté renaissante et rivale,
-Vieux avant l'heure auguste où l'on sait être vieux,
-Je ne leur tendrai plus que mes yeux envieux,
-Moi qui les reflétais dans un miroir ovale.
-
-Vienne le soir lassé si le malin fut beau!
-Mais lorsque le matin est trop bref ou trop grave,
-Le doux charme en allé fait gémir le plus brave
-Et le premier refus est un petit tombeau.
-
-Mais qu'importe! Brûlons! Vers ma divine cendre
-Je ferai retourner mon cœur se dispersant,
-Ainsi que les soldats du bataillon Persan
-S'interrompaient de fuir pour revoir Alexandre.
-
-
-
-
-LA PALLAS D'HOMÈRE
-
-
---On pleure, on rit, on ne sait plus
-Quel est le moins touchant passage;
-Le plus fou succède au plus sage,
-Parmi les vers lus et relus,
-Et dans la flotte énumérée
-Je connais les chefs par leur nom,
-Depuis l'immense Agamemnon
-Jusqu'au faible et charmant Nirée.
-On ne sait plus! J'étais avec
-Le terrible cortège grec
-De tout mon désir hors d'haleine;
-Mais Hector embrasse son fils,
-L'enfant a peur du casque; Hélène
-Brode avec de la douce laine
-Le profil étroit de Pâris;
-Priam, en haut des portes Scées,
-Voit les cohortes courroucées
-Rouler leurs vagues de métal
-Jusqu'à la mer aux molles vagues;
-Pâris enlève enfin ses bagues
-Pour mieux tenir le cuir brutal
-D'un bouclier rond comme un disque;
-Et, fier de la beauté qu'il risque,
-Court sur le sol brûlant et blanc,
-Comme un baigneur un peu tremblant,
-Un peu craintif, descend la plage.
-J'aime ce séducteur volage,
-Priam, Astianax, Hector,
-Et tout ce peuple qu'on attaque!
-On pleure Ulysse dans Ithaque;
-Mais est-ce mal? Mais ai-je tort
-De pleurer avec Andromaque?
-Ô Jupiter, par quels moyens
-Aimer les Grecs et les Troyens?
-Car je sens bien que mon cœur ploie,
-Sans reconnaître au juste, hélas!
-Quelle est sa tristesse ou sa joie,
-Autant vers l'âpre Ménélas
-Que vers la douloureuse Troie.
-
-Criez, les Grecs, et combattez!
-Minerve effleure à vos côtés
-Le sol roussi de canicule!
-Son grand vol jamais ne recule,
-Elle tombe du ciel, circule,
-Remonte au ciel voir Jupiter,
-Retombe, déchire l'éther
-De son éblouissante lance!
-L'air chaud que sa double aile bat
-Lorsque son vol actif s'élance
-À droite, à gauche, en haut, en bas,
-Fait couler ses cheveux du casque;
-Elle est la superbe bourrasque,
-Et l'ouragan clair du combat!
-Quels beaux efforts! Quels jeux épiques!
-Quel cliquetis ses armes font
-Lorsqu'elle est peinte au bleu plafond
-Au-dessus d'un tapis de piques!
-Elle écarte un fer ou le tord,
-Pousse la main de Diomède,
-Enfonce un trait, verse un remède,
-Prend la forte voix de Stentor;
-Et pour mieux leur venir en aide,
-Se transfigure tour à tour
-En jeune homme, en char, en vautour!
-En haut d'une invisible tour
-Plante sa gigantesque égide;
-Et reparaît, souple et rigide,
-Souple et rigide comme un lys
-Qu'un bourdon anime et talonne,
-Plus indomptable que Bellone
-Et plus charmante que Cypris!
-Elle blesse Mars, frappe Énée,
-Et rapide, folle, acharnée,
-Vise Vénus qui le défend!
-La délicate main se fend,
-Un cri de femme! Du sang tombe!
-Vénus quitte son brave enfant
-Qu'Apollon ravit à la tombe;
-Et tandis que la tendre Hébé
-Panse avec soin les tissus roses
-On voit fleurir de pourpres roses,
-Où le sang divin est tombé.
-
-Pallas! que d'efforts! que de zèles!
-Quelles infatigables ailes!
-Quelle ardeur à compter les morts!
-Quel éclat fourbe en ton œil large
-Lorsque tu saisis par leurs mors,
-Éton, Lampus, Xante et Podarge,
-Pour briser leur quadruple charge
-Sous les harnais aux triples ors!
-
-Ah! tu sais bien que dans Athènes
-Les seuils, les temples, les fontaines,
-Disent ton geste triomphant
-Porteur de l'invincible épée,
-Depuis ton image en poupée
-Qu'embrasse le petit enfant,
-Jusqu'à la pierre dure et blanche
-Où, tes pieds nus brunis par l'eau,
-Tu rêves, la main sur la hanche,
-Et le front contre un javelot...
-
-Déesse turbulente et sage
-Qui te laisses, tel un fruit mûr,
-Choir du haut en bas de l'azur
-Où rien ne t'arrête au passage,
-Et voltige sur le terrain
-Que ton regard rapide embrasse
-Comme un faucon casqué d'airain
-Tournoie au-dessus d'une chasse
-Et plane en aiguisant son bec!
-C'est parce que le peuple grec
-Veut t'offrir une autre statue
-Et s'abandonne entre tes mains,
-Que ta colère enflamme et tue
-(Ah! que les Dieux sont donc humains!)
-Cette Ilion qui s'évertue.
-C'est parce que tu veux du miel,
-L'encens qui parfume le ciel
-Et de blancs troupeaux de génisses,
-Que tu vas, viens, tournes et glisses
-Comme un sublime ludion
-À travers l'air si doux à fendre,
-Contre Mars qui cherche à défendre
-Les murs menacés d'Ilion!
-
-Et c'est peut-être, et c'est sans doute,
-Bien qu'Homère n'en dise rien,
-Cette miraculeuse joute,
-Tout ce manège aérien
-Parce que Diomède trouble
-Et enveloppe ton cœur double
-D'un étrange et fiévreux lien!
-Et que sur son char où se dresse
-La surnaturelle tendresse
-De tout ton beau vol déplié
-Comme une victoire de proue,
-Il t'a promis, s'il broie et troue
-Et mutile Hector sous sa roue,
-Une cuirasse et un collier!
-
-
-
-
-APRÈS AVOIR RELU DES NOMS DE L'ILIADE
-
-
-Samos, Glaphyre, Elone, Hyria, Coronée,
-Médéon, Haliarte, Orchomène et Daulis,
-Je ne verrai jamais vos marbres ni vos lys,
-Mais de vos noms divins ma vie est couronnée!
-
-
-
-
-LE SÉJOUR PRÈS DU LAC
-
-
-TROIS POÈMES
-
-
-
-
-Tu te disais: Plus tard au temps des beaux voyages,
-Respirer l'air, soufré par de secrets orages,
-Dans les jardins pleins d'ombre et de magnolias.
-
-COMTESSE DE NOAILLES.
-
-
-
-
-I
-
-
-Ma paresse au jardin glisse comme un beau cygne,
-Le soir est intime et clément;
-Vais-je aller retrouver l'ami qui me fait signe
-À Clarens sur le lac Léman?
-
-Simple et miraculeuse abondance française...
-On naît, on meurt et je suis là.
-La fraîcheur du gravier tourne autour de ma chaise,
-Ma chaise longue de villa.
-
-Chaque nuage a l'air d'être un tapis de conte,
-Où s'envole un jeune vizir!
-Plus rien d'extérieur ne subsiste ou ne compte,
-Je suis seul avec mon plaisir.
-
-Parce que l'air m'enroule un arôme de roses
-Comme une écharpe autour du cou;
-J'aime les dieux de l'Inde avec leurs molles poses,
-Charmant la rose et le coucou.
-
-J'imagine leurs yeux retroussés vers les tempes,
-Lorsqu'au centre d'un chaud bassin
-Ils sortent du lotus, qu'on voit sur les estampes
-Arrondir son pâle coussin.
-
-Une princesse dort contre un cyprès de Perse...
-Un nègre brûle du santal...
-Parce qu'un paon rôdeur, dont l'appel me transperce,
-Traîne un trésor oriental.
-
-L'héliotrope, avec des chants et des huées,
-De l'épinette et du canon,
-Fait surgir, bleu troupeau d'orageuses nuées,
-Les arbres du grand Trianon.
-
-Tout mon humble jardin suscite, éveille, évoque!
-Un murmure apporte un pays;
-Un parfum réinvente une lointaine époque,
-L'histoire peuple les taillis.
-
-L'heure n'impose plus la contrainte ou la ligne,
-Et plus d'esclavage d'amant.
-Ma paresse au jardin glisse comme un beau cygne,
-Le soir est intime et clément.
-
-Il a cette langueur d'une convalescence
-Avec des amis près de soi;
-Le vif Éros lassé de trop d'effervescence,
-Silencieusement s'assoit.
-
-Et je crains de meurtrir cet impalpable rêve,
-Et ce soir doux comme un hamac,
-Pour aller à Clarens sur le lac de Genève,
-Ce calme lac! Ce traître lac!
-
-Où tant de volupté se mêle à l'eau sournoise,
-Que j'ai, plein de troublantes peurs,
-Désiré mon jardin naïf de Seine-et-Oise,
-À bord de ses petits vapeurs.
-
-
-
-
-II
-
-
-Mon rêve, tour à tour, s'échafaude et s'écroule,
-Je ne distingue plus dans quel sens l'express roule;
-Un bruit sourd, incessant, grondant, régulier,
-Me rythme un air connu que j'avais oublié,
-Et peu à peu, tandis que je divague encore,
-Une immense fraîcheur vient d'annoncer l'aurore!
-Le cauchemar se sauve avec ses noirs dragons;
-Le sifflet de l'express, sur les toits des wagons,
-Est un drapeau qui flotte et ploie et se renverse.
-Le cri pur des oiseaux se meurt en sens inverse,
-Et derrière les fils d'un grillage incertain,
-Tout renaît et sourit comme au dernier matin.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-La douane éveille ceux que la paresse empêche
-De voir chaque matin le ciel être une pêche;
-Et tout à coup, après cette pénible nuit,
-De sommeil maladif et de fiévreux ennui,
-Où l'heure ralentit, recule et recommence:
-Vallorbe!... Et le glacier comme un sorbet immense!
---On descend des filets les valises de cuir,
-On a l'impression de poursuivre et de fuir;
-Un bonheur ingénu fleurit les humbles gares.
-Voici l'usine rose où l'on fait les cigares,
-La vigne où chaque grappe habite un petit sac,
-Les mouettes qui sont le leit motiev du lac,
-Vevey dont la couleur est si fraîche et si franche
-Que tous les jours pour elle ont l'air d'être Dimanche;
-Et, sans l'avide espoir d'un nouvel horizon,
-Dans le jardin en pente où leur chaude maison
-Sous les pétunias bicolores se vautre,
-Ces bienheureux Vaudois qui ne savent rien d'autre!
-
-
-
-
-III
-
-
-J'ai voulu me contraindre et me mettre à l'ouvrage
-Mais l'air est imprégné d'un invisible orage;
-Une étrange, croissante et nouvelle torpeur
-Me fait voir sans désir passer un blanc vapeur,
-Coupant avec le fer de sa mouvante hélice,
-Un hôtel à l'envers qui tremble dans l'eau lisse.
-Un nuage est au ciel, un grand Pégase las;
-Un autre, au flanc du mont où dorment des villas,
-Un silène ventru couché parmi les vignes.
-Les mouettes ont l'air d'être des petits cygnes,
-Et le lac paternel balance leur troupeau.
-Le glacier s'attendrit sous un rose chapeau,
-Et regarde, étonné d'avoir des cimes roses,
-Clarens dont Lord Byron a respiré les roses.
-Voyageur immobile au creux du doux hamac
-Je vogue! Et tout à coup sur le cirque du lac,
-Où son reflet disperse une molle fortune,
-C'est le quotidien miracle de la lune!
-Son limpide ballon somnole au bout d'un fil;
-Et je me crois César alangui par le Nil
-Lorsque, don qui s'apporte et qui lui-même s'offre,
-De vingt-cinq voiles noirs déroulés dans un coffre
-Surgissait, svelte ibis, la reine aux ongles peints!
-Au-dessus de Montreux les forêts de sapins
-Semblent, sur les rochers, d'envahissantes mousses;
-Et je songe à l'express plein de sourdes secousses
-Où se dévidera, sur un rythme moqueur,
-Le triste fil tendu des pays à mon cœur.
-
-
-
-
-LE SOIR
-
-
-_Jam Cytherea choros ducit Venus, imminente luna._
-
-HORACE.
-
-
-
-
-LE JET D'EAU
-
-
-UN NYMPHÉA
-
-Il ne sait plus quel pourpoint mettre.
-
-
-UN AUTRE
-
-Il en a tant!
-
-
-LE CRÉPUSCULE
-
-Las de me renverser au miroir de l'étang,
-Narcisse épouvanté de sa splendeur morose,
-Je me promène en gris avec un feutre rose
-Et je porte un manteau de brouillard violet.
-
-
-LES TUBÉREUSES
-
-Comme il est fier et beau!
-
-
-LES SOLEILS
-
-Comme il est fat et laid!
-
-
-LA COLLINE LOINTAINE
-
-Le jour perd l'équilibre à ma crête et bascule...
-
-
-LE CRÉPUSCULE
-
-Saluez tous! je suis le prince Crépuscule...
-
-
-UNE GRENOUILLE
-
-Je crois que l'herbe croît.
-
-
-UN CRAPAUD
-
-Crois-tu? Crois-tu?
-
-
-LE DERNIER RAYON
-
-Je meurs...
-
-
-LE CRÉPUSCULE
-
-Je conduis comme un chef d'orchestre des rumeurs;
-Universel amant, exact, subtil et tendre,
-J'entre dans chaque chambre où l'on rêve à m'attendre,
-Avec les souvenirs accrochés après moi.
-Je suis l'ordonnateur du calme et de l'émoi,
-Je verse tour à tour l'insomnie ou le songe,
-J'enseigne aux miroirs francs la beauté du mensonge,
-Et lorsqu'Éros, semeur d'inguérissables maux,
-Cruel comme un enfant avec les animaux,
-Remplit un cœur fané de ses muets tumultes,
-Je rappelle à ce cœur l'oubli des autres cultes:
-Que d'une Vierge un fils comme à Vénus est né;
-Et que s'il est un dieu de roses couronné,
-Il en existe un autre auréolé d'épines!
-Alors tout le jardin ferme ses aubépines,
-Ses gloires de Dijon, ses Maréchal Niel,
-Son sérail alangui de parfums, et le ciel
-Pour me récompenser de ma pieuse course,
-Accroche à mon manteau _l'Ordre de la Grande Ourse!_
-Je suis le doux voleur aux invisibles mains
-Qui dérobe aux œillets, aux lys et aux jasmins
-Leur arôme excessif tout le long des allées,
-Pour le charme incomplet des pâles azalées!
-Je suis bon, je suis pur; rien de beau ne me nuit;
-Je suis le fils rêveur du jour et de la nuit,
-Et je porte le nom charmant de Crépuscule...
-
-
-LES TUBÉREUSES
-
-Comme il est radieux!
-
-
-LES SOLEILS
-
-Comme il est ridicule!
-
-
-LE CRÉPUSCULE
-
-Qu'aperçois-je? un lecteur encor, dans son hamac?
-
-
-LE HAMAC
-
-Je suis le lourd filet d'un impalpable lac.
-
-
-LE CRÉPUSCULE
-
-La rêverie approche avec son équipage.
-
-
-LA RÊVERIE
-
-Emportons-le!...
-
-
-LE LECTEUR
-
-Qui donc me parle?
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-LA RÊVERIE
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-Emportons-le!...
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-LE CRÉPUSCULE
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-J'embrouille doucement les lettres sur sa page.
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-LE LECTEUR
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-Entre le livre et moi quel est ce geste bleu?
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-UNE VOIX
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-À demain!
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-LE SILENCE
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-Chut!...
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-LE CRÉPUSCULE
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-Quel est ce long cri?
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-LE SILENCE
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-Le tapage,
-Comme un aigle blessé qui s'envole... Il se tait.
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-LE JET D'EAU
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-Il était une fois... il était... il était...
-Il était une fois... tout mon collier s'égraine!
-Il s'égraine! il était une reine qui... non!
-Taisez-vous!... tout ce bruit!... je m'embrouille!... une reine
-Qui... j'ai perdu le fil de l'histoire, son nom
-Je ne le connais plus... une reine...
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-LE BASSIN
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-Ça traîne.
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-LE JET D'EAU
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-Il était...
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-LE CYPRÈS
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-Qu'il finisse!
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-LE JET D'EAU
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-Il était une fois...
-Tout mon collier cassé me roule entre les doigts!
-Je cherche, je descends, je monte... il était une...
-Une reine...
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-LE BASSIN
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-Je suis le lac.
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-LE REFLET DE LA LUNE
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-Je suis la lune.
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-LE JET D'EAU
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-Il était une fois une reine et un roi...
-Il était... Le fil craque encor c'est diabolique!
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-UNE GOUTTE D'EAU
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-Il explique au public.
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-UNE AUTRE
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-Ça complique.
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-UNE AUTRE
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-Il s'applique.
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-LE JET D'EAU
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-Autour d'un rayon bleu je mets mon crochet froid.
-Tant pis! Je ne sais plus! la lune me traverse!
-Je m'élance et me laisse choir à la renverse!
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-LE REFLET DE LA LUNE
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-Il va m'étreindre avec sa jacassante averse!
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-LE NUAGE
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-Ô toi, dont la blancheur n'est au miroir de l'eau
-Qu'un des mille reflets de ce divin falot,
-Autour duquel, parmi d'autres falots plus vagues
-Nous sommes tour à tour des vaisseaux et des vagues,
-Je vais anéantir ton orgueil en passant.
-(_Il cache la lune._)
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-LES TÉNÈBRES
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-Nous venons com me un vol de corbeaux gigantesques;
-Nous aimons les soupirs, les larmes et le sang,
-Et nous peignons sur tous les murs de noires fresques!
-Nous sommes...
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-LE NUAGE
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-C'est fini. (_Il s'éloigne, la lune réapparaît._)
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-LE REFLET DE LA LUNE
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-Je suis la lune!
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-LE NUAGE
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-Il ment.
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-LE BASSIN
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-Non, puisqu'il fait obscur dès qu'il part.
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-LE NUAGE
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-Compliment!
-(_Il prend la forme d'une figure rieuse qui s'évapore._)
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-LE JET D'EAU
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-Je jongle, j'exécute une fraîche voltige!
-Je suis une fusée, une aigrette, une tige!
-Regardez-moi: je n'en peux plus, j'ai le vertige!
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-LE CYPRÈS
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-Pitre!
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-LE JET D'EAU
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-Je vais, je vais, et tout à coup je sens
-Un choc, j'ai rencontré le ciel, je redescends!
-J'ai l'air d'un cri silencieux. Je suis superbe!
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-LE CYPRÈS
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-Je suis l'obscur jet d'eau jailli d'un bassin d'herbe.
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-UNE ABEILLE
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-Adieu! Dans mon miel clair comme une blonde poix,
-Je mêlerai ce soir un rien de fleur de pois.
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-UN BOURDON
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-Sur mon mât, pour me fuir, chaque rose trémière
-Semble vouloir en haut arriver la première.
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-UNE FUMÉE
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-Je connais mal ma route et je flâne au détour;
-Je déroule un ruban, j'échafaude une tour,
-Je fabrique une amphore et je modèle une anse...
-Une fois mon travail fini... je recommence.
-Je zèbre le ciel net comme un plafond d'onyx.
-Chacune de mes sœurs est un petit phénix,
-Que le vent éparpille et que la flamme enfante!
-Je ne suis pas toujours la fleur du toit en pente,
-Et lorsqu'un encensoir m'exhale en encensant,
-Je suis le bouquet bleu du vase incandescent.
-Je trace, avec le geste doux d'un col de cygne,
-Le nom mystérieux que je signe et résigne;
-Et lasse d'enrouler, comme on parle tout bas,
-Ce même nom toujours qu'on ne déchiffre pas
-Et qui s'évanouit loin de ma cheminée,
-J'agonise et je meurs sitôt que je suis née.
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-LE COUPLE ET LES PARFUMS
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-LES COULEURS
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-Violentes couleurs! Impondérables tons!
-Il faut partir clans l'ombre hostile.
-(_Elles disparaissent._)
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-LES PARFUMS
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-Nous restons.
---Tournons, rampons, sautons, dansons autour des couples,
-Soyons vifs, nonchalants, impérieux et souples,
-Faisons surgir des lieux, des dates et des noms;
-Il faut que leur esprit naïf et tendre parte,
-Aux pays inconnus qu'ils rêvaient sur la carte,
-Errer parmi les parcs lointains d'où nous venons.
-
-On entend quatre pas sur l'invisible sable,
-Le jet d'eau fatigué ne cherche plus sa fable;
-Sur l'invisible sable on entend quatre pas.
-Sautons comme des daims, glissons comme des cygnes
-Et remplaçons, à l'heure où s'estompent les lignes,
-Les mots qu'ils devraient dire et qu'ils ne disent pas.
-
-Brodons nos fils soyeux sur le célèbre thème,
-Faisons un vers exquis du trop banal...
-
-
-LE COUPLE
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-Je t'aime!
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-LES PARFUMS
-
-Et s'ils sont, ces pantins de l'éternel complot,
-Bêtes comme un glaïeul ou comme une anémone,
-Nous ferons de l'amante Hélène et Desdémone,
-Adorant pour un soir Pâris et Othello.
-
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-LE PARFUM DES ROSES
-
-Langoureux comme un chat qu'un jeune vizir berce,
-Je suis un coussin tiède où le soir vient s'asseoir;
-Et chaque rose a l'air d'un petit encensoir
-D'où je sors, pour conter comment on conte en Perse.
-
-Je me traîne à pas lents sur un fin tapis d'air,
-Un tapis de Bagdad qu'un souffle de vent moire,
-Et peu à peu j'éveille au fond de leur mémoire
-_Aladin, Mariam et les trois Calander._
-
-Dans des flacons fluets qu'un cristal doré bouche,
-On veut garder captif mon charme de rôdeur!
-Je suis la plus charnelle et la plus tendre odeur
-Et je vais parfumer leur bouche...
-
-
-LE PARFUM DE L'OEILLET
-
-Je suis pressant comme un billet,
-J'incite aux pires confidences,
-Je pâme à la sueur des danses
-Dans le cœur compact de l'œillet.
-
-J'aime les beaux ébats farouches,
-Les paumes chaudes sur les seins,
-Le désordre mou des coussins
-Et les inépuisables couches.
-
-Et je vais, pour de chers accords,
-Puisqu'un poivre sucré m'imprègne,
-Régner comme un despote règne,
-Aux endroits secrets de leurs corps.
-
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-LE PARFUM DES LYS
-
-L'entendez-vous monter du troupeau des eunuques,
-Le chœur chaste et impur des pâles soprani?
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-LE POLLEN
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-Je veux blondir d'un peu d'or blond leurs blondes nuques.
-
-
-LE PARFUM DES LYS
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-L'entendez-vous monter vers la nef d'infini,
-Loin des sanglots profonds et des douloureux râles,
-Le chœur inquiétant des longs soprani pâles?
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-
-LE PARFUM DU RÉSÉDA
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-Moi, je suis à leurs pieds le discret réséda.
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-
-LE PARFUM DE L'HÉLIOTROPE
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-Je peux m'y hasarder puisqu'il s'y hasarda;
-Je suis timide...
-
-
-LE MUSC
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-Assez! Tout ce mélange empeste!
-Ils assaillent sa robe, ils grimpent à sa veste,
-J'étouffe! Les voilà tout à coup presque cent!
-On ne distingue plus au juste ce qu'on sent!
-Chacun avec fierté dit son nom de baptême!
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-LUI
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-Ton parfum est exquis!
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-
-LE MUSC
-
-C'est moi.
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-LES PARFUMS
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-C'est nous.
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-
-ELLE
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-Je t'aime.
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-LE DÉSIR
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-Je vole à leur visage et rampe à leurs genoux.
-
-
-LUI
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-Quel est-il ton parfum?
-
-
-ELLE
-
-C'est toi!
-
-
-LE MUSC
-
-C'est moi.
-
-
-LES PARFUMS
-
-C'est nous.
-
-
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-LA LAMPE ET LES PHALÈNES
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-L'EXPRESS (_au loin, dont la voix diminue_).
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-Demain, à leur réveil, ce sera ma surprise
-D offrir aux voyageurs un coin de mer qui frise,
-Lorsque sur mes carreaux qu'un bras frileux atteint
-Ils auront effacé l'haleine du matin.
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-L'AUTO
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-Je vois fuir sur la route aux lueurs de mon phare
-La chaumière éperdue et l'arbre qui s'effare!
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-LA BARQUE
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-Je stagne. Au fond de moi, de l'eau verte croupit.
-Je suis le vieux palais d'un crapaud accroupi;
-Et, romantique acteur privé de mélodrames,
-Je laisse un liseron s'enrouler à mes rames.
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-UN NYMPHÉA
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-À chaque nymphéa, sur son petit plateau
-Le ciel jette une étoile!
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-UNE BELLE DE JOUR
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-Il est tard.
-(_Elle se ferme._)
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-UNE BELLE DE NUIT
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-Il est tôt.
-(_Elle s'ouvre._)
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-LA CHAUVE-SOURIS
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-La sorcière avait une étrange défroque,
-Pour courir au sabbat, et j'en suis une loque;
-Et je tournique, avant que je me laisse choir
-Contre un volet, comme un hideux petit mouchoir.
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-LA LAMPE
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-Viens! J'ai de l'or pour te broder! Je suis prodigue.
-Autour de ma clarté tourne une frêle digue;
-On craint le gaspillage et l'on prévoit le vol;
-Je voudrais enrichir ton terne et sombre vol,
-Avec le clair trésor de mes richesses jaunes!
-Viens! Je n'ai pas hélas! la voix du roi des Aulnes...
-Mais regarde: brodeur à l'éblouissant fil,
-J'ourle déjà d'or blond ce virginal profil,
-Ce virginal profil penché vers son ouvrage!
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-LA CHAUVE-SOURIS
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-Je ne veux pas venir.
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-L'ÉLECTRICITÉ
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-C'est bien fait! Elle rage.
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-LA LAMPE
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-À ton gré, la fenêtre est grande ouverte, et si
-Cela te plaît soudain d'entrer, entre!
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-
-LA CHAUVE-SOURIS
-
-Merci.
-(_Elle zigzague._)
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-UNE PHALÈNE
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-Quel est ce papillon au fond d'un tube en verre?
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-LA LAMPE
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-Mon bec! Viens t'y chauffer!
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-L'ÉLECTRICITÉ
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-La goule persévère...
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-LA LAMPE
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-Approche...
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-LA PHALÈNE
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-Justement je disais à l'iris
-Que...
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-LA LAMPE
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-J'entends mal... approche!
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-LA PHALÈNE
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-Oh!
-(_Elle tombe._)
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-LA LAMPE
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-Paf!
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-L'ÉLECTRICITÉ
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-_De Profundis!_
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-LA LAMPE
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-Quel bon hasard?...
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-SECONDE PHALÈNE
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-Bonjour, lampe!
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-LA LAMPE
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-Bonjour, phalène!
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-SECONDE PHALÈNE
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-La nuit souffle à cette heure une adorable haleine...
-J'ai vu trois papillons de jour, ils sont hideux!
-Et...
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-LA LAMPE
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-J'entends mal... approche... approche encore...
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-SECONDE PHALÈNE
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-Ah!
-(_Elle tombe._)
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-
-L'ÉLECTRICITÉ
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-Deux!
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-LA LAMPE
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-Victoire!
-(_On la souffle._)
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-
-L'ÉLECTRICITÉ
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-Trois!... Enfin ils vont pouvoir s'ébattre,
-Ces pauvres animaux, et moi luire en paix.
-(_On l'éteint._)
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-L'OMBRE
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-Quatre!
-Et ce sera mon tour lorsque de coq en coq,
-J'entendrai, grelottant sous mon grisâtre froc,
-Appel qu'un autre appel précède et accompagne,
-Ma condamnation courir par la campagne.
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-
-LE SOIR
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-Je suis le soir! La nuit n'apparaît pas encor,
-Mais elle approche et je l'annonce au son du cor...
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-LES SOLITUDES
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-LES CORS DE CHASSE
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-_Un chevreau baigne à la fontaine.
-Son corps blessé d'une centaine de tons;
-Chantons notre plainte incertaine,
-La forêt est lointaine et nous vous l'apportons..._
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-UN POÈTE
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-Le soir charmant et flou que la nuit brusque achève,
-Est comme un ami mort qu'on revoit dans un rêve;
-Un train sème son cri. Le ciel à l'horizon
-Semble une pâle, immense et légère cloison,
-Où le nuage met sa suave guirlande;
-Tant que, si l'on était un bon Saint de Légende,
-On partirait avec du pain sec et du miel
-Pour le rivage heureux où Ton touche le ciel.
-L'herbe jeune et crépue est une brebis verte;
-On voit le salon clair par la fenêtre ouverte.
-Éros, qui se promène avec des pieds mouillés,
-Répare son carquois rempli de fers rouillés,
-Et laisse en paix mon cœur meurtri par ses saccages.
-Les arbres sont peuplés comme de grandes cages;
-Le parfum pleut sur moi d'un vernis de Japon;
-La terre a la fraîcheur d'une berge ou d'un pont,
-Et je vois, longuement et sans un geste d'ailes,
-Ces petits voiliers noirs que sont les hirondelles
-Cingler sur un flot pur vers d'invisibles ports.
-Émotion divine! Adorables transports!
-Mon esprit allégé, pour le rêve appareille!
-Cent mille bruits confus me tournent dans l'oreille;
-Ma chaise longue est là.--Le Monde est alentour!
-Je me sens au sommet d'une impalpable tour
-Que n'atteindra jamais la laideur ennemie!
-L'air parfumé m'enroule ainsi qu'une momie,
-Je sens ses linges fins me coller aux genoux;
-Ma main gauche, qui pend parmi les rosiers mous,
-Trouve la douceur souple et lourde qu'on remarque
-Lorsqu'on laisse traîner son bras hors d'une barque,
-Dans le calme chauffé des lacs italiens.
-Je ne veux plus ce soir de terrestres liens,
-Ma joie est un jet d'eau qui jamais ne retombe!
-Un prodige inouï m'évitera la tombe;
-On est mort avant moi, mais sait-on si je meurs?
-L'avenir plein d'appels, de drapeaux, de rumeurs,
-Est un royaume ouvert que mon désir pavoise!
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-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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-Ô calme, ô tout petit jardin de Seine-et-Oise...
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-UN SOLITAIRE
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-Dans la chambre, un beau soir qu'on remarque et qu'on orne,
-Plein de l'espoir fugace et du doute obssesseur,
-Recevoir comme un coup le choc de l'ascenseur...
-S'évanouir pour une auto qui passe et corne...
-Et regarder, honteux d'être son confesseur,
-Le bouquet inutile auprès du fauteuil morne.
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-LA PENDULE
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-La ville est loin. Ici tu n'attends que la nuit.
-Laisse les souvenirs, demeure avec l'ennui,
-L'épouvantable Ennui!
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-LE BOUQUET
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-Je m'endors dans mon vase...
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-LE FAUTEUIL
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-Je tends mes bras de cuir vers une absente extase.
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-LA VILLE LOINTAINE
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-On naît, on meurt, on rit, on pleure, on meurt, on naît
-Dans toutes mes maisons et dans toutes mes rues...
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-LA PENDULE
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-La vie est un roman et l'exil un signet;
-Ne te raccroche pas aux heures disparues...
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-LE SOLITAIRE
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-Et quelquefois... très rarement! elle venait.
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-UN ADOLESCENT
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-Le printemps verse en moi sa délectable gêne
-Et je suis seul... et je voudrais être à Paris
-Pour sentir dans un restaurant du Bois
-Mon cœur trop lourd se fondre aux rythmes des tziganes...
-Ou bien encor descendre avec douceur
-Les nocturnes Champs-Élysées,
-Avec leurs becs de gaz entre leurs marronniers...
-Et surtout n'être pas seul!
-On voudrait tant quelqu'un pour connaître avec soi
-Ces jouissances inexplicables.
-Ô Paris si tranquille et si bleu après l'heure,
-Où le grand soleil rouge inonde les voitures,
-Et joue au passe-boule avec l'Arc-de-Triomphe!
-Paris si parfumé de toutes les charrettes,
-Où les narcisses, les muguets et les oranges
-Ont des odeurs et des couleurs qui se mélangent
-Et traînent...
-Ou bien je voudrais être à Montmartre, très haut,
-Et goûter, en montant les marches de la butte,
-Le charme confiant des fenêtres ouvertes,
-Lorsqu'on entend, dans les maisons, des voix qui causent.
-
-
-UN AUTRE ADOLESCENT
-
-Les héros immortels dont le passé rutile,
-Vainqueurs du destin orageux,
-Ont aimé la douceur de l'effort inutile,
-Et le plaisir naïf des jeux.
-
-Bien avant le stylet, le compas ou l'épée,
-Ils ont tous connu, comme nous,
-Le cheval de carton, la balle et la poupée,
-Et le sommeil sur des genoux.
-
-La jeunesse accrochait comme des escarboucles,
-Des cœurs au bord de leurs chemins,
-Et posait sur leurs fronts sa couronne de boucles,
-Avec ses maternelles mains.
-
-Et l'on vit sur le seuil de cet étrange empire,
-Des jours encor qu'on n'a pas eus,
-Le petit Bonaparte et le petit Shakespeare,
-Et le divin petit Jésus.
-
-Tous ils se préparaient pour un effort splendide,
-Et d'un désir jamais lassé;
-Serez-vous, ô mon avenir obscur et vide,
-Un lumineux et lourd passé?
-
-Entendra-t-on ma voix dans l'orchestre trop vaste,
-Au milieu du remous des temps?
-Moi qui rêve ce soir couché sur mon lit chaste,
-Avec des yeux de dix-sept ans.
-
-
-LE PAON
-
-Le soir que mon cri heurte et déchire et transperce,
-A soufflé sur ma traîne un œil... un œil... un œil...
-J'avais l'air d'un prince de Perse,
-Et je semble une reine en deuil!
-
-J'étalais contre un mur ma traîne en forme d'urne...
-Il a, pour mieux voler ce lourd trésor qui pend,
-Mis dans un capuchon nocturne,
-Mon petit front vert de serpent.
-
-Le jour, dans le jardin dont j'ai formé le temple,
-Où j'enseigne aux rosiers qu'il faut être orgueilleux,
-Afin que je me recontemple,
-Me rendra mes quatre cents yeux!
-
-Mais pour l'instant, meurtri, je l'appelle et je rôde...
-Et ma paonne s'approche avec un tendre bond,
-Pareille à la claire émeraude,
-Devenue un sombre charbon.
-
-
-UNE FEMME
-
-Un jour interminable, inutile et aride,
-S'ajoute aux autres jours. Il ne m'a pas écrit.
-Et vers les chauds climats où son cœur se débride,
-Je crie... et je voudrais pouvoir suivre mon cri!
-
-Le magique Orient lui verse des extases,
-Peut-être il met ses bras autour de beaux corps nus!
-Moi j'entends le silence où s'envolaient ses phrases,
-Et je vois les objets que ses doigts ont tenus.
-
-Il admire, il remue, il vibre, il se dépense,
-Avec des cœurs nouveaux qu'il a trouvés là-bas;
-Et moi je reste seule et j'y rêve et j'y pense!
-Et je ne pense plus, si je n'y pense pas.
-
-Lorsque j'entends son nom qu'un étranger prononce,
-Son cher nom que je cache et qui partout me suit,
-Mon regard me démasque et ma voix me dénonce,
-Et je voudrais me taire et je parle de lui!
-
-Nous sommes séparés par la mer et par l'âge,
-J'ai quarante ans bientôt et il en a dix-neuf!
-Et lorsqu'il reviendra du terrible voyage,
-Mon cœur sera plus vieux, le sien sera plus neuf.
-
-Mon Dieu s'il doit un jour voir d'un œil pitoyable,
-Ma face où le chagrin met son masque mouvant,
-Faites que ce départ soit irrémédiable...
-Et s'il doit revenir que je m'éteigne avant.
-
-Mais par pitié!... C'est peu de chose! Qu'il écrive!
-Je meurs de son silence ainsi qu'on meurt de faim.
-Ô mon Dieu, remplacez, lorsque la poste arrive,
-Le morne: «pas encor», par le joyeux: «enfin»!
-
-Un pur soleil doit l'éblouir sur des terrasses...
-Et le soir cache ici sous ses voiles de deuil,
-La sincérité froide et brutale des glaces,
-Où s'encadrait jadis son juvénile orgueil!
-
-Il use indolemment, s'il se moque, ou s'il aime,
-Des mots que mon amour, un soir lui révéla;
-Et portant la fierté de n'être plus le même,
-Il court joyeux de ville en ville... Et je suis là.
-
-
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-
-LE MONOLOGUE DE L'AMOUR
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-UN HEUREUX
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-Un bon repos d'oisif me couvre de sa vague;
-Quelqu'un chantonne au piano;
-La paresse m'étreint d'un vague
-Anneau.
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-Mes amis sont tous là... je suis doucement ivre;
-Le tangage du _rocking-chair_
-Me fait le chaud bonheur de vivre
-Plus cher.
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-L'amour, ce petit Dieu dont on voit la statue,
-N'existe que pour le roman!
-On a môme conté qu'il tue!
-On ment.
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-
-L'AMOUR
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-C'est moi! Mille pâleurs s'assemblent sur ma joue.
-Je suis l'enfant farouche, et qui jamais ne joue
-Sur les chemins rugueux et sur les gazons verts!
-Je cours, furtif, actif, autour de l'univers;
-Et je volette, une aile courte à chaque épaule,
-Infatigablement de l'un à l'autre pôle.
-J'ai posé mes petits pieds nus sur tous les sols!
-Ce soir je suis passé sous tes pins parasols
-Et j'ai su que ton cœur était fier d'être libre.
-Tu n'interrompras plus le divin équilibre,
-Je viens! Personne ici ne sait que je suis là;
-Un calme humide et chaud pénètre ta villa...
-Une femme déchiffre, on joue, on boit, on fume;
-Et moi qui suis le Dieu dont l'haleine parfume,
-Je m'avance, invisible et muet et puissant.
-Dans tes veines déjà je fais bondir ton sang
-Et nul, sauf toi, dont l'œil effrayé me contemple,
-Ne sait que ce Samson vient d'entrer dans ce temple
-Et qu'il le fait crouler avec ses bras menus!
-Vois, je n'ai pas chargé, ce soir, mes membres nus
-De mon arc inutile ni de mes vaines flèches;
-Ton orgueil est un fort où mes mots font des brèches,
-Et mon geste fait fuir les gardes de ce fort!
-Naïf, qui te croyais inébranlable et fort,
-Regarde les humains des continents du monde,
-Affluer vers ma bouche immortelle et profonde!
-Reste là! Les express enivrés sur les rails,
-Déversent les humains aux caravansérails
-Où, libre de mon joug dont la douceur terrasse
-On s'aperçoit, soudain, un soir sur la terrasse,
-Futur Éden de jours harmonieux et longs,
-Que c'est Éros qui chante aux creux des violons;
-Que, parmi les massifs, c'est Éros qui s'embusque;
-Et qu'il est là, tendant son arc aimable ou brusque,
-Contre les tamaris et près des aloès,
-Invisible, implacable et beau, comme Gygès!
-Alors on ne sait plus! La fuite est impossible;
-Le cœur le plus étroit devient sa large cible;
-Et l'on trouve où l'on va, si l'on s'en est allé,
-Le sourire éternel du beau chasseur ailé!
-Prédicateur muet de la furtive étreinte
-Il est un minotaure avec son labyrinthe;
-Perdu, sans fil, sans voix, on erre, on saute, on court,
-Et c'est toujours l'amour ou l'ombre de l'amour!
-Si l'on retourne aux lieux des douleurs anciennes,
-Il vous attend déjà derrière les persiennes;
-Et tandis qu'il remue, et se vautre, et s'assoit,
-On a le cœur si fier d'avoir un Dieu chez soi,
-Que la maison devient son domaine ou son antre!
-On fait de son orgueil un tapis pour qu'il entre!
-Au lieu de le chasser comme un enfant maudit
-On cherche à retenir les mots sournois qu'il dit!
-On l'écoute mentir! On répare ses armes!
-On trouve une musique au fond de ses vacarmes!
-On boit l'eau de ses yeux où rêve le néant!
-On le traîne après soi comme un roi fainéant!
-Il vous accroche au cou le collier et la laisse;
-Et puis un jour de joie, il s'ennuie, et vous laisse.
-Tu te disais: Je suis oublié! Jamais plus
-Ne me battra le flux, l'infatigable flux
-Qui monte autour de l'homme, et l'étouffe, et le lie!
-Je visite au hasard, mais jamais je n'oublie.
-Je suis un et multiple et mondial. J'étreins
-Tous les cœurs, au départ des bateaux et des trains
-Qui creuse une si vive et si molle blessure!
-Ma puissance est célèbre, universelle et sûre;
-J'ai fait le désespoir et l'éclat des cités,
-Par l'ébullition des peuples excités,
-Dans l'heure désastreuse ou l'heure triomphale;
-Et j'ai fait le miracle adorable d'Omphale.
-Pense, toi dont la gorge étouffe un pauvre cri,
-Que j'ai senti la robe en lin de Jésus-Christ
-Me caresser le front comme un saint Jean plus souple,
-Et qu'il n'est pas d'étreinte, et qu'il n'est pas de couple,
-Pas de délire intense ou de fragile émoi
-Qui ne soit préparé par moi, rien que par moi!
-Que l'univers enfin autour de moi gravite;
-Et que, globe éperdu, s'il roule et court si vite,
-Et s'il y a toujours des matins, des matins,
-Et des soirs et des soirs, et toujours des pantins
-Pour peupler ce théâtre immense et giratoire,
-C'est parce que je règne au sommet de l'histoire;
-Et qu'on me voit de l'Occident à l'Orient,
-Une rose à l'oreille, et grave, et souriant!
-
-Je viens, comme un guerrier pâle et blond qui bouscule
-Le repos émouvant qu'on goûte au crépuscule,
-Moi qui n'ai pas connu l'ineffable plaisir
-Des larmes de l'enfance et du naïf désir!
-Ah! Dans l'été lascif, frénétique et fébrile,
-Où le nuage au ciel est une charmante île,
-Pouvoir pencher son cœur sur un joyeux jardin
-Avec le calme gai d'un enfant de Chardin,
-Qui joue à la toupie ou qui gonfle des bulles!
-Au matin traversé de conciliabules,
-Pouvoir s'être penché sur l'eau d'un bassin rond,
-Qui reflète à l'envers vos yeux sous votre front
-Sans rien que le plaisir dans ce reflet qui bouge,
-De voir comme un fruit froid glisser un poisson rouge.
-Ouïr dans un glaïeul au fragile entonnoir
-Ou dans la lourde rose un rut de frelon noir,
-Et dans ce rut ne rien discerner autre chose
-Qu'un frelon, qu'un glaïeul et qu'une rose rose!
-Suivre dans l'air, parmi de soleilleux remous,
-Les papillons pareils à mille chiffons mous;
-Et ne voir dans l'ébat de leurs forces vitales,
-Que des mouchoirs qui vont s'embaumer aux pétales!
-Supporter sans faiblir l'âpre conseil des lys,
-Aimer sa mère, et l'âne, et la charrette et miss,
-Et ne pas se sentir chargé de brusques rêves
-À la senteur des sucs, des gommes et des sèves!
-Et traverser enfin ces ivresses, ces peurs,
-Ces bonheurs, ces douceurs, ces rires, ces torpeurs,
-Ces danses, ces soupirs, ces vives jouissances,
-Ce concert éperdu de couleurs et d'essences,
-Ces exemples de fougue et de rébellions,
-Comme un petit Daniel au milieu des lions!
-
-Mais moi qui sais pourquoi la naïve colombe
-Roule un triste grelot dans sa gorge qui bombe;
-Moi qui connais, rempli d'un soin grave et subtil,
-Le plus pâle pollen du plus obscur pistil;
-Moi qui sais de quel mal invisible est minée
-Parmi ses vertes sœurs une humble graminée,
-Et pourquoi, comme au bord d'un balcon espagnol,
-Module un pathétique et fervent rossignol!
-Moi qui sais tous les noms, immense et douce liste,
-Des petits auditeurs du nocturne soliste;
-Et qui, toujours en marche, écoute sans m'asseoir
-Bourdonner le grand chœur des prières du soir...
-Moi qui suis supplié par la fleur et la feuille,
-Afin de retarder le geste qui les cueille;
-Moi qui sais chaque plante et le moindre animal,
-Depuis que je suis né sous l'arbre du cher mal,
-Et que j'ai pour sacrer ma force qui se lève
-Poussé le jeune Adam contre la bouche d'Ève,
-Moi qui n'ai pas connu le plaisir sous un toit,
-D'être faible et naïf, je suis jaloux de toi!
-Donc ne résiste plus! Ne tente pas de lutte,
-Que ce soit à l'appel du cuivre ou de la flûte,
-Je pille les vaincus et je vaincs les vainqueurs!
-Je suis le beau vautour qui dévore les cœurs;
-Et, lorsque ta jeunesse à jamais emportée,
-L'âge éparpillera tes fers de Prométhée,
-Et te refera libre, et tranquille, et normal,
-Tu maudiras un bien qui te fera si mal!
-Toi qui voulais me fuir, ivre de sourde rage,
-Tu tendras ta poitrine au divin labourage;
-Et seul, et plein de cris, au flanc du roc pelé,
-Tu mourras, de m'avoir tellement appelé!
-
-
-
-
-SUR LE VIERGE PAPIER QUE LA BLANCHEUR DÉFEND
-
-
-
-
-_Sur le vierge papier que la blancheur défend._
-
-S. MALLARMÉ.
-
-
-
-
-_LA LIBERTÉ CAPTIVE_
-
-
-_Ce matin je sentais un cœur nouveau me naître,
-Et voici que soudain scintille à ma fenêtre
-Un grillage mouvant qui va du ciel au sol.
-Un grillage en biais, implacable, et si mol
-Que ma main l'interrompt, le ploie et le traverse.
-Je soupire: Je suis encagé par l'averse._
-
-
-
-
-_L'INSOMNIE AMOUREUSE_
-
-
-_En vain ma volonté soupèse, heurte et crève
-Au-dessus de mes draps la molle outre du rêve!
-Mon lit est un vaisseau qui ne peut pas partir.
-Puis qu'Éros porte ailleurs son adorable tir,
-Viens avec tes pavots à mon aide, Morphée!_
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_Sur un sein pâle et rond sa robe dégrafée!_
-
-
-
-
-_LE MIROIR VAINCU_
-
-
-_Il respire à ta paume, écarlate et verni,
-Avec son Bulbul nain dont la rose est le nid,
-Transformé par son col prodigue en vide-perles,
-Dedans, un jeune faon palpite entre deux merles,
-Contre un obscur miroir. Quatre merles--deux faons--
-Ouvre! et tout cela meurt pour tes cils triomphants._
-
-
-
-
-_LES RÊVES PROBABLES_
-
-
-_Chaleur. Le sol crépite. Un troupeau saute et bêle.
-Je relis étendu la courte lettre, où Beyle
-Raconte comme il vit Lord Byron à vingt ans.
-L'air est comblé d'odeurs, de pollens et de taons...
-Faisait il du soleil le jour de leur rencontre?
-Je vais fermer le cher volume et dormir contre._
-
-
-
-
-LA VRAIE MORT DE NARCISSE
-
-
-«_Son étrange folie l'accompagna
-jusqu'aux enfers, où il essayait
-encore de se regarder dans le
-Styx._»
-
-OVIDE.
-
-
-_Dans le miroir nouveau, tendrement découvert,
-Sous le divin secret d'un temple, humide et vert,
-La nymphe a dérangé, d'un caillou, le mirage;
-Et Narcisse interdit de stupeur et de rage,
-Soudain défiguré, tortueux et mouvant,
-Plonge pour retrouver ce qu'il était avant._
-
-
-
-
-_ANTÉNOR A HÉLÈNE OU LES DEUX MANIÈRES_
-
-
-_Ménélas étonnait lorsqu'il était debout
-Gesticulant, tenant son sceptre par le bout,
-Plus haut et plus actif que le prudent Ulysse,
-Il bossuait de coups son armure d'or lisse
-Et s'exprimait avec des mots durs et concis!
-Mais tout cela changeait lorsqu'ils étaient assis._
-
-
-
-
-_LE SUBTIL JASON AUX CRÉDULES ARGONAUTES_
-
-
-_Ramez! Sculptez l'eau souple avec la lourde nef!
-La mer n'emplirait pas le cœur de votre chef!
-Car, moins loin que la terre où sont les Amazones,
-Mais de plus en plus proche au fond des vastes zones,
-But d'or, cible mouvante et seule contre cent,
-C'est au poing de Phébus que la Toison descend!_
-
-
-
-
-_SEPTENTRION_
-
-
-_Dans ce coin mémorable où l'eau découpe une anse,
-À voir danser la mer il inventa la danse
-Qu'on ne connaissait pas sur les plages du Nord,
-Fallut-il qu'il dansât pour enfin tomber mort.
-Inventeur génial, stérile et solitaire,
-Après trois jours de ce qu'il crut être un mystère!_
-
-
-
-
-_LE BONHEUR INCOMPLET_
-
-
-_Il fait beau. Je suis fier d'avoir beaucoup écrit.
-Mon fraternel silence est plus joyeux qu'un cri!
-Je suis le roi content dont ma pelouse est l'île.
-L'accord parfait des nerfs était donc si facile:
-Boire un jour clairet clos comme un doux bol de lait.
-Ô plaisir achevé du bonheur incomplet!_
-
-
-
-
-LES ARCHERS DE SAINT SÉBASTIEN
-
-
-«--Tu es le plus beau des fils
-de l'homme,
-«La grâce est répandue sur tes
-lèvres;
-«C'est pourquoi Dieu t'a béni
-pour toujours.»
-
-_IIe livre des Psaumes._
-
-
-
-
-LES ARCHERS
-
-
-Comme il est beau! Regardez-le!
-Son corps, si net sur le ciel bleu,
-Sur une hanche penche et ploie;
-Sa chevelure en doux métal
-Brille sous le soleil brutal
-Comme un petit casque de soie.
-
-Il semble, immobile et lié,
-Un fruit mûr contre un espalier
-Où s'amassent des guêpes fourbes;
-Et ces guêpes fourbes c'est nous,
-Qui plions nos faibles genoux
-Pour mieux tendre nos grands arcs courbes.
-
-On dirait que des jeunes gens,
-Vainqueurs cruels et diligents,
-Veulent venger toutes leurs larmes;
-Et qu'ils ont capturé l'Amour,
-Afin de pouvoir, à leur tour,
-Le percer de ses propres armes!
-
-Il est là, muet et debout.
-Le sol crépite, le ciel bout,
-La chaleur s'étire dans l'herbe;
-Il va falloir à quelques pas
-(Pourvu qu'il ne gémisse pas!)
-Tirer sur notre frère imberbe.
-
-Un pâtre chante au fond du val;
-Notre chef calme son cheval.
-Parmi le tourbillon des mouches.
-Son Dieu vaut-il donc tous nos Dieux?
-Car nous n'osons lever les yeux
-Et la peur fait trembler nos bouches!
-
-Son corps robuste et sans défaut
-Tient la place exacte qu'il faut
-Dans l'ordre universel du monde.
-Nous avons vingt ans tous les vingt,
-Mais lui seul est jeune et divin
-De ses pieds à sa tête blonde!
-
-Et c'est dans ce beau torse nu,
-Que nous avions jadis connu
-Si preste aux combats inutiles,
-Dans ce torse aux souples attraits
-Que nous allons planter nos traits
-Pareils à de volants reptiles!
-
-C'est, jaillis hors de cette chair
-Et de ce cœur qui nous est cher,
-Ce cœur dont sa poitrine bouge,
-De ses bras liés sur ses reins,
-Que de chauds ruisseaux purpurins
-Le ceindront de leurs mailles rouges!
-
-Il le faut, l'Empereur le veut;
-Faisons l'épouvantable vœu
-De trouver, au signal, la force,
-Et de le laisser plein de sang,
-Comme un Marsyas innocent,
-Cloué contre la rude écorce!
-
-Peut-être il pense à tous nos noms,
-Aux provinces d'où nous venons,
-À sa puissance avant la geôle!
-Au parc, où lorsque le soir naît,
-Notre Empereur se promenait
-Avec la main sur son épaule...
-
-Peut-être, envahi de douceur,
-Il retrouve comme une sœur,
-Une époque lointaine et bonne;
-Et que, sous l'arbre qui le tient,
-Il est le petit Sébastien
-Dans une maison de Narbonne.
-
-Voit-il seulement ses bourreaux?
-Ses cils lui font de doux barreaux,
-Son cœur est ivre de délire!
-Au lieu de vingt cruels archers
-Aux arcs pareils et rapprochés,
-Croit-il voir des porteurs de lyre?
-
-Comme il attend! Comme il attend!
-La main de notre chef se tend,
-C'est l'ordre fatal qu'il nous crie!
-
-
-SÉBASTIEN
-
-_Jésus!_
-
-
-LE CHEF
-
-Pas de sensible émoi,
-Marchez deux par deux; suivez-moi,
-Ne vous retournez pas.
-
-
-SÉBASTIEN
-
-_Marie!_
-
-
-LE DERNIER ARCHER
-
-Malgré l'ordre de notre chef,
-J'ai regardé, d'un coup d'œil bref,
-Et j'ai vu--Je l'ai vu, vous dis-je:
-Un collier d'or splendide et rond
-Flotter au-dessus de son front,
-Par l'effet d'un divin prodige...
-
-Sa tête était penchée ainsi,
-Et le beau collier d'or aussi,
-Et quelque chose en moi s'éveille!
-Et toujours, toujours je le vois,
-Et j'entends une étrange voix,
-Une voix neuve à mon oreille.
-
-Et la voix me dit: _Il fait pur!
-Joue à la balle contre un mur!
-Rêve au balcon de la fenêtre!
-Danse autour du joyeux bassin!
-Tu viens de faire un nouveau saint,
-Car saint Sébastien vient de naître!_
-
-
-
-
-LES STANCES DE SEPTEMBRE
-
-
-Cette cage m'est hostile
-Car j'ai la voix mélodieuse...
-Je veux partir vers les jardins célestes
-Puisque je suis un rossignol
-Des bosquets du paradis.
-
-HAFIZ.
-
-
-
-
-I
-
-
-Bétail silencieux des célestes prairies,
-Nuages assemblés!
-En route on ne sait pas vers quelles métairies...
-Et quels suaves blés...
-
-Je vous regarde au soir dans le ciel de Septembre
-Partir en longs troupeaux;
-Et vos chemins déserts versent jusqu'à ma chambre
-Un pastoral repos.
-
-
-
-
-II
-
-
-Le célèbre parfum sort de la noble rose,
-Et se déroule autour,
-Et tourne dans le soir où le jardin repose,
-Après les jeux du jour.
-
-Il raconte: «_Elle est fraîche, elle est penchante et sombre,
-Elle aime un rossignol_».
-Ainsi mon amour sort de mon cœur qu'il encombre,
-Et rampe et prend son vol!
-
-
-
-
-III
-
-
-Je pense à vous ce soir, pays de mes voyages,
-Terrasse des hôtels,
-Violons qui laissez de si fiévreux sillages,
-Serments accidentels.
-
-Je revois tous ces halls où notre désir reste,
-Ivre de lendemains,
-L'express sombre et têtu parmi le calme agreste,
-Les quais fleuris de mains...
-
-
-
-
-IV
-
-
-Cruel désir tendu vers une vaste cible
-Aux cercles nuageux,
-Comment vous supporter, lorsque mon corps sensible
-À la forme des jeux?
-
-Je vous lance, pareil au discobole antique,
-Comme une balle d'or,
-Qui part et qui revient au bout d'un élastique,
-Et qui vous frappe à mort.
-
-
-
-
-V
-
-
-Toi qui m'as fait si mal, je ne peux plus me taire;
-C'est la chaude saison.
-Que fais-tu? Où vis-tu? Sur quel lambeau de terre,
-Et dans quelle maison?
-
-Je regarde mes mains où la forme demeure
-De tes tièdes genoux;
-Et respire en pleurant le mois, le jour et l'heure,
-Qui sont pareils pour nous.
-
-
-
-
-VI
-
-
-Après la mort on ne voit rien qui plaise.
-
-RONSARD.
-
-
-Chaque instant que je vis marque un pas de ma course,
-Vers mon tombeau certain;
-Il est court le chemin de la mer à la source,
-Et du soir au matin!
-
-Je pense avec horreur à cette porte étroite,
-Où rit le bel Archer;
-Et je regarde à gauche, et je regarde à droite.
-Et n'ose plus marcher!
-
-
-
-
-VII
-
-
-Dans ces jours sans éclat, ô Byron, je t'envie,
-Avec ta jeune mort!
-La nef éblouissante où tu voguas ta vie,
-Fait oublier ce port.
-
-Qu'importe la terrible et dernière seconde,
-Où s'arrête le sang,
-Lorsqu'on est reconnu plus beau que tout le monde,
-Plus noble et plus puissant!
-
-
-
-
-VIII
-
-
-Et celui-là qui sculpte, et celui-là qui chante,
-Et celui-là qui peint,
-Je voudrais tous les être à cette heure touchante,
-Où sombre le sapin.
-
-Praxitèle! Chopin! Manet! Je vous envie,
-Si distants et si beaux...
-Et la bercelonnette où me berce la vie,
-Penche sur vos tombeaux.
-
-
-
-
-IX
-
-
-Vous étiez mon reflet, mon double et ma complice,
-Mon rocher et mon eau,
-Et je vous souriais comme le dur Narcisse,
-À la docile Écho.
-
-Vous pensiez: «C'est par moi qu'il est tendre ou lyrique,
-Je sais plus qu'il ne sait!»
-Mais un jour mon orgueil a dansé la Pyrrhique!
-... Vous n'avez pas dansé.
-
-
-
-
-X
-
-
-Vingt fois l'été fébrile a précédé l'automne
-Que l'hiver a suivi;
-Et vingt fois le printemps qui s'éveille et s'étonne,
-M'a tendrement ravi.
-
-Combien de fois encor, combien de fois verrai-je,
-Ces torpeurs, ces éveils?
-Ce pompeux, immuable et célèbre cortège,
-Et ses quatre soleils?
-
-
-
-
-XI
-
-
-Respire à ton matin la rose épanouie,
-Au jardin des parents;
-Les rosiers de plus tard, au centre de la vie,
-Seront moins apparents.
-
-Crédule et chaque fois trompé dans ton délice,
-Et chaque fois rôdeur,
-Tu trouveras des fleurs... mais jamais ce calice,
-Et jamais cette odeur.
-
-
-
-
-XII
-
-
-Ne sens-tu pas la chute et sa croissante étreinte,
-Et son vol vertical?
-Ils sont loin maintenant le haineux Labyrinthe,
-Et l'azur amical.
-
-Le soleil a déjà fondu tes ailes promptes,
-Pour ton échec amer;
-Et ce ciel délectable où tu crois que tu montes,
-C'est le ciel dans la mer!
-
-
-
-
-XIII
-
-
-Jeunes gens que l'espoir emplit d'un cher malaise,
-Jeunes femmes rêvant,
-Ô vous, sans rien de vif qui vous peine ou vous plaise,
-Rien après... rien avant!
-
-Mon livre tout à coup fera frémir des ailes,
-Entre vos doigts nerveux;
-Et vous serez émus, et vous rêverez d'elles,
-Et vous rêverez d'eux.
-
-
-
-
-_À MON LIVRE_
-
-
-Pren mon livre, pren cœur.
-
-RONSARD.
-
-
-
-
-_À MON LIVRE_
-
-
-_Comme un pâtre qui chante écoute en se penchant
-S'évanouir son chant sur la confuse route,
-Après l'avoir chanté je me penche, et j'écoute
-Sur les chemins confus s'évanouir mon chant._
-
-_Des jeunes hommes doux, attentifs et moroses,
-Appuyaient leur fatigue aux terrasses du soir;
-Et remplis de scrupule, ils n'osaient pas s'asseoir,
-Au centre des jardins illuminés de roses._
-
-_Moroses, attentifs et doux ils restaient là...
-Leurs pauvres yeux ouverts exténués d'attendre;
-Et leur rêve unissait dans un mélange tendre
-La blanche Virginie et la sombre Atala._
-
-_Ils se disaient: «Hélas! À quoi sert d'être jeunes?
-Quelle attente nous fait si sombrement nerveux?
-Pour quel combat divin ce casque de cheveux?
-Pour quel verger futur ces impossibles jeûnes?_
-
-_Pourquoi sentir en nous frémir nos lendemains,
-Comme un fils qui se forme et croît et se secoue?
-Pourquoi ce Beethoven que notre mère joue
-Vient-il pétrir nos cœurs entre de chaudes mains?_
-
-_Romanesques, pareils, et loin les uns des autres,
-Prenant leurs langes clairs pour de pâles linceuls,
-Ils sentaient naître en eux, à force d'être seuls,
-L'humble rébellion et l'orgueil des apôtres._
-
-_Mon livre, enchaîne-les par leurs faibles poignets;
-Attache à ton beau char cet le émouvante escorte;
-Traîne-les doucement, ô mon livre, et m'apporte,
-Ces captifs éblouis sur lesquels je régnais._
-
-_Alors grave, debout, chef qui doute et recule,
-J'écouterai leurs pas se rapprocher en chœur;
-Comme au jour où Jésus entendit dans son cœur,
-Ceux des Samaritains remplir le crépuscule._
-
-
-
-
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- The Project Gutenberg eBook of La Danse de Sophocle: Poèmes, by Jean Cocteau.
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-
-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of La Danse de Sophocle: Poemes, by Jean Cocteau
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll
-have to check the laws of the country where you are located before using
-this ebook.
-
-
-
-Title: La Danse de Sophocle: Poemes
-
-Author: Jean Cocteau
-
-Release Date: December 6, 2019 [EBook #60863]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA DANSE DE SOPHOCLE: POEMES ***
-
-
-
-
-Produced by Laura Natal Rodrigues at Free Literature (Images
-generously made available by Hathi Trust.)
-
-
-
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-
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-</pre>
-
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-
-
-
-<h2>JEAN COCTEAU</h2>
-
-<h3>LA</h3>
-
-<h3>DANSE DE SOPHOCLE</h3>
-
-<h3>POÈMES</h3>
-
-<blockquote>
-<p><span style="margin-left: 25em;">Dans sa première jeunesse, Sophocle</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">fut choisi par Athènes pour</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">danser aux fêtes de Salamine.</span></p></blockquote>
-
-<p><span style="margin-left: 70%;">ATHÉNÉE</span></p>
-
-<h4>PARIS</h4>
-
-<h4>MERCURE DE FRANCE</h4>
-
-<h5>XXVI, RUE DE CONDÉ, XXVI</h5>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-
-
-
-<p style="margin-left: 20%; font-size: 0.8em;">
-<a id="TABLE"></a><a>TABLE</a>
-<br />
-<a href="#LA_VISITATION"><i>LA VISITATION</i></a><br />
-<br />
-<a href="#LES_POEMES_DE_PARIS">LES POÈMES DE PARIS</a><br />
-<a href="#LE_DELIRE_MATINAL">LE DELIRE MATINAL</a><br />
-<a href="#ENTHOUSIASME_DUN_MATIN_DAVRIL">ENTHOUSIASME D'UN MATIN D'AVRIL</a><br />
-<a href="#CEST_LHELLESPONT_LA_MER_EGEE">C'EST L'HELLESPONT, LA MER ÉGÉE!</a><br />
-<a href="#LE_DERNIER_CHANT_DU_PRINCE_FRIVOLE">LE DERNIER CHANT DU PRINCE FRIVOLE</a><br />
-<br />
-<a href="#LA_FLOTTE_ENGUIRLANDEE">LA FLOTTE ENGUIRLANDÉE</a><br />
-<a href="#HYMNE_A_LA_POESIE">HYMNE A LA POÉSIE</a><br />
-<a href="#LE_VOYAGE_IMMOBILE">LE VOYAGE IMMOBILE</a><br />
-<a href="#LA_DEPECHE_AU_JARDIN">LA DÉPÊCHE AU JARDIN</a><br />
-<a href="#NOEL">NOËL</a><br />
-<a href="#LE_FAUNE_TROUBLE">LE FAUNE TROUBLÉ</a><br />
-<a href="#LA_CORBEILLE_DHELIOTROPES">LA CORBEILLE D'HÉLIOTROPES</a><br />
-<a href="#LE_COEUR_ETERNEL">LE CŒUR ÉTERNEL</a><br />
-<a href="#LE_PAGE">LE PAGE</a><br />
-<a href="#LES_PAPILLONS">LES PAPILLONS</a><br />
-<a href="#LE_CREPUSCULE">LE CRÉPUSCULE</a><br />
-<a href="#LA_PEUR_DU_SOIR">LA PEUR DU SOIR</a><br />
-<a href="#LAUTOMNE_ET_LE_DESIR">L'AUTOMNE ET LE DÉSIR</a><br />
-<a href="#THEOSOPHIE">THÉOSOPHIE</a><br />
-<a href="#LES_DEUX_LABYRINTHES">LES DEUX LABYRINTHES</a><br />
-<a href="#DE_MON_LIT">DE MON LIT</a><br />
-<a href="#LE_SUBLIME_CACHOT">LE SUBLIME CACHOT</a><br />
-<a href="#LE_DRAPEAU_DE_VERONIQUE">LE DRAPEAU DE VÉRONIQUE</a><br />
-<a href="#PIROUS_ET_LES_SIRENES">PIROÜS ET LES SIRÈNES</a><br />
-<a href="#A_UNE_FUGITIVE">À UNE FUGITIVE</a><br />
-<a href="#LES_VILLES">LES VILLES</a><br />
-<br />
-<a href="#LA_JOIE_PANIQUE">LA JOIE PANIQUE</a><br />
-<a href="#LORGUEIL">L'ORGUEIL</a><br />
-<a href="#LA_MEDITERRANEE">LA MÉDITERRANÉE</a><br />
-<a href="#LA_FAIBLESSE_DULYSSE">LA FAIBLESSE D'ULYSSE</a><br />
-<a href="#PRIERE_DU_CAP_MARTIN">PRIÈRE DU CAP MARTIN</a><br />
-<a href="#LE_VISAGE">LE VISAGE</a><br />
-<a href="#LA_PALLAS_DHOMERE">LA PALLAS D'HOMÈRE</a><br />
-<a href="#APRES_AVOIR_RELU_DES_NOMS_DE_LILIADE">APRÈS AVOIR RELU DES NOMS DE L'ILIADE</a><br />
-<br />
-<a href="#LE_SEJOUR_PRES_DU_LAC">LE SÉJOUR PRÈS DU LAC</a><br />
-<a href="#TROIS_POEMES">TROIS POÈMES</a><br />
-<br />
-<a href="#LE_SOIR">LE SOIR</a><br />
-<a href="#LE_JET_DEAU">LE JET D'EAU</a><br />
-<a href="#LE_COUPLE_ET_LES_PARFUMS">LE COUPLE ET LES PARFUMS</a><br />
-<a href="#LA_LAMPE_ET_LES_PHALENES">LA LAMPE ET LES PHALÈNES</a><br />
-<a href="#LES_SOLITUDES">LES SOLITUDES</a><br />
-<a href="#LE_MONOLOGUE_DE_LAMOUR">LE MONOLOGUE DE L'AMOUR</a><br />
-<br />
-<a href="#SUR_LE_VIERGE_PAPIER_QUE_LA_BLANCHEUR_DEFEND">SUR LE VIERGE PAPIER QUE LA BLANCHEUR DÉFEND</a><br />
-<a href="#LA_LIBERTE_CAPTIVE"><i>LA LIBERTÉ CAPTIVE</i></a><br />
-<a href="#LINSOMNIE_AMOUREUSE"><i>L'INSOMNIE AMOUREUSE</i></a><br />
-<a href="#LE_MIROIR_VAINCU"><i>LE MIROIR VAINCU</i></a><br />
-<a href="#LES_REVES_PROBABLES"><i>LES RÊVES PROBABLES</i></a><br />
-<a href="#LA_VRAIE_MORT_DE_NARCISSE"><i>LA VRAIE MORT DE NARCISSE</i></a><br />
-<a href="#ANTENOR_A_HELENE_OU_LES_DEUX_MANIERES"><i>ANTÉNOR A HÉLÈNE OU LES DEUX MANIÈRES</i></a><br />
-<a href="#LE_SUBTIL_JASON_AUX_CREDULES_ARGONAUTES"><i>LE SUBTIL JASON AUX CRÉDULES ARGONAUTES</i></a><br />
-<a href="#SEPTENTRION"><i>SEPTENTRION_</i></a><br />
-<a href="#LE_BONHEUR_INCOMPLET"><i>LE BONHEUR INCOMPLET</i></a><br />
-<br />
-<a href="#LES_ARCHERS_DE_SAINT_SEBASTIEN">LES ARCHERS DE SAINT SÉBASTIEN</a><br />
-<br />
-<a href="#LES_STANCES_DE_SEPTEMBRE">LES STANCES DE SEPTEMBRE</a><br />
-<br />
-<a href="#A_MON_LIVRE"><i>À MON LIVRE</i></a></p>
-
-
-
-
-<hr class="chap" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LA_VISITATION"><i>LA VISITATION</i></a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;"><i>Cher livre inachevé qui me jaillis du cœur,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Ton poids fatal, si doux Jamais ne diminue!</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Voici le soir, où l'âme est nue</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>De fiévreuse et d'âpre torpeur.</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>J'enlace avec amour auprès de la fenêtre</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Les mots impétueux qui te composeront,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Et devant le beau jardin rond</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Je défaille à te sentir naître.</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Comme un chapeau pointu, l'immobile sapin</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Cache un tronc séculaire et sur l'herbe repose;</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Avant de s'enfuir, chaque chose</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Contre ma poitrine se peint.</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Douce expiration de la pelouse moite,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Geste perpétuel du pur jet d'eau central...</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Et bientôt le grand ciel astral</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Avec Cassiopée à droite!</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Ah! lorsque tu descends par mon bras et ma main,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Mon livre peu à peu libre et fier d'être libre,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Quel miraculeux équilibre,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Quelle trêve jusqu'à demain!</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Lorsque je me réveille et que je vois tes pages</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Sur la table où s'augmente et se tait leur troupeau,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Je me les déclame tout haut</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Avec quels enfantins tapages!</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Alexandre, César, Pallas, Persépolis!</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>T'en ai-je assez rempli de tous les noms que j'aime,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Pour t'en illuminer, de même</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Qu'on éblouit un jeune fils!</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Ô mon livre, ce soir combien je te sens vivre!</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Un fil ténu retient chaque strophe à ma chair;</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Ô mon livre que tu m'es cher,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Plus que n'est jamais cher un livre</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Je t'ai chassé de moi comme un immense cri</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Dont l'appel enivré s'épuise et se reforme,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Et que je veille ou que je dorme</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Ce cri se compose et s'inscrit.</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Or, ce soir y je suis sûr de la bonne parole,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>La grâce autour de moi prend l'aspect d'un laurier,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Être poète c'est prier,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>La foi m'anime et m'auréole.</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>La Visitation frissonne autour de moi,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>La nuit veut supprimer les terrestres limites:</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Elles étaient par trop petites,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Pour mon incalculable émoi.</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Ô mon Dieu qui ce soir m'envoyez un archange</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Et pardonnez si bien que j'adore les Dieux,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Les humains Dieux mélodieux</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>De l'Adriatique et du Gange;</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Mon Dieu, ce livre naît, et par vous et pour vous.</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>J'ignore la terrestre et folle comédie!...</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>C'est à vous que je le dédie</i></span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;"><i>Et que je l'offre à deux genoux.</i></span></p>
-
-
-
-
-<hr class="chap" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LES_POEMES_DE_PARIS">LES POÈMES DE PARIS</a></h4>
-
-
-<blockquote>
-<p><span style="margin-left: 25em;">Pensez-vous si Virgile, ou l'aveugle divin,</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">Renaissaient aujourd'hui, que leur savante main</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">Négligeât de saisir ces fécondes richesses?</span></p></blockquote>
-
-<p><span style="margin-left: 70%;">ANDRÉ CHÉNIER.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LE_DELIRE_MATINAL">LE DELIRE MATINAL</a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Comme un tapis divin que pétrira ma danse,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le jour se déroulant peu à peu sous mes pas,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Offre à l'élan brutal de ma jeune imprudence</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tous les dessins secrets que je ne voyais pas.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sûr du trésor caché dont je suis le seul garde,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et sachant que pour vaincre il faut des ennemis,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je vois sur ce tapis que ma fierté regarde,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Des serpents attentifs et des tigres soumis.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je sais bien que ce jour bénévole ou farouche</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Brûle en me remplissant des cendres du passé,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qu'il est le beau fuyard que nul appel ne touche</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et qui n'écoute pas le cri qu'on a poussé.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je sais bien qu'il m'emporte et sans que je m'en doute,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comme un char sur lequel un vaincu tremble et fuit,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et ne regarde, au lieu de contempler la route,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que le fond de ce char qui se sauve avec lui!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mais quel ample plaisir de laisser dans la chambre</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le fauteuil, les journaux, le livre et l'encrier!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour aller se plonger mollement, membre à membre,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Dans ce miraculeux matin de Février.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tout attend le Printemps! tout s'énerve d'attendre!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Avril s'est insurgé pour paraître plus tôt;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et mon visage ému sépare en deux l'air tendre</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qu'enfonce avec douceur la bondissante auto.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le froid gardénia qui se pâme à ma veste</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Parfume comme un arbre au centre d'un verger.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mon chagrin hivernal s'écroule et me déleste.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je ne suis plus qu'un cœur palpitant et léger.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Si quelque Dieu vermeil laissait tomber un aigle,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tel un archange obscur, pour s'emparer de moi,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mon espoir sans limite et mon désir sans règle</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">N'attendraient pas son vol d'un plus superbe émoi.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je me sens naître un cœur semblable au fauve avide</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui tourne et qui bondit, plus fou que courageux.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsqu'on lui cache encor le cirque intense et vide</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour l'horreur du carnage ou pour l'éclat des jeux.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Quel soleil pathétique aussi devait descendre</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sur le monde éclatant et gai comme un bazar,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le jour où sur son socle un buste d'Alexandre</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Fit couler de regret les larmes de César!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ô chaleur qui descend! O fraîcheur qui s'élève!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce dut être un matin semblable à celui-là,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où Lamartine vit, sur le lac de Genève,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Byron ganté de clair rentrer dans sa villa.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je me trouve à la fois si fort et si fragile</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que j'ai peur de mourir à vivre trop d'un coup;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et, sans bouger, je suis pareil au faon agile</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui court et qui halète et renverse le cou!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mais si j'ignore encor mes élans et mes doutes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mes espoirs, mes essais, mes larmes et mes cris,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je sais que le chaos de ces multiples joutes</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Aura pour y lutter l'arène de Paris.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je sais que sous le ciel qui lui pose un rond dôme</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il ne m'est plus besoin de regarder pour voir</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le bassin lumineux de la place Vendôme,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où la gloire palpite en haut d'un jet d'eau noir!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je sais que sous l'écran des paupières grisées,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comme un objet demeure et persiste longtemps,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je verrai, les yeux clos, les purs Champs-Élysées,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où les arbres ont l'air des soldats du printemps!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je sais de quel instinct mon amour capte et jauge,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vérone si française et seule entre ses murs,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le carré rose et gris de la place des Vosges,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Avec sa galerie et ses porches obscurs.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Invisible miracle au milieu d'une marche,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Évanouissement par quoi je suis dissous,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsque je passe auprès de l'Arc à la grande arche,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je sais qu'un peu de moi veut bondir par-dessous!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et tout cela m'émeut d'un si large vertige,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce matin, lorsqu'hier encore il faisait froid,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Laisse en mon corps, flexible et haut comme une tige,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Circuler un tel miel de douceur et d'effroi,</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que je suis Phaéton pendant quelques secondes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsque vaincu, puni d'un impossible effort,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Son char désattelé tombant entre les mondes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il semait son cri droit, comme un sillage d'or!</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="ENTHOUSIASME_DUN_MATIN_DAVRIL">ENTHOUSIASME D'UN MATIN D'AVRIL</a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">La ville est un pont de navire</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Avec des agrès de rayons;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Appareillons, appareillons,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vers le grand soir où tout chavire!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comme il fait clair! Comme il fait beau!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je ne songe plus au tombeau,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je désire à chaque boutique,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je me sens brave et pathétique,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et soudain parce que je vois,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Chez un fleuriste, une anémone,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'entends les appels et les voix</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Des guerriers de Lacédémone,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui marchaient, cette fleur aux dents,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Au milieu des trilles stridents</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et des purs soupirs de la flûte,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vers la sanglante et sombre lutte!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je songe en voyant un ciel</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'où pleut un tiède et pâle miel</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sur ma tête et sur mes épaules,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qu'il devait enchanter César,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ivre de risque et de hasard,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sur le bord d'un marais des Gaules!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pourquoi des rails, pourquoi des mers,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le voyage aux départs amers,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et l'encombrement des valises?</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un autre ciel? un autre sol?</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les roses en rond parasol</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sous lequel Bulbul gonfle un col</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Plein de persanes vocalises?</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pourquoi la Sicile où l'on doit</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sentir sur sa tempe le doigt</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De l'adorable Théocrite?</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">À cause d'une phrase écrite</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ou d'une toile de Roussel,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pourquoi le vif baiser au sel</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'un peu de Méditerranée?</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pourquoi cette peur de l'année?</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'ai bien le temps! J'ai bien le temps!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Voici l'incroyable Printemps</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui surgit, tournoie et s'étale,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et rien de tout ce que j'attends</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ne vaut la blanche capitale!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ô Paris! Paris! cher Paris!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je t'adore et je te souris</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Avec mes yeux et ma mémoire,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je ne cesse de te boire</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Dans le cristal de la saison</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Avec tout mon corps qui s'ébroue</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comme la figure de proue</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui boit la ligne d'horizon.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Partir! Quelle inutile offense</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">À cet oiseau qui sur la France</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Glorieusement s'est posé!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Seul et perdu sur notre sphère</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">S'acharner, se mouvoir, oser,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour des lieux où rien ne diffère</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Malgré les fleuves, les détroits,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Si ce n'est à l'eau d'une source</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De voir, au lieu de la Grande Ourse,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Miroiter une grande Croix.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Plus de voyage! Plus de livre!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce matin, vivre me rend ivre,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je ne sais plus ce que je crois,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et mélange divin, mélange</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où je vois d'un œil ébloui</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mercure voler près d'un Ange,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour un culte neuf, inouï!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Assis les uns contre les autres</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Au fond du translucide éther,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je vois Jésus et Jupiter</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et les dieux avec les Apôtres!</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
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-
-
-<h4><a id="CEST_LHELLESPONT_LA_MER_EGEE">C'EST L'HELLESPONT, LA MER ÉGÉE!</a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">C'est l'Hellespont, la mer Égée!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Une aube sur l'archipel grec.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Toute la ville est allégée</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'un parfum d'algue et de varech.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tout s'efforce, tout recommence,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">C'est la salutaire démence;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le Printemps et la Grèce avec!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et ses chars et ses édifices....</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pur matin qui trembles et glisses,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Dénouant ton obscur lien</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comme un navire athénien</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vers de ténébreuses délices,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Délivre-moi! Brise le scel</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui me tient captif et malade!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Emporte-moi vers l'Iliade,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vers le plaisir universel.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ô promenade! ô clair voyage,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où l'on croit respirer le sel</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'une mythologique plage!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Matin calme, net, balancé,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Joyeux comme une flotte à l'ancre,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">La cité s'incruste et s'échancre</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sur ton vaste ciel nuancé</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où du bleu à du bleu succède;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tandis que si haut et si clair,</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un vif aviateur a l'air</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De cingler vers une Andromède.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Salubre, suave remède!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Onde qu'on boit en s'y trempant!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Rire inévitable de Pan</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Joie ardente, immense, panique,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où flotte et claque la tunique</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Des pâles nymphes s'échappant!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Envahisseur que nul n'empêche...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">... Comme un géant filet de pêche</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">La tour Eiffel à l'azur pend!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et là-bas c'est l'arche fragile,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Si jeune et si brillante encor</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">(Vert trajet d'un sauteur agile),</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Suspendue à huit ailes d'or.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Beau temps d'Ovide et de Virgile,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Solaire et brusque crescendo</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sur le tapis, sur le rideau,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Paix lumineuse qui circule!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Bouclé, rieur petit Hercule</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Étouffant, à peine au berceau,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'hiver qui succombe et bascule,</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mon cœur s'auréole de toi.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il est la colombe du toit,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">La dentelle de la fenêtre,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le lys des pays merveilleux</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui n'existent que par mes yeux,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que mon humble regard fait naître,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mais où je sens que tu dois être,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Multiple et seul comme les dieux!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Plus rien dans le soleil n'hésite,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il est stable, énorme, certain,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et j'aurai la blonde visite,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">À mon réveil demain matin,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Immobile au seuil de la chambre,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De cet archange aux ailes d'ambre,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Avec un regard enfantin.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">C'est vous Paris, ma chère Athènes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ses intarissables fontaines,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ses Dieux près du sol et du ciel,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ses douces collines lointaines,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ses olives, son lait, son miel,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ses Pallas debout sur leur socle,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et c'est ce matin de Printemps</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où le jeune et divin Sophocle,</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Parmi les cuivres éclatants</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qu'un soleil oblique illumine,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour les vainqueurs de Salamine</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Jonglait avec ses dix-sept ans!</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LE_DERNIER_CHANT_DU_PRINCE_FRIVOLE">LE DERNIER CHANT DU PRINCE FRIVOLE</a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">L'oisiveté m'emplit d'une aimable fatigue,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un beau soir violet et bon comme une figue</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mélange la nature et l'artificiel...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Plus de jeux, de nounous ni de têtes frisées,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Car la lune de Mai sur les Champs-Élysées</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pose un blanc nymphéa dans le bol bleu du ciel.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Avec l'orgueil sacré des pigeons de Venise,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les marronniers pansus que l'heure divinise</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Dorment leur sommeil grave et font la haie au bord;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ils versent en rêvant leurs ruisseaux d'odeurs molles,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et l'on craint de troubler par le chœur des paroles</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce troupeau parfumé qui s'aligne et qui dort.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">&mdash;Une miraculeuse indulgence m'inonde,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je voudrais être un peu l'ami de tout le monde,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et déployer mes bras autour des beaux corps nus!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je berce mille Éros que des regards font naître,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je songe aux pays que je voudrais connaître</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et que je m'éteindrai sans même avoir connus.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je préfère ce bar sans fleurs et sans tziganes</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">À ces lieux de plaisir aux captieux organes</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où les femmes d'amour, le menton sur la main,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Combinant sous le flot d'un cymbalum qui saute</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'heure de la modiste et l'heure de la faute,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Songent au clair et vide et banal lendemain.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">On y voit mal... le bar pourrait être une auberge,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Une auto glisse... il rampe une fraîcheur de berge,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et l'on dirait que tous ils sont venus s'asseoir</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">(Car le soir au milieu comme un grand fleuve coule)</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Chercher, loin des fracas du luxe et de la foule,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'oubli du jour actif sur les berges du soir.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">&mdash;Je t'adore, ô Paris, d'un œil visionnaire!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sur ton Arc de Triomphe un aigle a fait son aire</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Parce qu'un cerf-volant s'étire au bout d'un fil.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et lorsque le soleil qu'un monument confisque</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Va blanchir en Égypte un bleuâtre obélisque</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Son adieu roseau tien change la Seine en Nil!</span></p>
-
-<p class="center">. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">&mdash;Là-bas mon parc m'oublie, un jet d'eau s'y fracasse,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sur un perchoir d'émail chante un oiseau cocasse,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un livre de Hafiz traîne au fond du hamac;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le silence est peuplé d'un doux jasmin de Perse,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le noir cyprès le troue et le paon blanc le perce,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et mon palais sommeille à l'envers dans le lac.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">&mdash;On ratisse le sable autour d'une pelouse...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">La princesse qui doit devenir mon épouse</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ignore le rimmel et la poudre de riz;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et me griffonne un mot que ce soupir termine:</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">«Ah! dites-moi pourquoi j'ai si mauvaise mine</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Puisque vous m'écrivez qu'on sait tout à Paris.»</span></p>
-
-<p class="center">. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Bien que je laisse en paix les journaux sous leur bande,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je sais qu'on me reveut ce qu'on me redemande,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">La révolution fait place au désarroi!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mon peuple est un Pylade et je suis son Oreste!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qu'importe! Il m'a chassé î L'exil me plaît, je reste;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'ai trop peur de la mort pour vouloir être roi.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">&mdash;Ma joie augmente au lieu que mon regret empire,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'avenir pavoisé semble un joyeux empire</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où j'entre en souriant comme un jeune vainqueur.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je ne suis pas de ceux qu'un grand rêve dévaste,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le cœur le plus tranquille est le cœur le moins vaste,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je porte une rose à la place du cœur.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le Printemps verse en moi son superbe malaise,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je préfère à mon ample trône une humble chaise,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mon parc oriental était un triste enclos!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'épouvante et l'ennui me détruisaient l'extase!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">La plus modeste rose a droit au plus beau vase,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et Paris est le vase où mon cœur est éclos.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mes frères de Paris, votre divin royaume</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Rayonne tout autour de la place Vendôme</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que vous aimez peut-être avec des yeux ingrats,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">À l'heure où vous flânez, silhouettes pareilles,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Votre chapeau trop large entré jusqu'aux oreilles,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Votre œillet rouge, et votre canne sous le bras.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je connaîtrai le mal d'être loin de vos rues;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et, prince évocateur des choses disparues,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je pleurerai la ville où, les nuits de Printemps,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je pouvais, spectateur que le respect fascine,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Toucher après un bal la maison de Racine,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et celle où Bonaparte espérait à vingt ans!</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="chap" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LA_FLOTTE_ENGUIRLANDEE">LA FLOTTE ENGUIRLANDÉE</a></h4>
-
-
-<blockquote>
-<p><span style="margin-left: 25em;">&mdash;La jeunesse est une chose</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">charmante; elle part au commencement</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">de la vie, couronnée de</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">fleurs comme la flotte athénienne</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">pour aller conquérir la Sicile et</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">les délicieuses campagnes d'Enna.</span></p></blockquote>
-
-<p><span style="margin-left: 70%;">CHATEAUBRIAND.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="HYMNE_A_LA_POESIE">HYMNE A LA POÉSIE</a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">À l'âge sans désirs, sublime Poésie,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Déjà je t'attendais!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et maintenant mon cœur, avec sa frénésie,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Palpite sous ton dais.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ivre de toi, je cours, je titube et je marche</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Sous l'invisible toit,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et veux, puisque David dansait autour de l'arche,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Danser autour de toi!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsque je n'avais pas dans ma chétive gorge,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Ta musique et tes mots;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que j'ignorais encor la cristalline forge</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Où cuisent tes émaux;</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsque ta lumineuse et soudaine magie</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Ne m'avait pas encor</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Appris qu'on peut, le soir, pleurer de nostalgie,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Au choc d'un seul accord!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que je ne tenais pas l'inépuisable conque</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Où l'on souffle en marchant,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et qui fait d'une phrase ou d'un appel quelconque</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Un innombrable chant!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsque je languissais dans ma prison naïve,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Tel un prince captif,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui regarde un vaisseau balancé sur la rive</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Entre un if et un if...</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sous la lune de Juin qui roule entre les mondes</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Son globe abandonné,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Alors je me croyais, avec mes mèches blondes,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Éternellement né.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je pensais à quelqu'un de vague et de superbe</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Qui viendrait un beau soir,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Entrant par la fenêtre avec l'odeur de l'herbe,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Contre mon lit s'asseoir.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">À quelqu'un qui serait simple comme un archange</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Et pompeux comme un roi,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et dont, malgré ce trouble et nocturne mélange,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Je n'aurais nul effroi;</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">C'est alors, Poésie, à travers le doux prisme</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Des larmes de mes yeux,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que je te vis surgir sur le char du lyrisme,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Aux bondissants essieux!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sur le bouillonnement épanoui des harpes</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Je me sentis élu;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'étais enveloppé d'éclatantes écharpes,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">J'avais tout su! tout lu!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tout vu! tout entendu! L'Histoire et ses tumultes</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">M'imprégnait jusqu'aux os,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et j'étais brusquement les Dieux de tous les cultes</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Avec tous les Héros!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je sortais du lotus! Je prêchais sur des plages!</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Je frappais un cheval!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et j'étais étouffé par la cendre des âges,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Jusqu'à m'en trouver mal.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Était-ce un pur poison? Était-ce un vif remède?</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">J'étais tout, au hasard!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Phaéton et Kritchna, saint Jean et Ganymède!</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Bonaparte et César!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">C'était toi, Poésie! indispensable et neuve,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Troublant, envahissant,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour t'apaiser ensuite et te joindre à son fleuve,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Les sources de mon sang.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">... Jusqu'au jour où j'aurai si peur, une peur telle,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Une si froide peur,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que je n'entendrai plus ta présence immortelle</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Affluer à mon cœur!</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LE_VOYAGE_IMMOBILE">LE VOYAGE IMMOBILE</a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">L'arrosage mouvant sur la pelouse fraîche</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tourne comme un derviche habillé de cristal.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je suis dans l'herbe molle à côté de ma bêche.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un nuage échafaude un fort monumental.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Imagination, fille de la paresse,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Empenne-moi le corps, remplis-moi d'air les os!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et... Dans les marronniers qu'aucun vent ne caresse,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ah! les secrets divins que chantent les oiseaux!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Voyageur magnifique et toujours immobile</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je ne veux pas savoir ce que les autres font...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je m'envole à Délos consulter la Sybille!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et j'enfourche Pégase avec Bellérophon!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je menais du bétail, un aigle me dérobe;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je verse l'hydromel à la place d'Hébé;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Thétis saute à la mer, je m'accroche à sa robe,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et les monstres marins nous regardent tomber!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que de temples si nets au bord des rouges côtes!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De déserts ennoblis d'un stérile abandon!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je pars pour la Colchyde avec les Argonautes</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je fuis le bûcher où va périr Didon.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Quel voyage innombrable au hasard des époques!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Par la terre et la mer aux inlassables flots,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où les dauphins, luisants comme de petits phoques,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Se poursuivent à l'aube autour des bleus îlots.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Quel auguste départ sans vulgaires fatigues,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vers l'hymne initial qu'on n'a jamais ouï,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sous un ciel où Phébus est le beau roi prodigue,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Dispersant tout son or sur son peuple ébloui!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ô l'ivresse de voir à la même seconde,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'enfant Dyonysos bercé dans un pressoir,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">David choisir au sol des silex pour sa fronde,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et Pompéï, le soir avant le fameux soir!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Être (y était-on mieux?), être à Lacédémone,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et vaincre, et regarder après qu'on est vainqueur,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Adonis que Vénus transforme en anémone,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ariane et le fil enroulé sur son cœur.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Enfin, las de bondir toujours, de date en date,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'un vol universel et de plus en plus haut,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Descendre, après avoir, sur le globe écarlate,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vu, par un matin pur, naître Homère à Chio!</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LA_DEPECHE_AU_JARDIN">LA DÉPÊCHE AU JARDIN</a></h4>
-
-
-<blockquote>
-<p><span style="margin-left: 25em;">Las or est-il à sa dernière danse.</span></p></blockquote>
-
-<p><span style="margin-left: 65%;">CLÉMENT MAROT.</span></p>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Il fait chaud. Une rose escamote une abeille,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comme un pourpre et charmant prestidigateur.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le bassin arrondit une fraîche corbeille,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'où jaillirait un lys enivré de hauteur.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">On pense à des ruisseaux sur des chemins de marbre</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour oublier le joug implacable du sol.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Cet oiseau qui s'échappe a l'air d'un cri de l'arbre.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je suffoque, étendu sous un clair parasol.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tout ronfle, tout grésille; un courbe bambou pêche,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les papillons pâmés font d'amoureux paris,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et voilà que j'apprends, tout à coup, par dépêche,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qu'un ami de mon âge est mort près de Paris.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mort ce matin! À l'heure où tout aime et se ligue,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">À l'heure où l'arrosoir enivre les pistils,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">À l'heure où pour subir l'offre d'un ciel prodigue</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il faut courber la tête et rapprocher les cils.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mort, tandis que j'ouvrais ma joyeuse fenêtre</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Avec des doigts hâtifs et tendrement brutaux,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour écouter frémir, chuchoter et renaître,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le doux peuple ingénu des humbles végétaux.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il est mort! Un danseur manque à la grande danse!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et soudain, au milieu de son beau parc d'été,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il a senti, malgré la joyeuse abondance,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Poindre un bourdonnement étrange et sans gaîté.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Son cœur contre sa main frappait comme une balle,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et s'arrêtait de battre et reprenait ses heurts,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et il crut que l'été, nouvel Héliogabale,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Étouffait son plaisir sous un excès des fleurs.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mais, hélas! l'implacable et muette immortelle</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Porte un linceul tissé de célèbres frissons.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nous demandons souvent: <i>Comment est-elle? Est-ce elle?</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et quand c'est elle enfin, nous la reconnaissons.</span></p>
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-<hr class="r5" />
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-<h4><a id="NOEL">NOËL</a></h4>
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-<p><span style="margin-left: 16em;">Pourquoi n'est-il pas né dans un peu d'ombre fraîche,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Un jour torride et vert,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'Enfant dont l'auréole illumina la crèche</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Au centre de l'hiver?</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">De quel cœur plus penchant, plus enivré de joie,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Plus fertile et plus neuf,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nous eussions adoré son petit corps qui ploie,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Entre l'âne et le bœuf!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ô réciproque amour, ô merveilleux échanges!</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Quel sourire entre nous!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un ciel d'où neigeraient d'invisibles archanges...</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Des fleurs à nos genoux.</span></p>
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-<hr class="r5" />
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-<h4><a id="LE_FAUNE_TROUBLE">LE FAUNE TROUBLÉ</a></h4>
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-<p><span style="margin-left: 16em;">Je suis païen sans doute à la façon d'un faune</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui, triste et grelottant par une nuit d'hiver,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Aurait à Bethléem tout à coup découvert</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le Sauveur endormi dans de la paille jaune.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">On chuchote, il fait sombre, un groupe est assemblé,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Joseph aide à mieux voir un valet des Rois Mages,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De beaux pâtres naïfs apportent des fromages...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On ne le chasse pas... et son cœur est troublé.</span></p>
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-<hr class="r5" />
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-<h4><a id="LA_CORBEILLE_DHELIOTROPES">LA CORBEILLE D'HÉLIOTROPES</a></h4>
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-<p><span style="margin-left: 16em;">L'indulgence est en moi. Je plains les misanthropes.</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Mon cœur s'emplit d'un sombre miel.</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Ma corbeille d'héliotropes</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Est un brûle-parfums allumé par le ciel.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ô miracle subtil d'un estival arôme!</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Saurais-je être actif ou méchant</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Lorsque vers le sublime dôme</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Monte le <i>Te Deum</i> d'un innombrable chant?</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le peuple violet bout, s'assemble, grésille,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Sous le droit soleil de midi.</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Quel vêtement! Quelle résille!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Quel velours tout autour de mon corps engourdi!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Fermons les yeux; là-bas vers la pleine pelouse</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Bombarde un vif géranium...</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Je navigue avec La Pérouse</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sur un voilier rempli de vanille et d'opium.</span><br />
-
-<span style="margin-left: 16em;">Quel rêve jusqu'à l'heure où le soir va descendre</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Éteignant, étouffant, noyant,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Les fleurs en feu sous une cendre</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'héliotropes frais, pâles et tournoyants.</span></p>
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-<hr class="r5" />
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-<h4><a id="LE_COEUR_ETERNEL">LE CŒUR ÉTERNEL</a></h4>
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-<p><span style="margin-left: 16em;">Si nous devons mourir, pourquoi mettre en nos veines</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le philtre merveilleux du désir immortel?</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et pourquoi nous avoir munis d'un orgueil tel,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Si nous sommes vainqueurs après des luttes vaines?</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'ai beau me dire: on meurt, je mourrai, nous mourrons!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et même en nous cachant, comme le bel Achille,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nous serions aussitôt découverts entre mille</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour recevoir le trait qui se cloue à nos fronts!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je ne peux pas, si fort vibre le chaud vertige,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Croire qu'un jour pareil, bref et illimité,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un âpre et brusque hiver au centre de l'été</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">M'annoncera soudain l'incroyable prodige.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ne plus sentir se fondre et couler sous sa chair</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Une sève et un suc de soleil et de gloire,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et n'avoir même pas l'émouvante mémoire</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Du monde abandonné qui nous était si cher!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">N'être rien! n'être plus! et, comme avant de naître</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On ne sait pas encor qu'on connaîtra les fleurs,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ne plus se rappeler qu'on vient de les connaître</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et n'avoir même pas l'apaisement des pleurs.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">N'être qu'un éphémère et fragile passage</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">À travers un rayon enveloppé de nuit</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et devoir regarder la jeunesse qui fuit</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'un œil plus attentif, plus secret et plus sage.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'ai beau me dire: ils sont tous partis avant moi,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et même l'invincible et divin Alexandre,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tous ils ont eu mon âge et tous ont vu descendre.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Après leurs clairs émois le ténébreux émoi!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour tous l'actif Éros, au fond du carquois vide,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">A conservé le dard imprégné de poison;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ils sont morts n'importe où, dehors, à la maison,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sur un sol radieux et sous un ciel livide.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tous! Je crois cependant qu'un miracle se peut,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Par lequel notre orgueil, qui jamais ne s'étonne,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Verrait tous les hivers suivre tous les automnes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lui qui devait, hélas, en contempler si peu.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Toujours la nuit et l'aube après le crépuscule!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ma fabuleuse foi se mêle à la saison;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et, pareil au marin courbé vers l'horizon,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ma nef joyeuse avance et l'horizon recule.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nature, laisse-moi parmi tes cheveux verts,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Être ton jeune amant jusqu'à la fin du monde;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et que mon cœur alors, rejeté par sa fronde,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Gravite autour de lui comme un rouge univers!</span></p>
-
-
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-
-<hr class="r5" />
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-
-<h4><a id="LE_PAGE">LE PAGE</a></h4>
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-<p><span style="margin-left: 16em;">Je n'imagine plus le retour de l'hiver</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Aux couleurs rares et suspectes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je suis dans l'herbe chaude un joyeux Gulliver</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Au milieu d'un peuple d'insectes.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les nuages, ce sont les chevaux du soleil</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Gonflant leur poitrail et leur croupe;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ils se ressemblent tous, mais pas un n'est pareil,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">De leur éblouissante troupe.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un papillon a l'air, parmi le désarroi</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">De ses stations incomplètes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'un petit peintre ailé qui cherche un bon endroit</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Et vole avec ses deux palettes.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je pense à ce matin où j'écrivais des vers...</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Au titre démon prochain livre...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Étendu sur le dos je vois l'arbre à l'envers</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Et j'ai l'impression d'être ivre!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je pense aux lourds rébus que les gens chercheront</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Dans ma simple et jeune pensée!...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Une branche supporte un beau petit nid rond,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Ô douce maison balancée!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Alors que je raconte avec un tendre émoi,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Au hasard, sur la blanche page,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce que dit la nature en se penchant vers moi,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Comme une reine vers son page.</span></p>
-
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-<hr class="r5" />
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-<h4><a id="LES_PAPILLONS">LES PAPILLONS</a></h4>
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-<p><span style="margin-left: 16em;">Grâce au vent imprévu, fantaisiste et adroit,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce candide, pâmé sur le col d'un lys droit,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Est un nœud de cravate impeccable et mobile!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le pavot tortueux tend sa rouge sébille,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce jaune s'y fait choir comme un royal cadeau!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Celui-là, dont un phlox ne sent pas le fardeau,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Rapproche étroitement ses deux ailes éteintes...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il parti L'une sur l'autre a décalqué ses teintes!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Cet autre, à plat sur l'herbe a l'air d'être exposé;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et ce roux qui sur une rose s'est posé,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Après une amoureuse et céleste querelle,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Est un pastel qui rôde autour d'une aquarelle.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce blanc montre, frotté de pollen et d'odeur,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">La preuve des larcins dont il est maraudeur;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et grisé, saturé de grappes de glycine,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ne sachant pas qu'il porte un nom de médecine,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Rafraîchit sa paresse avec deux éventails!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ces noirs, des pucerons sont les épouvantails;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et ce multicolore, au milieu des jacinthes</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Bat l'air chaud pour sécher ses ailes fraîches peintes.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et tous pensent: Dansons! Éblouissons! Pillons!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nous sommes le troupeau des épars papillons;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et tandis que les Dieux sont les auteurs superbes</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Du chef-d'œuvre qui va de la forêt aux herbes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'enfant Éros couché sur le ciel nuageux</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nous invente et nous jette au hasard de ses jeux!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De la plus pauvre fleur nous fûmes les rois mages,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Chargés de poudre d'or, de parfums et d'images;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Aucune à notre luxe encor ne s'égala!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nous mettons tous les jours nos habits de gala;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et pour vivre sans crainte au milieu de nos zèles,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nous avons de gros yeux dessinés sur les ailes!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Notre éclat est celui d'un trésor découvert.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'homme guette à l'affût avec un filet vert</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nos vols incohérents, éblouis, peu solides</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Au sortir du cachot obscur des chrysalides;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et lorsqu'enfin la nuit, où tout est triste et laid,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Engouffre les jardins sous un sombre filet</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et change nos velours en défroques moroses;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nous attendons, ayant pour nid le cœur des roses,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'aube où nous quitterons ces magiques perchoirs</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">En agitant l'adieu de nos petits mouchoirs.</span></p>
-
-
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-<hr class="r5" />
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-<h4><a id="LE_CREPUSCULE">LE CRÉPUSCULE</a></h4>
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-<p><span style="margin-left: 16em;">La nuit vient et le jour déjà s'en est allé;</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Il règne comme un roi précaire.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Une abdication l'avait vite installé,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Un avènement clôt son ère.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le grand chœur des grillons a l'air d'être le bruit</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Qu'il fait lorsqu'il tournoie et tombe;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le jour blond ruisselait comme un énorme fruit,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Il descend comme une colombe.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'un beau nuage rond, immobile coussin,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Où la lune en montant s'appuie,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il fait, sans la rider, choir sur l'eau du bassin</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Une silencieuse pluie.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Rien ne se soumet plus aux défaillantes lois</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">De la lumineuse évidence;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et des nymphes peut-être, en enlaçant leurs doigts,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Lui règlent sa tournante danse.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et dans les chauds jardins où le jour remuait,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Tous les yeux sont doucement myopes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsqu'il laisse à travers les feuillages muets</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Pleuvoir ses lents héliotropes.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
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-
-<h4><a id="LA_PEUR_DU_SOIR">LA PEUR DU SOIR</a></h4>
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-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Le soir, dans mon jardin entouré de grillages,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Va se poser comme un pigeon;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Laissons le beau pays de nos tendres voyages,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Quittons la chaise longue en jonc.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je sais trop que le mauve et tournant crépuscule</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Apporte le soir après lui,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et que le soir placide où rien ne se bouscule</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">N'est que le héraut de la nuit.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je sais que la maison, la pelouse et l'allée</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Disparaîtront jusqu'à demain,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et que le souvenir de leur forme en allée</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Guidera mon pas et ma main.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je sais que peu à peu s'évanouit ta jupe,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Ta chemisette et mon complet;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et qu'enfin notre cœur ne sera plus la dupe</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">De tout ce luxe qui nous plaît.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le soir apporte ailleurs l'illusion charmante</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Et l'art des voiles inconnus,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il sait être le masque et l'écharpe et la mante;</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Prends garde! Il va nous mettre nus.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nos yeux caressent trop nos corps jeunes et souples,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Hélas! nous aimons trop nous voir.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Laissons, il n'est que temps, à de plus tristes couples</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Le clair bonheur qu'il fasse noir.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Saurions-nous le secret si divin de nous taire?</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Dirions-nous ce qu'il ne faut pas?</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sur le muet sommeil de l'herbe et de la terre</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">C'est déjà trop du bruit des pas.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je me sens si frivole et le soir est si grave;</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Rentrons! Allume tout! J'ai peur!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le silence est un mur, le souvenir s'y grave,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Et le silence est dans mon cœur.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nous n'avons pas la foi de ces amants illustres!</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Et c'est déjà, sans rêver d'eux,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sous le soleil du ciel ou sous celui des lustres</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Si difficile d'être deux!</span></p>
-
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-
-
-<hr class="r5" />
-
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-<h4><a id="LAUTOMNE_ET_LE_DESIR">L'AUTOMNE ET LE DÉSIR</a></h4>
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-<p><span style="margin-left: 16em;">Un vieux chêne se penche au-dessus des roseaux;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le jardin, doucement, jongle avec ses oiseaux;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Chaque géranium qui se dresse ou retombe</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Fait aux yeux le fracas d'une petite bombe;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le jet d'eau vif a l'air d'une offrande au beau temps.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pitié, Dyonysos! Ne viens pas... Je t'entends...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je sais l'hymne lascif que ton escorte entonne;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mon cœur a vendangé tout le sang de l'automne,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et ce sang me rappelle en qui je suis lié,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">La forme de mon corps que j'avais oublié!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ne viens pas sur ton char traîné par dix panthères,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'ai peur de tes cils roux où dorment des cratères,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'ai peur de ton corps souple, impudique et debout,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Dans lequel un feu clair circule, éclate et bout.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'ai peur de ton front bas casqué de molles grappes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Des deux cymbales d'or que tu brandis et frappes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De tes genoux verdis par l'herbe où tu roulas,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De tes rires brutaux, de tes sourires las,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et de tout ce cortège orgueilleux de te suivre!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Passe, car j'ai déjà, comme un aegipan ivre,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vu dans mon miroir rond que j'ai peine à saisir</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le visage égaré de l'immortel désir.</span></p>
-
-
-
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-<hr class="r5" />
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-<h4><a id="THEOSOPHIE">THÉOSOPHIE</a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Pourquoi veux-tu, ma sœur, que je m'étonne et tremble</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Parce que sans appel tu viens t'offrir à moi,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Puisqu'une vaste, grave et décisive loi,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sur le livre éternel nous inscrivit ensemble?</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ton visage connu jamais ne m'a quitté,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nous sommes morts et nés et morts et pour renaître;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mes yeux divers toujours savaient te reconnaître,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je t'entends venir depuis l'antiquité!</span></p>
-
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-
-
-<hr class="r5" />
-
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-
-<h4><a id="LES_DEUX_LABYRINTHES">LES DEUX LABYRINTHES</a></h4>
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-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Ariane éphémère au seuil du labyrinthe,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vous m'avez bien tendu votre lèvre et le fil;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mais plus que vous, le monstre était neuf et subtil,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et j'ai cassé le fil, et je n'ai pas de crainte.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Si, l'oreille attentive et la pelote en main,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vous guettez mon retour victorieux et tendre,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'ai peur, hélas, j'ai peur de vous laisser attendre,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Car mon guide inactif traîne sur le chemin.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vous attendez le soir, et la nuit et l'aurore,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et le jour, et le soir, et la nuit et les jours!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Peut-être bien, ma sœur, attendrez-vous toujours...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Car je parle de vous avec le Minotaure.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sous un canal de ciel nous marchons. Il me tend</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les gâteaux et les fruits dont, dit-il, on l'accable.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il raconte sa paix, le monde inextricable,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et le monstre immortel qui dans vos yeux m'attend...</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="DE_MON_LIT">DE MON LIT</a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Ô chaleur! insomnie! insupportable toile!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je regarde une étoile et j'écoute un crapaud...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Astre ému, détaché du sidéral troupeau,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce chant limpide et seul vient-il pas de l'étoile?</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je pense à tous les chocs dont je n'ai pas souffert.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">(Ô mon cœur averti, quel sachet de Pandore!)</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'avenir alterné se dore et se dédore,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et j'ai peur de finir et j'aspire à l'Enfer.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tout plutôt que soudain (<i>courbe-toi fier Sicambre!</i>)</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Recevoir ce hideux baptême de Néant,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce droit à devenir l'éternel fainéant,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Cet échange de Rien contre la douce chambre.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LE_SUBLIME_CACHOT">LE SUBLIME CACHOT</a></h4>
-
-
-<blockquote>
-<p><span style="margin-left: 25em;">Il y en a (le croirait-on?) à qui</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">la prison devient si chère, qu'ils</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">craignent d'en être délivrés!</span></p></blockquote>
-
-<p><span style="margin-left: 60%;">ALFRED DE VIGNY.</span></p>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Joie intense d'un matin chaud,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Prodigue et sublime cachot!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Merci, Destin qui me le donnes!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'un néant à l'autre néant,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce ciel, cette eau, ces belladones,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce sourire de doux géant,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Épanoui sur la nature,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Cette fraîche et nette peinture.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que mon œil, chaque nouvel an,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Porte sur son limpide écran;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et même l'hivernale neige!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comment peut-on, comment pourrai-je.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Destin vague et sans horizon,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ne pas pleurer cette prison,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que ton obscur vouloir abrège?</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LE_DRAPEAU_DE_VERONIQUE">LE DRAPEAU DE VÉRONIQUE</a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Implacable besoin de créer et d'écrire,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Laisse-moi le repos auquel j'aspirais tant!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le cher repos de voir, de soupirer, de rire,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'être un prêtre muet du jardin éclatant!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vois, j'ai laissé dormir mon travail sur la table,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tellement le dehors frappait au store écru,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et voilà que ton choc perfide et délectable</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Me fait rasseoir plus tôt que je ne l'avais cru;</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Demain je chanterai l'herbe vivante et fine</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'où l'on voit, l'œil mi-clos, couché sur le côté,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le turbulent matin qui ressemble à <i>Delphine</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsqu'elle déclamait son «Ode à la beauté».</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je chanterai demain l'approche de l'automne,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui ne peut plus cacher les gestes nus d'Éros;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et la fille et le fils que la forte Latone</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mit au monde, au milieu des lauriers de Délos.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Fais grâce! Tu sais bien de quel vaste délire</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je me sens défaillir sous les doigts d'Apollon,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsque je ne suis plus qu'une harpe, une lyre,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un docile, un sonore el divin violon!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tu sais que c'est mon sang que le papier recueille,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mon pauvre sang mortel qui coule par mes doigts,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et se transforme en encre au contact de la feuille,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comme s'il ruisselait pour la dernière fois!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mon âge à tes assauts offre un appui débile,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Peut-être que demain je te servirai plus!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ne m'abandonne pas, semblable à la Sybille</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Après qu'elle a crié: <i>Deus! Ecce Deus!</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tout le jardin d'odeurs et de couleurs s'encombre,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je serai pareil au naïf parasol,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui reçoit du soleil et qui donne de l'ombre</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour qu'on repose un peu sur l'implacable sol.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Laisse-moi, fugitif, enfantin, inutile,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Recevoir sur ma main sans plume et sans crayons,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les coups universels de ce poing qui rutile</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et supporte le monde au bout de ses rayons.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Caron ne peut toujours et d'un prodige unique</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">&mdash;Insecte radieux sous quel divin chapeau!&mdash;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Capturer la nature au lin de Véronique,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et l'offrir, et le vendre, et s'en faire un drapeau!</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="PIROUS_ET_LES_SIRENES">PIROÜS ET LES SIRÈNES</a></h4>
-
-
-<p class="actor">ULYSSE</p>
-
-
-<p><span style="margin-left: 18em;">Je n'entends rien. Je n'ai plus peur.</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">La cire est ferme à mon oreille.</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">L'horizon de pourpre se raye...</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Indéfinissable torpeur!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">On m'a dit qu'elles sont des hordes,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et qu'elles aiment ce climat.</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">J'appuie à la fraîcheur du mât</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Mon torse enveloppé de cordes.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Mes rameurs en ont fait autant</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Contre l'harmonieuse attaque.</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Je veux revoir la ronde Ithaque,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Ithaque où Pénélope attend!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Le vaisseau penche, monte et penche,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et remonte et repenche encor;</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Quel peut être le divin cor</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Suspendu sur leur froide hanche?</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Il paraît qu'au lieu de genoux</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Elles ont une souple queue,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Une queue écailleuse et bleue,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Des yeux tristes levés sur nous.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Au bord des mouvantes vallées</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Sur leurs plages de sable clair,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">On m'a conté qu'elles ont l'air</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">De molles vagues déroulées.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Le mouvement universel</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Se répercute et nous balance...</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Oh! regarder avec silence</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Le domaine onduleux du sel.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Rien d'extérieur ne m'arrive,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Je suis enclos, fixe, engourdi.</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Leurs baisers dont on a tant dit</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Ne valent pas la bonne rive!</span></p>
-
-<p class="center">. . . . . . . . . . . . . . . . .</p>
-
-<p><span style="margin-left: 18em;">Mais quel est ce jeune marin</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Qui surgit d'un paquet de voiles?</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et pourquoi libre? Jusqu'aux moelles</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Un malaise nouveau m'étreint.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Piroüs! Je te connais brave,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Mais tous sont braves sur ma nef</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et tous captifs! Et moi, le chef,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Par mon ordre je suis esclave!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Piroüs!... Il ne m'entend pas!</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Des larmes roulent sur sa joue;</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Il se dirige vers la proue,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">D'un exact, d'un terrible pas!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Je veux! Piroüs! Je supplie!</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Toi le plus jeune et le plus beau,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Détourne tes regards de l'eau,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">De l'eau qui se gonfle et qui plie!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Je comprends! Tu mis nos liens,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Chanvre qui grince et fer qui sonne;</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Mais il ne resta plus personne</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Pour rouler et nouer les tiens!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Pardonne, Piroüs! Sans doute</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Vers leurs inentendables chants,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Il va, parmi les mornes champs,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Se fendre une écumeuse route!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Piroüs...! Au bord du vaisseau</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Il se penche! Proche avalanche...</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Puis à cheval. Comme il se penche!</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et plus rien après un seul saut.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Plus rien... Si! tout à coup, mirage</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Déformé d'un glauque miroir,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">(La nuit tombe, il fait presque noir)</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">La forme de quelqu'un qui nage...</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Oh! peu à peu, là-bas, nageant</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Avec des bras naïfs et frêles,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Le malheureux tiré vers elles</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Par le fil de leur voix d'argent!...</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="A_UNE_FUGITIVE">À UNE FUGITIVE</a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Presque toujours l'espoir pendant la libre course</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Se transforme en regret amer.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et le fleuve emporté reviendrait à sa source</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">S'il n'était pas bu par la mer!</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LES_VILLES">LES VILLES</a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Apporte-moi, voyage, un superbe repos;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je meurs d'imaginer tes villes inconnues,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sur le courbe univers doucement répandues,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comme un silencieux et célèbre troupeau.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je les porte si fort au pavois de mon rêve</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que je pourrais toucher leurs arbres et leurs murs:</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et c'est, dans le soleil de leurs accueils futurs,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que mon vague avenir se précise et s'achève.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'imagine, en marchant sous le ciel de Paris,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Leurs climats dont le cœur s'accable et se délecte,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Leur tumulte nouveau, leur âpre dialecte,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Leur odeur de maïs, de vanille et de riz.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Elles sont là. Ce sont mille terres promises,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où notre frais matin entraîne un soir si chaud,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que, contre leur terrasse aux balustres de chaux,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les gens sont presque nus sous de molles chemises.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'une a la mer aux flots pliés et dépliés;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'autre, le lac épais, torpide et circulaire;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Une autre encor, le fleuve, et toutes pour me plaire</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Des palais lumineux et de clairs espaliers.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">On y cueille des fruits sans craindre de reproches,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tellement ce larcin soulage un arbre las;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et les nombreux parfums aux tendres entrelacs</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sont exacts et brouillés comme un concert de cloches.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ah! dans ce morne hiver où nous nous surmenons,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Malgré le froid tardif qui s'incruste aux façades,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Combien je fais crouler ces obstacles maussades,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour rejoindre ces lieux enguirlandés de noms!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">... Sur ce fleuve où s'éloigne un vert ricochet d'iles,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Chateaubriand rêvait d'unir en quelques mots,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le singe à masque noir, les flexibles rameaux,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le parfum d'algue et d'ambre autour des crocodiles.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">C'est près de ce jet d'eau, bel acteur jaillissant</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'un poème étranger dont le bruit seul me touche,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que Saadi lâcha la rose de sa bouche,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour que Ronsard un jour la reçoive en naissant.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Chacune a son autel où le souvenir fume,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et brûle un feu divin de respect et d'orgueil,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsqu'on voudrait baiser les trois marches d'un seuil,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ou mordre un peu de terre, ou boire un peu d'écume.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Palos, David, Calem, Bagdad, Louqsor, Alger!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mon multiple désir s'élance vers vous toutes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Semblable à ces pigeons qui découvrent leurs routes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsqu'un secret instinct les aide à voyager.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je suis votre support, votre cariatide;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et, lourd de vos maisons, de vos fruits, de vos fleurs,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De tout votre sommeil, de toutes vos chaleurs,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Entassés, réunis sur mon cœur intrépide!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je pense à l'avenir où, vous voyant soudain,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sans que je vous invente, et d'un œil net et large,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je me délivrerai de l'accablante charge,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Demeure par demeure, et jardin par jardin.</span></p>
-
-
-<p class="center">* * *</p>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Je me rappelle un soir dans un parc de Cocagne,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un parc italien au décor fabuleux,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'où je voyais au loin, entre les cactus bleus,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un express noir ourler le bord de la montagne.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Des cèdres de la Chine et des lys de Ceylan</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Rapprochaient leur fatigue humide et contournée</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et comme un monstre ému, la Méditerranée,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ne servait qu'au loisir d'un petit voilier blanc.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et le ciel à la mer mêlait si bien ses teintes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On distinguait si mal la ligne d'horizon,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qu'il s'imposait de faire un effort de raison,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour n'y pas voir un ange avec les ailes jointes.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Des roses se pressaient aux crêtes des murs secs</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comme autour de Priam les compagnes d'Hélène,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et laissaient choir en bas leur suppliante haleine</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vers les durs aloès pareils aux guerriers grecs.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et moi pâle, épuisé par cette libre serre</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où rien n'était jailli comme un soupir du sol,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'appelais Robinson et Virginie et Paul,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et toute mon enfance indigente et sincère!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et toute mon enfance où, du sable aux genoux,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsqu'un doigt maternel m'indiquait la Grande Ourse,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'ignorais qu'il existe un terme à notre course</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et des cœurs inconnus toujours en deuil de nous.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="chap" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LA_JOIE_PANIQUE">LA JOIE PANIQUE</a></h4>
-
-
-<blockquote>
-<p><span style="margin-left: 25em;">Rire inévitable de Pan,</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">Joie ardente, immense, panique,</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">Où flotte et claque la tunique</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">Des pâles nymphes s'échappant...</span></p></blockquote>
-
-
-
-
-<h4><a id="LORGUEIL">L'ORGUEIL</a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Orgueil! royal orgueil dont nous nous embrasons,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Jusqu'à porter nos cœurs plus haut que les maisons,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsque le tiède avril régénère la ville;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Bel orgueil, ennemi de la vanité vile,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que vous étiez en moi dans l'éclat du matin!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le passé palpitant, si proche et si lointain,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Frémissait à mon dos comme de vastes ailes;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tandis que l'avenir rempli de futurs zèles,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Jaillissement vermeil de vacarme et d'effort,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Semblait être à ma bouche une trompette d'or!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Grâce à vous, cher orgueil, je portais l'auréole</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Offerte par le Dieu charmant de la parole,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui fait bondir au bout de ses dix bras jumeaux</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les prismes éternels des innombrables mots!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ô suprêmes instants! Ô vibrantes minutes!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Grâce à vous, j'ai connu les frénétiques luttes</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où la plume et la feuille et le morne encrier</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sont les liens des vers que l'on voudrait crier,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que l'on voudrait hurler, chanter, soupirer, rire,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que leur bousculement nous empêche d'écrire,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et qu'il faut, lorsqu'ils sont en nous et qu'on le sent,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les laisser ruisseler comme un superbe sang,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour vivre tout le long de la courte journée</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les feux de la Sybille et la ferveur d'Énée!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Orgueil de se savoir porteur d'un trésor tel</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qu'on en est à la fois et le prêtre et l'autel;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Orgueil d'avoir son âge, orgueil de vivre en France,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comment vous posséder avec indifférence?</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'étais enveloppé de votre large vent,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je n'étais qu'un bonheur de voler en avant!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Grâce à vous, sur les pieds de mes désirs rapides,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je faisais le parcours du jeune Philippides;</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et m'arrêtais au soir, exténué, vaincu,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ivre de ce beau jour que j'avais tant vécu,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour la petite mort du sommeil et du rêve,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et pour, après la courte et noire et calme trêve,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Repartir de nouveau, limpide et palpitant,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Avec le lourd secret que tout un peuple attend!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'avais dû, grâce à vous, être dans un autre âge,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'enfant Septentrion qui dansait sur la plage</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et dont on ne sait rien par le trouble passé,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sinon qu'il se tua pour avoir trop dansé!...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Car de l'aube au couchant vous régliez ma danse;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Au fond de vos replis de corne d'abondance,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vous me gardiez les fleurs que nul ne connaît plus!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le bruit chantait en moi des siècles révolus,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comme l'auguste mer hante un doux coquillage...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et j'étais un vaisseau plus clair que son sillage.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mais hélas! loin du sol dont nous étions partis.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Quand le monde à la fois trop vaste et trop petit</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nous était devenu ce que l'arbre est à l'aigle;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsque hors des saisons, du siècle et de la règle,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'orgueil nous emportait sans crainte de retour</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comme un docile agneau pendu sous un vautour;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un Dieu volant aussi d'un vol brutal et tendre</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Était déjà monté plus haut, pour nous attendre!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et nous devons alors redescendre avec lui.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il tourne, il fonce, il joue, il tire, il pousse, il suit!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Depuis longtemps ses mains nous préparaient des chaînes</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et dans le fol espoir de libertés prochaines</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nous tendons nos poignets, pâles et renversés.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Éros, épargne-nous: l'orgueil était assez!</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LA_MEDITERRANEE">LA MÉDITERRANÉE</a></h4>
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-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Quel soleil! On dirait une cymbale ronde</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Attendant le grand choc d'une cymbale sœur,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Dont le disque inconnu, soudain, envahisseur,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sonnera contre lui l'auguste fin du monde!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sous le ciel courbe où seul un astre a fait son nid,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On a l'impression si sublime et si nette</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que la mer, suspendue au flanc de la planète,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Brille et tremble à l'envers sur le gouffre infini.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le tendre vent qui lisse et qui boucle les vagues,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Agite sur mon front les rameaux de la paix;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le sol, pareil aux toits, sous un azur épais,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Astreint ma frénésie aux somnolences vagues.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ô Jouvence! Jouvence, où mon cœur est allé</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Se rajeunir d'un mal dont le chagrin me hante;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'aime ta solitude humide et scintillante,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où le ciel de midi mire un ciel étoilé!</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
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-
-
-<h4><a id="LA_FAIBLESSE_DULYSSE">LA FAIBLESSE D'ULYSSE</a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Je pensais: tout s'achève où cette mer commence!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Quel calme et quel retour à la noble raison,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'entendre, du rivage au mur de l'horizon,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Son bruit chaud répandu comme un divin silence.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">De quel œil altéré de rêve universel</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je verrai le soleil, éblouissant Saint-George,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Transpercer le matin de la queue à la gorge,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce dragon du corail, de l'éponge et du sel!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sur un sable marqué des dix-huit pas des Muses,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où le flot d'un tel bleu se peint et se repeint,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je jugerai, couché sous le dôme d'un pin,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le jeu contraire et joint dont l'air et l'eau s'amusent.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Dans l'éternel décor que rien n'a pu changer,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Des jeunes gens, massifs comme de souples marbres,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Prendront les balles d'or parmi l'odeur des arbres</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et se battront avec, au lieu de les manger.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ivres de jeune audace et de forces marines,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sur l'herbe rousse et sèche ils formeront deux camps,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et riront dans le soir aux souffles suffocants</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De s'être fait la guerre avec des mandarines!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un petit faune roux courra prendre son bain,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ses sabots claqueront sur le rocher cubique,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et j'entendrai dans l'air noble et mythologique</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Son bêlement de chèvre et ses cris de bambin.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce sera comme aux jours où l'humide Andromède</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vit, dans un remous blanc de plume et de métal,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sur un cheval ailé de conte oriental,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Poindre et grandir l'amant qui volait à son aide!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce sera comme aux jours où tout était si beau,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que les dieux descendaient par les hautes montagnes</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et d'un geste mortel choisissaient des compagnes</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Avant de les contraindre au secret du tombeau.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et peut-être qu'un soir je verrai le mystère,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ivre d'antique et grave et merveilleuse peur,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Du sol, jaloux de l'eau, secouant sa torpeur,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour s'ébranler d'un flux et d'un reflux de terre.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je pensais: ici tout est pressé, tissé,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tassé, rempli; couleur, chaleur, tumulte, arome!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je ne trouverai pas la place du fantôme</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que déjà le voyage avait rapetissé!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Combien j'étais joyeux du passé qui s'efface!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Quel plaisir de ne plus recevoir comme un coup</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'image de vos traits si hauts sur votre cou.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Votre œil qui de profil a l'air d'être de face...</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">... C'est alors que surgit le chant de votre voix,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Une impossible voix qui montait sans limite...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je compris soudain les sirènes du mythe,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je connus l'amour pour la première fois.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comment un soir pareil le trop charnel Ulysse</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Put-il n'avoir rien su, rien vu, rien entendu?</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ma corde est en lambeaux et ma cire a fondu;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'écoute... Et libre enfin, je retourne au supplice!</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
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-
-
-<h4><a id="PRIERE_DU_CAP_MARTIN">PRIÈRE DU CAP MARTIN</a></h4>
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-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Respectueux salut des pins devant la mer,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Immense et bleu baquet d'un sublime Mesmer</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où tout mal se guérit par un brusque miracle;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mer sans farouche assaut et sans sourde débâcle;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Calme où le ciel fait choir sur les compactes eaux,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un pur filet tissé de lumineux réseaux,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Celui qui vous créa se perd dans votre gloire!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Son règne qui subsiste au fond de ma mémoire</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Se meurt entre vos noms prestigieux et clairs.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mon Dieu! apparaissez au centre des éclairs,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour la foi décevante où mon esprit s'efforce;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sans cela vous serez, mon Dieu, comme la Corse,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Dont je sais qu'elle est là, dont toute ma raison</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">M'affirme qu'elle est là, présente à l'horizon,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sur le tendre versant de la mer ample et ronde,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Bien que je croie encor que c'est le bout du monde.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LE_VISAGE">LE VISAGE</a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Quand le masque intangible où l'enfance reluit</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">S'envolera soudain de mon jeune visage,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">La mer pleine de ciel et le chaud paysage</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ne seront plus ceux-là que j'aimais avec lui.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Triste de leur beauté renaissante et rivale,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vieux avant l'heure auguste où l'on sait être vieux,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je ne leur tendrai plus que mes yeux envieux,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Moi qui les reflétais dans un miroir ovale.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vienne le soir lassé si le malin fut beau!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mais lorsque le matin est trop bref ou trop grave,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le doux charme en allé fait gémir le plus brave</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et le premier refus est un petit tombeau.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mais qu'importe! Brûlons! Vers ma divine cendre</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je ferai retourner mon cœur se dispersant,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ainsi que les soldats du bataillon Persan</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">S'interrompaient de fuir pour revoir Alexandre.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LA_PALLAS_DHOMERE">LA PALLAS D'HOMÈRE</a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">&mdash;On pleure, on rit, on ne sait plus</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Quel est le moins touchant passage;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le plus fou succède au plus sage,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Parmi les vers lus et relus,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et dans la flotte énumérée</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je connais les chefs par leur nom,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Depuis l'immense Agamemnon</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Jusqu'au faible et charmant Nirée.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On ne sait plus! J'étais avec</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le terrible cortège grec</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De tout mon désir hors d'haleine;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mais Hector embrasse son fils,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'enfant a peur du casque; Hélène</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Brode avec de la douce laine</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le profil étroit de Pâris;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Priam, en haut des portes Scées,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Voit les cohortes courroucées</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Rouler leurs vagues de métal</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Jusqu'à la mer aux molles vagues;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pâris enlève enfin ses bagues</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour mieux tenir le cuir brutal</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'un bouclier rond comme un disque;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et, fier de la beauté qu'il risque,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Court sur le sol brûlant et blanc,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comme un baigneur un peu tremblant,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un peu craintif, descend la plage.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'aime ce séducteur volage,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Priam, Astianax, Hector,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et tout ce peuple qu'on attaque!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On pleure Ulysse dans Ithaque;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mais est-ce mal? Mais ai-je tort</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De pleurer avec Andromaque?</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ô Jupiter, par quels moyens</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Aimer les Grecs et les Troyens?</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Car je sens bien que mon cœur ploie,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sans reconnaître au juste, hélas!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Quelle est sa tristesse ou sa joie,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Autant vers l'âpre Ménélas</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que vers la douloureuse Troie.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Criez, les Grecs, et combattez!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Minerve effleure à vos côtés</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le sol roussi de canicule!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Son grand vol jamais ne recule,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Elle tombe du ciel, circule,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Remonte au ciel voir Jupiter,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Retombe, déchire l'éther</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De son éblouissante lance!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'air chaud que sa double aile bat</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsque son vol actif s'élance</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">À droite, à gauche, en haut, en bas,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Fait couler ses cheveux du casque;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Elle est la superbe bourrasque,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et l'ouragan clair du combat!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Quels beaux efforts! Quels jeux épiques!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Quel cliquetis ses armes font</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsqu'elle est peinte au bleu plafond</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Au-dessus d'un tapis de piques!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Elle écarte un fer ou le tord,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pousse la main de Diomède,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Enfonce un trait, verse un remède,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Prend la forte voix de Stentor;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et pour mieux leur venir en aide,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Se transfigure tour à tour</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">En jeune homme, en char, en vautour!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">En haut d'une invisible tour</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Plante sa gigantesque égide;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et reparaît, souple et rigide,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Souple et rigide comme un lys</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qu'un bourdon anime et talonne,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Plus indomptable que Bellone</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et plus charmante que Cypris!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Elle blesse Mars, frappe Énée,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et rapide, folle, acharnée,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vise Vénus qui le défend!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">La délicate main se fend,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un cri de femme! Du sang tombe!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vénus quitte son brave enfant</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qu'Apollon ravit à la tombe;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et tandis que la tendre Hébé</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Panse avec soin les tissus roses</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On voit fleurir de pourpres roses,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où le sang divin est tombé.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pallas! que d'efforts! que de zèles!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Quelles infatigables ailes!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Quelle ardeur à compter les morts!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Quel éclat fourbe en ton œil large</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsque tu saisis par leurs mors,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Éton, Lampus, Xante et Podarge,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour briser leur quadruple charge</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sous les harnais aux triples ors!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ah! tu sais bien que dans Athènes</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les seuils, les temples, les fontaines,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Disent ton geste triomphant</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Porteur de l'invincible épée,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Depuis ton image en poupée</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qu'embrasse le petit enfant,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Jusqu'à la pierre dure et blanche</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où, tes pieds nus brunis par l'eau,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tu rêves, la main sur la hanche,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et le front contre un javelot...</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Déesse turbulente et sage</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui te laisses, tel un fruit mûr,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Choir du haut en bas de l'azur</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où rien ne t'arrête au passage,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et voltige sur le terrain</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que ton regard rapide embrasse</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comme un faucon casqué d'airain</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tournoie au-dessus d'une chasse</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et plane en aiguisant son bec!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">C'est parce que le peuple grec</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Veut t'offrir une autre statue</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et s'abandonne entre tes mains,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que ta colère enflamme et tue</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">(Ah! que les Dieux sont donc humains!)</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Cette Ilion qui s'évertue.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">C'est parce que tu veux du miel,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'encens qui parfume le ciel</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et de blancs troupeaux de génisses,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que tu vas, viens, tournes et glisses</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comme un sublime ludion</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">À travers l'air si doux à fendre,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Contre Mars qui cherche à défendre</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les murs menacés d'Ilion!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et c'est peut-être, et c'est sans doute,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Bien qu'Homère n'en dise rien,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Cette miraculeuse joute,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tout ce manège aérien</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Parce que Diomède trouble</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et enveloppe ton cœur double</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'un étrange et fiévreux lien!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et que sur son char où se dresse</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">La surnaturelle tendresse</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De tout ton beau vol déplié</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comme une victoire de proue,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il t'a promis, s'il broie et troue</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et mutile Hector sous sa roue,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Une cuirasse et un collier!</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="APRES_AVOIR_RELU_DES_NOMS_DE_LILIADE">APRÈS AVOIR RELU DES NOMS DE L'ILIADE</a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Samos, Glaphyre, Elone, Hyria, Coronée,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Médéon, Haliarte, Orchomène et Daulis,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je ne verrai jamais vos marbres ni vos lys,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mais de vos noms divins ma vie est couronnée!</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="chap" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LE_SEJOUR_PRES_DU_LAC">LE SÉJOUR PRÈS DU LAC</a></h4>
-
-
-<h4><a id="TROIS_POEMES">TROIS POÈMES</a></h4>
-
-
-
-<blockquote>
-<p><span style="margin-left: 22em;">Tu te disais: Plus tard au temps des beaux voyages,</span><br />
-<span style="margin-left: 22em;">Respirer l'air, soufré par de secrets orages,</span><br />
-<span style="margin-left: 22em;">Dans les jardins pleins d'ombre et de magnolias.</span></p></blockquote>
-
-<p><span style="margin-left: 65%;">COMTESSE DE NOAILLES.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4>I</h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Ma paresse au jardin glisse comme un beau cygne,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Le soir est intime et clément;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vais-je aller retrouver l'ami qui me fait signe</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">À Clarens sur le lac Léman?</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Simple et miraculeuse abondance française...</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">On naît, on meurt et je suis là.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">La fraîcheur du gravier tourne autour de ma chaise,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Ma chaise longue de villa.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Chaque nuage a l'air d'être un tapis de conte,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Où s'envole un jeune vizir!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Plus rien d'extérieur ne subsiste ou ne compte,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Je suis seul avec mon plaisir.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Parce que l'air m'enroule un arôme de roses</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Comme une écharpe autour du cou;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'aime les dieux de l'Inde avec leurs molles poses,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Charmant la rose et le coucou.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'imagine leurs yeux retroussés vers les tempes,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Lorsqu'au centre d'un chaud bassin</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ils sortent du lotus, qu'on voit sur les estampes</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Arrondir son pâle coussin.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Une princesse dort contre un cyprès de Perse...</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Un nègre brûle du santal...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Parce qu'un paon rôdeur, dont l'appel me transperce,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Traîne un trésor oriental.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'héliotrope, avec des chants et des huées,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">De l'épinette et du canon,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Fait surgir, bleu troupeau d'orageuses nuées,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Les arbres du grand Trianon.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tout mon humble jardin suscite, éveille, évoque!</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Un murmure apporte un pays;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un parfum réinvente une lointaine époque,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">L'histoire peuple les taillis.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'heure n'impose plus la contrainte ou la ligne,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Et plus d'esclavage d'amant.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ma paresse au jardin glisse comme un beau cygne,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Le soir est intime et clément.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il a cette langueur d'une convalescence</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Avec des amis près de soi;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le vif Éros lassé de trop d'effervescence,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Silencieusement s'assoit.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je crains de meurtrir cet impalpable rêve,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Et ce soir doux comme un hamac,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour aller à Clarens sur le lac de Genève,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Ce calme lac! Ce traître lac!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où tant de volupté se mêle à l'eau sournoise,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">Que j'ai, plein de troublantes peurs,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Désiré mon jardin naïf de Seine-et-Oise,</span><br />
-<span style="margin-left: 19.5em;">À bord de ses petits vapeurs.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4>II</h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Mon rêve, tour à tour, s'échafaude et s'écroule,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je ne distingue plus dans quel sens l'express roule;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un bruit sourd, incessant, grondant, régulier,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Me rythme un air connu que j'avais oublié,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et peu à peu, tandis que je divague encore,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Une immense fraîcheur vient d'annoncer l'aurore!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le cauchemar se sauve avec ses noirs dragons;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le sifflet de l'express, sur les toits des wagons,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Est un drapeau qui flotte et ploie et se renverse.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le cri pur des oiseaux se meurt en sens inverse,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et derrière les fils d'un grillage incertain,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tout renaît et sourit comme au dernier matin.</span></p>
-
-<p class="center">. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">La douane éveille ceux que la paresse empêche</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De voir chaque matin le ciel être une pêche;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et tout à coup, après cette pénible nuit,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De sommeil maladif et de fiévreux ennui,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où l'heure ralentit, recule et recommence:</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vallorbe!... Et le glacier comme un sorbet immense!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">&mdash;On descend des filets les valises de cuir,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On a l'impression de poursuivre et de fuir;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un bonheur ingénu fleurit les humbles gares.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Voici l'usine rose où l'on fait les cigares,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">La vigne où chaque grappe habite un petit sac,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les mouettes qui sont le leit motiev du lac,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vevey dont la couleur est si fraîche et si franche</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que tous les jours pour elle ont l'air d'être Dimanche;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et, sans l'avide espoir d'un nouvel horizon,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Dans le jardin en pente où leur chaude maison</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sous les pétunias bicolores se vautre,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ces bienheureux Vaudois qui ne savent rien d'autre!</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4>III</h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">J'ai voulu me contraindre et me mettre à l'ouvrage</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mais l'air est imprégné d'un invisible orage;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Une étrange, croissante et nouvelle torpeur</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Me fait voir sans désir passer un blanc vapeur,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Coupant avec le fer de sa mouvante hélice,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un hôtel à l'envers qui tremble dans l'eau lisse.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un nuage est au ciel, un grand Pégase las;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un autre, au flanc du mont où dorment des villas,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un silène ventru couché parmi les vignes.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les mouettes ont l'air d'être des petits cygnes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et le lac paternel balance leur troupeau.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le glacier s'attendrit sous un rose chapeau,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et regarde, étonné d'avoir des cimes roses,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Clarens dont Lord Byron a respiré les roses.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Voyageur immobile au creux du doux hamac</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je vogue! Et tout à coup sur le cirque du lac,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où son reflet disperse une molle fortune,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">C'est le quotidien miracle de la lune!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Son limpide ballon somnole au bout d'un fil;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je me crois César alangui par le Nil</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsque, don qui s'apporte et qui lui-même s'offre,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De vingt-cinq voiles noirs déroulés dans un coffre</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Surgissait, svelte ibis, la reine aux ongles peints!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Au-dessus de Montreux les forêts de sapins</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Semblent, sur les rochers, d'envahissantes mousses;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je songe à l'express plein de sourdes secousses</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où se dévidera, sur un rythme moqueur,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le triste fil tendu des pays à mon cœur.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="chap" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LE_SOIR">LE SOIR</a></h4>
-
-
-<blockquote>
-<p><span style="margin-left: 22em;"><i>Jam Cytherea choros ducit Venus, imminente luna.</i></span></p></blockquote>
-
-<p><span style="margin-left: 75%;">HORACE.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LE_JET_DEAU">LE JET D'EAU</a></h4>
-
-
-<p class="actor">UN NYMPHÉA</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Il ne sait plus quel pourpoint mettre.</span></p>
-
-
-<p class="actor">UN AUTRE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 32em;">Il en a tant!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE CRÉPUSCULE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Las de me renverser au miroir de l'étang,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Narcisse épouvanté de sa splendeur morose,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je me promène en gris avec un feutre rose</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je porte un manteau de brouillard violet.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LES TUBÉREUSES</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Comme il est fier et beau!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LES SOLEILS</p>
-
-<p><span style="margin-left: 25em;">Comme il est fat et laid!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA COLLINE LOINTAINE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Le jour perd l'équilibre à ma crête et bascule...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE CRÉPUSCULE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Saluez tous! je suis le prince Crépuscule...</span></p>
-
-
-<p class="actor">UNE GRENOUILLE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Je crois que l'herbe croît.</span></p>
-
-
-<p class="actor">UN CRAPAUD</p>
-
-<p><span style="margin-left: 25em;">Crois-tu? Crois-tu?</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE DERNIER RAYON</p>
-
-<p><span style="margin-left: 32em;">Je meurs...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE CRÉPUSCULE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Je conduis comme un chef d'orchestre des rumeurs;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Universel amant, exact, subtil et tendre,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'entre dans chaque chambre où l'on rêve à m'attendre,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Avec les souvenirs accrochés après moi.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je suis l'ordonnateur du calme et de l'émoi,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je verse tour à tour l'insomnie ou le songe,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'enseigne aux miroirs francs la beauté du mensonge,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et lorsqu'Éros, semeur d'inguérissables maux,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Cruel comme un enfant avec les animaux,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Remplit un cœur fané de ses muets tumultes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je rappelle à ce cœur l'oubli des autres cultes:</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que d'une Vierge un fils comme à Vénus est né;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et que s'il est un dieu de roses couronné,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il en existe un autre auréolé d'épines!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Alors tout le jardin ferme ses aubépines,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ses gloires de Dijon, ses Maréchal Niel,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Son sérail alangui de parfums, et le ciel</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour me récompenser de ma pieuse course,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Accroche à mon manteau <i>l'Ordre de la Grande Ourse!</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je suis le doux voleur aux invisibles mains</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui dérobe aux œillets, aux lys et aux jasmins</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Leur arôme excessif tout le long des allées,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour le charme incomplet des pâles azalées!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je suis bon, je suis pur; rien de beau ne me nuit;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je suis le fils rêveur du jour et de la nuit,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je porte le nom charmant de Crépuscule...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LES TUBÉREUSES</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Comme il est radieux!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LES SOLEILS</p>
-
-<p><span style="margin-left: 23em;">Comme il est ridicule!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE CRÉPUSCULE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Qu'aperçois-je? un lecteur encor, dans son hamac?</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE HAMAC</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Je suis le lourd filet d'un impalpable lac.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE CRÉPUSCULE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">La rêverie approche avec son équipage.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA RÊVERIE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Emportons-le!...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE LECTEUR</p>
-
-<p><span style="margin-left: 21em;">Qui donc me parle?</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA RÊVERIE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 29em;">Emportons-le!...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE CRÉPUSCULE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">J'embrouille doucement les lettres sur sa page.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE LECTEUR</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Entre le livre et moi quel est ce geste bleu?</span></p>
-
-
-<p class="actor">UNE VOIX</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">À demain!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE SILENCE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 22em;">Chut!...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE CRÉPUSCULE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 21.5em;">Quel est ce long cri?</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE SILENCE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 32em;">Le tapage,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comme un aigle blessé qui s'envole... Il se tait.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE JET D'EAU</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Il était une fois... il était... il était...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il était une fois... tout mon collier s'égraine!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il s'égraine! il était une reine qui... non!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Taisez-vous!... tout ce bruit!... je m'embrouille!... une reine</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui... j'ai perdu le fil de l'histoire, son nom</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je ne le connais plus... une reine...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE BASSIN</p>
-
-<p><span style="margin-left: 31em;">Ça traîne.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE JET D'EAU</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Il était...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE CYPRÈS</p>
-
-<p><span style="margin-left: 20em;">Qu'il finisse!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE JET D'EAU</p>
-
-<p><span style="margin-left: 25em;">Il était une fois...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tout mon collier cassé me roule entre les doigts!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je cherche, je descends, je monte... il était une...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Une reine...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE BASSIN</p>
-
-<p><span style="margin-left: 21em;">Je suis le lac.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE REFLET DE LA LUNE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 25em;">Je suis la lune.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE JET D'EAU</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Il était une fois une reine et un roi...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il était... Le fil craque encor c'est diabolique!</span></p>
-
-
-<p class="actor">UNE GOUTTE D'EAU</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Il explique au public.</span></p>
-
-
-<p class="actor">UNE AUTRE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 23em;">Ça complique.</span></p>
-
-
-<p class="actor">UNE AUTRE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 30em;">Il s'applique.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE JET D'EAU</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Autour d'un rayon bleu je mets mon crochet froid.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tant pis! Je ne sais plus! la lune me traverse!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je m'élance et me laisse choir à la renverse!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE REFLET DE LA LUNE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Il va m'étreindre avec sa jacassante averse!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE NUAGE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Ô toi, dont la blancheur n'est au miroir de l'eau</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qu'un des mille reflets de ce divin falot,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Autour duquel, parmi d'autres falots plus vagues</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nous sommes tour à tour des vaisseaux et des vagues,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je vais anéantir ton orgueil en passant.</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">(<i>Il cache la lune.</i>)</span></p>
-
-
-<p class="actor">LES TÉNÈBRES</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Nous venons com me un vol de corbeaux gigantesques;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nous aimons les soupirs, les larmes et le sang,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et nous peignons sur tous les murs de noires fresques!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nous sommes...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE NUAGE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 21em;">C'est fini. (<i>Il s'éloigne, la lune réapparaît.</i>)</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE REFLET DE LA LUNE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 24em;">Je suis la lune!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE NUAGE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 30em;">Il ment.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE BASSIN</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Non, puisqu'il fait obscur dès qu'il part.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE NUAGE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 28em;">Compliment!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">(<i>Il prend la forme d'une figure rieuse qui s'évapore.</i>)</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE JET D'EAU</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Je jongle, j'exécute une fraîche voltige!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je suis une fusée, une aigrette, une tige!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Regardez-moi: je n'en peux plus, j'ai le vertige!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE CYPRÈS</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Pitre!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE JET D'EAU</p>
-
-<p><span style="margin-left: 19em;">Je vais, je vais, et tout à coup je sens</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un choc, j'ai rencontré le ciel, je redescends!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'ai l'air d'un cri silencieux. Je suis superbe!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE CYPRÈS</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Je suis l'obscur jet d'eau jailli d'un bassin d'herbe.</span></p>
-
-
-<p class="actor">UNE ABEILLE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Adieu! Dans mon miel clair comme une blonde poix,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je mêlerai ce soir un rien de fleur de pois.</span></p>
-
-
-<p class="actor">UN BOURDON</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Sur mon mât, pour me fuir, chaque rose trémière</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Semble vouloir en haut arriver la première.</span></p>
-
-
-<p class="actor">UNE FUMÉE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Je connais mal ma route et je flâne au détour;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je déroule un ruban, j'échafaude une tour,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je fabrique une amphore et je modèle une anse...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Une fois mon travail fini... je recommence.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je zèbre le ciel net comme un plafond d'onyx.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Chacune de mes sœurs est un petit phénix,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que le vent éparpille et que la flamme enfante!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je ne suis pas toujours la fleur du toit en pente,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et lorsqu'un encensoir m'exhale en encensant,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je suis le bouquet bleu du vase incandescent.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je trace, avec le geste doux d'un col de cygne,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le nom mystérieux que je signe et résigne;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et lasse d'enrouler, comme on parle tout bas,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce même nom toujours qu'on ne déchiffre pas</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et qui s'évanouit loin de ma cheminée,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'agonise et je meurs sitôt que je suis née.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LE_COUPLE_ET_LES_PARFUMS">LE COUPLE ET LES PARFUMS</a></h4>
-
-
-<p class="actor">LES COULEURS</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Violentes couleurs! Impondérables tons!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il faut partir clans l'ombre hostile.</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">(<i>Elles disparaissent.</i>)</span></p>
-
-
-<p class="actor">LES PARFUMS</p>
-
-<p><span style="margin-left: 25em;">Nous restons.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">&mdash;Tournons, rampons, sautons, dansons autour des couples,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Soyons vifs, nonchalants, impérieux et souples,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Faisons surgir des lieux, des dates et des noms;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il faut que leur esprit naïf et tendre parte,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Aux pays inconnus qu'ils rêvaient sur la carte,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Errer parmi les parcs lointains d'où nous venons.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">On entend quatre pas sur l'invisible sable,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le jet d'eau fatigué ne cherche plus sa fable;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sur l'invisible sable on entend quatre pas.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sautons comme des daims, glissons comme des cygnes</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et remplaçons, à l'heure où s'estompent les lignes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les mots qu'ils devraient dire et qu'ils ne disent pas.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Brodons nos fils soyeux sur le célèbre thème,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Faisons un vers exquis du trop banal...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE COUPLE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 25em;">Je t'aime!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LES PARFUMS</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Et s'ils sont, ces pantins de l'éternel complot,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Bêtes comme un glaïeul ou comme une anémone,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nous ferons de l'amante Hélène et Desdémone,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Adorant pour un soir Pâris et Othello.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE PARFUM DES ROSES</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Langoureux comme un chat qu'un jeune vizir berce,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je suis un coussin tiède où le soir vient s'asseoir;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et chaque rose a l'air d'un petit encensoir</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'où je sors, pour conter comment on conte en Perse.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je me traîne à pas lents sur un fin tapis d'air,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un tapis de Bagdad qu'un souffle de vent moire,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et peu à peu j'éveille au fond de leur mémoire</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Aladin, Mariam et les trois Calander.</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Dans des flacons fluets qu'un cristal doré bouche,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On veut garder captif mon charme de rôdeur!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je suis la plus charnelle et la plus tendre odeur</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Et je vais parfumer leur bouche...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE PARFUM DE L'OEILLET</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Je suis pressant comme un billet,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'incite aux pires confidences,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je pâme à la sueur des danses</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Dans le cœur compact de l'œillet.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'aime les beaux ébats farouches,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les paumes chaudes sur les seins,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le désordre mou des coussins</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et les inépuisables couches.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je vais, pour de chers accords,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Puisqu'un poivre sucré m'imprègne,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Régner comme un despote règne,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Aux endroits secrets de leurs corps.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE PARFUM DES LYS</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">L'entendez-vous monter du troupeau des eunuques,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le chœur chaste et impur des pâles soprani?</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE POLLEN</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Je veux blondir d'un peu d'or blond leurs blondes nuques.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE PARFUM DES LYS</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">L'entendez-vous monter vers la nef d'infini,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Loin des sanglots profonds et des douloureux râles,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le chœur inquiétant des longs soprani pâles?</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE PARFUM DU RÉSÉDA</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Moi, je suis à leurs pieds le discret réséda.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE PARFUM DE L'HÉLIOTROPE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Je peux m'y hasarder puisqu'il s'y hasarda;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je suis timide...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE MUSC</p>
-
-<p><span style="margin-left: 18em;">Assez! Tout ce mélange empeste!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ils assaillent sa robe, ils grimpent à sa veste,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'étouffe! Les voilà tout à coup presque cent!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On ne distingue plus au juste ce qu'on sent!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Chacun avec fierté dit son nom de baptême!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LUI</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Ton parfum est exquis!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE MUSC</p>
-
-<p><span style="margin-left: 24em;">C'est moi.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LES PARFUMS</p>
-
-<p><span style="margin-left: 26em;">C'est nous.</span></p>
-
-
-<p class="actor">ELLE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 28em;">Je t'aime.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE DÉSIR</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Je vole à leur visage et rampe à leurs genoux.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LUI</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Quel est-il ton parfum?</span></p>
-
-
-<p class="actor">ELLE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 24em;">C'est toi!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE MUSC</p>
-
-<p><span style="margin-left: 26em;">C'est moi.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LES PARFUMS</p>
-
-<p><span style="margin-left: 28em;">C'est nous.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LA_LAMPE_ET_LES_PHALENES">LA LAMPE ET LES PHALÈNES</a></h4>
-
-
-<p class="actor">L'EXPRESS (<i>au loin, dont la voix diminue</i>).</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Demain, à leur réveil, ce sera ma surprise</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D offrir aux voyageurs un coin de mer qui frise,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsque sur mes carreaux qu'un bras frileux atteint</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ils auront effacé l'haleine du matin.</span></p>
-
-
-<p class="actor">L'AUTO</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Je vois fuir sur la route aux lueurs de mon phare</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">La chaumière éperdue et l'arbre qui s'effare!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA BARQUE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Je stagne. Au fond de moi, de l'eau verte croupit.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je suis le vieux palais d'un crapaud accroupi;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et, romantique acteur privé de mélodrames,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je laisse un liseron s'enrouler à mes rames.</span></p>
-
-
-<p class="actor">UN NYMPHÉA</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">À chaque nymphéa, sur son petit plateau</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le ciel jette une étoile!</span></p>
-
-
-<p class="actor">UNE BELLE DE JOUR</p>
-
-<p><span style="margin-left: 24em;">Il est tard.</span><br />
-<span style="margin-left: 28em;">(<i>Elle se ferme.</i>)</span></p>
-
-
-<p class="actor">UNE BELLE DE NUIT</p>
-
-<p><span style="margin-left: 26em;">Il est tôt.</span><br />
-<span style="margin-left: 28em;">(<i>Elle s'ouvre.</i>)</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA CHAUVE-SOURIS</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">La sorcière avait une étrange défroque,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour courir au sabbat, et j'en suis une loque;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je tournique, avant que je me laisse choir</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Contre un volet, comme un hideux petit mouchoir.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA LAMPE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Viens! J'ai de l'or pour te broder! Je suis prodigue.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Autour de ma clarté tourne une frêle digue;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On craint le gaspillage et l'on prévoit le vol;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je voudrais enrichir ton terne et sombre vol,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Avec le clair trésor de mes richesses jaunes!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Viens! Je n'ai pas hélas! la voix du roi des Aulnes...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mais regarde: brodeur à l'éblouissant fil,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'ourle déjà d'or blond ce virginal profil,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce virginal profil penché vers son ouvrage!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA CHAUVE-SOURIS</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Je ne veux pas venir.</span></p>
-
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-<p class="actor">L'ÉLECTRICITÉ</p>
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-<p><span style="margin-left: 22em;">C'est bien fait! Elle rage.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA LAMPE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">À ton gré, la fenêtre est grande ouverte, et si</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Cela te plaît soudain d'entrer, entre!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA CHAUVE-SOURIS</p>
-
-<p><span style="margin-left: 26em;">Merci.</span><br />
-<span style="margin-left: 28em;">(<i>Elle zigzague.</i>)</span></p>
-
-
-<p class="actor">UNE PHALÈNE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Quel est ce papillon au fond d'un tube en verre?</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA LAMPE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Mon bec! Viens t'y chauffer!</span></p>
-
-
-<p class="actor">L'ÉLECTRICITÉ</p>
-
-<p><span style="margin-left: 26em;">La goule persévère...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA LAMPE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Approche...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA PHALÈNE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 19em;">Justement je disais à l'iris</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA LAMPE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 18em;">J'entends mal... approche!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA PHALÈNE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 26em;">Oh!</span><br />
-<span style="margin-left: 30em;">(<i>Elle tombe.</i>)</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA LAMPE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 28em;">Paf!</span></p>
-
-
-<p class="actor">L'ÉLECTRICITÉ</p>
-
-<p><span style="margin-left: 30em;"><i>De Profundis!</i></span></p>
-
-
-<p class="actor">LA LAMPE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Quel bon hasard?...</span></p>
-
-
-<p class="actor">SECONDE PHALÈNE</p>
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-<p><span style="margin-left: 22em;">Bonjour, lampe!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA LAMPE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 26em;">Bonjour, phalène!</span></p>
-
-
-<p class="actor">SECONDE PHALÈNE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">La nuit souffle à cette heure une adorable haleine...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'ai vu trois papillons de jour, ils sont hideux!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA LAMPE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 17em;">J'entends mal... approche... approche encore...</span></p>
-
-
-<p class="actor">SECONDE PHALÈNE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 30em;">Ah!</span><br />
-<span style="margin-left: 28em;">(<i>Elle tombe.</i>)</span></p>
-
-
-<p class="actor">L'ÉLECTRICITÉ</p>
-
-<p><span style="margin-left: 31em;">Deux!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA LAMPE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Victoire!</span><br />
-<span style="margin-left: 28em;">(<i>On la souffle.</i>)</span></p>
-
-
-<p class="actor">L'ÉLECTRICITÉ</p>
-
-<p><span style="margin-left: 19em;">Trois!... Enfin ils vont pouvoir s'ébattre,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ces pauvres animaux, et moi luire en paix.</span><br />
-<span style="margin-left: 28em;">(<i>On l'éteint.</i>)</span></p>
-
-
-<p class="actor">L'OMBRE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 29em;">Quatre!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et ce sera mon tour lorsque de coq en coq,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'entendrai, grelottant sous mon grisâtre froc,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Appel qu'un autre appel précède et accompagne,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ma condamnation courir par la campagne.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE SOIR</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Je suis le soir! La nuit n'apparaît pas encor,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mais elle approche et je l'annonce au son du cor...</span></p>
-
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-<hr class="r5" />
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-<h4><a id="LES_SOLITUDES">LES SOLITUDES</a></h4>
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-<p class="actor">LES CORS DE CHASSE</p>
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-<p><span style="margin-left: 18em;"><i>Un chevreau baigne à la fontaine.</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Son corps blessé d'une centaine de tons;</i></span><br />
-<span style="margin-left: 18em;"><i>Chantons notre plainte incertaine,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>La forêt est lointaine et nous vous l'apportons...</i></span></p>
-
-
-<p class="actor">UN POÈTE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Le soir charmant et flou que la nuit brusque achève,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Est comme un ami mort qu'on revoit dans un rêve;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un train sème son cri. Le ciel à l'horizon</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Semble une pâle, immense et légère cloison,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où le nuage met sa suave guirlande;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tant que, si l'on était un bon Saint de Légende,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On partirait avec du pain sec et du miel</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour le rivage heureux où Ton touche le ciel.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'herbe jeune et crépue est une brebis verte;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On voit le salon clair par la fenêtre ouverte.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Éros, qui se promène avec des pieds mouillés,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Répare son carquois rempli de fers rouillés,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et laisse en paix mon cœur meurtri par ses saccages.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les arbres sont peuplés comme de grandes cages;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le parfum pleut sur moi d'un vernis de Japon;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">La terre a la fraîcheur d'une berge ou d'un pont,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je vois, longuement et sans un geste d'ailes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ces petits voiliers noirs que sont les hirondelles</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Cingler sur un flot pur vers d'invisibles ports.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Émotion divine! Adorables transports!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mon esprit allégé, pour le rêve appareille!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Cent mille bruits confus me tournent dans l'oreille;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ma chaise longue est là.&mdash;Le Monde est alentour!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je me sens au sommet d'une impalpable tour</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que n'atteindra jamais la laideur ennemie!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'air parfumé m'enroule ainsi qu'une momie,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je sens ses linges fins me coller aux genoux;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ma main gauche, qui pend parmi les rosiers mous,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Trouve la douceur souple et lourde qu'on remarque</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsqu'on laisse traîner son bras hors d'une barque,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Dans le calme chauffé des lacs italiens.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je ne veux plus ce soir de terrestres liens,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ma joie est un jet d'eau qui jamais ne retombe!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un prodige inouï m'évitera la tombe;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On est mort avant moi, mais sait-on si je meurs?</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'avenir plein d'appels, de drapeaux, de rumeurs,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Est un royaume ouvert que mon désir pavoise!</span></p>
-
-<p class="center">. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Ô calme, ô tout petit jardin de Seine-et-Oise...</span></p>
-
-
-<p class="actor">UN SOLITAIRE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Dans la chambre, un beau soir qu'on remarque et qu'on orne,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Plein de l'espoir fugace et du doute obssesseur,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Recevoir comme un coup le choc de l'ascenseur...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">S'évanouir pour une auto qui passe et corne...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et regarder, honteux d'être son confesseur,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le bouquet inutile auprès du fauteuil morne.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA PENDULE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">La ville est loin. Ici tu n'attends que la nuit.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Laisse les souvenirs, demeure avec l'ennui,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'épouvantable Ennui!</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE BOUQUET</p>
-
-<p><span style="margin-left: 18em;">Je m'endors dans mon vase...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE FAUTEUIL</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Je tends mes bras de cuir vers une absente extase.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA VILLE LOINTAINE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">On naît, on meurt, on rit, on pleure, on meurt, on naît</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Dans toutes mes maisons et dans toutes mes rues...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LA PENDULE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">La vie est un roman et l'exil un signet;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ne te raccroche pas aux heures disparues...</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE SOLITAIRE</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Et quelquefois... très rarement! elle venait.</span></p>
-
-
-<p class="actor">UN ADOLESCENT</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Le printemps verse en moi sa délectable gêne</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je suis seul... et je voudrais être à Paris</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour sentir dans un restaurant du Bois</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mon cœur trop lourd se fondre aux rythmes des tziganes...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ou bien encor descendre avec douceur</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les nocturnes Champs-Élysées,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Avec leurs becs de gaz entre leurs marronniers...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et surtout n'être pas seul!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On voudrait tant quelqu'un pour connaître avec soi</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ces jouissances inexplicables.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ô Paris si tranquille et si bleu après l'heure,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où le grand soleil rouge inonde les voitures,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et joue au passe-boule avec l'Arc-de-Triomphe!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Paris si parfumé de toutes les charrettes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où les narcisses, les muguets et les oranges</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ont des odeurs et des couleurs qui se mélangent</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et traînent...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ou bien je voudrais être à Montmartre, très haut,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et goûter, en montant les marches de la butte,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le charme confiant des fenêtres ouvertes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsqu'on entend, dans les maisons, des voix qui causent.</span></p>
-
-
-<p class="actor">UN AUTRE ADOLESCENT</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Les héros immortels dont le passé rutile,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Vainqueurs du destin orageux,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ont aimé la douceur de l'effort inutile,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et le plaisir naïf des jeux.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Bien avant le stylet, le compas ou l'épée,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Ils ont tous connu, comme nous,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le cheval de carton, la balle et la poupée,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et le sommeil sur des genoux.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">La jeunesse accrochait comme des escarboucles,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Des cœurs au bord de leurs chemins,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et posait sur leurs fronts sa couronne de boucles,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Avec ses maternelles mains.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et l'on vit sur le seuil de cet étrange empire,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Des jours encor qu'on n'a pas eus,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le petit Bonaparte et le petit Shakespeare,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et le divin petit Jésus.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tous ils se préparaient pour un effort splendide,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et d'un désir jamais lassé;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Serez-vous, ô mon avenir obscur et vide,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Un lumineux et lourd passé?</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Entendra-t-on ma voix dans l'orchestre trop vaste,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Au milieu du remous des temps?</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Moi qui rêve ce soir couché sur mon lit chaste,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Avec des yeux de dix-sept ans.</span></p>
-
-
-<p class="actor">LE PAON</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Le soir que mon cri heurte et déchire et transperce,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">A soufflé sur ma traîne un œil... un œil... un œil...</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">J'avais l'air d'un prince de Perse,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et je semble une reine en deuil!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'étalais contre un mur ma traîne en forme d'urne...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il a, pour mieux voler ce lourd trésor qui pend,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Mis dans un capuchon nocturne,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Mon petit front vert de serpent.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le jour, dans le jardin dont j'ai formé le temple,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où j'enseigne aux rosiers qu'il faut être orgueilleux,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Afin que je me recontemple,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Me rendra mes quatre cents yeux!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mais pour l'instant, meurtri, je l'appelle et je rôde...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et ma paonne s'approche avec un tendre bond,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Pareille à la claire émeraude,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Devenue un sombre charbon.</span></p>
-
-
-<p class="actor">UNE FEMME</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Un jour interminable, inutile et aride,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">S'ajoute aux autres jours. Il ne m'a pas écrit.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et vers les chauds climats où son cœur se débride,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je crie... et je voudrais pouvoir suivre mon cri!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le magique Orient lui verse des extases,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Peut-être il met ses bras autour de beaux corps nus!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Moi j'entends le silence où s'envolaient ses phrases,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je vois les objets que ses doigts ont tenus.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il admire, il remue, il vibre, il se dépense,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Avec des cœurs nouveaux qu'il a trouvés là-bas;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et moi je reste seule et j'y rêve et j'y pense!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je ne pense plus, si je n'y pense pas.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsque j'entends son nom qu'un étranger prononce,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Son cher nom que je cache et qui partout me suit,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mon regard me démasque et ma voix me dénonce,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je voudrais me taire et je parle de lui!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Nous sommes séparés par la mer et par l'âge,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'ai quarante ans bientôt et il en a dix-neuf!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et lorsqu'il reviendra du terrible voyage,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mon cœur sera plus vieux, le sien sera plus neuf.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mon Dieu s'il doit un jour voir d'un œil pitoyable,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ma face où le chagrin met son masque mouvant,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Faites que ce départ soit irrémédiable...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et s'il doit revenir que je m'éteigne avant.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mais par pitié!... C'est peu de chose! Qu'il écrive!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je meurs de son silence ainsi qu'on meurt de faim.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ô mon Dieu, remplacez, lorsque la poste arrive,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le morne: «pas encor», par le joyeux: «enfin»!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un pur soleil doit l'éblouir sur des terrasses...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et le soir cache ici sous ses voiles de deuil,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">La sincérité froide et brutale des glaces,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où s'encadrait jadis son juvénile orgueil!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il use indolemment, s'il se moque, ou s'il aime,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Des mots que mon amour, un soir lui révéla;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et portant la fierté de n'être plus le même,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il court joyeux de ville en ville... Et je suis là.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LE_MONOLOGUE_DE_LAMOUR">LE MONOLOGUE DE L'AMOUR</a></h4>
-
-
-<p class="actor">UN HEUREUX</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Un bon repos d'oisif me couvre de sa vague;</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Quelqu'un chantonne au piano;</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">La paresse m'étreint d'un vague</span><br />
-<span style="margin-left: 23em;">Anneau.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mes amis sont tous là... je suis doucement ivre;</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Le tangage du <i>rocking-chair</i></span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Me fait le chaud bonheur de vivre</span><br />
-<span style="margin-left: 23em;">Plus cher.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'amour, ce petit Dieu dont on voit la statue,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">N'existe que pour le roman!</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">On a môme conté qu'il tue!</span><br />
-<span style="margin-left: 23em;">On ment.</span></p>
-
-
-<p class="actor">L'AMOUR</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">C'est moi! Mille pâleurs s'assemblent sur ma joue.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je suis l'enfant farouche, et qui jamais ne joue</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sur les chemins rugueux et sur les gazons verts!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je cours, furtif, actif, autour de l'univers;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je volette, une aile courte à chaque épaule,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Infatigablement de l'un à l'autre pôle.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'ai posé mes petits pieds nus sur tous les sols!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce soir je suis passé sous tes pins parasols</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et j'ai su que ton cœur était fier d'être libre.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tu n'interrompras plus le divin équilibre,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je viens! Personne ici ne sait que je suis là;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Un calme humide et chaud pénètre ta villa...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Une femme déchiffre, on joue, on boit, on fume;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et moi qui suis le Dieu dont l'haleine parfume,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je m'avance, invisible et muet et puissant.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Dans tes veines déjà je fais bondir ton sang</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et nul, sauf toi, dont l'œil effrayé me contemple,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ne sait que ce Samson vient d'entrer dans ce temple</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et qu'il le fait crouler avec ses bras menus!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vois, je n'ai pas chargé, ce soir, mes membres nus</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De mon arc inutile ni de mes vaines flèches;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ton orgueil est un fort où mes mots font des brèches,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et mon geste fait fuir les gardes de ce fort!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Naïf, qui te croyais inébranlable et fort,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Regarde les humains des continents du monde,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Affluer vers ma bouche immortelle et profonde!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Reste là! Les express enivrés sur les rails,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Déversent les humains aux caravansérails</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où, libre de mon joug dont la douceur terrasse</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On s'aperçoit, soudain, un soir sur la terrasse,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Futur Éden de jours harmonieux et longs,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que c'est Éros qui chante aux creux des violons;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que, parmi les massifs, c'est Éros qui s'embusque;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et qu'il est là, tendant son arc aimable ou brusque,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Contre les tamaris et près des aloès,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Invisible, implacable et beau, comme Gygès!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Alors on ne sait plus! La fuite est impossible;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le cœur le plus étroit devient sa large cible;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et l'on trouve où l'on va, si l'on s'en est allé,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le sourire éternel du beau chasseur ailé!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Prédicateur muet de la furtive étreinte</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il est un minotaure avec son labyrinthe;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Perdu, sans fil, sans voix, on erre, on saute, on court,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et c'est toujours l'amour ou l'ombre de l'amour!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Si l'on retourne aux lieux des douleurs anciennes,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il vous attend déjà derrière les persiennes;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et tandis qu'il remue, et se vautre, et s'assoit,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On a le cœur si fier d'avoir un Dieu chez soi,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que la maison devient son domaine ou son antre!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On fait de son orgueil un tapis pour qu'il entre!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Au lieu de le chasser comme un enfant maudit</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On cherche à retenir les mots sournois qu'il dit!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On l'écoute mentir! On répare ses armes!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On trouve une musique au fond de ses vacarmes!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On boit l'eau de ses yeux où rêve le néant!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">On le traîne après soi comme un roi fainéant!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il vous accroche au cou le collier et la laisse;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et puis un jour de joie, il s'ennuie, et vous laisse.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tu te disais: Je suis oublié! Jamais plus</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ne me battra le flux, l'infatigable flux</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui monte autour de l'homme, et l'étouffe, et le lie!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je visite au hasard, mais jamais je n'oublie.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je suis un et multiple et mondial. J'étreins</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tous les cœurs, au départ des bateaux et des trains</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui creuse une si vive et si molle blessure!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ma puissance est célèbre, universelle et sûre;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">J'ai fait le désespoir et l'éclat des cités,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Par l'ébullition des peuples excités,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Dans l'heure désastreuse ou l'heure triomphale;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et j'ai fait le miracle adorable d'Omphale.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pense, toi dont la gorge étouffe un pauvre cri,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que j'ai senti la robe en lin de Jésus-Christ</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Me caresser le front comme un saint Jean plus souple,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et qu'il n'est pas d'étreinte, et qu'il n'est pas de couple,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pas de délire intense ou de fragile émoi</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui ne soit préparé par moi, rien que par moi!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que l'univers enfin autour de moi gravite;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et que, globe éperdu, s'il roule et court si vite,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et s'il y a toujours des matins, des matins,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et des soirs et des soirs, et toujours des pantins</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pour peupler ce théâtre immense et giratoire,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">C'est parce que je règne au sommet de l'histoire;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et qu'on me voit de l'Occident à l'Orient,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Une rose à l'oreille, et grave, et souriant!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je viens, comme un guerrier pâle et blond qui bouscule</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le repos émouvant qu'on goûte au crépuscule,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Moi qui n'ai pas connu l'ineffable plaisir</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Des larmes de l'enfance et du naïf désir!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ah! Dans l'été lascif, frénétique et fébrile,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Où le nuage au ciel est une charmante île,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pouvoir pencher son cœur sur un joyeux jardin</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Avec le calme gai d'un enfant de Chardin,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui joue à la toupie ou qui gonfle des bulles!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Au matin traversé de conciliabules,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Pouvoir s'être penché sur l'eau d'un bassin rond,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui reflète à l'envers vos yeux sous votre front</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Sans rien que le plaisir dans ce reflet qui bouge,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">De voir comme un fruit froid glisser un poisson rouge.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ouïr dans un glaïeul au fragile entonnoir</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ou dans la lourde rose un rut de frelon noir,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et dans ce rut ne rien discerner autre chose</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qu'un frelon, qu'un glaïeul et qu'une rose rose!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Suivre dans l'air, parmi de soleilleux remous,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les papillons pareils à mille chiffons mous;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et ne voir dans l'ébat de leurs forces vitales,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que des mouchoirs qui vont s'embaumer aux pétales!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Supporter sans faiblir l'âpre conseil des lys,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Aimer sa mère, et l'âne, et la charrette et miss,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et ne pas se sentir chargé de brusques rêves</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">À la senteur des sucs, des gommes et des sèves!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et traverser enfin ces ivresses, ces peurs,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ces bonheurs, ces douceurs, ces rires, ces torpeurs,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ces danses, ces soupirs, ces vives jouissances,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce concert éperdu de couleurs et d'essences,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ces exemples de fougue et de rébellions,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comme un petit Daniel au milieu des lions!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mais moi qui sais pourquoi la naïve colombe</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Roule un triste grelot dans sa gorge qui bombe;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Moi qui connais, rempli d'un soin grave et subtil,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le plus pâle pollen du plus obscur pistil;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Moi qui sais de quel mal invisible est minée</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Parmi ses vertes sœurs une humble graminée,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et pourquoi, comme au bord d'un balcon espagnol,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Module un pathétique et fervent rossignol!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Moi qui sais tous les noms, immense et douce liste,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Des petits auditeurs du nocturne soliste;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et qui, toujours en marche, écoute sans m'asseoir</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Bourdonner le grand chœur des prières du soir...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Moi qui suis supplié par la fleur et la feuille,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Afin de retarder le geste qui les cueille;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Moi qui sais chaque plante et le moindre animal,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Depuis que je suis né sous l'arbre du cher mal,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et que j'ai pour sacrer ma force qui se lève</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Poussé le jeune Adam contre la bouche d'Ève,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Moi qui n'ai pas connu le plaisir sous un toit,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">D'être faible et naïf, je suis jaloux de toi!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Donc ne résiste plus! Ne tente pas de lutte,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que ce soit à l'appel du cuivre ou de la flûte,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je pille les vaincus et je vaincs les vainqueurs!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je suis le beau vautour qui dévore les cœurs;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et, lorsque ta jeunesse à jamais emportée,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'âge éparpillera tes fers de Prométhée,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et te refera libre, et tranquille, et normal,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tu maudiras un bien qui te fera si mal!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Toi qui voulais me fuir, ivre de sourde rage,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tu tendras ta poitrine au divin labourage;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et seul, et plein de cris, au flanc du roc pelé,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tu mourras, de m'avoir tellement appelé!</span></p>
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-<hr class="chap" />
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-<h4><a id="SUR_LE_VIERGE_PAPIER_QUE_LA_BLANCHEUR_DEFEND">SUR LE VIERGE PAPIER QUE LA BLANCHEUR DÉFEND</a></h4>
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-<blockquote>
-<p><span style="margin-left: 25em;"><i>Sur le vierge papier que la blancheur défend.</i></span></p></blockquote>
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-<p><span style="margin-left: 70%;">S. MALLARMÉ.</span></p>
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-<hr class="r5" />
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-<h4><a id="LA_LIBERTE_CAPTIVE"><i>LA LIBERTÉ CAPTIVE</i></a></h4>
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-<p><span style="margin-left: 16em;"><i>Ce matin je sentais un cœur nouveau me naître,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Et voici que soudain scintille à ma fenêtre</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Un grillage mouvant qui va du ciel au sol.</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Un grillage en biais, implacable, et si mol</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Que ma main l'interrompt, le ploie et le traverse.</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Je soupire: Je suis encagé par l'averse.</i></span></p>
-
-
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-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LINSOMNIE_AMOUREUSE"><i>L'INSOMNIE AMOUREUSE</i></a></h4>
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-<p><span style="margin-left: 16em;"><i>En vain ma volonté soupèse, heurte et crève</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Au-dessus de mes draps la molle outre du rêve!</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Mon lit est un vaisseau qui ne peut pas partir.</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Puis qu'Éros porte ailleurs son adorable tir,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Viens avec tes pavots à mon aide, Morphée!</i></span></p>
-
-<p class="center">. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</p>
-
-<p><span style="margin-left: 16em;"><i>Sur un sein pâle et rond sa robe dégrafée!</i></span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
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-<h4><a id="LE_MIROIR_VAINCU"><i>LE MIROIR VAINCU</i></a></h4>
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-<p><span style="margin-left: 16em;"><i>Il respire à ta paume, écarlate et verni,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Avec son Bulbul nain dont la rose est le nid,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Transformé par son col prodigue en vide-perles,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Dedans, un jeune faon palpite entre deux merles,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Contre un obscur miroir. Quatre merles&mdash;deux faons&mdash;</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Ouvre! et tout cela meurt pour tes cils triomphants.</i></span></p>
-
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-<hr class="r5" />
-
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-
-<h4><a id="LES_REVES_PROBABLES"><i>LES RÊVES PROBABLES</i></a></h4>
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-<p><span style="margin-left: 16em;"><i>Chaleur. Le sol crépite. Un troupeau saute et bêle.</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Je relis étendu la courte lettre, où Beyle</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Raconte comme il vit Lord Byron à vingt ans.</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>L'air est comblé d'odeurs, de pollens et de taons...</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Faisait il du soleil le jour de leur rencontre?</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Je vais fermer le cher volume et dormir contre.</i></span></p>
-
-
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-
-<hr class="r5" />
-
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-
-
-<h4><a id="LA_VRAIE_MORT_DE_NARCISSE"><i>LA VRAIE MORT DE NARCISSE</i></a></h4>
-
-
-<blockquote>
-<p><span style="margin-left: 25em;">«<i>Son étrange folie l'accompagna</i></span><br />
-<span style="margin-left: 25em;"><i>jusqu'aux enfers, où il essayait</i></span><br />
-<span style="margin-left: 25em;"><i>encore de se regarder dans le</i></span><br />
-<span style="margin-left: 25em;"><i>Styx.</i>»</span></p></blockquote>
-
-<p><span style="margin-left: 70%;">OVIDE.</span></p>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;"><i>Dans le miroir nouveau, tendrement découvert,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Sous le divin secret d'un temple, humide et vert,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>La nymphe a dérangé, d'un caillou, le mirage;</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Et Narcisse interdit de stupeur et de rage,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Soudain défiguré, tortueux et mouvant,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Plonge pour retrouver ce qu'il était avant.</i></span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="ANTENOR_A_HELENE_OU_LES_DEUX_MANIERES"><i>ANTÉNOR A HÉLÈNE OU LES DEUX MANIÈRES</i></a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;"><i>Ménélas étonnait lorsqu'il était debout</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Gesticulant, tenant son sceptre par le bout,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Plus haut et plus actif que le prudent Ulysse,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Il bossuait de coups son armure d'or lisse</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Et s'exprimait avec des mots durs et concis!</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Mais tout cela changeait lorsqu'ils étaient assis.</i></span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LE_SUBTIL_JASON_AUX_CREDULES_ARGONAUTES"><i>LE SUBTIL JASON AUX CRÉDULES ARGONAUTES</i></a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;"><i>Ramez! Sculptez l'eau souple avec la lourde nef!</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>La mer n'emplirait pas le cœur de votre chef!</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Car, moins loin que la terre où sont les Amazones,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Mais de plus en plus proche au fond des vastes zones,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>But d'or, cible mouvante et seule contre cent,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>C'est au poing de Phébus que la Toison descend!</i></span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="SEPTENTRION"><i>SEPTENTRION</i></a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;"><i>Dans ce coin mémorable où l'eau découpe une anse,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>À voir danser la mer il inventa la danse</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Qu'on ne connaissait pas sur les plages du Nord,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Fallut-il qu'il dansât pour enfin tomber mort.</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Inventeur génial, stérile et solitaire,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Après trois jours de ce qu'il crut être un mystère!</i></span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LE_BONHEUR_INCOMPLET"><i>LE BONHEUR INCOMPLET</i></a></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;"><i>Il fait beau. Je suis fier d'avoir beaucoup écrit.</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Mon fraternel silence est plus joyeux qu'un cri!</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Je suis le roi content dont ma pelouse est l'île.</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>L'accord parfait des nerfs était donc si facile:</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Boire un jour clairet clos comme un doux bol de lait.</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Ô plaisir achevé du bonheur incomplet!</i></span></p>
-
-
-
-
-<hr class="chap" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LES_ARCHERS_DE_SAINT_SEBASTIEN">LES ARCHERS DE SAINT SÉBASTIEN</a></h4>
-
-<blockquote>
-<p><span style="margin-left: 25em;">«&mdash;Tu es le plus beau des fils</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">de l'homme,</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">«La grâce est répandue sur tes</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">lèvres;</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">«C'est pourquoi Dieu t'a béni</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">pour toujours.»</span></p></blockquote>
-
-<p><span style="margin-left: 60%;"><i>II<sup>e</sup> livre des Psaumes.</i></span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<p class="actor">LES ARCHERS</p>
-
-
-<p><span style="margin-left: 18em;">Comme il est beau! Regardez-le!</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Son corps, si net sur le ciel bleu,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Sur une hanche penche et ploie;</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Sa chevelure en doux métal</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Brille sous le soleil brutal</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Comme un petit casque de soie.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Il semble, immobile et lié,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Un fruit mûr contre un espalier</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Où s'amassent des guêpes fourbes;</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et ces guêpes fourbes c'est nous,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Qui plions nos faibles genoux</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Pour mieux tendre nos grands arcs courbes.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">On dirait que des jeunes gens,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Vainqueurs cruels et diligents,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Veulent venger toutes leurs larmes;</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et qu'ils ont capturé l'Amour,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Afin de pouvoir, à leur tour,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Le percer de ses propres armes!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Il est là, muet et debout.</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Le sol crépite, le ciel bout,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">La chaleur s'étire dans l'herbe;</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Il va falloir à quelques pas</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">(Pourvu qu'il ne gémisse pas!)</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Tirer sur notre frère imberbe.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Un pâtre chante au fond du val;</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Notre chef calme son cheval.</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Parmi le tourbillon des mouches.</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Son Dieu vaut-il donc tous nos Dieux?</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Car nous n'osons lever les yeux</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et la peur fait trembler nos bouches!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Son corps robuste et sans défaut</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Tient la place exacte qu'il faut</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Dans l'ordre universel du monde.</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Nous avons vingt ans tous les vingt,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Mais lui seul est jeune et divin</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">De ses pieds à sa tête blonde!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et c'est dans ce beau torse nu,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Que nous avions jadis connu</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Si preste aux combats inutiles,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Dans ce torse aux souples attraits</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Que nous allons planter nos traits</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Pareils à de volants reptiles!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">C'est, jaillis hors de cette chair</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et de ce cœur qui nous est cher,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Ce cœur dont sa poitrine bouge,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">De ses bras liés sur ses reins,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Que de chauds ruisseaux purpurins</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Le ceindront de leurs mailles rouges!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Il le faut, l'Empereur le veut;</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Faisons l'épouvantable vœu</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">De trouver, au signal, la force,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et de le laisser plein de sang,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Comme un Marsyas innocent,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Cloué contre la rude écorce!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Peut-être il pense à tous nos noms,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Aux provinces d'où nous venons,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">À sa puissance avant la geôle!</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Au parc, où lorsque le soir naît,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Notre Empereur se promenait</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Avec la main sur son épaule...</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Peut-être, envahi de douceur,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Il retrouve comme une sœur,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Une époque lointaine et bonne;</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et que, sous l'arbre qui le tient,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Il est le petit Sébastien</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Dans une maison de Narbonne.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Voit-il seulement ses bourreaux?</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Ses cils lui font de doux barreaux,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Son cœur est ivre de délire!</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Au lieu de vingt cruels archers</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Aux arcs pareils et rapprochés,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Croit-il voir des porteurs de lyre?</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Comme il attend! Comme il attend!</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">La main de notre chef se tend,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">C'est l'ordre fatal qu'il nous crie!</span></p>
-
-
-<p class="actor">SÉBASTIEN</p>
-
-<p><span style="margin-left: 18em;"><i>Jésus!</i></span></p>
-
-
-<p class="actor">LE CHEF</p>
-
-<p><span style="margin-left: 20em;">Pas de sensible émoi,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Marchez deux par deux; suivez-moi,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Ne vous retournez pas.</span></p>
-
-
-<p class="actor">SÉBASTIEN</p>
-
-<p><span style="margin-left: 25em;"><i>Marie!</i></span></p>
-
-
-<p class="actor">LE DERNIER ARCHER</p>
-
-<p><span style="margin-left: 18em;">Malgré l'ordre de notre chef,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">J'ai regardé, d'un coup d'œil bref,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et j'ai vu&mdash;Je l'ai vu, vous dis-je:</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Un collier d'or splendide et rond</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Flotter au-dessus de son front,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Par l'effet d'un divin prodige...</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Sa tête était penchée ainsi,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et le beau collier d'or aussi,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et quelque chose en moi s'éveille!</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et toujours, toujours je le vois,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et j'entends une étrange voix,</span><br />
-<span style="margin-left: 18em;">Une voix neuve à mon oreille.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 18em;">Et la voix me dit: <i>Il fait pur!</i></span><br />
-<span style="margin-left: 18em;"><i>Joue à la balle contre un mur!</i></span><br />
-<span style="margin-left: 18em;"><i>Rêve au balcon de la fenêtre!</i></span><br />
-<span style="margin-left: 18em;"><i>Danse autour du joyeux bassin!</i></span><br />
-<span style="margin-left: 18em;"><i>Tu viens de faire un nouveau saint,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 18em;"><i>Car saint Sébastien vient de naître!</i></span></p>
-
-
-
-
-<hr class="chap" />
-
-
-
-
-<h4><a id="LES_STANCES_DE_SEPTEMBRE">LES STANCES DE SEPTEMBRE</a></h4>
-
-
-<blockquote>
-<p><span style="margin-left: 25em;">Cette cage m'est hostile</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">Car j'ai la voix mélodieuse...</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">Je veux partir vers les jardins célestes</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">Puisque je suis un rossignol</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">Des bosquets du paradis.</span></p></blockquote>
-
-<p><span style="margin-left: 70%;">HAFIZ.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4>I</h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Bétail silencieux des célestes prairies,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Nuages assemblés!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">En route on ne sait pas vers quelles métairies...</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Et quels suaves blés...</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je vous regarde au soir dans le ciel de Septembre</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Partir en longs troupeaux;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et vos chemins déserts versent jusqu'à ma chambre</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Un pastoral repos.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4>II</h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Le célèbre parfum sort de la noble rose,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Et se déroule autour,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et tourne dans le soir où le jardin repose,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Après les jeux du jour.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il raconte: «<i>Elle est fraîche, elle est penchante et sombre,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 20em;"><i>Elle aime un rossignol</i>».</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ainsi mon amour sort de mon cœur qu'il encombre,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Et rampe et prend son vol!</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4>III</h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Je pense à vous ce soir, pays de mes voyages,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Terrasse des hôtels,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Violons qui laissez de si fiévreux sillages,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Serments accidentels.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je revois tous ces halls où notre désir reste,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Ivre de lendemains,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">L'express sombre et têtu parmi le calme agreste,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Les quais fleuris de mains...</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4>IV</h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Cruel désir tendu vers une vaste cible</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Aux cercles nuageux,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Comment vous supporter, lorsque mon corps sensible</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">À la forme des jeux?</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je vous lance, pareil au discobole antique,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Comme une balle d'or,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qui part et qui revient au bout d'un élastique,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Et qui vous frappe à mort.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4>V</h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Toi qui m'as fait si mal, je ne peux plus me taire;</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">C'est la chaude saison.</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Que fais-tu? Où vis-tu? Sur quel lambeau de terre,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Et dans quelle maison?</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je regarde mes mains où la forme demeure</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">De tes tièdes genoux;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et respire en pleurant le mois, le jour et l'heure,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Qui sont pareils pour nous.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4>VI</h4>
-
-
-<blockquote>
-<p><span style="margin-left: 25em;">Après la mort on ne voit rien qui plaise.</span></p></blockquote>
-
-<p><span style="margin-left: 70%;">RONSARD.</span></p>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Chaque instant que je vis marque un pas de ma course,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Vers mon tombeau certain;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Il est court le chemin de la mer à la source,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Et du soir au matin!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je pense avec horreur à cette porte étroite,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Où rit le bel Archer;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je regarde à gauche, et je regarde à droite.</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Et n'ose plus marcher!</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4>VII</h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Dans ces jours sans éclat, ô Byron, je t'envie,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Avec ta jeune mort!</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">La nef éblouissante où tu voguas ta vie,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Fait oublier ce port.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Qu'importe la terrible et dernière seconde,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Où s'arrête le sang,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Lorsqu'on est reconnu plus beau que tout le monde,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Plus noble et plus puissant!</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4>VIII</h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Et celui-là qui sculpte, et celui-là qui chante,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Et celui-là qui peint,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Je voudrais tous les être à cette heure touchante,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Où sombre le sapin.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Praxitèle! Chopin! Manet! Je vous envie,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Si distants et si beaux...</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et la bercelonnette où me berce la vie,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Penche sur vos tombeaux.</span><br /></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4>IX</h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Vous étiez mon reflet, mon double et ma complice,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Mon rocher et mon eau,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et je vous souriais comme le dur Narcisse,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">À la docile Écho.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Vous pensiez: «C'est par moi qu'il est tendre ou lyrique,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Je sais plus qu'il ne sait!»</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mais un jour mon orgueil a dansé la Pyrrhique!</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">... Vous n'avez pas dansé.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4>X</h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Vingt fois l'été fébrile a précédé l'automne</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Que l'hiver a suivi;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et vingt fois le printemps qui s'éveille et s'étonne,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">M'a tendrement ravi.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Combien de fois encor, combien de fois verrai-je,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Ces torpeurs, ces éveils?</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ce pompeux, immuable et célèbre cortège,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Et ses quatre soleils?</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4>XI</h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Respire à ton matin la rose épanouie,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Au jardin des parents;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Les rosiers de plus tard, au centre de la vie,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Seront moins apparents.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Crédule et chaque fois trompé dans ton délice,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Et chaque fois rôdeur,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Tu trouveras des fleurs... mais jamais ce calice,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Et jamais cette odeur.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4>XII</h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Ne sens-tu pas la chute et sa croissante étreinte,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Et son vol vertical?</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ils sont loin maintenant le haineux Labyrinthe,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Et l'azur amical.</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Le soleil a déjà fondu tes ailes promptes,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Pour ton échec amer;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et ce ciel délectable où tu crois que tu montes,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">C'est le ciel dans la mer!</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4>XIII</h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;">Jeunes gens que l'espoir emplit d'un cher malaise,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Jeunes femmes rêvant,</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Ô vous, sans rien de vif qui vous peine ou vous plaise,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Rien après... rien avant!</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;">Mon livre tout à coup fera frémir des ailes,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Entre vos doigts nerveux;</span><br />
-<span style="margin-left: 16em;">Et vous serez émus, et vous rêverez d'elles,</span><br />
-<span style="margin-left: 20em;">Et vous rêverez d'eux.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="chap" />
-
-
-
-
-<h4><a id="A_MON_LIVRE"><i>À MON LIVRE</i></a></h4>
-
-
-<blockquote>
-<p><span style="margin-left: 25em;">Pren mon livre, pren cœur.</span></p></blockquote>
-
-<p><span style="margin-left: 65%;">RONSARD.</span></p>
-
-
-
-
-<hr class="r5" />
-
-
-
-
-<h4><i>À MON LIVRE</i></h4>
-
-
-<p><span style="margin-left: 16em;"><i>Comme un pâtre qui chante écoute en se penchant</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>S'évanouir son chant sur la confuse route,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Après l'avoir chanté je me penche, et j'écoute</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Sur les chemins confus s'évanouir mon chant.</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Des jeunes hommes doux, attentifs et moroses,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Appuyaient leur fatigue aux terrasses du soir;</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Et remplis de scrupule, ils n'osaient pas s'asseoir,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Au centre des jardins illuminés de roses.</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Moroses, attentifs et doux ils restaient là...</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Leurs pauvres yeux ouverts exténués d'attendre;</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Et leur rêve unissait dans un mélange tendre</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>La blanche Virginie et la sombre Atala.</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Ils se disaient: «Hélas! À quoi sert d'être jeunes?</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Quelle attente nous fait si sombrement nerveux?</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Pour quel combat divin ce casque de cheveux?</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Pour quel verger futur ces impossibles jeûnes?</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Pourquoi sentir en nous frémir nos lendemains,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Comme un fils qui se forme et croît et se secoue?</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Pourquoi ce Beethoven que notre mère joue</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Vient-il pétrir nos cœurs entre de chaudes mains?</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Romanesques, pareils, et loin les uns des autres,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Prenant leurs langes clairs pour de pâles linceuls,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Ils sentaient naître en eux, à force d'être seuls,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>L'humble rébellion et l'orgueil des apôtres.</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Mon livre, enchaîne-les par leurs faibles poignets;</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Attache à ton beau char cet le émouvante escorte;</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Traîne-les doucement, ô mon livre, et m'apporte,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Ces captifs éblouis sur lesquels je régnais.</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Alors grave, debout, chef qui doute et recule,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>J'écouterai leurs pas se rapprocher en chœur;</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Comme au jour où Jésus entendit dans son cœur,</i></span><br />
-<span style="margin-left: 16em;"><i>Ceux des Samaritains remplir le crépuscule.</i></span></p>
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-<pre>
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-End of Project Gutenberg's La Danse de Sophocle: Poemes, by Jean Cocteau
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-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA DANSE DE SOPHOCLE: POEMES ***
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