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-The Project Gutenberg EBook of Le Pantalon Féminin, by Pierre Dufay
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
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-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
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-this ebook.
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-
-Title: Le Pantalon Féminin
-
-Author: Pierre Dufay
-
-Contributor: Armand Silvestre
-
-Release Date: October 28, 2019 [EBook #60589]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE PANTALON FÉMININ ***
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-
-Produced by Clarity, Christian Boissonnas and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
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-Au lecteur:
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- Voir les Note de Transcription et Table des Matières en fin de livre.
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-Le Pantalon Féminin
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- IL A ÉTÉ TIRÉ DE LA PREMIÈRE ÉDITION:
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- _10 exemplaires sur Japon impérial
- numérotés de 1 à 10_
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- _et 20 exemplaires sur papier de Hollande
- numérotés de 11 à 30._
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-[Illustration]
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- PIERRE DUFAY
-
- UN CHAPITRE INÉDIT DE L’HISTOIRE DU COSTUME
-
- Le Pantalon Féminin
-
- NOUVELLE ÉDITION REMANIÉE, CONSIDÉRABLEMENT AUGMENTÉE
- ET ILLUSTRÉE D’UN FRONTISPICE A L’EAU-FORTE
- ET DE 20 GRAVURES HORS-TEXTE
-
-
- [Illustration]
-
-
- PARIS
-
- CHARLES CARRINGTON
-
- LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES PARISIENS
-
- 11, RUE DE CHATEAUDUN, 11
-
- 1916
-
-
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-
- _A SON ALTESSE LA FEMME
- A LA PARISIENNE_
-
- _En souvenir de sa Grâce, de ses Charmes
- et de ses Dessous._
-
-
-
-
-[Illustration]
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-
-PRÉFACE
-
-d’ARMAND SILVESTRE
-
-ÉCRITE POUR LA PREMIÈRE ÉDITION
-
-
-_C’est une chose rare qu’un livre de belle humeur et de réelle
-érudition tout ensemble. Aussi ai-je accepté de grand cœur de présenter
-celui-ci au public, malgré que le vêtement qui l’a inspiré me soit
-un objet d’horreur tout à la fois et d’envie, car, non seulement le
-pantalon féminin m’irrite par son manque de beauté, mais, aussi par les
-privautés impertinentes dont il jouit dans la vie sociale._
-
-_Qu’a fait, après tout, ce chiffon ridicule, pour mériter d’aussi
-belles destinées? Lui qui peut dire, comme le poète persan: «Je ne suis
-pas la rose, mais j’ai gardé un peu de son parfum!»_
-
-_Les disciples de Zoroastre, admirateurs des astres, n’en voulaient pas
-davantage aux nuages légers qui voilaient parfois le disque lumineux
-de la Lune, en sa plénitude majestueuse, que moi à ce malencontreux
-habit qui dissimule des rondeurs bien autrement harmonieuses. Que vient
-faire, dans le ciel de nos lits, cette vapeur de toile ou de batiste
-malséante, dont certaines refusent de se dépouiller même pour réjouir
-nos mains seulement, dans la pénombre familière?
-
-Mais je me suis vite convaincu que l’auteur était aussi antipathique
-que moi à cette mode, qu’il fait seulement remonter à Salomé, mais qui
-proclama, dans l’histoire de l’humanité, la déchéance d’Ève. Car la
-feuille de vigne fut la première culotte et le symbole d’un premier
-châtiment. Encore que la pitié de Dieu_,—
-
- Les dieux parfois, mon fils, sont bons quand ils sont jeunes
-
-_comme dit le vieux Thamus de Paul Arène—n’eût imposé à la femme
-coupable ce vêtement que d’un côté, ce qui laissait les horizons libres
-de l’autre et ne gênait en rien le point de vue que j’appellerai
-culminant. C’est ce qui fit faire immédiatement un demi-tour à Adam,
-qui trouva que la vie était encore supportable avec cette copieuse
-consolation. Comment la femme en vînt-elle à aggraver, elle-même, sa
-punition, en se voilant aussi l’autre face? Ce précieux volume abonde,
-sur ce point, en hypothèses dont aucune ne me satisfait. Je ne crois
-pas, comme Vignola, que ce fut pour monter plus commodément à cheval,
-l’amazone ayant été une exception dans l’histoire des races. Ni pour
-se garantir du froid, comme quelques médecins le lui ont conseillé.
-Allez donc voir si elle écoute ceux-ci quand ils lui interdisent de se
-décolleter! Je ne m’en plains pas; mais si abondant que soit ce que
-nous révèle leur corsage ouvert, la compensation est insuffisante. De
-simples satellites de la Lune! voilà tout!_
-
-_Je ne puis trouver, à cet usage, qu’un motif ou déshonnête ou
-désobligeant. Salomé était dans le premier cas. Ses brayes, si
-consciencieusement décrites par Flaubert, étaient un excitant aux
-rêveries malsaines du vieil Antipas. «L’indécent n’est pas le nu,
-mais le troussé», a dit si justement Diderot. Ainsi les courtisanes
-vénitiennes qui portaient des pantalons luxueux, comparables à de très
-fines voiles palpitantes au moindre souffle. Car Théophile Gautier me
-montra, dans un livre ancien, qu’elles recouraient encore à un autre
-raffinement, écrasant au moment psychologique, entre les plis de leur
-double rose naturelle, de petites vessies pleines de parfums, simulant,
-par le bruit, une distraction embaumée. Il y avait même la plaisante
-aventure d’un amoureux se précipitant sous les draps pour humer cet
-arome et en sortant désappointé par une distraction réelle. Ainsi les
-contemplatifs pouvaient-ils s’imaginer qu’ils voyageaient vers Cythère
-poussés par un vent léger et chargé d’odeurs suaves. Dans ces deux cas,
-le pantalon fut visiblement inventé pour émoustiller les vieux cochons._
-
-_Dans d’autres, il répondit en s’installant dans les mœurs, au besoin
-inné chez les femmes de faire enrager ceux qui les aiment vraiment.
-Car vous ne les verrez avoir d’attentions délicates que pour ceux
-qui leur montrent quelque indifférence, fausse ou réelle. Quant aux
-vrais fervents de leur chair, elles ne sont préoccupées que de leur
-en montrer le moins possible. D’autres encore—ce fut certain quand la
-mode en vint de Londres—l’acceptèrent tout simplement avec enthousiasme
-parce qu’elles avaient les cuisses défectueuses. Jolie raison pour les
-autres! Quelle occasion c’était de retirer même ses jupes ou de choir
-d’âne comme lady Churchill qui se fit aimer en montrant son derrière.
-Ah! j’oubliais des personnes encore fatalement vouées au culte de
-ces affreux accessoires: les lingères qui en fabriquent et en aiment
-particulièrement la confection. Car celle-ci ne demande pas le soin
-qu’exige un chapeau de la part d’une modiste, et volontiers cette
-coiffure postérieure va à toutes les physionomies._
-
-—_Je te vois, petit coquin! comme dit l’inscription foraine qu’on
-lui pourrait donner pour devise. Je te vois, mais te reconnais à
-grand’peine! ajouterait un mélancolique._
-
-_Ah! qu’on me ramène à l’admirable costume de Notre-Dame de Thermidor,
-de cette belle Tallien dont la foule saluait au passage les jambes
-sculpturales, dans les larges échancrures de sa jupe traînante, comme
-on s’incline devant un front célèbre à la couronne de lauriers! Les
-vraies époques d’art sont celles où l’on ne parle pas seulement du
-visage des femmes, quand on s’entretient de leur beauté._
-
-_C’est dans le costume des bicyclistes dames qu’on mesure aujourd’hui,
-l’horreur du pantalon... Et Dieu sait si les séants sont larges!
-Comme ceux des zouaves, ce qui donne un côté bien particulièrement
-rétrospectif aux souvenirs d’amour qu’ils peuvent évoquer. Pouah!
-et, s’il en faut croire M. Lépine, de jeunes personnes qui n’y sont
-pas forcées, revêtaient ce demi-sac tout simplement pour plaire aux
-clients de la rue, et sans l’excuse de la moindre bécane à enfourcher
-postérieurement._
-
-_Voilà qui suffirait seul à affirmer la décadence de nos goûts._
-
-_Mais je ne veux pas m’attrister en de mélancoliques réflexions sur
-ce sujet, j’aime bien mieux remercier l’auteur de ces pages érudites
-et joyeuses, de toutes les citations aimables dont il a repeuplé
-ma mémoire, depuis les jolis vers de Voiture dont j’avais égaré le
-texte, jusqu’à la page cueillie dans_ les Bigarrures et touches du
-seigneur des Accords, _mon livre de chevet quand j’étais à l’École
-Polytechnique, et que j’avais dérobé à notre bibliothèque scientifique
-où il se trouvait bien par hasard et où je l’avais découvert. C’était
-au beau temps de ma jeunesse, durant cette accalmie impériale qui
-avait du bon: car, autant qu’il m’en souvient, beaucoup de femmes ne
-portaient pas de culottes, pendant cette période césarienne. Celles
-d’aujourd’hui en ont fait un symbole de revendication sociale, une
-façon de drapeau qui ne flotte pas précisément sur leurs têtes.
-Avocates et médecines rêvent de revêtir notre costume masculin dans
-toute son infamie._ Di avertant omen! _Ce sera du joli._
-
-_Je ne veux pas retarder davantage le plaisir que goûtera le lecteur
-à s’instruire sur un sujet très grave et dont les sots, seuls, ne
-comprennent pas le sérieux, où la forme emprunte au fond une majesté
-particulière et où le contenant participe à la gloire du contenu. Par
-cette légende pittoresque et documentée, il sera conduit jusqu’au
-seuil de ce temps misérable où—souvenir profané des temps divins d’Ève
-et de Noé!—le vin de nos verres est fabriqué par des chimistes et la
-feuille de vigne, elle-même, est devenue, aux formes de nos amoureuses,
-un pantalon!_
-
- ARMAND SILVESTRE.
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-LES ORIGINES
-
-
-_L’usage du pantalon dans la toilette des femmes ne se perd pas dans la
-nuit des temps._
-
- BERTALL
-
-
-
-
-[Illustration]
-
-
-LE PANTALON FÉMININ
-
-
-LES ORIGINES
-
-Le Pantalon féminin! Pourquoi pas? Des érudits et des chercheurs ont
-écrit l’histoire et retracé les origines de la chemise, du corset, de
-l’éventail, de l’ombrelle. Le pantalon, seul, semble avoir été négligé.
-C’est là, en vérité, une lacune qu’il conviendrait de combler.
-
-Des dessous de la femme, nul n’est plus moderne; il semble en
-constituer la quintessence. Il a le charme d’une inutilité d’autant
-plus soignée que quelques-uns seulement doivent jouir de sa vue. «Un
-trou avec de la dentelle autour», disait une jolie femme que son
-radieux sourire n’empêchait point de se souvenir de la définition du
-canon; quelque chose comme «l’écrin qui enferme le rubis», ajoutait une
-autre.
-
-Comme l’écrin, le pantalon s’entr’ouvre pour laisser contempler à nos
-yeux émerveillés les joyaux qu’il recèle. Il les rend plus désirables
-en les voilant, mais il ne les cache pas.
-
-Grave sujet de réflexions pour les jeunes gens du temps présent,
-hommage respectueux rendu par le vice à la vertu: puissent les
-disciples de M. Bérenger reconnaître la salutaire influence de leur
-maître, au cours de ces pages dont la femme nous a fourni le fond et
-la forme, encore que, il le faut confesser, le pantalon féminin soit
-rarement fermé.
-
-Son «usage ne se perd pas dans la nuit des temps», écrivait
-judicieusement, il y a quarante ans, le dessinateur Bertall[1];
-toutefois, si Eve la blonde qui, après la pomme, se contenta d’une
-feuille de vigne, en ignora l’usage et si beaucoup d’autres l’ignorent
-encore, la femme n’attendit point la crinoline pour arborer cet
-accoutrement d’un genre nouveau. Bien avant que fussent révolus les
-temps des cages et des cerceaux, certaines se plurent à porter la
-culotte, aussi bien au propre qu’au figuré.
-
-Soucieux de la vérité historique, le grand Flaubert, dans son
-_Hérodias_, faisait porter à Salomé des «caleçons noirs semés de
-mandragores», et, dans son adorable _Aphrodite_, Pierre Louys se garde
-bien de taire les «caleçons fendus»—déjà—de la reine Bérénice.
-
-Ce n’est pas là seulement littérature. A Rome, comme les danseuses du
-Tabarin ou du Moulin Rouge, acrobates et actrices de mimodrames étaient
-tenues d’en être munies. Au mot _subligatus_, le _Dictionnaire des
-Antiquités romaines_ d’Antony Rich et celui de Saglio fournissent, à ce
-sujet un dessin caractéristique.
-
-De même, les chutes au tennis ne datant pas d’aujourd’hui, Philœnis,
-l’une des héroïnes de Martial (_Epigr._ VII, 67) a soin de passer un
-pantalon avant de jouer à la balle.
-
-C’étaient évidemment là des cas où il pouvait paraître _indispensable_.
-Mais, en dehors de ces jeux, à certaines époques tout au moins, les
-Romaines: matrones, affranchies et femmes du peuple firent mieux et en
-portèrent d’une façon courante.
-
-Les fouilles et les moulages opérés à Pompéi, par M. Fiorelli, ne
-laissent sur ce point aucun doute.
-
-Dans la grave _Revue des Deux Mondes_, M. Beulé commentait ainsi la
-découverte de ces corps de femmes moulés dans la cendre:
-
-«Les cuisses sont recouvertes d’une étoffe fine qui constitue un
-véritable caleçon. Ce qu’on avait cru remarquer sur les empreintes du
-souterrain de Diomède devient ici un fait certain. En y réfléchissant,
-le costume antique était si transparent chez la femme, si court chez
-les hommes, si sujet aux accidents de la vie en plein air, que le
-caleçon ou un équivalent étaient nécessaires pour que la pudeur ne
-fût pas à chaque instant blessée. La sculpture n’avait pas à tenir
-compte du caleçon, qui disparaissait sous le costume; toutefois, sur
-la colonne Trajane, on était déjà averti que les soldats romains en
-portaient; à Pompéi on constate que même les esclaves et les femmes du
-peuple avaient ce vêtement qui, surtout alors était indispensable»[2].
-
-Puis, au sujet d’une jeune fille:
-
-«Deux anneaux de fer passés à ses doigts attestent sa pauvreté; son
-oreille écartée et large, son origine prolétaire. Sur les cuisses,
-on reconnaît un caleçon assez fin; au contraire, l’étoffe du reste
-des vêtements est grossière, déchirée par places, mais elle laisse
-voir des chairs fermes et polies, des contours d’un réalisme presque
-embarrassant qui rappelle le modèle dans l’atelier.»[3]
-
-Toutes étaient loin d’en porter, cependant. Calphurnie, outrée d’avoir
-perdu la cause qu’elle venait de plaider, aurait même donné aux juges
-que n’avait pu toucher la grâce de son talent, une preuve, empruntée à
-Phryné, de l’ignorance où elle vivait de ce vêtement.
-
-Ce geste dont devait se souvenir la Mouquette aurait même été la cause,
-suivant Furetière, de la loi qui fit interdire aux femmes l’exercice du
-barreau:
-
-«Calphurnie fut cause qu’on a interdit le barreau aux femmes, parce
-qu’ayant plaidé une cause qu’elle perdit, elle en fut si irritée
-contre les Juges, qu’elle se découvrit impudemment le derrière et le
-leur montra par mépris. On ordonna en même temps que jamais femme ne
-plaideroit»[4].
-
-Sans doute, craignait-on que la justice, malgré sa cécité légendaire,
-se laissât trop facilement influencer si de tels éléments
-d’appréciation continuaient à être soumis au tribunal.
-
-L’Ordre des Avocats compte aujourd’hui d’adorables «consœurs»: est-ce
-en raison du pantalon dont on les croit munies sous leur robe que la
-sévérité de la loi s’est, dirai-je à leur endroit, si singulièrement
-adoucie?
-
-Pour Vignola, comme pour Beulé, la Romaine aurait porté sous la _stola_
-un caleçon d’un tissu délicat et... «des chaussettes»[5].
-
-Oh, oh!... voilà qui est un peu osé; mais Vignola joint tant d’esprit à
-son talent.
-
-Le caleçon se retrouve également dans la Gaule et la Gallo-Romaine ne
-portant pas de bas, ce serait à retenir autour du genou leurs culottes
-qu’auraient servi les jarretières luxueusement ornées: camées, pierres
-gravées, émeraudes ou améthystes, dont les fouilles nous révèlent
-parfois la richesse[6].
-
-La sculpture n’a point toujours négligé ce détail. Au Louvre, parmi les
-délicieuses statuettes en terre cuite provenant de Myrina, figure un
-Atys hermaphrodite, en costume phrygien, dont, dans le mouvement de la
-danse, la tunique courte laisse voir, tombant jusqu’à la cheville, les
-jambes d’un pantalon étroit et uni[7].
-
-Le pantalon, combien qu’on ait longtemps semblé l’ignorer, appartenait
-si bien au costume de la femme antique, qu’en 1807, se faisant auprès
-de leurs contemporaines les apôtres peu écoutés de ce vêtement oublié,
-les docteurs Desessartz et de Saint-Ursin ne craignaient point de se
-reporter à l’antiquité et de la donner comme exemple:
-
-«Parmi les vêtements de l’antiquité grecque, que le goût et la santé
-devraient faire prendre au sexe en Europe, il en est un dont j’ai
-toujours regretté qu’on ne soupçonnât pas le besoin: c’est le double
-caleçon, l’intérieur de toile et l’extérieur d’une soie légère, qui,
-en interceptant le passage de l’air, soit dans la marche ordinaire des
-femmes, soit dans leurs danses animées, préviendrait les rhumatismes
-et d’autres incommodités... Cette antique et nouvelle parure, si elle
-était adoptée, aurait encore l’avantage de les délivrer des entraves de
-leurs triples jupons[8].
-
-Ce conseil fut, il est vrai, un peu suivi. Parmi les grandes dames de
-la cour impériale, Hortense fut seule, à peu près, à consentir, et
-par un simple caleçon, à ce retour à l’antiquité. A peine si sa mère,
-l’impératrice Joséphine, en portait parfois pour monter à cheval et
-combien en ignorèrent toujours l’usage. Quant à ceux d’Hortense, le
-grand livre de Leroy, à défaut des indiscrétions de la chronique, nous
-en révèle l’élégance.
-
-De Rome, le _subligat_ des acrobates et des actrices de mimodrames
-était passé à Byzance, où au VIe siècle, il était interdit aux femmes
-de se dévêtir sur la scène sans en être munies.
-
-Notre temps n’a rien inventé, à part la _Volupté nouvelle_... et elle
-s’en va en fumée! c’était déjà le _cache-sexe_ cher à M. Bérenger, dont
-les échos du Palais de Justice ont popularisé le nom, ces dernières
-années.
-
-Procope, que son nom semblait vouer à ces potins politiques, nous a
-révélé ce détail de mœurs ignoré. Théodora elle-même, dans une nudité
-dont elle se montrait peu avare, se voyait forcée de conserver ce mince
-vêtement destiné à mettre un frein à la licence des rûts.
-
-«Souvent, au théâtre, devant le peuple entier, elle ôtait ses vêtements
-et s’avançait nue au milieu de la scène ne gardant qu’un petit caleçon
-qui cachait le sexe et le bas-ventre. Ceci même, elle l’aurait
-volontiers montré au peuple, mais il n’est permis à aucune femme de
-s’exposer tout à fait (nue) si elle ne porte pas au moins un petit
-caleçon sur le bas-ventre...[9].
-
-Avec l’invasion barbare, le pantalon semble avoir disparu de la
-toilette des femmes, pour passer, sous le nom de _braies_, dans celle
-des hommes. Le Moyen-Age est, au point de vue qui nous occupe, d’une
-pauvreté de renseignements navrante.
-
-A peine si deux vers du _Roman du Renard_ nous font connaître
-que quelques femmes en portaient... et fermés encore! Sans doute,
-estimaient-elles, comme Willy, que c’était plus distingué[10].
-
- Cela a ses braies avalées
- Qu’elle avait... fermées.
-
-Patience, malgré le silence des auteurs, le pantalon ne devait par
-tarder à faire une nouvelle apparition sous les jupes des dames. Le
-_Dictionnaire du Mobilier_ de Viollet-le-Duc en fait foi aux articles
-_Jarretière_ et _Braies_:
-
-«Pour danser, les dames portaient des hauts-de-chausses (caleçons)
-et des bas-de-chausses, par conséquent des jarretières. Les caleçons
-portés dans les bals sous les jupes étaient commandés par une
-observation d’hygiène très exacte. Pendant le XIVe siècle, les dames
-portaient des jarretières de soie brodée, qui, serrées sur le
-bas-de-chausses, au-dessus du genou, étaient croisées sous le jarret et
-venaient s’attacher au-dessus du genou. Les caleçons descendaient sur
-les jarretières plus ou moins haut et ne serraient point la jambe»[11].
-
-Ce fut même, suivant l’éminent architecte, l’origine du nom de bas:
-
-«Les femmes qui ne portaient jamais de braies à pieds, mais des
-caleçons descendant aux genoux, avaient des hauts-de-chausses, d’où le
-nom de bas est resté»[12].
-
-Tandis que Viollet-le-Duc se borne à signaler l’existence du pantalon
-dans la toilette féminine pour danser seulement, M. Alfred Franklin,
-dans son intéressante série la _Vie privée d’autrefois_, généralise cet
-usage, sans, malheureusement, indiquer davantage ses sources:
-
-«Toutes les femmes portaient des hauts-de-chausses ou caleçons,
-et l’objet des jarretières était précisément de les attacher aux
-bas-de-chausses ou bas, que l’on ne cherchait point à dissimuler.
-L’habitude du cheval, l’ensemble un peu brusque des manières
-découvraient souvent la jambe. La jarretière n’est donc pas encore une
-pièce secrète du costume; on la couvre d’ornements, on y peint des
-devises, des armes, des pensées, parce qu’elle est destinée à être
-montrée»[13].
-
-De son côté, Vignola confirme:
-
-«Les châtelaines» portaient aussi une culotte d’étoffe à crevés, qui
-leur permettait de chevaucher à califourchon ou en croupe»[14].
-
-Comment les dames avaient-elles été amenées à s’attribuer cet
-accoutrement viril? On est, sur ce point, réduit aux conjectures.
-
-En dehors de l’observation d’hygiène signalée par Viollet-le-Duc, ne
-faut-il pas, comme M. le professeur Nardi, de Bari, trouver l’origine
-du caleçon à cette époque dans le mode de chevaucher qu’avaient alors
-les femmes?
-
-«Le pantalon des dames fut-il inventé au Moyen-Age par des maris
-jaloux? Fut-il à certaine époque une ceinture cadenassée?[15] C’est
-possible, quoique l’histoire reste muette sur ce point. Au Moyen Age,
-les pauvres dames trottèrent à cheval par les mauvais sentiers de
-l’Italie, de l’Espagne ou de la France; les selles pour femmes et pour
-hommes étaient semblables. Dans ces conditions, une jeune fille devait
-éviter certain froissement immédiat des arçons; et une dame tombant de
-cheval, préférait ne montrer qu’un fond d’étoffe. Les chutes de cheval
-ont dû donner naissance au caleçon»[16].
-
-C’est fort vraisemblable. Mais, hypothèse pour hypothèse,—il est bon
-de rire quelquefois—pourquoi, analysant ce plaisant conte du chevalier
-de la Tour-Landry, que cite Gudin[17], ne pas chercher l’origine du
-caleçon, ou, à plus proprement parler, du pantalon, dans l’irrésistible
-besoin qu’éprouvent parfois les femmes de tromper leur mari ou leur
-amant?
-
-Celui de la dame était vieux et cordier, et la chère âme le cocufiait
-avec la furie bien française dont était digne le prieur d’un couvent
-de cordeliers. Les Carmes ne sont pas seuls à jouir de certaines
-prérogatives.
-
-A deux reprises, le pauvre homme faillit être convaincu de son
-infortune et pincer, sans avoir recours au commissaire de police, cet
-ange tutélaire des maris trompés, l’épouse coupable en flagrant délit.
-
-Grâce au ciel, sa voisine veillait, et l’on sait si les voisines ont
-toujours été indulgentes à l’adultère de la femme. Voici comment, pour
-la seconde fois, elle sut la sauver:
-
-«Après une aultre foiz lui avint que il cuida prendre une poche aux
-piez de son lit pour aler au marché a iij leues d’illec, et il prist
-les brayes du prieur, et les troussa a son eisselle. Et quant il fut
-au marchié et il cuida prendre sa poche, il prist les brayes, dont il
-fut trop dolent et couroucié. Le prieur, qui estoit cachié en la ruelle
-du lit, quand il cuida trouver ses brayes, il n’en trouva nulles, fors
-la poche qui estoit de costé. Et lors, il sceut bien que le mary les
-avoit prinses et emportées. Si fut la femme a grand meschief, et ala à
-sa commère de rechief et luy compta son fait, et pour Dieu elle y meist
-remède. Si lui dist:
-
-«Vous prendrés mes brayes et je en prendray unes autres, et je lui
-diray que nous avons toutes brayes, et ainsi se firent. Et quant le
-preudhomme fut revenu moult dolent et moult courouciez, sy vint la
-faulse commère le veoir, et lui demanda quelle chière il faisoit: car
-mon compère, dist-elle, je me doubte que vous n’ayez trouvé aucun
-mauvais encontre ou que vous n’aiez perdu du vostre.
-
-[Illustration]
-
-«—Vrayment, dist le bonhomme, je n’ay rien perdu; mais je ay bien
-autre pensée. Et au fort elle fist tant qu’il luy dist comment il
-avoit trouvé une brayes, et quant elle l’ouy commença à rire et à lui
-dire:—Ha, mon chier compère, or voi-je bien que vous estes deceu et en
-voye d’estre tempté; car, par ma foy, il n’y a femme plus preude en
-ceste ville que est la vostre, ne qui se garde plus nettement envers
-vous qu’elle fait. Vrayment, elle et moy et aultres de ceste ville
-avons prises brayes pour nous garder de ces faulx ribaulx qui parfoiz
-prennent ces bonnes damoiselles à cop, et afin que vous sachiez que
-c’est vérité, regardez se je les ay. Et lors elle haulsa sa robe et luy
-monstra comment elle avoit brayes, et il regarda et vit qu’elle avoit
-brayes et qu’elle disoit voir; si la crut et ainsi la faulce commère la
-sauva par ij foi»[18].
-
-Il est à noter que les contes du chevalier de la Tour-Landry étaient
-destinés à «l’enseignement de ses filles». Que n’a-t-il écrit pour ses
-fils—quand ils auraient vingt ans?—c’eût été plutôt joyeux.
-
-Sans que son usage fût général, le pantalon féminin était donc connu et
-porté par certaines au Moyen-Age.
-
-Après être devenu la parure favorite des courtisanes de Rome et de
-Venise, passant les Alpes et la Manche, il devait, au seizième siècle,
-jouir d’une vogue inconnue jusque-là à la cour de France, aussi bien
-qu’à celle d’Angleterre.
-
-Vogue passagère: il ne tardera pas à disparaître des mœurs et des
-dessous. Celles même qui sembleraient avoir le plus besoin de ce
-vêtement protecteur le plus souvent inutile, les ballerines et les
-amazones, ne voudront pour rien au monde s’en embarrasser.
-
-Deux siècles passeront ainsi. Pour qu’à notre époque il retrouve sa
-vogue et sa grâce anciennes, il faudra que chutes et scandales se
-soient multipliés; que la police, cette pure gardienne des mauvaises
-mœurs, soit intervenue; que par cinquante années de luttes enfin, il
-soit parvenu, la crinoline aidant, à s’imposer à la femme moderne,...à
-la ville et l’hiver tout au moins.
-
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-LE PANTALON FÉMININ
-
-AU XVIe SIÈCLE
-
-
-_Les dames portaient, sous la cage du vertugadin en tambour, le
-haut-de-chausses ajusté selon l’usage masculin._
-
- RACINET.
-
-
-
-_C’est pour désigner les chausses de dames que le mot caleçon fut créé._
-
- QUICHERAT.
-
-
-[Illustration]
-
-
-LE PANTALON FÉMININ AU XVIe SIÈCLE
-
-
-Tandis que Cesar ecoutoit cecy, son laquais, qui despuis fut roy
-d’Espagne, estoit derriere luy pour avoir de la chair. Estant
-importuné, il se retourne et luy dit: Cap de biou, mon laquais, je vous
-donneray mornifle: et tout sert. Si tu veux de la chair, prends-toy aux
-fesses.
-
-«BOECE.—Il a mis cela en effect et est cause qu’il y a tant de dames
-bossues, d’autant qu’il sçavoit en plusieurs lieux que celles qu’il
-attraperoit, il les happeroit aux fesses, comme estant les plus
-savoureuses et mieux faisandées; joint qu’il estoit assez aisé, parce
-qu’alors les dames n’avoient point de culotte. Il est vray, ouy; je
-ne dis point comme les autres fois, quand je mentois par oüy-dire.
-Je l’ay veu: c’est que, pour crainte que cela n’advint, plusieurs ont
-fait faire des caleçons, ou brides à fesses, afin de se garantir; et
-les autres qui n’avoient pas cette industrie, pour sauver leur cul,
-craignant la dent laquaisme, ont mis la chair de leurs fesses sur leurs
-épaules. Cela est donc la cause des bossues[19].»
-
-Telle serait suivant Béroalde de Verville l’origine du pantalon
-féminin. Je la donne pour ce qu’elle vaut, substituant, bien entendu,
-d’après la sagace interprétation de Paul Lacroix Charles-Quint à César.
-
-Bien que, dans des conditions analogues, des religieuses d’Outre-Rhin
-se soient, à la fin du XVIIIe siècle, confectionné à la hâte des
-caleçons à l’approche des troupes françaises, ce n’est là évidemment
-qu’une boutade du conteur.
-
-Mais elle est intéressante en ce qu’elle signale la nouveauté de
-la mode qui commençait à sévir sous les jupes des dames et des
-demoiselles. Brantôme, Taboureau des Accords, Henri Estienne,
-confirmeront le dire de Béroalde et ne craindront pas de parler plus
-longuement des caleçons de leurs contemporaines.
-
-Si les soldats de Charles-Quint ne furent pour rien dans cette
-petite révolution intime, Catherine de Médicis et les modes qu’elle
-importa d’Italie—sans compter sa façon particulière de monter à
-cheval—semblent, au contraire y avoir été pour beaucoup.
-
-A effet semblable, cause semblable. De même que, sous le Second Empire,
-la crinoline et les cages devaient imposer et généraliser l’usage du
-pantalon, les _vertugades_, qui écartaient et faisaient ballonner les
-jupes, furent, vraisemblablement, sous Charles IX, son auxiliaire le
-plus puissant.
-
-Il ne les accompagna pas tout d’abord, il est vrai. Au début du règne,
-les filles de Catherine—Brantôme est très affirmatif sur ce point—ne
-portaient point de caleçons. A défaut de ce correctif nécessaire, les
-pauvres dames commencèrent par aller quasiment nues sous l’énorme
-cloche de leurs jupes, et la _Complainte de M. le Cul_ les railla assez
-gaillardement:
-
- Ces vertugalles ouvertes
- Laissent les fesses découvertes[20]
-
-L’on ne tarda guère pourtant à y mettre bon ordre:
-
-«Par-dessus le corps piqué fut mis un pourpoint auquel s’attachaient
-les chausses. Les femmes furent amenées par la mode des jupes écartées
-à s’approprier cet attribut tout viril. C’est pour désigner les
-chausses de dames que le mot caleçon fut crée» (Quicherat)[21].
-
-Le mot n’aurait-il pas été imité, plutôt, de l’italien _calzone_, comme
-l’indique M. le professeur Nardi? l’objet, comme les vertugades, dont
-il corrigeait les écarts et l’indiscrétion, semblant venir d’Italie.
-
-Taboureau des Accords donne, cependant, une étymologie, très française,
-si française même que sa gauloiserie me force à la passer sous silence.
-C’est de la linguistique: les premières lignes suffiront à donner le
-ton du morceau. Elles ont, également, le mérite d’établir la nouveauté
-du mot et de la chose:
-
-«On dit que quand les dames de la Cour commencèrent à porter des
-hauts-de-chausses, elles firent une convocation générale pour sçavoir
-comment elles les nommeroient, à la différence de celles des hommes:
-Enfin, du consentement de toutes, elles furent surnommez de ce nom
-_caleson_...»[22].
-
-Henri Estienne, signale en moraliste, ou peu s’en faut, cette mode
-nouvelle.
-
-Il y a, avec de l’esprit et du gai savoir en plus, du Père la Pudeur
-dans ses appréciations:
-
-«CELTOPHILE.—Or ça, les vertugales ou vertugades qui avoyent la vogue
-de mon temps, sont-elles demeurées?
-
-PHILOSAUNE.—Ouy, mais elles ont depuis commancé à porter aussi une
-façon de haut-de-chausses qu’on appelle des calçons; et comme elles
-portent des hauts-de-chausses, aussi portent-elles des pourpoints:
-tellement que vous en verriez maintenant beaucoup en chausses et en
-pourpoint, aussi bien que les hommes.
-
-CELTOPHILE.—De mon temps cela eust esté trouvé fort estrange.
-
-PHILOSAUNE.—Elles ont toutesfois quelque excuse honneste à ceste sorte
-d’habillement, je ne dis pas simplement Excuse honneste, comme on parle
-ordinairement, mais regardant à l’honnesteté qu’elles allèguent.
-
-CELTOPHILE.—Comment?
-
-PHILOSAUNE.—Qu’elles usent de ces calçons, pour ce qu’elles ont
-l’honnesteté en grande recommandation. Car outre ce que ces calçons
-les tiennent plus nettes, les gardans de la poudre (comme aussi ils
-les gardent du froid), ils empeschent qu’en tumbant de cheval, ou
-autrement, elles ne mostrent _ha cryptein ommat’ arsenωn
-chreωn_: pour user des mots d’Euripide, où il parle de
-l’honnesteté de Polyxène, alors mesme qu’elle allet tumber du coup de
-la mort.
-
-
-CELTOPHILE.—I’enten bien ces mots d’Euripide, Dieu merci.
-
-PHILOSAUNE.—Ces calçons les asseurent aussi contre quelques ieunes gens
-dissolus, car venans mettre la main soubs la cotte, ils ne peuvent
-toucher aucunement leur chair. Mais comme l’abus vient en toute chouse
-encore que l’invention ne soit pas abusive, quelques-unes de celles qui
-au lieu de faire lesdits calçons de toile simple, les font de quelque
-estoffe bien riche, pourroyent sembler ne regarder pas aux chouses que
-nous avons dictes: mais en se mettant en chausses et en pourpoint,
-vouloir plustost attirer les dissolus que se défendre contre leur
-impudence»[23].
-
-Donnant à cette nouveauté une raison moins honnête, le regretté Henri
-Bouchot, mettait en jeu, dès le début, dans ses _Femmes de Brantôme_,
-la coquetterie bien plus que la pudeur:
-
-«Les maigres ont imaginé mille supercheries pour sauver les apparences;
-elles portent des caleçons rembourrés à la façon des hauts-de-chausses
-masculins, on a dit par pudeur en dansant la volte, mais en réalité
-pour mouler la jambe à leur gré. Du Billon dans son zèle excessif,
-mettait au compte de Sémiramis cette invention biscornue, «tant pour se
-garder du vent de bise que de la main trop légère des mignons»; mais le
-caleçon ne dépendait ni de l’une ni des autres comme de bien entendu,
-il était un objet de luxe, une tromperie. Que de fois la main légère
-s’égarait sur des tailles robustes et souples où des cartons élastiques
-suppléaient aux vices de nature. Tout est postiche à la cour de France,
-il n’y a guère que les dents qu’on ne sache remplacer encore; les
-patins laissent croire à l’élégance, les caleçons arrondissent les
-jambes grêles, les cheveux rapportés augmentent la chevelure naturelle
-détruite par les pommades et les cosmétiques»[24].
-
- * * * * *
-
-Messire Loys Guyon, Dolois, sieur de la Nauche, que nous aurons
-occasion de retrouver au sujet d’une jeune fille qui, comme les
-Catayennes, n’en portait pas, dit et vante, d’autre part, la richesse
-de ces caleçons:
-
-«Les femmes et filles de par deça semblent avoir opinion que les hommes
-désirent qu’elles ayent les fesses et les cuisses grosses et rebondies,
-comme les Catayens[25] par ce qu’elles s’estudient à persuader cela
-aux hommes, par leurs amples vertugadins qu’elles portent. Davantage,
-elles font plus que icelles Catayennes, d’autant qu’icelles avoyent les
-fesses et cuysses sous leurs vestemens nües, et les femmes de par deça
-revestent ces parties de calçons, non pas de petite estoffe, comme de
-toille, ou de futaine, mais de satin, taffetas, veloux toille d’or et
-d’argent, qu’on ne leur fait monstrer; au contraire, par nos loix,
-celles qui les monstrent librement, et sans raison, sont infames: il
-eust été bien plus seant aux Catayennes de porter des calçons de ces
-riches estoffes, pour encore adiouster de la grâce et allechement à ces
-parties, pour estre recherchées des hommes, pour les avoir à mary, que
-non pas à celles de par deçà, comme j’ay dit, qui ne leur est permis de
-les monstrer, encor moins de se laisser toucher. Ce qui donne occasion
-à plusieurs, de penser telles femmes, qui usent de ces façons de faire
-n’estre chastes»[26].
-
-Une finale qui ressemble fort à celle d’Henri Estienne. L’on sait si
-les héroïnes de Brantôme se gênaient peu pour montrer leurs caleçons et
-les laisser toucher. Mais qui songea, jamais, à les taxer de pruderie?
-
-Tous les historiens du costume, Racinet, Challamel, Ary Renan et autres
-ne manquent point de mentionner, avec plus ou moins de détails, cette
-intrusion du haut-de-chausses dans la toilette féminine.
-
-Racinet et Challamel se montrent, toutefois, moins affirmatif que
-Quicherat:
-
-«Les dames portaient sous la cage du vertugadin en tambour, le
-haut-de-chausses ajusté selon l’usage masculin; on lui donnait le nom
-de caleçon, mais il ne différait pas de celui des hommes; il était
-attaché à un pourpoint mis par-dessus le corps piqué, ou corset à
-armature; les bas de soie de Naples ou d’Espagne étaient attachés au
-caleçon avec des aiguillettes ou retenus sous la jarretière comme on le
-faisait pour le haut-de-chausses; leur couleur était intense, on les
-portait rouges, violets, bleus, verts, noirs»[27].
-
-Culotte d’homme plutôt que pantalon féminin. Ce travesti rappelle les
-courtisanes italiennes bien plus que les honnêtes dames du seigneur de
-Bourdeilles, «chose italienne», dont Racinet nous fournit cet autre
-exemple:
-
-«Peut-on généraliser l’étrange alliance du costume féminin et du
-costume masculin dont l’exemple, particularisé par Vecellio et
-Bertelli, se rencontre ici? On voit par les gravures d’Abraham Bosse
-qu’au moins cette mode bizarre ne s’était point propagée parmi les
-courtisanes du nord de l’Europe pendant la première partie du XVIIe
-siècle. Quant aux grandes dames françaises, l’habitude que Catherine
-de Médicis leur fit prendre, selon Brantôme, de chevaucher en mettant
-la jambe dans l’arçon, au lieu de continuer à être assises sur leur
-monture en ayant les pieds posés sur la planchette, pouvait bien avoir
-contribué à leur faire adopter par-dessous leurs jupes le complément
-du costume masculin; leur corsage clos, avec les épaulettes et le
-mancheron, se rapprochait déjà fort du pourpoint.
-
-«Tous les visiteurs de l’Exposition du costume organisée aux
-Champs-Élysées, en 1874, par l’Union centrale, ont pu y voir le
-portrait en pied, de grandeur naturelle, contemporain de l’époque dont
-nous nous occupons, représentant une dame richement vêtue, qui porte la
-culotte descendant aux genoux, transparaissant sous une jupe de gaze
-des plus claires. Le cas est certes rare, mais il ne paraissait pas que
-cette dame fût une courtisane[28]».
-
-Pour Robida, la jambe passée dans l’arçon donna lieu à cette autre
-innovation:
-
-«Les femmes empruntèrent au costume masculin une espèce de pourpoint
-à hauts-de-chausse qui se mettait sous la robe. Ces caleçons, ainsi
-s’appelaient-ils, permettaient, malgré les larges jupes, d’enfourcher
-plus commodément les arçons[29]».
-
-Quant à M. Augustin Challamel—sans appuyer son dire sur aucun texte—il
-se contente de considérer le caleçon des dames de la cour comme
-l’exception et non comme la règle:
-
-«Quelques-unes portèrent des caleçons par-dessous leurs robes.
-Mais cette mode ne fut pas généralement adoptée, parce qu’elle ne
-s’accordait guère avec les accessoires du costume»[30].
-
-L’_Histoire de la Mode_ peut avoir été écrite pour les jeunes filles,
-ce n’est pas une raison pour ignorer à ce point l’œuvre de Brantôme.
-
-Elle fourmille de détails précieux pour qui veut décrire les élégances
-du passé: malgré l’encre bleue que devait l’auteur à ses lectrices,
-elle ne lui aurait point permis de se montrer aussi affirmatif.
-
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-[Illustration]
-
-
-LES HÉROINES DE BRANTOME
-
-LES COURTISANES DE VENISE ET DE ROME
-
-
-_Cette curiosité qu’elle avoit d’entretenir sa jambe ainsi belle faut
-penser que ce n’estoit pour la cacher sous sa juppe, ny son cotillon
-ou sa robbe, mais pour en faire parade quelques fois avec de beaux
-callessons de toille d’or et d’argent, ou d’autre estoffe, très
-proprement et mignonnement faits, qu’elle portoit d’ordinaire._
-
- BRANTÔME.
-
-
-_La richesse des callessons de la Signora Livia._
-
- MONTAIGNE.
-
-
-[Illustration]
-
-
-LES HÉROINES DE BRANTOME
-
-LES COURTISANES DE VENISE ET DE ROME
-
-
-Toutes les héroïnes de Brantôme, ou presque, portent, en effet,
-des pantalons. Parfois même, ils sont de toile d’or ou d’argent;
-volontiers, elles les laissent voir, soit pour montrer leur jambe
-qu’elles savent belles, soit sous l’effort de quelque main malhonnête,
-friande de rondeurs et d’intimités plus haut placées.
-
-Ces caleçons, un satirique anonyme cité par Pierre de l’Estoile, les
-chansonnera:
-
- Pour les dames et damoiselles
- Sont cent mille modes nouvelles;
- Pignouers, tabliers et calessons,
- Coiffures de cinq cents façons[31]...
-
-Brantôme n’a garde, en attendant, d’omettre de détailler les dessous de
-ses amoureuses. Il célèbre le luxe de leurs culottes ou dit si elles
-n’en ont pas.
-
-Deux grandes dames—sans doute élevées dans un pensionnat de
-Lesbos—apparaissent ainsi, «toutes retroussées et leurs caleçons bas»,
-à un écolier, qui, l’œil collé à un trou de la cloison, suit avidement
-cette leçon de choses...
-
-Ce bon monsieur de Bourdeilles décrit même assez gentiment la scène;
-mais les mœurs sévères qui nous régissent m’empêchent de suivre son
-exemple. Baudelaire fut poursuivi pour moins et je serais inconsolable
-de faire condamner à mon tour la grande Sapho et de faire une peine
-même légère à ces enfants fidèles au «rite inventé».
-
-Je préfère renvoyer l’«hypocrite lecteur» que «ces choses» peuvent
-amuser au premier discours des dames galantes où elles sont décrites
-par le menu[32].
-
-Telle autre, une Espagnole, qu’un compagnon du conteur connut à Rome
-dans un sens à satisfaire pleinement l’Écriture, avait vis-à-vis de son
-serviteur des exigences un peu déconcertantes:
-
-«Quand il l’accostoit elle ne vouloit permettre qu’il la vist, ny qu’il
-la touchast par ses cuisses nues, sinon avec ses calsons»[33]...
-
-Singulière pudeur, dira-t-on, et des âmes naïves pourront se demander
-si c’était la conséquence d’un vœu?
-
-Non pas: la dame avait simplement une cuisse plus maigre que l’autre.
-
-Mais on peut conclure de cette anecdote que les pantalons de ces «cinq
-à sept» étaient forcément ouverts, tandis que ceux du petit ménage,
-qui, de nos jours, eût si volontiers fréquenté le Hanneton, étaient
-fermés comme ceux de Claudine ou de la Môme Picrate.
-
-Le caleçon ne se contente pas de voiler: il supplée, corrige et
-rembourre au besoin. Rien n’est nouveau sous le soleil, ni même sous
-la lune, et le coton n’avait pas attendu la création de notre Académie
-nationale de musique et la divine aventure de Cléo de Mérode, pour
-jouer dans les ballets et la figuration le rôle que l’on sait.
-
-«A quoy pour suppléer, telles dames sont coustumières de s’ayder
-de petits coissins bien mollets et délicats à soustenir le coup et
-engarder de la mascheure; ainsy que j’ai ouy parler d’aucunes, qui
-s’en sont aydees souvent, voire des callesons gentiment rembourrez
-et faits de satin, de sorte que les ignorants, les venans à toucher,
-n’y trouvent rien que tout bon, et croyent fermement que c’est leur
-embonpoint naturel: car, par-dessus ce satin, il y avoit des petits
-callesons de toille volante et blanche; si bien que l’amant donnant le
-coup en robbe, s’en alloit de sa dame si content et satisfait, qu’il la
-tenoit pour très bonne robe[34]».
-
-Cela faisait, si je ne m’abuse, deux caleçons au lieu d’un et ce «coup
-en robbe» induit non moins à supposer qu’ils étaient ouverts l’un et
-l’autre.
-
-Quelques-unes, pourtant, avaient déjà la fâcheuse habitude de les
-porter fermés, et, non plus une petite amie, mais le Balafré, suivant
-M. Lalanne, de déchirer de sa main brutale, dans une embrasure de
-fenêtre, cette malencontreuse lingerie:
-
-«L’autre frère, sans cérémonie d’honneur ny de parole, prit la dame
-à un coing de fenestre, et, luy ayant tout d’un coup escerté ses
-calleçons qui estoyent bridez, car il estoit bien fort, luy fit sentir
-qu’il n’aimoyt point à l’espagnole, par les yeux, ny par les gestes du
-visage, mais par le vrai et propre point et effet qu’un vray amant doit
-souhaitter; et ayant achevé son prix fait s’en part de la chambre[35]».
-
-Ouverts ou fermés? grave question dont la solution était déjà soumise,
-comme on voit, au gré et à la fantaisie de chacune. Il est de petits
-plaisirs passagers auxquels il n’est pas bon d’opposer, si illusoire
-soit-il, l’obstacle d’une toile d’or ou d’argent. Celles que ne tentent
-pas l’imprévu furent toujours l’exception: elles seules les portaient
-«bridez» et le conteur prenait soin de le noter.
-
-Comme Béroalde, comme Taboureau, comme Estienne, Brantôme signale la
-nouveauté de cette mode. Vingt-cinq ou trente ans plus tôt, on n’en
-portait pas encore. C’était le cas des filles de Catherine de Médicis,
-qui, au début du règne, ignoraient ce travesti sous la jupe et la
-reine de prendre à leur endroit, ou mieux à leur envers, des privautés
-auxquelles l’éducation anglaise et quelques vieux messieurs sont seuls
-restés fidèles:
-
-«Aucunes fois sans les despouiller, les faisoit trousser en robe, car
-pour lors elles ne portoyent point de calsons, et les claquetoit et
-fouettoit sur les fesses, selon le sujet qu’elles lui donnoyent ou pour
-les faire rire, ou pour plorer[36]».
-
-Ces dames n’avaient point attendu que Colombine eût prêché, dans le
-_Gil-Blas_, l’Évangile des dessous, pour les simplifier quand il
-leur plaisait, et pour supprimer, l’été, le pantalon, pour éviter le
-surcroît de chaleur qu’il leur apportait. Brantôme exulte à cette
-vision de nymphes demi-nues et en véritable amant de la femme, semble,
-attacher, cette fois, plus de prix aux somptuosités de leur corps qu’à
-celles de leur lingerie.
-
-«Mais le meilleur fut que la dame, parce que c’estoit en esté et
-faisoit grand chaud, s’estoit mise en appareil un peu plus lubrique que
-les autres fois, car elle n’avoit que sa chemise bien blanche et un
-manteau de satin blanc dessus et les calleçons à part[37]».
-
-Ou encore,—l’été était très chaud, paraît-il:
-
-«Ce n’est pas par contraire, par son contraire se guarir, ains
-semblable par son semblable, bien que tous les jours elle se baignast
-et plongeast dans la plus claire et fraische fontaine de tout un païs,
-cela ny sert, ny quelques légers habillemens qu’elle puisse porter,
-pour s’en donner fraîcheur, et qu’elle les retrousse tant qu’elle
-voudra, jusques à laisser les callessons, ou mettre le vertugadin
-dessus eux, sans les mettre sur le cottillon, comme plusieurs le
-font[38]».
-
-Passage peu clair, comme le faisait judicieusement remarquer M.
-Bouchot, qui ne fait remonter qu’à 1577 ou environ la mode des caleçons.
-
-D’une part, les unes supprimaient le pantalon, «comme plusieurs
-le font», ajoute Brantôme et d’autres sembleraient, en mettant le
-vertugadin sur le caleçon, sans _le_ mettre sur le cotillon, conserver
-le pantalon, mais supprimer le jupon, ou son équivalent, comme il a été
-longtemps de mode. Mais alors, il faudrait lire _le_ et non _les_; au
-reste, le bon Brantôme était-il à un lapsus de langue près?
-
-Dames et demoiselles avaient, au surplus, une singulière façon de se
-vêtir pendant la canicule, et l’on comprend si elles devaient faire
-bon marché de ces inutilités.
-
-Bois d’amour ou bois sacré, le déshabillé de Mlle de Sainte-Beuve[39],
-entre autres, eût pu paraître charmant. Dans une église, il avait lieu
-d’étonner:
-
-«Les _Mémoires sur l’Histoire de France_, t. I, p. 272, disent qu’elle
-se laissa mener par le bras à travers l’église de Saint-Jean-en-Grêve,
-seulement couverte d’une fine toile et d’un point coupé à la gorge
-pour être muguettée et attouchée, au grand scandale de plusieurs qui
-assistaient de bonne foi aux processions; les _Notes sur la Satire
-Ményppée_ disent la même chose[40]».
-
-Sans doute... les «Enfants de Marie» nous ont habitué à une autre
-tenue... pourtant sur les sculptures des chapiteaux, on en voyait bien
-d’autres. Il eut été de mauvais goût de se scandaliser par trop.
-
-Était-ce bien là, pourra-t-on se demander, le véritable pantalon
-féminin ou de ces hauts-de-chausses bâtards, sortes de culottes de
-bicyclette avant la bicyclette, dont parle Racinet?
-
-Parfaitement, c’était bien là le pantalon féminin et il avait déjà son
-charme ambigu et un peu pervers. C’étaient, par-dessus les coussins
-rembourrés corrigeant les cuisses défectueuses, de véritables pantalons
-«de toile volante et blanche».
-
-Pantalons de femmes également, encore que d’un luxe un peu douteux,
-quoique royal, que n’eût point, en son beau temps désavoué Mlle Otéro,
-ceux qu’avait accoutumé de porter Catherine de Médicis.
-
-«Et par ainsi, sur cette curiosité qu’elle avoit d’entretenir sa jambe
-belle, faut penser que ce n’estoit pour la cacher sous sa juppe, ny
-son cotillon ou sa robbe, mais pour en faire parade quelques fois avec
-de beaux callesons de toile d’or et d’argent, ou d’autre estoffe très
-proprement et mignonnement faits, qu’elle portoit d’ordinaire: car
-on ne se plaist point tant en soy que l’on en vueille faire part à
-d’autres de la veue et du reste[41].
-
-Pantalons de femmes encore, ceux de l’infortunée Marie Stuart qu’ils
-fussent en toile de Hollande: «sept aulnes de Ollande pour faire six
-paires de callesons à la royne» (_Inventaire d’Edimbourg_, 1563) ou
-plus prosaïquement en futaine, comme le jour de son supplice.
-
-Ah, nous sommes loin des toiles d’or et d’argent de la Florentine.
-Quelle femme de chambre consentirait à porter aujourd’hui, au-dessus
-des «bas de soye bleue», retenus par des «jarretières de soye», ces
-«caleçons de futaine blanche» de la reine martyre?[42]
-
-De la futaine, fi! ma chère.
-
-En Italie, au contraire, d’où le caleçon, comme la vertugade était
-originaire, il semblait plus se rapprocher du haut-de-chausses que du
-pantalon.
-
-Les «onze pantalons de coton» que relève M. E. Rodocanachi[43] dans
-l’inventaire de la célèbre courtisane romaine Tullia d’Aragona (23
-avril 1556) paraissent avoir été l’exception.
-
-Ces demoiselles se plaisaient, le plus souvent, à revêtir de véritables
-chausses masculines, bouffantes et tailladées, qu’elles étaient à peu
-près seules à porter.
-
-Pietro Aretino, ce divin Arétin[44], si peu connu et si mal jugé
-en France, sur la foi des mauvaises reproductions des planches de
-Marc-Antoine, sera, si vous le voulez bien, notre introducteur auprès
-de ces rouées personnes qui venaient faire antichambre dans son palais.
-
-On ne saurait choisir meilleur guide, encore qu’une bourse bien
-garnie eût pu paraître suffisante. Après les _Dames galantes_, les
-_Ragionamenti_:
-
-Tout d’abord dans l’_Éducation de la Pippa_, ces conseils de la Nanna à
-sa fille:
-
-«Renonce d’abord à ta fierté, renonces-y te dis-je, parce que si tu ne
-changes pas de façons, Pippa, si tu n’en changes point, tu n’auras pas
-de braye au derrière (_non havrai brache al culo_) »[45].
-
-On voit, par cette menace maternelle, si le caleçon devait tenir au
-cœur des jeunes personnes qui se destinaient à la Carrière et dans la
-_Ruffiannerie_, une matrulle expérimentée de savoir l’importance que
-peut prendre, auprès d’un gentillâtre imbécille, un coin de pantalon
-entrevu à propos sous le retroussis d’une jupe.
-
-Les Vieux Messieurs datent de Suzanne et les petits vieux les avaient
-peut-être précédés:
-
-«En ramassant le gant elle releva le bord de sa robe et laissa voir
-assez de ses jambes pour que le faucon désencapuchonné aperçut ses
-caleçons bleus (_la calza turchina_) et ses mules de velours noir,
-élégances qui le firent haleter de luxure»[46].
-
-Philosophe moqueur, Montaigne fait allusion à la magnificence de ces
-chausses, quand il raille ces voyageurs qui savent:
-
-«Rapporter seulement à la mode de nostre noblesse française combien de
-pas à la _Santa Rotonda_ ou la richesse des callessons de la signora
-Livia»[47].
-
-Corona, dont le recueil existe manuscrit dans plusieurs bibliothèques
-d’Italie, en fait, dans une de ses nouvelles, porter de moins
-magnifiques aux religieuses qu’il met en scène. Ils se rapprochent des
-pantalons de Tullia d’Aragona et plus encore de l’horrible flanelle
-germanique, bien plus que des hauts-de-chausses plus haut décrits.
-
-On les portait en laine au _monastère de l’Archange_, et les saintes
-filles semblaient plutôt y prendre gaiement l’existence.
-
-Le conteur ajoute, pour excuser leurs débordements «que les caleçons de
-laine qu’elles portaient excitaient outre mesure leurs esprits vitaux
-et leurs muqueuses»[48].
-
-Cette explication un peu spécieuse n’est pas sans rappeler une histoire
-qu’aimait à raconter le bon père Ricord, et dans laquelle il mettait un
-brave curé de campagne et Madame sa Soutane.
-
-Le digne homme, contrairement aux nonnes de Corona, ne portait pas de
-caleçon et expliquait ainsi bien des choses, encore que la réalité fût
-plus simple encore.
-
-Cette excitation spéciale est sans doute étrangère à la règle qui, dans
-la plupart des ordres, a fait interdire aux religieuses l’usage des
-pantalons. Il faut plutôt voir dans cette prohibition un effet du vieux
-cas de conscience que se posèrent et discutèrent les casuistes: une
-femme pêche-t-elle mortellement ou véniellement en empruntant à l’autre
-sexe son costume en tout ou en partie?[49]
-
-Et dire que cette niaiserie fut un des principaux motifs qui
-entraînèrent la condamnation de Jeanne d’Arc!
-
-Un monastère conduit à un autre. Du monastère de l’Archange, passons
-à ceux de l’amour. Vecellio après avoir décrit le costume des
-pensionnaires de certains couvents dont l’hospitalité est généralement
-assez écossaise pour que cet accessoire semble inutile, leur fait
-cependant porter de véritables culottes:
-
-«Elles portent des bracelets d’or, des globules d’argent au cou, et
-même des espèces de culotte comme les hommes, avec des bas de soie ou
-de drap brodé»[50].
-
-Après tout, si ce travesti versait les illusions nécessaires aux
-habitués triés sur le volet, le volet clos, de ces derniers salons?
-
-C’était comme un uniforme; et, passant du rang à l’état-major, les
-détails en variaient peu. Racinet décrit ainsi, avec de plus amples
-détails, les chausses des courtisanes, non le macaroni napolitain, mais
-le gratin vénitien:
-
-«Notre exemple no 7 montre, ainsi que le dit Vecellio, que les
-courtisanes vénitiennes étaient vêtues en dessous _à la masculine_. Les
-culottes _marinesques_, _provençales_, _guéguesques_, _braguesques_,
-comme les appelle Blaise de Vigenère, les chausses prolongées jusqu’aux
-genoux étaient à leur usage. Il n’est pas probable, quoique leur
-corsage fût taillé en pourpoint, que pour se montrer à l’intérieur,
-elles se contentassent d’enlever leur jupe. Le buste démesurément
-allongé eût été trop disgracieux lorsque l’on quittait les patins,
-et comme le panseron avait deux épaisseurs de bourre, l’une fixée
-au pourpoint même, l’autre dans le gilet de dessous (M. Quicherat,
-_Histoire du Costume de France_), il est bien plus vraisemblable de
-supposer que ces femmes affublées de la culotte ne conservaient que
-le gilet qui se trouvait sous ce pourpoint masculin. On voit ici que
-la culotte large avait des poches intérieures latérales; c’était un
-vêtement coquet, brodé, tailladé. La mode d’appareiller la couleur des
-bas à celle des chausses était alors remplacée par l’usage contraire,
-les chausses étaient d’une couleur, les bas d’une autre. Ces bas aux
-coins brodés étaient de soie, faits à l’aiguille, ou de drap...»[51]
-
-Ces aimables enfants poussaient si loin l’élégance de leurs chausses
-que plus d’une fois les provéditeurs (_provveditori alle pompe_)
-durent intervenir et essayèrent de réduire, par des amendes, ces
-extravagances[52].
-
-Ne se contentant pas de porter des culottes, elles aimaient à se
-montrer ainsi vêtues: ce fut l’objet de pénalités nouvelles qu’il
-fallut appliquer en partie double.
-
-Si les femmes affectaient de sortir habillées en hommes, quelques-uns
-de ceux-ci, affichaient au contraire pour le costume féminin, un faible
-désordonné.
-
-Dès le milieu du XVe siècle, on crut devoir sévir contre ces travestis.
-Le recueil de M. Brunet _les Courtisanes et la Police des mœurs à
-Venise_ cite et reproduit trois textes caractéristiques sur ce point.
-
-Le plus ancien, 1443, vise les..., mettons le troisième sexe, ce sera
-plus convenable:
-
-«Et a simel condicion sotozaxa ogni homo trovado in habito femineo,
-over altro habito desconveniente perdando el vestimento e livre cento
-per cadaun e star mexi 6 in prexon, etc.»[53]
-
-Les deux autres, c’est vraiment plus propre, ont trait aux courtisanes.
-L’un, daté de 1480, légitime cette prohibition par des raisons
-historiques; la cendre de Sodome et de Gomorrhe en a séché l’encre:
-
-«Habitus capitis quem mulieres Venetiarum gerere a modico tempore citra
-ceperunt non posset esse inhonestior, et homnibus qui illas videant, et
-deo omnipotenti quem per talem habitum sexum dissimulant suum et sub
-specie virorum viris placere contendunt quo est species quedam sodomie,
-etc»[54].
-
-Nouvelles menaces en 1578, celles-là rédigées en italien:
-
-«E cresciuta a questi nostri tempi talmente la gran dishonesta et
-sfazatezza delle cortegiane et meretrice de Venetia che per prender et
-illaguear e gioveni conducensosi a sui apetiti, oltra diversi altri
-modi hanno trovato questo novo et non più usato di vertisi con habiti
-de homo... che sia proibito alle meretrici et cortigiane sopradette
-l’andar per la citta vagando in barca vestite da homo, etc.»[55].
-
-Il en était de même à Rome. Les courtisanes y avaient également la
-manie de sortir vêtues à la masculine et M. E. Rodocanachi de fournir
-ces amusants détails:
-
-«Cependant, chose bizarre, le costume qu’elles affectionnaient le
-plus était le costume masculin. Non seulement elles sortaient dans la
-rue, mais elles allaient à la messe en habits d’homme! L’ambassadeur
-mantouan tout en admirant leur air réservé, s’en étonne un peu, ce qui
-prouve que cette mode était particulière à Rome[56]. Quel pouvait être
-le but des courtisanes en se travestissant de la sorte? Était-ce pour
-jouir plus complètement d’une liberté qu’on leur marchandait alors si
-peu pourtant? Était-ce par pur caprice? Je n’oserais émettre l’avis que
-c’était afin de se soustraire dans la rue aux obsessions et de dépister
-les galants. Le mot de l’énigme se trouve peut-être dans la déposition
-d’une servante qui décrit ainsi le costume que portait sa maîtresse
-lors d’une équipée. Elle avait, dit-elle, des pantalons et une casaque
-bleu turquin, relevés d’or et d’argent; des bas de soie verte, un
-manteau de drap madré et une toque ornée de plumes. Le costume ne
-devait pas laisser que d’être seyant et des plus avantageux, et l’on
-conçoit que les courtisanes y tinssent fort.
-
-«Le conseil communal rendit bien une ordonnance _contra mulieres
-inhonestas ne se vestiant habitu virili_, destinée à mettre un terme
-à cet abus, mais l’amende était alors minime, quelques écus, et à ce
-prix les courtisanes pouvaient se payer de nombreuses infractions,
-ce qu’elles ne manquèrent de faire, comme bien on pense. Aussi
-augmenta-t-on plus tard la pénalité, qui fut successivement portée à
-quinze, puis à vingt et même à cent écus! Preuve que la prédilection
-de ces dames pour le costume masculin était donc difficile à
-déraciner[57].»
-
-En souvenir de quoi, sans doute, par un de ces retours de race chers
-aux généalogistes, on put voir, aux beaux temps de la bicyclette, les
-agents de M. Lépine faire la chasse aux petites femmes qui, soit
-à la musique du Luxembourg, soit par les terrasses de Montmartre,
-déambulaient et se déhanchaient en culotte, sans avoir même l’excuse de
-la plus humble Clément où asseoir leur séant rebondi.
-
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-DIX-SEPTIÈME ET DIX-HUITIÈME SIÈCLES
-
-
-_Ah! ah! quel charmant paysage!_
-
- (MISS HELYETT.)
-
-
-[Illustration]
-
-
-DIX-SEPTIÈME ET DIX-HUITIÈME SIÈCLES
-
-
-Si grande qu’ait été la vogue du pantalon féminin au XVIe siècle, elle
-prit fin avec lui.
-
-Des attardées, en petit nombre, s’obstinaient seules à en porter
-durant les vingt premières années du siècle suivant. Des marquises
-n’échappaient pas à ce travers, suivant le _Pasquil de la Cour sur le
-retour de Bordeaux_[58] en décembre 1615.
-
- Un carosse de marquise
- Versant, fut veu la chemise
- D’une dame et son calçon
- Et jurèrent les poètes
- De le mettre en la chanson[59].
-
-D’où il faut conclure, puisque l’on vit à la fois la chemise et
-le caleçon, que celui-ci était ouvert et laissait indiscrètement
-s’échapper le pan de chemise cher à Zola et familier à tant d’autres,
-car, il n’est pas à supposer que la dame le portât sous la chemise.
-
-La signora Léonora Galigaï était également restée fidèle à cette mode
-de son enfance. Après l’assassinat de son mari, le maréchal d’Ancre,
-(24 avril 1617), et avant qu’elle ne fût conduite à la Bastille, le
-sieur du Hallier, capitaine des gardes, fut chargé de perquisitionner
-dans son hôtel et de saisir ses bijoux.
-
-L’exécuteur des basses œuvres du jeune Louis XIII et du favori Albert
-de Luynes poussa loin ses investigations sur la personne de la veuve.
-De nos jours, à défaut des rayons X, on eût au moins eu recours au
-ministère d’une matrone:
-
-«Et enquise si elle n’avoit point de bijoux sur elle, elle haussa sa
-cotte et monstra jusque près des tétins. Elle avoit un calson de frise
-rouge de Florence; on lui dit en riant qu’il falloit donc mettre les
-mains au calson. Elle respondit qu’en autre temps elle ne l’eusse pas
-souffert, mais lors tout estoit permis; et Du Hallier tasta un peu sur
-le calson»[60].
-
-En Loir-et-Cher, d’autre part, les Archives départementales mentionnent
-dans l’inventaire des biens et hardes laissés par Léonor Pégorier,
-femme de Louis du Buisson, seigneur de Clénor, décédée le 14 mai 1615,
-«une paire de canesons de fustine à usage de femme estimez quatre
-sols»[61].
-
-La châtelaine n’en portait sans doute que l’hiver, et par les grands
-froids, seul moment, auquel, suivant cette prédiction d’Astrophile le
-Roupieux, on en faisait encore usage:
-
-«Nos fringantes Damoiselles reprendront leurs calessons de laine»[62].
-
-Toujours la populaire et royale futaine de Marie Stuart; elle peut
-paraître luxueuse, il est vrai, à côté du parchemin, dont, trente ans
-plus tard, Babonnette, devait fabriquer ses culottes.
-
-Boileau nous a révélé l’avarice de cette Marie Ferrier, femme du
-lieutenant criminel Jacques Tardieu, mais il s’était tenu au-dessous de
-la vérité en nous parlant de son jupon bigarré de latin:
-
- Peindrai-je son jupon bigarré de latin:
- Présent qu’en un procès sur certain privilège
- Firent à son mari les régents d’un collège,
- Et qui sur cette jupe, à maint rieur encor,
- Derrière elle faisait dire _Argumentabor_?
-
-D’après un poète anonyme du temps, ce vêtement fait de trois thèses
-latines, aurait été d’un usage plus intime. C’était un caleçon et la
-dame le laissa apercevoir un beau jour sous ses jupes relevées.
-
- Une certaine Magistrate,
- Depuis le genouil jusqu’au flanc,
- Couvroit sa cuisse délicate
- D’un caleçon de satin blanc,
- Mais caleçon de profonde science.
-
- Dont un Docteur avoit honoré l’Eminence
- Et que cette profane à son ventre appliqua
- Si bien qu’on y put voir au moment de sa chute
- A l’endroit qui chez elle a tant fait de dispute.
-
- _Questio physica_[63].
-
-
-D’autres en portaient encore, «et, pour attirer les challans» ne
-craignaient point de le leur laisser voir:
-
-«Ouy da, M. G. (Maître Guillaume), mais il vous reste encore une
-visite, entrons en la gallerie des Merciers, vous me direz votre
-opinion des belles dames qui sont icy pour attirer les challans...
-
-«Cependant pour emploier le tems à leur guise, chacune tasche
-d’emmancher la vétille.
-
-«L’une enfille son aiguille à tastons,
-
-«L’autre empeze son linge sale,
-
-«L’autre rattache ses caleçons»[64].
-
-C’étaient là des exceptions. Marie de Médicis elle-même semblait avoir
-renoncé à cette mode d’origine italienne.
-
-Aussi, l’un des premiers soins de l’abbé de Choisy en s’habillant en
-femme avait-il été de supprimer ses caleçons. Leur absence donnait à
-son déguisement plus de vraisemblance:
-
-«Quand je vis que mon dessein réussissoit, j’ouvris aussi cinq ou six
-boutonnières du bas de ma robe pour laisser voir une jupe de satin noir
-moucheté, dont la queue n’étoit pas si longue que celle de ma roble.
-J’avais encore par dessous un jupon de damas blanc qu’on ne me voit que
-quand on me portoit la queue; je ne mettois plus de haut-de-chausses,
-il me sembloit que cela ressembloit davantage à une femme, et je ne
-craignois point d’avoir froid, nous étions en été»[65].
-
-Mlle de La Fayette[66] n’en portait sans doute pas davantage, le jour
-de l’accident conté peut-être un peu crûment, mais de façon plaisante
-par M. de La Porte: la présence d’un caleçon eût rendu moins visibles
-les traces de sa défaillance. L’anecdote n’est pas du meilleur goût,
-mais peint à merveille la liberté d’allure et de langage de la cour au
-commencement du XVIIe siècle. Anne d’Autriche précédait ainsi Louis
-XIII et ses pincettes dans la voie de la grossièreté.
-
-On ne saurait souhaiter au plus couard des experts semblable mission.
-Malgré soi, on pense au mot si connu de Théophile Gautier sur le siècle
-de Louis XIV:
-
-«Pendant ce temps, il se fit une cabale de M. de Saint-Simon, de
-Mgr l’évêque de Limoges, de Mme de Seneçai et de Mlles d’Aiches, de
-Vieuxpont et de Polignac pour introduire Mlle de La Fayette à la place
-de Mme de Hautefort[67]. S. E. protégea tellement cette intrigue qu’en
-peu de temps on vit que le Roi ne parloit plus à Mme de Hautefort, et
-que son grand divertissement chez la Reine étoit d’entretenir Mlle de
-La Fayette, et de la faire chanter. Elle se maintint bien en cette
-faveur par les conseils de ceux et celles de son parti, et n’oublia
-rien pour cela; elle chantoit, elle dansoit; elle jouoit aux petits
-jeux avec toute la complaisance inimaginable; elle étoit sérieuse quand
-il falloit l’être, elle rioit aussi de tout son cœur dans l’occasion,
-et même quelquefois un peu plus que de raison; car un soir à
-Saint-Germain en ayant trouvé sujet, elle rit si fort qu’elle en pissa
-sous elle, si bien qu’elle fut longtemps sans oser se lever, le Roi
-l’ayant laissée en cet état, la Reine la voulut voir lever, et aussitôt
-on apperçut une grande mare d’eau[68]. Celles qui n’étoient pas de son
-parti ne purent se tenir de rire, et la Reine surtout, ce qui offensa
-la cabale, d’autant plus qu’elle dit tout haut que c’étoit La Fayette
-qui avoit pissé; Mlle de Vieuxpont soutenoit le contraire en face de la
-Reine, disant que ce qui paraissoit étoit du jus de citron, et qu’elle
-en avoit dans sa poche qui s’étoient écrasés; ce discours fut cause que
-la Reine me commanda de sentir ce que c’étoit; je le fis aussitôt, et
-lui dit que cela ne sentoit point le citron; de sorte que tout le monde
-demeura persuadé que la Reine disoit vrai; elle voulut sur le champ
-faire visiter toutes les filles pour sçavoir celle qui avoir pissé,
-parce qu’elles disoient presque toutes que ce n’étoit point La Fayette;
-mais elles s’enfuirent dans leurs chambres. Toute cette histoire ne
-plut point au Roi, et moins encore la chanson qui en fut faite[69];
-mais comme ce n’étoit point un sujet pour que le Roi témoignât être
-fâché contre la Reine, la chose se passa ainsi; et les Demoiselles
-n’osèrent pas non plus faire paroître leur ressentiment, remettant à
-se venger dans l’occasion, comme elles le firent dans la suite en ma
-personne»[70].
-
-En dehors de ce petit accident, il en était un plus fréquent auquel
-le manque de caleçon ne laissait pas de donner un intérêt bien
-particulier. L’histoire galante fourmille de chutes malheureuses—pas
-pour tout le monde—dont l’estampe du XVIIIe siècle a maintes fois tiré
-parti.
-
-Les poètes aussi, d’ailleurs. Dès le XVIIe siècle, l’un d’eux, et
-non des moindres, Voiture, adressait, en forme de stances, cette
-gentillesse à une précieuse qui, en tombant de carosse, avait laissé
-voir de sa personne des trésors généralement réservés à la plus stricte
-intimité.
-
-C’était, affirme la légende, Mlle Paulet, dont le nom méritait mieux,
-en vérité, d’être connu par autre chose que l’impôt auquel il dut
-longtemps son impopularité.
-
-Malgré certaines mines et des périphrases restées légendaires, la
-pruderie n’étouffait pas à l’Hôtel de Rambouillet. Il est un mot, que
-bien avant Richepin—le Richepin de la _Chanson des Gueux_ et non des
-_Annales_—la langue des dieux osait employer alors qu’il ne s’agissait
-ni de lampes, ni de sacs, mais de ce qu’avait pu laisser voir, en
-tombant, une pauvre fille, démunie comme ses contemporaines, de
-pantalon.
-
-
-
-
-STANCES
-
-_Sur une Dame dont sa jupe fut retroussée en versant dans un carosse à
-la campagne._
-
-
- Philis, je suis dessous vos loix
- Et sans remède cette fois,
- Mon âme est vostre prisonnière;
- Mais sans justice et sans raison,
- Vous m’avez pris par le derrière,
- N’est-ce pas une trahison?
-
- Je m’estois gardé de vos yeux,
- Et ce visage gracieux
- Qui peut faire pastir le nostre,
- Contre moy n’ayant point d’appas,
- Vous m’en avez fait voir un autre,
- Dequoy je ne me gardois pas.
-
- D’abord il se fit mon vainqueur,
- Ses attraits percèrent mon cœur,
- Ma liberté se vit ravie,
- Et le méchant, en cet estat,
- S’estoit caché toute sa vie
- Pour faire cet assassinat.
-
- Il est vray que je fus surpris,
- Le feu passa dans mes esprits,
- Et mon cœur autrefois superbe,
- Humble se rendit à l’Amour,
- Quand il vit vostre cu sur l’herbe,
- Faire honte aux rayons du jour.
-
- Le Soleil confus dans les Cieux,
- En les voyant si radieux
- Pensa retourner en arrière,
- Son feu ne servant plus de rien.
- Mais ayant vu vostre derrière,
- Il n’osa pas montrer le sien.
-
- En découvrant tant de beautez
- Les Sylvains furent enchantez,
- Et Zéphire voyant encore
- D’autres appas que vous avez,
- Même en la présence de Flore,
- Vous baisa ce que vous sçavez.
-
- La Rose, la reine des Fleurs,
- Perdit ses plus vives couleurs;
- De crainte, l’œillet devint blesme,
- Et Narcisse alors convaincu,
- Oublia l’amour de soy-mesme
- Pour se mirer en vostre c...
-
- Aussi rien n’est si précieux,
- Et la clarté de vos beaux yeux,
- Vostre teint qui jamais ne change
- Et le reste de vos appas,
- Ne méritent point de loüange
- Qu’alors qu’il ne se montre pas.
-
- On m’a dit qu’il a des défaux
- Qui me causeront mille maux,
- Car il est farouche à merveilles,
- Il est dur comme un diamant,
- Il est sans voix et sans oreilles
- Et ne parle que rarement.
-
- Mais je l’aime, et veux que mes vers,
- Par tous les coins de l’Univers,
- En fassent vivre la mémoire,
- Et ne veux penser désormais
- Qu’à chanter dignement la gloire
- Du plus beau cu qui fut jamais.
-
- Philis, cachez bien ces appas,
- Les mortels ne dureroient pas,
- Si ces beautez estoient sans voiles.
- Les Dieux qui règnent dessus nous,
- Assis là-haut sur les Estoilles,
- Ont un moins beau siège que vous.[71]
-
-«Ah! ah! quel charmant paysage!» se serait écrié Piccaluga, à l’époque
-heureuse où la pauvre Biana Duhamel et le prince consort étaient, au
-grand scandale de l’Élysée, accueillis, aux Ambassadeurs, par une
-intempestive _Marseillaise_. Hélas! par ces temps de pudibonderie
-honteuse, que diraient les successeurs de M. Bérenger, ce dernier
-rempart de la vieille gaîté française, s’il plaisait à quelque poète de
-la Butte, de célébrer ainsi les culbutes au Moulin de la Galette, d’une
-gigolette dépourvue de pantalon?
-
-C’était, pourtant, le cas de toutes à cette époque. Gigolettes, non
-pas, mais grandes dames, à peine si, à la cour du Grand Roi, les plus
-illustres prenaient soin de s’en munir pour monter à cheval. Souvent
-même, elles négligeaient cette précaution: c’étaient, en cas de chute,
-des horizons aperçus non moins vastes que ceux que chanta Voiture.
-
-L’on en riait. Rien de tel pour égayer une chasse. Le soleil que Louis
-XIV avait pour emblème ne l’empêchait point d’apprécier la lune à sa
-juste valeur. Bussy-Rabutin, cette mauvaise langue, nous dit la gaîté
-du roi et de sa maîtresse—du moment—Mlle de Fontanges, alors «durement
-enceinte» au souvenir de l’accident qui, le tantôt, avait dévêtu l’une
-des chasseresses:
-
-«La chasse finie, le Roi descendit de cheval prit place auprès d’elle
-(Mlle de Fontanges), et la conduisit dans son appartement. Elle étoit
-pour lors dans l’humeur la plus gaie du monde; et elle dit mille
-plaisanteries à son amant sur le divertissement qu’une de la troupe
-avoit donné en tombant de son cheval. Le Roi rioit de tout son cœur,
-particulièrement quand elle dit devant plusieurs personnes que cette
-chute devoit être d’autant plus sensible à cette chasseresse, que les
-dames ne s’étoient pas pourvues de caleçons contre l’ordinaire. Cela
-donna occasion à Mlle de B..., fille d’honneur de Madame, de dire
-qu’elle mourroit, s’il lui étoit arrivé un pareil accident...»[72]
-
-Allons donc! Il arriva à Mlle Churchill et elle n’en mourut pas, au
-contraire!
-
-Le pantalon ne sévissait pas plus, alors, à la cour d’Angleterre qu’à
-celle de France. Mlle Churchill, entre autres, n’en portait pas; ce à
-quoi elle dût d’asseoir définitivement son crédit. Pouvait-elle choisir
-meilleur fondement? Sa figure pouvait laisser à désirer, son corps
-était, par contre, superbe et digne de fixer les désirs qui voyagent en
-croupe?
-
-«Mlle Churchill chancela, fit quelques cris et tomba. La chute ne
-pouvoit être que rude dans un mouvement si rapide; cependant elle lui
-fût favorable de toutes les manières: car, sans se faire aucun mal,
-elle démentit tout ce que son visage avoit fait juger du reste. Le
-duc mit pied à terre pour la secourir. Elle étoit tellement étourdie
-qu’elle n’avoit garde de songer à la bienséance dans cette occasion;
-et ceux qui s’empressèrent autour d’elle la trouvèrent encore dans une
-situation assez négligée. Ils ne pouvoient croire qu’un corps de cette
-beauté fût de quelque chose au visage de Mlle Churchill. Depuis cet
-accident, on s’aperçut que les soins et la tendresse du duc ne firent
-qu’augmenter, et l’on s’aperçut à la fin de l’hiver, qu’elle n’avait
-pas tyrannisé ses désirs ni fait languir son impatience»[73].
-
-Parfois même, comme dans les contes bleus ou dans les romans de M.
-Henry Bordeaux, l’aventure se terminait par un bel et bon mariage.
-Notre vieil ami Loys Guyon, sieur de la Nauche, fournit cet
-enseignement:
-
-«Une demoiselle d’assés médiocre maison en biens, âgée de dix-huict
-ans ou environ, servante d’une grande maison de Lymosin, estant en la
-compagnie de sa maistresse, voyageant en autre pays, voulant franchir
-un fossé, tomba de dessus son cheval par terre, ses cotillon, robbe,
-chemise se trouvèrent renversez sur son corps, qui fut cause que les
-assistans en bonne partie de la compagnie virent toutes les parties
-secrettes de cette demoiselle, ventre, cuisses et fesses. Et si estan
-treuvé un jeune homme noble et riche, il descendit de son cheval et la
-contempla quelque peu de temps, après il la recouvrit, releva, baisa,
-et remonta à cheval, et à cause des belles et blanches parties qu’il
-avoit recogneu en elle, il en devint amoureux et pour récompense de
-son service et amitié qu’il lui portoit la pria de lui prester tout
-et si peu qu’il luy plairoit. Mais la fille fit la sourde. Ce que
-voyant, ses désirs et concupiscence s’accreurent et il lui dit qu’il
-l’espouseroit; mais elle sage ne lui accorda que solenellement il ne
-l’eust espousée; ce qu’il fit, ce que tout le monde trouva estrange,
-d’autant que les maisons et qualitez n’estoient réciproques. Et combien
-qu’elle aye desja plus de quarante ans elle se sçait tenir si propre
-en toutes les parties de son corps, et principalement les parties qui
-premièrement incitèrent son mari à la rechercher, qu’il l’ayme autant
-que jamais»[74].
-
-Puisse cette histoire morale faire réfléchir les jeunes filles à la
-recherche d’un épouseur, les matins de partie de campagne, au moment de
-passer leur «inexpressible»... ou de passer outre.
-
-Par un fait exprès, le dix-septième et le dix-huitième siècles
-foisonnent de chutes joliment révélatrices. Toutes, marquises,
-comédiennes ou bourgeoises, ignoraient la gêne et l’androgynat
-de l’empantalonnement. A son défaut et à défaut d’un Voiture,
-chroniqueurs et rimailleurs s’en mêlèrent et chantèrent ces accidents
-à... cœur joie.
-
-Seules, quelques comédiennes, connues surtout pour leurs cabrioles,
-comme la Du Parc, se munissaient pour se livrer à ce jeu, d’une
-culotte, à laquelle elles ne devaient pas tarder à renoncer:
-
-«On voyait ses jambes et partie de ses cuisses, dit Mlle Poisson, par
-le moyen de sa jupe fendue des deux côtés avec des bas de soie attachés
-en haut d’une petite culotte»[75].
-
-Jupe fendue et culotte: tout cela est très moderne, mais, la moutarde
-ne date-t-elle pas, en tant que danse, du XVIe siècle?[76]
-
-Une autre «théâtreuse», la Beauchasteau, portait également, suivant
-Tallemant des Réaux, des caleçons, mais l’esprit ne semblait guère être
-venu à cette fille, encore qu’elle ait fait ou plutôt laissé faire pour
-cela tout le nécessaire:
-
-«A une farce, la Beauchasteau voulut faire la goguenarde, elle demanda
-à Jodelet—comédien du Marais et de l’Hôtel de Bourgogne, mort en
-1660—ce que c’était que l’amour;
-
-«Je ne sais. C’est un Dieu qui a un flambeau, un bandeau, un carquois.
-
-«—J’entends: c’est un Dieu qui a une flèche que M. de Lespy envoya
-l’autre jour dans un calçon de chamois à Mlle de Beauchasteau»[77].
-
-Oui, trésor. Enfin, du moment qu’il était en chamois.
-
-Ou c’étaient de vieilles dames restées fidèles à cette habitude perdue.
-D’après leur correspondance scatologique, la duchesse d’Orléans et son
-amie l’Électrice de Hanovre auraient été du nombre:
-
-«Vous étiez de bien mauvaise humeur, quand vous avez tant déclamé
-contre le c....; je n’en saurais donner la raison, sinon qu’assurément
-votre aiguillette s’étant nouée à deux nœuds vous avez c... dans vos
-chausses»[78].
-
- * * * * *
-
-Non plus en chamois, mais fermés: c’était complet! mais à l’âge des
-deux correspondantes, qui pouvait en avoir cure?
-
-A part ces exemples, absence absolue de pantalons. Ils auraient
-cependant été bien nécessaires. La boue de Paris, comme la... rougeole
-de Rouen avaient mauvaise réputation:
-
- Que de gens de toutes façons,
- Hommes, femmes, filles, garçons
- Et que les culs à travers cottes
- Amasseront icy de crottes,
- S’ils ne portent des caleçons[79]
-
-Diane et ses compagnes, dans l’_Ovide bouffon_, n’en portaient pas
-davantage, et leurs ébats aquatiques en étaient aussi dépourvus que
-les séants des bourgeoises de Paris, qui allaient muser à la foire
-Saint-Germain et y chercher aventure:
-
- Dedans cette eau froide et gelée
- Diane et toute sa tolée,
- Quant elles avoient le cu chaut,
-
- Pour avoir fait maint soubresaut,
- Sans calleçons et sans chemises
- Venoient faire mille sottises[80].
-
-Au XVIIIe siècle, suivant Quicherat:
-
-«Il y eut plus étrange que cela: c’est que porter un caleçon
-(précaution dont usaient quelques personnes en très petit nombre) fut
-considéré comme un signe de mœurs équivoques»[81].
-
-Même pour courir, à la suite du quartier général de Maurice de Saxe,
-les mauvais et peu sûrs chemins des Flandres, les actrices qui
-composaient la troupe de Favart avaient négligé de prendre cette
-précaution.
-
-C’est presque un passage du _Roman comique_:
-
-«Un jour une troupe de comédiens, à la tête desquels se trouvait un
-nommé Mézière, s’était mise en marche pour Cologne, où elle devait
-jouer devant l’Electeur. A peine était-elle hors des faubourgs de
-Bruxelles, qu’elle était surprise par les hussards ennemis qui
-commencèrent par la dépouiller. On ne laissa aux femmes que leurs
-chemises et un simple jupon; les hommes furent tous rangés en
-cercle, à genoux, en attendant qu’il fût statué sur leur sort. L’un
-de ces malheureux, un ancien libraire du quai des Augustins, appelé
-Flahaut, se fiant sur son érudition et sur son éloquence, se lève en
-qualité d’orateur de la troupe et adresse une harangue en latin au
-commandant des hussards pour implorer sa pitié. L’officier l’écoute
-sans l’interrompre, et, pour toute réplique lui allonge un coup de
-sabre qui, contre toute prévision, ne fut pas mortel. Honteux de
-sa maladresse, il allait redoubler, lorsqu’il fut arrêté par un
-cri perçant, et un spectacle aussi étrange qu’inattendu. L’une des
-actrices, Mlle Grimaldi, femme d’un danseur italien surnommé _Jambe
-de fer_, pour échapper à l’horreur d’un pareil massacre, avait pris à
-deux mains son petit jupon et l’avait ramené sur sa tête, sans trop
-songer aux conséquences[82]: mais, en de semblables moments, l’on ne
-pense pas à tout. Elle se jette aux pieds du chef de la bande, et,
-dans cette posture que la légèreté du costume rendait au moins bizarre,
-elle le supplie, tout en larmes, avec cette onction qui part du cœur,
-d’épargner ses camarades, de n’immoler qu’elle, puisqu’il lui fallait
-une victime.
-
-«Comment ne pas être attendri? comment aussi garder son sérieux à
-l’aspect de cette pauvre danseuse, dont la tête était enfouie au
-détriment du reste, dans son insuffisant jupon? Nos hussards allemands,
-pour cette fois, se conduisirent en galants hommes. Ils rendirent la
-liberté aux prisonniers; ils poussèrent la générosité jusqu’à leur
-abandonner des lambeaux de mantelets et de tabliers pour se couvrir,
-et distribuèrent aux femmes, au lieu de leurs robes, des habits de
-caractère. La Grimaldi eut pour sa part un costume d’Arlequin[83]...»
-
-Les _Étrennes à Thalie_ auxquelles M. Desnoiresterres a emprunté les
-éléments de ce récit ne disent pas si Grimaldi-Arlequin poussa le
-dévouement aussi loin que Boule-de-Suif, et si l’irascible capitaine
-put jouir autrement que par la vue des rondeurs que lui avait révélées
-le linge tendu—peut-être même relevé—sur les charmes postérieurs de la
-suppliante.
-
-C’est évidemment là le dénouement le plus plausible.
-
-Si on ignorait en tournée l’usage du pantalon, à plus forte raison, ne
-le soupçonnait-on pas tant à la ville qu’à la campagne. Temps heureux,
-temps de l’escarpolette et de ses hasards, des parties à ânes—un
-Montmorency avant Paul de Kock—et de leur imprévu. C’étaient alors
-les embarquements pour Cythère et pour ailleurs, dont, dans l’ancien
-_Gil-Blas_, Colombine a joliment évoqué le souvenir.
-
-Pourtant, les chutes continuaient. Recouvrant les têtes poudrées à
-frimas, les jupons relevés dévoilaient, en de soudaines apparitions de
-roseurs potelées, un véritable moutonnement de croupes. Il n’y avait
-pas scandale; la gaîté seule saluait ces menus accidents. Jean-Jacques,
-dans ses _Confessions_, est à peu près seul à témoigner de la pitié
-pour «le derrière de Mlle Lambercier, qui, par une malheureuse culbute
-fut étalé tout en plein devant le roi de Sardaigne à son passage»[84].
-
-Si le souverain avait déjà pour les pantalons l’aversion connue de
-Victor-Emmanuel, il dut être amplement satisfait. Jean-Jacques,
-contempla l’objet, mais osa à peine sourire:
-
-[Illustration]
-
-«J’avoue que je ne trouvai pas le moindre mot pour rire à un accident
-qui, bien que comique en lui-même, m’alarmait pour une personne que
-j’aimais comme une mère et peut-être plus»[85].
-
-Le philosophe ne nous a guère, en vérité, habitués à cette réserve et
-ses contemporains sont loin de la partager. L’un, entre autres, le
-comte de Caylus, ce bizarre grand seigneur, archéologue, romancier et
-rimeur impénitent, semble avoir voué le champagne léger de ses rimes à
-la célébration du «trésor caché», révélé par une chute d’âne, de Sophie
-Arnould.
-
- * * * * *
-
-Le jour même du mariage de la cantatrice, il lui adressait cet
-épithalame:
-
- Oui, sans doute, un joli visage
- Même entre amis est bien venu,
- On s’en aime un peu davantage
- Un baiser en est mieux reçu.
- Un jour, un âne trop sauvage
- Vous dévoila comme on a su.
- Lors l’amitié prudente et sage
- Regretta tant de bien perdu.
-
- De ce jour votre mariage
- Dans notre esprit fut résolu.
- Aujourd’hui, l’amour fait usage
- De tout ce bien que l’on a vu[86].
-
-Je ne sais si Sophie fut une épouse parfaite, mais elle avait si bon
-cœur.
-
-
-_A Mademoiselle***_
-
-_Les vers expliqueront ce qui avait donné lieu._
-
- Quand d’une effrayante manière,
- Un jour la tête la première,
- Votre honnête homme de papa
- Tout au milieu des fossés se baigna,
- On dit que quelqu’un demandât
- Ce qui pourroit moins vous déplaire
- Que sa chute il recommençât
- Ou qu’un âne encor vous fit faire
- Ce saut qui tant nous amusa.
- Votre réponse alors fut modeste et fière;
- Je consens à montrer, Monsieur, ce qu’on voudra
- S’il plaît à Dieu, la chose arrivera;
- Et votre choix nous montrera
- Et bon cœur et joli derrière»[87].
-
-Sophie Arnould ne fut pas seule, à vrai dire, à montrer ainsi son
-derrière,—il ne faut pas croire, ainsi que prétendent les misogynes,
-qu’ils se ressemblent tous—d’autres, dont les noms nous ont échappé
-excitèrent également la verve du comte.
-
-L’inévitable chute d’âne et une échelle un peu raide à descendre
-servirent de prétexte à deux sœurs pour montrer le leur. Véritable
-leçon d’astronomie pratique qui se chantait sur l’air de _Gabrielle de
-Vergy_:
-
-
-_Chanson sur deux sœurs qui ont montré ce que l’on va voir._
-
- De deux gentes sœurs, la cadette
- Monta fort bien au pigeonnier;
- Décemment la chose fut faite,
- On dit qu’on ne saurait le nier.
- Mais en descendant cette belle,
- A tous si bien nous le montra,
- Qu’on dit: Il faut tirer l’échelle
- Après avoir vu ce cul-là.
-
- On n’eut que ce cul dans la tête
- Pendant plus de deux ou trois ans,
- On le chante, chacun le fête,
- Chacun lui fait des vers galants.
- Pourtant, à ce succès unique,
- Un obstacle se rencontra,
- Et ce fut par une bourrique
- Qui son frère aîné nous montra.
-
- Chacun des deux a son mérite,
- Par la forme l’un excellait,
- Et quant à l’autre, l’on le cite
- Pour être blanc comme du lait.
- Dans cette cause d’importance
- Bien juger est notre devoir.
- Veut-on entendre ma sentence?
- Que c’est une affaire à revoir.
-
- Avec les chutes si plaisantes
- Du joli couple que voici,
- Elles n’en sont que plus décentes
- Et nous devons conclure ici:
- Que malgré la tant douce amorce
- De nous montrer si joli cu,
- Chacune d’entre elles nous force
- A n’admirer que sa vertu[88].
-
-Comme sujet d’admiration, j’en aimerais autant un autre; Caylus a fait
-mieux, ne serait-ce que cette amusante dispute entre fille et mère.
-
-
-_A une femme qui avait fait une chute d’âne._
-
-Air: _Tu croyais en aimant Colette._
-
- Une aventure aussi fameuse
- Doit enfanter plus d’un couplet,
- Leur chute sera moins heureuse
- Que la vôtre qui tant nous plaît.
-
- Lorsqu’on vit cette culebutte,
- Chacun au ciel levant les mains
- S’écrioit: Grands Dieux! Quelle chute!
- Grands Dieux! Quelle chute de reins!
-
- Entre les fleurs, j’aimois la rose,
- Ma foi, depuis ce que j’ai vu,
- Voyez quelle métamorphose
- Je ne veux qu’être gratte-cu.
-
- Ce cul, de beauté peu commune,
- Sembloit la Lune dans son plein;
- On a fait un trou dans la Lune,
- Disoit quelqu’un à son voisin.
-
- On entendoit dire à la mère
- Complimentez-moi, me voilà,
- Ne dois-je pas être assez fière
- Quand c’est moi qui fis ce cul-là?
-
- La fille sans reconnaissance,
- Lui dit: Maman, chacun son tour,
- De vous, s’il reçut la naissance,
- Aujourd’hui je l’ai mis au jour.
-
- Avec intention maligne
- Ce tour était par Belzébut,
- D’une manière toute indigne,
- Dressé contre notre salut.
-
- Depuis je me mets en prières
- Contre ce diable trop rusé;
- Mais se sauver par les derrières
- Avec vous semble malaisé.
-
- Oui, l’on feroit bien une estampe
- De ce malheur, si vous vouliez,
- Ce seroit un beau cul-de-lampe
- Que celui que vous montriez[89].
-
-Il était vraiment par trop dangereux pour toutes, comédiennes ou
-grandes dames, de faire une chute devant le comte de Caylus. Aussi,
-avant de monter à âne, pour éviter les débordements de ce lyrisme
-particulier, certaines demandaient-elles au poète de leur fournir un
-caleçon qui les protégeât contre les indiscrétions d’une chute et de
-ses rimes.
-
-C’était risquer de provoquer son indignation et il s’indigna.
-
-
-_A Mesdames***_
-
-_qui demandaient des caleçons pour monter à âne._
-
- Quand sur un âne autrefois on montoit
- En arrivoit ce qui pouvoit,
- Il était des chutes heureuses
- Chacun alors en profitoit,
- Et telle de nos promeneuses
- Sait fort bien ce qu’il en coutoit.
- Dites-moi de quoi l’on s’avise,
- Quelle mauvaise invention
- D’augmenter de précautions.
- Et n’est-ce pas une traîtrise
- En cavalcade ainsi qu’au rendez-vous,
- De se cuirasser en dessous?
- Est-il juste de bonne foi
- Qu’à moi-même on s’adresse?
- Et quelle maladresse
- De vous fournir des armes contre moi?
- Du moins faut-il bien que je sache
- Ce dont il est question,
- Et j’y mets la condition
- De me montrer ce qu’on veut que je cache[90].
-
-A la cour de France, sous Louis XVI, malgré l’austère surveillance de
-Mme de Noailles, cette duègne grave et solennelle que Marie-Antoinette
-avait, en une heure de gaîté, surnommée Mme l’Étiquette, il arrivait
-encore de choir d’âne, même à la reine.
-
-M. Frantz Funck-Brentano a joliment conté l’anecdote. Elle égaye du
-rire frais de la fille de Marie-Thérèse le sombre drame dont l’_Affaire
-du Collier_ devait être le prélude:
-
-«Il arriva qu’un jour que Marie-Antoinette était montée à dos d’âne,
-la bête d’un coup d’arrière-train la jeta sur le gazon. La voilà
-assise dans l’herbe haute, les jupes retroussées et battant des mains:
-«Vite allez chercher Mme de Noailles, qu’elle nous dise ce que veut
-l’étiquette, quand une reine de France est tombée d’un âne![91]»
-
-Pas plus que ses dames d’honneur, l’infortunée souveraine—le
-_Livre-Journal de Mme Eloffe_ en fait foi—ne portait de pantalons...
-Mais, le comte de Caylus n’était plus là pour célébrer cette chute.
-
-Puis, eût-il osé?
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-LE CALEÇON DES COQUETTES DU JOUR
-
-
-_Excepté les actrices, les Parisiennes ne portent point de caleçon._
-
- MERCIER.
-
-
-[Illustration]
-
-
-LE CALEÇON DES COQUETTES DU JOUR
-
-
-Quelques tentatives faites pour réacclimater sous les jupes le caleçon
-aboli de l’escadron volant de Catherine, donnèrent naissance à ce poème.
-
-Il avait la prétention d’être comique et Bachaumont qui, sans doute ne
-l’avait pas lu, le juge, sur son titre, ordurier:
-
-«Le Caleçon des Coquettes du jour. La Haye, 1763, in-8. Cet ouvrage
-ordurier se distingue assez par son titre et ne mérite pas une plus
-grande attention[92]».
-
-N’exagérons rien, il n’est pas ordurier, il n’est qu’ennuyeux.
-
-Encore que la librairie belge ait cru devoir rééditer cette pauvreté,
-elle est peu connue. Malgré sa fadeur, il n’est donc peut-être pas
-inutile d’en donner une brève analyse et d’en citer quelques extraits.
-
-Place Saint-Sulpice, le vent qui balaie le bureau du tramway d’Auteuil
-ne datant pas d’aujourd’hui, une femme, Dorimène, vient à tomber. La
-rafale soulève ses jupes et sa chemise, offrant aux regards le double
-globe de ses rotondités naturelles.
-
-«Une grande sœur grise», sœur Véronique, l’aide à se relever et à
-réparer le désordre de sa toilette; un peu placière, elle lui offre le
-bras et la reconduit chez elle, pour lui vanter sa marchandise.
-
-Nous ne sommes pas encore à l’époque où la supérieure d’un couvent
-d’Orléans refusera de laisser confectionner par ses pensionnaires
-les pantalons d’un trousseau de mariage, «vu l’inconvenance de ce
-vêtement». Sœur Véronique ne se contente pas, contrairement à la
-plupart des religieuses, de porter des culottes, elle-même les
-fabrique et elle voudrait bien en vendre à Dorimène. Cet accessoire
-lui permettrait, une autre fois, d’éviter les suites d’un semblable
-accident:
-
- J’en rougis aussi.
- On doit rougir, être en souci,
- A moins de n’être pas pudique,
- D’une avanie aussi publique,
- Dont vous pouviez vous garantir,
- Pour éviter tout repentir.
- Et comment, ma sœur, je vous prie,
- Lui dis-je, et de quelle façon
- Vous en seriez-vous garantie?
- Si vous portiez un caleçon,
- Par pudeur, me répondit-elle,
- D’une toile bien blanche et belle
- Quand le plus impétueux vent
- Ou par derrière, ou par devant,
- Vous trousserait dans une rue,
- Sur une place, ou bien ailleurs,
- Le caleçon frappant la vue
- Ferait taire tous les railleurs.
- Je tiens ce conseil d’une tante,
- Qui, tandis qu’elle était vivante,
- Craignant que des vents furieux,
- Ou de ces galants curieux,
- Coureurs des filles d’Amathonte,
- Pressés par d’amoureux transports
- Ne me fissent l’horrible honte,
- D’exhiber celle de mon corps,
- Me tint, à ma dixième année,
- Exactement caleçonnée,
- Depuis les reins jusqu’au-dessous,
- Deux bons pouces de mes genoux.
-
-Un peu étonnée, Dorimène retient la sœur Véronique à souper. Le vin
-achève de lui délier la langue et nous apprenons ainsi pour quelle
-raison sa tante, qui à vrai dire était sa mère, mais ne compliquons pas
-le récit, la condamna à compliquer ses dessous de cet entonnoir d’un
-nouveau genre:
-
- Mais comme au-dessus de l’anus,
- Vous avez un horrible signe,
- Je veux que vous portiez toujours,
- Pour en changer tous les cinq jours,
- Un blanc caleçon de cretonne,
- Mesure prise à votre cu,
- Par moi-même, afin que personne
- Du défaut dont il est pourvu
- N’ait connaissance.
-
-Un horrible signe? Allons donc! il y a des grains de beauté qui sont
-parfois du meilleur effet! et, confiante, la chaste brebis raconte sa
-vie; pour une femme, c’est un peu raconter ses amours.
-
-Tout d’abord des souvenirs de pension, non, de couvent. Claudine fut de
-tous les temps à l’école. Véronique portait déjà son fameux caleçon, et
-au moment de l’introduction du duo saphique, sa partenaire ne laissa
-pas d’être étonnée en présence de cet obstacle alors imprévu:
-
- Brûlant pour moi d’un vif amour,
- Avec ardeur, cette tribade
- S’y prit de si bonne façon,
- Que défaisant mon caleçon,
- Dont elle parut très surprise,
- Elle me fit une sottise
- Qui me cause encor du regret.
-
-Dans une rencontre plus sérieuse et en face d’un adversaire mieux
-armé, la place ne devait pas tarder à capituler sans conditions et à
-démanteler ses faibles remparts.
-
-Cela se passa comme à l’ordinaire, dirait Longus: le déshonneur de la
-guerre tout au plus.
-
-Dorimène sait ce qu’il en est et se montre bien plus curieuse de savoir
-comment peut bien être fait un pantalon de femme? Envie d’autant plus
-facile à contenter que la Sœur voit là une occasion unique de vanter et
-d’écouler sa marchandise:
-
- De vos malheurs consolez-vous,
- Ma chère Sœur, unissons-nous
- D’amitié pour toute la vie,
- Et pour remplir mon autre envie
- Faites-moi voir le caleçon
- Que vous portez. Sœur Véronique,
- Se troussant alors sans façon,
- Me dit: Madame, j’en fabrique
- Depuis longtemps parfaitement,
- Dans ma cellule, sourdement,
- A douze francs pour la main-d’œuvre
- Pour les dames dont la manœuvre
- Est de cacher leur pays bas;
- Parce qu’un galant homme attache
- Moins d’attraits aux frappants appas,
- Qu’à ceux que le caleçon cache».
-
-C’est peut-être un peu cher pour la façon; mais toute nouveauté se
-paie. Puis, la confection d’un semblable caleçon n’est pas aussi simple
-que peut penser le vulgaire. Celui de la religieuse comporte deux
-brayettes, comme certains modèles allemands et Véronique d’en vanter
-les avantages et la commodité:
-
- Le mien, quoique déjà sali,
- Depuis six jours que je le porte,
- Sur moi ne fait pas un seul pli;
- Regardez: il est fait de sorte,
- Que par derrière et par devant,
- Déboutonnant ces deux brayettes,
- Que je crois artistement faites,
- On se sert du moulin à vent,
- Et du moulin à l’eau sans gêne,
- Pour leurs diverses fonctions[93];
- C’est une des inventions
- Qui cache ce qu’on a d’obscène
- Dont bien des femmes font grand cas.
-
-Pas tant que cela, semble-t-il. Bien peu en faisaient cas. A la scène,
-les comédiennes et même les danseuses n’en portaient pas. Si, en dehors
-de celle de la pièce, une chute venait à se produire, elle ne manquait
-pas d’être plaisante.
-
-Bachaumont, non encore atteint de sa pruderie de décembre, raconte tout
-au long l’accident qui marqua les débuts de Mlle de Maisonneuve:
-
-_C’est là une chose qu’une femme n’oublie pas._ «1763—mai 3—Mlle de
-Maisonneuve, petite-fille de la femme de chambre de Mlle Gaussin, celle
-dont on a déjà parlé et dont l’abbé de Voisenon a décélé les talens,
-vient de débuter: elle a de la naïveté, de l’intelligence et promet
-beaucoup; elle a été très bien accueillie aujourd’hui; elle a joué dans
-la _Gouvernande_ et dans _Zénéide_. Dans la première pièce, comme elle
-est en tête-à-tête avec son amant, on vient l’avertir de se retirer; en
-fuyant elle est tombée dans la coulisse et a laissée voir son derrière.
-Mlle Bellecour, dite Gogo, soubrette, est venue très modestement lui
-remettre ses jupes. Le tout s’est passé au contentement du public,
-qui a fort fêté le cul de l’actrice et la modeste Gogo. La jeune
-personne n’a point été déconcertée, elle est rentrée peu après sur le
-théâtre[94]...»
-
-Le _Mercure de France_ donne bien un compte rendu élogieux de cette
-«première» et trace un joli portrait de la débutante, mais, de même que
-Collé, il tait son accident.[95] Victor Fournel, par contre, en parle
-dans ses _Curiosités théâtrales_[96] et, par une double confusion,
-l’attribue à la modeste Gogo elle-même, qui serait, à son dire, Mlle
-Beauminard.
-
-L’héroïne de cette aventure, Louise-Adélaïde Berton de Maisonneuve,
-dont le père était orfèvre, comme M. Josse, joua peu sous son nom et
-fut surtout connue au théâtre sous celui de Mlle d’Oligny[97].
-
-Dans son étude sur _la Raucourt et ses amies_, M. Jean de Reuilly
-croit trouver dans cette chute l’origine de l’ordonnance qui rendit le
-caleçon obligatoire à la scène:
-
-«Le jour de ses débuts, D’Oligny en sortant de scène tomba dans la
-coulisse et fit voir son derrière au public...
-
-«La plaisante chute de D’Oligny eut pour résultat l’obligation pour les
-dames de théâtre d’avoir une culotte ou un caleçon sous leurs jupes.
-On peut donc dire que cette actrice est l’inspiratrice du pantalon
-féminin qui, de la scène a gagné la ville au commencement du XIXe
-siècle»[98].
-
-L’accident ne me semble pas avoir eu d’aussi graves conséquences. Le
-public se contenta de rire et le lieutenant de police ferma les yeux.
-
-Mlle de Maisonneuve resta étrangère à cette réforme, qui suivant les
-contemporains aurait eu pour berceau non la Comédie-Française, mais
-l’Opéra.
-
-On suppose, en effet, quelles piquantes révélations le ballet devait
-réserver à ses fervents, du jour où Mlle de Camargo y eut importé
-l’usage gracieux des robes courtes.
-
-Mlle Sallé tenta, de son côté, à Londres, une révolution analogue,
-quand elle y créa, en 1784, le ballet de _Pygmalion_. Mais sa haute
-vertu qui lui valait une estime particulière des Anglais et lui avait
-fait refuser un don de 2.000 guinées, dont on devine le motif, ne
-s’était cependant point embarrassée d’un caleçon pour paraître sur la
-scène. La novatrice était pour la simplification du costume et non pour
-sa complication. Son costume, dont le _Mercure de France_ fournit la
-description ne laisse aucune place à un pantalon:
-
-«Elle a osé paraître dans cette entrée sans panier, sans jupe,
-sans corps, et échevelée, et sans aucun ornement sur sa tête; elle
-n’était vêtue, avec son corset et un jupon, que d’une simple robbe de
-mousseline tournée en draperie et ajustée sur le modèle d’une statue
-grecque»[99].
-
-Pour qu’il y eût caleçon, il fallut la Camargo et ses jupes courtes;
-puis, il fallut un nouvel accident, car l’accident qui le rendit
-obligatoire ne vint que plus tard.
-
-«Elle importa au théâtre, dit M. Nérée Desarbres, l’usage des caleçons,
-qui bientôt furent obligés par une ordonnance de police et plus tard
-remplacés par le maillot.»[100]
-
-Toutefois, malgré sa verve «capriolante», elle dansait, paraît-il, avec
-une décence telle que jamais, à l’époque de ses débuts tout au moins,
-elle ne laissait apercevoir sa jambe au-dessus du genou.
-
-Une question se serait même posée, à ce sujet, parmi les habitués de
-l’Opéra:
-
-«—Camargo porte-t-elle un caleçon?... Des paris furent engagés sur
-cette énigme, jusqu’au jour où l’héroïne interrogée sur ce point
-délicat, répondit:—Vous imaginez-vous qu’une fille de qualité ose se
-produire sur la scène sans cette précaution?»[101]
-
-Casanova, toujours si véridique, qui vit danser Camargo vieillie, se
-montre, cependant, moins affirmatif ou plutôt affirme, par ouï-dire,
-qu’elle négligeait, comme ses camarades, cette précaution:
-
-«Immédiatement après, je vois une danseuse qui, comme une furie,
-parcourt l’espace en faisant des entrechats, à droite, à gauche, dans
-tous les sens, mais s’élevant peu et cependant applaudie avec une sorte
-de fureur.
-
-—C’est, me dit Patru, la fameuse Camargo. Je te félicite mon ami,
-d’être arrivé à Paris assez à temps pour la voir, car elle a accompli
-son douzième lustre.
-
-«J’avouai que sa danse était merveilleuse.
-
-—C’est, ajouta mon ami, la première danseuse qui ait osé sauter sur
-notre théâtre; car avant elle les danseuses ne sautaient pas; et ce
-qu’il y a d’admirable, c’est qu’elle ne porte point de caleçon.
-
-—Pardon; j’ai vu...
-
-—Qu’as-tu vu? C’est sa peau, qui à la vérité, n’est ni de lis, ni de
-rose.
-
-—La Camargo, lui dis-je, d’un air pénitent, ne me plaît pas; j’aime
-mieux Duprès.
-
-«Un vieil admirateur, qui se trouvait à ma gauche, me dit que dans sa
-jeunesse elle faisait le saut de basque et même la gargouillade, et
-qu’on avait jamais vu ses cuisses quoiqu’elle dansât à nu.
-
-—Mais si vous n’avez jamais vu ses cuisses, comment pouvez-vous savoir
-qu’elle ne portait point de tricot?
-
-—Oh! ce sont des choses qu’on peut savoir. Je vois que Monsieur est
-étranger.
-
-—Oh! pour ça, très étranger.»[102]
-
-Que cette «fille de qualité» ait ou n’ait point porté de caleçon,
-Mlle Mariette, dite «La Princesse», en raison de sa liaison avec
-M. de Carignan, n’en portait à coup sûr point et le prouva jusqu’à
-l’évidence, le soir où ses jupes furent accrochées par les aspérités
-d’un portant.
-
-L’accident aurait pu arriver à toute autre. Ces demoiselles de la
-danse avaient, en effet, adopté sans se faire prier, l’usage des robes
-courtes de la Camargo: elles permettaient d’apprécier leurs jambes et
-apprécier n’est-ce pas un peu désirer?
-
-Par contre, elles se souciaient peu d’embarrasser leurs cuisses de
-ce «pantalon qui, serré au genou, produisait sous la jupe, un effet
-disgracieux.»[103]
-
-L’accident prévu devait donc se produire, et l’on fait communément
-remonter à «cette vision d’art» l’origine de l’ordonnance de police
-qui imposa le port du «caleçon» à toutes les comédiennes, chanteuses,
-danseuses et simples figurantes des divers théâtres de Paris»[104].
-
-«Mlle Mariette n’est pas étrangère à l’ordonnance qui prescrivit les
-caleçons. Un soir, cette danseuse eut sa robe, ses jupons et ses
-paniers enlevés par les aspérités d’un décor sortant du dessous et posa
-pour l’antique pendant quelques secondes devant une salle fort garnie
-applaudissant à ce spectacle inattendu.»[105]
-
-Le lieutenant de police avait-il attendu l’accident pour intervenir,
-ou, en contravention, Mlle Mariette méritait-elle une amende, comme une
-vulgaire théâtreuse?
-
-La première des deux hypothèses est la plus plausible. L’Administration
-s’émeut toujours après, elle prévoit rarement.
-
-Une telle ordonnance ne pouvait pourtant passer inaperçue. Les plus
-graves problèmes de la politique ou de la diplomatie sont peu de
-choses, auprès des amours d’une comédienne ou des débauches d’une fille
-d’Opéra. Le _Journal des inspecteurs de M. de Sartines_ et les rapports
-de Marais sont, à ce point de vue, singulièrement édifiants. Paris a pu
-vieillir, mais n’a guère changé.
-
-Aussi, devons-nous à l’ordonnance, rendant le caleçon obligatoire, deux
-des pages les plus gaies peut-être de la correspondance de Grimm:
-
-«C’est Camargo qui osa la première faire raccourcir ses jupons, et
-cette invention utile qui met les amateurs en état de juger avec
-connaissance les jambes des danseuses, a été depuis généralement
-adoptée; mais alors elle pensa occasionner un schisme dangereux.
-Les jansénistes du parterre criaient à l’hérésie et au scandale, et
-ne voulaient pas souffrir ces jupes raccourcies; les molinistes, au
-contraire, soutenaient que cette innovation nous rapprochait de
-l’esprit de la primitive Église, qui répugnait à voir des pirouettes
-et des gargouillades embarrassées par la longueur des cotillons. La
-Sorbonne de l’Opéra fut longtemps en peine d’établir la saine doctrine
-sur ce point de discipline qui partageait les fidèles. Enfin, le
-Saint-Esprit lui suggéra, dans cette occasion difficile, un tempérament
-qui mit tout le monde d’accord; elle se décida pour les jupes
-raccourcies, mais elle déclara en même temps, article de foi, qu’aucune
-danseuse ne pourrait paraître au théâtre sans caleçon. Cette décision
-est devenue depuis un point de discipline fondamental dans l’église
-orthodoxe, par l’acceptation générale de toutes les puissances de
-l’Opéra et de tous les fidèles qui fréquentent ces lieux saints[106]».
-
-Mercier commente également cette ordonnance. Il ne la fait intervenir
-qu’après l’accident de Mlle Mariette et témoigne de l’ignorance dans
-laquelle les Parisiennes vivaient généralement de ce voile protecteur:
-
-«C’est toujours après l’accident que vient la loi réparatrice. Le jeu
-subit d’une décoration ayant accroché les jupons d’une comédienne et
-coupé son rôle, il s’ensuivit une ordonnance de police, qui enjoint
-à toute actrice ou danseuse de ne paraître sur les planches d’aucun
-théâtre sans caleçons.
-
-«L’actrice qui joue le rôle grave de Mérope ou d’Athalie n’en est pas
-plus dispensée que celle qui bondit et fait des cabrioles au-dessus
-des têtes pressées du parterre. Cette loi s’étend depuis la salle de
-l’Opéra[107] jusqu’à la loge du _grimacier_.
-
-«La tragédienne superbe, sous ses majestueux habillemens, et déjà
-respectable par elle-même, doit encore se munir de ce voile caché
-contre les accidents ignorés et imprévus, ainsi que la saltimbanque de
-chez _Nicolet_, pour qui ce vêtement n’est pas une précaution superflue.
-
-«Excepté les actrices, les Parisiennes ne portent point de caleçons;
-ils sont d’usage dans des pays plus froids. S’ils étaient adoptés
-à Paris, nos femmes délicates, qui aiment à courir partout, se
-préserveraient d’une infinité de maux que le froid et l’humidité leur
-occasionnent[108]».
-
-Garsault, en son _Art de la Toilette_, ne souffle mot du caleçon et
-la Du Barry, qui possédait de si jolis bidets, semble en avoir ignoré
-l’usage. Ainsi, laissait-elle apercevoir à Léonard, ce héros ridicule,
-«un petit pied et beaucoup plus de la moitié d’une jambe modèle
-exposés avec cette recherche de coquetterie qui s’inquiète peu du
-qu’en-dira-t-on».
-
-Le drôle n’ayant su cacher son ravissement la comtesse ne put
-s’empêcher de sourire:
-
-«Et tout en se récriant sur mon défaut de perspicacité la maîtresse de
-Louis XV fit sur son canapé le plus indiscret des mouvements, et put se
-convaincre que mes yeux savaient mieux pénétrer que mon esprit[109]».
-
-La jambe modèle devait être de beaucoup dépassée car, comme la plupart
-des Parisiennes, Jeanne Bécu ne portait point de pantalon.
-
-Quelques-unes, pourtant, commençaient à s’en munir pour monter à
-cheval, d’autre pour des raisons d’hygiène infiniment respectables,
-mais peu écoutées.
-
-Les premières suivant l’_Encyclopédie_ étaient assez nombreuses, les
-secondes: l’exception:
-
-«En France, plusieurs femmes portent actuellement des caleçons pendant
-l’hiver pour éviter des maladies; et pendant l’été, par propreté,
-presque toutes les bourgeoises qui vont souvent à la campagne, à
-cheval, portent aussi des caleçons[110]».
-
-Non moins que sœur Véronique, un subtil industriel s’était fait une
-spécialité de leur confection. Il y dut sa vogue et son surnom. La
-_Liste des Seigneurs et Dames venus aux Eaux de Spa, l’an 1773_,
-fournit l’adresse du personnage et donne l’origine de son surnom:
-
-«N. Pantalon, connu sous ce nom par la quantité qu’il en a faits,
-tant pour hommes que pour femmes, très commodes pour monter à cheval,
-demeure rue de la Sauvenière, à Spa[111].
-
-En Hollande, non pour monter à cheval, mais pour patiner, les femmes et
-les jeunes filles en portaient également:
-
-«Le prétendu de Mlle Casanova m’attacha des patins, et voilà les
-demoiselles en train, en courtes jupes, bien culottées en velours noir
-pour se garantir de certains accidents[112]».
-
-Bien plus, cet aventurier de Casanova nous révèle également ce détail:
-les servantes elles-mêmes prenaient soin de passer une culotte sous
-leurs paniers, lorsque certaines besognes les forçaient à dominer par
-trop la tête des passants.
-
-«Cette maison paraissait être un bloc de marbre, car l’extérieur en
-était recouvert comme l’intérieur; elle devait avoir coûté des sommes
-immenses. Le samedi, une demi-douzaine de servantes, perchées sur des
-échelles, lavaient ces magnifiques murs. Ces servantes, portant de
-larges paniers, étaient obligées de se mettre en culotte, car sans
-cela, elles auraient trop intéressé les passants curieux[113]».
-
-En vérité, je n’aurais jamais cru la Hollande aussi vertueuse, et tels
-personnages de Teniers nous avaient habitués à moins de retenue.
-
-Quant au caleçon des danseuses, il n’avait point tardé à rallier les
-suffrages des «amateurs». Il avait du bon et faisait mieux désirer ce
-qu’il cachait.
-
-L’«abonné» était déjà en puissance:
-
-«Vous voyez souvent en Angleterre, écrit l’_Espion anglais_, Mlle
-Heinel; mais il n’est pas possible qu’elle y ait montré son talent
-pour la pantomime comme elle l’a fait ici dans le ballet de _Médée
-et Jason_, où elle a rendu le rôle de la célèbre magicienne avec une
-vérité qu’on ne peut surpasser. Les demoiselles Allard et Peslin sont
-depuis trop longtemps au théâtre pour que vous ignoriez leur nom et
-leur mérite. Les gavottes, les rigaudons, les tambourins, les loures,
-tout ce qu’on appelle les grands airs leur fournissent sans cesse une
-occasion d’imaginer une variété de pas étonnante: leur chef-d’œuvre est
-surtout la gargouillade, c’est-à-dire les écarts, les tournoymens, les
-pirouettemens sur un seul pied, les développemens des charmes secrets,
-qu’un perfide caleçon dérobe sans cesse aux yeux, mais qui ne fait
-qu’irriter davantage les désirs des amateurs[114]».
-
-Certains n’étaient cependant pas sans protester, entre autres Robbé de
-Beauveset, cet enfant perdu de la Muse, qui vivait et soupait à Paris
-de son esprit et des deux pensions qu’il touchait, l’une de Mgr de
-Beaumont, archevêque de Paris et l’autre de Louis XV, que ses contes
-en vers amusaient. Robbé, qui, en ce moment ne tombait pas dans les
-convulsions du cloître Saint-Médard après avoir prêté aux caleçons
-une origine singulière dans son adaptation un peu libre du bref _Si
-femoralia_, fulmina dans ces termes contre ce qui n’était pas encore le
-«tutu» des danseuses:
-
- O caleçons! Voile modeste
- Qu’au détriment des yeux la pudeur déterra;
- A nos regards lascifs, obstacle trop funeste,
- Masque d’appas secrets, toujours on te verra
- Éclipser à nos yeux la cuisse blanche et leste
- De nos danseuses d’Opéra!
- Avant que la triste réforme
- Dont à jamais Dieu damne les auteurs,
- Eut fait sur tous les culs sauteurs
- Endosser l’habit uniforme,
- L’avide spectateur dressé sur ses ergots,
- Suivant dans l’air une jambe élancée,
- A l’aide d’une jupe à l’instant rehaussée,
- Des cuisses de nos camargos
- Découvrait du moins la naissance,
- L’orgueil d’un fémur portant à l’œil frappé,
- Par un hasard de luxure échappé,
- Aiguisait l’appétit de la concupiscence.
- On jouissait d’un beau cul dans les airs,
- Comme on jouit du brillant des éclairs.
- Mais qu’à présent une sauteuse alerte,
- Quittant la terre aux yeux du public enchanté,
- Communique au panier son élasticité
- Qu’aperçoit-on dessous? Qu’une cuisse couverte
- De son harnais plissé tout je ne sais comment,
- Et fait un vrai haut-de-chausse ottoman.
- Que le foudre sacré dont le pape Alexandre
- Pulvérisa jadis le caleçon romain
- Ne puisse-t-il réduire en cendre
- L’audacieux, l’impitoyable humain,
- Qui, sous ce béguin ridicule,
- De Terpsichore emboîta les genoux,
- Au mépris d’une sainte bulle,
- Comme au détriment de nous tous[115].
-
-En dépit de ces protestations, le caleçon passa à l’étranger et
-y devint obligatoire. A Rome, les danseuses durent en porter dès
-1765, et, en attendant que leurs maillots verts transformassent en
-grenouilles les marcheuses des théâtres napolitains, en 1780, une
-ordonnance pontificale contraignit, à Rome, les ballerines à porter des
-culottes de velours noir.
-
-Les marionnettes elles-mêmes n’échappèrent pas à cet empantalonnement,
-tant on avait du «nu» une crainte que n’eût point désavouée le plus
-vertueux des sénateurs:
-
-[Illustration]
-
-«Quant à la perfection des entrechats et des ronds de jambe de
-mesdames les marionnettes de Rome, je ne citerai qu’un fait qui me
-dispensera de toute autre louange. Les pudiques scrupules de l’autorité
-romaine ont astreint ces sages et irréprochables sylphides à porter des
-caleçons bleu de ciel, tant on craint les dangers de l’illusion[116]».
-
-O Guignol! une interpellation au Luxembourg, parce que, en se laissant
-choir, Mme Guignol aura laissé constater aux gosses assemblés qu’elle
-n’avait pas de pantalon.
-
-Mais il est vrai qu’elle n’a ni cuisses, ni jambes.
-
-Il y eut mieux, d’ailleurs. Si le caleçon était obligatoire, il était,
-en Espagne du moins, interdit aux danseuses de laisser apercevoir sous
-leurs jupes le leurre du caleçon et une amende d’un écu était réservée
-à celles qui avaient failli à cette prescription.
-
-Casanova raconte, non sans esprit, comment, à Barcelone, la Nina
-encourut l’amende et évita le lendemain son retour. Ce fut même là,
-suivant le Vénitien, l’origine de sa fortune. Mlle Churchill se fit
-aimer en laissant voir son derrière. Il en fut de même de l’artiste:
-
-—Comment le comte Ricla en est-il devenu amoureux?
-
-—Écoutez. L’histoire n’est pas longue et elle est singulière.
-
-«A peine arrivée à Barcelone, il y a deux ans, venant du Portugal, on
-la prit pour figurante dans les ballets, à cause de sa belle figure,
-car pour son talent elle n’en a pas: tout ce qu’elle fait fort bien
-est la _rebaltade_, sorte de saut en reculant et en pirouettant. Le
-premier soir qu’elle dansa, elle fut vivement applaudie du parterre,
-parce que en faisant la _rebaltade_, elle montra ses caleçons jusqu’à
-la ceinture. Or, il faut savoir qu’en Espagne, il y a une loi qui
-condamne à un écu d’amende toute danseuse qui, en dansant sur la scène,
-a le malheur de montrer ses culottes au public. Nina, qui n’en savait
-rien, se voyant applaudie, recommença de plus belles; mais à la fin du
-ballet, l’inspecteur lui dit qu’il lui retiendrait deux écus de son
-mois pour payer ses impudentes gambades. Nina jura, pesta, mais ne put
-s’opposer à la loi. Savez-vous ce qu’elle fit le lendemain pour éluder
-la loi et se venger?
-
-—Elle dansa mal peut-être?
-
-—Elle dansa sans caleçons et fit sa _rebaltade_ avec la même force,
-ce qui causa au parterre un tumulte de gaieté tel qu’on n’en avait
-jamais vu à Barcelone. Le comte Ricla qui, de sa loge, avait tout vu et
-qui se sentit à la fois saisi d’horreur et d’admiration, fit appeler
-l’inspecteur pour lui dire qu’il fallait exemplairement punir cette
-audacieuse autrement que par les amendes ordinaires.—En attendant,
-amenez-la moi.—Voilà Nina dans la loge du vice-roi, et qui, avec
-son air effronté, lui demande ce qu’il lui voulait.—«Vous êtes une
-impudente et vous avez manqué au public.—Qu’ai-je fait?—Le même saut
-qu’hier.—C’est vrai, mais je n’ai pas violé votre loi, puisque personne
-ne peut dire qu’il a vu mes culottes; car, pour être sûre qu’on ne les
-verrait pas, je n’en ai point mis. Pouvais-je faire plus pour votre
-maudite loi qui par surprise, me coûte déjà deux écus? Répondez-moi.»
-Le vice-roi et tous les grands personnages présents eurent besoin de se
-mordre les lèvres pour s’empêcher de rire, car dans le fond Nina avait
-raison, et une discussion approfondie sur cette loi violée ou non eût
-produit un grand ridicule. Le vice-roi, qui sentit la fausse position
-où il se trouvait, se contenta de dire à la danseuse que si à l’avenir
-il lui arrivait de danser sans culotte, elle irait passer un mois en
-prison au pain et à l’eau. Nina fut obéissante»[117].
-
-Le caleçon, c’était un peu pour le public le fruit défendu et sans qu’à
-Londres une loi aussi draconnienne interdit aux danseuses de laisser
-voir le leur, le parterre se montrait friand de ce voile intime. Mlle
-Coulon, qui, dans ses pirouettes, laissait voir jusqu’au dernier bouton
-de sa culotte, savait le prix que les spectateurs attachaient à cette
-exhibition:
-
-«La danseuse Coulon a dansé la première; il m’a paru ainsi qu’à tous
-les spectateurs qu’elle a fait beaucoup de progrès, surtout dans les
-sauts, car elle a fait voir au moins dix fois, dans de très longues
-pirouettes, le plus haut bouton de son caleçon; elle a été fort
-applaudie»[118].
-
-Au surplus, La Nina n’était pas seule à supprimer, quand il lui
-chantait, le caleçon réglementaire: les comédiennes, à qui il était,
-à vrai dire, moins nécessaire, ne se gênaient pas davantage. D’où ce
-dialogue emprunté à Casanova, car il faut toujours revenir à ce diable
-d’homme quand il s’agit de la fin du XVIIIe siècle:
-
-—Quand même nous saurions nos rôles comme le _Pater_, nous sommes
-certaines de rester court si le souffleur n’est pas dans son trou.
-
-—Fort bien, madame, dis-je à celle qui était chargée du rôle de
-Lindane, je remplirai moi-même votre trou, mais je verrai vos caleçons.
-
-—Il serait difficile, dit le premier acteur, elle n’en porte pas.
-
-—Tant mieux.
-
-—Vous n’en savez rien, monsieur, lui dit-elle[119].
-
-Cette manie aussi qu’ont certaines gens de ne pouvoir garder pour eux
-les petits secrets qu’une défaillance ou un moment d’abandon ont pu
-leur révéler!
-
-Quant au souffleur, ne le plaignez pas trop. Lorsque, dans un trou, il
-manque la réplique, ne croyez pas qu’il dorme, point du tout: il _voit_.
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-LES COSTUMES A LA GRECQUE
-
-
-_Notre-Dame de Thermidor, Thérèse Cabarrus, devenue la citoyenne
-Tallien, est la reine de la mode, elle se montre à Frascati, ainsi
-vêtue ou plutôt dévêtue, sa robe à l’athénienne fendue latéralement,
-laissant voir ses jambes dans un maillot couleur chair, avec des
-cercles d’or à la place des jarretières et des cothurnes à l’antique et
-des bagues à chaque doigt de ses pieds de statue._
-
- ROBIDA.
-
-
-[Illustration]
-
-
-LES COSTUMES A LA GRECQUE
-
-
-Avec la Révolution, les préoccupations changèrent. Il s’agissait bien
-des caleçons de la Nina, et ce n’était pas lorsque les hommes se
-disaient sans culottes que les femmes allaient se mettre à en porter.
-
-De belles aristocrates, chuchotant et riant dans une tribune de
-l’Assemblée nationale n’auraient pas été étrangères à l’appellation que
-prirent les patriotes:
-
-—Monsieur le Président, veuillez donc faire taire ces deux sans
-culottes! s’écria l’abbé Maury, dans une phrase dépourvue de
-galanterie[120]. Le mot fit fortune et resta.
-
-Il a sur d’autres mots l’avantage de fixer un détail de mœurs, en
-indiquant l’ignorance dans laquelle les belles dames du temps vivaient
-de ce vêtement.
-
-Il ne nous apprend rien, mais confirme ce que nous savions.
-
-Il en était de même des aimables vendeuses qui, au Palais-Royal,
-faisaient surtout commerce de leur corps, et ont valu aux anciennes
-galeries de bois une mauvaise réputation longue à disparaître.
-
-Comme dans les maisons Tellier, «Madame» fournissait leur trousseau
-aux pensionnaires, dont les charmes formaient le meilleur fonds de
-sa boutique. Mais, déjà, il arrivait à ces nymphes d’abandonner la
-retraite peu champêtre où elles célébraient à prix fixe les mystères de
-la blonde déesse, sans prendre soin de restituer à la tenancière les
-«dessous» qui leur avaient été prêtés.
-
-La partie lésée—dans l’espèce la demoiselle Testard, marchande
-mercière, avait l’unique recours de porter plainte devant le
-commissaire de police de la section. Ainsi connaissons-nous par le menu
-les moindres voiles des demoiselles Séraphine et Louise Boutet, âgées
-l’une de dix-sept ans et l’autre de seize. «Bas de coton, chemise de
-toile coton, à coulisse, et garnie d’un tour de mousseline brodée...
-jupon de dessous de taffetas rose... fichu de linon et bonnets de satin
-rose orné de blonde ou de satin blanc garni de gaze et dentelle en or».
-Ni l’une ni l’autre des délinquantes ne portait de corset et la gêne
-d’un pantalon leur était totalement inconnue.[121]
-
-Les culottes que ces dames ne portaient pas eussent été, cependant,
-plus que jamais utiles. Les fessées patriotiques qui allaient bientôt
-avoir la vogue eussent même été une suffisante excuse aux pantalons
-fermés.
-
-Cette pauvre Théroigne de Méricourt ne fût peut-être point devenue
-folle, si un pantalon eût atténué les effets de sa disgrâce, et
-combien de croupes plus aristocratiques eussent dû à cette percale
-providentielle de n’être point dévisagées par la populace.
-
-Dans la crainte de la fessée, certaines pour remédier au manque
-de pantalon, n’hésitèrent point devant une mesure radicale. Elles
-cousurent leur chemise, ce qui, pour reprendre un mot de Mme Cardinal,
-ne devait guère être commode.
-
-«A Lyon, le jour de Pâques 1791, au sortir de la messe de 6 heures,
-une foule, armée de fouets de corde, se précipite sur les femmes.
-Déshabillées, meurtries, le corps renversé, la tête dans la fange,
-elles ne sont laissées que sanglantes, demi-mortes; une jeune fille
-meurt tout à fait; et ce genre d’attentats se multiplie tellement qu’à
-Paris même, des dames, qui vont à la messe orthodoxe, ne sortent plus
-qu’avec leur chemise cousue en guise de caleçon»[122].
-
-Ainsi: «Se serait répandue, suivant quelques-uns, la coutume, chez les
-femmes de la bourgeoisie, de porter des pantalons»[123].
-
-Je ne crois pas, comme l’a fait un collaborateur de l’_Intermédiaire_,
-qu’il y ait lieu de généraliser cette mesure et de trouver dans la
-chemise cousue l’origine du pantalon.
-
-Les docteurs Cabanès et Nass donnent cette explication pour ce qu’elle
-vaut et ont raison.
-
-Cette chemise cousue, c’était un peu comme le sac, dont un hôtelier
-malouin affublait ses servantes pour déjouer les entreprises des
-voyageurs trop entreprenants:
-
-«Cette anecdote racontée par du Sommerard. Dans un voyage à la suite
-de l’Empereur, je crois à Cherbourg, il allait voir Saint-Malo,—en
-compagnie d’un vieux vaudevilliste. Ils étaient servis par une très
-jolie bonne. Le vieux vaudevilliste, très paillard de sa nature, la
-décidait à venir lui ôter ses chaussettes, le soir, dans sa chambre.
-La charmante fille était cousue dans un sac. C’était l’habitude
-d’alors de la maison, qui était, je crois, l’_Hôtel Chateaubriand_:
-toutes les servantes étaient ainsi cousues dans des sacs par le maître
-d’hôtel»[124].
-
-En Allemagne, suivant le Dr Percy, les religieuses d’un couvent de
-Bavière avaient mieux fait, et à l’approche des troupes françaises, ne
-s’étaient point contentées de coudre leurs chemises ou de revêtir des
-sacs. «Ces timides et respectables filles» s’étaient confectionnées de
-véritables culottes:
-
-«Dois-je dire en terminant que, dans la campagne de l’an VIII, les
-religieuses d’un couvent isolé de Bavière, effrayées à l’approche de
-notre armée, se firent à la hâte chacune une culotte particulière,
-que me montra dans la suite leur directeur, mais dont la sage retenue
-des Français fit bientôt reconnaître l’inutilité à ces timides et
-respectables filles»[125].
-
-Loin de s’être généralisé, l’usage de la culotte était si rare encore,
-que le trousseau fourni par le Directoire à Marie-Thérèse-Charlotte, la
-fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette n’en comptait pas.
-
-Au commencement de l’an IV, le gouvernement échangea, en effet, Madame
-Royale contre les représentants Camus et Drouet, l’ancien maître de
-poste de Sainte-Menehould, contre les ambassadeurs Maret et Sémonville,
-et contre le général Beurnonville, tous prisonniers de l’Autriche.
-
-Par les soins de Benezech, un trousseau fut établi pour la princesse,
-«par la citoïenne Veuve Soüel, marchande, rue du Faubourg-Honoré».
-
-M. P. Bonnassieux en a publié le devis dans le _Bulletin de la Société
-de l’Histoire de Paris et de l’Ile-de-France_[126]. Il offre de grandes
-analogies avec celui de Mlle de la Briffe d’Amilly (1785), publié deux
-ans plus tôt par M. J. Guiffrey[127].
-
-De part et d’autre, absence absolue de pantalons. Les chemises de la
-princesse sont «fines», tandis que celles de Mlle de la Briffe étaient,
-à part une, de simple toile. C’est à quoi se borne le linge de corps,
-car on ne saurait considérer comme tel des «frottoirs» de futaine ou de
-mousseline qui, à proprement parler, sentaient terriblement encore leur
-aristocrate.
-
-La fille de Louis XVI refusa ce don, comme on le pouvait prévoir, quand
-on lui remit, à Bâle, les deux caisses contenant l’envoi du Directoire.
-Toutefois, elle fit adresser ses remercîments à Benezech: «Je suis
-touchée de son attention, dit-elle, mais je ne puis accepter ses
-offres»[128].
-
-La Révolution avait accompli son œuvre. Aux bourrasques populaires qui,
-par la rue en délire, troussaient et fessaient les aristocrates, avait
-succédé la réaction thermidorienne. La Convention se décimait elle-même
-et envoyait ses membres les plus marquants à l’échafaud. Saturne
-dévorait ses enfants.
-
-Comme la poudre, le sang grise. Dans ce Paris plein de deuils, où il
-n’était une famille qu’ait épargnée la guillotine, l’on dansait à
-cœur joie. Sébastien Mercier, dans son _Nouveau Tableau de Paris_, a
-tracé un croquis vivant de ces bals d’une gaieté féroce. Les modes
-les plus osées, les plus contraires à notre climat et à nos mœurs y
-étaient lancées. On ne se vêtait pas, on se dévêtait à la grecque. Par
-une température souvent rigoureuse, le caleçon devait donc fatalement
-reparaître sur les cuisses nues des femmes.
-
-«Vingt-trois théâtres, dix-huit cents bals ouverts tous les jours;
-voilà ce qui compose les amusements du soir.
-
-«Ici des lustres embrasés reflètent leur éclat sur des beautés coiffées
-à la Cléopâtre, à la Diane, à la Psyché. Là une lampe fumeuse éclaire
-des blanchisseuses qui dansent en sabots avec leurs muscadins, au bruit
-d’une vieille (_sic_) nazillarde. Je ne sais si ces premières danseuses
-chérissent beaucoup les formes républicaines des gouvernements de
-la Grèce, mais elles ont modelé la forme de leur parure sur celle
-d’Aspasie; les bras nus, le sein découvert, le pied chaussé avec des
-sandales, les cheveux tournés en nattes autour de leurs têtes, c’est
-devant des bustes antiques que les coiffeurs à la mode achèvent leur
-ouvrage.
-
-«Devinez où sont les poches de ces danseuses; elles n’en ont point;
-elles enfoncent leur éventail dans leur ceinture; elles logent dans
-leur sein une mince bourse de maroquin où flottent quelques louis;
-quant à l’ignoble mouchoir, il est dans la poche d’un courtisan, à qui
-l’on s’adresse lorsqu’on en a besoin.
-
-«Il y a longtemps que la chemise est bannie; car elle ne sert qu’à
-gâter les contours de la nature, d’ailleurs, c’est un attirail
-incommode; et le corset en tricot de soie couleur de chair ne laisse
-plus deviner, mais apercevoir tous les charmes secrets. Voilà ce qu’on
-appelle être vêtue _à la sauvage_; et les femmes s’habillaient ainsi
-pendant un hyver rigoureux, en dépit des frimas et de neige»[129].
-
- * * * * *
-
-C’était, en attendant _Madame Sans-Gêne_, la _Sans-Gêne_, en tant que
-mode. Les vieilles gens n’étaient pas sans s’effarer un peu de ces
-nouveautés: le chansonnier Jean-Étienne Despréaux, qui, après avoir
-été danseur à l’Opéra et maître de ballets à la Cour, avait épousé,
-en 1787, la Guimard, sur le retour—elle avait alors quarante-quatre
-ans—leur a consacré, sur l’air de la _Bourbonnaise_, les amusants
-couplets que voici:
-
-_Grâce à la Mode_
-
-ou
-
-_La Sans-Gêne_
-
- Grâce à la mode,
- On n’a plus d’cheveux (_bis_)
- Ah! qu’c’est commode,
- On n’a plus d’cheveux,
- On dit qu’c’est mieux.
-
- Grâce à la mode
- On n’a plus d’corset, (_bis_)
- Ah! qu’c’est commode,
- On n’a plus d’corset,
- C’est plus vit’fait.
-
- Grâce à la mode,
- On n’a plus d’fichu, (_bis_)
- Ah! qu’c’est commode,
- On n’a plus d’fichu,
- Tout est fichu.
-
- Grâce à la mode
- Un’chemis’ suffit, (_bis_)
- Ah! qu’c’est commode,
- Un’chemis’ suffit,
- C’est tout profit.
-
- Grâce à la mode,
- Plus d’poches à présent, (_bis_)
- Ah! qu’c’est commode,
- Plus d’poches à présent,
- C’est plus commode.
-
- Grâce à la mode,
- On n’a plus qu’un vêt’ment, (_bis_)
- Ah! qu’c’est commode,
- On n’a plus qu’un vêt’ment
- Qu’est transparent.
-
- Grâce à la mode,
- L’mouchoir à la main, (_bis_)
- Ah! qu’c’est commode
- L’mouchoir à la main,
- Sert de maintien.
-
- Grâce à la mode,
- On va sans façon, (_bis_)
- Ah! qu’c’est commode,
- On va sans façon
- Et sans jupon.
-
- Grâce à la mode,
- On n’a rien d’caché, (_bis_)
- Ah! qu’c’est commode,
- On n’a rien d’caché,[130]
- J’en suis fâché.
-
-Ces couplets semblent, en vérité d’hier et viser, non les _Incroyables_
-de l’an VI, mais les aimables petites femmes, qui, ces dernières
-années, _aux quatre heures de la toilette des dames_ avaient ajouté
-celle du tango.
-
-Elles étaient vêtues, elles aussi, à la _Sans Gêne_, leur jupon ne les
-importunait guère, et elles ne cachaient pas grand’chose—qui songeait
-à s’en fâcher, à part les maris et les amants jaloux? de leurs charmes
-réputés les plus secrets.
-
-Ah! Parisiennes, qui, sous le voile de la Croix-Rouge, avez su faire
-succéder du jour au lendemain, à ces frivolités votre inlassable
-dévouement et l’inépuisable trésor de vos soins, qui dira jamais votre
-grâce et votre cœur?
-
-Ne nous émotionnons pas, cependant, et revenons aux contemporaines
-de Thérésia Cabarrus, de Mlle Lange et de la belle Madame Hamelin.
-L’honnête citoyen Mercier continuera à être notre guide:
-
-«On distingue celles qui ont mis des bagues aux doigts de leurs pieds,
-celles qui portent un vêtement étroit, couleur de chair, et si étroit,
-«qu’on peut gager qu’il n’y a pas de chemise sur la peau»[131].
-
-Les Américaines n’ont donc rien innové en supprimant la chemise sous
-la combinaison. Quant à ce vêtement si étroit, il n’est autre que le
-pantalon.
-
-Cette façon nouvelle de s’habiller comportait en effet, cet accessoire
-nouveau. C’était très joli aux femmes de montrer leurs cuisses sous la
-jupe fendue, mais, elles étaient un peu comme Pauline Borghèse: si le
-nu ne les gênait pas, le froid les eût incommodées.
-
-Le pantalon était le corollaire nécessaire du costume à la grecque. Ce
-fut sa rentrée en scène effective.
-
-Mercier ne se borne pas à signaler la chose, il crée le mot:
-
-«Quel bruit se fait entendre? Quelle est cette femme que les
-applaudissements précèdent. Approchons, voyons. La foule se presse
-autour d’elle. Est-elle nue? je doute. Approchons de plus près; ceci
-mérite mes crayons; je vois: son léger pantalon, comparable à la
-fameuse culotte de peau de Mgr le comte d’Artois, que quatre grands
-laquais soulevaient en l’air pour le faire tomber dans le vêtement, de
-manière qu’il ne formât aucun pli; lequel, ainsi emboîté tout le jour,
-il fallait déculotter le soir, en le soulevant de la même manière et
-encore avec plus d’efforts; le pantalon féminin, dis-je, très serré
-quoique de soie, surpasse peut-être encore la fameuse culotte par sa
-collure parfaite; il est garni d’espèces de brasselets. Le juste au
-corps est échancré savamment, et sous une gaze artistement peinte,
-palpitent les réservoirs de la maternité»[132].
-
-Pardonnons à Mercier ces «réservoirs de la maternité», pour lui savoir
-gré seulement d’avoir substitué au vilain mot caleçon, cet autre, si
-joli et si moderne, aujourd’hui entré dans la langue, autant que dans
-les mœurs: le pantalon féminin.
-
-Comme Brantôme et comme l’Espion anglais, Mercier en dit le charme:
-
-«Le pantalon couleur de chair, strictement appliqué sur la peau, irrite
-l’imagination et ne laisse voir qu’en beau les formes et les appas les
-plus clandestins.»
-
-Pantalons de merveilleuses, pantalons de Thérésia Cabarrus, maillot
-plus encore que pantalon, dont le _Portefeuille d’un Incroyable_[133]
-et le joyeux caricaturiste Robida ont également chanté le los:
-
-«Notre-Dame de Thermidor, Thérèse Cabarrus, devenue la citoyenne
-Tallien, est la reine de la mode, elle se montre à Frascati, ainsi
-vêtue ou plutôt dévêtue, sa robe à l’athénienne, fendue latéralement,
-laissant voir ses jambes dans un maillot couleur chair, avec des
-cercles d’or à la place des jarretières et des cothurnes à l’antique et
-des bagues à chaque doigt de ses pieds de statue»[134].
-
-D’autres, des professionnelles, étaient plus dévêtues encore. Elles
-avaient bien emprunté à Thérésia Cabarrus sa jupe de gaze, mais, pour
-mieux faire valoir leurs charmes, elles avaient négligé d’infliger à
-leur nudité le mensonge d’un maillot.
-
-Les inspecteurs de police dont les potins et les ragots cherchaient
-à tromper, le matin, l’ennui de Louis XV, n’étaient pas morts avec
-l’ancien régime. L’un deux, semblant avoir, par avance, trempé sa plume
-dans l’écritoire de Joseph Prudhomme, rendait compte ainsi à la place
-de Paris de ce que l’on voyait, le dimanche 26 mars 1799, dans le
-Jardin des Tuileries:
-
-«A 7 heures du soir dans les Tuileries, deux femmes se promenaient,
-étant vêtues d’une chemise de gaze rose sous laquelle on voyait leurs
-corps absolument nus.
-
-«Cette mise indécente a occasionné un attroupement de curieux. La Garde
-a fait justice au total, en dissipant l’attroupement et en chassant ces
-deux femmes[135]».
-
-Une couverture eût été plus indiquée que la main de fer, eût-elle
-chaussé le gant de velours. Les malheureuses ne devaient pas avoir
-chaud.
-
-En dehors des rhumes, des bronchites toujours à craindre et de la garde
-qui semblait avoir abandonné les barrières du Louvre pour s’intéresser
-davantage à celles qui n’étaient pas opposées à la curiosité des
-hommes, ces élégances n’étaient pas sans danger.
-
-En voiture ou à Frascati:
-
-«De l’ancien Frascati vestale enamourée», le costume à la grecque
-pouvait être de mise, mais, il était imprudent de l’arborer, le
-dimanche, aux Champs-Élysées, parmi les bousculades et les liesses
-populaires.
-
-Les fessées patriotiques et le supplice de Théroigne n’étaient pas si
-lointains, que ces dames du quatrième État aient sans esprit de retour
-renoncé à ces petits jeux.
-
-Lisez plutôt le _Supplément à la Quotidienne_ du 3 messidor 1797; c’est
-une scène de lavoir, digne au surplus de la muflerie des hommes et
-femmes, un dimanche d’été, dans le métro:
-
-«Les hommes avaient commencé il y a quelques années à se parer d’une
-sorte d’habit moitié grec moitié polonais. Rien au monde n’était
-ridicule comme le manteau des Grecs sur des épaules parisiennes. Ce
-ridicule fut bientôt senti, et l’on ne vit plus errer ni dans nos
-carrefours ni dans nos halles ces nouveaux Achilles, ces Agamemnons,
-ces Orestes qui paraissaient plutôt des échappés de théâtre que des
-citoyens français.
-
-«Nos dames sont saisies d’une manie semblable, mais il faut avouer que
-le costume antique leur sied beaucoup mieux. Dans les théâtres, les
-bals et les jardins particuliers cette nouveauté attire l’attention des
-curieux, ce qui flatte l’amour-propre des jolies femmes, mais ce diable
-de peuple est monté sur un autre ton, il est né moqueur, et puis il
-éprouve je ne sais quel malin plaisir à se dédommager par ses sarcasmes
-énergiques des avantages qu’il ne partage point avec la classe opulente.
-
-«Dimanche dernier, deux femmes très jolies, très bien faites et parées
-à la grecque arrivent aux Champs-Élysées dans un léger phaéton. Elles
-n’avaient point de cavaliers, mais elles conduisaient un enfant pour la
-décence, et cet enfant était l’Amour lui-même, il ne lui manquait que
-des ailes.
-
-«Descendues de leur char triomphal elles entrent dans ces allées
-où, tout autre jour elles n’eussent entendu que les madrigaux et
-les soupirs de leurs admirateurs; mais c’était un dimanche et les
-imprudentes avaient oublié que ce jour-là est, parmi nous, celui des
-saturnales.
-
-«Elles entrent donc au milieu de la satyrique cohue. A l’instant des
-cris, des brouhahas, des éclats de rire se font entendre de toutes
-parts.—Regardez donc cette robe transparente.—A-t-elle un pantalon ou
-n’en a-t-elle pas?—Regardez-y, messieurs, regardez-y. C’est à vous de
-juger cette affaire.
-
-«La foule augmente, on se pousse, on se presse autour d’elles. C’est à
-qui les verra, les uns grimpent sur les épaules de leurs voisins, les
-autres se glissent entre leurs jambes...
-
-«Imaginez, cher lecteur, s’il est possible, ce qui se passait dans
-l’âme de nos deux héroïnes. Leur teint délicat et frais rougit de honte
-et de colère: elles veulent fuir, mais comment? Entourées par dix mille
-individus elles ne peuvent pas même faire un pas...
-
-«O peuple discourtois! la pitié n’entre-elle donc pas dans ton âme! et
-deux jolis minois n’ont-ils donc aucun pouvoir sur toi?
-
-Ne chargeons point pourtant les hommes d’une accusation aussi grave,
-seuls ils n’eussent point prolongé aussi longtemps le supplice de
-leurs intéressantes victimes. Mais vous devinez d’où partaient les
-traits les plus empoisonnés.
-
-«Toutes ces petites bourgeoises, qui dans leurs habits du dimanche se
-trouvaient tout à coup éclipsées firent bientôt dégénérer la curiosité
-en outrage, ce furent-elles qui poussèrent les hommes autour de nos
-deux infortunées et qui leur dictèrent les épigrammes les plus acérées.
-L’on reconnaît bien à ce trait le génie féminin. Chacun voulut plaire à
-sa jalouse compagne, et chacun devint coupable.
-
-«Pour finir en un mot, la force armée accourut à ce rassemblement,
-trouva nos deux victimes immolées à la risée publique et parvint à les
-soustraire à leurs barbares sacrificateurs.»
-
-L’esprit public n’a point changé et la foule n’est pas devenue
-meilleure: les infortunés mannequins qui cherchèrent à lancer les
-premières jupes-culottes en firent la cruelle expérience. Qu’il
-n’arrive pas une femme d’avoir à rattacher sa jarretelle à la traversée
-d’un marché, des femmes pourtant, rien que des femmes, si on peut leur
-donner ce nom, ne lui épargneront aucun quolibet et nulle injure...
-est-ce qu’elles en portent, elles, des jarretelles?
-
-Le bon sens des Parisiennes et le climat ne devaient pas tarder à
-avoir raison, en dehors des jalousies dominicales, d’une mode jolie
-peut-être, mais absurde, loin du ciel et du soleil de l’Hellade.
-
-Le costume à la grecque disparut et avec lui le pantalon couleur chair.
-
-Il n’allait pas tarder à reparaître sous une autre couleur.
-
-[Illustration]
-
-
-
-
- L’EMPIRE, LA RESTAURATION.
- LA MONARCHIE DE JUILLET
-
-
-_Quant à l’inexpressible, sachez-le, mes belles lectrices, il est
-absolument moderne et même contemporain, c’est une mode anglaise et nos
-grand’mères ne le connaissaient pas._
-
- VIOLETTE.
-
-
-_Hortense a beau être reine et avoir fait le beau Dunois, elle est
-aussi une vraie grande dame; elle fuit les extravagances, les modes du
-lendemain, mais elle a ses coquetteries particulières et inusitées,
-comme ces pantalons brodés de malines ou de mousseline festonnée que
-nulle autre ne porte._
-
- H. BOUCHOT.
-
-
-[Illustration]
-
-
-L’EMPIRE, LA RESTAURATION, LA MONARCHIE DE JUILLET
-
-
-Quant à l’inexpressible, sachez-le, mes belles lectrices,—écrivait
-Violette dans son _Art de la Toilette_—il est absolument moderne et
-même contemporain: c’est une mode anglaise et nos grand’mères ne les
-connaissaient pas»[136].
-
-C’est là se montrer un peu affirmatif. Il en est de même de l’élégant
-dessinateur Vallet, qui fait seulement remonter l’usage du pantalon au
-règne de Charles X.
-
-«C’est vers la fin du règne de Charles X que les femmes commencent à
-porter des pantalons mais cet usage ne se généralisa que beaucoup plus
-tard et rencontra tout d’abord de violentes résistances»[137].
-
-En ce qui touche les résistances, M. Vallet, qui a semé dans la _Vie
-Parisienne_ et dans l’ancien _Chat Noir_ tant de jolis croquis, est
-dans le vrai. Elles furent violentes et de longue durée.
-
-Quant à la date, il convient de faire des réserves. Le pantalon n’avait
-pas attendu la fin de la Restauration pour se produire. La lutte durait
-à cette époque, depuis plus de vingt ans déjà et l’avantage ne semblait
-pas appartenir au pantalon lorsque «le pieux monarque» dut reprendre le
-chemin de l’exil.
-
-«Mode anglaise», comme le dit avec raison Violette. Retirée à
-Rodney-Hall, au milieu d’anciennes émigrées, dans une sorte de maison
-de retraite que dirigeait Mme de Mirepoix, Mlle de Condé n’avait pas
-assisté sans étonnement à cette nouveauté. Les pantalons des jeunes
-filles, comme leurs jupes courtes et leurs jeux, la scandalisaient un
-peu.
-
-[Illustration]
-
-Faisant déjà très vieille dame, elle écrivait à son père:
-
-«Je suis prête à me persuader qu’au lieu de cinquante ans, j’en ai deux
-cents par le changement de tout ce que j’ai vu et connu autrefois.
-Par exemple, pour les jeunes personnes, au lieu de cette décence de
-maintien, de cette retenue, de tous ces devoirs de bienséance de notre
-temps, j’ai sous les yeux des _culottes_—très nécessaires à la vérité
-pour les extraits de jupes qui les couvrent—une manière de courir en
-faisant voir les jambes au-dessus du genou. Plus des simples jeux de
-notre enfance. Collin-maillard, les Quatre-coins, avaient quelque
-apparence de règle: il n’en faut plus, il faut aller devant soi sans
-savoir où l’on va, se pousser, se jeter par terre, se rouler sur
-l’herbe»[138].
-
-Pantalons de fillettes, soit; mais les femmes n’allaient pas tarder à
-s’en emparer. Une tentative assez sérieuse, du pantalon pour se glisser
-dans la toilette des femmes, marqua les premières années de l’Empire.
-L’exemple partit de haut, la reine Hortense adopta la mode nouvelle et
-y resta fidèle.
-
-—Mademoiselle, je dois commencer par vous prévenir que je ne porte pas
-de jupon.
-
-J’ai connu une aimable femme pour qui tout essayage débutait par cette
-phrase, alors que ce n’était pas là encore une mode générale.
-
-Il en était de même il y a plus d’un siècle, et c’est même au manque de
-jupons ou à leur réduction au strict minimum, par quoi se signalaient
-les élégantes, que La Mésangère, dans son intéressant _Journal des
-Dames et des Modes_, attribue la première vogue du pantalon en 1804:
-
-«Depuis quelques jours plusieurs ménages de Paris sont en querelle, les
-dames, accoutumées à ne porter qu’une seule robe, s’obstinent malgré la
-saison, à se vêtir toujours aussi légèrement qu’en été; les médecins et
-les époux vouloient que ces dames missent un jupon de plus; la plupart
-des femmes ont opposé la résistance la plus opiniâtre, vu qu’un jupon
-de plus nuisait au transparent et grossissait les formes.
-
-«Quelques-unes avoient menacé du divorce, au cas qu’on voulut les
-soumettre à une mesure aussi vexatoire; enfin la plus adroite d’entre
-elles a accommodé l’affaire en adoptant un caleçon de laine qui
-réchauffe sans grossir; ce terme moyen a été généralement suivi;
-en conséquence on peut assurer que la plupart de ces dames portent
-aujourd’hui la culotte»[139].
-
-Vogue passagère, si passagère que La Mésangère avait totalement
-oublié cet amusant écho lorsqu’il écrivait dans son _Dictionnaire des
-Proverbes Français_, ce passage souvent cité qui ne fait remonter qu’à
-1809 l’apparition du pantalon en France:
-
-«En 1807, nous arriva de Londres la mode des pantalons pour les
-petites filles. Les exercices de saut se pratiquent en Angleterre dans
-les écoles de jeunes filles; c’est pour cela qu’on leur a donné des
-pantalons. Le goût français ayant fort embelli ce vêtement, quelques
-femmes, au printemps de 1809, tentèrent de se l’approprier.
-
-«On les vit se promener en pantalon de perkale garni de mousseline, les
-unes sur les boulevarts, les autres aux Tuileries. Quoique leur robe
-fût longue et le pantalon très peu visible, elles marchaient les yeux
-baissés, parce que tout le monde avait le regard fixé sur elles.
-
-«Ces pantalons furent jugés comme les hauts-de-chausses dont parle
-Henri Estienne dans le premier de ses _deux Dialogues du langage
-français italianizé_...»[140]
-
-Dans ses _Nouvelles d’il y a cent ans_, l’_Echo de Paris_ a signalé
-cette nouveauté qui frisait presque le scandale:
-
-«Tant de garnitures de robes blanches, tant de pamélas de paille
-jaune, de pèlerines découpées, de petits fichus effilés, de cothurnes,
-parurent, le 27 (avril), aux Tuileries, qu’on avait de la peine à se
-rendre compte des demi-toilettes de la veille. Les cothurnes étaient
-vert tendre ou citron. On voyait aussi des guêtres de nankin: une dame
-même avait un pantalon garni, froncé à la cheville, et qui dépassait la
-robe de deux doigts[141]».
-
-Un aimable érudit, collaborateur assidu de l’_Intermédiaire_, a
-retrouvé un document curieux de l’époque, c’est un «patron de calesson
-rectifié» datant de 1806, pour le tracé duquel on avait fort mis à mal
-de superbes parchemins du XVIe siècle.
-
-Ajouterai-je que la dame pour qui ce patron avait été rectifié
-jouissait d’avantages postérieurs et ne rappelait en rien la fameuse
-poupée à Jeanneton.
-
-C’était là l’exception; non les avantages postérieurs, mais le
-pantalon. Peu de femmes souscrivirent à la nouvelle mode. De toutes les
-clientes de Leroy, le grand couturier du temps, la reine Hortense est
-seule à en porter, ou du moins à en commander.
-
-Le _grand-livre de Leroy_, conservé à la Bibliothèque Nationale[142],
-nous révèle, à côté du compte plutôt modeste de Mlle de Vienne, du
-Théâtre-Français et des riches costumes de chasse de la reine de
-Naples, ces voiles d’un ordre plus intime au débit de la fille de
-Joséphine, pour l’année 1812:
-
-Juin 12. Façon d’un pantalon de percale, 18 francs.
-
-Juin 13. Blanchissage d’un pantalon et de la robe 5 fr.; Façon d’un
-pantalon avec bordure, 24 francs.
-
-Septembre 27. Façon de deux pantalons de percale garnis de mousseline
-festonnée à 18 fr.; 36 francs,[143].
-
-Peut-être trouvera-t-on que c’était un peu cher pour la percale, mais
-c’était une originalité et toute originalité se paie.
-
-L’Impératrice n’avait pas sacrifié, elle, à cette nouveauté. Son
-trousseau comprenait bien 500 chemises—elle en changeait trois fois
-par jour—148 paires de bas de soie blancs, 32 de soie rosés, et 18 de
-couleur chair, mais c’est tout juste si on pouvait leur adjoindre «deux
-pantalons en soie de couleur chair pour monter à cheval»[144].
-
-A part Hortense et quelques audacieuses que la chose avait pu tenter,
-les grandes dames de l’Empire ignoraient, comme nos aïeules, «ce petit
-vêtement inutile et bizarre»[145] et Colombine était dans le vrai,
-lorsqu’elle transcrivait dans l’ancien _Gil-Blas_, ces spirituelles
-paroles d’un académicien:
-
-«Voyez-vous, madame, dans ma jeunesse, sous l’Empire, les femmes ne
-portaient pas de pantalon, si bien que lorsque nous apercevions, ne
-fut-ce que cinq centimètres de jambe sous la jupe, notre imagination
-grimpait le long des bas et nous entraînait extasiés vers des régions
-aussi intimes que délicieuses. Nous ne voyions pas, mais nous savions
-que nous pourrions voir, le cas échéant: Victor Hugo n’a-t-il pas dit
-que c’était déjà quelque chose de regarder un mur derrière lequel il y
-avait quelque chose. Mais, aujourd’hui, quand même nous apercevrions
-la jambe jusqu’au genou, nous savons que là notre vue serait
-irrémédiablement arrêtée par un obstacle, que notre voyage suggestif
-aboutirait à un entonnoir de batiste et nous nous arrêtons découragés
-au pied du mur»[146].
-
-Les tentatives du pantalon pour prendre place parmi les dessous de la
-femme se renouvelleront sous la Restauration et ne seront pas souvent
-plus heureuses. Tantôt gagnant, tantôt perdant, le pantalon, beau
-joueur, ne renoncera pas à la lutte. Il la poursuivra sous la monarchie
-de Juillet, et enfin verra la Crinoline, la fameuse crinoline, amener
-l’heure de son triomphe, comme jadis les vertugades avaient amené celui
-du «calesson».
-
-Pauvre crinoline, pour nous si laide et si ridicule, quelles armes
-n’a-t-elle point fournies aux caricaturistes; les vertugades
-n’avaient-elles point eu contre elles les prédicateurs et les
-moralistes[147]?
-
-La chute de l’Empire et le retour des Bourbons n’avaient cependant pas
-étouffé la foi qu’avait le pantalon dans son... étoile. En 1817, deux
-planches du _Bon Genre_ évoquent empantalonnées les novatrices du jour.
-Ce sont: les _Parisiennes à Fontainebleau_ et les _Grâces en pantalon_.
-
-Évoquant et pastichant le groupe de Canova, l’une, de dos, en bleu,
-tient par l’épaule et le haut du bras ses deux compagnes. Sa jupe
-s’arrête à mi-jambes, et, jusqu’à la cheville, où le serre une
-coulisse, pour s’évaser ensuite en un plissé, tombe son pantalon, bleu
-également, assorti à la robe.
-
-Les jupes des deux autres jeunes femmes sont plus courtes encore.
-L’une verte, relevée par devant jusqu’aux genoux, découvre le pantalon
-blanc, qui, s’amincissant et formant des plis, couvre de son volant les
-cordons du cothurne.
-
-La troisième semble en peignoir, ou peu s’en faut... Garni d’un
-ruché, celui-ci s’entr’ouvre haut, livrant aux regards, semblable
-aux précédents et d’un jaune tirant au vert, cet accoutrement
-extraordinaire et à moitié turc qu’était un pantalon de femme en 1817.
-
-La décence pouvait y gagner, mais, à voir cette planche, on comprend
-que les femmes comme il faut aient eu leurs préjugés et que les femmes
-comme il en faut aient osé seules arborer ce travesti.
-
-«Ce costume, à demi-masculin, ajoutait en effet La Mésangère, a quelque
-chose d’étrange, et le petit nombre de femmes qui se sont montrées en
-pantalon sur les boulevards et aux Tuileries ont été l’objet d’une
-curiosité si inquiétante, que les filles seules ont osé adopter ce
-vêtement»[148].
-
-Les filles... et les petites filles; tout au moins pour prendre leurs
-leçons de gymnastique, car il apparaît déjà comme le corollaire
-nécessaire des exercices physiques. La fillette de bon ton a, par jour,
-une «heure de gymnastique en blouse et larges pantalons marins»[149].
-
-Mais, en dehors du trapèze et des anneaux, le pantalon restait ignoré.
-Il ne figure dans aucun trousseau de mariage. M. Henri Bouchot a
-reproduit le devis de celui de Mlle de Luxembourg. Il comprend bien
-«huit douzaines de chemises brodées au plumetis, deux douzaines de
-jupons, une douzaine de camisoles, une douzaine et demie de fichus de
-nuit, deux douzaines de serre-tête en batiste, etc.,[150]» mais nulle
-apparence de pantalons.
-
-L’_Almanach des Modes_ donne la composition d’un trousseau, en cette
-année 1817. Malgré la longueur de ce document, je ne crois pas inutile
-de le reproduire. Il est instructif et a son intérêt:
-
-«Voici une note exacte de ce qui compose le trousseau d’une riche
-héritière; elle est puisée aux meilleures sources. Nous en appelons à
-toutes les demoiselles; qu’elles disent s’il y a rien là de superflu.
-
-«Deux douzaines de chemises de toile de Frise, petits poignets garnis
-en Valenciennes;—2 douzaines _id._ de percalle, poignets brodés; 18
-chemises de toile pour la nuit;—6 _id._ de percale forme montante
-et manches longues, avec garniture de mousseline au col; lesquelles
-peuvent servir de jupon et de camisole;—6 camisoles de nuit, garnies
-en feston;—6 _id._ pour le matin, garnies de bandes brodées;—6
-jupons de basin superfin;—6 _id._ de percalle, à garnitures variées
-en mousseline;—12 bonnets de nuit en batiste d’Écosse, garnis de
-mousseline brodée et festonnée;—4 douzaines de mouchoirs de batiste
-à vignette blanche;—1 douzaine _id._ de toile superfine;—1 douzaine
-_id._ de batiste brodée;—4 douzaines de serviettes de toilette;—6
-peignoirs de toilette;—1 douzaine de frottoirs;—8 robes de percalle,
-façons diverses;—4 robes-redingote;—1 robe de mariage en mousseline
-des Indes (la garniture unie à fournir par le futur, doit être du prix
-de 150 fr. au moins);—12 fichus et canezous en mousseline brodée,
-garnis de tulle;—3 bonnets de mousseline brodée;—4 pièces de petite
-dentelle;—6 douzaines de paires de bas superfins;—2 pièces de percalle
-pour employer à volonté;—colerettes, bandes brodées;—1 douzaine
-de madras;—1 douzaine de taies d’oreiller garnies de dentelle;—4
-couvre-pieds en percalle garnis;—1 couvre-pieds de parade, point de
-Bruxelles;—1 douzaine de coiffes de pelottes, brodées avec chiffre et
-dentelle;—1 robe de cachemire blanc à bordure pour le matin;—_id._ à
-palmes pour le soir»[151].
-
-Cette lingerie prêtait, bien entendu, matière à exposition et à
-protocole:
-
-«Quelques jours avant le mariage, le trousseau doit être disposé sur
-une table que l’on recouvre de mousseline ou de quelqu’autre étoffe
-précieuse, pour être montré aux parents et amis. Les différentes
-parties en sont nouées avec des faveurs, et séparées par des bouquets
-de fleurs artificielles.
-
-«Il faut ajouter au trousseau de la mariée le cadeau qu’elle doit faire
-à son futur; il est aussi simple qu’autrefois. Ce sont:
-
-«Deux chemises de batiste;—1 paire de manchettes et jabot de
-dentelles;—2 cravates de mousseline;—2 madras[152]».
-
-Après le trousseau, la corbeille:
-
-«Le futur donne en échange de ce présent une _corbeille de mariage_
-renfermant:
-
-«Une douzaine d’éventails riches et variés;—4 aumonières garnies en or
-et en acier;—3 douzaines de gants longs; 6 douzaines de gants courts;—1
-douzaine de bourses variées, en or et soie, en acier, en perles;—2
-flacons en cristal de roche avec bouchons d’or;—jarretières élastiques
-avec coulants, médaillons, etc.;—1 bonbonnière d’écaille blonde avec
-cercles d’or;—1 bonbonnière en cristal; 12 robes de fantaisie;—1 voile
-d’Angleterre;—1 cachemire long;—1 cachemire carré; 1 robe de tulle;—1
-robe lamée;—nécessaire complet en vermeil;—1 écrin;—1 buisson de
-fleurs artificielles;—1 paquet de plumes d’autruche.
-
-«A la _corbeille_ on joint souvent un _sultan_, dans lequel on met les
-gants et les éventails, et que l’on garnit d’odeurs. On doit aussi
-remplir d’or une ou même plusieurs des bourses que l’on dépose dans la
-corbeille[153]».
-
-Frottoirs, bonnets de nuit, madras! une douzaine ou deux de pantalons
-sembleraient sans doute, aujourd’hui moins «superflues».
-
-Mais, malgré les deux estampes du _Bon Genre_, cet accessoire
-était loin d’être entré dans les mœurs. A la scène même, oubliant
-l’ordonnance de police qui y avait rendu, jadis, le caleçon
-obligatoire, combien de jolies filles n’en portaient pas. A Toulouse,
-Louis Minet de Rosambeau, le roi des comédiens ambulants, le fit, à
-cette époque, prouver jusqu’à l’évidence à une de ses pensionnaires:
-
-«Une soubrette imprudente, qui ne souffrait d’observation de personne,
-obstruait la scène pendant les entr’actes, faisant la roue, le dos
-appuyé contre le rideau, au milieu d’un demi-cercle d’abonnés du
-théâtre. Un soir de représentation qu’elle restait sourde, selon
-son habitude, aux injonctions de Rosambeau, qui tenait l’emploi
-de régisseur, celui-ci fit monter la toile. La tige de bois qui la
-traverse en bas releva les jupes de la mijaurée, laquelle, paraît-il,
-ne portait pas ce soir-là de linge protecteur. Aussitôt effroi, fuite
-précipitée des gandins et hilarité de la salle devant la soubrette vue
-de... dos. Après cet intermède imprévu, pendant lequel notre héros
-s’était désopilé la rate, blotti dans le manteau d’arlequin, le rideau
-retomba.
-
-—Ça m’est égal, dit à ce moment la soubrette, cherchant à dissimuler sa
-colère, _ils n’ont pas vu la figure_!
-
-«Le mot est resté[154]».
-
-Ce n’est pas que la femme négligeât, pour reprendre l’expression de
-Brantôme, d’entretenir sa jambe belle. Le luxe des bas était extrême,
-au contraire, et ce billet emprunté au _Journal des Dames et des
-Modes_, en donne une idée:
-
-«Voulez-vous, mon cher Edmon, mettre quelque chose de très nouveau dans
-la corbeille de votre future, achetez une demi-douzaine de bas de fil
-de dentelle de M. Dubost; chaque paire ne coûte que 172 francs. Achetez
-vite pendant que vous êtes amoureux; car après...[155]»
-
-On ne porte pas des bas de ce prix-là pour les enfouir dans des tuyaux
-de percale ou de mérinos.
-
-Les petites filles semblent à peu près seules à en porter en 1819; on
-les assortit à leur robe:
-
-«Même en hiver, le pantalon des petites filles avait toujours été
-blanc; on le fait en mérinos, comme la robe et on le garnit de
-fourrure[156]».
-
-En 1820, cependant, le pantalon semble prendre le meilleur et quelques
-femmes commencent à en porter; nouveauté que le recueil de La Mésangère
-n’est pas sans trouver un peu ridicule.
-
-Dans un article consacré au budget d’un ménage parisien, on lit, à la
-date du 31 mai 1820:
-
-«On ne croirait pas une chose, c’est qu’une des plus fortes dépenses de
-ma belle est en caleçons; elle en fait faire par douzaines, et elle ne
-monte pas une fois à cheval, elle ne rentre pas du bal ou du bain que
-ses pauvres caleçons ne soient en loques; elle a une ouvrière à demeure
-exprès pour les entretenir[157]».
-
-Plus que jamais, La Mésangère attribue au pantalon une origine
-anglaise; l’explication qu’il en fournit ne laisse pas d’être assez
-inattendue:
-
-«On sait que les Anglaises ont plus d’occasions que nos dames de faire
-des voyages sur mer, et par conséquent de monter à l’échelle, qui
-est ordinairement fixée le long du bord du vaisseau. Comme elles ont
-remarqué qu’en cette circonstance elles étaient exposées à laisser trop
-voir leur jambe, elles ont, par bienséance, et non par coquetterie,
-adopté la mode des chemises et des caleçons garnis de malines brodée.
-On se doute bien que nous ne parlons que des dames, d’une certaine
-classe, et non de celles qui ne possèdent pour toute garde-robe qu’un
-jupon blanc, un spencer noir, et un shall bleu[158]».
-
-Les occasions de monter à l’échelle manquant en France, non seulement
-les femmes, mais nombre de petites filles, ne portaient pas de
-culottes, ce qui ne les empêchait pas de sauter à la corde «avec une
-décence admirable»:
-
-«Passez aux Tuileries, et vous verrez toutes les petites filles (même
-celles qui ne sont point en pantalon), munies d’une longue tresse
-terminée par deux poignées en bois, sauter, faire sur cette corde des
-_croisés_, des _doubles_ et jusqu’à des _triples tours_, avec une
-décence admirable[159]»:
-
-Au Bois, où la promène, le matin son père, nous apparaît, en voiture,
-ainsi vêtue «Mlle Emma, âgée de 6 ans: grand chapeau à bord plat,
-en tissu, dit paille de riz, entouré d’un simple ruban Bleu Elodie;
-tunique et pantalon de perkale, avec une triple garniture; souliers de
-maroquin rouge lacé(s)...[160].
-
-Malgré le manque de pantalons, les jupes continuent à être courtes,
-très courtes; des trotteuses ou peu s’en faut et elles ne sont pas sans
-grâce:
-
-«Une robe à la mode doit être assez courte pour que, lorsqu’une femme
-marche, on voit le tour que forment les rubans-cothurnes des souliers
-au-dessus de l’endroit où il se croisent. Aussi les bas à jour sont-ils
-très recherchés[161]».
-
-Quant aux fillettes, leurs pantalons sont tellement longs que, sans
-ambage, on les dit «en pantalon»:
-
-«Les cerceaux... Regardez cette jolie enfant en robe courte, en
-pantalon...»[162].
-
-Quelques femmes en portent pour se baigner et leur costume de bain
-mérite d’être décrit. C’est une nouveauté, comme l’école de natation où
-il est obligatoire:
-
-«Un spéculateur vient de former près du Pont-Neuf, un établissement
-où les dames et les demoiselles du bon ton peuvent non seulement se
-baigner, mais apprendre à nager sans aucune espèce d’inconvénients.
-Chaque leçon coûte 30 sols, ou par abonnement 25 sols. Le costume
-de rigueur se compose d’un caleçon ou d’un pantalon-veste d’un seul
-morceau, en flanelle ou en mérinos. La veste est sans manches. Autant
-qu’il est possible, les commençantes doivent porter le caleçon
-préférablement au pantalon, qui gênerait leurs mouvements.
-
-«La dame qui nous a communiqué ces détails, s’est trouvée aux bains
-du Pont-Neuf avec des Anglaises et de jeunes Françaises de très bonne
-compagnie».[163]
-
-Pour monter à cheval, au contraire, nombre d’amazones n’en portent pas
-et certaines ont trouvé ce moyen d’obvier aux inconvénients du vent et
-du galop: «Un long jupon de couleur descend presque jusqu’aux jarrets
-du cheval; il est retenu sous le pied par une espèce de chaînette dorée
-qui traverse le jupon, ce qui le force à dessiner gracieusement les
-formes. Mais ce nouveau moyen de prévenir les inconvénients attachés
-à un exercice qui peut parfois compromettre la décence des femmes
-n’offre-t-il pas un danger éminent dans le cas d’une chute? Au reste,
-c’est le genre du jour; et ce n’est pas à nous, prêtresses de la mode,
-à blâmer ouvertement les abus où elle peut entraîner».[164]
-
-Si incomplet qu’il puisse paraître aujourd’hui, le trousseau des
-femmes était luxueux cependant. Le _Journal des Dames et des Modes_ du
-25 décembre 1821, signalait dans le trousseau d’une nouvelle mariée
-une «camisole destinée à la première nuit de noces... du prix de 500
-francs».
-
-La camisole de noces, pourquoi pas la chemise à trou?
-
-De son côté, le luxe des bas ne diminuait pas. Le 5 janvier 1822,
-figuraient parmi les objets qui ont du débit:
-
-«Des bas de soie _entièrement_ formés de point de dentelle. Ce dernier
-article se trouve dans le magasin de bonneterie situé à l’un des coins
-des rues de Richelieu et Saint-Marc».
-
-Cette année 1822 fut pourtant témoin d’un retour offensif du pantalon:
-
-«Au mois de mai 1822, quelques femmes reprirent le pantalon; c’étaient
-des femmes à équipage; et on ne les vit guère à pied que dans les
-galeries du Musée, promenade où peu de personnes étaient admises.
-Leur pantalon blanc dépassait de quelques travers de doigt une
-blouse de batiste écrue. (Voyez le no 1972 de la suite des _Costumes
-parisiens_).[165]
-
-La vogue des blouses commençait en effet. La Mésangère en fournit cette
-description:
-
-«Les robes en blouse, que quelques couturières appellent
-_gallo-grecques_, n’ont pour ornement autre chose que des plis comptés
-et arrêtés, qui passent sur le corsage, tant devant que derrière, et
-descendent jusqu’à la garniture du bas, laquelle est elle-même formée
-de remplis... Le seul endroit où, avec ces robes, l’étoffe soit tendue,
-c’est sur les hanches»[166].
-
-Les débuts de cette mode qui devait être durable semblent avoir été
-pénibles:
-
-«Les personnes qui ne sont point allées au Salon, les deux premiers
-samedis qui en ont suivi l’ouverture, et celles qui ne vont point au
-bois de Boulogne, doivent regarder comme imaginaire la mode des blouses
-pour les dames élégantes et celle des pantalons sous les blouses; car
-on ne voit ni l’un ni l’autre vêtement dans nos promenades»[167].
-
-La blouse prit, il est vrai, beaucoup mieux que le pantalon, et la
-gazette sut tout de suite trouver au nouveau venu une excuse malhonnête:
-
-«Les femmes qui ont des raisons particulières pour cacher leurs
-jambes, ont la ressource du pantalon, mais une blouse doit être faite
-courte»[168].
-
-Le _Journal des Dames_, loin de désarmer, dans sa justice relative,
-joint l’ironie à ses critiques:
-
-«En voyant maintenant deux compagnes de couvent, se rencontrant avec
-leur grand chapeau de paille, leur blouse de toile écrue, leur pantalon
-et leurs guêtres, on les prendrait plutôt pour deux jeunes paysans que
-pour deux Parisiennes»[169].
-
-La blouse devait triompher de ce mauvais vouloir et son triomphe fut
-éclatant:
-
-«On eut la _blouse_, une robe-sur-tout légère et très ample, bouffante
-sur la poitrine, serrée d’une ceinture à la taille, et devenue presque
-la seule parure négligée des Merveilleuses entre 1822 et 1830. La
-blouse comporte le pantalon de percale, tombant sur la chaussure,
-brodé et festonné à outrance, et coquettement montré par un geste
-gracieux que toutes connaissent bien. Après avoir raillé la blouse et
-l’avoir ridiculisée, au théâtre des Variétés, en un mot, lancée par
-la meilleure réclame, on lui fit une fortune durable. Sincèrement,
-la Restauration ne sut rien trouver de plus délicieux ni de plus
-artistique en fait de toilette. Longtemps la blouse corrigea les
-intempérances du gigot et des tailles en gaîne»[170].
-
-La fortune du pantalon fut moindre. Les «courtisanes» furent seules
-d’abord à la suivre:
-
-«Déjà en 1822, écrit Edmond Texier, quelques élégantes de la
-Chaussée-d’Antin avaient voulu faire adopter la mode des longs caleçons
-de mousseline, portés par les enfants; mais chose singulière, les
-courtisanes seules adoptèrent cette mode décente; il n’en fallut pas
-davantage pour la discréditer»[171].
-
-Il en serait différemment aujourd’hui et cet exemple suffirait sans
-doute à faire adopter, de nos jours, n’importe quelle mode.
-
-Le luxe affolant des bas ne devait pas être étranger à ces
-résistances... On ne porte pas des bas à jour de 180 francs pour les
-enfouir sous cette malencontreuse lingerie.
-
-«Parmi les bas de coton à jour exposés au Louvre, il en est de 180
-francs la paire. Au-dessus du brodequin là où il n’y plus de jours,
-jusqu’à la bordure du haut le tissu est plus transparent sur la jambe
-qu’au brodequin même, où pour former les jours, il y a nécessairement
-quelques brins de coton réunis en parties mates»[172].
-
-Pour mieux faire valoir le bas et la jambe, les robes sont courtes,
-idéalement courtes, dépassant, pour danser, à peine le mollet:
-
-«Une robe de taffetas écossais, une robe de gros de Naples ne doivent
-point approcher des jambes; une femme à la mode marche au milieu de sa
-robe»[173].
-
-Cette même année, Jenny Vertpré, cette jolie fille du temps, dont la
-vogue fut grande, apparaît aux Variétés, dans _l’Actrice en voyage_, en
-blouse et en pantalon. C’est, en quelque sorte, la consécration de la
-mode nouvelle.
-
-La femme possède la science des euphémismes. Que, pour patiner ou
-pour braver les accidents des jeux en plein air, elle ait revêtu cet
-accessoire encore peu usité, elle n’avouera pas avoir un pantalon, elle
-sera «assurée».
-
-D’autres, il est vrai, y mettront moins de formes et arboreront
-bravement pour monter à cheval, la chaînette n’ayant pas pris, «un
-pantalon de peau avec des bottines noires»[174].
-
-La crainte de montrer son derrière serait-elle donc le commencement
-de la sagesse? Chutes et culbutes possibles sont les seules raisons
-d’être du pantalon... Il est précieux pour les «jeunes personnes»
-et leur permet de jouer en plein air sans trop laisser voir de leur
-individu. Puis, un amusant détail de sa confection nous est révélé:
-ces petites fentes latérales permettant de l’attacher sur les côtés,
-appelées à disparaître avec le Second Empire, pour reparaître ensuite
-et disparaître à nouveau:
-
-«Le matin, à la campagne, pour courir dans le jardin, pour monter sur
-les cerisiers et pour jouer sur le gazon, les jeunes personnes portent
-de larges pantalons de perkale, qui s’attachent sur les corsets, et qui
-s’ouvrent et se boutonnent sur les côtés»[175].
-
-L’année suivante, en 1824, le _Journal des Dames_, pour l’ordinaire si
-hostile à cette mode qui n’en est pas encore une, semble s’y rallier.
-Il en chante les avantages, pour ne pas dire les bienfaits, non
-seulement pour les fillettes, mais pour les jeunes filles et pour les
-femmes:
-
-«Les pantalons de perkale sont très à la mode en ce moment pour les
-enfants, les jeunes personnes et même les dames. A la campagne ils sont
-d’une nécessité absolue. Comment sans ce vêtement protecteur, oser
-monter sur un coursier, aller à âne ou se risquer sur la balançoire?
-Mais aussi faut-il le dire: quand une jeune élégante est protégée par
-le bienheureux pantalon, il n’est pas d’écolier qui puisse lui être
-comparé, c’est un vrai lutin»[176].
-
-C’était trop beau pour durer. Suit ce conseil aux amazones dépourvues
-de pantalon, pour obvier aux retroussis de la jupe:
-
-«On met un spencer avec un jupon de mérinos. Les demoiselles qui n’ont
-point de pantalon font faire au bas de leur jupon, une boutonnière
-pour le fixer à droite et à gauche, au moyen d’un des boutons de leurs
-guêtres»[177].
-
-Loin de partager l’enthousiasme du journal de La Mésangère, l’_Hermite
-rôdeur_ saisit surtout le ridicule de ces modes qui l’étonnent:
-
-«Nous avons nos _précieux_ ridicules en fait de modes, dans le XIXe
-siècle, et jamais nos ancêtres ne nous ont fourni une chose plus
-extraordinaire que l’échange des culottes et des jupons entre les
-deux sexes; car tandis que nos belles ont usurpé les pantalons, le
-sexe qui en tout devrait être mâle, a emprunté la toilette des femmes,
-en portant des corsets, des estomacs matelassés, de larges pantalons,
-pareils à des jupons, et même des pantalons plissés, qui ressemblent
-tellement à des jupes, qu’il est difficile de les distinguer.»[178]
-
-Les ridicules des femmes ont pour excuse la mode, (une jolie femme
-est-elle jamais ridicule?) ceux des hommes se pardonnent moins.
-
-D’ailleurs, elles continuaient à s’embarrasser si peu de ces
-«objets-là»—le mot est d’une très honnête dame—et le pantalon restait
-si bien l’apanage des petites filles, que, par ce détail seulement,
-leur costume différait de celui des grandes personnes:
-
-«Si l’on excepte un pantalon de perkale à larges remplis, le costume
-des petites filles est pareil à celui de leurs mamans»[179].
-
-Pour ces femmelettes, il semble, par contre, de rigueur:
-
-
-«Pour les petites demoiselles, on porte toujours sous la blouse un
-pantalon de perkale à cinq remplis»[180].
-
-Les frileuses ignorent encore l’ignoble travesti des pantalons de
-flanelle ou de futaine; des guêtres en tiennent lieu:
-
-«On fait pour les dames des guêtres qui montent jusqu’aux genoux; elles
-sont les unes en batiste écrue, les autres en laine, et tiendront lieu
-de pantalons»[181].
-
-Le costume habillé ne comporte, bien entendu, ni guêtres, ni pantalon.
-Les robes de bal sont plus courtes que jamais et la richesse des bas ne
-diminue pas:
-
-«Les robes de bal laissent apercevoir au moins la moitié de la jambe.
-Pour donner une idée de la transparence des bas, nous dirons que
-jusqu’à l’endroit où finit le brodequin, c’est du tulle, et plus haut
-de la gaze»[182].
-
-Les protagonistes du pantalon, car il y en a, n’abandonnent pourtant
-pas la lutte. Une patineuse laisse apparaître sous sa jupe, en 1826, le
-voile qui la protège:
-
-«Nous avons vu une jeune dame patinant: elle portait un costume
-en casimir garni de fourrure, un pantalon l’assurait contre
-l’inconvénient des chutes»[183].
-
-D’autres pour tâcher de gagner des adhérentes au pantalon, en changent
-le tissu:
-
-«Quelques dames—ces mots en disent long—portent des pantalons, mais la
-bourre de soie et le cachemire de France ont remplacé la toile et la
-perkale»[184].
-
-Le pantalon s’humanise et fait lui-même des concessions. Il consent à
-se raccourcir et se garnit:
-
-«Il y a pour les Merveilleuses, des caleçons de deux sortes: les uns
-ressemblent aux caleçons ou culottes courtes des hommes; les autres aux
-pantalons collans, mais ils ne descendent point au-dessous du brodequin
-d’un bas à jour.
-
-«Les caleçons longs sont en mousseline épaisse, dite mousseline de
-Suisse, ou en perkale. Quelques-uns ont une petite broderie, un tulle
-plissé, une dentelle à leur bord inférieur. Un cordon passé dans une
-coulisse, ou une agrafe, ou encore un bouton plat les assujettit
-au-dessous du mollet.
-
-«Quelques dames portent des caleçons courts d’une étoffe de laine
-extrêmement fine, et bâtissent à leur extrémité une manchette de
-mousseline épaisse»[185].
-
-Vains efforts. Ces caleçons ne prennent pas pour cela et, même pour
-patiner, nombre de femmes semblent s’en passer:
-
-«L’un des jours où il a fait un beau froid, on a remarqué sur le bassin
-de La Villette, une dame qui patinait avec autant de grâce que de
-hardiesse. Robe noire de gros de Naples très courte et garnie de trois
-rangées de hauts volants, chapeau noir, brodequins noirs: tel était son
-costume... Si la dame portait un pantalon, il devait être fort court,
-car, quoique le vent agitât le bord de sa robe, nous n’avons vu au
-dessus du brodequin qu’une jambe bien tournée»[186].
-
-A la mer, on ignorait encore le pantalon prescrit à l’école de natation
-du Pont-Neuf, en 1826, «à Dieppe, on se contente de robe de serge verte
-ou brune»[187].
-
-Ce devait être bien joli et d’une complète incommodité pour nager.
-Allez, avec ce costume faire autre chose que trempette.
-
-Le pantalon reste décidément le propre—et comment?—des amazones et des
-fillettes:
-
-«Pour monter à cheval, les Merveilleuses font faire des pantalons et
-des canezous de mousseline anglaise à mille raies. Les pantalons sont
-froncés autour de la cheville et garnis de deux volants, celui de
-dessus orné d’une petite dentelle et à tête»[188].
-
-Celui des fillettes s’attache à la taille par une ceinture:
-
-«Les pantalons garnis que les petites demoiselle portent sous leurs
-jupes courtes ne sont point attachés avec des bretelles, ni avec une
-boucle, mais avec une ceinture passée dans une large coulisse»[189].
-
-En 1828, le bazin remplace pour les amazones la mousseline anglaise:
-
-«Les amazones sont en drap fumée de Navarin, chapeau gris et cravate
-noire à bordure de couleur. Très court par devant, l’habit d’Amazone
-laisse voir l’étrier de la jambe droite, et même un brodequin noir en
-satin turc et un pantalon blanc de bazin à milles raies»[190].
-
-Ce pantalon avait même parfois des sous-pieds:
-
-«Nous avons vu en tilbury des dames portant le costume suivant: amazone
-de drap fumée de Navarin à jupe sans queue. Corsage à shall, chemise
-d’homme plissée à petits plis plats, et fermée par trois boutons d’or
-émaillé; col plaqué contre les joues; cravate de soie noire; sautoir
-en cachemire rouge croisé comme un petit shall; pantalon de bazin à
-sous-pieds, et brodequins de satin turc»[191].
-
-«La fâcheuse androgyne», moins le «tailleur», qui, avec la chemise
-d’homme constitue son invariable uniforme. Le tailleur n’était pas
-encore trouvé.
-
-L’été, à la campagne, les élégantes se décident enfin dans deux
-circonstances, à enfiler un pantalon: le matin, pour descendre au
-jardin, ou, l’après-midi, pour monter à cheval. Le reste du temps,
-elles se gardent bien d’en porter:
-
-«Une élégante fait, à la campagne, trois et quelquefois quatre
-toilettes par jour. En se levant elle met un peignoir de jaconat blanc,
-garni d’un double volant, haut de deux pouces et plissé à gros tuyaux,
-un pantalon de mousseline et des guêtres: c’est le costume pour se
-promener dans le jardin, en y ajoutant un grand chapeau de paille
-d’Italie, avec brides garnies»[192].
-
-A cheval, le pantalon était d’autant plus nécessaire qu’à la campagne,
-les «Merveilleuses» substituaient volontiers à l’amazone, dont la queue
-les gênait, une fois descendues de cheval, leurs robes de ville et l’on
-sait si elles étaient courtes:
-
-«A la campagne beaucoup d’élégantes font leurs visites à cheval. Les
-robes d’amazone étaient incommodes à cause de leur longueur. On monte
-à cheval avec des robes aussi courtes que les robes ordinaires et un
-pantalon garni»[193].
-
-Sous l’amazone, par contre, le pantalon disparaissait quelquefois et
-était remplacé par des guêtres:
-
-«Quelques dames montent à cheval avec des guêtres de chevreau lacées
-par le moyen d’œillets métalliques ou bouclés avec de petites boucles
-d’or»[194].
-
-Mâtin!
-
-[Illustration]
-
-Le _Journal des Dames et des Modes_, bien que faisant apparaître dans
-un dessin de 1829,—hardiesse qu’il avait eue déjà en 1827[195]—le
-volant serré autour de la cheville d’un «pantalon de jaconat»[196] sous
-une toilette de ville, s’étonne de voir au Wauxhall:
-
-«Une jeune femme portant un pantalon blanc garni de mousseline
-brodée tombant jusqu’à la cheville, sous une robe de popeline unie
-gris-argent, très courte»[197].
-
-C’était, évidemment, une audacieuse, car, à ce «concert d’Amateurs»,
-elle était loin de la promenade au jardin, l’été, à la campagne.
-
-Il lui semble plus grave encore de se livrer à de semblables
-exhibitions dans le jardin des Tuileries. Cette fois, tout juste s’il
-ne proteste pas:
-
-«Encore une élégante se promenant aux Tuileries en pantalon! Ce dernier
-presque collant était de bazin; il descendait jusqu’au talon du
-brodequin, était échancré sur le coudepied, et avait des sous-pieds,
-retenus de chaque côté par un petit bouton d’or. Que l’on ne se figure
-pas un habit d’amazone: la dame qui portait ce pantalon, avait une robe
-de soie»[198].
-
-A part les sous-pieds, l’émoi de la gazette peu sembler exagéré:
-n’est-ce pas aux Tuileries, précisément, qu’elle avait pris, deux ans
-plus tôt, le modèle qui avait figuré dans ses _Costumes Parisiens_?
-
-Ce sont, il est vrai, plus que jamais des exceptions. Le froid d’un
-hiver rigoureux ne parvient pas même à faire accepter aux femmes
-l’ennui et la gêne d’un pantalon. Les frileuses ont recours à deux
-paires de bas qu’elles mettent l’une sur l’autre:
-
-«Les dames élégantes qui désirent être bien chaussées portent des
-bas fins et à jour; mais, pour ne pas souffrir du froid, elles
-ont en dessous des bas très longs, couleur de chair. Ces derniers
-tiennent lieu de caleçons et s’attachent à la ceinture comme ceux des
-enfants»[199].
-
-Des tirettes sinon des jarretelles.
-
-Ce n’était là qu’un pis-aller. Si les jambes et à la rigueur une partie
-des cuisses étaient protégées, il n’en était pas de même du reste: le
-«pauvre derrière» de ces dames conservait toute sa froideur, cette
-«...froideur du derrière, image de la mort»[200], que chanta le bon
-poète chansonnier Maurice Mac-Nab.
-
-Après les jarretelles, les chaussettes. Rien n’est nouveau sous le
-soleil, ni même ailleurs:
-
-«Au Théâtre-Italien, sur l’escalier qui descend au vestibule, une
-dame se posait de façon à faire voir des babouches brodées en or et
-en couleur; des chaussettes de soie ponceau lui couvraient le bas des
-jambes»[201].
-
-O Willy, ô Curnonsky!
-
-Seule la toilette négligée ou de voyage semble comporter un pantalon.
-L’apôtre du «dandysme», le connétable Jules Barbey d’Aurevilly, en fait
-porter à la Vellini, dans _Une vieille Maîtresse_:
-
-«Elle était vêtue comme une femme qui descendrait de vaisseau après une
-traversée. Elle avait une robe de voyage en étoffe écossaise, à grands
-carreaux écarlates, avec un pantalon de la même couleur»[202].
-
-A part les chevauchées à la campagne, les surprises des parties sur
-l’herbe et les hasards des voyages en diligence, «les Parisiennes
-(qui) ont peu de gorge et la jambe bien faite», tiennent à la montrer,
-avec des jarretières historiées et des bas brodés en or et argent.
-Ainsi, «la mode des robes courtes, même très courtes, s’explique toute
-seule»[203].
-
-La gorge ne leur venant pas, sans doute, les jupes demeuraient courtes,
-et ces dames laissaient apercevoir plus qu’à demi leurs jambes, sans
-que les plus timorés se scandalisassent.
-
-Heureuse époque! c’était celle du «bas blanc, bien tiré», auquel les
-chasseurs de la butte ne joignaient pas le commerce rémunérateur de la
-«coco» et autres stupéfiants.
-
-La «drogue» ne sévissait pas et Josette ne suçait pas le bambou.
-
-A la cour du vieux Charles X, on faisait, par contre, profession
-de plus de pruderie. On ne regardait pas, ou on feignait de ne pas
-regarder les jambes des aimables filles qui venaient y danser le ballet
-de _la Somnambule_:
-
-«Des personnes auxquelles rien n’échappe ont cru remarquer que pendant
-les ronds de jambe et les pirouettes de Mesdemoiselles telles et
-telles dans le ballet pantomime de _la Somnambule_, les dames de la
-Cour ont constamment tenu les yeux baissés sur le livret (libretto des
-italiens). D’autres regards se portaient franchement sur les jolies
-jambes de Mlles *** ****»[204].
-
-Pouah! cela sent son Bérenger. Mais ces dames pouvaient avoir une
-excuse: ayant la jambe mal faite, la comparaison les effrayait.
-
-La rigueur de l’hiver de 1830, incita cependant quelques frileuses
-à faire tomber sur les jours de leurs bas les tuyaux de cheminée de
-pantalons de satin ou de velours noir:
-
-«Dans trois différents quartiers nous avons vu des dames en pantalon de
-satin noir ou de velours noir, garni d’une broderie de chinchilla ou de
-martre»[205].
-
-Cette mode ne prit pas heureusement—c’était un peu le musée des
-horreurs ces pantalons annamites—et le silence du _Journal des Dames_
-semble indiquer que la percale et le bazin subissaient eux-mêmes une
-éclipse.
-
-L’avènement du roi-citoyen ne semble pas avoir amené celui de
-l’«inexpressible». La gazette reste muette à son sujet et il faut
-arriver à l’année 1833 pour assister à sa résurrection.
-
-Non contentes de le porter à la campagne, quelques jeunes femmes
-essaient de le conserver chez elles, «pour la chambre».
-
-A son tour, le _Journal des Femmes_ signale son utilité dans des
-périphrases que n’aurait point désavouées l’excellent abbé Delille:
-
-«A la campagne, les pantalons sont une nécessité pour les femmes
-comme pour les jeunes personnes. Comment oser se risquer sur un
-noble coursier, ou sur l’animal aux longues oreilles sans un pantalon
-protecteur contre les chutes? Or donc, ces pantalons en jaconas sont
-taillés soit à la turque très larges, à plis ou à froncés et montés
-sur un poignet qui ferme sur la cheville, soit à la russe avec des
-fronces retenues sur le sous-pied, et agencées avec un morceau d’étoffe
-figurant une guêtre»[206].
-
-Ce n’était déjà pas mal; il y eut mieux.
-
-«Enfin, pour la chambre, il y a des pantalons en mousseline, et, le
-dirai-je? telle est la faveur de la dentelle noire, les pantalons sont
-garnis du bas par une petite ruche de dentelle de cette nuance»[207].
-
-Le pantalon avec bordure de deuil.
-
-La campagne, les parties d’âne... cette chanson déjà entendue n’eut
-pas plus de succès en 1833, que dix ans plutôt. Elle ne convainquit
-personne et c’est tout juste si, en 1837, on ne faisait pas cercle, à
-l’Opéra, autour d’une Anglaise coupable de n’avoir pas sacrifié ses
-culottes à la musique de Meyerbeer.
-
-La toilette de la dame était d’ailleurs sensationnelle. Il y avait
-de la muse romantique dans sa coiffure et dans sa silhouette: «Les
-cheveux en boucles flottantes sur ses épaules et tout autour de sa
-tête; une robe de mousseline empesée et très écourtée, un large
-pantalon à deux rangs de garnitures.
-
-«Cette dame prenait pour de l’admiration, ce qui n’était qu’une
-ironique curiosité de la part de toute cette foule»[208].
-
-Loin de se vendre tout fait, par séries, le pantalon ne se
-confectionnait encore que sur mesure et des prudes, que, peut-être,
-l’objet tentait, étaient retenues par la crainte de laisser prendre les
-leurs. Cette opération ne permettrait-elle aux mains du couturier—ce
-caleçon semble en vérité tenir plus de la culotte que du pantalon—à des
-investigations particulièrement indiscrètes.
-
-Aussi, l’un d’eux, le sieur G. Dartmann, «tailleur et professeur», de
-chercher à rassurer les hésitantes, en indiquant la «manière de prendre
-la mesure.
-
-«Une des vertus qui caractérisent et embellissent le plus les
-femmes, c’est sans contredit la modestie: aussi la plupart d’entre
-elles, quelque soit d’ailleurs leur désir de posséder un caleçon
-s’effarouchent-elles à la seule idée d’en laisser prendre la mesure.
-Elles renoncent donc à porter ce vêtement commode dans la supposition
-où elles sont qu’on ne pourrait en prendre la mesure sans que leur
-pudeur n’eût à en souffrir.
-
-«Il devient donc opportun ici de faire connaître par quel moyen
-entièrement rassurant pour les mœurs, nous arrivons promptement à
-prendre la mesure nécessaire à la confection de ce vêtement.
-
-«D’abord on procède par-dessus la robe; à cet effet, on pose le bord
-de la mesure au-dessus des hanches, puis on la descend immédiatement
-jusqu’au-dessous du genou; dès lors c’est le jarret qui détermine la
-longueur du caleçon et c’est de l’étendue que prend la circonférence du
-jarret que doit sortir la division de la mesure.
-
-«Comme on le voit, le moyen est prompt, assuré et conforme aux
-principes de la plus sévère bienséance; il est en outre assez simple
-pour que la personne puisse elle-même prendre la mesure de son caleçon,
-et il n’y a rien, comme on voit, qui puisse alarmer la pudeur.»[209]
-
-Après ces lignes rassurantes, le professeur a soin de célébrer
-comme sœur Véronique et comme Mercier, les avantages du caleçon,
-particulièrement contre le froid:
-
-«On ne saurait trop conseiller aux dames d’adopter le caleçon, les
-avantages qui s’y rattachent sont incalculables; leur esprit est trop
-subtil pour qu’elles n’en devinent pas une partie; mais n’y eût-il
-que l’avantage unique de les garantir de la rigueur du froid et de
-l’intempérie des saisons, ce serait-ce nous semble raison suffisante
-pour en rendre l’usage général.»[210]
-
-Malgré ces avantages incalculables, «les impures» même ne semblent
-pas avoir conservé à cette époque, le goût pour le pantalon qu’avait
-signalé La Mésangère et que devait noter Edmond Texier. Gavarni n’en
-fait porter à aucune de ses «lorettes»: elles sont, pourtant, demeurées
-charmantes avec leurs longues et larges chemises, si démodées, et qui
-datent pour nous d’un autre âge.
-
-Une note de Balzac paraît, il est vrai, indiquer qu’il était resté
-cantonné dans le quart de monde, ou qu’il le cantonnait, si l’on
-préfère. La femme du monde, la femme comme il faut, n’en portait pas
-encore, ou les portait très simples et ne les laissait point voir:
-
-«Elle ne porte ni couleurs éclatantes, ni bas à jour, ni boucle
-de ceinture trop travaillée, ni pantalons à manchettes brodées
-bouillonnant autour de la cheville»[211].
-
-Les fillettes sont plus que jamais seules à en porter, et, passé dix
-ans, la plupart le suppriment. Le _Journal des Demoiselles_, dans
-la correspondance un peu bêbête qui faisait la joie de ses jeunes
-lectrices, considérait comme inconvenant à une première communiante
-d’en porter le jour où elle accomplissait «l’acte le plus auguste de la
-religion»:
-
-«Si ta sœur fait sa première communion à Pâques, voilà comment je
-te conseillerai de l’habiller pour le plus beau jour de notre vie:
-une robe de gros de Naples blanc, etc.; cette robe doit être longue.
-Maman n’approuve pas qu’une petite fille porte un pantalon le jour où
-elle devient une demoiselle, en faisant l’acte le plus auguste de la
-religion»[212].
-
-Si du moins elles s’étaient bornées à le supprimer, ce jour-là, pour
-le reprendre ensuite? Mais, pas du tout, pour beaucoup la suppression
-était définitive. Je puise à nouveau dans la Correspondance du
-_Journal des Demoiselles_:
-
-«Elles (les fillettes figurant sur une planche) ont un chapeau de
-feutre noir ou fauve, orné de galons, et un pantalon dans le cas où
-elles n’ont pas fait leur première communion...»[213]
-
-Le pantalon, on le voit, semblait plutôt perdre du terrain. Cinq ans
-auparavant, les gravures du _Moniteur de la Mode_ le faisaient encore
-tomber sous les jupes de fillettes déjà grandes qui avaient déjà fait
-leur communion.
-
-En 1850, «les petites épouses», pour reprendre l’expression de Rimbaud,
-n’en portaient plus et le supprimaient à dater de ce jour.
-
-Il fut un certain temps, d’ailleurs, à s’introduire dans les couvents
-et pensionnats religieux. En 1845, il ne figurait pas encore sur le
-trousseau des pensionnaires des Ursulines. Aujourd’hui même, il est
-interdit dans certains établissements, à la Providence, notamment.
-
-Si au Sacré-Cœur et aux Ursulines—où les élèves en changent
-parcimonieusement: une fois par semaine[214]—la chose n’effraie plus et
-est même exigée, il n’en est pas de même du mot. L’objet que l’on doit
-passer sous son jupon, pour éviter de se montrer à ses compagnes de
-dortoir en pantalon s’appelle «tuyaux de modestie» ou «tiroirs».
-
-Quelles gentillesses, ma chère!
-
-Aussi, aux environs de 1850, était-ce le rêve des fillettes de le
-quitter. Du fait, elles se croyaient jeunes filles, femmes presque.
-
-«Dès qu’on a quitté les pantalons, édictait, en 1840, le _Journal des
-Jeunes Personnes_, on peut quitter les volants; à seize ans vous portez
-des robes de ville, semblables aux robes simples de vos mères».
-
-Et, seize ans plus tard, dans une nouvelle de H. Lesguillon, _Le
-Contrat n’est pas encore signé_, on entendait une fillette qui voudrait
-être une demoiselle, s’écrier d’une voix pathétique:
-
-«Encore des pantalons, j’aurai donc toujours des pantalons!»
-
-Au surplus, ces enfants avaient une excuse. Les pantalons que
-comprenaient leurs trousseaux étaient d’une laideur suffisante pour
-leur inspirer cette horreur. Mme Judith Gautier, dans cette chose
-délicieuse qu’est son _Collier des Jours_, a noté ce souvenir de son
-enfance. C’était odieux:
-
-«Mon trousseau avait été confectionné sur des mesures approximatives et
-sans être essayé; on m’en revêtit le lendemain. Il était hideux et me
-fit horreur.
-
-«Un pantalon en finette grise, terminé par des bouts de jambes, de
-serge noire, en forme de pantalon d’homme!... une robe de serge noire,
-à gros plis, trop longue, et un tablier en lustrine noire, à manches
-boutonnées»[215].
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-LA CRINOLINE
-
-L’INDISPENSABLE
-
-
-_Prise en elle-même, au repos, suivant la pittoresque expression d’un
-vaudevilliste, la crinoline, loin d’accentuer les formes, enfermait
-le corps dans une sorte de cage de sûreté; malheureusement elle
-ballonnait, et ses balancements, plus ou moins gracieux à la marche,
-devenaient inquiétants lorsqu’il s’agissait de franchir un passage
-étroit._
-
-_N’est-ce pas elle qui compléta la toilette intime, en rendant les
-inexpressibles d’un usage général?_
-
- J. GRAND-CARTERET.
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-[Illustration]
-
-
-LA CRINOLINE
-
-L’INDISPENSABLE
-
-
-Les protagonistes du pantalon, n’avaient pas malgré le succès très
-relatif de leurs efforts abandonné la lutte. Dans certaines maisons,
-c’était comme un uniforme et cet uniforme a fourni à Paul de Kock le
-sujet d’un roman: _la Pucelle de Belleville_.
-
-Cette nouveauté ne pouvait manquer de l’étonner un peu et d’exciter sa
-verve facile.
-
-Adrienne, l’une des héroïnes, «ne porte pas de caleçons», à vrai dire,
-prétendant «qu’elle ne pourrait pas marcher avec cela, et qu’une femme
-ne doit point être mise comme un homme»[216]. Par contre, Virginie,
-la Pucelle, sa mère et même les bonnes de la maison, en portent, et en
-finette encore! de par la volonté d’une vieille tante, dont on soigne
-l’héritage:
-
-«Voilà ma fille! C’est pur! c’est intact! c’est l’innocence avec une
-chemise et un jupon», déclare M. Troupeau qui a le défaut de vanter un
-peu trop sa progéniture.
-
-—Est-ce qu’elle ne porte que cela?
-
-—Pardonnez-moi, monsieur le comte, diable! elle est élevée sur le pied
-de la plus scrupuleuse décence! elle porte des caleçons.
-
-—Des caleçons et dans quel but s’il vous plaît?
-
-—Mais, monsieur le comte, afin que si par hasard... Vous comprenez,
-dans la rue le pied peut glisser, ou bien un coup de vent perfide...
-cela s’est vu! et ma tante prévoit tout! D’ailleurs dans la famille de
-ma femme, on a toujours porté des caleçons. Sa tante ne les a jamais
-quittés, à ce qu’elle nous disait l’autre soir; moi, j’en porte depuis
-notre mariage, notre femme de chambre et notre cuisinière en ont;
-c’est-à-dire mon épouse vient de renvoyer sa femme de chambre, parce
-qu’elle s’est aperçue qu’elle se permettait parfois de n’en pas mettre
-pour sortir le dimanche... Une fille qui ôte son caleçon pour aller se
-promener dans la campagne ne peut avoir que de mauvaises pensées, nous
-ne pouvions pas la garder»[217].
-
-Cela rappelle un peu une maison bourgeoise où toute nouvelle bonne
-recevait à son entrée dans la place, une demi-douzaine de pantalons
-fermés, de la main de Madame... Ils étaient moins destinés à défendre
-sa problématique vertu contre la vigueur du garçon boucher et du
-commis-épicier que contre la sénilité de Monsieur. Ses soixante ans
-avaient un faible pour le tablier blanc et la cuisinière semblait avoir
-pour ce vieux gourmand un ragoût particulier.
-
-Ah oui, ce nouveau vêtement étonnait Paul de Kock! La _laitière de
-Montfermeil_ ne l’avait point habitué à ce mensonge sous la jupe, lors
-de sa chute non moins sensationnelle que celle de Mlle Churchill.
-
-—Oui; mais... on peut tomber sans montrer... sans faire voir... C’est
-égal, vous êtes le premier qui l’ayez vu, toujours[218].
-
-Petit à petit, quoiqu’on eût tenté, en 1844, de le supprimer aux
-fillettes, et l’exemple partait de haut, le pantalon commençait à
-s’infiltrer dans les mœurs, ou plutôt sous les jupes.
-
-La reine des Belges avait bien essayé de n’en pas faire porter à sa
-petite-fille, ainsi qu’en fait foi le _Moniteur de la Mode_:
-
-«On adopte maintenant pour les enfants les robes courtes sans
-pantalons. C’est une mode très bonne à suivre dans l’intérêt de la
-grâce et du développement physique. Nous avons pour autorité et
-pour spécimen un portrait de la fille de la reine des Belges, par
-Winterhalter»[219].
-
-Mais l’intérêt des culbutes l’emporta et les fillettes continuèrent à
-porter des pantalons, d’autant plus que leurs mamans commençaient à en
-faire autant.
-
-En mai 1843, pour la première fois, on le voit figurer sous la plume de
-Mme Popelin-Ducarre dans le trousseau d’une élégante:
-
-«Le linge d’intérieur est depuis longtemps un luxe de prédilection pour
-les dames de Paris. C’est lui qu’elles recherchent avec le plus de
-soin et qu’elles placent bien au-dessus de la toilette extérieure. Les
-jupons, les pantalons, les camisoles, les bonnets de nuit, les taies
-d’oreillers forment par leur prix la partie la plus importante d’un
-trousseau bien entendu»[220].
-
-Les pantalons des fillettes étaient tantôt blancs, tantôt en jaconas,
-tantôt en cachemire, garnis de dentelle, d’une broderie anglaise,
-d’une broderie en soutache, soit d’un feston. Ceux de leurs mères
-étaient plus simples.
-
-Parlant d’une élégante, Mme de Renneville aura soin de noter «ses
-pantalons brodés, retenus par un poignet, au-dessus de ses bottines à
-élastiques»[221].
-
-Les bottines à élastiques, oh! oui... et les pantalons de feutre, comme
-à Berlin!
-
-Pantalon à poignets et bottines à élastiques, c’est bien ce que le
-caricaturiste Richard, dévêt, à Ostende, sous les jupes d’une pauvre
-dame,—une Anglaise, naturellement—que le vent vient de coiffer de ses
-jupes.
-
-Le sujet n’est pas nouveau et a par la suite prêté à de fréquentes
-pochades. Mais, en 1844, il pouvait paraître nouveau dans
-l’_Illustration_[222], où la caricature de mœurs n’avait pas conservé
-la liberté du crayon de Carle Vernet et d’Isabey.
-
-Un roman bizarre de l’époque,[223] déniché sur les quais, dans la boîte
-à vingt sous, en fait porter à son héroïne. Dans cette production
-tenant à la fois du pamphlet et de l’autobiographie, se trouvent déjà
-des cris de colère et des rages à la Strindberg.
-
-Ni Quérard, ni Barbier ne permettent de percer l’anonymat de l’auteur
-de ce _Confessionnal des Jésuites_. Trompé, il le fut évidemment, et,
-évoquant ses jalousies passées et les départs hâtifs de l’adultère pour
-quelque rendez-vous, il se remémore parmi les dessous de l’infidèle,
-ses pantalons. Il y a dans sa songerie à la fois de la délectation
-morose et plus encore de l’amertume. Les pantalons ne constituaient-ils
-pas surtout une défense contre lui?
-
-«Il y avait pour le blanchissage d’une semaine... une profusion de ces
-jolis pantalons garnis, qui font de nos femmes des pigeons pattus...
-tout cela pour une semaine»[224].
-
-Le mari, épluchant, après l’accident, le linge sale et le livre de
-blanchissage de sa femme... mais, j’ai entendu parler de cela, jadis:
-à Lille, je crois. Je crois même qu’il encaissa de l’amant une gifle
-qu’il ne rendit pas... mais, tout cela est si vieux!
-
-La dame du Confessionnal voyait moins, faut-il le dire, dans le
-pantalon, un piment pour les déshabillés des cinq à sept, qu’une
-défense, la nuit, contre les entreprises de l’époux.
-
-—Fermés, alors?
-
-—Mais oui, Madame, et la nuit encore!
-
-«Puis après avoir fait sa toilette de nuit avec précipitation, éteint
-les lumières au moindre bruit, Madame mettait un pantalon... vertugadin
-de nouvelle espèce contre les insolentes tentatives d’un mari; elle
-avait eu soin, pour ses courses du soir, de ne pas s’en embarrasser les
-jambes, cela eût gêné ses mouvements»[225].
-
-—Tu parles! ajouterait Bossuet.
-
-Mais c’est bien de la délectation morose, en même temps que de la
-jalousie: ces dessous flottent dans ses souvenirs.
-
-«Ah! alors qu’elle se parait, rien de trop beau, magnifiques cheveux
-d’emprunt, puis les bas de soie rose rayés à jour pour une dévote qui
-ne va plus dans le monde, puis cette profusion de petits fichus brodés
-pour cacher discrètement un sein qu’on ne voudrait pas montrer et pour
-cause, et ces jolis petits pantalons avec ces jolies petites garnitures
-de dentelles, qu’on sait ôter si prestement au besoin, mais qu’on garde
-comme une barrière aux entreprises du mari»[226]...
-
-Il n’y a pas à dire, ils étaient fermés. Quant à leur joliesse et à
-leur petitesse, n’exagérons rien: non, pigeons pattus... enfin, si ça
-l’excitait cet homme!
-
-Le pantalon est loin encore d’être entré dans les mœurs. Les trousseaux
-que publie, deux fois par an, le _Moniteur de la Mode_ n’en comprennent
-point (1845-1850). Un trousseau, dont le devis manuscrit m’est tombé
-entre les mains, en compte une douzaine en madapolam, au prix de 5
-francs pièce, soit un total de 60 francs (1846).
-
-Peste, ce devait être une élégante.
-
-Le trousseau de Mlle L. de B., publié en mai 1848, par le _Conseiller
-des Dames_, comptait «six douzaines de chemises, garnies d’une
-valencienne très petite», mais, pas un seul pantalon.
-
-Les excursions de la Cour dans les Pyrénées font cependant comprendre
-l’utilité de cette cuirasse postérieure. Énumérant les toilettes des
-jeunes personnes qui accompagneront la duchesse de Nemours, Mme de
-Renneville décrit ainsi la lingerie:
-
-«La lingerie destinée à compléter ce costume très simple était en
-mousseline suisse ou en batiste; les gants étaient en peau de Suède,
-et un petit pantalon fermé par un poignet au-dessus de la bottine
-devenait indispensable pour gravir les collines et les montagnes»[227].
-
-«Un petit pantalon» qui descend jusqu’à la bottine, non, merci!
-
-Il est vrai que les amazones en portent à sous-pied large de 3
-centimètres, fixé par des boutons»[228], tandis que le corset de
-couleur fait une timide et médiocrement heureuse apparition:
-
-«Quelques femmes un peu économes ont voulu adopter la soie et la moire
-gris poussière; mais elles ont reconnu qu’un corset perdait de sa
-grâce et de sa coquetterie charmante, s’il n’était pas d’une blancheur
-éclatante»[229].
-
-Si longs qu’ils soient, les pantalons commencent à s’orner:
-
-«Les pantalons ont également un entre-deux au bas, posé au-dessus d’un
-petit volant qui termine le pantalon»[230].
-
-En 1848, la _Lingère parisienne_ commence à donner des patrons de
-«pantalons de dames»—et quels patrons—mais, les petites filles
-surtout en portent, c’est même par quoi leur toilette continue à se
-différencier de celle des grandes personnes:
-
-«La mode veut qu’on habille ces femmelettes en femmes, et sauf le
-pantalon qui est de rigueur, rien, dans leur toilette, ne diffère
-essentiellement de celle de leur sexe»[231].
-
-Dans sa croisade en faveur du costume rationnel, (le mot n’était pas
-encore créé), Mme Dexter s’étonne de voir trouver inconvenant pour les
-femmes ce qui pour les fillettes semble de toute décence.
-
-M. John Lemoine rend compte dans le _Journal des Débats_, de cette
-tentative et retient cet argument de Mme Dexter:
-
-«J’en appelle à tout homme qui a eu l’occasion de marcher derrière
-une femme un jour de grand vent, et je lui demande si notre toilette
-actuelle a droit au monopole de la décence. Jusqu’à l’âge de quatorze
-ans, le costume qu’on appelle immodeste est très bien porté, mais le
-lendemain on le trouve inconvenant»[232].
-
-Laid plus encore qu’inconvenant, si l’on veut bien se souvenir de ce
-qu’était alors un pantalon de femme. Louis Sonnolet a évoqué, dans la
-_Vie Parisienne_, le spectre de ces laideurs:
-
-«Mieux que ça, on affuble les femmes et même les petites filles
-d’amples pantalons dont les deux jambes, empesées, rigides,
-rigoureusement cylindriques tombent jusqu’à l’escarpin à cordons de
-soie. C’est le règne du pantalon pour toutes, du pantalon disgracieux
-et austère qui a un faux air d’armure de chasteté»[233].
-
-Tuyaux de modestie, tuyaux de cheminées, dont ce quatrain attribué au
-Maître, célébrait dignement l’horreur:
-
- Que les femmes d’un âge épouvantable ornées
- S’affublent de tuyaux comme les cheminées,
- J’y consens... Mais, j’en jure par Apollon,
- Je n’ai jamais compris Vénus en pantalon.
-
-Le fiancé ne prévoyait guère ces voiles protecteurs qu’il devait par la
-suite ne pas aimer, quand dans une de ses lettres à Adèle Foucher, il
-lui reprochait de relever trop haut ses jupes dans la rue et de laisser
-voir ses jambes aux passants[234].
-
-Ainsi que la politique, le pantalon fit des siennes et tenta son coup
-d’état, en décembre 1851, en réclamant ses droits sous la «toilette de
-bal ou de grande soirée»:
-
-«La jupe est en gaze blanche très ample; elle a pour tout ornement,
-devant, trois chefs d’argent partant du milieu et s’éloignant du bas.
-Entre eux il y a un semis de pois d’argent. Un pantalon de gaze blanche
-unie et n’ayant que très peu d’ampleur est retenu au bas de la jambe
-par un chef en argent»[235].
-
-Cette description ne ment pas à la réalité.
-
-Sur la planche consacrée à ces splendeurs, la jeune personne ainsi
-accoutrée lève modestement de la main droite le bas de ses jupes, sous
-lesquelles apparaît, au-dessus de la bottine, le poignet du pantalon.
-A ce douloureux spectacle, une belle dame, dont le costume constitue
-une symphonie d’un vert grelottant, baisse vers elle l’attrition de son
-regard... On sent proches des compliments de condoléances.
-
-Encore que ce ne fut guère joli, jamais tentative aussi sérieuse
-n’avait été faite pour faire accepter à la femme cet accessoire.
-C’était vouloir le faire passer de la toilette de villégiature, sous
-laquelle on le déclarait dès 1846, indispensable, dans la toilette
-habillée. Depuis les beaux jours de Catherine de Médicis et de
-Notre-Dame de Thermidor, jamais on n’avait eu semblable audace.
-
-Certaines, entre autres la princesse de C... suivirent trop à la lettre
-la mode nouvelle, et ne craignirent pas de s’embarrasser d’un pantalon
-non pour une soirée, mais pour un rendez-vous. Lourde faute, car il
-était fermé.
-
-Cela ressemblait à une mauvaise plaisanterie. La pauvre femme en fit
-l’expérience et ne pardonna point à son soupirant de n’être pas un de
-ces vigoureux amants de Brantôme, qui, en un coin de fenêtre, savaient
-essarter les caleçons de leur dame s’ils avaient le mauvais goût d’être
-bridés?:
-
-«Après Mme P..., Mme la marquise de C..., a eu l’honneur de passer
-devant notre aréopage. C’est encore un _bas bleu_ de première qualité,
-qui étudie les langues modernes et les guitares, jadis coquette et très
-maniérée; je l’ai connue fumant la cigarette chez la princesse M... Le
-pauvre E... M..., en était très épris, il eut d’elle un rendez-vous
-qui n’eut aucun résultat, parce qu’elle portait pour la circonstance
-des pantalons sans couture, que mon timide ami n’osa pas déchirer, ce
-qu’elle ne lui a point pardonné»[236].
-
-Cette idée aussi! Comme on comprend après cela ce cri du cœur d’une
-honnête bourgeoise de Nancy qui, après avoir voyagé en tête-à-tête et
-de nuit avec un bel officier bleu, confessait le lendemain à une amie:
-
-—Sotte que je suis! pour une fois que j’ai eu une occasion, j’avais un
-pantalon fermé...
-
-En janvier 1852, les premières lignes de la chronique du _Moniteur de
-la Mode_ constataient le terrain gagné par le pantalon:
-
-«Le pantalon, jadis toléré pour la demi-toilette, a fini, d’empiètement
-en empiètement, par avoir ses entrées au bal. On fait pour les soirées
-dansantes d’élégants pantalons bouffants et serrés à la cheville par un
-poignet formé d’un chef d’argent. Cette mode a pour objet de protéger
-la jambe contre les indiscrétions de la valse et de la polka.
-
-«Quelque chose de charmant et qui s’harmonise à ravir avec les
-pantalons _à la sultane_ (tel est le nom de cette importation
-asiatique), c’est un brodequin de satin blanc...»[237].
-
-«Le pantalon jadis toléré pour la demi-toilette». Que diraient de
-cela les belles dames ou les fraîches demoiselles de chef-lieu de
-canton qui n’en portent, elles, que leurs jours de grande toilette? Le
-pantalon accompagne le chapeau à plumes, et quelles plumes!
-
-Tantôt en percale, sans garniture d’aucune sorte, tantôt garnis d’une
-humble frivolité (1844) ou «en batiste très fine, bordé d’une toute
-petite valencienne» (juin 1851), couvrant la jambe et une partie de la
-bottine, ces pantalons dépassent sous les jupes des fillettes et des
-jeunes personnes. Les journaux de modes et les journaux illustrés en
-font vivre le souvenir et Violette ne les a point oubliés:
-
-«Ces pantalons de percale voilant la jambe jusqu’à la cheville, très
-décents, mais affreusement laids et bourgeois, qui donnèrent aux jeunes
-filles d’il y a trente ans l’air de pigeons pattus»[238].
-
-Lorsque les femmes se décidèrent à emprunter aux petites filles cette
-partie de leur toilette, l’hygiène aurait eu voix au chapitre autant
-que la prudence, ... je n’ose dire la pudeur. Edmond Texier accorde
-même plus d’importance à cette considération qu’à la crainte du vent et
-des chutes.
-
-Pour ma part, je croirais volontiers plus encore à la toute puissance
-de la mode. L’hygiène a bon dos, mais c’est une de ces voix que les
-femmes écoutent peu.
-
-«De jour en jour, hommes et femmes accordent de plus en plus à
-l’hygiène. L’usage si répandu aujourd’hui de la flanelle sur la
-peau, des doubles chaussures contre l’humidité attestent des soins
-plus prudents. C’est aussi dans cette vue que les dames se sont
-définitivement mises en possession des pantalons»[239].
-
-Ah non! faisant grâce à celles que nous aimons ou que nous désirons de
-la flanelle sur la peau et des doubles chaussures, voyons surtout dans
-le triomphe du pantalon une conséquence de la crinoline, qui n’allait
-pas tarder à en faire l’«indispensable».
-
-Le vent et les chutes, le froid et l’humidité, ce sont pourtant les
-deux facteurs que font valoir le _Conseiller des Dames_ et la _Lingère
-parisienne_ en donnant leurs premiers patrons de «pantalons» ou de
-«caleçons de dames».
-
-L’un envisage les excursions:
-
-«A la demande des dames qui voyagent, nous donnons le patron d’un
-pantalon pour dames ou jeunes personnes»[240];
-
-L’autre, les rigueurs de l’hiver, mais la formule ne change guère:
-
-«A la demande d’un grand nombre de nos abonnées, nous donnons
-aujourd’hui, à l’entrée de la saison d’hiver, un excellent patron de
-pantalon de dames»[241].
-
-Décidément, la poire était mûre et les femmes semblaient vouloir y
-mordre.
-
-La note était la même dans le _Parterre des Dames et Demoiselles_
-(1857) et un petit conseil y était joint:
-
-«Pantalon: vêtement que les femmes ne devraient jamais quitter, surtout
-en hiver».
-
-Eh! eh! la bulle contre les caleçons, qu’en faites-vous, M. l’Abbé? car
-le jardinier de ce Parterre n’était autre que l’abbé C. M.; un Parterre
-qui parfois tournait au «jardin secret».
-
-Cette fois, dans sa simplicité, le pantalon est admis et adopté par les
-élégantes. Les jupons sont garnis et les pantalons unis; qu’importe,
-les voici bien près d’avoir conquis leur place parmi les dessous de la
-femme:
-
-«Des ceintures pareilles à celles des jupons se posent aux pantalons
-que les dames adoptent généralement aujourd’hui. Mais ils sont aussi
-simples que les jupons sont riches»[242].
-
-Ce triomphe aurait peut-être été long à venir si un allié, plus
-puissant que le froid, que le vent et que les chutes, ne l’avait
-assuré. La crinoline commençait à sévir et pendant plus de dix ans,
-encombrante, disgracieuse et ballonnante, elle allait éloigner du corps
-les jupes des femmes et rendre cet empantalonnement nécessaire.
-
-«Subitement, voici apparaître de formidables barrières. Subitement,
-voici venir une de ces révolutions de la mode dont nous parlions à
-l’instant.
-
-«Jusqu’alors, en effet, dans la toilette féminine, l’inexpressible,
-le pantalon, ce qu’on appelait—tant il se portait peu—_le caleçon des
-coquettes_, n’avait joué qu’un rôle secondaire. Or, avec le second
-Empire, avec la Crinoline, il devient l’_indispensable_, si bien que
-ce qui se relevait et se montrait si facilement, si naturellement, dès
-maintenant, va devenir plus fermé, plus caché.
-
-«Finis désormais les Nus rayonnants et sans malice du premier Empire
-et de la Restauration, finis les visions engageantes, les aperçus de
-cuisses avec lesquels l’imagerie de 1830 raccrochait les passants.
-
-«Et alors va commencer—il faut savoir se contenter de ce que l’on a—le
-règne du mollet amené par le retroussage des jupes courtes sur la cage
-de fer, sur la crinoline.
-
-«Le retroussage complet ne s’obtiendra plus que par les côtés, dans
-ces positions particulières nettement définies: _montée_, _entrée en
-omnibus_, _en voiture_, _en wagon_, et avec, comme vue de dessous,
-cette chose peu gracieuse, hideuse même; la femme _empantalonnée_, la
-femme mise en sac dans le pantalon droit de l’époque. Regard oblique
-vers les bastilles de la toilette»[243].
-
- Vieux Dupin, en vain tu fulmines
- Dans ton petit livre à deux sous:
- Tu tapes sur les crinolines,
- Ne pouvant plus taper dessous...
-
-Artistes et moralistes pouvaient, à défaut de lois somptuaires, railler
-et combattre la mode absurde des cages. Elles étaient maîtresses et
-reines: par leur bon plaisir, les femmes allaient être condamnées
-désormais à porter culotte.
-
-Ce n’est pas à dire que toutes protestations aient cessé. Il s’en
-élevait et il devait s’en élever longtemps encore.
-
-Pour certains, la femme ne pouvait que gagner à rester femme et par ces
-malencontreux pantalons elle achevait de se viriliser:
-
-«Nous nous rapprochons du costume des hommes, nous portons les chapeaux
-ronds, les cols brisés, les manchettes mousquetaires; rien n’y manque,
-pas même les pantalons pour beaucoup d’entre nous. Je ne suis pas sûre
-que nous y gagnions, les femmes doivent rester femmes avant tout»[244].
-
-Pas un historien du costume n’a négligé de noter cette petite
-révolution que les cerceaux des coquettes amenaient dans leurs dessous.
-
-«C’est l’usage de la crinoline, écrivait Bertall[245], et de ses
-énormes cages de fer, dont l’effet était d’écarter au loin les jupes et
-les jupons des dames, qui a nécessité l’emploi de ces petits fourreaux
-de fine toile de lin ou de coton, qui sont chargés de garantir ce
-que les jupes et les jupons placés trop loin ne garantissent plus
-suffisamment.
-
-«Depuis, les cages et les vastes jupons ont été supprimés, mais
-l’habitude du pantalon était prise et elle a persisté».
-
-A diverses reprises, M. John Grand-Carteret a signalé l’étroite
-alliance qui unissait le pantalon à la crinoline et qui devait, dans le
-_Gil-Blas_ fournir à Colombine le sujet d’une si jolie chronique.
-
-«Prise en elle-même, _au repos_, suivant la pittoresque expression d’un
-vaudevilliste, la crinoline, loin d’accentuer les formes, enfermait
-le corps dans une sorte de cage de sûreté; malheureusement elle
-ballonnait, et ses balancements, plus ou moins gracieux à la marche,
-devenaient inquiétants lorsqu’il s’agissait de franchir un passage
-étroit.
-
-«N’est-ce pas elle qui compléta la toilette intime en rendant les
-inexpressibles d’un usage général?
-
-«Malgré tout, la femme qui montait un escalier n’aimait pas à se sentir
-quelqu’un derrière les talons, parce que, en ce mouvement ascendant,
-comme quand elle se penchait du reste, on voyait toujours de son
-individu, plus qu’il n’est pour habitude d’en montrer»[246].
-
-Monter en voiture ou seulement s’asseoir présentaient une difficulté
-et offraient un danger.
-
-«L’entrée en voiture oblige au jeu le plus étourdissant de
-froissements, à des gestes pudiques rappelant celui de la Vénus
-accroupie. Si l’on s’assied en public, il faut prendre des temps et se
-contorsionner en de savantes manœuvres»[247].
-
-«On dût inventer, ajoute Maurice Leloir, des caleçons bouffants
-dans le genre de ceux des Vénitiennes du XVIe siècle, vêtement
-de toute nécessité, car qui ne se souvient des indiscrétions des
-crinolines lorsqu’une élégante se prosternait à l’église ou simplement
-s’installait dans un omnibus»[248].
-
-A parler franc, le pantalon des élégantes rappelait moins «la richesse
-des calessons de la signora Livia» que l’humble et populaire «coton» de
-Tullia d’Aragona et je doute que les belles dames et même les «biches»
-du Second Empire fréquentassent beaucoup les omnibus.
-
-«L’ chien n’ mont’ pas dans les omnibus», a constaté, non sans
-tristesse, Richepin dans sa _Chanson des Gueux_, cocottes et
-cocodettes n’y montaient sans doute pas davantage.
-
-Mais, allez donc détruire une légende quand elle a pour elle les
-caricaturistes que le sujet avait séduits.
-
-Le pantalon était devenu non pas nécessaire, mais «indispensable»
-avec la crinoline. C’est même sous ce vocable et sous celui
-«d’inexpressible» que le désigneront celles que le mot effraiera encore.
-
-Que de chichis en vérité, alors que nos contemporaines disent tout
-simplement leur «culotte»!
-
-On le voit, dès lors, figurer dans les trousseaux. Les journaux de
-modes ne se contentent plus d’en parler. Bravement, ils étalent l’objet
-dans leurs dessins, laid et disgracieux par la largeur et l’ampleur de
-ses jambes unies, entre lesquelles bâille l’énormité de sa fente.
-
-Les gazettes mondaines s’en emparent. Encore à ses débuts et ne
-soupçonnant pas le parti qu’elle devait en tirer plus tard, la _Vie
-Parisienne_ se montre presque dure à l’égard de l’intrus.
-
-Au-dessous d’un de ses dessins intitulé: _Longchamps, les modes_, Hadol
-laisse percer ce regret mélancolique:
-
-«Autrefois, vous aviez les jolies jambes pour vous consoler de
-la pluie, maintenant il ne nous reste plus que le macadam et les
-pantalons» (1863).
-
-L’on peut maintenant tomber de carrosse soit à la campagne, soit à
-Epsom, sans que le soleil pense «retourner en arrière». Les beaux temps
-de Voiture sont finis, Mlle Paulet porte un pantalon:
-
-«Il y a des événements grotesques. Trois gentlemen et une jeune dame
-étaient sur leur voiture. Les chevaux font un mouvement, tout le
-monde tombe les jambes en l’air; mais tous avaient des pantalons»
-[Marcelin][249].
-
-C’est la mode du jour. Elle prête à de petits tableaux risqués dont
-la _Vie Parisienne_ a soin de profiter. Des parties de campagne en
-fournissent le décor, de jeunes et aimables femmes le fond.
-
-A âne, c’est «l’indiscrétion des jupes courtes et l’effronterie
-courageuse des jambes qui, rassurées par la présence du pantalon et de
-son—tu n’iras pas plus loin,—vous sautent aux yeux et vous rient au
-nez»[250].
-
-Si une chute vient à se produire, l’inévitable chute chère à M. de
-Caylus et que la victime demande si elle est bien tombée, au lieu des
-vers galants du comte, elle s’entendra répondre:
-
-—Oh! admirablement, chérie! nous ne savions pas que vous ayez de si
-belles valenciennes!»[251].
-
-Ces gentillesses vont jusqu’au conseil:
-
-«Le déjeuner sur l’herbe... et sur une fourmilière, simple conseil
-aux dames: faire mettre une coulisse à leurs pantalons, on ne saurait
-croire jusqu’où va l’audace de ces bestioles»[252].
-
-A la cour même, à Fontainebleau, pour une partie «en jupes courtes»
-proposée par Mme de Metternich, toutes ces dames, même celles qui, pour
-l’ordinaire n’en portaient pas, ont soin de s’«assurer» contre les
-dangers d’un accident:
-
-«La plupart des femmes qui devaient être de la partie avaient également
-applaudi à l’idée des jupes courtes et toutes s’étaient munies en
-conséquence»[253].
-
-Ces pantalons étaient blancs, immuablement blancs comme les jupons. La
-Parisienne de l’Empire ignorait ou feignait d’ignorer, non sans regret
-peut-être, le facile piment du linge de couleur. Il était abandonné aux
-femmes de théâtre ou de plaisir:
-
-«Elle ne se servait guère que de linge blanc, rehaussé, il est vrai,
-par des dentelles merveilleuses; mais l’instinct suggestif des
-couleurs, dans sa lingerie intime, lui était inconnu.
-
-«Ses bas, ses pantalons, ses chemises, ses jupons étaient blancs, et
-une femme de la société régulière eût provoqué un scandale inouï si
-elle se fût avisée de paraître dans un salon, avec des dessous de
-couleur»[254].
-
-On ne s’ennuyait pas, paraît-il, dans les salons, et on n’avait pas
-attendu le tango pour y montrer ses dessous.
-
-Des protestations s’élevaient bien encore çà et là contre le pantalon
-et contre les «petits tableaux risqués» auxquels il donnait lieu.
-
-Les moralistes ont toujours été particulièrement chatouilleux:
-
-«Des petits tableaux risqués, un pied qui fait deviner le reste,—un
-pantalon féminin qui n’entre pas, et qui amène la comparaison idalienne
-du gant dont le pouce est trop étroit. La scène se passe toujours
-entre maris et femmes. C’est libertin, mais moral»[255].
-
-D’autres adversaires, étaient plus sérieux. C’étaient les amants de la
-femme qui ne lui pardonnaient pas ce déguisement qui les déroutait, et
-qui, pour peu que le pantalon fût fermé, paralysait leurs efforts.
-
-Pour reprendre une jolie expression d’Albert Aurier, ils aimaient trop
-leur amie pour multiplier les obstacles entre sa chair et la leur[256].
-
-Le pantalon leur inspirait à ceux-là, non de l’aversion, mais de la
-haine.
-
-Ils la cachaient peu; les puissants de ce monde n’ont guère à
-dissimuler leurs sentiments et une anecdote, si indiscrète soit-elle, a
-chance de ne pas se perdre, quand elle a eu pour théâtre le palais des
-Tuileries et pour héros le roi d’Italie.
-
-La partenaire de Victor-Emmanuel était Mme de Malaret, femme d’un
-diplomate de l’époque. M. Pierre de Lano s’était borné à donner
-l’initiale de son nom et j’aurais imité cette discrétion, si M.
-Frédéric Lolliée ne l’avait, depuis, nommée tout au long.
-
-«Se trouvant dans une soirée aux Tuileries, devant Mme de M..., il
-l’arrêta et se mit à causer avec elle.
-
-«Comment la conversation roula-t-elle tout à coup, sur la toilette des
-femmes, et comment le Roi devint-il, soudain, fort osé. C’est ce que
-nul ne saurait dire.
-
-«Quoi qu’il en soit, Victor-Emmanuel adressa bientôt cette question à
-son interlocutrice:
-
-—Que pensez-vous, madame, des femmes qui portent des... pantalons?
-
-«Et comme Mme de M... demeurait quelque peu interdite:
-
-—Elles me font horreur, déclara le Roi.
-
-«Puis reprenant son interrogation qui devenait trop significative:
-
-—Je parie, madame, que vous ne devez pas être de celles-là?
-
-«Mme de M... rougit, mais comme on écoutait autour d’elle, elle assura
-sa voix et, très haut, répondit:
-
-—Vous vous trompez, Sire, je suis justement de celles-là.
-
-«Alors, Victor-Emmanuel s’inclina et dit:
-
-—Merci, Madame. Et mille excuses de vous avoir ainsi questionnée.
-
-«Et dès lors, il ne parla plus à Mme de M...»[257].
-
-M. Frédéric Lolliée, s’appuyant sur une lettre de la comtesse de
-Danrémont à l’ambassadeur Thouvenel, donne de l’anecdote une variante
-assez plaisante, suivant laquelle la haine du roi n’était que relative.
-Il en voulait au pantalon fermé des dames de Turin et non au «paradis
-ouvert» des Parisiennes:
-
-«Au milieu d’un groupe il avisait une dame d’honneur de la souveraine,
-circonspecte et pincée, Mme de Malaret; et tout le monde écoutant,
-il lui déclarait qu’il aimait les Françaises parce qu’elles étaient
-aimables, parce qu’il s’était aperçu, depuis qu’il était à Paris,
-qu’elles ne portaient pas des pantalons comme les dames de Turin, et
-qu’avec elles, en vérité, c’est le paradis ouvert»[258].
-
-Après un roi, un prince, un prince de la littérature, l’un des auteurs
-les plus fêtés et les plus aimés du Second Empire.
-
-L’on connaît ses _Confessions_. Ce fut un de ces heureux de la vie dont
-la vieillesse n’a qu’à évoquer une suite ininterrompue d’aventures et
-de liaisons amoureuses, pour se rendre compte du temps passé; Casanova
-plus raffiné et avec plus de scrupules.
-
-Pas plus que Victor Hugo, Arsène Houssaye—je vois d’autant
-moins d’inconvénient à le nommer, que l’aventure se renouvela
-souvent—n’aimait, ni n’admettait «Vénus en pantalon».
-
-Il ne posait pas la même question que Victor-Emmanuel; ses mains la
-posaient pour lui. Parmi les jolies femmes qui venaient, dans le
-fastueux décor de la maison pompéienne, effleurer de leurs lèvres la
-coupe d’Anacréon, malheur à celles qui, sacrifiant à la mode du jour,
-portaient, comme Mme de Malaret, des pantalons.
-
-L’ardeur du poète s’éteignait. Le beau rêve commencé s’achevait en un
-réveil brutal, et, tandis que découragée, sa dextre retombait sous la
-crinoline où elle s’était égarée, l’audience prenait vite fin.
-
-Il fallait qu’une femme fût bien jolie, mais bien jolie, pour que, la
-reconduisant à la porte, l’hôte des redoutes lui glissât à l’oreille,
-tout en gantant la main d’un baiser:
-
-—Eh bien! revenez une autre fois... mais, pas de pantalon, n’est-ce
-pas?... pas de pantalon!
-
-L’horreur du maître pour cette inutile lingerie était connue de ses
-familières. Toutes ou presque lui en avaient fait le sacrifice.
-Pour d’aucunes, ce put être tout d’abord une gêne, mais l’habitude
-n’a-t-elle pas tôt fait de devenir, elle aussi, un maître?
-
-En dépit de quelques timides valenciennes, on en était encore à
-l’aphorisme de Balzac, aujourd’hui si désuet et si faux:
-
-«Toute notre société est dans la jupe;—ôtez la jupe à la femme, adieu
-la coquetterie! plus de passions. Dans la jupe est la toute puissance:
-là où il n’y a que des pagnes, il n’y a pas d’amour».
-
-Octave Uzanne—toujours à citer quand il s’agit de la femme et de
-son élégance—s’est élevé comme il convenait et comme on pouvait s’y
-attendre, dans _Nos Contemporaines_, contre cet axiome du Tourangeau.
-
-Ce qui pouvait sembler vrai, à son époque, ne l’est plus aujourd’hui,
-mais pas du tout:
-
-«Vit-on jamais pareille méprise?—Si, en thèse générale, l’axiome se
-peut comprendre et soutenir, croyez bien que dans le sens même de la
-toilette de ce temps, l’hérésie est complète. Ne sentons-nous pas que
-le moraliste qui a ciselé cette pensée appartenait à l’époque où l’on
-se pâmait devant un bas bien tiré et à coins verts? Combien loin de
-nous nos honnêtes ancêtres!—Là où il n’y a que des pagnes, il n’y a
-pas d’amour!—voyez-vous ça?
-
-«C’est à la vue du pagne, au contraire, que l’amour s’exaspère
-aujourd’hui, et il appartiendra du moins à cette fin de siècle d’avoir
-inventé un art incomparablement exquis, subtil, adorable, qui est la
-dernière expression mythologique de la femme. Je veux parler de l’art
-des dessous vaporeux et _olympiens_, du suprême goût des déshabillés,
-de la chemise, des bas, du corset, des jarretières, pantalons, petits
-jupons et peignoirs.
-
-«Jusqu’alors la femme n’avait point absolument affiné ses sensations
-du vêtement intime; il lui a fallu des siècles pour pousser dans le
-dernier galant le goût délicat de ses voiles de la pudeur...»[259]
-
-Des pages entières seraient à reproduire, bornons-nous à en emprunter
-la conclusion:
-
-«Il n’est point de spectacle qui puisse valoir aux yeux d’un mari
-amoureux ou d’un amant passionné, doué du sens des chiffons, le
-spectacle du déshabillage de la femme aimée. Tous les mystères des
-Idoles antiques ne présentaient assurément pas dans leur symbole la
-troublante poésie des rites qui accompagnent le dévêtissement de nos
-élégantes divinités, à l’heure des apothéoses du désir, quand un à un
-tombent, légers comme de l’écume, les voiles qui froufroutaient autour
-d’elles»[260].
-
-[Illustration]
-
-Certes, on n’en était pas là. Victor-Emmanuel très zouave,—ne lui
-avait-on pas décerné les galons honorifiques de caporal?—n’avait cure
-de la chanson des désirs et du poème des déshabillés. La possession lui
-suffisait, qui culbute et qui se repaît, les dessous lui importaient
-peu.
-
-Encore que la chronique nous ait conservé le souvenir des «pantalons
-angulaires» de Cora Pearl, et que la photographie ait fixé sur la
-plaque sensible la silhouette non moins austère de «l’inexprimable»
-d’Alice la Provençale[261], nous savons peu de chose des demi ou quarts
-de mondaines du Second Empire.
-
-Le «passage de l’inexprimable»[262] était bien devenu une des heures
-de la toilette des dames. Nombre d’entre elles, cependant, n’en
-portaient pas encore, leurs braves femmes de mères ne les ayant pas
-habituées à ces complications.
-
-Grévin qui a semé tant de pimpants croquis de Parisiennes en chemise et
-en corset—la chemise longue et le corset court—pas plus que Gavarni,
-n’a esquissé sa silhouette en pantalon. Affaire de goût, sans doute, de
-sa part, car ses petites femmes portaient, elles aussi, des pantalons,
-deux de ses légendes en témoignent.
-
-L’une est placée au-dessous d’un couple de canotiers, ces êtres, hélas!
-préhistoriques.
-
-—Déjà la brise du matin...
-
-Soulève de Nini la jupe frémissan... an... ante.
-
-—Oui... mais Nini a des culottes»[263].
-
-L’autre corse ce dessin intitulé: _Un engagement_.
-
-—Avez-vous du galbe?
-
-—Plaît-il?
-
-—Avez-vous des jambes?
-
-—...Je vous ferai bien voir... plus haut, mais j’ai un pantalon»[264].
-
-Avoir du galbe ou avoir des dispositions, cela se vaut dans la bouche
-des directeurs d’agences théâtrales, ce sont toujours les jambes...
-un peu plus haut. Plus récemment, «le regretté» G. Albert-Aurier—ô
-Monna!—a donné dans son roman de _Vieux_ cette contre-partie à la
-légende de Grévin:
-
-—Allons non... monsieur Thomas... non... pas de bêtises... allons, non,
-non, finissez... j’ai pas de pantalon, finissez...[265]
-
-La crinoline avait imposé le pantalon. La cage disparaissant, saluée
-de quels quolibets son complément n’allait-il pas la suivre dans son
-hégire ?
-
-Sous les jupes tombant droit, sans ballonner, son utilité devenait tout
-au plus relative. L’occasion pouvait sembler excellente aux femmes et
-aux jeunes personnes pour supprimer de leurs dessous cet objet qui
-avait eu tant de peine à faire accepter sa présence. Nombre d’entre
-elles le tenaient pour disgracieux ou gênant et il y en avait encore
-pour le juger indécent.
-
-Il n’en fut rien.
-
-Les mœurs n’avaient pas changé et n’étaient pas devenues meilleures.
-La simple vision d’un pantalon de femme suffirait à dissiper cette
-illusion. Mais, le pantalon lui-même avait changé et il devait
-moins le revirement dont il bénéficiait aux circonstances, dirai-je
-concomitantes, qu’à l’évolution qu’il avait subie.
-
-Il avait dansé et avait plu.
-
-De long et rébarbatif qu’il était quinze ans plus tôt, il était
-devenu presque court—je dis presque: aujourd’hui, il nous semblerait
-affreusement long—dépassant à peine le genou et avait gagné en élégance
-ce qu’il perdait en longueur et en largeur.
-
-La percale et la batiste avaient remplacé le bazin et le madapolam, il
-ne finissait plus en tuyaux d’orgue et ses poignets commençaient à se
-garnir.
-
-Bertall a ainsi décrit ce pantalon de la fin du Second Empire et des
-premières années de la République, ignorant encore, le plus souvent,
-des entre-deux et des valenciennes dont quelques rares élégantes
-appréciaient cependant déjà la saveur:
-
-«Suivant que la dame qui porte le pantalon a la jambe plus ou moins
-heureusement tournée, le pantalon est plus ou moins long.
-
-«Généralement, il s’arrête un peu au-dessous du genou.
-
-«Celles qui possèdent une jambe bien faite, que dis-je? deux jambes
-bien faites, ornent avec plus de soin le bas du pantalon, soit d’une
-guipure, soit d’une broderie, soit de petits plis finement tuyautés.
-Il faut bien être prête pour les éventualités de la promenade, les
-ascensions ou les descentes de voiture, ou les fantaisies de la brise.
-
-«Celles dont les jambes ne sont pas irréprochables donnent moins de
-piquant à la garniture du pantalon, afin de ne pas attirer les regards.
-
-«Généralement elles mettent un soin méticuleux à laisser tomber les
-draperies de leur jupe, et l’on aperçoit le bord timide du pantalon que
-dans les circonstances exceptionnelles de vent indompté ou d’orage
-ruisselant»[266].
-
-Évidemment, ce n’était pas encore le fouillis de dentelle qu’est
-aujourd’hui le pantalon d’une jolie femme, toutefois, ce n’était déjà
-plus le rempart de jadis, rempart pour rire, car une large brèche en
-avait depuis longtemps réduit à néant le système de défense?
-
-Complice de toutes les coquetteries et les pires, impassible et inerte
-témoin de bien des abandons, pratiquant, avant la lettre, la libre
-doctrine du «laissez-faire, laissez-passer», de «l’inexpressible», de
-«l’inexprimable», de «l’indispensable», il était devenu tout bonnement
-le «pantalon», avant que de redevenir, pour nos coquettes la «culotte».
-
-De son indécence, il n’était plus question, mais de son élégance et de
-sa joliesse.
-
-Il n’effrayait plus les amoureux, mais les excitait. Vieux et jeunes
-commençaient à connaître le charme et le pouvoir d’«une culotte
-ornée de dentelles»[267], le voile devenait piment et le roman et la
-caricature en attendant la photographie, n’allaient point tarder à s’en
-emparer.
-
-La crinoline pouvait disparaître, le pantalon lui survivrait et il
-aurait pour cela de bonnes raisons.
-
-Outre l’habitude et la peur des chutes qui ne permettent pas à
-beaucoup de les supprimer quand elles ont accoutumé d’en porter, outre
-l’hygiène, la crainte du froid et de la poussière, outre la pudeur,
-ou, si l’on préfère la prudence, la femme avait pour rester fidèle
-au pantalon—on a la fidélité que l’on peut—une raison meilleure que
-toutes, sa coquetterie.
-
-Court, large et ouvert comme il est, cuirasse percée en son milieu, le
-pantalon n’arrête pas plus l’insolence des mains qui se glissent que
-l’indiscrétion de la brise ou des bestioles, mais il est de mode d’en
-porter, il complète les dessous et corse les déshabillés. La silhouette
-de la femme en pantalon, si le fâcheux embonpoint ne le gagne pas,
-est amusante et charmante, et vous auriez voulu qu’elle renonçât à en
-porter, sous prétexte qu’elle abandonnait ses cages?
-
-Le pantalon a été dans la toilette féminine non une révolution, mais
-une évolution, évolution qu’a chantée, sans en comprendre peut-être
-toute la grâce, un poète dont les qualités de sagace administrateur
-n’ont éteint ni la verve, ni l’esprit.
-
- Les siècles passent, et la mode
- Ajoute au costume commode
- De nos ancêtres court-vêtus
- Des complications fâcheuses
- Et qui ne sont avantageuses
- Que pour les marchands de tissus.
-
- Le mollet féminin se glisse
- Dans une enveloppe factice,
- Bas de soie ou bas de coton;
- Lorsque la jupe se soulève,
- La très pudique fille d’Ève
- Ne montre plus qu’un pantalon[268].
-
-Oui, mais... elle sait fort bien, l’impudique, le prix et le pouvoir
-de ce qu’elle montre et, pour le «suiveur» ravi, ce prix est
-inappréciable, quand il n’est pas honnêtement tarifé.
-
-Aussi, loin de disparaître, l’usage du pantalon s’est-il, depuis le
-proconsulat de M. Jules Grévy, singulièrement généralisé, je dirais
-même démocratisé, si le vocable ne me semblait malséant.
-
-A part les chauds juillet et les brûlants août où tant, et des
-plus honnêtes, les suppriment, à l’affût d’un peu de fraîcheur, il
-n’est petite des Modes et Confections qui n’en porte aujourd’hui.
-Que diriez-vous de cette lingerie biscornue, Mimi Pinson et, vous,
-Francine, chères âmes qui jamais ne songeâtes à en compliquer vos
-dessous si sommaires.
-
-Ils semblaient, dépassant à peine le genou, courts à Bertall; ils le
-sont devenus bien plus et l’on ne peut,—l’on doit cet hommage à la
-sainte Ligue—parler de la Parisienne, sans parler de ses dessous et de
-ses pantalons.
-
-«Passons à l’inexpressible, écrivait, il y a trente ans, Violette.
-Celui-là, du moins, s’il n’est pas toujours gracieux a le mérite de sa
-personnalité. Ce n’est pas comme la chemise-pantalon un objet neutre et
-hermaphrodite.
-
-«Le pantalon désormais ne descend pas au-dessous du genou. Qu’il soit
-orné par un ruban, de forme zouave avec un plissement de dentelle
-jabotant sur la jarretière ou bien tout droit, achevé par une neige de
-plis, d’entre-deux et de dentelle, sa longueur est marquée. Il doit
-être inapparent: à peine si le bord léger flotte sous le petit jupon
-court, le seul que l’on porte aujourd’hui»[269].
-
-Mieux encore, Mlle Marguerite d’Aincourt semble en avoir apprécié la
-grâce et s’est efforcée de la rendre:
-
-«Ce n’est plus l’horrible gaine d’autrefois, on le fait adorable et
-coquet, pour qu’il ne trouble pas d’un accord discordant le délicieux
-poème qui s’appelle la toilette intime de la femme et qui semble écrit
-par ce grand et incomparable poète: l’Amour. Il n’y a que les Anglaises
-gourmées qui n’osent parler du _pantalon Chérubin_, si joli avec sa
-jarretière de ruban qui se serre au genou, sous lequel s’agite et
-frissonne un long volant de dentelle.
-
-«En voici un autre, qui aurait dû recevoir le baptême et que nous
-nommerons _le Charmeur_, de notre autorité privée. Vîtes-vous jamais
-chose plus gracieuse, que cette multitude de volants de dentelles dont
-il est formé, volants que relèvent et serrent les sept rangs de rubans
-étroits qui le garnissent en long.
-
-«Vous voyez que cet objet de toilette correspond par son élégance, à
-toutes les autres parties de notre costume, et qu’il n’est plus besoin
-de lui assigner un coin caché dans les tiroirs»[270].
-
-Pour clore ces citations par une prose d’une autre qualité, qu’il me
-soit permis de citer à nouveau Octave Uzanne.
-
-Qui pouvait mieux chanter le secret de nos vierges en fleurs et chanter
-la louange de leurs pantalons «assortis aux chemises... non moins
-variés, jolis et ingénieusement combinés en pongis ou en étoffe de soie
-vaporeuse, avec des flots de dentelles aux genoux, des entre-deux sur
-la hanche et des enrubannements inexprimables»[271]?
-
-«Les moralistes, conclut d’autre part Octave Uzanne dans _Nos
-Contemporaines_, qui ne sont aucunement des «féministes», et
-plus rarement encore des sensitifs et des artistes, s’élèveront
-encore contre le luxe effréné et scandaleux de la toilette; ils
-protesteront contre ces recherches dans la confection du corset,
-du jupon, de la nuageuse chemise, et contre cette préciosité des
-_tuyaux de modestie_,—ainsi que les demoiselles de couvent nomment
-leur pantalon;—mais ces sophistes ne seront point écoutés davantage
-aujourd’hui que naguère»[272].
-
-En vérité, il faut savoir gré au pantalon des transformations
-successives qui, depuis plus de vingt ans, laissent la jambe, svelte
-ou forte, trop longtemps uniformément vêtue de noir, saillir dans
-l’harmonie de sa ligne, hors de la fallacieuse et illusoire batiste,
-sans quoi, mêlant ses regrets à ceux du Pont-Royal, il faudrait
-emprunter à Bertall un peu de sa cendre et regretter avec lui le temps
-passé:
-
-«Le vent n’a plus de ces révélations indiscrètes dont s’amusaient
-nos pères, et dont les dessins d’Horace et de Carle Vernet nous ont
-conservé le souvenir. En ce temps, certains gourmets et curieux
-faisaient station sur le Pont-Royal à l’affût de quelque bourrasque
-révélatrice.
-
-«L’introduction du pantalon féminin a supprimé définitivement cette
-source d’indiscrétions, il ne stationne plus de curieux _ad hoc_ aux
-abords du Pont-Royal»[273].
-
-O mélancolie des choses!
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-TROTTINS ET MIDINETTES
-
-
- _Ah! l’exquise exhibition
- De pantalons blancs et de cottes,
- De mollets et de bas à côtes,
- Prenant jour sans ambition._
-
- TH. HANNON.
-
-
-[Illustration]
-
-
-TROTTINS ET MIDINETTES
-
-
-Ménagère ou paysanne, la femme du peuple ne porte généralement pas de
-pantalon.
-
-Pendant longtemps, les fillettes le quittaient en même temps que
-l’école. Le dimanche seulement, il fait, à la campagne, une timide
-apparition sous les jupes des jeunes filles.
-
-Il est ainsi devenu pour quelques-unes un accessoire qu’elles croient
-obligé, non de la demi, mais de la grande toilette. Il accompagne les
-chapeaux empanachés et les corsages criards des demoiselles de Bracieux
-ou de Nouan-le-Fuzelier.
-
-—Ah! que j’ai-t-y du goût!
-
-Laissons-là les culottes des pêcheuses des Sables-d’Olonne et
-d’Arcachon: elles sortent de notre cadre, et bornons-nous à constater
-qu’en Bretagne, elles s’en passent le plus souvent.
-
-Quant aux pantalons des Sablaises, professionnelles de la plaque
-sensible et de la carte illustrée, on ne le connaît que trop. Jambes
-croisées, parties d’âne ou de campagne, tout lui est bon pour être
-exhibé. Article d’exportation.
-
-La fille de campagne ne porte guère de pantalon que lorsqu’elle l’a
-quittée pour la ville. Deux raisons semblent l’amener à adopter
-cet accoutrement: l’imitation de la dame chez qui elle sert et la
-galanterie.
-
-La galanterie surtout, car, au dire des maîtresses de maison,
-auxquelles leur livre de blanchissage ouvre les yeux, combien parmi les
-bonnes n’en portent que leur jour de sortie.
-
-Parfois même, il les gêne tellement, que, leur premier soin, une fois
-rentrées, est de le retirer, ce qui fait que survenant à l’improviste,
-le dimanche soir dans leur cuisine, on le trouve bouchonné dans un
-tiroir, voisinant avec les couteaux et les livres du boucher et de
-l’épicier.
-
-Les bourgeoises économes veillent d’ailleurs à ce que leur domesticité
-ne salisse pas trop de linge: comme dans les couvents, elles ont droit
-à un pantalon par semaine, et Madame élève la voix quand Justine en a
-dû mettre deux au sale.
-
-[Illustration]
-
-—Une fille qui porte des pantalons est une fille qui se conduit mal.
-
-Ce fut un axiome longtemps admis et ne m’a-t-on pas cité cette phrase
-restrictive, jointe, il y a une cinquantaine d’années, par une brave
-bourgeoise, aux renseignements qu’elle fournissait sur une de ses
-anciennes bonnes:
-
-«C’est une excellente et brave fille, que je crois honnête; mais, je
-dois vous prévenir qu’elle porte des pantalons».
-
-Très, trop enjolivés même, souvent, au goût des vieilles dames de
-province restées fidèles aux tuyaux d’orgue et aux trois petits plis de
-leur jeunesse, les dentelles des pantalons de leurs femmes de chambre
-les scandalisent:
-
-—De la dentelle, à des pantalons!
-
-—Sans doute, Madame, et d’une domestique encore.
-
-Si la maîtresse n’a pas atteint un âge canonique lui permettant de
-s’indigner de ces gentillesses et si elle partage ce faible pour la
-lingerie, on pourra, lors du départ brusque d’une soubrette qui a cessé
-de plaire, assister à cette scène amusante empruntée au _Fin de Siècle_:
-
-«A la suite d’une observation non motivée qui lui a valu une riposte un
-peu vive, Madame a donné ses huit jours à Justine.
-
-«Justine a accepté son congé sans sourciller. Le jour de son départ,
-elle range soigneusement sa malle, puis soudain observe:
-
-—Il me manque encore trois pantalons! Je ne partirai point avant
-d’avoir visité l’armoire de Madame.»
-
-Les rôles renversés, on n’est pas plus fin de sexe.
-
-Pour quelques-unes, frileuses ou coquettes, le pantalon devient ainsi
-une habitude, mais c’est l’exception. Il en est de même dans le peuple.
-
-—La femme honnête?... Mais, on la reconnaît à ce qu’elle a les genoux
-sales! me déclarait, un jour avec une brutalité toute médicale, un
-interne de mes amis.
-
-Si ces constatations n’étaient par trop macabres, on n’aurait qu’à
-feuilleter les renseignements fournis par l’administration de la
-Morgue au lendemain des grandes catastrophes, pour se rendre compte de
-l’ignorance où la plupart vivent, dans le peuple, de ce vêtement.
-
-Mais la Morgue ne saurait convenir à ces notes. A ces données
-posthumes, l’aventure de l’infortunée Élisa est préférable. Elle
-tenait du vaudeville et non du drame, ce qui n’empêcha la pauvre fille
-de donner aux gamins enchantés une preuve frappée encore plus que
-frappante de son manque de pantalon.
-
-Rue de Maubuée, Elisa avait rencontré un de ses anciens amants. Peu
-galant, celui-ci, avait tenu en dépit de la présence des badauds, à
-profiter de l’occasion qui s’offrait de régler avec elle un ancien
-compte resté en suspens: la troussant à pleines mains, il lui avait
-appliqué une de ces magistrales fessées qui font époque dans la
-vie d’une femme. Les passants amusés, sans oublier le mitron et le
-télégraphiste de rigueur, avaient fait cercle autour du groupe. Des
-agents survinrent, firent circuler, comme il convenait, dressèrent
-procès-verbal et invitèrent les deux champions du match à les suivre au
-poste.
-
-M. Duranton présidait alors aux destinées du commissariat auquel ils
-furent amenés, et à la proposition assez inattendue de la victime de
-cette attaque brusquée, sut opposer une aimable fin de non recevoir. Le
-commissaire ne se contente pas d’être bon enfant, il est souvent galant
-homme:
-
-«M. Duranton interrogea le sieur F..., qui avoua son _forfait_. Quant
-à la fille Élisa, pour accabler son indigne adversaire, elle offrit au
-commissaire de lui prouver qu’elle avait été bel et bien _dévisagée_
-par le public, vu qu’elle ne portait pas de pantalon.
-
-«M. Duranton a galamment refusé de faire la constatation demandée.
-Quant à F..., il a été gardé à sa disposition sous l’inculpation
-d’attentat à la morale publique»[274].
-
-_Renouvelé de l’Assommoir_, spécifiait l’_Intransigeant_, en tête de
-ce filet que nous lui empruntons. Oui, au pantalon près, car la grande
-Virginie en portait: et Gervaise dut en débarrasser la fente pour lui
-administrer une correction aujourd’hui devenue aussi classique que le
-récit de Théramène:
-
-«Dessous il y avait un pantalon. Elle passa la main dans la fente,
-l’arracha, montra tout, les cuisses nues, les fesses nues...»[275]
-
-En faisant porter un pantalon à la grande Virginie, Zola ne s’est
-nullement écarté des données très exactes de son observation: c’est une
-fille bien plus qu’une ménagère. Il lui est familier ainsi qu’à ses
-semblables et semble faire partie de la profession.
-
-C’est un des accessoires de leur trousseau par quoi s’avère les progrès
-de leur galanterie, elle en marque pour ainsi dire les étapes. Non
-moins juste est cette observation de Jean Reibrach:
-
-«A mesure, elle s’amusait, faisait des allusions, en femme tenue
-au courant des histoires par le luxe croissant des dessous depuis
-l’arrivée des officiers; les chemises s’affinant, gardant des parfums;
-les pantalons se garnissant de dentelles peu à peu»[276].
-
-Aussi ne faut-il pas s’étonner de voir cette gobette de Luce, aussitôt
-qu’elle est entrée dans la voie du mâle, se faire offrir par son vieux
-malpropre des chemises et des pantalons Empire, dont elle fait les
-honneurs à Claudine, laissée, à vrai dire, assez indifférente par les
-splendeurs et les anachronismes de cette lingerie:
-
-—... As-tu vu mes chemises? viens voir mes chemises! J’en ai six en
-soie, et le reste Empire à rubans roses, et les pantalons pareils...
-
-—Des pantalons Empire! Je crois qu’on n’en faisait pas une consommation
-effrénée, dans ce temps-là...
-
-—Si dà, à preuve que la lingère me l’a dit qu’ils sont Empire!...[277].
-
-Plus heureuse qu’Elisa, certaine institutrice d’Olivet, près Orléans,
-(pépiniéristes, bal, fritures) en portait, et, comme Claudine même, les
-portait fermés, circonstance favorable auquel le pharmacien Veinard, ce
-nom prédestiné, dût de comparaître devant la justice de son pays pour
-le simple délit de voies de fait et non sous l’inculpation beaucoup
-plus grave d’outrage aux mœurs.
-
-Le pantalon fermé de l’institutrice, la fessée qu’elle reçut et le
-procès qui suivit; l’aventure eut à l’époque son heure de vogue et de
-gaîté. _Le Figaro_ même souleva les voiles,—les jupes seraient plus
-exactes,—de la demoiselle. Après avoir joliment conté la chose, M. de
-Rodays concluait en ces termes:
-
-«Maintenant, notons un bien joli détail. Il faut avouer que M. Veinard
-a une certaine dose de chance. Le fait d’avoir frappé publiquement
-un adversaire au visage constitue le simple délit de voies de fait;
-mais le fait d’être allé chercher sa vengeance dans des profondeurs
-plus cachées, plus intimes, et sur un champ de bataille plus étendu,
-constitue le délit fort grave d’outrage aux mœurs.
-
-«Or, admirez cette circonstance merveilleuse: la main irritée du
-pharmacien d’Olivet avait rencontré un de ces vêtements que la pudeur
-anglaise empêcherait de nommer. Bref, l’institutrice portait... un
-pantalon. Ce qui fait que devant ce rempart de toile fine, tuyauté en
-bas, bien serré à la taille et hermétiquement clos de partout, les yeux
-indiscrets de l’assistance en furent absolument pour leurs frais.
-
-«C’est à ce vêtement providentiel[278] que le prévenu a dû de n’être
-renvoyé devant le tribunal de son pays que pour simple délit de voies
-de fait et d’en être quitte à bon marché: une amende de deux cents
-francs»[279].
-
-Il n’arrive pas tous les jours d’être fessée en public. Ces deux
-exemples n’auraient donc sans doute pas suffi à décider les hésitantes,
-si la coquetterie et les impériales d’omnibus—encore une source
-d’indiscrétions disparue—ne s’en étaient mêlés.
-
-L’ouvrière d’un rang un peu plus élevé—robes, confections,
-modes, demoiselles de magasin, la rue de la Paix et le Métro de
-l’Opéra—semble, en effet, à ce point de vue, comme à d’autres, former
-une transition entre le peuple d’où elle sort et le monde galant
-auquel, souvent, elle aboutit.
-
-Nombre de ces enfants, mises avec un chic et une élégance qu’ignorait
-totalement Berthe à l’époque où elle filait, sont attendues à la sortie
-de l’atelier, par leur petit homme, quand ce n’est pas le fâcheux
-micheton, qui les emmènera dîner et passer la soirée à Montmartre.
-Menant parallèlement les travaux de l’aiguille et de l’amour, en
-attendant de sacrifier les premiers aux seconds, elles se trouvent
-amenées à soigner davantage leurs dessous.
-
-Le pantalon reparaît—certaines n’en portaient plus—et se garnit; les
-chemises s’écourtent et se dentellent. Les déshabillés sont prévus et
-attendus.
-
-Elles feront bien, pourtant, les chères gosses, si elles ne sont pas
-sûres de la discrétion de leur amant, ou si, au cours d’une visite au
-Louvre ou au Bon Marché, elles n’ont pas la force de résister à quelque
-tentation mauvaise, de ne pas cacher dans leur inexpressible le fruit
-de leurs économies ou de leurs larcins.
-
-On ne saurait croire jusqu’où va l’indiscrétion de certains gigolos et
-des inspecteurs des grands magasins. On a appelé cette opération la
-fouille et le mot fait image.
-
-Mlle Joséphine (avenue Jean-Jaurès) en fit la cruelle expérience, et
-tout comme le renard, jura mais un peu tard qu’on ne l’y prendrait
-plus. Ayant imprudemment livré à un prévenant jeune homme, M. Maurice,
-la clef de son cœur et de sa chambre, elle s’aperçut au bout de
-quelques jours avec effroi, de la disparition de l’objet aimé et de ses
-économies.
-
-«Elle les cachait dans la ceinture de son pantalon, mais elle avait
-commis l’imprudence de lui laisser deviner sa cachette»[280].
-
-Le gentilhomme écaillé avait disparu entre deux eaux et les économies
-n’avaient pas dû faire long feu aux comptoirs des bars de Belleville.
-
-Quant à Pauline H... et à Berthe L... deux comparses, des verseuses
-de bocks et d’illusions auxquelles Eros avait fait ceindre, jadis, le
-tablier blanc et la sacoche des brasseries, elles durent à une bien
-malheureuse distraction (deux mantilles et de la lingerie) de figurer
-dans les _Grands Bazars_ de M. Pierre Giffard et sur les bancs de la
-Correctionnelle:
-
-«Elles dissimulaient les objets volés dans leurs pantalons et entre
-les jambes. (Cette opération prudente se fait dans les cabinets
-d’aisances.) Quand on a voulu leur faire avouer le vol, elles ne se
-doutaient pas qu’on allait les déshabiller, et elles ont nié jusqu’à ce
-qu’on les eût mises entièrement nues»[281].
-
-La fillette déjà grande à laquelle sa mère aura l’inclémence de les
-faire porter fermés, fera bien, après se les être fait déchirer, dans
-les bois, de Saint-Cloud, par son compagnon de promenade devenu son ami
-de cœur, de ne pas le retirer pour le jeter dans un fourré.
-
-L’objet retrouvé par un promeneur solitaire ne manquera pas de prêter
-aux plus déplorables suppositions. L’imagination fertile des reporters
-et le flair bien connu de la police feront le reste: nouveau scandale,
-nouveau satyre, nouveau Soleilland: tout cela pour un «pantalon blanc
-de fillette, très étroit, déchiré d’avant en arrière et sur lequel on
-remarque... de nombreuses taches suspectes»[282].
-
-Cela jusqu’au jour où, mi-riant, mi-pleurant, deux pauvres gosses,
-Charles Cognand et Joséphine Dessers, viendront murmurer à mi-voix, sur
-un air connu, dans le cabinet du commissaire:
-
- C’est une idylle dans le goût
- De Théocrite et de Virgile,
- C’est une idylle et voilà tout...
-
-La Cour d’Assises avait vraiment d’autres... chiens à fouetter.
-Infortunée Joséphine, elle était assez punie pour ne pas avoir à
-répondre à la relative justice des hommes: au cours de cette escapade,
-n’avait-elle point perdu ses cheveux blonds, son pantalon... et sans
-doute quelque autre chose encore?
-
-Avant que les temps fussent venus du benzol et des éclaboussures des
-autobus, les impériales d’omnibus, devenus accessibles aux femmes
-eurent leur part également dans la diffusion de l’usage du pantalon.
-
-Nombre de jolies filles et de fines enfants du faubourg ne détestaient
-évidemment pas que l’on aperçut leurs jambes, si elles étaient bien
-faites, en descendant l’étroit escalier. Encore fallait-il que les
-Messieurs de la plate-forme, des voyageurs d’une espèce particulière,
-ne poussassent pas leurs investigations plus haut que le genou. D’où
-nécessité de se munir d’un pantalon, dont, timide, apparaissait parfois
-le poignet, à moins que la jupe s’étant accrochée, ce ne fût une
-soudaine exposition de blanc.
-
- * * * * *
-
-«Pas souvent suggestive, déclarait Vallet, la descente de
-_l’impériale_, bottines fatiguées, jupons d’alpaga, pantalons de
-flanelle rouge... à moins qu’il n’y en ait pas»[283]. Mais non, toutes
-les bottines n’étaient pas fatiguées, les pantalons de flanelle étaient
-heureusement l’exception, et quand il n’y en avait pas du tout, je me
-suis laissé dire que ça n’en était pas plus désagréable.
-
-En Allemagne, où tout est sujet à règlements, on songea, paraît-il,
-lorsque l’impériale des omnibus fut, à Berlin, devenue accessible aux
-femmes, à rendre le pantalon obligatoire pour celles qui voulaient
-procéder à cette ascension.
-
-C’était un nouveau poste et un nouveau mot composé à créer,
-inspecteur-des-pantalons-des-dames-des-impériales-d’omnibus; mais les
-difficultés du contrôle firent, sans doute, rejeter la proposition du
-docteur Hancke, tendant à ce que le «pantalon sous-jupe» fût imposé aux
-voyageuses de l’impériale et la police se borna à exiger que l’escalier
-fût large et masqué du côté du public[284].
-
-La bousculade qui y sévit et les petits jeux qui s’y pratiquent, ne
-rendent pas non plus le pantalon tout à fait inutile dans le métro.
-
-Écoutez plutôt la mère des demoiselles Jouarre:
-
-— Oui, parlons-en! c’est plein d’hommes qui vous pelotent. Il n’y en a
-pas un pour céder sa place, et cinquante pour vous peloter les fesses!
-Croiriez-vous que pas plus tard qu’avant-hier, je me suis trouvée à
-côté d’un sale type, que si je n’avais pas eu de pantalon...[285]
-
-Mais, une personne de votre éducation aurait-elle pu, chère Madame,
-n’en pas avoir?
-
-La pluie, enfin, l’ennuyeuse pluie, qui rend les trottoirs gras et
-boueux et force tout ce petit monde à dévêtir sous les jupes haut
-relevées, la gamme des bas et la ligne amusante des jambes, n’est pas,
-certains jours du moins, sans faire passer un pantalon, en s’habillant,
-à d’aimables personnes, qui, s’il faisait soleil, s’en passeraient
-volontiers.
-
-Le café-concert a chanté assez pauvrement ces brèves visions et sans
-s’attarder aux «petits vieux bien propres» auxquels sont familiers le
-trottoir de la rue de la Paix, je dirai un mot rétrospectif de cet
-objet aboli, la culotte cycliste.
-
-Avant même que la bicyclette ait achevé de tourner au «bienfait social»
-et que la «petite reine» soit devenue la populaire bécane, la culotte
-avait disparu, remplacée par la jupe-culotte, puis, par la jupe, plus
-élégante sans doute, mais beaucoup moins pratique.
-
-Mais, que voulez-vous? la mode l’ordonnait ainsi.
-
-La culotte zouave avait cependant un grave inconvénient, que partage,
-d’ailleurs, la culotte marquise portée sous la jupe: il y avait des
-moments où elle devenait terriblement gênante. Aussi, ne faut-il pas
-s’étonner qu’un tailleur intelligent ait un jour songé à donner à la
-culotte de nos petites camarades le quelque chose qui lui manquait
-pour en faire l’égale de nos pantalons «un rien ce quelque chose; mais
-un rien qui compte terriblement en de certaines minutes au cours des
-longues étapes cyclistes.
-
-«Quelques cyclowemen, émues des souffrances de leurs sœurs, ont
-pensé qu’il y avait une révolution à tenter sur ce terrain et,
-résolument elles ont ouvert une brèche dans le préjugé de la culotte
-cycliste,—entr’ouvert serait mieux dire, et combien discrètement.
-
-«C’est à cette généreuse tentative que nous devons la CULOTTE
-PETIT-PONT ingénieuse autant que décente, et aussi commode
-qu’élégante»[286].
-
-Je ne sais si la culotte petit-pont a survécu aux «longues étapes
-cyclistes», mais l’idée n’est pas morte avec elles. Plus récemment,
-un catalogue s’adressant au monde de l’automobile, me révélait
-l’existence, avec dessin à l’appui, pour les femmes pour lesquelles
-l’auto est un sport, de la «culotte à pont, se porte sous les jupes de
-sport, satin de Chine ou Jersey».
-
-Aux jours heureux et déjà lointains de la bicyclette, il y avait des
-débutantes qui ne cherchaient pas si loin et se contentaient, à la
-campagne, de retirer leur jupe et leurs jupons, pour enfourcher, en
-corsage clair et en pantalon, un cadre d’homme:
-
-«Rencontré dimanche soir, près d’Auvers-sur-Oise, une très réaliste
-mais par trop shocking jeune femme qui pédalait en pantalon de
-batiste... pas même fermé par une feuille de vigne.
-
-«Ohé! Monsieur le sénateur! si vous enfourchiez votre bécane pour
-savoir son nom et son adresse?
-
-Ce filet emprunté au _Vélo_ ne doit pas être étranger à l’amusante
-nouvelle que M. Carolus Brio publiait quelques mois plus tard dans le
-_Courrier Français_. Elle n’aurait pas fait mauvaise figure dans les
-_Tribunaux comiques_ de Jules Moinaux, et les motifs de la remise à
-huitaine par le juge de paix méritent d’être cités:
-
-«Attendu que la nature de l’étoffe, si légère soit-elle, dont est fait
-le pantalon d’une bicycliste ne saurait constituer le délit d’outrage
-aux mœurs;
-
-«Qu’en l’espèce, il y a lieu de rechercher si le vêtement dont il
-s’agit offre des solutions de continuité, le rendant impropre à l’usage
-spécial qu’en fit la délinquante;
-
-«Qu’un supplément d’enquête par suite est nécessaire:
-
-«Par ces motifs,
-
-«Invitons Mme Laminette à soumettre à l’examen du tribunal le pantalon
-incriminé.
-
-«Renvoyons la cause à huitaine pour les opérations d’expertise et de
-jugement»[287].
-
-Par contre, si hostile que l’on puisse être à la culotte cycliste et
-même au pantalon en général, c’est pour une femme une grosse imprudence
-de monter à bicyclette sans pantalon. Il n’y a pas seulement à Paris de
-vieux messieurs pour veiller à la décence des rues et des music-hall:
-les farouches agents du préfet de police, ce tigre à face humaine,
-verbalisent, eux aussi, parfois, et une pauvre petite femme, Mlle
-Lanjallée, dut à un procès-verbal de ces sbires de comparaître non plus
-devant la justice de paix, mais devant la correctionnelle et de se voir
-octroyer huit jours de prison.
-
-«La 8e Chambre correctionnelle a condamné hier à huit jours de prison,
-devant se compenser avec la prison préventive subie, Mlle Lanjallée
-poursuivie pour outrage public à la pudeur, dans des conditions toutes
-nouvelles: c’est l’application de la bicyclette au délit correctionnel,
-car cette jeune personne, dont la magnifique chevelure crêpée entoure
-la tête comme d’une auréole, n’avait rien trouvé de mieux à faire
-que de parcourir la distance qui sépare le quai Malaquais de la
-place Saint-Germain-des-Prés, juchée sur une bicyclette, les jupons
-retroussés, sans pantalon, avec aux jambes, de simples chaussettes.
-
-«Me Lenoble, son défenseur, a plaidé que sur des plages et dans les
-bals privés, les femmes les plus honnêtes en montraient bien davantage.
-Mais cet argument n’a pas convaincu le tribunal»[288].
-
-Huit jours de prison pour montrer ses jambes et un peu de ses cuisses,
-c’est cher, vraiment; et quelques jours plus tard, M. A. Ménard
-pouvait écrire avec raison dans la _Lanterne_:
-
-«Faut de la pudeur; pas trop n’en faut. Ou bien dressez des
-procès-verbaux aux statues du Luxembourg, aux danseuses en rupture de
-tutu, à tout ce qui montre un coin de peau, et fourrez six mois de
-prison à une infortunée qui, ayant bu un verre de cidre, se laissera
-aller à mettre au coin d’un mur sa lune en plein air»[289].
-
-Qui vous dit, ô doux juges de la 8e Chambre, que cette enfant n’allait
-pas à un premier rendez-vous, et les casuistes sont d’accord pour juger
-que la femme pêche non moins gravement ce jour-là en s’affublant d’une
-culotte cycliste (_mortaliter peccant_...), que si elle avait revêtu le
-pantalon fermé de la princesse C...:
-
-«Non, mille fois non! Allez-y en voiture! La culotte de zouavette,
-c’est charmant, mais ça _n’est pas_ un costume d’adultère à ses débuts.
-Combien de fois je l’ai maudite, cette jolie culotte de zouavette!
-Et encore elle était portée par des femmes qui ne faisaient pas de
-manières pour l’enlever. Croyez-m’en, madame, prenez votre voiture,
-mettez une robe, des jupons non empesés et un pantalon ouvert. Votre
-hôte sera très sensible à ces marques de courtoisie»[290].
-
-La culotte cycliste ressemblait trop, d’ailleurs, aux vêtements de
-l’autre sexe pour que le _Dictionnaire des cas de conscience_ ne lui
-fût point contraire.
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-LE GRAND ET LE PETIT TROTTOIR
-
-
- SUZANNE
-
- LINGERIE—TROUSSEAUX
-
- _On essaie._
-
-
-[Illustration]
-
-
-LE GRAND ET LE PETIT TROTTOIR
-
-
-Par M. Paul Bourget, dont la prose et les pensées édifiantes, ne
-faisaient pas, à cette époque heureuse, concurrence à celles de M.
-Henry Bordeaux, nous connaissons depuis longtemps les corsets noirs de
-Mme Moraines.
-
-Les bas noirs et le corset noir, ah oui! des souvenirs plus lointains
-encore que ceux de la bicyclette, et que gardera de l’oubli le crayon
-divin de Willette.
-
-Mais, ne nous émotionnons pas; laissons à nos aînés le regret du bas
-blanc et de tout ce qui fit l’élégance des femmes de la Restauration et
-du Second Empire.
-
-Poussant l’indiscrétion plus loin que l’auteur de _Mensonges_,
-enquérons-nous auprès des romanciers des dessous de la Parisienne.
-
-Mondaines, quarts de mondaines, mannequins ou simples trottins, ils
-n’ont point manqué de déshabiller leurs héroïnes. Nous connaissons le
-tissu de leurs chemises et la forme de leurs pantalons; la plupart en
-portent; et si, d’aventure, elles n’en ont pas, nos maîtres n’auront
-garde d’omettre ce détail.
-
-Brève revue du roman contemporain à laquelle manqueront la bousculade
-et les parlementaires de Longchamp—qui s’en plaindra?
-
-Mon vieil ami Jean Ajalbert—l’ordre alphabétique l’ordonne—prendra la
-tête de défilé et j’en suis convaincu, saura ne pas perdre le point de
-direction.
-
-Tout d’abord cette jolie fille, Marcelle, qui lui a fourni le thème
-d’un de ses meilleurs romans, _En Amour_:
-
-«Il la hissa tout à fait sur ses genoux, la main aventureuse par les
-bas tièdes, les dentelles du pantalon...»[291]
-
-Mais, crainte de faire rougir les roses de la Malmaison, passons à la
-fille de l’hôtesse des amoureux à Olivet, encore une qui, à Paris, a
-trop bien tourné:
-
-«Ah! elle en avions des frusques, elle aussi, et des pantalons et des
-jupons et de la dentelle, et des ci et des là, comme sur c’te chaise...
-Et des chemises et des fines, sauf vot’ respect, qu’on y voit l’cul à
-travers, comme j’y disais»[292].
-
-D’un autre poète, Théodore Hannon, cette traversée, un jour de pluie,
-par les petites Bruxelloises, que n’avait point encore écrasées la
-botte prussienne:
-
- Ah! l’exquise exhibition
- De pantalons blancs et de cottes,
- De mollets et de bas à côtes,
- Prenant jour, sans ambition[293].
-
-Laissant à Mlle Lhomme ses « culottes de flanelle[294], restons fidèles
-au pantalon blanc et à son charme ambigu. Albert Tinchant et Léo
-Trézenik, deux disparus, dévêteront pour nous ces blancheurs secrètes.
-
-«Cependant qu’il allumait deux bougies et tirait les verrous, elle
-s’était déshabillée, sans trouble, énigmatique, gardant encore,—une
-dernière révolte de pudeur, sans doute,—son corset clos et son pantalon
-très blanc sur ses bas noirs»[295].
-
-Léo Trézenik s’est plu, lui, à rajeunir le sujet très vieux et familier
-aux estampes du XVIIIe siècle, de la jarretière défaite et qu’il faut
-rattacher.
-
-«Puis, résolûment, comme pour en finir, elle troussa ses jupes,
-découvrant ses jambes jusqu’au feston du pantalon, et, posément, sans
-précipitation, en femme qui se sait comprise, elle tira son bas et
-boucla sa jarretière»[296].
-
-Des modes, passons, si vous voulez, aux modèles. En ce qui les
-concerne, une distinction s’impose.
-
-D’une part, l’Italienne; un souillon généralement, ignorant, sous le
-clinquant de ses oripeaux, l’art des déshabillages. Ses vêtements
-enlevés en paquets, tout d’une pièce, elle retirera sa chemise
-par-dessus sa tête, sa nudité allant en remontant, des bas de coton à
-côtes aux seins trop lourds. Point de dessous ou, tout au plus, au cœur
-de l’hiver, le hideux emmaillottement d’un pantalon de flanelle rouge,
-ballonnant autour des cuisses et tombant à mi-jambes. L’exhibition
-brusque de son corps, la tenue de travail dans un métier dont, au dire
-de certaines, les repos sont surtout fatigants.
-
-Ce sera le contraire de la Parisienne. Quelques soient ses origines et
-les contingences de la vie qui l’auront amenée à poser, elle restera
-femme avant tout.
-
-Tandis que le déshabillé de la Transtévérine, vieille et déformée avant
-l’âge, le plus souvent, chair vague condamnée à d’obscures besognes,
-chairs veules tôt dévêtues sur un signe du maître, aura quelque chose
-de celui d’un goujat ou d’un garçon boucher devant le conseil de
-révision, la Parisienne, que Montmartre ou que Montrouge aient souri à
-ses premiers ébats, n’aura point oublié et chantera, dans sa grâce et
-suivant le rite consacré, le poème divin des déshabillés.
-
-Nulle hâte à se montrer nue, à faire, comme l’Italienne, valoir sa
-marchandise; au lieu des nippes arrachées plutôt qu’enlevées, souplesse
-et rythme des mouvements, les gestes classiques et prévus de la femme
-qui, peu à peu se déshabille. Après le corsage brusquement retiré, la
-chute déjà plus lente de la jupe; un jupon qui semble hésiter avant
-de laisser, en tombant, apercevoir l’androgynat amusant du pantalon;
-le manège compliqué de la femme, pour s’en dépêtrer; les jarretelles
-dont il faut détacher les «pressions»; le corset à dégrafer et dont
-la chute laisse apparaître, nue, l’orbe jolie des seins: tous ces
-riens charmants qui, pour les véritables amants de la femme, rendent
-certaines minutes particulièrement heureuses et sont comme une
-introduction écrite par quelque impérissable artiste, à la vision
-sacrée de son corps, au lotus apparu de son sexe.
-
-Pudeur spéciale, tandis que le modèle ne songera pas à rougir de sa
-nudité, souvent,—rideau ou paravent,—il se cachera, tant pour se
-déshabiller que pour se rhabiller.
-
-Son corps, soit, c’est son métier. Mais son déshabillé lui appartient,
-ou appartient à celui à qui elle a fait don de sa jeunesse et de sa
-chair, que l’amour ou que la fantaisie la guident.
-
-Les rapins les plus chevelus de Montmartre et les esthètes les plus
-largement cravatés de Montparnasse n’effraieront pas son nu triomphant,
-mais que le facies niais de Bouvart ou que le masque glabre de Pécuchet
-ne viennent pas s’encadrer au seuil de l’atelier. Quel cri d’oiselle
-effarouchée saluerait l’apparition de l’éternel prototype du mufle et
-comme elle aura vite fait de disparaître on ne sait où, ou de couvrir,
-on ne sait de quoi, l’holocauste vivant de son corps.
-
-Celle-là, généralement porte des pantalons. Un des meilleurs dessins de
-Boutet, nous les montre même très fanfreluchés, tandis que, arc-boutée,
-elle écoute, à la porte, vaticiner en descendant l’escalier un
-créancier impayé ou quelque représentant de la détestable et redoutable
-corporation des huissiers[297].
-
-Parfois, même, on profite de la séance de pose pour les leur cacher,
-d’où, quand elle a pris fin, cette légitime protestation:
-
-—Ah! vous pouvez bien rire tous les deux. N’empêche que ce n’est pas
-chic d’avoir caché mon pantalon»[298].
-
-Il en fut même à les porter fermés; elles furent sans doute
-l’exception. Enigmatique et bras ballants, Yvette Guilbert, non sans
-charme, chanta _le Petit Modèle_:
-
- Ell’ n’voulait pas avant l’mariage,
- Quitter ses pantalons fermés;
- Ça vous prouv’ bien qu’elle était sage,
- Sa mère ayant su la former[299].
-
-Il y en a toutefois à n’en pas porter. Les unes jeunes, les autres
-vieilles,—ou tôt vieillies, car les années de champagne comptent
-double: les chevaux de retour de la pose, ces malheureuses qui,
-malgré leur empâtement, ne peuvent se décider à l’abandonner, et qui,
-lamentables, s’en vont, par les ateliers, traîner à la recherche d’une
-ébauche longue à venir.
-
-L’une d’elles a fourni à Paul Dollfus le récit de la séance
-improvisée, qui permit à la pauvre femme d’établir aux yeux d’un des
-maîtres du crayon combien ses dessous ignoraient la complication de
-l’empantalonnement.
-
-Rebutée à droite et à gauche, d’atelier en atelier, elle finit par
-aller frapper chez le peintre Bayard, qui, lui avait assuré un fumiste,
-était, en ce moment, à la recherche de femmes, posant le dos et les
-reins.
-
-Quel dos, quels reins, et, surtout, quelle chute de reins!
-
-«Quand elle se présenta, il y avait plusieurs personnes dans l’atelier.
-
-—Monsieur Bayard? demanda-t-elle.
-
-—C’est moi! fit le peintre.
-
-«Alors, sans mot dire, elle lui tourna le dos... puis soulevant ses
-jupes et sa chemise—elle n’avait pas de pantalon—elle cambra la
-croupe, et, triomphante, s’écria:
-
-—Comment trouvez-vous le bouillon?[300].
-
-Nous côtoyons le trottoir. L’hiver seul semble en chasser les tristes
-créatures, qui lasses, sans doute, d’avoir ouvert leurs draps aux
-hommes, viennent, dans la _Femme-Enfant_, mendier quelque emploi dans
-la figuration.
-
-Non des théâtreuses possédant la tapageuse lingerie de Raymonde de
-Nevers ou de Christiane de Pontijou, mais le veule troupeau, qui jamais
-ne possèdera chignon sur rue ou place au prône, des vendeuses d’amour
-au rabais, celles qui, quand on leur dit de s’asseoir, se couchent ou
-s’agenouillent.
-
-Quelques-unes se déshabillent pourtant, d’autres se contentent de
-trousser leurs jupes.
-
-Leurs pantalons? «ceux que l’on met tous les jours, de flanelle ou de
-madapolam, serrés au jarret, non d’un ruban, de quelque cordon à double
-nœud, sans rosette»[301].
-
-La flanelle toujours:
-
-«Sous les jupes et les pantalons s’enflaient et ballottaient à l’aise
-des rondeurs proéminentes jusqu’à la difformité, ou s’effilaient sans
-mensonge de rembourrages ni d’étoffes bouffantes des éthicités de
-squelettes»[302].
-
-Pas faite pour la montre cette «flanelle ballonnante du pantalon»[303]
-ni pour pimenter l’angoisse des déshabillés. Elle ne songe pas même
-à garantir la femme contre la folie des mains qui s’égarent, mais
-simplement à la protéger du froid.
-
-Le bienfait social, sous une autre forme.
-
-Pour d’autres, au contraire, costume de combat et de travail,
-cantharide autorisée dont elles connaissent les effets et escomptent
-les résultats.
-
-«Arrivée à la chambre de l’amie, elle commence par faire asseoir son
-_miché_, elle ôte son chapeau, déroule ses cheveux, dégrafe sa robe,
-enlève son corset et ses jupons; elle reste ainsi en pantalon très
-court et très décolletée, parce que, par un geste imperceptible elle a
-tiré la coulisse qui fermait sa chemise sur la poitrine; elle s’assied
-près, bien près, quelquefois sur les genoux et entame une conversation;
-l’homme la couve des yeux; en femme habile elle suit sur sa physionomie
-la marche de ses désirs; quand elle le voit à point, elle aborde la
-question.
-
-[Illustration]
-
-—Tu m’as donné dix francs (ou un louis), mais tu ne savais pas comme
-j’étais faite, comme j’étais fraîche; allons, mon bébé, donne-moi dix
-francs (ou un louis) de plus, tu verras comme je serai bien gentille.
-
-«C’est le coup de l’allumage»[304].
-
-Le trousseau même des pensionnaires de M. Philibert comprend des
-pantalons en nombre restreint il est vrai, leur usage semblant dans ces
-derniers salons assez problématique.
-
-Les _Comptes d’un Budget parisien: toilette et mobilier d’une élégante
-en 1869_, de Lorédan Larchey,[305] ne prévoyaient pas cet accessoire
-dont l’usage était, cependant, devenu courant.
-
-Le jugement du juge de paix d’Agen qui fit restituer son trousseau à
-Mlle Paméla comble cette lacune, et ajoute également un document assez
-curieux à l’histoire de nos mœurs.
-
-«Les tenancières de maisons Tellier peuvent-elles retenir les effets
-de leurs pensionnaires, sous prétexte d’avances faites à ces dernières
-et non remboursées? Le juge de paix du deuxième canton d’Agen vient de
-résoudre, dans le sens de la négative, cette question qu’on ne saurait
-qualifier question de droit pratique à l’usage des familles.
-
-«Mlle Paméla devait 200 fr. pour avances diverses à «sa» Mme Tellier.
-Celle-ci avait pensé être en droit de refuser à sa pensionnaire, avant
-paiement intégral de la somme de 200 francs, l’enlèvement des objets de
-son trousseau ainsi composé:
-
-«37 chemises décolletées, 7 jupons blancs et de couleur, 3 jupons de
-laine et flanelle et 3 corsages, 3 pantalons blancs, 11 paires de bas,
-36 serviettes, 38 mouchoirs de poche, 6 mouchoirs de poche en soie
-de foulard, 3 flanelles, 6 costumes de ville, 1 peignoir en laine, 4
-paires de chaussettes, 1 corsage en soie, 3 garnitures de jupon au
-crochet, 3 chapeaux, 1 collet d’hiver, 1 châle en laine, 1 parapluie, 1
-fichu de soie et 1 tablier blanc.
-
-«Comme nous l’avons dit, le juge de paix, saisi du différend, a donné
-gain de cause à Mlle Paméla, qui, sans bourse délier ou plutôt sans
-avoir besoin de fouiller dans ses onze paires de bas, est rentrée en
-possession de son trousseau de pensionnaire de la maison Tellier»[306].
-
-Trois pantalons pour vingt-sept chemises, la proportion est assez
-faible: Mlle Paméla n’avait guère à en user paraît-il, et les habitués
-de la maison n’étaient sans doute pas des cérébraux auxquels fût
-nécessaire l’excitation des dessous.
-
-Si, au lieu d’être «en maison», la pauvre fille eût librement exercé
-la profession d’«insoumise» elle aurait eu chance de compléter sa
-demi-douzaine et même d’atteindre la douzaine, par quelques passes
-rémunératrices et suivies, chez l’intelligent hôtelier, dont le _Cri de
-Paris_, révélait, naguère, l’existence:
-
-«Doué d’une ingéniosité exquise, un tenancier d’hôtel parisien a
-inauguré, ces temps derniers, un système de ticket-prime vraiment
-original.
-
-«L’existence de ce ticket a été révélée au cours d’une poursuite
-correctionnelle. Le tenancier avait à répondre, devant la 9e Chambre,
-du délit d’excitation de mineures à la débauche.
-
-«Afin d’attirer la clientèle des filles galantes, ce commerçant avisé
-remettait à chacune de ses clientes, lors de son passage dans une
-chambre de son hôtel, un ticket-prime.
-
-«Vingt de ces tickets donnaient droit à «un pantalon madapolam, avec
-broderie anglaise» et cinquante tickets à «une chemise de nuit nansouk
-garnie entre-deux et broderie anglaise.»
-
-«L’adroit tenancier a été condamné à mille francs d’amende»[307].
-
-Toutes, en sachant la puissance, savent mettre à profit la grâce
-ambiguë du pantalon pour porter aux désirs du mâle le coup décisif.
-
-Là où auront échoué le plus frais sourire et les plus beaux yeux du
-monde, le charme des déshabillés et le piment des blancheurs apparues
-triompheront.
-
-Combien d’Hippolytes seraient rentrés chez eux, farouches et
-solitaires, si, sur leur chemin, les dentelles révélées par le
-retroussis discret des jupes n’avaient éveillé leurs sens et fait
-appareiller vers Cythère leur curiosité.
-
-Les dessous, mais, c’est à la fois un art et une préoccupation. Jean
-Richepin et Léo Trézenik nous ont dépeint abondamment, aux carrefours
-et aux bureaux d’omnibus, «l’amateur de mollets» ce survivant du
-Pont-Royal, et n’est-ce pas un peu lui-même que portraicturait le
-pauvre Jean Lorrain, dans ce rêveur traversant le Jardin de Paris ou
-le Moulin-Rouge «en somnambule, sans rien voir, uniquement préoccupé
-des jambes des danseuses ou des dessous des promeneuses, plus ou moins
-montrés dans un geste qui retrousse»[308].
-
-C’était un art également, après avoir su voir, de savoir décrire pour
-«les maîtres de l’archet subtil et titillant dans l’art de bien exciter
-et bien dire»[309], que se disputèrent les quotidiens, avant que ne
-sévit la pudibonderie auxquels ils doivent aujourd’hui un ennui non
-moins austère que le devoir.
-
-Du _Gil-Blas_, ils passèrent à l’_Echo de Paris_, puis de
-_l’Echo_—_quanto mutatus_—au _Journal_... Hélas! que tout cela est
-loin. Les contes de Silvestre, les nouvelles de Mendès et de Lorrain,
-les chroniques de Laurent Taillhade, existe-t-il au monde assez de
-cendre pour que l’_Echo de Paris_ puisse s’en couvrir et expier ses
-erreurs anciennes.
-
-Quant aux pécheresses dont les caprices faisaient la loi... et la mode,
-comment leur en vouloir de leurs dessous capiteux, dont la description
-seule suffirait à scandaliser l’hypocrite province?
-
-Ne doit-on pas, au contraire, ainsi que l’indiquait A. Tisserand, leur
-savoir un gré infini «de leur dessous ultra-soignés, de leurs pantalons
-et de leurs chemises de vingt-cinq louis, de leur gai minois, de leurs
-dents blanches, de leurs frisons fous, bref de tout le charme qu’elles
-répandent dans la vie parisienne[310]»?
-
-Qu’elles ne se contentent pas de laisser exposés chez leur lingère où
-Tout-Paris les aura admirés durant huit jours, les pantalons à cent
-louis pièces que leur aura offert le vieux banquier Michès.
-
-«Le retroussé est le costume national des Françaises» a écrit Pierre
-Louys[311]. Qu’elles n’oublient point cet aphorisme et ne craignent
-point de laisser froisser et au besoin déchirer cette lingerie
-coûteuse. De tels payeurs ont leur amour-propre et ne voudraient pas
-qu’on puisse croire qu’ils paient des culottes de deux mille francs à
-leurs maîtresses seulement pour le dimanche[312].
-
-Tout le monde ne peut pas collectionner les souvenirs napoléoniens.
-A défaut d’un petit chapeau, c’était au pantalon de l’une des
-interprètes de _Ferdinand le Noceur_, Mlle Giverny, qu’un millionnaire
-russe avait jeté son dévolu, et il fit offrir 2.000 francs à l’artiste
-pour qu’elle lui cédât cette partie de sa garde-robe.
-
-L’actrice refusa modestement. Ce boyard était un rapiat et pour ses
-cent louis comptait se payer le contenant et le contenu. Ce n’était
-plus de la collection, mais du marchandage[313].
-
-A moins que ce ne fut tout bonnement un «fétichiste» et que le pantalon
-de l’artiste dût, plus tard, figurer parmi les reliques laissées par
-le Slave, comme, jadis, on avait retrouvé, derrière le lit de mort de
-Brillat-Savarin, le violon de l’écrivain, un exemplaire d’Horace et...
-un pantalon de femme.
-
-Le modèle ne devait pas en être affolant,—l’auteur de la _Physiologie
-du Goût_ n’est-il pas mort en 1826?—Mais, cela prouve au moins que
-son amie avait été parmi les audacieuses, qui, les premières, avaient
-souscrit à la mode nouvelle et qu’il en avait, lui-même, compris tout
-le charme.
-
-«Horace, un violon et un pantalon féminin», ajoutait _Comædia_
-qui nous fournit cet écho, «ces trois objets ne sont-ils pas le
-symbole de l’esprit de gourmand voluptueux et très artiste que fut
-Brillat-Savarin»[314].
-
-Mlle Giverny! les théâtreuses! Nul ne saurait, mieux que ne l’a fait
-Montorgueil, exprimer l’importance et dire le rôle que jouent dans
-leurs succès les entre-deux de leurs pantalons, pour tant de jolies
-filles qui, au café-concert, font, à défaut de talent, applaudir la
-désinvolture de leurs retroussés et la somptuosité de leur lingerie.
-
-«La trépidation excitante a surtout gagné les femmes. On sait
-leur passion pour les exercices violents: elles la satisfont au
-café-concert, où elles ont transporté la balançoire hygiénique. Ce
-qu’elles chantent ne s’y prête pas toujours, mais c’est toujours leur
-plaisir. C’est parfois aussi le nôtre. Au hasard des turlutaines,
-sur une musique toute en borborygmes—_tra la la la la la la!..._—la
-pétulante Duclerc exhibe des dessous. Oh! ces dessous. Ami,
-n’as-tu pas rêvé? Elle est reine du chahut à cette heure, et avec
-Nini-patte-en-l’air fait école. Beauté à l’ail, piquante et relevée
-du Midi—té, mon bon—comme la Rosière de Marseille, son émule, dans sa
-gamme, la note la plus élevée est de la lingère. «Peste, ma chère,
-tu as donc fait un héritage pour porter des pantalons pareils?...»
-Les litiges parfois publics entre ces artistes et leurs couturières
-nous ont révélé le prix d’un talent qui s’applique à combiner la
-pauvreté des rimes avec la richesse des entre-deux. Le procès de Mme
-Aymard fut un des plus indiscrets. Nous avons appris que la chanteuse
-avait des chemises de foulard et des pantalons de surah onéreux. Elle
-avait jusqu’à «un moine céleste» facturé dix louis, qui intrigua les
-impertinents. Le moine était-il chartreux, capucin ou carme? Jamais
-plus beau linge propre ne s’étala en police correctionnelle. On visita
-sa garde-robe. «Monsieur, aurait-elle pu dire avec fierté, c’est mon
-répertoire!» Dans la revue, cette année-là, précisément, elle était en
-plage normande et c’était elle—ô ironie!—qui chantait les «petits trous
-pas chers!»
-
-«Cette lingerie est une nécessité. Connaissent-elles au cours d’un
-couplet, quelle position elles prendront? Elles sont comme ces
-femmes prudentes qui craignent les accidents de voiture ou autres
-et qui s’habillent en se disant: «Sait-on jamais ce qui peut nous
-arriver?» Elles sont si stupéfiantes, si inattendues! Et quelles poses
-clownesques! Cette sensation qu’elles tiennent du clown est si nette
-qu’elles-mêmes, volontiers, adoptent pour coiffure le toupet du
-comique de la piste[315]».
-
-La lingère parisienne ne se contente pas de fabriquer, comme sœur
-Véronique, des culottes à tant pour la main-d’œuvre. Pour mieux bander
-son arc, elle y a ajouté une nouvelle corde, et, moyennant trois louis,
-les essaie et les laisse déchirer. Métier inconnu même de Privat
-d’Anglemont et que révéla Georges Brandimbourg dans le _Courrier
-Français_[316].
-
-C’est, en effet, une manie chez certaines, de conserver cette frêle et
-illusoire batiste aux minutes suprêmes, alors qu’elles en ont le moins
-besoin. Elle n’empêche rien, c’est possible, mais à quoi bon voiler
-d’un nuage, si léger soit-il, la roseur désirée de la chair.
-
-Au nom de tous les véritables amants de la femme, les poètes Armand
-Silvestre et Catulle Mendès ont protesté contre cette erreur cent fois
-condamnable. Il faut laisser aux femmes pressées qui n’ont pas le temps
-de se déshabiller ou aux banales initiatrices aux premiers frissons
-«cet accoutrement viril, ce travesti sous la jupe, qui trouble,
-désoriente»[317].
-
-«Rien n’habille aussi bien que le nu», les bas noirs et le pantalon
-sont trop longtemps restés en notre doux pays de France comme un
-uniforme. Il serait bon que la femme dans sa nudité, ne continuât pas
-à représenter, aux yeux simplistes de la foule, la Vérité sortant du
-puits perdu de la politique.
-
-L’ironie de M. Pierre Louys est toujours délicieuse.
-
-«L’uniforme des courtisanes c’est le corset noir et les bas noirs avec
-ou sans pantalon; autrefois, cela se gardait même au lit, disent les
-bons auteurs: maintenant cela ne se porte plus qu’à la chambre, et
-voilà un point de gagné, mais le public des petits théâtres le sait-il?
-Pour lui, toutes les femmes nues représentent la même personne, la
-seule qu’il ait jamais vue dans les journaux illustrés: c’est la Vérité
-sur M. Dreyfus. Si on la faisait revenir en scène, il y aurait des
-manifestations»[318].
-
-La couleur des bas et du corset a pu changer, la vogue du pantalon
-est demeurée entière, quand la proximité du lit ne permet pas un
-déshabillage complet, et, faut-il le dire, la femme ne pêche, dans ce
-cas, que véniellement.
-
-Au cours d’une partie de campagne, lorsque l’ombre tutélaire d’un bois
-offre à deux fantaisies sa complicité, le petit plaisir est si fugitif
-qu’elle ne peut guère songer à se dévêtir.
-
-L’homme ne saurait lui infliger le ridicule d’avoir à retirer sous
-ses jupes son pantalon, avant de lui accorder la joie de son corps.
-Le geste serait inesthétique et en plus dangereux. Un pantalon oublié
-et accroché aux ailes d’un moulin où il avait remplacé les bonnets
-de jadis, mais, il n’en faut pas plus pour corser un procès et faire
-la joie des adversaires d’un homme d’État! Puis, si la dame le porte
-sous le corset, avec ça que c’est facile de retirer l’un, sans enlever
-l’autre?
-
-C’est pourquoi, ajouteront les moralistes, la femme doit les porter
-ouverts et je suis, pour une fois, tout à fait de leur avis.
-
-Le roman ne pouvait, bien entendu, négliger ce détail de toilette qui
-a pris tant d’importance parmi les dessous des petites amies de nos
-auteurs les plus réputés. On n’a que l’embarras du choix pour, ouvrir
-un rayon de blanc à faire pâlir l’ombre de la Reine Blanche.
-
-Tout d’abord, évocation du quartier latin d’il y a trente ans, alors
-qu’y florissaient les brasseries de femmes et que le nom de Palmyre ne
-couvrait pas seulement des ruines, cette silhouette de petite grue:
-
-«Et de suite, elle enfila sa chemise...
-
-«Alors, Alphonsine mit son corset, un corset noir avec des éventails
-en soie jaune, et ses bas, de grands bas couleur chair lui collant au
-mollet. Dans l’armoire à glace elle prit un corsage de drap rouge garni
-d’un marabout, et une jupe de même couleur avec quatre rangées d’un
-petit liseré d’or. Adrienne lui disant de se dépêcher, elle culotta
-son pantalon, en s’appuyant au bord du lit et posant le pied sur une
-chaise. Il était garni d’un entre-deux et d’une broderie et resserré
-par une faveur. Ensuite elle s’attacha la tournure sur le derrière et
-revêtit un petit jupon en flanelle bleue, ayant une large dentelle et,
-par-dessus un second jupon en moire, garni de velours»[319].
-
-Que de jupons! et un peu dame de province le jupon de moire garni de
-velours; mais l’observation du mouvement pour enfiler le pantalon est
-jolie et la tournure, ce «cul de Paris», disaient nos aïeux, donne à
-cette citation une date certaine.
-
-De Jean Reibrach, non plus une habituée du Pantagruel et du Bas-Rhin,
-mais une fille de la rive droite, un peu dépaysée dans le populacier
-Belleville où elle est montée chercher un peu de jeunesse et de vigueur:
-
-«.... Presque aussitôt Martiny vint ouvrir. Il était en caleçon et au
-milieu de la chambre à coucher, ils trouvèrent Sabotine à demi dévêtue,
-en corset, avec un pantalon très large bouffant drôlement autour d’elle
-et qu’une dentelle serrait sur ses bas noirs. Elle était furieuse,
-le visage flambant sous des cheveux rouges. Ils tombaient en pleine
-querelle, une histoire de jalousie»[320].
-
-C’est gai! Mais, Sabotine, faut-il le dire? la chaleur aidant,
-supprimait volontiers ce pantalon si «large» fût-il, et oubliait même
-trop facilement qu’elle n’en avait pas.
-
-Plus moderne, plus Montmartre, évoquant la bouche pâteuse des
-lendemains de noces et les fâcheux copeaux de palissandre que guette
-le réparateur vin blanc-citron, ce lever, de Montfermeil, emprunté au
-rez-de-chaussée de l’_Eclair_:
-
-«Rose, jetant loin d’elle le bout éteint de sa cigarette, repoussait
-des pieds les draps et les couvertures, et s’asseyant sur le bord du
-lit:
-
-—Dis-donc, mon gros, fit-elle, illuminée... qu’est-ce que tu paierais
-si je te fournissais le moyen de faire flanquer Nika à la porte par le
-prince?
-
-—Vous dites? cria-t-il.
-
-—Donne-moi mes bas, dit-elle fiévreusement.
-
-—Vos bas?
-
-—Oui ... Ils doivent être par terre...
-
-—Les voici.
-
-—Et les jarretières, cherche!
-
-—Mais, dites-moi!
-
-—Tu vas voir... C’est une idée... une idée épatante... Passe-moi mon
-pantalon... Là... comment, tu ne le vois pas?... Sur le dossier de
-cette chaise?
-
-—Je vous en supplie, dit Boiscervoise en apportant le pantalon...
-Quelle est cette idée?»[321].
-
-Mais vous n’avez cure de Nika,—moi non plus, d’ailleurs—les «pantalons
-à manchettes» de Fanny Legrand[322] et le «pantalon tuyauté» de telle
-femme d’amis de Courteline[323], vous paraîtront bien bourgeois et bien
-pot-au-feu: restons plutôt sur la butte. Une montmartroise, et des
-plus notoires, l’amusante _Échalote_, de Jeanne Landre nous y invite.
-
-C’est l’heure à laquelle, devant son déshabillé, son vieux, conforme
-à ses habitudes, lui découvre pour le chant et le café-concert, des
-dispositions qui réclament instamment des chaussettes et des jupes
-courtes:
-
-—Chante voir un peu, dit-il à Echalote, un matin que celle-ci vaquait
-à sa toilette et arpentait l’appartement, vêtue d’un pantalon et d’une
-chemise dont le pan, non rentré, lui chatouillait les mollets»[324].
-
-—Voyons, la gosse, veux-tu bien rentrer ça! se serait écrié M. de
-la Rochefoucauld qui sut jadis élever la feuille de vigne à la
-hauteur d’une maxime. Mais, M. de la Rochefoucauld ne fréquente guère
-Montmartre depuis que le Bal des Quat-z-Arts ne l’y appelle plus en
-service commandé, et c’est à peine si quelques revues du Moulin-Rouge,
-avant son incendie, éveillaient encore le rut auquel il a prêté son nom.
-
-Leurs dessous! cette lingerie si nécessaire pour aguicher le client et
-lui donner l’illusion d’un peu de luxe, quelle place n’occupent-ils
-pas dans les palabres que tiennent entre elles les petites courtisanes,
-durant l’inaction et la paresse des après-midi.
-
-[Illustration]
-
-«A une autre table s’expliquent des choses très compliquées; il s’agit
-d’une robe qu’on voudrait acheter ou plutôt qu’on a l’intention
-de faire soi-même. Il faudrait acheter de la dentelle noire et de
-l’étoffe. On en aurait pour six francs et on pourrait faire une
-toilette qui paraîtrait avoir coûté plus de dix louis. C’est comme pour
-le linge et les dessous, si on avait le temps de les faire soi-même,
-et puis aussi la patience... mais on ne l’a jamais, et puis c’est
-si facile de se faire acheter des affaires, ainsi ce pantalon... La
-bonne grosse fille qui, candide, émet cette vérité, pose son talon
-sur le bord de la table et tire sa jupe pour montrer ses dessous
-outrageusement enrubannés de rouge, un peu de chair s’entr’aperçoit
-au-dessus du bas; une autre déclare qu’elle porte des chaussettes et
-pour le prouver, elle allonge ses jambes nues sur une chaise»[325].
-
-Elles ignorent ces enfants, les préjugés bêtas et les fausses
-pudibonderies de l’éducation bourgeoise et sont charmantes d’impudeur.
-
-«Les gens qui sont près du groupe qu’elles forment au bal ou au café
-sont bientôt initiés aux mystères de leurs dessous et peuvent constater
-_de visu_ quelle est la couleur de leurs jarretières, si elles portent
-des chaussettes ou pas de pantalons»[326].
-
-Nous sommes loin des «pantalons angulaires» de la plus petite des
-_Demoiselles Goubert_. Ils sentent trop le magasin de confection de la
-rive gauche: les demoiselles de la Butte connaissent certainement et
-semblent suivre à l’envi ce conseil digne d’une mère de Forain:
-
-—Avec de jolis dessous, mon enfant, une fille peut se trouver mal
-partout.
-
-Un pantalon qui va mal, un corset défraîchi, il n’en faut pas davantage
-souvent pour expliquer des rigueurs plutôt imprévues. En cas de chute,
-quel désastre, si ces menus détails n’offrent point l’élégance et
-l’harmonie voulues.
-
-«Je crie; on accourt. Malgré moi je porte la main... où ça me fait mal.
-On veut voir pour me secourir, mais je résiste en dépit de la douleur.
-
-—Tu m’étonnes, Léonie!
-
-—Parce qu’il y avait des dames?
-
-—Non! un vrai guignon! Mon pantalon était sale»[327].
-
-Sa place, alors, ô Léonie, était au blanchissage et non sous vos jupes.
-Elles ne convenaient pas plus à cette lingerie défraîchie que le
-porte-manteau d’un cuirassier, un jour d’inspection:
-
-«O découverte lamentable!... le général aperçoit un ravissant pantalon
-de femme, tout petit, tout mignon, tout coquet, orné de dentelles et
-de faveurs roses, encore parfumé malgré la profanation dont il était
-l’objet, et gardant, pour ainsi dire, quelque chose des séductions
-qu’il avait pour but de voiler.
-
-«En faisant son porte-manteau, Chapendart, sans y prendre garde,
-s’était approprié l’indispensable d’Ida de Beaucontour»[328].
-
-Après tout, j’ai bien connu un lieutenant aviateur, qui, au grand
-scandale de l’inspection aéronautique, portait, fixé à la cabane de son
-monoplan comme «mascotte» un fragment du pantalon d’une de ses petites
-amies, une qu’on ne s’attendait guère à voir jouer les mascottes!
-
-Pourtant, parmi les pécheresses dont s’enorgueillit notre Paris et
-que lui envient les deux mondes, il en est qui, soit par goût, soit
-par habitude, sont restées rébarbatives à l’usage du pantalon et n’en
-portent jamais ou presque.
-
-Mlle Emilienne d’Alençon serait du nombre, avança jadis cette mauvaise
-langue de Falstaff. Je n’en veux rien croire et je dois humblement
-avouer que ce n’est pas elle qui me répondit un jour avec la franchise
-d’un soldat:
-
-—C’est trop commun: toutes les... catins en portent et dit-elle bien
-catins, la chère enfant?
-
-Augustine racontant son passé, ne se montrait pas moins franche, et
-confessait:
-
-—Des jours, je battais les mains en riant, mais d’autres, je pissais
-dans mes jupes, car je n’ai jamais porté de culottes...»[329].
-
-D’autres seront moins brutales, mais leur aveu sera tout aussi
-dépouillé d’artifice:
-
-—J’admets encore les soies de couleur pour les jupons, mais pour le
-reste non... Quant aux pantalons, je n’en porte jamais. C’est encore
-une vieille habitude, une manie, si vous voulez; maman n’en portait
-point; elle m’a élevée à n’en point porter et je ne pouvais pas me
-décider à en mettre... Pourtant, si vous le désirez...
-
-—Pourquoi vous demanderai-je de multiplier les obstacles entre votre
-chair et la mienne?[330].
-
-C’est un peu la réponse d’un païen mystique. Ce n’est d’ailleurs point
-la seule des héroïnes d’Albert Aurier à n’en point porter. La plupart
-des étoiles du beuglant de Châteauroux, qui, dans son roman de _Vieux_,
-représentent le chœur antique, sont dans ce cas, et, au cours de la
-partie de campagne où elles s’ébattent librement, le prouvent jusqu’à
-l’évidence:
-
-«Immédiatement toutes ces dames voulurent imiter les acrobaties du
-facétieux voyageur. Et ce fut tout à coup d’échevelées culbutes,
-des envolements de jupes, des surgissements de jambes en l’air, de
-comiques apparitions de lingeries, voire même, la plupart ignorant les
-raffinements pudiques de l’empantalonnement, de brusques et désopilants
-étalements de nudités généralement secrètes»[331].
-
-Bertha, elle-même, ne semblait pas en porter plus qu’au jour déjà
-lointain de son premier engagement, cette nuit de souper, où, «sans
-remarquer l’abjecte et ridicule posture de l’aimée... debout,... les
-jambes écartées... sur le trottoir», le père Godeau, n’ayant plus sa
-tête, lui confessait passionnément un désir qui devenait de l’amour,
-«sans daigner entendre le rythmique clapotement des ignobles cascades
-qui, railleur accompagnement pour sa chanson sentimentale, pleuraient,
-ruisselaient, gargouillaient sous les jupons de la fille»[332].
-
-La gêne d’un pantalon ne lui eût point permis cette hardiesse, et l’eût
-forcée à prendre une posture plus conforme à son sexe.
-
-Voulant prouver à l’ingénieur de Valenciennes qu’elle n’avait point
-auparavant figuré dans la Terre, Mlle Bénédicksen, lui laisse
-constater, sans plus d’embarras, en relevant ses jupes, qu’elle «porte
-des chaussettes, ensuite qu’elle a le mollet nerveux et maigre, enfin
-qu’elle se dispense de pantalon»[333].
-
-Enfin, je ne parle pas, car elles sont légion, de celles qui, pour
-plus de fraîcheur, suppriment l’été leur pantalon. Il n’est, en effet,
-mauvaise société qui ne se quitte, et nous aurons occasion de voir de
-très respectables et honnêtes femmes—jusqu’à preuve du contraire—en
-faire autant et l’avouer non moins ingénûment.
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-VIERGES ET DEMI-VIERGES
-
-
-_Est-ce qu’une fille bien élevée ne porte pas toujours des pantalons!_
-
- CHARLES AUBERT.
-
-
-
-
-[Illustration]
-
-
-VIERGES ET DEMI-VIERGES
-
-
-Après avoir tenté, en 1804, de suppléer au manque de jupons ou à
-leur insuffisance, le pantalon fut, suivant La Mésangère, importé
-d’Angleterre en France, et vint dès lors compliquer la toilette des
-petites filles.
-
-Durant près de cinquante ans, elles en eurent, pour ainsi dire, le
-monopole, et demeurèrent à peu près seules à en porter.
-
-Il fait partie intégrante de leur costume, et il n’y a guère que les
-gosses du faubourg, dont Alfred Machard nous a si joliment conté
-l’épopée, pour n’en point avoir.
-
-—Moi, j’irai à cheval... comme un gars.
-
-«Tique, narquois, ricana:
-
-—Penses-tu, on verrait tes guibolles!
-
-— Quèq’ t’en sais?
-
-— Je l’ sais, va, qu’ t’as pas d’ pantalon[334].
-
-Elles sont pourtant l’exception, et en province même, les garçons ont
-tôt fait de remarquer quand leurs petites camarades en sont dépourvues.
-Arthur Rimbaud devait ainsi se souvenir d’une de ses voisines de
-Charleville, dont il aimait à mordre les fesses, se saoulant de sa
-chair nue:
-
- Quand venait l’œil brun, folle en robes d’indiennes,
- —Huit ans,—la fille des ouvriers d’à côté,
- La petite brutale, et qu’elle avait sauté
- Dans un coin, sur son dos, en secouant ses tresses
- Et qu’il était sous elle, il lui mordait les fesses,
- Car elle ne portait jamais de pantalons;
- —Et par elle meurtri des poings et des talons
- Rapportait les saveurs de sa peau dans sa chambre[335].
-
-En dehors de ces cas isolés, son usage est absolument général,
-que ce soient les «petits pantalons brodés» de Virginie[336], «ce
-pantalon qu’une main brutale avait arraché» et sur qui s’apitoyait la
-femme Testou[337], ou encore celui de la petite Alice Fossard. Des
-cambrioleurs avaient pénétré chez sa grand’mère, à Créteil, et l’un
-d’eux, soigneux, avait eu la délicate attention, de déposer sur une
-chaise le pantalon de la gamine, pour ne pas salir, en montant dessus,
-la tapisserie de la rentière.
-
-Devant la Cour d’assises de la Seine, la vieille dame dépose:
-
-«C’est alors que le troisième a fait signe de fouiller dans le
-baldaquin du lit. Le garçon à côté de moi ramassa sur un fauteuil le
-pantalon de ma petite-fille et le mit sur une chaise... Vous savez,
-j’ai des chaises en tapisserie qui sont déhoussées. Et, pour ne pas
-abîmer la chaise, il mit le pied sur le pantalon placé sur la chaise,
-et atteignit ainsi le baldaquin»[338].
-
-On a vu, certes, des acquittements plus scandaleux; la bonne dame
-plaidait presque les circonstances atténuantes pour le malandrin qui
-avait respecté sa tapisserie. S’il fut condamné, il put, à sa sortie de
-Fresnes, être engagé de confiance par une maison de déménagement: de
-semblables références sont rares.
-
-Ces pantalons de gamines, on les connaît, laissant, comme celui
-d’Augusta, apercevoir par leur fente, quand ils ne sont pas fermés,
-«sous un pan de chemisette mutinement retroussé, des choses grasses,
-rondes, fraîches comme des pommes»[339].
-
-La fillette grandissant et les jupes s’allongeant, le pantalon demeure
-la règle, sauf à la campagne où il disparaît tôt. Dans les pensions, il
-est obligatoire. Établissements laïcs ou congréganistes, le trousseau
-des élèves en comprend une douzaine ou deux, «les blancs unis»,
-spécifient les règlements.
-
-C’est le «pantalon de pensionnaire»[340], que plus tard les coquettes
-ont en horreur pour sa simplicité, le pantalon des élèves des Dames
-Blanches, auquel un pauvre abbé dut son surnom, en raison du malin
-plaisir qu’une division de rhétoriciens, trouva, en promenade, à le
-faire s’égarer parmi les cordes supportant la dernière lessive des
-Dames Blanches, uniquement, ce jour-là, composée de pantalons:
-
-«Ils étaient accrochés par la ceinture; la brise douce leur gonflait
-le ventre et les jambes, les agitait d’avant en arrière, d’arrière en
-avant, élargissait, puis rétrécissait leur ouverture, et par cette
-fente mobile, on voyait le ciel bleu»[341].
-
-Pas toujours si unis que cela, cependant, car, parmi ces fillettes,
-il en est qui n’attendent pas leur sortie du couvent, pour attacher à
-cette lingerie un prix tout particulier. Écoutez plutôt, au parloir,
-les doléances que présente à sa mère Mlle de Clavelin:
-
-«Jeanne garda un silence mystérieux... puis soudain:
-
-—Maman, j’ai à te dire que mes pantalons sont dans un état que c’est
-une horreur. Tu sais le linge ça n’a jamais été ta préoccupation
-dominante. Je ne t’en fais pas un reproche; on est pour le linge, ou
-pour les robes, ou pour les bijoux.
-
-«Toi, maman, tu es pour les bijoux. Moi, je suis pour le linge»[342].
-
-Toutefois, si la mère est également «pour le linge», la fille fera bien
-de ne pas lui emprunter, comme modèle, un spécimen trop garni de rubans
-ou d’entre-deux. Dans un couvent bien tenu, il risquerait de faire
-scandale. Les bonnes sœurs semblent avoir conservé certains préjugés
-sur ce que doit être le pantalon d’une «mère chrétienne».
-
-A nouveau, la scène se passe au parloir. Le frère est venu voir sa sœur:
-
-JEANNE.—Tu ne remarques donc pas qu’on m’a retiré, hier, ma croix de
-corsage? La plus grave punition, mon vieux!
-
-PIERRE.—Qu’as-tu fait, Seigneur? un pied de nez à la Mère générale?
-
-JEANNE.—Non. Je me suis emportée à la classe d’aiguille. Une colère
-bleue, à cause du pantalon de maman.
-
-PIERRE.—Qu’est-ce que c’est que cette histoire-là?
-
-JEANNE.—Tu ne sais pas? A la dernière sortie, j’avais chipé à la maison
-un pantalon à mère, parce qu’il y avait, dans le bas, un très joli
-entre-deux en guipure que je voulais apprendre à faire au crochet.
-Hier, à la classe d’aiguille, j’avais le pantalon dans ma poche. La
-Mère Violette s’en est aperçue: «Qu’est-ce que vous avez là, mon
-enfant?»—«Mais rien, ma mère!»—«Vous mentez, mon enfant. Sortez tout
-de suite ce paquet que vous cachez». Elle est venue à moi, elle a
-exhibé le pantalon. Et dame! quand elle l’a eu déplié et qu’elle a vu
-les entre-deux et les rubans roses... elle est devenue cramoisie,
-noire; j’ai cru qu’elle allait éclater raide, sans les secours de la
-religion. «Qu’est-ce que c’est? Dites ce que c’est?» J’avais beau lui
-répéter: «C’est un pantalon à maman.»—«Vous mentez! Jamais une mère
-chrétienne... «Alors, dame! j’ai pris la défense de maman, moi, j’ai
-perdu la tête, et certainement j’ai dit des choses très vilaines. La
-Mère Violette m’a retiré ma croix, et elle a rédigé un rapport, mon
-cher, où elle a écrit que j’étais «diabolique».
-
-PIERRE.—Et le pantalon?
-
-JEANNE.—Il est confisqué à l’économat, chez la Mère Antigone[343].
-
-Léon Lavedan, après Marcel Prévost et Anatole France, en attendant
-Maurice Donnay, en vérité, toute l’Académie Française y passera.
-
-Laissant là, cependant, l’attente vaine—pourquoi pas Loti?—d’un prix de
-vertu, préférons-lui l’entente cordiale, et tournant momentanément le
-dos à l’institut, émigrons des bords de la Seine, mes chères brebis,
-vers ceux de la Tamise.
-
-Le pantalon n’est pas moins la règle, bien entendu, dans les
-pensionnats d’Outre-Manche que dans les bals, music-hall et couvents
-parisiens. Contrairement à sa gorge que chanta Donnay, ils en, ou
-plutôt elles en ont bien en Angleterre, à moins qu’il ne soit remplacé
-par la combination. La «vieille cinglade britannique»—joli cadeau à
-faire à une enfant—prête, en la matière, à de singulières et cinglantes
-révélations.
-
-La flagellation—et avec ça, Monsieur, saignante ou baveuse?—ne cause
-pas un plaisir extrême seulement aux aimables petits vieux auxquelles
-sont familières ces gentillesses. Les maîtresses et sous-maîtresses de
-pensions anglaises partageant à son endroit (?) les goûts de Catherine
-de Médicis et même de Catherine II, prennent volontiers part à ces
-fêtes intimes. Le rite n’en change guère, des filles déjà grandes
-doivent, sous leurs jupes relevées, dévêtir leurs pantalons, puis
-les baisser, découvrant sous la chemise, à son tour relevée, leur
-arrière-train déjà puissant.
-
-Non pas Anatole, mais Hector France, a été, avec la complicité
-d’un rideau—une tournée de grand duc en mieux—témoin d’une de ces
-exécutions. Il a conté la scène avec trop de verve et de charme, pour
-que je ne me fasse pas un devoir de reproduire ces pages si vivantes.
-
-[Illustration]
-
-Miss Nelly, l’héroïne de cet humble drame, a seize ans. «Grassouillette
-comme une caille en juin», elle fait paraître plus haïssables encore la
-sécheresse et la laideur de Miss Rabbit, la directrice de pension, qui,
-sans se laisser attendrir par ses larmes et ses supplications, vient de
-prendre, dans un coin de la chambre, une baguette de bouleau, et lui a
-ordonné de «relever ses jupes et de dégrafer son inexpressible».
-
-«Ai-je bien entendu?
-
-«Hein! Dégrafer... et pourquoi faire? Ne serait-ce donc pas sur ces
-belles joues roses qu’elle va appliquer des gifles? Ce n’est donc pas
-ses oreilles qu’elle va _boxer_? J’en restais frappé de stupeur. Le
-_Times_ et ses annonces m’échappèrent des mains. Je ne songeais plus à
-me ménager une retraite rapide et, oubliant toute prudence, je collai
-l’autre œil à la vitre de la porte.
-
-«Oui, tant pis. Dussé-je être découvert et chassé de l’école comme un
-frère ignorantin, il me faut voir le pantalon de Miss Nelly. Mes idées
-d’intervention s’étaient évanouies. Après tout, cette jeune personne
-avait sans doute mérité une punition exemplaire. Pourquoi serais-je
-intervenu. Entre l’arbre et l’écorce... Vous savez le proverbe. Du
-moment que la digne Miss Rabbit, femme sévère, mais juste, lui
-ordonnait d’ôter ses culottes, il valait mieux laisser la justice
-suivre son cours.
-
-«Et je vis son inexpressible, un pantalon comme tous les autres,
-blanc, en fin calicot, avec une petite bordure de fausse dentelle au
-bas. Il cachait la jarretière, mais laissait découvert un mollet bien
-dodu, tout habillé de bleu. Un drôle de petit tire-bouchon, comme aux
-polissons qui vont à l’école, frémissait par derrière.
-
-«Certes, si Miss Nelly eût soupçonné que des regards indiscrets
-s’arrêtaient sur son inexpressible, elle eût rentré bien vite ce bout
-de vêtement intime; mais tout entière à sa douleur, elle ne savait que
-sangloter et dire:
-
-—Madame! oh madame! je vous en prie, ma chère dame.
-
-—_Be quick!_ faites vite, répondit sèchement Madame, vous vous
-lamenterez après, à votre aise.
-
-«Ce que c’est que l’énergie! Cependant, je ne sais pas si je me serais
-laissé attendrir; je crois que, comme Miss Rabbit, j’aurais été
-impitoyable. Décidément, c’est une femme de tête. Elle a raison, après
-tout. Allons, petite Nelly, je vous aime bien, j’aime à vous entendre
-conjuguer le prétérit du verbe être, mais il faut obéir et dégrafer
-votre culotte. _Be quick! Be quick!_ On a beau être gentille, quand on
-a mérité un châtiment, on doit le recevoir. Je ne connais que cela, moi!
-
-«C’est _in petto_, bien entendu, que je me disais ces paroles; mais les
-eussé-je exprimées tout haut, Miss Rabbit ne les eût pas entendues. La
-colère la rendait sourde. Lèvres pincées, œil en feu, et face blême,
-elle répéta:
-
-—_Be quick! Be quick!_
-
-«A la vérité, cette petite Nelly était bien longue à se dégrafer.
-
-«Alors, voici que d’un autre bout de la chambre s’élève une voix
-aigrelette. Lentement et sentencieusement, elle semble réciter un
-passage de l’Évangile:
-
-—Les branches mauvaises de l’arbre malade doivent être coupées pour
-donner plus de force à la sève, et elles sont jetées au feu pour
-chauffer le bûcheron; ainsi la grâce de Notre-Seigneur Jésus, sève
-sainte, ne peut pénétrer dans l’âme malade qu’à condition qu’elle ait
-été, au préalable, amputée de ses branches mortes, qui sont les vices,
-par le glaive tranchant de l’humiliation, lesquels vices sont passés au
-feu de la honte. Madame, ne pensez-vous pas que plus profitable serait
-le châtiment, s’il était infligé devant la classe réunie, comme cela
-se pratique encore dans l’école où j’avais l’honneur d’appartenir avant
-d’être sous-maîtresse ici.
-
-—Miss Gopsel, répliqua sèchement la directrice, je sais ce que j’ai à
-faire; seulement nous n’en finirons plus, avec ces pleurnicheries, si
-vous ne mettez vous-même la main à la besogne.
-
-«Miss Gopsel s’inclina avec respect et s’avança, d’un pas ferme et
-délibéré, comme un soldat qui défile la parade. Grande, étroite,
-osseuse avec son long cou, son front énorme et ses cheveux coupés
-courts un peu au-dessous de la nuque, elle avait l’aspect d’un pommeau
-de canne sortant d’un fourreau de parapluie.
-
-«Il était facile de voir que, même aux jours les plus plantureux du
-printemps de sa vie, la couturière n’avait jamais eu besoin d’élargir
-le devant de son corsage.
-
-«Mettre la main à la besogne, ce fut bientôt fait. Elle n’eut qu’à
-poser la dextre sur l’épaule de la victime qui, demi-morte de peur,
-plia comme un roseau sous le poids d’une grue; et en moins d’une
-seconde, le pantalon avait glissé jusqu’aux chevilles, tandis que jupes
-et chemise remontées par dessus la tête laissaient exposé au regard ce
-que de nos jours on ne montre même plus à M. Diafoirus.
-
-«Sans s’attarder à un spectacle dépourvu pour elle d’intérêt, Miss
-Rabbit brandissait, d’une façon terrible, une baguette flexible que six
-fois elle leva et baissa avec force et méthode, marbrant les grasses
-chairs de cette belle fille de six longues rayures rouges»[344].
-
-Hector France ne s’en est pas tenu là. Le pauvre La Cécilia lui avait
-raconté déjà avoir entendu, en traversant un corridor de l’école où il
-donnait des leçons de français, le bruit d’une fessée donnée à une des
-plus grandes élèves,—une superbe Irlandaise de dix-sept ans, mais en
-paraissant bien vingt,—et ce n’était là qu’une petite fessée, _little
-whipping_, confessa une sous-maîtresse.
-
-Le _Town-Talk_, dans les campagnes qu’il a menées contre les fessées
-scolaires, non qu’elles n’aient «du bon», mais qui ne devraient pas
-être données «en public», lui a apporté bien d’autres révélations.
-
-Les correspondants même du journal,—la plupart partisans du
-fouet, souvent anciennes directrices de pensionnats—avaient, par
-leurs lettres, fourni les principaux éléments de cette enquête _à
-posteriori_.
-
-Dans sa _Pudique Albion_, Hector France a traduit quelques-unes de
-ces lettres, non sans en atténuer la forme quand il était besoin, car
-le latin n’est pas seul à braver l’honnêteté. C’est toujours la même
-cérémonie, et le rite n’en varie guère: la patiente, quelle que soit
-la pension, reçoit l’ordre soit d’ôter sa robe et son pantalon[345],
-soit de retirer ses pantalons[346], la séance ayant régulièrement lieu
-«jupes troussées et pantalon bas»[347].
-
-C’est ce qui nous importe: aussi, sans fouler plus longtemps les
-plates-bandes de Jean de Villiot, reprenons le bateau de Southampton
-qui, au Havre, nous déposera devant l’Hôtel de l’Amirauté.
-
-J’ai nommé Jean de Villiot, pourquoi ne le citerai-je pas? Ne
-confesse-t-il pas, dans la _Maison de Verveine_, ressentir parfois un
-plaisir analogue à la gêne de l’abbé Pantalon devant la lessive des
-Dames Blanches?
-
-Je ne puis «m’empêcher de trouver des plus suggestifs, avoue-t-il, le
-spectacle qui m’est parfois offert quand je regarde des fenêtres d’un
-wagon les jardins de banlieue et que je vois, flottant au vent ou
-étalés sur le gazon, les linges blancs de femmes que mon imagination
-remplit.
-
-«Et je pense alors, s’ils pouvaient causer, ils révéleraient des
-mystères comme «le chêne qui parle», de Tennyson»[348].
-
-Ah! oui, quelque chose comme _l’Odyssée d’un pantalon_... la librairie
-belge a publié cela, et ce n’est pas fameux.
-
-A la ville comme à la pension, le pantalon est la règle.
-
-—Quelle folie! Est-ce qu’une fille bien élevée ne porte pas toujours
-des pantalons! s’écrie non sans raison une acariâtre bourgeoise de
-Charles Aubert[349].
-
-Sans doute, mais ce qui est vrai à Paris et au nord de la Loire, cesse
-de l’être quand on descend dans le Midi. Dans la meilleure bourgeoisie,
-me suis-je laissé dire—la _Vie Parisienne_ l’affirme[350],—bon nombre
-de femmes et de jeunes filles n’en portent point et ne s’en portent pas
-plus mal.
-
-Barytons à l’Opéra et au beuglant législatif, la terre «ministrable»
-fournit également des «sans culottes» femmes. Sans passer son
-p’tit Loupillon, comme M. Fallières, et sans posséder les nombreux
-millions de M. Laygues, la Bérengère _Trois Chansons_ devait être du
-Lot-et-Garonne: c’était là son excuse, à moins que son saint patron ne
-l’ait, par indulgence spéciale, dispensée de ce voile protecteur?
-
-«Il faut croire que Bérengère convoitait surtout les cerises des
-branches les plus éloignées, car elle grimpa encore le long de
-l’échelle tremblottante; et il y eut un grand coup de vent; et comme
-elle n’était pas de celles qui déshonorent par des accoutrements virils
-les intimités de la toilette féminine, l’amoureux eut la vision de
-presque toute une nymphe dans un éclair de neige rose»[351].
-
-Pour qui ne passe pas dans le Midi le beau temps des cerises—et des
-crises—de pareils spectacles sont rares. Aussi, malgré quelques
-indiscrétions dues, au tennis, à l’envolée brusque des jupes, ou à
-quelques petits blanchissages imprudemment abandonnés sur une corde,
-en serai-je réduit, comme toi lecteur, à l’incongrue portion des
-hypothèses, si le rieur troupeau des demi-vierges ne s’en était
-mêlé... et il s’en est mêlé.
-
-En un coin de Bretagne alors perdu, et où sévissent aujourd’hui des
-Anglaises de tout âge et les chansons de Botrel, elles étaient trois,
-emplissant de leur rire et de leur gaîté, l’auberge où subsistait,
-vivace, le souvenir de Paul Gauguin, et la petite plage où, la marée
-aidant, l’on descendait se baigner.
-
-Vous en souvenez-vous, Jules Bois, qui portraicturates l’une d’elles
-dans votre _Douleur d’aimer_?[352].
-
-Pas de cabines, naturellement. Méprisant l’illusoire abri d’un tas de
-goëmon ou d’une roche, sans embarras et sans fausse pruderie, elles
-se déshabillaient, chuchotantes, se sentant regardées, et quand,
-garçonnières elles apparaissaient en pantalon, ou toutes blanches,
-en chemise, leur fol amusement au déclic brusque d’un kodak ou d’un
-vérascope:
-
-—Vous m’en donn’rez une, c’pas?
-
-Et au Pouldu, donc, à l’indignation grande des époux Feyssard et de
-leur demoiselle, leurs dégringolades, les jupes envolées, sur les
-falaises de sable, ce pendant que, en bas, les guettait l’indiscrétion
-d’un Zeiss.
-
-Deux d’entre elles portaient, je m’empresse de l’ajouter, des
-pantalons—et fermés, encore!—mais la troisième, comme Bérengère, n’en
-avait d’aucune sorte.
-
-—Cela l’eut gênée... confessait-elle ingénûment, et c’était, très rose,
-au-dessus de la ligne noire des bas, le nu de ses cuisses sveltes
-encore d’adolescente...
-
-Cela arrive à d’autres, d’ailleurs, de n’en pas avoir. A quoi tiennent
-un gros succès d’une pièce et un gros succès d’argent! Que la blonde
-enfant eût eu, ce jour-là, un pantalon, et surtout qu’il eût été fermé,
-et c’en était fait de _Miss Helyett_ et de l’homme de la montagne... En
-vérité, que notre poussière est peu de chose.
-
-La mode des expositions de trousseaux—elle tend, semble-t-il, à
-disparaître—prêtait, elle aussi, à de menues indiscrétions, qui, pour
-moins savoureuses qu’elles fussent, ne laissaient pas d’être parfois
-gênantes.
-
-Entre femmes, cela n’a pas d’importance, dira-t-on. Oui et non. Il y en
-a qui sont, sur ce point, particulièrement délicates, et que froisse
-l’étalage de toute cette lingerie intime.
-
-«Cela parut à la fiancée comme une profanation. Elle se persuada que
-ces rieuses et malicieuses personnes devinaient ses formes d’après les
-courbes des intimes vêtements. Une contrariété»[353].
-
-C’est pis lorsque la curiosité des beaux messieurs inspecte ces
-dessous, et prête entre l’un d’eux et des élégantes à ce dialogue:
-
-—Je vous avouerai que les exhibitions de corbeilles et de trousseaux
-m’amusent comme une pensionnaire.
-
-—Pourquoi cela?
-
-—Je suis très content de savoir comment sont confectionnés les chemises
-et les pantalons de mes danseuses. Ainsi, il y a des trousseaux qui
-me déplaisent souverainement; et quand je vois celles auxquelles ils
-appartiennent, je me dis: Toi, tu as des pantalons avec des plissés
-bêtes... toi, des chemises à lourde broderie...
-
-—Voulez-vous bien vous taire![354].
-
-Le choix d’un trousseau Pierre Giffard, avant d’être l’homme du
-«bienfait social», en avait tracé un joli croquis dans ses _Grands
-Bazars_:
-
-«La mère et la fille parisiennes, ou rompues au mouvement de Paris,
-achètent le trousseau après réflexion, après examen, après une rêverie
-interminable et charmante sur les chemises, sur les bas brodés, sur les
-pantalons, sur le linge qu’on tient entre ses doigts, rêverie qui est
-le propre de la femme et que notre sexe est incapable de comprendre ou
-d’analyser. Mais enfin, il n’y a pas d’excès dans leur manière d’agir.
-
-«La mère provinciale, au contraire, accompagnée de sa fille qui
-l’est également, et de son futur gendre, qui l’est encore davantage,
-proteste, s’exclame, s’enfle, fait de gros yeux et parle toujours
-d’argent.
-
-«Elle ne cesse de jeter sur l’amour des deux jeunes gens, si toutefois
-amour il y a, les déclarations les plus saugrenues, l’argent qu’elle
-dépense pour sa fille, la valeur extrême des culottes qu’on vient de
-choisir, les qualités des camisoles et des chemises de nuit...»[355].
-
-Que le futur gendre ne s’en mêle pas surtout!
-
-«Mais quand je le vois qui s’en mêle, oh! alors, mes nerfs s’excitent,
-et pour un rien j’interviendrais dans la mêlée! Il conteste la
-qualité des pantalons et des draps! Il ne veut pas des camisoles sans
-broderies! Il veut que les chemises de nuit soient à jour, lui pas
-bête, tandis que la belle-mère trouve cette confidente de la nuit trop
-_shocking_!»[356].
-
-Si dans le peuple la femme honnête se reconnaît à ce qu’elle a les
-genoux sales, ajouterai-je, pour tenir la balance égale, que dans la
-bourgeoisie, les dessous laissent autant à désirer comme propreté.
-
-«Sur cent femmes, confessait une essayeuse d’un grand magasin, je vous
-certifie qu’il n’y en a pas quinze qui aient une chemise propre, un
-corset propre et un pantalon de même»[357].
-
-D’où un moraliste conclurait, sans doute, que la femme n’a souci de
-ses dessous que lorsqu’elle a un amant devant lequel il lui faudra se
-déshabiller. Je ne me refuse pas à le croire; mais je ne suis pas un
-moraliste.
-
-A propreté douteuse, pudeur relative. La pudeur du pantalon... le bon
-billet! Dans un amusant croquis, le _Charivari_ a crevé la baudruche
-de ce préjugé, mais il a, ainsi que ses semblables et que l’empereur
-d’Autriche, la vie dure.
-
-Ce pendant que, derrière le comptoir d’un de nos bazars les plus
-réputés, un calicot étale des deux mains, devant une bourgeoise et
-sa demoiselle, un pantalon outrageusement ouvert, M. Benoît emmène à
-l’écart l’inévitable futur gendre, le benêt avec lequel on dînera le
-soir chez Duval, avant que d’aller se gargariser à l’Opéra-Comique
-d’une infusion bien française:
-
-—Mon futur gendre, éloignez-vous; ces dames en sont à une partie du
-trousseau où votre présence gênerait la pudeur de ma fille»[358].
-
-Pharisiens, sépulcres blanchis! que préférables à cette solennelle
-imbécillité, la gauloiserie et le bon sens natifs de cette brave
-femme, plus ou moins cousine de Mme Cardinal, douairière, ou de Mme
-Manchaballe, sa belle-sœur:
-
-«Une Dieppoise entre dans un magasin de bonneterie avec une jeune
-fille, à qui l’on peut donner comme âge, entre dix-huit et vingt ans.
-Elle demande des pantalons.
-
-—Pour vous? lui demande un commis.
-
-—Non, pour la petite qui va se marier.
-
-—Ah!... Et quelle ouverture?
-
-—Une bonne main d’homme»[359].
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-CES DAMES
-
-
-_Je me méfie toujours des femmes qui portent des caleçons: c’est la
-pudeur avec une enseigne._
-
- COMMERSON.
-
-
-_La première femme qui mit un pantalon fut tenue pour immodeste;
-l’immodestie, de notre temps, consisterait à s’en passer._
-
- ANGÈLE HÉRAUD.
-
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-[Illustration]
-
-
-CES DAMES
-
-
-Général pour les jeunes filles de la bourgeoisie, l’usage du pantalon
-ne l’est pas moins pour les femmes.
-
-Quelques-unes, cependant, une fois mariées, le supprimeront avec plus
-ou moins de facilité, soit l’été, soit en toutes saisons: affaire
-d’habitude et de latitude.
-
-Enfin, pendant longtemps, il fut des vieilles dames qui, n’en ayant pas
-porté dans leur jeunesse, ne purent jamais se faire à en porter, et
-moururent sans avoir sacrifié à cette mode.
-
-Qu’elles reposent en paix.
-
-La lingère parisienne ne se contente plus d’en donner des patrons au
-commencement de l’hiver ou de la saison des excursions; sœur Véronique
-et le sieur Pantalon ne sont plus seuls à en fabriquer. Le pantalon est
-devenu un rayon florissant de nos bazars parisiens. Certaines même de
-nos lingères se sont spécialisées dans sa confection. Le pantalon n’est
-pas seulement un art et une arme, il constitue aussi une industrie,—une
-industrie qui a, elle aussi, ses chevaliers.—Mais c’est, comme celui de
-Joseph Prud’homme, un sabre à deux tranchants, auquel la loi du «repos
-hebdomadaire» a parfois fourni à de joyeux quiproquos, telle cette
-enseigne relevée par le _Mercure de France_, rue de Châteaudun:
-
- LINGERIE, CORSAGES, CHEMISES, PANTALONS.
-
- FERMÉ LE DIMANCHE[360].
-
-Ces deux lignes du «Sottisier» ont inspiré à Léonnec, dans le
-_Sourire_, un de ses plus joyeux dessins[361].
-
-Suivant les quartiers, le pantalon s’étale plus ou moins à la
-devanture des lingères et des blanchisseuses de fin. Plus on monte
-vers Montmartre, plus son élégance croît et plus, comme un tableau de
-maître, il occupe la cimaise. L’on sent le voisinage de Tabarin et
-des restaurants où l’on soupe et où l’on danse: il en est de tout
-en dentelles, dont la fermeture trahit le côté professionnel. Ici,
-l’on vend des «cousus» pour un prix des plus abordables, là, ils sont
-ouverts, mais blancs ou roses, avec leurs volants et leurs dentelles,
-ils ne sont pas du tout pantalons de mères de famille, nullement «mère
-chrétienne».
-
-Des pages entières des catalogues des magasins de nouveautés leur sont
-consacrées. Ce serait à croire que l’usage en est devenu absolument
-général, et que toute femme peut dire, comme Mme Claire de Chancenay:
-«Après le corset lacé selon les principes, nous avons d’abord à mettre
-notre pantalon, comme les Messieurs...»[362].
-
-Non pourtant, en dépit de la mode, de la science, des amoureux et des
-hygiénistes, il est encore des femmes à n’en pas porter et combien,
-et des plus honnêtes, suppriment, l’été, «ces objets-là», les jugeant
-«chauds et encombrants».
-
-Il n’y a pas trente ans, Ris-Paquot, dans son _Livre de la femme
-d’intérieur_, croyait devoir insister encore sur l’utilité du
-pantalon... et sur son peu de grâce:
-
-«Le pantalon, pour les femmes, est un objet de lingerie de première
-utilité, et quelque laid et peu gracieux qu’il soit, il n’en rend pas
-moins de précieux services.
-
-«Qu’il soit en madapolam l’été, et en flanelle l’hiver, outre qu’il
-tient chaud, il est d’une utilité incontestable»[363].
-
-C’est faire bon marché de la coquetterie—madapolam et flanelle «non,
-merci!»—et se ranger carrément du côté des médecins. Ceux-ci sont
-unanimes et intraitables.
-
-Dès 1816, conformément à l’avis des Drs Desessartz et de Saint-Ursin,
-le _Dictionnaire des Sciences médicales_ croyait devoir recommander, à
-l’article «fille»: «l’emploi des caleçons par les temps froids»[364].
-Mais cet emploi est long à se généraliser, en 1845, le Manuel d’Hygiène
-du docteur Foy signale seulement, à titre d’exception: l’usage du
-caleçon, en cela d’accord avec le _Dictionnaire_ de Napoléon Landais,
-qui, cette même année, le décrit ainsi:
-
-«Vêtement en forme de culotte, ordinairement d’étoffe légère, que les
-hommes portent sous le pantalon et quelquefois les femmes sous leurs
-jupons»[365]. Bescherelle exagérait donc quelque peu en ajoutant: «en
-France beaucoup de femmes ont adopté l’usage du caleçon» manquant[366].
-
-Ce qui était vrai lorsque Littré publia son Dictionnaire ne l’était pas
-encore lors de la première édition du Bescherelle, et Littré, citant
-Montaigne, se borne à évoquer la «richesse des calessons de la signora
-Livia»[367], sans entrer dans de plus amples détails.
-
-Le premier Larousse, généralisant l’affirmation de Bescherelle
-définissait ainsi le pantalon féminin: «Vêtement que les femmes
-portent sous leurs jupons, et qui est analogue au pantalon des
-hommes, mais plus court»[368], tandis que le _Nouveau Larousse_
-se montre descriptif: «Culotte de lingerie ou de flanelle, fendue
-ou se boutonnant sur les côtés, que les femmes portent sous leurs
-jupons»[369].
-
-La _Grande Encyclopédie_, par contre dans le long et consciencieux
-article qu’elle consacre au _Costume_ (Tome XII, p. 1151-1170) fait à
-peine allusion aux «chausses désignées sous le nom de caleçon»[370]
-des contemporaines de... Charles IX et ne souffle pas un mot du
-pantalon actuel.
-
-Les médecins n’avaient pas désarmé, cependant. En 1877, tout en ne
-sachant trop «recommander aux femmes l’usage des caleçons de toiles,»
-le Dr Becquerel constatait avec plaisir que cet usage «commence très
-heureusement à se répandre et même à se généraliser»[371].
-
-Ce qui n’empêchait pas, quinze ans plus tard, le Dr de Soyre d’écrire
-avec mélancolie:
-
-«Je sais bien que de nos jours l’habitude est prise par beaucoup de
-dames de porter des pantalons; mais, comme j’en connais encore qui
-n’ont pas souscrit à cette nouvelle mode, je suis obligé de déclarer
-que toute femme en temps ordinaire comme pendant sa grossesse, devrait
-toujours porter un pantalon»[372].
-
-Ces médecins sont de terribles hommes. Il ne leur suffit pas d’ordonner
-aux femmes de porter un pantalon, encore faut-il qu’il soit en
-flanelle[373] ou en futaine, ou encore «en tissu anglais, laine et
-coton»[374]: à cette condition seule, ils lui permettront d’«être fendu
-largement, comme le pantalon; seulement comme il s’applique étroitement
-sur la peau, il maintient la chemise bien croisée en avant»[375].
-
-Sans quoi, tout en constatant que la «plupart des femmes, au moins
-celles des villes, portent aujourd’hui des pantalons»[376], ils
-voudraient, aussi bien le Dr de Soyre que le Dr Olivier ou qu’Ernest
-Monin[377], que ceux-ci soient fermés. Les pantalons tels qu’ils sont
-portés, «étant très largement ouverts, laissent passer l’air et les
-nombreux microbes qu’il contient»[378].
-
-L’air n’est pas seul à contenir des microbes. Vous aussi, vous en
-contenez, chères âmes, et ce qui est pis, vous en répandez. Les
-chimistes, ces gens-là sont, comme les médecins, sans pitié, ont étudié
-les microbes que contenait un pantalon de femme, après avoir été porté.
-Ils sont innombrables et redoutables. Ceux qui constituent les poisons
-les plus violents ne viennent pas de l’air, mais de vous, Mesdames.
-
-Lisez plutôt cette chronique documentaire d’Émile Gautier. Je lui en
-laisse toute la responsabilité:
-
-«N’allez pas croire que ce soit là (le poison sudural) le triste
-apanage de la plus vilaine moitié du genre humain! Vous-même, sauf
-votre respect, charmante lectrice, dont la peau fraîche, élastique et
-veloutée semble un poème d’ivresse et d’extases, vous logez, sans vous
-en douter, à non moins scabreuse enseigne.
-
-«Quelqu’un s’est procuré, sans doute à prix d’or, non pas le gilet
-de flanelle, mais... comment dire cela?—mais... la lingerie la plus
-intime... le pantalon (ça y est!) d’une jeune et jolie personne, retour
-du bal. Eh bien! mis à tremper, encore tièdes et humides, dans l’eau
-bouillie, ces capiteux «dessous» ont donné des produits terribles,
-qu’on a essayés—non sans rosserie—sur des lapins. Les lapins en sont
-morts tout comme le chien du professeur Arloing, mais leur agonie
-fut différente. Au lieu de la dépression comateuse constatée chez le
-chien, les lapins furent en proie à une sorte de névrose hystérique,
-avec contorsions, satyriasis, danse de Saint-Guy, tout le saint
-tremblement, bientôt résorbé dans le suprême effondrement de la
-paralysie générale.
-
-«Ce qui tendrait à établir que l’_odor di femina_ se caractérise par
-quelque chose de convulsivant et de tétanique.
-
-«N’insistons pas de peur de dire des bêtises et de glisser sur la
-planche savonnée de l’inconvenance»[379].
-
-Bref, la vengeance du pantalon sur le «lapin», et quel admirable moyen
-pour les femmes implacables et jalouses de se débarrasser de leur
-seigneur et maître: ni arsenic, ni bouillon d’allumettes, mais un bon
-bouillon de pantalon, et ce sera la paralysie générale après une nuit
-d’amour, une de ces nuits sensationnelles qu’une femme n’oublie pas.
-
-Tandis que le pantalon rencontrait en Europe de telles résistances,
-il est amusant de constater l’enjouement enfantin dont il a été, au
-contraire, parfois l’objet, sous d’autres latitudes.
-
-Ainsi, dans ses _Souvenirs de Birmanie_, lady Dufferin, marquise d’Ava,
-femme de l’ancien vice-roi des Indes, qui fut quelque temps ambassadeur
-à Paris, note ce souvenir d’un des caprices de la reine Soopaya Lât,
-épouse du roi Theebaw:
-
-«Ces dames (des religieuses françaises) travaillaient aussi beaucoup à
-l’aiguille pour la reine. Elle découvrit, par exemple, que le pantalon
-est un vêtement indispensable dans la toilette d’une femme: aussitôt
-les sœurs se mettaient à l’ouvrage et confectionnaient des pantalons
-pour toutes les dames de la Cour»[380].
-
-A Madagascar, il y eut mieux: les femmes howas «n’ont jamais dû voir
-de pantalons d’européennes, car elles n’en portent pas», disait, dans
-une conférence M. Landeroin, l’un des frères de l’ancien interprète
-de la Mission Marchand[381]... Pas du tout! m’a affirmé un officier
-supérieur, longtemps attaché à l’état-major du général Galliéni, elles
-en portent, de finement dentelés, même, et dont elles ne se séparent
-jamais, pas même la nuit car, ouverts, ou fermés, ils ne les gênent en
-rien, seulement,... ils sont tatoués.
-
-Malgré l’appui sérieux que lui a apporté le clan des hygiénistes, le
-pantalon n’a cependant pas vu en France désarmer tous ses adversaires.
-
-«Je me méfie toujours des femmes qui portent des caleçons: c’est la
-pudeur avec une enseigne», écrivait Commerson[382], pour qui la chose
-était nouvelle encore.
-
-Sans aller aussi loin, c’était, pour le pauvre Dubut de Laforest
-«l’odieux inexpressible qui donne à nos Parisiennes des airs de
-maternité... honteuse[383] et n’était-ce pas le procès du pantalon que
-le journal _le Sport_,—oui, mais... Suzanne se déshabille mieux—citait
-à sa barre:
-
-«Le pantalon a parfois sa raison d’être dans l’ordonnance d’une
-toilette de femme, mais il n’y saurait entrer à titre d’élégance. Il
-est nécessaire, mais il n’est jamais gracieux...
-
-«En voyage, c’est un détail d’habillement presque indispensable. Il
-peut l’être aussi au point de vue hygiénique. Le choix de l’étoffe dont
-il est fait est alors subordonné au goût de la personne elle-même ou à
-une appréciation thérapeutique. Au bal, le pantalon est utile pour une
-femme lorsqu’elle aime la valse à trois temps, la belle et poétique
-valse à trois temps, et qu’elle s’y livre, parce qu’alors, on le sait,
-les longues robes, dans l’emportement rapide du mouvement de rotation
-qui leur est imprimé, finissent par perdre de leur aplomb; elles se
-relèvent, laissant dans certains élans, la presque totalité de la
-jambe à découvert».
-
-Non, mais, le journal _le Sport_ aurait-il spécialement étudié la valse
-à la Galette, chez l’ami Debray, ou à la salle Wagram? Ce n’est pas «la
-belle et poétique valse à trois temps», qu’il évoque, mais le spectre
-décharné de Mélanie Waldor:
-
- Quand Madame Waldor à Paul Foucher s’accroche,
- Montrant le tartre de ses dents
- Et dans la valse en feu, comme l’huître à la roche,
- S’incruste à ses membres ardents;
- Quand sous ses longs cheveux flagellant sa pommette,
- De son épine osseuse elle crispe les nœuds,
- Coudoyant les valseurs, pareille à la comète
- Heurtant les astres dans les cieux...
-
-Les éditeurs des œuvres complètes d’Alfred de Musset n’ont pas
-recueilli cette rosserie et ont eu tort. Pour revenir au _Sport_:
-
-«Le pantalon, en un mot, concluait-il, est un vêtement d’homme de même
-que le gilet, et, à cause de cela, les femmes qui ont la véritable
-intuition de l’élégance de leur sexe s’en abstiendront toujours».
-
-S’il ne se montrait pas moins catégorique, M. Ernest d’Hervilly avait
-le mérite d’être moins dogmatique et plus drôle:
-
-«Je ne parle pas des pantalons, je les hais.
-
-«C’est utile, je le sais bien. La poussière, etc. C’est égal, c’est
-hideux.
-
-«N’en mettez jamais à la campagne. Les femmes s’imaginent que tous les
-insectes en veulent à leurs charmes. Elles ont tort: leurs charmes
-n’ont pas une valeur entre-insectes.
-
-«Et un pantalon... oh! que c’est terrible! n’est-ce pas Messieurs? Le
-madapolam est une frontière.
-
-«Plus de douanes!»[384]
-
-Enfin, Colombine,—c’était, je crois, M. Henry Fouquier—a publié dans le
-_Gil-Blas_ un réquisitoire d’une trop jolie venue pour que, malgré sa
-longueur apparente, je ne croie devoir le reproduire dans son entier.
-Partisans et adversaires de cette coquette inutilité m’en sauront gré.
-
-
- PANIERS ET PANTALONS
-
-«Ma spirituelle confrère Étincelle qui possède, comme eût dit Eugène
-Chapus, _la compétence vestimentaire_, vient d’annoncer une nouvelle
-qui, pour nous autres femmes, a une importance capitale.
-
-«Au risque de plonger dans le désespoir mon excellent ami J.-J. Weiss,
-dit-elle, je lui apprendrai qu’on va reporter des paniers.
-
-«Pour celles d’entre nous qui ne sauraient pas ce que vient faire
-dans la question le docte normalien, le sous-secrétaire d’État
-d’Émile Olivier, l’ancien conseiller d’État et le directeur politique
-de Gambetta, nous leur apprendrons qu’il n’a pas toujours été
-l’ermite d’aujourd’hui, le philosophe retiré dans sa bibliothèque de
-Fontainebleau.
-
-«Il y a quelques années, J.-J. Weiss était un mondain, il fréquentait
-le salon de la princesse de Brancovan; il était assidu des fameux
-mardis de la baronne Caruel de Saint-Martin et des samedis de la
-duchesse de Bellune. Là, entouré de jolies femmes qui buvaient ses
-paroles, il regardait de ses petits yeux, un peu clignotants, le défilé
-de nos modes.
-
-«Or, son idéal, au point de vue de l’esthétique, était le style grec.
-Une tunique drapée toute simple et à plis tombant droit, laissant le
-torse libre et accusant les hanches, lui paraissait le costume le mieux
-fait pour mettre en valeur toutes nos séductions plastiques.
-
-«Et voilà pourquoi les paniers vont le désoler, les paniers qui coupent
-la ligne, défigurent le chef-d’œuvre du Créateur, refont des torses
-artificiels et, qui sait, nous ramèneront peut-être par des gradations
-successives à la crinoline, la terrible crinoline de 1860.
-
-«Et c’est alors que surgit à nouveau, fatale et inexorable, la question
-de cet objet de toilette, appelé par nos voisines pudibondes un
-_inexpressible_, et par nous autres,—plus souples et moins prudes—un
-pantalon.
-
-«Nos arrière-grand’mères, ces aimables vieilles, qui firent
-les beaux jours de l’Empire, même nos aïeules—ces sexagénaires
-d’aujourd’hui—ignoraient absolument l’usage du pantalon. Dans ce temps,
-les jupes tombaient toutes simples sans ficelles, sans complications;
-il ne fallait pas hérisser d’obstacles la voie devant des héros qui
-n’accordaient à l’amour que quelques minutes entre deux campagnes et
-n’avaient que le temps de passer et de vaincre.
-
-«Mais avec la crinoline, avec tout l’imprévu des coups de vent, des
-montées en voiture, des chutes possibles, etc., il fallut forcément
-protéger notre... pudeur contre les regards trop indiscrets; et les
-maris, goguenards après avoir vu leur épouse se barder de fer, se
-palissader de baleines et de tissus indéchirables, se mirent à rire
-dans leur barbe en pensant qu’ils avaient peut-être un peu défendu leur
-front.
-
-«Et ce n’était pas tant l’obstacle matériel qui décourageait les
-impertinents, mais la suggestion morale n’y était plus. Comme me
-l’expliquait un jour M. Nisard—encore un directeur politique—autrefois
-quand on apercevait, ne fut-ce que la cheville d’une femme,
-l’imagination grimpait le long de cette cheville jusque dans les
-réduits mystérieux et touffus où se célèbrent les sacrifices chers à
-la blonde déesse; mais alors même qu’on apercevrait la jambe jusqu’au
-genou, si l’on sait que ce bas bien tiré aboutit à un entonnoir de
-batiste, l’inspiration s’envole à tire d’aile.
-
-«Je sais bien que nous avions fini par réduire ce pantalon au strict
-minimum, tellement qu’il n’était plus pour ainsi dire... qu’une
-expression géographique. Descendant à peine sur la cuisse, formé de
-tissus délicats et diaphanes, partagé en deux sections par une de ces
-larges voies stratégiques qui permettent le régime du laissez-faire
-et du laissez-passer (je ne sais si je me fais bien comprendre), le
-pantalon était devenu plutôt un ornement qu’une défense proprement dite.
-
-«Et pourtant celles d’entre nous qui ont étudié le dix-huitième
-siècle, qui connaissent _l’Embarquement pour Cythère_, de Watteau,
-_l’Escarpolette_, de Fragonard, avec son envolement de jupes zinzolin
-et ses aperçus polissons, savent bien le charme étrangement attractif
-produit sur les nerfs exacerbés du mâle par la vue de belles jambes,
-émergeant blanches et satinées à travers les froufroutements des linons
-et des dentelles, se profilant au hasard des renversements imprévus,
-nues et sans obstacle, l’envers du jupon en satin rose, avec une ligne
-coupée seulement par quelque jarretière franfreluchée.
-
-«Celles-là étaient dans le vrai; aussi profitant des modes dernières,
-des costumes tailleurs, collants et tout simples, des robes fourreaux,
-beaucoup d’entre nous avaient carrément supprimé le pantalon, au moins
-du 1er avril au 1er octobre, époque légale pendant laquelle on ne fait
-pas de feu dans les bureaux des ministères. Cette suppression pouvait
-indiquer la saison et la température, absolument comme les moines
-barométriques annoncent le temps probable en coiffant ou en supprimant
-leur capuchon.
-
-«Quelques arriérées pourtant tenaient bon même en été, donnant des
-raisons d’hygiène, de poussière, de chaleur... comme si la bonne eau du
-bon Dieu n’était pas la grande purificatrice, arguant de promenades en
-mails avec obligation de monter sur l’échelle de Jacob; mais la masse
-intelligente—j’en étais—avait bravement aboli cette partie du costume
-au moins inutile, ce pantalon qui n’empêche pas grand’chose, je le
-concède, mais qui n’aide à rien, ce qui est déjà un grand tort.
-
-«Or, si Étincelle a raison—et Étincelle a toujours raison—si les
-paniers reviennent à la mode, malgré le désespoir de J.-J. Weiss,
-le pantalon doit rentrer en triomphateur, comme un accompagnement
-indispensable; ceci amène cela, et en songeant à l’hospitalité
-écossaise, nous pouvons dire: ceci tuera cela, car si l’hospitalité
-écossaise jouit d’une renommée spéciale, c’est qu’en Écosse le pantalon
-est aussi inconnu que les brosses à dents en Bretagne ou, pour être
-plus poétique, que les éperons à Venise.
-
-«Je ne sais si nos maris et nos amants sont précisément, en cette
-fin de siècle, à une de ces époques héroïques où, comme Guzman, on
-ne connaît pas d’obstacle. Je ne sais s’il est intelligent, s’il est
-politique de notre part d’accumuler les difficultés, de revenir aux
-anciennes entraves et de remplacer par le système protecteur celui
-du libre-échange, qui semblait donner d’excellents résultats. Et
-cela précisément au moment où M. Lagneau constate, par des rapports
-éplorés, que la population diminue dans une inquiétante proportion. Ne
-serait-ce pas au contraire le moment de faire feu sinon des quatre
-pieds, du moins... des deux jambes et de réveiller les sens endormis
-par une recrudescence de séductions et d’aperçus cantharidés, par une
-exhibition suggestive rappelant la belle phrase du divin prophète:
-«Laissez venir à moi les petits enfants.»
-
-«La femme est charmante en chemise,—on me l’a souvent dit et à vous
-aussi, mesdames? Regardez plutôt au musée du Louvre la statue de la
-jeune Lacédémonienne, vêtue seulement d’un tissu transparent commençant
-sous les seins et laissant les jambes entièrement découvertes. Elle
-conserve, dans ce costume primitif et biblique, toutes les grâces
-provocantes de son sexe. Un bas à passer, la chevelure à relever, une
-épingle à ramasser motivent immédiatement des mouvements de Diane au
-bain, évoquent le souvenir des Muses de Raphaël, des Aurores du Guide,
-des Grâces de Jean Goujon ou des Nymphes de Carrache. En pantalon, au
-contraire, la vraie femme, celle qui n’a rien de commun avec la poupée
-de Jeanneton, qui, en un mot, a des rondeurs, des saillants et des
-rentrants, paraît toujours basse sur pattes et ridiculement callypige.
-Le pantalon est difficile à enlever, compliqué à remettre, et, posé sur
-un fauteuil, produit l’effet le plus piteux. Il faut donc absolument
-le condamner avant, pendant et après.
-
-«Et, quant à moi, je ne serai satisfaite que quand J.-J. Weiss pourra
-chanter triomphalement à Étincelle:
-
- Adieu paniers, vendanges sont faites,
-
-air auquel je répondrai par ce simple vers d’un opéra connu:
-
- Bonsoir, monsieur Pantalon!»[385]
-
-L’on ne saurait mieux dire.
-
-Le _Journal des Demoiselles_ trouvait jadis le pantalon inconvenant
-pour une première communiante. Il en est de même—mais les raisons
-diffèrent—pour une femme, quand elle porte des chaussettes.
-
-«Les jours où on met les chaussettes, édicte Jo, (ce ou plutôt cette Jo
-ne fut jamais ministre que de nos plaisirs), ces jours-là, petite Lo,
-on ne met pas de pantalons»[386].
-
-La chaussette est en effet bien masculine, le pantalon exagérerait
-le travestissement. Jo était dans le vrai et la jeune américaine qui
-refusait au cher Alphonse Allais de bostonner avec lui le «Washington
-Post», la «new dance» qui allait faire fureur, partageait cette théorie
-et la pratiquait:
-
-—Et vous, miss, vous ne dansez pas ce soir?
-
-—Non, pas ce soir.
-
-—Pourquoi cela, miss?
-
-—Parce que j’ai des chaussettes et pas de pantalon.
-
-—Quelle blague!
-
-—Voyez plutôt, répondit-elle en souriant[387].
-
-Sans aller jusqu’aux chaussettes qu’une connaissance imparfaite de la
-langue fait prendre à d’aimables enfants que la comparaison effraie,
-pour le féminin de chausson, combien, et tout ce qu’il y a d’honnêtes,
-ne portent pas de pantalon l’été, simplement parce que c’est trop chaud
-et qu’elles éprouvent un bien-être indicible à n’en pas avoir.
-
-C’est l’Évangile de Colombine mis en pratique et ses disciples sont
-innombrables.
-
-«Il y a tant de Parisiennes, en cette saison, déclarait le _Fin de
-Siècle_, qui se passent de pantalon»[388].
-
-Ce qui était vrai au déclin du XIXe siècle, ne l’est pas moins au XXe.
-Conteurs et romanciers ne pouvaient omettre ce détail nouveau de nos
-mœurs et ont eu soin de le noter.
-
-«Eliane, qui était une personne vertueuse, portait toujours des
-pantalons, de jolis pantalons en toile fine avec un frémissement de
-dentelles sur le rose des jarretières. Mais, ma foi, elle était chez
-elle, et il faisait une chaleur si étouffante, vraiment, qu’elle avait
-cru pouvoir supprimer sans inconvénient ce vêtement intime»[389].
-
-Mme de Ponticello, une héroïne de Richard Cantinelli est dans le même
-cas. Seulement elle n’est pas chez elle, comme Eliane, mais à la
-campagne, où elle suit à la lettre, la chaleur aidant, les conseils
-d’Ernest d’Hervilly, et offre ainsi à l’innocent Pamphile un tableau
-d’une simplicité antique:
-
-«Le bruit de ses pas était assourdi par le tapis continu dont les
-aiguilles tombées des pins couvraient le sol. Il crut entendre un
-léger murmure de source, il se pencha, regarda et vit rose. Jamais
-fut-ce à Bruxelles, jamais artiste n’avait imaginé un aussi audacieux,
-réjouissant et troublant motif de fontaine. Mme de Ponticello, qui
-ce jour-là, à cause de la chaleur n’avait pas de pantalon, sentit ce
-regard ardent sur sa nudité d’une minute. Elle tourna la tête, aperçut
-Pamphile...»[390]
-
-Il n’est jusqu’à cette bête de Marie Belhomme, qui, à l’école, à
-Montigny, l’été, «ne portait pas de pantalon, pour sentir ses cuisses
-faire doux en marchant».
-
-Au courant de cette particularité, ses «gobettes» d’amies, pour rompre
-l’ennui pesant d’un lourd après-midi, lui jouent la «méchante farce» de
-lui faire prouver jusqu’à l’évidence que... le capucin n’avait pas son
-capuchon:
-
-«Nous étions quatre, une après-midi, assises sur un banc, dans l’ordre
-que voici:
-
- Marie, Anaïs, Luce, Claudine.
-
-«Après s’être fait dûment expliquer mon plan, tout bas, mes deux
-voisines se lèvent pour se laver les mains, et le milieu du banc reste
-vide, Marie à un bout, moi à l’autre. Elle dort à moitié sur son
-arithmétique. Je me lève brusquement; le banc bascule. Marie, réveillée
-en sursaut, tombe les jambes en l’air, avec un de ces cris de poule
-égorgée dont elle a le secret, et nous montre... qu’effectivement elle
-ne porte pas de pantalon. Des huées, des rires énormes éclatent; la
-Directrice veut tonner et ne peut pas, prise elle-même d’un fou rire;
-et Aimée Lanthenay préfère s’en aller, pour ne pas offrir à ses élèves
-le spectacle de ses tortillements de chatte empoisonnée»[391].
-
-Ce serait pour certaines, un véritable bien-être que de pouvoir passer
-la journée chez elles sans pantalon, un bien-être dont on rêve:
-
-«On assure que l’eau du bain est parfumée et qu’en sortant elle pourra
-s’étendre sur un canapé de soie brochée, en peignoir de soie et sans
-pantalon, bien à l’aise enfin...»[392]
-
-Et en chemin de fer, donc, quand il faut passer la nuit en wagon.
-S’il en est qui ne perdent pas de vue la sonnette d’alarme, d’autres
-ne songent qu’à retirer leur pantalon, sans que les tentent en rien
-l’imprévu et les dangers d’une passade par trop brève:
-
-«Ces dames, durant ce temps-là, avaient pour moi des regards obliques,
-lesquels voulaient dire certainement: sans cet animal-là, comme nous
-retirerions nos pantalons!»[393]
-
-«Le pantalon, a dit justement Colombine, est difficile à enlever (et)
-difficile à remettre». Gauche et un peu embarrassée, une débutante aura
-peine à ne pas côtoyer le ridicule—sans compter celui du pan de chemise
-que laissera souvent échapper la fente—tandis que la femme qui n’en est
-pas à son premier déshabillé, saura trouver les gestes qui conviennent
-et leur prêter sa grâce.
-
-Qui sait si cet intrus, qui, quand on le retire, vient toujours à
-l’envers et qu’il faut ensuite retourner avant d’en réintégrer la
-batiste, n’a pas maintenu dans l’étroit sentier de la vertu des
-hésitantes qui «sans l’ennui humiliant de sortir en détail de ses
-pantalons» se seraient volontiers attardées à grappiller les églantines
-du chemin, pour prendre goût ensuite au porto blanc des garçonnières?
-
-Nous côtoyons là les bords fleuris et le tabac blond de l’adultère,
-revenons aux pantoufles et au scaferlati ordinaire du mariage. Il est
-également sujet à surprises et change bien des choses. C’est beaucoup
-de savoir plaire à l’époux et de savoir flatter ses goûts, aussi en
-verra-t-on se plier à la gêne du pantalon, qui, jusque-là n’en avaient
-pas porté, alors que d’autres en feront le sacrifice à leur initiateur,
-s’il a contre cette lingerie les préjugés et les préventions d’une
-autre époque.
-
-Laissant à Mme Desnou et aux dames de Chauny ou de Villers-Cotteret de
-n’en porter que leurs jours de grande toilette, «aux grandes fêtes et
-au jour du saint patron de _leur_ mari»[394]: en général la femme de la
-bourgeoisie en porte et elle ne laissera jamais apercevoir, pour une
-raison ou pour une autre un peu haut ses jambes, sans qu’apparaisse
-timide le poignet ou le sabot du pantalon.
-
-A Trouville, c’était la pêche aux équilles. Elle fournissait aux
-contemporaines de Bertall une excellente occasion de montrer leurs
-jambes si elles étaient bien faites et elles ne s’en privaient pas:
-
-«La pêche aux équilles est la pêche favorite sur les plages de sable.
-C’est une pêche qui prépare adroitement les autres, et qu’affectionnent
-particulièrement les belles pécheresses, auxquelles les équilles
-servent de prétexte pour exhiber sous les yeux de jeunes pécheurs,
-et de pécheurs endurcis, les fines bottines à barrette à talons
-d’argent, les fins bas de soie à broderies de couleur, et les dentelles
-affriolantes des jupes nuageuses et des prestigieux pantalons»[395].
-
-Je ne sais si ce sont des équilles que l’on cherche aujourd’hui
-aux Roches-Noires, mais la qualité des pécheresses semble avoir
-terriblement baissé. Plus de dentelles affriolantes, de jupes
-nuageuses, ni de prestigieux pantalons, oh! nullement prestigieux,
-par contre, ils sont ouverts et leur fente bâille parfois bien
-indiscrètement.
-
-Edmond de Goncourt a noté d’autre part ce dîner à la campagne,
-précédant une partie de pêche aux écrevisses, qu’il devait utiliser
-dans _Chérie_[396]:
-
-(1878) «Samedi 3 août.—Mon cousin Marin a invité les femmes de la
-magistrature d’ici (Bar-sur-Seine) à une pêche aux écrevisses, à la
-tombée de la nuit. On doit pêcher au-dessus de Polisot, et la pêche est
-le prétexte d’un dîner-souper en plein air. On monte en voiture par une
-pluie battante, et, au bout d’une heure, on est à destination et on se
-met à table.
-
-«La nuit est venue. Huit torches, fixées à huit piquets, sont allumées,
-éclairant le repas de leurs lueurs balayées et fuyantes. Un grand
-feu flambe au milieu du pré, où, de temps en temps, les trois femmes
-vont sécher les semelles de leurs bottines mouillées, montrant des bas
-écossais et des pantalons brodés, en se soutenant par la taille, avec
-des gestes de caresse; groupe au milieu fait par la charmante Mme G...,
-dans une de ces blanches toilettes anglaises, que Gravelot donne, en
-ses vignettes, à ses héroïnes de romans»[397].
-
-La femme ne pêche pas, en effet, qu’aux flambeaux. Supprimez l’adultère
-et vous supprimerez du coup le roman contemporain. L’électricité
-remplace, pour l’ordinaire, les torches de Bar-sur-Seine, mais le
-rôle du pantalon n’est pas moindre, au contraire. Les déshabillés
-extra-conjugaux ne sauraient se passer de ce piment. Les soigneuses,
-comme Mme de Gromance le plient, après l’avoir retiré; les impulsives
-le laissent, elles, traîner, à demi retourné, où il est tombé: un de
-ces riens par lesquels se trahit la femme.
-
-Celui-ci une fois enfilé et attaché sur une agrafe du corset de soie
-«en pantalon de foulard rose à fleurs, elle allait, se baissant, se
-levant, se baissant, encore agile et prompte, par la chambre, à la
-recherche de son jupon perdu dans la chiffonnerie de ses vêtements
-épars»[398].
-
-Ce spectacle donne au jeune mâle satisfait de graves pensées guère
-coutumières à sa cervelle d’oiseau.
-
-Il a allumé une cigarette et se souvient:
-
-«Après avoir longuement noué sa cravate devant la glace et allumé une
-cigarette, il s’amusait à suivre des yeux les mouvements de Mme de
-Gromance, dans ce costume qui exagérait joliment tout le féminin de ce
-corps de femme. Il ne savait pas si c’était gracieux ou ridicule. Il
-ne savait pas s’il fallait trouver ces aspects-là vraiment pas beaux,
-ou en éprouver une toute petite joie d’art. Sa perplexité venait de ce
-qu’il se rappelait une longue discussion soulevée à ce sujet, l’hiver
-précédent, chez son père, un après-dîner, au fumoir, par deux vieux
-connaisseurs, M. de Terremondre qui ne savait rien de plus adorable
-qu’une jolie femme en corset et en pantalon, et Paul Flin qui plaignait
-au contraire la disgrâce d’une dame à ce point précis de sa toilette.
-Philippe avait suivi la dispute qui était amusante. Il ne savait à
-qui donner raison. Terremondre avait de l’expérience, mais il était
-vieux jeu et trop artiste; Paul Flin, passait pour un peu bête, mais
-très chic. Philippe inclinait, par malveillance naturelle et affinités
-électives, au sentiment de Paul Flin, quand Mme de Gromance mit son
-jupon rose à fleurs roses»[399].
-
-Drame ou comédie, que le quatrième acte tourne au Bernstein ou au
-Courteline, il n’est jusqu’à la table des pièces à conviction—Thémis,
-à toi la pose!—où le pantalon féminin ne vienne jeter sa blancheur
-tragique ou comique.
-
-Ainsi, au lendemain du drame fameux qui par delà l’azur de la
-Méditerranée passionna à un si haut point l’opinion publique et dont M.
-Paul Bourget ne sut tirer qu’un médiocre parti, put-on voir les dessous
-de Mme G., chemise, corset et pantalon, livrés aux regards du public et
-aux mains pataudes des jurés[400].
-
-Pauvre femme, n’aurait-on pu lui éviter cette suprême honte?... et
-Henri Chambige fut condamné: il coûte moins cher d’aller vider son
-browning à bout portant sur un journaliste sans défense, dont le seul
-tort fut de recevoir, par galanterie, une femme venue pour tuer.
-
-Le vaudeville n’est pas moins révélateur. Qui se souvient de l’affaire
-Humbert, cette gigantesque escroquerie, à laquelle notre jobardise
-nationale dut d’être une fois de plus citée comme exemple.
-
-Pourtant tout ce joli monde, la grande, ou plutôt la grosse Thérèse,
-son frère Raymond Daurignac, la sœur Maria, aussi effacée que le
-mari, et la fille Ève, défila devant un tribunal auquel on n’était
-pas parvenu à le soustraire, et l’on rit jusqu’aux larmes. L’épargne
-française avait bu un bouillon sérieux, mais, en revanche, on lui
-offrait une pinte de bon sang plutôt tassée.
-
-Après tout le linge sale du ménage lavé en public, ce fut le tour du
-linge propre d’être vendu à l’hôtel Drouot, défroques dont quelques
-pièces avaient «un caractère fort suggestif, pantalons de dentelles à
-entre-deux, chemises de soie à jour, etc.»[401]. Thérèse ne prévoyant
-pas le très sommaire trousseau de la maison centrale, en vérité se
-mettait bien.
-
-La vente eut un succès à la fois d’argent et de gaîté. Les enchères
-furent poussées, les chemises se vendirent bien et les pantalons
-se tinrent fermes. J’emprunte au _Journal des Débats_ ces détails
-oubliés. Que tout cela semble déjà loin de nous:
-
-«L’on attendait avec impatience la mise aux enchères de la lingerie
-et ce furent de francs éclats de rire, quand apparurent les chemises
-et les pantalons. Tout le monde voulut voir et toucher ces reliques
-intimes. Consciencieusement le commissaire étalait les dessous de
-formes et de tailles diverses.
-
-«Notons quelques chiffres. Sept chemises en dentelles, 465 fr.; sept
-matinées, 347 fr.; un pantalon, une chemise, 294 fr.; etc.»[402].
-
-Ce fut pour Abel Faivre l’occasion d’un bien amusant croquis dans le
-_Journal_.
-
-Toutefois, les pantalons sont, loin de fournir à la Préfecture de
-Police (bureau des objets perdus), un contingent aussi considérable
-que les corsets. Si en taxi, ces Cythères roulantes, «garnis» des
-petites bourgeoises qu’effraient, à leurs débuts, l’hôtel et le sourire
-obséquieux et sournois du garçon, ces dames retirent volontiers leur
-corset, elles conservent pour l’ordinaire leur pantalon. Plus ou moins
-froissé ou mis à mal, c’est toujours autant de sauvé.
-
-[Illustration]
-
-Pourtant, cela peut arriver de perdre son pantalon, même en plein
-concours hippique—n’est-ce pas Nelly?[403]—voire sur le warf de Tanger
-la bleue, sans que l’on puisse attribuer aux frères Manessmann ou au
-champion de Mamers cette rupture de cordons, ou même à une première de
-Romain Coolus au Théâtre Antoine.
-
-Deux faits divers; ils ont leur saveur:
-
-«Une jeune femme, sans rêve, sans passion, une bonne petite bourgeoise
-d’épouse débarque à Tanger. A son premier pas un crac significatif
-lui annonce une avarie (oh! Madame!) dans une partie de sa toilette,
-et soudain sur ses bottines, son pantalon vient choir. Que faire? Le
-remettre en plein warf, il ne fallait pas y songer. Marcher tout de
-même? Cela risquait de devenir grotesque. D’un geste sec, la jeune
-femme arracha la légère batiste et l’envoya par-dessus bord»[404].
-
-Une façon de jeter son bonnet par-dessus les moulins à laquelle n’avait
-certainement pas songé Mimi Pinson.
-
-Cela n’explique pas le mystère du Théâtre Antoine: il n’y avait pas
-de pas au plafond, mais un pantalon de femme oublié aux fauteuils
-d’orchestre. A quels tripatouillages, ô Caliban, avait donc donné lieu
-la pièce nouvelle de Coolus?
-
-Sous la plume de Palémon, le _Figaro_ a gaîment conté ce menu fait de
-la vie parisienne:
-
-«Un incident des plus singuliers et des plus inattendus a donné à la
-première représentation de la nouvelle pièce de M. Romain Coolus, au
-théâtre Antoine-Gémier, une note comique infiniment pittoresque, et
-qui d’ailleurs n’a nui en rien à cette belle œuvre, puisque le fait se
-produisit après le baisser du rideau.
-
-«Tandis que la salle se vidait lentement, un spectateur découvrit
-devant un fauteuil d’orchestre un chiffon d’élégante lingerie finement
-brodée, délicatement ajourée, un de ces vêtements légers qui semblent
-se faire gloire d’être inutiles. Un mouchoir? Non pas. Une écharpe? Pas
-davantage. Une mantille? Point du tout.
-
-«C’était ... il me faudrait pour nommer ce coquet accessoire de
-l’ajustement féminin les ressources du lyrisme le plus discret et de
-la poésie la plus intime... c’était... ce vêtement auquel l’un des
-plus célèbres personnages de la comédie italienne a donné son nom...
-c’était... mon Dieu, il faut bien l’appeler par son nom... c’était un
-pantalon.
-
-«Ce fut dans la salle un immense éclat de rire et tous les spectateurs
-qui venaient d’être violemment émus par les belles situations de
-_Cœur à cœur_ connurent là quelques instants de gaieté folle...
-irrésistible...
-
-«D’où venait ce sournois, cet imprévu, cet incroyable pantalon? comment
-était-il là? quelle main irrévérencieuse ou maladroite l’avait jeté
-à cette place? Distraction? fumisterie? On ne sait... ne le saura
-jamais. Il y a ainsi de petits mystères qui ne seront jamais éclaircis.
-Celui-ci est parmi les plus irritants. Les ouvreuses interrogées ne
-purent donner aucun renseignement; ce genre d’objets ne relève point de
-leur vestiaire.
-
-«Je sais bien que Béranger, considérant le pantalon comme l’un des
-signes du développement de l’esprit républicain en France, s’écriait au
-lendemain d’un événement réactionnaire:
-
- Les anciens préjugés renaissent,
- On va quitter les pantalons.
-
-«Mais il ne semble point que ces deux vers d’une médiocre envolée,
-puissent ici trouver leur application.
-
-—Et dire, soupirait un spectateur, qu’elles ne veulent pas retirer leur
-chapeau!»[405]
-
-Un bouton, sans doute, qui avait sauté ou un cordon qui avait
-craqué,... à moins que la défaillance due à une émotion trop vive,
-ait fait craindre à une pauvre dame de s’enrhumer, si elle conservait
-sur elle le témoin bon à tordre, ou plutôt la victime, d’un oubli de
-quelques secondes.
-
-Dans un cas comme dans l’autre, il faut admirer l’adresse et les ruses
-dont on avait su user une femme pour dépêtre, en pleine salle de
-théâtre, ses jambes de l’importune lingerie et la retirer.
-
-Mauvais présage d’autre part, pour une jeune mariée de sentir, le
-jour de la cérémonie, craquer son pantalon, en montant les marches
-de l’église. Le ménage est appelé à craquer, lui aussi. «Petite
-superstition française» a soin d’ajouter Maurice Donnay, dont _Le
-retour de Jérusalem_ nous a révélé ce détail de mœurs assez ignoré—des
-hommes, tout au moins:
-
-—J’ai une amie, le jour de son mariage également, en montant les
-marches de la Trinité, son pantalon a craqué. Elle s’est dit: Ça y est,
-je tromperai mon mari.[406]
-
-Non moins mauvais pour une pauvre petite femme venue dans un ministère
-pour y appuyer le Mérite Agricole ou les Palmes de son époux,
-d’oublier dans le cabinet du chef du bureau compétent, son pantalon que
-l’examen attentif des titres du candidat lui aura pu faire retirer. Les
-hommes sont si mufles que, quelques jours plus tard, le mari pourra le
-recevoir avec, épinglés, la carte du bureaucrate et un compliment de sa
-façon.
-
-Il n’en faut pas plus pour jeter le trouble dans un ménage parfaitement
-uni: les hommes comprennent si rarement le dévouement de l’épouse.
-
-Il vaut mieux qu’il soit perdu tout à fait en voyage de noces. La jeune
-femme n’en est pas à cela près, puis cela a si peu d’importance au
-milieu des roucoulements de la première semaine.
-
-Après un long arrêt qu’ils ont mis à profit pour dîner en cabinet
-particulier, les tourtereaux sont remontés en wagon. Monsieur semble
-fatigué, presque triste, et Madame est encore très rouge. Le train
-vient de repartir. (Auteur du scénario: Auguste Germain):
-
-M. OMER (_très tendre_).—Cette fois, j’espère que tu n’as rien oublié?
-
-ALEXANDRINE.—Oh! non!
-
-M. OMER.—Tu n’avais plus rien à perdre, d’ailleurs.
-
-ALEXANDRINE.—Oui.
-
-M. OMER.—Tes cartons à chapeaux sont à Paris; ton sac, ton ombrelle et
-ton parapluie à Chartres. Notre voyage se finira tranquillement.
-
-ALEXANDRINE.—Oui.
-
-_Mais tout à coup elle s’agite, blêmit, ses yeux deviennent hagards,
-ses mains tremblent._
-
-M. OMER.—Qu’est-ce que tu as?
-
-ALEXANDRINE.—Dans le restaurant, à Saintes.
-
-M. OMER.—Quoi?
-
-ALEXANDRINE.—J’ai oublié mon pantalon[407].
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-A TRAVERS LE ROMAN CONTEMPORAIN
-
-
-_Les maîtres de l’archet subtil et titillant dans l’art de bien exciter
-et bien dire._
-
- JEAN LORRAIN.
-
-[Illustration]
-
-
-A TRAVERS LE ROMAN CONTEMPORAIN
-
-
-Le coude sur la longue planche où elle repassait, il considérait
-avidement toutes ses affaires de femmes étalées autour de lui, les
-jupons de basin, les fichus, les collerettes, et les pantalons à
-coulisses, vastes de hanches et qui se rétrécissaient par le bas»[408].
-
-Cette vision des pantalons d’Emma Bovary et la délectation morose du
-petit Justin devant ces intimités féminines tout à coup révélées à sa
-jeune curiosité, semblent, après _la Pucelle de Belleville_ et _le
-Confessionnal des Jésuites_, constituer les débuts du pantalon dans le
-roman contemporain.
-
-Depuis, on en a abondamment usé, abusé même.
-
-Accessoires nécessaires des déshabillages prévus, «difforme pantalon
-blanc» ou «pantalons hospitaliers»[409], parfois il a fourni prétexte à
-nouvelles, sinon à roman.
-
-Trois nouvelles de Carolus Brio lui sont consacrées: _Flagrant
-délit_,[410], _Leurs sales bicyclettes_,[411] et _Le pantalon de
-Luce_[412].
-
-L’excellent sociétaire de la Comédie-Française M. Maurice de Féraudy a
-fait jouer _le Pantalon de la Baronne_ et quelle place n’occupe-t-il
-pas dans l’œuvre diverse et documentée autant que pimentée de Willy?
-
-Que Suzette remette le sien dans le décor connu du home de la rue
-de Courcelles, la «frissonnière» de Maugis, dont tant ont fait
-volontiers leur «petit home», ou que, chez la Triple Veuve, elle le
-retire, déchiré et tombé dans ses jambes, elle aura eu le temps dans
-l’intervalle, de chercher à «lâcher» l’obèse, chauve, libidineux et
-spirituel philosophe[413].
-
-Willy en est un, à sa manière, et entre le pantalon dont on noue les
-cordons et celui que l’on quitte, il y a bien place pour une tranche de
-vie.
-
-Avec _le Pantalon de Mme Desnou_, d’Henri Beauclair, c’est le roman
-à la fois bourgeois et ancillaire, toute la lyre! Enfin, la Jeanne
-d’Adoré Floupette a sur d’autres la supériorité d’avouer et même de
-démontrer péremptoirement au tribunal qu’elle porte sous ses jupes le
-pantalon de la notairesse[414].
-
-Il n’en était pas de même à Solignac (Haute-Vienne) dont la chasse et
-mon homonyme l’antiquaire Dufay ont révélé à beaucoup l’existence.
-En présence des dénégations de la délinquante, une des servantes de
-l’auberge, la mère de la plaignante, se vit élever par le brigadier de
-gendarmerie—sans pitié, mais non sans pudeur—à la dignité de matrone et
-dut faire sous les jupes de la fille les recherches qui amenèrent la
-découverte de la flanelle populacière et peu close de sa progéniture.
-
-Quand on n’est pas couvert par l’autorité de ce corps d’élite, c’est
-une plaisanterie assez risquée de vouloir, avec nos humoristes
-nationaux, constater à un dîner de noces, si la mariée a ou n’a pas un
-pantalon.[415]
-
-Mieux valent—hantise des dessous—les «souvenirs» ou «visions» du
-_Gaga_, par lui crayonnés à foison: «corsets», «pantalons blancs»,
-«chemises même»[416]. Ce sont des petits jeux qui ne font de mal à
-personne, en attendant que la paralysie générale y mette un terme.
-
-Cette hantise, pas un de nos romanciers ne semble y échapper.
-
-Afféteries poudrerizées, réalisme brutal, élégances perverses,
-cantharides et piments, fruits verts ou déjà presque blets, c’est,
-blanche et rose, ou bleue, la chanson des dessous; «ce sont les secrets
-des dames» non plus «défendus à révéler», mais que l’on se fait gloire
-d’étaler abondamment aux yeux.
-
-L’auteur y prend autant de plaisir que le lecteur. Avec la machine à
-écrire, on n’a pas à tenir le papier: on peut écrire d’une main.
-
-Certes, dans ce dialogue à la manière de Droz et dans le ton de la _Vie
-Parisienne_, on ne prévoit guère les puissantes hardiesses du _Mâle_ et
-du _Happe-Chair_. Camille Lemonnier, alors à ses débuts, signa pourtant
-ce tableautin et rien n’est plus convenable. La scène se passe entre
-mari et femme, les amusements tolérés des oarystis, les bagatelles de
-l’alcôve:
-
-«Ma femme (_riant_).—Devant! Tu as des idées vraiment... Devant! tu
-n’y penses pas, on aurait l’air... Tiens, prends mes jupons... mais
-certainement l’air... Attends: je vais te passer mes pantalons... Ah,
-mon Dieu! voilà ma jambe qui ne veut pas sortir... (_Elle me jette ses
-pantalons_) Enfin! Attrape![417]»
-
-Bien bourgeois, bien honnête, bien Second Empire, ce déshabillage, ce
-devait être du madapolam et nous n’en sommes pas encore aux pantalons
-de _Mme Lupar_, ces «pantalons de transparente batiste, une ondée
-laiteuse, qui coulait par-dessus le rose des cuisses jusqu’à l’agrafe
-d’or de la jarretière»[418].
-
-D’Ernest Leblanc, le causeur charmant, si plein d’anecdotes et de
-souvenirs, ce joli déshabillé nuptial dans sa _Dépravée_.
-
-«Elle enleva complètement le corsage, tandis que le murmure de la
-soie accompagnait chaque mouvement de ses bras renversés. Et elle
-apparut droite, la poitrine en avant, avec ses bras nus et ses épaules
-superbes qu’encadraient, un peu bas, les fantaisies capricieuses et
-transparentes de la Valenciennes.
-
-«Puis ce fut le tour des jupes. Il y eut un grand froufrou. Gaëtan
-ferma à demi les yeux et détourna la tête. Décidément, l’idole allait
-apparaître.
-
-«A peine eût-il repris courage qu’il se retourna vers elle. Il crut à
-quelque transfiguration.
-
-«Du flot des jupes entassées émergeait, avec mille ondulations
-charmantes, une sorte de jeune garçon, un peu replet d’ici et là, dont
-le costume ressemblait à ses costumes d’été lorsqu’il était enfant et
-qu’il portait des pantalons brodés. Il n’osait plus lever les yeux. Il
-était embarrassé. Il se sentait rougir»[419].
-
-L’élégance du pantalon s’est affirmée et affinée en effet. Foin du
-madapolam, des jambes droites et des trois plis bêtes: c’est, au
-lendemain d’un bal, traînant sur le tapis, la batiste chiffonnée et
-froissée, «avec sa multitude de volants serrés par les rubans étroits
-en soie mauve qui se festonnent dans sa longueur»[420].
-
-Si cette batiste contient des microbes, elle conserve plus encore des
-parfums, «corrompus, riches et triomphants». L’atmosphère est tiède et
-irritante, une odeur forte de blonde à laquelle les muscs des dessous
-mêlent leur gamme, y persiste et monte à la tête. Il y a de quoi
-vraiment troubler la virilité d’un adolescent.
-
-«Mme Brière ajouta après une courte hésitation:
-
-—Tu peux entrer.
-
-«Louis poussa la porte; et sitôt dans la chambre, dont les deux
-fenêtres étaient fermées ainsi que la porte qui communiquait au dortoir
-des garçons, il fut pris au cervelet par l’odeur de femelle qui se
-concentrait dans la pièce ainsi hermétiquement close. Une odeur âpre
-de blonde, aiguisée du mélange des parfums irritants dont Gabrielle,
-depuis quelques semaines, aromatisait ses dessous. Et ces dessous
-faisaient des tas pêle-mêle; les bas par ci à côté de la chemise qui
-affaissait son rond blanc sur le parquet, très chiffonnée de mille
-petits plis fins et mouillée sous les bras, avec un recroquevillement
-de la dentelle, sur laquelle la robe avait déteint en plusieurs
-couleurs; la jupe par là, avec les jupons au centre encore à moitié
-ballonnés, et le pantalon dégonflé aplatissant ses jambes fripées»[421].
-
-Cette page de Trézenik est d’une bonne écriture naturaliste.
-L’observation est exacte et ne fait grâce d’aucun détail, pas
-même l’arc-en-ciel laissé sur la chemise par l’humidité alcaline
-des aisselles. Mais, Huysmans, qui ne songeait guère alors à la
-_Cathédrale_, n’a-t-il pas consacré au «Gousset» un véritable poème en
-prose[422]?
-
-Chez Maizeroy, la phrase elle-même semble devenir une caresse.
-Romancier des amants, comme nul autre, il sait peindre leurs jalousies
-et leurs angoisses. Il sait le pouvoir de ce linge qu’a porté la
-bien-aimée, il en sait le pouvoir, comme il en dit l’élégance:
-
-«Au travers du lit, sur la courte-pointe d’un vieux rose éteint, se
-détache tout chiffonné le pantalon de batiste qu’elle a porté, si
-léger, si court avec des flots de valenciennes, des fanfreluches de
-ruban, un de ces pantalons qui ne dépassent pas les jarretières de
-dentelles, qui affolent un amant mieux que l’étal impudique de la
-nudité»[423].
-
-Et l’amant se jette sur ces voiles abandonnés, les déplie et les
-inspecte, cherche à y retrouver le parfum qui l’affole et à leur
-arracher l’aveu de la faute:
-
-«Je me suis jeté sur le pantalon, sur la chemise avec des mains raidies
-qui vacillaient, je les ai dépliés, je les ai respirés, j’ai cherché
-dans leurs dentelles, dans leurs radieuses blancheurs une déchirure,
-le griffonnement des doigts qui s’accrochent, une tache, un indice qui
-atteste la faute plus qu’un aveu»[424].
-
-Ou c’est, dans _P’tit Mi_, au milieu des greniers de la préfecture,
-la silhouette dont on a abusé du «gamin effronté et vicieux». C’était
-gentil aux environs de 1889, lorsque les vers de M. Jean Rameau
-portaient encore sur les belles dames que le snobisme faisait monter
-au _Chat Noir_ et feindre de s’intéresser à la chose littéraire.
-Aujourd’hui, il semble terriblement vieux et rococo le gamin
-vicieux—pourquoi pas les pantalons de clergyman de Mme Dieulafoy? M.
-Henri Bordeaux lui-même n’oserait pas l’employer, si sa belle âme
-daignait s’abaisser à de pareils tableaux et il n’est échappée de
-couvent qui vous en fasse grâce avant de consentir à le retirer.
-
-«C’était autour de ce corps souple et onduleux dont la grâce féline,
-les contours indécis d’une affolante sensualité eussent ravi quelque
-artiste décadent, la tombée successive du peignoir, du corset délacé,
-des pantalons fanfreluchés qui, un instant, lui donnaient l’air d’un
-gamin effronté et vicieux»[425].
-
-C’est encore Minne, grande et mariée, conservant, dans ses essais
-d’adultère, à la poursuite d’un frisson lent à venir, ses dessous
-simples et démodés de pensionnaire:
-
-«Il voyait Minne en pantalon, et qui continuait son déshabillage
-tranquille. Pas assez de croupe pour évoquer la p’tite femme de
-Willette, pas assez de mollet non plus. Une pensionnaire fourvoyée,
-plutôt, à cause de la simplicité des gestes, de la raideur élégante,
-et aussi à cause du pantalon à jarretière qui méprisait la mode,
-pantalon étroit qui précisait le genou sec et fin»[426].
-
-Le décor change, mais Minne reste la même. Avec son impudeur ingénue
-et tranquille, elle se déshabille, offrant à Maugis, soudain devenu
-paternel, le royal provin de sa chair jeune et souple[427].
-
-C’est aussi Flory Bruno, la fine diseuse, se rhabillant dans sa loge,
-devant son gigolo Georges Bonnard, sans se soucier de ce que la fente
-de ses culottes bâille peut-être plus qu’il ne convient:
-
-«Bien qu’elle n’eût encore revêtu ni jupon, ni jupe, ni corsage,
-et qu’un petit bout de chemise s’évadât par la fente de son
-pantalon, Flory, la tête redressée, le bras tendu, les sourcils
-froncés, rayonnait d’une telle autorité que Georges, docilement,
-répondit...»[428].
-
-Ah, l’amour!
-
-Non, vraiment, on ne peut pas reprocher à Willy d’être égoïste. Il
-nous fait assister avec une bonne grâce charmante aux déshabillages
-de ses héroïnes. Rézi se rhabille aussi vite qu’elle se dévêt, que ce
-soit bien pour Renaud ou pour Claudine. Ses gestes sont exempts de tout
-embarras:
-
-«Ah! je savais bien Rézi est là, elle est là, pardi, qui se rhabille
-... En corset, en pantalon, son jupon de linon et de dentelle sur le
-bras, le chapeau sur la tête, comme pour moi»[429].
-
-Pauvre gobette, elle avait joué avec le feu, et ignorait cette
-confession d’une jolie femme à qui ces fantaisies n’étaient pas tout à
-fait inconnues:
-
-—Moi, c’est curieux,... après... c’est toujours du mari que j’ai envie!
-
-Il n’est jusqu’à Claudine elle-même qui n’apparaisse en pantalon et,
-devant «cette petite en pantalon», son grand mari de voir rose:
-
-—... Faites donc comme si vous étiez mon amant.
-
-«Mon Dieu, il me prend au mot! Parce que je viens de relever, d’un
-pied leste, mon jupon de soie mauve tombé à terre, mon grand mari se
-mobilise, féru de la double Claudine réfléchie dans la glace.
-
-—Otez-vous de là, Renaud! Ce Monsieur en habit noir, cette petite
-en pantalon, fi! Ça fait Marcel Prévost dans ses chapitres du grand
-libertinage[430].
-
-Et ce qu’il prête, le misérable, avec ses dentelles et la complicité de
-sa fente, aux jeux,—pas si vilains que prétend le proverbe—de la main
-et du hasard.
-
-C’est un peu au bois de la Gruerie que nous entraîne Jean Reibrach et
-je suis convaincu qu’il y aurait fait bonne besogne à la tête de sa
-compagnie:
-
-«Elle riait, montrant, les deux pieds réunis dans des mules de satin,
-avec, au-dessus, des bas de soie rose.
-
-—Ah! ça c’est gentil, dit Martiny.
-
-«Sur le mollet une flèche noire, s’élançait perdue sous la broderie du
-peignoir. Martiny s’approcha. Sisine laissa tomber le peignoir, les
-jambes vite ramassées sous le canapé... Puis elle avoua que Vermelin
-faisait bien les choses. Elle alla à l’armoire à glace, montra des
-chemises, des pantalons. Un moment elle s’attarda, cherchant un
-pantalon de satin crême, le plus joli, pour lui faire voir; et tout à
-coup, elle parut se rappeler, éclata de rire:
-
-—Suis-je bête? Je l’ai sur moi.
-
-—Ça ne fait rien! dit Martiny, montrez tout de même!
-
-«Elle se tordit de rire, devenue rose, refusant obstinément.
-
-«Martiny, après une taquinerie sans but n’insista pas. De nouveau, il
-se déclara vanné, bâilla, puis se levant:
-
-—Au revoir! Je vais faire un somme.
-
-—Déjà!
-
-«Elle l’accompagna jusqu’à la porte, lentement, attardée dans
-l’entrebâillement. Comme il descendait, elle le rappela:
-
-—Écoutez!
-
-—Quoi?
-
-—Venez voir mon pantalon.
-
-—Ah! je veux bien.
-
-«Tous deux rentrèrent:
-
-—Vous ne me toucherez pas, par exemple! Je vais vous montrer la
-dentelle. Asseyez-vous là! Soyez sage!
-
-«Pourtant elle ne montrait rien, l’air craintif, tout à coup enfermée
-dans une pudeur. Il dut insister, finit par soulever le peignoir:
-
-—Voyons! Je n’y toucherai pas! Rien que la dentelle!
-
-«Comme il approchait la main, elle prit un air de bouderie, se ramassa
-sur elle-même. Non, elle ne voulait pas; il n’était pas gentil; pas de
-ces choses-là.
-
-—Mais je ne vous touche pas, se récria Martiny.
-
-«Il pesa sur son épaule légèrement pour lui faire lever la tête; alors
-comme si elle cédait à une violence, elle se laissa aller en arrière,
-se renversa sur le canapé, les bras sur le visage:
-
-—Oh! non, geignait-elle; c’est mal! c’est très mal! Si Vermelin le
-savait!
-
-—S’il savait quoi? Oh! non, ça vous pouvez être tranquille. La femme
-d’un camarade, jamais!
-
-«Sisine rouvrit les yeux, abasourdie. Son imagination avait trotté; et
-elle le trouva debout, l’air très calme. D’un bond, elle se releva,
-hors d’elle:
-
-—Alors qu’est-ce que vous faites à me renverser là-dessus? Vous
-mériteriez que je le dise à Vermelin. Comme si vous n’aviez pas assez
-de vos saloperies de femmes![431]
-
-En attendant les jeux de mains meilleurs promis par la bienfaisante
-Anarchie, «Déesse aux yeux si doux», cela s’appelle l’_Occasion
-manquée_ et ne se pardonne guère.
-
-La femme ne prévoit pas en général ces pannes d’allumage, aussi
-tient-elle à conserver le souvenir des dessous qu’elle avait pour un
-premier adultère, du pantalon principalement, ce parvis du temple,
-condamné souvent au rôle de témoin, quand il n’est pas la première
-victime d’un sacrifice parfois trop hâtif.
-
-«Notons bien, pour me le rappeler plus tard, quelle était la toilette
-de mon adultère:
-
-«Ma simple petite robe de drap vert... parce que le corsage en est
-divinement réussi... et des dessous à m’en émotionner moi-même, une
-mousse de dentelles embaumées! Je m’amusai à me regarder longtemps
-dans ma glace, en simple pantalon, avant de passer le reste, et ceux
-qui disent qu’une femme n’est pas charmante en pantalon sont des
-imbéciles... Je les invite à venir se rendre compte! Pauvre petit
-pantalon!... léger, léger, tout court, presque tout en dentelles, avec
-ses hautes échancrures liées par trois flots de ruban, pauvre petit
-pantalon si joli... il est tout déchiré maintenant»[432].
-
-Sans arriver à ces accidents suprêmes, l’amusante Floche du _Voluptueux
-Voyage_, nous initie à l’économie de ses lingeries les plus intimes,
-de ses genoux et de son carnet de blanchissage:
-
-«Quelles pensées avaient pu absorber la comtesse Floche? Elle, si
-causante d’ordinaire, regardait devant elle d’un air préoccupé. Elle
-songeait à ses malles, à son linge, à son blanchissage sans doute, car
-son premier mot, en sortant, fut:
-
-—Mon pauvre pantalon! Je le sens chiffonné, poussiéreux... Pourtant
-je n’ai pas à me plaindre. Il faut vraiment venir à Venise pour ses
-dessous. Imaginez qu’ici mon pantalon de huit jours est propre! A
-Paris, je suis obligée d’en changer deux fois par semaine pour le
-moins, car, comme je les porte fermés et que je suis cagneuse, c’est
-tout noir entre les genoux»[433].
-
-Peut-être ne saisira-t-on pas très bien pourquoi, fermés, ils se
-salissent davantage entre les genoux? Enfin... Une Bruxelloise
-faisait, d’ailleurs, un jour, devant moi, le même reproche aux
-pantalons ouverts; à Paris, les bords de la fente devenaient tout de
-suite «noirs», tandis que, là-bas, chez elle, un pantalon lui faisait
-facilement huit jours.
-
-Non plus un _Voluptueux Voyage_, mais un départ précipité, celui de
-l’institutrice Irma—les voilà bien les progrès de l’instruction
-primaire!—à qui la posture fâcheuse dans laquelle elle s’est laissée
-surprendre avec le vicaire du lieu, a rendu la situation impossible
-dans le patelin où elle étalait ces élégances:
-
-«Les armoires dénudées bâillaient mélancoliquement, éventrées d’un tas
-de nippes qui s’éparpillaient sur le parquet: des bas roulés en poings,
-des pantalons comme des cuisses aplaties aux hanches bouffantes, des
-taies d’oreiller, des carrés de mouchoirs...»[434]
-
-Hélas! que sont les cuisses de ces pantalons, quand, par leur finesse
-même, ils exagèrent ces redoutables amoncellements de chairs,
-l’arrière-train des dames trop mûres.
-
-Jean Lorrain, dont l’observation était exacte et cruelle, a tracé cette
-silhouette de _Mme Monpalou_ en corset et en pantalon. C’est plutôt un
-épouvantail:
-
-«La scène se passait dans une grande chambre au premier de l’hôtel des
-Trois-Fontaines. Madame Monpalou l’arpentait à grands pas, les épaules
-nues, en pantalon et en corset; sa formidable croupe ballonnant sous la
-batiste d’une lingerie de luxe, sa forte taille embastionnée dans un
-«Léoty» de satin ponceau de la même nuance que la chair de ses joues,
-de sa poitrine et de ses bras»[435].
-
-Le musée des horreurs! Aussi conçoit-on l’effroi d’un brave bourgeois
-de Pont-sur-Yonne à voir les charmes blets de son épouse arborer ces
-coûteuses et voyantes lingeries:
-
-—Comment!... sa femme faisait faire pour deux mille francs de pantalons
-et autres balançoires?... C’était raide!...[436]
-
-Des fantaisistes ont, je le sais—ces êtres-là sont adorables—chanté le
-los de la grosse dame en pantalon, et ce qui est pis, en pantalon de
-flanelle. Le paradoxe est amusant et mérite d’être reproduit:
-
-—Oh! me disait un jour un de ces sincères amis du beau, quel
-inoubliable moment que celui où l’un après l’autre, sont tombés les
-voiles! Ses bras énormes avaient un air bon enfant sous la chemise de
-toile commune. Elle négligeait ces recherches des femmes habituées
-aux aventures. Tout chez elle était naturel et sincère, jusqu’aux
-vêtements de dessous. Sous le genou de tendres jarretières bleues à
-boucles d’acier les plus larges qu’ait jamais vendues le magasin de
-Pygmalion, faisaient pour ne pas éclater un effort désespéré. Enfin,
-quand enveloppé dans le pantalon de flanelle rouge, m’apparut l’énorme
-développement de ses formes, ce fut une vision de poète oriental!»[437]
-
-L’esprit excuse tout et _la Vie Parisienne_ en a assez pour qu’on
-ait tôt fait de lui pardonner cet étrange plaidoyer; mais, éloignez
-de nous, Seigneur, ce calice et chassez loin aussi l’ombre falote de
-Mme Péruwels, la «chaleureuse Belge» de l’Hôtel de Fontenoy et ce
-«truculent pantalon de flanelle rouge qu’elle porte du 15 octobre au 20
-mars, jour du marronnier».
-
-L’excellente femme aime à le «dévoiler comme par hasard», le matin,
-dans la chambre de ses locataires: «Ça la débarbouille...»[438] Elle
-n’est point notre hôtesse et nous n’avons souci de ses ablutions, si
-intimes soient-elles.
-
-Les romanciers étrangers, dans le Nord s’entend, où l’usage du pantalon
-est constant, n’ont pas plus que les nôtres, échappé à la contagion et
-ont eu soin d’en faire porter à leurs héroïnes.
-
-Dans sa douloureuse autobiographie, _le Plaidoyer d’un fou_, Strindberg
-a peint, lui aussi, un départ, un départ qui est en même temps une
-rupture et une femme ne rompt pas sans compter et emporter son linge:
-
-«Dans le salon tout annonce la dissolution du ménage. Du linge traîne
-sur les meubles, des robes, des jupons, des habits. Sur le piano, là
-j’aperçois des chemisettes à entre-deux que je connais si bien. Sur le
-bureau s’élève toute une pile de pantalons de femmes et des bas, mon
-rêve de naguère, mon dégoût d’aujourd’hui. Elle va et vient, remuant,
-pliant, comptant, sans vergogne, sans honte.
-
-—Est-ce moi qui l’ai en si peu de temps corrompue? me dis-je en
-contemplant cette exhibition des dessous d’une femme honnête.
-
-«Elle examine les hardes et met de côté ce qui peut encore aller au
-raccommodage. Elle prend un pantalon dont les cordons sont arrachés et
-le pose à part. Tout cela avec un calme parfait.»[439]
-
-Au cours d’une nouvelle de Peter Nansen, _Marie_, dont M. Gaudard
-de Vinci, a publié la traduction dans la _Revue Blanche_, c’est un
-déshabillage et sa psychologie. J’en détache ces lignes:
-
-«Les rubans se dénouent et se dégrafent des agrafes, les jupons
-glissent et le corset sur le plancher. D’où vient cette gentille
-personne en pantalons se blottir sur ma poitrine.
-
-«Qu’elle est petite en petit garçon, la grande jeune fille de tout à
-l’heure»[440].
-
-Le «petit garçon» n’est pas tout à fait un inconnu, toutefois, il
-marque moins que le «gamin vicieux» et il faut savoir gré à M. Peter
-Nansen de nous avoir évité cette redite.
-
-Encore que le pantalon lui soit à la fois un objet d’horreur et
-d’envie, il n’est jusqu’à Armand Silvestre qui ne lui ait consacré une
-nouvelle entière: _le Pantalon d’Héloïse_.
-
-Puis, c’est, à la garden-party offerte par Mme Hackel-Cadosch,
-l’accident qui, sous ses jupes, embarrasse fort Suzanne de Lizery et
-auquel l’infortunée cherchait à remédier, lorsque survinrent le fâcheux
-Napoléon-Démosthène et Rebecca elle-même.
-
-—Oh! mon vieux Maugis, soupira Mme de Lizery... Ne vous moquez pas
-de moi... Il m’arrive la plus terrible chose qui puisse arriver à une
-femme, surtout dans le costume que je porte.
-
-—Le plus grand malheur qui puisse arriver à une femme?... Vous perdez
-votre pantalon? dit Maugis avec une sombre certitude.
-
-—Vous l’avez dit! Que faire, mon Dieu... je ne puis pourtant pas le
-laisser glisser et s’abattre à mes pieds...
-
-— C’est bien dommage... Mais ne nous frappons pas, Suzette! Nous voici
-près du perron. Franchissez-le et gagnez le cabinet de toilette de Mme
-Hackel-Cadosch... Courez, patinez-vous! Kouropatkinez-vous même... je
-couvrirai votre retraite.
-
-«Mme de Lizery se hâta de suivre ce sage conseil. Quand elle parvint
-dans le cabinet de toilette il était temps... ou plutôt il n’était plus
-temps. Malgré tous les efforts qu’elle faisait pour la maintenir à deux
-mains à travers sa robe, l’enveloppe intime, où tenait le bonheur de
-quelques aimables gentlemen, glissa le long de ses jambes et tomba sur
-ses bottines blanches.
-
-«Les chevilles empêtrées dans cette entrave de dentelles, Suzette
-s’activait à la recherche des indispensables épingles, tout en
-maugréant contre la trahison de ses dessous...»[441]
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-CES DEMOISELLES DE LA DANSE
-
-
-_L’introduction du pantalon dans la toilette féminine a révolutionné la
-chorégraphie parisienne._
-
- BERTALL.
-
-
-[Illustration]
-
-
-CES DEMOISELLES DE LA DANSE
-
-
-Viens au bal ce soir? Qu’est-ce qui te manque?
-
-—Un pantalon[442].
-
-Mais le temps des débardeurs est passé et le bal Gavarni que donna le
-Moulin-Rouge ne l’a pas fait revenir.
-
-Le manque de pantalon ne saurait donc être pour beaucoup un empêchement
-d’aller au bal, ni même d’y lever la jambe, si elles l’ont agile.
-
-D’ailleurs, à quoi serviraient sans cela _le Père la Pudeur_—le vrai,
-ou mieux ses successeurs—et les gardes municipaux.
-
-C’est leur principale raison d’être dans les bals que l’Europe
-encombre, si elle ne les envie pas. C’est peut-être la seule.
-
-Il s’agit bien entendu des bals où règne le chahut. Dans les autres,
-la garde ne veille pas aux barrières des jupons des danseuses. Le
-pantalon peut également y paraître utile en cas de chute, mais il n’est
-nullement indispensable, et femmes honnêtes, grues, midinettes ou
-gigolettes, son absence n’empêchera aucune d’entre elles de bostonner
-une valse, ou plus prosaïquement d’«en suer une», si le cœur ou
-l’occasion lui en disent.
-
-Quant à ce qu’il fut jadis convenu d’appeler le quadrille naturaliste,
-le pantalon est pour celles que guette ce genre d’épilepsie, un
-accessoire obligatoire. La prudence et la pudeur en conseillent
-l’usage; la préfecture de police l’ordonne.
-
-Cette prescription draconnienne semble relativement récente. Le
-pantalon n’était pas encore entré dans les mœurs aux beaux temps de la
-Chaumière et de la Closerie des Lilas: on n’aurait donc su exiger des
-célébrités de ces deux temples de se montrer plus royalistes qu’on ne
-l’était généralement aux Tuileries.
-
-La plupart de ces dames n’avaient pas de pantalon et n’en levaient pas
-moins la jambe. La pudeur pouvait ne pas y gagner, mais la grâce de
-la danse y gagnait certainement: le chahut était alors une danse gaie,
-chacune cherchait à s’amuser et donnait libre cours à sa fantaisie. Ce
-n’était pas cet exercice à la prussienne, semblant commandé au sifflet,
-où le grand écart lui-même semble appartenir au maniement d’armes et où
-il s’agit de montrer le plus possible de blancheurs parfois douteuses.
-
-Il en fut longtemps ainsi à Bullier. En dehors de quelques tristes
-professionnelles, auxquelles faisait pour l’ordinaire vis-à-vis un
-homme déjà vieux, que des générations successives avaient baptisé «mon
-oncle», avant que cette appellation fut devenue la propriété exclusive
-de Francisque Sarcey, l’oncle incarné, le pantalon des danseuses, quand
-elles en avaient, était un pantalon de ville, comme on le peut croire,
-nullement clos. D’autres n’en avaient pas du tout.
-
-Aussi, quand on errait aux alentours d’un quadrille, alors que
-l’orchestre en attaquait les premières notes, pouvait-on entendre de
-ces phrases:
-
-—J’peux pas: j’ai pas d’pantalon!
-
-Ou, plus explicitement:
-
-—Non, j’peux pas: j’ai un pantalon ouvert!
-
-Au fond, ce n’était pas une raison. Les timides se rassuraient et les
-hésitantes ne tardaient guère à se décider. Le cercle n’en était que
-plus serré autour des délinquantes dont le pantalon brillait par son
-absence ou dont la fente bâillait par trop. Étudiants à peine inscrits
-aux cours de première année, boutiquiers des environs venus là, pour
-voir, avec leurs épouses, provinciaux et étrangers, c’était un genre
-très particulier de badauds. Nul ne songeait à s’indigner, des rires
-s’élevaient et des faces se congestionnaient: une blonde venait de
-laisser apercevoir que la chanson ne mentait qu’à moitié.
-
-Après avoir montré en gigotant, «troussée jusqu’au ventre,.... sous le
-blanc madapolam de ses culottes», le nu de ses cuisses, une d’entre
-elles éprouvait parfois le besoin de remettre un peu d’ordre dans
-l’économie de ses dessous, et c’était, en un coin, ce tableau entrevu
-par Huysmans à la Brasserie européenne:
-
-«A l’écart, Ninie rattachait avec des épingles son pantalon dont la
-fente bâillait, et de larges plaques de sueur couraient sous ses
-dessous de bras et gagnaient la gorge»[443].
-
-Temps heureux! âge d’or des pas de caractère et des cavaliers seuls
-hasardés. Les pantalons d’Alice la Provençale, dont M. Grand-Carteret
-a exhumé pour notre instruction, la longueur et la largeur,[444]
-avaient vécu et ce n’était pas encore la tapageuse lingerie, que la
-Goulue aimait à dépouiller, quand elle le pouvait faire et qui, à
-Tabarin, constitue le grand équipement de ces dames.
-
-«A Bullier, le prix de la danse c’est le plaisir; danse qui veut, et
-qui s’estime à ce compte assez payé. Il s’en suit que les danseuses ont
-de pauvres dessous; misère que les audacieuses cachent en supprimant
-les dessous tout à fait»[445].
-
-Il en était sensiblement de même dans les bals de Montmartre. De jolies
-filles se contentaient—cela se faisait encore naguère au Moulin—de
-ramasser et de ramener leurs jupes entre leurs cuisses, pour apporter
-ainsi, lorsqu’elles levaient la jambe, un complément à l’insuffisance
-de leurs culottes.
-
-C’est alors qu’intervenait, parfois, l’épingle traîtresse, l’épingle
-fixant à la ceinture le bas des jupes. Mais, il est des confidents
-trompeurs, et c’est au moment où elle aurait dû tenir le mieux, que
-l’épingle se détachait, donnant à la galerie une vision de nu, à faire
-rêver toute une classe de rhétoriciens.
-
-Une des habituées de l’ancienne Reine Blanche,—de Castille, non!—Nini
-la belle-en-cuisses, dut même à cet accident le surnom sous lequel elle
-était connue.
-
-Charles Virmaître, que l’on pille souvent et que l’on cite rarement, a
-raconté tout au long l’aventure. Le mieux est de la lui emprunter:
-
-«Une des filles les plus en réputation de _la Reine Blanche_ était
-Nini, la belle-en-cuisses; elle n’avait pas de rivale pour marcher sur
-les mains. Quoique pas républicaine, elle était sans culottes; aussi,
-pour ne pas offenser la pudeur du municipal, chargé nonobstant de faire
-respecter la morale, elle ramassait ses jupons entre ses jambes, les
-fixait à la ceinture avec une épingle, et en avant deux.
-
-«Un soir, les jupons, mal attachés, tombèrent; elle ne s’en aperçut
-pas et fit la culbute. Oh!... le municipal, qui n’en perdit pas une
-bouchée, ne put s’empêcher de crier:—N... de D... les belles cuisses!
-
-«Le nom lui resta»[446].
-
-Comme pour les bourgeoises du temps, c’était presque, pour une
-danseuse, se faire remarquer, que d’avoir un pantalon. Thomas
-Graindorge,—le futur académicien M. Taine—entraîné par ses amusantes
-_Notes sur Paris_ dans un bal public, croyait, quelques années plus
-tard, utile de faire remarquer, à deux reprises, que Mlle Mariette,
-l’étoile du lieu, portait ce qu’il appelait des caleçons:
-
-«Teint bistré, une grosse taille, maigre pourtant, mais tout en
-muscles... elle danse en relevant ses jupes à pleine poignée.
-(J’ai déjà dit qu’elle avait des caleçons, mais j’ai besoin de le
-redire)»[447].
-
-Sans nous fixer sur ce point de doctrine, les Goncourt ont consacré une
-jolie page à la notation d’un de ces bals. Elle complète heureusement
-les impressions de Thomas Graindorge.
-
-«Contre l’orchestre s’est formé un quadrille, que de suite entoure
-tout le monde, attiré par la vue de la seule jolie femme du bal, une
-Juive, une jeune Hérodiade, une fleur de la perversion parisienne,
-un merveilleux type de ces fillettes éhontées qui vendent du papier
-à lettres dans les rues à la brume. Et pendant qu’elle levait toute
-droite la jambe et que l’on voyait, un instant, à la hauteur des
-têtes, une pointe de bottine recourbée et un bas de mollet dans un bas
-rose, son danseur faisait apparaître, en un cancan forcené, toute la
-crapulerie de la plèbe du dix-neuvième siècle»[448].
-
-A cet «œil juif et cerné», à cette crapulerie, à ce cancan forcené,
-vite opposons la merveille des yeux de Mlle Polaire et la grâce
-troublante de sa danse. Ceci fera oublier cela.
-
-«Polaire, ça vous représente d’immenses yeux fous dans un teint d’épi
-mûr, une taille invisible, des mollets dans un bouillonnement de
-dentelles, de la poésie de café-concert ou de la prose de _Claudine à
-Paris_.
-
-«Oui, par le caractère de sa beauté qui n’est qu’à elle et qu’elle
-semble avoir inventée, cette petite femme symbolise toutes nos joies et
-nos rosseries, nos langueurs, nos désirs, nos nostalgies même»[449].
-
-Les danseuses du bal de Solférino, au camp de Châlons n’en
-symbolisaient pas tant. Par contre, elles levaient volontiers la jambe
-dans des quadrilles où elles avaient pour vis-à-vis la fine fleur de
-nos cavaliers, et à défaut d’un «floconnement de dentelles», elles
-laissaient apercevoir sous leurs jupes troussées les jambes unies et
-longues de pantalons qui, pour se livrer à cet exercice, commençaient à
-devenir obligatoires.
-
-Dans une de ses planches consacrées au camp de Châlons, le dessinateur
-Randon a, en effet, relevé cet avis amusant:
-
- _Au Bal de Solférino_
-
- Messieurs les cavaliers sont priés de ne pas fumer
- en dansant et de moucheter leurs éperons.
-
- Les dames qui n’ont pas de pantalons sont priées de
- ne pas lever la jambe plus haut que la ceinture[450].
-
-Ne me sentant aucun goût pour la profession assez décriée d’expert en
-écriture, je n’aurai garde de certifier l’authenticité de ce document,
-me bornant à constater que, même en dehors du Bal de Solférino, le
-pantalon entrait pour tout de bon dans les mœurs du camp de Châlons.
-Tels que les représente Randon, ils n’étaient pas jolis, jolis..., mais
-c’était la mode du jour.
-
-Les quadrilles auxquels ces dames prêtaient la folie de leurs jambes
-devaient se ressentir de l’assurance que leur apportait la présence
-d’un pantalon sous leurs jupes: un an plus tard, alors que l’exposition
-de 1867 battait son plein, Bertall pouvait écrire avec justesse dans
-la _Vie Parisienne_:
-
-«L’introduction du pantalon dans la toilette féminine a révolutionné
-la chorégraphie parisienne; il y en a de toutes espèces:
-brodés, soutachés, à guipures, à dentelles, ils n’ont jamais de
-sous-pieds»[451].
-
-N’exagérons rien: ils n’avaient plus de sous-pieds, ils en avaient eu.
-
-Voici donc la pudeur sauvegardée et le fâcheux délit d’outrage à la
-morale publique évité. La danse est toutefois devenue plus osée,
-bientôt les grincheux pourront se demander si ce vêtement protecteur
-qui voile plus qu’il ne cache, n’a pas ajouté quelque chose à la
-hardiesse des entrechats. Par ses dentelles, par sa transparence à
-travers laquelle apparaît le rose de la chair, n’est-ce pas un nouveau
-piment offert au palais blasé des curieux?
-
-Ces blancheurs apparues, si professionnellement soient-elles dévêtues,
-attroupent, autour de la pastourelle, à laquelle se livrent, faisant
-les petites folles, des femmes pas toujours jeunes, bien des regards,
-que le pantalon et son contenu semblent plus intéresser que la danse
-elle-même.
-
- Vrillant tous les yeux au défaut
- De leur pantalon hermétique[452].
-
-Chez ces voyeurs circulaires, il y a un peu de la Bretonne regardant
-gambiller avec étonnement la _Môme Picrate_, et plus ardemment, ils
-prévoient sans doute et attendent l’accident possible:
-
-—C’est-y possible de danser ainsi, si son linge venait à s’dachirer on
-y voirait sa nature!»[453]
-
-Les septuagénaires auxquels sont, en principe, destinées ces
-exhibitions, n’en demandent pas tant il est vrai. Beaucoup de linge et
-un peu de chair leur suffisent.
-
-«Dans les classes inférieures, la femme exprime sa déférence envers
-l’homme âgé en levant son pied à la hauteur de son œil. Ce geste est
-généralement accompagné d’une exclamation ironique ou injurieuse:
-mais le septuagénaire est enchanté. Si la scène se passe dans un bal
-public, la police et la tradition veulent que la femme montre en
-même temps des dessous multiples, beaucoup de fausses dentelles et
-de madapolams sales. L’habitué du Moulin-Rouge ou du Casino de Paris
-n’aime que l’élégance de la cuisse, et il distingue assez mal le linon
-de la cotonnade: plus il y a de linge, plus il est content. Si, au
-contraire, nous sommes au cabaret, ou dans la rue le soir, ou dans les
-familles simples, il ne faut porter de linge nulle part pour ravir le
-septuagénaire par ce salut de bas en haut. Les ethnologues constatent,
-sans les expliquer, ces contradictions du goût français»[454].
-
-A la décharge de ces septuagénaires, il est bon d’ajouter qu’ils sont
-souvent étrangers et il n’était pas rare qu’ils portassent les lunettes
-d’or du herr professor: le herr professor, mis en goût par les croquis
-de Lossow, est très friand de ce genre de spectacles.
-
-Les danseuses ne furent bientôt plus seules à montrer le plus qu’elles
-purent de leur linge, les chanteuses s’en mêlèrent et complétèrent
-avec entrain cette exposition. L’une d’entre elles, la rieuse Valti,
-s’attira même les foudres légères du _Courrier Français_, auquel ce
-rôle moralisateur convenait à merveille:
-
-«Valti, par exemple—fi l’effrontée! n’en craint point et ne craint
-rien. Elle se trousse avec un élan d’habitude; et si haut, si haut
-relève ses jupes, que l’on aperçoit les attaches, à la taille, du rose
-pantalon. Paysage de femme, dirait Jean Ajalbert»[455].
-
-Tout cela est bien loin et, devenue, peut-être, dame patronesse,
-Valti, ne songe sans doute plus guère, au fond de quelque province, à
-laisser voir aussi généreusement les boutons du fouillis de dentelles
-qu’étaient ses culottes.
-
-La moralité du pantalon?... Le bon billet! Pilules d’Hercule, dragées
-des fakirs, ce sont tout au plus les cantharides autorisées pour donner
-aux provinciaux en bombe la passagère illusion d’un désir, qui, un
-instant les fera croire au réveil de leur virilité à jamais endormie.
-
-—Que voulez-vous, il faut que vieillesse se passe! disait
-spirituellement une de ces aimables guêtres blanches que le boulevard
-dégoûte aujourd’hui, avec sa cohue de gens pressés courant à leurs
-affaires. A travers ces rimes joyeuses de Ponchon, on sent bien arder
-autour de ces transparences les sens ranimés des vieux:
-
- Après un long réquisitoire,
- Maître Lagasse éloquement
- Parla bien quatre heures sans boire
- Et demanda l’acquittement.
-
- Sans pénétrer dans l’atmosphère
- De ces messieurs; quand brusquement,
- Il entrevit la scène à faire;
- Il la fit, et voici comment:
-
- Il prit la coupable guenille
- A conviction;—«mets-moi ça»—
- Dit-il à cette pauvre fille.
- Et la pauvre fille mit ça.
-
- Ça c’était un peu de dentelle
- Et de batiste, un souffle, un rien...
- —«C’est un _pantalon_»,—disait-elle,
- Ah! l’effet sûr, le voilà bien.
-
- L’effet sûr! Sitôt qu’ils la virent,
- La mignonne en son pantalon,
- Voici que les vieux tressaillirent
- Du cheveu jusques au talon.
-
- Le gros surtout était en fête,
- Il en bavait, il en fumait;
- Les yeux lui sortaient de la tête,
- Il poussait des cris, s’enrhumait.
-
- Il disait: «Mais elle est divine!
- Voyez donc, on ne voit plus rien.
- Et cependant tout se devine.
- Dites? N’est-ce pas que c’est bien?
-
- Quant à moi, Dieu! qu’elle m’excite!
- Il faut nous dépêcher, messieurs,
- De déclarer le port licite
- De ce _pantalon_ gracieux[456].
-
-«Les vieux, les vieux, sont des gens heureux!» chanta ou à peu près M.
-Béranger, l’autre: il suffit de peu pour les satisfaire. Il en est de
-même pour les très jeunes. Roquentins et cocquebins font cercle autour
-de ce souffle de dentelle et de ce rien de batiste. Pour un peu, ils
-feraient la ronde et chercheraient le furet.
-
-Cette exhibition était à sa place à l’Élysée-Montmartre ou au
-Moulin-Rouge, où elle ne pouvait choquer personne: le public était venu
-pour ça et se réjouissait d’en avoir pour son argent. Par contre, le
-spectacle put paraître un peu exagéré, quand, un jour de Mi-Carême,
-un industriel avisé le fit donner, l’après-midi durant, aux parisiens
-attroupés, par la Goulue, sur un char réclame.
-
-C’était un peu dépasser la note; non sans justesse, le _Gil-Blas_ put
-adresser par la suite, ce petit bleu à la danseuse:
-
- _A la Goulue_,
-
-«Je vous avouerai (comme il y a du monde, je ne me sers pas du
-tutoiement que vous avez assez facile) que je n’étais pas parmi ceux
-qui, une après-midi de mi-carême, se précipitaient auprès d’un char,
-gueulant vive la Goulue, chaque fois que vous leur montriez un bout
-de pantalon bien endentelé; j’étais même parmi ceux qui trouvaient ce
-spectacle un peu écœurant et surtout très attristant...
-
-«Il n’y a plus d’erreur possible avec ce système-là, et les Anglais
-des deux sexes, qui ne trouvent jamais, au Jardin de Paris, les jambes
-assez levées et les pantalons assez ouverts, sauront où aller, quand
-ils verront briller sur votre tête les lettres de votre nom»[457].
-
-Le pauvre et cher Jouy, dont la verve ne laissait échapper aucune
-actualité, avait, d’ailleurs, consacré dans le _Paris_, sa chanson du
-lendemain à cette exhibition.
-
-J’en détacherai ces deux couplets. Un gosse «fin de siècle» parle:
-
- Tout le jour avec les copains,
- J’ai suivi d’Montmartre à Montrouge
- L’char où c’te dompteuse de lapins
- L’vait la jamb’, comme au Moulin-Rouge.
- La pauvr’ fill’! Vrai, c’est épatant
- Ce que l’soir a d’vait êtr’ moulue!
- C’est égal, je suis rien content:
- J’ai vu l’pantalon d’la Goulue.
-
- Enfin! j’suis donc un homm’ complet!
- La bonne à papa, Joséphine,
- Pour voir s’il y reste du lait,
- Ne m’pinc’ra plus l’nez d’sa main fine.
- Du curieux livre d’Amour,
- La premièr’ page je l’ai lue.
- Aux femmes j’m’en vais faire la cour:
- J’ai vu l’pantalon d’la Goulue[458].
-
-Jules Jouy a fait beaucoup mieux, certes, et je n’aurais pas cité ces
-vers, s’ils n’avaient pas eu un véritable intérêt documentaire.
-
-La Goulue! Son nom, ses cheveux blonds et sa chair superbe de flamande,
-les audaces de sa danse et le tortionnement de ses déhanchements,
-l’admirable bête d’amour! et comme elle incarnait bien, entre le bal
-où elle dansait et l’Américain où elle aimait à souper, la fête et la
-vie parisiennes telles que se l’imaginent les étrangers, tous ceux
-qui ne connaissent de Paris que le champagne des restaurants de nuit,
-et ignorent tout du «vieillard laborieux», de ses «travaux» et de ses
-«outils».
-
-Félicien Champsaur en a tracé, dans son _Amant des Danseuses_, un
-crayon d’un réalisme peut-être outré[459]. Je préfère lui opposer
-les demi-tons atténués de cette esquisse du _Gil Blas_. Puis, elle a
-l’avantage de ne pas se montrer dure pour une femme dont la danse nous
-a réjouis, les uns et les autres et qui, depuis, a su se montrer brave
-devant le danger et dans l’adversité.
-
-«Le piment des Rops comme le charme des Willette réside évidemment dans
-ces demi-mesures; la Colombine retroussée est plus aguichante que si
-son anatomie ne disparaissait pas, mystérieuse et inatteinte, sous un
-fouillis de dentelles, et ce fut aussi la raison du succès jadis de
-cette désirable créature qui avait un nom bien réaliste: la Goulue; les
-yeux s’allumaient quand, d’un geste rapide de faucheuse, elle ramassait
-ses jupes et dansait en pantalon, le décolletage de sa gorge attirait
-moins les regards que l’entre-deux cousu et marqué de sueur.»[460].
-
-Ou c’est, sous la plume de Georges Montorgueil, ce très joli portrait
-de Louise Weber. Ne fut-elle pas, dans son genre, mêlée de très près à
-_la Vie à Montmartre_?
-
-«On a voulu que Louise Weber ait été repasseuse: elle n’a guère que
-passé et repassé devant les bastringues jusqu’au jour où, gamine
-effrontée, à l’âge équivoque et sans sexe, elle osa en franchir le
-seuil. Quel fruit de belle santé! Appétissante et vermeille, blonde
-d’un blond soyeux, et la toison abondante. Le regard libre, la bouche
-petite et bien dessinée, le nez un peu épaté, mais aux ailes mobiles
-des voluptueuses et des sensuelles. Provocante et hardie, splendide
-de chair, évocatrice des flamandes de Rubens, dont la kermesse met
-le corps en folie, elle n’attendit pas d’être femme pour exprimer la
-synthèse de la bête de luxure et de plaisir. Elle fut bacchante du
-premier jour où la musique éveilla la lascivité de ses pas. Ivre de
-cadence, elle dansa, effrénée, par une obscène intuition du rythme. Ses
-hanches se tortionnaient comme si la brûlaient les tisons des stupres.
-Elle était populaire et canaille, ordurière même, quand son esprit
-s’arrêtait à mi-corps, et qu’elle tendait nue, dans l’audace d’un
-violent retroussis, sa croupe de nerveuse et blanche cavale»[461].
-
-Si le gosse de Jouy avait vu le pantalon de la Goulue, d’autres plus
-heureux, la virent, en effet, danser sans pantalon et ses efforts pour
-dépouiller cette... culotte de Nessus, ou pour la détacher au moment
-propice ne se comptent pas.
-
-Auprès du Père la Pudeur qui intervenait et morigénait, elle s’excusait
-balbutiante, avec humilité presque:
-
-—Mais je te dis, mon petit Père la Pudeur, que c’est un accident[462].
-
-Au premier bal des Quat-z’Arts, trouvant d’un insuffisant ragoût
-le triomphant cortège auquel Sarah Brown prêtait sa beauté et sa
-quasi-nudité, n’offrit-elle pas aux organisateurs, pour corser le
-spectacle, sûre, elle aussi, de ses formes, de «laisser tomber son
-pantalon?»[463]
-
-Des quadrilles où elle brilla et dont elle fut pour ainsi dire l’âme,
-les descriptions foisonnent. Crainte de me répéter, je n’ose emprunter
-au _Courrier Français_ l’abondante moisson qu’il me pourrait fournir,
-cette page de M. Rodrigues me paraît préférable. Elle est bien venue et
-rend bien une vision qui fut jadis à beaucoup familière:
-
-«Ses bras se lèvent, insoucieux des indiscrétions de la bretelle
-tenant lieu de manche, les jambes fléchissent, bringueballent, battent
-l’air, menacent les chapeaux, entraînant sous les jupons les regards;
-ces regards voleurs, qui cherchent là l’entrebâillement espéré, mais
-toujours fuyant, du pantalon brodé.
-
-«Suivant la progression des figures du quadrille, aux provocantes
-saillies de son ventre, succèdent les déhanchements lascifs de ses
-reins; ses bouillonnés, lestement enlevés, dévoilent l’écartement
-des jambes à travers la mousse des plissés, soulignant, en la chute
-rapide des valenciennes, au-dessus de la jarretière, un petit coin de
-vraie peau nue. Et de ce morceau de chair vermeille jaillit, jusqu’aux
-spectateurs haletants, un rayonnement torride d’acier en fusion.
-Alors, dans une feinte de délire canaille, la bacchante du ruisseau,
-brusquement troussée jusqu’au ventre, offre en pâture, au cercle qui
-s’est resserré sur elle, l’apparition de ses rondeurs si peu voilées
-par la transparence des entre-deux de dentelles, qu’à certain point se
-révèle, par une tache sombre, la plus intime efflorescence.»[464]
-
-Tout finit en France par des fonctions, sinon par des chansons. La
-surveillance de ces dessous chaque soir dévêtus, souvent fautifs et
-parfois absents, devait donc donner lieu à la création d’un emploi
-nouveau. Aux gardes municipaux de service fut adjoint un inspecteur
-spécial.
-
-Les habitués de l’Elysée-Montmartre—et non du Luxembourg—eurent tôt
-fait de lui descerner un surnom sous lequel il ne tarda pas à être
-universellement connu. Ce fut le Père la Pudeur.
-
-Brave homme, «avec ses yeux en boules de loto et ses cheveux blancs,
-une tête de gendarme terrible et soiffeur[465], il s’appelait Durocher
-de son vrai nom, comme le barde breton, et, à ses moments de liberté
-exerçait la profession de photographe.
-
-Il eut son heure de célébrité et il lui dut de ne pas échapper à
-l’interview qui guette nos plus notoires contemporains, quand ils ne le
-font pas éclore. Sur la vie, il avait les aperçus d’un vieillard qui a
-beaucoup vu, son verbe était empreint d’une certaine tolérance et sur
-la seule question du pantalon ses aphorismes étaient sans pitié.
-
-Influence du bord plat de Maugis souvent entrevu, c’est tout juste
-si au commerce de la plaque sensible il ne joignait pas celui des à
-peu près. Interrogé par _l’Éclair_ au lendemain de la fermeture de
-l’Elysée-Montmartre, philosophe indulgent, il saluait, par ce mot de la
-fin, celle du bal où tant d’irréductibles avaient longtemps redouté son
-œil investigateur:
-
-«Chaque époque a l’Elysée qu’il mérite. Nous étions joyeux et simples,
-nous ne jetions pas de bombes, nous avions l’Elysée-Montmartre: nos
-fils sont mornes et compliqués, ils préparent des mélanges détonants
-dans des marmites, et ils ont l’Elysée Reclus»[466].
-
-En vérité, l’appréciation par Laurent Tailhade du geste de Vaillant
-témoignait de plus culture et d’un autre courage: mais, le Père la
-Pudeur se souciait peu de la beauté du geste, pourvu que le pantalon
-fut fermé.
-
-Le Père la Pudeur ne sévissait pas seulement à Montmartre, sous
-la forme du vieil inspecteur à la «tête de gendarme terrible et
-soiffeur»: la Ligue, à laquelle nous devons tant de manifestations et
-de poursuites ridicules et odieuses, avait, elle aussi, ses inspecteurs
-et, si bénévoles fussent-ils, ce n’étaient pas les moins redoutables.
-
-Un jour, un de ces oisifs ne s’avisa-t-il pas de remarquer que quatre
-petites blanchisseuses de Vaugirard, Mlles Vaux, Picard, Pierre et
-Gibert, qui n’avaient pu résister, rue de la Convention, à la tentation
-d’esquisser un quadrille des plus enlevés, n’étaient pas munies du
-fameux pantalon cher aux habitués des grands bastringues.
-
-Elles en blanchissaient, mais n’en portaient pas. Le vieux zieuta ces
-cuisses jeunes, un petit frisson fit tressaillir ses derniers cheveux,
-haletant, il s’essuya le front, racola comme témoin un gosse qui se
-trouvait là et n’avait pas perdu une miette du spectacle et incontinent
-fut quérir un agent et lui fit dresser procès-verbal.
-
-En foi de quoi les pauvrettes furent traduites devant les tribunaux que
-tant d’ingénuité ne fut pas sans attendrir[467].
-
-Comme le Président leur reprochait de ne pas porter de pantalons pour
-se livrer à cet exercice:
-
-—Oh! Monsieur le Président, ça coûte trop cher, répondirent-elles,
-rougissantes, en chœur.
-
-Malgré la déposition de l’indésirable avorton qui, conformément à la
-déposition qui lui avait été soufflée, déclara qu’il leur avait «tout
-vu»,—mes compliments à sa famille!—le tribunal, comme le commissaire
-se montra bon enfant, et condamna seulement les quatre écervelées à un
-mois de prison,... avec application de la loi Bérenger.
-
-Naturellement.
-
-En vérité, la dame au cabas, dure pour ses semblables et bonne pour
-les animaux, est moins dangereuse. Les charretiers contre qui elle fait
-verbaliser sont si peu intéressants!
-
-Là-haut, sur les hauteurs sacrées, la vigilance du Père la Pudeur,
-était pourtant, au dire des meilleurs auteurs, parfois en défaut.
-
-Non pas le gendarme, mais les courtiers en danseuses ou réputés
-tels—encore une profession dont Privat d’Anglemont n’avait point
-prévu l’exercice et les bars—pouvaient en sachant s’y prendre, juger
-_de visu_. S’ils avaient eu des écailles jusque sur les yeux, elles
-seraient du coup tombées.
-
-«Mais une ne veut pas lever ses jupes, elle rit à en sangloter et les
-autres se tordent autour d’elle. Ce n’est pas la pudeur qui la retient,
-c’est plutôt le Père la Pudeur. Vous comprenez elle n’en a pas...
-et profitant d’une seconde où elle ne se sent pas surveillée, d’un
-mouvement vif elle se trousse...
-
-—Oh! s’écrie le courtier ébloui»[468].
-
-A la Galette, sous l’ombre tutélaire du Blute-Fin, aux ailes duquel le
-brave Debray paya de sa vie, en 1814, la belle résistance qu’il avait
-opposée aux alliés[469], les choses se passaient plus simplement et
-nul, pas même Rodolphe Darzens, ne songeait à s’en formaliser:
-
-«C’est pourquoi, jalouses de ces pures gloires, des gamines en cheveux,
-aussi vicieuses déjà que leurs sœurs aînées, y rivalisent entre
-elles, lèvent la jambe, montrent, dans le retroussis des jupes, le
-plus qu’elles peuvent de chair blanche, ombrée à l’aine d’un duvet un
-instant entrevu...[470]»
-
-Frère, que l’espérance de cette chair blanche et de ce duvet un instant
-entrevus ne te fassent pas seule monter rue Lepic, tu risquerais d’être
-déçu: ces excentricités ne sont plus de mise à la Galette, par contre,
-tu y verras de jolies filles, jeunes, dansant pour leur plaisir et
-sans souci du levage à faire. La gaîté y règne et est contagieuse;
-l’Argentin n’y sévit pas et le Brésilien y est rare, puis on jouit sur
-Paris, malgré l’insolente escalade des gratte-ciel environnants, d’une
-vue admirable.
-
-Sans être de ces vicieuses, il peut arriver à une femme d’oublier
-qu’elle n’a pas de pantalon et entraînée par le démon de la danse, plus
-dangereux évidemment que celui de Socrate, de laisser constater le
-nu de ses cuisses, dans un cavalier seul auprès duquel la pyrrhique
-n’était qu’un très petit hydromel.
-
-Ce fut le cas de la Sabotine de Jean Reibrach et il fallut l’arrivée du
-municipal au milieu des rires et des huées que soulevait la simplicité
-de ses dessous pour la rappeler à la réalité et la faire souvenir que,
-dans les fêtes foraines, certains musées sont visibles pour les hommes
-seulement!
-
-«Un rire formidable s’éleva, courut la galerie de proche en proche.
-Sabotine n’avait pas de pantalon; dans sa fureur de danser elle
-l’avait oublié, lorsque le garde républicain de service se montra,
-gesticulant, sans pouvoir se faire comprendre. Elle comprit, s’éclipsa
-subitement»[471].
-
-Sans aller jusqu’au laisser aller lourd et canaille des chahuteuses
-berlinoises de Lossow, ce sont les restaurants de nuit, où succède au
-quadrille officiel les entrechats des intimités.
-
-Le Père la Pudeur n’a guère voix au chapitre une fois que le Moulin
-et que Tabarin ont fermé leurs portes. Les pantalons peuvent ne plus
-l’être, ou même ne plus être du tout. Si la pudeur n’y gagne pas, les
-étrangers pour lesquels le champagne des boîtes de nuit n’est jamais
-assez sec ne songent pas à se plaindre, et, curieusement regardent et
-notent:
-
-«Les danseuses de haute marque,—qui, tout à l’heure, au bal, m’ont
-appris, par leur trémoussement et leur mimique que le cancan et le
-chahut ont été rejoindre les vieilles lunes et m’ont montré—des
-lunes nouvelles... les danseuses sont presque toutes en possession
-d’un Sigisbé dont elles semblent peu se soucier. Elles entament des
-colloques d’un bout de la salle à l’autre; ou bien, prises d’un
-vertige, elles quittent subitement leur chaise et recommencent leur
-pas, leur fameux pas, que l’Europe civilisée nous envie, ce pas qui
-consiste à tenir d’une main le gros orteil de leur jambe droite,
-tandis qu’elles sautent en cadence sur le pied de la jambe gauche.
-Elles tournent ainsi sur place à la façon des derviches, exhibant le
-fouillis de leurs dessous de batiste... Je remarque que certaines pour
-ménager les valenciennes authentiques de leurs pantalons _officiels_,
-en ont passé un autre et que _proh pudor_! cet autre est ouvert! Enfin,
-il en est qui n’ont pas de pantalon du tout et le prouvent jusqu’à
-l’évidence!!! J’en demeure consterné. Mon étonnement étonne mes voisins
-qui me prennent sûrement pour un provincial.
-
-«A mes côtés, un ménage anglais—un vrai—regarde la scène. Ce
-cabaret leur a été indiqué par le gérant de leur hôtel, comme un
-des dix endroits curieux de Paris. Aussi les solides jambes et les
-pantalons absents ne les effarouchent pas. L’Anglais sourit aux
-pyrrhiques réalistes; l’Anglaise les contemple sérieusement avec son
-face-à-main... _Shocking perhaps, but amusing certainly_»[472].
-
-Depuis, le bal Tabarin, qu’illuminent de leur gaîté les panneaux de
-Willette, le peintre par excellence de la Montmartroise en pantalon,
-semble avoir rénové l’art de la danse. La valse lente y règne en
-maîtresse, mimée plutôt que dansée. La matchiche y triompha, puis
-vinrent le tango et la furlana...
-
-Les temps de la Goulue ne sont plus. Pourtant le quadrille naturaliste
-a subsisté et sévit encore. Fidèles à la tradition, les directeurs
-n’ont osé rompre avec le passé et sacrifier ce laissé pour compte de
-l’ancien Élysée-Montmartre, où, du moins, les danseuses semblaient
-prendre quelque plaisir à cette gymnastique et oublier qu’elles
-gagnaient leur cachet.
-
-Elles avaient pour elles le sourire de la jeunesse. La Goulue restait
-gracieuse dans ses pires audaces et Rayon d’Or n’était pas sans charme.
-
-On faisait cercle, alors, autour du quadrille et les premiers accords
-en étaient bienvenus. Aujourd’hui, les étrangers et les provinciaux
-sont seuls sensibles à ces expositions de lingerie faites pour la
-montre. Ces bouillonnements de dentelles et de jupons paraissent dater
-d’une autre époque.
-
-Des dames que leur âge et que leur corpulence devraient rendre
-respectables, sous l’aveuglante lumière des projecteurs électriques
-manœuvrés par les pompiers de l’établissement, tournent, sautent, se
-troussent et automatiquement lèvent la jambe. Numéro vieilli, dont
-l’attrait semble depuis longtemps disparu, et qui a perdu tout imprévu
-et tout charme, c’est moins de la danse que du maniement d’armes.
-
-Cela tient à la fois de la progression et du dernier salon où l’on...
-passe. On s’attend à entendre tomber les crosses et claquer les
-bretelles de fusils; on attend, aigrelet, le bruit d’un timbre.
-
-De ce quadrille à son agonie, André Warnod a gravé une eau-forte
-très poussée. C’est une véritable épreuve d’amateur. Qu’il veuille
-bien me permettre de la reproduire comme un document précieux pour
-l’histoire de ce temps:
-
-[Illustration]
-
-«Mais un timbre électrique résonne, assourdissant. A cette sonnerie,
-les grosses femmes, en robe de soie de couleur vive et en corsage de
-lingerie, s’agitent, se lèvent, secouent leurs jupons.
-
-«Le chef d’orchestre a levé son bâton et l’orchestre qui, tout à
-l’heure, dévidait l’interminable écheveau des airs langoureux d’une
-valse viennoise, éclate de rire, fuse en feu d’artifice, et commence un
-refrain gaillard du grand Offenbach. Une projection électrique descend
-et trace un rond lumineux sur le plancher du bal... Comme des goélettes
-fendant les lames, les femmes du quadrille, toutes voiles dehors dans
-un bruissement de dessous éblouissants, fendent la foule houleuse.
-
-«Les voici debout, chacune à leur place. Leurs jupes déjà s’agitent,
-on dirait que les dessous qu’elles retiennent captifs ont hâte de se
-déployer et ne veulent plus attendre. La grosse Nini tire la jarretière
-rouge qui retient son bas blanc; un peu de chair grasse et blonde
-apparaît entre ce bas et les dentelles du pantalon; une autre frotte la
-semelle de ses souliers sur la planche à colophane. Mais voilà qu’en
-avalanches, en roulements de tambour, en ronflements des cuivres,
-en appels stridents des trompettes, le quadrille commence, et tout
-change. Les grosses dames de tout à l’heure retrouvent une agilité
-dont elles ne semblaient pas capables; elles vont, viennent, tournent,
-tourbillonnent comme des toupies, lèvent la jambe plus haut que la
-tête et bondissent, comme fouettées par les rafales des cuivres qui
-éclatent, là-haut sur le balcon de l’orchestre.
-
-«Elles sont à présent toutes les quatre sur la même ligne; leurs
-dessous déployés orgueilleusement ne font plus qu’une seule et même
-chose, qui semble animée d’une seule et même vie: les mouvements
-crapuleux des torses, des croupes et des hanches qui roulent mettent en
-mouvement toute cette masse de batiste et de dentelle, qui moutonne,
-frissonne, s’agite, s’enfle et s’amplifie. Les projecteurs électriques
-dardent leurs flots de lumière qui exagèrent cette blancheur, colorent
-les ombres de bleu et de mauve; les rubans des jupons montrent leurs
-couleurs vives, rouges ou vertes, et toute cette blancheur est
-soutenue par le rose de la chair, qui apparaît, chaude et dorée, toute
-baignée de lumière et voilée par les dentelles qui se retroussent aux
-mouvements de la danse.
-
-«Ce sont les dessous magnifiques qui vivent et non plus les danseuses.
-On ne les voit plus, elles n’existent plus; on n’a plus devant soi
-que de grandes fleurs ardentes, fleurs de linge intime, qui s’étale
-impudiquement, avec, au centre, comme un pistil provocant, une jambe
-qui s’agite éperdument, jambe gaînée de blanc, de rose ou de vert,
-avec la jarretière éclatante, ou bien une jambe toute nue jusqu’à la
-chaussette noire, et toutes ces jambes dans un mouvement qui devient
-hallucinant, tournent, s’agitent et battent l’air, comme affolées par
-la musique infernale des cuivres et de la grosse caisse qui scande et
-marque la mesure.
-
-«Maintenant il n’y a plus qu’une danseuse toute seule dans la lumière
-brutale. Un grand chapeau rouge, empanaché et lourd, couvre ses cheveux
-jaunes, et son abondante poitrine qu’aucun corset ne soutient, suit les
-mouvements de la danse. Avec ses yeux peints et son sourire trop rouge,
-avec sa chair fatiguée et ses hanches de robuste gaillarde, elle évoque
-toute, les crapuleuses luxures.
-
-«Elle a des bas noirs et des jarretières rouges, les pas qu’elle fait
-sont d’abord menus, sautillants, timides. La jupe est ramassée comme
-par un geste de pudeur, et puis, tout à coup, les dessous se déploient
-comme un étendard, la femme se renverse en arrière, et, la jambe
-dressée, commence sa danse éperdue, libérée de toute entrave, hors d’un
-pantalon trop court qui remonte pour qu’on voie de la chair nue... Et
-puis, dans un écroulement, le pied pointé tout droit se lance en avant
-et la femme s’abat dans un grand écart qui semble l’écarteler, tandis
-qu’autour d’elle les dessous frissonnent encore avant de s’apaiser.
-
-«C’est fini, l’orchestre se tait. La danseuse se relève et, par une
-dernière impudeur, tourne le dos au public, se penche en avant et
-relève ses jupes par-dessus sa tête[473]».
-
-Le geste n’est pas nouveau. Il était familier à la Goulue, qui, sous la
-transparente batiste de son pantalon, avait accoutumé de faire ainsi
-saillir le double globe de ses fesses. Il était connu des habitués
-de l’Élysée et un dessin de Heidbrinck le célébra dans le _Courrier
-Français_[474].
-
-Ces exhibitions eurent à subir, durant deux ou trois hivers une rude
-concurrence. Aux retroussis de la danse, le music-hall, malin, avait
-opposé les _déshabillés_. Ils firent fureur et il n’y eut bientôt pas
-concert, dont une des pensionnaires, ne laissât, chaque soir, pour
-l’édification et la joie du public, tomber ses jupes, pour apparaître
-ensuite en pantalon, puis en chemise, à moins que ce ne fut le
-contraire. Le scénario variait peu.
-
- On me voit d’abord en chemise
- Puis m’vêtir sans plus de façon.
- Si vous saviez comm’ je suis mise
- Et comme ce spectacle grise
- Le public un peu... polisson[475].
-
-Le public s’en grisa si bien même qu’il ne tarda pas à s’en fatiguer,
-puis, vint le dégoût.
-
-Avec son sens aigu et si vivant de l’actualité, Georges Montorgueil a
-consacré aux _Déshabillés au Théâtre_ un de ces délicieux volumes qui
-déjà font prime dans le monde des bibliophiles et que plus tard se
-disputeront les chercheurs et les curieux[476].
-
-La _Revue déshabillée_, jouée en 1894 aux Ambassadeurs, avait
-permis à M. Clémenceau, chez qui le journaliste n’est pas inférieur
-à l’orateur, de faire joliment, dans _le Grand Pan_[477], le procès
-de ces amusements. Mais, pour qui veut étudier cette phase de notre
-décadence dramatique, l’étude de G. Montorgueil constitue un document
-sans pareil, auquel on ne peut pas ne pas se reporter. C’est une page
-amusante et pimentée à joindre à l’histoire des petits théâtres, des
-très petits théâtres, moins du boulevard que de Montmartre, car la
-petite fête avait commencé sur la butte, et, après un court hégire sur
-les scènes plus somptueuses des boulevards, elle vint y finir, comme
-toute fête qui se respecte.
-
-Mlle Cavelli avait inauguré à Lyon ce genre de spectacle, puis,
-encouragée par le succès, elle vint le reprendre, rue des Martyrs, chez
-les époux Verdelet, les successeurs de Jehan Sarrazin au Divan Japonais.
-
-La scène était simple, les dessous plus simples encore.
-
-«Un piano joua à l’orchestre et une dame en toilette de ville, le
-chapeau sur la tête, silencieuse, entra. Sans une parole, avec une
-lenteur calculée, elle ôta son chapeau, dénoua sa voilette, se déganta.
-Elle regarda un portrait d’homme au mur, soupira, et sa pensée
-s’arrêta sur son corsage qu’elle dégrafa, pour le complètement retirer.
-Elle apparut en corset...
-
-«A présent, elle enlevait son jupon, et, sans gêne, par le théâtre,
-allait et venait en pantalon, grimpait sur une chaise, griffonnait un
-petit billet.
-
-«La lingerie n’était point de fantaisie; la chemise était tout
-bonnement une chemise; le corset servait tous les jours, et le pantalon
-était celui que Mlle Cavelli avait mis pour venir à la répétition...
-
-«L’action se développait suivant des règles très anciennes qui
-existaient déjà peut-être avant Aristote: la belle enfant ôtait son
-pantalon, et comme il est d’usage, une jambe d’abord, l’autre ensuite.
-Elle empoigna l’armature du corset qui lâcha prise et délivra la
-taille. Elle eut le geste traditionnel, sous les seins, qui caresse
-l’épiderme affranchi.
-
-«Elle était en chemise, maintenant; là, comme chez elle, sans plus de
-façons, sans une excuse d’art, sans une recherche de costume, sans un
-fanfreluchage conventionnel; sans rien qui atténuât la vulgarité de son
-dévêtement. Il lui restait ses bas; elle s’en défit, chaussa de petites
-mules et, contre une chemise de nuit, troqua ouvertement sa chemise
-de jour. Ainsi parée, fit quelques mines, agacée, violenta l’oreiller,
-souffla la bougie, et la toile tomba...»[478]
-
-Perplexe et un peu troublé, un censeur avait assisté à la répétition.
-Le lendemain, à la première, la voix un peu cassée d’un voyou prit soin
-de rappeler à l’artiste, avant qu’elle se couchât, un détail omis:
-
-—Et pipi?
-
-Mlle Cavelli fit mine de ne point entendre.
-
-La qualité des dessous ne changea guère sous le proconsulat de Maxime
-Lisbonne. Mais, tout Paris étant monté à Montmartre pour assister au
-_Coucher d’Yvette_, le Coucher—une politesse en vaut une autre—à son
-tour descendit à Paris.
-
-A l’Alcazar, Mlle Holda, une brune, puis Mlle Lidia, une blonde,
-se déshabillèrent en plein air, sous les regards allumés du public
-qu’enchantait une pareille aubaine.
-
-Des adolescents frissonnaient et de vieux messieurs ruminaient des
-stupres.
-
-C’était toujours le _Coucher d’Yvette_, mais ce n’était plus l’honnête
-lingerie de petite bourgeoise dont le mari fait ses vingt-huit jours,
-de Mlle Cavelli.
-
-Effrayée par le naturalisme du linge exact, la Censure, cette
-péronnelle, avait imposé aux jolies déshabillées le mensonge du linge
-de soie, ses plis lourds et cassants.
-
- Qui dira jamais les torts de la rime?
-
-Ceux du linge de soie ont été dits, et souvent.
-
-Déjà, dans le _Courrier Français_ que cette enquête amusait,—et nous
-donc—Mlles Valti et Camille Stéphani, avaient déclaré lui préférer «la
-batiste avec des dentelles»[479], «du linge léger, fin, blanc, mais
-pas excentrique, _honnête_»[480]; Yvette Guilbert avait spécifié le
-tissu de ses pantalons: «les mêmes toujours, en toute saison, de la
-batiste»[481] tandis que Mlle Léonie Gallay avait pour la soie un mot
-d’une amusante brutalité:
-
-—C’est bon pour les femmes qui ne se lavent pas![482]
-
-M. Georges Montorgueil a provoqué, de la part des plus spirituelles
-déshabillées de l’époque, des confessions non moins piquantes. Les
-résultats de l’enquête restèrent les mêmes, la condamnation du linge
-de soie au profit de la batiste.
-
-Non vouée encore aux mystères de la carburation et à la protection des
-pures amours—on se gare comme on peut—Mme Bob Walter, dont le pauvre
-Lorrain connut surtout le trousseau de clefs, livrait ainsi la clef de
-son trousseau:
-
- «Monsieur,
-
- «J’aime la chemise et le pantalon en fine batiste avec entre-deux et
- volants de valenciennes bien teintée dans la nuance ivoire, avec, sur
- les épaules et au bas du pantalon, des nœuds assortis au jupon qui
- devra être de même étoffe que le corset; beaucoup de froufrous sous
- le jupon que je trouve joli en taffetas Louis XV avec des volants en
- mousseline de soie et le corset garni de dentelle très écrue, avec des
- trou-trous dans lesquels on passe de la comète qui forme au haut du
- corset un chou très léger et gracieux.
-
- «Pour compléter la Parisienne, chaussez et gantez-la d’une façon
- irréprochable, jetez-lui une robe de rien du tout qui la moulera et...
- laissez-la marcher comme elle seule en a le secret.
-
- «C’est le bijou que le monde nous envie.
-
- «Ainsi soit-il.
-
- «Bob WALTER.»
-
-«La réponse, aux nuances près, fut de tous côtés identique. La batiste
-et le linon réunirent les suffrages à l’unanimité contre la soie dans
-la chemise. «Du linge de fille», m’écrivit Renée de Presles, dont le
-mépris s’afficha en termes, il m’en souvient, encore plus colorés. Elle
-spécialisait ses habitudes dans le pli qui ajuste la chemise et dans
-l’échancrure du «pantalon à jabot» son triomphe.
-
-«Linge fin, souple et blanc, répondit Suzanne Derval; le transparent
-n’est pas pour me déplaire. Mais entendez ce transparent qui simplement
-se rose au contact, comme si timide, il rougissait des frôlements
-voluptueux. Les rubans dans les bleus éteints mouraient avec grâce,
-m’a-t-on dit, dans le fouillis discret de mon déshabillé, et Chaplin,
-pour ses Rêves, mettait à mon cou, quand ma gorge était nue, la largeur
-d’un collier de satin.
-
-«Mais Angèle Héraud s’étonne de cette question:
-
-«Une formule? Il y en a donc? Ce qui est chose de mode est vrai ce
-soir. Sera-ce vrai demain? Je n’aurais pas le temps de vous dire la
-couleur de mon jupon que ma coquetterie, obéissant à je ne sais quelles
-lois inconstantes, sa couleur en sera déjà changée. J’ai l’horreur des
-bas blancs mais parce qu’on porte des bas noirs. Si l’on portait des
-bas blancs, j’aurais horreur des bas noirs.
-
-«Mes chemises sont de façon berthe, c’est que j’ai la gorge évasée;—ce
-n’est pas un axiome de toilette, ce n’est qu’une application. Et du
-reste, suivant mon goût qui est mobile, il ne me déplaît pas que
-l’ensemble apparaisse honnête, encore que l’embarras soit grand d’y
-sûrement arriver.
-
-«La première femme qui mit un pantalon fut tenue pour immodeste:
-l’immodestie de notre temps consisterait à s’en passer. La puce qui
-m’obligea une centaine de fois à un déshabillé sommaire a livré tout
-le secret de mes dessous. Ils trahissaient mon état d’âme autant que
-la dominante de la mode; les jours de chagrin, vous ne me feriez pas
-mettre une chemise rose pour tout l’or du Transvaal. Quant à mes
-jarretières, elles ont leur langage: mais c’est un langage chiffré dont
-je ne donne pas, Monsieur, la clef à tout le monde.
-
- «Angèle HÉRAUD»[483].
-
-Et les déshabillés se succédèrent. Aux Folies-Bergère, Mlle Renée de
-Presles, cette jolie fille, morte, un jour de juillet, de la poitrine,
-comme une grisette sentimentale, une sentimentale grisette de jadis,
-incarna le _Lever de la Parisienne_.
-
-Une légère interversion: elle s’habillait.
-
-Louise Willy—un nom qui porte bonheur—la fit se baigner et mérita,
-dans le _Coucher de la Parisienne_, d’être donnée, par un digne
-ecclésiastique, comme exemple de modestie à ses pénitentes.
-
-«Elle conçut en pensionnaire qui joue aux Oiseaux ces scènes légères et
-plut par le piquant de ce contraste. Ambitieuse de jouer le Chérubin du
-_Mariage de Figaro_, dont elle avait la physionomie vive et délurée,
-elle était d’une chasteté mutine dans son coucher d’épouse.
-
-«L’œil n’allait pas aux avant-scènes quêter le loyer du nu dont elle
-n’était au reste que peu prodigue, industrieuse à retirer sa chemise,
-sans maillot de corps, les seins libres, et pourtant si discrète
-qu’elle se laissa conter—et ce fut la satisfaction la plus heureuse
-qu’elle éprouva—qu’un curé d’une paroisse mondaine conseillait à ses
-jeunes pénitentes d’aller à l’Olympia prendre auprès d’elle des leçons
-de modestie.
-
-«Elle avait envisagé toutes les nuances de ce rôle divers. Trop froide,
-on eût crié au _Maître de Forges_; trop amoureuse, son impatience
-n’aurait pu qu’être blessante. Elle choisit un moyen terme qu’elle
-définit par cette nuance paradoxale: «Je me déshabillais, dit-elle,
-comme pour un mari[484].»
-
-L’atelier du peintre devait fournir également excellent prétexte à
-ces exhibitions. _On demande un modèle_, à Trianon, et _Le choix du
-modèle_, aux Décadents, eurent leur heure de vogue. A son tour, Suzanne
-Derval fut applaudie dans le _Portrait_, et, et à la recherche de sa
-_Puce_, Angèle Héraud se révéla parisienne jusqu’aux jarretières.
-
-En attendant que s’en mêlât le bas commerce des cartes illustrées—elles
-n’avaient même plus à être transparentes—et des cinématographes de
-poche, au _Coucher de la mariée_, ce titre fleurant bon le XVIIIe
-siècle et ses polissonneries à la bergamote, succédèrent celui de la
-_Môme_ et la brutalité de son réalisme.
-
-Ce n’était plus la femme du monde qu’aurait voulu être Holda à
-l’Alcazar, point davantage la parisienne incarnée par Renée de Presles
-aux Folies-Bergère, point même la petite bourgeoise, corsetée au Géant
-des Mers et empantalonnée à Pygmalion ou à la place Monge, que, sur
-ces mêmes planches avait été Mlle Cavelli.
-
-Lamentable, minable, pitoyable; fleur de chlorose, fleur de fortifs;
-puberté à peine éclose et déjà fanée, au hasard des accouplements
-vagues; fille du trottoir et du faubourg; gigolette dont les lèvres,
-gercées sous le badigeon du rouge qui les ensanglantait, évoquait
-la mélancolie d’un refrain d’Eugénie Buffet: parée du nom joli et
-prétentieux à la fois de Myrtil, elle semblait synthétiser, pâlotte
-silhouette qui s’affalait, les rancœurs de la faim, l’odeur rance des
-garnis, un relent d’évier et de cuvette, toutes les détresses de la
-Ville, refluant du ruisseau débordé jusqu’à la rampe, qui, comme à
-regret, éclairait ces pauvretés.
-
-Le luxe était aboli des surahs et des dessous aguicheurs. Ni soie
-joyeuse des jupons, ni froufrous soyeux des pantalons. Lorsque tombait
-la jupe de mérinos élimée par l’usage et lavée par la pluie et que la
-Môme apparaissait, en son impudeur tranquille de vendeuse de spasmes
-au rabais—sa fonction de toutes les heures—une indicible tristesse
-poignait et serrait le cœur.
-
-Hors de la chemise, brûlée par l’eau de Javel des lessives, et du
-corset, lâche et déformé, dont, par places, la satinette, brillante
-d’usure, laissait apercevoir les baleines, les seins saillaient,
-jeunes encore et déjà blets, mous et incapables de se tenir.
-
-Tout ce corps trahissait la fatigue, l’éreintement professionnel; le
-ventre semblait las, la croupe harassée.
-
-Des bas troués, l’article des déballages, vrillonnaient autour des
-jambes maigres. Aux genoux cagneux, une faveur déteinte accoutumée à
-accrocher le regard de l’éventuel client, plaquait de sa tache les
-poignets du pantalon trop long, fripé et souvent porté, dont, mal
-close, la fente bâillait.
-
-Ce n’étaient plus la débauche aimable et les somptueuses lingeries des
-arrivées de l’amour, mais, son prolétariat dans ce qu’il avait de plus
-navrant et de plus angoissant, un coin subitement dévoilé du Crime
-social.
-
-Pour une fois, l’outrecuidance de Lisbonne porta juste et eut cette
-vertu: guéri de ces spectacles, le couple Prudhomme cessa d’y mener sa
-progéniture.
-
-Des inquiétudes lui étaient venues pour ses fils quand ils auraient...
-trois francs.
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-LE TUTU
-
-
-_Un petit jupon de batiste ou de mousseline cousu au milieu pour
-détacher les jambes: hauteur 30 centimètres, pas de garniture._
-
- LA VIE PARISIENNE.
-
-
-[Illustration]
-
-
-LE TUTU
-
-
-Le mot est amusant et drôle. Il flatte l’oreille et éveille la
-curiosité.
-
-Pour le gros public, il a l’attrait de quelque chose de mystérieux—il
-ne sait au juste quoi—touchant de près les danseuses et les protégeant
-contre l’insuffisance et les indiscrétions du maillot.
-
-Souvent on le confond avec les jupes de gaze qui le recouvrent. Le
-Larousse, trop hâtivement consulté, autorise cette confusion et
-saurait-on demander aux journalistes d’en savoir plus long que le
-Larousse?
-
-Citons d’abord la Loi et tâchons de ne pas tomber dans les erreurs de
-ses prophètes:
-
-«Garniture de mousseline qui se faufile en haut du maillot des
-danseuses, de manière à leur former une sorte de caleçon bouffant.—Se
-dit aussi, par extension des jupes de gaze, courtes et flottantes des
-danseuses»[485].
-
-Bertall, avec raison, donnait de l’objet une définition plus précise et
-avait le bon goût de ne pas étendre le sens du vocable:
-
-«Les danseuses portent en outre par-dessus le maillot, pour servir
-d’intermédiaire à la jupe de dessus, un autre petit pantalon, très
-court, excessivement léger, en délicate mousseline, qui est destiné à
-tromper le regard et à nuager délicatement les formes au moment des
-effets de pied et des vertigineuses pirouettes.
-
-«Ce pantalon se nomme un _tutu_»[486].
-
-Ou un _cousu_ (mais le mot est moins drôle). C’est moins, à vrai dire,
-un pantalon qu’«un petit jupon de batiste ou de mousseline cousu au
-milieu pour détacher les jambes: hauteur, 30 centimètres, pas de
-garniture»[487].
-
-Ernest Feydeau a même consacré au _Cousu_ une nouvelle à laquelle ne
-semble pas étranger le souvenir de la Nina et du comte Ricla. J’en
-détache cette définition de ce petit vêtement bizarre qu’à coup sûr ne
-portait pas la _demoiselle de bonne famille_ dont il a, sur le tard,
-rédigé les mémoires:
-
-«Les ordonnances de police, très sévères en ce qui concerne le
-personnel féminin de l’Opéra, exigent que toute danseuse, en entrant
-en scène, quel que soit d’ailleurs son costume, porte sous sa courte
-jupe d’étoffe quatre jupons superposés en mousseline blanche, dont le
-premier doit être cousu entre les cuisses, d’où le nom de _cousu_ que
-lui donnent les demoiselles du corps de ballet, pour le distinguer des
-trois autres.
-
-«Cette précaution, qui est appliquée même aux premiers sujets de la
-danse, est prise pour éviter que les accidents qui peuvent arriver au
-pantalon de soie couleur de chair qui s’attache autour de la taille de
-la danseuse, et dont la couture passe entre ses jambes, n’exposent les
-charmes les plus intimes de celle-ci à la curiosité du public».
-
-Évidemment, ce n’est pas de la prose de Flaubert. Mais au souvenir
-de Casanova se mêle un parfum à peine atténué de la phraséologie de
-Sébastien Mercier. On y reconnaît comme de vieilles connaissances,
-dont le pantalon couleur de chair n’est pas la moins marquante. On ne
-retrouve pas davantage dans ces vers consacrés au _tutu_ par M. Maurice
-Magnier la superbe de M. José-Maria de Hérédia ou la manière de
-Mallarmé.
-
- Tutu de mousseline blanche,
- Ajusté plus bas que la hanche
- Pour ne rien perdre du contour
- De la taille ou de la poitrine,
- Tu viens voiler, je m’en chagrine,
- Bien des charmes vus tour à tour[488]
-
-Tutu, tutu pan-pan; tambourin ou mirliton, cela peut continuer
-longtemps ainsi, et dire qu’il y a des utopistes, après Louis XIV, pour
-prétendre qu’il n’y a plus de périnés.
-
-C’est même pour les masquer qu’a été créé le tutu et son utilité
-est bien moins contestable que celle du pantalon proprement dit. A
-moins de revenir aux véritables caleçons dont le vertueux Sosthène de
-La Rochefoucauld[489] tenta d’affubler les ballerines, le maillot
-peut craquer—au bon endroit, toujours—et révéler les plus secrètes
-efflorescences, auprès desquelles la mousse des aisselles, quand
-l’épileuse n’y a pas mis bon ordre, semblerait à peine le persil
-de Jenny l’ouvrière. Le public a des curiosités qu’il ne faut
-pas satisfaire et il n’est pas bon d’aller vérifier sur une scène
-subventionnée le bien fondé d’un axiome souvent chanté. Puis, sans
-aller jusqu’à célébrer, comme le trompette de garde la couleur des
-charmes de la cantinière, le maillot peut trop plaquer, faire des plis
-et, nonobstant la chemise très spéciale des danseuses,—non la demi,
-mais le quart de chemise—dessiner des sinuosités, avoir, en un mot, la
-hardiesse qu’eut Houdon en modelant sa Diane..., encore un méfait de M.
-de La Rochefoucauld[490]!
-
-Ces messieurs de l’orchestre ne se plaindraient pas, c’est évident,
-mais la Morale, la fameuse Morale, avec un grand M, y trouverait,
-oserai-je dire, un cheveu.
-
-Le tutu peut donc sembler un complément nécessaire du maillot.
-
-Il fait partie de cet ensemble qui constitue le costume de danse
-classique, ces jupons de gaze qui ne sont pas sans donner à celles qui
-les portent un faux air d’abat-jour.
-
-Les étoiles peuvent y tenir—la dignité de leur Art (également avec
-une majuscule) l’exige, paraît-il. On n’en saurait dire autant des
-yeux. C’est banal et vieillot: on songe à de vieilles lithographies,
-la Taglioni et Fanny Essler; on se sent contemporain de gens très
-éloignés, on cherche la loge infernale et les élégances désuètes de la
-rue Le Peletier, pour ne contempler que les épaules d’Israël et que les
-diamants de Juda.
-
-Ah! préférables combien, ayant supprimé ces garnitures de côtelettes
-ou de manches à gigot, les costumes de caractère des ballets modernes
-et le corps de ballet de l’ancien Eden donc! avec ses pantalons blancs
-et fanfreluchés et la ligne presque géométrique des bas noirs, cette
-innovation qui fit fureur et ne dura pas.
-
-L’Art et la Pudeur, avec un non moins grand P, sont d’ailleurs des
-facteurs bien amusants et semble-t-il, souvent opposés. Ce sont les
-suprêmes arguments qu’emploient ces demoiselles, quand elles éprouvent
-l’irrésistible besoin de ne pas jouer un rôle, auquel se joint le non
-moins légitime désir de ne pas payer le dédit stipulé.
-
-L’affaire vient devant les tribunaux et nos doux juges, s’ils ne
-s’embêtent pas, doivent être parfois bien perplexes.
-
-Une ancienne pensionnaire des frères Isola, Mlle Sercy, menacée dans
-son maillot et dans son tutu, plaida ainsi contre ses directeurs et
-obtint gain de cause, faisant proclamer par la justice le droit d’un
-premier sujet du chant à ces accessoires.
-
-Côté Art.
-
-Par contre, une danseuse engagée au théâtre du Havre pour interpréter
-le rôle de _Phryné_ ne s’avisa-t-elle pas, de rompre son engagement,
-parce que son directeur trop exigeant avait voulu lui faire troquer son
-pantalon contre un maillot?
-
-Côté Pudeur.
-
-Évidemment, on est un peu comme le père Hugo et l’on ne voit guère
-Phryné en pantalon: mais si la dignité d’un premier sujet du chant
-réclamait la batiste de ces fourreaux flottants, alors que celle d’une
-étoile de la danse exigeait la soie d’un maillot et la mousseline d’un
-tutu?
-
-Et l’on plaida.
-
-Amusé, l’_Eclair_ prit soin d’éclairer et de corser le débat par
-quelques interviews qui ne furent pas sans saveur.
-
-L’inoubliable créatrice du rôle, Mlle Sybil Sanderson, morte depuis si
-tristement, Mlle Jane Harding qui le reprit, Mlle Jeanne Andrée qui
-le joua à Toulouse et Mlle Subra furent interrogées. Toutes rirent et
-haussèrent les épaules aux prétentions extra-pudibondes de la Phryné
-normande.
-
-—Faut de la pudeur, pas trop n’en faut, déclaraient Mlle Jeanne Andrée
-et Mlle Harding, résumant cette affaire de maillot, ajoutait avec un
-triomphant sourire:
-
-—Toutes les femmes ne sauraient le porter. Il ne supporte pas les
-maigres[491].
-
-C’était là sans doute le vrai dessous de cette question de dessous.
-Mieux que le maillot, le pantalon se prêtait aux «petits coussins bien
-mollets et délicats» que célébrait Brantôme.
-
-A quoi tient la Pudeur!
-
-Aux répétitions, la question ne se serait pas posée: le costume de
-répétition, mi de scène, mi de ville, ne comporte ni maillot, ni tutu:
-sous de courts jupons ballonnants, le tutu se trouve remplacé par un
-pantalon, rentré dans les bas.
-
-Sa claustration à part, il ne diffère pas beaucoup des pantalons
-ordinaires.
-
-Dès 1844, Albéric Second le décrivait ainsi dans ses _Petits Mystères
-de l’Opéra_:
-
-«Le costume des danseurs et des danseuses à la classe ressemble
-beaucoup à celui de Paul et Virginie, tels du moins que je les ai
-vus représentés à l’Ambigu-Comique par M. Albert et par Mlle Eugénie
-Prosper. Les femmes sont coiffées en cheveux et décolletées; elles
-ont les bras nus, leur taille est emprisonnée dans un étroit corsage.
-Un jupon, très court, très bouffant, soit en gaze, soit en mousseline
-rayée, leur descend jusqu’au genou. Leurs cuisses se dissimulent
-chastement sous un large caleçon de calicot impénétrable comme un
-secret d’État[492]».
-
-Pas si impénétrables que cela, les secrets d’État: il y a des dossiers
-qui circulent et dont il ne fait pas bon à un journaliste d’avoir la
-copie en mains, surtout s’il est de l’opposition.
-
-Ce pantalon est d’ailleurs envié par les figurantes qui croient
-s’élever à la dignité de danseuses en le revêtant. Le docteur Véron,
-qui était payé pour bien connaître le personnel de l’Académie de
-musique et de danse, a signalé cette faiblesse de ces dames de la
-figuration et l’a agréablement raillée.
-
-«Pour peu qu’une figurante ait des prétentions à un avenir de danseuse
-et qu’elle soit dans une brillante position, elle a même, comme les
-premiers sujets, un costume de danse, caleçon en percale, tombant
-au-dessus du genou, bas de soie blancs, chaussons blancs ou couleur de
-chair, petite veste d’une coupe élégante en piqué blanc[493]».
-
-Malgré que les pantalons aient perdu de leur largeur, le costume de
-répétition n’a cependant guère changé. Il apparaît sous la plume de
-Richard O’Monroy, encore à peu près tel que l’avait décrit Albéric
-Second:
-
-«Dès neuf heures, Mlle Adelina Théodore commence sa leçon sous la
-coupole au neuvième étage. Les petites sont en tenue de travail:
-corsage de nansouk blanc, trois jupons de tarlatane blanche, ceinture
-en satin bleu, rose ou mauve, suivant la fantaisie de la fillette.
-Pantalon de percale roulé dans les jarretières pour bien laisser voir
-les genoux; bas et souliers roses»[494].
-
-La fillette peut grandir et passer d’une classe dans une autre, le
-pantalon reste le même. N’ayant plus rien de l’enfant, ces demoiselles
-le conservent, quelle que soit leur hiérarchie dans le quadrille. Les
-planches du maître aqua-fortiste Renouard nous l’ont rendu familier,
-les illustrés en ont souvent esquissé la silhouette et, dans deux
-nouvelles, Carolus, Brio s’est plu à en évoquer le souvenir[495].
-
-Sur des scènes moins officielles, le pantalon reste de mise pour les
-répétitions, mais la fantaisie de chacune peut en varier la couleur.
-Celui de Mlle Casciani, de la Gaîté-Rochechouart, était vert, mais sa
-fraîcheur laissait, paraît-il, à désirer, et ce fut l’objet d’un de ces
-petits procès que, dans le _Figaro_, Albert Bataille contait avec tant
-d’esprit.
-
-On répétait la revue de l’année: _Tout à la Gaîté_.
-
-«Tout à coup, une des artistes, Mlle Casciani, fait irruption sur la
-scène, en criant:
-
-—C’est insupportable! On a encore fait des méchancetés à mon pantalon.
-Un pantalon de soie vert qui vaut 30 francs! Le voilà tout déchiré!
-
-«Chœur des petites camarades de loge de Mlle Casciani:
-
-—Votre pantalon! Ah! il est joli, votre pantalon! Il est tout usé, tout
-effiloqué, il a traîné partout. Nous y avons piqué une rose et nous
-l’avons exposé dans la loge pour nous faire rire.
-
-«La querelle s’envenima. Mlle Nelly, dite Démeah, une toute petite
-femme pas plus haute que ça, que Mlle Casciani semblait prendre plus
-particulièrement à partie, riposta en traitant sa camarade de grande
-comtesse de la rue sans le sou!»[496].
-
-Bref, cela finit par une de ces crépées de chignons qu’aurait chantée
-Homère et dont la butte sacrée semble avoir conservé le monopole. Mme
-Varlet, directrice de la Gaîté, dut intervenir; il fallut toute son
-autorité pour faire expulser la toute petite demoiselle Démeah, que la
-colère avait grandie à la hauteur de feue Hermione.
-
-L’expulsion fut vive: l’enfant ne reçut point deux balles dans la tête,
-mais quelques bleus sur diverses parties du corps, dont elle offrit
-au tribunal de faire la preuve, en réclamant à son indigne directrice
-2.000 francs de dommages-intérêts.
-
-Hélas! nous ne sommes plus aux temps divins de Phryné. La onzième
-chambre n’offre que de lointains rapports avec le tribunal sacré des
-Héliastes. Mlle Démeah ne put se montrer, comme la Vérité, toute nue,
-et faute d’avoir pu produire cet argument, se vit condamner à payer
-à sa directrice l’amende qui lui avait été infligée. Le tribunal peu
-galant y joignit les frais du procès.
-
-Moralité: il n’est pas bon de piquer le pantalon d’une femme, même avec
-une rose, et il convient encore moins de prêter à une de ses petites
-camarades une lignée qui ne descend pas même des mansardes.
-
-Ces dames de la Porte Saint-Martin auraient été bien embarrassées,
-certain soir de la saison 1841-1842, de piquer quoi que ce soit au
-maillot de Lola Montès. Préludant à ses excentricités bavaroises et
-aux coups de cravache qui la rendirent fameuse au pays de Louis II,
-l’artiste ne s’était-elle pas avisée, ce soir-là, de danser sans
-maillot.
-
-Outre que c’était une manière délicate d’imposer son nom et sa
-personnalité—point rebelle à la réclame—au Tout-Paris de l’époque, Lola
-avait vu là un moyen de «réduire au désespoir un amant qui, le matin,
-avait rompu avec elle»[497].
-
-Je ne sais si le volage se consola de cette rosserie qui aurait pu
-surtout être une roseraie, mais ce fut pour Alfred Delvau l’occasion,
-vingt-cinq ans plus tard, d’un accès de pruderie assez inattendu.
-
-Que diable, au _Théâtre de la rue de la Santé_[498], dont il a passé
-pour l’historiographe[499], la feuille de vigne n’existait guère qu’à
-l’état de légende et son _Dictionnaire de la Langue érotique_ semblait
-plutôt célébrer la feuille à l’envers.
-
-Triste, égrotant ou simplement vieilli, Delvau, revenu des dialogues
-assez audacieux de l’_Enfer de Joseph Prud’homme_ du bon Monnier
-écrivait donc, en 1867, dans ses _Lions du Jour_:
-
-«L’année 1841-1842 ne fut pas précisément une année calme: de
-grosses tempêtes politiques la bouleversèrent d’un bout à l’autre et
-empêchèrent qu’on ne prit au fretin des événements l’intérêt qu’on a
-l’habitude d’y prendre à Paris, où les petites choses occupent plus que
-les grandes, où l’on s’occupe plus de l’apparition d’un clown que d’une
-déclaration de guerre à l’Autriche. Aussi ne faut-il pas s’étonner de
-l’accueil relativement tiède que les Parisiens de cette époque firent à
-une danseuse excentrique de la Porte Saint-Martin,—dont l’excentricité
-consistait surtout à danser sans maillot.
-
-«Sans maillot! _Proh pudor!_ O dieux immortels! Qu’aurait dit le très
-vertueux M. de La Rochefoucauld, lui qui faisait rallonger d’un pied
-les jupes des danseuses de l’Opéra?[500] Ce qu’il aurait dit, je
-n’en sais rien; d’ailleurs, s’il avait été directeur de l’Opéra, il
-n’était pas directeur de la Porte Saint-Martin,—et c’est à la Porte
-Saint-Martin qu’avait eu lieu cette contravention aux réglements de
-police et aux plus simples lois de la décence»[501].
-
-Lola semblait, au surplus, avoir atteint le but qu’elle poursuivait. On
-parla d’elle.
-
-«On parla pendant quelques jours de cette révolutionnaire du corps de
-ballet, on se passionna pour et contre elle, tant et si bien que son
-nom, inconnu la veille, franchit la rampe, puis la salle, et rebondit
-comme un volant sur toutes les raquettes du boulevard. C’était sans
-doute tout ce que voulait Mlle Lola Montès»[502].
-
-Eh bien! non, M. Sosthène de La Rochefoucauld, s’il avait encore eu
-voix au chapitre, n’aurait rien dit, ou plutôt aurait souri d’aise,
-car ce n’était là que du «chiqué», comme on dit dans les derniers
-promenoirs où la boxe éveille encore quelques frissons. Si Lola n’avait
-pas de maillot, elle avait, me suis-je laissé dire, un pantalon... Le
-prédécesseur de M. Bérenger et de M. Dujardin-Béaumetz n’en demandait
-pas davantage, c’était même exactement ce qu’il avait prescrit.
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-QUESTIONS DE FORMES
-
-
-_Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée._
-
- A. DE MUSSET.
-
-
-[Illustration]
-
-
-QUESTIONS DE FORMES
-
-
-Soudain, harmonieuse et plaintive comme la vibration chevrotante d’une
-chanterelle qui se brise, une voix murmura:
-
-—J’étais la pudeur des femmes et la sauvegarde des maris qui savaient
-leur honneur suffisamment cadenassé dans la prison de ma batiste.
-Toutes les agaceries des bas chavireurs de vertu et des jupons semeurs
-de désirs venaient piteusement échouer devant le «tu n’iras pas plus
-loin» de ma citadelle inexpugnable. Le canapé lui-même ne pouvait
-rien contre moi. Il fallait la complicité du Lit pour me vaincre. Le
-Lit c’est-à-dire la chute préméditée et résolue, c’est-à-dire cette
-décision qui n’habite jamais l’esprit flottant des femmes _la première
-fois_. Mais, un jour, une perverse survint qui, d’un large coup de
-ciseaux, troua mon bouclier.
-
-«Et la femme fut perdue.
-
-—Qui donc es-tu, toi qui te lamentes? s’enquit le Canapé qui ne
-ricanait plus...
-
-«Et la voix répondit, plaintive et mélodieuse, comme la vibration
-chevrotante d’une chanterelle qui se brise:
-
-—Je suis l’âme du pantalon fermé[503].»
-
-Cette légende, contée par Léo Trézenik, est charmante, comme toutes les
-légendes; mais, ce n’est qu’une légende, et il n’y faut point chercher
-quelque chose ressemblant, même de loin, à la Vérité. La Vérité n’a
-jamais porté de pantalons et la femme les a rarement portés fermés.
-
-Sans remonter aux «caleçons de toile d’or et d’argent» du règne de
-Charles IX et au maillot de Notre-Dame de Thermidor, le pantalon,
-tel que l’imposa la crinoline, semble avoir été généralement ouvert.
-Les patrons de la _Lingère parisienne_ et les dessins de la _Mode
-illustrée_ indiquent même qu’il l’était terriblement.
-
-Les petites fentes latérales permettant d’en limiter la fente et, au
-besoin, de les porter fermés, n’apparurent que plus tard. A ses débuts,
-sous le Second Empire, le pantalon était entièrement ouvert par
-derrière. C’était, au surplus, sa seule ressemblance avec celui de nos
-contemporaines.
-
-La princesse de C... se rendant à un rendez-vous avec un pantalon fermé
-fut et restera heureusement l’exception.
-
-L’«inexpressible» avait déjà assez de peine à se faire admettre dans la
-toilette des dames, pour ne pas aller les indisposer davantage encore
-contre lui par les inconvénients résultant de sa claustration.
-
-Bien peu eussent alors consenti à s’embarrasser de la gêne d’un
-pantalon fermé. De nos jours même, combien préféreraient s’en passer,
-plutôt que d’en supporter la tyrannie?
-
-Il peut être utile—et de règle dans certains couvents—sous les jupes
-courtes des fillettes, mais, le plus généralement, il disparaît, à
-mesure que s’allongent les jupes.
-
-Le jour où il s’ouvrira, comme ceux de la mère et des sœurs aînées,
-n’est pas attendu avec moins d’impatience que, jadis, le jour où on
-devait le quitter. Ce jour-là, la gamine se sent presque femme: c’est
-pour elle un peu la robe prétexte, et que d’excellents prétextes pour
-les porter ouverts.
-
-Même enfants, beaucoup les ont toujours portés ainsi. Il y a cinquante
-ans, _la Mode illustrée_, ne les prévoyait pas autrement pour les
-fillettes. Le pantalon fermé ne vint que plus tard et la bourgeoisie
-seule en a adopté l’usage.
-
-Si sa claustration est parfois obligatoire, il y a bien des pensionnats
-où cette règle draconnienne est inconnue: la plupart des élèves, quel
-que soit leur âge, les portent fendus, et les curieuses—je n’ose écrire
-les vicieuses—profitent de ce «large coup de ciseau» pour se livrer
-entre elles à de menues comparaisons et à de petits concours, que la
-morale ne saurait pleinement approuver.
-
-A Montmartre qui, cependant, oublie vite, on se souvient encore de
-Pierrette Fleury, cette jolie fille, qui trouva dans l’éther le
-suprême sommeil, et dont Antonin Reschal avait fait le prototype de
-son héroïne. Pierrette confesse, dans le roman, à son père ce détail
-de mœurs et lui demande de substituer à ses culottes ouvertes des
-pantalons fermés. Ces jeux de l’école ne lui disent rien encore:
-
-«J’ai eu aujourd’hui la visite de papa. Cela m’a rendu de belle humeur.
-Il y a si longtemps qu’il n’était venu. Il avait ses poches pleines de
-bonbons et de chocolats qui vont faire notre bonheur, à Eve surtout,
-pendant au moins... quarante-huit heures. A un moment il m’a demandé
-avec tendresse, en me prenant sur ses genoux, si je ne manquais de
-rien, ne désirais aucune autre chose... Aussitôt, je lui répondis, car
-je l’aurais oublié:
-
-—Oh! si mon petit père, je voudrais bien que tu m’envoies des pantalons
-fermés.
-
-—???
-
-—Oui, papa chéri, ai-je continué, parce que quand nous jouons avec mes
-petites camarades, dans le jardin ou en promenade, à faire des dessins
-sur le sol ou autres amusements, groupées en rond, elles montrent
-toutes leur «petit Jésus» sans rougir, se regardent et se jettent du
-sable dessus. N’est-ce pas que c’est sale? Et puis encore lorsqu’elles
-vont au petit endroit, toujours par deux ou trois, elles s’alignent le
-long d’un mur ou d’une haie, les jupes relevées, et c’est à celles qui
-enverront le jet d’eau le plus loin[504]...
-
-«En me couvrant de baisers, il m’a promis de m’envoyer six pantalons
-hermétiquement clos.»[505]
-
-Dans le peuple et à la campagne, où elles sont seules à en porter, les
-gamines ignorent la gêne du pantalon fermé, et c’en est une fameuse,
-me suis-je laissé dire, par d’aimables femmes, qui, moins heureuses, y
-avaient été longtemps assujetties.
-
-Incommode jusqu’à quinze ou seize ans, le pantalon fermé, dont elles
-ont conservé le plus désagréable souvenir, n’est pas tolérable pour une
-femme. Le rendez-vous hâtif, la folie qu’il ne faut pas contenir des
-mains qui s’égarent, l’occasion, la mousse des bois ou la profondeur
-des divans, la femme ne saurait les porter ainsi. Puis, comme disait
-une autre, non sans sourire, avant que de fausser compagnie à son
-cavalier, à la lisière d’un petit bois, où, preste, elle disparut: «la
-nature a certains besoins, n’est-ce pas?»
-
-Délicieuse enfant, elle tenait le milieu, peut-être plus juste que
-sage, entre le libre parler de Mmes de Choisy et de Cavoye[506] et la
-coupable pruderie de certaines jeunes femmes, qui préfèrent souffrir
-et risquer la gêne et l’ennui d’«un accident», plutôt que de confesser
-une de ces faiblesses dont l’amante la plus irréprochable n’est pas
-exempte.
-
-Et quel ennui d’avoir à relever ses jupes on ne sait jusqu’où—quand
-elles étaient entravées, c’était même quasi-impossible—pour aller
-chercher les boutons du pantalon et avoir à le baisser ensuite!
-C’était là un terrible embarras, sinon un danger: la femme peut être
-«pressée» et il y en a qui attendent toujours la catastrophe imminente
-pour se décider à obéir aux lois de la nature.
-
-Au reste, si la pudeur semble conseiller aux fillettes l’usage du
-pantalon fermé, pour éviter d’en laisser trop voir, dans leurs jeux,
-sous leurs jupes courtes, on peut se demander si l’hygiène et la pudeur
-marchent de pair à ce point de vue?
-
-Aux inconvénients qu’on lui connaît, le pantalon fermé en joindrait,
-paraît-il, un autre, qui ne serait pas sans rappeler les caleçons de
-laine et les esprits vitaux du recueil de Corona.
-
-Moraliste plus qu’on s’y devrait attendre, Jean de Villiot signale
-cette particularité dans sa _Maison de Verveine_:
-
-«Le contact, on le sait, est le plus grand ennemi de la chasteté de la
-femme.
-
-«Qu’elle porte des vêtements amples et son tempérament restera calme.
-
-«Les religieuses ne portent point de pantalons[507].
-
-«Les paysannes, qui sont en somme assez chastes, n’en portent pas non
-plus, et quand elles se penchent on voit leurs cuisses nues par dessus
-leurs bas sans jarretières[508].
-
-«Au contraire, toutes les femmes de plaisir—professionnelles ou
-autrement—portent des pantalons et les plus élégants qui soient, tandis
-que la vieille fille prude, les plus hideux possible, et souvent n’en a
-pas.
-
-«Je connais une dame qui non seulement ne veut pas de ce vêtement pour
-elle, mais encore ne permet pas à ses filles d’en porter.
-
-—C’est immodeste, dit-elle.
-
-«Cela rapproche la femme par certains côtés du sexe contraire[509].
-
-«Quand le pantalon est fait de toile et fendu, il est ainsi féminisé,
-si je puis dire, à un point qui neutralise les dangers auxquels je fais
-allusion»[510].
-
-Les médecins et les hygiénistes s’élèvent au contraire contre les
-dangers et les méfaits des pantalons ouverts et conseillent sans pitié
-à la femme la claustration absolue de ses charmes secrets, pour lutter
-contre l’indiscrétion et l’invasion des microbes[511].
-
-La doctoresse Schultz qui est femme, connaissant les inconvénients du
-pantalon fermé, en conseille bien l’usage, mais a trouvé une solution
-élégante qui consiste à les porter... ouverts:
-
-«Question de décence chez les petites filles, à robe courte, c’est pour
-les femmes adultes une question d’hygiène: les pantalons fermés seuls
-protègent les parties intimes du corps contre les poussières soulevées
-par les jupes et les jupons.
-
-«En hiver, ils tiennent plus chauds.
-
-«Mais les pantalons fermés boutonnés sur le côté ne sont pas très
-commodes pour les femmes, gênées dans leurs mouvements par le poids et
-la longueur de leurs jupes et jupons.
-
-«Dans ces cas, on peut adopter un pantalon fermé, mais à dispositif
-différent du modèle courant; par exemple, _un pantalon à fermeture
-croisée_»[512].
-
-Mme Schultz donne en note la description de ce pantalon, et, à la lire
-avec un peu d’attention, on a tôt fait de s’apercevoir que ce n’est
-autre chose qu’un pantalon ouvert, d’un modèle un peu différent, voilà
-tout:
-
-«Ce pantalon fermé sur les côtés et aussi dans sa partie supérieure en
-avant, est ouvert en bas et en arrière. Les deux côtés de l’ouverture
-sont assez amples pour pouvoir se croiser l’un sur l’autre et, de la
-sorte, se superposer.
-
-«Pour ouvrir le pantalon sans le défaire, il suffit de faire glisser le
-fond du derrière sur la coulisse, en amenant le bord vers la hanche de
-son côté».
-
-C’est-à-dire que, par devant, la fente ne commence qu’à environ 16
-centimètres du biais formant ceinture, alors qu’elle s’en ouvre
-généralement à 3 ou 4 centimètres, quelquefois moins, laissant les
-jambes presque indépendantes l’une de l’autre, tandis que, par
-derrière, elle se continue jusqu’à la coulisse.
-
-Ce pantalon peut donner, par devant, l’illusion d’être fermé, mais il
-est parfaitement ouvert. Des jeunes femmes qui les portaient ainsi
-n’ont jamais, que je sache, songé à en nier l’ouverture et cherchaient
-par le croisement des bords de la fente, non à éviter les microbes,
-dont elles se souciaient peu, mais à empêcher, ce dont elles se
-souciaient beaucoup, la chemise de s’échapper par derrière et de former
-pan.
-
-C’était, confessèrent quelques-unes, l’unique moyen qu’elles eussent
-trouvé d’éviter cet «horrible pan» et elles n’y étaient jamais arrivées
-avant de porter des pantalons entièrement ouverts, dont les bords de
-la fente pussent croiser par derrière.
-
-«Le pantalon, écrivait Bertall, s’attache sur le corset, soit à l’aide
-d’un ruban-ceinture, soit à l’aide de boutons disposés pour cela»[513].
-
-Longtemps, il n’en fut plus ainsi.
-
-Espérant s’amincir et se faire la taille plus fine, beaucoup de femmes
-se mirent à les porter non _sur_ le corset, mais _sous_ le corset. Ce
-fut un genre. Puis, à certains moments, il leur semblait appréciable de
-pouvoir enlever leur corset, sans avoir à défaire leur pantalon.
-
-Un corset dans lequel on étouffe ou une barbe de la veille chez le
-partenaire, il n’en faut souvent pas davantage pour gâter le plaisir
-le plus fugitif et enlever tout son charme à la fantaisie d’une jolie
-femme?
-
-Il y eut mieux: d’autres, pour éviter de chiffonner leur «chemise
-garnie», enfilèrent le pantalon, non seulement sous le corset, mais
-sous la chemise. Des théâtreuses et des professionnelles de déshabillés
-lancèrent cette mode; les femmes du monde n’eurent garde de ne pas
-la suivre et, si éphémère qu’elle ait pu être, des spécialistes des
-dessous, comme Mlle Marguerite d’Aincourt, préconisèrent ce «soin qu’il
-ne faut pas négliger et que prennent toutes les femmes de goût»[514].
-
-Qu’il fût porté sous le corset ou sous la chemise, comment eut-on voulu
-qu’un pantalon fut fermé?
-
-Une indiscrétion me fit connaître l’embarras d’une Pierrette qui, à
-un bal travesti, avait cru devoir revêtir sous ses jupes courtes un
-pantalon fermé et avait eu l’imprudence de le mettre sous le corset:
-il fut terrible. La pauvre femme dansa pour oublier. Put-elle ne pas
-s’oublier?
-
-Et ce fut la mode des corsets longs et des jupes collantes, quand elles
-n’étaient pas entravées. Le pantalon reprit d’autant plus la place
-que lui assignait Bertall que souvent, le plus souvent même, il tint
-lieu de jupon. Mais, monté sur biais, n’ayant plus de ceinture, «les
-fentes de côté, les boutons, les boutonnières sont supprimés»[515], le
-pantalon n’en restait pas moins ouvert.
-
-La femme, parfois forcée de s’y reprendre à plusieurs reprises, avait
-déjà assez de peine, à relever sa jupe, quand il était nécessaire, pour
-ne pas affronter la gymnastique qu’exigerait dans ces conditions, un
-pantalon fermé pour le baisser et pour le remonter.
-
-Elle n’est pas un athlète complet; nous ne songeons guère à le lui
-demander, puis, aurions-nous, nous-mêmes, la force et la fougue
-désirables pour «essarter», en un coin de fenêtre ou ailleurs, ses
-culottes, si, comme la Môme Picrate, elle avait le mauvais goût de les
-porter fermées?
-
-«Mais à peine dans la chambre, il s’anime, et miraculeusement rajeuni,
-fond sur la danseuse, l’enlace, la culbute:
-
-«—Môme adorée!
-
-«—Tiens! y a qu’une minute, t’étais pas si pressé. Mon pantalon?
-Attends. Attends donc! Tu vas l’dachirer, et on me voira ma
-nature»[516].
-
-Le pantalon est donc forcément ouvert et nul, au surplus, ne se fait
-illusion.
-
-L’_Intermédiaire_, toujours curieux, s’est demandé si la vertu avait
-quelque chose à gagner à la vogue du pantalon et, très sagement, a
-conclu à la négative:
-
-«Est-ce un retour à la vertu? Je voudrais le croire, mais j’en
-doute, et notre questionneur me paraît bien ignorant de la forme de
-ces pantalons, s’il croit qu’ils apportent le moindre obstacle aux
-surprises des sens; les porteuses y ont mis bon ordre, car (comme
-disait à cette occasion certaine grande dame) on ne sait pas ce qui
-peut arriver»[517].
-
-Ou plutôt, on le sait très bien et on ne veut pas qu’une barrière, si
-légère soit-elle, se puisse opposer à cette déesse fantasque qu’il faut
-toujours saisir par où l’on peut: l’occasion.
-
-A la devanture des lingères et des blanchisseuses de fin, ce sont,
-accueillants et rieurs, les «pantalons de femme en faisceaux légers,
-demi-transparents, si drôles avec leur longue, longue fente qui n’en
-finit plus»[518].
-
-A la sortie du lycée, des potaches déjà grands regardent et songent
-au lendemain, cependant que des hommes, dont les cheveux grisonnent,
-évoquent, mélancoliques, le passé.
-
-Il en était de même, il y a cinquante ans. A part un dessin marquant
-les débuts—ou plutôt le retour—des pantalons ouvrant sur les côtés par
-de petites fentes latérales, la _Mode Illustrée_ ne donne pas, de 1860
-à 1863, un seul modèle de pantalon fermé.
-
-Ils étaient même terriblement ouverts, comme ceux que portaient sous
-leurs jupons courts les «jeunes bergères d’Arcadie» de la «Brasserie
-du Divorce»[519], comme ceux de la petite Augusta[520], de la grande
-Virginie[521], lors de la fessée classique de l’_Assommoir_ ou comme
-celui de Nana, avec le naturalisme qui sembla à l’époque constituer une
-audace sans nom, de la chemise qu’en laissait, par derrière, échapper
-la fente: «par derrière, son pantalon laissait passer encore un bout de
-sa chemise»[522].
-
-Ah! oui, le pan, ce «fameux pan», si difficile—impossible même,
-confessèrent quelques-unes—à éviter, qui semble, pour beaucoup une
-conséquence forcée de l’ouverture du pantalon. Amusant parfois, amusant
-et impertinent, quand il se montre à peine pour être aussitôt rentré
-d’un geste familier, il est le plus souvent ridicule et gâte facilement
-un ensemble qui, sans lui, serait charmant.
-
-Il est lié de très près, ce pan, à l’iconographie de la femme en
-pantalon et les caricaturistes en ont volontiers abusé.
-
-Elles font bien ce qu’elles peuvent, les pauvres, pour tâcher de le
-retenir, mais peu y parviennent. On a beau ramener et croiser la
-chemise entre les cuisses, croiser par derrière, comme le préconise Mme
-Schultz, les bords de la fente, au besoin, si la chemise est garnie, en
-fixer la dentelle, au risque de la déchirer, à l’agrafe du corset, il
-n’y a pas moyen de retenir le fugitif. Ou c’est, chez de très rares, la
-traîtresse épingle anglaise: mais elle est dangereuse et gênante.
-
-Cela tient, à peu près, quand on vient de s’habiller: aussitôt qu’on a
-marché, descendu ou monté un escalier, c’en est fait de cette harmonie
-si péniblement obtenue. La chemise commence par pointer, puis ne tarde
-pas à pendre en plein.
-
-Pour d’aucunes, c’est une préoccupation. Il en est que la crainte de ce
-maudit pan empêchera, plus que toute autre considération, de se laisser
-voir en pantalon. D’autres ne se déshabilleront pas avant d’avoir remis
-subrepticement un peu d’ordre dans leurs dessous et fait réintégrer à
-la chemise la prison trop ouverte du pantalon. Ce sont les soigneuses,
-celles qu’intimident ou qu’effraient le rire du mari ou le sourire de
-l’amant.
-
-De plus nombreuses, hélas! par une négligence coupable, semblent ne pas
-avoir cure de ces contingences. Leur chemise pend, elles la laissent
-pendre, sans même la rentrer et chercher à l’emprisonner, quand elles
-en ont occasion.
-
-Certaines, même, convaincues qu’elle s’échappera aussitôt, négligent,
-en s’habillant, de rentrer dans la batiste du pantalon le pan, qu’en
-l’enfilant, aura laisser tomber la complicité de la fente.
-
-—Que voulez-vous? c’est forcé..., répondront-elles avec une petite
-moue drôle, si on les plaisante. Et, pour peu qu’on insiste, elles
-ajouteront, philosophes, en manière de consolation:
-
-—Bah! avec ça que ça ne pend pas à toutes?
-
-Sans doute... Il en est même, qui, sans chercher plus loin, le laissent
-pendre, ce pan, pour rien, pour le plaisir, parce qu’elles le trouvent
-amusant. Ça leur donne un air gamin qui ne leur déplaît pas.
-
-Prenez garde, Mesdames: je sais bien que vous ne commencez pas à
-grossir, mais souvenez-vous de ce couplet au gros sel, adressé aux
-Fédéralistes, qui eut son heure de vogue dans les salons de la
-Restauration:
-
- Renfermez dans vos culottes
- Le bout d’chemis’ qui vous pend;
- Qu’on n’ dis’ pas qu’ les patriotes
- Ont arboré l’ drapeau blanc[523].
-
-Les «duchesses les plus délicates et les plus charmantes femmes du
-monde»[524] chantonnèrent ces méchants vers et en rirent aux larmes. Si
-misérable fut-elle, au moins elles avaient une excuse: ne portant pas
-de pantalons, elles n’avaient point à craindre semblable accident.
-
-Que la fente soit ou ne soit pas close et que la chemise apparaisse
-plus ou moins, les heures sont courtes et passagères qui permettent de
-répondre à une grande fillette que sa mère veut empêcher de faire des
-«tourniboiles» sur l’herbe, comme les garçons:
-
-—Mais maman, on ne verra rien, j’ai un pantalon fermé[525].
-
-Laissez quelques rares jeunes femmes s’entêter à les porter ainsi,
-prétendant, la bouche pincée, que «c’est plus intime», qu’«on est mieux
-chez soi» et soyez convaincues qu’elles sont l’exception, l’exception,
-ajouterait la sagesse des nations, qui confirme les règles. Toutes les
-autres, effrayées par la gêne du pantalon fermé, les portent ouverts.
-Celles même qui, à la scène, se voient forcées, dans certains rôles,
-d’affronter l’ennui du pantalon officiel, s’empressent, à la ville, de
-le troquer contre son frère plus conforme aux lois de la nature. D’où
-cette anecdote dont Louise Balthy fut l’héroïne et que Jean Lorrain
-contait dans l’_Echo de Paris_, avec tout son esprit.
-
-Dans un salon du faubourg Saint-Germain, malgré l’insistance de tous,
-elle refusait «de dire la fameuse ronde du _Moulino de la Galettas_,
-cette cachucha chantée où l’artiste se révéla si impayable; à quoi la
-chanteuse, requise tout à trac:
-
-—Mon pas espagnol, ici, impossible, mon p’tit; j’ n’ai pas de pantalon
-fermé[526].
-
-Qu’un trop timide amoureux ne s’effraie donc pas trop si, sous les
-jupes de l’aimée, ses mains viennent à rencontrer, ce qu’il devait
-prévoir, la batiste tiède d’un pantalon et surtout qu’il n’ait pas
-une exclamation de désappointement et de mauvaise humeur. C’est là un
-passage et non un obstacle, et toutes les femmes n’ont pas pour tant
-d’innocence, la suprême indulgence de Marguerite:
-
-«On entendit un léger bruit étouffé presque aussitôt; le nom de Raoul
-prononcé plusieurs fois, puis cette énergique exclamation:
-
-—Ah! sacrebleu! un pantalon!
-
-«Un silence suivit... une petite voix le rompit en murmurant ces mots:
-
-—Il est fendu![527]
-
-Bien que Maugis ait prétendu, à un thé,—à qui se fier,
-vraiment?—qu’elle les portait fermés, celui de Marthe Payet n’était pas
-moins ouvert, au cours du petit raid intime qui, à Bayreuth, la fit
-surprendre par sa belle-sœur à califourchon sur les genoux du critique.
-
-«...Mais qui donc parle dans la chambre de Marthe?
-
-«Ce murmure qui ne cesse pas, ponctué d’un rire tranchant ou d’une
-exclamation de ma belle-sœur... Une étrange conversation à coup sûr.
-
-«Soudain! un cri. Une voix d’homme profère un juron, puis la voix de
-Marthe irritée:
-
-—Tu ne pouvais pas caler ton pied? Un peu plus je me blessais!...
-
-«J’ai saisi le loquet. J’ouvre, je pousse le battant de toutes mes
-forces, un bras devant le visage comme si je craignais un coup...
-
-«J’aperçois, sans comprendre tout de suite, le dos laiteux de Marthe,
-ses épaules rondes jaillies de la chemise. Je vois aussi ses petits
-pieds vernis, qui pointent à droite et à gauche, écartés comme ceux
-d’un homme qui monte sans étriers... Elle est... elle est... assise sur
-les genoux de Maugis, de Maugis rouge, affalé sur une chaise, et tout
-habillé, je crois..... Marthe crie, bondit, saute à terre et démasque
-le désordre de l’affreux individu. Une espèce de plainte—sanglot?
-nausée?—m’échappe; et je détourne les yeux de ma belle-sœur.
-
-«Campée, debout, devant moi, en pantalon de linon à jambes larges et
-juponnées, elle évoque irrésistiblement, sous son chignon roux qui
-oscille, l’idée d’une clownesse débraillée de mi-carême. Mais quelle
-tragique clownesse, plus pâle que la farine traditionnelle, les yeux
-agrandis et meurtriers... Je reste là sans pouvoir parler.
-
-«La voix de Maugis s’élève, ignoblement gouailleuse:
-
-—Dis-donc, Marthe, maintenant que la môme nous a zieutés, si qu’on
-finirait cette petite fête... Qu’est-ce qu’on risque?[528]
-
-Ce brave Maugis, il ne doute de rien. C’est presque la réplique de la
-phrase connue du commissaire, après le constat d’adultère, la femme en
-larmes et en chemise et le complice, un peu gêné, trouvant qu’il y a,
-dans la vie, des petites comédies qui se terminent bien mal:
-
-—Maintenant, continuez!... si vous pouvez.
-
-Ah! Marthon, combien préférables les soirs de villes d’eaux, où, les
-petits chevaux aidant, il vous était loisible de retirer votre pantalon
-et où nul incident fâcheux ne venait vicier l’arrivée:
-
-«Elle est venue dans ma chambre, toute gaie; il lui a suffi de retirer
-son pantalon pour oublier la culotte qu’elle venait de prendre»[529].
-
-_Lucie, fille perdue et criminelle_, assiste, de sa cachette, à
-une reprise de manège très analogue à celle de Bayreuth. Le cadre
-seul diffère, quoique il ne soit pas davantage noir. Là encore,
-contrairement à la légende de la gravure des petits pieds, «tout (ne)
-se passa (pas) à l’ordinaire».
-
-Naturellement, le pantalon d’outre-rein était ouvert, lui aussi:
-
-«...Ils en étaient passés à l’action! Et Maucroix tenait la duchesse
-sur ses genoux, la duchesse qui avait jeté tous ses vêtements, et qui,
-grasse, en pantalon, les fesses débordantes dans un balancement, toute
-la peau à nu presque, écrasait ses belles chairs laiteuses contre cet
-homme, lequel commençait à frémir, à s’énerver, à tâter de tout cela
-d’un air éperdu»[530].
-
-Ouvert également le pantalon de Virginie Chômel, dont les dentelles
-avaient choqué, peu de temps auparavant, la receveuse des postes, une
-femme à principes, qui s’était trouvée «seule avec elle dans un endroit
-intime».
-
-Cette fois, l’enfant s’est laissé surprendre dans le cabinet de
-toilette de M. Le Vergier des Combes; elle n’est pas sur les genoux,
-mais aux genoux du vieil homme, qui semble n’avoir rien perdu de sa
-dignité. Son attitude est presque patriarcale:
-
-[Illustration]
-
-«Je n’ai, d’abord, vu que de jolis petits pieds chaussés de bas à côte
-et ajourés qui montraient des talons hauts et des semelles fines,
-posés gentiment, comme à confesse, dans un énorme encadrement de
-chemises, de jupes bordées de dentelles et de culottes, bâillant juste
-assez pour offrir à l’air un double croissant de peau rose, le tout
-coiffé, couronné de cheveux châtains répandus en boucles, en mèches, en
-touffes, en queue,—crinière de cavale plutôt que chevelure de fille,
-sur laquelle une main sèche et autoritaire comme un sceptre s’appuyait
-avec autorité»[531].
-
-La congestion menaçante et, sans avoir été Maurice de Saxe, c’est ainsi
-que finit le beau rêve que fut la vie pour certains privilégiés.
-
-A la scène même, et en court, Mossieu! combien d’autres que Nana les
-portent ouverts. C’était le cas de Pimprenette, et, dans le beuglant
-de province où elle débutait, elle eut, pour faire... face au chahut
-qui, de l’orchestre, montait vers elle, le geste de mépris auquel la
-Mouquette dut le plus clair de sa réputation. Il est vrai que la pauvre
-fille n’en portait d’aucune sorte.
-
-«Sur quoi, Pimprenette exaspérée eut un de ces gestes qui déchaînent
-les révolutions... Elle se retourna prestement et, d’un geste canaille,
-troussant jusqu’aux reins sa jupe déjà si courte, ne permit à personne
-d’ignorer qu’elle portait un pantalon fendu»[532].
-
-Allons, ne vous excitez pas, pâle voyeur. Vous ne vous figurez pas que
-je vais vous introduire dans la loge de Pimprenette de Folligny, en
-passe (un mot qui lui convient très bien) de devenir une des étoiles de
-nos plus éphémères music-hall. Vous ne verrez rien, mais il vous sera
-permis d’écouter ce dialogue aussi suggestif qu’un film non visé par la
-censure et n’y revenez pas:
-
-—Ah! zut! Et mon pantalon! c’est ça qui va m’enlever mon blanc! Faut-il
-que je sois bête! Comme si je n’aurais pas dû y penser.
-
-—Ben, n’en mets pas, voilà tout.
-
-—Non! mais tu ne voudrais pas, tout de même! Pense donc que je n’ai
-qu’un sarreau d’écolière et pas de maillot... Ma vieille, ça serait un
-coup à se faire emboîter!
-
-—C’est bien ça les hommes, grommela Hortense, philosophiquement, ils
-ne viennent que pour voir de la peau, et quand on leur en montre, ils
-gueulent! Enfin... je vais te le tenir tout ouvert, tu n’auras qu’à
-glisser les jambes sans frôler...[533]
-
-Si ouvert qu’il lui fût présenté, le pantalon de Pimprenette ne devait
-pas être «fendu», ce soir-là.
-
-La combinaison, cet objet bâtard, tenant à la fois de la chemise et du
-pantalon qui nous est revenu d’Amérique affublé de ce nouveau nom, est
-non moins ouverte et... c’est forcé.
-
-Déjà, en 1863, la _Mode illustrée_ dont l’initiative en matière de
-dessous ne fut pas toujours heureuse, avait soumis à ses abonnées un
-bien singulier modèle de pantalon. Par devant, un tablier retombait
-sur la fente pour la masquer. Cela devait donner à celles qui le
-portaient—si jamais aucune en porta—un faux air de Vénus hottentote,
-tandis que, par derrière, la fente se boutonnait, comme une
-brayette[534].
-
-C’était hideux et mille fois plus inconvenant que le pantalon, malgré
-l’énormité d’une solution de continuité qui aurait fait fuir bien loin
-le petit diable de Papefiguière.
-
-En 1866, elle fit mieux, et bravement, sans songer à lui infliger un
-baptême et le «patent» d’une importation des U. S., lança un modèle de
-chemise-pantalon, auquel était jointe cette glose:
-
-«Nous cherchons toujours à donner à nos abonnées, outre les objets
-pour ainsi dire _classiques_, ceux qui nous semblent concilier le
-progrès avec l’utilité. Nous plaçons par conséquent sur notre planche,
-consacrée au linge et à la lingerie, un modèle encore inconnu, mais
-destiné à obtenir, croyons-nous, un véritable succès; nous l’appelons
-la chemise-pantalon, parce qu’il _résume_ ces deux objets, jusqu’ici
-distincts l’un de l’autre»[535].
-
-Chemise et pantalon n’étaient guère jolis à cette époque—une bonne
-à tout faire refuserait de s’en affubler, aujourd’hui, ses jours
-de sortie, pour aller... cueillir la violette avec le pompier de
-ses rêves—leur résumé ne l’est pas davantage naturellement. Il est
-difficile de concevoir quelque chose de plus laid que la grand’mère de
-la combinaison.
-
-Mise en goût par cette création, la _Mode illustrée_ le conçut,
-cependant: ce fut la chemise de nuit-pantalon.
-
-Pourquoi pas la chemise à trou?
-
-Je doute que l’objet ait obtenu, à l’époque, le succès qui lui était
-prédit. Il fallait, pour qu’il l’obtint, beaucoup plus tard, qu’il eut,
-comme le pantalon et comme la chemise, singulièrement modifié sa forme
-et que les Américaines s’en soient mêlées.
-
-Américaines et Anglaises professent volontiers, en effet, contre la
-chemise, les préventions des Merveilleuses du Directoire. Ses plis sont
-«ondulants et maladroits. Voilà plus de deux mille ans que les femmes
-portent des chemises, cela était d’une vétusté à périr»[536].
-
-La chemise ne remonte pas, à vrai dire, aussi haut dans l’histoire
-de nos mœurs; ce ne fut pas une raison, quand vint la mode des jupes
-collantes, pour ne point la supprimer, grâce à la _combinaison_, le
-nouveau nom de la chemise-pantalon, qui, pour reprendre le mot de la
-_Mode illustrée_, résumait les deux articles.
-
-La vogue de la combinaison fut grande et immédiate. Elle sévit jusque
-dans les pensionnats de jeunes filles; en Angleterre, paraît-il, les
-jeunes filles qui en portaient auraient seules été longtemps dispensées
-d’avoir à baisser leur pantalon pour recevoir la vieille cinglade
-britannique.
-
-Si la combinaison sévit encore, je veux croire, en ces temps d’entente
-cordiale, que la cinglade, malgré son antiquité, a cessé de sévir, si
-elle a jamais sévi autrement que dans l’imagination d’Hector France,
-qui fut un fantaisiste aimable, et des collaborateurs anonymes dont le
-pseudonyme de Jean de Villiot couvrait le... fonds social.
-
-En France, la combinaison ne fut pas cependant sans rencontrer, tout
-d’abord, des résistances analogues à celles qu’avait rencontrées le
-pantalon lui-même.
-
-Toutefois, elles durèrent moins longtemps.
-
-En 1885, dans son _Art de la Toilette_, Violette croyait pouvoir porter
-contre elle un jugement sans appel:
-
-«Je n’ai point voulu parler de cette sorte de maillot de batiste qui
-réunit en une seule pièce la chemise et le pantalon, sous prétexte de
-ne point grossir la taille sous le corset. On a tenté cela; mais échoué
-dans le quart de monde, ce ballon mort-né, frappé à l’avance d’une
-piqûre fatale, n’a pu s’élever dans les sphères d’une élégance plus
-pure: cela manquait à la fois de grâce et de chasteté»[537].
-
-Il est peu de jugements qui ne soient sujets à révision. Je ne sais si
-la combinaison argua d’un «fait nouveau» pour faire casser l’arrêt
-de Violette, mais il semble, sans avoir eu à subir les conclusions
-de Maître Labori, avoir eu devant la cour suprême que composent nos
-contemporaines, tous les honneurs de la cassation.
-
-La Parisienne a fait, il est vrai, une concession aux chers usages
-auxquels nous devons les gestes jolis et classiques de la femme qui
-se déshabille. Le plus souvent, elle n’a pas sacrifié la chemise à
-la mode nouvelle: la combinaison, portée sur le corset, tient lieu
-de cache-corset et de pantalon, ou de cache-corset et de jupon.
-Dans ce dernier cas, on l’a affublée d’un nouveau nom: c’est la
-_combinaison-marquise_.
-
-Les catalogues des magasins de nouveautés et les étalages des lingères
-suffiraient, s’il en était besoin, à marquer la place qu’a prise
-en France, depuis trente ans, la combinaison. La concurrence de la
-«petite culotte Louis XV»[538] et du «pantalon-cuirasse», dont Mme
-Claire de Chancenay vantait, en 1891, les avantages aux lectrices du
-_Figaro_[539], n’ont rien pu contre sa vogue chaque jour grandissante.
-Les journaux de modes, comme les femmes, se sont prononcés pour la
-combinaison et il n’est jusqu’à la _Mode pratique_ qui n’en ait
-célébré les bienfaits.
-
-Dans un article trop long pour être reproduit, Mme de Broutelles va
-jusqu’à faire ressortir l’économie de blanchissage que représente
-la combinaison[540]. Le linge sale demande à être lavé en famille;
-préférons-lui, plutôt, ces indiscrétions assez amusantes touchant les
-Américaines et leur manière de porter la chemise... quand elles en
-portent:
-
-«Les Américaines qui ont voyagé en Europe portent assez volontiers une
-chemise, mais sans renoncer pour cela à leur petit tricot qu’elles
-appellent en français un _veston_. Celui-ci se porte directement sur
-la peau, par-dessus elles agrafent directement leur corset, mettent
-leur pantalon, et c’est après tout cela qu’elles endossent une chemise,
-qui tient lieu à la fois de corsage de dessous et de petit jupon; une
-chemise qui est une sorte de robe de dessous»[541].
-
-D’autres que les Transatlantiques ont porté, nous l’avons vu, le
-pantalon sous la chemise, mais cette chemise qui tient lieu à la fois
-de corsage et de jupon ressemble bien plus à la combinaison qu’à la
-chemise. C’est, dans toute sa simplicité, la combinaison-marquise.
-
-La _Mode pratique_ avait bourgeoisement vanté les économies de
-blanchissage que permettait de réaliser la combinaison. La _Nouvelle
-Mode_, elle, leur substitua les avantages que la mode nouvelle
-présentait au point de vue de l’hygiène[542].
-
-Je n’insisterai pas et j’en aurais fini avec la combinaison, à
-laquelle, pour être franc, j’avouerai préférer, comme Violette, le
-pantalon, si, à ce sujet, l’Allemagne ne nous fournissait quelques mots
-composés de la plus belle venue.
-
-On ne peut pas toujours composer des mélanges asphyxiants, rédiger de
-fausses dépêches, bombarder des cathédrales ou mutiler des femmes et
-des enfants: il faut alors se rejeter sur les mots composés, ce qui,
-comme on sait, remplacent, sur les bords de la Sprée, les chansons à
-Montmartre.
-
-Sans avoir eu, le plus souvent, la mauvaise curiosité d’aller y voir,
-on connaît l’inélégance des dessous de la femme allemande:
-
-«Des jupons de flanelle, des pantalons de flanelle rouge, des corsets
-en coutil mal faits, des chemises bien hautes en grosse toile, des bas
-tricotés bien courts, finissant au-dessous du genou»[543].
-
-M. Grand-Carteret a beau, après cette citation, crier à
-l’exagération—ce n’est pas «moche» c’est «boche»—cette description ne
-semble pas mentir à la réalité. Une aimable femme, que son commerce a
-fait séjourner à Berlin, a bien voulu me donner à ce sujet des détails
-amusants et y a même joint des catalogues et des échantillons à leur
-manière suggestifs.
-
-En dehors des clientes de l’abbé Kneipp, auxquelles l’hygiène interdit
-de porter des pantalons; dans la classe moyenne, la plupart des femmes
-n’en portent pas davantage, l’été. Uniquement destiné à tenir chaud,
-long et large, tombant à mi-mollet, caleçon plutôt que pantalon
-féminin, il n’est guère en usage que l’hiver et alors apparaissent
-sous les jupes des femmes et des filles des herr professor, outre le
-classique madapolam, le croisé, le molleton, la flanelle, rouge parfois
-et plus souvent grise—c’est moins salissant.
-
-La bourgeoise n’a pas besoin de posséder dans son armoire un jeu
-complet de pantalons. Elle n’en porte que l’hiver et en change
-rarement. Deux ou trois, et même moins, suffisent.
-
-Le feutre noir est particulièrement apprécié. Un pantalon de feutre se
-porte toute la saison. En avril ou en mai seulement, on l’envoie chez
-le dégraisseur, pour ne le reprendre qu’au commencement de l’hiver
-suivant.
-
-Pouah! voilà qui peut satisfaire la louable économie domestique de
-l’Allemande; mais ces détails suffiraient sans doute à assagir les
-mains de nos «poilus» les plus entreprenants et les moins raffinés.
-
-Ce sont pourtant les modèles de «Damen-Beinkleider»—ne traduisez pas
-par caleçons de bain pour dames—les plus courants.
-
-Dans le grand monde et dans le demi—ils se touchent toujours de très
-près et en matière de dessous et de déshabillés sont généralement
-tangents—le haut persil berlinois enfile, il est vrai, sous la jupe
-tailleur, une «culotte abbé Louis XV» de satin ou de surah noirs,
-doublée de liberty clair, qui, collante des hanches, est serrée au
-genou par une boucle d’acier ou d’argent.
-
-Ce fut là, ces dernières années, le dernier bateau pour les grandes
-élégantes. Cette culotte tenait lieu de jupons. Puis, dans l’entourage
-du Kronprinz-Monseigneur, où l’on passait pour ne pas mépriser les
-hommes de la garde, quel ragoût devaient avoir les plus notoires
-déshabillées, quand leurs jupes tombées, elles apparaissaient
-travesties de la sorte.
-
-On obéissait ainsi aux lois de la nature, tout en satisfaisant certains
-goûts que la Correctionnelle apprécie assez sévèrement et auxquels le
-Mauric’s-bar a dû son éphémère réputation.
-
-Mais il n’est pas donné à toutes les femmes de donner à leur époux,
-à leur amant ou à leur client, l’illusion d’un «Jésus-la-Caille». A
-côté des «Damen-Beinkleider» et de la «culotte abbé Louis XV», il y a
-place pour différents systèmes de pantalons, que la langue allemande a
-différemment baptisés.
-
-Tout d’abord, le «système normal»—breveté et contrefait combien!—du
-docteur.
-
-Fait en tricot, l’objet descend jusqu’aux pieds, et affecte la forme
-soit d’un pantalon, soit d’une combinaison. La bottine à élastiques et
-à tirettes se met par dessus.
-
-Ce n’est pas mal, mais, en fait de combinaisons, il y a mieux et il
-faut vraiment que l’on ait recours à la bêtise de 93 intellectuels
-allemands pour leur trouver des noms, des noms à coucher sous les ponts
-ou à finir dans un camp de concentration, et sans les retirer, encore!
-
-On a ainsi le «Hemd-Rock-Beinkleid» (chemise-jupon-pantalon); le
-«Hemd-Beinkleid» (chemise-pantalon, la combinaison proprement dite);
-et l’«Untertaille-Rock u. Beinkleid» (cache-corset-jupon et pantalon).
-
-Ces différents objets sont, on le voit, aussi composés que les mots qui
-les désignent... Les catalogues des maisons de confection allemandes en
-offrent divers modèles et ils se font en plusieurs qualités.
-
-La qualité supérieure ne se contente pas d’être plus fine de
-tissu, plus soignée, plus élégante et plus courte de jambes. Un
-perfectionnement lui a été apporté, qui mérite d’être noté.
-
-Moins que toute autre, la femme allemande ne peut songer à porter des
-pantalons et moins encore des combinaisons fermés. Les chopes de bière
-qu’elle ingurgite volontiers à la brasserie, à côté de son seigneur et
-maître, le lui interdisent formellement. Elle a, toutefois, une pudeur,
-ou mieux une pudibonderie relative et, pour pallier aux inconvénients
-de la fente généralement aussi béante que le sourire de l’héritier du
-trône d’Allemagne, elle a trouvé quelque chose, dont aucune Parisienne
-ne voudrait jamais, sans doute, affronter le ridicule.
-
-La combinaison d’un modèle soigné est _à pont_.
-
-Ce détail est très scrupuleusement représenté sur la figure du
-catalogue. C’est à la fois grotesque et inconvenant. L’on ne peut
-songer sans rire à la gymnastique à laquelle sont contraintes les
-malheureuses qui portent cette lingerie. Oh honte! au lieu de Bacchus
-ivre ou de Danaé surprise, Dorothée en train de baisser son pont ou
-Charlotte occupée à remonter le sien!
-
-Et à l’heure des abandons, lors des petits jeux qui, dans la chambre
-tiède, où stagne le mélange cher du chypre et du tabac blond,—plus
-blond et plus savoureux que toi, Gretchen!—précèdent les soupirs et les
-mots entrecoupés de la bien-aimée, avoir à déboutonner le pont de sa
-combinaison, à moins qu’elle ne préfère le faire elle-même:
-
-—Attends, chéri, que j’défasse mon pont.
-
-Voilà qui, dans la langue du grand siècle, doit singulièrement vous
-monter le bourrichon!
-
-C’est comme pour les armements. L’Allemagne ne pouvait naturellement
-s’arrêter en aussi belle voie. Les dessous de la femme allemande sont,
-ainsi que ses appas, de l’artillerie lourde. Le «Hemd-Rock-Beinkleid»
-représentant sur sa Krupp le 320 autrichien, quoi d’étonnant
-à ce qu’elle y ait joint un «kolossal» 420, sous la forme des
-«Reformbeinkleider».
-
-Dans ce pays de la Réforme, où cependant l’on semble réformer
-si peu, quelque docteur à court de mélanges détonnants ou de
-torpilles sensationnelles—avec tous ses défauts, bien préférable la
-Môme!—devait songer à réformer le pantalon féminin. Il est vrai que,
-malheureusement, cela ne dut faire de mal à personne et bien peu gêner
-les plantureux séants qui, huit mois de l’année, ignorent totalement
-l’usage des pantalons.
-
-Ils ne se sont d’ailleurs pas fatigué les méninges, les intellectuels
-allemands, pour trouver ça: il y a vingt-cinq ans, bien des petites
-femmes, dont les agents de M. Lépine eurent peine à endiguer la rage
-réformatrice, en avaient fait autant. Les «Reformbeinkleider», c’est
-tout bêtement la culotte de bicyclette, sans bicyclette. Seulement, la
-ménagère allemande qui est à la fois économe et pudique à sa façon, la
-porte en flanelle, toujours pour économiser les frais de blanchissage
-et passe par-dessus une jupe. Elle est ainsi vêtue et protégée contre
-les surprises du froid, je ne parle pas de celles des sens. Pour elle,
-ils comptent peu. L’accouplement est pour l’Allemande une fonction plus
-qu’un plaisir et elle ignore généralement, malgré son penchant pour les
-bocks, «la froide majesté de la femme stérile».
-
-Ce molleton ou cette flanelle se boutonnent sur les côtés par de
-petites fentes latérales et un élastique passé dans un coulisse les
-serrent autour du genou.
-
-Non, vrai, on comprend, quand on a contemplé ces pauvretés, le rut qui,
-lorsqu’ils sont à Paris, pousse les représentants des diverses classes
-de la grande Allemagne à se ruer—_turba ruit ou ruunt_—vers Montmartre
-et vers les divers établissements où d’aimables enfants, ignorant,
-elles, l’infamie des molletons et des flanelles, montrent, pour
-aguicher ces clients de passage, beaucoup du blanc de leurs dessous et
-un peu du rose de leur chair.
-
-Semblables au faucon désencapuchonné du divin Arétin, les verres de
-leurs lunettes d’or couvertes de buée, le visage rouge et la nuque
-guettée par la congestion proche, ils halètent de luxure. Un prurit
-leur monte au cerveau qui, à la sortie du music-hall, leur fera
-accompagner dans un garni voisin quelque pauvre fille, qui, à juste
-titre méfiante, aura soin de se faire bailler son petit cadeau, avant
-de livrer au Werther en vadrouille ou à l’Herman en goguette, son
-jardin cependant si peu secret.
-
-Que Mercure, qui passe pour réparer les méfaits de Cupidon, soit
-propice à l’homme aux lunettes! Parfois, cela s’est vu, la fille
-profitera du sommeil du rustre pour soulager son portefeuille crasseux
-de quelques billets et il ira, le matin, tout penaud, las d’avoir
-marché dans son rêve entôlé, raconter sa mésaventure au commissaire de
-police.
-
-Cet honorable fonctionnaire classera la plainte, comme il convient,
-et, à son tour, la laissera dormir. Quant à plaindre le professeur
-Knatschké plus souvent! il n’avait qu’à ne pas tromper madame
-son épouse ou sa fiancée aux cheveux de chanvre avec la première
-venue—hein! on est moral ou on ne l’est pas?—puis, c’est toujours
-autant de repris sur le bandit de grand chemin que cache tout Allemand.
-
-Des «chiffons de papier,» après tout! Allons-nous leur accorder plus
-d’importance que M. le Chancelier lui-même?
-
-Vraiment, ça sent mauvais. Ces gens-là laissent derrière eux un fâcheux
-relent de brôme et de chlore. Vite, brûlons du sucre et parlons de la
-Parisienne, la vraie, que la nécessité de payer sa logeuse et d’assurer
-la maigre pitance du lendemain, ne force pas à «marcher» avec tous les
-infidèles qui viennent chercher à Montmartre le paradis de Mahomet
-qu’Enver-Pacha, malgré ce nom prédestiné, est incapable de leur
-fournir.
-
-Non moins que la professionnelle de la butte, elle ignore
-l’emmaillottement des molletons et des flanelles; malgré la méchante
-concurrence que lui fit, un moment, l’inesthétique culotte de jersey,
-le pantalon est resté pour elle un objet de première nécessité, dont
-elle aime à soigner particulièrement l’agencement.
-
-C’est un peu le voile sacré qui, loin de cacher sa nudité attendue, se
-contente de la voiler et la rend plus désirable. Elle sait la toute
-puissance des dessous, si réduits soient-ils, et connaît l’entêtante
-griserie des déshabillés.
-
-Aussi, les pantalons sont-ils, dans son trousseau, l’objet de soins
-tout spéciaux. Ils la touchent de trop près pour que l’étoffe, ô
-Tartuffe, n’en soit pas, plus que toute autre, moelleuse. Il n’est pas
-pour eux, de dentelles trop belles, ni d’entre-deux trop aguichants. La
-Parisienne connaît l’art des transitions: l’écrin, en s’entrouvrant,
-laissera apercevoir la radieuse nudité de son corps et la «consolante
-harmonie» de son ventre. Il faut donc qu’il soit digne de l’éternelle
-fleur de lotus, vers laquelle appareillent sans trêve les désirs des
-hommes.
-
-Fût-il très simple, blanc et uni, honnête et bourgeois, à peine orné
-d’un feston ou d’un volant, il aura encore pour un amoureux tout son
-charme et même ce parfum de mystère que comporte la cueillaison du rêve
-que l’on va cueillir. Sous son sabot se détache, au-dessus du bas,
-en une ligne rose et lisse, la chair des cuisses, et voici, que plus
-haut, dans l’«envergure harmonieuse» que chanta comme nul autre le bon
-Théophile Gautier, germe, à travers la fente béante de la batiste ou de
-la percale
-
- ..... la mousse blonde ou noire
- Dont Cypris tapisse ses monts.
-
-Les pudibonderies bêtes de jadis sont abolies. Foin de
-l’«inexpressible», de l’«indispensable» ou de l’«innomable», la
-Parisienne n’a pas plus peur du mot que de la chose. Elle dit
-simplement, sans songer à mal, son «pantalon» et le vocable évoque
-aussitôt à l’esprit quelque chose de très féminin et de très charmant.
-La forme peut varier: pantalon-jupon ou jupon-pantalon; ces orphelins,
-vêtus de blanc ou de rose, se ressembleront comme des frères. Parfois,
-conséquence des jupes étroites de ces dernières années, ils affectèrent
-une forme plus masculine, et plus bravement encore, celles qui les
-portaient disaient, amusées, leur «culotte».
-
-Les magasins de blanc avaient même lancé un moment un mot et un
-objet nouveaux qui, d’ailleurs, ne firent pas fortune; le pantalon
-«couche-culotte».
-
-Chères gosses!
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-LE PANTALON ET LA CARICATURE
-
-
-_Finis désormais les nus rayonnants et sans malice du premier Empire
-et de la Restauration, finis les visions engageantes, les aperçus de
-cuisses avec lesquels l’imagerie de 1830 raccrochait les passants._
-
- J. GRAND-CARTERET.
-
-
-[Illustration]
-
-
-LE PANTALON ET LA CARICATURE
-
-
-Il y aurait là, semble-t-il, matière à un chapitre assez amusant à
-ajouter à l’histoire du pantalon féminin. Des caricatures anglaises
-dans lesquelles le pantalon apparut sous les jupes des premières
-ferventes, non de la pédale,—elle n’existait pas encore—mais de
-la draisienne, aux suggestives combinaisons de Fabiano, ce serait
-rappeler, par le dessin et par les légendes qui l’accompagnent, les
-étapes du pantalon.
-
-En même temps que son usage se généralisait et s’imposait, la hardiesse
-des dessinateurs croissait et ne tardait pas à en indiquer les moindres
-détails. Au lieu de sa silhouette esquissée à grands traits, ils ne
-reculent plus maintenant devant le réalisme de sa fente et devant la
-note gamine du pan de la chemise qui s’échappe, quand ce n’est pas un
-coin de chair qui apparaît.
-
-La Parisienne en corset—le corset noir de Mme Moraines—et en pantalon:
-n’est-ce pas un peu la Montmartroise de Willette, cet être exquis,
-chiffonné et charmant, destiné à révéler à nos neveux une Butte
-sacrée qui déjà n’existe plus, si jamais elle a existé. Le talent et
-l’imagination de l’artiste a, en effet, poétisé et synthétisé toutes
-ces échappées du Moulin de la Galette et de tous les moulins où l’on
-danse, pour en faire sa Colombine, chantant, mieux que toute autre, la
-bonne chanson des vingt ans et des libres amours. Le prisme de Pierrot
-leur a prêté les couleurs de l’arc-en-ciel.
-
-Mais, laissons cela. Cette petite femme en pantalon, qu’elle soit
-de Boutet, de Forain, de Gerbault, de Préjelan, de Guillaume, de
-la Nézière ou de Vallet, nous entraînerait trop loin. Maison de
-rendez-vous, hôtel garni ou garçonnière, l’aventure, pour amusante
-qu’elle puisse paraître, ne laisserait pas d’être banale et se
-terminerait à la manière accoutumée.
-
-Fantaisies, épidermes, phrases dépourvues de suite, brusque sursaut
-hors du lit, eau tiède, animal triste... ou gai: gardons-nous
-d’«évoquer les minutes heureuses» et bornons-nous à étudier la place
-prise par le pantalon dans les légendes des caricaturistes.
-
-Pour éviter l’ennui d’une redite, je ne reviendrai pas sur les légendes
-de Hadol, de Randon, de Bertall ou de Grévin, qui ont trouvé place dans
-les chapitres précédents.
-
-Le pantalon est un objet dont il n’est pas bon pour une débutante
-de s’embarrasser, quand elle va soumettre à un directeur ses
-«dispositions», ou du moins, faut-il qu’il soit très court et très...
-ouvert.
-
-La scène est prévue d’ailleurs. Elles relèvent leurs jupes avec la
-facilité que d’autres mettent à se coucher ou à s’agenouiller. Le
-négrier en blanc devant lequel elles montrent le plus possible de leurs
-jambes vise parfois à l’esprit et joint à sa rosserie celle du mot.
-
-—Je vois ce que c’est... tu auras du succès dans les levers de rideau,
-fait dire à l’un d’eux, J. Wély, dans un de ses dessins du _Rire_ (29
-février 1908).
-
-Les dessous de leurs pensionnaires les intéressent, il est vrai, bien
-plus que leurs couplets. On connaît cette réponse faite à une artiste
-et que nota Ibels dans sa _Traite des Chanteuses_, par le directeur
-d’une de ces agences où le chantage semblait se pratiquer plus que le
-chant:
-
-—Hé! je me fous pas mal de vos chansons, c’est votre répertoire de
-pantalons qu’il me faut![544].
-
-Depuis une vingtaine d’années surtout,—conséquence probable de la
-campagne de la ligue contre la licence des grues,—le pantalon a pris
-autant de place, sinon plus, dans la légende des dessins, que sous les
-jupes de celles qui les portent.
-
-Nos humoristes ont fait bon marché (rayon de blanc) de la pudibonderie
-bébête qui, longtemps, avait imposé son p’tit cadenas à leur crayon et
-à leur plume. Le pantalon apparaît dans leurs légendes et dans leurs
-dessins, depuis le moment où on l’achète jusqu’à celui où on les quitte.
-
-L’ordre semble on ne peut plus logique. Pourquoi ne le point suivre?
-
-De Tézier, dans le _Charivari_, cette Parisiennerie. A un comptoir d’un
-grand magasin, une belle dame marchande:
-
-—Bien cher, tout cela.
-
-Et, la bouche en cœur, sur les lèvres le sourire stéréotypé qui fait
-partie de son office, le vendeur de riposter par cette observation
-empreinte d’une philosophie que n’aurait point reniée Renan:
-
-—Madame sait bien que ce n’est pas sur les dessous qu’il faut
-économiser; c’est ce qui se voit le plus.
-
-Les maris sont seuls à en douter, et, contrairement à la légende de
-Gavarni, ils ne font pas toujours rire:
-
-—Vois, mon chéri, je me suis acheté un pantalon et une chemise tout en
-dentelles.
-
-
-—C’est de la folie. Dépenser tant d’argent pour ça!... Qui le verra?
-
-—Eh bien!... toi pour commencer.
-
- (J. Plumet: le _Rire_, 7 mars 1914.)
-
-
-De M. de la Nézière, l’un des fervents du vieux Montmartre, dont il a
-su joliment respecter l’harmonie et le charme, en y faisant construire
-le plus délicieux home qui soit, non plus le comptoir de blanc, mais le
-salon d’essayage d’une lingère en renom:
-
-En pantalon, la dame essaie.
-
-—Notre nouvelle création est légère et charmante et madame pourra faire
-remarquer à tout le monde combien le tissu est agréable au toucher.
-Madame en recevra partout des compliments.
-
- (L’_Indiscret_, 1902.)
-
-
-Il n’est pas bon, pourtant, d’aller offrir de ces fanfreluches à
-quelque vieille fille échappée de la sacristie la plus voisine, dont la
-silhouette rappelle assez heureusement celle d’un fourreau de parapluie.
-
-Comme l’a si bien dit notre poète national Blaise Petitveau:
-
- Cette respectable personne
- Pourrait ne pas la trouver bonne
- Et se laisser aller à de fâcheux courroux.
-
-—Non, mais, dites donc, est-ce que vous me prenez pour une impure?
-
- (Abadie: le _Rire_, 20 août 1910.)
-
-
-La petite femme de B. Gautier, encore que rappelant par trop les
-Parisiennes de Grévin, est vraiment bien préférable et autrement
-moderne:
-
-—C’est égal, avec des dessous comme ça, une femme peut passer la tête
-haute.
-
- (Le _Charivari_, 12 juillet 1893.)
-
-
-Les trousseaux, la hantise de la lingerie et des dessous! Tout ce
-qui touche, et de très près, la femme, comme tant d’autres, Catulle
-Mendès l’avait eue un peu. Aussi, loin de prévoir alors (1902) la mort
-affreuse du poète de _Philoméla_, l’_Indiscret_ lui avait consacré un
-dessin plutôt méchant:
-
-«M. Catulle Mendès (en extase... devant... ou plutôt derrière une jolie
-mondaine).
-
-—O Providence! Faites que moi, qui crois à la métempsycose, je
-devienne, après ma mort, pantalon de femme.
-
-«Sa prière fut exaucée; mais, comme sur terre il avait sans compter
-prodigué ses faveurs..., après sa mort il fut amèrement puni.»
-
-Devenu pantalon, le poète recouvre, en effet, le puissant et énorme
-fessier de quelque bas bleu hors d’âge, le dernier ponton.
-
-Le Parthénon! Au-dessous de ces hauteurs, c’est la ville et son négoce.
-Devenus calicots, alors que l’agriculture passe pour manquer si
-désespérément de bras, des déracinés, pommadés et cravatés de clair,
-vendent à de jolies acheteuses que ces indiscrétions n’effraient
-pas les parties les plus intimes de leur toilette, et vantent leur
-marchandise.
-
-Écoutez celui-ci de Guillaume. Il a toute la sottise et toute la
-suffisance de l’emploi et doit y joindre l’accent redoutable de
-Béziers.—On se fait redouter comme on peut:
-
-—Madame préfère les pantalons fermés?
-
-—Oui.
-
-—Madame a bien raison. On est bien plus chez soi.
-
- (Le _Frou-Frou_, 1901).
-
-
-Le _Frou-Frou_ semble tenir à cet «on est plus chez soi» qu’un beau
-jour me servit une jeune femme qui, du moins, avait l’excuse d’être une
-jeune mariée, une de ces lunes de miel auxquelles le divorce a pu seul
-mettre un terme. Quatre ans plus tard, on y pouvait lire cette légende,
-très proche parente de celle de Guillaume, mais moins fine:
-
-—Que penses-tu de mes nouveaux pantalons fermés?
-
-—Exquis, ma chère!... et puis, au moins, on est plus chez soi!
-
- (25 novembre 1905).
-
-
-Malgré leur élégance et leurs dentelles, les pantalons sont un peu
-comme la ceinture dorée. Bonne réputation vaut mieux que culotte
-trop garnie. La tapageuse lingerie bonne à épater les provinciaux
-en vadrouille, la tournée des faux ducs, ne saurait valoir à sa
-propriétaire un attachement sérieux (par ses mensualités). Ce sont des
-nuances que n’ignore point le cœur d’une mère. D’où cette observation
-d’une matrulle de Forain à sa progéniture, à la suite d’une rentrée
-tardive:
-
-—Tu ne me feras jamais croire que tu vois des gens comme il faut avec
-c’ pantalon-là!
-
- (Le _Courrier français_, 19 juillet 1891)[545].
-
-
-Ces dessous-là ne sont pas davantage indiqués pour aller obtenir
-d’un créancier un délai _sine die_, à moins que, pour employer une
-expression qu’affectionnaient nos grands-pères, on ne le sache porté
-pour «la bagatelle».
-
-—Je vais aller le trouver ce sale créancier..., on verra un peu s’il
-a le cœur de poursuivre une honnête femme qui a mère et enfants à sa
-charge.
-
-—Bien, alors, tu aurais dû mettre une chemise plus simple, ç’aurait
-l’air plus sérieux.
-
- (Radiguet: le _Rire_, 20 août 1898.)
-
-
-Il est, par contre, des parties de campagne et des visites qui
-commandent impérieusement à la femme de soigner ses dessous. Le linge
-uni serait, ces jours-là, déplacé.
-
-D’un amant prudent et peu jaloux:
-
-—Tu sais, mets du beau linge, Nini, toutes les fois qu’on va à la
-campagne chez Georges, on ne sait pas avec qui on couche.
-
- (Conrad: le _Frou-Frou_, 1901.)
-
-
-Le fin du fin: savoir prévoir. Il y a, il est vrai, de bien drôles de
-maisons:
-
-—Mâtin! Quel pantalon!
-
-—Tu sais bien que chez les X..., où nous dînons, on vaccine tout le
-monde au dessert...
-
- (G. Meunier: le _Rire_, 22 mars 1902.)
-
-
-Et ce sont les gendelettres, ces naïfs, les journaleux du petit
-reportage, virtuoses du chien écrasé ou ténorino de l’interview, ceux
-qu’étonnent et emplissent d’admiration le très moderne vieux Rouen d’un
-bidet souvent enfourché et les fausses valenciennes de linges qui ne
-demandent qu’à être retirés.
-
-
-THÉATREUSES
-
-—Quels dessous suggestifs!
-
-—Dame, mon cher, c’est mon jour de réception des journalistes.
-
- (Hil: _Paris-Galant_, 1910.)
-
-
-[Illustration]
-
-Les maladroits ils ont des stylos qui fuient ou leur hâte de noter
-ces splendeurs sur leur block-notes leur a enlevé le libre exercice
-de leurs mains, car sur ces blancheurs point mûres encore pour la
-blanchisseuse, voici des _taches d’encre_, qui n’ont point l’excuse de
-provenir de l’écritoire de Maurice Barrès:
-
-—Ça ne m’étonne plus que le monsieur qui est venu hier ait cru que
-madame connaissait des journalistes: madame a des taches d’encre sur
-son pantalon.
-
- (Carlègle: le _Rire_, 10 novembre 1906.)
-
-
-Annette, vous croyez donc encore aux tares professionnelles, mon enfant?
-
-Enfin, taches pour taches, celles-là ne sauraient être suspectées et
-soumises à l’examen des médecins légistes. Elles ne sauraient même
-empêcher le riche «mariage», pour peu que le michet ait le désir de se
-créer des relations dans le monde des demi-lettres.
-
-Le michet! Les plus belles et les plus troublantes lingeries lui sont
-réservées aussi bien à Vienne qu’à Paris.
-
-Au-dessous d’un dessin de Roystrand, une sujette de François-Joseph, le
-seul et véritable «Increvable» ainsi que le qualifia heureusement le
-_Matin_—de se munir en conséquence:
-
-—Le vieux comte doit venir me trouver aujourd’hui pour que j’engage son
-fils à me quitter! Il s’agit d’avoir du linge capiteux[546].
-
-Qu’il soit «Falstaff ou bien Hotspur», le monsieur s’extasie devant
-ces élégances, cependant que la poule glousse d’aise et ayant
-insuffisamment suivi la laïque, lisse ses plumes et ne comprend pas:
-
-—Un prince, oui, ma chérie, un vrai!... Il m’a même dit qu’il aimait
-mieux mes dessous que ceux de lady Plomatie... une grande dame de sa
-cour, sans doute... tu parles!
-
- (G. Meunier: le _Frou-Frou_, 1901.)
-
-
-Les femmes du monde ne sont pas sans envier, on peut le croire, à
-ces enfants chères le luxe de leurs lingeries. Il y a comme ça des
-ambitions qui sont faciles à satisfaire et on leur fait tant de plaisir.
-
-De Gerbault, cette «Ambition de femme du monde». Le dessin et la
-légende sont charmants:
-
-—Alors vous trouvez que j’ai des dessous de cocotte? Bien vrai? Vous ne
-dites pas ça pour me faire plaisir?
-
- (Le _Frou-Frou_, 1901.)
-
-
-Oui, mais que la femme qui soigne ainsi son linge, les jours de
-ses cinq à sept, se méfie des belles-mères et des maris jaloux. Ces
-êtres-là sont terribles et ne sont dupes ni des dentelles, ni des
-pantalons roses:
-
-—Ugène... méfie-toi! Ta femme met son pantalon rose.
-
- (L’_Assiette au beurre_, 15 septembre 1902.)
-
-
-Autre suspicion, celle-là signée Guillaume:
-
-—C’est pour aller chez le photographe que tu mets un pantalon rose?
-
- (Le _Rire_, 24 juin 1905.)
-
-
-Encore un qui est près de se douter que, chez le photographe, le
-pantalon est le plus généralement inutile.
-
-Puisque les caricaturistes tiennent au pantalon rose, il vaut mieux
-pour la femme que le mari joue aux courses: ce pantalon porto-veine
-sera pour lui le fin tuyau et lui permettra de ponter sur les grosses
-côtes:
-
-—Ma femme met son pantalon rose?... Je cours à Auteuil et je joue un
-louis sur le tocquard.
-
- (Samanos: le _Rire_, 16 décembre 1911.)
-
-
-Des raisons analogues nous feront retrouver ce tocquard. C’est là une
-façon charmante d’utiliser une situation particulière au mieux de ses
-intérêts sans prêter le... front à la médisance.
-
-Ah! les philosophes qui ne chantent pas la chanson du browning et que
-laissent froids les papiers et la procédure des avoués.
-
-Le fiancé lui-même, ce bon jeune homme si réservé et un peu godiche,
-s’enhardit parfois et la fantaisie lui prend de vouloir photographier,
-avant la lettre, sa fiancée en pantalon.
-
-La blanche brebis a des scrupules et les confie à sa femme de chambre:
-
-—Mon fiancé voudrait me photographier ainsi, en pantalons; ne
-croyez-vous pas, Catherine, que, pour la fille d’un sénateur, ce serait
-tout de même un peu risqué?...
-
- (Almanach du _Sans-Gêne_, 1904.)
-
-
-De quoi vous plaignez-vous, Mademoiselle, cela prouve que votre fiancé
-vous croit de jolis pantalons et non de ces horribles madapolams qui
-interdisent aux filles sans dot d’espérer lever, à la mer ou dans les
-villes d’eaux, l’amant sans relâche attendu.
-
-
-LES DÉPARTS.
-
-—Non, mais, maman, crois-tu que c’est avec des pantalons pareils que je
-vais trouver un mari?
-
- (Le _Frou-Frou_, 1901.)
-
-
-Mieux valent la douane, c’pas? et les démêlés de cette mondaine qui
-rive fort bien son clou,—une table, près de la fenêtre,—au personnage,
-un de ces gabelous, qui n’ont de commun avec Alceste et avec vos
-rubans, Marthon, que la couleur de leur uniforme.
-
-
-A LA DOUANE.
-
-—Mais, ces dentelles, ce sont mes chemises, mes pantalons...
-
-—Mazette! On ne doit pas s’embêter avec vous...
-
-—Combien je regrette, monsieur, de ne pouvoir vous en dire autant.
-
- (Balluriau: L’_Assiette au beurre_, 19 octobre 1901.)
-
-
-Très joli! mais, au moins, faut-il que le contenu réponde au contenant.
-Ces élégances siéent mal à une vieille femme ou à une maritorne.
-Laiderons et dondons, celles dont la graisse déborde de tous côtés,
-n’ont que faire de ces dentelles. La dame trop mûre, qui a peine à
-soutenir la gélatine de ses seins et à comprimer, sous le corset, le
-gras-double de son ventre, fera bien de renoncer à ces gentillesses.
-
-Le pantalon le plus froufrouté du monde n’enlèvera rien à la laideur
-d’un vilain derrière. Il en fera, au contraire, ressortir l’énormité et
-le grotesque: salons d’automne que guette le cubisme et auxquels les
-caricaturistes n’ont pas ménagé leurs traits: les grasses en pantalon.
-
-Pourtant, elles n’ont abdiqué aucune prétention, elles rêvent de
-conquêtes et volontiers feraient les petites folles:
-
-—Croyez-moi, ma chère, faites comme moi. Soignez vos dessous... Un
-homme qui trouve en sa femme toutes les séductions d’une fille ne songe
-pas à la tromper.
-
- (Radiguet: le _Rire_, 15 octobre 1898.)
-
-
-Et ce sont des chichis:
-
-—Pardon de vous recevoir ainsi, Arthur, mais si souvent vous m’avez
-répété que vous adoriez les dessous féminins.
-
- (Engel: le _Rire_, 22 avril 1899.)
-
-
-Pas plus que le garçon boucher, le charbonnier n’échappe aux agaceries
-de ces antiques femelles, presque un détournement de mineur:
-
-—Tu as bien raison, Nini, de porter ce genre de pantalon. Encore hier,
-chez moi, j’ai fait tourner la tête de mon charbonnier.
-
- (Le _Frou-Frou_, 1901.)
-
-
-Les risques de la profession. Comme le peintre, ce fils de l’Auvergne,
-eût sans doute préféré un bon verre de vin. L’on ne comprend que trop
-bien la froideur des satyres les plus réputés en présence des agaceries
-de ces grand’mères qui font les enfants et songent encore à violer le
-dixième commandement, à des heures où les portes de Charenton et de
-Chardon-Lagache sont depuis longtemps fermées:
-
-—Vous avez dû remarquer comme moi, chère madame, que les hommes
-d’aujourd’hui ne savent plus apprécier les dessous féminins...
-
- (Sigl.: Le _Rire_, 25 juillet 1908.)
-
-
-L’office, naturellement, s’en mêle, et il n’est jusqu’à la cuisinière,
-l’initiatrice à l’eau de vaisselle, qui ne risque de se faire flanquer
-ses huit jours, en arborant des pantalons sensationnels, idoines à
-griser l’imagination du fils de la maison:
-
-—Je m’suis acheté un pantalon, monsieur Marcel, si madame le voyait,
-elle me flanquerait à la porte.
-
- (Poulbot: Le _Rire_, 13 janvier 1906.)
-
-
-Parfois, elle se contente de l’emprunter aux tiroirs de madame
-elle-même et quelle rosserie, quelle terrible leçon, dans cette
-légende de Falke, si le cocquebin osait comprendre:
-
-—Ça c’est gentil d’avoir acheté un pantalon de cocotte!
-
-—J’l’ai pas acheté, j’l’ai chippé à madame votre mère.
-
- (Le _Rire_, 14 décembre 1912.)
-
-
-Il faut, cependant, qu’un pantalon soit ouvert ou fermé. Ce dernier est
-l’exception et je crois peu, pour ma part, au _Repos hebdomadaire_.
-Si amusant que soit le dessin de Léonnec, il semble rentrer dans le
-domaine toujours charmant de la fantaisie.
-
-A pleines mains, une jeune personne, au large chapeau, soulève jusqu’à
-la ceinture son jupon et sa jupe, découvrant son pantalon clos, sur
-laquelle se détache cette inscription chère aux courtauds de boutique:
-
- _Fermé le dimanche._
-
- (Le _Sourire_, 14 mars 1908.)
-
-
-Le mot est drôle—déjà il avait été révélé par le _Sottisier_ du
-_Mercure_—mais, ce n’est qu’un mot. On en peut dire autant de cette
-légende de Gris:
-
-—Comment tu portes des pantalons fermés, maintenant?
-
-—Mais certainement. Toujours pendant les vacances...
-
-—Ah oui! Réouverture en septembre...
-
- (Le _Rire_, 11 septembre 1909.)
-
-
-C’est précisément le moment où de très honnêtes dames les reprennent,
-après les avoir quittés tout l’été. Mais, rassurez-vous: ils ne sont
-pas fermés.
-
-La plus jeune des arpètes de l’atelier—elle accuse seize ans et en
-paraît bien treize—ne consentirait pas à les porter ainsi. C’est moins,
-dans sa bouche, une négation qu’une protestation indignée:
-
-—Ta mère ne te mets plus de pantalons fermés?
-
-—Penses-tu?... j’ai seize ans aujourd’hui.
-
- (Poulbot: Le _Rire_, 1er octobre 1908.)
-
-
-Plus jeune d’un an, Nini est moins heureuse. Sa mère, une femme qui
-sans doute a eu des malheurs dont la jouvencelle est peut-être la
-conséquence,—l’inconséquence d’un vieux—la condamne aux pantalons
-fermés qu’elle-même prétend porter:
-
-
-LES QUINZE ANS DE NINI.
-
-—Comment un pantalon fermé?
-
-—Oui, ma fille... comme moi.
-
- (Mirande: Le _Rire_, 27 décembre 1913.)
-
-
-L’âge passe vite qui permet aux gamines du quartier de laisser déchirer
-leurs pantalons, quand ils sont fermés, par leurs camarades du sexe
-opposé, pour voir ce qu’il y a dedans:
-
-—C’tte sale tête de cochon-là, i m’a encore déchiré mon pantalon.
-
- (Poulbot: Le _Rire_, 14 novembre 1908.)
-
-
-Jeux de mains, jeux de vilains. Très préférables pourtant, ces gosses
-de Poulbot aux septuagénaires, pas toujours bien propres, dont la
-curiosité semble avoir survécu à la virilité.
-
-C’est encore du pelotage et la morale qui couvre ces méfaits a vraiment
-bon dos.
-
-
-LES BÊTES FÉROCES: LE MORALISTE.
-
-—Mon enfant, je vais voir si vous avez un pantalon fermé...
-
- (Roubille: _l’Assiette au beurre_, 23 septembre 1905.)
-
-
-Un autre spécimen de l’espèce, c’est _le Protestant en voyage_, de
-Willette. Il semble, malgré son collier de barbe blanche qui en faisait
-presque un portrait, relever, comme le moraliste, du pied dans le
-derrière, si ce n’est de la correctionnelle ou de la cour d’assises.
-
-En wagon, le Tartuffe, non moins sensible aux beautés temporelles qu’à
-leurs sœurs éternelles, ne peut résister à la tentation de se livrer à
-une petite enquête touchant les dessous de la jeune femme qui partage
-avec lui la solitude d’un compartiment de première:
-
-—Si je regardais voir si elle a un pantalon?... Allons du courage,
-c’est pour la morale.
-
- (_Courrier français_, 3 décembre 1893.)
-
-
-L’enquête n’a pas donné, paraît-il, un résultat favorable; Tartuffe a
-tâté une étoffe plus moelleuse que la jupe d’Elmire, aussi, cachant
-son trouble sous une apparence paternelle et bonnasse, offre-t-il à
-sa voisine un de ces pantalons dont sa valise contient toujours des
-échantillons:
-
-—Ça coûte donc bien cher, un pantalon, ô ma sœur?
-
- (Le _Courrier français_, 21 janvier 1894.)
-
-
-La chère petite n’a pas pris seulement goût aux préludes comme Héloïse,
-elle a pris également goût à l’objet. Le couple est installé maintenant
-à l’hôtel. En bras de chemise, l’homme zieute par-dessus ses lunettes
-et sa Bible, l’aimable enfant, dont, moqueurs, les seins saillent
-hors du corset, cependant qu’un court et coquet pantalon ceint ses
-hanches—pures et radieuses, ô Marguerite—et dessine le contour ferme
-des cuisses.
-
-A coup sûr, il en aura pour son argent—on n’en saurait dire autant de
-la pauvrette—mais, c’est égal, 80 francs un pantalon de propagande,
-il faudra, au retour, joindre à la note de la lingère quelques frais
-accessoires pour la faire «registrer» par le comptable de la Ligue:
-
-—Parfait!... mais 80 francs un pantalon... Je vais être grondé à la
-Ligue.
-
- (Le _Courrier français_, 28 janvier 1894.)
-
-
-Il est un âge auquel on est vite au bout de son rouleau et auquel,
-pour reprendre le mot d’un maître qui nous est cher à tous, on demande
-surtout de la patience à sa partenaire. Le petit voyage est terminé:
-ils ont repris le train, Malicieuse, émoustillée par quelques détails
-croustillants, elle lit la Bible; Lui, méthodique et méthodiste, replie
-le pantalon qu’il vient de lui retirer, prêt à le renfermer dans la
-fameuse valise.
-
-LUI.—Décidément, le pantalon est incommode; rangeons-le comme objet de
-propagande.
-
-ELLE.—Mais il est rigolo pain de seigle, son bouquin!
-
- (_Courrier français_, 11 février 1894)[547].
-
-
-Les vieux, les vieux, sont des gens heureux, avons-nous dit: à
-condition de n’avoir point soif, ils ne doutent de rien, à moins que
-déjà ne se fasse sentir l’effet de cette trépidation des trains, que le
-bon poète Armand Masson chanta en un poème lapidaire:
-
- La trépidation excitante des trains
- Vous glisse des désirs dans la moelle des reins:
- Pan! un enfant!
-
-Ah! non, pas ça: ce serait peut-être un singe.
-
-Pour revenir aux pantalons fermés—parlons-en toujours et n’en portons
-jamais—qu’un linger n’aille pas envoyer par un trottin une culotte
-aussi saugrenue à une de ses clientes. L’accueil serait plutôt froid:
-
-—Des pantalons fermés! Est-ce que votre patron me prend pour sa femme?
-
-Ou, fermé, faut-il, du moins, qu’un pantalon se puisse ouvrir:
-
-
-CHEZ LE MARCHAND DE LINGE.
-
-—Ouvert ou fermé?
-
-—Bah! fermé, mais que ça puisse s’ouvrir!
-
- (J. Wély: Le _Frou-Frou_, 1901.)
-
-
-Malheur à la camériste qui, par mégarde, aura donné à sa maîtresse un
-pantalon fermé, le jour où elle doit voyager avec de vieux messieurs.
-Nous retombons dans refrain connu: c’sont là des chos’ qu’un’ femm’
-n’... pardonn’ pas.
-
-—Vous savez, ma petite, la première fois que vous me donnerez des
-pantalons fermés les jours où je dois voyager avec des sénateurs, je
-vous retiendrai un mois de vos gages!
-
- (Chantelaine: _L’Indiscret_, 1902.)
-
-
-Même au bal de l’Opéra, où, dans les couloirs, la galanterie française
-aimait à revêtir une brutalité toute germanique pour tripatouiller les
-dessous des dominos, la plupart ne s’embarrassaient pas d’un pantalon
-fermé. Au besoin, si elles craignaient par trop les mains froides,
-elles recouraient à l’épingle cruelle pour clôturer l’entrebâillement
-de la fente:
-
-—C’est qu’on dit qu’à l’Opéra, ils sont très entreprenants.
-
-—Tant pire pour eusses..., ils trouveront des épingles.
-
- (Lourdey: Le _Journal pour tous_, 29 janvier 1896.)
-
-
-Les imprudentes, il n’en faut souvent pas davantage pour ruiner les
-plus belles espérances:
-
-—Et ne laisse pas d’épingle à mon pantalon comme l’autre jour. Il n’en
-faut pas plus pour briser une carrière.
-
- (_Paris-Galant_, 1913.)
-
-
-Il y a des plaisanteries faciles que les humoristes, comme les
-revuistes, n’ont garde d’omettre:
-
-—Mon amant aime que mes pantalons soient tout roses!...
-
-—C’est curieux, le mien préfère qu’ils soient tout verts!...
-
- (Almanach du _Sans-Gêne_, 1904.)
-
-
-Chanson analogue:
-
-IDYLLE.
-
-LUI.—Avec ta manie de toujours t’asseoir sur l’herbe, voilà que mon
-pantalon est tout vert.
-
-ELLE, _distraite_.—Eh bien, ferme-le.
-
- (Le _Rire_, 4 juillet 1903.)
-
- * * * * *
-
-Il y a, cependant, des fantaisistes pour les porter tantôt ouverts,
-tantôt fermés, suivant leurs inspirations, suivant la couleur du ciel
-ou leurs projets. Dans ce cas, si peu observatrice qu’elle soit, leur
-femme de chambre saura à l’avance, suivant le modèle choisi, si Madame
-rentrera dîner le soir avec son mari, ou si elle rentrera en retard
-pour le déjeuner:
-
-—Madame mettra-t-elle une combinaison?
-
-—Un pantalon ouvert, Justine, avec de la valenciennes.
-
-JUSTINE, _étourdiment ou effrontément_.—Alors, Madame ne dîne pas avec
-Monsieur, ce soir?
-
- (Vallet: _Vie Parisienne_.)
-
-
-De Vallet également:
-
-JUSTINE.—Ouvert ou fermé, le pantalon de Madame?
-
-MADAME.—Ouvert, Justine, ouvert avec des nœuds roses.
-
-JUSTINE, _à part_.—Allons bon on va encore déjeuner en retard ce matin!
-
- (_L’Indiscret_, 1902.)
-
-
-Cette Justine—son prénom l’y autorise—semble ne pas ignorer «les
-malheurs de la vertu». Un mari qui n’ignore pas les siens saura
-également quand il devra tenter la veine à Auteuil ou sur la pelouse
-humide des suburbains. Le pantalon ouvert constitue, pour certains,
-comme le pantalon rose, un pronostic:
-
-
-LE BON TUYAU.
-
-—Si elle se colle un pantalon ouvert... Je prends le toquard dans un
-fauteuil...
-
- (J. Wély: le _Frou-Frou_, 1901.)
-
-
-Le pan de chemise de Nana et d’Echalote, le fâcheux pan de chemise,
-parfois si amusant, ne pouvait, naturellement, manquer de tenter la
-verve des artistes. Le plus souvent, tel Marcel Capy, le peintre des
-lys, Capy des lys, tels Gerbault ou La Nézière, ils se contentent de le
-dessiner. Parfois, pourtant, ils le font intervenir dans leurs légendes:
-
-De Carlègle, ce quatrain:
-
- De son amie, Untel remarquant la chemise
- Qui passait par le pantalon entre-bâillé,
- Répéta ce dicton qui lui parut de mise:
- «Il faut qu’un pantalon soit ouvert ou fermé.»
-
- (Le _Rire_, 24 mars 1906.)
-
-
-Ce pan, corollaire inévitable des pantalons ouverts, certaines le
-craignent, d’autres en rient, de plus nombreuses s’en moquent.
-Intimement lié aux dessous, il fait partie des déshabillés.
-La mondaine n’y échappe pas plus que la midinette ou que la
-professionnelle: passe hâtive ou liaison sérieuse, il manque rarement
-de jeter, une fois la jupe tombée, sa note gamine.
-
- _Leurs Gueules._
-
- Celle de l’ancienne pensionnaire des Oiseaux
-
- Adultère avec la croix et la bannière
-
- (Grün: l’_Assiette au beurre_, 18 mars 1903.)
-
-
-C’est l’exception quand, sous les jupes d’une femme troussée à
-l’improviste, la «bannière» n’apparaît pas; aussi, au-dessous
-d’un dessin qui aurait pu joliment illustrer la fameuse scène de
-l’_Assommoir_, Balluriau a pu tracer, exclamative, cette légende:
-
-
-BATAILLES DE FEMMES. LE DUEL AU LAVOIR.
-
-—Ah! mince alors! Madame a peur des courants d’air?... Le pavillon est
-en berne!
-
- (Le _Rire_, 28 octobre 1905.)
-
-
-Le grand pan n’est pas mort.
-
-Mieux que les manifestations féministes et que le raffut momentanément
-oublié des suffragettes, le pantalon a amené entre les sexes une sorte
-d’égalité. Comme Monsieur, Madame a son pantalon et en est fière.
-Le vieux rêve de toutes les femmes de porter culotte est exaucé.
-Souriante, une petite femme de Gerbault s’exclame, dans le _Rire_,
-avant de dépouiller l’inutilité de cette lingerie:
-
-
-ÉGALITÉ.
-
-—Vous faites le fier parce que vous êtes un homme. Eh bien quoi? moi
-aussi, j’ai un pantalon.
-
-Ce pantalon se prête à tous les sports, aussi bien au jeu un peu désuet
-du saute-mouton qu’à la séance d’équitation si fâcheusement interrompue
-de Marthe Payet, à Bayreuth.
-
-Au-dessous de deux fringantes déshabillées se livrant à cet innocent
-amusement, L. Vallet a placé cette invitation moins innocente:
-
-
-GREAT EXHIBITION.
-
-Mme la comtesse Ida de Monplaisir et Mlle Ninon de Chabot ont l’honneur
-de prévenir leur nombreuse clientèle de l’ouverture de leur grande
-exposition de blanc.
-
- (Le _Frou-Frou_, 1902.)
-
-
-Objets d’art nouvellement arrivés—ne mettons pas débarqués—de la Chine
-et du Japon... On les connaît ces expositions et le bristol qui invite
-à les visiter... On y est généralement d’un louis.
-
-D’aucunes, assez nombreuses, aiment à s’attarder en pantalon. Elles se
-trouvent charmantes ainsi et elles n’ont pas tort. C’est un déshabillé
-coquet et commode, à condition, toutefois, que la femme soit jeune
-et qu’elle ne tienne ni de la poupée de Jeanneton, ni de la Vénus
-hottentote.
-
-Ainsi, il ne saurait convenir à la femme du herr professor, la Diane
-des fesses, ni même à la milliardaire américaine, quand elle a atteint
-l’âge de la Baronne. Ces très ci-devant jouvencelles marcheraient
-encore volontiers; mais, hélas! le chic et le sac ne marchent pas
-toujours d’amble:
-
-—T’as le sac, mais pour le chic, faudra repasser, ma vieille.
-
- (Grandjouan: le _Rire_, 28 mai 1904.)
-
-
-Trop de teutons. Cette jeune Viennoise a pour elle la jeunesse; elle
-voudrait bien, elle aussi, marcher, mais, point assez moderne pour
-prendre un amant, il lui faudrait la croix en plus de la bannière que
-déjà elle possède. Pour mieux goûter plus tard aux joies de l’adultère,
-à sa toilette, elle songe au bon motif en attendant le meilleur:
-
-—Ces imbéciles d’hommes, avec leurs compliments: combien je suis plus
-jolie dans ma toilette de bal. S’ils savaient combien plus jolie je
-suis sans aucune espèce de robe, depuis longtemps déjà, l’un d’eux
-m’eut épousée.
-
- (_Wiener Caricaturen_, 1903)[548].
-
-
-Dame, on fait bien des choses, habillée, ou à demi-déshabillée, comme
-le confessait, un jour, une aimable femme, et le pantalon se prête
-autant à ces petits jeux que les jupes entravées, les corsets trop
-longs et l’arsenal compliqué des jarretelles les rendaient parfois
-difficiles, sinon dangereux.
-
-Monsieur,—le ménage doit aller dîner en ville,—ayant déjà revêtu le
-frac, presse Madame, à qui il ne reste plus qu’une épingle à mettre...
-à son pantalon:
-
-—Eh bien, es-tu prête?
-
-—Cela dépend pourquoi.
-
- (Fabiano: le _Rire_, 7 décembre 1907.)
-
-
-L’heure du berger. Malheureusement, le mari lui préférera sans doute
-celle du dîner: les amants ont toujours beau jeu.
-
-Que Rézi, cependant, si elle conserve son pantalon, enlève au moins
-son chapeau. L’Amour porte un bandeau—et à l’œil encore—et non un
-Gainsborough.
-
-—Oui, mon cher, je suis fantasque, originale..., il faut me prendre
-comme je suis.
-
-—Retire au moins ton chapeau.
-
- (_Paris-Galant_, 1910.)
-
-
-Dans les ministères, comme dans les hôtels meublés, les cloisons sont
-minces. C’est l’époque impatiemment attendue où se prépare la promotion
-violette. Les candidats sont sur les charbons et les attachés de
-cabinet, non sur les dents, mais sur les boulets.
-
-N’ayant déjà plus que son pantalon, une jeune femme perçoit la scène
-insuffisamment muette qui se joue de l’autre côté:
-
-—Tiens, tiens, j’entends dans le bureau à côté une dame qui est aussi
-en train de faire décorer son mari.
-
- (_Paris-Galant_, 1913.)
-
-
-Souvent, ô fonctionnaires, l’élégance ou la couleur d’un pantalon
-auront plus fait pour votre boutonnière que l’ennui pesant et si
-parfaitement inutile des heures de bureau:
-
-—Je serais curieuse de savoir qui enlèvera les palmes: les quinze ans
-de service de mon mari ou mon pantalon mauve!
-
- (Préjelan: l’_Indiscret_, 21 mai 1902.)
-
-
-Ah! le dévouement des épouses.
-
-Combien, sans être montées jusqu’au Ministre pourraient lui adresser le
-même reproche que cette aimable empantalonnée de Gerbault:
-
-
-DÉCORÉ.
-
-—Dis-donc, mon p’tit ministre, pourquoi donc, pour la décoration de mon
-mari, n’a-t-on pas mis à l’_Officiel_: «Pour services exceptionnels de
-sa femme?»
-
- (Le _Rire_, 10 février 1906.)
-
-
-L’épreuve peut n’être pas trop pénible, même pas pénible du tout, quand
-on a affaire à un jeune attaché dont la fine moustache fleure l’ambre
-et dont les lèvres sentent appeler le baiser; il y a, par contre,
-les directeurs et les chefs de bureau déjà lézardés avec lesquels ça
-devient une rude corvée.
-
-Ne croyez pas que ce soit toujours drôle l’amour et que la femme ne
-soit pas souvent la première à porter la croix:
-
-
-QUAND ON N’A PLUS VINGT ANS.
-
-—Tu vois, ma chère enfant, qu’il y a encore moyen de s’arranger avec
-les vieux.
-
-—Oui, mais de quelle façon...
-
- (_Wiener Caricaturen_)[549].
-
-
-Les moteurs des six-chevaux et demi des débuts de l’auto, les
-préhistoriques et ridicules tacots de jadis, qu’effrayaient la côte
-de Suresnes, ne sont pas seuls à connaître la honte des ratés: il y a
-d’autres pannes d’allumage dont on ne saurait se tirer.
-
-—Vous en avez des idées de me faire promener comme cela en corset et en
-pantalon, et pour rien.
-
- (Jack Abeillé: le _Frou-Frou_, 1901.)
-
-
-Entre femmes, cette tenue permet d’aimables comparaisons auxquelles
-n’aurait point su se dérober Pâris et dont les anciens bals du
-_Courrier français_ n’ignorèrent point le charme. Ce serait une erreur
-grossière de croire que tous les derrières se ressemblent. Il en est
-de beaux, comme il en est de vilains: les uns auraient pu exciter la
-verve d’Armand Silvestre, d’autres rappellent la croupe de l’éléphant,
-ou c’est un «pauvre petit derrière de rien du tout», comme celui de M.
-Badin.
-
-Celles qui sont douées de ces insuffisances se montrent aisément
-pincées et agressives. La laideur et la maigreur rendent susceptibles:
-
-—Le tien est plus gros... Et puis après? Faut pas t’imaginer que ça se
-vend au kilo!
-
- (Stop: _Journal amusant_.)
-
-
-Si gracieuses que puissent paraître en pantalon nos contemporaines,
-on ne saurait leur conseiller de sortir dans ce costume. Elles
-risqueraient de se faire remarquer:
-
-—Je voudrais bien savoir ce que j’ai de si comique que tout le monde se
-retourne ainsi sur moi.
-
- (_Die Auster_, Munich, 1903)[550].
-
-
-Ce serait le moins de mettre des gants et non, comme beaucoup, de les
-serrer dans ses bas:
-
-—Ben quoi! Tu ne vas pas aller au Bois comme ça, je pense? Prends au
-moins des gants blancs.
-
- (Petitjean: le _Frou-Frou_, 1901.)
-
-
-La Pudeur publique, la vieille dame aux bottines à élastiques et au
-cabas de tapisserie rappelant le sac de Choulette, pourrait la trouver
-mauvaise, jugeant que cette feuille de vigne tient trop de la feuille
-de rose.
-
-Elle prendrait, dans la circonstance, les espèces et le bâton blanc
-d’un de nos bons agents, et il ne conviendrait pas, ô délinquantes, de
-rouspéter:
-
-—Alorrs, s’foutez d’ la pudeur publique?... Croyez qu’ça va s’passer
-comme ça?
-
-—Désolée, m’sieu l’agent, mais ma couturière est en grève.
-
- (G. Meunier: le _Frou-Frou_, 1901.)
-
-
-Les caricaturistes ne respectent rien. Les malheurs de la famille
-Humbert—nous avons eu depuis des vols plus sensationnels—n’ont pas
-trouvé grâce devant eux. Au lendemain du jour où était éparpillée, rue
-Drouot, la défroque de la «gens», on pouvait lire dans le _Journal_,
-au-dessous d’un amusant dessin d’Abel Faivre, cette légende d’une
-plaisante actualité:
-
-
-LA VENTE HUMBERT-BOULAINE.
-
-—Tu as eu tort d’acheter la lampe de Boulaine... la voilà qui file!
-
-—... Mieux vaut le pantalon d’Ève... on peut mettre tout le monde
-dedans.
-
- (Le _Journal_, 14 novembre 1902.)
-
-
-Encore que la Parisienne ne puisse se montrer dans la rue en corset
-et en pantalon, sans risquer un bon rhume et une contravention, les
-occasions ne lui manquent pas, nonobstant la disparition des impériales
-d’omnibus, de laisser apercevoir à ceux qu’intéresse le retroussé, les
-froufrous et les dentelles de ses pantalons.
-
-D’abord, il y a le bal, le bal qui a permis à Bertall et à Randon
-de noter, les premiers, l’importance prise par le pantalon dans les
-dessous de la femme.
-
-Avouerai-je n’avoir jamais été de ceux qui, à l’Élysée ou au
-Moulin-Rouge, faisaient cercle autour des quadrilles. Ce linge
-brutalement étalé, ces jambes étiques ou que guette l’éléphantiasis
-m’ont toujours laissé froid. Ce sont là distractions qu’il faut laisser
-aux riverains de la Sprée et aux autochtones de Brives-la-Gaillarde
-ou de Crozant, venus faire la bombe à Paris. J’ai bâillé? au Père
-Lebonnard, le grand écart ne m’en a jamais dit davantage.
-
-Le chahut a cependant fourni trop de croquis ou de légendes aux
-caricaturistes pour qu’il soit permis de le négliger. Subissons donc ce
-«tour» de quadrille, comme on subit, en attendant la revue, le tour de
-chant d’une romancière contemporaine d’Amiati et de nos avant-derniers
-bas bleus. Peut-être, parmi ces professionnelles de la pastourelle,
-s’en trouvera-t-il une qui lève la jambe pour son plaisir et que
-n’incite pas à cette gymnastique l’appât du maigre cachet quotidien?...
-Saluez-la bien bas, ou mieux, offrez-lui un bock: il sera le bienvenu,
-surtout s’il est en tôle émaillée.
-
-Sous un croquis bien second Empire, encore que ne rappelant que de loin
-la manière de Winterhalter, Grévin, traçait, en 1866, cette légende:
-
-
-LES BASTRINGUES.
-
-«Nouveau pas de la chaloupe en détresse. Histoire de montrer qu’on a du
-linge».
-
- (Le _Petit Journal pour rire_.)
-
-
-Ne vous excitez pas: vous ne verrez rien.
-
-Et c’était Mabille, dont le dessinateur Pelcoq célébrait ainsi les
-quadrilles:
-
-
-REVUE DE MABILLE.
-
-Arme au bras!... Le plus fier mouvement de la danse nationale française
-(traduction anglaise de ce qu’à Mabille on nomme tout bonnement le
-cancan). Shocking! et «pas de début» pour toute femme qui veut se poser
-un peu bien dans le monde.
-
- (Le _Journal amusant_, 12 septembre 1868.)
-
-
-Nous avons mieux: l’opium, l’éther, la cocaïne posent davantage, de nos
-jours la petite grue qui va tanguer à Magic-City, quitte à regagner,
-par l’autobus, la fontaine sacrée de Pigalle, si le michet désiré ne
-répondit pas au sourire carminé de ses lèvres.
-
-Le cancan ne saurait fournir à une jeune personne qui se destine à la
-prostitution le collier et l’Hispano-Suiza dont rêve toute première
-communiante. Le quadrille est mort avec la Goulue et je doute qu’elle
-se soit retirée millionnaire.
-
-Heureuse époque, on dansait sous les marronniers des Champs-Élysées.
-Les modes n’étaient peut-être pas jolies, jolies, mais, les «petits
-crevés» savaient ne pas demeurer insensibles aux hardiesses d’un
-cavalier qu’ils s’empressaient de ne pas laisser seul:
-
-—Savoir danser! t’es jeune, ma petite! Avec une jolie jambe, comme
-ceci... mets tes jupes sur ton bras, comme ça, et pars du pied gauche!
-
- (Stop: le _Charivari_, 1867.)
-
-
-La progression n’a guère varié. En dépit de la suppression du port
-d’arme, les mouvements sont restés les mêmes, et sous le retroussis
-«comme ça» des jupes, apparaît la blancheur claustrale du pantalon,
-dessinant des rondeurs qui la teintent de rose:
-
-—Ceci n’est pas une étoile, c’est—une lune—de la danse.
-
- (Stop: le _Journal amusant_, 8 août 1891.)
-
-
-La lune, avec des nuages autour. Grâce à quoi, un vieux savant—non,
-mais à quelle heure les couche-t-on?—doit de s’entendre familièrement
-interpellée par une de ces nymphes, chez lesquelles la bosse du respect
-est aussi rare que celle de la maternité:
-
-
-OUS QU’EST MON BAROMÈTRE.
-
-—Puisque t’es à l’Observatoire, dis-moi si ce nuage-là indique le beau
-temps.
-
- (Le _Frou-Frou_, 1901.)
-
-
-La Goulue aimait exhiber cette partie de son individu sous la
-transparence de son pantalon, qui, sans le Père la Pudeur—le
-vrai—n’aurait pas toujours été aussi clos que les salons auxquels le
-marquis de Chabanais doit d’avoir survécu dans la mémoire des hommes.
-
-Le geste pouvait ne pas être beau, mais un dessin du pauvre Heidbrinck
-l’a sauvé de l’oubli:
-
-VALENTIN.—Prends garde, la Goulue, tu vas te faire remarquer...
-
- (_Courrier français_, 29 juin 1890.)
-
-
-Si officiels qu’ils soient, ces dessous sont pourtant plus propres que
-ceux de la Chambre et des couloirs. Une chahuteuse de Carl Hap est
-heureuse de le constater:
-
-—Nos dessous sont toujours plus propres que ceux de la politique.
-
-
-Tu sais, ma petite, il n’y a pas de quoi te montrer si fière. Le point
-de comparaison ne saurait être à l’honneur de ta blanchisseuse.
-
-Il paraît qu’il y a encore des gens que ce spectacle émoustille à ce
-que déclarent ces dames:
-
-
-APPATS POUR HOMMES.
-
-—Des dessous, de la cuisse, des bas noirs et de la prunelle.
-
- (Ruiz, le _Frou-Frou_, 1901).
-
-
-Allons, tant mieux... mais combien y en a-t-il à qui ces expositions
-d’un blanc douteux font surtout, en fait de Chopin, l’impression d’une
-marche funèbre, la marche funèbre de Schopenhauer, ô Donnay.
-
-Ce qui attire les étrangers et les provinciaux, c’est moins,
-savez-vous, la lingerie tapageuse et tape à l’œil de ces automates, que
-l’improbable mirage d’un pantalon insuffisamment clos, ou que l’éclair,
-plus improbable encore, de la chair nue et vierge de culottes.
-
-Oui, mais, notre vivace et bel aujourd’hui—à des faunes en convient-il
-pas de parler la langue un peu sybilline du Maître?—ne s’enorgueillit
-que rarement de cette féerie.
-
-Les inspecteurs et les gardes municipaux sont un peu là, ils sont même
-uniquement là, pour s’opposer à ces sans-culottides. La garde veille
-ailleurs qu’aux barrières du Louvre—et les vieilles gardes donc!—elle
-représente l’œil non de la Providence, mais de la police, et dans
-sa hâte de verbaliser et de constater un illusoire délit, il lui
-arrive même de se fourrer le doigt dans l’œil. Fortes de leur droit
-et la fermeture de leurs pantalons, ces demoiselles se montrent alors
-exemptes d’aménité:
-
-—Pas d’pantalons, moi! Oh là là! Mais, mon vieux, j’ suis plus
-sérieusement culottée que ton nez.
-
- (Maurice Marais: la _Chronique amusante_, 16 mars 1893.)
-
-
-Cet homme de guerre peut d’ailleurs s’absenter et profiter du jour de
-sortie de sa connaissance pour l’emmener au théâtre Montmartre ou à la
-Comédie Mondaine, l’ancien Divan de joyeuse mémoire. Un homme de bien
-n’hésitera pas à revêtir sa tunique et à aller prendre sa consigne
-devant l’arche, sans y mêler le pas un peu spécial auquel l’humoriste
-David a dû de figurer parmi les ancêtres des Clodoches:
-
-«M. Bérenger endossant l’uniforme de municipal pour s’assurer que, dans
-les bals publics, les dessous des dames sont bien clos.»
-
- (Henriot: le _Charivari_, 3-4 avril 1893.)
-
-
-Comme le gendarme, dont ils se rapprochent par leur origine et par leur
-tenue, ces êtres-là sont sans pitié. Bien que le public ne demande
-que ça, ce n’est pas une blague à faire que de lui montrer son ...,
-non, sa lune, sans qu’elle soit voilée par un de ces nuages légers que
-déplorait le bon Silvestre et que l’honnête M. de La Rochefoucauld ne
-trouvait jamais assez épais.
-
-Sur un très vieil air, cela se chante. C’est une variante, à l’usage
-des enfants de Marie ayant dépassé l’âge de la puberté, d’un des
-couplets qu’elles chantonnèrent gamines:
-
- Quand j’étais petite je n’étais pas grande,
- Je montrais mon ... à tous les passants,
- Oui, mais à présent c’est bien différent
- Quand j’en fais autant
- On veut m’ f... dedans.
-
- (J. Villon: le _Rire_, 1er février 1902.)
-
-
-Le café-concert permet de petites exhibitions qui ont sur celles du bal
-la supériorité de se prêter beaucoup mieux au levage et à l’élevage des
-protecteurs sérieux, ils ont sur les singes l’avantage de l’argent et
-l’infériorité de la parole. Le caf-conc., devenu temple de la revue,
-semble avoir, cependant, peu fouetté la verve des caricaturistes. Les
-théâtreuses en déshabillé, bas, corset et pantalon abondent dans leur
-œuvre légère, mais c’est à peine si l’on peut emprunter cette légende
-au dessinateur Robert:
-
-—Un simple petit retroussis de jupe et les voilà tous à moi.
-
- (Le _Frou-Frou_, 1901.)
-
-
-Demain n’est à personne!
-
-
-De Gerbault, il y a bien une «beuglante» d’une si jolie venue, avec
-ses seins saillis du corset fatigué, le réalisme de son pantalon
-et ses bras qu’elle étire, qu’il semble difficile de ne la pas
-mentionner—mieux vaudrait pouvoir la reproduire. Mais, c’est moins une
-caricature qu’un croquis pris sur le vif: coin de garni entrevu en
-feuilletant _la Traite des Chanteuses_ d’Ibels, la ville de garnison et
-son pesant ennui, le tréteau du limonadier devenu négrier, le tenancier
-sinistre et cynique dont le dos verdit et dont les bras tournent aux
-nageoires, Philibert à la manque et Tellier non patenté.
-
-On ne saurait se figurer, par contre, le nombre de retroussés auxquels,
-depuis Rowlandson, pour ne pas remonter plus haut, le vent a prêté. Pas
-plus que celles de Carle Vernet et d’Isabey, les héroïnes de Rowlandson
-ne portant pas de pantalons, passons au déluge, c’est-à-dire à l’année
-1844, du règne de Louis-Philippe, la quatorzième.
-
-Nous avons déjà signalé ce dessin consacré par Richard, aux Bains
-de mer belges (_Illustration_, 28 septembre 1844): il suffit donc
-de le rappeler pour mémoire. C’est le point de départ d’une série
-qui, depuis, s’est démesurément allongée, en même temps que se
-raccourcissaient les pantalons. Du temps de Richard, ils tombaient
-jusqu’à la cheville, atteignent-ils maintenant le genou?
-
-Richepin et Trézenik ont célébré l’amateur de mollets. Nos humoristes
-sont tous plus ou moins de ces amateurs-là, et, scrutons nos
-consciences, n’en sommes-nous pas un peu tous également?
-
-La femme vraiment femme, que tente l’aventure et que l’idée n’effraye
-point de laisser apercevoir, au-dessus de ses bas, un peu de sa chair
-nue, met-elle un pantalon les jours de vent.
-
-A cette question, sans même attendre qu’elle leur soit posée, les
-humoristes répondent généralement par la négative. C’est pour eux un
-axiome qui ne se discute pas et qui fait foi.
-
-
-UNE FEMME PRUDENTE.
-
-—Fait-il beau?
-
-—Beaucoup de vent.
-
-—Alors, j’mets pas d’culotte.
-
- (Préjelan: la _Caricature_, 6 mars 1897.)
-
-
-Préjelan dont la petite femme est si charmante et si moderne, évoquant,
-moins le corset aux fleurettes bleues et les faveurs bleues—un bleu
-auquel on se vouerait volontiers—telle silhouette aimée, Préjelan
-semble tenir à cette donnée et une réplique de cette légende revient
-sur les lèvres d’une de ses soubrettes:
-
-—Si Madame sort, elle fera bien d’enlever sa culotte, il fait un vent à
-vous coiffer avec vos jupes.
-
- (Le _Frou-Frou_, 1901.)
-
-
-Il est vraiment désolant d’avoir, ces jours-là, un pantalon. C’est un
-peu la «soirée perdue», autrement que ne la conçut Musset:
-
-
-LES TEMPS DIFFICILES.
-
-—C’est bien ma veine! Pour une fois que je mets un pantalon, il fait un
-vent du diable.
-
- (Hémard: le _Rire_, 6 avril 1907.)
-
-
-Au moins faut-il qu’il soit on ne peut plus transparent: la sainte
-mousseline.
-
-—Suis-je assez bête, par ce joli temps si propice au commerce, ne pas
-avoir mis mon pantalon de mousseline!
-
- (Mirande: _l’Indiscret_, 1902.)
-
-
-Sans être du midi, les caricaturistes n’exagéraient-ils pas légèrement?
-
-La rafale fait rage, retourne les parapluies et soulève les jupes des
-malheureuses, dont le chapeau à tenir occupe suffisamment les mains.
-
-Bonne fille, un trottin déclare:
-
-—Et puis, moi, vous savez, franche comme l’or! J’ai jamais rien pu
-cacher à personne!
-
- (Robert: le _Frou-Frou_, 1901.)
-
-
-Qui s’en plaint? Pourtant, prenez garde, mademoiselle, il y a de vieux
-messieurs qui, en dehors de l’intimité, ne sauraient admettre ces
-blancheurs suspectes. Ne pouvant supprimer les bourrasques, ne s’en
-prendront-ils pas à vous une autre fois?
-
-—Les bourrasques sont dangereuses non seulement pour la sécurité
-publique, mais aussi pour la morale. Donc, supprimer les bourrasques.
-
- (Le _Frou-Frou_, 1901.)
-
-
-Ironie des choses, l’accident peut se produire en passant devant le
-Sénat, ce dernier rempart de la Pudeur et de la saine gaîté de nos
-pères.
-
-«Juste devant le Sénat... Ah! si M. Bérenger voit ça...
-
- (Henriot: le _Charivari_, 1893.)
-
-
-L’artiste semble affectionner ces effets d’orage.
-
-
-TEMPÊTES.
-
-—Heureusement que grâce à nos collets on ne peut pas voir notre
-figure s’écrie, dans le _Charivari_, une dame, dont, sous les jupes
-troussées, le pantalon apparaît jusqu’à la ceinture.
-
-C’est le jour ou jamais d’avoir du linge blanc, dût la fente laisser
-échapper par derrière le drôle de petit tire-bouchon que l’on sait.
-
-Prévoyante, une jeune fille de Doès rassure sa mère:
-
-—T’inquiète pas, maman, j’ai changé de linge ce matin.
-
- (Le _Rire_, 26 mars 1898.)
-
-
-Le vent malin peut s’amuser à coiffer la figure postérieure de la dame
-du couvre-chef envolé de la tête d’un homme sérieux, professeur ou
-chef de bureau. Mieux eût valu, en vérité, le fond béant de la batiste
-dévêtue:
-
-—Je crois qu’un impudent se sert de mon couvre-chef pour se couvrir...
-la tradéridéra. (_Die Bombe_, Vienne).
-
-Et ce n’était pas le bord plat de feu Maugis.
-
-La montée difficile d’une vieille dame en voiture n’est pas sans
-fournir un tableau du même genre, aggravé par le fait que c’est un
-vieux tableau:
-
-—Voyons, Eusèbe, dépêchez-vous, vous allez finir par faire voir mon
-pantalon.
-
- (Robert: le _Frou-Frou_, 1901.)
-
-
-On le voit, en effet; mais la brave femme peut se rassurer, cette vue,
-si elle prête à rire, ne saurait éveiller aucun désir dans le cœur de
-l’animal qui sommeille. Elle inspirerait plutôt, ma chère, l’horreur du
-péché.
-
-Depuis _Miss Helyett_—et même avant—l’alpinisme, le vent et les sentes
-roides de la montagne ont, de leur côté, provoqué pas mal de pochades
-dans lesquelles le pantalon joue naturellement son rôle.
-
-Une vierge de Wély dont la lingerie est pour nous sans mystère a cette
-louable préoccupation.
-
-
-L’ALPINISME.
-
-—Ma robe qui s’envole... dis, m’man, est-ce qu’on voit quelque chose?
-
- (Le _Rire_, 20 juin 1903.)
-
-
-—Voui, ma gosse..., mais, n’t’en fais pas, on pourrait zieuter quelque
-chose de plus désagréable.
-
-Bien que nous ne soyons plus aux temps lointains de Paul de Kock—on
-s’amusait de bien peu de choses, à commencer par les aventures de _la
-Pucelle de Belleville_ ou de _Gustave le mauvais sujet_—la balançoire
-a, après le vent, conservé la palme, presque académique, pour ces
-aimables retroussés auxquels sont restés sensibles les enfants de tous
-les âges.
-
-Les hasards de l’escarpolette ont pu perdre de leur charme et de leur
-élégance: qu’importe? Est-il meilleur prétexte à dévoiler de jolies
-jambes et l’intimité de dessous dont il est rare de pouvoir faire aussi
-généreusement montre.
-
-Nos ancêtres riaient de ces envolées qui, faute de pantalon, laissaient
-apercevoir le rose des cuisses, des nymphes qui ne semblaient
-nullement émues. Grâce à la Ligue et au vent moralisateur et délétère
-des tranchées pasteurisantes, nous faut-il rougir, aujourd’hui de
-ce spectacle auquel le fabuliste aurait pris, sans doute, autant de
-plaisir qu’à écouter conter Peau d’Ane?
-
-
-LES DANGEREUX HASARDS DE L’ESCARPOLETTE.
-
-—Et dire qu’il y a cent ans j’aurais pu regarder ça sans rougir!
-
- (J. Wély: le _Frou-Frou_, 1901.)
-
-
-Ma foi non, je ne rougis pas et je confesserai même contempler assez
-volontiers les formes que révèle généreusement cette petite femme de
-Mirande:
-
-
-L’ESCARPOLETTE.
-
-—Quand je me balance avec toi, tu vois, j’y mets des formes...
-
- (Le _Rire_, 30 juillet 1904.)
-
-
-Mieux que des formes, un véritable panorama:
-
-—N’est-ce pas que d’ici on peut embrasser un joli panorama?...
-
- (P. Balluriau: le _Rire_, 2 mai 1908.)
-
-
-Que ces demoiselles ne s’y fient pas: c’est là par ces temps malsains,
-un jeu dangereux; voici un homme à favoris gris, qui s’avance, qui
-pourrait la trouver mauvaise et se laisser aller, lui aussi, à de
-fâcheux courroux:
-
-
-L’ESCARPOLETTE.
-
-Encore un grand plaisir pour les Parisiennes. Les hommes font cercle.
-On voit les mollets et quelquefois aussi... mais chut! Baissez votre
-jupe, mademoiselle! Monsieur Bérenger s’approche.
-
- (George Edward: la _Chronique amusante_, 24 août 1893.)
-
-Évidemment, comme Max Blanc:
-
-—Voilà comment j’aimerais voir les dessous de la politique.
-
- (_L’Indiscret_, 1902.)
-
-
-Au Panama—que c’est vieux déjà!—je préférerais le panorama ainsi
-révélé, presque la Terre promise. Mais, ne nous frappons pas, n’est-ce
-pas comme dit l’autre, des balançoires?
-
-
-UN SAGE.
-
-—Dans la vie, vois-tu, il ne faut jamais s’occuper du voisin, et se
-dire que tout ce qu’on voit, au fond, c’est des balançoires.
-
- (_L’Indiscret_, 1902.)
-
-
-Il est bon, parfois, de détacher ces regards de la terre et de regarder
-plus haut: c’est un coin de ciel entrevu, ce paradis ouvert que vantait
-Victor-Emmanuel et que Mahomet n’a point promis à Von der Goltz pacha:
-
-—Tout ce qui se passe sur la terre, mon fils, c’est de la balançoire.
-Portez vos regards vers le ciel...
-
- (Rouveyre: le _Rire_, 14 juillet 1900.)
-
-
-Et vous, les michetons et les jaloux, les punais de l’amour, ne faites
-pas tant de foin et laissez vos petites amies faire aux pauvres bougres
-qui ne les entretiennent pas l’aumône de leurs jambes et la charité de
-leurs dessous. Il n’est pas bon d’aller troubler dans son sommeil le
-chat qui dort et vous pourriez vous faire griffer, messeigneurs:
-
-
-LES JOIES DE L’ESCARPOLETTE.
-
-—Fais donc attention! On voit ton pantalon!
-
-—Impossible! Je n’en ai pas!
-
- (Ch. Laborde: le _Rire_, 16 août 1913.)
-
-
-La balançoire, combien qu’on en puisse douter, prête à réflexions
-philosophiques. Ces gosses, au milieu de leurs jupes envolées, vous
-font la Nietzche.
-
-Ainsi parlaient les _Wiener Caricaturen_:
-
-—Avec la balançoire, c’est comme dans la vie. Il faut savoir ce que
-l’on montre et ne pas perdre l’équilibre[551].
-
-Au tennis, il n’y a pas seulement celles dont le rattrapage difficile
-d’une balle un peu «raide» laisse apercevoir assez haut le pantalon
-sous l’envolement de la jupe, il y a aussi les bonnes raquettes.
-Celles-là, quand elles jugent une balle impossible à reprendre,
-préfèrent feindre le plus lamentable des accidents, le pantalon défait
-qu’il faut rattacher, plutôt que d’avouer leur défaite:
-
-
-AU LAWN-TENNIS.
-
-Fait semblant de perdre son pantalon pour ne pas avouer qu’elle a
-manqué la balle. O coquetterie!
-
- (La _Fin de Siècle_, 14 octobre 1894.)
-
-
-Bouton qui saute, cordon qui se dénoue ou qui craque, le pantalon se
-perd, en effet, quelquefois.
-
-—Tu fais comme mon pantalon, tu me lâches...
-
- (Le _Boudoir_, 1880.)
-
-
-Plus souvent il se quitte et, parfois, il s’oublie.
-
-De Gerbault, cette exclamation d’une parisienne assise en chemise,
-tandis que gît à ses pieds son pantalon retiré, étalant sur le parquet
-la large ouverture de sa fente:
-
-—Comment il faut aussi que je retire ma chemise! Alors, c’est ça que
-vous appelez faire mon profil?
-
- (_L’Indiscret_, 1902.)
-
-
-Cela rappelle un peu la tenue de rigueur des femmes du monde pour
-feuilleter, dans sa garçonnière, les cartons d’un Monsieur qui
-collectionne les Rops.
-
-La femme a vraiment toutes les charités. Un modèle—la tenue de notre
-mère Ève, moins la feuille de vigne—pour venir au secours de la
-détresse du bon peintre, lui offre l’illusoire aumône de son pantalon.
-Un chiffon, non de papier, ô chancelier, mais de batiste:
-
-
-LE PORTRAIT.
-
-—C’est un sénateur qui vient pour faire faire son portrait. Je n’ai
-plus de toile; pas un rond pour en acheter; quel guignon!
-
-LE MODÈLE.—Et ça, est-ce que ça serait assez grand?
-
- (Carlègle: Le _Rire_, 24 octobre 1908.)
-
-
-Mais pourquoi l’artiste vieilli, conservant sous ses cheveux blancs
-l’amour des gamineries de rapin, a-t-il la fâcheuse manie de subtiliser
-le pantalon de ces enfants?
-
-—Allons, ne faites donc pas le Jacques, rendez moi mon pantalon.
-
- (Poulbot: Le _Frou-Frou_, 1905.)
-
-
-Ou c’est le pantalon que, bien qu’ouvert, on a pour des raisons qu’il
-ne convient pas d’approfondir, cru devoir retirer, un jour de ballade à
-la campagne. L’arrivée malencontreuse du garde champêtre—vrai ou faux—a
-brusquement interrompu l’entretien. L’enfant, abdiquant son extase,
-(en voulez-vous du Mallarmé?) dans sa hâte de fuir, déjà docte, par
-chemins, a négligé de réintégrer ses culottes. Huit jours plus tard,
-le couple les retrouve, suspendues, dépouilles opimes, au même arbre.
-Là ils furent heureux et connurent d’ineffables minutes; la Grande
-Nature les invite à recommencer, avec la complicité amusée de toutes
-les bestioles répandues parmi les champs, «champ d’amour brutal», eut,
-comme Goudeau, spécifié Richepin, à l’époque où les _Gueux_ et leurs
-ivresses tenaient dans son cœur une place accaparée, depuis, par les
-cousines et les abonnées des _Annales_.
-
-
-LES PREMIERS BEAUX JOURS.
-
-—Enfin, nous y sommes: regarde ta culotte de dimanche dernier.
-
- (Mirande: Le _Rire_, 22 avril 1911.)
-
-
-Les peintres ne sont pas seuls à se livrer à des plaisanteries qui
-dénotent une aimable familiarité bien faite pour tromper l’ennui des
-villégiatures estivales. Il y a des maisons où l’on ne peut recevoir
-une femme à déjeuner ou à dîner, sans qu’on lui «fasse» son pantalon ou
-son corset:
-
-
-L’AFFAIRE DU COLLIER.
-
-—Ben quoi? elle va déjeuner en ville et on lui chauffe ses perles!
-Moi, c’est bien rare que je boulotte chez des amies sans qu’on me fasse
-mon corset et mon pantalon...
-
- (Métivet: Le _Rire_, 1er août 1908.)
-
-
-Retiré dans le salon d’un Monsignore—encore un salon où l’on passe,
-si l’on y cause peu—le pantalon d’une visiteuse peut se retrouver
-parmi l’inutile paperasse des dossiers d’une commission d’enquête.
-La politique est un grand bazar auquel les jeux de l’amour ne sont
-pas interdits et ces dentelles peuvent constituer pour quelque
-arrondissementier obscur et farouche une révélation toujours pénible:
-
-A la commission d’enquête Montagnini—N... de D... un pantalon de ma
-femme!
-
- (Le _Rire_, 4 mai 1907.)
-
-
-La caricature est vraiment bonne fille. Elle nous rafraîchit la
-mémoire: qui, sans elle, se souviendrait, même à la Chambre, de cet
-abbé Montagnini, que l’on expulsa comme un vulgaire correspondant
-austro-boche, et dont quatorze vers n’ont pas permis de soupçonner le
-secret?
-
-[Illustration]
-
-Le pantalon de sa femme! C’est lui également que rapporte, dans
-cette amusante page de Caran d’Ache, la _Vie de château_, cet animal
-fidèle, mais gaffeur, auquel le _Petit musée de la Conversation_[552]
-assurerait qu’il ne manque que la parole.
-
-A la première heure, le gentilhomme campagnard, couvert d’une chaude
-pelisse et son cigare déjà allumé, est sous les fenêtres de l’invité:
-
-—Allons, debout!... le paresseux, venez faire le tour du propriétaire.
-
-Sans enthousiasme, celui-ci l’a rejoint dans le parc, et tandis qu’ils
-s’éloignent, ce dialogue s’engage:
-
-—Faites comme moi: toujours debout à six heures!
-
-(Cette phrase pourrait non moins figurer dans le recueil de Castigat et
-Ridendo, qui, d’ailleurs, ne corrigera rien).
-
-L’INVITÉ:—Brr! ça pique, et moi qui ai oublié mes gants...
-
-—Oh! qu’à cela ne tienne! Tom, ici!
-
-Et Tom s’étant avancé, la queue basse devant ce ton de commandement:
-
-—Donnez-lui votre main à sentir. Là! Vous allez voir: dans trois
-minutes il vous rapportera la chose.
-
-En effet, une minute...
-
-Deux minutes... Et
-
-Trois minutes après, Tom rapportait la chose!![553] cependant que,
-derrière lui, une femme de chambre courait de toute la vitesse de ses
-jambes, et que, en une banderolle, s’échappaient de sa bouche ces mots
-imprécatoires:
-
-—Tom! veux-tu laisser ça! Tom!... Tom!... Oh, la sale bête... Tom!...
-Tom!...
-
-Ça, c’était, naturellement, le pantalon de la châtelaine, qui au
-passage, avait conservé un peu du parfum des mains de l’invité et dont
-les jambes flottaient au vent.
-
-Encore que la sienne ne fut pas galonnée, M. le comte était digne de
-porter la casquette du «chef de gare.»
-
-Cercles mixtes, tripots, Enghien et autres lieux où fleurissent «le
-verbal _neuf_ et _huit_ diminutif» (Goudeau), les pontes y attrapent
-tant de culottes, peut-être parce que les habituées de l’autre sexe y
-perdent les leurs:
-
-
-LES JEUX DE L’AMOUR ET DU HASARD.
-
-—Quel tripot! Et on y pelotait ferme...
-
-—C’est donc ça qu’on y ramassait tant de culottes!
-
- (Cardona: Le _Rire_, 26 janvier 1907.)
-
-
-Les pantalons se quittent, se perdent... et se salissent. Le livre de
-comptes de Mme Irma de Montigny, égaré au passage de la Bérézina et
-communiqué, depuis, à l’institut, par M. Salomon Reinach, en même temps
-qu’il lavait la marquise de... Mithylène, des méchants bruits répandus
-sur ses habitudes par quelques amies délaissées (musique de Gounod),
-n’est pas seul à nous renseigner sur la facilité avec laquelle le haut
-de chausses féminin gagne la tache, la fameuse tache qui constitue une
-des trente-six situations chères aux dramaturges et que ne dédaigne pas
-davantage les gentilshommes sans préjugés acculés à la dure nécessité
-du mariage.
-
-Taches d’encre, marques de doigts... et d’autres encore: le pantalon va
-souvent chez la blanchisseuse. Mais, il ne convient pas qu’il subisse,
-avant d’être mis, les approches de l’homme.
-
-Ce serait risquer de la salir avant la lettre:
-
-—Laisse ça, tu me salis tout mon linge. Voilà un pantalon qui, avant
-que je le mette, a déjà des marques de doigts!
-
- (Le _Rire_, 8 avril 1905.)
-
-
-Dans l’atmosphère surchauffée de l’atelier de la blanchisseuse de
-fin, ce sont, chez les ouvrières, de philosophiques et mélancoliques
-réflexions tout en promenant le fer sur les trou-trous et les
-entre-deux:
-
-—C’est dur, tout de même, de penser qu’on gagne tant à la salir et si
-peu à la nettoyer.
-
- (Henri Boutet: Le _Frou-Frou_, 1901.)
-
-
-Hélas! c’est la tentation proche. Quelque lundi, la petite
-blanchisseuse, s’attardera plus qu’il n’est nécessaire pour compter
-chemises de jour et de nuit, faux-cols et manchettes des «pratiques
-paresseuses.» Quand on nettoie tant le linge d’autrui, on peut bien
-risquer de salir un peu le sien.
-
-Elle ne guette pas moins les filles de la campagne qui, aux mois de
-vacances, étendent sur des cordes les pantalons courts et froufroutés
-des belles madames en villégiature:
-
-—J’ai envie de changer de métier, on m’a dit qu’on gagnait plus à les
-chiffonner qu’à les blanchir.
-
- (G. Meunier: Le _Rire_, 9 août 1902.)
-
-
-Il en est d’autres, heureusement, dont l’exemple ne saurait inspirer
-ces pensées pas du tout funèbres à des enfants que les conseils réputés
-mauvais des kéroubins tentateurs n’effraient que fort peu.
-
-Ce sont celles qui suppriment leurs pantalons tout l’été, attendant,
-pour les reprendre que la bise soit venue. Elles peuvent, à la rigueur,
-suivre le conseil de la fourmi et danser, lasses d’avoir chanté; mais,
-pour lever la jambe, elles auront soin de se placer de profil: de face,
-le geste laisserait voir trop de choses.
-
-—Je ne me mets pas de face, car, n’ayant pas de pantalon, on pourrait
-saisir l’Almanach.
-
- (Almanach du _Frou-Frou_, 1901.)
-
-
-Impossible à celles-là d’obéir aux suggestions malignes de l’Amour, ou,
-tout au moins convient-il de prendre certaines précautions. Là encore,
-il y a la manière:
-
-
-AUTOMNE.
-
-—Fais comme les feuilles, laisse-toi tomber.
-
-—... C’est que je n’ai pas de pantalon.
-
- (Gerbault: Le _Rire_, 14 novembre 1903.)
-
-
-L’œil du maître, quand celui-ci ne méprise pas les attouchements
-ancillaires, aura cure de ces contingences et ne craindra pas de
-pousser l’enquête jusqu’à ses dernières limites.
-
-
-L’ŒIL DU MAÎTRE.
-
-—Ça y est, Marie, je m’en doutais!!!... Oser servir mes invités sans
-pantalon!
-
- (A. Bertrand: Le _Rire_, 26 octobre 1912.)
-
-
-Après tout, s’il est jaloux, cet homme, et s’il craint que d’autres
-mains ne s’égarent que les siennes.
-
-Une brave bourgeoise de Limoges déclarait, jadis, retourner contre la
-muraille le portrait de feu son époux, quand elle lisait du Zola. Il
-y a également des mères pour s’indigner de voir leur «demoiselle» se
-contenter d’une chemise pour dévorer _Monsieur de Camors_.
-
-Pauvres gosses, en fait de pommes, elles en ont croqué de plus vertes,
-depuis!
-
-—En voilà une posture, mon enfant, pour lire Octave Feuillet!... Passe
-au moins un pantalon.
-
- (Guydo: Le _Rire_, 12 janvier 1901.)
-
-
-Les robes collantes et les jupes entravées, dont la conséquence était
-la simplification des dessous quand ce n’était pas leur suppression
-totale, a fait un moment courir un danger réel au pantalon. Jamais,
-depuis la mort de la crinoline, il ne s’était trouvé aussi menacé.
-
-Ce fut le triomphe passager de la culotte et de la combinaison. A
-défaut d’autres, la culotte, inconsidérément oubliée par une petite
-amie dans le cabinet de toilette d’un homme de sport, avait au moins
-l’avantage de fournir un alibi, le jour où l’objet tombait sous les
-yeux de sa «liaison sérieuse:»
-
-
-L’ALIBI DE L’ESCRIMEUR.
-
-—Tu me raconteras encore que je suis la seule femme que tu reçoives
-ici, quand je viens de trouver ça dans le cabinet de toilette!
-
-—Mais, mon amour chéri, ça, je te le jure, c’est ma culotte de satin
-pour tirer en assaut public!
-
- (A. Guillaume: Le _Rire_, 20 février 1909.)
-
-
-Hum? le public aurait pu facilement devenir gênant.
-
-Quant à la combinaison,—nous lui devons d’exquis dessins de Fabiano—son
-nom seul devait prêter à de faciles légendes que les caricaturistes
-n’eurent garde de laisser échapper.
-
-Jehan Testevuide n’avait pas même attendu, pour ouvrir le feu, le règne
-de l’entrave. Dès 1895, la _Chronique amusante_ préludait ainsi aux
-jeux de mots aisés à prévoir du surlendemain:
-
-—Ça un pantalon! jamais de la vie! Une combinaison... et elle m’a
-toujours porté bonheur.
-
- (12 septembre 1895.)
-
-
-Et ce furent les jupes collantes auxquelles la combinaison dut de
-trouver en France une vogue qu’elle avait vainement cherchée jusque-là.
-Dessins et légendes se multiplièrent et ne varièrent guère:
-
-—Pour l’obliger à m’aimer, j’ai, moi aussi, ma petite «combinaison».
-
- (Fabiano: le _Rire_, 19 décembre 1908.)
-
-
-Nous sommes en plein dans le jeu de la «combine» et sans avoir jamais
-fréquenté le paddock autrement qu’à l’anglaise, je ne ferai aucune
-difficulté d’avouer qu’il n’est pas du tout déplaisant:
-
-—Eh mais, voici une combinaison dans laquelle je marcherais volontiers.
-
- (Viardot: le _Rire_, 6 août 1910.)
-
-
-Moi aussi, et vous?
-
-Culotte et combinaison, on put même croire, un moment, le pantalon
-assez menacé, pour que Guillaume ait fait figurer cette légende
-au-dessous d’une vitrine contenant divers modèles, rieurs ou
-rébarbatifs, suivant l’époque, de la lingerie proscrite:
-
-
-UN COLLECTIONNEUR.
-
-—Oui, chère madame, le musée de Cluny m’a déjà fait des offres
-insensées... On n’en trouve plus.
-
- (Le _Rire_, 30 mai 1908.)
-
-
-Mais non, on en trouve encore et même beaucoup. Edmond Haraucourt
-n’aura pas, que je sache, à accorder sa lyre pour chanter la légende du
-pantalon. La mode de la culotte, trop facilement tombée dans le jersey
-et le bon marché, passera. Des frileuses seules, sans souci du charme
-et de la grâce des déshabillés, lui resteront fidèles, six mois de
-l’année.
-
-Malgré la concurrence de la combinaison, qui, à parler franc, lui
-ressemble comme une sœur, la vogue du pantalon ne semble pas appelée
-à disparaître. Sa forme a évolué, voilà tout, et, sans doute, elle
-évoluera encore.
-
-Si Marthon a supprimé ses dessous, chacun sait qu’elle les reprendra
-le lendemain, ses jupes une fois élargies. Que son vilain mari n’aille
-pas, pour ces «pantalonnades», lui faire la scène à ne pas faire.
-
-Tout ça, comme l’a si très justement dit Préjelan, c’est des
-pantalonnades.
-
- (Le _Rire_, 30 mai 1908.)
-
-
-Ce livre, n’est-il pas lui-même une pantalonnade? Une pantalonnade
-rappelant, je le crains fort, par sa longueur, les inexpressibles
-tombant jusqu’à la cheville des bonnes dames qui furent nos grand’mères?
-
-Paix à leur mémoire.
-
-
-[Illustration: FINIS]
-
-
-
-
-INDEX DES NOMS CITÉS
-
-
-[Illustration]
-
-
-INDEX DES NOMS CITÉS
-
-
- A
-
- ABADIE, 508.
-
- ABEILLÉ (Jack), 536.
-
- ADAM (Paul), 315.
-
- AICHES (Mlle d’), 63.
-
- AINCOURT (Mlle Marguerite d’), 233, 234, 468.
-
- AJALBERT (Jean), 264, 397, 399.
-
- ALBERT (M.), 444.
-
- ALICE LA PROVENÇALE, 225, 391.
-
- ALLAIS (Alphonse), 341.
-
- ALLARD (Mlle), 110.
-
- AMIATI (Mlle), 540.
-
- ANCRE (Le Maréchal d’), 58.
-
- ANDRÉE (Mlle Jeanne), 443.
-
- ANNE D’AUTRICHE, 62, 63.
-
- ANTIPAS, XI.
-
- ARC (Jean d’), 399.
-
- ARC (Jeanne d’), 48.
-
- ARÈNE (Paul), X.
-
- ARETINO (Pietro), 45.
-
- ARISTOTE, 423.
-
- ARLOING (Le professeur), 328.
-
- ARNOULD (Sophie), 81, 82.
-
- ARTOIS (Le comte d’), 133.
-
- ARTUS (Maurice), 420.
-
- ASTROPHILE LE ROUPIEUX, 59.
-
- AUBERT (Charles), 296, 311.
-
- AUBIGNÉ (Agrippa d’), 42.
-
- AUDINOT (Mlle LALANNE, dite), 106.
-
- AULNOY (La comtesse d’), 78.
-
- AURIER (G.-Albert), 219, 227, 292, 293.
-
- AURIOL (George), 364.
-
- AYMARD (Mlle Aimée), 281.
-
-
- B
-
- B... (Mlle de), 70.
-
- B... (Mlle L. de), 200.
-
- BABONNETTE.—_Voir_: FERRIER (Marie).
-
- BACHAUMONT, 91, 97.
-
- BALAFRÉ (Le).—_Voir_: GUISE (Henry de).
-
- BALLURIAU, 517, 530, 554.
-
- BALTHY (Mlle Louise), 476.
-
- BALZAC (Honoré de), 185, 223.
-
- BARBEY D’AUREVILLY (J.), 179.
-
- BARBIER, 198.
-
- BARRÈS (Maurice), 513.
-
- BASCHET (Armand), 50.
-
- BATAILLE (Albert), 350, 446, 472.
-
- BAUDELAIRE (Charles), 36.
-
- BAYARD (Eugène), 270.
-
- BEAUCHASTEAU (Mlle de), 74, 75.
-
- BEAUCLAIR (Henri), 346, 363.
-
- BEAUMINARD (Mme), 98.
-
- BEAUMONT (Mgr de), 111.
-
- BECQUEREL (Le Dr), 326.
-
- BÉCU (Jeanne).—_Voir_: DU BARRY (Mme).
-
- BELLECOUR (Mme), 97.
-
- BELLUNE (La duchesse de), 334.
-
- BENEZECH, 126, 127.
-
- BÉNIGNE (Ange), 315, 344.
-
- BÉRANGER (Le chansonnier), 355, 401.
-
- BÉRÉNICE (La reine), 5.
-
- BÉRENGER (M.), 4, 10, 11, 69, 180, 410, 452, 545, 550, 554.
-
- BERGERAT (Émile), 353.
-
- BERNARD (Tristan), 364.
-
- BERNSTEIN (Henri), 350.
-
- BÉROALDE DE VERVILLE, 22, 39.
-
- BERTALL, 2, 4, 212, 229, 233, 236, 346, 386, 395, 436, 468, 469,
- 505, 539.
-
- BERTRAND, 566.
-
- BESCHERELLE, 324, 325.
-
- BESNARD (Mathurin), 58.
-
- BETHMANN-HOLLWEG (Le Chancelier de), 497, 558.
-
- BEULÉ (M.), 6, 7, 8.
-
- BEURNONVILLE (Le général), 126.
-
- BLANC (Max), 554.
-
- BOILEAU, 60.
-
- BOIS (Jules), 313.
-
- BONALD (Vte de), 121.
-
- BONNASSIEUX (P.), 126.
-
- BONNAUD (Dominique), 65.
-
- BONNEAU (Alcide), 45.
-
- BORDEAUX (Henry), 72, 263, 370.
-
- BORGHÈSE (La princesse Pauline), 133.
-
- BOSSE (Abraham), 30.
-
- BOSSUET, 199.
-
- BOUCHOT (Henri), 26, 36, 41, 142, 149, 153, 166, 214.
-
- BOUGUENAIS, 341.
-
- BOULAINE, 539.
-
- BOURGET (Paul), 263, 350, 504.
-
- BOUTET (Henri), 225, 269, 504, 564.
-
- BOUTET (Mlles Stéphanie et Louise), 122.
-
- BRANCOVAN (La princesse de), 334.
-
- BRANDIMBOURG (Georges), 282.
-
- BRANTÔME, 22, 23, 29, 34, 35, 36, 39, 40, 41, 64, 134, 158, 205, 443.
-
- BRILLAT-SAVARIN, 279.
-
- BRIO (Carolus), 255, 362.
-
- BROUTELLES (Mme de), 488.
-
- BRUEL (F. L.), 61.
-
- BRUNET, 50, 75.
-
- BRUSCAMBILLE, 78.
-
- BUFFET (Eugénie), 431.
-
- BUSSY-RABUTIN, 70.
-
- BYRE (Mlle Nelly de), 353.
-
-
- C
-
- CABANÈS (Le Dr), 124.
-
- CABARRUS (Thérésia),—_Voir_: TALLIEN (Mme).
-
- CALIBAN, 353.
-
- CALPHURNIE, 7.
-
- CAMARGO (Mlle de), 99, 100, 101, 103, 438.
-
- CAMPARDON (Émile), 438.
-
- CAMUS (Le représentant), 126.
-
- CANDALE (M. de), 461.
-
- CANOVA, 152.
-
- CANTINELLI (Richard), 342.
-
- CAPY (Marcel), 529.
-
- C..... (La marquise de), 205, 258, 457.
-
- CARAN D’ACHE, 561, 562.
-
- CARDONA, 563.
-
- CARIGNAN (Le prince de), 102.
-
- CARLÈGLE, 459, 513, 529, 558.
-
- CARRACHE, 45, 339.
-
- CARRINGTON (Ch.), 36.
-
- CARUEL DE SAINT-MARTIN (La baronne), 334.
-
- CASANOVA (Jacques), 101, 102, 109, 113, 116, 117, 222, 437.
-
- CASCIANI (Mlle), 446, 447.
-
- CASTIGAT (Félix) et Pierre Ridendo, 561.
-
- CATHERINE II, 304.
-
- CAVELLI (Mlle), 422, 423, 424, 431.
-
- CAVOYE (Mme de), 460, 461.
-
- CAYLUS (Le comte de), 81, 82, 84, 85, 86, 87, 216.
-
- CAZE (Robert), 367.
-
- CELLARIUS (Le chansonnier), 269.
-
- CÉSAR (Jules), 21, 22.
-
- CHABANAIS (M. de), 543.
-
- CHABOT (François), 121.
-
- CHALLAMEL (Augustin), 8, 29, 32.
-
- CHAMBIGE (Henri), 350.
-
- CHAMPSAUR (Félicien), 403.
-
- CHANCENAY (Mme Claire de), 323, 487.
-
- CHANTELAINE, 526.
-
- CHAPLIN, 427.
-
- CHAPUS (Eugène), 333.
-
- CHARLES IX, 23, 64, 326, 456.
-
- CHARLES X, 143, 180.
-
- CHARLES-QUINT, 22.
-
- CHAVIGNY (Mme de), 461.
-
- CHEVRIER (Mlle DALISSE, dite), 439.
-
- CHOISY (L’abbé de), 62.
-
- CHOISY (Mme de), 460, 461.
-
- CHURCHILL (Mlle), XII, 28, 71, 72, 113.
-
- CLADEL (Léon), 265.
-
- CLÉMENCEAU (M.), 422.
-
- CLODOCHES (Les), 545.
-
- CLOSMESNIL (Mlle), 278.
-
- C. M. (L’abbé), 209.
-
- COGNAND (Charles), 250.
-
- COLETTE (Mme), [Colette Willy], 245, 343, 372, 373, 479.
-
- COLLÉ, 98.
-
- COLOMBINE, 40, 80, 150, 213, 333, 341, 345.
-
- COMMERSON, 320, 331.
-
- CONDÉ (La Princesse Louise de), 144, 145.
-
- CONRAD, 512.
-
- COOLUS (Romain), 353, 354.
-
- CORONA, 46, 47.
-
- COULON (Mlle), 116.
-
- COURTELINE (Georges), 287, 350, 364.
-
- CRASSOUS (Paulin), 463.
-
- CURNONSKY, 179.
-
-
- D
-
- DACIER (Émile), 100.
-
- DALISSE (Mlle),—_Voir_: CHEVRIER.
-
- DANRÉMONT (La comtesse de), 221.
-
- DARTMANN (G.), 182.
-
- DARZENS (Rodolphe), 412.
-
- DAUDET (Alphonse), 287.
-
- DAURIGNAC (Raymond) et sa sœur Maria, 351.
-
- DAUVERGNE, 116.
-
- DAVID, 545.
-
- DEBRAY, 332, 411.
-
- DELILLE (L’abbé), 181.
-
- DELVAU (Alfred), 449.
-
- DÉMÉAH (Mlle), 447.
-
- DERVAL (Mlle Suzanne), 427, 430.
-
- DESESSARTZ (Le Dr), 9, 324.
-
- DESNOIRESTERRES (G.), 62, 79.
-
- DESPRÉAUX (Le chansonnier), 129.
-
- DESSERS (Joséphine), 250.
-
- DEXTER (Mme), 202.
-
- DIABLE-BOITEUX (Le), 318.
-
- DIDEROT, XI, 105.
-
- DIEULAFOY (Mme), 370.
-
- DOÈS, 551.
-
- DOLLFUS (Paul), 270, 278.
-
- DONNAY (Maurice), 226, 303, 304, 356, 544.
-
- DREYFUS (Alfred), 283.
-
- DROUET (Denis), 58.
-
- DROUET (Le représentant), 126.
-
- DROZ (Gustave), 365.
-
- DRUJON (Fernand), 45.
-
- DU BARRY (Madame), 107.
-
- DU BILLON (François), 27.
-
- DUBOST, 158.
-
- DU BUISSON, 59.
-
- DUBUT DE LAFOREST, 331.
-
- DUCLERC (Mlle), 280.
-
- DUFAY (L’antiquaire), 363.
-
- DUFFERIN (Lady), Marquise d’Ava, 329.
-
- DU HALLIER, 58.
-
- DUHAMEL (Mlle Biana), 69.
-
- DUJARDIN-BÉAUMETZ (M.), 452.
-
- DU PARC (Mlle), 74.
-
- DUPIN (M.), 211.
-
- DUPRÈS (Le danseur), 102.
-
- DURANTON (M.), 243, 244.
-
- DUROCHER (L’inspecteur).—_Voir_: PÈRE LA PUDEUR (Le).
-
- DU SOMMERARD, 124.
-
-
- E
-
- EDWARD (George), 554.
-
- ELISA (Mlle), 243, 244.
-
- ELOFFE (Mme), 87.
-
- EMILIENNE D’ALENÇON (Mlle), 292.
-
- EMMET (Le Dr A.), 326.
-
- ENGEL, 518.
-
- ENVER-PACHA, 497.
-
- ESSLER (Fanny), 441.
-
- ESTIENNE (Henri), 22, 25, 29, 147.
-
- ÉTINCELLE, 333, 338.
-
- EUGÉNIE (L’impératrice), 217.
-
- EURIPIDE, 26.
-
-
- F
-
- F... (Le sieur).—_Voir_: ELISA (Mlle).
-
- FABIANO, 533, 567, 568.
-
- FAIVRE (Abel), 352, 538.
-
- FALKE., 520.
-
- FALLIÈRES (M. Armand), 312.
-
- FALSTAFF, 259, 292.
-
- FAVART, 77.
-
- FÉRAUDY (Maurice de), 362.
-
- FERRIER (Marie), 60.
-
- FEUILLET (Octave), 566.
-
- FÈVRE-DESPREZ, 378.
-
- FEYDEAU (Ernest), 436.
-
- FIORELLI (M.), 6.
-
- FLAHAUT, comédien, 77.
-
- FLAHAUT (Charles de), 451.
-
- FLAUBERT (Gustave), XI, 5, 298, 361, 437.
-
- FLEURY (Pierrette), 458.
-
- FONTANGES (Mlle de), 70, 71.
-
- FORAIN (J.-L.), 290, 504, 511.
-
- FOSSARD (Alice), 299.
-
- FOUCHER (Mlle Adèle), 203.
-
- FOUCHER (Paul), 332.
-
- FOUQUIER (Henry), 333.
-
- FOURNEL (Victor), 98.
-
- FOY (Le Dr), 324.
-
- FRAGONARD, 336.
-
- FRANCE (Anatole), 301, 303, 348, 349.
-
- FRANCE (Hector), 304, 309, 310, 486.
-
- FRANKLIN (Alfred), 13, 147, 463.
-
- FRANÇOIS-JOSEPH II, 513.
-
- FRANCUEIL, 415.
-
- FUNCK-BRENTANO (Frantz), 87, 475.
-
- FURETIÈRE, 7.
-
-
- G
-
- GALIGAI (La Signora), 58.
-
- GALLAY (Mlle Léonie), 425.
-
- GALLIÉNI (Le Général), 330.
-
- GAMBETTA (Léon), 334.
-
- GARSAULT, 107.
-
- GAUDARD DE VINCI, 382.
-
- GAUGUIN (Paul), 313.
-
- GAUSSIN (Mlle), 97.
-
- GAUTHIEZ (Pierre), 45.
-
- GAUTIER (B.), 508.
-
- GAUTIER (Émile), 328.
-
- GAUTIER (Mme Judith), 188.
-
- GAUTIER (Théophile), XI, 63, 499.
-
- GAVARNI, 185, 226, 387, 507.
-
- GAY (Jules), 45.
-
- GERBAULT, 504, 514, 529, 530, 535, 546, 557, 565.
-
- GERMAIN (Auguste), 357.
-
- GIBERT (Mlle), 409.
-
- GIFFARD (Pierre), 249, 250, 315.
-
- GINKO-BILOBA, 377.
-
- GIVERNY (Mlle), 279, 280.
-
- GLATIGNY (Albert), 449.
-
- GLIM, 380.
-
- GOGO (Mlle).—_Voir_: BELLECOUR (Mlle).
-
- GONCOURT (Edmond de), 125, 347.
-
- GONCOURT (Edmond et Jules de), 393.
-
- GOUDEAU (Émile), 559, 562.
-
- GOUJON (Jean), 339.
-
- GOULUE (La), 391, 401-406, 415, 416, 420, 541, 543.
-
- GOUNOD, 563.
-
- GRAINDORGE (Thomas).—_Voir_: TAINE (Hippolyte).
-
- GRAND-CARTERET (John), 192, 211, 213, 225, 391, 490, 502, 514,
- 533, 536, 537, 556.
-
- GRANDJOUAN, 532.
-
- GRAVELOT, 348.
-
- GRÉVIN, 226, 227, 505, 540.
-
- GRÉVY (Jules), 233.
-
- G..... (Mme), 350.
-
- GRIMALDI (Mlle), 78, 79.
-
- GRIMM, 104, 105.
-
- GRIS, 500.
-
- GRUN, 530.
-
- GUDIN (Paul-Philippe), 15.
-
- GUIDE (Le), 339.
-
- GUIFFREY (Jules), 126.
-
- GUILBERT (Mme Yvette), 269, 425.
-
- GUILLAUME (Albert), 504, 509, 515, 567, 568.
-
- GUILLAUME (Apollinaire), 45.
-
- GUILLAUMOT fils, 438.
-
- GUIMARD (Mlle), 129.
-
- GUISE (Henry de), 38.
-
- GUYDO, 566.
-
- GUYON (Loys), 27, 28, 72.
-
- GYP, 379.
-
-
- H
-
- H... (Mlle Pauline), 249.
-
- HACQUEVILLE (André de), 42.
-
- HADOL, 215, 505.
-
- HAMELIN (Mme), 132.
-
- HAMILTON (Antoine), 72.
-
- HANCKE (Le Dr), 252.
-
- HANNON (Théodore), 238, 265.
-
- HANOVRE (L’Électrice de), 75.
-
- HAP (Carl), 543.
-
- HARAUCOURT (Edmond), 569.
-
- HARDING (Mlle Jeanne), 443.
-
- HAULNOI (F .), 471.
-
- HAUTEFORT (Mme de), 62, 63.
-
- HEIDBRINCK, 420, 543.
-
- HEINEL (Mlle), 110.
-
- HÉLOÏSE, 523.
-
- HÉMARD, 549.
-
- HENRIOT, 545, 550.
-
- HÉRAUD (Mlle Angèle), 320, 427, 28, 430.
-
- HÉRÉDIA (José-Maria de), 438.
-
- HÉROARD (Jean), 461.
-
- HERVILLY (Ernest d’), 332.
-
- HIL, 512.
-
- HOLDA (Mlle), 424, 430.
-
- HORACE, 279.
-
- HORTENSE (La reine), 10, 145, 149, 150.
-
- HOUDON, 440.
-
- HOUSSAYE (Arsène), 222.
-
- HUGO (Victor), 150, 203, 222, 442, 475.
-
- HUMBERT (La famille), 351, 538.
-
- HUYSMANS (Joris-Karl), 298, 368, 390.
-
-
- I
-
- IBELS (André), 505, 506, 547.
-
- IBELS (H.-G.), 282.
-
- ISABEY, 197, 547.
-
- ISOLA (Les frères), 442.
-
-
- J
-
- JOB-LAZARE, 449.
-
- JODELET (Le comédien), 74.
-
- JŒGER (Le Dr), 492.
-
- JOLIE FILLE (La), 290.
-
- JOSÉPHINE (L’Impératrice), 10, 149.
-
- JOSÉPHINE (Mlle), 249.
-
- JOUY (Jules), 402, 403, 405.
-
-
- K
-
- KNEIPP (L’abbé), 490.
-
- KOCK (Paul de), 80, 193, 195, 552.
-
- KRONPRINZ (Le), 491.
-
-
- L
-
- L... (Mlle Berthe), 249.
-
- LABORDE (Ch.), 556.
-
- LABORDE (Le comte de), 65.
-
- LABORI (Maître), 487.
-
- LA BRIFFE D’AMILLY (Mlle de), 126, 127.
-
- LA CÉCILIA, 309.
-
- LACROIX (Paul), 22.
-
- LA FAYETTE (Mlle de), 62, 63, 64, 65.
-
- LA FIZELIÈRE (A. de), 151.
-
- LAGASSE (Maître), 399.
-
- LAGNEAU, 338.
-
- LALANNE (Ludovic), 38.
-
- LALANNE (Mlle) _Voir_: AUDINOT.
-
- LAMBERCIER (Mlle), 80.
-
- LA MÉSANGÈRE (Pierre de), 146, 147, 153, 159, 164, 169, 185.
-
- LANDAIS (Napoléon), 324.
-
- LANDEROIN, 330.
-
- LANDRE (Mme Jeanne), 288.
-
- LA NÉZIÈRE (H. de), 504, 507, 529.
-
- LANGE (Mlle), 132.
-
- LANJALLÉE (Mlle), 257.
-
- LANO (Pierre de), 217, 218, 219, 221.
-
- LAPORTE (M. de), 63, 65.
-
- LA POUPELINIÈRE (M. de), 439.
-
- LARCHEY (Lorédan), 273.
-
- LA ROCHEFOUCAULD (M. Sosthène de), 288, 438, 440, 450, 451, 545.
-
- LAROUSSE, 325, 435.
-
- LA TOUR-LANDRY (le chevalier de), 16, 17.
-
- LAVEDAN (Henri), 303.
-
- LAYGUES (M.), 312.
-
- LEBLANC (Ernest), 366.
-
- LELOIR (Maurice), 214.
-
- LEMOINE (John), 202.
-
- LEMONNIER (Camille), 365.
-
- LENOBLE (Maître), 257.
-
- LÉONARD (Le coiffeur), 107.
-
- LÉONNEC, 322, 520.
-
- LÉPINE (M.), XIII, 53, 495.
-
- LE ROI (M.), 451.
-
- LE ROY (Le couturier), 10, 148, 149.
-
- LE ROY (Edmond), 406.
-
- LESGUILLON (M.), 188.
-
- LESPY (M. de), 75.
-
- L’ESTOILE (Pierre de), 35.
-
- LIDIA (Mlle), 424.
-
- LIMOGES (L’évêque de), 63.
-
- LISBONNE (Maxime), 424, 432.
-
- LITTRÉ, 325.
-
- LIVIA (La Signora), 46, 214, 325.
-
- LOISEAU (Georges), 381.
-
- LOLIÉE (Frédéric), 219, 221.
-
- LONGUS, 95.
-
- LORRAIN (Jean), 276, 277, 360, 378, 426, 472, 476.
-
- LOSSOW, 398.
-
- LOTI (Pierre), 303.
-
- LOUIS XIII, 57, 59, 62, 63, 65, 461.
-
- LOUIS XIV, 63, 65, 70, 438, 462.
-
- LOUIS XV, 107, 111.
-
- LOUIS XVI, 87, 126, 127.
-
- LOUIS II DE BAVIÈRE, 448.
-
- LOUIS-PHILIPPE, 181, 450, 547.
-
- LOUISE (La princesse), 462.
-
- LOURDEY, 527.
-
- LOUYS (Pierre), 5, 11, 278, 283, 398.
-
- LUXEMBOURG (Mlle de), 153.
-
- LUYNES (Albert de), 59.
-
-
- M
-
- MACHARD (Alfred), 297.
-
- MAC-NAB (Maurice), 178.
-
- MADAME, duchesse d’Orléans, 75, 461.
-
- MADAME ROYALE, 126.
-
- MAGNIER (Maurice), 437.
-
- MAGNIN (Charles), 113.
-
- MAHOMET, 555.
-
- MAISONNEUVE (Mlle Berton de), dite d’OLIGNY, 97, 98, 99.
-
- MAIZEROY (René), 368.
-
- MALARET (Mme de), 219, 220, 221, 222.
-
- MALLARMÉ (Stéphane), 438, 544, 558.
-
- MANNESMANN (Les frères), 353.
-
- MARAIS (L’inspecteur), 104.
-
- MARAIS (Maurice), 545.
-
- MARC-ANTOINE (Le graveur), 45.
-
- MARCELIN, 216.
-
- MARET (L’ambassadeur), 126.
-
- MARCHAND (Le général), 330.
-
- MARICOURT (Le baron de), 451.
-
- MARIE-ANTOINETTE, 87, 126.
-
- MARIE-THÉRÈSE, 87.
-
- MARIE-THÉRÈSE-CHARLOTTE, _Voir_: MADAME ROYALE.
-
- MARIETTE (Mlle), 102, 103, 104, 105.
-
- MARIETTE (Mlle), danseuse de bals publics, 393.
-
- MARIN (M.), 347.
-
- MARTIAL, 5.
-
- MASSON (Armand), 525.
-
- MASSON (Frédéric), 150.
-
- MAUGIS (Henry). _Voir_: WILLY.
-
- MAUREPAS (M. de), 61, 65.
-
- MAURICE (M.), _Voir_: JOSÉPHINE (Mlle).
-
- MAURY (l’abbé), 121.
-
- MÉDICIS (Catherine de), 23, 39, 43, 90, 204, 304.
-
- MÉDICIS (Marie de), 57, 60.
-
- MÉNARD (A.), 258.
-
- MENDÈS (Catulle), 271, 277, 282, 283, 312, 340, 508, 509.
-
- MERCIER (Sébastien), 90, 105, 127, 132, 133, 134, 437.
-
- MÉRODE (Mlle Cléo de), 37.
-
- MET......KY (Le prince et la princesse Elim), 205.
-
- MÉTIVET (Lucien), 560.
-
- METTERNICH (Mme de), 217.
-
- MEUNIER (G.), 512, 514, 538, 564.
-
- MEYERBEER, 182.
-
- MÉZIÈRE, comédien, 77.
-
- MICHAUD, 59.
-
- MIGNE (L’abbé), 48.
-
- MIRANDE, 522, 549, 553, 559.
-
- MIREPOIX (Mme de), 144.
-
- MOINAUX (Jules), 256.
-
- MOLIÈRE, 78.
-
- MONIN (Dr Ernest), 327.
-
- MONNIER (Henri), 449.
-
- MONTAGNINI (Monsignore), 560.
-
- MONTAIGNE, 34, 46, 325.
-
- MONTÉGUT (Maurice), 292.
-
- MONTÈS (Lola), 448, 451, 452.
-
- MONTFERMEIL, 286, 287.
-
- MONTGLAT (Mme de), 461.
-
- MONTIGNY (Mlle Irma de), 106, 563.
-
- MONTORGUEIL (Georges), 280, 282, 404, 421, 422, 425.
-
- MORÉAS (Jean) et Paul ADAM (_Les demoiselles Goubert_), 290.
-
- MOREAU (Jeanne), 58.
-
- MOREAU-CHRISTOPHE, 463.
-
- MORNY (Le duc de), 451.
-
- MURET, 78.
-
- MUSSET (Alfred de), 332, 454, 549.
-
- MYRTIL (Mlle), 431.
-
-
- N
-
- NANSEN (Peter), 381, 382.
-
- NAPOLÉON, 450.
-
- NARDI (Le professeur), 14, 24, 47.
-
- NASS (Le Dr), 74, 101, 116, 124, 158, 449.
-
- NELLY (Mlle). _Voir_: DÉMÉAH (Mlle).
-
- NEMOURS (La duchesse de), 200.
-
- NERÉE DESARBRES, 100, 103.
-
- NICOLET, 107.
-
- NIETZCHE, 556.
-
- NINA (La danseuse), 113, 114, 115, 116, 436.
-
- NINI-LA-BELLE-EN-CUISSES, 392.
-
- NINI-PATTE-EN-L’AIR, 280.
-
- NISARD (Le chevalier de), 151.
-
- NISARD (M.), 336.
-
- NOAILLES (La comtesse de), 87.
-
-
- O
-
- OLIGNY (Mlle d’). _Voir_: MAISONNEUVE (Mlle de).
-
- OLIVET (L’institutrice d’), 246, 247.
-
- OLIVIER (Le Dr), 327.
-
- OLIVIER (Émile), 334.
-
- O’MONROY (Richard), 445.
-
- ORLÉANS (La duchesse d’). _Voir_: MADAME, duchesse d’Orléans.
-
- OTÉRO (La belle), 43, 106.
-
- OVIDE, 76.
-
-
- P
-
- PALATINE (La).—_Voir_: MADAME, duchesse d’Orléans.
-
- PALÉMON, 354, 355.
-
- PAMÉLA (Mlle), 273, 274, 275.
-
- PALMYRE, 285.
-
- PANTALON (Le sieur), 108, 322.
-
- PATRU, 101.
-
- PAULET (Mlle), 66.
-
- PAULIN-CRASSOUS, 463.
-
- PEARL (Cora), 225.
-
- PÉGORIER (Léonor), 59.
-
- PEIGNOT, 44.
-
- PELCOQ, 541.
-
- PERCY (Le Dr), 126.
-
- PÈRE LA PUDEUR (Le), 405, 406, 408-409, 411, 543.
-
- PESLIN (Mlle), 110.
-
- PETITJEAN, 538.
-
- PETITVEAU (Blaise), 508.
-
- PHILIPPE D’ORLÉANS, 462.
-
- PHILŒNIS, 5.
-
- PHRYNÉ, 7, 442.
-
- PICARD (Mlle), 409.
-
- PICCALUGA (Le chanteur), 69.
-
- PIERRE (Mlle), 409.
-
- PITON (Camille), 439.
-
- PLUMET (J.), 507.
-
- POISSON (Mlle), 74.
-
- POLAIRE (Mlle), 394.
-
- POLIGNAC (Mlle de), 63.
-
- POLYXÈNE, 26.
-
- PONCHON (Raoul), 399.
-
- POPELIN-DUCARRE (Mme), 196.
-
- POTTIER (Edmond), 9.
-
- POUCHET (Le professeur), 466.
-
- POULBOT, 519, 521, 522, 558.
-
- POULET-MALASSIS, 449.
-
- PRÉJELAN, 504, 535, 548, 570.
-
- PRESLES (Mlle Renée de), 427, 428, 430.
-
- PRÉVOST (Marcel), 150, 301, 303.
-
- PRIVAT D’ANGLEMONT, 282, 411.
-
- PROCOPE (L’historien), 10, 11.
-
- PROSPER (Mme Eugénie), 444.
-
-
- Q
-
- QUÉRARD, 198.
-
- QUICHERAT, 20, 24, 29, 49, 76.
-
-
- R
-
- RACINET, 20, 29, 30, 49, 485.
-
- RADIGUET, 511, 518.
-
- RAITIF DE LA BRETONNE. _Voir_: LORRAIN (Jean).
-
- RAMBOUILLET (Mme de), 462.
-
- RAMEAU (Jean), 369.
-
- RANDON (Gilbert), 395, 505, 539.
-
- RAPHAËL, 339.
-
- RAUCOURT (Mlle), 98.
-
- RAYON D’OR (Mlle), 416.
-
- REBELL (Hugues), 230, 481.
-
- RECLUS (Elysée), 409.
-
- RÉGENT (Le).—_Voir_: PHILIPPE D’ORLÉANS.
-
- REIBRACH (Jean), 245, 285, 373, 375, 413.
-
- REINACH (Salomon), 9, 563.
-
- REINE DE NAPLES (La), 149.
-
- REINE DES BELGES (La), 195, 196.
-
- RENAN (Ary), 29.
-
- RENAN (Ernest), 507.
-
- RENARD (Jules), 364.
-
- RENNEVILLE (La vicomtesse de), 197, 200.
-
- RENOUARD (L’aquafortiste), 446.
-
- RESCHAL (Antonin), 458, 460.
-
- REUILLY (Jean de), 98.
-
- RICARD (A.), 331.
-
- RICH (Antony), 5.
-
- RICHARD (Le caricaturiste), 197, 547.
-
- RICHARDIÈRE (L.-B.), 477.
-
- RICHELIEU (Le cardinal de), 63.
-
- RICHEPIN (Jean), 66, 214, 276, 548, 559.
-
- RICLA (Le comte), 114, 115, 436.
-
- RICORD (Le Dr), 47.
-
- RIDENDO (Pierre).—Voir: CASTIGAT (Félix).
-
- RIMBAUD (Arthur), 187, 298.
-
- RIS-PAQUOT, 323.
-
- ROBBÉ DE BEAUVESET, 111.
-
- ROBERT, 550, 551.
-
- ROBIDA, 31, 32, 120, 134, 135.
-
- ROBIQUET (Jean), 103.
-
- ROCHEFORT (Henri), 300.
-
- RODAYS (Fernand de), 246.
-
- RODOCANACHI (E.), 43, 52, 53.
-
- RODRIGUES (M. P.), 406.
-
- ROLAND (Mme), 463.
-
- RONSARD, 461.
-
- ROPS (Félicien), 404, 557.
-
- ROQUES (Jules), 408.
-
- ROSAMBEAU (Louis Minet de), 157.
-
- ROUBILLE, 522.
-
- ROUSSEAU (Jean-Jacques), 80.
-
- ROUVEYRE, 555.
-
- ROWLANDSON, 547.
-
- ROYSTRAND, 513.
-
- RUBENS, 405.
-
- RUYS, 543.
-
-
- S
-
- SAGLIO (E.), 5.
-
- SAINTE-BEUVE (Mlle de), 42.
-
- SAINT-GEORGES DE BOUHÉLIER, 480.
-
- SAINT-SIMON (M. de), 63.
-
- SAINT-URSIN (Le Dr de), 9, 324.
-
- SALLÉ (Mlle), 99, 100.
-
- SALOMÉ, X. XI, 5.
-
- SAMANOS, 515.
-
- SANDERSON (Mlle Sybil), 443.
-
- SANTILLANE, 404.
-
- SAPHO, 36, 563.
-
- SARCEY (Francisque), 389.
-
- SARDAIGNE (Le roi de), 80.
-
- SARRAZIN (Jehan), 422.
-
- SARTINES (M. de), 104.
-
- SATAN (Le dessinateur), 269.
-
- SAXE (Maurice de), 77, 481.
-
- SCARRON, 76.
-
- SCHOPENHAUER, 544.
-
- SCHULTZ (La Dresse), 465, 466, 473.
-
- SECOND (Albéric), 444.
-
- SÉGUIER (Le chancelier), 75.
-
- SÉGUR (Pierre de), 145.
-
- SÉMIRAMIS, 27.
-
- SÉMONVILLE (L’ambassadeur), 126.
-
- SENEÇAI (Mme de), 63.
-
- SERCY (Mlle), 442.
-
- SIGL, 519.
-
- SILVESTRE (Armand), 277, 282, 342, 344, 382, 537, 545.
-
- SKINNER SURR (Thomas), 170.
-
- SOLEILLAND, 250.
-
- SONNOLET (Louis), 202.
-
- SOOPAYA-LAT (La reine), 329.
-
- SOUEL (La citoyenne), 126.
-
- SOUZA (Mme de), 451.
-
- SOYRE (Le Dr de), 326.
-
- STÉPHANE (Marc), 300, 472.
-
- STÉPHANI (Mlle Camille), 425.
-
- STERNE, 462.
-
- STOP, 537, 542.
-
- STRINDBERG (Auguste), 198, 331.
-
- STUART (Marie), 43, 44, 60.
-
- SUBRA (Mlle), 443.
-
-
- T
-
- TABARANT (Auguste), 285.
-
- TABOUREAU DES ACCORDS, XIV, 22, 24, 39.
-
- TAGLIONI (Mme), 441.
-
- TAILHADE (Laurent), 277, 409.
-
- TAINE (Hippolyte), 123, 393.
-
- TALLEMANT DES RÉAUX, 75, 461.
-
- TALLIEN (Mme), XIII, 120, 132, 134, 135, 205, 456.
-
- TARDIEU (Jacques), 60.
-
- TENIERS, 109.
-
- TENNYSON, 311.
-
- TESTARD (Mlle), 122.
-
- TESTEVUIDE (Jean), 567.
-
- TESTU (L’abbé), 461.
-
- TEXIER (Edmond), 166, 185, 207, 219.
-
- TÉZIER, 506.
-
- THEEBAW (Le roi), 329.
-
- THÉO-CRITT, 291.
-
- THÉODORA (L’impératrice), 10, 11.
-
- THÉODORE (Mme Adelina), 445.
-
- THÉROIONE DE MÉRICOURT, 123.
-
- THIBAULT (Adrien), 58.
-
- THOUVENEL (L’ambassadeur), 221.
-
- TINCHANT (Albert), 265, 266.
-
- TISSERAND (Alexandre), 278.
-
- TOULOUSE-LAUTREC (H. de), 282.
-
- TRÉZENIK (Léo), 265, 266, 276, 368, 456, 475, 548.
-
- TULLIA D’ARAGONA, 43, 214.
-
-
- U
-
- UZANNE (Octave), 223, 224, 234, 235.
-
-
- V
-
- VAILLANT (L’anarchiste), 409.
-
- VALENTIN-LE-DÉSOSSÉ, 543.
-
- VALLET (L.), 143, 144, 251, 504, 528, 531.
-
- VALTI (Mlle), 398, 399, 425.
-
- VARLET (Mme), 448.
-
- VAUX (Mlle), 403.
-
- VEBER (Pierre), 364.
-
- VECELLIO (César), 48, 49.
-
- VEINARD (M.), 246, 247.
-
- VENDÔME (Le duc de), 462.
-
- VERDELET (Les époux), 422.
-
- VERNET (Carle et Horace), 197, 547.
-
- VÉRON (Le Dr), 444.
-
- VERTPRÉ (Mlle Jenny), 167.
-
- VIARDOT, 568.
-
- VICTOR-EMMANUEL (Le roi), 80, 219, 220, 222, 225, 555.
-
- VIEL-CASTEL (Horace de), 205, 206.
-
- VIENNE (Mlle de), 149.
-
- VIEUXPONT (Mlle de), 63, 64.
-
- VIGENÈRE (Blaise de), 49.
-
- VIGNOLA, XI, 8, 14.
-
- VILLIOT (Jean de), 310, 464, 486.
-
- VILLON (J.), 546.
-
- VIOLETTE, 142, 143, 144, 207, 233, 486, 487, 489.
-
- VIOLLET-LE-DUC, 12, 13, 14.
-
- VIRMAÎTRE (Charles), 273, 392.
-
- VOISENON (L’abbé de), 97.
-
- VOITURE (Le poète), XIV, 66, 69, 70, 74.
-
- VON DER GOLTZ (Le maréchal), 555.
-
-
- W
-
- WALDOR (Mme Mélanie), 332.
-
- WALTER (Mme Bob), 426.
-
- WARNOD (André), 289, 290, 416, 420.
-
- WATTEAU, 336.
-
- WEBER(Louise),—_Voir_: GOULUE (La).
-
- WEISS (J.-J.), 334, 338, 340.
-
- WÉLY (Adrien), 505, 526, 529, 552, 553.
-
- WILLETTE (Adolphe), 263, 370, 404, 504, 522, 523.
-
- WILLY, 12, 179, 245, 253, 294, 343, 362, 383, 370, 371, 372, 373,
- 380, 384, 394, 397, 408, 470, 479, 482.
-
- WILLY (Mme Colette),—_Voir_: COLETTE (Mme).
-
- WILLY (Mlle Louise), 429.
-
- WINTERHALTER (Le peintre), 196, 540.
-
- WITKOWSKI (Le Dr), 74, 101, 116, 158, 449.
-
-
- Z
-
- ZOLA (Émile), 58, 244, 472, 566.
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-NOTES:
-
-[1] BERTALL: _La Comédie de notre Temps._—_La civilité, les habitudes,
-les mœurs, les coutumes, les manières et les manies de notre
-époque.—Études au crayon et à la plume._
-
-Paris, Plon et Cie, 1874; in-8, p. 130.
-
-[2] _Revue des Deux Mondes_, juillet 1870.
-
-[3] _Revue des Deux Mondes_, juillet 1870.
-
-[4] _Furetiriana_, Paris, Thomas Guillain, 1696; in-12, p. 188-189.
-
-[5] _Études sur la Toilette à travers les âges._—_La Vie Parisienne_,
-19 septembre 1896.
-
-[6] A. CHALLAMEL: _Histoire de la Mode en France._ Paris, 1880; in-8,
-p. 18.
-
-[7] E. POTTIER et S. REINACH: _La nécropole de Myrina_. Paris, 1888; p.
-405.
-
-[8] _Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_, XXV (1892), c. 596.
-
-[9] PIERRE LOUYS: _Lectures antiques_.—_La jeunesse et le mariage de
-Théodora._ (_Mercure de France_, juillet 1898; p. 168-173).
-
-J’emprunte également à M. Pierre Louys cette note dont il accompagne ce
-passage de sa traduction:
-
-«Procope (VIe siècle après Jésus-Christ) est le premier auteur qui
-fasse mention de ce petit vêtement théâtral, connu aujourd’hui sous un
-nom plus familier; il est intéressant de constater qu’il a été innové
-par la décadence byzantine, bien que ceci ne confirme pas les notices
-historiques et morales de M. Henry Bérenger, mon savant confrère (p.
-170)».
-
-[10] _Maîtresse d’esthètes._ Paris, Simonis Empis, 1897; in-12, p. 265.
-
-Il est à remarquer que non seulement l’_Ouvreuse_—elle avait de ces
-confidences!—mais presque toutes les héroïnes de Willy, Claudine en
-tête, «détail qui scandalise mes camarades, unanimes à trouver cela
-inconvenant» (_Claudine à l’école_, p. 261) portent des pantalons
-fermés. Il n’est pas jusqu’à Marthe de _Claudine s’en va_, qui, au
-dire de Maugis ne les porte ainsi. Cependant la séance d’équitation au
-cours de laquelle elle est surprise sur les genoux du personnage semble
-indiquer le contraire (p. 71, 228).
-
-[11] Paris, Morel, 1873; in-8; t. IV, p. 4.
-
-[12] _Ibid._ t. III, p. 81.
-
-[13] _Les Magasins de Nouveautés_, tome II, Paris, Plon, 1895; in-12,
-p. 231-232.
-
-[14] VII; _Moyen-Age_.—_Vie Parisienne_, 19 décembre 1896.
-
-[15] Ah mais non! Ne confondons pas le pantalon avec la ceinture de
-chasteté, mais pas du tout!
-
-[16] _L’Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_, 30 mars 1892 (XXV),
-c. 319-320.
-
-[17] _Contes de Pierre-Philippe Gudin, précédés de_ recherches sur
-l’origine des contes. Paris, Dabin, 1804; in-8, tome I, p. 107-108.
-
-[18] _Le Livre du Chevalier de la Tour-Landry pour l’enseignement de
-ses filles._ Paris, Janet, 1854; p. 127-128.
-
-[19] BÉROALDE DE VERVILLE: _Le Moyen de parvenir_. Paris, Willem,
-1870-1872; 2 in-8.—I, p. 235-236.
-
-[20] _La Complainte de M. le Cul contre les inventeurs de
-vertugalles._—Paris, Guillaume Hyver, s. d.
-
-[21] _Histoire du Costume en France._—Paris, Hachette, 1875; in-8, p.
-407.
-
-[22] _Les Bigarrures et Touches du Seigneur des Accords_, édition de
-1615, p. 77.
-
-[23] _Deux Dialogues du Nouveau Langage français italianizé et
-autrement desguisé, principalement entre les courtisans de ce temps._
-Paris, Liseux, 1885; in-8. T. I, p. 184-185.
-
-[24] Paris, Quantin, 1890; in-8, p. 160-162.
-
-[25] Si, comme il sera dit, lady Churchill se fit aimer en montrant
-son derrière dans une chute d’âne, au pays de Cathay—ainsi appelait-on
-alors la Chine—les filles avaient un moyen analogue, mais non
-accidentel, de se faire aimer et Loys Guyon de décrire ainsi cette
-«deshonnête façon de faire marier filles»:
-
-«L’assemblée faite, la fille dont est question, monte sur un perron,
-et par le commandement de ses parens trousse ses vestemens, et monstre
-ses fesses un assez long temps; et après se retrousse le devant de sa
-robbe, et monstre ses parties secrettes, ayant rasé le poil (si aucun
-il y en avoit) lors si elle agree à quelqu’un, il la prend à femme,
-moyennant qu’il aye moyen de la bien nourrir et vestir».
-
-(_Les Diverses Leçons de Loys Guyon, Dolois, sieur de la Nauche,
-Conseiller du Roy en ses Finances en Lymosin._—A Lyon, par Claude
-Morillon, 1617; in-8, t. I, p. 104).
-
-[26] _Les Diverses Leçons de Loys Guyon_, t. I, p. 106.
-
-[27] _Le Costume historique._ Paris, Firmin-Didot, s. d.; in-4, t. IV,
-p. 273.
-
-[28] _Le Costume historique_, t. IV, p. 289.
-
-[29] ROBIDA: _Mesdames nos Aïeules_.—Paris, Librairie Illustrée, s. d.;
-in-12, p. 74-75.
-
-[30] _Histoire de la Mode en France_, p. 105.
-
-[31] _Recueils divers bigarrés du grave et du facétieux, du bon et du
-mauvais, suivant le temps. Mémoires-Journaux de Pierre de l’Estoile._
-Paris, 1883; in-8; t. XI, p. 239.
-
-[32] Premier discours, tome I, p. 94. Je suis pour Brantôme
-l’excellent texte qu’en a donné M. Henri Bouchot. Paris, Librairie des
-Bibliophiles, 3 in-16. Je ne saurais, toutefois, passer sous silence la
-très remarquable édition de l’éditeur Charles Carrington, parue en 1901
-sur papier vergé d’Arches, avec des manchettes en rouge pour faciliter
-la lecture si attachante des _Vies des Dames Galantes_.
-
-[33] Deuxième discours, t. II, p. 30.
-
-[34] Cinquième discours, t. II, p. 178.
-
-[35] Cinquième discours, t. II, p. 178.
-
-[36] Deuxième discours, t. II, p. 55.
-
-[37] Sixième discours, t. III, p. 57.
-
-[38] Premier discours, t. I, p. 215.
-
-[39] Fille, suivant les apparences, d’André de Hacqueville, premier
-président du Grand Conseil.
-
-[40] _Remarques sur l’inventaire des Livres trouvez en la Bibliothèque
-de Maistre Guillaume_, jointes à l’édition des Aventures du baron de
-Foeneste.—Bruxelles, 1729; p. 537.
-
-[41] Troisième discours, t. II, p. 77-78.
-
-[42] Détails fournis par le _De rebus gestis Serenissimæ principis
-Mariæ Scotorum reginæ, Franciæ dotariæ, Londini, 1725; et reproduits
-par Peignot, dans son _Choix de testaments anciens et modernes_.—Paris,
-1829; t. I, p. 252.
-
-[43] E. RODOCANACHI: _Courtisanes et Bouffons. Étude de mœurs
-romaines_, Paris, E. Flammarion, 1894; in-16, p. 182.
-
-[44] Consulter sur l’Aretin, en dehors de la thèse de M. Pierre
-Gauthiez (Paris, Hachette, 1895; in-12), la remarquable introduction de
-M. Alcide Bonneau en tête des _Ragionamenti_ (Paris, Liseux, 1882); et
-reproduite dans _Curiosa_ (Paris, Liseux, 1887; in-8, p. 391-399).
-
-Quant aux estampes des Carrache, reproduites par Marc Antoine,
-consulter, au sujet des mauvais reports qui en sont vendus sous le
-manteau et auxquels Pietro Aretino doit le plus clair de sa mauvaise
-réputation, soit la _Bibliographie Gay_, soit le _Catalogue des
-ouvrages poursuivis, supprimés, etc._, de M. Fernand Drujon (Paris,
-Rouveyre, 1879; in-8, p. 32-33), ou encore le _Catalogue de l’Enfer
-de la Bibliothèque Nationale_, de Guillaume Apollinaire (Mercure de
-France, 1913; in-8).
-
-[45] Paris, Liseux, 1882; in-8, p. 4.
-
-[46] Paris, Liseux, 1882; in-8, p. 18.
-
-[47] _Essais de Michel de Montaigne._—Édition J.-V. Le Clerc, Paris,
-1826; in-8, t. I, p. 240.
-
-[48] Nouvelle résumée par M. le professeur Nardi dans l’_Intermédiaire_
-du 30 mars 1892 (XXV), c. 320.
-
-[49] _Encyclopédie Migne: Dictionnaire des Cas de conscience._—Paris,
-1847; in-8, t. I, p. 1005 et 1008.
-
-[50] _Habiti antichi et moderni di tutto il mondo._ Paris,
-Firmin-Didot, 1860; in-8, t. I, p. 120.
-
-[51] _Le Costume historique_, t. IV, Italie, XVIe siècle.
-
-[52] ARMAND BASCHET: _Les Archives de la Sérénissime République de
-Venise_. Paris, Amyot 1857; in-8, p. 32.
-
-[53] _Les Courtisanes et la Police des mœurs à Venise._ Documents
-officiels empruntés aux archives de la République, accompagnés de
-quelques observations. Paris, 1866; in-8, p. 7.
-
-[54] _Les Courtisanes et la police des mœurs à Venise_, p. 7.
-
-[55] _Les Courtisanes et la Police des mœurs à Venise_, p. 7.
-
-[56] Et à Venise, avons-nous vu.
-
-[57] E. RODOCANACHI: _Courtisanes et Bouffons_, p. 32-33.
-
-[58] S. l., 1616; 2 parties en une plaquette; relation burlesque en
-vers français du voyage de Louis XIII et de Marie de Médicis, de
-Bordeaux à Tours. Une autre édition, comportant quelques variantes a
-paru sous le titre d’«Aventures du retour de Guyenne».
-
-[59] L’_Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_, 20 octobre 1905
-(LII), c. 604.
-
-La vogue du caleçon avait été si grande au XVIe siècle que non
-seulement des bourgeoises, mais des paysannes même avaient emprunté aux
-dames de la cour cet accessoire.
-
-M. Adrien Thibault, l’érudit chercheur, a découvert dans le testament
-d’une paysanne de Villebarou, Jeanne Moreau, femme de Denis Drouet,
-daté du 1er décembre 1596, ce legs bizarre:
-
-«Item donne à Maturin Besnard une cotte qui a le corps tanné, une
-garde-robbe avec le devant, une paire de chausses de serge».
-
-[60] _Relation exacte de ce qui s’est passé à la mort du maréchal
-d’Ancre._—Collection Michaud, t. XIX, p. 470.
-
-[61] B. Bailliage de Blois; jeudi 14 mai 1615, inventaire du Buisson.
-
-[62] _Grandes et récréatives Pronostications pour ceste présente année
-08145000470 selon les promenades et suivettes du soleil par les douze
-cabarets du zodiaque_.—A Paris, chez Jean Martin, s. d. Réimpression
-Gay (Bruxelles, imp. Mertens), 1863; in-16.
-
-[63] F.-L. BRUEL: _Le Roman de Babonnette_.—_Journal des Débats_,
-27 septembre 1910. cf.: Recueil de Maurepas, t. XXIII; édition
-Poulet-Malassis; Leyde (Bruxelles), 1865; 6 in-16, IV, p. 239.
-
-[64] _Voyage de Me Guillaume en l’autre monde._ Paris, 1612.
-
-[65] G. DESNOIRESTERRES: _Épicuriens et Lettrés_; XVIIe et XVIIIe
-siècles. Paris, Charpentier, 1879; in-12, p. 36. (_Fragment du
-manuscrit de l’Arsenal_).
-
-[66] Louise de La Fayette, fille d’honneur d’Anne d’Autriche. Après
-avoir supplanté—en tout bien tout honneur—Marie de Hautefort, auprès de
-Louis XIII, elle entra en religion sous le nom de Mère Angélique. Morte
-en 1665, supérieure du couvent de la Visitation.
-
-[67] Marie de Hautefort, fille d’honneur de Marie de Médicis et dame
-d’atours d’Anne d’Autriche. Née en 1616, mariée en 1646, après sa
-disgrâce, au duc de Schomberg, gouverneur de Metz; morte en 1691.
-
-Sa liaison avec Louis XIII fut plus sérieuse que le flirt qui allait
-suivre, sans cesser, semble-t-il, de rester platonique.
-
-Cette première favorite avait pour elle la reine et contre elle
-Richelieu.
-
-[68] Semblable «évasion tout à trac dans la salle du bal, du temps de
-Charles IX». (Brantôme, t. II, 2e discours, p. 45).
-
-[69] Le _Recueil de Maurepas_ (t. I, fo 445.—Édit. Poulet-Malassis, I,
-p. 50.) donne pourtant cette chanson comme étant de Louis XIII lui-même.
-
-Petite La Fayette, Votre cas n’est pas net; Vous avez fait pissette
-Dedans le cabinet, A la barbe royalle, Même aux yeux de tous; Vous avez
-fait la salle Ayant pissé sous vous.
-
-Évidemment Dominique Bonnaud fait mieux.
-
-(Cf. Comte de LABORDE: _Le Palais Mazarin_. Paris, 1847; in-8,
-appendice, note 522, p. 353).
-
-[70] _Mémoires de M. de La Porte, Premier Valet de Louis XIV, contenant
-plusieurs particularités des règnes de Louis XIII et de Louis XIV._
-
-A Genève, 1755; in-12, p. 94-97.
-
-[71] _Les Œuvres de M. de Voiture._—Paris, Vve F. Mauger, 1693; in-12,
-t. II, p. 32-34.—Le dernier vers seul est emprunté à l’édition de 1665.
-
-[72] _Histoire amoureuse des Gaules, le Passe-temps royal ou les Amours
-de Mlle de Fontanges._ 1754; t. III, p. 208-209.
-
-[73] _Mémoires du chevalier de Grammont_, par Antoine Hamilton.—Paris,
-Jouaust, 1876; in-12, p. 293.
-
-[74] _Cours de Médecine en françois, contenant le Miroir et santé
-corporelle._—Lyon, 1664; in-8, II, p. 238.
-
-[75] Drs WITKOWSKI et NASS: _Le Nu au théâtre_.—Paris, H. Daragon,
-1909; in-8, p. 57.
-
-[76] _Intermédiaire des Chercheurs_, XL (1899); c. 954.
-
-[77] _Historiettes_: le chancelier Séguier.—Édition de Mommerché et
-Paulin. III, p. 66.
-
-[78] _Correspondance_, trad. Brunet, Paris, Charpentier, s. d.; II, p.
-388-389.
-
-[79] _Les Œuvres de Monsieur Scarron_, Amsterdam, 1717; in-12; t. I, p.
-205.
-
-[80] _L’Ovide bouffon ou les Métamorphoses travesties en vers
-burlesques._ Paris, 1662; in-12, p. 286.
-
-[81] _Histoire du Costume en France_, p. 567.
-
-[82] Cela rappelle un peu les prédictions de Bruscambille pour le
-mois d’août (1619): «à la grande pluye les femmes descouvriront leur
-cul pour couvrir leur teste» (p. 36) et plus encore les paysannes
-espagnoles qui, suivant la comtesse d’Aulnoy, à la vue d’un étranger,
-se couvraient la tête de leur jupon pour cacher leur visage, sans
-songer davantage aux conséquences.
-
-Il en était de même au cours de certaines processions où l’on voyait
-une foule de femmes avec leurs cottes retroussées sur la tête.
-
-«Je vous laisse à penser», ajoute Muret, dans une lettre datée de 1666,
-«si Molière peut faire une figure sur le théâtre plus ridicule que ces
-femmes tenant des deux mains leurs cottes retroussées autour du visage,
-en sorte qu’à peine peut-on voir le bout de leur nez; au contraire, des
-pauvres qui n’ont pas bien des habits et qui sont obligées de mettre le
-meilleur sur leur tête, j’oserais vous dire, Monsieur, qu’on leur voit
-presque le derrière. (Bibl. Nat. Mss. fr. No 17046—_Cf._: _Le Cabinet
-historique_, 1879; l’_Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_, L
-[1904], c. 839-840).
-
-La pudeur est affaire de latitude, chacun le sait: les femmes la
-placent où il leur convient.
-
-[83] G. DESNOIRESTERRES: _Op. cit._, p. 205-206.
-
-[84] Paris, Aubrée, 1829; in-8, t. I, p. 36.
-
-[85] _Op. cit._ p. 36.
-
-[86] _Le Portefeuille de Monsieur le Comte de Caylus._—Paris, 1880;
-in-4, p. 17.
-
-[87] _Le Portefeuille de Monsieur le Comte de Caylus_; p. 15-16.
-
-[88] _Le Portefeuille de Monsieur le Comte de Caylus_, p. 17-18.
-
-[89] _Le Portefeuille de Monsieur le Comte de Caylus_, p. 17-18.
-
-[90] _Le Portefeuille de Monsieur le comte de Caylus_, p. 17-18.
-
-[91] _L’Affaire du Collier_; 2e édition; Paris, Hachette et Cie, 1901;
-in-12, p. 38-39.
-
-[92] _Mémoires secrets_, 30 décembre 1763.
-
-[93] Le caleçon des coquettes—quand elles en portaient—était ouvert,
-en effet. Le _Joujou des Messieurs_, destiné à faire suite à celui
-des _Demoiselles_, ce recueil peu bégueule souvent réédité au XVIIIe
-siècle, ne laisse subsister sur ce point aucun doute:
-
-Femme de chambre un jour à sa maîtresse Avec frayeur ajustait son
-calçon, Voyant du lieu que l’on appelle c... Blanchâtre jus s’échaper
-(_sic_) à foison. Non, ne crains pas; c’est commune faiblesse, Lui dit
-la Dame en en donnant sans cesse.
-
-
-[94] _Mémoires secrets_; Londres, Adamson, 1780-1789; in-8, t. I, p.
-213-214.
-
-[95] _Mercure de France_; juin 1763; p. 190-193.
-
-[96] Nouvelle édition; Paris, Garnier frères, 1878; in-12, p. 283.
-
-[97] Sur Mme d’Oligny. Cf.: _Intermédiaire des Chercheurs et curieux_,
-XXXVI (1897), c. 334, 746; XXXVII (1898), c. 35, 252, 515.
-
-[98] Paris, H. Daragon, 1909; in-8, p. 152-153.
-
-[99] _Mercure de France_, avril 1734.
-
-Cf. ÉMILE DACIER: _Une danseuse de l’Opéra sous Louis XV, Mlle Sallé_
-(1707-1756).—Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1909; in-12; p. 151-154.
-
-[100] _Deux siècles à l’Opéra._—Paris, Dentu, 1868; in-12; p. 114.
-
-[101] Drs WITKOWSKI et NASS: _Le Nu au Théâtre depuis l’antiquité
-jusqu’à nos jours_, p. 74.
-
-[102] _Mémoires de J. Casanova de Seingalt._—Paris, Garnier, in-8; t.
-II, p. 319-320.
-
-[103-104] JEAN ROBIQUET: _Les Jupes des Danseuses_.
-(_La Contemporaine_, septembre 1901).
-
-[105] NÉRÉE DESARBRES: _Op. cit._, p. 117-118.
-
-[106] _Correspondance littéraire, philosophique et critique adressée à
-un souverain d’Allemagne, depuis 1770 jusqu’en 1782, par le baron Grimm
-et par Diderot._—Paris, F. Buisson, 1812; in-8, t. I, p. 122-123.
-
-[107] A la ville, les Muses du foyer de l’Opéra continuaient à
-ignorer, bien entendu, l’usage du pantalon que, seule, la police les
-forçait à porter à la scène. Ainsi, en juillet 1788, la demoiselle
-Eulalie Lalanne, dite Audinot, «pensionnaire de l’Académie royale
-de musique», plaida, avant la belle Otéro ou Mlle Irma de Montigny,
-avec sa blanchisseuse, pour un compte en souffrance. Le livre de
-blanchissage de la belle enfant, alors âgée de vingt-neuf ans, fut,
-comme il convient, soumis aux juges du Tribunal consulaire. Une de ses
-pages, entre autres, nous révèle, comme linge de corps: 6 chemises, 5
-mouchoirs, 4 fichus, 3 camisoles, 4 jupons, 1 jupon piqué, 1 peignoir
-et... 12 serviettes; mais point apparence de pantalon.
-
-Arch. de la Seine; Trib. consulaire, faillites, Reg. 4650; Cf.
-_Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_, XLIV (1901), c. 439-440.
-
-[108] _Tableau de Paris_; Amsterdam, 1783; in-8, t. VII.
-
-[109] _Souvenirs de Léonard, coiffeur de Marie-Antoinette._
-Paris,Arthème Fayard, s. d.; in-8, p. 43.
-
-[110] _Supplément à l’Encyclopédie_, Amsterdam, 1776; in-fo, t. II, p.
-116.
-
-[111] No du 23 août 1773 (Cf. _Intermédiaire_, 30 septembre 1906,
-(LIV), c. 477).
-
-[112] _Mémoires de Casanova_; édit. Garnier, t. III, p. 509.
-
-[113] _Mémoires de Casanova_; édition Garnier, t. III, p. 296.
-
-[114] _L’Espion anglais, ou Correspondance secrète entre Milord All’eye
-et Milord All’ear._—Londres, 1779; in-8, t. III, p. 224-225.
-
-[115] _Œuvres diverses_: Londres, 1801; in-16, p. 77-78.
-
-[116] CHARLES MAGNIN: _Histoire des marionnettes en Europe_, 2e
-édition, Paris, Michel Lévy, 1862; in-12; p. 89.
-
-[117] _Mémoires de Casanova_; édition Garnier, t. VIII, p. 27-28.
-
-[118] DAUVERGNE, cité par. WITKOWSKI et NASS: _Op. cit._, p. 77-78.
-
-[119] _Mémoires de Casanova_; édition Garnier, t. V, p. 116-117.
-
-[120] Cf. VICOMTE DE BONALD: _François Chabot, membre de la
-Convention_. Paris, Émile-Paul; 1908; in-8, p. 55.
-
-[121] Cf. _Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_, t. XLV (1902), c.
-663-664.
-
-[122] TAINE: _Les origines de la France contemporaine. La Révolution_,
-t. I, Paris, Hachette, 1878; in-8, p. 442.
-
-[123] Drs CABANÈS et NASS: _La Névrose révolutionnaire_, Paris, Lecène,
-Oudin et Cie, 1906; in-8, p. 86.
-
-[124] _Journal des Goncourt_; t. VI, Paris, Charpentier, 1892; in-12,
-p. 221.
-
-[125] _Dictionnaire des Sciences médicales_; Paris, Pankoucke, 1813;
-in-8, t. VII, p. 517.
-
-[126] 1887, Tirage à part: _Un trousseau sous le Directoire_;
-Nogent-le-Rotrou, imp. Daupeley-Gouverneur, in-8.
-
-[127] _Bulletin de la Société de l’Histoire de Paris_, 1885; p. 81-89.
-
-[128] _Un trousseau sous le Directoire_, p. 2.
-
-[129] _Le Nouveau Paris._ Paris, Fuchs, Pougens et Cramer, in-8 (_Bals
-à victime_), t. III, p. 27.
-
-[130] Cf. _Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_, LXVIII, (1913),
-c. 183, 271 Dumersan et N. Colet, avaient déjà donné le texte, mais
-incomplet, de cette chanson, dans le tome 1er de leurs _Chants et
-chansons populaires de la France_.
-
-[131] _Le Nouveau Paris_, t. III, p. 140.
-
-[132] _Le Nouveau Paris_, t. III, p. 147-149.
-
-[133] Paris, E. Rouveyre, 1880; in-8.
-
-[134] ROBIDA: _Mesdames nos Aïeules_.—Paris, Librairie Illustrée, s.
-d.; in-12, p. 187-188.
-
-[135] Arch. Nationales, F7 6152, dr 872.—Cf: L’_Intermédiaire des
-Chercheurs et Curieux_, t. LXVII, (1913), c. 278.
-
-[136] _L’Art de la Toilette chez la femme._—Paris, Dentu, 1885; in-8,
-p. 41.
-
-[137] _Le Centenaire de la Toilette._—Supplément du _Figaro_, 10 mai
-1890.
-
-[138] PIERRE de SÉGUR: _La dernière des Condé_.—_Revue des Deux
-Mondes_, 15 février 1898; p. 861.
-
-[139] _Journal des Dames et des Modes_, 15 brumaire, an XII.
-
-[140] _Dictionnaire des Proverbes français_; 3e édition. Paris,
-Treuttel et Würtz, 1823; in-8, p. 23-24.
-
-Cf: A. FRANKLIN: _Les Magasins de Nouveautés_.—Paris, Plon, 1895;
-in-12, t. I, p. 295-296.
-
-[141] _L’Echo de Paris_, 27 avril 1909.
-
-[142] Nouvelles acquisitions, No 5.931.
-
-Cf. H. BOUCHOT: _La toilette à la Cour de Napoléon_, Paris, Librairie
-Illustrée, s. d.; in-8, p. 53.
-
-[143] _Grand livre de Leroy_, folios 60 et 74.
-
-[144] FRÉDÉRIC MASSON: _Joséphine impératrice et reine_. Paris,
-Ollendorff, 1899; in-8, p. 42.
-
-[145] MARCEL PRÉVOST: _L’Abbé Pantalon_ (_Gil-Blas_, 24 décembre 1890).
-
-[146] _De l’Adultère._—_Conseils pratiques._ (_Gil-Blas_, 10 février
-1890).
-
-[147] Cf. A. de LA FIZELIÈRE: _Histoire de la Crinoline au temps passé,
-suivie de la Satyre sur les Cerceaux, paniers_, etc., par le chevalier
-de Nisard et de _l’Indignité et Extravagance des Paniers_, par un
-Prédicateur. Paris, Aubry, 1859; in-12.
-
-[148] _Observations sur les modes et les usages de Paris pour servir
-d’explication aux caricatures publiées sous le titre de Bon Genre
-depuis le commencement du _ XIXe _siècle._ Paris, 1817; in-8, p. 42.
-
-[149] H. BOUCHOT: _Le Luxe français_;—_La Restauration_. Paris,
-Librairie Illustrée, s. d.; in-8, p. 150.
-
-[150] H. BOUCHOT: _La Restauration_; p. 156.
-
-[151] _Almanach des Modes_, suivi de l’_Annuaire des Modes_.—4e année.
-Paris, Rosa, 1817; in-16, p. 58-60.
-
-[152] _Almanach des Modes_, p. 60-61.
-
-[153] _Almanach des Modes_, p. 61-62.
-
-[154] Drs WITKOWSKI et NASS: _Le Nu au Théâtre_, p. 157.
-
-[155] _Journal des Dames et des Modes_, 15 septembre 1819.
-
-[156] _Journal des Dames et des Modes_, 1819.
-
-[157] _Journal des Dames et des Modes_, 31 mai 1820.
-
-[158] _Journal des Dames et des Modes_, 30 septembre 1820.
-
-[159] _Journal des Dames et des Modes_, 30 juin 1821.
-
-[160] _Journal des Dames et des Modes_, 15 juillet 1821.
-
-[161] _Journal des Dames et des Modes_, 15 juillet 1821.
-
-[162] _Journal des Dames et des Modes_, 31 juillet 1821.
-
-[163] _Journal des Dames et des Modes_, 31 août 1821.
-
-[164] _Journal des Dames et des Modes_, 1821.
-
-[165] LA MÉSANGÈRE: _Dictionnaire des Proverbes français_; p. 459.
-
-[166] _Journal des Dames et des Modes_, 10 avril 1822.
-
-[167] _Journal des Dames et des Modes_, 1822.
-
-[168] _Journal des Dames et des Modes_, 1822.
-
-[169] _Journal des Dames et des Modes_, 1822.
-
-[170] H. BOUCHOT: _La Restauration_, p. 189-190.
-
-[171] Paris, 1852; in-8, p. 332.
-
-[172] _Journal des Dames et des Modes_, 10 septembre 1823.
-
-[173] _Journal des Dames et des Modes_, 10 mai 1822.
-
-[174] _Intermédiaire des Chercheurs_, XXV (1892), c. 323.
-
-[175] _Journal des Dames et des Modes_, 25 juillet 1823.
-
-[176] _Journal des Dames et des Modes_, 15 juillet 1824.
-
-[177] _Journal des Dames et des Modes_, 1824.
-
-[178] _L’Hermite rôdeur_, par l’auteur de _l’Hermite à Londres_ (Thomas
-Skinner Surr), 1824; t. I, p. 69.
-
-[179] _Journal des Dames et des Modes_, 15 mars 1825.
-
-[180] _Journal des Dames et des Modes_, 30 mai 1825.
-
-[181] _Journal des Dames et des Modes_, 1825.
-
-[182] _Journal des Dames et des Modes_, 1825.
-
-[183] _Journal des Dames et des Modes_, 1826.
-
-[184] _Journal des Dames et des Modes_, 20 janvier 1826.
-
-[185] _Journal des Dames et des Modes_, 1826, p. 532.
-
-[186] _Journal des Dames et des Modes_, 26 février 1827.
-
-[187] _Journal des Dames et des Modes_, 1826.
-
-[188] _Journal des Dames et des Modes_, 25 août 1827.
-
-[189] _Journal des Dames et des Modes_, 5 juillet 1827.
-
-[190] _Journal des Dames et des Modes_, 10 avril 1828.
-
-[191] _Journal des Dames et des Modes_, 25 avril 1828.
-
-[192] _Journal des Dames et des Modes_, 25 juillet 1828.
-
-[193] _Journal des Dames et des Modes_, 25 août 1828.
-
-[194] _Journal des Dames et des Modes_, 5 octobre 1828.
-
-[195] _Costumes Parisiens_, 1827, no 2254.
-
-[196] _Costumes Parisiens_, 1829, no 2744.
-
-[197] _Journal des Dames et des Modes_, 20 janvier 1829.
-
-[198] _Journal des Dames et des Modes_, 15 novembre 1829.
-
-[199] _Journal des Dames et des Modes_, 1829.
-
-[200] _Ballade des derrières froids._
-
-[201] _Journal des Dames et des Modes_, 1829.
-
-[202] Paris; Lemerre, 1874; in-12, t. II, p. 108.
-
-[203] _Journal des Dames et des Modes_, 1828; 20 janvier 1831.
-
-[204] _Journal des Dames et des Modes_, 5 mars 1830.
-
-[205] _Journal des Dames et des Modes_, 10 février 1830.
-
-[206] _Journal des Femmes_, 6 juillet 1833, p. 186.
-
-[207] _Journal des Femmes_, 6 juillet 1833, p. 186.
-
-[208] _Journal des Femmes_, 1837.
-
-[209] _Manuel du Tailleur._—Paris, Hautecœur, 1837; in-8, p. 233.
-
-[210] _Manuel du Tailleur._—p. 237.
-
-[211] _Les Français peints par eux-mêmes: La Femme comme il
-faut._—Paris, L. Curmer, 1840; in-8, t. I, p. 25.
-
-[212] _Journal des Demoiselles_, 1838.
-
-[213] _Journal des Demoiselles_, 1850, p. 376.
-
-[214] _Intermédiaire des Chercheurs_, XLI (1900), c. 488.
-
-[215] _Le Collier des Jours. Souvenirs de ma vie._—Paris, Juven, s. d.;
-in-12, p. 14.
-
-[216] Paris, Jules Rouff, s. d.; in-12, p. 33.
-
-[217] _La Pucelle de Belleville_, p. 23.
-
-[218] Paris, Jules Rouff, s. d.; p. 16.
-
-[219] _Moniteur de la Mode_, 10 août 1844.
-
-[220] _Moniteur de la Mode_, 20 mai 1843.
-
-[221] _Moniteur de la Mode_, 10 juin 1845.
-
-[222] _Les Bains de mer belges_; caricatures par Richard.
-L’_Illustration_, 28 septembre 1844.
-
-[223] _Le Confessionnal des Jésuites._—Paris, Paulin, 1845; in-12.
-
-[224] _Le Confessionnal des Jésuites_, p. 227.
-
-[225] _Le Confessionnal des Jésuites_, p. 281.
-
-[226] _Le Confessionnal des Jésuites_, p. 384.
-
-[227] _Le Moniteur de la Mode_, août 1846.
-
-[228] _Moniteur de la Mode_, 30 août 1847.
-
-[229] _Moniteur de la Mode_, 10 août 1845.
-
-[230] _Moniteur de la Mode_, 30 mai 1848.
-
-[231] _Moniteur de la Mode_, juillet 1851.
-
-[232] Reproduit par le _Moniteur de la Mode_, octobre 1851.
-
-[233] _Vie Parisienne_, 5 juin 1909.
-
-[234] _Lettres à la Fiancée_, 4 mars 1822, Cf.: _Les Misérables;
-Marius_, Liv. VI.
-
-[235] _Moniteur de la Mode_, décembre 1851.
-
-[236] _Mémoires du comte Horace de Viel-Castel sur le règne de Napoléon
-III._ T. I; p. 6.
-
-Horace de Viel-Castel cite des noms, j’ai cru devoir les remplacer par
-des points.
-
-[237] _Moniteur de la Mode_, janvier 1852.
-
-[238] _L’Art de la Toilette_, p. 41.
-
-[239] _Tableau de Paris_, p. 332.
-
-[240] _Conseiller des Dames_, 1853.
-
-[241] _La Lingère parisienne_, octobre 1854.
-
-[242] _La France élégante_, 1856.
-
-[243] JOHN GRAND-CARTERET: _Le Décolleté et le retroussé à travers les
-âges_.—Paris, E. Bernard, s. d.; in-8, obl. (Introduction).
-
-[244] _La France élégante_, 1857.
-
-[245] _La Comédie de notre Temps_, p. 130.
-
-[246] _Les Mœurs et la Caricature en France._—Paris, Librairie
-Illustrée, 1888; in-8, p. 344-345.
-
-[247] H. BOUCHOT: _Les Élégances du Second Empire_. Paris, Librairie
-Illustrée, s. d.; in-12, p. 166.
-
-[248] _Paniers et Crinolines. Bulletin de la Société de l’Histoire du
-Costume_, 2e livraison, p. 43.
-
-[249] _Souvenirs d’Epsom._—_Vie Parisienne_, 1864.
-
-[250] _Vie Parisienne_, 8 août 1868.
-
-[251] _Vie Parisienne_, 8 août 1868.
-
-[252] _Vie Parisienne_, 14 août 1869.
-
-[253] PIERRE DE LANO: _L’Impératrice Eugénie_ (_Figaro littéraire_, 20
-septembre 1890).
-
-[254] PIERRE DE LANO: _L’Amour à Paris sous le Second Empire_.—Paris,
-Simonis Empis, 1896; in-12, p. 181.
-
-[255] E. TEXIER: _Le Journal et les Journalistes_.—Paris, 1868; in-16,
-p. 104.
-
-[256] G.-ALBERT AURIER: _Œuvres Posthumes_. Paris, Mercure de France,
-1893; in-8, p. 24.
-
-[257] PIERRE DE LANO: _La Cour de Napoléon III_ (_Figaro littéraire_,
-26 septembre 1891).
-
-[258] FRÉDÉRIC LOLLIÉE: _Les Femmes du Second Empire_. Paris, Juven, s.
-d.; in-8, p. 8.
-
-[259] _La Femme à Paris.—Nos Contemporaines. Notes successives sur
-les Parisiennes de ce temps dans leurs divers Milieux, États et
-Conditions._ Paris, Librairies-Imprimeries réunies, 1894; in-8, p. 33.
-
-[260] _Nos Contemporaines_, p. 27.
-
-[261] M. JOHN GRAND-CARTERET en a donné une reproduction dans _le
-Décolleté et le Retroussé à travers les âges_.
-
-[262] _Le Charivari_, 19 février 1869.
-
-Certaines, parmi les héroïnes de Boutet tout au moins, font mieux, de
-nos jours; la peinture est chargée de rendre et de conserver cette
-fugitive vision:
-
-—Oh! ma chère, je viens de chez mon peintre; il me fait, pour mon
-cabinet de toilette, mon portrait au moment où je me pantalonne. C’est
-exquis!»
-
-(_Autour d’Elles._—T. III, _le Coucher_; Paris, Ollendorff, 1898; in-4).
-
-Le contraire de la Germaine de Maurice Donnay, qui se plaint, elle, que
-son amant ne la croque jamais qu’en déshabillé:
-
-—Et puis j’en ai assez de poser toujours en corset ou en jupon ou en
-pantalon... Quand me feras-tu tout habillée comme une femme du monde?
-
-(_Dialogues des Courtisanes, Vie Parisienne_, 20 février 1892.)
-
-[263] _Petit Journal pour rire_, 1866.
-
-[264] _Paris-Caprice._
-
-[265] _Vieux_; Paris, Savine, 1891; in-12, p. 220.
-
-[266] _La Comédie de notre Temps_, p. 130-131.
-
-[267] HUGUES REBELL: _La femme qui a connu l’Empereur_. (_Mercure de
-France_, avril 1898; p. 148).
-
-[268] _Les Dessous féminins._—_Page d’histoire._
-
-_Compte rendu de l’Association amicale des anciens élèves du Collège et
-du Lycée de Vendôme_, 1894-1895; p. 26-27.
-
-[269] _L’Art de la Toilette_, p. 49.
-
-[270] MARGUERITE D’AINCOURT: _Études sur le Costume féminin_.—Paris,
-Rouveyre et Blond, s. d.; in-8, p. 16.
-
-[271] _L’Art et les Artifices de la Beauté._—Paris, Juven, s. d.;
-in-12, p. 216.
-
-[272] _Nos Contemporaines_, p. 38.
-
-[273] _La Comédie de notre Temps_, p. 130.
-
-[274] _L’Intransigeant_, 8 avril 1888.
-
-[275] ÉMILE ZOLA: _L’Assommoir_, Paris, Charpentier, 1879; in-12, p.
-34-35.
-
-[276] JEAN REIBRACH: _La Gamelle_. Paris, Charpentier, 1890; in-12, p.
-153.
-
-[277] WILLY et COLETTE WILLY: _Claudine à Paris_. Paris, Ollendorff,
-1901; in-12, p. 194.
-
-[278] Et comment?... Un bienheureux Théophane Vénard figure sur le
-calendrier, dont la fête tombe le 2 février.
-
-[279] _Le Figaro_, avril 1879.
-
-[280] _L’Éclair_, 17 mars 1893.
-
-[281] PIERRE GIFFARD: _Les Grands Bazars_. Paris, Havard, 1882; in-12,
-p. 174.
-
-[282] _Le Matin_, 19 et 20 janvier 1909.
-
-[283] _La Vie Parisienne: Par la Pluie_, 24 mars 1894.
-
-[284] Cf.: _Le Fin de Siècle_, 12 novembre 1896.
-
-[285] WILLY: _La Tournée du Petit Duc_.—Paris, Société d’éditions et de
-publications parisiennes, s. d.; in-12, p. 50.
-
-[286] _Le Journal_, 9 décembre 1897.—Se reporter aux catalogues de la
-Belle Jardinière de l’époque.
-
-[287] _Courrier Français_, 14 octobre 1894.
-
-[288] _L’Écho de Paris_, 10 octobre 1898.
-
-[289] _La Lanterne_, 13 octobre 1894. (_Le Nu à bicyclette._)
-
-[290] _Le Block-Notes de Falstaff: correspondance._ _Le Fin de Siècle_,
-13 août 1896.
-
-[291] _En Amour_, Paris, Tresse et Stock, 1890; in-12, p. 12.
-
-[292] _En Amour_, p. 233.
-
-[293] _Au Pays du Manneken-Pis._ Bruxelles, Kistemaeckers, 1883; in-8,
-p. 27-28.
-
-[294] LÉON CLADEL: _L’Écho de Paris_, 7 mars 1891.
-
-[295] ALBERT TINCHANT: _Les Fautes_.—Paris, Piaget, 1887; in-12, p. 168.
-
-[296] LÉO TRÉZENIK: _Les Gens qui s’amusent_.—Paris, Giraud, 1886;
-in-12, p. 233.
-
-[297] _Autour d’Elles._—T. II, _Les Modèles_.—Paris, Ollendorff, 1897;
-in-fo. (_Le Coup de sonnette_).
-
-[298] Dessin et légende de Satan (_Chronique amusante_).
-
-[299] Paroles de Cellarius (_Gil-Blas illustré_, 30 octobre 1892).
-
-[300] _Modèles d’artistes._—Paris, Marpon et Flammarion, s. d.; in-12,
-p. 214.
-
-[301] CATULLE MENDÈS: _La Femme-Enfant_.—Paris, Charpentier, 1891;
-in-12, p. 25.
-
-[302] _La Femme-Enfant_, p. 25-26.
-
-[303] _La Femme-Enfant_, p. 34.
-
-[304] CHARLES VIRMAÎTRE: _Paris-Galant_.—Paris, Genonceaux, 1890;
-in-12, p. 15.
-
-[305] Paris, Frédéric Henry (1870), in-32.
-
-[306] Le _Gil-Blas_.
-
-[307] _Le Cri de Paris_, 15 juin 1913.
-
-[308] _Croquis parisiens._ (_Courrier Français_, 2 décembre 1888).
-
-[309] JEAN LORRAIN: _Où viole-t-on?_ (_Courrier Français_, 14 septembre
-1890).
-
-[310] _Closmesnil à l’encan._ (_L’Événement_, 14 novembre 1887).
-
-[311] _Les Aventures du roi Pausole_; édition Fayard, s. d. in-8; p. 80.
-
-[312] Cf.: PAUL DOLLFUS: _Conseils aux premières communiantes_.
-(_L’Événement_, 1er juin 1892).
-
-[313] Cf: _Gil-Blas_ (Échos et Nouvelles), 25 janvier 1891.
-
-[314] _Comædia_, 22 juin 1913.
-
-[315] GEORGES MONTORGUEIL: _Le Café-Concert_.—Dessins de H.-G. Ibels
-et de H. de Toulouse-Lautrec. _Echo de Paris_ (supplément, 9 décembre
-1893).
-
-[316] _La Traite des filles._—_La Procureuse._ (_Courrier français_, 21
-août 1890).
-
-[317] CATULLE MENDÈS: _Robe montante_.—Paris, Piaget, 1887; in-12.
-
-[318] _Les Aventures du roi Pausole_, p. 81.
-
-[319] TABARANT: _Virus d’Amour_.—Bruxelles, Kistemaeckers, 1886; in-12,
-p. 25-26.
-
-[320] _La Gamelle_, p. 43.
-
-[321] MONTFERMEIL: _Le Dégoût_.
-
-[322] A. DAUDET: _Sapho_.—Paris, Charpentier, 1884; in-12, p. 48.
-
-[323] _Les Femmes d’Amis._—Paris, Marpon et Flammarion, 1886; in-12, p.
-267.
-
-[324] JEANNE LANDRE: _Échalote et ses amants_.—Paris, Louis Michaud, s.
-d.; in-12, p. 96.
-
-[325] ANDRÉ WARNOD: _Bals, Cafés et Cabarets_.—Paris, Figuière, 1913;
-in-12, p. 39-40.
-
-[326] ANDRÉ WARNOD: _Bals, Cafés et Cabarets_, p. 24.
-
-[327] LA JOLIE FILLE: _Femmes à la mer_.—Paris, Monnier, 1887; in-12,
-p. 183.
-
-[328] THÉO-CRITT: _Le treizième Cuirassiers_.—Paris, Ollendorff, 1884;
-in-12, p. 123.
-
-[329] MAURICE MONTÉGUT: _Le passé d’Augustine_. (_Le Fin de Siècle_, 5
-juillet 1896).
-
-[330] G.-ALBERT AURIER: _Œuvres posthumes_, p. 24.
-
-[331] _Vieux_, p. 321.
-
-[332] _Vieux_, p. 158.
-
-[333] WILLY: _En Bombe_.—Paris, Per Lamm, s. d.; in-12, p. 83.
-
-[334] _L’Épopée du Faubourg_ (_Mercure de France_, 16 août 1911).
-
-[335] ARTHUR RIMBAUD: _Reliquaire_ (_Le poète de sept ans_). Paris,
-Genonceaux, 1891; in-16, p. 74-75.
-
-[336] GUSTAVE FLAUBERT: _Trois Contes_, p. 18.
-
-[337] J.-K. HUYSMANS: _Les Sœurs Vatard_.—Paris, Charpentier, 1879;
-in-12, p. 43.
-
-[338] _Le Matin_, 30 novembre 1906.
-
-[339] MARC STÉPHANE: _A toute volée_.—Paris, Savine, 1891; in-12, p.
-37-38.
-
-[340] H. ROCHEFORT: _Farces amères_.—Paris, Havard, 1886; in-12, p. 88.
-
-[341] MARCEL PRÉVOST: _L’abbé Pantalon_. (_Gil-Blas_, 24 décembre 1890).
-
-[342] ANATOLE FRANCE: _Le Mannequin d’osier_.—Paris, Calmann Lévy, s.
-d.; in-12, p. 269.
-
-[343] HENRI LAVEDAN: _Leurs Sœurs._—Paris, Alphonse Lemerre, s. d.;
-in-12, p. 48-50.
-
-[344] HECTOR FRANCE: _La pudique Albion_.—_Les Nuits de
-Londres._—Paris, Charpentier, 1885; in-12, p. 198-202.
-
-[345] _La pudique Albion_, p. 209.
-
-[346] _La pudique Albion_, p. 241.
-
-[347] _La pudique Albion_, p. 209.
-
-[348] _La Maison de Verveine._—Paris, Carrington, 1901; in-8, p. 33.
-
-[349] _Nouvelles amoureuses._—Paris, Arnould, 1882-1885; in-12 (_Le cas
-de Mlle Suzanne_).
-
-[350] _Études sur la Toilette: les Pantalons_, février 1891.
-
-[351] CATULLE MENDÈS: _Les Trois Chansons_.—Paris, Frinzine, 1886;
-in-12, p. 31.
-
-[352] _La Douleur d’aimer._—Paris, Ollendorff, 1896; in-12. (_Le petit
-Lapin blanc_).
-
-[353] PAUL ADAM: _Soi_.—Paris, Tresse et Stock, 1886; in-12, p. 57.
-
-[354] ANGE BÉNIGNE: _La Comédie parisienne_.—Paris, Plon, 1878; in-12,
-p. 22.
-
-[355] _Les Grands Bazars_, p. 256-257.
-
-[356] _Les Grands Bazars_, p. 257.
-
-[357] _Les Grands Bazars_, p. 269.
-
-[358] _Le Charivari_, 21 mai 1885.
-
-[359] _Le Diable-boiteux_ (_Gil-Blas_, 29 octobre 1891).
-
-[360] _Mercure de France_ (_Sottisier_), 1er décembre 1906.
-
-[361] _Le Sourire_, 14 mars 1908.
-
-[362] _Figaro-Graphic_, 28 novembre 1891.
-
-[363] Paris, Laurens, s. d.; in-8, p. 204-206.
-
-[364] Tome XV (1816); p. 509, art.: fille.
-
-[365] Paris, Didier, 1840; in-8, t. I, p. 297.
-
-[366] _Dictionnaire national de la Langue française_, Paris, Simon,
-1845; t. I, p. 315.
-
-[367] _Dictionnaire de la Langue française._—Paris, Hachette, 1863; t.
-I, p. 458.
-
-[368] _Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle._—Paris, Larousse.
-T. XII (1874), p. 125.
-
-[369] _Nouveau Larousse illustré_, t. VI, p. 646.
-
-[370] Tome XII, Paris, H. Lamirault, s. d.; p. 165.
-
-[371] _Manuel élémentaire d’Hygiène privée et publique_, 6e édition,
-Paris, Germer-Baillère, 1877; in-8, p. 499.
-
-[372] _Hygiène de la femme enceinte._—Paris, 1892; in-12, p. 110-112.
-
-[373] Drs de SOYRE et EMMET: _Hygiène de la femme enceinte_. Paris,
-Lecrosnier et Babé, 1891; in-8.
-
-[374] A. OLIVIER: _Hygiène de la grossesse_.—Paris, Ballière, 1891;
-
-[375] Dr OLIVIER: _Hygiène de la grossesse_.
-
-[376] Dr OLIVIER: _Hygiène de la grossesse_.
-
-[377] Dr MONIN: _Hygiène des sexes_. Paris, Doin, 1890; in-12, p. 53-54.
-
-[378] Dr OLIVIER: _Hygiène de la grossesse_.
-
-[379] _Le Journal_, 24 juin 1907.
-
-[380] _Dans le palais du roi Theebaw._ (_Revue politique et
-littéraire_, 26 avril 1896, t. XLV, p. 517).
-
-[381] _Bulletin de la Société amicale du Loir-et-Cher_, 1912.
-
-[382] A. RICARD: _Les Femmes, l’amour et le mariage_.—Paris, Garnier,
-1862, in-12, p. 453.
-
-[383] _Documents humains._ Paris, Dentu, 1888; in-12, p. 272.
-
-[384] _Timbale d’histoires à la parisienne._—Paris, Marpon et
-Flammarion, 1883; in-12, p. 241-242.
-
-[385] _Le Gil-Blas_, 13 octobre 1890.
-
-[386] CATULLE MENDÈS: _Les Boudoirs de verre_.—Paris, Ollendorff, 1884;
-in-12, p. 4.
-
-[387] _En Ribouledinguant._—Paris, Ollendorff, s.d.; in-8, p. 100.
-
-[388] BOUGUENAIS. (_Le Fin de Siècle_, 24 juin 1891).
-
-[389] ARMAND SILVESTRE: _Dieu vous bénisse_.
-
-[390] _Pamphile ou l’Été voluptueux._ (_Mercure de France_, t. XLI, p.
-369).
-
-[391] _Claudine à l’école_, p. 264.
-
-[392] ANGE BÉNIGNE: _A Demi-mot_.—Paris, Monnier, 1885; in-8, p. 95.
-
-[393] ARMAND SILVESTRE: _Chemin faisant_.
-
-[394] HENRI BEAUCLAIR: _Le Pantalon de Mme Desnou_.—Paris, Tresse et
-Stock, 1886; in-16, p. 5-6.
-
-[395] _La Vie hors de chez soi_ (_Comédie de notre temps_).—Paris, E.
-Plon et Cie, 1876; in-8, p. 522.
-
-[396] Paris, Charpentier, 1884; in-12, p. 169.
-
-[397] _Journal des Goncourt_, t. VI, Charpentier, 1892 in-12, p. 29.
-
-[398] ANATOLE FRANCE: _L’Anneau d’améthyste_.—Paris, Calmann Lévy, s.
-d.; in-12, p. 307.
-
-[399] _L’Anneau d’améthyste_, p. 308-309.
-
-[400] Voir les comptes rendus d’Albert Bataille (_Figaro_, 2, 9, 10
-novembre 1888).
-
-[401] _Journal des Débats_, 12 novembre 1902.
-
-[402] _Journal des Débats_, 13 novembre 1902.
-
-[403] _Gil-Blas_, 17 avril 1894.—Lettre de Mlle Nelly de Byre relatant
-cet accident.
-
-[404] _Le Gil-Blas._
-
-[405] PALÉMON: _Petites Histoires_ (_Le Figaro_, 24 novembre 1907).
-
-[406] _Le Retour de Jérusalem._—Paris, Charpentier, 1904; in-12, p. 96.
-
-[407] AUGUSTE GERMAIN: _Distraite_. (_L’Écho de Paris_, 6 septembre
-1895).
-
-[408] _Madame Bovary._—Paris, Michel Lévy, 1857; in-12, p. 265.
-
-[409] PIERRE LOUYS: _Les aventures du roi Pausole_, p. 21, 55.
-
-[410] _Courrier français_, 9 juin 1889.
-
-[411] _Courrier français_, 14 octobre 1894.
-
-[412] _Courrier français_, 5 octobre 1892.
-
-[413] WILLY: _Suzette veut me lâcher_.—Paris, Per Lamm, s. d.; in-12.
-
-[414] _Le Pantalon de Mme Desnou._—Paris, Tresse et Stock, 1886; in-16,
-p. 121-122.
-
-[415] X... Roman impromptu, par George Auriol, Tristan Bernard, Georges
-Courteline, Jules Renard, Pierre Veber.—Paris, Flammarion, s. d.;
-in-12, p. 274.
-
-[416] DUBUT DE LAFOREST: _Le Gaga_.—Paris, Dentu 1885; in-12.
-
-[417] _Derrière le rideau._—Paris, Casimir Pont, 1875; in-12, p. 66.
-
-[418] CAMILLE LEMONNIER: _Madame Lupar_.—Paris, Charpentier, 1888;
-in-12, p. 38-39.
-
-[419] ERNEST LEBLANC: _Dépravée_.—Paris, Charpentier, 1882; in-12, p.
-271-273.
-
-[420] ROBERT CAZE: _La Semaine d’Ursule_.—Paris, Tresse, 1885; in-12,
-p. 256.
-
-[421] LÉO TRÉZENIK: _Cocquebins_.—Paris, Monnier, 1887; in-12, p. 56.
-
-[422] J.-K. HUYSMANS: _Croquis Parisiens_.—Paris, Henri Vaton, 1880;
-in-8, p. 105-108.
-
-[423] _L’Adorée._—Paris, Havard, 1887; in-12, p. 119.
-
-[424] _L’Adorée_, p. 121.
-
-[425] RENÉ MAIZEROY: _P’tit Mi_.—Paris, Havard, 1889; in-12, p. 196.
-
-[426] WILLY: _Les Égarements de Minne_.—Paris, Ollendorff, 1905; in-12,
-p. 8.
-
-[427] _Les Égarements de Minne_; p. 187.
-
-[428] WILLY: _Le Roman d’un jeune homme beau_.—Paris, Bibliothèque des
-Auteurs modernes, s. d.; in-12, p. 201.
-
-[429] WILLY (et COLETTE WILLY): _Claudine en ménage_.—Paris, Mercure de
-France, 1902; in-12, p. 255.
-
-[430] _Claudine en ménage_, p. 97.
-
-[431] JEAN REIBRACH: _La Gamelle_, p. 190-192.
-
-[432] _La Vie Parisienne_, 28 juillet 1894.
-
-[433] GINKO-BILOBA: _Le Voluptueux Voyage_ (Mercure de France, 1er
-septembre 1906, p. 75-76).
-
-[434] FÈVRE-DESPREZ: _Autour d’un clocher_.—Bruxelles, Kistemaeckers,
-s. d.; in-12, p. 386.
-
-[435] _Heures de Villes d’eaux. Madame Monpalou._ Paris, Ollendorff,
-1906; in-12, p. 23.
-
-[436] GYP: _Balancez vos Dames_.—Paris, Per Lamm, s. d.; in-12, p. 215.
-
-[437] GLIM: _Paradoxes sur les femmes_. (_Vie Parisienne_, 23 mars
-1889).
-
-[438] WILLY: _La Maîtresse du Prince Jean_.—Paris, Albin Michel, 1903;
-in-12, p. 87.
-
-[439] _Le Plaidoyer d’un fou_; adaptation Georges Loiseau. Paris,
-Albert Laugen, 1895; in-12, p. 228-229.
-
-[440] _La Revue Blanche_, 1er mai 1897, p. 495.
-
-[441] WILLY: _Suzette veut me lâcher_ (Tropical Gigolo).—Paris, Per
-Lamm, s. d.; in-12, p. 242.
-
-[442] GAVARNI: _Masques et Visages_.—Paris, Paulin et Lechevalier,
-1857; in-12, p. 59.
-
-[443] _Croquis Parisiens_, p. 30 et 41.
-
-[444] _Rire et Galanterie_, No 27, 19 décembre 1903; p. 321.
-
-[445] _L’Éclair_, 8 mars 1895.
-
-[446] _Paris-oublié_, Paris, Dentu, 1886; in-12, p. 205.
-
-[447] _La Vie Parisienne_, 4 avril 1863. Cf.: H. TAINE: _Notes sur
-Paris_.—_Vie et opinion de M. Frédéric Thomas Graindorge._—Paris, G.
-Crès et Cie, 1914; in-12, p. 43.
-
-[448] _Journal des Goncourt_, t. II, p. 87 (9 février 1863).
-
-[449] WILLY: _Danseuses_.—Paris, Albert Méricant, s. d.; in-12, p. 297.
-
-[450] _Journal amusant_, 11 août 1866.
-
-[451] _Ce que voient MM. les étrangers à Mabille et au Jardin des
-Fleurs._ (_Vie Parisienne_, 31 août 1867).
-
-[452] JEAN AJALBERT: _Paysages de femmes_.—Paris, Vanier, 1887; in-8,
-p. 69.
-
-[453] WILLY: _La Môme Picrate_.—Paris, Albin Michel, s. d.; in-12, p.
-348.
-
-[454] PIERRE LOUYS: _Les Aventures du roi Pausole_, p. 81.
-
-[455] JEAN D’ARC (_Courrier Français_, 22 février 1891).
-
-[456] _Le Pantalon._ (_Courrier Français_, 29 avril 1894).
-
-[457] _Le Gil-Blas_, 24 août 1891.
-
-[458] _Le Pantalon de la Goulue._—_Paris_, 15 mars 1890.
-
-[459] Paris, Dentu, 1888; in-12.
-
-[460] SANTILLANE: _Demi-Pudeur_ (_Gil-Blas_, 4 février 1898).
-
-[461] _La Vie à Montmartre._—Paris, G. Boudet, s. d.; in-8, p. 234-235.
-
-[462] EDMOND LEROY: _Le Père la Pudeur et le Théâtre réaliste_.—(_Le
-Gil-Blas_, 1891).
-
-[463] _Courrier Français_, 25 juin 1893.
-
-[464] _Les Excentricités de la Danse._ (_Gil-Blas_, numéro spécial, 10
-mai 1891).
-
-[465] JULES ROQUES.—_Courrier Français_, 13 novembre 1887.
-
-[466] _L’Éclair_, 5 avril 1894.
-
-[467] _Figaro_, _Gil-Blas_, _Libre Parole_, _Temps_, _France_, des 21,
-22 et 23 juillet 1895.
-
-[468] _Courrier Français_, 2 novembre 1890.
-
-[469] Cf: _Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_, LXIX (1914, c.
-283, 359.)
-
-[470] RODOLPHE DARZENS: _Nuits à Paris_.—Paris, Dentu, 1889, in-16, p.
-59-60.
-
-[471] _La Gamelle_, p. 181.
-
-[472] FRANCUEIL, _le Figaro_, 1er décembre 1890.
-
-[473] ANDRÉ WARNOD: _Bals, Cafés et Cabarets_, p. 60-64.
-
-[474] Pour tout ce qui concerne la Goulue et l’Élysée Montmartre,
-se reporter à l’intéressante monographie de M. Maurice Artus:
-_L’Élysée-Montmartre_, 1807-1900. (Bulletin de la Société _Le Vieux
-Montmartre_, IV, 1906-1910; p. 269-332. Tirage à part; Paris, 1910;
-in-8).
-
-[475] Revue de la Pépinière: _Les Cabotins de l’année_. (_Courrier
-Français_, 16 décembre 1894).
-
-[476] GEORGES MONTORGUEIL: _L’Année féminine_.—_Les Déshabillés au
-Théâtre._—Paris, Floury, 1896; pet. in-8.
-
-[477] _Le Grand Pan._—Paris, Fasquelle, 1896; in-12.
-
-[478] _Les Déshabillés au Théâtre_, p. 11-13.
-
-[479] _Courrier Français_, 5 avril 1891.
-
-[480] _Courrier Français_, 25 octobre 1891.
-
-[481] _Courrier Français_, 14 décembre 1890.
-
-[482] _Courrier Français_, 12 avril 1891.
-
-[483] _Les Déshabillés au Théâtre_, p. 84-87.
-
-[484] _Les Déshabillés au Théâtre_, p. 72-73.
-
-[485] _Nouveau Larousse illustré_, t. VII.
-
-[486] _La Comédie de notre temps_, p. 132.
-
-[487] _La Vie parisienne. Études sur la Toilette. Les Pantalons._
-
-[488] _La Danseuse_, dessins de Guillaumot fils.—Paris, Marpon et
-Flammarion, 1885; in-8, p. 31-32.
-
-[489] Les caleçons, non des contemporaines de M. de La Rochefoucauld,
-mais des ballerines du XVIIIe siècle; _l’Académie royale de Musique_
-d’Émile Campardon me fournit, alors que je corrige les épreuves de ce
-volume, deux notes dont il serait coupable de ne pas tenir compte.
-
-Tout d’abord, la confirmation par la Camargo elle-même, de l’usage
-qu’elle avait importé des caleçons au théâtre:
-
-«Il s’éleva au XVIIIe siècle une controverse curieuse au sujet de
-Mlle de Camargo. Les uns prétendaient qu’elle n’avait jamais porté de
-caleçons et que sa danse était tellement décente qu’elle n’en avait
-pas eu besoin; d’autres, au contraire, soutenaient qu’elle en avait
-toujours porté. Un pari s’engagea à ce sujet et c’est à la danseuse
-elle-même que l’on s’adressa pour résoudre cette question importante.
-Elle vivait alors fort retirée, et on la trouva entourée d’une
-demi-douzaine de chiens. Elle répondit que non seulement elle avait
-toujours porté des caleçons, mais encore que leur établissement au
-théâtre datait de ses plus brillants succès.» (Paris, Berger-Levrault,
-1884; 2 in-8.—I, p.88.)
-
-D’autre part, si le carnet de blanchissage de la demoiselle Eulalie
-Lalanne, dite Audinot, produit en 1788, devant le tribunal consulaire,
-ne contenait pas trace de pantalons, l’inventaire dressé le 5 janvier
-1760, des «objets ayant appartenu à Mlle Louise Dalisse, dite Chevrier,
-et trouvés après son décès dans le domicile qu’elle occupait»,
-mentionne, à côté de vingt chemises de toile de Hollande non garnies,
-de trois corsets de basin rayé garnis de mousseline, de six paires de
-bas de soie blanche, contre deux seulement de coton: «huit caleçons».
-(I, p. 129.)
-
-La demoiselle Chevrier avait débuté vers 1747 à l’Académie royale de
-musique, où on la vit figurer dans nombre de ballets et mourut, rue
-Sainte-Anne, le 29 décembre 1759.
-
-Les rapports de police la faisaient souper, le 7 février 1754 chez M.
-de La Poupelinière, la victime de la cheminée, qui lui aurait offert
-un louis... pour son dérangement (CAMILLE PITON: _Paris sous Louis
-XV_.—_Rapports des inspecteurs de police au roi._ Paris, Mercure de
-France, 1914; p. 314.)
-
-[490] Sur la Diane de Houdon et sa cicatrice que crut faire devoir
-boucher ce bon M. de La Rochefoucauld. Cf: _Intermédiaire des
-Chercheurs et Curieux_: T.G. 431, XLVIII: 228, 376, 434, 589, 645, 825,
-929, 991; XLIX: 59, 144, 206, 259, 316, 485, 521; LV: 809; LVI: 690;
-LIX: 772; LX: 227, 929.
-
-Le musée de Tours possède un bel exemplaire en bronze de la Diane de
-Houdon auquel, M. de La Rochefoucauld n’a pas eu le loisir de faire
-subir l’outrage de sa sénilité.
-
-[491] _L’Éclair_, 21 avril 1894.
-
-[492] _Les Petits Mystères de l’Opéra._—Paris, Kugelmann et Bernard
-Lotte, 1844; in-8, p. 180.
-
-[493] _Mémoires d’un Bourgeois de Paris._—Paris, Librairie Nouvelle,
-1856; in-12, t. III, p. 219.
-
-[494] _La Journée d’une Danseuse._—_Revue Illustrée_, 1er décembre 1893.
-
-[495] _A huis-Clos._—Paris, Rouveyre et Blond, 1882; in-12, p.
-21.—_Miss Farfadet_ (_Courrier Français_, 26 août 1888).
-
-[496] _Le Figaro_, 17 janvier 1894.
-
-[497] Drs WITKOWSKI et NASS: _Le Nu au Théâtre_, p. 140.
-
-[498] Partout et nulle part (Bruxelles, Poulet-Malassis), 1864; 2 in-8.
-
-[499] C’est à tort, semble-t-il, que l’_Histoire du Théâtre érotique de
-la rue de la Santé_, qui précède le recueil, a été attribuée à Delvau.
-La signature de l’illustre Brizacier désigne clairement non Delvau,
-mais le poète Albert Glatigny, et son biographe Job-Lazare n’hésite
-pas à donner l’historique du curieux petit théâtre et les notices de
-chacune des pièces qui en composaient le répertoire, comme dues à la
-collaboration de Glatigny et de Poulet-Malassis (_Albert Glatigny, sa
-vie, son œuvre._—Paris, H. Bécus, 1878; in-16, p. 110).
-
-[500] Le vicomte Sosthène de La Rochefoucauld s’était signalé, dès
-1814, en proposant d’abattre la statue de Napoléon placée sur la
-colonne de la place Vendôme et avait pris part à l’exécution de cette
-mesure. Appelé, en 1824, à la direction des beaux-arts, il s’y rendit à
-jamais célèbre, par les feuilles de vigne qu’il imposa aux statues du
-Louvre et par l’allongement qu’il fit subir aux jupons des danseuses de
-l’Opéra.
-
-M. de La Rochefoucauld qui, sans doute, avait une bien belle âme,
-s’était voué au ridicule et ces demoiselles de l’Opéra n’eurent
-pas longtemps à se plaindre de cette tracasserie à laquelle la
-_Congrégation_ ne devait pas être étrangère. Avant même la Révolution
-de Juillet, leurs jupes s’étaient raccourcies et elles se raccourcirent
-bien plus encore, sous le règne du Roi-citoyen, témoin ce passage d’une
-lettre écrite, le 4 janvier 1834, par Mme de Souza à son vieil ami Le
-Roi:
-
-«Mon fils (Charles de Flahaut, le père du duc de Morny) m’a menée hier
-à l’Opéra. Mon cher, j’ai été frappée du raccourci des jupons. Mais ces
-demoiselles montrent leurs jambes jusqu’à l’épaule! et on applaudit! Il
-y a bien des années que je n’avais vu tout cela. La jeunesse actuelle
-me fait croire que j’ai un ou deux siècles et, sans doute, elle le
-croit encore plus que moi».
-
-(Cf: Baron de Maricourt: _Mme de Souza et sa famille_. Paris,
-Émile-Paul, 1907; in-8, p. 387).
-
-[501] _Les Lions du Jour. Physionomies parisiennes._—Paris, Dentu,
-1867; in-12, p. 306-307.
-
-[502] _Les Lions du Jour_, p. 307.
-
-[503] LÉO TRÉZENIK: _Proses décadentes_.—Paris, Giraud, 1886; in-16, p.
-13-15.
-
-[504] Voir l’amusant dessin de Carlègle: _Sports inter-scolaires:
-championnat mixte_:
-
-—Hein! tu vois! Je vais bien plus loin que toi... s’écrie,
-triomphalement, au sortir de l’école, un bambin de la classe la plus
-enfantine qu’on puisse imaginer.
-
-Et la gosse, déjà plus grande, de répondre, tout en reboutonnant, sous
-sa jupe relevée, son pantalon qu’elle vient de remonter:
-
-—Tu parles! C’est pas malin, toi, tu as un tuyau!
-
-(_Le Sourire_, 27 juin 1908.)
-
-
-[505] ANTONIN RESCHAL: _Pierrette en pension_.—Paris, Albin Michel, s.
-d.; in-8; p. 80-81.
-
-[506] Si connues qu’elles soient, je ne puis me dispenser de reproduire
-en note l’aventure de Mme de Cavoye et celle de Mme de Choisy. Je cite
-Tallemant des Réaux, ce sera là mon excuse:
-
-«Elle (Mme de Cavoye) est fort libre. Un jour, un garçon, c’est l’abbé
-Testu, l’aîné, la menoit chez Mme de Chavigny: «mon pauvre abbé, lui
-dit-elle en passant dans une grande salle, tourne la tête». Et après
-elle se met à pisser dans une cuvette».
-
-(Les _Historiettes_, 2e édition; Paris, H. L. Delloye, 1840; in-12, t.
-VII, p. 18).
-
-Chez Mme de Choisy, le verbe, sinon le geste, était plus libre encore:
-
-«Elle disoit familièrement à M. de Candale: «Mais allez au moins faire
-un tour dans l’antichambre. Croyez-vous qu’on n’ait point envie de
-pisser?»
-
-(_Historiettes_, t. II, p. 164).
-
-Qu’on ne s’étonne pas de la brutalité de l’expression. Mme de Montglat,
-gouvernante du jeune Louis XIII, n’en employait pas d’autre, même en
-présence du Dauphin, qui, ce matin-là, refusait de s’habiller:
-
-«Je m’en vais chausser; si vous n’êtes peigné quand je reviendrai,
-vous aurez le fouet.» Elle revint, ce n’était pas fait; elle lui dit
-encore: «Je m’en vais pisser; si vous n’êtes pas peigné et coiffé quand
-je reviendrai, vous aurez le fouet.» Il dit tout bas: «Ah! qu’elle est
-vilaine. Elle dit devant tout le monde qu’elle va pisser. Voilà qui est
-bien honnête, fi!»
-
-(_Journal sur l’enfance et la jeunesse de Louis XIII_,
-1601-1628.—Paris, Didot, 1868; 2 in-8, t. I, p. 242).
-
-Le médecin Héroard auquel on doit cette anecdote fut un fort honnête
-homme, qui, en dehors de ses Mémoires, rédigea l’inscription qui se
-lisait, à Saint-Cosme, sur la tombe de Ronsard.
-
-Quant à la Palatine dont la correspondance est si curieuse et fourmille
-de détails précieux sur l’agonie du règne de Louis XIV, employant et
-écrivant crûment le mot, elle aussi, elle raconte sans embarras, dans
-une de ses lettres à la princesse Louise, le contre-temps dont elle fut
-victime à la chasse et comment elle fut surprise dans une position, à
-laquelle il manquait la chaise du duc de Vendôme pour être protocolaire:
-
-«Il m’est arrivé avant-hier une drôle d’aventure qu’il faut que je
-vous raconte. Comme nous étions arrivées au rendez-vous, il me prit
-une horrible envie de pisser; je me fis conduire d’un autre côté de la
-forêt, et je me mis derrière une haie épaisse; mais le diable voulait
-faire des siennes. J’avais à peine commencé à pisser qu’il envoie le
-cerf droit où j’étais; cela fut d’autant plus fâcheux pour moi que tous
-les chasseurs suivaient; et il me fallut remonter bien vite dans la
-calèche...» (11 novembre 1714).
-
-Dans le _Voyage sentimental_ de Sterne, Mme de Rambouillet y met encore
-moins de formes et ne cherche pas même à se cacher.
-
-Ce n’est pas un accident de chasse, comme pour la mère du Régent, mais
-simplement un incident d’une promenade en carosse à la campagne:
-
-«En revenant elle me pria de tirer le cordon.—Je lui demandai si elle
-avait besoin de quelque chose.—_Rien que de pisser_, répondit-elle.
-
-«Ne vous alarmez pas, voyageur pudibond; laissez p.ss.. Mme de
-Rambouillet. Et vous, nymphes mystérieuses, allez cueillir vos roses et
-jonchez-en le sentier où vous vous arrêtez. Mme de Rambouillet ne fit
-rien autre chose. Je lui donnai la main pour l’aider à descendre...; et
-j’eusse été le prêtre de la chaste Castalie qu’il m’eut été impossible
-d’apporter plus de recueillement et de respect auprès de sa fontaine...»
-
-Traduction Moreau-Christophe; Paris, J.-G. Dentu, 1828; in-12, p.
-164-165.
-
-Dans une note intéressante (p. 349-350), M. Paulin-Crassous, après
-avoir dit la délicatesse particulière des anglaises sur ce point—d’où
-l’étonnement de Sterne en présence d’un pareil sans-gêne—explique
-l’origine de l’expression «aller cueillir une rose», qui justifie les
-«nymphes mystérieuses» et le titre même de ce chapitre: «la Rose».
-
-Il est des femmes des plus honnêtes qui ne peuvent aller à la campagne
-sans succomber à la tentation d’improviser dans l’herbe ou dans les
-feuilles mortes un murmure de source.
-
-Ce retour à la nature les réjouit. Le sous-bois leur paraît préférable
-au ridicule de la porcelaine ou au confortable douteux de l’auberge.
-Elles sont de l’école de Mme Roland:
-
-«On m’a souvent rappelé ma répugnance à me servir de ce qu’on appelle
-proprement un pot de chambre, parce que je ne connaissais qu’un coin
-de jardin pour certain usage, et l’air de moquerie avec lequel je
-demandais si les saladiers et les soupières que je montrais du doigt
-étaient faits aussi pour cela» (_Mémoires_, édition de 1823, p. 9. Cf.
-A. FRANKLIN: _La Civilité, la mode, et le bon ton du XIIIe au XIXe
-siècle_.—2e édition. Paris, Émile-Paul, 1908; 2 in-8. II, appendice, p.
-54.)
-
-[507] Dans certains ordres ils sont autorisés.
-
-[508] Sans jarretières n’exagérons rien. Toute cette théorie prête,
-d’ailleurs, aux plus extrêmes réserves. Je me suis laissé confesser,
-au contraire, la sensation peut être agréable, mais nullement
-recommandable, qui résulterait, pour certaines, du manque de pantalon.
-
-[509] Toujours le cas de conscience posé par les casuistes et
-l’immodestie flétrie, dans les couvents de la pensionnaire en pantalon,
-«en garçon».
-
-[510] _Les Mystères de la Maison de Verveine_, p. 32-33.
-
-[511] Voir: _supra_, p. 327.
-
-[512] ****Doctoresse Dresse M. SCHULTZ: _Hygiène générale de la Femme_.
-Préface du Professeur Pouchet.—Paris, O. Doin, 1902; in-12, p. 185-186.
-
-[513] _La comédie de notre Temps_, t. 1, p. 130.
-
-[514] _Études sur le Costume féminin_, p. 16.
-
-[515] _La Mode pratique_, mai 1893.
-
-[516] WILLY: _La Môme Picrate_, p. 357.
-
-[517] _L’Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_, 25 mars 1879.
-
-[518] F. HAULNOI: _La Chaussette_ (_Le Chat Noir_, 24 novembre 1888).
-
-[519] ALBERT BATAILLE: _Le Figaro_, février 1891. JEAN LORRAIN: _Vingt
-Femmes_, Paris, Per Lamm, s. d., in-12, p. 115.
-
-[520] MARC STÉPHANE: _A toute volée_, passim.
-
-[521] _L’Assommoir_, p. 34-35.
-
-[522] E. ZOLA: _Nana_.—Paris, Charpentier, 1880. in-12, p. 154.
-
-[523] VICTOR HUGO: _Les Misérables_, 3e partie, Marius, livre III,
-chap. 1er.
-
-[524] FRANTZ FUNCK-BRENTANO: _La mort de la Reine_.—Paris, Hachette et
-Cie, 1902; in-12, p. 224-225.
-
-[525] LÉO TRÉZENIK: _Cocquebins_.—p. 24.
-
-[526] _Écho de Paris_, 28 février 1895.
-
-[527] LOUIS B. RICHARDIÈRE: _Les Péchés de Marguerite_.—Paris, Arnould,
-1887; in-12, p. 62.
-
-[528] WILLY (et COLETTE WILLY): _Claudine s’en va_.—Paris, Ollendorff,
-1903; in-12, p. 226-229.
-
-[529] WILLY: _Maugis amoureux_.—Paris, Albin Michel, s. d.; in-12, p.
-179.
-
-[530] _Saint-Georges de Bouhélier_: _Histoire de Lucie, fille perdue et
-criminelle_.—Paris, Fasquelle, 1902; in-12, p. 214.
-
-[531] HUGUES REBELL: _La Femme qui a connu l’Empereur_. (_Mercure de
-France_, t. XXV, 1898, p. 194-195).
-
-[532] WILLY: _Un petit Vieux bien propre_.—Paris, Bibliothèque des
-Auteurs modernes, s. d.; in-12, p. 31-32.
-
-[533] _Un petit Vieux bien propre_, p. 106-107.
-
-[534] _Mode illustrée_, 31 mars 1863, ce numéro porte par erreur la
-date de 1862.
-
-[535] _Mode illustrée_, 4 mars 1866.
-
-[536] Paris, décembre 1796; (RACINET, _France, dix-huitième
-siècle_.—Types de la mode à l’époque du Directoire).
-
-[537] _L’Art de la Toilette_, p. 48-49.
-
-[538] _Vie Parisienne_, 23 octobre 1897.
-
-[539] _Figaro-Graphic_, 28 novembre 1891.
-
-[540] _La Mode pratique_, 11 décembre 1897.
-
-[541] _La Mode pratique_, 11 décembre 1897.
-
-[542] _La Nouvelle Mode_, 9 janvier 1898.
-
-[543] _La Femme en Allemagne_, p. 60.
-
-[544] ANDRÉ IBELS: _La Traite des Chanteuses_. Paris, Juven, s. d.,
-in-12, p. 40.
-
-[545] Reproduit dans _La Comédie Parisienne_ (1re série). Paris, G.
-Charpentier et E. Fasquette, 1892; in-12, p. 79.
-
-[546] Reproduit par GRAND-CARTERET: _Images galantes et Esprit de
-l’Étranger_.—Paris, Librairie mondiale, s. d.; in-8.
-
-[547] Tous ces dessins ont été reproduits dans les _Œuvres choisies de
-Willette_ (Paris, Simonis Empis, 1901; in-8.)
-
-[548] Reproduit par J. GRAND-CARTERET: _Art et Galanterie_, t. I, p. 24.
-
-[549] GRAND-CARTERET: _Images galantes de l’étranger_, p. 51.
-
-[550] GRAND-CARTERET: _Images galantes de l’Étranger_, p. 156.
-
-[551] _Rire et Galanterie_, t. VI, p. 334.
-
-[552] FÉLIX CASTIGAT et PIERRE RIDENDO: _Petit Musée de la
-Conversation_. Paris, Mercure de France, 1911; in-12.
-
-[553] _Les Lundis de Caran d’Ache, album pour les enfants de quarante
-ans et au-dessus_, Paris, Plon, s., d.; in-4.
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
- Pages.
-
- PRÉFACE VII
-
- Les Origines 1
-
- Le Pantalon féminin au XVIe siècle 19
-
- Les Héroïnes de Brantôme. Les Courtisanes de Venise et de Rome 33
-
- Dix-septième et Dix-huitième siècles 55
-
- Stances 67
-
- Le Caleçon des coquettes du jour 89
-
- Les Costumes à la grecque 119
-
- L’Empire, la Restauration, la Monarchie de Juillet. 141
-
- La Crinoline. L’Indispensable 191
-
- Trottins et Midinettes 237
-
- Le grand et le petit trottoir 261
-
- Vierges et Demi-Vierges 295
-
- Ces Dames 319
-
- A travers le roman contemporain 359
-
- Ces Demoiselles de la danse 385
-
- Le Tutu 433
-
- Questions de formes 453
-
- Le Pantalon et la Caricature 501
-
- Index des Noms cités 571
-
-
-
-
-ERRATA
-
-
-_La correction des épreuves de ce volume n’a pu ne pas se ressentir
-des conditions au milieu desquelles elle a été faite. Que le lecteur
-veuille donc bien excuser quelques fautes d’impression, dont je me
-borne à signaler et à corriger les principales._
-
-
-LIRE
-
- Pages.
-
- 28 (En note): Lady Churchill et non Churchil.
-
- 44 (En note): 1894 et non 1884.
-
- 61 (En note): Poulet-Malassis et non Poulet-Mallassio.
-
- 148 La poupée de Jeanneton et non à Jeanneton.
-
- 205 (En note): Le comte Horace de Viel-Castel et non de Vieil-Castel.
-
- 268 Celui auquel elle a fait don de sa jeunesse et de sa chair.
-
- 299 Alice Fossard et non Fessard.
-
- 362 _Flagrant Délit_ et non _Fragrand délit_.
-
- 393 (En note): _Vie et opinions de M. Frédéric Thomas Graindorge_.
-
- 406 Rodrigues et non Rodriguez.
-
- 438 Utilité et non utulité.
-
- 442 Mlle Sercy et non Sarcy.
-
- La dignité d’un premier sujet du chant, et non de la danse.
-
- 451 Son vieil ami Le Roi et non le Roi.
-
- 561 (En note): Félix Castigat et Pierre Ridendo.
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-GEORGES MEREDITH
-
-L’ÉGOÏSTE
-
-_ROMAN DE LA VIE ANGLAISE_
-
-TRADUCTION COMPLÈTE SELON MARCEL SCHWOB DU
-
-_Livre le plus Formidable du Siècle_
-
-Un fort vol. sur beau papier in-18 de plus de 700 pages.
-
- PRIX: =3= fr. =50=
-
-
-La Guerre dans les Balkans
-
-☞ Pour avoir une idée de ce qu’est la guerre parmi ces peuples ☞ LIZEZ
-
-PAN MICHAEL
-
-Par =HENRYK SIENKIEWICZ=
-
-L’AUTEUR DE “=QUO VADIS=”
-
-_Luttes de la Pologne contre l’Orient musulman_
-
-Un beau roman historique, in-8o, 600 pages, couverture illustrée.
-
- PRIX: =3= fr. =50=
-
-
-SACHER MASOCH
-
-LA CZARINE NOIRE
-
-Suivie de huit autres Contes sur la Cruauté en Amour:
-
- Le Myrthe des Amants.—Marguerite Lambrun.—La Vénus de
- Murany.—Hemelnizki le Cosaque.—Un Trait d’esprit de la Pompadour.—Les
- Noces sanglantes de Kiew.—Ariella.—Sabbathai Zewy.
-
-Un vol. in-18 jésus, sur papier vergé anglais (390 pages).
-
- PRIX: =5= fr.»
-
-
-MAURICE STRAUSS
-
-LE SEIGNEUR DES MOUCHES
-
-ROMAN SAISISSANT ET CURIEUX
-
-Ce livre est un document historique. Il embrasse une période de quinze
-mois de l’histoire de Russie, depuis le massacre de Kichineff que le
-premier chapitre retrace avec une saisissante réalité, jusqu’à la bombe
-qui extermina le cruel von Plehve, le ministre réactionnaire dont la
-mort donna le signal de la révolution.
-
-Un vol. in-18 jésus, couverture illustrée. Prix: =3= fr. =50=.
-
-
-HECTOR FRANCE
-
-LE BEAU NÈGRE
-
-ROMAN DE MŒURS SUD-AMÉRICAINES
-
-Nul mieux que l’auteur, dont tout le monde connaît le beau talent,
-ne pouvait peindre, avec cette intensité de couleur, les paysages
-tropicaux où se joue ce drame véridique. Nul ne pouvait analyser, avec
-cette finesse et cette sûreté, les passions ardentes dont sont agités
-les personnages de ce livre plein de vie.
-
-Couverture en couleurs de Louis Malteste, illustrations de G. Dola.
-
- Un vol. in-18 jésus =3= fr. =50=.
-
-IL A ÉTÉ TIRÉ A PART:
-
- _20 exemplaires sur papier de Hollande._ Prix =15= francs.
- _10 exemplaires sur papier de Chine._ Prix =20= francs.
-
-
-OSCAR WILDE
-
-INTENTIONS
-
-DE TRÈS CURIEUX ESSAIS
-
-_Traduction française complète de_
-
-HUGUES REBELL ET CH. GROLLEAU
-
-Avec Préface par ce dernier
-
-_Frontispice, beau Portrait en héliogr. d’Oscar WILDE_
-
- Un très beau volume in-8o sur _antique vellum_. Prix =6= francs.
- _Trente_ exemplaires sur Japon impérial. Prix =20= francs.
-
-
- ACHEVÉ D’IMPRIMER
-
- LE TRENTE JUIN MIL NEUF CENT SEIZE,
-
- pour
-
- _la Librairie des Bibliophiles Parisiens_
-
- par
-
- Mme Vve BOUILLANT et J. DARDAILLON
-
- A SAINT-DENIS
-
-
-A la même LIBRAIRIE, 11, rue de Châteaudun, PARIS (IXa).
-
-LA TRADITION DE LA GARDE
-
-Précédée d’une Étude sur les Châtiments corporels
-
- _Des Délits et des Punitions dans l’Armée anglaise._—_Histoire
- d’un Déserteur._—_Les Brimades de 1903._—_Les Scandales
- de Capetown._—_Conte_ (par Archibald Forbes, célèbre
- War-Correspondant).—_La Déconvenue du Trigame._—_La Fustigation de la
- Comtesse de Maderspach_ (Autriche).—_L’Armée allemande._—_Un Trophée
- de Pogrom_; suivi de: _Histoire très véridique d’un Mari-Femme_; et
- _Carmen_ (un conte).
-
- L’Histoire de _Mary-Hamilton_, le _Mari-Femme_ et sa fustigation
- publique (avec reproduction d’une vieille estampe du temps), sera une
- révélation pour la plupart de nos lecteurs.
-
- Vol. édité avec luxe sur vergé d’Arches et tiré à 750 exemp., format
- uniforme avec _Les Confessions de Miss Coote_, c’est-à-dire in-8o
- carré.
-
- Prix. 20 francs.
-
-
-DES SEPT DISCOURS
-
-TOUCHANT LES
-
-DAMES GALANTES
-
-_Tirés des Mémoires_
-
- DE MESSIRE PIERRE DE BOURDEILLE
- SEIGNEUR DE BRANTOME
-
-ÉDITION DE LUXE
-
-d’après l’originale de 1666, augmentée de notes et d’additions.
-
- _Deux beaux volumes, in-8o carré, imprimés sur vergé d’Arches
- filigrané au nom de l’auteur et de l’éditeur,
- ornés de_ CINQUANTE ILLUSTRATIONS _hors-texte,
- coloriées à la main par Ad. LAMBRECHT_
-
- Prix: =60= francs.
-
- =La plus belle Édition parue jusqu’à ce jour=, _et la seule réalisant
- le vœu du testament de BRANTOME, qui rêvait pour son œuvre «une
- impression en belle et grande lettre, et grand volume pour mieux
- paraître!»_
-
-
-
-
- NOTE DE TRANSCRIPTION
-
- Les erreurs clairement introduites par le typographe et celles
- indiquées dans la page d'errata ont été corrigées et ne sont pas
- répétées dans la liste ci-dessous.
-
- Les mots en italiques sont indiqués comme _ceci_, les mots en
- gras comme =ceci=.
-
- AUTRES CORRECTIONS
- P. 50: provéditori → provveditori (…provéditori alle pompe…)
-
- P. 101: Carmago → Camargo.
-
- P. 134: Termidor → Thermidor.
-
- P. 196: Wintherhalter →> Winterhalter.
-
- VARIANTES INCHANGÉES
- Calçon et caleçon, Jean d’Arc et Jeanne d’Arc.
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Le Pantalon Féminin, by Pierre Dufay
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE PANTALON FÉMININ ***
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