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If you are not located in the United States, you'll -have to check the laws of the country where you are located before using -this ebook. - - - -Title: Le Pantalon Féminin - -Author: Pierre Dufay - -Contributor: Armand Silvestre - -Release Date: October 28, 2019 [EBook #60589] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE PANTALON FÉMININ *** - - - - -Produced by Clarity, Christian Boissonnas and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries) - - - - - - -Au lecteur: - - Voir les Note de Transcription et Table des Matières en fin de livre. - - - - -Le Pantalon Féminin - - - - - IL A ÉTÉ TIRÉ DE LA PREMIÈRE ÉDITION: - - _10 exemplaires sur Japon impérial - numérotés de 1 à 10_ - - _et 20 exemplaires sur papier de Hollande - numérotés de 11 à 30._ - - - - -[Illustration] - - - - - PIERRE DUFAY - - UN CHAPITRE INÉDIT DE L’HISTOIRE DU COSTUME - - Le Pantalon Féminin - - NOUVELLE ÉDITION REMANIÉE, CONSIDÉRABLEMENT AUGMENTÉE - ET ILLUSTRÉE D’UN FRONTISPICE A L’EAU-FORTE - ET DE 20 GRAVURES HORS-TEXTE - - - [Illustration] - - - PARIS - - CHARLES CARRINGTON - - LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES PARISIENS - - 11, RUE DE CHATEAUDUN, 11 - - 1916 - - - - - _A SON ALTESSE LA FEMME - A LA PARISIENNE_ - - _En souvenir de sa Grâce, de ses Charmes - et de ses Dessous._ - - - - -[Illustration] - - -PRÉFACE - -d’ARMAND SILVESTRE - -ÉCRITE POUR LA PREMIÈRE ÉDITION - - -_C’est une chose rare qu’un livre de belle humeur et de réelle -érudition tout ensemble. Aussi ai-je accepté de grand cœur de présenter -celui-ci au public, malgré que le vêtement qui l’a inspiré me soit -un objet d’horreur tout à la fois et d’envie, car, non seulement le -pantalon féminin m’irrite par son manque de beauté, mais, aussi par les -privautés impertinentes dont il jouit dans la vie sociale._ - -_Qu’a fait, après tout, ce chiffon ridicule, pour mériter d’aussi -belles destinées? Lui qui peut dire, comme le poète persan: «Je ne suis -pas la rose, mais j’ai gardé un peu de son parfum!»_ - -_Les disciples de Zoroastre, admirateurs des astres, n’en voulaient pas -davantage aux nuages légers qui voilaient parfois le disque lumineux -de la Lune, en sa plénitude majestueuse, que moi à ce malencontreux -habit qui dissimule des rondeurs bien autrement harmonieuses. Que vient -faire, dans le ciel de nos lits, cette vapeur de toile ou de batiste -malséante, dont certaines refusent de se dépouiller même pour réjouir -nos mains seulement, dans la pénombre familière? - -Mais je me suis vite convaincu que l’auteur était aussi antipathique -que moi à cette mode, qu’il fait seulement remonter à Salomé, mais qui -proclama, dans l’histoire de l’humanité, la déchéance d’Ève. Car la -feuille de vigne fut la première culotte et le symbole d’un premier -châtiment. Encore que la pitié de Dieu_,— - - Les dieux parfois, mon fils, sont bons quand ils sont jeunes - -_comme dit le vieux Thamus de Paul Arène—n’eût imposé à la femme -coupable ce vêtement que d’un côté, ce qui laissait les horizons libres -de l’autre et ne gênait en rien le point de vue que j’appellerai -culminant. C’est ce qui fit faire immédiatement un demi-tour à Adam, -qui trouva que la vie était encore supportable avec cette copieuse -consolation. Comment la femme en vînt-elle à aggraver, elle-même, sa -punition, en se voilant aussi l’autre face? Ce précieux volume abonde, -sur ce point, en hypothèses dont aucune ne me satisfait. Je ne crois -pas, comme Vignola, que ce fut pour monter plus commodément à cheval, -l’amazone ayant été une exception dans l’histoire des races. Ni pour -se garantir du froid, comme quelques médecins le lui ont conseillé. -Allez donc voir si elle écoute ceux-ci quand ils lui interdisent de se -décolleter! Je ne m’en plains pas; mais si abondant que soit ce que -nous révèle leur corsage ouvert, la compensation est insuffisante. De -simples satellites de la Lune! voilà tout!_ - -_Je ne puis trouver, à cet usage, qu’un motif ou déshonnête ou -désobligeant. Salomé était dans le premier cas. Ses brayes, si -consciencieusement décrites par Flaubert, étaient un excitant aux -rêveries malsaines du vieil Antipas. «L’indécent n’est pas le nu, -mais le troussé», a dit si justement Diderot. Ainsi les courtisanes -vénitiennes qui portaient des pantalons luxueux, comparables à de très -fines voiles palpitantes au moindre souffle. Car Théophile Gautier me -montra, dans un livre ancien, qu’elles recouraient encore à un autre -raffinement, écrasant au moment psychologique, entre les plis de leur -double rose naturelle, de petites vessies pleines de parfums, simulant, -par le bruit, une distraction embaumée. Il y avait même la plaisante -aventure d’un amoureux se précipitant sous les draps pour humer cet -arome et en sortant désappointé par une distraction réelle. Ainsi les -contemplatifs pouvaient-ils s’imaginer qu’ils voyageaient vers Cythère -poussés par un vent léger et chargé d’odeurs suaves. Dans ces deux cas, -le pantalon fut visiblement inventé pour émoustiller les vieux cochons._ - -_Dans d’autres, il répondit en s’installant dans les mœurs, au besoin -inné chez les femmes de faire enrager ceux qui les aiment vraiment. -Car vous ne les verrez avoir d’attentions délicates que pour ceux -qui leur montrent quelque indifférence, fausse ou réelle. Quant aux -vrais fervents de leur chair, elles ne sont préoccupées que de leur -en montrer le moins possible. D’autres encore—ce fut certain quand la -mode en vint de Londres—l’acceptèrent tout simplement avec enthousiasme -parce qu’elles avaient les cuisses défectueuses. Jolie raison pour les -autres! Quelle occasion c’était de retirer même ses jupes ou de choir -d’âne comme lady Churchill qui se fit aimer en montrant son derrière. -Ah! j’oubliais des personnes encore fatalement vouées au culte de -ces affreux accessoires: les lingères qui en fabriquent et en aiment -particulièrement la confection. Car celle-ci ne demande pas le soin -qu’exige un chapeau de la part d’une modiste, et volontiers cette -coiffure postérieure va à toutes les physionomies._ - -—_Je te vois, petit coquin! comme dit l’inscription foraine qu’on -lui pourrait donner pour devise. Je te vois, mais te reconnais à -grand’peine! ajouterait un mélancolique._ - -_Ah! qu’on me ramène à l’admirable costume de Notre-Dame de Thermidor, -de cette belle Tallien dont la foule saluait au passage les jambes -sculpturales, dans les larges échancrures de sa jupe traînante, comme -on s’incline devant un front célèbre à la couronne de lauriers! Les -vraies époques d’art sont celles où l’on ne parle pas seulement du -visage des femmes, quand on s’entretient de leur beauté._ - -_C’est dans le costume des bicyclistes dames qu’on mesure aujourd’hui, -l’horreur du pantalon... Et Dieu sait si les séants sont larges! -Comme ceux des zouaves, ce qui donne un côté bien particulièrement -rétrospectif aux souvenirs d’amour qu’ils peuvent évoquer. Pouah! -et, s’il en faut croire M. Lépine, de jeunes personnes qui n’y sont -pas forcées, revêtaient ce demi-sac tout simplement pour plaire aux -clients de la rue, et sans l’excuse de la moindre bécane à enfourcher -postérieurement._ - -_Voilà qui suffirait seul à affirmer la décadence de nos goûts._ - -_Mais je ne veux pas m’attrister en de mélancoliques réflexions sur -ce sujet, j’aime bien mieux remercier l’auteur de ces pages érudites -et joyeuses, de toutes les citations aimables dont il a repeuplé -ma mémoire, depuis les jolis vers de Voiture dont j’avais égaré le -texte, jusqu’à la page cueillie dans_ les Bigarrures et touches du -seigneur des Accords, _mon livre de chevet quand j’étais à l’École -Polytechnique, et que j’avais dérobé à notre bibliothèque scientifique -où il se trouvait bien par hasard et où je l’avais découvert. C’était -au beau temps de ma jeunesse, durant cette accalmie impériale qui -avait du bon: car, autant qu’il m’en souvient, beaucoup de femmes ne -portaient pas de culottes, pendant cette période césarienne. Celles -d’aujourd’hui en ont fait un symbole de revendication sociale, une -façon de drapeau qui ne flotte pas précisément sur leurs têtes. -Avocates et médecines rêvent de revêtir notre costume masculin dans -toute son infamie._ Di avertant omen! _Ce sera du joli._ - -_Je ne veux pas retarder davantage le plaisir que goûtera le lecteur -à s’instruire sur un sujet très grave et dont les sots, seuls, ne -comprennent pas le sérieux, où la forme emprunte au fond une majesté -particulière et où le contenant participe à la gloire du contenu. Par -cette légende pittoresque et documentée, il sera conduit jusqu’au -seuil de ce temps misérable où—souvenir profané des temps divins d’Ève -et de Noé!—le vin de nos verres est fabriqué par des chimistes et la -feuille de vigne, elle-même, est devenue, aux formes de nos amoureuses, -un pantalon!_ - - ARMAND SILVESTRE. - -[Illustration] - - - - -LES ORIGINES - - -_L’usage du pantalon dans la toilette des femmes ne se perd pas dans la -nuit des temps._ - - BERTALL - - - - -[Illustration] - - -LE PANTALON FÉMININ - - -LES ORIGINES - -Le Pantalon féminin! Pourquoi pas? Des érudits et des chercheurs ont -écrit l’histoire et retracé les origines de la chemise, du corset, de -l’éventail, de l’ombrelle. Le pantalon, seul, semble avoir été négligé. -C’est là, en vérité, une lacune qu’il conviendrait de combler. - -Des dessous de la femme, nul n’est plus moderne; il semble en -constituer la quintessence. Il a le charme d’une inutilité d’autant -plus soignée que quelques-uns seulement doivent jouir de sa vue. «Un -trou avec de la dentelle autour», disait une jolie femme que son -radieux sourire n’empêchait point de se souvenir de la définition du -canon; quelque chose comme «l’écrin qui enferme le rubis», ajoutait une -autre. - -Comme l’écrin, le pantalon s’entr’ouvre pour laisser contempler à nos -yeux émerveillés les joyaux qu’il recèle. Il les rend plus désirables -en les voilant, mais il ne les cache pas. - -Grave sujet de réflexions pour les jeunes gens du temps présent, -hommage respectueux rendu par le vice à la vertu: puissent les -disciples de M. Bérenger reconnaître la salutaire influence de leur -maître, au cours de ces pages dont la femme nous a fourni le fond et -la forme, encore que, il le faut confesser, le pantalon féminin soit -rarement fermé. - -Son «usage ne se perd pas dans la nuit des temps», écrivait -judicieusement, il y a quarante ans, le dessinateur Bertall[1]; -toutefois, si Eve la blonde qui, après la pomme, se contenta d’une -feuille de vigne, en ignora l’usage et si beaucoup d’autres l’ignorent -encore, la femme n’attendit point la crinoline pour arborer cet -accoutrement d’un genre nouveau. Bien avant que fussent révolus les -temps des cages et des cerceaux, certaines se plurent à porter la -culotte, aussi bien au propre qu’au figuré. - -Soucieux de la vérité historique, le grand Flaubert, dans son -_Hérodias_, faisait porter à Salomé des «caleçons noirs semés de -mandragores», et, dans son adorable _Aphrodite_, Pierre Louys se garde -bien de taire les «caleçons fendus»—déjà—de la reine Bérénice. - -Ce n’est pas là seulement littérature. A Rome, comme les danseuses du -Tabarin ou du Moulin Rouge, acrobates et actrices de mimodrames étaient -tenues d’en être munies. Au mot _subligatus_, le _Dictionnaire des -Antiquités romaines_ d’Antony Rich et celui de Saglio fournissent, à ce -sujet un dessin caractéristique. - -De même, les chutes au tennis ne datant pas d’aujourd’hui, Philœnis, -l’une des héroïnes de Martial (_Epigr._ VII, 67) a soin de passer un -pantalon avant de jouer à la balle. - -C’étaient évidemment là des cas où il pouvait paraître _indispensable_. -Mais, en dehors de ces jeux, à certaines époques tout au moins, les -Romaines: matrones, affranchies et femmes du peuple firent mieux et en -portèrent d’une façon courante. - -Les fouilles et les moulages opérés à Pompéi, par M. Fiorelli, ne -laissent sur ce point aucun doute. - -Dans la grave _Revue des Deux Mondes_, M. Beulé commentait ainsi la -découverte de ces corps de femmes moulés dans la cendre: - -«Les cuisses sont recouvertes d’une étoffe fine qui constitue un -véritable caleçon. Ce qu’on avait cru remarquer sur les empreintes du -souterrain de Diomède devient ici un fait certain. En y réfléchissant, -le costume antique était si transparent chez la femme, si court chez -les hommes, si sujet aux accidents de la vie en plein air, que le -caleçon ou un équivalent étaient nécessaires pour que la pudeur ne -fût pas à chaque instant blessée. La sculpture n’avait pas à tenir -compte du caleçon, qui disparaissait sous le costume; toutefois, sur -la colonne Trajane, on était déjà averti que les soldats romains en -portaient; à Pompéi on constate que même les esclaves et les femmes du -peuple avaient ce vêtement qui, surtout alors était indispensable»[2]. - -Puis, au sujet d’une jeune fille: - -«Deux anneaux de fer passés à ses doigts attestent sa pauvreté; son -oreille écartée et large, son origine prolétaire. Sur les cuisses, -on reconnaît un caleçon assez fin; au contraire, l’étoffe du reste -des vêtements est grossière, déchirée par places, mais elle laisse -voir des chairs fermes et polies, des contours d’un réalisme presque -embarrassant qui rappelle le modèle dans l’atelier.»[3] - -Toutes étaient loin d’en porter, cependant. Calphurnie, outrée d’avoir -perdu la cause qu’elle venait de plaider, aurait même donné aux juges -que n’avait pu toucher la grâce de son talent, une preuve, empruntée à -Phryné, de l’ignorance où elle vivait de ce vêtement. - -Ce geste dont devait se souvenir la Mouquette aurait même été la cause, -suivant Furetière, de la loi qui fit interdire aux femmes l’exercice du -barreau: - -«Calphurnie fut cause qu’on a interdit le barreau aux femmes, parce -qu’ayant plaidé une cause qu’elle perdit, elle en fut si irritée -contre les Juges, qu’elle se découvrit impudemment le derrière et le -leur montra par mépris. On ordonna en même temps que jamais femme ne -plaideroit»[4]. - -Sans doute, craignait-on que la justice, malgré sa cécité légendaire, -se laissât trop facilement influencer si de tels éléments -d’appréciation continuaient à être soumis au tribunal. - -L’Ordre des Avocats compte aujourd’hui d’adorables «consœurs»: est-ce -en raison du pantalon dont on les croit munies sous leur robe que la -sévérité de la loi s’est, dirai-je à leur endroit, si singulièrement -adoucie? - -Pour Vignola, comme pour Beulé, la Romaine aurait porté sous la _stola_ -un caleçon d’un tissu délicat et... «des chaussettes»[5]. - -Oh, oh!... voilà qui est un peu osé; mais Vignola joint tant d’esprit à -son talent. - -Le caleçon se retrouve également dans la Gaule et la Gallo-Romaine ne -portant pas de bas, ce serait à retenir autour du genou leurs culottes -qu’auraient servi les jarretières luxueusement ornées: camées, pierres -gravées, émeraudes ou améthystes, dont les fouilles nous révèlent -parfois la richesse[6]. - -La sculpture n’a point toujours négligé ce détail. Au Louvre, parmi les -délicieuses statuettes en terre cuite provenant de Myrina, figure un -Atys hermaphrodite, en costume phrygien, dont, dans le mouvement de la -danse, la tunique courte laisse voir, tombant jusqu’à la cheville, les -jambes d’un pantalon étroit et uni[7]. - -Le pantalon, combien qu’on ait longtemps semblé l’ignorer, appartenait -si bien au costume de la femme antique, qu’en 1807, se faisant auprès -de leurs contemporaines les apôtres peu écoutés de ce vêtement oublié, -les docteurs Desessartz et de Saint-Ursin ne craignaient point de se -reporter à l’antiquité et de la donner comme exemple: - -«Parmi les vêtements de l’antiquité grecque, que le goût et la santé -devraient faire prendre au sexe en Europe, il en est un dont j’ai -toujours regretté qu’on ne soupçonnât pas le besoin: c’est le double -caleçon, l’intérieur de toile et l’extérieur d’une soie légère, qui, -en interceptant le passage de l’air, soit dans la marche ordinaire des -femmes, soit dans leurs danses animées, préviendrait les rhumatismes -et d’autres incommodités... Cette antique et nouvelle parure, si elle -était adoptée, aurait encore l’avantage de les délivrer des entraves de -leurs triples jupons[8]. - -Ce conseil fut, il est vrai, un peu suivi. Parmi les grandes dames de -la cour impériale, Hortense fut seule, à peu près, à consentir, et -par un simple caleçon, à ce retour à l’antiquité. A peine si sa mère, -l’impératrice Joséphine, en portait parfois pour monter à cheval et -combien en ignorèrent toujours l’usage. Quant à ceux d’Hortense, le -grand livre de Leroy, à défaut des indiscrétions de la chronique, nous -en révèle l’élégance. - -De Rome, le _subligat_ des acrobates et des actrices de mimodrames -était passé à Byzance, où au VIe siècle, il était interdit aux femmes -de se dévêtir sur la scène sans en être munies. - -Notre temps n’a rien inventé, à part la _Volupté nouvelle_... et elle -s’en va en fumée! c’était déjà le _cache-sexe_ cher à M. Bérenger, dont -les échos du Palais de Justice ont popularisé le nom, ces dernières -années. - -Procope, que son nom semblait vouer à ces potins politiques, nous a -révélé ce détail de mœurs ignoré. Théodora elle-même, dans une nudité -dont elle se montrait peu avare, se voyait forcée de conserver ce mince -vêtement destiné à mettre un frein à la licence des rûts. - -«Souvent, au théâtre, devant le peuple entier, elle ôtait ses vêtements -et s’avançait nue au milieu de la scène ne gardant qu’un petit caleçon -qui cachait le sexe et le bas-ventre. Ceci même, elle l’aurait -volontiers montré au peuple, mais il n’est permis à aucune femme de -s’exposer tout à fait (nue) si elle ne porte pas au moins un petit -caleçon sur le bas-ventre...[9]. - -Avec l’invasion barbare, le pantalon semble avoir disparu de la -toilette des femmes, pour passer, sous le nom de _braies_, dans celle -des hommes. Le Moyen-Age est, au point de vue qui nous occupe, d’une -pauvreté de renseignements navrante. - -A peine si deux vers du _Roman du Renard_ nous font connaître -que quelques femmes en portaient... et fermés encore! Sans doute, -estimaient-elles, comme Willy, que c’était plus distingué[10]. - - Cela a ses braies avalées - Qu’elle avait... fermées. - -Patience, malgré le silence des auteurs, le pantalon ne devait par -tarder à faire une nouvelle apparition sous les jupes des dames. Le -_Dictionnaire du Mobilier_ de Viollet-le-Duc en fait foi aux articles -_Jarretière_ et _Braies_: - -«Pour danser, les dames portaient des hauts-de-chausses (caleçons) -et des bas-de-chausses, par conséquent des jarretières. Les caleçons -portés dans les bals sous les jupes étaient commandés par une -observation d’hygiène très exacte. Pendant le XIVe siècle, les dames -portaient des jarretières de soie brodée, qui, serrées sur le -bas-de-chausses, au-dessus du genou, étaient croisées sous le jarret et -venaient s’attacher au-dessus du genou. Les caleçons descendaient sur -les jarretières plus ou moins haut et ne serraient point la jambe»[11]. - -Ce fut même, suivant l’éminent architecte, l’origine du nom de bas: - -«Les femmes qui ne portaient jamais de braies à pieds, mais des -caleçons descendant aux genoux, avaient des hauts-de-chausses, d’où le -nom de bas est resté»[12]. - -Tandis que Viollet-le-Duc se borne à signaler l’existence du pantalon -dans la toilette féminine pour danser seulement, M. Alfred Franklin, -dans son intéressante série la _Vie privée d’autrefois_, généralise cet -usage, sans, malheureusement, indiquer davantage ses sources: - -«Toutes les femmes portaient des hauts-de-chausses ou caleçons, -et l’objet des jarretières était précisément de les attacher aux -bas-de-chausses ou bas, que l’on ne cherchait point à dissimuler. -L’habitude du cheval, l’ensemble un peu brusque des manières -découvraient souvent la jambe. La jarretière n’est donc pas encore une -pièce secrète du costume; on la couvre d’ornements, on y peint des -devises, des armes, des pensées, parce qu’elle est destinée à être -montrée»[13]. - -De son côté, Vignola confirme: - -«Les châtelaines» portaient aussi une culotte d’étoffe à crevés, qui -leur permettait de chevaucher à califourchon ou en croupe»[14]. - -Comment les dames avaient-elles été amenées à s’attribuer cet -accoutrement viril? On est, sur ce point, réduit aux conjectures. - -En dehors de l’observation d’hygiène signalée par Viollet-le-Duc, ne -faut-il pas, comme M. le professeur Nardi, de Bari, trouver l’origine -du caleçon à cette époque dans le mode de chevaucher qu’avaient alors -les femmes? - -«Le pantalon des dames fut-il inventé au Moyen-Age par des maris -jaloux? Fut-il à certaine époque une ceinture cadenassée?[15] C’est -possible, quoique l’histoire reste muette sur ce point. Au Moyen Age, -les pauvres dames trottèrent à cheval par les mauvais sentiers de -l’Italie, de l’Espagne ou de la France; les selles pour femmes et pour -hommes étaient semblables. Dans ces conditions, une jeune fille devait -éviter certain froissement immédiat des arçons; et une dame tombant de -cheval, préférait ne montrer qu’un fond d’étoffe. Les chutes de cheval -ont dû donner naissance au caleçon»[16]. - -C’est fort vraisemblable. Mais, hypothèse pour hypothèse,—il est bon -de rire quelquefois—pourquoi, analysant ce plaisant conte du chevalier -de la Tour-Landry, que cite Gudin[17], ne pas chercher l’origine du -caleçon, ou, à plus proprement parler, du pantalon, dans l’irrésistible -besoin qu’éprouvent parfois les femmes de tromper leur mari ou leur -amant? - -Celui de la dame était vieux et cordier, et la chère âme le cocufiait -avec la furie bien française dont était digne le prieur d’un couvent -de cordeliers. Les Carmes ne sont pas seuls à jouir de certaines -prérogatives. - -A deux reprises, le pauvre homme faillit être convaincu de son -infortune et pincer, sans avoir recours au commissaire de police, cet -ange tutélaire des maris trompés, l’épouse coupable en flagrant délit. - -Grâce au ciel, sa voisine veillait, et l’on sait si les voisines ont -toujours été indulgentes à l’adultère de la femme. Voici comment, pour -la seconde fois, elle sut la sauver: - -«Après une aultre foiz lui avint que il cuida prendre une poche aux -piez de son lit pour aler au marché a iij leues d’illec, et il prist -les brayes du prieur, et les troussa a son eisselle. Et quant il fut -au marchié et il cuida prendre sa poche, il prist les brayes, dont il -fut trop dolent et couroucié. Le prieur, qui estoit cachié en la ruelle -du lit, quand il cuida trouver ses brayes, il n’en trouva nulles, fors -la poche qui estoit de costé. Et lors, il sceut bien que le mary les -avoit prinses et emportées. Si fut la femme a grand meschief, et ala à -sa commère de rechief et luy compta son fait, et pour Dieu elle y meist -remède. Si lui dist: - -«Vous prendrés mes brayes et je en prendray unes autres, et je lui -diray que nous avons toutes brayes, et ainsi se firent. Et quant le -preudhomme fut revenu moult dolent et moult courouciez, sy vint la -faulse commère le veoir, et lui demanda quelle chière il faisoit: car -mon compère, dist-elle, je me doubte que vous n’ayez trouvé aucun -mauvais encontre ou que vous n’aiez perdu du vostre. - -[Illustration] - -«—Vrayment, dist le bonhomme, je n’ay rien perdu; mais je ay bien -autre pensée. Et au fort elle fist tant qu’il luy dist comment il -avoit trouvé une brayes, et quant elle l’ouy commença à rire et à lui -dire:—Ha, mon chier compère, or voi-je bien que vous estes deceu et en -voye d’estre tempté; car, par ma foy, il n’y a femme plus preude en -ceste ville que est la vostre, ne qui se garde plus nettement envers -vous qu’elle fait. Vrayment, elle et moy et aultres de ceste ville -avons prises brayes pour nous garder de ces faulx ribaulx qui parfoiz -prennent ces bonnes damoiselles à cop, et afin que vous sachiez que -c’est vérité, regardez se je les ay. Et lors elle haulsa sa robe et luy -monstra comment elle avoit brayes, et il regarda et vit qu’elle avoit -brayes et qu’elle disoit voir; si la crut et ainsi la faulce commère la -sauva par ij foi»[18]. - -Il est à noter que les contes du chevalier de la Tour-Landry étaient -destinés à «l’enseignement de ses filles». Que n’a-t-il écrit pour ses -fils—quand ils auraient vingt ans?—c’eût été plutôt joyeux. - -Sans que son usage fût général, le pantalon féminin était donc connu et -porté par certaines au Moyen-Age. - -Après être devenu la parure favorite des courtisanes de Rome et de -Venise, passant les Alpes et la Manche, il devait, au seizième siècle, -jouir d’une vogue inconnue jusque-là à la cour de France, aussi bien -qu’à celle d’Angleterre. - -Vogue passagère: il ne tardera pas à disparaître des mœurs et des -dessous. Celles même qui sembleraient avoir le plus besoin de ce -vêtement protecteur le plus souvent inutile, les ballerines et les -amazones, ne voudront pour rien au monde s’en embarrasser. - -Deux siècles passeront ainsi. Pour qu’à notre époque il retrouve sa -vogue et sa grâce anciennes, il faudra que chutes et scandales se -soient multipliés; que la police, cette pure gardienne des mauvaises -mœurs, soit intervenue; que par cinquante années de luttes enfin, il -soit parvenu, la crinoline aidant, à s’imposer à la femme moderne,...à -la ville et l’hiver tout au moins. - - -[Illustration] - - - - -LE PANTALON FÉMININ - -AU XVIe SIÈCLE - - -_Les dames portaient, sous la cage du vertugadin en tambour, le -haut-de-chausses ajusté selon l’usage masculin._ - - RACINET. - - - -_C’est pour désigner les chausses de dames que le mot caleçon fut créé._ - - QUICHERAT. - - -[Illustration] - - -LE PANTALON FÉMININ AU XVIe SIÈCLE - - -Tandis que Cesar ecoutoit cecy, son laquais, qui despuis fut roy -d’Espagne, estoit derriere luy pour avoir de la chair. Estant -importuné, il se retourne et luy dit: Cap de biou, mon laquais, je vous -donneray mornifle: et tout sert. Si tu veux de la chair, prends-toy aux -fesses. - -«BOECE.—Il a mis cela en effect et est cause qu’il y a tant de dames -bossues, d’autant qu’il sçavoit en plusieurs lieux que celles qu’il -attraperoit, il les happeroit aux fesses, comme estant les plus -savoureuses et mieux faisandées; joint qu’il estoit assez aisé, parce -qu’alors les dames n’avoient point de culotte. Il est vray, ouy; je -ne dis point comme les autres fois, quand je mentois par oüy-dire. -Je l’ay veu: c’est que, pour crainte que cela n’advint, plusieurs ont -fait faire des caleçons, ou brides à fesses, afin de se garantir; et -les autres qui n’avoient pas cette industrie, pour sauver leur cul, -craignant la dent laquaisme, ont mis la chair de leurs fesses sur leurs -épaules. Cela est donc la cause des bossues[19].» - -Telle serait suivant Béroalde de Verville l’origine du pantalon -féminin. Je la donne pour ce qu’elle vaut, substituant, bien entendu, -d’après la sagace interprétation de Paul Lacroix Charles-Quint à César. - -Bien que, dans des conditions analogues, des religieuses d’Outre-Rhin -se soient, à la fin du XVIIIe siècle, confectionné à la hâte des -caleçons à l’approche des troupes françaises, ce n’est là évidemment -qu’une boutade du conteur. - -Mais elle est intéressante en ce qu’elle signale la nouveauté de -la mode qui commençait à sévir sous les jupes des dames et des -demoiselles. Brantôme, Taboureau des Accords, Henri Estienne, -confirmeront le dire de Béroalde et ne craindront pas de parler plus -longuement des caleçons de leurs contemporaines. - -Si les soldats de Charles-Quint ne furent pour rien dans cette -petite révolution intime, Catherine de Médicis et les modes qu’elle -importa d’Italie—sans compter sa façon particulière de monter à -cheval—semblent, au contraire y avoir été pour beaucoup. - -A effet semblable, cause semblable. De même que, sous le Second Empire, -la crinoline et les cages devaient imposer et généraliser l’usage du -pantalon, les _vertugades_, qui écartaient et faisaient ballonner les -jupes, furent, vraisemblablement, sous Charles IX, son auxiliaire le -plus puissant. - -Il ne les accompagna pas tout d’abord, il est vrai. Au début du règne, -les filles de Catherine—Brantôme est très affirmatif sur ce point—ne -portaient point de caleçons. A défaut de ce correctif nécessaire, les -pauvres dames commencèrent par aller quasiment nues sous l’énorme -cloche de leurs jupes, et la _Complainte de M. le Cul_ les railla assez -gaillardement: - - Ces vertugalles ouvertes - Laissent les fesses découvertes[20] - -L’on ne tarda guère pourtant à y mettre bon ordre: - -«Par-dessus le corps piqué fut mis un pourpoint auquel s’attachaient -les chausses. Les femmes furent amenées par la mode des jupes écartées -à s’approprier cet attribut tout viril. C’est pour désigner les -chausses de dames que le mot caleçon fut crée» (Quicherat)[21]. - -Le mot n’aurait-il pas été imité, plutôt, de l’italien _calzone_, comme -l’indique M. le professeur Nardi? l’objet, comme les vertugades, dont -il corrigeait les écarts et l’indiscrétion, semblant venir d’Italie. - -Taboureau des Accords donne, cependant, une étymologie, très française, -si française même que sa gauloiserie me force à la passer sous silence. -C’est de la linguistique: les premières lignes suffiront à donner le -ton du morceau. Elles ont, également, le mérite d’établir la nouveauté -du mot et de la chose: - -«On dit que quand les dames de la Cour commencèrent à porter des -hauts-de-chausses, elles firent une convocation générale pour sçavoir -comment elles les nommeroient, à la différence de celles des hommes: -Enfin, du consentement de toutes, elles furent surnommez de ce nom -_caleson_...»[22]. - -Henri Estienne, signale en moraliste, ou peu s’en faut, cette mode -nouvelle. - -Il y a, avec de l’esprit et du gai savoir en plus, du Père la Pudeur -dans ses appréciations: - -«CELTOPHILE.—Or ça, les vertugales ou vertugades qui avoyent la vogue -de mon temps, sont-elles demeurées? - -PHILOSAUNE.—Ouy, mais elles ont depuis commancé à porter aussi une -façon de haut-de-chausses qu’on appelle des calçons; et comme elles -portent des hauts-de-chausses, aussi portent-elles des pourpoints: -tellement que vous en verriez maintenant beaucoup en chausses et en -pourpoint, aussi bien que les hommes. - -CELTOPHILE.—De mon temps cela eust esté trouvé fort estrange. - -PHILOSAUNE.—Elles ont toutesfois quelque excuse honneste à ceste sorte -d’habillement, je ne dis pas simplement Excuse honneste, comme on parle -ordinairement, mais regardant à l’honnesteté qu’elles allèguent. - -CELTOPHILE.—Comment? - -PHILOSAUNE.—Qu’elles usent de ces calçons, pour ce qu’elles ont -l’honnesteté en grande recommandation. Car outre ce que ces calçons -les tiennent plus nettes, les gardans de la poudre (comme aussi ils -les gardent du froid), ils empeschent qu’en tumbant de cheval, ou -autrement, elles ne mostrent _ha cryptein ommat’ arsenωn -chreωn_: pour user des mots d’Euripide, où il parle de -l’honnesteté de Polyxène, alors mesme qu’elle allet tumber du coup de -la mort. - - -CELTOPHILE.—I’enten bien ces mots d’Euripide, Dieu merci. - -PHILOSAUNE.—Ces calçons les asseurent aussi contre quelques ieunes gens -dissolus, car venans mettre la main soubs la cotte, ils ne peuvent -toucher aucunement leur chair. Mais comme l’abus vient en toute chouse -encore que l’invention ne soit pas abusive, quelques-unes de celles qui -au lieu de faire lesdits calçons de toile simple, les font de quelque -estoffe bien riche, pourroyent sembler ne regarder pas aux chouses que -nous avons dictes: mais en se mettant en chausses et en pourpoint, -vouloir plustost attirer les dissolus que se défendre contre leur -impudence»[23]. - -Donnant à cette nouveauté une raison moins honnête, le regretté Henri -Bouchot, mettait en jeu, dès le début, dans ses _Femmes de Brantôme_, -la coquetterie bien plus que la pudeur: - -«Les maigres ont imaginé mille supercheries pour sauver les apparences; -elles portent des caleçons rembourrés à la façon des hauts-de-chausses -masculins, on a dit par pudeur en dansant la volte, mais en réalité -pour mouler la jambe à leur gré. Du Billon dans son zèle excessif, -mettait au compte de Sémiramis cette invention biscornue, «tant pour se -garder du vent de bise que de la main trop légère des mignons»; mais le -caleçon ne dépendait ni de l’une ni des autres comme de bien entendu, -il était un objet de luxe, une tromperie. Que de fois la main légère -s’égarait sur des tailles robustes et souples où des cartons élastiques -suppléaient aux vices de nature. Tout est postiche à la cour de France, -il n’y a guère que les dents qu’on ne sache remplacer encore; les -patins laissent croire à l’élégance, les caleçons arrondissent les -jambes grêles, les cheveux rapportés augmentent la chevelure naturelle -détruite par les pommades et les cosmétiques»[24]. - - * * * * * - -Messire Loys Guyon, Dolois, sieur de la Nauche, que nous aurons -occasion de retrouver au sujet d’une jeune fille qui, comme les -Catayennes, n’en portait pas, dit et vante, d’autre part, la richesse -de ces caleçons: - -«Les femmes et filles de par deça semblent avoir opinion que les hommes -désirent qu’elles ayent les fesses et les cuisses grosses et rebondies, -comme les Catayens[25] par ce qu’elles s’estudient à persuader cela -aux hommes, par leurs amples vertugadins qu’elles portent. Davantage, -elles font plus que icelles Catayennes, d’autant qu’icelles avoyent les -fesses et cuysses sous leurs vestemens nües, et les femmes de par deça -revestent ces parties de calçons, non pas de petite estoffe, comme de -toille, ou de futaine, mais de satin, taffetas, veloux toille d’or et -d’argent, qu’on ne leur fait monstrer; au contraire, par nos loix, -celles qui les monstrent librement, et sans raison, sont infames: il -eust été bien plus seant aux Catayennes de porter des calçons de ces -riches estoffes, pour encore adiouster de la grâce et allechement à ces -parties, pour estre recherchées des hommes, pour les avoir à mary, que -non pas à celles de par deçà, comme j’ay dit, qui ne leur est permis de -les monstrer, encor moins de se laisser toucher. Ce qui donne occasion -à plusieurs, de penser telles femmes, qui usent de ces façons de faire -n’estre chastes»[26]. - -Une finale qui ressemble fort à celle d’Henri Estienne. L’on sait si -les héroïnes de Brantôme se gênaient peu pour montrer leurs caleçons et -les laisser toucher. Mais qui songea, jamais, à les taxer de pruderie? - -Tous les historiens du costume, Racinet, Challamel, Ary Renan et autres -ne manquent point de mentionner, avec plus ou moins de détails, cette -intrusion du haut-de-chausses dans la toilette féminine. - -Racinet et Challamel se montrent, toutefois, moins affirmatif que -Quicherat: - -«Les dames portaient sous la cage du vertugadin en tambour, le -haut-de-chausses ajusté selon l’usage masculin; on lui donnait le nom -de caleçon, mais il ne différait pas de celui des hommes; il était -attaché à un pourpoint mis par-dessus le corps piqué, ou corset à -armature; les bas de soie de Naples ou d’Espagne étaient attachés au -caleçon avec des aiguillettes ou retenus sous la jarretière comme on le -faisait pour le haut-de-chausses; leur couleur était intense, on les -portait rouges, violets, bleus, verts, noirs»[27]. - -Culotte d’homme plutôt que pantalon féminin. Ce travesti rappelle les -courtisanes italiennes bien plus que les honnêtes dames du seigneur de -Bourdeilles, «chose italienne», dont Racinet nous fournit cet autre -exemple: - -«Peut-on généraliser l’étrange alliance du costume féminin et du -costume masculin dont l’exemple, particularisé par Vecellio et -Bertelli, se rencontre ici? On voit par les gravures d’Abraham Bosse -qu’au moins cette mode bizarre ne s’était point propagée parmi les -courtisanes du nord de l’Europe pendant la première partie du XVIIe -siècle. Quant aux grandes dames françaises, l’habitude que Catherine -de Médicis leur fit prendre, selon Brantôme, de chevaucher en mettant -la jambe dans l’arçon, au lieu de continuer à être assises sur leur -monture en ayant les pieds posés sur la planchette, pouvait bien avoir -contribué à leur faire adopter par-dessous leurs jupes le complément -du costume masculin; leur corsage clos, avec les épaulettes et le -mancheron, se rapprochait déjà fort du pourpoint. - -«Tous les visiteurs de l’Exposition du costume organisée aux -Champs-Élysées, en 1874, par l’Union centrale, ont pu y voir le -portrait en pied, de grandeur naturelle, contemporain de l’époque dont -nous nous occupons, représentant une dame richement vêtue, qui porte la -culotte descendant aux genoux, transparaissant sous une jupe de gaze -des plus claires. Le cas est certes rare, mais il ne paraissait pas que -cette dame fût une courtisane[28]». - -Pour Robida, la jambe passée dans l’arçon donna lieu à cette autre -innovation: - -«Les femmes empruntèrent au costume masculin une espèce de pourpoint -à hauts-de-chausse qui se mettait sous la robe. Ces caleçons, ainsi -s’appelaient-ils, permettaient, malgré les larges jupes, d’enfourcher -plus commodément les arçons[29]». - -Quant à M. Augustin Challamel—sans appuyer son dire sur aucun texte—il -se contente de considérer le caleçon des dames de la cour comme -l’exception et non comme la règle: - -«Quelques-unes portèrent des caleçons par-dessous leurs robes. -Mais cette mode ne fut pas généralement adoptée, parce qu’elle ne -s’accordait guère avec les accessoires du costume»[30]. - -L’_Histoire de la Mode_ peut avoir été écrite pour les jeunes filles, -ce n’est pas une raison pour ignorer à ce point l’œuvre de Brantôme. - -Elle fourmille de détails précieux pour qui veut décrire les élégances -du passé: malgré l’encre bleue que devait l’auteur à ses lectrices, -elle ne lui aurait point permis de se montrer aussi affirmatif. - - -[Illustration] - - - - -[Illustration] - - -LES HÉROINES DE BRANTOME - -LES COURTISANES DE VENISE ET DE ROME - - -_Cette curiosité qu’elle avoit d’entretenir sa jambe ainsi belle faut -penser que ce n’estoit pour la cacher sous sa juppe, ny son cotillon -ou sa robbe, mais pour en faire parade quelques fois avec de beaux -callessons de toille d’or et d’argent, ou d’autre estoffe, très -proprement et mignonnement faits, qu’elle portoit d’ordinaire._ - - BRANTÔME. - - -_La richesse des callessons de la Signora Livia._ - - MONTAIGNE. - - -[Illustration] - - -LES HÉROINES DE BRANTOME - -LES COURTISANES DE VENISE ET DE ROME - - -Toutes les héroïnes de Brantôme, ou presque, portent, en effet, -des pantalons. Parfois même, ils sont de toile d’or ou d’argent; -volontiers, elles les laissent voir, soit pour montrer leur jambe -qu’elles savent belles, soit sous l’effort de quelque main malhonnête, -friande de rondeurs et d’intimités plus haut placées. - -Ces caleçons, un satirique anonyme cité par Pierre de l’Estoile, les -chansonnera: - - Pour les dames et damoiselles - Sont cent mille modes nouvelles; - Pignouers, tabliers et calessons, - Coiffures de cinq cents façons[31]... - -Brantôme n’a garde, en attendant, d’omettre de détailler les dessous de -ses amoureuses. Il célèbre le luxe de leurs culottes ou dit si elles -n’en ont pas. - -Deux grandes dames—sans doute élevées dans un pensionnat de -Lesbos—apparaissent ainsi, «toutes retroussées et leurs caleçons bas», -à un écolier, qui, l’œil collé à un trou de la cloison, suit avidement -cette leçon de choses... - -Ce bon monsieur de Bourdeilles décrit même assez gentiment la scène; -mais les mœurs sévères qui nous régissent m’empêchent de suivre son -exemple. Baudelaire fut poursuivi pour moins et je serais inconsolable -de faire condamner à mon tour la grande Sapho et de faire une peine -même légère à ces enfants fidèles au «rite inventé». - -Je préfère renvoyer l’«hypocrite lecteur» que «ces choses» peuvent -amuser au premier discours des dames galantes où elles sont décrites -par le menu[32]. - -Telle autre, une Espagnole, qu’un compagnon du conteur connut à Rome -dans un sens à satisfaire pleinement l’Écriture, avait vis-à-vis de son -serviteur des exigences un peu déconcertantes: - -«Quand il l’accostoit elle ne vouloit permettre qu’il la vist, ny qu’il -la touchast par ses cuisses nues, sinon avec ses calsons»[33]... - -Singulière pudeur, dira-t-on, et des âmes naïves pourront se demander -si c’était la conséquence d’un vœu? - -Non pas: la dame avait simplement une cuisse plus maigre que l’autre. - -Mais on peut conclure de cette anecdote que les pantalons de ces «cinq -à sept» étaient forcément ouverts, tandis que ceux du petit ménage, -qui, de nos jours, eût si volontiers fréquenté le Hanneton, étaient -fermés comme ceux de Claudine ou de la Môme Picrate. - -Le caleçon ne se contente pas de voiler: il supplée, corrige et -rembourre au besoin. Rien n’est nouveau sous le soleil, ni même sous -la lune, et le coton n’avait pas attendu la création de notre Académie -nationale de musique et la divine aventure de Cléo de Mérode, pour -jouer dans les ballets et la figuration le rôle que l’on sait. - -«A quoy pour suppléer, telles dames sont coustumières de s’ayder -de petits coissins bien mollets et délicats à soustenir le coup et -engarder de la mascheure; ainsy que j’ai ouy parler d’aucunes, qui -s’en sont aydees souvent, voire des callesons gentiment rembourrez -et faits de satin, de sorte que les ignorants, les venans à toucher, -n’y trouvent rien que tout bon, et croyent fermement que c’est leur -embonpoint naturel: car, par-dessus ce satin, il y avoit des petits -callesons de toille volante et blanche; si bien que l’amant donnant le -coup en robbe, s’en alloit de sa dame si content et satisfait, qu’il la -tenoit pour très bonne robe[34]». - -Cela faisait, si je ne m’abuse, deux caleçons au lieu d’un et ce «coup -en robbe» induit non moins à supposer qu’ils étaient ouverts l’un et -l’autre. - -Quelques-unes, pourtant, avaient déjà la fâcheuse habitude de les -porter fermés, et, non plus une petite amie, mais le Balafré, suivant -M. Lalanne, de déchirer de sa main brutale, dans une embrasure de -fenêtre, cette malencontreuse lingerie: - -«L’autre frère, sans cérémonie d’honneur ny de parole, prit la dame -à un coing de fenestre, et, luy ayant tout d’un coup escerté ses -calleçons qui estoyent bridez, car il estoit bien fort, luy fit sentir -qu’il n’aimoyt point à l’espagnole, par les yeux, ny par les gestes du -visage, mais par le vrai et propre point et effet qu’un vray amant doit -souhaitter; et ayant achevé son prix fait s’en part de la chambre[35]». - -Ouverts ou fermés? grave question dont la solution était déjà soumise, -comme on voit, au gré et à la fantaisie de chacune. Il est de petits -plaisirs passagers auxquels il n’est pas bon d’opposer, si illusoire -soit-il, l’obstacle d’une toile d’or ou d’argent. Celles que ne tentent -pas l’imprévu furent toujours l’exception: elles seules les portaient -«bridez» et le conteur prenait soin de le noter. - -Comme Béroalde, comme Taboureau, comme Estienne, Brantôme signale la -nouveauté de cette mode. Vingt-cinq ou trente ans plus tôt, on n’en -portait pas encore. C’était le cas des filles de Catherine de Médicis, -qui, au début du règne, ignoraient ce travesti sous la jupe et la -reine de prendre à leur endroit, ou mieux à leur envers, des privautés -auxquelles l’éducation anglaise et quelques vieux messieurs sont seuls -restés fidèles: - -«Aucunes fois sans les despouiller, les faisoit trousser en robe, car -pour lors elles ne portoyent point de calsons, et les claquetoit et -fouettoit sur les fesses, selon le sujet qu’elles lui donnoyent ou pour -les faire rire, ou pour plorer[36]». - -Ces dames n’avaient point attendu que Colombine eût prêché, dans le -_Gil-Blas_, l’Évangile des dessous, pour les simplifier quand il -leur plaisait, et pour supprimer, l’été, le pantalon, pour éviter le -surcroît de chaleur qu’il leur apportait. Brantôme exulte à cette -vision de nymphes demi-nues et en véritable amant de la femme, semble, -attacher, cette fois, plus de prix aux somptuosités de leur corps qu’à -celles de leur lingerie. - -«Mais le meilleur fut que la dame, parce que c’estoit en esté et -faisoit grand chaud, s’estoit mise en appareil un peu plus lubrique que -les autres fois, car elle n’avoit que sa chemise bien blanche et un -manteau de satin blanc dessus et les calleçons à part[37]». - -Ou encore,—l’été était très chaud, paraît-il: - -«Ce n’est pas par contraire, par son contraire se guarir, ains -semblable par son semblable, bien que tous les jours elle se baignast -et plongeast dans la plus claire et fraische fontaine de tout un païs, -cela ny sert, ny quelques légers habillemens qu’elle puisse porter, -pour s’en donner fraîcheur, et qu’elle les retrousse tant qu’elle -voudra, jusques à laisser les callessons, ou mettre le vertugadin -dessus eux, sans les mettre sur le cottillon, comme plusieurs le -font[38]». - -Passage peu clair, comme le faisait judicieusement remarquer M. -Bouchot, qui ne fait remonter qu’à 1577 ou environ la mode des caleçons. - -D’une part, les unes supprimaient le pantalon, «comme plusieurs -le font», ajoute Brantôme et d’autres sembleraient, en mettant le -vertugadin sur le caleçon, sans _le_ mettre sur le cotillon, conserver -le pantalon, mais supprimer le jupon, ou son équivalent, comme il a été -longtemps de mode. Mais alors, il faudrait lire _le_ et non _les_; au -reste, le bon Brantôme était-il à un lapsus de langue près? - -Dames et demoiselles avaient, au surplus, une singulière façon de se -vêtir pendant la canicule, et l’on comprend si elles devaient faire -bon marché de ces inutilités. - -Bois d’amour ou bois sacré, le déshabillé de Mlle de Sainte-Beuve[39], -entre autres, eût pu paraître charmant. Dans une église, il avait lieu -d’étonner: - -«Les _Mémoires sur l’Histoire de France_, t. I, p. 272, disent qu’elle -se laissa mener par le bras à travers l’église de Saint-Jean-en-Grêve, -seulement couverte d’une fine toile et d’un point coupé à la gorge -pour être muguettée et attouchée, au grand scandale de plusieurs qui -assistaient de bonne foi aux processions; les _Notes sur la Satire -Ményppée_ disent la même chose[40]». - -Sans doute... les «Enfants de Marie» nous ont habitué à une autre -tenue... pourtant sur les sculptures des chapiteaux, on en voyait bien -d’autres. Il eut été de mauvais goût de se scandaliser par trop. - -Était-ce bien là, pourra-t-on se demander, le véritable pantalon -féminin ou de ces hauts-de-chausses bâtards, sortes de culottes de -bicyclette avant la bicyclette, dont parle Racinet? - -Parfaitement, c’était bien là le pantalon féminin et il avait déjà son -charme ambigu et un peu pervers. C’étaient, par-dessus les coussins -rembourrés corrigeant les cuisses défectueuses, de véritables pantalons -«de toile volante et blanche». - -Pantalons de femmes également, encore que d’un luxe un peu douteux, -quoique royal, que n’eût point, en son beau temps désavoué Mlle Otéro, -ceux qu’avait accoutumé de porter Catherine de Médicis. - -«Et par ainsi, sur cette curiosité qu’elle avoit d’entretenir sa jambe -belle, faut penser que ce n’estoit pour la cacher sous sa juppe, ny -son cotillon ou sa robbe, mais pour en faire parade quelques fois avec -de beaux callesons de toile d’or et d’argent, ou d’autre estoffe très -proprement et mignonnement faits, qu’elle portoit d’ordinaire: car -on ne se plaist point tant en soy que l’on en vueille faire part à -d’autres de la veue et du reste[41]. - -Pantalons de femmes encore, ceux de l’infortunée Marie Stuart qu’ils -fussent en toile de Hollande: «sept aulnes de Ollande pour faire six -paires de callesons à la royne» (_Inventaire d’Edimbourg_, 1563) ou -plus prosaïquement en futaine, comme le jour de son supplice. - -Ah, nous sommes loin des toiles d’or et d’argent de la Florentine. -Quelle femme de chambre consentirait à porter aujourd’hui, au-dessus -des «bas de soye bleue», retenus par des «jarretières de soye», ces -«caleçons de futaine blanche» de la reine martyre?[42] - -De la futaine, fi! ma chère. - -En Italie, au contraire, d’où le caleçon, comme la vertugade était -originaire, il semblait plus se rapprocher du haut-de-chausses que du -pantalon. - -Les «onze pantalons de coton» que relève M. E. Rodocanachi[43] dans -l’inventaire de la célèbre courtisane romaine Tullia d’Aragona (23 -avril 1556) paraissent avoir été l’exception. - -Ces demoiselles se plaisaient, le plus souvent, à revêtir de véritables -chausses masculines, bouffantes et tailladées, qu’elles étaient à peu -près seules à porter. - -Pietro Aretino, ce divin Arétin[44], si peu connu et si mal jugé -en France, sur la foi des mauvaises reproductions des planches de -Marc-Antoine, sera, si vous le voulez bien, notre introducteur auprès -de ces rouées personnes qui venaient faire antichambre dans son palais. - -On ne saurait choisir meilleur guide, encore qu’une bourse bien -garnie eût pu paraître suffisante. Après les _Dames galantes_, les -_Ragionamenti_: - -Tout d’abord dans l’_Éducation de la Pippa_, ces conseils de la Nanna à -sa fille: - -«Renonce d’abord à ta fierté, renonces-y te dis-je, parce que si tu ne -changes pas de façons, Pippa, si tu n’en changes point, tu n’auras pas -de braye au derrière (_non havrai brache al culo_) »[45]. - -On voit, par cette menace maternelle, si le caleçon devait tenir au -cœur des jeunes personnes qui se destinaient à la Carrière et dans la -_Ruffiannerie_, une matrulle expérimentée de savoir l’importance que -peut prendre, auprès d’un gentillâtre imbécille, un coin de pantalon -entrevu à propos sous le retroussis d’une jupe. - -Les Vieux Messieurs datent de Suzanne et les petits vieux les avaient -peut-être précédés: - -«En ramassant le gant elle releva le bord de sa robe et laissa voir -assez de ses jambes pour que le faucon désencapuchonné aperçut ses -caleçons bleus (_la calza turchina_) et ses mules de velours noir, -élégances qui le firent haleter de luxure»[46]. - -Philosophe moqueur, Montaigne fait allusion à la magnificence de ces -chausses, quand il raille ces voyageurs qui savent: - -«Rapporter seulement à la mode de nostre noblesse française combien de -pas à la _Santa Rotonda_ ou la richesse des callessons de la signora -Livia»[47]. - -Corona, dont le recueil existe manuscrit dans plusieurs bibliothèques -d’Italie, en fait, dans une de ses nouvelles, porter de moins -magnifiques aux religieuses qu’il met en scène. Ils se rapprochent des -pantalons de Tullia d’Aragona et plus encore de l’horrible flanelle -germanique, bien plus que des hauts-de-chausses plus haut décrits. - -On les portait en laine au _monastère de l’Archange_, et les saintes -filles semblaient plutôt y prendre gaiement l’existence. - -Le conteur ajoute, pour excuser leurs débordements «que les caleçons de -laine qu’elles portaient excitaient outre mesure leurs esprits vitaux -et leurs muqueuses»[48]. - -Cette explication un peu spécieuse n’est pas sans rappeler une histoire -qu’aimait à raconter le bon père Ricord, et dans laquelle il mettait un -brave curé de campagne et Madame sa Soutane. - -Le digne homme, contrairement aux nonnes de Corona, ne portait pas de -caleçon et expliquait ainsi bien des choses, encore que la réalité fût -plus simple encore. - -Cette excitation spéciale est sans doute étrangère à la règle qui, dans -la plupart des ordres, a fait interdire aux religieuses l’usage des -pantalons. Il faut plutôt voir dans cette prohibition un effet du vieux -cas de conscience que se posèrent et discutèrent les casuistes: une -femme pêche-t-elle mortellement ou véniellement en empruntant à l’autre -sexe son costume en tout ou en partie?[49] - -Et dire que cette niaiserie fut un des principaux motifs qui -entraînèrent la condamnation de Jeanne d’Arc! - -Un monastère conduit à un autre. Du monastère de l’Archange, passons -à ceux de l’amour. Vecellio après avoir décrit le costume des -pensionnaires de certains couvents dont l’hospitalité est généralement -assez écossaise pour que cet accessoire semble inutile, leur fait -cependant porter de véritables culottes: - -«Elles portent des bracelets d’or, des globules d’argent au cou, et -même des espèces de culotte comme les hommes, avec des bas de soie ou -de drap brodé»[50]. - -Après tout, si ce travesti versait les illusions nécessaires aux -habitués triés sur le volet, le volet clos, de ces derniers salons? - -C’était comme un uniforme; et, passant du rang à l’état-major, les -détails en variaient peu. Racinet décrit ainsi, avec de plus amples -détails, les chausses des courtisanes, non le macaroni napolitain, mais -le gratin vénitien: - -«Notre exemple no 7 montre, ainsi que le dit Vecellio, que les -courtisanes vénitiennes étaient vêtues en dessous _à la masculine_. Les -culottes _marinesques_, _provençales_, _guéguesques_, _braguesques_, -comme les appelle Blaise de Vigenère, les chausses prolongées jusqu’aux -genoux étaient à leur usage. Il n’est pas probable, quoique leur -corsage fût taillé en pourpoint, que pour se montrer à l’intérieur, -elles se contentassent d’enlever leur jupe. Le buste démesurément -allongé eût été trop disgracieux lorsque l’on quittait les patins, -et comme le panseron avait deux épaisseurs de bourre, l’une fixée -au pourpoint même, l’autre dans le gilet de dessous (M. Quicherat, -_Histoire du Costume de France_), il est bien plus vraisemblable de -supposer que ces femmes affublées de la culotte ne conservaient que -le gilet qui se trouvait sous ce pourpoint masculin. On voit ici que -la culotte large avait des poches intérieures latérales; c’était un -vêtement coquet, brodé, tailladé. La mode d’appareiller la couleur des -bas à celle des chausses était alors remplacée par l’usage contraire, -les chausses étaient d’une couleur, les bas d’une autre. Ces bas aux -coins brodés étaient de soie, faits à l’aiguille, ou de drap...»[51] - -Ces aimables enfants poussaient si loin l’élégance de leurs chausses -que plus d’une fois les provéditeurs (_provveditori alle pompe_) -durent intervenir et essayèrent de réduire, par des amendes, ces -extravagances[52]. - -Ne se contentant pas de porter des culottes, elles aimaient à se -montrer ainsi vêtues: ce fut l’objet de pénalités nouvelles qu’il -fallut appliquer en partie double. - -Si les femmes affectaient de sortir habillées en hommes, quelques-uns -de ceux-ci, affichaient au contraire pour le costume féminin, un faible -désordonné. - -Dès le milieu du XVe siècle, on crut devoir sévir contre ces travestis. -Le recueil de M. Brunet _les Courtisanes et la Police des mœurs à -Venise_ cite et reproduit trois textes caractéristiques sur ce point. - -Le plus ancien, 1443, vise les..., mettons le troisième sexe, ce sera -plus convenable: - -«Et a simel condicion sotozaxa ogni homo trovado in habito femineo, -over altro habito desconveniente perdando el vestimento e livre cento -per cadaun e star mexi 6 in prexon, etc.»[53] - -Les deux autres, c’est vraiment plus propre, ont trait aux courtisanes. -L’un, daté de 1480, légitime cette prohibition par des raisons -historiques; la cendre de Sodome et de Gomorrhe en a séché l’encre: - -«Habitus capitis quem mulieres Venetiarum gerere a modico tempore citra -ceperunt non posset esse inhonestior, et homnibus qui illas videant, et -deo omnipotenti quem per talem habitum sexum dissimulant suum et sub -specie virorum viris placere contendunt quo est species quedam sodomie, -etc»[54]. - -Nouvelles menaces en 1578, celles-là rédigées en italien: - -«E cresciuta a questi nostri tempi talmente la gran dishonesta et -sfazatezza delle cortegiane et meretrice de Venetia che per prender et -illaguear e gioveni conducensosi a sui apetiti, oltra diversi altri -modi hanno trovato questo novo et non più usato di vertisi con habiti -de homo... che sia proibito alle meretrici et cortigiane sopradette -l’andar per la citta vagando in barca vestite da homo, etc.»[55]. - -Il en était de même à Rome. Les courtisanes y avaient également la -manie de sortir vêtues à la masculine et M. E. Rodocanachi de fournir -ces amusants détails: - -«Cependant, chose bizarre, le costume qu’elles affectionnaient le -plus était le costume masculin. Non seulement elles sortaient dans la -rue, mais elles allaient à la messe en habits d’homme! L’ambassadeur -mantouan tout en admirant leur air réservé, s’en étonne un peu, ce qui -prouve que cette mode était particulière à Rome[56]. Quel pouvait être -le but des courtisanes en se travestissant de la sorte? Était-ce pour -jouir plus complètement d’une liberté qu’on leur marchandait alors si -peu pourtant? Était-ce par pur caprice? Je n’oserais émettre l’avis que -c’était afin de se soustraire dans la rue aux obsessions et de dépister -les galants. Le mot de l’énigme se trouve peut-être dans la déposition -d’une servante qui décrit ainsi le costume que portait sa maîtresse -lors d’une équipée. Elle avait, dit-elle, des pantalons et une casaque -bleu turquin, relevés d’or et d’argent; des bas de soie verte, un -manteau de drap madré et une toque ornée de plumes. Le costume ne -devait pas laisser que d’être seyant et des plus avantageux, et l’on -conçoit que les courtisanes y tinssent fort. - -«Le conseil communal rendit bien une ordonnance _contra mulieres -inhonestas ne se vestiant habitu virili_, destinée à mettre un terme -à cet abus, mais l’amende était alors minime, quelques écus, et à ce -prix les courtisanes pouvaient se payer de nombreuses infractions, -ce qu’elles ne manquèrent de faire, comme bien on pense. Aussi -augmenta-t-on plus tard la pénalité, qui fut successivement portée à -quinze, puis à vingt et même à cent écus! Preuve que la prédilection -de ces dames pour le costume masculin était donc difficile à -déraciner[57].» - -En souvenir de quoi, sans doute, par un de ces retours de race chers -aux généalogistes, on put voir, aux beaux temps de la bicyclette, les -agents de M. Lépine faire la chasse aux petites femmes qui, soit -à la musique du Luxembourg, soit par les terrasses de Montmartre, -déambulaient et se déhanchaient en culotte, sans avoir même l’excuse de -la plus humble Clément où asseoir leur séant rebondi. - - -[Illustration] - - - - -DIX-SEPTIÈME ET DIX-HUITIÈME SIÈCLES - - -_Ah! ah! quel charmant paysage!_ - - (MISS HELYETT.) - - -[Illustration] - - -DIX-SEPTIÈME ET DIX-HUITIÈME SIÈCLES - - -Si grande qu’ait été la vogue du pantalon féminin au XVIe siècle, elle -prit fin avec lui. - -Des attardées, en petit nombre, s’obstinaient seules à en porter -durant les vingt premières années du siècle suivant. Des marquises -n’échappaient pas à ce travers, suivant le _Pasquil de la Cour sur le -retour de Bordeaux_[58] en décembre 1615. - - Un carosse de marquise - Versant, fut veu la chemise - D’une dame et son calçon - Et jurèrent les poètes - De le mettre en la chanson[59]. - -D’où il faut conclure, puisque l’on vit à la fois la chemise et -le caleçon, que celui-ci était ouvert et laissait indiscrètement -s’échapper le pan de chemise cher à Zola et familier à tant d’autres, -car, il n’est pas à supposer que la dame le portât sous la chemise. - -La signora Léonora Galigaï était également restée fidèle à cette mode -de son enfance. Après l’assassinat de son mari, le maréchal d’Ancre, -(24 avril 1617), et avant qu’elle ne fût conduite à la Bastille, le -sieur du Hallier, capitaine des gardes, fut chargé de perquisitionner -dans son hôtel et de saisir ses bijoux. - -L’exécuteur des basses œuvres du jeune Louis XIII et du favori Albert -de Luynes poussa loin ses investigations sur la personne de la veuve. -De nos jours, à défaut des rayons X, on eût au moins eu recours au -ministère d’une matrone: - -«Et enquise si elle n’avoit point de bijoux sur elle, elle haussa sa -cotte et monstra jusque près des tétins. Elle avoit un calson de frise -rouge de Florence; on lui dit en riant qu’il falloit donc mettre les -mains au calson. Elle respondit qu’en autre temps elle ne l’eusse pas -souffert, mais lors tout estoit permis; et Du Hallier tasta un peu sur -le calson»[60]. - -En Loir-et-Cher, d’autre part, les Archives départementales mentionnent -dans l’inventaire des biens et hardes laissés par Léonor Pégorier, -femme de Louis du Buisson, seigneur de Clénor, décédée le 14 mai 1615, -«une paire de canesons de fustine à usage de femme estimez quatre -sols»[61]. - -La châtelaine n’en portait sans doute que l’hiver, et par les grands -froids, seul moment, auquel, suivant cette prédiction d’Astrophile le -Roupieux, on en faisait encore usage: - -«Nos fringantes Damoiselles reprendront leurs calessons de laine»[62]. - -Toujours la populaire et royale futaine de Marie Stuart; elle peut -paraître luxueuse, il est vrai, à côté du parchemin, dont, trente ans -plus tard, Babonnette, devait fabriquer ses culottes. - -Boileau nous a révélé l’avarice de cette Marie Ferrier, femme du -lieutenant criminel Jacques Tardieu, mais il s’était tenu au-dessous de -la vérité en nous parlant de son jupon bigarré de latin: - - Peindrai-je son jupon bigarré de latin: - Présent qu’en un procès sur certain privilège - Firent à son mari les régents d’un collège, - Et qui sur cette jupe, à maint rieur encor, - Derrière elle faisait dire _Argumentabor_? - -D’après un poète anonyme du temps, ce vêtement fait de trois thèses -latines, aurait été d’un usage plus intime. C’était un caleçon et la -dame le laissa apercevoir un beau jour sous ses jupes relevées. - - Une certaine Magistrate, - Depuis le genouil jusqu’au flanc, - Couvroit sa cuisse délicate - D’un caleçon de satin blanc, - Mais caleçon de profonde science. - - Dont un Docteur avoit honoré l’Eminence - Et que cette profane à son ventre appliqua - Si bien qu’on y put voir au moment de sa chute - A l’endroit qui chez elle a tant fait de dispute. - - _Questio physica_[63]. - - -D’autres en portaient encore, «et, pour attirer les challans» ne -craignaient point de le leur laisser voir: - -«Ouy da, M. G. (Maître Guillaume), mais il vous reste encore une -visite, entrons en la gallerie des Merciers, vous me direz votre -opinion des belles dames qui sont icy pour attirer les challans... - -«Cependant pour emploier le tems à leur guise, chacune tasche -d’emmancher la vétille. - -«L’une enfille son aiguille à tastons, - -«L’autre empeze son linge sale, - -«L’autre rattache ses caleçons»[64]. - -C’étaient là des exceptions. Marie de Médicis elle-même semblait avoir -renoncé à cette mode d’origine italienne. - -Aussi, l’un des premiers soins de l’abbé de Choisy en s’habillant en -femme avait-il été de supprimer ses caleçons. Leur absence donnait à -son déguisement plus de vraisemblance: - -«Quand je vis que mon dessein réussissoit, j’ouvris aussi cinq ou six -boutonnières du bas de ma robe pour laisser voir une jupe de satin noir -moucheté, dont la queue n’étoit pas si longue que celle de ma roble. -J’avais encore par dessous un jupon de damas blanc qu’on ne me voit que -quand on me portoit la queue; je ne mettois plus de haut-de-chausses, -il me sembloit que cela ressembloit davantage à une femme, et je ne -craignois point d’avoir froid, nous étions en été»[65]. - -Mlle de La Fayette[66] n’en portait sans doute pas davantage, le jour -de l’accident conté peut-être un peu crûment, mais de façon plaisante -par M. de La Porte: la présence d’un caleçon eût rendu moins visibles -les traces de sa défaillance. L’anecdote n’est pas du meilleur goût, -mais peint à merveille la liberté d’allure et de langage de la cour au -commencement du XVIIe siècle. Anne d’Autriche précédait ainsi Louis -XIII et ses pincettes dans la voie de la grossièreté. - -On ne saurait souhaiter au plus couard des experts semblable mission. -Malgré soi, on pense au mot si connu de Théophile Gautier sur le siècle -de Louis XIV: - -«Pendant ce temps, il se fit une cabale de M. de Saint-Simon, de -Mgr l’évêque de Limoges, de Mme de Seneçai et de Mlles d’Aiches, de -Vieuxpont et de Polignac pour introduire Mlle de La Fayette à la place -de Mme de Hautefort[67]. S. E. protégea tellement cette intrigue qu’en -peu de temps on vit que le Roi ne parloit plus à Mme de Hautefort, et -que son grand divertissement chez la Reine étoit d’entretenir Mlle de -La Fayette, et de la faire chanter. Elle se maintint bien en cette -faveur par les conseils de ceux et celles de son parti, et n’oublia -rien pour cela; elle chantoit, elle dansoit; elle jouoit aux petits -jeux avec toute la complaisance inimaginable; elle étoit sérieuse quand -il falloit l’être, elle rioit aussi de tout son cœur dans l’occasion, -et même quelquefois un peu plus que de raison; car un soir à -Saint-Germain en ayant trouvé sujet, elle rit si fort qu’elle en pissa -sous elle, si bien qu’elle fut longtemps sans oser se lever, le Roi -l’ayant laissée en cet état, la Reine la voulut voir lever, et aussitôt -on apperçut une grande mare d’eau[68]. Celles qui n’étoient pas de son -parti ne purent se tenir de rire, et la Reine surtout, ce qui offensa -la cabale, d’autant plus qu’elle dit tout haut que c’étoit La Fayette -qui avoit pissé; Mlle de Vieuxpont soutenoit le contraire en face de la -Reine, disant que ce qui paraissoit étoit du jus de citron, et qu’elle -en avoit dans sa poche qui s’étoient écrasés; ce discours fut cause que -la Reine me commanda de sentir ce que c’étoit; je le fis aussitôt, et -lui dit que cela ne sentoit point le citron; de sorte que tout le monde -demeura persuadé que la Reine disoit vrai; elle voulut sur le champ -faire visiter toutes les filles pour sçavoir celle qui avoir pissé, -parce qu’elles disoient presque toutes que ce n’étoit point La Fayette; -mais elles s’enfuirent dans leurs chambres. Toute cette histoire ne -plut point au Roi, et moins encore la chanson qui en fut faite[69]; -mais comme ce n’étoit point un sujet pour que le Roi témoignât être -fâché contre la Reine, la chose se passa ainsi; et les Demoiselles -n’osèrent pas non plus faire paroître leur ressentiment, remettant à -se venger dans l’occasion, comme elles le firent dans la suite en ma -personne»[70]. - -En dehors de ce petit accident, il en était un plus fréquent auquel -le manque de caleçon ne laissait pas de donner un intérêt bien -particulier. L’histoire galante fourmille de chutes malheureuses—pas -pour tout le monde—dont l’estampe du XVIIIe siècle a maintes fois tiré -parti. - -Les poètes aussi, d’ailleurs. Dès le XVIIe siècle, l’un d’eux, et -non des moindres, Voiture, adressait, en forme de stances, cette -gentillesse à une précieuse qui, en tombant de carosse, avait laissé -voir de sa personne des trésors généralement réservés à la plus stricte -intimité. - -C’était, affirme la légende, Mlle Paulet, dont le nom méritait mieux, -en vérité, d’être connu par autre chose que l’impôt auquel il dut -longtemps son impopularité. - -Malgré certaines mines et des périphrases restées légendaires, la -pruderie n’étouffait pas à l’Hôtel de Rambouillet. Il est un mot, que -bien avant Richepin—le Richepin de la _Chanson des Gueux_ et non des -_Annales_—la langue des dieux osait employer alors qu’il ne s’agissait -ni de lampes, ni de sacs, mais de ce qu’avait pu laisser voir, en -tombant, une pauvre fille, démunie comme ses contemporaines, de -pantalon. - - - - -STANCES - -_Sur une Dame dont sa jupe fut retroussée en versant dans un carosse à -la campagne._ - - - Philis, je suis dessous vos loix - Et sans remède cette fois, - Mon âme est vostre prisonnière; - Mais sans justice et sans raison, - Vous m’avez pris par le derrière, - N’est-ce pas une trahison? - - Je m’estois gardé de vos yeux, - Et ce visage gracieux - Qui peut faire pastir le nostre, - Contre moy n’ayant point d’appas, - Vous m’en avez fait voir un autre, - Dequoy je ne me gardois pas. - - D’abord il se fit mon vainqueur, - Ses attraits percèrent mon cœur, - Ma liberté se vit ravie, - Et le méchant, en cet estat, - S’estoit caché toute sa vie - Pour faire cet assassinat. - - Il est vray que je fus surpris, - Le feu passa dans mes esprits, - Et mon cœur autrefois superbe, - Humble se rendit à l’Amour, - Quand il vit vostre cu sur l’herbe, - Faire honte aux rayons du jour. - - Le Soleil confus dans les Cieux, - En les voyant si radieux - Pensa retourner en arrière, - Son feu ne servant plus de rien. - Mais ayant vu vostre derrière, - Il n’osa pas montrer le sien. - - En découvrant tant de beautez - Les Sylvains furent enchantez, - Et Zéphire voyant encore - D’autres appas que vous avez, - Même en la présence de Flore, - Vous baisa ce que vous sçavez. - - La Rose, la reine des Fleurs, - Perdit ses plus vives couleurs; - De crainte, l’œillet devint blesme, - Et Narcisse alors convaincu, - Oublia l’amour de soy-mesme - Pour se mirer en vostre c... - - Aussi rien n’est si précieux, - Et la clarté de vos beaux yeux, - Vostre teint qui jamais ne change - Et le reste de vos appas, - Ne méritent point de loüange - Qu’alors qu’il ne se montre pas. - - On m’a dit qu’il a des défaux - Qui me causeront mille maux, - Car il est farouche à merveilles, - Il est dur comme un diamant, - Il est sans voix et sans oreilles - Et ne parle que rarement. - - Mais je l’aime, et veux que mes vers, - Par tous les coins de l’Univers, - En fassent vivre la mémoire, - Et ne veux penser désormais - Qu’à chanter dignement la gloire - Du plus beau cu qui fut jamais. - - Philis, cachez bien ces appas, - Les mortels ne dureroient pas, - Si ces beautez estoient sans voiles. - Les Dieux qui règnent dessus nous, - Assis là-haut sur les Estoilles, - Ont un moins beau siège que vous.[71] - -«Ah! ah! quel charmant paysage!» se serait écrié Piccaluga, à l’époque -heureuse où la pauvre Biana Duhamel et le prince consort étaient, au -grand scandale de l’Élysée, accueillis, aux Ambassadeurs, par une -intempestive _Marseillaise_. Hélas! par ces temps de pudibonderie -honteuse, que diraient les successeurs de M. Bérenger, ce dernier -rempart de la vieille gaîté française, s’il plaisait à quelque poète de -la Butte, de célébrer ainsi les culbutes au Moulin de la Galette, d’une -gigolette dépourvue de pantalon? - -C’était, pourtant, le cas de toutes à cette époque. Gigolettes, non -pas, mais grandes dames, à peine si, à la cour du Grand Roi, les plus -illustres prenaient soin de s’en munir pour monter à cheval. Souvent -même, elles négligeaient cette précaution: c’étaient, en cas de chute, -des horizons aperçus non moins vastes que ceux que chanta Voiture. - -L’on en riait. Rien de tel pour égayer une chasse. Le soleil que Louis -XIV avait pour emblème ne l’empêchait point d’apprécier la lune à sa -juste valeur. Bussy-Rabutin, cette mauvaise langue, nous dit la gaîté -du roi et de sa maîtresse—du moment—Mlle de Fontanges, alors «durement -enceinte» au souvenir de l’accident qui, le tantôt, avait dévêtu l’une -des chasseresses: - -«La chasse finie, le Roi descendit de cheval prit place auprès d’elle -(Mlle de Fontanges), et la conduisit dans son appartement. Elle étoit -pour lors dans l’humeur la plus gaie du monde; et elle dit mille -plaisanteries à son amant sur le divertissement qu’une de la troupe -avoit donné en tombant de son cheval. Le Roi rioit de tout son cœur, -particulièrement quand elle dit devant plusieurs personnes que cette -chute devoit être d’autant plus sensible à cette chasseresse, que les -dames ne s’étoient pas pourvues de caleçons contre l’ordinaire. Cela -donna occasion à Mlle de B..., fille d’honneur de Madame, de dire -qu’elle mourroit, s’il lui étoit arrivé un pareil accident...»[72] - -Allons donc! Il arriva à Mlle Churchill et elle n’en mourut pas, au -contraire! - -Le pantalon ne sévissait pas plus, alors, à la cour d’Angleterre qu’à -celle de France. Mlle Churchill, entre autres, n’en portait pas; ce à -quoi elle dût d’asseoir définitivement son crédit. Pouvait-elle choisir -meilleur fondement? Sa figure pouvait laisser à désirer, son corps -était, par contre, superbe et digne de fixer les désirs qui voyagent en -croupe? - -«Mlle Churchill chancela, fit quelques cris et tomba. La chute ne -pouvoit être que rude dans un mouvement si rapide; cependant elle lui -fût favorable de toutes les manières: car, sans se faire aucun mal, -elle démentit tout ce que son visage avoit fait juger du reste. Le -duc mit pied à terre pour la secourir. Elle étoit tellement étourdie -qu’elle n’avoit garde de songer à la bienséance dans cette occasion; -et ceux qui s’empressèrent autour d’elle la trouvèrent encore dans une -situation assez négligée. Ils ne pouvoient croire qu’un corps de cette -beauté fût de quelque chose au visage de Mlle Churchill. Depuis cet -accident, on s’aperçut que les soins et la tendresse du duc ne firent -qu’augmenter, et l’on s’aperçut à la fin de l’hiver, qu’elle n’avait -pas tyrannisé ses désirs ni fait languir son impatience»[73]. - -Parfois même, comme dans les contes bleus ou dans les romans de M. -Henry Bordeaux, l’aventure se terminait par un bel et bon mariage. -Notre vieil ami Loys Guyon, sieur de la Nauche, fournit cet -enseignement: - -«Une demoiselle d’assés médiocre maison en biens, âgée de dix-huict -ans ou environ, servante d’une grande maison de Lymosin, estant en la -compagnie de sa maistresse, voyageant en autre pays, voulant franchir -un fossé, tomba de dessus son cheval par terre, ses cotillon, robbe, -chemise se trouvèrent renversez sur son corps, qui fut cause que les -assistans en bonne partie de la compagnie virent toutes les parties -secrettes de cette demoiselle, ventre, cuisses et fesses. Et si estan -treuvé un jeune homme noble et riche, il descendit de son cheval et la -contempla quelque peu de temps, après il la recouvrit, releva, baisa, -et remonta à cheval, et à cause des belles et blanches parties qu’il -avoit recogneu en elle, il en devint amoureux et pour récompense de -son service et amitié qu’il lui portoit la pria de lui prester tout -et si peu qu’il luy plairoit. Mais la fille fit la sourde. Ce que -voyant, ses désirs et concupiscence s’accreurent et il lui dit qu’il -l’espouseroit; mais elle sage ne lui accorda que solenellement il ne -l’eust espousée; ce qu’il fit, ce que tout le monde trouva estrange, -d’autant que les maisons et qualitez n’estoient réciproques. Et combien -qu’elle aye desja plus de quarante ans elle se sçait tenir si propre -en toutes les parties de son corps, et principalement les parties qui -premièrement incitèrent son mari à la rechercher, qu’il l’ayme autant -que jamais»[74]. - -Puisse cette histoire morale faire réfléchir les jeunes filles à la -recherche d’un épouseur, les matins de partie de campagne, au moment de -passer leur «inexpressible»... ou de passer outre. - -Par un fait exprès, le dix-septième et le dix-huitième siècles -foisonnent de chutes joliment révélatrices. Toutes, marquises, -comédiennes ou bourgeoises, ignoraient la gêne et l’androgynat -de l’empantalonnement. A son défaut et à défaut d’un Voiture, -chroniqueurs et rimailleurs s’en mêlèrent et chantèrent ces accidents -à... cœur joie. - -Seules, quelques comédiennes, connues surtout pour leurs cabrioles, -comme la Du Parc, se munissaient pour se livrer à ce jeu, d’une -culotte, à laquelle elles ne devaient pas tarder à renoncer: - -«On voyait ses jambes et partie de ses cuisses, dit Mlle Poisson, par -le moyen de sa jupe fendue des deux côtés avec des bas de soie attachés -en haut d’une petite culotte»[75]. - -Jupe fendue et culotte: tout cela est très moderne, mais, la moutarde -ne date-t-elle pas, en tant que danse, du XVIe siècle?[76] - -Une autre «théâtreuse», la Beauchasteau, portait également, suivant -Tallemant des Réaux, des caleçons, mais l’esprit ne semblait guère être -venu à cette fille, encore qu’elle ait fait ou plutôt laissé faire pour -cela tout le nécessaire: - -«A une farce, la Beauchasteau voulut faire la goguenarde, elle demanda -à Jodelet—comédien du Marais et de l’Hôtel de Bourgogne, mort en -1660—ce que c’était que l’amour; - -«Je ne sais. C’est un Dieu qui a un flambeau, un bandeau, un carquois. - -«—J’entends: c’est un Dieu qui a une flèche que M. de Lespy envoya -l’autre jour dans un calçon de chamois à Mlle de Beauchasteau»[77]. - -Oui, trésor. Enfin, du moment qu’il était en chamois. - -Ou c’étaient de vieilles dames restées fidèles à cette habitude perdue. -D’après leur correspondance scatologique, la duchesse d’Orléans et son -amie l’Électrice de Hanovre auraient été du nombre: - -«Vous étiez de bien mauvaise humeur, quand vous avez tant déclamé -contre le c....; je n’en saurais donner la raison, sinon qu’assurément -votre aiguillette s’étant nouée à deux nœuds vous avez c... dans vos -chausses»[78]. - - * * * * * - -Non plus en chamois, mais fermés: c’était complet! mais à l’âge des -deux correspondantes, qui pouvait en avoir cure? - -A part ces exemples, absence absolue de pantalons. Ils auraient -cependant été bien nécessaires. La boue de Paris, comme la... rougeole -de Rouen avaient mauvaise réputation: - - Que de gens de toutes façons, - Hommes, femmes, filles, garçons - Et que les culs à travers cottes - Amasseront icy de crottes, - S’ils ne portent des caleçons[79] - -Diane et ses compagnes, dans l’_Ovide bouffon_, n’en portaient pas -davantage, et leurs ébats aquatiques en étaient aussi dépourvus que -les séants des bourgeoises de Paris, qui allaient muser à la foire -Saint-Germain et y chercher aventure: - - Dedans cette eau froide et gelée - Diane et toute sa tolée, - Quant elles avoient le cu chaut, - - Pour avoir fait maint soubresaut, - Sans calleçons et sans chemises - Venoient faire mille sottises[80]. - -Au XVIIIe siècle, suivant Quicherat: - -«Il y eut plus étrange que cela: c’est que porter un caleçon -(précaution dont usaient quelques personnes en très petit nombre) fut -considéré comme un signe de mœurs équivoques»[81]. - -Même pour courir, à la suite du quartier général de Maurice de Saxe, -les mauvais et peu sûrs chemins des Flandres, les actrices qui -composaient la troupe de Favart avaient négligé de prendre cette -précaution. - -C’est presque un passage du _Roman comique_: - -«Un jour une troupe de comédiens, à la tête desquels se trouvait un -nommé Mézière, s’était mise en marche pour Cologne, où elle devait -jouer devant l’Electeur. A peine était-elle hors des faubourgs de -Bruxelles, qu’elle était surprise par les hussards ennemis qui -commencèrent par la dépouiller. On ne laissa aux femmes que leurs -chemises et un simple jupon; les hommes furent tous rangés en -cercle, à genoux, en attendant qu’il fût statué sur leur sort. L’un -de ces malheureux, un ancien libraire du quai des Augustins, appelé -Flahaut, se fiant sur son érudition et sur son éloquence, se lève en -qualité d’orateur de la troupe et adresse une harangue en latin au -commandant des hussards pour implorer sa pitié. L’officier l’écoute -sans l’interrompre, et, pour toute réplique lui allonge un coup de -sabre qui, contre toute prévision, ne fut pas mortel. Honteux de -sa maladresse, il allait redoubler, lorsqu’il fut arrêté par un -cri perçant, et un spectacle aussi étrange qu’inattendu. L’une des -actrices, Mlle Grimaldi, femme d’un danseur italien surnommé _Jambe -de fer_, pour échapper à l’horreur d’un pareil massacre, avait pris à -deux mains son petit jupon et l’avait ramené sur sa tête, sans trop -songer aux conséquences[82]: mais, en de semblables moments, l’on ne -pense pas à tout. Elle se jette aux pieds du chef de la bande, et, -dans cette posture que la légèreté du costume rendait au moins bizarre, -elle le supplie, tout en larmes, avec cette onction qui part du cœur, -d’épargner ses camarades, de n’immoler qu’elle, puisqu’il lui fallait -une victime. - -«Comment ne pas être attendri? comment aussi garder son sérieux à -l’aspect de cette pauvre danseuse, dont la tête était enfouie au -détriment du reste, dans son insuffisant jupon? Nos hussards allemands, -pour cette fois, se conduisirent en galants hommes. Ils rendirent la -liberté aux prisonniers; ils poussèrent la générosité jusqu’à leur -abandonner des lambeaux de mantelets et de tabliers pour se couvrir, -et distribuèrent aux femmes, au lieu de leurs robes, des habits de -caractère. La Grimaldi eut pour sa part un costume d’Arlequin[83]...» - -Les _Étrennes à Thalie_ auxquelles M. Desnoiresterres a emprunté les -éléments de ce récit ne disent pas si Grimaldi-Arlequin poussa le -dévouement aussi loin que Boule-de-Suif, et si l’irascible capitaine -put jouir autrement que par la vue des rondeurs que lui avait révélées -le linge tendu—peut-être même relevé—sur les charmes postérieurs de la -suppliante. - -C’est évidemment là le dénouement le plus plausible. - -Si on ignorait en tournée l’usage du pantalon, à plus forte raison, ne -le soupçonnait-on pas tant à la ville qu’à la campagne. Temps heureux, -temps de l’escarpolette et de ses hasards, des parties à ânes—un -Montmorency avant Paul de Kock—et de leur imprévu. C’étaient alors -les embarquements pour Cythère et pour ailleurs, dont, dans l’ancien -_Gil-Blas_, Colombine a joliment évoqué le souvenir. - -Pourtant, les chutes continuaient. Recouvrant les têtes poudrées à -frimas, les jupons relevés dévoilaient, en de soudaines apparitions de -roseurs potelées, un véritable moutonnement de croupes. Il n’y avait -pas scandale; la gaîté seule saluait ces menus accidents. Jean-Jacques, -dans ses _Confessions_, est à peu près seul à témoigner de la pitié -pour «le derrière de Mlle Lambercier, qui, par une malheureuse culbute -fut étalé tout en plein devant le roi de Sardaigne à son passage»[84]. - -Si le souverain avait déjà pour les pantalons l’aversion connue de -Victor-Emmanuel, il dut être amplement satisfait. Jean-Jacques, -contempla l’objet, mais osa à peine sourire: - -[Illustration] - -«J’avoue que je ne trouvai pas le moindre mot pour rire à un accident -qui, bien que comique en lui-même, m’alarmait pour une personne que -j’aimais comme une mère et peut-être plus»[85]. - -Le philosophe ne nous a guère, en vérité, habitués à cette réserve et -ses contemporains sont loin de la partager. L’un, entre autres, le -comte de Caylus, ce bizarre grand seigneur, archéologue, romancier et -rimeur impénitent, semble avoir voué le champagne léger de ses rimes à -la célébration du «trésor caché», révélé par une chute d’âne, de Sophie -Arnould. - - * * * * * - -Le jour même du mariage de la cantatrice, il lui adressait cet -épithalame: - - Oui, sans doute, un joli visage - Même entre amis est bien venu, - On s’en aime un peu davantage - Un baiser en est mieux reçu. - Un jour, un âne trop sauvage - Vous dévoila comme on a su. - Lors l’amitié prudente et sage - Regretta tant de bien perdu. - - De ce jour votre mariage - Dans notre esprit fut résolu. - Aujourd’hui, l’amour fait usage - De tout ce bien que l’on a vu[86]. - -Je ne sais si Sophie fut une épouse parfaite, mais elle avait si bon -cœur. - - -_A Mademoiselle***_ - -_Les vers expliqueront ce qui avait donné lieu._ - - Quand d’une effrayante manière, - Un jour la tête la première, - Votre honnête homme de papa - Tout au milieu des fossés se baigna, - On dit que quelqu’un demandât - Ce qui pourroit moins vous déplaire - Que sa chute il recommençât - Ou qu’un âne encor vous fit faire - Ce saut qui tant nous amusa. - Votre réponse alors fut modeste et fière; - Je consens à montrer, Monsieur, ce qu’on voudra - S’il plaît à Dieu, la chose arrivera; - Et votre choix nous montrera - Et bon cœur et joli derrière»[87]. - -Sophie Arnould ne fut pas seule, à vrai dire, à montrer ainsi son -derrière,—il ne faut pas croire, ainsi que prétendent les misogynes, -qu’ils se ressemblent tous—d’autres, dont les noms nous ont échappé -excitèrent également la verve du comte. - -L’inévitable chute d’âne et une échelle un peu raide à descendre -servirent de prétexte à deux sœurs pour montrer le leur. Véritable -leçon d’astronomie pratique qui se chantait sur l’air de _Gabrielle de -Vergy_: - - -_Chanson sur deux sœurs qui ont montré ce que l’on va voir._ - - De deux gentes sœurs, la cadette - Monta fort bien au pigeonnier; - Décemment la chose fut faite, - On dit qu’on ne saurait le nier. - Mais en descendant cette belle, - A tous si bien nous le montra, - Qu’on dit: Il faut tirer l’échelle - Après avoir vu ce cul-là. - - On n’eut que ce cul dans la tête - Pendant plus de deux ou trois ans, - On le chante, chacun le fête, - Chacun lui fait des vers galants. - Pourtant, à ce succès unique, - Un obstacle se rencontra, - Et ce fut par une bourrique - Qui son frère aîné nous montra. - - Chacun des deux a son mérite, - Par la forme l’un excellait, - Et quant à l’autre, l’on le cite - Pour être blanc comme du lait. - Dans cette cause d’importance - Bien juger est notre devoir. - Veut-on entendre ma sentence? - Que c’est une affaire à revoir. - - Avec les chutes si plaisantes - Du joli couple que voici, - Elles n’en sont que plus décentes - Et nous devons conclure ici: - Que malgré la tant douce amorce - De nous montrer si joli cu, - Chacune d’entre elles nous force - A n’admirer que sa vertu[88]. - -Comme sujet d’admiration, j’en aimerais autant un autre; Caylus a fait -mieux, ne serait-ce que cette amusante dispute entre fille et mère. - - -_A une femme qui avait fait une chute d’âne._ - -Air: _Tu croyais en aimant Colette._ - - Une aventure aussi fameuse - Doit enfanter plus d’un couplet, - Leur chute sera moins heureuse - Que la vôtre qui tant nous plaît. - - Lorsqu’on vit cette culebutte, - Chacun au ciel levant les mains - S’écrioit: Grands Dieux! Quelle chute! - Grands Dieux! Quelle chute de reins! - - Entre les fleurs, j’aimois la rose, - Ma foi, depuis ce que j’ai vu, - Voyez quelle métamorphose - Je ne veux qu’être gratte-cu. - - Ce cul, de beauté peu commune, - Sembloit la Lune dans son plein; - On a fait un trou dans la Lune, - Disoit quelqu’un à son voisin. - - On entendoit dire à la mère - Complimentez-moi, me voilà, - Ne dois-je pas être assez fière - Quand c’est moi qui fis ce cul-là? - - La fille sans reconnaissance, - Lui dit: Maman, chacun son tour, - De vous, s’il reçut la naissance, - Aujourd’hui je l’ai mis au jour. - - Avec intention maligne - Ce tour était par Belzébut, - D’une manière toute indigne, - Dressé contre notre salut. - - Depuis je me mets en prières - Contre ce diable trop rusé; - Mais se sauver par les derrières - Avec vous semble malaisé. - - Oui, l’on feroit bien une estampe - De ce malheur, si vous vouliez, - Ce seroit un beau cul-de-lampe - Que celui que vous montriez[89]. - -Il était vraiment par trop dangereux pour toutes, comédiennes ou -grandes dames, de faire une chute devant le comte de Caylus. Aussi, -avant de monter à âne, pour éviter les débordements de ce lyrisme -particulier, certaines demandaient-elles au poète de leur fournir un -caleçon qui les protégeât contre les indiscrétions d’une chute et de -ses rimes. - -C’était risquer de provoquer son indignation et il s’indigna. - - -_A Mesdames***_ - -_qui demandaient des caleçons pour monter à âne._ - - Quand sur un âne autrefois on montoit - En arrivoit ce qui pouvoit, - Il était des chutes heureuses - Chacun alors en profitoit, - Et telle de nos promeneuses - Sait fort bien ce qu’il en coutoit. - Dites-moi de quoi l’on s’avise, - Quelle mauvaise invention - D’augmenter de précautions. - Et n’est-ce pas une traîtrise - En cavalcade ainsi qu’au rendez-vous, - De se cuirasser en dessous? - Est-il juste de bonne foi - Qu’à moi-même on s’adresse? - Et quelle maladresse - De vous fournir des armes contre moi? - Du moins faut-il bien que je sache - Ce dont il est question, - Et j’y mets la condition - De me montrer ce qu’on veut que je cache[90]. - -A la cour de France, sous Louis XVI, malgré l’austère surveillance de -Mme de Noailles, cette duègne grave et solennelle que Marie-Antoinette -avait, en une heure de gaîté, surnommée Mme l’Étiquette, il arrivait -encore de choir d’âne, même à la reine. - -M. Frantz Funck-Brentano a joliment conté l’anecdote. Elle égaye du -rire frais de la fille de Marie-Thérèse le sombre drame dont l’_Affaire -du Collier_ devait être le prélude: - -«Il arriva qu’un jour que Marie-Antoinette était montée à dos d’âne, -la bête d’un coup d’arrière-train la jeta sur le gazon. La voilà -assise dans l’herbe haute, les jupes retroussées et battant des mains: -«Vite allez chercher Mme de Noailles, qu’elle nous dise ce que veut -l’étiquette, quand une reine de France est tombée d’un âne![91]» - -Pas plus que ses dames d’honneur, l’infortunée souveraine—le -_Livre-Journal de Mme Eloffe_ en fait foi—ne portait de pantalons... -Mais, le comte de Caylus n’était plus là pour célébrer cette chute. - -Puis, eût-il osé? - -[Illustration] - - - - -LE CALEÇON DES COQUETTES DU JOUR - - -_Excepté les actrices, les Parisiennes ne portent point de caleçon._ - - MERCIER. - - -[Illustration] - - -LE CALEÇON DES COQUETTES DU JOUR - - -Quelques tentatives faites pour réacclimater sous les jupes le caleçon -aboli de l’escadron volant de Catherine, donnèrent naissance à ce poème. - -Il avait la prétention d’être comique et Bachaumont qui, sans doute ne -l’avait pas lu, le juge, sur son titre, ordurier: - -«Le Caleçon des Coquettes du jour. La Haye, 1763, in-8. Cet ouvrage -ordurier se distingue assez par son titre et ne mérite pas une plus -grande attention[92]». - -N’exagérons rien, il n’est pas ordurier, il n’est qu’ennuyeux. - -Encore que la librairie belge ait cru devoir rééditer cette pauvreté, -elle est peu connue. Malgré sa fadeur, il n’est donc peut-être pas -inutile d’en donner une brève analyse et d’en citer quelques extraits. - -Place Saint-Sulpice, le vent qui balaie le bureau du tramway d’Auteuil -ne datant pas d’aujourd’hui, une femme, Dorimène, vient à tomber. La -rafale soulève ses jupes et sa chemise, offrant aux regards le double -globe de ses rotondités naturelles. - -«Une grande sœur grise», sœur Véronique, l’aide à se relever et à -réparer le désordre de sa toilette; un peu placière, elle lui offre le -bras et la reconduit chez elle, pour lui vanter sa marchandise. - -Nous ne sommes pas encore à l’époque où la supérieure d’un couvent -d’Orléans refusera de laisser confectionner par ses pensionnaires -les pantalons d’un trousseau de mariage, «vu l’inconvenance de ce -vêtement». Sœur Véronique ne se contente pas, contrairement à la -plupart des religieuses, de porter des culottes, elle-même les -fabrique et elle voudrait bien en vendre à Dorimène. Cet accessoire -lui permettrait, une autre fois, d’éviter les suites d’un semblable -accident: - - J’en rougis aussi. - On doit rougir, être en souci, - A moins de n’être pas pudique, - D’une avanie aussi publique, - Dont vous pouviez vous garantir, - Pour éviter tout repentir. - Et comment, ma sœur, je vous prie, - Lui dis-je, et de quelle façon - Vous en seriez-vous garantie? - Si vous portiez un caleçon, - Par pudeur, me répondit-elle, - D’une toile bien blanche et belle - Quand le plus impétueux vent - Ou par derrière, ou par devant, - Vous trousserait dans une rue, - Sur une place, ou bien ailleurs, - Le caleçon frappant la vue - Ferait taire tous les railleurs. - Je tiens ce conseil d’une tante, - Qui, tandis qu’elle était vivante, - Craignant que des vents furieux, - Ou de ces galants curieux, - Coureurs des filles d’Amathonte, - Pressés par d’amoureux transports - Ne me fissent l’horrible honte, - D’exhiber celle de mon corps, - Me tint, à ma dixième année, - Exactement caleçonnée, - Depuis les reins jusqu’au-dessous, - Deux bons pouces de mes genoux. - -Un peu étonnée, Dorimène retient la sœur Véronique à souper. Le vin -achève de lui délier la langue et nous apprenons ainsi pour quelle -raison sa tante, qui à vrai dire était sa mère, mais ne compliquons pas -le récit, la condamna à compliquer ses dessous de cet entonnoir d’un -nouveau genre: - - Mais comme au-dessus de l’anus, - Vous avez un horrible signe, - Je veux que vous portiez toujours, - Pour en changer tous les cinq jours, - Un blanc caleçon de cretonne, - Mesure prise à votre cu, - Par moi-même, afin que personne - Du défaut dont il est pourvu - N’ait connaissance. - -Un horrible signe? Allons donc! il y a des grains de beauté qui sont -parfois du meilleur effet! et, confiante, la chaste brebis raconte sa -vie; pour une femme, c’est un peu raconter ses amours. - -Tout d’abord des souvenirs de pension, non, de couvent. Claudine fut de -tous les temps à l’école. Véronique portait déjà son fameux caleçon, et -au moment de l’introduction du duo saphique, sa partenaire ne laissa -pas d’être étonnée en présence de cet obstacle alors imprévu: - - Brûlant pour moi d’un vif amour, - Avec ardeur, cette tribade - S’y prit de si bonne façon, - Que défaisant mon caleçon, - Dont elle parut très surprise, - Elle me fit une sottise - Qui me cause encor du regret. - -Dans une rencontre plus sérieuse et en face d’un adversaire mieux -armé, la place ne devait pas tarder à capituler sans conditions et à -démanteler ses faibles remparts. - -Cela se passa comme à l’ordinaire, dirait Longus: le déshonneur de la -guerre tout au plus. - -Dorimène sait ce qu’il en est et se montre bien plus curieuse de savoir -comment peut bien être fait un pantalon de femme? Envie d’autant plus -facile à contenter que la Sœur voit là une occasion unique de vanter et -d’écouler sa marchandise: - - De vos malheurs consolez-vous, - Ma chère Sœur, unissons-nous - D’amitié pour toute la vie, - Et pour remplir mon autre envie - Faites-moi voir le caleçon - Que vous portez. Sœur Véronique, - Se troussant alors sans façon, - Me dit: Madame, j’en fabrique - Depuis longtemps parfaitement, - Dans ma cellule, sourdement, - A douze francs pour la main-d’œuvre - Pour les dames dont la manœuvre - Est de cacher leur pays bas; - Parce qu’un galant homme attache - Moins d’attraits aux frappants appas, - Qu’à ceux que le caleçon cache». - -C’est peut-être un peu cher pour la façon; mais toute nouveauté se -paie. Puis, la confection d’un semblable caleçon n’est pas aussi simple -que peut penser le vulgaire. Celui de la religieuse comporte deux -brayettes, comme certains modèles allemands et Véronique d’en vanter -les avantages et la commodité: - - Le mien, quoique déjà sali, - Depuis six jours que je le porte, - Sur moi ne fait pas un seul pli; - Regardez: il est fait de sorte, - Que par derrière et par devant, - Déboutonnant ces deux brayettes, - Que je crois artistement faites, - On se sert du moulin à vent, - Et du moulin à l’eau sans gêne, - Pour leurs diverses fonctions[93]; - C’est une des inventions - Qui cache ce qu’on a d’obscène - Dont bien des femmes font grand cas. - -Pas tant que cela, semble-t-il. Bien peu en faisaient cas. A la scène, -les comédiennes et même les danseuses n’en portaient pas. Si, en dehors -de celle de la pièce, une chute venait à se produire, elle ne manquait -pas d’être plaisante. - -Bachaumont, non encore atteint de sa pruderie de décembre, raconte tout -au long l’accident qui marqua les débuts de Mlle de Maisonneuve: - -_C’est là une chose qu’une femme n’oublie pas._ «1763—mai 3—Mlle de -Maisonneuve, petite-fille de la femme de chambre de Mlle Gaussin, celle -dont on a déjà parlé et dont l’abbé de Voisenon a décélé les talens, -vient de débuter: elle a de la naïveté, de l’intelligence et promet -beaucoup; elle a été très bien accueillie aujourd’hui; elle a joué dans -la _Gouvernande_ et dans _Zénéide_. Dans la première pièce, comme elle -est en tête-à-tête avec son amant, on vient l’avertir de se retirer; en -fuyant elle est tombée dans la coulisse et a laissée voir son derrière. -Mlle Bellecour, dite Gogo, soubrette, est venue très modestement lui -remettre ses jupes. Le tout s’est passé au contentement du public, -qui a fort fêté le cul de l’actrice et la modeste Gogo. La jeune -personne n’a point été déconcertée, elle est rentrée peu après sur le -théâtre[94]...» - -Le _Mercure de France_ donne bien un compte rendu élogieux de cette -«première» et trace un joli portrait de la débutante, mais, de même que -Collé, il tait son accident.[95] Victor Fournel, par contre, en parle -dans ses _Curiosités théâtrales_[96] et, par une double confusion, -l’attribue à la modeste Gogo elle-même, qui serait, à son dire, Mlle -Beauminard. - -L’héroïne de cette aventure, Louise-Adélaïde Berton de Maisonneuve, -dont le père était orfèvre, comme M. Josse, joua peu sous son nom et -fut surtout connue au théâtre sous celui de Mlle d’Oligny[97]. - -Dans son étude sur _la Raucourt et ses amies_, M. Jean de Reuilly -croit trouver dans cette chute l’origine de l’ordonnance qui rendit le -caleçon obligatoire à la scène: - -«Le jour de ses débuts, D’Oligny en sortant de scène tomba dans la -coulisse et fit voir son derrière au public... - -«La plaisante chute de D’Oligny eut pour résultat l’obligation pour les -dames de théâtre d’avoir une culotte ou un caleçon sous leurs jupes. -On peut donc dire que cette actrice est l’inspiratrice du pantalon -féminin qui, de la scène a gagné la ville au commencement du XIXe -siècle»[98]. - -L’accident ne me semble pas avoir eu d’aussi graves conséquences. Le -public se contenta de rire et le lieutenant de police ferma les yeux. - -Mlle de Maisonneuve resta étrangère à cette réforme, qui suivant les -contemporains aurait eu pour berceau non la Comédie-Française, mais -l’Opéra. - -On suppose, en effet, quelles piquantes révélations le ballet devait -réserver à ses fervents, du jour où Mlle de Camargo y eut importé -l’usage gracieux des robes courtes. - -Mlle Sallé tenta, de son côté, à Londres, une révolution analogue, -quand elle y créa, en 1784, le ballet de _Pygmalion_. Mais sa haute -vertu qui lui valait une estime particulière des Anglais et lui avait -fait refuser un don de 2.000 guinées, dont on devine le motif, ne -s’était cependant point embarrassée d’un caleçon pour paraître sur la -scène. La novatrice était pour la simplification du costume et non pour -sa complication. Son costume, dont le _Mercure de France_ fournit la -description ne laisse aucune place à un pantalon: - -«Elle a osé paraître dans cette entrée sans panier, sans jupe, -sans corps, et échevelée, et sans aucun ornement sur sa tête; elle -n’était vêtue, avec son corset et un jupon, que d’une simple robbe de -mousseline tournée en draperie et ajustée sur le modèle d’une statue -grecque»[99]. - -Pour qu’il y eût caleçon, il fallut la Camargo et ses jupes courtes; -puis, il fallut un nouvel accident, car l’accident qui le rendit -obligatoire ne vint que plus tard. - -«Elle importa au théâtre, dit M. Nérée Desarbres, l’usage des caleçons, -qui bientôt furent obligés par une ordonnance de police et plus tard -remplacés par le maillot.»[100] - -Toutefois, malgré sa verve «capriolante», elle dansait, paraît-il, avec -une décence telle que jamais, à l’époque de ses débuts tout au moins, -elle ne laissait apercevoir sa jambe au-dessus du genou. - -Une question se serait même posée, à ce sujet, parmi les habitués de -l’Opéra: - -«—Camargo porte-t-elle un caleçon?... Des paris furent engagés sur -cette énigme, jusqu’au jour où l’héroïne interrogée sur ce point -délicat, répondit:—Vous imaginez-vous qu’une fille de qualité ose se -produire sur la scène sans cette précaution?»[101] - -Casanova, toujours si véridique, qui vit danser Camargo vieillie, se -montre, cependant, moins affirmatif ou plutôt affirme, par ouï-dire, -qu’elle négligeait, comme ses camarades, cette précaution: - -«Immédiatement après, je vois une danseuse qui, comme une furie, -parcourt l’espace en faisant des entrechats, à droite, à gauche, dans -tous les sens, mais s’élevant peu et cependant applaudie avec une sorte -de fureur. - -—C’est, me dit Patru, la fameuse Camargo. Je te félicite mon ami, -d’être arrivé à Paris assez à temps pour la voir, car elle a accompli -son douzième lustre. - -«J’avouai que sa danse était merveilleuse. - -—C’est, ajouta mon ami, la première danseuse qui ait osé sauter sur -notre théâtre; car avant elle les danseuses ne sautaient pas; et ce -qu’il y a d’admirable, c’est qu’elle ne porte point de caleçon. - -—Pardon; j’ai vu... - -—Qu’as-tu vu? C’est sa peau, qui à la vérité, n’est ni de lis, ni de -rose. - -—La Camargo, lui dis-je, d’un air pénitent, ne me plaît pas; j’aime -mieux Duprès. - -«Un vieil admirateur, qui se trouvait à ma gauche, me dit que dans sa -jeunesse elle faisait le saut de basque et même la gargouillade, et -qu’on avait jamais vu ses cuisses quoiqu’elle dansât à nu. - -—Mais si vous n’avez jamais vu ses cuisses, comment pouvez-vous savoir -qu’elle ne portait point de tricot? - -—Oh! ce sont des choses qu’on peut savoir. Je vois que Monsieur est -étranger. - -—Oh! pour ça, très étranger.»[102] - -Que cette «fille de qualité» ait ou n’ait point porté de caleçon, -Mlle Mariette, dite «La Princesse», en raison de sa liaison avec -M. de Carignan, n’en portait à coup sûr point et le prouva jusqu’à -l’évidence, le soir où ses jupes furent accrochées par les aspérités -d’un portant. - -L’accident aurait pu arriver à toute autre. Ces demoiselles de la -danse avaient, en effet, adopté sans se faire prier, l’usage des robes -courtes de la Camargo: elles permettaient d’apprécier leurs jambes et -apprécier n’est-ce pas un peu désirer? - -Par contre, elles se souciaient peu d’embarrasser leurs cuisses de -ce «pantalon qui, serré au genou, produisait sous la jupe, un effet -disgracieux.»[103] - -L’accident prévu devait donc se produire, et l’on fait communément -remonter à «cette vision d’art» l’origine de l’ordonnance de police -qui imposa le port du «caleçon» à toutes les comédiennes, chanteuses, -danseuses et simples figurantes des divers théâtres de Paris»[104]. - -«Mlle Mariette n’est pas étrangère à l’ordonnance qui prescrivit les -caleçons. Un soir, cette danseuse eut sa robe, ses jupons et ses -paniers enlevés par les aspérités d’un décor sortant du dessous et posa -pour l’antique pendant quelques secondes devant une salle fort garnie -applaudissant à ce spectacle inattendu.»[105] - -Le lieutenant de police avait-il attendu l’accident pour intervenir, -ou, en contravention, Mlle Mariette méritait-elle une amende, comme une -vulgaire théâtreuse? - -La première des deux hypothèses est la plus plausible. L’Administration -s’émeut toujours après, elle prévoit rarement. - -Une telle ordonnance ne pouvait pourtant passer inaperçue. Les plus -graves problèmes de la politique ou de la diplomatie sont peu de -choses, auprès des amours d’une comédienne ou des débauches d’une fille -d’Opéra. Le _Journal des inspecteurs de M. de Sartines_ et les rapports -de Marais sont, à ce point de vue, singulièrement édifiants. Paris a pu -vieillir, mais n’a guère changé. - -Aussi, devons-nous à l’ordonnance, rendant le caleçon obligatoire, deux -des pages les plus gaies peut-être de la correspondance de Grimm: - -«C’est Camargo qui osa la première faire raccourcir ses jupons, et -cette invention utile qui met les amateurs en état de juger avec -connaissance les jambes des danseuses, a été depuis généralement -adoptée; mais alors elle pensa occasionner un schisme dangereux. -Les jansénistes du parterre criaient à l’hérésie et au scandale, et -ne voulaient pas souffrir ces jupes raccourcies; les molinistes, au -contraire, soutenaient que cette innovation nous rapprochait de -l’esprit de la primitive Église, qui répugnait à voir des pirouettes -et des gargouillades embarrassées par la longueur des cotillons. La -Sorbonne de l’Opéra fut longtemps en peine d’établir la saine doctrine -sur ce point de discipline qui partageait les fidèles. Enfin, le -Saint-Esprit lui suggéra, dans cette occasion difficile, un tempérament -qui mit tout le monde d’accord; elle se décida pour les jupes -raccourcies, mais elle déclara en même temps, article de foi, qu’aucune -danseuse ne pourrait paraître au théâtre sans caleçon. Cette décision -est devenue depuis un point de discipline fondamental dans l’église -orthodoxe, par l’acceptation générale de toutes les puissances de -l’Opéra et de tous les fidèles qui fréquentent ces lieux saints[106]». - -Mercier commente également cette ordonnance. Il ne la fait intervenir -qu’après l’accident de Mlle Mariette et témoigne de l’ignorance dans -laquelle les Parisiennes vivaient généralement de ce voile protecteur: - -«C’est toujours après l’accident que vient la loi réparatrice. Le jeu -subit d’une décoration ayant accroché les jupons d’une comédienne et -coupé son rôle, il s’ensuivit une ordonnance de police, qui enjoint -à toute actrice ou danseuse de ne paraître sur les planches d’aucun -théâtre sans caleçons. - -«L’actrice qui joue le rôle grave de Mérope ou d’Athalie n’en est pas -plus dispensée que celle qui bondit et fait des cabrioles au-dessus -des têtes pressées du parterre. Cette loi s’étend depuis la salle de -l’Opéra[107] jusqu’à la loge du _grimacier_. - -«La tragédienne superbe, sous ses majestueux habillemens, et déjà -respectable par elle-même, doit encore se munir de ce voile caché -contre les accidents ignorés et imprévus, ainsi que la saltimbanque de -chez _Nicolet_, pour qui ce vêtement n’est pas une précaution superflue. - -«Excepté les actrices, les Parisiennes ne portent point de caleçons; -ils sont d’usage dans des pays plus froids. S’ils étaient adoptés -à Paris, nos femmes délicates, qui aiment à courir partout, se -préserveraient d’une infinité de maux que le froid et l’humidité leur -occasionnent[108]». - -Garsault, en son _Art de la Toilette_, ne souffle mot du caleçon et -la Du Barry, qui possédait de si jolis bidets, semble en avoir ignoré -l’usage. Ainsi, laissait-elle apercevoir à Léonard, ce héros ridicule, -«un petit pied et beaucoup plus de la moitié d’une jambe modèle -exposés avec cette recherche de coquetterie qui s’inquiète peu du -qu’en-dira-t-on». - -Le drôle n’ayant su cacher son ravissement la comtesse ne put -s’empêcher de sourire: - -«Et tout en se récriant sur mon défaut de perspicacité la maîtresse de -Louis XV fit sur son canapé le plus indiscret des mouvements, et put se -convaincre que mes yeux savaient mieux pénétrer que mon esprit[109]». - -La jambe modèle devait être de beaucoup dépassée car, comme la plupart -des Parisiennes, Jeanne Bécu ne portait point de pantalon. - -Quelques-unes, pourtant, commençaient à s’en munir pour monter à -cheval, d’autre pour des raisons d’hygiène infiniment respectables, -mais peu écoutées. - -Les premières suivant l’_Encyclopédie_ étaient assez nombreuses, les -secondes: l’exception: - -«En France, plusieurs femmes portent actuellement des caleçons pendant -l’hiver pour éviter des maladies; et pendant l’été, par propreté, -presque toutes les bourgeoises qui vont souvent à la campagne, à -cheval, portent aussi des caleçons[110]». - -Non moins que sœur Véronique, un subtil industriel s’était fait une -spécialité de leur confection. Il y dut sa vogue et son surnom. La -_Liste des Seigneurs et Dames venus aux Eaux de Spa, l’an 1773_, -fournit l’adresse du personnage et donne l’origine de son surnom: - -«N. Pantalon, connu sous ce nom par la quantité qu’il en a faits, -tant pour hommes que pour femmes, très commodes pour monter à cheval, -demeure rue de la Sauvenière, à Spa[111]. - -En Hollande, non pour monter à cheval, mais pour patiner, les femmes et -les jeunes filles en portaient également: - -«Le prétendu de Mlle Casanova m’attacha des patins, et voilà les -demoiselles en train, en courtes jupes, bien culottées en velours noir -pour se garantir de certains accidents[112]». - -Bien plus, cet aventurier de Casanova nous révèle également ce détail: -les servantes elles-mêmes prenaient soin de passer une culotte sous -leurs paniers, lorsque certaines besognes les forçaient à dominer par -trop la tête des passants. - -«Cette maison paraissait être un bloc de marbre, car l’extérieur en -était recouvert comme l’intérieur; elle devait avoir coûté des sommes -immenses. Le samedi, une demi-douzaine de servantes, perchées sur des -échelles, lavaient ces magnifiques murs. Ces servantes, portant de -larges paniers, étaient obligées de se mettre en culotte, car sans -cela, elles auraient trop intéressé les passants curieux[113]». - -En vérité, je n’aurais jamais cru la Hollande aussi vertueuse, et tels -personnages de Teniers nous avaient habitués à moins de retenue. - -Quant au caleçon des danseuses, il n’avait point tardé à rallier les -suffrages des «amateurs». Il avait du bon et faisait mieux désirer ce -qu’il cachait. - -L’«abonné» était déjà en puissance: - -«Vous voyez souvent en Angleterre, écrit l’_Espion anglais_, Mlle -Heinel; mais il n’est pas possible qu’elle y ait montré son talent -pour la pantomime comme elle l’a fait ici dans le ballet de _Médée -et Jason_, où elle a rendu le rôle de la célèbre magicienne avec une -vérité qu’on ne peut surpasser. Les demoiselles Allard et Peslin sont -depuis trop longtemps au théâtre pour que vous ignoriez leur nom et -leur mérite. Les gavottes, les rigaudons, les tambourins, les loures, -tout ce qu’on appelle les grands airs leur fournissent sans cesse une -occasion d’imaginer une variété de pas étonnante: leur chef-d’œuvre est -surtout la gargouillade, c’est-à-dire les écarts, les tournoymens, les -pirouettemens sur un seul pied, les développemens des charmes secrets, -qu’un perfide caleçon dérobe sans cesse aux yeux, mais qui ne fait -qu’irriter davantage les désirs des amateurs[114]». - -Certains n’étaient cependant pas sans protester, entre autres Robbé de -Beauveset, cet enfant perdu de la Muse, qui vivait et soupait à Paris -de son esprit et des deux pensions qu’il touchait, l’une de Mgr de -Beaumont, archevêque de Paris et l’autre de Louis XV, que ses contes -en vers amusaient. Robbé, qui, en ce moment ne tombait pas dans les -convulsions du cloître Saint-Médard après avoir prêté aux caleçons -une origine singulière dans son adaptation un peu libre du bref _Si -femoralia_, fulmina dans ces termes contre ce qui n’était pas encore le -«tutu» des danseuses: - - O caleçons! Voile modeste - Qu’au détriment des yeux la pudeur déterra; - A nos regards lascifs, obstacle trop funeste, - Masque d’appas secrets, toujours on te verra - Éclipser à nos yeux la cuisse blanche et leste - De nos danseuses d’Opéra! - Avant que la triste réforme - Dont à jamais Dieu damne les auteurs, - Eut fait sur tous les culs sauteurs - Endosser l’habit uniforme, - L’avide spectateur dressé sur ses ergots, - Suivant dans l’air une jambe élancée, - A l’aide d’une jupe à l’instant rehaussée, - Des cuisses de nos camargos - Découvrait du moins la naissance, - L’orgueil d’un fémur portant à l’œil frappé, - Par un hasard de luxure échappé, - Aiguisait l’appétit de la concupiscence. - On jouissait d’un beau cul dans les airs, - Comme on jouit du brillant des éclairs. - Mais qu’à présent une sauteuse alerte, - Quittant la terre aux yeux du public enchanté, - Communique au panier son élasticité - Qu’aperçoit-on dessous? Qu’une cuisse couverte - De son harnais plissé tout je ne sais comment, - Et fait un vrai haut-de-chausse ottoman. - Que le foudre sacré dont le pape Alexandre - Pulvérisa jadis le caleçon romain - Ne puisse-t-il réduire en cendre - L’audacieux, l’impitoyable humain, - Qui, sous ce béguin ridicule, - De Terpsichore emboîta les genoux, - Au mépris d’une sainte bulle, - Comme au détriment de nous tous[115]. - -En dépit de ces protestations, le caleçon passa à l’étranger et -y devint obligatoire. A Rome, les danseuses durent en porter dès -1765, et, en attendant que leurs maillots verts transformassent en -grenouilles les marcheuses des théâtres napolitains, en 1780, une -ordonnance pontificale contraignit, à Rome, les ballerines à porter des -culottes de velours noir. - -Les marionnettes elles-mêmes n’échappèrent pas à cet empantalonnement, -tant on avait du «nu» une crainte que n’eût point désavouée le plus -vertueux des sénateurs: - -[Illustration] - -«Quant à la perfection des entrechats et des ronds de jambe de -mesdames les marionnettes de Rome, je ne citerai qu’un fait qui me -dispensera de toute autre louange. Les pudiques scrupules de l’autorité -romaine ont astreint ces sages et irréprochables sylphides à porter des -caleçons bleu de ciel, tant on craint les dangers de l’illusion[116]». - -O Guignol! une interpellation au Luxembourg, parce que, en se laissant -choir, Mme Guignol aura laissé constater aux gosses assemblés qu’elle -n’avait pas de pantalon. - -Mais il est vrai qu’elle n’a ni cuisses, ni jambes. - -Il y eut mieux, d’ailleurs. Si le caleçon était obligatoire, il était, -en Espagne du moins, interdit aux danseuses de laisser apercevoir sous -leurs jupes le leurre du caleçon et une amende d’un écu était réservée -à celles qui avaient failli à cette prescription. - -Casanova raconte, non sans esprit, comment, à Barcelone, la Nina -encourut l’amende et évita le lendemain son retour. Ce fut même là, -suivant le Vénitien, l’origine de sa fortune. Mlle Churchill se fit -aimer en laissant voir son derrière. Il en fut de même de l’artiste: - -—Comment le comte Ricla en est-il devenu amoureux? - -—Écoutez. L’histoire n’est pas longue et elle est singulière. - -«A peine arrivée à Barcelone, il y a deux ans, venant du Portugal, on -la prit pour figurante dans les ballets, à cause de sa belle figure, -car pour son talent elle n’en a pas: tout ce qu’elle fait fort bien -est la _rebaltade_, sorte de saut en reculant et en pirouettant. Le -premier soir qu’elle dansa, elle fut vivement applaudie du parterre, -parce que en faisant la _rebaltade_, elle montra ses caleçons jusqu’à -la ceinture. Or, il faut savoir qu’en Espagne, il y a une loi qui -condamne à un écu d’amende toute danseuse qui, en dansant sur la scène, -a le malheur de montrer ses culottes au public. Nina, qui n’en savait -rien, se voyant applaudie, recommença de plus belles; mais à la fin du -ballet, l’inspecteur lui dit qu’il lui retiendrait deux écus de son -mois pour payer ses impudentes gambades. Nina jura, pesta, mais ne put -s’opposer à la loi. Savez-vous ce qu’elle fit le lendemain pour éluder -la loi et se venger? - -—Elle dansa mal peut-être? - -—Elle dansa sans caleçons et fit sa _rebaltade_ avec la même force, -ce qui causa au parterre un tumulte de gaieté tel qu’on n’en avait -jamais vu à Barcelone. Le comte Ricla qui, de sa loge, avait tout vu et -qui se sentit à la fois saisi d’horreur et d’admiration, fit appeler -l’inspecteur pour lui dire qu’il fallait exemplairement punir cette -audacieuse autrement que par les amendes ordinaires.—En attendant, -amenez-la moi.—Voilà Nina dans la loge du vice-roi, et qui, avec -son air effronté, lui demande ce qu’il lui voulait.—«Vous êtes une -impudente et vous avez manqué au public.—Qu’ai-je fait?—Le même saut -qu’hier.—C’est vrai, mais je n’ai pas violé votre loi, puisque personne -ne peut dire qu’il a vu mes culottes; car, pour être sûre qu’on ne les -verrait pas, je n’en ai point mis. Pouvais-je faire plus pour votre -maudite loi qui par surprise, me coûte déjà deux écus? Répondez-moi.» -Le vice-roi et tous les grands personnages présents eurent besoin de se -mordre les lèvres pour s’empêcher de rire, car dans le fond Nina avait -raison, et une discussion approfondie sur cette loi violée ou non eût -produit un grand ridicule. Le vice-roi, qui sentit la fausse position -où il se trouvait, se contenta de dire à la danseuse que si à l’avenir -il lui arrivait de danser sans culotte, elle irait passer un mois en -prison au pain et à l’eau. Nina fut obéissante»[117]. - -Le caleçon, c’était un peu pour le public le fruit défendu et sans qu’à -Londres une loi aussi draconnienne interdit aux danseuses de laisser -voir le leur, le parterre se montrait friand de ce voile intime. Mlle -Coulon, qui, dans ses pirouettes, laissait voir jusqu’au dernier bouton -de sa culotte, savait le prix que les spectateurs attachaient à cette -exhibition: - -«La danseuse Coulon a dansé la première; il m’a paru ainsi qu’à tous -les spectateurs qu’elle a fait beaucoup de progrès, surtout dans les -sauts, car elle a fait voir au moins dix fois, dans de très longues -pirouettes, le plus haut bouton de son caleçon; elle a été fort -applaudie»[118]. - -Au surplus, La Nina n’était pas seule à supprimer, quand il lui -chantait, le caleçon réglementaire: les comédiennes, à qui il était, -à vrai dire, moins nécessaire, ne se gênaient pas davantage. D’où ce -dialogue emprunté à Casanova, car il faut toujours revenir à ce diable -d’homme quand il s’agit de la fin du XVIIIe siècle: - -—Quand même nous saurions nos rôles comme le _Pater_, nous sommes -certaines de rester court si le souffleur n’est pas dans son trou. - -—Fort bien, madame, dis-je à celle qui était chargée du rôle de -Lindane, je remplirai moi-même votre trou, mais je verrai vos caleçons. - -—Il serait difficile, dit le premier acteur, elle n’en porte pas. - -—Tant mieux. - -—Vous n’en savez rien, monsieur, lui dit-elle[119]. - -Cette manie aussi qu’ont certaines gens de ne pouvoir garder pour eux -les petits secrets qu’une défaillance ou un moment d’abandon ont pu -leur révéler! - -Quant au souffleur, ne le plaignez pas trop. Lorsque, dans un trou, il -manque la réplique, ne croyez pas qu’il dorme, point du tout: il _voit_. - -[Illustration] - - - - -LES COSTUMES A LA GRECQUE - - -_Notre-Dame de Thermidor, Thérèse Cabarrus, devenue la citoyenne -Tallien, est la reine de la mode, elle se montre à Frascati, ainsi -vêtue ou plutôt dévêtue, sa robe à l’athénienne fendue latéralement, -laissant voir ses jambes dans un maillot couleur chair, avec des -cercles d’or à la place des jarretières et des cothurnes à l’antique et -des bagues à chaque doigt de ses pieds de statue._ - - ROBIDA. - - -[Illustration] - - -LES COSTUMES A LA GRECQUE - - -Avec la Révolution, les préoccupations changèrent. Il s’agissait bien -des caleçons de la Nina, et ce n’était pas lorsque les hommes se -disaient sans culottes que les femmes allaient se mettre à en porter. - -De belles aristocrates, chuchotant et riant dans une tribune de -l’Assemblée nationale n’auraient pas été étrangères à l’appellation que -prirent les patriotes: - -—Monsieur le Président, veuillez donc faire taire ces deux sans -culottes! s’écria l’abbé Maury, dans une phrase dépourvue de -galanterie[120]. Le mot fit fortune et resta. - -Il a sur d’autres mots l’avantage de fixer un détail de mœurs, en -indiquant l’ignorance dans laquelle les belles dames du temps vivaient -de ce vêtement. - -Il ne nous apprend rien, mais confirme ce que nous savions. - -Il en était de même des aimables vendeuses qui, au Palais-Royal, -faisaient surtout commerce de leur corps, et ont valu aux anciennes -galeries de bois une mauvaise réputation longue à disparaître. - -Comme dans les maisons Tellier, «Madame» fournissait leur trousseau -aux pensionnaires, dont les charmes formaient le meilleur fonds de -sa boutique. Mais, déjà, il arrivait à ces nymphes d’abandonner la -retraite peu champêtre où elles célébraient à prix fixe les mystères de -la blonde déesse, sans prendre soin de restituer à la tenancière les -«dessous» qui leur avaient été prêtés. - -La partie lésée—dans l’espèce la demoiselle Testard, marchande -mercière, avait l’unique recours de porter plainte devant le -commissaire de police de la section. Ainsi connaissons-nous par le menu -les moindres voiles des demoiselles Séraphine et Louise Boutet, âgées -l’une de dix-sept ans et l’autre de seize. «Bas de coton, chemise de -toile coton, à coulisse, et garnie d’un tour de mousseline brodée... -jupon de dessous de taffetas rose... fichu de linon et bonnets de satin -rose orné de blonde ou de satin blanc garni de gaze et dentelle en or». -Ni l’une ni l’autre des délinquantes ne portait de corset et la gêne -d’un pantalon leur était totalement inconnue.[121] - -Les culottes que ces dames ne portaient pas eussent été, cependant, -plus que jamais utiles. Les fessées patriotiques qui allaient bientôt -avoir la vogue eussent même été une suffisante excuse aux pantalons -fermés. - -Cette pauvre Théroigne de Méricourt ne fût peut-être point devenue -folle, si un pantalon eût atténué les effets de sa disgrâce, et -combien de croupes plus aristocratiques eussent dû à cette percale -providentielle de n’être point dévisagées par la populace. - -Dans la crainte de la fessée, certaines pour remédier au manque -de pantalon, n’hésitèrent point devant une mesure radicale. Elles -cousurent leur chemise, ce qui, pour reprendre un mot de Mme Cardinal, -ne devait guère être commode. - -«A Lyon, le jour de Pâques 1791, au sortir de la messe de 6 heures, -une foule, armée de fouets de corde, se précipite sur les femmes. -Déshabillées, meurtries, le corps renversé, la tête dans la fange, -elles ne sont laissées que sanglantes, demi-mortes; une jeune fille -meurt tout à fait; et ce genre d’attentats se multiplie tellement qu’à -Paris même, des dames, qui vont à la messe orthodoxe, ne sortent plus -qu’avec leur chemise cousue en guise de caleçon»[122]. - -Ainsi: «Se serait répandue, suivant quelques-uns, la coutume, chez les -femmes de la bourgeoisie, de porter des pantalons»[123]. - -Je ne crois pas, comme l’a fait un collaborateur de l’_Intermédiaire_, -qu’il y ait lieu de généraliser cette mesure et de trouver dans la -chemise cousue l’origine du pantalon. - -Les docteurs Cabanès et Nass donnent cette explication pour ce qu’elle -vaut et ont raison. - -Cette chemise cousue, c’était un peu comme le sac, dont un hôtelier -malouin affublait ses servantes pour déjouer les entreprises des -voyageurs trop entreprenants: - -«Cette anecdote racontée par du Sommerard. Dans un voyage à la suite -de l’Empereur, je crois à Cherbourg, il allait voir Saint-Malo,—en -compagnie d’un vieux vaudevilliste. Ils étaient servis par une très -jolie bonne. Le vieux vaudevilliste, très paillard de sa nature, la -décidait à venir lui ôter ses chaussettes, le soir, dans sa chambre. -La charmante fille était cousue dans un sac. C’était l’habitude -d’alors de la maison, qui était, je crois, l’_Hôtel Chateaubriand_: -toutes les servantes étaient ainsi cousues dans des sacs par le maître -d’hôtel»[124]. - -En Allemagne, suivant le Dr Percy, les religieuses d’un couvent de -Bavière avaient mieux fait, et à l’approche des troupes françaises, ne -s’étaient point contentées de coudre leurs chemises ou de revêtir des -sacs. «Ces timides et respectables filles» s’étaient confectionnées de -véritables culottes: - -«Dois-je dire en terminant que, dans la campagne de l’an VIII, les -religieuses d’un couvent isolé de Bavière, effrayées à l’approche de -notre armée, se firent à la hâte chacune une culotte particulière, -que me montra dans la suite leur directeur, mais dont la sage retenue -des Français fit bientôt reconnaître l’inutilité à ces timides et -respectables filles»[125]. - -Loin de s’être généralisé, l’usage de la culotte était si rare encore, -que le trousseau fourni par le Directoire à Marie-Thérèse-Charlotte, la -fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette n’en comptait pas. - -Au commencement de l’an IV, le gouvernement échangea, en effet, Madame -Royale contre les représentants Camus et Drouet, l’ancien maître de -poste de Sainte-Menehould, contre les ambassadeurs Maret et Sémonville, -et contre le général Beurnonville, tous prisonniers de l’Autriche. - -Par les soins de Benezech, un trousseau fut établi pour la princesse, -«par la citoïenne Veuve Soüel, marchande, rue du Faubourg-Honoré». - -M. P. Bonnassieux en a publié le devis dans le _Bulletin de la Société -de l’Histoire de Paris et de l’Ile-de-France_[126]. Il offre de grandes -analogies avec celui de Mlle de la Briffe d’Amilly (1785), publié deux -ans plus tôt par M. J. Guiffrey[127]. - -De part et d’autre, absence absolue de pantalons. Les chemises de la -princesse sont «fines», tandis que celles de Mlle de la Briffe étaient, -à part une, de simple toile. C’est à quoi se borne le linge de corps, -car on ne saurait considérer comme tel des «frottoirs» de futaine ou de -mousseline qui, à proprement parler, sentaient terriblement encore leur -aristocrate. - -La fille de Louis XVI refusa ce don, comme on le pouvait prévoir, quand -on lui remit, à Bâle, les deux caisses contenant l’envoi du Directoire. -Toutefois, elle fit adresser ses remercîments à Benezech: «Je suis -touchée de son attention, dit-elle, mais je ne puis accepter ses -offres»[128]. - -La Révolution avait accompli son œuvre. Aux bourrasques populaires qui, -par la rue en délire, troussaient et fessaient les aristocrates, avait -succédé la réaction thermidorienne. La Convention se décimait elle-même -et envoyait ses membres les plus marquants à l’échafaud. Saturne -dévorait ses enfants. - -Comme la poudre, le sang grise. Dans ce Paris plein de deuils, où il -n’était une famille qu’ait épargnée la guillotine, l’on dansait à -cœur joie. Sébastien Mercier, dans son _Nouveau Tableau de Paris_, a -tracé un croquis vivant de ces bals d’une gaieté féroce. Les modes -les plus osées, les plus contraires à notre climat et à nos mœurs y -étaient lancées. On ne se vêtait pas, on se dévêtait à la grecque. Par -une température souvent rigoureuse, le caleçon devait donc fatalement -reparaître sur les cuisses nues des femmes. - -«Vingt-trois théâtres, dix-huit cents bals ouverts tous les jours; -voilà ce qui compose les amusements du soir. - -«Ici des lustres embrasés reflètent leur éclat sur des beautés coiffées -à la Cléopâtre, à la Diane, à la Psyché. Là une lampe fumeuse éclaire -des blanchisseuses qui dansent en sabots avec leurs muscadins, au bruit -d’une vieille (_sic_) nazillarde. Je ne sais si ces premières danseuses -chérissent beaucoup les formes républicaines des gouvernements de -la Grèce, mais elles ont modelé la forme de leur parure sur celle -d’Aspasie; les bras nus, le sein découvert, le pied chaussé avec des -sandales, les cheveux tournés en nattes autour de leurs têtes, c’est -devant des bustes antiques que les coiffeurs à la mode achèvent leur -ouvrage. - -«Devinez où sont les poches de ces danseuses; elles n’en ont point; -elles enfoncent leur éventail dans leur ceinture; elles logent dans -leur sein une mince bourse de maroquin où flottent quelques louis; -quant à l’ignoble mouchoir, il est dans la poche d’un courtisan, à qui -l’on s’adresse lorsqu’on en a besoin. - -«Il y a longtemps que la chemise est bannie; car elle ne sert qu’à -gâter les contours de la nature, d’ailleurs, c’est un attirail -incommode; et le corset en tricot de soie couleur de chair ne laisse -plus deviner, mais apercevoir tous les charmes secrets. Voilà ce qu’on -appelle être vêtue _à la sauvage_; et les femmes s’habillaient ainsi -pendant un hyver rigoureux, en dépit des frimas et de neige»[129]. - - * * * * * - -C’était, en attendant _Madame Sans-Gêne_, la _Sans-Gêne_, en tant que -mode. Les vieilles gens n’étaient pas sans s’effarer un peu de ces -nouveautés: le chansonnier Jean-Étienne Despréaux, qui, après avoir -été danseur à l’Opéra et maître de ballets à la Cour, avait épousé, -en 1787, la Guimard, sur le retour—elle avait alors quarante-quatre -ans—leur a consacré, sur l’air de la _Bourbonnaise_, les amusants -couplets que voici: - -_Grâce à la Mode_ - -ou - -_La Sans-Gêne_ - - Grâce à la mode, - On n’a plus d’cheveux (_bis_) - Ah! qu’c’est commode, - On n’a plus d’cheveux, - On dit qu’c’est mieux. - - Grâce à la mode - On n’a plus d’corset, (_bis_) - Ah! qu’c’est commode, - On n’a plus d’corset, - C’est plus vit’fait. - - Grâce à la mode, - On n’a plus d’fichu, (_bis_) - Ah! qu’c’est commode, - On n’a plus d’fichu, - Tout est fichu. - - Grâce à la mode - Un’chemis’ suffit, (_bis_) - Ah! qu’c’est commode, - Un’chemis’ suffit, - C’est tout profit. - - Grâce à la mode, - Plus d’poches à présent, (_bis_) - Ah! qu’c’est commode, - Plus d’poches à présent, - C’est plus commode. - - Grâce à la mode, - On n’a plus qu’un vêt’ment, (_bis_) - Ah! qu’c’est commode, - On n’a plus qu’un vêt’ment - Qu’est transparent. - - Grâce à la mode, - L’mouchoir à la main, (_bis_) - Ah! qu’c’est commode - L’mouchoir à la main, - Sert de maintien. - - Grâce à la mode, - On va sans façon, (_bis_) - Ah! qu’c’est commode, - On va sans façon - Et sans jupon. - - Grâce à la mode, - On n’a rien d’caché, (_bis_) - Ah! qu’c’est commode, - On n’a rien d’caché,[130] - J’en suis fâché. - -Ces couplets semblent, en vérité d’hier et viser, non les _Incroyables_ -de l’an VI, mais les aimables petites femmes, qui, ces dernières -années, _aux quatre heures de la toilette des dames_ avaient ajouté -celle du tango. - -Elles étaient vêtues, elles aussi, à la _Sans Gêne_, leur jupon ne les -importunait guère, et elles ne cachaient pas grand’chose—qui songeait -à s’en fâcher, à part les maris et les amants jaloux? de leurs charmes -réputés les plus secrets. - -Ah! Parisiennes, qui, sous le voile de la Croix-Rouge, avez su faire -succéder du jour au lendemain, à ces frivolités votre inlassable -dévouement et l’inépuisable trésor de vos soins, qui dira jamais votre -grâce et votre cœur? - -Ne nous émotionnons pas, cependant, et revenons aux contemporaines -de Thérésia Cabarrus, de Mlle Lange et de la belle Madame Hamelin. -L’honnête citoyen Mercier continuera à être notre guide: - -«On distingue celles qui ont mis des bagues aux doigts de leurs pieds, -celles qui portent un vêtement étroit, couleur de chair, et si étroit, -«qu’on peut gager qu’il n’y a pas de chemise sur la peau»[131]. - -Les Américaines n’ont donc rien innové en supprimant la chemise sous -la combinaison. Quant à ce vêtement si étroit, il n’est autre que le -pantalon. - -Cette façon nouvelle de s’habiller comportait en effet, cet accessoire -nouveau. C’était très joli aux femmes de montrer leurs cuisses sous la -jupe fendue, mais, elles étaient un peu comme Pauline Borghèse: si le -nu ne les gênait pas, le froid les eût incommodées. - -Le pantalon était le corollaire nécessaire du costume à la grecque. Ce -fut sa rentrée en scène effective. - -Mercier ne se borne pas à signaler la chose, il crée le mot: - -«Quel bruit se fait entendre? Quelle est cette femme que les -applaudissements précèdent. Approchons, voyons. La foule se presse -autour d’elle. Est-elle nue? je doute. Approchons de plus près; ceci -mérite mes crayons; je vois: son léger pantalon, comparable à la -fameuse culotte de peau de Mgr le comte d’Artois, que quatre grands -laquais soulevaient en l’air pour le faire tomber dans le vêtement, de -manière qu’il ne formât aucun pli; lequel, ainsi emboîté tout le jour, -il fallait déculotter le soir, en le soulevant de la même manière et -encore avec plus d’efforts; le pantalon féminin, dis-je, très serré -quoique de soie, surpasse peut-être encore la fameuse culotte par sa -collure parfaite; il est garni d’espèces de brasselets. Le juste au -corps est échancré savamment, et sous une gaze artistement peinte, -palpitent les réservoirs de la maternité»[132]. - -Pardonnons à Mercier ces «réservoirs de la maternité», pour lui savoir -gré seulement d’avoir substitué au vilain mot caleçon, cet autre, si -joli et si moderne, aujourd’hui entré dans la langue, autant que dans -les mœurs: le pantalon féminin. - -Comme Brantôme et comme l’Espion anglais, Mercier en dit le charme: - -«Le pantalon couleur de chair, strictement appliqué sur la peau, irrite -l’imagination et ne laisse voir qu’en beau les formes et les appas les -plus clandestins.» - -Pantalons de merveilleuses, pantalons de Thérésia Cabarrus, maillot -plus encore que pantalon, dont le _Portefeuille d’un Incroyable_[133] -et le joyeux caricaturiste Robida ont également chanté le los: - -«Notre-Dame de Thermidor, Thérèse Cabarrus, devenue la citoyenne -Tallien, est la reine de la mode, elle se montre à Frascati, ainsi -vêtue ou plutôt dévêtue, sa robe à l’athénienne, fendue latéralement, -laissant voir ses jambes dans un maillot couleur chair, avec des -cercles d’or à la place des jarretières et des cothurnes à l’antique et -des bagues à chaque doigt de ses pieds de statue»[134]. - -D’autres, des professionnelles, étaient plus dévêtues encore. Elles -avaient bien emprunté à Thérésia Cabarrus sa jupe de gaze, mais, pour -mieux faire valoir leurs charmes, elles avaient négligé d’infliger à -leur nudité le mensonge d’un maillot. - -Les inspecteurs de police dont les potins et les ragots cherchaient -à tromper, le matin, l’ennui de Louis XV, n’étaient pas morts avec -l’ancien régime. L’un deux, semblant avoir, par avance, trempé sa plume -dans l’écritoire de Joseph Prudhomme, rendait compte ainsi à la place -de Paris de ce que l’on voyait, le dimanche 26 mars 1799, dans le -Jardin des Tuileries: - -«A 7 heures du soir dans les Tuileries, deux femmes se promenaient, -étant vêtues d’une chemise de gaze rose sous laquelle on voyait leurs -corps absolument nus. - -«Cette mise indécente a occasionné un attroupement de curieux. La Garde -a fait justice au total, en dissipant l’attroupement et en chassant ces -deux femmes[135]». - -Une couverture eût été plus indiquée que la main de fer, eût-elle -chaussé le gant de velours. Les malheureuses ne devaient pas avoir -chaud. - -En dehors des rhumes, des bronchites toujours à craindre et de la garde -qui semblait avoir abandonné les barrières du Louvre pour s’intéresser -davantage à celles qui n’étaient pas opposées à la curiosité des -hommes, ces élégances n’étaient pas sans danger. - -En voiture ou à Frascati: - -«De l’ancien Frascati vestale enamourée», le costume à la grecque -pouvait être de mise, mais, il était imprudent de l’arborer, le -dimanche, aux Champs-Élysées, parmi les bousculades et les liesses -populaires. - -Les fessées patriotiques et le supplice de Théroigne n’étaient pas si -lointains, que ces dames du quatrième État aient sans esprit de retour -renoncé à ces petits jeux. - -Lisez plutôt le _Supplément à la Quotidienne_ du 3 messidor 1797; c’est -une scène de lavoir, digne au surplus de la muflerie des hommes et -femmes, un dimanche d’été, dans le métro: - -«Les hommes avaient commencé il y a quelques années à se parer d’une -sorte d’habit moitié grec moitié polonais. Rien au monde n’était -ridicule comme le manteau des Grecs sur des épaules parisiennes. Ce -ridicule fut bientôt senti, et l’on ne vit plus errer ni dans nos -carrefours ni dans nos halles ces nouveaux Achilles, ces Agamemnons, -ces Orestes qui paraissaient plutôt des échappés de théâtre que des -citoyens français. - -«Nos dames sont saisies d’une manie semblable, mais il faut avouer que -le costume antique leur sied beaucoup mieux. Dans les théâtres, les -bals et les jardins particuliers cette nouveauté attire l’attention des -curieux, ce qui flatte l’amour-propre des jolies femmes, mais ce diable -de peuple est monté sur un autre ton, il est né moqueur, et puis il -éprouve je ne sais quel malin plaisir à se dédommager par ses sarcasmes -énergiques des avantages qu’il ne partage point avec la classe opulente. - -«Dimanche dernier, deux femmes très jolies, très bien faites et parées -à la grecque arrivent aux Champs-Élysées dans un léger phaéton. Elles -n’avaient point de cavaliers, mais elles conduisaient un enfant pour la -décence, et cet enfant était l’Amour lui-même, il ne lui manquait que -des ailes. - -«Descendues de leur char triomphal elles entrent dans ces allées -où, tout autre jour elles n’eussent entendu que les madrigaux et -les soupirs de leurs admirateurs; mais c’était un dimanche et les -imprudentes avaient oublié que ce jour-là est, parmi nous, celui des -saturnales. - -«Elles entrent donc au milieu de la satyrique cohue. A l’instant des -cris, des brouhahas, des éclats de rire se font entendre de toutes -parts.—Regardez donc cette robe transparente.—A-t-elle un pantalon ou -n’en a-t-elle pas?—Regardez-y, messieurs, regardez-y. C’est à vous de -juger cette affaire. - -«La foule augmente, on se pousse, on se presse autour d’elles. C’est à -qui les verra, les uns grimpent sur les épaules de leurs voisins, les -autres se glissent entre leurs jambes... - -«Imaginez, cher lecteur, s’il est possible, ce qui se passait dans -l’âme de nos deux héroïnes. Leur teint délicat et frais rougit de honte -et de colère: elles veulent fuir, mais comment? Entourées par dix mille -individus elles ne peuvent pas même faire un pas... - -«O peuple discourtois! la pitié n’entre-elle donc pas dans ton âme! et -deux jolis minois n’ont-ils donc aucun pouvoir sur toi? - -Ne chargeons point pourtant les hommes d’une accusation aussi grave, -seuls ils n’eussent point prolongé aussi longtemps le supplice de -leurs intéressantes victimes. Mais vous devinez d’où partaient les -traits les plus empoisonnés. - -«Toutes ces petites bourgeoises, qui dans leurs habits du dimanche se -trouvaient tout à coup éclipsées firent bientôt dégénérer la curiosité -en outrage, ce furent-elles qui poussèrent les hommes autour de nos -deux infortunées et qui leur dictèrent les épigrammes les plus acérées. -L’on reconnaît bien à ce trait le génie féminin. Chacun voulut plaire à -sa jalouse compagne, et chacun devint coupable. - -«Pour finir en un mot, la force armée accourut à ce rassemblement, -trouva nos deux victimes immolées à la risée publique et parvint à les -soustraire à leurs barbares sacrificateurs.» - -L’esprit public n’a point changé et la foule n’est pas devenue -meilleure: les infortunés mannequins qui cherchèrent à lancer les -premières jupes-culottes en firent la cruelle expérience. Qu’il -n’arrive pas une femme d’avoir à rattacher sa jarretelle à la traversée -d’un marché, des femmes pourtant, rien que des femmes, si on peut leur -donner ce nom, ne lui épargneront aucun quolibet et nulle injure... -est-ce qu’elles en portent, elles, des jarretelles? - -Le bon sens des Parisiennes et le climat ne devaient pas tarder à -avoir raison, en dehors des jalousies dominicales, d’une mode jolie -peut-être, mais absurde, loin du ciel et du soleil de l’Hellade. - -Le costume à la grecque disparut et avec lui le pantalon couleur chair. - -Il n’allait pas tarder à reparaître sous une autre couleur. - -[Illustration] - - - - - L’EMPIRE, LA RESTAURATION. - LA MONARCHIE DE JUILLET - - -_Quant à l’inexpressible, sachez-le, mes belles lectrices, il est -absolument moderne et même contemporain, c’est une mode anglaise et nos -grand’mères ne le connaissaient pas._ - - VIOLETTE. - - -_Hortense a beau être reine et avoir fait le beau Dunois, elle est -aussi une vraie grande dame; elle fuit les extravagances, les modes du -lendemain, mais elle a ses coquetteries particulières et inusitées, -comme ces pantalons brodés de malines ou de mousseline festonnée que -nulle autre ne porte._ - - H. BOUCHOT. - - -[Illustration] - - -L’EMPIRE, LA RESTAURATION, LA MONARCHIE DE JUILLET - - -Quant à l’inexpressible, sachez-le, mes belles lectrices,—écrivait -Violette dans son _Art de la Toilette_—il est absolument moderne et -même contemporain: c’est une mode anglaise et nos grand’mères ne les -connaissaient pas»[136]. - -C’est là se montrer un peu affirmatif. Il en est de même de l’élégant -dessinateur Vallet, qui fait seulement remonter l’usage du pantalon au -règne de Charles X. - -«C’est vers la fin du règne de Charles X que les femmes commencent à -porter des pantalons mais cet usage ne se généralisa que beaucoup plus -tard et rencontra tout d’abord de violentes résistances»[137]. - -En ce qui touche les résistances, M. Vallet, qui a semé dans la _Vie -Parisienne_ et dans l’ancien _Chat Noir_ tant de jolis croquis, est -dans le vrai. Elles furent violentes et de longue durée. - -Quant à la date, il convient de faire des réserves. Le pantalon n’avait -pas attendu la fin de la Restauration pour se produire. La lutte durait -à cette époque, depuis plus de vingt ans déjà et l’avantage ne semblait -pas appartenir au pantalon lorsque «le pieux monarque» dut reprendre le -chemin de l’exil. - -«Mode anglaise», comme le dit avec raison Violette. Retirée à -Rodney-Hall, au milieu d’anciennes émigrées, dans une sorte de maison -de retraite que dirigeait Mme de Mirepoix, Mlle de Condé n’avait pas -assisté sans étonnement à cette nouveauté. Les pantalons des jeunes -filles, comme leurs jupes courtes et leurs jeux, la scandalisaient un -peu. - -[Illustration] - -Faisant déjà très vieille dame, elle écrivait à son père: - -«Je suis prête à me persuader qu’au lieu de cinquante ans, j’en ai deux -cents par le changement de tout ce que j’ai vu et connu autrefois. -Par exemple, pour les jeunes personnes, au lieu de cette décence de -maintien, de cette retenue, de tous ces devoirs de bienséance de notre -temps, j’ai sous les yeux des _culottes_—très nécessaires à la vérité -pour les extraits de jupes qui les couvrent—une manière de courir en -faisant voir les jambes au-dessus du genou. Plus des simples jeux de -notre enfance. Collin-maillard, les Quatre-coins, avaient quelque -apparence de règle: il n’en faut plus, il faut aller devant soi sans -savoir où l’on va, se pousser, se jeter par terre, se rouler sur -l’herbe»[138]. - -Pantalons de fillettes, soit; mais les femmes n’allaient pas tarder à -s’en emparer. Une tentative assez sérieuse, du pantalon pour se glisser -dans la toilette des femmes, marqua les premières années de l’Empire. -L’exemple partit de haut, la reine Hortense adopta la mode nouvelle et -y resta fidèle. - -—Mademoiselle, je dois commencer par vous prévenir que je ne porte pas -de jupon. - -J’ai connu une aimable femme pour qui tout essayage débutait par cette -phrase, alors que ce n’était pas là encore une mode générale. - -Il en était de même il y a plus d’un siècle, et c’est même au manque de -jupons ou à leur réduction au strict minimum, par quoi se signalaient -les élégantes, que La Mésangère, dans son intéressant _Journal des -Dames et des Modes_, attribue la première vogue du pantalon en 1804: - -«Depuis quelques jours plusieurs ménages de Paris sont en querelle, les -dames, accoutumées à ne porter qu’une seule robe, s’obstinent malgré la -saison, à se vêtir toujours aussi légèrement qu’en été; les médecins et -les époux vouloient que ces dames missent un jupon de plus; la plupart -des femmes ont opposé la résistance la plus opiniâtre, vu qu’un jupon -de plus nuisait au transparent et grossissait les formes. - -«Quelques-unes avoient menacé du divorce, au cas qu’on voulut les -soumettre à une mesure aussi vexatoire; enfin la plus adroite d’entre -elles a accommodé l’affaire en adoptant un caleçon de laine qui -réchauffe sans grossir; ce terme moyen a été généralement suivi; -en conséquence on peut assurer que la plupart de ces dames portent -aujourd’hui la culotte»[139]. - -Vogue passagère, si passagère que La Mésangère avait totalement -oublié cet amusant écho lorsqu’il écrivait dans son _Dictionnaire des -Proverbes Français_, ce passage souvent cité qui ne fait remonter qu’à -1809 l’apparition du pantalon en France: - -«En 1807, nous arriva de Londres la mode des pantalons pour les -petites filles. Les exercices de saut se pratiquent en Angleterre dans -les écoles de jeunes filles; c’est pour cela qu’on leur a donné des -pantalons. Le goût français ayant fort embelli ce vêtement, quelques -femmes, au printemps de 1809, tentèrent de se l’approprier. - -«On les vit se promener en pantalon de perkale garni de mousseline, les -unes sur les boulevarts, les autres aux Tuileries. Quoique leur robe -fût longue et le pantalon très peu visible, elles marchaient les yeux -baissés, parce que tout le monde avait le regard fixé sur elles. - -«Ces pantalons furent jugés comme les hauts-de-chausses dont parle -Henri Estienne dans le premier de ses _deux Dialogues du langage -français italianizé_...»[140] - -Dans ses _Nouvelles d’il y a cent ans_, l’_Echo de Paris_ a signalé -cette nouveauté qui frisait presque le scandale: - -«Tant de garnitures de robes blanches, tant de pamélas de paille -jaune, de pèlerines découpées, de petits fichus effilés, de cothurnes, -parurent, le 27 (avril), aux Tuileries, qu’on avait de la peine à se -rendre compte des demi-toilettes de la veille. Les cothurnes étaient -vert tendre ou citron. On voyait aussi des guêtres de nankin: une dame -même avait un pantalon garni, froncé à la cheville, et qui dépassait la -robe de deux doigts[141]». - -Un aimable érudit, collaborateur assidu de l’_Intermédiaire_, a -retrouvé un document curieux de l’époque, c’est un «patron de calesson -rectifié» datant de 1806, pour le tracé duquel on avait fort mis à mal -de superbes parchemins du XVIe siècle. - -Ajouterai-je que la dame pour qui ce patron avait été rectifié -jouissait d’avantages postérieurs et ne rappelait en rien la fameuse -poupée à Jeanneton. - -C’était là l’exception; non les avantages postérieurs, mais le -pantalon. Peu de femmes souscrivirent à la nouvelle mode. De toutes les -clientes de Leroy, le grand couturier du temps, la reine Hortense est -seule à en porter, ou du moins à en commander. - -Le _grand-livre de Leroy_, conservé à la Bibliothèque Nationale[142], -nous révèle, à côté du compte plutôt modeste de Mlle de Vienne, du -Théâtre-Français et des riches costumes de chasse de la reine de -Naples, ces voiles d’un ordre plus intime au débit de la fille de -Joséphine, pour l’année 1812: - -Juin 12. Façon d’un pantalon de percale, 18 francs. - -Juin 13. Blanchissage d’un pantalon et de la robe 5 fr.; Façon d’un -pantalon avec bordure, 24 francs. - -Septembre 27. Façon de deux pantalons de percale garnis de mousseline -festonnée à 18 fr.; 36 francs,[143]. - -Peut-être trouvera-t-on que c’était un peu cher pour la percale, mais -c’était une originalité et toute originalité se paie. - -L’Impératrice n’avait pas sacrifié, elle, à cette nouveauté. Son -trousseau comprenait bien 500 chemises—elle en changeait trois fois -par jour—148 paires de bas de soie blancs, 32 de soie rosés, et 18 de -couleur chair, mais c’est tout juste si on pouvait leur adjoindre «deux -pantalons en soie de couleur chair pour monter à cheval»[144]. - -A part Hortense et quelques audacieuses que la chose avait pu tenter, -les grandes dames de l’Empire ignoraient, comme nos aïeules, «ce petit -vêtement inutile et bizarre»[145] et Colombine était dans le vrai, -lorsqu’elle transcrivait dans l’ancien _Gil-Blas_, ces spirituelles -paroles d’un académicien: - -«Voyez-vous, madame, dans ma jeunesse, sous l’Empire, les femmes ne -portaient pas de pantalon, si bien que lorsque nous apercevions, ne -fut-ce que cinq centimètres de jambe sous la jupe, notre imagination -grimpait le long des bas et nous entraînait extasiés vers des régions -aussi intimes que délicieuses. Nous ne voyions pas, mais nous savions -que nous pourrions voir, le cas échéant: Victor Hugo n’a-t-il pas dit -que c’était déjà quelque chose de regarder un mur derrière lequel il y -avait quelque chose. Mais, aujourd’hui, quand même nous apercevrions -la jambe jusqu’au genou, nous savons que là notre vue serait -irrémédiablement arrêtée par un obstacle, que notre voyage suggestif -aboutirait à un entonnoir de batiste et nous nous arrêtons découragés -au pied du mur»[146]. - -Les tentatives du pantalon pour prendre place parmi les dessous de la -femme se renouvelleront sous la Restauration et ne seront pas souvent -plus heureuses. Tantôt gagnant, tantôt perdant, le pantalon, beau -joueur, ne renoncera pas à la lutte. Il la poursuivra sous la monarchie -de Juillet, et enfin verra la Crinoline, la fameuse crinoline, amener -l’heure de son triomphe, comme jadis les vertugades avaient amené celui -du «calesson». - -Pauvre crinoline, pour nous si laide et si ridicule, quelles armes -n’a-t-elle point fournies aux caricaturistes; les vertugades -n’avaient-elles point eu contre elles les prédicateurs et les -moralistes[147]? - -La chute de l’Empire et le retour des Bourbons n’avaient cependant pas -étouffé la foi qu’avait le pantalon dans son... étoile. En 1817, deux -planches du _Bon Genre_ évoquent empantalonnées les novatrices du jour. -Ce sont: les _Parisiennes à Fontainebleau_ et les _Grâces en pantalon_. - -Évoquant et pastichant le groupe de Canova, l’une, de dos, en bleu, -tient par l’épaule et le haut du bras ses deux compagnes. Sa jupe -s’arrête à mi-jambes, et, jusqu’à la cheville, où le serre une -coulisse, pour s’évaser ensuite en un plissé, tombe son pantalon, bleu -également, assorti à la robe. - -Les jupes des deux autres jeunes femmes sont plus courtes encore. -L’une verte, relevée par devant jusqu’aux genoux, découvre le pantalon -blanc, qui, s’amincissant et formant des plis, couvre de son volant les -cordons du cothurne. - -La troisième semble en peignoir, ou peu s’en faut... Garni d’un -ruché, celui-ci s’entr’ouvre haut, livrant aux regards, semblable -aux précédents et d’un jaune tirant au vert, cet accoutrement -extraordinaire et à moitié turc qu’était un pantalon de femme en 1817. - -La décence pouvait y gagner, mais, à voir cette planche, on comprend -que les femmes comme il faut aient eu leurs préjugés et que les femmes -comme il en faut aient osé seules arborer ce travesti. - -«Ce costume, à demi-masculin, ajoutait en effet La Mésangère, a quelque -chose d’étrange, et le petit nombre de femmes qui se sont montrées en -pantalon sur les boulevards et aux Tuileries ont été l’objet d’une -curiosité si inquiétante, que les filles seules ont osé adopter ce -vêtement»[148]. - -Les filles... et les petites filles; tout au moins pour prendre leurs -leçons de gymnastique, car il apparaît déjà comme le corollaire -nécessaire des exercices physiques. La fillette de bon ton a, par jour, -une «heure de gymnastique en blouse et larges pantalons marins»[149]. - -Mais, en dehors du trapèze et des anneaux, le pantalon restait ignoré. -Il ne figure dans aucun trousseau de mariage. M. Henri Bouchot a -reproduit le devis de celui de Mlle de Luxembourg. Il comprend bien -«huit douzaines de chemises brodées au plumetis, deux douzaines de -jupons, une douzaine de camisoles, une douzaine et demie de fichus de -nuit, deux douzaines de serre-tête en batiste, etc.,[150]» mais nulle -apparence de pantalons. - -L’_Almanach des Modes_ donne la composition d’un trousseau, en cette -année 1817. Malgré la longueur de ce document, je ne crois pas inutile -de le reproduire. Il est instructif et a son intérêt: - -«Voici une note exacte de ce qui compose le trousseau d’une riche -héritière; elle est puisée aux meilleures sources. Nous en appelons à -toutes les demoiselles; qu’elles disent s’il y a rien là de superflu. - -«Deux douzaines de chemises de toile de Frise, petits poignets garnis -en Valenciennes;—2 douzaines _id._ de percalle, poignets brodés; 18 -chemises de toile pour la nuit;—6 _id._ de percale forme montante -et manches longues, avec garniture de mousseline au col; lesquelles -peuvent servir de jupon et de camisole;—6 camisoles de nuit, garnies -en feston;—6 _id._ pour le matin, garnies de bandes brodées;—6 -jupons de basin superfin;—6 _id._ de percalle, à garnitures variées -en mousseline;—12 bonnets de nuit en batiste d’Écosse, garnis de -mousseline brodée et festonnée;—4 douzaines de mouchoirs de batiste -à vignette blanche;—1 douzaine _id._ de toile superfine;—1 douzaine -_id._ de batiste brodée;—4 douzaines de serviettes de toilette;—6 -peignoirs de toilette;—1 douzaine de frottoirs;—8 robes de percalle, -façons diverses;—4 robes-redingote;—1 robe de mariage en mousseline -des Indes (la garniture unie à fournir par le futur, doit être du prix -de 150 fr. au moins);—12 fichus et canezous en mousseline brodée, -garnis de tulle;—3 bonnets de mousseline brodée;—4 pièces de petite -dentelle;—6 douzaines de paires de bas superfins;—2 pièces de percalle -pour employer à volonté;—colerettes, bandes brodées;—1 douzaine -de madras;—1 douzaine de taies d’oreiller garnies de dentelle;—4 -couvre-pieds en percalle garnis;—1 couvre-pieds de parade, point de -Bruxelles;—1 douzaine de coiffes de pelottes, brodées avec chiffre et -dentelle;—1 robe de cachemire blanc à bordure pour le matin;—_id._ à -palmes pour le soir»[151]. - -Cette lingerie prêtait, bien entendu, matière à exposition et à -protocole: - -«Quelques jours avant le mariage, le trousseau doit être disposé sur -une table que l’on recouvre de mousseline ou de quelqu’autre étoffe -précieuse, pour être montré aux parents et amis. Les différentes -parties en sont nouées avec des faveurs, et séparées par des bouquets -de fleurs artificielles. - -«Il faut ajouter au trousseau de la mariée le cadeau qu’elle doit faire -à son futur; il est aussi simple qu’autrefois. Ce sont: - -«Deux chemises de batiste;—1 paire de manchettes et jabot de -dentelles;—2 cravates de mousseline;—2 madras[152]». - -Après le trousseau, la corbeille: - -«Le futur donne en échange de ce présent une _corbeille de mariage_ -renfermant: - -«Une douzaine d’éventails riches et variés;—4 aumonières garnies en or -et en acier;—3 douzaines de gants longs; 6 douzaines de gants courts;—1 -douzaine de bourses variées, en or et soie, en acier, en perles;—2 -flacons en cristal de roche avec bouchons d’or;—jarretières élastiques -avec coulants, médaillons, etc.;—1 bonbonnière d’écaille blonde avec -cercles d’or;—1 bonbonnière en cristal; 12 robes de fantaisie;—1 voile -d’Angleterre;—1 cachemire long;—1 cachemire carré; 1 robe de tulle;—1 -robe lamée;—nécessaire complet en vermeil;—1 écrin;—1 buisson de -fleurs artificielles;—1 paquet de plumes d’autruche. - -«A la _corbeille_ on joint souvent un _sultan_, dans lequel on met les -gants et les éventails, et que l’on garnit d’odeurs. On doit aussi -remplir d’or une ou même plusieurs des bourses que l’on dépose dans la -corbeille[153]». - -Frottoirs, bonnets de nuit, madras! une douzaine ou deux de pantalons -sembleraient sans doute, aujourd’hui moins «superflues». - -Mais, malgré les deux estampes du _Bon Genre_, cet accessoire -était loin d’être entré dans les mœurs. A la scène même, oubliant -l’ordonnance de police qui y avait rendu, jadis, le caleçon -obligatoire, combien de jolies filles n’en portaient pas. A Toulouse, -Louis Minet de Rosambeau, le roi des comédiens ambulants, le fit, à -cette époque, prouver jusqu’à l’évidence à une de ses pensionnaires: - -«Une soubrette imprudente, qui ne souffrait d’observation de personne, -obstruait la scène pendant les entr’actes, faisant la roue, le dos -appuyé contre le rideau, au milieu d’un demi-cercle d’abonnés du -théâtre. Un soir de représentation qu’elle restait sourde, selon -son habitude, aux injonctions de Rosambeau, qui tenait l’emploi -de régisseur, celui-ci fit monter la toile. La tige de bois qui la -traverse en bas releva les jupes de la mijaurée, laquelle, paraît-il, -ne portait pas ce soir-là de linge protecteur. Aussitôt effroi, fuite -précipitée des gandins et hilarité de la salle devant la soubrette vue -de... dos. Après cet intermède imprévu, pendant lequel notre héros -s’était désopilé la rate, blotti dans le manteau d’arlequin, le rideau -retomba. - -—Ça m’est égal, dit à ce moment la soubrette, cherchant à dissimuler sa -colère, _ils n’ont pas vu la figure_! - -«Le mot est resté[154]». - -Ce n’est pas que la femme négligeât, pour reprendre l’expression de -Brantôme, d’entretenir sa jambe belle. Le luxe des bas était extrême, -au contraire, et ce billet emprunté au _Journal des Dames et des -Modes_, en donne une idée: - -«Voulez-vous, mon cher Edmon, mettre quelque chose de très nouveau dans -la corbeille de votre future, achetez une demi-douzaine de bas de fil -de dentelle de M. Dubost; chaque paire ne coûte que 172 francs. Achetez -vite pendant que vous êtes amoureux; car après...[155]» - -On ne porte pas des bas de ce prix-là pour les enfouir dans des tuyaux -de percale ou de mérinos. - -Les petites filles semblent à peu près seules à en porter en 1819; on -les assortit à leur robe: - -«Même en hiver, le pantalon des petites filles avait toujours été -blanc; on le fait en mérinos, comme la robe et on le garnit de -fourrure[156]». - -En 1820, cependant, le pantalon semble prendre le meilleur et quelques -femmes commencent à en porter; nouveauté que le recueil de La Mésangère -n’est pas sans trouver un peu ridicule. - -Dans un article consacré au budget d’un ménage parisien, on lit, à la -date du 31 mai 1820: - -«On ne croirait pas une chose, c’est qu’une des plus fortes dépenses de -ma belle est en caleçons; elle en fait faire par douzaines, et elle ne -monte pas une fois à cheval, elle ne rentre pas du bal ou du bain que -ses pauvres caleçons ne soient en loques; elle a une ouvrière à demeure -exprès pour les entretenir[157]». - -Plus que jamais, La Mésangère attribue au pantalon une origine -anglaise; l’explication qu’il en fournit ne laisse pas d’être assez -inattendue: - -«On sait que les Anglaises ont plus d’occasions que nos dames de faire -des voyages sur mer, et par conséquent de monter à l’échelle, qui -est ordinairement fixée le long du bord du vaisseau. Comme elles ont -remarqué qu’en cette circonstance elles étaient exposées à laisser trop -voir leur jambe, elles ont, par bienséance, et non par coquetterie, -adopté la mode des chemises et des caleçons garnis de malines brodée. -On se doute bien que nous ne parlons que des dames, d’une certaine -classe, et non de celles qui ne possèdent pour toute garde-robe qu’un -jupon blanc, un spencer noir, et un shall bleu[158]». - -Les occasions de monter à l’échelle manquant en France, non seulement -les femmes, mais nombre de petites filles, ne portaient pas de -culottes, ce qui ne les empêchait pas de sauter à la corde «avec une -décence admirable»: - -«Passez aux Tuileries, et vous verrez toutes les petites filles (même -celles qui ne sont point en pantalon), munies d’une longue tresse -terminée par deux poignées en bois, sauter, faire sur cette corde des -_croisés_, des _doubles_ et jusqu’à des _triples tours_, avec une -décence admirable[159]»: - -Au Bois, où la promène, le matin son père, nous apparaît, en voiture, -ainsi vêtue «Mlle Emma, âgée de 6 ans: grand chapeau à bord plat, -en tissu, dit paille de riz, entouré d’un simple ruban Bleu Elodie; -tunique et pantalon de perkale, avec une triple garniture; souliers de -maroquin rouge lacé(s)...[160]. - -Malgré le manque de pantalons, les jupes continuent à être courtes, -très courtes; des trotteuses ou peu s’en faut et elles ne sont pas sans -grâce: - -«Une robe à la mode doit être assez courte pour que, lorsqu’une femme -marche, on voit le tour que forment les rubans-cothurnes des souliers -au-dessus de l’endroit où il se croisent. Aussi les bas à jour sont-ils -très recherchés[161]». - -Quant aux fillettes, leurs pantalons sont tellement longs que, sans -ambage, on les dit «en pantalon»: - -«Les cerceaux... Regardez cette jolie enfant en robe courte, en -pantalon...»[162]. - -Quelques femmes en portent pour se baigner et leur costume de bain -mérite d’être décrit. C’est une nouveauté, comme l’école de natation où -il est obligatoire: - -«Un spéculateur vient de former près du Pont-Neuf, un établissement -où les dames et les demoiselles du bon ton peuvent non seulement se -baigner, mais apprendre à nager sans aucune espèce d’inconvénients. -Chaque leçon coûte 30 sols, ou par abonnement 25 sols. Le costume -de rigueur se compose d’un caleçon ou d’un pantalon-veste d’un seul -morceau, en flanelle ou en mérinos. La veste est sans manches. Autant -qu’il est possible, les commençantes doivent porter le caleçon -préférablement au pantalon, qui gênerait leurs mouvements. - -«La dame qui nous a communiqué ces détails, s’est trouvée aux bains -du Pont-Neuf avec des Anglaises et de jeunes Françaises de très bonne -compagnie».[163] - -Pour monter à cheval, au contraire, nombre d’amazones n’en portent pas -et certaines ont trouvé ce moyen d’obvier aux inconvénients du vent et -du galop: «Un long jupon de couleur descend presque jusqu’aux jarrets -du cheval; il est retenu sous le pied par une espèce de chaînette dorée -qui traverse le jupon, ce qui le force à dessiner gracieusement les -formes. Mais ce nouveau moyen de prévenir les inconvénients attachés -à un exercice qui peut parfois compromettre la décence des femmes -n’offre-t-il pas un danger éminent dans le cas d’une chute? Au reste, -c’est le genre du jour; et ce n’est pas à nous, prêtresses de la mode, -à blâmer ouvertement les abus où elle peut entraîner».[164] - -Si incomplet qu’il puisse paraître aujourd’hui, le trousseau des -femmes était luxueux cependant. Le _Journal des Dames et des Modes_ du -25 décembre 1821, signalait dans le trousseau d’une nouvelle mariée -une «camisole destinée à la première nuit de noces... du prix de 500 -francs». - -La camisole de noces, pourquoi pas la chemise à trou? - -De son côté, le luxe des bas ne diminuait pas. Le 5 janvier 1822, -figuraient parmi les objets qui ont du débit: - -«Des bas de soie _entièrement_ formés de point de dentelle. Ce dernier -article se trouve dans le magasin de bonneterie situé à l’un des coins -des rues de Richelieu et Saint-Marc». - -Cette année 1822 fut pourtant témoin d’un retour offensif du pantalon: - -«Au mois de mai 1822, quelques femmes reprirent le pantalon; c’étaient -des femmes à équipage; et on ne les vit guère à pied que dans les -galeries du Musée, promenade où peu de personnes étaient admises. -Leur pantalon blanc dépassait de quelques travers de doigt une -blouse de batiste écrue. (Voyez le no 1972 de la suite des _Costumes -parisiens_).[165] - -La vogue des blouses commençait en effet. La Mésangère en fournit cette -description: - -«Les robes en blouse, que quelques couturières appellent -_gallo-grecques_, n’ont pour ornement autre chose que des plis comptés -et arrêtés, qui passent sur le corsage, tant devant que derrière, et -descendent jusqu’à la garniture du bas, laquelle est elle-même formée -de remplis... Le seul endroit où, avec ces robes, l’étoffe soit tendue, -c’est sur les hanches»[166]. - -Les débuts de cette mode qui devait être durable semblent avoir été -pénibles: - -«Les personnes qui ne sont point allées au Salon, les deux premiers -samedis qui en ont suivi l’ouverture, et celles qui ne vont point au -bois de Boulogne, doivent regarder comme imaginaire la mode des blouses -pour les dames élégantes et celle des pantalons sous les blouses; car -on ne voit ni l’un ni l’autre vêtement dans nos promenades»[167]. - -La blouse prit, il est vrai, beaucoup mieux que le pantalon, et la -gazette sut tout de suite trouver au nouveau venu une excuse malhonnête: - -«Les femmes qui ont des raisons particulières pour cacher leurs -jambes, ont la ressource du pantalon, mais une blouse doit être faite -courte»[168]. - -Le _Journal des Dames_, loin de désarmer, dans sa justice relative, -joint l’ironie à ses critiques: - -«En voyant maintenant deux compagnes de couvent, se rencontrant avec -leur grand chapeau de paille, leur blouse de toile écrue, leur pantalon -et leurs guêtres, on les prendrait plutôt pour deux jeunes paysans que -pour deux Parisiennes»[169]. - -La blouse devait triompher de ce mauvais vouloir et son triomphe fut -éclatant: - -«On eut la _blouse_, une robe-sur-tout légère et très ample, bouffante -sur la poitrine, serrée d’une ceinture à la taille, et devenue presque -la seule parure négligée des Merveilleuses entre 1822 et 1830. La -blouse comporte le pantalon de percale, tombant sur la chaussure, -brodé et festonné à outrance, et coquettement montré par un geste -gracieux que toutes connaissent bien. Après avoir raillé la blouse et -l’avoir ridiculisée, au théâtre des Variétés, en un mot, lancée par -la meilleure réclame, on lui fit une fortune durable. Sincèrement, -la Restauration ne sut rien trouver de plus délicieux ni de plus -artistique en fait de toilette. Longtemps la blouse corrigea les -intempérances du gigot et des tailles en gaîne»[170]. - -La fortune du pantalon fut moindre. Les «courtisanes» furent seules -d’abord à la suivre: - -«Déjà en 1822, écrit Edmond Texier, quelques élégantes de la -Chaussée-d’Antin avaient voulu faire adopter la mode des longs caleçons -de mousseline, portés par les enfants; mais chose singulière, les -courtisanes seules adoptèrent cette mode décente; il n’en fallut pas -davantage pour la discréditer»[171]. - -Il en serait différemment aujourd’hui et cet exemple suffirait sans -doute à faire adopter, de nos jours, n’importe quelle mode. - -Le luxe affolant des bas ne devait pas être étranger à ces -résistances... On ne porte pas des bas à jour de 180 francs pour les -enfouir sous cette malencontreuse lingerie. - -«Parmi les bas de coton à jour exposés au Louvre, il en est de 180 -francs la paire. Au-dessus du brodequin là où il n’y plus de jours, -jusqu’à la bordure du haut le tissu est plus transparent sur la jambe -qu’au brodequin même, où pour former les jours, il y a nécessairement -quelques brins de coton réunis en parties mates»[172]. - -Pour mieux faire valoir le bas et la jambe, les robes sont courtes, -idéalement courtes, dépassant, pour danser, à peine le mollet: - -«Une robe de taffetas écossais, une robe de gros de Naples ne doivent -point approcher des jambes; une femme à la mode marche au milieu de sa -robe»[173]. - -Cette même année, Jenny Vertpré, cette jolie fille du temps, dont la -vogue fut grande, apparaît aux Variétés, dans _l’Actrice en voyage_, en -blouse et en pantalon. C’est, en quelque sorte, la consécration de la -mode nouvelle. - -La femme possède la science des euphémismes. Que, pour patiner ou -pour braver les accidents des jeux en plein air, elle ait revêtu cet -accessoire encore peu usité, elle n’avouera pas avoir un pantalon, elle -sera «assurée». - -D’autres, il est vrai, y mettront moins de formes et arboreront -bravement pour monter à cheval, la chaînette n’ayant pas pris, «un -pantalon de peau avec des bottines noires»[174]. - -La crainte de montrer son derrière serait-elle donc le commencement -de la sagesse? Chutes et culbutes possibles sont les seules raisons -d’être du pantalon... Il est précieux pour les «jeunes personnes» -et leur permet de jouer en plein air sans trop laisser voir de leur -individu. Puis, un amusant détail de sa confection nous est révélé: -ces petites fentes latérales permettant de l’attacher sur les côtés, -appelées à disparaître avec le Second Empire, pour reparaître ensuite -et disparaître à nouveau: - -«Le matin, à la campagne, pour courir dans le jardin, pour monter sur -les cerisiers et pour jouer sur le gazon, les jeunes personnes portent -de larges pantalons de perkale, qui s’attachent sur les corsets, et qui -s’ouvrent et se boutonnent sur les côtés»[175]. - -L’année suivante, en 1824, le _Journal des Dames_, pour l’ordinaire si -hostile à cette mode qui n’en est pas encore une, semble s’y rallier. -Il en chante les avantages, pour ne pas dire les bienfaits, non -seulement pour les fillettes, mais pour les jeunes filles et pour les -femmes: - -«Les pantalons de perkale sont très à la mode en ce moment pour les -enfants, les jeunes personnes et même les dames. A la campagne ils sont -d’une nécessité absolue. Comment sans ce vêtement protecteur, oser -monter sur un coursier, aller à âne ou se risquer sur la balançoire? -Mais aussi faut-il le dire: quand une jeune élégante est protégée par -le bienheureux pantalon, il n’est pas d’écolier qui puisse lui être -comparé, c’est un vrai lutin»[176]. - -C’était trop beau pour durer. Suit ce conseil aux amazones dépourvues -de pantalon, pour obvier aux retroussis de la jupe: - -«On met un spencer avec un jupon de mérinos. Les demoiselles qui n’ont -point de pantalon font faire au bas de leur jupon, une boutonnière -pour le fixer à droite et à gauche, au moyen d’un des boutons de leurs -guêtres»[177]. - -Loin de partager l’enthousiasme du journal de La Mésangère, l’_Hermite -rôdeur_ saisit surtout le ridicule de ces modes qui l’étonnent: - -«Nous avons nos _précieux_ ridicules en fait de modes, dans le XIXe -siècle, et jamais nos ancêtres ne nous ont fourni une chose plus -extraordinaire que l’échange des culottes et des jupons entre les -deux sexes; car tandis que nos belles ont usurpé les pantalons, le -sexe qui en tout devrait être mâle, a emprunté la toilette des femmes, -en portant des corsets, des estomacs matelassés, de larges pantalons, -pareils à des jupons, et même des pantalons plissés, qui ressemblent -tellement à des jupes, qu’il est difficile de les distinguer.»[178] - -Les ridicules des femmes ont pour excuse la mode, (une jolie femme -est-elle jamais ridicule?) ceux des hommes se pardonnent moins. - -D’ailleurs, elles continuaient à s’embarrasser si peu de ces -«objets-là»—le mot est d’une très honnête dame—et le pantalon restait -si bien l’apanage des petites filles, que, par ce détail seulement, -leur costume différait de celui des grandes personnes: - -«Si l’on excepte un pantalon de perkale à larges remplis, le costume -des petites filles est pareil à celui de leurs mamans»[179]. - -Pour ces femmelettes, il semble, par contre, de rigueur: - - -«Pour les petites demoiselles, on porte toujours sous la blouse un -pantalon de perkale à cinq remplis»[180]. - -Les frileuses ignorent encore l’ignoble travesti des pantalons de -flanelle ou de futaine; des guêtres en tiennent lieu: - -«On fait pour les dames des guêtres qui montent jusqu’aux genoux; elles -sont les unes en batiste écrue, les autres en laine, et tiendront lieu -de pantalons»[181]. - -Le costume habillé ne comporte, bien entendu, ni guêtres, ni pantalon. -Les robes de bal sont plus courtes que jamais et la richesse des bas ne -diminue pas: - -«Les robes de bal laissent apercevoir au moins la moitié de la jambe. -Pour donner une idée de la transparence des bas, nous dirons que -jusqu’à l’endroit où finit le brodequin, c’est du tulle, et plus haut -de la gaze»[182]. - -Les protagonistes du pantalon, car il y en a, n’abandonnent pourtant -pas la lutte. Une patineuse laisse apparaître sous sa jupe, en 1826, le -voile qui la protège: - -«Nous avons vu une jeune dame patinant: elle portait un costume -en casimir garni de fourrure, un pantalon l’assurait contre -l’inconvénient des chutes»[183]. - -D’autres pour tâcher de gagner des adhérentes au pantalon, en changent -le tissu: - -«Quelques dames—ces mots en disent long—portent des pantalons, mais la -bourre de soie et le cachemire de France ont remplacé la toile et la -perkale»[184]. - -Le pantalon s’humanise et fait lui-même des concessions. Il consent à -se raccourcir et se garnit: - -«Il y a pour les Merveilleuses, des caleçons de deux sortes: les uns -ressemblent aux caleçons ou culottes courtes des hommes; les autres aux -pantalons collans, mais ils ne descendent point au-dessous du brodequin -d’un bas à jour. - -«Les caleçons longs sont en mousseline épaisse, dite mousseline de -Suisse, ou en perkale. Quelques-uns ont une petite broderie, un tulle -plissé, une dentelle à leur bord inférieur. Un cordon passé dans une -coulisse, ou une agrafe, ou encore un bouton plat les assujettit -au-dessous du mollet. - -«Quelques dames portent des caleçons courts d’une étoffe de laine -extrêmement fine, et bâtissent à leur extrémité une manchette de -mousseline épaisse»[185]. - -Vains efforts. Ces caleçons ne prennent pas pour cela et, même pour -patiner, nombre de femmes semblent s’en passer: - -«L’un des jours où il a fait un beau froid, on a remarqué sur le bassin -de La Villette, une dame qui patinait avec autant de grâce que de -hardiesse. Robe noire de gros de Naples très courte et garnie de trois -rangées de hauts volants, chapeau noir, brodequins noirs: tel était son -costume... Si la dame portait un pantalon, il devait être fort court, -car, quoique le vent agitât le bord de sa robe, nous n’avons vu au -dessus du brodequin qu’une jambe bien tournée»[186]. - -A la mer, on ignorait encore le pantalon prescrit à l’école de natation -du Pont-Neuf, en 1826, «à Dieppe, on se contente de robe de serge verte -ou brune»[187]. - -Ce devait être bien joli et d’une complète incommodité pour nager. -Allez, avec ce costume faire autre chose que trempette. - -Le pantalon reste décidément le propre—et comment?—des amazones et des -fillettes: - -«Pour monter à cheval, les Merveilleuses font faire des pantalons et -des canezous de mousseline anglaise à mille raies. Les pantalons sont -froncés autour de la cheville et garnis de deux volants, celui de -dessus orné d’une petite dentelle et à tête»[188]. - -Celui des fillettes s’attache à la taille par une ceinture: - -«Les pantalons garnis que les petites demoiselle portent sous leurs -jupes courtes ne sont point attachés avec des bretelles, ni avec une -boucle, mais avec une ceinture passée dans une large coulisse»[189]. - -En 1828, le bazin remplace pour les amazones la mousseline anglaise: - -«Les amazones sont en drap fumée de Navarin, chapeau gris et cravate -noire à bordure de couleur. Très court par devant, l’habit d’Amazone -laisse voir l’étrier de la jambe droite, et même un brodequin noir en -satin turc et un pantalon blanc de bazin à milles raies»[190]. - -Ce pantalon avait même parfois des sous-pieds: - -«Nous avons vu en tilbury des dames portant le costume suivant: amazone -de drap fumée de Navarin à jupe sans queue. Corsage à shall, chemise -d’homme plissée à petits plis plats, et fermée par trois boutons d’or -émaillé; col plaqué contre les joues; cravate de soie noire; sautoir -en cachemire rouge croisé comme un petit shall; pantalon de bazin à -sous-pieds, et brodequins de satin turc»[191]. - -«La fâcheuse androgyne», moins le «tailleur», qui, avec la chemise -d’homme constitue son invariable uniforme. Le tailleur n’était pas -encore trouvé. - -L’été, à la campagne, les élégantes se décident enfin dans deux -circonstances, à enfiler un pantalon: le matin, pour descendre au -jardin, ou, l’après-midi, pour monter à cheval. Le reste du temps, -elles se gardent bien d’en porter: - -«Une élégante fait, à la campagne, trois et quelquefois quatre -toilettes par jour. En se levant elle met un peignoir de jaconat blanc, -garni d’un double volant, haut de deux pouces et plissé à gros tuyaux, -un pantalon de mousseline et des guêtres: c’est le costume pour se -promener dans le jardin, en y ajoutant un grand chapeau de paille -d’Italie, avec brides garnies»[192]. - -A cheval, le pantalon était d’autant plus nécessaire qu’à la campagne, -les «Merveilleuses» substituaient volontiers à l’amazone, dont la queue -les gênait, une fois descendues de cheval, leurs robes de ville et l’on -sait si elles étaient courtes: - -«A la campagne beaucoup d’élégantes font leurs visites à cheval. Les -robes d’amazone étaient incommodes à cause de leur longueur. On monte -à cheval avec des robes aussi courtes que les robes ordinaires et un -pantalon garni»[193]. - -Sous l’amazone, par contre, le pantalon disparaissait quelquefois et -était remplacé par des guêtres: - -«Quelques dames montent à cheval avec des guêtres de chevreau lacées -par le moyen d’œillets métalliques ou bouclés avec de petites boucles -d’or»[194]. - -Mâtin! - -[Illustration] - -Le _Journal des Dames et des Modes_, bien que faisant apparaître dans -un dessin de 1829,—hardiesse qu’il avait eue déjà en 1827[195]—le -volant serré autour de la cheville d’un «pantalon de jaconat»[196] sous -une toilette de ville, s’étonne de voir au Wauxhall: - -«Une jeune femme portant un pantalon blanc garni de mousseline -brodée tombant jusqu’à la cheville, sous une robe de popeline unie -gris-argent, très courte»[197]. - -C’était, évidemment, une audacieuse, car, à ce «concert d’Amateurs», -elle était loin de la promenade au jardin, l’été, à la campagne. - -Il lui semble plus grave encore de se livrer à de semblables -exhibitions dans le jardin des Tuileries. Cette fois, tout juste s’il -ne proteste pas: - -«Encore une élégante se promenant aux Tuileries en pantalon! Ce dernier -presque collant était de bazin; il descendait jusqu’au talon du -brodequin, était échancré sur le coudepied, et avait des sous-pieds, -retenus de chaque côté par un petit bouton d’or. Que l’on ne se figure -pas un habit d’amazone: la dame qui portait ce pantalon, avait une robe -de soie»[198]. - -A part les sous-pieds, l’émoi de la gazette peu sembler exagéré: -n’est-ce pas aux Tuileries, précisément, qu’elle avait pris, deux ans -plus tôt, le modèle qui avait figuré dans ses _Costumes Parisiens_? - -Ce sont, il est vrai, plus que jamais des exceptions. Le froid d’un -hiver rigoureux ne parvient pas même à faire accepter aux femmes -l’ennui et la gêne d’un pantalon. Les frileuses ont recours à deux -paires de bas qu’elles mettent l’une sur l’autre: - -«Les dames élégantes qui désirent être bien chaussées portent des -bas fins et à jour; mais, pour ne pas souffrir du froid, elles -ont en dessous des bas très longs, couleur de chair. Ces derniers -tiennent lieu de caleçons et s’attachent à la ceinture comme ceux des -enfants»[199]. - -Des tirettes sinon des jarretelles. - -Ce n’était là qu’un pis-aller. Si les jambes et à la rigueur une partie -des cuisses étaient protégées, il n’en était pas de même du reste: le -«pauvre derrière» de ces dames conservait toute sa froideur, cette -«...froideur du derrière, image de la mort»[200], que chanta le bon -poète chansonnier Maurice Mac-Nab. - -Après les jarretelles, les chaussettes. Rien n’est nouveau sous le -soleil, ni même ailleurs: - -«Au Théâtre-Italien, sur l’escalier qui descend au vestibule, une -dame se posait de façon à faire voir des babouches brodées en or et -en couleur; des chaussettes de soie ponceau lui couvraient le bas des -jambes»[201]. - -O Willy, ô Curnonsky! - -Seule la toilette négligée ou de voyage semble comporter un pantalon. -L’apôtre du «dandysme», le connétable Jules Barbey d’Aurevilly, en fait -porter à la Vellini, dans _Une vieille Maîtresse_: - -«Elle était vêtue comme une femme qui descendrait de vaisseau après une -traversée. Elle avait une robe de voyage en étoffe écossaise, à grands -carreaux écarlates, avec un pantalon de la même couleur»[202]. - -A part les chevauchées à la campagne, les surprises des parties sur -l’herbe et les hasards des voyages en diligence, «les Parisiennes -(qui) ont peu de gorge et la jambe bien faite», tiennent à la montrer, -avec des jarretières historiées et des bas brodés en or et argent. -Ainsi, «la mode des robes courtes, même très courtes, s’explique toute -seule»[203]. - -La gorge ne leur venant pas, sans doute, les jupes demeuraient courtes, -et ces dames laissaient apercevoir plus qu’à demi leurs jambes, sans -que les plus timorés se scandalisassent. - -Heureuse époque! c’était celle du «bas blanc, bien tiré», auquel les -chasseurs de la butte ne joignaient pas le commerce rémunérateur de la -«coco» et autres stupéfiants. - -La «drogue» ne sévissait pas et Josette ne suçait pas le bambou. - -A la cour du vieux Charles X, on faisait, par contre, profession -de plus de pruderie. On ne regardait pas, ou on feignait de ne pas -regarder les jambes des aimables filles qui venaient y danser le ballet -de _la Somnambule_: - -«Des personnes auxquelles rien n’échappe ont cru remarquer que pendant -les ronds de jambe et les pirouettes de Mesdemoiselles telles et -telles dans le ballet pantomime de _la Somnambule_, les dames de la -Cour ont constamment tenu les yeux baissés sur le livret (libretto des -italiens). D’autres regards se portaient franchement sur les jolies -jambes de Mlles *** ****»[204]. - -Pouah! cela sent son Bérenger. Mais ces dames pouvaient avoir une -excuse: ayant la jambe mal faite, la comparaison les effrayait. - -La rigueur de l’hiver de 1830, incita cependant quelques frileuses -à faire tomber sur les jours de leurs bas les tuyaux de cheminée de -pantalons de satin ou de velours noir: - -«Dans trois différents quartiers nous avons vu des dames en pantalon de -satin noir ou de velours noir, garni d’une broderie de chinchilla ou de -martre»[205]. - -Cette mode ne prit pas heureusement—c’était un peu le musée des -horreurs ces pantalons annamites—et le silence du _Journal des Dames_ -semble indiquer que la percale et le bazin subissaient eux-mêmes une -éclipse. - -L’avènement du roi-citoyen ne semble pas avoir amené celui de -l’«inexpressible». La gazette reste muette à son sujet et il faut -arriver à l’année 1833 pour assister à sa résurrection. - -Non contentes de le porter à la campagne, quelques jeunes femmes -essaient de le conserver chez elles, «pour la chambre». - -A son tour, le _Journal des Femmes_ signale son utilité dans des -périphrases que n’aurait point désavouées l’excellent abbé Delille: - -«A la campagne, les pantalons sont une nécessité pour les femmes -comme pour les jeunes personnes. Comment oser se risquer sur un -noble coursier, ou sur l’animal aux longues oreilles sans un pantalon -protecteur contre les chutes? Or donc, ces pantalons en jaconas sont -taillés soit à la turque très larges, à plis ou à froncés et montés -sur un poignet qui ferme sur la cheville, soit à la russe avec des -fronces retenues sur le sous-pied, et agencées avec un morceau d’étoffe -figurant une guêtre»[206]. - -Ce n’était déjà pas mal; il y eut mieux. - -«Enfin, pour la chambre, il y a des pantalons en mousseline, et, le -dirai-je? telle est la faveur de la dentelle noire, les pantalons sont -garnis du bas par une petite ruche de dentelle de cette nuance»[207]. - -Le pantalon avec bordure de deuil. - -La campagne, les parties d’âne... cette chanson déjà entendue n’eut -pas plus de succès en 1833, que dix ans plutôt. Elle ne convainquit -personne et c’est tout juste si, en 1837, on ne faisait pas cercle, à -l’Opéra, autour d’une Anglaise coupable de n’avoir pas sacrifié ses -culottes à la musique de Meyerbeer. - -La toilette de la dame était d’ailleurs sensationnelle. Il y avait -de la muse romantique dans sa coiffure et dans sa silhouette: «Les -cheveux en boucles flottantes sur ses épaules et tout autour de sa -tête; une robe de mousseline empesée et très écourtée, un large -pantalon à deux rangs de garnitures. - -«Cette dame prenait pour de l’admiration, ce qui n’était qu’une -ironique curiosité de la part de toute cette foule»[208]. - -Loin de se vendre tout fait, par séries, le pantalon ne se -confectionnait encore que sur mesure et des prudes, que, peut-être, -l’objet tentait, étaient retenues par la crainte de laisser prendre les -leurs. Cette opération ne permettrait-elle aux mains du couturier—ce -caleçon semble en vérité tenir plus de la culotte que du pantalon—à des -investigations particulièrement indiscrètes. - -Aussi, l’un d’eux, le sieur G. Dartmann, «tailleur et professeur», de -chercher à rassurer les hésitantes, en indiquant la «manière de prendre -la mesure. - -«Une des vertus qui caractérisent et embellissent le plus les -femmes, c’est sans contredit la modestie: aussi la plupart d’entre -elles, quelque soit d’ailleurs leur désir de posséder un caleçon -s’effarouchent-elles à la seule idée d’en laisser prendre la mesure. -Elles renoncent donc à porter ce vêtement commode dans la supposition -où elles sont qu’on ne pourrait en prendre la mesure sans que leur -pudeur n’eût à en souffrir. - -«Il devient donc opportun ici de faire connaître par quel moyen -entièrement rassurant pour les mœurs, nous arrivons promptement à -prendre la mesure nécessaire à la confection de ce vêtement. - -«D’abord on procède par-dessus la robe; à cet effet, on pose le bord -de la mesure au-dessus des hanches, puis on la descend immédiatement -jusqu’au-dessous du genou; dès lors c’est le jarret qui détermine la -longueur du caleçon et c’est de l’étendue que prend la circonférence du -jarret que doit sortir la division de la mesure. - -«Comme on le voit, le moyen est prompt, assuré et conforme aux -principes de la plus sévère bienséance; il est en outre assez simple -pour que la personne puisse elle-même prendre la mesure de son caleçon, -et il n’y a rien, comme on voit, qui puisse alarmer la pudeur.»[209] - -Après ces lignes rassurantes, le professeur a soin de célébrer -comme sœur Véronique et comme Mercier, les avantages du caleçon, -particulièrement contre le froid: - -«On ne saurait trop conseiller aux dames d’adopter le caleçon, les -avantages qui s’y rattachent sont incalculables; leur esprit est trop -subtil pour qu’elles n’en devinent pas une partie; mais n’y eût-il -que l’avantage unique de les garantir de la rigueur du froid et de -l’intempérie des saisons, ce serait-ce nous semble raison suffisante -pour en rendre l’usage général.»[210] - -Malgré ces avantages incalculables, «les impures» même ne semblent -pas avoir conservé à cette époque, le goût pour le pantalon qu’avait -signalé La Mésangère et que devait noter Edmond Texier. Gavarni n’en -fait porter à aucune de ses «lorettes»: elles sont, pourtant, demeurées -charmantes avec leurs longues et larges chemises, si démodées, et qui -datent pour nous d’un autre âge. - -Une note de Balzac paraît, il est vrai, indiquer qu’il était resté -cantonné dans le quart de monde, ou qu’il le cantonnait, si l’on -préfère. La femme du monde, la femme comme il faut, n’en portait pas -encore, ou les portait très simples et ne les laissait point voir: - -«Elle ne porte ni couleurs éclatantes, ni bas à jour, ni boucle -de ceinture trop travaillée, ni pantalons à manchettes brodées -bouillonnant autour de la cheville»[211]. - -Les fillettes sont plus que jamais seules à en porter, et, passé dix -ans, la plupart le suppriment. Le _Journal des Demoiselles_, dans -la correspondance un peu bêbête qui faisait la joie de ses jeunes -lectrices, considérait comme inconvenant à une première communiante -d’en porter le jour où elle accomplissait «l’acte le plus auguste de la -religion»: - -«Si ta sœur fait sa première communion à Pâques, voilà comment je -te conseillerai de l’habiller pour le plus beau jour de notre vie: -une robe de gros de Naples blanc, etc.; cette robe doit être longue. -Maman n’approuve pas qu’une petite fille porte un pantalon le jour où -elle devient une demoiselle, en faisant l’acte le plus auguste de la -religion»[212]. - -Si du moins elles s’étaient bornées à le supprimer, ce jour-là, pour -le reprendre ensuite? Mais, pas du tout, pour beaucoup la suppression -était définitive. Je puise à nouveau dans la Correspondance du -_Journal des Demoiselles_: - -«Elles (les fillettes figurant sur une planche) ont un chapeau de -feutre noir ou fauve, orné de galons, et un pantalon dans le cas où -elles n’ont pas fait leur première communion...»[213] - -Le pantalon, on le voit, semblait plutôt perdre du terrain. Cinq ans -auparavant, les gravures du _Moniteur de la Mode_ le faisaient encore -tomber sous les jupes de fillettes déjà grandes qui avaient déjà fait -leur communion. - -En 1850, «les petites épouses», pour reprendre l’expression de Rimbaud, -n’en portaient plus et le supprimaient à dater de ce jour. - -Il fut un certain temps, d’ailleurs, à s’introduire dans les couvents -et pensionnats religieux. En 1845, il ne figurait pas encore sur le -trousseau des pensionnaires des Ursulines. Aujourd’hui même, il est -interdit dans certains établissements, à la Providence, notamment. - -Si au Sacré-Cœur et aux Ursulines—où les élèves en changent -parcimonieusement: une fois par semaine[214]—la chose n’effraie plus et -est même exigée, il n’en est pas de même du mot. L’objet que l’on doit -passer sous son jupon, pour éviter de se montrer à ses compagnes de -dortoir en pantalon s’appelle «tuyaux de modestie» ou «tiroirs». - -Quelles gentillesses, ma chère! - -Aussi, aux environs de 1850, était-ce le rêve des fillettes de le -quitter. Du fait, elles se croyaient jeunes filles, femmes presque. - -«Dès qu’on a quitté les pantalons, édictait, en 1840, le _Journal des -Jeunes Personnes_, on peut quitter les volants; à seize ans vous portez -des robes de ville, semblables aux robes simples de vos mères». - -Et, seize ans plus tard, dans une nouvelle de H. Lesguillon, _Le -Contrat n’est pas encore signé_, on entendait une fillette qui voudrait -être une demoiselle, s’écrier d’une voix pathétique: - -«Encore des pantalons, j’aurai donc toujours des pantalons!» - -Au surplus, ces enfants avaient une excuse. Les pantalons que -comprenaient leurs trousseaux étaient d’une laideur suffisante pour -leur inspirer cette horreur. Mme Judith Gautier, dans cette chose -délicieuse qu’est son _Collier des Jours_, a noté ce souvenir de son -enfance. C’était odieux: - -«Mon trousseau avait été confectionné sur des mesures approximatives et -sans être essayé; on m’en revêtit le lendemain. Il était hideux et me -fit horreur. - -«Un pantalon en finette grise, terminé par des bouts de jambes, de -serge noire, en forme de pantalon d’homme!... une robe de serge noire, -à gros plis, trop longue, et un tablier en lustrine noire, à manches -boutonnées»[215]. - -[Illustration] - - - - -LA CRINOLINE - -L’INDISPENSABLE - - -_Prise en elle-même, au repos, suivant la pittoresque expression d’un -vaudevilliste, la crinoline, loin d’accentuer les formes, enfermait -le corps dans une sorte de cage de sûreté; malheureusement elle -ballonnait, et ses balancements, plus ou moins gracieux à la marche, -devenaient inquiétants lorsqu’il s’agissait de franchir un passage -étroit._ - -_N’est-ce pas elle qui compléta la toilette intime, en rendant les -inexpressibles d’un usage général?_ - - J. GRAND-CARTERET. - -[Illustration] - - - - -[Illustration] - - -LA CRINOLINE - -L’INDISPENSABLE - - -Les protagonistes du pantalon, n’avaient pas malgré le succès très -relatif de leurs efforts abandonné la lutte. Dans certaines maisons, -c’était comme un uniforme et cet uniforme a fourni à Paul de Kock le -sujet d’un roman: _la Pucelle de Belleville_. - -Cette nouveauté ne pouvait manquer de l’étonner un peu et d’exciter sa -verve facile. - -Adrienne, l’une des héroïnes, «ne porte pas de caleçons», à vrai dire, -prétendant «qu’elle ne pourrait pas marcher avec cela, et qu’une femme -ne doit point être mise comme un homme»[216]. Par contre, Virginie, -la Pucelle, sa mère et même les bonnes de la maison, en portent, et en -finette encore! de par la volonté d’une vieille tante, dont on soigne -l’héritage: - -«Voilà ma fille! C’est pur! c’est intact! c’est l’innocence avec une -chemise et un jupon», déclare M. Troupeau qui a le défaut de vanter un -peu trop sa progéniture. - -—Est-ce qu’elle ne porte que cela? - -—Pardonnez-moi, monsieur le comte, diable! elle est élevée sur le pied -de la plus scrupuleuse décence! elle porte des caleçons. - -—Des caleçons et dans quel but s’il vous plaît? - -—Mais, monsieur le comte, afin que si par hasard... Vous comprenez, -dans la rue le pied peut glisser, ou bien un coup de vent perfide... -cela s’est vu! et ma tante prévoit tout! D’ailleurs dans la famille de -ma femme, on a toujours porté des caleçons. Sa tante ne les a jamais -quittés, à ce qu’elle nous disait l’autre soir; moi, j’en porte depuis -notre mariage, notre femme de chambre et notre cuisinière en ont; -c’est-à-dire mon épouse vient de renvoyer sa femme de chambre, parce -qu’elle s’est aperçue qu’elle se permettait parfois de n’en pas mettre -pour sortir le dimanche... Une fille qui ôte son caleçon pour aller se -promener dans la campagne ne peut avoir que de mauvaises pensées, nous -ne pouvions pas la garder»[217]. - -Cela rappelle un peu une maison bourgeoise où toute nouvelle bonne -recevait à son entrée dans la place, une demi-douzaine de pantalons -fermés, de la main de Madame... Ils étaient moins destinés à défendre -sa problématique vertu contre la vigueur du garçon boucher et du -commis-épicier que contre la sénilité de Monsieur. Ses soixante ans -avaient un faible pour le tablier blanc et la cuisinière semblait avoir -pour ce vieux gourmand un ragoût particulier. - -Ah oui, ce nouveau vêtement étonnait Paul de Kock! La _laitière de -Montfermeil_ ne l’avait point habitué à ce mensonge sous la jupe, lors -de sa chute non moins sensationnelle que celle de Mlle Churchill. - -—Oui; mais... on peut tomber sans montrer... sans faire voir... C’est -égal, vous êtes le premier qui l’ayez vu, toujours[218]. - -Petit à petit, quoiqu’on eût tenté, en 1844, de le supprimer aux -fillettes, et l’exemple partait de haut, le pantalon commençait à -s’infiltrer dans les mœurs, ou plutôt sous les jupes. - -La reine des Belges avait bien essayé de n’en pas faire porter à sa -petite-fille, ainsi qu’en fait foi le _Moniteur de la Mode_: - -«On adopte maintenant pour les enfants les robes courtes sans -pantalons. C’est une mode très bonne à suivre dans l’intérêt de la -grâce et du développement physique. Nous avons pour autorité et -pour spécimen un portrait de la fille de la reine des Belges, par -Winterhalter»[219]. - -Mais l’intérêt des culbutes l’emporta et les fillettes continuèrent à -porter des pantalons, d’autant plus que leurs mamans commençaient à en -faire autant. - -En mai 1843, pour la première fois, on le voit figurer sous la plume de -Mme Popelin-Ducarre dans le trousseau d’une élégante: - -«Le linge d’intérieur est depuis longtemps un luxe de prédilection pour -les dames de Paris. C’est lui qu’elles recherchent avec le plus de -soin et qu’elles placent bien au-dessus de la toilette extérieure. Les -jupons, les pantalons, les camisoles, les bonnets de nuit, les taies -d’oreillers forment par leur prix la partie la plus importante d’un -trousseau bien entendu»[220]. - -Les pantalons des fillettes étaient tantôt blancs, tantôt en jaconas, -tantôt en cachemire, garnis de dentelle, d’une broderie anglaise, -d’une broderie en soutache, soit d’un feston. Ceux de leurs mères -étaient plus simples. - -Parlant d’une élégante, Mme de Renneville aura soin de noter «ses -pantalons brodés, retenus par un poignet, au-dessus de ses bottines à -élastiques»[221]. - -Les bottines à élastiques, oh! oui... et les pantalons de feutre, comme -à Berlin! - -Pantalon à poignets et bottines à élastiques, c’est bien ce que le -caricaturiste Richard, dévêt, à Ostende, sous les jupes d’une pauvre -dame,—une Anglaise, naturellement—que le vent vient de coiffer de ses -jupes. - -Le sujet n’est pas nouveau et a par la suite prêté à de fréquentes -pochades. Mais, en 1844, il pouvait paraître nouveau dans -l’_Illustration_[222], où la caricature de mœurs n’avait pas conservé -la liberté du crayon de Carle Vernet et d’Isabey. - -Un roman bizarre de l’époque,[223] déniché sur les quais, dans la boîte -à vingt sous, en fait porter à son héroïne. Dans cette production -tenant à la fois du pamphlet et de l’autobiographie, se trouvent déjà -des cris de colère et des rages à la Strindberg. - -Ni Quérard, ni Barbier ne permettent de percer l’anonymat de l’auteur -de ce _Confessionnal des Jésuites_. Trompé, il le fut évidemment, et, -évoquant ses jalousies passées et les départs hâtifs de l’adultère pour -quelque rendez-vous, il se remémore parmi les dessous de l’infidèle, -ses pantalons. Il y a dans sa songerie à la fois de la délectation -morose et plus encore de l’amertume. Les pantalons ne constituaient-ils -pas surtout une défense contre lui? - -«Il y avait pour le blanchissage d’une semaine... une profusion de ces -jolis pantalons garnis, qui font de nos femmes des pigeons pattus... -tout cela pour une semaine»[224]. - -Le mari, épluchant, après l’accident, le linge sale et le livre de -blanchissage de sa femme... mais, j’ai entendu parler de cela, jadis: -à Lille, je crois. Je crois même qu’il encaissa de l’amant une gifle -qu’il ne rendit pas... mais, tout cela est si vieux! - -La dame du Confessionnal voyait moins, faut-il le dire, dans le -pantalon, un piment pour les déshabillés des cinq à sept, qu’une -défense, la nuit, contre les entreprises de l’époux. - -—Fermés, alors? - -—Mais oui, Madame, et la nuit encore! - -«Puis après avoir fait sa toilette de nuit avec précipitation, éteint -les lumières au moindre bruit, Madame mettait un pantalon... vertugadin -de nouvelle espèce contre les insolentes tentatives d’un mari; elle -avait eu soin, pour ses courses du soir, de ne pas s’en embarrasser les -jambes, cela eût gêné ses mouvements»[225]. - -—Tu parles! ajouterait Bossuet. - -Mais c’est bien de la délectation morose, en même temps que de la -jalousie: ces dessous flottent dans ses souvenirs. - -«Ah! alors qu’elle se parait, rien de trop beau, magnifiques cheveux -d’emprunt, puis les bas de soie rose rayés à jour pour une dévote qui -ne va plus dans le monde, puis cette profusion de petits fichus brodés -pour cacher discrètement un sein qu’on ne voudrait pas montrer et pour -cause, et ces jolis petits pantalons avec ces jolies petites garnitures -de dentelles, qu’on sait ôter si prestement au besoin, mais qu’on garde -comme une barrière aux entreprises du mari»[226]... - -Il n’y a pas à dire, ils étaient fermés. Quant à leur joliesse et à -leur petitesse, n’exagérons rien: non, pigeons pattus... enfin, si ça -l’excitait cet homme! - -Le pantalon est loin encore d’être entré dans les mœurs. Les trousseaux -que publie, deux fois par an, le _Moniteur de la Mode_ n’en comprennent -point (1845-1850). Un trousseau, dont le devis manuscrit m’est tombé -entre les mains, en compte une douzaine en madapolam, au prix de 5 -francs pièce, soit un total de 60 francs (1846). - -Peste, ce devait être une élégante. - -Le trousseau de Mlle L. de B., publié en mai 1848, par le _Conseiller -des Dames_, comptait «six douzaines de chemises, garnies d’une -valencienne très petite», mais, pas un seul pantalon. - -Les excursions de la Cour dans les Pyrénées font cependant comprendre -l’utilité de cette cuirasse postérieure. Énumérant les toilettes des -jeunes personnes qui accompagneront la duchesse de Nemours, Mme de -Renneville décrit ainsi la lingerie: - -«La lingerie destinée à compléter ce costume très simple était en -mousseline suisse ou en batiste; les gants étaient en peau de Suède, -et un petit pantalon fermé par un poignet au-dessus de la bottine -devenait indispensable pour gravir les collines et les montagnes»[227]. - -«Un petit pantalon» qui descend jusqu’à la bottine, non, merci! - -Il est vrai que les amazones en portent à sous-pied large de 3 -centimètres, fixé par des boutons»[228], tandis que le corset de -couleur fait une timide et médiocrement heureuse apparition: - -«Quelques femmes un peu économes ont voulu adopter la soie et la moire -gris poussière; mais elles ont reconnu qu’un corset perdait de sa -grâce et de sa coquetterie charmante, s’il n’était pas d’une blancheur -éclatante»[229]. - -Si longs qu’ils soient, les pantalons commencent à s’orner: - -«Les pantalons ont également un entre-deux au bas, posé au-dessus d’un -petit volant qui termine le pantalon»[230]. - -En 1848, la _Lingère parisienne_ commence à donner des patrons de -«pantalons de dames»—et quels patrons—mais, les petites filles -surtout en portent, c’est même par quoi leur toilette continue à se -différencier de celle des grandes personnes: - -«La mode veut qu’on habille ces femmelettes en femmes, et sauf le -pantalon qui est de rigueur, rien, dans leur toilette, ne diffère -essentiellement de celle de leur sexe»[231]. - -Dans sa croisade en faveur du costume rationnel, (le mot n’était pas -encore créé), Mme Dexter s’étonne de voir trouver inconvenant pour les -femmes ce qui pour les fillettes semble de toute décence. - -M. John Lemoine rend compte dans le _Journal des Débats_, de cette -tentative et retient cet argument de Mme Dexter: - -«J’en appelle à tout homme qui a eu l’occasion de marcher derrière -une femme un jour de grand vent, et je lui demande si notre toilette -actuelle a droit au monopole de la décence. Jusqu’à l’âge de quatorze -ans, le costume qu’on appelle immodeste est très bien porté, mais le -lendemain on le trouve inconvenant»[232]. - -Laid plus encore qu’inconvenant, si l’on veut bien se souvenir de ce -qu’était alors un pantalon de femme. Louis Sonnolet a évoqué, dans la -_Vie Parisienne_, le spectre de ces laideurs: - -«Mieux que ça, on affuble les femmes et même les petites filles -d’amples pantalons dont les deux jambes, empesées, rigides, -rigoureusement cylindriques tombent jusqu’à l’escarpin à cordons de -soie. C’est le règne du pantalon pour toutes, du pantalon disgracieux -et austère qui a un faux air d’armure de chasteté»[233]. - -Tuyaux de modestie, tuyaux de cheminées, dont ce quatrain attribué au -Maître, célébrait dignement l’horreur: - - Que les femmes d’un âge épouvantable ornées - S’affublent de tuyaux comme les cheminées, - J’y consens... Mais, j’en jure par Apollon, - Je n’ai jamais compris Vénus en pantalon. - -Le fiancé ne prévoyait guère ces voiles protecteurs qu’il devait par la -suite ne pas aimer, quand dans une de ses lettres à Adèle Foucher, il -lui reprochait de relever trop haut ses jupes dans la rue et de laisser -voir ses jambes aux passants[234]. - -Ainsi que la politique, le pantalon fit des siennes et tenta son coup -d’état, en décembre 1851, en réclamant ses droits sous la «toilette de -bal ou de grande soirée»: - -«La jupe est en gaze blanche très ample; elle a pour tout ornement, -devant, trois chefs d’argent partant du milieu et s’éloignant du bas. -Entre eux il y a un semis de pois d’argent. Un pantalon de gaze blanche -unie et n’ayant que très peu d’ampleur est retenu au bas de la jambe -par un chef en argent»[235]. - -Cette description ne ment pas à la réalité. - -Sur la planche consacrée à ces splendeurs, la jeune personne ainsi -accoutrée lève modestement de la main droite le bas de ses jupes, sous -lesquelles apparaît, au-dessus de la bottine, le poignet du pantalon. -A ce douloureux spectacle, une belle dame, dont le costume constitue -une symphonie d’un vert grelottant, baisse vers elle l’attrition de son -regard... On sent proches des compliments de condoléances. - -Encore que ce ne fut guère joli, jamais tentative aussi sérieuse -n’avait été faite pour faire accepter à la femme cet accessoire. -C’était vouloir le faire passer de la toilette de villégiature, sous -laquelle on le déclarait dès 1846, indispensable, dans la toilette -habillée. Depuis les beaux jours de Catherine de Médicis et de -Notre-Dame de Thermidor, jamais on n’avait eu semblable audace. - -Certaines, entre autres la princesse de C... suivirent trop à la lettre -la mode nouvelle, et ne craignirent pas de s’embarrasser d’un pantalon -non pour une soirée, mais pour un rendez-vous. Lourde faute, car il -était fermé. - -Cela ressemblait à une mauvaise plaisanterie. La pauvre femme en fit -l’expérience et ne pardonna point à son soupirant de n’être pas un de -ces vigoureux amants de Brantôme, qui, en un coin de fenêtre, savaient -essarter les caleçons de leur dame s’ils avaient le mauvais goût d’être -bridés?: - -«Après Mme P..., Mme la marquise de C..., a eu l’honneur de passer -devant notre aréopage. C’est encore un _bas bleu_ de première qualité, -qui étudie les langues modernes et les guitares, jadis coquette et très -maniérée; je l’ai connue fumant la cigarette chez la princesse M... Le -pauvre E... M..., en était très épris, il eut d’elle un rendez-vous -qui n’eut aucun résultat, parce qu’elle portait pour la circonstance -des pantalons sans couture, que mon timide ami n’osa pas déchirer, ce -qu’elle ne lui a point pardonné»[236]. - -Cette idée aussi! Comme on comprend après cela ce cri du cœur d’une -honnête bourgeoise de Nancy qui, après avoir voyagé en tête-à-tête et -de nuit avec un bel officier bleu, confessait le lendemain à une amie: - -—Sotte que je suis! pour une fois que j’ai eu une occasion, j’avais un -pantalon fermé... - -En janvier 1852, les premières lignes de la chronique du _Moniteur de -la Mode_ constataient le terrain gagné par le pantalon: - -«Le pantalon, jadis toléré pour la demi-toilette, a fini, d’empiètement -en empiètement, par avoir ses entrées au bal. On fait pour les soirées -dansantes d’élégants pantalons bouffants et serrés à la cheville par un -poignet formé d’un chef d’argent. Cette mode a pour objet de protéger -la jambe contre les indiscrétions de la valse et de la polka. - -«Quelque chose de charmant et qui s’harmonise à ravir avec les -pantalons _à la sultane_ (tel est le nom de cette importation -asiatique), c’est un brodequin de satin blanc...»[237]. - -«Le pantalon jadis toléré pour la demi-toilette». Que diraient de -cela les belles dames ou les fraîches demoiselles de chef-lieu de -canton qui n’en portent, elles, que leurs jours de grande toilette? Le -pantalon accompagne le chapeau à plumes, et quelles plumes! - -Tantôt en percale, sans garniture d’aucune sorte, tantôt garnis d’une -humble frivolité (1844) ou «en batiste très fine, bordé d’une toute -petite valencienne» (juin 1851), couvrant la jambe et une partie de la -bottine, ces pantalons dépassent sous les jupes des fillettes et des -jeunes personnes. Les journaux de modes et les journaux illustrés en -font vivre le souvenir et Violette ne les a point oubliés: - -«Ces pantalons de percale voilant la jambe jusqu’à la cheville, très -décents, mais affreusement laids et bourgeois, qui donnèrent aux jeunes -filles d’il y a trente ans l’air de pigeons pattus»[238]. - -Lorsque les femmes se décidèrent à emprunter aux petites filles cette -partie de leur toilette, l’hygiène aurait eu voix au chapitre autant -que la prudence, ... je n’ose dire la pudeur. Edmond Texier accorde -même plus d’importance à cette considération qu’à la crainte du vent et -des chutes. - -Pour ma part, je croirais volontiers plus encore à la toute puissance -de la mode. L’hygiène a bon dos, mais c’est une de ces voix que les -femmes écoutent peu. - -«De jour en jour, hommes et femmes accordent de plus en plus à -l’hygiène. L’usage si répandu aujourd’hui de la flanelle sur la -peau, des doubles chaussures contre l’humidité attestent des soins -plus prudents. C’est aussi dans cette vue que les dames se sont -définitivement mises en possession des pantalons»[239]. - -Ah non! faisant grâce à celles que nous aimons ou que nous désirons de -la flanelle sur la peau et des doubles chaussures, voyons surtout dans -le triomphe du pantalon une conséquence de la crinoline, qui n’allait -pas tarder à en faire l’«indispensable». - -Le vent et les chutes, le froid et l’humidité, ce sont pourtant les -deux facteurs que font valoir le _Conseiller des Dames_ et la _Lingère -parisienne_ en donnant leurs premiers patrons de «pantalons» ou de -«caleçons de dames». - -L’un envisage les excursions: - -«A la demande des dames qui voyagent, nous donnons le patron d’un -pantalon pour dames ou jeunes personnes»[240]; - -L’autre, les rigueurs de l’hiver, mais la formule ne change guère: - -«A la demande d’un grand nombre de nos abonnées, nous donnons -aujourd’hui, à l’entrée de la saison d’hiver, un excellent patron de -pantalon de dames»[241]. - -Décidément, la poire était mûre et les femmes semblaient vouloir y -mordre. - -La note était la même dans le _Parterre des Dames et Demoiselles_ -(1857) et un petit conseil y était joint: - -«Pantalon: vêtement que les femmes ne devraient jamais quitter, surtout -en hiver». - -Eh! eh! la bulle contre les caleçons, qu’en faites-vous, M. l’Abbé? car -le jardinier de ce Parterre n’était autre que l’abbé C. M.; un Parterre -qui parfois tournait au «jardin secret». - -Cette fois, dans sa simplicité, le pantalon est admis et adopté par les -élégantes. Les jupons sont garnis et les pantalons unis; qu’importe, -les voici bien près d’avoir conquis leur place parmi les dessous de la -femme: - -«Des ceintures pareilles à celles des jupons se posent aux pantalons -que les dames adoptent généralement aujourd’hui. Mais ils sont aussi -simples que les jupons sont riches»[242]. - -Ce triomphe aurait peut-être été long à venir si un allié, plus -puissant que le froid, que le vent et que les chutes, ne l’avait -assuré. La crinoline commençait à sévir et pendant plus de dix ans, -encombrante, disgracieuse et ballonnante, elle allait éloigner du corps -les jupes des femmes et rendre cet empantalonnement nécessaire. - -«Subitement, voici apparaître de formidables barrières. Subitement, -voici venir une de ces révolutions de la mode dont nous parlions à -l’instant. - -«Jusqu’alors, en effet, dans la toilette féminine, l’inexpressible, -le pantalon, ce qu’on appelait—tant il se portait peu—_le caleçon des -coquettes_, n’avait joué qu’un rôle secondaire. Or, avec le second -Empire, avec la Crinoline, il devient l’_indispensable_, si bien que -ce qui se relevait et se montrait si facilement, si naturellement, dès -maintenant, va devenir plus fermé, plus caché. - -«Finis désormais les Nus rayonnants et sans malice du premier Empire -et de la Restauration, finis les visions engageantes, les aperçus de -cuisses avec lesquels l’imagerie de 1830 raccrochait les passants. - -«Et alors va commencer—il faut savoir se contenter de ce que l’on a—le -règne du mollet amené par le retroussage des jupes courtes sur la cage -de fer, sur la crinoline. - -«Le retroussage complet ne s’obtiendra plus que par les côtés, dans -ces positions particulières nettement définies: _montée_, _entrée en -omnibus_, _en voiture_, _en wagon_, et avec, comme vue de dessous, -cette chose peu gracieuse, hideuse même; la femme _empantalonnée_, la -femme mise en sac dans le pantalon droit de l’époque. Regard oblique -vers les bastilles de la toilette»[243]. - - Vieux Dupin, en vain tu fulmines - Dans ton petit livre à deux sous: - Tu tapes sur les crinolines, - Ne pouvant plus taper dessous... - -Artistes et moralistes pouvaient, à défaut de lois somptuaires, railler -et combattre la mode absurde des cages. Elles étaient maîtresses et -reines: par leur bon plaisir, les femmes allaient être condamnées -désormais à porter culotte. - -Ce n’est pas à dire que toutes protestations aient cessé. Il s’en -élevait et il devait s’en élever longtemps encore. - -Pour certains, la femme ne pouvait que gagner à rester femme et par ces -malencontreux pantalons elle achevait de se viriliser: - -«Nous nous rapprochons du costume des hommes, nous portons les chapeaux -ronds, les cols brisés, les manchettes mousquetaires; rien n’y manque, -pas même les pantalons pour beaucoup d’entre nous. Je ne suis pas sûre -que nous y gagnions, les femmes doivent rester femmes avant tout»[244]. - -Pas un historien du costume n’a négligé de noter cette petite -révolution que les cerceaux des coquettes amenaient dans leurs dessous. - -«C’est l’usage de la crinoline, écrivait Bertall[245], et de ses -énormes cages de fer, dont l’effet était d’écarter au loin les jupes et -les jupons des dames, qui a nécessité l’emploi de ces petits fourreaux -de fine toile de lin ou de coton, qui sont chargés de garantir ce -que les jupes et les jupons placés trop loin ne garantissent plus -suffisamment. - -«Depuis, les cages et les vastes jupons ont été supprimés, mais -l’habitude du pantalon était prise et elle a persisté». - -A diverses reprises, M. John Grand-Carteret a signalé l’étroite -alliance qui unissait le pantalon à la crinoline et qui devait, dans le -_Gil-Blas_ fournir à Colombine le sujet d’une si jolie chronique. - -«Prise en elle-même, _au repos_, suivant la pittoresque expression d’un -vaudevilliste, la crinoline, loin d’accentuer les formes, enfermait -le corps dans une sorte de cage de sûreté; malheureusement elle -ballonnait, et ses balancements, plus ou moins gracieux à la marche, -devenaient inquiétants lorsqu’il s’agissait de franchir un passage -étroit. - -«N’est-ce pas elle qui compléta la toilette intime en rendant les -inexpressibles d’un usage général? - -«Malgré tout, la femme qui montait un escalier n’aimait pas à se sentir -quelqu’un derrière les talons, parce que, en ce mouvement ascendant, -comme quand elle se penchait du reste, on voyait toujours de son -individu, plus qu’il n’est pour habitude d’en montrer»[246]. - -Monter en voiture ou seulement s’asseoir présentaient une difficulté -et offraient un danger. - -«L’entrée en voiture oblige au jeu le plus étourdissant de -froissements, à des gestes pudiques rappelant celui de la Vénus -accroupie. Si l’on s’assied en public, il faut prendre des temps et se -contorsionner en de savantes manœuvres»[247]. - -«On dût inventer, ajoute Maurice Leloir, des caleçons bouffants -dans le genre de ceux des Vénitiennes du XVIe siècle, vêtement -de toute nécessité, car qui ne se souvient des indiscrétions des -crinolines lorsqu’une élégante se prosternait à l’église ou simplement -s’installait dans un omnibus»[248]. - -A parler franc, le pantalon des élégantes rappelait moins «la richesse -des calessons de la signora Livia» que l’humble et populaire «coton» de -Tullia d’Aragona et je doute que les belles dames et même les «biches» -du Second Empire fréquentassent beaucoup les omnibus. - -«L’ chien n’ mont’ pas dans les omnibus», a constaté, non sans -tristesse, Richepin dans sa _Chanson des Gueux_, cocottes et -cocodettes n’y montaient sans doute pas davantage. - -Mais, allez donc détruire une légende quand elle a pour elle les -caricaturistes que le sujet avait séduits. - -Le pantalon était devenu non pas nécessaire, mais «indispensable» -avec la crinoline. C’est même sous ce vocable et sous celui -«d’inexpressible» que le désigneront celles que le mot effraiera encore. - -Que de chichis en vérité, alors que nos contemporaines disent tout -simplement leur «culotte»! - -On le voit, dès lors, figurer dans les trousseaux. Les journaux de -modes ne se contentent plus d’en parler. Bravement, ils étalent l’objet -dans leurs dessins, laid et disgracieux par la largeur et l’ampleur de -ses jambes unies, entre lesquelles bâille l’énormité de sa fente. - -Les gazettes mondaines s’en emparent. Encore à ses débuts et ne -soupçonnant pas le parti qu’elle devait en tirer plus tard, la _Vie -Parisienne_ se montre presque dure à l’égard de l’intrus. - -Au-dessous d’un de ses dessins intitulé: _Longchamps, les modes_, Hadol -laisse percer ce regret mélancolique: - -«Autrefois, vous aviez les jolies jambes pour vous consoler de -la pluie, maintenant il ne nous reste plus que le macadam et les -pantalons» (1863). - -L’on peut maintenant tomber de carrosse soit à la campagne, soit à -Epsom, sans que le soleil pense «retourner en arrière». Les beaux temps -de Voiture sont finis, Mlle Paulet porte un pantalon: - -«Il y a des événements grotesques. Trois gentlemen et une jeune dame -étaient sur leur voiture. Les chevaux font un mouvement, tout le -monde tombe les jambes en l’air; mais tous avaient des pantalons» -[Marcelin][249]. - -C’est la mode du jour. Elle prête à de petits tableaux risqués dont -la _Vie Parisienne_ a soin de profiter. Des parties de campagne en -fournissent le décor, de jeunes et aimables femmes le fond. - -A âne, c’est «l’indiscrétion des jupes courtes et l’effronterie -courageuse des jambes qui, rassurées par la présence du pantalon et de -son—tu n’iras pas plus loin,—vous sautent aux yeux et vous rient au -nez»[250]. - -Si une chute vient à se produire, l’inévitable chute chère à M. de -Caylus et que la victime demande si elle est bien tombée, au lieu des -vers galants du comte, elle s’entendra répondre: - -—Oh! admirablement, chérie! nous ne savions pas que vous ayez de si -belles valenciennes!»[251]. - -Ces gentillesses vont jusqu’au conseil: - -«Le déjeuner sur l’herbe... et sur une fourmilière, simple conseil -aux dames: faire mettre une coulisse à leurs pantalons, on ne saurait -croire jusqu’où va l’audace de ces bestioles»[252]. - -A la cour même, à Fontainebleau, pour une partie «en jupes courtes» -proposée par Mme de Metternich, toutes ces dames, même celles qui, pour -l’ordinaire n’en portaient pas, ont soin de s’«assurer» contre les -dangers d’un accident: - -«La plupart des femmes qui devaient être de la partie avaient également -applaudi à l’idée des jupes courtes et toutes s’étaient munies en -conséquence»[253]. - -Ces pantalons étaient blancs, immuablement blancs comme les jupons. La -Parisienne de l’Empire ignorait ou feignait d’ignorer, non sans regret -peut-être, le facile piment du linge de couleur. Il était abandonné aux -femmes de théâtre ou de plaisir: - -«Elle ne se servait guère que de linge blanc, rehaussé, il est vrai, -par des dentelles merveilleuses; mais l’instinct suggestif des -couleurs, dans sa lingerie intime, lui était inconnu. - -«Ses bas, ses pantalons, ses chemises, ses jupons étaient blancs, et -une femme de la société régulière eût provoqué un scandale inouï si -elle se fût avisée de paraître dans un salon, avec des dessous de -couleur»[254]. - -On ne s’ennuyait pas, paraît-il, dans les salons, et on n’avait pas -attendu le tango pour y montrer ses dessous. - -Des protestations s’élevaient bien encore çà et là contre le pantalon -et contre les «petits tableaux risqués» auxquels il donnait lieu. - -Les moralistes ont toujours été particulièrement chatouilleux: - -«Des petits tableaux risqués, un pied qui fait deviner le reste,—un -pantalon féminin qui n’entre pas, et qui amène la comparaison idalienne -du gant dont le pouce est trop étroit. La scène se passe toujours -entre maris et femmes. C’est libertin, mais moral»[255]. - -D’autres adversaires, étaient plus sérieux. C’étaient les amants de la -femme qui ne lui pardonnaient pas ce déguisement qui les déroutait, et -qui, pour peu que le pantalon fût fermé, paralysait leurs efforts. - -Pour reprendre une jolie expression d’Albert Aurier, ils aimaient trop -leur amie pour multiplier les obstacles entre sa chair et la leur[256]. - -Le pantalon leur inspirait à ceux-là, non de l’aversion, mais de la -haine. - -Ils la cachaient peu; les puissants de ce monde n’ont guère à -dissimuler leurs sentiments et une anecdote, si indiscrète soit-elle, a -chance de ne pas se perdre, quand elle a eu pour théâtre le palais des -Tuileries et pour héros le roi d’Italie. - -La partenaire de Victor-Emmanuel était Mme de Malaret, femme d’un -diplomate de l’époque. M. Pierre de Lano s’était borné à donner -l’initiale de son nom et j’aurais imité cette discrétion, si M. -Frédéric Lolliée ne l’avait, depuis, nommée tout au long. - -«Se trouvant dans une soirée aux Tuileries, devant Mme de M..., il -l’arrêta et se mit à causer avec elle. - -«Comment la conversation roula-t-elle tout à coup, sur la toilette des -femmes, et comment le Roi devint-il, soudain, fort osé. C’est ce que -nul ne saurait dire. - -«Quoi qu’il en soit, Victor-Emmanuel adressa bientôt cette question à -son interlocutrice: - -—Que pensez-vous, madame, des femmes qui portent des... pantalons? - -«Et comme Mme de M... demeurait quelque peu interdite: - -—Elles me font horreur, déclara le Roi. - -«Puis reprenant son interrogation qui devenait trop significative: - -—Je parie, madame, que vous ne devez pas être de celles-là? - -«Mme de M... rougit, mais comme on écoutait autour d’elle, elle assura -sa voix et, très haut, répondit: - -—Vous vous trompez, Sire, je suis justement de celles-là. - -«Alors, Victor-Emmanuel s’inclina et dit: - -—Merci, Madame. Et mille excuses de vous avoir ainsi questionnée. - -«Et dès lors, il ne parla plus à Mme de M...»[257]. - -M. Frédéric Lolliée, s’appuyant sur une lettre de la comtesse de -Danrémont à l’ambassadeur Thouvenel, donne de l’anecdote une variante -assez plaisante, suivant laquelle la haine du roi n’était que relative. -Il en voulait au pantalon fermé des dames de Turin et non au «paradis -ouvert» des Parisiennes: - -«Au milieu d’un groupe il avisait une dame d’honneur de la souveraine, -circonspecte et pincée, Mme de Malaret; et tout le monde écoutant, -il lui déclarait qu’il aimait les Françaises parce qu’elles étaient -aimables, parce qu’il s’était aperçu, depuis qu’il était à Paris, -qu’elles ne portaient pas des pantalons comme les dames de Turin, et -qu’avec elles, en vérité, c’est le paradis ouvert»[258]. - -Après un roi, un prince, un prince de la littérature, l’un des auteurs -les plus fêtés et les plus aimés du Second Empire. - -L’on connaît ses _Confessions_. Ce fut un de ces heureux de la vie dont -la vieillesse n’a qu’à évoquer une suite ininterrompue d’aventures et -de liaisons amoureuses, pour se rendre compte du temps passé; Casanova -plus raffiné et avec plus de scrupules. - -Pas plus que Victor Hugo, Arsène Houssaye—je vois d’autant -moins d’inconvénient à le nommer, que l’aventure se renouvela -souvent—n’aimait, ni n’admettait «Vénus en pantalon». - -Il ne posait pas la même question que Victor-Emmanuel; ses mains la -posaient pour lui. Parmi les jolies femmes qui venaient, dans le -fastueux décor de la maison pompéienne, effleurer de leurs lèvres la -coupe d’Anacréon, malheur à celles qui, sacrifiant à la mode du jour, -portaient, comme Mme de Malaret, des pantalons. - -L’ardeur du poète s’éteignait. Le beau rêve commencé s’achevait en un -réveil brutal, et, tandis que découragée, sa dextre retombait sous la -crinoline où elle s’était égarée, l’audience prenait vite fin. - -Il fallait qu’une femme fût bien jolie, mais bien jolie, pour que, la -reconduisant à la porte, l’hôte des redoutes lui glissât à l’oreille, -tout en gantant la main d’un baiser: - -—Eh bien! revenez une autre fois... mais, pas de pantalon, n’est-ce -pas?... pas de pantalon! - -L’horreur du maître pour cette inutile lingerie était connue de ses -familières. Toutes ou presque lui en avaient fait le sacrifice. -Pour d’aucunes, ce put être tout d’abord une gêne, mais l’habitude -n’a-t-elle pas tôt fait de devenir, elle aussi, un maître? - -En dépit de quelques timides valenciennes, on en était encore à -l’aphorisme de Balzac, aujourd’hui si désuet et si faux: - -«Toute notre société est dans la jupe;—ôtez la jupe à la femme, adieu -la coquetterie! plus de passions. Dans la jupe est la toute puissance: -là où il n’y a que des pagnes, il n’y a pas d’amour». - -Octave Uzanne—toujours à citer quand il s’agit de la femme et de -son élégance—s’est élevé comme il convenait et comme on pouvait s’y -attendre, dans _Nos Contemporaines_, contre cet axiome du Tourangeau. - -Ce qui pouvait sembler vrai, à son époque, ne l’est plus aujourd’hui, -mais pas du tout: - -«Vit-on jamais pareille méprise?—Si, en thèse générale, l’axiome se -peut comprendre et soutenir, croyez bien que dans le sens même de la -toilette de ce temps, l’hérésie est complète. Ne sentons-nous pas que -le moraliste qui a ciselé cette pensée appartenait à l’époque où l’on -se pâmait devant un bas bien tiré et à coins verts? Combien loin de -nous nos honnêtes ancêtres!—Là où il n’y a que des pagnes, il n’y a -pas d’amour!—voyez-vous ça? - -«C’est à la vue du pagne, au contraire, que l’amour s’exaspère -aujourd’hui, et il appartiendra du moins à cette fin de siècle d’avoir -inventé un art incomparablement exquis, subtil, adorable, qui est la -dernière expression mythologique de la femme. Je veux parler de l’art -des dessous vaporeux et _olympiens_, du suprême goût des déshabillés, -de la chemise, des bas, du corset, des jarretières, pantalons, petits -jupons et peignoirs. - -«Jusqu’alors la femme n’avait point absolument affiné ses sensations -du vêtement intime; il lui a fallu des siècles pour pousser dans le -dernier galant le goût délicat de ses voiles de la pudeur...»[259] - -Des pages entières seraient à reproduire, bornons-nous à en emprunter -la conclusion: - -«Il n’est point de spectacle qui puisse valoir aux yeux d’un mari -amoureux ou d’un amant passionné, doué du sens des chiffons, le -spectacle du déshabillage de la femme aimée. Tous les mystères des -Idoles antiques ne présentaient assurément pas dans leur symbole la -troublante poésie des rites qui accompagnent le dévêtissement de nos -élégantes divinités, à l’heure des apothéoses du désir, quand un à un -tombent, légers comme de l’écume, les voiles qui froufroutaient autour -d’elles»[260]. - -[Illustration] - -Certes, on n’en était pas là. Victor-Emmanuel très zouave,—ne lui -avait-on pas décerné les galons honorifiques de caporal?—n’avait cure -de la chanson des désirs et du poème des déshabillés. La possession lui -suffisait, qui culbute et qui se repaît, les dessous lui importaient -peu. - -Encore que la chronique nous ait conservé le souvenir des «pantalons -angulaires» de Cora Pearl, et que la photographie ait fixé sur la -plaque sensible la silhouette non moins austère de «l’inexprimable» -d’Alice la Provençale[261], nous savons peu de chose des demi ou quarts -de mondaines du Second Empire. - -Le «passage de l’inexprimable»[262] était bien devenu une des heures -de la toilette des dames. Nombre d’entre elles, cependant, n’en -portaient pas encore, leurs braves femmes de mères ne les ayant pas -habituées à ces complications. - -Grévin qui a semé tant de pimpants croquis de Parisiennes en chemise et -en corset—la chemise longue et le corset court—pas plus que Gavarni, -n’a esquissé sa silhouette en pantalon. Affaire de goût, sans doute, de -sa part, car ses petites femmes portaient, elles aussi, des pantalons, -deux de ses légendes en témoignent. - -L’une est placée au-dessous d’un couple de canotiers, ces êtres, hélas! -préhistoriques. - -—Déjà la brise du matin... - -Soulève de Nini la jupe frémissan... an... ante. - -—Oui... mais Nini a des culottes»[263]. - -L’autre corse ce dessin intitulé: _Un engagement_. - -—Avez-vous du galbe? - -—Plaît-il? - -—Avez-vous des jambes? - -—...Je vous ferai bien voir... plus haut, mais j’ai un pantalon»[264]. - -Avoir du galbe ou avoir des dispositions, cela se vaut dans la bouche -des directeurs d’agences théâtrales, ce sont toujours les jambes... -un peu plus haut. Plus récemment, «le regretté» G. Albert-Aurier—ô -Monna!—a donné dans son roman de _Vieux_ cette contre-partie à la -légende de Grévin: - -—Allons non... monsieur Thomas... non... pas de bêtises... allons, non, -non, finissez... j’ai pas de pantalon, finissez...[265] - -La crinoline avait imposé le pantalon. La cage disparaissant, saluée -de quels quolibets son complément n’allait-il pas la suivre dans son -hégire ? - -Sous les jupes tombant droit, sans ballonner, son utilité devenait tout -au plus relative. L’occasion pouvait sembler excellente aux femmes et -aux jeunes personnes pour supprimer de leurs dessous cet objet qui -avait eu tant de peine à faire accepter sa présence. Nombre d’entre -elles le tenaient pour disgracieux ou gênant et il y en avait encore -pour le juger indécent. - -Il n’en fut rien. - -Les mœurs n’avaient pas changé et n’étaient pas devenues meilleures. -La simple vision d’un pantalon de femme suffirait à dissiper cette -illusion. Mais, le pantalon lui-même avait changé et il devait -moins le revirement dont il bénéficiait aux circonstances, dirai-je -concomitantes, qu’à l’évolution qu’il avait subie. - -Il avait dansé et avait plu. - -De long et rébarbatif qu’il était quinze ans plus tôt, il était -devenu presque court—je dis presque: aujourd’hui, il nous semblerait -affreusement long—dépassant à peine le genou et avait gagné en élégance -ce qu’il perdait en longueur et en largeur. - -La percale et la batiste avaient remplacé le bazin et le madapolam, il -ne finissait plus en tuyaux d’orgue et ses poignets commençaient à se -garnir. - -Bertall a ainsi décrit ce pantalon de la fin du Second Empire et des -premières années de la République, ignorant encore, le plus souvent, -des entre-deux et des valenciennes dont quelques rares élégantes -appréciaient cependant déjà la saveur: - -«Suivant que la dame qui porte le pantalon a la jambe plus ou moins -heureusement tournée, le pantalon est plus ou moins long. - -«Généralement, il s’arrête un peu au-dessous du genou. - -«Celles qui possèdent une jambe bien faite, que dis-je? deux jambes -bien faites, ornent avec plus de soin le bas du pantalon, soit d’une -guipure, soit d’une broderie, soit de petits plis finement tuyautés. -Il faut bien être prête pour les éventualités de la promenade, les -ascensions ou les descentes de voiture, ou les fantaisies de la brise. - -«Celles dont les jambes ne sont pas irréprochables donnent moins de -piquant à la garniture du pantalon, afin de ne pas attirer les regards. - -«Généralement elles mettent un soin méticuleux à laisser tomber les -draperies de leur jupe, et l’on aperçoit le bord timide du pantalon que -dans les circonstances exceptionnelles de vent indompté ou d’orage -ruisselant»[266]. - -Évidemment, ce n’était pas encore le fouillis de dentelle qu’est -aujourd’hui le pantalon d’une jolie femme, toutefois, ce n’était déjà -plus le rempart de jadis, rempart pour rire, car une large brèche en -avait depuis longtemps réduit à néant le système de défense? - -Complice de toutes les coquetteries et les pires, impassible et inerte -témoin de bien des abandons, pratiquant, avant la lettre, la libre -doctrine du «laissez-faire, laissez-passer», de «l’inexpressible», de -«l’inexprimable», de «l’indispensable», il était devenu tout bonnement -le «pantalon», avant que de redevenir, pour nos coquettes la «culotte». - -De son indécence, il n’était plus question, mais de son élégance et de -sa joliesse. - -Il n’effrayait plus les amoureux, mais les excitait. Vieux et jeunes -commençaient à connaître le charme et le pouvoir d’«une culotte -ornée de dentelles»[267], le voile devenait piment et le roman et la -caricature en attendant la photographie, n’allaient point tarder à s’en -emparer. - -La crinoline pouvait disparaître, le pantalon lui survivrait et il -aurait pour cela de bonnes raisons. - -Outre l’habitude et la peur des chutes qui ne permettent pas à -beaucoup de les supprimer quand elles ont accoutumé d’en porter, outre -l’hygiène, la crainte du froid et de la poussière, outre la pudeur, -ou, si l’on préfère la prudence, la femme avait pour rester fidèle -au pantalon—on a la fidélité que l’on peut—une raison meilleure que -toutes, sa coquetterie. - -Court, large et ouvert comme il est, cuirasse percée en son milieu, le -pantalon n’arrête pas plus l’insolence des mains qui se glissent que -l’indiscrétion de la brise ou des bestioles, mais il est de mode d’en -porter, il complète les dessous et corse les déshabillés. La silhouette -de la femme en pantalon, si le fâcheux embonpoint ne le gagne pas, -est amusante et charmante, et vous auriez voulu qu’elle renonçât à en -porter, sous prétexte qu’elle abandonnait ses cages? - -Le pantalon a été dans la toilette féminine non une révolution, mais -une évolution, évolution qu’a chantée, sans en comprendre peut-être -toute la grâce, un poète dont les qualités de sagace administrateur -n’ont éteint ni la verve, ni l’esprit. - - Les siècles passent, et la mode - Ajoute au costume commode - De nos ancêtres court-vêtus - Des complications fâcheuses - Et qui ne sont avantageuses - Que pour les marchands de tissus. - - Le mollet féminin se glisse - Dans une enveloppe factice, - Bas de soie ou bas de coton; - Lorsque la jupe se soulève, - La très pudique fille d’Ève - Ne montre plus qu’un pantalon[268]. - -Oui, mais... elle sait fort bien, l’impudique, le prix et le pouvoir -de ce qu’elle montre et, pour le «suiveur» ravi, ce prix est -inappréciable, quand il n’est pas honnêtement tarifé. - -Aussi, loin de disparaître, l’usage du pantalon s’est-il, depuis le -proconsulat de M. Jules Grévy, singulièrement généralisé, je dirais -même démocratisé, si le vocable ne me semblait malséant. - -A part les chauds juillet et les brûlants août où tant, et des -plus honnêtes, les suppriment, à l’affût d’un peu de fraîcheur, il -n’est petite des Modes et Confections qui n’en porte aujourd’hui. -Que diriez-vous de cette lingerie biscornue, Mimi Pinson et, vous, -Francine, chères âmes qui jamais ne songeâtes à en compliquer vos -dessous si sommaires. - -Ils semblaient, dépassant à peine le genou, courts à Bertall; ils le -sont devenus bien plus et l’on ne peut,—l’on doit cet hommage à la -sainte Ligue—parler de la Parisienne, sans parler de ses dessous et de -ses pantalons. - -«Passons à l’inexpressible, écrivait, il y a trente ans, Violette. -Celui-là, du moins, s’il n’est pas toujours gracieux a le mérite de sa -personnalité. Ce n’est pas comme la chemise-pantalon un objet neutre et -hermaphrodite. - -«Le pantalon désormais ne descend pas au-dessous du genou. Qu’il soit -orné par un ruban, de forme zouave avec un plissement de dentelle -jabotant sur la jarretière ou bien tout droit, achevé par une neige de -plis, d’entre-deux et de dentelle, sa longueur est marquée. Il doit -être inapparent: à peine si le bord léger flotte sous le petit jupon -court, le seul que l’on porte aujourd’hui»[269]. - -Mieux encore, Mlle Marguerite d’Aincourt semble en avoir apprécié la -grâce et s’est efforcée de la rendre: - -«Ce n’est plus l’horrible gaine d’autrefois, on le fait adorable et -coquet, pour qu’il ne trouble pas d’un accord discordant le délicieux -poème qui s’appelle la toilette intime de la femme et qui semble écrit -par ce grand et incomparable poète: l’Amour. Il n’y a que les Anglaises -gourmées qui n’osent parler du _pantalon Chérubin_, si joli avec sa -jarretière de ruban qui se serre au genou, sous lequel s’agite et -frissonne un long volant de dentelle. - -«En voici un autre, qui aurait dû recevoir le baptême et que nous -nommerons _le Charmeur_, de notre autorité privée. Vîtes-vous jamais -chose plus gracieuse, que cette multitude de volants de dentelles dont -il est formé, volants que relèvent et serrent les sept rangs de rubans -étroits qui le garnissent en long. - -«Vous voyez que cet objet de toilette correspond par son élégance, à -toutes les autres parties de notre costume, et qu’il n’est plus besoin -de lui assigner un coin caché dans les tiroirs»[270]. - -Pour clore ces citations par une prose d’une autre qualité, qu’il me -soit permis de citer à nouveau Octave Uzanne. - -Qui pouvait mieux chanter le secret de nos vierges en fleurs et chanter -la louange de leurs pantalons «assortis aux chemises... non moins -variés, jolis et ingénieusement combinés en pongis ou en étoffe de soie -vaporeuse, avec des flots de dentelles aux genoux, des entre-deux sur -la hanche et des enrubannements inexprimables»[271]? - -«Les moralistes, conclut d’autre part Octave Uzanne dans _Nos -Contemporaines_, qui ne sont aucunement des «féministes», et -plus rarement encore des sensitifs et des artistes, s’élèveront -encore contre le luxe effréné et scandaleux de la toilette; ils -protesteront contre ces recherches dans la confection du corset, -du jupon, de la nuageuse chemise, et contre cette préciosité des -_tuyaux de modestie_,—ainsi que les demoiselles de couvent nomment -leur pantalon;—mais ces sophistes ne seront point écoutés davantage -aujourd’hui que naguère»[272]. - -En vérité, il faut savoir gré au pantalon des transformations -successives qui, depuis plus de vingt ans, laissent la jambe, svelte -ou forte, trop longtemps uniformément vêtue de noir, saillir dans -l’harmonie de sa ligne, hors de la fallacieuse et illusoire batiste, -sans quoi, mêlant ses regrets à ceux du Pont-Royal, il faudrait -emprunter à Bertall un peu de sa cendre et regretter avec lui le temps -passé: - -«Le vent n’a plus de ces révélations indiscrètes dont s’amusaient -nos pères, et dont les dessins d’Horace et de Carle Vernet nous ont -conservé le souvenir. En ce temps, certains gourmets et curieux -faisaient station sur le Pont-Royal à l’affût de quelque bourrasque -révélatrice. - -«L’introduction du pantalon féminin a supprimé définitivement cette -source d’indiscrétions, il ne stationne plus de curieux _ad hoc_ aux -abords du Pont-Royal»[273]. - -O mélancolie des choses! - -[Illustration] - - - - -TROTTINS ET MIDINETTES - - - _Ah! l’exquise exhibition - De pantalons blancs et de cottes, - De mollets et de bas à côtes, - Prenant jour sans ambition._ - - TH. HANNON. - - -[Illustration] - - -TROTTINS ET MIDINETTES - - -Ménagère ou paysanne, la femme du peuple ne porte généralement pas de -pantalon. - -Pendant longtemps, les fillettes le quittaient en même temps que -l’école. Le dimanche seulement, il fait, à la campagne, une timide -apparition sous les jupes des jeunes filles. - -Il est ainsi devenu pour quelques-unes un accessoire qu’elles croient -obligé, non de la demi, mais de la grande toilette. Il accompagne les -chapeaux empanachés et les corsages criards des demoiselles de Bracieux -ou de Nouan-le-Fuzelier. - -—Ah! que j’ai-t-y du goût! - -Laissons-là les culottes des pêcheuses des Sables-d’Olonne et -d’Arcachon: elles sortent de notre cadre, et bornons-nous à constater -qu’en Bretagne, elles s’en passent le plus souvent. - -Quant aux pantalons des Sablaises, professionnelles de la plaque -sensible et de la carte illustrée, on ne le connaît que trop. Jambes -croisées, parties d’âne ou de campagne, tout lui est bon pour être -exhibé. Article d’exportation. - -La fille de campagne ne porte guère de pantalon que lorsqu’elle l’a -quittée pour la ville. Deux raisons semblent l’amener à adopter -cet accoutrement: l’imitation de la dame chez qui elle sert et la -galanterie. - -La galanterie surtout, car, au dire des maîtresses de maison, -auxquelles leur livre de blanchissage ouvre les yeux, combien parmi les -bonnes n’en portent que leur jour de sortie. - -Parfois même, il les gêne tellement, que, leur premier soin, une fois -rentrées, est de le retirer, ce qui fait que survenant à l’improviste, -le dimanche soir dans leur cuisine, on le trouve bouchonné dans un -tiroir, voisinant avec les couteaux et les livres du boucher et de -l’épicier. - -Les bourgeoises économes veillent d’ailleurs à ce que leur domesticité -ne salisse pas trop de linge: comme dans les couvents, elles ont droit -à un pantalon par semaine, et Madame élève la voix quand Justine en a -dû mettre deux au sale. - -[Illustration] - -—Une fille qui porte des pantalons est une fille qui se conduit mal. - -Ce fut un axiome longtemps admis et ne m’a-t-on pas cité cette phrase -restrictive, jointe, il y a une cinquantaine d’années, par une brave -bourgeoise, aux renseignements qu’elle fournissait sur une de ses -anciennes bonnes: - -«C’est une excellente et brave fille, que je crois honnête; mais, je -dois vous prévenir qu’elle porte des pantalons». - -Très, trop enjolivés même, souvent, au goût des vieilles dames de -province restées fidèles aux tuyaux d’orgue et aux trois petits plis de -leur jeunesse, les dentelles des pantalons de leurs femmes de chambre -les scandalisent: - -—De la dentelle, à des pantalons! - -—Sans doute, Madame, et d’une domestique encore. - -Si la maîtresse n’a pas atteint un âge canonique lui permettant de -s’indigner de ces gentillesses et si elle partage ce faible pour la -lingerie, on pourra, lors du départ brusque d’une soubrette qui a cessé -de plaire, assister à cette scène amusante empruntée au _Fin de Siècle_: - -«A la suite d’une observation non motivée qui lui a valu une riposte un -peu vive, Madame a donné ses huit jours à Justine. - -«Justine a accepté son congé sans sourciller. Le jour de son départ, -elle range soigneusement sa malle, puis soudain observe: - -—Il me manque encore trois pantalons! Je ne partirai point avant -d’avoir visité l’armoire de Madame.» - -Les rôles renversés, on n’est pas plus fin de sexe. - -Pour quelques-unes, frileuses ou coquettes, le pantalon devient ainsi -une habitude, mais c’est l’exception. Il en est de même dans le peuple. - -—La femme honnête?... Mais, on la reconnaît à ce qu’elle a les genoux -sales! me déclarait, un jour avec une brutalité toute médicale, un -interne de mes amis. - -Si ces constatations n’étaient par trop macabres, on n’aurait qu’à -feuilleter les renseignements fournis par l’administration de la -Morgue au lendemain des grandes catastrophes, pour se rendre compte de -l’ignorance où la plupart vivent, dans le peuple, de ce vêtement. - -Mais la Morgue ne saurait convenir à ces notes. A ces données -posthumes, l’aventure de l’infortunée Élisa est préférable. Elle -tenait du vaudeville et non du drame, ce qui n’empêcha la pauvre fille -de donner aux gamins enchantés une preuve frappée encore plus que -frappante de son manque de pantalon. - -Rue de Maubuée, Elisa avait rencontré un de ses anciens amants. Peu -galant, celui-ci, avait tenu en dépit de la présence des badauds, à -profiter de l’occasion qui s’offrait de régler avec elle un ancien -compte resté en suspens: la troussant à pleines mains, il lui avait -appliqué une de ces magistrales fessées qui font époque dans la -vie d’une femme. Les passants amusés, sans oublier le mitron et le -télégraphiste de rigueur, avaient fait cercle autour du groupe. Des -agents survinrent, firent circuler, comme il convenait, dressèrent -procès-verbal et invitèrent les deux champions du match à les suivre au -poste. - -M. Duranton présidait alors aux destinées du commissariat auquel ils -furent amenés, et à la proposition assez inattendue de la victime de -cette attaque brusquée, sut opposer une aimable fin de non recevoir. Le -commissaire ne se contente pas d’être bon enfant, il est souvent galant -homme: - -«M. Duranton interrogea le sieur F..., qui avoua son _forfait_. Quant -à la fille Élisa, pour accabler son indigne adversaire, elle offrit au -commissaire de lui prouver qu’elle avait été bel et bien _dévisagée_ -par le public, vu qu’elle ne portait pas de pantalon. - -«M. Duranton a galamment refusé de faire la constatation demandée. -Quant à F..., il a été gardé à sa disposition sous l’inculpation -d’attentat à la morale publique»[274]. - -_Renouvelé de l’Assommoir_, spécifiait l’_Intransigeant_, en tête de -ce filet que nous lui empruntons. Oui, au pantalon près, car la grande -Virginie en portait: et Gervaise dut en débarrasser la fente pour lui -administrer une correction aujourd’hui devenue aussi classique que le -récit de Théramène: - -«Dessous il y avait un pantalon. Elle passa la main dans la fente, -l’arracha, montra tout, les cuisses nues, les fesses nues...»[275] - -En faisant porter un pantalon à la grande Virginie, Zola ne s’est -nullement écarté des données très exactes de son observation: c’est une -fille bien plus qu’une ménagère. Il lui est familier ainsi qu’à ses -semblables et semble faire partie de la profession. - -C’est un des accessoires de leur trousseau par quoi s’avère les progrès -de leur galanterie, elle en marque pour ainsi dire les étapes. Non -moins juste est cette observation de Jean Reibrach: - -«A mesure, elle s’amusait, faisait des allusions, en femme tenue -au courant des histoires par le luxe croissant des dessous depuis -l’arrivée des officiers; les chemises s’affinant, gardant des parfums; -les pantalons se garnissant de dentelles peu à peu»[276]. - -Aussi ne faut-il pas s’étonner de voir cette gobette de Luce, aussitôt -qu’elle est entrée dans la voie du mâle, se faire offrir par son vieux -malpropre des chemises et des pantalons Empire, dont elle fait les -honneurs à Claudine, laissée, à vrai dire, assez indifférente par les -splendeurs et les anachronismes de cette lingerie: - -—... As-tu vu mes chemises? viens voir mes chemises! J’en ai six en -soie, et le reste Empire à rubans roses, et les pantalons pareils... - -—Des pantalons Empire! Je crois qu’on n’en faisait pas une consommation -effrénée, dans ce temps-là... - -—Si dà, à preuve que la lingère me l’a dit qu’ils sont Empire!...[277]. - -Plus heureuse qu’Elisa, certaine institutrice d’Olivet, près Orléans, -(pépiniéristes, bal, fritures) en portait, et, comme Claudine même, les -portait fermés, circonstance favorable auquel le pharmacien Veinard, ce -nom prédestiné, dût de comparaître devant la justice de son pays pour -le simple délit de voies de fait et non sous l’inculpation beaucoup -plus grave d’outrage aux mœurs. - -Le pantalon fermé de l’institutrice, la fessée qu’elle reçut et le -procès qui suivit; l’aventure eut à l’époque son heure de vogue et de -gaîté. _Le Figaro_ même souleva les voiles,—les jupes seraient plus -exactes,—de la demoiselle. Après avoir joliment conté la chose, M. de -Rodays concluait en ces termes: - -«Maintenant, notons un bien joli détail. Il faut avouer que M. Veinard -a une certaine dose de chance. Le fait d’avoir frappé publiquement -un adversaire au visage constitue le simple délit de voies de fait; -mais le fait d’être allé chercher sa vengeance dans des profondeurs -plus cachées, plus intimes, et sur un champ de bataille plus étendu, -constitue le délit fort grave d’outrage aux mœurs. - -«Or, admirez cette circonstance merveilleuse: la main irritée du -pharmacien d’Olivet avait rencontré un de ces vêtements que la pudeur -anglaise empêcherait de nommer. Bref, l’institutrice portait... un -pantalon. Ce qui fait que devant ce rempart de toile fine, tuyauté en -bas, bien serré à la taille et hermétiquement clos de partout, les yeux -indiscrets de l’assistance en furent absolument pour leurs frais. - -«C’est à ce vêtement providentiel[278] que le prévenu a dû de n’être -renvoyé devant le tribunal de son pays que pour simple délit de voies -de fait et d’en être quitte à bon marché: une amende de deux cents -francs»[279]. - -Il n’arrive pas tous les jours d’être fessée en public. Ces deux -exemples n’auraient donc sans doute pas suffi à décider les hésitantes, -si la coquetterie et les impériales d’omnibus—encore une source -d’indiscrétions disparue—ne s’en étaient mêlés. - -L’ouvrière d’un rang un peu plus élevé—robes, confections, -modes, demoiselles de magasin, la rue de la Paix et le Métro de -l’Opéra—semble, en effet, à ce point de vue, comme à d’autres, former -une transition entre le peuple d’où elle sort et le monde galant -auquel, souvent, elle aboutit. - -Nombre de ces enfants, mises avec un chic et une élégance qu’ignorait -totalement Berthe à l’époque où elle filait, sont attendues à la sortie -de l’atelier, par leur petit homme, quand ce n’est pas le fâcheux -micheton, qui les emmènera dîner et passer la soirée à Montmartre. -Menant parallèlement les travaux de l’aiguille et de l’amour, en -attendant de sacrifier les premiers aux seconds, elles se trouvent -amenées à soigner davantage leurs dessous. - -Le pantalon reparaît—certaines n’en portaient plus—et se garnit; les -chemises s’écourtent et se dentellent. Les déshabillés sont prévus et -attendus. - -Elles feront bien, pourtant, les chères gosses, si elles ne sont pas -sûres de la discrétion de leur amant, ou si, au cours d’une visite au -Louvre ou au Bon Marché, elles n’ont pas la force de résister à quelque -tentation mauvaise, de ne pas cacher dans leur inexpressible le fruit -de leurs économies ou de leurs larcins. - -On ne saurait croire jusqu’où va l’indiscrétion de certains gigolos et -des inspecteurs des grands magasins. On a appelé cette opération la -fouille et le mot fait image. - -Mlle Joséphine (avenue Jean-Jaurès) en fit la cruelle expérience, et -tout comme le renard, jura mais un peu tard qu’on ne l’y prendrait -plus. Ayant imprudemment livré à un prévenant jeune homme, M. Maurice, -la clef de son cœur et de sa chambre, elle s’aperçut au bout de -quelques jours avec effroi, de la disparition de l’objet aimé et de ses -économies. - -«Elle les cachait dans la ceinture de son pantalon, mais elle avait -commis l’imprudence de lui laisser deviner sa cachette»[280]. - -Le gentilhomme écaillé avait disparu entre deux eaux et les économies -n’avaient pas dû faire long feu aux comptoirs des bars de Belleville. - -Quant à Pauline H... et à Berthe L... deux comparses, des verseuses -de bocks et d’illusions auxquelles Eros avait fait ceindre, jadis, le -tablier blanc et la sacoche des brasseries, elles durent à une bien -malheureuse distraction (deux mantilles et de la lingerie) de figurer -dans les _Grands Bazars_ de M. Pierre Giffard et sur les bancs de la -Correctionnelle: - -«Elles dissimulaient les objets volés dans leurs pantalons et entre -les jambes. (Cette opération prudente se fait dans les cabinets -d’aisances.) Quand on a voulu leur faire avouer le vol, elles ne se -doutaient pas qu’on allait les déshabiller, et elles ont nié jusqu’à ce -qu’on les eût mises entièrement nues»[281]. - -La fillette déjà grande à laquelle sa mère aura l’inclémence de les -faire porter fermés, fera bien, après se les être fait déchirer, dans -les bois, de Saint-Cloud, par son compagnon de promenade devenu son ami -de cœur, de ne pas le retirer pour le jeter dans un fourré. - -L’objet retrouvé par un promeneur solitaire ne manquera pas de prêter -aux plus déplorables suppositions. L’imagination fertile des reporters -et le flair bien connu de la police feront le reste: nouveau scandale, -nouveau satyre, nouveau Soleilland: tout cela pour un «pantalon blanc -de fillette, très étroit, déchiré d’avant en arrière et sur lequel on -remarque... de nombreuses taches suspectes»[282]. - -Cela jusqu’au jour où, mi-riant, mi-pleurant, deux pauvres gosses, -Charles Cognand et Joséphine Dessers, viendront murmurer à mi-voix, sur -un air connu, dans le cabinet du commissaire: - - C’est une idylle dans le goût - De Théocrite et de Virgile, - C’est une idylle et voilà tout... - -La Cour d’Assises avait vraiment d’autres... chiens à fouetter. -Infortunée Joséphine, elle était assez punie pour ne pas avoir à -répondre à la relative justice des hommes: au cours de cette escapade, -n’avait-elle point perdu ses cheveux blonds, son pantalon... et sans -doute quelque autre chose encore? - -Avant que les temps fussent venus du benzol et des éclaboussures des -autobus, les impériales d’omnibus, devenus accessibles aux femmes -eurent leur part également dans la diffusion de l’usage du pantalon. - -Nombre de jolies filles et de fines enfants du faubourg ne détestaient -évidemment pas que l’on aperçut leurs jambes, si elles étaient bien -faites, en descendant l’étroit escalier. Encore fallait-il que les -Messieurs de la plate-forme, des voyageurs d’une espèce particulière, -ne poussassent pas leurs investigations plus haut que le genou. D’où -nécessité de se munir d’un pantalon, dont, timide, apparaissait parfois -le poignet, à moins que la jupe s’étant accrochée, ce ne fût une -soudaine exposition de blanc. - - * * * * * - -«Pas souvent suggestive, déclarait Vallet, la descente de -_l’impériale_, bottines fatiguées, jupons d’alpaga, pantalons de -flanelle rouge... à moins qu’il n’y en ait pas»[283]. Mais non, toutes -les bottines n’étaient pas fatiguées, les pantalons de flanelle étaient -heureusement l’exception, et quand il n’y en avait pas du tout, je me -suis laissé dire que ça n’en était pas plus désagréable. - -En Allemagne, où tout est sujet à règlements, on songea, paraît-il, -lorsque l’impériale des omnibus fut, à Berlin, devenue accessible aux -femmes, à rendre le pantalon obligatoire pour celles qui voulaient -procéder à cette ascension. - -C’était un nouveau poste et un nouveau mot composé à créer, -inspecteur-des-pantalons-des-dames-des-impériales-d’omnibus; mais les -difficultés du contrôle firent, sans doute, rejeter la proposition du -docteur Hancke, tendant à ce que le «pantalon sous-jupe» fût imposé aux -voyageuses de l’impériale et la police se borna à exiger que l’escalier -fût large et masqué du côté du public[284]. - -La bousculade qui y sévit et les petits jeux qui s’y pratiquent, ne -rendent pas non plus le pantalon tout à fait inutile dans le métro. - -Écoutez plutôt la mère des demoiselles Jouarre: - -— Oui, parlons-en! c’est plein d’hommes qui vous pelotent. Il n’y en a -pas un pour céder sa place, et cinquante pour vous peloter les fesses! -Croiriez-vous que pas plus tard qu’avant-hier, je me suis trouvée à -côté d’un sale type, que si je n’avais pas eu de pantalon...[285] - -Mais, une personne de votre éducation aurait-elle pu, chère Madame, -n’en pas avoir? - -La pluie, enfin, l’ennuyeuse pluie, qui rend les trottoirs gras et -boueux et force tout ce petit monde à dévêtir sous les jupes haut -relevées, la gamme des bas et la ligne amusante des jambes, n’est pas, -certains jours du moins, sans faire passer un pantalon, en s’habillant, -à d’aimables personnes, qui, s’il faisait soleil, s’en passeraient -volontiers. - -Le café-concert a chanté assez pauvrement ces brèves visions et sans -s’attarder aux «petits vieux bien propres» auxquels sont familiers le -trottoir de la rue de la Paix, je dirai un mot rétrospectif de cet -objet aboli, la culotte cycliste. - -Avant même que la bicyclette ait achevé de tourner au «bienfait social» -et que la «petite reine» soit devenue la populaire bécane, la culotte -avait disparu, remplacée par la jupe-culotte, puis, par la jupe, plus -élégante sans doute, mais beaucoup moins pratique. - -Mais, que voulez-vous? la mode l’ordonnait ainsi. - -La culotte zouave avait cependant un grave inconvénient, que partage, -d’ailleurs, la culotte marquise portée sous la jupe: il y avait des -moments où elle devenait terriblement gênante. Aussi, ne faut-il pas -s’étonner qu’un tailleur intelligent ait un jour songé à donner à la -culotte de nos petites camarades le quelque chose qui lui manquait -pour en faire l’égale de nos pantalons «un rien ce quelque chose; mais -un rien qui compte terriblement en de certaines minutes au cours des -longues étapes cyclistes. - -«Quelques cyclowemen, émues des souffrances de leurs sœurs, ont -pensé qu’il y avait une révolution à tenter sur ce terrain et, -résolument elles ont ouvert une brèche dans le préjugé de la culotte -cycliste,—entr’ouvert serait mieux dire, et combien discrètement. - -«C’est à cette généreuse tentative que nous devons la CULOTTE -PETIT-PONT ingénieuse autant que décente, et aussi commode -qu’élégante»[286]. - -Je ne sais si la culotte petit-pont a survécu aux «longues étapes -cyclistes», mais l’idée n’est pas morte avec elles. Plus récemment, -un catalogue s’adressant au monde de l’automobile, me révélait -l’existence, avec dessin à l’appui, pour les femmes pour lesquelles -l’auto est un sport, de la «culotte à pont, se porte sous les jupes de -sport, satin de Chine ou Jersey». - -Aux jours heureux et déjà lointains de la bicyclette, il y avait des -débutantes qui ne cherchaient pas si loin et se contentaient, à la -campagne, de retirer leur jupe et leurs jupons, pour enfourcher, en -corsage clair et en pantalon, un cadre d’homme: - -«Rencontré dimanche soir, près d’Auvers-sur-Oise, une très réaliste -mais par trop shocking jeune femme qui pédalait en pantalon de -batiste... pas même fermé par une feuille de vigne. - -«Ohé! Monsieur le sénateur! si vous enfourchiez votre bécane pour -savoir son nom et son adresse? - -Ce filet emprunté au _Vélo_ ne doit pas être étranger à l’amusante -nouvelle que M. Carolus Brio publiait quelques mois plus tard dans le -_Courrier Français_. Elle n’aurait pas fait mauvaise figure dans les -_Tribunaux comiques_ de Jules Moinaux, et les motifs de la remise à -huitaine par le juge de paix méritent d’être cités: - -«Attendu que la nature de l’étoffe, si légère soit-elle, dont est fait -le pantalon d’une bicycliste ne saurait constituer le délit d’outrage -aux mœurs; - -«Qu’en l’espèce, il y a lieu de rechercher si le vêtement dont il -s’agit offre des solutions de continuité, le rendant impropre à l’usage -spécial qu’en fit la délinquante; - -«Qu’un supplément d’enquête par suite est nécessaire: - -«Par ces motifs, - -«Invitons Mme Laminette à soumettre à l’examen du tribunal le pantalon -incriminé. - -«Renvoyons la cause à huitaine pour les opérations d’expertise et de -jugement»[287]. - -Par contre, si hostile que l’on puisse être à la culotte cycliste et -même au pantalon en général, c’est pour une femme une grosse imprudence -de monter à bicyclette sans pantalon. Il n’y a pas seulement à Paris de -vieux messieurs pour veiller à la décence des rues et des music-hall: -les farouches agents du préfet de police, ce tigre à face humaine, -verbalisent, eux aussi, parfois, et une pauvre petite femme, Mlle -Lanjallée, dut à un procès-verbal de ces sbires de comparaître non plus -devant la justice de paix, mais devant la correctionnelle et de se voir -octroyer huit jours de prison. - -«La 8e Chambre correctionnelle a condamné hier à huit jours de prison, -devant se compenser avec la prison préventive subie, Mlle Lanjallée -poursuivie pour outrage public à la pudeur, dans des conditions toutes -nouvelles: c’est l’application de la bicyclette au délit correctionnel, -car cette jeune personne, dont la magnifique chevelure crêpée entoure -la tête comme d’une auréole, n’avait rien trouvé de mieux à faire -que de parcourir la distance qui sépare le quai Malaquais de la -place Saint-Germain-des-Prés, juchée sur une bicyclette, les jupons -retroussés, sans pantalon, avec aux jambes, de simples chaussettes. - -«Me Lenoble, son défenseur, a plaidé que sur des plages et dans les -bals privés, les femmes les plus honnêtes en montraient bien davantage. -Mais cet argument n’a pas convaincu le tribunal»[288]. - -Huit jours de prison pour montrer ses jambes et un peu de ses cuisses, -c’est cher, vraiment; et quelques jours plus tard, M. A. Ménard -pouvait écrire avec raison dans la _Lanterne_: - -«Faut de la pudeur; pas trop n’en faut. Ou bien dressez des -procès-verbaux aux statues du Luxembourg, aux danseuses en rupture de -tutu, à tout ce qui montre un coin de peau, et fourrez six mois de -prison à une infortunée qui, ayant bu un verre de cidre, se laissera -aller à mettre au coin d’un mur sa lune en plein air»[289]. - -Qui vous dit, ô doux juges de la 8e Chambre, que cette enfant n’allait -pas à un premier rendez-vous, et les casuistes sont d’accord pour juger -que la femme pêche non moins gravement ce jour-là en s’affublant d’une -culotte cycliste (_mortaliter peccant_...), que si elle avait revêtu le -pantalon fermé de la princesse C...: - -«Non, mille fois non! Allez-y en voiture! La culotte de zouavette, -c’est charmant, mais ça _n’est pas_ un costume d’adultère à ses débuts. -Combien de fois je l’ai maudite, cette jolie culotte de zouavette! -Et encore elle était portée par des femmes qui ne faisaient pas de -manières pour l’enlever. Croyez-m’en, madame, prenez votre voiture, -mettez une robe, des jupons non empesés et un pantalon ouvert. Votre -hôte sera très sensible à ces marques de courtoisie»[290]. - -La culotte cycliste ressemblait trop, d’ailleurs, aux vêtements de -l’autre sexe pour que le _Dictionnaire des cas de conscience_ ne lui -fût point contraire. - -[Illustration] - - - - -LE GRAND ET LE PETIT TROTTOIR - - - SUZANNE - - LINGERIE—TROUSSEAUX - - _On essaie._ - - -[Illustration] - - -LE GRAND ET LE PETIT TROTTOIR - - -Par M. Paul Bourget, dont la prose et les pensées édifiantes, ne -faisaient pas, à cette époque heureuse, concurrence à celles de M. -Henry Bordeaux, nous connaissons depuis longtemps les corsets noirs de -Mme Moraines. - -Les bas noirs et le corset noir, ah oui! des souvenirs plus lointains -encore que ceux de la bicyclette, et que gardera de l’oubli le crayon -divin de Willette. - -Mais, ne nous émotionnons pas; laissons à nos aînés le regret du bas -blanc et de tout ce qui fit l’élégance des femmes de la Restauration et -du Second Empire. - -Poussant l’indiscrétion plus loin que l’auteur de _Mensonges_, -enquérons-nous auprès des romanciers des dessous de la Parisienne. - -Mondaines, quarts de mondaines, mannequins ou simples trottins, ils -n’ont point manqué de déshabiller leurs héroïnes. Nous connaissons le -tissu de leurs chemises et la forme de leurs pantalons; la plupart en -portent; et si, d’aventure, elles n’en ont pas, nos maîtres n’auront -garde d’omettre ce détail. - -Brève revue du roman contemporain à laquelle manqueront la bousculade -et les parlementaires de Longchamp—qui s’en plaindra? - -Mon vieil ami Jean Ajalbert—l’ordre alphabétique l’ordonne—prendra la -tête de défilé et j’en suis convaincu, saura ne pas perdre le point de -direction. - -Tout d’abord cette jolie fille, Marcelle, qui lui a fourni le thème -d’un de ses meilleurs romans, _En Amour_: - -«Il la hissa tout à fait sur ses genoux, la main aventureuse par les -bas tièdes, les dentelles du pantalon...»[291] - -Mais, crainte de faire rougir les roses de la Malmaison, passons à la -fille de l’hôtesse des amoureux à Olivet, encore une qui, à Paris, a -trop bien tourné: - -«Ah! elle en avions des frusques, elle aussi, et des pantalons et des -jupons et de la dentelle, et des ci et des là, comme sur c’te chaise... -Et des chemises et des fines, sauf vot’ respect, qu’on y voit l’cul à -travers, comme j’y disais»[292]. - -D’un autre poète, Théodore Hannon, cette traversée, un jour de pluie, -par les petites Bruxelloises, que n’avait point encore écrasées la -botte prussienne: - - Ah! l’exquise exhibition - De pantalons blancs et de cottes, - De mollets et de bas à côtes, - Prenant jour, sans ambition[293]. - -Laissant à Mlle Lhomme ses « culottes de flanelle[294], restons fidèles -au pantalon blanc et à son charme ambigu. Albert Tinchant et Léo -Trézenik, deux disparus, dévêteront pour nous ces blancheurs secrètes. - -«Cependant qu’il allumait deux bougies et tirait les verrous, elle -s’était déshabillée, sans trouble, énigmatique, gardant encore,—une -dernière révolte de pudeur, sans doute,—son corset clos et son pantalon -très blanc sur ses bas noirs»[295]. - -Léo Trézenik s’est plu, lui, à rajeunir le sujet très vieux et familier -aux estampes du XVIIIe siècle, de la jarretière défaite et qu’il faut -rattacher. - -«Puis, résolûment, comme pour en finir, elle troussa ses jupes, -découvrant ses jambes jusqu’au feston du pantalon, et, posément, sans -précipitation, en femme qui se sait comprise, elle tira son bas et -boucla sa jarretière»[296]. - -Des modes, passons, si vous voulez, aux modèles. En ce qui les -concerne, une distinction s’impose. - -D’une part, l’Italienne; un souillon généralement, ignorant, sous le -clinquant de ses oripeaux, l’art des déshabillages. Ses vêtements -enlevés en paquets, tout d’une pièce, elle retirera sa chemise -par-dessus sa tête, sa nudité allant en remontant, des bas de coton à -côtes aux seins trop lourds. Point de dessous ou, tout au plus, au cœur -de l’hiver, le hideux emmaillottement d’un pantalon de flanelle rouge, -ballonnant autour des cuisses et tombant à mi-jambes. L’exhibition -brusque de son corps, la tenue de travail dans un métier dont, au dire -de certaines, les repos sont surtout fatigants. - -Ce sera le contraire de la Parisienne. Quelques soient ses origines et -les contingences de la vie qui l’auront amenée à poser, elle restera -femme avant tout. - -Tandis que le déshabillé de la Transtévérine, vieille et déformée avant -l’âge, le plus souvent, chair vague condamnée à d’obscures besognes, -chairs veules tôt dévêtues sur un signe du maître, aura quelque chose -de celui d’un goujat ou d’un garçon boucher devant le conseil de -révision, la Parisienne, que Montmartre ou que Montrouge aient souri à -ses premiers ébats, n’aura point oublié et chantera, dans sa grâce et -suivant le rite consacré, le poème divin des déshabillés. - -Nulle hâte à se montrer nue, à faire, comme l’Italienne, valoir sa -marchandise; au lieu des nippes arrachées plutôt qu’enlevées, souplesse -et rythme des mouvements, les gestes classiques et prévus de la femme -qui, peu à peu se déshabille. Après le corsage brusquement retiré, la -chute déjà plus lente de la jupe; un jupon qui semble hésiter avant -de laisser, en tombant, apercevoir l’androgynat amusant du pantalon; -le manège compliqué de la femme, pour s’en dépêtrer; les jarretelles -dont il faut détacher les «pressions»; le corset à dégrafer et dont -la chute laisse apparaître, nue, l’orbe jolie des seins: tous ces -riens charmants qui, pour les véritables amants de la femme, rendent -certaines minutes particulièrement heureuses et sont comme une -introduction écrite par quelque impérissable artiste, à la vision -sacrée de son corps, au lotus apparu de son sexe. - -Pudeur spéciale, tandis que le modèle ne songera pas à rougir de sa -nudité, souvent,—rideau ou paravent,—il se cachera, tant pour se -déshabiller que pour se rhabiller. - -Son corps, soit, c’est son métier. Mais son déshabillé lui appartient, -ou appartient à celui à qui elle a fait don de sa jeunesse et de sa -chair, que l’amour ou que la fantaisie la guident. - -Les rapins les plus chevelus de Montmartre et les esthètes les plus -largement cravatés de Montparnasse n’effraieront pas son nu triomphant, -mais que le facies niais de Bouvart ou que le masque glabre de Pécuchet -ne viennent pas s’encadrer au seuil de l’atelier. Quel cri d’oiselle -effarouchée saluerait l’apparition de l’éternel prototype du mufle et -comme elle aura vite fait de disparaître on ne sait où, ou de couvrir, -on ne sait de quoi, l’holocauste vivant de son corps. - -Celle-là, généralement porte des pantalons. Un des meilleurs dessins de -Boutet, nous les montre même très fanfreluchés, tandis que, arc-boutée, -elle écoute, à la porte, vaticiner en descendant l’escalier un -créancier impayé ou quelque représentant de la détestable et redoutable -corporation des huissiers[297]. - -Parfois, même, on profite de la séance de pose pour les leur cacher, -d’où, quand elle a pris fin, cette légitime protestation: - -—Ah! vous pouvez bien rire tous les deux. N’empêche que ce n’est pas -chic d’avoir caché mon pantalon»[298]. - -Il en fut même à les porter fermés; elles furent sans doute -l’exception. Enigmatique et bras ballants, Yvette Guilbert, non sans -charme, chanta _le Petit Modèle_: - - Ell’ n’voulait pas avant l’mariage, - Quitter ses pantalons fermés; - Ça vous prouv’ bien qu’elle était sage, - Sa mère ayant su la former[299]. - -Il y en a toutefois à n’en pas porter. Les unes jeunes, les autres -vieilles,—ou tôt vieillies, car les années de champagne comptent -double: les chevaux de retour de la pose, ces malheureuses qui, -malgré leur empâtement, ne peuvent se décider à l’abandonner, et qui, -lamentables, s’en vont, par les ateliers, traîner à la recherche d’une -ébauche longue à venir. - -L’une d’elles a fourni à Paul Dollfus le récit de la séance -improvisée, qui permit à la pauvre femme d’établir aux yeux d’un des -maîtres du crayon combien ses dessous ignoraient la complication de -l’empantalonnement. - -Rebutée à droite et à gauche, d’atelier en atelier, elle finit par -aller frapper chez le peintre Bayard, qui, lui avait assuré un fumiste, -était, en ce moment, à la recherche de femmes, posant le dos et les -reins. - -Quel dos, quels reins, et, surtout, quelle chute de reins! - -«Quand elle se présenta, il y avait plusieurs personnes dans l’atelier. - -—Monsieur Bayard? demanda-t-elle. - -—C’est moi! fit le peintre. - -«Alors, sans mot dire, elle lui tourna le dos... puis soulevant ses -jupes et sa chemise—elle n’avait pas de pantalon—elle cambra la -croupe, et, triomphante, s’écria: - -—Comment trouvez-vous le bouillon?[300]. - -Nous côtoyons le trottoir. L’hiver seul semble en chasser les tristes -créatures, qui lasses, sans doute, d’avoir ouvert leurs draps aux -hommes, viennent, dans la _Femme-Enfant_, mendier quelque emploi dans -la figuration. - -Non des théâtreuses possédant la tapageuse lingerie de Raymonde de -Nevers ou de Christiane de Pontijou, mais le veule troupeau, qui jamais -ne possèdera chignon sur rue ou place au prône, des vendeuses d’amour -au rabais, celles qui, quand on leur dit de s’asseoir, se couchent ou -s’agenouillent. - -Quelques-unes se déshabillent pourtant, d’autres se contentent de -trousser leurs jupes. - -Leurs pantalons? «ceux que l’on met tous les jours, de flanelle ou de -madapolam, serrés au jarret, non d’un ruban, de quelque cordon à double -nœud, sans rosette»[301]. - -La flanelle toujours: - -«Sous les jupes et les pantalons s’enflaient et ballottaient à l’aise -des rondeurs proéminentes jusqu’à la difformité, ou s’effilaient sans -mensonge de rembourrages ni d’étoffes bouffantes des éthicités de -squelettes»[302]. - -Pas faite pour la montre cette «flanelle ballonnante du pantalon»[303] -ni pour pimenter l’angoisse des déshabillés. Elle ne songe pas même -à garantir la femme contre la folie des mains qui s’égarent, mais -simplement à la protéger du froid. - -Le bienfait social, sous une autre forme. - -Pour d’autres, au contraire, costume de combat et de travail, -cantharide autorisée dont elles connaissent les effets et escomptent -les résultats. - -«Arrivée à la chambre de l’amie, elle commence par faire asseoir son -_miché_, elle ôte son chapeau, déroule ses cheveux, dégrafe sa robe, -enlève son corset et ses jupons; elle reste ainsi en pantalon très -court et très décolletée, parce que, par un geste imperceptible elle a -tiré la coulisse qui fermait sa chemise sur la poitrine; elle s’assied -près, bien près, quelquefois sur les genoux et entame une conversation; -l’homme la couve des yeux; en femme habile elle suit sur sa physionomie -la marche de ses désirs; quand elle le voit à point, elle aborde la -question. - -[Illustration] - -—Tu m’as donné dix francs (ou un louis), mais tu ne savais pas comme -j’étais faite, comme j’étais fraîche; allons, mon bébé, donne-moi dix -francs (ou un louis) de plus, tu verras comme je serai bien gentille. - -«C’est le coup de l’allumage»[304]. - -Le trousseau même des pensionnaires de M. Philibert comprend des -pantalons en nombre restreint il est vrai, leur usage semblant dans ces -derniers salons assez problématique. - -Les _Comptes d’un Budget parisien: toilette et mobilier d’une élégante -en 1869_, de Lorédan Larchey,[305] ne prévoyaient pas cet accessoire -dont l’usage était, cependant, devenu courant. - -Le jugement du juge de paix d’Agen qui fit restituer son trousseau à -Mlle Paméla comble cette lacune, et ajoute également un document assez -curieux à l’histoire de nos mœurs. - -«Les tenancières de maisons Tellier peuvent-elles retenir les effets -de leurs pensionnaires, sous prétexte d’avances faites à ces dernières -et non remboursées? Le juge de paix du deuxième canton d’Agen vient de -résoudre, dans le sens de la négative, cette question qu’on ne saurait -qualifier question de droit pratique à l’usage des familles. - -«Mlle Paméla devait 200 fr. pour avances diverses à «sa» Mme Tellier. -Celle-ci avait pensé être en droit de refuser à sa pensionnaire, avant -paiement intégral de la somme de 200 francs, l’enlèvement des objets de -son trousseau ainsi composé: - -«37 chemises décolletées, 7 jupons blancs et de couleur, 3 jupons de -laine et flanelle et 3 corsages, 3 pantalons blancs, 11 paires de bas, -36 serviettes, 38 mouchoirs de poche, 6 mouchoirs de poche en soie -de foulard, 3 flanelles, 6 costumes de ville, 1 peignoir en laine, 4 -paires de chaussettes, 1 corsage en soie, 3 garnitures de jupon au -crochet, 3 chapeaux, 1 collet d’hiver, 1 châle en laine, 1 parapluie, 1 -fichu de soie et 1 tablier blanc. - -«Comme nous l’avons dit, le juge de paix, saisi du différend, a donné -gain de cause à Mlle Paméla, qui, sans bourse délier ou plutôt sans -avoir besoin de fouiller dans ses onze paires de bas, est rentrée en -possession de son trousseau de pensionnaire de la maison Tellier»[306]. - -Trois pantalons pour vingt-sept chemises, la proportion est assez -faible: Mlle Paméla n’avait guère à en user paraît-il, et les habitués -de la maison n’étaient sans doute pas des cérébraux auxquels fût -nécessaire l’excitation des dessous. - -Si, au lieu d’être «en maison», la pauvre fille eût librement exercé -la profession d’«insoumise» elle aurait eu chance de compléter sa -demi-douzaine et même d’atteindre la douzaine, par quelques passes -rémunératrices et suivies, chez l’intelligent hôtelier, dont le _Cri de -Paris_, révélait, naguère, l’existence: - -«Doué d’une ingéniosité exquise, un tenancier d’hôtel parisien a -inauguré, ces temps derniers, un système de ticket-prime vraiment -original. - -«L’existence de ce ticket a été révélée au cours d’une poursuite -correctionnelle. Le tenancier avait à répondre, devant la 9e Chambre, -du délit d’excitation de mineures à la débauche. - -«Afin d’attirer la clientèle des filles galantes, ce commerçant avisé -remettait à chacune de ses clientes, lors de son passage dans une -chambre de son hôtel, un ticket-prime. - -«Vingt de ces tickets donnaient droit à «un pantalon madapolam, avec -broderie anglaise» et cinquante tickets à «une chemise de nuit nansouk -garnie entre-deux et broderie anglaise.» - -«L’adroit tenancier a été condamné à mille francs d’amende»[307]. - -Toutes, en sachant la puissance, savent mettre à profit la grâce -ambiguë du pantalon pour porter aux désirs du mâle le coup décisif. - -Là où auront échoué le plus frais sourire et les plus beaux yeux du -monde, le charme des déshabillés et le piment des blancheurs apparues -triompheront. - -Combien d’Hippolytes seraient rentrés chez eux, farouches et -solitaires, si, sur leur chemin, les dentelles révélées par le -retroussis discret des jupes n’avaient éveillé leurs sens et fait -appareiller vers Cythère leur curiosité. - -Les dessous, mais, c’est à la fois un art et une préoccupation. Jean -Richepin et Léo Trézenik nous ont dépeint abondamment, aux carrefours -et aux bureaux d’omnibus, «l’amateur de mollets» ce survivant du -Pont-Royal, et n’est-ce pas un peu lui-même que portraicturait le -pauvre Jean Lorrain, dans ce rêveur traversant le Jardin de Paris ou -le Moulin-Rouge «en somnambule, sans rien voir, uniquement préoccupé -des jambes des danseuses ou des dessous des promeneuses, plus ou moins -montrés dans un geste qui retrousse»[308]. - -C’était un art également, après avoir su voir, de savoir décrire pour -«les maîtres de l’archet subtil et titillant dans l’art de bien exciter -et bien dire»[309], que se disputèrent les quotidiens, avant que ne -sévit la pudibonderie auxquels ils doivent aujourd’hui un ennui non -moins austère que le devoir. - -Du _Gil-Blas_, ils passèrent à l’_Echo de Paris_, puis de -_l’Echo_—_quanto mutatus_—au _Journal_... Hélas! que tout cela est -loin. Les contes de Silvestre, les nouvelles de Mendès et de Lorrain, -les chroniques de Laurent Taillhade, existe-t-il au monde assez de -cendre pour que l’_Echo de Paris_ puisse s’en couvrir et expier ses -erreurs anciennes. - -Quant aux pécheresses dont les caprices faisaient la loi... et la mode, -comment leur en vouloir de leurs dessous capiteux, dont la description -seule suffirait à scandaliser l’hypocrite province? - -Ne doit-on pas, au contraire, ainsi que l’indiquait A. Tisserand, leur -savoir un gré infini «de leur dessous ultra-soignés, de leurs pantalons -et de leurs chemises de vingt-cinq louis, de leur gai minois, de leurs -dents blanches, de leurs frisons fous, bref de tout le charme qu’elles -répandent dans la vie parisienne[310]»? - -Qu’elles ne se contentent pas de laisser exposés chez leur lingère où -Tout-Paris les aura admirés durant huit jours, les pantalons à cent -louis pièces que leur aura offert le vieux banquier Michès. - -«Le retroussé est le costume national des Françaises» a écrit Pierre -Louys[311]. Qu’elles n’oublient point cet aphorisme et ne craignent -point de laisser froisser et au besoin déchirer cette lingerie -coûteuse. De tels payeurs ont leur amour-propre et ne voudraient pas -qu’on puisse croire qu’ils paient des culottes de deux mille francs à -leurs maîtresses seulement pour le dimanche[312]. - -Tout le monde ne peut pas collectionner les souvenirs napoléoniens. -A défaut d’un petit chapeau, c’était au pantalon de l’une des -interprètes de _Ferdinand le Noceur_, Mlle Giverny, qu’un millionnaire -russe avait jeté son dévolu, et il fit offrir 2.000 francs à l’artiste -pour qu’elle lui cédât cette partie de sa garde-robe. - -L’actrice refusa modestement. Ce boyard était un rapiat et pour ses -cent louis comptait se payer le contenant et le contenu. Ce n’était -plus de la collection, mais du marchandage[313]. - -A moins que ce ne fut tout bonnement un «fétichiste» et que le pantalon -de l’artiste dût, plus tard, figurer parmi les reliques laissées par -le Slave, comme, jadis, on avait retrouvé, derrière le lit de mort de -Brillat-Savarin, le violon de l’écrivain, un exemplaire d’Horace et... -un pantalon de femme. - -Le modèle ne devait pas en être affolant,—l’auteur de la _Physiologie -du Goût_ n’est-il pas mort en 1826?—Mais, cela prouve au moins que -son amie avait été parmi les audacieuses, qui, les premières, avaient -souscrit à la mode nouvelle et qu’il en avait, lui-même, compris tout -le charme. - -«Horace, un violon et un pantalon féminin», ajoutait _Comædia_ -qui nous fournit cet écho, «ces trois objets ne sont-ils pas le -symbole de l’esprit de gourmand voluptueux et très artiste que fut -Brillat-Savarin»[314]. - -Mlle Giverny! les théâtreuses! Nul ne saurait, mieux que ne l’a fait -Montorgueil, exprimer l’importance et dire le rôle que jouent dans -leurs succès les entre-deux de leurs pantalons, pour tant de jolies -filles qui, au café-concert, font, à défaut de talent, applaudir la -désinvolture de leurs retroussés et la somptuosité de leur lingerie. - -«La trépidation excitante a surtout gagné les femmes. On sait -leur passion pour les exercices violents: elles la satisfont au -café-concert, où elles ont transporté la balançoire hygiénique. Ce -qu’elles chantent ne s’y prête pas toujours, mais c’est toujours leur -plaisir. C’est parfois aussi le nôtre. Au hasard des turlutaines, -sur une musique toute en borborygmes—_tra la la la la la la!..._—la -pétulante Duclerc exhibe des dessous. Oh! ces dessous. Ami, -n’as-tu pas rêvé? Elle est reine du chahut à cette heure, et avec -Nini-patte-en-l’air fait école. Beauté à l’ail, piquante et relevée -du Midi—té, mon bon—comme la Rosière de Marseille, son émule, dans sa -gamme, la note la plus élevée est de la lingère. «Peste, ma chère, -tu as donc fait un héritage pour porter des pantalons pareils?...» -Les litiges parfois publics entre ces artistes et leurs couturières -nous ont révélé le prix d’un talent qui s’applique à combiner la -pauvreté des rimes avec la richesse des entre-deux. Le procès de Mme -Aymard fut un des plus indiscrets. Nous avons appris que la chanteuse -avait des chemises de foulard et des pantalons de surah onéreux. Elle -avait jusqu’à «un moine céleste» facturé dix louis, qui intrigua les -impertinents. Le moine était-il chartreux, capucin ou carme? Jamais -plus beau linge propre ne s’étala en police correctionnelle. On visita -sa garde-robe. «Monsieur, aurait-elle pu dire avec fierté, c’est mon -répertoire!» Dans la revue, cette année-là, précisément, elle était en -plage normande et c’était elle—ô ironie!—qui chantait les «petits trous -pas chers!» - -«Cette lingerie est une nécessité. Connaissent-elles au cours d’un -couplet, quelle position elles prendront? Elles sont comme ces -femmes prudentes qui craignent les accidents de voiture ou autres -et qui s’habillent en se disant: «Sait-on jamais ce qui peut nous -arriver?» Elles sont si stupéfiantes, si inattendues! Et quelles poses -clownesques! Cette sensation qu’elles tiennent du clown est si nette -qu’elles-mêmes, volontiers, adoptent pour coiffure le toupet du -comique de la piste[315]». - -La lingère parisienne ne se contente pas de fabriquer, comme sœur -Véronique, des culottes à tant pour la main-d’œuvre. Pour mieux bander -son arc, elle y a ajouté une nouvelle corde, et, moyennant trois louis, -les essaie et les laisse déchirer. Métier inconnu même de Privat -d’Anglemont et que révéla Georges Brandimbourg dans le _Courrier -Français_[316]. - -C’est, en effet, une manie chez certaines, de conserver cette frêle et -illusoire batiste aux minutes suprêmes, alors qu’elles en ont le moins -besoin. Elle n’empêche rien, c’est possible, mais à quoi bon voiler -d’un nuage, si léger soit-il, la roseur désirée de la chair. - -Au nom de tous les véritables amants de la femme, les poètes Armand -Silvestre et Catulle Mendès ont protesté contre cette erreur cent fois -condamnable. Il faut laisser aux femmes pressées qui n’ont pas le temps -de se déshabiller ou aux banales initiatrices aux premiers frissons -«cet accoutrement viril, ce travesti sous la jupe, qui trouble, -désoriente»[317]. - -«Rien n’habille aussi bien que le nu», les bas noirs et le pantalon -sont trop longtemps restés en notre doux pays de France comme un -uniforme. Il serait bon que la femme dans sa nudité, ne continuât pas -à représenter, aux yeux simplistes de la foule, la Vérité sortant du -puits perdu de la politique. - -L’ironie de M. Pierre Louys est toujours délicieuse. - -«L’uniforme des courtisanes c’est le corset noir et les bas noirs avec -ou sans pantalon; autrefois, cela se gardait même au lit, disent les -bons auteurs: maintenant cela ne se porte plus qu’à la chambre, et -voilà un point de gagné, mais le public des petits théâtres le sait-il? -Pour lui, toutes les femmes nues représentent la même personne, la -seule qu’il ait jamais vue dans les journaux illustrés: c’est la Vérité -sur M. Dreyfus. Si on la faisait revenir en scène, il y aurait des -manifestations»[318]. - -La couleur des bas et du corset a pu changer, la vogue du pantalon -est demeurée entière, quand la proximité du lit ne permet pas un -déshabillage complet, et, faut-il le dire, la femme ne pêche, dans ce -cas, que véniellement. - -Au cours d’une partie de campagne, lorsque l’ombre tutélaire d’un bois -offre à deux fantaisies sa complicité, le petit plaisir est si fugitif -qu’elle ne peut guère songer à se dévêtir. - -L’homme ne saurait lui infliger le ridicule d’avoir à retirer sous -ses jupes son pantalon, avant de lui accorder la joie de son corps. -Le geste serait inesthétique et en plus dangereux. Un pantalon oublié -et accroché aux ailes d’un moulin où il avait remplacé les bonnets -de jadis, mais, il n’en faut pas plus pour corser un procès et faire -la joie des adversaires d’un homme d’État! Puis, si la dame le porte -sous le corset, avec ça que c’est facile de retirer l’un, sans enlever -l’autre? - -C’est pourquoi, ajouteront les moralistes, la femme doit les porter -ouverts et je suis, pour une fois, tout à fait de leur avis. - -Le roman ne pouvait, bien entendu, négliger ce détail de toilette qui -a pris tant d’importance parmi les dessous des petites amies de nos -auteurs les plus réputés. On n’a que l’embarras du choix pour, ouvrir -un rayon de blanc à faire pâlir l’ombre de la Reine Blanche. - -Tout d’abord, évocation du quartier latin d’il y a trente ans, alors -qu’y florissaient les brasseries de femmes et que le nom de Palmyre ne -couvrait pas seulement des ruines, cette silhouette de petite grue: - -«Et de suite, elle enfila sa chemise... - -«Alors, Alphonsine mit son corset, un corset noir avec des éventails -en soie jaune, et ses bas, de grands bas couleur chair lui collant au -mollet. Dans l’armoire à glace elle prit un corsage de drap rouge garni -d’un marabout, et une jupe de même couleur avec quatre rangées d’un -petit liseré d’or. Adrienne lui disant de se dépêcher, elle culotta -son pantalon, en s’appuyant au bord du lit et posant le pied sur une -chaise. Il était garni d’un entre-deux et d’une broderie et resserré -par une faveur. Ensuite elle s’attacha la tournure sur le derrière et -revêtit un petit jupon en flanelle bleue, ayant une large dentelle et, -par-dessus un second jupon en moire, garni de velours»[319]. - -Que de jupons! et un peu dame de province le jupon de moire garni de -velours; mais l’observation du mouvement pour enfiler le pantalon est -jolie et la tournure, ce «cul de Paris», disaient nos aïeux, donne à -cette citation une date certaine. - -De Jean Reibrach, non plus une habituée du Pantagruel et du Bas-Rhin, -mais une fille de la rive droite, un peu dépaysée dans le populacier -Belleville où elle est montée chercher un peu de jeunesse et de vigueur: - -«.... Presque aussitôt Martiny vint ouvrir. Il était en caleçon et au -milieu de la chambre à coucher, ils trouvèrent Sabotine à demi dévêtue, -en corset, avec un pantalon très large bouffant drôlement autour d’elle -et qu’une dentelle serrait sur ses bas noirs. Elle était furieuse, -le visage flambant sous des cheveux rouges. Ils tombaient en pleine -querelle, une histoire de jalousie»[320]. - -C’est gai! Mais, Sabotine, faut-il le dire? la chaleur aidant, -supprimait volontiers ce pantalon si «large» fût-il, et oubliait même -trop facilement qu’elle n’en avait pas. - -Plus moderne, plus Montmartre, évoquant la bouche pâteuse des -lendemains de noces et les fâcheux copeaux de palissandre que guette -le réparateur vin blanc-citron, ce lever, de Montfermeil, emprunté au -rez-de-chaussée de l’_Eclair_: - -«Rose, jetant loin d’elle le bout éteint de sa cigarette, repoussait -des pieds les draps et les couvertures, et s’asseyant sur le bord du -lit: - -—Dis-donc, mon gros, fit-elle, illuminée... qu’est-ce que tu paierais -si je te fournissais le moyen de faire flanquer Nika à la porte par le -prince? - -—Vous dites? cria-t-il. - -—Donne-moi mes bas, dit-elle fiévreusement. - -—Vos bas? - -—Oui ... Ils doivent être par terre... - -—Les voici. - -—Et les jarretières, cherche! - -—Mais, dites-moi! - -—Tu vas voir... C’est une idée... une idée épatante... Passe-moi mon -pantalon... Là... comment, tu ne le vois pas?... Sur le dossier de -cette chaise? - -—Je vous en supplie, dit Boiscervoise en apportant le pantalon... -Quelle est cette idée?»[321]. - -Mais vous n’avez cure de Nika,—moi non plus, d’ailleurs—les «pantalons -à manchettes» de Fanny Legrand[322] et le «pantalon tuyauté» de telle -femme d’amis de Courteline[323], vous paraîtront bien bourgeois et bien -pot-au-feu: restons plutôt sur la butte. Une montmartroise, et des -plus notoires, l’amusante _Échalote_, de Jeanne Landre nous y invite. - -C’est l’heure à laquelle, devant son déshabillé, son vieux, conforme -à ses habitudes, lui découvre pour le chant et le café-concert, des -dispositions qui réclament instamment des chaussettes et des jupes -courtes: - -—Chante voir un peu, dit-il à Echalote, un matin que celle-ci vaquait -à sa toilette et arpentait l’appartement, vêtue d’un pantalon et d’une -chemise dont le pan, non rentré, lui chatouillait les mollets»[324]. - -—Voyons, la gosse, veux-tu bien rentrer ça! se serait écrié M. de -la Rochefoucauld qui sut jadis élever la feuille de vigne à la -hauteur d’une maxime. Mais, M. de la Rochefoucauld ne fréquente guère -Montmartre depuis que le Bal des Quat-z-Arts ne l’y appelle plus en -service commandé, et c’est à peine si quelques revues du Moulin-Rouge, -avant son incendie, éveillaient encore le rut auquel il a prêté son nom. - -Leurs dessous! cette lingerie si nécessaire pour aguicher le client et -lui donner l’illusion d’un peu de luxe, quelle place n’occupent-ils -pas dans les palabres que tiennent entre elles les petites courtisanes, -durant l’inaction et la paresse des après-midi. - -[Illustration] - -«A une autre table s’expliquent des choses très compliquées; il s’agit -d’une robe qu’on voudrait acheter ou plutôt qu’on a l’intention -de faire soi-même. Il faudrait acheter de la dentelle noire et de -l’étoffe. On en aurait pour six francs et on pourrait faire une -toilette qui paraîtrait avoir coûté plus de dix louis. C’est comme pour -le linge et les dessous, si on avait le temps de les faire soi-même, -et puis aussi la patience... mais on ne l’a jamais, et puis c’est -si facile de se faire acheter des affaires, ainsi ce pantalon... La -bonne grosse fille qui, candide, émet cette vérité, pose son talon -sur le bord de la table et tire sa jupe pour montrer ses dessous -outrageusement enrubannés de rouge, un peu de chair s’entr’aperçoit -au-dessus du bas; une autre déclare qu’elle porte des chaussettes et -pour le prouver, elle allonge ses jambes nues sur une chaise»[325]. - -Elles ignorent ces enfants, les préjugés bêtas et les fausses -pudibonderies de l’éducation bourgeoise et sont charmantes d’impudeur. - -«Les gens qui sont près du groupe qu’elles forment au bal ou au café -sont bientôt initiés aux mystères de leurs dessous et peuvent constater -_de visu_ quelle est la couleur de leurs jarretières, si elles portent -des chaussettes ou pas de pantalons»[326]. - -Nous sommes loin des «pantalons angulaires» de la plus petite des -_Demoiselles Goubert_. Ils sentent trop le magasin de confection de la -rive gauche: les demoiselles de la Butte connaissent certainement et -semblent suivre à l’envi ce conseil digne d’une mère de Forain: - -—Avec de jolis dessous, mon enfant, une fille peut se trouver mal -partout. - -Un pantalon qui va mal, un corset défraîchi, il n’en faut pas davantage -souvent pour expliquer des rigueurs plutôt imprévues. En cas de chute, -quel désastre, si ces menus détails n’offrent point l’élégance et -l’harmonie voulues. - -«Je crie; on accourt. Malgré moi je porte la main... où ça me fait mal. -On veut voir pour me secourir, mais je résiste en dépit de la douleur. - -—Tu m’étonnes, Léonie! - -—Parce qu’il y avait des dames? - -—Non! un vrai guignon! Mon pantalon était sale»[327]. - -Sa place, alors, ô Léonie, était au blanchissage et non sous vos jupes. -Elles ne convenaient pas plus à cette lingerie défraîchie que le -porte-manteau d’un cuirassier, un jour d’inspection: - -«O découverte lamentable!... le général aperçoit un ravissant pantalon -de femme, tout petit, tout mignon, tout coquet, orné de dentelles et -de faveurs roses, encore parfumé malgré la profanation dont il était -l’objet, et gardant, pour ainsi dire, quelque chose des séductions -qu’il avait pour but de voiler. - -«En faisant son porte-manteau, Chapendart, sans y prendre garde, -s’était approprié l’indispensable d’Ida de Beaucontour»[328]. - -Après tout, j’ai bien connu un lieutenant aviateur, qui, au grand -scandale de l’inspection aéronautique, portait, fixé à la cabane de son -monoplan comme «mascotte» un fragment du pantalon d’une de ses petites -amies, une qu’on ne s’attendait guère à voir jouer les mascottes! - -Pourtant, parmi les pécheresses dont s’enorgueillit notre Paris et -que lui envient les deux mondes, il en est qui, soit par goût, soit -par habitude, sont restées rébarbatives à l’usage du pantalon et n’en -portent jamais ou presque. - -Mlle Emilienne d’Alençon serait du nombre, avança jadis cette mauvaise -langue de Falstaff. Je n’en veux rien croire et je dois humblement -avouer que ce n’est pas elle qui me répondit un jour avec la franchise -d’un soldat: - -—C’est trop commun: toutes les... catins en portent et dit-elle bien -catins, la chère enfant? - -Augustine racontant son passé, ne se montrait pas moins franche, et -confessait: - -—Des jours, je battais les mains en riant, mais d’autres, je pissais -dans mes jupes, car je n’ai jamais porté de culottes...»[329]. - -D’autres seront moins brutales, mais leur aveu sera tout aussi -dépouillé d’artifice: - -—J’admets encore les soies de couleur pour les jupons, mais pour le -reste non... Quant aux pantalons, je n’en porte jamais. C’est encore -une vieille habitude, une manie, si vous voulez; maman n’en portait -point; elle m’a élevée à n’en point porter et je ne pouvais pas me -décider à en mettre... Pourtant, si vous le désirez... - -—Pourquoi vous demanderai-je de multiplier les obstacles entre votre -chair et la mienne?[330]. - -C’est un peu la réponse d’un païen mystique. Ce n’est d’ailleurs point -la seule des héroïnes d’Albert Aurier à n’en point porter. La plupart -des étoiles du beuglant de Châteauroux, qui, dans son roman de _Vieux_, -représentent le chœur antique, sont dans ce cas, et, au cours de la -partie de campagne où elles s’ébattent librement, le prouvent jusqu’à -l’évidence: - -«Immédiatement toutes ces dames voulurent imiter les acrobaties du -facétieux voyageur. Et ce fut tout à coup d’échevelées culbutes, -des envolements de jupes, des surgissements de jambes en l’air, de -comiques apparitions de lingeries, voire même, la plupart ignorant les -raffinements pudiques de l’empantalonnement, de brusques et désopilants -étalements de nudités généralement secrètes»[331]. - -Bertha, elle-même, ne semblait pas en porter plus qu’au jour déjà -lointain de son premier engagement, cette nuit de souper, où, «sans -remarquer l’abjecte et ridicule posture de l’aimée... debout,... les -jambes écartées... sur le trottoir», le père Godeau, n’ayant plus sa -tête, lui confessait passionnément un désir qui devenait de l’amour, -«sans daigner entendre le rythmique clapotement des ignobles cascades -qui, railleur accompagnement pour sa chanson sentimentale, pleuraient, -ruisselaient, gargouillaient sous les jupons de la fille»[332]. - -La gêne d’un pantalon ne lui eût point permis cette hardiesse, et l’eût -forcée à prendre une posture plus conforme à son sexe. - -Voulant prouver à l’ingénieur de Valenciennes qu’elle n’avait point -auparavant figuré dans la Terre, Mlle Bénédicksen, lui laisse -constater, sans plus d’embarras, en relevant ses jupes, qu’elle «porte -des chaussettes, ensuite qu’elle a le mollet nerveux et maigre, enfin -qu’elle se dispense de pantalon»[333]. - -Enfin, je ne parle pas, car elles sont légion, de celles qui, pour -plus de fraîcheur, suppriment l’été leur pantalon. Il n’est, en effet, -mauvaise société qui ne se quitte, et nous aurons occasion de voir de -très respectables et honnêtes femmes—jusqu’à preuve du contraire—en -faire autant et l’avouer non moins ingénûment. - -[Illustration] - - - - -VIERGES ET DEMI-VIERGES - - -_Est-ce qu’une fille bien élevée ne porte pas toujours des pantalons!_ - - CHARLES AUBERT. - - - - -[Illustration] - - -VIERGES ET DEMI-VIERGES - - -Après avoir tenté, en 1804, de suppléer au manque de jupons ou à -leur insuffisance, le pantalon fut, suivant La Mésangère, importé -d’Angleterre en France, et vint dès lors compliquer la toilette des -petites filles. - -Durant près de cinquante ans, elles en eurent, pour ainsi dire, le -monopole, et demeurèrent à peu près seules à en porter. - -Il fait partie intégrante de leur costume, et il n’y a guère que les -gosses du faubourg, dont Alfred Machard nous a si joliment conté -l’épopée, pour n’en point avoir. - -—Moi, j’irai à cheval... comme un gars. - -«Tique, narquois, ricana: - -—Penses-tu, on verrait tes guibolles! - -— Quèq’ t’en sais? - -— Je l’ sais, va, qu’ t’as pas d’ pantalon[334]. - -Elles sont pourtant l’exception, et en province même, les garçons ont -tôt fait de remarquer quand leurs petites camarades en sont dépourvues. -Arthur Rimbaud devait ainsi se souvenir d’une de ses voisines de -Charleville, dont il aimait à mordre les fesses, se saoulant de sa -chair nue: - - Quand venait l’œil brun, folle en robes d’indiennes, - —Huit ans,—la fille des ouvriers d’à côté, - La petite brutale, et qu’elle avait sauté - Dans un coin, sur son dos, en secouant ses tresses - Et qu’il était sous elle, il lui mordait les fesses, - Car elle ne portait jamais de pantalons; - —Et par elle meurtri des poings et des talons - Rapportait les saveurs de sa peau dans sa chambre[335]. - -En dehors de ces cas isolés, son usage est absolument général, -que ce soient les «petits pantalons brodés» de Virginie[336], «ce -pantalon qu’une main brutale avait arraché» et sur qui s’apitoyait la -femme Testou[337], ou encore celui de la petite Alice Fossard. Des -cambrioleurs avaient pénétré chez sa grand’mère, à Créteil, et l’un -d’eux, soigneux, avait eu la délicate attention, de déposer sur une -chaise le pantalon de la gamine, pour ne pas salir, en montant dessus, -la tapisserie de la rentière. - -Devant la Cour d’assises de la Seine, la vieille dame dépose: - -«C’est alors que le troisième a fait signe de fouiller dans le -baldaquin du lit. Le garçon à côté de moi ramassa sur un fauteuil le -pantalon de ma petite-fille et le mit sur une chaise... Vous savez, -j’ai des chaises en tapisserie qui sont déhoussées. Et, pour ne pas -abîmer la chaise, il mit le pied sur le pantalon placé sur la chaise, -et atteignit ainsi le baldaquin»[338]. - -On a vu, certes, des acquittements plus scandaleux; la bonne dame -plaidait presque les circonstances atténuantes pour le malandrin qui -avait respecté sa tapisserie. S’il fut condamné, il put, à sa sortie de -Fresnes, être engagé de confiance par une maison de déménagement: de -semblables références sont rares. - -Ces pantalons de gamines, on les connaît, laissant, comme celui -d’Augusta, apercevoir par leur fente, quand ils ne sont pas fermés, -«sous un pan de chemisette mutinement retroussé, des choses grasses, -rondes, fraîches comme des pommes»[339]. - -La fillette grandissant et les jupes s’allongeant, le pantalon demeure -la règle, sauf à la campagne où il disparaît tôt. Dans les pensions, il -est obligatoire. Établissements laïcs ou congréganistes, le trousseau -des élèves en comprend une douzaine ou deux, «les blancs unis», -spécifient les règlements. - -C’est le «pantalon de pensionnaire»[340], que plus tard les coquettes -ont en horreur pour sa simplicité, le pantalon des élèves des Dames -Blanches, auquel un pauvre abbé dut son surnom, en raison du malin -plaisir qu’une division de rhétoriciens, trouva, en promenade, à le -faire s’égarer parmi les cordes supportant la dernière lessive des -Dames Blanches, uniquement, ce jour-là, composée de pantalons: - -«Ils étaient accrochés par la ceinture; la brise douce leur gonflait -le ventre et les jambes, les agitait d’avant en arrière, d’arrière en -avant, élargissait, puis rétrécissait leur ouverture, et par cette -fente mobile, on voyait le ciel bleu»[341]. - -Pas toujours si unis que cela, cependant, car, parmi ces fillettes, -il en est qui n’attendent pas leur sortie du couvent, pour attacher à -cette lingerie un prix tout particulier. Écoutez plutôt, au parloir, -les doléances que présente à sa mère Mlle de Clavelin: - -«Jeanne garda un silence mystérieux... puis soudain: - -—Maman, j’ai à te dire que mes pantalons sont dans un état que c’est -une horreur. Tu sais le linge ça n’a jamais été ta préoccupation -dominante. Je ne t’en fais pas un reproche; on est pour le linge, ou -pour les robes, ou pour les bijoux. - -«Toi, maman, tu es pour les bijoux. Moi, je suis pour le linge»[342]. - -Toutefois, si la mère est également «pour le linge», la fille fera bien -de ne pas lui emprunter, comme modèle, un spécimen trop garni de rubans -ou d’entre-deux. Dans un couvent bien tenu, il risquerait de faire -scandale. Les bonnes sœurs semblent avoir conservé certains préjugés -sur ce que doit être le pantalon d’une «mère chrétienne». - -A nouveau, la scène se passe au parloir. Le frère est venu voir sa sœur: - -JEANNE.—Tu ne remarques donc pas qu’on m’a retiré, hier, ma croix de -corsage? La plus grave punition, mon vieux! - -PIERRE.—Qu’as-tu fait, Seigneur? un pied de nez à la Mère générale? - -JEANNE.—Non. Je me suis emportée à la classe d’aiguille. Une colère -bleue, à cause du pantalon de maman. - -PIERRE.—Qu’est-ce que c’est que cette histoire-là? - -JEANNE.—Tu ne sais pas? A la dernière sortie, j’avais chipé à la maison -un pantalon à mère, parce qu’il y avait, dans le bas, un très joli -entre-deux en guipure que je voulais apprendre à faire au crochet. -Hier, à la classe d’aiguille, j’avais le pantalon dans ma poche. La -Mère Violette s’en est aperçue: «Qu’est-ce que vous avez là, mon -enfant?»—«Mais rien, ma mère!»—«Vous mentez, mon enfant. Sortez tout -de suite ce paquet que vous cachez». Elle est venue à moi, elle a -exhibé le pantalon. Et dame! quand elle l’a eu déplié et qu’elle a vu -les entre-deux et les rubans roses... elle est devenue cramoisie, -noire; j’ai cru qu’elle allait éclater raide, sans les secours de la -religion. «Qu’est-ce que c’est? Dites ce que c’est?» J’avais beau lui -répéter: «C’est un pantalon à maman.»—«Vous mentez! Jamais une mère -chrétienne... «Alors, dame! j’ai pris la défense de maman, moi, j’ai -perdu la tête, et certainement j’ai dit des choses très vilaines. La -Mère Violette m’a retiré ma croix, et elle a rédigé un rapport, mon -cher, où elle a écrit que j’étais «diabolique». - -PIERRE.—Et le pantalon? - -JEANNE.—Il est confisqué à l’économat, chez la Mère Antigone[343]. - -Léon Lavedan, après Marcel Prévost et Anatole France, en attendant -Maurice Donnay, en vérité, toute l’Académie Française y passera. - -Laissant là, cependant, l’attente vaine—pourquoi pas Loti?—d’un prix de -vertu, préférons-lui l’entente cordiale, et tournant momentanément le -dos à l’institut, émigrons des bords de la Seine, mes chères brebis, -vers ceux de la Tamise. - -Le pantalon n’est pas moins la règle, bien entendu, dans les -pensionnats d’Outre-Manche que dans les bals, music-hall et couvents -parisiens. Contrairement à sa gorge que chanta Donnay, ils en, ou -plutôt elles en ont bien en Angleterre, à moins qu’il ne soit remplacé -par la combination. La «vieille cinglade britannique»—joli cadeau à -faire à une enfant—prête, en la matière, à de singulières et cinglantes -révélations. - -La flagellation—et avec ça, Monsieur, saignante ou baveuse?—ne cause -pas un plaisir extrême seulement aux aimables petits vieux auxquelles -sont familières ces gentillesses. Les maîtresses et sous-maîtresses de -pensions anglaises partageant à son endroit (?) les goûts de Catherine -de Médicis et même de Catherine II, prennent volontiers part à ces -fêtes intimes. Le rite n’en change guère, des filles déjà grandes -doivent, sous leurs jupes relevées, dévêtir leurs pantalons, puis -les baisser, découvrant sous la chemise, à son tour relevée, leur -arrière-train déjà puissant. - -Non pas Anatole, mais Hector France, a été, avec la complicité -d’un rideau—une tournée de grand duc en mieux—témoin d’une de ces -exécutions. Il a conté la scène avec trop de verve et de charme, pour -que je ne me fasse pas un devoir de reproduire ces pages si vivantes. - -[Illustration] - -Miss Nelly, l’héroïne de cet humble drame, a seize ans. «Grassouillette -comme une caille en juin», elle fait paraître plus haïssables encore la -sécheresse et la laideur de Miss Rabbit, la directrice de pension, qui, -sans se laisser attendrir par ses larmes et ses supplications, vient de -prendre, dans un coin de la chambre, une baguette de bouleau, et lui a -ordonné de «relever ses jupes et de dégrafer son inexpressible». - -«Ai-je bien entendu? - -«Hein! Dégrafer... et pourquoi faire? Ne serait-ce donc pas sur ces -belles joues roses qu’elle va appliquer des gifles? Ce n’est donc pas -ses oreilles qu’elle va _boxer_? J’en restais frappé de stupeur. Le -_Times_ et ses annonces m’échappèrent des mains. Je ne songeais plus à -me ménager une retraite rapide et, oubliant toute prudence, je collai -l’autre œil à la vitre de la porte. - -«Oui, tant pis. Dussé-je être découvert et chassé de l’école comme un -frère ignorantin, il me faut voir le pantalon de Miss Nelly. Mes idées -d’intervention s’étaient évanouies. Après tout, cette jeune personne -avait sans doute mérité une punition exemplaire. Pourquoi serais-je -intervenu. Entre l’arbre et l’écorce... Vous savez le proverbe. Du -moment que la digne Miss Rabbit, femme sévère, mais juste, lui -ordonnait d’ôter ses culottes, il valait mieux laisser la justice -suivre son cours. - -«Et je vis son inexpressible, un pantalon comme tous les autres, -blanc, en fin calicot, avec une petite bordure de fausse dentelle au -bas. Il cachait la jarretière, mais laissait découvert un mollet bien -dodu, tout habillé de bleu. Un drôle de petit tire-bouchon, comme aux -polissons qui vont à l’école, frémissait par derrière. - -«Certes, si Miss Nelly eût soupçonné que des regards indiscrets -s’arrêtaient sur son inexpressible, elle eût rentré bien vite ce bout -de vêtement intime; mais tout entière à sa douleur, elle ne savait que -sangloter et dire: - -—Madame! oh madame! je vous en prie, ma chère dame. - -—_Be quick!_ faites vite, répondit sèchement Madame, vous vous -lamenterez après, à votre aise. - -«Ce que c’est que l’énergie! Cependant, je ne sais pas si je me serais -laissé attendrir; je crois que, comme Miss Rabbit, j’aurais été -impitoyable. Décidément, c’est une femme de tête. Elle a raison, après -tout. Allons, petite Nelly, je vous aime bien, j’aime à vous entendre -conjuguer le prétérit du verbe être, mais il faut obéir et dégrafer -votre culotte. _Be quick! Be quick!_ On a beau être gentille, quand on -a mérité un châtiment, on doit le recevoir. Je ne connais que cela, moi! - -«C’est _in petto_, bien entendu, que je me disais ces paroles; mais les -eussé-je exprimées tout haut, Miss Rabbit ne les eût pas entendues. La -colère la rendait sourde. Lèvres pincées, œil en feu, et face blême, -elle répéta: - -—_Be quick! Be quick!_ - -«A la vérité, cette petite Nelly était bien longue à se dégrafer. - -«Alors, voici que d’un autre bout de la chambre s’élève une voix -aigrelette. Lentement et sentencieusement, elle semble réciter un -passage de l’Évangile: - -—Les branches mauvaises de l’arbre malade doivent être coupées pour -donner plus de force à la sève, et elles sont jetées au feu pour -chauffer le bûcheron; ainsi la grâce de Notre-Seigneur Jésus, sève -sainte, ne peut pénétrer dans l’âme malade qu’à condition qu’elle ait -été, au préalable, amputée de ses branches mortes, qui sont les vices, -par le glaive tranchant de l’humiliation, lesquels vices sont passés au -feu de la honte. Madame, ne pensez-vous pas que plus profitable serait -le châtiment, s’il était infligé devant la classe réunie, comme cela -se pratique encore dans l’école où j’avais l’honneur d’appartenir avant -d’être sous-maîtresse ici. - -—Miss Gopsel, répliqua sèchement la directrice, je sais ce que j’ai à -faire; seulement nous n’en finirons plus, avec ces pleurnicheries, si -vous ne mettez vous-même la main à la besogne. - -«Miss Gopsel s’inclina avec respect et s’avança, d’un pas ferme et -délibéré, comme un soldat qui défile la parade. Grande, étroite, -osseuse avec son long cou, son front énorme et ses cheveux coupés -courts un peu au-dessous de la nuque, elle avait l’aspect d’un pommeau -de canne sortant d’un fourreau de parapluie. - -«Il était facile de voir que, même aux jours les plus plantureux du -printemps de sa vie, la couturière n’avait jamais eu besoin d’élargir -le devant de son corsage. - -«Mettre la main à la besogne, ce fut bientôt fait. Elle n’eut qu’à -poser la dextre sur l’épaule de la victime qui, demi-morte de peur, -plia comme un roseau sous le poids d’une grue; et en moins d’une -seconde, le pantalon avait glissé jusqu’aux chevilles, tandis que jupes -et chemise remontées par dessus la tête laissaient exposé au regard ce -que de nos jours on ne montre même plus à M. Diafoirus. - -«Sans s’attarder à un spectacle dépourvu pour elle d’intérêt, Miss -Rabbit brandissait, d’une façon terrible, une baguette flexible que six -fois elle leva et baissa avec force et méthode, marbrant les grasses -chairs de cette belle fille de six longues rayures rouges»[344]. - -Hector France ne s’en est pas tenu là. Le pauvre La Cécilia lui avait -raconté déjà avoir entendu, en traversant un corridor de l’école où il -donnait des leçons de français, le bruit d’une fessée donnée à une des -plus grandes élèves,—une superbe Irlandaise de dix-sept ans, mais en -paraissant bien vingt,—et ce n’était là qu’une petite fessée, _little -whipping_, confessa une sous-maîtresse. - -Le _Town-Talk_, dans les campagnes qu’il a menées contre les fessées -scolaires, non qu’elles n’aient «du bon», mais qui ne devraient pas -être données «en public», lui a apporté bien d’autres révélations. - -Les correspondants même du journal,—la plupart partisans du -fouet, souvent anciennes directrices de pensionnats—avaient, par -leurs lettres, fourni les principaux éléments de cette enquête _à -posteriori_. - -Dans sa _Pudique Albion_, Hector France a traduit quelques-unes de -ces lettres, non sans en atténuer la forme quand il était besoin, car -le latin n’est pas seul à braver l’honnêteté. C’est toujours la même -cérémonie, et le rite n’en varie guère: la patiente, quelle que soit -la pension, reçoit l’ordre soit d’ôter sa robe et son pantalon[345], -soit de retirer ses pantalons[346], la séance ayant régulièrement lieu -«jupes troussées et pantalon bas»[347]. - -C’est ce qui nous importe: aussi, sans fouler plus longtemps les -plates-bandes de Jean de Villiot, reprenons le bateau de Southampton -qui, au Havre, nous déposera devant l’Hôtel de l’Amirauté. - -J’ai nommé Jean de Villiot, pourquoi ne le citerai-je pas? Ne -confesse-t-il pas, dans la _Maison de Verveine_, ressentir parfois un -plaisir analogue à la gêne de l’abbé Pantalon devant la lessive des -Dames Blanches? - -Je ne puis «m’empêcher de trouver des plus suggestifs, avoue-t-il, le -spectacle qui m’est parfois offert quand je regarde des fenêtres d’un -wagon les jardins de banlieue et que je vois, flottant au vent ou -étalés sur le gazon, les linges blancs de femmes que mon imagination -remplit. - -«Et je pense alors, s’ils pouvaient causer, ils révéleraient des -mystères comme «le chêne qui parle», de Tennyson»[348]. - -Ah! oui, quelque chose comme _l’Odyssée d’un pantalon_... la librairie -belge a publié cela, et ce n’est pas fameux. - -A la ville comme à la pension, le pantalon est la règle. - -—Quelle folie! Est-ce qu’une fille bien élevée ne porte pas toujours -des pantalons! s’écrie non sans raison une acariâtre bourgeoise de -Charles Aubert[349]. - -Sans doute, mais ce qui est vrai à Paris et au nord de la Loire, cesse -de l’être quand on descend dans le Midi. Dans la meilleure bourgeoisie, -me suis-je laissé dire—la _Vie Parisienne_ l’affirme[350],—bon nombre -de femmes et de jeunes filles n’en portent point et ne s’en portent pas -plus mal. - -Barytons à l’Opéra et au beuglant législatif, la terre «ministrable» -fournit également des «sans culottes» femmes. Sans passer son -p’tit Loupillon, comme M. Fallières, et sans posséder les nombreux -millions de M. Laygues, la Bérengère _Trois Chansons_ devait être du -Lot-et-Garonne: c’était là son excuse, à moins que son saint patron ne -l’ait, par indulgence spéciale, dispensée de ce voile protecteur? - -«Il faut croire que Bérengère convoitait surtout les cerises des -branches les plus éloignées, car elle grimpa encore le long de -l’échelle tremblottante; et il y eut un grand coup de vent; et comme -elle n’était pas de celles qui déshonorent par des accoutrements virils -les intimités de la toilette féminine, l’amoureux eut la vision de -presque toute une nymphe dans un éclair de neige rose»[351]. - -Pour qui ne passe pas dans le Midi le beau temps des cerises—et des -crises—de pareils spectacles sont rares. Aussi, malgré quelques -indiscrétions dues, au tennis, à l’envolée brusque des jupes, ou à -quelques petits blanchissages imprudemment abandonnés sur une corde, -en serai-je réduit, comme toi lecteur, à l’incongrue portion des -hypothèses, si le rieur troupeau des demi-vierges ne s’en était -mêlé... et il s’en est mêlé. - -En un coin de Bretagne alors perdu, et où sévissent aujourd’hui des -Anglaises de tout âge et les chansons de Botrel, elles étaient trois, -emplissant de leur rire et de leur gaîté, l’auberge où subsistait, -vivace, le souvenir de Paul Gauguin, et la petite plage où, la marée -aidant, l’on descendait se baigner. - -Vous en souvenez-vous, Jules Bois, qui portraicturates l’une d’elles -dans votre _Douleur d’aimer_?[352]. - -Pas de cabines, naturellement. Méprisant l’illusoire abri d’un tas de -goëmon ou d’une roche, sans embarras et sans fausse pruderie, elles -se déshabillaient, chuchotantes, se sentant regardées, et quand, -garçonnières elles apparaissaient en pantalon, ou toutes blanches, -en chemise, leur fol amusement au déclic brusque d’un kodak ou d’un -vérascope: - -—Vous m’en donn’rez une, c’pas? - -Et au Pouldu, donc, à l’indignation grande des époux Feyssard et de -leur demoiselle, leurs dégringolades, les jupes envolées, sur les -falaises de sable, ce pendant que, en bas, les guettait l’indiscrétion -d’un Zeiss. - -Deux d’entre elles portaient, je m’empresse de l’ajouter, des -pantalons—et fermés, encore!—mais la troisième, comme Bérengère, n’en -avait d’aucune sorte. - -—Cela l’eut gênée... confessait-elle ingénûment, et c’était, très rose, -au-dessus de la ligne noire des bas, le nu de ses cuisses sveltes -encore d’adolescente... - -Cela arrive à d’autres, d’ailleurs, de n’en pas avoir. A quoi tiennent -un gros succès d’une pièce et un gros succès d’argent! Que la blonde -enfant eût eu, ce jour-là, un pantalon, et surtout qu’il eût été fermé, -et c’en était fait de _Miss Helyett_ et de l’homme de la montagne... En -vérité, que notre poussière est peu de chose. - -La mode des expositions de trousseaux—elle tend, semble-t-il, à -disparaître—prêtait, elle aussi, à de menues indiscrétions, qui, pour -moins savoureuses qu’elles fussent, ne laissaient pas d’être parfois -gênantes. - -Entre femmes, cela n’a pas d’importance, dira-t-on. Oui et non. Il y en -a qui sont, sur ce point, particulièrement délicates, et que froisse -l’étalage de toute cette lingerie intime. - -«Cela parut à la fiancée comme une profanation. Elle se persuada que -ces rieuses et malicieuses personnes devinaient ses formes d’après les -courbes des intimes vêtements. Une contrariété»[353]. - -C’est pis lorsque la curiosité des beaux messieurs inspecte ces -dessous, et prête entre l’un d’eux et des élégantes à ce dialogue: - -—Je vous avouerai que les exhibitions de corbeilles et de trousseaux -m’amusent comme une pensionnaire. - -—Pourquoi cela? - -—Je suis très content de savoir comment sont confectionnés les chemises -et les pantalons de mes danseuses. Ainsi, il y a des trousseaux qui -me déplaisent souverainement; et quand je vois celles auxquelles ils -appartiennent, je me dis: Toi, tu as des pantalons avec des plissés -bêtes... toi, des chemises à lourde broderie... - -—Voulez-vous bien vous taire![354]. - -Le choix d’un trousseau Pierre Giffard, avant d’être l’homme du -«bienfait social», en avait tracé un joli croquis dans ses _Grands -Bazars_: - -«La mère et la fille parisiennes, ou rompues au mouvement de Paris, -achètent le trousseau après réflexion, après examen, après une rêverie -interminable et charmante sur les chemises, sur les bas brodés, sur les -pantalons, sur le linge qu’on tient entre ses doigts, rêverie qui est -le propre de la femme et que notre sexe est incapable de comprendre ou -d’analyser. Mais enfin, il n’y a pas d’excès dans leur manière d’agir. - -«La mère provinciale, au contraire, accompagnée de sa fille qui -l’est également, et de son futur gendre, qui l’est encore davantage, -proteste, s’exclame, s’enfle, fait de gros yeux et parle toujours -d’argent. - -«Elle ne cesse de jeter sur l’amour des deux jeunes gens, si toutefois -amour il y a, les déclarations les plus saugrenues, l’argent qu’elle -dépense pour sa fille, la valeur extrême des culottes qu’on vient de -choisir, les qualités des camisoles et des chemises de nuit...»[355]. - -Que le futur gendre ne s’en mêle pas surtout! - -«Mais quand je le vois qui s’en mêle, oh! alors, mes nerfs s’excitent, -et pour un rien j’interviendrais dans la mêlée! Il conteste la -qualité des pantalons et des draps! Il ne veut pas des camisoles sans -broderies! Il veut que les chemises de nuit soient à jour, lui pas -bête, tandis que la belle-mère trouve cette confidente de la nuit trop -_shocking_!»[356]. - -Si dans le peuple la femme honnête se reconnaît à ce qu’elle a les -genoux sales, ajouterai-je, pour tenir la balance égale, que dans la -bourgeoisie, les dessous laissent autant à désirer comme propreté. - -«Sur cent femmes, confessait une essayeuse d’un grand magasin, je vous -certifie qu’il n’y en a pas quinze qui aient une chemise propre, un -corset propre et un pantalon de même»[357]. - -D’où un moraliste conclurait, sans doute, que la femme n’a souci de -ses dessous que lorsqu’elle a un amant devant lequel il lui faudra se -déshabiller. Je ne me refuse pas à le croire; mais je ne suis pas un -moraliste. - -A propreté douteuse, pudeur relative. La pudeur du pantalon... le bon -billet! Dans un amusant croquis, le _Charivari_ a crevé la baudruche -de ce préjugé, mais il a, ainsi que ses semblables et que l’empereur -d’Autriche, la vie dure. - -Ce pendant que, derrière le comptoir d’un de nos bazars les plus -réputés, un calicot étale des deux mains, devant une bourgeoise et -sa demoiselle, un pantalon outrageusement ouvert, M. Benoît emmène à -l’écart l’inévitable futur gendre, le benêt avec lequel on dînera le -soir chez Duval, avant que d’aller se gargariser à l’Opéra-Comique -d’une infusion bien française: - -—Mon futur gendre, éloignez-vous; ces dames en sont à une partie du -trousseau où votre présence gênerait la pudeur de ma fille»[358]. - -Pharisiens, sépulcres blanchis! que préférables à cette solennelle -imbécillité, la gauloiserie et le bon sens natifs de cette brave -femme, plus ou moins cousine de Mme Cardinal, douairière, ou de Mme -Manchaballe, sa belle-sœur: - -«Une Dieppoise entre dans un magasin de bonneterie avec une jeune -fille, à qui l’on peut donner comme âge, entre dix-huit et vingt ans. -Elle demande des pantalons. - -—Pour vous? lui demande un commis. - -—Non, pour la petite qui va se marier. - -—Ah!... Et quelle ouverture? - -—Une bonne main d’homme»[359]. - -[Illustration] - - - - -CES DAMES - - -_Je me méfie toujours des femmes qui portent des caleçons: c’est la -pudeur avec une enseigne._ - - COMMERSON. - - -_La première femme qui mit un pantalon fut tenue pour immodeste; -l’immodestie, de notre temps, consisterait à s’en passer._ - - ANGÈLE HÉRAUD. - - -[Illustration] - - - - -[Illustration] - - -CES DAMES - - -Général pour les jeunes filles de la bourgeoisie, l’usage du pantalon -ne l’est pas moins pour les femmes. - -Quelques-unes, cependant, une fois mariées, le supprimeront avec plus -ou moins de facilité, soit l’été, soit en toutes saisons: affaire -d’habitude et de latitude. - -Enfin, pendant longtemps, il fut des vieilles dames qui, n’en ayant pas -porté dans leur jeunesse, ne purent jamais se faire à en porter, et -moururent sans avoir sacrifié à cette mode. - -Qu’elles reposent en paix. - -La lingère parisienne ne se contente plus d’en donner des patrons au -commencement de l’hiver ou de la saison des excursions; sœur Véronique -et le sieur Pantalon ne sont plus seuls à en fabriquer. Le pantalon est -devenu un rayon florissant de nos bazars parisiens. Certaines même de -nos lingères se sont spécialisées dans sa confection. Le pantalon n’est -pas seulement un art et une arme, il constitue aussi une industrie,—une -industrie qui a, elle aussi, ses chevaliers.—Mais c’est, comme celui de -Joseph Prud’homme, un sabre à deux tranchants, auquel la loi du «repos -hebdomadaire» a parfois fourni à de joyeux quiproquos, telle cette -enseigne relevée par le _Mercure de France_, rue de Châteaudun: - - LINGERIE, CORSAGES, CHEMISES, PANTALONS. - - FERMÉ LE DIMANCHE[360]. - -Ces deux lignes du «Sottisier» ont inspiré à Léonnec, dans le -_Sourire_, un de ses plus joyeux dessins[361]. - -Suivant les quartiers, le pantalon s’étale plus ou moins à la -devanture des lingères et des blanchisseuses de fin. Plus on monte -vers Montmartre, plus son élégance croît et plus, comme un tableau de -maître, il occupe la cimaise. L’on sent le voisinage de Tabarin et -des restaurants où l’on soupe et où l’on danse: il en est de tout -en dentelles, dont la fermeture trahit le côté professionnel. Ici, -l’on vend des «cousus» pour un prix des plus abordables, là, ils sont -ouverts, mais blancs ou roses, avec leurs volants et leurs dentelles, -ils ne sont pas du tout pantalons de mères de famille, nullement «mère -chrétienne». - -Des pages entières des catalogues des magasins de nouveautés leur sont -consacrées. Ce serait à croire que l’usage en est devenu absolument -général, et que toute femme peut dire, comme Mme Claire de Chancenay: -«Après le corset lacé selon les principes, nous avons d’abord à mettre -notre pantalon, comme les Messieurs...»[362]. - -Non pourtant, en dépit de la mode, de la science, des amoureux et des -hygiénistes, il est encore des femmes à n’en pas porter et combien, -et des plus honnêtes, suppriment, l’été, «ces objets-là», les jugeant -«chauds et encombrants». - -Il n’y a pas trente ans, Ris-Paquot, dans son _Livre de la femme -d’intérieur_, croyait devoir insister encore sur l’utilité du -pantalon... et sur son peu de grâce: - -«Le pantalon, pour les femmes, est un objet de lingerie de première -utilité, et quelque laid et peu gracieux qu’il soit, il n’en rend pas -moins de précieux services. - -«Qu’il soit en madapolam l’été, et en flanelle l’hiver, outre qu’il -tient chaud, il est d’une utilité incontestable»[363]. - -C’est faire bon marché de la coquetterie—madapolam et flanelle «non, -merci!»—et se ranger carrément du côté des médecins. Ceux-ci sont -unanimes et intraitables. - -Dès 1816, conformément à l’avis des Drs Desessartz et de Saint-Ursin, -le _Dictionnaire des Sciences médicales_ croyait devoir recommander, à -l’article «fille»: «l’emploi des caleçons par les temps froids»[364]. -Mais cet emploi est long à se généraliser, en 1845, le Manuel d’Hygiène -du docteur Foy signale seulement, à titre d’exception: l’usage du -caleçon, en cela d’accord avec le _Dictionnaire_ de Napoléon Landais, -qui, cette même année, le décrit ainsi: - -«Vêtement en forme de culotte, ordinairement d’étoffe légère, que les -hommes portent sous le pantalon et quelquefois les femmes sous leurs -jupons»[365]. Bescherelle exagérait donc quelque peu en ajoutant: «en -France beaucoup de femmes ont adopté l’usage du caleçon» manquant[366]. - -Ce qui était vrai lorsque Littré publia son Dictionnaire ne l’était pas -encore lors de la première édition du Bescherelle, et Littré, citant -Montaigne, se borne à évoquer la «richesse des calessons de la signora -Livia»[367], sans entrer dans de plus amples détails. - -Le premier Larousse, généralisant l’affirmation de Bescherelle -définissait ainsi le pantalon féminin: «Vêtement que les femmes -portent sous leurs jupons, et qui est analogue au pantalon des -hommes, mais plus court»[368], tandis que le _Nouveau Larousse_ -se montre descriptif: «Culotte de lingerie ou de flanelle, fendue -ou se boutonnant sur les côtés, que les femmes portent sous leurs -jupons»[369]. - -La _Grande Encyclopédie_, par contre dans le long et consciencieux -article qu’elle consacre au _Costume_ (Tome XII, p. 1151-1170) fait à -peine allusion aux «chausses désignées sous le nom de caleçon»[370] -des contemporaines de... Charles IX et ne souffle pas un mot du -pantalon actuel. - -Les médecins n’avaient pas désarmé, cependant. En 1877, tout en ne -sachant trop «recommander aux femmes l’usage des caleçons de toiles,» -le Dr Becquerel constatait avec plaisir que cet usage «commence très -heureusement à se répandre et même à se généraliser»[371]. - -Ce qui n’empêchait pas, quinze ans plus tard, le Dr de Soyre d’écrire -avec mélancolie: - -«Je sais bien que de nos jours l’habitude est prise par beaucoup de -dames de porter des pantalons; mais, comme j’en connais encore qui -n’ont pas souscrit à cette nouvelle mode, je suis obligé de déclarer -que toute femme en temps ordinaire comme pendant sa grossesse, devrait -toujours porter un pantalon»[372]. - -Ces médecins sont de terribles hommes. Il ne leur suffit pas d’ordonner -aux femmes de porter un pantalon, encore faut-il qu’il soit en -flanelle[373] ou en futaine, ou encore «en tissu anglais, laine et -coton»[374]: à cette condition seule, ils lui permettront d’«être fendu -largement, comme le pantalon; seulement comme il s’applique étroitement -sur la peau, il maintient la chemise bien croisée en avant»[375]. - -Sans quoi, tout en constatant que la «plupart des femmes, au moins -celles des villes, portent aujourd’hui des pantalons»[376], ils -voudraient, aussi bien le Dr de Soyre que le Dr Olivier ou qu’Ernest -Monin[377], que ceux-ci soient fermés. Les pantalons tels qu’ils sont -portés, «étant très largement ouverts, laissent passer l’air et les -nombreux microbes qu’il contient»[378]. - -L’air n’est pas seul à contenir des microbes. Vous aussi, vous en -contenez, chères âmes, et ce qui est pis, vous en répandez. Les -chimistes, ces gens-là sont, comme les médecins, sans pitié, ont étudié -les microbes que contenait un pantalon de femme, après avoir été porté. -Ils sont innombrables et redoutables. Ceux qui constituent les poisons -les plus violents ne viennent pas de l’air, mais de vous, Mesdames. - -Lisez plutôt cette chronique documentaire d’Émile Gautier. Je lui en -laisse toute la responsabilité: - -«N’allez pas croire que ce soit là (le poison sudural) le triste -apanage de la plus vilaine moitié du genre humain! Vous-même, sauf -votre respect, charmante lectrice, dont la peau fraîche, élastique et -veloutée semble un poème d’ivresse et d’extases, vous logez, sans vous -en douter, à non moins scabreuse enseigne. - -«Quelqu’un s’est procuré, sans doute à prix d’or, non pas le gilet -de flanelle, mais... comment dire cela?—mais... la lingerie la plus -intime... le pantalon (ça y est!) d’une jeune et jolie personne, retour -du bal. Eh bien! mis à tremper, encore tièdes et humides, dans l’eau -bouillie, ces capiteux «dessous» ont donné des produits terribles, -qu’on a essayés—non sans rosserie—sur des lapins. Les lapins en sont -morts tout comme le chien du professeur Arloing, mais leur agonie -fut différente. Au lieu de la dépression comateuse constatée chez le -chien, les lapins furent en proie à une sorte de névrose hystérique, -avec contorsions, satyriasis, danse de Saint-Guy, tout le saint -tremblement, bientôt résorbé dans le suprême effondrement de la -paralysie générale. - -«Ce qui tendrait à établir que l’_odor di femina_ se caractérise par -quelque chose de convulsivant et de tétanique. - -«N’insistons pas de peur de dire des bêtises et de glisser sur la -planche savonnée de l’inconvenance»[379]. - -Bref, la vengeance du pantalon sur le «lapin», et quel admirable moyen -pour les femmes implacables et jalouses de se débarrasser de leur -seigneur et maître: ni arsenic, ni bouillon d’allumettes, mais un bon -bouillon de pantalon, et ce sera la paralysie générale après une nuit -d’amour, une de ces nuits sensationnelles qu’une femme n’oublie pas. - -Tandis que le pantalon rencontrait en Europe de telles résistances, -il est amusant de constater l’enjouement enfantin dont il a été, au -contraire, parfois l’objet, sous d’autres latitudes. - -Ainsi, dans ses _Souvenirs de Birmanie_, lady Dufferin, marquise d’Ava, -femme de l’ancien vice-roi des Indes, qui fut quelque temps ambassadeur -à Paris, note ce souvenir d’un des caprices de la reine Soopaya Lât, -épouse du roi Theebaw: - -«Ces dames (des religieuses françaises) travaillaient aussi beaucoup à -l’aiguille pour la reine. Elle découvrit, par exemple, que le pantalon -est un vêtement indispensable dans la toilette d’une femme: aussitôt -les sœurs se mettaient à l’ouvrage et confectionnaient des pantalons -pour toutes les dames de la Cour»[380]. - -A Madagascar, il y eut mieux: les femmes howas «n’ont jamais dû voir -de pantalons d’européennes, car elles n’en portent pas», disait, dans -une conférence M. Landeroin, l’un des frères de l’ancien interprète -de la Mission Marchand[381]... Pas du tout! m’a affirmé un officier -supérieur, longtemps attaché à l’état-major du général Galliéni, elles -en portent, de finement dentelés, même, et dont elles ne se séparent -jamais, pas même la nuit car, ouverts, ou fermés, ils ne les gênent en -rien, seulement,... ils sont tatoués. - -Malgré l’appui sérieux que lui a apporté le clan des hygiénistes, le -pantalon n’a cependant pas vu en France désarmer tous ses adversaires. - -«Je me méfie toujours des femmes qui portent des caleçons: c’est la -pudeur avec une enseigne», écrivait Commerson[382], pour qui la chose -était nouvelle encore. - -Sans aller aussi loin, c’était, pour le pauvre Dubut de Laforest -«l’odieux inexpressible qui donne à nos Parisiennes des airs de -maternité... honteuse[383] et n’était-ce pas le procès du pantalon que -le journal _le Sport_,—oui, mais... Suzanne se déshabille mieux—citait -à sa barre: - -«Le pantalon a parfois sa raison d’être dans l’ordonnance d’une -toilette de femme, mais il n’y saurait entrer à titre d’élégance. Il -est nécessaire, mais il n’est jamais gracieux... - -«En voyage, c’est un détail d’habillement presque indispensable. Il -peut l’être aussi au point de vue hygiénique. Le choix de l’étoffe dont -il est fait est alors subordonné au goût de la personne elle-même ou à -une appréciation thérapeutique. Au bal, le pantalon est utile pour une -femme lorsqu’elle aime la valse à trois temps, la belle et poétique -valse à trois temps, et qu’elle s’y livre, parce qu’alors, on le sait, -les longues robes, dans l’emportement rapide du mouvement de rotation -qui leur est imprimé, finissent par perdre de leur aplomb; elles se -relèvent, laissant dans certains élans, la presque totalité de la -jambe à découvert». - -Non, mais, le journal _le Sport_ aurait-il spécialement étudié la valse -à la Galette, chez l’ami Debray, ou à la salle Wagram? Ce n’est pas «la -belle et poétique valse à trois temps», qu’il évoque, mais le spectre -décharné de Mélanie Waldor: - - Quand Madame Waldor à Paul Foucher s’accroche, - Montrant le tartre de ses dents - Et dans la valse en feu, comme l’huître à la roche, - S’incruste à ses membres ardents; - Quand sous ses longs cheveux flagellant sa pommette, - De son épine osseuse elle crispe les nœuds, - Coudoyant les valseurs, pareille à la comète - Heurtant les astres dans les cieux... - -Les éditeurs des œuvres complètes d’Alfred de Musset n’ont pas -recueilli cette rosserie et ont eu tort. Pour revenir au _Sport_: - -«Le pantalon, en un mot, concluait-il, est un vêtement d’homme de même -que le gilet, et, à cause de cela, les femmes qui ont la véritable -intuition de l’élégance de leur sexe s’en abstiendront toujours». - -S’il ne se montrait pas moins catégorique, M. Ernest d’Hervilly avait -le mérite d’être moins dogmatique et plus drôle: - -«Je ne parle pas des pantalons, je les hais. - -«C’est utile, je le sais bien. La poussière, etc. C’est égal, c’est -hideux. - -«N’en mettez jamais à la campagne. Les femmes s’imaginent que tous les -insectes en veulent à leurs charmes. Elles ont tort: leurs charmes -n’ont pas une valeur entre-insectes. - -«Et un pantalon... oh! que c’est terrible! n’est-ce pas Messieurs? Le -madapolam est une frontière. - -«Plus de douanes!»[384] - -Enfin, Colombine,—c’était, je crois, M. Henry Fouquier—a publié dans le -_Gil-Blas_ un réquisitoire d’une trop jolie venue pour que, malgré sa -longueur apparente, je ne croie devoir le reproduire dans son entier. -Partisans et adversaires de cette coquette inutilité m’en sauront gré. - - - PANIERS ET PANTALONS - -«Ma spirituelle confrère Étincelle qui possède, comme eût dit Eugène -Chapus, _la compétence vestimentaire_, vient d’annoncer une nouvelle -qui, pour nous autres femmes, a une importance capitale. - -«Au risque de plonger dans le désespoir mon excellent ami J.-J. Weiss, -dit-elle, je lui apprendrai qu’on va reporter des paniers. - -«Pour celles d’entre nous qui ne sauraient pas ce que vient faire -dans la question le docte normalien, le sous-secrétaire d’État -d’Émile Olivier, l’ancien conseiller d’État et le directeur politique -de Gambetta, nous leur apprendrons qu’il n’a pas toujours été -l’ermite d’aujourd’hui, le philosophe retiré dans sa bibliothèque de -Fontainebleau. - -«Il y a quelques années, J.-J. Weiss était un mondain, il fréquentait -le salon de la princesse de Brancovan; il était assidu des fameux -mardis de la baronne Caruel de Saint-Martin et des samedis de la -duchesse de Bellune. Là, entouré de jolies femmes qui buvaient ses -paroles, il regardait de ses petits yeux, un peu clignotants, le défilé -de nos modes. - -«Or, son idéal, au point de vue de l’esthétique, était le style grec. -Une tunique drapée toute simple et à plis tombant droit, laissant le -torse libre et accusant les hanches, lui paraissait le costume le mieux -fait pour mettre en valeur toutes nos séductions plastiques. - -«Et voilà pourquoi les paniers vont le désoler, les paniers qui coupent -la ligne, défigurent le chef-d’œuvre du Créateur, refont des torses -artificiels et, qui sait, nous ramèneront peut-être par des gradations -successives à la crinoline, la terrible crinoline de 1860. - -«Et c’est alors que surgit à nouveau, fatale et inexorable, la question -de cet objet de toilette, appelé par nos voisines pudibondes un -_inexpressible_, et par nous autres,—plus souples et moins prudes—un -pantalon. - -«Nos arrière-grand’mères, ces aimables vieilles, qui firent -les beaux jours de l’Empire, même nos aïeules—ces sexagénaires -d’aujourd’hui—ignoraient absolument l’usage du pantalon. Dans ce temps, -les jupes tombaient toutes simples sans ficelles, sans complications; -il ne fallait pas hérisser d’obstacles la voie devant des héros qui -n’accordaient à l’amour que quelques minutes entre deux campagnes et -n’avaient que le temps de passer et de vaincre. - -«Mais avec la crinoline, avec tout l’imprévu des coups de vent, des -montées en voiture, des chutes possibles, etc., il fallut forcément -protéger notre... pudeur contre les regards trop indiscrets; et les -maris, goguenards après avoir vu leur épouse se barder de fer, se -palissader de baleines et de tissus indéchirables, se mirent à rire -dans leur barbe en pensant qu’ils avaient peut-être un peu défendu leur -front. - -«Et ce n’était pas tant l’obstacle matériel qui décourageait les -impertinents, mais la suggestion morale n’y était plus. Comme me -l’expliquait un jour M. Nisard—encore un directeur politique—autrefois -quand on apercevait, ne fut-ce que la cheville d’une femme, -l’imagination grimpait le long de cette cheville jusque dans les -réduits mystérieux et touffus où se célèbrent les sacrifices chers à -la blonde déesse; mais alors même qu’on apercevrait la jambe jusqu’au -genou, si l’on sait que ce bas bien tiré aboutit à un entonnoir de -batiste, l’inspiration s’envole à tire d’aile. - -«Je sais bien que nous avions fini par réduire ce pantalon au strict -minimum, tellement qu’il n’était plus pour ainsi dire... qu’une -expression géographique. Descendant à peine sur la cuisse, formé de -tissus délicats et diaphanes, partagé en deux sections par une de ces -larges voies stratégiques qui permettent le régime du laissez-faire -et du laissez-passer (je ne sais si je me fais bien comprendre), le -pantalon était devenu plutôt un ornement qu’une défense proprement dite. - -«Et pourtant celles d’entre nous qui ont étudié le dix-huitième -siècle, qui connaissent _l’Embarquement pour Cythère_, de Watteau, -_l’Escarpolette_, de Fragonard, avec son envolement de jupes zinzolin -et ses aperçus polissons, savent bien le charme étrangement attractif -produit sur les nerfs exacerbés du mâle par la vue de belles jambes, -émergeant blanches et satinées à travers les froufroutements des linons -et des dentelles, se profilant au hasard des renversements imprévus, -nues et sans obstacle, l’envers du jupon en satin rose, avec une ligne -coupée seulement par quelque jarretière franfreluchée. - -«Celles-là étaient dans le vrai; aussi profitant des modes dernières, -des costumes tailleurs, collants et tout simples, des robes fourreaux, -beaucoup d’entre nous avaient carrément supprimé le pantalon, au moins -du 1er avril au 1er octobre, époque légale pendant laquelle on ne fait -pas de feu dans les bureaux des ministères. Cette suppression pouvait -indiquer la saison et la température, absolument comme les moines -barométriques annoncent le temps probable en coiffant ou en supprimant -leur capuchon. - -«Quelques arriérées pourtant tenaient bon même en été, donnant des -raisons d’hygiène, de poussière, de chaleur... comme si la bonne eau du -bon Dieu n’était pas la grande purificatrice, arguant de promenades en -mails avec obligation de monter sur l’échelle de Jacob; mais la masse -intelligente—j’en étais—avait bravement aboli cette partie du costume -au moins inutile, ce pantalon qui n’empêche pas grand’chose, je le -concède, mais qui n’aide à rien, ce qui est déjà un grand tort. - -«Or, si Étincelle a raison—et Étincelle a toujours raison—si les -paniers reviennent à la mode, malgré le désespoir de J.-J. Weiss, -le pantalon doit rentrer en triomphateur, comme un accompagnement -indispensable; ceci amène cela, et en songeant à l’hospitalité -écossaise, nous pouvons dire: ceci tuera cela, car si l’hospitalité -écossaise jouit d’une renommée spéciale, c’est qu’en Écosse le pantalon -est aussi inconnu que les brosses à dents en Bretagne ou, pour être -plus poétique, que les éperons à Venise. - -«Je ne sais si nos maris et nos amants sont précisément, en cette -fin de siècle, à une de ces époques héroïques où, comme Guzman, on -ne connaît pas d’obstacle. Je ne sais s’il est intelligent, s’il est -politique de notre part d’accumuler les difficultés, de revenir aux -anciennes entraves et de remplacer par le système protecteur celui -du libre-échange, qui semblait donner d’excellents résultats. Et -cela précisément au moment où M. Lagneau constate, par des rapports -éplorés, que la population diminue dans une inquiétante proportion. Ne -serait-ce pas au contraire le moment de faire feu sinon des quatre -pieds, du moins... des deux jambes et de réveiller les sens endormis -par une recrudescence de séductions et d’aperçus cantharidés, par une -exhibition suggestive rappelant la belle phrase du divin prophète: -«Laissez venir à moi les petits enfants.» - -«La femme est charmante en chemise,—on me l’a souvent dit et à vous -aussi, mesdames? Regardez plutôt au musée du Louvre la statue de la -jeune Lacédémonienne, vêtue seulement d’un tissu transparent commençant -sous les seins et laissant les jambes entièrement découvertes. Elle -conserve, dans ce costume primitif et biblique, toutes les grâces -provocantes de son sexe. Un bas à passer, la chevelure à relever, une -épingle à ramasser motivent immédiatement des mouvements de Diane au -bain, évoquent le souvenir des Muses de Raphaël, des Aurores du Guide, -des Grâces de Jean Goujon ou des Nymphes de Carrache. En pantalon, au -contraire, la vraie femme, celle qui n’a rien de commun avec la poupée -de Jeanneton, qui, en un mot, a des rondeurs, des saillants et des -rentrants, paraît toujours basse sur pattes et ridiculement callypige. -Le pantalon est difficile à enlever, compliqué à remettre, et, posé sur -un fauteuil, produit l’effet le plus piteux. Il faut donc absolument -le condamner avant, pendant et après. - -«Et, quant à moi, je ne serai satisfaite que quand J.-J. Weiss pourra -chanter triomphalement à Étincelle: - - Adieu paniers, vendanges sont faites, - -air auquel je répondrai par ce simple vers d’un opéra connu: - - Bonsoir, monsieur Pantalon!»[385] - -L’on ne saurait mieux dire. - -Le _Journal des Demoiselles_ trouvait jadis le pantalon inconvenant -pour une première communiante. Il en est de même—mais les raisons -diffèrent—pour une femme, quand elle porte des chaussettes. - -«Les jours où on met les chaussettes, édicte Jo, (ce ou plutôt cette Jo -ne fut jamais ministre que de nos plaisirs), ces jours-là, petite Lo, -on ne met pas de pantalons»[386]. - -La chaussette est en effet bien masculine, le pantalon exagérerait -le travestissement. Jo était dans le vrai et la jeune américaine qui -refusait au cher Alphonse Allais de bostonner avec lui le «Washington -Post», la «new dance» qui allait faire fureur, partageait cette théorie -et la pratiquait: - -—Et vous, miss, vous ne dansez pas ce soir? - -—Non, pas ce soir. - -—Pourquoi cela, miss? - -—Parce que j’ai des chaussettes et pas de pantalon. - -—Quelle blague! - -—Voyez plutôt, répondit-elle en souriant[387]. - -Sans aller jusqu’aux chaussettes qu’une connaissance imparfaite de la -langue fait prendre à d’aimables enfants que la comparaison effraie, -pour le féminin de chausson, combien, et tout ce qu’il y a d’honnêtes, -ne portent pas de pantalon l’été, simplement parce que c’est trop chaud -et qu’elles éprouvent un bien-être indicible à n’en pas avoir. - -C’est l’Évangile de Colombine mis en pratique et ses disciples sont -innombrables. - -«Il y a tant de Parisiennes, en cette saison, déclarait le _Fin de -Siècle_, qui se passent de pantalon»[388]. - -Ce qui était vrai au déclin du XIXe siècle, ne l’est pas moins au XXe. -Conteurs et romanciers ne pouvaient omettre ce détail nouveau de nos -mœurs et ont eu soin de le noter. - -«Eliane, qui était une personne vertueuse, portait toujours des -pantalons, de jolis pantalons en toile fine avec un frémissement de -dentelles sur le rose des jarretières. Mais, ma foi, elle était chez -elle, et il faisait une chaleur si étouffante, vraiment, qu’elle avait -cru pouvoir supprimer sans inconvénient ce vêtement intime»[389]. - -Mme de Ponticello, une héroïne de Richard Cantinelli est dans le même -cas. Seulement elle n’est pas chez elle, comme Eliane, mais à la -campagne, où elle suit à la lettre, la chaleur aidant, les conseils -d’Ernest d’Hervilly, et offre ainsi à l’innocent Pamphile un tableau -d’une simplicité antique: - -«Le bruit de ses pas était assourdi par le tapis continu dont les -aiguilles tombées des pins couvraient le sol. Il crut entendre un -léger murmure de source, il se pencha, regarda et vit rose. Jamais -fut-ce à Bruxelles, jamais artiste n’avait imaginé un aussi audacieux, -réjouissant et troublant motif de fontaine. Mme de Ponticello, qui -ce jour-là, à cause de la chaleur n’avait pas de pantalon, sentit ce -regard ardent sur sa nudité d’une minute. Elle tourna la tête, aperçut -Pamphile...»[390] - -Il n’est jusqu’à cette bête de Marie Belhomme, qui, à l’école, à -Montigny, l’été, «ne portait pas de pantalon, pour sentir ses cuisses -faire doux en marchant». - -Au courant de cette particularité, ses «gobettes» d’amies, pour rompre -l’ennui pesant d’un lourd après-midi, lui jouent la «méchante farce» de -lui faire prouver jusqu’à l’évidence que... le capucin n’avait pas son -capuchon: - -«Nous étions quatre, une après-midi, assises sur un banc, dans l’ordre -que voici: - - Marie, Anaïs, Luce, Claudine. - -«Après s’être fait dûment expliquer mon plan, tout bas, mes deux -voisines se lèvent pour se laver les mains, et le milieu du banc reste -vide, Marie à un bout, moi à l’autre. Elle dort à moitié sur son -arithmétique. Je me lève brusquement; le banc bascule. Marie, réveillée -en sursaut, tombe les jambes en l’air, avec un de ces cris de poule -égorgée dont elle a le secret, et nous montre... qu’effectivement elle -ne porte pas de pantalon. Des huées, des rires énormes éclatent; la -Directrice veut tonner et ne peut pas, prise elle-même d’un fou rire; -et Aimée Lanthenay préfère s’en aller, pour ne pas offrir à ses élèves -le spectacle de ses tortillements de chatte empoisonnée»[391]. - -Ce serait pour certaines, un véritable bien-être que de pouvoir passer -la journée chez elles sans pantalon, un bien-être dont on rêve: - -«On assure que l’eau du bain est parfumée et qu’en sortant elle pourra -s’étendre sur un canapé de soie brochée, en peignoir de soie et sans -pantalon, bien à l’aise enfin...»[392] - -Et en chemin de fer, donc, quand il faut passer la nuit en wagon. -S’il en est qui ne perdent pas de vue la sonnette d’alarme, d’autres -ne songent qu’à retirer leur pantalon, sans que les tentent en rien -l’imprévu et les dangers d’une passade par trop brève: - -«Ces dames, durant ce temps-là, avaient pour moi des regards obliques, -lesquels voulaient dire certainement: sans cet animal-là, comme nous -retirerions nos pantalons!»[393] - -«Le pantalon, a dit justement Colombine, est difficile à enlever (et) -difficile à remettre». Gauche et un peu embarrassée, une débutante aura -peine à ne pas côtoyer le ridicule—sans compter celui du pan de chemise -que laissera souvent échapper la fente—tandis que la femme qui n’en est -pas à son premier déshabillé, saura trouver les gestes qui conviennent -et leur prêter sa grâce. - -Qui sait si cet intrus, qui, quand on le retire, vient toujours à -l’envers et qu’il faut ensuite retourner avant d’en réintégrer la -batiste, n’a pas maintenu dans l’étroit sentier de la vertu des -hésitantes qui «sans l’ennui humiliant de sortir en détail de ses -pantalons» se seraient volontiers attardées à grappiller les églantines -du chemin, pour prendre goût ensuite au porto blanc des garçonnières? - -Nous côtoyons là les bords fleuris et le tabac blond de l’adultère, -revenons aux pantoufles et au scaferlati ordinaire du mariage. Il est -également sujet à surprises et change bien des choses. C’est beaucoup -de savoir plaire à l’époux et de savoir flatter ses goûts, aussi en -verra-t-on se plier à la gêne du pantalon, qui, jusque-là n’en avaient -pas porté, alors que d’autres en feront le sacrifice à leur initiateur, -s’il a contre cette lingerie les préjugés et les préventions d’une -autre époque. - -Laissant à Mme Desnou et aux dames de Chauny ou de Villers-Cotteret de -n’en porter que leurs jours de grande toilette, «aux grandes fêtes et -au jour du saint patron de _leur_ mari»[394]: en général la femme de la -bourgeoisie en porte et elle ne laissera jamais apercevoir, pour une -raison ou pour une autre un peu haut ses jambes, sans qu’apparaisse -timide le poignet ou le sabot du pantalon. - -A Trouville, c’était la pêche aux équilles. Elle fournissait aux -contemporaines de Bertall une excellente occasion de montrer leurs -jambes si elles étaient bien faites et elles ne s’en privaient pas: - -«La pêche aux équilles est la pêche favorite sur les plages de sable. -C’est une pêche qui prépare adroitement les autres, et qu’affectionnent -particulièrement les belles pécheresses, auxquelles les équilles -servent de prétexte pour exhiber sous les yeux de jeunes pécheurs, -et de pécheurs endurcis, les fines bottines à barrette à talons -d’argent, les fins bas de soie à broderies de couleur, et les dentelles -affriolantes des jupes nuageuses et des prestigieux pantalons»[395]. - -Je ne sais si ce sont des équilles que l’on cherche aujourd’hui -aux Roches-Noires, mais la qualité des pécheresses semble avoir -terriblement baissé. Plus de dentelles affriolantes, de jupes -nuageuses, ni de prestigieux pantalons, oh! nullement prestigieux, -par contre, ils sont ouverts et leur fente bâille parfois bien -indiscrètement. - -Edmond de Goncourt a noté d’autre part ce dîner à la campagne, -précédant une partie de pêche aux écrevisses, qu’il devait utiliser -dans _Chérie_[396]: - -(1878) «Samedi 3 août.—Mon cousin Marin a invité les femmes de la -magistrature d’ici (Bar-sur-Seine) à une pêche aux écrevisses, à la -tombée de la nuit. On doit pêcher au-dessus de Polisot, et la pêche est -le prétexte d’un dîner-souper en plein air. On monte en voiture par une -pluie battante, et, au bout d’une heure, on est à destination et on se -met à table. - -«La nuit est venue. Huit torches, fixées à huit piquets, sont allumées, -éclairant le repas de leurs lueurs balayées et fuyantes. Un grand -feu flambe au milieu du pré, où, de temps en temps, les trois femmes -vont sécher les semelles de leurs bottines mouillées, montrant des bas -écossais et des pantalons brodés, en se soutenant par la taille, avec -des gestes de caresse; groupe au milieu fait par la charmante Mme G..., -dans une de ces blanches toilettes anglaises, que Gravelot donne, en -ses vignettes, à ses héroïnes de romans»[397]. - -La femme ne pêche pas, en effet, qu’aux flambeaux. Supprimez l’adultère -et vous supprimerez du coup le roman contemporain. L’électricité -remplace, pour l’ordinaire, les torches de Bar-sur-Seine, mais le -rôle du pantalon n’est pas moindre, au contraire. Les déshabillés -extra-conjugaux ne sauraient se passer de ce piment. Les soigneuses, -comme Mme de Gromance le plient, après l’avoir retiré; les impulsives -le laissent, elles, traîner, à demi retourné, où il est tombé: un de -ces riens par lesquels se trahit la femme. - -Celui-ci une fois enfilé et attaché sur une agrafe du corset de soie -«en pantalon de foulard rose à fleurs, elle allait, se baissant, se -levant, se baissant, encore agile et prompte, par la chambre, à la -recherche de son jupon perdu dans la chiffonnerie de ses vêtements -épars»[398]. - -Ce spectacle donne au jeune mâle satisfait de graves pensées guère -coutumières à sa cervelle d’oiseau. - -Il a allumé une cigarette et se souvient: - -«Après avoir longuement noué sa cravate devant la glace et allumé une -cigarette, il s’amusait à suivre des yeux les mouvements de Mme de -Gromance, dans ce costume qui exagérait joliment tout le féminin de ce -corps de femme. Il ne savait pas si c’était gracieux ou ridicule. Il -ne savait pas s’il fallait trouver ces aspects-là vraiment pas beaux, -ou en éprouver une toute petite joie d’art. Sa perplexité venait de ce -qu’il se rappelait une longue discussion soulevée à ce sujet, l’hiver -précédent, chez son père, un après-dîner, au fumoir, par deux vieux -connaisseurs, M. de Terremondre qui ne savait rien de plus adorable -qu’une jolie femme en corset et en pantalon, et Paul Flin qui plaignait -au contraire la disgrâce d’une dame à ce point précis de sa toilette. -Philippe avait suivi la dispute qui était amusante. Il ne savait à -qui donner raison. Terremondre avait de l’expérience, mais il était -vieux jeu et trop artiste; Paul Flin, passait pour un peu bête, mais -très chic. Philippe inclinait, par malveillance naturelle et affinités -électives, au sentiment de Paul Flin, quand Mme de Gromance mit son -jupon rose à fleurs roses»[399]. - -Drame ou comédie, que le quatrième acte tourne au Bernstein ou au -Courteline, il n’est jusqu’à la table des pièces à conviction—Thémis, -à toi la pose!—où le pantalon féminin ne vienne jeter sa blancheur -tragique ou comique. - -Ainsi, au lendemain du drame fameux qui par delà l’azur de la -Méditerranée passionna à un si haut point l’opinion publique et dont M. -Paul Bourget ne sut tirer qu’un médiocre parti, put-on voir les dessous -de Mme G., chemise, corset et pantalon, livrés aux regards du public et -aux mains pataudes des jurés[400]. - -Pauvre femme, n’aurait-on pu lui éviter cette suprême honte?... et -Henri Chambige fut condamné: il coûte moins cher d’aller vider son -browning à bout portant sur un journaliste sans défense, dont le seul -tort fut de recevoir, par galanterie, une femme venue pour tuer. - -Le vaudeville n’est pas moins révélateur. Qui se souvient de l’affaire -Humbert, cette gigantesque escroquerie, à laquelle notre jobardise -nationale dut d’être une fois de plus citée comme exemple. - -Pourtant tout ce joli monde, la grande, ou plutôt la grosse Thérèse, -son frère Raymond Daurignac, la sœur Maria, aussi effacée que le -mari, et la fille Ève, défila devant un tribunal auquel on n’était -pas parvenu à le soustraire, et l’on rit jusqu’aux larmes. L’épargne -française avait bu un bouillon sérieux, mais, en revanche, on lui -offrait une pinte de bon sang plutôt tassée. - -Après tout le linge sale du ménage lavé en public, ce fut le tour du -linge propre d’être vendu à l’hôtel Drouot, défroques dont quelques -pièces avaient «un caractère fort suggestif, pantalons de dentelles à -entre-deux, chemises de soie à jour, etc.»[401]. Thérèse ne prévoyant -pas le très sommaire trousseau de la maison centrale, en vérité se -mettait bien. - -La vente eut un succès à la fois d’argent et de gaîté. Les enchères -furent poussées, les chemises se vendirent bien et les pantalons -se tinrent fermes. J’emprunte au _Journal des Débats_ ces détails -oubliés. Que tout cela semble déjà loin de nous: - -«L’on attendait avec impatience la mise aux enchères de la lingerie -et ce furent de francs éclats de rire, quand apparurent les chemises -et les pantalons. Tout le monde voulut voir et toucher ces reliques -intimes. Consciencieusement le commissaire étalait les dessous de -formes et de tailles diverses. - -«Notons quelques chiffres. Sept chemises en dentelles, 465 fr.; sept -matinées, 347 fr.; un pantalon, une chemise, 294 fr.; etc.»[402]. - -Ce fut pour Abel Faivre l’occasion d’un bien amusant croquis dans le -_Journal_. - -Toutefois, les pantalons sont, loin de fournir à la Préfecture de -Police (bureau des objets perdus), un contingent aussi considérable -que les corsets. Si en taxi, ces Cythères roulantes, «garnis» des -petites bourgeoises qu’effraient, à leurs débuts, l’hôtel et le sourire -obséquieux et sournois du garçon, ces dames retirent volontiers leur -corset, elles conservent pour l’ordinaire leur pantalon. Plus ou moins -froissé ou mis à mal, c’est toujours autant de sauvé. - -[Illustration] - -Pourtant, cela peut arriver de perdre son pantalon, même en plein -concours hippique—n’est-ce pas Nelly?[403]—voire sur le warf de Tanger -la bleue, sans que l’on puisse attribuer aux frères Manessmann ou au -champion de Mamers cette rupture de cordons, ou même à une première de -Romain Coolus au Théâtre Antoine. - -Deux faits divers; ils ont leur saveur: - -«Une jeune femme, sans rêve, sans passion, une bonne petite bourgeoise -d’épouse débarque à Tanger. A son premier pas un crac significatif -lui annonce une avarie (oh! Madame!) dans une partie de sa toilette, -et soudain sur ses bottines, son pantalon vient choir. Que faire? Le -remettre en plein warf, il ne fallait pas y songer. Marcher tout de -même? Cela risquait de devenir grotesque. D’un geste sec, la jeune -femme arracha la légère batiste et l’envoya par-dessus bord»[404]. - -Une façon de jeter son bonnet par-dessus les moulins à laquelle n’avait -certainement pas songé Mimi Pinson. - -Cela n’explique pas le mystère du Théâtre Antoine: il n’y avait pas -de pas au plafond, mais un pantalon de femme oublié aux fauteuils -d’orchestre. A quels tripatouillages, ô Caliban, avait donc donné lieu -la pièce nouvelle de Coolus? - -Sous la plume de Palémon, le _Figaro_ a gaîment conté ce menu fait de -la vie parisienne: - -«Un incident des plus singuliers et des plus inattendus a donné à la -première représentation de la nouvelle pièce de M. Romain Coolus, au -théâtre Antoine-Gémier, une note comique infiniment pittoresque, et -qui d’ailleurs n’a nui en rien à cette belle œuvre, puisque le fait se -produisit après le baisser du rideau. - -«Tandis que la salle se vidait lentement, un spectateur découvrit -devant un fauteuil d’orchestre un chiffon d’élégante lingerie finement -brodée, délicatement ajourée, un de ces vêtements légers qui semblent -se faire gloire d’être inutiles. Un mouchoir? Non pas. Une écharpe? Pas -davantage. Une mantille? Point du tout. - -«C’était ... il me faudrait pour nommer ce coquet accessoire de -l’ajustement féminin les ressources du lyrisme le plus discret et de -la poésie la plus intime... c’était... ce vêtement auquel l’un des -plus célèbres personnages de la comédie italienne a donné son nom... -c’était... mon Dieu, il faut bien l’appeler par son nom... c’était un -pantalon. - -«Ce fut dans la salle un immense éclat de rire et tous les spectateurs -qui venaient d’être violemment émus par les belles situations de -_Cœur à cœur_ connurent là quelques instants de gaieté folle... -irrésistible... - -«D’où venait ce sournois, cet imprévu, cet incroyable pantalon? comment -était-il là? quelle main irrévérencieuse ou maladroite l’avait jeté -à cette place? Distraction? fumisterie? On ne sait... ne le saura -jamais. Il y a ainsi de petits mystères qui ne seront jamais éclaircis. -Celui-ci est parmi les plus irritants. Les ouvreuses interrogées ne -purent donner aucun renseignement; ce genre d’objets ne relève point de -leur vestiaire. - -«Je sais bien que Béranger, considérant le pantalon comme l’un des -signes du développement de l’esprit républicain en France, s’écriait au -lendemain d’un événement réactionnaire: - - Les anciens préjugés renaissent, - On va quitter les pantalons. - -«Mais il ne semble point que ces deux vers d’une médiocre envolée, -puissent ici trouver leur application. - -—Et dire, soupirait un spectateur, qu’elles ne veulent pas retirer leur -chapeau!»[405] - -Un bouton, sans doute, qui avait sauté ou un cordon qui avait -craqué,... à moins que la défaillance due à une émotion trop vive, -ait fait craindre à une pauvre dame de s’enrhumer, si elle conservait -sur elle le témoin bon à tordre, ou plutôt la victime, d’un oubli de -quelques secondes. - -Dans un cas comme dans l’autre, il faut admirer l’adresse et les ruses -dont on avait su user une femme pour dépêtre, en pleine salle de -théâtre, ses jambes de l’importune lingerie et la retirer. - -Mauvais présage d’autre part, pour une jeune mariée de sentir, le -jour de la cérémonie, craquer son pantalon, en montant les marches -de l’église. Le ménage est appelé à craquer, lui aussi. «Petite -superstition française» a soin d’ajouter Maurice Donnay, dont _Le -retour de Jérusalem_ nous a révélé ce détail de mœurs assez ignoré—des -hommes, tout au moins: - -—J’ai une amie, le jour de son mariage également, en montant les -marches de la Trinité, son pantalon a craqué. Elle s’est dit: Ça y est, -je tromperai mon mari.[406] - -Non moins mauvais pour une pauvre petite femme venue dans un ministère -pour y appuyer le Mérite Agricole ou les Palmes de son époux, -d’oublier dans le cabinet du chef du bureau compétent, son pantalon que -l’examen attentif des titres du candidat lui aura pu faire retirer. Les -hommes sont si mufles que, quelques jours plus tard, le mari pourra le -recevoir avec, épinglés, la carte du bureaucrate et un compliment de sa -façon. - -Il n’en faut pas plus pour jeter le trouble dans un ménage parfaitement -uni: les hommes comprennent si rarement le dévouement de l’épouse. - -Il vaut mieux qu’il soit perdu tout à fait en voyage de noces. La jeune -femme n’en est pas à cela près, puis cela a si peu d’importance au -milieu des roucoulements de la première semaine. - -Après un long arrêt qu’ils ont mis à profit pour dîner en cabinet -particulier, les tourtereaux sont remontés en wagon. Monsieur semble -fatigué, presque triste, et Madame est encore très rouge. Le train -vient de repartir. (Auteur du scénario: Auguste Germain): - -M. OMER (_très tendre_).—Cette fois, j’espère que tu n’as rien oublié? - -ALEXANDRINE.—Oh! non! - -M. OMER.—Tu n’avais plus rien à perdre, d’ailleurs. - -ALEXANDRINE.—Oui. - -M. OMER.—Tes cartons à chapeaux sont à Paris; ton sac, ton ombrelle et -ton parapluie à Chartres. Notre voyage se finira tranquillement. - -ALEXANDRINE.—Oui. - -_Mais tout à coup elle s’agite, blêmit, ses yeux deviennent hagards, -ses mains tremblent._ - -M. OMER.—Qu’est-ce que tu as? - -ALEXANDRINE.—Dans le restaurant, à Saintes. - -M. OMER.—Quoi? - -ALEXANDRINE.—J’ai oublié mon pantalon[407]. - -[Illustration] - - - - -A TRAVERS LE ROMAN CONTEMPORAIN - - -_Les maîtres de l’archet subtil et titillant dans l’art de bien exciter -et bien dire._ - - JEAN LORRAIN. - -[Illustration] - - -A TRAVERS LE ROMAN CONTEMPORAIN - - -Le coude sur la longue planche où elle repassait, il considérait -avidement toutes ses affaires de femmes étalées autour de lui, les -jupons de basin, les fichus, les collerettes, et les pantalons à -coulisses, vastes de hanches et qui se rétrécissaient par le bas»[408]. - -Cette vision des pantalons d’Emma Bovary et la délectation morose du -petit Justin devant ces intimités féminines tout à coup révélées à sa -jeune curiosité, semblent, après _la Pucelle de Belleville_ et _le -Confessionnal des Jésuites_, constituer les débuts du pantalon dans le -roman contemporain. - -Depuis, on en a abondamment usé, abusé même. - -Accessoires nécessaires des déshabillages prévus, «difforme pantalon -blanc» ou «pantalons hospitaliers»[409], parfois il a fourni prétexte à -nouvelles, sinon à roman. - -Trois nouvelles de Carolus Brio lui sont consacrées: _Flagrant -délit_,[410], _Leurs sales bicyclettes_,[411] et _Le pantalon de -Luce_[412]. - -L’excellent sociétaire de la Comédie-Française M. Maurice de Féraudy a -fait jouer _le Pantalon de la Baronne_ et quelle place n’occupe-t-il -pas dans l’œuvre diverse et documentée autant que pimentée de Willy? - -Que Suzette remette le sien dans le décor connu du home de la rue -de Courcelles, la «frissonnière» de Maugis, dont tant ont fait -volontiers leur «petit home», ou que, chez la Triple Veuve, elle le -retire, déchiré et tombé dans ses jambes, elle aura eu le temps dans -l’intervalle, de chercher à «lâcher» l’obèse, chauve, libidineux et -spirituel philosophe[413]. - -Willy en est un, à sa manière, et entre le pantalon dont on noue les -cordons et celui que l’on quitte, il y a bien place pour une tranche de -vie. - -Avec _le Pantalon de Mme Desnou_, d’Henri Beauclair, c’est le roman -à la fois bourgeois et ancillaire, toute la lyre! Enfin, la Jeanne -d’Adoré Floupette a sur d’autres la supériorité d’avouer et même de -démontrer péremptoirement au tribunal qu’elle porte sous ses jupes le -pantalon de la notairesse[414]. - -Il n’en était pas de même à Solignac (Haute-Vienne) dont la chasse et -mon homonyme l’antiquaire Dufay ont révélé à beaucoup l’existence. -En présence des dénégations de la délinquante, une des servantes de -l’auberge, la mère de la plaignante, se vit élever par le brigadier de -gendarmerie—sans pitié, mais non sans pudeur—à la dignité de matrone et -dut faire sous les jupes de la fille les recherches qui amenèrent la -découverte de la flanelle populacière et peu close de sa progéniture. - -Quand on n’est pas couvert par l’autorité de ce corps d’élite, c’est -une plaisanterie assez risquée de vouloir, avec nos humoristes -nationaux, constater à un dîner de noces, si la mariée a ou n’a pas un -pantalon.[415] - -Mieux valent—hantise des dessous—les «souvenirs» ou «visions» du -_Gaga_, par lui crayonnés à foison: «corsets», «pantalons blancs», -«chemises même»[416]. Ce sont des petits jeux qui ne font de mal à -personne, en attendant que la paralysie générale y mette un terme. - -Cette hantise, pas un de nos romanciers ne semble y échapper. - -Afféteries poudrerizées, réalisme brutal, élégances perverses, -cantharides et piments, fruits verts ou déjà presque blets, c’est, -blanche et rose, ou bleue, la chanson des dessous; «ce sont les secrets -des dames» non plus «défendus à révéler», mais que l’on se fait gloire -d’étaler abondamment aux yeux. - -L’auteur y prend autant de plaisir que le lecteur. Avec la machine à -écrire, on n’a pas à tenir le papier: on peut écrire d’une main. - -Certes, dans ce dialogue à la manière de Droz et dans le ton de la _Vie -Parisienne_, on ne prévoit guère les puissantes hardiesses du _Mâle_ et -du _Happe-Chair_. Camille Lemonnier, alors à ses débuts, signa pourtant -ce tableautin et rien n’est plus convenable. La scène se passe entre -mari et femme, les amusements tolérés des oarystis, les bagatelles de -l’alcôve: - -«Ma femme (_riant_).—Devant! Tu as des idées vraiment... Devant! tu -n’y penses pas, on aurait l’air... Tiens, prends mes jupons... mais -certainement l’air... Attends: je vais te passer mes pantalons... Ah, -mon Dieu! voilà ma jambe qui ne veut pas sortir... (_Elle me jette ses -pantalons_) Enfin! Attrape![417]» - -Bien bourgeois, bien honnête, bien Second Empire, ce déshabillage, ce -devait être du madapolam et nous n’en sommes pas encore aux pantalons -de _Mme Lupar_, ces «pantalons de transparente batiste, une ondée -laiteuse, qui coulait par-dessus le rose des cuisses jusqu’à l’agrafe -d’or de la jarretière»[418]. - -D’Ernest Leblanc, le causeur charmant, si plein d’anecdotes et de -souvenirs, ce joli déshabillé nuptial dans sa _Dépravée_. - -«Elle enleva complètement le corsage, tandis que le murmure de la -soie accompagnait chaque mouvement de ses bras renversés. Et elle -apparut droite, la poitrine en avant, avec ses bras nus et ses épaules -superbes qu’encadraient, un peu bas, les fantaisies capricieuses et -transparentes de la Valenciennes. - -«Puis ce fut le tour des jupes. Il y eut un grand froufrou. Gaëtan -ferma à demi les yeux et détourna la tête. Décidément, l’idole allait -apparaître. - -«A peine eût-il repris courage qu’il se retourna vers elle. Il crut à -quelque transfiguration. - -«Du flot des jupes entassées émergeait, avec mille ondulations -charmantes, une sorte de jeune garçon, un peu replet d’ici et là, dont -le costume ressemblait à ses costumes d’été lorsqu’il était enfant et -qu’il portait des pantalons brodés. Il n’osait plus lever les yeux. Il -était embarrassé. Il se sentait rougir»[419]. - -L’élégance du pantalon s’est affirmée et affinée en effet. Foin du -madapolam, des jambes droites et des trois plis bêtes: c’est, au -lendemain d’un bal, traînant sur le tapis, la batiste chiffonnée et -froissée, «avec sa multitude de volants serrés par les rubans étroits -en soie mauve qui se festonnent dans sa longueur»[420]. - -Si cette batiste contient des microbes, elle conserve plus encore des -parfums, «corrompus, riches et triomphants». L’atmosphère est tiède et -irritante, une odeur forte de blonde à laquelle les muscs des dessous -mêlent leur gamme, y persiste et monte à la tête. Il y a de quoi -vraiment troubler la virilité d’un adolescent. - -«Mme Brière ajouta après une courte hésitation: - -—Tu peux entrer. - -«Louis poussa la porte; et sitôt dans la chambre, dont les deux -fenêtres étaient fermées ainsi que la porte qui communiquait au dortoir -des garçons, il fut pris au cervelet par l’odeur de femelle qui se -concentrait dans la pièce ainsi hermétiquement close. Une odeur âpre -de blonde, aiguisée du mélange des parfums irritants dont Gabrielle, -depuis quelques semaines, aromatisait ses dessous. Et ces dessous -faisaient des tas pêle-mêle; les bas par ci à côté de la chemise qui -affaissait son rond blanc sur le parquet, très chiffonnée de mille -petits plis fins et mouillée sous les bras, avec un recroquevillement -de la dentelle, sur laquelle la robe avait déteint en plusieurs -couleurs; la jupe par là, avec les jupons au centre encore à moitié -ballonnés, et le pantalon dégonflé aplatissant ses jambes fripées»[421]. - -Cette page de Trézenik est d’une bonne écriture naturaliste. -L’observation est exacte et ne fait grâce d’aucun détail, pas -même l’arc-en-ciel laissé sur la chemise par l’humidité alcaline -des aisselles. Mais, Huysmans, qui ne songeait guère alors à la -_Cathédrale_, n’a-t-il pas consacré au «Gousset» un véritable poème en -prose[422]? - -Chez Maizeroy, la phrase elle-même semble devenir une caresse. -Romancier des amants, comme nul autre, il sait peindre leurs jalousies -et leurs angoisses. Il sait le pouvoir de ce linge qu’a porté la -bien-aimée, il en sait le pouvoir, comme il en dit l’élégance: - -«Au travers du lit, sur la courte-pointe d’un vieux rose éteint, se -détache tout chiffonné le pantalon de batiste qu’elle a porté, si -léger, si court avec des flots de valenciennes, des fanfreluches de -ruban, un de ces pantalons qui ne dépassent pas les jarretières de -dentelles, qui affolent un amant mieux que l’étal impudique de la -nudité»[423]. - -Et l’amant se jette sur ces voiles abandonnés, les déplie et les -inspecte, cherche à y retrouver le parfum qui l’affole et à leur -arracher l’aveu de la faute: - -«Je me suis jeté sur le pantalon, sur la chemise avec des mains raidies -qui vacillaient, je les ai dépliés, je les ai respirés, j’ai cherché -dans leurs dentelles, dans leurs radieuses blancheurs une déchirure, -le griffonnement des doigts qui s’accrochent, une tache, un indice qui -atteste la faute plus qu’un aveu»[424]. - -Ou c’est, dans _P’tit Mi_, au milieu des greniers de la préfecture, -la silhouette dont on a abusé du «gamin effronté et vicieux». C’était -gentil aux environs de 1889, lorsque les vers de M. Jean Rameau -portaient encore sur les belles dames que le snobisme faisait monter -au _Chat Noir_ et feindre de s’intéresser à la chose littéraire. -Aujourd’hui, il semble terriblement vieux et rococo le gamin -vicieux—pourquoi pas les pantalons de clergyman de Mme Dieulafoy? M. -Henri Bordeaux lui-même n’oserait pas l’employer, si sa belle âme -daignait s’abaisser à de pareils tableaux et il n’est échappée de -couvent qui vous en fasse grâce avant de consentir à le retirer. - -«C’était autour de ce corps souple et onduleux dont la grâce féline, -les contours indécis d’une affolante sensualité eussent ravi quelque -artiste décadent, la tombée successive du peignoir, du corset délacé, -des pantalons fanfreluchés qui, un instant, lui donnaient l’air d’un -gamin effronté et vicieux»[425]. - -C’est encore Minne, grande et mariée, conservant, dans ses essais -d’adultère, à la poursuite d’un frisson lent à venir, ses dessous -simples et démodés de pensionnaire: - -«Il voyait Minne en pantalon, et qui continuait son déshabillage -tranquille. Pas assez de croupe pour évoquer la p’tite femme de -Willette, pas assez de mollet non plus. Une pensionnaire fourvoyée, -plutôt, à cause de la simplicité des gestes, de la raideur élégante, -et aussi à cause du pantalon à jarretière qui méprisait la mode, -pantalon étroit qui précisait le genou sec et fin»[426]. - -Le décor change, mais Minne reste la même. Avec son impudeur ingénue -et tranquille, elle se déshabille, offrant à Maugis, soudain devenu -paternel, le royal provin de sa chair jeune et souple[427]. - -C’est aussi Flory Bruno, la fine diseuse, se rhabillant dans sa loge, -devant son gigolo Georges Bonnard, sans se soucier de ce que la fente -de ses culottes bâille peut-être plus qu’il ne convient: - -«Bien qu’elle n’eût encore revêtu ni jupon, ni jupe, ni corsage, -et qu’un petit bout de chemise s’évadât par la fente de son -pantalon, Flory, la tête redressée, le bras tendu, les sourcils -froncés, rayonnait d’une telle autorité que Georges, docilement, -répondit...»[428]. - -Ah, l’amour! - -Non, vraiment, on ne peut pas reprocher à Willy d’être égoïste. Il -nous fait assister avec une bonne grâce charmante aux déshabillages -de ses héroïnes. Rézi se rhabille aussi vite qu’elle se dévêt, que ce -soit bien pour Renaud ou pour Claudine. Ses gestes sont exempts de tout -embarras: - -«Ah! je savais bien Rézi est là, elle est là, pardi, qui se rhabille -... En corset, en pantalon, son jupon de linon et de dentelle sur le -bras, le chapeau sur la tête, comme pour moi»[429]. - -Pauvre gobette, elle avait joué avec le feu, et ignorait cette -confession d’une jolie femme à qui ces fantaisies n’étaient pas tout à -fait inconnues: - -—Moi, c’est curieux,... après... c’est toujours du mari que j’ai envie! - -Il n’est jusqu’à Claudine elle-même qui n’apparaisse en pantalon et, -devant «cette petite en pantalon», son grand mari de voir rose: - -—... Faites donc comme si vous étiez mon amant. - -«Mon Dieu, il me prend au mot! Parce que je viens de relever, d’un -pied leste, mon jupon de soie mauve tombé à terre, mon grand mari se -mobilise, féru de la double Claudine réfléchie dans la glace. - -—Otez-vous de là, Renaud! Ce Monsieur en habit noir, cette petite -en pantalon, fi! Ça fait Marcel Prévost dans ses chapitres du grand -libertinage[430]. - -Et ce qu’il prête, le misérable, avec ses dentelles et la complicité de -sa fente, aux jeux,—pas si vilains que prétend le proverbe—de la main -et du hasard. - -C’est un peu au bois de la Gruerie que nous entraîne Jean Reibrach et -je suis convaincu qu’il y aurait fait bonne besogne à la tête de sa -compagnie: - -«Elle riait, montrant, les deux pieds réunis dans des mules de satin, -avec, au-dessus, des bas de soie rose. - -—Ah! ça c’est gentil, dit Martiny. - -«Sur le mollet une flèche noire, s’élançait perdue sous la broderie du -peignoir. Martiny s’approcha. Sisine laissa tomber le peignoir, les -jambes vite ramassées sous le canapé... Puis elle avoua que Vermelin -faisait bien les choses. Elle alla à l’armoire à glace, montra des -chemises, des pantalons. Un moment elle s’attarda, cherchant un -pantalon de satin crême, le plus joli, pour lui faire voir; et tout à -coup, elle parut se rappeler, éclata de rire: - -—Suis-je bête? Je l’ai sur moi. - -—Ça ne fait rien! dit Martiny, montrez tout de même! - -«Elle se tordit de rire, devenue rose, refusant obstinément. - -«Martiny, après une taquinerie sans but n’insista pas. De nouveau, il -se déclara vanné, bâilla, puis se levant: - -—Au revoir! Je vais faire un somme. - -—Déjà! - -«Elle l’accompagna jusqu’à la porte, lentement, attardée dans -l’entrebâillement. Comme il descendait, elle le rappela: - -—Écoutez! - -—Quoi? - -—Venez voir mon pantalon. - -—Ah! je veux bien. - -«Tous deux rentrèrent: - -—Vous ne me toucherez pas, par exemple! Je vais vous montrer la -dentelle. Asseyez-vous là! Soyez sage! - -«Pourtant elle ne montrait rien, l’air craintif, tout à coup enfermée -dans une pudeur. Il dut insister, finit par soulever le peignoir: - -—Voyons! Je n’y toucherai pas! Rien que la dentelle! - -«Comme il approchait la main, elle prit un air de bouderie, se ramassa -sur elle-même. Non, elle ne voulait pas; il n’était pas gentil; pas de -ces choses-là. - -—Mais je ne vous touche pas, se récria Martiny. - -«Il pesa sur son épaule légèrement pour lui faire lever la tête; alors -comme si elle cédait à une violence, elle se laissa aller en arrière, -se renversa sur le canapé, les bras sur le visage: - -—Oh! non, geignait-elle; c’est mal! c’est très mal! Si Vermelin le -savait! - -—S’il savait quoi? Oh! non, ça vous pouvez être tranquille. La femme -d’un camarade, jamais! - -«Sisine rouvrit les yeux, abasourdie. Son imagination avait trotté; et -elle le trouva debout, l’air très calme. D’un bond, elle se releva, -hors d’elle: - -—Alors qu’est-ce que vous faites à me renverser là-dessus? Vous -mériteriez que je le dise à Vermelin. Comme si vous n’aviez pas assez -de vos saloperies de femmes![431] - -En attendant les jeux de mains meilleurs promis par la bienfaisante -Anarchie, «Déesse aux yeux si doux», cela s’appelle l’_Occasion -manquée_ et ne se pardonne guère. - -La femme ne prévoit pas en général ces pannes d’allumage, aussi -tient-elle à conserver le souvenir des dessous qu’elle avait pour un -premier adultère, du pantalon principalement, ce parvis du temple, -condamné souvent au rôle de témoin, quand il n’est pas la première -victime d’un sacrifice parfois trop hâtif. - -«Notons bien, pour me le rappeler plus tard, quelle était la toilette -de mon adultère: - -«Ma simple petite robe de drap vert... parce que le corsage en est -divinement réussi... et des dessous à m’en émotionner moi-même, une -mousse de dentelles embaumées! Je m’amusai à me regarder longtemps -dans ma glace, en simple pantalon, avant de passer le reste, et ceux -qui disent qu’une femme n’est pas charmante en pantalon sont des -imbéciles... Je les invite à venir se rendre compte! Pauvre petit -pantalon!... léger, léger, tout court, presque tout en dentelles, avec -ses hautes échancrures liées par trois flots de ruban, pauvre petit -pantalon si joli... il est tout déchiré maintenant»[432]. - -Sans arriver à ces accidents suprêmes, l’amusante Floche du _Voluptueux -Voyage_, nous initie à l’économie de ses lingeries les plus intimes, -de ses genoux et de son carnet de blanchissage: - -«Quelles pensées avaient pu absorber la comtesse Floche? Elle, si -causante d’ordinaire, regardait devant elle d’un air préoccupé. Elle -songeait à ses malles, à son linge, à son blanchissage sans doute, car -son premier mot, en sortant, fut: - -—Mon pauvre pantalon! Je le sens chiffonné, poussiéreux... Pourtant -je n’ai pas à me plaindre. Il faut vraiment venir à Venise pour ses -dessous. Imaginez qu’ici mon pantalon de huit jours est propre! A -Paris, je suis obligée d’en changer deux fois par semaine pour le -moins, car, comme je les porte fermés et que je suis cagneuse, c’est -tout noir entre les genoux»[433]. - -Peut-être ne saisira-t-on pas très bien pourquoi, fermés, ils se -salissent davantage entre les genoux? Enfin... Une Bruxelloise -faisait, d’ailleurs, un jour, devant moi, le même reproche aux -pantalons ouverts; à Paris, les bords de la fente devenaient tout de -suite «noirs», tandis que, là-bas, chez elle, un pantalon lui faisait -facilement huit jours. - -Non plus un _Voluptueux Voyage_, mais un départ précipité, celui de -l’institutrice Irma—les voilà bien les progrès de l’instruction -primaire!—à qui la posture fâcheuse dans laquelle elle s’est laissée -surprendre avec le vicaire du lieu, a rendu la situation impossible -dans le patelin où elle étalait ces élégances: - -«Les armoires dénudées bâillaient mélancoliquement, éventrées d’un tas -de nippes qui s’éparpillaient sur le parquet: des bas roulés en poings, -des pantalons comme des cuisses aplaties aux hanches bouffantes, des -taies d’oreiller, des carrés de mouchoirs...»[434] - -Hélas! que sont les cuisses de ces pantalons, quand, par leur finesse -même, ils exagèrent ces redoutables amoncellements de chairs, -l’arrière-train des dames trop mûres. - -Jean Lorrain, dont l’observation était exacte et cruelle, a tracé cette -silhouette de _Mme Monpalou_ en corset et en pantalon. C’est plutôt un -épouvantail: - -«La scène se passait dans une grande chambre au premier de l’hôtel des -Trois-Fontaines. Madame Monpalou l’arpentait à grands pas, les épaules -nues, en pantalon et en corset; sa formidable croupe ballonnant sous la -batiste d’une lingerie de luxe, sa forte taille embastionnée dans un -«Léoty» de satin ponceau de la même nuance que la chair de ses joues, -de sa poitrine et de ses bras»[435]. - -Le musée des horreurs! Aussi conçoit-on l’effroi d’un brave bourgeois -de Pont-sur-Yonne à voir les charmes blets de son épouse arborer ces -coûteuses et voyantes lingeries: - -—Comment!... sa femme faisait faire pour deux mille francs de pantalons -et autres balançoires?... C’était raide!...[436] - -Des fantaisistes ont, je le sais—ces êtres-là sont adorables—chanté le -los de la grosse dame en pantalon, et ce qui est pis, en pantalon de -flanelle. Le paradoxe est amusant et mérite d’être reproduit: - -—Oh! me disait un jour un de ces sincères amis du beau, quel -inoubliable moment que celui où l’un après l’autre, sont tombés les -voiles! Ses bras énormes avaient un air bon enfant sous la chemise de -toile commune. Elle négligeait ces recherches des femmes habituées -aux aventures. Tout chez elle était naturel et sincère, jusqu’aux -vêtements de dessous. Sous le genou de tendres jarretières bleues à -boucles d’acier les plus larges qu’ait jamais vendues le magasin de -Pygmalion, faisaient pour ne pas éclater un effort désespéré. Enfin, -quand enveloppé dans le pantalon de flanelle rouge, m’apparut l’énorme -développement de ses formes, ce fut une vision de poète oriental!»[437] - -L’esprit excuse tout et _la Vie Parisienne_ en a assez pour qu’on -ait tôt fait de lui pardonner cet étrange plaidoyer; mais, éloignez -de nous, Seigneur, ce calice et chassez loin aussi l’ombre falote de -Mme Péruwels, la «chaleureuse Belge» de l’Hôtel de Fontenoy et ce -«truculent pantalon de flanelle rouge qu’elle porte du 15 octobre au 20 -mars, jour du marronnier». - -L’excellente femme aime à le «dévoiler comme par hasard», le matin, -dans la chambre de ses locataires: «Ça la débarbouille...»[438] Elle -n’est point notre hôtesse et nous n’avons souci de ses ablutions, si -intimes soient-elles. - -Les romanciers étrangers, dans le Nord s’entend, où l’usage du pantalon -est constant, n’ont pas plus que les nôtres, échappé à la contagion et -ont eu soin d’en faire porter à leurs héroïnes. - -Dans sa douloureuse autobiographie, _le Plaidoyer d’un fou_, Strindberg -a peint, lui aussi, un départ, un départ qui est en même temps une -rupture et une femme ne rompt pas sans compter et emporter son linge: - -«Dans le salon tout annonce la dissolution du ménage. Du linge traîne -sur les meubles, des robes, des jupons, des habits. Sur le piano, là -j’aperçois des chemisettes à entre-deux que je connais si bien. Sur le -bureau s’élève toute une pile de pantalons de femmes et des bas, mon -rêve de naguère, mon dégoût d’aujourd’hui. Elle va et vient, remuant, -pliant, comptant, sans vergogne, sans honte. - -—Est-ce moi qui l’ai en si peu de temps corrompue? me dis-je en -contemplant cette exhibition des dessous d’une femme honnête. - -«Elle examine les hardes et met de côté ce qui peut encore aller au -raccommodage. Elle prend un pantalon dont les cordons sont arrachés et -le pose à part. Tout cela avec un calme parfait.»[439] - -Au cours d’une nouvelle de Peter Nansen, _Marie_, dont M. Gaudard -de Vinci, a publié la traduction dans la _Revue Blanche_, c’est un -déshabillage et sa psychologie. J’en détache ces lignes: - -«Les rubans se dénouent et se dégrafent des agrafes, les jupons -glissent et le corset sur le plancher. D’où vient cette gentille -personne en pantalons se blottir sur ma poitrine. - -«Qu’elle est petite en petit garçon, la grande jeune fille de tout à -l’heure»[440]. - -Le «petit garçon» n’est pas tout à fait un inconnu, toutefois, il -marque moins que le «gamin vicieux» et il faut savoir gré à M. Peter -Nansen de nous avoir évité cette redite. - -Encore que le pantalon lui soit à la fois un objet d’horreur et -d’envie, il n’est jusqu’à Armand Silvestre qui ne lui ait consacré une -nouvelle entière: _le Pantalon d’Héloïse_. - -Puis, c’est, à la garden-party offerte par Mme Hackel-Cadosch, -l’accident qui, sous ses jupes, embarrasse fort Suzanne de Lizery et -auquel l’infortunée cherchait à remédier, lorsque survinrent le fâcheux -Napoléon-Démosthène et Rebecca elle-même. - -—Oh! mon vieux Maugis, soupira Mme de Lizery... Ne vous moquez pas -de moi... Il m’arrive la plus terrible chose qui puisse arriver à une -femme, surtout dans le costume que je porte. - -—Le plus grand malheur qui puisse arriver à une femme?... Vous perdez -votre pantalon? dit Maugis avec une sombre certitude. - -—Vous l’avez dit! Que faire, mon Dieu... je ne puis pourtant pas le -laisser glisser et s’abattre à mes pieds... - -— C’est bien dommage... Mais ne nous frappons pas, Suzette! Nous voici -près du perron. Franchissez-le et gagnez le cabinet de toilette de Mme -Hackel-Cadosch... Courez, patinez-vous! Kouropatkinez-vous même... je -couvrirai votre retraite. - -«Mme de Lizery se hâta de suivre ce sage conseil. Quand elle parvint -dans le cabinet de toilette il était temps... ou plutôt il n’était plus -temps. Malgré tous les efforts qu’elle faisait pour la maintenir à deux -mains à travers sa robe, l’enveloppe intime, où tenait le bonheur de -quelques aimables gentlemen, glissa le long de ses jambes et tomba sur -ses bottines blanches. - -«Les chevilles empêtrées dans cette entrave de dentelles, Suzette -s’activait à la recherche des indispensables épingles, tout en -maugréant contre la trahison de ses dessous...»[441] - -[Illustration] - - - - -[Illustration] - - - - -CES DEMOISELLES DE LA DANSE - - -_L’introduction du pantalon dans la toilette féminine a révolutionné la -chorégraphie parisienne._ - - BERTALL. - - -[Illustration] - - -CES DEMOISELLES DE LA DANSE - - -Viens au bal ce soir? Qu’est-ce qui te manque? - -—Un pantalon[442]. - -Mais le temps des débardeurs est passé et le bal Gavarni que donna le -Moulin-Rouge ne l’a pas fait revenir. - -Le manque de pantalon ne saurait donc être pour beaucoup un empêchement -d’aller au bal, ni même d’y lever la jambe, si elles l’ont agile. - -D’ailleurs, à quoi serviraient sans cela _le Père la Pudeur_—le vrai, -ou mieux ses successeurs—et les gardes municipaux. - -C’est leur principale raison d’être dans les bals que l’Europe -encombre, si elle ne les envie pas. C’est peut-être la seule. - -Il s’agit bien entendu des bals où règne le chahut. Dans les autres, -la garde ne veille pas aux barrières des jupons des danseuses. Le -pantalon peut également y paraître utile en cas de chute, mais il n’est -nullement indispensable, et femmes honnêtes, grues, midinettes ou -gigolettes, son absence n’empêchera aucune d’entre elles de bostonner -une valse, ou plus prosaïquement d’«en suer une», si le cœur ou -l’occasion lui en disent. - -Quant à ce qu’il fut jadis convenu d’appeler le quadrille naturaliste, -le pantalon est pour celles que guette ce genre d’épilepsie, un -accessoire obligatoire. La prudence et la pudeur en conseillent -l’usage; la préfecture de police l’ordonne. - -Cette prescription draconnienne semble relativement récente. Le -pantalon n’était pas encore entré dans les mœurs aux beaux temps de la -Chaumière et de la Closerie des Lilas: on n’aurait donc su exiger des -célébrités de ces deux temples de se montrer plus royalistes qu’on ne -l’était généralement aux Tuileries. - -La plupart de ces dames n’avaient pas de pantalon et n’en levaient pas -moins la jambe. La pudeur pouvait ne pas y gagner, mais la grâce de -la danse y gagnait certainement: le chahut était alors une danse gaie, -chacune cherchait à s’amuser et donnait libre cours à sa fantaisie. Ce -n’était pas cet exercice à la prussienne, semblant commandé au sifflet, -où le grand écart lui-même semble appartenir au maniement d’armes et où -il s’agit de montrer le plus possible de blancheurs parfois douteuses. - -Il en fut longtemps ainsi à Bullier. En dehors de quelques tristes -professionnelles, auxquelles faisait pour l’ordinaire vis-à-vis un -homme déjà vieux, que des générations successives avaient baptisé «mon -oncle», avant que cette appellation fut devenue la propriété exclusive -de Francisque Sarcey, l’oncle incarné, le pantalon des danseuses, quand -elles en avaient, était un pantalon de ville, comme on le peut croire, -nullement clos. D’autres n’en avaient pas du tout. - -Aussi, quand on errait aux alentours d’un quadrille, alors que -l’orchestre en attaquait les premières notes, pouvait-on entendre de -ces phrases: - -—J’peux pas: j’ai pas d’pantalon! - -Ou, plus explicitement: - -—Non, j’peux pas: j’ai un pantalon ouvert! - -Au fond, ce n’était pas une raison. Les timides se rassuraient et les -hésitantes ne tardaient guère à se décider. Le cercle n’en était que -plus serré autour des délinquantes dont le pantalon brillait par son -absence ou dont la fente bâillait par trop. Étudiants à peine inscrits -aux cours de première année, boutiquiers des environs venus là, pour -voir, avec leurs épouses, provinciaux et étrangers, c’était un genre -très particulier de badauds. Nul ne songeait à s’indigner, des rires -s’élevaient et des faces se congestionnaient: une blonde venait de -laisser apercevoir que la chanson ne mentait qu’à moitié. - -Après avoir montré en gigotant, «troussée jusqu’au ventre,.... sous le -blanc madapolam de ses culottes», le nu de ses cuisses, une d’entre -elles éprouvait parfois le besoin de remettre un peu d’ordre dans -l’économie de ses dessous, et c’était, en un coin, ce tableau entrevu -par Huysmans à la Brasserie européenne: - -«A l’écart, Ninie rattachait avec des épingles son pantalon dont la -fente bâillait, et de larges plaques de sueur couraient sous ses -dessous de bras et gagnaient la gorge»[443]. - -Temps heureux! âge d’or des pas de caractère et des cavaliers seuls -hasardés. Les pantalons d’Alice la Provençale, dont M. Grand-Carteret -a exhumé pour notre instruction, la longueur et la largeur,[444] -avaient vécu et ce n’était pas encore la tapageuse lingerie, que la -Goulue aimait à dépouiller, quand elle le pouvait faire et qui, à -Tabarin, constitue le grand équipement de ces dames. - -«A Bullier, le prix de la danse c’est le plaisir; danse qui veut, et -qui s’estime à ce compte assez payé. Il s’en suit que les danseuses ont -de pauvres dessous; misère que les audacieuses cachent en supprimant -les dessous tout à fait»[445]. - -Il en était sensiblement de même dans les bals de Montmartre. De jolies -filles se contentaient—cela se faisait encore naguère au Moulin—de -ramasser et de ramener leurs jupes entre leurs cuisses, pour apporter -ainsi, lorsqu’elles levaient la jambe, un complément à l’insuffisance -de leurs culottes. - -C’est alors qu’intervenait, parfois, l’épingle traîtresse, l’épingle -fixant à la ceinture le bas des jupes. Mais, il est des confidents -trompeurs, et c’est au moment où elle aurait dû tenir le mieux, que -l’épingle se détachait, donnant à la galerie une vision de nu, à faire -rêver toute une classe de rhétoriciens. - -Une des habituées de l’ancienne Reine Blanche,—de Castille, non!—Nini -la belle-en-cuisses, dut même à cet accident le surnom sous lequel elle -était connue. - -Charles Virmaître, que l’on pille souvent et que l’on cite rarement, a -raconté tout au long l’aventure. Le mieux est de la lui emprunter: - -«Une des filles les plus en réputation de _la Reine Blanche_ était -Nini, la belle-en-cuisses; elle n’avait pas de rivale pour marcher sur -les mains. Quoique pas républicaine, elle était sans culottes; aussi, -pour ne pas offenser la pudeur du municipal, chargé nonobstant de faire -respecter la morale, elle ramassait ses jupons entre ses jambes, les -fixait à la ceinture avec une épingle, et en avant deux. - -«Un soir, les jupons, mal attachés, tombèrent; elle ne s’en aperçut -pas et fit la culbute. Oh!... le municipal, qui n’en perdit pas une -bouchée, ne put s’empêcher de crier:—N... de D... les belles cuisses! - -«Le nom lui resta»[446]. - -Comme pour les bourgeoises du temps, c’était presque, pour une -danseuse, se faire remarquer, que d’avoir un pantalon. Thomas -Graindorge,—le futur académicien M. Taine—entraîné par ses amusantes -_Notes sur Paris_ dans un bal public, croyait, quelques années plus -tard, utile de faire remarquer, à deux reprises, que Mlle Mariette, -l’étoile du lieu, portait ce qu’il appelait des caleçons: - -«Teint bistré, une grosse taille, maigre pourtant, mais tout en -muscles... elle danse en relevant ses jupes à pleine poignée. -(J’ai déjà dit qu’elle avait des caleçons, mais j’ai besoin de le -redire)»[447]. - -Sans nous fixer sur ce point de doctrine, les Goncourt ont consacré une -jolie page à la notation d’un de ces bals. Elle complète heureusement -les impressions de Thomas Graindorge. - -«Contre l’orchestre s’est formé un quadrille, que de suite entoure -tout le monde, attiré par la vue de la seule jolie femme du bal, une -Juive, une jeune Hérodiade, une fleur de la perversion parisienne, -un merveilleux type de ces fillettes éhontées qui vendent du papier -à lettres dans les rues à la brume. Et pendant qu’elle levait toute -droite la jambe et que l’on voyait, un instant, à la hauteur des -têtes, une pointe de bottine recourbée et un bas de mollet dans un bas -rose, son danseur faisait apparaître, en un cancan forcené, toute la -crapulerie de la plèbe du dix-neuvième siècle»[448]. - -A cet «œil juif et cerné», à cette crapulerie, à ce cancan forcené, -vite opposons la merveille des yeux de Mlle Polaire et la grâce -troublante de sa danse. Ceci fera oublier cela. - -«Polaire, ça vous représente d’immenses yeux fous dans un teint d’épi -mûr, une taille invisible, des mollets dans un bouillonnement de -dentelles, de la poésie de café-concert ou de la prose de _Claudine à -Paris_. - -«Oui, par le caractère de sa beauté qui n’est qu’à elle et qu’elle -semble avoir inventée, cette petite femme symbolise toutes nos joies et -nos rosseries, nos langueurs, nos désirs, nos nostalgies même»[449]. - -Les danseuses du bal de Solférino, au camp de Châlons n’en -symbolisaient pas tant. Par contre, elles levaient volontiers la jambe -dans des quadrilles où elles avaient pour vis-à-vis la fine fleur de -nos cavaliers, et à défaut d’un «floconnement de dentelles», elles -laissaient apercevoir sous leurs jupes troussées les jambes unies et -longues de pantalons qui, pour se livrer à cet exercice, commençaient à -devenir obligatoires. - -Dans une de ses planches consacrées au camp de Châlons, le dessinateur -Randon a, en effet, relevé cet avis amusant: - - _Au Bal de Solférino_ - - Messieurs les cavaliers sont priés de ne pas fumer - en dansant et de moucheter leurs éperons. - - Les dames qui n’ont pas de pantalons sont priées de - ne pas lever la jambe plus haut que la ceinture[450]. - -Ne me sentant aucun goût pour la profession assez décriée d’expert en -écriture, je n’aurai garde de certifier l’authenticité de ce document, -me bornant à constater que, même en dehors du Bal de Solférino, le -pantalon entrait pour tout de bon dans les mœurs du camp de Châlons. -Tels que les représente Randon, ils n’étaient pas jolis, jolis..., mais -c’était la mode du jour. - -Les quadrilles auxquels ces dames prêtaient la folie de leurs jambes -devaient se ressentir de l’assurance que leur apportait la présence -d’un pantalon sous leurs jupes: un an plus tard, alors que l’exposition -de 1867 battait son plein, Bertall pouvait écrire avec justesse dans -la _Vie Parisienne_: - -«L’introduction du pantalon dans la toilette féminine a révolutionné -la chorégraphie parisienne; il y en a de toutes espèces: -brodés, soutachés, à guipures, à dentelles, ils n’ont jamais de -sous-pieds»[451]. - -N’exagérons rien: ils n’avaient plus de sous-pieds, ils en avaient eu. - -Voici donc la pudeur sauvegardée et le fâcheux délit d’outrage à la -morale publique évité. La danse est toutefois devenue plus osée, -bientôt les grincheux pourront se demander si ce vêtement protecteur -qui voile plus qu’il ne cache, n’a pas ajouté quelque chose à la -hardiesse des entrechats. Par ses dentelles, par sa transparence à -travers laquelle apparaît le rose de la chair, n’est-ce pas un nouveau -piment offert au palais blasé des curieux? - -Ces blancheurs apparues, si professionnellement soient-elles dévêtues, -attroupent, autour de la pastourelle, à laquelle se livrent, faisant -les petites folles, des femmes pas toujours jeunes, bien des regards, -que le pantalon et son contenu semblent plus intéresser que la danse -elle-même. - - Vrillant tous les yeux au défaut - De leur pantalon hermétique[452]. - -Chez ces voyeurs circulaires, il y a un peu de la Bretonne regardant -gambiller avec étonnement la _Môme Picrate_, et plus ardemment, ils -prévoient sans doute et attendent l’accident possible: - -—C’est-y possible de danser ainsi, si son linge venait à s’dachirer on -y voirait sa nature!»[453] - -Les septuagénaires auxquels sont, en principe, destinées ces -exhibitions, n’en demandent pas tant il est vrai. Beaucoup de linge et -un peu de chair leur suffisent. - -«Dans les classes inférieures, la femme exprime sa déférence envers -l’homme âgé en levant son pied à la hauteur de son œil. Ce geste est -généralement accompagné d’une exclamation ironique ou injurieuse: -mais le septuagénaire est enchanté. Si la scène se passe dans un bal -public, la police et la tradition veulent que la femme montre en -même temps des dessous multiples, beaucoup de fausses dentelles et -de madapolams sales. L’habitué du Moulin-Rouge ou du Casino de Paris -n’aime que l’élégance de la cuisse, et il distingue assez mal le linon -de la cotonnade: plus il y a de linge, plus il est content. Si, au -contraire, nous sommes au cabaret, ou dans la rue le soir, ou dans les -familles simples, il ne faut porter de linge nulle part pour ravir le -septuagénaire par ce salut de bas en haut. Les ethnologues constatent, -sans les expliquer, ces contradictions du goût français»[454]. - -A la décharge de ces septuagénaires, il est bon d’ajouter qu’ils sont -souvent étrangers et il n’était pas rare qu’ils portassent les lunettes -d’or du herr professor: le herr professor, mis en goût par les croquis -de Lossow, est très friand de ce genre de spectacles. - -Les danseuses ne furent bientôt plus seules à montrer le plus qu’elles -purent de leur linge, les chanteuses s’en mêlèrent et complétèrent -avec entrain cette exposition. L’une d’entre elles, la rieuse Valti, -s’attira même les foudres légères du _Courrier Français_, auquel ce -rôle moralisateur convenait à merveille: - -«Valti, par exemple—fi l’effrontée! n’en craint point et ne craint -rien. Elle se trousse avec un élan d’habitude; et si haut, si haut -relève ses jupes, que l’on aperçoit les attaches, à la taille, du rose -pantalon. Paysage de femme, dirait Jean Ajalbert»[455]. - -Tout cela est bien loin et, devenue, peut-être, dame patronesse, -Valti, ne songe sans doute plus guère, au fond de quelque province, à -laisser voir aussi généreusement les boutons du fouillis de dentelles -qu’étaient ses culottes. - -La moralité du pantalon?... Le bon billet! Pilules d’Hercule, dragées -des fakirs, ce sont tout au plus les cantharides autorisées pour donner -aux provinciaux en bombe la passagère illusion d’un désir, qui, un -instant les fera croire au réveil de leur virilité à jamais endormie. - -—Que voulez-vous, il faut que vieillesse se passe! disait -spirituellement une de ces aimables guêtres blanches que le boulevard -dégoûte aujourd’hui, avec sa cohue de gens pressés courant à leurs -affaires. A travers ces rimes joyeuses de Ponchon, on sent bien arder -autour de ces transparences les sens ranimés des vieux: - - Après un long réquisitoire, - Maître Lagasse éloquement - Parla bien quatre heures sans boire - Et demanda l’acquittement. - - Sans pénétrer dans l’atmosphère - De ces messieurs; quand brusquement, - Il entrevit la scène à faire; - Il la fit, et voici comment: - - Il prit la coupable guenille - A conviction;—«mets-moi ça»— - Dit-il à cette pauvre fille. - Et la pauvre fille mit ça. - - Ça c’était un peu de dentelle - Et de batiste, un souffle, un rien... - —«C’est un _pantalon_»,—disait-elle, - Ah! l’effet sûr, le voilà bien. - - L’effet sûr! Sitôt qu’ils la virent, - La mignonne en son pantalon, - Voici que les vieux tressaillirent - Du cheveu jusques au talon. - - Le gros surtout était en fête, - Il en bavait, il en fumait; - Les yeux lui sortaient de la tête, - Il poussait des cris, s’enrhumait. - - Il disait: «Mais elle est divine! - Voyez donc, on ne voit plus rien. - Et cependant tout se devine. - Dites? N’est-ce pas que c’est bien? - - Quant à moi, Dieu! qu’elle m’excite! - Il faut nous dépêcher, messieurs, - De déclarer le port licite - De ce _pantalon_ gracieux[456]. - -«Les vieux, les vieux, sont des gens heureux!» chanta ou à peu près M. -Béranger, l’autre: il suffit de peu pour les satisfaire. Il en est de -même pour les très jeunes. Roquentins et cocquebins font cercle autour -de ce souffle de dentelle et de ce rien de batiste. Pour un peu, ils -feraient la ronde et chercheraient le furet. - -Cette exhibition était à sa place à l’Élysée-Montmartre ou au -Moulin-Rouge, où elle ne pouvait choquer personne: le public était venu -pour ça et se réjouissait d’en avoir pour son argent. Par contre, le -spectacle put paraître un peu exagéré, quand, un jour de Mi-Carême, -un industriel avisé le fit donner, l’après-midi durant, aux parisiens -attroupés, par la Goulue, sur un char réclame. - -C’était un peu dépasser la note; non sans justesse, le _Gil-Blas_ put -adresser par la suite, ce petit bleu à la danseuse: - - _A la Goulue_, - -«Je vous avouerai (comme il y a du monde, je ne me sers pas du -tutoiement que vous avez assez facile) que je n’étais pas parmi ceux -qui, une après-midi de mi-carême, se précipitaient auprès d’un char, -gueulant vive la Goulue, chaque fois que vous leur montriez un bout -de pantalon bien endentelé; j’étais même parmi ceux qui trouvaient ce -spectacle un peu écœurant et surtout très attristant... - -«Il n’y a plus d’erreur possible avec ce système-là, et les Anglais -des deux sexes, qui ne trouvent jamais, au Jardin de Paris, les jambes -assez levées et les pantalons assez ouverts, sauront où aller, quand -ils verront briller sur votre tête les lettres de votre nom»[457]. - -Le pauvre et cher Jouy, dont la verve ne laissait échapper aucune -actualité, avait, d’ailleurs, consacré dans le _Paris_, sa chanson du -lendemain à cette exhibition. - -J’en détacherai ces deux couplets. Un gosse «fin de siècle» parle: - - Tout le jour avec les copains, - J’ai suivi d’Montmartre à Montrouge - L’char où c’te dompteuse de lapins - L’vait la jamb’, comme au Moulin-Rouge. - La pauvr’ fill’! Vrai, c’est épatant - Ce que l’soir a d’vait êtr’ moulue! - C’est égal, je suis rien content: - J’ai vu l’pantalon d’la Goulue. - - Enfin! j’suis donc un homm’ complet! - La bonne à papa, Joséphine, - Pour voir s’il y reste du lait, - Ne m’pinc’ra plus l’nez d’sa main fine. - Du curieux livre d’Amour, - La premièr’ page je l’ai lue. - Aux femmes j’m’en vais faire la cour: - J’ai vu l’pantalon d’la Goulue[458]. - -Jules Jouy a fait beaucoup mieux, certes, et je n’aurais pas cité ces -vers, s’ils n’avaient pas eu un véritable intérêt documentaire. - -La Goulue! Son nom, ses cheveux blonds et sa chair superbe de flamande, -les audaces de sa danse et le tortionnement de ses déhanchements, -l’admirable bête d’amour! et comme elle incarnait bien, entre le bal -où elle dansait et l’Américain où elle aimait à souper, la fête et la -vie parisiennes telles que se l’imaginent les étrangers, tous ceux -qui ne connaissent de Paris que le champagne des restaurants de nuit, -et ignorent tout du «vieillard laborieux», de ses «travaux» et de ses -«outils». - -Félicien Champsaur en a tracé, dans son _Amant des Danseuses_, un -crayon d’un réalisme peut-être outré[459]. Je préfère lui opposer -les demi-tons atténués de cette esquisse du _Gil Blas_. Puis, elle a -l’avantage de ne pas se montrer dure pour une femme dont la danse nous -a réjouis, les uns et les autres et qui, depuis, a su se montrer brave -devant le danger et dans l’adversité. - -«Le piment des Rops comme le charme des Willette réside évidemment dans -ces demi-mesures; la Colombine retroussée est plus aguichante que si -son anatomie ne disparaissait pas, mystérieuse et inatteinte, sous un -fouillis de dentelles, et ce fut aussi la raison du succès jadis de -cette désirable créature qui avait un nom bien réaliste: la Goulue; les -yeux s’allumaient quand, d’un geste rapide de faucheuse, elle ramassait -ses jupes et dansait en pantalon, le décolletage de sa gorge attirait -moins les regards que l’entre-deux cousu et marqué de sueur.»[460]. - -Ou c’est, sous la plume de Georges Montorgueil, ce très joli portrait -de Louise Weber. Ne fut-elle pas, dans son genre, mêlée de très près à -_la Vie à Montmartre_? - -«On a voulu que Louise Weber ait été repasseuse: elle n’a guère que -passé et repassé devant les bastringues jusqu’au jour où, gamine -effrontée, à l’âge équivoque et sans sexe, elle osa en franchir le -seuil. Quel fruit de belle santé! Appétissante et vermeille, blonde -d’un blond soyeux, et la toison abondante. Le regard libre, la bouche -petite et bien dessinée, le nez un peu épaté, mais aux ailes mobiles -des voluptueuses et des sensuelles. Provocante et hardie, splendide -de chair, évocatrice des flamandes de Rubens, dont la kermesse met -le corps en folie, elle n’attendit pas d’être femme pour exprimer la -synthèse de la bête de luxure et de plaisir. Elle fut bacchante du -premier jour où la musique éveilla la lascivité de ses pas. Ivre de -cadence, elle dansa, effrénée, par une obscène intuition du rythme. Ses -hanches se tortionnaient comme si la brûlaient les tisons des stupres. -Elle était populaire et canaille, ordurière même, quand son esprit -s’arrêtait à mi-corps, et qu’elle tendait nue, dans l’audace d’un -violent retroussis, sa croupe de nerveuse et blanche cavale»[461]. - -Si le gosse de Jouy avait vu le pantalon de la Goulue, d’autres plus -heureux, la virent, en effet, danser sans pantalon et ses efforts pour -dépouiller cette... culotte de Nessus, ou pour la détacher au moment -propice ne se comptent pas. - -Auprès du Père la Pudeur qui intervenait et morigénait, elle s’excusait -balbutiante, avec humilité presque: - -—Mais je te dis, mon petit Père la Pudeur, que c’est un accident[462]. - -Au premier bal des Quat-z’Arts, trouvant d’un insuffisant ragoût -le triomphant cortège auquel Sarah Brown prêtait sa beauté et sa -quasi-nudité, n’offrit-elle pas aux organisateurs, pour corser le -spectacle, sûre, elle aussi, de ses formes, de «laisser tomber son -pantalon?»[463] - -Des quadrilles où elle brilla et dont elle fut pour ainsi dire l’âme, -les descriptions foisonnent. Crainte de me répéter, je n’ose emprunter -au _Courrier Français_ l’abondante moisson qu’il me pourrait fournir, -cette page de M. Rodrigues me paraît préférable. Elle est bien venue et -rend bien une vision qui fut jadis à beaucoup familière: - -«Ses bras se lèvent, insoucieux des indiscrétions de la bretelle -tenant lieu de manche, les jambes fléchissent, bringueballent, battent -l’air, menacent les chapeaux, entraînant sous les jupons les regards; -ces regards voleurs, qui cherchent là l’entrebâillement espéré, mais -toujours fuyant, du pantalon brodé. - -«Suivant la progression des figures du quadrille, aux provocantes -saillies de son ventre, succèdent les déhanchements lascifs de ses -reins; ses bouillonnés, lestement enlevés, dévoilent l’écartement -des jambes à travers la mousse des plissés, soulignant, en la chute -rapide des valenciennes, au-dessus de la jarretière, un petit coin de -vraie peau nue. Et de ce morceau de chair vermeille jaillit, jusqu’aux -spectateurs haletants, un rayonnement torride d’acier en fusion. -Alors, dans une feinte de délire canaille, la bacchante du ruisseau, -brusquement troussée jusqu’au ventre, offre en pâture, au cercle qui -s’est resserré sur elle, l’apparition de ses rondeurs si peu voilées -par la transparence des entre-deux de dentelles, qu’à certain point se -révèle, par une tache sombre, la plus intime efflorescence.»[464] - -Tout finit en France par des fonctions, sinon par des chansons. La -surveillance de ces dessous chaque soir dévêtus, souvent fautifs et -parfois absents, devait donc donner lieu à la création d’un emploi -nouveau. Aux gardes municipaux de service fut adjoint un inspecteur -spécial. - -Les habitués de l’Elysée-Montmartre—et non du Luxembourg—eurent tôt -fait de lui descerner un surnom sous lequel il ne tarda pas à être -universellement connu. Ce fut le Père la Pudeur. - -Brave homme, «avec ses yeux en boules de loto et ses cheveux blancs, -une tête de gendarme terrible et soiffeur[465], il s’appelait Durocher -de son vrai nom, comme le barde breton, et, à ses moments de liberté -exerçait la profession de photographe. - -Il eut son heure de célébrité et il lui dut de ne pas échapper à -l’interview qui guette nos plus notoires contemporains, quand ils ne le -font pas éclore. Sur la vie, il avait les aperçus d’un vieillard qui a -beaucoup vu, son verbe était empreint d’une certaine tolérance et sur -la seule question du pantalon ses aphorismes étaient sans pitié. - -Influence du bord plat de Maugis souvent entrevu, c’est tout juste -si au commerce de la plaque sensible il ne joignait pas celui des à -peu près. Interrogé par _l’Éclair_ au lendemain de la fermeture de -l’Elysée-Montmartre, philosophe indulgent, il saluait, par ce mot de la -fin, celle du bal où tant d’irréductibles avaient longtemps redouté son -œil investigateur: - -«Chaque époque a l’Elysée qu’il mérite. Nous étions joyeux et simples, -nous ne jetions pas de bombes, nous avions l’Elysée-Montmartre: nos -fils sont mornes et compliqués, ils préparent des mélanges détonants -dans des marmites, et ils ont l’Elysée Reclus»[466]. - -En vérité, l’appréciation par Laurent Tailhade du geste de Vaillant -témoignait de plus culture et d’un autre courage: mais, le Père la -Pudeur se souciait peu de la beauté du geste, pourvu que le pantalon -fut fermé. - -Le Père la Pudeur ne sévissait pas seulement à Montmartre, sous -la forme du vieil inspecteur à la «tête de gendarme terrible et -soiffeur»: la Ligue, à laquelle nous devons tant de manifestations et -de poursuites ridicules et odieuses, avait, elle aussi, ses inspecteurs -et, si bénévoles fussent-ils, ce n’étaient pas les moins redoutables. - -Un jour, un de ces oisifs ne s’avisa-t-il pas de remarquer que quatre -petites blanchisseuses de Vaugirard, Mlles Vaux, Picard, Pierre et -Gibert, qui n’avaient pu résister, rue de la Convention, à la tentation -d’esquisser un quadrille des plus enlevés, n’étaient pas munies du -fameux pantalon cher aux habitués des grands bastringues. - -Elles en blanchissaient, mais n’en portaient pas. Le vieux zieuta ces -cuisses jeunes, un petit frisson fit tressaillir ses derniers cheveux, -haletant, il s’essuya le front, racola comme témoin un gosse qui se -trouvait là et n’avait pas perdu une miette du spectacle et incontinent -fut quérir un agent et lui fit dresser procès-verbal. - -En foi de quoi les pauvrettes furent traduites devant les tribunaux que -tant d’ingénuité ne fut pas sans attendrir[467]. - -Comme le Président leur reprochait de ne pas porter de pantalons pour -se livrer à cet exercice: - -—Oh! Monsieur le Président, ça coûte trop cher, répondirent-elles, -rougissantes, en chœur. - -Malgré la déposition de l’indésirable avorton qui, conformément à la -déposition qui lui avait été soufflée, déclara qu’il leur avait «tout -vu»,—mes compliments à sa famille!—le tribunal, comme le commissaire -se montra bon enfant, et condamna seulement les quatre écervelées à un -mois de prison,... avec application de la loi Bérenger. - -Naturellement. - -En vérité, la dame au cabas, dure pour ses semblables et bonne pour -les animaux, est moins dangereuse. Les charretiers contre qui elle fait -verbaliser sont si peu intéressants! - -Là-haut, sur les hauteurs sacrées, la vigilance du Père la Pudeur, -était pourtant, au dire des meilleurs auteurs, parfois en défaut. - -Non pas le gendarme, mais les courtiers en danseuses ou réputés -tels—encore une profession dont Privat d’Anglemont n’avait point -prévu l’exercice et les bars—pouvaient en sachant s’y prendre, juger -_de visu_. S’ils avaient eu des écailles jusque sur les yeux, elles -seraient du coup tombées. - -«Mais une ne veut pas lever ses jupes, elle rit à en sangloter et les -autres se tordent autour d’elle. Ce n’est pas la pudeur qui la retient, -c’est plutôt le Père la Pudeur. Vous comprenez elle n’en a pas... -et profitant d’une seconde où elle ne se sent pas surveillée, d’un -mouvement vif elle se trousse... - -—Oh! s’écrie le courtier ébloui»[468]. - -A la Galette, sous l’ombre tutélaire du Blute-Fin, aux ailes duquel le -brave Debray paya de sa vie, en 1814, la belle résistance qu’il avait -opposée aux alliés[469], les choses se passaient plus simplement et -nul, pas même Rodolphe Darzens, ne songeait à s’en formaliser: - -«C’est pourquoi, jalouses de ces pures gloires, des gamines en cheveux, -aussi vicieuses déjà que leurs sœurs aînées, y rivalisent entre -elles, lèvent la jambe, montrent, dans le retroussis des jupes, le -plus qu’elles peuvent de chair blanche, ombrée à l’aine d’un duvet un -instant entrevu...[470]» - -Frère, que l’espérance de cette chair blanche et de ce duvet un instant -entrevus ne te fassent pas seule monter rue Lepic, tu risquerais d’être -déçu: ces excentricités ne sont plus de mise à la Galette, par contre, -tu y verras de jolies filles, jeunes, dansant pour leur plaisir et -sans souci du levage à faire. La gaîté y règne et est contagieuse; -l’Argentin n’y sévit pas et le Brésilien y est rare, puis on jouit sur -Paris, malgré l’insolente escalade des gratte-ciel environnants, d’une -vue admirable. - -Sans être de ces vicieuses, il peut arriver à une femme d’oublier -qu’elle n’a pas de pantalon et entraînée par le démon de la danse, plus -dangereux évidemment que celui de Socrate, de laisser constater le -nu de ses cuisses, dans un cavalier seul auprès duquel la pyrrhique -n’était qu’un très petit hydromel. - -Ce fut le cas de la Sabotine de Jean Reibrach et il fallut l’arrivée du -municipal au milieu des rires et des huées que soulevait la simplicité -de ses dessous pour la rappeler à la réalité et la faire souvenir que, -dans les fêtes foraines, certains musées sont visibles pour les hommes -seulement! - -«Un rire formidable s’éleva, courut la galerie de proche en proche. -Sabotine n’avait pas de pantalon; dans sa fureur de danser elle -l’avait oublié, lorsque le garde républicain de service se montra, -gesticulant, sans pouvoir se faire comprendre. Elle comprit, s’éclipsa -subitement»[471]. - -Sans aller jusqu’au laisser aller lourd et canaille des chahuteuses -berlinoises de Lossow, ce sont les restaurants de nuit, où succède au -quadrille officiel les entrechats des intimités. - -Le Père la Pudeur n’a guère voix au chapitre une fois que le Moulin -et que Tabarin ont fermé leurs portes. Les pantalons peuvent ne plus -l’être, ou même ne plus être du tout. Si la pudeur n’y gagne pas, les -étrangers pour lesquels le champagne des boîtes de nuit n’est jamais -assez sec ne songent pas à se plaindre, et, curieusement regardent et -notent: - -«Les danseuses de haute marque,—qui, tout à l’heure, au bal, m’ont -appris, par leur trémoussement et leur mimique que le cancan et le -chahut ont été rejoindre les vieilles lunes et m’ont montré—des -lunes nouvelles... les danseuses sont presque toutes en possession -d’un Sigisbé dont elles semblent peu se soucier. Elles entament des -colloques d’un bout de la salle à l’autre; ou bien, prises d’un -vertige, elles quittent subitement leur chaise et recommencent leur -pas, leur fameux pas, que l’Europe civilisée nous envie, ce pas qui -consiste à tenir d’une main le gros orteil de leur jambe droite, -tandis qu’elles sautent en cadence sur le pied de la jambe gauche. -Elles tournent ainsi sur place à la façon des derviches, exhibant le -fouillis de leurs dessous de batiste... Je remarque que certaines pour -ménager les valenciennes authentiques de leurs pantalons _officiels_, -en ont passé un autre et que _proh pudor_! cet autre est ouvert! Enfin, -il en est qui n’ont pas de pantalon du tout et le prouvent jusqu’à -l’évidence!!! J’en demeure consterné. Mon étonnement étonne mes voisins -qui me prennent sûrement pour un provincial. - -«A mes côtés, un ménage anglais—un vrai—regarde la scène. Ce -cabaret leur a été indiqué par le gérant de leur hôtel, comme un -des dix endroits curieux de Paris. Aussi les solides jambes et les -pantalons absents ne les effarouchent pas. L’Anglais sourit aux -pyrrhiques réalistes; l’Anglaise les contemple sérieusement avec son -face-à-main... _Shocking perhaps, but amusing certainly_»[472]. - -Depuis, le bal Tabarin, qu’illuminent de leur gaîté les panneaux de -Willette, le peintre par excellence de la Montmartroise en pantalon, -semble avoir rénové l’art de la danse. La valse lente y règne en -maîtresse, mimée plutôt que dansée. La matchiche y triompha, puis -vinrent le tango et la furlana... - -Les temps de la Goulue ne sont plus. Pourtant le quadrille naturaliste -a subsisté et sévit encore. Fidèles à la tradition, les directeurs -n’ont osé rompre avec le passé et sacrifier ce laissé pour compte de -l’ancien Élysée-Montmartre, où, du moins, les danseuses semblaient -prendre quelque plaisir à cette gymnastique et oublier qu’elles -gagnaient leur cachet. - -Elles avaient pour elles le sourire de la jeunesse. La Goulue restait -gracieuse dans ses pires audaces et Rayon d’Or n’était pas sans charme. - -On faisait cercle, alors, autour du quadrille et les premiers accords -en étaient bienvenus. Aujourd’hui, les étrangers et les provinciaux -sont seuls sensibles à ces expositions de lingerie faites pour la -montre. Ces bouillonnements de dentelles et de jupons paraissent dater -d’une autre époque. - -Des dames que leur âge et que leur corpulence devraient rendre -respectables, sous l’aveuglante lumière des projecteurs électriques -manœuvrés par les pompiers de l’établissement, tournent, sautent, se -troussent et automatiquement lèvent la jambe. Numéro vieilli, dont -l’attrait semble depuis longtemps disparu, et qui a perdu tout imprévu -et tout charme, c’est moins de la danse que du maniement d’armes. - -Cela tient à la fois de la progression et du dernier salon où l’on... -passe. On s’attend à entendre tomber les crosses et claquer les -bretelles de fusils; on attend, aigrelet, le bruit d’un timbre. - -De ce quadrille à son agonie, André Warnod a gravé une eau-forte -très poussée. C’est une véritable épreuve d’amateur. Qu’il veuille -bien me permettre de la reproduire comme un document précieux pour -l’histoire de ce temps: - -[Illustration] - -«Mais un timbre électrique résonne, assourdissant. A cette sonnerie, -les grosses femmes, en robe de soie de couleur vive et en corsage de -lingerie, s’agitent, se lèvent, secouent leurs jupons. - -«Le chef d’orchestre a levé son bâton et l’orchestre qui, tout à -l’heure, dévidait l’interminable écheveau des airs langoureux d’une -valse viennoise, éclate de rire, fuse en feu d’artifice, et commence un -refrain gaillard du grand Offenbach. Une projection électrique descend -et trace un rond lumineux sur le plancher du bal... Comme des goélettes -fendant les lames, les femmes du quadrille, toutes voiles dehors dans -un bruissement de dessous éblouissants, fendent la foule houleuse. - -«Les voici debout, chacune à leur place. Leurs jupes déjà s’agitent, -on dirait que les dessous qu’elles retiennent captifs ont hâte de se -déployer et ne veulent plus attendre. La grosse Nini tire la jarretière -rouge qui retient son bas blanc; un peu de chair grasse et blonde -apparaît entre ce bas et les dentelles du pantalon; une autre frotte la -semelle de ses souliers sur la planche à colophane. Mais voilà qu’en -avalanches, en roulements de tambour, en ronflements des cuivres, -en appels stridents des trompettes, le quadrille commence, et tout -change. Les grosses dames de tout à l’heure retrouvent une agilité -dont elles ne semblaient pas capables; elles vont, viennent, tournent, -tourbillonnent comme des toupies, lèvent la jambe plus haut que la -tête et bondissent, comme fouettées par les rafales des cuivres qui -éclatent, là-haut sur le balcon de l’orchestre. - -«Elles sont à présent toutes les quatre sur la même ligne; leurs -dessous déployés orgueilleusement ne font plus qu’une seule et même -chose, qui semble animée d’une seule et même vie: les mouvements -crapuleux des torses, des croupes et des hanches qui roulent mettent en -mouvement toute cette masse de batiste et de dentelle, qui moutonne, -frissonne, s’agite, s’enfle et s’amplifie. Les projecteurs électriques -dardent leurs flots de lumière qui exagèrent cette blancheur, colorent -les ombres de bleu et de mauve; les rubans des jupons montrent leurs -couleurs vives, rouges ou vertes, et toute cette blancheur est -soutenue par le rose de la chair, qui apparaît, chaude et dorée, toute -baignée de lumière et voilée par les dentelles qui se retroussent aux -mouvements de la danse. - -«Ce sont les dessous magnifiques qui vivent et non plus les danseuses. -On ne les voit plus, elles n’existent plus; on n’a plus devant soi -que de grandes fleurs ardentes, fleurs de linge intime, qui s’étale -impudiquement, avec, au centre, comme un pistil provocant, une jambe -qui s’agite éperdument, jambe gaînée de blanc, de rose ou de vert, -avec la jarretière éclatante, ou bien une jambe toute nue jusqu’à la -chaussette noire, et toutes ces jambes dans un mouvement qui devient -hallucinant, tournent, s’agitent et battent l’air, comme affolées par -la musique infernale des cuivres et de la grosse caisse qui scande et -marque la mesure. - -«Maintenant il n’y a plus qu’une danseuse toute seule dans la lumière -brutale. Un grand chapeau rouge, empanaché et lourd, couvre ses cheveux -jaunes, et son abondante poitrine qu’aucun corset ne soutient, suit les -mouvements de la danse. Avec ses yeux peints et son sourire trop rouge, -avec sa chair fatiguée et ses hanches de robuste gaillarde, elle évoque -toute, les crapuleuses luxures. - -«Elle a des bas noirs et des jarretières rouges, les pas qu’elle fait -sont d’abord menus, sautillants, timides. La jupe est ramassée comme -par un geste de pudeur, et puis, tout à coup, les dessous se déploient -comme un étendard, la femme se renverse en arrière, et, la jambe -dressée, commence sa danse éperdue, libérée de toute entrave, hors d’un -pantalon trop court qui remonte pour qu’on voie de la chair nue... Et -puis, dans un écroulement, le pied pointé tout droit se lance en avant -et la femme s’abat dans un grand écart qui semble l’écarteler, tandis -qu’autour d’elle les dessous frissonnent encore avant de s’apaiser. - -«C’est fini, l’orchestre se tait. La danseuse se relève et, par une -dernière impudeur, tourne le dos au public, se penche en avant et -relève ses jupes par-dessus sa tête[473]». - -Le geste n’est pas nouveau. Il était familier à la Goulue, qui, sous la -transparente batiste de son pantalon, avait accoutumé de faire ainsi -saillir le double globe de ses fesses. Il était connu des habitués -de l’Élysée et un dessin de Heidbrinck le célébra dans le _Courrier -Français_[474]. - -Ces exhibitions eurent à subir, durant deux ou trois hivers une rude -concurrence. Aux retroussis de la danse, le music-hall, malin, avait -opposé les _déshabillés_. Ils firent fureur et il n’y eut bientôt pas -concert, dont une des pensionnaires, ne laissât, chaque soir, pour -l’édification et la joie du public, tomber ses jupes, pour apparaître -ensuite en pantalon, puis en chemise, à moins que ce ne fut le -contraire. Le scénario variait peu. - - On me voit d’abord en chemise - Puis m’vêtir sans plus de façon. - Si vous saviez comm’ je suis mise - Et comme ce spectacle grise - Le public un peu... polisson[475]. - -Le public s’en grisa si bien même qu’il ne tarda pas à s’en fatiguer, -puis, vint le dégoût. - -Avec son sens aigu et si vivant de l’actualité, Georges Montorgueil a -consacré aux _Déshabillés au Théâtre_ un de ces délicieux volumes qui -déjà font prime dans le monde des bibliophiles et que plus tard se -disputeront les chercheurs et les curieux[476]. - -La _Revue déshabillée_, jouée en 1894 aux Ambassadeurs, avait -permis à M. Clémenceau, chez qui le journaliste n’est pas inférieur -à l’orateur, de faire joliment, dans _le Grand Pan_[477], le procès -de ces amusements. Mais, pour qui veut étudier cette phase de notre -décadence dramatique, l’étude de G. Montorgueil constitue un document -sans pareil, auquel on ne peut pas ne pas se reporter. C’est une page -amusante et pimentée à joindre à l’histoire des petits théâtres, des -très petits théâtres, moins du boulevard que de Montmartre, car la -petite fête avait commencé sur la butte, et, après un court hégire sur -les scènes plus somptueuses des boulevards, elle vint y finir, comme -toute fête qui se respecte. - -Mlle Cavelli avait inauguré à Lyon ce genre de spectacle, puis, -encouragée par le succès, elle vint le reprendre, rue des Martyrs, chez -les époux Verdelet, les successeurs de Jehan Sarrazin au Divan Japonais. - -La scène était simple, les dessous plus simples encore. - -«Un piano joua à l’orchestre et une dame en toilette de ville, le -chapeau sur la tête, silencieuse, entra. Sans une parole, avec une -lenteur calculée, elle ôta son chapeau, dénoua sa voilette, se déganta. -Elle regarda un portrait d’homme au mur, soupira, et sa pensée -s’arrêta sur son corsage qu’elle dégrafa, pour le complètement retirer. -Elle apparut en corset... - -«A présent, elle enlevait son jupon, et, sans gêne, par le théâtre, -allait et venait en pantalon, grimpait sur une chaise, griffonnait un -petit billet. - -«La lingerie n’était point de fantaisie; la chemise était tout -bonnement une chemise; le corset servait tous les jours, et le pantalon -était celui que Mlle Cavelli avait mis pour venir à la répétition... - -«L’action se développait suivant des règles très anciennes qui -existaient déjà peut-être avant Aristote: la belle enfant ôtait son -pantalon, et comme il est d’usage, une jambe d’abord, l’autre ensuite. -Elle empoigna l’armature du corset qui lâcha prise et délivra la -taille. Elle eut le geste traditionnel, sous les seins, qui caresse -l’épiderme affranchi. - -«Elle était en chemise, maintenant; là, comme chez elle, sans plus de -façons, sans une excuse d’art, sans une recherche de costume, sans un -fanfreluchage conventionnel; sans rien qui atténuât la vulgarité de son -dévêtement. Il lui restait ses bas; elle s’en défit, chaussa de petites -mules et, contre une chemise de nuit, troqua ouvertement sa chemise -de jour. Ainsi parée, fit quelques mines, agacée, violenta l’oreiller, -souffla la bougie, et la toile tomba...»[478] - -Perplexe et un peu troublé, un censeur avait assisté à la répétition. -Le lendemain, à la première, la voix un peu cassée d’un voyou prit soin -de rappeler à l’artiste, avant qu’elle se couchât, un détail omis: - -—Et pipi? - -Mlle Cavelli fit mine de ne point entendre. - -La qualité des dessous ne changea guère sous le proconsulat de Maxime -Lisbonne. Mais, tout Paris étant monté à Montmartre pour assister au -_Coucher d’Yvette_, le Coucher—une politesse en vaut une autre—à son -tour descendit à Paris. - -A l’Alcazar, Mlle Holda, une brune, puis Mlle Lidia, une blonde, -se déshabillèrent en plein air, sous les regards allumés du public -qu’enchantait une pareille aubaine. - -Des adolescents frissonnaient et de vieux messieurs ruminaient des -stupres. - -C’était toujours le _Coucher d’Yvette_, mais ce n’était plus l’honnête -lingerie de petite bourgeoise dont le mari fait ses vingt-huit jours, -de Mlle Cavelli. - -Effrayée par le naturalisme du linge exact, la Censure, cette -péronnelle, avait imposé aux jolies déshabillées le mensonge du linge -de soie, ses plis lourds et cassants. - - Qui dira jamais les torts de la rime? - -Ceux du linge de soie ont été dits, et souvent. - -Déjà, dans le _Courrier Français_ que cette enquête amusait,—et nous -donc—Mlles Valti et Camille Stéphani, avaient déclaré lui préférer «la -batiste avec des dentelles»[479], «du linge léger, fin, blanc, mais -pas excentrique, _honnête_»[480]; Yvette Guilbert avait spécifié le -tissu de ses pantalons: «les mêmes toujours, en toute saison, de la -batiste»[481] tandis que Mlle Léonie Gallay avait pour la soie un mot -d’une amusante brutalité: - -—C’est bon pour les femmes qui ne se lavent pas![482] - -M. Georges Montorgueil a provoqué, de la part des plus spirituelles -déshabillées de l’époque, des confessions non moins piquantes. Les -résultats de l’enquête restèrent les mêmes, la condamnation du linge -de soie au profit de la batiste. - -Non vouée encore aux mystères de la carburation et à la protection des -pures amours—on se gare comme on peut—Mme Bob Walter, dont le pauvre -Lorrain connut surtout le trousseau de clefs, livrait ainsi la clef de -son trousseau: - - «Monsieur, - - «J’aime la chemise et le pantalon en fine batiste avec entre-deux et - volants de valenciennes bien teintée dans la nuance ivoire, avec, sur - les épaules et au bas du pantalon, des nœuds assortis au jupon qui - devra être de même étoffe que le corset; beaucoup de froufrous sous - le jupon que je trouve joli en taffetas Louis XV avec des volants en - mousseline de soie et le corset garni de dentelle très écrue, avec des - trou-trous dans lesquels on passe de la comète qui forme au haut du - corset un chou très léger et gracieux. - - «Pour compléter la Parisienne, chaussez et gantez-la d’une façon - irréprochable, jetez-lui une robe de rien du tout qui la moulera et... - laissez-la marcher comme elle seule en a le secret. - - «C’est le bijou que le monde nous envie. - - «Ainsi soit-il. - - «Bob WALTER.» - -«La réponse, aux nuances près, fut de tous côtés identique. La batiste -et le linon réunirent les suffrages à l’unanimité contre la soie dans -la chemise. «Du linge de fille», m’écrivit Renée de Presles, dont le -mépris s’afficha en termes, il m’en souvient, encore plus colorés. Elle -spécialisait ses habitudes dans le pli qui ajuste la chemise et dans -l’échancrure du «pantalon à jabot» son triomphe. - -«Linge fin, souple et blanc, répondit Suzanne Derval; le transparent -n’est pas pour me déplaire. Mais entendez ce transparent qui simplement -se rose au contact, comme si timide, il rougissait des frôlements -voluptueux. Les rubans dans les bleus éteints mouraient avec grâce, -m’a-t-on dit, dans le fouillis discret de mon déshabillé, et Chaplin, -pour ses Rêves, mettait à mon cou, quand ma gorge était nue, la largeur -d’un collier de satin. - -«Mais Angèle Héraud s’étonne de cette question: - -«Une formule? Il y en a donc? Ce qui est chose de mode est vrai ce -soir. Sera-ce vrai demain? Je n’aurais pas le temps de vous dire la -couleur de mon jupon que ma coquetterie, obéissant à je ne sais quelles -lois inconstantes, sa couleur en sera déjà changée. J’ai l’horreur des -bas blancs mais parce qu’on porte des bas noirs. Si l’on portait des -bas blancs, j’aurais horreur des bas noirs. - -«Mes chemises sont de façon berthe, c’est que j’ai la gorge évasée;—ce -n’est pas un axiome de toilette, ce n’est qu’une application. Et du -reste, suivant mon goût qui est mobile, il ne me déplaît pas que -l’ensemble apparaisse honnête, encore que l’embarras soit grand d’y -sûrement arriver. - -«La première femme qui mit un pantalon fut tenue pour immodeste: -l’immodestie de notre temps consisterait à s’en passer. La puce qui -m’obligea une centaine de fois à un déshabillé sommaire a livré tout -le secret de mes dessous. Ils trahissaient mon état d’âme autant que -la dominante de la mode; les jours de chagrin, vous ne me feriez pas -mettre une chemise rose pour tout l’or du Transvaal. Quant à mes -jarretières, elles ont leur langage: mais c’est un langage chiffré dont -je ne donne pas, Monsieur, la clef à tout le monde. - - «Angèle HÉRAUD»[483]. - -Et les déshabillés se succédèrent. Aux Folies-Bergère, Mlle Renée de -Presles, cette jolie fille, morte, un jour de juillet, de la poitrine, -comme une grisette sentimentale, une sentimentale grisette de jadis, -incarna le _Lever de la Parisienne_. - -Une légère interversion: elle s’habillait. - -Louise Willy—un nom qui porte bonheur—la fit se baigner et mérita, -dans le _Coucher de la Parisienne_, d’être donnée, par un digne -ecclésiastique, comme exemple de modestie à ses pénitentes. - -«Elle conçut en pensionnaire qui joue aux Oiseaux ces scènes légères et -plut par le piquant de ce contraste. Ambitieuse de jouer le Chérubin du -_Mariage de Figaro_, dont elle avait la physionomie vive et délurée, -elle était d’une chasteté mutine dans son coucher d’épouse. - -«L’œil n’allait pas aux avant-scènes quêter le loyer du nu dont elle -n’était au reste que peu prodigue, industrieuse à retirer sa chemise, -sans maillot de corps, les seins libres, et pourtant si discrète -qu’elle se laissa conter—et ce fut la satisfaction la plus heureuse -qu’elle éprouva—qu’un curé d’une paroisse mondaine conseillait à ses -jeunes pénitentes d’aller à l’Olympia prendre auprès d’elle des leçons -de modestie. - -«Elle avait envisagé toutes les nuances de ce rôle divers. Trop froide, -on eût crié au _Maître de Forges_; trop amoureuse, son impatience -n’aurait pu qu’être blessante. Elle choisit un moyen terme qu’elle -définit par cette nuance paradoxale: «Je me déshabillais, dit-elle, -comme pour un mari[484].» - -L’atelier du peintre devait fournir également excellent prétexte à -ces exhibitions. _On demande un modèle_, à Trianon, et _Le choix du -modèle_, aux Décadents, eurent leur heure de vogue. A son tour, Suzanne -Derval fut applaudie dans le _Portrait_, et, et à la recherche de sa -_Puce_, Angèle Héraud se révéla parisienne jusqu’aux jarretières. - -En attendant que s’en mêlât le bas commerce des cartes illustrées—elles -n’avaient même plus à être transparentes—et des cinématographes de -poche, au _Coucher de la mariée_, ce titre fleurant bon le XVIIIe -siècle et ses polissonneries à la bergamote, succédèrent celui de la -_Môme_ et la brutalité de son réalisme. - -Ce n’était plus la femme du monde qu’aurait voulu être Holda à -l’Alcazar, point davantage la parisienne incarnée par Renée de Presles -aux Folies-Bergère, point même la petite bourgeoise, corsetée au Géant -des Mers et empantalonnée à Pygmalion ou à la place Monge, que, sur -ces mêmes planches avait été Mlle Cavelli. - -Lamentable, minable, pitoyable; fleur de chlorose, fleur de fortifs; -puberté à peine éclose et déjà fanée, au hasard des accouplements -vagues; fille du trottoir et du faubourg; gigolette dont les lèvres, -gercées sous le badigeon du rouge qui les ensanglantait, évoquait -la mélancolie d’un refrain d’Eugénie Buffet: parée du nom joli et -prétentieux à la fois de Myrtil, elle semblait synthétiser, pâlotte -silhouette qui s’affalait, les rancœurs de la faim, l’odeur rance des -garnis, un relent d’évier et de cuvette, toutes les détresses de la -Ville, refluant du ruisseau débordé jusqu’à la rampe, qui, comme à -regret, éclairait ces pauvretés. - -Le luxe était aboli des surahs et des dessous aguicheurs. Ni soie -joyeuse des jupons, ni froufrous soyeux des pantalons. Lorsque tombait -la jupe de mérinos élimée par l’usage et lavée par la pluie et que la -Môme apparaissait, en son impudeur tranquille de vendeuse de spasmes -au rabais—sa fonction de toutes les heures—une indicible tristesse -poignait et serrait le cœur. - -Hors de la chemise, brûlée par l’eau de Javel des lessives, et du -corset, lâche et déformé, dont, par places, la satinette, brillante -d’usure, laissait apercevoir les baleines, les seins saillaient, -jeunes encore et déjà blets, mous et incapables de se tenir. - -Tout ce corps trahissait la fatigue, l’éreintement professionnel; le -ventre semblait las, la croupe harassée. - -Des bas troués, l’article des déballages, vrillonnaient autour des -jambes maigres. Aux genoux cagneux, une faveur déteinte accoutumée à -accrocher le regard de l’éventuel client, plaquait de sa tache les -poignets du pantalon trop long, fripé et souvent porté, dont, mal -close, la fente bâillait. - -Ce n’étaient plus la débauche aimable et les somptueuses lingeries des -arrivées de l’amour, mais, son prolétariat dans ce qu’il avait de plus -navrant et de plus angoissant, un coin subitement dévoilé du Crime -social. - -Pour une fois, l’outrecuidance de Lisbonne porta juste et eut cette -vertu: guéri de ces spectacles, le couple Prudhomme cessa d’y mener sa -progéniture. - -Des inquiétudes lui étaient venues pour ses fils quand ils auraient... -trois francs. - -[Illustration] - - - - -[Illustration] - - - - -LE TUTU - - -_Un petit jupon de batiste ou de mousseline cousu au milieu pour -détacher les jambes: hauteur 30 centimètres, pas de garniture._ - - LA VIE PARISIENNE. - - -[Illustration] - - -LE TUTU - - -Le mot est amusant et drôle. Il flatte l’oreille et éveille la -curiosité. - -Pour le gros public, il a l’attrait de quelque chose de mystérieux—il -ne sait au juste quoi—touchant de près les danseuses et les protégeant -contre l’insuffisance et les indiscrétions du maillot. - -Souvent on le confond avec les jupes de gaze qui le recouvrent. Le -Larousse, trop hâtivement consulté, autorise cette confusion et -saurait-on demander aux journalistes d’en savoir plus long que le -Larousse? - -Citons d’abord la Loi et tâchons de ne pas tomber dans les erreurs de -ses prophètes: - -«Garniture de mousseline qui se faufile en haut du maillot des -danseuses, de manière à leur former une sorte de caleçon bouffant.—Se -dit aussi, par extension des jupes de gaze, courtes et flottantes des -danseuses»[485]. - -Bertall, avec raison, donnait de l’objet une définition plus précise et -avait le bon goût de ne pas étendre le sens du vocable: - -«Les danseuses portent en outre par-dessus le maillot, pour servir -d’intermédiaire à la jupe de dessus, un autre petit pantalon, très -court, excessivement léger, en délicate mousseline, qui est destiné à -tromper le regard et à nuager délicatement les formes au moment des -effets de pied et des vertigineuses pirouettes. - -«Ce pantalon se nomme un _tutu_»[486]. - -Ou un _cousu_ (mais le mot est moins drôle). C’est moins, à vrai dire, -un pantalon qu’«un petit jupon de batiste ou de mousseline cousu au -milieu pour détacher les jambes: hauteur, 30 centimètres, pas de -garniture»[487]. - -Ernest Feydeau a même consacré au _Cousu_ une nouvelle à laquelle ne -semble pas étranger le souvenir de la Nina et du comte Ricla. J’en -détache cette définition de ce petit vêtement bizarre qu’à coup sûr ne -portait pas la _demoiselle de bonne famille_ dont il a, sur le tard, -rédigé les mémoires: - -«Les ordonnances de police, très sévères en ce qui concerne le -personnel féminin de l’Opéra, exigent que toute danseuse, en entrant -en scène, quel que soit d’ailleurs son costume, porte sous sa courte -jupe d’étoffe quatre jupons superposés en mousseline blanche, dont le -premier doit être cousu entre les cuisses, d’où le nom de _cousu_ que -lui donnent les demoiselles du corps de ballet, pour le distinguer des -trois autres. - -«Cette précaution, qui est appliquée même aux premiers sujets de la -danse, est prise pour éviter que les accidents qui peuvent arriver au -pantalon de soie couleur de chair qui s’attache autour de la taille de -la danseuse, et dont la couture passe entre ses jambes, n’exposent les -charmes les plus intimes de celle-ci à la curiosité du public». - -Évidemment, ce n’est pas de la prose de Flaubert. Mais au souvenir -de Casanova se mêle un parfum à peine atténué de la phraséologie de -Sébastien Mercier. On y reconnaît comme de vieilles connaissances, -dont le pantalon couleur de chair n’est pas la moins marquante. On ne -retrouve pas davantage dans ces vers consacrés au _tutu_ par M. Maurice -Magnier la superbe de M. José-Maria de Hérédia ou la manière de -Mallarmé. - - Tutu de mousseline blanche, - Ajusté plus bas que la hanche - Pour ne rien perdre du contour - De la taille ou de la poitrine, - Tu viens voiler, je m’en chagrine, - Bien des charmes vus tour à tour[488] - -Tutu, tutu pan-pan; tambourin ou mirliton, cela peut continuer -longtemps ainsi, et dire qu’il y a des utopistes, après Louis XIV, pour -prétendre qu’il n’y a plus de périnés. - -C’est même pour les masquer qu’a été créé le tutu et son utilité -est bien moins contestable que celle du pantalon proprement dit. A -moins de revenir aux véritables caleçons dont le vertueux Sosthène de -La Rochefoucauld[489] tenta d’affubler les ballerines, le maillot -peut craquer—au bon endroit, toujours—et révéler les plus secrètes -efflorescences, auprès desquelles la mousse des aisselles, quand -l’épileuse n’y a pas mis bon ordre, semblerait à peine le persil -de Jenny l’ouvrière. Le public a des curiosités qu’il ne faut -pas satisfaire et il n’est pas bon d’aller vérifier sur une scène -subventionnée le bien fondé d’un axiome souvent chanté. Puis, sans -aller jusqu’à célébrer, comme le trompette de garde la couleur des -charmes de la cantinière, le maillot peut trop plaquer, faire des plis -et, nonobstant la chemise très spéciale des danseuses,—non la demi, -mais le quart de chemise—dessiner des sinuosités, avoir, en un mot, la -hardiesse qu’eut Houdon en modelant sa Diane..., encore un méfait de M. -de La Rochefoucauld[490]! - -Ces messieurs de l’orchestre ne se plaindraient pas, c’est évident, -mais la Morale, la fameuse Morale, avec un grand M, y trouverait, -oserai-je dire, un cheveu. - -Le tutu peut donc sembler un complément nécessaire du maillot. - -Il fait partie de cet ensemble qui constitue le costume de danse -classique, ces jupons de gaze qui ne sont pas sans donner à celles qui -les portent un faux air d’abat-jour. - -Les étoiles peuvent y tenir—la dignité de leur Art (également avec -une majuscule) l’exige, paraît-il. On n’en saurait dire autant des -yeux. C’est banal et vieillot: on songe à de vieilles lithographies, -la Taglioni et Fanny Essler; on se sent contemporain de gens très -éloignés, on cherche la loge infernale et les élégances désuètes de la -rue Le Peletier, pour ne contempler que les épaules d’Israël et que les -diamants de Juda. - -Ah! préférables combien, ayant supprimé ces garnitures de côtelettes -ou de manches à gigot, les costumes de caractère des ballets modernes -et le corps de ballet de l’ancien Eden donc! avec ses pantalons blancs -et fanfreluchés et la ligne presque géométrique des bas noirs, cette -innovation qui fit fureur et ne dura pas. - -L’Art et la Pudeur, avec un non moins grand P, sont d’ailleurs des -facteurs bien amusants et semble-t-il, souvent opposés. Ce sont les -suprêmes arguments qu’emploient ces demoiselles, quand elles éprouvent -l’irrésistible besoin de ne pas jouer un rôle, auquel se joint le non -moins légitime désir de ne pas payer le dédit stipulé. - -L’affaire vient devant les tribunaux et nos doux juges, s’ils ne -s’embêtent pas, doivent être parfois bien perplexes. - -Une ancienne pensionnaire des frères Isola, Mlle Sercy, menacée dans -son maillot et dans son tutu, plaida ainsi contre ses directeurs et -obtint gain de cause, faisant proclamer par la justice le droit d’un -premier sujet du chant à ces accessoires. - -Côté Art. - -Par contre, une danseuse engagée au théâtre du Havre pour interpréter -le rôle de _Phryné_ ne s’avisa-t-elle pas, de rompre son engagement, -parce que son directeur trop exigeant avait voulu lui faire troquer son -pantalon contre un maillot? - -Côté Pudeur. - -Évidemment, on est un peu comme le père Hugo et l’on ne voit guère -Phryné en pantalon: mais si la dignité d’un premier sujet du chant -réclamait la batiste de ces fourreaux flottants, alors que celle d’une -étoile de la danse exigeait la soie d’un maillot et la mousseline d’un -tutu? - -Et l’on plaida. - -Amusé, l’_Eclair_ prit soin d’éclairer et de corser le débat par -quelques interviews qui ne furent pas sans saveur. - -L’inoubliable créatrice du rôle, Mlle Sybil Sanderson, morte depuis si -tristement, Mlle Jane Harding qui le reprit, Mlle Jeanne Andrée qui -le joua à Toulouse et Mlle Subra furent interrogées. Toutes rirent et -haussèrent les épaules aux prétentions extra-pudibondes de la Phryné -normande. - -—Faut de la pudeur, pas trop n’en faut, déclaraient Mlle Jeanne Andrée -et Mlle Harding, résumant cette affaire de maillot, ajoutait avec un -triomphant sourire: - -—Toutes les femmes ne sauraient le porter. Il ne supporte pas les -maigres[491]. - -C’était là sans doute le vrai dessous de cette question de dessous. -Mieux que le maillot, le pantalon se prêtait aux «petits coussins bien -mollets et délicats» que célébrait Brantôme. - -A quoi tient la Pudeur! - -Aux répétitions, la question ne se serait pas posée: le costume de -répétition, mi de scène, mi de ville, ne comporte ni maillot, ni tutu: -sous de courts jupons ballonnants, le tutu se trouve remplacé par un -pantalon, rentré dans les bas. - -Sa claustration à part, il ne diffère pas beaucoup des pantalons -ordinaires. - -Dès 1844, Albéric Second le décrivait ainsi dans ses _Petits Mystères -de l’Opéra_: - -«Le costume des danseurs et des danseuses à la classe ressemble -beaucoup à celui de Paul et Virginie, tels du moins que je les ai -vus représentés à l’Ambigu-Comique par M. Albert et par Mlle Eugénie -Prosper. Les femmes sont coiffées en cheveux et décolletées; elles -ont les bras nus, leur taille est emprisonnée dans un étroit corsage. -Un jupon, très court, très bouffant, soit en gaze, soit en mousseline -rayée, leur descend jusqu’au genou. Leurs cuisses se dissimulent -chastement sous un large caleçon de calicot impénétrable comme un -secret d’État[492]». - -Pas si impénétrables que cela, les secrets d’État: il y a des dossiers -qui circulent et dont il ne fait pas bon à un journaliste d’avoir la -copie en mains, surtout s’il est de l’opposition. - -Ce pantalon est d’ailleurs envié par les figurantes qui croient -s’élever à la dignité de danseuses en le revêtant. Le docteur Véron, -qui était payé pour bien connaître le personnel de l’Académie de -musique et de danse, a signalé cette faiblesse de ces dames de la -figuration et l’a agréablement raillée. - -«Pour peu qu’une figurante ait des prétentions à un avenir de danseuse -et qu’elle soit dans une brillante position, elle a même, comme les -premiers sujets, un costume de danse, caleçon en percale, tombant -au-dessus du genou, bas de soie blancs, chaussons blancs ou couleur de -chair, petite veste d’une coupe élégante en piqué blanc[493]». - -Malgré que les pantalons aient perdu de leur largeur, le costume de -répétition n’a cependant guère changé. Il apparaît sous la plume de -Richard O’Monroy, encore à peu près tel que l’avait décrit Albéric -Second: - -«Dès neuf heures, Mlle Adelina Théodore commence sa leçon sous la -coupole au neuvième étage. Les petites sont en tenue de travail: -corsage de nansouk blanc, trois jupons de tarlatane blanche, ceinture -en satin bleu, rose ou mauve, suivant la fantaisie de la fillette. -Pantalon de percale roulé dans les jarretières pour bien laisser voir -les genoux; bas et souliers roses»[494]. - -La fillette peut grandir et passer d’une classe dans une autre, le -pantalon reste le même. N’ayant plus rien de l’enfant, ces demoiselles -le conservent, quelle que soit leur hiérarchie dans le quadrille. Les -planches du maître aqua-fortiste Renouard nous l’ont rendu familier, -les illustrés en ont souvent esquissé la silhouette et, dans deux -nouvelles, Carolus, Brio s’est plu à en évoquer le souvenir[495]. - -Sur des scènes moins officielles, le pantalon reste de mise pour les -répétitions, mais la fantaisie de chacune peut en varier la couleur. -Celui de Mlle Casciani, de la Gaîté-Rochechouart, était vert, mais sa -fraîcheur laissait, paraît-il, à désirer, et ce fut l’objet d’un de ces -petits procès que, dans le _Figaro_, Albert Bataille contait avec tant -d’esprit. - -On répétait la revue de l’année: _Tout à la Gaîté_. - -«Tout à coup, une des artistes, Mlle Casciani, fait irruption sur la -scène, en criant: - -—C’est insupportable! On a encore fait des méchancetés à mon pantalon. -Un pantalon de soie vert qui vaut 30 francs! Le voilà tout déchiré! - -«Chœur des petites camarades de loge de Mlle Casciani: - -—Votre pantalon! Ah! il est joli, votre pantalon! Il est tout usé, tout -effiloqué, il a traîné partout. Nous y avons piqué une rose et nous -l’avons exposé dans la loge pour nous faire rire. - -«La querelle s’envenima. Mlle Nelly, dite Démeah, une toute petite -femme pas plus haute que ça, que Mlle Casciani semblait prendre plus -particulièrement à partie, riposta en traitant sa camarade de grande -comtesse de la rue sans le sou!»[496]. - -Bref, cela finit par une de ces crépées de chignons qu’aurait chantée -Homère et dont la butte sacrée semble avoir conservé le monopole. Mme -Varlet, directrice de la Gaîté, dut intervenir; il fallut toute son -autorité pour faire expulser la toute petite demoiselle Démeah, que la -colère avait grandie à la hauteur de feue Hermione. - -L’expulsion fut vive: l’enfant ne reçut point deux balles dans la tête, -mais quelques bleus sur diverses parties du corps, dont elle offrit -au tribunal de faire la preuve, en réclamant à son indigne directrice -2.000 francs de dommages-intérêts. - -Hélas! nous ne sommes plus aux temps divins de Phryné. La onzième -chambre n’offre que de lointains rapports avec le tribunal sacré des -Héliastes. Mlle Démeah ne put se montrer, comme la Vérité, toute nue, -et faute d’avoir pu produire cet argument, se vit condamner à payer -à sa directrice l’amende qui lui avait été infligée. Le tribunal peu -galant y joignit les frais du procès. - -Moralité: il n’est pas bon de piquer le pantalon d’une femme, même avec -une rose, et il convient encore moins de prêter à une de ses petites -camarades une lignée qui ne descend pas même des mansardes. - -Ces dames de la Porte Saint-Martin auraient été bien embarrassées, -certain soir de la saison 1841-1842, de piquer quoi que ce soit au -maillot de Lola Montès. Préludant à ses excentricités bavaroises et -aux coups de cravache qui la rendirent fameuse au pays de Louis II, -l’artiste ne s’était-elle pas avisée, ce soir-là, de danser sans -maillot. - -Outre que c’était une manière délicate d’imposer son nom et sa -personnalité—point rebelle à la réclame—au Tout-Paris de l’époque, Lola -avait vu là un moyen de «réduire au désespoir un amant qui, le matin, -avait rompu avec elle»[497]. - -Je ne sais si le volage se consola de cette rosserie qui aurait pu -surtout être une roseraie, mais ce fut pour Alfred Delvau l’occasion, -vingt-cinq ans plus tard, d’un accès de pruderie assez inattendu. - -Que diable, au _Théâtre de la rue de la Santé_[498], dont il a passé -pour l’historiographe[499], la feuille de vigne n’existait guère qu’à -l’état de légende et son _Dictionnaire de la Langue érotique_ semblait -plutôt célébrer la feuille à l’envers. - -Triste, égrotant ou simplement vieilli, Delvau, revenu des dialogues -assez audacieux de l’_Enfer de Joseph Prud’homme_ du bon Monnier -écrivait donc, en 1867, dans ses _Lions du Jour_: - -«L’année 1841-1842 ne fut pas précisément une année calme: de -grosses tempêtes politiques la bouleversèrent d’un bout à l’autre et -empêchèrent qu’on ne prit au fretin des événements l’intérêt qu’on a -l’habitude d’y prendre à Paris, où les petites choses occupent plus que -les grandes, où l’on s’occupe plus de l’apparition d’un clown que d’une -déclaration de guerre à l’Autriche. Aussi ne faut-il pas s’étonner de -l’accueil relativement tiède que les Parisiens de cette époque firent à -une danseuse excentrique de la Porte Saint-Martin,—dont l’excentricité -consistait surtout à danser sans maillot. - -«Sans maillot! _Proh pudor!_ O dieux immortels! Qu’aurait dit le très -vertueux M. de La Rochefoucauld, lui qui faisait rallonger d’un pied -les jupes des danseuses de l’Opéra?[500] Ce qu’il aurait dit, je -n’en sais rien; d’ailleurs, s’il avait été directeur de l’Opéra, il -n’était pas directeur de la Porte Saint-Martin,—et c’est à la Porte -Saint-Martin qu’avait eu lieu cette contravention aux réglements de -police et aux plus simples lois de la décence»[501]. - -Lola semblait, au surplus, avoir atteint le but qu’elle poursuivait. On -parla d’elle. - -«On parla pendant quelques jours de cette révolutionnaire du corps de -ballet, on se passionna pour et contre elle, tant et si bien que son -nom, inconnu la veille, franchit la rampe, puis la salle, et rebondit -comme un volant sur toutes les raquettes du boulevard. C’était sans -doute tout ce que voulait Mlle Lola Montès»[502]. - -Eh bien! non, M. Sosthène de La Rochefoucauld, s’il avait encore eu -voix au chapitre, n’aurait rien dit, ou plutôt aurait souri d’aise, -car ce n’était là que du «chiqué», comme on dit dans les derniers -promenoirs où la boxe éveille encore quelques frissons. Si Lola n’avait -pas de maillot, elle avait, me suis-je laissé dire, un pantalon... Le -prédécesseur de M. Bérenger et de M. Dujardin-Béaumetz n’en demandait -pas davantage, c’était même exactement ce qu’il avait prescrit. - -[Illustration] - - - - -QUESTIONS DE FORMES - - -_Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée._ - - A. DE MUSSET. - - -[Illustration] - - -QUESTIONS DE FORMES - - -Soudain, harmonieuse et plaintive comme la vibration chevrotante d’une -chanterelle qui se brise, une voix murmura: - -—J’étais la pudeur des femmes et la sauvegarde des maris qui savaient -leur honneur suffisamment cadenassé dans la prison de ma batiste. -Toutes les agaceries des bas chavireurs de vertu et des jupons semeurs -de désirs venaient piteusement échouer devant le «tu n’iras pas plus -loin» de ma citadelle inexpugnable. Le canapé lui-même ne pouvait -rien contre moi. Il fallait la complicité du Lit pour me vaincre. Le -Lit c’est-à-dire la chute préméditée et résolue, c’est-à-dire cette -décision qui n’habite jamais l’esprit flottant des femmes _la première -fois_. Mais, un jour, une perverse survint qui, d’un large coup de -ciseaux, troua mon bouclier. - -«Et la femme fut perdue. - -—Qui donc es-tu, toi qui te lamentes? s’enquit le Canapé qui ne -ricanait plus... - -«Et la voix répondit, plaintive et mélodieuse, comme la vibration -chevrotante d’une chanterelle qui se brise: - -—Je suis l’âme du pantalon fermé[503].» - -Cette légende, contée par Léo Trézenik, est charmante, comme toutes les -légendes; mais, ce n’est qu’une légende, et il n’y faut point chercher -quelque chose ressemblant, même de loin, à la Vérité. La Vérité n’a -jamais porté de pantalons et la femme les a rarement portés fermés. - -Sans remonter aux «caleçons de toile d’or et d’argent» du règne de -Charles IX et au maillot de Notre-Dame de Thermidor, le pantalon, -tel que l’imposa la crinoline, semble avoir été généralement ouvert. -Les patrons de la _Lingère parisienne_ et les dessins de la _Mode -illustrée_ indiquent même qu’il l’était terriblement. - -Les petites fentes latérales permettant d’en limiter la fente et, au -besoin, de les porter fermés, n’apparurent que plus tard. A ses débuts, -sous le Second Empire, le pantalon était entièrement ouvert par -derrière. C’était, au surplus, sa seule ressemblance avec celui de nos -contemporaines. - -La princesse de C... se rendant à un rendez-vous avec un pantalon fermé -fut et restera heureusement l’exception. - -L’«inexpressible» avait déjà assez de peine à se faire admettre dans la -toilette des dames, pour ne pas aller les indisposer davantage encore -contre lui par les inconvénients résultant de sa claustration. - -Bien peu eussent alors consenti à s’embarrasser de la gêne d’un -pantalon fermé. De nos jours même, combien préféreraient s’en passer, -plutôt que d’en supporter la tyrannie? - -Il peut être utile—et de règle dans certains couvents—sous les jupes -courtes des fillettes, mais, le plus généralement, il disparaît, à -mesure que s’allongent les jupes. - -Le jour où il s’ouvrira, comme ceux de la mère et des sœurs aînées, -n’est pas attendu avec moins d’impatience que, jadis, le jour où on -devait le quitter. Ce jour-là, la gamine se sent presque femme: c’est -pour elle un peu la robe prétexte, et que d’excellents prétextes pour -les porter ouverts. - -Même enfants, beaucoup les ont toujours portés ainsi. Il y a cinquante -ans, _la Mode illustrée_, ne les prévoyait pas autrement pour les -fillettes. Le pantalon fermé ne vint que plus tard et la bourgeoisie -seule en a adopté l’usage. - -Si sa claustration est parfois obligatoire, il y a bien des pensionnats -où cette règle draconnienne est inconnue: la plupart des élèves, quel -que soit leur âge, les portent fendus, et les curieuses—je n’ose écrire -les vicieuses—profitent de ce «large coup de ciseau» pour se livrer -entre elles à de menues comparaisons et à de petits concours, que la -morale ne saurait pleinement approuver. - -A Montmartre qui, cependant, oublie vite, on se souvient encore de -Pierrette Fleury, cette jolie fille, qui trouva dans l’éther le -suprême sommeil, et dont Antonin Reschal avait fait le prototype de -son héroïne. Pierrette confesse, dans le roman, à son père ce détail -de mœurs et lui demande de substituer à ses culottes ouvertes des -pantalons fermés. Ces jeux de l’école ne lui disent rien encore: - -«J’ai eu aujourd’hui la visite de papa. Cela m’a rendu de belle humeur. -Il y a si longtemps qu’il n’était venu. Il avait ses poches pleines de -bonbons et de chocolats qui vont faire notre bonheur, à Eve surtout, -pendant au moins... quarante-huit heures. A un moment il m’a demandé -avec tendresse, en me prenant sur ses genoux, si je ne manquais de -rien, ne désirais aucune autre chose... Aussitôt, je lui répondis, car -je l’aurais oublié: - -—Oh! si mon petit père, je voudrais bien que tu m’envoies des pantalons -fermés. - -—??? - -—Oui, papa chéri, ai-je continué, parce que quand nous jouons avec mes -petites camarades, dans le jardin ou en promenade, à faire des dessins -sur le sol ou autres amusements, groupées en rond, elles montrent -toutes leur «petit Jésus» sans rougir, se regardent et se jettent du -sable dessus. N’est-ce pas que c’est sale? Et puis encore lorsqu’elles -vont au petit endroit, toujours par deux ou trois, elles s’alignent le -long d’un mur ou d’une haie, les jupes relevées, et c’est à celles qui -enverront le jet d’eau le plus loin[504]... - -«En me couvrant de baisers, il m’a promis de m’envoyer six pantalons -hermétiquement clos.»[505] - -Dans le peuple et à la campagne, où elles sont seules à en porter, les -gamines ignorent la gêne du pantalon fermé, et c’en est une fameuse, -me suis-je laissé dire, par d’aimables femmes, qui, moins heureuses, y -avaient été longtemps assujetties. - -Incommode jusqu’à quinze ou seize ans, le pantalon fermé, dont elles -ont conservé le plus désagréable souvenir, n’est pas tolérable pour une -femme. Le rendez-vous hâtif, la folie qu’il ne faut pas contenir des -mains qui s’égarent, l’occasion, la mousse des bois ou la profondeur -des divans, la femme ne saurait les porter ainsi. Puis, comme disait -une autre, non sans sourire, avant que de fausser compagnie à son -cavalier, à la lisière d’un petit bois, où, preste, elle disparut: «la -nature a certains besoins, n’est-ce pas?» - -Délicieuse enfant, elle tenait le milieu, peut-être plus juste que -sage, entre le libre parler de Mmes de Choisy et de Cavoye[506] et la -coupable pruderie de certaines jeunes femmes, qui préfèrent souffrir -et risquer la gêne et l’ennui d’«un accident», plutôt que de confesser -une de ces faiblesses dont l’amante la plus irréprochable n’est pas -exempte. - -Et quel ennui d’avoir à relever ses jupes on ne sait jusqu’où—quand -elles étaient entravées, c’était même quasi-impossible—pour aller -chercher les boutons du pantalon et avoir à le baisser ensuite! -C’était là un terrible embarras, sinon un danger: la femme peut être -«pressée» et il y en a qui attendent toujours la catastrophe imminente -pour se décider à obéir aux lois de la nature. - -Au reste, si la pudeur semble conseiller aux fillettes l’usage du -pantalon fermé, pour éviter d’en laisser trop voir, dans leurs jeux, -sous leurs jupes courtes, on peut se demander si l’hygiène et la pudeur -marchent de pair à ce point de vue? - -Aux inconvénients qu’on lui connaît, le pantalon fermé en joindrait, -paraît-il, un autre, qui ne serait pas sans rappeler les caleçons de -laine et les esprits vitaux du recueil de Corona. - -Moraliste plus qu’on s’y devrait attendre, Jean de Villiot signale -cette particularité dans sa _Maison de Verveine_: - -«Le contact, on le sait, est le plus grand ennemi de la chasteté de la -femme. - -«Qu’elle porte des vêtements amples et son tempérament restera calme. - -«Les religieuses ne portent point de pantalons[507]. - -«Les paysannes, qui sont en somme assez chastes, n’en portent pas non -plus, et quand elles se penchent on voit leurs cuisses nues par dessus -leurs bas sans jarretières[508]. - -«Au contraire, toutes les femmes de plaisir—professionnelles ou -autrement—portent des pantalons et les plus élégants qui soient, tandis -que la vieille fille prude, les plus hideux possible, et souvent n’en a -pas. - -«Je connais une dame qui non seulement ne veut pas de ce vêtement pour -elle, mais encore ne permet pas à ses filles d’en porter. - -—C’est immodeste, dit-elle. - -«Cela rapproche la femme par certains côtés du sexe contraire[509]. - -«Quand le pantalon est fait de toile et fendu, il est ainsi féminisé, -si je puis dire, à un point qui neutralise les dangers auxquels je fais -allusion»[510]. - -Les médecins et les hygiénistes s’élèvent au contraire contre les -dangers et les méfaits des pantalons ouverts et conseillent sans pitié -à la femme la claustration absolue de ses charmes secrets, pour lutter -contre l’indiscrétion et l’invasion des microbes[511]. - -La doctoresse Schultz qui est femme, connaissant les inconvénients du -pantalon fermé, en conseille bien l’usage, mais a trouvé une solution -élégante qui consiste à les porter... ouverts: - -«Question de décence chez les petites filles, à robe courte, c’est pour -les femmes adultes une question d’hygiène: les pantalons fermés seuls -protègent les parties intimes du corps contre les poussières soulevées -par les jupes et les jupons. - -«En hiver, ils tiennent plus chauds. - -«Mais les pantalons fermés boutonnés sur le côté ne sont pas très -commodes pour les femmes, gênées dans leurs mouvements par le poids et -la longueur de leurs jupes et jupons. - -«Dans ces cas, on peut adopter un pantalon fermé, mais à dispositif -différent du modèle courant; par exemple, _un pantalon à fermeture -croisée_»[512]. - -Mme Schultz donne en note la description de ce pantalon, et, à la lire -avec un peu d’attention, on a tôt fait de s’apercevoir que ce n’est -autre chose qu’un pantalon ouvert, d’un modèle un peu différent, voilà -tout: - -«Ce pantalon fermé sur les côtés et aussi dans sa partie supérieure en -avant, est ouvert en bas et en arrière. Les deux côtés de l’ouverture -sont assez amples pour pouvoir se croiser l’un sur l’autre et, de la -sorte, se superposer. - -«Pour ouvrir le pantalon sans le défaire, il suffit de faire glisser le -fond du derrière sur la coulisse, en amenant le bord vers la hanche de -son côté». - -C’est-à-dire que, par devant, la fente ne commence qu’à environ 16 -centimètres du biais formant ceinture, alors qu’elle s’en ouvre -généralement à 3 ou 4 centimètres, quelquefois moins, laissant les -jambes presque indépendantes l’une de l’autre, tandis que, par -derrière, elle se continue jusqu’à la coulisse. - -Ce pantalon peut donner, par devant, l’illusion d’être fermé, mais il -est parfaitement ouvert. Des jeunes femmes qui les portaient ainsi -n’ont jamais, que je sache, songé à en nier l’ouverture et cherchaient -par le croisement des bords de la fente, non à éviter les microbes, -dont elles se souciaient peu, mais à empêcher, ce dont elles se -souciaient beaucoup, la chemise de s’échapper par derrière et de former -pan. - -C’était, confessèrent quelques-unes, l’unique moyen qu’elles eussent -trouvé d’éviter cet «horrible pan» et elles n’y étaient jamais arrivées -avant de porter des pantalons entièrement ouverts, dont les bords de -la fente pussent croiser par derrière. - -«Le pantalon, écrivait Bertall, s’attache sur le corset, soit à l’aide -d’un ruban-ceinture, soit à l’aide de boutons disposés pour cela»[513]. - -Longtemps, il n’en fut plus ainsi. - -Espérant s’amincir et se faire la taille plus fine, beaucoup de femmes -se mirent à les porter non _sur_ le corset, mais _sous_ le corset. Ce -fut un genre. Puis, à certains moments, il leur semblait appréciable de -pouvoir enlever leur corset, sans avoir à défaire leur pantalon. - -Un corset dans lequel on étouffe ou une barbe de la veille chez le -partenaire, il n’en faut souvent pas davantage pour gâter le plaisir -le plus fugitif et enlever tout son charme à la fantaisie d’une jolie -femme? - -Il y eut mieux: d’autres, pour éviter de chiffonner leur «chemise -garnie», enfilèrent le pantalon, non seulement sous le corset, mais -sous la chemise. Des théâtreuses et des professionnelles de déshabillés -lancèrent cette mode; les femmes du monde n’eurent garde de ne pas -la suivre et, si éphémère qu’elle ait pu être, des spécialistes des -dessous, comme Mlle Marguerite d’Aincourt, préconisèrent ce «soin qu’il -ne faut pas négliger et que prennent toutes les femmes de goût»[514]. - -Qu’il fût porté sous le corset ou sous la chemise, comment eut-on voulu -qu’un pantalon fut fermé? - -Une indiscrétion me fit connaître l’embarras d’une Pierrette qui, à -un bal travesti, avait cru devoir revêtir sous ses jupes courtes un -pantalon fermé et avait eu l’imprudence de le mettre sous le corset: -il fut terrible. La pauvre femme dansa pour oublier. Put-elle ne pas -s’oublier? - -Et ce fut la mode des corsets longs et des jupes collantes, quand elles -n’étaient pas entravées. Le pantalon reprit d’autant plus la place -que lui assignait Bertall que souvent, le plus souvent même, il tint -lieu de jupon. Mais, monté sur biais, n’ayant plus de ceinture, «les -fentes de côté, les boutons, les boutonnières sont supprimés»[515], le -pantalon n’en restait pas moins ouvert. - -La femme, parfois forcée de s’y reprendre à plusieurs reprises, avait -déjà assez de peine, à relever sa jupe, quand il était nécessaire, pour -ne pas affronter la gymnastique qu’exigerait dans ces conditions, un -pantalon fermé pour le baisser et pour le remonter. - -Elle n’est pas un athlète complet; nous ne songeons guère à le lui -demander, puis, aurions-nous, nous-mêmes, la force et la fougue -désirables pour «essarter», en un coin de fenêtre ou ailleurs, ses -culottes, si, comme la Môme Picrate, elle avait le mauvais goût de les -porter fermées? - -«Mais à peine dans la chambre, il s’anime, et miraculeusement rajeuni, -fond sur la danseuse, l’enlace, la culbute: - -«—Môme adorée! - -«—Tiens! y a qu’une minute, t’étais pas si pressé. Mon pantalon? -Attends. Attends donc! Tu vas l’dachirer, et on me voira ma -nature»[516]. - -Le pantalon est donc forcément ouvert et nul, au surplus, ne se fait -illusion. - -L’_Intermédiaire_, toujours curieux, s’est demandé si la vertu avait -quelque chose à gagner à la vogue du pantalon et, très sagement, a -conclu à la négative: - -«Est-ce un retour à la vertu? Je voudrais le croire, mais j’en -doute, et notre questionneur me paraît bien ignorant de la forme de -ces pantalons, s’il croit qu’ils apportent le moindre obstacle aux -surprises des sens; les porteuses y ont mis bon ordre, car (comme -disait à cette occasion certaine grande dame) on ne sait pas ce qui -peut arriver»[517]. - -Ou plutôt, on le sait très bien et on ne veut pas qu’une barrière, si -légère soit-elle, se puisse opposer à cette déesse fantasque qu’il faut -toujours saisir par où l’on peut: l’occasion. - -A la devanture des lingères et des blanchisseuses de fin, ce sont, -accueillants et rieurs, les «pantalons de femme en faisceaux légers, -demi-transparents, si drôles avec leur longue, longue fente qui n’en -finit plus»[518]. - -A la sortie du lycée, des potaches déjà grands regardent et songent -au lendemain, cependant que des hommes, dont les cheveux grisonnent, -évoquent, mélancoliques, le passé. - -Il en était de même, il y a cinquante ans. A part un dessin marquant -les débuts—ou plutôt le retour—des pantalons ouvrant sur les côtés par -de petites fentes latérales, la _Mode Illustrée_ ne donne pas, de 1860 -à 1863, un seul modèle de pantalon fermé. - -Ils étaient même terriblement ouverts, comme ceux que portaient sous -leurs jupons courts les «jeunes bergères d’Arcadie» de la «Brasserie -du Divorce»[519], comme ceux de la petite Augusta[520], de la grande -Virginie[521], lors de la fessée classique de l’_Assommoir_ ou comme -celui de Nana, avec le naturalisme qui sembla à l’époque constituer une -audace sans nom, de la chemise qu’en laissait, par derrière, échapper -la fente: «par derrière, son pantalon laissait passer encore un bout de -sa chemise»[522]. - -Ah! oui, le pan, ce «fameux pan», si difficile—impossible même, -confessèrent quelques-unes—à éviter, qui semble, pour beaucoup une -conséquence forcée de l’ouverture du pantalon. Amusant parfois, amusant -et impertinent, quand il se montre à peine pour être aussitôt rentré -d’un geste familier, il est le plus souvent ridicule et gâte facilement -un ensemble qui, sans lui, serait charmant. - -Il est lié de très près, ce pan, à l’iconographie de la femme en -pantalon et les caricaturistes en ont volontiers abusé. - -Elles font bien ce qu’elles peuvent, les pauvres, pour tâcher de le -retenir, mais peu y parviennent. On a beau ramener et croiser la -chemise entre les cuisses, croiser par derrière, comme le préconise Mme -Schultz, les bords de la fente, au besoin, si la chemise est garnie, en -fixer la dentelle, au risque de la déchirer, à l’agrafe du corset, il -n’y a pas moyen de retenir le fugitif. Ou c’est, chez de très rares, la -traîtresse épingle anglaise: mais elle est dangereuse et gênante. - -Cela tient, à peu près, quand on vient de s’habiller: aussitôt qu’on a -marché, descendu ou monté un escalier, c’en est fait de cette harmonie -si péniblement obtenue. La chemise commence par pointer, puis ne tarde -pas à pendre en plein. - -Pour d’aucunes, c’est une préoccupation. Il en est que la crainte de ce -maudit pan empêchera, plus que toute autre considération, de se laisser -voir en pantalon. D’autres ne se déshabilleront pas avant d’avoir remis -subrepticement un peu d’ordre dans leurs dessous et fait réintégrer à -la chemise la prison trop ouverte du pantalon. Ce sont les soigneuses, -celles qu’intimident ou qu’effraient le rire du mari ou le sourire de -l’amant. - -De plus nombreuses, hélas! par une négligence coupable, semblent ne pas -avoir cure de ces contingences. Leur chemise pend, elles la laissent -pendre, sans même la rentrer et chercher à l’emprisonner, quand elles -en ont occasion. - -Certaines, même, convaincues qu’elle s’échappera aussitôt, négligent, -en s’habillant, de rentrer dans la batiste du pantalon le pan, qu’en -l’enfilant, aura laisser tomber la complicité de la fente. - -—Que voulez-vous? c’est forcé..., répondront-elles avec une petite -moue drôle, si on les plaisante. Et, pour peu qu’on insiste, elles -ajouteront, philosophes, en manière de consolation: - -—Bah! avec ça que ça ne pend pas à toutes? - -Sans doute... Il en est même, qui, sans chercher plus loin, le laissent -pendre, ce pan, pour rien, pour le plaisir, parce qu’elles le trouvent -amusant. Ça leur donne un air gamin qui ne leur déplaît pas. - -Prenez garde, Mesdames: je sais bien que vous ne commencez pas à -grossir, mais souvenez-vous de ce couplet au gros sel, adressé aux -Fédéralistes, qui eut son heure de vogue dans les salons de la -Restauration: - - Renfermez dans vos culottes - Le bout d’chemis’ qui vous pend; - Qu’on n’ dis’ pas qu’ les patriotes - Ont arboré l’ drapeau blanc[523]. - -Les «duchesses les plus délicates et les plus charmantes femmes du -monde»[524] chantonnèrent ces méchants vers et en rirent aux larmes. Si -misérable fut-elle, au moins elles avaient une excuse: ne portant pas -de pantalons, elles n’avaient point à craindre semblable accident. - -Que la fente soit ou ne soit pas close et que la chemise apparaisse -plus ou moins, les heures sont courtes et passagères qui permettent de -répondre à une grande fillette que sa mère veut empêcher de faire des -«tourniboiles» sur l’herbe, comme les garçons: - -—Mais maman, on ne verra rien, j’ai un pantalon fermé[525]. - -Laissez quelques rares jeunes femmes s’entêter à les porter ainsi, -prétendant, la bouche pincée, que «c’est plus intime», qu’«on est mieux -chez soi» et soyez convaincues qu’elles sont l’exception, l’exception, -ajouterait la sagesse des nations, qui confirme les règles. Toutes les -autres, effrayées par la gêne du pantalon fermé, les portent ouverts. -Celles même qui, à la scène, se voient forcées, dans certains rôles, -d’affronter l’ennui du pantalon officiel, s’empressent, à la ville, de -le troquer contre son frère plus conforme aux lois de la nature. D’où -cette anecdote dont Louise Balthy fut l’héroïne et que Jean Lorrain -contait dans l’_Echo de Paris_, avec tout son esprit. - -Dans un salon du faubourg Saint-Germain, malgré l’insistance de tous, -elle refusait «de dire la fameuse ronde du _Moulino de la Galettas_, -cette cachucha chantée où l’artiste se révéla si impayable; à quoi la -chanteuse, requise tout à trac: - -—Mon pas espagnol, ici, impossible, mon p’tit; j’ n’ai pas de pantalon -fermé[526]. - -Qu’un trop timide amoureux ne s’effraie donc pas trop si, sous les -jupes de l’aimée, ses mains viennent à rencontrer, ce qu’il devait -prévoir, la batiste tiède d’un pantalon et surtout qu’il n’ait pas -une exclamation de désappointement et de mauvaise humeur. C’est là un -passage et non un obstacle, et toutes les femmes n’ont pas pour tant -d’innocence, la suprême indulgence de Marguerite: - -«On entendit un léger bruit étouffé presque aussitôt; le nom de Raoul -prononcé plusieurs fois, puis cette énergique exclamation: - -—Ah! sacrebleu! un pantalon! - -«Un silence suivit... une petite voix le rompit en murmurant ces mots: - -—Il est fendu![527] - -Bien que Maugis ait prétendu, à un thé,—à qui se fier, -vraiment?—qu’elle les portait fermés, celui de Marthe Payet n’était pas -moins ouvert, au cours du petit raid intime qui, à Bayreuth, la fit -surprendre par sa belle-sœur à califourchon sur les genoux du critique. - -«...Mais qui donc parle dans la chambre de Marthe? - -«Ce murmure qui ne cesse pas, ponctué d’un rire tranchant ou d’une -exclamation de ma belle-sœur... Une étrange conversation à coup sûr. - -«Soudain! un cri. Une voix d’homme profère un juron, puis la voix de -Marthe irritée: - -—Tu ne pouvais pas caler ton pied? Un peu plus je me blessais!... - -«J’ai saisi le loquet. J’ouvre, je pousse le battant de toutes mes -forces, un bras devant le visage comme si je craignais un coup... - -«J’aperçois, sans comprendre tout de suite, le dos laiteux de Marthe, -ses épaules rondes jaillies de la chemise. Je vois aussi ses petits -pieds vernis, qui pointent à droite et à gauche, écartés comme ceux -d’un homme qui monte sans étriers... Elle est... elle est... assise sur -les genoux de Maugis, de Maugis rouge, affalé sur une chaise, et tout -habillé, je crois..... Marthe crie, bondit, saute à terre et démasque -le désordre de l’affreux individu. Une espèce de plainte—sanglot? -nausée?—m’échappe; et je détourne les yeux de ma belle-sœur. - -«Campée, debout, devant moi, en pantalon de linon à jambes larges et -juponnées, elle évoque irrésistiblement, sous son chignon roux qui -oscille, l’idée d’une clownesse débraillée de mi-carême. Mais quelle -tragique clownesse, plus pâle que la farine traditionnelle, les yeux -agrandis et meurtriers... Je reste là sans pouvoir parler. - -«La voix de Maugis s’élève, ignoblement gouailleuse: - -—Dis-donc, Marthe, maintenant que la môme nous a zieutés, si qu’on -finirait cette petite fête... Qu’est-ce qu’on risque?[528] - -Ce brave Maugis, il ne doute de rien. C’est presque la réplique de la -phrase connue du commissaire, après le constat d’adultère, la femme en -larmes et en chemise et le complice, un peu gêné, trouvant qu’il y a, -dans la vie, des petites comédies qui se terminent bien mal: - -—Maintenant, continuez!... si vous pouvez. - -Ah! Marthon, combien préférables les soirs de villes d’eaux, où, les -petits chevaux aidant, il vous était loisible de retirer votre pantalon -et où nul incident fâcheux ne venait vicier l’arrivée: - -«Elle est venue dans ma chambre, toute gaie; il lui a suffi de retirer -son pantalon pour oublier la culotte qu’elle venait de prendre»[529]. - -_Lucie, fille perdue et criminelle_, assiste, de sa cachette, à -une reprise de manège très analogue à celle de Bayreuth. Le cadre -seul diffère, quoique il ne soit pas davantage noir. Là encore, -contrairement à la légende de la gravure des petits pieds, «tout (ne) -se passa (pas) à l’ordinaire». - -Naturellement, le pantalon d’outre-rein était ouvert, lui aussi: - -«...Ils en étaient passés à l’action! Et Maucroix tenait la duchesse -sur ses genoux, la duchesse qui avait jeté tous ses vêtements, et qui, -grasse, en pantalon, les fesses débordantes dans un balancement, toute -la peau à nu presque, écrasait ses belles chairs laiteuses contre cet -homme, lequel commençait à frémir, à s’énerver, à tâter de tout cela -d’un air éperdu»[530]. - -Ouvert également le pantalon de Virginie Chômel, dont les dentelles -avaient choqué, peu de temps auparavant, la receveuse des postes, une -femme à principes, qui s’était trouvée «seule avec elle dans un endroit -intime». - -Cette fois, l’enfant s’est laissé surprendre dans le cabinet de -toilette de M. Le Vergier des Combes; elle n’est pas sur les genoux, -mais aux genoux du vieil homme, qui semble n’avoir rien perdu de sa -dignité. Son attitude est presque patriarcale: - -[Illustration] - -«Je n’ai, d’abord, vu que de jolis petits pieds chaussés de bas à côte -et ajourés qui montraient des talons hauts et des semelles fines, -posés gentiment, comme à confesse, dans un énorme encadrement de -chemises, de jupes bordées de dentelles et de culottes, bâillant juste -assez pour offrir à l’air un double croissant de peau rose, le tout -coiffé, couronné de cheveux châtains répandus en boucles, en mèches, en -touffes, en queue,—crinière de cavale plutôt que chevelure de fille, -sur laquelle une main sèche et autoritaire comme un sceptre s’appuyait -avec autorité»[531]. - -La congestion menaçante et, sans avoir été Maurice de Saxe, c’est ainsi -que finit le beau rêve que fut la vie pour certains privilégiés. - -A la scène même, et en court, Mossieu! combien d’autres que Nana les -portent ouverts. C’était le cas de Pimprenette, et, dans le beuglant -de province où elle débutait, elle eut, pour faire... face au chahut -qui, de l’orchestre, montait vers elle, le geste de mépris auquel la -Mouquette dut le plus clair de sa réputation. Il est vrai que la pauvre -fille n’en portait d’aucune sorte. - -«Sur quoi, Pimprenette exaspérée eut un de ces gestes qui déchaînent -les révolutions... Elle se retourna prestement et, d’un geste canaille, -troussant jusqu’aux reins sa jupe déjà si courte, ne permit à personne -d’ignorer qu’elle portait un pantalon fendu»[532]. - -Allons, ne vous excitez pas, pâle voyeur. Vous ne vous figurez pas que -je vais vous introduire dans la loge de Pimprenette de Folligny, en -passe (un mot qui lui convient très bien) de devenir une des étoiles de -nos plus éphémères music-hall. Vous ne verrez rien, mais il vous sera -permis d’écouter ce dialogue aussi suggestif qu’un film non visé par la -censure et n’y revenez pas: - -—Ah! zut! Et mon pantalon! c’est ça qui va m’enlever mon blanc! Faut-il -que je sois bête! Comme si je n’aurais pas dû y penser. - -—Ben, n’en mets pas, voilà tout. - -—Non! mais tu ne voudrais pas, tout de même! Pense donc que je n’ai -qu’un sarreau d’écolière et pas de maillot... Ma vieille, ça serait un -coup à se faire emboîter! - -—C’est bien ça les hommes, grommela Hortense, philosophiquement, ils -ne viennent que pour voir de la peau, et quand on leur en montre, ils -gueulent! Enfin... je vais te le tenir tout ouvert, tu n’auras qu’à -glisser les jambes sans frôler...[533] - -Si ouvert qu’il lui fût présenté, le pantalon de Pimprenette ne devait -pas être «fendu», ce soir-là. - -La combinaison, cet objet bâtard, tenant à la fois de la chemise et du -pantalon qui nous est revenu d’Amérique affublé de ce nouveau nom, est -non moins ouverte et... c’est forcé. - -Déjà, en 1863, la _Mode illustrée_ dont l’initiative en matière de -dessous ne fut pas toujours heureuse, avait soumis à ses abonnées un -bien singulier modèle de pantalon. Par devant, un tablier retombait -sur la fente pour la masquer. Cela devait donner à celles qui le -portaient—si jamais aucune en porta—un faux air de Vénus hottentote, -tandis que, par derrière, la fente se boutonnait, comme une -brayette[534]. - -C’était hideux et mille fois plus inconvenant que le pantalon, malgré -l’énormité d’une solution de continuité qui aurait fait fuir bien loin -le petit diable de Papefiguière. - -En 1866, elle fit mieux, et bravement, sans songer à lui infliger un -baptême et le «patent» d’une importation des U. S., lança un modèle de -chemise-pantalon, auquel était jointe cette glose: - -«Nous cherchons toujours à donner à nos abonnées, outre les objets -pour ainsi dire _classiques_, ceux qui nous semblent concilier le -progrès avec l’utilité. Nous plaçons par conséquent sur notre planche, -consacrée au linge et à la lingerie, un modèle encore inconnu, mais -destiné à obtenir, croyons-nous, un véritable succès; nous l’appelons -la chemise-pantalon, parce qu’il _résume_ ces deux objets, jusqu’ici -distincts l’un de l’autre»[535]. - -Chemise et pantalon n’étaient guère jolis à cette époque—une bonne -à tout faire refuserait de s’en affubler, aujourd’hui, ses jours -de sortie, pour aller... cueillir la violette avec le pompier de -ses rêves—leur résumé ne l’est pas davantage naturellement. Il est -difficile de concevoir quelque chose de plus laid que la grand’mère de -la combinaison. - -Mise en goût par cette création, la _Mode illustrée_ le conçut, -cependant: ce fut la chemise de nuit-pantalon. - -Pourquoi pas la chemise à trou? - -Je doute que l’objet ait obtenu, à l’époque, le succès qui lui était -prédit. Il fallait, pour qu’il l’obtint, beaucoup plus tard, qu’il eut, -comme le pantalon et comme la chemise, singulièrement modifié sa forme -et que les Américaines s’en soient mêlées. - -Américaines et Anglaises professent volontiers, en effet, contre la -chemise, les préventions des Merveilleuses du Directoire. Ses plis sont -«ondulants et maladroits. Voilà plus de deux mille ans que les femmes -portent des chemises, cela était d’une vétusté à périr»[536]. - -La chemise ne remonte pas, à vrai dire, aussi haut dans l’histoire -de nos mœurs; ce ne fut pas une raison, quand vint la mode des jupes -collantes, pour ne point la supprimer, grâce à la _combinaison_, le -nouveau nom de la chemise-pantalon, qui, pour reprendre le mot de la -_Mode illustrée_, résumait les deux articles. - -La vogue de la combinaison fut grande et immédiate. Elle sévit jusque -dans les pensionnats de jeunes filles; en Angleterre, paraît-il, les -jeunes filles qui en portaient auraient seules été longtemps dispensées -d’avoir à baisser leur pantalon pour recevoir la vieille cinglade -britannique. - -Si la combinaison sévit encore, je veux croire, en ces temps d’entente -cordiale, que la cinglade, malgré son antiquité, a cessé de sévir, si -elle a jamais sévi autrement que dans l’imagination d’Hector France, -qui fut un fantaisiste aimable, et des collaborateurs anonymes dont le -pseudonyme de Jean de Villiot couvrait le... fonds social. - -En France, la combinaison ne fut pas cependant sans rencontrer, tout -d’abord, des résistances analogues à celles qu’avait rencontrées le -pantalon lui-même. - -Toutefois, elles durèrent moins longtemps. - -En 1885, dans son _Art de la Toilette_, Violette croyait pouvoir porter -contre elle un jugement sans appel: - -«Je n’ai point voulu parler de cette sorte de maillot de batiste qui -réunit en une seule pièce la chemise et le pantalon, sous prétexte de -ne point grossir la taille sous le corset. On a tenté cela; mais échoué -dans le quart de monde, ce ballon mort-né, frappé à l’avance d’une -piqûre fatale, n’a pu s’élever dans les sphères d’une élégance plus -pure: cela manquait à la fois de grâce et de chasteté»[537]. - -Il est peu de jugements qui ne soient sujets à révision. Je ne sais si -la combinaison argua d’un «fait nouveau» pour faire casser l’arrêt -de Violette, mais il semble, sans avoir eu à subir les conclusions -de Maître Labori, avoir eu devant la cour suprême que composent nos -contemporaines, tous les honneurs de la cassation. - -La Parisienne a fait, il est vrai, une concession aux chers usages -auxquels nous devons les gestes jolis et classiques de la femme qui -se déshabille. Le plus souvent, elle n’a pas sacrifié la chemise à -la mode nouvelle: la combinaison, portée sur le corset, tient lieu -de cache-corset et de pantalon, ou de cache-corset et de jupon. -Dans ce dernier cas, on l’a affublée d’un nouveau nom: c’est la -_combinaison-marquise_. - -Les catalogues des magasins de nouveautés et les étalages des lingères -suffiraient, s’il en était besoin, à marquer la place qu’a prise -en France, depuis trente ans, la combinaison. La concurrence de la -«petite culotte Louis XV»[538] et du «pantalon-cuirasse», dont Mme -Claire de Chancenay vantait, en 1891, les avantages aux lectrices du -_Figaro_[539], n’ont rien pu contre sa vogue chaque jour grandissante. -Les journaux de modes, comme les femmes, se sont prononcés pour la -combinaison et il n’est jusqu’à la _Mode pratique_ qui n’en ait -célébré les bienfaits. - -Dans un article trop long pour être reproduit, Mme de Broutelles va -jusqu’à faire ressortir l’économie de blanchissage que représente -la combinaison[540]. Le linge sale demande à être lavé en famille; -préférons-lui, plutôt, ces indiscrétions assez amusantes touchant les -Américaines et leur manière de porter la chemise... quand elles en -portent: - -«Les Américaines qui ont voyagé en Europe portent assez volontiers une -chemise, mais sans renoncer pour cela à leur petit tricot qu’elles -appellent en français un _veston_. Celui-ci se porte directement sur -la peau, par-dessus elles agrafent directement leur corset, mettent -leur pantalon, et c’est après tout cela qu’elles endossent une chemise, -qui tient lieu à la fois de corsage de dessous et de petit jupon; une -chemise qui est une sorte de robe de dessous»[541]. - -D’autres que les Transatlantiques ont porté, nous l’avons vu, le -pantalon sous la chemise, mais cette chemise qui tient lieu à la fois -de corsage et de jupon ressemble bien plus à la combinaison qu’à la -chemise. C’est, dans toute sa simplicité, la combinaison-marquise. - -La _Mode pratique_ avait bourgeoisement vanté les économies de -blanchissage que permettait de réaliser la combinaison. La _Nouvelle -Mode_, elle, leur substitua les avantages que la mode nouvelle -présentait au point de vue de l’hygiène[542]. - -Je n’insisterai pas et j’en aurais fini avec la combinaison, à -laquelle, pour être franc, j’avouerai préférer, comme Violette, le -pantalon, si, à ce sujet, l’Allemagne ne nous fournissait quelques mots -composés de la plus belle venue. - -On ne peut pas toujours composer des mélanges asphyxiants, rédiger de -fausses dépêches, bombarder des cathédrales ou mutiler des femmes et -des enfants: il faut alors se rejeter sur les mots composés, ce qui, -comme on sait, remplacent, sur les bords de la Sprée, les chansons à -Montmartre. - -Sans avoir eu, le plus souvent, la mauvaise curiosité d’aller y voir, -on connaît l’inélégance des dessous de la femme allemande: - -«Des jupons de flanelle, des pantalons de flanelle rouge, des corsets -en coutil mal faits, des chemises bien hautes en grosse toile, des bas -tricotés bien courts, finissant au-dessous du genou»[543]. - -M. Grand-Carteret a beau, après cette citation, crier à -l’exagération—ce n’est pas «moche» c’est «boche»—cette description ne -semble pas mentir à la réalité. Une aimable femme, que son commerce a -fait séjourner à Berlin, a bien voulu me donner à ce sujet des détails -amusants et y a même joint des catalogues et des échantillons à leur -manière suggestifs. - -En dehors des clientes de l’abbé Kneipp, auxquelles l’hygiène interdit -de porter des pantalons; dans la classe moyenne, la plupart des femmes -n’en portent pas davantage, l’été. Uniquement destiné à tenir chaud, -long et large, tombant à mi-mollet, caleçon plutôt que pantalon -féminin, il n’est guère en usage que l’hiver et alors apparaissent -sous les jupes des femmes et des filles des herr professor, outre le -classique madapolam, le croisé, le molleton, la flanelle, rouge parfois -et plus souvent grise—c’est moins salissant. - -La bourgeoise n’a pas besoin de posséder dans son armoire un jeu -complet de pantalons. Elle n’en porte que l’hiver et en change -rarement. Deux ou trois, et même moins, suffisent. - -Le feutre noir est particulièrement apprécié. Un pantalon de feutre se -porte toute la saison. En avril ou en mai seulement, on l’envoie chez -le dégraisseur, pour ne le reprendre qu’au commencement de l’hiver -suivant. - -Pouah! voilà qui peut satisfaire la louable économie domestique de -l’Allemande; mais ces détails suffiraient sans doute à assagir les -mains de nos «poilus» les plus entreprenants et les moins raffinés. - -Ce sont pourtant les modèles de «Damen-Beinkleider»—ne traduisez pas -par caleçons de bain pour dames—les plus courants. - -Dans le grand monde et dans le demi—ils se touchent toujours de très -près et en matière de dessous et de déshabillés sont généralement -tangents—le haut persil berlinois enfile, il est vrai, sous la jupe -tailleur, une «culotte abbé Louis XV» de satin ou de surah noirs, -doublée de liberty clair, qui, collante des hanches, est serrée au -genou par une boucle d’acier ou d’argent. - -Ce fut là, ces dernières années, le dernier bateau pour les grandes -élégantes. Cette culotte tenait lieu de jupons. Puis, dans l’entourage -du Kronprinz-Monseigneur, où l’on passait pour ne pas mépriser les -hommes de la garde, quel ragoût devaient avoir les plus notoires -déshabillées, quand leurs jupes tombées, elles apparaissaient -travesties de la sorte. - -On obéissait ainsi aux lois de la nature, tout en satisfaisant certains -goûts que la Correctionnelle apprécie assez sévèrement et auxquels le -Mauric’s-bar a dû son éphémère réputation. - -Mais il n’est pas donné à toutes les femmes de donner à leur époux, -à leur amant ou à leur client, l’illusion d’un «Jésus-la-Caille». A -côté des «Damen-Beinkleider» et de la «culotte abbé Louis XV», il y a -place pour différents systèmes de pantalons, que la langue allemande a -différemment baptisés. - -Tout d’abord, le «système normal»—breveté et contrefait combien!—du -docteur. - -Fait en tricot, l’objet descend jusqu’aux pieds, et affecte la forme -soit d’un pantalon, soit d’une combinaison. La bottine à élastiques et -à tirettes se met par dessus. - -Ce n’est pas mal, mais, en fait de combinaisons, il y a mieux et il -faut vraiment que l’on ait recours à la bêtise de 93 intellectuels -allemands pour leur trouver des noms, des noms à coucher sous les ponts -ou à finir dans un camp de concentration, et sans les retirer, encore! - -On a ainsi le «Hemd-Rock-Beinkleid» (chemise-jupon-pantalon); le -«Hemd-Beinkleid» (chemise-pantalon, la combinaison proprement dite); -et l’«Untertaille-Rock u. Beinkleid» (cache-corset-jupon et pantalon). - -Ces différents objets sont, on le voit, aussi composés que les mots qui -les désignent... Les catalogues des maisons de confection allemandes en -offrent divers modèles et ils se font en plusieurs qualités. - -La qualité supérieure ne se contente pas d’être plus fine de -tissu, plus soignée, plus élégante et plus courte de jambes. Un -perfectionnement lui a été apporté, qui mérite d’être noté. - -Moins que toute autre, la femme allemande ne peut songer à porter des -pantalons et moins encore des combinaisons fermés. Les chopes de bière -qu’elle ingurgite volontiers à la brasserie, à côté de son seigneur et -maître, le lui interdisent formellement. Elle a, toutefois, une pudeur, -ou mieux une pudibonderie relative et, pour pallier aux inconvénients -de la fente généralement aussi béante que le sourire de l’héritier du -trône d’Allemagne, elle a trouvé quelque chose, dont aucune Parisienne -ne voudrait jamais, sans doute, affronter le ridicule. - -La combinaison d’un modèle soigné est _à pont_. - -Ce détail est très scrupuleusement représenté sur la figure du -catalogue. C’est à la fois grotesque et inconvenant. L’on ne peut -songer sans rire à la gymnastique à laquelle sont contraintes les -malheureuses qui portent cette lingerie. Oh honte! au lieu de Bacchus -ivre ou de Danaé surprise, Dorothée en train de baisser son pont ou -Charlotte occupée à remonter le sien! - -Et à l’heure des abandons, lors des petits jeux qui, dans la chambre -tiède, où stagne le mélange cher du chypre et du tabac blond,—plus -blond et plus savoureux que toi, Gretchen!—précèdent les soupirs et les -mots entrecoupés de la bien-aimée, avoir à déboutonner le pont de sa -combinaison, à moins qu’elle ne préfère le faire elle-même: - -—Attends, chéri, que j’défasse mon pont. - -Voilà qui, dans la langue du grand siècle, doit singulièrement vous -monter le bourrichon! - -C’est comme pour les armements. L’Allemagne ne pouvait naturellement -s’arrêter en aussi belle voie. Les dessous de la femme allemande sont, -ainsi que ses appas, de l’artillerie lourde. Le «Hemd-Rock-Beinkleid» -représentant sur sa Krupp le 320 autrichien, quoi d’étonnant -à ce qu’elle y ait joint un «kolossal» 420, sous la forme des -«Reformbeinkleider». - -Dans ce pays de la Réforme, où cependant l’on semble réformer -si peu, quelque docteur à court de mélanges détonnants ou de -torpilles sensationnelles—avec tous ses défauts, bien préférable la -Môme!—devait songer à réformer le pantalon féminin. Il est vrai que, -malheureusement, cela ne dut faire de mal à personne et bien peu gêner -les plantureux séants qui, huit mois de l’année, ignorent totalement -l’usage des pantalons. - -Ils ne se sont d’ailleurs pas fatigué les méninges, les intellectuels -allemands, pour trouver ça: il y a vingt-cinq ans, bien des petites -femmes, dont les agents de M. Lépine eurent peine à endiguer la rage -réformatrice, en avaient fait autant. Les «Reformbeinkleider», c’est -tout bêtement la culotte de bicyclette, sans bicyclette. Seulement, la -ménagère allemande qui est à la fois économe et pudique à sa façon, la -porte en flanelle, toujours pour économiser les frais de blanchissage -et passe par-dessus une jupe. Elle est ainsi vêtue et protégée contre -les surprises du froid, je ne parle pas de celles des sens. Pour elle, -ils comptent peu. L’accouplement est pour l’Allemande une fonction plus -qu’un plaisir et elle ignore généralement, malgré son penchant pour les -bocks, «la froide majesté de la femme stérile». - -Ce molleton ou cette flanelle se boutonnent sur les côtés par de -petites fentes latérales et un élastique passé dans un coulisse les -serrent autour du genou. - -Non, vrai, on comprend, quand on a contemplé ces pauvretés, le rut qui, -lorsqu’ils sont à Paris, pousse les représentants des diverses classes -de la grande Allemagne à se ruer—_turba ruit ou ruunt_—vers Montmartre -et vers les divers établissements où d’aimables enfants, ignorant, -elles, l’infamie des molletons et des flanelles, montrent, pour -aguicher ces clients de passage, beaucoup du blanc de leurs dessous et -un peu du rose de leur chair. - -Semblables au faucon désencapuchonné du divin Arétin, les verres de -leurs lunettes d’or couvertes de buée, le visage rouge et la nuque -guettée par la congestion proche, ils halètent de luxure. Un prurit -leur monte au cerveau qui, à la sortie du music-hall, leur fera -accompagner dans un garni voisin quelque pauvre fille, qui, à juste -titre méfiante, aura soin de se faire bailler son petit cadeau, avant -de livrer au Werther en vadrouille ou à l’Herman en goguette, son -jardin cependant si peu secret. - -Que Mercure, qui passe pour réparer les méfaits de Cupidon, soit -propice à l’homme aux lunettes! Parfois, cela s’est vu, la fille -profitera du sommeil du rustre pour soulager son portefeuille crasseux -de quelques billets et il ira, le matin, tout penaud, las d’avoir -marché dans son rêve entôlé, raconter sa mésaventure au commissaire de -police. - -Cet honorable fonctionnaire classera la plainte, comme il convient, -et, à son tour, la laissera dormir. Quant à plaindre le professeur -Knatschké plus souvent! il n’avait qu’à ne pas tromper madame -son épouse ou sa fiancée aux cheveux de chanvre avec la première -venue—hein! on est moral ou on ne l’est pas?—puis, c’est toujours -autant de repris sur le bandit de grand chemin que cache tout Allemand. - -Des «chiffons de papier,» après tout! Allons-nous leur accorder plus -d’importance que M. le Chancelier lui-même? - -Vraiment, ça sent mauvais. Ces gens-là laissent derrière eux un fâcheux -relent de brôme et de chlore. Vite, brûlons du sucre et parlons de la -Parisienne, la vraie, que la nécessité de payer sa logeuse et d’assurer -la maigre pitance du lendemain, ne force pas à «marcher» avec tous les -infidèles qui viennent chercher à Montmartre le paradis de Mahomet -qu’Enver-Pacha, malgré ce nom prédestiné, est incapable de leur -fournir. - -Non moins que la professionnelle de la butte, elle ignore -l’emmaillottement des molletons et des flanelles; malgré la méchante -concurrence que lui fit, un moment, l’inesthétique culotte de jersey, -le pantalon est resté pour elle un objet de première nécessité, dont -elle aime à soigner particulièrement l’agencement. - -C’est un peu le voile sacré qui, loin de cacher sa nudité attendue, se -contente de la voiler et la rend plus désirable. Elle sait la toute -puissance des dessous, si réduits soient-ils, et connaît l’entêtante -griserie des déshabillés. - -Aussi, les pantalons sont-ils, dans son trousseau, l’objet de soins -tout spéciaux. Ils la touchent de trop près pour que l’étoffe, ô -Tartuffe, n’en soit pas, plus que toute autre, moelleuse. Il n’est pas -pour eux, de dentelles trop belles, ni d’entre-deux trop aguichants. La -Parisienne connaît l’art des transitions: l’écrin, en s’entrouvrant, -laissera apercevoir la radieuse nudité de son corps et la «consolante -harmonie» de son ventre. Il faut donc qu’il soit digne de l’éternelle -fleur de lotus, vers laquelle appareillent sans trêve les désirs des -hommes. - -Fût-il très simple, blanc et uni, honnête et bourgeois, à peine orné -d’un feston ou d’un volant, il aura encore pour un amoureux tout son -charme et même ce parfum de mystère que comporte la cueillaison du rêve -que l’on va cueillir. Sous son sabot se détache, au-dessus du bas, -en une ligne rose et lisse, la chair des cuisses, et voici, que plus -haut, dans l’«envergure harmonieuse» que chanta comme nul autre le bon -Théophile Gautier, germe, à travers la fente béante de la batiste ou de -la percale - - ..... la mousse blonde ou noire - Dont Cypris tapisse ses monts. - -Les pudibonderies bêtes de jadis sont abolies. Foin de -l’«inexpressible», de l’«indispensable» ou de l’«innomable», la -Parisienne n’a pas plus peur du mot que de la chose. Elle dit -simplement, sans songer à mal, son «pantalon» et le vocable évoque -aussitôt à l’esprit quelque chose de très féminin et de très charmant. -La forme peut varier: pantalon-jupon ou jupon-pantalon; ces orphelins, -vêtus de blanc ou de rose, se ressembleront comme des frères. Parfois, -conséquence des jupes étroites de ces dernières années, ils affectèrent -une forme plus masculine, et plus bravement encore, celles qui les -portaient disaient, amusées, leur «culotte». - -Les magasins de blanc avaient même lancé un moment un mot et un -objet nouveaux qui, d’ailleurs, ne firent pas fortune; le pantalon -«couche-culotte». - -Chères gosses! - -[Illustration] - - - - -LE PANTALON ET LA CARICATURE - - -_Finis désormais les nus rayonnants et sans malice du premier Empire -et de la Restauration, finis les visions engageantes, les aperçus de -cuisses avec lesquels l’imagerie de 1830 raccrochait les passants._ - - J. GRAND-CARTERET. - - -[Illustration] - - -LE PANTALON ET LA CARICATURE - - -Il y aurait là, semble-t-il, matière à un chapitre assez amusant à -ajouter à l’histoire du pantalon féminin. Des caricatures anglaises -dans lesquelles le pantalon apparut sous les jupes des premières -ferventes, non de la pédale,—elle n’existait pas encore—mais de -la draisienne, aux suggestives combinaisons de Fabiano, ce serait -rappeler, par le dessin et par les légendes qui l’accompagnent, les -étapes du pantalon. - -En même temps que son usage se généralisait et s’imposait, la hardiesse -des dessinateurs croissait et ne tardait pas à en indiquer les moindres -détails. Au lieu de sa silhouette esquissée à grands traits, ils ne -reculent plus maintenant devant le réalisme de sa fente et devant la -note gamine du pan de la chemise qui s’échappe, quand ce n’est pas un -coin de chair qui apparaît. - -La Parisienne en corset—le corset noir de Mme Moraines—et en pantalon: -n’est-ce pas un peu la Montmartroise de Willette, cet être exquis, -chiffonné et charmant, destiné à révéler à nos neveux une Butte -sacrée qui déjà n’existe plus, si jamais elle a existé. Le talent et -l’imagination de l’artiste a, en effet, poétisé et synthétisé toutes -ces échappées du Moulin de la Galette et de tous les moulins où l’on -danse, pour en faire sa Colombine, chantant, mieux que toute autre, la -bonne chanson des vingt ans et des libres amours. Le prisme de Pierrot -leur a prêté les couleurs de l’arc-en-ciel. - -Mais, laissons cela. Cette petite femme en pantalon, qu’elle soit -de Boutet, de Forain, de Gerbault, de Préjelan, de Guillaume, de -la Nézière ou de Vallet, nous entraînerait trop loin. Maison de -rendez-vous, hôtel garni ou garçonnière, l’aventure, pour amusante -qu’elle puisse paraître, ne laisserait pas d’être banale et se -terminerait à la manière accoutumée. - -Fantaisies, épidermes, phrases dépourvues de suite, brusque sursaut -hors du lit, eau tiède, animal triste... ou gai: gardons-nous -d’«évoquer les minutes heureuses» et bornons-nous à étudier la place -prise par le pantalon dans les légendes des caricaturistes. - -Pour éviter l’ennui d’une redite, je ne reviendrai pas sur les légendes -de Hadol, de Randon, de Bertall ou de Grévin, qui ont trouvé place dans -les chapitres précédents. - -Le pantalon est un objet dont il n’est pas bon pour une débutante -de s’embarrasser, quand elle va soumettre à un directeur ses -«dispositions», ou du moins, faut-il qu’il soit très court et très... -ouvert. - -La scène est prévue d’ailleurs. Elles relèvent leurs jupes avec la -facilité que d’autres mettent à se coucher ou à s’agenouiller. Le -négrier en blanc devant lequel elles montrent le plus possible de leurs -jambes vise parfois à l’esprit et joint à sa rosserie celle du mot. - -—Je vois ce que c’est... tu auras du succès dans les levers de rideau, -fait dire à l’un d’eux, J. Wély, dans un de ses dessins du _Rire_ (29 -février 1908). - -Les dessous de leurs pensionnaires les intéressent, il est vrai, bien -plus que leurs couplets. On connaît cette réponse faite à une artiste -et que nota Ibels dans sa _Traite des Chanteuses_, par le directeur -d’une de ces agences où le chantage semblait se pratiquer plus que le -chant: - -—Hé! je me fous pas mal de vos chansons, c’est votre répertoire de -pantalons qu’il me faut![544]. - -Depuis une vingtaine d’années surtout,—conséquence probable de la -campagne de la ligue contre la licence des grues,—le pantalon a pris -autant de place, sinon plus, dans la légende des dessins, que sous les -jupes de celles qui les portent. - -Nos humoristes ont fait bon marché (rayon de blanc) de la pudibonderie -bébête qui, longtemps, avait imposé son p’tit cadenas à leur crayon et -à leur plume. Le pantalon apparaît dans leurs légendes et dans leurs -dessins, depuis le moment où on l’achète jusqu’à celui où on les quitte. - -L’ordre semble on ne peut plus logique. Pourquoi ne le point suivre? - -De Tézier, dans le _Charivari_, cette Parisiennerie. A un comptoir d’un -grand magasin, une belle dame marchande: - -—Bien cher, tout cela. - -Et, la bouche en cœur, sur les lèvres le sourire stéréotypé qui fait -partie de son office, le vendeur de riposter par cette observation -empreinte d’une philosophie que n’aurait point reniée Renan: - -—Madame sait bien que ce n’est pas sur les dessous qu’il faut -économiser; c’est ce qui se voit le plus. - -Les maris sont seuls à en douter, et, contrairement à la légende de -Gavarni, ils ne font pas toujours rire: - -—Vois, mon chéri, je me suis acheté un pantalon et une chemise tout en -dentelles. - - -—C’est de la folie. Dépenser tant d’argent pour ça!... Qui le verra? - -—Eh bien!... toi pour commencer. - - (J. Plumet: le _Rire_, 7 mars 1914.) - - -De M. de la Nézière, l’un des fervents du vieux Montmartre, dont il a -su joliment respecter l’harmonie et le charme, en y faisant construire -le plus délicieux home qui soit, non plus le comptoir de blanc, mais le -salon d’essayage d’une lingère en renom: - -En pantalon, la dame essaie. - -—Notre nouvelle création est légère et charmante et madame pourra faire -remarquer à tout le monde combien le tissu est agréable au toucher. -Madame en recevra partout des compliments. - - (L’_Indiscret_, 1902.) - - -Il n’est pas bon, pourtant, d’aller offrir de ces fanfreluches à -quelque vieille fille échappée de la sacristie la plus voisine, dont la -silhouette rappelle assez heureusement celle d’un fourreau de parapluie. - -Comme l’a si bien dit notre poète national Blaise Petitveau: - - Cette respectable personne - Pourrait ne pas la trouver bonne - Et se laisser aller à de fâcheux courroux. - -—Non, mais, dites donc, est-ce que vous me prenez pour une impure? - - (Abadie: le _Rire_, 20 août 1910.) - - -La petite femme de B. Gautier, encore que rappelant par trop les -Parisiennes de Grévin, est vraiment bien préférable et autrement -moderne: - -—C’est égal, avec des dessous comme ça, une femme peut passer la tête -haute. - - (Le _Charivari_, 12 juillet 1893.) - - -Les trousseaux, la hantise de la lingerie et des dessous! Tout ce -qui touche, et de très près, la femme, comme tant d’autres, Catulle -Mendès l’avait eue un peu. Aussi, loin de prévoir alors (1902) la mort -affreuse du poète de _Philoméla_, l’_Indiscret_ lui avait consacré un -dessin plutôt méchant: - -«M. Catulle Mendès (en extase... devant... ou plutôt derrière une jolie -mondaine). - -—O Providence! Faites que moi, qui crois à la métempsycose, je -devienne, après ma mort, pantalon de femme. - -«Sa prière fut exaucée; mais, comme sur terre il avait sans compter -prodigué ses faveurs..., après sa mort il fut amèrement puni.» - -Devenu pantalon, le poète recouvre, en effet, le puissant et énorme -fessier de quelque bas bleu hors d’âge, le dernier ponton. - -Le Parthénon! Au-dessous de ces hauteurs, c’est la ville et son négoce. -Devenus calicots, alors que l’agriculture passe pour manquer si -désespérément de bras, des déracinés, pommadés et cravatés de clair, -vendent à de jolies acheteuses que ces indiscrétions n’effraient -pas les parties les plus intimes de leur toilette, et vantent leur -marchandise. - -Écoutez celui-ci de Guillaume. Il a toute la sottise et toute la -suffisance de l’emploi et doit y joindre l’accent redoutable de -Béziers.—On se fait redouter comme on peut: - -—Madame préfère les pantalons fermés? - -—Oui. - -—Madame a bien raison. On est bien plus chez soi. - - (Le _Frou-Frou_, 1901). - - -Le _Frou-Frou_ semble tenir à cet «on est plus chez soi» qu’un beau -jour me servit une jeune femme qui, du moins, avait l’excuse d’être une -jeune mariée, une de ces lunes de miel auxquelles le divorce a pu seul -mettre un terme. Quatre ans plus tard, on y pouvait lire cette légende, -très proche parente de celle de Guillaume, mais moins fine: - -—Que penses-tu de mes nouveaux pantalons fermés? - -—Exquis, ma chère!... et puis, au moins, on est plus chez soi! - - (25 novembre 1905). - - -Malgré leur élégance et leurs dentelles, les pantalons sont un peu -comme la ceinture dorée. Bonne réputation vaut mieux que culotte -trop garnie. La tapageuse lingerie bonne à épater les provinciaux -en vadrouille, la tournée des faux ducs, ne saurait valoir à sa -propriétaire un attachement sérieux (par ses mensualités). Ce sont des -nuances que n’ignore point le cœur d’une mère. D’où cette observation -d’une matrulle de Forain à sa progéniture, à la suite d’une rentrée -tardive: - -—Tu ne me feras jamais croire que tu vois des gens comme il faut avec -c’ pantalon-là! - - (Le _Courrier français_, 19 juillet 1891)[545]. - - -Ces dessous-là ne sont pas davantage indiqués pour aller obtenir -d’un créancier un délai _sine die_, à moins que, pour employer une -expression qu’affectionnaient nos grands-pères, on ne le sache porté -pour «la bagatelle». - -—Je vais aller le trouver ce sale créancier..., on verra un peu s’il -a le cœur de poursuivre une honnête femme qui a mère et enfants à sa -charge. - -—Bien, alors, tu aurais dû mettre une chemise plus simple, ç’aurait -l’air plus sérieux. - - (Radiguet: le _Rire_, 20 août 1898.) - - -Il est, par contre, des parties de campagne et des visites qui -commandent impérieusement à la femme de soigner ses dessous. Le linge -uni serait, ces jours-là, déplacé. - -D’un amant prudent et peu jaloux: - -—Tu sais, mets du beau linge, Nini, toutes les fois qu’on va à la -campagne chez Georges, on ne sait pas avec qui on couche. - - (Conrad: le _Frou-Frou_, 1901.) - - -Le fin du fin: savoir prévoir. Il y a, il est vrai, de bien drôles de -maisons: - -—Mâtin! Quel pantalon! - -—Tu sais bien que chez les X..., où nous dînons, on vaccine tout le -monde au dessert... - - (G. Meunier: le _Rire_, 22 mars 1902.) - - -Et ce sont les gendelettres, ces naïfs, les journaleux du petit -reportage, virtuoses du chien écrasé ou ténorino de l’interview, ceux -qu’étonnent et emplissent d’admiration le très moderne vieux Rouen d’un -bidet souvent enfourché et les fausses valenciennes de linges qui ne -demandent qu’à être retirés. - - -THÉATREUSES - -—Quels dessous suggestifs! - -—Dame, mon cher, c’est mon jour de réception des journalistes. - - (Hil: _Paris-Galant_, 1910.) - - -[Illustration] - -Les maladroits ils ont des stylos qui fuient ou leur hâte de noter -ces splendeurs sur leur block-notes leur a enlevé le libre exercice -de leurs mains, car sur ces blancheurs point mûres encore pour la -blanchisseuse, voici des _taches d’encre_, qui n’ont point l’excuse de -provenir de l’écritoire de Maurice Barrès: - -—Ça ne m’étonne plus que le monsieur qui est venu hier ait cru que -madame connaissait des journalistes: madame a des taches d’encre sur -son pantalon. - - (Carlègle: le _Rire_, 10 novembre 1906.) - - -Annette, vous croyez donc encore aux tares professionnelles, mon enfant? - -Enfin, taches pour taches, celles-là ne sauraient être suspectées et -soumises à l’examen des médecins légistes. Elles ne sauraient même -empêcher le riche «mariage», pour peu que le michet ait le désir de se -créer des relations dans le monde des demi-lettres. - -Le michet! Les plus belles et les plus troublantes lingeries lui sont -réservées aussi bien à Vienne qu’à Paris. - -Au-dessous d’un dessin de Roystrand, une sujette de François-Joseph, le -seul et véritable «Increvable» ainsi que le qualifia heureusement le -_Matin_—de se munir en conséquence: - -—Le vieux comte doit venir me trouver aujourd’hui pour que j’engage son -fils à me quitter! Il s’agit d’avoir du linge capiteux[546]. - -Qu’il soit «Falstaff ou bien Hotspur», le monsieur s’extasie devant -ces élégances, cependant que la poule glousse d’aise et ayant -insuffisamment suivi la laïque, lisse ses plumes et ne comprend pas: - -—Un prince, oui, ma chérie, un vrai!... Il m’a même dit qu’il aimait -mieux mes dessous que ceux de lady Plomatie... une grande dame de sa -cour, sans doute... tu parles! - - (G. Meunier: le _Frou-Frou_, 1901.) - - -Les femmes du monde ne sont pas sans envier, on peut le croire, à -ces enfants chères le luxe de leurs lingeries. Il y a comme ça des -ambitions qui sont faciles à satisfaire et on leur fait tant de plaisir. - -De Gerbault, cette «Ambition de femme du monde». Le dessin et la -légende sont charmants: - -—Alors vous trouvez que j’ai des dessous de cocotte? Bien vrai? Vous ne -dites pas ça pour me faire plaisir? - - (Le _Frou-Frou_, 1901.) - - -Oui, mais que la femme qui soigne ainsi son linge, les jours de -ses cinq à sept, se méfie des belles-mères et des maris jaloux. Ces -êtres-là sont terribles et ne sont dupes ni des dentelles, ni des -pantalons roses: - -—Ugène... méfie-toi! Ta femme met son pantalon rose. - - (L’_Assiette au beurre_, 15 septembre 1902.) - - -Autre suspicion, celle-là signée Guillaume: - -—C’est pour aller chez le photographe que tu mets un pantalon rose? - - (Le _Rire_, 24 juin 1905.) - - -Encore un qui est près de se douter que, chez le photographe, le -pantalon est le plus généralement inutile. - -Puisque les caricaturistes tiennent au pantalon rose, il vaut mieux -pour la femme que le mari joue aux courses: ce pantalon porto-veine -sera pour lui le fin tuyau et lui permettra de ponter sur les grosses -côtes: - -—Ma femme met son pantalon rose?... Je cours à Auteuil et je joue un -louis sur le tocquard. - - (Samanos: le _Rire_, 16 décembre 1911.) - - -Des raisons analogues nous feront retrouver ce tocquard. C’est là une -façon charmante d’utiliser une situation particulière au mieux de ses -intérêts sans prêter le... front à la médisance. - -Ah! les philosophes qui ne chantent pas la chanson du browning et que -laissent froids les papiers et la procédure des avoués. - -Le fiancé lui-même, ce bon jeune homme si réservé et un peu godiche, -s’enhardit parfois et la fantaisie lui prend de vouloir photographier, -avant la lettre, sa fiancée en pantalon. - -La blanche brebis a des scrupules et les confie à sa femme de chambre: - -—Mon fiancé voudrait me photographier ainsi, en pantalons; ne -croyez-vous pas, Catherine, que, pour la fille d’un sénateur, ce serait -tout de même un peu risqué?... - - (Almanach du _Sans-Gêne_, 1904.) - - -De quoi vous plaignez-vous, Mademoiselle, cela prouve que votre fiancé -vous croit de jolis pantalons et non de ces horribles madapolams qui -interdisent aux filles sans dot d’espérer lever, à la mer ou dans les -villes d’eaux, l’amant sans relâche attendu. - - -LES DÉPARTS. - -—Non, mais, maman, crois-tu que c’est avec des pantalons pareils que je -vais trouver un mari? - - (Le _Frou-Frou_, 1901.) - - -Mieux valent la douane, c’pas? et les démêlés de cette mondaine qui -rive fort bien son clou,—une table, près de la fenêtre,—au personnage, -un de ces gabelous, qui n’ont de commun avec Alceste et avec vos -rubans, Marthon, que la couleur de leur uniforme. - - -A LA DOUANE. - -—Mais, ces dentelles, ce sont mes chemises, mes pantalons... - -—Mazette! On ne doit pas s’embêter avec vous... - -—Combien je regrette, monsieur, de ne pouvoir vous en dire autant. - - (Balluriau: L’_Assiette au beurre_, 19 octobre 1901.) - - -Très joli! mais, au moins, faut-il que le contenu réponde au contenant. -Ces élégances siéent mal à une vieille femme ou à une maritorne. -Laiderons et dondons, celles dont la graisse déborde de tous côtés, -n’ont que faire de ces dentelles. La dame trop mûre, qui a peine à -soutenir la gélatine de ses seins et à comprimer, sous le corset, le -gras-double de son ventre, fera bien de renoncer à ces gentillesses. - -Le pantalon le plus froufrouté du monde n’enlèvera rien à la laideur -d’un vilain derrière. Il en fera, au contraire, ressortir l’énormité et -le grotesque: salons d’automne que guette le cubisme et auxquels les -caricaturistes n’ont pas ménagé leurs traits: les grasses en pantalon. - -Pourtant, elles n’ont abdiqué aucune prétention, elles rêvent de -conquêtes et volontiers feraient les petites folles: - -—Croyez-moi, ma chère, faites comme moi. Soignez vos dessous... Un -homme qui trouve en sa femme toutes les séductions d’une fille ne songe -pas à la tromper. - - (Radiguet: le _Rire_, 15 octobre 1898.) - - -Et ce sont des chichis: - -—Pardon de vous recevoir ainsi, Arthur, mais si souvent vous m’avez -répété que vous adoriez les dessous féminins. - - (Engel: le _Rire_, 22 avril 1899.) - - -Pas plus que le garçon boucher, le charbonnier n’échappe aux agaceries -de ces antiques femelles, presque un détournement de mineur: - -—Tu as bien raison, Nini, de porter ce genre de pantalon. Encore hier, -chez moi, j’ai fait tourner la tête de mon charbonnier. - - (Le _Frou-Frou_, 1901.) - - -Les risques de la profession. Comme le peintre, ce fils de l’Auvergne, -eût sans doute préféré un bon verre de vin. L’on ne comprend que trop -bien la froideur des satyres les plus réputés en présence des agaceries -de ces grand’mères qui font les enfants et songent encore à violer le -dixième commandement, à des heures où les portes de Charenton et de -Chardon-Lagache sont depuis longtemps fermées: - -—Vous avez dû remarquer comme moi, chère madame, que les hommes -d’aujourd’hui ne savent plus apprécier les dessous féminins... - - (Sigl.: Le _Rire_, 25 juillet 1908.) - - -L’office, naturellement, s’en mêle, et il n’est jusqu’à la cuisinière, -l’initiatrice à l’eau de vaisselle, qui ne risque de se faire flanquer -ses huit jours, en arborant des pantalons sensationnels, idoines à -griser l’imagination du fils de la maison: - -—Je m’suis acheté un pantalon, monsieur Marcel, si madame le voyait, -elle me flanquerait à la porte. - - (Poulbot: Le _Rire_, 13 janvier 1906.) - - -Parfois, elle se contente de l’emprunter aux tiroirs de madame -elle-même et quelle rosserie, quelle terrible leçon, dans cette -légende de Falke, si le cocquebin osait comprendre: - -—Ça c’est gentil d’avoir acheté un pantalon de cocotte! - -—J’l’ai pas acheté, j’l’ai chippé à madame votre mère. - - (Le _Rire_, 14 décembre 1912.) - - -Il faut, cependant, qu’un pantalon soit ouvert ou fermé. Ce dernier est -l’exception et je crois peu, pour ma part, au _Repos hebdomadaire_. -Si amusant que soit le dessin de Léonnec, il semble rentrer dans le -domaine toujours charmant de la fantaisie. - -A pleines mains, une jeune personne, au large chapeau, soulève jusqu’à -la ceinture son jupon et sa jupe, découvrant son pantalon clos, sur -laquelle se détache cette inscription chère aux courtauds de boutique: - - _Fermé le dimanche._ - - (Le _Sourire_, 14 mars 1908.) - - -Le mot est drôle—déjà il avait été révélé par le _Sottisier_ du -_Mercure_—mais, ce n’est qu’un mot. On en peut dire autant de cette -légende de Gris: - -—Comment tu portes des pantalons fermés, maintenant? - -—Mais certainement. Toujours pendant les vacances... - -—Ah oui! Réouverture en septembre... - - (Le _Rire_, 11 septembre 1909.) - - -C’est précisément le moment où de très honnêtes dames les reprennent, -après les avoir quittés tout l’été. Mais, rassurez-vous: ils ne sont -pas fermés. - -La plus jeune des arpètes de l’atelier—elle accuse seize ans et en -paraît bien treize—ne consentirait pas à les porter ainsi. C’est moins, -dans sa bouche, une négation qu’une protestation indignée: - -—Ta mère ne te mets plus de pantalons fermés? - -—Penses-tu?... j’ai seize ans aujourd’hui. - - (Poulbot: Le _Rire_, 1er octobre 1908.) - - -Plus jeune d’un an, Nini est moins heureuse. Sa mère, une femme qui -sans doute a eu des malheurs dont la jouvencelle est peut-être la -conséquence,—l’inconséquence d’un vieux—la condamne aux pantalons -fermés qu’elle-même prétend porter: - - -LES QUINZE ANS DE NINI. - -—Comment un pantalon fermé? - -—Oui, ma fille... comme moi. - - (Mirande: Le _Rire_, 27 décembre 1913.) - - -L’âge passe vite qui permet aux gamines du quartier de laisser déchirer -leurs pantalons, quand ils sont fermés, par leurs camarades du sexe -opposé, pour voir ce qu’il y a dedans: - -—C’tte sale tête de cochon-là, i m’a encore déchiré mon pantalon. - - (Poulbot: Le _Rire_, 14 novembre 1908.) - - -Jeux de mains, jeux de vilains. Très préférables pourtant, ces gosses -de Poulbot aux septuagénaires, pas toujours bien propres, dont la -curiosité semble avoir survécu à la virilité. - -C’est encore du pelotage et la morale qui couvre ces méfaits a vraiment -bon dos. - - -LES BÊTES FÉROCES: LE MORALISTE. - -—Mon enfant, je vais voir si vous avez un pantalon fermé... - - (Roubille: _l’Assiette au beurre_, 23 septembre 1905.) - - -Un autre spécimen de l’espèce, c’est _le Protestant en voyage_, de -Willette. Il semble, malgré son collier de barbe blanche qui en faisait -presque un portrait, relever, comme le moraliste, du pied dans le -derrière, si ce n’est de la correctionnelle ou de la cour d’assises. - -En wagon, le Tartuffe, non moins sensible aux beautés temporelles qu’à -leurs sœurs éternelles, ne peut résister à la tentation de se livrer à -une petite enquête touchant les dessous de la jeune femme qui partage -avec lui la solitude d’un compartiment de première: - -—Si je regardais voir si elle a un pantalon?... Allons du courage, -c’est pour la morale. - - (_Courrier français_, 3 décembre 1893.) - - -L’enquête n’a pas donné, paraît-il, un résultat favorable; Tartuffe a -tâté une étoffe plus moelleuse que la jupe d’Elmire, aussi, cachant -son trouble sous une apparence paternelle et bonnasse, offre-t-il à -sa voisine un de ces pantalons dont sa valise contient toujours des -échantillons: - -—Ça coûte donc bien cher, un pantalon, ô ma sœur? - - (Le _Courrier français_, 21 janvier 1894.) - - -La chère petite n’a pas pris seulement goût aux préludes comme Héloïse, -elle a pris également goût à l’objet. Le couple est installé maintenant -à l’hôtel. En bras de chemise, l’homme zieute par-dessus ses lunettes -et sa Bible, l’aimable enfant, dont, moqueurs, les seins saillent -hors du corset, cependant qu’un court et coquet pantalon ceint ses -hanches—pures et radieuses, ô Marguerite—et dessine le contour ferme -des cuisses. - -A coup sûr, il en aura pour son argent—on n’en saurait dire autant de -la pauvrette—mais, c’est égal, 80 francs un pantalon de propagande, -il faudra, au retour, joindre à la note de la lingère quelques frais -accessoires pour la faire «registrer» par le comptable de la Ligue: - -—Parfait!... mais 80 francs un pantalon... Je vais être grondé à la -Ligue. - - (Le _Courrier français_, 28 janvier 1894.) - - -Il est un âge auquel on est vite au bout de son rouleau et auquel, -pour reprendre le mot d’un maître qui nous est cher à tous, on demande -surtout de la patience à sa partenaire. Le petit voyage est terminé: -ils ont repris le train, Malicieuse, émoustillée par quelques détails -croustillants, elle lit la Bible; Lui, méthodique et méthodiste, replie -le pantalon qu’il vient de lui retirer, prêt à le renfermer dans la -fameuse valise. - -LUI.—Décidément, le pantalon est incommode; rangeons-le comme objet de -propagande. - -ELLE.—Mais il est rigolo pain de seigle, son bouquin! - - (_Courrier français_, 11 février 1894)[547]. - - -Les vieux, les vieux, sont des gens heureux, avons-nous dit: à -condition de n’avoir point soif, ils ne doutent de rien, à moins que -déjà ne se fasse sentir l’effet de cette trépidation des trains, que le -bon poète Armand Masson chanta en un poème lapidaire: - - La trépidation excitante des trains - Vous glisse des désirs dans la moelle des reins: - Pan! un enfant! - -Ah! non, pas ça: ce serait peut-être un singe. - -Pour revenir aux pantalons fermés—parlons-en toujours et n’en portons -jamais—qu’un linger n’aille pas envoyer par un trottin une culotte -aussi saugrenue à une de ses clientes. L’accueil serait plutôt froid: - -—Des pantalons fermés! Est-ce que votre patron me prend pour sa femme? - -Ou, fermé, faut-il, du moins, qu’un pantalon se puisse ouvrir: - - -CHEZ LE MARCHAND DE LINGE. - -—Ouvert ou fermé? - -—Bah! fermé, mais que ça puisse s’ouvrir! - - (J. Wély: Le _Frou-Frou_, 1901.) - - -Malheur à la camériste qui, par mégarde, aura donné à sa maîtresse un -pantalon fermé, le jour où elle doit voyager avec de vieux messieurs. -Nous retombons dans refrain connu: c’sont là des chos’ qu’un’ femm’ -n’... pardonn’ pas. - -—Vous savez, ma petite, la première fois que vous me donnerez des -pantalons fermés les jours où je dois voyager avec des sénateurs, je -vous retiendrai un mois de vos gages! - - (Chantelaine: _L’Indiscret_, 1902.) - - -Même au bal de l’Opéra, où, dans les couloirs, la galanterie française -aimait à revêtir une brutalité toute germanique pour tripatouiller les -dessous des dominos, la plupart ne s’embarrassaient pas d’un pantalon -fermé. Au besoin, si elles craignaient par trop les mains froides, -elles recouraient à l’épingle cruelle pour clôturer l’entrebâillement -de la fente: - -—C’est qu’on dit qu’à l’Opéra, ils sont très entreprenants. - -—Tant pire pour eusses..., ils trouveront des épingles. - - (Lourdey: Le _Journal pour tous_, 29 janvier 1896.) - - -Les imprudentes, il n’en faut souvent pas davantage pour ruiner les -plus belles espérances: - -—Et ne laisse pas d’épingle à mon pantalon comme l’autre jour. Il n’en -faut pas plus pour briser une carrière. - - (_Paris-Galant_, 1913.) - - -Il y a des plaisanteries faciles que les humoristes, comme les -revuistes, n’ont garde d’omettre: - -—Mon amant aime que mes pantalons soient tout roses!... - -—C’est curieux, le mien préfère qu’ils soient tout verts!... - - (Almanach du _Sans-Gêne_, 1904.) - - -Chanson analogue: - -IDYLLE. - -LUI.—Avec ta manie de toujours t’asseoir sur l’herbe, voilà que mon -pantalon est tout vert. - -ELLE, _distraite_.—Eh bien, ferme-le. - - (Le _Rire_, 4 juillet 1903.) - - * * * * * - -Il y a, cependant, des fantaisistes pour les porter tantôt ouverts, -tantôt fermés, suivant leurs inspirations, suivant la couleur du ciel -ou leurs projets. Dans ce cas, si peu observatrice qu’elle soit, leur -femme de chambre saura à l’avance, suivant le modèle choisi, si Madame -rentrera dîner le soir avec son mari, ou si elle rentrera en retard -pour le déjeuner: - -—Madame mettra-t-elle une combinaison? - -—Un pantalon ouvert, Justine, avec de la valenciennes. - -JUSTINE, _étourdiment ou effrontément_.—Alors, Madame ne dîne pas avec -Monsieur, ce soir? - - (Vallet: _Vie Parisienne_.) - - -De Vallet également: - -JUSTINE.—Ouvert ou fermé, le pantalon de Madame? - -MADAME.—Ouvert, Justine, ouvert avec des nœuds roses. - -JUSTINE, _à part_.—Allons bon on va encore déjeuner en retard ce matin! - - (_L’Indiscret_, 1902.) - - -Cette Justine—son prénom l’y autorise—semble ne pas ignorer «les -malheurs de la vertu». Un mari qui n’ignore pas les siens saura -également quand il devra tenter la veine à Auteuil ou sur la pelouse -humide des suburbains. Le pantalon ouvert constitue, pour certains, -comme le pantalon rose, un pronostic: - - -LE BON TUYAU. - -—Si elle se colle un pantalon ouvert... Je prends le toquard dans un -fauteuil... - - (J. Wély: le _Frou-Frou_, 1901.) - - -Le pan de chemise de Nana et d’Echalote, le fâcheux pan de chemise, -parfois si amusant, ne pouvait, naturellement, manquer de tenter la -verve des artistes. Le plus souvent, tel Marcel Capy, le peintre des -lys, Capy des lys, tels Gerbault ou La Nézière, ils se contentent de le -dessiner. Parfois, pourtant, ils le font intervenir dans leurs légendes: - -De Carlègle, ce quatrain: - - De son amie, Untel remarquant la chemise - Qui passait par le pantalon entre-bâillé, - Répéta ce dicton qui lui parut de mise: - «Il faut qu’un pantalon soit ouvert ou fermé.» - - (Le _Rire_, 24 mars 1906.) - - -Ce pan, corollaire inévitable des pantalons ouverts, certaines le -craignent, d’autres en rient, de plus nombreuses s’en moquent. -Intimement lié aux dessous, il fait partie des déshabillés. -La mondaine n’y échappe pas plus que la midinette ou que la -professionnelle: passe hâtive ou liaison sérieuse, il manque rarement -de jeter, une fois la jupe tombée, sa note gamine. - - _Leurs Gueules._ - - Celle de l’ancienne pensionnaire des Oiseaux - - Adultère avec la croix et la bannière - - (Grün: l’_Assiette au beurre_, 18 mars 1903.) - - -C’est l’exception quand, sous les jupes d’une femme troussée à -l’improviste, la «bannière» n’apparaît pas; aussi, au-dessous -d’un dessin qui aurait pu joliment illustrer la fameuse scène de -l’_Assommoir_, Balluriau a pu tracer, exclamative, cette légende: - - -BATAILLES DE FEMMES. LE DUEL AU LAVOIR. - -—Ah! mince alors! Madame a peur des courants d’air?... Le pavillon est -en berne! - - (Le _Rire_, 28 octobre 1905.) - - -Le grand pan n’est pas mort. - -Mieux que les manifestations féministes et que le raffut momentanément -oublié des suffragettes, le pantalon a amené entre les sexes une sorte -d’égalité. Comme Monsieur, Madame a son pantalon et en est fière. -Le vieux rêve de toutes les femmes de porter culotte est exaucé. -Souriante, une petite femme de Gerbault s’exclame, dans le _Rire_, -avant de dépouiller l’inutilité de cette lingerie: - - -ÉGALITÉ. - -—Vous faites le fier parce que vous êtes un homme. Eh bien quoi? moi -aussi, j’ai un pantalon. - -Ce pantalon se prête à tous les sports, aussi bien au jeu un peu désuet -du saute-mouton qu’à la séance d’équitation si fâcheusement interrompue -de Marthe Payet, à Bayreuth. - -Au-dessous de deux fringantes déshabillées se livrant à cet innocent -amusement, L. Vallet a placé cette invitation moins innocente: - - -GREAT EXHIBITION. - -Mme la comtesse Ida de Monplaisir et Mlle Ninon de Chabot ont l’honneur -de prévenir leur nombreuse clientèle de l’ouverture de leur grande -exposition de blanc. - - (Le _Frou-Frou_, 1902.) - - -Objets d’art nouvellement arrivés—ne mettons pas débarqués—de la Chine -et du Japon... On les connaît ces expositions et le bristol qui invite -à les visiter... On y est généralement d’un louis. - -D’aucunes, assez nombreuses, aiment à s’attarder en pantalon. Elles se -trouvent charmantes ainsi et elles n’ont pas tort. C’est un déshabillé -coquet et commode, à condition, toutefois, que la femme soit jeune -et qu’elle ne tienne ni de la poupée de Jeanneton, ni de la Vénus -hottentote. - -Ainsi, il ne saurait convenir à la femme du herr professor, la Diane -des fesses, ni même à la milliardaire américaine, quand elle a atteint -l’âge de la Baronne. Ces très ci-devant jouvencelles marcheraient -encore volontiers; mais, hélas! le chic et le sac ne marchent pas -toujours d’amble: - -—T’as le sac, mais pour le chic, faudra repasser, ma vieille. - - (Grandjouan: le _Rire_, 28 mai 1904.) - - -Trop de teutons. Cette jeune Viennoise a pour elle la jeunesse; elle -voudrait bien, elle aussi, marcher, mais, point assez moderne pour -prendre un amant, il lui faudrait la croix en plus de la bannière que -déjà elle possède. Pour mieux goûter plus tard aux joies de l’adultère, -à sa toilette, elle songe au bon motif en attendant le meilleur: - -—Ces imbéciles d’hommes, avec leurs compliments: combien je suis plus -jolie dans ma toilette de bal. S’ils savaient combien plus jolie je -suis sans aucune espèce de robe, depuis longtemps déjà, l’un d’eux -m’eut épousée. - - (_Wiener Caricaturen_, 1903)[548]. - - -Dame, on fait bien des choses, habillée, ou à demi-déshabillée, comme -le confessait, un jour, une aimable femme, et le pantalon se prête -autant à ces petits jeux que les jupes entravées, les corsets trop -longs et l’arsenal compliqué des jarretelles les rendaient parfois -difficiles, sinon dangereux. - -Monsieur,—le ménage doit aller dîner en ville,—ayant déjà revêtu le -frac, presse Madame, à qui il ne reste plus qu’une épingle à mettre... -à son pantalon: - -—Eh bien, es-tu prête? - -—Cela dépend pourquoi. - - (Fabiano: le _Rire_, 7 décembre 1907.) - - -L’heure du berger. Malheureusement, le mari lui préférera sans doute -celle du dîner: les amants ont toujours beau jeu. - -Que Rézi, cependant, si elle conserve son pantalon, enlève au moins -son chapeau. L’Amour porte un bandeau—et à l’œil encore—et non un -Gainsborough. - -—Oui, mon cher, je suis fantasque, originale..., il faut me prendre -comme je suis. - -—Retire au moins ton chapeau. - - (_Paris-Galant_, 1910.) - - -Dans les ministères, comme dans les hôtels meublés, les cloisons sont -minces. C’est l’époque impatiemment attendue où se prépare la promotion -violette. Les candidats sont sur les charbons et les attachés de -cabinet, non sur les dents, mais sur les boulets. - -N’ayant déjà plus que son pantalon, une jeune femme perçoit la scène -insuffisamment muette qui se joue de l’autre côté: - -—Tiens, tiens, j’entends dans le bureau à côté une dame qui est aussi -en train de faire décorer son mari. - - (_Paris-Galant_, 1913.) - - -Souvent, ô fonctionnaires, l’élégance ou la couleur d’un pantalon -auront plus fait pour votre boutonnière que l’ennui pesant et si -parfaitement inutile des heures de bureau: - -—Je serais curieuse de savoir qui enlèvera les palmes: les quinze ans -de service de mon mari ou mon pantalon mauve! - - (Préjelan: l’_Indiscret_, 21 mai 1902.) - - -Ah! le dévouement des épouses. - -Combien, sans être montées jusqu’au Ministre pourraient lui adresser le -même reproche que cette aimable empantalonnée de Gerbault: - - -DÉCORÉ. - -—Dis-donc, mon p’tit ministre, pourquoi donc, pour la décoration de mon -mari, n’a-t-on pas mis à l’_Officiel_: «Pour services exceptionnels de -sa femme?» - - (Le _Rire_, 10 février 1906.) - - -L’épreuve peut n’être pas trop pénible, même pas pénible du tout, quand -on a affaire à un jeune attaché dont la fine moustache fleure l’ambre -et dont les lèvres sentent appeler le baiser; il y a, par contre, -les directeurs et les chefs de bureau déjà lézardés avec lesquels ça -devient une rude corvée. - -Ne croyez pas que ce soit toujours drôle l’amour et que la femme ne -soit pas souvent la première à porter la croix: - - -QUAND ON N’A PLUS VINGT ANS. - -—Tu vois, ma chère enfant, qu’il y a encore moyen de s’arranger avec -les vieux. - -—Oui, mais de quelle façon... - - (_Wiener Caricaturen_)[549]. - - -Les moteurs des six-chevaux et demi des débuts de l’auto, les -préhistoriques et ridicules tacots de jadis, qu’effrayaient la côte -de Suresnes, ne sont pas seuls à connaître la honte des ratés: il y a -d’autres pannes d’allumage dont on ne saurait se tirer. - -—Vous en avez des idées de me faire promener comme cela en corset et en -pantalon, et pour rien. - - (Jack Abeillé: le _Frou-Frou_, 1901.) - - -Entre femmes, cette tenue permet d’aimables comparaisons auxquelles -n’aurait point su se dérober Pâris et dont les anciens bals du -_Courrier français_ n’ignorèrent point le charme. Ce serait une erreur -grossière de croire que tous les derrières se ressemblent. Il en est -de beaux, comme il en est de vilains: les uns auraient pu exciter la -verve d’Armand Silvestre, d’autres rappellent la croupe de l’éléphant, -ou c’est un «pauvre petit derrière de rien du tout», comme celui de M. -Badin. - -Celles qui sont douées de ces insuffisances se montrent aisément -pincées et agressives. La laideur et la maigreur rendent susceptibles: - -—Le tien est plus gros... Et puis après? Faut pas t’imaginer que ça se -vend au kilo! - - (Stop: _Journal amusant_.) - - -Si gracieuses que puissent paraître en pantalon nos contemporaines, -on ne saurait leur conseiller de sortir dans ce costume. Elles -risqueraient de se faire remarquer: - -—Je voudrais bien savoir ce que j’ai de si comique que tout le monde se -retourne ainsi sur moi. - - (_Die Auster_, Munich, 1903)[550]. - - -Ce serait le moins de mettre des gants et non, comme beaucoup, de les -serrer dans ses bas: - -—Ben quoi! Tu ne vas pas aller au Bois comme ça, je pense? Prends au -moins des gants blancs. - - (Petitjean: le _Frou-Frou_, 1901.) - - -La Pudeur publique, la vieille dame aux bottines à élastiques et au -cabas de tapisserie rappelant le sac de Choulette, pourrait la trouver -mauvaise, jugeant que cette feuille de vigne tient trop de la feuille -de rose. - -Elle prendrait, dans la circonstance, les espèces et le bâton blanc -d’un de nos bons agents, et il ne conviendrait pas, ô délinquantes, de -rouspéter: - -—Alorrs, s’foutez d’ la pudeur publique?... Croyez qu’ça va s’passer -comme ça? - -—Désolée, m’sieu l’agent, mais ma couturière est en grève. - - (G. Meunier: le _Frou-Frou_, 1901.) - - -Les caricaturistes ne respectent rien. Les malheurs de la famille -Humbert—nous avons eu depuis des vols plus sensationnels—n’ont pas -trouvé grâce devant eux. Au lendemain du jour où était éparpillée, rue -Drouot, la défroque de la «gens», on pouvait lire dans le _Journal_, -au-dessous d’un amusant dessin d’Abel Faivre, cette légende d’une -plaisante actualité: - - -LA VENTE HUMBERT-BOULAINE. - -—Tu as eu tort d’acheter la lampe de Boulaine... la voilà qui file! - -—... Mieux vaut le pantalon d’Ève... on peut mettre tout le monde -dedans. - - (Le _Journal_, 14 novembre 1902.) - - -Encore que la Parisienne ne puisse se montrer dans la rue en corset -et en pantalon, sans risquer un bon rhume et une contravention, les -occasions ne lui manquent pas, nonobstant la disparition des impériales -d’omnibus, de laisser apercevoir à ceux qu’intéresse le retroussé, les -froufrous et les dentelles de ses pantalons. - -D’abord, il y a le bal, le bal qui a permis à Bertall et à Randon -de noter, les premiers, l’importance prise par le pantalon dans les -dessous de la femme. - -Avouerai-je n’avoir jamais été de ceux qui, à l’Élysée ou au -Moulin-Rouge, faisaient cercle autour des quadrilles. Ce linge -brutalement étalé, ces jambes étiques ou que guette l’éléphantiasis -m’ont toujours laissé froid. Ce sont là distractions qu’il faut laisser -aux riverains de la Sprée et aux autochtones de Brives-la-Gaillarde -ou de Crozant, venus faire la bombe à Paris. J’ai bâillé? au Père -Lebonnard, le grand écart ne m’en a jamais dit davantage. - -Le chahut a cependant fourni trop de croquis ou de légendes aux -caricaturistes pour qu’il soit permis de le négliger. Subissons donc ce -«tour» de quadrille, comme on subit, en attendant la revue, le tour de -chant d’une romancière contemporaine d’Amiati et de nos avant-derniers -bas bleus. Peut-être, parmi ces professionnelles de la pastourelle, -s’en trouvera-t-il une qui lève la jambe pour son plaisir et que -n’incite pas à cette gymnastique l’appât du maigre cachet quotidien?... -Saluez-la bien bas, ou mieux, offrez-lui un bock: il sera le bienvenu, -surtout s’il est en tôle émaillée. - -Sous un croquis bien second Empire, encore que ne rappelant que de loin -la manière de Winterhalter, Grévin, traçait, en 1866, cette légende: - - -LES BASTRINGUES. - -«Nouveau pas de la chaloupe en détresse. Histoire de montrer qu’on a du -linge». - - (Le _Petit Journal pour rire_.) - - -Ne vous excitez pas: vous ne verrez rien. - -Et c’était Mabille, dont le dessinateur Pelcoq célébrait ainsi les -quadrilles: - - -REVUE DE MABILLE. - -Arme au bras!... Le plus fier mouvement de la danse nationale française -(traduction anglaise de ce qu’à Mabille on nomme tout bonnement le -cancan). Shocking! et «pas de début» pour toute femme qui veut se poser -un peu bien dans le monde. - - (Le _Journal amusant_, 12 septembre 1868.) - - -Nous avons mieux: l’opium, l’éther, la cocaïne posent davantage, de nos -jours la petite grue qui va tanguer à Magic-City, quitte à regagner, -par l’autobus, la fontaine sacrée de Pigalle, si le michet désiré ne -répondit pas au sourire carminé de ses lèvres. - -Le cancan ne saurait fournir à une jeune personne qui se destine à la -prostitution le collier et l’Hispano-Suiza dont rêve toute première -communiante. Le quadrille est mort avec la Goulue et je doute qu’elle -se soit retirée millionnaire. - -Heureuse époque, on dansait sous les marronniers des Champs-Élysées. -Les modes n’étaient peut-être pas jolies, jolies, mais, les «petits -crevés» savaient ne pas demeurer insensibles aux hardiesses d’un -cavalier qu’ils s’empressaient de ne pas laisser seul: - -—Savoir danser! t’es jeune, ma petite! Avec une jolie jambe, comme -ceci... mets tes jupes sur ton bras, comme ça, et pars du pied gauche! - - (Stop: le _Charivari_, 1867.) - - -La progression n’a guère varié. En dépit de la suppression du port -d’arme, les mouvements sont restés les mêmes, et sous le retroussis -«comme ça» des jupes, apparaît la blancheur claustrale du pantalon, -dessinant des rondeurs qui la teintent de rose: - -—Ceci n’est pas une étoile, c’est—une lune—de la danse. - - (Stop: le _Journal amusant_, 8 août 1891.) - - -La lune, avec des nuages autour. Grâce à quoi, un vieux savant—non, -mais à quelle heure les couche-t-on?—doit de s’entendre familièrement -interpellée par une de ces nymphes, chez lesquelles la bosse du respect -est aussi rare que celle de la maternité: - - -OUS QU’EST MON BAROMÈTRE. - -—Puisque t’es à l’Observatoire, dis-moi si ce nuage-là indique le beau -temps. - - (Le _Frou-Frou_, 1901.) - - -La Goulue aimait exhiber cette partie de son individu sous la -transparence de son pantalon, qui, sans le Père la Pudeur—le -vrai—n’aurait pas toujours été aussi clos que les salons auxquels le -marquis de Chabanais doit d’avoir survécu dans la mémoire des hommes. - -Le geste pouvait ne pas être beau, mais un dessin du pauvre Heidbrinck -l’a sauvé de l’oubli: - -VALENTIN.—Prends garde, la Goulue, tu vas te faire remarquer... - - (_Courrier français_, 29 juin 1890.) - - -Si officiels qu’ils soient, ces dessous sont pourtant plus propres que -ceux de la Chambre et des couloirs. Une chahuteuse de Carl Hap est -heureuse de le constater: - -—Nos dessous sont toujours plus propres que ceux de la politique. - - -Tu sais, ma petite, il n’y a pas de quoi te montrer si fière. Le point -de comparaison ne saurait être à l’honneur de ta blanchisseuse. - -Il paraît qu’il y a encore des gens que ce spectacle émoustille à ce -que déclarent ces dames: - - -APPATS POUR HOMMES. - -—Des dessous, de la cuisse, des bas noirs et de la prunelle. - - (Ruiz, le _Frou-Frou_, 1901). - - -Allons, tant mieux... mais combien y en a-t-il à qui ces expositions -d’un blanc douteux font surtout, en fait de Chopin, l’impression d’une -marche funèbre, la marche funèbre de Schopenhauer, ô Donnay. - -Ce qui attire les étrangers et les provinciaux, c’est moins, -savez-vous, la lingerie tapageuse et tape à l’œil de ces automates, que -l’improbable mirage d’un pantalon insuffisamment clos, ou que l’éclair, -plus improbable encore, de la chair nue et vierge de culottes. - -Oui, mais, notre vivace et bel aujourd’hui—à des faunes en convient-il -pas de parler la langue un peu sybilline du Maître?—ne s’enorgueillit -que rarement de cette féerie. - -Les inspecteurs et les gardes municipaux sont un peu là, ils sont même -uniquement là, pour s’opposer à ces sans-culottides. La garde veille -ailleurs qu’aux barrières du Louvre—et les vieilles gardes donc!—elle -représente l’œil non de la Providence, mais de la police, et dans -sa hâte de verbaliser et de constater un illusoire délit, il lui -arrive même de se fourrer le doigt dans l’œil. Fortes de leur droit -et la fermeture de leurs pantalons, ces demoiselles se montrent alors -exemptes d’aménité: - -—Pas d’pantalons, moi! Oh là là! Mais, mon vieux, j’ suis plus -sérieusement culottée que ton nez. - - (Maurice Marais: la _Chronique amusante_, 16 mars 1893.) - - -Cet homme de guerre peut d’ailleurs s’absenter et profiter du jour de -sortie de sa connaissance pour l’emmener au théâtre Montmartre ou à la -Comédie Mondaine, l’ancien Divan de joyeuse mémoire. Un homme de bien -n’hésitera pas à revêtir sa tunique et à aller prendre sa consigne -devant l’arche, sans y mêler le pas un peu spécial auquel l’humoriste -David a dû de figurer parmi les ancêtres des Clodoches: - -«M. Bérenger endossant l’uniforme de municipal pour s’assurer que, dans -les bals publics, les dessous des dames sont bien clos.» - - (Henriot: le _Charivari_, 3-4 avril 1893.) - - -Comme le gendarme, dont ils se rapprochent par leur origine et par leur -tenue, ces êtres-là sont sans pitié. Bien que le public ne demande -que ça, ce n’est pas une blague à faire que de lui montrer son ..., -non, sa lune, sans qu’elle soit voilée par un de ces nuages légers que -déplorait le bon Silvestre et que l’honnête M. de La Rochefoucauld ne -trouvait jamais assez épais. - -Sur un très vieil air, cela se chante. C’est une variante, à l’usage -des enfants de Marie ayant dépassé l’âge de la puberté, d’un des -couplets qu’elles chantonnèrent gamines: - - Quand j’étais petite je n’étais pas grande, - Je montrais mon ... à tous les passants, - Oui, mais à présent c’est bien différent - Quand j’en fais autant - On veut m’ f... dedans. - - (J. Villon: le _Rire_, 1er février 1902.) - - -Le café-concert permet de petites exhibitions qui ont sur celles du bal -la supériorité de se prêter beaucoup mieux au levage et à l’élevage des -protecteurs sérieux, ils ont sur les singes l’avantage de l’argent et -l’infériorité de la parole. Le caf-conc., devenu temple de la revue, -semble avoir, cependant, peu fouetté la verve des caricaturistes. Les -théâtreuses en déshabillé, bas, corset et pantalon abondent dans leur -œuvre légère, mais c’est à peine si l’on peut emprunter cette légende -au dessinateur Robert: - -—Un simple petit retroussis de jupe et les voilà tous à moi. - - (Le _Frou-Frou_, 1901.) - - -Demain n’est à personne! - - -De Gerbault, il y a bien une «beuglante» d’une si jolie venue, avec -ses seins saillis du corset fatigué, le réalisme de son pantalon -et ses bras qu’elle étire, qu’il semble difficile de ne la pas -mentionner—mieux vaudrait pouvoir la reproduire. Mais, c’est moins une -caricature qu’un croquis pris sur le vif: coin de garni entrevu en -feuilletant _la Traite des Chanteuses_ d’Ibels, la ville de garnison et -son pesant ennui, le tréteau du limonadier devenu négrier, le tenancier -sinistre et cynique dont le dos verdit et dont les bras tournent aux -nageoires, Philibert à la manque et Tellier non patenté. - -On ne saurait se figurer, par contre, le nombre de retroussés auxquels, -depuis Rowlandson, pour ne pas remonter plus haut, le vent a prêté. Pas -plus que celles de Carle Vernet et d’Isabey, les héroïnes de Rowlandson -ne portant pas de pantalons, passons au déluge, c’est-à-dire à l’année -1844, du règne de Louis-Philippe, la quatorzième. - -Nous avons déjà signalé ce dessin consacré par Richard, aux Bains -de mer belges (_Illustration_, 28 septembre 1844): il suffit donc -de le rappeler pour mémoire. C’est le point de départ d’une série -qui, depuis, s’est démesurément allongée, en même temps que se -raccourcissaient les pantalons. Du temps de Richard, ils tombaient -jusqu’à la cheville, atteignent-ils maintenant le genou? - -Richepin et Trézenik ont célébré l’amateur de mollets. Nos humoristes -sont tous plus ou moins de ces amateurs-là, et, scrutons nos -consciences, n’en sommes-nous pas un peu tous également? - -La femme vraiment femme, que tente l’aventure et que l’idée n’effraye -point de laisser apercevoir, au-dessus de ses bas, un peu de sa chair -nue, met-elle un pantalon les jours de vent. - -A cette question, sans même attendre qu’elle leur soit posée, les -humoristes répondent généralement par la négative. C’est pour eux un -axiome qui ne se discute pas et qui fait foi. - - -UNE FEMME PRUDENTE. - -—Fait-il beau? - -—Beaucoup de vent. - -—Alors, j’mets pas d’culotte. - - (Préjelan: la _Caricature_, 6 mars 1897.) - - -Préjelan dont la petite femme est si charmante et si moderne, évoquant, -moins le corset aux fleurettes bleues et les faveurs bleues—un bleu -auquel on se vouerait volontiers—telle silhouette aimée, Préjelan -semble tenir à cette donnée et une réplique de cette légende revient -sur les lèvres d’une de ses soubrettes: - -—Si Madame sort, elle fera bien d’enlever sa culotte, il fait un vent à -vous coiffer avec vos jupes. - - (Le _Frou-Frou_, 1901.) - - -Il est vraiment désolant d’avoir, ces jours-là, un pantalon. C’est un -peu la «soirée perdue», autrement que ne la conçut Musset: - - -LES TEMPS DIFFICILES. - -—C’est bien ma veine! Pour une fois que je mets un pantalon, il fait un -vent du diable. - - (Hémard: le _Rire_, 6 avril 1907.) - - -Au moins faut-il qu’il soit on ne peut plus transparent: la sainte -mousseline. - -—Suis-je assez bête, par ce joli temps si propice au commerce, ne pas -avoir mis mon pantalon de mousseline! - - (Mirande: _l’Indiscret_, 1902.) - - -Sans être du midi, les caricaturistes n’exagéraient-ils pas légèrement? - -La rafale fait rage, retourne les parapluies et soulève les jupes des -malheureuses, dont le chapeau à tenir occupe suffisamment les mains. - -Bonne fille, un trottin déclare: - -—Et puis, moi, vous savez, franche comme l’or! J’ai jamais rien pu -cacher à personne! - - (Robert: le _Frou-Frou_, 1901.) - - -Qui s’en plaint? Pourtant, prenez garde, mademoiselle, il y a de vieux -messieurs qui, en dehors de l’intimité, ne sauraient admettre ces -blancheurs suspectes. Ne pouvant supprimer les bourrasques, ne s’en -prendront-ils pas à vous une autre fois? - -—Les bourrasques sont dangereuses non seulement pour la sécurité -publique, mais aussi pour la morale. Donc, supprimer les bourrasques. - - (Le _Frou-Frou_, 1901.) - - -Ironie des choses, l’accident peut se produire en passant devant le -Sénat, ce dernier rempart de la Pudeur et de la saine gaîté de nos -pères. - -«Juste devant le Sénat... Ah! si M. Bérenger voit ça... - - (Henriot: le _Charivari_, 1893.) - - -L’artiste semble affectionner ces effets d’orage. - - -TEMPÊTES. - -—Heureusement que grâce à nos collets on ne peut pas voir notre -figure s’écrie, dans le _Charivari_, une dame, dont, sous les jupes -troussées, le pantalon apparaît jusqu’à la ceinture. - -C’est le jour ou jamais d’avoir du linge blanc, dût la fente laisser -échapper par derrière le drôle de petit tire-bouchon que l’on sait. - -Prévoyante, une jeune fille de Doès rassure sa mère: - -—T’inquiète pas, maman, j’ai changé de linge ce matin. - - (Le _Rire_, 26 mars 1898.) - - -Le vent malin peut s’amuser à coiffer la figure postérieure de la dame -du couvre-chef envolé de la tête d’un homme sérieux, professeur ou -chef de bureau. Mieux eût valu, en vérité, le fond béant de la batiste -dévêtue: - -—Je crois qu’un impudent se sert de mon couvre-chef pour se couvrir... -la tradéridéra. (_Die Bombe_, Vienne). - -Et ce n’était pas le bord plat de feu Maugis. - -La montée difficile d’une vieille dame en voiture n’est pas sans -fournir un tableau du même genre, aggravé par le fait que c’est un -vieux tableau: - -—Voyons, Eusèbe, dépêchez-vous, vous allez finir par faire voir mon -pantalon. - - (Robert: le _Frou-Frou_, 1901.) - - -On le voit, en effet; mais la brave femme peut se rassurer, cette vue, -si elle prête à rire, ne saurait éveiller aucun désir dans le cœur de -l’animal qui sommeille. Elle inspirerait plutôt, ma chère, l’horreur du -péché. - -Depuis _Miss Helyett_—et même avant—l’alpinisme, le vent et les sentes -roides de la montagne ont, de leur côté, provoqué pas mal de pochades -dans lesquelles le pantalon joue naturellement son rôle. - -Une vierge de Wély dont la lingerie est pour nous sans mystère a cette -louable préoccupation. - - -L’ALPINISME. - -—Ma robe qui s’envole... dis, m’man, est-ce qu’on voit quelque chose? - - (Le _Rire_, 20 juin 1903.) - - -—Voui, ma gosse..., mais, n’t’en fais pas, on pourrait zieuter quelque -chose de plus désagréable. - -Bien que nous ne soyons plus aux temps lointains de Paul de Kock—on -s’amusait de bien peu de choses, à commencer par les aventures de _la -Pucelle de Belleville_ ou de _Gustave le mauvais sujet_—la balançoire -a, après le vent, conservé la palme, presque académique, pour ces -aimables retroussés auxquels sont restés sensibles les enfants de tous -les âges. - -Les hasards de l’escarpolette ont pu perdre de leur charme et de leur -élégance: qu’importe? Est-il meilleur prétexte à dévoiler de jolies -jambes et l’intimité de dessous dont il est rare de pouvoir faire aussi -généreusement montre. - -Nos ancêtres riaient de ces envolées qui, faute de pantalon, laissaient -apercevoir le rose des cuisses, des nymphes qui ne semblaient -nullement émues. Grâce à la Ligue et au vent moralisateur et délétère -des tranchées pasteurisantes, nous faut-il rougir, aujourd’hui de -ce spectacle auquel le fabuliste aurait pris, sans doute, autant de -plaisir qu’à écouter conter Peau d’Ane? - - -LES DANGEREUX HASARDS DE L’ESCARPOLETTE. - -—Et dire qu’il y a cent ans j’aurais pu regarder ça sans rougir! - - (J. Wély: le _Frou-Frou_, 1901.) - - -Ma foi non, je ne rougis pas et je confesserai même contempler assez -volontiers les formes que révèle généreusement cette petite femme de -Mirande: - - -L’ESCARPOLETTE. - -—Quand je me balance avec toi, tu vois, j’y mets des formes... - - (Le _Rire_, 30 juillet 1904.) - - -Mieux que des formes, un véritable panorama: - -—N’est-ce pas que d’ici on peut embrasser un joli panorama?... - - (P. Balluriau: le _Rire_, 2 mai 1908.) - - -Que ces demoiselles ne s’y fient pas: c’est là par ces temps malsains, -un jeu dangereux; voici un homme à favoris gris, qui s’avance, qui -pourrait la trouver mauvaise et se laisser aller, lui aussi, à de -fâcheux courroux: - - -L’ESCARPOLETTE. - -Encore un grand plaisir pour les Parisiennes. Les hommes font cercle. -On voit les mollets et quelquefois aussi... mais chut! Baissez votre -jupe, mademoiselle! Monsieur Bérenger s’approche. - - (George Edward: la _Chronique amusante_, 24 août 1893.) - -Évidemment, comme Max Blanc: - -—Voilà comment j’aimerais voir les dessous de la politique. - - (_L’Indiscret_, 1902.) - - -Au Panama—que c’est vieux déjà!—je préférerais le panorama ainsi -révélé, presque la Terre promise. Mais, ne nous frappons pas, n’est-ce -pas comme dit l’autre, des balançoires? - - -UN SAGE. - -—Dans la vie, vois-tu, il ne faut jamais s’occuper du voisin, et se -dire que tout ce qu’on voit, au fond, c’est des balançoires. - - (_L’Indiscret_, 1902.) - - -Il est bon, parfois, de détacher ces regards de la terre et de regarder -plus haut: c’est un coin de ciel entrevu, ce paradis ouvert que vantait -Victor-Emmanuel et que Mahomet n’a point promis à Von der Goltz pacha: - -—Tout ce qui se passe sur la terre, mon fils, c’est de la balançoire. -Portez vos regards vers le ciel... - - (Rouveyre: le _Rire_, 14 juillet 1900.) - - -Et vous, les michetons et les jaloux, les punais de l’amour, ne faites -pas tant de foin et laissez vos petites amies faire aux pauvres bougres -qui ne les entretiennent pas l’aumône de leurs jambes et la charité de -leurs dessous. Il n’est pas bon d’aller troubler dans son sommeil le -chat qui dort et vous pourriez vous faire griffer, messeigneurs: - - -LES JOIES DE L’ESCARPOLETTE. - -—Fais donc attention! On voit ton pantalon! - -—Impossible! Je n’en ai pas! - - (Ch. Laborde: le _Rire_, 16 août 1913.) - - -La balançoire, combien qu’on en puisse douter, prête à réflexions -philosophiques. Ces gosses, au milieu de leurs jupes envolées, vous -font la Nietzche. - -Ainsi parlaient les _Wiener Caricaturen_: - -—Avec la balançoire, c’est comme dans la vie. Il faut savoir ce que -l’on montre et ne pas perdre l’équilibre[551]. - -Au tennis, il n’y a pas seulement celles dont le rattrapage difficile -d’une balle un peu «raide» laisse apercevoir assez haut le pantalon -sous l’envolement de la jupe, il y a aussi les bonnes raquettes. -Celles-là, quand elles jugent une balle impossible à reprendre, -préfèrent feindre le plus lamentable des accidents, le pantalon défait -qu’il faut rattacher, plutôt que d’avouer leur défaite: - - -AU LAWN-TENNIS. - -Fait semblant de perdre son pantalon pour ne pas avouer qu’elle a -manqué la balle. O coquetterie! - - (La _Fin de Siècle_, 14 octobre 1894.) - - -Bouton qui saute, cordon qui se dénoue ou qui craque, le pantalon se -perd, en effet, quelquefois. - -—Tu fais comme mon pantalon, tu me lâches... - - (Le _Boudoir_, 1880.) - - -Plus souvent il se quitte et, parfois, il s’oublie. - -De Gerbault, cette exclamation d’une parisienne assise en chemise, -tandis que gît à ses pieds son pantalon retiré, étalant sur le parquet -la large ouverture de sa fente: - -—Comment il faut aussi que je retire ma chemise! Alors, c’est ça que -vous appelez faire mon profil? - - (_L’Indiscret_, 1902.) - - -Cela rappelle un peu la tenue de rigueur des femmes du monde pour -feuilleter, dans sa garçonnière, les cartons d’un Monsieur qui -collectionne les Rops. - -La femme a vraiment toutes les charités. Un modèle—la tenue de notre -mère Ève, moins la feuille de vigne—pour venir au secours de la -détresse du bon peintre, lui offre l’illusoire aumône de son pantalon. -Un chiffon, non de papier, ô chancelier, mais de batiste: - - -LE PORTRAIT. - -—C’est un sénateur qui vient pour faire faire son portrait. Je n’ai -plus de toile; pas un rond pour en acheter; quel guignon! - -LE MODÈLE.—Et ça, est-ce que ça serait assez grand? - - (Carlègle: Le _Rire_, 24 octobre 1908.) - - -Mais pourquoi l’artiste vieilli, conservant sous ses cheveux blancs -l’amour des gamineries de rapin, a-t-il la fâcheuse manie de subtiliser -le pantalon de ces enfants? - -—Allons, ne faites donc pas le Jacques, rendez moi mon pantalon. - - (Poulbot: Le _Frou-Frou_, 1905.) - - -Ou c’est le pantalon que, bien qu’ouvert, on a pour des raisons qu’il -ne convient pas d’approfondir, cru devoir retirer, un jour de ballade à -la campagne. L’arrivée malencontreuse du garde champêtre—vrai ou faux—a -brusquement interrompu l’entretien. L’enfant, abdiquant son extase, -(en voulez-vous du Mallarmé?) dans sa hâte de fuir, déjà docte, par -chemins, a négligé de réintégrer ses culottes. Huit jours plus tard, -le couple les retrouve, suspendues, dépouilles opimes, au même arbre. -Là ils furent heureux et connurent d’ineffables minutes; la Grande -Nature les invite à recommencer, avec la complicité amusée de toutes -les bestioles répandues parmi les champs, «champ d’amour brutal», eut, -comme Goudeau, spécifié Richepin, à l’époque où les _Gueux_ et leurs -ivresses tenaient dans son cœur une place accaparée, depuis, par les -cousines et les abonnées des _Annales_. - - -LES PREMIERS BEAUX JOURS. - -—Enfin, nous y sommes: regarde ta culotte de dimanche dernier. - - (Mirande: Le _Rire_, 22 avril 1911.) - - -Les peintres ne sont pas seuls à se livrer à des plaisanteries qui -dénotent une aimable familiarité bien faite pour tromper l’ennui des -villégiatures estivales. Il y a des maisons où l’on ne peut recevoir -une femme à déjeuner ou à dîner, sans qu’on lui «fasse» son pantalon ou -son corset: - - -L’AFFAIRE DU COLLIER. - -—Ben quoi? elle va déjeuner en ville et on lui chauffe ses perles! -Moi, c’est bien rare que je boulotte chez des amies sans qu’on me fasse -mon corset et mon pantalon... - - (Métivet: Le _Rire_, 1er août 1908.) - - -Retiré dans le salon d’un Monsignore—encore un salon où l’on passe, -si l’on y cause peu—le pantalon d’une visiteuse peut se retrouver -parmi l’inutile paperasse des dossiers d’une commission d’enquête. -La politique est un grand bazar auquel les jeux de l’amour ne sont -pas interdits et ces dentelles peuvent constituer pour quelque -arrondissementier obscur et farouche une révélation toujours pénible: - -A la commission d’enquête Montagnini—N... de D... un pantalon de ma -femme! - - (Le _Rire_, 4 mai 1907.) - - -La caricature est vraiment bonne fille. Elle nous rafraîchit la -mémoire: qui, sans elle, se souviendrait, même à la Chambre, de cet -abbé Montagnini, que l’on expulsa comme un vulgaire correspondant -austro-boche, et dont quatorze vers n’ont pas permis de soupçonner le -secret? - -[Illustration] - -Le pantalon de sa femme! C’est lui également que rapporte, dans -cette amusante page de Caran d’Ache, la _Vie de château_, cet animal -fidèle, mais gaffeur, auquel le _Petit musée de la Conversation_[552] -assurerait qu’il ne manque que la parole. - -A la première heure, le gentilhomme campagnard, couvert d’une chaude -pelisse et son cigare déjà allumé, est sous les fenêtres de l’invité: - -—Allons, debout!... le paresseux, venez faire le tour du propriétaire. - -Sans enthousiasme, celui-ci l’a rejoint dans le parc, et tandis qu’ils -s’éloignent, ce dialogue s’engage: - -—Faites comme moi: toujours debout à six heures! - -(Cette phrase pourrait non moins figurer dans le recueil de Castigat et -Ridendo, qui, d’ailleurs, ne corrigera rien). - -L’INVITÉ:—Brr! ça pique, et moi qui ai oublié mes gants... - -—Oh! qu’à cela ne tienne! Tom, ici! - -Et Tom s’étant avancé, la queue basse devant ce ton de commandement: - -—Donnez-lui votre main à sentir. Là! Vous allez voir: dans trois -minutes il vous rapportera la chose. - -En effet, une minute... - -Deux minutes... Et - -Trois minutes après, Tom rapportait la chose!![553] cependant que, -derrière lui, une femme de chambre courait de toute la vitesse de ses -jambes, et que, en une banderolle, s’échappaient de sa bouche ces mots -imprécatoires: - -—Tom! veux-tu laisser ça! Tom!... Tom!... Oh, la sale bête... Tom!... -Tom!... - -Ça, c’était, naturellement, le pantalon de la châtelaine, qui au -passage, avait conservé un peu du parfum des mains de l’invité et dont -les jambes flottaient au vent. - -Encore que la sienne ne fut pas galonnée, M. le comte était digne de -porter la casquette du «chef de gare.» - -Cercles mixtes, tripots, Enghien et autres lieux où fleurissent «le -verbal _neuf_ et _huit_ diminutif» (Goudeau), les pontes y attrapent -tant de culottes, peut-être parce que les habituées de l’autre sexe y -perdent les leurs: - - -LES JEUX DE L’AMOUR ET DU HASARD. - -—Quel tripot! Et on y pelotait ferme... - -—C’est donc ça qu’on y ramassait tant de culottes! - - (Cardona: Le _Rire_, 26 janvier 1907.) - - -Les pantalons se quittent, se perdent... et se salissent. Le livre de -comptes de Mme Irma de Montigny, égaré au passage de la Bérézina et -communiqué, depuis, à l’institut, par M. Salomon Reinach, en même temps -qu’il lavait la marquise de... Mithylène, des méchants bruits répandus -sur ses habitudes par quelques amies délaissées (musique de Gounod), -n’est pas seul à nous renseigner sur la facilité avec laquelle le haut -de chausses féminin gagne la tache, la fameuse tache qui constitue une -des trente-six situations chères aux dramaturges et que ne dédaigne pas -davantage les gentilshommes sans préjugés acculés à la dure nécessité -du mariage. - -Taches d’encre, marques de doigts... et d’autres encore: le pantalon va -souvent chez la blanchisseuse. Mais, il ne convient pas qu’il subisse, -avant d’être mis, les approches de l’homme. - -Ce serait risquer de la salir avant la lettre: - -—Laisse ça, tu me salis tout mon linge. Voilà un pantalon qui, avant -que je le mette, a déjà des marques de doigts! - - (Le _Rire_, 8 avril 1905.) - - -Dans l’atmosphère surchauffée de l’atelier de la blanchisseuse de -fin, ce sont, chez les ouvrières, de philosophiques et mélancoliques -réflexions tout en promenant le fer sur les trou-trous et les -entre-deux: - -—C’est dur, tout de même, de penser qu’on gagne tant à la salir et si -peu à la nettoyer. - - (Henri Boutet: Le _Frou-Frou_, 1901.) - - -Hélas! c’est la tentation proche. Quelque lundi, la petite -blanchisseuse, s’attardera plus qu’il n’est nécessaire pour compter -chemises de jour et de nuit, faux-cols et manchettes des «pratiques -paresseuses.» Quand on nettoie tant le linge d’autrui, on peut bien -risquer de salir un peu le sien. - -Elle ne guette pas moins les filles de la campagne qui, aux mois de -vacances, étendent sur des cordes les pantalons courts et froufroutés -des belles madames en villégiature: - -—J’ai envie de changer de métier, on m’a dit qu’on gagnait plus à les -chiffonner qu’à les blanchir. - - (G. Meunier: Le _Rire_, 9 août 1902.) - - -Il en est d’autres, heureusement, dont l’exemple ne saurait inspirer -ces pensées pas du tout funèbres à des enfants que les conseils réputés -mauvais des kéroubins tentateurs n’effraient que fort peu. - -Ce sont celles qui suppriment leurs pantalons tout l’été, attendant, -pour les reprendre que la bise soit venue. Elles peuvent, à la rigueur, -suivre le conseil de la fourmi et danser, lasses d’avoir chanté; mais, -pour lever la jambe, elles auront soin de se placer de profil: de face, -le geste laisserait voir trop de choses. - -—Je ne me mets pas de face, car, n’ayant pas de pantalon, on pourrait -saisir l’Almanach. - - (Almanach du _Frou-Frou_, 1901.) - - -Impossible à celles-là d’obéir aux suggestions malignes de l’Amour, ou, -tout au moins convient-il de prendre certaines précautions. Là encore, -il y a la manière: - - -AUTOMNE. - -—Fais comme les feuilles, laisse-toi tomber. - -—... C’est que je n’ai pas de pantalon. - - (Gerbault: Le _Rire_, 14 novembre 1903.) - - -L’œil du maître, quand celui-ci ne méprise pas les attouchements -ancillaires, aura cure de ces contingences et ne craindra pas de -pousser l’enquête jusqu’à ses dernières limites. - - -L’ŒIL DU MAÎTRE. - -—Ça y est, Marie, je m’en doutais!!!... Oser servir mes invités sans -pantalon! - - (A. Bertrand: Le _Rire_, 26 octobre 1912.) - - -Après tout, s’il est jaloux, cet homme, et s’il craint que d’autres -mains ne s’égarent que les siennes. - -Une brave bourgeoise de Limoges déclarait, jadis, retourner contre la -muraille le portrait de feu son époux, quand elle lisait du Zola. Il -y a également des mères pour s’indigner de voir leur «demoiselle» se -contenter d’une chemise pour dévorer _Monsieur de Camors_. - -Pauvres gosses, en fait de pommes, elles en ont croqué de plus vertes, -depuis! - -—En voilà une posture, mon enfant, pour lire Octave Feuillet!... Passe -au moins un pantalon. - - (Guydo: Le _Rire_, 12 janvier 1901.) - - -Les robes collantes et les jupes entravées, dont la conséquence était -la simplification des dessous quand ce n’était pas leur suppression -totale, a fait un moment courir un danger réel au pantalon. Jamais, -depuis la mort de la crinoline, il ne s’était trouvé aussi menacé. - -Ce fut le triomphe passager de la culotte et de la combinaison. A -défaut d’autres, la culotte, inconsidérément oubliée par une petite -amie dans le cabinet de toilette d’un homme de sport, avait au moins -l’avantage de fournir un alibi, le jour où l’objet tombait sous les -yeux de sa «liaison sérieuse:» - - -L’ALIBI DE L’ESCRIMEUR. - -—Tu me raconteras encore que je suis la seule femme que tu reçoives -ici, quand je viens de trouver ça dans le cabinet de toilette! - -—Mais, mon amour chéri, ça, je te le jure, c’est ma culotte de satin -pour tirer en assaut public! - - (A. Guillaume: Le _Rire_, 20 février 1909.) - - -Hum? le public aurait pu facilement devenir gênant. - -Quant à la combinaison,—nous lui devons d’exquis dessins de Fabiano—son -nom seul devait prêter à de faciles légendes que les caricaturistes -n’eurent garde de laisser échapper. - -Jehan Testevuide n’avait pas même attendu, pour ouvrir le feu, le règne -de l’entrave. Dès 1895, la _Chronique amusante_ préludait ainsi aux -jeux de mots aisés à prévoir du surlendemain: - -—Ça un pantalon! jamais de la vie! Une combinaison... et elle m’a -toujours porté bonheur. - - (12 septembre 1895.) - - -Et ce furent les jupes collantes auxquelles la combinaison dut de -trouver en France une vogue qu’elle avait vainement cherchée jusque-là. -Dessins et légendes se multiplièrent et ne varièrent guère: - -—Pour l’obliger à m’aimer, j’ai, moi aussi, ma petite «combinaison». - - (Fabiano: le _Rire_, 19 décembre 1908.) - - -Nous sommes en plein dans le jeu de la «combine» et sans avoir jamais -fréquenté le paddock autrement qu’à l’anglaise, je ne ferai aucune -difficulté d’avouer qu’il n’est pas du tout déplaisant: - -—Eh mais, voici une combinaison dans laquelle je marcherais volontiers. - - (Viardot: le _Rire_, 6 août 1910.) - - -Moi aussi, et vous? - -Culotte et combinaison, on put même croire, un moment, le pantalon -assez menacé, pour que Guillaume ait fait figurer cette légende -au-dessous d’une vitrine contenant divers modèles, rieurs ou -rébarbatifs, suivant l’époque, de la lingerie proscrite: - - -UN COLLECTIONNEUR. - -—Oui, chère madame, le musée de Cluny m’a déjà fait des offres -insensées... On n’en trouve plus. - - (Le _Rire_, 30 mai 1908.) - - -Mais non, on en trouve encore et même beaucoup. Edmond Haraucourt -n’aura pas, que je sache, à accorder sa lyre pour chanter la légende du -pantalon. La mode de la culotte, trop facilement tombée dans le jersey -et le bon marché, passera. Des frileuses seules, sans souci du charme -et de la grâce des déshabillés, lui resteront fidèles, six mois de -l’année. - -Malgré la concurrence de la combinaison, qui, à parler franc, lui -ressemble comme une sœur, la vogue du pantalon ne semble pas appelée -à disparaître. Sa forme a évolué, voilà tout, et, sans doute, elle -évoluera encore. - -Si Marthon a supprimé ses dessous, chacun sait qu’elle les reprendra -le lendemain, ses jupes une fois élargies. Que son vilain mari n’aille -pas, pour ces «pantalonnades», lui faire la scène à ne pas faire. - -Tout ça, comme l’a si très justement dit Préjelan, c’est des -pantalonnades. - - (Le _Rire_, 30 mai 1908.) - - -Ce livre, n’est-il pas lui-même une pantalonnade? Une pantalonnade -rappelant, je le crains fort, par sa longueur, les inexpressibles -tombant jusqu’à la cheville des bonnes dames qui furent nos grand’mères? - -Paix à leur mémoire. - - -[Illustration: FINIS] - - - - -INDEX DES NOMS CITÉS - - -[Illustration] - - -INDEX DES NOMS CITÉS - - - A - - ABADIE, 508. - - ABEILLÉ (Jack), 536. - - ADAM (Paul), 315. - - AICHES (Mlle d’), 63. - - AINCOURT (Mlle Marguerite d’), 233, 234, 468. - - AJALBERT (Jean), 264, 397, 399. - - ALBERT (M.), 444. - - ALICE LA PROVENÇALE, 225, 391. - - ALLAIS (Alphonse), 341. - - ALLARD (Mlle), 110. - - AMIATI (Mlle), 540. - - ANCRE (Le Maréchal d’), 58. - - ANDRÉE (Mlle Jeanne), 443. - - ANNE D’AUTRICHE, 62, 63. - - ANTIPAS, XI. - - ARC (Jean d’), 399. - - ARC (Jeanne d’), 48. - - ARÈNE (Paul), X. - - ARETINO (Pietro), 45. - - ARISTOTE, 423. - - ARLOING (Le professeur), 328. - - ARNOULD (Sophie), 81, 82. - - ARTOIS (Le comte d’), 133. - - ARTUS (Maurice), 420. - - ASTROPHILE LE ROUPIEUX, 59. - - AUBERT (Charles), 296, 311. - - AUBIGNÉ (Agrippa d’), 42. - - AUDINOT (Mlle LALANNE, dite), 106. - - AULNOY (La comtesse d’), 78. - - AURIER (G.-Albert), 219, 227, 292, 293. - - AURIOL (George), 364. - - AYMARD (Mlle Aimée), 281. - - - B - - B... (Mlle de), 70. - - B... (Mlle L. de), 200. - - BABONNETTE.—_Voir_: FERRIER (Marie). - - BACHAUMONT, 91, 97. - - BALAFRÉ (Le).—_Voir_: GUISE (Henry de). - - BALLURIAU, 517, 530, 554. - - BALTHY (Mlle Louise), 476. - - BALZAC (Honoré de), 185, 223. - - BARBEY D’AUREVILLY (J.), 179. - - BARBIER, 198. - - BARRÈS (Maurice), 513. - - BASCHET (Armand), 50. - - BATAILLE (Albert), 350, 446, 472. - - BAUDELAIRE (Charles), 36. - - BAYARD (Eugène), 270. - - BEAUCHASTEAU (Mlle de), 74, 75. - - BEAUCLAIR (Henri), 346, 363. - - BEAUMINARD (Mme), 98. - - BEAUMONT (Mgr de), 111. - - BECQUEREL (Le Dr), 326. - - BÉCU (Jeanne).—_Voir_: DU BARRY (Mme). - - BELLECOUR (Mme), 97. - - BELLUNE (La duchesse de), 334. - - BENEZECH, 126, 127. - - BÉNIGNE (Ange), 315, 344. - - BÉRANGER (Le chansonnier), 355, 401. - - BÉRÉNICE (La reine), 5. - - BÉRENGER (M.), 4, 10, 11, 69, 180, 410, 452, 545, 550, 554. - - BERGERAT (Émile), 353. - - BERNARD (Tristan), 364. - - BERNSTEIN (Henri), 350. - - BÉROALDE DE VERVILLE, 22, 39. - - BERTALL, 2, 4, 212, 229, 233, 236, 346, 386, 395, 436, 468, 469, - 505, 539. - - BERTRAND, 566. - - BESCHERELLE, 324, 325. - - BESNARD (Mathurin), 58. - - BETHMANN-HOLLWEG (Le Chancelier de), 497, 558. - - BEULÉ (M.), 6, 7, 8. - - BEURNONVILLE (Le général), 126. - - BLANC (Max), 554. - - BOILEAU, 60. - - BOIS (Jules), 313. - - BONALD (Vte de), 121. - - BONNASSIEUX (P.), 126. - - BONNAUD (Dominique), 65. - - BONNEAU (Alcide), 45. - - BORDEAUX (Henry), 72, 263, 370. - - BORGHÈSE (La princesse Pauline), 133. - - BOSSE (Abraham), 30. - - BOSSUET, 199. - - BOUCHOT (Henri), 26, 36, 41, 142, 149, 153, 166, 214. - - BOUGUENAIS, 341. - - BOULAINE, 539. - - BOURGET (Paul), 263, 350, 504. - - BOUTET (Henri), 225, 269, 504, 564. - - BOUTET (Mlles Stéphanie et Louise), 122. - - BRANCOVAN (La princesse de), 334. - - BRANDIMBOURG (Georges), 282. - - BRANTÔME, 22, 23, 29, 34, 35, 36, 39, 40, 41, 64, 134, 158, 205, 443. - - BRILLAT-SAVARIN, 279. - - BRIO (Carolus), 255, 362. - - BROUTELLES (Mme de), 488. - - BRUEL (F. L.), 61. - - BRUNET, 50, 75. - - BRUSCAMBILLE, 78. - - BUFFET (Eugénie), 431. - - BUSSY-RABUTIN, 70. - - BYRE (Mlle Nelly de), 353. - - - C - - CABANÈS (Le Dr), 124. - - CABARRUS (Thérésia),—_Voir_: TALLIEN (Mme). - - CALIBAN, 353. - - CALPHURNIE, 7. - - CAMARGO (Mlle de), 99, 100, 101, 103, 438. - - CAMPARDON (Émile), 438. - - CAMUS (Le représentant), 126. - - CANDALE (M. de), 461. - - CANOVA, 152. - - CANTINELLI (Richard), 342. - - CAPY (Marcel), 529. - - C..... (La marquise de), 205, 258, 457. - - CARAN D’ACHE, 561, 562. - - CARDONA, 563. - - CARIGNAN (Le prince de), 102. - - CARLÈGLE, 459, 513, 529, 558. - - CARRACHE, 45, 339. - - CARRINGTON (Ch.), 36. - - CARUEL DE SAINT-MARTIN (La baronne), 334. - - CASANOVA (Jacques), 101, 102, 109, 113, 116, 117, 222, 437. - - CASCIANI (Mlle), 446, 447. - - CASTIGAT (Félix) et Pierre Ridendo, 561. - - CATHERINE II, 304. - - CAVELLI (Mlle), 422, 423, 424, 431. - - CAVOYE (Mme de), 460, 461. - - CAYLUS (Le comte de), 81, 82, 84, 85, 86, 87, 216. - - CAZE (Robert), 367. - - CELLARIUS (Le chansonnier), 269. - - CÉSAR (Jules), 21, 22. - - CHABANAIS (M. de), 543. - - CHABOT (François), 121. - - CHALLAMEL (Augustin), 8, 29, 32. - - CHAMBIGE (Henri), 350. - - CHAMPSAUR (Félicien), 403. - - CHANCENAY (Mme Claire de), 323, 487. - - CHANTELAINE, 526. - - CHAPLIN, 427. - - CHAPUS (Eugène), 333. - - CHARLES IX, 23, 64, 326, 456. - - CHARLES X, 143, 180. - - CHARLES-QUINT, 22. - - CHAVIGNY (Mme de), 461. - - CHEVRIER (Mlle DALISSE, dite), 439. - - CHOISY (L’abbé de), 62. - - CHOISY (Mme de), 460, 461. - - CHURCHILL (Mlle), XII, 28, 71, 72, 113. - - CLADEL (Léon), 265. - - CLÉMENCEAU (M.), 422. - - CLODOCHES (Les), 545. - - CLOSMESNIL (Mlle), 278. - - C. M. (L’abbé), 209. - - COGNAND (Charles), 250. - - COLETTE (Mme), [Colette Willy], 245, 343, 372, 373, 479. - - COLLÉ, 98. - - COLOMBINE, 40, 80, 150, 213, 333, 341, 345. - - COMMERSON, 320, 331. - - CONDÉ (La Princesse Louise de), 144, 145. - - CONRAD, 512. - - COOLUS (Romain), 353, 354. - - CORONA, 46, 47. - - COULON (Mlle), 116. - - COURTELINE (Georges), 287, 350, 364. - - CRASSOUS (Paulin), 463. - - CURNONSKY, 179. - - - D - - DACIER (Émile), 100. - - DALISSE (Mlle),—_Voir_: CHEVRIER. - - DANRÉMONT (La comtesse de), 221. - - DARTMANN (G.), 182. - - DARZENS (Rodolphe), 412. - - DAUDET (Alphonse), 287. - - DAURIGNAC (Raymond) et sa sœur Maria, 351. - - DAUVERGNE, 116. - - DAVID, 545. - - DEBRAY, 332, 411. - - DELILLE (L’abbé), 181. - - DELVAU (Alfred), 449. - - DÉMÉAH (Mlle), 447. - - DERVAL (Mlle Suzanne), 427, 430. - - DESESSARTZ (Le Dr), 9, 324. - - DESNOIRESTERRES (G.), 62, 79. - - DESPRÉAUX (Le chansonnier), 129. - - DESSERS (Joséphine), 250. - - DEXTER (Mme), 202. - - DIABLE-BOITEUX (Le), 318. - - DIDEROT, XI, 105. - - DIEULAFOY (Mme), 370. - - DOÈS, 551. - - DOLLFUS (Paul), 270, 278. - - DONNAY (Maurice), 226, 303, 304, 356, 544. - - DREYFUS (Alfred), 283. - - DROUET (Denis), 58. - - DROUET (Le représentant), 126. - - DROZ (Gustave), 365. - - DRUJON (Fernand), 45. - - DU BARRY (Madame), 107. - - DU BILLON (François), 27. - - DUBOST, 158. - - DU BUISSON, 59. - - DUBUT DE LAFOREST, 331. - - DUCLERC (Mlle), 280. - - DUFAY (L’antiquaire), 363. - - DUFFERIN (Lady), Marquise d’Ava, 329. - - DU HALLIER, 58. - - DUHAMEL (Mlle Biana), 69. - - DUJARDIN-BÉAUMETZ (M.), 452. - - DU PARC (Mlle), 74. - - DUPIN (M.), 211. - - DUPRÈS (Le danseur), 102. - - DURANTON (M.), 243, 244. - - DUROCHER (L’inspecteur).—_Voir_: PÈRE LA PUDEUR (Le). - - DU SOMMERARD, 124. - - - E - - EDWARD (George), 554. - - ELISA (Mlle), 243, 244. - - ELOFFE (Mme), 87. - - EMILIENNE D’ALENÇON (Mlle), 292. - - EMMET (Le Dr A.), 326. - - ENGEL, 518. - - ENVER-PACHA, 497. - - ESSLER (Fanny), 441. - - ESTIENNE (Henri), 22, 25, 29, 147. - - ÉTINCELLE, 333, 338. - - EUGÉNIE (L’impératrice), 217. - - EURIPIDE, 26. - - - F - - F... (Le sieur).—_Voir_: ELISA (Mlle). - - FABIANO, 533, 567, 568. - - FAIVRE (Abel), 352, 538. - - FALKE., 520. - - FALLIÈRES (M. Armand), 312. - - FALSTAFF, 259, 292. - - FAVART, 77. - - FÉRAUDY (Maurice de), 362. - - FERRIER (Marie), 60. - - FEUILLET (Octave), 566. - - FÈVRE-DESPREZ, 378. - - FEYDEAU (Ernest), 436. - - FIORELLI (M.), 6. - - FLAHAUT, comédien, 77. - - FLAHAUT (Charles de), 451. - - FLAUBERT (Gustave), XI, 5, 298, 361, 437. - - FLEURY (Pierrette), 458. - - FONTANGES (Mlle de), 70, 71. - - FORAIN (J.-L.), 290, 504, 511. - - FOSSARD (Alice), 299. - - FOUCHER (Mlle Adèle), 203. - - FOUCHER (Paul), 332. - - FOUQUIER (Henry), 333. - - FOURNEL (Victor), 98. - - FOY (Le Dr), 324. - - FRAGONARD, 336. - - FRANCE (Anatole), 301, 303, 348, 349. - - FRANCE (Hector), 304, 309, 310, 486. - - FRANKLIN (Alfred), 13, 147, 463. - - FRANÇOIS-JOSEPH II, 513. - - FRANCUEIL, 415. - - FUNCK-BRENTANO (Frantz), 87, 475. - - FURETIÈRE, 7. - - - G - - GALIGAI (La Signora), 58. - - GALLAY (Mlle Léonie), 425. - - GALLIÉNI (Le Général), 330. - - GAMBETTA (Léon), 334. - - GARSAULT, 107. - - GAUDARD DE VINCI, 382. - - GAUGUIN (Paul), 313. - - GAUSSIN (Mlle), 97. - - GAUTHIEZ (Pierre), 45. - - GAUTIER (B.), 508. - - GAUTIER (Émile), 328. - - GAUTIER (Mme Judith), 188. - - GAUTIER (Théophile), XI, 63, 499. - - GAVARNI, 185, 226, 387, 507. - - GAY (Jules), 45. - - GERBAULT, 504, 514, 529, 530, 535, 546, 557, 565. - - GERMAIN (Auguste), 357. - - GIBERT (Mlle), 409. - - GIFFARD (Pierre), 249, 250, 315. - - GINKO-BILOBA, 377. - - GIVERNY (Mlle), 279, 280. - - GLATIGNY (Albert), 449. - - GLIM, 380. - - GOGO (Mlle).—_Voir_: BELLECOUR (Mlle). - - GONCOURT (Edmond de), 125, 347. - - GONCOURT (Edmond et Jules de), 393. - - GOUDEAU (Émile), 559, 562. - - GOUJON (Jean), 339. - - GOULUE (La), 391, 401-406, 415, 416, 420, 541, 543. - - GOUNOD, 563. - - GRAINDORGE (Thomas).—_Voir_: TAINE (Hippolyte). - - GRAND-CARTERET (John), 192, 211, 213, 225, 391, 490, 502, 514, - 533, 536, 537, 556. - - GRANDJOUAN, 532. - - GRAVELOT, 348. - - GRÉVIN, 226, 227, 505, 540. - - GRÉVY (Jules), 233. - - G..... (Mme), 350. - - GRIMALDI (Mlle), 78, 79. - - GRIMM, 104, 105. - - GRIS, 500. - - GRUN, 530. - - GUDIN (Paul-Philippe), 15. - - GUIDE (Le), 339. - - GUIFFREY (Jules), 126. - - GUILBERT (Mme Yvette), 269, 425. - - GUILLAUME (Albert), 504, 509, 515, 567, 568. - - GUILLAUME (Apollinaire), 45. - - GUILLAUMOT fils, 438. - - GUIMARD (Mlle), 129. - - GUISE (Henry de), 38. - - GUYDO, 566. - - GUYON (Loys), 27, 28, 72. - - GYP, 379. - - - H - - H... (Mlle Pauline), 249. - - HACQUEVILLE (André de), 42. - - HADOL, 215, 505. - - HAMELIN (Mme), 132. - - HAMILTON (Antoine), 72. - - HANCKE (Le Dr), 252. - - HANNON (Théodore), 238, 265. - - HANOVRE (L’Électrice de), 75. - - HAP (Carl), 543. - - HARAUCOURT (Edmond), 569. - - HARDING (Mlle Jeanne), 443. - - HAULNOI (F .), 471. - - HAUTEFORT (Mme de), 62, 63. - - HEIDBRINCK, 420, 543. - - HEINEL (Mlle), 110. - - HÉLOÏSE, 523. - - HÉMARD, 549. - - HENRIOT, 545, 550. - - HÉRAUD (Mlle Angèle), 320, 427, 28, 430. - - HÉRÉDIA (José-Maria de), 438. - - HÉROARD (Jean), 461. - - HERVILLY (Ernest d’), 332. - - HIL, 512. - - HOLDA (Mlle), 424, 430. - - HORACE, 279. - - HORTENSE (La reine), 10, 145, 149, 150. - - HOUDON, 440. - - HOUSSAYE (Arsène), 222. - - HUGO (Victor), 150, 203, 222, 442, 475. - - HUMBERT (La famille), 351, 538. - - HUYSMANS (Joris-Karl), 298, 368, 390. - - - I - - IBELS (André), 505, 506, 547. - - IBELS (H.-G.), 282. - - ISABEY, 197, 547. - - ISOLA (Les frères), 442. - - - J - - JOB-LAZARE, 449. - - JODELET (Le comédien), 74. - - JŒGER (Le Dr), 492. - - JOLIE FILLE (La), 290. - - JOSÉPHINE (L’Impératrice), 10, 149. - - JOSÉPHINE (Mlle), 249. - - JOUY (Jules), 402, 403, 405. - - - K - - KNEIPP (L’abbé), 490. - - KOCK (Paul de), 80, 193, 195, 552. - - KRONPRINZ (Le), 491. - - - L - - L... (Mlle Berthe), 249. - - LABORDE (Ch.), 556. - - LABORDE (Le comte de), 65. - - LABORI (Maître), 487. - - LA BRIFFE D’AMILLY (Mlle de), 126, 127. - - LA CÉCILIA, 309. - - LACROIX (Paul), 22. - - LA FAYETTE (Mlle de), 62, 63, 64, 65. - - LA FIZELIÈRE (A. de), 151. - - LAGASSE (Maître), 399. - - LAGNEAU, 338. - - LALANNE (Ludovic), 38. - - LALANNE (Mlle) _Voir_: AUDINOT. - - LAMBERCIER (Mlle), 80. - - LA MÉSANGÈRE (Pierre de), 146, 147, 153, 159, 164, 169, 185. - - LANDAIS (Napoléon), 324. - - LANDEROIN, 330. - - LANDRE (Mme Jeanne), 288. - - LA NÉZIÈRE (H. de), 504, 507, 529. - - LANGE (Mlle), 132. - - LANJALLÉE (Mlle), 257. - - LANO (Pierre de), 217, 218, 219, 221. - - LAPORTE (M. de), 63, 65. - - LA POUPELINIÈRE (M. de), 439. - - LARCHEY (Lorédan), 273. - - LA ROCHEFOUCAULD (M. Sosthène de), 288, 438, 440, 450, 451, 545. - - LAROUSSE, 325, 435. - - LA TOUR-LANDRY (le chevalier de), 16, 17. - - LAVEDAN (Henri), 303. - - LAYGUES (M.), 312. - - LEBLANC (Ernest), 366. - - LELOIR (Maurice), 214. - - LEMOINE (John), 202. - - LEMONNIER (Camille), 365. - - LENOBLE (Maître), 257. - - LÉONARD (Le coiffeur), 107. - - LÉONNEC, 322, 520. - - LÉPINE (M.), XIII, 53, 495. - - LE ROI (M.), 451. - - LE ROY (Le couturier), 10, 148, 149. - - LE ROY (Edmond), 406. - - LESGUILLON (M.), 188. - - LESPY (M. de), 75. - - L’ESTOILE (Pierre de), 35. - - LIDIA (Mlle), 424. - - LIMOGES (L’évêque de), 63. - - LISBONNE (Maxime), 424, 432. - - LITTRÉ, 325. - - LIVIA (La Signora), 46, 214, 325. - - LOISEAU (Georges), 381. - - LOLIÉE (Frédéric), 219, 221. - - LONGUS, 95. - - LORRAIN (Jean), 276, 277, 360, 378, 426, 472, 476. - - LOSSOW, 398. - - LOTI (Pierre), 303. - - LOUIS XIII, 57, 59, 62, 63, 65, 461. - - LOUIS XIV, 63, 65, 70, 438, 462. - - LOUIS XV, 107, 111. - - LOUIS XVI, 87, 126, 127. - - LOUIS II DE BAVIÈRE, 448. - - LOUIS-PHILIPPE, 181, 450, 547. - - LOUISE (La princesse), 462. - - LOURDEY, 527. - - LOUYS (Pierre), 5, 11, 278, 283, 398. - - LUXEMBOURG (Mlle de), 153. - - LUYNES (Albert de), 59. - - - M - - MACHARD (Alfred), 297. - - MAC-NAB (Maurice), 178. - - MADAME, duchesse d’Orléans, 75, 461. - - MADAME ROYALE, 126. - - MAGNIER (Maurice), 437. - - MAGNIN (Charles), 113. - - MAHOMET, 555. - - MAISONNEUVE (Mlle Berton de), dite d’OLIGNY, 97, 98, 99. - - MAIZEROY (René), 368. - - MALARET (Mme de), 219, 220, 221, 222. - - MALLARMÉ (Stéphane), 438, 544, 558. - - MANNESMANN (Les frères), 353. - - MARAIS (L’inspecteur), 104. - - MARAIS (Maurice), 545. - - MARC-ANTOINE (Le graveur), 45. - - MARCELIN, 216. - - MARET (L’ambassadeur), 126. - - MARCHAND (Le général), 330. - - MARICOURT (Le baron de), 451. - - MARIE-ANTOINETTE, 87, 126. - - MARIE-THÉRÈSE, 87. - - MARIE-THÉRÈSE-CHARLOTTE, _Voir_: MADAME ROYALE. - - MARIETTE (Mlle), 102, 103, 104, 105. - - MARIETTE (Mlle), danseuse de bals publics, 393. - - MARIN (M.), 347. - - MARTIAL, 5. - - MASSON (Armand), 525. - - MASSON (Frédéric), 150. - - MAUGIS (Henry). _Voir_: WILLY. - - MAUREPAS (M. de), 61, 65. - - MAURICE (M.), _Voir_: JOSÉPHINE (Mlle). - - MAURY (l’abbé), 121. - - MÉDICIS (Catherine de), 23, 39, 43, 90, 204, 304. - - MÉDICIS (Marie de), 57, 60. - - MÉNARD (A.), 258. - - MENDÈS (Catulle), 271, 277, 282, 283, 312, 340, 508, 509. - - MERCIER (Sébastien), 90, 105, 127, 132, 133, 134, 437. - - MÉRODE (Mlle Cléo de), 37. - - MET......KY (Le prince et la princesse Elim), 205. - - MÉTIVET (Lucien), 560. - - METTERNICH (Mme de), 217. - - MEUNIER (G.), 512, 514, 538, 564. - - MEYERBEER, 182. - - MÉZIÈRE, comédien, 77. - - MICHAUD, 59. - - MIGNE (L’abbé), 48. - - MIRANDE, 522, 549, 553, 559. - - MIREPOIX (Mme de), 144. - - MOINAUX (Jules), 256. - - MOLIÈRE, 78. - - MONIN (Dr Ernest), 327. - - MONNIER (Henri), 449. - - MONTAGNINI (Monsignore), 560. - - MONTAIGNE, 34, 46, 325. - - MONTÉGUT (Maurice), 292. - - MONTÈS (Lola), 448, 451, 452. - - MONTFERMEIL, 286, 287. - - MONTGLAT (Mme de), 461. - - MONTIGNY (Mlle Irma de), 106, 563. - - MONTORGUEIL (Georges), 280, 282, 404, 421, 422, 425. - - MORÉAS (Jean) et Paul ADAM (_Les demoiselles Goubert_), 290. - - MOREAU (Jeanne), 58. - - MOREAU-CHRISTOPHE, 463. - - MORNY (Le duc de), 451. - - MURET, 78. - - MUSSET (Alfred de), 332, 454, 549. - - MYRTIL (Mlle), 431. - - - N - - NANSEN (Peter), 381, 382. - - NAPOLÉON, 450. - - NARDI (Le professeur), 14, 24, 47. - - NASS (Le Dr), 74, 101, 116, 124, 158, 449. - - NELLY (Mlle). _Voir_: DÉMÉAH (Mlle). - - NEMOURS (La duchesse de), 200. - - NERÉE DESARBRES, 100, 103. - - NICOLET, 107. - - NIETZCHE, 556. - - NINA (La danseuse), 113, 114, 115, 116, 436. - - NINI-LA-BELLE-EN-CUISSES, 392. - - NINI-PATTE-EN-L’AIR, 280. - - NISARD (Le chevalier de), 151. - - NISARD (M.), 336. - - NOAILLES (La comtesse de), 87. - - - O - - OLIGNY (Mlle d’). _Voir_: MAISONNEUVE (Mlle de). - - OLIVET (L’institutrice d’), 246, 247. - - OLIVIER (Le Dr), 327. - - OLIVIER (Émile), 334. - - O’MONROY (Richard), 445. - - ORLÉANS (La duchesse d’). _Voir_: MADAME, duchesse d’Orléans. - - OTÉRO (La belle), 43, 106. - - OVIDE, 76. - - - P - - PALATINE (La).—_Voir_: MADAME, duchesse d’Orléans. - - PALÉMON, 354, 355. - - PAMÉLA (Mlle), 273, 274, 275. - - PALMYRE, 285. - - PANTALON (Le sieur), 108, 322. - - PATRU, 101. - - PAULET (Mlle), 66. - - PAULIN-CRASSOUS, 463. - - PEARL (Cora), 225. - - PÉGORIER (Léonor), 59. - - PEIGNOT, 44. - - PELCOQ, 541. - - PERCY (Le Dr), 126. - - PÈRE LA PUDEUR (Le), 405, 406, 408-409, 411, 543. - - PESLIN (Mlle), 110. - - PETITJEAN, 538. - - PETITVEAU (Blaise), 508. - - PHILIPPE D’ORLÉANS, 462. - - PHILŒNIS, 5. - - PHRYNÉ, 7, 442. - - PICARD (Mlle), 409. - - PICCALUGA (Le chanteur), 69. - - PIERRE (Mlle), 409. - - PITON (Camille), 439. - - PLUMET (J.), 507. - - POISSON (Mlle), 74. - - POLAIRE (Mlle), 394. - - POLIGNAC (Mlle de), 63. - - POLYXÈNE, 26. - - PONCHON (Raoul), 399. - - POPELIN-DUCARRE (Mme), 196. - - POTTIER (Edmond), 9. - - POUCHET (Le professeur), 466. - - POULBOT, 519, 521, 522, 558. - - POULET-MALASSIS, 449. - - PRÉJELAN, 504, 535, 548, 570. - - PRESLES (Mlle Renée de), 427, 428, 430. - - PRÉVOST (Marcel), 150, 301, 303. - - PRIVAT D’ANGLEMONT, 282, 411. - - PROCOPE (L’historien), 10, 11. - - PROSPER (Mme Eugénie), 444. - - - Q - - QUÉRARD, 198. - - QUICHERAT, 20, 24, 29, 49, 76. - - - R - - RACINET, 20, 29, 30, 49, 485. - - RADIGUET, 511, 518. - - RAITIF DE LA BRETONNE. _Voir_: LORRAIN (Jean). - - RAMBOUILLET (Mme de), 462. - - RAMEAU (Jean), 369. - - RANDON (Gilbert), 395, 505, 539. - - RAPHAËL, 339. - - RAUCOURT (Mlle), 98. - - RAYON D’OR (Mlle), 416. - - REBELL (Hugues), 230, 481. - - RECLUS (Elysée), 409. - - RÉGENT (Le).—_Voir_: PHILIPPE D’ORLÉANS. - - REIBRACH (Jean), 245, 285, 373, 375, 413. - - REINACH (Salomon), 9, 563. - - REINE DE NAPLES (La), 149. - - REINE DES BELGES (La), 195, 196. - - RENAN (Ary), 29. - - RENAN (Ernest), 507. - - RENARD (Jules), 364. - - RENNEVILLE (La vicomtesse de), 197, 200. - - RENOUARD (L’aquafortiste), 446. - - RESCHAL (Antonin), 458, 460. - - REUILLY (Jean de), 98. - - RICARD (A.), 331. - - RICH (Antony), 5. - - RICHARD (Le caricaturiste), 197, 547. - - RICHARDIÈRE (L.-B.), 477. - - RICHELIEU (Le cardinal de), 63. - - RICHEPIN (Jean), 66, 214, 276, 548, 559. - - RICLA (Le comte), 114, 115, 436. - - RICORD (Le Dr), 47. - - RIDENDO (Pierre).—Voir: CASTIGAT (Félix). - - RIMBAUD (Arthur), 187, 298. - - RIS-PAQUOT, 323. - - ROBBÉ DE BEAUVESET, 111. - - ROBERT, 550, 551. - - ROBIDA, 31, 32, 120, 134, 135. - - ROBIQUET (Jean), 103. - - ROCHEFORT (Henri), 300. - - RODAYS (Fernand de), 246. - - RODOCANACHI (E.), 43, 52, 53. - - RODRIGUES (M. P.), 406. - - ROLAND (Mme), 463. - - RONSARD, 461. - - ROPS (Félicien), 404, 557. - - ROQUES (Jules), 408. - - ROSAMBEAU (Louis Minet de), 157. - - ROUBILLE, 522. - - ROUSSEAU (Jean-Jacques), 80. - - ROUVEYRE, 555. - - ROWLANDSON, 547. - - ROYSTRAND, 513. - - RUBENS, 405. - - RUYS, 543. - - - S - - SAGLIO (E.), 5. - - SAINTE-BEUVE (Mlle de), 42. - - SAINT-GEORGES DE BOUHÉLIER, 480. - - SAINT-SIMON (M. de), 63. - - SAINT-URSIN (Le Dr de), 9, 324. - - SALLÉ (Mlle), 99, 100. - - SALOMÉ, X. XI, 5. - - SAMANOS, 515. - - SANDERSON (Mlle Sybil), 443. - - SANTILLANE, 404. - - SAPHO, 36, 563. - - SARCEY (Francisque), 389. - - SARDAIGNE (Le roi de), 80. - - SARRAZIN (Jehan), 422. - - SARTINES (M. de), 104. - - SATAN (Le dessinateur), 269. - - SAXE (Maurice de), 77, 481. - - SCARRON, 76. - - SCHOPENHAUER, 544. - - SCHULTZ (La Dresse), 465, 466, 473. - - SECOND (Albéric), 444. - - SÉGUIER (Le chancelier), 75. - - SÉGUR (Pierre de), 145. - - SÉMIRAMIS, 27. - - SÉMONVILLE (L’ambassadeur), 126. - - SENEÇAI (Mme de), 63. - - SERCY (Mlle), 442. - - SIGL, 519. - - SILVESTRE (Armand), 277, 282, 342, 344, 382, 537, 545. - - SKINNER SURR (Thomas), 170. - - SOLEILLAND, 250. - - SONNOLET (Louis), 202. - - SOOPAYA-LAT (La reine), 329. - - SOUEL (La citoyenne), 126. - - SOUZA (Mme de), 451. - - SOYRE (Le Dr de), 326. - - STÉPHANE (Marc), 300, 472. - - STÉPHANI (Mlle Camille), 425. - - STERNE, 462. - - STOP, 537, 542. - - STRINDBERG (Auguste), 198, 331. - - STUART (Marie), 43, 44, 60. - - SUBRA (Mlle), 443. - - - T - - TABARANT (Auguste), 285. - - TABOUREAU DES ACCORDS, XIV, 22, 24, 39. - - TAGLIONI (Mme), 441. - - TAILHADE (Laurent), 277, 409. - - TAINE (Hippolyte), 123, 393. - - TALLEMANT DES RÉAUX, 75, 461. - - TALLIEN (Mme), XIII, 120, 132, 134, 135, 205, 456. - - TARDIEU (Jacques), 60. - - TENIERS, 109. - - TENNYSON, 311. - - TESTARD (Mlle), 122. - - TESTEVUIDE (Jean), 567. - - TESTU (L’abbé), 461. - - TEXIER (Edmond), 166, 185, 207, 219. - - TÉZIER, 506. - - THEEBAW (Le roi), 329. - - THÉO-CRITT, 291. - - THÉODORA (L’impératrice), 10, 11. - - THÉODORE (Mme Adelina), 445. - - THÉROIONE DE MÉRICOURT, 123. - - THIBAULT (Adrien), 58. - - THOUVENEL (L’ambassadeur), 221. - - TINCHANT (Albert), 265, 266. - - TISSERAND (Alexandre), 278. - - TOULOUSE-LAUTREC (H. de), 282. - - TRÉZENIK (Léo), 265, 266, 276, 368, 456, 475, 548. - - TULLIA D’ARAGONA, 43, 214. - - - U - - UZANNE (Octave), 223, 224, 234, 235. - - - V - - VAILLANT (L’anarchiste), 409. - - VALENTIN-LE-DÉSOSSÉ, 543. - - VALLET (L.), 143, 144, 251, 504, 528, 531. - - VALTI (Mlle), 398, 399, 425. - - VARLET (Mme), 448. - - VAUX (Mlle), 403. - - VEBER (Pierre), 364. - - VECELLIO (César), 48, 49. - - VEINARD (M.), 246, 247. - - VENDÔME (Le duc de), 462. - - VERDELET (Les époux), 422. - - VERNET (Carle et Horace), 197, 547. - - VÉRON (Le Dr), 444. - - VERTPRÉ (Mlle Jenny), 167. - - VIARDOT, 568. - - VICTOR-EMMANUEL (Le roi), 80, 219, 220, 222, 225, 555. - - VIEL-CASTEL (Horace de), 205, 206. - - VIENNE (Mlle de), 149. - - VIEUXPONT (Mlle de), 63, 64. - - VIGENÈRE (Blaise de), 49. - - VIGNOLA, XI, 8, 14. - - VILLIOT (Jean de), 310, 464, 486. - - VILLON (J.), 546. - - VIOLETTE, 142, 143, 144, 207, 233, 486, 487, 489. - - VIOLLET-LE-DUC, 12, 13, 14. - - VIRMAÎTRE (Charles), 273, 392. - - VOISENON (L’abbé de), 97. - - VOITURE (Le poète), XIV, 66, 69, 70, 74. - - VON DER GOLTZ (Le maréchal), 555. - - - W - - WALDOR (Mme Mélanie), 332. - - WALTER (Mme Bob), 426. - - WARNOD (André), 289, 290, 416, 420. - - WATTEAU, 336. - - WEBER(Louise),—_Voir_: GOULUE (La). - - WEISS (J.-J.), 334, 338, 340. - - WÉLY (Adrien), 505, 526, 529, 552, 553. - - WILLETTE (Adolphe), 263, 370, 404, 504, 522, 523. - - WILLY, 12, 179, 245, 253, 294, 343, 362, 383, 370, 371, 372, 373, - 380, 384, 394, 397, 408, 470, 479, 482. - - WILLY (Mme Colette),—_Voir_: COLETTE (Mme). - - WILLY (Mlle Louise), 429. - - WINTERHALTER (Le peintre), 196, 540. - - WITKOWSKI (Le Dr), 74, 101, 116, 158, 449. - - - Z - - ZOLA (Émile), 58, 244, 472, 566. - -[Illustration] - - - - -NOTES: - -[1] BERTALL: _La Comédie de notre Temps._—_La civilité, les habitudes, -les mœurs, les coutumes, les manières et les manies de notre -époque.—Études au crayon et à la plume._ - -Paris, Plon et Cie, 1874; in-8, p. 130. - -[2] _Revue des Deux Mondes_, juillet 1870. - -[3] _Revue des Deux Mondes_, juillet 1870. - -[4] _Furetiriana_, Paris, Thomas Guillain, 1696; in-12, p. 188-189. - -[5] _Études sur la Toilette à travers les âges._—_La Vie Parisienne_, -19 septembre 1896. - -[6] A. CHALLAMEL: _Histoire de la Mode en France._ Paris, 1880; in-8, -p. 18. - -[7] E. POTTIER et S. REINACH: _La nécropole de Myrina_. Paris, 1888; p. -405. - -[8] _Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_, XXV (1892), c. 596. - -[9] PIERRE LOUYS: _Lectures antiques_.—_La jeunesse et le mariage de -Théodora._ (_Mercure de France_, juillet 1898; p. 168-173). - -J’emprunte également à M. Pierre Louys cette note dont il accompagne ce -passage de sa traduction: - -«Procope (VIe siècle après Jésus-Christ) est le premier auteur qui -fasse mention de ce petit vêtement théâtral, connu aujourd’hui sous un -nom plus familier; il est intéressant de constater qu’il a été innové -par la décadence byzantine, bien que ceci ne confirme pas les notices -historiques et morales de M. Henry Bérenger, mon savant confrère (p. -170)». - -[10] _Maîtresse d’esthètes._ Paris, Simonis Empis, 1897; in-12, p. 265. - -Il est à remarquer que non seulement l’_Ouvreuse_—elle avait de ces -confidences!—mais presque toutes les héroïnes de Willy, Claudine en -tête, «détail qui scandalise mes camarades, unanimes à trouver cela -inconvenant» (_Claudine à l’école_, p. 261) portent des pantalons -fermés. Il n’est pas jusqu’à Marthe de _Claudine s’en va_, qui, au -dire de Maugis ne les porte ainsi. Cependant la séance d’équitation au -cours de laquelle elle est surprise sur les genoux du personnage semble -indiquer le contraire (p. 71, 228). - -[11] Paris, Morel, 1873; in-8; t. IV, p. 4. - -[12] _Ibid._ t. III, p. 81. - -[13] _Les Magasins de Nouveautés_, tome II, Paris, Plon, 1895; in-12, -p. 231-232. - -[14] VII; _Moyen-Age_.—_Vie Parisienne_, 19 décembre 1896. - -[15] Ah mais non! Ne confondons pas le pantalon avec la ceinture de -chasteté, mais pas du tout! - -[16] _L’Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_, 30 mars 1892 (XXV), -c. 319-320. - -[17] _Contes de Pierre-Philippe Gudin, précédés de_ recherches sur -l’origine des contes. Paris, Dabin, 1804; in-8, tome I, p. 107-108. - -[18] _Le Livre du Chevalier de la Tour-Landry pour l’enseignement de -ses filles._ Paris, Janet, 1854; p. 127-128. - -[19] BÉROALDE DE VERVILLE: _Le Moyen de parvenir_. Paris, Willem, -1870-1872; 2 in-8.—I, p. 235-236. - -[20] _La Complainte de M. le Cul contre les inventeurs de -vertugalles._—Paris, Guillaume Hyver, s. d. - -[21] _Histoire du Costume en France._—Paris, Hachette, 1875; in-8, p. -407. - -[22] _Les Bigarrures et Touches du Seigneur des Accords_, édition de -1615, p. 77. - -[23] _Deux Dialogues du Nouveau Langage français italianizé et -autrement desguisé, principalement entre les courtisans de ce temps._ -Paris, Liseux, 1885; in-8. T. I, p. 184-185. - -[24] Paris, Quantin, 1890; in-8, p. 160-162. - -[25] Si, comme il sera dit, lady Churchill se fit aimer en montrant -son derrière dans une chute d’âne, au pays de Cathay—ainsi appelait-on -alors la Chine—les filles avaient un moyen analogue, mais non -accidentel, de se faire aimer et Loys Guyon de décrire ainsi cette -«deshonnête façon de faire marier filles»: - -«L’assemblée faite, la fille dont est question, monte sur un perron, -et par le commandement de ses parens trousse ses vestemens, et monstre -ses fesses un assez long temps; et après se retrousse le devant de sa -robbe, et monstre ses parties secrettes, ayant rasé le poil (si aucun -il y en avoit) lors si elle agree à quelqu’un, il la prend à femme, -moyennant qu’il aye moyen de la bien nourrir et vestir». - -(_Les Diverses Leçons de Loys Guyon, Dolois, sieur de la Nauche, -Conseiller du Roy en ses Finances en Lymosin._—A Lyon, par Claude -Morillon, 1617; in-8, t. I, p. 104). - -[26] _Les Diverses Leçons de Loys Guyon_, t. I, p. 106. - -[27] _Le Costume historique._ Paris, Firmin-Didot, s. d.; in-4, t. IV, -p. 273. - -[28] _Le Costume historique_, t. IV, p. 289. - -[29] ROBIDA: _Mesdames nos Aïeules_.—Paris, Librairie Illustrée, s. d.; -in-12, p. 74-75. - -[30] _Histoire de la Mode en France_, p. 105. - -[31] _Recueils divers bigarrés du grave et du facétieux, du bon et du -mauvais, suivant le temps. Mémoires-Journaux de Pierre de l’Estoile._ -Paris, 1883; in-8; t. XI, p. 239. - -[32] Premier discours, tome I, p. 94. Je suis pour Brantôme -l’excellent texte qu’en a donné M. Henri Bouchot. Paris, Librairie des -Bibliophiles, 3 in-16. Je ne saurais, toutefois, passer sous silence la -très remarquable édition de l’éditeur Charles Carrington, parue en 1901 -sur papier vergé d’Arches, avec des manchettes en rouge pour faciliter -la lecture si attachante des _Vies des Dames Galantes_. - -[33] Deuxième discours, t. II, p. 30. - -[34] Cinquième discours, t. II, p. 178. - -[35] Cinquième discours, t. II, p. 178. - -[36] Deuxième discours, t. II, p. 55. - -[37] Sixième discours, t. III, p. 57. - -[38] Premier discours, t. I, p. 215. - -[39] Fille, suivant les apparences, d’André de Hacqueville, premier -président du Grand Conseil. - -[40] _Remarques sur l’inventaire des Livres trouvez en la Bibliothèque -de Maistre Guillaume_, jointes à l’édition des Aventures du baron de -Foeneste.—Bruxelles, 1729; p. 537. - -[41] Troisième discours, t. II, p. 77-78. - -[42] Détails fournis par le _De rebus gestis Serenissimæ principis -Mariæ Scotorum reginæ, Franciæ dotariæ, Londini, 1725; et reproduits -par Peignot, dans son _Choix de testaments anciens et modernes_.—Paris, -1829; t. I, p. 252. - -[43] E. RODOCANACHI: _Courtisanes et Bouffons. Étude de mœurs -romaines_, Paris, E. Flammarion, 1894; in-16, p. 182. - -[44] Consulter sur l’Aretin, en dehors de la thèse de M. Pierre -Gauthiez (Paris, Hachette, 1895; in-12), la remarquable introduction de -M. Alcide Bonneau en tête des _Ragionamenti_ (Paris, Liseux, 1882); et -reproduite dans _Curiosa_ (Paris, Liseux, 1887; in-8, p. 391-399). - -Quant aux estampes des Carrache, reproduites par Marc Antoine, -consulter, au sujet des mauvais reports qui en sont vendus sous le -manteau et auxquels Pietro Aretino doit le plus clair de sa mauvaise -réputation, soit la _Bibliographie Gay_, soit le _Catalogue des -ouvrages poursuivis, supprimés, etc._, de M. Fernand Drujon (Paris, -Rouveyre, 1879; in-8, p. 32-33), ou encore le _Catalogue de l’Enfer -de la Bibliothèque Nationale_, de Guillaume Apollinaire (Mercure de -France, 1913; in-8). - -[45] Paris, Liseux, 1882; in-8, p. 4. - -[46] Paris, Liseux, 1882; in-8, p. 18. - -[47] _Essais de Michel de Montaigne._—Édition J.-V. Le Clerc, Paris, -1826; in-8, t. I, p. 240. - -[48] Nouvelle résumée par M. le professeur Nardi dans l’_Intermédiaire_ -du 30 mars 1892 (XXV), c. 320. - -[49] _Encyclopédie Migne: Dictionnaire des Cas de conscience._—Paris, -1847; in-8, t. I, p. 1005 et 1008. - -[50] _Habiti antichi et moderni di tutto il mondo._ Paris, -Firmin-Didot, 1860; in-8, t. I, p. 120. - -[51] _Le Costume historique_, t. IV, Italie, XVIe siècle. - -[52] ARMAND BASCHET: _Les Archives de la Sérénissime République de -Venise_. Paris, Amyot 1857; in-8, p. 32. - -[53] _Les Courtisanes et la Police des mœurs à Venise._ Documents -officiels empruntés aux archives de la République, accompagnés de -quelques observations. Paris, 1866; in-8, p. 7. - -[54] _Les Courtisanes et la police des mœurs à Venise_, p. 7. - -[55] _Les Courtisanes et la Police des mœurs à Venise_, p. 7. - -[56] Et à Venise, avons-nous vu. - -[57] E. RODOCANACHI: _Courtisanes et Bouffons_, p. 32-33. - -[58] S. l., 1616; 2 parties en une plaquette; relation burlesque en -vers français du voyage de Louis XIII et de Marie de Médicis, de -Bordeaux à Tours. Une autre édition, comportant quelques variantes a -paru sous le titre d’«Aventures du retour de Guyenne». - -[59] L’_Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_, 20 octobre 1905 -(LII), c. 604. - -La vogue du caleçon avait été si grande au XVIe siècle que non -seulement des bourgeoises, mais des paysannes même avaient emprunté aux -dames de la cour cet accessoire. - -M. Adrien Thibault, l’érudit chercheur, a découvert dans le testament -d’une paysanne de Villebarou, Jeanne Moreau, femme de Denis Drouet, -daté du 1er décembre 1596, ce legs bizarre: - -«Item donne à Maturin Besnard une cotte qui a le corps tanné, une -garde-robbe avec le devant, une paire de chausses de serge». - -[60] _Relation exacte de ce qui s’est passé à la mort du maréchal -d’Ancre._—Collection Michaud, t. XIX, p. 470. - -[61] B. Bailliage de Blois; jeudi 14 mai 1615, inventaire du Buisson. - -[62] _Grandes et récréatives Pronostications pour ceste présente année -08145000470 selon les promenades et suivettes du soleil par les douze -cabarets du zodiaque_.—A Paris, chez Jean Martin, s. d. Réimpression -Gay (Bruxelles, imp. Mertens), 1863; in-16. - -[63] F.-L. BRUEL: _Le Roman de Babonnette_.—_Journal des Débats_, -27 septembre 1910. cf.: Recueil de Maurepas, t. XXIII; édition -Poulet-Malassis; Leyde (Bruxelles), 1865; 6 in-16, IV, p. 239. - -[64] _Voyage de Me Guillaume en l’autre monde._ Paris, 1612. - -[65] G. DESNOIRESTERRES: _Épicuriens et Lettrés_; XVIIe et XVIIIe -siècles. Paris, Charpentier, 1879; in-12, p. 36. (_Fragment du -manuscrit de l’Arsenal_). - -[66] Louise de La Fayette, fille d’honneur d’Anne d’Autriche. Après -avoir supplanté—en tout bien tout honneur—Marie de Hautefort, auprès de -Louis XIII, elle entra en religion sous le nom de Mère Angélique. Morte -en 1665, supérieure du couvent de la Visitation. - -[67] Marie de Hautefort, fille d’honneur de Marie de Médicis et dame -d’atours d’Anne d’Autriche. Née en 1616, mariée en 1646, après sa -disgrâce, au duc de Schomberg, gouverneur de Metz; morte en 1691. - -Sa liaison avec Louis XIII fut plus sérieuse que le flirt qui allait -suivre, sans cesser, semble-t-il, de rester platonique. - -Cette première favorite avait pour elle la reine et contre elle -Richelieu. - -[68] Semblable «évasion tout à trac dans la salle du bal, du temps de -Charles IX». (Brantôme, t. II, 2e discours, p. 45). - -[69] Le _Recueil de Maurepas_ (t. I, fo 445.—Édit. Poulet-Malassis, I, -p. 50.) donne pourtant cette chanson comme étant de Louis XIII lui-même. - -Petite La Fayette, Votre cas n’est pas net; Vous avez fait pissette -Dedans le cabinet, A la barbe royalle, Même aux yeux de tous; Vous avez -fait la salle Ayant pissé sous vous. - -Évidemment Dominique Bonnaud fait mieux. - -(Cf. Comte de LABORDE: _Le Palais Mazarin_. Paris, 1847; in-8, -appendice, note 522, p. 353). - -[70] _Mémoires de M. de La Porte, Premier Valet de Louis XIV, contenant -plusieurs particularités des règnes de Louis XIII et de Louis XIV._ - -A Genève, 1755; in-12, p. 94-97. - -[71] _Les Œuvres de M. de Voiture._—Paris, Vve F. Mauger, 1693; in-12, -t. II, p. 32-34.—Le dernier vers seul est emprunté à l’édition de 1665. - -[72] _Histoire amoureuse des Gaules, le Passe-temps royal ou les Amours -de Mlle de Fontanges._ 1754; t. III, p. 208-209. - -[73] _Mémoires du chevalier de Grammont_, par Antoine Hamilton.—Paris, -Jouaust, 1876; in-12, p. 293. - -[74] _Cours de Médecine en françois, contenant le Miroir et santé -corporelle._—Lyon, 1664; in-8, II, p. 238. - -[75] Drs WITKOWSKI et NASS: _Le Nu au théâtre_.—Paris, H. Daragon, -1909; in-8, p. 57. - -[76] _Intermédiaire des Chercheurs_, XL (1899); c. 954. - -[77] _Historiettes_: le chancelier Séguier.—Édition de Mommerché et -Paulin. III, p. 66. - -[78] _Correspondance_, trad. Brunet, Paris, Charpentier, s. d.; II, p. -388-389. - -[79] _Les Œuvres de Monsieur Scarron_, Amsterdam, 1717; in-12; t. I, p. -205. - -[80] _L’Ovide bouffon ou les Métamorphoses travesties en vers -burlesques._ Paris, 1662; in-12, p. 286. - -[81] _Histoire du Costume en France_, p. 567. - -[82] Cela rappelle un peu les prédictions de Bruscambille pour le -mois d’août (1619): «à la grande pluye les femmes descouvriront leur -cul pour couvrir leur teste» (p. 36) et plus encore les paysannes -espagnoles qui, suivant la comtesse d’Aulnoy, à la vue d’un étranger, -se couvraient la tête de leur jupon pour cacher leur visage, sans -songer davantage aux conséquences. - -Il en était de même au cours de certaines processions où l’on voyait -une foule de femmes avec leurs cottes retroussées sur la tête. - -«Je vous laisse à penser», ajoute Muret, dans une lettre datée de 1666, -«si Molière peut faire une figure sur le théâtre plus ridicule que ces -femmes tenant des deux mains leurs cottes retroussées autour du visage, -en sorte qu’à peine peut-on voir le bout de leur nez; au contraire, des -pauvres qui n’ont pas bien des habits et qui sont obligées de mettre le -meilleur sur leur tête, j’oserais vous dire, Monsieur, qu’on leur voit -presque le derrière. (Bibl. Nat. Mss. fr. No 17046—_Cf._: _Le Cabinet -historique_, 1879; l’_Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_, L -[1904], c. 839-840). - -La pudeur est affaire de latitude, chacun le sait: les femmes la -placent où il leur convient. - -[83] G. DESNOIRESTERRES: _Op. cit._, p. 205-206. - -[84] Paris, Aubrée, 1829; in-8, t. I, p. 36. - -[85] _Op. cit._ p. 36. - -[86] _Le Portefeuille de Monsieur le Comte de Caylus._—Paris, 1880; -in-4, p. 17. - -[87] _Le Portefeuille de Monsieur le Comte de Caylus_; p. 15-16. - -[88] _Le Portefeuille de Monsieur le Comte de Caylus_, p. 17-18. - -[89] _Le Portefeuille de Monsieur le Comte de Caylus_, p. 17-18. - -[90] _Le Portefeuille de Monsieur le comte de Caylus_, p. 17-18. - -[91] _L’Affaire du Collier_; 2e édition; Paris, Hachette et Cie, 1901; -in-12, p. 38-39. - -[92] _Mémoires secrets_, 30 décembre 1763. - -[93] Le caleçon des coquettes—quand elles en portaient—était ouvert, -en effet. Le _Joujou des Messieurs_, destiné à faire suite à celui -des _Demoiselles_, ce recueil peu bégueule souvent réédité au XVIIIe -siècle, ne laisse subsister sur ce point aucun doute: - -Femme de chambre un jour à sa maîtresse Avec frayeur ajustait son -calçon, Voyant du lieu que l’on appelle c... Blanchâtre jus s’échaper -(_sic_) à foison. Non, ne crains pas; c’est commune faiblesse, Lui dit -la Dame en en donnant sans cesse. - - -[94] _Mémoires secrets_; Londres, Adamson, 1780-1789; in-8, t. I, p. -213-214. - -[95] _Mercure de France_; juin 1763; p. 190-193. - -[96] Nouvelle édition; Paris, Garnier frères, 1878; in-12, p. 283. - -[97] Sur Mme d’Oligny. Cf.: _Intermédiaire des Chercheurs et curieux_, -XXXVI (1897), c. 334, 746; XXXVII (1898), c. 35, 252, 515. - -[98] Paris, H. Daragon, 1909; in-8, p. 152-153. - -[99] _Mercure de France_, avril 1734. - -Cf. ÉMILE DACIER: _Une danseuse de l’Opéra sous Louis XV, Mlle Sallé_ -(1707-1756).—Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1909; in-12; p. 151-154. - -[100] _Deux siècles à l’Opéra._—Paris, Dentu, 1868; in-12; p. 114. - -[101] Drs WITKOWSKI et NASS: _Le Nu au Théâtre depuis l’antiquité -jusqu’à nos jours_, p. 74. - -[102] _Mémoires de J. Casanova de Seingalt._—Paris, Garnier, in-8; t. -II, p. 319-320. - -[103-104] JEAN ROBIQUET: _Les Jupes des Danseuses_. -(_La Contemporaine_, septembre 1901). - -[105] NÉRÉE DESARBRES: _Op. cit._, p. 117-118. - -[106] _Correspondance littéraire, philosophique et critique adressée à -un souverain d’Allemagne, depuis 1770 jusqu’en 1782, par le baron Grimm -et par Diderot._—Paris, F. Buisson, 1812; in-8, t. I, p. 122-123. - -[107] A la ville, les Muses du foyer de l’Opéra continuaient à -ignorer, bien entendu, l’usage du pantalon que, seule, la police les -forçait à porter à la scène. Ainsi, en juillet 1788, la demoiselle -Eulalie Lalanne, dite Audinot, «pensionnaire de l’Académie royale -de musique», plaida, avant la belle Otéro ou Mlle Irma de Montigny, -avec sa blanchisseuse, pour un compte en souffrance. Le livre de -blanchissage de la belle enfant, alors âgée de vingt-neuf ans, fut, -comme il convient, soumis aux juges du Tribunal consulaire. Une de ses -pages, entre autres, nous révèle, comme linge de corps: 6 chemises, 5 -mouchoirs, 4 fichus, 3 camisoles, 4 jupons, 1 jupon piqué, 1 peignoir -et... 12 serviettes; mais point apparence de pantalon. - -Arch. de la Seine; Trib. consulaire, faillites, Reg. 4650; Cf. -_Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_, XLIV (1901), c. 439-440. - -[108] _Tableau de Paris_; Amsterdam, 1783; in-8, t. VII. - -[109] _Souvenirs de Léonard, coiffeur de Marie-Antoinette._ -Paris,Arthème Fayard, s. d.; in-8, p. 43. - -[110] _Supplément à l’Encyclopédie_, Amsterdam, 1776; in-fo, t. II, p. -116. - -[111] No du 23 août 1773 (Cf. _Intermédiaire_, 30 septembre 1906, -(LIV), c. 477). - -[112] _Mémoires de Casanova_; édit. Garnier, t. III, p. 509. - -[113] _Mémoires de Casanova_; édition Garnier, t. III, p. 296. - -[114] _L’Espion anglais, ou Correspondance secrète entre Milord All’eye -et Milord All’ear._—Londres, 1779; in-8, t. III, p. 224-225. - -[115] _Œuvres diverses_: Londres, 1801; in-16, p. 77-78. - -[116] CHARLES MAGNIN: _Histoire des marionnettes en Europe_, 2e -édition, Paris, Michel Lévy, 1862; in-12; p. 89. - -[117] _Mémoires de Casanova_; édition Garnier, t. VIII, p. 27-28. - -[118] DAUVERGNE, cité par. WITKOWSKI et NASS: _Op. cit._, p. 77-78. - -[119] _Mémoires de Casanova_; édition Garnier, t. V, p. 116-117. - -[120] Cf. VICOMTE DE BONALD: _François Chabot, membre de la -Convention_. Paris, Émile-Paul; 1908; in-8, p. 55. - -[121] Cf. _Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_, t. XLV (1902), c. -663-664. - -[122] TAINE: _Les origines de la France contemporaine. La Révolution_, -t. I, Paris, Hachette, 1878; in-8, p. 442. - -[123] Drs CABANÈS et NASS: _La Névrose révolutionnaire_, Paris, Lecène, -Oudin et Cie, 1906; in-8, p. 86. - -[124] _Journal des Goncourt_; t. VI, Paris, Charpentier, 1892; in-12, -p. 221. - -[125] _Dictionnaire des Sciences médicales_; Paris, Pankoucke, 1813; -in-8, t. VII, p. 517. - -[126] 1887, Tirage à part: _Un trousseau sous le Directoire_; -Nogent-le-Rotrou, imp. Daupeley-Gouverneur, in-8. - -[127] _Bulletin de la Société de l’Histoire de Paris_, 1885; p. 81-89. - -[128] _Un trousseau sous le Directoire_, p. 2. - -[129] _Le Nouveau Paris._ Paris, Fuchs, Pougens et Cramer, in-8 (_Bals -à victime_), t. III, p. 27. - -[130] Cf. _Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_, LXVIII, (1913), -c. 183, 271 Dumersan et N. Colet, avaient déjà donné le texte, mais -incomplet, de cette chanson, dans le tome 1er de leurs _Chants et -chansons populaires de la France_. - -[131] _Le Nouveau Paris_, t. III, p. 140. - -[132] _Le Nouveau Paris_, t. III, p. 147-149. - -[133] Paris, E. Rouveyre, 1880; in-8. - -[134] ROBIDA: _Mesdames nos Aïeules_.—Paris, Librairie Illustrée, s. -d.; in-12, p. 187-188. - -[135] Arch. Nationales, F7 6152, dr 872.—Cf: L’_Intermédiaire des -Chercheurs et Curieux_, t. LXVII, (1913), c. 278. - -[136] _L’Art de la Toilette chez la femme._—Paris, Dentu, 1885; in-8, -p. 41. - -[137] _Le Centenaire de la Toilette._—Supplément du _Figaro_, 10 mai -1890. - -[138] PIERRE de SÉGUR: _La dernière des Condé_.—_Revue des Deux -Mondes_, 15 février 1898; p. 861. - -[139] _Journal des Dames et des Modes_, 15 brumaire, an XII. - -[140] _Dictionnaire des Proverbes français_; 3e édition. Paris, -Treuttel et Würtz, 1823; in-8, p. 23-24. - -Cf: A. FRANKLIN: _Les Magasins de Nouveautés_.—Paris, Plon, 1895; -in-12, t. I, p. 295-296. - -[141] _L’Echo de Paris_, 27 avril 1909. - -[142] Nouvelles acquisitions, No 5.931. - -Cf. H. BOUCHOT: _La toilette à la Cour de Napoléon_, Paris, Librairie -Illustrée, s. d.; in-8, p. 53. - -[143] _Grand livre de Leroy_, folios 60 et 74. - -[144] FRÉDÉRIC MASSON: _Joséphine impératrice et reine_. Paris, -Ollendorff, 1899; in-8, p. 42. - -[145] MARCEL PRÉVOST: _L’Abbé Pantalon_ (_Gil-Blas_, 24 décembre 1890). - -[146] _De l’Adultère._—_Conseils pratiques._ (_Gil-Blas_, 10 février -1890). - -[147] Cf. A. de LA FIZELIÈRE: _Histoire de la Crinoline au temps passé, -suivie de la Satyre sur les Cerceaux, paniers_, etc., par le chevalier -de Nisard et de _l’Indignité et Extravagance des Paniers_, par un -Prédicateur. Paris, Aubry, 1859; in-12. - -[148] _Observations sur les modes et les usages de Paris pour servir -d’explication aux caricatures publiées sous le titre de Bon Genre -depuis le commencement du _ XIXe _siècle._ Paris, 1817; in-8, p. 42. - -[149] H. BOUCHOT: _Le Luxe français_;—_La Restauration_. Paris, -Librairie Illustrée, s. d.; in-8, p. 150. - -[150] H. BOUCHOT: _La Restauration_; p. 156. - -[151] _Almanach des Modes_, suivi de l’_Annuaire des Modes_.—4e année. -Paris, Rosa, 1817; in-16, p. 58-60. - -[152] _Almanach des Modes_, p. 60-61. - -[153] _Almanach des Modes_, p. 61-62. - -[154] Drs WITKOWSKI et NASS: _Le Nu au Théâtre_, p. 157. - -[155] _Journal des Dames et des Modes_, 15 septembre 1819. - -[156] _Journal des Dames et des Modes_, 1819. - -[157] _Journal des Dames et des Modes_, 31 mai 1820. - -[158] _Journal des Dames et des Modes_, 30 septembre 1820. - -[159] _Journal des Dames et des Modes_, 30 juin 1821. - -[160] _Journal des Dames et des Modes_, 15 juillet 1821. - -[161] _Journal des Dames et des Modes_, 15 juillet 1821. - -[162] _Journal des Dames et des Modes_, 31 juillet 1821. - -[163] _Journal des Dames et des Modes_, 31 août 1821. - -[164] _Journal des Dames et des Modes_, 1821. - -[165] LA MÉSANGÈRE: _Dictionnaire des Proverbes français_; p. 459. - -[166] _Journal des Dames et des Modes_, 10 avril 1822. - -[167] _Journal des Dames et des Modes_, 1822. - -[168] _Journal des Dames et des Modes_, 1822. - -[169] _Journal des Dames et des Modes_, 1822. - -[170] H. BOUCHOT: _La Restauration_, p. 189-190. - -[171] Paris, 1852; in-8, p. 332. - -[172] _Journal des Dames et des Modes_, 10 septembre 1823. - -[173] _Journal des Dames et des Modes_, 10 mai 1822. - -[174] _Intermédiaire des Chercheurs_, XXV (1892), c. 323. - -[175] _Journal des Dames et des Modes_, 25 juillet 1823. - -[176] _Journal des Dames et des Modes_, 15 juillet 1824. - -[177] _Journal des Dames et des Modes_, 1824. - -[178] _L’Hermite rôdeur_, par l’auteur de _l’Hermite à Londres_ (Thomas -Skinner Surr), 1824; t. I, p. 69. - -[179] _Journal des Dames et des Modes_, 15 mars 1825. - -[180] _Journal des Dames et des Modes_, 30 mai 1825. - -[181] _Journal des Dames et des Modes_, 1825. - -[182] _Journal des Dames et des Modes_, 1825. - -[183] _Journal des Dames et des Modes_, 1826. - -[184] _Journal des Dames et des Modes_, 20 janvier 1826. - -[185] _Journal des Dames et des Modes_, 1826, p. 532. - -[186] _Journal des Dames et des Modes_, 26 février 1827. - -[187] _Journal des Dames et des Modes_, 1826. - -[188] _Journal des Dames et des Modes_, 25 août 1827. - -[189] _Journal des Dames et des Modes_, 5 juillet 1827. - -[190] _Journal des Dames et des Modes_, 10 avril 1828. - -[191] _Journal des Dames et des Modes_, 25 avril 1828. - -[192] _Journal des Dames et des Modes_, 25 juillet 1828. - -[193] _Journal des Dames et des Modes_, 25 août 1828. - -[194] _Journal des Dames et des Modes_, 5 octobre 1828. - -[195] _Costumes Parisiens_, 1827, no 2254. - -[196] _Costumes Parisiens_, 1829, no 2744. - -[197] _Journal des Dames et des Modes_, 20 janvier 1829. - -[198] _Journal des Dames et des Modes_, 15 novembre 1829. - -[199] _Journal des Dames et des Modes_, 1829. - -[200] _Ballade des derrières froids._ - -[201] _Journal des Dames et des Modes_, 1829. - -[202] Paris; Lemerre, 1874; in-12, t. II, p. 108. - -[203] _Journal des Dames et des Modes_, 1828; 20 janvier 1831. - -[204] _Journal des Dames et des Modes_, 5 mars 1830. - -[205] _Journal des Dames et des Modes_, 10 février 1830. - -[206] _Journal des Femmes_, 6 juillet 1833, p. 186. - -[207] _Journal des Femmes_, 6 juillet 1833, p. 186. - -[208] _Journal des Femmes_, 1837. - -[209] _Manuel du Tailleur._—Paris, Hautecœur, 1837; in-8, p. 233. - -[210] _Manuel du Tailleur._—p. 237. - -[211] _Les Français peints par eux-mêmes: La Femme comme il -faut._—Paris, L. Curmer, 1840; in-8, t. I, p. 25. - -[212] _Journal des Demoiselles_, 1838. - -[213] _Journal des Demoiselles_, 1850, p. 376. - -[214] _Intermédiaire des Chercheurs_, XLI (1900), c. 488. - -[215] _Le Collier des Jours. Souvenirs de ma vie._—Paris, Juven, s. d.; -in-12, p. 14. - -[216] Paris, Jules Rouff, s. d.; in-12, p. 33. - -[217] _La Pucelle de Belleville_, p. 23. - -[218] Paris, Jules Rouff, s. d.; p. 16. - -[219] _Moniteur de la Mode_, 10 août 1844. - -[220] _Moniteur de la Mode_, 20 mai 1843. - -[221] _Moniteur de la Mode_, 10 juin 1845. - -[222] _Les Bains de mer belges_; caricatures par Richard. -L’_Illustration_, 28 septembre 1844. - -[223] _Le Confessionnal des Jésuites._—Paris, Paulin, 1845; in-12. - -[224] _Le Confessionnal des Jésuites_, p. 227. - -[225] _Le Confessionnal des Jésuites_, p. 281. - -[226] _Le Confessionnal des Jésuites_, p. 384. - -[227] _Le Moniteur de la Mode_, août 1846. - -[228] _Moniteur de la Mode_, 30 août 1847. - -[229] _Moniteur de la Mode_, 10 août 1845. - -[230] _Moniteur de la Mode_, 30 mai 1848. - -[231] _Moniteur de la Mode_, juillet 1851. - -[232] Reproduit par le _Moniteur de la Mode_, octobre 1851. - -[233] _Vie Parisienne_, 5 juin 1909. - -[234] _Lettres à la Fiancée_, 4 mars 1822, Cf.: _Les Misérables; -Marius_, Liv. VI. - -[235] _Moniteur de la Mode_, décembre 1851. - -[236] _Mémoires du comte Horace de Viel-Castel sur le règne de Napoléon -III._ T. I; p. 6. - -Horace de Viel-Castel cite des noms, j’ai cru devoir les remplacer par -des points. - -[237] _Moniteur de la Mode_, janvier 1852. - -[238] _L’Art de la Toilette_, p. 41. - -[239] _Tableau de Paris_, p. 332. - -[240] _Conseiller des Dames_, 1853. - -[241] _La Lingère parisienne_, octobre 1854. - -[242] _La France élégante_, 1856. - -[243] JOHN GRAND-CARTERET: _Le Décolleté et le retroussé à travers les -âges_.—Paris, E. Bernard, s. d.; in-8, obl. (Introduction). - -[244] _La France élégante_, 1857. - -[245] _La Comédie de notre Temps_, p. 130. - -[246] _Les Mœurs et la Caricature en France._—Paris, Librairie -Illustrée, 1888; in-8, p. 344-345. - -[247] H. BOUCHOT: _Les Élégances du Second Empire_. Paris, Librairie -Illustrée, s. d.; in-12, p. 166. - -[248] _Paniers et Crinolines. Bulletin de la Société de l’Histoire du -Costume_, 2e livraison, p. 43. - -[249] _Souvenirs d’Epsom._—_Vie Parisienne_, 1864. - -[250] _Vie Parisienne_, 8 août 1868. - -[251] _Vie Parisienne_, 8 août 1868. - -[252] _Vie Parisienne_, 14 août 1869. - -[253] PIERRE DE LANO: _L’Impératrice Eugénie_ (_Figaro littéraire_, 20 -septembre 1890). - -[254] PIERRE DE LANO: _L’Amour à Paris sous le Second Empire_.—Paris, -Simonis Empis, 1896; in-12, p. 181. - -[255] E. TEXIER: _Le Journal et les Journalistes_.—Paris, 1868; in-16, -p. 104. - -[256] G.-ALBERT AURIER: _Œuvres Posthumes_. Paris, Mercure de France, -1893; in-8, p. 24. - -[257] PIERRE DE LANO: _La Cour de Napoléon III_ (_Figaro littéraire_, -26 septembre 1891). - -[258] FRÉDÉRIC LOLLIÉE: _Les Femmes du Second Empire_. Paris, Juven, s. -d.; in-8, p. 8. - -[259] _La Femme à Paris.—Nos Contemporaines. Notes successives sur -les Parisiennes de ce temps dans leurs divers Milieux, États et -Conditions._ Paris, Librairies-Imprimeries réunies, 1894; in-8, p. 33. - -[260] _Nos Contemporaines_, p. 27. - -[261] M. JOHN GRAND-CARTERET en a donné une reproduction dans _le -Décolleté et le Retroussé à travers les âges_. - -[262] _Le Charivari_, 19 février 1869. - -Certaines, parmi les héroïnes de Boutet tout au moins, font mieux, de -nos jours; la peinture est chargée de rendre et de conserver cette -fugitive vision: - -—Oh! ma chère, je viens de chez mon peintre; il me fait, pour mon -cabinet de toilette, mon portrait au moment où je me pantalonne. C’est -exquis!» - -(_Autour d’Elles._—T. III, _le Coucher_; Paris, Ollendorff, 1898; in-4). - -Le contraire de la Germaine de Maurice Donnay, qui se plaint, elle, que -son amant ne la croque jamais qu’en déshabillé: - -—Et puis j’en ai assez de poser toujours en corset ou en jupon ou en -pantalon... Quand me feras-tu tout habillée comme une femme du monde? - -(_Dialogues des Courtisanes, Vie Parisienne_, 20 février 1892.) - -[263] _Petit Journal pour rire_, 1866. - -[264] _Paris-Caprice._ - -[265] _Vieux_; Paris, Savine, 1891; in-12, p. 220. - -[266] _La Comédie de notre Temps_, p. 130-131. - -[267] HUGUES REBELL: _La femme qui a connu l’Empereur_. (_Mercure de -France_, avril 1898; p. 148). - -[268] _Les Dessous féminins._—_Page d’histoire._ - -_Compte rendu de l’Association amicale des anciens élèves du Collège et -du Lycée de Vendôme_, 1894-1895; p. 26-27. - -[269] _L’Art de la Toilette_, p. 49. - -[270] MARGUERITE D’AINCOURT: _Études sur le Costume féminin_.—Paris, -Rouveyre et Blond, s. d.; in-8, p. 16. - -[271] _L’Art et les Artifices de la Beauté._—Paris, Juven, s. d.; -in-12, p. 216. - -[272] _Nos Contemporaines_, p. 38. - -[273] _La Comédie de notre Temps_, p. 130. - -[274] _L’Intransigeant_, 8 avril 1888. - -[275] ÉMILE ZOLA: _L’Assommoir_, Paris, Charpentier, 1879; in-12, p. -34-35. - -[276] JEAN REIBRACH: _La Gamelle_. Paris, Charpentier, 1890; in-12, p. -153. - -[277] WILLY et COLETTE WILLY: _Claudine à Paris_. Paris, Ollendorff, -1901; in-12, p. 194. - -[278] Et comment?... Un bienheureux Théophane Vénard figure sur le -calendrier, dont la fête tombe le 2 février. - -[279] _Le Figaro_, avril 1879. - -[280] _L’Éclair_, 17 mars 1893. - -[281] PIERRE GIFFARD: _Les Grands Bazars_. Paris, Havard, 1882; in-12, -p. 174. - -[282] _Le Matin_, 19 et 20 janvier 1909. - -[283] _La Vie Parisienne: Par la Pluie_, 24 mars 1894. - -[284] Cf.: _Le Fin de Siècle_, 12 novembre 1896. - -[285] WILLY: _La Tournée du Petit Duc_.—Paris, Société d’éditions et de -publications parisiennes, s. d.; in-12, p. 50. - -[286] _Le Journal_, 9 décembre 1897.—Se reporter aux catalogues de la -Belle Jardinière de l’époque. - -[287] _Courrier Français_, 14 octobre 1894. - -[288] _L’Écho de Paris_, 10 octobre 1898. - -[289] _La Lanterne_, 13 octobre 1894. (_Le Nu à bicyclette._) - -[290] _Le Block-Notes de Falstaff: correspondance._ _Le Fin de Siècle_, -13 août 1896. - -[291] _En Amour_, Paris, Tresse et Stock, 1890; in-12, p. 12. - -[292] _En Amour_, p. 233. - -[293] _Au Pays du Manneken-Pis._ Bruxelles, Kistemaeckers, 1883; in-8, -p. 27-28. - -[294] LÉON CLADEL: _L’Écho de Paris_, 7 mars 1891. - -[295] ALBERT TINCHANT: _Les Fautes_.—Paris, Piaget, 1887; in-12, p. 168. - -[296] LÉO TRÉZENIK: _Les Gens qui s’amusent_.—Paris, Giraud, 1886; -in-12, p. 233. - -[297] _Autour d’Elles._—T. II, _Les Modèles_.—Paris, Ollendorff, 1897; -in-fo. (_Le Coup de sonnette_). - -[298] Dessin et légende de Satan (_Chronique amusante_). - -[299] Paroles de Cellarius (_Gil-Blas illustré_, 30 octobre 1892). - -[300] _Modèles d’artistes._—Paris, Marpon et Flammarion, s. d.; in-12, -p. 214. - -[301] CATULLE MENDÈS: _La Femme-Enfant_.—Paris, Charpentier, 1891; -in-12, p. 25. - -[302] _La Femme-Enfant_, p. 25-26. - -[303] _La Femme-Enfant_, p. 34. - -[304] CHARLES VIRMAÎTRE: _Paris-Galant_.—Paris, Genonceaux, 1890; -in-12, p. 15. - -[305] Paris, Frédéric Henry (1870), in-32. - -[306] Le _Gil-Blas_. - -[307] _Le Cri de Paris_, 15 juin 1913. - -[308] _Croquis parisiens._ (_Courrier Français_, 2 décembre 1888). - -[309] JEAN LORRAIN: _Où viole-t-on?_ (_Courrier Français_, 14 septembre -1890). - -[310] _Closmesnil à l’encan._ (_L’Événement_, 14 novembre 1887). - -[311] _Les Aventures du roi Pausole_; édition Fayard, s. d. in-8; p. 80. - -[312] Cf.: PAUL DOLLFUS: _Conseils aux premières communiantes_. -(_L’Événement_, 1er juin 1892). - -[313] Cf: _Gil-Blas_ (Échos et Nouvelles), 25 janvier 1891. - -[314] _Comædia_, 22 juin 1913. - -[315] GEORGES MONTORGUEIL: _Le Café-Concert_.—Dessins de H.-G. Ibels -et de H. de Toulouse-Lautrec. _Echo de Paris_ (supplément, 9 décembre -1893). - -[316] _La Traite des filles._—_La Procureuse._ (_Courrier français_, 21 -août 1890). - -[317] CATULLE MENDÈS: _Robe montante_.—Paris, Piaget, 1887; in-12. - -[318] _Les Aventures du roi Pausole_, p. 81. - -[319] TABARANT: _Virus d’Amour_.—Bruxelles, Kistemaeckers, 1886; in-12, -p. 25-26. - -[320] _La Gamelle_, p. 43. - -[321] MONTFERMEIL: _Le Dégoût_. - -[322] A. DAUDET: _Sapho_.—Paris, Charpentier, 1884; in-12, p. 48. - -[323] _Les Femmes d’Amis._—Paris, Marpon et Flammarion, 1886; in-12, p. -267. - -[324] JEANNE LANDRE: _Échalote et ses amants_.—Paris, Louis Michaud, s. -d.; in-12, p. 96. - -[325] ANDRÉ WARNOD: _Bals, Cafés et Cabarets_.—Paris, Figuière, 1913; -in-12, p. 39-40. - -[326] ANDRÉ WARNOD: _Bals, Cafés et Cabarets_, p. 24. - -[327] LA JOLIE FILLE: _Femmes à la mer_.—Paris, Monnier, 1887; in-12, -p. 183. - -[328] THÉO-CRITT: _Le treizième Cuirassiers_.—Paris, Ollendorff, 1884; -in-12, p. 123. - -[329] MAURICE MONTÉGUT: _Le passé d’Augustine_. (_Le Fin de Siècle_, 5 -juillet 1896). - -[330] G.-ALBERT AURIER: _Œuvres posthumes_, p. 24. - -[331] _Vieux_, p. 321. - -[332] _Vieux_, p. 158. - -[333] WILLY: _En Bombe_.—Paris, Per Lamm, s. d.; in-12, p. 83. - -[334] _L’Épopée du Faubourg_ (_Mercure de France_, 16 août 1911). - -[335] ARTHUR RIMBAUD: _Reliquaire_ (_Le poète de sept ans_). Paris, -Genonceaux, 1891; in-16, p. 74-75. - -[336] GUSTAVE FLAUBERT: _Trois Contes_, p. 18. - -[337] J.-K. HUYSMANS: _Les Sœurs Vatard_.—Paris, Charpentier, 1879; -in-12, p. 43. - -[338] _Le Matin_, 30 novembre 1906. - -[339] MARC STÉPHANE: _A toute volée_.—Paris, Savine, 1891; in-12, p. -37-38. - -[340] H. ROCHEFORT: _Farces amères_.—Paris, Havard, 1886; in-12, p. 88. - -[341] MARCEL PRÉVOST: _L’abbé Pantalon_. (_Gil-Blas_, 24 décembre 1890). - -[342] ANATOLE FRANCE: _Le Mannequin d’osier_.—Paris, Calmann Lévy, s. -d.; in-12, p. 269. - -[343] HENRI LAVEDAN: _Leurs Sœurs._—Paris, Alphonse Lemerre, s. d.; -in-12, p. 48-50. - -[344] HECTOR FRANCE: _La pudique Albion_.—_Les Nuits de -Londres._—Paris, Charpentier, 1885; in-12, p. 198-202. - -[345] _La pudique Albion_, p. 209. - -[346] _La pudique Albion_, p. 241. - -[347] _La pudique Albion_, p. 209. - -[348] _La Maison de Verveine._—Paris, Carrington, 1901; in-8, p. 33. - -[349] _Nouvelles amoureuses._—Paris, Arnould, 1882-1885; in-12 (_Le cas -de Mlle Suzanne_). - -[350] _Études sur la Toilette: les Pantalons_, février 1891. - -[351] CATULLE MENDÈS: _Les Trois Chansons_.—Paris, Frinzine, 1886; -in-12, p. 31. - -[352] _La Douleur d’aimer._—Paris, Ollendorff, 1896; in-12. (_Le petit -Lapin blanc_). - -[353] PAUL ADAM: _Soi_.—Paris, Tresse et Stock, 1886; in-12, p. 57. - -[354] ANGE BÉNIGNE: _La Comédie parisienne_.—Paris, Plon, 1878; in-12, -p. 22. - -[355] _Les Grands Bazars_, p. 256-257. - -[356] _Les Grands Bazars_, p. 257. - -[357] _Les Grands Bazars_, p. 269. - -[358] _Le Charivari_, 21 mai 1885. - -[359] _Le Diable-boiteux_ (_Gil-Blas_, 29 octobre 1891). - -[360] _Mercure de France_ (_Sottisier_), 1er décembre 1906. - -[361] _Le Sourire_, 14 mars 1908. - -[362] _Figaro-Graphic_, 28 novembre 1891. - -[363] Paris, Laurens, s. d.; in-8, p. 204-206. - -[364] Tome XV (1816); p. 509, art.: fille. - -[365] Paris, Didier, 1840; in-8, t. I, p. 297. - -[366] _Dictionnaire national de la Langue française_, Paris, Simon, -1845; t. I, p. 315. - -[367] _Dictionnaire de la Langue française._—Paris, Hachette, 1863; t. -I, p. 458. - -[368] _Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle._—Paris, Larousse. -T. XII (1874), p. 125. - -[369] _Nouveau Larousse illustré_, t. VI, p. 646. - -[370] Tome XII, Paris, H. Lamirault, s. d.; p. 165. - -[371] _Manuel élémentaire d’Hygiène privée et publique_, 6e édition, -Paris, Germer-Baillère, 1877; in-8, p. 499. - -[372] _Hygiène de la femme enceinte._—Paris, 1892; in-12, p. 110-112. - -[373] Drs de SOYRE et EMMET: _Hygiène de la femme enceinte_. Paris, -Lecrosnier et Babé, 1891; in-8. - -[374] A. OLIVIER: _Hygiène de la grossesse_.—Paris, Ballière, 1891; - -[375] Dr OLIVIER: _Hygiène de la grossesse_. - -[376] Dr OLIVIER: _Hygiène de la grossesse_. - -[377] Dr MONIN: _Hygiène des sexes_. Paris, Doin, 1890; in-12, p. 53-54. - -[378] Dr OLIVIER: _Hygiène de la grossesse_. - -[379] _Le Journal_, 24 juin 1907. - -[380] _Dans le palais du roi Theebaw._ (_Revue politique et -littéraire_, 26 avril 1896, t. XLV, p. 517). - -[381] _Bulletin de la Société amicale du Loir-et-Cher_, 1912. - -[382] A. RICARD: _Les Femmes, l’amour et le mariage_.—Paris, Garnier, -1862, in-12, p. 453. - -[383] _Documents humains._ Paris, Dentu, 1888; in-12, p. 272. - -[384] _Timbale d’histoires à la parisienne._—Paris, Marpon et -Flammarion, 1883; in-12, p. 241-242. - -[385] _Le Gil-Blas_, 13 octobre 1890. - -[386] CATULLE MENDÈS: _Les Boudoirs de verre_.—Paris, Ollendorff, 1884; -in-12, p. 4. - -[387] _En Ribouledinguant._—Paris, Ollendorff, s.d.; in-8, p. 100. - -[388] BOUGUENAIS. (_Le Fin de Siècle_, 24 juin 1891). - -[389] ARMAND SILVESTRE: _Dieu vous bénisse_. - -[390] _Pamphile ou l’Été voluptueux._ (_Mercure de France_, t. XLI, p. -369). - -[391] _Claudine à l’école_, p. 264. - -[392] ANGE BÉNIGNE: _A Demi-mot_.—Paris, Monnier, 1885; in-8, p. 95. - -[393] ARMAND SILVESTRE: _Chemin faisant_. - -[394] HENRI BEAUCLAIR: _Le Pantalon de Mme Desnou_.—Paris, Tresse et -Stock, 1886; in-16, p. 5-6. - -[395] _La Vie hors de chez soi_ (_Comédie de notre temps_).—Paris, E. -Plon et Cie, 1876; in-8, p. 522. - -[396] Paris, Charpentier, 1884; in-12, p. 169. - -[397] _Journal des Goncourt_, t. VI, Charpentier, 1892 in-12, p. 29. - -[398] ANATOLE FRANCE: _L’Anneau d’améthyste_.—Paris, Calmann Lévy, s. -d.; in-12, p. 307. - -[399] _L’Anneau d’améthyste_, p. 308-309. - -[400] Voir les comptes rendus d’Albert Bataille (_Figaro_, 2, 9, 10 -novembre 1888). - -[401] _Journal des Débats_, 12 novembre 1902. - -[402] _Journal des Débats_, 13 novembre 1902. - -[403] _Gil-Blas_, 17 avril 1894.—Lettre de Mlle Nelly de Byre relatant -cet accident. - -[404] _Le Gil-Blas._ - -[405] PALÉMON: _Petites Histoires_ (_Le Figaro_, 24 novembre 1907). - -[406] _Le Retour de Jérusalem._—Paris, Charpentier, 1904; in-12, p. 96. - -[407] AUGUSTE GERMAIN: _Distraite_. (_L’Écho de Paris_, 6 septembre -1895). - -[408] _Madame Bovary._—Paris, Michel Lévy, 1857; in-12, p. 265. - -[409] PIERRE LOUYS: _Les aventures du roi Pausole_, p. 21, 55. - -[410] _Courrier français_, 9 juin 1889. - -[411] _Courrier français_, 14 octobre 1894. - -[412] _Courrier français_, 5 octobre 1892. - -[413] WILLY: _Suzette veut me lâcher_.—Paris, Per Lamm, s. d.; in-12. - -[414] _Le Pantalon de Mme Desnou._—Paris, Tresse et Stock, 1886; in-16, -p. 121-122. - -[415] X... Roman impromptu, par George Auriol, Tristan Bernard, Georges -Courteline, Jules Renard, Pierre Veber.—Paris, Flammarion, s. d.; -in-12, p. 274. - -[416] DUBUT DE LAFOREST: _Le Gaga_.—Paris, Dentu 1885; in-12. - -[417] _Derrière le rideau._—Paris, Casimir Pont, 1875; in-12, p. 66. - -[418] CAMILLE LEMONNIER: _Madame Lupar_.—Paris, Charpentier, 1888; -in-12, p. 38-39. - -[419] ERNEST LEBLANC: _Dépravée_.—Paris, Charpentier, 1882; in-12, p. -271-273. - -[420] ROBERT CAZE: _La Semaine d’Ursule_.—Paris, Tresse, 1885; in-12, -p. 256. - -[421] LÉO TRÉZENIK: _Cocquebins_.—Paris, Monnier, 1887; in-12, p. 56. - -[422] J.-K. HUYSMANS: _Croquis Parisiens_.—Paris, Henri Vaton, 1880; -in-8, p. 105-108. - -[423] _L’Adorée._—Paris, Havard, 1887; in-12, p. 119. - -[424] _L’Adorée_, p. 121. - -[425] RENÉ MAIZEROY: _P’tit Mi_.—Paris, Havard, 1889; in-12, p. 196. - -[426] WILLY: _Les Égarements de Minne_.—Paris, Ollendorff, 1905; in-12, -p. 8. - -[427] _Les Égarements de Minne_; p. 187. - -[428] WILLY: _Le Roman d’un jeune homme beau_.—Paris, Bibliothèque des -Auteurs modernes, s. d.; in-12, p. 201. - -[429] WILLY (et COLETTE WILLY): _Claudine en ménage_.—Paris, Mercure de -France, 1902; in-12, p. 255. - -[430] _Claudine en ménage_, p. 97. - -[431] JEAN REIBRACH: _La Gamelle_, p. 190-192. - -[432] _La Vie Parisienne_, 28 juillet 1894. - -[433] GINKO-BILOBA: _Le Voluptueux Voyage_ (Mercure de France, 1er -septembre 1906, p. 75-76). - -[434] FÈVRE-DESPREZ: _Autour d’un clocher_.—Bruxelles, Kistemaeckers, -s. d.; in-12, p. 386. - -[435] _Heures de Villes d’eaux. Madame Monpalou._ Paris, Ollendorff, -1906; in-12, p. 23. - -[436] GYP: _Balancez vos Dames_.—Paris, Per Lamm, s. d.; in-12, p. 215. - -[437] GLIM: _Paradoxes sur les femmes_. (_Vie Parisienne_, 23 mars -1889). - -[438] WILLY: _La Maîtresse du Prince Jean_.—Paris, Albin Michel, 1903; -in-12, p. 87. - -[439] _Le Plaidoyer d’un fou_; adaptation Georges Loiseau. Paris, -Albert Laugen, 1895; in-12, p. 228-229. - -[440] _La Revue Blanche_, 1er mai 1897, p. 495. - -[441] WILLY: _Suzette veut me lâcher_ (Tropical Gigolo).—Paris, Per -Lamm, s. d.; in-12, p. 242. - -[442] GAVARNI: _Masques et Visages_.—Paris, Paulin et Lechevalier, -1857; in-12, p. 59. - -[443] _Croquis Parisiens_, p. 30 et 41. - -[444] _Rire et Galanterie_, No 27, 19 décembre 1903; p. 321. - -[445] _L’Éclair_, 8 mars 1895. - -[446] _Paris-oublié_, Paris, Dentu, 1886; in-12, p. 205. - -[447] _La Vie Parisienne_, 4 avril 1863. Cf.: H. TAINE: _Notes sur -Paris_.—_Vie et opinion de M. Frédéric Thomas Graindorge._—Paris, G. -Crès et Cie, 1914; in-12, p. 43. - -[448] _Journal des Goncourt_, t. II, p. 87 (9 février 1863). - -[449] WILLY: _Danseuses_.—Paris, Albert Méricant, s. d.; in-12, p. 297. - -[450] _Journal amusant_, 11 août 1866. - -[451] _Ce que voient MM. les étrangers à Mabille et au Jardin des -Fleurs._ (_Vie Parisienne_, 31 août 1867). - -[452] JEAN AJALBERT: _Paysages de femmes_.—Paris, Vanier, 1887; in-8, -p. 69. - -[453] WILLY: _La Môme Picrate_.—Paris, Albin Michel, s. d.; in-12, p. -348. - -[454] PIERRE LOUYS: _Les Aventures du roi Pausole_, p. 81. - -[455] JEAN D’ARC (_Courrier Français_, 22 février 1891). - -[456] _Le Pantalon._ (_Courrier Français_, 29 avril 1894). - -[457] _Le Gil-Blas_, 24 août 1891. - -[458] _Le Pantalon de la Goulue._—_Paris_, 15 mars 1890. - -[459] Paris, Dentu, 1888; in-12. - -[460] SANTILLANE: _Demi-Pudeur_ (_Gil-Blas_, 4 février 1898). - -[461] _La Vie à Montmartre._—Paris, G. Boudet, s. d.; in-8, p. 234-235. - -[462] EDMOND LEROY: _Le Père la Pudeur et le Théâtre réaliste_.—(_Le -Gil-Blas_, 1891). - -[463] _Courrier Français_, 25 juin 1893. - -[464] _Les Excentricités de la Danse._ (_Gil-Blas_, numéro spécial, 10 -mai 1891). - -[465] JULES ROQUES.—_Courrier Français_, 13 novembre 1887. - -[466] _L’Éclair_, 5 avril 1894. - -[467] _Figaro_, _Gil-Blas_, _Libre Parole_, _Temps_, _France_, des 21, -22 et 23 juillet 1895. - -[468] _Courrier Français_, 2 novembre 1890. - -[469] Cf: _Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_, LXIX (1914, c. -283, 359.) - -[470] RODOLPHE DARZENS: _Nuits à Paris_.—Paris, Dentu, 1889, in-16, p. -59-60. - -[471] _La Gamelle_, p. 181. - -[472] FRANCUEIL, _le Figaro_, 1er décembre 1890. - -[473] ANDRÉ WARNOD: _Bals, Cafés et Cabarets_, p. 60-64. - -[474] Pour tout ce qui concerne la Goulue et l’Élysée Montmartre, -se reporter à l’intéressante monographie de M. Maurice Artus: -_L’Élysée-Montmartre_, 1807-1900. (Bulletin de la Société _Le Vieux -Montmartre_, IV, 1906-1910; p. 269-332. Tirage à part; Paris, 1910; -in-8). - -[475] Revue de la Pépinière: _Les Cabotins de l’année_. (_Courrier -Français_, 16 décembre 1894). - -[476] GEORGES MONTORGUEIL: _L’Année féminine_.—_Les Déshabillés au -Théâtre._—Paris, Floury, 1896; pet. in-8. - -[477] _Le Grand Pan._—Paris, Fasquelle, 1896; in-12. - -[478] _Les Déshabillés au Théâtre_, p. 11-13. - -[479] _Courrier Français_, 5 avril 1891. - -[480] _Courrier Français_, 25 octobre 1891. - -[481] _Courrier Français_, 14 décembre 1890. - -[482] _Courrier Français_, 12 avril 1891. - -[483] _Les Déshabillés au Théâtre_, p. 84-87. - -[484] _Les Déshabillés au Théâtre_, p. 72-73. - -[485] _Nouveau Larousse illustré_, t. VII. - -[486] _La Comédie de notre temps_, p. 132. - -[487] _La Vie parisienne. Études sur la Toilette. Les Pantalons._ - -[488] _La Danseuse_, dessins de Guillaumot fils.—Paris, Marpon et -Flammarion, 1885; in-8, p. 31-32. - -[489] Les caleçons, non des contemporaines de M. de La Rochefoucauld, -mais des ballerines du XVIIIe siècle; _l’Académie royale de Musique_ -d’Émile Campardon me fournit, alors que je corrige les épreuves de ce -volume, deux notes dont il serait coupable de ne pas tenir compte. - -Tout d’abord, la confirmation par la Camargo elle-même, de l’usage -qu’elle avait importé des caleçons au théâtre: - -«Il s’éleva au XVIIIe siècle une controverse curieuse au sujet de -Mlle de Camargo. Les uns prétendaient qu’elle n’avait jamais porté de -caleçons et que sa danse était tellement décente qu’elle n’en avait -pas eu besoin; d’autres, au contraire, soutenaient qu’elle en avait -toujours porté. Un pari s’engagea à ce sujet et c’est à la danseuse -elle-même que l’on s’adressa pour résoudre cette question importante. -Elle vivait alors fort retirée, et on la trouva entourée d’une -demi-douzaine de chiens. Elle répondit que non seulement elle avait -toujours porté des caleçons, mais encore que leur établissement au -théâtre datait de ses plus brillants succès.» (Paris, Berger-Levrault, -1884; 2 in-8.—I, p.88.) - -D’autre part, si le carnet de blanchissage de la demoiselle Eulalie -Lalanne, dite Audinot, produit en 1788, devant le tribunal consulaire, -ne contenait pas trace de pantalons, l’inventaire dressé le 5 janvier -1760, des «objets ayant appartenu à Mlle Louise Dalisse, dite Chevrier, -et trouvés après son décès dans le domicile qu’elle occupait», -mentionne, à côté de vingt chemises de toile de Hollande non garnies, -de trois corsets de basin rayé garnis de mousseline, de six paires de -bas de soie blanche, contre deux seulement de coton: «huit caleçons». -(I, p. 129.) - -La demoiselle Chevrier avait débuté vers 1747 à l’Académie royale de -musique, où on la vit figurer dans nombre de ballets et mourut, rue -Sainte-Anne, le 29 décembre 1759. - -Les rapports de police la faisaient souper, le 7 février 1754 chez M. -de La Poupelinière, la victime de la cheminée, qui lui aurait offert -un louis... pour son dérangement (CAMILLE PITON: _Paris sous Louis -XV_.—_Rapports des inspecteurs de police au roi._ Paris, Mercure de -France, 1914; p. 314.) - -[490] Sur la Diane de Houdon et sa cicatrice que crut faire devoir -boucher ce bon M. de La Rochefoucauld. Cf: _Intermédiaire des -Chercheurs et Curieux_: T.G. 431, XLVIII: 228, 376, 434, 589, 645, 825, -929, 991; XLIX: 59, 144, 206, 259, 316, 485, 521; LV: 809; LVI: 690; -LIX: 772; LX: 227, 929. - -Le musée de Tours possède un bel exemplaire en bronze de la Diane de -Houdon auquel, M. de La Rochefoucauld n’a pas eu le loisir de faire -subir l’outrage de sa sénilité. - -[491] _L’Éclair_, 21 avril 1894. - -[492] _Les Petits Mystères de l’Opéra._—Paris, Kugelmann et Bernard -Lotte, 1844; in-8, p. 180. - -[493] _Mémoires d’un Bourgeois de Paris._—Paris, Librairie Nouvelle, -1856; in-12, t. III, p. 219. - -[494] _La Journée d’une Danseuse._—_Revue Illustrée_, 1er décembre 1893. - -[495] _A huis-Clos._—Paris, Rouveyre et Blond, 1882; in-12, p. -21.—_Miss Farfadet_ (_Courrier Français_, 26 août 1888). - -[496] _Le Figaro_, 17 janvier 1894. - -[497] Drs WITKOWSKI et NASS: _Le Nu au Théâtre_, p. 140. - -[498] Partout et nulle part (Bruxelles, Poulet-Malassis), 1864; 2 in-8. - -[499] C’est à tort, semble-t-il, que l’_Histoire du Théâtre érotique de -la rue de la Santé_, qui précède le recueil, a été attribuée à Delvau. -La signature de l’illustre Brizacier désigne clairement non Delvau, -mais le poète Albert Glatigny, et son biographe Job-Lazare n’hésite -pas à donner l’historique du curieux petit théâtre et les notices de -chacune des pièces qui en composaient le répertoire, comme dues à la -collaboration de Glatigny et de Poulet-Malassis (_Albert Glatigny, sa -vie, son œuvre._—Paris, H. Bécus, 1878; in-16, p. 110). - -[500] Le vicomte Sosthène de La Rochefoucauld s’était signalé, dès -1814, en proposant d’abattre la statue de Napoléon placée sur la -colonne de la place Vendôme et avait pris part à l’exécution de cette -mesure. Appelé, en 1824, à la direction des beaux-arts, il s’y rendit à -jamais célèbre, par les feuilles de vigne qu’il imposa aux statues du -Louvre et par l’allongement qu’il fit subir aux jupons des danseuses de -l’Opéra. - -M. de La Rochefoucauld qui, sans doute, avait une bien belle âme, -s’était voué au ridicule et ces demoiselles de l’Opéra n’eurent -pas longtemps à se plaindre de cette tracasserie à laquelle la -_Congrégation_ ne devait pas être étrangère. Avant même la Révolution -de Juillet, leurs jupes s’étaient raccourcies et elles se raccourcirent -bien plus encore, sous le règne du Roi-citoyen, témoin ce passage d’une -lettre écrite, le 4 janvier 1834, par Mme de Souza à son vieil ami Le -Roi: - -«Mon fils (Charles de Flahaut, le père du duc de Morny) m’a menée hier -à l’Opéra. Mon cher, j’ai été frappée du raccourci des jupons. Mais ces -demoiselles montrent leurs jambes jusqu’à l’épaule! et on applaudit! Il -y a bien des années que je n’avais vu tout cela. La jeunesse actuelle -me fait croire que j’ai un ou deux siècles et, sans doute, elle le -croit encore plus que moi». - -(Cf: Baron de Maricourt: _Mme de Souza et sa famille_. Paris, -Émile-Paul, 1907; in-8, p. 387). - -[501] _Les Lions du Jour. Physionomies parisiennes._—Paris, Dentu, -1867; in-12, p. 306-307. - -[502] _Les Lions du Jour_, p. 307. - -[503] LÉO TRÉZENIK: _Proses décadentes_.—Paris, Giraud, 1886; in-16, p. -13-15. - -[504] Voir l’amusant dessin de Carlègle: _Sports inter-scolaires: -championnat mixte_: - -—Hein! tu vois! Je vais bien plus loin que toi... s’écrie, -triomphalement, au sortir de l’école, un bambin de la classe la plus -enfantine qu’on puisse imaginer. - -Et la gosse, déjà plus grande, de répondre, tout en reboutonnant, sous -sa jupe relevée, son pantalon qu’elle vient de remonter: - -—Tu parles! C’est pas malin, toi, tu as un tuyau! - -(_Le Sourire_, 27 juin 1908.) - - -[505] ANTONIN RESCHAL: _Pierrette en pension_.—Paris, Albin Michel, s. -d.; in-8; p. 80-81. - -[506] Si connues qu’elles soient, je ne puis me dispenser de reproduire -en note l’aventure de Mme de Cavoye et celle de Mme de Choisy. Je cite -Tallemant des Réaux, ce sera là mon excuse: - -«Elle (Mme de Cavoye) est fort libre. Un jour, un garçon, c’est l’abbé -Testu, l’aîné, la menoit chez Mme de Chavigny: «mon pauvre abbé, lui -dit-elle en passant dans une grande salle, tourne la tête». Et après -elle se met à pisser dans une cuvette». - -(Les _Historiettes_, 2e édition; Paris, H. L. Delloye, 1840; in-12, t. -VII, p. 18). - -Chez Mme de Choisy, le verbe, sinon le geste, était plus libre encore: - -«Elle disoit familièrement à M. de Candale: «Mais allez au moins faire -un tour dans l’antichambre. Croyez-vous qu’on n’ait point envie de -pisser?» - -(_Historiettes_, t. II, p. 164). - -Qu’on ne s’étonne pas de la brutalité de l’expression. Mme de Montglat, -gouvernante du jeune Louis XIII, n’en employait pas d’autre, même en -présence du Dauphin, qui, ce matin-là, refusait de s’habiller: - -«Je m’en vais chausser; si vous n’êtes peigné quand je reviendrai, -vous aurez le fouet.» Elle revint, ce n’était pas fait; elle lui dit -encore: «Je m’en vais pisser; si vous n’êtes pas peigné et coiffé quand -je reviendrai, vous aurez le fouet.» Il dit tout bas: «Ah! qu’elle est -vilaine. Elle dit devant tout le monde qu’elle va pisser. Voilà qui est -bien honnête, fi!» - -(_Journal sur l’enfance et la jeunesse de Louis XIII_, -1601-1628.—Paris, Didot, 1868; 2 in-8, t. I, p. 242). - -Le médecin Héroard auquel on doit cette anecdote fut un fort honnête -homme, qui, en dehors de ses Mémoires, rédigea l’inscription qui se -lisait, à Saint-Cosme, sur la tombe de Ronsard. - -Quant à la Palatine dont la correspondance est si curieuse et fourmille -de détails précieux sur l’agonie du règne de Louis XIV, employant et -écrivant crûment le mot, elle aussi, elle raconte sans embarras, dans -une de ses lettres à la princesse Louise, le contre-temps dont elle fut -victime à la chasse et comment elle fut surprise dans une position, à -laquelle il manquait la chaise du duc de Vendôme pour être protocolaire: - -«Il m’est arrivé avant-hier une drôle d’aventure qu’il faut que je -vous raconte. Comme nous étions arrivées au rendez-vous, il me prit -une horrible envie de pisser; je me fis conduire d’un autre côté de la -forêt, et je me mis derrière une haie épaisse; mais le diable voulait -faire des siennes. J’avais à peine commencé à pisser qu’il envoie le -cerf droit où j’étais; cela fut d’autant plus fâcheux pour moi que tous -les chasseurs suivaient; et il me fallut remonter bien vite dans la -calèche...» (11 novembre 1714). - -Dans le _Voyage sentimental_ de Sterne, Mme de Rambouillet y met encore -moins de formes et ne cherche pas même à se cacher. - -Ce n’est pas un accident de chasse, comme pour la mère du Régent, mais -simplement un incident d’une promenade en carosse à la campagne: - -«En revenant elle me pria de tirer le cordon.—Je lui demandai si elle -avait besoin de quelque chose.—_Rien que de pisser_, répondit-elle. - -«Ne vous alarmez pas, voyageur pudibond; laissez p.ss.. Mme de -Rambouillet. Et vous, nymphes mystérieuses, allez cueillir vos roses et -jonchez-en le sentier où vous vous arrêtez. Mme de Rambouillet ne fit -rien autre chose. Je lui donnai la main pour l’aider à descendre...; et -j’eusse été le prêtre de la chaste Castalie qu’il m’eut été impossible -d’apporter plus de recueillement et de respect auprès de sa fontaine...» - -Traduction Moreau-Christophe; Paris, J.-G. Dentu, 1828; in-12, p. -164-165. - -Dans une note intéressante (p. 349-350), M. Paulin-Crassous, après -avoir dit la délicatesse particulière des anglaises sur ce point—d’où -l’étonnement de Sterne en présence d’un pareil sans-gêne—explique -l’origine de l’expression «aller cueillir une rose», qui justifie les -«nymphes mystérieuses» et le titre même de ce chapitre: «la Rose». - -Il est des femmes des plus honnêtes qui ne peuvent aller à la campagne -sans succomber à la tentation d’improviser dans l’herbe ou dans les -feuilles mortes un murmure de source. - -Ce retour à la nature les réjouit. Le sous-bois leur paraît préférable -au ridicule de la porcelaine ou au confortable douteux de l’auberge. -Elles sont de l’école de Mme Roland: - -«On m’a souvent rappelé ma répugnance à me servir de ce qu’on appelle -proprement un pot de chambre, parce que je ne connaissais qu’un coin -de jardin pour certain usage, et l’air de moquerie avec lequel je -demandais si les saladiers et les soupières que je montrais du doigt -étaient faits aussi pour cela» (_Mémoires_, édition de 1823, p. 9. Cf. -A. FRANKLIN: _La Civilité, la mode, et le bon ton du XIIIe au XIXe -siècle_.—2e édition. Paris, Émile-Paul, 1908; 2 in-8. II, appendice, p. -54.) - -[507] Dans certains ordres ils sont autorisés. - -[508] Sans jarretières n’exagérons rien. Toute cette théorie prête, -d’ailleurs, aux plus extrêmes réserves. Je me suis laissé confesser, -au contraire, la sensation peut être agréable, mais nullement -recommandable, qui résulterait, pour certaines, du manque de pantalon. - -[509] Toujours le cas de conscience posé par les casuistes et -l’immodestie flétrie, dans les couvents de la pensionnaire en pantalon, -«en garçon». - -[510] _Les Mystères de la Maison de Verveine_, p. 32-33. - -[511] Voir: _supra_, p. 327. - -[512] ****Doctoresse Dresse M. SCHULTZ: _Hygiène générale de la Femme_. -Préface du Professeur Pouchet.—Paris, O. Doin, 1902; in-12, p. 185-186. - -[513] _La comédie de notre Temps_, t. 1, p. 130. - -[514] _Études sur le Costume féminin_, p. 16. - -[515] _La Mode pratique_, mai 1893. - -[516] WILLY: _La Môme Picrate_, p. 357. - -[517] _L’Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_, 25 mars 1879. - -[518] F. HAULNOI: _La Chaussette_ (_Le Chat Noir_, 24 novembre 1888). - -[519] ALBERT BATAILLE: _Le Figaro_, février 1891. JEAN LORRAIN: _Vingt -Femmes_, Paris, Per Lamm, s. d., in-12, p. 115. - -[520] MARC STÉPHANE: _A toute volée_, passim. - -[521] _L’Assommoir_, p. 34-35. - -[522] E. ZOLA: _Nana_.—Paris, Charpentier, 1880. in-12, p. 154. - -[523] VICTOR HUGO: _Les Misérables_, 3e partie, Marius, livre III, -chap. 1er. - -[524] FRANTZ FUNCK-BRENTANO: _La mort de la Reine_.—Paris, Hachette et -Cie, 1902; in-12, p. 224-225. - -[525] LÉO TRÉZENIK: _Cocquebins_.—p. 24. - -[526] _Écho de Paris_, 28 février 1895. - -[527] LOUIS B. RICHARDIÈRE: _Les Péchés de Marguerite_.—Paris, Arnould, -1887; in-12, p. 62. - -[528] WILLY (et COLETTE WILLY): _Claudine s’en va_.—Paris, Ollendorff, -1903; in-12, p. 226-229. - -[529] WILLY: _Maugis amoureux_.—Paris, Albin Michel, s. d.; in-12, p. -179. - -[530] _Saint-Georges de Bouhélier_: _Histoire de Lucie, fille perdue et -criminelle_.—Paris, Fasquelle, 1902; in-12, p. 214. - -[531] HUGUES REBELL: _La Femme qui a connu l’Empereur_. (_Mercure de -France_, t. XXV, 1898, p. 194-195). - -[532] WILLY: _Un petit Vieux bien propre_.—Paris, Bibliothèque des -Auteurs modernes, s. d.; in-12, p. 31-32. - -[533] _Un petit Vieux bien propre_, p. 106-107. - -[534] _Mode illustrée_, 31 mars 1863, ce numéro porte par erreur la -date de 1862. - -[535] _Mode illustrée_, 4 mars 1866. - -[536] Paris, décembre 1796; (RACINET, _France, dix-huitième -siècle_.—Types de la mode à l’époque du Directoire). - -[537] _L’Art de la Toilette_, p. 48-49. - -[538] _Vie Parisienne_, 23 octobre 1897. - -[539] _Figaro-Graphic_, 28 novembre 1891. - -[540] _La Mode pratique_, 11 décembre 1897. - -[541] _La Mode pratique_, 11 décembre 1897. - -[542] _La Nouvelle Mode_, 9 janvier 1898. - -[543] _La Femme en Allemagne_, p. 60. - -[544] ANDRÉ IBELS: _La Traite des Chanteuses_. Paris, Juven, s. d., -in-12, p. 40. - -[545] Reproduit dans _La Comédie Parisienne_ (1re série). Paris, G. -Charpentier et E. Fasquette, 1892; in-12, p. 79. - -[546] Reproduit par GRAND-CARTERET: _Images galantes et Esprit de -l’Étranger_.—Paris, Librairie mondiale, s. d.; in-8. - -[547] Tous ces dessins ont été reproduits dans les _Œuvres choisies de -Willette_ (Paris, Simonis Empis, 1901; in-8.) - -[548] Reproduit par J. GRAND-CARTERET: _Art et Galanterie_, t. I, p. 24. - -[549] GRAND-CARTERET: _Images galantes de l’étranger_, p. 51. - -[550] GRAND-CARTERET: _Images galantes de l’Étranger_, p. 156. - -[551] _Rire et Galanterie_, t. VI, p. 334. - -[552] FÉLIX CASTIGAT et PIERRE RIDENDO: _Petit Musée de la -Conversation_. Paris, Mercure de France, 1911; in-12. - -[553] _Les Lundis de Caran d’Ache, album pour les enfants de quarante -ans et au-dessus_, Paris, Plon, s., d.; in-4. - - - - -TABLE DES MATIÈRES - - Pages. - - PRÉFACE VII - - Les Origines 1 - - Le Pantalon féminin au XVIe siècle 19 - - Les Héroïnes de Brantôme. Les Courtisanes de Venise et de Rome 33 - - Dix-septième et Dix-huitième siècles 55 - - Stances 67 - - Le Caleçon des coquettes du jour 89 - - Les Costumes à la grecque 119 - - L’Empire, la Restauration, la Monarchie de Juillet. 141 - - La Crinoline. L’Indispensable 191 - - Trottins et Midinettes 237 - - Le grand et le petit trottoir 261 - - Vierges et Demi-Vierges 295 - - Ces Dames 319 - - A travers le roman contemporain 359 - - Ces Demoiselles de la danse 385 - - Le Tutu 433 - - Questions de formes 453 - - Le Pantalon et la Caricature 501 - - Index des Noms cités 571 - - - - -ERRATA - - -_La correction des épreuves de ce volume n’a pu ne pas se ressentir -des conditions au milieu desquelles elle a été faite. Que le lecteur -veuille donc bien excuser quelques fautes d’impression, dont je me -borne à signaler et à corriger les principales._ - - -LIRE - - Pages. - - 28 (En note): Lady Churchill et non Churchil. - - 44 (En note): 1894 et non 1884. - - 61 (En note): Poulet-Malassis et non Poulet-Mallassio. - - 148 La poupée de Jeanneton et non à Jeanneton. - - 205 (En note): Le comte Horace de Viel-Castel et non de Vieil-Castel. - - 268 Celui auquel elle a fait don de sa jeunesse et de sa chair. - - 299 Alice Fossard et non Fessard. - - 362 _Flagrant Délit_ et non _Fragrand délit_. - - 393 (En note): _Vie et opinions de M. Frédéric Thomas Graindorge_. - - 406 Rodrigues et non Rodriguez. - - 438 Utilité et non utulité. - - 442 Mlle Sercy et non Sarcy. - - La dignité d’un premier sujet du chant, et non de la danse. - - 451 Son vieil ami Le Roi et non le Roi. - - 561 (En note): Félix Castigat et Pierre Ridendo. - -[Illustration] - - - - -GEORGES MEREDITH - -L’ÉGOÏSTE - -_ROMAN DE LA VIE ANGLAISE_ - -TRADUCTION COMPLÈTE SELON MARCEL SCHWOB DU - -_Livre le plus Formidable du Siècle_ - -Un fort vol. sur beau papier in-18 de plus de 700 pages. - - PRIX: =3= fr. =50= - - -La Guerre dans les Balkans - -☞ Pour avoir une idée de ce qu’est la guerre parmi ces peuples ☞ LIZEZ - -PAN MICHAEL - -Par =HENRYK SIENKIEWICZ= - -L’AUTEUR DE “=QUO VADIS=” - -_Luttes de la Pologne contre l’Orient musulman_ - -Un beau roman historique, in-8o, 600 pages, couverture illustrée. - - PRIX: =3= fr. =50= - - -SACHER MASOCH - -LA CZARINE NOIRE - -Suivie de huit autres Contes sur la Cruauté en Amour: - - Le Myrthe des Amants.—Marguerite Lambrun.—La Vénus de - Murany.—Hemelnizki le Cosaque.—Un Trait d’esprit de la Pompadour.—Les - Noces sanglantes de Kiew.—Ariella.—Sabbathai Zewy. - -Un vol. in-18 jésus, sur papier vergé anglais (390 pages). - - PRIX: =5= fr.» - - -MAURICE STRAUSS - -LE SEIGNEUR DES MOUCHES - -ROMAN SAISISSANT ET CURIEUX - -Ce livre est un document historique. Il embrasse une période de quinze -mois de l’histoire de Russie, depuis le massacre de Kichineff que le -premier chapitre retrace avec une saisissante réalité, jusqu’à la bombe -qui extermina le cruel von Plehve, le ministre réactionnaire dont la -mort donna le signal de la révolution. - -Un vol. in-18 jésus, couverture illustrée. Prix: =3= fr. =50=. - - -HECTOR FRANCE - -LE BEAU NÈGRE - -ROMAN DE MŒURS SUD-AMÉRICAINES - -Nul mieux que l’auteur, dont tout le monde connaît le beau talent, -ne pouvait peindre, avec cette intensité de couleur, les paysages -tropicaux où se joue ce drame véridique. Nul ne pouvait analyser, avec -cette finesse et cette sûreté, les passions ardentes dont sont agités -les personnages de ce livre plein de vie. - -Couverture en couleurs de Louis Malteste, illustrations de G. 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